Revenu d’existence, salaire à vie : fausses utopies ?

Livre collectif
mardi 27 février 2018
par  LieuxCommuns

« Revenu d’existence, salaire à vie : fausses utopies ? » est un recueil de quatre articles indépendants mais critiquant tous, de différents point de vue, le principe d’un « revenu garanti » à vie. Il est téléchargeable ci-dessous.
Nous le diffusions en même temps que le site « Île-de-France Décroissance »
Ci-dessous, le résumé, la quatrième de couverture, la table des matière et le résumé de chaque article.


L’avant-dernier texte, de Lieux Communs, « Sur les fondements idéologiques et les destinées politiques du revenu d’existence » est aussi disponible ici.


Résumé

Le principe d’un revenu versé à chacun tout au long de la vie est ici critiqué selon plusieurs approches complémentaires toutes inspirées du point de vue de la décroissance. Les différentes variantes d’une telle mesure se présentent comme des utopies accessibles, mais souffrent toutes d’une réflexion inaboutie qui laisse dans l’ombre aussi bien les enjeux économiques et les soubassements idéologiques que les transformations souhaitables de la société.
RevenudExistenceSalaireaVieFaussesUtopies

Quatrième de couverture

Devant la crise du travail, diverses revendications sont apparues, notamment le salaire à vie, mais c’est surtout la perspective d’un revenu d’existence (ou de base, ou universel) qui s’affirme, se répand et s’expérimente à différentes échelles un peu partout sur la planète.

Beaucoup d’écologistes et de décroissants y voient le moyen d’en finir avec une société productiviste, mécanisée et déshumanisée qui ravage nos vies et détruit ses propres conditions d’existence. Garantir à chacun un revenu à vie permettrait ainsi à la fois à l’individu de se réapproprier son existence, à la collectivité de repenser ses priorités et à l’espèce de ne pas compromettre sa survie à moyen terme.

Ce livre entend s’attaquer à ces illusions en démontant leurs argumentaires habituels, qu’ils soient économiques, politiques, écologiques ou idéologiques. Il rassemble des contributions de militants inquiets de voir se propager une idée qui ne peut qu’éloigner le travailleur de son travail, le citoyen de sa société, l’humain de sa condition.

Revenu d’existence, salaire à vie : fausses utopies ? est une analyse rigoureuse, à plusieurs voix, d’une auto-mystification, en même temps qu’un appel à la lucidité destiné à ceux qui se réclament encore de l’émancipation individuelle et collective.

Table des matières

Résumé des articles

Préface

Revenu inconditionnel d’existence, salaire à vie et décroissance
(Jean-Luc Pasquinet)

I – Le RIE : une revendication qui se veut « décroissante »
parce qu’elle remet en cause la centralité donnée au travail

II – De la reconnaissance de l’utilité sociale de tous les citoyens
au lieu de « l’eugénisme social » actuel, et du rejet de la centralité
du travail comme seule source de la reconnaissance sociale

III – Contre la centralité donnée au travail :
L’enjeu est-il de remettre en cause la centralité du travail,
le travail lui-même ou bien encore le travail abstrait ?
Et pour quoi faire ?

IV – Cette proposition pourrait-elle au moins accompagner un
changement de société vers la décroissance, à défaut
de pouvoir transformer elle-même l’ordre social, économique
et politique actuel ?

V – Quel type de changement(s) la décroissance induit-elle
et surtout comment peu(ven)t-il(s) s’effectuer ?

VI – Le Revenu inconditionnel d’existence est-il un facteur
d’émancipation ? La culture du narcissisme en question.

VII – Le salaire à vie ou salaire social : une revendication « intégralement anticapitaliste » ?

VIII – Les points clefs du scénario : le principe de la cotisation
est-il « révolutionnaire » et anticapitaliste ?

IX – Quelques objections

X – Analyse

Conclusion

Annexes

Théorie de la valeur et fin du travail : les apories du revenu universel
(Jérôme Vautrin)

I – Présentation générale du revenu universel

1 - Une brève histoire du revenu universel

2 - Les différentes formes du revenu universel

3 - La question du montant : marqueur politique du revenu universel

4 - Le financement du revenu universel

II – Les termes du débat

1 - Les objections classiques

2 - Le problème de l’absence d’une théorie de la valeur

3 - Aspects philosophiques
Sur les fondements idéologiques et les destinées politiques du revenu d’existence
(Quentin, de Lieux Communs)

I – De l’utopie aux réalités

1 - Des richesses inépuisables... sur une planète en cours de dévastation

2 - Se désaliéner du travail et de la croissance... par l’augmentation de la productivité

3 - Pour une société du temps libre... et l’industrialisation de l’existence

4 - Pour une société fraternelle... en voie de dislocation

II – Les soubassements idéologiques de la Rente Universelle

1 - le Progressisme

2 - Le Technicisme et l’Économisme

3 - Le Travail

4 - L’Anomie

III – Les destinées possibles de la Rente Universelle

1 - Un leurre durable pour le « peuple de Gauche »

2 - L’instauration d’une société oligarchique

3 - L’hypothèse impériale

Pour un service civil universel couplé à un revenu de citoyenneté
(Marie-Christine Gamberini)

I – Le piège de l’inconditionnalité

1- La « richesse » : des définitions contrastées

2- Les conditions d’une véritable universalité

II – La question du « contrôle »

III – La durée du service civique

IV – Quelles tâches d’intérêt général ? Vers une conception rénovée du « service public »

V – La problématique des délais et de la transition

À défaut de conclusion...

Résumés des articles

Revenu inconditionnel d’existence, salaire à vie et décroissance

Ce texte a d’abord pour ambition de présenter le revenu d’existence et ses avatars, il questionne les ambitions des décroissants d’en faire un levier pour provoquer un changement de société ou au moins de l’accompagner. Il remet en place ce projet dans une société dominée par la valeur comme forme prise par la richesse, et le travail abstrait totalement découplé des limites de la biosphère. Le revenu d’existence pose bien la question des limites de cette centralité accordée au travail, mais comme beaucoup d’innovations « techniques », dont l’issue fut différente des ambitions de départ, ne risque-t-il pas de réformer ce système plutôt que de le transformer ? Nous avons aussi rajouté une analyse du salaire à vie, un « concurrent » du revenu d’existence, une autre proposition d’un nouveau type de revenu qui se veut « révolutionnaire » dans un monde qui ne l’est plus. La décroissance correspond plus à une « rupture culturelle » sans qu’on sache clairement ce que cela signifie et elle questionne d’abord le secteur de la production, ce qui est produit, plutôt que la distribution.

Théorie de la valeur et fin du travail : les apories du revenu universel

Dans un contexte de transformation profonde du monde du travail et de raréfaction des emplois salariés, la notion de revenu universel acquiert une remarquable visibilité dans l’espace médiatique. Sa mise en place semble de plus en plus faire consensus au sein de mouvements politiques de sensibilités diverses et il est d’usage de distinguer une version libérale et une version de gauche, supposément plus généreuse. Le présent article veut montrer que cette dernière version se heurte à deux difficultés théoriques fondamentales : l’absence de réflexion sur l’origine de la valeur et l’illusion de la fin du travail. Sous couvert d’une remise en question de la centralité du travail dans nos sociétés, il s’agit en fait d’en finir complètement avec le travail comme source et origine de la valeur. Les difficultés que nous voulons soulever ici témoignent non seulement d’une conception hors-sol de l’économie mais révèlent le non-dit d’une telle proposition, fût-elle supposément de gauche : qu’il s’agit bel et bien d’un projet libéral.
Sur les fondements idéologiques et les destinées politiques du revenu d’existence

Cet article veut examiner la revendication d’un revenu d’existence en partant de son idéal, identifié comme une Rente Universelle. Ce fantasme est confronté aux réalités de nos sociétés ruinant leurs ressources naturelles, délabrées par le déploiement sans limite de la technoscience, anesthésiées par l’industrie du divertissement et au bord de l’émiettement anthropologique. L’inadéquation d’une telle revendication permet d’interroger l’idéologie qui la sous-tend. Sont ainsi dégagées les grandes caractéristiques qui permettent d’identifier une matrice commune à la visée marxiste et aux postulats capitalistes, semblable à un « communisme de consommateur ». Le devenir du revenu d’existence est enfin envisagé selon trois possibilités, éventuellement consécutives : constitution d’un mythe mobilisateur pour la « gauche », mise en place de la version « libérale »/charitable, accompagnement de la réapparition de mécanismes impériaux millénaires signant la sortie de la modernité.

Pour un service civil universel couplé à un revenu de citoyenneté

La quasi-totalité des réflexions autour d’un revenu inconditionnel se situent implicitement dans un cadre national pour ce qui est des bénéficiaires, tout en faisant abstraction de la part d’esclavagisme néocolonial, voire d’esclavagisme tout court, inhérente à la définition actuelle de la richesse telle qu’elle est censée devoir ou pouvoir être redistribuée. Posant que l’attachement aux valeurs de liberté, d’égalité et de solidarité reste primordial et largement partagé, le présent article cherche à explorer les conditions auxquelles un genre de revenu universel pourrait concrètement y satisfaire. Il défend aussi l’idée qu’en matière de mise en œuvre des mesures définies comme désirables, une progressivité excessive et un fort étalement dans le temps, loin de constituer la marque d’un pragmatisme raisonnable, restent le plus sûr moyen de tuer dans l’œuf ces mesures et leurs objectifs.

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