De l’islam à l’islamisme : établir une ligne de partage

mercredi 28 janvier 2015
par  LieuxCommuns

Ce texte fait partie de la brochure n°21 « Islamismes, islamogauchisme, islamophobie »
Première partie : L’islam à l’offensive, de la prédication à la guerre
Novembre 2015

IslamismesI

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Sommaire :

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De l’islam à l’islamisme

Au fil des attentats et des massacres commis par les islamistes à travers le monde, les yeux s’ouvrent. Il apparaît progressivement qu’il s’agit bel et bien d’un nouveau totalitarisme visant la domination universelle. Ce réveil traverse les générations, les milieux, les origines, bousculant les Européens mais aussi les musulmans eux-mêmes. Il rompt avec la complaisance, le relativisme, le déni et l’incrédulité qui prévalaient jusqu’alors. Chacun cherche à comprendre et à faire face. Ces réactions salutaires signifient peut-être la renaissance d’un désir de reconstituer un peuple, c’est-à-dire de s’affirmer et de se battre pour l’existence de sociétés et d’individus émancipées et égalitaires. Mais elles peuvent aussi pousser les populations à recourir à l’État, au Leader, au Parti, au Patriotisme ou à la violence, ce qui pourrait sonner le glas d’un projet démocratique déjà agonisant. C’est pourquoi il nous faut nommer l’ennemi, claire­ment, en établissant des lignes de front qui fassent pièces aux discours d’extrême droite, d’où qu’ils viennent.

Padamalgam... Pic et pic et colégram

Il s’agit avant tout d’éviter l’amalgame entre l’islamisme et les pratiques religieuses musulmanes. Mais la ritournelle « Pas d’amalgame », entonnée à tort et à travers, n’a fait que rendre la situation plus confuse.

D’abord, l’accusation d’« islamophobie », popularisée par les ayatollahs iraniens, est en elle-même un amalgame grossier et culpabilisateur. Elle veut faire passer pour du racisme une défiance vis à vis de l’islam qui peut avoir des causes di­verses : pour des réfugiés, la crainte de revivre une décennie noire (Algériens), ou d’être persécutés (apostats, juifs, chrétiens d’Orient ou d’Afrique) ; pour des libre-penseurs, comme nous, la volonté d’en finir avec toutes les supersti­tions et la tartufferie qui les accompagne.

Ensuite, le mantra « Pas d’amalgame » a toujours été employé par les idéologies meurtrières pour se donner une ap­parence acceptable. Un communiste dira que le « vrai » communisme n’a jamais été appliqué, qu’il n’a rien à voir avec les régimes stalinien, maoïste ou castriste, ni même avec le PCF. Certains chrétiens prétendront qu’ils n’ont pas à assu­mer l’Inquisition ou les Croisades puisque rien de cela ne serait dans la Bible. La situation actuelle des musulmans face à l’islamisme est identique, et il faudra bien un jour qu’ils se débarrassent de cette « Maladie de l’islam », d’une manière ou d’une autre.

« L’islam n’est rien d’autre que ce qu’en font les musulmans » (Fouad Zakariya)

Il n’y a donc pas d’Islam idéal, coupé des réalités humaines. Chacun peut tirer du Coran la sourate ou le hadith qui l’arrange et l’interpréter à sa façon. Tout livre sacré dit ce qu’on veut bien lui faire dire, servant ainsi les intentions de ce­lui qui le cite.

L’islam qui se manifeste bruyamment aujourd’hui est un ensemble de nouvelles pratiques agressives qu’on peut ap­peler extrême droite musulmane, néo-islam ou techno-islam. Elles se distinguent clairement de la foi du charbonnier qui prévalait partout jusque dans les années 1980 en imposant au fidèle un dogme qui ne peut mener qu’à la sécession, à la « désintégration » des sociétés qui se réclament de la sortie des religions, des Lumières, des mouvements ouvriers, des courants féministes. On passe de la bigoterie traditionnelle vieillissante au projet collec­tif de domination des âmes, de la famille, du quartier, du pays, visée strictement et absolument incompatible avec les héritages des tenants de l’émancipation. Les liens entre ce néo-musulman-là et le djihadiste sont évidents puisqu’ils sont en désaccord avec les moyens, mais partagent les mêmes objectifs.

De l’islamisme dans tous ses états à l’État islamique

Depuis 2006, il est évident que les caricatures de Mahomet ne sont pas l’obsession de quelques illuminés : les po­pulations refusant tout blasphème sont nombreuses dans les pays musulmans mais aussi dans de nombreux quartiers européens. En France, face à des actes atroces, les louvoiements, les revirements et les condamnations du bout des lèvres par les Frères Musulmans (Majoritaires dans l’UOIF, le CFCM et les mosquées) et une partie de leurs affidés permettent de distinguer nettement les tenants du néo-islam des autres musulmans.

De même, le sort des opprimés dans les zones du monde où l’islamisme règne (« le baluchon ou la putréfaction ») fait écho à ce qui se passe ici dans tous les milieux dominés par ces néo-musulmans : la marginalisation des athées, la persé­cution des hérétiques ou des homosexuel(les), ou encore les attaques contre les juifs lors des manifestations pro-pales­tiniennes. Les conversions systématiques des conjoints, pour peu qu’ils soient acceptés par les proches, relèvent de la même intolérance viscérale qui vide peu à peu des pays entiers de leurs minorités.

Partout ou l’islamisme s’affirme, les femmes, et les filles de plus en plus jeunes, sont reléguées au statut d’objet sexuel par leur dissimulation de la sphère publique. En Europe, nombreuses sont celles qui font de cette servitude un choix militant qui va souvent de pair avec d’autres engagements : contre le mariage gay, l’ABCD de l’égalité... Depuis que la France a découvert le « foulard islamique » en 1989, la surenchère vestimentaire n’a pas cessé. Les « tenues isla­miques » touchent aujourd’hui les mâles à l’apparence de plus en plus belliqueuse et intimidante et imposent ainsi leurs revendications perpétuelles.

L’idéologie totalitaire islamiste qui prend comme support l’identité religieuse prospère sur l’appauvrissement culturel. En Iran, en Arabie saoudite ou au Qatar, on détruit les sites archéologiques pré-musulmans ; Sur le web, on se bricole une sous-culture de bazar et une estime de soi entièrement fondée sur l’appartenance religieuse. Le mode de vie calé sur les préceptes fondamentalistes s’impose de gré ou de force dès que le nombre de ces bigots hallucinés devient significatif : la mosquée évince alors peu à peu les autres lieux de vie sociale ; la nourriture, les comportements, les pa­roles se revendiquent d’une « pureté » (Hallal) contre la « souillure » (Haram) du pays d’accueil deve­nu terre d’infi­dèle (Dar el koufar) – tout en utilisant les possibilités des technologies occidentales.

L’endoctrinement étatique en terres conquises se traduit en Europe par la prolifération discrète d’écoles confes­sionnelles où peuvent être enseignées, selon leurs sources de financement, diverses approches de la Charia, radicalement inconciliable avec l’enseignement humaniste. La multiplication de prénoms belliqueux et coraniques inconnus il y a peu marque du sceau de la guerre la génération suivante.

L’autoritarisme et la violence des pouvoirs islamiques – Guide Suprême, Califat ou Royauté – ont leur équivalent chez les militants néo-coloniaux de la cause islamiste en Occident : la terreur sourde qu’ils dégagent s’exercent aussi bien dans les « débats » où l’insulte et l’humiliation sournoise s’invitent rapidement, que dans l’imposition rampante des croyances, obsessions et tabous les plus délirants. Un paternalisme fondamental et indiscutable modèle ces person­nalités paranoïaques et complotistes, élevées dans des rapports de forces intimes et géopolitiques, et pour qui seule la violence purificatrice tranche les situations.

Enfin, la conquête militaire de l’islamiste guerrier a son symétrique ; l’islamiste patient, voire souriant, des sociétés occidentalisées. Il s’aligne tactiquement et progressivement sur les préceptes de l’extrême-droite musulmane au fil des recu­lades des populations européennes. Il ne condamne alors volontiers le terrorisme et la brutalité que pour mieux ca­cher un accord final avec leurs visées ultimes : la domination mondiale d’Allah. Peut-être la réalisation récente de son fantasme par l’État Islamique (Daech) va-t-il lui faire réaliser la folie qui l’habite et le guide.

L’extrême droite musulmane n’est pas la population musulmane

Face à cette inquiétante mobilisation des troupes, un nombre indéterminé de croyants résistent et maintiennent les pratiques normales de leurs aïeux. Ils indiquent, encore trop discrètement, que leur héritage religieux a été, est et sera encore compatible avec les valeurs et principes issu de l’Occident. A ce titre, ils sont les premières cibles de l’extrême droite musulmane, pour qui ils ne sont pas assez musulmans.

Ils et elles ont depuis longtemps accepté la multitude des opinions et le principe du débat argumenté. Leurs familles acceptent la mixité sexuelle, ethnique, religieuse, politique. Reléguant les croyances les plus grotesques au rang de bo­niments, la pratique de leurs cultes se fait sans ostentations dans le cercle hospitalier de leur vie privée. Lucides sur l’oppression de l’intégrisme musulman, ils retiennent le moins pire de leur culture religieuse et le meilleur de leur culture maghrébine ou moyen-orientale. Ils s’inscrivent dans la continuité des flux migratoires du passé en refusant le chantage aux origines : à Rome, ils mangent, boivent et s’habillent comme les romains. Certains d’entre eux, sur la pente qui prévalait encore il y a trente ans, ont peu à peu admis leur athéisme, retrouvant là le courant éman­cipateur que l’Occident lui-même semble délaisser. Invisible aujourd’hui, leur attitude doit redevenir la normalité.

Renaissance d’un projet d’émancipation

Car une civilisation intègre d’autant plus les cultures étrangères qu’elle est elle-même forte, vivante et créative. De­puis un demi-siècle, l’Occident a perdu ce qui faisait sa force : non pas le déchaînement de la violence militaire ou économique mais l’activité permanente de peuples entiers luttant contre toutes les dominations. C’est ce vide patent qui rend possible le déferlement de l’islamisme sur son sol.

Ce vide spirituel n’a à proposer aux nouveaux-venus que l’hystérie consumériste, l’arrivisme décomplexé et la came­lote identitaire. Opposer à ce cynisme une religiosité agressive, c’est redoubler d’insignifiance : l’islam contemporain est à la spiritualité ce que la pornogra­phie est à l’amour ; une singerie mécanique et obscène, infiniment frustrante, qui exige des doses croissantes pour maintenir une satisfaction. Comme les totalitarismes de la IIIe Internationale stali­nienne et du IIIe Reich hitlérien, le totalitarisme né du troisième monothéisme met à l’épreuve le sens que nous don­nons à l’existence. Que celui-ci soit moribond ne fait aucun doute : il nous semble, à nous, que renouer avec ce que notre histoire a pu engendrer de plus précieux pour l’humanité entière est le premier réflexe à adopter.

La fixation sur la laïcité, elle-même comprise par les néo-musulmans comme un prétexte à leur projet d’expan­sion, doit être rattachée au courant qui l’a porté : l’éradication finale des systèmes religieux et l’interrogation ouverte, illimi­tée sur la vie, le monde, la mort et la réappropriation par nous tous de nos conditions d’existence. Il est possible que nous assistions à ces prémisses erratiques et incertains.

Collectif Lieux Communs – Janvier 2015


Commentaires

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De l’islam à l’islamisme : établir une ligne de partage
lundi 20 avril 2015 à 12h12 - par  Leyla Desaulnes

Bravo et merci pour ces mises au point et ces prises de position, particulièrement claires, nuancées et en même temps fermes par rapport à ce qui est en jeu, à défendre et à promouvoir. Cela détonne par rapport au confusionnisme ambiant, à la désorientation généralisée. Merci aussi de souligner, notamment à travers les revues de presse ou les dossiers solides sur la Grèce ou la Tunisie, les initiatives athées ou dissidentes par rapport aux barbaries religieuses et à la course aux désastres. Le réveil que vous appelez de vos voeux ne peut en effet partir de rien : faire état de tout ce qui oeuvre peu ou prou dans le sens d’autres mondes possibles comme de tout ce qui résiste aux désastres dominants me paraît une tâche indispensable. Y compris lorsque ces initiatives et ces résistances ne manifestent pas nécessairement le visage du projet de démocratie directe qui est le vôtre, y compris dans la mesure où ces résistances et ces initiatives sont plurielles et contradictoires. A quoi bon sinon dénoncer les périls et se battre pour l’autonomie ?. Le déni vis-à-vis de l’entreprise totalitaire islamiste, rarement pointé aussi clairement, pourrait être mis en relation avec un autre déni, tout aussi massif (quoi qu’on dise) et dangereux, au sujet de la crise écologique. Dans les deux cas, un même refus d’affronter les périls les plus grands ; dans les deux cas, un aveuglement persistant au sujet de ce qui pointe vers des formes de suicide de l’humanité ; dans les deux cas, contre ces dénis et contre les intérêts et les pouvoirs dominants, des occasions inouïes d’étendre et de (re)créer d’autres formes de relations sociales, d’autres formes de pouvoir, d’autres formes de vie commune, en continuité en effet avec le meilleur de ce que les êtres humains ont pu inventer comme beautés, dignités, autonomies. Bien à vous. Leyla Desaulnes

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De l’islam à l’islamisme : établir une ligne de partage
lundi 2 février 2015 à 13h15 - par  ERIC

Alors ça y est, chers amis de l’esprit libéré par les Lumières, le mot est lancé et il commence à rassembler un grand nombre : « l’éradication finale des systèmes religieux ». Vous avez l’intelligence et la culture de notre Raison occidentale douée d’un cœur pour mesurer les causes qui vous poussent à un tel but : Après « l’activité permanente de peuples entiers luttant contre toutes les dominations » (...) Un vide patent rend possible le déferlement de l’islamisme (..). Ce vide spirituel n’a à proposer que l’hystérie consumériste, l’arrivisme décomplexé et la camelote identitaire". Oui je suis votre ami d’humanité pour l’ensemble de ce constat limpide des causes, mais je m’interroge des motivations qui vous poussent à choisir une telle solution « d’éradication » et dès lors des conséquences que celle-ci aura. Si on voulait s’arrêter à une analyse de l’histoire humaine, on touche de nouveau sans doute la question des têtes royales qu’on coupe et ce que ça change ou pas...

Il y a cependant plus que l’histoire et plus que l’humanité en jeu et cela ne s’appelle ni religion, ni athéisme mais esprit universel. Cet esprit peut s’approcher notamment (car les chemins sont multiples) par une liberté laïque comme vous le proposez, avec véritablement « l’interrogation ouverte, illimitée sur la vie, le monde, la mort et la réappropriation par nous tous de nos conditions d’existence » mais encore "par l’intelligence de perce-voir (celle des yeux et des oreilles ouverts que demandent les prophètes) que toutes les religions et sagesses issues de témoignages prophétiques sont une seule et même révélation de cet esprit unique qui est la vie, son mouvement et le mystère de son indicible nature incréée.

Il y a donc une suite que j’ose dire la culture et l’intelligence raisonnée, athée ou plus simplement sans foi, ne veut pas (ou plus) voir ni entendre.

Je sais bien que les mots sont vains pour convaincre quand la chair est en jeu et que des siècles de manipulation ont changé les sens de tout témoignage de sagesse au point qu’ils soient inaudibles. Je voulais - j’espère que me croirez sincèrement quand je dis amicalement ou humainement - vous laisser mettre à l’abri dans vos archives trois extraits d’un texte on ne peut célèbre et déformé - mais vous aurez loisir d’avoir une traduction suffisamment fidèle chez wikisource - il s’agit de trois chapitres-clé de l’Apocalypse : chapitre 12 et 13 puis 17. Si vous poursuivez en effet d’accompagner comme il semble la mise à mort de la Prostituée, ces trois chapitres seuls écrits voici 2000 ans, outre qu’il laissent voir que ce destin semble inévitable pour les anciens systèmes religieux, peuvent permettre de savoir ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain et donc éventuellement de ne pas s’associer à tous les actes qui dès lors surviendront et auront pour chacun leurs conséquences.

L’esprit libre et le coeur véritablement et profondément ouvert sont donc bien plus que jamais le salut pour tous les humains pour accueillir l’esprit renouvelé. Du fond du coeur.

Eric Delorme

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samedi 7 février 2015 à 14h54 - par  LieuxCommuns

Votre commentaire n’est pas des plus clairs...
D’abord la volonté de faire disparaître les superstitions religieuses n’a rien de nouveau, bien au contraire — et elle ne nous semble pas particulièrement avoir le vent en poupe, l’époque étant bien plutôt à la recherche béate d’une improbable « coexistence pacifique » des différents monothéismes.
Vous suggérez ensuite que vouloir la fin des religions implique la violence, ce qui reste à démontrer, contrairement à celle, historique et millénaire, de votre « sagesse » biblique. D’ailleurs, sans doute êtes-vous pour la fin des discriminations sans pour autant oeuvrer pour l’extermination des personnalités racistes.
Enfin, vous semblez lier, dans la grande tradition réactionnaire, déchristianisation et perte de sens, comme si le fait de cesser de croire au Père Noël (pardon, à l’« esprit universel », pouf pouf) vidait l’existence humaine de toute signification. Vous trouverez sur ce site une multitude de textes tenant l’humanité pour capable de se forger un sens sans recourir à l’infantilisme. « Amour, liberté, politique... », par exemple, nous paraît affronter la chose sans détour.

A votre bon coeur.

Quentin (pour le collectif)