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	<title>Lieux Communs</title>
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	<description>D&#233;mocratie directe &#8212; Red&#233;finition collective des besoins &#8212; &#201;galit&#233; des revenus</description>
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		<title>Lieux Communs</title>
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		<title>D&#233;construire nos croyances, (re)penser la nature</title>
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		<dc:subject>Blanc G.</dc:subject>
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&lt;p&gt;Chapitre &#233;ponyme du livre de Guillaume Blanc &#171; L'invention du colonialisme vert. Pour en finir avec le mythe de l'Eden africain &#187;, Flammarion 2020, pp. 23-46 14 janvier 2019, banlieue de Debark, nord des hauts plateaux &#233;thiopiens. Assis sur un matelas pos&#233; au sol, &#224; m&#234;me la terre, dans sa maison faite de bois et de t&#244;le, Samson &#233;voque avec amertume son quotidien depuis son expulsion : &#171; Ils nous ont fait fuir &#224; coups de b&#226;ton [&#8230;]. Ils nous ont dit de partir au nom de l'Unesco. [&#8230;] Nous (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Chapitre &#233;ponyme du livre de Guillaume Blanc &#171; L'invention du colonialisme vert. Pour en finir avec le mythe de l'Eden africain &#187;, Flammarion 2020, pp. 23-46&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;14 janvier 2019, banlieue de Debark, nord des hauts plateaux &#233;thiopiens. Assis sur un matelas pos&#233; au sol, &#224; m&#234;me la terre, dans sa maison faite de bois et de t&#244;le, Samson &#233;voque avec amertume son quotidien depuis son expulsion : &#171; Ils nous ont fait fuir &#224; coups de b&#226;ton [&#8230;]. Ils nous ont dit de partir au nom de l'Unesco. [&#8230;] Nous maintenant on peut pas continuer avec cette vie-l&#224;. Je suis en train de mourir ici. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Entretien de l'auteur avec Samson, Debark, 4 janvier 2019.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#234;me d&#233;sespoir habite les voisins de Samson depuis qu'ils ont &#233;t&#233; amen&#233;s en ville. C'&#233;tait le 16 juin 2016. Ce jour-l&#224;, au petit matin, les gardes du parc national du Simien arrivent &#224; Gich. 2 508 habitants vivent alors dans ce village nich&#233; &#224; 3 800 m&#232;tres d'altitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils sont agro-pasteurs, c'est-&#224;-dire qu'ils m&#234;lent l'agriculture et l'&#233;levage de troupeaux sur des p&#226;turages. Et &#224; ce titre, ils sont accus&#233;s de d&#233;truire la nature. Voil&#224; pourquoi les gardes du parc les expulsent manu militari de leurs montagnes. Le 16 juin au soir, tous les habitants de Gich sont r&#233;install&#233;s &#224; Debark, une petite ville situ&#233;e 35 kilom&#232;tres plus &#224; l'ouest, hors du parc national du Simien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat &#233;thiopien a r&#233;ussi, enfin. L'Unesco avait inscrit le Simien sur sa Liste du patrimoine mondial en 1978, mais, depuis 1996, elle l'a r&#233;trograd&#233; sur sa Liste du patrimoine mondial &#171; en p&#233;ril &#187;. Car selon les experts internationaux, en cultivant la terre et en &#233;levant des troupeaux, les habitants d&#233;gradent la nature&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Unesco, &#171; D&#233;cisions adopt&#233;es lors de la 41e session du Comit&#233; du patrimoine (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Leur expulsion met fin au probl&#232;me. L'Unesco f&#233;licite l'&#201;thiopie et, le 12 juillet 2017, elle annonce retirer le parc du Simien de la Liste du patrimoine mondial en p&#233;ril. L'institution a une autre exigence : quelques milliers d'agro-pasteurs vivent encore dans le parc, elle demande qu'ils soient eux aussi expuls&#233;s. Et les dirigeants &#233;thiopiens sont pr&#234;ts &#224; faire ce sacrifice car ce qui compte, pour eux, c'est d'avoir re&#231;u la r&#233;compense qu'ils attendaient depuis vingt ans : l'Unesco a enfin r&#233;int&#233;gr&#233; le Simien sur sa prestigieuse Liste du patrimoine mondial&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette victoire a un seul prix : Gich. Le len- demain de l'expulsion, les autres habitants du parc p&#233;n&#232;trent dans le village. Ils d&#233;sossent les maisons abandonn&#233;es par leurs anciens voisins, et ils rapportent alors chez eux le bois qui leur manque pour cuisiner et se chauffer. Quant aux expuls&#233;s de Gich, ils vont essayer de se faire &#224; la vie urbaine qui leur est impos&#233;e. En vain. &#171; Je peux plus &#187;, nous dit Samson, trois ans plus tard. &#171; Soit la mort, soit le retour au pays. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai pu d&#233;couvrir ce parc national gr&#226;ce &#224; Samson &#8211; un nom qui n'est pas le sien puisque, pour lui et tous les habitants cit&#233;s dans ce livre, la prudence impose de respecter leur anonymat. &#192; Paris, les enseignants de l'Inalco m'ont &#233;galement appris les rudiments de l'amharique, la lingua franca &#233;thiopienne. &#192; Addis-Abeba et &#224; Debark, les responsables de l'EWCO (Ethiopian Wildlife Conservation Organization) m'ont donn&#233; acc&#232;s &#224; toutes leurs archives &#8211; pr&#232;s de 20 000 pages de correspondances, proc&#232;s-verbaux et rapports d'activit&#233;. Et depuis 2007, les habitants du Simien m'ont accueilli dans leurs montagnes. &#192; chacun de mes s&#233;jours, ils m'ont fait comprendre que vivre dans le Simien, c'est vivre en criminel. Puisque l'agriculture et le pastoralisme sont punis par la loi, &#234;tre n&#233; dans un parc national, c'est &#234;tre un squatter dans sa propre maison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette histoire m'a r&#233;v&#233;l&#233; un monde dont je ne soup&#231;onnais pas l'existence. Je croyais que les parcs africains &#233;taient des espaces naturels harmonieux ; j'ai d&#233;couvert des territoires min&#233;s par la violence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dis &#171; africains &#187; car le Simien est loin d'&#234;tre un cas isol&#233;. Il y a environ 350 parcs nationaux en Afrique, et, dans la plupart d'entre eux, les populations ont &#233;t&#233; expuls&#233;es pour faire place &#224; l'animal, la for&#234;t ou la savane. C'est le cas de 50 % des parcs du B&#233;nin, de 40 % des parcs du Rwanda ou encore de 30 % des parcs de Tanzanie et du Congo-Kinshasa. Au moins un million de personnes ont &#233;t&#233; chass&#233;es des aires prot&#233;g&#233;es africaines au XXe si&#232;cle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel Brockington et James Igoe, &#171; Eviction for Conservation : A Global (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Quant aux parcs encore habit&#233;s, l'agriculture, le pastoralisme et la chasse y sont g&#233;n&#233;ralement interdits, et sanctionn&#233;s d'amendes et de peines de prison. Ce n'est donc pas le traitement &#233;thiopien de la nature qui fait exception dans le monde, mais bien le traitement par le monde de la nature africaine. Depuis plus d'un si&#232;cle, sous la conduite d'experts venus du Nord, cette naturalisation coercitive de l'espace affecte tous les pays du continent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces politiques environnementales furent invent&#233;es par les Europ&#233;ens, pendant la colonisation. Et depuis les ind&#233;pendances, elles sont mises en &#339;uvre par des &#201;tats africains. Leurs dirigeants sont souverains, mais ils r&#233;pondent syst&#233;matiquement aux injonctions des institutions internationales de la conservation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Charles Geisler, &#171; A New Kind of Trouble : Evictions in Eden &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Derri&#232;re chaque injustice sociale que subissent les habitants de la nature en Afrique, on trouve toujours l'Unesco, le WWF, l'UICN ou encore la Fauna &amp; Flora International (FFI).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affirmation a de quoi surprendre. Elle va d'ailleurs tellement &#224; l'encontre de nos croyances que certains refuseront de l'entendre. Affirmons-le alors d&#232;s maintenant : ce livre ne cherche pas &#224; d&#233;nigrer la cause environnementale, ni m&#234;me &#224; critiquer la lutte &#233;cologique. Au contraire, cet ouvrage esp&#232;re y participer. Pour enrayer la destruction mondiale de la biodiversit&#233;, il est urgent de comprendre nos erreurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme en Europe, en Am&#233;rique ou en Asie, les soci&#233;t&#233;s africaines vont devoir faire face &#224; l'effondrement de leurs &#233;cosyst&#232;mes, ainsi que l'explique Luc Semal. Sp&#233;cialiste des mobilisations environnementales et fin connaisseur des extinctions animales&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Luc Semal, Bestiaire disparu. Histoire de la derni&#232;re grande extinction, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ce politiste souligne le poids de l'angoisse que g&#233;n&#232;re la perspective d&#233;sormais tr&#232;s concr&#232;te des d&#233;sastres &#233;cologiques et humains qui s'annoncent &#224; l'&#233;chelle mondiale, sous les effets cumul&#233;s du r&#233;chauffement climatique, de la rar&#233;faction des ressources et de la disparition des esp&#232;ces de faune et de flore&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Luc Semal, Face &#224; l'effondrement. Militer &#224; l'ombre des catastrophes, PUF, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Seulement, en aucun cas l'expulsion des habitants des parcs africains ne r&#233;soudra le probl&#232;me. Bien au contraire, croire que la mise en parc de la nature permet de mieux prot&#233;ger la plan&#232;te est un leurre. Et, &#224; force d'entretenir cette illusion, les politiques internationales de la conservation fonctionnent comme un trompe-l'&#339;il qui occulte le vrai probl&#232;me : la d&#233;gradation massive et globale de &#171; notre &#187; environnement quotidien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour sauver la nature, les experts internationaux exigent des &#201;tats africains qu'ils expulsent les habitants des parcs. Concr&#232;tement, ils leur demandent d'emp&#234;cher des agro-pasteurs d'&#233;roder les parcelles qu'ils cultivent et de d&#233;nuder les plateaux o&#249; ils envoient pa&#238;tre leur b&#233;tail. Mais l'argument est absurde, au sens propre du terme : il est contraire &#224; la raison. Accuser des paysans comme ceux de Gich de d&#233;truire la nature, c'est oublier qu'ils produisent eux-m&#234;mes leur nourriture. Comme tous les expuls&#233;s des parcs africains, ils se d&#233;placent d'abord &#224; pied. Ils consomment tr&#232;s peu de viande et de poisson. Ils ach&#232;tent tr&#232;s rarement de nouveaux v&#234;tements. Et contraire- ment &#224; deux milliards d'individus, ils n'ont ni ordinateur ni smartphone. Bref, pour sauver la plan&#232;te, il faudrait vivre comme eux. L'Unesco, le WWF et l'UICN consid&#232;rent pourtant que leur expulsion est &#233;thique et n&#233;cessaire, c'est- &#224;-dire juste, et justifi&#233;e. Pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'actualit&#233; commence &#224; le souligner, la question &#233;cologique mondiale est influenc&#233;e par le pass&#233; colonial. Au mois d'ao&#251;t 2019, par exemple, quand le pr&#233;sident fran&#231;ais Emmanuel Macron sugg&#232;re de placer l'Amazonie en feu sous contr&#244;le international, Jair Bolsonaro d&#233;nonce &#171; une mentalit&#233; colonialiste &#187;. &#171; Macron [&#8230;] veut &#8220;sauver&#8221; l'Amazonie comme si c'&#233;tait [encore] une colonie &#187;, &#233;crit le pr&#233;sident br&#233;silien sur son compte Twitter&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Huffpost, &#171; Bolsonaro accuse &#224; nouveau Macron de &#8220;colonialisme&#8221; &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au m&#234;me moment, &#224; propos de l'Afrique, une pol&#233;mique &#233;clate aux &#201;tats-Unis apr&#232;s la sortie au cin&#233;ma du Roi Lion. Des millions de spectateurs s'empressent d'aller red&#233;couvrir les personnages de Disney, auxquels des artistes afro-am&#233;ricains ont pr&#234;t&#233; leurs voix &#8211; parmi eux, la chanteuse Beyonc&#233; ou l'acteur Donald Glover. Le remake est un succ&#232;s mondial, mais plusieurs intellectuels d&#233;noncent un film &#171; parfaitement colonial &#187;. Selon eux, Le Roi Lion continue de faire croire &#224; une Afrique plus naturelle qu'humaine. Les Africains n'auraient aucune place sur leur propre conti- nent. Ils seraient plut&#244;t des intrus qui perturbent l'&#233;quilibre d'une plan&#232;te verte&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Boluwatife Akinro et Joshua Segun-Lean, &#171; Beyonc&#233; and the Heart of Darkness (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'Asie n'est pas non plus en reste. En octobre 2019, Le Monde consacre un dossier &#224; la mont&#233;e de l'&#233;cofascisme. Le quotidien fran&#231;ais revient notamment sur la tuerie perp&#233;tr&#233;e &#224; Christchurch, en Nouvelle-Z&#233;lande, par un militant australien d'extr&#234;me droite. Quelques minutes avant d'abattre 51 musulmans dans leurs mosqu&#233;es, Brenton Tarrant publiait un manifeste sur les r&#233;seaux sociaux : &#171; L'environnement est d&#233;truit par la surpopulation, et nous, les Europ&#233;ens, sommes les seuls qui ne contribuons pas &#224; la surpopulation. &#187; Pour tous ceux qui, comme lui, se revendiquent &#171; &#233;cofascistes &#187;, &#171; il faut tuer les envahisseurs, tuer la surpopulation, et ainsi sauver l'environnement &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Damien Leloup, &#171; &#201;cofascisme : comment l'extr&#234;me droite en ligne s'est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces extr&#233;mistes ne sont pas les seuls &#224; se croire investis d'une mission. Selon d'autres m&#233;dias, de nombreux experts internationaux souffriraient eux aussi d'une angoisse n&#233;o-malthusienne. Dans tous les pays du Sud, il leur faudrait sauver la nature avant que des habitants &#233;cologiquement irresponsables ne la d&#233;truisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cet &#233;gard, la presse &#233;crite s'attaque surtout au WWF. En 2012, dans PandaLeaks, le journaliste Wilfried Huismann r&#233;v&#232;le la contribution du WWF &#224; des d&#233;placements forc&#233;s de populations dans des parcs africains et asiatiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Wilfried Huismann, PandaLeaks. The Dark Side of the WWF, CreateSpace, 2014 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'association Survival International s'en prend &#224; son tour au WWF, en 2016. Elle l'accuse de financer les campagnes militaires de l'&#201;tat camerounais contre les habitants des for&#234;ts prot&#233;g&#233;es dans le sud du pays&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Exclusif : L'OCDE ouvre une enqu&#234;te sur le WWF &#8211; une premi&#232;re mondiale &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Buzz-Feed News et Mediapart d&#233;noncent enfin un &#171; colonialisme vert &#187;. En 2019, ils affirment que le WWF forme et &#233;quipe les gardes qui frappent, violent et parfois abattent des femmes et des hommes accus&#233;s de braconnage. Selon les deux sites d'information, ces exactions sont le lot commun de plusieurs parcs en Inde, au N&#233;pal, au Gabon, au Congo &#8211; bref, dans les anciennes colonies europ&#233;ennes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fanny Pigeaud, &#171; Le WWF accus&#233; de &#8220;colonialisme vert&#8221; au Congo &#187;, Mediapart, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre la g&#233;ographie coloniale et la politique actuelle d'une institution internationale comme le WWF, le lien est plus qu'&#233;vident, il est fla- grant. Mais il est aussi plus complexe qu'il n'y para&#238;t, et les m&#233;dias peinent &#224; expliquer ce qu'est vraiment le colonialisme vert. Il faut passer par l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout commence en Am&#233;rique du Nord, &#224; la fin du XIXe si&#232;cle. Les &#201;tats-Unis et le Canada cr&#233;ent les premiers parcs nationaux du monde, et dans chacun d'eux ils expulsent les habitants. Ils (r&#233;)introduisent des esp&#232;ces animales dites authentiques, ils (re)plantent des for&#234;ts dites originelles et ils (r&#233;)enherbent des plaines dites naturelles. Puis, une fois ce travail accompli, ils font de la nature sauvage, la wilderness en anglais, un symbole national. Dans chaque parc, la nature devient l'&#226;me de la nation. Elle est d&#233;crite au public comme l'essence authentique des deux soci&#233;t&#233;s, la figure originelle de deux pays qui se seraient construits sur l'exp&#233;rience collective d'une terre sauvage et inhabit&#233;e, et non pas sur la violence d'une conqu&#234;te coloniale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'engouement pour les parcs nationaux s'&#233;tend ensuite &#224; l'Europe, au d&#233;but des ann&#233;es 1930. Les &#201;tats europ&#233;ens expulsent rarement les habitants de leurs parcs. Ils instrumentalisent eux aussi la nature, mais l'inventent autrement. Plut&#244;t que de fabriquer une wilderness vierge et atemporelle, ils associent leur nation &#224; une nature humanis&#233;e depuis des temps imm&#233;moriaux. Par exemple, la conf&#233;d&#233;ration suisse fait de ses p&#226;turages de montagne un sol sacr&#233;, l'embl&#232;me d'une terre qui serait exploit&#233;e de la m&#234;me fa&#231;on et depuis des si&#232;cles, au-del&#224; des diff&#233;rences qui les s&#233;parent, par les peuples d'une seule et m&#234;me nation. Dans la m&#234;me veine, l'Allemagne fait de ses for&#234;ts et de leur folklore le symbole des petites patries (Heimat) o&#249; la population peut apprendre &#224; aimer la grande patrie (Vaterland). Le proc&#233;d&#233; est donc le m&#234;me qu'en Am&#233;rique du Nord. Partout, les parcs naturels favorisent une extension du local au national : du parc jusqu'au national qui le prot&#232;ge, de l'amour d'un petit territoire &#224; l'amour d'un territoire plus vaste, pour reprendre la belle expression de l'historien Fran&#231;ois Walter&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fran&#231;ois Walter, Les Figures paysag&#232;res de la nation. Territoire et paysage (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La France s'empare &#224; son tour de ce mod&#232;le, au milieu des ann&#233;es 1960. La France des paysans dispara&#238;t, et l'&#201;tat cherche un substitut &#224; l'identit&#233; rurale de la nation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Henri Mendras, La Fin des paysans, Armand Colin, 1970 [1967].&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Alors, dans la Vanoise, les Pyr&#233;n&#233;es ou le Mercantour, les gestionnaires des parcs nationaux disent &#171; restaurer l'&#233;quilibre &#233;cologique des lieux &#187;. Ils interdisent l'industrialisation de l'agriculture, (re)naturalisent les &#233;cosyst&#232;mes, l&#224;-bas des pelouses d'altitude, ici des tourbi&#232;res, et (r&#233;)introduisent des esp&#232;ces animales, vautours fauves, coqs de bruy&#232;re et bouquetins, entre autres. Aux dires de l'&#201;tat fran&#231;ais, ce travail garantit le &#171; retour naturel d'esp&#232;ces d'int&#233;r&#234;t patrimonial &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Parc national des C&#233;vennes, &#171; Rapport d'activit&#233; de l'&#233;tablissement public (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce retour n'a pourtant rien de naturel. Il n'a rien, non plus, de tr&#232;s objectif. Dans les rivi&#232;res du parc national des C&#233;vennes, par exemple, l'administration r&#233;introduit des castors au nom de leur &#171; authenticit&#233; &#187; ; les castors ont disparu de la r&#233;gion au XIVe si&#232;cle. En revanche, aucune op&#233;ration de cette ampleur n'est men&#233;e pour pallier la disparition des perdrix grises ou des loups. Moins embl&#233;matiques ou plus dangereuses, ces esp&#232;ces ont n&#233;anmoins disparu, elles, il y a &#224; peine un si&#232;cle. Cette subjectivit&#233; de la chose authentique est encore plus criante quand on observe comment, en France, les responsables des parcs pr&#233;servent ce qu'ils appellent le &#171; caract&#232;re des lieux &#187;. Ils r&#233;novent les bergeries dites traditionnelles. Ils louent des terres aux agro-pasteurs qui, gr&#226;ce &#224; des loyers r&#233;duits, peuvent continuer de vivre sur place. Ils entretiennent les sentiers de transhumance et, au d&#233;but de l'&#233;t&#233;, ils versent des subventions aux bergers qui acceptent de partir en transhumance &#224; pied, et non pas en camion, comme cela se fait partout ailleurs dans le pays. Ils soutiennent financi&#232;rement l'artisanat local, et forment aussi de jeunes actifs &#224; l'apprentissage de savoir-faire architecturaux soi-disant ancestraux. Bref, en France comme ailleurs, les gestionnaires des parcs font de la nature ce qu'ils croient qu'elle fut&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eileen O'Rourke, &#171; The Reintroduction and Reinterpretation of the Wild &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'en va pas autrement de l'autre c&#244;t&#233; de la M&#233;diterran&#233;e. Mais la perception de ce qu'&#233;tait la nature est tout autre : l'Afrique &#233;tait vierge et elle doit continuer de l'&#234;tre ; l'Africain ne fa&#231;onne pas l'environnement comme l'Europ&#233;en, il le d&#233;truit. Pour mieux com- prendre la chose, restons encore un moment en France. Depuis 2011, le parc des C&#233;vennes est class&#233; au patrimoine mondial de l'Unesco. Les C&#233;vennes, lit-on sur le site Internet de l'Unesco, ont une &#171; valeur universelle exceptionnelle &#187;. Cette valeur vient de leurs &#171; paysages fa&#231;onn&#233;s par l'agro-pastoralisme durant trois mill&#233;naires &#187;. L'objectif, nous dit alors l'Unesco, est de sauver les &#171; syst&#232;mes agro-pastoraux &#187; des C&#233;vennes, &#171; de les conserver par la perp&#233;tuation des activit&#233;s traditionnelles &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Unesco, &#171; Les Causses et les C&#233;vennes, paysage culturel de l'agro-pastoralisme&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette description peut sembler banale. Elle est pourtant saisissante en comparaison de celle que l'Unesco donne du parc &#233;thiopien du Simien. Situ&#233; entre 2 800 et 4 600 m&#232;tres d'altitude, d'une superficie de 410 km2 (quatre fois Paris), le parc offre un paysage de montagnes qui ressemble beaucoup &#224; celui des C&#233;vennes. On y trouve une population de moyenne densit&#233;, un habitat dispers&#233; en hameaux, des vall&#233;es parsem&#233;es de terrasses d&#233;di&#233;es &#224; une agriculture vivri&#232;re, et des p&#226;turages fa&#231;onn&#233;s par un &#233;levage de subsistance. Mais la &#171; valeur universelle &#187; du Simien est ailleurs. Elle r&#233;side, nous apprend l'Unesco, dans &#171; un paysage spectaculaire &#187; et dans la pr&#233;sence &#171; d'esp&#232;ces menac&#233;es, notamment le Walia ibex, une ch&#232;vre des montagnes que l'on ne trouve nulle part ailleurs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux habitants du Simien, des agro-pasteurs, comme dans les C&#233;vennes, ils sont loin d'&#234;tre valoris&#233;s. Au contraire, &#233;crit l'Unesco, &#171; les activit&#233;s agricoles et pastorales [&#8230;] ont s&#233;v&#232;rement affect&#233; les valeurs naturelles du Simien &#187;. Aujourd'hui encore, nous dit l'institution, toujours sur son site Internet, &#171; les menaces pesant sur l'int&#233;grit&#233; du parc sont l'installation humaine, les cultures et l'&#233;rosion des sols &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Unesco, &#171; Parc national du Simien &#187;, https://whc.unesco.org/fr/list/9 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; un m&#234;me type d'espace agro-pastoral, l'un en France, l'autre en &#201;thiopie, l'Unesco livre donc deux histoires radicalement diff&#233;rentes. La premi&#232;re est europ&#233;enne : elle d&#233;crit l'adaptation de l'homme &#224; la nature. La seconde est africaine : elle raconte la d&#233;gradation de la nature par l'homme. Cette histoire est lourde de cons&#233;quences. D&#232;s 1963, les experts de l'Unesco, de l'UICN et du WWF recommandent &#224; l'&#201;thiopie de faire du Simien un parc national. Et, pour cela, ils lui demandent d'y &#171; abolir tous les droits humains individuels ou d'une autre nature (to extinguish all individual or other human rights) &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ian Grimwood, &#171; Ethiopia. Conservation of Nature and Natural Resources (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La m&#234;me injonction pousse l'&#201;thiopie &#224; expulser les habitants de Gich, en 2016. En Afrique, un parc naturel doit &#234;tre vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet id&#233;al d'une nature d&#233;barrass&#233;e de ses habitants guide la majorit&#233; des aires prot&#233;g&#233;es du continent. Voil&#224; ce qu'est le colonialisme vert. &#192; l'&#233;poque coloniale, il y avait le fardeau civilisationnel de l'homme blanc, avec des th&#233;ories racistes pour justifier la domination des Africains. Depuis, il y a le fardeau &#233;cologique de l'expert occidental, avec des th&#233;ories environnementales d&#233;clinistes qui l&#233;gitiment le contr&#244;le de l'Afrique. L'intention n'est plus la m&#234;me, mais l'esprit reste identique : le monde moderne et civilis&#233; doit continuer &#224; sauver l'Afrique des Africains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cette actualit&#233;, deux d&#233;fis s'offrent &#224; nous. Il faut d'abord comprendre pourquoi le pass&#233; colonial p&#232;se &#224; ce point sur le pr&#233;sent. Pourquoi, d&#232;s la fin du XIXe si&#232;cle, les &#171; scientifiques &#187; europ&#233;ens se sont-ils persuad&#233;s que l'Afrique est un &#201;den en voie de d&#233;gradation ? Comment, au d&#233;but des ann&#233;es 1960, le mythe se perp&#233;tue-t-il sous l'influence d'administrateurs coloniaux reconvertis en experts internationaux ? Enfin, depuis trente ans, quel genre de logique peut pousser les plus grandes institutions internationales &#224; valoriser une gestion locale et participative de la nature, tout en recommandant, encore et toujours, l'expulsion des populations locales ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Besoin d'histoire donc, mais aussi de g&#233;o- graphie. La litt&#233;rature occidentale d&#233;crit g&#233;n&#233;ralement l'Afrique comme un grand tout homog&#232;ne. Peupl&#233;s de Hutu et de Tutsi, le Rwanda et le Burundi partageraient la m&#234;me histoire. Autrefois Rhod&#233;sie du Nord et du Sud, la Zambie et le Zimbabwe seraient plus ou moins identiques. Le Congo-Kinshasa et le Congo-Brazzaville se ressembleraient, &#233;videmment. Ce d&#233;ni d'identit&#233; m'a conduit &#224; construire ce livre autour d'un terrain en particulier : l'&#201;thiopie. J'ai choisi ce pays car il est autant marqu&#233; par l'ing&#233;rence occidentale que par un nationalisme endog&#232;ne, deux forces contradictoires qui animent tous les &#201;tats du continent, mais &#224; divers degr&#233;s. Seuls les &#233;v&#233;nements &#233;thiopiens g&#233;n&#233;ralisables aux autres pays africains sont retenus dans ce livre. Chaque chapitre associe l'histoire &#233;thiopienne &#224; l'histoire africaine. Mais plut&#244;t que de survoler superficiellement tout le continent, nous partirons des archives &#233;thiopiennes et du ras du sol, l&#224; o&#249; peut vraiment se comprendre la vie sociale, en Afrique, comme partout dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;thiopie offre un point de vue d'autant plus int&#233;ressant qu'elle n'a jamais &#233;t&#233; colonis&#233;e. Elle est le seul &#201;tat du continent &#224; avoir &#233;chapp&#233; &#224; la domination europ&#233;enne, et pourtant elle est aussi subordonn&#233;e que ses voisins au colonialisme vert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre &#233;tapes marquent l'histoire de l'&#201;thiopie contemporaine. D'abord, les conqu&#234;tes de M&#233;n&#233;lik II, roi des rois d'&#201;thiopie de 1889 &#224; 1913. Lorsque la colonisation de l'Afrique d&#233;bute, le royaume chr&#233;tien de M&#233;n&#233;lik se limite aux hauts plateaux centraux de l'&#201;thiopie actuelle, soit la moiti&#233; du pays. Puis, progressivement, les Europ&#233;ens encerclent son royaume : plus au sud, le Kenya britannique ; plus &#224; l'est, la Somalie italienne et la C&#244;te fran&#231;aise des Somalis (Djibouti) ; plus au nord, l'&#201;rythr&#233;e italienne ; plus &#224; l'ouest, le Soudan britannique. Entre ces colonies et l'&#201;thiopie, il ne reste plus que des sultanats et des petites monarchies africaines : si les Euro- p&#233;ens les soumettent, ils seront aux portes du domaine de M&#233;n&#233;lik. Mais, contre toute attente, le roi des rois remporte la comp&#233;tition. Jouant des rivalit&#233;s entre Europ&#233;ens, c'est son arm&#233;e qui r&#233;ussit &#224; envahir, une par une, les p&#233;riph&#233;ries de son royaume. L'&#201;thiopie devient donc une puissance coloniale&#8230; africaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ha&#239;l&#233; S&#233;lassi&#233; lui succ&#232;de &#224; la t&#234;te de cette Grande &#201;thiopie. Except&#233; durant l'occupation italienne (1936-1941), il dirige le pays de 1930 &#224; 1974. L'empereur impose une culture chr&#233;tienne orthodoxe, et une langue unique, l'amharique. Ha&#239;l&#233; S&#233;lassi&#233; use aussi des outils classiques de l'&#201;tat-nation. Il instaure une administration centralis&#233;e, un drapeau, un hymne, puis il fait construire des mus&#233;es nationaux et classer des monuments historiques. Son but : rassembler toutes les populations conquises par M&#233;n&#233;lik autour d'une seule identit&#233; nationale, et d'un seul &#201;tat &#233;thiopien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; trop vouloir &#233;thiopianiser ses sujets, Ha&#239;l&#233; S&#233;lassi&#233; est renvers&#233; en 1974 par les soldats du derg (comit&#233;). On retrouvera sa d&#233;pouille des ann&#233;es plus tard, sous le bureau de Mengistu Ha&#239;l&#233; Mariam, l'homme fort du derg. Gr&#226;ce au soutien de l'URSS, Mengistu impose un r&#233;gime marxiste-l&#233;niniste. Il nationalise les terres, collectivise l'agriculture et r&#233;prime les opposants. Puis, comme au temps de l'empire, le derg &#233;thiopianise. En instaurant l'&#233;cole gratuite, en prot&#233;geant un patrimoine historique commun et en usant de toujours plus de force, le derg s'efforce de nationaliser les populations rattach&#233;es &#224; la Grande &#201;thiopie au d&#233;but du XXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me politique que l'empire, et, in&#233;vitablement, m&#234;me &#233;chec. En 1991, le Front d&#233;mocratique r&#233;volutionnaire du peuple &#233;thiopien renverse le derg. Avec Meles Zenawi comme Premier ministre jusqu'en 2012, la nouvelle R&#233;publique f&#233;d&#233;rale &#233;thiopienne instaure une &#233;conomie de march&#233;. Le succ&#232;s est tel que le pays devient l'une des premi&#232;res puissances du continent. En revanche, la coh&#233;sion nationale n'est toujours pas au rendez- vous. Les peuples des r&#233;gions Oromo, Afar ou Somali ont &#233;t&#233; conquis par M&#233;n&#233;lik il y a un si&#232;cle, et bien souvent, ils refusent encore l'identit&#233; &#233;thiopienne que leur imposent les dirigeants du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ph&#233;nom&#232;ne est commun &#224; de nombreux pays africains. La presse et les observateurs occi- dentaux attribuent ce manque d'unit&#233; &#224; des divisions ethniques. Mais l'&#171; ethnie &#187; est une cat&#233;gorie invent&#233;e par les Europ&#233;ens pour sou- mettre, pendant la colonisation, les royaumes qu'ils envahissaient. Et depuis, l'ethnisme continue de donner &#224; l'Afrique toute son &#233;tranget&#233; : l&#224; o&#249; la France aurait eu des peuples (3 millions de Bretons), l'&#201;thiopie aurait des ethnies (40 millions d'Oromo). En r&#233;alit&#233;, le mot cache une histoire bien plus simple : les fronti&#232;res coloniales ont abouti au regroupe- ment superficiel de peuples fort diff&#233;rents les uns des autres, voil&#224; tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis les ind&#233;pendances au d&#233;but des ann&#233;es 1960, les &#201;tats africains font alors ce que les &#201;tats occidentaux ont fait &#224; la fin du XIXe si&#232;cle. Pour donner chair &#224; la nation, ils &#233;laborent un roman national, se donnent des h&#233;ros nationaux, b&#226;tissent des monuments nationaux ou se rassemblent autour d'&#233;quipes de foot nationales. Ils cr&#233;ent, aussi, des parcs nationaux. Comme les &#201;tats-Unis, l'Allemagne ou la Suisse, chaque &#201;tat africain &#233;rige ses parcs au rang de hauts lieux de la nation. Ces espaces naturels doivent permettre aux populations d'exp&#233;rimenter leur pays, de l'admirer et de l'aimer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux fa&#231;ons de faire s&#233;parent tout de m&#234;me radicalement l'Afrique de l'Europe et de l'Am&#233;rique du Nord. Aujourd'hui encore, dans presque chaque parc africain, on expulse, on criminalise. Et partout, l'oppression des populations est guid&#233;e par les employ&#233;s des institutions internationales de la conservation, avec en t&#234;te de liste l'Unesco, l'UICN et le WWF. Ces deux visages de la nature africaine sont &#224; l'origine de ce livre : l'expert international, et l'habitant qui subit la violence de ses pr&#233;jug&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre r&#233;cit s'appuie alors sur l'histoire par n&#233;cessit&#233; plus que par choix. De l'invention coloniale de l'&#201;den &#224; la fabrique postcoloniale des experts, puis de l'usage africain des normes internationales jusqu'au mythe du d&#233;veloppement durable, seul le pass&#233; peut nous permettre de comprendre pourquoi, aujourd'hui, le monde occidental de la conservation s'efforce de naturaliser l'Afrique, co&#251;te que co&#251;te.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Entretien de l'auteur avec Samson, Debark, 4 janvier 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Unesco, &#171; D&#233;cisions adopt&#233;es lors de la 41e session du Comit&#233; du patrimoine mondial &#187;, Cracovie, 2017, p. 29 (Unesco, WHC/17/41.COM/18).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Daniel Brockington et James Igoe, &#171; Eviction for Conservation : A Global Overview &#187;, &lt;i&gt;Conservation and Society&lt;/i&gt;, 4-3, 2006, p. 424-470.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Charles Geisler, &#171; A New Kind of Trouble : Evictions in Eden &#187;, International Social Science Journal, 55, 2003, p. 69-78.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Luc Semal, &lt;i&gt;Bestiaire disparu. Histoire de la derni&#232;re &lt;/i&gt;&lt;i&gt;grande extinction&lt;/i&gt;, &#201;ditions Plume de carotte, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Luc Semal, &lt;i&gt;Face &#224; l'effondrement. Militer &#224; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;l'ombre des catastrophes&lt;/i&gt;, PUF, 2019, p. 11.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Huffpost, &#171; Bolsonaro accuse &#224; nouveau Macron de &#8220;colonialisme&#8221; &#187;, Huffingtonpost, 26 ao&#251;t 2019, &lt;a href=&#034;https://www.huffingtonpost.fr/entry/bolsonaro-accuse-a-nouveau-macron-decolonialisme_fr_5d63e6b4e4b02cc97c910dc2&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.huffingtonpost.fr/entry...&lt;/a&gt; (consult&#233; le 2 septembre 2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Boluwatife Akinro et Joshua Segun-Lean, &#171; Beyonc&#233; and the Heart of Darkness &#187;, Africa Is a Country, &lt;a href=&#034;https://africasacountry.com/2019/09/beyonces-heart-of-darkness&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://africasacountry.com/2019/09...&lt;/a&gt; (consult&#233; le 17 septembre 2019.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Damien Leloup, &#171; &#201;cofascisme : comment l'extr&#234;me droite en ligne s'est r&#233;appropri&#233;e les questions climatiques &#187;, Le Monde, &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/pixels/article/2019/10/04/ecofascisme-comment-l-extreme-droite-en-ligne-s-est-reappropriee-les-questions-climatiques_6014255_4408996.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.lemonde.fr/pixels/artic...&lt;/a&gt; (consult&#233; le 4 octobre 2019.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Wilfried Huismann, PandaLeaks. The Dark Side of the WWF, CreateSpace, 2014 [2012].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Exclusif : L'OCDE ouvre une enqu&#234;te sur le WWF &#8211; une premi&#232;re mondiale &#187;, 11 janvier 2017, Survival International, &lt;a href=&#034;https://www.survivalinternational.fr/actu/11555&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.survivalinternational.f...&lt;/a&gt; (consult&#233; le 2 septembre 2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Fanny Pigeaud, &#171; Le WWF accus&#233; de &#8220;colonialisme vert&#8221; au Congo &#187;, Mediapart, 20 mars 2019, &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/200319/le-wwf-accuse-de-colonialisme-vert-au-congo&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.mediapart.fr/journal/international/200319/le-wwf-accuse-de-colonialisme-vert-au-congo&lt;/a&gt; (consult&#233; le 2 septembre 2019) ; Tom Warren et Katie J.M. Baker, &#171; WWF Funds Guards Who Have Tortured and Killed People &#187;, BuzzFeed News, 4 mars 2019, &lt;a href=&#034;https://www.buzzfeednews.com/article/tomwarren/wwf-world-wide-fund-nature-parks-torture-death&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.buzzfeednews.com/article/tomwarren/wwf-world-wide-fund-nature-parks-torture-death&lt;/a&gt; (consult&#233; le 2 septembre 2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Fran&#231;ois Walter, Les Figures paysag&#232;res de la nation. Territoire et paysage en Europe (16e-20e si&#232;cle), &#201;ditions EHESS, 2004, p. 178.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Henri Mendras, La Fin des paysans, Armand&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Colin, 1970 [1967].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Parc national des C&#233;vennes, &#171; Rapport d'activit&#233; de l'&#233;tablissement public charg&#233; de la gestion du parc national et de la r&#233;serve de biosph&#232;re des C&#233;vennes. 2001 &#187;, Florac, 2002, p. 7.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Eileen O'Rourke, &#171; The Reintroduction and Reinterpretation of the Wild &#187;, Journal of Agricultural and Environment Ethics, 13-1, 2000, p. 145-165.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Unesco, &#171; Les Causses et les C&#233;vennes, paysage culturel de l'agro-pastoralisme m&#233;diterran&#233;en &#187;, &lt;a href=&#034;https://whc.unesco.org/fr/list/1153&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://whc.unesco.org/fr/list/1153&lt;/a&gt; (consult&#233; le 2 septembre 2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Unesco, &#171; Parc national du Simien &#187;, &lt;a href=&#034;https://whc.unesco.org/fr/list/9&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://whc.unesco.org/fr/list/9&lt;/a&gt; (consult&#233; le 2 septembre 2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ian Grimwood, &#171; Ethiopia. Conservation of Nature and Natural Resources (November 1964 &#8211; February 1965) &#187;, Paris, 1965, p. 4 (Unesco, WS/0865.66).Unesco, l'UICN et le WWF. Ces deux visages de la nature africaine sont &#224; l'origine de ce livre : l'expert international, et l'habitant qui subit la violence de ses pr&#233;jug&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>&#171; L'humanit&#233; est la seule &#224; percevoir l'&#233;cologie comme un probl&#232;me &#187;</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?1189-l-humanite-est-la-seule</link>
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		<dc:date>2025-05-27T10:05:42Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;cologie</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>Courrier</dc:subject>
		<dc:subject>Pseudo-subversion</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cologisme</dc:subject>
		<dc:subject>Primitivisme</dc:subject>
		<dc:subject>Religion</dc:subject>
		<dc:subject>Scientisme</dc:subject>
		<dc:subject>B&#233;rard Quentin</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#201;change entre Arnaud Blaret, auteur du livre &#171; Les Intendants de Dieu. Regards sur un m&#233;nage &#224; trois : Science, Politique et Religion &#187; (2 tomes, &#233;d. V&#233;rone 2022) et Quentin B&#233;rard, auteur de &#171; &#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique. Pour une refondation &#187; (&#233;d. Libre &amp; Solidaire, 2021). Arnaud Blaret avait &#233;t&#233; l'invit&#233; du podcast &#171; H&#233;r&#233;tiques &#187; &#224; l'automne 2024, &#034;Les th&#233;ologiens de l'&#233;cologie (et sa retranscription ici), auquel l'&#233;change ci-dessous a fait suite. Bonjour Quentin, Comme (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-76-L-ecologie-politique-contre-l-" rel="directory"&gt;L'&#233;cologie politique contre l'&#233;cologisme&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-89-ecologie-+" rel="tag"&gt;&#201;cologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-81-philosophie-+" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-126-lettre-+" rel="tag"&gt;Courrier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-116-pseudo-subversion-+" rel="tag"&gt;Pseudo-subversion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-113-ecologisme-+" rel="tag"&gt;&#201;cologisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-88-primitivisme-+" rel="tag"&gt;Primitivisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-79-religion-+" rel="tag"&gt;Religion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-224-scientisme-+" rel="tag"&gt;Scientisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-283-Berard-Quentin-+" rel="tag"&gt;B&#233;rard Quentin&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;figure class='spip_document_1869 spip_documents spip_documents_left' style=&#034;max-width:150px;&#034; data-w=&#034;150&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.librairiesindependantes.com/product/9791028423070/&#034; class=&#034;spip_out&#034; arial-label=&#034;&#034;&gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:141.75%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/jpg/nioctjwmku7frtph-2b2dddd7.jpg&amp;taille=150&amp;1742460910' alt='' data-src='IMG/jpg/nioctjwmku7frtph-2b2dddd7.jpg' data-l='400' data-h='567' data-tailles='[\&#034;150\&#034;]' class='image_responsive avec_picturefill' srcset='index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/nioctjwmku7frtph-2b2dddd7.jpg&amp;#38;taille=150&amp;#38;1742460910 1x,index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/nioctjwmku7frtph-2b2dddd7.jpg&amp;#38;taille=300&amp;#38;1742460910 2x' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;/figure&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;figure class='spip_document_1582 spip_documents spip_documents_right' style=&#034;max-width:150px;&#034; data-w=&#034;150&#034;&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1073-Parution-Elements-d-ecologie-politique' class=&#034;spip_in&#034; arial-label=&#034;&#034;&gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:150.09380863039%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/jpg/009576387-3.jpg&amp;taille=150&amp;1638104808' alt='' data-src='IMG/jpg/009576387-3.jpg' data-l='533' data-h='800' data-tailles='[\&#034;150\&#034;]' class='image_responsive avec_picturefill' srcset='index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/009576387-3.jpg&amp;#38;taille=150&amp;#38;1638104808 1x,index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/009576387-3.jpg&amp;#38;taille=300&amp;#38;1638104808 2x' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;/figure&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;&#201;change entre Arnaud Blaret, auteur du livre &#171; Les Intendants de Dieu. Regards sur un m&#233;nage &#224; trois : Science, Politique et Religion &#187; (2 tomes, &#233;d. V&#233;rone 2022) et Quentin B&#233;rard, auteur de &#171; &#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique. Pour une refondation &#187; (&#233;d. Libre &amp; Solidaire, 2021).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arnaud Blaret avait &#233;t&#233; l'invit&#233; du podcast &#171; H&#233;r&#233;tiques &#187; &#224; l'automne 2024, &lt;a href=&#034;https://heretiques.fr/2024/11/01/les-theologiens-de-lecologie-avec-arnaud-blaret/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#034;Les th&#233;ologiens de l'&#233;cologie&lt;/a&gt; (et &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1176-les-theologiens-de-l-ecologie' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;sa retranscription ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;), auquel l'&#233;change ci-dessous a fait suite.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Bonjour Quentin,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme promis je vous envoie un retour sur &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1073-Parution-Elements-d-ecologie-politique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;votre livre&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce livre m'a franchement passionn&#233;, m'apprenant quantit&#233; de choses, notamment dans les domaines de l'anthropolo&#173;gie, de la philosophie et de la m&#233;taphysique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet exercice est aussi pour moi une fa&#231;on de confronter ma vision du monde &#224; la v&#244;tre, exercice fructueux, car nos points de vue sont tr&#232;s proches par certains c&#244;t&#233;s et cependant diff&#233;rents par d'autres. Ce qui nous rapproche est pour moi r&#233;confortant, ce qui nous fait diverger est stimulant et fait progresser ma r&#233;flexion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudra donc me pardonner si je parlerai beaucoup de moi dans ce commentaire, volontairement un peu d&#233;sordonn&#233; et s'il semble donner plus de place &#224; la critique qu'elle ne le m&#233;rite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois nous arrivons &#224; des conclusions identiques par des voies diff&#233;rentes. Exemple, p. 208, vous arrivez au transfert de la sacralisation du cr&#233;ateur &#224; celle de la cr&#233;ation par la voie d'une &#171; cl&#244;ture &#187; de l'&#233;cologie gauchiste et moi par la voie de l'&#233;co-th&#233;ologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certainement nous sommes en phases sur le rejet des mythes &#233;d&#233;niques, sur l'absence d'harmonie dans le monde, de t&#233;l&#233;ologie, sur l'importance de la contingence et de diverses formes de hasard.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8230; on trouvera des exceptions &#224; tout, tous le temps, plus ou moins explicable &#224; priori. Il n'y a donc aucun d&#233;termi&#173;nisme strict. D'ailleurs, quand il y a plusieurs d&#233;terminismes, ils se contredisent&#8230; &#187; (p. 55).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce qui confirme une de mes convictions : l'exception est la r&#232;gle dans les sciences de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne peux qu'applaudir quand je lis :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1184-Elements-d-ecologie-politique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; il n'y a ni &#171; bon sauvages &#187; peuplant le pass&#233; ou des ailleurs idylliques, ni hu&#173;manit&#233; intrins&#232;quement &#171; mauvaise &#187; &#8230; nous ne vivons pas sur une plan&#232;te abritant une nature originelle, native, spon&#173;tan&#233;e qu'il faudrait pr&#233;server d'une n&#233;faste influence humaine &#187;&lt;/a&gt; (p. 39).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ou encore, p. 213 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8230; il ne peut s'agir de chercher une nature sauvage &#224; pr&#233;server&#8230; il s'agit de comprendre que l'imma&#238;trisable sourd de partout dans le nature, y compris la nature domestiqu&#233;e et artificialis&#233;e, mais aussi du monde humain lui-m&#234;me et jusqu'&#224; la rationalit&#233;, source de d&#233;lires, de d&#233;mesure et d'hubris &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Rayon solutions, p. 81 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8230; les solutions &#233;cologiques, d'une stup&#233;fiante intelligence, invent&#233;es par nos grands anc&#234;tres, ont toujours &#233;t&#233; circonstancielles. Locales sp&#233;cialement et temporellement. Ceci ne veut pas dire qu'il ne faut pas s'ins&#173;pirer de l'alt&#233;rit&#233; anthropologique, tout au contraire, mais &#224; condition de les comprendre comme des invitations &#224; la cr&#233;ation, et non comme des mod&#232;les &#224; singer &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;J'ajoute : ceux qui ont manqu&#233; de stup&#233;fiante intelligence n'ont pas surv&#233;cu. Et qu'il y avait, chez les survivants, des g&#233;nies du bricolage environnemental. Occult&#233;s par des chamans, druides et autres pontifes. Ce sont ceux-ci qui aujourd'hui fascinent, tels le Chef Oren Lyons, signataire de la r&#233;ponse des religieux &#224; la lettre de Sagan, ou la proclamation &#224; l'authenticit&#233; contest&#233;e du chef Seattle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend ici que m&#234;me l'humanit&#233; n'est pas contr&#244;lable et l'ampleur de la folie qui consiste &#224; croire qu'on peut contr&#244;ler l'humanit&#233; pour l'obliger &#224; vivre en harmonie avec la Nature (pour 2050 selon l'ONU) ou m&#234;me croire qu'on peut contr&#244;ler un r&#233;chauffement climatique sous pr&#233;texte qu'il est caus&#233; par l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;t&#233; fascin&#233; par cette fa&#231;on que vous avez d'allier des expos&#233;s en terme classique de formes et de fonctionnalit&#233;s sans jamais oublier de rappeler l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; de notre monde et son absence de t&#233;l&#233;ologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai l'impression que vous renouvelez ainsi la querelle des universaux, ayant oppos&#233; les r&#233;alistes aux nominalistes, dans laquelle je me reconnais comme nominaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous placez tout ceci dans un cadre tr&#232;s &#233;labor&#233;, incluant la n&#233;ot&#233;nie, concept que je connaissais depuis longtemps mais dont je ne percevais pas le fantastique potentiel explicatif, notamment cette adaptation &#224; l'inadaptation. L'homme, inadapt&#233; partout. Exemple parmi d'autres, vous dites tr&#232;s justement, p. 42, qu'&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1184-Elements-d-ecologie-politique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;il n'existe aucune solution universelle &#224; l'&#233;cologie humaine&lt;/a&gt;, &#224; la place de l'Homme dans la nature, cette question ne peut recevoir que des r&#233;ponses circonstan&#173;ci&#233;es, particuli&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aussi ces d&#233;veloppements passionnant sur les rapports entre nature et culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avoue qu'il y a encore quelques ann&#233;es d'ici, j'&#233;tais ignorant de l'existence de ce dualisme nature/culture qui aurait &#233;t&#233; reconnu par Rousseau en premier, pour ne conna&#238;tre que celui entre nature/humanit&#233; et son oppos&#233;, l'int&#233;gration compl&#232;te de l'humanit&#233; comme partie de la nature, qui correspond mieux &#224; ma culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous d&#233;veloppez de brillantes variations sur ce th&#232;me qui me laissent tr&#232;s perplexe mais c'est un sujet passionnant qui m'interpelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ouvrent des questions : o&#249; placer la culture des orques, par exemple, qui ont des techniques de chasse propre &#224; chaque tribu et qui se transmettent par l'&#233;ducation et c'est bien l&#224; une culture. Certes, vous d&#233;montrez (p. 57), que la culture humaine est particuli&#232;re &#224; l'humanit&#233; mais la particularit&#233; est g&#233;n&#233;rale dans le monde vivant et &#231;a ne fonde pas un dualisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'illustre la phrase (p. 40) :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1184-Elements-d-ecologie-politique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Impossible de s&#233;parer clairement l'univers humain de l'univers biologique, impos&#173;sible de rabattre l'un sur l'autre, de nier leur dualit&#233; comme de pr&#233;tendre &#224; l'inexistence fonci&#232;re de l'un ou l'autre &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La culture ne fait-elle pas partie d'une entit&#233; sup&#233;rieure, la vie, elle-m&#234;me partie d'une entit&#233; sup&#233;rieur, l'univers assimilable &#224; la nature ? C'est ce que sugg&#232;re le chapitre pr&#233;sentant le &lt;i&gt;Nomos&lt;/i&gt; comme &#233;mergence de la &lt;i&gt;physis&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous ajoutez que le rapport entre l'humain et la nature serait celui de deux sources de cr&#233;ation interp&#233;n&#233;tr&#233;es (p. 229) qui implique la reconnaissance de l'alt&#233;rit&#233; naturelle par l'humanit&#233; autant que l'alt&#233;ration in&#233;vitable et profonde qu'il lui imprime, quoi qu'il fasse. C'est politiquement tr&#232;s juste, car politiquement on n'&#233;chappe pas &#224; l'anthropocentrisme, quand nous prot&#233;geons les loups plut&#244;t que les moutons, au nom de la &lt;i&gt;wilderness&lt;/i&gt;, nous faisons encore de l'anthropocen&#173;trisme ou, pour vous reprendre, p. 195 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1103-Ecologie-politique-Vers-une-philosophie-de-la-nature' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; on ne sort pas de l'anthropocentrisme en d&#233;clarant que les fleuves doivent avoir un statut juridique ou que les primates doivent &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme des personnes&#8230; et on le conjugue avec de l'an&#173;thropomorphisme &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mais ontologiquement, c'est autre chose. Il n'y a pas de dualisme dans l'environnement, il ya une infinit&#233; de sources en interf&#233;rences selon les m&#233;canismes aveugles du hasard et de la n&#233;cessit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Abolir, philosophiquement, la diff&#233;rence entre nature et culture n'implique donc pas de nier toute autonomie &#224; la poli&#173;tique (p. 198) mais de lui reconna&#238;tre une autonomie, comme action, au sein de la nature. Et, &#224; moins de r&#233;duire la nature &#224; l'&#234;tre, une d&#233;mocratie qui doit pouvoir faire ses propres choix (p. 181) n'est d&#232;s lors pas distincte de la nature, elle y est action. Je suis convaincu que cette autonomie tire sa source de l'absence de t&#233;l&#233;ologie dans notre monde parcouru de ha&#173;sards et de contingences. Et le dualisme nature/culture se limite au domaine de l'action, des choix &#224; faire dans le contexte politique et des id&#233;ologies &#224; construire face &#224; la crise environnementale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vrai dualisme, s'il y a dualisme, serait peut-&#234;tre entre l'&#234;tre et l'action. On se rapproche alors de ce que Descola appelle (p. 77) l'opposition entre l'int&#233;riorit&#233; et l'ext&#233;riorit&#233; de l'organisme &#8211; sauf qu'on implique l'action plut&#244;t que la conscience, nuance qui n'est pas n&#233;gligeable, la conscience &#233;tant souvent consid&#233;r&#233;e comme une essence. (Peut-&#234;tre est-t-on l&#224; dans les deux derniers p&#244;les que vous empruntez &#224; Fr&#233;d&#233;ric Ducarme ?)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne crois pas aux essences, la conscience me para&#238;t une propri&#233;t&#233; &#233;mergente de la mati&#232;re, au sens tr&#232;s large du mot mati&#232;re. Et l'action est pour moi un espace de libert&#233; ouvert par l'aveuglement du monde qui nous entoure. Il y a une fl&#232;che du temps dans notre univers, qui met radicalement en cause les notions d'essence et de forme et m&#232;ne &#224; poser la question des processus &#224; l'&#339;uvre dans ce monde temporalis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;fi est alors d'assumer d'&#234;tre partie int&#233;grande mais agissante d'une nature par ailleurs aveugle et indiff&#233;rente &#224; nos probl&#232;mes &#233;cologiques comme &#224; ceux que nous lui pr&#234;tons bien &#224; tort, l'environnement ne se souciant pas d'&#234;tre bouillant ou surgel&#233;, de la disparition des pangolins ou des diplodocus, l'humanit&#233; est la seule &#224; pouvoir percevoir ces &#233;v&#233;nements comme des probl&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;former l'&#233;cologie politique ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce faire, il faut faire partie d'elle et donc, si je soutiens votre projet je ne peux m'y impliquer, &#233;tant &#233;tranger aux trois cat&#233;gories que la constituent selon vous : je ne suis ni &#233;cologue, ni &#233;cologiste, ni &#233;colo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dois &#234;tre plus disruptif, d&#233;noncer l'incompatibilit&#233; entre l'humanisme et l'&#233;cologie politique sous sa forme ac&#173;tuelle. Si une r&#233;forme est possible de l'int&#233;rieur, par votre action par exemple, tant mieux. Si non, ce sera tout &#224; la fois la domination de l'&#233;cocratie et de la biocratie conjugu&#233;es. Concepts proches, et n&#233;anmoins distincts, la biocratie donnant un cadre spirituel et l&#233;gal dans lequel l'&#233;cocratie peut exercer son pouvoir politique. Et dans ce cas, il faut lutter contre cette &#233;cologie politique qui expulse petit &#224; petit l'humanit&#233; de son environnement, valeur intrins&#232;que &#224; la cl&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous soulignez le n&#233;cessit&#233; d'une autonomie (p. 235), la capacit&#233; d'une soci&#233;t&#233; et des individus qui la composent &#224; &#233;la&#173;borer eux-m&#234;mes leurs propres r&#232;gles, d'&#233;tablir leurs propres limites, de rompre avec les pseudo-&#233;vidences id&#233;ologiques, et de d&#233;lib&#233;rer de leurs propres valeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mondialisation des id&#233;es et des institutions, environnement en t&#234;te, a aboli ces valeurs d&#233;mocratiques et la d&#233;mo&#173;cratie avec elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les restaurer est indispensable pour ressusciter cette d&#233;mocratie. Vaste programme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au passage, le concept de cl&#244;ture &#224; rompre est tr&#232;s fertile pour pousser &#224; une r&#233;flexion impliquant une remise en cause permanente de nos pr&#233;jug&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et je me demande si ce concept n'est pas en pleine &#233;volution sous l'effet des &#233;volutions techno-sociales qui font de nous les n&#339;uds de contacts entre r&#233;seaux plut&#244;t que les membres d'un corps social de type tribal ou communautaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cologie scientifique fait de l'&#233;cologie politique un oxymore, &#233;crivez-vous (p. 138) .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Walter Rosen, le concepteur du forum de 1986, a bien cern&#233; le probl&#232;me : Il voit un paradoxe dans la politisation de la science, reconnaissant que la &lt;i&gt;National Academy&lt;/i&gt; tire sa cr&#233;dibilit&#233; de ses pr&#233;sum&#233;es objectivit&#233;, &#233;quit&#233;, neutralit&#233; et ces sortes de choses. Les scientifiques qui refusent de s'engager dans l'ar&#232;ne publique sont pour lui fid&#232;les &#224; leur science. Mais ils sont aussi des citoyens. Et Rosen ne voit pas comment des scientifiques peuvent porter des jugements de valeur sans consciemment ou inconsciemment invoquer leur science comme une source d'autorit&#233;. Le potentiel pour abuser est alors cr&#233;&#233;. Que la science soit suppos&#233;e objective, Rosen y croit fermement. Mais s'il est lui-m&#234;me &#233;cout&#233;, c'est probablement parce qu'il est un scientifique, m&#234;me quand il professe des affirmations non scientifiques. Rosen avoue ne pas savoir comment traiter le probl&#232;me. Peut-&#234;tre que si de nombreux scientifiques se sentaient libres d'expri&#173;mer leurs valeurs, le public ne serait plus confus sur ce point. Et peut-&#234;tre, dit Rosen, le public pourrait &#234;tre &#233;duqu&#233; &#224; faire la diff&#233;rence quand les scientifiques parlent science ou quand ils parlent de leurs valeurs comme citoyens priv&#233;s. (inspir&#233; d'une interview de Rosen &#224; David Tackacs. &lt;i&gt;The Idea of Biodiversity, &lt;/i&gt;p. 177&lt;i&gt;-&lt;/i&gt;178&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;John Hopkins University Press 1996.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment traiter ce probl&#232;me est en effet un grand d&#233;fi de l'&#233;cologie politique. Comme sortir du chantage &#224; l'&#233;motion revendiqu&#233;e par Soul&#233;, pratiqu&#233; &#224; grande &#233;chelle par Paul Ehrlich, le mentor de Soul&#233;, et par tant d'autres &#233;pigones abu&#173;sant sans vergogne du chantage &#224; l'apocalypse, ph&#233;nom&#232;ne que vous analysez et d&#233;noncez en plusieurs endroits de votre livre, et dont Paul Ehrlich a &#233;t&#233; un grand et particuli&#232;rement n&#233;faste pr&#233;curseur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, plus g&#233;n&#233;ralement le chantage &#224; l'argument d'autorit&#233; par lequel des scientifiques invoquent leur statut de scienti&#173;fiques pour imposer leurs opinions politiques, id&#233;ologiques, m&#233;taphysiques et spirituelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ainsi&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; l'&#233;cologisme, autrement dit l'id&#233;ologie qui se fait passer pour de l'&#233;cologie politique, nous &#233;loigne de l'&#233;co&#173;logie tout autant que de la politique et de la science. Elle nous en &#233;loigne en tant que discours scientifique clos qui ja&#173;louse le monopole du savoir sur la nature ; en tant que discours et pratique politique proto-totalitaires qui ne recoupe en rien les comportements et aspirations populaires, mais aussi en tant que sensibilit&#233; qui ne pourrait s'exprimer que dans le registre convenu du discours m&#233;diatique tenu par les classes moyennes urbaines&#8230; inventer une &#233;cologie populaire ne se fera pas en sermonnant les peuples&#8230; et pas plus en acquies&#231;ant d&#233;magogiquement &#224; ce tout ce qu'on peut entendre dans les bars&#8230; &#187; (p. 152)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me est que la principale source d'information populaire est pr&#233;cis&#233;ment ce monde m&#233;diatique au service de la pens&#233;e dominante. Dans les caf&#233;s que je fr&#233;quente, chez &#171; ces petites gens qui s'accrochent &#224; leur h&#233;ritage d&#233;mo&#173;cratique &#187;, m&#234;me les plus rebelles &#224; l'&#233;cologisme s'expriment dans ce langage. Les travailleurs agricoles victimes de l'&#233;cologisme eux-m&#234;mes expriment leur d&#233;tresse dans ce langage, sans comprendre les id&#233;ologies sous-jacentes et donc les causes r&#233;elles contre-lesquelles ils devraient lutter pour se d&#233;fendre contre l'&#233;cologisme.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8230; il faut le marteler (p. 187) : l'&#233;cologie, en elle-m&#234;me n'est pas, ne peut pas et ne doit pas &#234;tre une politique ; elle se&#173;rait bien en mal de nous dire ce que nous devrions faire ou ce que nous devrions ou m&#234;me pourrions vouloir, qu elle que soit l'&#233;chelle. Ici, comme ailleurs, la question n'est pas, b&#234;tement, que faire ? Mais que voulons-nous ?&#8230; l'&#233;cologie, dans cette situation, sert de pr&#233;texte pour ne pas avoir &#224; choisir, comme si elle &#233;tait porteuse d'un bien conduisant &#224; une nature bonne. Il faudrait poser la question &#171; quelle nature voulons nous ? &#187; comme son sym&#233;trique, &#171; quelle soci&#233;t&#233; voulons-nous ? &#187; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Oui, mais comment l'exprimer, quand les cl&#233;s du langage sont aux mains des membres de la caste mondialisante ? Il ne faut pas s'&#233;tonner que &#171; les r&#233;ponses sont notoirement inexistantes &#187;. Le langage dominant n'est pas forg&#233; pour elles, avec ses slogans et ses anti-slogans qui n'appellent aucune r&#233;ponse, seulement l'ob&#233;issance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et alors, comment&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; forcer les portes des bunkers archipellis&#233;s dans lesquels s'enferment les sp&#233;cialistes et leur do&#173;maines r&#233;serv&#233;s d'o&#249; jaillirait la &#171; V&#233;rit&#233; &#187; ? Comment pousser la soci&#233;t&#233; toute enti&#232;re &#224; reprendre le fil interrompu de l'interrogation rationnelle pour continuer la modernit&#233; ? &#187; (pp. 189 et 213).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Heureusement, des changements transformateurs inattendus peuvent toutefois survenir tr&#232;s vite, comme le prouve les brusques revirements sur le nucl&#233;aire, ou la d&#233;saffection pour les manifestations sur le climat &#8211; je ne dis pas ceci pour prendre parti sur ces faits, pour souligner qu'il est encore raisonnable d'entretenir un espoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous me direz alors sans doute : par la d&#233;mocratie directe. Mais qu'est-ce au juste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;mocratie directe ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas tr&#232;s clair dans mon esprit ce que vous proposez sous le terme de d&#233;mocratie directe, un concept qui m'in&#173;terpelle depuis longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diverses actions ont &#233;t&#233; entreprises en son nom qui ne m'ont pas convaincu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a la nouvelle manie de r&#233;gler quantit&#233; de probl&#232;mes en consultant les &#171; personnes concern&#233;es &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On r&#233;unit des groupes de privil&#233;gi&#233;s qui, ONG en t&#234;te, disposent alors de pouvoir politiques abusifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ressort de ce que j'appelle la d&#233;mocratie confisqu&#233;e dans mon livre. Et qui entra&#238;ne l'expulsion des travailleurs de la nature que vous d&#233;noncez dans le v&#244;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une tradition s'est d&#233;velopp&#233;e en Belgique, notamment au niveau de la r&#233;gion wallonne : apr&#232;s les &#233;lections, la majo&#173;rit&#233; fra&#238;chement &#233;lue consulte la &#171; soci&#233;t&#233; civile &#187;. Et on se demande qui nous dirige vraiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il a ces tentatives de donner un certain pouvoir &#224; des assembl&#233;es de citoyens tir&#233;s au sort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'y ai cru&#8230; j'imaginais na&#239;vement que ces citoyens allaient pouvoir remettre la &#171; caste mondialisante &#187; &#224; sa place. C'est tout le contraire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exercice fran&#231;ais sur le climat a montr&#233; tous les d&#233;fauts de ce proc&#233;d&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces citoyens n'ont rien eu &#224; dire sur le fond, seulement se prononcer sur les mesures impopulaires qu'elles en&#173;tra&#238;nent : les politiques leur ont refil&#233; la patate chaude sans leur laisser le choix du menu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils se sont fait cornaquer par des scientifiques, qui sont justement l'une des causes de la mort de la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des ONG ont t&#233;l&#233;guid&#233; certains des participants qui ont relay&#233; leurs doctrines, parfois en les recrutant ensuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ont remarque une confiscation du d&#233;but public, l'immense majorit&#233; des citoyens n'&#233;tant pas concern&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre option : le r&#233;f&#233;rendum. Il pose des probl&#232;mes d&#233;j&#224; bien document&#233;s : qui peut r&#233;diger les questions ? Comment exiger qu'elles soient clairement exprim&#233;es ? Comment emp&#234;cher les manipulations telles que promesses annexes, du style : si vous votez OUI, (ou NON), vous aurez telle ou telle loi en compensation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Technophobie ou technophilie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous semblez, en de nombreux endroits de votre livre &#234;tre technophobe, notamment quand vous appelez &#224; rejeter la &#171; techno-science emball&#233;e &#187;. Bien s&#251;r il faut rejeter les exc&#232;s technophiles, mais je d&#233;fends personnellement le &lt;i&gt;cherry-pi&#173;cking&lt;/i&gt;, choisir le meilleur des technologies, en termes humains et humanistes . Position que vous d&#233;fendez me semble-t-il aussi quand&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, oui, je rejette la technoscience emball&#233;e, surtout dans ma vie domestique, qui peut para&#238;tre technophobe. D'accord avec vous que nous ne contr&#244;lons plus l'extension de la techno-sph&#232;re actuelle&#8230; mais nous ne l'avons jamais contr&#244;&#173;l&#233;e. Et c'est tant mieux. La diff&#233;rence est qu'aujourd'hui il n'est plus possible d'&#233;chapper &#224; cette techno-science qui nous m&#232;ne tout droit au techno-totalitarisme qu'il faut, comme vous le pr&#244;nez, absolument rejeter. Ce que je tente de faire dans ma vie domestique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pire, ce sont les GAFAM, mais le secteur financier n'est pas en reste. Les banques n'h&#233;sitent plus &#224; espionner nos d&#233;penses, et les &#233;tats les y poussent au nom de la lutte contre le blanchiment, notre empreinte carbone, et sans doute un jour prot&#233;ger notre sant&#233; contre nous-m&#234;me : on finira peut-&#234;tre par contr&#244;ler la quantit&#233; de glucide ou d'alcool que vous consommez. Et, aujourd'hui, un client peut d&#233;j&#224; &#234;tre &#171; vir&#233; &#187; de sa banque parce qu'il n'isole pas un b&#226;timent ou qu'il pr&#233;l&#232;ve &#171; trop &#187; d'argent liquide de son compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutez &#224; ceci que les banques incitent les clients &#224; prendre des risques inconsid&#233;r&#233;s en les for&#231;ant &#224; faire leurs paye&#173;ments sur internet. J'avais, il y quelque temps, envoy&#233; une lettre tr&#232;s critique au directeur de Test-Achat, organisation belge de d&#233;fense des consommateurs, qui s'&#233;tait permis un article na&#239;vement technophile en la mati&#232;re, les informati&#173;ciens allant, il en &#233;tait certain, trouver la parade aux multiples &lt;i&gt;hackings, spoofings, phishing&lt;/i&gt; et autres technologies &#171; sombres &#187;, ainsi que face au &#171; &lt;i&gt;social engineering&lt;/i&gt; &#187; galopant. Sans me r&#233;pondre directement, il m'avait renvoy&#233; vers une employ&#233;e qui m'a avou&#233;e son ras-le-bol face &#224; l'ampleur du ph&#233;nom&#232;ne &#8211; d&#233;savouant implicitement son propre patron.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me prend des dimensions sociales gigantesques, au point que les banques adressent maintenant des conseils contre le social engineering &#224; leurs clients.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les banques ont trahi leur mission historique, qui est d'assurer la s&#233;curit&#233; des avoirs de leurs clients en les obligeants &#224; assumer une partie importante de la t&#226;che.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'argent ne repr&#233;sente plus une monnaie permettant d'acheter anonymement tout ce qui est l&#233;galement disponible, mais un moyen de contr&#244;ler notre comportement social et priv&#233;. Big Brother risque de passer pour un enfant de c&#339;ur face &#224; la dictature techno-totalitaire qui se construit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et tout cela prend dans le grand public en raison de la facilit&#233; suppos&#233;e de ces syst&#232;mes. Ironie du sort, les probl&#232;mes s&#233;curitaires qui en d&#233;coulent entra&#238;nent un durcissement des conditions de s&#233;curit&#233;. Ainsi, rien que pour consulter la consommation de ma carte internet, je dois pratiquer la double authentification et cliquer sur des images d'escaliers, de feux de la circulation ou de motos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et de toute fa&#231;on, la facilit&#233; promise n'est disponible que si l'on ne lit pas les centaines de pages de contrats n&#233;ces&#173;saires pour faire fonctionner ces syst&#232;mes ni les mises &#224; jour r&#233;currentes qui les affligent. Un grand principe de droit est que nous sommes tenus de respecter les contrats que nous signons. Un autre est que nous ne sommes pas tenus de le faire si nous sommes forc&#233;s de les signer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cerise sur le g&#226;teau, il y a les r&#233;seaux sociaux dont les exc&#232;s marquent, en r&#233;action, le retour de la censure et la fin de la libert&#233; d'expression, en nous faisant de plus &#171; cadeau &#187; de la &lt;i&gt;cancel culture&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci pour dire que je ne suis pas intrins&#232;quement technophile et vous soutient dans votre combat contre les exc&#232;s technologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en mati&#232;re d'environnement, on n'&#233;chappe pas &#224; la technicit&#233;. M&#234;me les peuples autochtones, ceux du moins qui ont surv&#233;cu, doivent leurs succ&#232;s &#224; la technologie. Le d&#233;fi est d'orienter ces efforts technologiques en faveur de l'hu&#173;manit&#233;, tout en &#233;vitant le sur-modernise autant que le post-modernisme que vous d&#233;noncez pareillement. Pour cela, il faut favoriser les m&#233;tiers dont les objectifs s'expriment en termes humains &#8211; et en &#233;jecter celles dont les objectifs s'ex&#173;priment en termes de valeur intrins&#232;que, tels les conservationnistes. Soit favoriser les agriculteurs, les forestiers, les agronomes, dont vous d&#233;noncez tr&#232;s justement l'exclusion par l'&#233;cocratie. Tout l'inverse de ce qui passe actuellement, comme vous le d&#233;noncez, par exemple (p. 9, 145 - 146) le discours sur la protection de la nature, port&#233; par une classe ai&#173;s&#233;e jeune et urbaine expulsant ceux qui la travaillent depuis des mill&#233;naires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis il y a le cas tout &#224; fait particulier des technologies g&#233;n&#233;tiques. D'une certaine fa&#231;on, les agriculteurs proc&#232;dent &#224; des manipulations g&#233;n&#233;tiques depuis la nuit des temps, sans s'en rendre compte. Au d&#233;but des ann&#233;es 1970, une prise de conscience s'est produite quant aux dangers d'emballement des nouvelles technologies g&#233;n&#233;tiques vu la rapidit&#233; de transformation accrue qu'elles permettaient. D'o&#249; la conf&#233;rence d'Asilomar en 1974 qui ouvre le volet institutionnel. Les dangers d'eug&#233;nisme qu'elles procurent inqui&#232;tent &#224; l'&#233;poque tr&#232;s l&#233;gitimement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeremy Rifkin y ajoute des consid&#233;rations spiritualistes d&#233;lirantes : les biotechnologies menacent le compagnonnage et l'empathie de l'Univers. Dans les ann&#233;es 1990, Greenpeace focalise l'attention sur les manipulations g&#233;n&#233;tiques &#224; buts agricoles. Le terme OGM appara&#238;t et s'impose comme un &#171; anti-slogan &#187;, c'est-&#224;-dire un slogan qui n'a pas pour but de promouvoir mais de d&#233;nigrer. Les dangers d'eug&#233;nisme passent bien injustement au second au plan au point que la directive 2001-18 sur les OGM exclut l'humanit&#233; du concept d'organisme g&#233;n&#233;tiquement modifi&#233;, ouvrant une porte b&#233;ante &#224; l'eug&#233;nisme tout en la fermant &#224; tout progr&#232;s agricole qui ne passerait pas sous les fourches caudines des spiri&#173;tualistes de l'environnement .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai d&#233;nonc&#233; dans mon livre cette directive qui introduit une incoh&#233;rence logique entre l'article 2 et l'annexe A, et l'importance de la non-naturalit&#233; dans la d&#233;finition implicite du concept d'OGM. J'ai d&#233;nonc&#233; l'absence de propri&#233;t&#233; pratique permettant de d&#233;finir clairement les OGM comme une cat&#233;gorie coh&#233;rente. On a introduit une cat&#233;gorie &lt;i&gt;essen&#173;tielle&lt;/i&gt;, dont l'essence est li&#233;e au vieux fond naturiste. Avec pour corollaire que l'impact individuel r&#233;el de ces produits n'est jamais pris en compte Aujourd'hui, une &#233;tape de plus a &#233;t&#233; franchie : les concepts de cis- et de trans -g&#233;nie ont &#233;t&#233; introduits dans la l&#233;gislation , et en m&#234;me temps resurgit dans nos l&#233;gislations le concept biblique et cr&#233;ationniste de bar&#173;ri&#232;re des esp&#232;ces. Je suis le premier &#224; dire qu'il faut l&#233;gif&#233;rer sur base des propri&#233;t&#233;s des organismes issus des biotechno&#173;logies, telle la production de pesticides. Mais pas cautionner les amalgames qui ont fait exterminer sans raison des graines de p&#233;tunia orange en 2017. Voil&#224; ce qui m'indigne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi que la complaisance pour certaines technologies spiritualistes, l'union europ&#233;enne ayant d&#233;cid&#233; de favoriser la mise sur le march&#233; de produit phytosanitaires accept&#233;s en agriculture biologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un monde fini ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'irruption de la finitude entra&#238;ne qu'il n'y a plus de politique qu'&#233;cologique (p8), ce qui ne veut pas dire &#233;cologiste mais tout au contraire devrait porter une interrogation permanente sur l'environnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le contraire &#224; une &#233;poque o&#249; nous sommes dirig&#233;s &#224; coup de (suppos&#233;s) consensus (suppos&#233;s) scientifiques &#233;manant de la n&#233;buleuse mondialisante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'y trouve pas de consensus mais, en gros, trois groupes : cornucopiens, accroissantistes et d&#233;croissantistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les p&#232;res de l'acroissantisme on trouve Keneth Boulding, le p&#232;re de la th&#233;orie de l'&#233;tat &#233;conomiquement stable, alias croissance z&#233;ro du club de Rome, et de la m&#233;taphore du vaisseau spatial en support de cette th&#233;orie. Mais il a aussi pr&#233;venu que, la croissance de la connaissance &#233;tant infinie, il serait possible de faire beaucoup mieux avec ce monde fini. Encore faudrait-il que les sciences soient mises au service de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'en prend pas le chemin, les sciences de l'environnement &#233;tant mise au service de son oppression, les technolo&#173;gies informatiques menant &#224; un monde totalitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous d&#233;noncez le fait que &#171; Non seulement l'occidental consomme comme un roi ou un empereur mais il voudrait que tous le monde puisse en faire autant &#187;. Il est difficile de dire aux repr&#233;sentants du tiers monde qu'ils n'ont pas le droit de se d&#233;velopper, qu'ils revendiquent depuis la premi&#232;re grande conf&#233;rence environnementale internationale, &#224; Stockholm en 1972, sujet de frictions dans toutes les r&#233;unions ult&#233;rieures sur le sujet. Mais les dirigeants occidentaux vont plus loin encore en voulant imposer &#224; tout citoyen occidental l'obligation de vivre comme un empereur &#8211; dans le but de donner le &#171; bon &#187; exemple au reste du monde, pri&#233; de suivre cette (mauvaise) voie. Dans ce contexte, un facteur pr&#233;occupant passe g&#233;n&#233;ralement inaper&#231;u : l'inflation de normes dans les domaines vitaux, tels que le logement, l'ali&#173;mentation, l'agriculture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Motiv&#233;es par des pr&#233;occupations environnementales, s&#233;curitaires et sociales, ils forcent tout un chacun &#224; demander toujours plus de pouvoir d'achat pour pouvoir &#171; rester aux normes &#187;. Il est frappant, en Belgique, que les marches pour le climat ou l'environnement attirent de moins en moins de monde et celles pour le pouvoir d'achat, de plus en plus. Je ne pense pas que ce soit la cons&#233;quence d'une avidit&#233; compulsive, mais plut&#244;t d'une pression sociale normative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;gion bruxelloise, o&#249; j'ai longtemps habit&#233;, et l'exemple parfait de ce qu'il ne faut pas faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle a, au cours du temps, impos&#233; une inflation de normes urbanistiques telles que :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; interdiction de louer des studios de moins de 28 m&#178;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; dans les nouvelles constructions, la chambre d'un appartement 1 chambre devra avoir 14 m&#178; minimum, deux chambres : 14 m&#178; et 9 &#178;m&#178; minimum.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; rapport minimum surface des fen&#234;tres / taille de la chambre&lt;/li&gt;&lt;li&gt; interdiction ou s&#233;v&#232;re restriction des logements en entre-sol&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Ces mesures, motiv&#233;es par des consid&#233;rations sociales, ont l'effet inverse d'abolir l'existence des logements mo&#173;destes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la catastrophe vient des obligations en mati&#232;re de PEB, DPE en France. Qui p&#232;sent paradoxalement plus sur ceux qui ont r&#233;ussi &#224; maintenir un mode vie basse-&#233;nergie sans avoir &#224; sur&#233;quiper et sur-gadg&#233;tiser leur vie domestique. Tout le monde doit vivre dans un int&#233;rieur pr&#233;sum&#233; surchauff&#233;. On y perd quelques v&#233;rit&#233;s fondamentales. Que ce ne sont pas les b&#226;timents qui consomment de l'&#233;nergie mais ceux qui les occupent ou les g&#232;rent. Que nous avons tous un c&#339;ur qui donne une temp&#233;rature constante de 37&#176;c. Que le meilleur isolant, ce sont les v&#234;tements, le seul qui nous suit partout, le seul que l'on peut installer soi-m&#234;me, y compris quand on n'est pas dou&#233; pour le bricolage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il vaut la peine ici que j'explicite mon propre mode de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1992, j'ai d&#233;cid&#233; de sauver mon pouvoir d'achat en r&#233;duisant mes frais fixes. J'ai progressivement r&#233;ussi &#224; suppri&#173;mer (quasiment) tout chauffage chez moi et me passer de voiture personnelle permanente.
Je ne branche presque plus jamais mon frigo, je n'ai plus de t&#233;l&#233;vision et pas de ligne internet fixe. Un routeur portable 4G me suffit. Et pas du tout l'impression de vivre de mani&#232;re aust&#232;re. Tout au contraire, j'ai &#233;tendu des espaces de jouis&#173;sances et de vie &#233;panouie.
Cela peut para&#238;tre tr&#232;s &#233;cologiste mais cela ne l'&#233;tait pas, car j'ai fait ainsi un &#171; effet rebond &#187;, concept dont j'ignorais l'existence mais dont j'&#233;tais parfaitement conscient. En 2012, je suis pass&#233; en travail &#224; 80 %, faisant ainsi un effet d&#233;&#173;bond (Fran&#231;ois Schneider), concept dont j'ai appris l'existence&#8230; en 2013.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2015, j'ai achet&#233; une vieille maison non isol&#233;e assez grande. J'ai d&#251; l&#233;galement faire refaire tout le syst&#232;me &#233;lec&#173;trique, pour rien, car il &#233;tait parfaitement fonctionnel eu &#233;gard &#224; mes besoins. Mais &#171; c'est la norme maintenant, mon&#173;sieur &#187;. Avec pour d&#233;g&#226;ts collat&#233;raux le d&#233;-tapissage, repl&#226;trage, etc.
Pour 2033, je devrai l&#233;galement mettre ma maison aux normes impos&#233;es par la caste &#171; surchauffiste &#187;.
Je ne le ferai jamais&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tat &#233;cologiste, obs&#233;d&#233; de r&#233;glementations urbanistiques, cr&#233;e une obsolescence structurelle contraire aux objectifs environnementaux qu'il pr&#233;tend poursuivre. Un b&#226;timent fait pour d&#233;fier les si&#232;cles est qualifi&#233; de vieux d&#232;s qu'il a plus de quarante ans, voire moins. Une insulte qu'on n'oserait plus adresser &#224; une personne humaine infiniment moins du&#173;rable &#8211; au sens traditionnel du mot &#8211; que lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Consid&#233;rations diverses&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tableau d&#233;sastreux donn&#233; p. 17 pourrait &#234;tre compl&#233;t&#233; par le paradoxe de la conservation qui veut que la biodiversit&#233; locale a souvent &#233;t&#233; augment&#233;e par migrations pendant que le biodiversit&#233; globale &#224; diminu&#233;. Ph&#233;nom&#232;ne qui peut cer&#173;tainement se produire quand la lev&#233;e de barri&#232;res g&#233;o-physiques permet les migrations non humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P. 36-37 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1184-Elements-d-ecologie-politique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; il est &#233;tonnant de voir les &#233;cologistes condamner cet occident dont ils savent mobiliser les ressources cultu&#173;relles et sont le pur produit. L'&#233;cologie politique, rencontre d'une science et d'une politique (je dirais id&#233;ologie) est occi&#173;dentale &#224; ce double titre. &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Selon moi c'est parce qu'ils sont h&#233;ritiers d'une civilisation chr&#233;tienne qui a &#233;rig&#233; la culpabilisation en instrument de domination politique, ce qui serait d&#251; principalement &#224; saint Paul et saint Augustin qui auraient rompu avec le juda&#239;sme, plus cool sur ce point.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nature humaine ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nominaliste je ne crois pas aux essences et donc suis passablement sceptique face au concept de &#171; nature hu&#173;maine &#187;. Wilson a tent&#233; une d&#233;finition de la nature humaine passablement affranchie du concept d'essence : &#171; &#8230; la na&#173;ture humaine provient du fait que l'h&#233;r&#233;dit&#233; interagit avec l'environnement pour cr&#233;er une sorte d'attraction gravitation&#173;nelle vers une moyenne fixe qui rassemble les gens dans toutes les soci&#233;t&#233;s dans le cercle statistique &#233;troit que nous d&#233;fi&#173;nissons comme cette nature humaine&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;finition nominaliste qui ouvre tout droit la porte &#224; l'eug&#233;nisme me semble-t-il et me satisfait donc en rien. Mais toute d&#233;finition de la nature humaine par l'essence entra&#238;ne un danger eug&#233;niste pour les d&#233;viants. Et vous l'&#233;crivez : il faut rouvrir la question, la travailler, sans esp&#233;rer une conclusion close et d&#233;finitive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se pose aussi la question du transhumanisme, terme qui aurait &#233;t&#233; invent&#233; par Julian Huxley pour d&#233;signer la capacit&#233; de l'humanit&#233; &#224; &#233;voluer plus vite gr&#226;ce &#224; la culture, l'auto-&#233;volution dont vous parlez p. 55. Si cette transformation est orient&#233;e volontairement dans une direction trop contr&#244;l&#233;e voire techno-totalitaire, il y a de quoi s'inqui&#233;ter&#8230; pas sur le simple fait qu'il aurait une essence humaine en train de se transformer sous l'&#233;volution socio-culturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le probl&#232;me de l'esp&#232;ce&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le sait, le probl&#232;me de la d&#233;finition de l'esp&#232;ce rel&#232;ve de la quadrature du cercle, celle de l'IPBES relevant d'un compris aussi flou qu'un accord politique belge, m&#233;nageant les conceptions bas&#233;es sur la morphologie, les populations reproductives et la g&#233;n&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, la citation, p. 68, emprunt&#233;e &#224; Varela &#8211; chaque esp&#232;ce se constitue sa propre repr&#233;sentation du monde &#8211; pose la question de savoir si elle n'introduit pas un nouveau syst&#232;me de classification des formes de vie, par la capaci&#173;t&#233; de repr&#233;sentation. La repr&#233;sentation ne peut-elle d&#233;pendre des sous-esp&#232;ces ou des genres ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et que dire des formes contest&#233;es, les corneilles noires et mantel&#233;es par exemples, class&#233;es comme esp&#232;ces diff&#233;rents par le Congr&#232;s Ornithologique International mais comme sous-esp&#232;ces par l'Union internationale pour la conservation de la nature. Le probl&#232;me s'apparente de loin avec celui des m&#233;ta-classifications sur base de fonctionnalit&#233;s suppos&#233;es,&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; esp&#232;ces ing&#233;nieures, esp&#232;ces-cl&#233;s de vo&#251;te et le fait que jardiniers, forestiers, chasseurs vont classer diff&#233;remment les formes de vie selon leur besoin. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt; &lt;p&gt;(p. 69).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et de m&#234;me, experts en micro-organismes, plantes ou animaux n'auront pas les m&#234;mes besoins en mati&#232;re de classification. Et vous &#233;crivez que&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; les classifications occidentales sont consubstantielles d'une nature fortement hi&#233;rarchis&#233;e. Expertis&#233;e, rationnelle, cloisonn&#233;es &#224; l'image de nos soci&#233;t&#233;s&#8230; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Sauf que le monde vivant r&#233;el est un imbroglio oscillant entre le foutoir int&#233;gral et le pseudo organis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une sp&#233;cificit&#233; des temps modernes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous lancez un avertissement int&#233;ressant, p. 82-83 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; les ontologies traditionnelles socialisent la nature et en retour na&#173;turalisent la soci&#233;t&#233;, son organisation, son fonctionnement ce qui les fige, scell&#233;s dans l'environnement biophysique et mythique, les deux &#233;tant rendus indiscernables&#8230; lorsque la succession des saisons, par exemple, d&#233;pend de votre com&#173;portement, il ne s'agit pas de faire n'importe quoi&#8230; remettre en cause l'ordre social est &#233;vident pour nous, mais nous sommes une exception qui n'a &#233;t&#233; possible qu'en brisant la l&#233;gitimation naturelle et surnaturelle de l'ordre social, en &#233;ta&#173;blissant une c&#233;sure entre ce qui rel&#232;ve du naturel et de l'humain, ouvrant la voie &#224; la science et &#224; la d&#233;mocratie &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On touche ici &#224; une caract&#233;ristique fondamentale des temps modernes, peut-&#234;tre h&#233;rit&#233;e des Grecs : la croyance en des lois de la nature que nous n'avons pas la capacit&#233; d'enfreindre, ouvrant la porte &#224; un dualisme entre le naturel et le sur&#173;naturel, avec le d&#233;isme et son grand horloger, la religion la plus typique des temps modernes &#8211; et un grand basculement : nous sommes du c&#244;t&#233; du naturel face au surnaturel qui ne s'occupe plus de nos affaires. Le d&#233;isme assimile l'&#339;uvre di&#173;vine &#224; une grande horloge fonctionnant sans l'aide ult&#233;rieur de l'horloger, ouvrant la porte &#224; l'agnosticisme, qui rejette l'&#233;tude de ce que l'on ne peut prouver sans avoir recours &#224; l'horloger, et l'ath&#233;isme qui enterre l'horloger lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes philosophies postulant que, horloger ou pas, un monde objectif identifiable existe. Que la science a pour but de l'&#233;tudier. Sans y mettre de pr&#233;jug&#233;s politiques, id&#233;ologiques et religieux. Puis Darwin fit des singes nos cousins et finalement tous les &#234;tres vivants devinrent nos cousins par l'ADN.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;action &#233;cologiste a r&#233;introduit l'id&#233;e de lois de la nature que nous aurions la capacit&#233; d'enfreindre et que nous avons enfreint. R&#233;action religieuse qui ouvre des perspectives th&#233;ologiques int&#233;ressantes : les grenouilles et les n&#233;nu&#173;phars ont-ils, comme nous, la capacit&#233; d'enfreindre ces lois ? La pens&#233;e jud&#233;o-chr&#233;tienne aura sans doute tendance &#224; dire non, puisque nous avons &#233;t&#233; fait &#224; l'image de Dieu et que nous seuls avons commis le p&#233;ch&#233; originel. Mais d'autres reli&#173;gions et spiritualit&#233;s penseront autrement, jusqu'&#224; Whitehead qui pense que m&#234;me les atomes ont un certains pouvoirs de d&#233;sob&#233;issance &#224; Dieu, quoi que sans conscience&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pour finir, p. 110 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; ce n'est pas r&#234;verie ou irrationalisme gratuit que de consid&#233;rer la nature comme une cr&#233;ation au sens non-th&#233;ologique, c'est-&#224;-dire apparition de nouveau, auto-constitution irr&#233;ductible au d&#233;j&#224; l&#224; &#8211; ce que nous savons de la biologie et de l'&#233;volution nous y conduit. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Certainement&#8230; mais attention au danger de t&#233;l&#233;ologie ou de fonctionnalisme, qui prennent une dimension outran&#173;ci&#232;re &#224; l'ONU&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, les fleuves n'ont pas pour fonction l'&#233;vacuation des eaux vers la mer comme le pr&#233;tend l'ONU.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'eau coule l&#224; o&#249; les m&#233;canismes aveugles du hasard et de la n&#233;cessit&#233; l'emm&#232;ne&#8230; c'est parfois s'&#233;vaporer dans un d&#233;sert. Et cet aveuglement se retrouve dans la part d'arbitraire in&#233;vitable dans la d&#233;finition des formes de vies ou des &#233;cosyst&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P. 214 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8230; soit un &#233;cosyst&#232;me&#8230; Pour peu que tout cela veille dire quelque chose et soit praticable, vous n'en &#233;puiserez pas la compr&#233;hension&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'est la cons&#233;quence in&#233;vitable de ce j'appelle &#171; l'avertissement de Tansley &#187; dans mon livre et &lt;a href=&#034;https://zohriginal.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur mon site&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;duire cet &#233;l&#233;ment humain &#224; la culture a pour effet de nous scinder entre une physiologie qui serait naturelle et une culture, ou spiritualit&#233; qui ne le serait pas ce qui soul&#232;ve un nombre &#233;lev&#233; de questions d'ordre philosophiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que vous repr&#233;sentez tr&#232;s bien en empruntant &#224; Descola le concept d'une ontologie humaine qui correspondrait &#224; une identit&#233; des ext&#233;riorit&#233; et une diff&#233;rence des int&#233;riorit&#233;s : les constituants des humains et des non humains sont identiques (atomes, mol&#233;cules, etc) mais leurs int&#233;riorit&#233;s diff&#233;rent &#8212; la pierre, l'oiseau, l'&#233;toile ne r&#233;pondent pas au m&#234;me r&#233;gime de conscience &#8212; c'est le paradigme fondamental de l'occident selon Descola.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Bonjour Arnaud,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sol&#233; pour le d&#233;lai vraiment d&#233;raisonnable de cette r&#233;ponse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Merci, vraiment et vivement, pour votre long commentaire &#224; mon livre, parmi les plus cons&#233;quents que j'aie re&#231;us depuis sa parution. Les &#171; retours &#187;, comme on dit aujourd'hui, ont tous &#233;t&#233; tr&#232;s positifs. J'esp&#233;rais quelques d&#233;bats autour de mes &#171; th&#232;ses &#187; &#8212; en r&#233;alit&#233; de simples synth&#232;ses d'&#233;l&#233;ments pr&#233;sents depuis des d&#233;cennies mais occult&#233;s par les diverses id&#233;ologies en circulation &#8212; mais c'est bien s&#251;r oublier, encore une fois, l'&#233;poque de plomb que nous traversons. Le silence qui nimbe votre travail crucial en t&#233;moigne &#233;galement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques remarques en &#233;cho aux v&#244;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, nos approches sont compl&#233;mentaires. Confront&#233; &#224; l'incons&#233;quence des positions &#233;cologistes, je me suis r&#233;solu &#224; admettre, derri&#232;re leur id&#233;ologie, un fond authentiquement religieux&#8230; que votre enqu&#234;te sur l'&#233;co-th&#233;ologie, parue juste apr&#232;s la sortie de mon livre, explicite, d&#233;taille, historicise, personnifie et &#233;taye parfaitement. Sa lecture m'a fait l'impression d'&#234;tre un Le Verrier pr&#233;disant l'existence d'une plan&#232;te inconnue en lieu et place d'une Neptune qu'un Adams observait d&#233;j&#224;. L'id&#233;ologie marxiste &#233;tant une h&#233;r&#233;sie du jud&#233;o-christianisme, il est logique que sa r&#233;incarnation ou sa pseudomorphose sur le champ de l'&#233;cologie fasse remonter les structures de pens&#233;es chr&#233;tiennes. Il est par exemple frappant de constater que les d&#233;bats, &#233;crits ou oraux, men&#233;s avec de militants &#233;cologistes autour de mon livre n'ont pas d&#233;pass&#233; les th&#232;ses du tout premier chapitre (&#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1168-Elements-d-ecologie-politique&#034;&gt;Survol ethno-historique&lt;/a&gt; &#187;) qui posent le rapport &#233;minemment ambivalent d'&lt;i&gt;Homo sapiens&lt;/i&gt; avec la biosph&#232;re au cours de mill&#233;naires, comme si l'humanit&#233; n'avait pu &#234;tre que destructrice (et particuli&#232;rement l'humanit&#233; occidentale) c'est-&#224;-dire p&#233;cheresse &#8211; et &lt;i&gt;que&lt;/i&gt; p&#233;cheresse&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous exprimez votre perplexit&#233; quant aux dispositifs contemporains pr&#233;tendant &#224; la d&#233;mocratie directe et vous avez largement raison : il s'agit dans tous ces cas de stratag&#232;mes plus ou moins grossiers de d&#233;tournements du d&#233;sir populaire de souverainet&#233; dont la cons&#233;quence est de discr&#233;diter toute id&#233;e de pouvoir collectif exerc&#233; par des non-sp&#233;cialistes (on pourrait rajouter, sur un autre plan et pour se limiter &#224; la France, &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?173-dossier-thematique-les-mouvements&#034;&gt;les grimaces de &#171; Nuit Debout &#187;&lt;/a&gt;, la &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?964-Putsch-gauchiste-a-Commercy&#034;&gt;destruction de mouvement des Gilets jaunes par la gauche radicale&lt;/a&gt;, les diverses &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1087-Questions-ouvertes-sur-le-mouvement-MaVoix&#034;&gt;tentatives para-&#233;l&#233;ectorales&lt;/a&gt;, etc.). L'alternative est infernale : soit n'importe qui peut occuper n'importe quelle place n'importe quand n'importe comment, soit la d&#233;mocratie est une farce et le pouvoir doit &#234;tre confi&#233; &#224; ceux qui savent. La raison exige, depuis quelques si&#232;cles, que la d&#233;mocratie v&#233;ritable (ou directe) r&#233;sulte de l'auto-&#233;ducation d'un peuple, s'informant, d&#233;lib&#233;rant, r&#233;fl&#233;chissant, capable de prudence et de courage, d'humilit&#233; et d'action, de r&#233;flexivit&#233; et d'opiniatret&#233;. Pour une approche g&#233;n&#233;rale, je ne peux que vous renvoyer, sans surprise, aux textes de Cornelius Castoriadis sur le sujet, qui peuvent &#234;tre introduits par &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?844-In-Actualite-de-la-democratie-directe&#034;&gt;cet expos&#233; d'il y a d&#233;j&#224; une dizaine d'ann&#233;es&lt;/a&gt;, et &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?679-introduction-generale-a-la&#034;&gt;ces trois brochures&lt;/a&gt;, plus compl&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partant de votre travail, la question de la d&#233;mocratie me semble incontournable : si la &#171; nature &#187; n'a pas de valeur intrins&#232;que obligeant &#224; la maintenir intacte comme au premier jour de la Cr&#233;ation, la question est pr&#233;cis&#233;ment : &#171; Quelle nature veut-on ? &#187; et ses d&#233;clinaisons : Dans quelle nature voulons-nous vivre ? Comment modeler notre plan&#232;te ? Quels sont nos besoins et qui les fixe ? Que l&#233;guer aux g&#233;n&#233;rations futures ?, etc. Ces interrogations, fondamentales et quotidiennes, aucune instance ne peut pr&#233;tendre les monopoliser : ni les scientifiques, ni les industriels, ni les puissances financi&#232;res, ni une &#171; &#233;lite &#187; &#233;clair&#233;e, etc. Elles ne peuvent relever, au fond, que des d&#233;cisions du plus grand nombre et principalement pour les trois raisons que j'expose dans mon livre (chapitre V &#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1114-Ecologie-politique-effondrement-ecocratie&#034;&gt;Politiques de la nature et totalitarisme&lt;/a&gt; &#187; et surtout la partie &#171; Les exigences d&#233;mocratiques d'un r&#233;gime &#233;cologique &#187;, pp. 177 &#224; 181), soit l'existence d'une science vivante et populaire, la r&#233;duction de l'opulence des &#233;lites, la libert&#233; et la diversit&#233; culturelle dans les &#233;cosyst&#232;mes locaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question que vous posez sur l'engagement politique des scientifiques prend ici tout son sens : le principe d&#233;mocratique repose sur l'opinion, la &lt;i&gt;doxa&lt;/i&gt;, du plus grand nombre, la politique comme auto-organisation n'&#233;tant pas un savoir, une &lt;i&gt;&#233;pist&#233;m&#232;&lt;/i&gt;. Que les experts de toutes les disciplines soient consult&#233;s avant chaque d&#233;cision (quelle qu'elle soit) est une &#233;vidence &#8212; &#224; condition que les consultations soient contradictoires et que les &#233;ventuels conflits d'int&#233;r&#234;ts soient rendus publics &#8211; mais il ne s'agit jamais de donner &#224; quelques sp&#233;cialistes le pouvoir de choisir pour le plus grand nombre qui ne peut d&#233;cider qu'en son nom. L'engagement tonitruant des scientifiques pour diverses causes de l'&#233;cologie est &#233;videmment gros de confusion et de d&#233;magogie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la question de la technique que vous abordez, je ne crois pas qu'il y ait des d&#233;saccords fondamentaux entre nous. Mais, l&#224; aussi, impossible de ne pas invoquer le principe d'une d&#233;mocratie directe : il s'agit toujours de rendre le pouvoir aux individus &#224; l'&#233;chelle collective (quelles innovations &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;a posteriori&lt;/i&gt; ? etc) comme individuelle (quelle libert&#233; de se servir de telle ou telle technique ? Comment ? &#192; quels moments ? etc.). Ce que vous formulez &#224; propos de l'informatique est &#233;videmment frappant. C'est sous cet angle que j'aborderais la question des Ogms, sur laquelle, &#224; ma connaissance, aucun peuple n'a jamais &#233;t&#233; v&#233;ritablement consult&#233; et pour cause : il s'agit essentiellement de la continuit&#233; de l'accaparement par des industriels de la cha&#238;ne de production agricole, soit la d&#233;possession des gens de leurs conditions d'existence et des paysans de leur travail (voil&#224; une diff&#233;rence fondamentale avec les hybridations mill&#233;naires). Plus fondamentalement, je crois que &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1066-Developpement-technique-et-configuration-geopolitique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;ce genre de technique n'a aucune utilit&#233; sur cette plan&#232;te&lt;/a&gt; et que l'on obtient des r&#233;sultats bien meilleurs par l'implication des gens concern&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je partage vos r&#233;serves sur la question de &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?601-decroissance-et-democratie-directe&#034;&gt;la d&#233;croissance&lt;/a&gt; : ici encore ma position est plut&#244;t, et depuis longtemps, celle d'une &#171; red&#233;finition des besoins &#187;, c'est-&#224;-dire de d&#233;lib&#233;rations r&#233;guli&#232;res &#224; toutes les &#233;chelles portant sur ce qui est produit et comment en fonction d'informations fiables, compl&#232;tes et accessibles sur la situation g&#233;n&#233;rale. Les efforts de sobri&#233;t&#233; sont impressionnants et en remontrent &#224; beaucoup de pr&#233;tendus &#233;cologistes dont le mode de vie n'a, en r&#233;alit&#233;, rien &#224; envier &#224; un non-&#233;cologiste&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je finis par la difficile question, d&#233;licate, de l'opposition nature / culture, que vous semblez vouloir refuser au nom de la sortie de l'&#233;co-th&#233;ologie. Il me semble difficile de dire, comme vous le faites, qu'il n'y a pas de dualit&#233; dans la nature : il existe au moins une diff&#233;rence fondamentale entre le monde min&#233;ral et le monde vivant, que je pose comme comparable &#224; la diff&#233;rence monde naturel et monde humain (cf. p. 40) : il ne s'agit pas d'une ext&#233;riorit&#233; absolue, mais d'une v&#233;ritable alt&#233;rit&#233; &#8211; qui n'a besoin d'aucun divin pour &#234;tre pens&#233;e. On pourrait &#233;galement &#233;voquer, &#224; un degr&#233; moindre, la diff&#233;rence v&#233;g&#233;tal / animal (autotrophe / h&#233;t&#233;rotrophe) ou encore mono / pluricellulaire, etc. Il s'agit &#224; chaque fois, en r&#233;alit&#233;, et comme vous le formulez, de changement de mode d'&#234;tre, de naissance de nouveaux mondes, d'&#233;mergences, capables d'&#171; enfreindre les lois &#187; (pour reprendre le vocable religieux) de la strate originelle, mais il n'y a rien ici de surnaturel : le monde vivant pose d'autres lois, d'autres fonctionnements, d'autres d&#233;terminations que le monde min&#233;ral, comme l'humanit&#233; le fait vis-&#224;-vis de la nature. Ce qui n'emp&#234;che pas des interp&#233;n&#233;trations, des r&#233;gressions, des anticipations, etc &#8211; vous &#233;voquez la culture des orques, des milliers d'exemples de ce type existent, et je ne saurais trop renvoyer ici &#224; &#171; La Vie de la vie &#187; d'Edgar Morin qui me semble, l&#224;-dessus, une r&#233;f&#233;rence ind&#233;pass&#233;e. Quoi qu'il en soit, et comme vous le dites bien, &#171; l'humanit&#233; est la seule &#224; pouvoir percevoir les &#233;v&#233;nements [&#233;cologiques] comme des probl&#232;mes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, pour finir, et c'est sans doute ici le plus important, r&#233;futer les notions de &#171; Cr&#233;ation divine &#187; et d'Homme intendant n'implique pas de refuser la dualit&#233; &lt;i&gt;nature / culture&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;nomos / physis&lt;/i&gt;, comme je le note pp. 77 sqq. puis tout le chap. VI. Par contre, je maintiens que sans celle-ci, aucune d&#233;mocratie n'est concevable : si l'organisation et le fonctionnement de la soci&#233;t&#233; d&#233;pendent enti&#232;rement de lois naturelles (au-del&#224; des trivialit&#233;s, et celles-ci fussent-elles &#171; un imbroglio oscillant entre le foutoir int&#233;gral et le pseudo organis&#233; &#187;, comme vous dites, mais dans tous les cas &#171; aveugles et indiff&#233;rentes &#187;), alors le peuple n'a rien &#224; en dire, et il appartient &#224; une &#233;lite &#233;clair&#233;e par ce savoir de prendre les bonnes d&#233;cisions. Et nous rencontrons l&#224;, au fond, le fantasme &#233;cologiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup de questions restent ouvertes, je m'arr&#234;te l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Amicalement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quentin&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Le rapport &#224; la nature chez les ruraux et chez les urbains au XIXe si&#232;cle (2/2)</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?1186-Le-rapport-a-la-nature-chez-les-ruraux-et-chez-les-urbains</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?1186-Le-rapport-a-la-nature-chez-les-ruraux-et-chez-les-urbains</guid>
		<dc:date>2025-03-13T08:49:14Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;cologie</dc:subject>
		<dc:subject>Anthropologie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cologie (d&#233;)coloniale</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cologisme</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>L&#233;v&#234;que Ch. </dc:subject>
		<dc:subject>Primitivisme</dc:subject>
		<dc:subject>Type anthropologique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Premi&#232;re partie disponible ici (.../...) Les paysans vus par Monfalcon, 1824 (NB. Les &#171; fautes d'orthographe &#187; sont reproduites telles quelles). &#171; Les paysans n'ont, en fait de m&#339;urs domestiques, aucune d&#233;licatesse. Ils n'invoquent la morale, &#224; propos d'une de leurs filles s&#233;duites, que si le s&#233;ducteur est riche et craintif. Les enfants, jusqu'&#224; ce que l'&#201;tat les leur arrache, sont des capitaux ou des instruments de bien-&#234;tre. L'int&#233;r&#234;t est devenu, surtout depuis 1789, le seul mobile (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-76-L-ecologie-politique-contre-l-" rel="directory"&gt;L'&#233;cologie politique contre l'&#233;cologisme&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-89-ecologie-+" rel="tag"&gt;&#201;cologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-110-anthropologie-+" rel="tag"&gt;Anthropologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-264-Ecologie-de-coloniale-+" rel="tag"&gt;&#201;cologie (d&#233;)coloniale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-113-ecologisme-+" rel="tag"&gt;&#201;cologisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-279-Leveque-Ch-+" rel="tag"&gt;L&#233;v&#234;que Ch. &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-88-primitivisme-+" rel="tag"&gt;Primitivisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-216-type-anthropologique-+" rel="tag"&gt;Type anthropologique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1185-Le-rapport-a-la-nature-chez-les-ruraux-et-chez-les-urbains' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Premi&#232;re partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les paysans vus par Monfalcon, 1824&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(NB. Les &#171; fautes d'orthographe &#187; sont reproduites telles quelles).&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les paysans n'ont, en fait de m&#339;urs domestiques, aucune d&#233;licatesse.
Ils n'invoquent la morale, &#224; propos d'une de leurs filles s&#233;duites, que si le
s&#233;ducteur est riche et craintif. Les enfants, jusqu'&#224; ce que l'&#201;tat les leur
arrache, sont des capitaux ou des instruments de bien-&#234;tre. L'int&#233;r&#234;t est
devenu, surtout depuis 1789, le seul mobile de leurs id&#233;es ; il ne s'agit jamais
pour eux de savoir si une action est l&#233;gale ou immorale, mais si elle est
profitable. La moralit&#233;, qu'il ne faut pas confondre avec la religion, commence
&#224; l'aisance ; comme on voit, dans la sph&#232;re sup&#233;rieure, la d&#233;licatesse fleurir
dans l'&#226;me quand la Fortune a dor&#233; le mobilier &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'homme absolument probe et moral est, dans la classe des paysans, une
exception. Les curieux demanderont pourquoi ? De toutes les raisons qu'on
peut donner de cet &#233;tat de choses, voici la principale. Par la nature de leurs
fonctions sociales, les paysans vivent d'une vie purement mat&#233;rielle, qui
se rapproche de l'&#233;tat sauvage auquel les invite leur union constante avec
la Nature. Le travail, quand il &#233;crase le corps, &#244;te &#224; la pens&#233;e son action
purifiante, surtout chez des gens ignorants. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'industrie agricole est peu d&#233;velopp&#233;e dans les pays mar&#233;cageux ; des
obstacles d'une grande force s'opposent &#224; son perfectionnement. On
appelle en Bresse des ouvriers &#233;trangers pour exploiter les terres, b&#226;tir les
fermes, &#233;lever les chauss&#233;es des &#233;tangs, car ces travaux grossiers sont au-dessus de l'intelligence des indig&#232;nes. En vain on distribuerait aux habitants
des pays mar&#233;cageux les graines de c&#233;r&#233;ales les meilleures, les instruments
aratoires les plus &#233;conomiques, les plus parfaits, les engrais les plus actifs
pour f&#233;conder leur sol, et pour am&#233;liorer leurs chevaux et leurs bestiaux,
de bons &#233;talons, des taureaux, des b&#233;liers de belle race, presque tous
refusaient obstin&#233;ment de s'en servir, et les autres ne les emploieraient
qu'avec une extr&#234;me n&#233;gligence. En vain on leur montrerait un moyen facile
de s'affranchir de leur mis&#232;re, en couvrant d'arides champs de seigle de
prairies artificielles opulentes, ils r&#233;pondraient d'une commune voix, ce n'est
pas la coutume. S'ils avaient des engrais, au lieu de les employer &#224; tripler les
produits de la culture, ils n'h&#233;siteraient pas &#224; les vendre, et sacrifieraient &#224; un
petit gain du moment un b&#233;n&#233;fice consid&#233;rable mais qu'il faudrait attendre.
Et comment en serait-il autrement ; quelle a &#233;t&#233; leur &#233;ducation premi&#232;re,
quels ont &#233;t&#233; les soins qu'ils ont re&#231;us de leur famille ! La tendresse paternelle
est inconnue dans ces contr&#233;es. Un sarrau de toile grossi&#232;re, un peu de pain
noir, voil&#224; la partie fondamentale des soins que l'on donne aux enfants ; ils
sont abandonn&#233;s &#224; eux-m&#234;mes, trait&#233;s brutalement et beaucoup moins bien
que les bestiaux ou le cheval de la maison. D&#232;s que leur &#226;ge les rend utiles
(c'est exclusivement sous ce rapport qu'ils fixent quelquefois l'attention de
leurs parents), on les envoie aux champs garder des porcs ou des oies. Un
peu de cat&#233;chisme qu'ils apprennent sans le comprendre, telle est l'&#233;ducation
donn&#233;e &#224; leur intelligence ; on les met au labour d&#232;s qu'ils en ont la force,
et les voil&#224; agriculteurs. On trouve &#224; peine dans une commune deux ou
trois individus qui sachent lire ; l'ignorance est universelle, et nulle part elle
ne porte mieux ses fruits. Comment ces individus pourraient-ils raisonner
juste, jamais ils n'ont rien compar&#233;. On a vu quelle &#233;tait l'&#233;ducation de leur
intelligence, comment s'&#233;tonner qu'ils soient craintifs, peureux, superstitieux,
et que la foi aux sorciers se maintienne encore dans leurs chaumi&#232;res ! &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Monfalcon JB. (1824) Histoire des marais et des maladies caus&#233;es par les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les paysans vus par Honor&#233; de Balzac, 1845&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au bout des champs moissonn&#233;s, sur lesquels &#233;taient les charrettes
o&#249; s'empilaient les gerbes, il y avait une centaine de cr&#233;atures qui, certes,
laissaient bien loin les plus hideuses conceptions que les pinceaux de
Murillo, de T&#233;niers, les plus hardis en ce genre, et les figures de Callot, ce
po&#232;te de la fantaisie des mis&#232;res, aient r&#233;alis&#233;es ; leurs jambes de bronze,
leurs t&#234;tes pel&#233;es, leurs haillons d&#233;chiquet&#233;s, leurs couleurs, si curieusement
d&#233;grad&#233;es, leurs d&#233;chirures humides de graisse, leurs reprises, leurs taches, les
d&#233;colorations des &#233;toffes, les trames mises &#224; jour, enfin leur id&#233;al du mat&#233;riel
des mis&#232;res &#233;tait d&#233;pass&#233;, de m&#234;me que les expressions avides, inqui&#232;tes,
h&#233;b&#233;t&#233;es, idiotes, sauvages de ces figures, avaient sur les immortelles
compositions de ces princes de la couleur, l'avantage &#233;ternel que conserve
la nature sur l'art. Il y avait des vieilles au cou de dindon, &#224; la paupi&#232;re pel&#233;e
et rouge, qui tendaient la t&#234;te comme des chiens d'arr&#234;t devant la perdrix,
des enfants silencieux comme des soldats sous les armes, de petites filles
qui tr&#233;pignaient comme des animaux attendant leur p&#226;ture ; les caract&#232;res
de l'enfance et de la vieillesse &#233;taient opprim&#233;s sous une f&#233;roce convoitise :
celle du bien d'autrui, qui devenait leur bien par abus. Tous les yeux &#233;taient
ardents, les gestes mena&#231;ants ; mais tous gardaient le silence en pr&#233;sence du
comte, du garde champ&#234;tre et du garde g&#233;n&#233;ral &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Balzac H. (1845) Les Paysans : Sc&#232;nes de la vie de campagne. Bd. du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les paysans vus par Honor&#233; Sclafer, 1868&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; En juin, en juillet et en ao&#251;t, durant des journ&#233;es de dix-huit heures, le
paysan effectue les plus p&#233;nibles travaux. Quand les attelages eux-m&#234;mes
ne peuvent rester expos&#233;s &#224; la violence du soleil, il est l&#224;, faucille en main,
au milieu des bl&#233;s m&#251;rs, pench&#233; sur ce sol ardent, qui lui r&#233;verb&#232;re au visage
un feu terrible. On rentre le b&#233;tail, quand la chaleur est trop forte, on ne
rentre jamais le paysan. Il ne se plaint pas cependant, loin de l&#224;, il est joyeux :
regrettant, dit-il, qu'il n'y ait pas deux ou trois r&#233;coltes pareilles &#224; recueillir,
chaque ann&#233;e, au lieu d'une seule. Une sorte de rut agricole l'enfi&#232;vre, et
lui fait supporter sans d&#233;faillance de tels labeurs. Encore s'il prenait une
nourriture suffisamment r&#233;paratrice, mais le plus souvent, pour son ardente
soif, quelque piquette tourn&#233;e, et, pour tout assaisonnement &#224; son pain,
la fa&#231;on d'en &#233;quarrir, avec son couteau, les bouch&#233;es ! Son aspect dit ses
souffrances : ses reins sont arqu&#233;s ; sa face est corrod&#233;e par les sueurs ; ses
mains, &#8212; ces belles mains humaines qui devraient &#234;tre fines et souples
comme des l&#232;vres, puisqu'elles parlent, elles aussi &#8212; ses mains racornies
ne s'entrouvrent qu'&#224; grand-peine, tout juste assez pour donner passage &#224; la
poign&#233;e de l'outil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre cause d'am&#233;lioration pour le paysan, c'est l'esp&#232;ce de
m&#233;tamorphose qu'il subit en passant &#224; la possession de la terre. Il y a l&#224;
un v&#233;ritable anoblissement. Ne toucher au sol que d'une main mercenaire,
comme le Nubien aux &#233;pouses de son ma&#238;tre, ou bien poss&#233;der ce sol en
toute licence, quel changement ! Le castrat redevient homme. Ce champ lui
appartient : lui seul a le droit d'y vivre ; il y commande, il y r&#232;gne, il y s&#232;me, il
y moissonne ; le voil&#224; souverain tout au complet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette consid&#233;ration, il s'en montre digne assez g&#233;n&#233;ralement, sauf, de loin
en loin, quelques cas de mauvaise finesse, ressortissant &#224; sa situation plut&#244;t
qu'&#224; son naturel. Car, &#224; peine en possession de cette parcelle tant d&#233;sir&#233;e, le
pauvre manouvrier, qui le plus souvent ne sait pas m&#234;me lire, a besoin de
la d&#233;fendre contre le grimoire du tabellion, contre un fouillis d'articles de
loi, dont la concordance produit parfois les r&#233;sultantes les plus inattendues ;
contre les minorit&#233;s, les incapacit&#233;s, la dotalit&#233; et les reprises de toutes sortes.
En pr&#233;sence de cet in&#233;puisable arsenal de la chicane, le paysan, qui ne sent
que deux choses : sa profonde ignorance du droit, et son profond amour
pour son bien, n'est-il pas excusable de biaiser quelque peu dans le sens de
la ruse, et, que sais-je, de l'astuce ? Je le demande &#224; tous ceux qui portent un
c&#339;ur vraiment agricole &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sclafer H. (1868) La chasse et le paysan. Paris&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les paysans vus par l'historien Albert Babeau, 1883&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les m&#339;urs du paysan valent mieux que ses mani&#232;res. Son caract&#232;re
pr&#233;sente un m&#233;lange de vertus et de vices, o&#249; les d&#233;fauts sont d'ordinaire
plus saillants que les qualit&#233;s. Presque toujours son ext&#233;rieur a quelque
chose de rude et malplaisant. Qui dit paysan, rustre, vilain, manant, dit &#234;tre
grossier, malappris, disgraci&#233; au physique comme au moral. Dans les classes
sup&#233;rieures de la soci&#233;t&#233;, ces mots sont des injures. L'&#233;ducation, l'influence
du clerg&#233;, les progr&#232;s de la civilisation polissent petit &#224; petit ces asp&#233;rit&#233;s
du caract&#232;re du campagnard ; mais surtout dans les r&#233;gions &#233;loign&#233;es des
grands centres, il reste grossier et quelque peu sauvage. On dit dans le Berry
qu'il vieillit plus vite et qu'il est plus laid que l'habitant des villes. On nous
pr&#233;sente les habitants de la Marche comme noirs, livides, et presque tous
hideux. Le moral est quelquefois en rapport avec le physique. C'est ainsi
que Vauban nous montre, aux confins du Morvan, des hommes &#8220;fain&#233;ants,
d&#233;courag&#233;s, menteurs, larrons, gens de mauvaise foi, toujours pr&#234;ts &#224; jurer
faux, pourvu qu'on les paye, et &#224; s'enivrer sit&#244;t qu'ils peuvent avoir de quoi&#8221;.
Le caract&#232;re ne varie pas seulement selon les provinces, il varie selon les
professions, La charrue donne des m&#339;urs plus innocentes que la culture
de la vigne, quoique celle-ci soit tr&#232;s p&#233;nible ; les bouviers sont inf&#233;rieurs
de ce c&#244;t&#233; aux vignerons, et les bergers ont encore moins de candeur et
l'innocence que les bouviers.&#8230; Si l'on veut savoir quelle est la moralit&#233; des
vignerons des bords de la Loire, on nous pr&#233;sentera la plus grande partie
d'entre eux comme avares, voleurs, cruels, ingrats, de mauvaise foi. Qui dit
vigneron, dit larron, est un proverbe du centre de la France. Ailleurs on
nous montre les paysans s'enivrant au cabaret, blasph&#233;mant, se querellant
dans l'emportement, et m&#234;me &#224; jeun, et se faisant les uns aux autres des
blessures, qui peuvent &#234;tre mortelles. Ils sont d'une grossi&#232;ret&#233; inconcevable
dit un cur&#233; de campagne en 1771 &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Babeau &#192;. (1883) La vie rurale dans l'ancienne France. Paris, Librairie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Dans certains &#233;crits, la vie agricole est pr&#233;sent&#233;e comme un mod&#232;le de moralit&#233;
et de civisme en opposition au luxe corrupteur et &#224; l'individualisme en milieu
urbain. Mais pour Bourdieu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bourdieu P. (1977) La paysannerie, une classe objet. In Actes de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#171; Il est certain que l'on ne pense &#224; peu pr&#232;s
jamais les paysans en eux-m&#234;mes et pour eux-m&#234;mes, et que les discours m&#234;mes
qui exaltent leurs vertus ou celles de la campagne ne sont jamais qu'une mani&#232;re
euph&#233;mis&#233;e ou d&#233;tourn&#233;e de parler des vices des ouvriers et de la Ville &#187;. Bourdieu ajoutait :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce n'est pas d'aujourd'hui que les paysans, sans cesse affront&#233;s &#224; la
domination ins&#233;parablement &#233;conomique et symbolique de la bourgeoisie
urbaine n'ont pas d'autre choix que de jouer, pour les citadins et aussi pour
eux-m&#234;mes, l'une ou l'autre des figures du paysan, celle du paysan respecte
qui fait dans le populisme populaire, parlant de sa terre, de sa maison et de
ses b&#234;tes avec des accents de r&#233;daction d'&#233;cole primaire, ou celle du paysan
heideggerien qui pense &#233;cologiquement, qui sait prendre son temps et
cultiver le silence et qui &#233;tonne les r&#233;sidents secondaires par sa profonde
sagesse, venue on ne sait d'o&#249;, ou encore celle du paysan empaysann&#233; qui
assume, non sans un soup&#231;on d'ironie et de m&#233;pris, le r&#244;le du &#8220;simple&#8221;
du cul-terreux&#8221;, du bon sauvage ou m&#234;me celle du braconnier, parfois un
peu sorcier, qui &#233;pate autant les citadins par son habilet&#233; &#224; d&#233;couvrir les
champignons ou &#224; tendre des lacets que par ses talents de rebouteux ou ses
croyances d'un autre &#226;ge &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pour Alphand&#233;ry et al.,&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aphandery P, Ritoun P, Dupont Y. (1991) L'&#233;quivoque &#233;cologique, Paris, La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ainsi l'image du paysan oscille-t-elle, dans nos soci&#233;t&#233;s technologiques
entre la figure d'un &#234;tre fruste, born&#233;, et &#233;go&#239;ste et celle, enjoliv&#233;e par
l'histoire et quelque peu nostalgique, d'un sage vivant sainement et entour&#233;
des siens dans des villages o&#249; les relations sociales demeureraient cordiales
et authentiques &#187;,&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nature des riches et nature des pauvres ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a vu &#233;merger au XIXe si&#232;cle une repr&#233;sentation de la nature, port&#233;e par la
bourgeoisie et le mouvement romantique, qui nous parle d'une nature imagin&#233;e,
aseptis&#233;e, id&#233;alis&#233;e qu'il faut prot&#233;ger pour la beaut&#233; des paysages. Cette
repr&#233;sentation de la nature est en total d&#233;calage avec la nature productive v&#233;cue
par le monde rural, source de richesse mais aussi de nuisances contre lesquelles
il faut lutter en permanence pour survivre. Ce n'est plus la nature bucolique
des d&#238;ners sur l'herbe, mais une nature dont les al&#233;as climatiques et les ennemis
des cultures mettent en p&#233;ril le travail de la terre et rendent la vie difficile aux
agriculteurs. Dans le monde rural, on parle d'esp&#232;ces utiles et d'esp&#232;ces nuisibles,
de se prot&#233;ger des crues et des s&#233;cheresses, de lutter contre les maladies et
les ravageurs de culture ! On parle d'une nature dont il faut se prot&#233;ger en
permanence des exc&#232;s et des m&#233;faits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mani&#232;re tr&#232;s sch&#233;matique, bien &#233;videmment, on peut parler de nature des
riches et de nature des pauvres. Une opposition entre classes sociales, que l'on
trouve bien d&#233;crite dans &lt;i&gt;La Mare au Diable&lt;/i&gt; de George Sand&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sand G. (1846) La mare au diable. Paris, Desessart&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En se promenant
dans la campagne, celle-ci observe que :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ces richesses qui couvrent le sol, ces moissons, ces fruits, ces bestiaux
orgueilleux qui s'engraissent dans les longues herbes, sont la propri&#233;t&#233;
de quelques-uns et les instruments de la fatigue et de l'esclavage du plus
grand nombre. L'homme de loisir n'aime en g&#233;n&#233;ral pour eux-m&#234;mes, ni les
champs, ni les prairies, ni le spectacle de la nature, ni les animaux superbes
qui doivent se convertir en pi&#232;ces d'or pour son usage. L'homme de loisir
vient chercher un peu d'air et de sant&#233; dans le s&#233;jour de la campagne, puis il
retourne d&#233;penser dans les grandes villes le fruit du travail de ses vassaux.&#8230;
De son c&#244;t&#233;, l'homme du travail est trop accabl&#233;, trop malheureux, et trop
effray&#233; de l'avenir, pour jouir de la beaut&#233; des campagnes et des charmes
de la vie rustique. Pour lui aussi les champs dor&#233;s, les belles prairies, les
animaux superbes, repr&#233;sentent des sacs d'&#233;cus dont il n'aura qu'une faible
part, insuffisante &#224; ses besoins, et que, pourtant, il faut remplir, chaque
ann&#233;e, ces sacs maudits, pour satisfaire le ma&#238;tre et payer le droit de vivre
parcimonieusement et mis&#233;rablement sur son domaine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Homme de loisir, homme de travail, une mani&#232;re diplomatique de parler des riches
et des pauvres. Ces r&#233;sidences campagnardes, ces vill&#233;giatures dans lesquelles on
vient se ressourcer, et qui prolongent de vieilles traditions romaines, n'ont pas
grand-chose &#224; voir avec les masures des paysans. &#192; la jouissance de la nature
pour les bourgeois s'oppose la duret&#233; de la vie pour les paysans ! Cette opposition
n'a pas totalement disparu de nos jours et, si on change d'&#233;chelle, le monde
occidental &#224; repris le r&#244;le du bourgeois urbain et les pays en d&#233;veloppement celui
du monde rural.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Beaucoup d'agriculteurs le disent avec sinc&#233;rit&#233; : ils ont la sensation d'&#234;tre
la cat&#233;gorie sociale dont le rapport &#224; la terre est le plus direct et le plus vrai.
Plus que d'autres, ils connaissent l'ambigu&#239;t&#233; de la nature, &#224; la fois g&#233;n&#233;reuse
et dure &#224; ceux dont elle est l'outil de travail. Ainsi, m&#234;me s'ils &#233;prouvent une
certaine responsabilit&#233; dans la d&#233;gradation des milieux naturels, beaucoup
de paysans n'en &#233;prouvent pas moins une profonde rancune vis-&#224;-vis de
leurs accusateurs. Elle est venue s'ajouter &#224; d'autres vieux malentendus qui
dressent les paysans contre les citadins et inversement &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rouil J. (1990) Ouest France, 16-17 juin, 1990&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le r&#244;le de l'&#233;ducation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les repr&#233;sentations contrast&#233;es de la nature entre le monde urbain et le monde
rural, vont &#234;tre entretenues par les pratiques &#233;ducatives. Sigaut&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigaut O. (2009) La nature dans les manuels scolaires entre 1800 et 1950, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a ainsi
observ&#233; l'&#233;mergence &#224; la fin du XIXe si&#232;cle d'une s&#233;paration nette entre les
contenus diffus&#233;s dans les manuels &#224; destination des &#233;coles rurales, et ceux
qui &#233;taient dispens&#233;s dans les &#233;coles urbaines. De mani&#232;re paradoxale, on va
rationaliser l'enseignement en milieu rural et ruraliser celui dispens&#233; en milieu
urbain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement progressif d'un enseignement sp&#233;cifique en direction du
monde rural va influencer profond&#233;ment la formation des mentalit&#233;s dans la
relation &#224; la nature au sein du monde agricole. Sigaut&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigaut O. (2011) L'&#233;ducation &#224; l'environnement, entre politique et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a montr&#233; que les manuels
scolaires et parascolaires ont particip&#233;, &#224; maintenir un syst&#232;me de croyance et de
repr&#233;sentations dominantes quant &#224; la place de la nature dans le monde rural,
en popularisant une approche utilitariste des animaux dans le cadre du dualisme
utiles/nuisibles. Les animaux sont &#224; la fois des concurrents et des auxiliaires des
hommes. Dans les manuels de formation des ma&#238;tres, une approche p&#233;dagogique
scientifique et exp&#233;rimentale de la nature est destin&#233;e &#224; faire adopter une attitude
rationnelle dans les pratiques agricoles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Leblanc R. (1897) L'enseignement agricole dans les &#233;coles du degr&#233; primaire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On assiste progressivement dans le
cadre des manuels scolaires, &#224; ce que Barral&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Barral P. (1968) Les agrariens fran&#231;ais, de M&#233;line &#224; Pisani, Presses de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; nomme &#171; l'empaysannement
des campagnes &#187;. Le monde rural devient lieu de labeur et de production, car
il faut nourrir la France, et l'agriculteur doit s'y employer par la ma&#238;trise de la
nature. Dans l'enseignement rural le &#171; sentiment de la nature &#187; prend surtout une
orientation utilitariste, en particulier dans le but de relayer le savoir agronomique
dispens&#233; par le professeur d&#233;partemental d'agriculture au sein des campagnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ville de son c&#244;t&#233;, d&#233;couvrait les pr&#233;occupations hygi&#233;nistes qui &#233;taient
destin&#233;es &#224; rendre le monde urbain &#224; la fois viable et pacifique. En milieu urbain
l'instruction &#224; la nature va se renforcer dans le cadre de classes promenades et
la mise en place de jardins scolaires qui seront les supports de la connaissance
en sciences naturelles. Dans les villes, les le&#231;ons de botanique vont rapidement
se d&#233;velopper ainsi que l'enseignement des merveilles de la nature. Pour les
instituteurs, le rapide d&#233;veloppement des jardins ouvriers va permettre de faire
des exp&#233;rimentations et de donner des le&#231;ons dans le domaine des sciences
naturelles sur le terrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La compr&#233;hension en France de l'opposition actuelle ville / campagne en mati&#232;re
de relation &#224; l'animal et &#224; la nature (ours, loup, vison, ragondin) peut s'expliquer
en grande partie gr&#226;ce &#224; cette diff&#233;rence dans les savoirs diffus&#233;s par les manuels
et les programmes scolaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Prot&#233;ger la nature du braconnage ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;nonciation fr&#233;quente du braconnage et du &#171; chasseur de village &#187; dans la
litt&#233;rature cyn&#233;g&#233;tique de la seconde moiti&#233; du XIXe si&#232;cle constitue un autre
sujet de diff&#233;rent entre la classe populaire et la classe bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chasse, sous l'Ancien R&#233;gime, &#233;tait l'apanage de la noblesse ; et le braconnage
pratiqu&#233; par les gens du peuple, &#233;tait un crime puni s&#233;v&#232;rement Apr&#232;s la
R&#233;volution, le droit de chasse est accord&#233; aux propri&#233;taires pour d&#233;fendre leurs
biens contre les pr&#233;dateurs. Mais en r&#233;alit&#233;, la croissance des effectifs de chasseurs
au cours du XIXe si&#232;cle va correspondre &#224; la diffusion d'un mod&#232;le de loisir
aristocratique au sein de la bourgeoisie terrienne puis de la bourgeoisie urbaine.
Le titulaire d'un permis de chasse est suppos&#233; respecter une certaine &#233;thique ainsi
que les r&#232;gles &#233;tablies par la loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par opposition, le braconnier c'est l'homme du commun, un brigand qui pille le
gibier dans l'ill&#233;galit&#233; en employant des pi&#232;ges non autoris&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Car c'est le droit de la chasse qui, avant comme apr&#232;s la R&#233;volution, a
&#233;labor&#233; une fronti&#232;re entre un pr&#233;l&#232;vement licite et une destruction illicite,
distinguant entre celui qui a le droit et celui qui n'a pas le droit, entre celui
qui chasse dans les r&#232;gles et celui qui ne chasse pas dans les r&#232;gles, rejetant
certains dans la criminalit&#233;. L'histoire du droit du braconnage se construit
ainsi autour d'une opposition parfois caricaturale entre un droit s&#233;culier et
une libert&#233; naturelle, entre la figure du chasseur et celle du braconnier, entre
l'homme d'honneur titulaire de titres et de dignit&#233;s et l'homme du peuple,
potentiellement dangereux s'il se trouve arm&#233;, entre le propri&#233;taire et le
brigand &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Maillard N. (2018) Le braconnage comme droit naturel : la libert&#233; de chasser (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ninon Maillard d&#233;veloppe aussi l'id&#233;e que selon le droit naturel, c'est &#224; tous les
hommes et non &#224; certains d'entre eux que la b&#234;te sauvage fut donn&#233;e. Elle ne
peut donc &#234;tre revendiqu&#233;e par personne et en particulier par le propri&#233;taire du
sol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant le d&#233;bat va s'orienter autour de la violation du droit de propri&#233;t&#233;,
accentuant encore le clivage entre le milieu rural o&#249; le braconnier jouit d'une
certaine cl&#233;mence et la bourgeoisie qui d&#233;tient les terres. Selon Kalaora&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kalaora B. (1998) Au-del&#224; de la nature l'environnement. L'Harmattan&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;
contrairement &#224; l'approche naturaliste et &#233;cologique anglo-saxonne de la
protection de la nature, le braconnage est per&#231;u en France comme une atteinte
au droit de propri&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'&#233;crivain-chasseur Gaillard, en 1868&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gaillard H. (1868) Le Gibier, la propri&#233;t&#233;, le Braconnage. Paris, Librairie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; les choses sont claires :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous pensons que si on pouvait dire : braconnier et voleur ne font qu'un, on
verrait promptement diminuer le nombre des d&#233;pr&#233;dateurs de nos champs.
Les uns reculant devant la s&#233;v&#232;re et juste r&#233;pression du vol ; les autres,
cherchant en vain dans leur conscience des circonstances att&#233;nuantes du
d&#233;lit... Beaucoup trouvent monstrueux &#224; cette heure d'assimiler au voleur le
braconnier, et dans nos campagnes une regrettable indiff&#233;rence, qui va trop
souvent jusqu'&#224; la protection, couvre ses actes coupables [&#8230;] il ne faut pas
que le braconnier soit seulement regard&#233; comme faisant concurrence aux
chasseurs munis de permis de chasse, il faut qu'il soit bien reconnu coupable
de vol au d&#233;triment du propri&#233;taire. Alors, autant il excite de sympathies
dans les campagnes, autant il soul&#232;vera de ressentiments &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Inversement le monde rural va d&#233;velopper un discours sur le comportement des
chasseurs urbains qui viennent piller les campagnes.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'usage des chemins de fer a, comme on dit, rapproch&#233; les distances, et du
mois de septembre au mois de f&#233;vrier les trains sont remplis de voyageurs
enflamm&#233;s d'ardeur belliqueuse qui vont s'abattre sur la plaine et les bois.
Tout autour de Paris et des villes les plus populeuses, il n'est presque plus
de chasse qui ne soit lou&#233;e, et ch&#232;rement lou&#233;e, &#224; de joyeuses compagnies
de n&#233;gociants, d'avocats, de notaires, de gens de bureau. Beaucoup de
communes r&#233;servent, m&#234;me &#224; ces sortes de locations, le droit de chasse
sur tout leur territoire ; elles font bien, puisque de la sorte elles augmentent
leurs revenus. Toujours est-il que ces bandes envahissantes agissent un
peu comme en pays conquis : chevrettes, levrauts, poules faisanes, tout fait
nombre, tout leur est bon. L&#224; on ne conna&#238;t point la sollicitude attentive du
chasseur propri&#233;taire ; jamais l'id&#233;e ne vient d'&#233;pargner ou de repeupler. Et
puis, ne laissons point passer l'occasion de protester contre la r&#233;putation
injustement faite au chasseur parisien, si maltrait&#233; par la caricature. Malgr&#233;
de classiques plaisanteries, le chasseur de Paris en vaut un autre, et si au bout
du compte la plaine Saint-Denis ne conna&#238;t plus de li&#232;vres, c'est gr&#226;ce &#224; lui &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lieberg E., (1869) Essai et notices. Compte rendu de La chasse et le paysan (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cette opposition entre chasse et braconnage n'est pas propre &#224; la France et
va trouver un vaste champ d'application dans les politiques de conservation
de la nature des puissances coloniales en Afrique. Blanc&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Blanc G. (2020) L'Invention du colonialisme vert. Pour en finir avec le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, un historien de
l'environnement, a bien analys&#233; cette situation. Dans l'imaginaire occidental, la
nature africaine a longtemps &#233;t&#233; l'incarnation de la nature sauvage, par opposition
&#224; la nature europ&#233;enne fortement anthropis&#233;e. Pour des raisons diverses, des
&#171; experts &#187; de la protection ont impos&#233; l'id&#233;e que les pratiques pastorales des
indig&#232;nes incultes et insensibles &#224; son charme, d&#233;gradaient ce paradis perdu qu'il
fallait donc prot&#233;ger ! Blanc nous montre qu'en r&#233;alit&#233;, &#224; l'origine des premi&#232;res
organisations de protection de la nature en Afrique, on retrouve le clivage entre
les bons chasseurs (les &#233;lites coloniales blanches) pratiquant dit-on, une chasse
sportive et &#233;thique, et les mauvais chasseurs (les Africains) qui braconnaient
et d&#233;truisaient la faune. Ce qui fait penser bien entendu &#224; cette dualit&#233; sans la
France du XIXe si&#232;cle entre les chasseurs munis de permis, et donc l&#233;gitim&#233;s
dans leurs pratiques, et les braconniers, ill&#233;gaux et sans scrupule, responsables de
la d&#233;gradation du gibier. La doxa entretenue par les milieux conservationnistes
selon laquelle les indig&#232;nes d&#233;truisent la belle nature africaine, est &#224; l'origine de la
violence exerc&#233;e sur les populations locales qui seront exclues de leurs zones de
p&#226;turage pour cr&#233;er des r&#233;serves o&#249; la nature pourra s'exprimer librement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Monfalcon JB. (1824) &lt;i&gt;Histoire des marais et des maladies caus&#233;es par les &#233;manations des eaux stagnantes.&lt;/i&gt; Lyon, imprimerie de Durand et Perrin&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Balzac H. (1845) &lt;i&gt;Les Paysans : Sc&#232;nes de la vie de campagne&lt;/i&gt;. Bd. du Centenaire, Calman-L&#233;vy ed.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sclafer H. (1868) &lt;i&gt;La chasse et le paysan&lt;/i&gt;. Paris&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Babeau &#192;. (1883) &lt;i&gt;La vie rurale dans l'ancienne France&lt;/i&gt;. Paris, Librairie acad&#233;mique Didier et Cie&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Bourdieu P. (1977) &lt;i&gt;La paysannerie, une classe objet.&lt;/i&gt; In Actes de la recherche en sciences sociales. 17-18 : 2-5, novembre 1977&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Aphandery P, Ritoun P, Dupont Y. (1991) &lt;i&gt;L'&#233;quivoque &#233;cologique&lt;/i&gt;, Paris, La D&#233;couverte, (Essais)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sand G. (1846) &lt;i&gt;La mare au diable. &lt;/i&gt; Paris, Desessart&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Rouil J. (1990) Ouest France, 16-17 juin, 1990&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sigaut O. (2009) &lt;i&gt;La nature dans les manuels scolaires entre 1800 et 1950,&lt;/i&gt; Review de la Soci&#233;t&#233; linn&#233;enne 144(37) : 487-514 ; Sigaut O. (2011) L'&#233;ducation &#224; l'environnement, entre politique et politiques publiques, &#201;ducation relative &#224; l'environnement [Online], Volume 9 journal&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sigaut O. (2011) &lt;i&gt;L'&#233;ducation &#224; l'environnement, entre politique et etpubliques&lt;/i&gt;, &#201;ducation relative &#224; l'environnement [Online], Volume 9 journal&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Leblanc R. (1897) &lt;i&gt;L'enseignement agricole dans les &#233;coles du degr&#233; primaire&lt;/i&gt; (gar&#231;on). Librairie Larousse&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Barral P. (1968) &lt;i&gt;Les agrariens fran&#231;ais, de M&#233;line &#224; Pisani&lt;/i&gt;, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Maillard N. (2018) &lt;i&gt;Le braconnage comme droit naturel : la libert&#233; de chasser contient le droit de le faire&lt;/i&gt;. Revue semestrielle de droit animalier, Observatoire des mutations
institutionnelles et juridiques, Universit&#233; de Limoges, 2017/2:321-347&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Kalaora B. (1998) &lt;i&gt;Au-del&#224; de la nature l'environnement&lt;/i&gt;. L'Harmattan&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Gaillard H. (1868) &lt;i&gt;Le Gibier, la propri&#233;t&#233;, le Braconnage. &lt;/i&gt; Paris, Librairie centrale&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Lieberg E., (1869) &lt;i&gt;Essai et notices. Compte rendu de La chasse et le paysan de H. Scalfer&lt;/i&gt;. Revue des deux mondes 19, janvier 1869 1049-1054&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Blanc G. (2020) &lt;i&gt;L'Invention du colonialisme vert. Pour en finir avec le mythe de l'Eden africain.&lt;/i&gt; Flammarion&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Le rapport &#224; la nature chez les ruraux et chez les urbains au XIXe si&#232;cle (1/2)</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?1185-Le-rapport-a-la-nature-chez-les-ruraux-et-chez-les-urbains</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?1185-Le-rapport-a-la-nature-chez-les-ruraux-et-chez-les-urbains</guid>
		<dc:date>2025-03-05T16:30:42Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>L&#233;v&#234;que Ch. </dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cologie</dc:subject>
		<dc:subject>Anthropologie</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Psycho-sociologie</dc:subject>
		<dc:subject>Primitivisme</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cologisme</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cologie (d&#233;)coloniale</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>Type anthropologique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Chapitre IX &#233;ponyme du livre de Christian L&#233;v&#234;que &#171; Agir avec la nature au XIXe si&#232;cle. &#192; propos d'oiseaux, d'agriculture et d'&#233;mergence de l'&#233;cologie &#187;, Presses des Mines, 2023, pp.161-177. &#171; On admet que ce qui est attribu&#233; &#224; la nature est une somme de projections, d'&#233;motions, de situations internes &#224; la soci&#233;t&#233; et &#224; l'homme, plut&#244;t qu'une repr&#233;sentation exacte de celle-ci &#187;. Moscovici, 1972 Le XIXe si&#232;cle est une p&#233;riode charni&#232;re qui a connu de v&#233;ritables r&#233;volutions dans notre (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-76-L-ecologie-politique-contre-l-" rel="directory"&gt;L'&#233;cologie politique contre l'&#233;cologisme&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-279-Leveque-Ch-+" rel="tag"&gt;L&#233;v&#234;que Ch. &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-89-ecologie-+" rel="tag"&gt;&#201;cologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-110-anthropologie-+" rel="tag"&gt;Anthropologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-109-psycho-sociologie-+" rel="tag"&gt;Psycho-sociologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-88-primitivisme-+" rel="tag"&gt;Primitivisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-113-ecologisme-+" rel="tag"&gt;&#201;cologisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-264-Ecologie-de-coloniale-+" rel="tag"&gt;&#201;cologie (d&#233;)coloniale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-216-type-anthropologique-+" rel="tag"&gt;Type anthropologique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Chapitre IX &#233;ponyme du livre de Christian L&#233;v&#234;que &#171; Agir avec la nature au XIXe si&#232;cle. &#192; propos d'oiseaux, d'agriculture et d'&#233;mergence de l'&#233;cologie &#187;, Presses des Mines, 2023, pp.161-177.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cibloc_texte_espace&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; &lt;i&gt;On admet que ce qui est attribu&#233; &#224; la nature est une somme de projections,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;d'&#233;motions, de situations internes &#224; la soci&#233;t&#233; et &#224; l'homme,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;plut&#244;t qu'une repr&#233;sentation exacte de celle-ci&lt;/i&gt; &#187;. &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Moscovici, 1972&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Moscovici S. (1972) La soci&#233;t&#233; contre nature. Paris, Union G&#233;n&#233;rale d'&#201;ditions&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le XIXe si&#232;cle est une p&#233;riode charni&#232;re qui a connu de v&#233;ritables r&#233;volutions
dans notre mani&#232;re de penser la nature, avec la remise en cause de l'origine divine
du monde et l'&#233;mergence des th&#232;ses transformistes, Darwin et Wallace proposent
un m&#233;canisme biologique pour expliquer l'&#233;volution des esp&#232;ces. Pasteur et
d'autres mettent fin au mythe de la g&#233;n&#233;ration spontan&#233;e. Toutes ces r&#233;volutions
intellectuelles ont d&#251; s'affirmer face aux dogmes dominants de l'&#233;poque, fortement
impr&#233;gn&#233;s d'une repr&#233;sentation mystique de la nature. En effet, en l'absence
d'explication alternative sur l'origine du monde, les pr&#233;scientifiques ont simplement
reconduit le dogme d'une nature immuable qui se perp&#233;tue identique &#224; elle-m&#234;me,
Autrement dit, la d&#233;sacralisation de la nature n'a pas pour autant entra&#238;n&#233; une
remise en cause de la mani&#232;re de se la repr&#233;senter. Cette la&#239;cisation de la nature
n'est cependant pas accept&#233;e par tous car les th&#232;ses cr&#233;ationnistes perdurent dans
le monde. L'image du jardin de l'&#201;den, ainsi que les id&#233;es d'harmonie et d'&#233;quilibre
de la nature qui font partie de notre h&#233;ritage culturel, restent encore vivaces dans
bien des esprits !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'ambigu&#239;t&#233; du terme nature&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;finition du terme nature a donn&#233; lieu &#224; de nombreuses ex&#233;g&#232;ses. La nature est
une auberge espagnole, un mot-valise, qui se pr&#234;te &#224; de multiples interpr&#233;tations et
dans lequel chacun trouve ce qu'il y cherche en l'absence de d&#233;finition pr&#233;cise. Que
dire de plus qu'Arnould &amp; Glon&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Arnould P, Glon E (2006) Wilderness, usages et perceptions de la nature en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; S'il est un terme &#8220;pi&#233;g&#233;&#8221;, c'est bien celui de nature. De prime abord il semble
aller de soi, couler de source, comme dans l'expression &#8220;c'est tout naturel&#8221;.
En fait il est surcharg&#233; de perceptions, de repr&#233;sentations, de connotations qui
font que la nature des uns n'est jamais vraiment celle des autres, que la nature
d'hier n'a pas toujours celle d'aujourd'hui et que la nature d'ici n'a pas grand-chose &#224; voir avec celle d'ailleurs &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pour Descola (2020),&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Descola P. (2011) L'&#233;cologie des autres. L'anthropologie et la question de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#171; La nature n'existe pas. La nature est un concept, une
abstraction &#187;. Il n'en reste pas moins que si la nature est une abstraction, il existe des
objets qui nous sont concr&#232;tement accessibles tels que les esp&#232;ces ou les paysages
&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Luginbuhl Y (2012) La mise en sc&#232;ne du monde. CNRS &#233;ditions&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et, nous disent les sociologues, ces objets concrets et visibles, notre cerveau
peut les interpr&#233;ter de diff&#233;rentes mani&#232;res selon notre v&#233;cu, nos exp&#233;riences, nos
attentes, nos centres d'int&#233;r&#234;t. En d'autres termes, des individus qui regardent le
m&#234;me objet peuvent se faire des repr&#233;sentations mentales bien diff&#233;rentes de l'objet
observ&#233;. Nous en avons un bel exemple avec l'&#233;mergence des repr&#233;sentations de
la nature dans le milieu urbain et intellectuel au XIXe si&#232;cle, en d&#233;calage manifeste
avec le v&#233;cu du monde rural. Une nature id&#233;alis&#233;e, &#224; l'image du Jardin d'&#201;den, va
ainsi s'imposer comme r&#233;f&#233;rence dans des politiques de conservation de la nature
qui perdurent jusqu'&#224; nos jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Disons simplement qu'en th&#233;orie le naturel c'est ce qui existe en dehors de l'homme.
La nature, ce seraient donc des syst&#232;mes &#233;cologiques non anthropis&#233;s, que l'on a
d&#233;sign&#233;s sous diverses appellations ; nature vierge, nature sauvage, ou wilderness.
Ainsi, pour Terrasson&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Terrasson F (1993) La peur de la nature. Sang de la Terre&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#171; La Nature c'est ce qui existe en dehors de toute
action de la part de l'Homme &#187;. Mais la confusion commence quand on appelle
&#233;galement nature des syst&#232;mes anthropis&#233;s &#224; l'exemple de nos syst&#232;mes ruraux.
&#171; L'environnement, c'est la nature et la nature c'est la campagne &#187; disaient Mathieu
&amp; Jollivet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mathieu N, Jollivet M (1989) Du rural &#224; l'environnement La question de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La Camargue, cet embl&#233;matique parc &#171; naturel &#187; n'est-elle pas pourtant
une cr&#233;ation totalement artificielle ? On voit ainsi que ce mot, combien &#233;vocateur
mais combien impr&#233;cis, peut recouvrir des repr&#233;sentations assez diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le dualisme nature/culture : une affaire de caste ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Descola&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Descola P. (2011) L'&#233;cologie des autres. L'anthropologie et la question de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a propos&#233; d'appeler &#171; naturalisme &#187; la d&#233;marche qui correspond &#224; la
repr&#233;sentation du monde en Occident bas&#233;e sur une dichotomie entre nature et
culture. La nature serait ce qui ne rel&#232;ve pas de la culture et des savoirs et savoir-
faire humains. Ce que l'on a appel&#233; ontologie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une ontologie caract&#233;rise une vision du monde, une fa&#231;on d'attribuer des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; naturaliste est le principal vecteur
des discours &#233;cologiques et des probl&#233;matiques environnementales. Elle d&#233;termine
notre point de vue et notre regard sur les autres et sut le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, les anthropologues notamment, ont th&#233;oris&#233; l'existence d'une
dualit&#233; entre le monde non-humain, soumis &#224; la loi naturelle, et un monde humain,
culturel et pluriel, r&#233;gi par des conventions et des syst&#232;mes de valeurs propres
aux diff&#233;rentes soci&#233;t&#233;s humaines. Mais ce discours repose en partie sur l'id&#233;e,
discutable, que la nature est soumise &#224; des lois universelles, alors que les syst&#232;mes
&#233;cologiques, au m&#234;me titre que les syst&#232;mes sociaux, sont en r&#233;alit&#233; tr&#232;s diversifi&#233;s
en fonction des contextes environnementaux. En outre, toutes les soci&#233;t&#233;s et les
cultures ne partagent pas cette vision dualiste de la nature. Certaines sont animistes,
d'autres tot&#233;mistes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Descola P. (2011) L'&#233;cologie des autres. L'anthropologie et la question de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le naturalisme, dit encore Descola, c'est &#171; simplement la croyance que la nature existe,
autrement dit que certaines entit&#233;s doivent leur existence et leur d&#233;veloppement &#224; un
principe &#233;tranger aux effets de la volont&#233; humaine &#187;. On fait ainsi la distinction, sur
le plan th&#233;orique, entre ce que serait une nature vierge de toute influence humaine
et une nature anthropis&#233;e, cr&#233;&#233;e et modifi&#233;e par l'homme... Le naturalisme serait
une repr&#233;sentation sp&#233;cifique au monde occidental et qui n'existe pas dans les
autres cultures. Nous associons le plus souvent &#171; nature &#187; &#224; inn&#233;, spontan&#233;, libert&#233;,
p&#233;rennit&#233;. En revanche, la &#171; culture &#187;, c'est-&#224;-dire l'ensemble des pratiques et usages
de la nature, est assimil&#233;e &#224; artifice, d&#233;gradation, perturbation d'un &#233;tat originel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d'o&#249; vient ce dogme, car il n'y a pas d'autre mot, selon lequel la belle nature est
une nature vierge d'activit&#233;s humaines alors que ce qui est modifi&#233; par l'homme est
n&#233;cessairement per&#231;u n&#233;gativement ? Si l'on se remet dans le contexte th&#233;ologique
du d&#233;but du XIX' si&#232;cle, toute modification apport&#233;e &#224; la Cr&#233;ation, &#233;tait une atteinte
&#224; son int&#233;grit&#233;. Il &#233;tait en effet difficile d'imaginer que l'homme puisse modifier
l'&#339;uvre de Dieu, intangible et immuable. Le naturalisme serait ainsi l'h&#233;ritage
de la pens&#233;e cr&#233;ationniste. Si, de mani&#232;re syst&#233;matique, on porte maintenant un
regard a priori n&#233;gatif sur les modifications apport&#233;es par l'homme &#224; la nature,
c'est tr&#232;s probablement en raison de cet h&#233;ritage culturel qui a &#233;t&#233; entretenu par
la litt&#233;rature et la philosophie. Un h&#233;ritage qui va peser lourd dans la naissance de
l'&#233;cologie scientifique qui s'&#233;tait fix&#233;e pour objectif de rechercher les lois naturelles
permettant d'expliquer pourquoi la nature se maintient en &#233;quilibre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Moscovici&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Moscovici S. (1972) La soci&#233;t&#233; contre nature. Paris, Union G&#233;n&#233;rale d'&#201;ditions&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'opposition homme/nature serait n&#233;e de l'id&#233;e que la nature
est universelle (donc stable dans le temps et dans l'espace), alors que les soci&#233;t&#233;s
sont diverses. Il y aurait donc un ordre naturel que l'action de l'homme va contrarier
selon les pratiques de la soci&#233;t&#233; dans laquelle il vit. Il ajoute : &#171; Le contraste entre
l'unicit&#233; de la premi&#232;re et la diversit&#233; de la seconde fait partie de ce lot restreint
de certitudes sur le bien-fond&#233; desquelles, malgr&#233; les saines habitudes de l'esprit
scientifique port&#233; &#224; tout r&#233;examiner, on ne s'interroge gu&#232;re &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je fais l'hypoth&#232;se que la question du dualisme nature/culture qui a beaucoup
anim&#233; les d&#233;bats philosophiques, est une bulle th&#233;ologique qui ne concerne qu'un
tout petit monde d'intellectuel. Le d&#233;bat nature/culture n'a jamais pr&#233;occup&#233; la
grande majorit&#233; des citoyens. Ainsi, au contraire des urbains et des artistes qui
d&#233;veloppaient une vision romantique de la nature, le monde rural du XIXe si&#232;cle
qui vivait la nature au quotidien, subissait la nature bien plus qu'il ne l'admirait. La dualit&#233; nature/culture suppos&#233;e caract&#233;ristique des soci&#233;t&#233;s occidentales est en r&#233;alit&#233; la repr&#233;sentation d'une petite &#171; caste &#187; d'intellectuel qui est loin d'&#234;tre repr&#233;sentative de l'ensemble de la population fran&#231;aise. On a un peu vite extrapol&#233; et surtout g&#233;n&#233;ralis&#233; &#224; l'ensemble de la population les id&#233;es issues d'un groupe d'individus minoritaires, urbains et ais&#233;s, qui avaient la main sur les outils de communication de l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le Moyen &#194;ge, les croyances dans les forces surnaturelles, le culte des saints
le recours fr&#233;quent aux processions, les tabous et les pr&#233;jug&#233;s, &#233;taient nombreux
dans les campagnes, et j'ai de bonnes raisons de penser que les rapports &#224; la nature
de nos ruraux n'&#233;taient pas fonci&#232;rement diff&#233;rents de ceux que l'on attribue
aujourd'hui aux civilisations animistes. Au cours du XXe si&#232;cle on relevait encore
dans notre Pays de nombreux rituels li&#233;s &#224; la nature, &#224; l'exemple de rogations&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pri&#232;res publiques faites le 25 avril, f&#234;te de saint Marc, et pendant les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Je ferai volontiers la comparaison entre cette soci&#233;t&#233; rurale du XIXe si&#232;cle et la soci&#233;t&#233;
rurale des pays sah&#233;liens qui partagent une pr&#233;occupation commune : produire
suffisamment pour se mettre &#224; l'abri des disettes, et se prot&#233;ger des maladies, des
al&#233;as climatiques et des ravageurs de cultures. Il s'agit avant tout de survivre en
luttant contre les nuisances de la nature. Quand les choses vont mal, on se r&#233;fugie
dans le surnaturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nicole Mathieu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mathieu N. (2016) Cultures de la nature. In Chon&#233; A. Hajek L. Hamman P. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; conteste &#233;galement cette opposition et nous invite &#224; &#171; repenser
la nature dans le rapport au r&#233;el de chaque individu et de chaque groupe social
d&#233;barrass&#233; des repr&#233;sentations sociales construites dans un autre temps qui
enkystent nos analyses &#187;. Il s'agit de d&#233;passer la dichotomie nature/culture pour
comprendre comment diff&#233;rents groupes sociaux se repr&#233;sentent la nature en
fonction de leurs &#171; modes d'habiter &#187;. &#171; C'est autour de leurs rapports aux milieux et
aux ressources que les diff&#233;rents habitants construisent leurs rapports sociaux sur
un territoire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Papy E, Mathieu N. (2008) Habitants de nouveaux territoires ruraux. Vivre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'adh&#232;re &#233;galement &#224; l'id&#233;e que la mani&#232;re d'appr&#233;hender la nature est fortement
corr&#233;l&#233;e &#224; notre mode de vie et &#224; la situation sociale des individus (urbains/
ruraux ; riches/pauvres ; pays riches/pays en d&#233;veloppement ; etc.). Mon v&#233;cu en
France et dans les pays du sud m'a convaincu que notre regard sur la nature &#233;tait
fortement contraint par l'habitat, le niveau de vie, et la classe sociale. Oui c'est la
mani&#232;re d'habiter qui cr&#233;e nos rapports &#224; la nature, Et comme le r&#233;sume Sylvie
Brunel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Brunel S. (2011) G&#233;ographie amoureuse du monde. J.C. Lattes&#034; id=&#034;nh3-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#171; C'est la fa&#231;on dont l'homme habite la terre qui l'a rendue agr&#233;able
&#224; vivre [...]. Toute l'histoire de la pr&#233;sence de l'homme sur la terre est celle d'un
combat permanent pour survivre, en d&#233;pit du d&#233;cha&#238;nement de forces aveugles et
soudaines &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le clivage rural/urbain expliqu&#233; par Augustin Berque&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230; Cette dualit&#233; entre une soci&#233;t&#233; laborieuse rurale et une soci&#233;t&#233; urbaine bourgeoise,
avait &#233;t&#233; bien identifi&#233;e par Berque&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Berque &#192;. (2013) Le rural le sauvage et l'urbain. S&#233;minaire scientifique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; quand il parlait des trois grands ensembles
de la partition de l'espace et des paysages : le sauvage, le rural et l'urbain. Chez
les peuples nomades d'avant l'agriculture, la notion de sauvage n'existait pas. Cet
espace inhabit&#233; que Berque d&#233;signe sous le terme d'&#233;r&#232;me (d&#233;sert), &#233;tait le seul
monde qu'ils connaissaient. Pour que la notion de &#171; sauvage &#187; &#233;merge, il a fallu que
s'ouvre un autre espace dans la for&#234;t, la clairi&#232;re o&#249; l'on va cultiver, qui marque
le d&#233;but du rural. Les campagnes sont d'abord apparues par mise en culture au
N&#233;olithique d'&#233;tendues incultes, aux d&#233;pens de la sylve &#171; primitive &#187; qui &#233;tait l'habitat
du &#171; sauvage &#187;. L'espace rural serait donc l'espace premier cr&#233;&#233; par d&#233;frichement.
C'est &#224; partir de cette partition de l'espace entre les champs et la for&#234;t, autrement
dit entre l'&#233;coum&#232;ne (le lieu habit&#233;) et l'&#233;r&#232;me (le sauvage) que notre repr&#233;sentation
du monde a commenc&#233; de se d&#233;velopper. L'espace sauvage n'existe pas en soi, mais
par rapport au rural. Depuis le N&#233;olithique, et pendant des mill&#233;naires, le monde
rural n'a pas cess&#233; de gagner sur les for&#234;ts, d&#233;sormais rejet&#233;es dans la sauvagerie.
Ainsi, les campagnes (l'espace cultiv&#233; et habit&#233;) prennent progressivement de
l'importance au d&#233;triment des &#233;tendues sauvages (la for&#234;t, la montagne, la mer, le
d&#233;sert...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s la fin du Moyen-&#194;ge, le &#171; sauvage &#187; d&#233;signait au sens propre ce qui est &#224;
l'&#233;tat de nature ou qui n'a pas &#233;t&#233; modifi&#233; par l'action de l'homme, la nature
&#171; vierge &#187; en quelque sorte. Par opposition &#224; l'espace domestique qui est ma&#238;tris&#233;
par l'homme, &#224; proximit&#233; de son domicile, le sauvage est ce qui pousse ou est
produit de mani&#232;re spontan&#233;e, sans intervention humaine. Les villes, apparues
ult&#233;rieurement, se d&#233;marquent progressivement &#224; leur tour des campagnes. &#192;
un certain moment, la ville a pris le dessus sur la campagne et l'&#233;r&#232;me. Elle s'est
entour&#233;e de murailles, une limite symbolique qui la coupe du monde rural et du
monde sauvage, et donnera naissance &#224; la notion d'urbain. L'id&#233;e de ville est
&#233;troitement associ&#233;e &#224; celle de muraille. En franchissant les portes de la ville, on
entre dans un autre monde. La limite ville/non-ville &#224; cristallis&#233; non seulement
l'existence de deux mondes, mais elle mat&#233;rialise aussi la distinction entre nature
et culture. La ville va refonder le monde et transformer le sens de sauvage ou
rural. Dans ce processus, la diff&#233;rence entre l'espace cultiv&#233; et l'espace sauvage
s'estompe. Par opposition au milieu urbain, ce qui est hors des murs, c'est le non
urbain qui amalgame campagne et sauvage. Autrement dit, la ville &#224; &#171; naturalis&#233; &#187;
la campagne en l'assimilant &#224; l'&#233;r&#232;me, c'est-&#224;-dire au sauvage et &#224; la nature. Dans
ce contexte, le retour &#224; la campagne c'&#233;tait le retour au primitif, &#224; l'habitat du
sauvage. Berque ne va pas jusqu'&#224; dire que le paysan participe &#224; ce sauvage,
mais le comportement des citadins par rapport aux ruraux ne laisse pas de doute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir montr&#233; que les villes s'&#233;taient symboliquement coup&#233;es du reste du
monde, en assimilant le rural au sauvage, Berque&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Berque A. (2010) Sommes-nous d&#233;termin&#233;s par la g&#233;ographie ? Universit&#233; des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a rappel&#233; que la culture est
n&#233;e dans les villes avec la pratique de l'&#233;criture. Monopoliser l'&#233;criture c'est aussi
monopoliser l'histoire que la ville va pouvoir &#233;crire &#224; sa guise. Une histoire qui
sera donc &#233;crite par une classe dominante (une classe de loisirs) qui est celle qui
se recommande des bonnes m&#339;urs et des bonnes mani&#232;res. Il rappelle que les
riches propri&#233;taires romains passaient leur temps en ville o&#249; ils traitaient de leurs
affaires mais venaient &#224; la campagne pour se distraire et jouir de la nature, non
pour y travailler. On croirait relire la &#171; Mare au diable &#187; o&#249; George Sand parle des
propri&#233;taires terriens. C'est cette classe sociale qui va faire perdurer l'image du
jardin de l'&#201;den, alors que le monde rural qui n'a pas les moyens suffisants de
d&#233;fendre son point de vue, sera m&#234;me tr&#232;s critiqu&#233; sur une revendication pourtant
majeure : se prot&#233;ger des nuisibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le courant romantique et l'image du paradis perdu&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le XIXe si&#232;cle est caract&#233;ris&#233; dans le domaine des arts par l'existence d'un
courant romantique porteur d'une vision bucolique et idyllique de la
nature, aliment&#233; par les &#233;crivains, les peintres, les po&#232;tes, les philosophes.
Le mouvement romantique est n&#233; &#224; l'&#233;tranger : en Allemagne avec &#171; les
souffrances du jeune Werther &#187; de Goethe publi&#233; en 1774. Notre Jean-Jacques
Rousseau national qui exalte le retour &#224; la nature est consid&#233;r&#233; comme un
pr&#233;romantique. Il d&#233;veloppe l'image d'une nature id&#233;alis&#233;e qui laisse penser
que dans sa condition &#171; primitive &#187;, l'humanit&#233; vivait une &#233;poque heureuse,
faite d'abondance, de libert&#233; et d'&#233;galit&#233;, et exempte de vices ! Mais c'est avec
Chateaubriand et son embl&#233;matique &#171; Ren&#233; &#187;, publi&#233; en 1802, que l'on situe
le plus souvent l'&#233;mergence du romantisme en France. Dans son discours de
r&#233;ception &#224; l'Acad&#233;mie en 1868, Laprade&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Laprade V. (1868) Le sentiment de la nature chez les modernes. Paris, Didier (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; disait :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; D&#233;j&#224; Chateaubriand avait rouvert aux imaginations la sph&#232;re divine du
christianisme et leur avait montr&#233;, dans le sentiment de la nature, un monde
po&#233;tique &#224; peu pr&#232;s inconnu &#224; la France. [&#8230;]. La langue po&#233;tique retrouvait
le luxe n&#233;cessaire des couleurs et des images. Cet art de rendre l'id&#233;e
visible, pour ainsi dire, de contraindre tous les objets de la nature &#224; servir
d'interpr&#232;tes &#224; l'&#226;me humaine, n'&#233;tait-ce pas l&#224; un don chez nous impr&#233;vu ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Certes, la langue po&#233;tique est merveilleuse, mais celle-ci reste n&#233;anmoins
charg&#233;e de fortes connotations th&#233;ologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Musset, Vigny, Gautier, Sand, Lamartine et Victor Hugo, parmi d'autres,
embo&#238;teront le pas &#224; Chateaubriand. Ces jeunes auteurs qui ont v&#233;cu les
bouleversements de la R&#233;volution, puis de l'Empire, puis de la monarchie
expriment ainsi leur mal-&#234;tre, leur vague &#224; l'&#226;me, leur &#171; spleen &#187; comme l'a si bien
&#233;crit Baudelaire. Leur po&#233;sie privil&#233;gie le r&#234;ve, l'imaginaire, la libert&#233;, la mort,
dans un style lyrique, &#233;pique, parfois emphatique. Leur th&#232;me de pr&#233;dilection est
la nature, source in&#233;puisable d'&#233;motions et de sensations. On &#233;voque notamment
la beaut&#233; des paysages, le caract&#232;re &#171; sublime &#187; de certains d'entre eux, ainsi que
les intenses &#233;motions qu'ils suscitent, ce qui justifiera les premi&#232;res mesures de
protection de la nature qui porteront sur les paysages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le romantisme s'est beaucoup servi de la nature pou exprimer les sentiments.
Par analogie, l'automne et le soleil couchant symbolisent le d&#233;clin de nos vies,
tandis que le vent qui g&#233;mit et le roseau qui soupire traduisent les &#233;motions
du po&#232;te. Lamartine se sert ainsi des &#233;l&#233;ments appartenant &#224; la nature pour
ext&#233;rioriser sa m&#233;lancolie et exprimer ses sentiments de tristesse. Ost&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ost F (1993) Le juste milieu : Pour une approche dialectique du rapport (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; parle
de l'&#233;lan romantique de retour &#224; la nature qui, au XIXe si&#232;cle, tend vers une
attitude fusionnelle d'osmose &#224; la nature. S'ajoute &#224; cela une conscience plus
aigu&#235; de l'interd&#233;pendance des &#234;tres vivants entre eux et avec leur milieu, se
rapprochant du panth&#233;isme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature est &#233;galement un refuge qui permet aux romantiques de fuir les
turbulences de la soci&#233;t&#233; et de se retrouver face &#224; eux-m&#234;mes. Par opposition aux
cr&#233;ations humaines, produites par l'art et la technique, la nature montre les choses
&#224; L'&#233;tat brut, sans artifices (ou du moins le dit-on). Les romantiques privil&#233;gient
ainsi les paysages vierges, sans traces d'activit&#233; humaine, qui &#233;voquent pour eux
la libert&#233;, la puret&#233; et la paix. N&#233;anmoins, dans le contexte religieux de l'&#233;poque,
la nature est aussi une cr&#233;ation divine. Pour Chateaubriand, la splendeur d'un
paysage manifeste la puissance divine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il para&#238;t assez plausible de penser que les mouvements militants qui nous parlent
aujourd'hui de naturalit&#233; et de wilderness, sont les h&#233;ritiers de ce courant de pens&#233;e
qui affiche une grande proximit&#233; avec les religions du livre. Ainsi se forme une
image d'&#201;pinal de la nature qui va marquer les esprits, et se p&#233;renniser gr&#226;ce &#224; la
litt&#233;rature et aux arts. En &#233;voquant la nature, son harmonie, l'&#339;uvre du Cr&#233;ateur,
les romantiques entretiennent l'image du jardin d'&#201;den, un paradis imaginaire,
bucolique, un refuge onirique, qui devient le lieu de d&#233;tente et de plaisirs sportifs
ou festifs. Une image de nature &#171; hors-sol &#187; apanage d'une &#233;lite bourgeoise et
intellectuelle, essentiellement urbaine, qui est aux antipodes du v&#233;cu du monde
rural et des paysans qui entretiennent quant &#224; eux des rapports conflictuels avec la
nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment la bourgeoisie urbaine et les intellectuels se repr&#233;sentent le monde rural&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'agriculture &#224; b&#233;n&#233;fici&#233; d'une certaine aura en tant que source principale
de notre alimentation et de notre &#233;conomie, les agriculteurs n'ont pas pour
autant b&#233;n&#233;fici&#233; du m&#234;me traitement. Au XIXe si&#232;cle, la perception du monde
rural par les classes ais&#233;es &#233;tait tout sauf cordiale. Est-il besoin de rappeler le
m&#233;pris des urbains vis-&#224;-vis des ruraux. Les paysans sont sales, mal &#233;duqu&#233;s
peu recommandables... Qui n'a pas entendu (et parfois m&#234;me prof&#233;r&#233; ?) ces
qualificatifs de &#171; bouseux &#187;, de &#171; cul-terreux &#187;, de &#171; p&#233;quenots &#187;, de &#171; ploucs &#187;, etc.
pour qualifier des paysans un peu frustes, ignorants, maladroits en ville un peu
perdus dans un monde urbain bruyant et clinquant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les artistes et les scientifiques qui ne repr&#233;sentent qu'une petite minorit&#233; de la
population ont beaucoup parl&#233; d'une nature par&#233;e de nombreux attributs, on a
beaucoup moins de t&#233;moignages du v&#233;cu des populations rurales au XIXe si&#232;cle.
Ces derni&#232;res, vivaient pour l'essentiel dans la pauvret&#233; et des conditions sanitaires
m&#233;diocres qui vont justifier la mont&#233;e en puissance du courant hygi&#233;niste. Ceux-
l&#224; m'ont pas les m&#234;mes pr&#233;occupations, ni le m&#234;me regard sur la nature que les
urbains nantis. .&#8230; mais ils ont laiss&#233; peu de t&#233;moignages &#233;crits. Quelques historiens
ou romanciers, nous ont cependant donn&#233; un aper&#231;u de leurs conditions de vie.
Et on lira avec int&#233;r&#234;t des documents originaux du d&#233;but du XIXe si&#232;cle relatant
les conditions d&#233;plorables des habitants des zones humides&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Monfalcon JB. (1824) Histoire des marais et des maladies caus&#233;es par les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; o&#249; l'on mourait
jeune des miasmes et des nombreuses parasitoses dont on a perdu la m&#233;moire
aujourd'hui. Bref, la nature est plut&#244;t un objet de crainte que d'extase pour les
ruraux. Et si on croit encore qu'elle est l'&#339;uvre de Dieu, on la subit avec fatalisme
mais on ne parle certainement pas d'amour de la nature !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1186-Le-rapport-a-la-nature-chez-les-ruraux-et-chez-les-urbains' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Seconde partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Moscovici S. (1972) &lt;i&gt;La soci&#233;t&#233; contre nature&lt;/i&gt;. Paris, Union G&#233;n&#233;rale d'&#201;ditions&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Arnould P, Glon E (2006) &lt;i&gt;Wilderness, usages et perceptions de la nature en Am&#233;rique du Nord&lt;/i&gt;. Annales de g&#233;ographie, 649 : 227-238&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Descola P. (2011) &lt;i&gt;L'&#233;cologie des autres. L'anthropologie et la question de la nature&lt;/i&gt;, ed. Quae&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Luginbuhl Y (2012) &lt;i&gt;La mise en sc&#232;ne du monde.&lt;/i&gt; CNRS &#233;ditions&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Terrasson F (1993)&lt;i&gt; La peur de la nature&lt;/i&gt;. Sang de la Terre&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Mathieu N, Jollivet M (1989) &lt;i&gt;Du rural &#224; l'environnement La question de la Nature
aujourd'hui.&lt;/i&gt; ARF Editions l'Harmattan&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Descola P. (2011) &lt;i&gt;L'&#233;cologie des autres. L'anthropologie et la question de la nature&lt;/i&gt;, ed. Quae&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Une ontologie caract&#233;rise une vision du monde, une fa&#231;on d'attribuer des propri&#233;t&#233;s &#224; tout ce qui existe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Descola P. (2011) &lt;i&gt;L'&#233;cologie des autres. L'anthropologie et la question de la nature&lt;/i&gt;, ed. Quae&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Moscovici S. (1972) &lt;i&gt;La soci&#233;t&#233; contre nature&lt;/i&gt;. Paris, Union G&#233;n&#233;rale d'&#201;ditions&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pri&#232;res publiques faites le 25 avril, f&#234;te de saint Marc, et pendant les trois jours qui pr&#233;c&#232;dent la
f&#234;te de l'Ascension pour attirer la b&#233;n&#233;diction divine sur les r&#233;coltes et sur les travaux des champs&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Mathieu N. (2016) &lt;i&gt;Cultures de la nature&lt;/i&gt;. In Chon&#233; A. Hajek L. Hamman P. (dir.), La nature &#224; la lettre : 265-275, Guide des Humanit&#233;s environnementales, Septentrion&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Papy E, Mathieu N. (2008) &lt;i&gt;Habitants de nouveaux territoires ruraux. Vivre ensemble, partager les milieux et les ressources&lt;/i&gt;. Acad&#233;mie d'Agriculture de France (colloque du 8 novembre 2008)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Brunel S. (2011) &lt;i&gt;G&#233;ographie amoureuse du monde.&lt;/i&gt; J.C. Lattes&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Berque &#192;. (2013) &lt;i&gt;Le rural le sauvage et l'urbain&lt;/i&gt;. S&#233;minaire scientifique men&#233; par Augustin Berque dans le cadre de la Chaire &#171; D&#233;veloppement des territoires et innovation &#187; (Fondation de l'Universit&#233; de Corse) &lt;a href=&#034;https://wwwyoutube.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://wwwyoutube.com/&lt;/a&gt; watch ?v=jqQ90ATUSZI&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Berque A. (2010) &lt;i&gt;Sommes-nous d&#233;termin&#233;s par la g&#233;ographie ?&lt;/i&gt; Universit&#233; des CCI 2010 &#224; Lille. &lt;a href=&#034;https://www.dailymotion.com/video/xeznf0&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.dailymotion.com/video/xeznf0&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Laprade V. (1868) &lt;i&gt;Le sentiment de la nature chez les modernes&lt;/i&gt;. Paris, Didier et Cie&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ost F (1993) &lt;i&gt;Le juste milieu : Pour une approche dialectique du rapport homme-nature&lt;/i&gt; In :lmages et usages de la nature en droit [en ligne] https:// books.openedition.org/pusl/23424 ?lang=fr&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Monfalcon JB. (1824) &lt;i&gt;Histoire des marais et des maladies caus&#233;es par les &#233;manations des eaux stagnantes&lt;/i&gt;. Lyon, imprimerie de Durand et Perrin&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les th&#233;ologiens de l'&#233;cologie</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?1176-les-theologiens-de-l-ecologie</link>
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		<dc:date>2024-11-26T11:13:50Z</dc:date>
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		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cologie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cologisme</dc:subject>
		<dc:subject>Religion</dc:subject>
		<dc:subject>Scientisme</dc:subject>
		<dc:subject>Entretien</dc:subject>
		<dc:subject>Pseudo-subversion</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Retranscription de l'&#233;mission du podcast &#171; H&#233;r&#233;tiques &#187; diffus&#233; les 1er et 15 octobre 2024 sous un titre &#233;ponyme. Tout le monde conna&#238;t le discours st&#233;r&#233;otyp&#233; des id&#233;ologues &#233;cologistes : pour eux, il faudrait pr&#233;server une nature, fondamentalement bonne et harmonieuse, de toute influence humaine, fondamentalement mauvaise et destructrice. L'absurdit&#233; de cette position ne r&#233;pond en rien &#224; la crise &#233;cologique et rel&#232;ve plut&#244;t de la r&#234;verie jud&#233;o-chr&#233;tienne d'un mythique Jardin d'&#201;den. Mais (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-116-pseudo-subversion-+" rel="tag"&gt;Pseudo-subversion&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/ab67656300005f1f-ee03d04f.jpg?1763457522' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Retranscription de l'&#233;mission &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1052-Podcasts' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;du podcast &#171; H&#233;r&#233;tiques &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; diffus&#233; &lt;a href=&#034;https://heretiques.fr/2024/11/01/les-theologiens-de-lecologie-avec-arnaud-blaret/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;les 1er et 15 octobre 2024 sous un titre &#233;ponyme&lt;/strong&gt;.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Tout le monde conna&#238;t le discours st&#233;r&#233;otyp&#233; des id&#233;ologues &#233;cologistes : pour eux, il faudrait pr&#233;server une nature, fondamentalement bonne et harmonieuse, de toute influence humaine, fondamentalement mauvaise et destructrice. L'absurdit&#233; de cette position ne r&#233;pond en rien &#224; la crise &#233;cologique et rel&#232;ve plut&#244;t de la r&#234;verie jud&#233;o-chr&#233;tienne d'un mythique Jardin d'&#201;den.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais peu de gens soup&#231;onnent qu'il existe depuis une soixantaine d'ann&#233;es un courant religieux dont c'est la propagande explicite et qui ont p&#233;n&#233;tr&#233; toutes les institutions internationales environnementales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces croyants et th&#233;ologiens anglo-saxons font de l'Homme l'intendant de Dieu sur Terre qui doit se soumettre &#224; la Cr&#233;ation Divine. La nature est alors sacralis&#233;e et la biodiversit&#233; est investie d'une valeur intrins&#232;que qui doit transcender tous les int&#233;r&#234;ts humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arnaud Blaret, humaniste, libre-penseur ath&#233;e et autodidacte, a enqu&#234;t&#233; pendant des ann&#233;es sur cette n&#233;buleuse th&#233;ologique inconnue et &#224; l'influence consid&#233;rable et appelle, &lt;a href=&#034;http://zohriginal.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;via son site&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, &#224; une renaissance de la raison, une libre-pens&#233;e environnementale et une reprise en main d&#233;mocratique des enjeux &#233;cologiques.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous accueillons Arnaud Blaret pour son livre &lt;i&gt;Les intendants de Dieu&lt;/i&gt; &#8212; un titre un peu &#233;nigmatique mais tr&#232;s int&#233;ressant, qui va nous occuper aujourd'hui &#8212; en deux tomes : le tome 1, &#171; la religion &#233;cologiste expliqu&#233;e aux m&#233;cr&#233;ants &#187; et le tome 2, &#171; le pouvoir des druides &#187;, sous-titr&#233;s, &lt;i&gt;Regards sur un m&#233;nage &#224; trois, la science, la politique et la religion&lt;/i&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;Alors votre propos est tr&#232;s h&#233;r&#233;tique, l&#224; pour le coup, puisque vous menez une enqu&#234;te tr&#232;s fouill&#233;e, tr&#232;s d&#233;taill&#233;e, tr&#232;s int&#233;ressante, sur un point qui est extr&#234;mement m&#233;connu, qui est le r&#244;le de la religion dans le discours &#233;cologiste, si je peux dire. Et vous mettez en &#233;vidence un concept, l'&#233;co-th&#233;ologie, qui est en r&#233;alit&#233; la conversion de la th&#233;ologie chr&#233;tienne &#224; l'&#233;cologie. Est-ce que j'ai bien r&#233;sum&#233;, rapidement, le propos ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, c'est un bon d&#233;part, oui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une premi&#232;re question avant d'aborder le vif du sujet : comment en &#234;tes-vous arriv&#233; &#224; vous int&#233;resser &#224; ce domaine-l&#224; qui est extr&#234;mement peu explor&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait l'hiver 2013-2014, je lisais quelques livres de vulgarisation sur la question climatique et je suis tomb&#233; sur le personnage fascinant de John [Houghton&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;John Houghton &#233;tait un physicien britannique, n&#233; &#224; Dyserth, Pays-de Galles, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;], ancien patron de la M&#233;t&#233;o-Britannique, fondateur du prestigieux Centre Climatique Britannique, l'un des fondateurs du GIEC, et aussi&#8230; fondateur d'une ONG de r&#233;conciliation de la science et de la religion qui s'appelle la John Ray Initiative &#8212; John Ray&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;John Ray (1627-1705) fut un th&#233;ologien et naturaliste anglais. Il fut un des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ayant &#233;t&#233; un th&#233;ologien et naturaliste du XVIIe si&#232;cle. Alors je me suis procur&#233; ses m&#233;moires apr&#232;s avoir lu sur le site de la John Ray Initiative un petit texte&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;The Christian Challenge of Caring for the Earth&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; o&#249; il parlait d'une nouvelle th&#233;ologie avec une doctrine qui s'appelle la &lt;i&gt;stewardship&lt;/i&gt;, mot qu'on traduit g&#233;n&#233;ralement par intendance, que j'ai gard&#233;, mais parfois vous trouvez gardien, vous trouvez g&#233;rant&#233;rant, vous trouvez plusieurs autres sens &#224; ce mot-l&#224;. Et donc, dans les m&#233;moires de John [Houghton], outre plein de d&#233;tails int&#233;ressants, j'ai d&#233;couvert les engagements religieux d'Al Gore et d'une historienne am&#233;ricaine, Wilkinson&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Katharine K. Wilkinson, Between God &amp; Green,Oxford University Press&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui avait fait l'histoire des mouvements &#233;cologistes au sein du mouvement &#233;vang&#233;liste am&#233;ricain. Alors, Al Gore, c'est quelqu'un qui adh&#232;re &#224; certains principes de cette th&#233;ologie. La &lt;i&gt;stewardship&lt;/i&gt;, d'abord. Il adh&#232;re aussi &#224; ce qu'on appelle le &lt;i&gt;principe de No&#233;&lt;/i&gt;. Donc No&#233;, quand il a pris les animaux sur son bateau, n'a fait aucune diff&#233;rence entre les animaux nuisibles ou b&#233;n&#233;fiques &#224; l'humanit&#233;. Et c'est aussi quelqu'un qui attaque de front Francis Bacon, le p&#232;re de l'empirisme, en disant qu'il a commis une confusion morale en postulant qu'on pouvait &#233;tudier l'environnement et les lois de la nature sans secours de la religion, ce faisant, pour Al Gore, il a s&#233;par&#233; la science et la religion et ouvert la voie &#224; la domination de la science sur la Nature, ce que Gore&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Al Gore, Earth in the Balance, p256 Earthscan, London, UK, 2007&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; trouve une mauvaise chose, manifestement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alors justement, essayons d'entrer imm&#233;diatement dans le vif du sujet : En quoi consiste, l'&#233;co-th&#233;ologie ? Qu'est-ce que c'est que ce discours-l&#224; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un discours qui est n&#233; en r&#233;action &#224; une c&#233;l&#232;bre conf&#233;rence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;The Historical Roots of Our Ecological Crisis&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; donn&#233;e le 26 d&#233;cembre 1966 par un historien calviniste am&#233;ricain nomm&#233; Lynn White&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lynn Townsend White, Jr. (1907 &#8211; 1987) &#233;tait un historien m&#233;di&#233;viste (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, conf&#233;rence que j'ai d&#233;couverte dans le livre de Wilkinson, l'historienne des mouvements &#233;co-&#233;vang&#233;listes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Article qui est assez renomm&#233; dans le milieu &#233;cologiste. Tout le monde conna&#238;t plus ou moins Lynn White.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une raison &#224; &#231;a. Il a prononc&#233; ce discours dans les locaux d'une soci&#233;t&#233; de promotion de la science am&#233;ricaine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;AAAS est l'acronyme de American Association for the Advancement of Science&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui poss&#232;de la prestigieuse revue &lt;i&gt;Science&lt;/i&gt;, qui a publi&#233; l'article &#8212; apparemment la th&#233;ologie est une science aux &#201;tats-Unis&#8230; &#8212; au printemps 1967 et &#231;a a fait l'effet d'une bombe, &#233;videmment, parce que beaucoup de gens ont dit : &#171; Comment ! attaquer le christianisme pour la crise environnementale ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Oui, parce que le propos [de Lynn White] consiste de dire que la crise &#233;cologique &#8212; donc l'article date de 1966, c'est quand m&#234;me assez ancien &#8212; la crise &#233;cologique a pour racine la th&#233;ologie chr&#233;tienne, puisque la th&#233;ologie chr&#233;tienne op&#232;re une distinction rigoureuse entre l'homme, qui est l'image de Dieu sur la terre, et justement la Terre, la Cr&#233;ation divine ; il y a une domination de l'homme sur la Nature, que l'on voit dans la &lt;i&gt;Gen&#232;se&lt;/i&gt;, puisqu'on est enjoint &#224; la dominer, &#224; nous reproduire, &#224; la peupler, etc. Et pour [Lynn White], c'est l'origine de la crise &#233;cologique, elle r&#233;siderait dans le christianisme. Et en m&#234;me temps, il y a une partie de l'article, au contraire, o&#249; il tente de donner une r&#233;ponse &#224; &#231;a. Et c'est cette partie de l'article qui vous a particuli&#232;rement int&#233;ress&#233;, qui est le point de d&#233;part, en fait, de ce dont on parle ce soir.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, tout &#224; fait. D'abord, Lynn White rejette les fausses solutions &#224; ses yeux. L'agnosticisme darwinien, pour lui, n'a pas convaincu les gens qu'ils n'&#233;taient pas sup&#233;rieurs aux autres cr&#233;atures divines. Et puis aussi les n&#233;o-bouddhismes californiens, n&#233;o-tao&#239;sme new-yorkais, il les rejette en disant c'est des modes, &#231;a ne va pas durer. Donc il se tourne vers le christianisme et peut-&#234;tre un peu curieusement, lui le calviniste, cherche chez saint Fran&#231;ois d'Assise la r&#233;ponse &#224; la solution &#8212; peut-&#234;tre qu'il lorgne un peu sur le pouvoir politique de l'&#201;glise catholique. Et donc Fran&#231;ois d'Assise, pour lui, c'est un des plus grands r&#233;volutionnaires. Il a propos&#233;, selon White, une d&#233;mocratie de l'ensemble de la Cr&#233;ation qui serait ouverte &#224; toutes les autres cr&#233;atures. Et alors, pour revenir &#224; reprendre le fil, comment vont r&#233;agir les &#201;glises assez vite ? Elles vont se plonger dans les relectures des anciens textes. La plus ancienne Bible anglo-saxonne, c'est la Bible du roi Jacques du d&#233;but du XVIIe si&#232;cle. Elle utilise le mot &lt;i&gt;dominion,&lt;/i&gt; alors, ils sont all&#233;s voir, dans les vieux textes h&#233;breux : &lt;i&gt;dominion&lt;/i&gt; &#231;a &#233;voque un protectorat. Donc, nous ne sommes plus les dominateurs, nous sommes les &lt;i&gt;protecteurs&lt;/i&gt;, donc les &lt;i&gt;intendants&lt;/i&gt; de Dieu sur Terre. Et donc, le christianisme se trouve exon&#233;r&#233; de cette accusation. &#199;a, c'est la base. Et cette &lt;i&gt;stewardship&lt;/i&gt; s'est r&#233;pandue maintenant, elle est tr&#232;s, tr&#232;s, tr&#232;s courante. Donc, m&#234;me Al Gore, qui est un &#233;vang&#233;liste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Donc l&#224;, c'est le fondement de l'&#233;co-th&#233;ologie ; l'Homme, en fait, est un intendant de Dieu, un gardien de la Cr&#233;ation&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pape Fran&#231;ois, dans son encyclique de 2015 parle de cette attaque. Il ne dit pas que c'est Lynn White, il ne dit pas quand. Il dit qu'il y a quelqu'un qui a attaqu&#233; le christianisme, mais quil a tort. Pourquoi ? Parce que nous sommes, dans la version anglaise, les &lt;i&gt;stewards&lt;/i&gt;. Dans la version fran&#231;aise, il dit gardien une fois, il dit g&#233;rant une fois, si on compare les deux, le mot steward est trois fois traduit diff&#233;remment. Mais c'est bien &#231;a, c'est vraiment cette th&#233;ologie auxquelles les &#233;vang&#233;listes am&#233;ricains ont largement contribu&#233; d&#232;s les ann&#233;es 70, qui est &#224; la base de l'encyclique du pape et de la position de l'&#201;glise catholique maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Laudato si'&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;LETTRE ENCYCLIQUE LAUDATO SI' DU SAINT-P&#200;RE FRAN&#199;OIS SUR LA SAUVEGARDE DE LA (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui date de 2015, c'est un peu l'entr&#233;e officielle du catholicisme dans l'&#233;cologie, peut-&#234;tre, aupr&#232;s du grand public, au moins. C'est une encyclique qui fait r&#233;f&#233;rence. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, mais c'est un peu faux, parce que Jean-Paul II et Beno&#238;t avaient d&#233;j&#224; des engagements tr&#232;s forts, des contacts avec les orthodoxes qui ont aussi des engagements religieux tr&#232;s forts. La notion de p&#233;ch&#233; contre la Cr&#233;ation est aussi indissociable de ces &#233;co-th&#233;ologies. Elle na&#238;t aussi au d&#233;but des ann&#233;es 70 chez les &#233;vang&#233;listes, et notion de valeur intrins&#232;que &#233;galement, donc le principe de No&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le principe de valeur intrins&#232;que, qu'est-ce que vous entendez par l&#224; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc &#231;a veut dire que la Cr&#233;ation, les &#234;tres vivants ont une valeur pour eux-m&#234;mes, ind&#233;pendamment de toute utilit&#233; pour l'humanit&#233; et ind&#233;pendamment de tout jugement humain. C'est pour eux-m&#234;mes, il n'y a pas de justification, &#231;a existe, c'est une valeur qui existe pour eux-m&#234;mes. Et elle est li&#233;e aussi au principe de No&#233;, qui est une fa&#231;on de l'exprimer un peu plus populairement : No&#233; n'a pas fait de diff&#233;rence entre des animaux nuisibles et b&#233;n&#233;fiques &#224; l'humanit&#233;, il les a tous pris sur l'ordre de Dieu. Et la premi&#232;re d&#233;fense semble avoir &#233;t&#233; celle de Calvin De Witt, un docteur en biologie et &#233;vang&#233;liste am&#233;ricain, qu'il a d&#233;fendu d&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 1970&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 1970, une r&#233;solution sur l'&#233;cologie de la National Association of (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; lors des pol&#233;miques sur les premi&#232;res grandes lois am&#233;ricaines sur la protection de l'environnement. Donc c'est ces &#233;vang&#233;listes-l&#224; qui ont des r&#233;putations tr&#232;s conservatrices, ont jou&#233; un r&#244;le fondamental, mais pas tous. J'ai trouv&#233; un blog o&#249; la blogueuse am&#233;ricaine disait que c'est &#224; peu pr&#232;s un tiers &#233;colo et deux tiers plut&#244;t conservateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Oui, parce qu'il y a des pr&#233;c&#233;dents, on conna&#238;t John Muir, notamment, aux &#201;tats-Unis&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;John Muir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;John Muir ( 1838-1914) (http://zohriginal.com/personnalit%C3%A9s/muir.html)&#034; id=&#034;nh4-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'est quelqu'un de tr&#232;s int&#233;ressant. N&#233; en &#201;cosse, il a un p&#232;re tr&#232;s s&#233;v&#232;re qui lui a fait apprendre la Bible par c&#339;ur et par le martinet. Il connaissait tout le Nouveau Testament et trois quarts de l'Ancien par c&#339;ur. Il avait &#233;migr&#233; aux &#201;tats-Unis parce que le p&#232;re de John Muir trouvait l'&#201;cosse trop cool, trop laxiste. Si vous avez vu le film &lt;i&gt;Breaking the Wave&lt;/i&gt;, vous pouvez savoir ce que &#231;a signifie&#8230; Et donc, John Muir est aussi le premier pr&#233;sident du Sierra Club, qui est consid&#233;r&#233; comme la plus ancienne ONG &#233;cologiste, fond&#233;e en 1892. C'est un des promoteurs des premiers grands parcs dans les montagnes. Pourquoi ? Parce que les montagnes, c'&#233;tait le reste de la Cr&#233;ation divine, non alt&#233;r&#233;e par l'humanit&#233;. &#199;a jouait vraiment un r&#244;le important, que ce soit dans les montagnes et pas dans les mar&#233;cages &#8212; il a fallu longtemps pour que les &lt;i&gt;Everglades en Floride&lt;/i&gt; soient reconnus comme un tr&#233;sor naturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Oui, la &lt;i&gt;wilderness&lt;/i&gt; &#233;tait alors Montagneuse.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, c'est &#231;a. John Muir apercevant des traces de moutons dans ces ch&#232;res montagnes, donc un berger &#233;tait pass&#233;, il les appelle les locustes &#224; sabots&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dennis C. Williams, God's Wilds, p96,Texas A&amp;M University Press, College (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8212; c'est les sauterelles de la Bible. C'est int&#233;ressant de voir qu'une fois ces parcs cr&#233;&#233;s, il y a eu une tr&#232;s int&#233;ressante dispute avec un de ses anciens amis qui s'appelait Pinchot, qui &#233;tait un descendant de Huguenots fran&#231;ais, qui lui adh&#233;rait au christianisme social qui na&#238;t dans les ann&#233;es 1880 aussi. Et lui, il a voulu construire un barrage dans la zone prot&#233;g&#233;e, et &#231;a rendait Muir furieux : &#171; on d&#233;truit la cath&#233;drale du peuple &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dennis C. Williams, God's Wilds, p190,Texas A&amp;M University Press, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'&#233;tait ses propos&#8230; Mais Pincho a gagn&#233;, ce barrage nourrit encore en eau la ville de San Francisco, et r&#233;guli&#232;rement, il y a des tentatives de restaurer la vall&#233;e telle qu'elle &#233;tait avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le principe est de conserver la Cr&#233;ation telle que Dieu l'a cr&#233;&#233;e ou de la restaurer telle qu'elle &#233;tait avant la souillure op&#233;r&#233;e par le comportement humain.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous avez cit&#233; le mot &lt;i&gt;wilderness&lt;/i&gt;, qui est tr&#232;s int&#233;ressant : c'est un mot anglais qui, &#224; l'origine, se traduisait par &lt;i&gt;d&#233;sert&lt;/i&gt;, et encore tr&#232;s r&#233;cemment. Pourquoi ? Parce que dans une Bible fran&#231;aise, vous lisez le mot d&#233;sert, g&#233;n&#233;ralement c'est &lt;i&gt;wilderness&lt;/i&gt; en anglais. &#199;a ne d&#233;signe pas une zone ultra-s&#232;che comme le Sahara, &#231;a d&#233;signe une zone dangereuse avec des fauves, des b&#234;tes sauvages et tr&#232;s peu d'humains. Et puis ce mot &#233;volue. &#192; l'&#233;poque romantique, il y a beaucoup de spiritualit&#233; dans le romantisme : on commence &#224; trouver le sens divin dans les montagnes et pas dans les mar&#233;cages, dans les montagnes, c'est typique, les chutes d'eau, etc. Et aux &#201;tats-Unis, &#231;a s'est doubl&#233;, du mythe de la fronti&#232;re, les colons avan&#231;aient. Ils avaient l'impression d'&#234;tre dans des zones sauvages parce qu'ils consid&#233;raient les Am&#233;rindiens comme des sauvages, qui n'avaient rien fait de cette zone. Ce n'est pas vrai, c'&#233;tait g&#233;r&#233; par les Am&#233;rindiens, l'influence humaine &#233;tait tr&#232;s forte aussi, avant l'arriv&#233;e des colons europ&#233;ens. Ils se sont mis en devoir de cultiver et d'entretenir, comme le Jardin d'&#201;den, c'&#233;tait l'ordre donn&#233; &#224; Adam par Dieu qui nous enjoint &#224; l'entretenir. Et apr&#232;s quelques d&#233;cennies, quand il ne restait plus grand-chose, sont arriv&#233;s les protecteurs de la &lt;i&gt;wilderness &#8212;&lt;/i&gt; &#201;galement parfois en trahissant des promesses faites aux Am&#233;rindiens qu'ils pouvaient continuer &#224; chasser dans les zones dont ils avaient &#233;t&#233; exclus, maintenant &#231;a devient des zones prot&#233;g&#233;es et les Am&#233;rindiens, des braconniers. Et ce concept de &lt;i&gt;wilderness&lt;/i&gt; s'est r&#233;pandu un peu partout. Il est arriv&#233; chez nous maintenant. Moi, je viens de Belgique : n prot&#232;ge les loups, c'est une chose aberrante dans une zone qui est compl&#232;tement humanis&#233;. &#199;a demande beaucoup d'efforts. Vous avez chez vous un plan loup, et on voit bien, &#231;a demande des efforts, de la bureaucratie, des frais, beaucoup de travail pour maintenir une fausse sauvagerie. Et &#231;a, &#231;a vient de la &lt;i&gt;wilderness&lt;/i&gt; am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On va rentrer vraiment dans la question centrale : En quoi est-ce que cela pose un probl&#232;me ? Il y a peut-&#234;tre des auditeurs qui nous &#233;coutent et qui se disent, apr&#232;s tout, c'est une th&#233;ologie, que l'on croie en Dieu ou pas, elle est pour la protection de la nature et la production de la nature, c'est quelque chose qui est bien. Alors pourquoi aller chercher des poux au christianisme finalement ? S'ils ont un discours qui, pour une fois, est intelligent, pourquoi le leur refuser ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne cherche pas des poux sp&#233;cifiquement au christianisme, plut&#244;t &#224; cette inspiration du principe des valeurs intrins&#232;ques, le principe des valeurs intrins&#232;ques a tu&#233; l'humanisme puisqu'il nous interdit de g&#233;rer l'environnement en termes de valeurs humaines. Et la d&#233;mocratie a suivi parce que sans le droit de discuter de la crise environnementale en termes humains, il n'y a plus de d&#233;mocratie possible. Tout s'est dilu&#233; dans une vaste n&#233;buleuse qui d&#233;cide pour nous. L&#224;, je veux citer un personnage tr&#232;s important qui est David Ehrenfeld&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;http://zohriginal.com/personnalit&#233;s/Ehrenfeld.html&#034; id=&#034;nh4-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est un biologiste de la conservation, un des grands fondateurs de la biologie de conservation. Il a &#233;crit un chef-d'&#339;uvre qui est &lt;i&gt;L&lt;/i&gt;&lt;i&gt;'&lt;/i&gt;&lt;i&gt;A&lt;/i&gt;&lt;i&gt;rrogance de l'humanism&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ehrenfeld, The Arrogance of Humanism, Oxford University Press, 1978&#034; id=&#034;nh4-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Lui, c'est l'humanisme qu'il accuse d'&#234;tre responsable de la destruction de l'environnement, l'humanisme, parce que les humanistes ont abus&#233; de leurs croyances en les filles de la raison pure, la science et la technologie. Donc c'est un scientifique, mais c'est une apostasie. Il [r&#233;pudiait la science]. Je me suis plong&#233; dans ce livre et me suis dit que la seule fa&#231;on de lui r&#233;pondre&#8230; son raisonnement est d'une logique imparable, &#224; condition qu'on accepte le principe de valeur intrins&#232;que. Si on le rejette &#8212; et il &lt;i&gt;faut&lt;/i&gt; le rejeter &#8212; on peut encore traiter l'environnement en termes humains. Il faut rejeter ce principe de valeur intrins&#232;que.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous l'avez d&#233;fini rapidement, est-ce que vous pouvez revenir sur cette d&#233;finition-l&#224; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, donc c'est l'id&#233;e que les &#233;l&#233;ments de l'environnement ont une valeur pour eux-m&#234;mes, ind&#233;pendamment de nous, parce qu'ils sont d'origine divine. Je vais citer aussi un autre texte tr&#232;s tr&#232;s parlant, l&#224; on est dans &lt;i&gt;Biodiversity&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Biodiversity. E.O. Wilson, Harvard University, Editor ; National Academy of (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'est le livre &#224; l'origine de la biodiversit&#233;, livre collectif, parce qu'il est issu du forum de 1986 pour lequel le mot a &#233;t&#233; invent&#233; dans un but de marketing. L'article 55 est &#233;crit par John Cobb, un des principaux &#233;co-th&#233;ologiens de cette &#233;poque-l&#224;, qui d&#233;fend deux principes tr&#232;s importants dans ce texte, le principe de &lt;i&gt;stewardship&lt;/i&gt; &#8211; d&#233;cid&#233;ment, c'est tr&#232;s &#224; la mode &#8212;, et aussi le principe de &lt;i&gt;valeur intrins&#232;que&lt;/i&gt;. Il dit que pr&#233;server la biodiversit&#233; ne doit pas se faire parce qu'elle nous sert &#224; quelque chose &#8212; apr&#232;s tout, 99 % des esp&#232;ces ont d&#233;j&#224; disparu &#8212; il faut le faire parce qu'elle a &#233;t&#233; faite par Dieu et que la Bible dit que Dieu lui-m&#234;me a trouv&#233; sa Cr&#233;ation bonne. Donc &#231;a, &#231;a fait vraiment le lien implacable entre le principe de valeur intrins&#232;que et le christianisme. Mais le christianisme n'a pas le monopole. Un autre article tr&#232;s important de ce livre a &#233;t&#233; &#233;crit par Michael Soul&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michael Ellman Soul&#233; (1936-2020),biologiste am&#233;ricain n&#233; &#224; San Diego (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'un des grands fondateurs de la biologie de conservation &#233;galement. Et lui, il se r&#233;f&#232;re &#224; un sutra bouddhiste parce qu'il est bouddhiste, tout est interconnect&#233; et donc il interpr&#232;te &#231;a comme la cause de la valeur intrins&#232;que. Soul&#233; est tr&#232;s important aussi parce qu'il a, d&#232;s les ann&#233;es 80, consid&#233;r&#233; que la biologie de la conservation &#233;tait une discipline &#171; orient&#233;e mission &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Conservation Biology : Its Scope and Challenge, in Conservation Biology : An (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui est &#224; la biologie ce que la guerre est aux sciences politiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;What is Conservation Biology ? 1985, repris dans Collected Papers of Michael (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et dans son article de &lt;i&gt;Biodiversity&lt;/i&gt;, il soutient le droit d'utiliser la manipulation &#233;motionnelle pour convaincre les incr&#233;dules en disant que les d&#233;comptes d'esp&#232;ces c'est tr&#232;s bien, ces analyses, mais &#231;a ne convertit pas. Il veut convertir. Pour convertir, il dit qu'il faut faire appel aux sp&#233;cialistes du marketing, les publicitaires, les faiseurs de pr&#233;sidents et tout &#231;a. Donc on est vraiment l&#224;, dans ce forum, dans un monde militant, absolument militant. Un autre personnage fondamental de ce livre, c'est le coordinateur, Edward Osborne Wilson, un tr&#232;s prestigieux entomologiste. Lui, il est vraiment tr&#232;s sp&#233;cial. Il a eu trois appels religieux dans sa vie, trois appels &#171; de l'autel &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E.O .Wilson, Naturalist, p42 et suivantes, Naturalist, Island Press 2006 - (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le premier, celui des baptistes, une religion &#233;vang&#233;liste qui interdit le bapt&#234;me tant que les enfants ne comprennent pas de quoi &#231;a parle. C'est lui qui demande le bapt&#234;me &#224; 14 ans. Il trouve &#231;a trivial. Il perd la foi en Dieu, mais pas en la religion. Il a son deuxi&#232;me appel religieux, celui de la science, l'&#233;tude des fourmis, c'est sa sp&#233;cialit&#233;. Et puis, il y aura le troisi&#232;me, le militantisme. Dans son militantisme, son grand r&#234;ve, c'est de r&#233;concilier la religion et la science, bien qu'il soit techniquement ath&#233;e, parce qu'il ne croit plus en Dieu, mais il est toujours tr&#232;s religieux. Il se dit tr&#232;s religieux, sans Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tout &#231;a est tr&#232;s compliqu&#233; parce que r&#233;concilier la science et la religion, d&#233;j&#224; en philosophie, ce n'est pas &#233;vident... Mais concr&#232;tement, &#224; propos de l'&#233;cologie, &#231;a l'est encore moins. Il y a plusieurs raisons. D'abord, on peut rappeler que dans l'histoire de l'humanit&#233;, l'&#234;tre humain n'a cess&#233; de modifier son environnement. C'est un mythe, celui du bon sauvage, que de croire que les soci&#233;t&#233;s anciennes, avant le n&#233;olithique ou avant la modernit&#233; ou avant l'Occident, avant l'invention de la science ou quoi que ce soit, les humains vivaient en harmonie avec la Nature. C'est faux de A &#224; Z. On sait tr&#232;s bien que les for&#234;ts tropicales ont &#233;t&#233; modifi&#233;es tr&#232;s profond&#233;ment par les peuples humains, que les oasis ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;es par les &#234;tres humains &#233;galement, qu'il y a eu un d&#233;boisement tr&#232;s important lors de l'apparition de l'agriculture, etc. On vit sur une Terre qui est anthropis&#233;e, tr&#232;s largement, qui est influenc&#233;e par l'&#234;tre humain, qui est lui-m&#234;me un animal, qui modifie son environnement, &#233;videmment &#8212; les v&#233;g&#233;taux aussi modifient leur environnement de mani&#232;re assez profonde&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. B&#233;rard Quentin ; &#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique. Pour une refondation, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et la question est : de quelle mani&#232;re on modifie l'environnement ? Alors que le discours que vous nous pr&#233;sentez, le discours de l'&#233;co-th&#233;ologie, est un discours qui exclut l'&#234;tre humain en r&#233;alit&#233;. Il faudrait que l'&#234;tre humain arrive &#224; s'effacer en face d'une Nature qui serait intrins&#232;quement meilleure que lui. En fait, c'est &#231;a : l'&#234;tre humain est p&#234;cheur et ne cesserait de modifier ind&#251;ment une Cr&#233;ation qui lui est sup&#233;rieure, si j'ai bien compris.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#231;a. Et alors, on est vraiment tr&#232;s avanc&#233;. Vous connaissez peut-&#234;tre l'accord de Kunming-Montr&#233;al, la COP 15 de la biodiversit&#233; 2022. Il va falloir prot&#233;ger 30 % enti&#232;re de la plan&#232;te. Prot&#233;ger contre quoi ? Contre l'humanit&#233;. Et il va falloir vivre en harmonie avec le monde pour 2050. Et l&#224;, on est dans un r&#234;ve compl&#232;tement fou. Nous avons eu en Belgique r&#233;cemment une consultation populaire sur l'adaptation de la strat&#233;gie &#224; la biodiversit&#233; pour 2030. J'ai particip&#233;, j'ai envoy&#233; une critique, je dirais, de ce principe de valeur intrins&#232;que, car il est pr&#233;sent dans ce texte, o&#249; on nous dit que la biodiversit&#233; a une valeur intrins&#232;que parce qu'elle a &#233;t&#233; conf&#233;r&#233;e par l'&#233;volution et que les esp&#232;ces ont une valeur intrins&#232;que. Et &#231;a, c'est compl&#232;tement aberrant. D'abord, les m&#233;canismes de l'&#233;volution sont aveugles, au point qu'il est impossible de donner une d&#233;finition claire et compl&#232;te de la notion d'esp&#232;ce, comme prouv&#233; par Darwin. C'est fondamentalement nous qui devons nous arranger un peu pour rogner les bords, pour que &#231;a tienne ensemble. Et donc les esp&#232;ces n'ont pas d'existence intrins&#232;que, donc elles ne peuvent pas avoir de valeur intrins&#232;que, ni aucune autre, enfin, sauf celles que nous leur donnons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et puis m&#234;me dans la science biologique, le terme de biodiversit&#233;, qui est tr&#232;s beau, c'est un tr&#232;s beau terme, qui est tr&#232;s reluisant, qui est tr&#232;s positif, ne veut pas dire grand-chose r&#233;ellement. Ce n'est pas le nombre d'esp&#232;ces qui compte&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je reviens au forum de 1986. Il a &#233;t&#233; sp&#233;cialement invent&#233; parce que c'est un joli mot. Il est vrai qu'on trouve quelques occurrences accidentelles avant, mais c'est vraiment l&#224; que s'est jou&#233;e la chose. Wilson, le coordonnateur, dit dans la pr&#233;face du livre et dans ses m&#233;moires qu'il s'y est oppos&#233; parce qu'il trouvait &#231;a trop tape-&#224;-l'&#339;il. Il voulait garder &lt;i&gt;diversit&#233; biologique&lt;/i&gt;. Mais c'est ce passage. Apr&#232;s, il dit aussi, je me suis tromp&#233;. Pourquoi ? Parce que succ&#232;s ph&#233;nom&#233;nal. Le livre a fait 13 &#233;ditions papier. Maintenant, il est gratos sur l'Acad&#233;mie am&#233;ricaine des sciences am&#233;ricaines. Donc, c'est vraiment un texte fondamental que tout le monde doit lire. Ehrenfeld a aussi particip&#233;. Il a fait un article o&#249; il d&#233;fend l'impossibilit&#233; de donner une valeur mon&#233;taire aux esp&#232;ces et &#224; la biodiversit&#233;. Donc, c'est un livre vraiment important. C'est un tournant. Et Ehrenfeld, dans une interview int&#233;rieure, dit que &#231;a a march&#233;. Il n'aime pas non plus le mot. Il dit que c'est un slogan, c'est &#224; la mani&#232;re de la t&#233;l&#233;vision, c'est l'effet t&#233;l&#233;vision, c'est plus facile, avec les m&#233;dias audiovisuels qui se d&#233;veloppent. &#171; Diversit&#233; biologique &#187;, c'est trop lourd, &#231;a passe peut-&#234;tre bien dans un texte, mais &#224; la t&#233;l&#233;vision, non. Il faut pouvoir parler de mani&#232;re plus percutante. Et c'est comme &#231;a que &#231;a a pris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Contrairement &#224; ce que la plupart des gens croient, pour les scientifiques, les &#233;cologues, la biodiversit&#233; est un concept extr&#234;mement flou. Tr&#232;s concr&#232;tement, on ne sait pas, effectivement, il y a une difficult&#233; &#224; pr&#233;ciser d'abord le nombre d'esp&#232;ces, la d&#233;finition d'une esp&#232;ce, et ensuite la pr&#233;servation de toutes les esp&#232;ces, c'est-&#224;-dire qu'il faut aussi que l'on conserve les virus, il faut aussi que l'on conserve les parasites, il faut aussi que l'on conserve&#8230; C'est une absurdit&#233;, en fait. On ne peut pas admettre que plus il y a d'esp&#232;ces, mieux c'est. Il y a quelque chose de paradoxal : c'est tr&#232;s comptable aussi, cette question, &#231;a fait tr&#232;s spirituel et tr&#232;s comptable. C'est un nombre d'esp&#232;ces qu'on d&#233;terminerait [&#224; prot&#233;ger] et plus il y a d'esp&#232;ces, mieux ce serait. Ce n'est pas le cas du tout, en termes &#233;cologiques, ce n'est pas ce qu'on trouve sur le terrain. Et on exclut &#233;galement la biodiversit&#233; d'origine humaine : syst&#233;matiquement, lorsqu'on parle de biodiversit&#233;, on exclut les animaux domestiques, toutes les vari&#233;t&#233;s de bl&#233;, les vari&#233;t&#233;s de vaches, de cochons, etc. c'est une chose qui ne rentre pas du tout en ligne de compte. Alors que si on veut &#234;tre rigoureux, il faut compter avec une diversit&#233; g&#233;n&#233;tique, qui est incommensurable et qui a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e par l'&#234;tre humain au fil des mill&#233;naires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#201;l&#233;ment d'&#233;cologie politique, op. cit.&#034; id=&#034;nh4-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, et donc quelques pr&#233;cisions int&#233;ressantes aussi. Ehrenfeld, dans &lt;i&gt;l'Arr&lt;/i&gt;&lt;i&gt;o&lt;/i&gt;&lt;i&gt;gance de l'Humanisme&lt;/i&gt;, dit qu'il faut prot&#233;ger &lt;i&gt;Variola&lt;/i&gt;, le responsable de la variole, qui est une esp&#232;ce en danger. C'est aberrant, &#231;a. Et la seule fa&#231;on de dire qu'il ne faut pas prot&#233;ger variole, en r&#233;alit&#233;, c'est de rejeter le principe de valeur intrins&#232;que.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Covid-19, le virus du Covid-19, devrait &#234;tre respect&#233; &#233;galement&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Absolument. Ebola, le Covid-19, tout &#231;a, elle a le droit d'exister comme n'importe quoi d'autre. C'est le principe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; moins de montrer qu'il est une cr&#233;ation humaine : effectivement, si jamais c'est une cr&#233;ation de laboratoire, l&#224;, pour le coup, on peut le d&#233;truire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pour le rejet de ce qui est domestiqu&#233;, Wilson est un bel exemple aussi. Il aper&#231;oit un p&#233;cari au Suriname, mais il est domestiqu&#233;, alors c'est pas bon. Il a perdu son essence. Et aussi, pour lui, une des raisons qui l'a rendu militant, c'est qu'il faisait des r&#234;ves. Il revenait sans cesse sur une &#238;le tropicale et chaque fois, il y avait des fermes et des champs en plus : c'est mauvais. Pourtant, il se proclame humaniste. Non, il fait des cauchemars qui culpabilisent l'humanit&#233;, c'est tr&#232;s clair, et &#231;a le rend militant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Oui, en fait, la Nature est l'incarnation du Dieu, en quelque sorte.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'&#339;uvre divine, oui. Ou d'une spiritualit&#233;, parce qu'il y n a plusieurs, comme Wilson, qui ont une spiritualit&#233;, mais pas avec un &#234;tre tout puissant, alors on dit que c'est l'&#233;volution. Il y en a qui naviguent beaucoup. En plus, Ehrenfeld ne parle jamais de ses engagements, mais il a quand m&#234;me co-organis&#233; avec un certain Rabin la premi&#232;re conf&#233;rence sur le juda&#239;sme et l'&#233;cologie. Soul&#233; a fait en 1981 une conf&#233;rence &#224; San-Diego sur la religion et l'&#233;cologie. Il a invit&#233; Arne Naess&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Arne Dekke Eide N&#230;ss (1912 &#8211; 2009) &#233;tait un philosophe norv&#233;gien c&#233;l&#232;bre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ce philosophe Norv&#233;gien qui a invent&#233; le terme &#233;cologie profonde&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8230; l'&#233;cologie [profonde] ou &lt;i&gt;deep &#233;cologie&lt;/i&gt;&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; toutes les cr&#233;atures re&#231;oivent une valeur intrins&#232;que aussi. Ils sont devenus grands amis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lui qui est tr&#232;s clairement anti-humaniste, je crois que son engagement est assez clair, il n'y a pas de faux-semblants.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, je pense. Soul&#233; aussi. Il y a une anecdote dans les ann&#233;es 90. : les [&#233;conomistes], sans doute jaloux du pouvoir politique des bioconservateurs, inventent le &lt;i&gt;service &#233;cosyst&#233;mique&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;http://zohriginal.com/services &#233;cosystemiques.html&#034; id=&#034;nh4-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8212; une autre aberration : faut tout arracher &#224; l'environnement, m&#234;me moindre radis doit s'arracher, il ne nous donne rien l'environnement. Soul&#233; s'emporte en disant comment ! les humanistes et leurs alli&#233;s commencent &#224; s'emparer du combat &#233;cologiste !&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michael Soul&#233;, The Tigress and the Little Girl, Chapitre 6, 'International (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Donc il est aussi anti-humaniste, tr&#232;s clairement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et cette re-sacralisation de la Nature, en fait, c'est &#233;tonnant parce que dans votre livre, vous pointez cette &#233;co-th&#233;ologie tenue par des sp&#233;cialistes de la question, mais on la retrouve tr&#232;s fr&#233;quemment dans le discours &#233;cologiste agnostique ou pa&#239;en.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, par imbibation. On s'imbibe d'id&#233;es qu'on ne comprend pas. Aujourd'hui, les id&#233;es ne partent plus du corps social, elles partent d'une vaste n&#233;buleuse mondialisante dont l'ONU est le centre, et puis elle nous retombe dessus. Ces gens-l&#224; pratiquent la lat&#233;ralit&#233; dans leur sein, mais &#231;a nous tombe dessus verticalement. &#192; coup de slogans, comme &#171; biodiversit&#233; &#187;, c'est un slogan. Ou anti-slogans, c'est-&#224;-dire des expressions d&#233;nigrantes, qui, comme un slogan ont pour but qu'on n'aille pas voir ce qu'il y a derri&#232;re, mais qui, au lieu de vanter un produit, le condamnent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est aussi peut-&#234;tre l'expression d'un fond chr&#233;tien, qui est chez chacun d'entre nous, europ&#233;ens, et qui s'exprime de cette mani&#232;re-l&#224;. On le retrouve dans d'autres domaines : dans le domaine de l'aide humanitaire, on se retrouve aussi avec des postures qui sont extr&#234;mement jud&#233;o-chr&#233;tiennes, o&#249; on voit le Christ dans le pauvre, ou dans le migrant, ou dans le musulman et que l'on prot&#232;ge absolument de mani&#232;re intrins&#232;que, en lui-m&#234;me, quoi qu'il dise et quoi qu'il fasse. Il y a aussi un fond culturel, &#224; mon avis, qui remonte et qui rentre en osmose, en fait, avec le discours de tous ces th&#233;ologiens dont vous d&#233;montez le discours.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, tout &#224; fait. Par exemple, le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de l'ONU est quand m&#234;me assez exemplaire. Il lance des impr&#233;cations &#224; la Savonarole contre l'humanit&#233; : &#171; Nous chantons un autre chant, nous avons bris&#233; l'harmonie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;http://zohriginal.com/billets/Billet cop15.html&#034; id=&#034;nh4-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8230; Et puis, c'est le retour &#224; l'harmonie qu'il demande, avec l'accord de Kunming. &#199;a, c'est le fond qui a &#233;t&#233; un manifeste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Absolument. Vous abordez dans votre livre des c&#244;t&#233;s plus concrets, notamment autour de l'agriculture biologique. Est-ce que vous pourriez en parler un petit peu de l'application de cette &#233;co-th&#233;ologie &#224; l'agronomie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'agriculture biologique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;http://zohriginal.com/Agriculture biologique.html&#034; id=&#034;nh4-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est ant&#233;rieure &#224; l'&#233;co-th&#233;ologie proprement dite. Elle est clairement due &#224; une r&#233;volution spirituelle europ&#233;enne contre ce que les pionniers de l'agriculture biologique appellent &#171; la science mat&#233;rialiste &#187;. Le tout premier, c'est Steiner qui fait de la biodynamie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;http://zohriginal.com/biodynamie.html&#034; id=&#034;nh4-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L&#224;, c'est un peu dans un d&#233;lire&#8230; Par exemple, il nous dit que la grande erreur de la science mat&#233;rialiste, c'est de penser que la f&#233;condation a lieu dans la fleur. &#199;a ne peut pas &#234;tre comme &#231;a. Pourquoi ? Parce que la fleur, elle est dans l'atmosph&#232;re, donc elle appartient au royaume des cieux, c'est le P&#232;re, la M&#232;re, c'est la terre. Donc il faut que la f&#233;condation ait lieu dans les racines. Et alors il invente un bal de gnomes, d'ondines, [de sylphes], d'esprit du feu, pour que tout &#231;a arrive &#224; ce que la f&#233;condation ait lieu dans les racines. Alors Steiner a une petite influence, mais les autres pionniers se sont vite d&#233;tourn&#233;s de lui. Mais il a quand m&#234;me sugg&#233;r&#233; &#224; Lord Northbourne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lord Northbourne (1896-1982), l'un des premiers agriculteurs biodynamiques (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; la mention du terme &lt;i&gt;organic farming&lt;/i&gt; qui, contrairement &#224; ce qu'on croit, signifie en fait consid&#233;rer la ferme comme un organisme. Il est emprunt&#233; &#224; Steiner. L'organicisme bas de gamme et le holisme bas de gamme sont tr&#232;s r&#233;pandus dans les milieux &#233;cologistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Oui, consid&#233;rer en fait ces entit&#233;s comme des organismes &#224; part enti&#232;re.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, et appliquer les propri&#233;t&#233;s de l'organisme aux &#233;cosyst&#232;mes, donc &#231;a c'est tr&#232;s fr&#233;quent. Le champion le plus raffin&#233;, c'est Whitehead&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alfred North Whitehead (1861-1947) fhttp://zohriginal.com/personnalit&#233;s/whitehea&#034; id=&#034;nh4-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais lui c'est vraiment tr&#232;s raffin&#233;. Ce qu'on trouve en g&#233;n&#233;ral autour de soi, c'est des versions tr&#232;s tr&#232;s tr&#232;s simplifi&#233;es de &#231;a. Idem pour le holisme, qui a &#233;t&#233; invent&#233; par Smuts&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jan Christiaan Smuts (1870-1950) &#233;tait un homme d'&#233;tat sud-africain, g&#233;n&#233;ral (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui est toute une th&#233;orie de l'&#233;volution, o&#249; l'esprit tombe d'en haut, &#224; la fin on apprend que l'esprit tombe d'en haut, et qui est surtout retenu pour son id&#233;e que le tout est plus que la somme des parties. Mais c'est beaucoup plus complexe que &#231;a, sa vision. C'est aussi un peu oubli&#233;, le terme est rest&#233; pour des choses beaucoup plus simplistes. Et donc revenons &#224; Lord Northbourne, qui est un co-fondateur de la &lt;i&gt;Soil Association&lt;/i&gt;, la plus ancienne organisation bio, dont la principale fondatrice &#233;tait Lady Eve Balfour&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lady Eve Balfour (1898 -1990), ni&#232;ce de l'ancien premier ministre Arthur J. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, dont le livre &lt;i&gt;The Living Soil&lt;/i&gt; finit par un appel &#224; une r&#233;volution chr&#233;tienne. L&#224;, il n'y a vraiment aucun doute. Northbourne est aussi chr&#233;tien, mais il est p&#233;rennialiste, c'est-&#224;-dire qu'il croit que toutes les religions ont une m&#234;me origine, oubli&#233;e depuis longtemps, que chacun suit son chemin et qu'&#224; la fin, ils vont se retrouver dans une grande r&#233;conciliation des religions qui marquera la triomphe de la spiritualit&#233; sur la science mat&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On a h&#226;te d'y &#234;tre&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, vous avez aussi un personnage tr&#232;s int&#233;ressant dans cette fondation de la &lt;i&gt;Soil &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Association&lt;/i&gt;, Lord Portsmouth&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gerard Wallop, Xe Lord Porstmouth. (http://zohriginal.com/personnalit&#233;s/porsmout&#034; id=&#034;nh4-33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, un politicien conservateur qui s'est immigr&#233; &#224; un moment donn&#233; au Kenya. Il &#233;tait l'un des premiers grands d&#233;veloppeurs de la pyr&#232;thre, une plante qui fournit un des pesticides bio les plus importants. Et lui, il &#233;tait persuad&#233; que les mythes du jardin d'&#201;den et l'&#194;ge d'Or correspondaient bien &#224; une r&#233;alit&#233;, non pas litt&#233;rale, ce sont des mythes, mais qu'il y avait bien eu une &#233;poque harmonieuse. Autre variante, l'id&#233;e qu'il faut revenir aux chasseurs-cueilleurs. John Cobb dit qu'il avait avec son coll&#232;gue Paul Scheppard de nombreuses discussions l&#224;-dessus parce que Scheppard &#233;tait pour et disait que le vrai paradis &#233;tait la p&#233;riode des chasseurs-cueilleurs et Cobb disait non, il y a une grande diff&#233;rence avec le christianisme, on ne peut pas revenir au jardin d'&#201;den parce que des anges gardent l'entr&#233;e, et puis, notre seule issue, c'est l'apocalypse, qui doit apporter une r&#233;demption sup&#233;rieure, une valeur sup&#233;rieure &#224; ce que nous avons perdu avec le p&#233;ch&#233; originel, qui est donc le fait qu'Adam mange le fruit de l'arbre de la Connaissance du Bien et du Mal, d'o&#249; le clich&#233; r&#233;current aussi que la connaissance est contraire &#224; la sagesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et aussi l'Apocalypse, qui est quand m&#234;me un trope qui est tr&#232;s pr&#233;sent dans le discours &#233;cologiste et dans le discours g&#233;n&#233;ral&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. B&#233;rard Quentin ; &#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique. Pour une refondation, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#224; fait. Alors, il faut bien se rendre compte qu'il n'est pas tr&#232;s pr&#233;cis, l'apocalypse. On peut l'interpr&#233;ter de mani&#232;re diff&#233;rente. Il y a ceux qui disent qu'il faudra rendre &#224; Dieu la Cr&#233;ation telle qu'il nous l'a donn&#233;e. Ils sont &#233;cologistes, en g&#233;n&#233;ral. Ceux qui disent non, on ne va repartir de rien du tout, ceux-l&#224;, ils voient presque avec plaisir le d&#233;sastre &#233;cologique parce que &#231;a va apporter un monde nouveau, meilleur que tout ce que nous avons fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alors revenons-en &#224; la question de l'agriculture biologique. M&#234;me si les fondements sont religieux, le principe n'est pas idiot : l'agriculture contemporaine, moderne, m&#233;canis&#233;e et chimique peut &#234;tre critiqu&#233;e.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, on peut tout critiquer. L'agriculteur biologique, les pionniers, s'imaginaient que la Nature &#233;tait capable de se vacciner et de produire ses pesticides toute seule. Ce n'est pas le cas. Alors, il a fallu changer. On a commenc&#233; &#224; prendre des pesticides aussi. On dit oui quand c'est tir&#233; d'un min&#233;ral ou d'une plante, c'est naturel, donc c'est meilleur. On a l&#224; le dualisme. Typiquement, dans la pol&#233;mique sur les pesticides, s'il est le produit d'une invention, d'une nouvelle mol&#233;cule invent&#233;e par l'homme, ce sera d'office rejet&#233;, quel que soit l'usage qu'on en fait, parce que Dieu ne veut pas que nous fassions des mol&#233;cules. Seul Dieu peut faire des mol&#233;cules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et &#224; l'inverse, si on utilise une mol&#233;cule naturelle, on peut utiliser sans r&#233;serve et sans probl&#232;me.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un chercheur belge qui a pass&#233; huit ans &#224; extraire une mol&#233;cule de plante et il est persuad&#233; que &#231;a c'est bon, c'est bio. Donc, c'est bon pour l'environnement d'office. Mais si on abuse, l'abus nuit en tout. Donc, ce n'est pas la qualit&#233;, que la mol&#233;cule soit faite par une plante ou par l'homme, ce n'est pas &#231;a qui compte. &#201;videmment, il ne faut pas abuser. On a des probl&#232;mes avec les abus avec certains pesticides. &#199;a ne fait aucun doute. Il ne faut pas le nier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et &#224; l'inverse, par exemple, en bio, on utilise la bouillie bordelaise &#224; base de cuivre. On sait que cela entra&#238;ne une pollution des sols aux m&#233;taux lourds qui est assez importante et dont on parle assez peu.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, c'est des mol&#233;cules qui existent dans l'environnement. Et puis, on les concentre, &#231;a pose des probl&#232;mes, &#231;a c'est clair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Donc l'approche est compl&#232;tement biais&#233;e, en r&#233;alit&#233;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compl&#232;tement. Il y a toujours un lobbying qui pousse. Et on remarque d'ailleurs que, dans la plupart des cas, les agriculteurs non labellis&#233;s bio ont le droit d'utiliser les produits bio. Ils ont donc une sup&#233;riorit&#233; manifeste. Mais alors on les enferme dans une pseudo-cat&#233;gorie, on dit conventionnelle, ils n'ont sign&#233; aucune convention. On y met n'importe qui, ils n'ont aucun point commun. Tous ceux qui n'ont pas d'engagement id&#233;ologique, on les met dans cette cat&#233;gorie. Moi je pr&#233;f&#232;re les appeler agriculteurs libres, il y a le pire et le meilleur. Mais parce que ces agriculteurs ont le droit d'utiliser toutes les techniques, de s&#233;lectionner le meilleur, de faire du &lt;i&gt;cherry picking&lt;/i&gt; comme on dit en anglais, de choisir la meilleure cerise, ils ont une sup&#233;riorit&#233; potentielle qui force les nombreux lobbies bios &#224; s'attaquer &#224; eux &#233;videmment. Parce qu'eux se refusent &#224; des techniques qui pourraient &#234;tre bonnes, mais qui n'entrent pas dans leur &lt;i&gt;credo&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et ce sont aussi des gens qui ont plus de libert&#233;. Dans votre livre, il y a le dernier chapitre qui me semblait assez important, o&#249; vous parlez de la disparition de la d&#233;mocratie. Puisque justement, &#224; partir du moment o&#249; on consid&#232;re que la Nature est bonne en elle-m&#234;me, il n'est plus question que les gens qui sont en contact avec la nature, les agriculteurs, les bergers, les p&#234;cheurs, aient &#224; d&#233;cider quoi que ce soit. Il faut qu'on leur impose de l'ext&#233;rieur des normes, la pr&#233;sence du loup ou de l'ours, etc. Il n'est plus question de l'expression des premiers concern&#233;s.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, maintenant il faut sacrifier une partie des cultures, des for&#234;ts. Je discutais dans mon village avec deux personnes qui s'&#233;tonnaient qu'on ne pouvait plus ramasser du bois dans les for&#234;ts communales, on le laisse pourrir. &#199;a fait partie de ce culte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Donc le principe est d'exclure l'&#234;tre humain de la question &#233;cologique. C'est &#231;a qui est &#233;tonnant, c'est que c'est une &#233;cologie qui a tendance &#224; &#233;loigner l'&#234;tre humain de la nature.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah oui, tout &#224; fait, nous sommes les grands coupables, nous sommes en trop sur Terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il n'y a pas de perspective, en fait, dans cette politique&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l&#224;, le pouvoir est confisqu&#233; par ce que j'appelle le clerg&#233;, cette religion environnementale dont le grand dogme est la valeur intrins&#232;que. Il y a des th&#233;ologiens, il y a des &#233;thiciens, il y a des philosophes de l'environnement qui sont un peu&#8230; Et puis, il y a le clerg&#233;, les ONG, les scientifiques militants qui ont re&#231;u de l'ONU un pouvoir important depuis le rapport de la commission Brundtland de 1987 qui dit nomm&#233;ment qu'il faut donner plus de pouvoir aux scientifiques et aux ONG&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Notre avenir &#224; tous - Rapport Brundtland/Chapitre 12 (http://zohriginal.com/Brun&#034; id=&#034;nh4-35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et puis, il y a aussi des fonctionnaires qui sont d&#233;di&#233;s &#224; &#231;a. Et puis, il y a des juges complaisants. Et tout &#231;a fait que le pouvoir politique n'&#233;mane plus de nos &#233;lus. Nos &#233;lus ne sont plus nos repr&#233;sentants, ils sont les courroies de transmission de ce qui se d&#233;cide ailleurs, quelque part dans la n&#233;buleuse mondialisante. Ils n'ont plus de libert&#233; d'action en notre faveur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais comment expliquer que la science, que les scientifiques, soient si proches du discours &#233;co-th&#233;ologique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah, je crois qu'il y a une grande influence am&#233;ricaine. En Am&#233;rique, il n'y a rien &#224; faire, tout est spirituel, m&#234;me la science, on le voit bien. Une conf&#233;rence sur la th&#233;ologie qui est publi&#233;e dans la revue &lt;i&gt;Science&lt;/i&gt;, c'est quand m&#234;me symptomatique. Et ceux qui ne le sont pas, ils finissent par &#234;tre &#233;ject&#233;s du mouvement politique. Wilson, c'est quand m&#234;me incroyable, il ne croit pas en Dieu, mais il croit en la religion. Et puis, &#231;a passe chez nous en raison de la force de leur culture. On est aussi une soci&#233;t&#233; chr&#233;tienne o&#249; il y a des &#233;chos, parfois inconscients. Donc, c'est un terreau fertile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et des cr&#233;dits &#233;galement ; les laboratoires d&#233;pendent aussi de l'&#233;cho que leurs travaux rencontrent. Et s'ils veulent d&#233;bloquer un cr&#233;dit, il vaut mieux alerter la population plut&#244;t que de dire que, finalement, la biodiversit&#233;, dans tel ou tel endroit, ne va pas si mal, que dans tel ou tel endroit, elle s'enrichit, qu'on pourrait discuter de sa mesure, de sa pertinence, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;etc.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors encore une petite chose que j'ai oubli&#233; de dire sur la valeur intrins&#232;que : elle est tr&#232;s tr&#232;s importante, elle se trouve d&#233;j&#224; dans la premi&#232;re phrase de la convention de 1992 sur la diversit&#233; biologique qui dit : &#171; les parties contractantes, conscientes de la valeur intrins&#232;que de la diversit&#233; biologique&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un point int&#233;ressant aussi c'est que les brouillons mentionnaient une phrase en anglais du style : &#171; &#8230; reconnaissant que l'humanit&#233; doit partager l'environnement avec les autres formes de vie&#8230; &#187; qui est un peu la m&#234;me chose dans une formulation tr&#232;s proche de l'&#233;cologie profonde donc manifestement il y a eu des influences&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aussi quelqu'un qui a supprim&#233;, au dernier moment, cette expression. De m&#234;me le mot &#171; biodiversit&#233; &#187; qui appara&#238;t de temps &#224; autre dans le brouillon dispara&#238;t compl&#232;tement dans la version finale donc il y a quelqu'un qui, comme Wilson, a d&#251; trouver que c'&#233;tait trop tape-&#224;-l'&#339;il, ce mot, et qui a pr&#233;f&#233;r&#233; rester [avec l'expression diversit&#233; biologique ]. Donc il y avait encore probablement des petites r&#233;sistances mais maintenant le mot biodiversit&#233; est sur toutes les l&#232;vres, il a gagn&#233; la partie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce principe de valeur intrins&#232;que est fondamental parce que dans la tradition humaniste occidentale, effectivement, l'homme est mesure de toute chose. C'est ce qui fonde le principe de l'autonomie, c'est-&#224;-dire la capacit&#233; de l'&#234;tre humain &#224; d&#233;cider de lui-m&#234;me de ce qu'il a &#224; faire, oppos&#233; &#224; la notion d'h&#233;t&#233;ronomie, que reprend Castoriadis o&#249; l'&#234;tre humain va d&#233;pendre de quelque chose d'autres &#8211; h&#233;t&#233;ro-nomie &#8212; qui va lui dicter ses lois, ses croyances et ses principes et c'est &#233;videmment l'ali&#233;nation religieuse, l'ali&#233;nation aupr&#232;s la Nature &#8212; ce dont on parle &#8212; l'ali&#233;nation aupr&#232;s d'un Parti qui va dire ce qu'il y a &#224; penser, ce qu'il y a &#224; faire, sans aucune d&#233;lib&#233;ration collective. Ce que vous d&#233;crivez est un pur retour &#224; l'h&#233;t&#233;ronomie, en fait : on d&#233;pend maintenant de ce que la nature est, ou de ce que l'on croit qu'elle, est sans discussion et donc vous avancez la notion de &#171; biocratie &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui. Donc biocratie est un mot que j'ai emprunt&#233; &#224; une &#233;co-th&#233;ologienne f&#233;ministe am&#233;ricaine qui s'appelait Sallie McFague, c'est tr&#232;s proche de l'id&#233;e de Lynn White de d&#233;mocratie de l'ensemble de la Cr&#233;ation, donc tout dans l'univers re&#231;oit des personnalit&#233;s, des valeurs intrins&#232;ques&#8230; nous sommes les cousins des &#233;toiles et des plan&#232;tes m&#234;mes, dit-elle dans son livre. Puis&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8230; ce qui est vrai au sens le plus &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ration&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;n&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;el &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;du terme mais qui n'&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;est&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; pas un engagement non plus&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes certainement cousins de tous les &#234;tres vivants, mais des &#233;toiles et des rochers, je suis un peu moins s&#251;r&#8230; Donc j'ai repris ce terme qui repr&#233;sente bien le fait qu'elle appelle elle-m&#234;me &#224; remplacer la d&#233;mocratie par la biocratie, je pense qu'on est dedans&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est explicite ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Cet appel] est explicite dans un texte des ann&#233;es 90 que je me suis procur&#233; et on est dedans donc maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'environnement et tous ses composants ont une valeur intrins&#232;que, pour eux-m&#234;mes donc il n'y plus moyen de discuter de la valeur de la biodiversit&#233;, il n'y a plus moyen de discuter de la valeur du climat, il n'y a plus moyen de discuter de l'environnement lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On nous appelle &#224; respecter l'environnement&#8230; alors moi je suis bien d'accord qu'on ne doit pas jeter ses crasses dans l'espace public ou dans le jardin du voisin mais c'est de la civilit&#233;, c'est une question de rapport entre humains&#8230; l'environnement se fout d'&#234;tre couvert de plastique ou d'ordures, c'est pas son probl&#232;me c'est le n&#244;tre et il est grave &#233;videmment, il ne faut pas le nier non plus&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bien s&#251;r parce que ce n'est pas un discours mod&#233;rantiste que vous tenez : la question n'est pas de nier la crise &#233;cologique c'est d'arriver &#224; la surmonter, &#224; la traiter et c'est pas en plaquant des cat&#233;gories spirituelles qui nous sont propres que l'on va r&#233;ussir &#224; r&#233;gler quoi que ce soit.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;&#8230; Moi la solution que je propose c'est une renaissance humaniste qui doit avoir pour premier but de nous redonner ce droit d'&#233;valuer la crise environnementale en termes humains, en termes de valeur humaine. D'abord il faut comprendre qu'on nous l'a vol&#233;, pourquoi, comment, c'est le but de mon livre. Et puis aussi de rendre la gestion de cet environnement &#224; des professions qui ont des objectifs en termes humains, des objectifs de r&#233;sultat en termes humains, donc agronomes agriculteurs, forestiers, bio-ing&#233;nieurs. Il faut aussi une biologie de l'adaptation plut&#244;t qu'une biologie de la conservation, il faut chasser les conservationnistes de la gestion de l'environnement. Ils se sont attribu&#233; un monopole, un quasi monopole dans cette gestion et &#224; coup de valeur intrins&#232;que... &#199;a a une valeur, elle est intrins&#232;que &#8212; en pratique c'est quoi ? Ben c'est &#224; nous &#224; le d&#233;terminer ! Nous, nous ou le clerg&#233; du culte. On ne dit pas le clerg&#233; du culte, mais c'est &#231;a qu'ils sont&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;O&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ui, voil&#224;, parce que &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;l'&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;on parle de &#171; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;bio-cratie &#187;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; oppos&#233;e &#224; d&#233;mocratie, mais en en r&#233;alit&#233; c'&#233;tait pas &#171; la vie &#187; qui va d&#233;cider de quoi que ce soit. &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;M&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;oi je parle par d'une &#171; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#233;co-cratie &#187;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. B&#233;rard Quentin ; &#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique. Pour une refondation, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; :&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; ce ne &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;sont&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; pas les &#233;cosyst&#232;mes qui vont d&#233;cider de quoi que ce soit, il y a bien des gens qui parleront au nom de cette &#171; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Vie &#187;,&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; au nom de cet &#171; &#233;cosyst&#232;me &#187;, au nom d'un &#171; int&#233;r&#234;t sup&#233;rieur &#187;. &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;D&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;onc c'est une hypocrisie insigne. &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;C&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;'es&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;t&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; exactement comme le Parti bolchevique qui parlait au nom de l'&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;H&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;umanit&#233;, au nom du &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;P&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;rol&#233;tariat. &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;O&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;n est quasiment dans la th&#233;ocratie : il y a un clerg&#233;. &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;C&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;'est c'est tout l'objet du deuxi&#232;me tome de votre livre, &#171; le pouvoir des druides &#187; : il y a des gens qui s'arrogent un pouvoir particulier&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;&#8230; mais cette th&#233;ocratie, ce clerg&#233;, ce sont des gens, ce sont des interpr&#233;teurs, des mandataires et des interpr&#233;teurs, ils recherchent la v&#233;rit&#233; qu'ils croient spirituelle et &#233;thique, qu'ils voient se situer dans l'environnement. Ils ne vont pas commencer &#224; discuter de ce qui est bon ou pas pour l'humanit&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;V&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ous faisiez un lien avec l'&#233;co-f&#233;minis&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;m&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;e est-ce que vous p&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ourriez en dire plus ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, il y a une autre personnalit&#233; que j'ai trouv&#233;e dans mes recherches qui s'appelait Rosemary Radford Ruether, qui &#233;tait une th&#233;ologienne catholique qui a &#233;crit un article int&#233;ressant dans un livre collectif de l'ONU publi&#233; en 1999 qui s'appelle &lt;i&gt;Spiritual and Cultural Values of Biodiversity&lt;/i&gt; et que je surnomme la &#171; Bible &#187; de la biodiversit&#233; parce que vous la trouvez sur le site de l'ONU [(UNEP)] sous le nom &#171; Cultural - Spiritual - the Bible &#187;. Et donc l'article qu'elle &#233;crit dans ce livre est tr&#232;s int&#233;ressant parce qu'elle lie sp&#233;cifiquement l'oppression des femmes avec la d&#233;gradation de la Nature attribu&#233;e au patriarcat. Et &#231;a c'est un terme de l'intersectionnalit&#233; contemporaine qui &#233;tait donc d&#233;j&#224; l&#224; il y a 30 ans, c'&#233;tait une th&#233;ologienne catholique en plus, am&#233;ricaine &#233;videmment parce que tout &#231;a vient en grande partie des &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors ce livre est tr&#232;s important, il y a d'autres parties dont on devrait parler un peu&#8230; Il y a dans ce livre un culte du bon sauvage [impos&#233; aux peuples autochtones] qui est omnipr&#233;sent. Il y a une introduction qui est faite par Klaus T&#246;pfer, qui &#233;tait un homme politique d&#233;mocrate chr&#233;tien allemand qui &#233;tait le pr&#233;sident de l'UNEP, donc le programme environnemental de l'ONU, qui dit que nous devons retisser des contacts et [signer] un nouveau pacte avec l'environnement &#8212; comme si c'&#233;tait une personne. Et la m&#234;me ann&#233;e ce Klaus T&#246;pfer va faire un speech au Conseil &#339;cum&#233;nique des &#233;glises, une association qui accueille des d&#233;l&#233;gu&#233;s de toutes les &#201;glises chr&#233;tiennes du monde. Il y d&#233;fend ouvertement la doctrine de l'intendance donc on voit bien &#8212; on a quand m&#234;me un haut repr&#233;sentant de l'ONU &#8212; que la neutralit&#233; religieuse de l'&#201;tat est morte, due &#224; la mondialisation de l'environnement, parce qu'on n'imagine pas un ministre fran&#231;ais faire devant l'archev&#234;ch&#233; un discours pareil, c'est impensable, pourtant personne ne semble avoir boug&#233; &#224; l'&#233;poque quand un haut responsable de l'ONU fait l'&#233;quivalent devant une assembl&#233;e religieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et [cette mort de la neutralit&#233; religieuse de l'&#201;tat] &#233;tait &#224; pr&#233;voir en fait parce que l'immense majorit&#233; des gens sont des croyants. Maintenant il y a une &#233;volution g&#233;n&#233;rale &#224; int&#233;grer les conditions &#233;cologiques dans les religions du monde entier et il y a une ONG &#233;co-religieuse qui a jou&#233; un grand r&#244;le dans ce processus, elle s'appelait l'Alliance de la religion et de la conservation, fond&#233;e par le WWF sur une id&#233;e de son pr&#233;sident de l'&#233;poque le duc d'&#201;dimbourg. Et cette association a &#233;t&#233; g&#233;r&#233;e par Martin Palmer qui &#233;tait &#8212; qui est toujours &#8212; un th&#233;ologien britannique. Elle a ferm&#233; ses portes quand le duc et Palmer ont d&#233;cid&#233; que la t&#226;che &#233;tait accomplie, donc que l'ensemble des religions du monde entier avaient pris conscience qu'elles devaient se r&#233;former face &#224; la crise environnementale et l'int&#233;grer dans leurs valeurs. Donc un peu partout dans le monde maintenant c'est fait, il y a des adaptations &#233;co-religieuses dans toutes les religions du monde. Quelques actions continuent comme &#171; la Foi dans la finance &#187;, donc orienter la finance des &#201;glises pour faire quelque chose de plus &#233;cologiste, suivant leurs principes&#8230; mais qui a entendu parler de cette ONG ? Pourtant le WWF tout le monde sait ce que c'est, le duc d'&#201;dimbourg quasiment tout le monde savait qui c'&#233;tait&#8230; C'&#233;tait un de ses fleurons, je pense, cette association, disparue non pas par &#233;chec mais parce que la t&#226;che est accomplie,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ils consid&#232;rent que leur mission est termin&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, d'avoir conscientis&#233; les religions du monde entier sur la n&#233;cessit&#233; d'int&#233;grer un discours &#233;cologiste dans les programmes religieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est en r&#233;alit&#233; faire de l'atteinte &#224; l'environnement &#224; p&#233;ch&#233;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, mais c'est tr&#232;s chr&#233;tien, le p&#233;ch&#233;&#8230; On n'est bien s&#251;r pas oblig&#233; d'adopter les conditions chr&#233;tiennes... Le p&#233;ch&#233; dans l'environnement appara&#238;t d&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 70 chez les &#233;vang&#233;listes am&#233;ricains et il s'est r&#233;pandu maintenant chez les orthodoxes, chez les catholiques, et c'est probl&#233;matique &#233;videmment puisque &#224; la sacralisation du Cr&#233;ateur c'est ajout&#233; la sacralisation de la Cr&#233;ation et donc on ne peut plus &#233;viter le discours religieux dans le domaine politique de l'[environnement], ce n'est plus possible. Pourtant on joue encore &#224; d&#233;fendre une neutralit&#233; religieuse qui maintenant est un &#233;chec, c'est clair&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et c'est devenu dans le langage le plus courant un &#171; &#233;cocide &#187; : on porte atteinte &#224; un &#233;cosyst&#232;me.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cocide &#224; son origine &#8212; j'ai encore vu r&#233;cemment dans un journal &#8212; c'est d&#233;truire les ressources &#233;cologiques d'une population dans un conflit guerrier et puis c'est devenu maintenant une atteinte &#224; l'&#233;cosyst&#232;me &lt;i&gt;lui-m&#234;me&lt;/i&gt; consid&#233;r&#233; comme ayant une valeur intrins&#232;que...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le glissement est int&#233;ressant&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aussi le &#171; dommage environnemental &#187; qui est un concept qui est d&#233;j&#224; dans la l&#233;gislation fran&#231;aise &#8212;pas encore dans la belge mais &#231;a va venir, il y a d&#233;j&#224; eu une d&#233;cision de justice prise en ce sens &#8212; &#231;a veut dire que l&#224; maintenant l'environnement c'est une personne qui peut subir un dommage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant dans le droit civil il fallait toujours qu'il y ait une victime, ce qui est assez logique d'ailleurs&#8230; on change l'environnement, en quoi c'est un dommage si personne n'est atteint dans sa sant&#233; ou dans sa propri&#233;t&#233; ? Maintenant, oui maintenant avec l'&#233;co-th&#233;ologie on a le dommage environnemental, c'est la biocratie en marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et qui &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;parlera&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; au nom de l'&#233;cosyst&#232;me ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah, le clerg&#233; du culte&#8230; Qui va d&#233;finir &#231;a [le dommage environnemental], qui va t&#233;moigner devant les tribunaux, comme expert ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce sont les scientifiques.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pas n'importe lesquels : ceux qui ont un engagement [pour l'environnement]. Et qui va aller en justice ? Les ONG r&#233;clamer des sous &#8212; &#231;a arrive par fois qu'elles re&#231;oivent des sous [des tribunaux].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;O&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;n voit la constitution d'un clerg&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#233;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; qui se revendique l'int&#233;grit&#233; de la &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;N&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ature.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, exactement, de la valeur intrins&#232;que&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et &#233;tant donn&#233; que l'&#234;tre humain ne peut pas vivre sans la modifier &#224; des &#233;chelles diverses &#8212; et plus on est nombreux plus on modifie &#233;videmment &#8212; l'humanit&#233; est coupable en permanence&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;. D'o&#249; l'id&#233;e qu'il faut pr&#233;server 30 % &#8212; l'objectif est 50 % &#8212; 30 % c'est d&#233;j&#224; act&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8230; d'espace vierge.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas vierge : on peut faire du d&#233;veloppement &#8211; non, on ne peut pas en faire, on peut faire de la &lt;i&gt;durabilit&#233;&lt;/i&gt;, pas du d&#233;veloppement durable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;urabilit&#233;&#8230; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Q&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;u&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;elle&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; diff&#233;rence vous fait entre &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;les deux ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durabilit&#233;, c'est d'abord une mauvaise traduction de l'anglais &#171; sustainability &#187;. D&#233;veloppement durable c'est une r&#233;action contre cette id&#233;e&#8230; &#171; Sustainability &#187;, en fait, c'est un masque, c'est une version cosm&#233;tique de ce qu'on a appel&#233; la &#171; croissance z&#233;ro du Club de Rome &#187; ou l'&#233;tat &#233;conomique stationnaire en fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai trouv&#233; dans mes recherches une anecdote qui vaut ce qu'elle vaut mais qui est int&#233;ressante : vous savez qu'il y a eu en 1972 un tr&#232;s c&#233;l&#232;bre livre &#171; Halte &#224; la croissance &#187;, &lt;i&gt;The Limit to Grow&lt;/i&gt; en anglais, qui avait quatre auteurs. On dit parfois &#171; le rapport Meadows &#187; mais il avait deux autres auteurs et le troisi&#232;me c'est J&#248;rgen Randers, un physicien norv&#233;gien qui travaillait au MIT &#8212; qui a fait l'&#233;tude &#8212; et qui &#233;tait aussi un participant enthousiaste au groupe &#171; Sciences et technologies &#187; du Conseil &#339;cum&#233;nique des &#201;glises et en 1974 il y est all&#233; faire une conf&#233;rence pour essayer de vendre sa croissance z&#233;ro. Il s'est heurt&#233; &#224; une lev&#233;e de bouclier des repr&#233;sentants du Tiers-monde qui ont dit : pas question que l'Occident utilise la crise environnementale pour nous emp&#234;cher de nous d&#233;velopper comme vous vous l'avez fait - c'est une constante de toutes les COPS [conf&#233;rences des parties], &#231;a revient toujours ! Alors il a arr&#234;t&#233;, il a fait une pause caf&#233; avec Charles Birch qui &#233;tait un des organisateurs &#8212; qui nous a racont&#233; l'anecdote dans ses M&#233;moires &#8212; Birch &#233;tait tout &#224; la fois un docteur en biologie et un &#233;co-th&#233;ologien [de l'&#233;cole] de Whitehead comme John Cobb et donc il est revenu [&#224; la conf&#233;rence et] il a invent&#233; une formule : une soci&#233;t&#233; &#233;cologiquement et &#233;conomiquement durable donc &#171; sustainable &#187;. D'apr&#232;s Cobb c'est l'origine de la version moderne du mot &#171; sustainable &#187; qui est tr&#232;s ancien en anglais mais c'est de l&#224; que &#231;a viendrait la version &#233;cologiste. Tr&#232;s vite apr&#232;s &#231;a il y a des gens qui ont dit : mais quand m&#234;me on doit pouvoir se d&#233;velopper et donc il y a eu le d&#233;veloppement durable &#8212; sustainable development &#8212; qui a &#233;t&#233; le point 1 de l'ordre de mission donn&#233; par l'ONU &#224; la commission Brundtland qui a d&#233;pos&#233; ses conclusions en 1987, y compris le fait qu'il faut donner plus de pouvoir politique aux scientifiques et aux ONG, parce qu'ils vont faire une &#233;conomie, on le sugg&#232;re dans le rapport, [l'ONU] va faire une &#233;conomie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le paradoxe, en fait, de cette &#233;co-th&#233;ologie et que, sous couvert de th&#233;ologie, de spiritualit&#233;, on donne d'autant plus de pouvoir aux scientifiques.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, oui, mais pas qu'&#224; eux, mais effectivement, c'est une manie des responsables politiques de se cacher toujours derri&#232;re des experts maintenant. Il y a une v&#233;ritable dictature des experts et quand on les &#233;coute les experts, ils disent &#171; mais les politiciens ne nous &#233;coutent pas &#187; &#8212; mais bon &#231;a c'est autre chose&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Donc en fait on va droit vers une sorte de technocratie, de &#171; techno-scientocratie &#187; derri&#232;re des apparences tr&#232;s g&#233;n&#233;reuse et tr&#232;s spirituelle&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a n'est pas si &#233;vident que &#231;a parce que quand on voit la corruption d'une partie de la science par le militantisme, que c'est ceux-l&#224; qui arrivent finalement au pouvoir politique, c'est pas toujours des technocrates. Parfois aussi des gens comme on l'a vu qui ont des positions spirituelles tr&#232;s tr&#232;s oppos&#233;es &#224; certaines visions technocratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des id&#233;ologues en r&#233;alit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui c'est &#231;a, des scientifiques id&#233;ologues comme les Soul&#233;, comme les Ehrenfeld comme les Wilson, comme&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Plus pr&#232;s de nous on a une Greta Thunberg, par exemple, qui n'est ni scientifique ni th&#233;ologienne mais qui a un discours &#224; la fois tr&#232;s religieux et tr&#232;s pro-science : c'est elle qui hurle en permanence &#171; &#233;coutez les scientifiques &#187; et qui a en m&#234;me temps une attitude tr&#232;s militante&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas qu'elle... l&#224; on prend en otage les scientifiques en disant voil&#224; la science dit &#231;a &#187; et souvent c'est des opinions politiques, id&#233;ologiques, spirituelles qui en th&#233;orie ne regardent pas les scientifiques, c'est pas eux qui doivent d&#233;terminer &#231;a&#8230; Certains le font, donc il y a pas que Thunberg qui fait &#231;a&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Non bien s&#251;r mais c'est la plus connue, m&#234;me si elle est un peu en perdre de vitesse ces temps-ci&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, c'est de sa faute, elle se lance dans de la transectionnalit&#233;&#8230; Voil&#224; elle se fait entra&#238;ner. Mais il faut savoir qu'il y a un pr&#233;c&#233;dent : la grande r&#233;union de 92 &#224; Rio qui &#233;tait ouverte par la fille de David Suzuki qui avait 12 ans qui a fait un beau discours qui a &#233;mu aux larmes et puis bon elle a milit&#233; encore, mais n'y a pas eu la focalisation m&#233;diatique comme pour Thunberg&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est la figure de l'innocenc&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;e, l'Agneau&#8230; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; on prend un enfant&#8230; comme les gens qui poussent des landaus dans des manifestations politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ans votre livre vous abordez donc &#233;norm&#233;ment l'&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#233;co-&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;th&#233;ologie, c'est votre sujet, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;mais&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; vous &#234;tes tr&#232;s discret &#224; propos des lobby&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;s&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; scientistes par &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;contre,&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; qui existe&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;nt&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; aussi. &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Je pense&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; par exemple aux OGM : vous &#234;tes tr&#232;s critique envers les critiques, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;et&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; vous avez enti&#232;rement raison, et en m&#234;me temps on vit aussi dans un monde o&#249; il y a des int&#233;r&#234;ts qui sont autres &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;que&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; th&#233;ologique, des int&#233;r&#234;ts industriels et des int&#233;r&#234;ts scientifiques &#233;galement&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les OGM, d'abord la premi&#232;re chose&#8230; ce qui m'irrite c'est le terme OGM lui-m&#234;me, c'est ce que j'appelle un anti-slogan&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est compliqu&#233;&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pas compliqu&#233;, c'est tout simplement qu'il y a pas de d&#233;finition claire, chacun fait sa d&#233;finition comme il veut et donc c'est ce que j'appelle un anti-slogan&#8230; Toute personne qui parvient &#224; relier un concept au mot OGM, eh bien &#231;a va d&#233;nigrer ce concept. Par exemple, il y a les opposants aux vaccins &#224; ARN, il y a des gens qui en font des critiques tr&#232;s valables auxquelles il faut r&#233;pondre et il y en a d'autres dont le seul but c'est de les faire passer pour des OGM parce que comme &#231;a, &#231;a va les d&#233;nigrer tout de suite. Ils ne peuvent pas &#234;tre des OGM parce que suivant la directive 2001.18 qui &#233;tait d'application en Europe, les &#234;tres humains ne sont pas des organismes suivant la loi &#8212; c'est un peu bizarre mais c'est comme &#231;a &#8212; et puis ces vaccins ne sont pas n&#233;s d'un processus de reproduction et en tout cas le l'homme qui a &#231;a en lui c'est pas un processus de reproduction et &#231;a peut pas &#234;tre &#231;a. Maintenant on l&#233;gif&#232;re donc sur un concept qui ne veut rien dire, donc &#231;a c'est d&#233;j&#224; un probl&#232;me et les opposants aux biotechnologie a deux grands groupes. Il y a un groupe spirituel tr&#232;s ancien qui sont les h&#233;ritiers de ceux qui s'opposaient d&#233;j&#224; aux transfusions sanguines et aux vaccins. Tout au d&#233;but, au 19e si&#232;cle il y a eu le docteur Paul Carton qui &#233;tait un spiritualiste et aussi premier mentor de Raoul Lemaire, le premier supporter de l'agriculture biologique fran&#231;aise, et puis maintenant il y a des h&#233;ritiers de cela, qui disent que c'est contre l'harmonie du monde de faire des vaccins, de faire des OGM et tout &#231;a. &#199;a &#233;videmment je le r&#233;fute compl&#232;tement. Puis il y a un autre courant qui s'inqui&#232;te de la main mise des grandes soci&#233;t&#233;s capitalistes sur les vaccins biotechnologies, et peut-&#234;tre n'ont-ils pas tort. On pourrait les calmer en donnant un pouvoir plus grand &#224; l'&#201;tat mais plus personne ne demande &#231;a&#8230; Les lib&#233;raux non, on comprend pourquoi, mais m&#234;me les gens&#8230; m&#234;me les anticapitalistes ne demandent pas qu'on donne &#224; l'&#201;tat un pouvoir sur les biotechnologies. Pourquoi ? Parce qu'il y a une position de fond id&#233;ologique largement spirituelle. Il y a eu d'ailleurs, en France, Jean-Marie Pelt qui &#233;tait un biologiste qui disait ouvertement [son opposition aux OGM] pour des raisons spirituelles. J'ai lu un de ces livres &#8212; apr&#232;s la conclusion de mon livre sinon je l'aurais cit&#233; parce que c'&#233;tait tr&#232;s int&#233;ressant &#8211; c'est quelqu'un qui en France revendique ouvertement la spiritualit&#233; pour s'opposer &#224; des biotechnologies, c'est rare. En g&#233;n&#233;ral on passe par des faux fuyants&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a une critique r&#233;elle des OGM qui me semble beaucoup plus rationnelle.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut critiquer chacun d'entre eux sp&#233;cifiquement. &#199;a doit se faire au cas par cas, dans tandis qu'une critique globale sur quelque chose qu'on ne sait pas d&#233;finir moi je n'en vois pas&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;N&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;on mais partir du principe qu'une manipulation g&#233;n&#233;tique dans un laboratoire n'est peut-&#234;tre ni n&#233;cessaire ni souhaitable et qu'&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;il &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;n'y a aucun d&#233;bat d&#233;mocratique &#224; ce propos.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut voir laquelle. Donc, oui bien s&#251;r, on peut dire &#231;a, mais il faut voir quelle manipulation&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or maintenant on a introduit des &#8212; je n'ai pas lu la derni&#232;re directive europ&#233;enne [sur les OGM] &#8211;- des concepts comme la cis-g&#233;nie et la trans-g&#233;nie qui sont une allusion &#224; la barri&#232;re des esp&#232;ces, qui vient de la Bible qui dit que Dieu a cr&#233;&#233; ces cr&#233;atures selon les esp&#232;ces. C'est de l&#224; que vient cette id&#233;e qu'il existe une barri&#232;re des esp&#232;ces, mais on sait bien que l'&#233;volution prend des zigzags un peu partout depuis Darwin on sait qu'elle n'existe pas cette barri&#232;re des esp&#232;ces, pas de mani&#232;re essentielle !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On a l'impression que votre discours laisse la porte ouverte &#224; absolument toutes les manipulations&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui c'est vrai, c'est in&#233;vitable parce que je dis qu'il faut faire au cas par cas donc comment&#8230; Oui et non, je ne vois pas quel argument global on peut dire contre le principe qu'on fait une manipulation g&#233;n&#233;tique, on en fait plus la nuit des temps&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; d'autres &#233;chelles&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#224; fait &#231;a, c'est absolument, &#231;a, &#224; d'autres &#233;chelles, donc c'est bien l'&#233;chelle de temps qui pose des probl&#232;mes dans les manipulations&#8230; L&#224; on est d'accord, l'ampleur et l'&#233;chelle de temps...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;l y a des mouvement&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;s&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; populaire&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;s,&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; parfois, qui s'oppose&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;nt&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &#224; des &#224; des nouvelles technologies qu'&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ils&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; ne comprennent pas, en fait. &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#199;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;a me fait penser &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;au&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; mouvement antinucl&#233;aire, par exemple, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#224;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; la &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Hague,&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; qui disait &#171; les experts &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;sont venus, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;nous on &#233;tait contre par principe parce qu'on &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;n'&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;avait rien compris. &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;O&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;n &#233;tait contre mais peut-&#234;tre que c'&#233;tait bien ou pas &#187;. &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;E&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;n fait moi j'avais trouv&#233; que c'est c'&#233;tait assez parlant, parce que c'&#233;tait aussi contre le pouvoir des expert&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;s&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, c'&#233;tait quelque chose qui &#233;tait impos&#233; d'en haut. &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#199;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;a &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;aurait &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#233;t&#233; une usine de casserole &#231;a aurait &#233;t&#233; pareil ,mais on &#233;tait contre par principe : on comprend rien donc on est contre et du coup ce rejet des OGM, il y a aussi &#231;a derri&#232;re &#171; vous allez modifier notre vivant on &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ne &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;comprend rien on veut on en veut pas &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une crise cr&#233;dibilit&#233; des experts mais assez paradoxalement elle concerne surtout les techniciens et les technologies dans le grand public et pas la science acad&#233;mique qui a encore un grand prestige &#8212; &#224; mon avis largement g&#226;t&#233; par le militantisme et un jour je pense que &#231;a va quand m&#234;me p&#233;ter quand on verra les exc&#232;s de ce militantisme scientifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Du coup c'est des deux c&#244;t&#233;s : il y a la partie &#171; expert &#187; qui va &#234;tre pro-OGM et la partie &#171; expert &#187; scientifique qui va &#234;tre contre mais les citoyens sont un peu perdus au milieu de tout &#231;a&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi je crois qu'un expert intelligent comprend que OGM, &#231;a veut rien dire et qu'on doit regarder : voil&#224; on a produit une plante pour qu'elle produise son pesticide, &#231;a pose toute une s&#233;rie de probl&#232;mes incontestablement et d'un autre c&#244;t&#233; je parle dans mon livre d'une anecdote : en 2017 il y a eu une grande panique, on part &#224; la chasse aux graines de p&#233;tunias orange. Alors c'est quoi ? C'&#233;tait le r&#233;sultat d'un test commit dans les ann&#233;es 1980, avec les premi&#232;res biotechnologies de l'&#233;poque. Juste un test, mais voil&#224; elle tombe sur le coup de la d&#233;finition des OGM au m&#234;me titre que les plantes plus pr&#233;occupantes qui produisent des pesticides et du coup on d&#233;truit, on fait un autodaf&#233;, et moi &#231;a m'&#233;nerve &#231;a, on est plein obscurantisme, qu'un p&#233;tunia soit orange par une manipulation traditionnelle ou parce que en occurrence on a pris un bout de g&#233;nome du ma&#239;s, on s'en fout, on devrait s'en foutre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je suis pas certain. Je suis beaucoup plus dubitatif sur les pr&#233;tentions de la science &#224; savoir ce qu'elle fait&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah oui, un scientifique conscient sait qu'il ne sait pas ce qu'il fait&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;'est compliqu&#233;, &#224; partir de l&#224;, de donner un blanc-&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;seing&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un discours technophile qui est dangereux &#231;a je vous suis, un discours technophile qui est dangereux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On est d'accord, on se retrouve l&#224;-dessus. Et derri&#232;re en plus, en toile de fond, c'est une chose qui ne r&#233;pond &#233;ventuellement &#224; aucun besoin de la population. C'est-&#224;-dire que les OGM je sais pas trop quel moment les populations ont &#233;t&#233; consult&#233;es et m&#234;me chose &#224; propos du nucl&#233;aire : il y a jamais eu aucune consultation, du moins en France. Donc cela charrie &#224; la fois une r&#233;action visc&#233;rale, une envie de souverainet&#233; et &#224; la fois une m&#233;fiance vis-&#224;-vis d'une chose qu'on ne comprend pas et, au fond,il y a pas grand monde qui comprend. Beaucoup de scientifiques manipulent et ont tr&#232;s tr&#232;s peu de r&#233;flexion &#224; propos de ce qu'ils font. Ce sont des techniciens qui ex&#233;cutent. D&#232;s qu'on peut faire quelque chose, on le fait, en science. Cela nous conduit &#224; des manipulations&#8230; &#192; quel moment on aura l'autorisation de manipuler des &#234;tres humains ? Est-ce que nous avons des objections non religieuses &#224; ce genre de chose ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui bien s&#251;r. &#199;a d&#233;pend aussi quelle manipulation&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ersonnellement je suis contre &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;le fait de &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;manipuler &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;[g&#233;n&#233;tiquement] &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;un &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;f&#339;tus&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; humain je suis pas s&#251;r que nous &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;soyons&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; nombreux &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#224; le vouloir&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis plut&#244;t contre aussi mais &#231;a d&#233;pend quoi, &#231;a d&#233;pend de ce qu'on fait. Mais le coup de g&#233;nie des opposants c'est d'avoir invent&#233; ou r&#233;cup&#233;r&#233; cet anti-slogan OGM parce que personne ne se soucie qu'on cr&#233;e une nouvelle vari&#233;t&#233; de tomates par des m&#233;thodes traditionnelles sans qu'on leur demande leur avis. Il y a d'ailleurs un exemple tr&#232;s tr&#232;s int&#233;ressant dans &lt;i&gt;B&lt;/i&gt;&lt;i&gt;iodiversity&lt;/i&gt; le livre [issu du forum de 1986 pour le marketing duquel a &#233;t&#233; invent&#233; le mot biodiversity], qui &#233;mane de Hugh Iltis, aussi un des grands pionniers de la conservation. Il parle d'une tomate sauvage qui est trouv&#233; par hasard dans les Andes avec un coll&#232;gue, il est envoy&#233; &#224; un laboratoire et le laboratoire &#224; force de manipulations a fait une magnifique tomate beaucoup plus sucr&#233;e parce que la tomate sauvage &#233;tait plus sucr&#233;e que la moyenne, donc ils l'ont combin&#233; avec les anciennes pour avoir une tomate super sucr&#233;e et celle-l&#224; n'est pas consid&#233;r&#233;e comme un OGM. Il a mis 15 ans pour faire &#231;a je crois le gars ! Oui, est-ce tellement bon de manger des tomates plus sucr&#233;es que jadis ? Trop de sucre c'est pas bon non plus, on ne se pose pas la question et personne ne leur reproche d'avoir fait &#231;a et encore maintenant si on fait quelque chose comme &#231;a je ne pense pas qu'il y a grand monde qui va se plaindre du moment que c'est per&#231;u comme naturel. On n'a pas enfreint les lois divines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#224; vous avez tout &#224; fait raiso&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;n, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;il y a un clivage entre&#8230; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;e mot &#171; naturel &#187;, le mot &#171; nature &#187; est investi de toutes les &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;qualit&#233;s, vous &#234;tes&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; tr&#232;s explicite l&#224;-dessus : une chose qui est pr&#233;sent&#233;e comme naturelle va &#234;tre vendue de toutes les mani&#232;res possible et imaginable, &#224; l'inverse une chose &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;pr&#233;sent&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; comme &#171; artificielle &#187; ou &#171; de synth&#232;se &#187; ou &#171; sophistiqu&#233;e &#187; ou d' &#171; origine humaine &#187; attirera imm&#233;diatement la m&#233;fiance&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. B&#233;rard Quentin ; &#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique. Pour une refondation, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;. &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;E&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ffectivement &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;c'est &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;une absurdit&#233; totale l&#224; pour le cou&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;p.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a ouvre la question du sens v&#233;ritable du mot &#171; naturel &#187;. Moi je suis all&#233; dans le Dictionnaire philosophique Lalande qui est tr&#232;s confus mais qui finit par donner 15 antonymes au mot naturel. &#199;a veut dire qu'il y a au moins 15 [sens diff&#233;rents au mot]. Mon pr&#233;f&#233;r&#233; &#224; moi, c'est &#171; surnaturel &#187; : tout ce qui existe est naturel sauf les f&#233;es, les fant&#244;mes et les divinit&#233;s &#8212; auxquelles je ne crois pas personnellement &#8212; donc tout est naturel avec celui-l&#224;. Mais pour la plupart des gens l'antonyme c'est &#171; humain &#187; ou &#171; artificiel &#187;. Alors moi je connais une &#233;picerie o&#249; je demande du lard on me demande : naturel ou fum&#233; ? Pourtant le lard est cuit aussi quand il n'est pas fum&#233; mais bon c'est dans le langage populaire. Quand on &#233;coute il y a des quantit&#233;s de sens &#224; ce mot-l&#224;, c'est vraiment&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;lors que c'est un changement de sens qui est relativement r&#233;cent &#224; l'&#233;chelle de l'histoire parce que si on va jusqu'au &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;XIX&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;e si&#232;cle, &#224; l'&#233;poque la nature n'&#233;tait pas vu&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; du tout de mani&#232;re positive, on fuyait au contraire les milieux naturels qui &#233;tai&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;en&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;t vu&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;s&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; comme &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;malsain.&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;I&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;l y a eu un tournant hygi&#233;niste et puis on a invent&#233; la plage, on a invent&#233; la montagne, on a invent&#233; la &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;N&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ature qui r&#233;pare, le soin &#224; travers les rem&#232;des naturels, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;etc.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou comme je disais on a mis longtemps avant de commencer &#224; a prot&#233;ger les mar&#233;cages et maintenant dans le rapport de la [Cop 15 de la biodiversit&#233; en 2022] il est mis que X % des zones mar&#233;cageuses ont disparu, c'est pr&#233;sent&#233; comme une catastrophe &#231;a. Au XIXe si&#232;cle on &#233;liminait &#231;a pour transformer en zones viables et les Marais pontins &#233;taient une calamit&#233; dans l'Antiquit&#233; &#224; cause des moustiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Zones humides qui sont &#233;mettrices de dioxyde de carbone et de m&#233;thane, d'ailleurs&#8230; Donc l&#224; aussi il y a une contradiction dans le discours &#233;cologique.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui parce qu'ils &#233;mettent des gaz &#224; effet de serre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce discours th&#233;ologien, c'est vraiment pour vous un discours compl&#232;tement hors sol ? C'est-&#224;-dire qu'il n'y a pas de relais, par exemple des paysans qui seraient dans une sorte de religion ?&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a beaucoup d'agriculteurs qui ont un contact spirituel avec leur terre &#231;a c'est certain&#8230; enfin leur m&#233;tier c'est encore de produire de la nourriture. Ils sont parfois tr&#232;s d&#233;sorient&#233;s avec les mesures qui les en privent, qui minent leur t&#226;che...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En fait parler de naturel&#8230; Est-ce qu'il y a une limite ? Parce que par exemple il y a beaucoup de gens qui fantasment sur par exemple les Inuits en disant que c'est quasiment des ressources naturelles&#8230; Est-ce que dans cette th&#233;ologie de l'&#233;cologisme on veut se d&#233;barrasser de tous les humains y compris les autochtones ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non il y a vraiment un culte chez le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de l'ONU c'est tr&#232;s clair&#8230; Ces gens-l&#224; [les peuples autochtones] vont nous montrer la voie. Ils ont tout compris&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est le mythe du Bon Sauvage&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230; dans ce que j'appelais la Bible de la biodiversit&#233;, c'est constamment comme &#231;a&#8230; et alors on vante leurs techniques de m&#233;decine et parfois c'est consulter les anc&#234;tres&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ar contre nos autochtones europ&#233;ens eux, ils ont tout faux&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on est peu autochtone nous, parce qu'il faut vraiment &#234;tre la premi&#232;re population&#8230; c'est &#231;a qu'ils appellent [autochtone] : des gens qui sont vraiment l&#224; depuis le d&#233;but&#8230; &#192; l'ONU, nous on est les h&#233;ritiers de bergers celtes, de soldats romains, de vikings donc on n'est plus autochtone, on est un m&#233;lange&#8230; &#199;a, c'est quand on regarde les d&#233;finitions de l'ONU, c'est ce genre de [chose].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;O&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;n &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;n'est&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; plus pur, en fait&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour &#231;a qu'il y a parfois l'expression &#171; population locale et autochtone &#187; pour faire la diff&#233;rence &#224; l'ONU. Indig&#232;ne ou autochtone c'est pas la m&#234;me chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;n m&#234;me temps c'est tr&#232;s paradoxal parce que durant un mill&#233;naire le discours de l'&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#201;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;glise &#233;ta&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;it&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; au contraire un discours de pr&#233;&#233;minence occidentale vis-&#224;-vis des autres peuples, qui &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;a&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; justifi&#233; les &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;colonisations,&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; les conqu&#234;te&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;s, etc.&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;E&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;t c'&#233;tait aussi un discours qui encourageait les scientifiques &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#224; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;d&#233;couvrir les secrets de la &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;C&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;r&#233;ation justement. &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Alors c'est &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;compliqu&#233;, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;c'est l'&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;histoire de Galil&#233;e, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;l'&#201;glise &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;a &#233;t&#233; aussi un obstacle &#224; la d&#233;couverte scientifique, &#224; l'innovation, &#224; la compr&#233;hension et, en m&#234;me temps, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;c'est&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; Saint-Thomas je crois, l'&#201;glise a encourag&#233; l'investigation du monde naturel. &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;A&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ujourd'hui il y a un retournement complet, en r&#233;alit&#233;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui enfin il ne faut pas sous-estimer&#8230; le Pape a une acad&#233;mie pontificale qui n'est pas nulle d'ailleurs c'est un des rares dignitaires religieux qui ne ferme pas tout &#224; fait la porte aux biotechnologies. Je cite dans mon livre la r&#233;action d'un travailleur chr&#233;tien, travailleur social chr&#233;tien qui est furibard contre le Pape pour le fait qu'il a autoris&#233; des hosties OGM, donc furibard. [&lt;i&gt;rires&lt;/i&gt;] Pourquoi pas ? et donc il y avait des gens notamment, j'ai oubli&#233; son nom l&#224;, qui est all&#233; protester [contre l'interdiction des OGM]&#8230; il y avait un scientifique, Ingo Porticus je crois ou un autre, qui &#233;tait membre de l'Acad&#233;mie pontifical qui d&#233;fendait les biotechnologies&#8230; Donc le pape est &#224; l'&#233;coute de la science, mais &#233;videmment il interpr&#232;te &#231;a aussi dans son [sens].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L&#224; pour le coup c'est une science qui devient vraiment orient&#233;e. &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;J&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;e suis pas s&#251;r qu'il soit qu'il encourage une science qui irait contre les principes de &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;l'&#233;co-th&#233;ologie.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour lui toute esp&#232;ce qui dispara&#238;t c'est une partie du message divin [qui dispara&#238;t]&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Oui mais c&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;e n&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;'est pas le discours d'un scientifique qui serait rigoureux dans sa d&#233;marche&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah non le Pape n'est pas un scientifique, enfin au moins il a une acad&#233;mie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Par rapport &#224; Darwin : est-ce que ce n'est pas en contradiction parce qu'ils veulent la diversit&#233; des esp&#232;ces mais, les religions en g&#233;n&#233;ral, pas l'&#233;volution des esp&#232;ces&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a d&#233;pend. Comme je le mets dans mon livre il y a plusieurs types de cr&#233;ationnisme : le cr&#233;ationnisme de la Jeune Terre, &#231;a c'est le cr&#233;ationnisme le plus obtus : la Bible dit que&#8230;. c'est comme &#231;a, voil&#224; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis il y a un cr&#233;ationnisme &#233;volutionniste&#8230; notamment je recommande le site de &lt;i&gt;Biologos&lt;/i&gt; qui est une soci&#233;t&#233; qui fait &#231;a, qui essaie de combiner [la religion chr&#233;tienne et l'&#233;volution]. &#201;videmment il faut faire des compromis entre la Bible [et l'&#233;volution]. Le fondateur s'appelle Francis Collins c'est un g&#233;n&#233;ticien. Pour la petite histoire pendant l'affaire du Covid il &#233;tait le sup&#233;rieur hi&#233;rarchique d'Antony Fauci. Donc c'est quelqu'un qui est quand m&#234;me de l'establishment qui a cr&#233;&#233; cette soci&#233;t&#233;. Alors on a vu pendant cette affaire un pr&#234;tre italien faire un billet sur ce site de &lt;i&gt;biologos&lt;/i&gt; qui disait que non, le vaccin n'annonce pas l'arriv&#233;e de l'Ant&#233;christ et il n'est pas le produit du diable. Donc apparemment il faut expliquer &#231;a aux Am&#233;ricains !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce n&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;'est pas &#233;vident pour tout le monde&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a beaucoup de critiques qu'on peut faire au vaccin &#233;videmment mais quand m&#234;me un peu plus rationnelles que &#231;a&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel rem&#232;de vous verriez &#224; de mani&#232;re &#224; sortir de cette impasse &#233;co-th&#233;ologique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc c'est la Renaissance humaniste qui doit nous rendre le droit de discuter de l'environnement en termes humains d'abord, le g&#233;rer en termes humains, de mani&#232;re locale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surtout il faut rendre l'environnement &#224; ceux qu'il environne parce que l&#224; on est tout &#224; fait perdu avec des gens dans leurs nuages qui nous gouvernent et des &#233;lus qui ne font plus leur boulot de repr&#233;sentants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et local peu importe hein il ne faut pas&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que vous voyez des gens aujourd'hui, des personnalit&#233;s ou des mouvements, des institutions qui iraient dans le sens d'une &#233;mancipation vis-&#224;-vis de cet &#233;co-th&#233;ologie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vois quantit&#233; de gens comme vous et comme moi je ne vois aucun mouvement&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des gens normaux&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que j'appelle des &#171; hors-castes &#187;, en fait, des gens qui sont pas dans la n&#233;buleuse mondialisante, d&#232;s qu'on met le pied l&#224;-dedans&#8230; Mais il y en a beaucoup&#8230; il y en a plus que ce que je croyais quand j'ai &#233;crit mon livre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez r&#233;alis&#233; des rencontres int&#233;ressantes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui par exemple Christian l'&#233;v&#234;que que vous avez interview&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#171; L'&#233;cologie : science, politique ou id&#233;ologie ? (avec Christian (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais qui est un peu seul lui aussi&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais oui, mais il y a quand m&#234;me beaucoup de gens seuls, quand m&#234;me vous montrez ici un tas de livres &#233;crits par des gens seuls, &#231;a fait beaucoup de gens seuls qui pensent comme &#231;a&#8230; mais il n'y a pas de&#8230; c'est tr&#232;s difficile de faire un mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#199;a veut dire qu'il y a pas d'espace entre ceux qui d&#233;nigrent l'&#233;cologie compl&#232;tement et&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a pas d'espace politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;T&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ous ceux qui d&#233;fendent l'environnement actuellement sont dans la religion ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelque part oui, volontairement ou involontairement, consciemment ou inconsciemment. Je n'ai vu personne en Belgique s'opposer &#224; l'accord de Kunming, donc prot&#233;ger 30 % de la plan&#232;te&#8230; contre quoi ? Contre nous, clairement ! Vivre en harmonie avec la Nature pour 2050&#8230; Il y a quand m&#234;me pas mal de mouvements politiques en Belgique et en France qui se sont oppos&#233;s &#224; cette vision par le pass&#233;, o&#249; sont-ils maintenant ? Il y en a beaucoup qui d&#233;fendent la neutralit&#233; religieuse de l'&#201;tat sans le savoir ou sans vouloir le voir, mais ils l'enfreignent eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;omment vous expliquez une telle r&#233;gression ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah ! Bonne question ! Il y a &#233;videmment la crise environnementale qui est s&#233;rieuse&#8230; Pour moi c'est celle d'un monde dynamique dont la vitesse de changement augmente, c'est tr&#232;s dangereux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On s'est raccroch&#233; &#224; nos vieilles illusions pour r&#233;soudre &#231;a, par le respect et la r&#233;v&#233;rence. Raison pour laquelle je propose une &lt;i&gt;libre pens&#233;e environnementale&lt;/i&gt; sans laquelle on n'arrivera jamais &#224; trouver les solutions qu'il faut pour l'humanit&#233;. Donc cette opposition entre humanisme et &#233;cologie dont j'ai &#233;t&#233; convaincu par David Ehrenfeld. Il y a au moins une personne en Belgique qui l'a affront&#233;, c'est Paul Magnette, le pr&#233;sident du Parti socialiste dans un livre qui s'appelle &#171; La vie large &#187;, dont un point remarquable est que pour d&#233;fendre l'humanisme il dit qu'il faut attaquer la valeur intrins&#232;que. Mais le but de son livre c'est de combiner humanisme et &#233;cologie. Alors comment fait-il ? Et bien traditionnellement, contre le principe de valeurs intrins&#232;que, on oppose des valeurs utilitaires. Comme il est socialiste il rejette les valeurs utilitaires commer&#231;antes des lib&#233;raux et c'est vraiment pas le probl&#232;me. Il d&#233;fend ce qu'on peut appeler des valeurs utilitaires non marchantes, l'esth&#233;tisme, le bien-&#234;tre psychologique et des choses comme &#231;a. Oui mais comment les utilise-t-il pour &#234;tre &#233;cologiste ? Et bien pour conserver la nature ! Donc en faisant &#231;a il fait rentrer la valeur intrins&#232;que par la porte de derri&#232;re. En plus&#8230; dans une vision humanisme il y a aucune raison de ne pas d&#233;fendre des valeurs utilitaires non marchandes de mani&#232;re dynamique et progressiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ar rapport au &#224; l'anarchiste g&#233;ographe &#201;lis&#233;e &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;R&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;eclu, et je pense qu'il y a eu d'autres socialiste&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;s&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; qui &#233;tai&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;en&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;t dans un peu dans l&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; m&#234;me &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;courant d'&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;id&#233;e, qui est consid&#233;r&#233; actuellement comme un pr&#233;curseur de l'&#233;cologisme moderne, lui avait une vision tr&#232;s utilitarisme de la nature : en fait il voyait presque &#231;a comme le repos de l'ouvrier qui &#224; la fin de sa t&#226;che p&#233;nible avait le droit d'avoir un beau paysage devant lui &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;et &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;avait le droit d'aller se balader en for&#234;t et de profiter de la nature en fait.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui &#231;a me fait penser &#224; un cas un peu parall&#232;le qui s'est produit en Inde ou des paysans et des &#171; gens normaux &#187; je dirais, essayaient de lutter contre des grands groupes qui modifiaient le rapport &#224; l'environnement et &#231;a a &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233; comme de l'&#233;cologisme par certains auteurs. Mais je pense que c'est faux : ce sont deux conceptions humanistes qui se battent sur le champ de bataille de l'environnement et chacun veut utiliser l'environnement suivant des philosophies tr&#232;s diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'humanisme c'est pas monolithique, David Ehrenfeld dit qu'il y a autant d'humanismes que d'humanistes. En fait ce n'est pas une chose qu'il faut regretter, qu'il faut repousser, il n'y a pas de v&#233;rit&#233; humaniste universelle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;John Houghton &#233;tait un physicien britannique, n&#233; &#224; Dyserth, Pays-de Galles, en 1931 et mort en 2020 des suites du COVID 19. Fait Sir John en 1993. (&lt;a href=&#034;http://zohriginal.com/personnalit&#233;s/Houghton.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://zohriginal.com/personnalit&#233;s/Houghton.html&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;John Ray (1627-1705) fut un th&#233;ologien et naturaliste anglais. Il fut un des premiers &#224; essayer de d&#233;finir le concept moderne d'esp&#232;ce, pour les plantes du moins&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;The Christian Challenge of Caring for the Earth&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Katharine K. Wilkinson, &lt;i&gt;Between God &amp; Green&lt;/i&gt;,Oxford University Press&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Al Gore, &lt;i&gt;Earth in the Balance&lt;/i&gt;, p256 Earthscan, London, UK, 2007&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;The Historical Roots of Our Ecological Crisis&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Lynn Townsend White, Jr. (1907 &#8211; 1987) &#233;tait un historien m&#233;di&#233;viste calviniste am&#233;ricain (&lt;a href=&#034;http://zohriginal.com/personnalit&#233;s/Lynn%20White.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://zohriginal.com/personnali&#233;s/Lynn White.html&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;AAAS est l'acronyme de American Association for the Advancement of Science&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;LETTRE ENCYCLIQUE LAUDATO SI' DU SAINT-P&#200;RE FRAN&#199;OIS SUR LA SAUVEGARDE DE LA MAISON COMMUNE&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;En 1970, une r&#233;solution sur l'&#233;cologie de la &lt;i&gt;National Association of Evengelicals&lt;/i&gt; mentionne : Aujourd'hui, ceux qui d&#233;truisent sans r&#233;fl&#233;chir l'&#233;quilibre de la nature ordonn&#233;e par Dieu sont coupables de p&#233;ch&#233; contre la Cr&#233;ation de Dieu (Cit&#233; par Katharine K. Wilkinson in &lt;i&gt;Between God &amp; Green&lt;/i&gt;, p16, Oxford University Press)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;John Muir ( 1838-1914) (&lt;a href=&#034;http://zohriginal.com/personnalit&#233;s/muir.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://zohriginal.com/personnalit%C3%A9s/muir.html&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Dennis C. Williams, &lt;i&gt;God's Wilds&lt;/i&gt;, p96,Texas A&amp;M University Press, College Station, 2002&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Dennis C. Williams, &lt;i&gt;God's Wilds&lt;/i&gt;, p190,Texas A&amp;M University Press, College Station, 2002&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://zohriginal.com/personnalit&#233;s/Ehrenfeld.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://zohriginal.com/personnalit&#233;s/Ehrenfeld.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ehrenfeld, &lt;i&gt;The Arrogance of Humanism&lt;/i&gt;, Oxford University Press, 1978&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Biodiversity&lt;/i&gt;. E.O. Wilson, Harvard University, Editor ; National Academy of Sciences/Smithsonian Institution (1988)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Michael Ellman Soul&#233; (1936-2020),biologiste am&#233;ricain n&#233; &#224; San Diego (&lt;a href=&#034;http://zohriginal.com/personnalit&#233;s/Soul&#233;.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://zohriginal.com/personnalit&#233;s/Soul&#233;&lt;/a&gt;.html)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Conservation Biology : Its Scope and Challenge&lt;/i&gt;, in Conservation Biology : An Evolutionary-Ecological perspective, 1980, repris dans Collected Papers of Michael E. Soul&#233;, Island Press, 2014, p19-28&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;What is Conservation Biology ?&lt;/i&gt; 1985, repris dans Collected Papers of Michael E. Soul&#233;, Island Press, 2014, p31-47 - (&lt;a href=&#034;http://zohriginal.com/biologie%20de%20conservation.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://zohriginal.com/biologie de conservation&lt;/a&gt;.html)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;E.O .Wilson, &lt;i&gt;Naturalist&lt;/i&gt;, p42 et suivantes, Naturalist, Island Press 2006 - (&lt;a href=&#034;http://zohriginal.com/personnalit&#233;s/Wilson.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://zohriginal.com/personnalit&#233;s/Wilson.html&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. B&#233;rard Quentin ; &lt;i&gt;&#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique. Pour une refondation&lt;/i&gt;, Libres&amp;Solidaires, 2021, Chap. I : &#171; Survol ethno-historique &#187; pp. 13 &#8212; 29 : &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1168-Elements-d-ecologie-politique&#034;&gt;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1...&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. &lt;i&gt;&#201;l&#233;ment d'&#233;cologie politique, op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Arne Dekke Eide N&#230;ss (1912 &#8211; 2009) &#233;tait un philosophe norv&#233;gien c&#233;l&#232;bre pour avoir invent&#233; le terme &#233;cologie profonde. Sa philosophie environnementale porte aussi le nom d'&#233;cosophie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://zohriginal.com/services%20ecosystemiques.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://zohriginal.com/services &#233;cosystemiques.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Michael Soul&#233;, &lt;i&gt;The Tigress and the Little Girl&lt;/i&gt;, Chapitre 6, 'International Conservation Politics and Programs', mentionn&#233; alors sous presse dans &lt;i&gt;Varieties of Environmentalism&lt;/i&gt;, p89, Ramashandra Guha et Juan Martinez-Alier, Earthscan, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://zohriginal.com/billets/Billet%20cop15.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://zohriginal.com/billets/Billet cop15.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://zohriginal.com/Agriculture%20biologique.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://zohriginal.com/Agriculture biologique.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://zohriginal.com/biodynamie.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://zohriginal.com/biodynamie.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Lord Northbourne (1896-1982), l'un des premiers agriculteurs biodynamiques d'Angleterre et l'inventeur du terme Organic Farming. Il appliqua les id&#233;es de Steiner dans sa propri&#233;t&#233; familiale du Kent. Il fut le premier &#224; inviter Pfeiffer, successeur de Steiner &#224; la t&#234;te de la biodynamie, &#224; donner une conf&#233;rence en Grande-Bretagne. (&lt;a href=&#034;http://zohriginal.com/personnalit&#233;s/northbourne.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://zohriginal.com/personnalit&#233;s/northbourne&lt;/a&gt;.html)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Alfred North Whitehead (1861-1947) f&lt;a href=&#034;http://zohriginal.com/personnalit&#233;s/whitehead.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://zohriginal.com/personnalit&#233;s/whitehead.html&lt;/a&gt;ut un math&#233;maticien et l'un des m&#233;taphysiciens les plus influents du si&#232;cle pass&#233;. L'un des plus ardus aussi. Birch, un disciple, reconna&#238;t que certains aspects de la pens&#233;e de Whitehead sont difficiles &#224; comprendre et d'autres, bien que compr&#233;hensibles, sont difficiles &#224; expliquer. Il nous int&#233;resse ici surtout via l'adaptation que certains th&#233;ologiens (Cobb, Birch) ont fait de sa pens&#233;e. Son chef-d'&#339;uvre est &lt;i&gt;Process and Reality&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Jan Christiaan Smuts (1870-1950) &#233;tait un homme d'&#233;tat sud-africain, g&#233;n&#233;ral et m&#233;taphysicien sud-africain. Il introduit en 1926 le holisme, philosophie contemporaine de celle de Whitehead avec laquelle elle partage certaines affinit&#233;s.(&lt;a href=&#034;http://zohriginal.com/personnalit&#233;s/smuts.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://zohriginal.com/personnalit&#233;s/smuts&lt;/a&gt;.html)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Lady Eve Balfour (1898 -1990), ni&#232;ce de l'ancien premier ministre Arthur J. Balfour. (&lt;a href=&#034;http://zohriginal.com/personnalit&#233;s/balfour.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://zohriginal.com/personnalit&#233;s/balfour.html&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Gerard Wallop, Xe Lord Porstmouth. (&lt;a href=&#034;http://zohriginal.com/personnalit&#233;s/porsmouth.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://zohriginal.com/personnalit&#233;s/porsmouth.html&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. B&#233;rard Quentin ; &lt;i&gt;&#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique. Pour une refondation&lt;/i&gt;, Libres&amp;Solidaires, 2021, Chap. I : &#171; Politiques de la nature et totalitarisme &#187; pp. 153 &#8212;165 : &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1114-Ecologie-politique-effondrement-ecocratie&#034;&gt;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1114-Ecologie-politique-effondrement-ecocratie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Notre avenir &#224; tous - Rapport Brundtland/Chapitre 12 (&lt;a href=&#034;http://zohriginal.com/Brundtland.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://zohriginal.com/Brundtland.html&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. B&#233;rard Quentin ; &lt;i&gt;&#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique. Pour une refondation&lt;/i&gt;, Libres&amp;Solidaires, 2021, Chap. I : &#171; Politiques de la nature et totalitarisme &#187; pp. 153 &#8212;165 : &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1114-Ecologie-politique-effondrement-ecocratie&#034;&gt;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1114-Ecologie-politique-effondrement-ecocratie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. B&#233;rard Quentin ; &lt;i&gt;&#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique. Pour une refondation&lt;/i&gt;, Libres&amp;Solidaires, 2021, Chap. III : &#171; Histoire et contre-histoire de l'id&#233;e de Nature &#187; pp. 75&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. &#171; L'&#233;cologie : science, politique ou id&#233;ologie ? (avec Christian L&#233;v&#234;que) &#187;, Podcast H&#233;r&#233;tiques, d&#233;cembre 2023 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://heretiques.fr/2023/12/01/lecologie-science-politique-ou-ideologie-avec-christian-leveque/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://heretiques.fr/2023/12/01/lecologie-science-politique-ou-ideologie-avec-christian-leveque/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La fin de la chr&#233;tient&#233; et l'inversion ontologique</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?1181-La-fin-de-la-chretiente</link>
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		<dc:date>2024-09-17T12:36:49Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cologisme</dc:subject>
		<dc:subject>Post-modernisme</dc:subject>
		<dc:subject>Primitivisme</dc:subject>
		<dc:subject>Religion</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
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		<dc:subject>Delsol Ch.</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Extrait du chapitre &#171; l'inversion ontologique &#187; du livre de Chantal Delsol &#171; La fin de la chr&#233;tient&#233; &#187;, &#233;ditions du Cerf, pp. 90-108. (...) Croire ou faire croire que si le christianisme s'effondre, tout s'effondre avec lui : c'est une &#226;nerie. Certains courants catholiques radicaux font usage de ce type d'argument, qui ne peut que les affaiblir encore. Cessons de nous croire seuls au monde &#224; pouvoir donner du sens au monde. Le r&#232;gne chr&#233;tien est d&#233;j&#224; remplac&#233; &#8212; ni par le n&#233;ant ni par (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-280-Delsol-Ch-+" rel="tag"&gt;Delsol Ch.&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Extrait du chapitre &#171; l'inversion ontologique &#187; du livre de Chantal Delsol &#171; La fin de la chr&#233;tient&#233; &#187;, &#233;ditions du Cerf, pp. 90-108.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;(...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Croire ou faire croire que si le christianisme
s'effondre, tout s'effondre avec lui : c'est une &#226;nerie. Certains courants catholiques radicaux font
usage de ce type d'argument, qui ne peut que les
affaiblir encore. Cessons de nous croire seuls au
monde &#224; pouvoir donner du sens au monde. Le
r&#232;gne chr&#233;tien est d&#233;j&#224; remplac&#233; &#8212; ni par le n&#233;ant
ni par la temp&#234;te, mais par des formes historiques
bien connues, plus primitives et plus rustiques.
Derri&#232;re la chr&#233;tient&#233; effondr&#233;e ne vient pas le
r&#232;gne du crime, le nihilisme, le mat&#233;rialisme
extr&#234;me : mais plut&#244;t des morales sto&#239;ciennes, le
paganisme, des spiritualit&#233;s de type asiatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Retour du panth&#233;isme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors qu'apr&#232;s la saison r&#233;volutionnaire leur
religion imm&#233;moriale s'enfuit et se d&#233;robe, alors
que leur foi vacille, les Europ&#233;ens ne se satisfont
pas du culte de l'&#202;tre Supr&#234;me. Ils ne deviennent
pas non plus ath&#233;es, solution bien improbable
et r&#233;serv&#233;e &#224; quelques esprits forts. On n'emp&#234;chera pas les humains de chercher &#224; donner un
sens &#224; leur vie et &#224; leur mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;saffection du monoth&#233;isme jud&#233;o-chr&#233;tien entra&#238;ne de nouvelles app&#233;tences pour
les religions orientales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ampleur de la &#171; Querelle du panth&#233;isme &#187;,
au d&#233;but du xix&#176; si&#232;cle, traduit d&#233;j&#224; les interrogations douloureuses qui se pos&#232;rent &#224; propos
de l'abandon par les Lumi&#232;res de la religion
traditionnelle. Allait-on tomber dans le nihilisme ? C'est dans la fameuse lettre &#224; Fichte que
Jacobi emploie ce terme pour la premi&#232;re fois&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;JACOBI, Lettre sur le nihilisme, Paris, Flammarion, 2009.&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.
Jacobi tire les cons&#233;quences du rationalisme des
Lumi&#232;res et montre (d&#233;montre ?) qu'il aboutit &#224;
l'ath&#233;isme, c'est-&#224;-dire au panth&#233;isme. Spinoza
repr&#233;sente alors &#224; la fois le bouc &#233;missaire et une
sorte de mascotte. Il est en tout cas la pr&#233;misse
de ce qui nous advient aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le rationalisme des Lumi&#232;res est dangereux
et ass&#232;che tout, comme le dit Jacobi, ce n'est pas
exactement parce qu'il s'&#233;carte de tout esprit
religieux, de ce &#171; salto mortale &#187; ou saut dans
l'inconnu qui fait la beaut&#233; du choix de Dieu.
Non : si le rationalisme des Lumi&#232;res est dangereux, c'est qu'il r&#233;cuse en m&#234;me temps la foi
religieuse et les traditions et pr&#233;jug&#233;s anciens sur
lesquels une soci&#233;t&#233; se fonde. Bien des peuples
n'ont pas besoin de Dieu pour vivre, prosp&#233;rer et
bien faire. Leurs m&#339;urs, leur &#233;thique s'adossent
&#224; des coutumes, &#224; des traditions, m&#234;me &#224; des
pr&#233;jug&#233;s qui portent leurs convictions morales.
Le rationalisme des Lumi&#232;res efface tout simultan&#233;ment, les traditions et la foi. Il ne laisse
qu'un terrain sec et vierge, o&#249; l'herbe ne
repousse plus. Ainsi vont se d&#233;velopper les courants romantiques, notamment allemands, pr&#234;ts
&#224; retrouver les r&#233;cits et les mythes puisque la foi
s'en est all&#233;e. C'est par refus de la rationalit&#233;
des Lumi&#232;res que l'Allemagne postr&#233;volutionnaire est attir&#233;e par les pens&#233;es asiatiques. Heine
&#233;crit &#171; le panth&#233;isme est la religion cach&#233;e de
l'Allemagne &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le panth&#233;isme asiatique fascine au XIXe si&#232;cle
les esprits fatigu&#233;s par la raison s&#232;che, et
Schopenhauer se disait persuad&#233; que la sagesse
indienne &#233;tait l'avenir de l'Europe :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nos religions ne prennent ni ne prendront racine
dans l'Inde ; la sagesse primitive de la race humaine
ne se laissera pas d&#233;tourner de son cours pour une
aventure arriv&#233;e en Galil&#233;e. Non, mais la sagesse
indienne refluera encore sur l'Europe, et transformera
de fond en comble notre savoir et notre pens&#233;e. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. SCHOPENHAUER, Le monde comme volont&#233; et repr&#233;sentation, IV, 63.&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;poque contemporaine et depuis le
XXe si&#232;cle, l'influence des pens&#233;es asiatiques est
d&#233;cisive chez les Occidentaux. On se souvient
que L&#233;vi-Strauss, &#224; propos du respect bouddhiste pour tous les &#234;tres vivants, en appelait &#224;
l'exemple : &#171; &#192; cet &#233;gard, l'Extr&#234;me-Orient
bouddhiste reste d&#233;positaire de pr&#233;ceptes dont on
souhaiterait que l'humanit&#233; dans son ensemble
continue ou apprenne &#224; s'inspirer. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. L&#201;VY-STRAUSS, conf&#233;rence &#171; Race et culture &#187;, 1971, version &#233;lectronique.&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Philippe
Descola, au d&#233;but de Nature et Culture, appelle
&#224; sortir du dualisme et &#224; &#171; mettre en chantier
une anthropologie moniste &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ph. DESCOLA, Par de-l&#224; nature et culture, Paris, Gallimard, 2005, p. 14.&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les exemples
convergents sont innombrables. Tout indique
une emprise de l'Asie sur le Vieux Continent,
o&#249; se cr&#233;ent des centres bouddhistes. Certes, la
d&#233;saffection du catholicisme, apr&#232;s presque deux
mill&#233;naires de r&#232;gne, provoque une vacance
insupportable qui cherche &#224; &#234;tre combl&#233;e par
de nouvelles croyances &#8212; c'est humain. Mais
plus encore : les offres religieuses asiatiques
correspondent aux aspirations contemporaines.
Elles ne sont pas attach&#233;es &#224; la notion de v&#233;rit&#233;,
d'o&#249; leur syncr&#233;tisme qui appara&#238;t faussement
aux Occidentaux comme de la tol&#233;rance. Elles
attachent une valeur essentielle &#224; la nature et &#224;
tous les vivants, ce qui est une condition d'adh&#233;sion pour l'&#233;cologie incontournable. Elles ne
brandissent aucun dieu, aucun dogme, aucune
obligation. Le fid&#232;le entre l&#224; pour prendre ce
qu'il veut et laisser le reste. L'effort pour &#233;liminer la souffrance ressemble bien &#224; des s&#233;ances de d&#233;veloppement personnel, et c'est bien cela que
nos contemporains viennent chercher dans les religions pl&#233;biscit&#233;es apr&#232;s la fin de la Chr&#233;tient&#233;.
Il y a certes une contradiction entre l'impermanence du moi et le d&#233;veloppement personnel, mais
les nouveaux adeptes ne cherchent pas si loin, ils
qu&#234;tent une pratique davantage qu'une th&#233;orie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cet &#233;gard, les deux proph&#232;tes principaux de ;
notre temps sont Tocqueville et Nietzsche, mais
les proph&#233;ties sont innombrables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un tr&#232;s bref chapitre de La d&#233;mocratie
en Am&#233;rique, Tocqueville constate le succ&#232;s du panth&#233;isme en Occident &#224; son &#233;poque, et affirme
qu'il ne s'agit pas l&#224; d'une mode passag&#232;re, mais d'un processus durable. En effet, le panth&#233;isme
r&#233;pond aux exigences g&#233;n&#233;rales du moment,
et principalement &#224; l'exigence ma&#238;tresse de
l'&#233;poque d&#233;mocratique : l'&#233;galitarisme. Le panth&#233;isme dans le domaine religieux, la d&#233;mocratie dans le domaine politique, consid&#232;rent l'un et l'autre l'humanit&#233; comme une grande masse dont les individus sont les atomes &#233;gaux et faibles. Il n'existe plus de grandes personnalit&#233;s. Toqueville &#233;crit ce texte terrible :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un pareil syst&#232;me [le panth&#233;isme], quoiqu'il
d&#233;truise l'individualit&#233; humaine ou plut&#244;t parce qu'il
la d&#233;truit, aura des charmes secrets pour les hommes
qui vivent dans la d&#233;mocratie. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. DE TOCQUEVILLE, La d&#233;mocratie en Am&#233;rique, I, VI.&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Bergson analysait deux types de morales, la
plus &#233;volu&#233;e &#8212; la morale ouverte &#8212;, s'&#233;tablissant &#224; partir de personnalit&#233;s h&#233;ro&#239;ques servant
de mod&#232;les. Morale la plus &#233;volu&#233;e car &#171; la
v&#233;rit&#233; est qu'il faut passer ici par l'h&#233;ro&#239;sme
pour arriver &#224; l'amour &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. BERGSON, Les deux sources de la morale, Paris, PUF, 1932, p. 51.&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le mod&#232;le peut &#234;tre
J&#233;sus ou Bouddha, dans ce que l'on va appeler
aujourd'hui les religions secondaires. Si l'on
reprend les cat&#233;gories bergsoniennes, l'appel
du panth&#233;isme aujourd'hui est un retour aux
morales closes, sans h&#233;ros, pour lesquelles tous
sont &#233;gaux et suivent la loi du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nietzsche avait pressenti la m&#234;me &#233;volution
quand il &#233;crivait : &#171; Chine europ&#233;enne, avec une
douce croyance bouddhiste-chr&#233;tienne, et dans la
pratique, un savoir-vivre &#233;picurien. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fr. NIETZSCHE, Fragments posthumes 1887-1888, dans &#338;uvres compl&#232;tes, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attrait pour les religions panth&#233;istes ou cosmoth&#233;istes se d&#233;ploie d&#232;s le moindre recul de la
religion monoth&#233;iste. Nous savons que la nature a horreur du vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;cologie comme religion commune&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mise en cause de la rationalit&#233; des Lumi&#232;res
a &#233;t&#233; si loin qu'elle a produit non seulement la
d&#233;fense de la culture historique et coutumi&#232;re
(expression du romantisme du XIXe si&#232;cle), mais
plus loin, la valorisation jusqu'aux extr&#234;mes de
la vie naturelle. La valorisation de la simple vie,
de celle qui ne r&#233;fl&#233;chit ni ne pense. C'est pour
ainsi dire la victoire de la volont&#233; sur l'intelligence, des forces actives et inconscientes sur les
forces pensantes. On voit ce courant se d&#233;velopper au tournant du XIXe et XXe du si&#232;cle. Il h&#233;rite
en partie de Nietzsche. &#192; la suite d'un long
et chaotique parcours, il donnera notamment
naissance au nazisme. C'est pourquoi Ludwig
Klages, peut-&#234;tre le meilleur analyste et inspirateur du vitalisme, fut injustement marginalis&#233;
comme inspirateur du nazisme. Philosophe de
la nature, disparu au milieu du XXe si&#232;cle, il est
probablement l'un des principaux p&#232;res de l'&#233;cologie contemporaine, avec Ivan Illich qui d'ailleurs fut un de ses admirateurs. Klages restitue
&#224; l'&#226;me son sens antique : celle-ci traduit chez
lui non plus une instance immortelle, comme
chez les chr&#233;tiens, mais un principe vital, comme
chez les anciens Romains. Et il d&#233;crit l'histoire
comme un combat entre l'esprit &#8212; la rationalit&#233; &#8212;, et l'&#226;me, le principe vital. On aura compris que
Klages regrette la part trop importante prise par
l'esprit, par la raison, dans la civilisation chr&#233;tienne, et aspire &#224; donner davantage de place &#224;
l'&#226;me, entendue dans ce sens. Toute l'&#339;uvre de
Klages est un hommage &#224; la vie naturelle, un
&#233;loge de la passivit&#233; contre l'activit&#233;, de l'&#234;tre
f&#233;minin contre l'&#234;tre masculin, du dedans contre
le dehors, de la nature contre la culture, de la
r&#233;alit&#233; contre l'aspiration &#224; l'&#233;ternit&#233;. Il oppose,
par exemple, le rythme des choses naturelles (les
Saisons, les cycles biologiques...) et la mesure
dict&#233;e par l'esprit humain. Le rythme est naturel
et la mesure, construite. Le rythme renouvelle,
la mesure reproduit. On le voit ici : la terre elle-m&#234;me a une &#226;me, ce sont ses rythmes battant au
c&#339;ur toujours neuf de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e de Klages repr&#233;sente une vaste mise
en cause de l'activisme occidental : je suis pris et
saisi par la vie, tandis que par l'esprit j'agis dans
le but de dominer le monde. L'esprit europ&#233;en,
dominateur et scientifique, c'est &#171; une attaque
&#233;pouvantable contre la r&#233;alit&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L. KLAGUES, La nature du rythme, 2004, p. 139, Paris, L'Harmattan&#034; id=&#034;nh5-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui exterminera
la vie sur la plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette apologie de l'&#233;lan vital et de l'&#233;ternel
naturel, constitue un fondement de la philosophie
&#233;cologiste. Il faudrait nous laisser aller dans le
mouvement de la nature, qui suffit &#224; tout : l'esprit
demeure, quel que soit son brio, sec et brutalement activiste, tandis que l'&#226;me du monde produit
du toujours-neuf dans la retenue et la simplicit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce d&#233;but du XXIe si&#232;cle, le courant philosophique le plus &#233;tabli, le plus prometteur, est
une forme de cosmoth&#233;isme li&#233; &#224; la d&#233;fense de
la nature. On peut parler aussi de panth&#233;isme ou
de polyth&#233;isme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par exemple M. TARRIER, auteur de Les orphelins de Ga&#239;a (2012), fait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Nos contemporains occidentaux ne croient plus &#224; un au-del&#224; ni &#224; une transcendance. Et s'ils imaginent un autre monde o&#249;
vivre un jour, ce sont les plan&#232;tes lointaines o&#249;
l'on acc&#233;derait en fus&#233;e supersonique. La signification de la vie doit donc se trouver dans cette
vie elle-m&#234;me, et non au-dessus d'elle, o&#249; il n'y
a rien. Le sacr&#233; se trouve ici : dans les paysages,
dans la vie de la terre et chez les humains eux-
m&#234;mes. Au tournant du XXe et du XXIe si&#232;cle, nous
avons chang&#233; de paradigme en faisant un nouveau
choix de compr&#233;hension du monde. Il s'est produit une inversion ontologique. C'est bien de cela
que parle Philippe Descola&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ph. DESCOLA, Par-del&#224; nature et culture.&#034; id=&#034;nh5-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : de pr&#233;f&#233;rences ontologiques nouvelles et de l'apparition en Occident
de nouveaux paradigmes &#8212; une &#171; anthropologie
moniste &#187;, qui se rapproche de l'animisme ancien.
Et il insiste pour dire que la vision du monde de
la chr&#233;tient&#233; &#233;tait une parmi d'autre, un choix
ontologique particulier qui peut ne plus convenir
avec le changement des temps. Pour l'&#233;cologisme
d'aujourd'hui, il n'y a plus de s&#233;paration essentielle entre l'homme et les autres vivants, ni entre
l'homme et la nature enti&#232;re, qu'il habite simplement, sans la dominer d'une quelconque sup&#233;riorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paganisme, cosmique, r&#233;pond aux pr&#233;occupations de l'&#233;cologie. Le moment postmoderne
est pr&#233;occup&#233; de l'espace plus que du temps
parce qu'il a abandonn&#233; les grandes esp&#233;rances
temporelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous le cosmoth&#233;isme, l'homme se sent chez
lui dans le monde, qui repr&#233;sente la seule r&#233;alit&#233;
et qui contient &#224; la fois le sacr&#233; et le profane. Sous
le monoth&#233;isme, l'homme se sent &#233;tranger dans ce
monde immanent et aspire &#224; l'autre monde &#8212; c'est
bien par exemple ce que Nietzsche reprochait
aux chr&#233;tiens. Pour le monoth&#233;iste, ce monde
n'est qu'un s&#233;jour. Pour le cosmoth&#233;iste, il est
une demeure. L'esprit postmoderne est fatigu&#233; de
vivre dans un s&#233;jour ! Il lui faut une demeure bien
&#224; lui, enti&#232;re dans ses significations. Il redevient
cosmoth&#233;iste parce qu'il veut r&#233;int&#233;grer ce monde
comme citoyen &#224; part enti&#232;re, et non plus comme
cet &#171; &#233;tranger domicili&#233; &#187;, ce chr&#233;tien d&#233;crit par
l'anonyme de la Lettre &#224; Diogn&#232;te&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Ils r&#233;sident chacun dans sa propre patrie, mais comme des &#233;trangers (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il veut &#224; pr&#233;sent se trouver &#224; son aise dans le monde immanent
dont il fait partie int&#233;grante, sans avoir besoin de
r&#234;ver ou de tisser ou d'esp&#233;rer un autre monde,
qui le laisse s&#233;par&#233; de lui-m&#234;me. Il veut vivre dans
un monde autosuffisant qui contienne son sens en
lui-m&#234;me &#8212; autrement dit : un monde enchant&#233;,
dont l'enchantement se trouve &#224; l'int&#233;rieur et non
dans un au-del&#224; angoissant et hypoth&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme postmoderne veut abolir les distinctions &#8212; son adjectif favori est &#171; inclusif &#187;. Et
le cosmoth&#233;isme lui convient parce qu'il efface
l'ancien dualisme caract&#233;ristique du jud&#233;o-christianisme. Il exige d'&#233;chapper aux contradictions entre le faux et le vrai, entre Dieu et le
monde, entre la foi et la raison... Au lieu d'exiler
Dieu hors du monde, il le rappelle ici et se r&#233;approprie le sacr&#233;. Pour Odo Marquard, philosophe
allemand contemporain marqu&#233; par le sinistre
XXe si&#232;cle, l'essoufflement du monoth&#233;isme ouvre
une chance au polyth&#233;isme de revenir au-devant
de la sc&#232;ne, &#224; travers le retour des mythes pluriels&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;O. MARQUARD, &#171; &#201;loge du polyth&#233;isme &#187;, Centre S&#232;vres, Archives de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ici le retour au polyth&#233;isme est d&#233;crit
comme un affranchissement de la v&#233;rit&#233; exclusive, une libert&#233; enti&#232;re donn&#233;e au r&#232;gne des
r&#233;cits, et la fin de l'eschatologie du salut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, le cosmoth&#233;isme s'inscrirait au terme
actuel de ce processus historique : il y aurait
eu le r&#232;gne de Dieu, puis le r&#232;gne de l'homme,
enfin le r&#232;gne de la nature. Sinon que ce terme
est en m&#234;me temps un retour &#224; l'origine : car
avant le r&#232;gne de Dieu, il y a eu, d&#233;j&#224;, le r&#232;gne
de la nature. &#201;videmment, nous ne serons pas
animistes de la m&#234;me mani&#232;re que nos lointains
anc&#234;tres, parce que notre histoire n'est pas la
leur. Mais il nous faut faire au moins l'effort de
ce qu'Alain Caill&#233; appelle &#171; l'animisme m&#233;thodologique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. CAILL&#201;, Extension du domaine du don, Arles, Actes Sud, 2019, p. 152.&#034; id=&#034;nh5-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : ici encore, la finalit&#233; n&#233;gative est
mise en avant, le but est de se d&#233;barrasser de
l'hubris occidentale, et pour cela il faut se d&#233;faire
de la sup&#233;riorit&#233; de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cologie aujourd'hui est une religion, une
croyance. &#171; Croyance &#187; : non que le probl&#232;me
&#233;cologique actuel ne doive pas &#234;tre consid&#233;r&#233;
comme scientifiquement d&#233;montr&#233; ; mais parce
que ces certitudes scientifiques concernant le climat et l'&#233;cologie produisent des convictions et des
certitudes irrationnelles, en r&#233;alit&#233; des croyances
religieuses, nanties de toutes les manifestations de
la religion. Aujourd'hui, l'&#233;cologie est devenue
une liturgie : il est impossible d'omettre la question, d'une mani&#232;re ou d'une autre, dans n'importe quel discours ou fragment de discours. C'est
un cat&#233;chisme : on l'apprend aux enfants d&#232;s la
Maternelle et de fa&#231;on r&#233;p&#233;titive, pour leur faire
acqu&#233;rir les bonnes habitudes de penser et d'agir.
C'est un dogme consensuel &#8212; celui qui pose des
questions &#224; son sujet, qui l&#232;ve le moindre doute, est
consid&#233;r&#233; comme un fou ou un malfaisant. Mais
surtout, et c'est l&#224; le signe patent d'une croyance
vigoureuse et certainement pas d'une science
rationnelle : la passion pour la nature fait accepter
tout ce qui &#233;tait r&#233;cus&#233; par l'individualisme tout-puissant &#8212; la responsabilit&#233; personnelle, la dette
impos&#233;e envers les descendants, les devoirs envers
la communaut&#233;. C'est donc au nom de cette religion immanente et pa&#239;enne, que nous r&#233;int&#233;grons
toutes les dimensions indispensables de l'existence, qui auparavant &#233;taient prises en compte et
cultiv&#233;es par le christianisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de la n&#233;cessaire protection de l'environnement trop longtemps n&#233;glig&#233; par l'&#226;ge
industriel, la pens&#233;e &#233;cologique d&#233;veloppe une
v&#233;ritable philosophie de la vie. Elle ne demeure
pas au niveau de la d&#233;fense de l'environnement. Il y a une raison bien pr&#233;cise &#224; cela. Nous
avons toute une tradition chr&#233;tienne de d&#233;fense
de la nature, depuis saint Fran&#231;ois ou sainte
Hildegarde de Bingen jusqu'&#224;, de nos jours,
Gustave Thibon. Dans ce cas, la nature est consid&#233;r&#233;e comme une cr&#233;ation divine et prot&#233;g&#233;e &#224; ce
titre &#8212; la d&#233;fense de la nature s'inscrit dans la foi
en la transcendance et dans un humanisme qui
place l'homme au centre. On parle alors d'environnement, et la nature ne saurait &#234;tre divinis&#233;e, puisque le divin est ailleurs. Alors que
la Chr&#233;tient&#233; s'est effac&#233;e, et la transcendance
avec elle, il est in&#233;vitable que du sacr&#233; resurgisse sous une forme ou sous une autre. Il faut
rappeler que la sacralisation de la nature constitue le socle religieux le plus primitif et le plus
rudimentaire, celui qui vient pour ainsi dire tout
seul, et dans n'importe quelle soci&#233;t&#233; humaine.
Alors m&#234;me que la d&#233;fense de l'environnement
s'&#233;tablit comme un pressant et &#233;vident devoir, la
nature se voit alors sacralis&#233;e &#8212; c'est-&#224;-dire mise
de c&#244;t&#233;, &#233;tablie au-dessus, rendue inviolable. La
nouvelle religion &#233;cologique est une forme de
panth&#233;isme postmoderne. La nature devient l'objet d'un culte, plus ou moins av&#233;r&#233;. La terre-m&#232;re
devient une sorte de d&#233;esse pa&#239;enne, et pas seulement chez les indig&#233;nistes boliviens, chez les
Europ&#233;ens aussi. &#192; ce point que le pape Fran&#231;ois
parle aujourd'hui de &#171; notre m&#232;re la terre &#187;, dans
un sens chr&#233;tien bien entendu, mais en laissant
ouverte l'&#233;quivoque qui permet le lien avec les
croyances contemporaines. Nos contemporains
d&#233;fendent sous toutes ses formes la nature d&#233;natur&#233;e par l'homme, mais aussi ils embrassent les
arbres. Nous sommes &#224; un stade o&#249;, dans le vaste
champ ouvert par l'effacement du christianisme,
de nouvelles croyances h&#233;sitent et tremblent : et
surtout, le panth&#233;isme qui traduit la d&#233;fense de
l'environnement en religion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chr&#233;tiens d'aujourd'hui, affol&#233;s devant la
chute de leur influence, ont tendance &#224; pr&#233;tendre
que toute morale va dispara&#238;tre avec l'effacement
du monoth&#233;isme. C'est m&#233;conna&#238;tre l'histoire. Les
morales et les religions ne naissent pas de pair,
et ce ne sont pas les religions qui engendrent les
morales, jusqu'au jud&#233;o-christianisme. Dans les
mondes anciens, polyth&#233;istes, la morale vient de
la soci&#233;t&#233; et elle a une origine tout humaine : issue
des coutumes, des traditions. La religion est d'un
autre ordre. Les dieux r&#233;clament des sacrifices et
suscitent des rites. Les normes morales r&#233;clament
ob&#233;issance. Chez les peuples polyth&#233;istes, c'est
l'&#201;tat qui est gardien de la morale. Incroyable,
et nouveau, le spectacle de Mo&#239;se descendant
de la montagne avec les tables de la Loi : ici
pour la premi&#232;re fois, la morale vient de Dieu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. ASSMANN, Le prix du monoth&#233;isme, p. 84 s.&#034; id=&#034;nh5-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.
Les Juifs vont ainsi cr&#233;er des th&#233;ocraties, encore
aujourd'hui en Isra&#235;l. Chez les chr&#233;tiens, soumis
&#224; l'imp&#233;ratif de la s&#233;paration des glaives, l'&#201;glise,
d&#232;s le IVe si&#232;cle, devient l'inspiratrice de la norme,
et gardienne de la morale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au tournant du XXIe si&#232;cle, l'&#201;glise abandonne
son r&#244;le de gardien des normes morales et ce dernier revient d&#233;sormais &#224; l'Etat. La multiplicit&#233;
des croyances morales et religieuses qui habitent
nos pays &#8212; bien visibles &#224; travers la diversit&#233;
repr&#233;sent&#233;e dans les Comit&#233;s d'&#233;thique &#8212; conduit
n&#233;cessairement &#224; amplifier le r&#244;le du pouvoir politique. Celui-ci, repr&#233;sent&#233; par ses &#233;lites aussi bien
sachantes qu'agissantes, redevient le gardien de
la morale qu'il &#233;tait avant la longue p&#233;riode de
Chr&#233;tient&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Occidentaux ne veulent plus que cette
tutelle soit assur&#233;e par les religions, par les
clercs. Ils pr&#233;f&#232;rent cette instance neutre qu'est
l'&#201;tat, les &#233;lites institutionnelles ou d'influence.
C'est pourquoi aujourd'hui, le courant dominant
officiel s'adjuge le droit de prot&#233;ger la morale
et d'en emp&#234;cher les &#233;carts, d'ostraciser les
d&#233;viants. Les animateurs de plateaux de t&#233;l&#233;vision sont les sentinelles et parfois les cerb&#232;res de
la morale commune. Pas forc&#233;ment les producteurs, car la morale vient de nombre de sources,
mais les sentinelles, ceux qui en surveillent
l'ex&#233;cution. Ils ont rev&#234;tu le r&#244;le que jouaient les
&#233;v&#234;ques il y a encore un demi-si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Occidentaux d'aujourd'hui qui rejoignent
des spiritualit&#233;s ou des religions orientales comme
le bouddhisme, n'adoptent pas leurs morales mais
seulement leur spiritualit&#233; (qu'ils identifient sou-
vent au d&#233;veloppement personnel). Leur morale
vient de l'&#201;tat, comme chez les anciens pa&#239;ens,
dont les dieux exigeaient des rites et des sacrifices, mais dont seul l'&#201;tat exigeait la justice. La
religion de l'&#233;cologie exige elle aussi des rites et
des sacrifices &#8212; tri des d&#233;chets, surveillance carbone et souci de la terre, dont nos informations
sont satur&#233;es. Mais nos &#233;lites, gouvernantes ou
influentes, disent la morale, suscitent des lois correspondantes et ostracisent les mauvais sujets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; provient et comment se forme la morale dans les temps post-Chr&#233;tient&#233; ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;JACOBI, &lt;i&gt;Lettre sur le nihilisme&lt;/i&gt;, Paris, Flammarion, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;A. SCHOPENHAUER, &lt;i&gt;Le monde comme volont&#233; et repr&#233;sentation&lt;/i&gt;, IV, 63.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. L&#201;VY-STRAUSS, conf&#233;rence &#171; Race et culture &#187;, 1971,
version &#233;lectronique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ph. DESCOLA, &lt;i&gt;Par de-l&#224; nature et culture&lt;/i&gt;, Paris,
Gallimard, 2005, p. 14.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;A. DE TOCQUEVILLE, &lt;i&gt;La d&#233;mocratie en Am&#233;rique&lt;/i&gt;, I, VI.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;H. BERGSON, &lt;i&gt;Les deux sources de la morale&lt;/i&gt;, Paris, PUF,
1932, p. 51.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Fr. NIETZSCHE, &lt;i&gt;Fragments posthumes &lt;/i&gt; 1887-1888, dans
&lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Gallimard, 1986, p. 86.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;L. KLAGUES, &lt;i&gt;La nature du rythme&lt;/i&gt;,
2004, p. 139, Paris, L'Harmattan&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Par exemple M. TARRIER, auteur de &lt;i&gt;Les orphelins de
Ga&#239;a&lt;/i&gt; (2012), fait l'apologie du panth&#233;isme et du polyth&#233;isme,
voir le site &lt;i&gt;Agora Vox&lt;/i&gt; mercredi 4 janvier 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ph. DESCOLA, &lt;i&gt;Par-del&#224; nature et culture.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Ils r&#233;sident chacun dans sa propre patrie, mais comme
des &#233;trangers domicili&#233;s. Ils s'acquittent de tous leurs devoirs
de citoyens, et supportent toutes les charges comme des &#233;trangers. Toute terre &#233;trang&#232;re leur est une patrie et toute patrie
une terre &#233;trang&#232;re &#187;, V, 5.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;O. MARQUARD, &#171; &#201;loge du polyth&#233;isme &#187;, Centre
S&#232;vres, &lt;i&gt;Archives de Philosophie&lt;/i&gt;, 2017/3.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;A. CAILL&#201;, &lt;i&gt;Extension du domaine du don&lt;/i&gt;, Arles, Actes
Sud, 2019, p. 152.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;J. ASSMANN, &lt;i&gt;Le prix du monoth&#233;isme&lt;/i&gt;, p. 84 s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> &#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique : survol ethno-historique (2/2)</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?1184-Elements-d-ecologie-politique</link>
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		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>B&#233;rard Quentin</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Seconde partie du chapitre I &#171; Survol ethno-historique &#187; du livre &#171; &#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique. Pour une refondation &#187; (Libres&amp;Solidaires, 2021), pp. 13 &#8212; 29. Pr&#233;sentation et liens disponibles ici &#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique &#8212; Pour une refondation Sommaire : Introduction I &#8211; Survol ethno-historique &#8212; ci-dessous... II &#8211; Nature humaine et humaines natures III &#8211; Histoire et contre-histoire de l'id&#233;e de Nature IV &#8211; Sources sociales-historiques de l'&#233;cologie politique V &#8211; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-76-L-ecologie-politique-contre-l-" rel="directory"&gt;L'&#233;cologie politique contre l'&#233;cologisme&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-283-Berard-Quentin-+" rel="tag"&gt;B&#233;rard Quentin&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/eepcouv-5.jpg?1725516343' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Seconde partie du chapitre I &#171; Survol ethno-historique &#187; du livre &#171; &#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique. Pour une refondation &#187; (Libres&amp;Solidaires, 2021), pp. 13 &#8212; 29.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1073-Parution-Elements-d-ecologie-politique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;sentation et liens disponibles ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_ombre&#034;&gt;&lt;figure class='spip_document_1238 spip_documents spip_documents_center' style=&#034;max-width:300px;&#034; data-w=&#034;300&#034;&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?-100-Brochures-' class=&#034;spip_in&#034; arial-label=&#034;&#034;&gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:150.09380863039%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/jpg/009576387_1_.jpg&amp;taille=300&amp;1771799851' alt='' data-src='IMG/jpg/009576387_1_.jpg' data-l='533' data-h='800' data-tailles='[\&#034;300\&#034;]' class='image_responsive avec_picturefill' srcset='index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/009576387_1_.jpg&amp;#38;taille=300&amp;#38;1771799851 1x,index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/009576387_1_.jpg&amp;#38;taille=533&amp;#38;1771799851 2x' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique &#8212; Pour une refondation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sommaire :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1085-Introduction-Elements-d-ecologie-politique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;I &#8211; Survol ethno-historique &#8212; ci-dessous...&lt;/strong&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; II &#8211; Nature humaine et humaines natures&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; III &#8211; Histoire et contre-histoire de l'id&#233;e de Nature&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; IV &#8211; Sources sociales-historiques de l'&#233;cologie politique&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; V &#8211; Politiques de la nature et totalitarisme (&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1114-Ecologie-politique-effondrement-ecocratie' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;premi&#232;re partie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; VI &#8211; Vers une philosophie de la nature ? (&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1103-Ecologie-politique-Vers-une-philosophie-de-la-nature' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;premi&#232;re partie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#201;l&#233;ments de conclusion&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1088-Elements-d-ecologie-politique-resumes' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Annexes : R&#233;sum&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1073-Parution-Elements-d-ecologie-politique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Quatri&#232;me de couverture&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1168-Elements-d-ecologie-politique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Voir la premi&#232;re partie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3 &#8211; L'agriculture historique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;J'aborde une &#233;poque plus famili&#232;re, caract&#233;ris&#233;e par la g&#233;n&#233;ralisation de l'&#233;criture, de l'urbanisation et de l'extraction de minerais &#8211; des &#201;tats, aussi. J'englobe donc abusivement toute la p&#233;riode qui qui suit, &#224; la louche, jusqu'&#224; l'an mille de notre &#232;re, c'est-&#224;-dire jusqu'&#224; la naissance de l'Occident. Le saut est &#233;norme &#8211; bien moindre n&#233;anmoins que ceux que l'on vient de voir &#8211; mais je trace &#224; grands traits et je pense que ce d&#233;coupage a du sens du point de vue que j'adopte ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cr&#233;ations de paysages agro&#233;cologiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'&#233;poque de l'agriculture &#171; typique &#187; telle qu'on se la repr&#233;sente, s&#233;dentaire, sp&#233;cialis&#233;e, avec des terrains en couronne autour de villages et de villes, regroup&#233;s ou non en tribus, en cit&#233;s-&#201;tats, en royaumes, en empires. Il y a presque une infinit&#233; de variations de syst&#232;mes agraires, avec des associations et des articulations presque infinies entre &#233;levage, culture, arboriculture, chasse, p&#234;che et cueillette, chacun trouvant un moyen de fertilisation original &#8211; la jach&#232;re, par exemple, ou l'auto-fertilisation de la rizi&#232;re &#224; l'origine de la pr&#233;coce croissance d&#233;mographique asiatique pour Fernand Braudel, ou les cultures &#233;tag&#233;es d&#233;crites par Pline l'Ancien ou encore, plus connu, les d&#233;p&#244;ts de limon des crues du Nil, etc. C'est aussi, &#224; partir des grandes concentrations d&#233;mographiques, l'&#233;poque des empires hydro-agricoles dont nous reparlerons, le &#171; mode de production asiatique &#187; de Karl August Wittfogel, avec une agriculture structur&#233;e autour d'un bassin versant et des syst&#232;mes d'irrigation/fertilisation tr&#232;s &#233;labor&#233;s n&#233;cessitant un pouvoir centralis&#233; : c'est, classiquement, l'Empire pharaonique tout le long du Nil, mais aussi dans la vall&#233;e de l'Indus, entre le Tigre et l'Euphrate, l'Empire inca, d'Angkor ou des Han, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes l&#224; en continuit&#233; avec les ph&#233;nom&#232;nes d&#233;crits pr&#233;c&#233;demment : d'abord la poursuite des domestications animales et v&#233;g&#233;tales, mais aussi, de mani&#232;re plus marqu&#233;e, la cr&#233;ation de zones absolument in&#233;dites &#233;cologiquement parlant, aux fonctions &#233;cologiques nouvelles : pr&#233;s, champs, bassins et lacs, terrasses, digues, landes, enclos, ports, jach&#232;res, rizi&#232;res, taillis, estives, &#233;tangs, carri&#232;res, canaux, etc., et, bien s&#251;r, milieux urbains concentr&#233;s ou parsem&#233;s. Les soci&#233;t&#233;s humaines font s'&#233;panouir un oxymore : une &lt;i&gt;nature artificielle&lt;/i&gt; &#233;tendue &#224; des &#233;cosyst&#232;mes entiers englobant montagnes et vall&#233;es, estuaires, plaines, rivi&#232;res, littoraux, plateaux, berges, etc. L'&#234;tre humain se met &#224; cr&#233;er non seulement des esp&#232;ces et des milieux, mais des paysages d'une richesse et d'une diversit&#233; presque infinies, r&#233;gul&#233;es selon des normes particuli&#232;rement subtiles et presque immanquablement religieuses : exemples entre mille, le caract&#232;re quasi sacr&#233; des troupeaux chez les Nuer d'Edward Evans-Pritchard, ou des vaches dans l'hindouisme, les for&#234;ts ou lieux sacr&#233;s au Japon ou en Afrique, etc. Toutes les images que vous avez en t&#234;te des diff&#233;rents milieux terrestres de notre plan&#232;te, tous plus ou moins paradisiaques et que vous ne voudriez voir dispara&#238;tre pour rien au monde, sont, largement, le r&#233;sultat de l'activit&#233; humaine. Tout cela est sous-tendu par une recherche de ma&#238;trise du renouvellement de la fertilit&#233; &#8211; v&#233;ritable quadrature du cercle de l'humanit&#233; s&#233;dentaire post-n&#233;olithique &#8211; et des facteurs abiotiques, principalement l'eau, d'o&#249; canaux d'irrigation, aqueducs, sources, bassins de r&#233;tention, drains, syst&#232;mes de r&#233;gulation, puits, rigoles, baissi&#232;res, anticipation des crues et de la pluviom&#233;trie, etc. Il s'agit l&#224; de la gestion &#224; plus ou moins grande &#233;chelle des ressources naturelles les plus vitales, des &lt;i&gt;inputs&lt;/i&gt; de l'&#233;cosyst&#232;me approfondissant l'interp&#233;n&#233;tration entre les soci&#233;t&#233;s et leur environnement et la recherche de ma&#238;trise des unes sur les autres : les soci&#233;t&#233;s humaines &lt;i&gt;se font nature&lt;/i&gt;, en quelque sorte, et redoublent de puissance r&#233;elle et fantasmatique. Je ne peux pas aborder ici la question, fondamentale, de l'interd&#233;pendance de tous ces syst&#232;mes agro&#233;cologiques avec l'organisation sociale et mythologique, ni du d&#233;terminisme qui relierait les uns aux autres &#8211; l'&#233;mergence de l'&#201;tat imp&#233;rial &#171; despotique &#187; ou au contraire des d&#233;mocraties antiques, des huertas de Casamance &#224; la Gr&#232;ce antique des petits producteurs : notons seulement qu'&#224; la &lt;i&gt;diversit&#233; agro&#233;cologique&lt;/i&gt; cr&#233;&#233;e correspond la &lt;i&gt;diversit&#233; culturelle&lt;/i&gt;, et r&#233;ciproquement &#8211; &lt;i&gt;pays, paysages, paysans&lt;/i&gt; comme disent les agronomes, la disparition des uns entra&#238;nant celle des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, corollairement, les effondrements civilisationnels, qui semblent tous plus ou moins impliquer des facteurs &#233;cologiques, sont fr&#233;quents : les cas de l'&#238;le de P&#226;ques ou des Mayas sont connus et discut&#233;s, moins ceux des Vikings au Groenland ou le r&#244;le des &#233;pid&#233;mies et du climat &#224; propos de l'Empire romain. Il y aurait aussi cette &#171; temp&#234;te parfaite &#187; (&lt;i&gt;perfect storm&lt;/i&gt;) de la fin de l'&#226;ge du bronze, parfaitement d&#233;crite par Eric H. Cline et dont la ressemblance avec notre situation est troublante&#8230; Il y a l&#224; beaucoup de choses &#224; dire, que nous aborderons plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;vastations &#233;cologiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car, bien entendu, cette p&#233;riode &#171; classique &#187; est aussi celle des destructions &#233;cologiques. Il existe un biais du fait que nous en avons parfois des traces &#233;crites et pas seulement des indices arch&#233;ologiques, mais nous avons devant nous un tableau &#171; plein de bruit et de fureur &#187; : rien des d&#233;vastations des &#233;poques pr&#233;c&#233;dentes n'y manque, et tout semble plut&#244;t s'acc&#233;l&#233;rer. Depuis au moins Henry Fairfield Osborn en 1949, tous les &#233;cologistes s&#233;rieux y font r&#233;f&#233;rence, Jean Dorst comme Jean-Paul Del&#233;age.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;forestation semble arriver &#224; son paroxysme. Ce sont ainsi toutes les for&#234;ts du bassin m&#233;diterran&#233;en qui sont ravag&#233;es par tous les peuples qui s'y sont succ&#233;d&#233; : Sum&#233;riens, Babyloniens, &#201;gyptiens, Perses, Ph&#233;niciens, Grecs, Romains, Byzantins puis Arabes d&#233;boisent syst&#233;matiquement, d'est en ouest, d&#233;nudant les sols, entra&#238;nant ravinements et &#233;rosions, r&#233;duisant les nappes phr&#233;atiques, acc&#233;l&#233;rant le dess&#232;chement ; les r&#233;cits antiques sont saisissants. La garrigue et le maquis, milieux si subtils aujourd'hui, en sont une des cicatrices. Ces ph&#233;nom&#232;nes se r&#233;p&#232;tent au fil des si&#232;cles, provoqu&#233;s tant&#244;t par la conqu&#234;te musulmane du Maghreb, ou les essors d&#233;mographiques chinois jusqu'au XVIe si&#232;cle et europ&#233;en entre les XIe et XIVe si&#232;cles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces d&#233;frichements ruinent &#233;videmment la fertilit&#233; des terres, voire les polluent par les &#233;manations et r&#233;sidus des industries m&#233;tallurgiques en plein essor, occasionnant p&#233;nuries, disettes, famines, guerres, &#233;pid&#233;mies, migrations, effondrements ou basculements g&#233;opolitiques lorsqu'une r&#233;gion enti&#232;re devient st&#233;rile, &#224; l'instar de la fin de ce &#171; carrefour du monde &#187;, comme l'appelait A. J. Toynbee, qu'avait &#233;t&#233; le bassin m&#233;sopotamien jusqu'au Xe si&#232;cle, ou le d&#233;clin du Nord de la Chine de la dynastie Tang au profit du Sud de celle des Song vers la m&#234;me &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi la g&#233;n&#233;ralisation des &#233;pid&#233;mies de peste, de variole, de syphilis, etc. Et, bien s&#251;r, la poursuite &#224; des &#233;chelles encore inconnues des migrations, colonisations, guerres, massacres de masse, exterminations, ethnocides, g&#233;nocides. Permettez-moi de m'arr&#234;ter un instant sur ces derniers que l'on croirait, &#224; en croire la rumeur publique, r&#233;cemment invent&#233;s et dont le paradigme serait le g&#233;nocide des juifs men&#233; par les nazis. Il ne s'agit pas de diminuer la singularit&#233; de ce dernier, mais celle-ci r&#233;siderait plut&#244;t dans son contexte, son mode op&#233;ratoire (bri&#232;vement : la rationalisation scientifique et technique de l'horreur au c&#339;ur de l'Europe civilis&#233;e) et ses cons&#233;quences anthropologiques que dans son ampleur, d&#233;risoire au regard de l'histoire. Il semblerait que le plus grand g&#233;nocide de l'humanit&#233; soit celui, m&#233;connu, perp&#233;tr&#233; aux portes indiennes de la r&#233;gion afghano-pakistanaise, lors de la conqu&#234;te musulmane des XIe-XIIe si&#232;cles, o&#249; il se serait agi (mais tous les massacreurs ne consignent pas leur comptabilit&#233; macabre) de dizaines, voire de pr&#232;s d'une centaine de millions de morts &#8211; pour une population mondiale qui plafonnait &#224; l'&#233;poque autour de 400 millions d'&#226;mes&#8230; Les proportions pourraient &#234;tre les m&#234;mes pour la conqu&#234;te de la Chine par les Mongols, deux si&#232;cles plus tard&#8230; Rien &#224; envier, donc, de ce point de vue-l&#224;, aux atrocit&#233;s du XXe si&#232;cle, et en premier lieu du mao&#239;sme avec ses 60 millions de morts, deux fois plus que le stalinisme&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire, tout autant que la proto- ou la pr&#233;histoire, pr&#233;sente donc &#233;galement cette d&#233;routante t&#234;te de Janus &#233;cologique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;4 &#8211; La modernit&#233; occidentale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;J'aborde enfin nos contr&#233;es plus habituelles, g&#233;ographiques et temporelles : je serai donc plus rapide, d'autant que c'est cet Occident qui va essentiellement nous retenir pendant la plupart des prochaines s&#233;ances. Et ce non par ethnocentrisme mais parce qu'il y a l&#224; la naissance d'une civilisation bien plus diff&#233;rente de toutes celles qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;e que celles-ci diff&#233;raient entre elles, y compris d'un point de vue &#233;cologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Occident et ses ravages&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sortir du Moyen &#194;ge, il y a cette r&#233;volution des XIe-XIIIe si&#232;cles qui est aussi largement agricole, symbolis&#233;e par la g&#233;n&#233;ralisation de la charrue, et plus tard le remplacement de la jach&#232;re par des cultures fourrag&#232;res &#8211; red&#233;couverte d'un vieux principe d&#233;laiss&#233; &#8211;, qui va en amener d'autres, jusqu'&#224; la m&#233;canisation, la motorisation et l'agrochimie des temps modernes. Progressivement l'interaction des soci&#233;t&#233;s occidentales avec l'environnement ne passera plus principalement par l'agriculture proprement dite mais par un syst&#232;me industriel-technique-scientifique sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'impact sur la biosph&#232;re est monumental, vous le savez aussi bien que moi, et tous les ph&#233;nom&#232;nes des mill&#233;naires pr&#233;c&#233;dents sont en quelque sorte d&#233;cupl&#233;s, amplifi&#233;s, condens&#233;s en quelques si&#232;cles, voire d&#233;cennies. Tous les milieux qui jusqu'ici avaient pu &#233;chapper &#224; l'influence humaine en subissent la marque volontaire ou involontaire : on racle le fond des oc&#233;ans, on draine les glaciers, on &#233;puise les hydrocarbures fossiles, on multiplie les d&#233;serts, on modifie l'atmosph&#232;re, on bricole les g&#233;nomes, de nouvelles toxicit&#233;s sont invent&#233;es et diffus&#233;es sur des &#233;chelles de temps et d'espace inhumaines (radioactivit&#233;s), une sixi&#232;me grande extinction des esp&#232;ces animales et v&#233;g&#233;tales d&#233;marre, etc. La condamnation de l'Occident par le procureur &#233;cologiste ne semble plus &#224; faire, au risque de verser dans un anti-occidentalisme aussi passionn&#233; qu'aberrant mais qui anime un nombre croissant d'&#233;colos se r&#233;clamant des &#171; th&#232;ses &#187; (d&#233;) coloniales aujourd'hui envahissantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Occident et ses nuances&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au vu de tout ce qui a pr&#233;c&#233;d&#233;, et dont j'ai donn&#233; un bref aper&#231;u, il me semble qu'il convient d'introduire des nuances de taille dans ce constat si partag&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il importe avant tout de ramener les choses &#224; leur juste proportion. D'abord sous l'angle d&#233;mographique : la population occidentale, puis mondiale, explose litt&#233;ralement. Il faut avoir en t&#234;te sa courbe d'expansion sur 2 000 ans, en forme de &#171; L &#187; invers&#233; : moins de 200 millions d'humains au d&#233;but de l'&#232;re chr&#233;tienne, &#224; peine le double pendant le haut Moyen &#194;ge. Puis un premier milliard vers 1800, le deuxi&#232;me en 1930, le troisi&#232;me vers 1960, et ainsi de suite. Entre ma naissance et aujourd'hui, le nombre de terriens a doubl&#233;, pour avoisiner les 8 milliards. N'importe quelle civilisation ou soci&#233;t&#233; &#8211; ou m&#234;me population animale &#8211; avec un tel taux d'accroissement ne peut que d&#233;multiplier sa charge environnementale, et c'est ce que l'on vient de voir au fil des si&#232;cles. Et la chose est encore accentu&#233;e par la pr&#233;occupation &#233;galitaire qui nous fait nous r&#233;vulser devant un enfant affam&#233; alors que le spectacle &#233;tait banal, voire provoqu&#233;, pendant des mill&#233;naires. Non seulement l'Occidental consomme comme un roi ou un empereur, mais il voudrait que tout le monde puisse en faire autant&#8230; Sur ces seules bases, le bilan &#233;cologique de l'Occident, ou plut&#244;t de l'&lt;i&gt;occidentalisation du monde&lt;/i&gt;, ne peut &#234;tre que dramatique &#8211; mais la limitation des naissances ou de la consommation sont des sujets encore tabous pour beaucoup et particuli&#232;rement hors Occident, pr&#233;cis&#233;ment&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait &#233;videmment aussi invoquer les m&#233;canismes capitalistes auxquels beaucoup voudraient r&#233;duire les &#171; probl&#232;mes &#233;cologiques &#187;. Nous en reparlerons ult&#233;rieurement, mais ils sont moins le fruit de l'obsession imm&#233;moriale pour le profit et l'accumulation, constants dans toutes les grandes soci&#233;t&#233;s &#8211; &lt;i&gt;auri sacra fames&lt;/i&gt; &#8211;, que de leur rationalisation accompagn&#233;e du d&#233;veloppement technique et de la d&#233;marche scientifique. Or c'est cette d&#233;marche, qui a d&#233;mesur&#233;ment enrichi nos connaissances tous azimuts, &lt;i&gt;inventant&lt;/i&gt; ce qu'on appelle aujourd'hui l'&lt;i&gt;&#233;cologie&lt;/i&gt;. Il est toujours tr&#232;s &#233;tonnant de voir des &#233;cologistes militants condamner sans discernement cet Occident, cette Modernit&#233; ou ces Lumi&#232;res dont ils sont le pur produit et dont ils savent si bien mobiliser les ressources culturelles puisque l'&#233;cologie politique, rencontre d'une science et d'une politique, est occidentale &#224; ce double titre&#8230; De ce fait la civilisation occidentale, dont les caract&#233;ristiques les plus d&#233;l&#233;t&#232;res s'&#233;tendent &#224; la totalit&#233; de la plan&#232;te, est loin de faire partie des civilisations ignorantes des catastrophes &#233;cologiques qui les guettent ; nous en sommes la preuve vivante, mais pensez &#233;galement &#224; cette Europe qui fr&#244;la l'effondrement au XIVe si&#232;cle (guerre de Cent Ans et peste noire), ou aux &#201;tats-Unis des ann&#233;es 1930 avec le &lt;i&gt;Dust Bowl&lt;/i&gt; ravageant un pays en pleine crise &#233;conomique, et, plus proches de nous, aux mesures contre les pluies acides ou la destruction de la couche d'ozone, etc. R&#233;actions certes d&#233;mesur&#233;es depuis un demi-si&#232;cle au regard des ravages en cours, mais t&#233;moins n&#233;anmoins irr&#233;futables de l'existence d'une capacit&#233; de r&#233;flexivit&#233; et, d&#233;j&#224; plus discutable, d'auto-transformation qui devrait emp&#234;cher tout jugement &#233;troit ou condamnation sans appel. Je ne pr&#234;che pas l'optimisme &#8211; je n'aurai pas &#224; le r&#233;p&#233;ter &#8211; mais l'Occident n'est pas, ou n'a pas toujours &#233;t&#233;, ce g&#233;ant myope qui titube aujourd'hui. Et ce au-del&#224; m&#234;me d'un utilitarisme purement gestionnaire : on discute de changement climatique depuis des si&#232;cles, et c'est en pleine r&#233;volution industrielle que les premi&#232;res mesures &#171; &#233;cologiques &#187; furent prises pour des raisons esth&#233;tiques &#8211; pensez au c&#233;l&#232;bre parc de &lt;i&gt;Yellowstone&lt;/i&gt; aux &#201;tats-Unis, fond&#233; en 1872, au &lt;i&gt;Drachenfels&lt;/i&gt; pr&#232;s de Bonn, zone naturelle prot&#233;g&#233;e instaur&#233;e d&#232;s 1836, ou &#224; la for&#234;t de Barbizon pr&#233;serv&#233;e par Napol&#233;on III sous la pression de l'&#201;cole des peintres du m&#234;me nom. Tout cela n'a fait que se multiplier depuis, nous aurons largement l'occasion d'en reparler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;voque enfin, pour clore cette partie comme je l'ai commenc&#233;, l'explosion m&#233;connue mais exceptionnelle des vari&#233;t&#233;s animales et v&#233;g&#233;tales domestiques &#224; partir du XVIe si&#232;cle, rappel&#233;e par Claude et Lydia Bourguignon, pour en rester &#224; ce crit&#232;re discutable de biodiversit&#233; : l'&#233;crasante majorit&#233; des milliers de vari&#233;t&#233;s de pommes, de c&#233;r&#233;ales, de b&#233;tail, de vignes ou de c&#233;r&#233;ales que vous connaissez en provient, prolongement de cette fabuleuse&lt;i&gt; cr&#233;ation de biodiversit&#233;&lt;/i&gt; qui a d&#233;but&#233; avant m&#234;me le n&#233;olithique. Que cela se fasse aujourd'hui par l'entremise des OGM au d&#233;triment, depuis quelques d&#233;cennies, des innombrables vari&#233;t&#233;s &#171; traditionnelles &#187; tout autour du monde fait comprendre la folie scientifico-techno-bureaucratique dans laquelle nous sommes entr&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Remarques en conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'arr&#234;te ici ce survol plan&#233;taire des mill&#233;naires pass&#233;s. Que peut-on en tirer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, bien s&#251;r, que les deux mythes que j'&#233;voquais en introduction ne correspondent &#224; rien, ou alors s'annulent mutuellement : il n'y a ni &#171; bons sauvages &#187; peuplant le pass&#233; ou des ailleurs idylliques, ni humanit&#233; intrins&#232;quement &#171; mauvaise &#187;. Les relations des soci&#233;t&#233;s humaines avec la biosph&#232;re sont changeantes, pr&#233;caires et multifactorielles, d'une complexit&#233; affolante, comprenant aussi bien ravages et d&#233;vastations qu'intimit&#233;s miraculeuses, coadaptations, co&#233;volutions et enrichissement continu d'esp&#232;ces, de milieux, d'&#233;cosyst&#232;mes, de paysages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me point, central, qui d&#233;coule de ce qui pr&#233;c&#232;de : nous ne vivons pas sur une plan&#232;te abritant une nature originelle, native, spontan&#233;e, qu'il faudrait pr&#233;server d'une n&#233;faste influence humaine, il y a un entrelacs ind&#233;m&#234;lable et imm&#233;morial de relations entre les soci&#233;t&#233;s et les &#233;cosyst&#232;mes, chacun modelant l'autre selon des modalit&#233;s insondables. La sc&#232;ne est toujours la m&#234;me : le touriste, o&#249; qu'il soit, s'&#233;merveille de la beaut&#233; de la &#171; nature &#187; si &#171; vierge &#187; et si &#171; sauvage &#187; qu'il a sous les yeux, avant qu'un indig&#232;ne ne lui explique comment le travail de ses anc&#234;tres paysans depuis des mill&#233;naires a transform&#233; le paysage, sans d'ailleurs que lui-m&#234;me se doute de l'ampleur et de la profondeur du processus &#224; l'&#233;chelle du globe. R&#233;alit&#233; difficile &#224; int&#233;grer moins par l'aspect lacunaire de nos connaissances que par nos &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; id&#233;ologiques, et pourtant r&#233;alit&#233; incontournable, pour qui veut penser une v&#233;ritable &#233;cologie politique, et que nous travaillerons &#224; chaque s&#233;ance : impossible de s&#233;parer clairement l'univers humain de l'univers biologique mais tout aussi impossible de rabattre l'un sur l'autre, de nier leur dualit&#233; comme de pr&#233;tendre &#224; l'inexistence fonci&#232;re de l'un ou de l'autre. &lt;i&gt;Physis&lt;/i&gt; &#8211; la nature &#8211; et &lt;i&gt;nomos&lt;/i&gt; &#8211; l'institution humaine &#8211;, tels ces astres binaires en rotation l'un autour de l'autre, semblent tant&#244;t distincts, tant&#244;t confondus, tant&#244;t ind&#233;pendants et tant&#244;t coproduits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre est-il possible de proposer d&#232;s maintenant un mod&#232;le, ou plut&#244;t une m&#233;taphore de cette relation, celle du vivant et du min&#233;ral. La diff&#233;rence &#233;vidente pour le sens commun entre une montagne et une souris (et b&#234;tise de l'expression, comme le rel&#232;ve Hubert Reeves, qui ne verrait rien de miraculeux &#224; ce que la premi&#232;re accouche de la seconde) masque l'interp&#233;n&#233;tration des deux &#171; r&#232;gnes &#187;. Il n'existe pas, vous le savez, de &#171; mati&#232;re organique &#187;, mais des agencements tr&#232;s particuliers d'&#233;l&#233;ments chimiques universels qui donnent &#224; l'ensemble les caract&#233;ristiques propres aux processus vitaux &#8211; auto-organisation, auto-conservation, auto-reproduction. La naissance de ce processus ne repose que sur une articulation mol&#233;culaire dont l'origine, inconnue mais tr&#232;s concevable, semble requ&#233;rir la pr&#233;sence de situations g&#233;ologiques et de min&#233;raux pr&#233;cis &#8211; l'argile, mati&#232;re mythique, appartient d'ailleurs &#224; cet entre-deux. L'apparition des premi&#232;res formes de vie massives sur la Terre primitive &#8211; les c&#233;l&#232;bres stromatolites, des bio-s&#233;diments &#8211; l'a rapidement m&#233;tamorphos&#233;e par le d&#233;gagement massif d'oxyg&#232;ne, changeant la composition des oc&#233;ans, puis de l'atmosph&#232;re, cr&#233;ant la couche d'ozone, rendant possible la respiration et la &#171; sortie des eaux &#187; et d&#233;cuplant la diversit&#233; min&#233;rale (oxydes de fer, de soufre&#8230;). Min&#233;raux int&#233;gr&#233;s en retour dans les organismes eux-m&#234;mes &#8211; exosquelettes, carapaces, os, cornes, griffes, dents&#8230; &#8211; circulant et se transformant sans cesse dans les grands cycles biophysiques &#8211; carbone, azote, phosphore&#8230; &#8211;, int&#233;gr&#233;s dans les roches d'origine biotique &#8211; s&#233;diments, calcaires, p&#233;troles&#8230; &#8211;, vie g&#233;ologique que l'on ne saurait aucunement confondre avec le vivant biologique mais impossible &#224; penser s&#233;par&#233;ment. Autrement dit, la montagne n'est pas la souris, mais l'un comme l'autre sont impensables pris isol&#233;ment. Cette question nous occupera toutes les s&#233;ances, mais il me semble que nous avons d&#233;j&#224; l&#224; une imbrication qui peut nous dire quelque chose de la relation que nous tissons avec l'&#233;l&#233;ment naturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une remarque corollaire : il est beaucoup fait mention, depuis quelque temps, du terme d'&lt;i&gt;Anthropoc&#232;ne&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire de l'entr&#233;e dans une nouvelle &#232;re g&#233;ologique marqu&#233;e par l'impact plan&#233;taire des actions humaines, qui d&#233;buterait il y a seulement quelques si&#232;cles. Je laisse &#224; d'autres le soin de d&#233;cider de la pertinence du concept et de la datation mais il me semble que d'un point de vue &#233;cologique, la chose est claire et je crois l'avoir rappel&#233; : l'influence humaine &#224; grande &#233;chelle commence il y a plusieurs dizaines de milliers d'ann&#233;es. On peut lister tous les probl&#232;mes environnementaux actuels : surexploitation, pollution, destruction, d&#233;mographie, &#233;nergie, etc., il n'y en a finalement aucun de nouveau depuis des mill&#233;naires. Bien s&#251;r, nous changeons d'&#233;chelle de temps ou d'espace, de degr&#233; de toxicit&#233; ou d'ampleur des &#233;puisements, mais s'il existe une rupture, &#233;cologiquement parlant, qui s&#233;pare une for&#234;t d&#233;cim&#233;e d'une plaine salinis&#233;e et st&#233;rilis&#233;e par l'irrigation, et celle-ci d'un site d'enfouissement de d&#233;chets nucl&#233;aires, elle ne peut pas nous servir &#224; d&#233;limiter la fronti&#232;re entre une plan&#232;te &#171; naturelle &#187; et une plan&#232;te &#171; anthropis&#233;e &#187; &#8211; je pense que tout ce qui pr&#233;c&#232;de le montre. Au fond, cet aveuglement est pleinement id&#233;ologique et, en un sens, psychologique : il sous-tend l'existence d'une humanit&#233; ant&#233;rieure &#171; innocente &#187;, d'avant la faute originelle, que l'on pourrait ou devrait essayer de retrouver en nous d&#233;barrassant simplement qui &#171; du capitalisme &#187;, qui de la techno-science, qui de l'Occident, etc. Je crois avoir donn&#233; ici quelques &#233;l&#233;ments de r&#233;flexion &#224; cet &#233;gard, et nous en verrons d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;cis&#233;ment, et dernier point que je voudrais souligner : non seulement cette humanit&#233; pass&#233;e n'est en rien innocente, mais aucune culture humaine pr&#233;sente ou surtout future ne peut se r&#233;clamer porteuse d'une quelconque &#171; solution &#187; d&#233;finitive au probl&#232;me des relations entre une collectivit&#233; humaine et son environnement &#171; naturel &#187;. Aussi loin que nous puissions remonter, nous contemplons des soci&#233;t&#233;s qui ont pu, &#224; un moment pr&#233;cis de leur histoire, &#233;laborer des pens&#233;es, des savoirs et des pratiques en ad&#233;quation &#233;troite avec une r&#233;alit&#233; biophysique, tant&#244;t apr&#232;s et/ou tant&#244;t avant destruction, d&#233;vastation et effondrement. Cela ouvre une r&#233;flexion abyssale, fuie comme la peste mais qui ne nous quittera plus &#224; partir de maintenant : il n'existe aucune solution universelle &#224; l'&#233;cologie humaine, &#224; la fameuse &#171; place de l'Homme dans la nature &#187; ; essentiellement, cette question ne peut recevoir que des r&#233;ponses circonstanci&#233;es, relatives, passag&#232;res, &#224; chaque fois particuli&#232;res, singuli&#232;res, non transposables. Une banalit&#233;, en r&#233;alit&#233;, d&#233;j&#224; formul&#233;e par H&#233;raclite : le monde humain, le monde naturel et leurs interactions sont en perp&#233;tuel mouvement, ind&#233;celable ou fracassant, en m&#234;me temps que structur&#233;s par des ordonnancements qui semblent immuables. Il y a une histoire authentique, une multitude d'histoires m&#234;mes, &#224; la fois humaines et biosph&#233;riques, donc des crises, transformations, stases ou basculements, dans lesquelles s'entrecroisent croissances d&#233;mographiques et changements climatiques, migrations massives et innovations agricoles, plafonds de ressources &#171; naturelles &#187; et &#233;volutions des m&#339;urs, &#233;volution des &#233;cosyst&#232;mes et colonisations&#8230; Nous voici projet&#233;s &#224; la fois dans le monde proprement humain, autonome, avec ses particularit&#233;s, et dans l'univers auto-constitu&#233; de la biosph&#232;re, le premier appartenant en plein, qu'il le veuille ou non, au second, et ce dernier n'&#233;tant plus le m&#234;me depuis que le premier a surgi&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela soul&#232;ve une foule d'interrogations, dont une nous retiendra la prochaine fois : quelle est la singularit&#233; de cet animal si bizarre, ce primate &lt;i&gt;Homo sapiens&lt;/i&gt; que nous sommes, capable d'&#233;tablir des relations aussi antagoniques, contradictoires, compl&#233;mentaires et si nouvelles avec la vie organique dont il fait pourtant incontestablement partie et au sein de laquelle il demeure incapable de trouver sa place une bonne fois pour toutes ? Nous tenterons alors de cerner la &#171; nature &#187; de cet humain si &#171; contre-nature &#187;, que nous aborderons avec les ressources de la biologie, de l'anthropologie et de la psychanalyse. Cela devrait nous permettre, par la suite, d'explorer la mani&#232;re dont notre esp&#232;ce s'est repr&#233;sent&#233;e, au fil des mill&#233;naires et jusqu'&#224; aujourd'hui, cette &#171; nature &#187;, qui recouvre autant le ph&#233;nom&#232;ne de la vie que l'ensemble de la biosph&#232;re terrestre ou m&#234;me l'univers entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chapitre suivant : &lt;strong&gt;II &#8211; Nature humaine et humaines natures&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;l&#233;ments bibliographiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La bibliographie ci-dessous a &#233;t&#233; r&#233;duite au minimum : il y manque d'un c&#244;t&#233; tous les &#171; classiques &#187; de l'&#233;cologie politique et des disciplines abord&#233;es, largement connus, ainsi que, de l'autre, les ouvrages aux th&#233;matiques apparemment trop &#233;loign&#233;es, sans m&#234;me parler de tous ceux dont l'apport, loin d'&#234;tre nul, n'a pas &#233;t&#233; significatif. N'ont donc &#233;t&#233; retenus que les titres ayant express&#233;ment servi &#224; l'&#233;laboration des s&#233;ances &#224; divers degr&#233;s, et regroup&#233;s grosso modo selon leur ordre, m&#234;me si beaucoup sont transversaux.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En gras les livres dont la lecture est vivement recommand&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bahuchet Serge, &lt;i&gt;Les Jardiniers de la nature&lt;/i&gt;, Odile Jacob, Paris, 2017&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bourguignon Claude et Lydie, &lt;i&gt;Le Sol, la terre et les champs&lt;/i&gt;, Sang de la Terre, 2015&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Braudel Fernand, &lt;i&gt;Grammaire des civilisations&lt;/i&gt;, Flammarion, 1993&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Broswimmer Franz J., &lt;i&gt;Une br&#232;ve histoire de l'extinction en masse des esp&#232;ces&lt;/i&gt;, Agone, coll. &#171; &#233;l&#233;ments &#187;, 2010&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Del&#233;age Jean-Paul, &lt;i&gt;Une Histoire de l'&#233;cologie. Une science de l'homme et de la nature&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, coll. &#171; Histoire des sciences &#187;, 1991&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Diamond Jared, &lt;i&gt;Effondrement. Comment les soci&#233;t&#233;s d&#233;cident de leur disparition ou de leur survie&lt;/i&gt;, Gallimard, 2009&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Keeley Lawrence H., &lt;i&gt;Les Guerres pr&#233;historiques&lt;/i&gt;, Du Rocher, 2002&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maquet Jacques J&#233;r&#244;me, &lt;i&gt;Afrique. Les civilisations noires&lt;/i&gt;, Horizons de France, 1962&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mazoyer Marcel et Roudart Laurence, &lt;i&gt;Histoire des agricultures du monde. Du n&#233;olithique &#224; la crise contemporaine&lt;/i&gt;, Seuil, 1997&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Osborn Fairfield, &lt;i&gt;La Plan&#232;te au pillage&lt;/i&gt;, Payot, 1949&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quenet Gr&#233;gory, &lt;i&gt;Qu'est-ce que l'histoire environnementale ?&lt;/i&gt;, Champ Vallon, 2014&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rostain Stephein, &lt;i&gt;Amazonie, un jardin naturel ou une for&#234;t domestiqu&#233;e. Essai d'&#233;cologie historique&lt;/i&gt;, Actes Sud/Errance, coll. &#171; Thesaurus &#187;, 2016&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ruddiman William F, &lt;i&gt;La Charrue, la peste et le climat&lt;/i&gt;, Randall, 2009&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Scott James C., &lt;i&gt;Homo domesticus. Une histoire profonde des premiers &#201;tats&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2019&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Testot Laurent, &lt;i&gt;Cataclysmes. Une histoire environnementale de l'humanit&#233;&lt;/i&gt;, Payot &amp; Rivages, coll. &#171; Histoire Payot &#187;, 2017&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique : survol ethno-historique (1/2)</title>
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		<dc:subject>B&#233;rard Quentin</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Chapitre I &#171; Survol ethno-historique &#187; du livre &#171; &#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique. Pour une refondation &#187; (Libres&amp;Solidaires, 2021), pp. 13 &#8212; 29. Pr&#233;sentation et liens disponibles ici &#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique &#8212; Pour une refondation Sommaire : Introduction I &#8211; Survol ethno-historique &#8212; ci-dessous... II &#8211; Nature humaine et humaines natures (Premi&#232;re partie) III &#8211; Histoire et contre-histoire de l'id&#233;e de Nature IV &#8211; Sources sociales-historiques de l'&#233;cologie politique V &#8211; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/eepcouv-4.jpg?1709040685' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Chapitre I &#171; Survol ethno-historique &#187; du livre &#171; &#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique. Pour une refondation &#187; (Libres&amp;Solidaires, 2021), pp. 13 &#8212; 29.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1073-Parution-Elements-d-ecologie-politique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;sentation et liens disponibles ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_ombre&#034;&gt;&lt;figure class='spip_document_1238 spip_documents spip_documents_center' style=&#034;max-width:300px;&#034; data-w=&#034;300&#034;&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?-100-Brochures-' class=&#034;spip_in&#034; arial-label=&#034;&#034;&gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:150.09380863039%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/jpg/009576387_1_.jpg&amp;taille=300&amp;1771799851' alt='' data-src='IMG/jpg/009576387_1_.jpg' data-l='533' data-h='800' data-tailles='[\&#034;300\&#034;]' class='image_responsive avec_picturefill' srcset='index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/009576387_1_.jpg&amp;#38;taille=300&amp;#38;1771799851 1x,index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/009576387_1_.jpg&amp;#38;taille=533&amp;#38;1771799851 2x' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique &#8212; Pour une refondation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sommaire :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1085-Introduction-Elements-d-ecologie-politique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;I &#8211; Survol ethno-historique &#8212; ci-dessous...&lt;/strong&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; II &#8211; Nature humaine et humaines natures (&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1210-Nature-humaine-et-humaines-natures' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Premi&#232;re partie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; III &#8211; Histoire et contre-histoire de l'id&#233;e de Nature&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; IV &#8211; Sources sociales-historiques de l'&#233;cologie politique&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; V &#8211; Politiques de la nature et totalitarisme (&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1114-Ecologie-politique-effondrement-ecocratie' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Premi&#232;re partie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; VI &#8211; Vers une philosophie de la nature ? (&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1103-Ecologie-politique-Vers-une-philosophie-de-la-nature' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Premi&#232;re partie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#201;l&#233;ments de conclusion&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1088-Elements-d-ecologie-politique-resumes' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Annexes : R&#233;sum&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1073-Parution-Elements-d-ecologie-politique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Quatri&#232;me de couverture&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;L'approche historique me semble la plus &#224; m&#234;me d'introduire d'embl&#233;e quelques rep&#232;res essentiels. Je vais donc dresser un petit panorama des rapports que les humains ont tiss&#233;s avec leur environnement naturel au fil de leur longue histoire &#8211; ou courte, tout d&#233;pend dans quelle perspective on se place. Bien s&#251;r, il n'est pas question d'&#233;puiser le sujet, cela n'a pas de sens, seulement de prendre un peu de recul en posant quelques jalons, aussi connus qu'oubli&#233;s. Il en sera de m&#234;me pour chaque s&#233;ance : &#233;tablir quelques rep&#232;res &#233;l&#233;mentaires, sous forme de synth&#232;se d'&#233;l&#233;ments plus ou moins &#233;pars, plus ou moins connus &#8211; quitte &#224; ce que le propos paraisse un peu dense ou trop allusif &#8211; en soulevant presque sur chaque point une multitude de questions, dont certaines seront abord&#233;es au fil du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les cas, le pr&#233;sent expos&#233; me semble un pr&#233;requis &#224; toute r&#233;flexion sur l'&#233;cologie qui ne se cantonnerait pas &#224; du discours id&#233;ologique. &#192; propos de ce dernier, il y a, par exemple, deux id&#233;es &#224; abattre : celle selon laquelle les soci&#233;t&#233;s primitives ou premi&#232;res, donc pr&#233;-n&#233;olithiques, ou bien les civilisations pr&#233;industrielles, pr&#233;modernes ou plus g&#233;n&#233;ralement non occidentales auraient entretenu une sorte d'&#171; harmonie &#187;, de &#171; communion &#187; avec la nature. Ce mythe du &#171; bon sauvage &#187; &#8211; et l'on verra que d&#232;s qu'il est question de &#171; la &#187; &#171; Nature &#187;, les mythes abondent, aujourd'hui comme hier &#8211; est progressivement remis en cause aupr&#232;s du grand public au profit de cet autre, totalement contraire, qui voudrait que l'&#234;tre humain soit ontologiquement une sorte de pr&#233;dateur de la &#171; Nature &#187;, un cancer de la biosph&#232;re, un parasite de la vie, un destructeur-n&#233; de la Cr&#233;ation&#8230; Vous voyez que ces deux mythes, presque omnipr&#233;sents, se r&#233;pondent parfaitement ; ils n'ouvrent sur aucune possibilit&#233; d'action politique, et &#231;a tombe bien, c'est leur fonction, c'est la fonction premi&#232;re du mythe : garder les choses telles qu'elles sont tout en donnant un sens pr&#233;-donn&#233; &#224; ce qui arrive, quel qu'il soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais proc&#233;der en trois ou quatre temps, qui correspondront chacun &#224; une p&#233;riode historique, mais aussi &#224; un type de &#171; niche &#233;cologique &#187; pourrait-on dire, un type de culture/consommation, un mode de production, en tordant le terme, ou plut&#244;t un syst&#232;me agraire dont chacun existe encore, comme on les retrouve sur le continent africain ; &#171; la civilisation de l'arc &#187;, &#171; des clairi&#232;res &#187;, &#171; des greniers &#187;, etc. Il s'agit donc de mobiliser les ressources de l'historien et de l'anthropologue, et aussi de l'agronome et de l'&#233;cologue, comme on dit. En premier lieu, donc, les soci&#233;t&#233;s de chasseurs-cueilleurs-p&#234;cheurs, correspondant au pal&#233;olithique/m&#233;solithique ; puis, bien s&#251;r, l'&#233;mergence des soci&#233;t&#233;s agraires du n&#233;olithique, donc &#224; partir de 9 000 ans av. J.-C., avec les techniques d'abattis-br&#251;lis, toujours pratiqu&#233;es. En troisi&#232;me l'histoire proprement dite, la p&#233;riode &#171; classique &#187; qui va englober, &lt;i&gt;grosso modo&lt;/i&gt;, toute la longue p&#233;riode qui suit jusqu'au Moyen &#194;ge, avec une grande diversification de l'agriculture, dont le type antique et les empires hydro-agricoles. Je terminerai par l'&#233;mergence de l'Occident, et ses fantastiques bouleversements ; je traiterai plus rapidement ce sujet, &#233;tant en terrain plus familier. Enfin je tenterai, en conclusion de cette premi&#232;re partie, d'interpr&#233;ter les donn&#233;es brutes auxquelles je vais me limiter tout au long de ce vaste, mais bref, survol.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1 &#8211; Le pr&#233;-n&#233;olithique des chasseurs-cueilleurs&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette p&#233;riode par laquelle nous commen&#231;ons repr&#233;sente peut-&#234;tre 95 % de l'histoire humaine, o&#249; nous &#233;tions nomades, nous d&#233;pla&#231;ant sans doute en groupes de quelques dizaines ou centaines d'individus, vivant de cueillette, de chasse, de p&#234;che. C'&#233;tait encore le mode de vie, au xxe si&#232;cle, des Inuits du Grand Nord, des Bushmen d'Afrique, de certaines tribus amazoniennes, des Aborig&#232;nes, etc., objet de tous les fantasmes li&#233;s &#224; nos origines et qu'il est difficile d'&#233;viter. Mais les premiers rapports avec notre environnement &#233;tant d'abord des rapports avec nos contemporains puisque nous sommes des animaux hyper-sociaux, je d&#233;bute par l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Homo sapiens et alii&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme vous le savez notre esp&#232;ce, Homo sapiens, date d'au moins 300 000 ans. Or l'on sait maintenant que nos premiers anc&#234;tres ont cohabit&#233; pendant des dizaines de milliers d'ann&#233;es avec plusieurs autres groupes du genre &lt;i&gt;Homo&lt;/i&gt;, le plus c&#233;l&#232;bre &#233;tant N&#233;andertal. Et force est de constater qu'il n'en reste aucun autour de nous. Nous n'avons aucune id&#233;e de ce qui leur est arriv&#233;, mais il est difficile de croire que nous n'y serions absolument pour rien. Bien s&#251;r il y a de multiples causes naturelles possibles, mais N&#233;andertal a v&#233;cu lui-m&#234;me plus de 400 000 ans, ce qui prouve une adaptation certaine aux al&#233;as naturels, et il semble avoir disparu d'Europe il n'y a pas plus de 30 000 ans (c'est l'&#226;ge des peintures de la grotte Chauvet). Aujourd'hui, l'hypoth&#232;se majoritaire des pal&#233;ontologues est celle de l'hybridation : N&#233;andertal se serait dilu&#233; &#224; force de croisements &#8211; nous, Europ&#233;ens, portons une fraction significative de son g&#233;nome. Cette version un peu ir&#233;nique &#233;lude tout de m&#234;me quelques d&#233;tails : cela s'est fait dans un contexte de submersion d&#233;mographique qui n'est pas forc&#233;ment pacifique, quoi qu'on en dise de nos jours, et le m&#233;tissage n'a jamais &#233;t&#233; synonyme de fraternit&#233; ; guerres, rapts, esclavages et viols &#233;tant tout compte fait assez r&#233;pandus dans l'histoire. Quoi qu'il en soit, N&#233;andertal n'est pas le seul &#224; avoir subi ce destin tragique puisque ce sont maintenant presque une dizaine d'&lt;i&gt;Hominina&lt;/i&gt; de ce type qui ont &#233;t&#233; identifi&#233;s (leur nombre se multiplie au fil des d&#233;couvertes arch&#233;ologiques r&#233;centes : &lt;i&gt;Homo heidelbergensis&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;floresiensis&lt;/i&gt;, etc.) et qui se sont tous &#233;teints sans exception lors de notre essor &#8211; dont &lt;i&gt;Homo erectus&lt;/i&gt; et les Denisoviens, des hybridations &#233;tant prouv&#233;es avec ces derniers en Asie, nous y reviendrons. Bref : si nous ne savons rien de ce qui s'est pass&#233;, reste que nos lointains cousins ne nous ont pas surv&#233;cu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Premi&#232;res extinctions massives&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en venir &#224; l'&#233;cologie proprement dite, les choses ne paraissent pas tellement plus riantes. On sait qu'il y a eu diff&#233;rentes vagues de migrations hors d'Afrique &#8211; pour peu que ce continent soit le seul &#224; avoir &#233;t&#233; foyer d'hominisation &#8211;, et l'expansion d'Homo sapiens sur des terres nouvelles n'est pas pass&#233;e inaper&#231;ue. Il semblerait que la premi&#232;re extinction animale massive d'origine humaine remonte aux environs de 40 000 ans av. J.-C, lors de notre arriv&#233;e en Australie, o&#249; pr&#232;s de 90 % de la m&#233;gafaune a alors &#171; brutalement &#187; disparu en quelques milliers d'ann&#233;es : tigre de Tasmanie, kangourous g&#233;ants, marsupiaux de la taille d'hippopotames, varans, oiseaux terrestres, etc. Il est possible, ici encore, que les anc&#234;tres des Aborig&#232;nes n'aient &#233;t&#233; qu'une cause parmi d'autres (aridification climatique, notamment) et tout aussi involontaire : ce n'est sans doute pas seulement par la surchasse en elle-m&#234;me, mais aussi par les effets indirects d'utilisations de battues par le feu, d'am&#233;nagements de milieux, d'introductions d'esp&#232;ces &#8211; le &#171; dingo &#187; &#8211; ou de germes, de perturbations des cha&#238;nes alimentaires, etc. Mais on a observ&#233; un processus analogue sur toutes les terres &#233;merg&#233;es et, bien pire encore, sur toutes les &#238;les d&#232;s l'arriv&#233;e de notre esp&#232;ce : Nouvelle-Z&#233;lande, Madagascar, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble ainsi qu'une &lt;i&gt;Blitzkrieg&lt;/i&gt; similaire se soit &#233;galement d&#233;roul&#233;e lors de l'arriv&#233;e sur le continent am&#233;ricain des futurs anc&#234;tres des Am&#233;rindiens, via le d&#233;troit de B&#233;ring, vers &#8211; 12 000 ans av. J.-C. L&#224; aussi, en moins de 2 000 ans, disparition de pr&#232;s de 80 % des grands mammif&#232;res (voir le fameux site Clovis) de la mer de Baffin &#224; la Terre de Feu : chameaux, paresseux, tigres &#224; dents de sabre, lions, mammouths, bisons, chevaux (qui n'y seront r&#233;introduits qu'avec les Occidentaux), etc. On voit que nos tout premiers rapports avec notre environnement n'ont pas &#233;t&#233; un parfait mod&#232;le d'harmonie, et cela commence &#224; se savoir depuis les best-sellers de Jared Diamond et de Yuval Noah Harari.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Changement climatique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dernier &#233;l&#233;ment &#224; charge, et pas des moindres, c'est l'hypoth&#232;se int&#233;ressante mais discr&#232;te pos&#233;e par la pal&#233;o-&#233;cologue Felisa Smith, selon laquelle cette derni&#232;re extinction (dite du Pl&#233;istoc&#232;ne) massive et soudaine de tous ces grands ruminants aurait entra&#238;n&#233; une chute importante des &#233;missions de m&#233;thane dans l'atmosph&#232;re. Diminution de la concentration d'un gaz &#224; effet de serre qui aurait, &#224; tout le moins, accompagn&#233; ou accentu&#233; la derni&#232;re p&#233;riode glaciaire, le &lt;i&gt;Dryas&lt;/i&gt; r&#233;cent, c'est-&#224;-dire une baisse de 7 &#176;C en moyenne dans l'h&#233;misph&#232;re Nord durant une dizaine de si&#232;cles. Bien entendu, nous avons des explications &#171; naturelles &#187;, astronomiques, volcaniques ou, surtout, thermohalines avec une forte perturbation des courants marins atlantiques par le d&#233;versement brutal d'un lac de fonte en Am&#233;rique du Nord. Sans doute ne serons-nous jamais fix&#233;s, d'autant que nous parlons ici d'un syst&#232;me &#224; fortes r&#233;troactions et effets de synergie, mais il est pensable que l'activit&#233; humaine ait eu, tr&#232;s t&#244;t, une influence sur le climat, ce qui est de toute fa&#231;on av&#233;r&#233; au moins au niveau r&#233;gional.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce tableau dress&#233; de nos premiers pas sur la plan&#232;te est un peu lugubre&#8230; et, &#224; s'y tenir, il faudrait en conclure qu'&lt;i&gt;Homo sapiens&lt;/i&gt;, d&#232;s son apparition, n'aurait &#233;t&#233; effectivement qu'un agent d&#233;mentiel de destruction aveugle du monde et que le mode de vie des chasseurs-cueilleurs-p&#234;cheurs nomades soit celui de la d&#233;vastation, de proche en proche. Mais, &#224; ce r&#233;gime-l&#224;, aucune grande esp&#232;ce n'aurait surv&#233;cu et sans doute pas plus la n&#244;tre&#8230; Sans doute avons-nous travers&#233;, un peu partout et selon des modalit&#233;s diff&#233;rentes, des crises majeures ; des branches humaines ont probablement disparu, incapables de surmonter des situations locales difficiles qu'elles avaient elles-m&#234;mes provoqu&#233;es, tandis que d'autres sont parvenues &#224; cr&#233;er un &#233;quilibre &lt;i&gt;a minima&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Regards ethno&#233;cologistes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, il est tr&#232;s difficile d'en savoir davantage et nous en sommes r&#233;duits &#224; des suppositions. Je sais que l'anthropologie a horreur d'&#234;tre convoqu&#233;e pour pallier les lacunes de l'histoire, mais l'examen depuis un si&#232;cle des tribus de chasseurs-cueilleurs-p&#234;cheurs contemporains par les anthropologues &#8211; Durkheim ou Mauss &#8211; et les ethno&#233;cologues &#8211; Harold C. Conklin et Julian H. Steward peu apr&#232;s, aujourd'hui Georges Guille-Escuret &#8211; rend compte d'une imbrication et d'une intelligence &#233;cologique extraordinaire, &#233;labor&#233;e au fil des mill&#233;naires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela s'est fait par une interp&#233;n&#233;tration profonde entre le monde social et l'univers naturel, pour des raisons assez logiques, au fond, &#224; condition de bien comprendre que ces rapports avec l'environnement sont exclusifs, c'est-&#224;-dire que tout, absolument tout ce que vous utilisez, en provient directement : la nourriture, bien s&#251;r, et tous les outils de chasse ou de p&#234;che pour se la procurer, mais aussi les armes, les v&#234;tements, les ustensiles, tous les &#233;l&#233;ments qui constituent l'habitat ou assurent le transport (contenants), tout ce qui vous servira &#224; faire des feux, des rites, du maquillage, des parures, des peintures, des sculptures, de la musique, sans oublier la pharmacop&#233;e, les psychotropes, les aphrodisiaques, etc. &#192; partir de l&#224;, quoi que vous ayez entre les mains, vous l'utiliserez dans sa totalit&#233; : vous r&#233;cup&#233;rerez la chair, le sang, les dents, les cornes, les tendons, la peau, tous les os, les griffes, ou les &#233;cailles, les nageoires, ou la tige, les feuilles, les racines, coquillages, etc. Et tout cela, ainsi que les moyens de vous les procurer dans la dur&#233;e, suppose une connaissance extr&#234;mement pouss&#233;e de tout ce qui entoure, vivant ou non vivant, de leurs vari&#233;t&#233;s et variations, de leur r&#233;partition sur le territoire et au fil des saisons, des relations complexes entre chacun de ces &#233;l&#233;ments, etc. Je ne m'&#233;tends pas ; tout le monde a d&#233;j&#224; vu un reportage sur ces m&#233;thodes de cueillette, de chasse, de pi&#233;geage, de p&#234;che des peuples premiers qui rivalisent d'ing&#233;niosit&#233; et de savoirs longuement m&#251;ris. Cette intimit&#233; extr&#234;mement &#233;troite avec l'&#233;cosyst&#232;me est congruente &#224; une politique de gestion, une &#233;conomie des ressources &#8211; donc une attention soutenue &#8211; sinon m&#234;me d'entretien, de protection, de soin ou de propagation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette interp&#233;n&#233;tration mat&#233;rielle se soutient d'un d&#233;veloppement culturel tr&#232;s &#233;labor&#233; ; c'est le propos de &lt;i&gt;La Pens&#233;e sauvage&lt;/i&gt; de Claude L&#233;vi-Strauss, laquelle est en r&#233;alit&#233; une &lt;i&gt;praxis&lt;/i&gt; sauvage, au sens d'un dialogue permanent entre les &#233;laborations pratiques et id&#233;elles. Et cette intelligence sophistiqu&#233;e, nous en reparlerons plus tard, inclut &#233;videmment le surnaturel : l'environnement est essentiellement habit&#233; par des forces, des puissances, des figures et des divinit&#233;s avec lesquelles des relations mythologiques, mais profond&#233;ment personnelles, sont &#233;tablies. Dans des termes contemporains, la biodiversit&#233; est partie int&#233;grante du monde psychosocial des humains, et r&#233;ciproquement : soci&#233;t&#233; et environnement ne forment qu'un seul ensemble tiss&#233; d'obligations, d'antagonismes, de distance ou de protection, de dons et de contre-dons, de transmissions, de n&#233;gociations, de vengeances, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des rapports intimes &#224; l'environnement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a ainsi souvent l'image des chasseurs-cueilleurs-p&#234;cheurs comme op&#233;rant de simples pr&#233;l&#232;vements sur les ressources environnantes, alors qu'il s'agit, et depuis fort longtemps, de rapports bien plus complexes : un Aborig&#232;ne australien ne va pas juste &#171; chercher &#187; un igname, il le choisit de mani&#232;re scrupuleuse, religieuse, m&#234;me, et son mode op&#233;ratoire induit une a&#233;ration de la terre qui va permettre le regain, tout en &#233;loignant les plantes alentour identifi&#233;es comme g&#234;nantes, etc. L'arbre embl&#233;matique du bush, l'eucalyptus &#8211; et son consommateur non moins embl&#233;matique, le koala &#8211; ne s'est autant r&#233;pandu que par l'usage savamment r&#233;p&#233;t&#233; du feu de brousse qui en favorise la germination. Et des processus similaires existent en Amazonie chez les Achuar ou les Ka'apor, dans le &lt;i&gt;bush&lt;/i&gt; africain chez les San, etc. : volontairement ou involontairement, les peuplades ont largement influenc&#233; les r&#233;partitions d'esp&#232;ces, leur reproduction, etc. C'est donc tout un &#233;cosyst&#232;me qui est imbriqu&#233; avec ces pratiques diffuses et encore mal connues, mais &#224; la longue &#224; fort impact r&#233;gulateur, et ce sur des espaces immenses. Il est par exemple frappant que l'id&#233;e d'une &#171; nature sauvage &#187;, vierge, immacul&#233;e, indemne, pure de toute influence humaine soit largement h&#233;rit&#233;e de la &lt;i&gt;wilderness&lt;/i&gt; am&#233;ricaine, forg&#233;e par les premiers colons, alors que ceux-ci avaient notamment sous les yeux des plaines herbeuses sciemment entretenues par les Am&#233;rindiens pour la chasse au bison, et des for&#234;ts pionni&#232;res l&#224; o&#249; les autochtones disparaissaient&#8230; La m&#234;me chose est vraie pour les relations &#224; l'animal chass&#233;, dit &#171; sauvage &#187;, notamment par pression de s&#233;lection, et &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; pour tous ceux qui sont apprivois&#233;s et surtout domestiqu&#233;s &#8211; domestications, nous allons en parler juste apr&#232;s, qui se sont certainement faites &#224; l'initiative m&#234;me des animaux, r&#244;dant autour des campements, r&#233;cup&#233;rant d&#233;tritus, profitant des parasites ou du changement de peuplement v&#233;g&#233;tal, etc. C'est sans doute ce qui s'est pass&#233; avec l'anc&#234;tre du chien, il y a 30 000 ans, et peut-&#234;tre ceux du porc, de la poule, du chat, etc. Je finis en &#233;voquant les &#171; parasites &#187;, justement, ces esp&#232;ces que l'on dit &lt;i&gt;synanthropes&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;anthropophiles&lt;/i&gt; : puces, poux, souris, rats, adventices, etc. qui ont quasiment co&#233;volu&#233; avec notre esp&#232;ce, comme la plupart des &#233;cosyst&#232;mes que nous avons rencontr&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#171; harmonie &#187;, la &#171; communion &#187; suppos&#233;e entre &#171; l'Homme et la nature &#187; dans ces cultures lointaines, si l'on tient &#224; ce mythe, doit &#234;tre comprise comme une &lt;i&gt;adaptation mutuelle&lt;/i&gt;, et il faut en saisir toutes les cons&#233;quences, sur lesquelles nous aurons le loisir de revenir &#8211; notamment que les humains ne prot&#232;gent en rien &lt;i&gt;la&lt;/i&gt; &#171; nature &#187;, ils entretiennent leur &#171; nature &#187;, dans les deux sens du terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble donc, pour conclure cette premi&#232;re partie, qu'une fois pass&#233;es les p&#233;riodes de d&#233;couverte de nouveaux territoires, de nouveaux milieux, de nouvelles esp&#232;ces, o&#249; la d&#233;mesure para&#238;t dominer, les &#234;tres humains soient parvenus, malgr&#233; tout et sans doute cahin-caha, &#224; tisser des relations de profonde intimit&#233; avec les syst&#232;mes bio&#233;cologiques, leur imprimant leur marque et, ce faisant, s'y int&#233;grant comme garants m&#234;mes de ses grands &#233;quilibres &#8211; et r&#233;ciproquement.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2 &#8211; Le n&#233;olithique et les premi&#232;res soci&#233;t&#233;s agraires&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Tout cela conduit &#224; l'&#233;tape suivante, la domestication, la s&#233;dentarit&#233;, l'agriculture et l'&#233;levage, que l'on peut consid&#233;rer en voie d'ach&#232;vement, tr&#232;s grossi&#232;rement, de &#8211; 8 000 &#224; &#8211; 1 000 ans av. J.-C. L&#224; aussi, les choses sont bien moins simples que ne le sugg&#232;rent le primitivisme d'un c&#244;t&#233; et le progressisme de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques mots sur cette transition : on a parl&#233; longtemps de &#171; r&#233;volution &#187;, &#233;voquant un processus soudain, selon la l&#233;gende moderne de la &#171; d&#233;couverte &#187; technique qui bouleverserait les soci&#233;t&#233;s. En r&#233;alit&#233;, il semble que ce passage ait &#233;t&#233;, en g&#233;n&#233;ral, bien plus long et moins lin&#233;aire, plus complexe et surtout moins na&#239;f que cela, puisque loin d'avoir &#233;t&#233; irr&#233;fl&#233;chi et irr&#233;versible. Les travaux d'anthropologie historique d'Alain Testart par exemple &#8211; et ses controverses avec Jacques Cauvin &#8211; sugg&#232;rent d&#233;j&#224; de fortes disparit&#233;s entre les peuplades du m&#233;solithique tardif, selon trois facteurs se combinant ; la s&#233;dentarit&#233; d'une part, la propension au stock d'autre part, et enfin la valorisation de la richesse (chr&#233;matistique). La domestication des esp&#232;ces impliquant un mode de vie multiplement boulevers&#233; dans les soci&#233;t&#233;s qui en faisaient le &#171; choix &#187;, beaucoup y auraient &#233;t&#233; hostiles, et d'autant plus que cela semble s'&#234;tre accompagn&#233;, pendant longtemps, d'une v&#233;ritable r&#233;gression des conditions de subsistance des premiers agriculteurs-&#233;leveurs &#8211; malnutrition, maladies, vuln&#233;rabilit&#233;, conflits, etc. De m&#234;me, je ne ferai pas plus qu'&#233;voquer les conditions de ce passage historique : on parle de changements climatiques, d'une surexploitation du grand gibier, de pression d&#233;mographique, d'innovations techniques, de r&#233;organisation mythologique, etc. &#8211; je reviendrai &#224; la prochaine s&#233;ance sur ces enchev&#234;trements de d&#233;terminismes biophysiques et socioculturels. Quoi qu'il en soit ce basculement a eu lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cr&#233;ations de nouvelles esp&#232;ces&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a eu lieu, on le sait, d'abord au Moyen-Orient, o&#249;, autour de 8 500 ans avant notre &#232;re, sont rapidement domestiqu&#233;s le bl&#233;, le pois, la lentille, le mouton, la ch&#232;vre, etc. Mais aussi et ind&#233;pendamment, mille ans plus tard en Chine, dans la vall&#233;e du fleuve Jaune, avec la domestication du riz, du millet, du porc, du ver &#224; soie, puis au Mexique, vers &#8211; 3 500 ans av. J.-C, avec les fameuses &#171; trois s&#339;urs &#187; &#8211; le ma&#239;s, la courge et le haricot &#8211; et puis le dindon. Et plus le temps passe, plus les foyers semblent se multiplier, rayonner, quelquefois se rencontrer ou s'absorber : en Nouvelle-Guin&#233;e, en Am&#233;rique du Nord, dans les Andes et l'Amazonie, au Sahel, en Afrique de l'Ouest et en &#201;thiopie&#8230; Toutes ces domestications &#8211; de chevaux, de sorghos d'abeilles, de tomates ou de poules &#8211; sont des apparitions lentes et laborieuses, par s&#233;lections humaines en grande partie involontaires et hasardeuses, de &lt;i&gt;nouveaux v&#233;g&#233;taux&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;animaux&lt;/i&gt;. Il faut le comprendre : l'&#234;tre humain devient ici inventeur de &lt;i&gt;nouvelles esp&#232;ces&lt;/i&gt;, et, sans m&#234;me parler des multiples hybridations post-domestication, il enrichit la fameuse biodiversit&#233; de nouveaux &#233;l&#233;ments qui n'auraient jamais exist&#233; sans lui et dont la pr&#233;sence n'est maintenue que par son activit&#233; consciente et continue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cr&#233;ations de nouveaux milieux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, plus encore : c'est la naissance de &lt;i&gt;nouveaux milieux&lt;/i&gt;, des nouveaux &#233;cosyst&#232;mes semi-artificiels que sont les clairi&#232;res, les jardins, les oasis, les for&#234;ts cultiv&#233;es, les berges am&#233;nag&#233;es, les p&#226;tures, les marais et deltas, sans parler des alentours de ces premiers villages, des sentiers, des lieux de culte, des espaces de chasse, des zones de pr&#233;l&#232;vements ou de rejets, etc. Modifications de l'environnement, donc, qui cr&#233;ent de nouvelles niches &#233;cologiques, de nouvelles relations interesp&#232;ces, de nouveaux r&#233;seaux trophiques, favorisant indirectement certaines esp&#232;ces, en introduisant certaines, for&#231;ant le d&#233;placement d'autres. Nous avons donc l&#224; la naissance d'une autre nature, modifi&#233;e, &#233;tendue au fil des mill&#233;naires &#224; presque toutes les terres &#233;merg&#233;es, c'est-&#224;-dire l'apparition d'une biosph&#232;re anthropis&#233;e o&#249; l'interd&#233;pendance entre les humains et leur environnement va croissant et tend vers une co&#233;volution globale avec des biodiversit&#233;s nouvelles &#224; la fois d'esp&#232;ces, de milieux, g&#233;n&#233;tiques, d'interactions, etc. En toute rigueur, il faut pousser l'analyse comme le fait Serge Bahuchet, jusqu'aux micro-organismes, &#224; la biodiversit&#233; m&#233;connue, &#233;galement cultiv&#233;s dans les aliments ferment&#233;s, etc. et leur revers, les maladies &#8211; zoonoses &#8211; que le b&#233;tail a l&#233;gu&#233;es &#224; l'Homme (le virus de la grippe venant des canards ou des cochons, la rougeole des vaches&#8230;), qui s'ajoutent &#224; cette diversit&#233; cr&#233;&#233;e par les soci&#233;t&#233;s humaines, et avec laquelle une myriade de relations nouvelles &#233;mergent, se cumulant, se conjuguant avec toutes celles &#233;tablies par les chasseurs-cueilleurs-p&#234;cheurs puisque nous parlons l&#224; de soci&#233;t&#233;s encore mixtes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet impact est d'autant plus important que le mode de culture primitif est extensif &#8211; m&#234;me s'il n'est pas forc&#233;ment le premier chronologiquement, c'est celui qui s'est le plus g&#233;n&#233;ralis&#233; du fait de son rendement : il s'agit ici des cultures sur abattis-br&#251;lis encore largement pratiqu&#233;es aujourd'hui &#8211; souvent &#224; l'origine des incendies estivaux au Br&#233;sil et en Afrique. Cela consiste &#224; d&#233;fricher quelques arpents de for&#234;t, br&#251;ler les coupes dont la cendre fertilise le sol, cultiver quelques ann&#233;es de mani&#232;re plus ou moins rudimentaire puis passer &#224; une parcelle voisine en laissant repousser la premi&#232;re qui va r&#233;g&#233;n&#233;rer sa biomasse en quelques d&#233;cennies. On peut voir, par exemple, sur des gravures du Moyen &#194;ge des paysans travailler le sol entre deux souches. Au fil du temps, il est clair qu'une fois cette friche foresti&#232;re enti&#232;rement rebois&#233;e, le peuplement v&#233;g&#233;tal est subtilement mais profond&#233;ment modifi&#233;, et ce, de proche en proche, sur une zone tr&#232;s &#233;tendue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une d&#233;forestation massive&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela, bien entendu, a son revers. Car ces cultures, en se syst&#233;matisant, en s'&#233;tendant, en se p&#233;rennisant, en s'intensifiant au fil de la croissance d&#233;mographique &#8211; la population humaine passe de 5 &#224; 50 millions en 5 000 ans &#8211; font reculer la for&#234;t primaire suivant un front pionnier. Ce d&#233;boisement massif, le plus important bouleversement &#233;cologique d'origine humaine d'apr&#232;s Marcel Mazoyer et Laurence Roudart, va litt&#233;ralement changer le visage de la plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour aller vite, il a au moins trois cons&#233;quences : il d&#233;truit bien entendu des habitats naturels, fragmentant les populations, provoquant migrations et sans doute extinctions en cascade ; il &#233;puise les sols et les rend sujets &#224; l'&#233;rosion, c'est-&#224;-dire qu'il peut d&#233;truire le fruit des milliers d'ann&#233;es que requiert une p&#233;dog&#233;n&#232;se compl&#232;te ; la combustion du bois, pour cultiver ou comme combustible, d&#233;gage massivement du dioxyde de carbone. Ces processus semblent s'&#234;tre d&#233;roul&#233;s partout, au Moyen-Orient, en M&#233;diterran&#233;e, Am&#233;rique, Chine, Afrique o&#249; l'on retrouve des traces s&#233;dimentaires t&#233;moignant de gigantesques &#233;rosions artificielles, produites par des d&#233;forestations massives il y a des milliers d'ann&#233;es. &#201;puisement des sols &#8211; et quelquefois st&#233;rilisation par la remont&#233;e capillaire d'oxyde de fer &#8211; ou disparition, obligeant &#224; une course en avant qui repousse les populations rest&#233;es chasseurs-cueilleurs exigeantes en espace. La p&#233;riode n'est donc certainement pas exempte de frictions, de conflits, de colonisations, de massacres, de remplacements de population. Pour rester en Afrique : on apprend, de temps en temps, l'assassinat de chasseurs pygm&#233;es, prolongement jusqu'&#224; aujourd'hui de leur affrontement avec les cultivateurs bantous qui ne cessent, depuis des milliers d'ann&#233;es, de poursuivre leur avanc&#233;e vers le sud. Et ces conflits se transposent au sein m&#234;me des populations ayant opt&#233; pour la domestication, entre &#233;leveurs &#8211; semi-nomades &#8211; et cultivateurs &#8211; s&#233;dentaires &#8211;, envenimant bien des conflits comme au Soudan, mais aussi en France, sur un mode moins sanguinaire certes, par exemple entre les transhumants et les exploitants agricoles soutenus par les autorit&#233;s. Le meurtre mythique d'Abel, le berger, par Ca&#239;n, le laboureur, r&#233;sonne comme un &#233;cho lointain de ces rapports de force l&#233;gendaires qui n'ont, au fond, jamais totalement cess&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Changements climatiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, endommager s&#233;rieusement une for&#234;t sur un secteur significatif entra&#238;ne, vous le savez, un changement du r&#233;gime pluviom&#233;trique local et quelquefois lointain, diminuant en retour le potentiel de r&#233;g&#233;n&#233;ration : effet cyclique que l'on retrouve syst&#233;matiquement dans le monde vivant et qu'il faut avoir &#224; l'esprit lorsqu'on parle d'effets exc&#233;dant la cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;forester enfin, je l'ai dit, implique de br&#251;ler le bois, donc de d&#233;stocker le c&#233;l&#232;bre dioxyde de carbone, et beaucoup selon la technique des abattis-br&#251;lis si la r&#233;g&#233;n&#233;ration des sols est extr&#234;mement lente, et c'est le cas en zone tropicale. Et &#233;lever du b&#233;tail, d'un autre c&#244;t&#233;, entra&#238;ne aussi un grand d&#233;gagement de m&#233;thane &#8211; &#224; l'effet de serre atmosph&#233;rique presque trente fois plus important &#8211; auquel participent aussi les rizi&#232;res inond&#233;es, lieu de d&#233;composition ana&#233;robie. Ces gigatonnes de d&#233;gagements gazeux se poursuivant sur des milliers d'ann&#233;es sur des millions de kilom&#232;tres carr&#233;s auraient-ils pu modifier la composition atmosph&#233;rique ? C'est l'hypoth&#232;se que le pal&#233;oclimatologue William F. Ruddiman a propos&#233;e il y a une vingtaine d'ann&#233;es et qu'il continue de nourrir : le r&#233;chauffement climatique qui en aurait r&#233;sult&#233; aurait particip&#233; de mani&#232;re significative &#224; l'installation de la p&#233;riode interglaciaire dans laquelle nous sommes toujours. Sa th&#232;se est &#226;prement discut&#233;e, notamment parce que ce qui a conduit &#224; l'&#171; optimum climatique de l'Holoc&#232;ne &#187; recoupe les fameux cycles orbitaux de Milankovitch. Mais sans &#234;tre sp&#233;cialiste de cette discipline hyper-complexe o&#249;, l&#224; encore, r&#233;troactions, &#171; effets de seuils &#187; et autres &#171; effet papillon &#187; sont courants, et nombre d'interactions totalement inconnues, il me semble que certains s'en d&#233;barrassent un peu trop vite derri&#232;re des raisons purement id&#233;ologiques. Quoi qu'il en soit, son point de vue est argument&#233; et, cit&#233; aux c&#244;t&#233;s de ceux de Felisa Smith, me semble obliger &#224; consid&#233;rer que la modification artificielle du climat &#224; l'&#233;chelle au moins continentale a sans doute une tr&#232;s, tr&#232;s longue histoire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une plan&#232;te nouvelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les cas, l'impact de cette titanesque d&#233;forestation a &#233;t&#233; la destruction sans retour de la plupart des for&#234;ts primaires, accompagn&#233;e d'une baisse drastique de la fertilit&#233; des sols concomitante &#224; un r&#233;chauffement global et un ass&#232;chement du climat. Dans le pire des cas cela aurait &#233;t&#233; une aridification, voire une d&#233;sertification &#8211; comme une partie du Sahara &#8211;, plus g&#233;n&#233;ralement une &lt;i&gt;savanisation&lt;/i&gt;, obligeant certainement les peuplades &#224; se regrouper autour des ressources en eau, les cultures pluviales &#233;tant devenues localement impossibles. C'est sur ces territoires radicalement nouveaux en termes &#233;cologiques que les soci&#233;t&#233;s humaines de l'&#233;poque auraient alors d&#251; inventer, &#224; t&#226;tons et sans doute difficilement, de nouvelles mani&#232;res d'assurer leur subsistance : c'est &#224; partir de l&#224; que se sont diversifi&#233;s les syst&#232;mes agraires historiques que nous connaissons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1184-Elements-d-ecologie-politique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Seconde partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;l&#233;ments bibliographiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La bibliographie ci-dessous a &#233;t&#233; r&#233;duite au minimum : il y manque d'un c&#244;t&#233; tous les &#171; classiques &#187; de l'&#233;cologie politique et des disciplines abord&#233;es, largement connus, ainsi que, de l'autre, les ouvrages aux th&#233;matiques apparemment trop &#233;loign&#233;es, sans m&#234;me parler de tous ceux dont l'apport, loin d'&#234;tre nul, n'a pas &#233;t&#233; significatif. N'ont donc &#233;t&#233; retenus que les titres ayant express&#233;ment servi &#224; l'&#233;laboration des s&#233;ances &#224; divers degr&#233;s, et regroup&#233;s grosso modo selon leur ordre, m&#234;me si beaucoup sont transversaux.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En gras les livres dont la lecture est vivement recommand&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bahuchet Serge, &lt;i&gt;Les Jardiniers de la nature&lt;/i&gt;, Odile Jacob, Paris, 2017&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bourguignon Claude et Lydie, &lt;i&gt;Le Sol, la terre et les champs&lt;/i&gt;, Sang de la Terre, 2015&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Braudel Fernand, &lt;i&gt;Grammaire des civilisations&lt;/i&gt;, Flammarion, 1993&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Broswimmer Franz J., &lt;i&gt;Une br&#232;ve histoire de l'extinction en masse des esp&#232;ces&lt;/i&gt;, Agone, coll. &#171; &#233;l&#233;ments &#187;, 2010&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Del&#233;age Jean-Paul, &lt;i&gt;Une Histoire de l'&#233;cologie. Une science de l'homme et de la nature&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, coll. &#171; Histoire des sciences &#187;, 1991&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Diamond Jared, &lt;i&gt;Effondrement. Comment les soci&#233;t&#233;s d&#233;cident de leur disparition ou de leur survie&lt;/i&gt;, Gallimard, 2009&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Keeley Lawrence H., &lt;i&gt;Les Guerres pr&#233;historiques&lt;/i&gt;, Du Rocher, 2002&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maquet Jacques J&#233;r&#244;me, &lt;i&gt;Afrique. Les civilisations noires&lt;/i&gt;, Horizons de France, 1962&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mazoyer Marcel et Roudart Laurence, &lt;i&gt;Histoire des agricultures du monde. Du n&#233;olithique &#224; la crise contemporaine&lt;/i&gt;, Seuil, 1997&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Osborn Fairfield, &lt;i&gt;La Plan&#232;te au pillage&lt;/i&gt;, Payot, 1949&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quenet Gr&#233;gory, &lt;i&gt;Qu'est-ce que l'histoire environnementale ?&lt;/i&gt;, Champ Vallon, 2014&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rostain Stephein, &lt;i&gt;Amazonie, un jardin naturel ou une for&#234;t domestiqu&#233;e. Essai d'&#233;cologie historique&lt;/i&gt;, Actes Sud/Errance, coll. &#171; Thesaurus &#187;, 2016&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ruddiman William F, &lt;i&gt;La Charrue, la peste et le climat&lt;/i&gt;, Randall, 2009&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Scott James C., &lt;i&gt;Homo domesticus. Une histoire profonde des premiers &#201;tats&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2019&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Testot Laurent, &lt;i&gt;Cataclysmes. Une histoire environnementale de l'humanit&#233;&lt;/i&gt;, Payot &amp; Rivages, coll. &#171; Histoire Payot &#187;, 2017&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Quelles natures voulons-nous ?</title>
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		<description>
&lt;p&gt;Chapitre &#171; &#201;cologie de la restauration. Quelles natures voulons-nous ? &#187; du livre &#171; L'&#233;cologie est-elle encore scientifique ? &#187; (2013, Qu&#230;) de Christian L&#233;v&#234;que, pp. 89-101. En d&#233;finitive, la restauration &#233;cologique, qui exige un effort soutenu de l'homme dans la gestion des perturbations et des &#233;quilibres, est le seul acte qui consacre &#224; la fois scientifiquement et moralement notre engagement intelligent au service de la nature. Le laisser faire &#233;cologique, la croyance en un &#233;quilibre (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-76-L-ecologie-politique-contre-l-" rel="directory"&gt;L'&#233;cologie politique contre l'&#233;cologisme&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-279-Leveque-Ch-+" rel="tag"&gt;L&#233;v&#234;que Ch. &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-89-ecologie-+" rel="tag"&gt;&#201;cologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-113-ecologisme-+" rel="tag"&gt;&#201;cologisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-224-scientisme-+" rel="tag"&gt;Scientisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-37-democratie-directe-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-38-science-+" rel="tag"&gt;Science&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Chapitre &#171; &#201;cologie de la restauration. Quelles natures voulons-nous ? &#187; du livre &#171; L'&#233;cologie est-elle encore scientifique ? &#187; (2013, Qu&#230;) de Christian L&#233;v&#234;que, pp. 89-101.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive, la restauration &#233;cologique, qui exige un effort
soutenu de l'homme dans la gestion des perturbations
et des &#233;quilibres, est le seul acte qui consacre &#224; la fois
scientifiquement et moralement notre engagement intelligent
au service de la nature. Le laisser faire &#233;cologique, la croyance
en un &#233;quilibre immuable qui n'existe pas :
voil&#224; peut-&#234;tre le vrai crime contre la nature.&lt;br class='manualbr' /&gt;Gunnell, 2009&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pendant longtemps, la conservation de la nature s'est focalis&#233;e
sur la pr&#233;servation des &#233;cosyst&#232;mes dont le principe fondateur est d'exclure l'homme des milieux &#224; prot&#233;ger. Mais les
entreprises de restauration ou de r&#233;habilitation d'&#233;cosyst&#232;mes
d&#233;grad&#233;s, voire de cr&#233;ation ex-nihilo de nouveaux &#233;cosyst&#232;mes, ont connu un d&#233;veloppement consid&#233;rable aux cours
de ces derni&#232;res d&#233;cennies. &#171; Recr&#233;er la nature &#187; (du nom
d'un programme financ&#233; par le minist&#232;re de l'Environnement ; Chapuis et al., 2001) est ainsi devenu le mot d'ordre
de l'&#233;cologie de la restauration, laquelle se situe &#224; la confluence
de pr&#233;occupations &#233;conomiques et sociales (am&#233;nagement du
territoire, cadre de vie, espaces r&#233;cr&#233;atifs) et de pr&#233;occupations
&#233;cologiques (conservation de la nature, r&#233;habilitation de sites
d&#233;grad&#233;s). Elle offre l'opportunit&#233; de d&#233;velopper un savoir-faire appliqu&#233; (une &#233;cotechnologie) et de tester les th&#233;ories
&#233;cologiques en vraie grandeur sur des sites exp&#233;rimentaux.
L'&#233;cologie de la restauration appara&#238;t ainsi comme le bras arm&#233;
de l'&#233;cologie op&#233;rationnelle. C'est une &#233;cologie de l'action
qui nous est propos&#233;e, en r&#233;action, peut-&#234;tre, &#224; une &#233;cologie
trop longtemps cantonn&#233;e dans les &#233;tudes d'impacts et les
notices n&#233;crologiques. Mais peut-on refaire ce qui a &#233;t&#233; d&#233;fait,
comme on r&#233;pare une voiture ou un appareil &#233;lectrique ? Il y a
l&#224;, &#224; n'en pas douter, une vision tr&#232;s m&#233;caniste de la nature et
une ambition peut-&#234;tre un peu d&#233;mesur&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi restaurer ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Restaurer, c'est d'abord faire le constat que quelque chose ne
va pas dans l'&#233;cosyst&#232;me qualifi&#233; de d&#233;grad&#233; et qu'on entend,
par une action volontariste, r&#233;tablir une situation suppos&#233;e
&#171; meilleure &#187;&#8230; Il y a donc, en filigrane, un aspect normatif :
la repr&#233;sentation par les scientifiques de ce qu'ils consid&#232;rent
&#234;tre un syst&#232;me &#233;cologique en &#171; bon &#233;tat &#187;. Si le concept est
&#233;vocateur, sa d&#233;clinaison op&#233;rationnelle reste compliqu&#233;e
en l'absence de consensus sur une d&#233;finition du bon &#233;tat.
N&#233;anmoins, le monde de la restauration est loin d'avoir une
attitude homog&#232;ne. Si certains pr&#244;nent une politique active,
d'autres estiment au contraire que le &#171; laisser faire &#187; est
parfois pr&#233;f&#233;rable, surtout si l'on met en regard le co&#251;t de la
&#173;restauration (Prach et Hobbs, 2008).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mani&#232;re spontan&#233;e, le terme restaurer laisse penser qu'il
s'agit de r&#233;tablir un &#233;tat naturel. Ce terme est d'ailleurs
emprunt&#233; au vocabulaire mus&#233;ographique : restaurer un
meuble, c'est le remettre dans son &#233;tat d'origine ! Pour les
puristes, l'objectif est, en effet, de retrouver l'&#233;tat des syst&#232;mes
&#233;cologiques avant d&#233;gradation. Selon Clewell et Aronson
(2010), &#171; la restauration &#233;cologique satisfait le profond d&#233;sir
humain de retrouver un &#233;l&#233;ment de valeur perdu &#187;. Cette
phrase m&#233;riterait, &#224; elle seule, de longues ex&#233;g&#232;ses concernant le poids des repr&#233;sentations et des id&#233;ologies en mati&#232;re
de restauration ! Et, ajoutent-ils, &#171; quand un &#233;cosyst&#232;me est
restaur&#233;, il doit pouvoir s'auto-organiser, se p&#233;renniser et &#234;tre
capable de se maintenir comme un &#233;cosyst&#232;me non perturb&#233;
du m&#234;me genre situ&#233; dans le m&#234;me contexte ou paysage &#187;. Ce
mythe, souvent colport&#233; dans le domaine de la restauration,
selon lequel il est possible de retrouver un &#233;tat pristine (ou
un &#233;tat avant d&#233;gradation) et capable de s'auto-entretenir,
n'est pas un objectif r&#233;aliste dans la majorit&#233; des cas. Pour
une raison simple : la plupart de nos syst&#232;mes &#233;cologiques, en
Europe tout au moins, sont am&#233;nag&#233;s depuis longtemps pour
des usages &#233;conomiques ou pour des raisons s&#233;curitaires que
peu de citoyens contestent. Ces syst&#232;mes cr&#233;&#233;s par l'homme
ont ainsi acquis une valeur patrimoniale, &#224; l'exemple de la
Camargue, de la Sologne, ou de la for&#234;t des Landes&#8230; mais ils
n'ont rien &#224; voir avec des syst&#232;mes non d&#233;grad&#233;s !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est par contre l&#233;gitime d'avoir des objectifs &#233;thiques, esth&#233;tiques, &#233;cologiques ou &#233;conomiques en mati&#232;re d'am&#233;nagement. Et de se poser la question de mani&#232;re diff&#233;rente :
quelles natures voulons-nous recr&#233;er ? Que voulons-nous faire
du syst&#232;me que l'on se propose de restaurer ? Et pourquoi le
fait-on ? On aborde ainsi la question de la restauration sous
un angle moins &#233;sot&#233;rique que celui d'un hypoth&#233;tique &#171; bon
&#233;tat &#187;, avec des objectifs que le citoyen et les &#233;lus peuvent
comprendre. Peu de chance par exemple de convaincre les
riverains d'abattre les digues et de restaurer la nature sauvage
et primitive de nos grands fleuves car les d&#233;g&#226;ts caus&#233;s par les
crues centenaires ont marqu&#233; les esprits ! Mais on peut avoir
pour ambition de retrouver un peu plus de naturalit&#233; sur les
berges et une vie plus active dans les eaux ! Peu de chances
&#233;galement de recr&#233;er ces zones humides, infest&#233;es de moustiques, qui furent en grande partie ass&#233;ch&#233;es au XIXe si&#232;cle en
raison des ravages de la malaria. Des moustiques, pas plus
que des loups, personne n'en veut, m&#234;me si certains int&#233;gristes disent encore que ces esp&#232;ces sont n&#233;cessaires au bon
&#173;fonctionnement des &#233;cosyst&#232;mes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En faisant un petit pas de plus, on peut aussi penser que nos
actions de restauration sont essentiellement motiv&#233;es par des
consid&#233;rations &#233;thiques, esth&#233;tiques ou id&#233;ologiques, ind&#233;pendamment d'une pr&#233;occupation scientifique. Auquel cas
on n'a pas &#224; s'embarrasser des a priori scientifiques, ni du
fameux &#171; n&#233;cessit&#233; d'am&#233;liorer nos connaissances &#187; souvent
invoqu&#233; dans ces circonstances pour cacher notre ignorance. La r&#233;ponse &#224; &#171; quelles natures voulons-nous ? &#187; rel&#232;ve
alors, pour l'essentiel, de l'application concr&#232;te de syst&#232;mes
de valeurs. L'obtention d'un consensus social pour ce type
d'op&#233;ration, via les processus d&#233;lib&#233;ratifs habituels, est plus
simple, puisqu'il s'affranchit de la dimension &#233;cologique,
souvent source de conflits ou pour le moins de complications.
&#201;videmment nous sommes dans une d&#233;marche de jardinage,
voire de bricolage, dans laquelle le savoir-faire de l'ing&#233;nierie &#233;cologique est fondamental. Mais ce type de situation
o&#249; l'&#233;cologie est marginalis&#233;e est finalement assez fr&#233;quent,
notamment dans les op&#233;rations de restauration men&#233;es, pour
l'essentiel, par des paysagistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des ambigu&#239;t&#233;s dans les paradigmes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une premi&#232;re ambigu&#239;t&#233; r&#233;side dans les termes utilis&#233;s. Le terme
restaurer est le plus souvent utilis&#233; dans un sens g&#233;n&#233;rique qui
englobe diff&#233;rents types d'intervention sur les syst&#232;mes &#233;cologiques. Le programme national de recherche &#171; Recr&#233;er la
nature &#187; (Chapuis et al., 2001, 2002) distinguait ainsi divers
types de d&#233;marches. La restauration correspond &#224; &#171; la transformation intentionnelle d'un milieu pour y r&#233;tablir un &#233;cosyst&#232;me
consid&#233;r&#233; comme indig&#232;ne et historique. Le but de cette intervention est d'imiter la structure, le fonctionnement, la diversit&#233;
et la dynamique de l'&#233;cosyst&#232;me pr&#233;vu &#187;. La r&#233;habilitation d'un
&#233;cosyst&#232;me &#171; consiste &#224; lui permettre de retrouver ses fonctions
essentielles en le situant sur une trajectoire naturelle favorable &#224;
l'un des &#233;tats alternatifs stables &#187;. La cr&#233;ation vise &#171; &#224; construire
ex nihilo un &#233;cosyst&#232;me en compensation d'une destruction
due &#224; un am&#233;nagement de type lourd &#187;. On ne recr&#233;e pas la
nature mais on recr&#233;e de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une seconde ambigu&#239;t&#233;, d&#233;j&#224; soulign&#233;e, est celle du retour
esp&#233;r&#233; &#224; un &#233;tat ant&#233;rieur qui pose d'embl&#233;e le probl&#232;me de
la r&#233;versibilit&#233;. Il y a, &#224; la base du paradigme de la restauration, une prise de position id&#233;ologique qui va &#224; l'encontre
de l'&#233;vidence scientifique selon laquelle les syst&#232;mes sont sur
des trajectoires irr&#233;versibles&#8230; On contourne en g&#233;n&#233;ral la
difficult&#233; par un discours casuistique pr&#233;cisant qu'il s'agit de
retrouver un &#233;tat le plus proche possible de l'&#233;tat naturel&#8230;
Mais l'id&#233;e de r&#233;versibilit&#233; nous renvoie n&#233;anmoins &#224; une
demande souvent exprim&#233;e en mati&#232;re de restauration :
&#171; retrouver la rivi&#232;re de mon enfance&#8230; &#187;. D'o&#249; vient cette
id&#233;e que &#171; c'&#233;tait mieux avant &#187; ? Cette motivation est souvent
mise en avant pour justifier d'op&#233;rations qui sont en r&#233;alit&#233; de
la renaturation (Dufour et Piegay, 2009).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre ambigu&#239;t&#233; r&#233;side dans les conceptions diff&#233;rentes
de la nature selon les groupes sociaux. Le d&#233;veloppement de
l'&#233;cologie de la restauration am&#232;ne &#224; s'interroger sur la part
relative de la science &#233;cologique et des sciences sociales dans
cette activit&#233;. Car l'id&#233;e que se fait un &#233;cologue du bon &#233;tat
d'un syst&#232;me &#233;cologique peut &#234;tre assez diff&#233;rente de celle
d'un citoyen. La naturalit&#233; est une repr&#233;sentation mentale
que se font les individus d'un objet qu'ils consid&#232;rent &#234;tre
&#171; naturel &#187;. Marylise Cottet-Tronch&#232;re (2010) r&#233;sume ainsi la
situation : &#171; Il appara&#238;t que ce que les gens appellent &#8220;nature&#8221;
est &#233;minemment culturel. [&#8230;] la naturalit&#233;, telle qu'elle est
per&#231;ue par tout un chacun, est susceptible d'entrer en contradiction avec la naturalit&#233;, telle qu'elle est appr&#233;hend&#233;e par les
&#233;cologues charg&#233;s de d&#233;finir le bon &#233;tat &#233;cologique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, une enqu&#234;te r&#233;alis&#233;e sur le Rh&#244;ne (Le Lay et al., 2007)
a mis en &#233;vidence que les paysages de rivi&#232;res qui exercent
la plus grande attraction ne sont pas les paysages sauvages,
mais ceux qui apparaissent comme &#171; entretenus &#187; aux yeux
du public. Cette attirance pour les paysages entretenus peut
s'expliquer par des besoins de loisirs mais aussi de s&#233;curit&#233;.
De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, si les paysages per&#231;us comme naturels
sont jug&#233;s plus esth&#233;tiques, c'est que les structures paysag&#232;res
qui les caract&#233;risent correspondent &#224; un id&#233;al culturel. Ces
pr&#233;f&#233;rences esth&#233;tiques ne semblent, en aucun cas, &#234;tre li&#233;es
au bon &#233;tat &#233;cologique. En r&#233;alit&#233;, les citoyens sont beaucoup
plus sensibles &#224; la perception paysag&#232;re qu'&#224; l'&#233;tat &#233;cologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles natures voulons-nous ? Une question de soci&#233;t&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les remarques ci-dessus mettent en relief l'ambigu&#239;t&#233; du
concept de naturalit&#233; : si les individus affichent des pr&#233;f&#233;rences
pour les environnements naturels, ce sont en r&#233;alit&#233; les paysages
entretenus qu'ils pl&#233;biscitent. D'o&#249; la question : l'&#233;cosyst&#232;me
de r&#233;f&#233;rence, celui que l'on se fixe comme objectif, doit-il &#234;tre
d&#233;termin&#233; par les &#233;cologues eux-m&#234;mes, &#224; l'aide de crit&#232;res
exclusifs &#224; leur discipline, ou doivent-ils faire l'objet d'une n&#233;gociation pr&#233;alable avec d'autres acteurs du territoire, qu'ils soient
gestionnaires ou simples usagers ? Comment concilier valeur
&#233;cologique et valeur &#171; paysag&#232;re &#187; ou ludique ? Le terrain de
la restauration est sans doute celui sur lequel la biologie et les
sciences sociales sont amen&#233;es &#224; faire des rencontres qui ne
soient pas seulement protocolaires (Fabiani, 1999)&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question qui se pose alors pour le gestionnaire est de faire
&#233;merger un consensus entre les scientifiques, les ing&#233;nieurs,
les politiques et la soci&#233;t&#233; quant aux objectifs &#224; atteindre. Et,
plus exactement, d'identifier les leviers sur lesquels il peut agir
de mani&#232;re &#224; placer le syst&#232;me &#224; restaurer sur la trajectoire
souhait&#233;e. Car la notion de trajectoire &#8211; par opposition au
paradigme de l'&#233;quilibre &#8211; ne correspond pas, bien entendu, &#224;
une simple extrapolation des conditions actuelles. Dans cette
logique de dynamique temporelle des syst&#232;mes &#233;cologiques,
la notion normative d'&#233;tat de r&#233;f&#233;rence perd toute signification. Mais on peut la remplacer &#224; moyen terme par la notion
d'&#233;tat d&#233;sir&#233;. Ce dernier devrait &#234;tre une projection sur le
futur, &#233;labor&#233;e localement apr&#232;s concertation des diff&#233;rents
protagonistes. Tout projet devrait en effet f&#233;d&#233;rer les attentes
d'&#233;cologistes qui ne parlent que de biodiversit&#233; sans savoir la
d&#233;finir, de partenaires &#233;conomiques port&#233;s par leurs int&#233;r&#234;ts
imm&#233;diats, de politiques qui ne veulent pas de vagues mais
ne rechignent pas non plus sur des projets dont ils pourront
s'approprier la paternit&#233; &#224; condition qu'ils r&#233;ussissent, et du
citoyen lambda qui peut porter un regard positif sur le projet
mais qui demande &#171; combien &#231;a co&#251;te tout &#231;a &#187; et si c'est bien
la priorit&#233; dans le contexte actuel ! En r&#233;alit&#233;, cette concertation c'est l'application concr&#232;te de l'id&#233;e de gouvernance qui
est l'un des piliers de la directive cadre sur l'eau !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tat d&#233;sir&#233; d'un fleuve devrait donc &#234;tre le produit d'une
d&#233;marche pragmatique. Comme Paul Arnould l'a sugg&#233;r&#233; &#224;
propos des for&#234;ts, on peut &#233;voquer les trois &#171; pro- &#187;, comme
&#171; production &#187;, &#171; promenade &#187; et &#171; protection &#187;&#8230; Dans le
cas des fleuves, il s'agit alors, pour simplifier, de renforcer la
s&#233;curit&#233;, recr&#233;er des habitats pour les poissons et renaturer les
berges !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surgit cependant une forte interrogation : les &#233;cologues sont-
ils capables d'identifier la meilleure trajectoire possible dans un
monde en &#233;volution permanente ? Et surtout, que peuvent-
ils conseiller s&#233;rieusement aux gestionnaires compte tenu des
incertitudes sur le futur ? Le changement climatique, l'arriv&#233;e
de nouvelles esp&#232;ces, les contraintes &#233;conomiques li&#233;es aux
usages des milieux, laissent supposer qu'il y a plusieurs futurs
possibles pour un syst&#232;me &#233;cologique. Une situation qui
nous d&#233;range car nous pr&#233;f&#233;rons les syst&#232;mes d&#233;terministes
qui nous s&#233;curisent intellectuellement, alors que le hasard a
jou&#233; et continuera de jouer un r&#244;le important dans la dynamique des syst&#232;mes &#233;cologiques. L'&#233;cologie reste une science
&#173;d'observation et il faut se faire &#224; l'id&#233;e que nous ne pouvons
pas tout mod&#233;liser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le cache sexe de la biodiversit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une id&#233;e re&#231;ue, tr&#232;s populaire, est que la restauration &#233;cologique a pour objectif la conservation et la protection de la
biodiversit&#233;, et celle-ci est invoqu&#233;e comme un des principaux barom&#232;tres du succ&#232;s des op&#233;rations. Mais cette formulation est souvent utilis&#233;e de mani&#232;re incantatoire. Vise-t-on
&#224; prot&#233;ger une esp&#232;ce ou un habitat ? Ou &#224; diversifier les
habitats ? Ou &#224; augmenter localement la richesse en esp&#232;ces
d'un groupe zoologique ou botanique ? Tout un ensemble
de questions qui sont assez rarement document&#233;es. Le plus
souvent, pour les milieux aquatiques, on cible les oiseaux,
parfois les poissons, des esp&#232;ces qui se voient et qui ont un
impact m&#233;diatique. Mais il s'agit alors de groupes sp&#233;cifiques,
pas de &#171; la &#187; biodiversit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, la biodiversit&#233; ne semble pas &#234;tre la raison principale de
beaucoup de d&#233;marches de restauration. Sur la base d'un bilan
r&#233;alis&#233; sur 480 actions d&#233;clar&#233;es comme relevant du domaine
de la restauration des rivi&#232;res, Morandi et Pi&#233;gay (2011) ont
montr&#233; que, dans la pratique, les motivations r&#233;pondent &#224;
trois cat&#233;gories principales :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211;&#8211; des restaurations &#224; vis&#233;e hydraulique, centr&#233;es sur des
enjeux s&#233;curitaires (protection des berges par g&#233;nie v&#233;g&#233;tal,
entretien des ripisylves, protection des berges en g&#233;nie civil
&#8211; murs en pierres, gabions &#8211;, gestion hydraulique, curage du
chenal, etc.) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211;&#8211; des restaurations &#224; objectif piscicole afin d'assurer la p&#233;rennit&#233;
d'une ressource (cr&#233;ation et restauration de fray&#232;res, am&#233;nagement d'habitats, diversification des &#233;coulements, etc.) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211;&#8211; des restaurations &#224; finalit&#233; &#233;cologique consid&#233;rant le bon
fonctionnement comme le garant du d&#233;veloppement durable
(rel&#232;vements des d&#233;bits minima, remodelage du chenal,
restauration d'annexes hydrauliques, effacement de seuils et
de barrages, restauration des ripisylves, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse met aussi en &#233;vidence qu'il y a peu de suivis mis en
place pour savoir si les actions ont eu des r&#233;percussions attendues sur le milieu ou si l'op&#233;ration est un &#233;chec. Il est difficile
en g&#233;n&#233;ral de savoir si elles se sont sold&#233;es par des gains &#233;cologiques et socio-&#233;conomiques&#8230; Plus curieux encore, mais ceci
peut expliquer cela, pr&#232;s de 50 % des actions ne mentionnent
pas explicitement les objectifs et 71 % ne semblent r&#233;pondre &#224;
aucun signe de dysfonctionnement du syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des pratiques &#224; revisiter&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mati&#232;re de restauration &#233;cologique, les experts suivent
g&#233;n&#233;ralement une &#171; philosophie interventionniste, activiste et
l&#233;gitimante &#187; justifiant leurs buts par des crit&#232;res &#233;cologiques
qu'ils estiment structurants. Cette l&#233;gitimit&#233; de la science
s'inscrit dans la tradition positiviste (Bravard, 2006). Mais
dans la r&#233;alit&#233;, pr&#233;tendre g&#233;rer les &#233;cosyst&#232;mes naturels, c'est
se confronter &#224; la complexit&#233; des multiples interactions et des
dynamiques spatio-temporelles qui sont encore mal connues,
et donc mal ma&#238;tris&#233;es. Ces m&#234;mes scientifiques, dans une
d&#233;marche quelque peu schizophr&#232;ne, ne cessent par contre de
mettre en avant la grande complexit&#233; des syst&#232;mes naturels, la
difficult&#233; &#224; comprendre leur fonctionnement et l'imp&#233;rieuse
n&#233;cessit&#233; d'approfondir nos connaissances. La science &#233;cologique appliqu&#233;e &#224; la restauration nous a n&#233;anmoins distill&#233;
une id&#233;e fondamentale qui semble faire consensus. En bref,
restaurer c'est avant tout recr&#233;er de l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; et de
la variabilit&#233;. C'est un grand pas en mati&#232;re conceptuelle par
rapport &#224; une vision longtemps fixiste de l'&#233;cologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ces incertitudes concernant le fonctionnement des &#233;cosyst&#232;mes s'ajoutent les incertitudes relatives aux techniques
&#233;mergentes de l'ing&#233;nierie &#233;cologique. Le d&#233;veloppement du
g&#233;nie &#233;cologique pose de surcro&#238;t le probl&#232;me de la sp&#233;cificit&#233;
et de la place d'une intervention des &#233;cologues par rapport &#224;
d'autres interventions sur la nature comme celle du paysagiste
sp&#233;cialis&#233; dans l'am&#233;nagement de l'espace, ou celle de tous
les acteurs sociaux qui mobilisent des savoirs pratiques sur les
m&#234;mes terrains. Quelle est la comp&#233;tence sp&#233;cifique de l'&#233;cologue par rapport &#224; tous ces m&#233;tiers ? Si le g&#233;nie &#233;cologique
n'est pas en mesure de reproduire du non reproductible,
quelle est donc son originalit&#233; par rapport &#224; d'autres formes
d'am&#233;nagement de l'espace, &#224; l'exemple du paysage (Barnaud
et Chapuis, 2004) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; n'a pas attendu la naissance de la science &#233;cologique
pour d&#233;velopper un savoir-faire en mati&#232;re de gestion des
espaces naturels et de leurs ressources. Les forestiers, comme
les gestionnaires des p&#234;ches, avaient acquis un savoir empirique qui a d'ailleurs servi par la suite aux &#233;cologues. Mais
pour acqu&#233;rir le statut de &#171; science &#187;, l'&#233;cologie scientifique
s'est progressivement d&#233;marqu&#233;e des savoirs populaires en
mati&#232;re de gestion de la nature. Avec une certaine arrogance,
les &#233;cologues mettent en avant &#171; l'arsenal conceptuel &#187; de la
science pour mieux se d&#233;marquer de ces savoirs profanes. On
s'inscrit ici dans une pratique assez courante dans les domaines
de la conservation et de la restauration, mais aussi de la
gestion des ressources naturelles, qui consiste &#224; disqualifier les
pratiques &#171; traditionnelles &#187; de gestion ou de protection au
motif qu'elles n'ont pas d'assise scientifique, et de proposer &#224;
la place aux gestionnaires leur d&#233;marche bas&#233;e sur la rigueur
des connaissances et du raisonnement scientifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est donc souhaitable d'&#233;laborer des strat&#233;gies de restauration qui prennent en compte la perception des citoyens
et leurs attentes &#233;thiques et esth&#233;tiques, tout autant que la
connaissance scientifique. Or, ce n'est pas souvent le cas. En
outre, on peut s'interroger sur les motivations et la mani&#232;re
dont sont conduites nombre d'op&#233;rations de restauration. On
constate en effet une certaine f&#233;brilit&#233; &#224; agir, soit que l'on
soit press&#233; d'appliquer des id&#233;es que l'on trouve judicieuses,
soit que l'on fasse de l'action un &#233;l&#233;ment banalis&#233; d'une politique environnementale sans trop se soucier des objectifs ni
des r&#233;sultats. &#192; ce titre, les conclusions du travail d'analyse
de Morandi et Pi&#233;gay (2011) sont tout &#224; fait &#233;difiantes. Sur
480 actions d&#233;clar&#233;es sur internet comme relevant du domaine
de la restauration des rivi&#232;res, seules 30 % mentionnent l'existence d'un suivi, mais 7 % seulement (35 op&#233;rations) font &#233;tat
de deux &#233;l&#233;ments de suivi (&#233;tat avant et/ou apr&#232;s restauration, site t&#233;moin, suivi technique) et il n'y a que trois cas pour
lesquels suivis scientifiques, &#233;tats initiaux et sites t&#233;moins sont
d&#233;velopp&#233;s simultan&#233;ment ! En d'autres termes, on se soucie
assez peu des r&#233;sultats et on ne se donne pas r&#233;ellement les
moyens de v&#233;rifier si l'op&#233;ration a &#233;t&#233; positive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est navrant de constater, en fin de compte, que l'action
est davantage valoris&#233;e que son r&#233;sultat. Et on est en droit
de mettre en regard le peu d'informations recueillies dans
le cadre de ces activit&#233;s de restauration et la l&#233;gitimit&#233; des
sommes d&#233;pens&#233;es sans v&#233;rifications ni obligation de r&#233;sultats.
Du pain b&#233;ni pour la Cour des comptes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La compensation : un nouveau business ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e en soi est int&#233;ressante : il s'agit de limiter la d&#233;gradation des milieux naturels par des projets d'am&#233;nagements, en
obligeant les maitres d'ouvrages &#224; prendre des pr&#233;cautions. La
loi du 10 juillet 1976 sur la protection de la nature pr&#233;voyait
que toute &#233;tude d'impact comporte &#171; les mesures envisag&#233;es
pour supprimer, r&#233;duire et, si possible, compenser les cons&#233;quences dommageables pour l'environnement &#187; des projets.
Cette obligation, qui est rest&#233;e longtemps en veilleuse, a &#233;t&#233;
reprise par le Grenelle de l'environnement, sur la base d'un
syst&#232;me d'&#233;change de sites &#224; potentialit&#233;s comparables. Et
elle a donn&#233; lieu &#224; une doctrine selon laquelle la compensation s'inscrit dans une s&#233;quence dite &#171; &#233;viter &#8211; r&#233;duire &#8211;
&#173;&#173;compenser &#187; (ERC). En d'autres termes, il faut d'abord tout
faire pour &#233;viter les impacts et, sinon, les r&#233;duire au minimum.
En dernier recours, il faut compenser &#171; en nature &#187; les impacts
r&#233;siduels, en r&#233;alisant des actions de conservation favorables
aux esp&#232;ces, habitats et fonctionnalit&#233;s pr&#233;sents dans les
milieux d&#233;grad&#233;s. Le concept &#171; d'&#233;quivalence &#233;cologique &#187;,
entre les pertes li&#233;es aux impacts et les gains attendus des
mesures compensatoires, parfois utilis&#233; par les &#233;cologues, est
certes parlant, mais ne r&#233;sout pas pour autant le probl&#232;me
op&#233;rationnel qui consiste &#224; recommander ou non les &#233;changes
de sites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, pour compenser une trop faible r&#233;duction des
impacts d'un projet, le demandeur doit s'engager &#224; am&#233;liorer
les fonctionnalit&#233;s d'une zone humide voisine. Cette compensation peut &#234;tre r&#233;alis&#233;e sur le site ou sur un autre site. Ce faisant,
on admet implicitement que des espaces naturels prot&#233;g&#233;s sont
substituables entre eux, ce qui fait l'objet bien &#233;videmment de
d&#233;bats ! Cette d&#233;marche est proche, sinon calqu&#233;e sur celle du
wetland mitigation am&#233;ricain, en application depuis 1978, qui
vise &#224; att&#233;nuer les impacts sur les zones humides. &#201;videmment,
cette d&#233;marche a un co&#251;t. Mais l&#224; n'est pas le fond du probl&#232;me :
elle interpelle les &#233;cologues &#224; la fois sur les objectifs de la restauration et sur la nature des &#171; compensations &#187; !
Dans un tel contexte, on peut s'attendre &#224; quelques belles
usines &#224; gaz dont nos soci&#233;t&#233;s ont le secret ! De fait, l'&#233;conomie et le droit prennent la main sur ce domaine que les
&#233;cologues ont, il faut l'avouer, un peu de mal &#224; baliser. Car
au-del&#224; du discours th&#233;orique sur les fonctions et services
&#233;cosyst&#233;miques, il existe beaucoup d'incertitudes sur les r&#233;sultats attendus concr&#232;tement des op&#233;rations de restauration.
Une m&#233;ta-analyse (Moreno-Mateos et al., 2012), portant
sur 621 projets de restauration ou cr&#233;ation de zones humides
dans le monde, montre que dans de nombreux cas la r&#233;cup&#233;ration est lente, voire incompl&#232;te. Il faut laisser du temps aux
syst&#232;mes r&#233;habilit&#233;s, mais m&#234;me dans ces conditions, on ne
ma&#238;trise pas la trajectoire future qui peut d&#233;pendre de facteurs
de contr&#244;le non ma&#238;tris&#233;s. Qui peut dire avec certitude, par
exemple, quel sera le climat dans 50 ans ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut donc s'attendre &#224; des contentieux co&#251;teux, qui n&#233;cessiteront des &#233;valuations &#233;conomiques et de longs proc&#232;s. Le
r&#233;sultat net est que la compensation devient un banal business
qui profitera plus aux &#233;conomistes et aux juristes qu'aux
milieux naturels ! Ainsi, aux &#201;tats-Unis, la conservation des
zones humides est devenue une v&#233;ritable industrie pour que
les am&#233;nageurs puissent obtenir leurs permis, avec des banques
de compensation, des cr&#233;dits, des ratios, etc. (Geniaux, 2001).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le succ&#232;s mitig&#233; des &#233;changes &#171; surface contre surface &#187; de
zones restaur&#233;es, cr&#233;&#233;es ou am&#233;lior&#233;es, a conduit &#224; mettre
en place un syst&#232;me de coordination des &#233;changes par un
syst&#232;me bancaire. Le Mitigation Banking est un m&#233;canisme
qui consiste &#224; &#233;changer des cr&#233;dits et des d&#233;bits en termes de
fonctionnalit&#233;s des zones humides sur la base d'un prix principalement guid&#233; par le co&#251;t de restauration ou de cr&#233;ation
de ces fonctionnalit&#233;s. L'am&#233;nageur peut faire l'acquisition de
&#171; cr&#233;dits &#187; ou &#171; d'unit&#233;s &#187; aupr&#232;s de ces banques. Le nombre
de cr&#233;dits ou d'unit&#233;s &#224; acqu&#233;rir est issu d'un calcul confrontant les pertes anticip&#233;es suite &#224; l'am&#233;nagement propos&#233; et
les gains obtenus par la banque de site (Qu&#233;tier et al., 2011).
Allons-nous voir ce type de d&#233;marche s'installer chez nous ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Barnaud G., Chapuis J.-L., 2004. Ing&#233;nierie &#233;cologique et
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g&#233;ographe, 40 ans de gestion du Rh&#244;ne. &lt;i&gt;Bulletin de l'association des
g&#233;ographes fran&#231;ais&lt;/i&gt;, 3, 368-380.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Chapuis J.L., Barre V., Barnaud G., 2001. Principaux r&#233;sultats scientifiques et op&#233;rationnels. Recr&#233;er la nature. R&#233;habilitation,
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tation, restauration et cr&#233;ation d'&#233;cosyst&#232;mes, &lt;i&gt;Actes du colloque de
Grenoble&lt;/i&gt; (11-13 septembre 2001). Rev. Ecol. Terre Vie, suppl. 9,
1-261.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Clewell A.F., Aronson J., 2010. &lt;i&gt;La restauration &#233;cologique&lt;/i&gt;, Actes Sud.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Cottet-Tronchere M., 2010. &lt;i&gt;La perception des bras morts fluviaux&lt;/i&gt;. Th&#232;se Universit&#233; Jean Moulin Lyon 3.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Dufour S., Piegay H., 2009. From the myth of lost paradise to
targeted river restoration : forget natural references and focus on
human benefits. &lt;i&gt;River Research and Applications&lt;/i&gt;, 25 (5), 568-581&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Fabiani J.-L., 1999. L'&#233;cologie de la restauration consid&#233;r&#233;e
comme mise en spectacle du patrimoine naturel. &lt;i&gt;Carnets du paysage,&lt;/i&gt;
4, 80-95.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Geniaux G., 2001. Le Mitigation Banking : un m&#233;canisme d&#233;centralis&#233; au service des politiques du no net loss. Publi&#233; dans &lt;i&gt;Actes et
communications de l'Inra&lt;/i&gt;, 17 (en ligne).&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Le Lay Y.F., Piegay H., Cossin M. 2007. Les enqu&#234;tes de perception paysag&#232;re &#224; l'aide de photographies. &lt;i&gt;L'Espace g&#233;ographique&lt;/i&gt;, 1,
51-64.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Morandi B., Piegay H., 2011. Les restaurations de rivi&#232;res sur
Internet : premier bilan. &lt;i&gt;Nature, Sciences, Soci&#233;t&#233;s,&lt;/i&gt; 19 (3), 224-235.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Moreno-Mateos D., Power M.E., Com&#237;n F.A., Yockteng&#8239;R.,
2012. Structural and Functional Loss in Restored Wetland
Ecosystems. &lt;i&gt;PLoS Biol&lt;/i&gt;., 10 (1), e1001247. doi:10.1371/journal.
Pbio.1001247&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Prach K., Hobbs R.J., 2008. Spontaneous Succession versus
Technical Reclamation in the Restoration of Disturbed Sites.
&lt;i&gt;Restoration Ecology&lt;/i&gt;, 16, 363-366.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Qu&#233;tier, F. &amp; Lavorel, S. (2011) : Assessing ecological equivalence in biodiversity offset schemes : key issues and solutions. &lt;i&gt;Biological Conservation&lt;/i&gt; 144 : 2991&#8211;2999.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; Extraire la politique comme l'&#233;cologie de leurs gangues religieuses &#187;</title>
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		<dc:subject>B&#233;rard Quentin</dc:subject>
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&lt;p&gt;&#201;change mail entre l'auteur et un lecteur datant d'avril 2022 &#224; propos du livre &#171; &#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique &#8212; pour une refondation &#187; (Libre &amp; Solidaire, 2021). Les &#233;changes ont &#233;t&#233; r&#233;organis&#233;s lin&#233;airement, les hyperliens sont d'origines et les quelques ajouts sont entre crochets. Le correspondant est en gras. I &#8211; Sur les orientations de l'ouvrage Le choix th&#233;orique que tu fais, s'appuyant sur une conception de l'histoire et des soci&#233;t&#233;s principalement d&#233;termin&#233;e par le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-76-L-ecologie-politique-contre-l-" rel="directory"&gt;L'&#233;cologie politique contre l'&#233;cologisme&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-283-Berard-Quentin-+" rel="tag"&gt;B&#233;rard Quentin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-89-ecologie-+" rel="tag"&gt;&#201;cologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-126-lettre-+" rel="tag"&gt;Courrier&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#201;change mail entre l'auteur et un lecteur datant d'avril 2022 &#224; propos du livre &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1073-Parution-Elements-d-ecologie-politique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; &#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique &#8212; pour une refondation &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; (Libre &amp; Solidaire, 2021).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;changes ont &#233;t&#233; r&#233;organis&#233;s lin&#233;airement, les hyperliens sont d'origines et les quelques ajouts sont entre crochets.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le correspondant est en gras.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I &#8211; Sur les orientations de l'ouvrage&lt;/h2&gt;&lt;figure class='spip_document_1238 spip_documents spip_documents_right' style=&#034;max-width:200px;&#034; data-w=&#034;200&#034;&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/jpg/009576387_1_.jpg' arial-label=&#034;&#034; class=&#034;fond mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034; data-photo-w=&#034;533&#034; data-photo-h=&#034;800&#034; &gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:150.09380863039%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/jpg/009576387_1_.jpg&amp;taille=200&amp;1771799851' alt='' data-src='IMG/jpg/009576387_1_.jpg' data-l='533' data-h='800' data-tailles='[\&#034;200\&#034;]' class='image_responsive avec_picturefill' srcset='index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/009576387_1_.jpg&amp;#38;taille=200&amp;#38;1771799851 1x,index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/009576387_1_.jpg&amp;#38;taille=400&amp;#38;1771799851 2x' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le choix th&#233;orique que tu fais, s'appuyant sur une conception de l'histoire et des soci&#233;t&#233;s principalement d&#233;termin&#233;e par le psychisme humain, l'agressivit&#233; de l'&#234;tre humain, sa soif de puissance et de domination, son &#171; manque ontologique &#187; cens&#233; rendre compte d'un d&#233;sir universel de consommation, me semble ne devoir aboutir qu'&#224; un regard fortement biais&#233; sur le monde, et &#224; des positions bien &#233;loign&#233;es de l'humanisme et de l'universalisme des anciennes aspirations r&#233;volutionnaires.&lt;br class='manualbr' /&gt;Si je comprends bien, partant du constat largement partag&#233; que le monde ne peut plus continuer comme il va, et prenant cette th&#233;orie pour guide, l'objectif de ce livre est de pr&#233;ciser quel type de soci&#233;t&#233; serait le seul &#224; m&#234;me d'&#233;viter un effondrement ou un totalitarisme &#233;cologique, et de concevoir, comme y engageait C. Castoriadis, &#171; &lt;i&gt;une soci&#233;t&#233; capable de discuter de ses choix et de se donner les moyens d'une auto-limitation &lt;/i&gt; &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais si les attaques que tu m&#232;nes contre tout ce qui vient de &#171; la gauche &#187; ou des &#233;cologistes sont fermes (mais d'autant plus contestables qu'elles ne portent pas explicitement sur les projets et les critiques sociales formul&#233;es par ces mouvements), le projet de soci&#233;t&#233; que tu &#233;bauches au chapitre 5 est bien fantomatique : fin des in&#233;galit&#233;s de revenus ou simple r&#233;duction ? Maintien des hi&#233;rarchies sociales ? De l'&#201;tat, des nations ? Seul point certain : ce doit &#234;tre une &#171; &lt;i&gt;d&#233;mocratie v&#233;ritable&lt;/i&gt; &#187;. Rien sur le mode de production. Pour le coup, C. Castoriadis &#233;tait beaucoup plus pr&#233;cis, par exemple dans une interview de 1990 publi&#233;e sous le titre &#171; March&#233;, capitalisme, d&#233;mocratie &#187; dans &lt;i&gt;Une soci&#233;t&#233; &#224; la d&#233;rive&lt;/i&gt; (Seuil, 2011 [2005]).&lt;br class='manualbr' /&gt;D'autre part, la r&#233;alisation de ce projet semble d'autant plus probl&#233;matique, que tu &#233;nonces toi-m&#234;me le nombre de ceux qui s'y opposeraient, et que les caract&#233;ristiques humaines sur lesquelles tu insistes y feraient obstacles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne partage pas ta th&#232;se selon laquelle ce seraient les m&#234;mes ressorts (principe de domination, &#171; manque ontologique &#187;) qui pr&#233;sideraient aux besoins d'accumulation dans les soci&#233;t&#233;s pr&#233;-capitalistes et dans le capitalisme.&lt;br class='manualbr' /&gt;Je m'en tiens &#224; celle de Marx et Engels affirmant que &#171; &lt;i&gt;le bouleversement continuel de la production, ce constant &#233;branle&#173;ment de tout le syst&#232;me social, cette agitation et cette ins&#233;curit&#233; perp&#233;tuelles distinguent l'&#233;poque bourgeoise de toutes les pr&#233;c&#233;dentes&lt;/i&gt; &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Je pense qu'il faut partir de cette singularit&#233; du capitalisme pour expliquer la singularit&#233; de la grande rapidit&#233; avec laquelle, au cours des 50 derni&#232;res ann&#233;es, notre pouvoir de nuisance a augment&#233;, et pour juger sur quoi faire porter notre action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, je partage les grands principes que tu exposes &#224; la fin de ton livre, p. 240 (renouer avec la capacit&#233; &#224; faire soci&#233;t&#233;, &#224; penser et &#224; agir au-del&#224; des bons sentiments abrutissants, &#8230;), mais je ne partage ni ta critique globale et abrupte de &#171; la gauche &#187; et de la &#171; mouvance &#233;cologiste &#187;, ni ce qui te guide dans tes analyses.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu dis &#171; &lt;i&gt;l'objectif de ce livre est de pr&#233;ciser quel type de soci&#233;t&#233; serait le seul &#224; m&#234;me d'&#233;viter un effondrement ou un totalitarisme &#233;cologique&lt;/i&gt; &#187; mais ce n'est pas le cas du tout. Comme il est pr&#233;cis&#233; d&#232;s le titre : il s'agit d'apporter quelques &#171; &#233;l&#233;ments d'&#233;cologie politique &#187; qui me semblent indispensables &#171; pour une refondation &#187;, ambition reprise &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1085-Introduction-Elements-d-ecologie-politique&#034;&gt;dans l'introduction&lt;/a&gt; puis presque &#224; chaque page.&lt;br class='manualbr' /&gt;De fait, la politique proprement dite n'est r&#233;ellement abord&#233;e que &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1114-Ecologie-politique-effondrement-ecocratie&#034;&gt;dans le cinqui&#232;me chapitre&lt;/a&gt; o&#249; la question (car c'en est une) d'un projet de soci&#233;t&#233; n'occupe qu'un tiers et essentiellement sous forme d'interrogations, partant du principe que le lecteur conna&#238;t d&#233;j&#224; les projets politiques des &#233;cologistes, notamment celles auxquels tu fais allusion. Ce passage fait suite &#224; la brochure &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?819-ce-que-pourrait-etre-une-societe&#034;&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Ce que pourrait &#234;tre une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique &lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; (2015), cit&#233;e en bibliographie et c'est &#224; sa lecture que tu trouveras beaucoup plus clairement un projet de soci&#233;t&#233;, qui n'en est pas moins travers&#233; d'incertitudes, de doutes et de questions, toujours en aval des contributions de C. Castoriadis et notamment de son attachement au march&#233; et &#224; l'&#233;galit&#233; des revenus. Mais tout cela, si l'on ne veut pas en faire des &#171; recettes pour les marmites de l'avenir &#187; comme disait Marx, ne sert qu'en rapport avec une r&#233;alit&#233; sociale qu'il faut analyser &#224; chaque fois &#224; nouveaux frais. La question ne peut donc qu'&#234;tre probl&#233;matique, comme tu le formules : la nouveaut&#233; est que, plut&#244;t que d'annoncer un avenir radieux, je pose explicitement les obstacles, questions, impasses, etc. que cela soul&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la m&#234;me mani&#232;re, tu &#233;cris : &#171; &lt;i&gt;Le choix th&#233;orique que tu fais, s'appuyant sur une conception de l'histoire et des soci&#233;t&#233;s principalement d&#233;termin&#233;e par le psychisme humain, l'agressivit&#233; de l&#8216;&#234;tre humain, sa soif de puissance et de domination&#8230; &lt;/i&gt; &#187;. Tu fais allusion au deuxi&#232;me chapitre [&lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1088-Elements-d-ecologie-politique-resumes&#034;&gt;voir les r&#233;sum&#233;s de chaque chapitre&lt;/a&gt; ou &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1091-L-ecologisme-empeche-l-emergence-d-une-ecologie-politique&#034;&gt;ici une synth&#232;se&lt;/a&gt;] traitant de la nature humaine mais celle-ci y est imm&#233;diatement abord&#233;e sous ses trois aspects radicalement indissociables ; biologique, psychique et anthropologique. J'y d&#233;cris une d&#233;mesure psychique qui s'enracine dans une r&#233;alit&#233; biologique (la n&#233;ot&#233;nie) et se trouve contenue / d&#233;plac&#233;e / r&#233;investie par la soci&#233;t&#233; et son institution : la toute-puissance investie historiquement dans la Nature ou les Dieux l'est aujourd'hui dans l'&#201;conomie et la Technique ou la Consommation &#8211; il ne s'agit donc en rien d'une vision an-historique, au contraire. D'autant plus qu'elle permet accessoirement de comprendre que la perspective d'une soci&#233;t&#233; &#233;mancip&#233;e n'est pas contrari&#233;e par quelques obstacles passagers, mais bien grev&#233;e par des tendances lourdes qui ont toujours &#233;t&#233; l&#224; mais que notre sombre &#233;poque ne cesse d'alourdir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela te para&#238;t &#171; &lt;i&gt;des positions bien &#233;loign&#233;es de l'humanisme et de l'universalisme des anciennes aspirations r&#233;volutionnaires&lt;/i&gt; &#187;. Mais ta formulation, telle quelle, pourrait laisser croire qu'il y aurait &#224; choisir entre les apports, depuis au moins un si&#232;cle, de l'anthropologie, de la biologie, de la psychologie, de l'histoire, etc. et le maintien d'un projet d'&#233;mancipation ! C'est la position qui caract&#233;rise effectivement la gauche depuis longtemps, qui pr&#233;f&#232;re d&#233;nier la r&#233;alit&#233; (et d'abord son histoire ensanglant&#233;e !) afin d'adorer tranquillement ses mantras id&#233;ologiques &#8211; dissonance cognitive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis, de ce point de vue, bien plus fid&#232;le &#224; Marx, me mettant &#224; l'&#233;cole de la r&#233;alit&#233;, l&#224; populaire, ici scientifique : je ne vois rien dans ce que j'ai &#233;crit qui r&#233;fute l'aspiration &#224; une soci&#233;t&#233; autonome, tout au contraire. Car ce n'est bien qu'en &#233;lucidant les d&#233;terminismes naturels, sociaux ou psychiques qu'il est possible de s'en &#233;manciper &#8211; et c'est le principe m&#234;me de l'autonomie. Ce projet, pleinement humaniste et r&#233;volutionnaire, ne peut se fonder sur un rousseauisme na&#239;f, une eschatologie mat&#233;rialiste (ou pas, d'ailleurs), un spontan&#233;isme ir&#233;nique ou un volontarisme ravageur : il exige de prendre &#224; bras-le-corps ce que nous rechignions &#224; voir, et d'abord les &#233;checs r&#233;volutionnaires qui devraient saisir tous ceux qui souhaiteraient une auto-transformation de la soci&#233;t&#233; et les interroger sur leurs conceptions de l'humain, de l'histoire, de la politique&#8230; et de la nature. C'est l'ambition, d&#233;mesur&#233;e sans doute, de ce livre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II &#8211; Sur le type anthropologique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pages 67-68, sur l'assimilation et la &#171; cl&#244;ture culturelle &#187; : Je suis d'accord avec l'id&#233;e qu'on &#171; ne change pas de culture comme on change de chemise &#187; (je pense en particulier &#224; l'&lt;i&gt;Aventure ambigu&#235;&lt;/i&gt;, du romancier s&#233;n&#233;galais Cheikh Hamidou Kane).&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais je pense aussi, d'une part, que &#231;a d&#233;pend de la distance entre les cultures ; d'autre part, et plus profond&#233;ment, de l'im&#173;portance prise par l'universalisation de la culture et par la mixit&#233; des relations sociales.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ainsi, Frantz Fanon d&#233;clarait qu'&#171; &lt;i&gt;imaginer qu'on fera de la culture noire, c'est oublier singuli&#232;rement que les n&#232;gres sont en train de dispara&#238;tre, ceux qui les ont cr&#233;&#233;s &#233;tant en train d'assister &#224; la dissolution de leur supr&#233;matie &#233;conomique et cul&#173;turelle. [&#8230;] Le probl&#232;me est de savoir la place que ces hommes [les dirigeants politiques africains] ont l'intention de r&#233;server &#224; leur peuple, le type de relations sociales qu'ils d&#233;cident d'instaurer, la conception qu'ils se font de l'avenir de l'hu&#173;manit&#233;. C'est cela qui compte. Tout le reste est litt&#233;rature et mystification&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble qu'une affirmation telle que &#171; &lt;i&gt;vous ne deviendrez jamais totalement un &lt;/i&gt;&lt;i&gt;A&lt;/i&gt;&lt;i&gt;m&#233;ricain si vous ne l'&#234;tes pas de &lt;/i&gt;&lt;i&gt;naissance&lt;/i&gt; &#187; ne correspond pas &#224; la r&#233;alit&#233;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est en question ici est la notion oubli&#233;e de &#171; type anthropologique &#187;, le modelage de l'&#234;tre humain par son milieu de naissance. La &#171; gauche &#187; le pose comme une &#233;vidence &#224; propos des classes sociales [l'&#171; habitus &#187; bourdieusien par exemple] mais, myst&#233;rieusement, ne veut pas en entendre parler d&#232;s qu'il est question de la langue, des croyances ou de la structure familiale (encore moins sur son versant psychologique). Ce n'est pourtant que l'expression &#171; individuelle &#187; du type de soci&#233;t&#233;. On ne change pas plus facilement l'un que l'autre.&lt;br class='manualbr' /&gt;G&#233;rard Noiriel, dans son &lt;i&gt;Creuset Fran&#231;ais&lt;/i&gt;, &#233;voque trois g&#233;n&#233;rations pour parvenir &#224; une assimilation immigr&#233;e (d'origine europ&#233;enne) : les primo-arrivants &#233;tant, au fond, des expatri&#233;s plus ou moins bien acclimat&#233;s ; leurs descendants profond&#233;ment cliv&#233;s entre la culture familiale et celle du pays d'accueil ; la troisi&#232;me g&#233;n&#233;ration ne gardant plus que des traces des cultures des grands-parents (voir aussi M. Tribalat, plus r&#233;cemment et pour les origines africaines). Sch&#233;ma simpliste mais parlant : le &#171; changement de culture &#187; (au sens profond du terme : structures langagi&#232;res, rapport aux sexes et &#224; la mort, fantasmes et id&#233;aux collectifs, etc.) ne se fait pas &#224; l'&#233;chelle individuelle, et les ethnologues le savent, avec leur injonction &#171; &lt;i&gt;Don't become native&lt;/i&gt; &#187; qui est surtout une mise en garde contre une illusion.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'exemple am&#233;ricain pris est sans doute un cas-limite, la soci&#233;t&#233; d'accueil &#233;tant parente de la fran&#231;aise et toutes deux en phase de d&#233;sagr&#233;gation anthropologique. Mais les t&#233;moignages sont nombreux qui font &#233;tat de la difficult&#233; &#224; &lt;i&gt;incorporer&lt;/i&gt; (pas seulement assimiler), par exemple, le rapport au drapeau, la singularit&#233; des f&#234;tes nationales, la banalit&#233; des armes individuelles ou le multiculturalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, et il est frappant de constater qu'un des ressorts fondamentaux du cin&#233;ma comique populaire soit pr&#233;cis&#233;ment ces d&#233;calages anthropologiques (culturels, sociaux, temporels) souvent d&#233;crits comme ind&#233;passables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce que je critique, c'est la rigidit&#233; de ton approche, allant jusqu'&#224; faire de l'identit&#233; culturelle le r&#233;sultat de &#171; c&lt;i&gt;onnexions neuronales&lt;/i&gt; &#187; s'achevant &#171; &lt;i&gt;non pas dans l'amnios intra-ut&#233;rin mais dans l'interaction avec nos semblables&lt;/i&gt; &#187;. Affirmer qu'il faut trois g&#233;n&#233;rations pour parvenir &#224; une assimilation immigr&#233;e ne peut pas &#234;tre un absolu : les moments historiques d'ouverture ou de fermeture des soci&#233;t&#233;s, la profondeur ou non de leurs divergences, le cloisonnement ou non des activit&#233;s et des lieux de vie dans la soci&#233;t&#233; d'accueil, l'importance ou non des replis identitaires, la vigueur des religions, les histoires individuelles, l'importance des &#233;changes culturels, de la mixit&#233; sociale et familiale, tout cela signifie que notre identit&#233; ne s'enracine pas dans notre constitution physiologique, et surtout que l'universalisme tel que le d&#233;fendait Frantz Fanon dans la citation pr&#233;c&#233;dente reste une valeur &#224; d&#233;fendre.&lt;br class='manualbr' /&gt;La singularit&#233; de chacun d'entre nous r&#233;sulte certes de nos histoires singuli&#232;res, qui s'inscrivent dans les diverses strates qui nous englobent, de la famille du petit enfant &#224; la soci&#233;t&#233; et au monde actuel. Mais dans la structuration de notre &#234;tre, il y a une diff&#233;rence de nature entre ce qui se constitue dans la petite enfance au travers des rapports familiaux, et ce qui vient de la soci&#233;t&#233;. Et ce qui s'inscrit le plus fortement en nous, avec lequel on peut le plus difficilement prendre de la distance, c'est cette constitution psychologique qui suit partout les m&#234;mes sch&#233;mas psychanalytiques.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne suis pas s&#251;r de bien comprendre. Si tu opposes la &#171; rigidit&#233; &#187; de cette approche de l'anthropologie culturelle (&#224; la A. Kardiner &amp; Co) &#224; l'&#171; universalisme &#187;, nous nous retrouvons dans mes premi&#232;res remarques : ce n'est pas en niant ou minimisant les d&#233;terminismes que l'on s'en &#233;mancipe, au contraire. L'humain n'a pas entrepris les voyages spatiaux en refusant la force gravitationnelle, mais en la comprenant intimement, et il en est de m&#234;me pour les classes sociales ou les types anthropologiques, que l'on ne d&#233;passe pas en faisant l'&#233;loge de la r&#233;ussite individuelle ou en listant les singularit&#233;s personnelles ou situationnelles, que personne ne nie, et certainement pas moi. Il n'y a d'&#171; absolu &#187; ni d'un c&#244;t&#233; ni de l'autre, c'est au c&#339;ur de la partie de mon livre qui y est consacr&#233;e : les contradictions multiples entre les strates biologiques, psychiques et culturelles et &#224; l'int&#233;rieur de chacune d'elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui s'inscrit dans des &lt;i&gt;&#171; connexions neuronales &#187; &lt;/i&gt;et s'ach&#232;ve&lt;i&gt; &#171; non pas dans l'amnios intra-ut&#233;rin mais dans l'interaction avec nos semblables &#187;&lt;/i&gt;, est bien plus que notre &#171; &lt;i&gt;constitution psychologique &lt;/i&gt; &#187; ou notre &#171; &lt;i&gt;identit&#233; culturelle&lt;/i&gt; &#187; : c'est la socialisation donc l'humanisation du petit &lt;i&gt;Homo sapiens.&lt;/i&gt; &#192; ce titre, les &#171; &lt;i&gt;rapports familiaux&lt;/i&gt; &#187; n'ont pas de &#171; &lt;i&gt;diff&#233;rence de nature&lt;/i&gt; &#187; avec la soci&#233;t&#233; : ils en sont des institutions sociales. Les structures familiales sont intrins&#232;ques &#224;, et m&#234;me fondatrices, d'une soci&#233;t&#233;, tiss&#233;es par la langue, le maternage, les croyances, l'alimentation, etc. C'est pr&#233;cis&#233;ment la base de toute la recherche ethnopsychiatrique (depuis G. Devereux, R. Bastide, etc.) d'ailleurs aujourd'hui paralys&#233;e par la bien-pensance. De la m&#234;me mani&#232;re, les controverses entre ethnologues et psychanalystes sur l'universalit&#233; du complexe d'&#339;dipe, int&#233;ressantes mais pointues, se sont malheureusement taries. Sur la n&#233;ot&#233;nie d'un point de vue biologique on peut lire &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?903-qu-est-ce-que-la-neotenie&#034;&gt;D.R Dufour&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1054-La-prematuration-humaine&#034;&gt;G. Lapassade&lt;/a&gt;, ou &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?708-la-double-specificite-humaine&#034;&gt;G. Mendel&lt;/a&gt; et, sur la notion de type anthropologique comme double r&#233;alit&#233; culturelle et psychologique, cf. &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?984-L-idee-de-personnalite-de-base&#034;&gt;Cl. Lefort&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1035-Ambiguites-de-l-anthropologie&#034;&gt;A. Kardiner&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1061-Le-fondement-culturel-de-la-personnalite&#034;&gt;R. Linton&lt;/a&gt; ou Hichem Dja&#239;t ; &#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1092-L-homme-arabo-musulman-1-3&#034;&gt;L'homme arabo-musulman&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III &#8211; Sur les &#171; classes populaires &#187; et l'&#233;cologie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chapitre 4, pp. 129-152 : Les &#171; &lt;i&gt;premiers int&#233;ress&#233;s&lt;/i&gt; &#187; (p. 145) dans la lutte contre les d&#233;g&#226;ts &#233;cologiques, &#224; mon avis, c'est tout le monde, pas seule&#173;ment les classes populaires.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce passage est consacr&#233; aux rapports &#224; la nature, pas aux &#171; &lt;i&gt;luttes contre les d&#233;g&#226;ts &#233;cologiques&lt;/i&gt; &#187;, et en ce sens ceux qui ont des relations privil&#233;gi&#233;es avec le milieu naturel, notamment h&#233;rit&#233;es de pratiques ancestrales conscientes ou non, sont bien tous ceux qui &#171; &lt;i&gt;travaillent la nature, avec la nature, contre la nature : paysans, p&#234;cheurs, forestiers, ouvriers agricoles&#8230;&lt;/i&gt; &#187; etc. (page suivante, 146).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci n'emp&#234;che pas que les premi&#232;res victimes des d&#233;g&#226;ts &#233;cologiques sont les classes populaires, ne serait-ce que parce que les autres ont toujours la possibilit&#233; effective de se d&#233;placer (et l'exercent, ne serait-de qu'en prenant des vacances), reprenant un tropisme nomade (dont le chap. I d&#233;crit les ravages &#233;cologiques).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La catastrophe climatique en cours, la bombe sanitaire (explosion du nombre de virus) due &#224; la baisse de la biodiversit&#233; (voir &lt;i&gt;La&lt;/i&gt;&lt;i&gt; fabrique de&lt;/i&gt;&lt;i&gt;s&lt;/i&gt;&lt;i&gt; pand&#233;mie&lt;/i&gt;&lt;i&gt;s&lt;/i&gt;, de Marie-Monique Robin), elle-m&#234;me due &#224; l'agriculture productiviste, concernent au premier chef tout le monde. L'ennemi &#224; d&#233;signer, ici, ce sont en priorit&#233; les id&#233;ologues d'une fuite en avant technologique, et transhumaniste dans le cas des tout puissants patrons des industries du num&#233;rique et de l'espace (Jeff Bezos, Marc Zuckerberg, Elon Musk&#8230; liste &#224; compl&#233;ter).&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne suis pas s&#251;r qu'avec les apocalypses climato-&#233;cologico-agro-sanitaires que tu d&#233;cris l'esp&#233;rance de vie de la classe de Jeff Bezos, Marc Zuckerberg ou Elon Musk chute au niveau de celles des classes subalternes, mais plut&#244;t que l'&#233;cart ne se creuse vertigineusement (ne serait-ce que par la malbouffe, les soins m&#233;dicaux ou les conditions de travail). D'autre part, on peut bien s&#251;r d&#233;signer les id&#233;ologues technol&#226;tres comme ennemis, mais ils r&#233;pondent &#224; une dynamique civilisationnelle et des fantasmes collectifs qui les d&#233;passent infiniment. La litt&#233;rature techno-critique en pointe les aspects les plus visibles, quoique insuffisamment d'ailleurs (voir &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?484-jacques-ellul-ou-l-impasse-de-la&#034;&gt;cette critique salutaire de J. Ellul&lt;/a&gt;). J'avais tent&#233;, dans &#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1066-Developpement-technique-et-configuration-geopolitique&#034;&gt;D&#233;veloppement technique et configuration g&#233;opolitique&lt;/a&gt; &#187;, d'aborder la question sous un autre angle, mais c'est un chantier ouvert.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IV &#8211; Sur les &#171; classes populaires &#187; et l'extr&#234;me-gauche&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La distinction que tu &#233;tablis entre le mouvement ouvrier et &#171; la gauche &#187; me fait penser &#224; un article de Jaime Semprun contre certaines &#8220;th&#233;ories radicales&#8221;, dont &lt;i&gt;Impasse Adam Smith&lt;/i&gt; de Jean-Claude Mich&#233;a. Selon lui, ce livre se concluait par l'id&#233;e qu'il reste &#171; &lt;i&gt;deux adversaires s'affrontant intemporellement : les &#233;lites modernistes, aujourd'hui &#8220;lib&#233;rales-libertaires&#8221;, et les gens ordinaires, le peuple d&#233;positaire par essence de toutes les valeurs anti-capitalistes. Devant cette toile grossi&#232;rement peinte, Mich&#233;a peut se camper en chevalier de la vertu (c'est-&#224;-dire de la &lt;/i&gt;common decency&lt;i&gt;). Mais on sait &#224; quoi sont vou&#233;s les chevaliers de la vertu dans un monde sans vertu : &#224; prendre un vulgaire plat &#224; barbe pour l'armet de Mambrin &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J. C. Mich&#233;a a largement r&#233;pondu &#224; ces critiques r&#233;currentes. J'ai du mal &#224; voir dans ce que j'ai &#233;crit ce qui peut y pr&#234;ter flanc. En tous cas, certainement pas la description de l'&#234;tre humain comme hant&#233; par une d&#233;mesure psychique&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ci-dessous, tu &#233;cris &#171; &lt;i&gt;submerg&#233; par l'id&#233;ologie gauchiste qui s'est rapidement impos&#233;e, le mouvement a suivi la trajectoire de la gauche, cong&#233;diant progressivement les classes populaires, leurs savoirs, leurs aspirations et leur conservatisme&lt;/i&gt; &#187; : je ne pense pas que la gauche et l'extr&#234;me gauche aient cong&#233;di&#233; les classes populaires, je pense que leurs erreurs et les critiques &#224; leur faire sont ailleurs, et d'abord dans les analyses &#233;conomiques qui fondent leurs illusions r&#233;formistes. De m&#234;me, je ne crois pas que &#171; les classes populaires &#187; qui vous sont ch&#232;res soient plus clairvoyantes que cette gauche critiquable. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette discussion, je fais toujours partie de ceux qui pensent que la politique est l'affaire du peuple, qu'il se trompe ou non, certainement pas le pr&#233;-carr&#233; d'un clerg&#233; pr&#233;tendant d&#233;tenir les clefs de l'histoire et ouvrant dans les faits les portes de l'enfer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car, en attendant, ceux qui ont construit les prisons de peuples, les goulags et les &lt;i&gt;laogai&lt;/i&gt;, les r&#233;gimes de terreur des socialismes arabes, latinos ou albanais, ceux qui ont invers&#233; le sens de mots et massacr&#233;s intellectuels, ouvriers et paysans par dizaines de millions au nom de leur &#233;mancipation, ce ne sont pas &#171; les classes populaires &#187;, c'est la gauche et l'extr&#234;me-gauche. Et ceux qui, en France et ailleurs, ont diabolis&#233; au nom de l'&#171; antifascisme &#187;, de la bien-pensance et du multiculturalisme toute id&#233;e de souverainet&#233; populaire, de la&#239;cit&#233; et d'ath&#233;isme, d'identit&#233; collective, de production locale, de conservatisme, d'&#233;galit&#233; scolaire ou de dignit&#233; du travail, c'est &#233;galement la gauche et les gauchistes, pas les petites gens qui s'en r&#233;clament et se retrouvent sur les ronds-points pour cesser d'&#234;tre invisibilis&#233;s et infantilis&#233;s &#8211; sans pour autant renoncer au seul horizon (mythique) qui leur reste apr&#232;s la d&#233;vastation communiste, le retour au Trente Glorieuses et son progressisme qui, pourtant, les condamne&#8230; Consid&#233;rer tout peuple comme un ensemble complexe, contradictoire, mouvant, ambivalent et ind&#233;termin&#233; me semble la base de la vis&#233;e d&#233;mocratique et l'&#233;l&#233;ment insupportable de toute mentalit&#233; totalitaire, qui voudrait, au fond, se passer de, ou remplacer, cette vie insaisissable qui ne se laisse enfermer dans aucun cat&#233;chisme ni aucune eschatologie. C'&#233;tait ce parall&#232;le avec la nature que j'esquissais dans la derni&#232;re partie de mon livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les rapports entre la &#171; gauche &#187;, les gauchistes et les gilets jaunes, il y a ce texte sous forme de synth&#232;se &#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?999-Les-gilets-jaunes-face-a-l-empire&#034;&gt;Les gilets jaunes face &#224; l'empire&lt;/a&gt; &#187; mais d'une mani&#232;re plus g&#233;n&#233;rale, il y a celui-ci, injustement m&#233;connu, de C. Castoriadis : &#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?741-c-castoriadis-extraits-de-illusion&#034;&gt;L'autogestion de la mystification&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;V &#8211; Sur diverses questions&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les &#171; &lt;i&gt;proto-&#233;cologistes&lt;/i&gt; &#187; du d&#233;but du 19e si&#232;cle (p. 150) sont les sociaux d&#233;mocrates de la fin du si&#232;cle.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Difficile &#224; dire. Peut-&#234;tre, mais ils peuplaient aussi les milieux anarchistes, communistes, etc. (cf. Gravelle, Zisly et les anarchistes naturiens contre la civilisation industrielle de F. Jarrige cit&#233; en bibliographie ou &lt;i&gt;Les milieux libres : Vivre en anarchiste &#224; la belle &#233;poque en France&lt;/i&gt; de C&#233;line Beaudet).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les premiers int&#233;ress&#233;s dont tu parles page 146, est-ce uniquement les prol&#233;taires du secteur agricole, ou tous les prol&#233;taires, les classes populaires ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;Quoi qu'il en soit, l'agriculture, comme toutes les activit&#233;s productives, &#233;tant fortement industrialis&#233;e et capitalis&#233;e, en quoi ces producteurs sont-ils ma&#238;tres de leurs processus productifs ? Leurs soucis &#233;cologiques entrent, pour eux aussi, en conflit avec leurs int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques, c'est-&#224;-dire avec leurs environnements &#233;conomiques productifs et avec leurs pratiques.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Effectivement, les &#171; travailleurs de la nature &#187; ne sont aujourd'hui pas plus &#171; ma&#238;tres &#187; de leur travail que ne l'est un ouvrier dans une usine ou un employ&#233; dans une entreprise, et les uns comme les autres &#233;tant habit&#233;s par la contradiction fondamentale de la r&#233;ification, &#224; la fois omnipr&#233;sente et impossible (voir les analyses anciennes de &lt;i&gt;S&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ocialisme &lt;/i&gt;&lt;i&gt;ou B&lt;/i&gt;&lt;i&gt;arbarie&lt;/i&gt;). Aspects qui ne semblent plus int&#233;resser personne, et pourtant les gens ne sont pas r&#233;ductibles &#224; ce que le &#171; syst&#232;me &#187; exige d'eux ; ils font autre chose et cet autre chose est la base d'une autonomie &#8211; ou en tous cas d'une r&#233;flexivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les derni&#232;res grandes luttes populaires qui portaient des revendications sur la qualit&#233; de la vie, et qui avaient vocation &#224; s'ou&#173;vrir aux luttes &#233;cologistes, c'est le mouvement auto-gestionnaire des ann&#233;es 60-70 (CFDT, PSU).&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, et le r&#233;sultat est loin d'avoir &#233;t&#233; nul (voir la Conf&#233;d&#233;ration Paysanne, le Larzac, etc.) mais, submerg&#233; par l'id&#233;ologie gauchiste qui s'est rapidement impos&#233;e, le mouvement a suivi la trajectoire de la gauche, cong&#233;diant progressivement les classes populaires, leurs savoirs, leurs aspirations et leur conservatisme. Il en reste de multiples traces dans les campagnes les moins massacr&#233;es chez des paysans survivants ou n&#233;o-ruraux, certains militants associatifs ou petits &#233;lus locaux, etc. mais qui ne se retrouvent ni dans l'&#233;cologie para-gouvernementale ni dans les groupuscules wokisants ni dans le &lt;i&gt;business&lt;/i&gt; des Ongs, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; quoi fais-tu allusion, p. 149, quand tu parles d' &#171; &lt;i&gt;irrationnalisme tr&#232;s visible dans le monde m&#233;dical&lt;/i&gt; &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230; aux m&#233;decines &#171; parall&#232;les &#187; ou &#171; douces &#187;, &#171; exotiques &#187;, &#171; naturelles &#187;, &#171; alternatives &#187;, etc. dont je parle avant p. 106, puis p. 141 et apr&#232;s p. 215.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Page 149, quand tu &#233;cris &#171; &lt;i&gt;justice sociale, &#233;galit&#233; politique&lt;/i&gt; &#187;, est-ce parce que tu es contre une stricte &#233;galit&#233; sociale ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais pas, j'&#233;cris vingt pages plus loin : &#171; &lt;i&gt;une soci&#233;t&#233; sobre ou du moins qui limite son empreinte &#233;cologique, ne peut que tendre &#224; une &#233;galit&#233; sociale entre les &#233;chelons hi&#233;rarchiques. Nous parlons l&#224;, sinon d'une revendication d'&#233;galit&#233; de revenus provenant du mouvement ouvrier du XIXe si&#232;cle, du moins d'une fourchette r&#233;duite de revenus coupl&#233;e &#224; une d&#233;valorisation anthropologique des crit&#232;res &#233;conomiques de reconnaissance sociale. On pourrait en faire un slogan : s'il doit y avoir aust&#233;rit&#233;, que cela soit pour tous ! La raison en est toujours la m&#234;me : le lieu du pouvoir suscite un mim&#233;tisme et l'exercice de l'autorit&#233; pousse &#224; s'extraire de la condition moyenne, c'en est m&#234;me la pulsion fondamentale.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VI &#8211; Sur l' &#171; &#233;co-socialisme &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chapitre 5 : p. 164, l'&#233;cosocialisme a-t-il de quoi &#171; &lt;i&gt;faire froid dans le dos&lt;/i&gt; &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le livre de Michael L&#246;wy sur le sujet, ou la d&#233;claration &#233;cosocialiste adopt&#233;e lors du Forum Social Mondial de 2009, qui in&#173;sistaient non seulement sur la question du mode de production, mais aussi sur l'organisation d&#233;mocratique, me semble ap&#173;porter une analyse et des projets int&#233;ressants et nullement totalitaires (&#171; [&#8230;] &lt;i&gt;Une transformation si radicale est impossible sans le contr&#244;le collectif des moyens de production et la planification d&#233;mocratique de la production et des &#233;changes. Les &lt;/i&gt;&lt;i&gt;d&#233;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;cisions d&#233;mocratiques sur l'investissement et le d&#233;veloppement technologique doivent remplacer leur contr&#244;le par les en&#173;treprises capitalistes, les investisseurs et les banques, afin de servir &#224; long terme le bien commun de la soci&#233;t&#233; et de la na&#173;ture&lt;/i&gt; &#187;). &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai l'impression, &#224; quelques variations terminologiques pr&#232;s, de lire du camarade Staline, et je ne pense pas &#234;tre le seul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourtant, on trouve un m&#234;me d&#233;veloppement dans &#171; March&#233;, capitalisme, d&#233;mocratie &#187;, interview de C. Castoriadis datant de l'automne 1990 et publi&#233; dans &lt;i&gt;Une soci&#233;t&#233; &#224; la d&#233;rive&lt;/i&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors nous ne lisons pas le m&#234;me texte : j'y lis des r&#233;habilitations (de la monnaie, du march&#233;, de la non-ma&#238;trise et de la non-transparence d'une soci&#233;t&#233; pour elle-m&#234;me), des interrogations (sur l'existence d'un march&#233; du travail, sur les grands choix d'investissements &#233;conomiques), des doutes (sur les capacit&#233;s individuelles) et une distanciation franche vis-&#224;-vis des pays socialistes (sans m&#234;me parler de leurs analyses faites dans moult autres textes). Et la m&#234;me chose, dans &#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?105-socialisme-et-societe-autonome&#034;&gt;&#171; Socialisme &#187; et soci&#233;t&#233; autonome&lt;/a&gt; &#187; (introduction &#224; la r&#233;&#233;dition du fameux &#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?64-sur-le-contenu-du-socialisme-i&#034;&gt;Sur le contenu du socialisme&lt;/a&gt; &#187; sur lequel je serais moins cat&#233;gorique &#8211; mais c'&#233;tait il y a plus d'un demi-si&#232;cle !), dans &#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?27-le-projet-d-autonomie-a-t-il-un&#034;&gt;Le projet d'autonomie a-t-il un avenir ?&lt;/a&gt; &#187; ou encore dans &#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?275-anarchie-et-democratie-radicale&#034;&gt;Anarchie et d&#233;mocratie radicale : accords et d&#233;saccords&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu as d&#251; voir, au fil des pages, ma volont&#233; d'extraire la politique comme l'&#233;cologie de leurs gangues religieuses, et les paradis clefs en mains o&#249; devraient se r&#233;soudre magiquement la question humaine comme la question naturelle me sont de plus en plus &#233;trangers, pour ne pas dire repoussants. Point de vue exprim&#233; notamment ici : &#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?760-fausses-figures-de-l-avenir-1-2&#034;&gt;Fausses figures de l'avenir&lt;/a&gt; &#187;, texte pr&#233;liminaire &#224; &#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?819-ce-que-pourrait-etre-une-societe&#034;&gt;Ce que pourrait &#234;tre une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique&lt;/a&gt; &#187;, d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VII &#8211; Sur la science et le wokisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur l'&#233;tat de la science : p. 166-167 : en quoi les travaux du GIEC p&#226;tissent-ils de la pression des lobbys et de la bureaucratie de la recherche, ou des &#171; &lt;i&gt;luttes de clan des appareils de pouvoir&lt;/i&gt; &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Giec est un objet politico-scientifique absolument singulier (rien que l'oxymore de son intitul&#233;) dont les rapports sont partag&#233;s en trois parties (l'&#233;tat bio-physique, les pr&#233;visions, les pr&#233;conisations) interd&#233;pendantes : les int&#233;r&#234;ts politiques sont organiquement entrem&#234;l&#233;s aux constatations scientifiques. Les conflits d'int&#233;r&#234;ts, auto-cooptations, luttes entre sp&#233;cialit&#233;s, etc. sont donc monnaie courante comme les erreurs d'analyse ou de pr&#233;visions &#233;normes (courbe en crosse de hockey, glaciers himalayens, mont&#233;e du niveau de la mer, &#171; pause &#187; dans le r&#233;chauffement, etc.) sans m&#234;me parler de la sur-utilisation de mod&#232;les math&#233;matiques ou de l'absence totale d'arguments contradictoires, etc. Tout cela est assez &#233;vident, mais l'on ne d&#233;nonce que le lobbying des &#171; m&#233;chants &#187; &#201;tats pro-hydrocarbures, sans comprendre que trancher sans nuance dans un domaine aussi complexe fait le jeu d'autres puissances (lobby nucl&#233;aire, par exemple ou des &#233;nergies renouvelables, Ongs, &#201;tats en cours de &#171; transition &#187; &#233;nerg&#233;tique, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le Giec est du &#171; bon &#187; c&#244;t&#233;, la complaisance &#224; son &#233;gard est automatique tout autant que la diabolisation des opposants. En g&#233;n&#233;ral, il est impossible d'avoir une conversation rationnelle sur le sujet, aux arguments scientifiques sont r&#233;pondus des jugements id&#233;ologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les querelles d'experts auxquelles nous venons d'assister dans le domaine de la sant&#233;, et pr&#233;c&#233;demment dans celui du climat, s'expliquent-elles toujours et uniquement par le poids des pouvoirs &#233;conomiques et politiques, ou par des raisons plus com&#173;plexes, m&#234;lant r&#233;elle probl&#233;matique scientifique, personnalit&#233; de ces experts, contexte social de d&#233;fiance envers tous les pouvoirs, et mobilisation par certains de ces savants d'un public non scientifique pour trancher en leur faveur ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux sont loin de s'exclure, et s'entre-appellent, plut&#244;t&#8230;&lt;br class='manualbr' /&gt;Il en &#233;tait un peu question dans ce texte, &#233;crit pendant le premier confinement : &#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1008-Premieres-remarques-sur-la-crise&#034;&gt;Premi&#232;res remarques sur la crise ouverte par la pand&#233;mie&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Science et r&#233;gime politique autoritaire sont-ils incompatibles ? L'exp&#233;rience sovi&#233;tique en t&#233;moigne. Mais &#224; l'inverse, durant l'&#226;ge d'or de la science en Occident, aux 18e et 19e si&#232;cle, la science suivait imperturbablement son cours malgr&#233; une succes&#173;sion et une diversit&#233; de r&#233;gimes rarement d&#233;mocratiques.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, mais je ne crois pas que l'on ait vu en Occident, dans cette p&#233;riode, des r&#233;gimes durables imposant une id&#233;ologie int&#233;grale interdisant, rendant impossible (ou mieux : rendant &lt;i&gt;impensable&lt;/i&gt;) toute dissidence encore moins dans le milieu scientifique. Ce qui est en question est ici moins un type de r&#233;gime (&#233;ventuellement transitoire) qu'un &lt;i&gt;type de soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pages 178-179, les conditions que tu listes pour une pratique scientifique de qualit&#233; sont actuellement remplies : sans celles-ci pas de &lt;i&gt;subaltern&lt;/i&gt; ni &lt;i&gt;cultural studies&lt;/i&gt;, de th&#233;oriciens du genre et du post-colonialisme, c'est-&#224;-dire des &#233;tudes ch&#232;res aux &#171; wok&#173;istes &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque je d&#233;cris, p. 178, &#171; &lt;i&gt;l'exercice de la science, des sciences si l'on pr&#233;f&#232;re, comme d&#233;marche rationnelle d'interrogation du monde physique, sans cesse soumise au doute et &#224; l'&#233;preuve de la r&#233;futation et surtout pas comme pseudo-religion affirmant des dogmes d&#233;tenus par une caste ferm&#233;e comme on la voit le devenir &lt;/i&gt; &#187;, j'ai l'impression d'avoir d&#233;crit le wokisme dans la seconde partie de la phrase&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouve sur ce site (&lt;a href=&#034;https://decolonialisme.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://decolonialisme.fr/&lt;/a&gt;) de nombreux universitaires qui tentent d&#233;sesp&#233;r&#233;ment de d&#233;noncer toutes ces tartufferies devenant majoritaires dans leurs milieux d&#233;j&#224; scl&#233;ros&#233;s depuis bien longtemps (ce qu'ils ont plus de mal &#224; admettre : nous en avons discut&#233; &lt;a href=&#034;https://heretiques.fr/2022/10/27/ep-1-s1-observatoire-du-decolonialisme-xavier-laurent-salvador/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dans un podcast qui sortira &#224; l'automne&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'&#233;tait une blague, je trouvais amusant que les &#171; wokistes &#187; revendiquent les conditions que tu listes pour leurs propres recherches (en particulier des financements d&#233;sint&#233;ress&#233;s) : mais il est vrai que la &lt;i&gt;cancel culture&lt;/i&gt; qu'ils promeuvent contre les autres chercheurs s'oppose &#224; la libert&#233; de questionner, et qu'ainsi ils refusent ces conditions pour les autres. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils reprennent le principe de tous les totalitarismes : faire jouer les principes d'&#233;mancipation contre eux-m&#234;mes, et donc ouvrent grande les portes de l'obscurantisme. La chose est un peu pr&#233;cis&#233;e, sous forme de synth&#232;se, l&#224; : &#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1112-Wokisme-et-obscurantisme&#034;&gt;Wokisme et obscurantisme : articulations et compl&#233;mentarit&#233;s&lt;/a&gt; &#187; texte de pr&#233;sentation de &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1102-Cartographie-des-mouvances-anti-Lumieres&#034;&gt;la cartographie des mouvances anti-Lumi&#232;res&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> Dans la nature, soyez spontan&#233;s !</title>
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		<dc:subject>Terrasson F.</dc:subject>
		<dc:subject>Psycho-sociologie</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Passage du livre de Fran&#231;ois Terrasson &#171; La peur de la nature &#187;, Sang de la Terre, 2007, pp. 139-146. C'est un vrai village comme autrefois : maisons de pierre, portes de bois, pav&#233;s dans la rue, fontaine sur la place. Les joints ont &#233;t&#233; refaits entre chaque moellon, car ils n'avaient pas l'air assez grossiers, les pav&#233;s sont dispos&#233;s avec une irr&#233;gularit&#233; pr&#233;cise et l'auberge arbore son nom sur un panneau de bois mal d&#233;grossi. Le magasin pr&#232;s de la fontaine vend du super-rural : (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-76-L-ecologie-politique-contre-l-" rel="directory"&gt;L'&#233;cologie politique contre l'&#233;cologisme&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-250-Terrasson-F-+" rel="tag"&gt;Terrasson F.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-109-psycho-sociologie-+" rel="tag"&gt;Psycho-sociologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-89-ecologie-+" rel="tag"&gt;&#201;cologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-88-primitivisme-+" rel="tag"&gt;Primitivisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-33-progres-+" rel="tag"&gt;Progressisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-30-education-+" rel="tag"&gt;&#201;ducation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-116-pseudo-subversion-+" rel="tag"&gt;Pseudo-subversion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-60-insignifiance-+" rel="tag"&gt;Insignifiance&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Passage du livre de Fran&#231;ois Terrasson &#171; La peur de la nature &#187;, Sang de la Terre, 2007, pp. 139-146.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est un vrai village comme autrefois : maisons de pierre, portes de bois, pav&#233;s dans la rue, fontaine sur la place. Les joints ont &#233;t&#233; refaits entre chaque moellon, car ils n'avaient pas l'air assez grossiers, les pav&#233;s sont dispos&#233;s avec une irr&#233;gularit&#233; pr&#233;cise et l'auberge arbore son nom sur un panneau de bois mal d&#233;grossi. Le magasin pr&#232;s de la fontaine vend du super-rural : vaisselle avec d&#233;fauts, verres &#233;br&#233;ch&#233;s, couteaux au manche de bois soigneusement pas soign&#233;, lingeries de grands-m&#232;res o&#249; les accrocs sont bien apparents.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'habitant m&#234;me, quelquefois, est plus vrai que nature. Des offices de tourisme ont lanc&#233; dans les rues de leurs villages la mode du costume traditionnel. En tout cas, pendant que les Parisiens sont l&#224;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut que &#231;a se voie ! Si par hasard le visiteur ne se rendait pas compte &#224; quel point il est dans l'authentique rural ? Il vaut mieux donner un petit coup de pouce ! Pour mieux avoir l'air de&#8230; Ce qui &#233;manait des pierres et des rues, au temps des anciens villages est la marchandise que l'on veut vendre. H&#233;las, elle n'appara&#238;t pas sur commande. Pour l'avoir forc&#233;e, on obtient du factice, mettant en &#339;uvre un processus dont la compr&#233;hension fine est essentielle pour l'intelligence du probl&#232;me de la protection de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contentons-nous de remarquer que dans le triste cas &#233;voqu&#233; pr&#233;c&#233;demment, il est assez facile de r&#233;sumer ce qui ne va pas : on veut faire intentionnellement ce qui est du domaine de automatique. Volontairement ce qui est de l'ordre du spontan&#233; ; d&#233;lib&#233;r&#233;ment ce qui rel&#232;ve du naturel.&lt;br class='manualbr' /&gt;La Volont&#233; comme anti-nature nous ram&#232;ne &#224; cette id&#233;e constante que ce qui coule de source, ce qui passe sans effort, ce qui surgit &#233;motionnellement a une allure bien &#224; soi. Et ne peut pas &#234;tre command&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est int&#233;ressant de rapprocher ce processus de l'&#233;pineuse question de l'animation des villes nouvelles. On essaie de d&#233;cider l'existence d'une s&#233;rie d'interactions qui dans les villes spontan&#233;es se sont construites quasiment au hasard au cours des si&#232;cles. Rien de voulu dans les flux des d&#233;placements, dans les lieux de rencontre, les concentrations d'activit&#233;. Mais l'&#339;uvre automatique, &#171; naturelle &#187;, de processus sociaux, &#233;conomiques et psychologiques. Vouloir les d&#233;cr&#233;ter, les planifier, c'est toujours faire du pseudo. Et peut-&#234;tre que lorsque ces endroits deviennent vraiment des villes (si cela arrive) c'est malgr&#233;, contre, les efforts faits. Par-dessus et au-del&#224;, si des processus &#224; d&#233;roulement spontan&#233; y trouvent ici ou l&#224; un point d'ancrage.&lt;br class='manualbr' /&gt;Et puis regardons-nous, nous-m&#234;me. Il nous arrive certainement, quelquefois, de vouloir fonctionner comme une ville nouvelle ou un village restaur&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, si nous d&#233;cidons volontairement que nous voulons manifester une &#233;motion. Entre la mimique naturelle, les gestes spontan&#233;s et l'attitude que nous aurons alors, le gouffre qui s&#233;pare l'authentique du faux induira chez l'interlocuteur un malaise, une d&#233;fiance, une incompr&#233;hension. On sent le faux naturel qui est toujours du naturel volontaire, chose impossible puisque par d&#233;finition nous avons tendance &#224; d&#233;finir la nature comme ce qui &#233;chappe &#224; la volont&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce dont nous sommes en train de parler correspond &#224; une notion de base de la psychiatrie moderne, appel&#233;e &#171; double contrainte &#187; o&#249; &#171; double lien &#187; (en anglais &lt;i&gt;double bind&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mise au point par l'anthropologue Gr&#233;gory Bateson, elle a &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233;e et appliqu&#233;e par l'&#233;cole psychiatrique californienne de Palo-Alto. Et elle &#233;claire d'un jour extraordinaire nos affaires de conservation de la nature. Bien qu'elle n'ait pas &#233;t&#233; faite pour cela&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paul Watzlawick et J. Wealdand, Une Logique de la communication, Seuil.&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, attention, accrochez-vous, ce n'est pas simple ! Mais quand on a compris, il est impossible de le regretter ! De toute fa&#231;on il sera trop tard. Le monde n'aura plus la m&#234;me couleur&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel est le message que nous transmettent ces lieux fabriqu&#233;s pour se donner des airs ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Celui qu'on leur a insuffl&#233; jusqu'&#224; la moelle pour qu'ils soient ce qu'ils sont. Il est facile &#224; traduire et court &#224; exprimer :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Soyez spontan&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce message constitue un exemple de la fameuse double contrainte qui se d&#233;finit comme un ordre auquel on ne peut ni ob&#233;ir, ni d&#233;sob&#233;ir.&lt;br class='manualbr' /&gt;D'habitude on re&#231;oit beaucoup d'injonctions qui nous plaisent ou non. Mais dans les deux cas on peut se situer par rapport &#224; elles. On peut leur dire oui ou non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est rigoureusement impossible avec une double contrainte. On ne peut ni ob&#233;ir, ni d&#233;sob&#233;ir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut rien faire !&lt;br class='manualbr' /&gt;Sauf se rouler par terre.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce qui arrive tr&#232;s souvent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous ne me croyez pas ? Alors essayons, en nous souvenant que la notion que nous exp&#233;rimentons est la clef du probl&#232;me de la nature dans notre soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;tant donn&#233; l'ordre : &#171; Soyez spontan&#233;s. &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Essai n&#176; 1 : Ob&#233;issance&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On me dit d'&#234;tre spontan&#233;. Plein de bonne volont&#233; je dis oui. La spontan&#233;it&#233; c'est ce qui se d&#233;clenche automatiquement. Sans ma volont&#233; ! Cela va d&#233;j&#224; &#234;tre difficile pour moi de d&#233;cider d'&#234;tre spontan&#233;. Je risque le factice du village vrai faux rural. Mais surtout si je suis spontan&#233;, c'est en ob&#233;issant &#224; un ordre, et l'ob&#233;issance &#224; un ordre est le contraire de la spontan&#233;it&#233;. Dans ce cas si je suis spontan&#233;, c'est la volont&#233; d'un autre qui agit, alors que le naturel spontan&#233; suppose l'autonomie de la pulsion &#233;motive. &lt;strong&gt;Donc en ob&#233;issant je d&#233;sob&#233;is&lt;/strong&gt;. Si je suis spontan&#233; c'est l'effet d'un ordre. Et l'effet d'un ordre est par d&#233;finition non spontan&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Essai n&#176; 2 : D&#233;sob&#233;issance&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On me dit d'&#234;tre spontan&#233;. Je dis non. J'&#233;chappe aussi &#224; l'ordre et je retrouve mon autonomie, donc ma spontan&#233;it&#233;. En refusant, j'ai r&#233;alis&#233; l'injonction qui m'&#233;tait faite. J'ai agi spontan&#233;ment. &lt;strong&gt;Donc en d&#233;sob&#233;issant, j'ob&#233;is.&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est dur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela vaut la peine de continuer sur ce chemin. Le message qui donne une double contrainte induit toujours des paradoxes et des ind&#233;cidables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En voici un autre signal&#233; par les auteurs de la th&#233;orie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous roulez sur la route et vous voyez un panneau qui dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Ignorez ce signe &#187; ou &#171; Il est interdit de lire ce panneau &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Essai n&#176; 1 : Ob&#233;issance&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Totalement impossible d'ob&#233;ir, puisque pour ob&#233;ir il faut recevoir le message et pour &#231;a il faut d'abord le lire, et c'est pr&#233;cis&#233;ment ce qui est interdit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Essai n&#176; 2 : D&#233;sb&#233;issance&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est-&#224;-dire lire le panneau. C'est facile. C'est m&#234;me automatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour avoir d&#233;sob&#233;i et avoir pris connaissance de l'injonction, il faut se conformer &#224; celle-ci, puisque la simple pr&#233;sence d'un panneau routier officiel implique que l'automobiliste ob&#233;isse. Donc la d&#233;sob&#233;issance qui consiste &#224; lire le panneau et &#224; prendre connaissance du message implique qu'on lui ob&#233;isse en tant que signe du code de la route, et donc qu'on n'en prenne pas connaissance puisque c'est ce qu'il demande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'entends d'ici les r&#233;flexions ! Et si cet exemple est particuli&#232;rement tordu, il n'en a pas moins &#233;t&#233; photographi&#233; sur une autoroute am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la nature ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Patience. La perception de la double contrainte est un entra&#238;nement. Un apprentissage. Quantit&#233; d'entre elles jouent dans la communication quotidienne avec des effets d&#233;sastreux. Mieux m&#234;me, tout notre rapport avec la nature est actuellement b&#226;ti dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le double lien est donc inextricable. La phrase affirme quelque chose sur elle-m&#234;me. Celui qui la re&#231;oit ne peut rien faire de convenable. Il n'y a rien d'adapt&#233;. Il est condamn&#233; s'il le fait, et condamn&#233; s'il ne le fait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Combien de fabricants de double contrainte pourrait-on rep&#233;rer si on faisait plus attention aux petites phrases du genre : &#171; Elle (ou il) veut tout et le contraire de tout &#187;, &#171; Quand on lui donne noir, il veut blanc, et inversement &#187;, &#171; Elle n'est jamais contente&#8230; &#187; Le processus a &#233;t&#233; utilis&#233; pour rendre fous de pauvres chiens. Ils sont dress&#233;s &#224; reconna&#238;tre un cercle d'une ellipse et la bonne r&#233;ponse donne droit &#224; manger de bonnes choses.&lt;br class='manualbr' /&gt;Un jour on met le chien en double contrainte. Simplement en lui montrant un cercle qui est presque une ellipse. On pourrait dire tout aussi bien une ellipse qui est presque un cercle. La diff&#233;rence &#233;tant en dessous du seuil possible de discrimination, l'animal est dans une situation o&#249; il ne peut agir ni dans un sens ni dans un autre, ce qui est le trait fondamental rencontr&#233; dans le dilemme ob&#233;ir ou d&#233;sob&#233;ir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a que trois r&#233;actions possibles :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; baver en se roulant par terre,&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; mordre tout ce qu'il y a &#224; sa port&#233;e,&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; se replier dans le silence, la d&#233;pression et l'immobilit&#233;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;C'est avec un &#339;il neuf qu'on peut maintenant regarder la pancarte de bois soigneusement tarabiscot&#233;e pour avoir l'air de ne pas l'&#234;tre. Qui pour ressembler &#224; une &#233;corce non pr&#233;par&#233;e, a &#233;t&#233; follement (c'est le cas de le dire) appr&#234;t&#233;e en double contrainte du &#171; soyez spontan&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme tout message symbolique, celui-ci passera dans l'inconscient. Avec les m&#234;mes d&#233;g&#226;ts que chez le chien. L'&#233;motivit&#233; du visiteur ne saura jamais si elle doit partir dans le sens du spontan&#233; ou du fabriqu&#233;, du naturel ou de l'artificiel, du souple ou du raide, du domin&#233; ou de l'authentique, du vrai ou du faux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gommer les distinctions fondamentales, coincer les &#233;motions en position paralytique, voil&#224; aussi le but (involontaire je l'esp&#232;re) d'une autre de nos d&#233;lirantes inventions : le terrain d'aventure. Aller n'importe o&#249;, sans plan, c'est bien l&#224; le r&#234;ve de l'aventurier. D&#233;couvrir au hasard, &#234;tre surpris, affronter la nouveaut&#233;, telle est la motivation de l'explorateur, qu'il soit confirm&#233; ou en culotte courte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un terrain c'est un lieu r&#233;serv&#233;, clos, planifi&#233;, pr&#233;vu. Pr&#233;voir l'aventure ! Quel scandale mais surtout quelle belle double contrainte !&lt;br class='manualbr' /&gt;Qu'importe si l'enfant ne sait pas ce qu'il va d&#233;couvrir. Il sait, m&#234;me confus&#233;ment, qu'il est dans un terrain d'aventure, c'est-&#224;-dire que c'est pour faire semblant, que des adultes ont fabriqu&#233; l'aventure qui est par essence du non-fabriqu&#233;. Il sait qu'il ne peut y avoir de vraie surprise, qu'on ne peut trouver que ce qui y a &#233;t&#233; mis. .&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais la puissance du jeu entra&#238;ne &#224; se laisser faire un peu. &#192; imaginer. L'enfant ne peut ni refuser, ni ne pas refuser. Et le touriste adulte &#224; qui on propose l'aventure sans risque, l'aventure sans impr&#233;vu, l'aventure-confort au moins minimum, l'aventure tr&#232;s confortable mais avec Indiens assur&#233;s, navigue dans le m&#234;me &lt;i&gt;no &lt;/i&gt;&lt;i&gt;man's&lt;/i&gt;&lt;i&gt; land&lt;/i&gt; &#233;motif o&#249; le toc a l'&#233;clat du diamant et r&#233;ciproquement. On peut m&#234;me tr&#232;s involontairement tomber dans ce processus. La volont&#233; d'authenticit&#233; est un souci louable, par exemple dans l'animation des sorties dans la nature, la sauvegarde des monuments ou la tradition folklorique. Sauf que vouloir l'authentique, si on n'y prend pas garde, peut verser facilement dans l'&#233;dification de magnifiques doubles-liens. L'authentique ne se d&#233;cr&#232;te pas. Il vient. Des profondeurs. Du mouvement naturel de la pens&#233;e et de l'&#233;motion ! Le vouloir, c'est d&#233;j&#224; lui couper les ailes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens avec terreur d'une animatrice proposant le contact sensible avec le milieu. Et qui pour ce faire demandait, ou plus exactement sugg&#233;rait par l'ensemble de son style que cela pouvait &#234;tre fait volontairement. Alors que l'exp&#233;rience prouve que le chevalier doit s'endormir aux portes du ch&#226;teau, que la volont&#233; doit l&#226;cher prise !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et quand elle-m&#234;me d&#233;cidait de montrer son impression po&#233;tique de la nature, quelle catastrophe ! Des implications presque infinies se font jour quand on a appris &#224; rep&#233;rer de si singuliers ph&#233;nom&#232;nes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais avant d'aller plus avant, il faut enfin par un petit r&#233;sum&#233;, allumer r&#233;solument notre lanterne, m&#234;me si ce qu'on va voir risque de n'&#234;tre pas sp&#233;cialement rassurant :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Toute soci&#233;t&#233;, tout individu a tendance &#224; d&#233;finir la nature comme &#233;tant ce qui ne d&#233;pend pas de notre volont&#233;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; La protection de la nature est une intervention volontaire pour pr&#233;server des milieux.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Ce qui est reconnu comme nature par la sensibilit&#233; est de l'ordre du spontan&#233;, de la non-intervention.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; La protection est interventionniste, tout le contraire du spontan&#233;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Donc la protection tue la nature, en ce sens qu'elle &#233;limine l'ambiance de l'involontaire, essence du concept de nature. L'id&#233;e de base qui pr&#233;side aux meilleures intentions vis-&#224;-vis de la nature dans nos soci&#233;t&#233;s est une fantastique double contrainte : c'est litt&#233;ralement une id&#233;e folle. Avec de redoutables cons&#233;quences&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?988-La-nature-du-citadin' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Voir le passage suivant &#171; La nature du citadin &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Paul Watzlawick et J. Wealdand, &lt;i&gt;Une Logique de la communication&lt;/i&gt;, Seuil.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Impasses et promesses de l'&#233;cologie politique (2/2)</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>B&#233;rard Quentin</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cologie</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cologisme</dc:subject>
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		<dc:subject>Red&#233;finition des besoins</dc:subject>
		<dc:subject>Pseudo-subversion</dc:subject>
		<dc:subject>Immigration</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Voir la premi&#232;re partie (.../...) Premi&#232;re partie : En parlant de prendre comme r&#233;f&#233;rence la science, il y a le ph&#233;nom&#232;ne Greta Thunberg, cette Su&#233;doise qui met toujours en avant les rapports du GIEC sur le r&#233;chauffement climatique : c'est un peu ce que tu voulais dire, mettre en avant le discours scientifique ? Oui, absolument. Greta Thunberg, son discours est de dire uniquement : &#171; &#201;coutez les scientifiques ! &#187;, &#171; Vous devez &#233;couter les scientifiques &#187;, &#171; La v&#233;rit&#233; sort de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-76-L-ecologie-politique-contre-l-" rel="directory"&gt;L'&#233;cologie politique contre l'&#233;cologisme&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-283-Berard-Quentin-+" rel="tag"&gt;B&#233;rard Quentin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-89-ecologie-+" rel="tag"&gt;&#201;cologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-113-ecologisme-+" rel="tag"&gt;&#201;cologisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-264-Ecologie-de-coloniale-+" rel="tag"&gt;&#201;cologie (d&#233;)coloniale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-138-totalitarisme-+" rel="tag"&gt;Totalitarisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-34-technoscience-+" rel="tag"&gt;Technoscience&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-38-science-+" rel="tag"&gt;Science&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-218-redefinition-des-besoins-+" rel="tag"&gt;Red&#233;finition des besoins&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-116-pseudo-subversion-+" rel="tag"&gt;Pseudo-subversion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-215-immigration-+" rel="tag"&gt;Immigration&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/eepcouv-2.jpg?1676464757' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1117-Impasses-et-promesses-de-l-ecologie-politique-1-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Voir la premi&#232;re partie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re partie :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_1674 spip_document spip_documents spip_document_audio spip_document_avec_legende spip_document_player spip_documents_player spip_doc_player&#034; data-legende-len=&#034;39&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt; &lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;mejs-audio-wrapper audio-wrapper mejs-audio-wrapper-skin-mejs&#034; style='width:400px;max-width:100%;margin:0 auto;'&gt; &lt;audio class=&#034;mejs mejs-1674 mejs__mejs&#034; data-id=&#034;b858ff9a3e8da9c86b3965e17b73216a&#034; src=&#034;IMG/mp3/impasse_de_l_ecologie_politique_22_.mp3&#034; type=&#034;&#034; data-mejsoptions='{&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;loop&#034;:false,&#034;audioWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;duration&#034;:2309,&#034;iconSprite&#034;:&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/plugins/auto/player/v4.3.0/lib/mejs/build/mejs-controls.svg?1747379926&#034;}' data-mejsplugins='null' controls=&#034;controls&#034; &gt;&lt;/audio&gt;
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&lt;/style&gt;&lt;/span&gt;&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-1674 '&gt;&lt;strong&gt;Impasse de l'&#233;cologie politique (2/2)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En parlant de prendre comme r&#233;f&#233;rence la science, il y a le ph&#233;nom&#232;ne Greta Thunberg, cette Su&#233;doise qui met toujours en avant les rapports du GIEC sur le r&#233;chauffement climatique : c'est un peu ce que tu voulais dire, mettre en avant le discours scientifique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, absolument. Greta Thunberg, son discours est de dire uniquement : &#171; &#201;coutez les scientifiques ! &#187;, &#171; Vous devez &#233;couter les scientifiques &#187;, &#171; La v&#233;rit&#233; sort de la bouche des scientifiques &#187;&#8230; comme si la science &#233;tait un dogme alors qu'il y a des controverses &#224; l'int&#233;rieur du monde scientifique. D'ailleurs je pense qu'un des rares points positifs de la crise du Covid, de la pand&#233;mie, c'est que les gens se sont rendu compte que la science &#233;tait un monde de contradictions, de doutes, de remises en cause et d'incertitudes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pareil pour la question climatique, m&#234;me s'il y a globalement un consensus : la mani&#232;re dont Greta Thunberg renvoie au discours scientifique a quelque chose de profond&#233;ment autoritaire et de tr&#232;s inqui&#233;tant, on parlera aussi plus tard de la d&#233;rive autoritaire possible de l'&#233;cologie politique ; c'est &#233;vident qu'il y a des germes dans le discours actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cologie politique est un courant tr&#232;s divers, mais il me semble que, globalement, il appartient malgr&#233; tout &#224; une grande famille, or l'&#233;volution de cette famille, au fil du temps, a &#233;t&#233; de se laisser p&#233;n&#233;trer par les discours &#171; wokes &#187; d'un c&#244;t&#233; et obscurantistes de l'autre. Discours woke : n&#233;o-f&#233;minisme, vegans&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8230; avant &#231;a, il y avait le marxisme ou le gauchisme, c'est la suite logique&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Absolument. L'&#233;cologie politique, aujourd'hui, est le dernier refuge, en quelque sorte, du gauchisme qui lui-m&#234;me &#233;tait une forme d&#233;grad&#233;e de marxisme. Donc il r&#233;colte &#233;galement tous ces courants &lt;i&gt;wokes&lt;/i&gt; et islamo-gauchistes, communautaristes, etc. On ne va pas s'&#233;tendre dessus, je pense que les auditeurs voient &#224; peu pr&#232;s de quoi on parle : on parle de Sandrine Rousseau, par exemple, un ph&#233;nom&#232;ne assez r&#233;cent mais caricatural qui r&#233;v&#232;le aussi beaucoup de choses sur l'imaginaire des &#233;cologistes contemporains, puisqu'on a vu Europe &#201;cologie Les Verts (EELV) fricoter avec des islamistes, des indig&#233;nistes, les Danielle Obono, les Fatima Ouassak, etc. Il y a une page sur &lt;i&gt;Lieux Communs&lt;/i&gt; qui s'appelle &#171; &lt;i&gt;Gare &#224; l'&#233;cologie (d&#233;)coloniale !&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le page Gare &#224; l'&#233;cologie (d&#233;)coloniale !&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, r&#233;guli&#232;rement mise &#224; jour, qui tente de recenser assez rapidement, de donner un petit panorama de l'entrisme &lt;i&gt;woke&lt;/i&gt; et obscurantiste dans les milieux de l'&#233;cologie politique. Donc c'est une &#233;volution tout &#224; fait normale qui repose sur trois postulats, si on veut r&#233;sumer : en gros un anti-occidentalisme que l'on retrouve du c&#244;t&#233; des islamistes, des racialistes, etc., et du c&#244;t&#233; des n&#233;o-f&#233;ministes, des v&#233;gans, des &#233;cologistes radicaux &#8211; anti-occidentalisme qui se cristallise dans la haine de l'homme blanc de plus de 50 ans, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu d&#233;cris &#231;a tr&#232;s, tr&#232;s rapidement, mais il y a aussi une logique derri&#232;re : c'est l'Occident qui a d&#233;velopp&#233; le plus d'industries, qui est le plus polluant, etc. Le c&#244;t&#233; marxiste, c'&#233;tait plus l'exploitation de l'homme par l'homme, le capitalisme qui &#233;tait vis&#233;. L&#224; c'est l'&#233;cologie pour qui l'Occident est la source de la pollution et donc du r&#233;chauffement climatique : notre mode de vie occidental est coupable.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Absolument, tu as raison de le d&#233;plier un peu&#8230; Le postulat de l'&#233;cologie politique aujourd'hui, c'est que les probl&#232;mes &#233;cologiques sont attribuables &#224; l'Occident et uniquement &#224; l'Occident. &#199;a, c'est un premier point.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, c'est une &#233;cologie politique &lt;i&gt;avant-gardiste&lt;/i&gt; : elle a raison contre la masse, la population est ali&#233;n&#233;e, exactement comme dans le gauchisme, on retrouve &#233;videmment les m&#234;mes chemins&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8230; Greta Thunberg, c'est &#171; R&#233;veillez-vous les gens ! &#187;&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#224; fait : les gens dorment, il faut les r&#233;veiller&#8230; L'&#233;cologie est un mouvement qui, sociologiquement, appartient &#224; la petite et la grande bourgeoisie des m&#233;tropoles d'Occident, des classes ais&#233;es, des classes dipl&#244;m&#233;es, des classes &#224; tr&#232;s bon niveau de vie, et qui est tr&#232;s, tr&#232;s loin du petit peuple mais, plus particuli&#232;rement concernant l'&#233;cologie, [loin] des travailleurs de la nature, c'est-&#224;-dire des paysans, des agriculteurs, des p&#234;cheurs et marins-p&#234;cheurs, des forestiers, des jardiniers, etc. Ce n'est pas du tout la base &#233;lectorale, ni militante, ni quoi que ce soit d'EELV ou de tous les groupuscules qui appartiennent &#224; la mouvance &#233;cologiste. Il y a dans l'&#233;cologie exactement la m&#234;me chose que dans le gauchisme, c'est-&#224;-dire un m&#233;pris, un &#233;loignement tr&#232;s profond des milieux populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, troisi&#232;me &#233;l&#233;ment qu'on pourrait prendre : il y a une sorte de &lt;i&gt;mill&#233;narisme&lt;/i&gt; tel qu'on le retrouve tr&#232;s clairement dans le marxisme, c'est-&#224;-dire la promesse d'un monde qui ira bien mieux, voire qui sera idyllique une fois que nous serons d&#233;barrass&#233;s des vieux r&#233;flexes, des vieux tropismes occidentaux, de tout le vieux monde, en fait, de tout ce &lt;i&gt;fatras&lt;/i&gt; qui serait aujourd'hui &#224; l'origine de la catastrophe [&#233;cologique].&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une &#233;cologie autoritaire ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J'insiste beaucoup sur Greta Thunberg mais, l&#224; aussi, on retrouve l'enfant qui annonce le monde du futur, le monde conscientis&#233;, etc. &#199;a fait presque penser aux Khmers rouges, etc., avec des choses assez terribles&#8230; On ne va pas faire forc&#233;ment le parall&#232;le, &#231;a n'a rien &#224; voir, mais dans la symbolique, c'est assez impressionnant que personne ne le remarque dans le mouvement &#233;cologique&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela &#233;t&#233; remarqu&#233;, mais de l'ext&#233;rieur : le mouvement &#233;cologiste est tellement clos sur lui-m&#234;me qu'il n'a aucune capacit&#233; d'autocritique, ou tr&#232;s peu. Tu as enti&#232;rement raison, ce sont des choses tr&#232;s inqui&#233;tantes parce que nous avons des &#233;cologistes qui d&#233;noncent &#224; foison l'&#171; &#233;cofascisme &#187;, les dangers du fascisme, etc. mais qui sont absolument aveugles au fait qu'ils reprennent l'h&#233;ritage des pires totalitarismes. Ce sont les h&#233;ritiers du gauchisme, du communisme, qui sont tout de m&#234;me les artisans des cauchemars totalitaires qu'ont &#233;t&#233; l'URSS, le mao&#239;sme, Pol Pot, Cuba, etc. En fait la mue &lt;i&gt;woke&lt;/i&gt; des &#233;cologistes depuis quelques ann&#233;es est extr&#234;mement inqui&#233;tante parce qu'elle pourrait d&#233;boucher &#8211; elle &lt;i&gt;risque&lt;/i&gt; de d&#233;boucher d'ailleurs &#8211; &#224; l'&#233;chelle de d&#233;cennies sur des r&#233;gimes autoritaires. &#192; ces r&#233;gimes autoritaires, on peut donner diff&#233;rentes d&#233;nominations, elles ont &#233;t&#233; entrevues il y a longtemps d&#233;j&#224; par les premiers &#233;cologistes qui parlaient d'une dictature verte, d'une dictature &#233;cologiste&#8230; [Le principe d'] un r&#233;gime autoritaire c'est, &#233;videmment, que face aux probl&#232;mes d'environnement, de la rar&#233;faction des ressources &#233;nerg&#233;tiques ou de la biosph&#232;re en g&#233;n&#233;ral, face aux probl&#232;mes alimentaires qui sont en train de se poser, etc., il est clair que l'on risque de se diriger vers des soci&#233;t&#233;s o&#249; se mettront en place des rationnements et n&#233;cessairement un contr&#244;le des citoyens. Beaucoup de gens en ont parl&#233; d'ailleurs durant la pand&#233;mie parce qu'en France la mise en place du passe sanitaire, puis vaccinal, a &#233;t&#233; per&#231;ue comme une preuve d'autoritarisme &#8211; et il est &#233;vident qu'on pourrait y voir les pr&#233;mices d'un passe climatique, par exemple, d'un contr&#244;le d'une autorit&#233; &#233;tatique sur le comportement des individus avec le mod&#232;le chinois, &#233;videmment, en toile de fond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi je parle d'une &lt;i&gt;&#233;cocratie&lt;/i&gt; pour d&#233;signer une dictature &#233;cologique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'extrait du livre : &#171; &#201;cologie politique, effondrement et &#233;cocratie &#187;&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;i&gt;&#201;cocratie&lt;/i&gt;, donc le pouvoir des milieux &#233;cologistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est-&#224;-dire, concr&#232;tement ? Par exemple est-ce que le fait d'imposer aux gens d'avoir plusieurs poubelles pour le recyclage, pour toi, c'est le d&#233;but d'une &#233;cocratie ? &#192; partir de quel moment c'est la n&#233;cessit&#233; de recycler les objets pour am&#233;liorer les choses qui nous oblige &#224; faire &#231;a ? On pourrait voir &#231;a comme une n&#233;cessit&#233; de la soci&#233;t&#233;, de s'adapter&#8230; &#192; quel moment on bascule ? D'ailleurs m&#234;me sur le Covid, encore plus m&#234;me : pour une question de survie les gens souhaitent se faire vacciner pour ne plus avoir des centaines de morts, des milliers de morts, par jour&#8230; &#192; partir de quel moment on dit qu'on est dans l'&#233;cocratie ou dans la d&#233;mocratie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est relativement simple en fait : il y a &#233;cocratie &#224; partir du moment o&#249; les d&#233;cisions &#233;chappent compl&#232;tement au citoyen, o&#249; on lui pr&#233;sente des solutions cl&#233;s en main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en revenir au tri des d&#233;chets, qui est semi-impos&#233; depuis quelques ann&#233;es, je ne suis pas s&#251;r du tout de son efficacit&#233; ni que les gens soient l'accord avec la mani&#232;re dont il est pratiqu&#233;. Dans tous les cas, il n'a pas fait l'objet r&#233;ellement d'un d&#233;bat, il n'y a pas eu discussion. Je dis que ce n'est pas efficace parce que le recyclage des d&#233;chets est tr&#232;s &#233;nergivore, et il n'est pas certain du tout, en prenant en compte toute l'&#233;nergie mobilis&#233;e pour collecter les d&#233;chets, les transformer et les r&#233;-insuffler dans le circuit, qu'il y ait, au bout du compte, un b&#233;n&#233;fice [&#233;cologique] quelconque&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une &#233;cocratie est un r&#233;gime qui se pr&#233;tend &#233;cologique mais qui ne le sera &#233;videmment en rien, exactement comme le totalitarisme pr&#233;tendait r&#233;aliser la justice sociale alors que c'&#233;tait en fait un syst&#232;me o&#249; il y avait des in&#233;galit&#233;s absolument extraordinaires. Une &#233;cocratie ne peut pas &#234;tre &#233;cologique pour un certain nombre de raisons et d'abord parce que l'&#233;cologie politique est adoss&#233;e &#224; une science et que, pour qu'une science fonctionne, il faut qu'elle soit libre de ses mouvements, libre de sa pens&#233;e&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8230;qui doit &#234;tre remise en cause en fait&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230; voil&#224;, et dans un r&#233;gime autoritaire ce n'est pas tellement possible&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Distinction entre sciences et techno-science&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est une vision de la science que j'ai presque d&#233;couverte dans le livre, et qui n'est pas souvent mise en avant : on pr&#233;sente la science comme des savants qui vont nous dire ce qui est, on entend le GIEC qui dit &#171; voil&#224; c'est comme &#231;a, si vous doutez de ce qu'on affirme vous &#234;tes climato-sceptiques &#187;&#8230; Alors [dans ton livre] c'est une mani&#232;re de poser la science qui n'est pas forc&#233;ment celle qu'on a l'habitude d'entendre, souvent on nous dit : &#171; voil&#224; c'est prouv&#233; scientifiquement, vous n'avez pas &#224; discuter &#187;&#8230; Cette id&#233;e que la science ne pourrait pas fonctionner dans une dictature, c'est une chose que j'apprends &#224; travers ton livre. Peux-tu un peu argumenter par rapport &#224; &#231;a ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La science dont je parle est une science qui a exist&#233;, qui continue d'exister, mais qui aujourd'hui est presque minoritaire. Aujourd'hui ce qu'on appelle la science est en r&#233;alit&#233; une &lt;i&gt;techno-science &lt;/i&gt; : une science emball&#233;e, intrins&#232;quement li&#233;e &#224; des int&#233;r&#234;ts industriels, &#233;conomiques, pour laquelle il n'y a de solution que technique. La science dont je parle est la science classique, qui a quasiment disparu maintenant : c'&#233;tait l'interrogation rationnelle sur le monde naturel. Elle a un pass&#233; absolument glorieux et elle n&#233;cessite, &#233;videmment, une interrogation libre : si Pasteur a pu faire ses exp&#233;riences et ses d&#233;couvertes, c'est parce qu'il &#233;tait libre de se questionner ; m&#234;me chose pour &#224; peu pr&#232;s tous les scientifiques. &#192; l'oppos&#233; on se retrouve en URSS avec l'affaire Lyssenko, que vous connaissez certainement : c'&#233;tait un scientifique, un g&#233;n&#233;ticien, qui avait pour mission en quelque sorte de r&#233;futer la g&#233;n&#233;tique naissante dans la science occidentale parce qu'elle n'&#233;tait pas conforme &#224; la m&#233;taphysique marxiste selon laquelle le r&#244;le de l'inn&#233; &#233;tait n&#233;gligeable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Apr&#232;s on peut, peut-&#234;tre, &#233;tayer un peu l'exemple parce que je crois qu'ils ont ni&#233; pendant des ann&#233;es les atomes, des choses comme &#231;a, qui sont assez fondamentales, alors qu'on pensait que l'Union sovi&#233;tique &#233;tait &#224; la pointe de la science, &#224; l'&#233;poque. Ce n'&#233;tait pas non plus par manque de moyens &#8211; on d&#233;lire, l&#224; &#8211; ils ont quand m&#234;me fait fausse route pendant des ann&#233;es jusqu'&#224; compl&#232;tement abandonner ces id&#233;es-l&#224;, mais il y avait une science prol&#233;tarienne&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#231;a : une science prol&#233;tarienne dans laquelle l'id&#233;ologie prenait le pas sur la recherche rationnelle et la d&#233;lib&#233;ration entre pairs, entre scientifiques qui connaissent leur domaine, et entre lesquels arrivent &#224; s'&#233;laborer des &#233;changes visant une recherche de la v&#233;rit&#233;. Tr&#232;s concr&#232;tement, c'est ce qu'on a vu durant la pand&#233;mie en Chine : l'origine du virus est une &#233;nigme et &#224; mon avis restera une &#233;nigme &#224; tout jamais, on ne saura pas r&#233;ellement d'o&#249; vient ce coronavirus. D'ailleurs les premiers lanceurs d'alerte ont disparu en Chine, ils n'ont &#233;t&#233; r&#233;habilit&#233;s qu'un peu plus tard sous la pression internationale. Heureusement qu'il y a eu une diversit&#233; mondiale de r&#233;gimes parce que si c'&#233;tait uniquement la Chine qui dominait le monde, je ne sais pas du tout de quelle mani&#232;re la pand&#233;mie se serait d&#233;roul&#233;e. C'est-&#224;-dire qu'un r&#233;gime autoritaire est &lt;i&gt;autoritaire&lt;/i&gt; alors que la science est, normalement, un &lt;i&gt;foyer de libert&#233; &lt;/i&gt; : libert&#233; de penser &#8211; on peut contredire la th&#233;orie &#224; partir du moment o&#249; on apporte des &#233;l&#233;ments &#8211; et libert&#233; de recherche. Alors, &#233;videmment, je parle d'une science qui est tr&#232;s th&#233;orique &#8211; les scientifiques qui m'&#233;coutent doivent rigoler parce que cela n'existe presque plus dans les laboratoires, en r&#233;alit&#233; ce sont des luttes de clans, on court apr&#232;s les cr&#233;dits, on court apr&#232;s les directives, etc., il est hors de question de chercher l&#224; o&#249; ce n'est pas &#233;clair&#233;, pour reprendre une image assez classique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc une &#233;cocratie ne peut pas &#234;tre efficace, une dictature &#233;cologique ne peut pas &#234;tre efficace parce que la science ne sera pas libre de s'exercer et, &#233;tant donn&#233; que la soci&#233;t&#233; change, malgr&#233; tout, &#233;tant donn&#233; que la nature &#233;volue aussi de son c&#244;t&#233;, il y a besoin d'un r&#233;ajustement des [deux], donc de se poser en permanence des questions. En science il n'y a pas de v&#233;rit&#233; qui tombe du ciel, tout ce qui est affirm&#233; est &lt;i&gt;une v&#233;rit&#233; en sursis&lt;/i&gt; : c'est une v&#233;rit&#233; jusqu'au moment o&#249; on va la r&#233;futer. C'est un rapport au savoir qui est tr&#232;s subtil et qui en fait le propre de la pens&#233;e. En philosophie on est assez proche de ce mode de pens&#233;e-l&#224; : il faut arriver &#224; investir un savoir qui est possiblement faux et qui un jour pourrait &#234;tre mis &#224; la poubelle &#8211; en attendant il faut le prendre, le consid&#233;rer comme passag&#232;rement vrai. C'est &#231;a, la science v&#233;ritable, donc elle ne peut pas &#234;tre exerc&#233;e dans une dictature &#233;cologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre raison pour laquelle une dictature &#233;cologique, une &#233;cocratie, ne peut pas &#234;tre viable, c'est qu'un r&#233;gime autoritaire est n&#233;cessairement hi&#233;rarchis&#233;, or dans une hi&#233;rarchie, anthropologiquement, depuis des milliers d'ann&#233;es, la caste, la classe, le groupe qui domine les autres vit dans une opulence, il montre l'exemple &#8211; il est opulent parce qu'il est dominant et il est dominant parce qu'il est opulent : il lui faut faire &#233;talage de sa richesse, c'est ce que nous avons aujourd'hui &#224; peu pr&#232;s partout. Une &#233;cocratie devrait avoir &#224; son sommet une oligarchie, un groupe de d&#233;cideurs qui serait dominant, donc qui aurait une grande autorit&#233; mais qui devrait vivre de mani&#232;re appauvrie, ou en tout cas tr&#232;s sobre : c'est une contradiction dans les termes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On a cette contradiction chez les &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;hipsters&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; comme chez les bobos des centres-villes : ils ne consomment que du bio et circulent sur des v&#233;los qui co&#251;tent tr&#232;s cher, avec des v&#234;tements qui co&#251;tent tr&#232;s cher, etc. mais qui sont &#233;co-responsables&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230; et ils partent en vacances en Tha&#239;lande, etc. L&#224; on a une tartufferie et je pense qu'une dictature &#233;cologique, ce serait une &#233;norme tartufferie&#8230; Donc on aurait une sobri&#233;t&#233;, ou plut&#244;t une &lt;i&gt;aust&#233;rit&#233;&lt;/i&gt; qui serait impos&#233;e &#224; tout le monde, except&#233; aux plus malins au sommet, qui y &#233;chapperaient et tout le monde le saurait&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Tropismes religieux et nature id&#233;alis&#233;e&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#199;a fait penser &#224; la tartufferie religieuse&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Absolument. Nous avons ici des bases libertaires : notre principe de base est que la hi&#233;rarchie induit le pouvoir qui, lorsqu'il n'est pas d&#233;mocratique, n'est pas consenti, est une arnaque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne suis pas du tout en train de tenir un discours anti-science : je suis au contraire un militant pour la science &lt;i&gt;&#233;tant contre la technoscience&lt;/i&gt;. J'enseigne la science et suis fier de le faire ; la d&#233;marche scientifique est pour moi un des tr&#233;sors de l'humanit&#233; &#8211; en grande partie occidental &#8211; donc je pense qu'il faut absolument le pr&#233;server et le propager. Le probl&#232;me est qu'aujourd'hui le rapport &#224; la science est plut&#244;t de type &lt;i&gt;religieux&lt;/i&gt;, le scientifique est vu plut&#244;t comme un pr&#234;tre, un &lt;i&gt;grand-pr&#234;tre&lt;/i&gt; : il y a des grands-pr&#234;tres du climat aujourd'hui et Greta Thunberg est leur intercesseur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est la nouvelle religion : avant on disait pour affirmer quelque chose &#171; Dieu le veut &#187;, maintenant ont dit &#171; &#231;a a &#233;t&#233; prouv&#233; scientifiquement &#187;&#8230; &#199;a s'accompagne de plein d'autres phrases comme &#171; on n'arr&#234;te pas le progr&#232;s &#187;&#8230; C'est la nouvelle v&#233;rit&#233; absolue. L&#224;, tu prends carr&#233;ment le contre-pied de ce qu'on entend habituellement par science&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#224; fait, cela fait partie des choses qui devraient &#234;tre r&#233;tablies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre versant de ta question, je pense : je crois qu'on a &#233;galement d&#233;l&#233;gitim&#233; l'avis des gens au profit des avis scientifiques. Je pense que la population a conscience, aujourd'hui, de ce qui se passe ; je pense notamment aux campagnes, &#224; la d&#233;gradation des campagnes depuis une centaine d'ann&#233;es, les gens ont tr&#232;s bien vu ce que devenait leur quotidien et leur environnement le plus imm&#233;diat, il n'y a pas besoin de sciences pour &#231;a. Il n'y a pas &#224; opposer, contrairement &#224; ce qui se fait de fa&#231;on assez croissante, la perception que les gens ont de leur environnement et le discours scientifique : je pense qu'il devrait y avoir une confrontation des deux &#8211; c'est ce dont on devrait parler, peut-&#234;tre, &#224; la fin de l'&#233;mission &#8211;, une sorte de d&#233;mocratisation de la science, d'une mani&#232;re assez g&#233;n&#233;rale, c'est-&#224;-dire destituer la science en tant que nouvelle religion et initier les gens &#224; la d&#233;marche rationnelle, qu'ils suivent assez rarement : la tendance latente globale aujourd'hui est, de plus en plus, de s'en remettre &#224; un avis &#233;clair&#233;, sans avoir la possibilit&#233; d'&#233;valuer si l'avis est vraiment &#233;clair&#233; ou pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En m&#234;me temps beaucoup de gens vivent en ville et n'ont pas ce rapport au sensible que, peut-&#234;tre, des gens qui vivent &#224; la campagne peuvent ressentir. Du coup, il faut bien un avis, enfin un regard &#233;clair&#233;, pour avoir une prise de conscience de ce qui se passe, puisque ce n'est plus du v&#233;cu comme cela pouvait l'&#234;tre il y a un si&#232;cle ou deux, quand les gens vivaient moins en ville et plus &#224; la campagne&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, c'est &#233;vident que dans le milieu urbain, d&#233;connect&#233; de la nature, le discours [&#233;cologique] scientifique a beaucoup plus de poids : c'est l&#224; o&#249; on voit justement que le milieu &#233;cologiste, en grande partie urbain, a une porosit&#233; extraordinaire aux discours scientifiques. C'est tout le paradoxe : nous avons un mouvement &#233;cologiste qui est en d&#233;connexion avec la nature &#8211; c'est tr&#232;s &#233;tonnant &#8211; et qui se repose sur ce qui se pr&#233;sente comme le discours scientifique pour fonder son engagement, donc on est quand m&#234;me tr&#232;s loin d'un mouvement d'&#233;mancipation, malgr&#233; tout. Et d'autant plus que nous avons des gens engag&#233;s pour le climat, par exemple &#8211; je pense aux &#171; marches pour le climat &#187; &#8211; qui, lorsqu'on discute avec eux, sont incapables d'argumenter. La question climatique est compliqu&#233;e, moi je ne connais aucune discipline plus difficile que la climatologie &#8211; ce n'est [m&#234;me] pas qu'elle est difficile : c'est qu'elle est &lt;i&gt;hyper complexe&lt;/i&gt;. C'est une discipline qui appelle la &lt;i&gt;totalit&#233;&lt;/i&gt; des autres disciplines ; elle demande de l'astronomie puisqu'il est question de l'inclinaison de l'axe orbital ; il est question de la disposition des continents et de la dilatation de l'oc&#233;an ; de la vari&#233;t&#233; des esp&#232;ces v&#233;g&#233;tales, etc. C'est une machinerie &#8211; puisqu'on parle du climat en termes de &lt;i&gt;machine &#8211;&lt;/i&gt; &#233;norme et hyper-complexe et je suis &#233;tonn&#233; du dogmatisme que l'on entend dans la bouche des &#171; marcheurs pour le climat &#187;, il n'y a &lt;i&gt;aucune&lt;/i&gt; discussion, mais &lt;i&gt;aucune &lt;/i&gt; : ce n'est m&#234;me pas qu'ils seraient ouverts mais n'auraient pas les connaissances, c'est que pour eux c'est un &lt;i&gt;dogme, &lt;/i&gt;un dogme de type &lt;i&gt;religieux &#8211; &lt;/i&gt;donc l&#224; on voit une pure ali&#233;nation. Je ne suis pas du tout en train de d&#233;fendre les th&#232;ses oppos&#233;es : je dis juste que si l'on veut rester sur un terrain rationnel, il faut se donner la peine d'examiner les preuves, les contre-preuves et de nuancer des avis qui, aujourd'hui, ont l'air de tomber du ciel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour souligner ce que tu dis, je vois &#171; Extinction R&#233;bellion &#187;, tous ces mouvements-l&#224;, on a du mal &#224; comprendre ce qu'ils veulent, vu de l'ext&#233;rieur : l'arr&#234;t des voitures ? mais comment ? C'est tr&#232;s incantatoire : &#171; r&#233;veillez-vous ! &#187;, &#171; faites ceci, faites cela ! &#187;. Mais quand on est sur le bord de la manifestation, on se dit &#171; mais qu'est-ce que vous voulez en fait ? &#187;&#8230; L'arr&#234;t complet des industries ? Comment ? Quel programme ? etc. C'est tr&#232;s abstrait, m&#234;me dans les revendications&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mon avis, la seule mani&#232;re de les comprendre est de se placer sur un terrain &lt;i&gt;religieux &lt;/i&gt; : on a compar&#233; le mouvement de Greta Thunberg &#224; la &#171; croisade des enfants &#187; au Moyen &#194;ge, je pense que l'on est tr&#232;s proche de &#231;a. On retombe dans un monde qui est &lt;i&gt;pr&#233;-moderne&lt;/i&gt;, avec des mouvements de type religieux. La jeunesse est dans un tr&#232;s grand d&#233;sarroi, tr&#232;s profond, existentiel et qui prend la cause &#233;cologique pour une cause absolue, comme la g&#233;n&#233;ration de leurs grands-parents a [parfois] pu prendre le mao&#239;sme comme une cause absolue. J'ai &#233;crit un texte, &#171; &lt;i&gt;Climat : la longue marche ?&lt;/i&gt; &#187;, assez rapide, publi&#233; dans la revue &lt;i&gt;La D&#233;croissance&lt;/i&gt;, o&#249; je comparais les marches pour le climat &#224; la r&#233;volution culturelle de Mao. Le parall&#232;le est os&#233; mais il me semble que les dangers sont exactement les m&#234;mes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Climat : la longue marche ?&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D'autant plus, je le r&#233;p&#232;te, que devant nous, nous avons un monde qui va &#234;tre difficilement vivable, on n'est pas dans une perspective joyeuse ; donc il va y avoir des d&#233;cisions assez difficiles &#224; prendre, et une jeunesse qui est &#233;duqu&#233;e &#224; ce type de fanatisme est assez inqui&#233;tante. Ce sont des gens qui sont tr&#232;s sympathiques mais leur discours est tr&#232;s inqui&#233;tant. Mon livre est en partie, m&#234;me si le lien peut sembler un peu lointain, une r&#233;action &#224; &#231;a, et je pense que le danger d'une &#233;cocratie est r&#233;ellement devant nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus fondamentalement, puisqu'on en parlait, le r&#233;chauffement climatique est devenu, au fil du temps, la totalit&#233;, l'alpha et l'om&#233;ga de la cause &#233;cologique : aujourd'hui, si on veut parler d'&#233;cologie, on parle de r&#233;chauffement climatique, comme si la totalit&#233; de la question devait se r&#233;sumer &#224; 400 parties par million [de CO2] dans l'atmosph&#232;re ou &#224; l'augmentation de 1,2 &#176;C. On oublie, en bon &#233;cologiste, que la question de la disparition des esp&#232;ces, l'&#233;rosion de la biodiversit&#233; ou la sixi&#232;me extinction possible, n'a pas grand-chose &#224; voir avec le changement climatique ; je parle de destruction des habitats, de destruction des &#233;cosyst&#232;mes, des milieux, due &#224; l'urbanisation, &#224; la soci&#233;t&#233; industrielle &#8211; ce n'est pas juste l'&#233;mission de gaz &#224; effet de serre. Il y a vingt ans, la grande mode &#233;tait l'&#171; agriculture durable &#187; &#8211; elle n'a pas grand-chose &#224; voir avec le r&#233;chauffement climatique ; l'&#233;rosion des sols, leur disparition, est une chose dont on parle assez rarement, c'est une catastrophe mondiale qui est compl&#232;tement occult&#233;e par la question du r&#233;chauffement climatique ; la question de la pollution qui a fait grand bruit dans les ann&#233;es 1970 et qui continue &#8211; on en parle aussi &#8211; le lien avec le r&#233;chauffement climatique n'existe pas&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je pensais au nucl&#233;aire, dont l'id&#233;ologie est en train de revenir en force &#233;videmment, dont la question &#233;t&#233; compl&#232;tement &#233;vacu&#233;e par rapport au r&#233;chauffement climatique : il est en train de revenir comme une tarte &#224; la cr&#232;me : &#171; Bon ben, on a la solution &#224; votre r&#233;chauffement climatique : c'est le nucl&#233;aire &#187;&#8230; Du coup, ils sont dans l'incapacit&#233; de r&#233;pondre&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, et on &#233;lude la question de la radioactivit&#233;, &#233;videmment, qui est une question &#233;norme et qui, pour le coup, n'a aussi &lt;i&gt;rien &#224; voir&lt;/i&gt; avec le r&#233;chauffement climatique. Alors pourquoi celui-ci devrait-il &#234;tre la cause principale qui r&#233;sume l'&#233;cologie ? Parce qu'en r&#233;alit&#233; c'est une cause id&#233;ale : mondiale &#8211; &lt;i&gt;absolument mondiale&lt;/i&gt; &#8211;, elle est assez abstraite d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale &#8211; ce n'est pas comme l'air que l'on respire, c'est assez indolore, du moins dans nos contr&#233;es, le processus est lent &#8211; et c'est un m&#233;canisme qui n'est identifiable et descriptible qu'&#224; tr&#232;s grande &#233;chelle et par les scientifiques. Donc c'est typiquement une cause qui est le monopole d'une caste de scientifiques. Et la science, dans une &#233;cocratie, joue un r&#244;le central puisqu'il y a confusion entre la science et la politique : c'est au c&#339;ur de l'&#233;cologie politique puisque l'&#233;cologie politique est d'un c&#244;t&#233; une science, l'&#233;cologie, et de l'autre c&#244;t&#233; une politique, donc c'est un oxymore extr&#234;mement dangereux. Jusqu'ici la politique &#233;tait uniquement la politique, et d'un seul coup on a, avec l'&#233;cologie, une politique qui se r&#233;clame d'une &lt;i&gt;science&lt;/i&gt;. Or une politique qui se r&#233;clame d'une science, c'est ce que l'on a retrouv&#233; dans tous les totalitarismes : le totalitarisme national-socialiste des nazis de Hitler se r&#233;clamait de la science biologique, c'&#233;tait la science des races, des lignages, qui se r&#233;clamait explicitement du darwinisme ; le marxisme &#224; l'origine du totalitarisme communiste &#233;tait &#233;galement une d&#233;marche qui se voulait purement scientifique &#8211; le mat&#233;rialisme dialectique &#8211; et qui se r&#233;clamait de la lutte des classes. Autrement dit, lorsqu'il y a une confusion entre la science et la politique, entre le savoir, qui est le r&#233;gime de la science, et la politique, qui est le r&#233;gime de l'opinion, on risque d'avoir un r&#233;gime [politique] extr&#234;mement dur dans lequel la destin&#233;e collective &#233;chappe aux individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le lib&#233;ralisme, qui se revendique aussi d'une science &#233;conomique, n'est-il pas tout autant un totalitarisme &lt;/strong&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#224; fait, c'est &#233;galement un tour de passe-passe extraordinaire que de faire croire que le fonctionnement de la soci&#233;t&#233; ob&#233;irait &#224; des lois &#233;conomiques qui ne seraient comprises que par des sp&#233;cialistes. C'est d'abord faux, on l'a vu &#224; travers les crises [&#233;conomiques] successives, et c'est une arnaque totale, l&#224; aussi. Mais la science &#233;conomique a pour elle de rester une science relativement &lt;i&gt;inexacte,&lt;/i&gt; quoi qu'elle pr&#233;tende : c'est une science humaine qui s'applique &#224; des comportements humains. Or ce dont on parle l&#224;, ce sont des sciences &lt;i&gt;exactes &lt;/i&gt; : la biologie se veut une science exacte, l'&#233;cologie se r&#233;clame de la science exacte. Mais tu as enti&#232;rement raison, ce sera en continuit&#233; avec le r&#233;gime de savoir qui s'instaure aujourd'hui, avec une place donn&#233;e &#224; la science qui est de l'ordre de la religion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Justement, pour la derni&#232;re question, je voudrais qu'on essaie, un peu, de trouver des pistes. J'avais cit&#233; &#201;lis&#233;e Reclus ; est-ce qu'il y a des pistes, des id&#233;es ou des auteurs auxquels tu penses ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des auteurs, non&#8230; Je place mon livre dans le sillage de Cornelius Castoriadis, je pense qu'il a dit des choses extr&#234;mement intelligentes, non pas sur l'&#233;cologie sp&#233;cifiquement, o&#249; il &#233;tait assez peu disert, mais sur la conception qu'on peut avoir de la soci&#233;t&#233;, de la nature, de la technique, notamment, et surtout de la politique, bien s&#251;r. Pour moi les perspectives de l'&#233;cologie sont politiques, c'est-&#224;-dire que l'&#233;cologie, les enjeux de l'&#233;cologie [politique], d&#233;cuplent les enjeux de la politique. La question n'est plus simplement &#171; quelle soci&#233;t&#233; veut-on ? &#187; mais &#171; quelle nature veut-on ? &#187;&#8230; Le probl&#232;me est qu'aujourd'hui on ne sait pas quelle soci&#233;t&#233; on veut, et &#224; partir du moment o&#249; on est incapable de dire dans quelle soci&#233;t&#233; on veut vivre, on est incapable de dire quelle nature on voudrait, ce n'est pas possible. Autrement dit, l'&#233;cologie demande une repolitisation de nos soci&#233;t&#233;s, et ce n'est pas du tout le cas. Repolitisation au sens o&#249; il faudrait &#233;galement se placer dans la continuit&#233;, d'apr&#232;s moi, des mouvements d&#233;mocratiques d'&#233;mancipation, notamment &#224; propos d'&#233;galit&#233; sociale. C'est un peu une tarte &#224; la cr&#232;me &#8211; on parle de justice environnementale, etc &#8211; mais il est absolument exact qu'il ne peut y avoir d'&#233;cologie, donc de sobri&#233;t&#233;, s'il n'y a pas un minimum d'&#233;galit&#233; sociale. Ce minimum d'&#233;galit&#233; sociale ne va pas tomber du ciel, or ce n'est pas du tout la direction que prennent nos soci&#233;t&#233;s. Tendre vers un minimum d'&#233;galit&#233; demanderait de se r&#233;approprier les grandes questions, ce qui n'est pas possible dans une soci&#233;t&#233; multiculturelle, une soci&#233;t&#233; o&#249; il y a une immigration massive, cela fait partie des verrous. Parce que c'est une soci&#233;t&#233; qui est incontr&#244;lable pour elle-m&#234;me, une soci&#233;t&#233; multiculturelle n'est pas capable de se donner des objectifs, des orientations, c'est une soci&#233;t&#233; qui est &#233;clat&#233;e&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8230; elle n'a pas la possibilit&#233; de se donner une culture commune&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230; elle n'a pas d'identit&#233;, ce n'est pas une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique, une soci&#233;t&#233; multiculturelle, ce n'est pas possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'id&#233;e serait de r&#233;duire un peu l'&#233;chelle, de quitter le niveau de l'&#201;tat-nation, d'aller au plus proche des r&#233;gions, peut &#234;tre ?&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; la fois une question d'&#233;chelle &#8211; on avait &#233;crit une brochure &#224; &lt;i&gt;Lieux Communs,&lt;/i&gt; &#171; &lt;i&gt;Ce que pourrait &#234;tre une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Ce que pourrait &#234;tre une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique&#034; id=&#034;nh7-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, o&#249; on posait le mod&#232;le d'une f&#233;d&#233;ration de communes libres, donc on est plut&#244;t pour la petite &#233;chelle&#8230; mais la v&#233;ritable question est celle de la souverainet&#233; : est-on capable de d&#233;cider quelque chose ? Le probl&#232;me est qu'aujourd'hui l'&#233;cologie est en train de se substituer &#224; la politique et on fait croire aux gens qu'&#224; travers la sauvegarde de la nature, on fera une politique. On prend les choses &lt;i&gt;exactement &#224; l'envers&lt;/i&gt; : on ne pourra r&#233;ussir &#224; faire de l'&#233;cologie que si on se remet &#224; faire de la politique. Donc les perspectives sont une r&#233;appropriation de la question d&#233;mocratique, en tentant de l'approfondir. Dans le livre, j'essaie d'approfondir toutes ces questions et notamment celle de la science, le r&#244;le que la science pourrait jouer dans une soci&#233;t&#233; authentiquement d&#233;mocratique. Ce serait difficile de rentrer dans le d&#233;tail [ici] mais, dans tous les cas, il est &#233;vident que la technoscience emball&#233;e dans laquelle nous sommes est impensable dans une soci&#233;t&#233; qui se pr&#233;tend &#233;cologique, c'est impossible&#8230; Il faudrait un red&#233;marrage, non pas dans les laboratoires mais au sein de la population, un red&#233;marrage de l'interrogation scientifique, une r&#233;appropriation scientifique des savoirs, une r&#233;orientation de la recherche scientifique, des limites &#224; poser &#233;galement &#224; la recherche, etc., etc. Et donc on en est assez loin&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lectures conseill&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;cibloc cimulti_colonnes_sans_marge&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;col-sm-4&#034;&gt;&lt;figure class='spip_document_1682 spip_documents spip_documents_center' style=&#034;max-width:150px;&#034; data-w=&#034;150&#034;&gt; &lt;span &gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:145%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/jpg/th-453768714.jpg&amp;taille=150&amp;1676465499' alt='' data-src='IMG/jpg/th-453768714.jpg' data-l='200' data-h='290' data-tailles='[\&#034;150\&#034;]' class='image_responsive avec_picturefill' srcset='index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/th-453768714.jpg&amp;#38;taille=150&amp;#38;1676465499 1x,index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/th-453768714.jpg&amp;#38;taille=200&amp;#38;1676465499 2x' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/span&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;col-sm-4&#034;&gt;&lt;figure class='spip_document_1681 spip_documents spip_documents_center' style=&#034;max-width:150px;&#034; data-w=&#034;150&#034;&gt; &lt;span &gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:163.93442622951%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/jpg/nioctjwmku5zbwumegbugu6wprognnqrqam7_6cnvhwveagkezf1uw-cover-large.jpg&amp;taille=150&amp;1676464887' alt='' data-src='IMG/jpg/nioctjwmku5zbwumegbugu6wprognnqrqam7_6cnvhwveagkezf1uw-cover-large.jpg' data-l='366' data-h='600' data-tailles='[\&#034;150\&#034;]' class='image_responsive avec_picturefill' srcset='index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/nioctjwmku5zbwumegbugu6wprognnqrqam7_6cnvhwveagkezf1uw-cover-large.jpg&amp;#38;taille=150&amp;#38;1676464887 1x,index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/nioctjwmku5zbwumegbugu6wprognnqrqam7_6cnvhwveagkezf1uw-cover-large.jpg&amp;#38;taille=300&amp;#38;1676464887 2x' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/span&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;col-sm-4&#034;&gt;&lt;figure class='spip_document_1680 spip_documents spip_documents_center' style=&#034;max-width:150px;&#034; data-w=&#034;150&#034;&gt; &lt;span &gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:164.83516483516%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/jpg/nioctjwmku4-b0gyiooqy-r9zmdwzq9gu0m09hjtcvrr5ntymuj7xq-cover-large.jpg&amp;taille=150&amp;1676464887' alt='' data-src='IMG/jpg/nioctjwmku4-b0gyiooqy-r9zmdwzq9gu0m09hjtcvrr5ntymuj7xq-cover-large.jpg' data-l='364' data-h='600' data-tailles='[\&#034;150\&#034;]' class='image_responsive avec_picturefill' srcset='index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/nioctjwmku4-b0gyiooqy-r9zmdwzq9gu0m09hjtcvrr5ntymuj7xq-cover-large.jpg&amp;#38;taille=150&amp;#38;1676464887 1x,index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/nioctjwmku4-b0gyiooqy-r9zmdwzq9gu0m09hjtcvrr5ntymuj7xq-cover-large.jpg&amp;#38;taille=300&amp;#38;1676464887 2x' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/span&gt; &lt;/figure&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cimulti_colonnes_sans_marge&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;col-sm-4&#034;&gt;&lt;figure class='spip_document_1679 spip_documents spip_documents_center' style=&#034;max-width:150px;&#034; data-w=&#034;150&#034;&gt; &lt;span &gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:156%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/jpg/nioctjwmku7ovxza6cfnb4bgwgow0u-lzovcb68139e03ya5hl8iqq-cover-large.jpg&amp;taille=150&amp;1676464886' alt='' data-src='IMG/jpg/nioctjwmku7ovxza6cfnb4bgwgow0u-lzovcb68139e03ya5hl8iqq-cover-large.jpg' data-l='250' data-h='390' data-tailles='[\&#034;150\&#034;]' class='image_responsive avec_picturefill' srcset='index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/nioctjwmku7ovxza6cfnb4bgwgow0u-lzovcb68139e03ya5hl8iqq-cover-large.jpg&amp;#38;taille=150&amp;#38;1676464886 1x,index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/nioctjwmku7ovxza6cfnb4bgwgow0u-lzovcb68139e03ya5hl8iqq-cover-large.jpg&amp;#38;taille=250&amp;#38;1676464886 2x' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/span&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;col-sm-4&#034;&gt;&lt;figure class='spip_document_1678 spip_documents spip_documents_center' style=&#034;max-width:150px;&#034; data-w=&#034;150&#034;&gt; &lt;span &gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:164.83516483516%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/jpg/nioctjwmku6p1itg4miqhgrgh1cszsmwv69oygq1aiekzrnbioi31w-cover-large.jpg&amp;taille=150&amp;1676464886' alt='' data-src='IMG/jpg/nioctjwmku6p1itg4miqhgrgh1cszsmwv69oygq1aiekzrnbioi31w-cover-large.jpg' data-l='364' data-h='600' data-tailles='[\&#034;150\&#034;]' class='image_responsive avec_picturefill' srcset='index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/nioctjwmku6p1itg4miqhgrgh1cszsmwv69oygq1aiekzrnbioi31w-cover-large.jpg&amp;#38;taille=150&amp;#38;1676464886 1x,index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/nioctjwmku6p1itg4miqhgrgh1cszsmwv69oygq1aiekzrnbioi31w-cover-large.jpg&amp;#38;taille=300&amp;#38;1676464886 2x' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/span&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;col-sm-4&#034;&gt;&lt;figure class='spip_document_1677 spip_documents spip_documents_center' style=&#034;max-width:150px;&#034; data-w=&#034;150&#034;&gt; &lt;span &gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:152.20588235294%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/jpg/nioctjwmku5mfrqy4ltje1-bkafmjga-unkfmpp4lnzmzmjvvav-xw-cover-large.jpg&amp;taille=150&amp;1676464886' alt='' data-src='IMG/jpg/nioctjwmku5mfrqy4ltje1-bkafmjga-unkfmpp4lnzmzmjvvav-xw-cover-large.jpg' data-l='272' data-h='414' data-tailles='[\&#034;150\&#034;]' class='image_responsive avec_picturefill' srcset='index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/nioctjwmku5mfrqy4ltje1-bkafmjga-unkfmpp4lnzmzmjvvav-xw-cover-large.jpg&amp;#38;taille=150&amp;#38;1676464886 1x,index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/nioctjwmku5mfrqy4ltje1-bkafmjga-unkfmpp4lnzmzmjvvav-xw-cover-large.jpg&amp;#38;taille=272&amp;#38;1676464886 2x' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/span&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir le page &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1051-Gare-a-l-ecologie-de-coloniale&#034;&gt;&lt;i&gt;Gare &#224; l'&#233;cologie (d&#233;)coloniale !&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir l'extrait du livre : &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1114-Ecologie-politique-effondrement-ecocratie&#034;&gt;&lt;i&gt;&#171; &#201;cologie politique, effondrement et &#233;cocratie &#187;&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?997-Climat-la-longue-marche&#034;&gt;&lt;i&gt;Climat : la longue marche ?&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?819-ce-que-pourrait-etre-une-societe&#034;&gt;&lt;i&gt;Ce que pourrait &#234;tre une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Impasses et promesses de l'&#233;cologie politique (1/2)</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?1117-Impasses-et-promesses-de-l-ecologie-politique-1-2</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?1117-Impasses-et-promesses-de-l-ecologie-politique-1-2</guid>
		<dc:date>2023-02-07T10:22:46Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Anthropologie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cologie</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cologie (d&#233;)coloniale</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cologisme</dc:subject>
		<dc:subject>Primitivisme</dc:subject>
		<dc:subject>Entretien</dc:subject>
		<dc:subject>B&#233;rard Quentin</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Reprise de la retranscription de l'&#233;mission &#171; Impasse de l'&#233;cologie politique &#187; diffus&#233;e en deux parties les 1er et 16 janvier 2023 par le podcast &#171; H&#233;r&#233;tiques &#187;. Pr&#233;sentation : L'&#233;cologie politique est &#224; la fois une urgence qu'une majorit&#233; d'entre nous partage et, en m&#234;me temps, une bouffonnerie m&#233;diatique croissante. Comment l'expliquer ? Pour notre invit&#233; Quentin B&#233;rard, auteur du livre &#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique &#8211; Pour une refondation qui se r&#233;clame du philosophe Cornelius (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-76-L-ecologie-politique-contre-l-" rel="directory"&gt;L'&#233;cologie politique contre l'&#233;cologisme&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-110-anthropologie-+" rel="tag"&gt;Anthropologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-89-ecologie-+" rel="tag"&gt;&#201;cologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-264-Ecologie-de-coloniale-+" rel="tag"&gt;&#201;cologie (d&#233;)coloniale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-113-ecologisme-+" rel="tag"&gt;&#201;cologisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-88-primitivisme-+" rel="tag"&gt;Primitivisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-130-entretien-+" rel="tag"&gt;Entretien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-283-Berard-Quentin-+" rel="tag"&gt;B&#233;rard Quentin&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/eepcouv.jpg?1676464751' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Reprise de la retranscription de l'&#233;mission &lt;a href=&#034;https://heretiques.fr/2023/01/01/impasse-de-lecologie-politique-1-2/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Impasse de l'&#233;cologie politique &#187; diffus&#233;e en deux parties les 1er et 16 janvier 2023 par le podcast &#171; H&#233;r&#233;tiques &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;sentation : L'&#233;cologie politique est &#224; la fois une urgence qu'une majorit&#233; d'entre nous partage et, en m&#234;me temps, une bouffonnerie m&#233;diatique croissante. Comment l'expliquer ? Pour notre invit&#233; Quentin B&#233;rard, auteur du livre &#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique &#8211; Pour une refondation qui se r&#233;clame du philosophe Cornelius Castoriadis, ce paradoxe oblige &#224; poser toute une s&#233;rie de remises en question des mythes fondateurs &#171; &#233;cologistes &#187; : existe-t-il une cause unique aux d&#233;vastations environnementales ? L'&#234;tre humain a-t-il une place d&#233;termin&#233;e dans la nature ? Faut-il vraiment d&#233;passer le clivage Homme / Nature ? Pourquoi l'&#233;cologie politique actuelle est-elle de gauche, et depuis quand ? Faut-il se d&#233;barrasser de la science ou s'en remettre &#224; elle ? Les &#233;cologistes sont-ils n&#233;cessairement progressistes ou intrins&#232;quement conservateurs ? Est-il possible que naisse une &#233;cologie autoritaire ? Et, finalement : l'&#233;cologie politique aujourd'hui n'est-elle pas devenue un &#233;cologisme, une id&#233;ologie qui nous &#233;loignerait de la nature comme de la politique ?&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;figure class='spip_document_1750 spip_documents spip_documents_right' style=&#034;max-width:150px;&#034; data-w=&#034;150&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://heretiques.fr/2023/01/01/impasse-de-lecologie-politique-1-2/&#034; class=&#034;spip_out&#034; arial-label=&#034;&#034;&gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:100%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/jpg/3ghggye2y1cwa5a4_2_.jpg&amp;taille=150&amp;1771797238' alt='' data-src='IMG/jpg/3ghggye2y1cwa5a4_2_.jpg' data-l='1400' data-h='1400' data-tailles='[\&#034;150\&#034;]' class='image_responsive avec_picturefill' srcset='index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/3ghggye2y1cwa5a4_2_.jpg&amp;#38;taille=150&amp;#38;1771797238 1x,index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/3ghggye2y1cwa5a4_2_.jpg&amp;#38;taille=300&amp;#38;1771797238 2x' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;/figure&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Premi&#232;re partie :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_1661 spip_document spip_documents spip_document_audio spip_document_avec_legende spip_document_player spip_documents_player spip_doc_player&#034; data-legende-len=&#034;65&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt; &lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;mejs-audio-wrapper audio-wrapper mejs-audio-wrapper-skin-mejs&#034; style='width:400px;max-width:100%;margin:0 auto;'&gt; &lt;audio class=&#034;mejs mejs-1661 mejs__mejs&#034; data-id=&#034;1630ac688bcc8f8d31ab250c09e58226&#034; src=&#034;IMG/mp3/impasse_de_l_ecologie_politique_1_2_.mp3&#034; type=&#034;&#034; data-mejsoptions='{&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;loop&#034;:false,&#034;audioWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;duration&#034;:3006,&#034;iconSprite&#034;:&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/plugins/auto/player/v4.3.0/lib/mejs/build/mejs-controls.svg?1747379926&#034;}' data-mejsplugins='null' controls=&#034;controls&#034; &gt;&lt;/audio&gt;
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&lt;/style&gt;&lt;/span&gt;&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-1661 '&gt;&lt;strong&gt;Impasse de l'&#233;cologie politique (1/2)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-1661 '&gt;H&#233;r&#233;tiques Podcast (2023)
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On re&#231;oit Quentin B&#233;rard pour son ouvrage &lt;i&gt;&#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique &#8211; Pour une refondation&lt;/i&gt; (&#201;d. Libre&amp;solidaire, 2021). Premi&#232;re question, classique : peux-tu te pr&#233;senter ? Histoire de savoir d'o&#249; tu viens et ce que tu fais&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me revendique du &lt;i&gt;Collectif Lieux Communs&lt;/i&gt; et du site du m&#234;me nom, o&#249; nous publions assez r&#233;guli&#232;rement sur des th&#232;mes divers. Ce livre est l'aboutissement d'un certain nombre de textes remontant &#224; quelques ann&#233;es sur l'&#233;cologie politique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La plupart sont accessibles &#224; partir de la page de pr&#233;sentation du livre&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Lieux Communs est un site qui se r&#233;clame notamment, et principalement, de la pens&#233;e de Cornelius Castoriadis, et se place dans son sillage autour des th&#232;mes de la d&#233;mocratie directe, de l'&#233;galit&#233; des revenus et de la red&#233;finition des besoins &#8211; pour cadrer un peu l'initiative en termes politico-intellectuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On en vient alors &#224; ce livre sur l'&#233;cologie : qu'est ce qui t'a donn&#233; l'id&#233;e de l'&#233;crire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis enseignant en biologie et, &#224; l'occasion de cours donn&#233;s &#224; des &#233;tudiants de mani&#232;re extr&#234;mement ponctuelle, j'ai &#233;t&#233; amen&#233; &#224; d&#233;velopper un certain nombre de th&#232;mes. De tout cela, j'ai fait un remaniement pour en sortir six grands textes qui s'encha&#238;naient relativement bien et faisaient ensemble la dimension d'un livre. Donc je l'ai propos&#233; &#224; quelques &#233;diteurs, un a accept&#233; et cela a donn&#233; ce volume.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Intellectuellement, le mouvement qui m'a amen&#233; &#224; cela, c'est la tentative de donner une d&#233;finition, une pr&#233;sentation de l'&#233;cologie politique. Le probl&#232;me est que lorsqu'on s'affronte &#224; l'&#233;cologie politique, on a devant nous un objet qui est &#224; la fois extr&#234;mement trait&#233; &#8211; c'est tr&#232;s classique, l'&#233;cologie politique &#8211; et qui m'a en m&#234;me temps sembl&#233; syst&#233;matiquement abord&#233; de mani&#232;re un peu, non pas superficielle, mais id&#233;ologique. Donc j'ai voulu &#224; travers ces textes-l&#224; tenter une approche moins id&#233;ologique, non pas non-id&#233;ologique, mais moins id&#233;ologique de l'&#233;cologie politique &#8211; d'o&#249; le sous-titre : &#171; pour une refondation &#187;. Je m'attaque en fait &#224; l'&#233;cologie politique telle qu'elle a &#233;t&#233; pens&#233;e jusqu'&#224; maintenant, en essayant d'avancer des &#233;l&#233;ments qui permettraient de la refonder, parce que cette conception actuelle de l'&#233;cologie politique me semble particuli&#232;rement d&#233;ficiente. Donc je n'ai pas du tout essay&#233; de faire un texte pol&#233;mique, ni un texte de destruction des discours en vigueur ; j'ai tent&#233; de faire une critique n&#233;gative, en quelque sorte, ou positive, plut&#244;t, en tentant d'apporter imm&#233;diatement des &#233;l&#233;ments de refondation. C'est une critique en creux, en quelque sorte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'ailleurs on voulait commencer par l&#224; : comment peut-on d&#233;finir l'&#233;cologie ? C'est vaste comme sujet&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est tr&#232;s vaste&#8230; Il faut commencer par l&#224; : l'&#233;cologie est une science. Moi je suis un &lt;i&gt;&#233;cologue&lt;/i&gt;, j'ai suivi une formation d'&#233;cologiste. Donc c'est une science qui concerne les biologistes, en grande partie, et qui consiste &#224; &#233;tudier les relations entre diff&#233;rents &#233;l&#233;ments du monde naturel, que ce soient des organismes, des milieux ou des processus naturels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cologie est une science et l'&#233;cologie politique, c'est le moment o&#249; cette science-l&#224; entre en politique, en quelque sorte, c'est-&#224;-dire le moment o&#249; la soci&#233;t&#233; est oblig&#233;e de prendre en compte les &#233;l&#233;ments naturels. C'est une d&#233;finition qu'on peut donner de l'&#233;cologie politique : l'entr&#233;e de la nature dans la sph&#232;re politique. Dans la tradition gr&#233;co-occidentale la nature agit plut&#244;t, est pr&#233;sente, sous forme de cadre, de cadre de vie, sous forme de milieu dans lequel &#233;volue une soci&#233;t&#233;, mais qui ne fait pas question en lui-m&#234;me. L'&#233;cologie politique est ce moment o&#249; la nature devient un acteur &#224; part enti&#232;re dans l'&lt;i&gt;agora&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela pose une multitude de probl&#232;mes, et notamment le fait que la nature dans la soci&#233;t&#233; moderne ne va pas se pr&#233;senter &lt;i&gt;en tant que telle&lt;/i&gt; et parler &lt;i&gt;en son propre nom,&lt;/i&gt; ce sont des scientifiques qui vont parler au nom de la nature : si on parle de r&#233;chauffement climatique, ce sera le GIEC qui parlera au nom du climat ; si on parle de la disparition d'esp&#232;ces ce sera une agence, l'IPBES, qui va parler au nom de certaines esp&#232;ces menac&#233;es ou disparues, etc. C'est donc imm&#233;diatement la science qui va jouer un r&#244;le central dans la politique, alors que jusqu'ici, dans la sph&#232;re de discussion de la d&#233;mocratie, la science &#233;tait consult&#233;e, mais on &#233;vitait de faire en sorte qu'elle occupe une place centrale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et troisi&#232;me &#233;l&#233;ment qui peut d&#233;finir l'&#233;cologie politique, c'est l'entr&#233;e dans un monde o&#249; tout est en relation de mani&#232;re intime : les d&#233;chets nous reviennent &#224; la gueule, au figur&#233;, c'est un monde qui est &lt;i&gt;fini&lt;/i&gt; avec des ressources qui sont limit&#233;es et des r&#233;troactions &#224; tout ce que les humains vivent et font. Donc l'&#233;cologie politique est ce monde-l&#224; o&#249; il y a la nature, il y a une science et il y a un monde d'une complexit&#233; importante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels sont les principaux mythes des &#233;cologistes ? Tu en parles beaucoup dans ton livre&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour parler des &#233;cologistes, je parle en fait d'une id&#233;ologie que j'appelle l'&lt;i&gt;&#233;cologisme&lt;/i&gt;. Je n'ai pas invent&#233; le mot, il existait d&#233;j&#224;, et je trouve qu'il correspond plut&#244;t bien. Donc plut&#244;t que de parler d'&#233;cologie politique, qui me semble un chantier relativement noble, pour parler de l'id&#233;ologie &#233;cologiste d'aujourd'hui je parle d'&#233;cologisme, comme un pr&#234;t-&#224;-penser dans lequel on rentre tr&#232;s facilement &#224; partir de quelques axiomes. Ce sont ces axiomes de base que j'explore, notamment, dans mon livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un d'eux est de consid&#233;rer que les probl&#232;mes d'&#233;cologie sont dus &#224; l'&#171; Occident &#187; et/ou &#224; la &#171; modernit&#233; &#187; et/ou au &#171; capitalisme &#187; et/ou &#224; la &#171; soci&#233;t&#233; industrielle &#187; et/ou &#224; la &#171; technoscience &#187; et/ou au &#171; patriarcat &#187;, etc. C'est-&#224;-dire attribuer les &lt;i&gt;probl&#232;mes &#233;cologiques&lt;/i&gt;, pour reprendre le terme, &#224; une &lt;i&gt;cause unique&lt;/i&gt;. &#199;a c'est postul&#233; dans la totalit&#233; des milieux &#233;cologistes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une cause unique aux &#171; probl&#232;mes d'&#233;cologie &#187; ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Peux-tu r&#233;futer que &#231;a ne vient pas de la soci&#233;t&#233; industrielle pour, par exemple, la pollution ? Est-il possible de r&#233;futer m&#234;me un seul de ces arguments ? &#199;a para&#238;t difficile en fait&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, de mani&#232;re tr&#232;s g&#233;n&#233;rale, faire croire que les probl&#232;mes d'&#233;cologie sont attribuables &#224; &lt;i&gt;une&lt;/i&gt; cause [unique] est pour moi une &lt;i&gt;erreur fondamentale&lt;/i&gt;. Parce que d'une part nous avons affaire &#224; une complexit&#233; de ph&#233;nom&#232;nes et de processus qu'il est extr&#234;mement difficile de r&#233;duire &lt;i&gt;un&lt;/i&gt; [seul] facteur. Et deuxi&#232;mement parce qu'on consid&#233;rerait alors qu'une fois d&#233;barrass&#233; de ce facteur-l&#224; on reviendrait &#224; un moment, une &#233;tape de l'humanit&#233;, o&#249; on &#233;tablirait une relation d'harmonie avec la nature. Ce postulat, une fois qu'on le formule de cette mani&#232;re-l&#224;, tombe de lui-m&#234;me : il est absurde. On a affaire &#224; une grande complexit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le d&#233;tail, il est assez facile de r&#233;futer que la soci&#233;t&#233; industrielle serait [seule] responsable des probl&#232;mes &#233;cologiques : on peut voir qu'il y a eu des d&#233;vastations &#233;cologiques &lt;i&gt;avant&lt;/i&gt; elle. Pour rester en Occident, au [XIVe !] si&#232;cle on a fris&#233; l'effondrement en Europe : on avait &#224; la fois une multitude de guerres, d'&#233;pid&#233;mies, notamment la grande peste noire, et un quasi-effondrement des soci&#233;t&#233;s d&#251; &#224; une surexploitation des milieux et &#224; une baisse drastique des rendements due &#224; une d&#233;forestation massive &#8211; ce n'est pas du tout d&#251; &#224; la soci&#233;t&#233; industrielle. Lorsque nous avons affaire &#224; une salinisation des sols agricoles en M&#233;sopotamie &#224; partir du Xe si&#232;cle, ce n'est pas non plus la soci&#233;t&#233; industrielle, et pourtant ce sont des soci&#233;t&#233;s qui se sont quasiment effondr&#233;es &#224; cause de d&#233;vastations environnementales. Le cas des Mayas est tr&#232;s connu &#233;galement, il y a une composante &#233;cologique dans cet effondrement qui est tr&#232;s important, or ce n'&#233;tait pas une soci&#233;t&#233; industrielle. Non pas que la soci&#233;t&#233; industrielle contemporaine n'y soit pour rien, loin de l&#224;, mais on ne peut pas la consid&#233;rer comme une cause unique et finale. M&#234;me chose &#224; propos de l'Occident, m&#234;me chose &#224; propos de la technoscience, du capitalisme ou de la modernit&#233;, etc. On ne peut pas r&#233;duire la question de l'&#233;cologie &#224; un simple facteur qu'il suffirait d'&#233;liminer.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une place de l'homme dans la nature ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu viens de parler justement de l'harmonie avec la nature, d'un d'&#226;ge d'or. Pour faire encore le parall&#232;le avec le religieux, l&#224; c'est vraiment le jardin d'&#201;den o&#249;, &#224; un moment donn&#233; &#8211; donc on ne sait pas trop si c'est le capitalisme, le patriarcat, etc. &#8211; une chose a fait que &#231;a a bascul&#233; dans l'enfer actuel, en fait un p&#233;ch&#233; originel. Et souvent, c'est l'Occident le coupable&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui c'est effectivement l'Occident et c'est une aberration, j'en parlerai un peu plus loin, c'est une aberration mais on cherche &#171; le &#187; coupable &#8211; alors qu'il est tr&#232;s facile de trouver syst&#233;matiquement des contre-exemples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M&#234;me l'id&#233;e de d&#233;part, cette esp&#232;ce de paradis sur Terre : c'est absolument un mythe&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Effectivement, le deuxi&#232;me postulat dont je voulais parler, c'est la place de l'homme dans la nature : on consid&#232;re que l'&#234;tre humain a une place dans la nature &#8211; soit &#224; trouver, soit perdue, soit les deux, comme si nous &#233;tions, je ne sais pas, des batraciens ou des alouettes ou des bact&#233;ries, que nous avions un &#233;cosyst&#232;me [naturel] et que &#8211; je ne sais pour quelle raison &#8211; nous l'aurions quitt&#233; o&#249; nous en aurions &#233;t&#233; chass&#233;s, par un Dieu jaloux, et qu'il faudrait le retrouver. &#199;a c'est un mythe tr&#232;s tenace qui est aussi assez facile &#224; r&#233;futer. Mais, pour le coup, une mani&#232;re de le r&#233;futer qui me semble int&#233;ressante est de s'arr&#234;ter &#8211; et c'est tout un chapitre du livre &#8211; sur la nature humaine, l'essence de l'&#234;tre humain. Je ne vais pas m'&#233;tendre l&#224;-dessus, mais lorsque l'on s'attarde un petit peu sur cette question, on se rend compte que l'on a affaire &#224; un animal extr&#234;mement original. Je parle notamment de la notion de &lt;i&gt;n&#233;ot&#233;nie&lt;/i&gt;, le fait que l'&#234;tre humain est une esp&#232;ce qui na&#238;t &#171; avant terme &#187;, c'est-&#224;-dire qu'elle est atteinte de juv&#233;nilisation. Nous avons des caract&#232;res juv&#233;niles ou f&#339;taux que nous maintenons &#224; l'&#233;tat adulte : nous avons une t&#234;te disproportionn&#233;e, une absence de poils, nous avons besoin de m&#251;rir extr&#234;mement longtemps apr&#232;s la naissance&#8230; En gros nous sommes une esp&#232;ce d'attard&#233;s, d'inachev&#233;s, ce qui fait de nous des animaux sans milieu pr&#233;destin&#233; ; nous ne sommes rattachables &#224; aucun milieu en particulier et, de fait, nous occupons la totalit&#233; des milieux sur terre. Notre esp&#232;ce n'a r&#233;ussi &#224; survivre que parce que nous sommes des &#234;tres de culture, de langage, des &#234;tres d'organisation sociale, des &#234;tres de technique &#8211; nous d&#233;veloppons des techniques gr&#226;ce auxquelles nous avons r&#233;ussi &#224; survivre &#8211; et de fait nous sommes &#224; la fois &#224; l'int&#233;rieur du monde naturel et &#224; la fois nous y d&#233;tonnons tr&#232;s profond&#233;ment, nous y &#233;chappons. Nous sommes capables de vivre dans la for&#234;t tropicale, une for&#234;t temp&#233;r&#233;e, un d&#233;sert, une mangrove, etc. Il n'y a pas de place de l'homme dans la nature, &#231;a c'est un pur mythe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'homme construit son milieu artificiel&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230; il construit son propre milieu : l'&#234;tre humain est un animal qui modifie &#233;norm&#233;ment son environnement&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8230; on pourrait dire comme d'autres animaux, comme les fourmis construisant leur fourmili&#232;re, etc.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauf que nous le faisons dans des dimensions absolument extraordinaires et [surtout] non d&#233;termin&#233;es. Une fourmi de telle esp&#232;ce va construire tel type de fourmili&#232;re, de telle mani&#232;re, m&#234;me s'il y a une &#233;volution dans le temps, des exceptions, etc. L'&#234;tre humain, c'est de fa&#231;on impr&#233;visible ; il a cr&#233;&#233; des milliers de soci&#233;t&#233;s et de milieux et des milliers de nouvelles natures autour de lui en fonction de la mani&#232;re dont il y a am&#233;nag&#233; l'environnement. Donc c'est un &#234;tre absolument &#224; part, qu'il n'est pas possible de r&#233;duire &#224; une place particuli&#232;re. Ce mythe-l&#224; de l'harmonie que l'homme aurait avec la nature se d&#233;double en deux autres mythes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord le mythe du bon sauvage, c'est-&#224;-dire que l'&#234;tre humain aurait v&#233;cu en harmonie avec la nature avant l'Occident, ou bien avant l'invention des grands empires, ou bien avant le n&#233;olithique, etc. Beaucoup d'&#233;cologistes cherchent le moment o&#249; l'homme avait sa place dans le jardin d'&#201;den &#8211; puisque l&#224; on est vraiment dans le mythe religieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me versant du mythe : puisque l'homme n'a aucune place, alors c'est un cancer qu'il faut &#233;radiquer, l'homme n'a aucune destin&#233;e sur Terre, il ne lui est pas possible d'y survivre. C'est un peu le livre de Yuval Harari, &lt;i&gt;Sapiens&lt;/i&gt; : il n'y a pas r&#233;ellement d'avenir, l'homme doit devenir enti&#232;rement artificiel, il ne peut pas &#233;tablir de relations avec le milieu naturel et l'histoire de l'humanit&#233; est l'essor de la destruction de son environnement. Ces deux mythes sont erron&#233;s ; lorsque l'on regarde la r&#233;alit&#233; historique et &#233;cologique, on se rend compte que c'est faux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On peut parler des utopies, mais je pensais &#224; &#201;lis&#233;e Reclus : on a l'impression qu'il ne voit pas du tout la nature de mani&#232;re &#233;cologique comme on pourrait la voir actuellement, mais plut&#244;t comme quelque chose qui pourrait &#234;tre profitable &#224; l'homme, si justement on &#233;conomise les ressources, etc., si on vit intelligemment avec elle.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#224; fait, moi je me place dans cette veine-l&#224;, tr&#232;s classique, en la formulant peut-&#234;tre un peu diff&#233;remment : l'homme est capable d'&#233;tablir des relations de tous types avec la &#171; nature &#187; entre guillemets, l'homme est profond&#233;ment ambivalent et lorsqu'on regarde l'histoire &#8211; ce que je fais dans le premier chapitre, o&#249; j'examine l'histoire mill&#233;naire de l'&#234;tre humain &#8211; il y a des moments o&#249; les humains arrivent &#224; cr&#233;er des relations &#233;quilibr&#233;es avec un &#233;cosyst&#232;me, avec un milieu, avec un paysage, avec des ressources de mani&#232;re plus ou moins durable. Puis il y a des moments o&#249; l'on assiste &#224; des d&#233;vastations &#233;cologiques de tous types, et ce depuis la pr&#233;histoire : on pense que le premier grand massacre date du d&#233;barquement d'&lt;i&gt;Homo sapiens&lt;/i&gt; en Australie o&#249; apparemment il aurait an&#233;anti toute la m&#233;gafaune, ce qui aurait contribu&#233; &#224; changer le climat local. Des dizaines d'esp&#232;ces auraient donc disparu au moment de l'arriv&#233;e de &lt;i&gt;sapiens&lt;/i&gt; en Australie il y a 40 000 mille ans, et m&#234;me chose il y a 12 000 ans sur le continent am&#233;ricain. Alors la diff&#233;rence entre le moment o&#249; il y a des d&#233;vastations et le moment o&#249; il y a &#233;tablissement d'une relation intime avec l'environnement est une des questions que je traite dans le livre. Je pense que la cl&#233; est la possibilit&#233; de rompre &#8211; et l&#224; je reprends un terme de C. Castoriadis &#8211;, de rompre la cl&#244;ture dans laquelle on est, c'est-&#224;-dire d'arriver &#224; &#234;tre poreux &#224; ce qui advient : ce qui advient dans la biosph&#232;re, dans l'environnement, et ce qui advient dans la soci&#233;t&#233;, et donc d'arriver, &#224; chaque fois, &#224; r&#233;ajuster l'un &#224; l'autre. Il y a d&#233;vastation lorsque dispara&#238;t cette possibilit&#233; d'&lt;i&gt;auto-interrogation&lt;/i&gt;, en quelque sorte, et que l'&#234;tre humain est entra&#238;n&#233; dans sa propre logique. La situation dans laquelle nous sommes aujourd'hui en Occident me semble &#234;tre celle-ci : nous avons conscience des r&#233;alit&#233;s, mais nous sommes incapables d'agir, nous sommes pieds et poings li&#233;s par une logique que nous avons nous-m&#234;mes construite. Donc il y a ces deux possibilit&#233;s, je parle d'une &lt;i&gt;t&#234;te de Janus&lt;/i&gt; dans l'histoire de l'humanit&#233; : moments d'&#233;quilibre, d'&#233;tablissement de relations intimes et extr&#234;mement intelligentes avec la nature, et moments de massacres et de d&#233;vastations &#233;cologiques.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;D&#233;passer le clivage homme / nature ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un des autres mythes de l'&#233;cologisme est pr&#233;cis&#233;ment de chercher la formule magique de cet &#233;quilibre, de postuler qu'il faudrait, en Occident, revenir sur la distinction entre nature et culture, sur le mod&#232;le justement des soci&#233;t&#233;s archa&#239;ques, en tout cas non-occidentales &#8211; soci&#233;t&#233;s pour lesquelles la diff&#233;rence entre soci&#233;t&#233; humaine et monde des non-humains n'existe pas. On pense &#224; l'animisme, o&#249; la totalit&#233; des &#233;l&#233;ments ont une conscience similaire &#224; celle des &#234;tres humains, au tot&#233;misme, etc. Il y a d'autres modalit&#233;s, effectivement&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8230; peut-&#234;tre expliquer un peu le tot&#233;misme, qui n'est pas tr&#232;s connu&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui. C'est tr&#232;s formalis&#233; dans le livre de Philippe Descola &lt;i&gt;Par-del&#224; nature et culture&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gallimard 2005&#034; id=&#034;nh8-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, o&#249; il distingue quatre grandes &#171; ontologies &#187;, c'est son terme : l'animisme [d'abord] o&#249; la totalit&#233; des &#233;l&#233;ments humains et non-humains ont une conscience et [ensuite] le tot&#233;misme o&#249; humains et non-humains sont plac&#233;s sous la figure d'un &#233;l&#233;ment naturel &#8211; ce sera par exemple le clan des corbeaux, le clan des kangourous, le clan des serpents, etc. L&#224; il n'y a pas de diff&#233;rences r&#233;elles non plus entre humains et non-humains&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8230; ce sont les Indiens d'Am&#233;rique qui avaient des totems repr&#233;sentant les aigles et qui eux-m&#234;mes se d&#233;finissaient en caract&#232;re par rapport aux animaux&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a se retrouve aussi dans le monde moderne lorsque on a, par exemple, des &#233;quipes de foot qui portent des &#233;cussons animaux, lorsque les pays se d&#233;finissent en fonction d'animaux : le coq fran&#231;ais ou le ch&#234;ne qui repr&#233;sentait la royaut&#233; fran&#231;aise ; l'ours russe ; l'aigle allemand, etc., c'est quelque chose de l'ordre du tot&#233;misme, un reste de tot&#233;misme dans le monde contemporain. L'analogisme, autre &#171; ontologie &#187;, est un monde &#233;clat&#233; o&#249; tout est r&#233;organis&#233; en fonction de grands principes. C'est par exemple le Yin et le Yang en Chine : tout va se r&#233;partir en fonction de ces principes-l&#224;. En France, en Europe, c'est par exemple l'astrologie : vous &#234;tes de tel signe donc vous &#234;tes associ&#233; &#224; tel jour de la semaine, ou &#224; tel animal, &#224; telle couleur, &#224; telle roche, &#224; tel temp&#233;rament, etc. L&#224; aussi, pas de diff&#233;rence r&#233;elle entre la nature et la culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que ce ne sont pas aussi des m&#233;thodes irrationnelles pour rechercher une harmonie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quelque sorte, oui, on peut dire &#231;a. Parce que ce sont des processus religieux, et c'est une recherche d'harmonie : le principe de la religion est de r&#233;pondre &#224; une angoisse fondamentale, de donner un sens au chaos du monde. L&#224;, c'est ce qui permet de donner un sens au chaos, effectivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Occident &#8211; alors ce n'est pas qu'en Occident, j'essaie d'aborder la question dans mon livre mais ce n'est pas simple &#8211; l'institution de la distinction entre nature et culture est une mani&#232;re de chercher cette harmonie. Par exemple, dans le jud&#233;o-christianisme, l'&#234;tre humain domine la nature : il est le t&#233;moin de Dieu sur terre et est charg&#233; de dominer et g&#233;rer la Cr&#233;ation divine que Dieu a r&#233;alis&#233;e en sept jours, et c'est une forme d'harmonie. Mais une autre mani&#232;re de comprendre ce clivage nature / culture, plut&#244;t moderne ou gr&#233;co-moderne, n'est pas une recherche d'harmonie mais plut&#244;t une recherche d'alt&#233;rit&#233;, c'est-&#224;-dire que les relations entre la soci&#233;t&#233; humaine et la nature sont un rapport d'alt&#233;rit&#233;. Dans ces cas-l&#224; il y a un rapport d'&#233;tranget&#233; et d'interrogation : ce sont les Grecs &#8211; en tout cas ils sont la premi&#232;re trace historique que l'on a de cette relation-l&#224; &#8211; qui, en face de la nature, vont s'interroger. On va se demander : &#171; Mais qu'est-ce que cette nature-l&#224; ? &#187; ; &#171; De quoi est-elle compos&#233;e ? &#187; ; &#171; Comment fonctionne-t-elle ? &#187; &#8211; c'est la naissance de la &lt;i&gt;science&lt;/i&gt;. Et de l'autre c&#244;t&#233;, &#233;tant donn&#233; que la nature n'est pas [ou plus] la soci&#233;t&#233;, on peut s'interroger &#224; propos de la soci&#233;t&#233;, la mani&#232;re dont elle fonctionne, son mode d'organisation, etc. La soci&#233;t&#233; n'est pas li&#233;e directement au monde naturel, donc ce sera la naissance de la &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt;. En Gr&#232;ce on a conjointement la naissance de la science et de la politique [c'est-&#224;-dire de la d&#233;mocratie] gr&#226;ce &#224; cette s&#233;paration entre la nature et la culture.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Mouvements vers la pr&#233;-modernit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Donc lorsque aujourd'hui on consid&#232;re que cette configuration o&#249; il y a une diff&#233;rence entre soci&#233;t&#233;s humaines et monde naturel, que cette diff&#233;rence m&#234;me est &#224; remettre en cause parce qu'elle serait responsable des d&#233;vastations environnementales, on a en fait en perspective ces types d'organisations qui sont non-modernes, non-occidentales. Le probl&#232;me est que si l'on s'y rallie on va d&#233;truire &#224; la fois la politique en tant qu'auto-organisation [la d&#233;mocratie] et l'interrogation scientifique. Cela rejoint ce que j'ai dit &#224; propos de l'&#233;cocratie : dans un mod&#232;le de type imp&#233;rial ou autoritaire, il n'y a plus vraiment de diff&#233;rence entre science et politique : la science va prendre la place de la politique. Dans les mondes traditionnels, c'est un peu ce qui se passe : on est dans des r&#233;gimes d'&lt;i&gt;h&#233;t&#233;ronomie,&lt;/i&gt; c'est-&#224;-dire que la soci&#233;t&#233; va ob&#233;ir &#224; &lt;i&gt;autre chose&lt;/i&gt;, non pas &#224; un Dieu mais &#224; une nature. La grande mode aujourd'hui de &#171; remettre en cause l'ontologie naturaliste &#187;, c'est-&#224;-dire de remettre en question le clivage homme-nature, est pour moi une volont&#233; de revenir &#224; un type traditionnel de soci&#233;t&#233;, et possiblement autoritaire &#8211; en tout cas assez clairement non d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est le wokisme&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le wokisme en est tr&#232;s clairement un signe, absolument.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On voit des Afrodescendants, etc. qui parlent de &#171; se retrouver &#187;, d'&#171; &#234;tre soi-m&#234;me &#187;, un m&#233;lange de d&#233;veloppement personnel et de sectarisme un peu ambigu, mais qui, du coup, nous font sortir de la rationalit&#233; pour imposer des id&#233;es pr&#233;cises, assez &#233;tranges. Donc on peut tr&#232;s bien manipuler ces id&#233;es-l&#224; pour le wokisme c'est-&#224;-dire cette id&#233;e d'&#234;tre &#171; &#233;veill&#233;s &#187;, d'&#234;tre militants, et justement d'imposer des choses qui sortent du rationnel assez rapidement&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Absolument, c'est un mouvement de balancier. Le fait que nous vivions dans un monde que l'on consid&#232;re comme hyper-rationnel, hyper-rationalis&#233; induit par un effet de balancier un grand mouvement vers l'irrationnel. &#199;a ne date pas d'hier, mais aujourd'hui &#231;a prend des dimensions assez inqui&#233;tantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Par exemple &#224; travers l'&#233;cof&#233;minisme aussi. Je me souviens, il avait un camp d'&#233;t&#233; non mixte &#233;cologiste et f&#233;ministe intersectionnel o&#249;, en gros, ils lan&#231;aient des sorts avec le truc de r&#233;appropriation autour des sorci&#232;res et tout&#8230; Leur action politique, en fait, c'&#233;tait de se rassembler entre eux et de venir jeter des sorts&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette histoire de sorci&#232;res et de n&#233;o-f&#233;minisme est int&#233;ressante parce qu'il y a justement une imbrication tr&#232;s profonde avec l'&#233;cologisme, les logiques dont nous discutons. La nature est vue comme un &#233;l&#233;ment f&#233;minin depuis des milliers d'ann&#233;es, c'est tr&#232;s vieux et aujourd'hui le f&#233;minisme tient le discours suivant : la femme est oppress&#233;e exactement au m&#234;me titre que la nature et, de fait, on doit &#171; prot&#233;ger la nature &#187;. C'est le grand discours qui traverse tout l'&#233;cologisme et toute la soci&#233;t&#233; : la nature est &#224; prot&#233;ger, la nature est faible, c'est comme une femme qui serait viol&#233;e ou souill&#233;e, il faudrait en prendre soin ; &#171; je prot&#232;ge ma plan&#232;te &#187;, etc. &#8211; c'est tr&#232;s maternel, tr&#232;s maternant, tr&#232;s id&#233;ologique. Il y a quelques si&#232;cles le discours &#233;tait exactement contraire : la nature &#233;tait &#224; conqu&#233;rir, &#224; labourer, &#224; ensemencer, &#224; exploiter. Il y a juste un retournement de signes &#224; propos de la nature : elle a &#233;t&#233; n&#233;gative, aujourd'hui elle est positive, &lt;i&gt;enti&#232;rement positive&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela d&#233;note toute une id&#233;ologie extr&#234;mement lourde, que je peux pas d&#233;tailler ici et qui est fausse, une id&#233;ologie qui repose sur une pure illusion : la nature, &#233;videmment, n'est ni bonne ni mauvaise, ni en danger ni &#224; prot&#233;ger en elle-m&#234;me. Il y a effectivement des d&#233;vastations &#233;cologiques contre lesquelles il serait urgent de prendre des mesures, c'est absolument &#233;vident, et qui sont d&#233;cupl&#233;es par la soci&#233;t&#233; occidentale, en gardant toute mesure ; mais le point principal de l'affaire est que la nature n'est pas &#224; part de l'&#234;tre humain : non seulement nous appartenons de fait &#224; la nature parce que nous sommes des organismes, mais la nature en elle-m&#234;me n'est pas &#224; part de la soci&#233;t&#233;. Dans toutes les soci&#233;t&#233;s il y a un entrelacement tr&#232;s profond entre le monde naturel et le monde humain. La plan&#232;te enti&#232;re, la presque totalit&#233; des milieux et des &#233;cosyst&#232;mes a &#233;t&#233; modifi&#233;e par l'activit&#233; humaine depuis des milliers d'ann&#233;es &#8211; la plan&#232;te est &lt;i&gt;anthropis&#233;e&lt;/i&gt;. Il n'y a pas une nature &#224; part, [vierge] que l'homme viendrait de d&#233;couvrir et se mettrait &#224; massacrer ; il y a des for&#234;ts qui sont entretenues, la for&#234;t amazonienne, les for&#234;ts tropicales, les d&#233;serts avec les oasis, les bocages normands, les champs, les plaines alluviales, etc. sont entretenus et model&#233;s par l'humanit&#233; depuis longtemps. L'humain a &lt;i&gt;cr&#233;&#233; des esp&#232;ces&lt;/i&gt;, les esp&#232;ces domestiques, a cr&#233;&#233; des paysages, cr&#233;&#233; des &#233;cosyst&#232;mes entiers : il y a une interp&#233;n&#233;tration tr&#232;s profonde. Donc ce qui est &#224; rechercher n'est pas du tout la protection d'un &#233;l&#233;ment ext&#233;rieur mais l'&#233;tablissement de relations &#233;quilibr&#233;es, intelligentes avec le milieu naturel. Il me semble que le d&#233;calage est fondamental &#8211; &#171; prot&#233;ger la nature &#187; est une pure illusion.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une &#233;cologie politique de gauche ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dernier lieu commun que je voulais aborder, peut-&#234;tre le plus important, c'est le fait que l'&#233;cologie politique est de gauche ou d'extr&#234;me gauche &#187;. Cela est convenu dans &#224; peu pr&#232;s toute la mouvance &#233;cologique : &#171; nous sommes &#233;videmment de gauche et d'extr&#234;me gauche&#8230; L'&#233;cologie de droite n'existe pas, &#231;a c'est tout &#224; fait vrai : les gens de droite n'ont pas grand-chose &#224; dire sur l'&#233;cologie. Le livre qui vient de sortir de B&#233;r&#233;nice Levet &lt;i&gt;L'&#233;cologie ou le fantasme de la table rase&lt;/i&gt; [(&#201;d. L'Observatoire, 2022)] est tr&#232;s bien en ce sens qu'il d&#233;nonce, m&#234;me si c'est un peu superficiel, la d&#233;rive wokiste de l'&#233;cologie actuelle, mais l'auteur n'a pas grand-chose &#224; dire quant au fond, c'est tr&#232;s vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, l'&#233;cologie politique est-elle r&#233;ellement de gauche ou d'extr&#234;me gauche ? Effectivement, &#231;a s'est institu&#233; dans les ann&#233;es 1960-70 en m&#234;me temps que le grand mouvement des ann&#233;es 60 qui est une reprise, en gros, du mouvement r&#233;volutionnaire, et &#224; travers la lutte pour la d&#233;fense de l'environnement : les luttes anti-nucl&#233;aires, le retour &#224; la terre dans certains milieux, etc. Il y a eu [alors] un ancrage &#224; gauche. L'&#233;cologie [politique] est apparue &#224; ce moment-l&#224;, mais en r&#233;alit&#233; ses racines sont beaucoup plus profondes et beaucoup plus diverses. Lorsque l'on fait r&#233;ellement l'histoire du mouvement &#233;cologiste, c'est une erreur fondamentale &#8211; que font la plupart des gens qui s'y int&#233;ressent &#8211; de s'arr&#234;ter, ou de commencer plut&#244;t, aux ann&#233;es 1970. Les racines en r&#233;alit&#233; sont multiples et ne sont ni de gauche ni de droite. Je pense par exemple au mouvement romantique des XVIIIe et XIXe si&#232;cles qui fut un &#233;norme mouvement contre la rationalit&#233; qui &#233;tait en train de se g&#233;n&#233;raliser &#224; l'&#233;poque &#8211; c'est la naissance de la soci&#233;t&#233; moderne industrielle ; le romantisme est une r&#233;action &#224; &#231;a, qui vante le l'irrationnel, le r&#234;ve, la f&#233;minit&#233;, l'&#233;motion, la violence&#8230; C'est un mouvement qui n'est pas franchement &#224; gauche : il est &#224; la fois de gauche et de droite ; il a inspir&#233; aussi bien Adolf Hitler que Sigmund Freud ou m&#234;me une partie du mouvement marxiste. Beaucoup de racines de l'&#233;cologie se trouvent &#233;videmment dans le monde scientifique, dont l'&#233;cologie [scientifique] en elle-m&#234;me : le mot a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; en 1866, la discipline s'est d&#233;velopp&#233;e &#224; la fin du XIXe et au d&#233;but XXe, et ce n'est pas n&#233;cessairement une discipline de gauche &#8211; pas du tout m&#234;me, on a eu beaucoup d'&#233;cologistes qui &#233;taient plut&#244;t de droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce qu'on appelle &#171; gauche &#187; et &#171; droite &#187; n'est pas forc&#233;ment simple&#8230; Souvent on dit que la droite c'est juste ce qui n'est pas de gauche, et quand on parle de gauche, on parle de progressisme et notamment de marxisme, qui &#233;tait pro-industriel. Quand on voit, par exemple, le r&#233;sultat de l'URSS ce n'est pas forc&#233;ment tr&#232;s &#233;cologique comme mani&#232;re de voir le monde, c'est l'exploitation&#8230; Apr&#232;s on peut toujours dire que ce n'&#233;tait pas vraiment le communisme, que c'est du capitalisme d'&#201;tat, ce qui est vrai, mais c'est ce qui a &#233;t&#233; vu aussi par la gauche anticommuniste au moment de la cr&#233;ation du mouvement &#233;colo&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, absolument, c'est toute l'ambigu&#239;t&#233; du mot &#171; gauche &#187;, de ce que l'on entend par gauche&#8230; Ce qui est vrai est que le mouvement &#233;cologiste puise en partie dans le mouvement ouvrier et notamment chez les luddites, les mouvements anti-technologiques qui continuent aujourd'hui sous d'autres formes &#233;videmment. Il y a eu les naturiens, les communaut&#233;s libertaires du tout d&#233;but du XXe si&#232;cle durant la belle &#233;poque, des gens qui partaient exactement comme les soixante-huitards pour &#233;tablir des communaut&#233;s &#224; la campagne et renouer avec la nature, le vocabulaire est extr&#234;mement proche dans les utopies qui sont d&#233;crites aussi ; dans le mouvement ouvrier on retrouve des &#233;l&#233;ments &#233;cologiques assez fr&#233;quemment&#8230; Le probl&#232;me est que la gauche se r&#233;clame du mouvement ouvrier mais la gauche historique, et particuli&#232;rement la gauche totalitaire, en a &#233;t&#233; le fossoyeur. Alors effectivement, le mouvement des ann&#233;es 1960 a &#233;t&#233; un authentique mouvement d&#233;mocratique &#8211; o&#249; je me reconnais en grande partie &#8211; qui tentait de se r&#233;approprier les racines historiques de la gauche, mais il se trouve que son destin a &#233;t&#233; le m&#234;me que pour le marxisme : il s'est institu&#233; un mouvement, que l'on a essay&#233; de d&#233;crire au d&#233;but, qui est devenu compl&#232;tement surplombant, hors du peuple, ne tenant plus du tout compte des aspirations populaires, d&#233;cr&#233;tant que l'Occident devait &#234;tre r&#233;form&#233; de toutes les mani&#232;res et qu'il &#233;tait m&#234;me d&#233;testable, embrassant aussi un mill&#233;narisme plus ou moins d&#233;lirant &#8211; je pense au mao&#239;sme qui a suivi, au situationnisme, etc. Donc dire que l'&#233;cologie [politique] est de gauche est d'abord faux historiquement, [ensuite] pose la question de ce qu'est la gauche et [enfin,] au fond, il y a une question aussi qui est importante et &#224; propos de laquelle se gaussent les gens de droite : c'est que l'&#233;cologie est d'abord un &lt;i&gt;conservatisme&lt;/i&gt;, un &#233;cologiste au quotidien, c'est avant tout un conservateur, ce sont des gens qui n'ont pas envie que leur environnement naturel soit modifi&#233;, boulevers&#233; et change en permanence. L&#224;-dessus, il y a une contradiction fondamentale qu'aucun &#233;cologiste ne veut affronter : l'&#233;cologie est d'abord un conservatisme et la gauche c'est un progressisme fou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est pour &#231;a que je disais que la droite est d&#233;crite comme l'inverse de la gauche, on ne pose pas de questions&#8230; Mais c'est vrai qu'il y a une &#233;norme diff&#233;rence si on regarde de plus pr&#232;s. Dans la droite, entre les conservateurs en Angleterre, c'est plus criant parce qu'ils ne sont pas exactement les m&#234;mes que la droite lib&#233;rale progressiste, qui elle est contre l'id&#233;e m&#234;me d'&#233;cologie la plupart du temps. Alors que les conservateurs qui sont class&#233;s &#224; droite, finalement, veulent conserver la soci&#233;t&#233; telle qu'elle &#233;tait &#8211; c'est peut-&#234;tre caricatural, je ne connais pas ce mouvement-l&#224;. Mais effectivement on peut voir les sources de l'&#233;cologie : la conservation des for&#234;ts m&#234;me, si on a besoin de mettre une cit&#233;-dortoir &#224; tel endroit, la gauche va pousser pour d&#233;truire cette for&#234;t-l&#224; contre les conservateurs avec &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;leur&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; c&#244;t&#233; romantisme, etc. &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;qui, eux, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;vont vouloir pr&#233;server le milieu naturel tel qu'il &#233;tait. &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;A&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;lors &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;c'&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;est souvent vu comme de droite&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De droite si l'objectif est de &lt;i&gt;conserver&lt;/i&gt; &#8211; on peut en discuter mais moi, de ce que j'entends, c'est tr&#232;s largement de conserver, voire de &lt;i&gt;revenir&lt;/i&gt; &#224; l'&#233;tat ant&#233;rieur. Alors on est compl&#232;tement dans la &lt;i&gt;r&#233;action&lt;/i&gt;, c'est quasiment du zemmourisme, l&#224; pour le coup on est vraiment &#224; droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France la droite est dans une pure incoh&#233;rence, aussi, puisque ce sont des gens &#224; la fois conservateurs &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; capitalistes, c'est-&#224;-dire pour la modification &#224; tous crins des modes de vie et des modes de consommation en permanence, l'apparition de nouveaux besoins, etc. &#8211; et en m&#234;me temps la conservation des m&#339;urs. La droite est en pleine contradiction, c'est extraordinaire, et les &#233;cologistes pas moins puisqu'ils sont pris dans le progressisme woke alors que ce sont des conservateurs&#8230; Ils peuvent s'en sortir en disant qu'ils veulent conserver le milieu naturel mais veulent aussi que la soci&#233;t&#233;, elle, &#233;volue ; mais c'est une contradiction encore plus profonde, puisqu'ils postulent une s&#233;paration nette entre la soci&#233;t&#233; et la nature, comme si on pouvait conserver la nature sous cloche, qui ne bougerait pas, pendant que la soci&#233;t&#233;, elle, &#233;voluerait d'une mani&#232;re ou d'une autre, dans telle direction ou dans une autre. On a vu que c'&#233;tait faux : il y a une interaction permanente. Si vous voulez conserver les milieux &lt;i&gt;tels qu'ils sont&lt;/i&gt;, les &#233;cosyst&#232;mes &lt;i&gt;tels qu'ils sont&lt;/i&gt;, il faut les soci&#233;t&#233;s qui vont avec ; si vous voulez des for&#234;ts entretenues comme dans l'ancien temps, il faut que des gens aillent faire pa&#238;tre des moutons ou des cochons dans les for&#234;ts, il faut des gens qui aillent chercher le petit bois pour d&#233;broussailler, etc., etc. C'est une vraie question et je ne la vois trait&#233;e nulle part, elle est recouverte en fait par un tombereau de d&#233;magogie, d'illusions et d'id&#233;ologie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quelle nature veut-on ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On est dans le consum&#233;risme, aussi, l&#224;-dessus : on veut une soci&#233;t&#233; telle qu'on l'imagine, peu importent les contradictions&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230; et on veut aussi une nature telle qu'on se l'imagine, c'est-&#224;-dire qu'en fait on veut une nature qui corresponde vraiment &#224; la client&#232;le &#233;cologique : une nature o&#249; on va le dimanche pour se promener, on veut qu'elle soit belle, on veut respirer l'air pur, que &#231;a sente bon, on ne veut pas que &#231;a sente la bouse, on veut qu'il fasse beau&#8230; C'est la nature des &#233;cologistes, en fait, c'est une nature de &lt;i&gt;r&#233;cr&#233;ation&lt;/i&gt;. C'est pour &#231;a que je parlais de l'absence [dans les mouvements &#233;cologistes] des travailleurs de la nature qui, eux, ont un contact tr&#232;s diff&#233;rent avec la nature : un paysan, un agriculteur, un marin p&#234;cheur, un jardinier n'ont pas du tout le m&#234;me rapport aux milieux naturels que le bobo qui est en contact le dimanche ou durant les vacances lorsqu'il va en Tha&#239;lande ou &#224; Born&#233;o. &#199;a pose la question, justement, qui me semble la plus centrale de l'affaire : la question de la nature que nous voulons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait l'&#233;cologie est une r&#233;volution ce sens o&#249; elle pose non seulement la question &#171; quelle soci&#233;t&#233; veut-on ? &#187; mais aussi &#171; quelle nature veut-on ? &#187;. Est-ce que l'on veut une soci&#233;t&#233; et une nature telles qu'elles sont aujourd'hui ? Dans ce cas, il faut qu'on ajuste nos activit&#233;s pour juste entretenir les milieux en l'&#233;tat &#8211; mais lorsque l'on voit la Beauce on n'a pas envie de la laisser telle quelle : ce sont des &lt;i&gt;open fields&lt;/i&gt; &#224; perte de vue, c'est horrible, les sols sont en train d'&#234;tre d&#233;grad&#233;s&#8230; Donc on ne veut pas la nature telle qu'elle est aujourd'hui, on veut la nature telle qu'elle &#233;tait &lt;i&gt;hier&lt;/i&gt;. Mais la nature telle qu'elle &#233;tait hier&#8230; c'est quand hier ? Il y a 50 ans ? Il y a cent ans ? Avant la r&#233;volution industrielle ? etc. Donc m&#234;me le c&#244;t&#233; conservateur de l'&#233;cologie n'a pas beaucoup de sens. L'&#233;cologie politique devrait poser la question : &#171; quelle nature veut-on ? &#187;&#8230; On veut quel type de nature ? Une nature r&#233;cr&#233;ative o&#249; on va effectivement pour se promener, faire du VTT, etc. ? Ou veut-on une nature avec laquelle on a des relations beaucoup plus proches ? Mais, dans ces cas-l&#224;, cette nature, c'est par exemple celle des chasseurs &#8211; et l&#224;, entre les chasseurs et les &#233;cologistes, il y a une non-entente absolue&#8230; Pourtant les chasseurs, ce sont les peuples autochtones qui maintiennent une relation mill&#233;naire, plurimill&#233;naire m&#234;me, avec un milieu naturel, et ils sont incapables de parler aux &#233;cologistes. L&#224; on a deux natures qui&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8230; tu id&#233;alises un peu le chasseur&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230; non, je n'id&#233;alise pas du tout. Dans tous les pays il y a un m&#233;pris pour les peuples autochtones qui vivent dans la nature, c'est tr&#232;s &#233;tonnant. Alors nous, ici, on d&#233;fend les peuples d'Amazonie contre Bolsonaro qui est absolument terrible, qui ouvre les for&#234;ts aux orpailleurs et aux miniers, etc. alors que les Indiens sont des gens bien, qui vivent &#171; en harmonie avec la nature &#187;, etc. Mais pour nous, en France, les gens qui vivent effectivement avec la nature depuis longtemps sont des gros beaufs &#8211; on conna&#238;t bien le &lt;i&gt;sketch&lt;/i&gt; des &lt;i&gt;Inconnus&lt;/i&gt; &#8211; ce sont des fascistes, hors de question de leur parler, etc. La r&#233;alit&#233; est plus complexe que &#231;a, d'un c&#244;t&#233; comme de l'autre. Mais ce dialogue-l&#224; est absolument impossible et on voit bien qu'il y a deux repr&#233;sentations tr&#232;s diff&#233;rentes de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comme tu le pr&#233;sentais, en fait, on pouvait voir [les chasseurs] comme des gens tr&#232;s conscients de ce qu'ils faisaient, etc., alors que c'est aussi le c&#244;t&#233; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;hobby&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, classique&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a &#231;a, c'est clair, je ne prends pas du tout parti dans cette histoire, je dis juste que, &#224; la limite, je pr&#233;f&#232;re avoir en face de moi des gens qui savent de quoi ils parlent : un &#233;cologiste qui vit dans ses cent m&#232;tres carr&#233;s &#224; Paris, qui se prom&#232;ne &#224; travers le monde en prenant des photos, la nature, pour lui, c'est ce qu'il voit &#224; travers son smartphone et j'ai beaucoup de mal &#224; le qualifier d'&#233;cologiste, surtout quand il travaille chez &lt;i&gt;Apple&lt;/i&gt; o&#249; &lt;i&gt;Hewlett-Packard&lt;/i&gt;, ce qui est le cas de beaucoup d'entre eux&#8230; Je pr&#233;f&#232;re un chasseur qui, effectivement, vit, est en contact avec une nature qui est rude, qui n'est pas une nature bonne en soi, qui n'est pas mauvaise non plus, et avec laquelle il a une vraie relation, animale en quelque sorte. Donc la question &#171; quelle nature on veut ? &#187; pose avec acuit&#233; la question &#171; quelle soci&#233;t&#233; on veut ? &#187;, &#233;videmment. L'&#233;cologie dans son principe m&#234;me, m&#234;me l'&#233;cologie &lt;i&gt;en tant que science&lt;/i&gt;, pose la question de la soci&#233;t&#233; que l'on voudrait.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;cologie politique et science &#233;cologique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Juste une question par rapport &#224; &#231;a : n'y a-t-il pas, aussi, des citoyens qui ne passent pas forc&#233;ment par la science ? je pense aux soci&#233;t&#233;s protectrices des for&#234;ts, etc. Il y avait des choses comme &#231;a, juste la pr&#233;servation d'un milieu naturel, des rivi&#232;res, des lacs&#8230;, o&#249; l'on ne va pas forc&#233;ment se tourner vers la science pour entreprendre une action &#233;cologique.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, effectivement : une des sources de l'&#233;cologie est ce souci de conservation des milieux naturels &#8211; en tout cas des milieux &lt;i&gt;qu'on dit&lt;/i&gt; naturels &#8211; et ce peuvent &#234;tre des citoyens qui se mobilisent pour le maintien de telle rivi&#232;re, de telle for&#234;t, la pr&#233;servation de telle esp&#232;ce, etc. Mais, tr&#232;s rapidement, le langage que l'on veut entendre est celui des scientifiques. Un des gros probl&#232;mes, une des contradictions tr&#232;s profondes de l'&#233;cologie politique aujourd'hui est qu'elle met au centre le discours scientifique : un vrai discours &#233;cologique &lt;i&gt;doit avoir&lt;/i&gt; un fondement scientifique. Et c'est un gros probl&#232;me, dont on parlera d'ailleurs, parce que &#231;a d&#233;l&#233;gitime imm&#233;diatement le citoyen. On voit notamment &#224; propos de l'impact des &#233;oliennes : on avance &#233;norm&#233;ment d'arguments de type esth&#233;tique, on dit que &#231;a d&#233;figure le paysage &#8211; ce qui est un tr&#232;s bon argument &#8211; mais beaucoup de gens et surtout les &#233;cologistes veulent entendre des arguments scientifiques : donc il va y avoir le bruit, il va y avoir une nuisance pour les oiseaux et les chauves-souris, il va y avoir des cons&#233;quences en termes de b&#233;tonisation du sous-sol, etc. : ce sont des arguments scientifiques. Un des gros paradoxes justement de l'&#233;cologie politique est que, &lt;i&gt;de fait&lt;/i&gt;, elle va &#233;loigner le citoyen de la nature puisqu'elle ne veut entendre de discours sur la nature que provenant de la science &#8211; et si vous doutez de la science, vous &#234;tes par exemple un climato-sceptique ou un r&#233;actionnaire, ou autre chose encore. Donc l'&#233;cologie politique telle qu'elle existe aujourd'hui accompagne la grande rationalisation qu'elle d&#233;nonce par ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1118-Impasses-et-promesses-de-l-ecologie-politique-2-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Seconde partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La plupart sont accessibles &#224; partir de &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1073-Parution-Elements-d-ecologie-politique&#034;&gt;&lt;strong&gt;la page de pr&#233;sentation du livre&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Gallimard 2005&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Tous les totalitarismes pr&#233;tendent se fonder sur les Lois de la nature &#187;</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?1082-Tous-les-totalitarismes-pretendent-se-fonder</link>
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		<dc:date>2022-09-06T07:23:02Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>B&#233;rard Quentin</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cologisme</dc:subject>
		<dc:subject>Avant-gardisme</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cologie (d&#233;)coloniale</dc:subject>
		<dc:subject>Primitivisme</dc:subject>
		<dc:subject>Gauchisme</dc:subject>
		<dc:subject>Entretien</dc:subject>
		<dc:subject>Pseudo-subversion</dc:subject>
		<dc:subject>Red&#233;finition des besoins</dc:subject>
		<dc:subject>Totalitarisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Entretien &#233;crit men&#233; en novembre 2021, par un journaliste &#224; partir du livre &#171; &#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique &#8212; Pour une refondation &#187; (Libre&amp;Solidaire, 2021), pour citation dans un ouvrage prochainement &#224; para&#238;tre. Les notes ont &#233;t&#233; ajout&#233;es pour la pr&#233;sente mise en ligne. Ce texte fait partie de la brochure n&#176;27 : Pulsions d'empire Pouss&#233;es imp&#233;riales dans les soci&#233;t&#233;s occidentales Sommaire : Introduction &#171; Le voyage vers l'empire a d&#233;j&#224; commenc&#233; &#187; Les gilets jaunes face &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-76-L-ecologie-politique-contre-l-" rel="directory"&gt;L'&#233;cologie politique contre l'&#233;cologisme&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-283-Berard-Quentin-+" rel="tag"&gt;B&#233;rard Quentin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-113-ecologisme-+" rel="tag"&gt;&#201;cologisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-59-avant-gardisme-+" rel="tag"&gt;Avant-gardisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-264-Ecologie-de-coloniale-+" rel="tag"&gt;&#201;cologie (d&#233;)coloniale&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-31-gauchisme-+" rel="tag"&gt;Gauchisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-130-entretien-+" rel="tag"&gt;Entretien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-116-pseudo-subversion-+" rel="tag"&gt;Pseudo-subversion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-218-redefinition-des-besoins-+" rel="tag"&gt;Red&#233;finition des besoins&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-138-totalitarisme-+" rel="tag"&gt;Totalitarisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entretien &#233;crit men&#233; en novembre 2021, par un journaliste &#224; partir du livre &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1073-Parution-Elements-d-ecologie-politique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; &#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique &#8212; Pour une refondation &#187;&lt;/a&gt; (Libre&amp;Solidaire, 2021), pour citation dans un ouvrage prochainement &#224; para&#238;tre. Les notes ont &#233;t&#233; ajout&#233;es pour la pr&#233;sente mise en ligne.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce texte fait partie de la brochure n&#176;27 :&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pulsions d'empire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pouss&#233;es imp&#233;riales dans les soci&#233;t&#233;s occidentales&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_gris2&#034;&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cimulti_colonnes&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;col-sm-6&#034;&gt;&lt;figure class='spip_document_1653 spip_documents spip_documents_center' style=&#034;max-width:200px;&#034; data-w=&#034;200&#034;&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?-100-Brochures-' class=&#034;spip_in&#034; arial-label=&#034;&#034;&gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:146.66666666667%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/png/couv27.png&amp;taille=200&amp;1669309685' alt='' data-src='IMG/png/couv27.png' data-l='405' data-h='594' data-tailles='[\&#034;200\&#034;]' class='image_responsive avec_picturefill' srcset='index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/png/couv27.png&amp;#38;taille=200&amp;#38;1669309685 1x,index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/png/couv27.png&amp;#38;taille=400&amp;#38;1669309685 2x' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;col-sm-6&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sommaire :&lt;/h2&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1110-Parution-de-la-brochure-no27' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?925-Le-voyage-vers-l-empire-a-deja' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Le voyage vers l'empire a d&#233;j&#224; commenc&#233; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?999-Les-gilets-jaunes-face-a-l-empire' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les gilets jaunes face &#224; l'empire&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;&#171; Tous les totalitarismes pr&#233;tendent se fonder sur les Lois de la nature &#187;&lt;/strong&gt; &#8212; Ci-dessous&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1109-Elections-2022-le-regne-oligarchique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;lections 2022 : le r&#232;gne oligarchique&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1112-Wokisme-et-obscurantisme' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Wokisme et obscurantisme : articulations et compl&#233;mentarit&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1040-La-paix-sociale-sexuelle-est-achetee' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; La paix sociale sexuelle est achet&#233;e au prix du silence&#8230; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1110-Parution-de-la-brochure-no27' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Quatri&#232;me de couverture&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fondamentalement, la pens&#233;e &#233;cologiste constitue-t-elle un renversement anthropologique ? Comment d&#233;crire la r&#233;volution qu'elle op&#232;re dans sa vision de l'homme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce renversement anthropologique est moins d&#251; &#224; une &#171; pens&#233;e &#233;cologique &#187;, &#224; la fois diffuse et multiple, qu'au surgissement de ce qui est appel&#233; &#171; &#233;cologie &#187; au fil du XXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouveaut&#233; me semble d'abord r&#233;sider dans une nature devenue acteur &#224; part enti&#232;re, omnipr&#233;sent et incontournable, &#224; l'int&#233;rieur de la sph&#232;re politique, bousculant la conception gr&#233;co-occidentale classique. Ensuite cette nature ne parle pas d'elle-m&#234;me mais par l'interm&#233;diaire des sciences, qui se trouvent donc immerg&#233;es comme jamais au sein de l'&lt;i&gt;agora&lt;/i&gt; et &#224; double titre puisqu'elles sont, en parall&#232;le, mises en cause dans les d&#233;vastations environnementales du fait de leurs imbrications avec l'industrie, la technique et l'&#233;conomie, voire la rationalisation du monde. Enfin, l'&#233;co&#173;logie scientifique elle-m&#234;me d&#233;crit une plan&#232;te aux ressources limit&#233;es, interd&#233;pen&#173;dantes, mouvantes, fragiles, tout autant qu'un univers biologique qui rec&#232;le une complexit&#233; incontr&#244;lable o&#249; tout s'interp&#233;n&#232;tre en permanence, s'auto-engendre et r&#233;troagit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sonance avec les exp&#233;riences totalitaires du XXe si&#232;cle, il s'ensuit une profonde remise en question de l'&#234;tre humain, en tant qu'animal &#233;trange au sein de la biosph&#232;re, en tant que psychisme m&#234;lant savoir, croyance et fantasme, en tant que soci&#233;t&#233; travers&#233;e de cette volont&#233; d'&#171; expansion illimit&#233;e de ma&#238;trise rationnelle &#187; comme l'appelle C. Castoriadis. Ceux qui s'affrontent &#224; ces br&#232;ches grandes ouvertes aussi fondamentales que concr&#232;tes &#8211; les &#171; &#233;cologistes &#187; &#8211; se trouvent forts d&#233;munis, assaillis et travers&#233;s d'illusions, d'id&#233;ologies, de religiosit&#233; et de mythes. En face ceux qui les raillent, souvent &#224; juste titre, refusent passionn&#233;ment de se saisir de la situation. Le d&#233;ni de ceux-l&#224; nourrit le d&#233;lire des autres qui les alimente en retour, et ce cercle vicieux nous condamne &#224; l'impuissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle place pour l'homme ? Doit-il s'incliner devant la nature ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; place de l'Homme dans la nature &#187; est un de ces mythes &#233;cologistes qui en&#173;travent toute r&#233;flexion. Il sugg&#232;re que l'&#234;tre humain devrait (re)trouver des relations d'&#171; harmonie avec la nature &#187;, une fois pour toutes et conformes &#224; son essence. Tout y est faux : &lt;i&gt;Homo sapiens&lt;/i&gt;, que ce soit en tant qu'&#234;tre biologique, psychique ou culturel, n'est destin&#233; &#224; aucune niche &#233;cologique en particulier, et le monde du vivant n'est en rien harmonie. Notre esp&#232;ce est une aberration naturelle, a-naturelle et anti-naturelle qui ne cesse et ne peut cesser d'&#233;tablir des rapports ind&#233;termin&#233;s et instables avec la biosph&#232;re. Celle-ci n'a d'ailleurs rien d'une pure ext&#233;riorit&#233; puisque tous les &#233;cosyst&#232;mes terrestres sont largement anthropis&#233;s depuis des mill&#233;naires, &#224; la fois d&#233;vast&#233;s et am&#233;nag&#233;s, entretenus et pill&#233;s, enrichis et asservis. La &#171; place &#187; &#224; prendre dans la nature est d'une multiplicit&#233; ind&#233;finie, &#224; r&#233;instituer d&#232;s que se modifient les coordonn&#233;es d&#233;mographiques, culturelles, agricoles, religieuses ou techniques toujours mouvantes et elles-m&#234;mes prises dans un entrelacs d'esp&#232;ces et de milieux, de processus g&#233;ologiques et climatiques, eux-m&#234;mes changeants. La diversit&#233; des civilisations dans l'histoire humaine tout autant que la fr&#233;quence de leurs effondre&#173;ments montrent qu'une telle ad&#233;quation est aussi concevable que passag&#232;re. C'est &#224; la recherche d'une telle formule que convient les &#233;cologistes, sans savoir &lt;i&gt;a priori &lt;/i&gt;jusqu'o&#249; les transformations &#224; op&#233;rer sont envisageables dans la matrice culturelle qui est la n&#244;tre aujourd'hui&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'intervention aupr&#232;s de l'association Technologos : &#171; L'&#233;cologisme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cadre, chercher &#224; &#171; s'incliner devant la nature &#187;, simple retournement du projet de &#171; domination de la nature &#187;, n'est qu'une autre mani&#232;re de d&#233;nier l'alt&#233;rit&#233; irr&#233;ductible entre syst&#232;mes sociaux et syst&#232;mes biophysiques, avec l'infinie complexit&#233; de leurs interrelations &#8211; dont on retrouve un &#233;quivalent dans l'in&#233;vitable alt&#233;rit&#233; de l'esprit et du corps. Mais il faudrait &#234;tre sourd pour ne pas y entendre, aussi, un appel &#224; l'humilit&#233;, &#224; admettre la finitude de l'existence, &#224; accepter la perte et la souffrance, &#224; consentir aux limites individuelles et collectives. Principes fondamen&#173;talement &#233;cologistes enracin&#233;s dans les sagesses antiques et les h&#233;t&#233;ronomies traditionnelles, mais fuis par notre &#233;poque &#233;perdue de divertissement perp&#233;tuel, d'infantilisme hyperconnect&#233; et de croissances infinies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle relation au capitalisme entretiennent les &#233;cologistes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est difficile de parler &#171; des &#187; &#233;cologistes. On peut y distinguer au moins trois p&#244;les : scientifique, socio-culturel et politique. En se limitant &#224; ces derniers, il est &#233;vident que malgr&#233; son caract&#232;re fondamentalement conservateur, il s'est ancr&#233; tr&#232;s &#224; gauche d&#232;s sa formation dans les ann&#233;es 60-70. On y retrouve alors sans surprise la d&#233;monologie syst&#233;matique o&#249; &#171; le capitalisme &#187; a remplac&#233; le Mal, permettant d'un coup d'installer une connivence, de diaboliser les opposants et d'expliquer &#224; peu pr&#232;s n'importe quoi &#8211; sans pour autant s'emp&#234;cher de r&#233;aliser de tr&#232;s belles carri&#232;res, notamment dans les &#233;nergies renouvelables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ce plan, le contenu intellectuel est &#224; peu pr&#232;s nul. Pour la majorit&#233;, le capitalisme est assimilable &#224; une vague qu&#234;te de profit, nourrissant simultan&#233;ment un primitivisme qui se fait moralisme crypto-religieux anhistorique et un conspirationnisme prot&#233;iforme. Les plus id&#233;ologues se font th&#233;ologiens en se rabattant par exemple sur la pseudo-&#171; critique de la valeur &#187;, v&#233;ritable m&#233;taphysique du capital dans la continuit&#233; d'Althusser reprenant le pire du &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt;, &#224; savoir la rationalisation int&#233;grale du r&#233;el sous le signe de l'&#233;conomique &#8211; un comble pour des &#233;cologistes. D'un c&#244;t&#233; comme de l'autre, avec tous leurs interm&#233;diaires, sont ing&#233;nument escamot&#233;s les bilans des anticapitalismes r&#233;ellement existants qu'ont &#233;t&#233; le communisme, le national-socialisme, le mao&#239;sme et tous leurs avatars tiers-mondistes, ce qui augure mal de la suite&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, l'&#233;cologie politique est un courant h&#233;t&#233;rog&#232;ne et foisonnant que l'on peut qualifier de &lt;i&gt;r&#233;volutionnaire&lt;/i&gt; au sens exact, peu &#224; peu phagocyt&#233; par les r&#233;sidus diffus du marxisme-l&#233;ninisme. Le noyau religieux, mill&#233;nariste m&#234;me, qui imbibe la gauche radicale a donc infest&#233; les milieux et les mentalit&#233;s &#233;cologistes en formation, aujourd'hui poreux aux id&#233;ologues v&#233;gans, anti-sp&#233;cistes, n&#233;o-f&#233;ministes, gauchistes, d&#233;coloniaux et racialistes, voire islamistes, composant un noyau proto-totalitaire en formation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir la page &#171; Gare &#224; l'&#233;cologie (d&#233;)coloniale ! &#187;&#034; id=&#034;nh9-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment d&#233;finir la notion de d&#233;croissance ? N'est-elle pas synonyme de baisse drastique du confort et du niveau de vie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ambition sous-tendue est particuli&#232;rement juste : il s'agit, principalement au nom de la finitude des ressources de la biosph&#232;re, notamment hydrocarbon&#233;es, de s'opposer au &#171; d&#233;veloppement &#187; des soci&#233;t&#233;s qui suivrait une ligne de mesure du PIB, impliquant la cr&#233;ation infinie de nouveaux besoins, l'expansion incessante de la sph&#232;re &#233;conomique et la marchandisation progressive de l'existant. Mais le terme de &#171; d&#233;croissance &#187; est singuli&#232;rement mauvais : ali&#233;n&#233; au paradigme &#233;conomiste dont il inverse simplement le signe, il se trouve par cons&#233;quent vide de sens politique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'article &#171; Questions &#224; la d&#233;croissance &#187;&#034; id=&#034;nh9-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette contamination par l'id&#233;ologie &#233;conomiste fait &#233;cho &#224; celle des mouvements ouvriers par les courants marxisants d&#232;s le d&#233;but du XXe si&#232;cle. Le r&#233;sultat final en a &#233;t&#233; la r&#233;duction de tout mouvement visant &#224; changer radicalement l'organisation so&#173;ciale, et notamment les injustices, &#224; une revendication de hausse du &#171; niveau de vie &#187;. Les populations occidentales finirent ainsi par accepter toutes les transformations de leur mode de vie et de leurs environnements humains, mat&#233;riels et naturels en &#233;change d'augmentations successives de leur &#171; pouvoir &#187; d'achat, rendu synonyme de &#171; confort &#187;, de &#171; bonheur &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif des &#171; d&#233;croissants &#187; &#8211; dont je suis &#8211; est de prendre acte que ce contrat ta&#173;cite, garantissant la croissance du niveau de vie en &#233;change d'une passivit&#233; politique des peuples, ne sera pas tenu &#8211; et les oligarchies le rompent d'ailleurs sous nos yeux. Le mouvement spontan&#233; des gilets jaunes proc&#232;de de cette situation nouvelle et l'oc&#173;casion a &#233;t&#233; manqu&#233;e d'une remise &#224; plat de tous les renoncements op&#233;r&#233;s depuis au moins deux ou trois g&#233;n&#233;rations et que visaient confus&#233;ment les revendications de d&#233;mocratie directe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le tract &#171; Gilets jaunes : la d&#233;mocratie directe en germe ? &#187;&#034; id=&#034;nh9-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Car l'horizon dessin&#233; par la &#171; d&#233;croissance &#187;, s'il para&#238;t illusoire ou caricatural, se retrouve &lt;i&gt;mezzo voce&lt;/i&gt; : Qui, au fond, appelle encore &#171; confort &#187; les kilom&#232;tres parcourus quotidiennement au milieu des campagnes agonisantes, les bar&#173;quettes d'aliments industrialis&#233;s et les m&#233;tropoles inhospitali&#232;res ? Qui, en son for in&#173;t&#233;rieur, tiendrait encore &#224; son &#171; niveau de vie &#187; s'il &#233;tait rendu &#233;vident que celui-ci se paie du prix de la disparition de tout ce qui donne sens &#224; une vie digne ? Qui ne se demande pas, ne f&#251;t-ce qu'un instant, si les &#233;crans suppl&#233;mentaires offerts &#224; No&#235;l ne vont pas approfondir plus encore l'abrutissement et l'analphab&#233;tisme affolant des nouvelles g&#233;n&#233;rations ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; lire et &#233;couter les penseurs &#233;cologistes, on en vient parfois &#224; penser que leur but n'est pas fondamentalement la lutte contre le r&#233;chauffement climatique mais la fin de la soci&#233;t&#233; industrielle / de la soci&#233;t&#233; de consommation. Qu'en pensez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est clair que ce qui se donne pour &#233;cologie politique aujourd'hui est bien souvent un marxisme d&#233;grad&#233; &#224; peine d&#233;guis&#233; qui remplace le &#171; capitalisme &#187; par de nou&#173;veaux vocables et pour lequel l'environnement n'est qu'un pr&#233;texte &#224; l'id&#233;ologie. L'important, dans ce sch&#233;ma mill&#233;nariste et apocalyptique, est de maintenir la figure du D&#233;mon, qui tend &#224; prendre les traits de l'Occident, dont la fin serait cens&#233;e annon&#173;cer la grande r&#233;conciliation cosmique avec la nature. Mais il est tout aussi &#233;vident que pour bon nombre de leurs adversaires, les probl&#232;mes que pose l'&#233;cologie n'exigent que quelques modifications comportementales, mesures volontaristes et ajustements techniques, que l'on pense marginaux, du mod&#232;le occidental &#8211; c'est ainsi que se pr&#233;&#173;sente la chim&#233;rique &#171; transition &#233;nerg&#233;tique &#187;. Eux aussi s'&#233;battent dans l'illusion en pensant r&#233;duire la multidimensionalit&#233; de la situation &#233;cologique &#224; un unique facteur quantifiable et ma&#238;trisable : &#224; ce titre, le &#171; r&#233;chauffement climatique &#187;, rendu respon&#173;sable de tout, de son contraire et du reste, avec ses c&#233;l&#232;bres gigatonnes de CO2 et son &#171; empreinte carbone &#187;, semble emporter leur faveur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne pensera jamais la r&#233;alit&#233; avec des slogans, d'un c&#244;t&#233; comme de l'autre, et re&#173;fuser de faire de l'&#233;cologie politique un projet de civilisation est une profonde erreur. Il est &#233;vident que la question que recouvre ce que l'on appelle &#171; soci&#233;t&#233; industrielle &#187; ou &#171; soci&#233;t&#233; de consommation &#187; ne peut qu'&#234;tre au centre d'une auto-transformation de la soci&#233;t&#233;. Encore faut-il savoir ce que recouvrent ces termes, ce que l'on y d&#233;c&#232;le de mortif&#232;re et, surtout, par quoi il s'agirait de les remplacer. Qu'il s'agisse, pour cer&#173;tains, de l'occasion de renouer avec un d&#233;nouement christique et la crainte de l'Apo&#173;calypse ne doit pas servir de pr&#233;texte pour oublier que l'obsolescence incorpor&#233;e, le productivisme effr&#233;n&#233;, l'emballement techno-scientifique ou la marchandisation des corps et des esprits ne proc&#232;dent pas moins d'un univers mythique fait de corne d'abondance, de jardin d'&#201;den, d'ambition prom&#233;th&#233;enne, de Cr&#233;ation &#224; dominer, voire d'Homme-dieu dans le cauchemar transhumaniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les &#233;cologistes sont-ils oppos&#233;s au progr&#232;s technique ? N'est-ce pas une posture r&#233;actionnaire, qui rejette la science au nom d'une nature sacralis&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande question est : qui sacralise quoi ? Le monoth&#233;isme a institu&#233; un univers o&#249; l'Homme, incarnation de l'Esprit sur Terre, &#233;tait en charge de la gestion de la Cr&#233;a&#173;tion Divine : il lui revenait de s'y multiplier et de la soumettre. La naissance de l'Occident, autour des XIe-XIIIe si&#232;cles, a vu l'essor des outils, m&#233;canismes, machines, dont la puissance instrumentale croissante a progressivement entra&#238;n&#233; un transfert du sacr&#233; vers la technique, selon l'excellente formule de J. Ellul. Apr&#232;s la r&#233;volution indus&#173;trielle, un v&#233;ritable culte technicien a culmin&#233; dans les d&#233;lires totalitaires, mais aussi la bureaucratisation et l'autonomisation de la technoscience, mari&#233;s dans l'informa&#173;tisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e de notre quotidien le plus intime. Tout au long de cette histoire, les r&#233;sistances et les r&#233;actions &#8211; au sens propre &#8211; ont &#233;t&#233; nombreuses, comme l'&#233;norme courant romantique, dont l'&#233;cologie politique est tr&#232;s largement h&#233;riti&#232;re. La sacrali&#173;sation de la nature en est une expression, qui peut prendre la forme d'un primitivisme infantile mais aussi s'hybrider avec le progressisme technol&#226;tre actuel dans l'appa&#173;rition d'un monde peupl&#233; de proc&#233;dures, d'id&#233;ologies, d'algorithmes et d' applis &#187; aussi incontr&#244;lables et obscurs que nos jungles originelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;cologistes cons&#233;quents cherchent &#224; s'extraire de cette oscillation entre sacrali&#173;sation et d&#233;testation, en renouant avec l'immanence de la d&#233;lib&#233;ration collective des affaires communes : la technique fait partie de ces choix de soci&#233;t&#233;, elle est incontes&#173;tablement politique de part en part et doit &#234;tre discut&#233;e librement par des citoyens &#233;clair&#233;s. Du reste elle l'est d&#233;j&#224;, exceptionnellement, dans l'ar&#232;ne m&#233;diatico-politique concernant la GPA, les manipulations g&#233;n&#233;tiques ou les r&#233;seaux de surveillance &#233;lec&#173;troniques, au sein des familles concernant les &#171; r&#233;seaux (a)sociaux &#187; ou l'utilisation des &#233;crans, etc. Mais on &#233;lude soigneusement la question politique par excellence, quelle soci&#233;t&#233; veut-on ?, et son pr&#233;requis in&#233;vitable, peut-on encore d&#233;cider explicite&#173;ment de quoi que ce soit si tout ce qui est concevable techniquement est forc&#233;ment r&#233;alis&#233;, utilis&#233; et diffus&#233; ?&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'article &#171; D&#233;veloppement technique et configuration g&#233;opolitique &#187;&#034; id=&#034;nh9-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avec ses injonctions &#224; la sobri&#233;t&#233; et son intrusion dans la vie quotidienne, l'&#233;co&#173;logisme fonctionne-t-il comme une religion pr&#244;nant une &#233;thique vertueuse, fru&#173;gale et finalement puritaine ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe clairement une id&#233;ologie de l'&#233;cologisme, moralisatrice, culpabilisante et omnipr&#233;sente notamment par m&#233;dias interpos&#233;s, qui d&#233;coule au moins de trois pro&#173;cessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord l'&#233;chec de l'&#233;cologie politique &#224; d&#233;velopper une politique digne de ce nom, coupl&#233; &#224; l'impossibilit&#233; actuelle que rencontrent nos soci&#233;t&#233;s d'envisager les transfor&#173;mations &#224; effectuer. Toute politique emp&#234;ch&#233;e a tendance &#224; se r&#233;duire &#224; une morale et la multiplication des injonctions aux &#171; petits gestes pour la plan&#232;te &#187; (trier ses d&#233;chets, etc.) remplit exactement cette fonction de d&#233;rivatif de l'action collective. Ensuite la matrice gauchisante, dont l'&#233;cologie politique ne parvient pas &#224; s'extraire, s'est mu&#233;e en un v&#233;ritable cat&#233;chisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'article dans la revue &#171; Front Populaire &#187; : &#171; L'&#233;cologie politique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; le simple &#171; politiquement correct &#187; est devenu v&#233;ritable &#171; bien-pensance &#187; jouant sur la culpabilit&#233; populaire pour tendre aujourd'hui vers le &#171; wokisme &#187;, ce salmigondis proto-totalitaire qui veut en finir avec les soci&#233;t&#233;s d&#233;mo&#173;cratiques et leur insupportable ind&#233;termination &#8211; l'arnaque de l'&#171; &#233;cologie d&#233;coloniale &#187; ne rencontre aucun contre-feu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'&#233;mission sur Radio Libertaire &#171; Le discours de l'&#233;cologie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces gens se cherchent une religion, et l'&#233;cologisme en sera une composante importante. Enfin, l'&#233;cologie &#233;lectorale joue le r&#244;le d'&#233;chappatoire entre les gestions oligarchiques pr&#233;datrices et les pouss&#233;es popu&#173;listes contestataires : c'est le refuge de la petite bourgeoisie urbaine hyperconnect&#233;e, notamment peupl&#233;e d'ing&#233;nieurs dans les grandes industries technologiques. Cette &#171; moraline verte &#187; fait office de suppl&#233;ment d'&#226;me et de marqueur efficace de distinc&#173;tion sociale, faisant pi&#232;ce aux angoisses pl&#233;b&#233;iennes du &#171; Grand Remplacement &#187; par la pr&#233;occupation du &#171; Grand R&#233;chauffement &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le tract &#171; &#201;lections 2022 : le r&#232;gne oligarchique &#187;&#034; id=&#034;nh9-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat est cette confusion entre &#233;cologisme et &#233;cologie politique, reproduisant celle entre charit&#233; et justice sociale ou et entre religion et politique, mais elle n'est pas passag&#232;re. Nos soci&#233;t&#233;s d&#233;velopp&#233;es sont au pied d'un mur, ou au bord d'un foss&#233;, comme l'&#233;tait le comit&#233; central d'URSS dans les ann&#233;es 80 : les promesses tenues ne le seront pas et des bouleversements monumentaux vont survenir. Pour des raisons &#233;cologiques &#233;videntes, mais aussi parce que les grands mouvements populaires &#224; l'origine des dispositifs de redistribution ont disparu, laissant libre cours &#224; l'accapare&#173;ment des richesses par les puissants. L'aust&#233;rit&#233; qui sera impos&#233;e ne pourra que se pa&#173;rer de l'appel &#224; la sobri&#233;t&#233; que l'&#233;cologisme fait aujourd'hui entendre, devenant id&#233;o&#173;logie officielle et coercitive. La seule issue serait d'&#233;laborer une v&#233;ritable &#233;cologie politique capable de red&#233;finir collectivement nos besoins en renouant avec l'&#233;galit&#233; sociale et la souverainet&#233; populaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'entretien dans la revue La D&#233;croissance &#171; D&#233;croissance et d&#233;mocratie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Faut-il instaurer un r&#233;gime autoritaire pour sauver la plan&#232;te, les hommes n'&#233;tant pas capables de se r&#233;soudre aux mesures indispensables dans un r&#233;gime d&#233;mocratique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En un sens, les &#233;cologistes se trouvent, &lt;i&gt;mutatis mutandis&lt;/i&gt;, dans la situation d'un Eric Zemmour : vouloir faire effectuer &#224; la soci&#233;t&#233; un virage &#224; 180&#176; pour rattraper une lente d&#233;rive r&#233;alis&#233;e depuis de nombreuses d&#233;cennies&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir la conf&#233;rence chez les D&#233;croissants d'&#206;le-de-France &#171; Immigration, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De tels basculements exigent une mobilisation populaire exceptionnelle et/ou un durcissement du r&#233;gime politique &#8211; les &#233;cologistes militent g&#233;n&#233;ralement pour la premi&#232;re mais sont de plus en plus nombreux &#224; envisager le second, dans le sillage de Hans Jonas. La perspective dicta&#173;toriale face &#224; la rar&#233;faction des ressources a &#233;t&#233; pr&#233;cocement entrevue par les &#233;colo&#173;gistes et est aujourd'hui devenue la toile de fond des r&#233;cits d'anticipation &#224; la tonalit&#233; de plus en plus post-apocalyptique. Un des moteurs du mouvement anti-&#171; pass sani&#173;taire &#187; a &#233;t&#233; ce sentiment qu'il n'existe plus r&#233;ellement de direction &#224; nos soci&#233;t&#233;s de&#173;puis que le peuple a &#233;t&#233; cong&#233;di&#233; et que les divers &#233;pisodes d'autoritarisme improvis&#233; ressemblent &#224; des coups de sonde pour une possible mise au pas g&#233;n&#233;ralis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs facteurs militent pour l'&#233;tablissement d'une telle &#171; &#233;cocratie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'extrait du livre &#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique : &#171; &#201;cologie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;
. Il y a, bien s&#251;r, la situation &#233;cologique alarmante et qui ne cesse de s'aggraver dans les domaines agricole, &#233;nerg&#233;tique, climatique, nucl&#233;aire, sanitaire ou encore g&#233;n&#233;tique, lesquels entrent en synergie. Il y a ensuite l'escamotage de cette complexit&#233; au profit d'une fo&#173;calisation croissante sur le seul facteur climatique, formant une orthodoxie monopoli&#173;s&#233;e par les cercles techno-scientifiques et les grandes puissances mondiales, suscitant une mobilisation facile pour une jeunesse profond&#233;ment angoiss&#233;e, le tout au nom des int&#233;r&#234;ts sup&#233;rieurs de l'humanit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'entretien dans la revue La D&#233;croissance &#171; Climat : la longue marche ? &#187;&#034; id=&#034;nh9-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Enfin, l'&#233;cologie politique, imbib&#233;e des sch&#233;mas marxistes-l&#233;ninistes, fantasme sur un &#171; &#233;cofascisme &#187; introuvable mais ne poss&#232;de strictement aucune d&#233;fense immunitaire contre les tropismes totalitaires qui hantent la gauche historique. C'est, d'un c&#244;t&#233;, la vague &#171; woke &#187; qui y d&#233;ferle, d&#233;signant l'Occi&#173;dent comme nouvelle incarnation du Mal absolu en retournant ses exigences de liber&#173;t&#233; et d'&#233;galit&#233; contre elle-m&#234;me pour les an&#233;antir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'entretien dans la revue La D&#233;croissance &#171; Face aux nouveaux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est, de l'autre, plus fondamen&#173;talement, la singularit&#233; de l'&#233;cologie politique, oxymore qui accole la science, do&#173;maine du savoir, de l'&lt;i&gt;&#233;pist&#233;m&#232;&lt;/i&gt;, et la politique, domaine de la &lt;i&gt;doxa&lt;/i&gt;, l'opinion : tous les totalitarismes pr&#233;tendaient se fonder sur les Lois de la nature (lutte des races ou des classes) pour s'ali&#233;ner la sph&#232;re politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tel r&#233;gime &#233;cocratique ne sera &#233;videmment en rien &#233;cologique et se rapprocherait plut&#244;t de la dynamique des empires d&#233;crite par Ibn Khaldoun&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir la brochure L'horizon imp&#233;rial&#034; id=&#034;nh9-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, avec leurs cycles effondrements / restauration / d&#233;clin et leur confusion entre l'ordre naturel, la &lt;i&gt;physis&lt;/i&gt;, et l'univers humain, le &lt;i&gt;nomos&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir la conf&#233;rence chez les D&#233;croissants d'&#206;le-de-France &#171; &#201;cologie et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Face &#224; un tel retour &#224; la pr&#233;-modernit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'article dans la revue &#171; Front Populaire &#187; : &#171; Wokisme et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il n'est pos&#173;sible &lt;i&gt; que de renouer avec le meilleur de l'h&#233;ritage occidental, et contre des pans &lt;/i&gt; en&#173;tiers de celui-ci.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb9-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir l'intervention aupr&#232;s de l'association &lt;i&gt;Technologos&lt;/i&gt; : &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1091-L-ecologisme-empeche-l-emergence-d-une-ecologie-politique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; L'&#233;cologisme emp&#234;che l'&#233;mergence d'une &#233;cologie politique &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir la page &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1051-Gare-a-l-ecologie-de-coloniale' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Gare &#224; l'&#233;cologie (d&#233;)coloniale ! &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir l'article &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?5-questions-a-la-decroissance' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Questions &#224; la d&#233;croissance &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir le tract &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?Gilets-jaunes-la-democratie-en-germe' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Gilets jaunes : la d&#233;mocratie directe en germe ? &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir l'article &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1066-Developpement-technique-et-configuration-geopolitique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; D&#233;veloppement technique et configuration g&#233;opolitique &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir l'article dans la revue &#171; Front Populaire &#187; : &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1096-L-ecologie-politique-contre-l-ecologisme' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; L'&#233;cologie politique contre l'&#233;cologisme &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir l'&#233;mission sur &lt;i&gt;Radio Libertaire&lt;/i&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1056-Le-discours-de-l-ecologie-de-coloniale' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Le discours de l'&#233;cologie (d&#233;)coloniale est une arnaque totale &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir le tract &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1109-Elections-2022-le-regne-oligarchique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; &#201;lections 2022 : le r&#232;gne oligarchique &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir l'entretien dans la revue &lt;i&gt;La D&#233;croissance&lt;/i&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?601-decroissance-et-democratie-directe' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; D&#233;croissance et d&#233;mocratie directe &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir la conf&#233;rence chez les &lt;i&gt;D&#233;croissants d'&#206;le-de-France&lt;/i&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?978-Immigration-ecologie-et' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Immigration, &#233;cologie et d&#233;croissance &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir l'extrait du livre &lt;i&gt;&#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique&lt;/i&gt; : &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1114-Ecologie-politique-effondrement-ecocratie' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; &#201;cologie politique, effondrement et &#233;cocratie &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir l'entretien dans la revue &lt;i&gt;La D&#233;croissance&lt;/i&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?997-Climat-la-longue-marche' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Climat : la longue marche ? &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir l'entretien dans la revue &lt;i&gt;La D&#233;croissance&lt;/i&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1023-Face-aux-nouveaux-inquisiteurs' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Face aux nouveaux inquisiteurs &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir la brochure &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?965-L-horizon-imperial-1-4' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;L'horizon imp&#233;rial&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir la conf&#233;rence chez les &lt;i&gt;D&#233;croissants d'&#206;le-de-France&lt;/i&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?833-ecologie-et-democratie-directe' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; &#201;cologie et d&#233;mocratie directe &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir l'article dans la revue &#171; Front Populaire &#187; : &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1112-Wokisme-et-obscurantisme' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Wokisme et obscurantisme : articulations et compl&#233;mentarit&#233;s &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#201;cologie politique, effondrement et &#233;cocratie</title>
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		<dc:subject>B&#233;rard Quentin</dc:subject>

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&lt;p&gt;D&#233;but du chapitre V &#171; Politiques de la nature et totalitarisme &#187; du livre &#171; &#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique. Pour une refondation &#187; (Libres&amp;Solidaires, 2021), pp. 153 &#8212;165. Pr&#233;sentation et liens disponibles ici &#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique &#8212; Pour une refondation Sommaire : Introduction I &#8211; Survol ethno-historique II &#8211; Nature humaine et humaines natures (Premi&#232;re partie) III &#8211; Histoire et contre-histoire de l'id&#233;e de Nature IV &#8211; Sources sociales-historiques de l'&#233;cologie politique (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/009576387-8.jpg?1660297481' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;D&#233;but du chapitre V &#171; Politiques de la nature et totalitarisme &#187; du livre &#171; &#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique. Pour une refondation &#187; (Libres&amp;Solidaires, 2021), pp. 153 &#8212;165.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1073-Parution-Elements-d-ecologie-politique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;sentation et liens disponibles ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_ombre&#034;&gt;&lt;figure class='spip_document_1238 spip_documents spip_documents_center' style=&#034;max-width:300px;&#034; data-w=&#034;300&#034;&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?-100-Brochures-' class=&#034;spip_in&#034; arial-label=&#034;&#034;&gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:150.09380863039%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/jpg/009576387_1_.jpg&amp;taille=300&amp;1771799851' alt='' data-src='IMG/jpg/009576387_1_.jpg' data-l='533' data-h='800' data-tailles='[\&#034;300\&#034;]' class='image_responsive avec_picturefill' srcset='index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/009576387_1_.jpg&amp;#38;taille=300&amp;#38;1771799851 1x,index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/009576387_1_.jpg&amp;#38;taille=533&amp;#38;1771799851 2x' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique &#8212; Pour une refondation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sommaire :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1085-Introduction-Elements-d-ecologie-politique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1168-Elements-d-ecologie-politique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;I &#8211; Survol ethno-historique&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; II &#8211; Nature humaine et humaines natures (&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1210-Nature-humaine-et-humaines-natures' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Premi&#232;re partie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; III &#8211; Histoire et contre-histoire de l'id&#233;e de Nature&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; IV &#8211; Sources sociales-historiques de l'&#233;cologie politique&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;V &#8211; Politiques de la nature et totalitarisme &#8212; Extrait ci-dessous...&lt;/strong&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; VI &#8211; Vers une philosophie de la nature ? (&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1103-Ecologie-politique-Vers-une-philosophie-de-la-nature' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Premi&#232;re partie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#201;l&#233;ments de conclusion&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1088-Elements-d-ecologie-politique-resumes' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Annexes : R&#233;sum&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1073-Parution-Elements-d-ecologie-politique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Quatri&#232;me de couverture&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?531-Points-de-diffusion-et-de-vente-de' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Acheter dans nos librairies&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#8212; &lt;a href=&#034;https://www.placedeslibraires.fr/livre/9782372631198-elements-d-ecologie-politique-pour-une-refondation-quentin-berard/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Acheter dans une librairie ind&#233;pendante&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#8212; &lt;a href=&#034;https://libre-solidaire.fr/epages/e02491b5-ce3a-4c00-b187-dc9ff39194fc.sf/fr_FR/?ObjectPath=/Shops/e02491b5-ce3a-4c00-b187-dc9ff39194fc/Products/179&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Commander chez l'&#233;diteur&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;(...)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;V &#8211; Politiques de la nature et totalitarisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est qu'ici, apr&#232;s avoir vu tant de notions, brass&#233; tant d'id&#233;es, &#233;voqu&#233; tant d'&#233;poques et de lieux, convoqu&#233; tant de cultures et d'auteurs, qu'il me semble que nous pouvons aborder raisonnablement l'aspect proprement politique de l'&#233;cologie politique. Tout ce qui pr&#233;c&#232;de devrait nous avoir permis de faire tomber les principaux mythes contemporains et particuli&#232;rement celui d'une grande r&#233;conciliation entre la &#171; nature &#187; et les humains, et des humains entre eux, et de l'humain avec lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus pr&#233;cis&#233;ment : nous avions vu pr&#233;c&#233;demment la profondeur des sources historiques de l'&#233;cologie politique. Trois &#233;l&#233;ments &#224; en retenir : leur anciennet&#233;, leur richesse et leur extr&#234;me diversit&#233;, alliant mythologies religieuses et stricte rationalit&#233;, sciences, &#233;conomie et courants artistiques, mouvements conservateurs, progressistes ou r&#233;actionnaires, etc. Ensuite, et en cons&#233;quence, l'aspect politiquement non fix&#233; de l'&#233;cologie politique bien comprise et enfin, sa triple confiscation par la techno-science, les courants gestionnaires ou pr&#233;tendument &#171; r&#233;volutionnaires &#187; h&#233;ritiers des pires totalitarismes et la bonne conscience des classes urbaines ais&#233;es. L'id&#233;ologie contemporaine qui en &#233;mane, l'&#233;cologisme, devrait nous inviter, en r&#233;action, &#224; la phronesis des Grecs anciens, la prudence. Une pr&#233;cision, que j'esp&#232;re inutile : la politique est ici entendue comme l'auto-organisation consciente de la soci&#233;t&#233;, le mouvement d'auto-institution que les gens op&#232;rent en permanence, qu'ils le sachent ou non, certainement pas les turpitudes des partis, pseudo-ONG et des arrivistes de tous poils qui ravagent le paysage politique depuis des d&#233;cennies &#8211; voir les d&#233;nonciations salutaires d'un Fabrice Nicolino.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; la difficult&#233;, proc&#233;dons assez simplement en trois ou quatre temps, en essayant d'anticiper ce qui pourrait advenir de nos soci&#233;t&#233;s dites d&#233;velopp&#233;es : j'&#233;voquerai d'abord l'effondrement, th&#233;matique aujourd'hui pass&#233;e dans l'imaginaire courant, puis la perspective d'un r&#233;gime &#233;cologique autoritaire, que j'appelle une &lt;i&gt;&#233;cocratie&lt;/i&gt; avec un &lt;i&gt;addendum&lt;/i&gt; sur la notion d'empire historique &#8211; qui nouera quelques fils laiss&#233;s pr&#233;c&#233;demment en suspens &#8211;, puis il faudra comprendre les enjeux et les possibilit&#233;s d'une soci&#233;t&#233; &#171; &#233;cologiste &#187;, c'est-&#224;-dire qui prendrait en compte les contraintes de cet ordre, soit quelque chose qui s'est d&#233;j&#224; formul&#233;e il y a bien longtemps comme une &lt;i&gt;d&#233;mocratie &#233;cologique&lt;/i&gt;. Et ce dernier point devrait nous amener &#224; aborder les interrogations les plus fondamentales, d'ordre philosophique, auxquelles sera consacr&#233;e la derni&#232;re s&#233;ance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1 &#8211; L'effondrement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je commence par la possibilit&#233; d'un effondrement de nos soci&#233;t&#233;s, perspective qui n'est plus per&#231;ue comme le d&#233;lire d'improbables radicaux chevelus puisqu'elle est maintenant discut&#233;e, de moins en moins discr&#232;tement, dans les plus hautes instances. Donnons-en une premi&#232;re d&#233;finition frustre, afin de parler approximativement de la m&#234;me chose, et qu'il faudra &#233;laborer : l'effondrement serait la dislocation interne et rapide d'une soci&#233;t&#233; &#8211; et chacun des termes fait question &#8211; c'est-&#224;-dire en premi&#232;re approche ni stase indolente, ni d&#233;clin progressif, ni disparition imputable &#224; un processus totalement extrins&#232;que comme une &#233;ruption volcanique (Santorin, Pomp&#233;i, etc.) ou une invasion exotique et soudaine (Am&#233;rindiens, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y aurait &#233;norm&#233;ment de choses &#224; en dire en pr&#233;liminaires, pour avoir une discussion fertile. Abordons-les dans l'ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Effondrement : mythes et r&#233;alit&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, l'id&#233;e se pr&#233;sente imm&#233;diatement sous deux faces, mythique et pragmatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la premi&#232;re, &#233;vidente : l'imaginaire humain est profond&#233;ment structur&#233; par la question de l'origine et de la disparition, les deux se nouant &#224; l'&#233;chelle de l'individu dans la mort comme passage &#224; l'&#233;ternit&#233; originelle &#8211; r&#233;incarnation, paradis, pays des anc&#234;tres, etc. &#8211; et &#224; l'&#233;chelle collective comme l'&#233;ternel retour &#224; travers la fin du monde, qui est le d&#233;but d'un autre dans une vision cyclique. Les eschatologies cataclysmiques sont donc la r&#232;gle et nous habitent depuis la nuit des temps, et l'Apocalypse (&#233;tym. &#171; qui d&#233;voile &#187;) selon saint Jean ne devrait pas nous choquer puisqu'il est difficile de ne pas en entendre une version &#224; peine plus moderne dans les discours catastrophistes, notamment cin&#233;matographiques, depuis des d&#233;cennies. Et cela n'est qu'un changement de registre, puisque ceux qui annoncent prochainement la fin du monde reprennent, lorsque ce ne sont pas les m&#234;mes, le discours de leurs pr&#233;d&#233;cesseurs qui tentaient de calculer l'&#233;ch&#233;ance de la r&#233;volution, pr&#233;cipit&#233;e par la chute du &#171; capitalisme &#187; sous ses propres contradictions&#8230; Le signe de l'eschatologie s'est invers&#233;, mais le sch&#233;ma mill&#233;nariste demeure, et ces Cassandre ne sont pas r&#233;fut&#233;es mais &lt;i&gt;d&#233;menties&lt;/i&gt; par la r&#233;alit&#233;. On pense au sympathique Yves Cochet, mais l'&#233;pisode de la &#171; vache folle &#187; dans les ann&#233;es 1990, aujourd'hui oubli&#233;e, ou celui des pluies acides une d&#233;cennie auparavant, avaient donn&#233; lieu &#224; d'innombrables proph&#233;ties cataclysmiques plus ou moins savantes. Face &#224; ceux-l&#224;, les d&#233;n&#233;gateurs des d&#233;vastations &#233;cologiques, les tenants du &lt;i&gt;statu quo&lt;/i&gt; en m&#234;me temps que du &lt;i&gt;Progr&#232;s&lt;/i&gt; font facilement bonne figure, habit&#233;s par cet autre mythe d'une &lt;i&gt;fin de l'histoire&lt;/i&gt; enfin advenue au sein de laquelle plus rien ne saurait arriver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, deuxi&#232;me face de l'id&#233;e d'effondrement, et tout aussi &#233;vidente, c'est bien s&#251;r sa r&#233;alit&#233; historique d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;e pr&#233;c&#233;demment &#8211; les nombreuses civilisations qui ont subi un tel processus &#8211; et l'accumulation, ici et maintenant, de donn&#233;es qui tendent &#224; nous placer dans une situation similaire. Je ne vais pas les lister ici, je renvoie notamment au livre de Hugues Stoeckel, ils sont maintenant sur la place publique : chute de la biodiversit&#233;, mort des sols agricoles, changements climatiques, &#233;puisement des gisements d'hydrocarbures, pollutions multiples, surcharges d&#233;mographiques, etc. Impossible de balayer cela d'un revers de manche, et il faut se rappeler que si Cassandre n'est pas entendue, elle dit malgr&#233; tout la v&#233;rit&#233; : l'esp&#232;ce humaine s'engouffre dans une des plus graves crises de son histoire et son attrition, sinon son extinction est d&#233;sormais concr&#232;tement envisageable, ne serait-ce que par vitrification thermonucl&#233;aire, &#233;ventuellement accidentelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment articuler cette dimension &#171; r&#233;elle &#187; et cette autre &#171; fantasmatique &#187;, dont le caract&#232;re ind&#233;m&#234;lable est observable in vivo chez nos bruyants &#171; collapsologues &#187; ? C'est que nous sommes incapables de donner un sens politique &#224; ce qui arrive et nous sommes r&#233;duits &#224; interpr&#233;ter, &#224; notre corps d&#233;fendant, les &#233;l&#233;ments de r&#233;alit&#233; angoissante dans des cat&#233;gories magico-religieuses, qui nourrissent le d&#233;ni, lui-m&#234;me alimentant la dramaturgie, etc. R&#233;troaction positive, cercle vicieux, cl&#244;ture mentale : tout d&#233;courage de penser, alors que c'est tr&#232;s exactement ce qui serait requis, et ce n'est pas un hasard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'effondrement &#233;cologique n'existe pas&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un trait frappant de cet enfermement, et c'est mon deuxi&#232;me point, c'est l'incapacit&#233; grandissante de la majorit&#233; des dits &#171; &#233;cologistes &#187; &#224; consid&#233;rer les autres composantes de ce m&#234;me effondrement, lorsqu'ils ne les d&#233;nient pas, voire les accompagnent ou, de plus en plus, les suscitent. Bien s&#251;r, forts de leur h&#233;ritage &#171; de gauche &#187;, ils &#233;voquent la course aux armements, le pillage du Tiers-Monde, l'emballement techno-capitaliste mais, situ&#233; dans l'angle mort form&#233; par leur id&#233;ologie, ils manquent l'&#233;l&#233;ment &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt; proprement dit. Je parle ici de tout le domaine psychique, social, culturel, anthropologique : d&#233;sorientation mentale et g&#233;n&#233;ralisation des troubles psychiatriques, &#233;croulement du niveau scolaire et avachissement intellectuel g&#233;n&#233;ral, nihilisme de l'art contemporain et nombrilisme intellectuel, fragmentation des soci&#233;t&#233;s occidentales en communaut&#233;s ethno-religieuses, r&#233;surgence des logiques tribales, communautaires, islamistes, flux migratoires exponentiels, renaissances des imp&#233;rialismes anti-occidentaux, &lt;i&gt;et c&#230;tera&lt;/i&gt; et, plus g&#233;n&#233;ralement et &#224; rebours des si&#232;cles pr&#233;c&#233;dents, absence totale de projets de soci&#233;t&#233; derri&#232;re toutes les formes de contestations ou de troubles sociaux, qui prennent des formes anomiques et s'en multiplient d'autant, voire convergent dans un mill&#233;narisme de moins en moins dissimul&#233;. Tout cela participe en plein &#224; la dynamique de l'effondrement. Bien entendu, la plupart de ceux qui les consid&#232;rent restent, de leur c&#244;t&#233;, obstin&#233;ment sourds aux dimensions &#233;cologiques de la situation : les positions, parti pris, raisonnements sont cloisonn&#233;s alors m&#234;me que la crise que nous traversons est &lt;i&gt;multidimensionnelle&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est l&#224; un point central : il n'y a jamais eu d'effondrement uniquement attribuable &#224; des &#233;l&#233;ments &#171; &#233;cologiques &#187;. De la litt&#233;rature sur la question, nous avions tir&#233; ant&#233;rieurement trois facteurs d&#233;terminants : ceux purement politico-culturels, ceux g&#233;opolitiques, puis les facteurs, disons, &#171; purement &#187; biosph&#233;riques. Ces derniers sont connus, mais peu nombreux : changements climatiques, &#233;v&#233;nements g&#233;ologiques, etc. &#201;v&#233;nements objectifs s'il en est et sur lequel personne n'a r&#233;ellement prise mais qui prennent place dans le monde humain, ne serait-ce que parce qu'ils se sont toujours manifest&#233;s (exception faite des ph&#233;nom&#232;nes astronomiques : m&#233;t&#233;orites) par des signes avant-coureurs &#8211; on pense bien s&#251;r &#224; Pomp&#233;i ou Herculanum, il faudrait citer aujourd'hui Naples ou San Francisco &#8211; qui font sens ou non pour les soci&#233;t&#233;s consid&#233;r&#233;es. Cela implique donc imm&#233;diatement les facteurs socio-politiques et culturel-anthropologiques. Innombrables, ils rel&#232;vent autant de la m&#233;moire collective (les Anasazis n'ayant pas gard&#233; de souvenir des s&#233;cheresses ant&#233;rieures ou l'Occident n'ayant pas entendu l'avertissement du virus H1N1 de 2008) que de la perception de la r&#233;alit&#233; (l'envasement progressif des canaux hydrauliques de l'empire d'Angkor ou depuis cinquante ans l'explosion d&#233;mographique africaine ou indienne), de l'investissement qu'il faudrait pour r&#233;soudre les probl&#232;mes (la bureaucratie et la corruption gangrenant l'Empire romain) ou de la cr&#233;ativit&#233; n&#233;cessaire pour y rem&#233;dier (les Sum&#233;riens rempla&#231;ant progressivement le bl&#233; par l'orge, aggravant le probl&#232;me de la salinisation), etc. Cela est g&#233;n&#233;ralisable, bien entendu, &#224; tous types de probl&#232;mes rencontr&#233;s, qu'ils soient &#233;cologiques, agricoles, &#233;conomiques, politiques, sociaux, etc. : c'est toujours la &lt;i&gt;totalit&#233; de l'institution sociale&lt;/i&gt; consid&#233;r&#233;e qui se trouve alors en position, ou non, de percevoir, de comprendre, de chercher, de pr&#233;venir, de traiter, bref de faire face. Et enfin, entre ces deux facteurs, l'un &#171; naturel &#187;, l'autre socio-politique, il y a l'&lt;i&gt;environnement humain&lt;/i&gt; : les autres soci&#233;t&#233;s humaines avoisinantes. Il est clair qu'&#234;tre cern&#233;s de cultures hostiles (comme les Vikings au Groenland) ne favorise pas la survie, mais l'interd&#233;pendance, paradoxalement, peut entra&#238;ner un effondrement en s&#233;rie. C'est ce qui s'est pass&#233; en M&#233;diterran&#233;e orientale &#224; la fin de l'&#226;ge de bronze, o&#249; les relations &#233;troites (&#233;conomiques, commerciales, diplomatiques, alimentaires, etc.) qu'entretenaient alors l'&#201;gypte, les Hittites, les Canan&#233;ens, les Assyriens, les Minoens, etc. ont plong&#233; toute la r&#233;gion dans le chaos. C'est le cas typique d'une &lt;i&gt;perfect storm&lt;/i&gt;, temp&#234;te parfaite o&#249; se m&#234;lent &#233;l&#233;ments naturels, socio-politiques et g&#233;opolitiques. Le mim&#233;tisme international actuel, course mondiale &#224; la puissance, semble &#234;tre un autre cas o&#249; le premier qui ralentit devient la proie des autres &#8211; aspect incontournable pourtant rarement &#233;voqu&#233; par les mouvements &#171; d&#233;croissants &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;capitulons ces quelques points sur cette notion d'effondrement : d'abord son caract&#232;re biface, &#224; la fois mythe ancestral et r&#233;alit&#233; tangible, la d&#233;signe comme devant &#234;tre pens&#233;e lucidement afin d'&#233;chapper &#224; l'alternative infernale d&#233;ni/catastrophisme ; ensuite la dynamique multifactorielle qu'elle recouvre, que l'on ne saurait r&#233;duire &#224; sa dimension seulement &#233;cologique, ou bien migratoire ou culturelle ; enfin cette interp&#233;n&#233;tration qu'elle exige des &#233;l&#233;ments &#171; naturels &#187;, socio-politique et g&#233;opolitique. Voil&#224; quelques consid&#233;rations qui me semblent constituer le minima requisit pour aborder rationnellement la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'effondrement comme cl&#244;ture&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Impossible, ici, d'aller plus loin, mais j'aimerais finir cette partie sur ce qui me semble le plus important. Tout comme les soci&#233;t&#233;s engag&#233;es sur la voie de l'effondrement peuvent &#234;tre incapables de r&#233;agir ou m&#234;me d'entrer dans une spirale infernale, elles peuvent tout &#224; fait contrer les processus d&#233;l&#233;t&#232;res : &#231;a a &#233;t&#233; le cas dans l'histoire, nous l'avons vu, &#231;a a &#233;t&#233; le cas de l'Europe du xive si&#232;cle, alors que la chute des rendements agricoles se conjuguait aux ravages de la guerre de Cent Ans et aux d&#233;vastations de la Grande Peste. On peut aussi penser, &#224; un degr&#233; moindre, &#224; l'Am&#233;rique des ann&#233;es 1930, victime du &lt;i&gt;Dust Bowl &lt;/i&gt; autant que de la crise &#233;conomique ou des migrations int&#233;rieures avec des ph&#233;nom&#232;nes auto-catalyseurs (ch&#244;mage, dissensions internes, etc.). Il faudrait se pencher sur ces missed collapses, et je crois que l'on trouverait &#224; chaque fois, sans difficult&#233;, un d&#233;nominateur commun : ces soci&#233;t&#233;s ont su modifier leurs pratiques, changer leurs conceptions, rompre les &#233;vidences qui leur semblaient inamovibles, c'est-&#224;-dire inventer quelque chose de nouveau, &lt;i&gt;cr&#233;er&lt;/i&gt; les conditions d'une relative r&#233;-institution ou, pour reprendre l'expression de C. Castoriadis, &lt;i&gt;briser la cl&#244;ture&lt;/i&gt; dans laquelle tendent &#224; s'enfermer les cultures et les psychismes, comme nous l'avons d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;. Et cela se fait sur les trois fronts : celui de la relation aux &#233;l&#233;ments naturels, celui du fonctionnement et de l'organisation sociale elle-m&#234;me, et celui des relations g&#233;opolitiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bien s&#251;r &#224; ce nouveau qu'invite la situation actuelle mais, &#224; rebours de l'air du temps, il faut rappeler que tout ce qui est &#171; nouveau &#187; n'est pas forc&#233;ment souhaitable &#8211; &#224; l'oppos&#233; du postulat fondateur des progressismes &#8211; et c'est pr&#233;cis&#233;ment ce qu'il nous faut envisager.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2 &#8211; L'&#233;cologisme autoritaire : l'&#233;cocratie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alternative &#224; un effondrement imminent, ou faisant suite &#224; un effondrement partiel, un &#233;cologisme autoritaire ou &#233;cocratie. J'entends par ce terme que je ne fais que reprendre une soci&#233;t&#233; qui placerait les mesures &#233;cologiques au-dessus de toutes les autres consid&#233;rations, c'est-&#224;-dire un r&#233;gime politique domin&#233; par une &#233;lite scientifique, mettant en place un &#233;tat policier capable de contr&#244;ler sa population arguant, &#224; tort ou &#224; raison, de sa survie biologique. C'est l'&#233;ventualit&#233; que les &#233;cologistes d&#233;signaient d&#232;s les ann&#233;es 1970 par &#171; &#233;cofascisme &#187; que l'on pourrait plus justement nommer, pour &#233;viter la farce &#171; antifasciste &#187;, le &#171; totalitarisme &#233;cologique &#187; ou &#171; &#233;co-totalitarisme &#187;, etc. Pr&#233;cision : il n'est pas ici question des d&#233;cisions difficiles &#224; prendre par un gouvernement face &#224; une minorit&#233; nuisible ou m&#234;me face &#224; une majorit&#233; insouciante, ou de la contrainte qu'on peut &#234;tre amen&#233; &#224; exercer malgr&#233; des pressions, des lobbys de toutes sortes, afin de faire valoir l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral &#8211; la politique n'est pas un long fleuve tranquille. Je parle ici d'un recours &lt;i&gt;syst&#233;matique&lt;/i&gt; &#224; l'expert, au sp&#233;cialiste, au savant, &#224; la science, &#224; l'&lt;i&gt;&#233;pist&#233;m&#232;&lt;/i&gt;, donc finalement &lt;i&gt;&#224; la nature&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire &#224; l'anti-&lt;i&gt;d&#233;mo-cratie&lt;/i&gt; devenu r&#233;gime politique, r&#233;gime de la nature, &lt;i&gt;&#233;co-cratie&lt;/i&gt;, l'&#233;tymologie me semble parlante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une perspective cr&#233;dible&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On aurait tort de n'y voir qu'un sc&#233;nario de science-fiction, ou plut&#244;t de ne pas &#233;couter cette derni&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, vous le savez, parce que le mod&#232;le des soci&#233;t&#233;s occidentales m&#232;ne &#224; une impasse : celles-ci ne tiennent plus que par l'abondance mat&#233;rielle de la soci&#233;t&#233; de consommation qu'elles promettent &#224; qui se plient a minima &#224; ses r&#232;gles, alors que les contraintes biophysiques de la plan&#232;te rendent impossible non seulement l'extension d'un tel mode de vie &#224; tous les peuples qui y aspirent passionn&#233;ment &#8211; jusqu'&#224; en mourir sur les routes migratoires &#8211; mais seulement son maintien en l'&#233;tat actuel. Autrement dit : ce n'est pas seulement un mauvais moment &#224; passer, c'est tout l'agencement symbolique, les fondements de l'institution de nos soci&#233;t&#233;s, qui va se disloquer, et l'heure est aux moyens de prolonger ce sursis. Lorsqu'on sait la dimension mythique qu'a prise la soci&#233;t&#233; de consommation pour toutes les populations &#8211; qu'elles s'y complaisent ou qu'elles y aspirent &#8211;, il est clair que les restrictions qui vont devoir &#234;tre prises vont susciter des r&#233;actions absolument impr&#233;visibles, et un remaniement global du statu quo &#224; toutes les &#233;chelles. Ajoutez &#224; cela le fait que les cons&#233;quences &#233;cologiques des activit&#233;s humaines sont elles aussi inconnues pour une grande part, et que les dangers r&#233;els vont aller se multipliant : effets impr&#233;visibles des changements climatiques, mais &#233;galement du tarissement de la disponibilit&#233; en hydrocarbures, de la diss&#233;mination des OGM, de l'&#233;mergence de nouveaux pathog&#232;nes ou d'esp&#232;ces invasives, des migrations en s&#233;rie ou de la rar&#233;faction de l'eau potable, etc. Nous entrons dans une p&#233;riode historique de crises profondes. Et dans ce contexte, la perspective d'une &#233;cocratie ne d&#233;pla&#238;t pas &#224; nombre de personnes paniqu&#233;es, &#224; raison, par la d&#233;t&#233;rioration alarmante de la biosph&#232;re &#8211; je crois que c'est un sentiment qui traverse tous ceux qui se penchent sur ces questions. Certains la revendiquent explicitement, sous l'autorit&#233; de Hans Jonas et de son &#171; Principe responsabilit&#233; &#187;, et cela devient un des piliers de moins en moins discrets de l'id&#233;ologie de l'&#233;cologisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite les ressorts du totalitarisme sont loin d'&#234;tre inactifs m&#234;me s'ils peuvent prendre des formes encore inconnues : les grands &#201;tats contemporains ont acquis des techniques hallucinantes d'information, de manipulation et de contrainte, les troubles sociaux et culturels s'accroissent tandis que les appels &#224; l'autoritarisme se multiplient &#8211; &#224; &#171; droite &#187; pour la restauration de l'ordre pr&#233;tendument &#171; r&#233;publicain &#187;, mais surtout &#224; &#171; gauche &#187; contre un introuvable &#171; fascisme &#187; autochtone &#8211; et que l'inflation l&#233;gislative vide la loi de toute substance, ouvrant la voie &#224; l'arbitraire &#224; tous les &#233;tages dans un contexte de troubles grandissants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, dernier &#233;l&#233;ment : l'&#233;cologie politique elle-m&#234;me est &#233;minemment ambigu&#235;, nous l'avons d&#233;j&#224; constat&#233;. Une de ses sources, qui est la face &#233;merg&#233;e de l'iceberg, est la gestion &#233;tatique des ressources, dont la boussole est le pragmatisme le plus &#171; r&#233;aliste &#187; (pensez au p&#233;trole et sa force g&#233;opolitique) qui peut mener &#224; tous les d&#233;lires de la g&#233;o-ing&#233;nierie. Et la science &#233;cologique n'en est pas moins froide et indiff&#233;rente, et revendique la connaissance vraie ou exacte de la nature qui, par d&#233;finition, n'a rien de populaire ni de d&#233;mocratique, voire est profond&#233;ment scientiste &#8211; on pense &#224; la sociobiologie. Cons&#233;quemment, nous l'avions &#233;galement point&#233;, la n&#233;buleuse &#233;cologique &#171; officielle &#187; ou disons visible, est compl&#232;tement coup&#233;e de la masse des populations, des petites gens, y compris et surtout ceux dont la nature est le lieu de vie et de travail, et une nature, comme le dit excellemment F. Terrasson, faite aussi de mar&#233;cages, de putr&#233;faction et d'obscurit&#233;, pas de gazouillis d'oiseaux dans le cadre bucolique des vacanciers. Et puis, &#233;galement vu pr&#233;c&#233;demment, cette &#233;cologie-l&#224;, l'&#233;cologisme, est tr&#232;s largement &#171; de gauche &#187;, sinon d'extr&#234;me gauche, c'est-&#224;-dire aux mains des h&#233;ritiers des pires totalitarismes &#8211; russe (URSS), asiatique (Chine mao&#239;ste, Cambodge khmer, etc.), latinos (Nicaragua, Cuba, etc.) arabo-musulmans (Irak baasiste, Libye de Khadafi, Syrie, etc.), etc. &#8211; sans en avoir tir&#233; ne serait-ce que l'ombre d'un bilan, contrairement &#224; leurs homologues &#171; de droite &#187;. Il me faut rappeler ici que les totalitarismes ont &#233;t&#233;, &lt;i&gt;r&#233;ellement&lt;/i&gt;, des anti-capitalismes, des anti-nationalismes, des anti-occidentalismes, des sorties de la modernit&#233;, etc. Entendre certains &#233;cologistes r&#234;ver &#224; un &#171; &#233;co-socialisme &#187; fait froid dans le dos, d'autant plus lorsqu'on les voit s'acoquiner avec les milieux id&#233;ologis&#233;s les plus r&#233;gressifs, v&#233;gans, n&#233;o-f&#233;ministes, communautaristes, racialistes, islamistes, etc. comme le montre l'&#233;volution consternante d'&#171; Europe &#201;cologie Les Verts &#187;, que l'on distingue de plus en plus mal des pires groupuscules gauchisants. Tout cela rend tr&#232;s cr&#233;dible l'&#233;mergence de politiques autoritaires, sans doute apr&#232;s de longues oppositions des populations de tout changement de niveau de vie, et faisant suite au passage d'un effet de seuil &#8211; les mesures contre la pand&#233;mie de Covid-19 en donnant comme un avant-go&#251;t. Enfin, &lt;i&gt;last but not least&lt;/i&gt;, et quitte &#224; se r&#233;p&#233;ter, l'&#233;cologie politique contemporaine est grosse d'une tonalit&#233; fortement maternelle sinon &lt;i&gt;maternante&lt;/i&gt; : il s'agit de &#171; prendre soin de &#187;, de la nature, de la sant&#233;, des corps, des Autres, etc. L'&#201;tat, un peu partout, se r&#233;clame d'une dimension protectrice, bienfaisante, pacificatrice, non-violente, qui ne peut qu'emporter la soumission des peuples terroris&#233;s par la peur du manque et de la violence &#8211; c'est la perspective &#171; Big Mother &#187; esquiss&#233; par Michel Schneider, un autoritarisme pervers qui infantilise moins par la contrainte directe que par des injonctions culpabilisantes au &#171; Bien &#187;, au &#171; politiquement correct &#187;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;cocratie comme impossibilit&#233; pratique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inutile, je crois, de d&#233;tailler ce &#224; quoi pourrait ressembler une &#233;cocratie, tout le monde peut l'imaginer sans peine. Par contre, je pense n&#233;cessaire de montrer pourquoi et comment un tel r&#233;gime ne pourrait qu'&#234;tre inefficace face aux probl&#232;mes &#233;cologiques, et cela nous introduira &#224; des questionnements int&#233;ressants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...)&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;l&#233;ments bibliographiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La bibliographie ci-dessous a &#233;t&#233; r&#233;duite au minimum : il y manque d'un c&#244;t&#233; tous les &#171; classiques &#187; de l'&#233;cologie politique et des disciplines abord&#233;es, largement connus, ainsi que, de l'autre, les ouvrages aux th&#233;matiques apparemment trop &#233;loign&#233;es, sans m&#234;me parler de tous ceux dont l'apport, loin d'&#234;tre nul, n'a pas &#233;t&#233; significatif. N'ont donc &#233;t&#233; retenus que les titres ayant express&#233;ment servi &#224; l'&#233;laboration des s&#233;ances &#224; divers degr&#233;s, et regroup&#233;s grosso modo selon leur ordre, m&#234;me si beaucoup sont transversaux.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En gras les livres dont la lecture est vivement recommand&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alphand&#233;ry Pierre, Ritoun Pierre, Yves Dupont, &lt;i&gt;L'&#201;quivoque &#233;cologique&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, coll. &#171; Cahiers libres &#187;, 1991&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Barbault Robert, Weber Jacques, &lt;i&gt;La Vie, quelle entreprise ! Pour une r&#233;volution &#233;cologique de l'&#233;conomie&lt;/i&gt;, Seuil, coll. &#171; Science ouverte &#187;, 2010&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bookchin M., &lt;i&gt;Une Soci&#233;t&#233; &#224; refaire. Vers une &#233;cologie de la libert&#233;&lt;/i&gt;, Atelier de cr&#233;ation libertaire, 1992&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bourg Dominique, Del&#233;age Jean-Paul, &lt;i&gt;Les Sc&#233;narios de l'&#233;cologie&lt;/i&gt;, Hachette, coll. &#171; Questions de soci&#233;t&#233; &#187; 1996&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Castoriadis Cornelius, &#171; Anthropologie, philosophie, politique &#187; dans &lt;i&gt;La mont&#233;e de l'insignifiance. Les carrefours du labyrinthe 4&lt;/i&gt;, Seuil, coll. &#171; Points essais &#187;, 2007&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Castoriadis Cornelius &#171; Science moderne et interrogation philosophique &#187; dans &lt;i&gt;Les Carrefours du labyrinthe 1&lt;/i&gt;, Seuil, coll. &#171; Points essais &#187;, 2007&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Castoriadis Cornelius, &#171; Le cache-mis&#232;re de l'&#233;thique &#187; dans &lt;i&gt;La Mont&#233;e de l'insignifiance. Les carrefours du labyrinthe 4&lt;/i&gt;, Seuil, coll. &#171; Points essais &#187;, 2007&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cline Eric H., 1 177 avant J.-C. &lt;i&gt;Le jour o&#249; la civilisation s'est effondr&#233;e&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2016&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De Perthuis Christian, Jouvet Pierre-Andr&#233;, &lt;i&gt;Le Capital vert. Une nouvelle perspective de croissance&lt;/i&gt;, Odile Jacob, 2013&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fargette Guy, &lt;i&gt;Le Cr&#233;puscule du xxe si&#232;cle&lt;/i&gt;, n&#176; 12 &#224; 37, ao&#251;t 2004 &#8211; janvier 2019&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fitoussi Jean-Paul, Laurent &#201;loi, &lt;i&gt;La Nouvelle &#201;cologie politique. &#201;conomie et d&#233;veloppement humain&lt;/i&gt;, Seuil, coll. &#171; La R&#233;publique des id&#233;es &#187;, 2008&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Flipo Fabrice, &lt;i&gt;L'&#201;cologie autoritaire&lt;/i&gt;, Iste &#201;ditions, 2017&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guille-Escuret Georges, &lt;i&gt;L'&#201;cologie kidnapp&#233;e&lt;/i&gt;, PUF, 2014&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illich Ivan, &lt;i&gt;La Convivialit&#233;&lt;/i&gt;, Seuil, coll. &#171; Points essais &#187;, 2003&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kempf Herv&#233;, &lt;i&gt;Comment les riches d&#233;truisent la plan&#232;te&lt;/i&gt;, Seuil, coll. &#171; L'histoire imm&#233;diate &#187;, 2007&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Latour Bruno, &lt;i&gt;Politiques de la nature. Comment faire entrer les sciences dans la d&#233;mocratie&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, coll. &#171; Armillaire &#187;, 1999&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lecourt D., Contre la peur. &lt;i&gt;De la science &#224; l'&#233;thique, une aventure infinie suivi de Critique de l'appel de Heidelberg&lt;/i&gt;, Hachette, coll. &#171; Pluriel &#187;, 1993&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Collectif Lieux communs, &lt;i&gt;D&#233;mocratie Directe &#8211; Projet, enjeux, perspectives&lt;/i&gt;, 3 vol. (&lt;i&gt;Contre l'oligarchie, Lutter pour l'auto-gouvernement des peuples, Ce que pourrait &#234;tre une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique&lt;/i&gt;), brochure n&#176; 20, 20 bis, 20 ter, avril 2013 &#8211; mai 2014 &#8211; janvier 2015&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Collectif Lieux communs, &lt;i&gt;Id&#233;ologies contemporaines. Effondrement et permanence du politico-religieux&lt;/i&gt;, brochure n&#176; 22, juin 2017&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Collectif Lieux communs, &lt;i&gt;L'horizon imp&#233;rial. Soci&#233;t&#233;s chaotiques et logique d'empire&lt;/i&gt;, brochure n&#176; 23, mars 2018&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Collectif Lieux communs,&lt;i&gt; &#201;cologie, pand&#233;mie &amp; d&#233;mocratie directe. L'&#233;cologie politique dans la crise mondiale&lt;/i&gt;, 2 vol., brochure n&#176; 26, 26 bis, mai 2020&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De Longeaux Nicolas, &lt;i&gt;La Nature et la norme. La philosophie politique contemporaine face aux questions &#233;cologiques&lt;/i&gt;, L'Harmattan, &#171; Ouverture philosophique &#187;, 2009&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Martinez-Gros Gabriel, &lt;i&gt;Br&#232;ve Histoire des empires. Comment ils surgissent, comment ils s'effondrent&lt;/i&gt;, Le Seuil, coll. &#171; La couleur des id&#233;es &#187;, 2014&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Morand Serge,&lt;i&gt; L'Homme, la faune sauvage et la peste. La col&#232;re d'un &#233;cologue de combat&lt;/i&gt;, Fayard, 2020&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mumford Lewis, &lt;i&gt;Technique et civilisation&lt;/i&gt;, Seuil, coll. &#171; Collections esprit &#187;, 1976&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nemo Philippe, &lt;i&gt;Qu'est-ce que l'Occident ?&lt;/i&gt;, PUF, 2016&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nicolino Fabrice, &lt;i&gt;Qui a tu&#233; l'&#233;cologie ? Greenpeace, WWF, Fondation Nicolas Hulot, France Nature Environnement en accusation&lt;/i&gt;, Les liens qui lib&#232;rent, 2011&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ost Fran&#231;ois, &lt;i&gt;La Nature hors la loi. L'&#233;cologie &#224; l'&#233;preuve du droit&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, coll. &#171; Poche &#187;, 2003&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partant Fran&#231;ois, &lt;i&gt;La Fin du d&#233;veloppement. Naissance d'une alternative ?&lt;/i&gt;, Actes Sud, coll. &#171; Babel &#187;, 1997&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pasquinet Jean-Luc, &lt;i&gt;Relocaliser. Pour une soci&#233;t&#233; plus d&#233;mocratique et antiproductiviste&lt;/i&gt;, Libre &amp; solidaire, 2016&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pichot Andr&#233;, &lt;i&gt;Aux Origines des th&#233;ories raciales. De la Bible &#224; Darwin&lt;/i&gt;, Flammarion, coll. &#171; la biblioth&#232;que des savoirs &#187;, 2008&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pichot Andr&#233;, &lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; pure. de Darwin &#224; Hitler&lt;/i&gt;, Flammarion, coll. &#171; Champs &#187;, 2001&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pickel-Chevalier Sylvine, &lt;i&gt;L'Occident face &#224; la nature. &#192; la confluence des sciences, de la philosophie et des arts&lt;/i&gt;, Le Cavalier Bleu, 2014&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Polanyi Karl, &lt;i&gt;La Grande Transformation. Aux origines politiques et &#233;conomiques de notre temps&lt;/i&gt;, Gallimard, coll. &#171; Biblioth&#232;que des sciences humaines, 1983&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Schneider Michel, &lt;i&gt;Big Mother. Psychopathologie de la vie politique&lt;/i&gt;, Odile Jacob, coll. &#171; Poches &#187;, 2005&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simonnet Dominique, &lt;i&gt;L'&#201;cologisme&lt;/i&gt;, coll. &#171; Que sais-je ? &#187;, PUF, 1979&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sourouille Michel (sous la dir. de), &lt;i&gt;Moins nombreux, plus heureux. L'urgence &#233;cologique de repenser la d&#233;mographie&lt;/i&gt;, Sang de la Terre, 2014&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;St&#339;ckel Hugues,&lt;i&gt; Faim du monde. L'humanit&#233; au bord d'une famine globale&lt;/i&gt;, Max Milo, coll. &#171; Essais et documents &#187;, 2011&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tainter Joseph A., &lt;i&gt;L'Effondrement des soci&#233;t&#233;s complexes, Le Retour aux sources&lt;/i&gt;, coll. &#171; Nouvelles &#233;tudes en arch&#233;ologie &#187;, 2013&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tarrier Michel R., &lt;i&gt;Dictature verte&lt;/i&gt;, Presses du Midi, 2010&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'&#233;cologie politique contre l'&#233;cologisme</title>
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		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cologie (d&#233;)coloniale</dc:subject>
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		<dc:subject>Primitivisme</dc:subject>
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		<dc:subject>Pseudo-subversion</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Tribune publi&#233;e le 29 janvier 2022 dans &#171; Front Populaire &#187; en ligne puis reproduite sur le site de l'Observatoire des id&#233;ologies identitaires. Les liens hypertextes supprim&#233;s lors de l'&#233;dition ont &#233;t&#233; restaur&#233;s. Les saillies de Sandrine Rousseau provoquent r&#233;guli&#232;rement incr&#233;dulit&#233;, consternation ou hilarit&#233;, au point que l'on s'est r&#233;joui de voir promu l'insipide Yannick Jadot incarner l'&#233;cologie &#171; de gouvernement &#187; &#8211; c'est-&#224;-dire impuissante. Mais il faudrait prendre au s&#233;rieux la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-81-philosophie-+" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-264-Ecologie-de-coloniale-+" rel="tag"&gt;&#201;cologie (d&#233;)coloniale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-31-gauchisme-+" rel="tag"&gt;Gauchisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-87-post-modernisme-+" rel="tag"&gt;Post-modernisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-114-paleo-marxismes-+" rel="tag"&gt;Pal&#233;o-marxismes&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-113-ecologisme-+" rel="tag"&gt;&#201;cologisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-89-ecologie-+" rel="tag"&gt;&#201;cologie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/peinture-representant-larche-noe-ararat-simon-myle-1570_0.webp?1645776876' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='118' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Tribune publi&#233;e &lt;a href=&#034;https://frontpopulaire.fr/o/Content/co758964/l-ecologie-politique-contre-l-ecologisme&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;le 29 janvier 2022 dans &#171; Front Populaire &#187; en ligne&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; puis reproduite &lt;a href=&#034;https://decolonialisme.fr/lecologie-politique-contre-lecologisme/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;sur le site de l'Observatoire des id&#233;ologies identitaires&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Les liens hypertextes supprim&#233;s lors de l'&#233;dition ont &#233;t&#233; restaur&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les saillies de &lt;a href=&#034;https://www.marianne.net/agora/tribunes-libres/sandrine-rousseau-larbre-qui-cache-la-foret-woke&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Sandrine Rousseau&lt;/a&gt; provoquent r&#233;guli&#232;rement incr&#233;dulit&#233;, consternation ou hilarit&#233;, au point que l'on s'est r&#233;joui de voir promu l'insipide Yannick Jadot incarner l'&#233;cologie &#171; de gouvernement &#187; &#8211; c'est-&#224;-dire impuissante. Mais il faudrait prendre au s&#233;rieux la puissance du mouvement dit &#171; woke &#187; dans la mouvance &#233;cologiste : faire pi&#232;ce &#224; ces discours d&#233;lirants exige, surtout, de comprendre comment nous en sommes arriv&#233; l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Entrisme islamo-indig&#233;niste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, ce n'est pas seulement &lt;a href=&#034;https://www.marianne.net/politique/ecolos/mixite-choisie-colonisation-patriarcale-la-novlangue-en-force-aux-journees-dete-eelv&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'appareil EELV&lt;/a&gt; qui d&#233;file et fricote avec des islamo-gauchistes comme &lt;a href=&#034;https://www.marianne.net/societe/laicite-et-religions/loi-separatisme-esther-benbassa-patauge-au-micro-deurope-1&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Esther Benbassa&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;https://www.marianne.net/societe/laicite-et-religions/a-bagnolet-des-habitants-tres-inquiets-de-limplantation-dune-association-indigeniste&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Fatima Ouassak&lt;/a&gt; ou &lt;a href=&#034;https://www.marianne.net/politique/gauche/roubaix-ali-rahni-le-militant-controverse-par-qui-lunion-de-la-gauche-a-eclate&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ali Rahni&lt;/a&gt;, ou les municipalit&#233;s &#171; vertes &#187; (&lt;a href=&#034;https://www.marianne.net/agora/entretiens-et-debats/la-politique-menee-par-eric-piolle-a-grenoble-nest-pas-du-tout-ecologique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Grenoble&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;https://www.marianne.net/societe/ecologie/de-lyon-a-bordeaux-en-passant-par-grenoble-et-strasbourg-les-maires-ecolos-sont-ils-tous-nuls&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Bordeaux,&lt;/a&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marianne.net/societe/ecologie/de-lyon-a-bordeaux-en-passant-par-grenoble-et-strasbourg-les-maires-ecolos-sont-ils-tous-nuls&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lyon&lt;/a&gt;&#8230;) &#224; l'avant-garde du &#171; n&#233;o-f&#233;minisme &#187; ou des id&#233;ologues v&#233;gans. Il y a la plupart des milieux &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=mbmSCZTM3u8&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;universitaires&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;https://www.seuil.com/ouvrage/sentir-penser-avec-la-terre-arturo-escobar/9782021389852&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;ditoriaux&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/01/24/aux-origines-coloniales-de-la-crise-ecologique_6027034_3232.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;m&#233;diatiques&lt;/a&gt; qui diffusent massivement les discours de l'&lt;a href=&#034;http://www.fondationecolo.org/blog/Une-ecologie-decoloniale-de-Malcom-FERDINAND-6e-Prix-du-livre-de-la-FEP&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; &#233;cologie d&#233;coloniale &#187;&lt;/a&gt; mais aussi les journaux de r&#233;f&#233;rence comme &lt;i&gt;Reporterre&lt;/i&gt; qui promeuvent &lt;a href=&#034;https://reporterre.net/Marche-pour-Adama-ecologie-et-antiracisme-veulent-faire-force-ensemble&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le gang Traor&#233;&lt;/a&gt; ou &lt;a href=&#034;https://reporterre.net/Quelle-rencontre-entre-l-Islam-et-l-ecologie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Nabil Ennaseri&lt;/a&gt;, proche du Qatar. Ce sont encore nombres de groupuscules comme &#171; Pour une &#201;cologie Populaire et Sociale &#187; qui se mettent &#224; l'&#233;cole de &lt;a href=&#034;https://pepspouruneecologiepopulaireetsociale.files.wordpress.com/2020/07/affiche-et-programme-v3.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Danielle Obono ou&lt;/a&gt;&lt;a href=&#034;https://pepspouruneecologiepopulaireetsociale.files.wordpress.com/2020/07/affiche-et-programme-v3.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;de&lt;/a&gt;&lt;a href=&#034;https://pepspouruneecologiepopulaireetsociale.files.wordpress.com/2020/07/affiche-et-programme-v3.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Rhokaya Diallo&lt;/a&gt;, mais aussi les revues militantes historiques comme &lt;i&gt;Silence !&lt;/i&gt; qui se convertissent &#224; ce &lt;a href=&#034;https://www.revuesilence.net/IMG/pdf/silence422.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;nouveau cat&#233;chisme&lt;/a&gt; ou les milieux de la &lt;a href=&#034;https://consomouslim.com/l-ilot-des-combes-lheure-du-changement/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;permaculture&lt;/a&gt;, du bio et des &#233;co-lieux peu &#224; peu infiltr&#233;s par le &lt;a href=&#034;https://www.al-kanz.org/2019/12/05/halal-avs-nature-bio/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;halal&lt;/a&gt;, l'&#233;criture inclusive et l'&lt;a href=&#034;https://www.yabiladi.com/articles/details/24855/muslim-site-prone-jihad-ecologique.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;&#233;co-Jihad&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. Et il n'a fallu qu'un passage aux USA pour que Greta Thunberg d&#233;clare la lutte &#171; pour le climat &#187; lutte contre les &lt;a href=&#034;https://www.lefigaro.fr/vox/monde/greta-thunberg-et-le-spectre-de-l-ecologie-decoloniale-20191212&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; syst&#232;mes d'oppression coloniaux, racistes et patriarcaux &#187;&lt;/a&gt;. Les quelques rares opposants comme la revue &lt;a href=&#034;https://twitter.com/autodis0/status/1379815153026367488&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;La D&#233;croissance&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; ou &lt;i&gt;Pi&#232;ces et Main d'&#338;uvre&lt;/i&gt; r&#233;coltent &lt;a href=&#034;https://manif-est.info/La-decroissance-ce-journal-que-nous-n-acheterons-pas-1109.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;les anath&#232;mes convenus&lt;/a&gt;, l&lt;a href=&#034;https://www.piecesetmaindoeuvre.com/IMG/pdf/LA_JOURNE_E_DE_L_AMOUR.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;es menaces voire des actions violentes&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas l&#224; de la simple cons&#233;quence d'un entrisme conjoncturel : cette lame de fond constitue la derni&#232;re &#233;tape en date d'une longue trajectoire qui mobilise les &lt;i&gt;fondements m&#234;me&lt;/i&gt; de l'&#233;cologie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Remise en cause des fondements de l'&#233;cologie politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celle-ci s'est institu&#233;e progressivement dans l'apr&#232;s-guerre, nouant les fils &#233;pars des d&#233;cennies et des si&#232;cles pr&#233;c&#233;dents, &#224; l'intersection du f&#233;minisme et des sciences exactes, des luttes populaires et de l'hygi&#233;nisme, de l'&#233;conomie des ressources et des sentiments religieux. Cette h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; a &#233;t&#233; emport&#233;e dans les mouvements des ann&#233;es 60 puis &#233;vinc&#233;e au fil de la domination id&#233;ologique de la gauche progressiste. Depuis, et malgr&#233; quelques tentatives, l'&#233;cologie politique ne s'est jamais &#233;mancip&#233;e de cet univers mental, et n'a pu qu'&#234;tre entra&#238;n&#233;e par la lente d&#233;g&#233;n&#233;rescence de la gauche jusqu'&#224; aujourd'hui, dont le &#171; wokisme &#187; est &#224; la fois le sympt&#244;me &#233;clatant et la phase terminale. De m&#234;me que les surench&#232;res continues des islamo-gauchistes obligent la gauche et ses extr&#233;mit&#233;s &#224; une profonde, mais tacite, introspection, les &#233;cologistes devraient se demander, eux aussi, comment ils ont bien pu en arriver l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique &#233;cologique du monde moderne &#233;tant une radicalisation de la critique port&#233;e par les gauches historiques envers les soci&#233;t&#233;s modernes, elle en reprend les pires travers en les radicalisant eux aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Absence des travailleurs de la nature&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, &#224; rebours de ses racines historiques, la gauche a progressivement abandonn&#233; les &#171; classes ouvri&#232;res &#187;, trop d&#233;sob&#233;issantes, leur pr&#233;f&#233;rant peu-&#224;-peu les fellagas, le Viet Cong et les masses chinoises, puis les immigr&#233;s, de pr&#233;f&#233;rence musulmans et aujourd'hui &#171; racis&#233;s &#187;&#8230; L'&#233;cologie politique, telle qu'elle s'est institu&#233;e &#224; la fin des Trente Glorieuses, s'est presque imm&#233;diatement coup&#233;e des &#171; campagnes &#187;, de tous ceux qui travaillaient, concr&#232;tement et quotidiennement, cette nature avec laquelle il s'agissait pourtant de renouer : chasseurs, agriculteurs, marins-p&#234;cheurs, jardiniers, &#233;leveurs ou forestiers, avec leurs savoirs mill&#233;naires et leurs pratiques, leurs interrogations et leurs d&#233;sirs. Les &#233;cologistes, pourtant si alertes et pr&#233;cautionneux pour la sauvegarde des &#171; peuples autochtones &#187; partout dans le monde, n'ont pas su, pu ou voulu s'adjoindre les derniers repr&#233;sentants &#224; l'agonie d'une civilisation en lien direct avec la biosph&#232;re aux prises avec bureaucraties &#233;tatiques et les trusts. Les cons&#233;quences de ce d&#233;calage b&#233;ant sont incalculables : c'est toute la dimension proprement et profond&#233;ment &lt;i&gt;conservatrice&lt;/i&gt; de l'&#233;cologie politique qui est demeur&#233;e impens&#233;e mais aussi, et cons&#233;quemment, tout lien tangible avec une nature concr&#232;te et v&#233;cue comme avec tout peuple r&#233;el&#8230; Plus encore que les &#233;lecteurs de la &#171; gauche &#187;, la client&#232;le des partis &#233;cologistes est caricaturalement urbaine, ais&#233;e, dipl&#244;m&#233;e, organiquement int&#233;gr&#233;e dans la m&#233;gamachine &#233;conomique. Ces bonnes &#226;mes esp&#232;rent ainsi ne pas avoir &#224; trancher entre les forces oligarchiques / progressiste et les r&#233;voltes populistes / nationalistes. Les &#233;cologistes en mal de soutien populaire rencontrent logiquement dans leur errance les id&#233;ologues indig&#233;nistes, islamistes, communautaires et racialistes se pr&#233;sentant comme les &#171; damn&#233;s de la Terre &#187; et leur promettant, non sans calculs, un peuple de substitution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anti-occidentalisme obsessionnel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce m&#233;pris pour les classes populaires autochtones est largement partag&#233; par la gauche, qui a depuis longtemps d&#233;laiss&#233; l'analyse du capitalisme pour charger les soci&#233;t&#233;s occidentales de tous les maux &#8211; fussent-ils ant&#233;diluviens &#8211; puis, aujourd'hui, transformer le &#171; m&#226;le blanc &#187; en bouc-&#233;missaire plan&#233;taire. La posture est reproduite par la majorit&#233; des courants de l'&#233;cologie politique qui, ici encore, l'amplifient. Si dans une perspective d'une auto-transformation de la soci&#233;t&#233;, les critiques du consum&#233;risme, du productivisme ou de la r&#233;ification sont des &#233;l&#233;ments essentiels, elles sont devenues, au fil du temps, les supports d'une condamnation sans appel de la civilisation occidentale dans sa totalit&#233; &#8211; en continuit&#233; avec la philosophie heideggerienne, m&#232;re de tous les d&#233;constructionnismes contemporains. Parall&#232;lement, l'int&#233;r&#234;t port&#233; pour les soci&#233;t&#233;s traditionnelles, les savoirs locaux et la diversit&#233; indissolublement biologique et culturelle s'est mu&#233; en primitivisme caricatural &#233;rigeant la globalit&#233; du monde non-occidental (voire pr&#233;-n&#233;olithique) en mod&#232;le d'&#171; harmonie avec la nature &#187;. Deux positions compl&#233;mentaires aussi fausses l'une que l'autre, et de multiples fa&#231;ons, qui d&#233;nie &#224; l'&#233;cologie politique son essence &#233;minemment &lt;i&gt;occidental&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e&lt;/i&gt;. Car la science &#233;cologique n'est pas une cosmogonie religieuse, mais bien une recherche ouverte et rationnelle sur les processus naturels directement issue de la grande aventure scientifique d&#233;but&#233;e en Europe au XIIIe si&#232;cle. De m&#234;me la politique, telle que nous l'entendons, n'est pas le fait du prince, du sultan, du pharaon ou du chef de tribu, mais bien &lt;i&gt;d&#233;lib&#233;ration explicite&lt;/i&gt; sur l'auto-organisation des adultes formant soci&#233;t&#233;, cr&#233;ation &#233;minemment gr&#233;co-occidentale en voie de disparition. Le post-modernisme qui traverse &#224; grand bruit l'&#233;cologie politique nous ram&#232;ne bien plut&#244;t &#224; une &lt;i&gt;pr&#233;-modernit&#233;&lt;/i&gt;, dont le fantasme infantile se dissipe rapidement au contact brutal de r&#233;alit&#233;s d&#233;sagr&#233;ables qu'il est facile d'&#233;prouver, par exemple, dans les &#171; territoires perdus &#187; des m&#233;tropoles et de leurs marges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mill&#233;narisme la&#239;co-religieux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Issu des courants mat&#233;rialistes et rationalistes, la gauche marxiste a engendr&#233; une vulgate et des r&#233;gimes totalitaires dont on a tard&#233; &#224; comprendre le caract&#232;re profond&#233;ment religieux. L'&#233;cologie n'est pas en reste et, ici encore, elle r&#233;active avec d'autant plus de radicalit&#233; un imaginaire proprement &lt;i&gt;mythologique&lt;/i&gt;. Il ne s'agit plus ici d'un nouveau monoth&#233;isme avec livre sacr&#233;, proph&#232;tes et ap&#244;tres, peuple &#233;lu et Parousie mais plut&#244;t d'un syncr&#233;tisme qui tend vers un authentique mill&#233;narisme : la grande r&#233;conciliation cosmique par l'&#233;tablissement d'une &lt;i&gt;communion&lt;/i&gt; avec une Nature sacralis&#233;e. On y trouve p&#234;le-m&#234;le des relents apocalyptiques et des bons sauvages, des jardins d'&#201;den et des Golem, un Homme p&#234;cheur devant r&#233;int&#233;grer une Cr&#233;ation divine model&#233;e pour lui, le retour des cat&#233;gories du pur et de l'impur, de la contrition et du d&#233;nuement, la M&#232;re-Nature et les sorci&#232;res, la pens&#233;e-magique et la croisade des enfants (&#171; pour le climat &#187;). Cela se traduit, dans le respectable langage universitaire et militant qui prolif&#232;re, par la &#171; remise en cause de l'ontologie naturaliste de l'Occident &#187;, soit l'abandon de la distinction Nature / Culture, sur le mod&#232;le de l'animisme des Achuars d'Amazonie popularis&#233; par P. Descola. Cet &lt;i&gt;intellectualisme anti-Lumi&#232;res&lt;/i&gt; cherche ainsi &#224; &#171; d&#233;passer &#187; les distinctions entre la soci&#233;t&#233; humaine et les d&#233;terminations naturelles, la politique et la science, l'opinion et le savoir, la croyance et la rationalit&#233;, l'humain et le non-humain&#8230; On comprend ainsi que les &#233;lucubrations loufoques aujourd'hui enseign&#233;es dans les amphith&#233;&#226;tres sous couvert d' &#171; &#233;tudes &#187; dites &#171; de genre &#187; ou &#171; d&#233;coloniale &#187; trouvent &#233;cho chez nombres d'&#233;cologistes. Ceux-l&#224; semblent incapables de saisir les relents totalitaires qui se d&#233;gage de cette confusion induite par la volont&#233; de faire de la politique une science et de la science une politique &#8211; &lt;i&gt;ce que tend &lt;/i&gt;&lt;i&gt;tr&#232;s&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;pr&#233;cis&#233;ment &lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#224; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;r&#233;aliser&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;ceux qui se r&#233;clament de &lt;/i&gt;&lt;i&gt;l'&#233;cologie politique&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont l&#224;, on le voit, des tendances lourdes : les &#171; d&#233;rives radicales &#187; de l'&#233;cologie politique ne sont en r&#233;alit&#233; que le d&#233;roulement logique de ses axiomes gauchisants h&#233;rit&#233;s de l'histoire. Ils expliquent &#233;galement la nullit&#233; presque totale de l'&#233;cologie dite &#171; raisonnable &#187;, &#171; gestionnaire &#187; ou &#171; r&#233;aliste &#187; dont Yannick Jadot est le dernier avatar et qui permet d'&#233;viter tout questionnement sur l'organisation sociale, ses moyens et ses finalit&#233;s ou le r&#244;le de la techno-science contemporaine derri&#232;re le verdissement g&#233;n&#233;ralis&#233;. Radicalisme abstrait et caution r&#233;formiste se renvoient l'un l'autre leur absence de projet de soci&#233;t&#233; consistant &#8211; ils &lt;i&gt;ne&lt;/i&gt; sont &lt;i&gt;pas&lt;/i&gt; de l'&#233;cologie politique mais forment un conglom&#233;rat id&#233;ologique qu'il faut bien appeler l'&lt;i&gt;&#233;cologisme&lt;/i&gt;, en cours d'hybridation avec les courants les plus r&#233;gressifs qui obscurcissent encore davantage notre &#233;poque d&#233;j&#224; bien sombre. Les dissidents de ce pr&#234;t-&#224;-penser sont nombreux &#8211; ils forment m&#234;me la majorit&#233; de ceux qui se soucient plus de l'avenir de la civilisation humaine sur la plan&#232;te que de leur reflet dans le miroir de la bien-pensance. Ce sont eux qui, silencieusement, sans m&#234;me le savoir, toujours loin des &#171; effets de langages &#187; &#233;cologistes ou gauchistes de ces minorit&#233;s bruyantes, travaillent &#224; faire &#233;merger une v&#233;ritable &#233;cologie politique, qui reste toujours &#224; na&#238;tre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; Le discours de l'&#233;cologie (d&#233;)coloniale est une arnaque totale &#187; (2/2)</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?1057-Le-discours-de-l-ecologie-de-coloniale</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?1057-Le-discours-de-l-ecologie-de-coloniale</guid>
		<dc:date>2021-05-29T08:17:43Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>B&#233;rard Quentin</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cologie</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cologisme</dc:subject>
		<dc:subject>Gauchisme</dc:subject>
		<dc:subject>Primitivisme</dc:subject>
		<dc:subject>Entretien</dc:subject>
		<dc:subject>Pseudo-subversion</dc:subject>
		<dc:subject>Science</dc:subject>
		<dc:subject>Technoscience</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cologie (d&#233;)coloniale</dc:subject>

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&lt;p&gt;Voir la partie pr&#233;c&#233;dente (.../...) D&#233;connexion d'avec le peuple et sa nature Quentin : Tu as raison Rimso, la campagne est presque compl&#232;tement industrialis&#233;e, mais il reste malgr&#233; tout un peu plus d'un demi million d'agriculteurs aujourd'hui et il y en a encore beaucoup qui tentent d'en faire une aventure humaine avec des vraies relations aux animaux, aux esp&#232;ces, aux syst&#232;mes d'&#233;levage, aux syst&#232;mes agricoles, &#224; l'agrosyst&#232;me. Il y a aussi tout un mouvement de n&#233;o ruralit&#233;. Donc (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-76-L-ecologie-politique-contre-l-" rel="directory"&gt;L'&#233;cologie politique contre l'&#233;cologisme&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-283-Berard-Quentin-+" rel="tag"&gt;B&#233;rard Quentin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-89-ecologie-+" rel="tag"&gt;&#201;cologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-113-ecologisme-+" rel="tag"&gt;&#201;cologisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-31-gauchisme-+" rel="tag"&gt;Gauchisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-88-primitivisme-+" rel="tag"&gt;Primitivisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-130-entretien-+" rel="tag"&gt;Entretien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-116-pseudo-subversion-+" rel="tag"&gt;Pseudo-subversion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-38-science-+" rel="tag"&gt;Science&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-34-technoscience-+" rel="tag"&gt;Technoscience&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-264-Ecologie-de-coloniale-+" rel="tag"&gt;&#201;cologie (d&#233;)coloniale&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;spip_document_1220 spip_document spip_documents spip_document_audio spip_documents_center spip_document_center spip_document_player spip_documents_player spip_doc_player&#034;&gt; &lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;mejs-audio-wrapper audio-wrapper mejs-audio-wrapper-skin-mejs&#034; style='width:400px;max-width:100%;margin:0 auto;'&gt; &lt;audio class=&#034;mejs mejs-1220 mejs__mejs&#034; data-id=&#034;33b01ee618975b516ab9106ddd75cff3&#034; src=&#034;IMG/mp3/os-lc-ecolo-decolo-partie-2.mp3&#034; type=&#034;&#034; data-mejsoptions='{&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;loop&#034;:false,&#034;audioWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;duration&#034;:3174,&#034;iconSprite&#034;:&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/plugins/auto/player/v4.3.0/lib/mejs/build/mejs-controls.svg?1747379926&#034;}' data-mejsplugins='null' controls=&#034;controls&#034; &gt;&lt;/audio&gt;
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&lt;div class=&#034;base64javascript67242042169f33931272326.36793288&#034; title=&#034;PHNjcmlwdD4vKjwhW0NEQVRBWyovdmFyIG1lanNwYXRoPSdwbHVnaW5zL2F1dG8vcGxheWVyL3Y0LjMuMC9saWIvbWVqcy9idWlsZC9tZWRpYWVsZW1lbnQtYW5kLXBsYXllci5taW4uanM/MTc0NzM3OTkyNicsbWVqc2Nzcz0ncGx1Z2lucy9hdXRvL3BsYXllci92NC4zLjAvbGliL21lanMvYnVpbGQvbWVkaWFlbGVtZW50cGxheWVyLm1pbi5jc3M/MTc0NzM3OTkyNic7CnZhciBtZWpzbG9hZGVyLG1lanNzdGFydDshZnVuY3Rpb24oKXt2YXIgZT1tZWpzbG9hZGVyO3ZvaWQgMD09PWUmJihtZWpzbG9hZGVyPWU9e2dzOm51bGwscGx1Zzp7fSxjc3M6e30saW5pdDpudWxsLGM6MCxjc3Nsb2FkOm51bGx9KSxlLmluaXR8fChlLmNzc2xvYWQ9ZnVuY3Rpb24ocyl7aWYodm9pZCAwPT09ZS5jc3Nbc10pe2UuY3NzW3NdPSEwO3ZhciB0PWRvY3VtZW50LmNyZWF0ZUVsZW1lbnQoImxpbmsiKTt0LmhyZWY9cyx0LnJlbD0ic3R5bGVzaGVldCIsdC50eXBlPSJ0ZXh0L2NzcyIsZG9jdW1lbnQuZ2V0RWxlbWVudHNCeVRhZ05hbWUoImhlYWQiKVswXS5hcHBlbmRDaGlsZCh0KX19LGUuZ2V0U2NyaXB0PWZ1bmN0aW9uKGUscyl7dmFyIHQ9ZG9jdW1lbnQuY3JlYXRlRWxlbWVudCgic2NyaXB0Iiksbj1kb2N1bWVudC5nZXRFbGVtZW50c0J5VGFnTmFtZSgic2NyaXB0IilbMF07dC5hc3luYz0xLHQub25sb2FkPXQub25yZWFkeXN0YXRlY2hhbmdlPWZ1bmN0aW9uKGUsbil7KG58fCF0LnJlYWR5U3RhdGV8fC9sb2FkZWR8Y29tcGxldGUvLnRlc3QodC5yZWFkeVN0YXRlKSkmJih0Lm9ubG9hZD10Lm9ucmVhZHlzdGF0ZWNoYW5nZT1udWxsLHQ9dm9pZCAwLCFuJiZzJiZzZXRUaW1lb3V0KHMsMCkpfSx0LnNyYz1lLG4ucGFyZW50Tm9kZS5pbnNlcnRCZWZvcmUodCxuKX0sZS5pbml0PWZ1bmN0aW9uKCl7ITA9PT1lLmdzJiZkb2N1bWVudC5xdWVyeVNlbGVjdG9yQWxsKCJhdWRpby5tZWpzLHZpZGVvLm1lanMiKS5mb3JFYWNoKChmdW5jdGlvbihzKXtpZighcy5jbGFzc0xpc3QuY29udGFpbnMoImRvbmUiKSYmIXMuY2xhc3NMaXN0LmNvbnRhaW5zKCJtZWpzX19wbGF5ZXIiKSl7dmFyIHQ7cy5jbGFzc0xpc3QuYWRkKCJkb25lIiksKHQ9cy5pZCl8fCh0PSJtZWpzLSIrcy5kYXRhc2V0LmlkKyItIitlLmMrKyxzLmlkPXQpO3ZhciBuLGE9e29wdGlvbnM6e30scGx1Z2luczp7fSxjc3M6W10scXVhbGl0aWVzOltdLHNvdXJjZXM6W119O2ZvcihuIGluIGEpe3ZhciBpOyhpPXMuZGF0YXNldFsibWVqcyIrbl0pJiYoYVtuXT1KU09OLnBhcnNlKGkpKX1mdW5jdGlvbiBvKHMpe2UuZ2V0U2NyaXB0KGEucGx1Z2luc1tzXSwoZnVuY3Rpb24oKXtlLnBsdWdbc109ITAsZCgpfSkpfWZ1bmN0aW9uIGQoKXt2YXIgcz0hMDtmb3IodmFyIG4gaW4gYS5jc3MpZS5jc3Nsb2FkKGEuY3NzW25dKTtmb3IodmFyIGkgaW4gYS5wbHVnaW5zKXZvaWQgMD09PWUucGx1Z1tpXT8ocz0hMSxlLnBsdWdbaV09ITEsbyhpKSk6ITE9PT1lLnBsdWdbaV0mJihzPSExKTtpZihzKXthLm9wdGlvbnMuc3VjY2Vzcz1mdW5jdGlvbihlLHMpe2Z1bmN0aW9uIHQoKXt2YXIgcz1lLmNsb3Nlc3QoIi5tZWpzX19pbm5lciIpO2UucGF1c2VkPyhzLmNsYXNzTGlzdC5hZGQoInBhdXNpbmciKSxzZXRUaW1lb3V0KChmdW5jdGlvbigpe3MuY2xhc3NMaXN0LmNvbnRhaW5zKCJwYXVzaW5nIikmJihzLmNsYXNzTGlzdC5yZW1vdmUoInBsYXlpbmciKSxzLmNsYXNzTGlzdC5yZW1vdmUoInBhdXNpbmciKSxzLmNsYXNzTGlzdC5hZGQoInBhdXNlZCIpKX0pLDEwMCkpOihzLmNsYXNzTGlzdC5yZW1vdmUoInBhdXNlZCIpLHMuY2xhc3NMaXN0LnJlbW92ZSgicGF1c2luZyIpLHMuY2xhc3NMaXN0LmFkZCgicGxheWluZyIpKX10KCksZS5hZGRFdmVudExpc3RlbmVyKCJwbGF5Iix0LCExKSxlLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBsYXlpbmciLHQsITEpLGUuYWRkRXZlbnRMaXN0ZW5lcigicGF1c2UiLHQsITEpLGUuYWRkRXZlbnRMaXN0ZW5lcigicGF1c2VkIix0LCExKSxzLmF1dG9wbGF5JiYoZS5tdXRlZD0hMCl9O25ldyBNZWRpYUVsZW1lbnRQbGF5ZXIodCxhLm9wdGlvbnMpfX1kKCl9fSkpfSksZS5nc3x8KCJ1bmRlZmluZWQiIT10eXBlb2YgbWVqc2NzcyYmZS5jc3Nsb2FkKG1lanNjc3MpLGUuZ3M9ZS5nZXRTY3JpcHQobWVqc3BhdGgsKGZ1bmN0aW9uKCl7ZS5ncz0hMCxlLmluaXQoKSwibG9hZGluZyI9PT1kb2N1bWVudC5yZWFkeVN0YXRlJiZkb2N1bWVudC5hZGRFdmVudExpc3RlbmVyKCJET01Db250ZW50TG9hZGVkIixlLmluaXQpLG9uQWpheExvYWQoZS5pbml0KX0pKSl9KCk7Ci8qXV0+Ki88L3NjcmlwdD4=&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;style&gt;.mejs-audio-wrapper-skin-mejs {
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&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1056-Le-discours-de-l-ecologie-de-coloniale' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Voir la partie pr&#233;c&#233;dente&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;connexion d'avec le peuple et sa nature&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin : &lt;/strong&gt;Tu as raison Rimso, la campagne est presque compl&#232;tement industrialis&#233;e, mais il reste malgr&#233; tout un peu plus d'un demi million d'agriculteurs aujourd'hui et il y en a encore beaucoup qui tentent d'en faire une aventure humaine avec des vraies relations aux animaux, aux esp&#232;ces, aux syst&#232;mes d'&#233;levage, aux syst&#232;mes agricoles, &#224; l'agrosyst&#232;me. Il y a aussi tout un mouvement de n&#233;o ruralit&#233;. Donc c'est quelque chose qui n'est pas enti&#232;rement d&#233;truit. Je pense en tout cas que ce qui est aussi en voie d'&#234;tre d&#233;truit, c'est une culture qui est propre : j'ai &#233;t&#233; derni&#232;rement en contact avec des milieux agricoles de province, de r&#233;gion comme on dit, et je suis frapp&#233; par le fait qu'il n'y a que le rap et les postures de banlieue qui d&#233;teignent sur les jeunes. C'est devenu un mod&#232;le depuis plus de trente ans maintenant : le mod&#232;le du jeune est le &#171; jeune de banlieue &#187;, entre guillemets, avec le look, avec le comportement, avec le sexisme&#8230; C'est tr&#232;s &#233;tonnant, mais la colonisation, elle est ici. Quand quand Serge Latouche nous parle de &#171; d&#233;coloniser les imaginaires &#187; &#8211; et on voit que le terme est une porte ouverte &#224; l'&#233;cologie (d&#233;)coloniale, c'est tr&#232;s &#233;trange comme expression &#8211; cette d&#233;colonisation serait d'abord &#224; jouer &#224; cette &#233;chelle-l&#224;, c'est-&#224;-dire que les jeunes de r&#233;gions arr&#234;tent de se prendre pour des jeunes des banlieues et qu'ils aient une existence symbolique. Ils n'existent nulle part. Un jeune aujourd'hui dans l'imaginaire collectif c'est un jeune de banlieue, un jeune issu de l'immigration, c'est tr&#232;s &#233;trange. Les jeunes ruraux ou de la p&#233;riph&#233;rie ou du p&#233;ri-urbain, de la ruralit&#233; qui forment quand m&#234;me plus de 60% du contingent des jeunes de moins de 25 ans, n'ont pas d'existence, comment dire, symbolique n'ont pas de ressources, ce sont des invisibles : d'o&#249; les Gilets jaunes qui ont surgi notamment lors du mouvement du m&#234;me nom&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; Gilets jaunes et d&#233;mocratie directe : convergences et obstacles &#187; et, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Donc il y a une ruralit&#233; qui n'est pas compl&#232;tement morte, je pense, et, qui en tout cas, est compl&#232;tement n&#233;glig&#233;e de la part du discours &#233;cologiste qui vise presque uniquement &#224; tenir un discours moralisateur et culpabilisateur aupr&#232;s des agriculteurs mais aussi des p&#234;cheurs et des forestiers, etc&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On lira par exemple &#171; La nature du citadin &#187;&#034; id=&#034;nh10-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il y a une coupure sociologique mais qui est politique aussi, et c'est dans ce gouffre-l&#224;, &#224; mon avis, que s'infiltrent les discours de l'&#233;cologie (d&#233;)coloniale, en perdant compl&#232;tement les rep&#232;res, en partant dans des abstractions qui n'aident absolument &#224; rien &#224; r&#233;gler, ne r&#232;glent aucun probl&#232;me. Au contraire, ils ne font que les approfondir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cyrille : &lt;/strong&gt;L&#224; on rentre justement dans les racines de l'&#233;cologisme, de l'&#233;cologie (d&#233;)coloniale qui se retrouvent dans plusieurs croyances que l'&#233;cologisme lui-m&#234;me a mis en avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Explication mono-causale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin :&lt;/strong&gt; Oui, je pense qu'il faut avoir ce mouvement intellectuel &#8211; que je trouve int&#233;ressant &#8211; [qui consiste &#224;] partir des impasses dans lesquelles on est, et de remonter le fil : comment en est on arriv&#233; l&#224; ? Par exemple c'est tr&#232;s simple, enfin, c'est maintenant un peu plus clair qu'il y a quelques ann&#233;es, &#224; propos de la Gauche : comment est n&#233; l'islamo-gauchisme ? On peut en faire la g&#233;n&#233;alogie, on en avait un peu parl&#233; ; le prol&#233;tariat qui d&#233;&#231;oit ; on se cherche un prol&#233;tariat de substitution : le tiers-mondisme ; etc&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; L'alliance entre le gauchisme et l'islamisme pr&#233;tend &#233;viter la guerre &#187;&#034; id=&#034;nh10-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il faudrait que l'on fasse la m&#234;me chose &#224; propos de l'&#233;cologie : comment l'&#233;cologie politique, telle qu'elle existe depuis une cinquantaine d'ann&#233;es, peut aujourd'hui &#234;tre aussi poreuse aux discours d&#233;biles de l'&#233;cologie (d&#233;)coloniale ? Je pense qu'une des causes fondamentales est que l'&#233;cologie politique telle qu'elle existe s'est d&#233;velopp&#233;e dans la matrice gauchiste, dans la matrice de gauche, c'est-&#224;-dire avec les m&#234;mes travers, les m&#234;mes r&#233;flexes, les m&#234;mes automatismes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Particuli&#232;rement criant concernant la &#171; question &#187; (qui n'en est jamais une) (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et notamment dans la croyance en un facteur ultime, dans un &#233;l&#233;ment qui incarnerait le Mal. Par exemple le capitalisme, on voit &#224; gauche depuis longtemps le mot qui obs&#232;de c'est : le &#171; capitalisme &#187;, et &#224; toutes les questions que l'on pose, on a comme r&#233;ponse : &#171; le probl&#232;me est le capitalisme &#187;. Du c&#244;t&#233; des &#233;colos on a d'autres variations des discours : &#231;a peut &#234;tre la soci&#233;t&#233; industrielle et alors tous les probl&#232;mes &#233;cologiques viennent de la soci&#233;t&#233; industrielle ; ou alors du d&#233;veloppement, de la techno science ; ou de la technique et alors tous les probl&#232;mes sont attribuables &#224; un seul facteur, unique : la technique. &#199;a je pense que c'est une posture religieuse : on cherche l'incarnation d'un Mal sous une figure unique et une fois que cette figure sera &#233;limin&#233;e appara&#238;tra une solution miracle, elle aussi unique. C'est-&#224;-dire qu'une fois que le capitalisme sera abattu, nous vivrons dans le communisme, ce sera le Paradis sur terre ; une fois que la soci&#233;t&#233; industrielle sera d&#233;pass&#233;e nous vivrons dans des rapports apais&#233;s avec la nature ; une fois que la question de la technique sera &#171; r&#233;gl&#233;e &#187; entre guillemets &#8211; je ne sais pas ce que &#231;a veut dire &#8211; nous aurons un avenir &#233;cologique assur&#233; ; etc. &#199;a, je pense que ce sont des positions qui sont h&#233;rit&#233;es de la gauche&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir p. ex. &#171; La d&#233;mocratie directe et ses lieux communs &#187;&#034; id=&#034;nh10-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et qui dans le domaine &#233;cologique ne sont pas du tout, du tout adapt&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cyrille &lt;/strong&gt; : C'est l'id&#233;e du Grand Soir, c'est-&#224;-dire qu'il y aura un moment o&#249; tout va basculer et o&#249; tout ira mieux. C'est ce que l'on a on retrouve dans les id&#233;ologies mill&#233;naristes , etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&#233;cit&#233; historique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin &lt;/strong&gt; : Absolument. Lorsque l'on prend un petit peu de recul, et &#231;a commence &#224; se faire depuis une vingtaine d'ann&#233;es, on se rend compte que dans l'histoire les probl&#232;mes &#233;cologiques ont &#233;t&#233; quasiment constants&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; Un conflit universel avec la nature &#187;&#034; id=&#034;nh10-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Non seulement en Occident avant la colonisation, &#233;videmment, mais aussi dans d'autres civilisations : on conna&#238;t les d&#233;boisements massifs et qui ont eu lieu en Chine aux alentours du XIe et XIIe si&#232;cle, &#231;a avait &#233;t&#233; monumental. On conna&#238;t des empires qui se sont effondr&#233;s pour avoir d&#233;vast&#233; leur environnement naturel&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cyrille &lt;/strong&gt; : &#8230;je pensais &#224; l'&#201;gypte &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin &lt;/strong&gt; : Bien s&#251;r, mais m&#234;me tout le bassin m&#233;diterran&#233;en, par exemple : aujourd'hui on vante les m&#233;rites de la garrigue et du maquis, paysages typiquement m&#233;diterran&#233;ens, mais en fait ce sont les cicatrices de for&#234;ts qui &#233;taient auparavant et qui ont &#233;t&#233; ravag&#233;es et par les Grecs et par les Romains et par les Perses et par les Assyriens&#8230; Le bassin m&#233;sopotamien, donc l'Irak actuel, &#233;tait une plaine d'une fertilit&#233; extraordinaire &#8211; c'est l&#224; que sont n&#233;es les grandes civilisations de Sumer, d'Assyrie, etc., &#8211; et elle a &#233;t&#233; en grande partie d&#233;sertifi&#233;e et aujourd'hui ce sont des plaines qui sont tr&#232;s peu fertiles. Lorsqu'on remonte l'histoire, il semblerait m&#234;me que ce genre de catastrophes existait avant le n&#233;olithique : on sait que lorsque l'&#234;tre humain a d&#233;barqu&#233; en Australie, les anc&#234;tres des Aborig&#232;nes ont provoqu&#233; la disparition d'esp&#232;ces locales qui &#233;taient extr&#234;mement importantes et cela s'est pass&#233; il y a quarante mille ans&#8230; Lorsque &lt;i&gt;Homo sapiens&lt;/i&gt; est arriv&#233; sur le continent am&#233;ricain, il y a douze-treize mille ans &#8211; donc les anc&#234;tres des Am&#233;rindiens &#8211; il s'est pass&#233; exactement m&#234;me chose : un massacre hallucinant et on retrouve des fossiles d'animaux qui ont enti&#232;rement disparu sur quelques centim&#232;tres montrant que durant 2-3 mille ans, il y a eu des massacres syst&#233;matiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; Cet &#226;ge d'or qui jamais n'exista &#187;&#034; id=&#034;nh10-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#199;a c'est une r&#233;ponse &#224; mon avis tr&#232;s pertinente &#224; l'&#233;cologie (d&#233;)coloniale qui pr&#233;tend [ou sous-entend] qu'avant la colonisation les peuples avaient des rapports harmonieux, de concorde, de communion avec la nature : c'est en partie faux. C'est en partie vrai ; il y a eu des rapports tr&#232;s intimes et tr&#232;s &#233;quilibr&#233;s [avec la nature] en Europe ou au Maghreb, en Chine, en Inde, etc. et il y a eu aussi les massacres, destruction et d&#233;vastation [environnementaux]. L'histoire de l'environnement est d'une complexit&#233; extraordinaire et il est difficile de donner des le&#231;ons. Le mieux est d'avoir une posture d'humilit&#233; et de tenter de trier les choses. Je suis pas en train de d&#233;fendre le capitalisme, ni la soci&#233;t&#233; industrielle, ni la techno-science, etc. Ce que je suis en train de dire, c'est qu'on ne peut pas r&#233;duire le probl&#232;me de l'&#233;cologie un facteur unique en promettant derri&#232;re, de mani&#232;re implicite, une solution unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Absence de perspectives&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cyrille &lt;/strong&gt; : Surtout que ce qu'on peut remarquer dans l'id&#233;ologie (d&#233;)coloniale, c'est qu'elle est uniquement n&#233;gative il n'y a pas de penseurs, il n'y a pas une philosophie qui viendrait d'Afrique [par exemple] : c'est uniquement des gens qui critiquent la colonisation, l'esclavage, etc. mais il n'y a pas de pens&#233;e positive dans le sens o&#249; il y a tr&#232;s peu d'alternative au syst&#232;me occidental. D'ailleurs tous les ressorts id&#233;ologiques viennent en g&#233;n&#233;ral des universit&#233;s am&#233;ricaines, il n'y a pas de d&#233;veloppement de pens&#233;es autonomes donc ce serait mal parti pour recr&#233;er une soci&#233;t&#233; qui mettrait au centre l'&#233;cologie et l'humain apr&#232;s des r&#233;volutions (d&#233;)coloniales&#8230; On voit mal l'alternative&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin &lt;/strong&gt; : La situation est la m&#234;me &#224; propos de l'islamo-gauchisme. On peut comparer l'islamo-gauchisme, par exemple, &#224; la complaisance vis-&#224;-vis de l'URSS ou d'autres r&#233;gimes de Pol Pot, du FLN, de Castro, etc. ; c'est une complaisance envers un totalitarisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; Islamisme, totalitarisme, imp&#233;rialisme &#187;&#034; id=&#034;nh10-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais au moins derri&#232;re il y avait l'id&#233;al d'une soci&#233;t&#233; socialiste utopique. Le parall&#232;le avec l'islamo-gauchisme s'arr&#234;te l&#224; parce qu'ici il n'y a rien de positif : il n'y a pas de soci&#233;t&#233; musulmane mod&#232;le, c'est une absurdit&#233;, &#231;a ne fait r&#234;ver personne et sinon on irait tout simplement, on irait y vivre&#8230; Il n'en est rien. Et l&#224;, effectivement, tu as raison, on se retrouve avec l'&#233;cologie (d&#233;)coloniale dans la m&#234;me situation : c'est une critique et m&#234;me une haine de l'Occident et m&#234;me des Blancs, c'est une folie, c'est une haine sans solution. On dirait que la solution est dans l'an&#233;antissement&#8230; Mais une fois que tout sera an&#233;anti, on voit pas ce qui pourrait remplacer &#8230; Mais je crois que c'est cette haine aveugle qui leur donne une telle &#233;nergie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le primitivisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors ceci &#233;tant dit et si on parle de v&#233;ritable &#233;cologie d&#233;coloniale l&#224; pour le coup la critique ne peut pas &#234;tre appliqu&#233;e. On voit se d&#233;velopper dans le milieu &#233;cologiste un primitivisme &#8211; qui tr&#232;s ancien l&#224; aussi &#8211; c'est-&#224;-dire le r&#234;ve de revenir une soci&#233;t&#233; pr&#233;-moderne avec des cosmogonies de type indiens d'Amazonie, Africains de brousse, etc. Notamment apr&#232;s le livre de Philippe Descola &lt;i&gt;P&lt;/i&gt;&lt;i&gt;art-&lt;/i&gt;&lt;i&gt;del&#224;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; nature et culture &lt;/i&gt;[Gallimard 2005], livre par ailleurs tr&#232;s int&#233;ressant, il y a beaucoup d'&#233;colos comme &#224; &lt;i&gt;Reporterre&lt;/i&gt;, qui se sont mis &#224; r&#234;ver d'adopter la mythologie des Achuars ; c'est une tribu d'Amazonie animiste dans laquelle n'y a pas de s&#233;paration entre la nature et les humains, o&#249; tout est flout&#233;, les relations avec les &#233;l&#233;ments naturels sont &#233;quivalentes &#224; des relations entre gens d'une famille, d'une fratrie ou de cousinage, etc. L&#224;, on a une alternative, mais elle est compl&#232;tement m&#233;taphysique, elle est absolument inapplicable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On lira notamment &#171; &#201;cologie et anthropocentrisme &#187;&#034; id=&#034;nh10-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Donc les &#233;colos en sont arriv&#233;s &#224; r&#234;ver &#224; &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;yrille &lt;/strong&gt; : C'est la sortie de la rationalit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Se d&#233;barrasser de la modernit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Q&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;uentin &lt;/strong&gt; : Compl&#232;tement, absolument. L&#224; c'est une sortie de modernit&#233;. Et alors l'&#233;cologie (d&#233;)coloniale dont on parle aujourd'hui utilise ce tropisme primitiviste pour, de mani&#232;re aussi implicite, faire r&#234;ver l'Occident &#224; un au-del&#224; de la modernit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; &#201;cologie et d&#233;mocratie directe &#187;&#034; id=&#034;nh10-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais c'est absolument vide ; il n'y a rien du tout, c'est une impasse, moi je pense que, tr&#232;s profond&#233;ment, c'est une impasse, notamment parce que l&#224; nous parlons d'&#233;cologie politique, et que l'&#233;cologie en tant que science et la politique en tant que le domaine de la pens&#233;e exigent une s&#233;paration entre la nature et l'&#234;tre humain. Peut-&#234;tre que l'on en reparlera un autre jour mais ce sont des notions philosophiques qui sont importantes &#224; mon avis. Prenez par exemple le cas de la Chine o&#249; il n'y a pas de s&#233;paration r&#233;elle entre la nature et la soci&#233;t&#233;, du moins de mani&#232;re assez approximative, il y a un tao&#239;sme o&#249; il y a une alternance entre deux principes, le &lt;i&gt;Yin&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;Yang&lt;/i&gt; que vous connaissez, l'homme et la femme, l'obscurit&#233; et la lumi&#232;re, etc. &#199;a fait beaucoup r&#234;ver les &#233;colos, une autre cosmogonie, une autre ontologie, comme disent les anthropologues, o&#249; la nature et la soci&#233;t&#233; ne soient pas oppos&#233;s. Mais le probl&#232;me est que, &#224; partir du moment o&#249; il n'y a plus d'opposition entre la nature et la soci&#233;t&#233;, les questions &#233;thiques ne vont pas se poser la m&#234;me mani&#232;re ; par exemple cette semaine a &#233;t&#233; annonc&#233; la cr&#233;ation par une &#233;quipe franco-chinoise, je crois, d'un embryon mi-humain, mi-animal&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;yrille &lt;/strong&gt; : &#8230; une chim&#232;re&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin &lt;/strong&gt; : &#8230; absolument, ce qu'on appelle une chim&#232;re. Nous, on est tr&#232;s choqu&#233;s ; c'est quelque chose dont on n'a pas du tout envie, qu'il y ait des manipulations g&#233;n&#233;tiques sur le vivant. Mais derri&#232;re cette attitude-l&#224;, qui est la n&#244;tre, il y a un clivage entre le naturel et l'artificiel. Ce clivage-l&#224;, dans la cosmogonie chinoise, est tr&#232;s largement att&#233;nu&#233; ; il n'y a aucun probl&#232;me, pour un Chinois, de cr&#233;er des &#234;tres hybrides aussi bien dans la robotique que dans la g&#233;n&#233;tique. Mais, l&#224;-dessus, les &#233;colos ne parlent pas, &#233;videmment&#8230; C'est tr&#232;s compliqu&#233;, ce sont des histoires qui sont vraiment complexes et on ne peut pas dire qu'il faut que l'Occident arrive &#224; sortir la modernit&#233; pour adh&#233;rer &#224; une cosmogonie chinoise, indienne, Achuar ou je ne sais quoi. C'est une absurdit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;vanescence de la politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rimso &lt;/strong&gt; : Tout ce que vous dites l&#224; me fait penser &#224; un mythe, c'est un peu le retour &#224; des pens&#233;es magiques, un &#233;tat psychologique o&#249; on est tous &#224; chercher le Paradis sur Terre, l'&#201;den, quitte &#224; ce qu'ils soient r&#233;ellement &#233;tablit pour certains ; &#231;a peut &#234;tre la religion par exemple, pour la pens&#233;e islamiste ou autre, o&#249; on r&#234;ve &#224; des territoires o&#249; iraient les peuples et qui seraient magnifiques&#8230; C'est vrai que &#231;a ne tient pas du tout la route pour transformer notre quotidien, nos relations&#8230; Ce qui est important pour moi, c'est que si on veut remettre en cause des choses importantes dans notre rapport &#224; l'&#233;cologie et au social, il faut de s'attaquer aux modes de production ; parce que si la question du travail et du comment on produit les choses n'est pas pos&#233;e, on pourra toujours essayer de faire des micro-consommations diff&#233;rentes, essayer de combattre la d&#233;mesure, etc. mais il faudrait se forger une philosophie qui nous permette aussi de faire mettre en place nos moyens de subsistance, comme on disait. On ne veut pas vivre dans des soci&#233;t&#233;s o&#249; c'est, je crois, moins de 5% de la population qui nourrit tous les autres ; forc&#233;ment il y a une massification industrielle et toutes les nuisances qui vont avec. Sur la question de travail, on peut se poser la question : comment on devrait s'organiser pour produire ? Parce que si on refuse que certaines t&#226;ches soient hypra-sp&#233;cifiques, que l'on extrait je ne sais pas combien de kilos de tonnes de m&#233;taux &#224; certains endroits pour faire tourner des industries, des avions, des arm&#233;es, des t&#233;l&#233;phones, des t&#233;l&#233;visions &#233;cran plat, et tout &#231;a, c'est polluant, c'est dangereux&#8230; Peut-&#234;tre qu'il faudrait que quelqu'un se dise : est-ce que moi je suis pr&#234;t &#224; me mettre &#224; sa place ? L&#224;, on se dit qu'il y a une hi&#233;rarchie du travail, c'est comme &#231;a, c'est les autres qui vont prendre, je m'en fous, je continue &#224; me gaver&#8230; Mais &#233;videmment il faut que l'on rende d&#233;sirable aussi la question de savoir comment on s'organise et est-ce que l'on est pr&#234;ts, nous, &#224; faire, &#224; r&#233;fl&#233;chi &#224; &#231;a ? Qu'est ce qu'on est pr&#234;t, nous, &#224; faire comme boulot, ou pas ? Et qu'est-ce qu'on est pr&#234;t &#224; faire subir &#224; d'autres pour en b&#233;n&#233;ficier dans notre consommation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin &lt;/strong&gt; : Tu as tout &#224; fait raison. Tu renvoies en fait au projet de soci&#233;t&#233;. L'&#233;cologie est politique par essence, &#224; la mani&#232;re dont on l'entend ici : une politique &#233;cologique exigerait l'&#233;laboration d'un projet de soci&#233;t&#233;. Mais on en est extr&#234;mement loin, effectivement. La mani&#232;re dont on produit, et qui produit et comment, mais aussi la mani&#232;re dont on d&#233;cide. C'est un peu la question que je pose aux d&#233;croissants ; moi, je suis pas contre la d&#233;croissance mais ils restent dans un registre de l'&#233;conomique &#8211; la croissance / la d&#233;croissance &#8211; et je lis tr&#232;s rarement des consid&#233;rations politiques sur qui produit et comment et pour qui et qui d&#233;cide et comment et &#224; quel moment et selon quel protocole&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On lira par exemple &#171; Questions &#224; la d&#233;croissance &#187;&#034; id=&#034;nh10-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est-&#224;-dire qu'il n'est pas question de d&#233;mocratie directe, ou tr&#232;s peu, ou c'est tr&#232;s implicite et m&#234;me chose pour production. Le probl&#232;me est que l'&#233;cologie &#8211; c'est ce que je disais auparavant &#8211; est tr&#232;s marqu&#233;e par l'imaginaire de gauche et il faudrait arriver &#224; en sortir parce que la gauche, la gauche marxiste, postule que la politique n'existe pas, en fait. Pour un marxiste, il n'y a que l'&#233;conomique et la politique n'est que secondaire [par rapport] &#224; l'&#233;conomique ; donc la question de la soci&#233;t&#233; de demain n'a pas &#224; se poser. Il y a tr&#232;s peu d'&#233;crits de Marx qui parlent de la soci&#233;t&#233; communiste, c'est tr&#232;s all&#233;gorique, tr&#232;s elliptique et c'est la m&#234;me chose dans la plupart des mouvements du XXe si&#232;cle ; on lit rarement des propos sur [ce que sera] la soci&#233;t&#233; de demain. Je pense que l'&#233;cologie devrait renouer avec la politique au sens noble, c'est-&#224;-dire la question &#171; quelle soci&#233;t&#233; on veut ? &#187; et tenter de la d&#233;crire, non pas d&#233;crire une utopie, mais tenter de retrouver des rep&#232;res, au moins et je pense qu'aujourd'hui on en est &#224; un tel niveau de d&#233;sincarnation, d'abstraction qu'on en arrive &#224; l'&#233;cologie (d&#233;)coloniale qui raconte n'importe quoi. Je suis d'accord avec toi ; je suis pour un retour &#224; des questions tr&#232;s politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me est que lorsqu'on se remet &#224; discuter de &#231;a dans un imaginaire de gauche, on se retrouve avec les vieux d&#233;coupages gauchistes qui, au font, n'ont jamais &#233;t&#233; d&#233;pass&#233;s entre les staliniens, les trotskistes, les post-mao, les insurrectionnalistes, etc. donc on retombe dans la vieille politique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; Fausses figures de l'avenir &#187;&#034; id=&#034;nh10-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#199;a c'est une impasse de notre &#233;poque et dans laquelle l'&#233;cologie est embourb&#233;e jusqu'aux &#233;paules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une nouvelle mythologie religieuse&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour rebondir sur ce que tu disais au tout d&#233;but ; tu as enti&#232;rement en raison aussi &#8211; si j'ai bien compris &#8211; lorsque tu parles d'imaginaire religieux. Au fond l'&#233;cologie politique est un d&#233;calque de l'imaginaire gauchiste qui est lui-m&#234;me, au fond, un d&#233;calque de l'imaginaire jud&#233;o-chr&#233;tien et donc dans lequel on a un peuple &#233;lu &#8211; le prol&#233;tariat &#8211;, un Paradis, une Bible &#8211; &lt;i&gt;Le&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;C&lt;/i&gt;&lt;i&gt;apital&lt;/i&gt; &#8211;, un Dieu &#8211; un Dieu mauvais qui s'appelle le &lt;i&gt;C&lt;/i&gt;&lt;i&gt;apital,&lt;/i&gt; justement, donc le capitalisme comme l'incarnation du Diable, etc. Et on est, aujourd'hui, encore plus dans un imaginaire religieux lorsqu'on parle d'&#233;cologie : on parle du Jardin d'&#201;den, on parle du D&#233;luge, on parle de l'Apocalypse, on nage r&#233;ellement dans des mythes, des mythes contemporains avec la culpabilit&#233; jud&#233;o-chr&#233;tienne sur laquelle l'&#233;cologie (d&#233;)coloniale et les (anti)indig&#232;nes jouent &#224; fond &#8211; ce sont les Blancs qui sont coupables, &#171; &lt;i&gt;vous avez croqu&#233; la pomme, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;etc.,&lt;/i&gt;&lt;i&gt; donc vous &#234;tes mauvais, il faut expier &lt;/i&gt;&lt;i&gt;votre&lt;/i&gt;&lt;i&gt; faute !&lt;/i&gt; &#187;, c'est la repentance, etc. &#199;a, ce n'est pas de la politique, l&#224;, on est dans la psychoth&#233;rapie, la &lt;i&gt;mauvaise&lt;/i&gt; psychoth&#233;rapie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre pour encha&#238;ner aussi sur quelque chose d'un peu plus pr&#233;cis : le terme d'&#171; Anthropoc&#232;ne &#187; a beaucoup de succ&#232;s et il y a beaucoup de variations dessus, le &#171; Capitaloc&#232;ne &#187;, le &#171; Colonisanoc&#232;ne &#187;, le &#171; Technoc&#232;ne &#187;, le &#171; Thanatoc&#232;ne &#187;, etc. et l&#224; on est vraiment, pour moi, dans de la sp&#233;culation qui ne m&#232;ne &#224; rien. L'Anthropoc&#232;ne, je pense que les auditeurs sont au courant, c'est l'id&#233;e que depuis un si&#232;cle ou deux, nous sommes entr&#233;s dans une soci&#233;t&#233; industrielle o&#249; l'&#234;tre humain a un impact sur le fonctionnement de la plan&#232;te. Le probl&#232;me est qu'on en d&#233;duit qu'avant nous n'avions aucun impact et c'est faux. Rien que l'emploi du terme, &#224; mon avis, d&#233;note un regard qui est faux : depuis que &lt;i&gt;H&lt;/i&gt;&lt;i&gt;omo sapiens&lt;/i&gt; existe &#8211; et &lt;i&gt;H&lt;/i&gt;&lt;i&gt;omo sapiens,&lt;/i&gt; c'est trois cent mille ans &#8211; il a un impact massif sur son environnement, il a d&#233;bois&#233; de mani&#232;re monumentale, il a cr&#233;&#233; des extinctions massives d'esp&#232;ces, il semblerait m&#234;me qu'il ait chang&#233; le climat deux ou trois fois&#8230; Il y a une histoire entre l'environnement et l'Homme et en &#231;a le terme d'Anthropoc&#232;ne me semble r&#233;duire le probl&#232;me &#224; la question de l'Occident. Donc, l&#224; aussi, on voit que le terme qui &#233;mane du milieu &#233;cologique occidental pr&#233;pare &#224; l'offensive de l'&#233;cologie (d&#233;)coloniale. C'est pour &#231;a que je pense que l'&#233;cologie (d&#233;)coloniale a malheureusement de l'avenir ; le terrain de l'&#233;cologie politique de tel qu'il existe aujourd'hui est tr&#232;s d&#233;vast&#233;, il est tr&#232;s pauvre, tr&#232;s id&#233;ologique, religieux m&#234;me, et il ne d&#233;bouche sur rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;yrille &lt;/strong&gt; : J'ai impressions que &#231;a remonte encore plus loin : &#231;a me fait penser &#224; toutes ces histoires de m&#232;re nourrici&#232;re, etc. Dans l'&#233;cologie on retrouve beaucoup de mythes, donc c'est pas forc&#233;ment anti rationaliste mais il y a quand m&#234;me des mythes fondateurs qui renvoient &#224; l'image du bon sauvage. C'est-&#224;-dire qu'il y aurait un moment dans l'humanit&#233; o&#249; on &#233;tait bon, par nature et la soci&#233;t&#233; nous corrompt et cette soci&#233;t&#233;, c'est le syst&#232;me capitaliste et c'est l'Occident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Q&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;uentin &lt;/strong&gt; : Oui, absolument. Mais ce mythe rousseauiste est pr&#233;sent aussi dans l'imaginaire libertaire ; il y a de &#231;a dans l'imaginaire anarchiste qui voudrait qu'il suffirait d'abattre les syst&#232;mes d'oppression, les hi&#233;rarchies, les dominations, [les religions], etc. et il y aurait un accord entre nos d&#233;sirs mutuels, il suffirait de discuter un peu et puis tout se r&#233;glerait&#8230; &#199;a c'est un imaginaire qui a baign&#233; le mouvement ouvrier qui &#233;tait tr&#232;s na&#239;f. Malheureusement, on se rend compte que ce n'est pas comme &#231;a que &#231;a marche : l'&#234;tre humain n'est pas fait &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; &#8211; n'a pas &#233;t&#233; con&#231;u si jamais il a &#233;t&#233; con&#231;u par quelque chose ! &#8211; pour vivre de mani&#232;re harmonieuse ni entre les humains, ni entre l'homme et la nature. Si jamais il y a des accords, si jamais il y a des harmonies ponctuelles, si jamais il y a un &#233;tablissement de relations &#233;quitables, c'est syst&#233;matiquement une cr&#233;ation, une cr&#233;ation culturelle &#8211; et encore faut-il le vouloir. Tu as enti&#232;rement raison de dire qu'on nage en plein mythes d&#232;s qu'on parle d'&#233;cologie, mais d&#232;s qu'on parle de politique aussi. Et je crois que la pens&#233;e, un objectif de la pens&#233;e, l'objectif &lt;i&gt;m&#234;me&lt;/i&gt; de la pens&#233;e, c'est d'arriver &#224; sortir des mythes et non pas une fois pour toutes, parce qu'on vit avec, mais arriver &#224; penser, c'est arriver et &#224; penser hors des mythes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;yrille &lt;/strong&gt; : &#8230; d&#233;mythifier&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin &lt;/strong&gt; : Oui, ponctuellement, mais &#224; un moment donn&#233;, arriver &#224; penser en dehors des mythes, en dehors de la religion, en dehors de solutions qui datent de plusieurs mill&#233;naires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; Effondrement et permanence de l'id&#233;ologie &#187;&#034; id=&#034;nh10-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8230; Et on se d&#233;bat avec &#231;a&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Entre l'&#233;cologie techno-scientiste, gestionnaire et gauchiste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;imso &lt;/strong&gt; : Je voulais pr&#233;ciser aussi, &#224; propos des id&#233;ologies &#233;cologistes, des mythes que &#231;a peut v&#233;hiculer ; certains disent qu'il faut retourner &#224; l'&#233;cologie, au fondement de l'&#233;cologie qui est une science, la science &#233;cologique. Et alors l&#224;, attention, moi je suis aussi critique du rationalisme comme il peut &#234;tre men&#233;, avec tous ce c&#244;t&#233; scientiste. Je pense qu'il faut trouver notre ligne de fuite et discuter politique et discourir sur ce que l'on veut dans la soci&#233;t&#233; sans tomber ou retomber dans une &#233;cologie comme science ou de l'&#233;cologie mystique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quen&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;tin&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt; : Oui, on est &#224; l'intersection de plusieurs &#233;cologies. Je pense qu'il y a trois pi&#232;ges dans l'&#233;cologie politique. Il y a d'abord le techno-scientisme dont tu viens de parler, croire que la science va tout r&#233;soudre. Il y a ensuite l'&#233;cologie gestionnaire, c'est-&#224;-dire, en gros, on ne change rien &#224; part quelques lois, on met des &#233;oliennes en plus des centrales nucl&#233;aires, on prot&#232;ge les petits oiseaux, etc. Et puis l'&#233;cologie gauchiste qui est en train, je crois, de devenir l'&#233;cologie (d&#233;)coloniale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; D&#233;croissance et d&#233;mocratie directe &#187; ainsi que &#171; Climat : la longue (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Je pense que c'est trois impasses effectivement et qu'il y aurait un chantier &#233;norme qu'il faudrait r&#233;-ouvrir : la pens&#233;e de l'&#233;cologie politique. C'est un chantier qui est &#233;norme mais qu'il est urgent d'ouvrir parce qu'on va avoir un &#171; mix &#187; des trois : on va avoir les techno-scientistes &#224; travers les projets de g&#233;o-ing&#233;nierie o&#249; on tente de modeler les grands cycles de la biosph&#232;re en envoyant notamment des particules dans l'atmosph&#232;re pour filtrer les rayons du soleil afin de limiter les changements climatiques, de s&#233;questrer le carbone &#224; l'aide de proc&#233;d&#233;s artificiels, etc. ; on va avoir l'&#233;cologie gestionnaire puisqu'il ne risque pas d'avoir de r&#233;volution &#233;mancipatrice ou du moins c'est mal parti ; et puis on va avoir l'&#233;cologie (d&#233;)coloniale puisque ce sont des dynamiques mondiales qui sont en train de se mettre en place et que l'Occident d&#233;cline assez clairement. Donc on risque de se retrouver avec un r&#233;gime qui prendra le pire de ces &#233;cologies politiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; Contre le totalitarisme de l'&#233;cologisme politique &#187;&#034; id=&#034;nh10-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cyrille&lt;/strong&gt; : Peut-&#234;tre qu'on peut conclure l&#224;-dessus. &#192; moins que vous ayez des choses &#224; rajouter&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daman &lt;/strong&gt; : Quentin, peut-&#234;tre que tu peux rappeler un ou deux articles, des liens ou des ouvrages&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin&lt;/strong&gt; : Je peux renvoyer &#224; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1051-Gare-a-l-ecologie-de-coloniale' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;la page &#171; Gare &#224; l'&#233;cologie (d&#233;)coloniale ! &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; et aux articles de &#171; La D&#233;croissance &#187; dans les deux num&#233;ros de mars et avril, qui sont tr&#232;s bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cyrille&lt;/strong&gt; : Celui d'avril &#233;tait un num&#233;ro sur contre l'&#233;cologie (d&#233;)coloniale, plus ou moins, avec un long un article &#224; l'int&#233;rieur. Il y a aussi &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1019-Parution-des-brochures-no26-26bis' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;la brochure de &lt;i&gt;Lieux Communs&lt;/i&gt; qui s'appelle Pand&#233;mie, &#233;cologie et politique&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin&lt;/strong&gt; : Et sur cette &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1051-Gare-a-l-ecologie-de-coloniale' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;page &#171; Gare &#224; l'&#233;cologie (d&#233;)coloniale ! &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; on a tent&#233; de synth&#233;tiser la plupart des choses qui se sont dites ici en termes de descriptions sociologique de l'infiltration de l'&#233;cologie (d&#233;)coloniale dans les milieux &#233;colos, avec des renvois quelques textes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb10-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?949-Gilets-jaunes-et-democratie' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Gilets jaunes et d&#233;mocratie directe : convergences et obstacles &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; et, pour un bilan &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?999-Les-gilets-jaunes-face-a-l-empire' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Les gilets jaunes face &#224; l'empire &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On lira par exemple &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?988-La-nature-du-citadin' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; La nature du citadin &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?974-L-alliance-entre-le-gauchisme-et-l' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; L'alliance entre le gauchisme et l'islamisme pr&#233;tend &#233;viter la guerre &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Particuli&#232;rement criant concernant la &#171; question &#187; (qui n'en est jamais une) de l'&#171; immigration &#187; (qui n'est plus une non plus). Voir par exemple &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?978-Immigration-ecologie-et' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Immigration, &#233;cologie et d&#233;croissance &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir p. ex. &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?917-La-democratie-directe-et-ses-lieux' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; La d&#233;mocratie directe et ses lieux communs &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1037-Un-conflit-universel-avec-la' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Un conflit universel avec la nature &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?726-Cet-age-d-or-qui-jamais-n-exista-1' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Cet &#226;ge d'or qui jamais n'exista &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?870-Islamisme-totalitarisme' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Islamisme, totalitarisme, imp&#233;rialisme &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On lira notamment &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1028-Ecologie-et-anthropocentrisme-1-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; &#201;cologie et anthropocentrisme &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?833-ecologie-et-democratie-directe' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; &#201;cologie et d&#233;mocratie directe &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On lira par exemple &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?5-questions-a-la-decroissance' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Questions &#224; la d&#233;croissance &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?760-fausses-figures-de-l-avenir-1-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Fausses figures de l'avenir &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?886-effondrement-et-permanence-de-l-ideologie' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Effondrement et permanence de l'id&#233;ologie &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?601-decroissance-et-democratie-directe' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; D&#233;croissance et d&#233;mocratie directe &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; ainsi que &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?997-Climat-la-longue-marche' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Climat : la longue marche &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?253-Contre-le-totalitarisme-de-l' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Contre le totalitarisme de l'&#233;cologisme politique &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Le discours de l'&#233;cologie (d&#233;)coloniale est une arnaque totale &#187; (1/2)</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?1056-Le-discours-de-l-ecologie-de-coloniale</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?1056-Le-discours-de-l-ecologie-de-coloniale</guid>
		<dc:date>2021-05-14T17:42:04Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Gauchisme</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Agronomie</dc:subject>
		<dc:subject>Primitivisme</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cologie</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cologisme</dc:subject>
		<dc:subject>Entretien</dc:subject>
		<dc:subject>Immigration</dc:subject>
		<dc:subject>Islamogauchisme</dc:subject>
		<dc:subject>Gilets jaunes (2018-2019)</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cologie (d&#233;)coloniale</dc:subject>
		<dc:subject>B&#233;rard Quentin</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Retranscription de l'&#233;mission Offensive Sonore enregistr&#233;e le 21 avril et diffus&#233;e les 14 et 28 mai 2021 sur Radio Libertaire. Les modifications importantes ont &#233;t&#233; plac&#233;es entre crochets. Pour palier &#224; la Novlang contemporaine, les termes &#171; d&#233;colonial &#187; et &#171; indig&#233;niste &#187; ont &#233;t&#233; retranscrits en &#171; (d&#233;)colonial &#187; et &#171; (anti)indig&#233;niste &#187; afin de restaurer leur sens initial &#8211; la question est abord&#233;e en cours d'&#233;mission. On se reportera &#224; la page-ressource &#171; Gare &#224; l'&#233;cologie (d&#233;)coloniale ! (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-76-L-ecologie-politique-contre-l-" rel="directory"&gt;L'&#233;cologie politique contre l'&#233;cologisme&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-84-agriculture-+" rel="tag"&gt;Agronomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-88-primitivisme-+" rel="tag"&gt;Primitivisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-89-ecologie-+" rel="tag"&gt;&#201;cologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-113-ecologisme-+" rel="tag"&gt;&#201;cologisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-130-entretien-+" rel="tag"&gt;Entretien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-215-immigration-+" rel="tag"&gt;Immigration&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-217-islamogauchisme-+" rel="tag"&gt;Islamogauchisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-Gilets-jaunes-2018-+" rel="tag"&gt;Gilets jaunes (2018-2019)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-264-Ecologie-de-coloniale-+" rel="tag"&gt;&#201;cologie (d&#233;)coloniale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-283-Berard-Quentin-+" rel="tag"&gt;B&#233;rard Quentin&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Retranscription de &lt;a href=&#034;https://offensivesonore.blogspot.com/2021/05/gare-lecologie-decoloniale.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;l'&#233;mission &lt;i&gt;O&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ffensive &lt;/i&gt;&lt;i&gt;S&lt;/i&gt;&lt;i&gt;onore&lt;/i&gt; enregistr&#233;e le 21 avril et diffus&#233;e les 14 et 28 mai 2021 sur &lt;i&gt;Radio Libertaire&lt;/strong&gt;&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. Les modifications importantes ont &#233;t&#233; plac&#233;es entre crochets. Pour palier &#224; la &lt;i&gt;Novlang&lt;/i&gt; contemporaine, les termes &#171; d&#233;colonial &#187; et &#171; indig&#233;niste &#187; ont &#233;t&#233; retranscrits en &#171; (d&#233;)colonial &#187; et &#171; (anti)indig&#233;niste &#187; afin de restaurer leur sens initial &#8211; la question est abord&#233;e en cours d'&#233;mission.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se reportera &#224; la page-ressource &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1051-Gare-a-l-ecologie-de-coloniale' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Gare &#224; l'&#233;cologie (d&#233;)coloniale ! &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, r&#233;guli&#232;rement mise &#224; jour, pour trouver les sources des &#233;l&#233;ments ici avanc&#233;s, et bien d'autres encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;mission sera &#233;videmment si peu appr&#233;ci&#233;e du Politburo de Radio Libertaire, qu'elle interdira Lieux Communs d'antenne, apr&#232;s avoir auparavant &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?951-Gilets-jaunes-Les-gens' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;suspendu &#171; Offensive sonore &#187; pendant six mois&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Sous pression, l'&#233;mission cessera ses activit&#233;s un an et demi plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;spip_document_1217 spip_document spip_documents spip_document_audio spip_documents_center spip_document_center spip_document_player spip_documents_player spip_doc_player&#034;&gt; &lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;mejs-audio-wrapper audio-wrapper mejs-audio-wrapper-skin-mejs&#034; style='width:400px;max-width:100%;margin:0 auto;'&gt; &lt;audio class=&#034;mejs mejs-1217 mejs__mejs&#034; data-id=&#034;adf77039fb06406c68aa0fb7b99c55ad&#034; src=&#034;IMG/mp3/os-lc-ecolo-decolo-partie-1.mp3&#034; type=&#034;&#034; data-mejsoptions='{&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;loop&#034;:false,&#034;audioWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;duration&#034;:4443,&#034;iconSprite&#034;:&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/plugins/auto/player/v4.3.0/lib/mejs/build/mejs-controls.svg?1747379926&#034;}' data-mejsplugins='null' controls=&#034;controls&#034; &gt;&lt;/audio&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cyrille &lt;/strong&gt; : Bonsoir vous &#234;tes bien sur &lt;i&gt;R&lt;/i&gt;&lt;i&gt;adio &lt;/i&gt;&lt;i&gt;L&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ibertaire&lt;/i&gt; 89.4 Fm, c'est l'&#233;mission&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;O&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ffensive &lt;/i&gt;&lt;i&gt;S&lt;/i&gt;&lt;i&gt;onore&lt;/i&gt; qui commence, comme un vendredi sur deux de 21h30 &#224; 22 heures. On va parler d'&#233;cologie (d&#233;)coloniale avec beaucoup d'intervenants pour une fois, puisqu'on est quatre. C'est toujours une &#233;mission enregistr&#233;e &#224; distance et il y a Quentin, Rimso, Daman et moi-m&#234;me et nous allons d&#233;battre d'une nouvelle tendance qui s'appelle l'&#233;cologie (d&#233;)coloniale. Je propose que Quentin tu d&#233;finisses un peu ce que c'est&#8230; On va aborder plusieurs points mais commen&#231;ons par d&#233;finir ce qu'on appelle actuellement l'&#233;cologie (d&#233;)coloniale du point de vue des acteurs, de ceux qui en font la promotion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin &lt;/strong&gt; : En r&#233;alit&#233; l'&#233;cologie (d&#233;)coloniale est tr&#232;s simple &#224; comprendre : c'est uniquement les th&#232;ses dites (d&#233;)coloniales ou (anti)indig&#233;nistes, c'est-&#224;-dire racialistes ou communautaristes et islamistes qui sont appliqu&#233;es au domaine de l'&#233;cologie. C'est assez simple, il suffit donc d'avoir suivi un petit peu la vie politique fran&#231;aise depuis une dizaine d'ann&#233;es et on voit &#224; peu pr&#232;s de quoi il retourne. &#199;a va demander &#233;videmment un peu plus d'attention mais globalement le principe est assez limpide. Donc, il y a une mont&#233;e en puissance depuis quelques ann&#233;es, particuli&#232;rement depuis deux ans, depuis les municipales et on verra pourquoi, il y a une affirmation croissante de cette &#233;cologie-l&#224; dans la plupart des groupes militants, dans l'&#233;cologie officielle aussi et dans les universit&#233;s. Tout cela est un sujet de pr&#233;occupation parce qu'il y a &#224; la fois un vide du c&#244;t&#233; des &#233;colos et une affirmation de plus en plus importante du c&#244;t&#233; de la mouvance (d&#233;)coloniale, (anti)indig&#233;niste, etc.&lt;br class='manualbr' /&gt;On voulait aborder les choses au fil de la conversation autour de quatre points : d'abord les acteurs (1) et puis la naissance ou la mani&#232;re dont cette chose-l&#224; a pu s'affirmer (2), ensuite les th&#232;ses qui sont d&#233;fendues dont on discutera un petit peu (3) et enfin, si on a le temps &#224; la fin, discuter de l'&#233;cologie politique telle qu'elle existe et qui rend possible une telle infiltration (4).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1 &#8211; Les acteurs de l'&#233;cologie (d&#233;)coloniale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Alors si je commence du c&#244;t&#233; des acteurs, on peut les classer en gros en quatre grands types d'acteurs et d'abord les militants (d&#233;)coloniaux en eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les militants (d&#233;)coloniaux et (anti)indig&#233;nistes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On les conna&#238;t, ils sont souvent &#224; plusieurs casquettes et par exemple Fatima Ouassak qui a eu l'honneur d'avoir un article entier lui &#233;tant consacr&#233; dans le num&#233;ro de &#171; La D&#233;croissance &#187; du mois de mars &#8211; article qu'on peut trouver d'ailleurs sur internet &#8211; o&#249; on lui a taill&#233; un costard de mani&#232;re assez brillante. Peut-&#234;tre que tu veux en parler un peu, Cyrille ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cyrille &lt;/strong&gt; : C'est une militante indig&#233;niste, comme on dit, elle a fait partie du &lt;i&gt;P&lt;/i&gt;&lt;i&gt;arti des &lt;/i&gt;&lt;i&gt;I&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ndig&#232;nes de la &lt;/i&gt;&lt;i&gt;R&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#233;publique&lt;/i&gt; (PIR) &#8211; qui s'appelait le &lt;i&gt;M&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ouvement des &lt;/i&gt;&lt;i&gt;I&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ndig&#232;nes &lt;/i&gt;&lt;i&gt;de la R&#233;publique&lt;/i&gt; &#224; l'&#233;poque &#8211; elle a commenc&#233; sa carri&#232;re l&#224;-dedans, je ne sais pas exactement quel &#233;tait son r&#244;le. Ensuite elle a cr&#233;&#233; un collectif qui s'appelle le &lt;i&gt;F&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ront de &lt;/i&gt;&lt;i&gt;M&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#232;res&lt;/i&gt; connu officiellement pour avoir milit&#233; pour des repas v&#233;g&#233;tariens dans les &#233;coles. Officiellement, c'&#233;tait par rapport &#224; l'&#233;cologie mais si on gratte un peu dans ses interviews, on voit que c'est aussi fortement parce qu'elle ne veut pas que ses enfants mangent autre chose que du &lt;i&gt;halal.&lt;/i&gt; Donc tout &#231;a est un peu m&#233;lang&#233; avec elle parce qu'elle se dit que le v&#233;ritable halal n'est pas vraiment possible en France, donc il faut manger v&#233;g&#233;tarien. Elle va donc m&#233;langer un peu ces discours mais surtout elle joue beaucoup sur l'ambigu&#239;t&#233; notamment quand on voit ses liens, etc. Elle est, par exemple, la compagne de Youssef Brakni du &#171; comit&#233; Adama &#187; et tr&#232;s impliqu&#233; contre l'&#171; islamophobie &#187;, etc. Ce sont des militants se disant anti-racistes et victimes de discrimination, qui vont mettre en avant la religion. C'est vraiment ce qu'on retrouve aussi chez Fatima Ouassak avec ce double discours pr&#233;tendant que les Arabes n'ont pas le droit de parler d'&#233;cologie et seraient renvoy&#233;s &#224; leur religion alors que c'est elle qui en parle en permanence&#8230; C'est un discours victimaire que l'on retrouve dans pas mal de positions racialistes ou islamistes qui mettent en avant un agenda religieux et en m&#234;me temps quand on questionne on nous r&#233;pond qu'on fait du racisme donc qu'on emp&#234;che de parler d'&#233;cologie, etc. En r&#233;alit&#233;, elle ne parle pas d'&#233;cologie r&#233;ellement : elle parle surtout de &#171; racisme &#187; anti-musulman ou d'&#171; islamophobie &#187;, etc. Selon les interviews, &#231;a change, selon le contexte, et on voit que son discours est tr&#232;s bien rod&#233; ce qui lui permet d'&#234;tre invit&#233;e dans pas mal de forums d'&#233;cologie pour parler du lien entre l'&#233;cologie et &#171; les quartiers &#187;, etc. Elle se pr&#233;sente alors comme une &#233;cologiste et puis dans d'autres forums elle va &#234;tre beaucoup plus directe&#8230;&lt;br class='manualbr' /&gt;Son collectif c'est &lt;i&gt;F&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ront de &lt;/i&gt;&lt;i&gt;M&#232;res,&lt;/i&gt; mais je sais que maintenant elle &#233;volue dans des collectifs plus proches d'&lt;i&gt;E&lt;/i&gt;&lt;i&gt;urope &lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#201;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;cologie &lt;/i&gt;&lt;i&gt;L&lt;/i&gt;&lt;i&gt;es &lt;/i&gt;&lt;i&gt;V&lt;/i&gt;&lt;i&gt;erts&lt;/i&gt; (EELV).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin &lt;/strong&gt; : Effectivement, elle a &#233;t&#233; tr&#232;s largement invit&#233;e &#224; EELV, intervient dans des universit&#233;s, elle est interview&#233;e par &lt;i&gt;M&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#233;diapart,&lt;/i&gt; dont elle est tr&#232;s proche, elle est aussi pass&#233;e &#224;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;F&lt;/i&gt;&lt;i&gt;rance-&lt;/i&gt;&lt;i&gt;C&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ulture,&lt;/i&gt; elle a &#233;t&#233; interview&#233;e par &lt;i&gt;L&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e &lt;/i&gt;&lt;i&gt;M&lt;/i&gt;&lt;i&gt;onde,&lt;/i&gt; etc. Donc elle a vraiment une audience ou, comme on dit aujourd'hui, une surface m&#233;diatique assez importante alors que son discours, tu l'as tr&#232;s bien soulign&#233;, est tr&#232;s pauvre. En fait l'&#233;cologie est un pr&#233;texte et on verra que c'est vraiment le cas de toute l'&#233;cologie (d&#233;)coloniale : l'&#233;cologie est un pr&#233;texte pour imposer des th&#232;mes qui lui sont compl&#232;tement &#233;trangers&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;imso &lt;/strong&gt; : Ce qu'il faut pr&#233;ciser pour les auditeurs qui ne le sauraient pas, c'est que un des relais de ces pens&#233;es-l&#224;, c'est les &#233;ditions &lt;i&gt;L&lt;/i&gt;&lt;i&gt;a &lt;/i&gt;&lt;i&gt;D&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#233;couverte&lt;/i&gt; parce que cette dame-l&#224; y a publi&#233;, m&#234;me si sa pens&#233;e est assez pauvre. Le copain de &#171; &lt;i&gt;L&lt;/i&gt;&lt;i&gt;a &lt;/i&gt;&lt;i&gt;D&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#233;croissance&lt;/i&gt; &#187; qui a &#233;crit un article sur cette femme y met des citations tir&#233;es de son bouquin &lt;i&gt;L&lt;/i&gt;&lt;i&gt;a puissance des m&#232;res&lt;/i&gt; (2020) qui a &#233;t&#233; accept&#233; par ce grand &#233;diteur parisien qu'est la&lt;i&gt;La D&#233;couverte&lt;/i&gt;, quand m&#234;me. Il y a chez eux cette peur de se couper des espaces populaires qui vont se battre contre les violences polici&#232;res dans leurs quartiers, etc. parce qu'elle a tout un d&#233;lire aussi autour de &#171; on extermine nos enfants &#187; et &#171; la puissance des m&#232;res qui prot&#232;gent leurs enfants issus de l'immigration &#187;, &#171; la soci&#233;t&#233; blanche est raciste &#187;, etc. C'est son fond de commerce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cyrille &lt;/strong&gt; : Oui, c'est un discours compl&#232;tement parano&#239;aque. C'est-&#224;-dire, pour certains auditeurs qui habitent en banlieue, elle dit que quand on est m&#232;re en banlieue on a peur de que son enfant ne revienne pas, qu'il soit tu&#233; par la police&#8230; Franchement pour avoir v&#233;cu tr&#232;s longtemps dans des quartiers chauds, on a peur d'autre chose, quand on a des enfants, que de la police&#8230; Mais effectivement dans des milieux comme &lt;i&gt;F&lt;/i&gt;&lt;i&gt;rance &lt;/i&gt;&lt;i&gt;C&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ulture&lt;/i&gt; &#231;a passe tr&#232;s bien ce genre de discours. Mais bon, c'est vraiment limite m&#233;dical, c'est une parano&#239;a invraisemblable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin &lt;/strong&gt; : Il y a des chances qu'elle soit intronis&#233;e candidate pour les l&#233;gislatives par EELV, donc elle est quand m&#234;me promise &#224; un avenir &#8211; jusqu'&#224; cette &#233;mission en tout cas&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cyrille &lt;/strong&gt; : (Rires) On voit que l'article de La D&#233;croissance n'a pas d'impact, qu'on ne va pas changer les choses parce qu'on est toujours dans un syst&#232;me o&#249; d&#232;s qu'il y a une critique sur ce genre de personne, c'est forc&#233;ment &#233;mis par des gens d'extr&#234;me droite ou islamophobes, c'est-&#224;-dire qu'aucune critique n'est possible par rapport &#224; ces personnalit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin &lt;/strong&gt; : Bien s&#251;r, il y a une cl&#244;ture tr&#232;s rapide. Je voulais parler aussi d'un deuxi&#232;me personnage : Nabil Ennasri. Alors lui, c'est un autre genre, il est plus pos&#233; et il a quand m&#234;me un niveau intellectuel un peu plus important, c'est un vrai politologue tr&#232;s proche des fr&#232;res musulmans et il a de multiples contacts. Il est notamment &#224; l'IESH de Ch&#226;teau Chinon qui est un centre de formation islamiste, il a &#233;crit plusieurs livres et semble se sp&#233;cialiser dans l'&#233;cologie &#8211; donc l'&#233;cologie musulmane, l'&#233;cologie islamique. Il a lui aussi droit &#224; une audience assez importante : interview&#233; dans des m&#233;dias musulmans, bien s&#251;r, mais aussi &#224; &lt;i&gt;Reporterre, &lt;/i&gt;o&#249; il y a plusieurs articles de lui, notamment les lendemains d'attentats islamiques pour expliquer que la religion musulmane est &#233;cologique, c'est l'ambition de ces articles&#8230; Il a &#233;crit un livre &lt;i&gt;L&lt;/i&gt;&lt;i&gt;es &lt;/i&gt;&lt;i&gt;S&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ept d&#233;fis capitaux&lt;/i&gt; [&lt;i&gt;Essai &#224; destination de la communaut&#233; musulmane de France&lt;/i&gt;, Sana &#233;ditions, 2014] dans lequel le dernier des d&#233;fis est consacr&#233; enti&#232;rement &#224; l'&#233;cologie. Et puis il est cofondateur et pr&#233;sident de l'&lt;i&gt;U&lt;/i&gt;&lt;i&gt;nion &lt;/i&gt;&lt;i&gt;F&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ran&#231;aise des &lt;/i&gt;&lt;i&gt;C&lt;/i&gt;&lt;i&gt;onsommateurs &lt;/i&gt;&lt;i&gt;M&lt;/i&gt;&lt;i&gt;usulmans&lt;/i&gt; (UFCM) avec un proche de Tariq Ramadan et un autre du CCIF, donc il est vraiment au c&#339;ur de la n&#233;buleuse islamiste fran&#231;aise. Ils sont en train de cr&#233;er un label &lt;i&gt;bio halal&lt;/i&gt; puisque le label bio &#8211; c'est tr&#232;s r&#233;cent &#8211; ne peut pas &#234;tre d&#233;cern&#233; &#224; cause de l'abattage rituel, de la souffrance animale qu'elle implique, donc ils ont d&#233;cid&#233; de cr&#233;er une officine qui permet de labelliser avec leur propre label les produits. On a &#224; l'int&#233;rieur de la n&#233;buleuse islamiste des fr&#232;res musulmans le d&#233;veloppement d'une th&#233;matique autour de l'&#233;cologie qui est tr&#232;s forte et qui est plus que du &lt;i&gt;greenwashing,&lt;/i&gt; qui est vraiment une pr&#233;occupation constante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;yrille &lt;/strong&gt; : C'est sinc&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin &lt;/strong&gt; : En tout cas qui est tr&#232;s strat&#233;gique, qui n'est pas simplement une passade, c'est une chose qui risque de s'inscrire dans la dur&#233;e. Les autres acteurs, on les conna&#238;t un peu plus c'est Danielle Obono de la &lt;i&gt;L&lt;/i&gt;&lt;i&gt;a &lt;/i&gt;&lt;i&gt;F&lt;/i&gt;&lt;i&gt;rance &lt;/i&gt;(&lt;i&gt;I&lt;/i&gt;&lt;i&gt;n&lt;/i&gt;)&lt;i&gt;soumise&lt;/i&gt; (LFI) ou Esther Benbassa d'EELV qui sont invit&#233;es aussi assez souvent &#224; des raouts de militants &#233;cologistes, dans lesquels en fait elles forcent syst&#233;matiquement le lien entre l'&#233;cologie et leurs pr&#233;occupations &#224; elles, que sont le racisme, la discrimination, les quartiers d'immigration, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les militants &#233;cologistes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me cat&#233;gorie, c'est celle des militants &#233;cologistes tels qu'on les conna&#238;t nous. L&#224; on a vu les militants (anti)indig&#233;nistes et islamistes, mais les militants &#233;cologistes sont tr&#232;s poreux &#224; toutes ces th&#233;matiques parce que, comme on le disait en d&#233;but d'&#233;mission, les milieux (anti)indig&#233;nistes et islamistes sont relativement restreints sociologiquement parlant, mais il y a une r&#233;ceptivit&#233; assez extraordinaire du c&#244;t&#233; des militants les plus motiv&#233;s, les militants de la gauche, d'EELV ou des autres un peu plus radicaux. Notamment je pense &#224; G&#233;n&#233;ration Climat qui a fait une manifestation il y a un an durant l'&#233;t&#233; aux c&#244;t&#233;s du &#171; comit&#233; Adama &#187; &#8211; la mafia Adama &#8211; comme le collectif &lt;i&gt;A&lt;/i&gt;&lt;i&gt;lternatiba&lt;/i&gt;, aussi. Il y a &#233;galement le PEPS, le &lt;i&gt;P&lt;/i&gt;&lt;i&gt;arti pour une &lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#201;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;cologie &lt;/i&gt;&lt;i&gt;P&lt;/i&gt;&lt;i&gt;opulaire et &lt;/i&gt;&lt;i&gt;S&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ociale,&lt;/i&gt; qui donne vraiment une tr&#232;s grande visibilit&#233;, des tribunes, &#224; tous les discours indig&#233;nistes et islamistes. Il y a &lt;i&gt;Reporterre&lt;/i&gt; aussi, c'est plus surprenant mais la revue en ligne d'Herv&#233; Kempf, qui est tr&#232;s bien d'ailleurs en lui-m&#234;me, est vraiment une bo&#238;te de r&#233;sonance &#224; toutes ces propos-l&#224; d'&#233;cologistes (anti)indig&#233;nistes et racialistes. Eux aussi sont en train de courir apr&#232;s le peuple et trouvent dans ces propos l'impression d'&#234;tre en connexion avec la r&#233;alit&#233; des gens du petit peuple. &lt;i&gt;Extinction &lt;/i&gt;&lt;i&gt;R&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#233;bellion&lt;/i&gt;, aussi, leurs militants sont en train d'&#234;tre tr&#232;s r&#233;ceptifs aussi &#224; ces discours-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;cologie officielle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me cat&#233;gorie, je mettrai les &#233;cologistes officiels. Alors on a vu EELV, toutes les mairies qui ont &#233;t&#233; conquises en 2019 qui sont en train de mettre en place des politiques tr&#232;s conciliantes vis-&#224;-vis des islamistes, des (anti)indig&#233;nistes, des militants communautaristes. Et ils sont invit&#233;s assez r&#233;guli&#232;rement aussi dans les universit&#233;s d'&#233;t&#233;, dans les revues, des interviews, etc. On a vu aussi derni&#232;rement Greta Thunberg, donc la proph&#233;tesse de jeunes &#233;colos, affirmer que la cause des dommages &#233;cologiques &#233;tait que nous vivions dans un monde colonial, raciste et paternaliste &#8211; donc elle avalisait absolument les th&#232;ses de l'&#233;cologie (d&#233;)coloniale. Tout &#231;a commence aussi &#224; avoir un &#233;cho dans les colonnes du &lt;i&gt;M&lt;/i&gt;&lt;i&gt;onde,&lt;/i&gt; le quotidien du soir, et montre que l'&#233;cologie (d&#233;)coloniale n'est pas simplement un d&#233;lire de quelques militants radicaux mais que &#231;a r&#233;pond &#224; quelque chose et notamment, &#224; mon avis, &#224; un grand vide du c&#244;t&#233; de l'institution &#171; &#233;cologie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rimso &lt;/strong&gt; : Dans la sph&#232;re des militants et de la presse &#233;cologique il y a aussi le mensuel historique &lt;i&gt;S&lt;/i&gt;&lt;i&gt; !&lt;/i&gt;&lt;i&gt;lence&lt;/i&gt; &#224; travers certains de ses r&#233;dacteurs et r&#233;dactrices qui ont &#233;t&#233; sensibles &#224; &#231;a, &#224; toutes ces id&#233;ologies, on pourrait dire la &#171; &lt;i&gt;Woke&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;c&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ulture&lt;/i&gt; &#187;, donc cette id&#233;ologie qui voudrait d&#233;fendre la cause des minorit&#233;s. Ils sont perm&#233;ables &#224; ces questions-l&#224; et ont d&#233;j&#224; fait un dossier entier l&#224;-dessus et c'est carr&#233;ment des titres historiques. Quand c'est des jeunes qui arrivent, ils essayent d'&#234;tre le plus &#171; propres &#187; possible et font une esp&#232;ce de gauchisme o&#249; il faudrait combattre toutes les causes d'oppression que subissent les minorit&#233;s. Pourquoi pas ? mais dans ce cas-l&#224; on verra plus tard dans l'&#233;mission que le discours n'est pas forc&#233;ment tr&#232;s bon&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;yrille &lt;/strong&gt; : Je voudrais revenir sur &lt;i&gt;A&lt;/i&gt;&lt;i&gt;lternatiba&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;S&lt;/i&gt;&lt;i&gt; !&lt;/i&gt;&lt;i&gt;lence&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;c'est une revue vendue par correspondance qui a une audience assez forte parmi les &#233;colos mais &lt;i&gt;A&lt;/i&gt;&lt;i&gt;lternatiba,&lt;/i&gt; c'est plus un forum organis&#233;, une sorte de foire un peu fourre-tout donc je pense que quelques (d&#233;)coloniaux qui sont venus et ont propos&#233; &#231;a, c'est accept&#233; comme &#233;norm&#233;ment de dossiers sur la m&#233;decine alternative, sur l'Esp&#233;ranto, sur des trucs, des sujets qui ne sont pas forc&#233;ment de l'&#233;cologie politique mais qui vont &#234;tre accept&#233;. C'est sans colonne vert&#233;brale et comme l'&#233;cologie politique est tellement peu forte, elle ne peut pas voir forc&#233;ment les limites et ils acceptent un peu tout &#231;a, tout va &#234;tre accept&#233; dans ce type d'organisation ou de revues. C'est pour temp&#233;rer un peu&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;imso &lt;/strong&gt; : Je pense qu'il y a quand m&#234;me un conflit r&#233;el. Pour &lt;i&gt;S&lt;/i&gt;&lt;i&gt; !&lt;/i&gt;&lt;i&gt;lence, &lt;/i&gt;c'est un r&#233;dacteur dans le comit&#233; de r&#233;daction comme Guilaume Gamblin qui est &#224; fond pour pousser ces choses-l&#224; contrairement &#224; d'autres revues comme &#171; La D&#233;croissance &#187; o&#249; leurs journalistes et leurs r&#233;dacteurs ont pu sortir des choses tr&#232;s int&#233;ressantes ces derni&#232;res semaines mais qui se font traiter de tous les noms et quand on voit les r&#233;actions qu'il peut y avoir si on cherche un peu sur internet par rapport aux derniers &#233;crits de La D&#233;croissance , &#231;a ne passe pas. Donc il y a quand m&#234;me des diff&#233;rences au sein des organes de presse quand m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;yrille &lt;/strong&gt; : Oui, bien s&#251;r. Par exemple &#171; La D&#233;croissance &#187; quand m&#234;me a une r&#233;daction assez claire : on lit quelques num&#233;ros du journal, on comprend dans quel dans quel type d'id&#233;e on est, mais si on va sur une manifestation type &lt;i&gt;A&lt;/i&gt;&lt;i&gt;lternatiba,&lt;/i&gt; on peut tomber sur des choses diverses, par exemple de l'hom&#233;opathie et &#224; c&#244;t&#233; on va trouver des choses tr&#232;s islamo-gauchistes, &#224; c&#244;t&#233; on va trouver un stand tr&#232;s diff&#233;rent&#8230; En fait c'est un peu le fourre-tout o&#249; justement les organisations de type &#233;cologique d&#233;colonial peuvent s'int&#233;grer tr&#232;s facilement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le monde universitaire et &#233;ditorial&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin &lt;/strong&gt; : Apr&#232;s les militants (d&#233;)coloniaux, les militants &#233;colos et l'&#233;cologie officielle, je parlerais du monde universitaire et &#233;ditorial. On en a parl&#233; un peu avec des &#233;ditions &lt;i&gt;La&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;D&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#233;couverte&lt;/i&gt; qui publient notamment deux auteurs qui m'ont marqu&#233; : Pierre Charbonnier,&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;A&lt;/i&gt;&lt;i&gt;bondance &lt;/i&gt;&lt;i&gt;et Libert&#233;&lt;/i&gt; [2019] qui est tr&#232;s p&#233;nible &#224; lire, tr&#232;s universitaire, &#233;norm&#233;ment de r&#233;f&#233;rences assommantes et qui, en conclusion, avalise la d&#233;rive vers l'&#233;cologie (d&#233;)coloniale sous pr&#233;texte &#8211; on en reparlera &#8211; de sortir de la dichotomie entre l'humain et la nature, de s'ouvrir &#224; d'autres cultures, &#224; d'autres regards sur le monde, etc., de briser la vision du monde occidentale. Et R. Keucheyan qui a &#233;crit &lt;i&gt;L&lt;/i&gt;&lt;i&gt;a &lt;/i&gt;&lt;i&gt;N&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ature est un &lt;/i&gt;&lt;i&gt;terrain&lt;/i&gt;&lt;i&gt; de combat&lt;/i&gt; je crois [&lt;i&gt;L&lt;/i&gt;&lt;i&gt;a nature est un champ de bataille&lt;/i&gt; (2014)], o&#249; il affirme que les victimes des dommages environnementaux ce sont uniquement &#171; les racis&#233;s &#187;&#8230;L&#224; &#231;a va vraiment dans le sens du discours d&#233;colonial. Et puis du c&#244;t&#233; du &lt;i&gt;Seuil,&lt;/i&gt; qui est quand m&#234;me une institution extr&#234;mement importante, on a la collection &#171; Anthropoc&#232;ne &#187; dirig&#233;e par Christophe Bonneuil qui lui-m&#234;me a un penchant tr&#232;s (d&#233;)colonial. Il a publi&#233; l'an dernier Malcom Ferdinand &lt;i&gt;Une&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#201;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;cologie d&#233;coloniale&lt;/i&gt;, un livre qui a eu &#233;norm&#233;ment d'&#233;cho dans toute la presse &#8211; la presse militante, la presse officielle, la presse &#233;cologiste &#8211; et qui est une sorte de br&#233;viaire d'&#233;cologie (d&#233;)coloniale avec le principe sous-jacent que les probl&#232;mes &#233;cologiques sont uniquement dus &#224; l'Occident et plus pr&#233;cis&#233;ment sont n&#233;s avec la colonisation.&lt;br class='manualbr' /&gt;Voil&#224; en gros le th&#232;me et les th&#232;ses qui sont d&#233;fendus dans ce monde universitaire et &#233;ditorial &#8211; universitaire parce que ce dernier, M. Ferdinand est directeur de recherche au CNRS et P. Charbonnier aussi [R. Keucheyan &#233;galement]. Donc l&#224; on voit que la mouvance de l'&#233;cologie &#171; (d&#233;)coloniale &#187;, entre guillemets &#8211; on discutera des termes, je pense &#8211; c'est quand m&#234;me une chose qui a une importance relative et tout cela date [grossi&#232;rement] de trois ans, donc c'est tout de m&#234;me une croissance assez importante. Ce n'est pas simplement un petit groupuscule cela va d'EELV au &lt;i&gt;M&lt;/i&gt;&lt;i&gt;onde&lt;/i&gt;, au &lt;i&gt;Seuil&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;L&lt;/i&gt;&lt;i&gt;a &lt;/i&gt;&lt;i&gt;D&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#233;couverte&lt;/i&gt;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rimso &lt;/strong&gt; : Pour concr&#233;tiser pour les auditeurs, le probl&#232;me c'est que toutes ces personnes-l&#224; recodent la critique sociale sur des trucs purement ethniques et c'est &#231;a qui pose probl&#232;me et qui cr&#233;e des impasses dans la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cyrille &lt;/strong&gt; : On peut peut-&#234;tre passer &#224; la partie &#171; gen&#232;se &#187; de l'&#233;cologie (d&#233;)coloniale ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2 &#8211; La gen&#232;se de l'&#233;cologie (d&#233;)coloniale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin &lt;/strong&gt; : Ce sera rapide, j'avais not&#233; juste quelques points pour expliquer la temporalit&#233; comme on dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les &#233;lections municipales de 2019 et la d&#233;liquescence de la gauche&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assez clairement il y a un point de d&#233;part qui est 2019 : la plupart des pages web, la plupart des num&#233;ros de revues, la plupart des conf&#233;rences, des propos, etc. datent de 2019, plus rarement avant. 2019 c'est &#233;videmment les &#233;lections municipales o&#249; ce sont EELV qui ont un succ&#232;s relatif &#8211; relatif parce qu'essentiellement du &#224; l'abstention &#8211; et raflent la plupart des grandes villes de France. Il se cr&#233;e &#224; partir de l&#224; un appel d'air, parce que EELV c'est un appareil essentiellement vide, &#231;a a toujours &#233;t&#233; un marchepied pour les oligarques, et on voit d'ailleurs, l&#224;, semaine apr&#232;s semaine les affaires dans toutes les mairies dirig&#233;es par les Verts, les propos compl&#232;tement d&#233;biles ou au mieux maladroits des conseils municipaux ou des maires, c'est assez catastrophique. Et ce vide-l&#224; est un appel d'air &#233;videmment, &#231;a attire tous les gens que le pouvoir fascine et c'est &#233;videmment le cas des (anti)indig&#232;nes, des islamistes, des racialistes. C'est en tout cas une explication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;yrille &lt;/strong&gt; : Est-ce que ce n'est pas le m&#234;me type d'appel d'air qu'il y avait au moment de l'&#233;mergence de La R&#233;publique En Marche (LREM) ? Ce n'est pas le m&#234;me genre de chose ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin &lt;/strong&gt; : Si c'est absolument &#231;a. De m&#234;me &#224; propos de LFI ; il y a quelques ann&#233;es, ils avaient fait un tabac, ils se sont tous pr&#233;cipit&#233;s l&#224;-bas. En fait, j'ai l'impression que c'est une mouvance qui agit un peu de mani&#232;re inconsciente sur la strat&#233;gie de la terre br&#251;l&#233;e : l&#224; o&#249; ils passent ils d&#233;truisent ce qu'ils investissent. On voit tr&#232;s bien avec LFI de J. -L. M&#233;lenchon : ce n'&#233;tait d&#233;j&#224; pas tr&#232;s brillant &#8211; c'est du gauchisme tr&#232;s frelat&#233; &#8211; mais l&#224; ils sont en train de se couler, de se saborder eux-m&#234;mes en tenant des propos qui sont dignes des &lt;i&gt;I&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ndig&#232;nes&lt;/i&gt;&lt;i&gt; de &lt;/i&gt;&lt;i&gt;la &lt;/i&gt;&lt;i&gt;R&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#233;publique&lt;/i&gt; de 2005. La gauche a &#233;t&#233; grill&#233;e et maintenant c'est au tour du monde &#233;colo, en quelque sorte&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cyrille &lt;/strong&gt; : Mais donc tu analyses &#231;a plus comme un entrisme que comme une transformation d'EELV, enfin des &#233;cologistes eux-m&#234;mes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le vide &#233;cologiste face &#224; la mont&#233;e (anti)indig&#233;niste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Q&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;uentin &lt;/strong&gt; : Je pense qu'il y a les deux. Parce que l&#224; j'ai parl&#233; d'une raison qui &#233;tait assez conjoncturelle mais plus fondamentalement il y a une mont&#233;e en puissance, je l'ai dit en introduction, des mouvances (anti)indig&#233;nistes et islamistes. C'est &#233;vident : il y a une radicalisation des discours, radicalisation des militants, il y a une augmentation d&#233;mographique aussi &#8211; donc c'est aussi math&#233;matique &#8211;, il y a la situation qui se d&#233;grade dans les banlieues. Il y a vraiment une pouss&#233;e de quelque chose avec, en toile de fond, ce qui se passe aux &#201;tats-unis, donc une dynamique r&#233;elle en marche. Et du c&#244;t&#233; des &#233;colos c'est exactement le contraire : on est dans l'inertie. Du c&#244;t&#233; de l'&#233;cologie, en gros, depuis 40 ans, il n'y a rien de nouveau. Ni socialement ; il n'y a pas r&#233;ellement de base populaire, on sait que la base &#233;lectorale des &#233;colos sont les bobos urbains des grandes m&#233;tropoles, en grande partie, alors que les pr&#233;occupations &#233;cologiques int&#233;ressent beaucoup plus de monde, mais en terme &#233;lectoral c'est tr&#232;s tr&#232;s pauvre. En termes politiques, c'est une catastrophe : il n'y a pas r&#233;ellement de projet de soci&#233;t&#233; du c&#244;t&#233; des &#233;cologistes, il y a des am&#233;nagements, il y a des r&#233;formes &#224; faire, etc. mais il n'y a pas de vision globale, pas r&#233;ellement de projet de soci&#233;t&#233;. Et intellectuellement, c'est compl&#232;tement nul : il n'y a aucune avanc&#233;e r&#233;elle, quand on voit le fond de la doctrine, tout a &#233;t&#233; dit dans les ann&#233;es 1970, en gros, il n'y a vraiment rien de nouveau depuis. Et cette inertie des Verts a en face une catastrophe environnementale &#8211; et sociale d'ailleurs &#8211; qui est en train de s'approfondir.&lt;br class='manualbr' /&gt;Donc inertie des verts en face d'une dynamique (anti)indig&#233;niste et (d&#233;)coloniale : cette rencontre-l&#224; n'est donc pas uniquement de l'infiltration, c'est, je pense, une m&#233;tamorphose, comme l'extr&#234;me gauche est devenue enti&#232;rement racialiste en dix ans : entre 2010 o&#249; le discours &#233;tait tr&#232;s marginal et aujourd'hui, on voit que toute la gauche s'est convertie &#224; ce discours-l&#224;. Je pense que c'est ce qui est en train de se passer du c&#244;t&#233; des &#233;colos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rimso &lt;/strong&gt; : Je voudrais pr&#233;ciser aussi que pour la gauche, il faut remonter au mouvement altermondialiste, les Forums Sociaux Europ&#233;ens o&#249; monsieur Tariq Ramadan avait &#233;t&#233; invit&#233; et peu critiqu&#233; &#8211; quelques personnes vont perturber les conf&#233;rences &#8211; ils avaient r&#233;ussi &#224; s'infiltrer l&#224;-dedans. Apr&#232;s il y a eu &#224; ce moment-l&#224; aussi, dans les ann&#233;es 2003, la deuxi&#232;me guerre en Irak o&#249; certaines alliances des comit&#233;s anti-guerre en Angleterre et aussi en France n'&#233;taient pas tr&#232;s nets avec [leurs alliances] pour combattre le &#171; m&#233;chant am&#233;ricain &#187;. Donc &#231;a c sont aussi des passerelles qui ont exist&#233; et qui, apr&#232;s, ce sont peut-&#234;tre ent&#233;rin&#233;es parce que des militants se sont form&#233;s en groupe un peu plus costaud comme les &lt;i&gt;I&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ndig&#232;nes de la &lt;/i&gt;&lt;i&gt;R&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#233;publique&lt;/i&gt; pour avoir de l'influence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cyrille &lt;/strong&gt; : Cette &#233;poque-l&#224;, c'est l'&#233;poque de &lt;i&gt;S&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ocialis&lt;/i&gt;&lt;i&gt;m&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e &lt;/i&gt;&lt;i&gt;P&lt;/i&gt;&lt;i&gt;a&lt;/i&gt;&lt;i&gt;r&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;E&lt;/i&gt;&lt;i&gt;n &lt;/i&gt;&lt;i&gt;B&lt;/i&gt;&lt;i&gt;as&lt;/i&gt; qui sont vraiment li&#233;s &#224; des groupes trotskistes qui avaient, au moins de mani&#232;re th&#233;orique, demand&#233; une alliance entre les islamistes et les gauchistes. Et dans leur groupe &#224; eux, on retrouve des gens comme Danielle Obono, des gens que l'on retrouve maintenant dans ces mouvements-l&#224;. Donc c'est vrai que &#231;a remonte &#224; loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin &lt;/strong&gt; : Tu as enti&#232;rement raison de rappeler &#231;a, Rimso : &#233;tant donn&#233; que les &#233;colos sont essentiellement de gauche ou gauchistes, ils ont r&#233;cup&#233;r&#233; tout cet islamo-gauchisme. C'est les vases communicants, en quelque sorte. Tout l'islamo-gauchisme qui s'est vraiment d&#233;velopp&#233; entre 2000 et aujourd'hui est en train de passer maintenant au monde &#233;cologiste. On se souvient d'ailleurs de Jos&#233; Bov&#233; qui &#233;tait parti &#224; Gaza : il y avait aussi du c&#244;t&#233; &#233;colo, &#224; ce moment-l&#224;, un tropisme vers l'islamisme, le proto-indig&#233;niste qui &#233;tait en train de couver, etc. On avait des discours anti-occidentaux, anti-modernit&#233;, anti-Europe, etc. C'est un terrain sur lequel &#233;videmment ne peut que se d&#233;velopper les discours indig&#233;nistes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3 &#8211; Les th&#232;ses de l'&#233;cologie (d&#233;)coloniale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cyrille &lt;/strong&gt; : On peut peut-&#234;tre rentrer directement dans les th&#232;ses de l'&#233;cologie (d&#233;)coloniale, parce qu'on tourne autour, mais on ne les a pas encore d&#233;finies. L&#224; tu parles plut&#244;t de ce qu'on appelle le tiers-mondisme : quand on parlait de soutien &#224; la Palestine, souvent c'est &#224; peu pr&#232;s les m&#234;mes mouvements qui sont dans le tiers-mondisme. L'id&#233;e de base c'est vraiment d'esp&#233;rer que les pays du tiers-monde se rebellent contre le &#171; m&#233;chant occidental &#187; qui poursuit la colonisation via la n&#233;o-colonisation &#8211; on peut d'ailleurs accr&#233;diter certains des constats qu'ils font mais c'est plut&#244;t la fa&#231;on dont ils instrumentalisent les pays du tiers-monde en mythifiant les luttes, notamment palestiniennes, qui peuvent provoquer des divergences. Quand on est r&#233;volutionnaire et libertaire, par exemple, on ne peut pas &#234;tre tiers-mondiste, pour moi c'est antinomique. Comment &#231;a, &#231;a peut se m&#233;langer, par exemple, avec l'&#233;cologie (d&#233;)coloniale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;cologie (d&#233;)coloniale est une trahison de l'anti-colonialisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin &lt;/strong&gt; : Je pense qu'il faut aller un tout petit peu plus loin. En r&#233;alit&#233; l'&#233;cologie depuis le d&#233;but est &lt;i&gt;d&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#233;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;coloniale&lt;/i&gt;, au sens exact du terme. Depuis le d&#233;but le monde des &#233;cologistes milite pour la d&#233;colonisation parce que l'&#233;cologie politique, c'est une recherche d'ad&#233;quation entre une soci&#233;t&#233; et un environnement, un environnement naturel au sens large, un &#233;cosyst&#232;me, un milieu, et cela n'est possible que s'il y a une auto-d&#233;termination de la part du peuple : ce n'est pas possible pour un peuple qui est domin&#233; par un autre, qui est exploit&#233;, qui n'a pas des pratiques qui sont les siennes, qui est oblig&#233; d'obtenir un rendement, oblig&#233; de se soumettre &#224; des travaux d'am&#233;nagement du territoire, etc. Donc d&#232;s le d&#233;but il y a une critique de la colonisation qui est tr&#232;s forte et un espoir qui est plac&#233; dans les d&#233;colonisations : on pense &#8211; je parle des ann&#233;es 1960-70 &#8211; on esp&#232;re que les nations nouvellement d&#233;colonis&#233;es vont arriver &#224; trouver une autre voie de d&#233;veloppement que la voie occidentale. Donc il y a une v&#233;rit&#233; dans l'&#233;cologie (d&#233;)coloniale mais l'&#233;cologie l'a toujours &#233;t&#233;, du moins dans l'histoire r&#233;cente elle a &#233;t&#233; d&#233;coloniale, imm&#233;diatement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cyrille &lt;/strong&gt; : Il y a une diff&#233;rence entre &#234;tre contre la colonisation et &#234;tre (d&#233;)colonial&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;cologie (d&#233;)coloniale est coloniale et consum&#233;riste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin &lt;/strong&gt; : Voil&#224;, alors l&#224; on arrive, &#224; mon avis, au c&#339;ur du sujet, c'est-&#224;-dire qu'on est dans l'&lt;i&gt;arn&lt;/i&gt;&lt;i&gt;aque&lt;/i&gt; de l'&#233;cologie (d&#233;)coloniale. Pour tous les gens dont on a parl&#233; l&#224;, pour toutes ces mouvances, on ne parle ni d'&#233;cologie ni de d&#233;colonisation. Fatima Ouassak se fout compl&#232;tement de l'&#233;cologie, elle n'en a rien &#224; faire, Nabil Ennasri non plus, je pense, au fond qu'il n'en a rien &#224; faire : il n'est pas question pour eux de r&#233;duire la consommation [ou la d&#233;mographie], il n'est pas question de r&#233;am&#233;nager les soci&#233;t&#233;s en vue d'une sobri&#233;t&#233;, ni d'une d&#233;mocratie directe, &#231;a me semble assez clair. Et surtout ce n'est pas d&#233;colonial au sens o&#249; les d&#233;colonisations &lt;i&gt;ont d&#233;j&#224; eu lieu&lt;/i&gt;. &#199;a c'est une chose qui est valable pour toute la mouvance (d&#233;)coloniale, (anti)indig&#233;niste, racialiste, etc. Ces pays sont ind&#233;pendants depuis au moins un demi-si&#232;cle, l'Alg&#233;rie est ind&#233;pendante depuis 60 ans &#8211; c'est une chose que l'on n'entend jamais. S'il y a une &#233;cologie &#224; faire d'un point de vue alg&#233;rien, elle est &#224; faire&lt;i&gt; en &lt;/i&gt;&lt;i&gt;A&lt;/i&gt;&lt;i&gt;lg&#233;rie&lt;/i&gt;. C'est en Alg&#233;rie ou dans d'autres pays d&#233;colonis&#233;s qu'il faut arriver &#224; r&#233;orienter le d&#233;veloppement vers autre chose que les d&#233;vastations environnementales que l'on conna&#238;t et ce n'est pas du tout, &#233;videmment, la direction que prennent les pays d&#233;colonis&#233;s et surtout pas l'Alg&#233;rie.&lt;br class='manualbr' /&gt;Donc l&#224; il y a une &lt;i&gt;arnaque&lt;/i&gt; qui est totale : les &#233;cologistes (d&#233;)coloniaux, ses militants, sont des &lt;i&gt;consum&#233;ristes&lt;/i&gt; et des &lt;i&gt;colons&lt;/i&gt;. Parce que si on revient au sens des mots, un indig&#232;ne c'est quelqu'un qui habite, qui vit dans le pays de ses anc&#234;tres. Nous sommes les indig&#232;nes, c'est nous les indig&#232;nes. Cela &#233;tait point&#233; d&#233;j&#224; en 2005 d&#232;s l'appel des &lt;i&gt;I&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ndig&#232;nes de la&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;R&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#233;publique,&lt;/i&gt; la contradiction avait &#233;t&#233; formul&#233;e notamment par J. C. Mich&#233;a qui avait &#233;crit une page l&#224;-dessus qui &#233;tait tr&#232;s claire et c'&#233;tait absolument &#233;vident. Un indig&#232;ne c'est donc quelqu'un qui vit dans le pays de ses anc&#234;tres et un colon c'est quelqu'un qui vient dans un pays &#233;tranger et qui veut y imposer sa culture. Donc nous avons l&#224; des attitudes non pas d&#233;coloniale mais &lt;i&gt;coloniale&lt;/i&gt; et une inversion absolue du sens des mots, que l'on voit un peu partout ; les pseudos-antiraciste &#224; la Houria Bouteldja, etc., on s'en aper&#231;oit, enfin le grand public est en train de s'apercevoir, que ce sont des &lt;i&gt;racistes&lt;/i&gt; &#8211; ont dit racialistes mais ce sont des &lt;i&gt;racistes&lt;/i&gt;. Les (anti)indig&#232;nes ne sont pas des indig&#232;nes, les (d&#233;)coloniaux ne sont pas des d&#233;coloniaux. En fait ce sont des gens qui sont anim&#233;s &#8211; on pourrait discuter des raisons &#8211; d'une &lt;i&gt;haine&lt;/i&gt; de l'Occident, &#231;a commence &#224; se savoir et aussi, maintenant,&lt;i&gt; des blancs&lt;/i&gt;. Et l'&#233;cologie est un pr&#233;texte en fait pour arriver &#224; infiltrer les milieux et, de fait, d&#233;truire les discours, d&#233;truire l'institution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daman &lt;/strong&gt; : Est-ce que &#224; cela les (d&#233;)coloniaux ne r&#233;pondent pas qu'il n'y a pas eu de vraie d&#233;colonisation et que de par des int&#233;r&#234;ts g&#233;opolitiques et &#233;conomiques la France, par exemple, a gard&#233; un certain monde d'int&#233;r&#234;ts et joue sur la politique int&#233;rieure de pays d'Afrique d&#233;colonis&#233;s et que, du coup, beaucoup de gens n'ont pas eu le choix que d'&#233;migrer vers la France ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;cologie (d&#233;)coloniale est un discours de fous&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin &lt;/strong&gt; : Tu as enti&#232;rement raison, c'est leur r&#233;ponse syst&#233;matique. Mais si tu t'y arr&#234;tes un peu elle ne tient pas une seconde &#8211; l&#224; je renvoie &#224; un texte sur &lt;i&gt;L&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ieux &lt;/i&gt;&lt;i&gt;C&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ommuns,&lt;/i&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?978-Immigration-ecologie-et' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Immigration, &#233;cologie et d&#233;croissance &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, o&#249; je parle de &#231;a, justement. Si l'Alg&#233;rie, en prenant l'Alg&#233;rie comme exemple, n'est pas r&#233;ellement ind&#233;pendante, il faut qu'elle le devienne. Donc il faut que les Alg&#233;riens arrivent &#224; se lib&#233;rer de la France &#8211; mais ce n'est pas en France qu'ils feront &#231;a. Un Ivoirien de C&#244;te d'Ivoire s'il consid&#232;re que la C&#244;te d'Ivoire est encore la propri&#233;t&#233; de la France, il faut que la C&#244;te d'Ivoire devienne, enfin, ind&#233;pendante, donc il faut que les Ivoiriens se battent en C&#244;te d'Ivoire pour se r&#233;approprier leur pays, et non pas venir en France et se faire de l'argent, ce n'est pas coh&#233;rent. Ou alors, autre option, ce sont des gens qui ont immigr&#233; ici pour saboter la France afin qu'elle s'effondre et que leur pays puisse retrouver l'ind&#233;pendance &#8211; mais, dans ces cas-l&#224;, ils sont pris dans une contradiction : s'ils sont ici en tant que militants &#171; anti-France &#187; entre guillemets, ils ne peuvent pas se plaindre du racisme, c'est impossible. Au fond, je pense que ces histoires d'(anti)indig&#233;nisme, de (d&#233;)colonialismes, etc. c'est une &lt;i&gt;folie&lt;/i&gt;, c'est un discours de &lt;i&gt;fous&lt;/i&gt;, c'est &lt;i&gt;compl&#232;tement&lt;/i&gt; fou : si tu veux que ton pays soit ind&#233;pendant il faut que tu restes dans ton pays et que tu te battes pour son ind&#233;pendance, il n'y a pas d'autres possibilit&#233;s. Durant l'occupation allemande les Fran&#231;ais ne sont pas partis en Allemagne afin de lib&#233;rer la France &#8211; &#231;a n'a pas de sens c'est absurde. Si tu vois la r&#233;volution en Tunisie de 2011 ce sont des tunisiens en Tunisie qui ont fait la r&#233;volution ce ne sont pas les Tunisiens en France. Tu vois le mouvement du &lt;i&gt;Hirak&lt;/i&gt; en Alg&#233;rie aujourd'hui ce sont les Alg&#233;riens d'Alg&#233;rie qui font le &lt;i&gt;Hirak&lt;/i&gt;, ce ne sont pas les Alg&#233;riens en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rimso &lt;/strong&gt; : Ces questions sont compliqu&#233;es. Puisqu'on parlait de C&#244;te d'Ivoire, quand certains pr&#233;sidents ont voulu r&#233;ellement s'opposer &#224; des choses comme le Franc CFA, ou des choses comme &#231;a, ils ont &#233;t&#233; liquid&#233;s, mais c'est vrai que le combat est sur place. Surtout que les Fran&#231;ais, ou d'autres, c'est pas forc&#233;ment eux, si vous faites cette dichotomie Blancs / non-Blancs, Occident / pas Occident, qui pourrissent l'Afrique aujourd'hui. Il y a un relent de Fran&#231;afrique comme il y a le capitalisme chinois qui vient s'accaparer des ports et des terres un peu partout. Sur le Blancs / non-Blancs aussi on peut citer les pays qui &#233;mettent le plus de CO2 par habitant : c'est des pays du golfe persique. Donc il y a aussi un truc : cet Occident, ces Blancs qui dominent le monde et qui asservissent au niveau &#233;cologique, &#231;a ne tient qu'&#224; moiti&#233; la route si on regarde vraiment sur ces questions purement &#233;cologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;cologie (d&#233;)coloniale est fascin&#233;e par l'Occident&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin &lt;/strong&gt; : Tu as raison, c'est &#233;vident que lorsqu'on parle de colonisation, c'est compl&#232;tement fou de parler de la France colonisatrice alors que c'est l'attitude que l'on voit aujourd'hui de la part de la Turquie, de la Chine ou de la Russie, dont il n'est jamais question. Il n'est jamais question du Tibet, il n'est &lt;i&gt;plus&lt;/i&gt; question du Tibet en France alors que quand j'&#233;tais militant, il y a vingt ans, il y avait encore des mouvements pour la lib&#233;ration du Tibet &#8211; on n'en entend plus du tout parler alors c'est un processus de colonisation. On entend parler des Ou&#239;gours, &#233;videmment vu qu'ils sont musulmans donc &#231;a pla&#238;t &#224; beaucoup de gens. Il y a une focalisation sur l'Occident, &lt;i&gt;uniquement&lt;/i&gt;. C'est un biais qui est compl&#232;tement fou au sein du discours (d&#233;)colonial et qui n'a pas de sens.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les discours d'Houria Bouteldja, c'est comme si elle avait la nostalgie du temps des colonies, comme si elle &#233;tait venue ici pour se placer exactement dans la situation du colonis&#233;. Mais en Alg&#233;rie les gens ne sont pas colonis&#233;s et s'il y a une &#233;cologie &#224; d&#233;velopper en Alg&#233;rie elle est &#224; d&#233;velopper &lt;i&gt;en &lt;/i&gt;&lt;i&gt;A&lt;/i&gt;&lt;i&gt;lg&#233;rie&lt;/i&gt;. Toutes les exp&#233;rimentations d'agro&#233;cologie qui ont lieu dans le Maghreb, par exemple, ce sont des gens du Maghreb qui les m&#232;nent et qui sont l&#224;-bas &#8211; je pense &#224; la Tunisie o&#249; il y a beaucoup d'initiatives qui tentent de r&#233;former le monde rural et c'est un travail de longue haleine, un travail au jour le jour, c'est un travail qui demande une forte implication locale et ce n'est pas depuis la France qu'on va le faire. Au sens radical l'&#233;cologie politique c'est la recherche de l'ad&#233;quation entre une soci&#233;t&#233; et son l'environnement et de ce point de vue-l&#224;, le discours de l'&#233;cologie (d&#233;)coloniale n'a &lt;i&gt;aucun sen&lt;/i&gt;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;yrille &lt;/strong&gt; : On peut aussi questionner les termes aussi parce que en fait il y avait un &#171; anti-colonialisme &#187; jusqu'aux ann&#233;es 1960 durant les vraies d&#233;colonisations qui avaient lieu, ce n'&#233;tait pas encore fini. Ensuite, il y a eu ensuite le &#171; d&#233;colonial &#187; qui, quand on recherche, vient d'Am&#233;rique Latine. Le PIR font souvent r&#233;f&#233;rence &#224; l'invasion par l'Europe de l'Am&#233;rique Latine mais ils oublient l'empire Ottoman, etc., ils id&#233;alisent un monde parfait et ne voient que l'arriv&#233;e de l'Homme Blanc qui massacre, qui colonise, etc. Donc on est dans un mythe aussi compl&#232;tement d&#233;lirant et &#231;a, &#231;a saute aux yeux. C'est ce que tu disais Rimso sur les p&#233;tromonarchies qui polluent &#233;norm&#233;ment. Il y a aussi la vision de Greta Thunberg pour qui c'est l'Homme Blanc qui est m&#233;chant, comme si en enlevant l'Homme Blanc on enl&#232;verait tout ce qui pose probl&#232;me, les pollutions, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;cologie (d&#233;)coloniale est aveugle au non-occidental&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rimso &lt;/strong&gt; : L&#224;-dessus il y a des choses &#224; dire tr&#232;s importantes. Dans le dernier article de monsieur Raoul Anv&#233;lot de &#171; La D&#233;croissance &#187; il est dit que la colonisation est avant tout capitalistique et technicienne et due &#224; la soci&#233;t&#233; industrielle. Qui, sous nos latitudes, a b&#233;n&#233;fici&#233; de la colonisation et des bienfaits de la colonisation au niveau &#233;conomique ? C'est pas forc&#233;ment au d&#233;part le p&#233;kin moyen de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise &#8211; par ricochet, oui ,mais c'&#233;tait une colonisation dont les capitalistes ont b&#233;n&#233;fici&#233; et pas que les capitalistes fran&#231;ais, en Afrique y avait aussi la bourgeoisie libanaise. Sous nos latitudes, il y a une colonisation qui a d&#233;zingu&#233; toute la classe paysanne et qui fait donc encore des ravages aujourd'hui au niveau &#233;cologique de par notre mode de vie en France. Actuellement, oui, on en b&#233;n&#233;ficie en tant que pays d&#233;velopp&#233; qui la bombe nucl&#233;aire, une puissance qui est mieux plac&#233; sur les march&#233;s, on pourrait dire que c'est tous les habitants fran&#231;ais que ce soit des militants (d&#233;)coloniaux ou nous-m&#234;mes, on b&#233;n&#233;ficie de notre place privil&#233;gi&#233;e dans la consommation mondiale, quelle que soient, plus ou moins, les diff&#233;rences dans la soci&#233;t&#233;, l'&#233;cart avec les plus riches, ce sont eux qui peuvent consommer plus et sont les plus prot&#233;g&#233;s d'une certaine pollution, mais&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Q&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;uentin &lt;/strong&gt; : &#8230;encore que les d&#233;chets nucl&#233;aires [europ&#233;ens], ils sont enterr&#233;s en France&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;yrille &lt;/strong&gt; : Il y a toujours quand m&#234;me des pays du tiers-monde qui sont utilis&#233;s comme poubelle, en tous cas c'est ce qui se dit, je ne sais pas si c'est r&#233;el&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin &lt;/strong&gt; : C'est tout &#224; fait vrai mais c'est une question de classe sociale &#224; l'&#233;chelle mondiale ; il est &#233;vident que ce sont les classes les plus pauvres qui r&#233;coltent en g&#233;n&#233;ral les d&#233;chets de la soci&#233;t&#233; industrielle, c'est absolument &#233;vident, mais dans tous les pays et &#224; toutes les &#233;chelles. S'il y a bien ici une oligarchie, elle est absolument obsc&#232;ne dans les &#201;mirats, obsc&#232;ne en Russie, en Chine, etc. Il y a un ethno-centrisme dans les discours qui trahit cette fascination pour l'Occident et c'est typiquement le discours d'un colonis&#233; pour lequel l'Occident est responsable de tout, doit tout et peut tout, comme si, au fond, les probl&#232;mes &#233;cologiques, cela allait &#234;tre l'Occident qui allait les r&#233;gler ou comme s'il suffisait de renverser l'Occident pour que tout aille mieux. &#201;videmment ce n'est pas &#231;a du tout, du tout&#8230; Si on veut r&#233;ellement discuter du consum&#233;risme, c'est &#233;vident que les pays d&#233;velopp&#233;s que sont maintenant la Chine, la Russie, l'Inde, le Br&#233;sil, etc. sont sur-consommateurs &#8211; et particuli&#232;rement l'Occident, mais il faut &#234;tre clair : c'est un horizon qui est d&#233;sir&#233;, malheureusement, par la plupart des habitants de la plan&#232;te, et particuli&#232;rement les immigr&#233;s. Lorsqu'on immigre, et notamment en Occident, en Europe et en France, c'est pour augmenter son niveau de vie : on ne va pas immigrer en France pour d&#233;cro&#238;tre. Et, tr&#232;s bizarrement, il n'est jamais question de d&#233;croissance pour l'&#233;cologie (d&#233;)coloniale, et ce n'est pas &#233;tonnant du tout : ce sont les tartuffes de l'&#233;cologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;yrille &lt;/strong&gt; : Il y a quand m&#234;me des collectifs qui sont d&#233;croissants et (d&#233;)coloniaux, &#231;a existe&#8230; Bon des petits collectifs, apr&#232;s ce n'est peut-&#234;tre qu'une personne derri&#232;re un site internet&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin &lt;/strong&gt; : Moi j'ai vu un compte Twitter, effectivement, mais &#231;a restait compl&#232;tement incoh&#233;rent, &#231;a partait dans tous les sens, c'&#233;tait soutien &#224; &#171; Adama &#187; et pour la d&#233;croissance&#8230; Mais il suffit de faire un tour dans les cit&#233;s dont proviennent plusieurs d'entre nous : la consommation l&#224;-bas est ostentatoire, c'est assez obsc&#232;ne. Si tu n'es pas &#224; la hauteur en termes de fringue ou de smartphones, etc., ou si tu n'as pas l'ambition que v&#233;hiculent et vantent les clips de rap avec une belle voiture et des meufs et des billets, tu n'es rien, tu n'existes pas. C'est de &#231;a dont il faut parler : de cette culture &#171; populaire &#187;, entre guillemets, la culture &#171; immigr&#233;s &#187;, qui est une culture d'arrivistes, une culture de parvenus qui ne correspond pas du tout aux pr&#233;tentions de l'&#233;cologie (d&#233;)coloniale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;cologie (d&#233;)coloniale m&#233;prise les classes populaires&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;yrille &lt;/strong&gt; : &#199;a c'est vraiment une diff&#233;rence entre, justement, les bobos des centres-villes qui, peut-&#234;tre, pour certains, la plupart du temps rel&#232;ve juste de l'apparence mais qui tend &#224; une vraie &#233;cologie, les v&#233;los, etc., et les banlieues effectivement ne sont pas du tout dans les m&#234;mes d&#233;sirs. C'est le cas des couches populaires aussi en g&#233;n&#233;ral ; ils r&#234;vent plus de supermarch&#233;s, de consommation que de d&#233;croissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rimso &lt;/strong&gt; : L&#224;, &#231;a pose la question d'une place qui te valorise dans la soci&#233;t&#233;, quelle place symbolique tu as dans la soci&#233;t&#233;. C'est plus facile pour un urbain ou une urbaine avec un beau m&#233;tier, un capital culturel, qui est valoris&#233; et qu'on valorise, de faire des choix r&#233;fl&#233;chis en termes d'&#233;cologie et de modes de vie ou de lieux de consommation &#233;thique et tout ce que tu veux, que quand on est dans des zones rel&#233;gu&#233;es o&#249; la seule chose qui te rend visible eh bien c'est d'avoir une tr&#232;s belle voiture que ce soit un fils de paysan, un fils de banlieusard ou un travailleur d'usine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin &lt;/strong&gt; : Oui, mais &#231;a c'est un peu facile parce que tu en train de dire que quand on est pauvre on ne peut que d&#233;sirer &#234;tre riche. On est quand m&#234;me sur &lt;i&gt;R&lt;/i&gt;&lt;i&gt;adio &lt;/i&gt;&lt;i&gt;L&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ibertaire,&lt;/i&gt; on a derri&#232;re nous deux si&#232;cles de mouvements ouvriers qui ont &#233;t&#233; autre chose qu'un mouvement de pauvres qui voulaient devenir riches. C'&#233;tait un mouvement de gens tr&#232;s pauvres et bien plus pauvres que la plupart des banlieues d'aujourd'hui &#8211; pardon : que &lt;i&gt;toutes&lt;/i&gt; les banlieues fran&#231;aises aujourd'hui : c'&#233;tait des taudis, &#224; l'&#233;poque, et le mouvement ouvrier a quand m&#234;me institu&#233; un imaginaire d'&#233;galit&#233; sociale et pas simplement imagin&#233;, il l'a mis en &#339;uvre : les mutuelles, le principe de la mutualisation, datent de l&#224;, le principe des retraites, le principe de la s&#233;curit&#233; sociale, ils ont cr&#233;&#233; des coop&#233;ratives ouvri&#232;res et ils ont invent&#233; l'autogestion, les biblioth&#232;ques municipales ; c'&#233;tait &#231;a le mouvement ouvrier ce n'est pas du tout ce que l'on voit aujourd'hui en banlieue. Donc dire que la d&#233;croissance est un mouvement de riches privil&#233;gi&#233;s, c'est en partie vrai, mais on peut pas dire sym&#233;triquement que c'est impossible lorsqu'on est pauvre, ce n'est pas vrai historiquement et &#231;a ne conduit &#224; rien parce que cela veut dire qu'on ne pourra r&#233;ellement d&#233;cro&#238;tre que lorsque tout le monde sera riche &#8211; ce qui est une contradiction dans les termes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;yrille &lt;/strong&gt; : Je pense que la culture bobo des centres-villes n'est pas d&#233;croissante&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin &lt;/strong&gt; : Je suis bien d'accord avec toi : c'est aussi une tartufferie, c'est du para&#238;tre, c'est comme disait Bourdieu, une distinction sociale, c'est une mani&#232;re de ne pas ressembler &#224; la masse et de la surplomber. &#199;a je suis enti&#232;rement d'accord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cyrille &lt;/strong&gt; : Pour paraphraser Rimso : c'est sexy et chic dans les quartiers riches d'avoir le jeans d&#233;chir&#233;, c'est beaucoup moins chic dans les quartiers pauvres o&#249; les gens peuvent avoir le jeans d&#233;chir&#233;, mais pas pour le style&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin &lt;/strong&gt; : En r&#233;alit&#233; les milieux &#233;colo ne sont sensibles &#224; toutes ces fariboles que parce qu'ils ne sont pas en contact effectivement avec la population. Il y a un divorce entre le discours &#233;colo qui existe aujourd'hui et la r&#233;alit&#233; des peuples notamment du peuple fran&#231;ais. Tu disais que la France profonde, les Gilets jaunes d&#233;siraient la consommation et tu as en partie raison mais, pour le coup, je crois qu'ils ont aussi un contact assez &#233;troit avec la nature. C'est &#233;tonnant que l'on vive dans une soci&#233;t&#233; qui parle autant d'&#233;cologie et qui est en train de d&#233;truire le peuple paysan, notamment. Les paysans c'est la part de la population la plus en contact avec la nature &#8211; paysans, chasseurs, p&#234;cheurs, ouvriers d'espaces verts, forestiers, etc., tous ces gens-l&#224; sont en contact tr&#232;s direct avec l'&#233;l&#233;ment naturel mais sont cong&#233;di&#233;s du discours &#233;colo, &#233;lectoralement, sociologiquement, intellectuellement. L&#224;-dessus il y a quelque chose qu'il faudrait vraiment arriver &#224; creuser et qui me fait dire que l'&#233;cologie telle qu'elle existe aujourd'hui en France est enti&#232;rement id&#233;ologique, c'est un &lt;i&gt;&#233;cologis&lt;/i&gt;&lt;i&gt;me&lt;/i&gt;, c'est une construction virtuelle qui n'a rien &#224; voir avec, au fond, les aspirations qui existent au sein du peuple. Je ne dis pas que les Gilets jaunes sont pour la d&#233;croissance &#8211; c'est tr&#232;s clair, on a fait des &#233;missions l&#224;-dessus, c'est un des reproches que je ferais &#224; ce mouvement c'est absolument &#233;vident : il est attach&#233; &#224; un niveau de vie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; On ne peut pas vouloir une d&#233;mocratie directe pour r&#233;tablir une soci&#233;t&#233; de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais cela participe aussi &#224; toute l'&#233;volution d'une soci&#233;t&#233; dans laquelle ils ne se reconnaissent plus du tout, notamment le fait que l'accent est mis sur les &#171; pauvres &#187;, entre guillemets, des banlieues, les &#171; pauvres &#187;, entre guillemets, immigr&#233;s , etc., et tout ce discours (d&#233;)colonial dans lequel on baigne et qui est tr&#232;s p&#233;nible. Les Gilets jaunes a &#233;t&#233; aussi un mouvement en r&#233;action &#224; &#231;a, et je pense que les &#233;colos ont rat&#233; &#224; ce moment-l&#224; une reconnexion avec le peuple et pour pallier &#224; &#231;a, je finis l&#224;-dessus, eh bien ils ouvrent grand les portes aux (d&#233;)coloniaux et aux (anti)indig&#233;nistes qui pr&#233;tendent incarner les quartiers populaires&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cyrille &lt;/strong&gt; : C'&#233;tait un peu compliqu&#233; pour les &#233;cologistes puisque c'est finalement une taxe cens&#233;e &#234;tre &#233;cologique qui a d&#233;clench&#233; le mouvement. C'est ce qu'on avait dit &#224; l'&#233;poque : c'est comme si on faisait peser sur eux la responsabilit&#233; en leur disant : &#171; c'est de votre faute &#187;. La plupart des Gilets jaunes sont quand m&#234;me assez pauvres, on leur mettait des taxes pour leur dire en plus que l'&#233;cologie c'est un peu de votre faute alors on va vous faire payer plus cher le carburant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin &lt;/strong&gt; : Que l'&#233;cologie soit en train de devenir un discours de domination sociale et avec l'&#233;cologie (d&#233;)coloniale et (anti)indig&#233;niste, une domination ethnique et religieuse, c'est vraiment ce que je vois, gros comme une maison, nous arriver dessus.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;4 &#8211; Les errements de l'&#233;cologie politique contemporaine&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rimso &lt;/strong&gt; : J'aimerais bien qu'on pose la question de la fin de la paysannerie parce qu'actuellement il n'y a plus de paysans, ceux qui sont dans les campagnes, il y a tout un imaginaire &#224; recr&#233;er sur la paysannerie. Tout &#231;a, ce sont des exploit&#233;s de la cha&#238;ne industrielle de distribution de denr&#233;es frelat&#233;es avec toutes les nuisances qu'il y a et c'est plut&#244;t soit de tr&#232;s grandes exploitations qui s'en sortent pas trop mal, des grands patrons qui exploitent des travailleurs, parfois et m&#234;me souvent immigr&#233;s &#8211; et en temps de Covid on voit les pleurs des patrons disant qu'on ne pourra pas r&#233;colter et que les fruits vont pourrir sur les arbres parce qu'on n'a plus de main d'&#339;uvre pas ch&#232;re qui vient d'Europe de l'Est ou du Maghreb&#8230; Bref c'est compliqu&#233;, on est dans une soci&#233;t&#233; o&#249; il y a un saccage de toute une partie de la population qui cr&#233;e des d&#233;s&#233;quilibres &#233;cologiques et des pollutions &#233;normes et on a perdu un peu la question de l'imaginaire dont on parlait tout &#224; l'heure, le consum&#233;risme que ce soit en banlieue ou m&#234;me dans les zones les plus recul&#233;es le r&#234;ve de faire du &lt;i&gt;tuning&lt;/i&gt; ou de la bagnole, etc. et c'est tr&#232;s tr&#232;s tr&#232;s pr&#233;sent, malheureusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1057-Le-discours-de-l-ecologie-de-coloniale' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Seconde partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb11-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1022-On-ne-peut-pas-vouloir-une' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; On ne peut pas vouloir une d&#233;mocratie directe pour r&#233;tablir une soci&#233;t&#233; de consommation &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Un conflit universel avec la nature</title>
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		<dc:subject>Del&#233;age J. P.</dc:subject>

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&lt;p&gt;Extrait du chap. 11, &#171; Terre des hommes &#187; du livre de J. - P. Del&#233;age &#171; Une histoire de l'&#233;cologie &#187;, Seuil 1991, pp. 145 &#8211; 259, renomm&#233; par nous. Consid&#233;r&#233; sous l'angle de son histoire, le domaine de l'&#233;co&#173;logie scientifique s'est progressivement &#233;largi de l'&#233;tude natu&#173;raliste d'&#233;cosyst&#232;mes particuliers &#224; celle, pluridisciplinaire, de leur totalit&#233;, la biosph&#232;re. Consid&#233;r&#233;e sous l'angle de la science &#233;cologique, l'histoire humaine s'est nourrie d'une succession de ruptures locales et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-76-L-ecologie-politique-contre-l-" rel="directory"&gt;L'&#233;cologie politique contre l'&#233;cologisme&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-33-progres-+" rel="tag"&gt;Progressisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-88-primitivisme-+" rel="tag"&gt;Primitivisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-89-ecologie-+" rel="tag"&gt;&#201;cologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-113-ecologisme-+" rel="tag"&gt;&#201;cologisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-257-Deleage-J-P-+" rel="tag"&gt;Del&#233;age J. P.&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Extrait du chap. 11, &#171; Terre des hommes &#187; du livre de J. - P. Del&#233;age &#171; Une histoire de l'&#233;cologie &#187;, Seuil 1991, pp. 145 &#8211; 259, renomm&#233; par nous.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Consid&#233;r&#233; sous l'angle de son histoire, le domaine de l'&#233;co&#173;logie scientifique s'est progressivement &#233;largi de l'&#233;tude natu&#173;raliste d'&#233;cosyst&#232;mes particuliers &#224; celle, pluridisciplinaire, de leur totalit&#233;, la biosph&#232;re. Consid&#233;r&#233;e sous l'angle de la science &#233;cologique, l'histoire humaine s'est nourrie d'une succession de ruptures locales et r&#233;gionales d'&#233;quilibres naturels anciens. Aujourd'hui, l'espace de ces ruptures s'est &#233;largi aux dimen&#173;sions de la plan&#232;te. Il existe un lien &#233;troit entre ces deux his&#173;toires, celle des rapports de l'homme &#224; la nature et celle des repr&#233;sentations de ces rapports.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appartenance d'&lt;i&gt;Homo sapiens&lt;/i&gt; aux esp&#232;ces animales justifie&#173;-t-elle l'hypoth&#232;se suivant laquelle les lois de l'&#233;cologie et de la thermodynamique loin de l'&#233;quilibre r&#233;gissent aussi le d&#233;velop&#173;pement des soci&#233;t&#233;s humaines ? M&#234;me si un tel principe est s&#233;duisant, il n'a pour l'instant conduit qu'&#224; des r&#233;sultats tr&#232;s modestes. Les cat&#233;gories de l'&#233;cologie, f&#251;t-elle baptis&#233;e humaine, ne peuvent &#224; elles seules rendre compte des &#233;chan&#173;ges entre les humains et la nature. Les modalit&#233;s de ces &#233;changes &#233;voluent avec les structures sociales, elles-m&#234;mes r&#233;fractaires &#224; l'analyse &#233;cologique. C'est en ce sens que la nature a une his&#173;toire sp&#233;cifiquement humaine et que les hommes sont les sujets cr&#233;ateurs de leurs &#171; &#233;tats de nature &#187;, comme l'affirme Serge Moscovici&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Moscovici Serge, Essai sur l'histoire humaine de la nature, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; des sciences de l'homme, l'urgence d'une r&#233;flexion approfondie sur le poids des d&#233;terminations naturelles et &#233;cologiques dans la longue dur&#233;e de l'histoire est admise. Cepen&#173;dant, cette r&#233;flexion est encore marginale. L'&#233;cologie peut deve&#173; nir une structure ma&#238;tresse de cette histoire en chantier, &#224; condition de ne pas pr&#233;tendre se substituer &#224; elle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;DELAGE]ean-Paul, et H&#201;MERY Daniel, &#171; From Ecological History t World Ecology (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il n'est plus possible d'ignorer cette &#233;vidence : l'homme n'use pas impun&#233;ment de sa plan&#232;te, il ne la domine pas, il en fait par&#173;tie. L'int&#233;r&#234;t d'une r&#233;flexion &#233;cologique appuy&#233;e sur un cor&#173; pus de donn&#233;es historiques d&#251;ment analys&#233;es n'est plus &#224; d&#233;montrer. Et l'histoire ne saurait d&#233;sormais se passer de la science &#233;cologique. Cette derni&#232;re doit participer aux nouvel&#173;les r&#233;flexions sur le pass&#233; des soci&#233;t&#233;s humaines. Il s'agit aujourd'hui de l'une des conditions m&#234;mes de l'anticipation raisonn&#233;e de notre propre futur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Histoire et &#233;cologie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les soci&#233;t&#233;s et leurs &#233;cosyst&#232;mes, l'ensemble des biotopes et des milieux physiques dans lesquels elles s'ins&#232;rent et dont elles tirent leurs ressources forment des ensembles vivants et interac&#173;tifs. Il existe un temps &#233;cologique dans l'histoire, &#224; c&#244;t&#233; des temps &#233;conomique, culturel, politique, etc. Toute approche d'&#233;cologie historique se doit donc d'interpr&#233;ter les relations entre les populations humaines et leur environnement dans une optique &#233;volutionniste. Elle doit consid&#233;rer &#224; diff&#233;rentes &#233;chelles de temps le fonctionnement des &#233;cosyst&#232;mes sociaux, les m&#233;ca&#173;nismes qui assurent leur stabilit&#233; et les processus qui, au con&#173; traire, engendrent la d&#233;gradation de leurs fondements &#233;cologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dur&#233;e est donc une modalit&#233; d&#233;cisive des r&#233;gulations &#233;co&#173;logiques de la d&#233;mographie humaine. Que cette modalit&#233; dis&#173; paraisse ou change, et les limitations ou les r&#233;gulations s'interrompent. Quant &#224; la stabilit&#233; globale des &#233;cosyst&#232;mes domin&#233;s par les humains, elle n'est qu'apparente, et l'&#233;colo&#173;gie historique aurait pr&#233;cis&#233;ment pour int&#233;r&#234;t de permettre de rep&#233;rer les perturbations majeures qui affaiblissent leurs capa&#173;cit&#233;s de stabilisation. En l'&#233;tat actuel de nos connaissances, ce qui caract&#233;rise l'histoire des relations entre les soci&#233;t&#233;s et leurs &#233;cosyst&#232;mes, c'est la course permanente entre des situations hom&#233;ostatiques g&#233;n&#233;ratrices de stabilit&#233; relative par la repro&#173;duction de ces relations et des situations de rupture qui compromettent ou, &#224; l'inverse, d&#233;veloppent la capacit&#233; d'adaptation des soci&#233;t&#233;s aux changements d&#233;finitifs de leur environnement. En fait, il n'existe que des &#233;quilibres socio-&#233;cologiques dyna&#173;miques &#224; p&#233;riode plus ou moins longue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs donn&#233;es majeures caract&#233;risent les temporalit&#233;s his&#173;toriques de l'environnement. Tout d'abord, il n'y a gu&#232;re de commune mesure entre leur dur&#233;e et celle de la vie individuelle, celle des g&#233;n&#233;rations, ni m&#234;me celle de grandes civilisations. Le temps des processus biophysiques est hors de port&#233;e de l'exp&#233;&#173;rience concr&#232;te des hommes, ceux-ci n'en ont longtemps connu et utilis&#233; que les manifestations ph&#233;nom&#233;nales. Ainsi, par exem&#173;ple, jusqu'&#224; la mise au point des r&#233;acteurs nucl&#233;aires, la pro&#173;duction de l'&#233;nergie consistait &#224; capter une tr&#232;s faible pan des effets &#233;nerg&#233;tiques de cycles naturels tr&#232;s complexes (cycles de la v&#233;g&#233;tation, cycles de l'eau, cycles des vents, cycles g&#233;ologi&#173;ques), &#224; exploiter de fa&#231;on extr&#234;mement parcellaire certains maillons ou certains moments du fonctionnement de cha&#238;nes &#233;nerg&#233;tiques tr&#232;s longues. Ce qui caract&#233;rise les dur&#233;es &#233;colo&#173;giques, c'est &#224; la fois l'infiniment court et l'extr&#234;mement long, d'o&#249; l'impression de tr&#232;s forte stabilit&#233; qui fonde la perception que toutes les g&#233;n&#233;rations ont eu jusqu'&#224; pr&#233;sent de leurs rela&#173;tions au milieu qui les entourait : &#171; Une histoire lente &#224; cou&#173;ler, &#233;crit Fernand Braudel, faite bien souvent de retours insistants, de cycles sans fin recommenc&#233;s &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BRAUDEL Fernand. La M&#233;diterran&#233;e et le monde m&#233;diterran&#233;en &#224; l'&#233;po&#173;que de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion de ressources, qui &#233;voque la disponibilit&#233; des &#233;cosyst&#232;mes &#224; l'&#233;gard des besoins sociaux, leur productivit&#233; sociale, n'a de signification scientifique que si elle est consid&#233;r&#233;e dans la tr&#232;s longue dur&#233;e, selon une &#233;chelle de temps qui d&#233;passe de beaucoup l'&#233;chelle de la vie humaine. On estime que le temps de r&#233;g&#233;n&#233;ration de la for&#234;t pluvieuse primaire climacique de la zone tropicale est d'un demi-mill&#233;naire ; or la surface de cette for&#234;t recule aujourd'hui &#224; raison de 1 % cha&#173;que ann&#233;e ! La couche d'ozone qui prot&#232;ge la plan&#232;te du rayon&#173;nement ultraviolet et qui est menac&#233;e, notamment par l'&#233;mission des fr&#233;ons dans l'atmosph&#232;re, a mis deux milliards d'ann&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;MEGIE G&#233;rard, Ozone, l'&#233;quilibre rompu, Paris, Presses du CNRS, 1989.&#034; id=&#034;nh12-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#224; se former. Les combustibles fossiles que br&#251;le la civilisation thermo-industrielle depuis moins de dix g&#233;n&#233;rations sont le produit de centaines de millions d'ann&#233;es d'activit&#233; photosynth&#233;tique, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me donn&#233;e : les grands cycles physico-chimiques se d&#233;roulent selon des modalit&#233;s et des contraintes temporelles extr&#234;mement rigides, qui p&#232;sent tr&#232;s lourdement sur le deve&#173;nir des soci&#233;t&#233;s. &#171; L'homme, &#233;crit F. Braudel, est prisonnier des si&#232;cles durant de climats, de v&#233;g&#233;tations, de populations ani&#173;males, de cultures, d'un &#233;quilibre lentement construit, dont il ne peut s'&#233;carter sans risquer de tout remettre en cause &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BRAUDEL F., La longue dur&#233;e, Annales ESC, 12, octobre-d&#233;cembre 1958.&#034; id=&#034;nh12-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La contrainte climatique a fait l'objet de nombreuses recherches&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;WIGLEY T.M.L., INGRAM M.J .. FARMER G., Climate and History. Studies in Past (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; publi&#233;es depuis les ann&#233;es cinquante. Ces recherches montrent une tr&#232;s forte corr&#233;lation entre la m&#233;t&#233;orologie et la conjoncture &#233;conomique des soci&#233;t&#233;s agricoles, depuis le n&#233;olithique. Emmanuel Le Roy Ladurie a d&#233;montr&#233; que les six ann&#233;es conti&#173;nuellement pluvieuses de 1646 &#224; 1651 ont &#233;t&#233; l'une des origi&#173;nes du malaise &#233;conomique et social profond qui s'est exprim&#233; dans la Fronde&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;LE ROY LADURIE Emmanuel, Histoire du climat depuis l'an mil, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ult&#233;rieurement, aux ann&#233;es v&#233;g&#233;tatives chau&#173;des 1652-1687 s'opposent les printemps et les &#233;t&#233;s frais de la p&#233;riode 1687-1717, qui ont rar&#233;fi&#233; et rench&#233;ri les subsistances dans les deux derni&#232;res d&#233;cennies du Grand Si&#232;cle. Plus r&#233;cem&#173;ment, Christian Pfister, de l'universit&#233; de Berne, a mis en &#233;vi&#173;dence l'importance des variations climatiques sur le prix des c&#233;r&#233;ales, et plus g&#233;n&#233;ralement sur les cycles &#233;conomiques dans les soci&#233;t&#233;s pr&#233;industrielles, en Europe continentale, jusqu'&#224; la construction des r&#233;seaux de chemins de fer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;PFISTER C., &#171; Fluctuations climatiques et prix c&#233;r&#233;aliers en Europe du XVIe (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces derniers ont en retour fortement contribu&#233; aux bouleversements des modes d'exploitation de la nature, comme l'avait si bien montr&#233; M&#246;bius.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une s&#233;rie de grandes fluctuations climatiques, li&#233;es aux modi&#173;fications du flux zonal d'ouest en est des masses d'air de la basse atmosph&#232;re, sont maintenant connues&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;SCHNEIDER Stephen et LONDER Randi, The Coevolution of Climate and Life, San (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Phases d'optimum et de pessimum n'ont cess&#233; de se succ&#233;der dans une Europe o&#249; le temps est rythm&#233; par les cycles naturels : grand optimum chaud de la fin de la pr&#233;histoire (de -5 000 &#224; -2 300) qui aurait favoris&#233; les premiers d&#233;frichements ; longue d&#233;t&#233;rioration subatlantique de la p&#233;riode antique et des d&#233;buts du Ier mil&#173;l&#233;naire de notre &#232;re qui semble s'&#234;tre accompagn&#233;e d'un regain de la v&#233;g&#233;tation naturelle et de la for&#234;t ; bref optimum ti&#232;de de l'an mille (IXe au XIIe si&#232;cle) qui co&#239;ncide avec la mise en place de l'espace rural en Europe occidentale ; petit &#226;ge glaciaire de 1590 &#224; 1750 ; r&#233;chauffement des XVIIIe &#8211; XIXe si&#232;cles que suit la s&#233;quence humide du XXe&#183; si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des &#233;pisodes les plus spectaculaires des relations entre une soci&#233;t&#233; et son climat est celui de la colonisation du Groenland par les Vikings, L'optimum climatique du Moyen &#194;ge est mis &#224; profit par Eric le Rouge qui, banni de Norv&#232;ge puis d'Islande, rejoint probablement en 982 une terre &#224; l'ouest de ce pays qu'il baptise Groenland, le &#171; Pays vert &#187;. Ce nom suscite, dix si&#232;cles plus tard, un commentaire ironique du romancier Jules Verne. &#171; Terre blanche e&#251;t mieux convenu &#224; ce pays couvert de nei&#173;ges. Il n'a pu &#234;tre baptis&#233; ainsi que par une agr&#233;able ironie de son parrain, un certain &#201;ric le Rouge, marin du x-si&#232;cle, qui probablement n'&#233;tait pas plus rouge que le Groenland n'est vert &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;VERNE Jules, La Chasse au m&#233;t&#233;ore&#034; id=&#034;nh12-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour une fois, la vigilance du romancier est mise en d&#233;faut. Lorsque les colons vikings avaient pris pied sur le Groen&#173;land, des conditions climatiques exceptionnellement douces y pr&#233;valaient en effet depuis le d&#233;but du vu-si&#232;cle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;McGOVERN Thomas, &#171; The Economie of Extinction in Norse Green&#173;land &#187;, in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les don&#173;n&#233;es arch&#233;ologiques ont permis de reconstituer les modalit&#233;s de l'effondrement de l'&#233;conomie de ces colons, particuli&#232;rement vuln&#233;rable &#224; la d&#233;t&#233;rioration climatique amorc&#233;e au XIVe si&#232;cle. Coup&#233;s de leurs sources d'approvisionnement par les difficul&#173;t&#233;s grandissantes de la navigation, incapables d'user des ressour&#173;ces alternatives, ignorant les techniques efficaces des Inuits, les derniers colons moururent probablement de faim et de froid au XVe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces exemples illustrent l'&#233;troite soumission des soci&#233;t&#233;s aux rigidit&#233;s &#233;cologiques et aux contraintes climatiques, qui mar&#173;quent en profondeur les milieux naturels. Rigidit&#233;s et contrain&#173;tes soulign&#233;es depuis longtemps par les g&#233;ographes, qu'ils s'apparentent &#224; la tradition ratzelienne en Allemagne ou &#224; celle de Vidal de La Blache en France. Cette interd&#233;pendance est bien exprim&#233;e par le g&#233;ographe Jean Brunhes en 1910 : &#171; Nous ne devons jamais limiter notre vue &#224; un seul ordre de ph&#233;nom&#232;&#173;nes [&#8230;] Il n'y a pas sur l'&#233;corce terrestre de compartiment ferm&#233; ; il ne peut y avoir des cloisons, il n'y a pas de cl&#244;tures. Une montagne ne forme pas un tout &#224; elle seule ; une ville n'est pas une unit&#233; ind&#233;pendante : elle d&#233;pend du sol qui la porte, du climat qu'elle subit, du milieu qui la fait vivre &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BRUNHES Jean, La G&#233;ographie humaine, Paris, F&#233;lix Akan, 1910, vol. I, p. 31 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me donn&#233;e : il n'y a jamais de r&#233;versibilit&#233; absolue &#224; l'&#233;chelle des temps de la nature. On l'a vu, la dynamique des productions humaines peut s'en trouver profond&#233;ment pertur&#173;b&#233;e, parfois imm&#233;diatement, parfois de fa&#231;on diff&#233;r&#233;e. Or, elle exerce une r&#233;troaction sur les &#233;cosyst&#232;mes parce qu'elle vient se cumuler avec les facteurs physiques endog&#232;nes de d&#233;gradation de ces &#233;cosyst&#232;mes, au point de rendre leurs effets irr&#233;versibles. Quand les temporalit&#233;s de l'histoire humaine prennent le dessus sur les temporalit&#233;s de l'histoire &#233;cologique, des seuils sont alors d&#233;finitivement franchis dans la non-reproduction des &#233;cosyst&#232;&#173;mes ou vers leur entropie croissante. L'humanisation de la nature ne donne pas deux fois sa chance au monde sauvage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatri&#232;me donn&#233;e enfin, encore marginale dans les travaux des historiens : le r&#244;le fondamental des microbes, virus et para&#173; sites dans l'histoire humaine. Comme l'a d&#233;montr&#233; le magis&#173;tral ouvrage de William McNeill&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;McNEILL W.-H., Le Temps de la peste. Essai sur les &#233;pid&#233;mies dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les maladies contagieuses devraient tenir une place centrale dans l'explication historique. Les variations dans les cycles de leur propagation ont profond&#233;ment affect&#233; la vie humaine jusqu'aux Temps Modernes. Non seulement les soci&#233;t&#233;s contemporaines n'y ont pas &#233;chapp&#233;, mais elles en ont &#233;t&#233; bien souvent les protagonistes actifs. Les d&#233;b&#226;cles &#233;pid&#233;miologiques ont fr&#233;quemment amplifi&#233; les effets de d&#233;t&#233;&#173;riorations climatiques et, plus encore, les d&#233;faites militaires jusqu'au d&#233;sastre. Leur r&#244;le dans la place sans cesse mouvante de l'humanit&#233; au sein des &#233;quilibres de la nature a &#233;t&#233; et reste de toute premi&#232;re importance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En entrant dans l'histoire, l'homme devient acteur du chan&#173;gement &#233;cologique, mais le franchissement des seuils d'irr&#233;ver&#173;sibilit&#233; sous l'effet de causes anthropiques ne s'accomplit le plus souvent qu'au terme de processus lents. L'histoire des &#233;cosys&#173;t&#232;mes pr&#233;sente de profondes discontinuit&#233;s entre les p&#233;riodes d'accumulation des &#233;l&#233;ments, de leur mise en d&#233;s&#233;quilibre et des moments de rupture brusque et ponctuelle de leur struc&#173;ture constitutive. Les premi&#232;res pr&#233;parent les seconds, mais ceux&#173; ci sont plus faciles &#224; rep&#233;rer car ils se traduisent par des catas&#173;trophes &#233;cologiques aux effets d&#233;vastateurs : inondations cataclysmiques, ruptures de digues fluviales, s&#233;cheresses prolong&#233;es, &#233;pid&#233;mies, etc. Ainsi, aujourd'hui, la moyenne atmos&#173;ph&#232;re terrestre est le si&#232;ge d'un ph&#233;nom&#232;ne d'accumulation de ce type. Elle a &#233;t&#233; produite par l'activit&#233; photosynth&#233;tique des &#234;tres vivants et il a fallu des centaines de millions d'ann&#233;es pour qu'elle se constitue. Mais depuis maintenant un peu plus de deux si&#232;cles, l'usage grandissant des combustibles fossiles &#8211; plus de dix milliards de tonnes-&#233;quivalent charbon, en 1990 &#8211; a accumul&#233; progressivement dans ses couches basses et moyennes une quantit&#233; croissante de polluants atmosph&#233;&#173;riques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BOLIN B., D&#214;&#214;S B.R., J&#196;GER J., WARRICK R. (eds.), The Greenhouse Effect, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sp&#233;cificit&#233; du temps &#233;cologique, poids historique des contraintes qu'il exerce sur les soci&#233;t&#233;s, irr&#233;versibilit&#233; des acc&#233;&#173;l&#233;rations ou des ruptures qu'il subit du fait de ces derni&#232;res : les temps longs de la nature, ses &#171; nappes d'histoire lente &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BRAUDEL F., &#171; La longue dur&#233;e &#187;, art. cit.&#034; id=&#034;nh12-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, s'entrelacent avec les dur&#233;es, somme toute bien br&#232;ves, de l'his&#173;toire des ensembles humains. Le temps des &#171; soci&#233;t&#233;s dans la nature &#187;, ancr&#233;es dans leurs &#233;cosyst&#232;mes, commence &#224; se cons&#173;truire. Apr&#232;s la victoire du temps long dans la r&#233;flexion historienne contemporaine, l'&#233;co-histoire est d&#233;sormais concevable. Elle seule peut articuler temporalit&#233;s sociales et temporalit&#233;s &#233;co&#173;logiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un conflit universel avec la nature&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;terminations &#233;cologiques traversent la totalit&#233; du champ social et ne se limitent pas &#224; certains domaines particuliers de ce champ. Ce n'est que par l'apparition de nouveaux syst&#232;mes d'exploration de la nature, de nouvelles formes de production agricole et industrielle que se d&#233;veloppent les formes de l'exploitation sociale, les processus d'appropriation in&#233;gale des moyens de production, de la terre, du b&#233;tail, des eaux, des res&#173;sources du sous-sol. &#171; Partout, &#233;crit Maurice Godelier, appara&#238;t un lien intime entre la mani&#232;re d'user de la nature et la mani&#232;re d'user de l'homme &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;GODELIER Maurice, l'Id&#233;el et le r&#233;el, Paris. Fayard, 1985.&#034; id=&#034;nh12-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans toute soci&#233;t&#233;, c'est dans l'appro&#173;priation de la nature que les hommes coop&#232;rent ou s'exploi&#173;tent, que leurs rapports de production et leurs relations sociales s'organisent et se transforment. Comme l'a de son c&#244;t&#233; souli&#173;gn&#233; le g&#233;ographe Pierre Gourou, il n'y a pas de crise dans l'usage de la nature qui ne soit une crise dans le mode vie de l'homme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;GOUROU Pierre, Le&#231;ons de g&#233;ographie tropicale, Paris, 1971.&#034; id=&#034;nh12-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la pr&#233;histoire, les activit&#233;s de pr&#233;dation et de produc&#173;tion humaines ont amen&#233; la r&#233;duction g&#233;n&#233;rale et la transfor&#173;mation continue des &#233;cosyst&#232;mes naturels ou semi-naturels, selon un certain nombre de grandes tendances pluris&#233;culaires, voire plurimill&#233;naires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;OSBORN Fairfield, La Plan&#232;te au pillage, Paris, Payot, 1949.&#034; id=&#034;nh12-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les tensions actuelles entre les soci&#233;&#173;t&#233;s et la nature ont donc une origine tr&#232;s lointaine, elles sont le r&#233;sultat de crises &#233;cologiques cumul&#233;es. Aucune civilisation n'a &#233;t&#233; &#233;cologiquement innocente. Bien avant l'industrialisa&#173;tion europ&#233;enne de l'&#233;poque moderne, l'activit&#233; humaine s'est r&#233;v&#233;l&#233;e profond&#233;ment destructrice du tissu &#233;cologique et lui a fait subir des modifications irr&#233;m&#233;diables, dont la plus ancienne et la plus g&#233;n&#233;rale a &#233;t&#233; la d&#233;forestation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;DEBEIR J.&#183;C., H&#201;MERY D. et DEL&#201;AGE J.&#183;P., Les Servitudes de la puissance, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Celle-ci a &#233;t&#233; le revers et la condition du d&#233;veloppement de l'agriculture, de l'&#233;levage, de l'artisanat et des activit&#233;s proto-industrielles. En fait, partout dans le monde, les &#233;cosyst&#232;mes naturels ont &#233;t&#233; remplac&#233;s par des agrosyst&#232;mes, incorporant bien entendu nom&#173; bre d'esp&#232;ces naturelles, qui sont devenus les d&#233;s de vo&#251;te de tous les complexes &#233;cologiques actuels. Leur formation puis leur g&#233;n&#233;ralisation auront r&#233;sult&#233; en d&#233;finitive de la destruction irr&#233;&#173;versible des &#233;quilibres naturels primaires et de leur remplace&#173; ment par des &#233;quilibres secondaires instables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sur la for&#234;t que les soci&#233;t&#233;s pr&#233;industrielles ont fait peser le gros de leurs pr&#233;l&#232;vements destructeurs. On peut le saisir tr&#232;s t&#244;t en Chine o&#249; le manque de terres nouvelles s'accompagne &#224; de nombreuses &#233;poques de d&#233;s&#233;quilibres &#233;cologiques et de p&#233;nuries physiques grandissantes. La d&#233;forestation ravage de nombreuses r&#233;gions, effet direct ou indirect de l'expansion con&#173;tinue du syst&#232;me c&#233;r&#233;alier. Joseph Needham constate sa gravit&#233; d&#232;s le XVIe si&#232;cle sur les hautes terres du Shaanxi et du Gansu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NEEDHAM Joseph, Science and Civilisation in China, IV, Physics and Physica (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En fait, la destruction de la for&#234;t dans les hautes val&#173;l&#233;es est plus ancienne encore. Dans le bassin du fleuve Jaune, elle remonte sans doute aux premiers si&#232;cles de l'Empire. Peut&#173; &#234;tre a-t-elle &#233;t&#233; l'une des raisons du lent glissement de la civi&#173;lisation chinoise du nord-ouest vers le sud-est entre la p&#233;riode des Tang et celle des Song. L'Empire des Song aurait alors fond&#233; son brillant d&#233;veloppement urbain et naval sur la mise en exploitation des r&#233;serves de bois des massifs montagneux du Sud et sur des importations de bois japonais&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;HARTWELL R. , &#171; A Cycle of Economic change in Imperial China : Coal and Iron (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour l'&#233;poque moderne, S. Ashead&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ASHEAD S.A., &#171; An Energy Crisis in Early Modern China &#187;. Cb'ing ; shih (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a &#233;mis l'hypoth&#232;se de l'ouverture en Chine d'une crise prolong&#233;e de l'&#233;nergie entre 1400 et 1800.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le monde musulman, les travaux de Maurice Lombard ont mis en &#233;vidence l'apparition d'une p&#233;nurie de bois d&#232;s le VIIe si&#232;cle &#224; la suite de la hausse de la demande cons&#233;cutive au brillant essor urbain en terre d'islam. Il faut aller chercher de plus en plus loin, sur le versant chr&#233;tien de la M&#233;diterran&#233;e, un combustible dont le co&#251;t va croissant. D&#232;s le d&#233;but du XIe si&#232;cle, &#171; en face d'un Occident encore &#233;touff&#233; de for&#234;ts, mais qui commence &#224; les utiliser pour ses navires, pour ses construc&#173;tions, pour ses industries, le monde musulman d&#233;cline et c&#232;de le pas &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;LOMBARD Maurice, &#171; Un probl&#232;me cartographi&#233; : le bois dans la M&#233;di&#173;terran&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette crise affecte aussi l'Europe, mais dans une moindre mesure. Dans l'Europe atlantique et moyenne, l'essartage pro&#173;gresse d&#232;s les d&#233;buts du Haut Moyen Age. En Germanie, la for&#234;t hercynienne avait, selon les auteurs romains, une longueur &#233;gale &#224; soixante jours de marche. Elle r&#233;gresse rapidement &#224; par&#173;tir du VIe si&#232;cle. L'apog&#233;e des grands d&#233;frichements se situe entre le milieu du XIe si&#232;cle et la fin du XIIIe si&#232;cle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;FOSSIER Robert, Le Moyen &#194;ge, Paris, A. Colin, 1983, 3 vol., en par&#173;ticulier (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Au XIVe si&#232;cle, les &#233;cosyst&#232;mes europ&#233;ens arrivent &#224; saturation, l'Europe occidentale est v&#233;ritablement un monde plein. L'heure des grandes crises &#233;cologiques qui annoncent la r&#233;volution indus&#173;trielle a sonn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir du XVI&#183; si&#232;cle s'ouvre, en effet, en Angleterre, et sans doute aussi aux Pays-Bas, une crise grave et prolong&#233;e du bois, qui s'&#233;tendra ult&#233;rieurement au continent. Si la premi&#232;re substitution massive des combustibles fossiles aux combustibles v&#233;g&#233;taux et la r&#233;volution &#233;nerg&#233;tique des temps modernes eurent lieu d'abord en Angleterre, c'est parce que le bois vint &#224; y manquer en premier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NEF John U., &#171; Les cons&#233;quences d'une crise historique de l'&#233;nergie &#187;, Pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La p&#233;nurie de bois marque drama&#173;tiquement l'&#233;poque &#233;lisabethaine, et celle des Stuart de 1550 &#224; 1700. Elle est provoqu&#233;e par la croissance d&#233;mographique et amplifi&#233;e par la demande accrue des villes alors en pleine expan&#173;sion. En 1776, Adam Smith &#233;crit qu'&#224; Edinburgh, sa ville natale, &#171; il n'existe sans doute pas un seul morceau de bois &#233;cossais &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;SMITH Adam, Recherches sur la nature et les causes de la richesse des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette crise du bois n'est pas seulement anglaise. Un peu comme la Chine &#224; la m&#234;me &#233;poque, toute la civilisation occi&#173;dentale est bien entr&#233;e entre le XVIe et le XVIIIe si&#232;cle dans une situation d'instabilit&#233; environnementale r&#233;currente. La distorsion est grandissante entre la demande amplifi&#233;e de moyens de subsistance engendr&#233;e par sa croissance au cours des trois si&#232;cles consid&#233;r&#233;s et les possibilit&#233;s de l'environnement. La plupart des populations se heurtent &#224; une limite &#233;cologique dont les contraintes de la d&#233;forestation sont l'&#233;l&#233;ment central.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Crises &#233;cologiques et crises sociales&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire commence &#224; disposer des moyens d'analyse permet&#173; tant d'&#233;tablir des corr&#233;lations entre les contraintes &#233;cologiques et le destin des civilisations du pass&#233;. Cela est vrai en particu&#173;lier pour l'&#233;tude de celles des causes de leur d&#233;clin que l'on a pu attribuer &#224; l'&#233;puisement de certains modes d'exploitation de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, les grandes crises de la for&#234;t et de l'&#233;cosph&#232;re auraient jou&#233; un r&#244;le d&#233;cisif dans l'effondrement de certaines civilisations anciennes. Cette hypoth&#232;se a &#233;t&#233; avanc&#233;e pour expliquer la chute soudaine au d&#233;but du Xe si&#232;cle de la civilisation Maya de l'actuel d&#233;partement du Peten au Guat&#233;mala et au Hondu&#173;ras : la d&#233;gradation de l'&#233;cosyst&#232;me forestier et du cycle de l'eau aurait ruin&#233; l'agriculture maya fond&#233;e sur le syst&#232;me &lt;i&gt;mi&lt;/i&gt;&lt;i&gt;lpa&lt;/i&gt; (cul&#173;ture de ma&#239;s sur br&#251;lis avec jach&#232;re de quatre &#224; huit ans)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;THOMPSON J.E.S. Grandeur et d&#233;cadence de la civilisation Maya, Paris, Payot, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est en revanche certain que la d&#233;sorganisation de l'hydro&#173;logie a jou&#233; un r&#244;le important dans l'affaissement des civilisa&#173;tions m&#233;sopotamiennes, en particulier l'&#233;rosion des sols cons&#233;cutive au d&#233;boisement et au surp&#226;turage des hauts bas&#173;sins versants du Tigre et de l'Euphrate. La d&#233;forestation acc&#233;&#173;tl&#233;r&#233;e, sous l'effet des besoins en bois de chauffe et de construction et des d&#233;frichements pour la cr&#233;ation de pacages pour les troupeaux, devait provoquer une surcharge alluviale croissante des deux fleuves. Les Empires babylonien et assyrien ne parvinrent pas &#224; emp&#234;cher le colmatage du gigantesque r&#233;seau d'irrigation de la Basse-M&#233;sopotamie et la civilisation du Croissant fertile entra d&#232;s lors dans un lent processus de d&#233;clin que couronna la destruction des canaux d'irrigation au XIe si&#232;cle par les envahisseurs mongols&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;OSBORN F., La Plan&#232;te au pillage, op. cit., p. 99 sq.&#034; id=&#034;nh12-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Bien que l'histoire en soit toute diff&#233;rente, une explication du m&#234;me type par l'envase&#173;ment du syst&#232;me des &lt;i&gt;baray&lt;/i&gt; (r&#233;servoirs artificiels) et saturation de l'espace cultivable a &#233;t&#233; &#233;galement propos&#233;e pour rendre compte de l'effondrement progressif de l'Empire angkorien&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;GROSLIER B.P., &#171; Agriculture et religion sous l'Empire angkorien &#187;, &#201;tudes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. M&#234;me effet d&#233;sastreux, sur les soci&#233;t&#233;s pr&#233;hispaniques du bas&#173; sin de Mexico, des bouleversements de la gestion hydraulique impos&#233;s par les h&#233;ritiers de Cort&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;MUSSET A., &#171; L'eau et l'organisation de l'espace dans le bassin de Mexico &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la zone m&#233;diterran&#233;enne, c'est aussi depuis la plus haute Antiquit&#233; qu'ont &#233;t&#233; boulevers&#233;s les &#233;quilibres naturels primaires, la d&#233;forestation a affect&#233; de vastes r&#233;gions d&#232;s l'&#233;po&#173;que romaine. Dans le monde musulman, la p&#233;nurie de bois a repr&#233;sent&#233; elle aussi une redoutable menace &#224; partir du VIIIe si&#232;&#173;cle. Elle n'a rien eu de dramatique tant que les &#201;tats musul&#173;mans du Machrek et du Maghreb ont dispos&#233; d'un approvisionnement r&#233;gulier en or soudanais, lequel leur per&#173;mettait de solder avantageusement leurs achats de bois. Mais avec l'arriv&#233;e des Arabes hilaliens, les routes transsahariennes de l'or, dont la ma&#238;trise assurait la prosp&#233;rit&#233; de l'&#201;gypte Fati&#173;mide, se trouvent coup&#233;es et tout l'Orient musulman s'affaiblit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;LOMBARD M., Espaces et r&#233;seaux&#8230; , op. cit.&#034; id=&#034;nh12-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive, la conclusion &#224; laquelle aboutissent les trop rares enqu&#234;tes historiques disponibles est que la d&#233;gradation de l'environnement n'a jou&#233; qu'en interf&#233;rence avec d'autres fac&#173;teurs sociaux (&#233;conomiques, techniques, culturels, etc.) et davantage comme limite globale que comme cause imm&#233;diate et directe. Une explication &#233;cologique univoque ne saurait ren&#173;dre compte ni des crises environnementales du pass&#233;, ni de celles du pr&#233;sent. Par la m&#233;diation des facteurs sociaux, toute crise grave de l'environnement aboutit &#224; un d&#233;clin diff&#233;r&#233;, tempo&#173; raire ou durable, de la civilisation qui l'a provoqu&#233;e, d&#233;clin qui m&#232;ne &#224; son effondrement ou &#224; la mutation de ses structures pro&#173;fondes. Mais ce d&#233;clin ne s'accomplit le plus souvent que sur de tr&#232;s longues p&#233;riodes et uniquement si la soci&#233;t&#233; n'est pas en mesure d'&#233;laborer des m&#233;canismes compensateurs de la crise &#233;cologique, tels que le d&#233;veloppement des &#233;changes &#224; longue distance, ou d'inventer les moyens techniques et &#233;conomiques d'une croissance diff&#233;rente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la plupart des cas historiques recens&#233;s, les repr&#233;senta&#173;tions qu'ont les soci&#233;t&#233;s de leur relation &#224; la nature semblent avoir jou&#233; un r&#244;le important. Ces repr&#233;sentations favorisent ou au contraire exercent un effet limitant sur les pr&#233;l&#232;vements d&#233;vastateurs. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, jusqu'&#224; l'industrialisa&#173;tion de l'Europe qui d&#233;marre &#224; la fin de l'&#233;poque m&#233;di&#233;vale, le rapport &#224; l' &#233;cosph&#232;re a &#233;t&#233; pens&#233; comme &#233;change avec les for&#173; ces naturelles, souvent sacralis&#233;es dans un certain nombre de mythes ou de cosmologies religieuses, et non comme une trans&#173; formation de la nature, encore moins comme une transforma&#173;tion de la &#171; nature &#187; des hommes, elle-m&#234;me consid&#233;r&#233;e comme composante de la nature cosmique. Bien entendu, dans ce type de vision, la nature n'est pas per&#231;ue sous ses seuls aspects sen&#173;sibles mais comme un ensemble de forces invisibles qui com&#173; mandent le devenir du groupe humain. &#171; Toutes les formes d'activit&#233;s concr&#232;tes que l'homme a invent&#233;es pour s'approprier des r&#233;alit&#233;s naturelles, &#233;crit Maurice Godelier, contiennent et combinent &#224; la fois et n&#233;cessairement des gestes et des conduites mat&#233;rielles pour agir sur leurs aspects visibles et tangibles, et des gestes et des conduites que nous appelons aujourd'hui symboliques pour agir sur leur arri&#232;re-fond invisible &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;GODELIER M., L'Id&#233;el et le r&#233;el, op. cit., p. 66.&#034; id=&#034;nh12-32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les soci&#233;t&#233;s de cueillette comme dans celles &#224; dominante agricole, l'homme est la force productive principale, l'adapta&#173;tion &#224; l'&#233;cosyst&#232;me est le principe social fondamental ; mais ce principe op&#232;re suivant une diversit&#233; tr&#232;s &#233;tendue de modalit&#233;s concr&#232;tes. &#192; cet &#233;gard, le d&#233;veloppement des syst&#232;mes agrico&#173;les au n&#233;olithique a certainement repr&#233;sent&#233; un seuil histori&#173;que important, en ouvrant la possibilit&#233; d'une diff&#233;renciation des fa&#231;ons de penser la relation homme/nature. Andr&#233; Hau&#173;dricourt a montr&#233; que &#171; vis-&#224;-vis du monde v&#233;g&#233;tal et animal &#224; partir du n&#233;olithique, l'homme n'est plus seulement un pr&#233;&#173;dateur et un consommateur, d&#233;sormais il &lt;i&gt;assiste&lt;/i&gt; (soulign&#233; par l'auteur), il prot&#232;ge, il coexiste longuement avec les esp&#232;ces qu'il a 'domestiqu&#233;es'. De nouveaux rapports se sont &#233;tablis d'un type 'amical' et qui ne sont pas sans rappeler ceux que les hommes entretiennent entre eux &#224; l'int&#233;rieur du groupe &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;HAUDRICOURT Andr&#233; G., &#171; Domestication des animaux, culture des plantes, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, plusieurs mod&#232;les de traitement de la nature se s&#233;parent. Comme le montre A. Haudricourt, aux m&#233;thodes d'action indirecte sur les plantes d&#233;velopp&#233;es dans le cadre de la rizi&#232;re ou de l'horticulture &#224; tubercules des M&#233;lan&#233;siens s'oppose l'action plus directe et plus dominatrice des agri&#173;culteurs occidentaux. &#171; Il n'y a point d'amiti&#233; possible, ensei&#173;gne Aristote, envers les choses inanim&#233;es pas plus qu'il n'y en a de l'homme au cheval et au b&#339;uf ou m&#234;me du ma&#238;tre &#224; l' esclave en tant qu' esclave &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ARISTOTE, &#201;thique &#224; Nicomaque, VIII, 2, Paris, Les Belles Lettres.&#034; id=&#034;nh12-34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De la diversit&#233; du monde animal et v&#233;g&#233;tal sur la surface du globe na&#238;t celle des rapports &#224; la nature des diverses civilisations. Ainsi, Joseph Needham parle de &#171; traitement horticole &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NEEDHAM J., Science and Civilisation in China, op. cit., Il, 2 ; p. 543&#183;583.&#034; id=&#034;nh12-35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de l'homme &#224; propos de la civi&#173;lisation chinoise et du confucianisme : l'homme y est presque toujours compar&#233; aux plantes, &#224; la terre, &#224; la pluie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;HAUDRICOURT A. G., La Technologie, science humaine, Paris, Maison des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; l'oppos&#233;, le &#171; traitement pastoral &#187; de l'homme traverse toute l'histoire de la civilisation occidentale, depuis le symbole d' Abel le pasteur dans la Gen&#232;se jusqu'&#224; la formule h&#233;rit&#233;e des Latins et pass&#233;e dans le langage populaire &#171; de l'homme qui est un loup pour l'homme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, dans toutes les soci&#233;t&#233;s anciennes ayant connu l'agri&#173;culture, un immense savoir empirique et encyclop&#233;dique se constitue sur la nature, qui donne lieu &#224; la construction des pre&#173;miers grands syst&#232;mes intellectuels. Aujourd'hui, ethnobota&#173;nistes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., 5e partie. Voir aussi les travaux de BARRAU Jacques, notamment (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et ethnozoologistes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;DIGARD Jean-Pierre, L'Homme et les animaux domestiques, Paris, Fayard, 1990. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; d&#233;cryptent les relations de causalit&#233; entre les grandes fili&#232;res &#233;cologiques &#8211; agriculture, horticulture, &#233;levage, p&#234;che, etc. &#8211; et la multiplicit&#233; des repr&#233;&#173;sentations de la nature d&#233;velopp&#233;es dans les diverses civilisations. Mais les situations environnementales r&#233;elles, l'encha&#238;nement de leurs &#233;volutions restaient opaques aux soci&#233;t&#233;s du pass&#233;. Leur compr&#233;hension ne s'&#233;tablissait qu'aux plans de la cosmogonie, de la m&#233;taphysique ou de la th&#233;ologie. Peut-on, dans ces condi&#173;tions, attribuer &#224; ces soci&#233;t&#233;s et &#224; leurs cultures des strat&#233;gies environnementales d'ensemble ? Ces questions et leurs r&#233;pon&#173;ses appartiennent encore au domaine des recherches historiques et ethnologiques en cours.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb12-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Moscovici Serge, &lt;i&gt;Essai sur l'histoire humaine de la nature&lt;/i&gt;, Paris, Flammarion, 1968.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;DELAGE]ean-Paul, et H&#201;MERY Daniel, &#171; From Ecological History t World Ecology &#187;, dont ce chapitre reprend des th&#232;mes essentiels ; in PFISTER C. et BRIMBLECOMBLE P., The Silent Countdown, Berlin, Heidelberg, Sprin&#173;ger Verlag, 1990, p. 21-36. &#8211; DROUIN Jean-Marc, &lt;i&gt;R&#233;inventer la nature&lt;/i&gt;, Paris, DDB, 1991, chapitre 7, &#171; La demeure en p&#233;ril &#187; &#8211; CARACCIOLO Alberto, &lt;i&gt;L'ambiente com&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e &lt;/i&gt;&lt;i&gt;st&lt;/i&gt;&lt;i&gt;o&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ri&lt;/i&gt;&lt;i&gt;a&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, sondaggi e proposte di storiografia dell'ambiente&lt;/i&gt;, Bologne,&#171; Universale Paperbacks Il Mulino &#187;, 222, 1988. &#8211; ROBERTS Neil. &lt;i&gt;The Holocene, an En&lt;/i&gt;&lt;i&gt;v&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ironme&lt;/i&gt;&lt;i&gt;n&lt;/i&gt;&lt;i&gt;tal History&lt;/i&gt; ; Oxford, Basil Blackwell, 1989.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;BRAUDEL Fernand. &lt;i&gt;La M&#233;diterran&#233;e et le monde m&#233;diterran&#233;en &#224; l'&#233;po&#173;que de Philippe Il&lt;/i&gt;, Paris, A. Colin, 2' &#233;d., 1966, p. XIII-XIV de la pr&#233;face.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;MEGIE G&#233;rard, &lt;i&gt;Ozone, l'&#233;quilibre rompu&lt;/i&gt;, Paris, Presses du CNRS, 1989.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;BRAUDEL F., La longue dur&#233;e, Annales ESC, 12, octobre-d&#233;cembre 1958.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;WIGLEY T.M.L., INGRAM M.J .. FARMER G., &lt;i&gt;Climate &lt;/i&gt;&lt;i&gt;and&lt;/i&gt;&lt;i&gt; History&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;St&lt;/i&gt;&lt;i&gt;u&lt;/i&gt;&lt;i&gt;dies in Pas&lt;/i&gt;&lt;i&gt;t&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Cliimates&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;and&lt;/i&gt;&lt;i&gt; their Impact on Man&lt;/i&gt;, Cambridge, Cambridge Univ. Press, 1981, r&#233;ed. paperback 1985.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;LE ROY LADURIE Emmanuel, &lt;i&gt;Histoire du climat depuis l'an mil&lt;/i&gt;, Paris, Flammarion, 1967 ; &lt;i&gt;Le Territoire de l'historien&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1973, 3e partie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;PFISTER C., &#171; Fluctuations climatiques et prix c&#233;r&#233;aliers en Europe du XVIe au XXe si&#232;cle &#187;, Annales ESC, 1988, p. 25-53.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;SCHNEIDER Stephen et LONDER Randi, &lt;i&gt;The Coevo&lt;/i&gt;&lt;i&gt;l&lt;/i&gt;&lt;i&gt;utio&lt;/i&gt;&lt;i&gt;n of Climate&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;and &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Lif&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e&lt;/i&gt;, San Francisco, Sierra Club Books, 1984.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;VERNE Jules, &lt;i&gt;La Chasse au m&#233;t&#233;ore&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;McGOVERN Thomas, &#171; The Economie of Extinction in Norse Green&#173;land &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; WIGLEY et &lt;i&gt;al&lt;/i&gt;., Climate and History&#8230; , 1981, o&lt;i&gt;p. c&lt;/i&gt;&lt;i&gt;it&lt;/i&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;, p. 404-433.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;BRUNHES Jean, &lt;i&gt;La G&#233;ographie humaine&lt;/i&gt;, Paris, F&#233;lix Akan, 1910, vol. I, p. 31 de la 3e &#233;d., 1922.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;McNEILL W.-H., &lt;i&gt;Le Temps de la peste. Essai sur les &#233;pid&#233;mies dans l'histoire&lt;/i&gt;, Paris, Hachette, 1978.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Terre des hommes&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;BOLIN B., D&#214;&#214;S B.R., J&#196;GER J., WARRICK R. (eds.), &lt;i&gt;The Greenhouse Effect, Climatic Change and Ecosystems&lt;/i&gt;, Wiley, SCOPE 29, 1986.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;BRAUDEL F., &#171; La longue dur&#233;e &#187;, &lt;i&gt;art. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;GODELIER Maurice, &lt;i&gt;l'Id&#233;el et le r&#233;el&lt;/i&gt;, Paris. Fayard, 1985.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;GOUROU Pierre, &lt;i&gt;Le&#231;ons de g&#233;ographie tropicale&lt;/i&gt;, Paris, 1971.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;OSBORN Fairfield, &lt;i&gt;La Plan&#232;te au pillage&lt;/i&gt;, Paris, Payot, 1949.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;DEBEIR J.&#183;C., H&#201;MERY D. et DEL&#201;AGE J.&#183;P., &lt;i&gt;L&lt;/i&gt;&lt;i&gt;es Se&lt;/i&gt;&lt;i&gt;rv&lt;/i&gt;&lt;i&gt;itudes de la puis&lt;/i&gt;&lt;i&gt;sance&lt;/i&gt;, Paris, Flammarion, 1986. p. 37-75.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;NEEDHAM Joseph, &lt;i&gt;Science and Civilisation in China, IV, Physics and Physica Technology&lt;/i&gt; ; 3. Cambridge, Cambridge Univ. Press, 1954-1985, p. 340 sq,&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;HARTWELL R. , &#171; A Cycle of Economic change in Imperial China : Coal and Iron in Nonheast China, 750-1350 &#187;, &lt;i&gt;Journal of the Economi&lt;/i&gt;&lt;i&gt;c&lt;/i&gt;&lt;i&gt; and Social History of the Orient&lt;/i&gt;, 10, 1967.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;ASHEAD S.A., &#171; An Energy Crisis in Early Modern China &#187;. &lt;i&gt;Cb'ing ; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;s&lt;/i&gt;&lt;i&gt;hih Wen-t'i&lt;/i&gt;, d&#233;cembre 1974, vol. Ill.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;LOMBARD Maurice, &#171; Un probl&#232;me cartographi&#233; : le bois dans la M&#233;di&#173;terran&#233;e musulmane &#187;, et &#171; Arsenaux et bois de marine dans la M&#233;diterra&#173;n&#233;e musulmane &#187;, in LOMBARD M., &lt;i&gt;Espaces et R&#233;seaux du Haut Moyen &#194;ge&lt;/i&gt;, Paris, La Haye, Mouton, 1972.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;FOSSIER Robert, &lt;i&gt;Le Moyen &#194;ge&lt;/i&gt;, Paris, A. Colin, 1983, 3 vol., en par&#173;ticulier vol. II.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;NEF John U., &#171; Les cons&#233;quences d'une crise historique de l'&#233;nergie &#187;, &lt;i&gt;Pour la science&lt;/i&gt;, 26, f&#233;vrier 1978, p. 92.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;SMITH Adam, &lt;i&gt;Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations&lt;/i&gt;, Paris, 1776 ; trad. fr. Gallimard, coll. &#171; Id&#233;es &#187;, 1976.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;THOMPSON J.E.S. &lt;i&gt;Grandeur et d&#233;cadence de la civilisation Maya&lt;/i&gt;, Paris, Payot, 1973. -VOGT William, &#171; The Agriculture of the Maya &#187;, &lt;i&gt;Southwest Review&lt;/i&gt;, 1934, vol. 19, p. 65-77.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;OSBORN F., &lt;i&gt;La Plan&#232;te au pillage, op. cit&lt;/i&gt;., p. 99 sq.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;GROSLIER B.P., &#171; Agriculture et religion sous l'Empire angkorien &#187;, &lt;i&gt;&#201;tudes rurales&lt;/i&gt;, 1976.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;MUSSET A., &#171; L'eau et l'organisation de l'espace dans le bassin de Mexico &#187;, &lt;i&gt;Annales ESC&lt;/i&gt;, 46, 1991, n' 2, p. 261-298.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;LOMBARD M., &lt;i&gt;Espaces et r&#233;seaux&#8230; , op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;GODELIER M., &lt;i&gt;L'Id&#233;el et le r&#233;el, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 66.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;HAUDRICOURT Andr&#233; G., &#171; Domestication des animaux, culture des plantes, traitement d'autrui &#187;, &lt;i&gt;L'Homme&lt;/i&gt;, Paris, II, 1, janvier-avril 1962, p. 40-50.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;ARISTOTE, &lt;i&gt;&#201;thique &lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#224;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; Nicomaque&lt;/i&gt;, VIII, 2, Paris, Les Belles Lettres.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;NEEDHAM J., &lt;i&gt;Science and Civilisation in China, op. cit.&lt;/i&gt;, Il, 2 ; p. 543&#183;583.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;HAUDRICOURT A. G., &lt;i&gt;La Technologie, science humaine&lt;/i&gt;, Paris, Maison des sciences de l'homme, 1987, p. 280.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;I&lt;/i&gt;&lt;i&gt;bid&lt;/i&gt;., 5e partie. Voir aussi les travaux de BARRAU Jacques, notamment &lt;i&gt;L'Agriculture &lt;/i&gt;&lt;i&gt;vivri&#232;re&lt;/i&gt;&lt;i&gt; de Nouvelle-Cal&#233;donie&lt;/i&gt;, Noum&#233;a, Commission Pacifique-Sud, 1956 ; ainsi que les travaux du laboratoire d'&#233;cologie g&#233;n&#233;&#173;rale et appliqu&#233;e : de l'universit&#233; de : Paris-VII.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;DIGARD Jean-Pierre, &lt;i&gt;L'Homme et les animaux domestiques,&lt;/i&gt; Paris, Fayard, 1990. Voir aussi le compte rendu du colloque &lt;i&gt;Homme, animal, soci&#233;t&#233;.&lt;/i&gt; Toulouse, Presse de l'Institut d'&#233;tudes politiques, 1988, 3 tomes, 4 volumes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>&#201;cologie et anthropocentrisme (2/2)</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?1028-Ecologie-et-anthropocentrisme-2-2</link>
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		<dc:date>2020-08-28T09:45:18Z</dc:date>
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		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Antiquit&#233;</dc:subject>
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		<dc:subject>Bourg D.</dc:subject>

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&lt;p&gt;Voir la premi&#232;re partie (.../...) Anthropocentrisme et destruction de l'environnement Il est temps d'en venir &#224; la seconde des questions initiale&#173;ment pos&#233;es : l'anthropocentrisme est-il en tant que tel res&#173;ponsable de la destruction de l'environnement ? Pour pouvoir r&#233;pondre de fa&#231;on positive &#224; cette question, il conviendrait de satisfaire aux deux conditions suivantes : il faudrait pou&#173;voir s&#233;parer les cultures uniment anthropocentristes des autres ; il faudrait &#233;galement pouvoir (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-110-anthropologie-+" rel="tag"&gt;Anthropologie&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-255-Bourg-D-+" rel="tag"&gt;Bourg D.&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1028-Ecologie-et-anthropocentrisme-1-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Voir la premi&#232;re partie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anthropocentrisme et destruction de l'environnement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est temps d'en venir &#224; la seconde des questions initiale&#173;ment pos&#233;es : l'anthropocentrisme est-il en tant que tel res&#173;ponsable de la destruction de l'environnement ? Pour pouvoir r&#233;pondre de fa&#231;on positive &#224; cette question, il conviendrait de satisfaire aux deux conditions suivantes : il faudrait pou&#173;voir s&#233;parer les cultures uniment anthropocentristes des autres ; il faudrait &#233;galement pouvoir &#233;tablir que seules les cultures reconnues comme essentiellement anthropocen&#173;tristes sont responsables des destructions importantes infli&#173;g&#233;es &#224; l'environnement. Nous venons de voir qu'il &#233;tait impossible de satisfaire la premi&#232;re condition requise. Un rapide survol de l'histoire suffira &#224; montrer qu'il est tout autant impossible de satisfaire la seconde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;forestation massive, sous la pression de l'agriculture, pratiqu&#233;e dans la Chine ancestrale est un exemple de destruc&#173;tion souvent mentionn&#233;. Mais il en existe bien d'autres. Pla&#173;ton, dans le &lt;i&gt;Critias&lt;/i&gt;, &#233;voque le temps o&#249; la Gr&#232;ce, avant d'avoir &#233;t&#233; transform&#233;e en une terre aride, &#233;tait couverte de cultures et de for&#234;ts luxuriantes. La construction navale et l'&#233;dification des palais, grandes consommatrices d'arbres, auront par ailleurs entra&#238;n&#233;, durant l'Antiquit&#233;, la quasi&#173; disparition des c&#232;dres du Liban et des cypr&#232;s de Cr&#232;te. Qu'on songe par exemple aux 4 200 navires engag&#233;s par Xerx&#232;s contre les Grecs. Le cas de la M&#233;sopotamie est &#233;galement tr&#232;s connu. Autrefois d'une fertilit&#233; l&#233;gendaire, elle a &#233;t&#233; trans&#173; form&#233;e en d&#233;sert par la salinisation des sols provoqu&#233;e par un syst&#232;me d'irrigation d&#233;pourvu de drainage. Le syst&#232;me d'irrigation mis au point par le royaume Khmer ne lui a gu&#232;re &#233;t&#233; plus profitable. Le d&#233;boisement des collines par les Mayas, &#224; des fins agricoles, s'est &#233;galement r&#233;v&#233;l&#233; catastro&#173;phique. Enfin, le cas le plus spectaculaire est probablement celui de l'&#238;le de P&#226;ques. La civilisation pascuane s'est en effet brutalement effondr&#233;e. La pression d&#233;mographique (au moins dix mille habitants pour un espace de 165 kilom&#232;tres carr&#233;s) semble avoir eu raison de l'&#233;cosyst&#232;me et des ressour&#173;ces naturelles de l'&#238;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune de ces catastrophes n'est &#224; proprement parler l'effet d'une d&#233;rive anthropocentrique. Elles r&#233;sultent bien plut&#244;t de la pression vitale d'&#233;v&#233;nements divers et de l'igno&#173;rance des cons&#233;quences lointaines des actions entreprises pour faire front. L'accusation contre l'anthropocentrisme en g&#233;n&#233;&#173;ral n'est donc pas tenable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme le montre ici Jean-Claude Galey avec l'hindouisme [L'homme en nature. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En revanche, rien ne nous inter&#173; dit de rejeter les versions surann&#233;es ou dangereuses de l'anthropocentrisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Le monde, &#233;crit L&#233;vi-Strauss, a commenc&#233; sans l'homme et il s'ach&#232;vera sans lui&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tristes Tropiques, Pion, Paris, 1955, p. 447.&#034; id=&#034;nh13-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On ne saurait m&#234;me pas pr&#233;tendre que la forme humaine de la vie ait &#233;t&#233; l'aboutissement n&#233;cessaire d'une &#233;volution terrestre vers une complexit&#233; croissante&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. J. Monod, Le Hasard et la n&#233;cessit&#233;, op. cit., p. 61-63.&#034; id=&#034;nh13-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . L'&#171; &lt;i&gt;apparition de l'esp&#232;ce humaine &lt;/i&gt; &#187; semble au contraire avoir repos&#233; sur une &#171; &lt;i&gt;fantastique improbabi&#173;lit&#233;&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Stephen Jay Gould, La vie est belle. Les surprises de l'&#233;volution, Seuil, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En d'autres termes, la n&#233;cessit&#233; de la vie humaine n'est inscrite nulle part dans le cosmos. La terre elle-m&#234;me ne peut &#234;tre con&#231;ue comme le r&#233;ceptacle destin&#233; &#224; nous accueillir. Il n'y a aucune harmonie pr&#233;&#233;tablie entre l'homme et la biosph&#232;re. Ce qui ne suffit pas &#224; nous rendre &#233;trangers au monde, en ce sens que la contingence qui a pr&#233;sid&#233; &#224; notre apparition vaut pour les autres vivants. En revanche, asso&#173;ci&#233;e &#224; la contingence de notre existence, notre capacit&#233; sin&#173;guli&#232;re &#224; agir sur la nature nous isole bel et bien&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;N'en d&#233;plaise &#224; J. Monod, la solitude et l'&#233;tranget&#233; de l'homme ne sont pas (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Nous ne pouvons nous en remettre qu'&#224; nous-m&#234;mes pour le choix des normes et des valeurs que nous souhaitons donner &#224; nos actions. Toutefois, notre contingence m&#234;me ne peut que nous inciter &#224; la plus grande prudence dans nos agissements vis&#173; &#224;-vis de la nature. Elle nous rappelle en effet &#224; la fragilit&#233; de notre existence et &#224; l'obligation o&#249; nous sommes, si nous voulons survivre, de tenir compte des contraintes objectives de la nature, et tout sp&#233;cialement des grands &#233;quilibres de la biosph&#232;re. C'est ici que l'hypoth&#232;se Ga&#239;a m&#233;rite d'&#234;tre prise en consid&#233;ration&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La position effective de l'humanit&#233; sur terre est incompatible avec le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve ainsi le fondement m&#234;me de l'humanisme moderne, &#224; savoir le principe selon lequel l'humanit&#233; est &#224; la fois la source des valeurs et la fin supr&#234;me. Le contexte dans lequel nous pouvons aujourd'hui assumer un tel prin&#173;cipe est cependant tr&#232;s diff&#233;rent de celui qui pr&#233;valait en 1789, lors de la r&#233;daction de la D&#233;claration fran&#231;aise des droits de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Droits de l'homme et anthropocentrisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ni l'affirmation de l'humanisme moderne, ni la D&#233;clara&#173;tion des droits de l'homme qui en a &#233;t&#233; l'une des expressions majeures ne sont dangereuses. Le sont en revanche certaines des cons&#233;quences qui en ont d&#233;coul&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En s'affirmant comme r&#233;f&#233;rence supr&#234;me, et plus encore comme source des normes et valeurs au lieu et place du cos&#173;mos, l'homme moderne a indirectement priv&#233; les &#234;tres natu&#173;rels de toute protection. L'ensemble des &#234;tres anim&#233;s et des choses s'est en effet vu raval&#233; au rang de simple mat&#233;riau destin&#233; &#224; l'appropriation humaine. Tout s'est un peu pass&#233; comme si, en se situant au centre de la nature, l'homme en avait livr&#233; toute la p&#233;riph&#233;rie au droit de propri&#233;t&#233; dans son acception la plus absolue : le &#171; pouvoir d'user et d'abuser &#187;. On peut en voir la confirmation dans l'&#233;volution du droit fran&#231;ais au XIXe si&#232;cle : le triomphe du droit subjectif et de la conception absolue et exclusive du droit de propri&#233;t&#233;. D&#232;s lors disparurent toutes les dispositions de l'ancien droit qui, en d&#233;multipliant et en superposant les droits de propri&#233;t&#233;, exer&#231;aient un r&#244;le protecteur &#224; l'&#233;gard de l'environnement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Gilles J. Martin, &#171; Environnement : nouveau droit ou non-droit ? &#187; dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il n'y a l&#224; qu'une cons&#233;quence accidentelle, et non essentielle de l'humanisme, attach&#233;e &#224; l'id&#233;e de la nature qui pr&#233;valait alors. Celle-ci apparaissait comme le cadre p&#233;renne et intangible de l'action humaine. L'infinit&#233; de l'univers venait par ailleurs renforcer l'id&#233;e ch&#232;re &#224; la pens&#233;e &#233;cono&#173;mique classique de la prodigalit&#233; illimit&#233;e de la nature. Il n'en va plus du tout ainsi aujourd'hui. L'univers de la science classique a c&#233;d&#233; la place &#224; un univers en &#233;volution, r&#233;gi par la loi de l'entropie, ne pouvant plus offrir &#224; l'action humaine qu'un cadre fini, fragile et, en ce qui nous concerne, p&#233;ris&#173; sable. Or, cette fragilit&#233; nous contraint &#224; &#233;tendre la protec&#173;tion de la loi au domaine des &#234;tres naturels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce &#224; quoi ne s'oppose nullement l'&#233;difice des droits de l'homme. Tout au contraire. Compte tenu du contexte qui est d&#233;sormais le n&#244;tre, les droits fondamentaux &#224; la libert&#233; et &#224; la s&#251;ret&#233;, con&#231;us dans leur universalit&#233;, enferment le droit de chacun de nous, et au-del&#224; celui des g&#233;n&#233;rations pr&#233;&#173; sentes et futures &#224; l'environnement : c'est-&#224;-dire le droit &#224; dis&#173; poser d'une terre pleinement habitable. La d&#233;gradation de l'habitabilit&#233; de la plan&#232;te porte en effet atteinte &#224; la libert&#233; et &#224; la s&#233;curit&#233; de tous les &#234;tres humains, pr&#233;sents et futurs, et donc aux libert&#233; et s&#233;curit&#233; de chacun d'entre nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me est, bien s&#251;r, de parvenir &#224; lester un tel droit d'une consistance juridique suffisante. Le premier pas serait l'inscription dans la constitution du devoir de l'&#201;tat de sauvegarder l'environnement, comme l'un des principes fon&#173;damentaux. Mais cela ne saurait suffire. Peut-&#234;tre convien&#173;drait-il d'&#233;riger l'humanit&#233; en personne morale, pour en faire le &#171; propri&#233;taire &#187; de l'ensemble des &#234;tres naturels, et ainsi le sujet de droits d'un genre nouveau : non pas des droits de la nature, mais des droits pour la nature, con&#231;ue comme con&#173;dition &#224; la possibilit&#233; de toute existence humaine ? Il y aurait l&#224; la possibilit&#233; de prot&#233;ger les &#234;tres naturels, et ce au nom et pour l'humanit&#233;. Il deviendrait alors possible de renfor&#173;cer et de syst&#233;matiser les sanctions civiles, administratives et p&#233;nales pour les dommages inflig&#233;s aux &#234;tres naturels, par exemple &#224; tel ou tel &#233;cosyst&#232;me. Par ailleurs, il para&#238;t essen&#173;tiel, en une telle mati&#232;re, de pouvoir conduire des actions pr&#233;&#173;ventives. L'institution de l'humanit&#233; comme personne morale serait &#233;galement une mani&#232;re de r&#233;introduire la stratification du droit de propri&#233;t&#233; propre au droit ancien&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je prends ici librement appui sur le rapport que j'ai cosign&#233; avec (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. J'ajoute qu'il n'y a l&#224; que l'aspect juridique des changements que nous serons amen&#233;s &#224; introduire dans nos comportements &#224; l'&#233;gard de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Modernit&#233; et nature&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le constat suivant lequel on ne saurait simplement oppo&#173;ser les soci&#233;t&#233;s occidentales anthropocentristes et les autres ne doit pas non plus nous conduire &#224; sous-estimer la nou&#173;veaut&#233; de nos relations &#224; la nature. L'essor des sciences et techniques modernes a entra&#238;n&#233; un recul de la nature sur tous les fronts. Il en r&#233;sulte toutefois une situation paradoxale par rapport &#224; ce qu'avait pu &#234;tre le programme des promoteurs du savoir moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle physique fut salu&#233;e par Descartes comme l'av&#232;nement d'une connaissance enfin &#171; utile &#224; la vie &#187;, et tout particuli&#232;rement &#224; la sant&#233;. Nous allions &#171; nous rendre comme ma&#238;tres et possesseurs de la nature. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. le Discours de la m&#233;thode, VIe partie.&#034; id=&#034;nh13-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le chance&#173;lier Bacon pressentit quant &#224; lui l'importance des sciences et des techniques pour le corps social en son entier. Organiser la Cit&#233; autour d'elles devait pallier tous nos maux et toutes nos insatisfactions. La connaissance des &#171; &lt;i&gt;Causes&lt;/i&gt; &#187; n'avait pas seulement pour vocation d'am&#233;liorer la sant&#233; de tous et de prolonger la vie de chacun, elle allait permettre l'ampli&#173;fication de toutes les facult&#233;s et de toutes les sources humai&#173;nes de plaisir. &#201;lever notre niveau c&#233;r&#233;bral, rendre les esprits joyeux aussi bien qu'inventer des esp&#232;ces et des plantes nou&#173;velles tomberait bient&#244;t dans l'ordre du possible&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sir Francis Bacon, La Nouvelle Atlantide, Payot, Paris, 1983.&#034; id=&#034;nh13-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En un sens, ces promesses ont &#233;t&#233; tenues. Nous avons bel et bien fait &#171; r&lt;i&gt;eculer les bornes de l'empire humain&lt;/i&gt; &#187;, comme le souhaitait Bacon, au point d'avoir suscit&#233; un retrait g&#233;n&#233;&#173;ralis&#233; de la nature. Celle-ci tend en effet &#224; s'estomper en nous, autour de nous aussi bien qu'entre nous. Si l'on entend par nature, bien s&#251;r, non pas l'ensemble des lois physiques, mais ce qui advient spontan&#233;ment &#224; l'existence, ce qui ne d&#233;pend pas de nous. L'humanit&#233; est devenue, selon l'expres&#173;sion du g&#233;ochimiste Vernadsky, une &#171; &lt;i&gt;force g&#233;ophysiologi&#173;que &lt;/i&gt; &#187;. Mieux encore, la biosph&#232;re a partiellement c&#233;d&#233; la place &#224; une technosph&#232;re. Les grands &#233;quilibres de l'&#233;co&#173;sph&#232;re, faute desquels les formes de vie que nous connais&#173;sons, &#224; commencer par la n&#244;tre, seraient condamn&#233;es, d&#233;pendent d&#233;sormais des agissements de six milliards d'&#234;tres humains. La nature a donc bien reflu&#233; autour de nous. Il n'en va pas diff&#233;remment en nous. La procr&#233;ation m&#233;dica&#173;lement assist&#233;e et, plus g&#233;n&#233;ralement, le g&#233;nie g&#233;n&#233;tique ont rendu partiellement accessibles, et partant manipulables, les m&#233;canismes qui r&#233;gissent la formation et la gestation des &#234;tres humains. Enfin, la nature n'est plus le fondement de l'ordre social. Les m&#233;tiers apparaissaient aux Anciens comme la con&#173;s&#233;quence directe de nos besoins, dont la nature leur parais&#173;sait avoir arr&#234;t&#233; le contenu et les limites. L'organisation sociale tournait autour du couple servitude/libert&#233;, c'est-&#224;&#173; dire autour de la r&#233;partition entre la pr&#233;paration et la jouis&#173;sance des biens prodigu&#233;s par la nature. Pour les modernes, je pense aussi bien aux lib&#233;raux qu'&#224; Marx, tout l'&#233;difice social &#233;tait ordonn&#233; autour des n&#233;cessit&#233;s et des b&#233;n&#233;fices de la production de biens divers, con&#231;us comme une confron&#173;tation directe avec la mati&#232;re. Il n'en va plus ainsi aujourd'hui. La production, qui ne r&#233;pond plus &#224; propre&#173; ment parler &#224; des besoins et tend &#224; s'intellectualiser, ne mobi&#173;lise plus les foules. En mati&#232;re d'emplois, elle s'efface devant le ch&#244;mage ou les services, &#233;galement sujets &#224; de substantiels gains de productivit&#233; pour certains d'entre eux. Le retrait de la nature vaut donc &#233;galement pour la formation du lien social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, les cons&#233;quences de ce triple retrait de la nature vont nous conduire &#224; un d&#233;passement de ce qu'avait &#233;t&#233;, &lt;i&gt;grosso modo&lt;/i&gt;, le programme baconien de la modernit&#233;. Avons-nous r&#233;ussi, en premier lieu, &#224; nous lib&#233;rer des servitudes impo&#173;s&#233;es par la nature ? Ce serait beaucoup dire. On peut m&#234;me affirmer que la promesse moderne d'&#233;mancipation a, en un sens, d&#233;bouch&#233; sur son contraire : non pas une plus grande autonomie vis-&#224;-vis de la nature, mais sa prise en charge croissante. Chaque extension de &#171; l'empire humain &#187; s'est traduite en n&#233;cessit&#233; d'assumer nous-m&#234;mes des r&#233;gulations autrefois naturelles, et donc automatiques. Il nous faut d&#233;sormais veiller &#224; toutes sortes de choses dont nos a&#239;eux n'avaient pas m&#234;me l'id&#233;e. Il nous faut tenir la comptabilit&#233; des gaz rejet&#233;s dans l'atmosph&#232;re, prot&#233;ger la puret&#233; des nappes phr&#233;atiques, sauvegarder les esp&#232;ces qui vivent sous les tropiques, ne pas laisser le g&#233;nome des enfants devenir le jouet des parents, etc. C'est en quelque sorte le co&#251;t de tous les bienfaits par ailleurs prodigu&#233;s par la ma&#238;trise de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut encore parler d'un d&#233;passement du programme baconien avec l'obsolescence de plus en plus manifeste de ce qui semble avoir &#233;t&#233; le ressort de la modernit&#233; scientifique et industrielle : le d&#233;sir de voir reculer en toutes choses les limites du pouvoir humain. L'approfondissement de nos con&#173;naissances quant &#224; la biosph&#232;re ne nous conduit pas tant &#224; accro&#238;tre notre pouvoir sur elle qu'&#224; prendre conscience des limites m&#234;mes de ce pouvoir. L'artificialisation de la bio&#173;sph&#232;re, ou l'&#233;tablissement d'une technosph&#232;re, ne saurait &#234;tre ind&#233;finiment &#233;tendue sans que les conditions m&#234;mes de notre survie ne soient mises en danger. Il n'en va gu&#232;re autrement en mati&#232;re &#233;conomique et industrielle. Le credo des fonda&#173;teurs de la science &#233;conomique selon lesquels les biens et richesses naturels sont surabondants est aujourd'hui caduc&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir, par exemple, le floril&#232;ge de citations recueillies par J.-P. Mar&#233;chal, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il y a des limites &#224; l'exploitation des ressources naturelles et &#224; la croissance entendue comme un proc&#232;s quantitatif et uniforme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me aspect du retrait de la nature, celui relatif au r&#244;le de la nature entre nous, n'est pas moins significatif. L&#224; encore, l'enjeu est le d&#233;passement de l'un des traits de la modernit&#233;. Celle-ci s'est en effet caract&#233;ris&#233;e par une mobi&#173;lisation sans pr&#233;c&#233;dent de toutes les forces vives au profit de la production. Et ce n'est pas tant la profusion de biens qui en a r&#233;sult&#233; qui est hautement caract&#233;ristique, que la place et la fonction de l'acte de produire dans la soci&#233;t&#233;. Ainsi que Polanyi l'a montr&#233; dans La Grande Transformation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Karl Polanyi, la Grande Transformation. Aux origines politiques et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, seu&#173;les les soci&#233;t&#233;s modernes ont exp&#233;riment&#233; l'&#233;mancipation du march&#233; de toutes les formes de contr&#244;le social. Le march&#233; s'est &#233;tendu &#224; toutes choses, y compris le travail, la terre et la monnaie ; et la production, n&#233;cessaire &#224; l'alimentation du march&#233;, a fini par devenir le moteur et la fin de toute acti&#173;vit&#233; sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne s'est d'ailleurs pas fait sans mal. La mentalit&#233; tra&#173;ditionnelle s'opposait en tous points au devenir autonome de la production. Lorsque le montant des r&#233;mun&#233;rations s'&#233;le&#173;vait, les ouvriers pr&#233;f&#233;raient par exemple la r&#233;duction de leur temps de travail &#224; l'&#233;l&#233;vation de leurs revenus&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Max Weber, l '&#201;thique protestante et l'esprit du capitalisme, Plon, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En cons&#233;&#173;quence, les entrepreneurs eurent tr&#232;s longtemps recours &#224; l'abaissement des salaires pour augmenter la production. Autre exemple, les Am&#233;rindiens virent dans la hache m&#233;tal&#173;lique apport&#233;e par les Europ&#233;ens le moyen d'abattre une quantit&#233; de travail &#233;gale &#224; celle r&#233;alis&#233;e avec leur hache de pierre, mais en dix fois moins de temps. On imagine sans peine que les colons ne l'entendaient pas de la sorte, et qu'ils impos&#232;rent leur conception du travail et de la production avec une violence plus grande encore que celle des pionniers du capitalisme sur le vieux continent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir P. Clastres, la Soci&#233;t&#233; contre l'&#201;tat, Minuit, Paris, 1974, p. 167.&#034; id=&#034;nh13-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, la mise au pas de toutes les forces de travail a on ne peut mieux r&#233;ussi. Mais l&#224; encore, le r&#233;sul&#173;tat s'est av&#233;r&#233; paradoxal. La soci&#233;t&#233; a si bien appris &#224; pro&#173;duire qu'elle a fini par le faire avec le moins de monde possible. &#192; la mobilisation g&#233;n&#233;rale autour de la production, succ&#232;de aujourd'hui une d&#233;mobilisation partielle et crois&#173;sante. Les chiffres sont &#224; cet &#233;gard &#233;loquents&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les pays de l'OCDE comptent 33 millions de ch&#244;meurs. En France, ce sont 5 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Nous som&#173;mes bel et bien confront&#233;s &#224; une tendance de fond dont rien n'annonce un infl&#233;chissement prochain. Et ce n'est pas la moins spectaculaire des cons&#233;quences du retrait de la nature. Elle nous contraindra &#224; une r&#233;organisation profonde de nos soci&#233;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Curieusement, nous sommes en passe de retrouver, &lt;i&gt;mutatis mutandis&lt;/i&gt;, quelques-uns des traits des soci&#233;t&#233;s pr&#233;modernes, et plus encore primitives. Nous avons recouvr&#233; le sentiment d'une certaine solidarit&#233; entre nos soci&#233;t&#233;s et la biosph&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, nous ne craignons plus que le ciel nous tombe sur la t&#234;te, ni ne confions notre sort &#224; l'obscurit&#233; des temples. Mais nous sommes d&#233;sormais avertis des retomb&#233;es de nos agis&#173;sements quotidiens et profanes sur la nature. Nous nous appr&#234;tons &#224; renouer avec un autre aspect des soci&#233;t&#233;s primi&#173;tives : &#224; savoir la marginalit&#233; relative de la socialisation par le travail, au sens de l'effort n&#233;cessaire &#224; la satisfaction de nos besoins fondamentaux. Et ce dans un tout autre con&#173;texte, caract&#233;ris&#233; par la faiblesse de tous les autres modes de socialisation et par un individualisme structurel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. D. Bourg, &#171; Technique contemporaine et lien social &#187;, Revue euro&#173;p&#233;enne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Toutefois, ces r&#233;surgences apparentes de l'archa&#239;que au sein du moderne ne doivent pas nous &#233;loigner de la nouveaut&#233; m&#234;me des difficult&#233;s auxquelles nous sommes confront&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Peut-&#234;tre est-il possible de d&#233;celer ici l'origine de certains des errements (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb13-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Comme le montre ici Jean-Claude Galey avec l'hindouisme [&lt;i&gt;L'homme en nature. Hindouisme et pens&#233;e sauvage&lt;/i&gt;], une culture o&#249; l'opposition entre nature et soci&#233;t&#233; est absente ne constitue pas pour autant une garantie d'amour sans bornes pour l'environnement. Tel est &#233;galement le cas du Japon. Leur vif amour de la nature, nous dit Philippe Pons [&lt;i&gt;Japon : un attachement s&#233;lectif &#224; la nature&lt;/i&gt;], n'a pas emp&#234;ch&#233; les Japonais de lui infliger de graves d&#233;pr&#233;dations.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Tristes Tropiques&lt;/i&gt;, Pion, Paris, 1955, p. 447.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. J. Monod, &lt;i&gt;Le Hasard et la n&#233;cessit&#233;, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 61-63.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Stephen Jay Gould, &lt;i&gt;La vie est belle. Les surprises de l'&#233;volution&lt;/i&gt;, Seuil, Paris, 1991, p. 19.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;N'en d&#233;plaise &#224; J. Monod, la solitude et l'&#233;tranget&#233; de l'homme ne sont pas n&#233;cessairement priv&#233;es de toute signification religieuse. L'ab&#238;me qui s&#233;pare le Cr&#233;a&#173;teur de ses cr&#233;atures, la proximit&#233; de l'homme &#224; son Cr&#233;ateur peuvent conf&#233;rer un sens &#224; la situation singuli&#232;re de l'homme dans l'univers.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La position effective de l'humanit&#233; sur terre est incompatible avec le prin&#173;cipe d'une &#233;galit&#233; entre toutes les esp&#232;ces soutenu par la &#171; deep ecology &#187;. Comme le fait judicieusement remarquer J. Ki-Zerbo : &#171; &lt;i&gt;Si le statut de l'homme est iden&#173;tique &#224; celui des autres vivants, pourquoi alors faire peser toute la responsabilit&#233; des d&#233;sastres actuels sur le seul genre humain ?&lt;/i&gt; &#187;, &lt;i&gt;Compagnons du soleil, op. cit&lt;/i&gt;., p. 30.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. Gilles J. Martin, &#171; Environnement : nouveau droit ou non-droit ? &#187; dans D. Bourg (sous la dir.), &lt;i&gt;La Nature en politique&lt;/i&gt;, co&#233;dition L'Harrnat&#173;tan/ Association Descartes, Paris, 1993.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Je prends ici librement appui sur le rapport que j'ai cosign&#233; avec Alexan&#173;dre Kiss &#224; l'issue du &lt;i&gt;Forum de la Plan&#232;te&lt;/i&gt; franco-allemand organis&#233; par les minis&#173;t&#232;res de l'Environnement des deux pays les 27 et 28 janvier 1993. Plus g&#233;n&#233;ralement, concernant l'aspect juridique des choses je renvoie le lecteur aux r&#233;f&#233;rences suivan&#173;tes : Ch. Huglo, &#171; La v&#233;ritable nature du droit de l'environnement &#187;, article &#224; para&#238;tre dans la revue &lt;i&gt;Esprit&lt;/i&gt;, et A. Kress (sous la dir.), &lt;i&gt;L '&#201;cologie et la loi. Le sta&#173;tut juridique de l'environnement&lt;/i&gt;, L'Harmattan, Paris, 1989. Pour les difficult&#233;s de la saisie juridique de l'environnement, voir M. Remond-Gouilloud, &#171; A la recherche du futur. La prise en compte du long terme par le droit de l'environne&#173;ment &#187;, R.J.E., 1-1992, p. 5-17. Pour un &#233;tat international du droit de l'environ&#173;nement, voir M. D&#233;jeant-Pons, &#171; L'insertion du droit de l'homme &#224; l'environnement dans les syst&#232;mes r&#233;gionaux de protection des droits de l'homme &#187;, RUDH, 1991, vol. 3, n&#176; 11, p. 461-470 ; la tendance est celle d'une affirmation d'un droit de l'homme &#224; l'environnement. Pour un &#233;tat plus synth&#233;tique de la question et une d&#233;fense d'un droit de la personne humaine &#224; l'environnement, voir Ch. Huglo et C. Lepaoe Jessua, &#171; Les droits de l'homme &#224; l'environnement doivent &#234;tre proclam&#233;s d'urgence &#187;, &lt;i&gt;Pour les droits de l'homme : histoire(s), image(s) et parole(s)&lt;/i&gt;, Artis, 1989, p. 336-340.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. le &lt;i&gt;Discours de la m&#233;thode&lt;/i&gt;, VIe partie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sir Francis Bacon, &lt;i&gt;La Nouvelle Atlantide&lt;/i&gt;, Payot, Paris, 1983.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir, par exemple, le floril&#232;ge de citations recueillies par J.-P. Mar&#233;chal, &lt;i&gt;le Prix du risque&lt;/i&gt;, Presses du CNRS, Paris, 1992, p. 220 et suivantes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Karl Polanyi, &lt;i&gt;la Grande Transformation. Aux origines politiques et &#233;co&#173;nomiques de notre temps&lt;/i&gt;, Gallimard, Paris, 1983.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. Max Weber, &lt;i&gt;l '&#201;thique protestante et l'esprit du capitalisme&lt;/i&gt;, Plon, Paris, 1964, p. 60-61.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir P. Clastres, &lt;i&gt;la Soci&#233;t&#233; contre l'&#201;tat&lt;/i&gt;, Minuit, Paris, 1974, p. 167.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Les pays de l'OCDE comptent 33 millions de ch&#244;meurs. En France, ce sont 5 millions de personnes qui fr&#233;quentent chaque ann&#233;e les services de l'ANPE, sur un total de 14 millions de salari&#233;s hors fonction publique (ma source est ici un expos&#233; de Bernard Perret, &#233;conomiste et administrateur de l'INSEE ; de mani&#232;re plus g&#233;n&#233;rale, voir B. Perret et G. Roustang, &lt;i&gt;l '&#201;conomie contre la soci&#233;t&#233;. Affronter la crise de l'int&#233;gration sociale et culturelle&lt;/i&gt;, Seuil, Paris, 1993). Depuis 1990, non seulement la croissance n'est plus cr&#233;atrice d'emplois, mais encore s'accompagne-t-elle d'une r&#233;duction r&#233;guli&#232;re de leur nombre (cf. Paul Robert, &#171; &#201;conomie et entreprises solidaires &#187;, &lt;i&gt;Transversales&lt;/i&gt;, janvier-f&#233;vrier 1993, n&#176; 19, p. 17). Que le ch&#244;mage pr&#233;sente dans chacun des pays industrialis&#233;s un profil dif&#173;f&#233;rent, &#224; commencer par le plein emploi japonais reposant sur 15 millions de pos&#173;tes non productifs, ne change rien &#224; l'affaire (cf. &#171; Le pays o&#249; travaillent quinze millions de ch&#244;meurs &#187;, enqu&#234;te publi&#233;e dans &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; dat&#233; du 21 d&#233;cembre 1992). Enfin, ce n'est pas la seule production des biens qui est affect&#233;e. Les services le sont &#233;galement et le seront plus encore : de nombreuses t&#226;ches sont susceptibles d'&#234;tre automatis&#233;es, &#224; commencer par celles de type intellectuel occupant pour l'heure de nombreux cadres.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. D. Bourg, &#171; Technique contemporaine et lien social &#187;, Revue euro&#173;p&#233;enne des sciences sociales, tome XXIX, 1991, n&#176; 91, p. 81-95.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Peut-&#234;tre est-il possible de d&#233;celer ici l'origine de certains des errements con&#173;temporains. Je pense ici &#224; la &lt;i&gt;deep ecology&lt;/i&gt;, et plus pr&#233;cis&#233;ment encore au livre d'Edward Goldsmith, &lt;i&gt;The Way. An Ecological World View&lt;/i&gt;, Rider, Londres, 1992, qui ne propose rien de moins que la destruction de la science et de l'indus&#173;trie pour que nous puissions enfin retrouver la sagesse des soci&#233;t&#233;s primitives&#8230; Con&#173;cernant la &lt;i&gt;deep ecology&lt;/i&gt;, cf. Dominique Bourg, &#171; Droits de l'homme et &#233;cologie &#187;, &lt;i&gt;La Nature en politique, op. cit&lt;/i&gt;., et &#171; Les d&#233;rives de l'&#233;cologie profonde &#187;, &lt;i&gt;G&#233;o&#173;politique&lt;/i&gt;, n&#176; 40, hiver 1992-1993.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>&#201;cologie et anthropocentrisme (1/2)</title>
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		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>Post-modernisme</dc:subject>
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		<dc:subject>Type anthropologique</dc:subject>
		<dc:subject>Bourg D.</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Postface du recueil Les sentiments de la nature, Dominique Bourg (dir.), &#201;d. La D&#233;couverte, 1993 (titre initial : &#171; Modernit&#233; et nature &#187;). Sur un sujet aussi passionnel que les relations de l'homme &#224; la nature, les pr&#233;jug&#233;s en tous genres abondent. La qualit&#233; du d&#233;bat &#233;cologique ne s'en trouve pas am&#233;lior&#233;e. Parmi nos contemporains, beaucoup croient pouvoir r&#233;partir les soci&#233;t&#233;s en deux camps : d'un c&#244;t&#233;, les soci&#233;t&#233;s occidentales, intrins&#232;quement nocives &#224; l'environnement, et de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-81-philosophie-+" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-87-post-modernisme-+" rel="tag"&gt;Post-modernisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-88-primitivisme-+" rel="tag"&gt;Primitivisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-89-ecologie-+" rel="tag"&gt;&#201;cologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-110-anthropologie-+" rel="tag"&gt;Anthropologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-113-ecologisme-+" rel="tag"&gt;&#201;cologisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-216-type-anthropologique-+" rel="tag"&gt;Type anthropologique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-255-Bourg-D-+" rel="tag"&gt;Bourg D.&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Postface du recueil &lt;i&gt;Les sentiments de la nature&lt;/i&gt;, Dominique Bourg (dir.), &#201;d. La D&#233;couverte, 1993 (titre initial : &#171; Modernit&#233; et nature &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Sur un sujet aussi passionnel que les relations de l'homme &#224; la nature, les pr&#233;jug&#233;s en tous genres abondent. La qualit&#233; du d&#233;bat &#233;cologique ne s'en trouve pas am&#233;lior&#233;e. Parmi nos contemporains, beaucoup croient pouvoir r&#233;partir les soci&#233;t&#233;s en deux camps : d'un c&#244;t&#233;, les soci&#233;t&#233;s occidentales, intrins&#232;quement nocives &#224; l'environnement, et de l'autre, des soci&#233;t&#233;s vivant, et surtout ayant v&#233;cu ; en symbiose avec la nature. Les premi&#232;res auraient plac&#233; l'homme au centre de l'univers, alors que les secondes ne lui auraient octroy&#233; qu'une place bien plus modeste. Cette r&#233;partition entre des cultures anthropocentristes et d'autres qui ne le seraient pas ne r&#233;siste gu&#232;re &#224; l'examen. Cela ne doit cependant pas nous interdire de chercher &#224; comprendre la modernit&#233; et la sp&#233;ci&#173;ficit&#233; de nos relations &#224; la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'anthropocentrisme pratique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que l'anthropocentrisme ? Appelle-t-il n&#233;cessai&#173;rement le m&#233;pris et la d&#233;gradation de la nature ? La r&#233;ponse &#224; ces questions permettra d'&#233;clairer quelque peu les relations que nous avons entretenues et pouvons entretenir avec la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est possible de distinguer deux formes d'anthropocen&#173;trisme : un anthropocentrisme sp&#233;culatif et un anthropocen&#173;trisme pratique. Le premier a trait aux discours tenus dans les diff&#233;rentes cultures quant &#224; la place occup&#233;e par l'homme au sein de la nature. Le second concerne la position des hom&#173;mes par rapport &#224; leurs actions, mais aussi par rapport &#224; leurs discours pour autant que, selon la formule d'Austin, &#171; dire c'est faire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par l'anthropocentrisme pratique et par ses implications en mati&#232;re de discours. L'un des acquis majeurs de la philosophie du langage ordinaire a &#233;t&#233; de montrer dans quelle mesure l'acte m&#234;me de parole contribuait &#224; d&#233;termi&#173;ner le sens de nos &#233;nonc&#233;s. Or, cela n'est pas sans cons&#233;quen&#173;ces pour la question qui nous occupe, celle de notre place dans la nature. Il y a en effet au moins une position centrale dont nous ne saurions &#234;tre expuls&#233;s, celle que nous occupons par rapport &#224; nos propres discours. Consid&#233;rons l'expression du temps. Rien ne m'interdit d'embrasser une dur&#233;e qui d&#233;passe celle de mon existence, et au-del&#224; celle de toute vie humaine. Mais, quoi que je fasse, je ne pourrai me d&#233;par&#173;tir de la position qui est la mienne au moment o&#249; je parle. Elle constitue le point de r&#233;f&#233;rence oblig&#233; de la construction linguistique et mentale du temps &#224; laquelle je me livre. Quel&#173; que incommensurable que soit la dur&#233;e que j'embrasse men&#173;talement, sp&#233;culativement, mon &#233;nonciation n'en reste pas moins un point d'appui pratique indispensable. De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, chaque locuteur occupe, sur un plan pratique, celui du dire comme faire, une position centrale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, cette position peut &#234;tre d&#233;terminante quant &#224; la vali&#173;dit&#233; de certaines de nos affirmations. La v&#233;rit&#233; est tradition&#173;nellement con&#231;ue comme relative &#224; la coh&#233;rence interne de nos discours et &#224; leur ad&#233;quation au monde. Il est encore une troisi&#232;me condition de v&#233;rit&#233;. Les logiciens distinguent en effet deux formes de contradiction : la contradiction logique et la contradiction performative. La premi&#232;re porte sur la relation entre deux contenus propositionnels. Je ne peux, par exemple, affirmer d'un m&#234;me sujet qu'il est &#224; la fois, et sous le m&#234;me rapport, en repos et en mouvement. Il y aurait l&#224; deux pr&#233;dicats contradictoires. N'est alors pris en compte que le contenu des propositions et non la performance qui les a rendues possibles. Il en va tout autrement avec la contradic&#173;tion dite performative. Est alors envisag&#233;e la relation entre une proposition, son contenu, et l'acte qui l'a rendue pos&#173;sible : son &#233;nonciation par tel ou tel individu. Et c'est bien s&#251;r le contenu exprim&#233; qui appelle ou non cette mise en rela&#173;tion. Il est par exemple impossible d'affirmer des proposi&#173;tions comme &#171; je suis mort &#187; ou &#171; je ne suis pas sinc&#232;re &#187;. Il y a alors contradiction entre ce qui est dit et le fait de le dire. Le fameux paradoxe d'&#201;pim&#233;nide le Cr&#233;tois ressortit &#224; la m&#234;me analyse. Affirmer que &#171; tous les Cr&#233;tois sont men&#173;teurs &#187;ne pose aucun probl&#232;me logique. Mais l'entendre de la bouche d'un Cr&#233;tois vous plonge dans un ab&#238;me de per&#173;plexit&#233;. Il devient alors impossible de d&#233;cider de la v&#233;rit&#233; ou de la fausset&#233; de cette affirmation, l'une impliquant l'autre et r&#233;ciproquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains de nos contemporains ne nous rendent pas moins perplexes en affirmant que la nature est la source des valeurs et non l'humanit&#233; comme le pr&#233;tend l'humanisme moderne. Cela &#233;quivaut &#224; d&#233;clarer qu'aucun homme ne saurait nous indiquer quelles sont les valeurs &#224; observer, et que seule la nature est en mesure de le faire. &#201;nonc&#233;e par un dieu ou quelque extraterrestre, cette proposition serait tout &#224; fait recevable, mais non par un de nos cong&#233;n&#232;res en humanit&#233;. L&#224; &#233;galement, ce qui est dit entre en contradiction avec le fait de le dire. Ajoutons que si les faits existent ind&#233;pendam&#173;ment de leur reconnaissance, il en va autrement avec les valeurs, c'est-&#224;-dire l'orientation que nous donnons ou sou&#173;haiterions donner &#224; nos actions. Les valeurs n'existent que pour autant que nous les reconnaissons ; elles n'existent que par l'acte m&#234;me de leur reconnaissance. En imputer l'origine &#224; la nature, c'est pr&#233;tendre reconna&#238;tre un &#233;tat de choses ind&#233;pendant de l'humanit&#233;, lors m&#234;me qu'on l'institue en l'&#233;non&#231;ant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur cette question, voir aussi Luc Ferry, Le Nouvel Ordre &#233;cologique, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, il existe un anthropocentrisme pratique, celui qui d&#233;coule de la position centrale que nous occupons par rapport &#224; ce que nous pouvons faire et dire. Et il n'y a pas l&#224; qu'un constat abstrait, d&#233;nu&#233; de toute effectivit&#233;. Ce que nous allons v&#233;rifier en examinant les probl&#232;mes que sou&#173; l&#232;verait l'institution d'un droit de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'humanit&#233; a d'ailleurs d&#233;velopp&#233; diverses strat&#233;gies de contournement pour &#233;luder les cons&#233;quences de sa propre centralit&#233;. Bri&#232;vement, ces strat&#233;gies sont de deux sortes. La premi&#232;re consiste &#224; diviniser le langage, la seconde &#224; le natu&#173;raliser. Dans le cadre du christianisme, le dogme de l'Incar&#173;nation permet de rendre compte &#224; la fois de la divinit&#233; de la Parole et de l'humanit&#233; de son &#233;nonciation. La seconde stra&#173;t&#233;gie consiste &#224; naturaliser le langage, &#224; poser une continuit&#233; de principe entre l'ordre cosmique et la pens&#233;e humaine. Cette continuit&#233; peut &#234;tre pens&#233;e en termes religieux ou scien&#173;tifiques. La pens&#233;e peut &#234;tre r&#233;put&#233;e d'essence divine et cos&#173;mique. Ainsi en allait-il pour les Grecs. Elle est encore susceptible d'une tout autre naturalisation. Pour La Mettrie comme pour certains tenants contemporains des neuroscien&#173;ces et des sciences cognitives, il y a une parfaite continuit&#233; entre les m&#233;canismes qui r&#233;gissent le monde physique et ceux qui sous-tendent l'exercice de la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d&#232;s que l'on passe du plan de la sp&#233;culation &#224; celui de l'action, la centralit&#233; pratique de l'humanit&#233; recouvre tous ses droits. J'en veux pour preuve l'impossibilit&#233; o&#249; nous som&#173;mes d'&#233;difier un syst&#232;me juridique qui ne soit pas anthropo&#173;centrique. Il y a &#224; cet &#233;gard deux possibilit&#233;s. Soit on envisage une extension limit&#233;e du statut de sujet de droits : par exem&#173;ple, &#224; certains animaux, voire &#224; quelques &#233;cosyst&#232;mes pour les prot&#233;ger des exactions humaines&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf., sur ce dernier point, la proposition d&#233;fendue par M.-A. Hermitie dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Soit on d&#233;cide d'&#233;ten&#173;dre ledit statut &#224; la totalit&#233; des &#234;tres naturels ; tel &#233;tait l'esprit de &#171; l'&#233;thique de la terre &#187; d' Aldo Leopold pour qui l'homme n'est qu'un &#171; citoyen &#187; parmi d'autres au sein de la&#171; communaut&#233; terrestre &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir A Sand County Almanac, Oxford University Press, New York, 1966, p. 218-220.&#034; id=&#034;nh14-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; le juriste am&#233;ricain Christo&#173;pher D. Stone d&#233;fend quant &#224; lui la possibilit&#233; de conf&#233;rer des droits &#224; tout ce qui peut &#234;tre tax&#233; d'&#171; objet naturel &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Should Trees have Standing ? Toward Legat Rights for Natural Objects, W. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'advient-il si l'on prend au s&#233;rieux ces propositions ? Il reviendra aux hommes, et aux hommes seuls, sous la pres&#173;sion de certains d'entre eux, de conf&#233;rer un tel statut au-del&#224; des limites de l'humanit&#233;. Ce qui constitue une premi&#232;re v&#233;ri&#173;fication de l'anthropocentrisme pratique. Dans le cas de la seconde proposition, celle d'une extension absolue, on se trouve confront&#233; &#224; un pur et simple anthropomorphisme. Nous serons oblig&#233;s de faire comme si les animaux, les plan&#173;tes, les rivi&#232;res nous avaient demand&#233; de b&#233;n&#233;ficier de tels droits. Il faudra faire comme si une rivi&#232;re pr&#233;f&#233;rait s'adon&#173;ner &#224; la joie des m&#233;andres au lieu de se voir endigu&#233;e entre des parois de b&#233;ton&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je reprends ici l'exemple donn&#233; par Dr. W. Vischer dans son article &#171; Zum (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En cas de crime contre l'&#233;cosph&#232;re, qui punira-t-on ? Probablement quelques repr&#233;sentants de la gent humaine. Ce qui est encore une mani&#232;re de reconna&#238;tre la facticit&#233; de l'extension du statut de sujet de droits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut encore aller plus loin. Prendre au s&#233;rieux la pro&#173;position d' Aldo Leopold devrait avoir pour cons&#233;quence une extension de l'&#233;tat de droit aux relations entre les &#234;tres natu&#173;rels. Il faudrait traiter les conflits survenant entre animaux ou esp&#232;ces animales. On aurait alors affaire &#224; un anthropo&#173;centrisme redoubl&#233;. Une action en justice suppose en effet que des personnes (probablement humaines&#8230; ) soumettent une contestation sur un droit pour la faire trancher par un juge (humain&#8230; ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on retient l'id&#233;e d'un procureur charg&#233; de d&#233;fendre la cause des &#234;tres naturels consid&#233;r&#233;s comme des personnes morales, on sera alors confront&#233; &#224; diverses difficult&#233;s. En cas de conflit entre certains repr&#233;sentants de l'esp&#232;ce humaine, voire l'esp&#232;ce elle-m&#234;me, et tel &#233;cosyst&#232;me, il incombera aux hommes seuls de d&#233;terminer l'int&#233;r&#234;t de cet &#233;cosyst&#232;me (rela&#173;tif &#224; un droit), de donner un mandat au procureur et d'en d&#233;finir la mission. Il y aura confusion entre le mandant (l'&#233;cosyst&#232;me) et le mandataire ; ce dernier ne pourra en outre rendre compte qu'&#224; lui-m&#234;me. Je reprends ici l'argumentation de ma&#238;tre Christian Huglo&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Ch. Huglo, &#171; La v&#233;ritable nature du droit de l'environnement &#187;, arti&#173;cle (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'esp&#232;ce humaine ne peut &#234;tre effectivement consid&#233;r&#233;e comme une esp&#232;ce parmi d'autres. Tous les efforts que l'on peut d&#233;ployer en cette direction reconduisent l'humanit&#233; &#224; la position &#233;minente dont on veut, ce faisant, l'exclure. L'id&#233;e d'un droit de la nature consid&#233;r&#233;e comme ayant une valeur intrins&#232;que est insoutenable : cette valeur n'existe que pour l'humanit&#233; et que pour autant qu'elle la conc&#232;de elle&#173; m&#234;me &#224; la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'anthropocentrisme sp&#233;culatif&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a, en revanche, des formes surann&#233;es et dangereuses d'anthropocentrisme sp&#233;culatif. Mais avant d'en arriver l&#224;, il convient de prendre acte de la pluralit&#233; et de la complexit&#233; des discours tenus quant &#224; la place des &#234;tres humains dans la nature. Il est en effet difficile de trouver une culture o&#249; l'humanit&#233; n'occupe pas, d'une mani&#232;re ou d'une autre, une certaine centralit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas du christianisme est &#224; cet &#233;gard int&#233;ressant. Il n'est pas possible, sans r&#233;duction, de qualifier uniment le chris&#173;tianisme de religion anthropocentrique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme le fait par exemple Lynn White dans son article &#171; The Historical Roots (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En premier lieu, l'anthropocentrisme chr&#233;tien n'est que la cons&#233;quence d'un th&#233;ocentrisme primordial. La centralit&#233; relative de l'homme au sein de la Cr&#233;ation est la cons&#233;quence de l'ext&#233;riorit&#233; de Dieu au monde, qui d&#233;coule du concept de &lt;i&gt;creatio ex nihilo&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir, bien s&#251;r, ici m&#234;me, l'article de Stanislas Breton [Christianisme et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. A l'image de son Cr&#233;ateur, l'homme ne peut disposer que d'un statut particulier parmi les autres cr&#233;atures. Et pour&#173; tant, la centralit&#233; de l'homme n'implique nullement que le cours du monde soit ordonn&#233; &#224; la cr&#233;ature humaine, ni m&#234;me aux relations entre Dieu et l'homme. Tel est le sens de la remarque divine adress&#233;e &#224; Job : &#171; O&#249; est-ce que tu &#233;tais quand je fondai la terre ? &#187; Tel est encore le sens de cette affirmation du Christ des &#201;vangiles : &#171; Il pleut sur les jus&#173; tes comme sur les injustes. &#187; Enfin, le g&#233;ocentrisme l&#233;gu&#233; par Ptol&#233;m&#233;e &#224; la chr&#233;tient&#233; m&#233;di&#233;vale n'a pas grand-chose &#224; voir avec l'arrogance humaniste d&#233;cri&#233;e par certains. Le centre en question fait plut&#244;t figure d'&lt;i&gt;anus mundi&lt;/i&gt;. Le corps de pen&#173;s&#233;e attach&#233; &#224; une civilisation dont on a pu dire qu'elle &#233;tait &#233;minemment anthropocentrique cache une r&#233;alit&#233; plus complexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rons l'une des plus grandes civilisations, celle de la Chine. La situation est, comme le montre ici m&#234;me Pierre Gentelle [&lt;i&gt;Chine : comment vivre son milieu ?&lt;/i&gt;], rigoureusement inverse. Alors que la culture chi&#173;noise ne passe pas pour particuli&#232;rement anthropocentriste, elle n'en comporte pas moins un moment anthropocentrique. Par nature ou naturel, la pens&#233;e chinoise entend ce qui vient spontan&#233;ment &#224; l'existence. Elle se distingue de la pens&#233;e grecque en concevant la venue &#224; l'existence comme une alter&#173;nance au sein de couples unis d'oppos&#233;s (jour/nuit, chaud/froid, etc.) et comme un mouvement : la nature est &#224; la fois condensation (yin) et dilution-expansion (yang). L'homme lui-m&#234;me s'inscrit &#224; l'int&#233;rieur de ce processus en quoi consiste la nature. Mieux encore, l'homme doit appren&#173;dre &#224; se conformer aux relations et r&#232;gles inh&#233;rentes &#224; la nature. La soci&#233;t&#233; bonne est celle qui observe les r&#232;gles cosmiques. Or, cette conception de la nature comme un ordre cosmique qui embrasse et d&#233;passe l'humanit&#233; n'exclut pas une autre conception de la nature, en un sens plus restreint. La nature, ainsi que nous l'apprend encore P. Gentelle, est aussi l'environnement : c'est-&#224;-dire tous les &#233;l&#233;ments divers &#8211; tels l'arbre, le taillis, l'oiseau, les saisons, etc. &#8211; qui envi&#173;ronnent les hommes. En ce sens, elle appara&#238;t clairement au service de l'homme, de son bien-&#234;tre et de son enrichis&#173;sement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'animisme africain offre peut-&#234;tre une configuration voi&#173;sine. De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, l'homme y appara&#238;t comme un &#234;tre naturel parmi d'autres, immerg&#233; dans une nature &#224; laquelle il ne s'oppose pas et dont il ne pr&#233;tend pas &#234;tre le ma&#238;tre. Le cas particulier des Dagara, &#233;tudi&#233; ici par Constantin Dabir&#233; [&lt;i&gt;Afrique : le &#171; mythe &#187; de la vie en symbiose&lt;/i&gt;], laisse entrevoir n&#233;anmoins la possibilit&#233;, dans un tel cadre, d'un moment anthropocentrique, f&#251;t-il condamn&#233;. Les Dagara affirment la consubstantialit&#233; entre le corps humain et la terre (l'argile) et vouent un culte &#224; la cro&#251;te terrestre. On ne laboure pas la terre sans en implorer au pr&#233;alable le pardon. Or, cette tradition fait &#233;galement &#233;tat d'une catastrophe originelle, contemporaine de l'apparition de l'homme au sein du cosmos. Les premiers hommes, qualifi&#233;s de &#171; der&#173;niers venus &#187;, s'oppos&#232;rent alors &#224; l'ordre cosmique pour&#173;tant paradisiaque. Les diff&#233;rentes esp&#232;ces vivaient en parfaite harmonie et il suffisait de tendre la main pour atteindre le ciel et tous les biens qu'il offrait. De cette r&#233;volte initiale r&#233;sulta un conflit g&#233;n&#233;ralis&#233; : celui opposant les diff&#233;rentes esp&#232;ces vivantes, aussi bien que l'homme et la nature. De cette catastrophe inaugurale, les Dagara tirent leur sagesse : les hommes, nous apprend C. Dabir&#233;, sont invit&#233;s &#224; renon&#173;cer &#224; leur originalit&#233; et &#224; leur volont&#233; de domination. On retrouve &#224; nouveau la situation d'une tradition non anthro&#173;pocentriste comportant, &#224; titre de moment fondamental, l'affirmation d'une centralit&#233; de l'homme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La culture islamique pr&#233;sente la configuration inverse. L'anthropocentrisme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hypoth&#232;se selon laquelle on pourrait opposer des cultures anthropocentristes &#224; d'autres, d&#233;pourvues de tout p&#233;ch&#233; d'anthropocentrisme, n'est gu&#232;re soutenable. Mieux vaut admettre, selon l'expression de Joseph Ki-Zerbo, que le &#171; regard d'une soci&#233;t&#233; sur la nature est toujours pluriel &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. la pr&#233;sentation &#224; Compagnons du Soleil. Anthologie de grands textes de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Quoi qu'il en soit, on peut risquer l'hypoth&#232;se d'une univer&#173;salit&#233; de l'affirmation, dominante ou marginale, de la cen&#173;tralit&#233; de l'esp&#232;ce. Peut-&#234;tre est-ce possible de voir l&#224; une des cons&#233;quences du caract&#232;re incontournable de l'anthropocen&#173;trisme pratique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'en est-il lorsqu'on se tourne vers l'expression philoso&#173;phique ou scientifique de la pens&#233;e ? Le constat semble iden&#173;tique. Consid&#233;rons en premier lieu les &#339;uvres de Spinoza et de Heidegger auxquelles se r&#233;f&#232;rent volontiers les ennemis d&#233;clar&#233;s de toute forme d'anthropocentrisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le syst&#232;me spinoziste n'est effectivement pas anthropo&#173;centr&#233;, il n'en demeure pas moins th&#233;ocentr&#233;. Ce qui n'inter&#173;dit nullement &#224; Spinoza la reconnaissance, sur un certain plan, du primat des choses humaines. Dans &lt;i&gt;L'&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, il ne se montre gu&#232;re sensible &#224; la souffrance animale. Mais il y a plus encore. Spinoza fut l'un des fondateurs du lib&#233;ralisme politique. Son &#339;uvre montre ainsi l'absurdit&#233; qu'il y a &#224; vou&#173;loir obstin&#233;ment pourfendre l'anthropocentrisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut voir dans l'ontologie heideggerienne une critique radicale de l'humanisme cart&#233;sien, c'est-&#224;-dire de la centralit&#233; ontologique de l'&lt;i&gt;ego cogito&lt;/i&gt;. L'&lt;i&gt;ego sum&lt;/i&gt; devient en effet, avec Descartes, l'&#233;tant par excellence, celui autour duquel s'organise, dans une certaine mesure, la totalit&#233; de l'&#233;tant. L'antihumanisme de Heidegger n'en reste pas moins solidaire d'une certaine forme d'anthropocentrisme. Le &lt;i&gt;Dasein&lt;/i&gt;, can&#173;didat &#224; la succession de l'&lt;i&gt;ego cogito&lt;/i&gt;, n'abdique pas r&#233;elle&#173;ment toute position centrale : s'il n'est plus au centre de l'&#233;tant en totalit&#233;, il n'en demeure pas moins au c&#339;ur du rap&#173;port de l'Etre avec lui-m&#234;me, de son autodestination. L'humanit&#233; appartient au rapport que l'Etre entretient avec lui-m&#234;me ; elle lui est pour cela indispensable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. notamment la Lettre sur l'humanisme, Aubier, Paris, 1964, p. 80-109. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est peut-&#234;tre du c&#244;t&#233; des sciences de la nature qu'il con&#173;vient de rechercher une pens&#233;e d&#233;livr&#233;e de tout anthropocen&#173;trisme. Telle &#233;tait par exemple l'ambition de Jacques Monod. La science lui paraissait rompre avec l' &#171; ancienne alliance &#187; entre l'homme et la nature, sur laquelle reposaient &#224; ses yeux toutes les autres formes de pens&#233;e, &#171; des aborig&#232;nes austra&#173;liens aux dialecticiens marxistes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Le Hasard et la n&#233;cessit&#233;. Essai sur la philosophie naturelle de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Peu importe pour Monod la place que les hommes pr&#233;tendaient occuper dans la nature, l'essentiel est qu'ils aient cru se voir assigner une place par la nature ; ce qu'il qualifie d'&#171; &lt;i&gt;illusion anthropocentriste&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 59-63.&#034; id=&#034;nh14-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ainsi compris, l'anthropocentrisme se r&#233;duit &#224; la croyance animiste selon laquelle la nature poss&#232;de elle-m&#234;me la capacit&#233; propre &#224; notre syst&#232;me nerveux de d&#233;terminer des fins&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 49.&#034; id=&#034;nh14-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Au lieu de quoi il conviendrait de se convaincre de la &#171; &lt;i&gt;totale solitude&lt;/i&gt; &#187;, de &#171; &lt;i&gt;l'&#233;tranget&#233; radi&#173;cale&lt;/i&gt; &#187; de l'homme dans l'univers&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 216.&#034; id=&#034;nh14-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or, cette solitude nous reconduit &#224; la position m&#234;me de l'humanisme moderne pour lequel l'homme est la source des valeurs : &#171; &lt;i&gt;Les valeurs ne lui appartenaient pas : elles s'imposaient et c'est lui qui leur appartenait. Il sait maintenant, &lt;/i&gt;&#233;crit Monod&lt;i&gt;, qu'elles sont &#224; lui seul &lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 216.&#034; id=&#034;nh14-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'&#233;tranget&#233; m&#234;me de l'homme &#224; l'univers le contraint &#224; se r&#233;f&#233;rer &#224; lui seul, &#224; s'instituer centre et fon&#173;dement de ses d&#233;cisions. Qu'il s'enquiert &#224; partir de l&#224;, avec la connaissance, d'une autotranscendance est une autre affaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique que James Lovelock intente, toujours au nom de la science, &#224; l'humanisme et &#224; l'anthropocentrisme recourt &#224; une argumentation diff&#233;rente. Le probl&#232;me n'est plus alors la place de l'homme au sein de l'univers, mais plus modes&#173;tement sur terre. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment la conception de la terre, gratifi&#233;e pour l'occasion du nom de Ga&#239;a, comme un gigantesque syst&#232;me vivant, autor&#233;gul&#233;, qui change les don&#173;n&#233;es du probl&#232;me. Du point de vue m&#234;me de Ga&#239;a, l'esp&#232;ce humaine ne jouit d'aucun privil&#232;ge ; elle n'est qu'une esp&#232;ce parmi d'autres. Et c'est &#233;videmment l&#224; que le b&#226;t blesse &#224; nouveau. D'un c&#244;t&#233;, Lovelock nous avertit s&#232;chement de la menace qui p&#232;se sur l'humanit&#233; : le &#171; &lt;i&gt;but inconscient&lt;/i&gt; &#187; de Ga&#239;a &#171; &lt;i&gt;est une plan&#232;te propre &#224; la vie&lt;/i&gt; &#187; [pas n&#233;cessairement la n&#244;tre]. &#171; &lt;i&gt;Si les humains lui font obstacle, nous serons &#233;li&#173;min&#233;s avec aussi peu de piti&#233; que n'en t&#233;moigne envers son objectif le microcerveau d'un missile nucl&#233;aire intercontinen&#173;tal en plein vol&lt;/i&gt;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Les &#194;ges de Ga&#239;a, Robert Laffont, Paris, 1990, p. 250.&#034; id=&#034;nh14-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De l'autre, il imagine que l'on soit un jour oblig&#233;, apr&#232;s avoir endommag&#233; Ga&#239;a, &#171; &lt;i&gt;de prendre en main nous-m&#234;mes la responsabilit&#233; permanente de garder la Terre dans un &#233;tat favorable &#224; la vie, service qui est actuel&#173;lement fourni gratuitement&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 238-239.&#034; id=&#034;nh14-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mieux vaudrait n'&#234;tre jamais contraints d'en arriver l&#224;, ce qui est &#233;galement l'opinion de Lovelock qui parle des &#171; &lt;i&gt;cons&#233;quences effroyables&lt;/i&gt; &#187; qui sui&#173;vraient un tel &#233;tat de choses&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Prudence &#233;l&#233;mentaire que vient par exemple confirmer l'avertissement donn&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Laissons l&#224; cette perspective inqui&#233;tante pour n'envisager que la relation entre les deux assertions de Lovelock. La place conf&#233;r&#233;e &#224; l'humanit&#233; sem&#173;ble changer du tout au tout : victime anonyme de Ga&#239;a, l'humanit&#233; appara&#238;t ensuite comme un apprenti-sorcier, can&#173;didat potentiel et t&#233;m&#233;raire &#224; sa succession. Certes, du point de vue de Sirius ou de Ga&#239;a, l'esp&#232;ce humaine ne compte pas plus que n'importe quelle autre. C'est un plan sur lequel la d&#233;nonciation par Monod de &#171; &lt;i&gt;l'illusion anthropocentriste&lt;/i&gt; &#187; est incontournable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Encore que les partisans du &#171; principe anthropique &#187; s'efforcent de nous (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il n'en reste pas moins vrai qu'elle est, entre toutes les esp&#232;ces, la seule &#224; pouvoir exercer le r&#244;le autrement positif de &#171; &lt;i&gt;m&#233;decin plan&#233;taire&lt;/i&gt; &#187;, selon l'expres&#173;sion m&#234;me de Lovelock&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#233;galement le dernier livre de Lovelock, Ga&#239;a. The Practical Science of (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et compte tenu de l'&#233;tendue de l'agir humain, il est d'ores et d&#233;j&#224; possible de parler d'un copilotage homme/nature de la Terre. Ce qui revient &#224; recon&#173;na&#238;tre le principe d'une certaine centralit&#233; de notre esp&#232;ce, quels que puissent &#234;tre par ailleurs les efforts d&#233;ploy&#233;s en vue de sa r&#233;inscription dans la nature. On retrouve l&#224; l'opposi&#173;tion entre les points de vue sp&#233;culatif et pratique. Remar&#173;quons encore que cette centralit&#233; m&#234;me nous rend responsables de et pour la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tude de la notion m&#234;me d'anthropocentrisme nous con&#173;duit &#224; dresser le constat suivant : l'anthropocentrisme est ind&#233;passable. En premier lieu, l'anthropocentrisme est, sur le plan de l'action, incontournable. Ce qui a &#233;t&#233; notamment &#233;tabli &#224; propos des contraintes inh&#233;rentes aux syst&#232;mes juri&#173;diques. En second lieu, il semble impossible de discourir sur la place de l'homme dans la nature sans faire &#233;tat, &#224; un moment ou &#224; un autre, et sous certaines conditions, de la position centrale qui est la sienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1028-Ecologie-et-anthropocentrisme-2-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Seconde partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb14-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sur cette question, voir aussi Luc Ferry, &lt;i&gt;Le Nouvel Ordre &#233;cologique&lt;/i&gt;, Gras&#173;set, Paris, 1992, p. 243-244.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf., sur ce dernier point, la proposition d&#233;fendue par M.-A. Hermitie dans &lt;i&gt;L'Homme, la nature et le droit&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; B. Edlman et M.-A. Hermitie (sous la dir.), Christian Bourgeois, Paris, 1988, p. 238-284 et notamment p. 254-257.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;A Sand County Almanac&lt;/i&gt;, Oxford University Press, New York, 1966, p. 218-220.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. &lt;i&gt;Should Trees have Standing ? Toward Legat Rights for Natural Objects&lt;/i&gt;, W. Kaufmann Inc., Los Altos, 1974.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Je reprends ici l'exemple donn&#233; par Dr. W. Vischer dans son article &#171; Zum Problem der Rechtsfiihigkeit der Natur &#187;, &#224; para&#238;tre dans &lt;i&gt;Zeitschrift Philosophia Naturalis&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. Ch. Huglo, &#171; La v&#233;ritable nature du droit de l'environnement &#187;, arti&#173;cle &#224; para&#238;tre dans la revue &lt;i&gt;Esprit&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Comme le fait par exemple Lynn White dans son article &#171; The Historical Roots of Our Ecological Crisis &#187;, &lt;i&gt;Science&lt;/i&gt;, 10 mars 1967, p. 1203-1207.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir, bien s&#251;r, ici m&#234;me, l'article de Stanislas Breton [&lt;i&gt;Christianisme et concept de nature&lt;/i&gt;].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La culture islamique pr&#233;sente la configuration inverse. L'anthropocentrisme dominant peut &#234;tre temp&#233;r&#233; par une sensibilit&#233; pr&#233;&#233;cologique. C'est ce que mon&#173;tre ici A. Meddeb [&lt;i&gt;Le sentiment de la nature en islam&lt;/i&gt;] avec le roman philosophique de Ibn Tofayl. On trouve une situa&#173;tion comparable dans le christianisme. Lynn White discerne en effet dans la spiritualit&#233; franciscaine un contrepoids possible &#224; l'anthropocentrisme dominant.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. la pr&#233;sentation &#224; &lt;i&gt;Compagnons du Soleil. Anthologie de grands textes de l'humanit&#233; sur les rapports entre l'homme et la nature&lt;/i&gt;, Paris, co&#233;dition La D&#233;cou&#173;verte/Unesco/Fondation pour le progr&#232;s de l'homme, Paris, 1992, p. 12.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. notamment la &lt;i&gt;Lettre sur l'humanisme&lt;/i&gt;, Aubier, Paris, 1964, p. 80-109.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons que les animaux n'ont aucune place au sein de ce que Heidegger nomme le &lt;i&gt;Geviert&lt;/i&gt;, ce jeu entre les dieux et les mortels, le ciel et la terre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. &lt;i&gt;Le Hasard et la n&#233;cessit&#233;. Essai sur la &lt;/i&gt;&lt;i&gt;philosophie naturelle de la biolo&lt;/i&gt;&lt;i&gt;gie moderne&lt;/i&gt;, Points-Seuil, Paris, 1970, p. 216.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 59-63.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 49.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 216.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 216.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. &lt;i&gt;Les &#194;ges de Ga&#239;a&lt;/i&gt;, Robert Laffont, Paris, 1990, p. 250.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 238-239.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Prudence &#233;l&#233;mentaire que vient par exemple confirmer l'avertissement donn&#233; par J.-C. Duplessy et P. Morel dans leur &lt;i&gt;Gros temps sur la plan&#232;te,&lt;/i&gt; O. Jacob, Paris, 1990 : &#171; &lt;i&gt;Il serait vraiment triste que l'issue finale pour nos lointains descen&#173;dants soit de vivre dans des enceintes artificielles &#233;tanches, d&#233;pendant d'un syst&#232;me &#233;cologique d&#233;finitivement appauvri, au milieu d'un d&#233;sert global&lt;/i&gt; &#187; (p. 290).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Encore que les partisans du &#171; principe anthropique &#187; s'efforcent de nous per&#173;suader du contraire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir &#233;galement le dernier livre de Lovelock, &lt;i&gt;Ga&#239;a. The Practical Science of Planetary Medicine&lt;/i&gt;, Ga&#239;a Books Limited, Londres, 1991.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Climat : la longue marche ?</title>
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&lt;p&gt;Ce texte fait partie de la brochure n&#176;26 : &#171; &#201;cologie, pand&#233;mie &amp; d&#233;mocratie directe &#187; L'&#233;cologie politique dans la crise mondiale &#8212; premi&#232;re partie Sommaire : Introduction Questions &#224; la d&#233;croissance (Article) Climat : la longue marche ? (Tribune) &#8212; Ci-dessous... &#201;cologie et d&#233;mocratie directe (Conf&#233;rence) Premi&#232;res remarques sur la crise ouverte par la pand&#233;mie (Article) &#171; Une &#233;pid&#233;mie est ce moment o&#249; se r&#233;v&#232;lent les gens qui adh&#232;rent ou non &#224; l'int&#233;r&#234;t collectif &#187; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-76-L-ecologie-politique-contre-l-" rel="directory"&gt;L'&#233;cologie politique contre l'&#233;cologisme&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-32-recuperation-+" rel="tag"&gt;R&#233;cup&#233;ration&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-49-prospective-+" rel="tag"&gt;Prospective&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-59-avant-gardisme-+" rel="tag"&gt;Avant-gardisme&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-113-ecologisme-+" rel="tag"&gt;&#201;cologisme&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-138-totalitarisme-+" rel="tag"&gt;Totalitarisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/arton997.jpg?1621969003' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='94' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce texte fait partie de la brochure n&#176;26 :&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; &#201;cologie, pand&#233;mie &amp; d&#233;mocratie directe &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;L'&#233;cologie politique dans la crise mondiale &#8212; premi&#232;re partie&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_gris2&#034;&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cimulti_colonnes&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;col-sm-6&#034;&gt;&lt;figure class='spip_document_1164 spip_documents spip_documents_center' style=&#034;max-width:200px;&#034; data-w=&#034;200&#034;&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?-100-Brochures-' class=&#034;spip_in&#034; arial-label=&#034;&#034;&gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:143.04347826087%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/png/une26.png&amp;taille=200&amp;1621970998' alt='' data-src='IMG/png/une26.png' data-l='460' data-h='658' data-tailles='[\&#034;200\&#034;]' class='image_responsive avec_picturefill' srcset='index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/png/une26.png&amp;#38;taille=200&amp;#38;1621970998 1x,index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/png/une26.png&amp;#38;taille=400&amp;#38;1621970998 2x' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;col-sm-6&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sommaire :&lt;/h2&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1020-Introduction-aux-brochures-no26' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?5-questions-a-la-decroissance' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Questions &#224; la d&#233;croissance (Article)&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Climat : la longue marche ? (Tribune)&lt;/strong&gt; &#8212; Ci-dessous...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?833-ecologie-et-democratie-directe' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;cologie et d&#233;mocratie directe (Conf&#233;rence)&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1008-Premieres-remarques-sur-la-crise' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Premi&#232;res remarques sur la crise ouverte par la pand&#233;mie (Article)&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1012-Une-epidemie-est-ce-moment-ou-se' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Une &#233;pid&#233;mie est ce moment o&#249; se r&#233;v&#232;lent les gens qui adh&#232;rent ou non &#224; l'int&#233;r&#234;t collectif &#187; (Entretien)&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1019-Parution-des-brochures-no26-26bis' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Quatri&#232;me de couverture&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Tribune publi&#233;e dans la revue &#171; La d&#233;croissance &#187; n&#176;165, d&#233;cembre 2019 - janvier 2020, aux c&#244;t&#233;s de celle des &lt;a href=&#034;https://lesamisdebartleby.wordpress.com/2019/12/11/une-tribune-dans-la-decroissance/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Amis de Bartleby&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; que nous reproduisons &#224; sa suite tant les deux textes nous semblent compl&#233;mentaires.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; La D&#233;croissance &#187; : Lutter contre le nucl&#233;aire, la cr&#233;ation d'un centre commercial, d'une rocade ou de tout autre grand projet nuisible en multipliant les comit&#233;s de d&#233;fense locaux, cela nous para&#238;t une strat&#233;gie essentielle de l'&#233;cologie politique. Mais marcher vaguement &#171; pour le climat &#187;, &#224; l'instar des manifestations m&#233;diatiques qui se d&#233;veloppent actuellement dans les m&#233;tropoles, cela a-t-il un sens ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lieux Communs&lt;/strong&gt; : Vu l'ampleur et la bienveillance dont elles b&#233;n&#233;ficient malgr&#233; leur inanit&#233; et leur confusion, ces grandes &#171; marches pour le climat &#187; ont certainement un sens profond. Resterait &#224; savoir lequel&#8230;
On peut sans aucun doute se r&#233;jouir qu'une vague &#171; conscience &#233;colo&#173;gique &#187; se soit g&#233;n&#233;ralis&#233;e, notamment aupr&#232;s d'une jeunesse urbaine ais&#233;e, consum&#233;riste, hyper-connect&#233;e et sans aucun rep&#232;re politique solide. Mais chacun de nous ressent aussi un grand malaise devant ces rassemblements &#224; la fois rod&#233;s, &#171; auto-organis&#233;s &#187;, incroyablement consensuels et miraculeuse&#173;ment b&#233;nis par les instances scolaires, les m&#233;dias et les grands financeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es qui viennent nous &#233;claireront r&#233;trospectivement sur ce qui se d&#233;roule sous nos yeux. Dans cette perspective, proposons une hypoth&#232;se, &#224; charge de r&#233;futation : nous sommes en train d'assister &#224; l'&#233;mergence d'un vaste processus de mise au pas de la soci&#233;t&#233; avec pour levier principal le chantage au climat, une aust&#233;rit&#233; &#224; perp&#233;tuit&#233; respectant scrupuleusement les hi&#233;rarchies sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup de choses de la situation actuelle militent en ce sens, et d'abord les tendances lourdes : la soci&#233;t&#233; de consommation pour tous est devenue l'id&#233;al indiscutable des soci&#233;t&#233;s contemporaines dans le monde entier &#8211; &lt;i&gt;et cette promesse ne sera pas tenue.&lt;/i&gt; Deux raisons essentielles : la rapacit&#233; croissante des couches dominantes qui semblent avoir aboli toute id&#233;e de contrepartie et, bien entendu, la rar&#233;faction acc&#233;l&#233;r&#233;e de toutes les ressources jusqu'ici fournies par la biosph&#232;re &#8211; p&#233;trole en premier lieu. La premi&#232;re suscite des r&#233;actions visc&#233;rales des peuples un peu partout (c'est le &#171; populisme &#187;), la seconde est progressivement mise en avant pour rationaliser la paup&#233;risation en cours : &#224; l'angoisse des &#171; &lt;i&gt; fins de mois&lt;/i&gt; &#187;, les oligarques r&#233;pondent par l'ab&#238;me de la &#171; &lt;i&gt; fin du monde&lt;/i&gt; &#187;, soit la menace d'une apocalypse. Il est tout de m&#234;me frappant que le premier ministre envoy&#233; pour calmer les Gilets Jaunes ait &#233;t&#233; celui de l'&#233;cologie, et que sur leurs d&#233;fil&#233;s aient rapidement &#233;t&#233; greff&#233;es ces &#233;tranges et massives &#171; marches pour le climat &#187;. Chantage odieux fait aux d&#233;class&#233;s du monde entier qui tentent de redessiner, f&#251;t-ce confus&#233;ment, les principes d'une d&#233;mocratie directe &#8211; seul r&#233;gime &#224; m&#234;me d'affronter les enjeux &#233;cologiques. Discours immonde, version repeinte en vert d'une vieille haine de classe port&#233;e par tous les progressistes &#224; l'abri de toutes les ins&#233;curit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voil&#224; plong&#233;s dans une situation complexe, o&#249; il ne semble y avoir que des mauvais choix, des mauvais camps ; sables mouvants o&#249; l'on s'en&#173;fonce d'autant plus que l'on brandit, croyant en sortir, un &#171; anti-capitalisme &#187; de slogan, formule magique r&#233;pondant au mantra gouvernemental, non moins mystificateur, de &#171; transition &#233;nerg&#233;tique &#187;. Dans les deux cas il s'agit de faire croire qu'il existerait une solution &#224; port&#233;e de main, quitte &#224; renouer avec cette vieille habitude totalitaire de fanatiser une partie de la population &#8211; la jeunesse, lors de la sanglante &#171; r&#233;volution culturelle &#187; mao&#239;ste &#8211; afin de r&#233;&#233;duquer et violenter une soci&#233;t&#233; qui aurait plut&#244;t besoin de m&#251;rir sa propre auto-transformation. Et la th&#233;matique du climat semble retenue pour de telles entreprises d'ing&#233;nierie sociale : devenue nouvelle orthodoxie indiscutable, produite et monopolis&#233;e par une &#171; &#233;lite scientifique &#187;, elle permet d'accuser de crimepens&#233;e le moindre dissident, culpabilisant les petites gens au nom d'un int&#233;r&#234;t supr&#234;me, relativisant tout au nom de son urgence suppos&#233;e (l'inertie des m&#233;canismes climatiques les place pourtant loin derri&#232;re le risque nucl&#233;aire, ing&#233;nument escamot&#233;). Cela fait des d&#233;cennies que les milieux &#233;cologistes craignent l'&#233;mergence d'une &#171; &#233;cocratie &#187;, un totalitarisme vert, face &#224; l'in&#233;&#173;vitable attrition des ressources. Ses premiers signes pourraient n'&#234;tre ni une m&#232;che brune ni une moustache de petit p&#232;re, mais le visage mutin et troublant d'une jeune fille trop bien &#233;lev&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aspect cr&#233;pusculaire de notre &#233;poque se jauge moins dans la difficult&#233; &#224; d&#233;terminer ce qu'il faudrait faire qu'&#224; travers la d&#233;sagr&#233;able habitude, que nous devons d&#233;sormais prendre, de penser d'abord &#224; &lt;i&gt;ce qu'il ne faut pas faire&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lieux Communs&lt;br class='manualbr' /&gt;23 novembre 2019&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les Amis de Bartleby&lt;/strong&gt; : Curieuse &#233;poque en effet o&#249; certains marchent, nagent, rament, p&#233;dalent, tricotent&#8230; &#171; pour le climat &#187; comme d'autres font des processions pour faire tomber la pluie. On pourrait n&#233;anmoins trouver sympathiques ces &lt;i&gt;happenings&lt;/i&gt; s'il s'y tenait des propos d'un quelconque int&#233;r&#234;t. Mais qu'y entend-on ? &#171; Bouffe ma chatte, pas la plan&#232;te &#187;, &#171; Si y'a plus de terre, y'a plus de bi&#232;re &#187;, &#171; Pas d'climat pas d'chocolat &#187;&#8230; Dans le m&#234;me esprit, les militants d'Extinction Rebellion avaient accroch&#233; en mai dernier, sur le palais de la Bourse de Bordeaux, une banderole g&#233;ante qui clamait : &#171; Chirac, reviens ! &#187; (Pour reprendre les essais nucl&#233;aires ? Buter quelques Canaques de plus ?) Leur pr&#233;tendu second degr&#233; masque mal leur indigence politique. Comme le reconna&#238;t ing&#233;nument Greta Thunberg, l'&#233;g&#233;rie de &lt;i&gt;Youth for Climate&lt;/i&gt; : &#171; Mais je ne parle jamais de politique, tout ce que je dis, c'est que nous devons &#233;couter la science. [&#8230;] Nous n'avons pas l'&#233;ducation qu'il faut pour nous permettre de formuler des demandes, il faut laisser cela aux scientifiques. &#187; Quand on sait que ces mouvements sont financ&#233;s par des fonds abond&#233;s par des multinationales et des multimillionnaires (le &lt;i&gt;Climate Emergency Fund&lt;/i&gt; entre autres) pour promouvoir l'imposture de la transition &#233;nerg&#233;tique (&#224; l'&#233;chelle industrielle, les &#233;nergies renouvelables ne se substituent pas aux &#233;nergies fossiles, mais les requi&#232;rent et s'y ajoutent) et relancer une croissance verte avec le &lt;i&gt;Green New Deal&lt;/i&gt;, on comprend mieux ce qui est en jeu et le &#171; sens &#187; de ces manifestations. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi toutes les catastrophes en cours ou quasi achev&#233;es apr&#232;s deux si&#232;cles de capitalisme industriel : catastrophes &#233;cologique, culturelle, esth&#233;tique, intellectuelle, sociale, morale, politique, d&#233;mographique&#8230; &#8211; sans parler de l'effondrement financier et &#233;conomique qui peut nous tomber dessus &#224; tout instant &#8211;, la catastrophe climatique est la seule &#224; b&#233;n&#233;ficier d'un tel battage m&#233;diatique et &#224; faire sortir tant de gens dans la rue. C'est surtout l'une des seules pour lesquelles l'ing&#233;nierie et l'industrie pr&#233;tendent encore apporter des rem&#232;des. Des rem&#232;des technologiques bien s&#251;r, comme si l'on pouvait soigner le mal par le mal : pulv&#233;riser des particules de soufre dans la haute atmosph&#232;re, s&#233;questrer le carbone dans les sols, alcaliniser et fertiliser les oc&#233;ans avec du sulfate de fer, capter directement le CO2 de l'air pour le stocker, lancer un parasol spatial, ensemencer des nuages marins&#8230; nos savants fous ne manquent pas d'id&#233;es folles, et l&#233;gitiment en passant l'&#233;nergie nucl&#233;aire, qu'ils osent nous vendre comme une &#171; &#233;nergie propre &#187;. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces mises en sc&#232;ne d'un catastrophisme d'&#201;tat sous couvert d'&#171; &#233;tat d'urgence climatique &#187; sont-elles autre chose qu'une vaste propagande pour &#171; l'adaptation &#224; de nouvelles formes de survie en milieu extr&#234;me &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ren&#233; Riesel, Jaime Semprun, Catastrophisme, administration du d&#233;sastre et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? Avec pour corollaire une gestion totalitaire des populations, puisque &#171; la pr&#233;servation du taux d'oxyg&#232;ne n&#233;cessaire &#224; la vie ne pourra &#234;tre assur&#233;e qu'en sacrifiant cet autre fluide vital : la libert&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bernard Charbonneau, Le Feu vert, Parangon.&#034; id=&#034;nh15-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, comme le redoutait d&#233;j&#224; Bernard Charbonneau il y a quarante ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur nombre &#233;lev&#233; procure aux manifestants qui tournent en rond &#171; pour le climat &#187; un sentiment de puissance bien illusoire. Pour G&#252;nther Anders, &#171; seuls travaillent &#224; l'aide de &lt;i&gt;happenings&lt;/i&gt; ceux qui n'ont pas de pouvoir, ceux qui n'ont pas r&#233;ellement la possibilit&#233; de changer ou de d&#233;truire effectivement l'institution qu'ils combattent. Les &lt;i&gt;happenings&lt;/i&gt; sont tous sans exception des manifestations de d&#233;tresse ou de substitution et parfois m&#234;me des actes de d&#233;sespoir &#224; l'aide desquels ceux qui n'ont pas de pouvoir peuvent exposer leurs revendications &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G&#252;nther Anders, L'Obsolescence de l'homme, t. 2, Fario.&#034; id=&#034;nh15-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les Gilets jaunes, m&#234;me s'ils manifestent eux aussi leur impuissance, ont su cr&#233;er des lieux de rencontre et de d&#233;bat o&#249; l'on parle de politique, de d&#233;mocratie directe en particulier. Ce pourrait &#234;tre un premier pas vers une contre-soci&#233;t&#233; libre, &#233;gale et fraternelle, &#224; condition de construire d&#232;s &#224; pr&#233;sent des contre-institutions libertaires. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car l'extinction de la vie sur terre continuera tant que nous n'aurons pas repris notre souverainet&#233; &#224; la toute-puissante technocratie. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les Amis de Bartleby&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb15-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ren&#233; Riesel, Jaime Semprun, &lt;i&gt;Catastrophisme, administration du d&#233;sastre et soumission durable&lt;/i&gt;, EDN.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Bernard Charbonneau, &lt;i&gt;Le Feu vert&lt;/i&gt;, Parangon.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;G&#252;nther Anders, &lt;i&gt;L'Obsolescence de l'homme&lt;/i&gt;, t. 2, Fario.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La nature du citadin </title>
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		<dc:date>2019-10-22T12:04:32Z</dc:date>
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		<dc:subject>&#201;ducation</dc:subject>
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		<dc:subject>Terrasson F.</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Passage du livre de Fran&#231;ois Terrasson &#171; La peur de la nature &#187;, Sang de la Terre, 2007, pp. 147-154. Voir le passage pr&#233;c&#233;dent : &#171; Dans la nature, soyez spontan&#233;s ! &#187; Dans un contexte g&#233;n&#233;ral o&#249; le naturel artificiel est roi, promenons-nous maintenant un peu dans les esprits, les comportements, les id&#233;es et les lieux. Notre premier cobaye sera l'habitant des villes parce que c'est de lui qu'est cens&#233;e &#233;maner une forte demande de nature. Qu'en est-il en r&#233;alit&#233; ? Quel est le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-76-L-ecologie-politique-contre-l-" rel="directory"&gt;L'&#233;cologie politique contre l'&#233;cologisme&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-30-education-+" rel="tag"&gt;&#201;ducation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-40-beaute-+" rel="tag"&gt;Beaut&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-88-primitivisme-+" rel="tag"&gt;Primitivisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-89-ecologie-+" rel="tag"&gt;&#201;cologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-109-psycho-sociologie-+" rel="tag"&gt;Psycho-sociologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-110-anthropologie-+" rel="tag"&gt;Anthropologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-113-ecologisme-+" rel="tag"&gt;&#201;cologisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-250-Terrasson-F-+" rel="tag"&gt;Terrasson F.&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Passage du livre de Fran&#231;ois Terrasson &#171; La peur de la nature &#187;, Sang de la Terre, 2007, pp. 147-154.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1134-Dans-la-nature-soyez-spontanes' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Voir le passage pr&#233;c&#233;dent : &#171; Dans la nature, soyez spontan&#233;s ! &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un contexte g&#233;n&#233;ral o&#249; le naturel artificiel est roi, promenons-nous maintenant un peu dans les esprits, les comportements, les id&#233;es et les lieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre premier cobaye sera l'habitant des villes parce que c'est de lui qu'est cens&#233;e &#233;maner une forte demande de nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'en est-il en r&#233;alit&#233; ? Quel est le r&#233;sultat d'une petite inquisition dans les cerveaux, de l'observation des attitudes et des r&#233;flexions involontaires ? &lt;br class='manualbr' /&gt;C'est une s&#233;rie d'images complexes, int&#233;grant des contradictions, des mythes, des doubles contraintes, des donn&#233;es r&#233;elles et imaginaires, des r&#233;f&#233;rences aux autres secteurs et personnes ayant le statut de la nature&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous passerons sur les exceptions telles que le citadin naturaliste. Pour tirer le portrait du mod&#232;le culturel. Vous savez ? Ce &#171; patron &#187; que tout le monde suit tant bien que mal pour se sentir partie int&#233;grante d'une soci&#233;t&#233;. Il est fait de bric et de broc. Il n'est pas logique, mais il est puissant.Diss&#233;quons-le !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8226; Premier th&#232;me : la nature est bonne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La nature nous a cr&#233;&#233;s. Elle nous a donn&#233; la vie. Elle fait pousser les &#233;l&#233;ments n&#233;cessaires &#224; notre nourriture. C'est notre m&#232;re. Il faut lui &#234;tre fid&#232;le. Retourner vers elle qui repr&#233;sente le principe g&#233;n&#233;rateur de la vie.&lt;/i&gt; &#187; Donc &#171; &lt;i&gt;Tout ce qu'on trouve dans la nature est bon pour nous. Il suffit d'aller dans la nature pour &#234;tre gu&#233;ri, pour se sentir bien &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette bonne nature est facile &#224; parcourir, toujours chaude et ensoleill&#233;e. Il peut y avoir de la neige mais c'est alors sous le Soleil. La neige ne tombe jamais, elle est l&#224; comme don permanent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme de la nature est bon, mais rude et dur au travail. Le paysan est un nouvel avatar du bon sauvage. &lt;br class='manualbr' /&gt;On peut, on doit, consommer les produits de la nature. &lt;br class='manualbr' /&gt;Cette vision idyllique a &#233;t&#233; constitu&#233;e et est entretenue par plusieurs acteurs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; La diffusion des id&#233;es sur la protection de la nature. M&#234;me si les associations responsables de cet effort d'information n'ont pas voulu dire que la nature est obligatoirement bonne, le public a re&#231;u ainsi le message. Car pour lui, comment aurait-on le d&#233;sir de prot&#233;ger quelque chose si cela n'&#233;tait pas fondamentalement bon ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;Les mouvements que l'on pourrait appeler&#171; &#233;cologistes int&#233;gristes &#187; pr&#244;nant l'alimentation naturelle, le refus des vaccinations, le rejet des m&#233;dicaments, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; La publicit&#233; des agences de voyage o&#249; la nature est invariablement belle, attirante et sans danger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; L'entra&#238;nement g&#233;n&#233;ralis&#233; &#224; un syst&#232;me de pens&#233;e simple et manich&#233;en : le blanc et le noir, le bon et le mauvais, sans nuances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, il n'est pas n&#233;cessaire qu'une grande partie de la population adh&#232;re r&#233;ellement &#224; la totalit&#233; des images issues des groupes en question. Il suffit d'une impr&#233;gnation vague. On ne refusera pas les vaccinations mais on gardera l'impression diffuse que la nature, c'est mieux, c'est bon&#8230; On apprendra peut-&#234;tre &#224; la lecture du journal que la bilharziose s&#233;vit en Afrique, mais cela restera dans la case intellectuelle du cerveau et ne dissoudra pas l'image &#233;motionnelle du d&#233;pliant touristique o&#249; l'Afrique est chaude, radieuse, et nue sous le Soleil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les images ainsi produites se r&#233;v&#232;lent facilement, elles ne sont pas tr&#232;s &#233;loign&#233;es de la conscience. Il n'en est pas de m&#234;me avec le th&#232;me suivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8226; Deuxi&#232;me th&#232;me : la nature est mauvaise&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a quelque part une sorte de sous-nature d&#233;cevante, pas tr&#232;s belle, qui nous g&#234;ne beaucoup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce qui croupit dans la vase des marais, tous ces &#234;tres profond&#233;ment organiques dans leur aspect comme les crapauds ou les serpents et les pieuvres&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et dans notre propre nature, les ph&#233;nom&#232;nes organiques : la digestion, la d&#233;composition des corps, le sang et les humeurs, voire la sexualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'exprime une r&#233;pugnance de ce qui rappelle au citadin qu'il est lui-m&#234;me un animal organique. &#171; &lt;i&gt;On ne comprend m&#234;me pas que la nature produise des choses pareilles.&lt;/i&gt; &#187; Les &#233;pines et ronces, les fondri&#232;res, les flaques d'eau, les broussailles des taillis, voil&#224; une exub&#233;rance v&#233;g&#233;tale m&#233;chante et hostile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces aspects-l&#224; ne sont pas qualifi&#233;s de naturels. Ils sont m&#234;me un peu per&#231;us comme &#233;tant anti-naturels, anormaux en quelque sorte. Puisqu'on a d&#233;cid&#233; que ce qui &#233;tait naturel &#233;tait bon, tout ce qui ne sera pas facilement aimable et amical pour l'homme ne sera pas pris en compte comme nature. Quantit&#233; d'aspects appartenant &#224; la r&#233;alit&#233; des &#233;cosyst&#232;mes, pour le citadin ne font donc pas partie de la nature, et si on les d&#233;truit, il n'aura pas l'impression que l'on aura agi contre la pr&#233;servation de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit donc &#224; peine d'une contradiction entre l'id&#233;e que la nature est bonne et celle qu'elle est mauvaise. Tout simplement, ce qui est mauvais n'a pas le droit de faire partie de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les principaux leviers de ce mod&#232;le sont sans doute :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; L'insuffisance ou la mauvaise qualit&#233; de l'enseignement des sciences de la nature ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; La dominance dans l'univers quotidien d'un environnement surprot&#233;g&#233; pr&#233;sentant peu de param&#232;tres biologiques ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Le poids id&#233;ologique d'un secteur de d&#233;cideurs ou de techniciens traitant les facteurs biologiques de la m&#234;me fa&#231;on que les param&#232;tres physiques des activit&#233;s industrielles ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; L'identification dans une soci&#233;t&#233; d'inconscients refoul&#233;s, entre la sauvagerie et l'organicit&#233; de la nature d'une part, et de l'autre la force pulsionnelle des instincts contrari&#233;s, culpabilis&#233;s et devenus terrifiants. Le refus de la part animale dans l'homme am&#232;ne &#224; rejeter ce qui dans la nature ext&#233;rieure, la rappelle, ou la signifie symboliquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8226; Troisi&#232;me th&#232;me : la nature est lib&#233;ratrice&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le refoul&#233; se venge. On sait confus&#233;ment que l'on a rejet&#233; dans les limbes une part de soi-m&#234;me qui a &#224; voir avec la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc on imagine qu'automatiquement cette lev&#233;e des censures inconscientes que l'on souhaite et que l'on redoute &#224; la fois va se produire au contact des champs et des for&#234;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La nature, c'est la fin des contraintes, c'est l'&#233;panouissement&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;C'est le domaine o&#249; il n'y a pas de r&#232;gles, o&#249; l'on peut enfin &#234;tre soi-m&#234;me&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Dans la nature , tout est permis. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; sera aussi l'&#171; ailleurs &#187; qui est toujours vu comme meilleur que&#171; l'ici et maintenant &#187;, le royaume des f&#233;es o&#249; l'on peut &#224; la fois conserver son g&#226;teau et le manger. Dans les faits, le choc &#233;motionnel avec le milieu naturel peut faire tomber les barrages de la pens&#233;e consciente, en situation de nature r&#233;ellement sauvage : for&#234;ts profondes, grottes, d&#233;serts, for&#234;ts vierges, ou m&#234;me simples chemins creux au cr&#233;puscule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais alors, la peur de la pens&#233;e inconsciente qui se fait jour peut engendrer sans doute la peur de la nature qui l'a fait appara&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; le d&#233;sir de faire passer la sauvagerie dans un moule culturel (pancartes et balisages) afin que l'esprit s'accroche au familier, ne s'ouvre pas vers ses propres profondeurs, que l'absence d'&#233;ducation &#233;motionnelle dans nos soci&#233;t&#233;s a rendues terrifiantes. Le d&#233;part vers une nature per&#231;ue comme lib&#233;ratrice, quelquefois &#224; juste titre, tourne alors court, par peur justement des difficult&#233;s inh&#233;rentes &#224; la libert&#233;. On va alors vers une libert&#233; factice, celle de casser les barri&#232;res, de se rouler dans le foin pr&#234;t &#224; &#234;tre r&#233;colt&#233;, de laisser ses ordures, de faire du bruit et de r&#233;clamer toujours plus de prise en charge et d'am&#233;nagements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8226; Quatri&#232;me th&#232;me : je compense, je consomme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ru&#233;e vers la nature est donc largement la recherche d'un paradis mythique oppos&#233; &#224; une vie quotidienne d&#233;valoris&#233;e. La s&#233;paration entre nature et ville y rejoint celle entre le travail et le loisir, avec des oppositions en blanc et noir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le moteur est donc la compensation. Et son corollaire obligatoire est la consommation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout manque &#233;motionnel durable a tendance &#224; engendrer une compensation, palliatif quelquefois efficace mais toujours de fa&#231;on transitoire, laissant subsister ind&#233;finiment le probl&#232;me de fond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est compens&#233; par la fuite vers la nature est une insatisfaction existentielle tr&#232;s g&#233;n&#233;rale dans l'humanit&#233; en tous lieux et en tous si&#232;cles. M&#234;me les peuples vivant en pleine nature, et souvent en harmonie avec elle, ont imagin&#233; des paradis lointains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait donc erron&#233; de croire que le d&#233;part vers la nature vient unique&#173; ment d'un manque de milieux biologiques. Cependant, l'inadaptation de notre physiologie de primates aux conditions de vie et de travail dans les grandes villes vient renforcer ce processus qui conduit &#224; r&#234;ver de contr&#233;es merveilleuses. L'organisme stress&#233; a encore plus besoin d'un paradis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier a &#233;t&#233; imagin&#233; comme &#233;tant la nature sauvage. Il d&#233;&#231;oit, et on cherche alors &#224; l'am&#233;nager. Mais surtout, il entretient l'id&#233;e que la compensation est un bon syst&#232;me pour r&#233;gler les probl&#232;mes, ce qui est ind&#233;fendable sur le plan psychiatrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compenser avec la nature, consommer de la nature, tel est le mod&#232;le par lequel le citadin entretient son insatisfaction et sa n&#233;vrose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8226; Cinqui&#232;me th&#232;me : la nature me valorise.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des grands facteurs de valorisation est toujours : &#171; &lt;i&gt;Faire comme tout le monde.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Actuellement, il est de bon ton d'aller dans la nature. Cela se fait. C'est &#224; la mode. Il s'agit d'un rite d'int&#233;gration au groupe. Allant o&#249; vont les autres, je montre que je suis accept&#233;, que j'int&#232;gre le comportement que la soci&#233;t&#233; consid&#232;re comme valable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un second facteur vient ensuite s'ajouter. C'est peut-&#234;tre faire comme tout le monde que d'aller dans la nature, mais ce &#171; tout le monde &#187; est quand m&#234;me per&#231;u comme une sorte d'&#233;lite. Il s'agit de ceux qui, avant les autres, auraient compris la valeur de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette valeur du milieu naturel ne serait d'ailleurs pas li&#233;e &#224; son int&#233;r&#234;t &#233;cologique, mais plut&#244;t au transfert de valeur sur le visiteur qu'elle rend possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Je suis de ceux qui ont compris !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement, une autre composante de la valeur tient &#224; l'id&#233;e d'une nature hostile et difficile qu'il faut vaincre. Un certain esprit macho transpara&#238;t, selon la vieille &#233;quivalence entre nature et principe f&#233;minin. On portera donc les costumes et attributs divers qui sont susceptibles de signifier une attitude de virilit&#233; agissante, en m&#234;me temps que l'appartenance &#224; une sorte d'avant-garde o&#249; l'on se sent sup&#233;rieur et int&#233;gr&#233;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Le terrain culturel g&#233;n&#233;ral de nos soci&#233;t&#233;s favorise continuellement un tel &#233;tat d'esprit, impr&#233;gn&#233; qu'il est des id&#233;es de domination, de ma&#238;trise, de transformation, de lutte et de combat d&#232;s qu'il s'agit des &#233;l&#233;ments du milieu naturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De telles images mentales semblent bien &#234;tre dominantes. Cela ne veut pas dire que nul n'y &#233;chappe. Elles peuvent n'&#234;tre que partiellement repr&#233;sent&#233;es chez certains, ou en quelque sorte avec une intensit&#233; plus ou moins grande. Elles peuvent coexister ou non avec d'autres images plus rationnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surtout leur puissance sera consid&#233;rablement modul&#233;e selon les types de natures fr&#233;quent&#233;es. La montagne et la plong&#233;e sous-marine sont tr&#232;s valorisantes. Le farniente sur une plage nettement moins. &lt;br class='manualbr' /&gt;Le contact avec une nature tr&#232;s humanis&#233;e, en parcs de vision ou base de loisir ne suscitera jamais l'image de la nature terrifiante. Le milieu rural donnera souvent l'image de la &#171; bonne nature &#187; beaucoup plus que la for&#234;t un peu trop sauvage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est donc n&#233;cessaire d'introduire des modulations aux donn&#233;es ci&#173; dessus selon les lieux, la nature des activit&#233;s, et finalement, le profil psy&#173; chologique des groupes d'individus. Cela n&#233;cessiterait alors &#224; chaque fois une &#233;tude compl&#233;mentaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la majorit&#233; de ceux qui fr&#233;quentent ou souhaitent fr&#233;quenter la nature, celle-ci est un lieu mythique, support de fantasmes de puissance, d'&#233;vasion, d'assistance maternelle, ou, sur le mode n&#233;gatif, d'angoisse et d'agression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sont utilis&#233;es pour cela quelques donn&#233;es objectives int&#233;gr&#233;es par la suite dans une image d'ensemble qui, elle, est totalement irr&#233;aliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;calage entre l'image du &#171; produit &#187; attendu et sa r&#233;alit&#233; concr&#232;te conduit aux demandes de modification de cette derni&#232;re, &#224; des transformations culturelles des populations rencontr&#233;es, &#224; une &#171; artificialisation &#187; des paysages fr&#233;quent&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La demande de nature telle qu'elle est actuellement ressentie dans la plus grande partie des esprits est destin&#233;e &#224; rester &#233;ternellement insatisfaite, car elle correspond &#224; une r&#233;alit&#233; qui n'existe pas. Elle conduit &#224; engager des actions d'am&#233;nagement qui consistent &#224; habiller la nature soi-disant d&#233;sir&#233;e des signes qui la feront, on l'esp&#232;re, ressembler &#224; l'image mythique. D'o&#249; le faux-rural, le paysan comme autrefois, l'artisanat factice et le folklore frelat&#233;. Les m&#233;thodes p&#233;dagogiques et d'information, appliqu&#233;es au tourisme jusqu'&#224; maintenant, ont toujours sous-estim&#233; l'importance de ces composantes mythiques. Partant de l'id&#233;e qu'en mettant l'homme dans la nature, celle-ci le transformerait dans un sens b&#233;n&#233;fique, elles n'ont pas encore assum&#233; l'id&#233;e qu'au contraire, comme toujours, c'est l'homme urbain qui modifie la nature, pour tenter d&#233;sesp&#233;r&#233;ment de la rendre semblable &#224; une conception d&#233;s&#173; incarn&#233;e et passablement n&#233;vrotique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vague d'urbains se pr&#233;cipitant sur de fausses pistes, qu'elles soient de ski ou de grande randonn&#233;e, diffuse ses mod&#232;les jusqu'au c&#339;ur des soci&#233;t&#233;s rurales dont l'id&#233;al se situe, en sens contraire des arrivants, en milieu urbain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce transvasement des mod&#232;les aboutit &#224; des r&#233;alisations fort curieuses, les parcs nationaux et r&#233;serves.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Cet &#226;ge d'or qui jamais n'exista (2/2)</title>
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&lt;p&gt;Voir la premi&#232;re partie (.../...) Les Polyn&#233;siens n'ont &#233;videmment pas &#233;t&#233; les seuls &#234;tres humains &#224; avoir provoqu&#233; l'extermination d'esp&#232;ces animales &#224; l'&#233;poque pr&#233;industrielle. Pour nous en convaincre, sautons maintenant de pr&#232;s d'un demi-tour de globe en direction de l'&#238;le qui occupe la quatri&#232;me place dans la liste des &#238;les du monde entier, class&#233;es par taille d&#233;croissante : Madagascar, qui se trouve dans l'oc&#233;an Indien au large de la c&#244;te Est de l'Afrique. Lorsque les explorateurs (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-61-antiquite-+" rel="tag"&gt;Antiquit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-84-agriculture-+" rel="tag"&gt;Agronomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-88-primitivisme-+" rel="tag"&gt;Primitivisme&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-118-aneantissement-+" rel="tag"&gt;An&#233;antissement / G&#233;nocide&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?726-Cet-age-d-or-qui-jamais-n-exista-1' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Voir la premi&#232;re partie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Polyn&#233;siens n'ont &#233;videmment pas &#233;t&#233; les seuls &#234;tres humains &#224; avoir provoqu&#233; l'extermination d'esp&#232;ces animales &#224; l'&#233;poque pr&#233;industrielle. Pour nous en convaincre, sautons maintenant de pr&#232;s d'un demi-tour de globe en direction de l'&#238;le qui occupe la quatri&#232;me place dans la liste des &#238;les du monde entier, class&#233;es par taille d&#233;croissante : Madagascar, qui se trouve dans l'oc&#233;an Indien au large de la c&#244;te Est de l'Afrique. Lorsque les explorateurs portugais y arriv&#232;rent vers 1500, ils trouv&#232;rent un peuple que l'on appelle aujourd'hui les Malgaches. Sur la base de consid&#233;rations g&#233;ographiques, on aurait pu s'attendre que leur langue soit apparent&#233;e aux langues africaines parl&#233;es &#224; quelque trois cents kilom&#232;tres &#224; peine &#224; l'ouest, sur la c&#244;te du Mozambique. Il est apparu toutefois qu'elle appartenait &#224; un groupe de langues parl&#233;es sur l'&#238;le indon&#233;sienne de Born&#233;o, de l'autre c&#244;t&#233; de l'oc&#233;an Indien, des milliers de kilom&#232;tres au nord-est. Sur le plan de la morphologie physique, l'apparence des Malgaches va de celle de l'Indon&#233;sien typique &#224; celle des Noirs typiques de l'Afrique de l'Est.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ces diff&#233;rents paradoxes s'expliquent par le fait que les Malgaches sont arriv&#233;s sur cette &#238;le il y a mille &#224; deux mille ans : cette population est issue de commer&#231;ants indon&#233;siens ayant voyag&#233; dans l'oc&#233;an Indien, d'abord en longeant les c&#244;tes de l'Inde, puis celles de l'Afrique de l'Est. &#192; Madagascar, ils ont &#233;difi&#233; une soci&#233;t&#233; sur l'&#233;levage des bovins et des porcs ainsi que sur la p&#234;che et l'agriculture, en entretenant des liens avec la c&#244;te de l'Afrique de l'Est par le biais de commer&#231;ants musulmans.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les animaux se trouvant &#224; Madagascar &#8212; et ceux qui ne s'y trouvent plus &#8212; repr&#233;sentent un cas aussi int&#233;ressant &#224; &#233;tudier que l'origine du peuplement humain de cette &#238;le. Sur le continent africain voisin, vivent en abondance ces grands animaux, menant leurs activit&#233;s quotidiennes au sol et en plein jour, qui font l'attraction touristique des r&#233;serves de l'Afrique de l'Est : antilopes, autruches, z&#232;bres, babouins, lions, etc. Aucun d'eux, et aucun animal qui soit leur &#233;quivalent m&#234;me de fa&#231;on lointaine, n'a jamais &#233;t&#233; pr&#233;sent &#224; Madagascar, dans les temps r&#233;cents : ils n'ont tout simplement pas pu y venir, puisque trois cents kilom&#232;tres d'&#233;tendue maritime s&#233;parent l'&#238;le du continent, tout comme la mer a &#233;galement interdit aux marsupiaux de passer de l'Australie &#224; la Nouvelle-Z&#233;lande. A leur place, on trouve &#224; Madagascar une vingtaine d'esp&#232;ces de petits primates ressemblant &#224; des singes, appel&#233;s des l&#233;muriens, dont les plus grosses ne d&#233;passent pas dix kilos, qui vivent dans les arbres et sont surtout actives la nuit. On trouve aussi une esp&#232;ce apparent&#233;e &#224; la mangouste, ainsi que diverses esp&#232;ces de rongeurs, de chauves-souris et d'insectivores, la plus grosse ne d&#233;passant pas une douzaine de kilos.&lt;br class='manualbr' /&gt;Cependant, figurent &#224; profusion sur les plages de Madagascar les traces d'oiseaux g&#233;ants aujourd'hui disparus : ce sont les innombrables coquilles d'&#339;uf de la taille d'un ballon de football. Enfin, on a &#233;galement retrouv&#233; les os, non seulement des oiseaux qui ont pondu ces &#339;ufs, mais aussi de ceux d'une remarquable s&#233;rie de grands mammif&#232;res et de reptiles aujourd'hui &#233;teints. En ce qui concerne l'avifaune, il s'agissait d'une demi-douzaine d'esp&#232;ces d'oiseaux ne volant pas, mesurant jusqu'&#224; trois m&#232;tres de haut et pesant jusqu'&#224; cinq cents kilos, comme les moas et les autruches, mais plus massivement construits, appel&#233;s aepyornis. Les reptiles consistaient en deux esp&#232;ces de tortues terrestres g&#233;antes, dont les carapaces pouvaient atteindre un m&#232;tre de long : elles avaient &#233;t&#233; autrefois tr&#232;s r&#233;pandues, comme l'indiquait l'abondance de leurs os. Par ailleurs, constituant une gamme encore plus diverse que ces grands oiseaux ou que ces grands reptiles, il y avait eu une douzaine d'esp&#232;ces de l&#233;muriens, dont la taille allait jusqu'&#224; celle du gorille, toutes &#233;tant plus grandes ou au moins aussi grandes que les plus grandes esp&#232;ces de l&#233;muriens actuelles. Si l'on en juge d'apr&#232;s les petites dimensions des orbites oculaires observ&#233;es sur leurs cr&#226;nes fossiles, toutes les esp&#232;ces &#233;teintes de l&#233;muriens, ou la plupart d'entre elles, &#233;taient probablement diurnes et non pas nocturnes. Certaines d'entre elles vivaient &#224; l'&#233;vidence sur le sol comme les babouins, tandis que d'autres grimpaient aux arbres, comme les orangs-outangs ou les koalas.&lt;br class='manualbr' /&gt;De plus, on a trouv&#233; aussi &#224; Madagascar les os d'une esp&#232;ce &#233;teinte d'hippopotame dite &#171; pygm&#233;e &#187;, car ses dimensions s'apparentaient &#224; celles d'un bovin, ceux d'un oryct&#233;rope et ceux d'un grand carnivore apparent&#233; &#224; la mangouste, mais construit comme un puma ayant de courtes pattes. Ces grands animaux aujourd'hui &#233;teints avaient repr&#233;sent&#233; autrefois &#224; Madagascar les &#233;quivalents fonctionnels de ces remarquables mammif&#232;res actuels qui font l'attraction touristique des grandes r&#233;serves africaines (de la m&#234;me mani&#232;re qu'en Nouvelle-Z&#233;lande, nous l'avons vu, les moas et d'autres oiseaux avaient &#233;galement tenu ces r&#244;les). Les tortues, les aepyornis et les hippopotames pygm&#233;es avaient occup&#233; la place des herbivores tels que les antilopes et les z&#232;bres ; les l&#233;muriens, celle des babouins et des grands singes ; et le carnivore apparent&#233; &#224; la mangouste, celle du l&#233;opard ou d'un petit lion.&lt;br class='manualbr' /&gt;Qu'est-il arriv&#233; &#224; tous ces mammif&#232;res, reptiles et oiseaux, aujourd'hui &#233;teints ? Nous pouvons &#234;tre tout &#224; fait s&#251;rs qu'au moins certains d'entre eux &#233;taient encore vivants lorsque d&#233;barqu&#232;rent les premiers Malgaches : les traces arch&#233;ologiques montrent que ceux-ci se servirent des coquilles d'oeuf comme de r&#233;cipients pouvant contenir de l'eau et qu'ils d&#233;bit&#232;rent des carcasses d'hippopotames pygm&#233;es et de quelques autres esp&#232;ces, amassant leurs ossements dans des d&#233;charges. En outre, on a retrouv&#233; les os de toutes les autres esp&#232;ces &#233;teintes dans des sites fossilif&#232;res vieux de quelques milliers d'ann&#233;es seulement. Puisqu'elles avaient v&#233;cu jusque-l&#224; pendant des millions d'ann&#233;es, il n'est gu&#232;re vraisemblable que ces esp&#232;ces aient pr&#233;vu le moment o&#249; arriveraient des &#234;tres humains affam&#233;s et qu'elles aient alors d&#233;cid&#233; de s'&#233;teindre toutes ensemble, juste avant. Il se pourrait en r&#233;alit&#233; que quelques-unes, retranch&#233;es dans des recoins inaccessibles de Madagascar, aient encore v&#233;cu &#224; l'arriv&#233;e des Europ&#233;ens. Le gouverneur fran&#231;ais &#201;tienne de Flacourt a rapport&#233;, au )(vif si&#232;cle, des r&#233;cits d'indig&#232;nes d&#233;crivant un animal ressemblant &#224; un l&#233;murien de la taille d'un gorille. Les aepyornis ont peut-&#234;tre v&#233;cu assez longtemps pour avoir &#233;t&#233; connus des commer&#231;ants arabes de l'oc&#233;an Indien et donn&#233; naissance &#224; l'histoire de l'oiseau g&#233;ant appel&#233; roc dans la l&#233;gende de Sindbad le marin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans ce conte des Mille et Une Nuits (traduction d'Antoine Galland), (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il est certain que quelques-uns, voire la totalit&#233;, des g&#233;ants aujourd'hui disparus de Madagascar ont &#233;t&#233; extermin&#233;s par les premiers Malgaches. Il n'est pas difficile de comprendre pourquoi les aepyornis se sont &#233;teints, puisque leurs oeufs pouvaient constituer de bien utiles r&#233;cipients de huit litres. Les Malgaches &#233;taient des pasteurs et des p&#234;cheurs, et non des chasseurs de grand gibier, mais les autres grands animaux, outre les aepyornis, ont sans doute constitu&#233; des proies faciles &#224; attraper, &#224; l'instar des moas en Nouvelle-Z&#233;lande, puisqu'ils n'avaient jamais vu d'&#234;tres humains auparavant. C'est sans doute pourquoi les grands l&#233;muriens, faciles &#224; rep&#233;rer et &#224; abattre, susceptibles de fournir beaucoup de viande en raison de leurs dimensions, se sont tous &#233;teints, tandis que les l&#233;muriens de petite taille, nocturnes et arboricoles, ont tous persist&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Cependant, il est probable que la chasse n'a pas &#233;t&#233; le facteur le plus important dans la disparition des grands animaux &#224; Madagascar ; les autres activit&#233;s des premiers Malgaches en ont sans doute tu&#233; indirectement et involontairement un plus grand nombre. Ainsi les milieux habit&#233;s par ces animaux ont probablement &#233;t&#233; ravag&#233;s par les incendies de for&#234;t allum&#233;s pour d&#233;gager de nouveaux p&#226;turages ou pour stimuler la repousse de l'herbe chaque ann&#233;e. Les bovins et les ch&#232;vres, brouteurs d'herbe et de feuillages, ont &#233;galement contribu&#233; &#224; bouleverser les milieux en question, en m&#234;me temps qu'ils ont constitu&#233; des concurrents directs pour les tortues g&#233;antes et les aepyornis qui se nourrissaient d'herbe. Les premiers Malgaches ont aussi introduit sur l'&#238;le le chien et le porc, et ceux-ci ont sans doute d&#251; prendre pour proie les animaux vivant sur le sol, leurs petits et leurs oeufs. Lorsque les Portugais arriv&#232;rent &#224; Madagascar, il ne restait plus des aepyornis, qui avaient jadis &#233;t&#233; abondants, que des coquilles d'oeuf jonchant les plages, des squelettes enfouis dans le sol et le vague souvenir, dans la m&#233;moire collective des indig&#232;nes, d'un oiseau g&#233;ant appel&#233; roc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Madagascar et la Polyn&#233;sie ne constituent que des exemples bien &#233;tay&#233;s de ces s&#233;ries d'extinctions qui se sont d&#233;roul&#233;es probablement sur toutes les grandes &#238;les oc&#233;aniques colonis&#233;es par les &#234;tres humains, bien avant l'expansion mondiale des Europ&#233;ens des cinq cents derni&#232;res ann&#233;es. Toutes les &#238;les de ce genre, o&#249; l'&#233;volution des esp&#232;ces s'&#233;tait produite en l'absence de l'homme, ont poss&#233;d&#233; autrefois des esp&#232;ces uniques en leur genre de grands animaux, que les zoologistes actuels n'ont jamais vus vivants. Sur les &#238;les m&#233;diterran&#233;ennes, comme la Cr&#232;te ou Chypre, ont v&#233;cu jadis des hippopotames pygm&#233;es et des tortues g&#233;antes (&#224; l'instar de Madagascar), ainsi que des &#233;l&#233;phants et des cervid&#233;s nains. Aux Antilles, ont disparu des singes, des paresseux terrestres, un rongeur de la taille d'un ours et des rapaces nocturnes de diverses dimensions : normaux, g&#233;ants, colossaux et titanesques. Il para&#238;t vraisemblable que ces grands animaux (oiseaux, mammif&#232;res et tortues) ont succomb&#233; d'une fa&#231;on ou d'une autre aux premiers &#234;tres humains arriv&#233;s sur ces &#238;les m&#233;diterran&#233;ennes ou antillaises (dans ce dernier cas, il s'agissait d'Am&#233;rindiens). Ce ne sont d'ailleurs pas seulement les oiseaux, les mammif&#232;res et les tortues qui ont &#233;t&#233; victimes des arrivants : des l&#233;zards, des grenouilles, des escargots et m&#234;me de gros insectes ont &#233;galement disparu, repr&#233;sentant des milliers d'esp&#232;ces, lorsqu'on fait le bilan global de toutes les &#238;les oc&#233;aniques. Storrs Olson estime que ces extinctions insulaires repr&#233;sentent &#171; l'une des plus rapides et des plus profondes catastrophes biologiques de l'histoire du monde &#187;. Cependant, pour affirmer avec certitude que l'homme en a &#233;t&#233; responsable, il faut attendre que les ossements des derniers sp&#233;cimens de ces animaux et ceux des premiers &#234;tres humains arriv&#233;s sur ces &#238;les soient dat&#233;s avec autant d'exactitude qu'ils l'ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; &#224; Madagascar et en Polyn&#233;sie.&lt;br class='manualbr' /&gt;En plus de ces vagues d'extermination qui se sont d&#233;roul&#233;es sur les &#238;les &#224; des &#233;poques pr&#233;industrielles, il pourrait s'en &#234;tre produit d'autres sur les continents, frappant d'autres esp&#232;ces, &#224; des &#233;poques encore plus recul&#233;es. Il y a environ onze mille ans, &#224; peu pr&#232;s au moment o&#249;, semble-t-il, les plus lointains anc&#234;tres des Am&#233;rindiens ont atteint le Nouveau Monde, la plupart des grandes esp&#232;ces de mammif&#232;res se sont &#233;teintes dans toute l'Am&#233;rique, du Nord et du Sud. Une controverse fait rage depuis longtemps pour savoir s'ils ont &#233;t&#233; victimes des chasseurs am&#233;rindiens ou bien s'ils ont succomb&#233; &#224; un changement de climat survenu par hasard &#224; cette m&#234;me &#233;poque. J'expliquerai dans le prochain chapitre pourquoi je pense personnellement que les chasseurs ont &#233;t&#233; les responsables de cette vague d'extinction. Cependant, dans le cas d'&#233;v&#233;nements qui se sont produits il y a onze mille ans, il est bien plus difficile de pr&#233;ciser leurs dates et d'identifier leurs causes que dans le cas de ceux survenus plus r&#233;cemment, comme le massacre des moas par les Maoris, au cours du dernier mill&#233;naire. De m&#234;me, dans les cinquante derniers mill&#233;naires, l'Australie a &#233;t&#233; colonis&#233;e par les anc&#234;tres des actuels aborig&#232;nes et a perdu la plupart de ses esp&#232;ces de grands animaux. Parmi ceux-ci figuraient le kangourou g&#233;ant, le &#171; lion marsupial &#187; et le &#171; rhinoc&#233;ros marsupial &#187; (appel&#233; le diprotodonte), ainsi que des l&#233;zards g&#233;ants, des serpents, des crocodiles et des oiseaux. Mais nous ne savons toujours pas si l'arriv&#233;e de l'homme en Australie a &#233;t&#233;, d'une fa&#231;on ou d'une autre, la cause de la disparition des grands animaux sur ce continent. Bien qu'il soit &#224; peu pr&#232;s certain &#224; pr&#233;sent que les premiers &#234;tres humains qui sont arriv&#233;s dans les &#238;les aux &#233;poques pr&#233;industrielles y ont provoqu&#233; des ravages chez les esp&#232;ces qui y vivaient, les scientifiques n'ont toujours pas rendu un verdict sur le point de savoir si la m&#234;me chose s'est aussi produite sur les continents, que ce soit en Australie ou en Am&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#226;ge d'or suppos&#233; n'a pas seulement &#233;t&#233; scand&#233; par des exterminations d'esp&#232;ces, mais tout autant par des destructions de biotopes. On peut citer trois exemples spectaculaires, qui constituent de c&#233;l&#232;bres &#233;nigmes arch&#233;ologiques : les statues g&#233;antes de l'&#238;le de P&#226;ques, les pueblos abandonn&#233;s du Sud-Ouest am&#233;ricain et les ruines de P&#233;tra.&lt;br class='manualbr' /&gt;Une aur&#233;ole de myst&#232;re entoure l'&#238;le de P&#226;ques depuis qu'elle a &#233;t&#233; &#171; d&#233;couverte &#187; par l'explorateur hollandais Jakob Roggeveen en 1722. Situ&#233;e dans le Pacifique, &#224; trois mille six cents kilom&#232;tres &#224; l'ouest du Chili, elle est encore plus &#233;loign&#233;e de tout que l'&#238;le de Henderson. Des centaines de statues, pesant jusqu'&#224; quatre-vingt-cinq tonnes et mesurant jusqu'&#224; dix m&#232;tres de haut, y ont &#233;t&#233; sculpt&#233;es dans des carri&#232;res de roches volcaniques, puis d'une fa&#231;on ou d'une autre transport&#233;es sur plusieurs kilom&#232;tres et mises en position redress&#233;e sur des plates-formes, sans que les hommes ayant effectu&#233; ce travail se soient servis d'outils de m&#233;tal ou de roues et sans qu'ils aient fait appel &#224; d'autre &#233;nergie que musculaire. Plus nombreuses encore sont les statues non termin&#233;es dans les carri&#232;res, ou gisant abandonn&#233;es entre les carri&#232;res et les plates-formes. Le spectacle s'offrant aux yeux des visiteurs d'aujourd'hui donne l'impression d'un arr&#234;t brutal de toute activit&#233; de la part des sculpteurs et des transporteurs, lesquels semblent s'&#234;tre brusquement &#233;clips&#233;s, laissant derri&#232;re eux un paysage &#233;trangement silencieux.&lt;br class='manualbr' /&gt;Lorsque Roggeveen est arriv&#233;, de nombreuses statues &#233;taient encore debout, mais plus aucune n'&#233;tait en train d'&#234;tre sculpt&#233;e. Par la suite, celles qui &#233;taient dress&#233;es ont &#233;t&#233; d&#233;lib&#233;r&#233;ment renvers&#233;es par les habitants de l'&#238;le de P&#226;ques eux-m&#234;mes, de sorte qu'en 1840, plus aucune ne se trouvait en position &#233;rig&#233;e.&lt;br class='manualbr' /&gt;Comment ces &#233;normes statues avaient-elles &#233;t&#233; transport&#233;es et dress&#233;es sur leur plate-forme ? Pourquoi avaient-elles &#233;t&#233; renvers&#233;es ? Et pourquoi avait-on cess&#233; d'en sculpter ?&lt;br class='manualbr' /&gt;La premi&#232;re de ces questions fut r&#233;solue lorsque les habitants actuels de l'&#238;le de P&#226;ques montr&#232;rent &#224; Thor Heyerdahl comment leurs anc&#234;tres s'&#233;taient servis de rondins comme syst&#232;me de roulement pour transporter les statues, puis comme leviers pour les dresser. Les r&#233;ponses aux autres questions ont &#233;t&#233; fournies par des recherches arch&#233;ologiques et pal&#233;ontologiques ult&#233;rieures, qui ont r&#233;v&#233;l&#233; la tragique histoire de l'&#238;le de P&#226;ques. Lorsque les Polyn&#233;siens y &#233;taient arriv&#233;s vers 400 apr. J.-C., elle &#233;tait recouverte par la for&#234;t. Ces colons avaient d&#233;frich&#233; celle-ci progressivement afin d'am&#233;nager des jardins et pour obtenir les troncs n&#233;cessaires &#224; la fabrication de cano&#235;s et les rondins utilis&#233;s au transport et &#224; l'&#233;rection des statues. Vers 1500, la population avait atteint environ sept mille habitants (plus de 60 habitants au km2), mille statues environ avaient &#233;t&#233; sculpt&#233;es et trois cent vingt-quatre avaient &#233;t&#233; &#233;rig&#233;es. Mais la for&#234;t avait &#233;t&#233; compl&#232;tement d&#233;truite au point qu'il ne restait pas un seul arbre vivant.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'un des r&#233;sultats imm&#233;diats de ce d&#233;sastre &#233;cologique que l'homme s'infligea fut que les habitants de l'&#238;le n'eurent plus de rondins &#224; leur disposition pour transporter et &#233;riger les statues, de sorte qu'ils cess&#232;rent d'en sculpter. Mais la d&#233;forestation eut &#233;galement deux cons&#233;quences indirectes qui d&#233;termin&#232;rent l'apparition de la famine : d'une part, le sol subit une intense &#233;rosion, ce qui se traduisit par des r&#233;coltes de moins en moins abondantes ; d'autre part, l'absence de troncs pour construire des cano&#233;s eut pour cons&#233;quence l'arr&#234;t de la p&#234;che et, par suite, le tarissement des ressources en prot&#233;ines fournies par le poisson. L'&#238;le de P&#226;ques se trouva d&#233;sormais en situation de surpeuplement relativement &#224; ses ressources alimentaires, et la soci&#233;t&#233; insulaire s'effondra dans les atrocit&#233;s d'une guerre d'auto-extermination, o&#249; le cannibalisme tint sa part. Une caste guerri&#232;re se mit &#224; dominer ; les pointes de lance, fabriqu&#233;es en &#233;normes quantit&#233;s, vinrent &#224; joncher le pays ; les vaincus &#233;taient mang&#233;s ou r&#233;duits en esclavage ; les clans rivaux renvers&#232;rent r&#233;ciproquement leurs statues et les habitants se r&#233;fugi&#232;rent dans les grottes pour se prot&#233;ger. Cette &#238;le jadis prosp&#232;re, qui avait abrit&#233; l'une des civilisations les plus remarquables du monde, s'&#233;tait d&#233;grad&#233;e pour donner l'&#238;le de P&#226;ques que l'on conna&#238;t aujourd'hui : elle est caract&#233;ris&#233;e par une terre d&#233;nud&#233;e, jonch&#233;e de statues renvers&#233;es, qui ne nourrit plus qu'un tiers de la population ayant exist&#233; autrefois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre deuxi&#232;me exemple de destruction d'un biotope survenue &#224; l'&#232;re pr&#233;industrielle concerne l'effondrement de l'une des civilisations am&#233;rindiennes les plus &#233;volu&#233;es de l'Am&#233;rique du Nord. Lorsque les explorateurs espagnols arriv&#232;rent dans le sud-ouest des futurs &#201;tats-Unis, ils trouv&#232;rent de gigantesques habitations dot&#233;es de plusieurs &#233;tages &#8212; les pueblos &#8212;, abandonn&#233;es au milieu de d&#233;serts sans arbres. Ainsi, l'immeuble de six cent cinquante pi&#232;ces de Chaco Canyon au Nouveau-Mexique avait quatre &#233;tages et mesurait deux cents m&#232;tres de long sur cent m&#232;tres de large : c'est le plus grand immeuble qui ait &#233;t&#233; construit en Am&#233;rique du Nord avant l'&#233;dification des gratte-ciel &#8212; laquelle a &#233;t&#233; permise par la technologie de l'acier, &#224; la fin du xixe si&#232;cle. Les Indiens Navajo qui habitaient la r&#233;gion au moment de l'arriv&#233;e des Espagnols ne savaient plus rien des constructeurs disparus de ces pueblos, les appelant seulement &#171; Anasazi &#187;, ce qui voulait dire les &#171; Anciens &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les arch&#233;ologues ont &#233;tabli que la construction du pueblo de Chaco Canyon a d&#233;but&#233; vers 900 apr. J.-C., et que son occupation a cess&#233; au xne si&#232;cle. Pourquoi les Anasazi ont-ils &#233;rig&#233; une sorte de ville dans une r&#233;gion &#224; la terre d&#233;nud&#233;e, parfaitement inhospitali&#232;re ? O&#249; se sont-ils procur&#233; leur bois de chauffage et deux cent mille poutres de cinq m&#232;tres de long qu'ils ont utilis&#233;es pour soutenir les toits ? Pourquoi ont-ils abandonn&#233; cette ville qu'ils avaient b&#226;tie avec tant d'efforts ?&lt;br class='manualbr' /&gt;L'explication traditionnelle attribue l'abandon de Chaco Canyon &#224; la survenue d'une s&#233;cheresse (c'est l'&#233;quivalent de l'interpr&#233;tation qui rapporte l'extinction des aepyornis de Madagascar ou des moas de Nouvelle-Z&#233;lande &#224; un changement du climat). Cependant, les travaux des pal&#233;obotanistes Julio Betancourt, Thomas Van Devender et leurs coll&#232;gues ont conduit &#224; une interpr&#233;tation diff&#233;rente. Ces derniers ont recouru &#224; une ing&#233;nieuse technique pour r&#233;v&#233;ler la nature des changements qui ont affect&#233; la v&#233;g&#233;tation de Chaco Canyon avec le temps. Ils se sont fond&#233;s sur les moeurs d'un petit rongeur, le n&#233;otome : cet animal amasse des plantes et d'autres mat&#233;riaux dans des recoins (appel&#233;s des d&#233;charges) qu'il finit par abandonner apr&#232;s cinquante &#224; cent ans, mais dont le contenu se conserve bien dans les conditions du d&#233;sert. De ce fait, de nombreux si&#232;cles plus tard, il est possible d'identifier les plantes contenues dans ces d&#233;charges et de les dater par le carbone 14 radioactif. Ainsi, chacun de ces amas dus au n&#233;otome permet d'observer un &#233;chantillon de la v&#233;g&#233;tation locale &#224; un moment donn&#233; de l'histoire de la r&#233;gion.&lt;br class='manualbr' /&gt;Gr&#226;ce &#224; cette technique, Julio Betancourt et Thomas Van Devender ont pu reconstituer les &#233;v&#233;nements survenus &#224; Chaco Canyon. &#192; l'&#233;poque o&#249; le pueblo &#233;t&#233; construit, il n'&#233;tait pas entour&#233; par une terre d&#233;nud&#233;e, mais par des bois de pins pignons et de gen&#233;vriers, et un peu plus loin, par une for&#234;t de pins &#224; bois massif. Cette d&#233;couverte a permis de r&#233;soudre d'un coup plusieurs myst&#232;res : l'origine du bois de chauffage et du bois de construction fut cern&#233;e, et le paradoxe apparent d'une civilisation &#233;volu&#233;e qui s'&#233;tait &#233;tablie dans une sorte de d&#233;sert s'est donc trouv&#233; &#233;clairci. Au cours du temps, cependant, les bois et la for&#234;t entourant le pueblo de Chaco Canyon ont progressivement &#233;t&#233; abattus jusqu'&#224; ne laisser que cette terre d&#233;nud&#233;e que nous connaissons aujourd'hui. D&#232;s lors, les Anasazi ont &#233;t&#233; oblig&#233;s d'aller jusqu'&#224; quinze kilom&#232;tres de leur pueblo pour trouver du bois de chauffage et jusqu'&#224; quarante kilom&#232;tres pour se procurer les poutres de construction en pin massif. Lorsque la for&#234;t fournissant ce bois s'est trouv&#233;e &#233;puis&#233;e &#224; son tour, ils construisirent un syst&#232;me de routes complexe pour tra&#238;ner jusqu'au pueblo, en ne faisant appel qu'&#224; la seule force de leurs muscles, les troncs de sapin et d'&#233;pic&#233;a obtenus sur les pentes des montagnes situ&#233;es &#224; quatre-vingts kilom&#232;tres de l&#224;. Les Anasazi r&#233;ussirent dans un premier temps &#224; r&#233;soudre les probl&#232;mes de l'agriculture en milieu sec, en construisant un syst&#232;me d'irrigation qui permettait de faire s'&#233;couler toute l'eau disponible dans le bas des vall&#233;es. Mais la d&#233;forestation accrut progressivement l'&#233;rosion et la d&#233;perdition d'eau, tandis que les canaux d'irrigation se transform&#232;rent graduellement en petits ravins, de sorte que le niveau hydrographique de base s'est probablement stabilis&#233; en dessous des champs cultiv&#233;s par les Anasazi : d&#232;s lors, l'irrigation est devenue impossible, &#224; moins de disposer de pompes. Ainsi, s'il est vrai que la s&#233;cheresse a pu jouer un certain r&#244;le en poussant les Anasazi &#224; abandonner Chaco Canyon, le facteur principal fut en r&#233;alit&#233; la catastrophe &#233;cologique qu'ils caus&#232;rent eux-m&#234;mes et &#224; leurs propres d&#233;pens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre dernier exemple de destruction de biotopes aux &#233;poques pr&#233;industrielles porte sur le d&#233;placement progressif du centre du pouvoir dans les anciennes civilisations occidentales. Le premier centre de pouvoir et d'innovation a &#233;t&#233; le Moyen-Orient : cette r&#233;gion a &#233;t&#233; le point de d&#233;part de nombreuses techniques et institutions, tels l'agriculture, la domestication des animaux, l'&#233;criture, l'&#201;tat imp&#233;rial, le char de bataille, et bien d'autres. La supr&#233;matie est pass&#233;e successivement de l'Assyrie &#224; Babylone, &#224; la Perse, et occasionnellement &#224; l'&#201;gypte ou &#224; la Turquie, mais est d'abord rest&#233;e au Moyen-Orient ou dans son voisinage imm&#233;diat. Avec la conqu&#234;te de l'Empire perse par Alexandre le Grand, la supr&#233;matie s'est finalement d&#233;plac&#233;e vers l'ouest, d'abord en Gr&#232;ce, puis &#224; Rome, et plus tard en Europe de l'Ouest et du Nord. Pourquoi le Moyen-Orient, la Gr&#232;ce et Rome ont-ils successivement perdu la premi&#232;re place ? (L'importance que rev&#234;t aujourd'hui le Moyen-Orient n'est que transitoire et ne repose que sur le p&#233;trole ; elle fait ressortir, par contraste, les lacunes actuelles de cette r&#233;gion dans d'autres domaines.) Pourquoi compte-t-on au nombre des grandes puissances d'aujourd'hui les Etats-Unis, la Russie, l'Allemagne, l'Angleterre, le Japon ou la Chine, mais plus du tout la Gr&#232;ce ni la Perse ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce d&#233;placement g&#233;ographique du centre du pouvoir est un ph&#233;nom&#232;ne de trop grande amplitude et il s'est r&#233;alis&#233; sur de trop grandes dur&#233;es pour qu'il soit attribuable &#224; un accident. En fait, il semble bien que chacun des anciens centres de civilisation &#233;num&#233;r&#233;s ci-dessus ait tour &#224; tour sap&#233; la base de ses ressources. Le Moyen-Orient et les bords de la M&#233;diterran&#233;e n'ont pas toujours &#233;t&#233; caract&#233;ris&#233;s par ces paysages d&#233;grad&#233;s qu'on leur conna&#238;t aujourd'hui. Dans les temps anciens, une grande partie de cette r&#233;gion &#233;tait luxuriante et pr&#233;sentait des collines bois&#233;es et de fertiles vall&#233;es. Des milliers d'ann&#233;es de d&#233;forestation, de surp&#226;turage, d'&#233;rosion et d'envasement des vall&#233;es ont converti les terres de ce lieu d'origine de la civilisation occidentale en ces paysages relativement d&#233;sol&#233;s, secs et st&#233;riles qui y dominent aujourd'hui. Les prospections arch&#233;ologiques ont r&#233;v&#233;l&#233; que la Gr&#232;ce antique a connu plusieurs cycles d'expansion d&#233;mographique, chacun s'&#233;tant termin&#233; par un effondrement de civilisation et par l'abandon des lieux habit&#233;s. Durant les phases d'expansion, des terrasses et des barrages &#233;taient am&#233;nag&#233;s, qui prot&#233;geaient initialement les terres ; mais par la suite, la d&#233;forestation, le d&#233;frichage des fortes pentes &#224; des fins agricoles, le surp&#226;turage par un b&#233;tail trop nombreux, le renouvellement trop rapide des moissons ont constitu&#233; autant de facteurs de d&#233;t&#233;rioration grave du milieu. Chaque fois, cela s'est traduit par l'&#233;rosion massive des collines, l'inondation des vall&#233;es et l'effondrement de la soci&#233;t&#233; humaine locale. Un &#233;v&#233;nement de ce genre a accompagn&#233; la chute, &#224; moins qu'elle ne l'ait provoqu&#233;e, apparemment incompr&#233;hensible en dehors de ce contexte, de la magnifique civilisation de Myc&#232;nes, laissant la Gr&#232;ce antique retourner pendant plusieurs si&#232;cles &#224; l'obscurit&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les textes &#233;crits &#224; cette &#233;poque et les traces arch&#233;ologiques viennent &#233;tayer l'hypoth&#232;se de graves destructions du milieu durant l'Antiquit&#233;. Mais si l'on pouvait disposer d'une petite s&#233;rie de photographies, elles constitueraient des confirmations bien plus d&#233;cisives que toutes les preuves fournies par les anecdotes. Si nous avions des instantan&#233;s de la m&#234;me colline grecque pris &#224; des intervalles d'un millier d'ann&#233;es, nous pourrions y reconna&#238;tre les plantes, mesurer la couverture v&#233;g&#233;tale du sol et calculer l'ampleur du changement qui a men&#233; de la for&#234;t &#224; une v&#233;g&#233;tation arbustive r&#233;sistante aux ch&#232;vres. Nous pourrions &#233;valuer le degr&#233; de d&#233;gradation de l'environnement en fonction du temps.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les d&#233;charges de certains rongeurs viennent de nouveau &#224; notre secours. Certes, on ne trouve pas d'esp&#232;ce du type du n&#233;otome au Moyen-Orient, mais il y existe de petits animaux de la taille d'un lapin, ressemblant &#224; des marmottes, appel&#233;s damans. Ces animaux constituent des d&#233;charges semblables &#224; celles du n&#233;otome (si surprenant que cela paraisse, les plus proches apparent&#233;s des damans semblent &#234;tre les &#233;l&#233;phants). Trois scientifiques de l'universit&#233; de l'Arizona, Patricia Fall, Cynthia Lindquist et Steven Falconer, ont &#233;tudi&#233; les d&#233;charges des damans sur le site de la c&#233;l&#232;bre ville abandonn&#233;e de P&#233;tra, en Jordanie, laquelle illustre parfaitement la m&#233;saventure qui a frapp&#233; l'ensemble de la civilisation occidentale antique. P&#233;tra, cit&#233; autrefois prosp&#232;re, n'a pas &#233;t&#233; &#233;difi&#233;e dans le milieu d&#233;sol&#233; d'aujourd'hui. Il y avait eu un village au n&#233;olithique, pr&#232;s du site de P&#233;tra, avant 7000 av. J.-C., et l'agriculture et l'&#233;levage y avaient bient&#244;t &#233;t&#233; pratiqu&#233;s. Capitale du royaume des Nabat&#233;ens, P&#233;tra est devenue, vers 500 av. J.-C., un grand centre commercial contr&#244;lant les &#233;changes entre l'Europe, l'Arabie et l'Orient, et fut encore plus grande et plus riche du temps des Romains, puis de Byzance. Mais elle fut ensuite abandonn&#233;e et compl&#232;tement oubli&#233;e au point qu'il fallut attendre 1812 avant qu'elle ne soit red&#233;couverte. La cause de la chute se lit dans les d&#233;charges des damans o&#249; l'on trouve les restes de tr&#232;s nombreuses esp&#232;ces de plantes &#8212; jusqu'&#224; une centaine. Les chercheurs ont pu comparer les proportions des diff&#233;rents pollens pr&#233;valant dans chacune de ces d&#233;charges avec celles qui existent dans les biotopes d'aujourd'hui. Ils ont pu ainsi estimer quelle &#233;tait la nature de la flore qui caract&#233;risait le milieu &#224; l'&#233;poque o&#249; vivaient les damans. Sur la base de ces observations, ils ont &#233;tabli quelle sorte de trajectoire a suivie la d&#233;gradation du milieu entourant P&#233;tra.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le climat de cette contr&#233;e est de type &#171; m&#233;diterran&#233;en sec &#187;, assez semblable &#224; celui qui pr&#233;vaut dans la r&#233;gion de montagnes bois&#233;es qui s'&#233;tend derri&#232;re chez moi &#224; Los Angeles. &#192; l'origine, il semble que la v&#233;g&#233;tation &#233;tait constitu&#233;e par des bois o&#249; dominaient le ch&#234;ne et le pistachier. Les chercheurs ont constat&#233; qu'&#224; l'&#233;poque de Rome et de Byzance la plupart des arbres avaient &#233;t&#233; abattus et que l'environnement s'&#233;tait d&#233;grad&#233; en une steppe. Dans le pollen retrouv&#233; dans les d&#233;charges des damans, celui provenant des arbres ne repr&#233;sente alors plus que 18 pour cent du total, le reste &#233;tant issu de plantes herbac&#233;es ou arbustives. (Par comparaison, les arbres fournissent de 40 &#224; 85 pour cent du pollen dans les for&#234;ts m&#233;diterran&#233;ennes actuelles, et 18 pour cent dans les steppes arbor&#233;es actuelles.) En 900 apr. J.-C., quelques si&#232;cles apr&#232;s la fin du r&#232;gne de Byzance sur P&#233;tra, les deux tiers des arbres qui restaient encore avaient disparu. M&#234;me les arbrisseaux, les plantes herbac&#233;es et les gramin&#233;es avaient d&#233;clin&#233;, de sorte que l'environnement s'&#233;tait transform&#233; en ce paysage d&#233;sertique que l'on voit aujourd'hui. Les rares arbres qui subsistent encore de nos jours risquent d'&#234;tre attaqu&#233;s par les ch&#232;vres au niveau de leurs branches inf&#233;rieures et se trouvent donc &#233;parpill&#233;s sur des falaises ou des lieux difficilement accessibles &#224; ces ongul&#233;s.&lt;br class='manualbr' /&gt;En mettant en parall&#232;le ces donn&#233;es fournies par les d&#233;charges des damans avec celles de l'arch&#233;ologie et de la litt&#233;rature, on peut retracer ainsi la chute de la cit&#233; : des temps n&#233;olithiques &#224; ceux des Empires romain et byzantin, la d&#233;forestation a &#233;t&#233; provoqu&#233;e par le d&#233;frichage des terres &#224; des fins agricoles, par le p&#226;turage des ch&#232;vres et des moutons, ainsi que par l'abattage des arbres pour obtenir du bois de chauffage et du bois de construction pour les maisons. Ces derni&#232;res, d&#232;s le n&#233;olithique, &#233;taient non seulement soutenues par d'&#233;normes poutres, mais exigeaient chacune jusqu'&#224; treize tonnes de bois de chauffage, pour fabriquer le pl&#226;tre par cuisson &#224; partir du gypse recouvrant leurs murs et leur plafond. L'explosion d&#233;mographique &#224; l'&#233;poque des empires a acc&#233;l&#233;r&#233; le rythme de la d&#233;forestation et du surp&#226;turage. De plus, les vergers et la ville elle-m&#234;me n&#233;cessit&#232;rent des syst&#232;mes complexes de canaux et de citernes pour faire circuler et stocker l'eau.&lt;br class='manualbr' /&gt;Apr&#232;s la chute de l'Empire byzantin, les vergers furent abandonn&#233;s et l'effectif de la population s'effondra ; mais la d&#233;gradation de l'environnement continua, dans la mesure o&#249; les habitants restants devinrent encore plus d&#233;pendants de leurs troupeaux. Les ch&#232;vres insatiables s'attaqu&#232;rent aux arbrisseaux, aux gramin&#233;es et aux plantes herbac&#233;es. Le gouvernement ottoman fut responsable, avant la Premi&#232;re Guerre mondiale, de la d&#233;cimation du dernier peuplement d'arbres restants, afin d'obtenir le bois n&#233;cessaire &#224; la construction du chemin de fer du Hedjaz&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Hedjaz est une r&#233;gion c&#244;ti&#232;re au nord de l'Arabie Saoudite. (La Mecque, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Comme beaucoup d'autres cin&#233;philes, j'ai passionn&#233;ment suivi les aventures de Lawrence d'Arabie (interpr&#233;t&#233; par Peter O'Toole) &#224; la t&#234;te de la gu&#233;rilla men&#233;e par les Arabes contre les Turcs, au point de palpiter avec toute la salle lorsqu'en Technicolor et sur grand &#233;cran Lawrence fait pr&#233;cis&#233;ment sauter ce chemin de fer ; nul n'imaginait alors, parmi les spectateurs, que nous assistions au dernier stade de la destruction des for&#234;ts de P&#233;tra.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'image de paysage d&#233;vast&#233; autour de P&#233;tra constitue une m&#233;taphore du destin qui a frapp&#233; tout le berceau de la civilisation occidentale. Le milieu entourant cette ville, situ&#233;e au carrefour des principales routes commerciales du monde, ne pouvait absolument plus subvenir &#224; ses besoins, tout comme celui entourant Pers&#233;polis a &#233;t&#233; incapable de subvenir, &#224; partir d'un certain moment, &#224; ceux de cette superpuissance qu'a &#233;t&#233; jadis l'Empire perse. Les ruines de ces villes et d'Ath&#232;nes et de Rome constituent des messages nous rappelant que ces &#201;tats ont un jour sap&#233; leurs propres bases d'existence. Les civilisations m&#233;diterran&#233;ennes ne sont pas les seules parmi celles qui ont connu l'&#233;criture &#224; avoir r&#233;alis&#233; un suicide &#233;cologique. La chute de la civilisation maya en Am&#233;rique centrale et celle de la civilisation d'Harappa&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La civilisation d'Harappa, dite aussi &#171; civilisation de l'Indus &#187;, connut (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; dans la vall&#233;e de l'Indus, en Inde, correspondent &#224; l'&#233;vidence &#224; des d&#233;sastres &#233;cologiques provoqu&#233;s par une expansion d&#233;mographique surpassant les possibilit&#233;s de l'environnement. Bien que l'enseignement de l'histoire dans les &#233;coles mette souvent l'accent sur les dynasties et les invasions par les barbares, il se pourrait que, sur le long terme, la d&#233;forestation et l'&#233;rosion aient jou&#233; un r&#244;le plus important que ces facteurs dans l'&#233;volution historique de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment, d&#232;s lors, concilier les r&#233;centes d&#233;couvertes sur les catastrophes &#233;cologiques du pass&#233;, qui obligent &#224; conclure que l'&#226;ge d'or souvent invoqu&#233; par les &#233;cologistes est vraisemblablement un mythe (assur&#233;ment toutes les esp&#232;ces n'ont pas &#233;t&#233; extermin&#233;es, et tous les milieux naturels n'ont pas &#233;t&#233; d&#233;truits, de sorte que les d&#233;sastres du pass&#233; n'ont pas eu un caract&#232;re total), avec la conservation des esp&#232;ces observ&#233;e chez de tr&#232;s nombreux peuples pr&#233;industriels d'aujourd'hui ?&lt;br class='manualbr' /&gt;On peut consid&#233;rer que les vieilles soci&#233;t&#233;s &#233;galitaristes de petite dimension ont tendu &#224; inventer des pratiques &#233;cologiques (visant &#224; la conservation des milieux et des esp&#232;ces), parce que au fil de leur longue histoire elles ont dispos&#233; de beaucoup de temps pour bien conna&#238;tre leur environnement local et percevoir o&#249; &#233;tait leur propre int&#233;r&#234;t. &#192; l'inverse, les catastrophes sont survenues lorsque des peuples se sont mis &#224; coloniser des milieux qu'ils ne connaissaient pas (comme les Maoris lorsqu'ils sont arriv&#233;s en Nouvelle-Z&#233;lande ou les Pascuans sur l'&#238;le de P&#226;ques) ; ou lorsque des peuples se sont d&#233;velopp&#233;s en bordure d'une nouvelle r&#233;gion et qu'ils ont &#233;t&#233; oblig&#233;s de s'y introduire d&#232;s l'instant o&#249; ils avaient d&#233;t&#233;rior&#233; la r&#233;gion pr&#233;c&#233;dente (comme cela a &#233;t&#233; le cas pour les anc&#234;tres des Indiens quand ils ont atteint l'Am&#233;rique) ; ou lorsque des peuples ont acquis une nouvelle technologie et qu'ils n'ont pas eu le temps d'en mesurer les potentialit&#233;s destructrices (comme c'est le cas actuellement des N&#233;o-Guin&#233;ens qui sont en train de d&#233;cimer les populations de pigeons avec des fusils de chasse). On peut &#233;galement dire que des catastrophes ont &#233;galement toutes chances de se produire dans les &#201;tats centralis&#233;s o&#249; la richesse est concentr&#233;e entre les mains de souverains qui n'ont pas de contact personnel avec l'environnement. Et certaines esp&#232;ces et certains biotopes sont plus vuln&#233;rables que d'autres : pour les esp&#232;ces, cela a &#233;t&#233; le cas des oiseaux ne volant pas et n'ayant jamais rencontr&#233; d'&#234;tres humains (tels les moas ou les aepyornis). Pour les biotopes, cela a &#233;t&#233; le cas des milieux secs, fragiles et ne tol&#233;rant aucune d&#233;t&#233;rioration, au sein desquels les civilisations m&#233;diterran&#233;enne ou anasazi se sont d&#233;velopp&#233;es.&lt;br class='manualbr' /&gt;Peut-on tirer des le&#231;ons pratiques de ces r&#233;centes d&#233;couvertes arch&#233;ologiques ? On consid&#232;re souvent que l'arch&#233;ologie est une discipline universitaire sans grande importance pour la soci&#233;t&#233; ; en raison de ce statut, son budget est le premier &#224; &#234;tre r&#233;duit d&#232;s qu'il faut diminuer les d&#233;penses allou&#233;es par le gouvernement &#224; l'&#233;ducation. La recherche arch&#233;ologique est cependant l'un des meilleurs outils de pr&#233;diction et d'&#233;valuation dont puissent disposer les autorit&#233;s. Nous sommes actuellement en train de lancer dans le monde entier des programmes de d&#233;veloppement susceptibles de provoquer des d&#233;g&#226;ts irr&#233;versibles. Or, ils ne repr&#233;sentent que la r&#233;alisation, sur une plus grande &#233;chelle et avec plus d'efficacit&#233;, de programmes d&#233;j&#224; ex&#233;cut&#233;s dans le pass&#233;. Nous ne pouvons assur&#233;ment pas nous permettre de faire des exp&#233;riences consistant &#224; laisser se d&#233;velopper cinq r&#233;gions de cinq fa&#231;ons diff&#233;rentes pour voir lesquelles vont courir au d&#233;sastre et lesquelles vont s'&#233;panouir. En revanche, il est beaucoup moins co&#251;teux et risqu&#233; de financer des recherches arch&#233;ologiques ayant pour mission de d&#233;couvrir comment tel d&#233;veloppement &#233;conomique ou technologique s'est invers&#233; en catastrophe et de comprendre comment ne pas r&#233;p&#233;ter les m&#234;mes erreurs.&lt;br class='manualbr' /&gt;Un exemple &#233;clairera mon propos. Le Sud-Ouest am&#233;ricain poss&#232;de plus de deux cent cinquante mille kilom&#232;tres carr&#233;s de for&#234;ts de pins pignons et de gen&#233;vriers que nous sommes en train d'exploiter de plus en plus sous forme de bois de chauf fage. Malheureusement, les services forestiers des &#201;tats-Unis ne disposent pratiquement pas de donn&#233;es qui puissent les aider &#224; calculer le rythme des pr&#233;l&#232;vements admissibles, en fonction du rythme de r&#233;g&#233;n&#233;ration de ce type de for&#234;t. Or, les Anasazi ont d&#233;j&#224; r&#233;alis&#233; cette exp&#233;rience jadis et se sont tromp&#233;s, de sorte que cette v&#233;g&#233;tation ne s'est toujours pas r&#233;tablie dans le Chaco Canyon, apr&#232;s huit cents ans. Il serait moins co&#251;teux de financer des recherches arch&#233;ologiques pour retrouver &#224; quel rythme les Anasazi ont consomm&#233; leur bois de chauffage que de commettre la m&#234;me erreur qu'eux et transformer une r&#233;gion de deux cent cinquante mille kilom&#232;tres carr&#233;s en d&#233;sert, comme nous sommes peut-&#234;tre en train de le faire aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question la plus d&#233;licate est aujourd'hui pos&#233;e par la condamnation morale prof&#233;r&#233;e par les &#233;cologistes contre quiconque extermine les esp&#232;ces et d&#233;truit les biotopes. Les soci&#233;t&#233;s industrielles ont invoqu&#233; tous les pr&#233;textes imaginables pour d&#233;valoriser les peuples pr&#233;industriels, parant ainsi du sceau de la l&#233;gitimit&#233; le fait de les avoir extermin&#233;s et de s'&#234;tre empar&#233;s de leurs terres. Les r&#233;sultats dits &#171; nouveaux &#187;, qui mettent en &#233;vidence le massacre des moas et la destruction de la v&#233;g&#233;tation du Chaco Canyon, seraient-ils une nouvelle ruse de la raison raciste stigmatisant implicitement la conduite des Maoris et des Indiens &#224; seule fin de l&#233;gitimer ainsi le statut inf&#233;rieur qui leur est fait dans le monde d'aujourd'hui ?&lt;br class='manualbr' /&gt;&#192; dire vrai, il a toujours &#233;t&#233; difficile pour les &#234;tres humains de savoir &#224; quel rythme ils pouvaient se permettre de pr&#233;lever des ressources biologiques sans courir le risque de les &#233;puiser. Lorsque celles-ci s'amenuisent, ce fl&#233;chissement peut ne pas &#234;tre facile &#224; distinguer d'une fluctuation normale survenant au cours d'une ann&#233;e. Il est encore plus difficile d'estimer &#224; quel rythme des ressources nouvellement d&#233;couvertes sont engendr&#233;es par les processus naturels. Lorsque les signes de d&#233;clin commencent &#224; &#234;tre suffisamment clairs pour que tout le monde en soit convaincu, il se peut fort bien qu'il soit trop tard pour sauver une esp&#232;ce ou un biotope donn&#233;s. Par cons&#233;quent, on ne peut condamner moralement les peuples pr&#233;industriels qui ont sap&#233; leur propre base d'existence ; simplement, ils n'ont pas su r&#233;soudre un probl&#232;me &#233;cologique dont l'intelligence est v&#233;ritablement difficile. Assur&#233;ment, leur &#233;chec a eu des cons&#233;quences tragiques, puisqu'il a d&#233;termin&#233; l'effondrement du mode de vie qui leur &#233;tait fondamental Mais les &#233;checs tragiques de ce genre sont moralement condamnables seulement dans la mesure o&#249; les enjeux sont pr&#233;alablement connus. &#192; cet &#233;gard, il y a deux grandes diff&#233;rences entre les Indiens Anasazi et nous : nous poss&#233;dons la connaissance scientifique et nous avons des livres. Nous savons comment calculer la croissance d&#233;mographique admissible en fonction du rythme d'exploitation des ressources, eux ne le savaient pas. Nous pouvons lire dans les livres tout ce que l'on sait des d&#233;sastres &#233;cologiques du pass&#233;, eux ne le savaient pas. Et pourtant, notre g&#233;n&#233;ration continue &#224; chasser les baleines et &#224; d&#233;fricher les for&#234;ts tropicales humides comme si personne n'avait jamais chass&#233; les moas ou abattu les for&#234;ts de pins pignons et de gen&#233;vriers. On peut consid&#233;rer que le pass&#233; a &#233;t&#233;, en effet, un &#226;ge d'or, dans la mesure o&#249; il reposait sur l'ignorance, tandis que notre pr&#233;sent est un &#226;ge de plomb, qui a pour pilier la c&#233;cit&#233; volontaire.&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans ces conditions, il est inimaginable de voir la soci&#233;t&#233; moderne r&#233;p&#233;ter les erreurs de gestion &#233;cologique suicidaires qui ont &#233;t&#233; commises dans le pass&#233;, d'autant plus que des outils de destruction bien plus puissants se trouvent plac&#233;s entre un bien plus grand nombre de mains. C'est comme si nous n'avions pas vu se d&#233;rouler ce sc&#233;nario de nombreuses fois dans l'histoire humaine et que nous n'en connaissions pas l'in&#233;vitable r&#233;sultat. Le sonnet de Shelley, &#171; Ozymandias &#187;, pourrait &#233;voquer Pers&#233;polis tout aussi bien que la cit&#233; maya, Tikal, ou bien encore l'&#238;le de P&#226;ques. &#192; moins qu'il n'entrevoie les ruines que laissera derri&#232;re elle, peut-&#234;tre, notre propre civilisation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J'ai rencontr&#233; un voyageur venu d'une terre antique&lt;br class='manualbr' /&gt;Qui disait : &#8212; Deux jambes de pierre, vastes et sans tronc, Se dressent dans le d&#233;sert. Pr&#232;s d'elles, sur le sable,&lt;br class='manualbr' /&gt;Enfoui, g&#238;t un visage bris&#233;, dont le sourcil qui se fronce&lt;br class='manualbr' /&gt;Et la l&#232;vre pliss&#233;e, et le ricanement de froide autorit&#233; Disent que le sculpteur sut bien lire ces passions&lt;br class='manualbr' /&gt;Qui survivent encore, imprim&#233;es sur ces choses sans vie, A la main qui les imita, au coeur qui les nourrit.&lt;br class='manualbr' /&gt;Et sur le pi&#233;destal apparaissent ces mots :&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8212; Mon nom est Ozymandias, Roi des Rois ; Contemplez mes oeuvres, &#244; Puissants, et d&#233;sesp&#233;rez. &#8212;&lt;br class='manualbr' /&gt;Rien de plus ne reste. Autour de la ruine De ce colossal d&#233;bris, sans bornes et nus Les sables solitaires et unis s'&#233;tendent au loin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Ozymandias &#187;, in Les romantiques anglais, traduction de Pierre Messiaen, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb16-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Dans ce conte des &lt;i&gt;Mille et Une Nuits&lt;/i&gt; (traduction d'Antoine Galland), Sindbad, au cours de son deuxi&#232;me voyage, oubli&#233; par l'&#233;quipage sur une &#238;le o&#249; le vaisseau fit rel&#226;che, d&#233;couvre que la cause d'une obscurit&#233; soudaine est &#171; un oiseau d'une grandeur et d'une grosseur extraordinaires &#187; : &#171; Je me souvins d'un oiseau appel&#233; roc, dont j'avais souvent entendu parler aux matelots. &#187; En s'attachant &#224; l'un de ses pieds, Sindbad s'envolera le lendemain vers une autre terre. (Nd.T.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le Hedjaz est une r&#233;gion c&#244;ti&#232;re au nord de l'Arabie Saoudite. (La Mecque, notamment, y est situ&#233;e.) Le chemin de fer du Hedjaz reliait Damas (Syrie) &#224; M&#233;dine, une ville de cette r&#233;gion. (N.d.T.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La civilisation d'Harappa, dite aussi &#171; civilisation de l'Indus &#187;, connut son apog&#233;e entre 2500 et 1500 av. J.-C. (N.d.T.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Ozymandias &#187;, in &lt;i&gt;Les romantiques anglais&lt;/i&gt;, traduction de Pierre Messiaen, Paris, Descl&#233;e de Brouwer, 1955, p. 707-708. Les d&#233;bris de la statue d'Ozymandias &#224; Th&#232;bes (monarque assimil&#233; parfois &#224; Rams&#232;s II ou S&#233;sostris) portent l'inscription qui inspira Percy Bysshe Shelley : &#171; Je suis Ozymandias, roi des rois. Si vous voulez savoir combien je suis grand et o&#249; je repose, surpassez mes oeuvres. &#187;&lt;/i&gt; (N.d.T.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Cet &#226;ge d'or qui jamais n'exista (1/2)</title>
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		<dc:date>2014-04-14T20:57:32Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Antiquit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
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&lt;p&gt;Texte extrait du livre de Diamond Jared, &#171; Le troisi&#232;me chimpanz&#233; : Essai sur l'&#233;volution et l'avenir de l'animal humain &#187;, Gallimard 2000, p 361 - 394, Introduction &#224; la partie &#171; L'inversion brutale de notre essor &#187; et chapitre 17 &#171; Cet &#226;ge d'or qui jamais n'exista &#187;. Notre esp&#232;ce est d&#233;sormais au pinacle de ses effectifs d&#233;mographiques, de l'&#233;tendue de son aire de distribution g&#233;ographique et de ses capacit&#233;s d'action sur le monde. En outre, elle capte, aujourd'hui, la plus grande part (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-61-antiquite-+" rel="tag"&gt;Antiquit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-84-agriculture-+" rel="tag"&gt;Agronomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-88-primitivisme-+" rel="tag"&gt;Primitivisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-89-ecologie-+" rel="tag"&gt;&#201;cologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-110-anthropologie-+" rel="tag"&gt;Anthropologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-113-ecologisme-+" rel="tag"&gt;&#201;cologisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-118-aneantissement-+" rel="tag"&gt;An&#233;antissement / G&#233;nocide&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-174-diamond-j-+" rel="tag"&gt;Diamond J.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-213-prehistoire-+" rel="tag"&gt;Pr&#233;histoire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte extrait du livre de Diamond Jared, &#171; Le troisi&#232;me chimpanz&#233; : Essai sur l'&#233;volution et l'avenir de l'animal humain &#187;, Gallimard 2000, p 361 - 394, Introduction &#224; la partie &#171; L'inversion brutale de notre essor &#187; et chapitre 17 &#171; Cet &#226;ge d'or qui jamais n'exista &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Notre esp&#232;ce est d&#233;sormais au pinacle de ses effectifs d&#233;mographiques, de l'&#233;tendue de son aire de distribution g&#233;ographique et de ses capacit&#233;s d'action sur le monde. En outre, elle capte, aujourd'hui, la plus grande part du flux global d'&#233;nergie et de mati&#232;re produit sur la plan&#232;te. Tout cela marque un essor sans pr&#233;c&#233;dent. Or, tous ces acquis, nous sommes en train de les remettre en question bien plus rapidement que nous ne les avons obtenus. Nos capacit&#233;s d'action sur le monde menacent notre existence m&#234;me. Il se pourrait que nous nous exterminions nous-m&#234;mes d'un seul coup, &#224; moins que nous ne p&#233;rissions lentement, en raison du r&#233;chauffement plan&#233;taire, de la pollution, de la destruction des milieux habitables, de l'augmentation du nombre d'habitants parall&#232;lement &#224; la diminution des ressources alimentaires et de la disparition des autres esp&#232;ces qui sont &#224; l'origine de ces derni&#232;res. Tous ces probl&#232;mes sont-ils r&#233;ellement les nouveaux fruits de la r&#233;volution industrielle, comme on le suppose g&#233;n&#233;ralement ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Une id&#233;e tr&#232;s r&#233;pandue veut que les esp&#232;ces dans l'&#233;tat de nature vivent en &#233;quilibre les unes avec les autres et avec leur environnement. Les pr&#233;dateurs n'exterminent pas leurs proies, ni les herbivores ne surp&#226;turent leurs prairies. A ce compte, les &#234;tres humains seraient les seuls qui ne suivraient pas cette loi. Si tel &#233;tait le cas, nous ne saurions tirer aucune le&#231;on de l'observation de la nature.&lt;br class='manualbr' /&gt;De fait, dans les conditions naturelles et sauf en de rares occasions, l'extinction des esp&#232;ces n'est pas aussi rapide que celle &#224; laquelle nous proc&#233;dons &#224; notre &#233;poque. Au nombre des circonstances rares, il y a, &#233;videmment, l'&#233;pisode de mort en masse de tr&#232;s nombreuses esp&#232;ces, &#224; commencer par celle des dinosaures, advenue voil&#224; quelque soixante-cinq millions d'ann&#233;es, suite tr&#232;s probablement &#224; la collision de la Terre avec un ast&#233;ro&#239;de'. Puisque la multiplication des esp&#232;ces est un processus tr&#232;s lent, leur extinction doit, dans les conditions normales, &#234;tre tr&#232;s lente, sans quoi il n'existerait plus d'esp&#232;ces depuis longtemps. En d'autres termes, les esp&#232;ces vuln&#233;rables sont, toujours dans les conditions normales, rapidement &#233;limin&#233;es, et les esp&#232;ces que l'on voit persister dans la nature rel&#232;vent des esp&#232;ces robustes.&lt;br class='manualbr' /&gt;En d&#233;pit de la g&#233;n&#233;ralit&#233; de cette conclusion, les exemples d'esp&#232;ces qui en ont extermin&#233; d'autres abondent, en sorte que nous pouvons tirer de pertinents enseignements. Ainsi, presque tous ces cas d'extinction ont r&#233;sult&#233; de la combinaison de deux circonstances. D'abord, les esp&#232;ces exterminatrices venaient d'arriver dans des milieux o&#249; elles ne se rencontraient pas auparavant. Elles ont donc trouv&#233; devant elles des proies qui ne les connaissaient pas. Le temps que l'&#233;quilibre &#233;cologique s'&#233;tablisse, certaines de ces nouvelles proies ont &#233;t&#233; extermin&#233;es. Ensuite, les esp&#232;ces responsables de ces exterminations appartenaient &#224; la cat&#233;gorie des pr&#233;dateurs &#224; large spectre : il s'agissait, autrement dit, d'animaux qui ne sont pas sp&#233;cialis&#233;s dans la capture d'une seule et unique proie, mais peuvent faire leur miel de nombreuses proies diff&#233;rentes. Bien que les pr&#233;dateurs de ce type puissent exterminer &#224; un moment donn&#233; une esp&#232;ce de proie particuli&#232;re, ils parviennent &#224; survivre en se rabattant sur d'autres esp&#232;ces.
_Des exterminations de ce genre se sont souvent produites lorsque l'homme a, intentionnellement ou accidentellement, transf&#233;r&#233; une esp&#232;ce caract&#233;ristique d'une r&#233;gion donn&#233;e du globe dans une autre r&#233;gion. Au nombre des animaux qui en ont extermin&#233; d'autres, on trouve le rat, la ch&#232;vre, le porc, les fourmis, et m&#234;me les serpents. Ainsi, durant la Seconde Guerre mondiale, un serpent arboricole originaire de la r&#233;gion australienne a accidentellement &#233;t&#233; transport&#233; sur des bateaux ou dans des avions et atteint par ce biais l'&#238;le de Guam, dans le Pacifique, qui jusque-l&#224; &#233;tait d&#233;pourvue de serpents. Ce pr&#233;dateur a extermin&#233;, ou presque, la plupart des esp&#232;ces d'oiseaux vivant dans les for&#234;ts de l'&#238;le de Guam, pour la simple raison que ces esp&#232;ces n'avaient jamais eu jusqu'&#224; aujourd'hui l'occasion de d&#233;velopper des comportements de d&#233;fense contre les serpents&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur cet &#233;pisode, le lecteur pourra se r&#233;f&#233;rer &#224; l'ouvrage de David M. Raup, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ayant &#233;limin&#233; pratiquement tous les oiseaux pouvant lui servir de proie, ce reptile ne s'est pas pour autant mis en danger, car il est capable de se nourrir de rats, souris, musaraignes et l&#233;zards. Comme autre exemple, on peut citer le chat et le renard qui ont &#233;t&#233; introduits par l'homme en Australie et se sont r&#233;pandus en se nourrissant de petits rats et de marsupiaux indig&#232;nes &#224; l'Australie, sans mettre en danger leur base alimentaire, dans la mesure o&#249; il leur reste en abondance des lapins et d'autres esp&#232;ces comme sources possibles de nourriture.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'esp&#232;ce humaine est le parangon du pr&#233;dateur &#224; large spectre. Nous mangeons toutes sortes de choses, depuis les escargots et les algues jusqu'aux baleines, aux champignons et aux fraises. Nous pouvons surexploiter certaines esp&#232;ces au point de provoquer leur extinction, puis tout simplement passer &#224; une autre ressource alimentaire. C'est pourquoi des vagues d'extinction ont toujours suivi la p&#233;n&#233;tration de l'homme dans chaque r&#233;gion qu'il n'occupait pas jusque-l&#224;. Le dodo, dont le nom est devenu synonyme d'extinction, vivait autrefois sur l'&#238;le Maurice, dont les populations naturelles ont &#233;t&#233; gravement touch&#233;es &#224; la suite de la d&#233;couverte de l'&#238;le en 1507 : la moiti&#233; des esp&#232;ces d'oiseaux vivant sur la terre ferme ou sur les eaux douces s'y sont &#233;teintes. Le dodo, en particulier, &#233;tait un gros oiseau incapable de voler que les marins affam&#233;s pouvaient facilement capturer. De nombreuses esp&#232;ces d'oiseaux des &#238;les Hawa&#239; sont, de m&#234;me, mortes en masse, apr&#232;s que ces &#238;les eurent &#233;t&#233; d&#233;couvertes par les navigateurs polyn&#233;siens il y a quinze cents ans ; ce fut &#233;galement le cas des esp&#232;ces de grands mammif&#232;res d'Am&#233;rique, apr&#232;s que les anc&#234;tres des Am&#233;rindiens eurent p&#233;n&#233;tr&#233; sur ce continent il y a onze mille ans. Par ailleurs, dans des r&#233;gions occup&#233;es par l'homme depuis longtemps, des vagues d'extinction ont accompagn&#233; certains grands progr&#232;s effectu&#233;s dans la technologie de la chasse. Par exemple, les populations sauvages de l'oryx d'Arabie, une magnifique antilope du Proche-Orient, ont surv&#233;cu &#224; un million d'ann&#233;es de chasse par les hominid&#233;s, mais ont succomb&#233; d&#233;finitivement &#224; la suite de l'apparition des fusils &#224; grande port&#233;e en 1972.&lt;br class='manualbr' /&gt;On peut trouver de nombreux pr&#233;c&#233;dents animaux &#224; notre propension &#224; exterminer les esp&#232;ces dont nous nous nourrissons, tout en continuant &#224; subsister gr&#226;ce au changement de proies. Mais y a-t-il des ant&#233;c&#233;dents &#224; un cas de figure diff&#233;rent : une population animale qui d&#233;truit totalement sa base de subsistance, se condamnant ainsi elle-m&#234;me &#224; l'extinction ? Un &#233;v&#233;nement de ce genre n'est pas fr&#233;quent, car les effectifs des populations animales sont r&#233;gul&#233;s par de nombreux facteurs qui tendent automatiquement &#224; diminuer la natalit&#233; et &#224; augmenter la mortalit&#233; lorsque les animaux deviennent trop nombreux par rapport &#224; leurs ressources alimentaires (et vice versa lorsqu'ils sont clairsem&#233;s). Par exemple, la mortalit&#233; due &#224; des ph&#233;nom&#232;nes externes, comme les pr&#233;dateurs, les maladies, les parasites ou la famine, tend &#224; augmenter lorsque les populations atteignent une haute densit&#233;. Celle-ci modifie aussi le comportement des animaux, de telle sorte qu'ils pratiquent l'infanticide, retardent le moment de la reproduction et deviennent plus agressifs. Ces r&#233;ponses comportementales, associ&#233;es aux facteurs externes mentionn&#233;s, conduisent donc g&#233;n&#233;ralement &#224; r&#233;duire la population d'une esp&#232;ce animale donn&#233;e, diminuant ainsi la pression sur ses ressources alimentaires avant qu'elles ne soient &#233;puis&#233;es.&lt;br class='manualbr' /&gt;N&#233;anmoins, certaines populations animales se sont elles-m&#234;mes condamn&#233;es &#224; l'extinction en d&#233;truisant totalement leurs ressources. Vingt-neuf rennes ont &#233;t&#233; introduits en 1944 sur l'&#238;le de Saint Matthew dans la mer de B&#233;ring. Ils s'y sont multipli&#233;s jusqu'&#224; ce qu'en 1963 leurs descendants atteignent le nombre de six mille. Mais ces animaux se nourrissent de lichens &#224; croissante lente. Sur l'&#238;le de Saint Matthew, la population de ce v&#233;g&#233;tal n'a pas eu la possibilit&#233; de se r&#233;g&#233;n&#233;rer, &#224; la suite du broutage par le renne, car il &#233;tait impossible &#224; ce dernier de migrer. Lorsque survint en 1963-1964 un hiver particuli&#232;rement rude, tous les animaux moururent, &#224; l'exception de quarante et une femelles et d'un m&#226;le st&#233;rile : cette population &#233;tait donc condamn&#233;e &#224; s'&#233;teindre &#224; plus ou moins br&#232;ve &#233;ch&#233;ance, sur cette &#238;le jonch&#233;e de squelettes. Un exemple similaire s'est produit avec l'introduction du lapin dans l'&#238;le de Lisianski, &#224; l'ouest de Hawa&#239;, dans la premi&#232;re d&#233;cennie de ce si&#232;cle. En moins de dix ans, ces rongeurs se sont condamn&#233;s &#224; l'extinction, dans la mesure o&#249; ils ont consomm&#233; toutes les plantes de l'&#238;le, &#224; l'exception de deux pieds de volubilis et d'une planche de pieds de tabac.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ces exemples de suicide &#233;cologique, ainsi que d'autres similaires, ont donc port&#233; sur des populations qui ont soudainement &#233;t&#233; lib&#233;r&#233;es des facteurs habituels r&#233;gulant leurs effectifs. Les lapins et les rennes sont normalement la proie de pr&#233;dateurs, et, de plus, les rennes se servent sur les continents de la migration comme d'un r&#233;gulateur qui les fait quitter une r&#233;gion, de sorte que celle-ci peut r&#233;g&#233;n&#233;rer sa v&#233;g&#233;tation. Mais les &#238;les de Saint Matthew et de Lisianski n'avaient pas de pr&#233;dateurs, et la migration y &#233;tait impossible, de sorte que les rennes, de m&#234;me que les lapins, se nourrirent et se reproduisirent sans que rien ne vienne les freiner.
Or, &#224; l'&#233;vidence, l'esp&#232;ce humaine enti&#232;re s'est, elle aussi, r&#233;cemment affranchie des anciens facteurs limitant ses effectifs.&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous ne sommes plus soumis aux pr&#233;dateurs depuis longtemps ; la m&#233;decine du xxe si&#232;cle a consid&#233;rablement r&#233;duit la mortalit&#233; due aux maladies infectieuses ; et certaines des pratiques majeures de limitation de la d&#233;mographie, comme l'infanticide, la guerre chronique et l'abstinence sexuelle, sont devenues socialement inacceptables. La population humaine mondiale double maintenant &#224; peu pr&#232;s tous les trente-cinq ans. Certes, cela ne repr&#233;sente pas une vitesse d'accroissement d&#233;mographique aussi &#233;lev&#233;e que celle du renne &#224; Saint Matthew. L'&#238;le Terre est plus grande que l'&#238;le de la mer de B&#233;ring, et certaines de nos ressources sont plus renouvelables que les lichens (mais ce n'est pas le cas de toutes, comme le p&#233;trole notamment). Toutefois, l'enseignement fourni par le cas du renne &#224; Saint Matthew reste &#224; prendre en consid&#233;ration : aucune population ne peut cro&#238;tre ind&#233;finiment.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les probl&#232;mes &#233;cologiques que nous affrontons actuellement ont des pr&#233;curseurs connus chez les animaux. &#192; l'instar de nombreux pr&#233;dateurs &#224; large spectre, nous exterminons certaines des esp&#232;ces que nous prenons comme proies lorsque nous colonisons un nouveau milieu ou acqu&#233;rons de nouvelles capacit&#233;s de destruction. Et, &#224; l'instar de certaines populations animales qui ont soudainement &#233;chapp&#233; aux anciens freins pesant sur leur essor d&#233;mographique, nous risquons de nous auto-d&#233;truire en sapant la base de nos ressources. Que penser de la th&#233;orie selon laquelle nous &#233;tions dans un &#233;tat d'&#233;quilibre &#233;cologique relatif avant la r&#233;volution industrielle, date &#224; laquelle nous aurions entrepris d'exterminer les esp&#232;ces autour de nous et de surexploiter notre environnement ?&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est donc &#224; ce mythe d'un &#226;ge d'or de l'esp&#232;ce, au cours duquel l'homme aurait &#233;t&#233; un bon sauvage, ob&#233;issant &#224; une &#233;thique de la conservation de la nature et vivant en harmonie avec elle, que seront consacr&#233;s les derniers chapitres de notre ouvrage. Car des extinctions de masse ont accompagn&#233; chaque grande &#233;tape d'extension de l'aire de distribution occup&#233;e par l'homme au cours des dix mille derni&#232;res ann&#233;es et peut-&#234;tre depuis beaucoup plus longtemps. Notre responsabilit&#233; directe dans ces extinctions est bien &#233;tablie pour les &#233;pisodes d'expansion les plus r&#233;cents et pour lesquels les preuves sont encore fra&#238;ches : l'expansion des Europ&#233;ens sur tout le globe depuis 1492 et la colonisation, un peu plus ancienne, des &#238;les du Pacifique par les Polyn&#233;siens, ainsi que celle de Madagascar par les Malgaches. Les expansions bien plus anciennes, repr&#233;sent&#233;es par la p&#233;n&#233;tration de l'homme en Australie et en Am&#233;rique, ont &#233;t&#233; &#233;galement accompagn&#233;es par des extinctions de masse, bien que les preuves de la responsabilit&#233; de l'esp&#232;ce se soient, du fait de leur anciennet&#233;, effac&#233;es en partie, ce qui rend plus d&#233;licates les conclusions &#224; en tirer. Surtout, rien ne vient prouver qu'il y ait eu jamais une &#233;thique &#171; &#233;cologiste &#187; originelle : s'il est vrai qu'aucune population humaine de grande dimension ne s'est jamais condamn&#233;e &#224; l'extinction en &#233;puisant ses ressources, certaines populations isol&#233;es sur de petites &#238;les ont eu ce comportement. Et, en ce qui concerne les populations de grandes dimensions, beaucoup d'entre elles ont d&#233;truit les bases &#233;cologiques de leurs ressources au point de provoquer un d&#233;sastre &#233;conomique. Les exemples les plus clairs sont fournis par la civilisation de l'&#238;le de P&#226;ques et celle des Indiens Anasazi d'Am&#233;rique du Nord. Mais ce sont aussi des facteurs &#233;cologiques qui ont pr&#233;cipit&#233; les grands changements survenus dans l'Antiquit&#233;, comme les effondrements successifs du Moyen-Orient, de la Gr&#232;ce et de Rome. La destruction de son milieu par l'esp&#232;ce humaine, &#224; ses propres d&#233;pens, loin d'&#234;tre un ph&#233;nom&#232;ne r&#233;cent, est depuis longtemps un facteur fondamental de son histoire.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'exemple le plus &#233;clairant est sans conteste l'extinction massive la plus importante, la plus dramatique aussi mais la plus controvers&#233;e &#233;galement, advenue en plein &#226;ge d'or suppos&#233;, il y a environ onze mille ans : la disparition de la plupart des grands mammif&#232;res d'Am&#233;rique du Nord et d'Am&#233;rique du Sud. Datant de la m&#234;me &#233;poque, apparaissent les premi&#232;res traces incontestables de l'occupation par l'homme des deux Am&#233;riques, en l'occurrence les anc&#234;tres des Am&#233;rindiens. Ce fut le plus grand &#233;pisode d'expansion g&#233;ographique r&#233;alis&#233; par l'esp&#232;ce humaine depuis qu' Homo erectus est sorti de l'Afrique pour aller coloniser l'Europe et l'Asie il y a un million d'ann&#233;es. La co&#239;ncidence temporelle entre l'apparition des premiers Am&#233;ricains et la disparition des grands mammif&#232;res sur la totalit&#233; des Am&#233;riques, l'absence d'extinctions de masse ailleurs dans le monde &#224; la m&#234;me &#233;poque et l'existence de preuves indiquant que certains de ces animaux &#224; pr&#233;sent &#233;teints ont r&#233;ellement &#233;t&#233; chass&#233;s ont conduit d'aucuns &#224; formuler l'hypoth&#232;se de la &#171; guerre &#233;clair du Nouveau Monde &#187;. Selon cette interpr&#233;tation, &#224; mesure que les premiers chasseurs humains en Am&#233;rique se sont multipli&#233;s et r&#233;pandus du Canada jusqu'&#224; la Patagonie, ils ont rencontr&#233; de grands mammif&#232;res qui n'avaient jamais vu d'hommes auparavant, et ils les ont extermin&#233;s au cours de leur progression. L'hypoth&#232;se n'a cess&#233; de faire l'objet d'une vive controverse.&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour conclure, nous tenterons de chiffrer approximativement le nombre d'esp&#232;ces que nous avons d&#233;j&#224; pouss&#233;es &#224; l'extinction. Nous commencerons par les chiffres les plus incontestables : ceux concernant les esp&#232;ces dont l'extinction s'est produite dans les temps modernes et est bien attest&#233;e, de sorte que des recherches intensives et prolong&#233;es n'ont pu effectivement d&#233;celer aucun survivant. Puis, nous envisagerons des chiffres moins bien &#233;tablis. Ils sont de trois types : ceux concernant les esp&#232;ces modernes dont on n'a pas vu de sp&#233;cimens vivants depuis un certain temps et qui se sont &#233;teintes avant que personne n'y ait fait attention, ceux concernant les esp&#232;ces modernes qui n'ont pas encore &#233;t&#233; &#171; d&#233;couvertes &#187; et nomm&#233;es, ceux concernant les esp&#232;ces que l'homme a extermin&#233;es avant l'essor de la science moderne. Sur la base de ces donn&#233;es, nous essaierons de comprendre les principaux m&#233;canismes par lesquels nous exterminons les esp&#232;ces animales et d'&#233;valuer le nombre que nous exterminerons vraisemblablement encore d'ici que les jeunes g&#233;n&#233;rations actuelles atteignent le terme de leur vie, si l'esp&#232;ce persiste dans ses comportements.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;CHAPITRE 17 : Cet &#226;ge d'or qui jamais n'exista&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Chaque parcelle de la terre est sacr&#233;e pour mon peuple. Chaque aiguille de pin luisante, chaque rive sableuse, chaque lambeau de brume dans les bois sombres, chaque clairi&#232;re et chaque bourdonnement d'insecte est sacr&#233; dans le souvenir et l'exp&#233;rience de mon peuple [...] L'homme blanc [...] est un &#233;tranger qui arrive dans la nuit et prend &#224; la terre ce dont il a besoin. La terre n'est pas son fr&#232;re mais son ennemi [...] Continuez &#224; souiller votre couche et, une nuit, vous vous asphyxierez dans vos propres d&#233;chets.&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Extraits d'une lettre adress&#233;e en 1855 au pr&#233;sident des &#201;tats-Unis, Franklin Pierce, par le chef Seattle, de la tribu am&#233;rindienne des Duwamish.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;cologistes, horrifi&#233;s par les m&#233;faits que les soci&#233;t&#233;s industrielles infligent au monde, se r&#233;f&#232;rent souvent au pass&#233; comme &#224; l'&#226;ge d'or. Lorsque les Europ&#233;ens ont commenc&#233; &#224; coloniser l'Am&#233;rique, l'air et les rivi&#232;res &#233;t&#224;ient purs, les paysages &#233;taient verdoyants, les Grandes Plaines fourmillaient de bisons. Aujourd'hui, nous respirons un air pollu&#233;, redoutons que notre eau de boisson ne soit contamin&#233;e par des compos&#233;s chimiques toxiques, couvrons les paysages d'autoroutes et ne rencontrons que rarement de grands animaux sauvages. Le pire est s&#251;rement &#224; venir. Lorsque mes jeunes enfants atteindront l'&#226;ge de la retraite, la moiti&#233; des esp&#232;ces peuplant le monde auront disparu, l'air sera charg&#233; de radioactivit&#233; et les mers seront pollu&#233;es par le p&#233;trole.&lt;br class='manualbr' /&gt;Sans aucun doute, deux raisons &#233;videntes expliquent en grande partie ce grandissant g&#226;chis : d'une part, la technologie moderne, par sa puissance, est susceptible de provoquer de plus grands d&#233;g&#226;ts que les haches de pierre de jadis ; d'autre part, la population humaine mondiale est bien plus nombreuse qu'elle ne l'a jamais &#233;t&#233;. Mais il se pourrait qu'un troisi&#232;me facteur ait &#233;galement jou&#233; : les hommes n'envisagent plus aujourd'hui de la m&#234;me fa&#231;on qu'autrefois leur rapport &#224; l'environnement. En effet, contrairement aux habitants actuels des villes, certains peuples pr&#233;industriels au moins (comme les Duwamish) d&#233;pendaient de leur environnement imm&#233;diat et le r&#233;v&#233;raient. On dispose de nombreux t&#233;moignages sur la fa&#231;on dont ces peuples se comportaient, ou se comportent encore pour certains, en praticiens effectifs de la conservation des esp&#232;ces. Un N&#233;o-Guin&#233;en m'expliquait ainsi les pratiques de sa tribu : &#171; Traditionnellement, lorsqu'un chasseur tue un jour un pigeon en un lieu situ&#233; dans une direction donn&#233;e par rapport au village, il attendra une semaine avant de chasser de nouveau des pigeons, et alors, il se dirigera, pour ce faire, dans une direction oppos&#233;e. &#187; Nous commen&#231;ons seulement &#224; r&#233;aliser &#224; quel point sont complexes les pratiques des peuples pr&#233;tendument primitifs dans le domaine de la conservation des esp&#232;ces et des milieux naturels. &#192; titre de contre-exemple, rappelons que des experts occidentaux, pourtant bien intentionn&#233;s, ont, ces derni&#232;res d&#233;cennies, transform&#233; en d&#233;serts de vastes territoires en Afrique, dans les r&#233;gions m&#234;mes o&#249; des peuples pasteurs avaient prosp&#233;r&#233; pendant des mill&#233;naires, en effectuant r&#233;guli&#232;rement des migrations annuelles de fa&#231;on que les prairies ne soient jamais surp&#226;tur&#233;es.&lt;br class='manualbr' /&gt;Cette conception nostalgique d'un &#226;ge d'or, partag&#233;e jusqu'&#224; r&#233;cemment par la plupart de mes coll&#232;gues &#233;cologistes et moi-m&#234;me, puise &#224; n'en pas douter au &lt;i&gt;Discours sur l'origine et les fondements de l'in&#233;galit&#233; parmi les hommes&lt;/i&gt; de Jean-Jacques Rousseau et de la d&#233;cadence de l'&#233;tat de nature qu'il y d&#233;crit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Il y a, je le sens, un &#226;ge auquel l'homme individuel voudroit s'arr&#234;ter ; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Lorsque les explorateurs europ&#233;ens du XVIIIe si&#232;cle rencontr&#232;rent des peuples pr&#233;industriels tels que les Polyn&#233;siens et les Indiens d'Am&#233;rique, les descriptions qu'ils en firent donn&#232;rent naissance dans les salons europ&#233;ens au mythe du &#171; bon sauvage &#187; qui continuait &#224; vivre &#224; l'&#226;ge d'or et ne connaissait pas ces p&#233;ch&#233;s de la civilisation qu'&#233;taient l'intol&#233;rance religieuse, la tyrannie politique et l'in&#233;galit&#233; sociale'&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le plus bel exemple en est donn&#233; en 1773 par Denis Diderot dans son dialogue (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'Antiquit&#233; grecque ou romaine, souvent encore tenue pour un &#226;ge d'or de la civilisation occidentale, se consid&#233;rait elle-m&#234;me comme l'aboutissement d'une d&#233;cadence d'un &#226;ge d'or ant&#233;rieur. Qui ne se souvient de ces vers d'Ovide : &#171; &lt;i&gt;Aurea prima sala est aetas, quae vindice nullo&lt;/i&gt;... &#187; (&#171; L'&#226;ge d'or fut sem&#233; le premier, qui, sans r&#233;pression, sans lois, pratiquait de lui-m&#234;me la bonne foi et la vertu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ovide, Les M&#233;tamorphoses, I, traduction par Georges Lafaye, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;). Depuis lors, selon le po&#232;te, ne r&#233;gnaient plus que perfidie et guerre de tous contre tous. Je ne doute pas que les hommes du XXIIe si&#232;cle, s'il en vit encore sur cette plan&#232;te qui alors baignera de radioactivit&#233;, d&#233;criront avec nostalgie notre &#233;poque, tant elle leur semblera harmonieuse par comparaison avec la leur.&lt;br class='manualbr' /&gt;Au regard de cette id&#233;e tr&#232;s r&#233;pandue d'un &#226;ge d'or, certaines d&#233;couvertes r&#233;centes en arch&#233;ologie et en pal&#233;ontologie ont constitu&#233; de v&#233;ritables surprises. Il est clair, &#224; pr&#233;sent, que les soci&#233;t&#233;s pr&#233;industrielles ont extermin&#233; des esp&#232;ces, d&#233;truit des biotopes et sap&#233; les bases de leur propre existence au long de milliers d'ann&#233;es. Certains des exemples les mieux &#233;tablis concernent les Polyn&#233;siens et les Am&#233;rindiens, ces peuples les plus souvent cit&#233;s comme des parangons de l'&#233;cologie. Il va sans dire que cette nouvelle vision est vivement contest&#233;e, non seulement dans les cercles acad&#233;miques, mais aussi &#224; Hawa&#239;, en Nouvelle-Z&#233;lande et dans les autres aires o&#249; vivent d'importantes minorit&#233;s polyn&#233;siennes ou am&#233;rindiennes. Comment en effet penser ensemble toutes les preuves attestant par ailleurs que les peuples pr&#233;industriels modernes s'attachent r&#233;ellement &#224; pr&#233;server les esp&#232;ces et les milieux naturels ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les colons britanniques commenc&#232;rent &#224; s'&#233;tablir en Nouvelle-Z&#233;lande dans les ann&#233;es 1800, ils constat&#232;rent qu'il n'existait sur cette &#238;le aucun mammif&#232;re, &#224; l'exception des chauves-souris. Ce n'&#233;tait pas surprenant : la Nouvelle-Z&#233;lande est situ&#233;e trop loin de tout continent pour avoir pu &#234;tre atteinte par les mammif&#232;res qui ne volaient pas. Cependant, sous le soc de leurs charrues, ils d&#233;couvrirent bient&#244;t des os et des coquilles ayant appartenu &#224; de gros oiseaux dont l'esp&#232;ce &#233;tait &#224; pr&#233;sent &#233;teinte, mais dont les Maoris &#8212; les Polyn&#233;siens qui avaient ant&#233;rieurement colonis&#233; la Nouvelle-Z&#233;lande &#8212; se souvenaient et appelaient du nom de &#171; moas &#187;. Sur la base des squelettes, dont certains &#233;taient &#224; l'&#233;vidence r&#233;cents et pr&#233;sentaient encore des plumes et des fragments de peau, nous avons &#224; pr&#233;sent une id&#233;e assez pr&#233;cise de l'apparence qu'ont eue les moas : c'&#233;taient des oiseaux semblables &#224; des autruches, qui ont compt&#233; une douzaine d'esp&#232;ces, dont les dimensions allaient d'esp&#232;ces jug&#233;es &#171; petites &#187;, ne mesurant que quatre-vingt-dix centim&#232;tres de haut et pesant vingt kilos, jusqu'aux g&#233;antes, mesurant trois m&#232;tres de haut et pesant deux cent cinquante kilos. D'apr&#232;s le contenu des g&#233;siers que l'on a retrouv&#233;s, on sait qu'ils se nourrissaient de jeunes pousses et de feuilles de dizaines d'esp&#232;ces de plantes. Il s'agissait donc d'herbivores. Ils ont &#233;t&#233;, en Nouvelle-Z&#233;lande, les &#233;quivalents des grands mammif&#232;res herbivores vivant sur les continents, tels que les cervid&#233;s et les antilopes.&lt;br class='manualbr' /&gt;S'il est vrai que les moas sont les plus c&#233;l&#232;bres des oiseaux aujourd'hui &#233;teints de Nouvelle-Z&#233;lande, on a d&#233;crit, sur la base de leurs squelettes fossiles, beaucoup d'autres esp&#232;ces qui vivaient autrefois sur cette &#238;le. Au total, vingt-huit esp&#232;ces d'oiseaux y ont disparu avant que les Europ&#233;ens n'arrivent. Un petit nombre d'entre elles &#233;taient, &#224; l'instar des moas, de grande taille et incapables de voler : c'&#233;tait notamment le cas d'un canard g&#233;ant, d'une foulque g&#233;ante et d'une &#233;norme oie. Ces oiseaux incapables de voler avaient &#233;videmment eu pour anc&#234;tres des oiseaux normaux qui avaient atteint la Nouvelle-Z&#233;lande &#224; tire-d'aile : ceux-ci avaient ensuite &#233;volu&#233; en perdant leurs &#233;normes muscles alaires, puisqu'ils n'&#233;taient plus n&#233;cessaires sur une &#238;le d&#233;pourvue de pr&#233;dateurs mammaliens. Par ailleurs, d'autres esp&#232;ces d'oiseaux &#233;teintes &#8212; un p&#233;lican, un cygne, un corbeau g&#233;ant et un aigle colossal &#8212; avaient &#233;t&#233; parfaitement capables de voler.&lt;br class='manualbr' /&gt;Pesant jusqu'&#224; quinze kilos, l'aigle avait &#233;t&#233;, de loin, le plus gros et le plus puissant oiseau de proie du monde, &#224; son &#233;poque. A c&#244;t&#233; de lui, le plus grand des rapaces existant actuellement, l'aigle harpie, un rapace d'Am&#233;rique tropicale, ferait figure d'oisillon. Il semble que l'aigle de Nouvelle-Z&#233;lande f&#251;t le seul pr&#233;dateur capable d'attaquer des moas adultes. Bien que certains de ces derniers eussent &#233;t&#233; pr&#232;s de vingt fois plus lourds que le rapace, celui-ci arrivait &#224; les tuer en tirant parti de l'anatomie bip&#232;de de ces oiseaux : il fondait sur eux en visant d'abord le niveau des pattes, afin de les handicaper, puis les attaquait &#224; la t&#234;te et au cou, qui &#233;tait long, et finalement passait plusieurs jours &#224; d&#233;pecer leur carcasse, exactement comme les lions pren nent leur temps pour manger une girafe. La strat&#233;gie qu'appliquait le pr&#233;dateur des moas explique sans doute qu'on a trouv&#233; nombre de leurs squelettes d&#233;pourvus de t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'extinction n'a pas concern&#233; que les grands oiseaux. Les pal&#233;ontologistes ont &#233;galement d&#233;couvert en Nouvelle-Z&#233;lande les os de petits animaux, de la taille de souris et de rats. Ces esp&#232;ces avaient v&#233;cu sur le sol, o&#249; elles avaient couru ou ramp&#233; ; elles comptaient au moins trois sortes de passereaux ne volant pas tr&#232;s bien, plusieurs types de grenouilles, des escargots g&#233;ants, de nombreux insectes ressemblant &#224; des sauterelles de grande taille &#8212; deux fois plus lourds qu'une souris &#8212; et d'&#233;tranges chauves-souris qui repliaient leurs ailes pour se mettre &#224; courir. Certaines de ces esp&#232;ces de petits animaux &#233;taient &#224; jamais &#233;teintes lorsque les Europ&#233;ens sont arriv&#233;s. D'autres survivaient encore sur de petites &#238;les non loin des rivages de la Nouvelle-Z&#233;lande, mais leurs ossements fossiles montrent qu'elles avaient &#233;t&#233; autrefois abondantes sur l'&#238;le principale. Toutes ces esp&#232;ces d&#233;sormais &#233;teintes avaient &#233;t&#233; fa&#231;onn&#233;es par un processus &#233;volutif qui s'&#233;tait d&#233;roul&#233; dans l'isolement en Nouvelle-Z&#233;lande. Collectivement, elles avaient jou&#233; sur cette &#238;le un r&#244;le &#233;quivalant &#224; celui des mammif&#232;res continentaux qui n'ont jamais pu atteindre l'&#238;le : les moas avaient tenu la place des cervid&#233;s ; les oies et les foulques ne volant pas, celle des lapins ; les gros insectes, les petits passereaux et les chauves-souris, celle des souris et les aigles colossaux, celle des f&#233;lins.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les fossiles et les donn&#233;es biochimiques indiquent que les moas ont v&#233;cu en Nouvelle-Z&#233;lande pendant des millions d'ann&#233;es. Quand et comment, apr&#232;s une dur&#233;e de vie aussi longue, leur esp&#232;ce s'est-elle finalement &#233;teinte ? Bien d'autres esp&#232;ces que les moas, fort diff&#233;rentes les unes des autres &#8212; des sauterelles, des aigles, des canards, etc. &#8212;, ont &#233;galement disparu. La question est de savoir si toutes ces &#233;tranges esp&#232;ces &#233;taient encore vivantes lorsque les anc&#234;tres des Maoris sont arriv&#233;s vers 1000 ap. J.-C.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#192; l'&#233;poque o&#249; j'ai visit&#233; la Nouvelle-Z&#233;lande pour la premi&#232;re fois en 1966, l'opinion g&#233;n&#233;ralement admise &#233;tait que les moas avaient &#233;t&#233; victimes d'un changement de climat et que ceux qui existaient encore au moment de l'arriv&#233;e des Maoris &#233;taient en voie d'extinction. Les N&#233;o-Z&#233;landais consid&#233;raient alors comme v&#233;rit&#233; indiscutable que les Maoris s'&#233;taient toujours appliqu&#233;s &#224; pr&#233;server les esp&#232;ces et qu'ils n'avaient donc pas extermin&#233; les moas. D'ailleurs, disaient-ils, le mode de vie de ces premiers colons de la Nouvelle-Z&#233;lande avait &#233;t&#233; &#224; l'image de celui des autres Polyn&#233;siens : ils avaient utilis&#233; des outils de pierre et tir&#233; leur subsistance principalement de l'agriculture et de la p&#234;che.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ils n'avaient jamais eu la capacit&#233; destructive des soci&#233;t&#233;s industrielles modernes. Au plus, pensait-on, les Maoris avaient peut-&#234;tre donn&#233; le coup de gr&#226;ce &#224; des populations de moas d&#233;j&#224; en voie d'extinction. Trois s&#233;ries de d&#233;couvertes ont ruin&#233; cette interpr&#233;tation.&lt;br class='manualbr' /&gt;La premi&#232;re : la plus grande partie de la Nouvelle-Z&#233;lande &#233;tait couverte par des glaciers ou par la toundra au cours de la derni&#232;re p&#233;riode de l'&#232;re glaciaire, qui s'est achev&#233;e il y a environ dix mille ans. Depuis lors, le climat de cette &#238;le est devenu bien plus chaud, et l'&#233;l&#233;vation de la temp&#233;rature y a favoris&#233; le d&#233;veloppement de magnifiques for&#234;ts. Les derniers moas ne sont pas morts de faim (leur g&#233;sier regorgeait d'aliments), et ils jouissaient du meilleur climat qu'ils aient connu depuis des dizaines de milliers d'ann&#233;es.&lt;br class='manualbr' /&gt;La deuxi&#232;me : la datation par le carbone 14 des ossements d'oiseaux trouv&#233;s dans des sites arch&#233;ologiques bien dat&#233;s prouve que toutes les esp&#232;ces connues de moas &#233;taient encore pr&#233;sentes en abondance lorsque les premiers Maoris ont d&#233;barqu&#233;. La m&#234;me conclusion s'applique aux esp&#232;ces d'oies, de canards, de cygnes, d'aigles, aujourd'hui connues seulement d'apr&#232;s leurs ossements fossiles. Les moas et la plupart des autres oiseaux se sont donc &#233;teints en l'espace de quelques si&#232;cles. Si le pur hasard a pr&#233;sid&#233; &#224; l'extinction de dizaines d'esp&#232;ces occupant la Nouvelle-Z&#233;lande depuis des millions d'ann&#233;es au moment pr&#233;cis de l'arriv&#233;e des &#234;tres humains, la co&#239;ncidence serait proprement extraordinaire.&lt;br class='manualbr' /&gt;La troisi&#232;me : on conna&#238;t plus d'une centaine de grands sites arch&#233;ologiques (dont certains couvrant des dizaines d'hectares) o&#249; les Maoris ont d&#233;coup&#233; de tr&#232;s nombreux moas, les ont fait cuire dans des fours am&#233;nag&#233;s dans le sol et ont dispers&#233; leurs ossements. Ils en ont mang&#233; la viande, se sont servis de leur plumage comme parure, ont utilis&#233; leurs os pour faire des hame&#231;ons ou des pendentifs et ont vid&#233; leurs &#339;ufs pour en faire des r&#233;cipients pouvant contenir de l'eau. Au cours du XIXe si&#232;cle, on a retir&#233; de ces sites des charret&#233;es enti&#232;res d'os de moas. On estime que le nombre des squelettes de moas abattus &#224; la chasse par les Maoris se situe entre cent mille et cinq cent mille. Cela repr&#233;sente environ dix fois le nombre des moas ayant vraisemblablement v&#233;cu en m&#234;me temps sur l'&#238;le de Nouvelle-Z&#233;lande. Les Maoris ont donc d&#251; massacrer des moas pendant de nombreuses g&#233;n&#233;rations. Ils ont proc&#233;d&#233; &#224; la fois par destruction directe &#8212; celle des &#339;ufs dans les nids &#8212; et probablement aussi par le d&#233;frichage de certaines des for&#234;ts dans lesquelles ils vivaient. Quiconque a randonn&#233; dans les montagnes accident&#233;es de Nouvelle-Z&#233;lande aura tendance initialement &#224; prendre cette assertion avec incr&#233;dulit&#233;. Pensez aux affiches du Parc national des Fjords&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La pointe sud de l'&#238;le du Sud de la Nouvelle-Z&#233;lande est d&#233;coup&#233;e par de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, montrant des gorges aux pentes verticales de trois mille m&#232;tres de haut. De plus, cette r&#233;gion est tr&#232;s pluvieuse (10 000 mm d'eau y tombent en moyenne chaque ann&#233;e) et ses hivers sont froids. M&#234;me aujourd'hui, des chasseurs professionnels &#224; plein temps arm&#233;s de fusils &#224; lunette, et op&#233;rant depuis des h&#233;licopt&#232;res, n'arrivent pas &#224; limiter la population des cervid&#233;s qui pullule dans ces montagnes. Comment les quelques milliers de Maoris qui vivaient sur l'&#238;le du Sud et sur l'&#238;le Stewart, arm&#233;s seulement de haches de pierre et de massues, ne voyageant qu'&#224; pied, ont-ils pu arriver &#224; exterminer les moas par la chasse ?&lt;br class='manualbr' /&gt;On peut, semble-t-il, rep&#233;rer une diff&#233;rence cruciale entre les cervid&#233;s et les moas. Les premiers ont &#233;t&#233; soumis, pendant des dizaines de milliers de g&#233;n&#233;rations, &#224; un m&#233;canisme de s&#233;lection qui leur a conf&#233;r&#233; un comportement de fuite devant les chasseurs humains. En revanche, les moas n'avaient jamais vu d'hommes avant l'arriv&#233;e des Maoris. &#192; l'instar des animaux na&#239;fs que l'on peut voir aujourd'hui encore aux &#238;les Gal&#224;pagos, les moas &#233;taient probablement peu m&#233;fiants, de sorte que les chasseurs pouvaient s'approcher d'eux et les assommer &#224; coups de massue. Par ailleurs, contrairement aux cervid&#233;s, les moas semblent avoir eu un taux de reproduction relativement bas, si bien qu'un petit nombre de chasseurs visitant une vall&#233;e une seule fois tous les deux ans &#233;taient en mesure de tuer plus rapidement les animaux que ceux-ci ne pouvaient se reproduire. C'est pr&#233;cis&#233;ment ce qui est en train de se passer de nos jours pour le plus gros mammif&#232;re indig&#232;ne existant encore en Nouvelle-Guin&#233;e, un kangourou arboricole qui habite les montagnes Bewanis. Dans les r&#233;gions fr&#233;quent&#233;es par les &#234;tres humains, ces kangourous arboricoles sont nocturnes, incroyablement farouches et vivent dans les arbres. Ils sont donc beaucoup plus difficiles &#224; chasser que ne devaient l'&#234;tre les moas. En d&#233;pit de ce fait, et du nombre tr&#232;s restreint d'humains vivant dans ces montagnes, cette esp&#232;ce de kangourou est d&#233;sormais en voie d'extinction, alors m&#234;me que les chasseurs ne visitent chaque vall&#233;e qu'une fois au cours de plusieurs ann&#233;es (simplement, les effets de la chasse sont cumulatifs). Dans la mesure o&#249; j'ai pu me rendre compte par moi-m&#234;me comment a &#233;t&#233; scell&#233; le destin de cette esp&#232;ce animale, je n'ai pas de difficult&#233; &#224; comprendre ce qui a pu se passer pour les moas.&lt;br class='manualbr' /&gt;Or, ces derniers n'&#233;taient pas les seules esp&#232;ces encore en vie quand arriv&#232;rent les Maoris ; de nombreuses autres esp&#232;ces d'oiseaux de Nouvelle-Z&#233;lande, aujourd'hui &#233;teintes, florissaient encore. La plupart d'entre elles n'existaient plus quelques si&#232;cles apr&#232;s le d&#233;barquement des Polyn&#233;siens. Les plus grandes &#8212;le cygne et le p&#233;lican, l'oie et la foulque qui ne volaient pas &#8212;&#233;taient s&#251;rement chass&#233;es pour leur chair. Par ailleurs, l'aigle g&#233;ant a peut-&#234;tre &#233;t&#233; extermin&#233; par les Maoris parce qu'ils cherchaient &#224; s'en d&#233;fendre. Imaginez ce qui a pu se passer lorsque ce rapace, sp&#233;cialis&#233; dans l'attaque de proies bip&#232;des mesurant entre un m&#232;tre et trois m&#232;tres de haut, a aper&#231;u pour la premi&#232;re fois des Maoris d'un m&#232;tre quatre-vingts. De nos jours, l'aigle de Mandchourie auquel on apprend &#224; chasser pour le b&#233;n&#233;fice de l'homme tue parfois son ma&#238;tre ; or, cet oiseau est un nain compar&#233; &#224; l'aigle g&#233;ant de Nouvelle-Z&#233;lande, qui &#233;tait donc pr&#233;adapt&#233; &#224; devenir un tueur d'hommes.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ces m&#234;mes deux raisons &#8212; l'autod&#233;fense ou la chasse &#224; des fins alimentaires &#8212; ne peuvent &#234;tre invoqu&#233;es pour expliquer la disparition rapide des sauterelles, des escargots, des passereaux et des chauves-souris, propres &#224; la Nouvelle-Z&#233;lande. Par quel processus ces esp&#232;ces ont-elles &#233;t&#233; extermin&#233;es, soit dans la totalit&#233; de leur aire de distribution, soit dans leur plus grande partie, les zones &#233;pargn&#233;es se limitant seulement &#224; quelques &#238;les &#233;loign&#233;es ? On peut penser &#224; la d&#233;forestation, mais ce n'est probablement qu'une partie de la r&#233;ponse ; la raison principale est, en fait, cet autre chasseur que les Maoris ont amen&#233; avec eux, intentionnellement ou involontairement : le rat. Tout comme les moas qui avaient toujours v&#233;cu en Nouvelle-Z&#233;lande en l'absence d'&#234;tres humains et s'&#233;taient donc trouv&#233;s sans d&#233;fense contre ces derniers, les petits animaux insulaires qui avaient v&#233;cu en l'absence de rats se sont trouv&#233;s sans d&#233;fense contre ce rongeur. Il est de nos jours bien &#233;tabli que l'esp&#232;ce de rat qui a &#233;t&#233; propag&#233;e dans le monde entier par les Europ&#233;ens a jou&#233; un r&#244;le majeur dans l'extermination, &#224; notre &#233;poque, de nombreuses esp&#232;ces d'oiseaux &#224; Hawa&#239; et dans d'autres &#238;les oc&#233;aniques sur lesquelles ce rongeur n'avait jusque-l&#224; jamais p&#233;n&#233;tr&#233;. Par exemple, lorsqu'il a atteint l'&#238;le de Big South Cape au large de la Nouvelle-Z&#233;lande en 1962, il a extermin&#233; ou d&#233;cim&#233; la population de huit esp&#232;ces d'oiseaux et une de chauves-souris. C'est pourquoi de nombreuses esp&#232;ces de Nouvelle-Z&#233;lande ne se rencontrent plus que sur les &#238;les o&#249; ne vivent pas de rats, car ce furent les seuls endroits o&#249; elles purent survivre lorsque les rongeurs qui accompagnaient les Maoris se r&#233;pandirent sur toute l'&#233;tendue de l'&#238;le principale.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ainsi, lorsque les Maoris d&#233;barqu&#232;rent, ils trouv&#232;rent en Nouvelle-Z&#233;lande un ensemble de formes vivantes si &#233;tranges qu'elles auraient &#233;t&#233; dignes des l&#233;gendes populaires sur les animaux fantastiques. En fait, le spectacle qu'ont d&#233;couvert ces Polyn&#233;siens &#233;tait proche de ce que l'on pourrait s'attendre &#224; voir sur une autre plan&#232;te o&#249; la vie serait apparue et aurait &#233;volu&#233; ind&#233;pendamment de la vie sur la Terre. Toutefois, en tr&#232;s peu de temps, une grande partie de cet &#233;cosyst&#232;me a succomb&#233; &#224; un holocauste biologique ; puis, une partie des esp&#232;ces r&#233;siduelles ont &#224; leur tour p&#233;ri lors d'un second holocauste survenu avec l'arriv&#233;e des Europ&#233;ens. Le r&#233;sultat final est que la Nouvelle-Z&#233;lande ne poss&#232;de plus aujourd'hui que la moiti&#233; des esp&#232;ces d'oiseaux existant &#224; l'&#233;poque du d&#233;barquement des Maoris, et un grand nombre des esp&#232;ces survivantes sont en danger d'extinction ou ne survivent plus que sur des &#238;les presque d&#233;pourvues de mammif&#232;res &#8212; tels les rongeurs &#8212; susceptibles de d&#233;truire leurs nich&#233;es. Quelques si&#232;cles de chasse ont suffi &#224; mettre fin &#224; l'histoire &#233;volutive des moas qui durait pourtant depuis des millions d'ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas de la Nouvelle-Z&#233;lande n'est pas unique. Sur toutes les &#238;les &#233;loign&#233;es du Pacifique que les arch&#233;ologues ont fouill&#233;es r&#233;cemment, ils ont trouv&#233; les os de nombreuses esp&#232;ces d'oiseaux maintenant &#233;teintes ; et ces restes figuraient syst&#233;matiquement sur les sites fr&#233;quent&#233;s par les premiers colons, ce qui prouve que, l&#224; aussi, l'extinction des oiseaux et la colonisation humaine ont &#233;t&#233; li&#233;es d'une fa&#231;on ou d'une autre. Sur toutes les &#238;les principales de l'archipel d'Hawa&#239;, Storrs Olson et Helen James, pal&#233;ontologistes de la Smithsonian Institution, ont identifi&#233; des esp&#232;ces d'oiseaux fossiles qui se sont &#233;teintes au cours de la colonisation par les Polyn&#233;siens, laquelle a commenc&#233; vers 500 apr. J.-C. Il s'agit non seulement de petits dr&#233;paniid&#233;s, apparent&#233;s aux esp&#232;ces encore pr&#233;sentes sur ces &#238;les, mais aussi des esp&#232;ces d'ibis et d'oies ne volant pas, d'apparence bizarre et non apparent&#233;es &#224; aucune des esp&#232;ces qui vivent aujourd'hui. Tout le monde sait que la colonisation europ&#233;enne aux &#238;les Hawa&#239; a &#233;t&#233; suivie d'un grand nombre d'extinctions d'esp&#232;ces d'oiseaux ; mais cette vague d'extinctions plus ancienne &#233;tait rest&#233;e ignor&#233;e avant que Storrs Olson et Helen James ne commencent leurs travaux en 1982. On peut, &#224; pr&#233;sent, dire que le nombre connu des esp&#232;ces d'oiseaux &#233;teintes avant l'arriv&#233;e du capitaine Cook est d'au moins cinquante, ce qui est incroyablement &#233;lev&#233;, puisque cela repr&#233;sente pr&#232;s du dixi&#232;me du nombre des esp&#232;ces d'oiseaux nichant sur le continent nord-am&#233;ricain.&lt;br class='manualbr' /&gt;Cela ne veut pas dire que toutes les esp&#232;ces d'oiseaux hawa&#239;ennes ont &#233;t&#233; extermin&#233;es par le biais de la chasse. C'est probablement ce qui s'est pass&#233; pour les oies ne volant pas, &#224; l'instar des moas, mais les petits passereaux ont plus probablement &#233;t&#233; &#233;limin&#233;s par les rats arriv&#233;s avec les premiers Hawa&#239;ens, ou bien par les incendies de for&#234;t allum&#233;s par ceux-ci pour d&#233;fricher les terres en vue de l'agriculture. On a fait des d&#233;couvertes similaires dans les sites arch&#233;ologiques caract&#233;ristiques des premi&#232;res occupations de nombreuses &#238;les du Pacifique par les Polyn&#233;siens : autrement dit, on peut attribuer &#224; ceux-ci la responsabilit&#233; directe ou indirecte de l'extinction de nombreuses esp&#232;ces d'oiseaux &#224; Tahiti, en Nouvelle-Cal&#233;donie, dans l'archipel Bismarck, sur les &#238;les Marquises, Fidji, Tonga, Chatham, Cook et Salomon.&lt;br class='manualbr' /&gt;Un cas particuli&#232;rement &#233;nigmatique d'extinctions d'oiseaux provoqu&#233;es par les Polyn&#233;siens s'est produit sur l'&#238;le de Henderson : celle-ci est de dimension tr&#232;s restreinte et &#233;loign&#233;e de tout, puisque situ&#233;e &#224; deux cents kilom&#232;tres de l'&#238;le de Pitcairn, elle-m&#234;me c&#233;l&#232;bre pour son isolement dans le Pacifique, au point que les mutin&#233;s du Bounty y sont rest&#233;s dix-huit ans &#224; l'insu de tout le monde, jusqu'&#224; ce que l'&#238;le soit red&#233;couverte. L'&#238;le de Henderson est form&#233;e d'un r&#233;cif corallien recouvert par la jungle ; son relief est tellement accident&#233; qu'elle ne convient absolument pas &#224; l'agriculture. Elle est actuellement inhabit&#233;e, et ce depuis que les Europ&#233;ens la virent pour la premi&#232;re fois en 1606. On a souvent parl&#233; d'elle comme de l'un des lieux les plus vierges du monde, n'ayant jamais &#233;t&#233; perturb&#233; par l'homme.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce fut donc une grande surprise lorsque Storrs Olson et l'un de ses coll&#232;gues pal&#233;ontologistes, David Steadman, ont retrouv&#233; les os de deux grandes esp&#232;ces de pigeon, ceux d'une autre plus petite, ainsi que ceux de trois esp&#232;ces d'oiseaux marins, toutes s'&#233;tant &#233;teintes sur l'&#238;le de Henderson il y a environ cinq cents &#224; huit cents ans. On avait d&#233;j&#224; retrouv&#233; ces m&#234;mes six esp&#232;ces (ou des esp&#232;ces &#233;troitement apparent&#233;es) dans des sites arch&#233;ologiques situ&#233;s sur plusieurs &#238;les polyn&#233;siennes habit&#233;es, o&#249; l'on pouvait sans difficult&#233; comprendre comment elles avaient &#233;t&#233; extermin&#233;es par des &#234;tres humains. Le cas de Henderson posait cependant un probl&#232;me : comment ces m&#234;mes esp&#232;ces avaient-elles pu &#233;galement &#234;tre extermin&#233;es sur une &#238;le qui n'&#233;tait pas habit&#233;e par l'homme et semblait ne l'avoir jamais &#233;t&#233; ? Cette &#233;nigme a &#233;t&#233; r&#233;solue par la d&#233;couverte, sur Henderson, de trois sites autrefois occup&#233;s par les Polyn&#233;siens, jonch&#233;s de centaines d'objets fabriqu&#233;s, prouvant que cette &#238;le avait r&#233;ellement &#233;t&#233; occup&#233;e par des &#234;tres humains pendant plusieurs si&#232;cles. Dans ces m&#234;mes sites, parall&#232;lement aux os des six esp&#232;ces d'oiseaux qui ont &#233;t&#233; extermin&#233;es sur Henderson, les pal&#233;ontologistes ont &#233;galement trouv&#233; les os d'autres esp&#232;ces d'oiseaux qui, elles, ont surv&#233;cu jusqu'&#224; aujourd'hui et ceux de nombreuses esp&#232;ces de poissons.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ainsi, les premiers colons polyn&#233;siens de l'&#238;le de Henderson se sont, &#224; l'&#233;vidence, aliment&#233;s en chassant les pigeons et les oiseaux de mer, ainsi qu'en pratiquant la p&#234;che, jusqu'&#224; ce qu'ils aient d&#233;cim&#233; la population d'oiseaux. Leurs ressources en nourriture &#233;tant &#233;puis&#233;es, ils sont sans doute morts de faim ou bien ont abandonn&#233; l'&#238;le. On trouve dans l'oc&#233;an Pacifique au moins onze autres &#238;les qui avaient pos&#233; elles aussi, jusqu'il y a peu, ce m&#234;me genre d'&#233;nigme, dans la mesure o&#249; comme l'&#238;le de Henderson elles &#233;taient inhabit&#233;es lorsqu'elles avaient &#233;t&#233; d&#233;couvertes par les Europ&#233;ens. En r&#233;alit&#233;, on a d&#233;couvert r&#233;cemment qu'elles pr&#233;sentent des traces arch&#233;ologiques d'une occupation par les Polyn&#233;siens dans des temps plus anciens. Certaines de ces &#238;les ont &#233;t&#233; colonis&#233;es pendant des centaines d'ann&#233;es avant que les populations humaines qui les habitaient ne meurent ou n'&#233;migrent. Elles ont toutes pour caract&#233;ristiques d'avoir une superficie r&#233;duite ou de ne pas bien se pr&#234;ter &#224; l'agriculture pour d'autres raisons, de sorte que les hommes qui les ont habit&#233;es ont &#233;t&#233; oblig&#233;s de vivre sur les populations locales d'oiseaux ou d'autres animaux. &#201;tant donn&#233; l'abondance des preuves indiquant que la faune sauvage de ces &#238;les &#171; &#233;nigmatiques &#187;, semblables &#224; Henderson, a &#233;t&#233; surexploit&#233;e par leurs premiers occupants polyn&#233;siens, il est clair qu'elles repr&#233;sentent toutes des cimeti&#232;res, puisque des populations humaines y ont ruin&#233; leur propre base d'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?724-cet-age-d-or-qui-jamais-n-exista-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Second partie diponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb17-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sur cet &#233;pisode, le lecteur pourra se r&#233;f&#233;rer &#224; l'ouvrage de David M. Raup, &lt;i&gt;De l'extinction des esp&#232;ces. Sur les causes de la disparition des dinosaures et de quelques milliards d'autres&lt;/i&gt;, par Marcel Blanc, Paris, Galllimard, Nrf essais, 1993 (N.d.E.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Il y a, je le sens, un &#226;ge auquel l'homme individuel voudroit s'arr&#234;ter ; Tu chercheras l'&#226;ge auquel tu desirerois que ton Espece se f&#251;t arr&#234;t&#233;e. M&#233;content de ton &#233;tat present, par des raisons qui annoncent &#224; ta Post&#233;rit&#233; malheureuse de plus grands m&#233;contentements encore, peut-&#234;tre voudrois tu pouvoir r&#233;trograder ; Et ce sentiment doit faire l'&#201;loge de tes premiers ayeux, la critique de tes contemporains, et l'effroi de ceux, qui auront le malheur de vivre apr&#232;s toi. &#187; (Jean JacquesRousseau, &lt;i&gt;Discours sur l'origine et les fondements de l'in&#233;galit&#233; parmi les hommes&lt;/i&gt;, &#233;dition par Jean Starobinski, Paris, Gallimard, Folio essais, 1985, p. 63 (N.d.E.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le plus bel exemple en est donn&#233; en 1773 par Denis Diderot dans son dialogue philosophique &lt;i&gt;Suppl&#233;ment au voyage de Bougainville&lt;/i&gt;, dans lequel le Tahitien Aotourou, amen&#233; &#224; Paris par le navigateur, est tenu pour un homme &#171; qui touche &#224; l'origine du monde &#187; alors que l'Europ&#233;en &#171; touche &#224; sa vieillesse &#187; (in &lt;i&gt;Le Neveu de Rameau et autres dialogues philosophiques&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, Folio, 1972, p. 290). (N.d.E.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ovide, Les M&#233;tamorphoses, I, traduction par Georges Lafaye, Paris, Gallimard, Folio, 1992, p. 45. (N.d.T.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La pointe sud de l'&#238;le du Sud de la Nouvelle-Z&#233;lande est d&#233;coup&#233;e par de tr&#232;s nombreux fjords, et cette r&#233;gion a &#233;t&#233; &#233;rig&#233;e en Parc national n&#233;o-z&#233;landais. (N.d.T.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	<item xml:lang="fr">
		<title>Survivre au d&#233;sastre et se pr&#233;parer au pire</title>
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		<dc:date>2012-07-09T08:10:30Z</dc:date>
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&lt;p&gt;Bertrand Vidal, &#171; Survivre au d&#233;sastre et se pr&#233;parer au pire &#187;, Les cahiers psychologie politique (En ligne), num&#233;ro 20 R&#233;sum&#233; Dans cet article, nous essayerons de comprendre le mouvement &#171; survivaliste &#187; &#224; travers un paradoxe : bien que notre soci&#233;t&#233; soit de plus en plus s&#251;re, que nous soyons de mieux en mieux prot&#233;g&#233;s contre les divers al&#233;as et que nous assistons &#224; une rationalisation croissante des dangers, les imaginaires de la Fin du monde ne cessent de croitre, faisant le bonheur (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-76-L-ecologie-politique-contre-l-" rel="directory"&gt;L'&#233;cologie politique contre l'&#233;cologisme&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-49-prospective-+" rel="tag"&gt;Prospective&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-59-avant-gardisme-+" rel="tag"&gt;Avant-gardisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-88-primitivisme-+" rel="tag"&gt;Primitivisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-109-psycho-sociologie-+" rel="tag"&gt;Psycho-sociologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-113-ecologisme-+" rel="tag"&gt;&#201;cologisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-118-aneantissement-+" rel="tag"&gt;An&#233;antissement / G&#233;nocide&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-122-guerre-+" rel="tag"&gt;Guerre&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Bertrand Vidal, &lt;a href=&#034;http://lodel.irevues.inist.fr/cahierspsychologiepolitique/index.php?id=2048&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Survivre au d&#233;sastre et se pr&#233;parer au pire &#187;, Les cahiers psychologie politique (En ligne), num&#233;ro 20&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;sum&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans cet article, nous essayerons de comprendre le mouvement &#171; survivaliste &#187; &#224; travers un paradoxe : bien que notre soci&#233;t&#233; soit de plus en plus s&#251;re, que nous soyons de mieux en mieux prot&#233;g&#233;s contre les divers al&#233;as et que nous assistons &#224; une rationalisation croissante des dangers, les imaginaires de la Fin du monde ne cessent de croitre, faisant le bonheur des nouveaux fanatismes de l'apocalypse. Le &#171; survivalisme &#187; (des ann&#233;es 1960) et le mouvement &#171; prepper &#187; (des ann&#233;es 2000), constitu&#233;s en r&#233;action aux peurs et aux angoisses soci&#233;tales du moment, se rejoignent tout deux sur un point : pour survivre aux d&#233;sastres qui s'annoncent, l'homme doit retrouver le primitif qui sommeille en lui.
Abstract&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In this paper we will try to understand the &#8220;survivalist&#8221; movement, through a paradox : while our society is becoming more secure, while we are becoming better protected against the various risks and while that we are seeing an increasing rationalization of dangers, the imaginary of the End of the World is growing, making the happiness of the new fanaticism of the Apocalypse. Made in response to societal fears and anxieties of the moment, the &#171; Survivalism &#187; (1960's) and the &#171; prepper &#187; movement (2000's) assert the same way : to survive, we must &#8220;back to Nature&#8221; and &#8220;go Primitive&#8221;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Table des mati&#232;res&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Introduction&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Croire en l'apocalypse&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Il faudrait &#234;tre fou pour ne pas se pr&#233;parer &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Esprit du temps, survivalisme et soif des origines&lt;/strong&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Plus radicaux que les catastrophistes1 et un tantinet anarcho-primitivistes2, les survivalistes (ou encore les &#171; preppers &#187;3 ou les &#171; doomers &#187;4) croient fermement en l'imminence de d&#233;sastres d'ampleur cataclysmique, d'une gigantesque r&#233;cession &#233;conomique, d'une m&#233;ga-pand&#233;mie &#224; l'&#233;chelle mondiale, d'un tsunami d'amplitude plan&#233;taire, du Big One, de l'extinction massive de notre esp&#232;ce, de fin du monde du 21 d&#233;cembre 2012, etc. Bien plus encore, ils anticipent l'effondrement de notre civilisation moderne et urbaine, de notre mode de vie actuel et de ses adjuvants (la domination &#233;tatique, &#171; l'agri-business &#187;, l'&#233;conomie globalis&#233;e, le p&#233;trole, l'&#233;lectricit&#233;, l'informatique, la ville, la relative paix entre les nations, la s&#233;curit&#233;, etc.) et se pr&#233;parent (tant physiquement, que spirituellement ou &#233;conomiquement) au pire&#8230; qui va n&#233;cessairement advenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Discret mais d&#233;termin&#233;, le mouvement survivaliste s'amplifie dans les pays d&#233;velopp&#233;s jour apr&#232;s jour. Par exemple, moribond au d&#233;but des ann&#233;es 2000 (quelques r&#233;calcitrants du bogue de l'an 2000), en 2011, &#171; Google Blogs &#187; recense plus de 496 000 activit&#233;s et sujets relatifs au survivalisme (certains sites internet d&#233;nombrent plus de 5 000 visiteurs par jour), sans compter la multiplication des guides d'&#233;vacuations et de le&#231;ons de survie distribu&#233;s par les gouvernements (essentiellement le Canada et les Etats-Unis) et les organisations non-gouvernementales (notamment la Croix Rouge) ou encore la popularit&#233; d'&#233;missions de t&#233;l&#233;vision comme Koh-Lanta en France, Man Versus Wild au Etats-Unis, L'Exp&#233;dition Robinson en Su&#232;de.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le survivalisme est un terme &#8211; issu de l'anglais Survival (en fran&#231;ais survivance) plus le suffixe &#171; -isme &#187; (doctrine ou pratique) &#8211; invent&#233; par Kurt Saxon (N&#233; Donald Eugene Sisco en 1932, dont le r&#233;cit de vie serait tr&#232;s int&#233;ressant &#224; d&#233;crypter, car il montre un itin&#233;raire intellectuel et politique sommes toutes r&#233;v&#233;lateur d'une mani&#232;re de penser propre &#224; certains survivalistes : ancien membre de l'American Nazi Party, puis des Minutemen, puis du Church of Scientology et enfin du Church of Satan, dans les ann&#233;es 1970, il est inculp&#233; pour incitation au terrorisme par ses livres, The Poor Man's James Bond, d&#233;crivant les m&#233;thodes de pr&#233;paration de bombes artisanales &#224; utiliser contre ce qu'il nomme les ennemis de la nation : anarchistes, gauchistes et &#233;tudiants.) pour d&#233;crire le mode de vie des pionniers de l'ouest am&#233;ricain, leurs ing&#233;niosit&#233;s et leurs aptitudes &#224; survivre en milieu hostile et aussi valoriser la rencontre de l'homme avec la nature. En soi, la pratique survivaliste &#8211; mis &#224; part ses penchants anti-gouvernementaux et ses accusations d'hyper-individualisme (libertarianisme) &#8211; et plus g&#233;n&#233;ralement la pratique des &#171; preppers &#187; se caract&#233;risent par la prise de mesure de s&#233;curit&#233; comme stocker de l'eau, des pastilles d'iodes, des conserves alimentaires, du carburant ou tout autre mat&#233;riel de survie et de soin (en moyenne l'investissement des survivalistes ou &#171; preppers &#187; que nous avons rencontr&#233; oscille entre 300 &#8364; et 4000 &#8364; par foyer pour un kit complet avec masque &#224; gaz, purificateur d'eau, combinaison &#233;tanche, etc., sans compter la s&#233;curit&#233; de la maison), ou encore par l'apprentissage de techniques dites de survie comme faire du feu, purifier l'eau, se d&#233;fendre, se confectionner une combinaison &#233;tanche, se mouvoir discr&#232;tement, construire un abri s&#251;r, prot&#233;g&#233; et&#8230; pi&#233;g&#233;, etc. Le but &#233;tant d'&#234;tre pr&#234;t en cas d'urgence, comme une catastrophe naturelle, une guerre biologique, un accident nucl&#233;aire, une p&#233;nurie d'&#233;lectricit&#233;, d'eau ou de carburant, une crise &#233;conomique, une pand&#233;mie, une r&#233;volte sociale, voire m&#234;me une attaque de &#8230; zombies5. Autrement dit, tout le panorama des imaginaires de la fin du Monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cet article, nous tenterons de rendre compte de la mani&#232;re la plus objective qui soit (nous n'aborderons pas l'opportunit&#233; &#233;conomique du survivalisme bien que majeure, suite au multiples peur : an 2000, crise de 2008, fin du monde en 2012, bug de 2038, etc.) du mouvement survivaliste aujourd'hui, suite &#224; un travail de terrain &#8211; bien difficile vue la culture du secret qui r&#232;gne au fond de l'abri nucl&#233;aire &#8211; et d'une impr&#233;gnation aux id&#233;es et &#224; la philosophie survivalistes via le nombres sans cesse croissant de livres, de vid&#233;os, d'espaces web d&#233;di&#233;s &#224; la pr&#233;paration aux crises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour grossir le trait, la philosophie survivaliste consiste comme le dit le capitaine Dave (c&#233;l&#232;bre bloggeur am&#233;ricain dispensant nombres de conseils pour s'organiser en bon survivaliste) &#171; mettez vos lunettes de pessimiste et examiner tout ce qui pourrait aller mal et qui pourrait avoir une incidence directe sur votre propre vie, cela pour au minimum cinq ans &#187;6, en bref, imaginer le pire. Et parce que le pire nous attend et que le mill&#233;naire qui arrive est et sera jalonn&#233; de multiples crises, il faut imp&#233;rativement s'y pr&#233;parer car l'homme d'aujourd'hui, l'occidental consommateur, urbain, m&#233;tropolitain, est un homme en d&#233;faut, une sorte d'infirme de guerre ou de mutil&#233; de la civilisation qui a perdu les &#171; comp&#233;tences &#187; (naturelles, primitives, sauvages, etc.) car trop &#233;loign&#233; de la Nature et trop &#233;loign&#233; de sa nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il y a de remarquable dans ces nouveaux mill&#233;narismes, c'est que, bien que notre soci&#233;t&#233; soit de plus en plus s&#251;re, que nous soyons de mieux en mieux prot&#233;g&#233;s face aux catastrophes et que l'on assiste &#224; une rationalisation des dangers et des menaces, paradoxalement, loin de dispara&#238;tre, les peurs sont de plus en plus pr&#233;sentes dans les esprits (au quotidien via les chaines d'information 24 heures sur 24, internet, etc. mais aussi avec le manque de sens que formule la science moderne et la &#171; rationalisation du monde &#187;) et l'imaginaire des dangers et de la Fin ne cesse de cro&#238;tre, de mani&#232;re spectaculaire (le film 2012, fin du monde est un exemple typique de cette fascination malsaine &#233;prouv&#233;e pour le d&#233;sastre), jusqu'&#224; cr&#233;&#233; des formes de sous-cultures en r&#233;action &#224; la peur : de leurs mots, les survivalistes ne sont pas n&#233;s de la peur mais ils sont une &#171; r&#233;action &#187; contre l'ali&#233;nation ambiante et les peur sociales et comme tout mill&#233;narisme, ils sont ceux qui annoncent &#171; l'heure de v&#233;rit&#233; &#187;7.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Croire en l'apocalypse&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement, s'il est vrai qu'avec le sp&#233;cialiste de la sociologie de la cognition et des croyances, G&#233;rald Bronner, l'on peut soutenir que &#171; notre rapport au monde peut se faire selon deux modalit&#233;s : la connaissance et la croyance &#187;8 &#8211; la science et l'esp&#233;rance, pourrait-on dire &#8211;, il est aujourd'hui ind&#233;niable que la science, le domaine privil&#233;gi&#233; de la connaissance objective et rationnelle, peut introduire &#224; l'irrationnel et &#224; la croyance. Le sociologue Jean-Bruno Renard dans son livre sur le &#171; ph&#233;nom&#232;ne ovni &#187; illustre parfaitement ce paradoxe9. Pr&#233;occup&#233;e &#224; la recherche d'une forme de vie extraterrestre intelligente, la communaut&#233; scientifique, d&#232;s 1961, proposait une &#233;quation &#224; sept inconnues (&#233;quation de Drake) permettant d'estimer le nombre de civilisations observables dans notre galaxie. Mais lorsque l'on se rendit compte qu'il s'av&#233;rait tr&#232;s difficile de d&#233;terminer avec pr&#233;cision l'ensemble des facteurs, et que la formule pouvait signifier tant l'existence d'une seule civilisation, la notre, que d'une infinit&#233;, la confusion naquit. Incapable d'affirmer ou d'infirmer &#171; scientifiquement &#187; l'existence d'une civilisation extraterrestre, la &#171; croyance scientifique &#187; prenait le pas sur la &#171; connaissance scientifique &#187;, et loi d'avoir contribu&#233;e &#224; la &#171; mort de Dieu &#187; sous couvert de scientificit&#233; se formaient d&#233;j&#224; les premi&#232;res &#171; &#233;glises &#187; et &#171; fervents adeptes soucoupistes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ph&#233;nom&#232;ne est sensiblement identique en ce qui concerne les survivalistes. En 1947, peu de temps apr&#232;s les bombardements atomiques des villes de Hiroshima et Nagasaki, les scientifiques atomistes de l'universit&#233; de Chicago se r&#233;unissaient pour &#233;lucider une question qui &#233;tait autrefois du domaine de la th&#233;ologie : a quand la fin du monde ? Face aux lourdes menaces qui p&#232;sent sur l'humanit&#233; (la course aux armements nucl&#233;aires dans la Guerre Froide, mais aussi au fil du temps les d&#233;fis de l'&#233;nergie et des hydrocarbures, les dangers li&#233;s au r&#233;chauffement climatiques, les risques inh&#233;rents au d&#233;veloppement irraisonn&#233; des nouvelles technologies, les nanotechnologies et les biotechnologies, les probl&#232;mes que posent la surpopulation, les in&#233;galit&#233;s structurelles, etc.), notre civilisation va-t-elle dispara&#238;tre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette perspective, les chercheurs atomistes ont &#233;labor&#233; un outil conceptuel apte &#224; rendre compte du temps qui nous reste &#224; vivre : le Doomsday Clock (&#171; Horloge de l'Apocalypse &#187;)10, dont minuit symbolise la date fatidique de la fin des temps. La &#171; croyance scientifique en la fin du monde &#187; pouvait alors s'&#233;panouir, et cela se v&#233;rifia assez rapidement. Car, &#224; l'exemple de l'&#233;quation de Drake, les param&#232;tres entrant en jeu dans la pr&#233;cision de l'horloge rel&#232;vent avant tout de la dext&#233;rit&#233; de l'horloger, ou de la subjectivit&#233; et des valeurs du scientifique da ns le cas pr&#233;sent ; et ce qu'il s'av&#232;re primordial de reconnaitre, c'est que, en s'emparant des th&#232;mes de l'apocalypse, loin de rendre compte objectivement de la fin des temps, les scientifiques atomistes ont, d'un point de vue sociologique et cognitif, permis la s&#233;cularisation et la d&#233;sacralisation de l'eschatologie. L'apocalypse devient d&#233;sormais scientifique et peut &#234;tre l'apanage de &#171; fanatiques de l'apocalypse &#187;11 s&#233;culiers. Qui plus est aujourd'hui, de l'alignement des plan&#232;tes le 21 d&#233;cembre 2012 aux th&#232;ses anthropo-r&#233;chauffistes12 en passant par les annonciateurs de la &#171; bombe P &#187; (explosion d&#233;mographique), sous l'apparence du discours scientifique, les preuves de la fin du monde s'imposent dans nombres de secteurs de la vie publique. Ainsi, introduit par une croyance que l'on ne peut ni affirmer ni infirmer, et &#171; pari pascalien &#187; aidant, comme ils ont tendance &#224; le dire, &#171; il faudrait &#234;tre fou pour ne pas se pr&#233;parer ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, outre les productions culturelles comme la litt&#233;rature de science-fiction, le cin&#233;ma-catastrophe, ou autres, &#224; la fois reflet et produit de &#171; l'ambiance sociale &#187;13, essentiellement c'est sensiblement &#224; la m&#234;me p&#233;riode, aux Etats-Unis, qu'apparaissent les premiers groupes et mouvances nourris &#224; l'imaginaire scientifique et profane de la fin : les survivalistes. N&#233; dans les ann&#233;es 1960, le mouvement survivaliste, inspir&#233; tant par les droites et les extr&#234;mes droites libertariennes Nord-Am&#233;ricaines que par l'Eglise de J&#233;sus Christ des saints des derniers jours14 et appuy&#233; par un esprit plus ou moins avou&#233; de critique du mode de vie moderne et urbain, se nourrit des peurs et angoisses qui traversent la psych&#232; collective d'une &#233;poque : en bref, l'histoire du survivalisme r&#233;pond de l'histoire culturelle de la peur et, quand la peur collective mue, le survivalisme renouvelle son cat&#233;chisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens l'on voit, en r&#233;sumant quelque peu grossi&#232;rement le trait, se constituer trois tendances dans l'&#233;volution du mouvement, impuls&#233;es par les peurs latentes ou manifestes du moment. D&#232;s l'origine, le mouvement se construit sur un d&#233;sir d'autonomie et d'autosuffisance formul&#233; en contrepoint des spectres de la d&#233;valuation mon&#233;taire suite &#224; la hausse de l'inflation aux Etats-Unis dans les ann&#233;es 1960, d'une crise des &#233;nergies amorc&#233;e au d&#233;but des ann&#233;es 1970, notamment le p&#233;trole et des pr&#233;occupations grandissantes autour d'une &#233;ventuelle guerre nucl&#233;aire ; le tout nuanc&#233; par l'incapacit&#233; des gouvernements et des centres urbains &#224; r&#233;pondre et r&#233;sister &#224; de tels &#233;v&#233;nements. Par la multiplication de manuels de d&#233;fense civile publi&#233;s par les gouvernements15, par l'&#233;ducation scolaire aux mesures d'urgence en cas de bombardements atomiques, par nombres d'articles et d'ouvrages aux accents conservateurs et libertariens16, l'&#233;thique de la survie s'installe dans les consciences, et s'organise en mouvement, dont Kurt Saxon, dans le bulletin mensuel, The Survivor (publi&#233; avec le concours des imprimeries du party nazi Am&#233;ricain), donne le nom de &#171; survivalism &#187;, tandis que l'&#233;co-architecte et futuriste, Don Stephens propose le terme de &#171; survival retreat &#187;, c'est-&#224;-dire de retraite pour la survie, qui en soit n'est qu'une &#233;vacuation des villes quand la soci&#233;t&#233; se d&#233;compose pour retrouver le paradis et la s&#233;curit&#233; des campagnes ! Le terme tombe vite en d&#233;su&#233;tude, mais l'id&#233;e persiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite vient la p&#233;riode 1980-2000, marqu&#233;e chez les survivalistes par la diminution des peurs li&#233;es &#224; la famine, la p&#233;nurie d'&#233;nergie, &#224; la crise &#233;conomique et par l'apparition de termes nouveaux comme l'&#171; hiver nucl&#233;aire &#187; ou l'&#171; Apocalypse nucl&#233;aire &#187;. D'ailleurs, Google Ngram, l'outil de bibliom&#233;trie de Google Books, illustre &#224; merveille le ph&#233;nom&#232;ne : les termes &#171; nuclear winter &#187; ou en fran&#231;ais &#171; hiver nucl&#233;aire &#187; apparaissent au cours de l'ann&#233;e 1982, avant ils sont totalement inexistant17, et culminent jusqu'en 1987, chutent pour se stabiliser au milieu des ann&#233;es 1990, pour faire partie int&#233;grante de la culture populaire (fiction et information populaire) et n'&#234;tre plus uniquement du domaine de la chimie atmosph&#233;rique. En g&#233;n&#233;ral, les peurs se cristallisent sur la figure de l'hybris technologique : peur du nucl&#233;aire, peur des nanotechnologies, peur des biotechnologies, pour culminer lors du passage de l'an 2000 avec le d&#233;sastreux, aujourd'hui devenu hilarant18, bogue qui l'accompagne, alliage du chiliasme informatique et religieux. En r&#233;alit&#233;, durant cette p&#233;riode, l'id&#233;e qui sous-tend le survivalisme, dans une certaine mesure, a &#233;chapp&#233; &#224; ses adeptes et les productions culturelles et m&#233;diatiques se sont appropri&#233; &#171; l'imaginaire social &#187; (Bronislaw Backzo) de la fin des temps. Le survivalisme sort du carcan de l'apocalyptisme scientifico-religieux et des productions cin&#233;matographiques comme Mad Max, The Terminator, Tron, Pulse, Tetsuo : The Iron Man, qui sont de r&#233;els succ&#232;s dans les salles obscures, nourrissent l'imaginaire de ses adeptes tandis que le mouvement devient un sujet sociologique &#224; part enti&#232;re, que ce soit sous l'angle de la s&#233;rie trag&#233;die avec Survivors ou de la com&#233;die avec The Survivors. A la fin des ann&#233;es 1990, le genre cin&#233;matographique &#171; survival &#187; nait et se d&#233;veloppe des jeux-vid&#233;o aux s&#233;ries t&#233;l&#233;vis&#233;es, en passant par un renouvellement de la litt&#233;rature, de la bande dessin&#233;e et m&#234;me de la t&#233;l&#233;r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si &#224; l'origine le mouvement appartenait au ventre mou du social, &#233;clat&#233; entre partis d'extr&#234;me droite et mouvances sectaires, s'il participait d'une logique de l'underground, contestataire, r&#233;actionnaire mais invisible et discr&#232;te (certains blogs parlent de &#171; survivalistes silencieux &#187;), les ann&#233;es 2000 ont consid&#233;rablement chang&#233; la donne. La (sur-)m&#233;diatisation des attentats du World Trade Center en 2001, de Bali en 2002, de Madrid en 2004, de Londres en 2007, mais aussi du tsunami de 2004, de l'ouragan Katrina, de Grippe porcine, ou encore le d&#233;sastre de Fukushima, se sont traduites ph&#233;nom&#233;nalement par un regain d'int&#233;r&#234;t et de voyeurisme ouvrant la porte au succ&#232;s au nombreux ouvrages, films ou jeux-vid&#233;o traitant le sujet de la survie d'individus ou de groupes face aux multiples apocalypses culturelles, ou a encore entrain&#233; celui des divers guides de survie (les plus traditionnels et classiques : ceux &#233;dit&#233;s par les minist&#232;res, les gouvernements en cas de catastrophe, ceux de l'arm&#233;e ou des forces sp&#233;ciales, ceux qui dispensent des techniques g&#233;n&#233;rales ou sp&#233;cialis&#233;es ; comme aussi ceux d'un genre nouveau : survivre en voyage, en pays exotique, en randonn&#233;e, en pleine nature, survivre quand l'on est m&#232;re de famille, &#233;tudiant, professeur en banlieue ; ou encore, les surprenants : survivre en milieu urbain, dans la mondialisation, en territoire zombie, &#224; l'identique d'un &#171; guerrier urbain &#187;19). Force est de constater que la peur s'est d&#233;plac&#233;e tout en marquant un fait particulier, la sub-culture survivaliste p&#233;n&#232;tre peu &#224; peu la culture dominante jusque dans ses productions culturelles. Et cela selon un double processus : d'une part la d&#233;mocratisation du mouvement impuls&#233;e par l'assouplissement de l'exercice survivaliste, son int&#233;gration dans la vie quotidienne et moderne, mais aussi par son int&#233;gration dans le m&#233;dium internet, les chaines youtube, les blogs, les forums et autres espaces de discussion et d'&#233;change de points de vue, qui deviennent aujourd'hui les m&#233;diums privil&#233;gi&#233;s du mouvement et de la culture survivaliste et changent consid&#233;rablement la relation d'apprentissage des pratiques, tout en permettant d'affranchir une part de la culture du secret qui &#233;tait le propre des plus fervents adeptes du mouvement20 ; d'autre part la croissance d'un sentiment collectif de vivre au plus proche d'un &#171; Pomp&#233;i &#224; venir &#187;21 et l'extase et la fascination esth&#233;tique que ce dernier engendre22. Comme le pr&#233;cise R&#233;gis Debray dans un ouvrage r&#233;cent, &#171; un petit air d'Apocalypse monte en sourdine des lieux o&#249; l'on pense, bien au-del&#224; des mus&#233;es et de biblioth&#232;ques &#187;23.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Il faudrait &#234;tre fou pour ne pas se pr&#233;parer &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce fait, il semble aujourd'hui bien difficile de soutenir la continuit&#233; de l'esprit originel du survivalisme (th&#233;orie du complot, racisme et anti-communiste), que certains nomment un &#171; stigmate &#187;. Le pluralisme des peurs faisant la pluralit&#233; du mouvement, le survivalisme n'a fait que r&#233;ponde &#224; &#171; l'ambiance sociale &#187;. Et aujourd'hui, m&#234;me si certains m&#233;dias Fran&#231;ais commencent &#224; s'int&#233;resser au mouvement, le terme a &#233;t&#233; remplac&#233; par celui de &#171; prepper &#187;. Le &#171; prepper &#187;, s'il ne diff&#232;re pas du survivaliste quant aux pratiques mises en &#339;uvre pour la survie (r&#233;serves de nourriture, de mat&#233;riel m&#233;dical, de moyen de d&#233;fense, construction d'abris, pr&#233;paration physique ou spirituelle, etc.) et qu'il demeure toujours une r&#233;action &#224; l'anxi&#233;t&#233; ambiante, au contraire, pour le &#171; prepper &#187; la pr&#233;paration au pire se pr&#233;sente plut&#244;t comme un mode de vie, une attitude quotidienne que comme un moyen de survie. Par exemple, fascination devant l'adaptabilit&#233; du militaire et son parler acronymique, il faut &#234;tre pr&#234;t &#224; la TEOTWAWKI24, anticiper WTSHTF25, voire une p&#233;riode WROL26 et toujours avoir sur soi un BOB27 ou un INCH Bag28. Comme le pr&#233;cise le site internet neosurvivalisme.com, une culture et une discipline de la pr&#233;paration qui passe par l'implication de la famille, du groupe ou du voisinage (parfois m&#234;me des communaut&#233;s web et des r&#233;seaux sociaux29) visant &#224; apprendre ensemble &#224; &#171; r&#233;pondre aux besoins de base (un toit, &#224; boire et &#224; manger) &#187; dans un monde &#171; sans p&#233;trole, sans eau courante, sans magasins parfaitement achaland&#233;s. O&#249; tant d'objets qui nous entourent aujourd'hui pourraient devenir absolument inutiles, alors que d'autres, souvent simples, comme ceux dont l'homme se servait depuis des si&#232;cles, deviendront indispensables &#224; notre (sur-)vie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, de nombreux blogs et forums internet tenus soit par des apprentis McGyver soit par de soucieux traders, dispensent des conseils d'organisation pour survivre aux divers chaos qui nous menacent (d'un effondrement de l'&#233;tat aux, d&#233;sormais, quotidiennes crises &#233;conomiques). Survivre &#224; la crise passe alors par la n&#233;cessit&#233; d'investir dans des indices boursiers peux risqu&#233;es ou durables, mais aussi, au cas o&#249; le pire survienne, acheter ou stocker des vivres, du carburant, voire m&#234;me apprendre les techniques d'auto-d&#233;fense, les rudiments de la m&#233;canique, de la p&#234;che, comme &#171; avoir un cochon et planter un noisetier, les meilleures sources de prot&#233;ines &#187;, ou se mettre &#224; &#171; l'entomophagie &#187; et &#171; commencer son &#233;levage de grillons &#187;30. En ce sens le &#171; prepper &#187; d&#233;veloppe une &#233;thique de la post-consommation, avec tout ce que le terme &#171; post &#187; peut signifier. Ce qui peut paraitre paradoxal, car il consomme &#171; durable &#187; ou &#171; responsable &#187;, voire m&#234;me parfois il consomme des biens et des besoins primaires, il ach&#232;tera ou trouvera les moyens de se procurer de l'eau potable, de la nourriture en conserve, des moyens de d&#233;fense, des soins, du bois pour la toiture (de l'iode et du plomb pour la radioactivit&#233;), etc. mais le tout dans une perspective de consommation de valeur et d'&#233;thique, des besoins qui, si l'on r&#233;fl&#233;chit bien, dans nos soci&#233;t&#233;s occidentales, ne sont plus du tout primaires et rel&#232;vent plus d'une id&#233;e paradoxale du luxe. Luxe de consommer en retrait, dans le refus de ce que la civilisation, la modernit&#233; ou la ville nous procurent, dans le refus d'un &#171; syst&#232;me de d&#233;pendances &#187;31 : &#171; Quand je stocke six mois de nourriture comme le faisaient nos anc&#234;tres, ce n'est pas dans l'anticipation de la fin du monde, mais bien dans une intention d'ind&#233;pendance face &#224; un syst&#232;me juste-&#224;-temps. &#187; comme l'&#233;crit volwest, sur le site lesurvivaliste.blogspot.com.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'on voit ainsi les propositions inavou&#233;es des &#171; preppers &#187; : l'autonomie ou l'autosuffisance passent par le recouvrement du mode de vie de nos anc&#234;tres, id&#233;alisation de nos grands parents qui vivaient dans un &#171; c'&#233;tait mieux avant &#187;, soumis au rythme saisonnier, plus proches de la nature et d&#233;positaires d'un savoir que notre soci&#233;t&#233; de la profusion a rendu caduc. Il faut renouer avec nos instincts maternels (survivalmom.com), r&#233;apprendre les techniques archa&#239;ques, par l'initiation dans des stages de survie (en for&#234;t, en ville, en pays exotique, etc.) &#224; l'orientation, la botanique et la recherche de nourriture ou de m&#233;dication naturelle, la g&#233;ologie et la recherche de min&#233;raux, &#224; la chasse, la p&#232;che, le pistage, le tout pour ressaisir le primitif qui sommeille en nous (viking.preparedness.blogspot.com ; pioneerliving.net), s'adapter toujours et &#234;tre dans une relation fusionnelle au milieu environnant (ready.gov ; suburbanprepper.wordpress.com), et, tel le cafard ou le rat qui on le sait sont les plus &#224; m&#234;me de r&#233;sister aux cons&#233;quences d'un d&#233;sastre atomique, il faut se terrer, construire son abri, y hiberner pour agir tel un animal durant la dure saison (ANTS est l'acronyme de americannetworkingtotosurvive.org ou encore frugalsquirrel qui sont les imaginaires des animaux pr&#233;voyants en opposition aux animaux volages). Sorte de robinsonnade, c'est &#224; l'&#233;cart de la civilisation d&#233;cadente et quand il se confronte &#224; la nature, que l'homme se r&#233;alise pleinement. Ce n'est donc pas un hasard si, pour les survivalistes fran&#231;ais, trois romans reviennent toujours pour d&#233;crire ce que serait la vie et les attitudes dans la post-apocalypse : Malevil de Robert Merle, qui pr&#233;sente la n&#233;cessit&#233; de se prot&#233;ger, se d&#233;fendre, Ravage de Barjavel lou&#233; pour sa perspicacit&#233;, c'est-&#224;-dire le retour au patriarcat, un refus de la technologie et la reconstruction dans une bastide de campagne d'une vie en autarcie32 et le plus surprenant La guerre du Feu de Joseph Henry Rosny, pr&#233;sentant des &#171; comportements normaux quand tout se sera &#233;croul&#233; &#187;33.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Esprit du temps, survivalisme et soif des origines&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous avons essay&#233; de le signifier, il semble juste de soutenir que les croyances survivalistes, apparues au cours des ann&#233;es 1950-1960, et les pratiques prepper, apparues quant &#224; elles au seuil du mill&#233;nium, en aucun cas ne sont des cr&#233;ations ex nihilo. S'il est vrai que nous ne nous sommes pas plong&#233;s dans la g&#233;n&#233;alogie du mouvement, probablement l'apocalyptisme des premiers chr&#233;tiens et la crainte du jugement dernier raviv&#233;s tant par le mill&#233;narisme des communaut&#233;s mormons (Eglise de J&#233;sus Christ des saints des derniers jours) que par l'imaginaire eschatologique propre aux repr&#233;sentations de la guerre froide et de &#171; la fin de l'histoire &#187;, il apparait certain que p&#232;se sur ces mouvements les lourdeurs des entrelacs sociaux et culturels. Br&#232;ve sociom&#233;trie : premi&#232;rement, le survivalisme est le propre du monde occidental, c'est-&#224;-dire la civilisation industrielle, urbaine et aujourd'hui globalis&#233;e, m&#234;me si l'on dit d'une peuplade am&#233;rindienne isol&#233;e quelconque qu'elle adopte un pratique survivaliste, il n'est pas possible de dire qu'elle adopte la philosophie ou l'ethos survivaliste. Deuxi&#232;mement, les survivalistes ne sont en aucun cas des idiots, de dangereux attard&#233;s ou des rebus de la soci&#233;t&#233; consommation, bien au contraire, la population survivaliste est m&#234;me plut&#244;t int&#233;gr&#233;e, le niveau d'instruction est relativement sup&#233;rieur &#224; la moyenne (pour ce que j'ai pu rencontrer en France), elle consomme (nous avons utilis&#233; le terme de &#171; post-consommation &#187;, c'est-&#224;-dire qu'elle consomme de la valeur plus que des biens pour se r&#233;aliser), et elle est sensible, int&#233;ress&#233;e et impliqu&#233;e dans la marche des choses, comme aux probl&#232;mes de soci&#233;t&#233;s. Troisi&#232;mement : si au d&#233;part l'on pouvait dire qu'il existe une unique population survivaliste qui pouvait se d&#233;finir racialement, politiquement, &#233;conomiquement et autres, aujourd'hui le mouvement est prot&#233;iformes, multiple, trans-g&#233;n&#233;rationnel. Tout le monde peut, un jour, devenir survivaliste (hommes, femmes, individus isol&#233;s, famille, immigr&#233;s, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233; d'une croyance scientifique, &#233;difi&#233; au gr&#233; du ressac des diff&#233;rentes cristallisations culturelles de la peur et de l'angoisse (la guerre nucl&#233;aire, de l'hyperinflation, de la famine, de la p&#233;nurie &#233;nerg&#233;tique, puis enfin des m&#233;faits de la civilisation), le survivalisme est un pur produit de &#171; cette &#233;trange noosph&#232;re, qui flotte au ras de la civilisation &#187;34. L'esprit du temps &#233;claire le survivalisme, m&#234;me, l'on peut soutenir que le survivalisme est un produit de notre soci&#233;t&#233; &#171; dromotique &#187; (Paul Virilio) et de &#171; l'anxi&#233;t&#233; sociale &#187; que cela g&#233;n&#232;re, amplifi&#233; par la m&#233;diatisation intense des &#233;v&#233;nements catastrophique via les chaines d'informations en continu. &#171; Pornographie de l'information &#187;35 et logique sous-jacente : Bad news is good news. Mais pour le sociologue, il est n&#233;cessaire de ne point arr&#234;ter la dynamique et de voir que s'op&#232;re une complexification de la relation entre le mouvement survivaliste et la soci&#233;t&#233; ou psych&#232; collective : certes, l'air du temps &#233;claire la philosophie survivaliste, mais, on le voit depuis quelques ann&#233;es, qui plus est avec les &#171; preppers &#187;, cette derni&#232;re philosophie de la pr&#233;paration au pire, c'est-&#224;-dire de la pr&#233;paration &#224; une fin de la civilisation, de la culture moderne ou du &#171; contrat social &#187; et d'un retour aux &#171; racines naturelles &#187; de l'homme, influence &#224; son tour la soci&#233;t&#233;, qui dans un mouvement de r&#233;cursivit&#233; (&#171; inter-retro-action &#187;) et d'ins&#233;parabilit&#233; agit par feed-back sur les adeptes &#171; preppers &#187;. Finalement, face &#224; la vague survivalisme (tout de m&#234;me estim&#233;e aux Etats-Unis entre 4 et 6 millions d'individus) et en pr&#233;sence de la mont&#233;e de la culture &#171; prepper &#187; (que nous avons d&#233;finit par rapport au survivalisme des origines comme troisi&#232;me vague, plus d&#233;mocratique, plus populaire et dot&#233;e d'une meilleure visibilit&#233;, notamment sur internet et dans les m&#233;dias), la soci&#233;t&#233; du spectacle, ou la culture de masse et l'industrie de la culture si tant est qu'elles existent encore, via ses appareils producteurs de r&#234;ves et de fantasmes s'est appropri&#233; une part de l'esprit du survivalisme. Apr&#232;s avoir nourri la litt&#233;rature de science-fiction et la nourrissant encore, bien que dans une moindre mesure, aujourd'hui le survivalisme s'expose tant dans shows t&#233;l&#233;vis&#233;s, avec Koh-lanta, Survivors, Man Versus Wild, et bien d'autres, que dans s&#233;ries t&#233;l&#233;vis&#233;es, avec The Big Bang Theory, 24 Heures, Jericho, etc. m&#234;me dans les jeux-vid&#233;os, nous citerons que la s&#233;rie Fallout, o&#249; suite &#224; un hivers nucl&#233;aire, l'on suit les p&#233;rip&#233;ties d'un survivant d'un abri antiatomique. La liste pourrait encore &#234;tre longue. Ce qu'il est indispensable de comprendre est cette dynamique complexe au c&#339;ur &#224; la fois de la soci&#233;t&#233; et des groupes qui la composent : un va et vient, pour utiliser les termes de Gilbert Durand &#171; un incessant &#233;change qui existe au niveau de l'imaginaire entre les pulsions subjectives et assimilatrice et les intimations objectives &#233;manant du milieu cosmique et social &#187;36, si bien que l'imaginaire du survivaliste c'est Danse avec les loups plus le National Rifle Association et que celui du &#171; prepper &#187; c'est Into the Wild plus MacGyver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, la question que soul&#232;ve ce mouvement (mis &#224; part celle de l'homo violens : si tout ce qui faisait la soci&#233;t&#233; devait s'arr&#234;ter demain, est-ce que l'homme serait toujours homme ? et pour combien de temps ?) c'est celle de l'ambiance que compose &#224; la fois une soci&#233;t&#233; de plus en plus anxieuse quant &#224; son avenir, percevant le d&#233;sastre et le jugement dernier partout o&#249; elle jette un &#339;il et la naissance de mouvement de r&#233;sistance ou d'accompagnement qui selon certains penseurs sont tant&#244;t de l'ordre du fanatisme37 religieux tant&#244;t de l'extr&#233;misme38 politique s'accroissant paradoxalement avec l'accroissement des connaissances scientifiques et techniques. La r&#233;ponse nous la trouvons dans cette &#171; m&#233;taphore obs&#233;dante &#187; (Charles Mauron) au c&#339;ur de &#171; l'heuristique de la peur &#187; (Hans Jonas) contemporaine : la tentation du &#171; c'&#233;tait mieux avant &#187;, nostalgie des origines. Marque de la &#171; perte du sens des &#233;ch&#233;ances &#187;39 (comme probl&#233;matique du d&#233;senchantement du monde : o&#249; est la fin ? et que veut-elle dire ?) et forme pathologique de la m&#233;moire qui consiste valoriser le pass&#233; au nom du pr&#233;sent ou, pire, de l'avenir (rh&#233;torique des plus logiques : &#171; je fais comme le faisait nos anc&#234;tres, car premi&#232;rement, c'&#233;tait mieux avant et, deuxi&#232;mement, ce sera pire plus tard ! &#187;) en dotant &#171; le sauvage, d'une ing&#233;niosit&#233; qui est le n&#233;gatif de nos croyances &#187;40. En soulignant les d&#233;rives du progr&#232;s et de la civilisation et la d&#233;pendance dans laquelle ces derniers plonge l'humanit&#233;, la novlangue survivaliste s'immisce au c&#339;ur du quotidien pour nous conduire sur la route de l'anarcho-primitivisme, de la d&#233;croissance et du z&#233;ro carbone ! &#171; Envie de red&#233;couvrir notre vraie nature, d'&#234;tre heureux, libres, forts et en bonne sant&#233; ? &#187;. A nous le r&#233;gime Cro-Magnon (&#171; Paleo-diet &#187;). Chausson nos &#171; fivefingers &#187;, en attendant d'&#234;tre pieds nus, et &#224; nous le pal&#233;o-fitness. MoveNat and explore your true nature&#8230; comme l'avait d&#233;j&#224; remarqu&#233; Walter Benjamin, &#171; le pass&#233; porte en lui l'indice d'une r&#233;demption &#187;41. Ou encore : la Nature vaut mieux que la Culture et la civilisation, le mode de vie moderne et ses artifices ont fonci&#232;rement perverti l'Homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 Le catastrophisme est une th&#233;orie scientifique (g&#233;ologie) puis philosophique et politique, qui tente de construire rationnellement la croyance (jud&#233;o-chr&#233;tienne) que les catastrophes ont un effet majeur sur l'&#233;volution du monde, son origine et sa fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 L'anarcho-primitivisme est une doctrine politique et philosophique qui rejette la civilisation prom&#233;th&#233;enne et faustienne, source des diverses ali&#233;nations, et qui pr&#244;ne un retour &#224; la Nature, fonci&#232;rement &#233;galitaire et lieu de conscience claire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 Les &#171; preppers &#187; (de l'anglais to prepare, &#171; se pr&#233;parer &#187;) signifie &#171; ceux qui se pr&#233;parent &#187;, ici, sous-entendu : ceux qui se pr&#233;parent aux catastrophes et d&#233;sordres sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 Les &#171; Doomers &#187; (de l'anglais doomsday, &#171; le jour du jugement dernier &#187;) signifie &#171; ceux qui anticipent les catastrophes majeures &#187;, voire l'apocalypse ou la &#171; fin du monde &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 Voir Max Brooks, Guide de survie en territoire Zombie. (Ce livre peut vous sauver la vie) (traduit de l'anglais par Patrick Imbert), Paris, Calmann-L&#233;vy, coll. Livre de Poche, 2010 (2003), 382 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 Traduction libre du &#171; Capitain Dave's Survival Center &#187; sur &lt;a href=&#034;https://www.survival-center.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.survival-center.com&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 &lt;a href=&#034;https://www.autarcies.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.autarcies.com&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 G&#233;rald Bronner, La pens&#233;e extr&#234;me. Comment des hommes ordinaires deviennent des fanatiques, Paris, Deno&#235;l, coll. Impacts, 2009, p. 21. (348 p.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9 Jean-Bruno Renard, Les extraterrestres. Une nouvelle croyance religieuse ?, Paris, Editions du Cerf, 1988, 127 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 Notons que, &#224; l'exemple de l'horloge de l'Apocalypse, beaucoup de th&#233;ories scientifiques ou pseudo-scientifiques, c'est-&#224;-dire ayant certain attributs de la scientificit&#233; mais &#233;tant tr&#232;s souvent influenc&#233; par tout autre chose, un fond religieux notamment, annoncent l'avenir n&#233;faste de la civilisation : la th&#233;orie du Big Crunch ou du Big Rip, le syndrome de l'ile de Pacques, etc. Etant des reformulations plus ou moins grossi&#232;res du principe gen&#232;se/paradis et apocalypse/enfer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11 Norman Cohn, Les fanatiques de l'Apocalypse. Courants mill&#233;naristes r&#233;volutionnaires du XIe au XVIe si&#232;cles avec une postface sur le XXe si&#232;cle (traduit de l'anglais par Simon Clemendot), Paris, Julliard, 1962 (1957), 341 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12 Le n&#233;ologisme est de Lionel Scotto d'Apollonia, voir Lionel SCOTTO D'APOLLONIA &amp; Benoit URGELLI, &#171; Le r&#233;chauffement climatique : Cheval de Troie de la modernit&#233; ? &#187;, Le Monde, 31/08/11.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13 Patrick TacusseL, Mythologie des formes sociales. Balzac et les Saint-simoniens ou le destin de la modernit&#233;, Paris, M&#233;ridiens Klincksieck, 1995, p. 66.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14 L'Eglise, n&#233;e en 1830, est toujours consid&#233;r&#233;e comme le premier mouvement survivaliste de par l'obligation de stocker des vivres, du bois et des fournitures pour sept ann&#233;es, soit la dur&#233;e de la &#171; Grande Tribulation &#187;, c'est-&#224;-dire la p&#233;riode de lutte entre le Bien et le Mal lors du Jugement Dernier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15 Par exemple l'hallucinant : United States Dept. of Army, Survival Under Atomic Attack, Washington, US. Government Printing Office, 1951, 32 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16 Entre autres : le candidat du Libertarian Party aux &#233;lections U.S. de 1996 et 2000 (environ 500 000 voix) Harry BROWNE, How You Can Profit from the Coming Devaluation, New Rochelle, Arlington House, 1970, 189 p. et Howard RUFF, Famine and Survival in America, Sherpherdsville, Publishers Press, 1974, 196 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17 Ce qui en soit est parfaitement normal, car le terme est utilis&#233; pour la premi&#232;re fois en 1982 par les climatologues et chimistes Paul Crutzen et John Birks. Voir Paul CRUTZEN &amp; John BIRKS, &#171; The Atmosphere After a Nuclear War : Twilight at Noon &#187;, Ambio, vol. 11, n&#176; 2/3, 1982, pp. 114-125.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18 L'on retrouve encore, aujourd'hui, dans les archives internet et les pages web &#171; en cache &#187; des journaux de l'apr&#232;s catastrophe du &#171; bogue &#187;, commen&#231;ant le 31 d&#233;cembre 1999, relatant l'ensemble des incident ou des pannes mais malheureusement s'arr&#234;tant le 2 janvier 2000, pour nous dire qu'il s'agissait d'une erreur de calcul : le v&#233;ritable bogue, c'est pour le 19 janvier 2038, pr&#233;cis&#233;ment &#224; 3 heures 14 minutes et 7 secondes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19 Barefoot Doctor, Le guerrier urbain. Manuel de survie spirituelle, Paris, J'ai lu, 2004, 210 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20 R&#233;aliser un entretien avec un survivaliste s'av&#232;re bien ardu. Une id&#233;e revient souvent : &#171; Si je t'en dis plus sur mes secrets (abris, caches, etc.), au moment de l'apocalypse, tu viendras me les voler et je devrais me d&#233;barrasser de toi &#187;. Alors que sur internet, sous couvert d'anonymat (pseudonyme et &#233;cran), l'on se d&#233;voile bien plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21 James Graham Ballard, La foire aux atrocit&#233;s (traduit de l'anglais par Fran&#231;ois RIVIERE), Paris, Tristram, 2002 (1970), p. 32.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22 Outre la profusion de film-catastrophe depuis une dizaine d'ann&#233;e, voir, par exemple, la collection Hiver 2011 de Karl Lagerfeld, pr&#233;sent&#233;e sur un paysage de post-apocalypse et de foret calcin&#233;e ; le dernier clip musical de Beyonce, Run the World ; le dernier gel coiffant/d&#233;coiffant &#171; Chaotique Fix-Taft &#187; de la marque Schwarzkopf ; ou m&#234;me la derni&#232;re collection de la marque de v&#234;tement &#171; G-Star &#187; ouvertement influenc&#233;e par l'esth&#233;tique survivaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23 R&#233;gis Debray, Du bon usage des catastrophes, Paris, Gallimard, 2011, p. 18.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;24 &#171; The End Of The World As We Know It &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;25 &#171; When The Shit Hit The Fan &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26 &#171; Without Rule Of Law &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27 &#171; Bug-Out Bag &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;28 &#171; I'm Never Coming Home Bag &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29 Voir &lt;a href=&#034;https://www.americanpreppersnetwork.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.americanpreppersnetwork.com&lt;/a&gt; sous-titr&#233; &#171; Freedom through teaching others self-reliance&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30 Voir par exemple le site &lt;a href=&#034;https://www.autarcies.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.autarcies.com&lt;/a&gt; sous-titr&#233; &#171; Se pr&#233;parer &#224; la vie sans p&#233;trole. Objectif : 5 ans pour &#234;tre autonome &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;31 Ou comme le dit l'un de mes informateurs : &#171; La religion, l'&#233;conomie, l'&#233;tat, tous ces gardes fous pr&#234;t &#224; s'effondrer (le 21 d&#233;cembre 2012) &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;32 Certains m&#234;me valorisent fortement &#171; le mode de vie kosovar &#187;, comme esprit du survivalisme : &#224; l'&#233;cart de la ville, une b&#226;tisse r&#233;gie par une famille, avec une division sexuelle des taches, une tour pour stocker la nourriture, un puits, une bassecour, etc. voir : &lt;a href=&#034;https://www.davidmanise.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.davidmanise.com&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;33 Toujours de la part d'un informateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;34 Edgar Morin, L'esprit du temps, Paris, Grasset, 1962, p. 12.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;35 Jean Baudrillard, &#171; Pr&#233;-texte &#187;, in Jacques ZYLBERBERG (dir.), Masses et postmodernit&#233;, num&#233;ro sp&#233;cial de Soci&#233;t&#233;s, n&#176; 4, Qu&#233;bec, Presses de l'universit&#233; de Laval, Paris, Librairie des M&#233;ridiens, Klincksiek, 1986, Paris, p. 10.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;36 Gibert Durand. Les Structures anthropologiques de l'imaginaire. Introduction &#224; l'arch&#233;typologie g&#233;n&#233;rale, Paris, Dunod, 2002 (1969), p. 38.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;37 Pascal Bruckner, Le fanatisme de l'apocalypse. Sauver la Terre, punir l'homme, Paris, Grasset, 2011, 288 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;38 Gerald Bronner, La pens&#233;e extr&#234;me : comment des gens ordinaires deviennent des fanatiques, Paris, Deno&#235;l, 2009, 352 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;39 Jean Baudrillard, les strat&#233;gies fatales, Paris, Grasset, coll. &#171; Figures &#187;, 1983, p. 12.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;40 Pascal Bruckner, Les fanatismes de l'apocalypse, op. cit., p. 247.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;41 Walter Benjamin, &#171; Sur le concept d'histoire &#187;, in &#338;uvres III (traduit de l'allemand par Maurice de GANDILLAC, Rainer ROCHLITZ et Pierre RUSCH), Paris, p. 247.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;James Graham Ballard, La foire aux atrocit&#233;s (traduit de l'anglais par Fran&#231;ois Riviere), Paris, Tristram, 2002 (1970), 219 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Barefoot Doctor, Le guerrier urbain. Manuel de survie spirituelle, Paris, J'ai lu, 2004, 210 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean Baudrillard, les strat&#233;gies fatales, Paris, Grasset, coll. &#171; Figures &#187;, 1983, 281 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Walter Benjamin, &#338;uvres III (traduit de l'allemand par Maurice de Gandillac, Rainer Rochlitz et Pierre Rusch), Paris, 2009, 482 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;rald Bronner, La pens&#233;e extr&#234;me. Comment des hommes ordinaires deviennent des fanatiques, Paris, Deno&#235;l, coll. Impacts, 2009, 352 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pascal Bruckner, Le fanatisme de l'apocalypse. Sauver la Terre, punir l'homme, Paris, Grasset, 2011, 288 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Max Brooks, Guide de survie en territoire Zombie. (Ce livre peut vous sauver la vie) (traduit de l'anglais par Patrick Imbert), Paris, Calmann-L&#233;vy, coll. Livre de Poche, 2010 (2003), 382 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Harry Browne, How You Can Profit from the Coming Devaluation, New Rochelle, Arlington House, 1970, 189 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Norman Cohn, Les fanatiques de l'Apocalypse. Courants mill&#233;naristes r&#233;volutionnaires du xie au xvie si&#232;cles avec une postface sur le xxe si&#232;cle (traduit de l'anglais par Simon Clemendot), Paris, Julliard, 1962 (1957), 341 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul Crutzen &amp; John Birks, &#171; The Atmosphere After a Nuclear War : Twilight at Noon &#187;, Ambio, vol. 11, n&#176; 2/3, 1982, pp. 114-125.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;gis Debray, Du bon usage des catastrophes, Paris, Gallimard, 2011, 107 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gilbert Durand. Les Structures anthropologiques de l'imaginaire. Introduction &#224; l'arch&#233;typologie g&#233;n&#233;rale, Paris, Dunod, 2002 (1969), 536 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Edgar Morin, L'esprit du temps, Paris, Grasset, 1962, 281 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Bruno Renard, Les extraterrestres. Une nouvelle croyance religieuse ?, Paris, Editions du Cerf, 1988, 127 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Howard Ruff, Famine and Survival in America, Sherpherdsville, Publishers Press, 1974, 196 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lionel Scotto D'apollonia &amp; Benoit Urgelli, &#171; Le r&#233;chauffement climatique : Cheval de Troie de la modernit&#233; ? &#187;, Le Monde, 31/08/11.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Patrick Tacussel, Mythologie des formes sociales. Balzac et les Saint-simoniens ou le destin de la modernit&#233;, Paris, M&#233;ridiens Klincksieck, 1995, 308 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;United States Dept. of Army, Survival Under Atomic Attack, Washington, US. Government Printing Office, 1951, 32 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jacques Zylberberg (dir.), Masses et postmodernit&#233;, num&#233;ro sp&#233;cial de Soci&#233;t&#233;s, n&#176; 4, Qu&#233;bec, Presses de l'universit&#233; de Laval, Paris, Librairie des M&#233;ridiens, Klincksiek, 1986, Paris, 247 p.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Veganisme et id&#233;ologie du Pathos</title>
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&lt;p&gt;Marianne Celka, &#171; Veganisme et id&#233;ologie du Pathos &#187;, Les cahiers psychologie politique (En ligne), num&#233;ro 20 De nombreux penseurs ont mis en exergue le fait que la compassion que l'homme &#233;prouve &#224; l'&#233;gard des b&#234;tes ne peut qu'enrichir la nature humaine. Jean-Jacques Rousseau, Emmanuel Kant et bien d'autres ont &#233;crit que la condamnation de la cruaut&#233; faite aux animaux est en r&#233;alit&#233; un devoir de l'homme envers lui-m&#234;me. L'id&#233;e qui en est sous-jacente est que si l'homme est capable de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-76-L-ecologie-politique-contre-l-" rel="directory"&gt;L'&#233;cologie politique contre l'&#233;cologisme&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Marianne Celka, &lt;a href=&#034;http://lodel.irevues.inist.fr/cahierspsychologiepolitique/index.php?id=2035&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Veganisme et id&#233;ologie du Pathos &#187;, Les cahiers psychologie politique (En ligne), num&#233;ro 20&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;De nombreux penseurs ont mis en exergue le fait que la compassion que l'homme &#233;prouve &#224; l'&#233;gard des b&#234;tes ne peut qu'enrichir la nature humaine. Jean-Jacques Rousseau, Emmanuel Kant et bien d'autres ont &#233;crit que la condamnation de la cruaut&#233; faite aux animaux est en r&#233;alit&#233; un devoir de l'homme envers lui-m&#234;me. L'id&#233;e qui en est sous-jacente est que si l'homme est capable de violence sur les autres animaux, alors cette violence se dirigera, t&#244;t ou tard sur les autres hommes. Propos que l'on retrouve &#233;galement chez Claude L&#233;vi-Strauss, dans Pens&#233;e sauvage. Id&#233;e selon laquelle notre bestialit&#233; se traduit par notre capacit&#233; &#224; faire du mal et cette bestialit&#233; conduit certains hommes aux pires atrocit&#233;s dont l'holocauste est &#224; la fois la plus macabre et la plus parfaite illustration. En effet, si les hommes ont pu, toujours selon cette id&#233;e, diminuer d'autres hommes (en les stigmatisant comme des b&#234;tes) et les mettre dans des zoos ou des trains &#224; destination de fours, c'est parce qu'ils se sont laiss&#233;s aller &#224; cette nature meurtri&#232;re qui commence par des tortures inflig&#233;es sans remords aux animaux. Car, dans le fond, si les hommes ne se permettaient pas de malmener les b&#234;tes alors ils ne pourraient non plus se le permettre au sujet des autres humains en se donnant pour &#171; excuse &#187; que certains d'entre eux le sont moins que d'autres. Voil&#224; en quelques termes et en quelques sortes l'essence de cette id&#233;e. L'attention port&#233;e aux b&#234;tes appara&#238;t d&#232;s lors comme une sorte de garantie prise &#224; l'avance. Garantie que si l'on est capable de rester &#171; humains &#187; avec l'animal, alors l'homme serait sur le point d'annihiler toute inhumanit&#233; en lui. En bref, dans nos soci&#233;t&#233;s civilis&#233;es, notre bestialit&#233; se serait retranch&#233;e dans certains comportements que nous entretenons avec les animaux et qu'il conviendrait de ne pas prendre en d&#233;rision car ces comportements seraient l'indice du potentiel cruel de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Rejeter l'animal hors de nous&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En France, ce mouvement de pens&#233;e se cristallise doucement au cours des d&#233;cennies qui suivent le vote de la loi Grammont en 1850. La protection animale devient, dans les lois et les m&#339;urs, une institution qui guide la mani&#232;re dont l'homme &#171; moderne &#187; doit se comporter avec les animaux dont il a la responsabilit&#233;. Cette cristallisation n'est pas sans liaison avec le processus de civilisation cher &#224; Norbert Elias (1) et qui peut se r&#233;sumer par la mise &#224; l'&#233;cart de toutes les pulsions animales de l'homme en soci&#233;t&#233; et notamment &#224; partir de la premi&#232;re r&#233;volution industrielle. De m&#234;me qu'il est per&#231;u n&#233;gativement de rejeter ses excr&#233;tions corporelles ou autres ordures sur la voie publique, il est per&#231;u n&#233;gativement de maltraiter l'animal aux vues de tous. Et c'est l&#224; que le bas blesse. Car en effet, si le principe de curialisation tente d'&#233;vincer toutes ces pulsions de la soci&#233;t&#233; civilis&#233;e, il n'a pas permis de les annihiler compl&#232;tement, elles sont simplement refoul&#233;es dans les coulisses du vivre-ensemble. Ce qui se passe dans ces coulisses, nul ne le sait. Il est puni par la loi de causer du tort &#224; un animal dans la rue, ou dans d'autres lieux publics, cependant, il est difficile de punir celui qui lui cause du tort dans la sph&#232;re priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;sumer, le fait de repousser dans les marges sociales les comportements les plus triviaux (et cela vaut &#233;galement pour la mise &#224; mort &#171; l&#233;gale &#187; et norm&#233;e des animaux pour la consommation) n'a pas supprim&#233; les dits-comportements. Cela les a seulement d&#233;plac&#233;s dans la sph&#232;re &#171; nefast &#187; de la soci&#233;t&#233; par opposition &#224; la sph&#232;re fast qui en est le c&#339;ur. Comme le sugg&#233;rait Roger Caillois (2), l'organisation spatiale de nos villes modernes suivent encore les principes de la structure sacr&#233;e, avec au centre tout le pouvoir officiel et aux p&#233;riph&#233;ries tout ce qui doit &#171; &#234;tre occult&#233; &#187;. L&#224; o&#249; il y avait les prostitu&#233;s et les bourreaux, l'on retrouve les campements de bric et de broc entre autres et les abattoirs (qui longtemps pourtant &#233;taient situ&#233;s au c&#339;ur de la cit&#233;). Cela signifie d&#233;j&#224; que les repr&#233;sentations de quelques activit&#233;s en rapport avec les animaux sont en train de se m&#233;tamorphoser. Les citadins ne voient plus comment une vache qui &#171; id&#233;alement &#187; pa&#238;tre dans les pr&#232;s de cette campagne utopique (3) se transforme en steak hach&#233;. D'ailleurs, autres indice que les hommes d'aujourd'hui ne pensent plus qu'ils consomment r&#233;ellement de la chair animale est que les barquettes de viande ensanglant&#233;e sont toujours celles qui restent ou tra&#238;nent dans les &#233;talages. Nous parlons de viande, car en effet, s'il y a bien un comportement qui transgresse ouvertement ce mouvement de pens&#233;e selon lequel il ne faut pas infliger de tort inutile aux animaux, est bien le fait de les manger. C'est l&#224; que r&#233;side la critique des ph&#233;nom&#232;nes dont il est question ici. Mais avant cela, avant de continuer et de discuter de ces ph&#233;nom&#232;nes, la lib&#233;ration animale en g&#233;n&#233;rale et l'antisp&#233;cisme et le veganisme en particulier, il est n&#233;cessaire de sugg&#233;rer quelques pistes de compr&#233;hension quant aux m&#233;tamorphoses des repr&#233;sentations de l'animal.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Rejeter l'animal hors de l'animal&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'animal n'a pas toujours eu le m&#234;me visage. Le terme &#171; visage &#187; choisi expr&#232;s. Les divers domaines qui dessinent les traits de l'alt&#233;rit&#233; animale nous pr&#233;sentent aujourd'hui et depuis le d&#233;but du XX&#232;me si&#232;cle, des figures d'une alt&#233;rit&#233; intime. Quelques exemples seulement, et m&#234;me les plus faciles car il n'est pas n&#233;cessaire de chercher trop loin ce qui se d&#233;voile sous nos yeux. Donc, de par son importante voir imposante familiarit&#233; avec de nombreuses g&#233;n&#233;rations, et son h&#233;g&#233;monie aussi, quelques lignes sur les figures animales chez Walt Disney et Cie. Walter Disney s'est inspir&#233; du romantisme allemand et de l'image d'une Nature id&#233;ale, mais ce qui frappe le plus dans le royaume de Disney sont le regard que les protagonistes animaux arborent. Chefs-d'&#339;uvre de l'anthropomorphisme, ces histoires mettent en sc&#232;ne des animaux dont la personnalit&#233;, l'intentionnalit&#233; et les sentiments font qu'ils deviennent des exemples pour les petits humains. Le Roi Lion pourrait en &#234;tre l'id&#233;altype tant il r&#233;v&#232;le les m&#233;andres de l'amour, de l'amiti&#233; et de la rivalit&#233;, en bref toute la trag&#233;die du royaume animal en tout point similaire au notre. Autre auteur significatif, Rudyard Kipling, Le livre de la jungle, Le second livre de la jungle ou encore Paroles de chien. M&#234;me si ce dernier roman est le moins anthropomorphique des &#339;uvres cit&#233;es ci-dessus, ce que r&#233;v&#232;lent ces histoires sont bien qu'il y a une sympathie inter-esp&#232;ces pour ce qui savent entendre et voir. Et il ne faut pas croire que ces histoires n'int&#233;ressent que les petits, car qu'on le veuille ou non, elles ont fait irruption dans notre imaginaire et forgent en son sein quelques parties de notre mani&#232;re d'envisager le monde qui nous entoure. D'autant pour les ph&#233;nom&#232;nes dont il s'agira ensuite dire quelques mots, urbains et d'ob&#233;dience anglo-saxonne. En fait, d&#232;s les ann&#233;es 1940, les productions de films animaliers sont de moins en moins ax&#233;s sur le combat de l'homme contre la nature et contre l'animal (quoique quelques &#233;missions contemporaines nous fassent mentir &#224; ce sujet mais c'est que ceux-ci font appel &#224; quelque chose qui d&#233;passe notre objet) pour c&#233;der la place &#224; des sc&#233;narii qui r&#233;v&#232;lent la complexit&#233; du monde animal et les similitudes qui apparaissent alors entre Eux et Nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, la modernit&#233; a vu, en parall&#232;le du mouvement d'urbanisation et de l'&#233;loignement de la majorit&#233; de sa population des campagnes, une hausse significative de l'appropriation d'animal de compagnie. Les pets ont sans doute une influence consid&#233;rable sur le regard que les hommes des villes portent sur le r&#232;gne animal. Ainsi, l'exemple de la nature animal pour ceux qui ne se rendent plus v&#233;ritablement dans les lieux encore habit&#233;s par quelques animaux en libert&#233;, est bel et bien l'animal de compagnie, le chien, le chat et autres cochons d'Inde. Et la familiarit&#233; que g&#233;n&#232;re la compagnie de ces animaux-l&#224;, est diffus&#233;e, g&#233;n&#233;ralis&#233;e &#224; l'ensemble des animaux et m&#234;me ceux avec lesquels le contact est pourtant rompu depuis des d&#233;cennies. Par exemple les animaux des fermes, les animaux sauvages, etc., et la vache ou le cochon, tous sont susceptibles de devenir nos camarades. Bref, les diff&#233;rences qui &#233;taient jadis &#233;tablies entre les animaux caract&#233;ris&#233;s en quelque sorte par leur fonction (de ferme, de compagnie, de travail entre autres) s'effondrent sur le principe qu'un animal est aujourd'hui consid&#233;r&#233; comme un &#234;tre sensible, qu'il produise ou non du lait, qu'il soit &#233;lev&#233; ou non pour sa fourrure, etc. Il faut avouer que sur ce point, c'est-&#224;-dire le rapport &#224; l'animal, les soci&#233;t&#233;s contemporaines sont schizophr&#233;niques. Consum&#233;risme de viande et sympathie toute enti&#232;re et sans doute sinc&#232;re envers les animaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'animal nous fascine toujours autant et quelque perplexit&#233; s'immisce dans les id&#233;es d'un certain nombre de nos contemporains. Tout d'abord qu'est-ce que la lib&#233;ration animale ? Elle est un ph&#233;nom&#232;ne complexe qui conna&#238;t au moins deux perspectives tr&#232;s li&#233;es l'une &#224; l'autre mais qui pour autant ne sont pas assimilables. L'antisp&#233;cisme est une critique rationnelle qui se dresse contre l'exploitation animale dont l'apog&#233;e est le consum&#233;risme de la chair des b&#234;tes (que ce soit &#224; des fins nutritives, ludiques, exp&#233;rimentales ou autres). Le veganisme est quant &#224; lui une hypercritique qui se dresse &#233;galement contre toute l'exploitation animale. Cependant, &#224; la diff&#233;rence de l'antisp&#233;cisme qui peut se traduire comme une mouvance politique visant &#224; diffuser une critique du monde capitaliste et consum&#233;riste, le veganisme s'instaure d'avantage comme un nouveau mode de vie, id&#233;al-typiquement asc&#232;te et se laisse appr&#233;hender comme id&#233;ologie. Lorsqu'Elise Shrigley et Donald Watson, en 1944, fondent la Vegan Society il s'agit pour eux de palier aux manquements ou aux largesses que permet la Vegetarian Society. D&#233;j&#224; en 1909, il y eut de nombreux et virulents d&#233;bats, au c&#339;ur des mouvements v&#233;g&#233;tariens au sujet du caract&#232;re plus ou moins &#233;thique de la consommation de produits laitiers. Voil&#224; en quoi r&#233;side le vif du sujet, le veganisme est un mode de vie absolutiste qui consiste &#224; ne consommer aucun produit issu de pr&#234;t ou de loin de l'exploitation animale. Ainsi, une personne vegane ne se permet aucunement de porter des mati&#232;res telles que la laine, la soie, le cuir &#231;a va de soi, ne mange aucun produit animal (ni viande, ni lait, ni beurre, ou quelconque produit qui aurait des r&#233;percussions sur la vie des animaux), refuse tout produit (ludiques ou mat&#233;riels) d&#233;riv&#233; de l'exp&#233;rimentation animale, maquillage, tabac, m&#233;dicaments, etc.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'id&#233;ologie vegane&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le veganisme est particuli&#232;rement int&#233;ressant pour ce qui nous concerne car il est une construction discursive pol&#233;mique, ni vraie ni fausse, coh&#233;rente ou incoh&#233;rente, gr&#226;ce &#224; laquelle une passion cherche &#224; r&#233;aliser une valeur par l'exp&#233;rience dans une soci&#233;t&#233; (4). Et certains, dont Hannah Arendt (Le syst&#232;me totalitaire) ont mis en relief les aspects totalitaires de toute id&#233;ologie. Dans une certaine mesure, le veganisme r&#233;pond de ces caract&#233;ristiques. En effet, il est un syst&#232;me d'interpr&#233;tation d&#233;finitive du monde dans lequel l'homme doit &#234;tre le berger de la Terre et doit veiller de fait sur toutes ses ouailles animales et humaines. Le veganisme poss&#232;de &#233;galement le caract&#232;re ou plut&#244;t la pr&#233;tention d'omniscience, il est une vision globale du monde qu'il tente de comprendre par interpr&#233;tation &#171; omni-explicative &#187;. Tous les malheurs de ce monde-ci ont pour origine notre soif de domination qui commence par la domination sur les animaux et qui s'&#233;tend tel des m&#233;tastases comme le cancer sur le monde. Son argumentation est d'ailleurs construite de mani&#232;re &#224; &#234;tre irr&#233;cusable et infalsifiable. De cette mani&#232;re le discours vegan s'&#233;mancipe de la r&#233;alit&#233; qu'il critique en occultant toutes autres possibilit&#233; explicative et en exacerbant cette &#171; d&#233;fiance &#187; par rapport au &#171; donn&#233; mondain &#187; (5). Le veganisme, en tant qu'hypercritique est un exemple parfait de ce que peut &#234;tre le syncr&#233;tisme contemporain. L'argumentation se construit tant&#244;t sur des r&#233;f&#233;rences scientifiques ou parascientifiques quant aux bienfaits ou m&#233;faits de certains produits alimentaires et pharmaceutiques, quant &#224; notre &#233;volution physico-biologique qui ferait de nous des herbivores plut&#244;t que des carnivores (et pour preuves : nous ne sommes pourvus ni de griffes ni de crocs). Tant&#244;t sur des r&#233;f&#233;rences religieuses, que ce soit &#224; la Gen&#232;se jud&#233;o-chr&#233;tienne : &#171; Sommes nous faits pour tuer ou pour cueillir des fruits ? &#187;, ou bien &#224; des textes des religions orientales, sur le bouddhisme et autres philosophies sot&#233;riologiques qui apparaissent comme les amies de tous les &#234;tres vivants. D'autres r&#233;f&#233;rences sont faites &#224; l'histoire, celle des r&#233;volutions et des luttes (f&#233;ministes, &#233;mancipatrices, etc.) mais aussi &#224; l'histoire et son cot&#233; obscure, perp&#233;tuel parall&#232;le entre le traitement industriel de la chair animale et l'holocauste (6). Bien entendu, le veganisme fait &#233;galement appel &#224; quelques id&#233;aux politiques (d&#233;mocratie, anarchisme, etc.) et &#224; de grands courants de la philosophie morale (l'utilitarisme notamment de Jeremy Bentham &#224; Peter Singer). La critique politique devient hypercritique, la sympathie inter-esp&#232;ce glisse vers l'empathie c'est-&#224;-dire vers la contagion des &#233;motions telle que la d&#233;finit Scheler (7) et la conscience de soi et des autres non-humains se m&#233;tamorphose en conscience plan&#233;taire voir cosmique. Le doute quant &#224; l'humanisme occidental qui caract&#233;rise le mouvement animaliste s'&#233;clate dans une d&#233;testation du genre humain, une honte d'&#234;tre humain.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; L'exacerbation vegane&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Esprit de contradiction, fredaines, m&#233;fiance joyeuse, raillerie sont signes de sant&#233; ; toute forme d'absolu rel&#232;ve de la pathologie.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Friedrich Nietzsche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces caract&#233;ristiques sont bien l'adage de la critique rationnelle antisp&#233;ciste, la forme d'absolu, par contre, est celui du veganisme. Voil&#224; l'indice, que Nietzsche nous sugg&#232;re, qui pourrait confirmer l'hypoth&#232;se selon laquelle l'id&#233;ologie vegane r&#233;v&#233;lerait de la pathologie sociale. L'absolutisme de la pens&#233;e et du mode de vie vegan, asc&#232;te par nature, nous d&#233;voile qu'il se d&#233;gage de l'ordinaire, il exc&#232;de les cadres du quotidien et par l&#224; devient extraordinaire. Et si l'on se r&#233;f&#232;re &#224; l'&#233;tymologie, la pathologie, du grec ancien &lt;i&gt;&#960;&#945;&#952;&#959;&#955;&#959;&#947;&#943;&#945;&lt;/i&gt;, pathologia, qui correspond &#224; l'&#171; &#233;tude des passions &#187;, et si nous pouvons &#233;tendre ce concept au social, nous comprenons que le veganisme, plus que toute autre perspective de la lib&#233;ration animale est l'id&#233;altype de l'exacerbation des passions, du pathos ressenti individuellement et collectivement par les acteurs concern&#233;s par la souffrance animale. C'est bien, comme nous le sugg&#232;re Maffesoli, le retour du tragique dans nos soci&#233;t&#233;s, le tragique qui n'arrive pas &#224; d&#233;passer cette contradiction Eros/ Thanatos, et qui implique qu'un certain pathos se diffuse dans les m&#233;andres de notre vivre-ensemble. Le veganisme, nous l'aurons compris est un ph&#233;nom&#232;ne tout emprunt de ce pathos qui submerge ici et l&#224; le monde social contemporain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean Baudrillard indiquait dans quelle mesure notre monde contemporain se caract&#233;rise par l'ob&#233;sit&#233;, l'obsc&#233;nit&#233; (8) et l'excroissance. Comprenons le veganisme comme une excroissance de l'antisp&#233;cisme, notamment par le fait que le premier d&#233;borde les cadres rationnels voir rationaliste du second. En effet, l'argumentation vegane r&#233;v&#232;le quelques &#233;l&#233;ments cl&#233;s de notre contemporan&#233;it&#233;. Car si cette derni&#232;re semble &#234;tre une sorte de d&#233;rive, d'excroissance plut&#244;t, id&#233;ologique de la lib&#233;ration animale en tant que ph&#233;nom&#232;ne social, alors elle est loin d'&#234;tre solitaire. L'ambiance sociale qui nous enveloppe est toute encline aux contradictions, aux extr&#234;mes (9), et admet en son sein des mouvements tout &#224; fait antagonistes. Et si nous devions cibler un terme cl&#233; en particulier ce serait celui de syncr&#233;tisme car c'est peut-&#234;tre lui qui permet justement que des mouvements contradictoires et qui en th&#233;orie s'excluent les uns les autres, se m&#234;lent les uns aux autres dans la praxis. Le veganisme a tendance &#224; se cristalliser comme une croyance religieuse, ou plut&#244;t scientifico-religieuse qui partage un certain nombre de caract&#233;ristiques avec d'autres d&#233;veloppements de pens&#233;e que l'on pourrait dire borderline tels que la scientologie, la m&#233;ditation transcendantale, etc. Le veganisme partage avec ces derniers le sentiment d'&#234;tre la panac&#233;e de tous les maux de ce monde, partage donc aussi cette esp&#233;rance mill&#233;nariste qu'un monde nouveau, sain est &#224; venir. La lib&#233;ration animale et le veganisme en particulier, ne sont pas les seules attentes mill&#233;naristes qui nous sont contemporaines parce qu'il s'agit l&#224; d'une sorte de lame de fond qui commence &#224; enfler dans nos soci&#233;t&#233;s occidentales. Force est de constater que l'ambiance sociale propre &#224; notre contemporan&#233;it&#233; se laisse s&#233;duire de toute une foultitude d'extr&#233;mismes et de radicalismes. Tous entrant en conflits les uns les autres, certains pouvant co&#239;ncider, mais ces eux qui donnent une certaine dynamique sociale au creux du vivre-ensemble. L'&#233;tude du veganisme nous a conduit &#224; consid&#233;rer un autre ph&#233;nom&#232;ne (plus r&#233;cent encore et plus extr&#234;me aussi) qui est le Staight Edge, une conduite qui se caract&#233;rise par la n&#233;gativit&#233;. Issu de la mouvance punk, ce courant id&#233;ologique et qui s'inscrit dans les pratiques (pour le moment surtout en Am&#233;rique du nord et en Angleterre) se donne pour id&#233;al le refus de la consommation des corps (sexuels et alimentaires), de stup&#233;fiants (alcool et drogues) et tous ce qui peux modifier la conscience claire. Une id&#233;ologie paroxystique qui en appel au Grand Soir, tout comme une partie du veganisme (le veganarchisme), de la Deep Ecology et autres mouvements d'anarcho-primitivisme, Grand Soir attendu comme le climax &#224; partir duquel, suite &#224; un d&#233;foulement dans une violence vengeresse, un nouveau monde sera possible. C'est sur ce point, c'est-&#224;-dire la profusion des id&#233;es et comportements extr&#234;mes, radicaux, etc. qu'il s'agit d'insister, et pour ne pas conclure, il est clair que le veganisme, parmi d'autres, est un ph&#233;nom&#232;ne social r&#233;cent mais repr&#233;sentatif de ce qui se trame dor&#233;navant, et il n'est pas possible de deviner pour combien de temps encore, au c&#339;ur de nos soci&#233;t&#233;s occidentales. Ces ph&#233;nom&#232;nes peuvent &#234;tre appr&#233;hend&#233;s au travers les th&#233;ories des mouvements &#224; caract&#232;re sectaires tant ils en &#233;pousent l'essence et les contours, consid&#233;rant que tous, la soci&#233;t&#233; &#171; officielle &#187; et ses membres sont dans l'erreur et que seuls les initi&#233;s ont compris ce qui se joue aujourd'hui et quel serait l'enjeu d'un reversement de l'ordre &#233;tabli. Renversement qui commence par l'adoption d'une conduite asc&#232;te formant les corps et les esprits au monde &#224; venir. Comprenons avec Roger Caillois (L'esprit des sectes) que toute soci&#233;t&#233;, au stade embryonnaire est en quelque sorte une secte et que toute secte est susceptible de devenir soci&#233;t&#233; lorsqu'elle accorde quelques concessions envers l'ordre &#233;tabli. Et ce qui appara&#238;t marginale aujourd'hui peut devenir les canons de demain. A tout le moins, l'excroissance, l'exacerbation et le syncr&#233;tisme d&#233;finissent les contours de notre vivre-ensemble en ce d&#233;but de mill&#233;naire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous la direction de P. TACUSSEL&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Note de l'auteur&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 Norbert Elias, La civilisation des m&#339;urs, Paris, Pocket, coll. &#171; &#233;volution &#187;, 2003, 510 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 Roger Caillois, L'homme et le sacr&#233;, Paris, Gallimard, coll. &#171; folio essais &#187;, 2002 (1&#232;re &#233;d. 1950), 150 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 Henri Mendras, Voyage au pays de l'utopie rustique. Suivi de Retouches &#224; mon voyage au pays de l'utopie rustique, Paris, Actes Sud, coll. &#171; Essais Sciences &#187;, 1992, 216 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 Voir Jean Baechler, Qu'est ce qu'une id&#233;ologie ?, Paris, Gallimard, 1976, 405 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 Voir Gilbert Durand, Les structures anthropologiques de l'imaginaire, Paris, Dunod, coll. &#171; Psycho Sup &#187;, 1993, 535 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 Charles Patterson, Un &#233;ternel Treblinka, traduit de l'anglais par Dominique Letellier, Paris, Calman-L&#233;vy, 2008, 334 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 Max Scheler, Natures et formes de la sympathie. Contribution &#224; l'&#233;tude des lois de la vie affective, traduit de l'allemand par M. Lefebvre et pr&#233;face de Antonia Birnbaum,Paris, Payot, coll. &#171; Petite biblioth&#232;que Payot &#187;, 2003, 480 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 Jean Baudrillard, Les strat&#233;gies fatales, Paris, Le livre de poche, coll. &#171; Biblio essais &#187;, 1986, 221 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9 G&#233;rald Bronner, La pens&#233;e extr&#234;me, comment des hommes ordinaires deviennent des fanatiques, Paris, Editions DeNo&#235;l, coll. &#171; Impacts &#187;, 2009, 348 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean Baechler, Qu'est ce qu'une id&#233;ologie ?, Paris, Gallimard, 1976, 405 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean Baudrillard, Les strat&#233;gies fatales, Paris, Le livre de poche, coll. &#171; Biblio essais &#187;, 1986, 221 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;rald Bronner, La pens&#233;e extr&#234;me, comment des hommes ordinaires deviennent des fanatiques, Paris, Editions DeNo&#235;l, coll. &#171; Impacts &#187;, 2009, 348 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roger Caillois, L'homme et le sacr&#233;, Paris, Gallimard, coll. &#171; folio essais &#187;, 2002 (1&#232;re &#233;d. 1950), 150 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gilbert Durand, Les structures anthropologiques de l'imaginaire, Paris, Dunod, coll. &#171; Psycho Sup &#187;, 1993, 535 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Norbert Elias, La civilisation des m&#339;urs, Paris, Pocket, coll. &#171; &#233;volution &#187;, 2003, 510 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Henri Mendras, Voyage au pays de l'utopie rustique. Suivi de Retouches &#224; mon voyage au pays de l'utopie rustique, Paris, Actes Sud, coll. &#171; Essais Sciences &#187;, 1992, 216 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Charles Patterson, Un &#233;ternel Treblinka, traduit de l'anglais par Dominique Letellier, Paris, Calman-L&#233;vy, 2008, 334 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Max Scheler, Natures et formes de la sympathie. Contribution &#224; l'&#233;tude des lois de la vie affective, traduit de l'allemand par M. Lefebvre et pr&#233;face de Antonia Birnbaum,Paris, Payot, coll. &#171; Petite biblioth&#232;que Payot &#187;, 2003, 480 p.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Romantisme et &#233;cologie</title>
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		<dc:subject>Alphand&#233;ry P.</dc:subject>

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&lt;p&gt;&#65279;Texte extrait de la revue &#171; &#201;cologie politique &#187;, n&#176;3-4, Automne 1992 ROMANTISME ET &#201;COLOGIE (1) par Pierre Alphand&#233;ry L'&#233;cologie est probablement, parmi les mouvements sociaux, celui qui a port&#233; le plus loin la critique romantique de la modernit&#233;, par sa mise en question du progr&#232;s &#233;conomique et technologique, et par son aspiration utopique &#224; restaurer l'harmonie perdue entre l'homme et la nature. &#187; Pour Micha&#235;l L&#244;wy et Robert Sayre, l'&#233;cologie est ainsi difficilement explicable sans (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-76-L-ecologie-politique-contre-l-" rel="directory"&gt;L'&#233;cologie politique contre l'&#233;cologisme&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-38-science-+" rel="tag"&gt;Science&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-59-avant-gardisme-+" rel="tag"&gt;Avant-gardisme&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#65279;Texte extrait de la revue &lt;a href=&#034;http://www.ecologie-et-politique.info/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; &#201;cologie politique &#187;&lt;/a&gt;, n&#176;3-4, Automne 1992&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;ROMANTISME ET &#201;COLOGIE (1)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; par &lt;i&gt;Pierre Alphand&#233;ry&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cologie est probablement, parmi les mouvements sociaux, celui qui a port&#233; le plus loin la critique romantique de la modernit&#233;, par sa mise en question du progr&#232;s &#233;conomique et technologique, et par son aspiration utopique &#224; restaurer l'harmonie perdue entre l'homme et la nature. &#187; Pour Micha&#235;l L&#244;wy et Robert Sayre, l'&#233;cologie est ainsi difficilement explicable sans r&#233;f&#233;rence &#224; cette &#171; vision du monde &#187; que constitue le romantisme. Un tel point de vue ne manquera pas d'irriter ceux pour lesquels l'&#233;cologie doit pr&#233;cis&#233;ment s'en d&#233;tacher, afin de rompre d&#233;finitivement avec les images auxquelles elle &#233;tait couramment associ&#233;e dans les ann&#233;es 70, celle d'un pass&#233;isme na&#239;f d&#233;velopp&#233; par les enfants g&#226;t&#233;s de la soci&#233;t&#233; de croissance ou celle d'un &#233;lan vital archa&#239;sant vers une nature id&#233;alis&#233;e. Devenue enfin &#171; respectable &#187;, l'&#233;cologie devrait donc privil&#233;gier ses dimensions &#171; r&#233;alistes &#187; et scientifiques. Dans ce dernier domaine, en particulier, la prise de conscience de la vuln&#233;rabilit&#233; de notre plan&#232;te et la peur des catastrophes ont valoris&#233; en effet le r&#244;le des experts qui, auscultant depuis la Terre et le Ciel les &#233;cosyst&#232;mes et la biosph&#232;re, se sont vu confier le soin d'analyser les conditions du maintien des grands &#233;quilibres plan&#233;taires. Se donnant ainsi pour t&#226;che prioritaire de maintenir la plan&#232;te habitable, l'&#233;cologie laisserait alors dans l'ombre le d&#233;bat sur les diff&#233;rentes mani&#232;res d'habiter le monde en le renvoyant au royaume des utopies d&#233;funtes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tel pragmatisme n'a que faire alors de la g&#233;n&#233;alogie des id&#233;es qui s'expriment dans l'&#233;cologisme et le d&#233;tour par le pass&#233; ne lui appara&#238;t &#234;tre qu'une source de confusion. On aura cependant devin&#233; que nous nous inscrivons dans la perspective inverse et le livre de L&#244;wy et Sayre constitue l'occasion d'insister sur les liens nombreux et toujours actuels qui unissent au romantisme certains aspects de l'&#233;cologisme. On ne trouvera toutefois ici qu'un aper&#231;u limit&#233; d'une question dont la mati&#232;re est immense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les affinit&#233;s du romantisme et de l'&#233;cologisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des dimensions essentielles de l'&#233;cologisme reprend l'id&#233;e tr&#232;s ancienne selon laquelle le bonheur humain ne se trouve pas seulement dans l'accumulation des marchandises, mais aussi dans les activit&#233;s humaines &#233;chappant au march&#233; ou dans les joies esth&#233;tiques et le ressourcement spirituel qu'apporte un rapport plus direct avec la nature. On conna&#238;t par exemple l'importance des th&#232;mes &#233;voquant, dans les ann&#233;es 70, les &#171; richesses immat&#233;rielles &#187;, la &#171; sup&#233;riorit&#233; de l'&#234;tre sur l'avoir &#187; ou encore la n&#233;cessit&#233; de la recherche du &#171; pouvoir de vivre &#187; (et non du pouvoir d'achat) par l'apprentissage de l'autonomie. Confort&#233;e par la multiplication des pollutions et des gaspillages engendr&#233;s par la croissance, cette facette de la sensibilit&#233; &#233;cologique s'est largement exprim&#233;e en se nourrissant de l'id&#233;e qu'avan&#231;ait Andr&#233; Gorz dans un article du Sauvage de 1973 : le lien entre &#171; plus &#187; et &#171; mieux &#187; est rompu. (2) Ou pour le dire &#224; la mani&#232;re d'Ivan Illich : &#171; La crise s'enracine dans l'&#233;chec de l'entreprise moderne, &#224; savoir la substitution de la machine &#224; l'homme. Le grand projet s'est m&#233;tamorphos&#233; en un implacable proc&#232;s d'asservissement du producteur et d'intoxication du consommateur.(3) &#187; Cette approche ne se limitait donc pas &#224; d&#233;noncer les &#171; contreproductivit&#233;s &#187; engendr&#233;es au sein du syst&#232;me par des outils par trop polluants ou &#224; tenter de prot&#233;ger la nature et sauvegarder le cadre de vie. Elle a aussi aliment&#233; une &#233;cologie politique soucieuse de ne pas s'arr&#234;ter aux effets et d&#233;sireuse de remonter aux causes en pensant les multiples formes de perte d'humanit&#233; et de libert&#233; engendr&#233;es par l'ordre du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;cologie s'est ainsi livr&#233;e &#224; la critique d'un mode de croissance productiviste porteur de bureaucratie, de relations impersonnelles, r&#233;ifiantes et purement utilitaires qui mutilent l'homme, l'ali&#232;nent et l'instrumentalisent. Elle reprenait ainsi le fil des analyses du processus de rationalisation qui constitue, selon Max Weber, le c&#339;ur de la dynamique de la civilisation moderne. On sait que le sociologue allemand a longuement montr&#233; dans des textes rest&#233;s c&#233;l&#232;bres, publi&#233;s au d&#233;but de notre si&#232;cle, comment les valeurs et les relations sociales ont perdu la forme primitive et communautaire qu'elles avaient dans la soci&#233;t&#233; traditionnelle. Au d&#233;part, force de progr&#232;s, instrument indispensable &#224; la lib&#233;ration de l'homme des fers de la tradition, la rationalisation a fini par &#234;tre &#224; la racine d'une durable et forte tyrannie (4). Diverses composantes de l'&#233;cologisme ont repris cette image tragique et paradoxale d'un d&#233;veloppement dont l'homme a perdu la ma&#238;trise en tentant de montrer comment l'antagonisme de la soci&#233;t&#233; et de la nature se retourne en d&#233;finitive contre l'homme. Et c'est cette m&#234;me id&#233;e qu'exprimait Edgar Morin en &#233;crivant : &#171; L'aspiration &#224; la nature n'exprime pas seulement le mythe d'un pass&#233; naturel perdu ; elle exprime aussi les besoins hic et nunc des &#234;tres qui se sentent brim&#233;s, oppress&#233;s, opprim&#233;s dans un monde artificiel et abstrait. &#187; (5) Serge Moscovici r&#233;sumait ainsi, quant &#224; lui, la fonction r&#233;demptrice de l'&#233;cologie : &#171; Il s'agit du besoin profond de rompre avec l'&#233;tat social, scientifique et culturel sur-organis&#233;, pour se reconna&#238;tre dans ce qu'on produit, retrouver un rapport direct aux &#234;tres et aux choses, mener une existence authentique. &#187; (6)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque Serge Moscovici fixait en 1978 comme but &#224; l'&#233;cologie de &#171; r&#233;enchanter le monde &#187;, il s'inscrivait pleinement dans l'une des perspectives qui, selon L&#244;wy et Sayre, structurent la pens&#233;e romantique : d&#233;senchantement du monde, critique de la quantification, de la m&#233;canisation, de l'abstraction rationaliste, de l'Etat et de la politique moderne, de la dissolution des liens sociaux (7). La n&#233;buleuse romantique, expliquent-ils encore, se caract&#233;rise par une critique du monde moderne tout enti&#232;re travers&#233;e par l'exp&#233;rience d'une perte et &#171; la conviction douloureuse et m&#233;lancolique que le pr&#233;sent manque de certaines valeurs humaines essentielles qui ont &#233;t&#233; ali&#233;n&#233;es &#187;. Ce sentiment de perte &#233;tait aussi partag&#233; par Max Weber lorsqu'il &#233;crivait : &#171; Le destin de notre &#233;poque caract&#233;ris&#233;e par la rationalisation, par l'intellectualisation et surtout par le d&#233;senchantement du monde, a conduit les humains &#224; bannir les valeurs les plus sublimes de la vie publique. Elles ont trouv&#233; refuge soit dans le royaume transcendant de la vie mystique, soit dans la fraternit&#233; des relations directes et r&#233;ciproques entre individus isol&#233;s. &#187; (8) On retrouve aussi cette tonalit&#233; dans un passage c&#233;l&#232;bre du Manifeste communiste dans lequel Marx constatait que les frissons sacr&#233;s, les pieuses exaltations et l'enthousiasme chevaleresque du pass&#233; avaient &#233;t&#233; noy&#233;s par la bourgeoisie &#171; dans l'eau glaciale du calcul &#233;go&#239;ste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que ne partageant pas les m&#234;mes id&#233;es politiques ou philosophiques, de tr&#232;s nombreux auteurs ont ainsi, &#224; partir du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle, mis en &#233;vidence les cons&#233;quences de la destruction de l'ordre traditionnel et de ses hi&#233;rarchies, insistant en particulier sur la dissolution des liens sociaux qui l'accompagnait. Cependant, l&#224; o&#249; les marxistes pensaient que la solidarit&#233; de classe et l'acc&#232;s &#224; une nouvelle forme d'int&#233;gration &#233;conomique et sociale pourraient compenser la perte des valeurs culturelles auxquelles &#233;taient attach&#233;es les populations d&#233;racin&#233;es, beaucoup de d&#233;sh&#233;rit&#233;s restaient attach&#233;s &#224; une communaut&#233; id&#233;alis&#233;e qu'exaltaient les courants contre-r&#233;volutionnaires. En France, depuis lors, la question des appartenances et des solidarit&#233;s n'a pas cess&#233; de travailler un grand nombre de courants politiques pr&#233;occup&#233;s par les cons&#233;quences du d&#233;veloppement de l'individualisme et de l'utilitarisme, de l'extr&#234;me droite aux socialistes utopiques en passant par les personnalistes, et ce dans des perspectives tr&#232;s diff&#233;rentes que l'analyse des composantes du romantisme contribue &#224; &#233;clairer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La n&#233;buleuse romantique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon L&#244;wy et Sayre, le romantisme n'est pas seulement une nostalgie m&#233;lancolique, mais un refus de l'ordre mercantile et une qu&#234;te de ce qui est perdu. Aussi, le vrai noyau de la valeur chez les romantiques r&#233;side-t-il dans l'unit&#233; du moi avec deux totalit&#233;s englobantes, l'univers des hommes et l'univers naturel : &#171; Le principe d'exploitation capitaliste de la nature est en contradiction avec l'aspiration romantique ci vivre en harmonie en son sein. Et le d&#233;sir de recr&#233;er la communaut&#233; humaine (...) est la contrepartie du refus de la fragmentation de la collectivit&#233; dans la modernit&#233;. &#187; Cette double exigence d'une vie en harmonie, avec la nature et avec les hommes, a travers&#233; ce que les auteurs qualifient de &#171; n&#233;buleuse romantique &#187;, ensemble regroupant des &#233;crivains, des po&#232;tes et des artistes mais aussi des philosophes, des historiens ou des penseurs politiques, dont la diversit&#233; des composantes et les multiples contradictions ont souvent d&#233;courag&#233; l'&#233;tude. Le romantisme peut ainsi se faire individualiste ou communautaire, cosmopolite ou nationaliste, r&#233;aliste ou fantastique, r&#233;trograde ou utopiste, r&#233;volt&#233; ou m&#233;lancolique, voire alterner ou faire coexister ces mani&#232;res d'&#234;tre et de penser. Ces contradictions et ce foisonnement ne sont d'ailleurs pas sans rappeler ceux qui caract&#233;risent aujourd'hui la sensibilit&#233; &#233;cologique et qui en font &#224; la fois la force et la faiblesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Confront&#233;s &#224; ces difficult&#233;s, certains auteurs n'ont vu, dans le romantisme, qu'une appellation &#171; non contr&#244;l&#233;e &#187; commode dot&#233;e d'une g&#233;om&#233;trie variable peu apte &#224; &#233;clairer l'histoire des id&#233;es. D'autres en ont privil&#233;gi&#233; certains d&#233;veloppements propres &#224; &#233;clairer les ph&#233;nom&#232;nes br&#251;lants de la fin du vingti&#232;me si&#232;cle. Dans un texte fort int&#233;ressant (9), Isaiah Berlin pr&#233;sente ainsi le romantisme comme une opposition fondamentale aux principes issus de la philosophie des Lumi&#232;res (en particulier l'universalit&#233;, la rationalit&#233; et l'objectivit&#233;), assise sur la foi dans les facult&#233;s spirituelles intuitives et cr&#233;atrices de l'individu et la valorisation des liens particuliers qui l'inscrivent dans son milieu d'origine. Et ce sont les racines romantiques du nationalisme, qui retiennent l'attention de Berlin. Selon l'historien anglais en effet, ce ph&#233;nom&#232;ne dont la progression actuelle s'av&#232;re de plus en plus inqui&#233;tante pr&#233;sente en r&#233;sum&#233; quatre caract&#233;ristiques : &#171; La croyance en la n&#233;cessit&#233; primordiale d'appartenir &#224; une nation ; en la nature organique des relations qui existent entre les diff&#233;rents &#233;l&#233;ments constitutifs de la nation ; en la valeur de ce qui est n&#244;tre, tout simplement parce que c'est &#224; nous ; et, pour finir, en la supr&#233;matie des droits de la nation, d&#232;s lors qu'il y a conflit d'autorit&#233; ou n&#233;cessit&#233; de choisir entre des fid&#233;lit&#233;s contradictoires. &#187; (10) Berlin voit dans &#171; ces ingr&#233;dients &#187; qu'on retrouve en quantit&#233; et proportion variables dans toutes les id&#233;ologies nationalistes qui fleurissent aujourd'hui, l'essence m&#234;me d'un romantisme politique forg&#233; &#224; partir du dix-huiti&#232;me si&#232;cle en Allemagne par Herder et ses &#233;pigones. Ceux-ci d&#233;velopp&#232;rent l'id&#233;ologie du Volk, seul porteur authentique des valeurs nationales, des racines historiques, de la terre et des morts et de la volont&#233; nationale. Les romantiques du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle parachev&#232;rent ensuite la critique de la raison, de la froideur de l'intellect, de l'individualisme destructeur qui atomise la soci&#233;t&#233;, des m&#233;canismes sans &#226;me, du cosmopolitisme sans racines et des conceptions d'une humanit&#233; ne tenant pas compte de la diversit&#233; des cultures et des traditions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#244;wy et Sayre se refusent, au contraire, &#224; assimiler l'ensemble du romantisme aux contre-Lumi&#232;res et au nationalisme qui concerneraient surtout ses composantes restauratrices, conservatrices ou fascistes (11). Ils rappellent notamment que ce mouvement n'a pas seulement concern&#233; des contre-r&#233;volutionnaires ou des traditionalistes mais &#233;galement, ce que Berlin ne nie d'ailleurs pas, des hommes oppos&#233;s aux hi&#233;rarchies sociales et r&#233;volt&#233;s par les destructions op&#233;r&#233;es par l'industrie ou l'asservissement impos&#233; par les conditions de travail. Les composantes radicales et r&#233;volutionnaires du romantisme ont ainsi &#233;t&#233; incarn&#233;es, aux dix-neuvi&#232;me et vingti&#232;me si&#232;cles, par des jacobins-d&#233;mocrates, des populistes, des libertaires, des marxistes et, en mati&#232;re d'expression artistique, par l'expressionnisme et le surr&#233;alisme. Ce dernier mouvement a ainsi exprim&#233; avec force sa foi dans la puissance du r&#234;ve et son irr&#233;ductible opposition &#224; la civilisation capitaliste : &#171; Partout o&#249; r&#232;gne la civilisation occidentale, toutes attaches humaines ont cess&#233; &#224; l'exception de celles qui avaient pour raison d'&#234;tre l'int&#233;r&#234;t, le &#171; dur paiement au comptant &#187;. Depuis plus d'un si&#232;cle, la dignit&#233; humaine est raval&#233;e au rang de valeur d'&#233;change.... Nous n'acceptons pas les lois de l'Economie et de l'Echange, nous n'acceptons pas l'esclavage du travail. &#187; (12)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses r&#233;f&#233;rences romantiques, montrent L&#244;wy et Sayre, pars&#232;ment les textes de jeunesse de Marx, notamment lorsque celui-ci d&#233;veloppe le concept d'ali&#233;nation. Chaque chose est transform&#233;e en marchandise, l'homme est d&#233;grad&#233; au statut d'un objet et l'&#234;tre est de plus en plus sacrifi&#233; &#224; l'avoir. Dans les Grundrisse (1857-1858), il estime en outre que,dans une soci&#233;t&#233; socialiste, le progr&#232;s technique permettra de r&#233;duire le temps de travail quotidien n&#233;cessaire pour satisfaire les besoins fondamentaux, laissant le temps libre &#224; l'accomplissement de ce qu'il appelle, suivant Fourier, le travail attractif. Et l'on retrouve l&#224; l'esquisse de la probl&#233;matique d&#233;velopp&#233;e aujourd'hui par Andr&#233; Gorz dans ses travaux sur l'&#233;cologie politique. Celui-ci insiste en effet sur l'importance du d&#233;veloppement de la sph&#232;re des activit&#233;s autonomes susceptible de r&#233;tablir une sociabilit&#233; cr&#233;atrice, vou&#233;e &#224; des r&#233;alisations non marchandes et conf&#233;rant aux individus une plus grande autonomie par rapport aux instruments de rationalisation que constituent l'Etat et le march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La non-contemporan&#233;it&#233; et sa prise en compte&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres marxistes, notamment Rosa Luxembourg et Gy&#244;rgy Luk&#224;cs dans certains textes, ont insist&#233; sur l'importance des aspirations qui s'exprimaient dans les communaut&#233;s pr&#233;capitalistes et la n&#233;cessit&#233; de les prendre en compte dans la conception de l'avenir. Mais c'est surtout Ernst Bloch, particuli&#232;rement dans H&#233;ritage de ce temps livre pr&#233;monitoire &#233;crit au moment de l'av&#232;nement du nazisme et publi&#233; en 1935, qui approfondit ce que les formes de nostalgie et de r&#233;f&#233;rence au pass&#233; tentent d'exprimer. Dans les couches sociales d&#233;sorient&#233;es, &#233;crit-il, on trouve des aspirations li&#233;es &#224; l'ancienne opposition romantique au capitalisme, une conscience et une nostalgie d'une vie obscur&#233;ment autre et, chez les paysans et les employ&#233;s, une sorte de non-contemporan&#233;it&#233; authentique, c'est-&#224;-dire &#171; un r&#233;sidu id&#233;ologique et &#233;conomique d'&#233;poques plus anciennes &#187;, un d&#233;sir, en p&#233;riode de crise profonde, de retourner &#224; l'ancien temps. Ils sont alors plus que d'autres amen&#233;s &#224; &#233;voquer l'ancienne soci&#233;t&#233; et cela d'une mani&#232;re d'autant plus id&#233;alis&#233;e qu'elle leur appara&#238;t susceptible de satisfaire leurs aspirations toujours frustr&#233;es. Il suffira que la crise s'approfondisse pour que s'exacerbe chez eux &#171; l'ensauvagement et le souvenir anachronique &#187;, pour que la mis&#232;re et l'exclusion cristallisent leurs composantes non contemporaines et qu'elles activent leurs vieilles pulsions archa&#239;ques. Ce qu'ils exprimeront alors, ce sera la haine de la raison qu'ils confondront avec la rationalisation, l'id&#233;ologie du capitalisme et qu'ils rendront responsable de la destruction de leurs valeurs et de leur mode de vie. La mati&#232;re refoul&#233;e de ces aspirations a toujours &#233;t&#233; exploit&#233;e par le fascisme, le nazisme, le p&#233;tainisme et, plus g&#233;n&#233;ralement, par les nationalismes. D'o&#249; la question fondamentale formul&#233;e par Bloch et qui se pose encore aujourd'hui, notamment &#224; l'&#233;cologie politique : comment faire du sol, de l'attachement &#224; la terre et du d&#233;sir d'enracinement des &#233;l&#233;ments contemporains ? (14) Prise dans le gigantesque mouvement d'arrachement &#224; la terre consid&#233;r&#233; depuis la r&#233;volution industrielle comme seul porteur des valeurs de progr&#232;s, de libert&#233;, de consolidation des valeurs d&#233;mocratiques, cette question n'a jamais re&#231;u de r&#233;ponse satisfaisante et demeure, lorsqu'elle n'est pas exploit&#233;e par les extr&#233;mismes de droite, prise, comme l'&#233;crit Bloch, dans un imaginaire li&#233; &#224; son fondement mill&#233;nariste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sentiment, commun aujourd'hui, de n'avoir plus prise sur son destin, d'avoir perdu sa libert&#233;, nourrit encore la r&#233;activation du d&#233;sir d'enracinement et d'appartenance. La multiplication des objets de consommation ne saurait, selon les &#233;cologistes, r&#233;pondre &#224; la dualisation des soci&#233;t&#233;s, &#224; la perte de sens et au sentiment d'&#234;tre &#171; manipul&#233; &#187; par le proc&#232;s de rationalisation. Plus s'acc&#233;l&#232;re la circulation des gens et des objets, plus on s'expose en retour &#224; la r&#233;activation du d&#233;sir d'appartenance dont, &#233;crit P. A. Taguieff, le nationalisme peut &#234;tre d&#233;fini comme une corruption id&#233;ologique (15). Le romantisme d'Ernst Bloch est ins&#233;parable de l'utopie dont il donne la d&#233;finition suivante : &#171; Cultiver &#224; nouveau tout le pass&#233; et d&#233;lib&#233;rer de fa&#231;on nouvelle sur tout l'avenir. &#187; (16) Ainsi, le &#171; pass&#233;isme &#187; romantique peut aussi constituer l'image d'un futur r&#234;v&#233; au-del&#224; du monde actuel. &#171; Cela ne signifie pas un retour au pass&#233;, mais un d&#233;tour par le pass&#233;, vers un avenir nouveau &#187;, &#233;crivent L&#244;wy et Sayre. Selon eux, ce sont d&#233;j&#224; de telles questions que pose le romantisme utopico-r&#233;volutionnaire (de William Morris &#224; Herbert Marcuse), tout en s'appuyant sur le caract&#232;re n&#233;cessaire et l&#233;gitime de certaines conqu&#234;tes des Lumi&#232;res et de la R&#233;volution fran&#231;aise : la d&#233;mocratie, la tol&#233;rance, les libert&#233;s individuelles et collectives. Ce courant ne s'attache pas ainsi &#224; restaurer un pass&#233; pr&#233;moderne, mais &#224; penser un avenir nouveau, dans lequel l'humanit&#233; retrouverait une partie des qualit&#233;s et des valeurs qu'elle a perdues avec la modernit&#233; : la communaut&#233;, la gratuit&#233;, le don, l'harmonie avec la nature, le travail comme un art, l'enchantement de la vie. On aura reconnu dans cette liste une bonne partie des th&#232;mes familiers &#224; l'&#233;cologie politique confront&#233;e &#224; la t&#226;che de faire du d&#233;sir d'appartenance un vecteur de la conscience universaliste en tentant de conjuguer l'historicit&#233; des soci&#233;t&#233;s modernes et la pr&#233;occupation d'y maintenir des &#233;quilibres naturels et sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'itin&#233;raire que nous avons effectu&#233; est largement incomplet. Nous aurions notamment pu &#233;voquer le courant personnaliste (curieusement absent du livre de L&#244;wy et Sayre) aux multiples aspects, dont la volont&#233; de privil&#233;gier l'&#233;panouissement de la personne dans et par les diverses formes de communaut&#233;s (conviviales de pr&#233;f&#233;rence) a largement marqu&#233; l'&#233;cologisme. Il reste cependant, quoi qu'en pensent les &#171; r&#233;alistes &#187;, que l'&#233;cologie n'en a pas fini de rencontrer les divers prolongements de l'influence romantique. Il suffit de voir comment la r&#233;f&#233;rence &#224; Ga&#239;a traduit la volont&#233; insistante de certains tenants de l'&#233;cologie scientifique de personnaliser la Terre. Enfin, le recours &#224; la nature, sous toutes ses formes, pour renouer des liens entre la personne et la plan&#232;te, a vu se d&#233;velopper de multiples conceptions globalisantes et fusionnelles de la conscience plan&#233;taire. Dans cette n&#233;buleuse complexe o&#249; s'entrecroisent les r&#233;f&#233;rences &#224; la science et &#224; la tradition, &#233;merge &#224; nouveau une vision de la soci&#233;t&#233; fonctionnant comme un vaste organisme et r&#233;gi par les lois du vivant. Ainsi, au nom de l'&#233;vocation de la symbiose avec la Terre, ou de la recherche de l'harmonie organique ou communautaire, risque-t-on de voir s'affirmer une &#233;cologie inqui&#233;tante qui r&#233;fute la politique et les id&#233;ologies. Et cette dynamique ne peut qu'inciter &#224; suivre de pr&#232;s l'histoire de l'utilisation de ces th&#232;mes r&#233;currents, communs au romantisme et &#224; l'&#233;cologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;1 Ce texte est issu de r&#233;flexions inspir&#233;es par la lecture du livre de Micha&#235;l L&#244;wy et Robert Sayre : R&#233;volte et m&#233;lancolie. Le romantisme &#224; contre-courant de la modernit&#233;. Payot, 1992.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 Andr&#233; Gorz, Ecologie et politique. Points/Le Seuil, 1978, p. 71.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 Ivan Illich, La Convivialit&#233;. Points/Le Seuil. 1975, p. 26.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 Robert A. Nisbet, La Tradition sociologique. PUF. 1984, p. 365.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 Edgar Morin, &#171; Pour une nouvelle conscience plan&#233;taire &#187;. Le Monde diplomatique, octobre. 1989.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 Entretien avec Jean-Paul Ribes, Pourquoi les &#233;cologistes font-ils de la politique ? Le Seuil,
1978, p. 146.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 L'ensemble de ces th&#232;mes se retrouvent tr&#232;s nettement dans le livre d'antoine Waechter, Dessine-moi une plan&#232;te, Albin Michel, 1990&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 Max Weber, La savant et le politique, UGE, 1963, p. 96. Cit&#233; par M. Lowy et R. Sayre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9 Isaiah Berlin, A contre-courant. Essai sur les id&#233;es politiques. Albin Michel, 1988.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 Ibid. p.361.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11 Selon L&#244;wy et Sayre, le nazisme, bien qu'il se soit largement nourri de l'apport de ces courants, se distingue du romantisme par sa dimension moderne, industrielle et technologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12 Cit&#233; par L et S, La r&#233;volution surr&#233;aliste, n&#176;5, 1925. Le texte a &#233;t&#233; sign&#233; par un grand nombre de membres du groupe, dont Breton, Aragon, Eluard, Crevel, Desnos, P&#233;ret, Soupault, Queneau, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13. Ernst Bloch, H&#233;ritage de ce temps, Payot, 1978&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14 Voir Pierre Alphand&#233;ry, Pierre Bitoun et Yves Dupont, L'Equivoque &#233;cologique. La D&#233;couverte, 1991.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15 Pierre-Andr&#233; Taguieff, &#171; L'identit&#233; nationaliste &#187;, in Lignes n&#176;4, 1988.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16 Cite par L&#246;wy et Sayre, Ernst Bloch, Geist der Utopie, 1918.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le capitalisme &#224; un tournant</title>
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		<description>
&lt;p&gt;Source : http://refractions.plusloin.org/spi... Premiers paragraphes de l'article : Si tu veux sauver un arbre, mange un castor ! Hong Kong pue. Voil&#224; l'information que l'on peut tirer de la derni&#232;re offensive publicitaire de Singapour visant &#224; d&#233;tr&#244;ner l'&#238;le chinoise comme place financi&#232;re mondiale1. Hong Kong pue. Les vents qui soufflent du continent am&#232;nent les miasmes produits par le d&#233;veloppement effr&#233;n&#233; de la province limitrophe du Guangdong jusqu'aux fen&#234;tres closes de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-76-L-ecologie-politique-contre-l-" rel="directory"&gt;L'&#233;cologie politique contre l'&#233;cologisme&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;http://refractions.plusloin.org/spip.php?rubrique49&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://refractions.plusloin.org/spi...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;figure class='spip_document_176 spip_documents spip_documents_left' style=&#034;max-width:64px;&#034; data-w=&#034;64&#034;&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/pdf_CapitlismeTournant.pdf' arial-label=&#034;&#034; type=&#034;application/pdf&#034;&gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:100%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg&amp;taille=64&amp;1774023687' alt='' data-src='local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg' data-l='64' data-h='64' data-tailles='[\&#034;160\&#034;,\&#034;320\&#034;,\&#034;640\&#034;,\&#034;1280\&#034;,\&#034;1920\&#034;]' data-autorisees='{&#034;64&#034;:{&#034;1&#034;:&#034;index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=local\/cache-vignettes\/L64xH64\/pdf-b8aed.svg&amp;#38;taille=64&amp;#38;1774023687&#034;,&#034;2&#034;:&#034;index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=local\/cache-vignettes\/L64xH64\/pdf-b8aed.svg&amp;#38;taille=64&amp;#38;1774023687&#034;}}' class='image_responsive' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Premiers paragraphes de l'article :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Si tu veux sauver un arbre, mange un castor !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hong Kong pue. Voil&#224; l'information que l'on peut tirer de la derni&#232;re offensive publicitaire de Singapour visant &#224; d&#233;tr&#244;ner l'&#238;le chinoise comme place financi&#232;re mondiale1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hong Kong pue. Les vents qui soufflent du continent am&#232;nent les miasmes produits par le d&#233;veloppement effr&#233;n&#233; de la province limitrophe du Guangdong jusqu'aux fen&#234;tres closes de l'ancienne propri&#233;t&#233; britannique. La rivi&#232;re des Perles qui fournit l'&#238;le en eau potable est devenue un cloaque &#224; ciel ouvert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hong Kong pue ! Ce message &#233;cologiste &#224; destination des banquiers contient toutes les mises en garde murmur&#233;es, pr&#244;n&#233;es, cri&#233;es par les &#233;cologistes ces trente derni&#232;res ann&#233;es. La prise en compte de ces donn&#233;es par les financiers de cette &#238;le va faire la fortune d'une autre &#238;le, Singapour, o&#249; depuis longtemps d&#233;j&#224;, jeter une cigarette ou un chewing-gum par terre est consid&#233;r&#233; comme un d&#233;lit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question environnementale ne fait plus peur au capitalisme, au contraire ! Le travail de vulgarisation fait par ceux qui avaient conscience de la d&#233;t&#233;rioration de la plan&#232;te a port&#233; ses fruits, aid&#233; en cela par les &#233;v&#233;nements climatiques. La prise de conscience de la d&#233;gradation irr&#233;m&#233;diable du monde qui nous entoure est pr&#233;sente aujourd'hui dans tous les milieux. Dans les entreprises comme dans les structures &#233;tatiques, on assiste &#224; un virage strat&#233;gique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tournant&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question environnementale amenant les financiers &#224; fuir leur ch&#226;teau fort, on peut se demander s'il y a l&#224; plus qu'un simple souci de sant&#233;. S'il fallait d&#233;finir simplement la situation &#233;conomique de notre plan&#232;te, nous pourrions dire que nous sommes face &#224; deux tendances convergentes, la recherche d'un abaissement permanent des co&#251;ts d'un c&#244;t&#233; et, de l'autre, une augmentation tout aussi permanente des profits. Que cela ait pour cons&#233;quence la mis&#232;re du monde, tant mat&#233;rielle que psychologique, est absolument secondaire. Le premier point a &#233;t&#233; rendu possible par l'incroyable d&#233;veloppement des outils robots, qui ont fait passer aux oubliettes tout ce qui relevait du savoir traditionnel, du &#171; tour de main &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; processus de production &#187; se sont tellement simplifi&#233;s, du point de vue de l'implication humaine, qu'une formation professionnelle passe-partout est suffisante pour faire fonctionner les lignes d'assemblage. Les conditions n&#233;cessaires &#224; une d&#233;localisation de la production sont ainsi remplies. Dans le domaine financier, on assiste &#224; un jeu de &#171; chaises musicales &#187; par le biais des LBO2. Des fonds de pension ach&#232;tent &#224; cr&#233;dit des entreprises, utilisant leur production pour financer la dette bancaire puis revendre ces entreprises avec un b&#233;n&#233;fice sans jamais avoir investi un kopeck directement3. Selon le Monde du 28 novembre 2006, on trouve parmi ces joueurs de monopoly financier les trois plus grands groupes mondiaux, Blackstone, Carlyle4, et Goldmann. &#192; eux trois, ils g&#232;rent pour plus de 100 milliards de dollars de LBO5. De cette fa&#231;on, les seuils de rentabilit&#233; avoisinent, selon les sources, entre 25 et 15 pour cent du chiffre d'affaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette double pression sur les pays anciennement industrialis&#233;s produit de fa&#231;on irr&#233;versible des transferts du tissu industriel traditionnel6 vers des pays &#224; toujours plus faible co&#251;t de maind'oeuvre7. Que reste-t-il dans nos vieux pays ? Un syst&#232;me &#233;tatique, au sens large du terme8, une main-d'oeuvre cass&#233;e, d&#233;sorganis&#233;e, et une prise de conscience am&#232;re. Les rescap&#233;s qui sont encore employ&#233;s savent bien qu'ils viennent d'&#233;chapper &#224; leur disparition &#233;conomique totale et qu'ils sont devant un champ de ruines, autant au niveau de leurs esp&#233;rances propres qu'en ce qui concerne celles de leurs enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La D&#233;croissance est-elle r&#233;actionnaire ?</title>
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		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Article</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cologisme</dc:subject>
		<dc:subject>Extr&#234;mes-droites</dc:subject>
		<dc:subject>Red&#233;finition des besoins</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Source : http://www.journaldumauss.net/spip.... La D&#233;croissance est-elle r&#233;actionnaire ? Jean-Louis Prat Note pr&#233;liminaire : un livre dangereux Le texte qui va suivre est celui d'une intervention que j'ai faite le 19 avril 2008 lors d'un colloque organis&#233; &#224; l'abbaye de Sant Miquel de Cuix&#224;, autour de notre ami Serge Latouche, qui a lui-m&#234;me ouvert le colloque avec un expos&#233; sur &#171; La d&#233;croissance comme relocalisation de l'utopie &#187;. La plupart des interventions se rattachaient (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-76-L-ecologie-politique-contre-l-" rel="directory"&gt;L'&#233;cologie politique contre l'&#233;cologisme&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-113-ecologisme-+" rel="tag"&gt;&#201;cologisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-162-extremes-droites-+" rel="tag"&gt;Extr&#234;mes-droites&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-218-redefinition-des-besoins-+" rel="tag"&gt;Red&#233;finition des besoins&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;http://www.journaldumauss.net/spip.php?article333&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.journaldumauss.net/spip....&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La D&#233;croissance est-elle r&#233;actionnaire ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Jean-Louis Prat&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Note pr&#233;liminaire : un livre dangereux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le texte qui va suivre est celui d'une intervention que j'ai faite le 19 avril 2008 lors d'un colloque organis&#233; &#224; l'abbaye de Sant Miquel de Cuix&#224;, autour de notre ami Serge Latouche, qui a lui-m&#234;me ouvert le colloque avec un expos&#233; sur &#171; La d&#233;croissance comme relocalisation de l'utopie &#187;. La plupart des interventions se rattachaient au th&#232;me initialement choisi pour cette rencontre : d&#233;croissance et bior&#233;gionalisme. La mienne pourrait donc para&#238;tre &#171; hors sujet &#187;, si la pr&#233;paration du colloque ne nous avait pas conduits &#224; en faire une &#171; trobada pel decreixement &#187;, &#171; rencontre pour la d&#233;croissance &#187;, o&#249; allaient se retrouver, par dessus la fronti&#232;re - nullement naturelle - qui est cens&#233;e courir le long des Pyr&#233;n&#233;es, des personnes et des groupes qui avaient des choses &#224; se dire, en fran&#231;ais et en catalan, langue qui, d&#233;sormais, appartient au patrimoine de la nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je n'ai rien chang&#233; &#224; mon texte, o&#249; j'avais, autant que possible, &#233;tay&#233; mon propos par des r&#233;f&#233;rences textuelles, mais j'ai sans doute eu tort de citer un vieux texte o&#249; Alain de Benoist invoquait &#8220;des faits de nature aussi &#233;l&#233;mentaires que la s&#233;lection, l'in&#233;galit&#233;, la hi&#233;rarchie&#8221;, en supposant, trop vite, que &#171; sur ce point il n'a pas chang&#233; d'opinion &#187; - hypoth&#232;se &#224; laquelle il me faut renoncer, puisqu'elle est d&#233;mentie par Alain de Benoist, qui conna&#238;t mieux que moi ses propres opinions :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Quant aux &#8220;faits de nature aussi &#233;l&#233;mentaires que la s&#233;lection, l'in&#233;galit&#233;, la hi&#233;rarchie&#8221;, contrairement &#224; ce que vous dites, je me sens aujourd'hui bien &#233;loign&#233; de ce que j'ai pu en dire, trop sommairement, il y a trente ans. Ces derni&#232;res ann&#233;es, j'ai m&#234;me multipli&#233; les mises au point l&#224;-dessus. Lorsque vous dites que l'homme &#8220;transgresse sa nature animale&#8221;, car il est &#8220;un &#234;tre sociable fa&#231;onn&#233; par son existence sociale&#8221;, j'approuve bien entendu des deux mains &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Comme je ne sais rien de ses pens&#233;es secr&#232;tes, et ne pratique pas ce que Dali nommait la &#171; m&#233;thode parano&#239;aque-critique &#187;, je m'en tiens aux pens&#233;es formul&#233;es dans des textes, seul moyen d'&#233;tablir si l'ouvrage dont je cherchais &#224; rendre compte n'&#233;tait qu'une entreprise de &#171; r&#233;cup&#233;ration &#187; - terme qui, bien souvent, n'exprime qu'un fantasme, d&#233;crit par Castoriadis, il y a quarante ans : &#171; Celui qui a peur de la r&#233;cup&#233;ration est d&#233;j&#224; r&#233;cup&#233;r&#233;. R&#233;cup&#233;r&#233; dans son attitude, car bloqu&#233;. R&#233;cup&#233;r&#233; dans sa mentalit&#233; la plus profonde, car cherchant des garanties contre la r&#233;cup&#233;ration et par l&#224; d&#233;j&#224; pris dans le pi&#232;ge id&#233;ologique r&#233;actionnaire : la recherche d'un talisman, d'un f&#233;tiche anti-r&#233;cup&#233;rateur. &#187; (Mai 68, la Br&#232;che).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les malheureux que d&#233;vore cette hantise ne se demandent plus si un livre peut leur apporter quelque chose, si ses th&#232;ses sont justes et bien argument&#233;es, mais s'il est &#171; dangereux &#187;, d&#232;s lors que son auteur serait infr&#233;quentable, &#171; trouble &#187; ou &#171; ambigu &#187;. Aussi bien, quand ils lisent un livre dangereux, c'est pour y rep&#233;rer les traces, ou les stigmates, d'une perversit&#233; qu'ils pourront signaler &#224; leurs propres lecteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce qui, sans &#234;tre trouble, peut para&#238;tre troublant chez Alain de Benoist, c'est qu'il juge &#171; obsol&#232;tes &#187; les clivages habituels du monde politique, et se dise, &#224; la fois, &#171; de droite et de gauche &#187;. Ce qui lui a permis, pendant la guerre du Golfe, de signer &#171; l'appel des quarante &#187; lanc&#233; par Gis&#232;le Halimi et 38 autres signataires, qui ne l'ont pas, alors, jug&#233; infr&#233;quentable. Sans doute est-il &#171; de droite &#187;, lui qui ne cesse pas de s'en prendre aux Lumi&#232;res, m&#234;me s'il met &#224; part la pens&#233;e de Rousseau [Cf. &#171; Relire Rousseau &#187;, dans La ligne de mire]. Mais ce lecteur de Nietzsche pourrait se souvenir de l'hommage &#224; Voltaire, dans &#171; Humain trop humain &#187;. Puis, encore un effort, il pourrait reconna&#238;tre que Diderot n'a pas pr&#233;tendu que les hommes naissent porteurs de droits naturels, et les m&#234;mes partout : &#171; Aucun homme, dit-il, n'a re&#231;u de la nature le droit de commander aux autres &#187;, n&#233;gation d&#233;capante, o&#249; ne s'est pas encore cristallis&#233; un dogme. Nous voici, en tout cas, loin des horreurs qu'&#233;voque le terme &#171; extr&#234;me-droite &#187; : pour situer Alain de Benoist, faut-il, &#224; tout jamais, revenir aux &#233;crits de &#171; Fabrice Laroche &#187;, qui remontent aussi loin que l'&#233;poque lointaine o&#249; MM. Kouchner et Glucksmann militaient &#224; l'extr&#234;me-gauche ? Ses id&#233;es, aujourd'hui, sont moins r&#233;actionnaires que celles d'anciens gauchistes ralli&#233;s &#224; Sarkozy, qui ont m&#234;me soutenu l'invasion de l'Irak, et auxquels, malgr&#233; tout, personne ne reproche, ni ce qu'ils ont &#233;t&#233;, ni ce qu'ils sont devenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais pour revenir &#224; &#171; Demain la d&#233;croissance &#187;, les id&#233;es de ce livre doivent &#234;tre discut&#233;es, comme si nous ne savions pas qui les a &#233;mises. Si elles sont &#171; r&#233;actionnaires &#187;, elles le seront toujours, quel que soit le pass&#233; de ceux qui les soutiennent. Comme on pourra le voir, &#224; tort ou &#224; raison, l'&#233;cologie &#171; profonde &#187; m'appara&#238;t tout d'abord comme une diversion, parce qu'il importe peu de savoir si on d&#233;fend la Terre, ou la &#171; nature &#187;, en vue de pr&#233;server sa &#171; valeur intrins&#232;que &#187;, ou parce qu'on se soucie de l'environnement que nous allons laisser aux g&#233;n&#233;rations &#224; venir, ce qui, dans tous les cas, nous confronte au m&#234;me embarras : les g&#233;n&#233;rations &#224; venir, pas plus que la &#171; nature &#187;, ne peuvent pas voter sur ce qui les attend, cet avenir d&#233;pend des hommes d'aujourd'hui, qu'il s'agit de convaincre, au lieu de sp&#233;culer sur l'&#233;cologisme &#171; authentique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; La D&#233;croissance est-elle r&#233;actionnaire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; J'avais d'abord pr&#233;vu de vous proposer une &#233;tude sur Castoriadis et la d&#233;croissance, o&#249; j'aurais d&#251; me d&#233;brouiller avec le fait que Castoriadis n'emploie jamais le mot d&#233;croissance, ce qui, bien entendu, n'exclut aucunement la possibilit&#233; de trouver dans son &#339;uvre de nombreux arguments favorables aux th&#232;ses d&#233;fendues, aujourd'hui, par les &#8220;objecteurs de croissance&#8221;. Par rapport aux enjeux des d&#233;bats sur la croissance, la pens&#233;e de Castoriadis manifeste une &#233;tonnante continuit&#233;. Ainsi retrouvons-nous, dans un texte paru quelques ann&#233;es avant sa mort, comme un &#233;cho de ce que nous aurions pu lire, au d&#233;but des ann&#233;es 60, dans la revue Socialisme ou Barbarie. Permettez-moi d'abord de citer celle-ci : &#8220;L'id&#233;e que le socialisme co&#239;ncide avec la nationalisation des moyens de production et la planification ; qu'il vise essentiellement - ou que les hommes doivent viser - l'augmentation de la production et de la consommation, ces id&#233;es doivent &#234;tre d&#233;nonc&#233;es impitoyablement, leur identit&#233; avec l'orientation profonde du capitalisme montr&#233;e constamment (...) Le programme socialiste doit &#234;tre pr&#233;sent&#233; pour ce qu'il est : un programme d'humanisation du travail et de la soci&#233;t&#233;. Il doit &#234;tre clam&#233; que le socialisme n'est pas une terrasse de loisirs sur la prison industrielle, ni des transistors pour les prisonniers, mais la destruction de la prison industrielle elle-m&#234;me&#8221; [S ou B, n&#176; 33, p. 82, et n&#176; 35, pp. 29-30 : depuis qu'est &#233;puis&#233;e la r&#233;&#233;dition de ces textes dans la collection 10-18, ils sont pratiquement devenus introuvables. L'anthologie publi&#233;e en 2007 par &#8220;Acratie&#8221;, allez savoir pourquoi, bien qu'elle reprenne l'article &#8220;Recommencer la r&#233;volution&#8221;, coupe pr&#233;cis&#233;ment le passage cit&#233;].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et maintenant voyons ce que r&#233;pondait Castoriadis, en 1992, &#224; une enqu&#234;te du Nouvel Observateur, qui posait la question suivante : &#8220;L'&#233;cologie est-elle r&#233;actionnaire ?&#8221;. J'ai deux bonnes raisons pour vous lire un extrait de cette r&#233;ponse, et la premi&#232;re raison vous appara&#238;tra tout de suite, c'est que l'&#233;cologie constituait, &#224; ses yeux, la contestation la plus radicale qui soit du syst&#232;me capitaliste, excluant par avance tout ce qui a pu &#234;tre dit, lors du Grenelle de l'environnement, sur une pr&#233;tendue r&#233;conciliation entre l'&#233;cologie et l'&#233;conomie - ce qui veut dire, en clair, entre une &#233;cologie qui aurait cess&#233; d'&#234;tre &#8220;id&#233;ologique&#8221; pour devenir &#8220;pragmatique&#8221;, et une &#233;conomie, toujours productiviste mais respectueuse de l'environnement, puisque acquise aux principes du d&#233;veloppement durable. Cette conciliation est aussi improbable que la conciliation de la ch&#232;vre et du chou, comme toutes les fois o&#249; des &#8220;pragmatistes&#8221; pr&#233;tendent se donner deux objectifs aussi peu conciliables que l'expansion illimit&#233;e de la production, et la pr&#233;servation des ressources naturelles que nous voudrions transmettre aux g&#233;n&#233;rations &#224; venir. En pratique, il faudra choisir entre les besoins, r&#233;els ou suppos&#233;s, de la g&#233;n&#233;ration pr&#233;sente, et la possibilit&#233; m&#234;me de maintenir sur terre une vie authentiquement humaine dans un avenir pr&#233;visible. Loin d'&#234;tre r&#233;actionnaire, d&#233;clare Castoriadis, - je cite : &#171; L'&#233;cologie est subversive car elle met en question l'imaginaire capitaliste qui domine la plan&#232;te. Elle en r&#233;cuse le motif central selon lequel notre destin est d'augmenter sans cesse la production et la consommation. Elle montre l'impact catastrophique de la logique capitaliste sur l'environnement naturel et sur la vie des &#234;tres humains. Cette logique est absurde en elle-m&#234;me et conduit &#224; une impossibilit&#233; physique &#224; l'&#233;chelle de la plan&#232;te puisqu'elle aboutit &#224; d&#233;truire ses propres pr&#233;suppositions. Il n'y a pas seulement la dilapidation irr&#233;versible du milieu et des ressources non rempla&#231;ables. Il y a aussi la destruction anthropologique des &#234;tres humains transform&#233;s en b&#234;tes productrices et consommatrices, en zappeurs abrutis &#187; [&#171; L'&#233;cologie contre les marchands &#187;, in Une soci&#233;t&#233; &#224; la d&#233;rive, Seuil, Paris, 2005, p. 237].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai une autre raison pour vous citer ce texte, c'est qu'il fait partie des r&#233;f&#233;rences invoqu&#233;es par Alain de Benoist, dans son livre Demain la d&#233;croissance ! [Paris, &#233;ditions Edite, 2007, cit&#233; dor&#233;navant sous le sigle DD] o&#249; il reprend, &#224; sa mani&#232;re, la question des enjeux, politiques et philosophiques, soulev&#233;es par l'&#233;cologie et par l'objection de croissance : est-elle r&#233;actionnaire, r&#233;volutionnaire, r&#233;formiste ou conservatrice ? C'est ce qui m'a conduit &#224; modifier mon titre, et mon angle d'attaque, pour m'interroger sur le sens de l'enthousiasme &#233;cologique manifest&#233; par Alain de Benoist, depuis une quinzaine d'ann&#233;es - car il est, sur ce point, dans la position de l'Ap&#244;tre qui adore aujourd'hui ce qu'il condamnait autrefois. Je ne dis pas ceci pour lui en faire grief, je ne suis pas de ceux qui reprochent &#224; quelqu'un d'avoir chang&#233; d'avis. S'il a vraiment chang&#233;, et s'il l'a fait pour des motifs respectables, &#231;a vaut mieux que l'exemple d'une personnalit&#233; politique qui a pu faire semblant, le temps d'une &#233;lection, de croire aux promesses &#233;nonc&#233;es dans son programme, pour r&#233;v&#233;ler ensuite qu'elle n'y avait jamais cru. Faut-il le pr&#233;ciser, je ne suis le gardien d'aucune orthodoxie, et je ne pr&#233;tends mettre aucun livre &#224; l'index. Je voudrais cependant mieux cerner les motifs d'un revirement qui me semble rappeler l'aventure de Paul de Tarse sur le chemin de Damas. En effet, si on s'en tient au recueil des &#233;ditoriaux qu'il a publi&#233;s dans la revue El&#233;ments, l'animateur du GRECE [Groupement de Recherches et d'Etudes sur la Civilisation Europ&#233;enne] a d'abord r&#233;cus&#233; l'id&#233;e que la plan&#232;te soit devenue une immense poubelle, et d&#233;nonc&#233; vivement ce &#8220;mot d'ordre suspect, qui a d&#233;clench&#233; une vague de catastrophisme sans pr&#233;c&#233;dent&#8221;. Les &#233;cologistes, tels qu'il les d&#233;crivait dans un &#233;ditorial de 1977, &#8220;ne retiennent de la nature que les aspects r&#234;v&#233;s correspondant &#224; leurs d&#233;sirs. Les m&#234;mes qui nous pressent instamment d'en revenir &#224; la &#8216;nature' sont aussi ceux qui refusent des faits de nature aussi &#233;l&#233;mentaires que la s&#233;lection, l'in&#233;galit&#233;, la hi&#233;rarchie - en affirmant que ces notions, propres &#224; tout &#234;tre vivant, ne sont pas extrapolables au milieu humain&#8221; [&#8220;Les &#233;quivoques de l'&#233;cologie&#8221;, El&#233;ments, &#233;t&#233; 1977, repris dans Le grain de sable, Editions du Labyrinthe, 1994, pp. 42-44. Voir aussi, sous le m&#234;me titre, un article de 1971, repris et amplifi&#233; dans son livre Vu de droite]. C'est seulement dans les ann&#233;es 90 qu'il va prendre au s&#233;rieux ce qu'il appelle alors &#8220;les enjeux de l'&#233;cologie&#8221; - enjeux qui, &#233;videmment, sont d'abord politiques, ou m&#233;tapolitiques : &#8220;Dans un monde o&#249; la pens&#233;e critique semble avoir disparu, o&#249; le consensus s'&#233;tend en &#8216;neutralisant' des opinions nagu&#232;re antagonistes, l'&#233;cologie politique est actuellement, il faut bien le dire, la seule mouvance qui se refuse &#224; consid&#233;rer la soci&#233;t&#233; o&#249; nous vivons comme le moins mauvais des mondes possibles et propose au moins l'esquisse d'un projet de soci&#233;t&#233; rompant, comme l'a dit Cornelius Castoriadis, avec &#8216;l'imaginaire capitaliste qui domine la plan&#232;te&#8221; [Intervention au colloque annuel du GRECE, en 1993, reprise dans La ligne de mire, tome II, Editions du Labyrinthe, 1996, page 144, et DD, page 103, car toute l'intervention est reproduite dans DD, pp. 89-130, o&#249; elle s'intitule Sur l'&#233;cologie I]&#8221;. Saluons dans cette phrase une anticipation du th&#232;me qu'a trait&#233; Jean-Claude Mich&#233;a dans L'empire du moindre mal, et qui explique pourquoi la gauche lib&#233;rale rejoint si ais&#233;ment la droite lib&#233;rale. L'analyse est fond&#233;e, m&#234;me si elle doit servir des objectifs auxquels nous ne souscrirons pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il s'agit clairement d'une position strat&#233;gique, qu'il explicite dans son &#233;ditorial de janvier 1994, o&#249; il interpr&#232;te l'inqui&#233;tude &#233;cologique comme l'annonce paradoxale d'un bouleversement des clivages id&#233;ologiques : &#8220;l'&#233;cologie signe la fin de l'id&#233;ologie du progr&#232;s&#8221; et par l&#224; m&#234;me elle &#8220;rend obsol&#232;te le vieux clivage droite/gauche : ordonn&#233;e au &#8216;conservatisme des valeurs' comme &#224; la pr&#233;servation du milieu naturel, refusant le lib&#233;ralisme pr&#233;dateur au m&#234;me titre que le &#8216;prom&#233;th&#233;isme' marxiste, elle est en m&#234;me temps r&#233;volutionnaire par sa port&#233;e comme par ses intentions&#8221; [Le grain de sable, op. cit., pp. 179-180, DD, p. 164 ; tout cet &#233;ditorial est repris dans DD, pp. 161-164, o&#249; il sert de conclusion au texte intitul&#233; Sur l'&#233;cologie II ].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Les enjeux de l'&#233;cologie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220;Un intellectuel qui con&#231;oit son &#339;uvre sous l'angle de la strat&#233;gie est tout simplement nul&#8221;, comme Alain de Benoist l'a fort bien dit en d'autres temps, mais cela n'exclut pas qu'un grand intellectuel soit aussi un strat&#232;ge. Le fondateur du GRECE s'est int&#233;ress&#233; &#224; la mouvance &#233;cologique &#224; partir du moment o&#249; elle lui est apparue comme un milieu perm&#233;able aux id&#233;es qu'il d&#233;fend et s'efforce de propager, ces id&#233;es qui devraient rendre obsol&#232;te le vieux clivage droite/gauche, puisqu'elles associent l'intention r&#233;volutionnaire &#224; la pr&#233;servation du milieu naturel, d&#233;finissant ainsi l'objet d'une r&#233;volution conservatrice, ordonn&#233;e, comme il dit, au &#8220;conservatisme des valeurs&#8221;. Car il faut remarquer qu'il s'int&#233;resse peu aux objectifs pratiques du mouvement &#233;cologique, qu'il s'agisse des objectifs imm&#233;diats poursuivis par l'&#233;cologie &#8220;r&#233;formiste&#8221;, paralys&#233;e par ses alliances &#233;lectorales, ou des objectifs propos&#233;s par les objecteurs de croissance : &#8220;L'appel &#224; l'&#233;conomie &#233;conome, &#224; la frugalit&#233; ou &#224; la simplicit&#233; volontaire est tr&#232;s sympathique, mais il ne peut aujourd'hui inspirer que des comportements individuels. A l'&#233;chelle de la soci&#233;t&#233; globale, il a toutes chances de rester un v&#339;u pieux. Comment faire revenir une population qui n'aspire qu'&#224; consommer &#224; des m&#339;urs frugales, sachant de surcro&#238;t que le mod&#232;le n'est viable que s'il est g&#233;n&#233;ralis&#233; ? (...) Dans l'&#233;tat actuel des choses, l'imp&#233;ratif de d&#233;croissance doit d'abord &#234;tre un mot d'ordre d'hygi&#232;ne mentale : l'&#233;cologisme commence avec l'&#233;cologie de l'esprit&#8221; [DD, p. 69].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Sans doute, dira-t-on, la mise en &#339;uvre d'une &#8220;d&#233;croissance sereine&#8221; n'est gu&#232;re concevable sans une mutation de l'imaginaire social : comme dit Serge Latouche, &#8220;il n'y a rien de pire qu'une soci&#233;t&#233; de croissance sans croissance (...) La d&#233;croissance n'est donc envisageable que dans une &#8216;soci&#233;t&#233; de d&#233;croissance' [Le pari de la d&#233;croissance, p. 152]&#8221;. Reste &#224; consid&#233;rer ce qui d&#233;pend de nous, et qui ne peut pas &#234;tre abandonn&#233; &#224; la p&#233;dagogie des catastrophes, dont l'efficacit&#233; est jug&#233;e fort douteuse par Alain de Benoist : &#8220;L'histoire montre que les catastrophes ont rarement des vertus p&#233;dagogiques et qu'elles engendrent le plus souvent des crises sociales, des dictatures et des conflits meurtriers&#8221; [DD, p. 70]. Mais dans ces conditions, qu'est-ce qui d&#233;pend de nous ? Pour Alain de Benoist, il faut prendre conscience &#8220;de l'&#233;mergence d'un paysage id&#233;ologique compl&#232;tement nouveau, qui rend les anciens clivages obsol&#232;tes&#8221; et cela vaut surtout pour les &#233;cologistes, &#8220;qui continuent le plus souvent de se situer &#224; gauche, et qui ont bien le droit de le faire&#8221;, mais doivent bien se rendre compte &#8220;que la gauche dont ils se r&#233;clament est n&#233;cessairement tr&#232;s diff&#233;rente de celle qu'a engendr&#233;e la pens&#233;e des Lumi&#232;res. (...) Pour le dire en d'autres termes, une gauche socialiste qui aurait su en finir avec le &#8216;progressisme' serait aujourd'hui le partenaire absolument naturel d'une droite qui, de son c&#244;t&#233;, aurait su rompre avec l'autoritarisme, la m&#233;taphysique de la subjectivit&#233; et la logique du profit [DD, p. 80]&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Faut-il &#234;tre surpris par cette apparition de la m&#233;taphysique dans un &#8220;paysage id&#233;ologique compl&#233;tement nouveau&#8221;, o&#249; Heidegger devient le coryph&#233;e du choeur qui s'appr&#234;te &#224; nous chanter le chant des Sir&#232;nes ? Car ce discours a bien pour objet de s&#233;duire tous ceux qui continuent de se situer &#224; gauche, et qui en ont bien le droit, pourvu qu'ils rompent avec la pens&#233;e des Lumi&#232;res. Quelle est donc cette droite avec laquelle ils pourraient entamer un dialogue, une droite qui aurait su rompre avec l'autoritarisme et la logique du profit, comment peut-elle encore se situer &#224; droite ? Mais surtout, pourquoi devrions-nous, sous pr&#233;texte de rompre avec un &#8220;progressisme&#8221; que certains d'entre nous n'ont jamais profess&#233;, rejeter avec lui toute la culture moderne ? C'est, dans un premier temps, ce qu'il nous faut comprendre, s'il nous faut, comme Ulysse, &#233;chapper au naufrage qui guette les marins captiv&#233;s par des voix aussi enchanteresses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; La crise du progr&#232;s : le progressisme et les Lumi&#232;res&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous l'accorderons volontiers, la notion de progr&#232;s devient probl&#233;matique, d&#232;s lors que l'avenir, ainsi que le souligne Alain de Benoist, appara&#238;t &#8220;plus porteur d'inqui&#233;tudes que de promesses&#8221; [DD, p. 164]. Remarquons en passant que, d&#232;s 1977, Alain de Benoist s'&#233;tait aper&#231;u que &#171; la gauche, op&#233;rant en son propre sein une perp&#233;tuelle mise en cause, arrive elle-m&#234;me aux r&#233;sultats sur lesquels une r&#233;flexion droiti&#232;re aurait d&#251; d&#233;boucher. C'est d&#233;sormais la gauche, non la droite, qui critique le mythe d'un 'progr&#232;s' absolu, li&#233; &#224; l'id&#233;e absurde d'un sens de l'histoire &#187; [Vu de droite, p. 18]. S'ensuit-il, pour autant, que l'id&#233;e m&#234;me de progr&#232;s n'ait plus aucun sens, ni aucune pertinence dans le champ politique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, il n'est plus possible de redire avec Condorcet que &#8220;chaque si&#232;cle ajoutera de nouvelles lumi&#232;res &#224; celles du si&#232;cle qui l'aura pr&#233;c&#233;d&#233; ; et ces progr&#232;s, que rien ne peut d&#233;sormais arr&#234;ter ni suspendre, n'auront d'autres bornes que celles de la dur&#233;e de l'univers&#8221; [cit&#233; dans DD, p. 90]. S'il y a des progr&#232;s, techniques et scientifiques, nous pouvons en juger par rapport &#224; un but, qui demeure identique, quels que soient les progr&#232;s qu'il sert &#224; mesurer : si un v&#233;hicule doit se d&#233;placer le plus rapidement possible, dans les meilleures conditions de confort et de s&#233;curit&#233;, nous pouvons dire si tel mod&#232;le d'avion, de voiture ou de train marque ou non un progr&#232;s sur les moyens de locomotion ant&#233;rieurs. La question se complique, si on doit consid&#233;rer les effets secondaires qui affectent l'atmosph&#232;re, le paysage urbain aussi bien que rural, et l'&#233;tat de sant&#233; des voyageurs eux-m&#234;mes. Ce qui, &#224; certains &#233;gards, constitue un progr&#232;s pourra &#234;tre jug&#233; comme une r&#233;gression, d&#232;s lors qu'on le rapporte &#224; d'autres param&#232;tres. Certains progr&#232;s pourront alors &#234;tre d&#233;crits en termes m&#233;dicaux, au sens o&#249; nous parlons des progr&#232;s d'une maladie. Mais l'id&#233;e de progr&#232;s reste intelligible, au sens m&#234;me qu'implique son &#233;tymologie, et qui suppose une distance &#224; parcourir, un trajet sur lequel on avance ou recule ; et c'est bien pour cela qu'il est plus difficile de parler de progr&#232;s dans l'histoire des arts, des formes litt&#233;raires, ou des traditions religieuses. Alors les changements ne sont plus mesurables, et les innovations ne sont pas r&#233;ductibles &#224; des transformations obtenues &#224; partir des formes ant&#233;rieures, &#8220;comme cercle, ellipse, hyperbole, parabole, proviennent l'un de l'autre, et donc sont les m&#234;mes points dans des positions diff&#233;rentes&#8221;. C'est pourquoi Castoriadis parle d'alt&#233;rit&#233;, et non de diff&#233;rence, quand &#8220;aucune loi ou groupe de lois identitaires ne suffit pour produire B &#224; partir de A. Si l'on pr&#233;f&#232;re [ajoute-t-il] : j'appelle autres des figures dans ce cas, et dans ce cas seulement ; dans le cas contraire, je les appelle diff&#233;rentes. Et je dis que le cercle est diff&#233;rent de l'ellipse ; mais que la Divine Com&#233;die est autre que l'Odyss&#233;e, et la soci&#233;t&#233; capitaliste autre que la soci&#233;t&#233; f&#233;odale&#8221; [L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;, p. 291 dans la collection Points].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Au sens propre du mot, il n'y a donc de progr&#232;s que dans la succession de formes diff&#233;rentes, mais toujours homog&#232;nes, et sujettes &#224; la m&#234;me unit&#233; de mesure. Quand nous parlons de &#8220;progr&#232;s politique&#8221; ou de &#8220;progr&#232;s social&#8221;, c'est une m&#233;taphore, et il vaudrait mieux dire que telle ou telle loi, et tel ou tel r&#233;gime, nous para&#238;t meilleur que tel autre, et pas forc&#233;ment parce qu'il lui a succ&#233;d&#233;. Il n'y a donc pas lieu, m&#234;me si on est de gauche, de pr&#233;f&#233;rer toujours tout ce qui est moderne &#224; tout ce qui est ancien, et chacun sait que Marx a c&#233;l&#233;br&#233; le &#8220;charme &#233;ternel&#8221; de l'art grec. Nous avons toujours eu d'autres points de rep&#232;re, qui viennent aussi des Grecs, comme l'autonomie, ou la d&#233;mocratie, c'est-&#224;-dire un r&#233;gime o&#249; les hommes ob&#233;issent aux lois qu'ils instituent, et non &#224; celles qu'ils pourraient avoir re&#231;ues, ou croire avoir re&#231;ues, de la part d'une autorit&#233; sup&#233;rieure, celle d'un Dieu transcendant, ou m&#234;me celle d'une Nature immanente. C'est d'ailleurs sur ce point que l'h&#233;ritage grec nous para&#238;t pr&#233;f&#233;rable &#224; celui des Lumi&#232;res, car celles-ci ont cru &#224; des lois naturelles, parmi lesquelles figurent celles qui fondent l'&#233;conomie lib&#233;rale. Parmi les Grecs, il suffit de nommer D&#233;mocrite ou Emp&#233;docle pour savoir qu'ils n'ont pas tous dit la m&#234;me chose, et m&#234;me si Aristote est, comme l'a dit Marx, &#8220;le plus grand penseur de l'Antiquit&#233;&#8221;, il serait abusif de r&#233;duire la pens&#233;e grecque &#224; ce qu'en a tir&#233; la th&#233;ologie scolastique, c'est-&#224;-dire la vision d'un cosmos hi&#233;rarchis&#233;, o&#249; les hommes et les choses sont fix&#233;s par nature &#224; une place qu'ils ne doivent plus quitter. Vision qui est, aussi bien, celle d'Alain de Benoist, lui qui invoque toujours, car sur ce point il n'a pas chang&#233; d'opinion, &#8220;des faits de nature aussi &#233;l&#233;mentaires que la s&#233;lection, l'in&#233;galit&#233;, la hi&#233;rarchie&#8221; - et qui, &#224; l'occasion, cite Aristote sans le nommer, en attribuant &#224; la Religio medici du m&#233;decin anglais Robert Browne une phrase c&#233;l&#232;bre, mais traduite en latin, o&#249; Aristote &#233;nonce une id&#233;e que rejette la pens&#233;e des Lumi&#232;res, car elle personnifie la nature et lui attribue des intentions : &#8220;Natura nihil agit frustra, la nature ne fait nulle chose en vain&#8221; [DD, p. 89].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et c'est pourquoi nous restons fid&#232;les aux Lumi&#232;res, parce qu'elles repr&#233;sentent tout autre chose que la croyance na&#239;ve en un progr&#232;s global et continu, qui s'accomplirait de lui-m&#234;me, sans faire appel &#224; l'initiative des hommes. Comme Alain de Benoist le sait fort bien, mais sans doute y voit-il la funeste influence de la m&#233;taphysique de la subjectivit&#233;, la pens&#233;e des Lumi&#232;res exprime un effort d'&#233;mancipation &#224; l'&#233;gard des croyances re&#231;ues sans examen, celles qui, &#224; la lettre, constituent des pr&#233;jug&#233;s : c'est ce que Kant exprime quand il d&#233;finit les Lumi&#232;res &#8220;comme la sortie de l'homme hors de l'&#233;tat de minorit&#233;, o&#249; il se maintient par sa propre faute&#8221;. Loin de se fier &#224; un progr&#232;s automatique, le penseur des Lumi&#232;res propose &#224; tous les hommes de lutter pour leur auto-&#233;mancipation, t&#226;che toujours actuelle, qui s'exprime dans un projet d'autonomie, ce qui veut dire, aussi, auto-limitation. Vouloir l'autonomie, c'est vouloir un nomos, une loi, mais une loi que l'on se prescrit &#224; soi-m&#234;me, et que personne d'autre ne nous a impos&#233;e, bien qu'elle s'impose &#224; tous, puisque personne n'est au-dessus de la loi, ce qui s'exprime, en grec, dans le terme &#8220;isonomie&#8221;, que les auteurs anciens semblent avoir pr&#233;f&#233;r&#233; au mot &#8220;d&#233;mocratie&#8221;. Telle &#233;tait, d'apr&#232;s Hobbes, Spinoza et Voltaire, la loi qui interdit de faire &#224; son semblable ce qu'on ne voudrait pas que lui-m&#234;me nous fasse. C'&#233;tait m&#234;me, &#224; leurs yeux, une loi naturelle, puisqu'elle se retrouve dans la Bible et dans les Entretiens de Confucius, chez des peuples aussi &#233;loign&#233;s que les anciens H&#233;breux et les anciens Chinois, mais il ne s'ensuit pas que cette loi nous soit dict&#233;e par la nature. Comme l'a bien vu Kant, il y a l&#224; un paradoxe, impliqu&#233; dans l'id&#233;e m&#234;me d'autonomie, o&#249; le l&#233;gislateur, qui impose la loi, n'est pas distinct du sujet qui doit lui ob&#233;ir : la loi est, dans ce cas, con&#231;ue comme une norme, une r&#232;gle &#224; laquelle il nous faut ob&#233;ir. Mais les lois naturelles, telles que Montesquieu les a bien d&#233;finies, sont &#8220;des rapports n&#233;cessaires qui d&#233;rivent constamment de la nature des choses&#8221; - comme les lois de Newton, qui n'ont aucun caract&#232;re normatif, et n'impliquent pas l'existence d'un ordre naturel, auquel les hommes n'auraient plus qu'&#224; se soumettre : les lois physiques s'imposent par elles-m&#234;mes, elles n'ont aucun besoin de l'assistance d'un pouvoir ex&#233;cutif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est pourquoi les Lumi&#232;res restent une bonne source d'inspiration pour ceux qui cherchent, aujourd'hui, &#224; d&#233;terminer les limites d'une consommation stimul&#233;e par les mass-media, dont le r&#244;le est de faire ressentir des besoins que les consommateurs ignoraient jusqu'alors. Ces besoins, sans nul doute, n'ont rien de naturel, ils ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s par la publicit&#233;, par le simple fait qu'il suffise de voir que quelqu'un d'autre d&#233;sire tel objet pour d&#233;couvrir alors qu'il &#233;tait d&#233;sirable. Sont-ils, dans tous les cas, de &#8220;faux besoins&#8221; auxquels, comme Diog&#232;ne, nous devrions renoncer d&#232;s lors qu'ils ne sont pas dict&#233;s par la nature ? Cela supposerait que les besoins humains puissent &#234;tre r&#233;duits aux besoins biologiques, ceux qui r&#233;pondent &#224; notre nature animale. L'homme est un animal, nous ne le nierons pas, mais c'est parce qu'il transgresse sa nature animale qu'il devient ce qu'il est, un &#234;tre sociable fa&#231;onn&#233; par son existence sociale. Comme dit Castoriadis : &#8220;Il n'y a pas de besoins naturels. Toute soci&#233;t&#233; cr&#233;e un ensemble de besoins pour ses membres et leur apprend que la vie ne vaut la peine d'&#234;tre v&#233;cue, et m&#234;me ne peut &#234;tre mat&#233;riellement v&#233;cue que si ces besoins-l&#224; sont &#8216;satisfaits' tant bien que mal. Quelle est la sp&#233;cificit&#233; du capitalisme &#224; cet &#233;gard ? En premier lieu, c'est que le capitalisme n'a pu surgir, se maintenir, se d&#233;velopper, se stabiliser (malgr&#233; et avec les intenses luttes ouvri&#232;res qui ont d&#233;chir&#233; son histoire) qu'en mettant au centre de tout les besoins &#8216;&#233;conomiques'. Un musulman, ou un hindou, mettra de c&#244;t&#233; de l'argent toute sa vie durant, pour faire le p&#232;lerinage de La Mecque ou de tel temple ; c'est l&#224; pour lui un &#8216;besoin'. Cela n'en est pas un pour un individu fabriqu&#233; par la culture capitaliste : ce p&#232;lerinage, c'est une superstition ou une lubie. Mais pour ce m&#234;me individu, ce n'est pas superstition ou lubie, mais &#8216;besoin' absolu, que d'avoir une voiture ou de changer de voiture tous les trois ans, ou d'avoir une t&#233;l&#233;vision-couleur d&#232;s que cette t&#233;l&#233;vision existe&#8221; [De l'&#233;cologie &#224; l'autonomie, pp. 32-33]. Ainsi donc, s'il y a lieu de renoncer &#224; des besoins artificiels, ce ne peut &#234;tre parce qu'ils sont artificiels, mais parce que nous jugeons que leur satisfaction peut porter pr&#233;judice aux besoins l&#233;gitimes des g&#233;n&#233;rations &#224; venir, ou m&#234;me faire obstacle &#224; la pr&#233;servation d'une vie proprement humaine, ce qu'il faut d&#233;cider en toute transparence, dans un d&#233;bat r&#233;ellement d&#233;mocratique, si nous ne voulons pas faire de l'&#233;cologie un programme d'aust&#233;rit&#233; impos&#233; aux plus pauvres, pendant que les plus riches exerceraient toujours un droit de polluer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Les deux &#233;cologies&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'opinion, semble-t-il, devrait &#234;tre assez m&#251;re pour qu'un tel d&#233;bat soit non seulement possible, mais capable d'aboutir &#224; des conclusions : Alain de Benoist note que l'attitude g&#233;n&#233;rale &#8220;a peu &#224; peu &#233;volu&#233; &#224; partir d'une interrogation sur un &#233;ventuel &#233;puisement des stocks naturels, ainsi que sur le co&#251;t d'une croissance illimit&#233;e et sur l'impact qu'un certain nombre de mesures publiques et priv&#233;es pouvaient avoir sur le rythme de cette croissance&#8221; [DD, p. 133. Les citations qui suivent ont la m&#234;me origine]. Mais pourquoi faut-il donc qu'il d&#233;place aussit&#244;t l'enjeu de ce d&#233;bat, pour se fixer sur un d&#233;bat m&#233;taphysique, ou m&#233;tapolitique, pour parler son langage ? La question qui l'occupe n'est pas celle de savoir quelles mesures prendre, c'est celle de choisir entre deux th&#233;ories, celle d'une &#233;cologie qu'il juge &#8220;r&#233;formiste&#8221;, parce qu'elle &#8220;continue de v&#233;hiculer une conception instrumentaliste ou utilitariste de la nature&#8221;, et celle qui est, &#224; ses yeux, &#8220;celle de l'&#233;cologisme au sens propre, qui se propose &#224; la faveur de la crise actuelle de modifier de fa&#231;on radicale les rapports de l'homme et de la nature&#8221; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous pouvions nous y attendre, &#8220;la premi&#232;re de ces d&#233;marches correspond &#224; ce que l'&#233;cologiste norv&#233;gien Arne Naess a appel&#233; l'&#171; &#233;cologie superficielle &#187; (shallow ecology), par opposition &#224; l'&#171; &#233;cologie profonde &#187; (deep ecology). Elle se ram&#232;ne &#224; une simple gestion de l'environnement, et vise &#224; concilier pr&#233;occupation &#233;cologique et productivit&#233; sans remettre en cause les fondements m&#234;mes du syst&#232;me de production et de consommation dominant&#8221; [DD, pp. 133-134].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cette opposition risque de nous faire oublier que la profondeur peut se r&#233;v&#233;ler aussi vide que la surface, mais elle sert surtout &#224; fausser la perspective, car elle renvoie l'examen des probl&#232;mes pratiques - &#8220;d&#233;croissance&#8221; versus &#8220;d&#233;veloppement durable&#8221; - &#224; la discussion de pr&#233;alables th&#233;oriques - &#8220;hypoth&#232;se Gaia&#8221; ou &#8220;anthropocentrisme&#8221;. Notons, &#224; ce propos, que les adeptes de l'&#233;cologie profonde se donnent, &#224; peu de frais, l'illusion d'accomplir une r&#233;volution copernicienne, car il n'y a rien de commun entre leurs th&#233;ories et la &#8220;r&#233;volution astronomique&#8221; qui opposait, vraiment, deux &#8220;syst&#232;mes du monde&#8221;. Copernic, Bruno, Kepler et Galil&#233;e, dans leur opposition &#224; la cosmologie scolastique, apportaient des id&#233;es nouvelles : alors que les scolastiques croyaient vraiment que la Terre reste immobile au centre de l'univers, ils ont fait &#233;clater la notion de cosmos, et introduit l'id&#233;e qu'il n'existe aucun centre - cette id&#233;e que Pascal a r&#233;sum&#233; en des termes inoubliables : &#8220;une sph&#232;re infinie dont le centre est partout et la circonf&#233;rence nulle part&#8221;. Mais lorsqu'ils incriminent l'anthropocentrisme de l'&#233;cologie superficielle, les adeptes de l'&#233;cologie profonde red&#233;couvrent un peu tard des v&#233;rit&#233;s qu'ils avaient peut-&#234;tre oubli&#233;es, bien qu'ils les aient apprises sur les bancs de l'&#233;cole : que l'homme est apparu un petit peu plus tard que le sixi&#232;me jour de l'histoire biblique, et que les dinosaures, ou les protozoaires, sont mieux plac&#233;s pour r&#233;clamer un droit d'a&#238;nesse... C'est le seul fait dont ils puissent se pr&#233;valoir, quant aux sp&#233;culations sur l'id&#233;e que la Terre est un organisme anim&#233;, elles nous ram&#232;nent &#224; des conceptions panth&#233;istes, ou &#224; l'&#226;me du monde dans la philosophie sto&#239;cienne, ou &#224; tout autre syst&#232;me qui con&#231;oit la nature comme ordre naturel, et donc finalement cosmos hi&#233;rarchis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pour les gens ordinaires, qui emploient le mot nature au sens plus ordinaire de &#8220;milieu naturel&#8221;, il n'existe aucune diff&#233;rence r&#233;elle entre la volont&#233; de d&#233;fendre la nature pour elle-m&#234;me, et celle de pr&#233;server notre environnement, c'est-&#224;-dire l'oikos, l'habitat qui est le n&#244;tre et qui doit &#234;tre celui de nos descendants. Ce qui est le sens propre du mot &#8220;&#233;cologie&#8221;, qui a pour objet l'habitat des esp&#232;ces vivantes, sans privil&#233;gier l'homme, mais sans le n&#233;gliger, car c'est lui, apr&#232;s tout, qui met en danger l'&#233;quilibre &#233;cologique, et qui est donc responsable de sa pr&#233;servation. C'est en ce sens qu'il convient de le mettre au centre, si on redonne au mot &#8220;centre&#8221; son sens originel, celui du grec &#8220;kentron&#8221;, qui d&#233;signe d'abord l'aiguillon du bouvier, et puis, par extension, la pointe du compas. Or, il me semble bien que le compas doit nous servir &#224; &#233;pingler la sph&#232;re de l'habitat humain, qui d&#233;finit l'objet d'une action &#233;cologique et qui implique, au-del&#224; des besoins des hommes d'aujourd'hui, le souci des g&#233;n&#233;rations qui doivent suivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La parole est &#224; vous, mais je voudrais d'abord vous citer un passage d'une conf&#233;rence de Castoriadis, D&#233;veloppement et rationalit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220;Dans le pays d'o&#249; je viens, la g&#233;n&#233;ration de mes grands-p&#232;res n'avait jamais entendu parler de planification &#224; long terme, d'externalit&#233;s, de d&#233;rive des continents ou d'expansion de l'univers. Mais, encore pendant leur vieillesse, ils continuaient &#224; planter des oliviers et des cypr&#232;s, sans se poser de questions sur les co&#251;ts et les rendements. Ils savaient qu'ils auraient &#224; mourir, et qu'il fallait laisser la terre en bon &#233;tat pour ceux qui viendraient apr&#232;s eux, peut-&#234;tre rien que pour la terre elle-m&#234;me. Ils savaient que, quelle que f&#251;t la puissance dont ils pouvaient disposer, elle ne pouvait avoir de r&#233;sultats b&#233;n&#233;fiques que s'ils ob&#233;issaient aux saisons, faisaient attention aux vents, et respectaient l'impr&#233;visible M&#233;diterran&#233;e, s'ils taillaient les arbres au moment voulu et laissaient au mo&#251;t de l'ann&#233;e le temps qu'il lui fallait pour le faire. Ils ne pensaient pas en termes d'infini - peut-&#234;tre n'auraient-ils pas compris le sens du mot ; mais ils agissaient, vivaient et mouraient dans un temps v&#233;ritablement sans fin. Evidemment, le pays ne s'&#233;tait pas encore d&#233;velopp&#233; &#187; [Domaines de l'homme, pp. 151-152].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;Post-scriptum :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; J'ai, autant que possible, &#233;tay&#233; mon propos par des r&#233;f&#233;rences textuelles : mais lorsque je rappelle ce qu'Alain de Benoist avait &#233;crit en 1977, sur &#8220;des faits de nature aussi &#233;l&#233;mentaires que la s&#233;lection, l'in&#233;galit&#233;, la hi&#233;rarchie&#8221;, j'ajoute, un peu trop vite, que &#171; sur ce point il n'a pas chang&#233; d'opinion &#187; - pure supposition, qui me semblait probable. Elle m'exposait, pourtant, au d&#233;menti que m'oppose Alain de Benoist, dans un mail dont il me faut citer cette phrase :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Quant aux &#8220;faits de nature aussi &#233;l&#233;mentaires que la s&#233;lection, l'in&#233;galit&#233;, la hi&#233;rarchie&#8221;, contrairement &#224; ce que vous dites, je me sens aujourd'hui bien &#233;loign&#233; de ce que j'ai pu en dire, trop sommairement, il y a trente ans. Ces derni&#232;res ann&#233;es, j'ai m&#234;me multipli&#233; les mises au point l&#224;-dessus. Lorsque vous dites que l'homme &#8220;transgresse sa nature animale&#8221;, car il est &#8220;un &#234;tre sociable fa&#231;onn&#233; par son existence sociale&#8221;, j'approuve bien entendu des deux mains &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; J'accepte volontiers d'&#234;tre contredit sur ce point, puisque je ne menais pas une pol&#233;mique, et ne m'associais pas &#224; certains d&#233;croissants, qui ont trouv&#233; dans ce livre une occasion de d&#233;noncer une &#171; r&#233;cup&#233;ration &#187; des luttes &#233;cologiques par un auteur d'extr&#234;me-droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - D'abord, parce que Castoriadis avait raison de dire, en mai 68, que &#171; Celui qui a peur de la r&#233;cup&#233;ration est d&#233;j&#224; r&#233;cup&#233;r&#233;. R&#233;cup&#233;r&#233; dans son attitude, car bloqu&#233;. R&#233;cup&#233;r&#233; dans sa mentalit&#233; la plus profonde, car cherchant des garanties contre la r&#233;cup&#233;ration et par l&#224; d&#233;j&#224; pris dans le pi&#232;ge id&#233;ologique r&#233;actionnaire : la recherche d'un talisman, d'un f&#233;tiche anti-r&#233;cup&#233;rateur. &#187; (Mai 68, la Br&#232;che).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - Ensuite, parce qu'Alain de Benoist est sans doute de droite, mais qu'il serait abusif de le situer encore dans le camp de la b&#234;te immonde : il &#233;tait d'extr&#234;me-droite &#224; l'&#233;poque lointaine o&#249; MM. Kouchner et Glucksmann militaient &#224; l'extr&#234;me-gauche. Ses id&#233;es, aujourd'hui, sont moins r&#233;actionnaires que celles d'anciens gauchistes ralli&#233;s &#224; Sarkozy, qui ont m&#234;me soutenu l'invasion de l'Irak.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - Enfin, parce que je me soucie tout d'abord des id&#233;es, quels que soient ceux qui les soutiennent : selon moi, l'&#233;cologie &#171; profonde &#187; est bien r&#233;actionnaire, et elle le reste encore quand elle est d&#233;fendue par des hommes de gauche. C'est m&#234;me alors, je crois, qu'elle est vraiment nocive.
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'&#233;cologie politique entre expertocratie et autolimitation</title>
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		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>



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&lt;p&gt;Article d'Andr&#233; Gorz paru dans la revue &#171; Actuel Marx &#187;, 2nd semestre 1992, n&#176;12, Repris dans &#171; Ecologica &#187;, Galil&#233;e, 2008 L'&#233;cologie politique entre expertocratie et autolimitation Andr&#233; Gorz &#192; Dick Howard Selon qu'elle est scientifique ou politique, l'&#233;cologie recouvre deux d&#233;marches distinctes quoique interconnect&#233;es. Je mettrai d'abord l'accent sur la diff&#233;rence plus que sur l'interconnexion de leur objet. Car il importe d'&#233;viter que la d&#233;marche politique soit pr&#233;sent&#233;e comme le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-76-L-ecologie-politique-contre-l-" rel="directory"&gt;L'&#233;cologie politique contre l'&#233;cologisme&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Article d'Andr&#233; Gorz paru dans la revue &#171; Actuel Marx &#187;, 2nd semestre 1992, n&#176;12, Repris dans &#171; Ecologica &#187;, Galil&#233;e, 2008&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#233;cologie politique entre expertocratie et autolimitation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Andr&#233; Gorz&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#192; Dick Howard&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon qu'elle est scientifique ou politique, l'&#233;cologie recouvre deux d&#233;marches distinctes quoique interconnect&#233;es. Je mettrai d'abord l'accent sur la diff&#233;rence plus que sur l'interconnexion de leur objet. Car il importe d'&#233;viter que la d&#233;marche politique soit pr&#233;sent&#233;e comme le r&#233;sultat qui s'impose avec une &#171; n&#233;cessit&#233; absolue &#187; &#224; la lumi&#232;re de l' &#171; analyse scientifique &#187; et que soit r&#233;&#233;dit&#233; sous une nouvelle forme le genre de dogmatisme scien-tiste et antipolitique qui, dans sa version &#171; diamat &#187;, a pr&#233;tendu &#233;lever au rang de n&#233;cessit&#233;s scientifiquement d&#233;montr&#233;es des pratiques et des conceptions politiques dont le caract&#232;re sp&#233;cifiquement politique se trouvait par l&#224; m&#234;me ni&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant que science, l'&#233;cologie fait appara&#238;tre la civilisation dans son interaction avec l'&#233;cosyst&#232;me terrestre, c'est-&#224;-dire avec ce qui constitue la base naturelle, le contexte non (re)productible de l'activit&#233; humaine. &#192; la diff&#233;rence des syst&#232;mes industriels, l'&#233;cosyst&#232;me naturel poss&#232;de une capacit&#233; autog&#233;n&#233;ratrice et autor&#233;organisatrice qui, due &#224; son extr&#234;me diversit&#233; et complexit&#233;, lui permet de s'autor&#233;guler et d'&#233;voluer dans le sens de la complexit&#233; et de la diversit&#233; croissantes. Cette capacit&#233; d'autor&#233;g&#233;n&#233;ration et d'autor&#233;organisation est endommag&#233;e par des techniques qui tendent &#224; rationaliser et &#224; dominer la nature, &#224; la rendre pr&#233;visible et calculable. &#171; Nos d&#233;ferlements technologiques, &#233;crit Edgar Morin, perturbent non seulement les cycles biologiques, mais les boucles chimiques primaires. En r&#233;ponse, on d&#233;veloppe des technologies de contr&#244;le qui soulignent les effets de ces maux tout en d&#233;veloppant les causes.1 &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de l&#224;, deux approches sont possibles. La premi&#232;re, qui s'appuie sur l'&#233;tude scientifique de l'&#233;cosyst&#232;me, cherche &#224; d&#233;terminer scientifiquement les techniques et les seuils de pollution &#233;colo-giquement supportables, c'est-&#224;-dire les conditions et les limites dans lesquelles le d&#233;veloppement de la technosph&#232;re industrielle peut &#234;tre poursuivi sans compromettre les capacit&#233;s autog&#233;n&#233;ratrices de l'&#233;cosph&#232;re. Cette approche ne rompt pas fondamentalement avec l'industrialisme et son h&#233;g&#233;monie de la raison instrumentale. Elle reconna&#238;t la n&#233;cessit&#233; de limiter le pillage des ressources naturelles et de lui substituer une gestion rationnelle &#224; long terme de l'air, de l'eau, des sols, des for&#234;ts et des oc&#233;ans, ce qui implique des politiques de limitation des rejets, de recyclage et de d&#233;veloppement de techniques non destructrices pour le milieu naturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les politiques de &#171; pr&#233;servation du milieu naturel &#187; (lequel en anglais s'appelle environment, &#171; environnement &#187; &#233;tant un anglicisme) ne tendent donc point, &#224; la diff&#233;rence de l'&#233;cologie politique, &#224; une pacification des rapports avec la nature ou &#224; la &#171; r&#233;conciliation &#187; avec elle ; elles tendent &#224; la m&#233;nager (au double sens de &#171; m&#233;nagement &#187; et de management) en prenant en compte la n&#233;cessit&#233; d'en pr&#233;server au moins les capacit&#233;s d'autor&#233;g&#233;n&#233;ration les plus fondamentales. De cette n&#233;cessit&#233; on d&#233;duira des mesures qui s'imposent dans l'int&#233;r&#234;t de l'humanit&#233; tout enti&#232;re et au respect desquelles les Etats devront contraindre les d&#233;cideurs &#233;conomiques et les consommateurs individuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prise en compte de contraintes &#233;cologiques par les Etats se traduira alors par des interdictions, r&#233;glementations administratives, taxations, subventions et p&#233;nalit&#233;s. Elle aura donc pour effet de renforcer Vh&#233;t&#233;ror&#233;gulation du fonctionnement de la soci&#233;t&#233;. Ce fonctionnement devra devenir plus ou moins &#171; &#233;co-compatible &#187; ind&#233;pendamment de l'intention propre des acteurs sociaux. Des &#171; m&#233;dia r&#233;gulateurs &#187; tels que le pouvoir administratif et le syst&#232;me des prix sont charg&#233;s de canaliser les comportements des consommateurs et les d&#233;cisions des investisseurs vers un but qu'ils n'auront besoin ni d'approuver ni de comprendre pour le r&#233;aliser. Ils le r&#233;aliseront parce que l'administration aura su fonctionnaliser les motivations et les int&#233;r&#234;ts individuels en vue d'un r&#233;sultat qui leur demeure &#233;tranger. L'h&#233;t&#233;ror&#233;gulation fiscale et mon&#233;taire a, selon ses partisans, l'avantage de conduire au but de l'&#233;co-compatibilit&#233; sans que les mentalit&#233;s, le syst&#232;me des valeurs, les motivations et les int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques des acteurs sociaux aient &#224; changer. Au contraire, c'est en faisant fond, tout en les manipulant, sur ces motivations et ces int&#233;r&#234;ts, que le but sera atteint. Sa poursuite impliquera ainsi une extension de ce que Habermas a appel&#233; la &#171; colonisation du monde v&#233;cu &#187;, c'est-&#224;-dire l'utilisation, par les g&#233;rants du syst&#232;me, de motivations individuelles existantes pour leur faire produire des r&#233;sultats ne correspondant &#224; aucune intention des individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prise en compte des contraintes &#233;cologiques se traduit ainsi, dans le cadre de l'industrialisme et de la logique du march&#233;, par une extension du pouvoir techno-bureaucratique. Or, cette approche rel&#232;ve d'une conception pr&#233;moderne typiquement antipolitique. Elle abolit l'autonomie du politique en faveur de l'expertocratie, en &#233;rigeant l'&#201;tat et les experts d'Etat en juges des contenus de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral et des moyens d'y soumettre les individus. L'universel est s&#233;par&#233; du particulier, l'int&#233;r&#234;t sup&#233;rieur de l'humanit&#233; est s&#233;par&#233; de la libert&#233; et de la capacit&#233; de jugement autonome des individus. Or, comme l'a montr&#233; Dick Howard2, le politique se d&#233;finit originairement par sa structure bipolaire : il doit &#234;tre et ne peut rien &#234;tre d'autre que la m&#233;diation publique sans cesse recommenc&#233;e entre les droits de l'individu, fond&#233;s sur son autonomie, et l'int&#233;r&#234;t de la soci&#233;t&#233; dans son ensemble, qui &#224; la fois fonde et conditionne ces droits. Toute d&#233;marche tendant &#224; abolir la tension entre ces deux p&#244;les est une n&#233;gation du politique et de la modernit&#233; &#224; la fois ; et cela vaut en particulier, cela va de soi, pour les experto-craties qui d&#233;nient aux individus la capacit&#233; de juger et les soumettent &#224; un pouvoir &#171; &#233;clair&#233; &#187; se r&#233;clamant de l'int&#233;r&#234;t sup&#233;rieur d'une cause qui d&#233;passe leur entendement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ambigu&#239;t&#233; de l'imp&#233;ratif &#233;cologique vient de l&#224; : &#224; partir du moment o&#249; il est pris &#224; leur compte par les appareils de pouvoir, il sert &#224; renforcer leur domination sur la vie quotidienne et le milieu social, et entre en conflit avec les aspirations originaires du mouvement &#233;cologique lui-m&#234;me en tant que mouvement politico-culturel. Le clivage interne de ce mouvement entre une aile technocratique et une aile radicale-d&#233;mocratique a l&#224; sa raison profonde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le sens originaire du mouvement&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement &#233;cologique est n&#233; bien avant que la d&#233;t&#233;rioration du milieu et de la qualit&#233; de vie pose une question de survie &#224; l'humanit&#233;. Il est n&#233; originellement d'une protestation spontan&#233;e contre la destruction de la culture du quotidien par les appareils de pouvoir &#233;conomique et administratif. Et par &#171; culture du quotidien &#187;, j'entends l'ensemble des savoirs intuitifs, des savoir-faire vernaculaires (au sens qu'Ivan Illich donne &#224; ce terme), des habitudes, des normes et des conduites allant de soi, gr&#226;ce auxquels les individus peuvent interpr&#233;ter, comprendre et assumer leur insertion dans ce monde qui les entoure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; nature &#187; dont le mouvement exige la protection n'est pas la Nature des naturalistes ni celle de l'&#233;cologie scientifique : c'est fondamentalement le milieu qui para&#238;t &#171; naturel &#187; parce que ses structures et son fonctionnement sont accessibles &#224; une compr&#233;hension intuitive ; parce qu'il correspond au besoin d'&#233;panouissement des facult&#233;s sensorielles et motrices ; parce que sa conformation famili&#232;re permet aux individus de s'y orienter, d'interagir, de communiquer &#171; spontan&#233;ment &#187; en vertu d'aptitudes qui n'ont jamais eu &#224; &#234;tre enseign&#233;es formellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; d&#233;fense de la nature &#187; doit donc &#234;tre comprise originairement comme d&#233;fense d'un monde v&#233;cu, lequel se d&#233;finit notamment par le fait que le r&#233;sultat des activit&#233;s correspond aux intentions qui les portent, autrement dit que les individus sociaux y voient, comprennent et ma&#238;trisent l'aboutissement de leurs actes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, plus une soci&#233;t&#233; devient complexe, moins son fonctionnement est intuitivement intelligible. La masse des savoirs mise en &#339;uvre dans la production, l'administration, les &#233;changes, le droit d&#233;passe de loin les capacit&#233;s d'un individu ou d'un groupe. Chacun de ceux-ci ne d&#233;tient qu'un savoir partiel, sp&#233;cialis&#233;, que des proc&#233;dures organisationnelles pr&#233;&#233;tablies, des appareils, vont coordonner et organiser en vue d'un r&#233;sultat qui d&#233;passe ce que les individus sont capables de vouloir. La soci&#233;t&#233; complexe ressemble ainsi &#224; une grande machinerie : elle est, en tant que social, un syst&#232;me dont le fonctionnement exige des individus fonctionnellement sp&#233;cialis&#233;s &#224; la mani&#232;re des organes d'un corps ou d'une machine. Les savoirs sp&#233;cialis&#233;s en fonction de l'exigence syst&#233;matique du tout social ne contiennent plus, si complexes et savants qu'ils soient, de ressources culturelles suffisantes pour permettre aux individus de s'orienter dans le monde, de donner sens &#224; ce qu'ils font ou de comprendre le sens de ce &#224; quoi ils concourent. Le syst&#232;me envahit et marginalise le monde v&#233;cu, c'est-&#224;-dire le monde accessible &#224; la compr&#233;hension intuitive et &#224; la saisie pratico-sen-sorielle. Il enl&#232;ve aux individus la possibilit&#233; d'avoir un monde et de l'avoir en commun. C'est contre les diff&#233;rentes formes de cette expropriation qu'une r&#233;sistance s'est progressivement organis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premi&#232;res manifestations de ce qui allait devenir le mouvement &#233;cologique3 &#233;taient dirig&#233;es, en Am&#233;rique du Nord puis en Europe, contre des m&#233;gatechnologies en faveur desquelles les industries priv&#233;es et/ou les administrations publiques d&#233;poss&#233;daient les citoyens de leur milieu de vie. Ce milieu &#233;tait boulevers&#233;, technicis&#233;, b&#233;tonn&#233;, colonis&#233; pour correspondre aux exigences de la m&#233;gamachine industrielle. Celle-ci ali&#233;nait aux habitants le peu qu'il leur restait du milieu &#171; naturel &#187;, les agressait par des nuisances et, plus fondamentalement, confisquait le domaine public au profit d'appareils techniques qui symbolisaient la violation par le capital et par l'Etat du droit des individus &#224; d&#233;terminer eux-m&#234;mes leur fa&#231;on de vivre ensemble, de produire et de consommer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette violation a &#233;t&#233; particuli&#232;rement flagrante dans le cas de l'&#233;lectronucl&#233;aire : le programme de construction de centrales reposait sur des choix politico-&#233;conomiques travestis en choix techniquement rationnels et socialement n&#233;cessaires. Il pr&#233;voyait une croissance tr&#232;s forte des besoins d'&#233;nergie, privil&#233;giait les plus fortes concentrations des techniques les plus lourdes pour faire face &#224; ces besoins, cr&#233;ait des corps de techniciens oblig&#233;s au secret professionnel et &#224; une discipline quasi militaire ; bref, il faisait de l'&#233;valuation des besoins et de la mani&#232;re de les satisfaire le domaine r&#233;serv&#233; d'une caste d'experts s'abritant derri&#232;re un savoir sup&#233;rieur, pr&#233;tendument inaccessible &#224; la population. Il mettait celle-ci en tutelle dans l'int&#233;r&#234;t des industries les plus capitalistiques et de la domination renforc&#233;e de l'appareil d'Etat4. Le m&#234;me genre de mise en tutelle s'op&#232;re de mani&#232;re plus diffuse dans tous les domaines o&#249; la professionnalisation - et la formalisation juridique, la sp&#233;cialisation qu'elle entra&#238;ne - discr&#233;dite les savoirs vernaculaires et d&#233;truit la capacit&#233; des individus &#224; se prendre en charge eux-m&#234;mes. Ce sont l&#224; les &#171; professions incapacitantes &#187; (disabling professions) qu'Ivan Illich a d&#233;nonc&#233;es.5&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;sistance &#224; cette destruction de la capacit&#233; de se prendre en charge, autrement dit de l'autonomie existentielle des individus et des groupes ou communaut&#233;s, est &#224; l'origine de composantes sp&#233;cifiques du mouvement &#233;cologique : r&#233;seaux d'entraide de malades, mouvements en faveur de m&#233;decines alternatives, mouvement pour le droit &#224; l'avortement, mouvement pour le droit de mourir &#171; dans la dignit&#233; &#187;, mouvement de d&#233;fense des langues, cultures et &#171; pays &#187;, etc. La motivation profonde est toujours de d&#233;fendre le &#171; monde v&#233;cu &#187; contre le r&#232;gne des experts, contre la quantification et l'&#233;valuation mon&#233;taire, contre la substitution de rapports marchands, de client&#232;le, de d&#233;pendance &#224; la capacit&#233; d'autonomie et d'autod&#233;termination des individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En apparence du moins, le mouvement &#233;tait purement &#171; culturel &#187;. Dans la mesure o&#249; les partis politiques se pr&#233;occupaient avant tout du pouvoir de g&#233;rer le syst&#232;me dans l'int&#233;r&#234;t de leurs client&#232;les &#233;lectorales, le mouvement &#233;cologique devait leur para&#238;tre antipolitique : son affaire &#233;tait de &#171; changer la vie &#187;, de la soustraire au syst&#232;me et aux g&#233;rants du syst&#232;me en cherchant &#224; gagner sur celui-ci des espaces d'autonomie et de socialit&#233; v&#233;cues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, &#224; partir de 1972, ces demandes d'apparence culturelle ont re&#231;u un fondement objectif par le rapport d'un groupe de scientifiques britanniques, Blueprint for Survival, et, peu apr&#232;s, par le rapport commandit&#233; par le Club de Rome, Limits to Growth. L'impossibilit&#233; de poursuivre dans la voie de la croissance des &#233;conomies industrielles, la destruc-tivit&#233; du mod&#232;le capitaliste de d&#233;veloppement et de consommation, la rupture du lien entre &#171; plus &#187; et &#171; mieux &#187; rendaient n&#233;cessaire un changement radical des techniques et des finalit&#233;s de la production, donc du mode de vie. Les demandes &#171; culturelles &#187; du mouvement &#233;cologique se trouvaient ainsi objectivement fond&#233;es par l'urgente n&#233;cessit&#233;, scientifiquement d&#233;montrable, d'une rupture avec l'industrialisme dominant et sa religion de la croissance. L'&#233;cologis-me pouvait donc devenir un mouvement politique puisque la d&#233;fense du monde v&#233;cu n'&#233;tait pas simplement une aspiration sectorielle et locale sans port&#233;e g&#233;n&#233;rale, mais se r&#233;v&#233;lait conforme &#224; l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral de l'humanit&#233; et du monde vivant dans son ensemble. L'inverse toutefois n'est pas vrai : la prise en compte des int&#233;r&#234;ts &#233;cologiques de l'humanit&#233; ne prend pas n&#233;cessairement, nous l'avons vu, la forme, souhaitable du point de vue des individus, d'une d&#233;fense ou, mieux, d'une reconqu&#234;te du monde v&#233;cu. Elle peut prendre au contraire la forme technocratique d'un renforcement des contraintes et des manipulations exerc&#233;es par le sous-syst&#232;me administratif II est impossible de fonder la politique sur une n&#233;cessit&#233; ou sur une science sans du m&#234;me coup le nier dans son autonomie sp&#233;cifique et &#233;tablir une &#171; n&#233;cessaire &#187; dictature &#171; scientifique &#187;, &#233;galement totalitaire lorsqu'elle se r&#233;clame des exigences de l'&#233;cosyst&#232;me que lorsqu'elle se r&#233;clame (comme faisait le &#171; diamat &#187;) des &#171; lois du mat&#233;rialisme dialectique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me qui se pose &#224; l'&#233;cologie politique est donc celui des modalit&#233;s pratiques qui permettent la prise en compte des exigences de l'&#233;cosyst&#232;me par le jugement propre d'individus autonomes, poursuivant leur propre fin au sein de leur monde v&#233;cu. C'est le probl&#232;me du couplage r&#233;troactif entre n&#233;cessit&#233; et nor-mativit&#233; ou, si l'on pr&#233;f&#232;re, de la traduction de n&#233;cessit&#233;s objectives en conduites normatives correspondant &#224; des exigences v&#233;cues, &#224; la lumi&#232;re desquelles les n&#233;cessit&#233;s objectives sont &#224; leur tour mises en forme. Ce n'est l&#224; rien d'autre que le probl&#232;me de la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;L'autolimitation&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez Marx, ce probl&#232;me paraissait soluble dans la mesure o&#249; l'industrialisme devait engendrer les conditions objectives et la capacit&#233; subjective de l'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e. Il devait aboutir &#224; une soci&#233;t&#233; (communiste) o&#249;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;
... l'homme social, les producteurs associ&#233;s r&#232;glent de fa&#231;on rationnelle leurs &#233;changes avec la nature et les soumettent &#224; leur contr&#244;le collectif au lieu de se laisser aveugl&#233;ment dominer par eux ; et ils accomplissent ces &#233;changes avec le moins d'efforts possibles et dans les conditions les plus dignes et les plus ad&#233;quates &#224; leur nature humaine. Mais la n&#233;cessit&#233; n'en subsiste pas moins. Et le r&#232;gne de la libert&#233; ne peut s'&#233;difier que sur le r&#232;gne de la n&#233;cessit&#233;6.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La n&#233;cessit&#233;, autrement dit, est assum&#233;e par les producteurs associ&#233;s selon la double exigence normative du moindre effort et de la plus grande satisfaction dans le travail, d'une part, et de la gestion rationnelle, intelligible pour tout un chacun, des &#171; &#233;changes avec la nature &#187;, d'autre part. La rationalit&#233; de celle-ci consistera &#224; la fois en un m&#233;nagement de l'&#233;cosyst&#232;me et en l'emploi de moyens de production que les producteurs associ&#233;s puissent ma&#238;triser, c'est-&#224;-dire autog&#233;rer au lieu d'&#234;tre domin&#233;s par leur gigantisme et leur complexit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cadre de l'autogestion, la libert&#233; reposera sur la facult&#233; des &#171; producteurs associ&#233;s &#187; &amp; arbitrer entre la quantit&#233; et la qualit&#233; de travail que requi&#232;rent, par unit&#233; de produit, diff&#233;rents moyens et diff&#233;rentes m&#233;thodes de production ; mais aussi entre l'&#233;tendue des besoins ou des d&#233;sirs qu'ils souhaitent satisfaire et l'importance de l'effort qu 'ils jugent acceptable de d&#233;ployer. Cet arbitrage, fond&#233; sur des normes v&#233;cues et communes, conduira par exemple &#224; travailler de fa&#231;on plus d&#233;tendue et gratifiante (plus &#171; conforme &#224; la nature humaine &#187;) au prix d'une productivit&#233; moindre : il conduira aussi &#224; limiter les besoins et les d&#233;sirs pour pouvoir limiter l'effort &#224; fournir. En pratique, la norme selon laquelle on r&#232;gle le niveau de l'effort en fonction du niveau de satisfaction recherch&#233; et vice versa le niveau de satisfaction de l'effort auquel on consent, est la norme du suffisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, l'&#233;tablissement d'une norme du suffisant est incompatible - en raison de l'autolimitation des besoins et de l'effort consenti qu'elle implique -avec la recherche du rendement maximal qui constitue l'essence de la rationalit&#233; et de la rationalisation &#233;conomiques. De fait, la rationalit&#233; &#233;conomique n'a jamais pu s'exprimer conform&#233;ment &#224; son essence dans les soci&#233;t&#233;s pr&#233;capitalistes. Elle y a toujours &#233;t&#233; endigu&#233;e et entrav&#233;e (embedded selon l'expression de Karl Polanyi) par des ententes entre producteurs et entre marchands pour interdire la libre concurrence sur des march&#233;s libres. Elle n'a jamais pu &#234;tre impos&#233;e aux producteurs tant qu'ils &#233;taient ma&#238;tres de leurs moyens de production et libres, par cons&#233;quent, de d&#233;terminer eux-m&#234;mes l'intensit&#233;, la dur&#233;e et les horaires de leur travail. Le recul de l'autoproduction et l'expansion de la production pour le march&#233; n'y ont rien chang&#233; : les corporations ou les guildes dictaient aux marchands des prix uniformes pour chaque qualit&#233; par elles d&#233;finies et prohibaient s&#233;v&#232;rement toute forme de concurrence. Les rapports entre producteurs et marchands &#233;taient immuablement contractuels et les marchands eux-m&#234;mes trouvaient leur compte dans le fait qu'ils &#233;taient abrit&#233;s contre la concurrence sur un march&#233; libre. La norme du suffisant - gain suffisant pour l'artisan, b&#233;n&#233;fice suffisant pour le marchand - &#233;tait si bien enracin&#233;e dans le mode de vie traditionnel qu'il &#233;tait impossible d'obtenir des ouvriers un travail plus intense ou plus prolong&#233; en leur promettant un gain plus &#233;lev&#233;. L'ouvrier &#171; ne se demandait pas, &#233;crit Max Weber, combien puis-je gagner par jour si je fournis le plus de travail possible, mais : combien dois-je travailler pour gagner les deux marks cinquante que je recevais jusqu'&#224; pr&#233;sent et qui couvrent mes besoins courants7. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le livre premier du Capital, Marx cite une vaste litt&#233;rature qui atteste l'extr&#234;me difficult&#233; qu'eurent les patrons des manufactures et des premi&#232;res &#171; fabriques automatiques &#187; &#224; obtenir de leur main-d'&#339;uvre un travail r&#233;gulier, &#224; plein temps, jour apr&#232;s jour et semaine apr&#232;s semaine. Pour les y contraindre, il ne suffisait pas - comme l'avaient fait les manufacturiers - de leur enlever la propri&#233;t&#233; des moyens de production, il fallait &#233;galement, apr&#232;s avoir ruin&#233; l'artisanat, r&#233;duire la r&#233;mun&#233;ration des ouvriers par unit&#233; de produit afin de les contraindre &#224; travailler plus pour obtenir le suffisant ; et il fallait, &#224; cette fin, leur enlever la ma&#238;trise des moyens de production afin de pouvoir leur imposer une organisation et une division du travail par lesquelles la nature, la quantit&#233; et l'intensit&#233; du travail &#224; fournir leur seraient dict&#233;es comme des contraintes coul&#233;es dans la mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;canisation &#233;tait le moyen par excellence de parvenir &#224; ce r&#233;sultat : elle substituait aux moyens de production mus et mani&#233;s par les ouvriers, des machines&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;... mues par un automate qui se meut lui-m&#234;me comme l'instrument de travail du travailleur individuel [...] L'activit&#233; de l'ouvrier, r&#233;duite &#224; une pure abstraction, est d&#233;termin&#233;e et r&#233;gl&#233;e de tous c&#244;t&#233;s par le mouvement de la machinerie [...] La science qui contraint les membres inanim&#233;s de la machinerie &#224; fonctionner, de par sa construction, comme un automate remplissant sa mission, cette science n'existe pas dans la conscience de l'ouvrier mais agit sur lui comme une puissance &#233;trang&#232;re, la puissance de la machine. L'appropriation du travail vivant par le travail mat&#233;rialis&#233; [...], inh&#233;rente au concept de capital, est pos&#233;e dans la production fond&#233;e sur la machinerie comme un caract&#232;re du processus de production lui-m&#234;me8.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travailleur individuel n'est &#171; plus qu'un accessoire vivant de cette machinerie &#187;, sa &#171; capacit&#233; de travail dispara&#238;t comme infiniment petite, de m&#234;me que dispara&#238;t dans le produit tout rapport au besoin imm&#233;diat du producteur et donc &#224; la valeur d'usage imm&#233;diate &#187;9.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne saurait mieux dire que l'instrument de travail est ainsi rendu inappropriable pour le travailleur et que cette s&#233;paration du travailleur d'avec le produit et la s&#233;paration du travailleur d'avec le travail lui-m&#234;me qui, d&#233;sormais, existe &#224; l'ext&#233;rieur de lui comme l'exigence muette, coul&#233;e dans l'organisation mat&#233;rielle, de t&#226;ches quantifi&#233;es, pr&#233;d&#233;termin&#233;es et rigoureusement programm&#233;es, demandent &#224; &#234;tre remplies10.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sur la base de cette triple d&#233;possession seulement que la production peut s'&#233;manciper de l'arbitrage des producteurs directs, c'est-&#224;-dire devenir ind&#233;pendante du rapport entre les besoins et les d&#233;sirs qu'ils &#233;prouvent, l'importance de l'effort qu'ils sont dispos&#233;s &#224; fournir pour les satisfaire, l'intensit&#233;, la dur&#233;e et la qualit&#233; de cet effort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est encore cette triple d&#233;possession qui a permis des sp&#233;cialisations fonctionnelles de plus en plus &#233;troites, l'accumulation et la combinaison, dans un m&#234;me processus de production, d'une masse de savoirs techno-scientifiques relevant de disciplines h&#233;t&#233;rog&#232;nes, incapables de communiquer et de se coordonner entre elles, et dont l'organisation productive requ&#233;rait un &#233;tat-major et une structure pyramidale quasi militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sur cette base seulement que l'industrialisation, c'est-&#224;-dire l'accumulation du capital, a &#233;t&#233; possible. C'est seulement en s&#233;parant les producteurs directs des moyens de production et du r&#233;sultat de la production qu'il a &#233;t&#233; possible de leur faire produire des surplus d&#233;passant leurs besoins et d'utiliser ces &#171; surplus &#233;conomiques &#187; &#224; la multiplication des moyens de production et &#224; l'accroissement de leur puissance. &#192; supposer, en effet, que les moyens de production industriels aient &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233;s originellement par les producteurs associ&#233;s eux-m&#234;mes, les entreprises seraient rest&#233;es ma&#238;trisables par eux, ils n'auraient cess&#233; d'autolimiter et leurs besoins et la nature et l'intensit&#233; de leur travail. Par cons&#233;quent, l'industrialisation n'aurait pas abouti &#224; des concentrations que leur taille et leur complexit&#233; soustraient au pouvoir d'arbitrage des producteurs. Le &#171; d&#233;veloppement &#233;conomique &#187; n aurait pu d&#233;passer un certain seuil, la concurrence aurait &#233;t&#233; contenue et la norme du suffisant aurait continu&#233; de r&#233;gler les &#171; &#233;changes avec la nature &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &#233;liminant le pouvoir des producteurs directs dans et sur la production, le capital a finalement pu &#233;manciper la production vis-&#224;-vis des besoins ressentis et s&#233;lectionner ou cr&#233;er les besoins, ainsi que la mani&#232;re de les satisfaire, en fonction du crit&#232;re de la plus grande rentabilit&#233;. La production est ainsi devenue, avant tout, un moyen pour le capital de s'accro&#238;tre ; elle est avant tout au service des &#171; besoins &#187; du capital et ce n'est que dans la mesure o&#249; le capital a besoin de consommateurs pour ses produits que la production est aussi au service de besoins humains. Ces besoins, toutefois, ne sont plus des besoins ou des d&#233;sirs &#171; naturels &#187;, spontan&#233;ment &#233;prouv&#233;s, ce sont des besoins et des d&#233;sirs produits en fonction des besoins de rentabilit&#233; du capital. Le capital se sert des besoins qu'il sert en vue de son propre accroissement, lequel demande en retour la croissance des besoins. Le mod&#232;le de consommation du capitalisme d&#233;velopp&#233; r&#233;sulte ainsi de l'exigence propre au capital de cr&#233;er le plus grand nombre possible de besoins et de les satisfaire par le plus grand flux possible de marchandises. La recherche de l'efficacit&#233; maximale dans la mise en valeur du capital exige ainsi l'inefficacit&#233; maximale dans la couverture des besoins : le gaspillage maximum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette autonomisation de la production aurait &#233;t&#233; beaucoup plus difficile si les travailleurs avaient pu proportionner leur dur&#233;e de travail au revenu dont ils estimaient avoir besoin. &#192; mesure que la productivit&#233; et les salaires s'&#233;levaient, une fraction croissante de la population active aurait choisi, ou pu choisir, de travailler moins et d'autolimiter la croissance de sa consommation. Cette tendance s'est, en fait, r&#233;affirm&#233;e &#224; l'apog&#233;e de l'anarcho-syndicalisme sous la forme du travail intermittent ou de la semaine de trois &#224; quatre jours pratiqu&#233;e dans la m&#233;tallurgie parisienne, entre autres, par les &#171; sublimes simples &#187; et les &#171; vrais sublimes &#187; dont parle Poulot11. Contre cette r&#233;apparition d'une autolimitation selon la norme du suffisant, une r&#233;glementation stricte des conditions d'embauche a &#233;t&#233; introduite en Angleterre en 1910 : elle r&#233;servait l'embauche &#224; ceux et &#224; celles qui s'engageaient &#224; travailler &#224; plein temps. En faisant du plein temps la condition de l'emploi, le capital ne s'assurait pas seulement la domination sur la main-d'&#339;uvre, la pr&#233;visibilit&#233; du rendement et du co&#251;t du travail, il &#233;tendait sa domination sur le mode de vie des travailleurs. Il ne laissait de place, dans leur vie, que pour le travail fonctionnel et r&#233;mun&#233;r&#233; au service du capital, d'une part, et la consommation au service du capital, d'autre part. L'individu social devait se d&#233;finir comme travailleur-consommateur, comme &#171; client &#187; du capital en tant qu'il d&#233;pendait &#224; la fois du salaire per&#231;u et des marchandises achet&#233;es. Il devait ne produire rien de ce qu'il consommait, ne consommer rien de ce qu'il produisait, n'avoir aucune existence sociale et publique, en dehors de celle qui &#233;tait m&#233;di&#233;e par le capital : le temps de non-travail devait demeurer le temps de l'existence priv&#233;e-, du divertissement, du repos, de la vacance. C'est &#224; la demande de r&#233;duire la dur&#233;e du travail que le patronat a toujours oppos&#233; la r&#233;sistance la plus &#226;pre. Il a pr&#233;f&#233;r&#233; accorder des cong&#233;s pay&#233;s plus longs. Car les vacances sont, par excellence, une interruption programm&#233;e de la vie active, temps de pure consommation, qui ne s'int&#232;gre pas dans la vie de tous les jours, ne l'enrichit pas de dimensions nouvelles, ne lui conf&#232;re pas une autonomie accrue ni un autre contenu que celui du r&#244;le professionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;L'autolimitation comme projet social &lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans des soci&#233;t&#233;s industrielles complexes, il est impossible d'obtenir une restructuration &#233;co-compa-tible de la production et de la consommation en rendant simplement aux travailleurs le droit d'autolimiter leur effort, autrement dit : la possibilit&#233; de choisir leur temps de travail, le droit au &#171; temps choisi &#187;. Aucune corr&#233;lation &#233;vidente n'existe, en effet, entre le volume de la production et le temps de travail. L'automatisation ayant aboli cette corr&#233;lation en permettant de produire de plus en plus de richesses avec de moins en moins de travail, &#171; le travail cesse d'&#234;tre la mesure de la richesse et le temps de travail la mesure du travail &#187; (Marx). De plus, la diminution du volume de travail n&#233;cessaire ne b&#233;n&#233;ficie pas &#224; l'ensemble de la population active potentielle et n'apporte pas une &#233;mancipation ou un espoir d'autonomie accrue ni aux actifs ni aux ch&#244;meurs. Enfin, il n'existe aucune norme commun&#233;ment accept&#233;e de suffisant qui pourrait servir de r&#233;f&#233;rence &#224; l'autolimitation. Et pourtant, celle-ci demeure la seule voie non autoritaire, d&#233;mocratique vers une civilisation industrielle &#233;co-compatible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La difficult&#233; que nous rencontrons ici n'est pourtant absolument pas insurmontable. Elle signifie essentiellement que le capitalisme a aboli tout ce qui, dans la tradition, dans le mode de vie, dans la civilisation quotidienne, pouvait servir d'ancrage &#224; une norme commune du suffisant ; et qu'il a aboli en m&#234;me temps la perspective que le choix de travailler et de consommer moins puisse donner acc&#232;s &#224; une vie meilleure et plus libre. Ce qui a &#233;t&#233; aboli n'est cependant pas impossible &#224; r&#233;tablir. Seulement, ce r&#233;tablissement ne peut se fonder sur une tradition ni sur des corr&#233;lations existantes : il doit &#234;tre institu&#233; ; il rel&#232;ve du politique, plus pr&#233;cis&#233;ment de l'&#233;copolitique et du projet &#233;cosocial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sens fondamental d'une politique &#233;cosociale, telle qu'elle a &#233;t&#233; longuement d&#233;battue par les Verts allemands12 et europ&#233;ens durant les ann&#233;es 1980 et telle qu'elle &#233;merge aujourd'hui dans l'&#233;cologie politique fran&#231;aise13, est de r&#233;tablir politiquement la corr&#233;lation entre moins de travail et moins de consommation d'une part, plus d'autonomie et plus de s&#233;curit&#233; existentielles, d'autre part, pour chacun et chacune. Il s'agit, autrement dit, de garantir institu-tionnellement aux individus qu'une r&#233;duction g&#233;n&#233;rale de la dur&#233;e de travail ouvrira &#224; tous les avantages que chacun pouvait en obtenir jadis pour lui-m&#234;me : une vie plus libre, plus d&#233;tendue et plus riche. L'autolimitation se d&#233;place ainsi du niveau du choix individuel au niveau du projet social. La norme du suffisant, faute d'ancrage traditionnel, est &#224; d&#233;finir politiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans entrer ici dans le d&#233;tail de questions que j'ai discut&#233;es ailleurs, je rappelle seulement que la politique &#233;cosociale consiste principalement &#224; rendre la garantie d'un revenu suffisant ind&#233;pendant de la dur&#233;e du travail (laquelle ne peut que d&#233;cro&#238;tre) et &#233;ventuellement du travail lui-m&#234;me ; &#224; redistribuer le travail socialement n&#233;cessaire de mani&#232;re que tout le monde puisse travailler et travailler &#224; la fois mieux et moins ; &#224; cr&#233;er des espaces d'autonomie dans lesquels le temps lib&#233;r&#233; du travail puisse &#234;tre employ&#233; par les individus &#224; des activit&#233;s de leur choix, y compris des autoproductions de biens et de services qui r&#233;duiront leur d&#233;pendance du march&#233; et des prises en charge professionnelles ou administratives, et leur permettront de reconstituer un tissu de solidarit&#233;s et de socialit&#233; v&#233;cues, fait de r&#233;seaux d'aide mutuelle, d'&#233;change de services, de coop&#233;ratives informelles. La lib&#233;ration du temps, la lib&#233;ration du travail h&#233;t&#233;ronome, fonctionnellement sp&#233;cialis&#233;, doivent &#234;tre con&#231;ues comme une politique d'ensemble qui demande aussi qu'on repense l'architecture et l'urbanisme, les &#233;quipements et services publics, les rapports ville-campagne, de mani&#232;re &#224; d&#233;cloisonner les sph&#232;res de vie et d'activit&#233;, &#224; favoriser les &#233;changes autoorganis&#233;s14.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cologie politique fait ainsi des changements &#233;co-logiquement n&#233;cessaires dans la mani&#232;re de produire et de consommer le levier de changements normative-ment souhaitables dans le mode de vie et les relations sociales. La d&#233;fense du milieu de vie au sens &#233;cologique et la reconstitution d'un monde v&#233;cu se conditionnent et se soutiennent l'une l'autre. L'une et l'autre exigent que la vie et le milieu de vie soient soustraits &#224; la domination de l'&#233;conomique, que croissent les sph&#232;res d'activit&#233; dans lesquelles la rationalit&#233; &#233;conomique ne s'applique pas. Cette exigence, en v&#233;rit&#233;, est aussi vieille que la civilisation. Depuis le ricardien anonyme dont Marx aimait &#224; citer le pamphlet dat&#233; de 1821 jusqu'&#224; Keynes et Leontieff, les grands th&#233;oriciens de l'&#233;conomie moderne ont tous fait du temps rendu disponible (du disposable tim&#234;) pour les activit&#233;s &#171; qui valent pour elles-m&#234;mes comme leur propre fin &#187; (&#171; die sich a&#239;s Selbstzweck gilt &#187;, selon l'expression de Marx dans les Grundisse) &#171; la vraie mesure de la richesse &#187;. Ce qui revient &#224; dire : l'activit&#233; &#233;conomique n'a de sens qu'au service d'autre chose qu'elle-m&#234;me. C'est que l'&#233;conomie est par excellence une forme de la &#171; raison cognitive-instrumentale &#187;, c'est-&#224;-dire une science du calcul de l'efficacit&#233; des moyens et du choix des moyens les plus efficaces &#224; mettre en &#339;uvre en vue d'une fin. Elle est inapplicable aux fins qui ne sont pas distinctes des moyens employ&#233;s, et elle ne peut pas elle-m&#234;me d&#233;terminer les fins &#224; r&#233;aliser. Quand aucune fin ne lui est prescrite, elle choisit les fins pour lesquelles elle dispose des moyens les plus efficaces : elle prendra pour but la croissance de la sph&#232;re dans laquelle sa rationalit&#233; peut se d&#233;ployer et tendra &#224; lui soumettre toutes les autres sph&#232;res, y compris la vie et les bases naturelles de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette domination de la rationalit&#233; &#233;conomique sur toutes les autres formes de rationalit&#233; est l'essence du capitalisme. Laiss&#233; &#224; lui-m&#234;me, il aboutirait &#224; l'extinction de la vie et donc de lui-m&#234;me. S'il doit avoir un sens, ce ne peut &#234;tre que de cr&#233;er les conditions de sa propre suppression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;1 Edgar Morin, La Vie de la Vie, Le Seuil, 1980, p. 94-95.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 Notamment dans la pr&#233;face &#224; la deuxi&#232;me &#233;dition de From Marx to Kant, Londres, Macmillan Press, 1992 et New York, St Martin, 1992. Du m&#234;me auteur, voir aussi l'excellent The Marxian Legacy, Londres, Macmillan Press, 1988. J'avais donn&#233; du politique une d&#233;finition voisine dans le dernier chapitre et la postface d'Adieux au prol&#233;tariat., Le Seuil, 1981.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 Celui-ci n'est &#233;videmment pas la seule forme de protestation contre la destruction du monde v&#233;cu. Chauvinisme, racisme, x&#233;nophobie, antis&#233;mitisme sont autant de refus de l'incompr&#233;hensible et mena&#231;ante complexit&#233; d'un monde changeant. Ils expliquent la disparition de son ordonnance famili&#232;re par la conspiration de forces mal&#233;fiques allog&#232;nes et la corruption des couches dirigeantes. Autrement dit, ils expliquent une r&#233;alit&#233; devenue inaccessible &#224; la compr&#233;hension intuitive par des causes qui, elles, sont intuitivement accessibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 Dans La Proph&#233;tie antinucl&#233;aire (Le Seuil, 1980), Alain Touraine et al. ont d&#233;montr&#233; qu'en mettant l'accent sur le danger des centrales, le mouvement &#233;tait motiv&#233; non par la peur, mais par le d&#233;sir de contester l'omniscience dans laquelle se drapaient les experts, au risque de fourvoyer le d&#233;bat dans des querelles techniques au d&#233;triment de son fond politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 Cf. N&#233;m&#233;sis m&#233;dicale (Le Seuil, 1975), Le Travail fant&#244;me (Le Seuil, 1981) et Le Ch&#244;mage cr&#233;ateur (Le Seuil, 1997).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 Karl Marx, Le Capital, livre III, section 7, ch. 48.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 Max Weber, L'&#201;thique protestante et l'esprit du capitalisme, Pion, 1985, p. 61.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 Karl Marx, Grundisse... op. cit., p. 583-589.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9 Ibid., loc. cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 J'ai montr&#233; ailleurs que la machinerie et la science qui s'y mat&#233;rialise ne sont pas appropriables non plus par le &#171; travailleur collectif productif &#187; (Gesamtarbeiter), lequel englobe une multiplicit&#233; de collectifs s&#233;par&#233;s et dispers&#233;s fonctionnelle-ment sp&#233;cialis&#233;s, ce qui rend pratiquement impossibles la concertation entre les collectifs et leur contr&#244;le sur le produit final. Ce contr&#244;le exigerait une organisation et des &#233;tats-majors qui, comme dans les combinats de l'ex-RDA, reproduisent la s&#233;paration et la d&#233;possession dont il est question plus haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11 Cf. Denis Poulot, Le Sublime, ou le travailleur comme il est en 1870 et ce qu'il peut &#234;tre, La D&#233;couverte, 1980. Voir aussi l'excellente &#233;tude de Christian Topalov, &#171; Invention du ch&#244;mage et politiques sociales au d&#233;but du si&#232;cle &#187;, Les Temps modernes, n&#176; 496-497, novembre-d&#233;cembre 1987.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12 Je ne citerai ici que quatre ouvrages contenant une bibliographie extensive : Michael Opielka (dir.), Die Okoso-ziale Frage, Francfort-sur-le-Main, Fischer Alernativ, 1985 ; Joseph Huber, Die Regenbogen Gesellschaft. Okologie und Socialpolitik, Fischer Alternativ, 1985 ; Michael Opielka, Georg Vobruba (dir.), Das garantierte Grundeinkommen, Fischer Alternativ, 1986 ; Michael Opielka, Llona Ostner (dir.), Umbau des Sozialstaats, Essen, Klartext, 1987.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13 Voir notamment Les Verts et l'&#233;conomie, Gentilly, 1992 (document des Verts), ainsi que le p&#233;riodique Transversales Science Culture et les ouvrages de Guy Aznar : Non aux loisirs non &#224; la retraite, Galil&#233;e, 1978 ; Tous &#224; mi-temps, ou le sc&#233;nario bleu, Le Seuil, 1981 ; Le Travail, c'est fini. A plein toute la vie, Belfond, 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14 Voir &#224; ce sujet Nordal Akerman, &#171; Can Sweden be Shrunk ? &#187;, Development Dialogue, n&#176; 2, 1979.
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Contre le totalitarisme de l'&#233;cologisme politique</title>
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		<dc:subject>&#201;cologisme</dc:subject>
		<dc:subject>Red&#233;finition des besoins</dc:subject>

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&lt;p&gt;Source : http://www.decroissance.info/Lire-B... Lire Bernard Charbonneau. La d&#233;croissance contre le totalitarisme de l'&#233;cologisme politique. le vendredi 6 avril 2007 par Cl&#233;ment Homs &#171; La protection de la nature suppose un minimum d'organisation, mais celle-ci &#233;tant l'antith&#232;se de la nature, l'organiser &#233;quivaut le plus souvent &#224; la d&#233;truire &#187;. &#034; Nous courons d'abord le risque, non n&#233;gligeable, d'une destruction de l'homme par celle de son milieu ; car une bonne prospective ne (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-113-ecologisme-+" rel="tag"&gt;&#201;cologisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-218-redefinition-des-besoins-+" rel="tag"&gt;Red&#233;finition des besoins&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;http://www.decroissance.info/Lire-Bernard-Charbonneau-La&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.decroissance.info/Lire-B...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Lire Bernard Charbonneau.
&lt;p&gt;La d&#233;croissance contre le totalitarisme de l'&#233;cologisme politique.&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;le vendredi 6 avril 2007 par Cl&#233;ment Homs &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La protection de la nature suppose un minimum d'organisation, mais celle-ci &#233;tant l'antith&#232;se de la nature, l'organiser &#233;quivaut le plus souvent &#224; la d&#233;truire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous courons d'abord le risque, non n&#233;gligeable, d'une destruction de l'homme par celle de son milieu ; car une bonne prospective ne doit pas oublier qu'un si&#232;cle de soci&#233;t&#233; industrielle n'est rien, et qu'elle vient juste de na&#238;tre. Et m&#234;me si la connaissance scientifique et la ma&#238;trise technique du milieu humain devaient progresser au m&#234;me rythme g&#233;om&#233;trique que sa destruction, il n'en reste pas moins que, pour sauver l'homme d'une destruction physique, il faudra mettre sur pied une organisation totale qui risque d'atrophier cette libert&#233;, spirituelle et charnelle, sans laquelle le nom de l'homme n'est plus qu'un mot. En dehors de l'&#233;quilibre naturel dont nous sommes issus - si les donn&#233;es actuelles ne changent pas -, nous n'avons qu'un autre avenir : un univers r&#233;solument artificiel, purement social. [...] Mais, tels que nous sommes encore, qui de nous pr&#233;tendrait s&#233;rieusement assumer un tel avenir ? Il nous faut l'infini du ciel sur la t&#234;te ; sinon nous perdrons la vue, surtout celle de la conscience. Si l'esp&#232;ce humaine s'enfon&#231;ait ainsi dans les t&#233;n&#232;bres, elle n'aurait fait qu'aboutir, un peu plus loin, &#224; la m&#234;me impasse obscure que les insectes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bernard Charbonneau, &lt;i&gt;Le Jardin de Babylone.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Publi&#233; pour la premi&#232;re fois en 1969, Le Jardin de Babylone est parmi la vingtaine de livres de Bernard Charbonneau [1] celui o&#249; il s'est plus particuli&#232;rement attach&#233; &#224; montrer comment, apr&#232;s avoir ravag&#233; la nature, la soci&#233;t&#233; industrielle finissait de l'an&#233;antir en la &#171; prot&#233;geant &#187;, en l'organisant. Le &#171; sentiment de la nature &#187; et la compassion envers elle, si pr&#233;sents chez les professionnels de l'&#233;cologisme politique, &#233;taient alors interpr&#233;t&#233;s magistralement comme le produit m&#234;me des soci&#233;t&#233;s industrielles. Et ce n'est pas le moindre m&#233;rite de cet ouvrage que d'avoir d&#233;nonc&#233; si t&#244;t ce que devait n&#233;cessairement devenir la &#171; d&#233;fense de la nature &#187; d&#232;s lors qu'elle s&#233;parait sa cause de celle de la libert&#233;. &#171; L'indigne r&#233;gression que constitue de ce point de vue l'&#233;cologisme politique &#233;crit ainsi les &#233;ditions de l'encyclop&#233;die des Nuisances, &#233;tait ainsi jug&#233;e l&#224; par avance &#187; [2]. Charbonneau &#233;crivait ainsi au lendemain de la candidature de Dumont, &#171; la rapidit&#233; avec laquelle la soci&#233;t&#233; industrielle a r&#233;cup&#233;r&#233; le mouvement &#233;cologique s'explique par des raisons que l'on peut ramener &#224; deux : 1) Elle ne peut continuer quelque temps de plus &#224; d&#233;truire la nature que si elle contr&#244;le un peu mieux ses propres nuisances. Il est &#233;vident que si l'on ne d&#233;pollue pas les rivi&#232;res, les usines s'arr&#234;teront de tourner parce que l'eau deviendra inutilisable. Et cette d&#233;pollution est appel&#233;e &#224; devenir la grande affaire de demain. 2) Dans la mesure ou le mat&#233;riel humain, notamment la jeunesse, r&#233;agit au monde invivable que lui fait la croissance, il importe de contr&#244;ler ses r&#233;actions en lui fournissant les divers placebos intellectuels qui les d&#233;tourneront dans l'imaginaire &#187; [3]. On se demande parfois si les illusionn&#233;s de la politique parmi nos actuels objecteurs de croissance ne reproduisent pas &#224; la lettre pr&#232;s les m&#234;mes travers et m&#234;mes ambigu&#239;t&#233;s que Charbonneau analysait dans le &#171; mouvement &#233;cologiste &#187; au milieu des ann&#233;es soixante-dix. La comparaison est vraiment frappante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ecologie politique et totalitarisme : la d&#233;croissance politicienne est-elle le &#171; Nouvel Ordre &#233;cologique &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partageant les critiques faites par son ami J. Ellul des &#171; illusions politiques &#187; qui meuvent les politiciens de tous bords et de trop nombreux &#171; objecteurs de croissance &#187; [4], Charbonneau &#233;crivait plus encore &#224; l'encontre de ses amis &#233;cologistes, que &#171; si jamais, tentant de vivre ce r&#234;ve jusqu'au bout, nous faisions de l'Eden une r&#233;alit&#233; quotidienne, alors, il est probable qu'en nous r&#233;veillant enferm&#233;s dans cet univers total, nous d&#233;couvrions l'enfer &#187; [5]. En effet remarquait-il, l'int&#233;gration prochaine du projet d'auto-limitation de l'&#233;cologie politique radicale au L&#233;viathan techno-&#233;conomique, risque bien d'&#234;tre la derni&#232;re pi&#232;ce apport&#233;e au ch&#226;teau fort mondial : le sauvetage de la nature par son organisation ne sera que la poursuite de la rationalisation toujours plus achev&#233;e des comportements sociaux. Le moralisme &#233;cologiste aura alors pour seul visage celui de la soci&#233;t&#233; totalitaire : une &#171; organisation sociale totale &#187;. Car lorsque la raison humaine s'applique avec les &#233;cologistes comme avec les politiciens de la d&#233;croissance, &#224; sauver l'&#233;tant naturel qu'elle estime avoir malmen&#233; dans sa conqu&#234;te technicienne, elle en reste &#224; une attitude naturelle face &#224; la vie. Bien que louable, cette attitude pourrait bien n'&#234;tre en fait que l'ultime p&#233;rip&#233;tie de la m&#234;me entreprise d'arraisonnement de la nature qui a dirig&#233; l'&#232;re industrielle. Ainsi, &#171; ce seront les divers responsables de la ruine de la terre qui organiseront le sauvetage du peu qui en restera, et qui apr&#232;s l'abondance g&#233;reront la p&#233;nurie et la survie &#187; [6]. Voil&#224; r&#233;sum&#233; ce qu'est au fond l'&#233;cologisme &#233;conomiciste et d&#233;veloppementiste, comme celui qui va servir demain au renforcement de la M&#233;ga-machine et qui nous affirme d&#232;s aujourd'hui que &#171; seule l'innovation peut vaincre les r&#233;ticences de ceux, majoritaires dans le monde, qui craignent que la lutte pour le climat impose des restrictions n&#233;gatives pour la croissance, donc l'emploi. Il faut pouvoir les persuader qu'une croissance &#187; &#233;cologique &#171; , &#233;conome, est possible, qu'elle sera positive pour l'emploi et qu'elle ne plongera pas le monde dans un malthusianisme d&#233;pressif &#187; [7]. W. Sachs montre lui aussi fort justement que les &#233;cologistes dans leur projet &#233;co-technocratique de faire de &#171; la plan&#232;te un objet de gestion &#187;, ne marquent en rien une rupture avec les pratiques existantes puisqu'en fin de compte ils ne font que pousser &#224; son terme la rationalisation du monde d&#233;j&#224; amorc&#233;e. &#171; Puisque leur sens &#233;cologique se contente d'une cure d'efficacit&#233; pour les moyens et ne remet pas en question la croissance constante des objectifs, ils ne peuvent s'emp&#234;cher de pousser plus loin la rationalisation du monde au nom de l'&#233;cologie &#187; [8]. &#171; Se dessine ainsi au nom de l'&#233;cologie poursuit-il, l'occidentalisation du monde pouss&#233;e plus loin, un colonialisme culturel (non intentionnel) qui finalement, se retourne contre l'objectif premier qui est de trouver la paix avec la nature &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi &#233;crivait de fa&#231;on des plus pertinentes l'objecteur de croissance gascon &#224; propos de l'&#233;cologisme : &#171; r&#233;action contre l'organisation, le sentiment de la nature aboutit &#224; l'organisation &#187;. Chaque nouvelles propositions &#233;cologistes la plus politicienne qui soit, consiste dans le renforcement de la M&#233;ga-machine, c'est-&#224;-dire le sur&#233;quiment de la forme-marchandise. Ainsi, &#171; avec la crise du p&#233;trole on peut penser que l'&#233;nergie solaire deviendra une r&#233;alit&#233;. Mais dans le cadre du D&#233;veloppement elle ne remplacera pas le nucl&#233;aire, elle si ajoutera &#187; [9]. Et il en est de m&#234;me avec la fameuse &#171; agriculture biologique &#187; [10], les &#171; parcs naturels &#187; ou encore les &#171; &#233;nergies &#233;oliennes &#187; industrielles que soutiennent par exemple un des innombrables magazines de l'&#233;cologie marchande comme la revue Silence [11] : &#171; La campagne n'est campagne et le paysan, paysan, &#233;crit Charbonneau que s'il existe une agriculture qui ne soit pas le simple pr&#234;te-nom de l'industrie agrochimique. Une agriculture tout court ; nul besoin de lui ajouter le qualificatif de &#187; biologique &#171; , c'est une tautologie puisque, lorsqu'elle m&#233;rite son nom, elle est pour l'essentiel une technique du vivant. (...) Le mythe du bio ne produit pas seulement des aliments &#187; naturels &#171; , depuis qu'il est devenu &#224; la mode, il alimente aussi en r&#234;ves la nostalgie de nature des soci&#233;t&#233;s industrielles. Toute frustration [provoqu&#233;e par le syst&#232;me industriel agro-chimique] entra&#238;ne deux sortes de r&#233;actions : la volont&#233; active d'y mettre fin ou l'&#233;vasion dans l'imaginaire, bien plus facile et &#224; effet imm&#233;diat. C'est pourquoi au totalitarisme industriel r&#233;pliquent une mythologie et une id&#233;ologie naturistes qui, elle aussi, nourrissent le public d'ersatz en lui vendant de la nature trop chimiquement pure pour &#234;tre naturelle &#187; [12].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Charbonneau il n'y a donc pas de crit&#232;re plus s&#251;r de la civilisation industrielle que le &#171; sentiment de la nature &#187; si cher aux &#233;cologistes de caserne comme aux politiciens de la d&#233;croissance. &#171; D'instinct poursuit-il, la soci&#233;t&#233; industrielle se d&#233;fend de cette puissance qui la menace, elle prend les devants pour la contr&#244;ler, et dans cette entreprise d'int&#233;gration trouve la complicit&#233; de individus. Les passionn&#233;s de la nature sont en g&#233;n&#233;ral &#224; l'avant-garde de sa destruction &#187;. Ainsi la soci&#233;t&#233; de croissance ne paie pas ses serviteurs pour rien. La politique, quand elle est r&#233;duite &#224; de la technique de gestion comme le faisait remarquer Ellul, ou encore quand elle n'a fait que s'&#233;conomiciser un peu plus, n'est qu'une formidable illusion quand elle n'est pas une v&#233;ritable machine de guerre contre ce qu'il reste de la vie sur Terre. La politique n'est donc pas la solution pour la d&#233;croissance et les &#233;cologistes. Bien au contraire. Car les risques d'un totalitarisme &#233;cologiste sont certains, la politique fait donc partie int&#233;grante du probl&#232;me &#233;cologique et humain que posent les soci&#233;t&#233;s de croissance. Lorsque les scientifiques, les ing&#233;nieurs et les politiques font bloc, &#231;a ne pr&#233;sage en g&#233;n&#233;ral rien de bon... pour les humains. Voir les pr&#233;c&#233;dents historiques : nazisme, communisme, Inquisition (les docteurs sont des th&#233;ologiens). Cela Charbonneau l'aura vu avant tout les politiciens de l'&#233;cologie. Marqu&#233; par son exp&#233;rience de l'&#233;conomie de guerre lors du Premier conflit mondial, il rejoint la question fondamentale que pose la philosophe Hanna Arendt au lendemain de la Seconde guerre mondiale : apr&#232;s l'&#232;re de la &#171; politisation totale &#187;, &#171; la politique a-t-elle finalement encore un sens ? &#187; [13]. Dans &#171; l'exp&#233;rience des formes des r&#233;gimes totalitaires dans lesquelles c'est l'existence tout enti&#232;re des hommes qui a &#233;t&#233; compl&#232;tement politis&#233;e, ne laissant en cons&#233;quence subsister absolument aucune libert&#233; &#187;, &#171; le doute concernant la compatibilit&#233; de la politique et de la libert&#233;, la question de savoir si la libert&#233; en g&#233;n&#233;ral ne commence pas pr&#233;cis&#233;ment l&#224; o&#249; cesse la politique, en sorte qu'il n'y a pr&#233;cis&#233;ment plus de libert&#233; l&#224; o&#249; le politique ne trouve nulle part sa fin et ses limites &#187; s'imposent d&#233;sormais [14].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cette imp&#233;rieuse n&#233;cessit&#233; de ne pas &#233;liminer la libert&#233; en politisant l'&#233;cologie, aura &#233;t&#233; tout le combat de Charbonneau. A contre-pied de l'ensemble des politiciens de l'&#233;cologie (y compris et surtout Ren&#233; Dumont), l'alliance de l'&#233;cologie et de la libert&#233; aura &#233;t&#233; le leitmotiv de toute sa vie. Il commen&#231;a alors la critique pr&#233;alable du totalitarisme, et en creux de l'&#233;cologie politique &#233;tatique, dans son magnifique ouvrage intitul&#233; L'Etat. Il rejoint encore une fois la pertinence de l'analyse d'Arendt qui &#233;crivait que la question qu'elle posait - la politique a-t-elle encore un sens ? -, &#171; rend toute politique suspecte, elle fait appara&#238;tre comme douteuse la comptabilit&#233; de la politique et du maintien de la vie dans les conditions modernes, et elle esp&#232;re secr&#232;tement que les hommes se rendront &#224; la raison et se d&#233;barrasseront d'une mani&#232;re ou d'une autre de la politique avant qu'elle ne les fasse tous p&#233;rir. Mais l'on pourrait objecter que l'espoir que tous les Etats d&#233;p&#233;rissent, &#224; moins que ce ne soit la politique qui disparaisse d'une mani&#232;re ou d'une autre, est utopique, et il est probable que la plupart des gens seraient d'accord avec cette objection. Cela ne modifie pourtant en rien poursuit Arendt, cet espoir et cette question &#187; [15]. Pla&#231;ant son projet en dehors de toutes propositions politiques et &#233;tatiques qui ne font toujours que renforcer l'organisation de la nature et rationaliser totalitairement l'organisation &#233;cologiste et sociale de la soci&#233;t&#233;, Charbonneau aura &#233;t&#233; ainsi le premier et l'unique penseur &#233;cologiste anti-totalitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Post-politique de d&#233;croissance : sortir de l'&#233;cologisme politique comme de l'&#233;conomie [16].&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi donc comme le remarquait d&#233;j&#224; l'Encyclop&#233;die des nuisances dans un texte qui a d&#233;j&#224; aujourd'hui, dix-sept ans, et intitul&#233; &#171; A ceux qui ne veulent pas g&#233;rer les nuisances mais les supprimer &#187;, &#171; la censure de la critique sociale latente dans la lutte contre les nuisances a pour principal agent l'&#233;cologisme : l'illusion selon laquelle on pourrait efficacement r&#233;futer les r&#233;sultats du travail ali&#233;n&#233; sans s'en prendre au travail lui-m&#234;me et &#224; toute la soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur l'exploitation du travail. Quand tous les hommes d'Etat deviennent &#233;cologistes, les &#233;cologistes se d&#233;clarent sans h&#233;sitation &#233;tatistes. Ils n'ont pas vraiment chang&#233;, depuis leurs vell&#233;it&#233;s &#187; alternatives &#171; des ann&#233;es soixante-dix. Mais maintenant on leur offre partout des postes, des fonctions, des cr&#233;dits, et ils ne voient aucune raison de les refuser, tant il est vrai qu'ils n'ont jamais r&#233;ellement rompu avec la d&#233;raison dominante. Les &#233;cologistes sont sur le terrain de la lutte contre les nuisances ce qu'&#233;taient, sur celui des luttes ouvri&#232;res, les syndicalistes : des interm&#233;diaires int&#233;ress&#233;s &#224; conserver les contradictions dont ils assurent la r&#233;gulation, des n&#233;gociateurs vou&#233;s au marchandage (la r&#233;vision des normes et des taux de nocivit&#233; rempla&#231;ant les pourcentages des hausses de salaire), des d&#233;fenseurs du quantitatif au moment o&#249; le calcul &#233;conomique s'&#233;tend &#224; de nouveaux domaines (l'air, l'eau, les embryons humains ou la sociabilit&#233; de synth&#232;se) ; bref, les nouveaux courtiers d'un assujettissement a l'&#233;conomie dont le prix doit maintenant int&#233;grer le co&#251;t d'un &#187; environnement de qualit&#233; &#171; . On voit d&#233;j&#224; se mettre en place, cog&#233;r&#233;e par les experts &#187; verts &#171; , une redistribution du territoire entre zones sacrifi&#233;es et zones prot&#233;g&#233;es, une division spatiale qui r&#233;glera l'acc&#232;s hi&#233;rarchis&#233; &#224; la marchandise-nature. Quant a la radioactivit&#233;, il y en aura pour tout le monde. Dire de la pratique des &#233;cologistes qu'elle est r&#233;formiste serait encore lui faire trop d'honneur, car elle s'inscrit directement et d&#233;lib&#233;r&#233;ment dans la logique de la domination capitaliste, qui &#233;tend sans cesse, par ses destructions m&#234;mes, le terrain de son exercice. Dans cette production cyclique des maux et de leurs rem&#232;des aggravants, l'&#233;cologisme n'aura &#233;t&#233; que l'arm&#233;e de r&#233;serve d'une &#233;poque de bureaucratisation, ou la rationalit&#233; est toujours d&#233;finie loin des individus concern&#233;s et de toute connaissance r&#233;aliste, avec les catastrophes renouvel&#233;es que cela implique &#187; [17].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les pas de Charbonneau, la d&#233;croissance ne peut alors qu'&#234;tre &#224; l'oppos&#233; de l'actuelle r&#233;gression de l'&#233;cologisme politique. Il s'agit ainsi de sortir des faux choix immanents au syst&#232;me de la soci&#233;t&#233; de croissance et d'abord remettre en question la domination et l'ali&#233;nation politique. Faire en sorte que l'on ne puisse &#171; programmer l'esp&#233;rance &#187; et le sauvetage de la Plan&#232;te, comme l'on organiserait un d&#233;fil&#233; des Jeunesses Ecologistes marchant au pas. Seule une position r&#233;solument hors syst&#232;me, &#224; la fois contre le mythe occidental de la croissance comme m&#233;taphore biologique du &#171; d&#233;veloppement &#187;, et contre la politique comme sph&#232;re autonome surplombant et logicialisant la soci&#233;t&#233;, sera &#224; m&#234;me de faire d&#233;railler la soci&#233;t&#233; de la croissance de la valeur. Sans remettre en cause l'ontologie politique de la modernit&#233;, la mouvance pour la d&#233;croissance risque en effet de ne proposer que le renforcement du processus moderne de rationalisation des rapports sociaux marchands (toujours plus coh&#233;rents et efficients car toujours plus spectaculaires) en tenant compte des capacit&#233;s d'auto-limitation des individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique des valeurs, de l'auto-limitation et la n&#233;cessaire responsabilisation de chacun doit-elle &#234;tre pos&#233;e en terme de politique instrumentale s&#233;par&#233;e d'avec notre propre vie, demandaient Charbonneau et J. Ellul ? Quelles que soient les bonnes intentions de ceux qui croient encore incarner une pseudo &#171; &#233;cologie politique antitotalitaire &#187; avec des instruments comme l'Etat (social), la Loi et le Droit, la pente r&#233;actionnaire ouvrant sur &#171; l'&#233;co-fascisme &#187; nous attend ici au coin de la rue si nous ne posons pas de nouvelles questions, et si nous pr&#233;f&#233;rons par facilit&#233; et par paresse, nous replier sur le catalogue du vieux monde des id&#233;es toutes faites. Car comme le faisait encore remarquer Charbonneau, &#224; l'Etat lib&#233;ral, &#171; l'Etat totalitaire n'est qu'une conclusion &#187; [18]. Et il en serait de m&#234;me - et surtout - pour un Etat pr&#244;nant la d&#233;croissance &#171; &#233;quitable &#187; et &#171; humaniste &#187;. Cela, Catherine Tarral en a d&#233;j&#224; fait longuement la remarque &#224; certains des politiciens de la d&#233;croissance, en leurs disant que &#171; l'essentiel de leurs propositions &#233;tait des propositions r&#233;glementaires qui supposaient un Etat et m&#234;me un Etat fort. A aucun moment ces auteurs [Helena Norbert-Hodge, Fran&#231;ois Schneider, Vincent Cheynet, Mario Buonatti, Paul Ari&#232;s, Bruno Cl&#233;mentin, etc] ne semblent se poser la question de la nature de l'Etat, de l'appareil coercitif indispensable &#224; l'application des mesures parfois rudes qu'ils pr&#233;conisent, ils n'imaginent pas non plus apparemment que l'Etat pourrait ne pas &#234;tre l'instrument ad&#233;quat d'une entreprise de lib&#233;ration de l'humanit&#233; &#187; [19]. Charbonneau en juillet 1974 dans La Gueule Ouverte, faisait les m&#234;mes remarques mais &#224; propos de nos &#233;cologistes de l'&#233;poque (Ren&#233; Dumont) : &#171; Bien des mouvements d'opposition et m&#234;me des r&#233;volutions sont ambigus. Autant ils d&#233;truisent une soci&#233;t&#233;, autant ils reg&#233;n&#232;rent le gouvernement, l'&#233;conomie, la morale, l'arm&#233;e et la police. L'histoire de l'U.R.S.S. en est un bon exemple. Elle a r&#233;ussi un renforcement de l'Etat et de la soci&#233;t&#233; russes que le r&#233;gime tsariste &#233;tait impuissant &#224; r&#233;aliser. Le '' mouvement &#233;cologiste '' n'&#233;chappe pas &#224; cette ambigu&#239;t&#233;, surtout en France &#187; [20].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;croissance ne servira-t-elle finalement qu'&#224; repeindre en vert les gu&#233;rites de l' &#171; &#233;conomie invent&#233;e &#187; [21] ? Sera-t-elle le nouveau gadget id&#233;ologique du syst&#232;me dominant pour en g&#233;rer toujours mieux les contradictions, un &#233;ni&#232;me cache-mis&#232;re dont la fausse rapidit&#233; spectaculaire est marqu&#233;e au fer de l'effroyable lenteur de ce qui inlassablement essaie p&#233;niblement de se faire passer pour un renouvellement [22] ? L'&#233;cologisme a toujours donn&#233; l'impression depuis les ann&#233;es 70 qu'il &#233;tait en train de nous envoyer la marchandise ultime. Et l&#224; encore dans le renouvellement des mots que le Spectacle diffuse et renouvelle par stocks trimestriels, le &#171; mot-obus &#187; a trop souvent &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233; par nos actuels &#233;cologistes comme la revente &#224; l'&#233;talage de l'antiproductivisme &#233;conomiciste de leurs a&#238;n&#233;s, argutie sur ce qui continue &#224; flotter &#224; la surface g&#233;latineuse du Spectacle, c'est-&#224;-dire qui ne met jamais en cause les &#171; cat&#233;gories de base de l'&#233;conomie &#187; (A. Jappe). Pour les &#233;cologistes en effet, cette vieille &#233;normit&#233; crev&#233;e qu'est l'&#233;conomie, &#171; reste tr&#232;s importante &#187; comme &#233;crit l'&#233;cologiste traditionnel Vincent Cheynet. Il est donc temps de liquider l'&#233;cologie quand la myopie &#233;conomiciste reprend du poil de la b&#234;te. L'artificialisation et la m&#233;ga-machinisation de nos vies en une sph&#232;re d'interd&#233;pendances g&#233;n&#233;rale et de plus en plus plan&#233;taire, o&#249; nous sommes toujours plus irresponsables &#224; mesure que nous devenons impuissants, voil&#224; l'ennemi &#224; abattre ! L'autonomie du monde de la production comme les &#233;cologistes ne conna&#238;tront plus de r&#233;pits. Car le politique dans son stade moderne d'&#233;conomicisation achev&#233;e, n'est que l'autre visage de la marchandise &#224; renverser. Le d&#233;gonflement des r&#244;les entretenus par la S&#233;paration de la vie avec sa repr&#233;sentation (et la victoire de cette derni&#232;re sur la premi&#232;re), pr&#233;cipite d&#232;s lors le temps spectaculaire au profit de l'espace d'un &#233;ternel pr&#233;sent vivant. Le r&#244;le (&#233;conomique, politiste, social, syndical... c'est-&#224;-dire machinal et machinique) laisse sa place &#224; une &#171; forme-de-vie &#187; d&#233;croissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;croissance de l'empreinte &#233;cologique de nos soci&#233;t&#233;s par une &#171; sortie de l'&#233;conomie &#187; (S. Latouche), c'est-&#224;-dire la sortie des conditions de possibilit&#233; de l'&#233;change marchand, ne peut ainsi qu'impliquer derechef la sortie de l'ontologie politique de la modernit&#233; qui n'est que le sur&#233;quipement de la marchandise. A moins de verser dans un &#233;co-totalitarisme de d&#233;croissance qui n'aura m&#234;me plus le b&#233;n&#233;fice d'avoir le &#171; visage humain &#187; de l'&#233;cologisation de l'&#233;conomie ch&#232;re au cybern&#233;tique Georgescu-Roegen. Avec Charbonneau et pour la d&#233;croissance, la politique est ainsi tr&#232;s loin d'&#234;tre la solution, elle est au contraire la partie int&#233;grante du probl&#232;me que posent les soci&#233;t&#233;s de croissance [23]. L'apr&#232;s-d&#233;veloppement ne peut ainsi qu'ouvrir selon les termes de Robert Kurz, que sur l'horizon &#171; post-politique &#187; de la d&#233;croissance comme sur celui de &#171; l'apr&#232;s-d&#233;veloppement &#187;. Car la modernit&#233; politique fait partie int&#233;grante de la &#171; Grande mue &#187;, parce que l'autonomie du politique et l'autonomie de l'&#233;conomique sont l'avers et le revers d'une m&#234;me monnaie, la mise en branle de la m&#233;gamachinisation de nos vies. Si la question politique se pose pour la d&#233;croissance, elle se pose en de tout autres termes que ceux des politiciens de la d&#233;croissance et de l'&#233;cologie politique. C'est de notre capacit&#233; pratique et intellectuelle &#224; penser le mouvement de sortie de la croissance &#233;conomique en dehors des termes de l'autonomie du politique, qu'il d&#233;coulera que la d&#233;croissance renforcera ou non l'actuelle poursuite du processus totalisant. Plus que la question de la politique, d&#233;-penser et r&#233;-inventer le politique est ainsi bien au c&#339;ur de la d&#233;croissance [24].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cl&#233;ment Homs. Janvier 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;[1] On se reportera &#224; l'ouvrage d&#233;sormais de r&#233;f&#233;rence sur Charbonneau, Daniel C&#233;r&#233;zuelle, Bernard Charbonneau. Ecologie et Libert&#233;, Parangon, Coll. L'apr&#232;s-d&#233;veloppement, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Pr&#233;sentation par l'Encyclop&#233;die des Nuisances de l'ouvrage de Charbonneau, Le Jardin de Babylone, in Catalogue 2005 des &#233;ditions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] B. Charbonneau, &#171; Le mouvement &#233;cologiste mise en question ou raison sociale &#187;, in La Gueule ouverte n&#176;21, juillet, 1974, p. 24.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Jacques Ellul, L'illusion politique, La Table ronde, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] B. Charbonneau, Le Jardin de Babylone, Encyclop&#233;die des nuisances, 2002, p. 18.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] B. Charbonneau, Le Feu vert. Auto-critique du mouvement &#233;cologiste, p. 131.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Dans l'&#233;ditorial du journal Le Monde du 5 f&#233;vrier 2007, qui depuis 5-6 mois s'est lui aussi converti &#224; pr&#244;ner aux milieux des machinistes et &#171; propri&#233;taires de la soci&#233;t&#233; &#187; (Max Weber) comme l'ont toujours fait nos &#233;cologistes politiciens comme &#171; alternatifs &#187;, le nouveau paradigme &#233;cologiste de la gouvernance mondiale au sein de la M&#233;ga-machine techno-&#233;conomique : l'&#233;cologisme &#233;conomiciste, c'est-&#224;-dire le nouvel &#226;ge de la forme-marchandise dans son sur&#233;quipement &#233;cologique. La plan&#232;te devient un nouveau objet de gestion, car il s'agit maintenant de rentabiliser le changement climatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Wolfgang Sachs, Des ruines du d&#233;veloppement, Ecosoci&#233;t&#233;, 1996, p. 76. p73-74 pour la citation suivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] B. Charbonneau, Le Feu vert, op. cit., p. 129&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Bernard Charbonneau condamne fortement l'agriculture biologique, il &#233;crit ainsi qu'elle &#171; s'efforce de commercialiser des produits aussi naturels que possible, comme Nature et Progr&#232;s, trop soucieuse d'orthodoxie, elle ne peut fournir qu'une faible part du march&#233; alimentaire ; et elle n'&#233;vitera pas d'&#234;tre plus ou moins victime d'une pollution g&#233;n&#233;ralis&#233;e. Par ailleurs, ayant un complexe d'inf&#233;riorit&#233; vis-&#224;-vis de l'agronomie et de l'agrochimie officielles - quelle a le tort de qualifier de &#187; classiques &#171; alors qu'elles sont exactement le contraire - et se voulant cr&#233;dible, elle leur emprunte, outre leur langage, leurs crit&#232;res de productivit&#233; et de rentabilit&#233;. Demandant plus de travail pour des rendements ordinairement plus faibles, l'agriculture bio est oblig&#233;e de vendre ses produits nettement plus cher que les autres. Elle s'enferme ainsi dans un ghetto qui &#233;coule sa marchandise dans la bourgoisie. Cette production marginale ne concurrence donc en rien celle de l'agrochimie qui est pr&#234;te &#224; l'int&#233;grer dans son syst&#232;me en lui accordant un label de &#187; produit naturel &#171; d&#233;cern&#233; par le service dit &#187; des fraudes &#171; parce qu'il sert les fraudeurs industriels du faux poulet ou du faux pain. Et un beau jour, d&#233;j&#224; proche, les trusts-de-la-bouffe-lourde compl&#232;teront la gamme de leur production en r&#233;servant un banc &#224; l'agriculture biologique dans leurs supermarch&#233;s. Celle-ci jouera ainsi dans l'alimentation le m&#234;me r&#244;le que le parc national dans le tourisme : la r&#233;serve alimentaire justifiera l'abandon de tout le reste &#224; l'industrie. Comme c'est d&#233;j&#224; le cas pour certains produits, comme le vin, elle contribuera &#224; faire &#233;clater le march&#233; entre le secteur de la qualit&#233; d'appellation contr&#244;l&#233;e pour les riches et de la quantit&#233; non-contr&#244;l&#233;e pour les pauvres. Ce qui signifie la distinction radicale de la soci&#233;t&#233; en classes, la fin de la f&#234;te populaire quotidienne, r&#233;duite en pilule de survie. &#187; in Bernard Charbonneau, Sauver nos r&#233;gions. Ecologie, r&#233;gionalisme et soci&#233;t&#233;s locales, Sang de la Terre, 1991, chapitre 10 &#171; Les pieds sur Terre &#187;, p.179.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] On verra par exemple l'article de Bertrand Louart, &#171; Silence, on tourne ! Lettre Ouverte &#224; la revue &#233;cologiste Silence ! et aux admirateurs des &#233;oliennes industrielles r&#233;cement construites en France &#187;, in revue Notes et Morceaux choisis, Bulletin n&#176;5, f&#233;vrier 2002. Que l'on peut lire &#224; l'adresse suivante : &lt;a href=&#034;http://netmc.9online.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://netmc.9online.fr/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Bernard Charbonneau, Sauver nos r&#233;gions. Ecologie, r&#233;gionalisme et soci&#233;t&#233;s locales, Sang de la Terre, 1991, chapitre 10 &#171; Les pieds sur Terre &#187;, p.178.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Hannah Arendt, Qu'est-ce que la politique ?, Seuil, 1995.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] H. Arendt, ibid., p. 65&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] H. Arendt, ibid, p. 66.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Pour un plus ample d&#233;veloppement de la perspective post-politique, voir mon texte (&#224; para&#238;tre), &#171; Que la vie l'emporte sur sa repr&#233;sentation. Br&#232;ves remarques sur les illusions politiques et des moyens impolitiques de s'en d&#233;barrasser &#187;, revue Entropia, mars 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Encyclop&#233;die des nuisances, &#171; A ceux qui ne veulent pas g&#233;rer les nuisances mais les supprimer &#187;, in Revue de L'EDN, janvier 1990. Article que l'on retrouve sous forme de brochure sur le site infokiosque.net et le site decroissance.info.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] B. Charbonneau, L'Etat, Economica, Paris, 1987, p. 235.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Catherine Tarral, &#171; La d&#233;croissance, l'&#233;conomie, l'Etat &#187;, in revue Notes et morceaux choisis, Editions de La Lenteur, d&#233;cembre 2006. Une version initiale est &#233;galement parue dans le Bulletin de La Ligne d'Horizon et sur le site internet decroissance.info.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] B. Charbonneau, &#171; Le '' mouvement &#233;cologiste '' mise en question ou raison sociale &#187;, in La Gueule Ouverte, juillet 1974, n&#176;21.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Voir S. Latouche, L'invention de l'&#233;conomie, Albin Michel, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22] On peut voir par exemple l'article de Bertrand Louart, &#171; La D&#233;croissance, le journal de l'Ordre &#187;, paru dans la revue Notes et Morceaux choisis, n&#176;7, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23] On peut voir aussi le chapitre &#171; La politique n'est pas la solution &#187; in Anselm Jappe, Les aventures de la marchandise. Pour une nouvelle critique de la valeur, Deno&#235;l, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[24] Cf. par exemple S. Latouche dans son livre, Le pari de la d&#233;croissance, Fayard, 2006, qui aborde ainsi la question de la relocalisation d&lt;/i&gt;u et de la politique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Fran&#231;ois Partant et la d&#233;croissance</title>
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		<dc:subject>Red&#233;finition des besoins</dc:subject>

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&lt;p&gt;Source : http://www.decroissance.info/La-dec.... Une version encore retouch&#233;e de ce texte est paru dans le bulletin n&#176;7 (d&#233;cembre 2006) de Notes &amp; Morceaux Choisis, bulletin critique des sciences, des technologies et de la soci&#233;t&#233; industrielle - 52, rue Damr&#233;mont - 75018 Paris &#171; Fran&#231;ois Partant et la d&#233;croissance &#187; par Catherine Tarral, Membre de La Ligne d'Horizon. Tout de suite surgit une difficult&#233; de taille : La d&#233;croissance est un concept &#171; auberge espagnole &#187; dans lequel (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;http://www.decroissance.info/La-decroissance-et-Francois&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.decroissance.info/La-dec...&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une version encore retouch&#233;e de ce texte est paru dans le bulletin n&#176;7 (d&#233;cembre 2006) de &lt;a href=&#034;http://netmc.9online.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Notes &amp; Morceaux Choisis, bulletin critique des sciences, des technologies et de la soci&#233;t&#233; industrielle - 52, rue Damr&#233;mont - 75018 Paris&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;strong&gt;&#171; Fran&#231;ois Partant et la d&#233;croissance &#187;&lt;/strong&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;par Catherine Tarral, Membre de La Ligne d'Horizon.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout de suite surgit une difficult&#233; de taille : La d&#233;croissance est un concept &#171; auberge espagnole &#187; dans lequel on peut mettre apparemment beaucoup d'id&#233;es certaines contradictoires entre elles, et cela tant au niveau concret qu'au niveau th&#233;orique. Il y a donc une difficult&#233; s&#233;rieuse pour le comparer avec une th&#233;orie coh&#233;rente et achev&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai choisi comme documents de r&#233;f&#233;rence un livre collectif &#171; Objectif d&#233;croissance &#187;, coordonn&#233; par Silence et &#233;dit&#233; dans la collection &#171; L'apr&#232;s-d&#233;veloppement &#187; dirig&#233;e par S. Latouche. Il est peut-&#234;tre utile de commencer par un &#233;claircissement s&#233;mantique : Fran&#231;ois Partant n'a jamais parl&#233; de d&#233;croissance. Dans son analyse critique, la notion centrale est le d&#233;veloppement et non la croissance. Le d&#233;veloppement d&#233;finie un syst&#232;me o&#249; toutes les dimensions de l'existence humaine, le politique, le social, le culturel sont subordonn&#233;es &#224; l'&#233;conomie, dont le moteur est la croissance ind&#233;finie (d'ailleurs, si la croissance est le moteur du d&#233;veloppement, le d&#233;veloppement peut continuer et continue m&#234;me en p&#233;riode de crise et de d&#233;croissance). Ceci explique peut-&#234;tre la divergence qui englobe toute les autres : en effet, bien que de nombreuses pages des &#233;crits de Partant soient consacr&#233;es &#224; d&#233;monter le m&#233;canisme de formation de la richesse par l'accumulation du capital, c'est-&#224;-dire &#224; faire de l'&#233;conomie (de l'anti-&#233;conomie), ce qui est d&#233;cisif pour lui, ce n'est pas l'&#233;conomie, c'est la politique, tant du point de vue de l'analyse que du point de vue des propositions. Or, si les d&#233;croissants (que j'ai pu lire) ont un point commun, c'est qu'ils ignorent la question politique. Je reviendrai plus loin sur ce point qui me semble tout &#224; fait fondamental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;voquerai d'abord rapidement les points d'accord, pour simplifier : ce qui est &#171; Partanien &#187;, et plus longuement bien s&#251;r, ce qui est anti-Partanien dans les textes de la d&#233;croissance (dont j'ai eu connaissance).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est &#171; Partanien &#187; dans la &#171; D&#233;croissance &#187; : Comme Fran&#231;ois Partant, les d&#233;croissants d&#233;noncent la subordination &#224; l'&#233;conomie de toutes les dimensions de l'existence humaine ; comme lui &#233;galement, ils consid&#232;rent que c'est la croissance illimit&#233; qui cr&#233;e la pauvret&#233; moderne et que la survie des &#233;cosyst&#232;mes passe par la r&#233;duction drastique de la consommation des riches de la plan&#232;te.
Qu'est-ce-qui est anti-Partanien ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la lecture des textes d&#233;croissants se d&#233;gage, me semble-t-il, une convergence d'analyse qui s'oppose aux &#233;l&#233;ments pivots des hypoth&#232;ses de Fran&#231;ois Partant. D'abord concernant la dynamique m&#234;me du capitalisme mondialis&#233; et la possibilit&#233; ou pas de le r&#233;former, ensuite sur la nature de l'&#233;tat, et enfin sur les conditions d'une alternative au syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1&#176;) L'id&#233;e qu'il est possible de changer ou de r&#233;volutionner le syst&#232;me de l'int&#233;rieur, parce que la puissance du capital d&#233;pend de choix &#233;conomiques libres faits par les d&#233;tenteurs decapitaux et les politiques &#224; leurs ordres.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple pour Helena Norberg-Hodge, (&#171; Relocaliser l'&#233;conomie &#187; in &#171; Objectif D&#233;croissance &#187;), c'est la mondialisation de l'&#233;conomie qui est &#224; l'origine du malheur moderne &#171; depuis le r&#233;chauffement croissant de la plan&#232;te jusqu'&#224; l'extinction de l'esp&#232;ce humaine en passant par le terrorisme, la pr&#233;carit&#233; de l'emploi, la pauvret&#233;, le crime ou l'effacement de la d&#233;mocratie... &#187;. D'apr&#232;s elle, la mondialisation du capital proc&#232;de d'un choix politique des multinationales et des gouvernements qu'il s&#233;duit ou qu'il soudoie, elle en conclu qu'il suffirait d'inverser ces choix pour &#171; relocaliser &#187; l'&#233;conomie - et qu'il est possible de le faire sans sortir du syst&#232;me d'accumulation capitalistique ni de la construction politique nationale et internationale qu'il a favoris&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, H.N.H. attribue un r&#244;le central &#224; l'intervention &#233;tatique dans la mondialisation de l'&#233;conomie, directe par les subventions, ou indirectes, par des lois, taxes, r&#233;glementations...Logiquement ses propositions pour relocaliser l'&#233;conomie concernent l'affectation des subventions et la modification des lois et r&#233;glementations nationales et internationales. Ainsi les subventions ne seraient plus affect&#233;es aux autoroutes ou aux a&#233;roports, mais aux petites routes, aux pistes cyclables, aux navettes ferroviaires et aux voies permettant le transport par animaux..., non aux hypermarch&#233;s mais aux petits march&#233;s de producteurs, non &#224; l'agriculture intensive d'exportation mais &#224; l'agriculture bio et aux petites exploitations etc....Dans le domaine l&#233;gislatif et r&#233;glementaire, elle propose de r&#233;tablir les barri&#232;res douani&#232;res, limiter la libre circulation des capitaux , de taxer le &#171; travail mort &#187; plut&#244;t que le travail vivant etc... etc... Nous allons laisser de cot&#233; la pertinence du contenu des mesures propos&#233;es pour nous int&#233;resser &#224; l'hypoth&#232;se de base d'HNH, qui ressemble &#224; celle du courant majoritaire d'ATTAC et qui est profond&#233;ment anti-partanienne. En effet, l'un des piliers th&#233;oriques de l'analyse de F. Partant est la d&#233;monstration que le capital n'a pas plus la libert&#233; de se mondialiser ou de ne pas se mondialiser qu'il n'a la libert&#233; de faire ou de ne pas faire de profits : la mondialisation du capital ob&#233;it &#224; la logique d'un syst&#232;me qui s'asphyxie s'il ne s'&#233;tend pas. Autour du XVII&#176; si&#232;cle, une nouvelle classe en formation a fait faire &#224; la soci&#233;t&#233; europ&#233;enne un choix politique in&#233;dit, elle a lib&#233;r&#233; l'&#233;conomie. &#192; partir de ce choix r&#233;ellement fondateur, s'est mise en marche une machine infernale dont le moteur est la concurrence, or, la dynamique concurrentielle est par essence imma&#238;trisable : gr&#226;ce aux gains de productivit&#233; permis par le progr&#232;s technologique, le propri&#233;taire de l'outil de production &#233;limine ses concurrents et accumule le capital, laquelle accumulation permet de d&#233;gager des ressources pour d'autres progr&#232;s techniques etc...Ainsi la machine avance en &#233;liminant tous les syst&#232;mes productifs qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;e, mieux elle s'en nourrit... Car si son moteur est la concurrence, son carburant ce sont justement ces syst&#232;mes productifs moins comp&#233;titifs. (En d&#233;truisant ces syst&#232;mes productifs, le d&#233;veloppement d&#233;truit aussi les soci&#233;t&#233;s dans lesquelles ils &#233;taient ins&#233;r&#233;s et les &#233;cosyst&#232;mes dont ils d&#233;pendaient.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement le pouvoir du capital n'est pas un pouvoir &#233;conomique, il est essentiellement politique : il peut influencer les gouvernements, manipuler l'opinion, voire fomenter des coups d'&#233;tat ou inspirer des r&#233;glementations (voir l'OMC), mais sur le terrain strictement &#233;conomique il est conditionn&#233; : le dirigeant de la plus puissante multinationale exerce son pouvoir dans un sens qui s'impose &#224; lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ois Partant va jusqu'&#224; dire que le Capital est si &#233;troitement soumis &#224; une logique, qu'il n'est lui-m&#234;me qu'une logique et c'est &#224; cette logique que se plient tous ceux qui d&#233;tiennent une fraction du pouvoir &#233;conomique, depuis le P.D.G. de la multinationale jusqu'au patron de la plus petite entreprise. le Capital n'ob&#233;it qu'&#224; un crit&#232;re unique celui de la rentabilit&#233; maximale, ce crit&#232;re est supra national et surtout, il est imp&#233;ratif : l'agent &#233;conomique qui ne le respecte pas dispara&#238;t. Mais si le Capital n'est pas libre de ses choix, le pouvoir politique ne l'est pas non plus. L'&#233;tat ne peut plus rem&#233;dier &#224; l'irresponsabilit&#233; fondamentale du capital dans le domaine socio-politique car le champs de la politique et celui de l'&#233;conomie ne co&#239;ncident plus : le premier demeure national alors que l'autre est devenu supra national. En perdant leurs coh&#233;rences anciennes, les appareils nationaux se sont dissous dans l'appareil mondial de production. Les &#233;tats ne peuvent plus adopter de politiques volontaristes contraires aux int&#233;r&#234;ts du Capital, la seule politique qu'ils peuvent mener consiste au contraire &#224; favoriser ses entreprises en affectant &#224; ces fins les moyens tr&#232;s importants dont ils disposent pour intervenir dans l'&#233;conomie. Il n'y a pas de diff&#233;rence qualitative entre le capital mondialis&#233; et non mondialis&#233;, il n'y a qu'une diff&#233;rence de degr&#233; : la concurrence est encore plus f&#233;roce en &#233;conomie mondialis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pourquoi la mondialisation de l'&#233;conomie est irr&#233;sistible et irr&#233;versible : l' &#171; action civilisatrice du capital &#187; provoque sur ses ruines un remodelage &#233;conomique et social sur lequel il est impossible de revenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#234;tre concret, prenons l'exemple du protectionnisme commercial qui est une des propositions d'Helena (certains d&#233;croissants vont plus loin, W.Hoogendijk, &#171; Calmer l'&#233;conomie &#187; propose d'instaurer des taxes aux fronti&#232;res des r&#233;gions) : Si la France taxait les importations, les autres pays en feraient autant ce qui entra&#238;nerait l'effondrement imm&#233;diat de notre &#233;conomie puisque tout notre appareil productif d&#233;pend du march&#233; mondial. Comme les capacit&#233;s d'intervention de l'&#233;tat d&#233;pendent des pr&#233;l&#232;vements qu'il effectue sur la valeur produite par l'appareil productif, il serait dans l'incapacit&#233; de rem&#233;dier &#224; l'effondrement social, d'o&#249; &#233;meutes, pillages, insurrection et pendaison d'H.N.H. par la foule d&#233;cha&#238;n&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lib&#233;raux ont raison : &#224; l'int&#233;rieur du syst&#232;me une autre politique est impossible
Nota Bene : Il me para&#238;t difficile de critiquer certains textes parus dans &#171; Objectif d&#233;croissance &#187; sans accorder une mention sp&#233;ciale &#224; &#171; A la conqu&#234;te des biens relationnels &#187; de Mauro Bona&#238;uti, celui-ci, &#224; la suite de N. Georgescu-Roegen, pr&#244;ne la d&#233;croissance des quantit&#233;s physiques produites dans le monde. Constatant qu'un tel programme provoquerait une crise &#233;conomique et sociale majeure, Il propose &#171; afin qu'&#224; la d&#233;croissance des quantit&#233;s physiques produites ne corresponde pas une d&#233;croissance de la valeur de la production &#187;, de marchandiser les &#171; biens relationnels &#187;. Il s'agit apparemment d'une nouvelle version d'une assez vieille id&#233;e selon laquelle, l'&#233;conomie moderne devenue cyber-&#233;conomie serait beaucoup moins polluante que la vieille &#233;conomie du XIX&#176; si&#232;cle avec ses hauts-fourneaux, mais &#224; l'&#233;poque (il y a 30 ans) c'&#233;tait JJSS et ses &#233;pigones qui propageaient ces brillantes th&#233;ories. Cependant, Mauro Bona&#238;uti va plus loin : si j'ai bien compris, il expose une id&#233;e encore plus bizarre (et plus anti-partanienne) : l'id&#233;e bizarre selon laquelle l'omnimarchandisation des rapports humains pourrait diminuer la pression de l'humanit&#233; sur les &#233;cosyst&#232;mes... Naturellement il n'en est rien puisque les revenus distribu&#233;s &#224; travers ces m&#233;tiers relationnels ne pourraient &#234;tre pr&#233;lev&#233;s que sur la valeur cr&#233;e par les activit&#233;s productives de bien mat&#233;riels. (Faut-il rappeler que la seule mani&#232;re connue de produire de la valeur se fait par l'action du travail sur la mati&#232;re premi&#232;re ! ). De plus, Mauro Bona&#238;uti ne semble pas perturb&#233; par le fait que le syst&#232;me capitaliste s'occupe d&#233;j&#224; tr&#232;s efficacement de marchandiser les &#171; biens relationnels &#187; que c'est m&#234;me un de ses traits les plus mortif&#232;re, et que, ce qui n'est pas transform&#233; en marchandise par le capital est transform&#233; en &#171; services &#187; par l'&#233;tat. Ainsi la proposition de Mauro Bona&#238;uti consiste tout simplement &#224; pousser l'ali&#233;nation moderne &#224; son extr&#234;me le plus radical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2&#176;) D&#233;croissance de tout sauf de l'Etat.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;croissants ont une fa&#231;on originale de r&#233;soudre la question de l'&#233;tat : ils ne la posent pas. Il faut croire que pour eux, l'&#233;tat moderne &#171; va de soi &#187;, ainsi Cl&#233;mentin et Cheynet... &#171; Tout artisan ou commer&#231;ant serait propri&#233;taire de son outil de travail et ne pourrait pr&#233;tendre &#224; plus ...Les services publics essentiels qui auraient comme caract&#233;ristique d'&#234;tre non-privatisables &#187; et F. Schneider &#171; ...On pourrait aussi abaisser le temps de travail de fa&#231;on &#224; r&#233;duire les revenus ...Mettre en place de nouvelles limites techniques cr&#233;ant des barri&#232;res artificielles &#224; la croissance de la consommation, par exemple en maintenant des capacit&#233;s r&#233;duites sur les routes afin d'&#233;viter une croissance du trafic &#187;. et Hoogendijk &#171; ...Cette remise en cause sera facilit&#233;e par une forte taxe sur les transports &#187;, j'ai d&#233;j&#224; mentionn&#233; que l'essentiel des propositions d'HNH &#233;tait des propositions r&#233;glementaires qui supposaient un &#233;tat et m&#234;me un &#233;tat fort, ...etc . A aucun moment les auteurs ne semblent se poser la question de la nature de l'&#233;tat, de l'appareil coercitif indispensable &#224; l'application des mesures parfois rudes qu'ils pr&#233;conisent, ils n'imaginent pas non plus apparemment que l'&#233;tat pourrait ne pas &#234;tre l'instrument adaequat d'une entreprise de lib&#233;ration de l'humanit&#233;. Au contraire, Fran&#231;ois Partant ne s&#233;pare pas la critique de l'Etat de celle du capital, il se distingue (sur ce point comme sur bien d'autres), &#224; la fois des lib&#233;raux et des marxistes. Pour Partant, l'Etat moderne est consubstantiel au capitalisme, il est l'&#233;tat de l'accumulation de capital et ne peut &#234;tre rien d'autre. L'&#233;tat organise la soci&#233;t&#233; en fonction des besoins du capital car la croissance qui refl&#232;te l'enrichissement est pour l'&#233;tat lui-m&#234;me une priorit&#233; absolue. Il effectue des pr&#233;l&#232;vements sur toutes les activit&#233;s productives, tous les producteurs, toutes les transactions m&#234;mes improductives, toutes les formes de consommation... Pour qu'elle soit possible, une activit&#233; productive doit assurer la reproduction &#233;largie non seulement du capital mais aussi de l'&#233;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rable par son ampleur, cette exploitation n'est jamais d&#233;nonc&#233;e par les syndicats, elle est tol&#233;r&#233;e et m&#234;me r&#233;clam&#233;e par la soci&#233;t&#233; ; en effet, l'&#233;tat est en charge de la &#171; justice sociale &#187; c'est &#224; dire, la charit&#233; publique, le soin aux enfants, aux malades, aux vieillards, en fait les fonctions qu'assuraient gratuitement les solidarit&#233;s traditionnelles avant que le capital, en d&#233;truisant leurs bases mat&#233;rielles et morales, ne justifie l'omnipr&#233;sence de l'&#233;tat moderne et sa croissance exponentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque intervention protectrice de l'Etat diminue encore un peu la capacit&#233; de chacun d'entre nous d'&#234;tre acteur de sa propre vie et ce faisant nous livre chaque fois un peu plus aux &#171; lois de l'&#233;conomie &#187;. C'est une aberration d'en appeler &#224; l'&#233;tat contre le capital, &#231;a en est une plus grande encore de croire que l'on peut s'emparer de l'&#233;tat pour lui faire mettre en &#339;uvre les conditions de sa propre ruine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3&#176;) L'Id&#233;alisme politique.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me grande diff&#233;rence que je voudrais pointer concerne l'id&#233;alisme politique (de la majorit&#233; des auteurs que j'ai pu lire), cela consiste &#224; faire des propositions sans jamais se pr&#233;occuper s&#233;rieusement des moyens de leur mise en &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, lorsqu'une personne, un parti ou un mouvement met en avant un programme, il doit se poser plusieurs questions : qui va le porter (quelle force sociale), qui va l'appliquer, par quels moyens ? &#192; un programme correspond un parti qui le propage et une classe ou une couche sociale qui s'y retrouve. Quelle est la fraction de la soci&#233;t&#233; susceptible de d&#233;fendre les programmes d&#233;croissants ? Les paysans, les ouvriers, les fonctionnaires, les intermittents du spectacle ? Il est permis d'en douter quand on constate que malgr&#233; leur diversit&#233;, les revendications de toutes ces cat&#233;gories ont un point commun : r&#233;clamer plus de salaires au capital et plus de d&#233;penses &#224; l'&#233;tat. En faisant de nous des consommateurs le capital et son comp&#232;re l'&#233;tat ont fait de nous des complices, le capital est devenu un pouvoir immanent, il n'y a plus de classe r&#233;volutionnaire et notre servitude est volontaire. Malgr&#233; tout, supposons la question pr&#233;c&#233;dente r&#233;solue, qui va donc appliquer ce programme ? Il para&#238;t peu probable que notre classe politique se laisse convaincre d'organiser son propre suicide, il faut donc que les d&#233;croissants prennent le pouvoir...Comme personne ne semble poser la question de la lutte arm&#233;e, il ne reste que les &#233;lections.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si toutefois une majorit&#233; de votants &#233;lisaient un pr&#233;sident d&#233;croissant et une majorit&#233; parlementaire d&#233;croissante, il leur faudrait encore appliquer leur programme. L&#224; encore, le radicalisme des propositions des d&#233;croissants contraste avec l'absence de r&#233;flexion sur la question du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car enfin, quel niveau de coercition faudrait-il exercer pour faire appliquer des propositions comme celles qui suivent : (prises un peu au hasard dans les textes de r&#233;f&#233;rence) &#171; diminuer le temps de travail pour diminuer les revenus &#187; et &#171; cr&#233;er des &#233;cotaxes pour augmenter de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale le prix des produits &#187;. (Pas d'efficacit&#233; sans sobri&#233;t&#233;) ou &#171; tout artisan ou commer&#231;ant serait propri&#233;taire de son outil de travail et ne pourrait pr&#233;tendre &#224; plus &#187; (Vers une &#233;conomie saine). Et encore, &#171; l'activit&#233; de base partout dans le monde sera l'agriculture bio et la chasse ou la p&#234;che &#187; (Calmer l'&#233;conomie)... Pol pot a essay&#233;, mais il avait une dictature, une police politique, des camps de travail... et j'ai l'impression qu'aucun d&#233;croissant envisage de recourir aux m&#234;mes m&#233;thodes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F. Partant peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un utopiste, cependant il n'est jamais tomb&#233; dans ce travers si fr&#233;quent qui consiste &#224; ignorer les conditions de l'agir politique. Au contraire, consid&#233;rant que le pouvoir n'&#233;tait plus dans le pouvoir, il affirme que l'alternative ne peut pas s'inscrire dans l'&#233;volution du syst&#232;me, en d'autres termes, il est exclu que sa base sociale soit celle de l'&#233;tat nation ni que son &#233;conomie se d&#233;ploie &#224; l'int&#233;rieur du syst&#232;me concurrentiel. Il estimait que le seul cadre possible d'exercice de la libert&#233; &#233;tait dans l'auto institution de soci&#233;t&#233;s autonomes. D&#233;s &#171; la fin du d&#233;veloppement &#187; Fran&#231;ois Partant &#233;crivait :&#171; L'alternative n'a aucune chance d'appara&#238;tre en un point quelconque du globe, pour ensuite se propager comme devait le faire la r&#233;volution. Elle ne peut pas davantage s'inscrire dans l'&#233;volution du syst&#232;me. Si elle voit le jour, elle appara&#238;tra &#224; la faveur de la d&#233;composition sociale que provoque l'&#233;volution techno-&#233;conomique, et comme le r&#233;sultat possible, mais nullement certain, de l'effondrement du syst&#232;me. Tout reconstruire de bas en haut, tandis que tout se d&#233;sorganisera sous la pression d'&#233;v&#232;nements transnationaux incontr&#244;lables, ce n'est &#233;videmment qu'une &#233;ventualit&#233;. Il en existe beaucoup d'autres : guerre nucl&#233;aire, d&#233;sastres &#233;cologiques...,Chaos g&#233;n&#233;ralis&#233; et &#233;mergence de dictatures...Tout est possible. Une seule chose &#224; coup s&#251;r ne l'est pas : cet &#187;avenir de progr&#232;s&#171; qu'on persiste &#224; nous promettre. C'est pourquoi l'&#233;ventualit&#233; la plus optimiste devrait pouvoir servir d'hypoth&#232;se de travail &#224; ceux qui contestent le syst&#232;me ...L'alternative n'est pas &#224; imaginer pour demain, mais &#224; mettre en forme aujourd'hui...Il faut que les alternatifs sachent quel avenir ils entendent pr&#233;parer par leurs initiatives actuelles, et comment cet avenir, qu'ils forgent pour eux-m&#234;mes, s'articule avec celui des majorit&#233;s. Il faut qu'ils se dotent d'un projet politique... Ce projet ne sera &#224; mettre en &#339;uvre que par ceux qui s'excluent du syst&#232;me, et &#233;ventuellement, par ceux qui en sont exclus et qui acceptent de l'&#234;tre. Il ne concerne les autres que dans la mesure o&#249; ils seront, eux aussi plac&#233;s devant des choix qu'ils ne peuvent faire &#224; l'heure actuelle...L'engagement politique change donc &#224; la fois de terrain et d'objet pour prendre une ampleur toute nouvelle. Son but est de rendre une finalit&#233; politique &#224; l'&#233;volution humaine. Car le progr&#232;s v&#233;ritable n'est pas dans la connaissance et la ma&#238;trise des techniques. Il est politique. Il est dans l'aptitude des hommes &#224; se gouverner, individuellement et collectivement, en mettant leurs connaissances et techniques au service de cet art de vivre ensemble &#187;.(cf &#171; La fin du d&#233;veloppement &#187; p145 - 155)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La confusion primitive</title>
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		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>



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&lt;p&gt;John Zerzan et la confusion primitive Alain C. I - La pr&#233;histoire manipul&#233;e II - Aux sources de l'ali&#233;nation : un mixage id&#233;ologique III- Le communisme ne peut pas &#234;tre &#171; primitif &#187; Les &#233;ditions l'Insomniaque on fait para&#238;tre r&#233;cemment deux recueils des articles de J. Zerzan : Futur Primitif, en d&#233;cembre 1998 (d'abord publi&#233; par Autonom&#233;dia, New York, 1994) et Aux sources de l'ali&#233;nation, en octobre 1999 (Elements of refusal, Left Bank Books, Seattle, 1988). Nous disons que ces (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;strong&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;John Zerzan et la confusion primitive&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alain C.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I - La pr&#233;histoire manipul&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II - Aux sources de l'ali&#233;nation : un mixage id&#233;ologique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III- Le communisme ne peut pas &#234;tre &#171; primitif &#187;
&lt;/strong&gt;
&lt;i&gt;
Les &#233;ditions l'Insomniaque on fait para&#238;tre r&#233;cemment deux recueils des articles de J. Zerzan : Futur Primitif, en d&#233;cembre 1998 (d'abord publi&#233; par Autonom&#233;dia, New York, 1994) et Aux sources de l'ali&#233;nation, en octobre 1999 (Elements of refusal, Left Bank Books, Seattle, 1988).
Nous disons que ces textes sont une r&#233;&#233;criture id&#233;ologique de l'histoire de l'humanit&#233;, que J. Zerzan se sert de diff&#233;rents travaux de pr&#233;historiens, d'anthropologues et de philosophes &#224; seule fin d'&#233;tablir une id&#233;e pr&#233;con&#231;ue de ce qu'est l'humanit&#233;, de ce qu'elle a &#233;t&#233; et de ce qu'elle doit devenir. L'id&#233;ologie de J. Zerzan est sans doute g&#233;n&#233;reuse, et soul&#232;ve par ailleurs des probl&#232;mes int&#233;ressants, mais elle n'est qu'une id&#233;ologie.
Les th&#232;ses de Zerzan ne semblent en outre, dans le petit milieu o&#249; elles ont &#233;t&#233; diffus&#233;es, n'avoir soulev&#233; aucun d&#233;bat, et n'avoir rencontr&#233; qu'une approbation ou une r&#233;probation vague, du moins &#224; notre connaissance. Le but de cette brochure est &#233;galement de lancer ce d&#233;bat, sur des bases plus concr&#232;tes.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I. La pr&#233;histoire manipul&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce que nous savons de l'aube de l'humanit&#233;, nous le savons par l'&#233;tude des traces mat&#233;rielles que les premiers hommes ont laiss&#233;es, et qui sont parvenues jusqu'&#224; nous. Ces traces sont essentiellement, pour les premiers temps, des ossements animaux et humains, et des pierres taill&#233;es. Leur disposition dans des sites particuliers apporte &#233;galement de pr&#233;cieuses informations. Le fait essentiel est que ces traces sont extr&#234;mement fragmentaires, impossibles &#224; dater avec une grande pr&#233;cision. A partir de ces traces, les pr&#233;historiens &#233;tablissent des hypoth&#232;ses, puis b&#226;tissent des th&#233;ories, souvent bouscul&#233;es par des d&#233;couvertes ult&#233;rieures. La pr&#233;histoire est un domaine de la connaissance tr&#232;s mouvant, toujours soumis &#224; des changements : l'id&#233;e que nous nous faisons de cette p&#233;riode, ou plut&#244;t de ces p&#233;riodes, ne peut &#234;tre aussi pr&#233;cise que celle que nous nous faisons de p&#233;riodes plus r&#233;centes. Les certitudes sont rares, et plut&#244;t g&#233;n&#233;rales que pr&#233;cises. Les trente derni&#232;res ann&#233;es, avec de nombreuses d&#233;couvertes et l'&#233;volution des m&#233;thodes, ont consid&#233;rablement affin&#233; l'image caricaturale de la pr&#233;histoire qui a pr&#233;valu jusqu'au milieu du XX&#232;me si&#232;cle. En m&#234;me temps, d'autres probl&#232;mes sont apparus, tendant &#224; rendre les questions toujours plus compliqu&#233;es.
La d&#233;finition m&#234;me de l'homme pose probl&#232;me. On compte g&#233;n&#233;ralement pour toute la p&#233;riode pal&#233;olithique, qui s'&#233;tend sur environ 2,5 ou 3 millions d'ann&#233;es, quatre repr&#233;sentants du genre Homo : d'abord le plus ancien, Homo habilis, d'o&#249; descendent les trois esp&#232;ces plus r&#233;centes, chronologiquement : Homo erectus (Pith&#233;canthropiens), Homo sapiens archa&#239;que (N&#233;andertaliens), et enfin l'homme &#171; moderne &#187;, le seul qui reste aujourd'hui pr&#233;sent sur la plan&#232;te, Homo sapiens sapiens. Avant le plus ancien repr&#233;sentant du genre Homo, on a diff&#233;rentes esp&#232;ces d'Australopith&#232;ques, qu'Homo habilis c&#244;toya longtemps, lui-m&#234;me descendant d'un type d'Australopith&#232;que dit gracile. Ces primates anthropo&#239;des se servaient d'outils de pierre et d'os et pratiquaient sans doute la chasse organis&#233;e, mais ne font pas partie (pour l'instant du moins) du club Homo. Il est &#233;galement &#224; noter que bien qu'appartenant au genre Homo, l'Homo habilis n'est g&#233;n&#233;ralement pas consid&#233;r&#233; comme faisant partie de la m&#234;me esp&#232;ce qu'Homo sapiens sapiens.
A partir de ces quelques donn&#233;es de base, on peut d&#233;j&#224; apercevoir les manipulations op&#233;r&#233;es par Zerzan. Au vu des nombreuses citations auxquelles il a recours dans ses articles, on ne peut le soup&#231;onner d'&#234;tre ignorant du sujet dont il parle. Les omissions, ou plut&#244;t le choix qu'il fait de certaines th&#233;ories au d&#233;triment d'autres marquent donc une volont&#233; d&#233;lib&#233;r&#233;e de sa part. Zerzan veut dresser un tableau idyllique des d&#233;buts de l'humanit&#233; : il va donc rechercher les &#233;l&#233;ments qui vont lui permettre de dresser ce tableau.
Il importe d'abord &#224; notre id&#233;ologue de faire remonter l'humanit&#233; le plus loin possible, et ce pour une raison pr&#233;cise : plus l'homme &#233;volue vers sa forme &#171; moderne &#187;, plus les &#233;l&#233;ments montrant l'existence de ce que Zerzan nomme &#171; ali&#233;nation &#187; (pratiques artistiques et religieuses, langage articul&#233;, sens du temps et du projet, etc.) deviennent incontestables. Il lui faut donc se tourner vers les moments les plus archa&#239;ques de l'&#233;volution humaine. Les N&#233;andertaliens m&#234;me (300 &#224; 400 000 ans) lui paraissent un peu trop &#171; cultiv&#233;s &#187;. Il ira donc chercher ses exemples de pr&#233;f&#233;rence chez les tous premiers humains, les fameux Homo habilis. Mais m&#234;me cette solution pose pas mal de probl&#232;mes. Zerzan s'en sortira au prix de contorsions intellectuelles &#224; la limite de l'honn&#234;tet&#233;.
Il annonce d'ailleurs lui-m&#234;me ce que sera sa m&#233;thode au d&#233;but de Futur Primitif : apr&#232;s avoir &#233;mis des r&#233;serves de bon aloi sur la science s&#233;par&#233;e, il consent &#224; reconna&#238;tre que ce qu'il appelle avec m&#233;pris la &#171; litt&#233;rature sp&#233;cialis&#233;e &#187;, c'est &#224; dire scientifique, &#171; peut n&#233;anmoins fournir une aide hautement appr&#233;ciable &#187;. Et qu'est ce qui d'autre &#171; pourrait &#187; nous la fournir, cette &#171; aide &#187;, &#224; moins de devenir nous-m&#234;mes arch&#233;ologues, c'est &#224; dire tenants de l'affreux savoir s&#233;par&#233; ? S'imagine-t-il que les premiers hommes vont ressusciter pour venir nous raconter comment ils vivaient ? L'arch&#233;ologie est la seule source disponible pour qui veut savoir ce que fut l'humanit&#233; des premiers temps. Et donc, quoiqu'on puisse en dire par ailleurs, nous sommes oblig&#233;s de raisonner &#224; partir de ses d&#233;couvertes. Elle n'est pas une &#171; aide &#187;, elle est tout ce que nous avons.
Mais pour Zerzan, les d&#233;couvertes scientifiques ne sont qu'un moyen de d&#233;velopper son id&#233;ologie. C'est pourquoi il entend aborder la science &#171; avec la m&#233;thode et la vigilance appropri&#233;es &#187;, et qu'il se d&#233;clare &#171; d&#233;cid&#233; &#224; en franchir les limites &#187;. En clair, il ne tiendra aucun compte de ce qui le g&#234;ne, se r&#233;servera le droit d'utiliser l'argument de l'autorit&#233; scientifique (avec, il faut le noter, plus de certitude que les scientifiques eux-m&#234;mes) lorsque cela lui conviendra, et de le rejeter lorsqu'il aura cess&#233; de lui convenir. C'est l&#224; l'essentiel de la &#171; m&#233;thode &#187; de Zerzan, qui se retrouve dans tous ses textes. Il s'agit d'instrumentaliser la science, qui, parce qu'elle n'est qu'une institution culturelle, ne peut jamais &#234;tre objective, et doit donc &#234;tre prise comme telle. C'est l&#224; une vieille conception de l'activit&#233; scientifique mise au service d'une id&#233;ologie, que les braves docteurs Lyssenko et Mengele illustr&#232;rent brillamment au cours du si&#232;cle pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#171; m&#233;thode &#187; pos&#233;e, observons-en les d&#233;veloppements.
On peut commencer par le probl&#232;me de la chasse : Zerzan est non-violent, s&#251;rement v&#233;g&#233;tarien, et donc il consid&#232;re que manger de la viande est immoral, puisque cela implique de tuer des animaux, et mauvais pour la sant&#233;. En outre, c'est fatigant et oblige &#224; s'organiser. La cueillette doit donc avoir &#233;t&#233; l'&#233;tat naturel de la &#171; bonne &#187; humanit&#233;, c'est &#224; dire de celle qui ressemble le plus &#224; Zerzan lui-m&#234;me. Reste &#224; le d&#233;montrer. Il ne le d&#233;montre pas, il l'affirme.
Selon lui, &#171; on admet d&#233;sormais couramment &#187; que la cueillette constituait &#171; la principale ressource alimentaire &#187;. Qui admet ceci, et &#224; partir de quoi, il ne le dit pas. Et la &#171; principale &#187; ressource ne signifie pas la &#171; seule &#187; ressource. Mais &#231;a n'est pas grave : cette affirmation, noy&#233;e dans des consid&#233;rations sur la non-division sexuelle du travail (Zerzan est aussi f&#233;ministe, bien s&#251;r), permet, par un simple effet de langage, de donner l'impression que les premiers humains &#233;taient v&#233;g&#233;tariens.
Mais il va plus loin : il affirme, avec un certain Binford, &#171; qu'aucune trace tangible de pratiques bouch&#232;res n'indique une consommation de produits animaux jusqu'&#224; l'apparition, relativement r&#233;cente, d'humains anatomiquement modernes. &#187; Revoil&#224; donc ces foutus N&#233;andertaliens, porteurs de tous les maux.
Il y a tout de m&#234;me un probl&#232;me. Comme nous l'avons indiqu&#233; au d&#233;but, la connaissance de la pr&#233;histoire repose sur les d&#233;couvertes de sites arch&#233;ologiques. Je ne sais sur quoi s'appuie Binford pour affirmer l'absence de consommation de viande, ou plus exactement de &#171; pratiques bouch&#232;res &#187; avant une date si &#171; r&#233;cente &#187;, mais il y a au moins un site, parmi les plus connus et les plus anciens ( 1,8 millions d'ann&#233;es) qui d&#233;montrerait le contraire : le site d'Olduva&#239;, au Nord de la Tanzanie, o&#249; l'on a d&#233;couvert entre 1953 et 1975 les restes de premiers Homo habilis, nos plus lointains anc&#234;tres, donc. On y a &#233;galement trouv&#233; les restes d'un &#233;l&#233;phant, m&#234;l&#233; &#224; plus de 200 outils, ayant servi au d&#233;pe&#231;age. On pourrait dire que cela n'indique pas la chasse, mais peut-&#234;tre une pratique charognarde, il n'en reste pas moins que le d&#233;pe&#231;age est bien une &#171; pratique bouch&#232;re &#187;. Sur le m&#234;me site, on a &#233;galement d&#233;couvert trois cr&#226;nes de la m&#234;me esp&#232;ce d'antilope portant la m&#234;me fracture, r&#233;sultant d'un coup port&#233; &#224; l'aide d'un galet ou d'une massue. Cela indique sans doute une pratique d'abattage d&#233;j&#224; codifi&#233;e, suivant des r&#232;gles pr&#233;cises, et d&#233;ment en tout cas la th&#232;se d'une consommation de viande seulement occasionnelle, et encore plus celle d'un v&#233;g&#233;tarisme g&#233;n&#233;ralis&#233; jusqu'&#224; l'apparition de l'homme &#171; moderne &#187;.
De m&#234;me, sur le site du Vallonnet, d&#233;couvert en 1962 et remontant &#224; 950 000 ans, on a retrouv&#233; les restes d'une baleine certainement &#233;chou&#233;e sur une plage voisine, qui fut tra&#238;n&#233;e jusqu'&#224; cette grotte pour y &#234;tre d&#233;pec&#233;e. Les premiers outils de pierre n'ont donc pas uniquement et tous servi, comme il est assez &#233;vident, au &#171; travail des mati&#232;res v&#233;g&#233;tales &#187;. La citation que fait l'auteur en p.38 de Futur Primitif d'outils r&#233;serv&#233;s &#224; cet usage, n'est donc valable, si elle est exacte, que dans le cas particulier qu'il cite, cas particulier qu'il tente, par une m&#233;thode oratoire classique, de faire passer pour une g&#233;n&#233;ralit&#233;.
Notre objectif dans cette brochure n'est pas de trancher des d&#233;bats sur la pr&#233;histoire : nous n'en avons ni les moyens ni le d&#233;sir. Nous observons simplement que Zerzan, qui n'ignore rien du site d'Olduva&#239;, puisqu'il en fait mention p.44 de Futur Primitif, pour vanter la beaut&#233; de la hache acheul&#233;enne, et conna&#238;t tr&#232;s certainement celui du Vallonet, les oublie purement et simplement lorsqu'il s'agit d'&#233;voquer des th&#232;ses qui ne le satisfont pas. Lorsqu'on avance une th&#232;se, en arch&#233;ologie comme ailleurs, il semble &#233;vident que l'on doit au moins citer, et au mieux d&#233;monter, les th&#232;ses qui pourraient contredire celle qu'on avance. Zerzan ignore la contradiction, ou plus exactement, il la tait. Ne pas soulever la contradiction est une pratique courante du mensonge social organis&#233; que Zerzan voudrait d&#233;noncer. Employant ses m&#233;thodes, m&#234;me dans un autre but, Zerzan fait partie de ce mensonge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut &#233;voquer &#233;galement la question du f&#233;minisme de Zerzan, et de sa projection dans l'&#233;tude de la pr&#233;histoire. Pour &#233;tayer la th&#232;se de la non-division sexuelle du travail, Zerzan avance d'abord la pr&#233;dominance de la cueillette, comme &#233;tant &#171; naturellement &#187; une activit&#233; non divis&#233;e sexuellement. Malgr&#233; ce que nous avons dit plus haut, la pr&#233;dominance de la cueillette est &#224; peu pr&#232;s certaine. Nous avons seulement pr&#233;cis&#233; qu'elle n'&#233;tait certainement pas la seule activit&#233; nourrici&#232;re des premiers hommes. Pour autant, que pouvons nous savoir de la division sexuelle ou pas de cette t&#226;che &#224; cette &#233;poque ? Nous pouvons extrapoler &#224; partir des chasseurs-cueilleurs existant aujourd'hui. Mais les chasseurs-cueilleurs d'aujourd'hui ne sont pas plus &#171; primitifs &#187; que nous ne le sommes nous-m&#234;mes. En clair, il sont aussi sapiens sapiens que nous. Tout ce qu'on peut dire de la culture des premiers hommes d'il y a deux millions d'ann&#233;es ne sera jamais qu'extrapolations et suppositions. Il est aussi absurde de supposer que les conditions sociales des ces groupes premiers n'ont pas &#233;volu&#233; en deux millions d'ann&#233;es que de parler de &#171; l'homme pr&#233;historique &#187;, comme d'une seule et m&#234;me esp&#232;ce, une entit&#233; unique. Ne parlons m&#234;me pas dans ce cadre d'&#233;voquer la &#171; condition de la femme &#187; pr&#233;historique.
Zerzan donne &#233;galement pour argument, faisant cette fois appel &#224; Joan Gero, que &#171; les outils de pierre pouvaient avoir &#233;t&#233; aussi bien ceux d'hommes que de femmes &#187;. Certes. Mais cela ne signifie absolument pas qu'ils l'aient &#233;t&#233;. Dans ce cas, le plus honn&#234;te est de dire qu'on n'en sait rien. Mais l'honn&#234;tet&#233;, comme on l'a vu, n'est pas le souci principal de Zerzan. De m&#234;me, nous dit cette fois Poirier, il n'existe &#171; aucune preuve arch&#233;ologique &#224; l'appui de la th&#233;orie selon laquelle les premiers humains aient pratiqu&#233; une division sexuelle du travail &#187;. Ce qui, pour Poirier, n'est qu'une absence de preuve, en constitue visiblement une pour Zerzan. Ce qui ressort simplement de ces citations, c'est seulement que nous ne pouvons pas dire qu'une telle division ait exist&#233;. Il est &#233;galement possible que les femmes aient particip&#233; aux chasses primitives, voire m&#234;me les enfants. Le probl&#232;me est qu'en l'absence de preuves arch&#233;ologiques, nous ne pouvons rien dire.
Dans le cadre de son f&#233;minisme, Zerzan produit aussi une th&#233;orie de la r&#233;duction du dimorphisme sexuel, et en particulier de la diminution de la taille des canines chez les m&#226;les. Il dit que &#171; la disparition des grandes canines chez le m&#226;le &#233;taye fortement la th&#232;se selon laquelle la femelle de l'esp&#232;ce aurait op&#233;r&#233; une s&#233;lection en faveur des m&#226;les sociables et partageurs &#187;. Mais la disparition des grandes canines ne vient rien &#171; &#233;tayer &#187; de semblable, et encore moins &#171; fortement &#187;. La disparition des grandes canines est le r&#233;sultat d'un processus, elle n'est pas l&#224; pour &#171; &#233;tayer &#187; quoi que ce soit. On voit mal pourquoi les jeunes qui auraient les &#171; dents longues &#187; seraient moins &#171; sociables et partageurs &#187; que les autres, ni surtout en quoi &#234;tre &#171; sociable et partageur &#187; ferait en soi raccourcir les dents. Des tas de primates &#171; sociables et partageurs &#187; ont encore aujourd'hui les &#171; dents longues &#187;. Mais c'est parce que, nous dit Zerzan, chez les primates, la femelle &#171; n'a pas ce choix &#187;. Un des r&#233;sultats de la lib&#233;ration de la femme au pal&#233;olithique aurait &#233;t&#233; de faire raccourcir les dents des jeunes m&#226;les. C'est assez confondant, mais cela r&#233;v&#232;le surtout la repr&#233;sentation que se fait Zerzan, f&#233;ministe am&#233;ricain, de la &#171; lutte des sexes &#187;, et sa projection de cette repr&#233;sentation dans l'&#233;tude de la pr&#233;histoire.
Au passage, et bien qu'encore une fois notre objectif ne soit pas de discuter des th&#232;ses arch&#233;ologiques, nous indiquerons simplement qu'une autre th&#232;se couramment admise consid&#232;re que la diminution de la taille de la dentition soit due &#224; cette &#233;poque &#224; l'allongement de la dur&#233;e de l'enfance et de l'adolescence. L'enfant &#233;tant ainsi plac&#233; plus longtemps sous la protection des adultes, ce qui lui permet d'acqu&#233;rir les comp&#233;tences techniques complexes que n&#233;cessite l'industrie lithique, subvient plus tard &#224; ses besoins alimentaires, ce qui fait que sa dentition cro&#238;t, au fil des g&#233;n&#233;rations, avec plus de lenteur. Cette th&#233;orie vaut bien celle de la s&#233;lection directe par les femelles. Mais elle est moins spectaculaire, moins f&#233;ministe, et surtout tend &#224; montrer que l'organisation sociale en ces temps recul&#233;s avait d&#233;j&#224; atteint un degr&#233; de complexit&#233; tel que quelque chose comme un apprentissage sp&#233;cialis&#233; soit d&#233;j&#224; devenu n&#233;cessaire. La th&#232;se folklorique de la s&#233;lection par les femelles est donc l&#224; pour masquer le &#171; probl&#232;me &#187; d'une socialisation complexe d&#232;s les d&#233;buts de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce stade de notre analyse du texte de Zerzan, on voit clairement que m&#234;me en faisant remonter l'humanit&#233; &#224; ses plus anciens repr&#233;sentants, il ne parvient pas, et pour cause, &#224; d&#233;montrer l'existence de la &#171; bonne &#187; humanit&#233; qu'il recherche. Ne la trouvant pas, il la sugg&#232;re par diff&#233;rents moyens, d'ordre essentiellement rh&#233;torique, et par la dissimulation d'informations qu'il d&#233;tient incontestablement.
Nous ne disons pas que tout ce qu'il a avanc&#233; est faux. Nous disons qu'il cherche &#224; dresser un tableau uniforme de la vie des hommes pr&#233;historiques, &#224; partir d'a priori et de projections de sa propre id&#233;ologie. Ce qui est un danger essentiel lorsqu'on &#233;tudie d'autres cultures, et d'autant plus dans le cas de cultures si &#233;loign&#233;es dans le temps et sur lesquelles nous avons si peu d'informations que les cultures pal&#233;olithiques, &#224; savoir le danger de projeter sa propre culture sur celle des autres, Zerzan l'&#233;rige en m&#233;thode. Cette tendance inh&#233;rente &#224; toutes les sciences humaines, dont aucune science humaine ne pourra jamais se d&#233;faire (l'homme se prenant lui-m&#234;me pour objet d'&#233;tude &#233;tant &#233;galement un sujet, faisant partie d'une culture, et raisonnant &#224; partir d'elle), oblige &#224; la plus grande prudence. Le plus s&#251;r moyen de se tromper face &#224; quelque r&#233;alit&#233; que ce soit est de vouloir &#224; tout prix lui faire dire quelque chose. Nous ne disons pas non plus qu'il soit interdit de prendre des risques, ni qu'il faille bannir toute intuition. Nombre de grandes d&#233;couvertes sont le fruit d'une intuition premi&#232;re. On peut tout au moins, &#224; partir de faits concrets, poser des hypoth&#232;ses, et, si ces hypoth&#232;ses se v&#233;rifient, aller jusqu'&#224; la th&#233;orie. Mais Zerzan ne va pas jusqu'&#224; la th&#233;orie, puisque les &#171; hypoth&#232;ses &#187; sont pour lui d&#233;j&#224; la r&#233;ponse. Et, faisant ceci, il ne se &#171; trompe &#187; m&#234;me pas. C'est pire que &#231;a. Il manipule d&#233;lib&#233;r&#233;ment des informations. En un mot, il ment, c'est &#224; dire qu'il veut tromper les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cas que nous avons &#233;tudi&#233;s, celui de la chasse et celui de la division sexuelle des t&#226;ches, ne sont finalement que des d&#233;tails de l'id&#233;ologie de Zerzan. Dans Futur Primitif est exprim&#233;e une th&#232;se, qui se retrouve dans tous ses articles et semble v&#233;ritablement en &#234;tre la th&#232;se centrale (cf. le titre original d'Aux sources de l'ali&#233;nations : Elements of Refusal) de cette reconstruction historique boiteuse. Cette th&#232;se, il l'exprime ainsi, &#224; la p.47 de Futur Primitif : &#171; Il me para&#238;t &#224; l'inverse tr&#232;s plausible que l'intelligence, donc la conscience des richesses que procure l'existence du cueilleur-chasseur, soit la raison m&#234;me de cette absence marqu&#233;e de &#187; progr&#232;s &#171; . A l'&#233;vidence, l'esp&#232;ce a d&#233;lib&#233;r&#233;ment refus&#233; la division du travail, la domestication et la culture symbolique jusqu'&#224; une date relativement r&#233;cente. &#187;
On peut une nouvelle fois admirer la fa&#231;on dont il se sert du langage, qu'il d&#233;nonce ailleurs comme instrument de domination. Une nouvelle fois l'hypoth&#232;se devient imm&#233;diatement conclusion. On passe du &#171; il para&#238;t plausible &#187; &#224; &#171; l'&#233;vidence &#187;. Entre les deux, il n'y a rien. Juste le point qui s&#233;pare une phrase d'une autre. Juste le vide d'une pens&#233;e qui se paye de mots.
La seule ombre d'argument qu'il donne pour &#233;tayer cette th&#232;se centrale, la th&#232;se du refus conscient du progr&#232;s par l'humanit&#233;, c'est que 1) les humains pal&#233;olithiques &#233;taient aussi &#171; intelligents &#187; que nous, et que donc ils avaient les moyens intellectuels de ce progr&#232;s 2) ce progr&#232;s n'a pas eu lieu, pendant plus de deux millions d'ann&#233;es. C'est donc, &#171; &#224; l'&#233;vidence &#187;, que les humains ont refus&#233; ce progr&#232;s.
Comme on peut s'en douter, les choses sont un peu plus compliqu&#233;es que &#231;a. Il n'est d'ailleurs pas n&#233;cessaire d'avoir des connaissances approfondies dans le domaine de la pr&#233;histoire pour voir ce que ce &#171; raisonnement &#187; a de vicieux. Ce n'est pas tellement que la th&#232;se de d&#233;part soit si absurde que &#231;a : apr&#232;s tout, pourquoi pas ? Seulement, il faudrait la d&#233;montrer. Comment pourrait-on d&#233;montrer cette th&#232;se ? Tout simplement par des d&#233;couvertes arch&#233;ologiques, et un raisonnement logique &#224; partir de ces d&#233;couvertes, puisque nous n'avons pas d'autre moyen de d&#233;montrer quoi que ce soit pour cette p&#233;riode.
Posons donc un peu le probl&#232;me. Pour pouvoir parler de &#171; refus &#187;, il faut que la personne ou le groupe concern&#233; ait connaissance de ce qu'il refuse. On ne refuse que ce qui nous est &#171; propos&#233; &#187;, que ce qui se pr&#233;sente &#224; nous. On peut, par exemple, parler du &#171; refus &#187; du m&#233;tier &#224; tisser par les ouvriers du textile anglais de 1830. Il faudrait donc, pour qu'on puisse parler du refus de l'agriculture et de l'&#233;levage par les humains pal&#233;olithiques, que ces pratiques se soient pr&#233;sent&#233;es &#224; eux, qu'ils les aient exp&#233;riment&#233;es, puis rejet&#233;es.
Il faudrait donc pour d&#233;montrer cette th&#232;se que soit trouv&#233; un site d&#233;montrant que des humains aient commenc&#233;, &#224; un moment donn&#233; de la pr&#233;histoire, &#224; pratiquer l'&#233;levage ou l'agriculture, puis les aient brutalement abandonn&#233;s, pour reprendre leur vie de chasseur-cueilleur. On pourrait bien dans ce cas parler de &#171; refus &#187;. Mais pour l'instant, un tel site n'a pas &#233;t&#233; d&#233;couvert. S'il l'avait &#233;t&#233;, Zerzan se serait empress&#233; de l'indiquer, et il aurait eu raison. Mais &#231;a n'est pas le cas. En fait, d&#232;s que les humains ont pratiqu&#233; l'agriculture ou l'&#233;levage, ils ne sont plus jamais revenus &#171; en arri&#232;re &#187;. On a des cas, au tout d&#233;but du n&#233;olithique, d'humains s&#233;dentaires pratiquant aussi la cueillette et la chasse, mais ces groupes ont ensuite &#233;volu&#233; vers l'agriculture seule, et n'ont pas, &#224; notre connaissance, d&#233;truit leurs maisons &#171; en dur &#187;, abandonn&#233; leurs champs et repris leur vie nomade.
Voil&#224; ce qu'aurait d&#251; &#234;tre la d&#233;marche de Zerzan : &#224; partir d'une hypoth&#232;se de d&#233;part, rechercher des &#233;l&#233;ments concrets, articul&#233;s par une d&#233;marche logique, pouvant la confirmer. Aussi longtemps qu'aucun &#233;l&#233;ment n'est l&#224; pour la d&#233;montrer, une hypoth&#232;se n'est que ce qu'elle est : une vue de l'esprit, qui peut &#234;tre f&#233;conde, ou au contraire s'av&#233;rer inop&#233;rante. Pour l'instant, l'hypoth&#232;se de Zerzan est inop&#233;rante. Nous ne lui reprochons pas de l'avoir avanc&#233;e, nous ne disons m&#234;me pas qu'elle ne sera jamais d&#233;montr&#233;e. Nous disons qu'il rel&#232;ve d'une pratique mensong&#232;re et id&#233;ologique d'avancer une hypoth&#232;se comme &#171; &#233;vidente &#187; alors qu'il n'y a pas le d&#233;but d'une preuve pour l'&#233;tayer.
Zerzan aurait pu aussi explorer une autre voie pour d&#233;montrer son hypoth&#232;se (au passage, il est tout de m&#234;me assez scandaleux que nous soyons contraints de faire ce travail &#224; sa place). Il y a des r&#233;gions, aujourd'hui encore, o&#249; des chasseurs-cueilleurs c&#244;toient de plus ou moins loin des agriculteurs s&#233;dentaires. On peut parler par exemple de certains Bushmen d'Afrique, dont certaines enqu&#234;tes ethnologiques ont r&#233;v&#233;l&#233; qu'ils trouvaient l'agriculture &#171; inutile ou &#233;puisante &#187;. Il y aurait bien l&#224; un &#171; refus &#187; en connaissance de cause. Cependant, &#224; notre connaissance, ces Bushmen ne sont jamais pass&#233;s eux-m&#234;mes par l'agriculture, qu'ils auraient rejet&#233; &#171; de l'int&#233;rieur &#187;. On peut dire selon ce point de vue qu'ils rejettent l&#224;, avant tout, un mode de vie qui est ext&#233;rieur &#224; leur propre culture. Il est d'ailleurs notable &#224; ce sujet, que si les nomades ne vont pas vers les s&#233;dentaires, les s&#233;dentaires ne vont pas non plus vers les nomades. Quels arguments donneraient les agriculteurs pour justifier leur &#171; refus &#187; de l'&#233;tat de chasseur-cueilleur ? Zerzan dirait sans doute qu'ils sont d&#233;j&#224; irr&#233;m&#233;diablement ab&#238;m&#233;s par la culture ali&#233;n&#233;e, et qu'ils sont donc incapables de revenir &#224; la &#171; bonne &#187; humanit&#233;. Peut-&#234;tre bien, mais nous n'avons r&#233;ellement aucun moyen d'estimer le degr&#233; d'ali&#233;nation d'une culture par rapport &#224; une autre, ni m&#234;me de savoir si le concept &#171; d'ali&#233;nation &#187; est pertinent dans ce cas l&#224;.
Ce qui est int&#233;ressant dans ce cas de figure, c'est que les groupes semblent &#171; &#233;tanches &#187; les uns aux autres, et que le &#171; refus &#187; de se renomadiser des s&#233;dentaires marque le fait qu'ils &#171; pr&#233;f&#232;rent &#187; conserver leur propre culture plut&#244;t qu'adopter un genre de vie radicalement diff&#233;rent, quelque satisfaction qu'il puisse, individuellement, leur donner. La culture s&#233;dentaire, une fois form&#233;e, n'est plus abandonn&#233;e, quel que soit le pr&#233;judice subi par les individus composant cette culture.
En outre, Zerzan conna&#238;t ce cas du contact de groupes s&#233;dentaires et de chasseurs-cueilleurs, puisqu'il cite l'exemple de s&#233;dentaires ayant recours &#224; des chasseurs-cueilleurs pour leur venir en aide en p&#233;riode de disette. Il n'en tire cependant aucune conclusion quant &#224; sa th&#232;se du &#171; refus &#187;, que ce soit pour tenter de l'&#233;tayer ou pour la remettre en cause. En fait, Zerzan ne tire jamais aucune conclusion, puisqu'une conclusion est le fruit d'un raisonnement et qu'il semble allergique &#224; tout raisonnement. Il se contente de citer les conclusions des autres, ou du moins les conclusions qui lui plaisent le plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le passage au n&#233;olithique on constate une v&#233;ritable &#171; r&#233;volution &#187;, comme il est classique de le dire. On peut &#233;galement parler, de fa&#231;on moins connot&#233;e, d'une gigantesque rupture. Un mode de vie, rest&#233; plus ou moins stable, du moins dans ses grandes lignes, durant 2,5 millions d'ann&#233;es, se transforme brutalement en un autre mode de vie qui, en poursuivant son &#233;volution, finit par devenir radicalement diff&#233;rent. Tout ceci ne s'est naturellement pas fait en un jour, mais la rapidit&#233; de progression de la rupture n&#233;olithique est, face aux &#171; lenteurs &#187; du pal&#233;olithique, quasiment exponentielle. Trois ou quatre mille ans ont suffi &#224; la g&#233;n&#233;raliser.
Zerzan indique, en citant Binford que &#171; la question &#224; poser n'est pas de savoir pourquoi l'agriculture ne s'est pas d&#233;velopp&#233;e partout mais plut&#244;t pourquoi elle s'est d&#233;velopp&#233;e tout court &#187;. Et c'est en effet bien la question, &#224; laquelle notre id&#233;ologue se garde bien de tenter de r&#233;pondre. Il faudrait pour ce faire mettre de c&#244;t&#233; la question purement n&#233;gative du &#171; refus &#187;, et se mettre &#224; entrer dans les d&#233;tails. Or, on sait bien que &#171; le diable g&#238;t dans les d&#233;tails &#187;, c'est &#224; dire le doute et les difficult&#233;s. Il faudrait commencer &#224; parler des facteurs climatiques, de la d&#233;mographie, de la structure m&#234;me des soci&#233;t&#233;s pr&#233;-n&#233;olithiques, et d'un tas d'autres choses pas tr&#232;s po&#233;tiques. Il est a noter tout de m&#234;me que le passage au n&#233;olithique reste assez myst&#233;rieux, dans l'&#233;tat actuel des connaissances. Il n'y a, comme d'habitude, que des th&#233;ories.
Il existe la th&#233;orie d'un changement climatique ayant modifi&#233; profond&#233;ment le milieu humain, qui aurait pouss&#233; les humains &#224; &#171; s'adapter &#187; en pratiquant l'agriculture. On peut opposer &#224; cette th&#233;orie le fait qu'en 3 millions d'ann&#233;es, il y a eu suffisamment de changements climatiques de cette sorte pour permettre une quinzaine de r&#233;volutions n&#233;olithiques, qui n'ont cependant manifestement pas eu lieu.
Sur les rapports de l'homme et de son milieu, nous avons ici des &#233;l&#233;ments int&#233;ressants. D&#232;s l'Acheul&#233;en moyen (entre 400 000 et 300 000 ans, &#224; la fronti&#232;re entre erectus et sapiens archa&#239;que), pendant la glaciation Riss, on observe la m&#234;me progression dans la taille des outils (la fameuse hache acheul&#233;enne vant&#233;e par Zerzan), que ce soit en Europe, en Afrique, ou dans le Proche-Orient. Cela signifie donc que nous avons l&#224; une m&#234;me culture, qui &#233;volue, du moins dans son aspect technique, ind&#233;pendamment des contraintes du milieu naturel. La fameuse &#171; harmonie avec la nature &#187; est donc s&#233;rieusement remise en cause. Le milieu naturel semble en effet agir assez peu sur les cultures pal&#233;olithiques, m&#234;me si ces cultures n'agissent pas encore massivement, comme au n&#233;olithique, sur le milieu naturel. Mais la &#171; rupture &#187;, du moins tendanciellement, est d'ores et d&#233;j&#224; consomm&#233;e. C'est &#224; dire que l'&#233;volution humaine est plus conditionn&#233;e, d&#232;s le d&#233;part, par ses propres structures sociales que par l'influence du milieu naturel.
Il est &#233;galement int&#233;ressant de noter que dans ce cadre, les id&#233;es de Marx sur la &#171; ma&#238;trise de la nature &#187;, qui ont contribu&#233; &#224; fonder l'id&#233;ologie progressiste de l'ancien mouvement ouvrier, sont &#233;galement &#224; remettre en cause, mais d'une tout autre mani&#232;re que celle de Zerzan. La domination de la nature n'est pas inscrite dans la destin&#233;e des soci&#233;t&#233;s humaines. Lorsque les hommes taillent des outils, ils ne cherchent pas &#224; &#171; ma&#238;triser la mati&#232;re inerte &#187;, mais &#224; produire ce dont leurs soci&#233;t&#233;s ont besoin. Ils ne cherchent pas d'embl&#233;e &#224; ma&#238;triser le milieu naturel, qu'ils ont pris tel qu'il &#233;tait durant tout le pal&#233;olithique, ce qui ne signifiait pas non plus qu'ils &#233;taient plus en &#171; harmonie &#187; avec lui qu'ult&#233;rieurement avec l'&#233;levage et l'agriculture. On pourrait dire &#224; la limite que le &#171; milieu naturel &#187; n'existe pas pour les soci&#233;t&#233;s humaines, si on ne craignait pas de tomber dans une extrapolation &#224; la Zerzan. Les soci&#233;t&#233; humaines semblent en tout cas viser plus &#224; leur propre conservation, au maintien de leurs propres structures, qu'&#224; la domination du milieu environnant. Ce qui s'est pass&#233; au n&#233;olithique, c'est que la conservation des structures sociales passait par la domination du milieu naturel, domination qui entra&#238;nait &#224; son tour la cr&#233;ation de nouvelles structures. Cette domination n'&#233;tait donc pas le but de l'humanit&#233; (sa &#171; t&#226;che historique &#187; comme celle du prol&#233;tariat serait de faire la r&#233;volution), mais la cons&#233;quence d'une socialisation nouvelle.
Suivant cette th&#233;orie, le passage au n&#233;olithique ne serait donc ni une adaptation aux contraintes du milieu, ni comme semble le sugg&#233;rer Zerzan une sorte de conspiration de l'Esprit de la Domination contre l'Esprit de la Libert&#233;, mais une mutation li&#233;e &#224; une modification de la structure sociale elle-m&#234;me. A quoi attribuer cette modification ? Le facteur le plus probable est un facteur social interne mais aussi &#171; naturel &#187; (quoiqu'on pourrait s&#233;rieusement discuter de l'aspect &#171; naturel &#187; de ce facteur pour les soci&#233;t&#233; humaines), &#224; savoir l'accroissement d&#233;mographique.
On sait que les soci&#233;t&#233;s de chasseurs-cueilleurs, lorsque les tensions internes ou la pression sur l'environnement deviennent trop fortes, &#171; scissionnent &#187; pour former un nouveau groupe. On peut imaginer qu'&#224; un moment donn&#233; la d&#233;mographie &#233;tant devenue trop importante pour permettre cette &#171; scission &#187;, la s&#233;dentarisation s'est alors impos&#233;e comme la meilleure solution possible. On aurait l&#224;, avec la construction de maisons &#171; en dur &#187; l'apparition premi&#232;re d'espaces &#171; priv&#233;s &#187;, permettant de limiter les tensions &#224; l'int&#233;rieur du groupe, sans toutefois avoir recours &#224; la &#171; scission &#187; devenue probl&#233;matique.
Cette th&#232;se implique que les humains se seraient d'abord s&#233;dentaris&#233;s, et n'auraient que plus tardivement pratiqu&#233; l'agriculture et l'&#233;levage. On peut l'&#233;tayer arch&#233;ologiquement gr&#226;ce aux sites Natoufiens, dans la r&#233;gion Syrie-Palestine, qui remontent &#224; environ 10 000 ans, donc aux tout d&#233;buts du n&#233;olithique. Les Natoufiens b&#226;tissaient des maisons &#171; en dur &#187;, mais ne pratiquaient, au d&#233;but du moins de leur implantation, ni l'agriculture ni l'&#233;levage. En fait ils avaient encore recours essentiellement &#224; la cueillette et moindrement &#224; la chasse. Mais le village &#233;tait devenu leur point d'ancrage essentiel. Ils &#233;taient toujours des chasseurs-cueilleurs, mais s&#233;dentaires. Et comme ils se nourrissaient essentiellement de c&#233;r&#233;ales sauvages, on peut supposer que c'est le stockage de ces graines dans un lieu fixe qui rendit possible l'agriculture. On peut &#233;galement penser qu'un village de cette sorte a d&#251; attirer les animaux de toutes sortes, dont certains se sont peut-&#234;tre auto-domestiqu&#233;s progressivement.
Quoiqu'il en soit, ce type de site semble confirmer la th&#232;se d'une s&#233;dentarisation initi&#233;e par la modification de certaines structures sociales, une &#171; r&#233;volution &#187; entra&#238;n&#233;e par le danger encouru par les soci&#233;t&#233;s humaines de ne plus pouvoir reproduire telle quelle la socialisation pr&#233;c&#233;dente. Paradoxalement, on pourrait dire que le n&#233;olithique est apparu par la tentative de la soci&#233;t&#233; pal&#233;olithique de se pr&#233;server elle-m&#234;me. La r&#233;volution n&#233;olithique fut d'abord l'instrument de cette nouvelle socialisation, qui allait entra&#238;ner les cons&#233;quences que l'on sait.
Quoi qu'il en soit, on est, dans ce mod&#232;le qui vaut ce qu'il vaut mais qui pr&#233;sente tout de m&#234;me l'avantage de pouvoir &#234;tre d&#233;montr&#233;, bien loin de la th&#232;se du &#171; refus &#187; de Zerzan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous allons quitter l&#224; Futur Primitif pour nous occuper plus rapidement de l'autre recueil d'articles de Zerzan, Aux sources de l'Ali&#233;nation. L'id&#233;ologie de Zerzan est essentiellement bas&#233;e sur la conception qu'il se fait des premiers temps de l'humanit&#233;. Nous avons d&#233;montr&#233; assez clairement que cette conception &#233;tait partiale, partielle, et que la th&#232;se centrale du &#171; refus &#187; ne reposait sur rien. A ce compte l&#224;, que reste-t-il de Futur Primitif ? Pas grand- chose. A peu pr&#232;s tout ce qui s'y trouve d'autre est expos&#233; dans le livre de M. Sahlins, Age de Pierre, Age d'abondance. On le lira avec plus de profit.
Pour d&#233;monter Futur Primitif, il n'&#233;tait pas besoin d'&#234;tre sp&#233;cialiste de la pr&#233;histoire ou de quoi que ce soit d'autre. Sans beaucoup de connaissances pr&#233;alables, une semaine de travail, un peu de logique, et un seul livre de r&#233;f&#233;rence, l'Introduction &#224; la Pr&#233;histoire de G. Camps, assorti du Dictionnaire de la Pr&#233;histoire de Leroi-Gourhan, nous ont suffi. N'importe qui d'autre aurait pu le faire. Zerzan a vraisemblablement mis&#233; sur le fait que personne ne le ferait. C'est &#224; dire qu'il a mis&#233; sur l'ignorance et le manque de curiosit&#233; de ses lecteurs. Il a essentiellement mis&#233; sur le fait qu'on le croirait sur parole. Cette attitude rel&#232;ve selon nous de la plus basse propagande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II. Aux Sources de l'Ali&#233;nation :
un mixage id&#233;ologique
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de nous pencher sur le &#171; fond &#187; de l'id&#233;ologie zerzanienne, observons-en un peu la forme. Ce qui saute d'abord aux yeux, lorsqu'on feuillette ses livres, c'est la masse de citations qu'il emploie. Ainsi, dans Aux Sources de l'Ali&#233;nation ( nous emploierons l'abr&#233;viation S.A. ), il y en a pr&#232;s de 300, ce qui nous donne &#224; peu pr&#232;s trois citations par page. Lorsqu'on emploie une telle masse de citations, c'est qu'on est soit scrupuleux &#224; l'extr&#234;me, soit qu'on veut &#233;pater le lecteur par sa culture, lui donner l'impression qu'on a absorb&#233; une masse de connaissances qui vont nous permettre d'en savoir plus que lui, d'avoir le dernier mot. Il nous est tous arriv&#233;s de croiser ce genre d'individu, qui dresse une sorte de mur de culture entre lui et son interlocuteur, se retranche derri&#232;re ce mur, pour &#233;viter de se d&#233;voiler, et pour dominer l'autre gr&#226;ce &#224; l'instrument culturel, employ&#233; comme une massue.
Zerzan se sert de ces citations pour donner &#224; son discours par ailleurs d&#233;cousu une apparence de scientificit&#233;. En outre, il se sert des auteurs qu'il cite comme le ventriloque se sert de ses marionnettes : ils apparaissent un instant, disent ce qu'on leur fait dire, et disparaissent. Les auteurs ainsi cit&#233;s pr&#233;sentent &#233;galement l'avantage de la cr&#233;dibilit&#233; : puisqu'Untel l'a dit, il est inutile de discuter.
Jamais il ne d&#233;montre ce que ces auteurs avancent, les citations sont toujours faites hors contexte, et surtout hors de tout raisonnement. Zerzan ne produit jamais de raisonnement, ne d&#233;montre jamais rien : il exhibe des mots. Comme dans Futur Primitif, il pratique le terrorisme de l'&#233;vidence.
Au d&#233;but du livre, il veut &#171; d&#233;clarer d'embl&#233;e une intention et une strat&#233;gie : la soci&#233;t&#233; technologique ne pourra &#234;tre dissoute (et emp&#234;ch&#233;e de se recycler) qu'en annulant le temps et l'histoire. &#187; Vaste programme, certes. L'homme ne manque pas d'ambition, ce que personne ne songerait &#224; lui reprocher. Mais qu'est ce que tout &#231;a signifie au juste ? Comment compte-t-il s'y prendre pour &#171; d&#233;truire le temps et l'histoire &#187; ? Compte-t-il le faire tout seul, ou avec d'autres ? Et quels autres ? On n'en sait rien. Ni cette &#171; intention &#187; ni cette &#171; strat&#233;gie &#187; ne sont d&#233;velopp&#233;es par la suite. C'est assez d&#233;cevant, mais bien caract&#233;ristique du fouillis de la pens&#233;e zerzanienne : il dit une chose, puis passe &#224; une autre, par association d'id&#233;es, association qui le chasse vers une autre, ainsi de suite. Cette m&#233;thode naturellement le fait tourner en rond. Il rebondit de citation en citation, d'une remarque &#224; l'autre, et &#224; la fin de son texte on n'a pas avanc&#233; d'un pouce, et pour cause : tout &#233;tait d&#233;j&#224; l&#224;, d&#232;s le d&#233;but. Et comme il ne remet jamais rien en cause, tout ne peut que rester en l'&#233;tat. A notre connaissance, c'est l&#224; la d&#233;finition m&#234;me de la &#171; r&#233;ification &#187;, concept marxiste dont il fait une utilisation abondante. Zerzan tourne en rond dans la nuit, et il ne consume rien d'autre que son temps, qu'il ferait mieux d'employer &#224; autre chose.
Cette absence de m&#233;thode est &#233;galement un des fondements de son id&#233;ologie. Il s'agit d'une id&#233;ologie du refus de la logique, comme &#171; conscience ali&#233;n&#233;e &#187;, qu'il exprime en citant Horkheimer et Adorno : &#171; M&#234;me la forme d&#233;ductive de la science exprime la hi&#233;rarchie et la coercition. &#187; (S.A. p.46) Pourquoi pas, mais alors, pourquoi autant de citations d'origine scientifique ? Zerzan veut bien utiliser les d&#233;couvertes de la science, quand elles l'arrangent, mais refuse la m&#233;thode scientifique, comme trop contraignante, ou comme &#171; antinaturelle &#187;. Il est en ceci semblable &#224; tous les autres consommateurs, qui veulent les supermarch&#233;s sans la vache folle, l'&#233;lectricit&#233; dans toutes les pi&#232;ces sans les dangers du nucl&#233;aire, deux bagnoles par foyer sans les mar&#233;es noires.
La logique et la d&#233;duction sont peut-&#234;tre des instruments imparfaits, et certainement impr&#233;gn&#233;s de l'id&#233;ologie de notre culture, mais, pauvres de nous, c'est tout ce dont nous disposons. Sans ces instruments, ces m&#233;thodes, on n'aurait jamais rien su des conditions de vie des premiers humains, et Zerzan aurait &#233;t&#233; condamn&#233; &#224; se taire, ce &#224; quoi visiblement il aspire. Personne d'ailleurs ne l'en emp&#234;che.
Comme tous les consommateurs, Zerzan veut &#171; vivre au pr&#233;sent &#187;, dans le &#171; mouvement bariol&#233; de la vie &#187;. (Essayez de r&#233;p&#233;ter sans rire trois fois de suite ces mots : &#171; le mouvement bariol&#233; de la vie &#187;) Ce &#171; mouvement bariol&#233; &#187; est bien plut&#244;t celui de la succession des vid&#233;o-clips sur MTV. Au mieux, il &#233;voque une bande de hippies &#224; foulards color&#233;s d&#233;valant une pente fleurie sur l'air de la Petite Maison dans la Prairie, pour aller se casser la gueule dans la d&#233;charge situ&#233;e en contrebas.
L'affinit&#233; de Zerzan avec le spontan&#233;isme baba-cool, il l'affirme lui-m&#234;me en p.41 de S.A. : &#171; Par bonheur, &#233;galement dans les ann&#233;es 60, d'aucuns commen&#231;aient &#224; d&#233;sapprendre comment vivre dans l'histoire, ainsi que cela se manifesta avec la mise au rancart des montres-bracelets, l'usage des drogues psych&#233;d&#233;liques et, paradoxalement peut-&#234;tre, ce slogan &#224; l'emporte-pi&#232;ce lanc&#233; par les insurg&#233;s fran&#231;ais de mai 1968 : &#187; Vite ! &#171; &#187;
Faut-il revenir sur l'introduction av&#233;r&#233;e par les services secrets am&#233;ricains des drogues psych&#233;d&#233;liques dans les campus am&#233;ricains ? Faut-il encore revenir sur la catastrophe que furent ces fameux &#171; mouvements de la jeunesse &#187; des ann&#233;es 60, qui n'eurent pour effet que de former une nouvelle classe sp&#233;cialis&#233;e de consommateurs, et d'ouvrir ainsi de nouveaux march&#233;s au post-fordisme, tout en maintenant durablement la soci&#233;t&#233; dans son abrutissement ? Et ce &#171; Vite ! &#187; de 68, qu'est-il sinon l'annonce de l'impatience d&#233;bile des consommateurs de fast-food, de vid&#233;o-clips, et de pens&#233;e pr&#233;dig&#233;r&#233;e &#224; la sauce Zerzan ?
Zerzan voudrait faire croire que nous sommes ali&#233;n&#233;s par l'empire de la raison. Et effectivement, le monde capitaliste est domin&#233; par la logique de l'&#233;conomie, et plus concr&#232;tement par la n&#233;cessit&#233; vitale pour lui de l'extraction toujours croissante de plus-value. Mais cette rationalit&#233; dominante se fait sur un monde d'individus de plus en plus priv&#233;s des outils de la raison, sur l'appauvrissement du langage au profit de son ersatz m&#233;diatique, et sur l'illettrisme qui se d&#233;veloppe sous toutes ses formes. La soci&#233;t&#233; capitaliste nous appauvrit non seulement mat&#233;riellement, par l'abondance falsifi&#233;e comme par le manque pur et simple, mais aussi intellectuellement. Ce que Debord appelait &#171; la perte de tout langage ad&#233;quat aux faits &#187; est un des aspects de la mis&#232;re capitaliste, et un des aspects qui assoit le mieux sa domination. Nous devons lutter contre cet appauvrissement. Zerzan en appelle &#224; encore plus de pauvret&#233; mentale. Il en donne lui-m&#234;me l'exemple par ses textes, mis&#233;rables hachis de textes ant&#233;rieurs, v&#233;ritables &#171; zappings &#187; de la pens&#233;e. La &#171; pens&#233;e &#187; de Zerzan est un pur produit de l'ali&#233;nation contemporaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; III. Le communisme ne peut pas
&#234;tre &#171; primitif &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;ologie de Zerzan n'est que l'&#233;ni&#232;me surgissement d'un vieux romantisme primitiviste, qui remonte &#224; Rousseau et m&#234;me, avant lui, &#224; Montaigne (cf. Essais, Des Cannibales). Il repose sur le postulat que notre culture serait &#171; mauvaise &#187;, parce qu'elle aurait perdu le &#171; contact avec la nature &#187; qui ferait &#171; l'authenticit&#233; &#187; (&#171; Les Lotantiques, c'est des fleurs qui poussent dans les livres &#187;, comme fait dire Pagnol au pauvre Ugolin) des cultures primitives. Cette attitude est celle d'un colonialisme invers&#233;, qui ferait de notre culture la seule &#171; vraie &#187; culture, c'est &#224; dire le mal incarn&#233;.
Nous avons vu pr&#233;c&#233;demment que, d&#232;s le d&#233;part, l'humanit&#233; s'est non pas &#171; affranchie des contraintes du milieu naturel &#187;, comme le dirait une conception marxo-utilitariste des soci&#233;t&#233;s, mais d&#233;velopp&#233;e comme ind&#233;pendamment de lui. Ce qui ne signifie pas que les hommes vivent sans lien avec leur environnement, ce qui serait absurde, mais que ce sont les structures symboliques des soci&#233;t&#233;s humaines qui conditionnent leur rapport avec le milieu naturel, et non l'inverse. On ne peut donc d&#232;s lors parler de &#171; proximit&#233; &#187; ou &#171; d'&#233;loignement &#187; avec la nature, &#224; aucun moment de l'histoire humaine, mais seulement de diff&#233;rents types de rapports avec le milieu, rapports qui sont eux-m&#234;mes une cons&#233;quence du type de rapports que les hommes entretiennent au sein de leurs soci&#233;t&#233;s, de leur mode de vie au sens large du terme.
Pr&#233;senter la vie des chasseurs-cueilleurs comme plus &#171; naturelle &#187; que celle des s&#233;dentaires n'a donc pas de sens. Le simple fait que les chasseurs-cueilleurs aient eu une vie plus facile, avec plus de &#171; temps de loisir &#187; et plus de socialit&#233; &#171; gratuite &#187; que les s&#233;dentaires n'est pas en soi un argument. Par ailleurs, il existe des soci&#233;t&#233;s s&#233;dentaires, pratiquant l'agriculture, qui ont un &#171; temps de loisir &#187; tr&#232;s comparable &#224; celui des chasseurs-cueilleurs, en pratiquant la sous-exploitation et en maintenant une basse densit&#233; de population. On peut citer les Chimbu de Nouvelle-Guin&#233;e, qui exploitent seulement 60% de la terre cultivable, les Yagaw des Philippines ou les Iban de Born&#233;o qui maintiennent leur population de 30 &#224; 50% au-dessous de la densit&#233; que leur permettrait une agriculture plus pouss&#233;e. Dans ces cultures, on observe des &#171; journ&#233;es de travail &#187; tr&#232;s courtes, 4 ou 5 heures, suivies en g&#233;n&#233;ral de plusieurs jours de repos. Chez les Papous Kapauku, les hommes consacraient en moyenne 2h18mn par jour &#224; la production agricole, et les femmes 1h42mn. Il y a bien d'autres exemples qu'il serait fastidieux de citer tous.
L'agriculture, contrairement aux &#233;quations simplistes du genre agriculture/&#233;levage = ma&#238;trise de la nature = domination sociale, n'est donc pas porteuse du &#171; mal absolu &#187; que Zerzan voudrait d&#233;tecter.
Il y aura sans doute aussi des acharn&#233;s de la recherche du Mal qui voudront aller le chercher dans le stockage (manifestation de la &#171; conscience du temps et du nombre &#187;, selon Zerzan), suppos&#233; &#234;tre la pr&#233;figuration de l'accumulation capitaliste, et l'entr&#233;e dans la vie humaine du p&#233;ch&#233; d'avarice. H&#233;las, il s'av&#232;re &#233;galement que nombre de chasseurs-cueilleurs pratiquaient le stockage, comme on peut l'imaginer facilement. A moins de prendre les primitifs pour des imb&#233;ciles, on aurait du mal &#224; croire qu'ils vont se contenter de ramasser ce qu'ils trouvent, rassasiant leur faim imm&#233;diate pour ensuite aller se coucher b&#233;atement &#224; l'ombre du gros Bananier d'Abondance. Glands de ch&#234;nes, noix et autres chata&#238;gnes sauvages seront au contraire collect&#233;s par les chasseurs-cueilleurs dans des vanneries (l'apparition tardive de la poterie ne signifiant pas qu'on ignorait auparavant tout autre r&#233;cipient, mais seulement que nous n'avons plus trace de ces r&#233;cipients tress&#233;s, faits de mat&#233;riaux p&#233;rissables) et mis &#224; s&#233;cher, en pr&#233;vision d'une consommation ult&#233;rieure. La notion zerzanienne du &#171; pr&#233;sent perp&#233;tuel &#187; en prend un coup, puisque tout ceci indique une anticipation sur une longue dur&#233;e des besoins et la mise en place d'une strat&#233;gie pour y subvenir.
Quoi qu'il en soit, le Mal absolu ne se trouve ni dans le stockage, ni dans l'agriculture, ni dans des formes organisationnelles plus ou moins complexes ou &#171; abstraites &#187; (quoi de plus complexe et &#171; abstrait &#187; que les syst&#232;mes de lignage transversaux de la parent&#233; dans certaines cultures &#171; primitives &#187;), et encore moins dans la conscience du temps, dans les math&#233;matiques ou dans le langage. En fait, il n'y a pas de &#171; mal absolu &#187;. Arr&#234;tons un peu de faire de la morale.
Zerzan est un farouche ennemi de toute organisation. Pour lui, toute action concert&#233;e et orient&#233;e dans un but pr&#233;cis serait forc&#233;ment ali&#233;n&#233;e. Il voit des sorciers partout. Ce qui le rebute dans les soci&#233;t&#233;s modernes, c'est principalement cette organisation. Qu'elle soit pr&#233;sentement ali&#233;n&#233;e ne fait aucun doute. Pour autant, doit-on souscrire &#224; cet anarchisme b&#234;ta, qui voit dans tout regroupement de plus de trois personnes un facteur de domination ou d'ali&#233;nation ?
Zerzan parle d'une &#171; soci&#233;t&#233; du face-&#224;-face &#187;, d'une &#171; soci&#233;t&#233; d'amants &#187;. Il rejoint l&#224; T. Kaczynski, dit Unabomber, qui dans son Manifeste d&#233;clare que &#171; l'individu &#187; est frustr&#233; de ce qu'il appelle son &#171; auto-accomplissement &#187; &#171; lorsque les d&#233;cisions collectives sont prises par un groupe trop &#233;tendu pour que le r&#244;le de chacun ait une signification quelconque. &#187; Zerzan r&#234;ve des chasseurs-cueilleurs, Kaczynski des hommes de la conqu&#234;te de l'Ouest. Dans tous les cas, des petits groupes isol&#233;s, avec un taux de peuplement tr&#232;s faible.
Cette id&#233;ologie marque un d&#233;sir tr&#232;s caract&#233;ristique de l'individualisme de masse : le d&#233;sir d'auto-valorisation, le d&#233;sir de reconnaissance par autrui. Ce d&#233;sir refl&#232;te un manque tr&#232;s r&#233;el, mais, produit de l'ali&#233;nation, il parle son langage. C'est l'&#234;tre humain s&#233;par&#233; qui s'exprime l&#224;, car dans sa s&#233;paration, tout ce qui lui reste c'est sa propre solitude, ce qu'il appelle son individualit&#233;. Priv&#233;s que nous sommes de toute action collective consciente, nous ne parvenons m&#234;me plus &#224; imaginer qu'une telle action soit possible.
Il faut affirmer au contraire qu'une telle action est possible, est qu'elle est possible parce qu'au point o&#249; nous en sommes aujourd'hui elle est n&#233;cessaire. La soci&#233;t&#233; du &#171; face-&#224;-face &#187;, la soci&#233;t&#233; des &#171; petits groupes &#187; sont des produits de l'individualisme bless&#233;, du &#171; sac &#224; viande &#187; isol&#233; qui veut exister &#171; pour et par lui-m&#234;me &#187;, avec quelques copains. Les probl&#232;mes que pose aujourd'hui le capitalisme, et qu'il ne r&#233;soudra pas parce que nous seuls, en tant que communaut&#233; humaine, sommes capables de les r&#233;soudre, ne se r&#233;soudront pas au niveau du &#171; petit groupe &#187;. Lorsque par exemple, une fois la r&#233;volution faite (ce qui ne saurait tarder, bien entendu) nous nous occuperons de reboiser intelligemment les millions d'hectares saccag&#233;s par l'agriculture industrielle, ce ne pourra pas &#234;tre par l'action de &#171; petits groupe isol&#233;s &#187;. Et si, en tant qu'individu, j'ai le bonheur de participer &#224; cette action collective, je ne me soucierai gu&#232;re d'inscrire mon nom sur chaque arbre que j'aurai plant&#233;, et que d'ailleurs je ne verrai sans doute jamais &#224; sa maturit&#233;. Je ne m'en sentirai pas moins individu pour autant.
En fait, ce que Zerzan et Kaczynski sugg&#232;rent, c'est l'id&#233;e tr&#232;s d&#233;mocratique selon laquelle l'organisation des groupes humains par eux-m&#234;mes serait impossible au degr&#233; de peuplement aujourd'hui atteint. Comme tous les d&#233;mocrates, ils ne con&#231;oivent pas du tout qu'une soci&#233;t&#233; compos&#233;e de milliards d'individus puisse &#234;tre &#171; g&#233;r&#233;e &#187; autrement qu'elle l'est aujourd'hui, &#224; savoir par des Etats, par de la repr&#233;sentation, par du flicage.
Ils ne con&#231;oivent pas la communaut&#233; humaine comme d&#233;passement des conditions actuelles et de toutes les situations du pass&#233;, mais comme une r&#233;gression vers ce pass&#233;. Et leur pens&#233;e, qui se veut r&#233;volutionnaire, constitue effectivement une r&#233;gression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'objet de ce texte n'est pas d'avancer une nouvelle th&#233;orie de la r&#233;volution. Nous nous sommes simplement propos&#233;s de critiquer l'id&#233;ologue Zerzan, et nous consid&#233;rons que c'est fait. Nous voulions &#233;galement ouvrir un d&#233;bat sur des bases concr&#232;tes. Les bases sont l&#224;, le d&#233;bat peut maintenant avoir lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alain C., avec l'inestimable concours de Marielle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte est diffus&#233; &#233;galement sous forme de brochure gratuite. Vos commandes et critiques sont &#224; envoyer &#224; cette adresse :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; en attendant &#187;, 5 rue du Four, 54000 Nancy&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Pourquoi les primitivistes me rendent nerveux</title>
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&lt;p&gt;Un article pas inint&#233;ressant... De l'int&#233;r&#234;t d'appr&#233;cier &#224; leur juste valeur les id&#233;es primitivistes Le texte de Lawrence Jarach &#8220; Pourquoi les primitivistes me rendent nerveux &#8221;, est paru dans le num&#233;ro 52 de la revue &#8220; Anarchy &#8221;, au printemps 2002. Si je l'ai traduit, ce n'est pas seulement pour faire conna&#238;tre en France des pol&#233;miques d'outre-Atlantique, voire d'outre-Manche. Des tendances primitivistes existent en Europe continentale, y compris en France, quoique de fa&#231;on plus (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Un article pas inint&#233;ressant...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;De l'int&#233;r&#234;t d'appr&#233;cier &#224; leur juste valeur les id&#233;es primitivistes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte de Lawrence Jarach &#8220; Pourquoi les primitivistes me rendent nerveux &#8221;, est paru dans le num&#233;ro 52 de la revue &#8220; Anarchy &#8221;, au printemps 2002. Si je l'ai traduit, ce n'est pas seulement pour faire conna&#238;tre en France des pol&#233;miques d'outre-Atlantique, voire d'outre-Manche. Des tendances primitivistes existent en Europe continentale, y compris en France, quoique de fa&#231;on plus r&#233;duite. Leur principale caract&#233;ristique, c'est de rejeter les c&#244;t&#233;s industriels du capitalisme et de chercher, dans les formes de soci&#233;t&#233; qui lui sont ant&#233;rieures, des mod&#232;les plus ou moins id&#233;alis&#233;s &#224; lui opposer. Le malheur, c'est que, comme l'affirme &#224; juste titre Lawrence Jarach, la recherche de mod&#232;les conduit toujours &#224; la formation de nouvelles id&#233;ologies, ici l'id&#233;ologie primitiviste, et que l'opposition &#224; l'industrialisation n'est pas le monopole de la critique r&#233;volutionnaire du monde. Par suite, derri&#232;re le m&#234;me terme, on rencontre &#224; c&#244;t&#233; de r&#233;volutionnaires, aux Etats-Unis et ailleurs, des r&#233;actionnaires, des fascistes m&#234;me, qui ne sont pas hostiles, loin de l&#224;, &#224; l'exploitation et &#224; la domination en g&#233;n&#233;ral, mais plut&#244;t &#224; ce qu'elles impliquent aujourd'hui : la globalisation du march&#233; et le recul des pr&#233;rogatives des Etats-nations. L&#224; r&#233;side, pour nous, l'int&#233;r&#234;t de l'analyse de Lawrence Jarach, au-del&#224; des particularit&#233;s du primitivisme anglo-saxon. En France et en Belgique, on a vu surgir ces derni&#232;res ann&#233;es des personnages et des publications &#233;quivoques, comme le milliardaire Teddy Goldsmith, &#233;diteur de l'Ecologiste, version fran&#231;aise de The Ecologist. Dans la doctrine de Goldsmith, on retrouve les ingr&#233;dients de base du primitivisme autoritaire, &#224; connotation &#233;cofasciste, tel que l'analyse Lawrence Jarach : pour faire face aux crises, aux g&#233;nocides, aux catastrophes, bref &#224; la &#8220; d&#233;mission &#8221; de l'Etat providence en mati&#232;re de s&#233;curit&#233; plan&#233;taire, le gourou propose le parcage des &#8220; ethnies &#8221; dans les limites de leurs pr&#233;tendus &#233;cosyst&#232;mes respectifs, le retour aux formes de hi&#233;rarchie patriarcales pr&#233;industrielles, des corporations moyen&#226;geuses en Europe au syst&#232;me des castes en Inde, etc. Le tout sur fond de panth&#233;isme &#224; pr&#233;tention scientiste : l'hypoth&#232;se Ga&#239;a, selon laquelle la Terre est l'&#234;tre supr&#234;me dont nous avons, vu notre tendance au d&#233;sordre, perturb&#233; l'ordre immuable et r&#233;p&#233;titif. Rien d'&#233;tonnant que les &#233;diteurs de l'Ecologiste organisent des colloques avec les id&#233;ologues de la Nouvelle Droite en Europe, y compris en France. Il est par contre &#233;trange que, lorsque l'Ecologiste a effectu&#233; son OPA en direction des opposants &#224; l'industrie des biotechnologies, en France et en Belgique, bon nombre d'entre eux, m&#234;me parmi les plus r&#233;solus, aient accept&#233; de rencontrer des membres de la revue et d'y collaborer, et les aient m&#234;me invit&#233;s &#224; des r&#233;unions a priori r&#233;serv&#233;es &#224; des radicaux. Toutes choses qui montrent les limites de telles oppositions. Pour le moins&#8230; Pour sortir du bourbier de l'id&#233;ologie primitiviste et des compromissions qu'elle implique avec les partisans de l'autorit&#233;, Lawrence Jarach conseille aux anarcho-primitivistes de d&#233;velopper leurs propres critiques au-del&#224; de la simple hostilit&#233; &#224; l'industrialisation. Le m&#234;me conseil vaut pour pas mal d'opposants en France et en Belgique. Reste &#224; savoir s'ils sont pr&#234;ts &#224; faire de tels pas&#8230;
Andr&#233; Dr&#233;an
Adresse e-mail : nuee&lt;span class='mcrypt'&gt; &lt;/span&gt;club-internet.fr
Mars 2004&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pourquoi les primitivistes me rendent nerveux&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; L'anarcho-primitivisme s'oppose &#224; la civilisation, le milieu au sein duquel les diverses formes d'oppression prolif&#232;rent, deviennent envahissantes et finissent par dominer. Notre objectif est d'effectuer la synth&#232;se entre les aspects anti-autoritaires, non-&#233;tatistes et respectueux de la nature des modes de vie primitifs et les formes les plus avanc&#233;es de l'analyse anarchiste des relations de pouvoir. Non pas dans le but de reproduire la vie primitive ou d'y retourner, mais simplement pour la saisir comme l'une de nos sources d'inspiration, comme l'une des formes que l'anarchie peut prendre en exemple. &#8221;
John Moore, imprimeur primitiviste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En pr&#233;sentant sa vision d'un monde d&#233;barrass&#233; de la politique hi&#233;rarchique et de la domination technologique sur la vie humaine et non humaine, l'anarcho-primitivisme a beaucoup contribu&#233; au discours anti-autoritaire. Ce qui en fait la valeur, en termes d'analyse, c'est que, pour lui, presque aucun aspect de la soci&#233;t&#233; humaine ne doit &#233;chapper &#224; l'examen critique ; des assises de l'agriculture et de la production de masse jusqu'aux relations qu'elles entretiennent avec les formes institutionnalis&#233;es de hi&#233;rarchie et de domination, peu de choses doivent &#234;tre admises comme des faits indiscutables. L&#224; o&#249; les anarchistes ont traditionnellement critiqu&#233; les manifestations de la pens&#233;e hi&#233;rarchique et des relations sociales autoritaires, les anarcho-primitivistes attaquent ce qui se cache derri&#232;re elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les anarcho-primitivistes montent facilement en &#233;pingle les modes de vie humains avant l'av&#232;nement de l'agriculture, c'est-&#224;-dire, &#224; 99 %, la p&#233;riode de la supr&#233;matie de la chasse, de la cueillette et de l'entente sociale. Ces modes de vie originels, caract&#233;ris&#233;s par l'absence de formes institutionnalis&#233;es de pouvoir, montrent que des choses radicalement diff&#233;rentes du syst&#232;me actuel &#8211; le capitalisme industriel transnational et les formes de domination politique qui l'accompagnent &#8211; c'est-&#224;-dire au fond des modes de coop&#233;ration anarchiste, sont non seulement possibles, mais aussi susceptibles d'&#234;tre stables et de donner des r&#233;sultats int&#233;ressants. Plus, l'existence et la permanence de tels modes de vie montrent que le d&#233;veloppement de syst&#232;mes &#233;conomiques et politiques hi&#233;rarchiques et pr&#233;dateurs n'est ni n&#233;cessaire, ni in&#233;vitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les tendances communiste, syndicaliste, individualiste, f&#233;ministe&#8230; on peut rencontrer des anarchistes qui y adh&#232;rent &#224; des degr&#233;s divers. Mais si l'anarchisme n'en constitue pas le noyau, de telles id&#233;ologies sont simplement des variations sur le th&#232;me de l'&#233;tatisme et de l'autoritarisme. Le primitivisme n'est pas diff&#233;rent. La critique et le rejet du capitalisme industriel et de la civilisation technologique dominante ne sont pas le monopole des penseurs et des activistes anti-autoritaires. Certaines personnes attir&#233;es par le primitivisme sont des misanthropes et des partisans d'autres formes de domination. Les anarchistes qui veulent montrer plus largement en quoi leurs id&#233;es primitivistes sont pertinentes ont eux-m&#234;mes besoin de prendre leurs distances envers de tels objectifs mortif&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le primitivisme autoritaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les primitivistes autoritaires ne tiennent aucun compte de l'exemple des chasseurs-cueilleurs : pour eux, de telles formes de vie sociale sont peu pertinentes. Ils sont plus int&#233;ress&#233;s par les vestiges culturels non technologiques d'origine am&#233;ricano-europ&#233;enne. Bon nombre de &#8220; deep ecologists &#8221; et la premi&#232;re g&#233;n&#233;ration de membres de Earth First !, avant la scission avec les hippies r&#233;actionnaires, appartiennent &#224; cette cat&#233;gorie. Ils prennent comme mod&#232;les les soci&#233;t&#233;s villageoises s&#233;dentaires des cultivateurs et chasseurs celtes, teutons et nordiques. Que les castes de guerriers et les raids soient partie int&#233;grante de telles structures sociales ne semble pas concerner les primitivistes autoritaires ; ils les consid&#232;rent m&#234;me comme quelque chose d'h&#233;ro&#239;que. Or, de semblables syst&#232;mes pr&#233;dateurs ont directement conduit &#224; l'&#233;tablissement de l'ordre f&#233;odal en Europe ; il semble que les primitivistes autoritaires d&#233;sirent ramener &#224; la vie de tels syst&#232;mes d&#233;centralis&#233;s de d&#233;pendance sociale et &#233;conomique, avec eux-m&#234;mes &#224; la t&#234;te de leurs propres fiefs. L'abolition de la division du travail et de l'Etat ne les int&#233;resse pas ; leur mod&#232;le requiert l'adh&#233;sion &#224; la philosophie selon laquelle la force fait le droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette tendance est caract&#233;ris&#233;e par l'interpr&#233;tation mystique de la nature ; le bior&#233;gionalisme, l'id&#233;e que seules la flore et la faune indig&#232;nes appartiennent &#224; leurs &#233;cosyst&#232;mes d'origine, est appliqu&#233; aussi aux &#234;tres humains. Les primitivistes bior&#233;gionalistes font la promotion de la pr&#233;tendue appartenance, naturelle ou biologique, de peuples, de nations, d'ethnies particuli&#232;res &#224; des aires g&#233;ographiques tout aussi particuli&#232;res. La x&#233;nophobie populiste et le nationalisme raciste implicites &#224; de telles perspectives ne sont pas difficiles &#224; rep&#233;rer. Il est aussi facile de voir les similitudes entre le primitivisme autoritaire et l'id&#233;ologie nazi de la &#8220; communaut&#233; nationale &#8221; et &#8220; du sang et du sol &#8221;. Cela ne signifie pas que tous les primitivistes sont des crypto-fascistes, mais que de nombreuses caract&#233;ristiques du primitivisme autoritaire recoupent en partie des th&#232;mes du national-socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le primitivisme autoritaire est aussi caract&#233;ris&#233; par la publicit&#233; faite autour de l'id&#233;e selon laquelle il y a trop de gens dans le monde relativement &#224; la masse des ressources disponibles. Il postule que cette perspective est bas&#233;e sur des analyses scientifiques. L'&#233;l&#233;vation de la science au statut d'id&#233;ologie (non pas sous la forme de l'empirisme, mais &#224; partir de la croyance que la science est quelque chose de neutre et d'objectif, pure m&#233;thode pour arriver &#224; la v&#233;rit&#233;) conduit &#224; laisser les questions les plus importantes de c&#244;t&#233;. Or, d'autres hypoth&#232;ses, bien plus critiques, nous am&#232;nent &#224; affirmer que les sciences, pas plus que n'importe quelle connaissance, ne sont s&#233;parables, comme formes, de l'usage qui en est fait. Le champ de la biologie n'y fait pas exception. Le biologisme, c'est-&#224;-dire la croyance dans l'exactitude de la science biologique am&#233;ricano-europ&#233;enne, joue un r&#244;le essentiel dans les plus affreuses manifestations du primitivisme autoritaire et vulgaire. Si l'hypoth&#232;se selon laquelle les multitudes d'individus traditionnellement d&#233;poss&#233;d&#233;s constituent des menaces potentielles pour les poss&#233;dants est vraie, alors toute interpr&#233;tation bas&#233;e sur le d&#233;terminisme biologique fournit les arguments n&#233;cessaires au maintien de la d&#233;possession.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mantra &#8220; trop de bouches &#224; nourrir &#8221; est aussi vieux que faux. La recherche biologique n'a rien &#224; dire sur la destruction d&#233;lib&#233;r&#233;e de tonnes de c&#233;r&#233;ales pour assurer le maximum de b&#233;n&#233;fices, sur la dilapidation de l'eau et la destruction des cultures vivri&#232;res pour maintenir en vie l'industrie agroalimentaire et sur les subventions gouvernementales en faveur de l'industrie laiti&#232;re ; tout cela rel&#232;ve de la politique et de l'&#233;conomie politique. Mais elle a quelque chose &#224; voir avec les manipulations g&#233;n&#233;tiques des c&#233;r&#233;ales, suppos&#233;es permettre aux multitudes d'&#233;chapper &#224; la famine, mais qui sont utilis&#233;es pour accro&#238;tre au maximum les b&#233;n&#233;fices des propri&#233;taires des brevets relatifs aux produits alimentaires trafiqu&#233;s &#224; la mode du docteur Frankenstein. En clair, la biologie n'est pas ce moyen neutre pour examiner la vie que l'on nous pr&#233;sente. Pourtant, les primitivistes autoritaires se raccrochent aux plus r&#233;actionnaires affirmations des biologistes n&#233;o-malthusiens comme si elles constituaient les seules interpr&#233;tations possibles du monde. Nous sommes bombard&#233;s par des notions aussi impressionnantes que celle de &#8220; capacit&#233; de charge des &#233;cosyst&#232;mes &#8221; sans m&#234;me que l'on examine ce qui a &#233;t&#233; &#8220; charg&#233; &#8221;. Or, ce n'est pas la masse brute de la population humaine ou non humaine qui p&#232;se sur tel ou tel &#233;cosyst&#232;me donn&#233; ; c'est, bien entendu, l'organisation actuelle du capitalisme industriel et les profits de ses b&#233;n&#233;ficiaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le primitivisme vulgaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le primitivisme vulgaire peut &#234;tre caract&#233;ris&#233; principalement par l'id&#233;alisation romantique des modes de vie originels. Du c&#244;t&#233; de ce type de primitivisme, nous rencontrons la glorification, sans le moindre discernement, des chasseurs-cueilleurs, consid&#233;r&#233;s comme des &#234;tres humains pacifiques et &#233;pris d'&#233;galitarisme, vivant sans aucune division du travail, en harmonie totale avec eux-m&#234;mes et avec leurs environnements. Au sein de tels modes de vie, il n'y a pas d'Etat jouant le r&#244;le de protecteur, les lieux o&#249; le pouvoir est exerc&#233; sont rarement institutionnalis&#233;s et presque toujours distribu&#233;s de fa&#231;on horizontale. Mais il y a d'autres types de soci&#233;t&#233;s qui partagent les m&#234;mes caract&#233;ristiques. Ainsi, il existe des &#233;leveurs qui poss&#232;dent des animaux domestiques, qui sont investis dans des formes d'agriculture de subsistance peu importantes et qui n'ont pas non plus institutionnalis&#233; les structures de pouvoir. De tels modes de vie sont certainement dignes d'&#234;tre &#233;tudi&#233;s pour les m&#234;mes raisons que ceux des chasseurs-cueilleurs. Mais les primitivistes vulgaires montrent peu d'int&#233;r&#234;t pour les &#233;leveurs et les cultivateurs en g&#233;n&#233;ral. C'est faire usage de fa&#231;on s&#233;lective (certains disent de fa&#231;on manipulatrice) des textes des anthropologues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accusation port&#233;e contre les primitivistes selon laquelle ils veulent &#8220; retourner &#224; l'&#226;ge de pierre &#8221; est surtout applicable aux primitivistes vulgaires. Certains d'entre eux proclament fi&#232;rement qu'ils veulent r&#233;ellement vivre ainsi, si nous en croyons la presse anarchiste concern&#233;e. Les plus s&#233;rieux penseurs du primitivisme que je connaisse, et ceux que j'essaie de lire, pr&#233;conisent plut&#244;t de vivre simplement, de fa&#231;on non industrielle, avec le minimum d'impact sur l'environnement ; la permaculture les int&#233;resse, de m&#234;me que les WC organiques, les produits alimentaires biologiques, l'autosuffisance et, de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, la vie frugale et l'autonomie envers les r&#233;seaux centralis&#233;s de production et de distribution d'&#233;nergie. Le niveau technique de telles formes de vie sociale devrait ressembler beaucoup &#224; celui des r&#233;gions rurales, &#224; la veille de la r&#233;volution industrielle, combin&#233;es avec celles propres aux tendances de &#8220; retour &#224; la terre &#8221;, apparues en Am&#233;rique du Nord au cours du XX&#176; si&#232;cle. Les outils et les m&#233;thodes de production recensent et incluent ceux du XVI&#176; si&#232;cle et m&#234;me ceux des premi&#232;res d&#233;cennies du XIX&#176; si&#232;cle sont appropri&#233;s &#224; ce genre de vie. Ce mod&#232;le s'accorde bien aussi avec le principe des petites communaut&#233;s locales associ&#233;es sous forme de r&#233;seau ou de f&#233;d&#233;ration selon le mod&#232;le anarchiste (mais pas seulement anarchiste).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les primitivistes vulgaires se raccrochent aussi au biologisme. On peut le voir dans bon nombre de leurs discours sur la surpopulation. L'accusation, issue des milieux anti-primitivistes, selon laquelle ils font la promotion de &#8220; g&#233;nocides &#8221; joue ici son r&#244;le, et la plupart des primitivistes vulgaires &#233;prouvent de la r&#233;pugnance &#224; y r&#233;pondre, apparemment parce qu'ils ne pensent pas que de telles choses soient condamnables. La misanthropie inh&#233;rente de telles perspectives va &#224; l'encontre de l'anti-autoritarisme. Elle conduit tr&#232;s facilement &#224; l'autoritarisme, en th&#233;orie comme en pratique : si les gens en g&#233;n&#233;ral sont par essence stupides et destructeurs, il y aurait alors peut-&#234;tre des raisons pour mettre &#224; leur t&#234;te des leaders &#233;clair&#233;s, charg&#233;s de les surveiller et de les emp&#234;cher de d&#233;truire leur environnement aussi bien qu'eux-m&#234;mes. Ce genre d'id&#233;es est l'un des mensonges fondamentaux de l'autoritarisme. De plus, la contradiction entre cette g&#233;n&#233;ralisation abusive de type misanthropique et le primitivisme est criante : comment les primitivismes vulgaires peuvent-ils justifier de telles attitudes implacablement destructrices tout en affirmant que les &#234;tres humains, pendant des centaines et des milliers d'ann&#233;es, ont v&#233;cu sans d&#233;truire leur environnement et eux-m&#234;mes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui sont les plus directement impliqu&#233;s dans la destruction galopante du monde naturel, ce sont les scientifiques qui manipulent les structures g&#233;n&#233;tiques, les capitalistes qui en profitent et les id&#233;ologues qui les justifient. Les poss&#233;dants constituent, et ont toujours constitu&#233;, des minorit&#233;s. M&#234;me si la majorit&#233; des habitants du Nord tirent b&#233;n&#233;fice de la poursuite de ce syst&#232;me de destruction, la responsabilit&#233; essentielle doit &#234;tre plac&#233;e o&#249; il se doit, du c&#244;t&#233; de ceux qui g&#232;rent et maintiennent le syst&#232;me en &#233;tat de fonctionner. Les primitivistes se discr&#233;ditent eux-m&#234;mes quand ils condamnent &#8220; l'humanit&#233; &#8221; en bloc, comme si nous &#233;tions par essence des fl&#233;aux pour la nature. Cette attitude d&#233;tourne l'attention g&#233;n&#233;rale des v&#233;ritables coupables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les primitivistes vulgaires ont pris les accusations ass&#233;n&#233;es par les anti-primitivistes comme autant de compliments. Par suite, ils font la promotion de l'id&#233;e r&#233;actionnaire selon laquelle il y a trop de bouches &#224; nourrir et admettent que la critique de la technologie industrielle signifie n&#233;cessairement le retour aux conditions de vie du pal&#233;olithique. Ces attitudes constituent autant de r&#233;flexes pavloviens &#8220; anti-anti-primitivistes &#8221; associ&#233;s &#224; l'incapacit&#233; presque totale &#224; d&#233;velopper des pens&#233;es critiques autonomes. De m&#234;me, elles refl&#232;tent l'incapacit&#233; des primitivistes &#224; tracer leur propre chemin, en particulier par l'interm&#233;diaire de discussions coh&#233;rentes pour d&#233;finir ce que signifie en r&#233;alit&#233; rejeter la soci&#233;t&#233; technologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'anarcho-primitivisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les anarcho-primitivistes d&#233;sireux d'affiner leurs id&#233;es ont besoin de commencer l'examen critique des modes de vie des chasseurs-cueilleurs, interpr&#233;t&#233;es par les diverses variantes de l'ethnographie. Et de montrer dans quelle mesure ils ont a de la valeur, en termes th&#233;oriques et pratiques, pour pouvoir vivre sans technologie industrielle, sans capitalisme et sans Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque l'on joue aussi facilement le r&#244;le de relais de la litt&#233;rature anthropologique, de nombreuses questions doivent recevoir des r&#233;ponses pr&#233;cises. Jusqu'&#224; quel point l'ethnographie est-elle bas&#233;e sur des interpr&#233;tations (peut-&#234;tre id&#233;alis&#233;es) des anthropologistes r&#233;alisant des recherches sur le terrain ? Jusqu'&#224; quel point pouvons-nous nous reconna&#238;tre, nous anti-autoritaires, dans l'&#233;galitarisme pr&#233;sum&#233; de ces cultures ? Et dans l'absence tout aussi pr&#233;sum&#233;e de violence en leur sein ? Enfin, pouvons-nous reconna&#238;tre comme des exemples positifs de structure sociale non &#233;tatique et non hi&#233;rarchique la division sexuelle du travail et la fragmentation de l'activit&#233; en sph&#232;res s&#233;par&#233;es bas&#233;es sur le genre, l'&#226;ge, et les facult&#233;s physiques et intellectuelles ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que faire si les modes de vie des chasseurs-cueilleurs ne nous fournissent pas de mod&#232;les de communaut&#233;s anarchistes, ces communaut&#233;s au sein desquelles les v&#233;ritables anarchistes pensent qu'il est agr&#233;able de vivre ? Faut-il rejeter la critique primitiviste s'il y a peu, ou pas, de confiance &#224; accorder aux ethnographes sp&#233;cialis&#233;s dans l'&#233;tude des chasseurs-cueilleurs ? Probablement non ; aucun anarcho-primitiviste s&#233;rieux ne propose l'adoption de la cueillette, de l'&#233;levage ou de l'horticulture comme panac&#233;e universelle. Par contre, nous avons besoin d'examiner de fa&#231;on critique de tels modes de vie et les divers moyens que les individus ont employ&#233;s pour exclure et pr&#233;venir la formation de structures institutionnalis&#233;es d'exploitation et de domination. Combin&#233; avec l'analyse critique anarchiste de l'actuel syst&#232;me capitaliste, technologique et industriel dans le Nord et du r&#233;gime d'accumulation et d'extraction brutale de richesse dans le Sud, l'anarcho-primitivisme pourrait devenir le carrefour d'analyses coh&#233;rentes pour comprendre et combattre la tendance actuelle &#224; la &#8220; globalisation &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour un anarcho-primitivisme anti-id&#233;ologique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux primitivistes reconnaissent qu'ils sont attir&#233;s par l'une, ou plus, des trois tendances que j'ai identifi&#233;es dans cet essai. Il est crucial, pour les anarcho-primitivistes, de r&#233;fl&#233;chir sur leurs propres id&#233;es et de critiquer les positions intenables que les divers primitivistes adoptent. Lorsque des primitivistes parlent de l'&#233;tablissement de relations, bas&#233;es sur l'instinct et la spiritualit&#233;, avec la terre, les plantes et les animaux qui y vivent, les anarcho-primitivistes n'ont nul besoin de donner leur caution &#224; de telles formes de mysticisme propres aux id&#233;ologies autoritaires. Lorsque les primitivistes parlent de surpopulation et de &#8220; capacit&#233; de charge des &#233;cosyst&#232;mes &#8221;, les anarcho-primitivistes doivent montrer du doigt la nature r&#233;actionnaire du malthusianisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, lorsque les anti-primitivistes accuse les primitivistes d'&#234;tre favorables aux g&#233;nocides de type raciste &#224; travers le monde, les anarcho-primitivistes doivent leur rappeler que les habitants du Sud, pas ou peu industrialis&#233; (ceux que les anti-primitivistes veulent prot&#233;ger de fa&#231;on condescendante), subissent les convulsions, temporaires ou permanentes, du capitalisme industriel. Ils poss&#232;dent d'ailleurs plus de moyens que d'autres pour survivre &#224; de tels ph&#233;nom&#232;nes de d&#233;sint&#233;gration. En r&#233;alit&#233;, ce sont ceux qui sont totalement int&#233;gr&#233;s au capitalisme am&#233;ricano-europ&#233;en et qui en d&#233;pendent qui souffrent le plus quand les rayons des magasins sont vides et que l'&#233;lectricit&#233; est arr&#234;t&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des anarcho-primitivistes dignes de ce nom devraient rejeter le scientisme, le biologisme et les th&#232;ses s&#233;lectives et apolog&#233;tiques de la recherche anthropologique sur les chasseurs-cueilleurs, de m&#234;me que la misanthropie r&#233;actionnaire qui condamne tous les humains pour la domination et l'exploitation exerc&#233;es par les riches et les puissants. Plus encore, ils devraient rejeter l'humanisme &#224; fleur de peau propre au lib&#233;ralisme et au socialisme, et avoir comme objectif la r&#233;alisation d'&#233;quilibres dynamiques entre les besoins r&#233;els des &#234;tres humains et la pr&#233;servation et l'int&#233;grit&#233; du monde naturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sarmer l'autorit&#233; et armer vos d&#233;sirs !
Lawrence Jarach&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anarchy, a journal of desire armed
C.A.L. Press, POB 1446, Columbia , MO 65205-1446, USA
&lt;a href=&#034;https://www.anarchymag.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.anarchymag.org&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>De l'&#233;cologie &#224; l'autonomie : D&#233;bat entre Cornelius Castoriadis et Dany Cohn-Bendit</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?31-de-l-ecologie-a-l-autonomie-debat</link>
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		<dc:date>2007-07-15T15:20:50Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Cr&#233;ation sociale-historique</dc:subject>
		<dc:subject>Gauchisme</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cup&#233;ration</dc:subject>
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		<dc:subject>D&#233;mocratie directe</dc:subject>
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		<dc:subject>Mai 68</dc:subject>
		<dc:subject>Castoriadis C.</dc:subject>
		<dc:subject>Primitivisme</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cologie</dc:subject>
		<dc:subject>M&#233;decine</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce d&#233;bat a donn&#233; lieu au livre : &#171; De l'&#233;cologie &#224; l'autonomie &#187;, Seuil, 1980. Le d&#233;bat se d&#233;coupe en trois parties, qui font l'objet de trois s&#233;quences audio : 1. Intervention de Cornelius Castoriadis (Voir ci-dessous sa retranscription) 2. Intervention de Daniel Cohn-Bendit 3. D&#233;bat et s&#233;ance de questions-r&#233;ponses Le pr&#233;sident de l'Assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale des &#233;tudiants de l'universit&#233; de Louvain-la-Neuve : Je vous remercie tout d'abord d'&#234;tre venus si nombreux ce soir pour (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-76-L-ecologie-politique-contre-l-" rel="directory"&gt;L'&#233;cologie politique contre l'&#233;cologisme&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-28-creation-+" rel="tag"&gt;Cr&#233;ation sociale-historique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-31-gauchisme-+" rel="tag"&gt;Gauchisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-32-recuperation-+" rel="tag"&gt;R&#233;cup&#233;ration&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-33-progres-+" rel="tag"&gt;Progressisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-34-technoscience-+" rel="tag"&gt;Technoscience&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-37-democratie-directe-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-38-science-+" rel="tag"&gt;Science&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-54-mai-68-+" rel="tag"&gt;Mai 68&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-56-castoriadis-c-+" rel="tag"&gt;Castoriadis C.&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce d&#233;bat a donn&#233; lieu au livre : &#171; De l'&#233;cologie &#224; l'autonomie &#187;, Seuil, 1980.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bat se d&#233;coupe en trois parties, qui font l'objet de trois s&#233;quences audio :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 1. Intervention de Cornelius Castoriadis (Voir ci-dessous sa retranscription)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 2. Intervention de Daniel Cohn-Bendit&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 3. D&#233;bat et s&#233;ance de questions-r&#233;ponses&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;spip_document_58 spip_document spip_documents spip_document_audio spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende player spip_document_player spip_documents_player spip_doc_player&#034; data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt; &lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;mejs-audio-wrapper audio-wrapper mejs-audio-wrapper-skin-mejs&#034; style='width:400px;max-width:100%;margin:0 auto;'&gt; &lt;audio class=&#034;mejs mejs-58 mejs__mejs&#034; data-id=&#034;6fdf687a3a2ef78c9295ee3114a5b693&#034; src=&#034;IMG/mp3/casto_con_bendit_1980.mp3&#034; type=&#034;&#034; data-mejsoptions='{&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;loop&#034;:false,&#034;audioWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;iconSprite&#034;:&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/plugins/auto/player/v4.3.0/lib/mejs/build/mejs-controls.svg?1747379926&#034;}' data-mejsplugins='null' controls=&#034;controls&#034; &gt;&lt;/audio&gt;
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&lt;/style&gt;&lt;/span&gt;&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-58 '&gt;&lt;strong&gt;Questions-Reponses
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le pr&#233;sident de l'Assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale des &#233;tudiants de l'universit&#233; de Louvain-la-Neuve :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Je vous remercie tout d'abord d'&#234;tre venus si nombreux ce soir pour cette conf&#233;rence-d&#233;bat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, quelques mots sur les organisateurs de la conf&#233;rence. C'est d'abord le groupe Nous, un groupe &#171; groupusculaire &#187; de r&#233;flexion, qui ne tient pas &#224; se d&#233;finir de mani&#232;re plus d&#233;termin&#233;e. C'est ensuite le Centre Galil&#233;e, qui est &#224; la fois une librairie et un organisme d'&#233;ducation permanente. II y a &#233;galement les Amis de la Terre du Brabant wallon, groupe &#233;cologiste qui travaille sur les aspects socio-politiques du nucl&#233;aire et des &#233;nergies douces. II y a aussi le MJP, Mouvement des Jeunes pour la Paix, qui essaie de pr&#244;ner une soci&#233;t&#233; autogestionnaire. Enfin, il y a l'AGL, c'est-a-dire, pour ceux qui l'ignoreraient encore, l'Assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale des &#233;tudiants de Louvain, organe de repr&#233;sentation des &#233;tudiants de l'universit&#233; de Louvain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait important de signaler les organisateurs, parce que le d&#233;bat de ce soir s'inscrit dans les activit&#233;s d'un groupe de r&#233;flexion qui veut approfondir les probl&#232;mes politiques que pose l'&#233;nergie nucl&#233;aire, et que ces activit&#233;s ne se limitent pas &#224; l'organisation de ce d&#233;bat. Pour donner une id&#233;e des axes de r&#233;flexion de ce groupe, je cite quelques-uns des sujets qui ont &#233;t&#233; abord&#233;s jusqu'&#224; pr&#233;sent :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; La science et l'&#233;conomie face au probl&#232;me de l'&#233;nergie nucl&#233;aire, principalement dans ses aspects sociologiques.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; La lutte antinucl&#233;aire est-elle vraiment une remise en question de la soci&#233;t&#233; ?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Peut-on d&#233;finir une option politique &#224; partir de la lutte antinucl&#233;aire ?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;C'est parce que ce groupe de r&#233;flexion veut prolonger ses activit&#233;s que je vous lance, &#224; vous tous, une invitation &#224; y participer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la raison d'&#234;tre de cette conf&#233;rence, nous nous refusons d'en donner un autre motif que celui-ci : nous avions vraiment envie d'organiser une conf&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous remercie et je vous souhaite une bonne soir&#233;e&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;applaudissements&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cornelius Castoriadis :&lt;/strong&gt; Je suis content d'&#234;tre ici et de vous voir. Et je suis tr&#232;s surpris du nombre des participants ; tr&#232;s agr&#233;ablement surpris et heureux. Mais en m&#234;me temps, &#231;a augmente ma peur de vous d&#233;cevoir, d'autant qu'en parlant avec Dany avant de venir ici, il me disait qu'il ne savait pas ce qu'il dirait, qu'il improviserait. Lui, il en a l'habitude et on sait, historiquement, qu'il s'en tire tr&#232;s bien&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&lt;i&gt;rires&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; moi, j'aurais voulu consacrer plus de temps que je n'ai pu le faire &#224; la pr&#233;paration de ce que je compte vous dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais peut-&#234;tre, en fin de compte, &#231;a n'aurait pas fait de diff&#233;rence car les quatre ou cinq choses que j'ai &#224; dire, vous le verrez, aboutissent &#224; des points d'interrogation, et ils auraient abouti &#224; des points d'interrogation de toute fa&#231;on. Et je crois que le sens d'une soir&#233;e comme celle-ci c'est pr&#233;cis&#233;ment de faire parler les gens ; de vous faire parler, soit sur les questions qui sont d&#233;j&#224; ouvertes pour vous, soit - et l&#224;, ce serait un gain consid&#233;rable - sur des questions nouvelles qui surgissent dans le d&#233;bat, avec l'aide peut-&#234;tre de ceux qui ont &#233;t&#233; charg&#233;s de l'introduire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui tout le monde sait, tout le monde croit savoir - ce n'&#233;tait pas le cas il n'y a gu&#232;re - que la science et la technique sont tr&#232;s essentiellement ins&#233;r&#233;es, inscrites, enracin&#233;es dans une institution donn&#233;e de la soci&#233;t&#233;. De m&#234;me, que la science et la technique de l'&#233;poque contemporaine n'ont rien de transhistorique, n'ont pas de valeur qui soit au-del&#224; de toute interrogation, qu'elles appartiennent au contraire &#224; cette institution social-historique qu'est le capitalisme tel qu'il est n&#233; en Occident il y a quelques si&#232;cles. C'est l&#224; une v&#233;rit&#233; g&#233;n&#233;rale. On sait que chaque soci&#233;t&#233; cr&#233;e sa technique et son type de savoir, comme aussi son type de transmission du savoir. On sait aussi que la soci&#233;t&#233; capitaliste, non seulement a &#233;t&#233; tr&#232;s loin dans la cr&#233;ation et le d&#233;veloppement d'un type de savoir et d'un type de technologie qui la diff&#233;rencie de toutes les autres, mais, et cela aussi la diff&#233;rencie des autres soci&#233;t&#233;s, qu'elle a plac&#233; ces activit&#233;s au centre de la vie sociale, qu'elle leur a accord&#233; une importance qu'elles n'avaient pas autrefois ni ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, tout le monde sait aujourd'hui, ou tout le monde croit savoir, que la pr&#233;tendue neutralit&#233;, la pr&#233;tendue instrumentalit&#233; de la technique et m&#234;me du savoir scientifique sont des illusions. En v&#233;rit&#233;, m&#234;me cette expression est insuffisante, et masque l'essentiel de la question. Car la pr&#233;sentation de la science et de la technique comme des moyens neutres ou comme de purs et simples instruments, n'est pas simple &#171; illusion &#187; : elle fait pr&#233;cis&#233;ment partie de l'institution contemporaine de la soci&#233;t&#233; - c'est-&#224;-dire, elle fait partie de l'imaginaire social dominant de notre &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut cerner cet imaginaire social dominant en une phrase : la vis&#233;e centrale de la vie sociale c'est l'expansion illimit&#233;e de la ma&#238;trise rationnelle. Bien entendu, lorsqu'on y regarde de pr&#232;s - et il n'est pas n&#233;cessaire d'y aller tr&#232;s tr&#232;s pr&#232;s pour le voir - cette ma&#238;trise est une pseudo-ma&#238;trise, et cette rationalit&#233; une pseudo-rationalit&#233;. Il n'emp&#234;che que c'est celui-l&#224;, le noyau des significations imaginaires sociales qui tiennent ensemble la soci&#233;t&#233; contemporaine. Et cela, ce n'est pas seulement le cas dans les pays de capitalisme dit priv&#233; ou occidental. C'est &#233;galement le cas dans les pays pr&#233;tendument &#171; socialistes &#187;, dans les pays de l'Est, ou les m&#234;mes instruments, les m&#234;mes usines, les m&#234;mes proc&#233;dures d'organisation et de savoir sont mis &#233;galement au service de cette m&#234;me signification imaginaire sociale, &#224; savoir l'expansion illimit&#233;e d'une pr&#233;tendue ma&#238;trise pr&#233;tendument rationnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ouvrirai ici une parenth&#232;se, car nous ne pouvons quand m&#234;me pas discuter en faisant abstraction de ce qui est en train de se passer dans l'actualit&#233; mondiale et qui est tr&#232;s grave. Nous voyons beaucoup plus clairement aujourd'hui, avec l'Afghanistan - je dirai, plus exactement : les gens peuvent voir, quant &#224; moi, je pr&#233;tends que cela fait trente-cinq ans que je le vois - que la coexistence et l'antagonisme de ces deux sous-syst&#232;mes dont chacun pr&#233;tend poss&#233;der le monopole de la voie par laquelle on parviendra &#224; la &#171; ma&#238;trise rationnelle &#187; du tout sont en train de fr&#244;ler le point o&#249; il risque d'y avoir effectivement une ma&#238;trise totalement rationnelle du seul v&#233;ritable ma&#238;tre, comme dirait Hegel, c'est-&#224;-dire de la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous savez que la domination de cet imaginaire commence d'abord moyennant la forme de l'expansion illimit&#233;e des forces productives - de la &#171; richesse &#187;, du &#171; capital &#187;. Cette expansion devient rapidement extension et d&#233;veloppement du savoir n&#233;cessaire pour l'augmentation de la production, c'est-&#224;-dire de la technologie, et de la science. Finalement, la tendance &#224; la r&#233;organisation et &#224; la reconstruction &#171; rationnelles &#187; de toutes les sph&#232;res de la vie sociale - la production, l'administration, l'&#233;ducation, la culture, etc. - transforme toute l'institution de la soci&#233;t&#233; et p&#233;n&#232;tre de plus en plus &#224; l'int&#233;rieur de toutes les activit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais vous savez aussi que, malgr&#233; ses pr&#233;tentions, cette institution de la soci&#233;t&#233; est d&#233;chir&#233;e par une foule de contradictions internes, que son histoire est travers&#233;e par des conflits sociaux importants. A nos yeux, ces conflits expriment essentiellement le fait que la soci&#233;t&#233; contemporaine est divis&#233;e asym&#233;triquement et antagoniquement entre dominants et domin&#233;s, et que cette division se traduit notamment, par les faits de l'exploitation et de l'oppression. De ce point de vue, nous devrions dire qu'en droit, l'immense majorit&#233; des gens qui vivent dans la soci&#233;t&#233; actuelle devraient s'opposer &#224; la forme &#233;tablie de l'institution de la soci&#233;t&#233;. Mais aussi, il est difficile de croire que si tel &#233;tait le cas, cette soci&#233;t&#233; pourrait se maintenir longtemps ou m&#234;me aurait pu se maintenir jusqu'&#224; aujourd'hui. Il y a donc une question tr&#232;s importante qui se pose : comment cette soci&#233;t&#233; arrive-t-elle &#224; se maintenir et &#224; tenir ensemble, alors qu'elle devrait susciter l'opposition de la grande majorit&#233; de ses membres ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une r&#233;ponse qu'il faut &#233;liminer d&#233;finitivement de nos esprits, et qui caract&#233;rise toute la vieille mentalit&#233; de gauche : l'id&#233;e que le syst&#232;me &#233;tabli ne tiendrait que par la r&#233;pression et la manipulation des gens, en un sens ext&#233;rieur et superficiel du terme manipulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette id&#233;e est totalement fausse et, ce qui est encore plus grave, elle est pernicieuse parce qu'elle masque la profondeur du probl&#232;me social et politique. Si nous voulons vraiment lutter contre le syst&#232;me, et aussi, si nous voulons voir les probl&#232;mes auxquels se heurte aujourd'hui par exemple un mouvement comme le mouvement &#233;cologique, nous devons comprendre une v&#233;rit&#233; &#233;l&#233;mentaire qui para&#238;tra tr&#232;s d&#233;sagr&#233;able &#224; certains : le syst&#232;me tient parce qu'il r&#233;ussit &#224; cr&#233;er l'adh&#233;sion des gens &#224; ce qui est. Il r&#233;ussit &#224; cr&#233;er, tant bien que mal, pour la majorit&#233; des gens et pendant la grande majorit&#233; des moments de leur vie, leur adh&#233;sion au mode de vie effectif, institu&#233;, concret de cette soci&#233;t&#233;. C'est de cette constatation fondamentale que l'on doit partir, si l'on veut avoir une activit&#233; qui ne soit pas futile et vaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette adh&#233;sion est. certes, contradictoire : elle va de pair avec des moments de r&#233;volte contre le syst&#232;me. Mais c'est une adh&#233;sion quand m&#234;me, et ce n'est pas une simple passivit&#233;. Cela on peut le voir facilement autour de soi. Et du reste, si les gens n'adh&#233;raient pas effectivement au syst&#232;me, tout serait par terre dans les six heures qui suivraient. Pour n'en prendre qu'un exemple : cette merveille d'&#171; organisation &#187; et de &#171; rationalit&#233; &#187; qu'est l'usine capitaliste - ou, plus g&#233;n&#233;ralement, toute entreprise capitaliste, &#224; l'Ouest comme &#224; l'Est - ne produirait rien du tout, elle s'effondrerait rapidement sous le poids de l'absurdit&#233; de sa r&#233;glementation et des antinomies internes qui caract&#233;risent sa pseudo-&#171; rationalit&#233; &#187;, si les travailleurs ne la faisaient pas fonctionner une fois sur deux &#224; l'encontre de cette r&#233;glementation - et tr&#232;s au-del&#224; de ce qu'expliqueraient la contrainte ou l'effet des &#171; stimulants mat&#233;riels &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette adh&#233;sion tient &#224; des processus extr&#234;mement complexes, qu'il n'est pas question d'analyser ici. Car ces processus constituent ce que j'appelle la fabrication sociale de l'individu et des individus - de nous tous - dans et par la soci&#233;t&#233; capitaliste institu&#233;e, telle qu'elle existe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;voquerai simplement deux aspects de cette fabrication. L'un concerne l'instillation aux gens, des la plus tendre enfance, d'un rapport &#224; l'autorit&#233;, d'un certain type de rapport &#224; un certain type d'autorit&#233;. Et l'autre, l'instillation aux gens d'un ensemble de besoins, &#224; la satisfaction desquels ils seront par la suite attel&#233;s toute leur vie durant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, l'autorit&#233;. Lorsque l'on consid&#232;re la soci&#233;t&#233; contemporaine et qu'on la compare &#224; celles qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;e, on constate une diff&#233;rence importante : aujourd'hui, l'autorit&#233; se pr&#233;sente comme d&#233;sacralis&#233;e, il n'y a plus de rois par la gr&#226;ce de Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel Cohn-Bendit :&lt;/strong&gt; Tu es en Belgique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cornelius Castoriadis :&lt;/strong&gt; Je n'oublie pas que je suis en Belgique. Mais je ne crois pas que le roi des Belges soit consid&#233;r&#233; comme roi par la gr&#226;ce de Dieu. Je pense que cela doit &#234;tre un principe du droit constitutionnel belge, que s'il y a un roi des Belges, c'est parce que le peuple belge a souverainement d&#233;cid&#233; qu'il aurait un roi - non ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&lt;i&gt;Rires&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On penserait donc que l'autorit&#233;, aujourd'hui, est d&#233;sacralis&#233;e. Mais en r&#233;alit&#233; ce n'est pas vrai. Ce qui, autrefois, sacralisait l'autorit&#233;, c'&#233;tait la religion : comme le disait saint Paul, dans l'Ep&#238;tre aux Romains, &#171; tout pouvoir vient de Dieu &#187;. Autre chose a pris aujourd'hui la place de la religion et de Dieu : quelque chose qui n'est pas pour nous &#171; sacr&#233; &#187;, mais qui a r&#233;ussi, tant bien que mal, &#224; s'installer socialement comme l'&#233;quivalent pratique du sacr&#233;, comme une sorte de substitut de religion, une religion plate et aplatie. Et cela est l'id&#233;e, la repr&#233;sentation, la signification imaginaire du savoir et de la technique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne veux pas dire par l&#224;, bien entendu, que ceux qui exercent le pouvoir &#171; savent &#187;. Mais ils pr&#233;tendent savoir et c'est au nom de ce pr&#233;tendu savoir - savoir sp&#233;cialis&#233;, scientifique, technique - qu'ils justifient leur pouvoir aux yeux de la population. Et s'ils peuvent le faire, c'est que la population y croit, qu'elle a &#233;t&#233; dress&#233;e pour y croire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, en France, on est accabl&#233; d'un pr&#233;sident de la R&#233;publique qui se pr&#233;tend sp&#233;cialiste de l'&#233;conomie. Ce &#171; sp&#233;cialiste &#187;, lorsqu'il &#233;tait encore ministre des Finances, tenait des discours &#224; la Chambre o&#249; il alignait pendant trois heures des statistiques avec quatre chiffres d&#233;cimaux. Cela veut dire qu'il aurait d&#251; &#234;tre recal&#233; en premi&#232;re ann&#233;e d'une UER d'&#233;conomie, car une statistique avec quatre chiffres d&#233;cimaux en mati&#232;re de prix et de production n'a strictement aucun sens : au mieux, dans ces domaines, on peut parler &#224; dix pour cent pr&#232;s. Il n'emp&#234;che que le pr&#233;sident Giscard, qui n'est pas &#233;conomiste, a r&#233;ussi &#224; d&#233;terrer un dinosaure du pr&#233;tendu savoir &#233;conomique, nomm&#233; Raymond Barre (rires et applaudissements), qu'il a baptis&#233; en public &#171; le meilleur &#233;conomiste de France &#187;. Moyennant quoi le bordel de l'&#233;conomie fran&#231;aise est &#224; pr&#233;sent beaucoup plus grand que ce qu'il &#233;tait il y a trois ans et aussi que ce qu'il aurait &#233;t&#233; si un concierge quelconque avait &#233;t&#233; pr&#233;sident du Conseil&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&lt;i&gt;rires&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cela, il y a une conclusion pratique &#224; tirer. Il y a un terrain de lutte, notamment pour des gens comme vous, comme nous tous ici qui avons plus ou moins affaire avec les activit&#233;s intellectuelles ou scientifiques. Il s'agit de montrer, en premier lieu, que le pouvoir &#224; l'&#233;poque actuelle n'est pas le savoir ; que non seulement il ne sait pas tout, mais m&#234;me qu'il sait beaucoup moins de choses que n'en savent les gens en g&#233;n&#233;ral, et qu'&#224; cela il y a des raisons profondes et organiques. Et, en deuxi&#232;me lieu, que ce &#171; savoir &#187; dont se r&#233;clame le pouvoir, m&#234;me lorsqu'il existe, a un caract&#232;re bien particulier, partiel et biais&#233; &#224; la base.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a aussi une question que je ne veux pas taire - bien que ce ne soit pas une des questions sur lesquelles nous devrions nous &#233;tendre ce soir. C'est que - oubliant maintenant tout &#224; fait MM. Giscard, Barre et consorts - il y a un v&#233;ritable probl&#232;me du savoir, et m&#234;me de la technique, qui nous interpelle effectivement en tant que ce savoir et m&#234;me cette technique d&#233;passent l'institution pr&#233;sente de la soci&#233;t&#233;. M&#234;me si l'on admet - comme je le fais - que l'orientation, les fins, le mode de transmission et l'organisation interne du savoir scientifique sont ancr&#233;s dans le syst&#232;me social actuel, plus m&#234;me, qu'ils lui sont, en un sens, consubstantiels ; m&#234;me alors, il faut accepter qu'il y a la cr&#233;ation de quelque chose qui d&#233;passe certainement l'&#233;poque contemporaine. Cela est vrai aussi, d'ailleurs, pour les &#233;poques ant&#233;rieures de l'histoire. Pour prendre un exemple facile, le th&#233;or&#232;me de Pythagore a &#233;t&#233; d&#233;couvert et d&#233;montr&#233; il y a vingt-cinq si&#232;cles &#224; Samos ou je ne sais o&#249;, peu importe. Il est clair qu'il a &#233;t&#233; d&#233;couvert dans un contexte nullement &#171; neutre &#187;, form&#233; par un ensemble de sch&#232;mes imaginaires indissociablement et profond&#233;ment li&#233;s &#224; la conception grecque du monde, &#224; l'institution imaginaire grecque du monde, comme toute la g&#233;om&#233;trie grecque. Cela n'emp&#234;che pas que, vingt-cinq si&#232;cles apr&#232;s, ce th&#233;or&#232;me de Pythagore, ou quelque chose qui a le m&#234;me nom, non seulement continue &#224; &#171; &#234;tre vrai &#187; (on peut assortir cette expression de tous les guillemets et les points d'interrogation que l'on voudra), mais appara&#238;t comme infiniment plus vrai que ne pouvait le penser Pythagore lui-m&#234;me, puisque l'&#233;nonc&#233; pr&#233;sent du th&#233;or&#232;me de Pythagore, tel que vous le trouverez dans un trait&#233; contemporain d'analyse, en constitue une immense g&#233;n&#233;ralisation. Cela s'appelle toujours th&#233;or&#232;me de Pythagore, mais cela s'&#233;nonce : dans tout espace pr&#233;hilbertien, le carr&#233; de la norme de la somme de deux vecteurs orthogonaux est &#233;gal &#224; la somme des carr&#233;s de leurs normes. Ou, pour prendre un autre exemple : il n'y a pas de soci&#233;t&#233; possible sans arithm&#233;tique - aussi archa&#239;que, primitive, sauvage soit cette soci&#233;t&#233;. Mais o&#249; s'arr&#234;te donc l'arithm&#233;tique ? Cela aussi fait partie de la question du savoir. Il est trop facile d'&#233;vacuer cette question en disant, comme un r&#233;cent micro-farceur parisien, que le totalitarisme c'est les savants au pouvoir : ce qui &#233;videmment ne fait qu'accr&#233;diter et renforcer la mystification id&#233;ologique dominante. Comme si Staline, qui dirigeait les op&#233;rations de l'Arm&#233;e russe pendant la deuxi&#232;me guerre mondiale sur une mappemonde, comme l'a r&#233;v&#233;l&#233; Khrouchtchev, &#233;tait un &#171; savant au pouvoir &#187; ! Mais il est aussi trop facile d'&#233;vacuer la question, comme cela se fait souvent dans notre milieu et par des gens qui nous sont proches, en voulant jeter par-dessus bord en bloc la science et la technique comme telles, parce qu'elles seraient de purs produits du syst&#232;me &#233;tabli ; on aboutit ainsi &#224; &#233;liminer l'interrogation portant sur le monde, sur nous-m&#234;mes, sur notre savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'en viens maintenant &#224; l'autre dimension du processus de fabrication sociale de l'individu, celle qui concerne les &#171; besoins &#187;. Bien &#233;videmment, il n'existe pas de &#171; besoins naturels &#187; de l'&#234;tre humain, dans aucune d&#233;finition du terme &#171; naturel &#187; - sauf peut-&#234;tre dans une d&#233;finition philosophique o&#249; la nature serait quelque chose de tout &#224; fait diff&#233;rent de ce que vous pensez d'habitude sous ce terme : une &#171; nature &#187; selon Aristote, ou Spinoza, quelque chose comme une norme &#224; la fois id&#233;ale et r&#233;elle. Outre que nous ne sommes pas l&#224; ce soir pour discuter ce type de questions philosophiques, cette acception du terme &#171; nature &#187; ne nous int&#233;resse pas pour une raison pr&#233;cise : on ne voit pas comment on pourrait se mettre d'accord socialement pour d&#233;finir des besoins qui correspondraient &#224; cette &#171; nature &#187;-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas de besoins naturels. Toute soci&#233;t&#233; cr&#233;e un ensemble de besoins pour ses membres et leur apprend que la vie ne vaut la peine d'&#234;tre v&#233;cue, et m&#234;me ne peut &#234;tre mat&#233;riellement v&#233;cue que si ces besoins-l&#224; sont &#171; satisfaits &#187; tant bien que mal. Quelle est la sp&#233;cificit&#233; du capitalisme &#224; cet &#233;gard ? En premier lieu, c'est que le capitalisme n'a pu surgir, se maintenir, se d&#233;velopper, se stabiliser (malgr&#233; et avec les intenses luttes ouvri&#232;res qui ont d&#233;chir&#233; son histoire) qu'en mettant au centre de tout les besoins &#171; &#233;conomiques &#187;. Un musulman, ou un hindou, mettra de c&#244;t&#233; de l'argent toute sa vie durant, pour faire le p&#232;lerinage de La Mecque ou de tel temple ; c'est l&#224; pour lui un &#171; besoin &#187;. Cela n'en est pas un pour un individu fabriqu&#233; par la culture capitaliste : ce p&#232;lerinage, c'est une superstition ou une lubie. Mais pour ce m&#234;me individu, ce n'est pas superstition ou lubie, mais &#171; besoin &#187; absolu, que d'avoir une voiture ou de changer de voiture tous les trois ans, ou d'avoir une t&#233;l&#233;vision-couleur d&#232;s que cette t&#233;l&#233;vision existe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En deuxi&#232;me lieu, donc, le capitalisme r&#233;ussit &#224; cr&#233;er une humanit&#233; pour laquelle, plus ou moins et tant bien que mal, ces &#171; besoins &#187; sont &#224; peu pr&#232;s tout ce qui compte dans la vie. Et, en troisi&#232;me lieu - et c'est un des points qui nous s&#233;parent radicalement d'une vue comme celle que Marx pouvait avoir de la soci&#233;t&#233; capitaliste -, ces besoins qu'il cr&#233;e, le capitalisme, tant bien que mal et la plupart du temps, il les satisfait. Comme on dirait en anglais : He promises the goods, and he delivers the goods. La camelote, elle est l&#224;, les magasins en regorgent - et vous n'avez qu'&#224; travailler pour pouvoir en acheter. Vous n'avez qu'&#224; &#234;tre sages et &#224; travailler, vous gagnerez plus, vous grimperez, vous en ach&#232;terez plus, et voil&#224;. Et l'exp&#233;rience historique est l&#224; pour montrer qu'&#224; quelques exceptions pr&#232;s, &#231;a marche : &#231;a marche, &#231;a produit, &#231;a travaille, &#231;a ach&#232;te, &#231;a consomme et &#231;a remarche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette &#233;tape de la discussion, la question n'est pas de savoir si nous &#171; critiquons &#187; cet ensemble de besoins d'un point de vue personnel, de go&#251;t, humain, philosophique, biologique, m&#233;dical ou ce que vous voudrez. La question porte sur les faits, sur lesquels il ne faut pas nourrir d'illusions. Bri&#232;vement parlant, cette soci&#233;t&#233; marche parce que les gens tiennent &#224; avoir une voiture et qu'ils peuvent, en g&#233;n&#233;ral, l'avoir, et qu'ils peuvent acheter de l'essence pour cette voiture. C'est pourquoi il faut comprendre qu'une des choses qui pourraient mettre par terre le syst&#232;me social en Occident ce n'est pas la &#171; paup&#233;risation &#187;, absolue ou relative, mais, par exemple, le fait que les gouvernements ne puissent plus fournir aux automobilistes de l'essence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut bien r&#233;aliser ce que cela signifie. Lorsque nous parlons du probl&#232;me de l'&#233;nergie, du nucl&#233;aire, etc., c'est en fait tout le fonctionnement politique et social qui est impliqu&#233;, et tout le mode de vie contemporain. Il en est ainsi &#224; la fois &#171; objectivement &#187; et du point de vue des gens, et &#224; cet &#233;gard nos critiques de l'abrutissement consommationniste comptent peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut facilement illustrer la situation, moyennant les futurs - et d&#233;j&#224; pr&#233;sents et pass&#233;s - discours &#233;lectoraux du citoyen Marchais, expliquant : primo, si vous n'avez plus d'essence pour rouler, c'est la faute des trusts, des multinationales et du gouvernement qui fait leur jeu ; et, secundo, si le Parti communiste vient au pouvoir, il vous donnera de l'essence parce qu'il ne se soumettra plus aux multinationales mais aussi parce que notre grande alli&#233;e, amie du peuple fran&#231;ais et grand producteur de p&#233;trole, l'Union sovi&#233;tique, nous en fournira (peu importe si les choses commencent &#224; aller tr&#232;s mal l&#224;-bas &#233;galement, &#224; cet &#233;gard aussi). On voit l&#224; un sc&#233;nario possible ; comme aussi il existe un sc&#233;nario possible du c&#244;t&#233; apparemment oppos&#233; - je dis bien apparemment -, c'est-&#224;-dire du c&#244;t&#233; d'une d&#233;magogie n&#233;ofasciste, qui pourrait se d&#233;velopper &#224; partir de la crise de l'&#233;nergie et de ses retomb&#233;es de toutes sortes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise de l'&#233;nergie n'a de sens comme crise, et n'est crise, que par rapport au mod&#232;le pr&#233;sent de soci&#233;t&#233;. C'est cette soci&#233;t&#233;-ci qui a besoin, chaque ann&#233;e, de 10 % de p&#233;trole ou d'&#233;nergie de plus pour pouvoir continuer &#224; tourner. Cela veut dire que la crise de l'&#233;nergie est, en un sens, crise de cette soci&#233;t&#233;. Ainsi, elle contient en germe - c'est l&#224; une question &#224; laquelle c'est beaucoup plus &#224; vous qu'&#224; moi de r&#233;pondre - la mise en cause par les gens de l'ensemble du syst&#232;me ; mais peut-&#234;tre contient-elle aussi en germe la possibilit&#233; que les gens suivent au plan politique les courants les plus aberrants, les plus monstrueux. Car, telle qu'elle est, cette soci&#233;t&#233; ne pourrait probablement pas continuer si on ne lui assurait pas ce ronron de la consommation croissante. Elle pourrait se remettre en cause, en disant : ce que l'on est en train de faire est compl&#232;tement fou, la fa&#231;on selon laquelle on vit est absurde. Mais elle pourrait aussi s'agripper au mode de vie actuel, en se disant : tel parti a la solution, ou : il n'y a qu'&#224; mettre &#224; la porte les juifs, les Arabes, ou je ne sais pas qui, pour r&#233;soudre nos probl&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est la question qui se pose, et que je vous pose, actuellement : o&#249; en est la crise du mode de vie capitaliste pour les gens ? Et que pourrait &#234;tre une activit&#233; politique lucide qui acc&#233;l&#232;re la prise de conscience de l'absurdit&#233; du syst&#232;me et aide les gens &#224; d&#233;gager les critiques du syst&#232;me qui, certainement, se forment d&#233;j&#224; &#224; droite et &#224; gauche ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais aborder maintenant, en liaison imm&#233;diate avec ce qui pr&#233;c&#232;de, le mouvement &#233;cologique. Il me semble que l'on peut observer, dans l'histoire de la soci&#233;t&#233; moderne, une sorte d'&#233;volution du champ sur lequel ont port&#233; les mises en cause, les contestations, les r&#233;voltes, les r&#233;volutions. Il me semble aussi que cette &#233;volution peut &#234;tre quelque peu &#233;clair&#233;e si on se r&#233;f&#232;re &#224; ces deux dimensions de l'institution de la soci&#233;t&#233; que j'&#233;voquais tout &#224; l'heure : l'instillation aux individus d'un sch&#232;me d'autorit&#233; et l'instillation aux individus d'un sch&#232;me de besoins. Le mouvement ouvrier a mis en cause, d&#232;s le d&#233;part, l'ensemble de l'organisation de la soci&#233;t&#233;, mais d'une mani&#232;re qui, r&#233;trospectivement, ne peut manquer de nous appara&#238;tre comme quelque peu abstraite. Ce que le mouvement ouvrier attaquait surtout, c'&#233;tait la dimension de l'autorit&#233; - c'est-&#224;-dire la domination qui en est le versant &#171; objectif &#187;. M&#234;me sur ce point il laissait dans l'ombre - c'&#233;tait quasiment fatal &#224; l'&#233;poque - des aspects tout &#224; fait d&#233;cisifs du probl&#232;me de l'autorit&#233; et de la domination, donc aussi des probl&#232;mes politiques de la reconstruction d'une soci&#233;t&#233; autonome. Certains de ces aspects ont &#233;t&#233; mis en question par la suite ; et surtout, plus r&#233;cemment, par le mouvement des femmes et le mouvement des jeunes, qui ont attaqu&#233; les sch&#232;mes, les figures et les relations d'autorit&#233; tels qu'ils existent dans d'autres sph&#232;res de la vie sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que le mouvement &#233;cologique a mis en question, de son c&#244;t&#233;, c'est l'autre dimension : le sch&#232;me et la structure des besoins, le mode de vie. Et cela constitue un d&#233;passement capital de ce qui peut &#234;tre vu comme le caract&#232;re unilat&#233;ral des mouvements ant&#233;rieurs. Ce qui est en jeu dans le mouvement &#233;cologique est toute la conception, toute la position des rapports entre l'humanit&#233; et le monde, et finalement la question centrale et &#233;ternelle : qu'est-ce que la vie humaine ? Nous vivons pour quoi faire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette question, il existe d&#233;j&#224; une r&#233;ponse, et on la conna&#238;t : c'est la r&#233;ponse capitaliste. Permettez-moi ici une parenth&#232;se et un rapide retour en arri&#232;re. La plus belle et la plus concise formulation de l'esprit du capitalisme que je connaisse, c'est l'&#233;nonc&#233; programmatique bien connu de Descartes : atteindre au savoir et &#224; la v&#233;rit&#233; pour &#171; nous rendre ma&#238;tres et possesseurs de la nature &#187;. C'est dans cet &#233;nonc&#233; du grand philosophe rationaliste que l'on voit le plus clairement l'illusion, la folie, l'absurdit&#233; du capitalisme (comme aussi d'une certaine philosophie et d'une certaine th&#233;ologie qui le pr&#233;c&#232;dent). Qu'est-ce que cela veut dire, nous rendre ma&#238;tres et possesseurs de la nature ? Remarquez aussi que sur cette id&#233;e priv&#233;e de sens se fondent aussi bien le capitalisme que l'&#339;uvre de Marx et le marxisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or ce qui appara&#238;t, peut-&#234;tre en t&#226;tonnant et en balbutiant, &#224; travers le mouvement &#233;cologique, c'est que certainement nous ne voulons pas &#234;tre ma&#238;tres et possesseurs de la nature. D'abord, parce que nous avons compris que cela ne veut rien dire, que cela n'a pas de sens - si ce n'est d'asservir la soci&#233;t&#233; &#224; un projet absurde et aux structures de domination qui l'incarnent. Et, ensuite, parce que nous voulons un autre rapport &#224; la nature et au monde ; et cela veut dire aussi un autre mode de vie, et d'autres besoins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la question est : quel mode de vie, et quels besoins ? Que voulons-nous ? Et qui, comment, &#224; partir de quoi, peut r&#233;pondre &#224; ces questions ? R&#233;pondre, j'entends, non pas dans le savoir absolu, mais en connaissance de cause, et dans la lucidit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A mes yeux, le mouvement &#233;cologique est apparu comme un des mouvements qui tendent vers l'autonomie de la soci&#233;t&#233; ; et chaque fois que j'ai eu &#224; en parler, oralement ou par &#233;crit, je l'ai inclus dans la s&#233;rie de ces mouvements dont je parlais tout &#224; l'heure. Dans le mouvement &#233;cologique il s'agit, en premier lieu, de l'autonomie par rapport &#224; un syst&#232;me technico-productif, pr&#233;tendument in&#233;vitable ou pr&#233;tendument optimal : le syst&#232;me technico-productif qui est l&#224; dans la soci&#233;t&#233; actuelle. Mais il est absolument certain que le mouvement &#233;cologique, par les questions qu'il soul&#232;ve, d&#233;passe de loin cette question du syst&#232;me technico-productif, qu'il engage potentiellement tout le probl&#232;me politique et tout le probl&#232;me social. Je vais m'expliquer et terminer l&#224;-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que le mouvement &#233;cologique engage tout le probl&#232;me politique et tout le probl&#232;me social, on peut le voir imm&#233;diatement &#224; partir d'une question apparemment limit&#233;e. J'esp&#232;re que vous m'excuserez si je vous dis des choses que vous avez d&#251; entendre d&#233;j&#224; des dizaines de fois, et si je les dis de fa&#231;on abrupte. La lutte antinucl&#233;aire : oui, tr&#232;s bien, bravo. Mais est-ce que cela veut dire en m&#234;me temps : lutte anti&#233;lectricit&#233; ? Si oui, alors il faut le dire, tout de suite, fortement et clairement. Et il faut dire aussi : nous sommes contre l'&#233;lectricit&#233;, et nous connaissons toutes les implications de ce que nous disons : pas de sonorisation dans une salle comme celle-ci - mais c'est d&#233;j&#224; fait (rires) ; pas de t&#233;l&#233;phone ; pas de blocs op&#233;ratoires en chirurgie (apr&#232;s tout, Illich affirme que la m&#233;decine ne fait qu'augmenter le taux de mortalit&#233;) ; pas de radios, libres ou pas ; pas de magn&#233;tophones ; pas de disques de Keith Jarret, comme j'en entendais tout &#224; l'heure dans votre club, etc. Il faut r&#233;aliser qu'il n'y a pratiquement aucun objet de la vie moderne qui d'une fa&#231;on ou d'une autre, directement ou indirectement, n'implique l'&#233;lectricit&#233;. Ce rejet total est peut-&#234;tre acceptable - mais il faut le savoir, et il faut le dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou alors, la seule chose qui serait logique, c'est de proposer d'autres sources d'&#233;nergie, d'affirmer et de montrer qu'il n'est pas n&#233;cessaire de se priver d'&#233;lectricit&#233; si l'on exclut les centrales nucl&#233;aires, &#224; condition de r&#233;former l'ensemble du syst&#232;me de production d'&#233;nergie de telle sorte que seules entrent en jeu des &#233;nergies renouvelables. Comme je suis certain que vous connaissez beaucoup plus de choses que moi sur les &#233;nergies renouvelables, ce n'est pas la peine que je m'&#233;tende sur cette question consid&#233;r&#233;e en elle-m&#234;me. Mais la question des &#233;nergies renouvelables d&#233;passe de loin la question des &#233;nergies renouvelables. D'abord, elle implique la totalit&#233; de la production ; et puis (ou plut&#244;t en m&#234;me temps) elle implique la totalit&#233; de l'organisation sociale. La seule tentative que je connaisse personnellement de prendre en compte s&#233;rieusement l'ensemble de la question, c'est le projet Alter sur lequel travaille en France le math&#233;maticien Philippe Courr&#232;ge avec un minuscule groupe de collaborateurs b&#233;n&#233;voles. Je dis s&#233;rieusement, parce que Courr&#232;ge a tout de suite vu qu'il ne s'agit pas seulement d'assurer la production d'&#233;nergies renouvelables, que cela impliquait la totalit&#233; de la production et, par cons&#233;quent, il s'est attaqu&#233; &#224; la construction d'un petit &#171; syst&#232;me &#187; complet (ou plut&#244;t, d'une grande gamme de tels syst&#232;mes, d&#233;pendant chacun des objectifs finals qu'on se propose), d'une matrice boucl&#233;e qui couvre la totalit&#233; des &#171; entr&#233;es &#187; et des &#171; sorties &#187; d'une petite r&#233;gion &#224; peu pr&#232;s autarcique. Mais je dis s&#233;rieusement aussi, parce que Courr&#232;ge a &#233;galement vu, et il le dit, que ce qui sur le plan &#171; technique &#187; et &#171; &#233;conomique &#187; est une solution sinon simple au moins faisable, soul&#232;ve des probl&#232;mes politiques et sociaux (il dit : soci&#233;taux) immenses : la d&#233;finition des objectifs finals de la production, l'acceptation par la communaut&#233; d'un &#233;tat stationnaire, la gestion de l'ensemble, etc. Ici, je peux dire que je me sens en terrain familier : non pas que je poss&#232;de, &#233;videmment, la solution, mais parce que ce sont des questions sur lesquelles je r&#233;fl&#233;chis et je travaille depuis trente ans et qui deviennent &#224; la fois plus pr&#233;cises et plus claires lorsque l'on donne un soubassement concret &#224; l'id&#233;e d'unit&#233;s sociales autogouvern&#233;es et vivant pour une bonne partie sur des ressources locales renouvelables. Mais il reste ce que montre, &#171; n&#233;gativement &#187; si je peux dire, le projet Alter : si on veut toucher au probl&#232;me de l'&#233;nergie, il faut toucher &#224; tout. Or tout cela n'est ni de la th&#233;orie, ni de la litt&#233;rature. On sait que d&#232;s maintenant les gouvernements disent que sans centrales nucl&#233;aires il n'y aura plus d'&#233;lectricit&#233; dans quelques ann&#233;es ; et, certainement, si rien d'autre ne se passe et comme, depuis 1973, ces gouvernements n'ont fait que bavarder sur le probl&#232;me de l'&#233;nergie sans rien faire de r&#233;el, il finira bien par arriver quelque chose comme la rupture de charge du r&#233;seau en France l'ann&#233;e derni&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, d'un autre c&#244;t&#233;, les projets concernant les &#233;nergies renouvelables sont en partie r&#233;cup&#233;rables &#224; des fins que l'on ne pourrait m&#234;me pas appeler r&#233;formistes : &#224; des fins de pur et simple colmatage du syst&#232;me existant. Et, au-del&#224; de cette question de r&#233;cup&#233;ration, cela conduit &#224; une autre interrogation : est-ce qu'un &#171; r&#233;formisme &#187; antinucl&#233;aire, &#233;nerg&#233;tique, &#233;cologique a un sens et peut &#234;tre lucidement appuy&#233; ? J'entends ici par &#171; r&#233;formisme &#187; le soutien accord&#233; &#224; des mesures partielles que nous consid&#233;rons comme valables et ayant un sens (c'est-&#224;-dire qui ne sont pas annul&#233;es du fait qu'elles s'ins&#232;rent dans un syst&#232;me global qui, lui, n'est pas chang&#233;). Par exemple, les lois contre la pollution des cours d'eau - lois qui laissent en place tout le reste : les multinationales, l'Etat, le parti communiste, le roi, etc. Une certaine position traditionnelle r&#233;pondait &#224; cette question par la n&#233;gative. On disait : on se bat pour la R&#233;volution, et un des sous-produits de la R&#233;volution sera la non-pollution des rivi&#232;res (comme aussi l'&#233;mancipation des femmes, la r&#233;forme de l'&#233;ducation, etc.). Nous savons que cette r&#233;ponse est absurde et mystificatrice, et heureusement les femmes ou les &#233;tudiants ont cess&#233; d'attendre la R&#233;volution pour exiger et obtenir des changements effectifs dans leur condition. Je pense que la m&#234;me chose vaut pour la lutte &#233;cologique : il y a, par exemple et entre mille autres, une grave question de la pollution des cours d'eau, et la lutte contre cet &#233;tat de choses a pleinement un sens, &#224; condition que l'on sache ce que l'on fait, que l'on soit lucide. Cela veut dire que l'on sait qu'actuellement on lutte pour tel objectif partiel, parce qu'il a une certaine valeur, et que l'on sait aussi que ce dont on demande l'introduction ou l'application, aussi longtemps que le syst&#232;me actuel existera, aura n&#233;cessairement une signification ambigu&#235; et m&#234;me pourra &#234;tre d&#233;tourn&#233; de sa finalit&#233; initiale. Vous savez que la S&#233;curit&#233; sociale a &#233;t&#233;, dans beaucoup de pays, une conqu&#234;te arrach&#233;e de haute lutte par la classe ouvri&#232;re. Mais vous savez aussi qu'il y a des marxistes qui expliquent - et apr&#232;s tout, ce n'est pas totalement faux d'un certain point de vue - que la S&#233;curit&#233; sociale fait fonctionner le syst&#232;me capitaliste parce qu'elle sert &#224; l'entretien de la force de travail. Et alors ? Est-ce qu'&#224; partir de cet argument, on demanderait la suppression de la S&#233;curit&#233; sociale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je terminerai en abordant le probl&#232;me qui me para&#238;t le plus profond, le plus critique, critique au sens initial du mot crise : moment et processus de d&#233;cision. Parler d'une soci&#233;t&#233; autonome, de l'autonomie de la soci&#233;t&#233; non seulement &#224; l'&#233;gard de telle couche dominante particuli&#232;re mais &#224; l'&#233;gard de sa propre institution, des besoins, des techniques, etc., pr&#233;suppose &#224; la fois la capacit&#233; et la volont&#233; des humains de s'auto-gouverner, au sens le plus fort de ce terme. Pendant tr&#232;s longtemps, en fait d&#232;s le d&#233;but de la p&#233;riode o&#249; je faisais, avec mes camarades, Socialisme ou Barbarie, c'&#233;tait essentiellement dans ces termes que se formulait pour moi la question de la possibilit&#233; d'une transformation radicale, r&#233;volutionnaire, de la soci&#233;t&#233; : est-ce que les humains ont la capacit&#233; et surtout la volont&#233; de s'auto-gouverner (je dis surtout la volont&#233;, car &#224; mes yeux la &#171; capacit&#233; &#187; ne fait pas vraiment probl&#232;me) ? Est-ce qu'ils veulent vraiment &#234;tre ma&#238;tres d'eux-m&#234;mes ? Car, apr&#232;s tout, s'ils le voulaient, rien ne pourrait les en emp&#234;cher : cela, on le sait depuis Rosa Luxemburg, depuis La Bo&#235;tie, m&#234;me depuis les Grecs. Mais, petit &#224; petit, un autre aspect de cette question - de la question de la possibilit&#233; d'une transformation radicale de la soci&#233;t&#233; - a commenc&#233; &#224; m'appara&#238;tre, et &#224; me pr&#233;occuper de plus en plus. C'est qu'une autre soci&#233;t&#233;, une soci&#233;t&#233; autonome, n'implique pas seulement l'autogestion, l'auto-gouvernement, l'auto-institution. Elle implique une autre culture, au sens le plus profond de ce terme. Elle implique un autre mode de vie, d'autres besoins, d'autres orientations de la vie humaine. Car vous serez d'accord avec moi pour dire qu'un socialisme des embouteillages est une absurdit&#233; dans les termes, et que la solution socialiste de ce probl&#232;me ne serait pas d'&#233;liminer les embouteillages en quadruplant la largeur des Champs-Elys&#233;es. Qu'est-ce donc que ces villes ? Qu'est-ce que les gens qui les remplissent ont vraiment envie de faire ? Comment diable se fait-il qu'ils &#171; pr&#233;f&#232;rent &#187; avoir leurs voitures et passer des heures chaque jour dans les embouteillages, plut&#244;t qu'autre chose ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Poser le probl&#232;me d'une nouvelle soci&#233;t&#233;, c'est poser le probl&#232;me d'une cr&#233;ation culturelle extraordinaire. Et la question qui se pose, et que je vous pose, est : est-ce que de cette cr&#233;ation culturelle nous avons, devant nous, des signes pr&#233;curseurs et avant-coureurs ? Nous qui rejetons, du moins en paroles, le mode de vie capitaliste et ce qu'il implique - et il implique tout, absolument tout ce qui existe aujourd'hui - est-ce que nous voyons autour de nous na&#238;tre un autre mode de vie qui pr&#233;annonce, qui pr&#233;figure quelque chose de nouveau, quelque chose qui donnerait un contenu substantif &#224; l'id&#233;e d'autogestion, d'autogouvernement, d'autonomie, d'auto-institution ? Autrement dit : l'id&#233;e d'autogouvernement peut-elle prendre sa pleine force, atteindre son plein appel, si elle n'est pas aussi port&#233;e par d'autres souhaits, par d'autres &#171; besoins &#187; qui ne peuvent pas &#234;tre satisfaits dans le syst&#232;me social contemporain ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous autres, probablement, nous qui sommes ici, pouvons sans doute penser &#224; de tels besoins, nous les &#233;prouvons, et peut-&#234;tre pour nous ils comptent beaucoup. Par exemple, que sais-je, pouvoir aller quand on veut fl&#226;ner deux jours dans les bois. Mais la question n'est &#233;videmment pas l&#224; ; il ne s'agit pas de nos souhaits et besoins &#224; nous, mais de ceux de la grande masse des gens. Et l'on se demande : est-ce que quelque chose de ce genre, le rejet des besoins nourris actuellement par le syst&#232;me et l'apparition d'autres vis&#233;es, commence &#224; poindre, &#224; appara&#238;tre comme important pour les gens qui vivent aujourd'hui ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et finalement : est-ce qu'ici, sur ce point, sur cette ligne, nous ne rencontrons pas effectivement la limite de la pens&#233;e et de l'action politiques ? Car bien entendu, comme toute pens&#233;e et toute action, celle-ci aussi doit avoir une limite - et doit s'efforcer de la reconna&#238;tre. Est-ce que cette limite n'est pas, sur ce point, celle-ci : que ni nous, ni personne ne peut d&#233;cider d'un mode de vie pour les autres ? Nous disons, nous pouvons dire, nous avons le droit de dire que nous sommes contre le mode de vie contemporain - ce qui, encore une fois, implique &#224; peu pr&#232;s tout ce qui existe, et non seulement la construction de telle centrale nucl&#233;aire, qui n'en est qu'une implication du &#233;ni&#232;me ordre. Mais dire que nous sommes contre tel mode de vie, cela introduit par la bande un probl&#232;me formidable : ce que l'on peut appeler le probl&#232;me du droit au sens le plus g&#233;n&#233;ral, non pas simplement du droit formel, mais du droit comme contenu. Que se passe-t-il, si les autres continuent de vouloir de cet autre mode de vie ? Je prendrai volontairement un exemple extr&#234;me et absurde, parce qu'il est proche du point de d&#233;part de notre r&#233;union. Supposez qu'il y ait des gens qui non seulement veulent de l'&#233;lectricit&#233;, mais veulent sp&#233;cifiquement de l'&#233;lectricit&#233; d'origine nucl&#233;aire. Vous leur offrez toute l'&#233;lectricit&#233; du monde, ils n'en veulent pas : ils veulent qu'elle soit nucl&#233;aire. Tous les go&#251;ts sont dans la nature. Qu'est-ce que vous direz dans un tel cas, qu'est-ce que nous dirons ? Nous dirons, je suppose : il y a une d&#233;cision majoritaire (du moins nous esp&#233;rons qu'elle le serait) qui interdit aux gens de satisfaire leur go&#251;t de se fournir en &#233;lectricit&#233; sp&#233;cifiquement nucl&#233;aire. Exemple, encore une fois, absurde - et facile &#224; r&#233;gler. Mais vous pouvez ais&#233;ment imaginer des milliers d'autres, qui ne sont ni absurdes ni faciles &#224; r&#233;gler. Car ce qui est pos&#233; dans le mode de vie est finalement cette question : jusqu'o&#249; peut aller le &#171; droit &#187; (la possibilit&#233; effective, l&#233;galement et collectivement assur&#233;e) de chaque individu, de chaque groupe, de chaque commune, de chaque nation d'agir comme il l'entend &#224; partir du moment o&#249; nous savons - nous le savions depuis toujours, mais l'&#233;cologie nous le rappelle avec force - que nous sommes tous embarqu&#233;s sur le m&#234;me rafiot plan&#233;taire, et que ce que chacun fait peut se r&#233;percuter sur tous ? La question de l'autogouvernement, de l'autonomie de la soci&#233;t&#233; est aussi la question de l'autolimitation de la soci&#233;t&#233;. Autolimitation qui a deux versants : la limitation par la soci&#233;t&#233; de ce qu'elle consid&#232;re comme les souhaits, tendances, actes, etc., inacceptables de telle ou telle partie de ses membres ; mais aussi, autolimitation de la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me dans la r&#233;glementation, la r&#233;gulation, la l&#233;gislation qu'elle exerce sur ses membres. Le probl&#232;me positif et substantif du droit c'est de pouvoir concevoir une soci&#233;t&#233; qui &#224; la fois est fond&#233;e sur des r&#232;gles universelles substantives (l'interdiction du meurtre n'est pas une r&#232;gle &#171; formelle &#187; et en m&#234;me temps est compatible avec la plus grande diversit&#233; possible de cr&#233;ation culturelle et donc aussi de modes de vie et de syst&#232;mes de besoins (je ne parle pas du folklore pour touristes). Et cette synth&#232;se, cette conciliation nous ne pouvons pas la sortir de notre t&#234;te. Et si nous la sortions, cela ne servirait &#224; rien. Elle sortira de la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me, ou elle ne sortira pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reconna&#238;tre cette limite &#224; la pens&#233;e et &#224; l'action politiques, c'est s'interdire de refaire le travail des philosophes politiques du pass&#233;, se substituant &#224; la soci&#233;t&#233; et d&#233;cidant, comme Platon et m&#234;me Aristote, que telle gamme musicale est bonne pour l'&#233;ducation des jeunes, tandis que telle autre est mauvaise et doit donc &#234;tre interdite dans la cit&#233;. Cela n'implique nullement que nous renoncions &#224; notre propre pens&#233;e, &#224; notre propre action, &#224; notre point de vue, ni que nous acceptions aveugl&#233;ment et religieusement tout ce que la soci&#233;t&#233; et l'histoire peuvent produire. C'est finalement encore un point de vue abstrait de philosophe qui am&#232;ne Marx &#224; d&#233;cider (car c'est lui qui le d&#233;cide) que ce que l'histoire d&#233;cidera ou a d&#233;j&#224; d&#233;cid&#233; est bon. (L'histoire a presque d&#233;cid&#233; pour le Goulag.) Nous maintenons notre responsabilit&#233;, notre jugement, notre pens&#233;e et notre action, mais nous en reconnaissons aussi la limite. Et reconna&#238;tre cette limite, c'est donner son plein contenu &#224; ce que nous disons sur le fond, &#224; savoir qu'une politique r&#233;volutionnaire aujourd'hui est en premier lieu et avant tout la reconnaissance de l'autonomie des gens, c'est-&#224;-dire la reconnaissance de la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me comme source ultime de cr&#233;ation institutionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&lt;i&gt;applaudissements&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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