Bi-nationalité : Illustration du délire contemporain

lundi 22 février 2016
par  LieuxCommuns

Courrier reçu d’un sympathisant.


Le barouf autour de l’extension de la déchéance de nationalité est proprement sidérant pour quiconque a gardé un petit reste de bon sens. Celui-ci semble avoir complètement laissé place à ce qu’il faut bien appeler des délires idéologiques, jamais inoffensifs.

En quoi consiste cette mesure ? Il s’agit de retirer la double nationalité à ceux qui la possèdent et se sont rendus complices d’actes de terrorisme armé.
Qu’est-ce que la bi-nationalité ? C’est le fait de posséder deux nationalités, mais de manière particulière, puisqu’on jouit alors de tous les droits des deux pays, sans assumer les devoirs attenants à l’un comme à l’autre. On bénéficie de tous les droits des deux côtés : droit au travail, droit de vote, droit de protection, droit d’éligibilité, droit de propriété, droit de mariage, droit de déplacement, ect. Par contre la plupart du temps, les contraintes ne sont celles que d’un seul pays : impôts, service militaire, peines pénales, etc. Un binational est donc sans aucune discussion un privilégié vis-à-vis des « simples » nationaux de l’un ou de l’autre pays. Sans même évoquer le fait qu’il puisse choisir à sa guise et changer d’avis en fonction des circonstances, des situations personnelles à la conjoncture géopolitique.
Que ce double statut échoit, comme à beaucoup, par la naissance, le hasard ou un parcours particulier ne doit pas cacher qu’il s’agit, une fois advenu, d’un choix explicite, et qu’il faudrait assumer tel : mais vu les avantages procurés, on comprend que les hésitations ne soient pas longues.
Toutes les bonnes âmes qui ânonnent qu’il s’agirait d’en finir avec le « droit du sol », de créer des « Français de seconde zone », de « stigmatiser une partie de la population », etc., opèrent donc, souvent à dessein, un contre-sens fâcheux, sinon suspect : les français (ou les algériens, ou les portugais ou les brésilens) de « seconde zone » (!) sont bien ceux qui n’ont qu’une seule nationalité, quelle qu’elle soit. S’il y a inégalité, elle est bien en faveur des binationaux, certainement pas l’inverse. L’égalité dont ils se réclament à hauts cris, le maintien strict du « droit du sol » (contre le « droit du sang » ?) qu’ils revendiquent, exigeraient, en toute rigueur, une interdiction, ou en tous cas de fortes restrictions, de tous ces avantages absolument indus (puisque la plupart se sont donnés, pour tant de bien, seulement la peine de naître – et de prendre l’avion).
L’extension de la déchéance de nationalité, de ce point de vue, n’est donc qu’une minuscule égratignure faite à ces privilèges, dans un pays pourtant réputé pour ne pas les avoir ménagés dans son histoire. Et ceux qui la dénoncent, invraisemblablement, comme une insupportable atteinte aux droits de l’Homme sont les défenseurs d’une caste, dont ils sont les lobbystes duplicites ou faussement naïfs, qui ne semble regrouper, bizarrement, que les franco-maghrébins . C’est ce que l’on appelle une auto-stigmatisation, et l’habitude semble en être définitivement prise.

Cette « ligne de défense » douteuse a été systématiquement mobilisée, particulièrement par les musulmans que la lutte contre l’islamisme ordinaire (et non seulement le terrorisme armé) ne semble toujours pas préoccuper outre mesure. Littéralement délirante, cette posture ne peut évidemment que jeter le trouble sur ses objectifs, puisqu’elle fait fonction de tir de barrage visant, comme tous les délires, à ne pas donner prise à la réalité, ou plutôt aux réalités.
Parmi celles-ci tous les enjeux qui ont trait à l’émigration / immigration, tant pour les pays d’arrivée que pour ceux de départ, dont il est rarement fait état. Il est d’ailleurs confondant que l’Algérie ait inscrit il y a quelques jours dans sa Constitution l’interdiction de l’accès à des postes importants aux doubles nationaux, sans que cela ait entraîné ici des suffocations comparables chez nos binationaux.
Mais c’est bien plus de l’opportunisme musulman dont il est véritablement question et du projet politique de ceux qui s’en réclament, et pas tellement de nationalité, d’administration ou de passeport. Quelle que soit l’idée que l’on se fait d’une collectivité, elle ne peut que rassembler des gens participant à un même projet collectif, et qui les définit en retour. Sinon elle n’est qu’un agrégat en voie de dislocation, c’est-à-dire un chaos.

J.H.