L’affaire des caricatures : plus grave que le 11 septembre 2001

mercredi 7 janvier 2015
par  LieuxCommuns

Texte extrait du bulletin de Guy Fargette « Le Crépuscule du XXe siècle », n°17, mars 2007.

L’affaire de la dénonciation des caricatures au Danemark, organisée et manipulée par d’étroits groupuscules islamistes, aimablement relayés par des représentants d’États musulmans, est aujourd’hui complètement inventoriée. Elle a permis l’humiliation méthodique d’un petit État européen, le Danemark (sans oublier les représentants de la Norvège où un journal avait reproduit l’objet du « litige »). En Syrie et en Iran, par exemple, des ambassades et des consulats ont été attaqués au prétexte que quelques caricaturistes danois s’étaient aventurés à représenter le “prophète” à l’automne 2005 dans un journal, le Jylland Posten. Les immenses fresques murales qui représentent ce personnage en Iran ne semblent pas avoir particulièrement gêné les organisateurs étatiques de ces actes, qui déclarent trouver “intolérable” une telle représentation par des Occidentaux. Le Danemark, abandonné par les autres États européens, s’est donc vu contraint de s’excuser de caricatures dont la seule qui soit “insultante” a été inventée par les islamistes, la photographie d’un homme déguisé en cochon provenant d’une fête communale dans le sud de la France qui n’avait aucun rapport avec la religion. Il fallait pimenter un dossier à charge, décidément inconsistant.
Quand on sait que le Danemark est l’un des États européens qui n’a strictement aucun contentieux historique avec le monde musulman, puisqu’il n’a jamais fait la guerre à aucun, de par sa situation géographique éloignée, et qu’il rémunère aimablement sur les deniers publics tout ce qui se proclame “imam” dans ce pays, on comprend à quel point la dynamique de cette affaire mérite l’attention. L’ouvrage de Mohammed Sifaoui, “L’affaire des caricatures”, éd. Privé, comme le documentaire qu’il a précédemment réalisé, éclairent avec un précision chirurgicale les ressorts et les étapes de l’opération. Notons que cet auteur dont le courage est remarquable, étant donné le contexte est désormais l’objet d’une fatwa le condamnant à mort, et que cette infamie n’a soulevé aucune indignation publique.
S’en prendre au Danemark n’avait guère de sens, à moins d’y voir un banc d’essai. Il s’agissait de faire la démonstration que l’islam et pas seulement l’islamisme est incompatible avec les libertés devenues traditionnelles dans les pays occidentaux (et qu’ils peinent à entretenir, c’est là le vrai problème). Désormais, on sait jusque dans le dernier canton d’Occident que le simple fait de subir l’accusation de “manquer de respect” au prophète ou à un symbole de l’islam (l’expression française “s’en moquer comme de l’an quarante” vise le Coran) est passible d’une agression islamiste de grande ampleur, et que la très grande majorité des musulmans émigrés ou convertis en Occident resteront passifs face à ces menaces. Les organisateurs de concerts, de fêtes ou de représentations d’opéra l’ont si bien perçu qu’ils ont aussitôt commencé à se censurer eux-mêmes (un opéra a été annulé à Berlin, diverses fêtes traditionnelles en Espagne sont également vouées à disparaître, sans parler de l’annulation d’une représentation à Londres).

La manière dont les idéologues musulmans ont ensuite osé attaquer une citation faite par le Pape, formulée sous forme d’interrogation adjacente lors d’un “colloque” de théologiens catholiques ne laisse pas non plus d’étonner : les manifestants au Pakistan qui ont réclamé la démission du Pape ont trahi la stratégie à l’œuvre, tout comme les agressions de chrétiens (souvent protestants) qui ont suivi au Nigéria.
Les menaces proférées contre le mauvais essayiste Redeker pour un article intransigeant, sans plus, vis-à-vis de l’islam, paru dans le Figaro du 19 septembre 2006, et dont la rédaction s’est hâtée de se désolidariser, confirme que les idéologues islamistes prétendent désormais exercer une censure à tous les niveaux de l’espace public en Occident. C’est toujours la même chose qui déchaîne leur rage : dès que l’on semble manifester une capacité, une détermination à résister à leurs mensonges, il faudrait aussitôt produire un acte de contrition et de soumission, sous peine de violences imprévisibles et illimitées.

Le plus remarquable, c’est le décalage qui s’accroît entre le pays réel et le pays formel : tandis que ce dernier plie, recule, ne cesse de s’incliner en espérant esquiver l’affrontement, l’effarement et l’esprit de résistance face à ces menées liberticides s’intensifient dans le pays réel. Même si le Pape n’a pas formulé d’excuse, et a seulement regretté que “musulmans l’aient si mal compris”, sa visite en Turquie à l’automne 2006 ressemble à un voyage à Canossa.

La plupart des musulmans ne comprennent absolument pas les ressorts des sociétés occidentales et s’en font une image réductrice au-delà de toute raison. En quelques années, le résultat est là : les populations néerlandaises et danoises, les plus tolérantes d’Europe, ont amorcé une volte-face où la méfiance vis-à-vis de tout ce qui rappelle l’islam grandit à une vitesse vertigineuse.
On sent bien qu’à toute agression, il faudrait désormais répondre au même niveau : que les idéologues de l’islam politique commencent par cesser d’insulter l’Occident, qui a tant apporté aux régions emprisonnées dans l’islam, quoi qu’ils en disent (mais ils y perdraient leur raison d’exister), et que tout discours d’imam anti-occidental dans une mosquée où qu’elle soit, soit sanctionné comme comme un “casus belli” au moins sur le terrain de la représentation du monde. Ce n’est qu’ensuite qu’il serait possible de confronter les aspects rationnels des divergences de vues, s’ils existent.

Il va de soi que ce n’est pas le chemin que les événements prennent. Les idéologues de l’islam politique, toutes tendances confondues, convergent vers l’instauration de fait d’un statut international de dhimmitude pour les non-musulmans. Le thème de “l’islamophobie”, à chaque fois qu’il est invoqué, constitue la signature de cette guerre idéologique sans retour que l’islamisme a déclaré à l’esprit de liberté.
Ces idéologues agissent non pour convaincre les occidentaux, mais pour séparer le plus possible les “musulmans” par origine de leurs sociétés d’accueil. Ils ne représentent même pas un problème “théorique”. La question de la bataille des “idées” ou des propagandes se joue en réalité avec les compagnons de route de l’islamisme. La plupart des derniers “vrais croyants” marxistes, notamment, cherchent dans l’alliance avec l’islamisme une échappatoire et un dérivatif à la défaite séculaire dont l’effondrement de l’Union soviétique a été le signe sans appel.
Alors que ces “munichois” sont d’habitude très sourcilleux sur leurs propres références dans le cadre des débats occidentaux (la moindre ombre d’inégalité leur paraît plus grave que la mise en place d’un camp de concentration), ils abdiquent celles-ci sans un murmure dès qu’ils se placent aux côtés des islamistes, de peur de se voir taxés de “racisme” ou d’“islamophobie”. Et cette lâcheté, ils entendent la faire partager par tous, afin qu’elle ne soit plus ni décelable ni dénonçable. Les compagnons de route des islamistes espèrent au fond que les “Cosaques” modernes viendront détruire l’Occident, quel que soit ce qui suivra.

Seuls les courants qui, en Occident, ont été capables de résister à toutes les formes de totalitarisme politique au cours du XXe siècle peuvent initier le sursaut nécessaire face à cette agression diffuse et de plus en plus généralisée. Encore faut-il qu’ils manifestent quelque courage et que l’esprit de reddition soit nommé pour ce qu’il est. Tous ceux qui posent l’islam en victime ontologique se font les complices des terroristes, c’est-à-dire de l’avant-garde d’un impérialisme musulman renaissant.

L’affaire des caricatures est pour toutes ces raisons plus lourde de conséquences que le 11 septembre 2001. La surenchère organisée par les islamistes n’a rencontré chez les musulmans aucune réponse à la mesure de cette offensive catastrophique. La grande masse des “musulmans” immigrés dans les pays occidentaux est littéralement terrifiée par le totalitarisme islamiste et préfère garder le silence alors qu’ils savent pourtant que cette émigration leur a permis d’échapper à la “prison de l’islam”. Quant aux forces institutionnelles de l’Occident, elles n’ont répondu que par une mollesse apeurée.
L’opération déclenchée contre les caricatures danoises, si mesurées en elles-mêmes, ne fait que révéler l’ampleur de cette faille, qui est moins une donnée “objective” que l’effet d’une action militante de longue haleine. Les populations musulmanes ne sont pas unifiés, mais elles se comportent vis-à-vis de l’Occident (ce monde de “dhimmi”) comme si elles l’étaient. C’est bien ce qu’illustre le relais zélé apporté par une dizaine d’ambassadeurs de pays musulmans, dont l’ambassadrice d’Égypte, État prétendument allié aux oligarchies occidentales, à l’opération initiée par les petits milieux islamistes implantés au Danemark. Cette opération de propagande a demandé plusieurs mois de préparation, et n’a pu prendre cette ampleur qu’avec le soutien actif des appareils de ces États “musulmans”. Une telle manœuvre, dont les raisons sont également internes à ces sociétés en perdition, nourrit mécaniquement et inexorablement la logique du conflit.

Une nouvelle étape a donc été franchie dans la guerre des civilisations qui ne cesse de se développer et que les Frères musulmans, inspirateurs de tous les courants intégristes actuels, théorisent et prônent depuis 1928, année de leur création.
Le monde musulman ne se désintégrera pas, il est déjà dans une forme d’implosion, et c’est dans ce chaos que les théoriciens de l’islamisme puisent leurs ressources pour la guerre mondiale asymétrique en cours. Il ne peut trouver un semblant d’allant qu’en s’efforçant de répandre ce chaos partout.

Paris, le 24 décembre 2006


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