En banlieue, l’islamisme élémentaire (2/2)

jeudi 15 septembre 2016
par  LieuxCommuns

Ce texte fait partie de la brochure n°21 « Islamismes, islamogauchisme, islamophobie »
Première partie : L’islam à l’offensive, de la prédication à la guerre

IslamismesI

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Sommaire :

  • Introduction générale : L’Occident au pied du mur
  • En banlieue, l’islamisme élémentaire (Entretien) — ci-dessous...
  • Islamophobie : la contre-enquête (Recension)

Première partie disponible ici

(.../...)

C’est dans ce contexte que tu as vécu les attentats de janvier contre Charlie Hebdo et l’Hyper Casher.

Tiens, justement, une semaine après j’étais ensuite en remplacement dans une classe de CM1, je demande au directeur de cette école élémentaire où il a affiché la Charte de la Laïcité, obligatoire dans toutes les écoles : « Ah ouais, je l’ai enlevée mais je vais la remettre, j’avais plus de place pour les autres affichages... ». Classe, hein ? Un autre dirlo, à un moment où je fais faire une enquête aux gamins sur les symboles de la République : « Un buste de Marianne ? Une photo du président de la République ? Je ne vois pas de quoi tu parles. J’ai la photo de Ben Ali dans mon bureau mais pas de buste de machinchose...  ». C’était un marrant, lui... La seule directrice que j’ai rencontrée qui était très claire sur ces questions et tentait tant bien que mal de ne rien laisser passer avait une réputation de raciste, d’islamophobe dans le quartier et parmi les enseignants maghrébins de son école. Pour tout dire elle était à un an de la retraite et était ravie de se casser enfin de là car l’ambiance devenait de plus en plus malsaine pour elle... Depuis, elle a déménagé.
Bref, pour beaucoup de parents les attentats de janvier, l’application de la fatwa qui pesait sur Charlie Hebdo, c’était le non-événement, il ne s’était rien passé, ou alors la peur, mais pas la peur des terroristes : la peur d’être stigmatisés ! Et bien sûr tout le tralala « L’islam c’est pas ça » et gnagnagna... Agrémenté de l’hystérie anti-juive et complotiste du genre « entre nous on sait qui est derrière tout ça... c’est pour nous salir une fois de plus », et de déverser leur vase nauséabonde, paranoïaque et délirante à propos des juifs qui tiennent le monde, etc. Je n’ai eu qu’un exceptionnel et salutaire « J’ai honte d’être musulmane » d’une maman, deux jours après les massacres – je pense qu’elle s’en est remise, depuis, faut pas trop s’inquiéter pour elle... Du côté des personnels de service et enseignants, j’ai vu une dame de service qui portait le voile habituellement et qui le 8 janvier le retire... « par peur d’être vic­time d’un acte d’islamophobie ». Le lendemain, elle le remet, tout va bien finalement, tranquilles les françaouis en fait ! Ce qui m’a le plus frappée venant des parents c’est leur indifférence au moment de ces événements ; j’ai vraiment vécu cela comme l’expression forte et naturelle du clivage incorporé du « eux » et du « nous ».

Et du côté des gamins ?

Du côté des gamins, il y avait d’abord le « No comment », silence mutique. J’ai organisé quelques débats avec des CM1 notamment, et des CM2 ensuite : « C’est pas nos affaires, on sait pas... ». C’était surtout la réaction des filles, qui étaient quasi­ment prostrées pendant le débat, les petites filles dont les papas sont plus que jamais en tenue djihadiste. Donc elles, c’était plutôt : on attend que ça passe, vivement qu’on fasse des maths. Autre réaction : le « Oui, mais », le « oui mais » des Frères musul­mans : « Oui, non ce n’est pas bien ce que les terroristes ont fait, mais… Mais les journalistes n’avaient qu’à pas… Mais quand même l’islam a été attaqué… » Théorie du complot aussi : « Oui, mais c’est parce qu’Israël… oui, mais c’est parce que les juifs... ». Des gamins de 9, 10 ans fantasmant sur le conflit israélo-palestinien, qui vous en parlent, qui se positionnent clairement. Un exemple de ce qu’ils m’ont écrit (je les fait écrire là-dessus après un débat), je lis : « Ils ont pas le droit de tuer, mais Charlie Hebdo dessine des choses pas bien, donc tout le monde manifeste. La police a pu les arrêter, je suis pas d’accord avec les terroristes parce qu’ils tuent, mais je suis pas d’accord avec Charlie Hebdo car ils dessinent le prophète Mohammed et ça ça se fait pas. » Deuxième petite rédaction : « Moi je pense que les terroristes ont raison car ils n’ont pas besoin de critiquer l’islam. Je pense qu’ils feraient mieux de faire des dessins qui sont sans rapport avec les prophètes et l’islam, et dans les cari­catures, ils vont trop loin. Donc je pense qu’ils feraient mieux d’arrêter ça et ils seront tranquilles. » Voilà. Dernière réaction, c’était donc ouvertement et fran­chement en accord avec les terroristes, y compris dans les dessins... Alors des « Je ne suis pas Charlie », j’en ai eu une quantité aussi, certains avec des terroristes le sourire aux lèvres ; des terroristes qui sont ravis d’entrer dans une armurerie pour acheter leur arsenal, etc.

Aucune remise en cause, donc, pas de doute ni de solidarité ?

C’est très paradoxal tout ça, mais exactement comme au lendemain des attentats du 11 septembre et tous ceux qui ont suivi depuis, au lieu de se calmer et de cesser de se revendiquer constamment comme musulmans dans l’espace public pour ensuite se plaindre de fantasmatiques et/ou insignifiantes discriminations, les musulmans ont paradoxalement surenchéri... Si c’est pas un front commun, ça... Depuis le 7 janvier, la fréquentation des mosquées n’a pas baissé, bien au contraire, et j’ai l’impression (quand j’observe celles de mon quartier) qu’elles font encore plus le plein, le nombre de petites filles voilées est en constante augmentation, c’est très loin de reculer... Apparemment, il n’y a que moi qui soit si sensible au manège étrange de cette maman en burqa qui traverse nonchalamment la cour de l’école maternelle le lendemain du massacre de Charlie Hebdo... Le port du voile de plus en plus ostensi­blement est en train de devenir la norme, comme la barbe aussi, hirsute ou clean, qui descend jusqu’au nombril ou taillée carrée, devient un marqueur obligé... C’est l’ex­trême droite musulmane qui s’affirme tout simplement et l’éducation est un domaine qu’ils surinvestissent, même la très laïque Ligue de l’Enseignement s’est faite infiltrer un temps par les Frères musulmans.

L’extrême droite musulmane qui s’affirme...

Je vois régulièrement des mamans se voiler sous la pression d’autres, en cours d’année. C’est très concret comme avancée... T’es pas voilée, t’es une mauvaise mu­sulmane, t’es une mauvaise mère, pour ne pas dire une pute, etc. Alors les couardes finissent par céder, on dirait qu’ils ont tous un flic de l’État Islamique qui les suit partout, une sorte de Daech mental. T’as des nanas algériennes qui ont la cinquan­taine, très courageuses, musulmanes comme ma grand-mère pouvait l’être, c’est-à-dire détendues, ouvertes, franches, la foi du charbonnier quoi, qu’ont monté un collectif « femmes sans voile » pour qu’on cesse de les insulter et de les agresser parce qu’elles ne portent pas le voile ou encore d’autres qui militent pour ré-instituer la mixité dans les bars de ces villes... Ça en est là, le combat féministe dans ces territoires, tu vois le niveau de régression qu’on a atteint !

Et les syndicats d’enseignants ?

Pffff... Pourquoi tu me parles de ceux-là ? Ils sont enfermés dans leur démagogie et leurs petits calculs. Ils ne savent que te dire que le problème est économique et blablabla, rien de culturel (on dirait que, pour eux, le mot « culturel » équivaut à « inférieur racial ») et puis après ils te servent leur discours sur les conditions socio-économiques du ghetto, le manque de moyens, le manque de postes, etc. Connards. Donc eux leur discours se réduit à des moyens, des moyens, etc. Leurs réunions, leurs AG, leurs actions sont pleines d’islamistes mais ils pensent que c’est une mode ou qu’ils vont les doubler... Tu parles. Faudra pas pleurer si le FN se radine...

C’est pas nouveau que les syndicats ne s’intéressent pas à la base...

Bien sûr. Quand tu lis les monographies des types qui faisaient de la Pédagogie Institutionnelle dans les années 60-70 dans ces mêmes banlieues, les Fonvieille, les Oury, les J. Pain... ils pouvaient avoir des classes de plus de cinquante élèves avec des budgets et des moyens pédagogiques dérisoires, mais ils rencontraient beaucoup moins de problèmes que nous en classe car ils avaient à faire à une culture commune : la culture prolétaire et les parents immigrés à cette époque-là même s’ils étaient non francophones visaient réellement l’intégration de leurs gamins et avaient un profond respect pour les maîtres et les maîtresses... Faut lire Cavanna...
À la rentrée 2014 on m’a proposé un poste à l’année, sur un CM2 dans l’école du quartier où je vis et où je suis déjà le contre-exemple pour toutes les beurettes bigotes et les lapinistes islamistes : je fréquente des Français, j’achète de l’alcool, je ne veux pas avoir d’enfants, etc. Déjà que les daronnes m’ont en grippe, si en plus je leur refuse les passe-droits et les cours particuliers qu’elles exigent, ça va être l’enfer... Parce que c’est ça, hein, un prof : c’est quelqu’un qui doit te servir notamment à magouiller avec l’Éduc’ Nat’, avec la Mairie, la CAF, etc. Alors un prof rebeu  ! C’est double ou triple trahison du clan !
Bref aujourd’hui comme je te disais, tu vas avoir des classes avec 20 nationalités différentes. Parfois, je suis complètement perdue face à certains élèves, c’est moi qui n’ai pas les codes, comment son psychisme fonctionne à celui-ci ? Qu’est-ce qu’il a vu, ce petit Afghan arrivé il y a six mois, prostré, mutique et balancé dans ce qu’on nomme de plus en plus entre nous « nos cours des miracles » de classes ? Il faudrait se former à l’ethnopsychiatrie mais pour chaque culture et sous-culture tribale ! Et encore moi, je suis un peu moins dans la mouise parce que j’ai une double culture franco-maghrébine et musulmane donc je m’en sors à peu près au moins avec les gosses de maghrébins – les Français ne comprennent rien à ce qui se passe... Avec les petits, ça les met en confiance de croire que je suis musulmane comme eux, avec les grands c’est le contraire quand ils comprennent que je suis une « apostate », donc condamnée à mort par leurs parents, parce qu’ils m’ont croisée avec une clope pendant le Ramadan... Évidemment, là encore la question de l’immigration et des problèmes qu’elle pose dans ces quartiers, à l’école et pour nous enseignants ne se pose jamais, trop incorrecte politiquement, pourtant va bien falloir l’aborder. Parce que si on tire le bilan de l’accueil d’Algériens en France qui fuyaient la décennie noire et la barbarie, il n’y a pas beaucoup de Mohamed Sifaoui, de Dilem, etc. Pour revenir à l’école, je crois que les syndicalistes ne comprennent pas ce qui se passe ou ne voient pas les problèmes autres que matériels.

Tu penses que les syndicalistes ne comprennent pas ce qui se passe ?

Ne comprennent pas ou ne veulent pas comprendre, ou comprennent trop bien... C’est connu, l’hypocrisie gauchiste face à la carte scolaire : vive la diversité heureuse mais pas avec mon enfant... Du coup, les syndicats demandent des postes toujours plus de postes sans prendre en compte cette dimension culturelle... Sur les JRE on ne les a pas entendus non plus, ça la foutait mal pour eux que ce soient non pas des familles réac’ catho’ qui suivent le mot d’ordre mais des immigrés musulmans ! Du coup silence radio. Dernièrement je suis passée dans une de leur manifs à la con lors d’une énième journée de grève des enseignants-gnan-gnan qui réclament des po-postes : figure-toi qu’au moment de marquer une pause devant la mairie de la ville, une dizaine de gauchistes s’est radinée avec des pancartes sur lesquelles étaient ins­crits des slogans en arabe, s’il te plaît, et en blanc sur fond noir ! En pleine extension du territoire de l’État Islamique ! Voilà c’est ça en gros le paysage du côté des forces syndicales ou politiques face à ce qui se passe dans les quartiers, on voit rien, on fait comme si, on recule. Mais plus on recule, plus ils avancent : Vallaud-Belkacem abroge « l’ABCD de l’égalité » ? Immédiatement après des voix se sont élevées pour demander l’abrogation de la loi de 2004 sur le port de signes religieux... Tu acceptes qu’ils aient des menus spéciaux sans porc à la cantine ? Ils te demandent maintenant des bonbons et des œufs halal... C’est la guerre, ils ne vont pas te dire merci...

C’est la guerre, d’après toi... Comment en est-on arrivés là ?

Bah, du côté musulman, c’est pas dur, il faut regarder l’état de ces pays depuis une quarantaine d’années : pour eux, c’est la guerre depuis longtemps, contre les juifs, les coptes, l’Amérique, les Français... La question c’est plutôt comment se fait-il qu’on soit incapables d’y faire face, ici, en France... Parce que, simplement, les discours qui prennent acte de ce qui se passe, il n’y en a pas beaucoup. Marine Le Pen se saisit, elle, à sa manière, des questions qui préoccupent réellement les classes populaires franco-françaises, mais pas qu’elles, qui dans certains territoires se sentent complète­ment abandonnées par la gauche moralisatrice. Vous en avez marre, et c’est tout à fait sain, d’être le seul « Blanc », ou même non-musulman, de votre cité, entouré d’étrangers qui en plus refusent la culture française, à la limite vous méprisent d’être encore là, et, cerise sur le gâteau, se renouvellent en permanence, parce que dès qu’ils ont du fric, ils se cassent pour aller habiter ailleurs ou mettre les gamins dans le privé, si possible musulman, eh bien vous ne devez pas ressentir cela sinon vous êtes un méchant raciste, vous n’êtes pas dans le coup, pas dans le bain de la « mondia­lisation heureuse », bref vous êtes un petit réac’. Dans certaines villes de banlieues où sur 25 000 habitants il n’y a plus que tout au plus une petite centaine de Français qui sont là depuis au moins 3 générations... C’est une réalité géographique, dans ton train de banlieue tu croises un Blanc tous les 36 du mois depuis des années maintenant et les lois de la République deviennent optionnelles. Les chantres du capitalisme, les Attali, etc. sont ravis des migrations historiques qu’on vit en ce moment, ils sont ravis de voir se dissoudre le peuple en une multitude de lobbies ethniques et de petits clans et autres gangs car en face il n’y a plus grand monde qui veuille faire société. La seule dimension culturelle française semble se résumer à la culpabilité : être coupable et redevable des crimes de ses ancêtres – genre, les Arabes sont des enfants de chœur et ont construit un empire en appelant à l’amour universel ! Bref, le Français n’est pas celui qui se réclame des Lumières, des révolutions, de la lutte des femmes, etc. et qui est habité par certaines valeurs héritées de ces combats, mais c’est celui qui a intégré qu’il est coupable et qu’il doit demander pardon constamment. Ça fait quarante ans que c’est là, mais là on commence à en voir les résultats législatifs : les lois mémorielles, la discrimination positive, la traque du racisme onirique, la culture de l’excuse, et maintenant le retour du blasphème. Je connais même des Fran­çais qui dans des contextes où ils sont minoritaires ont honte de dire qu’ils le sont depuis plusieurs générations.

On a du mal à se sentir dans le pays de 1789...

Pire ! Je suis à chaque fois choquée de voir que les descendantes des Olympe de Gouges, des Communardes, du féminisme des années 60 etc. sont des femmes rava­gées par le consumérisme et le conformisme. Un exemple tout bête, j’ai fait le choix de ne pas avoir d’enfant et aujourd’hui, contrairement à il y a une trentaine d’années, c’est un choix qui te fait vivre un véritable enfer en terme de pression sociale de toute part y compris dans le milieu enseignant censé être ouvert. Je te passe sur les ma­mans maghrébines qui, la main sur ton épaule et l’air compatissant, te disent : « Inch Allah tu vas en avoir un, au moins un, c’est Dieu qui décide, ma fille, c’est pas toi  »... Alors je comprends parfaitement qu’on puisse vouloir être parents, un gamin ça peut donner de l’espoir et le sens des responsabilités à ceux qui en seraient dépourvus ou une occupation ou que sais-je encore... C’est pas parce que je ne veux pas de gosse que je ne comprends pas qu’on en veuille et que je regarde ceux et celles qui se lancent dans l’aventure comme des anormaux pathologiques (quoique, dans certains cas...). Mais l’inverse n’est pas possible. Quand tu débarques dans une école, assez rapidement les collègues posent la question, pas de problème de mon côté pour y ré­pondre, j’argumente mais souvent ça crée une sorte de peur panique y compris chez les mecs : en face, ils n’ont finalement aucun argument valable à leur choix d’enfant, la question ne se pose pas, c’était dans l’ordre des choses et puis c’est sympa un ga­min, ça peuple ta vie... Donc du coup tu passes pour une extra-terrestre, ou la pauvre nana stérile ou la méchante petite égoïste – soit dit en passant j’aimerais bien rencon­trer des parents dont la progéniture ne soit pas un signe de leur réussite sociale ! Bref, tu veux pas de marmailles pathologiquement ego-centrés, maniaco-dépressifs, hyperconnectés, hystériques, etc., eh bien ce choix est in-entendable pour ces lapi­nistes. C’est même plus un enfant à tout prix mais mes gènes à tout prix, la PMA, la GPA, et toute la quincaillerie, et toi si t’es pas là-dedans t’as un gros problème psy que tu rationalises plus ou moins bien, point barre ! Bon, les gamins d’aujourd’hui, c’est ce qu’on enseigne à l’IUFM, c’est 10 à 15 minutes d’attention, hein, pas plus, faut changer d’activité tous les quarts d’heure, sinon hop ça zappe ! Et du coup c’est le chahut, les conseillères pédagogiques nous le disent : si vous êtes dépassés par des problèmes de discipline dans votre classe c’est entièrement votre faute, vous n’êtes pas assez ludiques, vos activités sont trop longues, comprenez votre enseignement ne ressemble pas assez à un jeu vidéo, faut que ça pulse... Une concentration maximale de 10 à 15 minutes, tu te rends compte... Ça correspond à rien, même pas au bon travailleur soumis que l’école capitaliste voudrait former ! Même les publicitaires râlent de n’avoir plus que 8 secondes d’attention soutenue contre 15 il y a dix ans ! Les manuels scolaires ressemblent de plus en plus à des BD pour demeurés, les écoles à des centres de divertissement dans lesquels la transmission laborieuse du savoir devient optionnelle voire suspecte.

C’est l’effondrement occidental...

C’est ça, donc face à ce vide et à cette régression occidentale, effectivement, l’idéologie islamiste sexiste, entre autres, n’a aucun mal à se déployer. J’ai pris l’exem­ple des femmes parce qu’en tant que femme c’est celui qui me désole le plus, mais c’est pareil pour d’autres thèmes, même régression... Alors pour faire face à la catas­trophe de la ruine de l’école on va mettre « plus d’adultes par classe » : là où ça craint le plus, tel adulte sera affecté à l’intégration des enfants non francophones, tel autre aux enfants en difficulté et, comme je disais, le must, la solution « pédagogique » que nos élites ont trouvée pour gérer tout ce bordel, c’est le techno-scientisme, le numérique à l’école et tout le bazar : des grilles de compétences et des évaluations bidons en-veux-tu-en-voilà qui sont comme autant d’écrans plasma de fumée jetés sur une réalité dérangeante. Les syndicats sont ravis, plus de postes, plus de formations bidons, plus de machines qui ne servent à rien comme les « tableaux numériques », etc. mais quand tu vois le recrutement de ces deux dernières années dans certaines académies, tu flippes... J’ai partagé une classe avec un collègue contractuel : « Bijour les zonfont !  », c’était un Algérien récemment installé en France avec son Master 2 algérien de management en poche, qui n’avait jamais vu de groupe de gamins de sa vie, un matin Pôle Emploi l’a contacté et le lendemain, hop, il était dans une classe. Véridique. Même les daronnes voilées se sont plaintes de lui mais très gentiment ! Imagine si c’était un Blanc ! ou un juif ce qu’il aurait pris !... Bref, on met en place un tas de prothèses techno-pédagogiques, des brigades de conseillers pédagogiques pour former en panique ces enseignants débutants dont il s’avère qu’ils ne maîtrisent pas les savoirs ou même la langue qu’ils sont censés ensei­gner. Dans les classes où on m’a envoyée « éteindre les incendies » après le passage de débutants dont les classes étaient devenues des cages aux fauves, je suis tombée dans les carnets sur des mots destinés aux parents bourrés de fautes d’orthographe... Je travaille dans une zone qui semble s’autodétruire à tous les échelons, comme si c’était planifié, mais à un tel point qu’aucun État ne pourrait le faire, ni aucune puissance d’aucune sorte. C’est l’histoire qui avance – ou recule, plutôt...

Tu décris quelque chose de difficilement imaginable pour ceux qui n’y sont pas confrontés directement...

Les gens à qui j’en parle ne me croient pas, ou alors oublient vite, dans tous les cas, ils ne prennent pas la mesure de ce qui est en train de se passer, ni en intensité, ni en étendue. Autour de mon quartier dans un rayon d’un kilomètre tu as 4 mosquées officielles, dont deux gigantesques, flambant neuves, avec minarets et dômes surplombant le quartier. Les bien-pensants jouent les vierges effarouchées en voyant des milliers de gamins tentés par le Djihad  : mais ceux-là ont grandi il y a quinze ou vingt ans, même avant, et n’ont vécu que le dixième de ce qui apparaît depuis, on va dire, les soulèvements arabes, c’est-à-dire des gamins qui naissent littéralement enrô­lés et cernés, dans la famille, dans le quartier, à la mosquée, à l’école coranique, dans les cours de récré, sur internet, etc. Tu ne peux plus prononcer le mot « vin » sans provoquer émoi et hostilité dans la classe. Et la lecture des « Trois petits cochons » rencontre une incompréhension profonde : ces gamins ne peuvent pas s’identifier... Je ne te dis rien de très original, des rapports sur les crispations musulmanes et les problèmes que cela pose dans l’enseignement (et aussi dans d’autres secteurs) s’em­pilent sur les bureaux des plus hautes autorités depuis au moins 15 ans maintenant. On en a encore pour quelques années, hein...

Tu ne penses pas que les choses peuvent s’arranger, d’une manière ou d’une autre ?

Ok, peut-être, j’espère, mais je ne vois pas par où. Peut-être que cette jeunesse élevée dans la bigoterie, le rejet de la différence et la haine fondamentale du pays d’accueil vivra sa crise d’adolescence en opérant une rupture d’avec les « valeurs » de ses parents, une sorte de Mai 68, qu’on attend chez les arabo-musulmans depuis quarante ans ! Et qui foutrait en l’air la vindicte anti-juive, le patriarcat caricatural, le racisme, les superstitions, etc. Ça c’est possible, et ce serait la seule porte de sortie viable, mais il faudrait un contexte favorable. Les années 60 étaient des années fastes en Occident et contenaient une contre-culture qui héritait des mouvements contesta­taires des siècles passés... et ce qui nous attend, c’est plutôt des crises, notamment économique, à répétition, qui n’ont finalement pas commencé ici, contrairement à ce que racontent les gauchistes... Et comme les immigrés, ceux qui fuient la guerre y compris, sont venus chercher la prospérité, hein, c’est pas vos brochures à la con qui les intéressent ! je doute qu’ils réagissent de manière solidaire.
En fait, le grand pari de ceux qui se refusent à voir l’islamisme, à en mesurer l’am­pleur, c’est de se dire que les musulmans vont se faire bouffer peu à peu par la société de consommation, comme tous les mouvements subversifs, qu’ils finiront bien par s’intégrer d’une manière ou d’une autre. C’est une tendance qui existe, c’est clair que le nihilisme consumériste arrache des musulmans à leur délire mais ça ne propose pas grand-chose comme sens de la vie... Et assez vite, on se retrouve en face de son propre vide, qui se creuse, qui se creuse... Et les bibelots ne suffisent pas, et n’em­pêchent rien : ce qu’on voit, d’ailleurs, c’est qu’Al Banna militait avec des journaux, Khomeney et le FIS avec des cassettes audio et vidéo, aujourd’hui c’est YouTube, les tablettes, et toutes leurs saloperies technologiques, bref ça n’a fait que s’amplifier. Et les barbus ou les crypto-barbus, comme les bigotes bâchées, s’intègrent à grande vitesse : on les trouve à tous les postes, ils pénètrent quasiment tous les secteurs, le fait par exemple d’être professeur de linguistique dans une université française et d’occuper dans le même temps des fonctions d’imam en banlieue ne choque même plus : on aura bientôt des inspecteurs et des inspectrices Frères Muz’, qui joueront les médiateurs dans ces territoires. Il faudrait une révolution des mentalités arabo-musulmanes, mais pour l’instant je vois rien de signifiant qui va dans ce sens...

Pour toi la solution ne pourrait venir que d’une révolution dans les mentali­tés arabo-musulmanes ? Et quelle serait-elle ?

Je vois trois obstacles à renverser. D’abord il faudrait qu’ils clarifient leur présence en France : les descendants d’immigrés ne savent pas ce qu’ils foutent là, leurs parents ne leur ont jamais dit pourquoi ils ont émigré et choisi de vivre en France. Il faudrait que ça soit clair : on n’a pas été déportés, on a fui les mentalités, la cor­ruption, le clanisme, la tartuferie, etc. de nos pays qui venaient pourtant d’obtenir l’indépendance. Et nous voilà ici, dans un pays qui a bien voulu nous accueillir, alors nous allons devenir français, progressivement, de génération en génération, comme tous les immigrés depuis des siècles. À plus grande échelle, ça recoupe bien entendu toute l’ambivalence des pays arabo-musulmans vis-à-vis de l’Occident, à la fois admiré et haï à un point indescriptible, et qu’il faudrait assumer pour en faire une force de changement.
Ensuite, il y aurait la structure familiale, vécue comme un refuge dans « ce pays de Koufar » avec à son centre ce patriarcat légendaire qui a été rendu surpuissant, tyrannique, par l’exil. Le père se retrouve sans égaux qui équilibrent son pouvoir. En ce sens, le communautarisme est une sorte de retour à la normale... Amoindrir le patriarcat, ce serait évidemment redonner une place aux femmes, aux mères, aux filles, aux sœurs, aux amies. Redevenir humains, quoi...
Et enfin, dernier point, c’est évidemment le rapport au Coran, qui a été vécu par les générations précédentes sur un mode très détendu, très lâche, très distant et qui se crispe aujourd’hui. Il faudrait rompre avec ce que notre culture a de plus régressif, sa dimension religieuse dont les maghrébins sont pour l’instant le plus fiers. Voilà. Mais tout ça se fera difficilement dans un Occident en léthargie, qui renie lui-même sa propre culture ou plutôt toute sa culture émancipatrice et ne retient, lui aussi, que sa part la plus aliénée et destructrice.

Mais tu penses que c’est possible tout de même ?

De moins en moins, dans cette ambiance totalitaire. Pour l’avoir vécu personnelle­ment, cette rupture d’avec ce qu’il y a de plus aliénant, de plus xénophobe dans nos cultures d’origine est extrêmement compliqué, l’issue systématique pour qui fait le pas étant un grand isolement. Mais cela est d’autant plus difficile que les dhimmis, la Gauche molle et ses islamo-gauchistes, usent de tous les moyens pour étouffer ce désir d’émancipation, te maintenir dans tes déterminismes en excusant tout, et ça constitue pour moi une prise en tenaille extrêmement violente. Et en tant que femme évidemment c’est encore plus compliqué : en gros, si tu penses ce que tu penses et vis ce que tu vis c’est qu’il y a un mâle blanc derrière toi (peut-être même un juif) qui te manipule à ton insu : c’est le sexisme, que j’ai pu vivre notamment venant de types militants français se disant révolutionnaires...
T’as des gens comme ça dégoulinants de bons sentiments qui t’infantilisent en te renvoyant sans cesse aux crimes du colo­nialisme (occidental évidemment !) comme pour te culpabiliser de rallier l’ennemi, c’est-à-dire eux-mêmes, et de choisir l’assimilation. Ça les ennuie, au fond, que tu assumes une grande part de l’héritage français que tu fais tien, et qu’ils semblent haïr, que tu sois leur égale et que tu refuses la posture de victime bien commode pour leur petit narcissisme. S’il y a un vrai racisme occidental, c’est celui-là, c’est ça, la vraie assignation identitaire. Avec un Lepeniste au moins c’est clair, mais là c’est un ra­cisme qui se pare d’une pseudo-bienveillance, ce qui le rend d’autant plus odieux.
Bref, il faudrait que les franco-français réalisent que c’est une guerre déclarée depuis bien 30 ans maintenant. Cela impliquerait évidemment qu’on adopte enfin une posture moins « chrétienne », si je puis dire, et surtout plus politique vis-à-vis de l’islamisation en cours, qu’on ne combattra pas en se recueillant après chaque attentat islamiste et en allant ensuite bouffer chez le salaf’ sympa qui tient le kebab du coin.

Et toi, qu’est-ce que tu vas faire ?

Moi je ne repars pas à la rentrée de septembre, il y a de grandes chances que cette académie ne recrute plus ou très peu de contractuels maintenant que tous les postes sont pourvus par des titulaires recrutés en nombre par voie de concours avec un seuil d’admission à 4 de moyenne ! Mais même dans l’éventualité d’une ré-embauche, je ne pense pas reprendre, je ne me vois pas poursuivre ma mission dans une école où tout est organisé pour t’empêcher de transmettre réellement, où si tu prends vraiment au sérieux ta tâche tu es suspecte, voire ostracisée et sanctionnée.
Mais surtout, je vais très prochainement changer de lieu d’habitation, parce que je tiens à mon intégrité physique et mentale, parce que ç’en est là dans certains territoires, ça devient juste invivable pour les femmes qui ne sont pas dans la norme islamique, qui ne se soumettent pas au diktat du machisme agressif quotidien et prétendent garder un minimum de féminité et de liberté, et ça ne fait qu’empirer au fil du temps, je n’ai pas l’âme d’une martyre et le rapport de force n’y étant pas...
Personnellement, tout ça finit par me miner, je ne vois même plus ce qu’il reste d’agréable dans cette banlieue ou dans mes classes, ces petits miracles pédagogiques : ce petit Africain battu dont je te parlais, qui se met à parler et à écouter attentivement les autres au bout de trois semaines de Quoi de Neuf, qui ne se tord plus dans tous les sens, qui ne frappe plus personne, qui ne casse rien ; les seules vingt minutes de la journée où il est avec nous, où il n’est pas en guerre contre à peu près tout et tous... Ou l’autre, le petit Afghan, sonné, inexpressif, hypotonique – « ta plante verte » comme l’appellent mes collègues – qui pour la première fois, au bout de 4 mois de classe, t’esquisse un sou­rire à peine perceptible parce qu’il vient de réussir un exercice...

Bien sûr ce sont des moments qui te rechargent et dans le même temps qui te dépriment car tu vois bien, surtout en maternelle, que les gamins veulent tous apprendre dans une société où à peu près tout est fait pour les en empêcher : je ne connais pas de gamin (hormis les psychotiques sévères) qui ne veuille ni s’intégrer à la société dans laquelle ils vivent, ni grandir, je ne vois que des « adultes » qui y font obstacle comme probablement jamais dans l’Histoire. Quand, de ce fait, tu finis par avoir honte d’être un adulte en face de ces gosses jetés dans un monde où tout s’effondre et où n’émerge toujours rien d’autre que la barbarie, qu’elle soit douce ou décomplexée, ce métier devient doublement impossible même en ayant recours aux drogues légales ou illégales comme le font quotidiennement de nombreux collègues épuisés nerveusement et physiquement. Nous sommes retombés dans la pré-histoire de l’école républicaine alors que nous devons affronter un nouveau fascisme.

Juin 2015


Commentaires

En banlieue, l’islamisme élémentaire (2/2)
vendredi 16 septembre 2016 à 09h52

Témoignage impressionnant... Et qui fait froid dans le dos. La situation semble inextricable, surtout que la solution politique avancée par l’interviewée semble dans l’impasse. Peu de personnes paraissent prêtes à se mobiliser pour au moins partager ce diagnostic. Beaucoup se replie sur les illusions de leur vie privée. Récemment, j’ai participé à une réunion organisée par le centre social de mon quartier à propos des attentas de Novembre. J’ai été effaré par le discours des animateurs sociaux, défendant en filigrane les positions du PIR. Après être intervenu assez violemment contre la directrice qui commençait à insinuer le rôle d’Israël dans ce massacre, j’ai dû vite me taire et partir devant l’hostilité de la salle. Un vrai traquenard. Ces travailleurs sociaux étaient en partie issus de l’immigration eux-aussi et en y réfléchissant, je me demande si il n’y a pas là une mentalité de dames patronnesses, ravies d’exposer des femmes voilées tout en se gardant bien d’en partager le mode de vie. Une hypocrisie petite-bourgeoise... qui permet aussi de défendre son bout de gras en organisant des ateliers de cuisine ou de couture où objectivement toute personne non musulmane est très vite mise de côté, à moins de montrer une complaisance soumise. Bien sûr, tout ça n’a rien a voir avec les deux mosquées construites récemment. Remarquer que le quartier a changé de façon assez singulière depuis, vous fait vite cataloguer comme Lepéniste rampant. Or ma petite fille allant encore à l’école maternelle du quartier, je ne tiens pas (plus) à aborder ce genre de questions. Le problème est là aussi : le sentiment d’isolement croissant qui renforce l’impression d’impasse citée plus haut... En tout cas bravo pour votre travail.