Islamisme, totalitarisme, impérialisme (1/3)

mardi 15 août 2017
par  LieuxCommuns

Ce texte fait partie de la brochure n°21bis « Islamismes, islamogauchisme, islamophobie »
Seconde partie : Islam, extrême-droite, totalitarisme, de la guerre à la domination

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Sommaire :

  • Islamisme, totalitarisme, impérialisme (Analyse) — ci-dessous...

N’y a-t-il pas meilleur symbole de soumission à l’impérialisme musulman que l’image du peuple algérien qui se prosterne cinq fois par jour vers son conquérant situé en Arabie ?

Pourquoi je ne suis pas musulman,
Ibn Warraq, éd. L’Âge d’Homme, 1999, p. 249

L’ambition de ce texte est d’avancer quelques éléments d’analyse à des fins de compré­hension du phénomène islamiste. Cela exige de se défaire d’un certain nombre d’idées reçues, fruits d’un arbre dont les racines idéologiques ne seront pas analysées ici [1]. Mais trois d’entre elles, particulièrement saillantes, méritent cependant d’être citées dans cette introduction afin de clarifier notre propos.

Aborder l’islamisme : trois idées reçues

La première consiste à croire que le mode de vie des sociétés occidentales incarne « l’idéal » des sociétés humaines – autrement dit que leurs attraits prouvent que, comme on l’entend souvent, « au fond tout le monde veut vivre tranquille » avec sa famille, sa maison, son chien et, sous-entendu, toute la société de consommation. Cet ethnocen­trisme touchant veut ignorer la marche de l’Histoire tout autant que la complexité du psy­chisme humain : si le confort et l’indifférence peuvent effectivement anesthésier quelque temps la quête de sens, le besoin d’appartenance, les tendances à la domination et à l’ac­caparement, les poussées meurtrières et le désir de mort, ils ne les suppriment pas.

La seconde, implication logique de la première, serait que les désordres du monde, ses violences, son chaos et, partant, l’islamisme, trouvent leurs sources dans ce même Occi­dent, ses imperfections transitoires, ses difficultés d’accès et que, par conséquent, lui seul serait à même de les résoudre. C’est là confondre l’influence de l’aire occidentale sur la marche du monde d’un côté et les réactions qu’elle suscite de l’autre. Ces réactions sont aussi diverses que la multitude des sociétés et des cultures qui doivent en assumer l’entière responsabilité : l’islamisme appartient à l’islam [2] comme l’ère Meiji au Japon.

La troisième idée reçue voudrait réduire, certes de plus en plus difficilement, l’isla­misme au terrorisme, préférant nier ce qu’il faut bien se résoudre à appeler la progressive islamisation de nos sociétés par des voies civiles. Bien loin des violences spectaculaires, ce phénomène lancinant, quotidien, harassant est une lame de fond sans véritable centre, un mouvement capillaire mettant en résonance des millions de musulmans aux quatre coins du globe. Ce qui les oriente est bien connu : une adulation sans borne pour un chef de guerre appelé Mahomet, l’adoration d’un « Saint Coran », l’obsession du pèlerinage à La Mecque – un prosélytisme compulsif. Depuis une centaine d’années s’observe une Résurgence de l’islam vers laquelle converge une myriade d’actes apparemment sans liens entre eux : c’est un voile qui se met, une ambiguïté qui s’affiche, une entraide qui se com­munautarise, une consommation qui se « hallalise » ou des pratiques liturgiques (fêtes, jeûne, prières...) qui s’étendent, se systématisent, se durcissent. L’islamisme est ce courant historique, si fascinant par son immanence qu’il semble constituer le sens de l’Histoire. Il paraît mimer les formes du mouvement ouvrier européen et américain du XVIIe au XXe siècle, dernière vague de ce courant d’émancipation qui a révolutionné si singulièrement les sociétés occidentales depuis le haut Moyen Âge, portant les idéaux humains à un point inégalé. C’est dire si l’islamisme, par la formation de contre-sociétés, est amené à transformer à son tour et en profondeur toutes les sociétés où il se déploie [3].

C’est donc à une véritable dynamique civilisationnelle que nous nous affrontons, et que nous devons comprendre. C’est l’objectif des quelques remarques qui suivent, nulle­ment définitives.

La première partie interroge l’islamisme contemporain du point de vue de l’analyse du phénomène totalitaire : si l’islamisme peut effectivement être qualifié à plein de nouveau totalitarisme, il présente des traits résolument étrangers au totalitarisme historique qui poussent aussi bien à interroger ce dernier que les singularités de l’islamisme qui l’en éloignent. C’est l’objet de la deuxième partie, qui dégage la notion d’impérialisme au sens historique du terme pour tenter de cerner, sous ses aspects totalitaires, cette tentative de ré-instauration d’un Califat millénaire. C’est enfin la dimension éminemment religieuse de celui-ci qui est explorée dans la troisième et dernière partie, notamment en remontant aux origines du monothéisme, terreau du millénarisme – cet activisme qui veut en finir avec l’Histoire.

I – L’islamisme comme totalitarisme

Si le fait de qualifier l’islamisme de totalitarisme n’est pas novateur [4], et devient même courant aujourd’hui sans faire plus question, les implications et les apories que cela soulève pour la pensée politique sont toujours laissées dans l’ombre.

Le totalitarisme comme expansion illimitée de la maîtrise rationnelle

Ramassons avant tout en quelques lignes les caractéristiques d’un régime totalitaire. Celui-ci naît d’une tabula rasa, qu’elle soit provoquée par des chocs historiques préa­lables ou activement recherchée par une aspiration à la guerre totale. C’est d’un tel ébran­lement que surgit un pouvoir qui vise l’Unité de la société, c’est-à-dire son asser­vissement complet par son État, et la fusion de celui-ci au Parti, à son Appareil et à son Sommet. L’idéologie, monolithique et ininterrogeable, est imposée, martelée, incorpo­rée et cherche non l’assentiment mais bien la reddition des âmes, par le mensonge offi­ciel, l’endoctrinement, le dressage, la terreur et l’établissement d’un arbitraire absurde qui vide de tout sens l’existence quotidienne. C’est bien entendu le règne de la délation, des polices et des déportations de populations entières, des camps de travail et des massacres systématiques d’extermination. Ce « Mal Absolu » pour H. Arendt, ce «  Monstrueux  » pour C. Castoriadis, a été identifié comme le retournement d’une logique d’origine occidentale contre l’Occident lui-même et l’émancipation dont son histoire est porteuse.

De multiples analyses en ont été faites, mais celles de C. Castoriadis nous semblent contenir les éléments les plus pertinents et, comme nous le verrons, amener des ré­flexions fécondes insoupçonnées [5].

L’institution du totalitarisme, une des sinistres créations du XXe siècle, constitue pour lui le lieu du déploiement sans limite d’un élément idéologique d’origine occidentale : la recherche aveugle de l’expansion illimitée de la maîtrise rationnelle, qui a émergé au sortir de la Renaissance. Cette tendance au contrôle incessant des hommes comme des choses se retrouve dans le développement de mécanismes capitalistes, la course techno-scientifique ou l’exercice des pouvoirs étatiques. Mais cette logique rencontre dans la société des droits (les « Droits de l’Homme » sont essentiellement une protection contre l’État), des luttes (les mouvements ouvriers contre la réification au travail), des limites posées par les traditions, la résistance des gens ordinaires, et tous les réflexes, mentalités, principes et institutions que les luttes pour l’émancipation ont arrachés aux régimes européens successifs depuis au moins quatre siècles. Ce rapport de force n’existe pas, ou plus, sous régime totalitaire, qui balaie toute source de conflictualité pour instaurer une société totalement sous contrôle rationnel – c’est-à-dire totalement délirante (la Corée du Nord l’incarnant jusqu’à la caricature).

Convergences historiques avec le nazisme

Cette analyse permet de lire en première approche ce qui advient aux régions et pays musulmans : la tradition islamique classique, « clôturée sur elle-même, inévitablement dogmatique, théocentrique et autoréférentielle » [6], subit depuis un ou deux siècles une influence occidentale qui provoque une crise existentielle sans précédent, livrant les populations désarmées et sans pratiques émancipatrices endogènes à la folie illimitée des despotes locaux qui se servent efficacement de tous les leviers techniques ou institution­nels apportés par l’Occident [7]. Les informations qui filtrent des régions du monde où do­mine l’islamisme d’État ou capillaire, ce que l’on sait du fonctionnement des institutions, des groupes et des escadrons djihadistes qui s’en réclament, ce que donnent à voir les procédés de propagande grossiers ou feutrés, et l’impression qui ressort des confronta­tions d’avec les mentalités néo-musulmanes ordinaires convergent pour dessiner sans trop de difficulté les contours effectifs d’un nouveau totalitarisme.

Sa formation est d’ailleurs concomitante avec celle des deux autres, national-socialiste et bolchevique [8], et les liens historiques avec le nazisme (et le fascisme) ont d’ailleurs été largement établis ; qu’il s’agisse de la proximité des appareils mussolinien et hitlérien avec des leaders arabes comme Rachid Ali el Gaylani, Mohammad el-Maadi ou le grand Mufti de Jérusalem (ce dernier jouant un rôle non négligeable dans la « Solution Finale »), de l’organisation de pogrom antisémites, de la formation de corps armés musulmans au service de l’Axe, de l’intégration massive des gradés nazis dans les services gouvernementaux arabo-musulmans après la guerre ou encore du soutien actif de leurs sympathisants à la cause palestinienne [9]. L’hystérie musulmane anti-juive, que l’on verra ontologique, a même été largement sous-estimée par le Führer – on passera sur les succès toujours renouvelés depuis en terres musulmanes de Mein Kampf et des Protocoles des sages de Sion.

Mais, quelles que soient ces convergences manifestes, les régimes iranien et saoudien présentent, à l’instar du fascisme italien, les caractéristiques d’un totalitarisme « incom­plet » et notamment l’absence de massacres systématiques de leurs propres populations. Plusieurs facteurs permettraient de l’expliquer. Le principal nous semble résider dans la spécificité de leur économie presque exclusivement fondée sur les rentes d’hydrocar­bures ; cette manne permanente et abondante ne requérant aucun effort particulier a pu accompagner les caractéristiques encore semi-féodales (voire franchement esclavagistes) de ces régions. Ainsi y aurait été limitée la pénétration de l’univers mental capitaliste, et principalement le levier démultiplicateur que représente le monde de l’usine, micro­société totalitaire où s’expérimentent le contrôle tendanciellement absolu de l’organi­sation, la maximisation de l’emprise de la machine, la rationalisation scienti­fique des gestes et des comportements des travailleurs.

Similitudes analytiques avec le bolchevisme

Quoi qu’il en soit de ces régimes finissants [10], ils semblent avoir provoqué en écho un réveil de l’islam sunnite, et l’islamisme du XXIe siècle au Nigeria, et du Maghreb au Philippines en passant par l’Afghanistan, se présente sous un autre jour. C’est avec l’URSS que le rapprochement pourrait être le plus pertinent, particulièrement du point de vue de leurs conditions d’émergence.

Car l’Allemagne des années 1920-1930 était une société « seulement » désorientée et en crise, le parti nazi héritait d’un État fonctionnel et d’un peuple pour une bonne part alphabétisé, éduqué, cultivé et à forte identité lui permettant de parasiter la société et d’y développer à plein le délire d’un « véritable » totalitarisme [11]. Il en va tout autrement des bolcheviques russes de la même période, dont le pays était littéralement dévasté et déci­mé par la première guerre mondiale, la déliquescence de l’État tsariste et les ravages de la guerre civile. Le régime a dû véritablement construire un État (sur le modèle du Parti) et, de la même manière, tenter de mettre sur pied une société de haut en bas, l’équiper, la structurer, et surtout la faire tenir ensemble en créant de toutes pièces un lien social qui dépasse les particularismes. Cette situation si singulière d’exclusion de tout héritage moderne qui semble avoir laissé libre cours en URSS à d’autres logiques sociales que « purement » totalitaires – nous y reviendrons – paraît se retrouver dans les régimes issus du djihadisme : les Talibans d’Afghanistan et du Pakistan, l’État Islamique d’Irak et de Syrie, Boko Haram ou l’Émirat du Caucase de Tchétchénie règnent sur des territoires et des populations ruinés sinon dévastés, du moins en voie de l’être, et des modes de coexistence traditionnels hautement déstabilisés par la pénétration de la culture occi­dentale et l’échec répété des décolonisations. Ces situations de chaos profonds et étendus, à de multiples niveaux, ce démembrement social, semblent être, comme pour la Russie, un des ressorts principaux de l’établissement de régimes totalitaires, et surtout auto-entretenus, ce dont certains théoriciens djihadistes semblent avoir pleine conscience [12].

La suite des événements dira si l’islamisme contemporain est capable de construire un régime totalitaire classique ou «  pur  » sur le modèle nazi (par exemple en Turquie) ou si ses déterminations le conduiront à élaborer une forme plus proche du type bolchevique. Nous ne sommes qu’au début d’un réel ancrage territorial – et celui-ci pourrait prendre des formes inédites – mais déjà certaines de ses caractéristiques intrinsèques pousse­raient plutôt à opter pour la seconde option.

Un totalitarisme baroque

Car si l’islamisme contemporain peut être assimilé dans un premier temps à un totali­tarisme, même singulier, il possède des particularités « nouvelles », en tous cas trou­blantes et maintenant familières.

D’abord, et bien que ce premier point semble encore peu assuré, il ne semble pas que l’on retrouve dans l’islamisme cette mobilisation totale, permanente et passionnée des masses au-delà du raisonnable qui a caractérisé les totalitarismes (y compris iranien). Même dans le cas de l’État Islamique, le djihad armé reste le fait de groupes, d’esca­drons, de bataillons professionnels ou en tout cas de recrues fanatisées alors que les populations, qui ne sont pas toutes enrôlées, ne sont assignées « qu »’à un rôle de soutien, de production et de propagation du dogme [13]. De la même manière, on n’y observe pas ces sinistres « camps de rééducation », les prisonniers semblant juste massivement éliminés.

C’est ensuite et surtout le statut de la rationalité dans les courants islamistes. Tous les totalitarismes historiques, ainsi que leurs dérivés, étaient des hyper-rationalismes  : le nazisme se réclamant des prétendues lois de la Nature « révélées » par Ch. Darwin tandis que le marxisme-léninisme se fondait sur celles de l’Histoire « découvertes » par K. Marx. Tous croyaient réellement et passionnément à l’efficacité de la rationalité, même non-immédiatement instrumentale, et se sont échinés à essayer de former eux-mêmes des individus capables, a minima, d’entretenir et de faire fonctionner des tech­niques et des sociétés complexes (qui n’ont reposé finalement que sur une mince élite technocratique héritée de la période antérieure ou importée – exfiltrations des ingénieurs nazis). Par contre, une société seulement semi-moderne comme le sont les sociétés arabo-musulmanes [14] et possédée totalement par l’islam, religion d’un obscurantisme mé­diéval qui revendique haut son obscurantisme ingénu, se trouvera immédiatement devant une impasse anthropologique, induisant pour perdurer une schizophrénie collective déjà familière à ces milieux, et l’exaspérant [15].

La situation est strictement la même quant aux finalités : tous les totalitarismes du XXe siècle étaient des hyper-progressismes qui annonçaient des temps radieux tels que l’humanité n’en avait jamais connus, une sophistication inouïe de la technologie, de la science, du savoir, de la culture, de l’Art. L’islamisme ne propose qu’un retour nostalgique à la geste prophétique de son « Âge d’Or » de la domination – et semble, comme cela a toujours été le cas, ne pas pouvoir se maintenir sans parasiter ou piller de toutes les façons les sociétés alentour ou établir diverses situations de rentes [16]. De ce point de vue, il y a une économie de moyen, en tout cas une cohérence, que l’on verra profonde : il ne s’agit plus de se réclamer du Socialisme étincelant ou du Reich glorieux pour mieux installer l’esclavage industriel, mais plus sereinement de promettre le Paradis – en créant l’Enfer sur Terre.

Cet aspect fruste, pour finir, est décuplé par la barbarie elle-même (supplices, égorge­ments, esclavage, viols systématiques, pédophilie, etc.). Bien sûr, elle avait été pratiquée par les totalitarismes et souvent exigée de toute nouvelle recrue, mais le fait nouveau est qu’elle est là assumée en tant que telle et surtout mise en spectacle comme élément de propagande. La force brute, la violence directe et la terreur deviennent, en elles-mêmes, des valeurs positives. Faits massifs et maintenant quotidiens qui provoquent perplexité, tétanie, déni chez tout observateur lambda – ou fascination.

Un en-dehors de l’Occident

Il est très difficile, sinon impossible, de voir à l’œuvre dans ces différents aspects des dynamiques collectives propres aux totalitarismes du passé tels qu’ils ont émergé en Eu­rope et en Russie. Tous ces signes, avec d’autres que l’on abordera plus loin, pointent vers un en dehors, un ailleurs de l’Occident, et relèvent de conceptions très extérieures à une modernité, même débilitante, telle qu’elle s’était auto-secrétée depuis la fin des guerres de religion [17].

En réalité, comme pour un nombre croissant de phénomènes apparus depuis au moins la fin de la deuxième guerre mondiale et qui débordent des cadres sociopolitiques hérités, la compréhension de ce qui se joue là exige une sortie des cadres de la pensée contem­poraine fortement occidentalo-centrée – le phénomène totalitaire y invitait déjà. Cela revient à renouer avec l’histoire longue telle que tous les penseurs de la modernité la concevaient, et que le progressisme commun à l’hégeliano-marxisme et au libéralisme a durablement figé. Il nous faut donc rompre avec les certitudes d’une cumulation de l’histoire humaine se dirigeant, cahin-caha et de manière asymptotique, vers une société mondiale régie par la justice et la liberté, et donc quitter les rives confortables de l’ethnocentrisme occidental afin de considérer l’existence d’autres civilisations existantes ou possibles, passées ou futures.

(.../...)

Deuxième partie disponible ici


[1Quelques éléments ont été avancés dans « La confusion occidentale » (brochure n° 19, Malaises dans l’identité, mai 2012) ainsi que dans « Les racines de l’islamo-gauchisme », ci-avant p. 23 sqq.

[2Cf. l’introduction générale « L’Occident au pied du mur », brochure n° 21, novembre 2015. Nous y pointions trois facteurs « explicatifs » de l’islamisme, sur fond de pic démographique musul­man : discrédit de facto du dogme mahométan face à la rationalité ; échec des entreprises moderni­satrices des décolonisations en terres d’islam ; affaiblissement du projet émancipateur de l’Occident interprété comme une impasse. Voir également « Brève histoire de l’islamisme », infra, p.10

[3Cf. Ch. Caldwell, 2011 ; Une révolution sous nos yeux : Comment l’islam va transformer la France et l’Europe, éd. du Toucan, ainsi que les constats dressés par P. Manent dans Situation de la France (Desclée de Brouwer, 2015).

[4Cf. l’inaugural A. Del Valle, Le totalitarisme islamiste à l’assaut des démocraties, préface de Rachid Kaci, éditions des Syrtes 2002.

[5On trouvera une synthèse remarquable de son cheminement intellectuel dans « Le régime social de la Russie », 1978, in Domaines de l’homme, Les carrefours du labyrinthe II, Seuil 1986, réed. 1999, p. 215.

[6H. Redissi, « Islam et modernité » in Geneviève Gobillot (dir.), Monde de l’Islam et Occident, les voies de l’interculturalité, EME, Bruxelles, 2010, disponible sur notre site.

[7Cf. « L’Occident au pied du mur », op. cit.

[8La branche occidentale, représentée par les Frères Musulmans, est formée en Égypte en 1928, et la branche indo-pakistanaise, le Tabligh, est créée en Inde en 1927.

[9Cf. Fabei S. 2005 ; Le faisceau, la croix gammée et le croissant  ; Akribéa et Kündel M. 2002 ; Jihad et haine des Juifs. Le lien troublant entre islamisme et nazisme à la racine du terrorisme international, éd. du Toucan.

[10Ils semblent tous deux ne plus avoir de soutiens populaires conséquents, ce qui rappelle la situation de l’URSS à partir des années 60-70 : l’élan millénariste ne semble pas pouvoir se perpétuer au-delà d’une génération. Mais on aurait tort d’en conclure que l’expérience islamiste échaude les popula­tions, puisqu’on voit l’Algérie se ré-islamiser, moins de quinze ans après la fin de la décennie noire.

[11Cf. « Les destinées du totalitarisme », 1983, in Domaines de l’homme, op. cit.

[12Cf. les principes contenus dans L’Administration de la sauvagerie : l’étape la plus critique à fran­chir par la Oumma (Idârat at-Tawahhuch : Akhtar marhala satamurru bihâ al-Umma) publié en 2004 par Abu Bakr al-Naji, et décortiqué dans le travail de Frantz Glasman « Vie locale et concur­rence de projets politiques dans les territoires sous contrôle de l’opposition, des djihadistes et des kurdes en Syrie », octobre 2014, p. 33-34. L’extrême difficulté qu’ils ne peuvent que rencontrer à installer des équipements, des infrastructures et des institutions viables risque de nourrir plus en­core leurs perspectives apocalyptiques, sans cesse alimentées matériellement par toute une série de rentes (géopolitiques, géographiques...), notamment d’hydrocarbures pour l’EI, « cadeaux d’Allah ».

[13Ibidem. Gagner la « sympathie des masses » lui paraît même passablement inutile.

[14La formule est de H. Redissi, op. cit.

[15C’est-à-dire produisant en série cet « homme du ressentiment » nietzschéen que relevait opportuné­ment A. Meddeb (in La maladie de l’islam, 2002, Points, p. 18-20), à l’origine des vagues totali­taires.

[16Cf. L’exception islamique, op. cit. Élément déjà pointé dans le champ intellectuel par E. Renan.

[17Ces divergences profondes d’avec l’imaginaire occidental sont un facteur supplémentaire d’incom­préhension de la situation ; elles fondent souvent l’appel à des catégories psychiatriques pour appré­hender des phénomènes jusqu’ici seulement observés dans des psychopathies individuelles, ou poussent à affirmer l’impossibilité pour l’entreprise djihadiste de parvenir à ses fins – sinon son irréalité. On pense également à Olivier Roy, brillant islamologue qui annonçait il y a plus de 25 ans la fin de l’islam politique, pour qui la décapitation dans le monde musulman ne peut qu’être inspirée par le film Highlander (« L’attrait du djihad, un nihilisme générationnel qui dépasse la sphère musulmane », Le Monde, 26.09.14.)


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