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	<title>Lieux Communs</title>
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	<description>D&#233;mocratie directe &#8212; Red&#233;finition collective des besoins &#8212; &#201;galit&#233; des revenus</description>
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		<title>Actualit&#233; de la stratocratie russe (2/2)</title>
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		<dc:subject>Castoriadis C.</dc:subject>
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&lt;p&gt;Premi&#232;re partie disponible ici (.../...) Vers la stratocratie Article paru en mai 1981, dans le n&#176; 12 de la revue Le D&#233;bat (pp. 5-17). Source. La politique ext&#233;rieure de la Russie, 1945-1980. Il est indispensable, vu l'aveuglement volontaire &#224; peu pr&#232;s universel, de faire ressortir plus nette- ment la sp&#233;cificit&#233; de l'&#233;volution r&#233;elle de la politique ext&#233;rieure russe depuis 1945 en la comparant &#224; d'autres possibles. Apr&#232;s la Seconde Guerre, la Russie aurait pu se replier sur (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1228-Actualite-de-la-stratocratie-russe-1-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Premi&#232;re partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Vers la stratocratie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Article paru en mai 1981, dans le n&#176; 12 de la revue &lt;i&gt;Le D&#233;bat&lt;/i&gt; (pp. 5-17). &lt;a href=&#034;http://palimpsestes.fr/textes_philo/castoriadis/stratocratie.pdf-&gt;http://palimpsestes.fr/textes_philo/castoriadis/stratocratie.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Source&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La politique ext&#233;rieure de la Russie, 1945-1980.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est indispensable, vu l'aveuglement volontaire &#224; peu pr&#232;s universel, de faire ressortir plus nette- ment la sp&#233;cificit&#233; de l'&#233;volution r&#233;elle de la politique ext&#233;rieure russe depuis 1945 en la comparant &#224; d'autres possibles. Apr&#232;s la Seconde Guerre, la Russie aurait pu se replier sur elle-m&#234;me &#8211; ou entrer dans la pratique &#171; normale &#187; de la rivalit&#233; et du jeu des influences dans ce qui aurait pu succ&#233;der au pr&#233;tendu &#171; concert des puissances &#187; d'autrefois et qui &#233;tait, tr&#232;s explicitement voulu comme tel par les Am&#233;ricains et Roosevelt, un condominium mondial russo-am&#233;ricain. Inattaquable et inconqu&#233;rable ; poss&#233;dant d&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 1950 les armes nucl&#233;aires ; ayant acquis en Europe un glacis strat&#233;gique large, elle aurait pu, dans l'abstrait, se replier sur elle-m&#234;me, se contenter de ses conqu&#234;tes consid&#233;rables depuis 1939, s'orienter vers une am&#233;lioration de sa situation &#233;conomique interne. Ce n'est absolument pas ce qui s'est pass&#233;. Les gouvernements largement pro-russes des pays satellites (comme aucun tsar n'en aurait r&#234;v&#233;) ne lui suffisaient pas : la mise au pas int&#233;grale lui &#233;tait n&#233;cessaire, culminant dans le coup de Prague en 1948. Le &#171; partage de Yalta &#187; ne lui suffisait pas ; la deuxi&#232;me guerre civile grecque &#233;tait d&#233;clench&#233;e en 1947. Le premier blocus de Berlin, puis l'attaque en Cor&#233;e ont suivi. Je rappelle ces faits car non seulement pour les jeunes, mais pour tous ceux qui ont aujourd'hui moins de quarante ou quarante-cinq ans, ils doivent appartenir au mieux &#224; une histoire poussi&#233;reuse et ambigu&#235;. Or cette histoire c'est le pr&#233;sent, c'est elle qui continue &#8211; et elle est &#233;clair&#233;e par tout ce qui a suivi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; quelques apparences, cette ligne internationale n'a jamais subi d'inflexion essentielle. Il est massivement faux de parler m&#234;me d'&#171; alternance &#187; des m&#233;thodes de la politique internationale russe derri&#232;re laquelle se cacherait la permanence du but poursuivi. Il n'y a jamais eu d'alternance que rh&#233;torique. (M&#234;me &#224; ce niveau, du reste, ce n'est jamais que la moiti&#233; de la rh&#233;torique qui change : &#224; aucun moment, les proclamations sur l'in&#233;luctable &#171; victoire finale du communisme &#187;, c'est-&#224;-dire de la Russie, n'ont cess&#233;.) &#192; peine la guerre de Cor&#233;e et la premi&#232;re guerre d'Indochine termin&#233;es, les Russes commencent &#224; p&#233;n&#233;trer au Proche et au Moyen-Orient (l'aventure franco-anglaise de Suez en 1956 leur en fournissant une merveilleuse occasion). Au d&#233;but des ann&#233;es 1960, c'est la deuxi&#232;me crise de Berlin et l'installation de fus&#233;es &#224; Cuba. Et, presque simultan&#233;ment, commence la deuxi&#232;me guerre d'Indochine, impossible sans le soutien logistique et politique russe. Fid&#232;le &#224; sa mission r&#233;volutionnaire et socialiste, pr&#234;te &#224; se sacrifier pour le bonheur de l'humanit&#233; &#8211; bonheur tellement &#233;touffant que les habitants du Vietnam pr&#233;f&#232;rent se faire bouffer par les requins que continuer &#224; le vivre &#8211; la Russie s'y battra jusqu'au dernier paysan vietnamien, cependant que les &#201;tats-Unis s'enfoncent, crime inutile, dans un gu&#234;pier sanglant o&#249; ils perdront leur prestige, leur &#233;quilibre &#233;conomique, leur moral, leur coh&#233;sion nationale et finalement, quoique de fa&#231;on indirecte, leur supr&#233;matie et m&#234;me leur &#233;quivalence militaire au plan mondial pour rien. (Lorsque, pendant la m&#234;me p&#233;riode, les Russes envahissent la Tch&#233;coslovaquie, les Am&#233;ricains s'empressent de leur faire savoir qu'ils n'y voient aucune objection&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Zdenek Mlynar, Nightfrost in Prague : The End of Humane Socialism, New York, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, cependant qu'un &#171; homme d'&#201;tat &#187; fran&#231;ais, Michel Debr&#233;, qualifie l'occupation de la Tch&#233;coslovaquie d'&#224; incident de parcours &#187;.) &#192; la d&#233;monstration faite aux yeux du monde, de 1964 &#224; 1972, que les &#201;tats-Unis ne peuvent pas gagner une guerre terrestre contre une nation de va-nu-pieds, fera suite une autre d&#233;monstration tout aussi int&#233;ressante : que la signature des &#201;tats-Unis au bas d'un trait&#233; international ne vaut pas le papier sur lequel elle est &#233;crite (conqu&#234;te par le Vietnam du Nord du Vietnam du Sud, dont l'existence &#233;tait &#171; garantie &#187; par les &#201;tats-Unis). La chute de Sa&#239;gon montrait que d&#233;sormais les &#201;tats-Unis non seulement n'&#233;taient plus &#171; cr&#233;dibles &#187;, comme on le dit superficiellement, mais qu'ils n'&#233;taient plus &lt;i&gt;fiables&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;reliable&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;zuverl&#228;ssig&lt;/i&gt;). La d&#233;monstration a &#233;t&#233; amplifi&#233;e jusqu'au grotesque quelques ann&#233;es plus tard avec ce qui a pr&#233;c&#233;d&#233;, comme avec ce qui a suivi, la chute du Shah en Iran ; il faut ajouter que, dans ce cas, aucun concours des Russes n'a &#233;t&#233; n&#233;cessaire, les Am&#233;ricains s'y &#233;tant admirablement d&#233;brouill&#233;s tout seuls.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La majeure partie des ann&#233;es 1970, apr&#232;s les &#171; accords de Paris &#187;, et jusqu'&#224; l'invasion de l'Afghanistan, est couverte en surface par la &#171; d&#233;tente &#187; ; rencontre de Vladivostok, SALT I, pitreries redoubl&#233;es de Kissinger, doctrine Sonnenfeldt, accords d'Helsinki, discussions et accord au niveau gouvernemental sur SALT II. Or c'est pendant cette p&#233;riode que les Russes s'installent solidement en Afrique (Mozambique, Angola, Somalie &#8211; rationnellement &#233;chang&#233;e peu apr&#232;s contre l'&#201;thiopie) et au Y&#233;men du Sud ; qu'ils donnent le feu vert aux Nord-Vietnamiens pour envahir le Sud-Vietnam ; qu'&#224; peine sign&#233;s les accords d'Helsinki &#8211; et, &#224; d&#233;faut de &#171; trait&#233; de paix &#187;, leur installation en Europe centrale officiellement reconnue et ratifi&#233;e &#8211; ils donnent libre cours &#224; une r&#233;pression redoubl&#233;e contre les dissidents ; qu'ils poursuivent, face &#224; une Am&#233;rique &#224; tous &#233;gards d&#233;compos&#233;e et dont l'armement stagne ou r&#233;gresse, un effort militaire gigantesque qui leur procure, d&#232;s la fin de la d&#233;cennie, une sup&#233;riorit&#233; militaire tous domaines nette et, selon toute probabilit&#233;, d&#233;sormais &lt;i&gt;irr&#233;versible&lt;/i&gt;. La d&#233;cennie se termine avec l'invasion de l'Afghanistan, qui montre combien de cas les Russes font de SALT II et de la &#171; d&#233;tente &#187; (ce qui n'exclut nullement, bien entendu, d&#232;s que les circonstances l'exigeront ou s'y pr&#234;teront, une nouvelle phase de rh&#233;torique tranquillisante).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; la for&#234;t. Le soin de d&#233;tailler le feuillage des arbres qui la composent peut &#234;tre laiss&#233; aux historiens, aux sp&#233;cialistes, aux imb&#233;ciles et aux sycophantes du Kremlin &#8211; quatre classes certes distinctes mais dont l'intersection n'est pas n&#233;cessairement vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien &#233;videmment, cette politique d'expansion et d'accroissement de puissance internationale est all&#233;e de pair avec une politique int&#233;rieure tout aussi constante et, finalement, si on y r&#233;fl&#233;chit, si on tient compte des presque quatre d&#233;cennies &#233;coul&#233;es depuis la mort de Staline, des &#171; possibilit&#233;s th&#233;oriques &#187; qu'elles offraient, des changements mat&#233;riels incontestables qu'entra&#238;naient l'urbanisation et l'industrialisation relative du pays, &lt;i&gt;&#233;tonnamment inalt&#233;r&#233;e&lt;/i&gt;. Ici encore, cessons de fignoler la description des arbres et regardons la for&#234;t : qu'est-ce qui a vraiment chang&#233; en Russie depuis la mort de Staline, pour ce qui est des orientations et des m&#233;thodes de gestion du r&#233;gime, &lt;i&gt;de ce qui d&#233;pend de lui ?&lt;/i&gt; (Je ne parle &#233;videmment pas de choses infiniment importantes mais qui lui &#233;chappent, l'&#233;volution des mentalit&#233;s par exemple.) Une seule chose : la terreur. Encore faut-il voir ce que cela signifie : la consolidation et la protection des couches bureaucratiques (d&#233;sormais on peut perdre son poste, mais non sa t&#234;te ou sa libert&#233;, ni m&#234;me la totalit&#233; de ses privil&#232;ges), et surtout : &lt;i&gt;la rationalisation de la r&#233;pression&lt;/i&gt;. Accompagn&#233;e d'une des rares contributions de la Russie &#224; la technologie appliqu&#233;e contemporaine : l'utilisation de la psychiatrie &#224; des fins polici&#232;res, la r&#233;pression est la seule industrie russe qui a marqu&#233; des fantastiques progr&#232;s dans l'efficience. On peut maintenant en Russie fabriquer le degr&#233; suffisant de soumission sociale en consommant un nombre presque n&#233;gligeable de cadavres. (Bien entendu, la terreur stalinienne n'avait rien &#224; voir avec une &#171; logique de la r&#233;pression &#187;, ni avec une autre, et ne peut pas &#234;tre jug&#233;e sur des crit&#232;res d'efficience, ni r&#233;pressive ni &#171; &#233;conomique &#187;.) &#192; part cela, rien. Le r&#233;gime aurait pu s'orienter vers une v&#233;ritable am&#233;lioration de la situation &#233;conomique interne. C'est ce qu'on aurait pu penser &#8211; c'est ce que l'on a effectivement pens&#233; &#8211; en 1953-1954, avec les mesures de Malenkov, puis aussi quelque temps avec Khrouchtchev. Il ne l'a pas fait. Une orientation diff&#233;rente aurait impliqu&#233; soit des mesures de r&#233;organisation et de r&#233;forme tr&#232;s pouss&#233;es, soit une affectation diff&#233;rente des ressources (entre le sec- teur militaire et le secteur non militaire), soit, tr&#232;s certainement, les deux &#224; la fois. Mais le &#171; choix &#187; du r&#233;gime, confirm&#233; ann&#233;e apr&#232;s ann&#233;e depuis au moins un quart de si&#232;cle, et quel que soit le &#171; climat &#187; international, a constamment &#233;t&#233; : priorit&#233; absolue &#224; l'expansion quantitative et qualitative de la soci&#233;t&#233; militaire ; maintien de la production, de l'&#233;conomie et de la soci&#233;t&#233; non militaires dans le m&#234;me &#233;tat de croupissement et de p&#233;nurie, &#224; peine perturb&#233; p&#233;riodiquement par des &#171; r&#233;formes &#187; et des bricolages incoh&#233;rents et inefficaces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel est le fait fondamental : une politique internationale constamment agressive et expansive ; une politique int&#233;rieure qui subordonne tout le reste &#224; l'expansion de l'Appareil militaire et s'accommode parfaitement d'un &#233;tat chroniquement lamentable de tout ce qui n'est pas militaire. Ce sont deux volets &lt;i&gt;de la m&#234;me r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt;, m&#234;me si celle-ci est loin d'&#234;tre simple. Impossible de les comprendre sans les consid&#233;rer ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fait fondamental demande explication du point de vue de ses &lt;i&gt;conditions de possibilit&#233;&lt;/i&gt;. Nous d&#233;couvrons celles-ci dans la relative autonomisation de la soci&#233;t&#233; militaire russe, son poids et son pouvoir effectif croissant, bref, l'&#233;volution du r&#233;gime russe vers une &lt;i&gt;stratocratie totalitaire&lt;/i&gt;. Si tel est le cas, si ce facteur existe et joue le r&#244;le qu'exige la n&#233;cessit&#233; de &#171; sauver les ph&#233;nom&#232;nes &#187;, il y a des cons&#233;quences &#224; en tirer. Ces cons&#233;quences rejoignent l'autre exigence qui d&#233;coule de la reconnaissance du fait fondamental : celui-ci demande explicitation de ses implications pour l'avenir, de sa dynamique propre, de ses potentialit&#233;s. Le surarmement de ce pays, devenu premi&#232;re puissance militaire mondiale en m&#234;me temps que sa production et son &#233;conomie non militaires demeurent dans un &#233;tat lamentable, est &#224; la fois cl&#233; de l'analyse de la soci&#233;t&#233; russe contemporaine et boussole indiquant les lignes de force de son avenir. Ses conditions de possibilit&#233; embrassent la totalit&#233; du fonctionnement de la soci&#233;t&#233; russe. Ses implications potentielles engagent toute la dynamique historique de cette soci&#233;t&#233; et, par cons&#233;quence, du monde contemporain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Implication de la qualit&#233; de l'armement russe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le surarmement russe fait surgir imm&#233;diatement deux questions fondamentales. Toute &#171; concetion &#187; de la soci&#233;t&#233; russe qui n'en a pas conscience et n'est pas capable d'y r&#233;pondre est d&#233;risoire et &#224; &#233;carter d'embl&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re question : comment une soci&#233;t&#233; comparativement si pauvre au total peut-elle d&#233;ployer des moyens de guerre aussi massifs ? Si cette question &#233;tait la seule, on pourrait certes r&#233;pondre, du moins dans un premier temps : en y consacrant des ressources consid&#233;rables, disproportionn&#233;es avec celles qu'une soci&#233;t&#233; plus riche aurait &#224; y consacrer pour le m&#234;me r&#233;sultat. Certes, une autre question surgirait alors (comme elle surgit de toute fa&#231;on), tout aussi capitale : &lt;i&gt;et pourquoi donc fait-elle ce choix ?&lt;/i&gt; J'y reviendrai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me question : comment une soci&#233;t&#233; o&#249; la quasi-totalit&#233; des produits offerts &#224; la population civile sont d'une qualit&#233; m&#233;diocre ou d&#233;plorable, et qui doit continuer d'importer des produits, et des usines cl&#233;s en main, relevant de technologies &#233;l&#233;mentaires &#8211; comment cette soci&#233;t&#233; peut-elle fabriquer un mat&#233;riel militaire d'une &lt;i&gt;si haute qualit&#233; en si grandes quantit&#233;s&lt;/i&gt; ? (Les grandes quantit&#233;s sont &#233;videmment d&#233;cisives : le probl&#232;me ne se poserait pas, ou serait beaucoup moins important s'il s'agissait de quelques prototypes.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je commencerai par cette deuxi&#232;me question. Mais, avant d'aller plus loin, je demande au lecteur de faire un effort pour se repr&#233;senter l'&#233;norme &lt;i&gt;diversification, universalit&#233;, interd&#233;pendance&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;int&#233;gration&lt;/i&gt; de l'industrie militaire moderne. Celle-ci ne fabrique pas quelques armes &#8211; des sabres, des fusils et des canons. Elle fabrique des milliers, sinon des dizaines de milliers d'articles diff&#233;rents &#8211; avec des dizaines ou des centaines de milliers de composantes diff&#233;rentes. Ces produits couvrent pratiquement la totalit&#233; des secteurs de la production industrielle moderne. Si un seul de ces secteurs fait d&#233;faut, le reste ne sert pour ainsi dire &#224; rien. Si un seul fonctionne mal, le produit final ne vaut rien. Il ne vaut rien non plus, si les affluents de production ne sont pas bien coordonn&#233;s et int&#233;gr&#233;s. Vous pouvez prendre la moiti&#233; ou les trois quarts du P.N.B. de l'Inde ou de l'Am&#233;rique latine tout enti&#232;re : vous disposerez de l'&#233;quivalent des &#171; d&#233;penses &#187; militaires russes, mais vous ne pourrez pas mettre sur pied une seule usine qui fabrique en s&#233;rie des Mig-25, des SS-20 ou des satellites artificiels. Une telle usine implique, en amont et lat&#233;ralement, tout un univers industriel, technologique et sociologique, qui fonctionne convenablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La production militaire contemporaine, telle qu'elle est abondamment r&#233;alis&#233;e en Russie, exige d'abord une technologie extr&#234;mement avanc&#233;e des inventions et des applications : &#224; savoir, la capacit&#233; de conce- voir, sp&#233;cifier et produire en &#233;tat de marche un exemplaire d'un produit final, par exemple d'un engin quelconque. Elle exige, en deuxi&#232;me lieu, une technologie &#233;galement avanc&#233;e de la production en s&#233;rie de ces applications et une organisation/contr&#244;le satisfaisants de la production. Dans la presque totalit&#233; des cas, il est techniquement et physiquement impossible de produire des produits finals avanc&#233;s avec des moyens de production arri&#233;r&#233;s (Archim&#232;de, en possession compl&#232;te de la th&#233;orie du laser, ne pourrait pas en fabriquer un seul) ; et cela devient totalement impossible, quel que soit le gaspillage de travail qu'on est dispos&#233; d'accepter, s'il s'agit de production en s&#233;rie. Elle exige enfin, en troisi&#232;me lieu, des approvisionnements en inputs bruts et semi-bruts en quantit&#233; suffisante mais aussi (pour certains produits semi-bruts) de qualit&#233; satisfaisante. M&#234;me ce troisi&#232;me aspect ne peut &#234;tre n&#233;glig&#233;. Certes, plus on remonte vers les inputs primaires (charbon, minerais m&#233;talliques, etc.), plus les qualit&#233;s sont, par nature, moins diff&#233;renci&#233;es et/ou le contr&#244;le qualitatif des mat&#233;riaux devient simple ; mais les probl&#232;mes qualitatifs que pose la fabrication des aciers sp&#233;ciaux ou celle de certains m&#233;taux non ferreux ne sont ni triviaux ni simples (les sous-marins russes sont de plus en plus construits avec des coques en titane, qui leur permettent des plong&#233;es plus profondes, et la m&#233;tallurgie du titane n'est pas sp&#233;cialement banale)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;j&#224; en 1978, on consid&#233;rait que les Russes poss&#233;daient une avance (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse &#224; notre deuxi&#232;me question, la seule possible, est : il n'y a pas une soci&#233;t&#233;, une industrie, une &#233;conomie russes &#8211; il y en a deux : la soci&#233;t&#233;, l'&#233;conomie, l'industrie militaire &#8211; et l'autre. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La quantit&#233; aussi bien que (et peut-&#234;tre surtout) la qualit&#233; de la production d'armements russe a des implications extr&#234;mement vastes. Elle exige des cha&#238;nes de production fantastiquement importantes. Ces cha&#238;nes doivent &#234;tre &#233;quip&#233;es de machines-outils &#224; peu pr&#232;s parfaites (les tol&#233;rances des pi&#232;ces de la m&#233;tallurgie moderne, celles qui entrent par millions dans les chars, les avions, les armes, etc., sont de l'ordre du dixi&#232;me de millim&#232;tre, parfois moins). Les armes nucl&#233;aires, les fus&#233;es, les satellites ne peuvent ni &#234;tre fabriqu&#233;s, ni fonctionner sans le secours d'ordinateurs tr&#232;s puissants. (Si de tels ordinateurs ne sont pas disponibles, on peut les remplacer pour le m&#234;me travail par un nombre plus grand d'ordinateurs moins puissants, dans la grande majorit&#233; des cas : &lt;i&gt;mais non pas&lt;/i&gt; par un million d'additionneuses de Pascal.) Tous ces moyens de production doivent &#224; leur tour avoir &#233;t&#233; produits par des moyens de production fiables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela ne peut pas fonctionner sans ing&#233;nieurs, techniciens, etc., tr&#232;s qualifi&#233;s ; ni sans &#171; agents techniques &#187; et ouvriers de toutes les branches &#8211; depuis les analystes-programmeurs jusqu'aux fraiseurs, ajusteurs, tourneurs, etc. Et tous ces travaux, et &#233;tapes de fabrication, doivent &#234;tre organis&#233;s et coordonn&#233;s selon des cha&#238;nes de production et de montage ind&#233;pendantes au d&#233;part mais parall&#232;les, convergentes, synchronis&#233;es et ajust&#233;es les unes aux autres et toutes ensemble. Mais aussi, comme dans toute l'industrie moderne, pour que cela fonctionne, il faut un certain degr&#233; de participation et de coop&#233;ration des travailleurs &#224; tous les niveaux : &lt;i&gt;d'adh&#233;sion&lt;/i&gt;, f&#251;t-elle &#224; 50 %, &#224; la production. Cette adh&#233;sion, il est exclu qu'elle soit obtenue par la seule &lt;i&gt;contrainte&lt;/i&gt;, et m&#234;me la contrainte &#233;conomique : la contrainte &#233;conomique, aussi longtemps que le niveau des r&#233;mun&#233;rations reste bas ou est per&#231;u comme tel, conduit au sabotage de la production et &#224; la fabrication d'objets d&#233;fectueux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait important n'est pas (seulement) qu'une quantit&#233; &#233;norme de ressources est consacr&#233;e &#224; l'armement &#8211; pendant que le pays manque presque de tout. Le fait important est le &lt;i&gt;clivage qualitatif&lt;/i&gt; entre la production militaire et l'autre &#8211; qui renvoie &#224; un clivage qualitatif des &lt;i&gt;ressources humaines&lt;/i&gt;, de &lt;i&gt;l'organisation de la production&lt;/i&gt; et finalement des &lt;i&gt;attitudes&lt;/i&gt; de ceux qui sont engag&#233;s dans la production. Nous sommes renvoy&#233;s, autrement dit, &#224; des faits humains et sociaux. C'est encore du cr&#233;tinisme (ou f&#233;tichisme) &#233;conomique que de croire que la &#171; quantit&#233; des ressources &#187; explique tout. Pas plus que la guerre n'est faite par les engins, la production n'est faite par les machines : l'une et l'autre sont faites par les hommes. Il y a visiblement, en Russie, des hommes qui, du sommet au bas de l'&#233;chelle, sont passionn&#233;s par la production des &lt;i&gt;Mig&lt;/i&gt;, cependant que, depuis les man&#339;uvres jusqu'&#224; Brejnev, tout le monde se fiche de la production de chaussures. Le clivage de la soci&#233;t&#233; militaire et de l'autre n'est ni ne peut &#234;tre ni simplement &#171; &#233;conomique &#187;, ni simplement &#171; technologique &#187;. Il est, n&#233;cessairement, sociologique, au sens le plus profond et le plus fort de ce terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas de barri&#232;re technologique (ou &#233;conomique) &lt;i&gt;intrins&#232;que&lt;/i&gt; entre la production non militaire et la production militaire moderne. De m&#234;me qu'un pays industriellement avanc&#233; sans industrie d'armements pourrait, en l'espace de quelques ann&#233;es, mettre sur pied une industrie d'armements formidable (comme les &#201;tats-Unis l'ont fait en deux ans, de 1939 &#224; 1941), de m&#234;me, un pays qui poss&#233;derait une industrie d'armements formidable pourrait, en l'espace de quelques ann&#233;es, moderniser l'ensemble de son industrie &#8211; du moins, commencer, par morceaux, cette modernisation. Depuis un quart de si&#232;cle, ce n'est absolument pas ce qui se passe en Russie. Une telle modernisation, s'il s'agissait seulement des machines, des investissements, des &#171; co&#251;ts de production &#187;, aurait pr&#233;cis&#233;ment pour r&#233;sultat d'abaisser ces co&#251;ts de production partout ; elle ferait boule de neige et, apr&#232;s une p&#233;riode de gestation initiale, &#171; se financerait elle-m&#234;me &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, s'il s'agissait seulement de &#171; co&#251;ts &#187;, la question subsisterait toujours : et pourquoi donc le r&#233;gime &#8211; qui n'a &#224; craindre aucune attaque ext&#233;rieure, mais &#171; devrait &#187; tout craindre de l'int&#233;rieur &#8211; n'a-t-il pas &#171; opt&#233; &#187; pour une r&#233;partition diff&#233;rente des ressources &#8211; un d&#233;veloppement militaire plus lent, un d&#233;veloppement non militaire plus rapide ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On doit r&#233;pondre, &#233;videmment, que ceux qui d&#233;cident s'int&#233;ressent au d&#233;veloppement militaire, et non au d&#233;veloppement civil, auquel ne sont faites que les concessions absolument et minimalement indispensables. Cela, &#224; son tour, soul&#232;ve une nouvelle question : &lt;i&gt;qui&lt;/i&gt; d&#233;cide ? &lt;i&gt;pourquoi&lt;/i&gt; d&#233;cide-t-il ainsi ? et surtout : comment se fait-il que, dans ce cas &lt;i&gt;et dans ce cas seulement&lt;/i&gt;, sa d&#233;cision est suivie d'effet (tandis qu'elle ne l'est jamais avec les &#171; r&#233;formes &#187; interminablement r&#233;p&#233;t&#233;es de l'&#233;conomie non militaire) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut conclure, lorsque l'on consid&#232;re toutes ces questions et leur interrelation, que ce d&#233;veloppement a &#233;t&#233; rendu &lt;i&gt;possible&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;effectif&lt;/i&gt; dans le secteur militaire pour des raisons autres que celles auxquelles on est habitu&#233; &#224; penser dans ces cas (simples &#171; quantit&#233;s de ressources &#187;) et selon un processus qui n'&#233;tait pas et n'est toujours pas extensible au secteur non militaire. Ce processus a &#233;t&#233; la constitution (l'auto-constitution) d'une soci&#233;t&#233; militaire (non seulement l'arm&#233;e proprement dite, mais l'ensemble des industries, services, etc., qui lui sont li&#233;s), qui s'est &lt;i&gt;organis&#233;e&lt;/i&gt; d'une autre mani&#232;re, qui vit &#233;conomiquement et productivement d'une autre mani&#232;re et qui est autrement &lt;i&gt;motiv&#233;e&lt;/i&gt;. Comment le processus de constitution de ce corps social et de son autonomisation par rapport au Parti s'est d&#233;roul&#233;, &#224; partir de quel &#171; moment &#187;, sur l'initiative de quels noyaux, c'est une autre question et assur&#233;ment fort obscure. En tout cas tout incline &#224; penser qu'&#224; partir d'un moment (sans doute pas tr&#232;s ant&#233;rieur &#224; la mort de Staline, ou &#224; la suite de celle-ci, peut-&#234;tre en liaison avec le d&#233;veloppement des armes nucl&#233;aires), l'arm&#233;e a com- (&#8230;) -f&#233;rente [?] ; qu'elle a commenc&#233; &#224; absorber la cr&#232;me parmi les jeunes qui sortaient des universit&#233;s et des &#233;coles techniques ; et, surtout, qu'elle a d&#251; commencer &#224; absorber du personnel ouvrier soumis &#224; des conditions sp&#233;ciales, &#224; des niveaux de r&#233;mun&#233;ration fortement sup&#233;rieurs &#224; ceux du reste, et avec des attitudes devant le travail tout &#224; fait diff&#233;rentes de celles que l'ouvrier russe a &#233;t&#233; forc&#233;, depuis des d&#233;cennies maintenant, &#224; d&#233;velopper. Cela &#8211; qui &#233;tait une simple d&#233;duction logique de ma part, lorsque j'&#233;crivais l'article paru dans le num&#233;ro 8 de &lt;i&gt;Libre&lt;/i&gt; &#8211; est en fait mat&#233;riellement et directement attest&#233; depuis quelque temps : les ouvriers qui travaillent dans les entreprises dites &#171; ferm&#233;es &#187; signent un engagement renon&#231;ant au droit de changer d'employeur, et b&#233;n&#233;ficient de salaires tr&#232;s &#233;lev&#233;s et de multiples autres avantages&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Viktor Zaslavsky, &#171; The Rebirth of the Stalin Cult in the U.S.S.R. &#187;, Telos, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Dans le chapitre qui suit, omis ici, C. Castoriadis examine les implications des quantit&#233;s existantes d'armement russe, et de l'output militaire annuel n&#233;cessaire pour leur constitution. Apr&#232;s discussion des hypoth&#232;ses les plus plausibles en mati&#232;re de productivit&#233; par homme-ann&#233;e en Russie, il aboutit &#224; une estimation &#171; moyenne &#187; du nombre de personnes employ&#233;es dans l'&#233;conomie militaire russe de l'ordre de vingt millions.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les grandes masses de la soci&#233;t&#233;/&#233;conomie russe.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vingt millions de personnes (personnes &lt;i&gt;actives&lt;/i&gt; ; il faut presque doubler pour parvenir &#224; la population totale) dans la production militaire et ses annexes. Deux &#224; trois millions de militaires professionnels proprement dits (y compris ceux des &#171; administrations &#187; correspondantes). Soit, vingt-deux ou vingt- trois millions de personnes dans le corps social de l'arm&#233;e, dans la soci&#233;t&#233; militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quinze millions de membres du Parti &#8211; dont il faut soustraire un nombre tr&#232;s important d&#233;j&#224; com- pris dans le corps social de l'arm&#233;e (officiers membres du Parti &#8211; environ 90 % ; aussi, membres du Parti parmi le personnel technique et d'encadrement des industries militaires). Peut-&#234;tre donc dix &#224; douze millions de membres du Parti &#171; civil &#187;, occupant (&lt;i&gt;Nomenklatura&lt;/i&gt; civile) dans la soci&#233;t&#233; non militaire tous les postes comportant privil&#232;ges et pouvoir sur celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au total, trente &#224; trente-cinq millions d'individus (sur environ cent cinquante millions de population active), ins&#233;r&#233;s dans une organisation (une multi-organisation) hi&#233;rarchique pyramidale qui, malgr&#233; beaucoup de diff&#233;renciations internes, appartiennent tous aux &#171; privil&#233;gi&#233;s &#187; du r&#233;gime et ont partie li&#233;e avec celui-ci &#8211; fussent-ils des simples ouvriers ou manutentionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi ces privil&#233;gi&#233;s, deux diff&#233;renciations principales :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part, entre la soci&#233;t&#233; militaire, et le Parti &#171; civil &#187; (plus les cadres de la soci&#233;t&#233; non militaire, privil&#233;gi&#233;s et formant sa client&#232;le ob&#233;issante) ; d'autre part, &#224; l'int&#233;rieur de la soci&#233;t&#233; militaire, entre les dirigeants (&#171; militaires &#187; ou non), cadres, etc., et les &#171; ex&#233;cutants &#187; de tous ordres, ouvriers surtout, mais privil&#233;gi&#233;s mat&#233;riellement, et sans doute aussi &#171; valorisant &#187; leur travail et leur place dans la soci&#233;t&#233; et l'histoire russes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre la soci&#233;t&#233; militaire et le Parti &#171; civil &#187;, il existe de multiples ponts &#224; plusieurs niveaux &#8211; mais aussi une distance consid&#233;rable : pas d'interf&#233;rence r&#233;ciproque, et &lt;i&gt;r&#232;gle de priorit&#233; absolue&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;dans tous les domaines, pour les demandes de l'arm&#233;e&lt;/i&gt; (r&#232;gle attest&#233;e par d'innombrables t&#233;moignages). La r&#233;unification se fait au Sommet. Encore, pour comprendre comment elle se fait, il ne faut pas se poser les questions sous des formes stupides : y aura-t-il un Bonapartsky ou non ? ou : combien de g&#233;n&#233;raux y a-t-il au Comit&#233; central ? ou : quelles personnes ont pris telle d&#233;cision (&#224; ce titre la classe capitaliste n'aurait jamais exerc&#233; le pouvoir dans les pays occidentaux : combien d'industriels ou de banquiers ont &#233;t&#233; pr&#233;sident des &#201;tats-Unis ou Premier ministre en Angleterre ?). Il faut se demander : quel est le sens des d&#233;cisions prises et de l'orientation que la soci&#233;t&#233; russe, d&#233;cisions explicites ou pas, tend &#224; r&#233;aliser ? Et, si l'on passe au plan &#171; subjectif &#187; : dans quoi ceux qui forment le Sommet de l'Appareil du Parti voient-ils leur avenir et leur salut, comment leurs actes traduisent-ils leurs priorit&#233;s, les choix qu'ils font, les vis&#233;es de leur politique interne et externe ? Les faits ne laissent place &#224; aucun doute : avec une constance fantastique, tout a &#233;t&#233; subordonn&#233;, tout a &#233;t&#233; sacrifi&#233; au d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233; militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ces couches dominantes et/ou privil&#233;gi&#233;es &#8211; 20 % ou un peu plus de la population active &#8211; soutiens r&#233;solus du r&#233;gime et de son orientation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Trente-quatre millions de paysans (23 % de la population active), vivant sous des conditions assez connues ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; et soixante-quinze &#224; quatre-vingts millions de travailleurs salari&#233;s dans l'industrie et les services non militaires (&#224; peu pr&#232;s moiti&#233;-moiti&#233;), vivant mis&#233;rablement avec des salaires en dessous de la &#171; moyenne &#187; (les r&#233;mun&#233;rations des m&#233;decins et des instituteurs sont sensiblement inf&#233;rieures au salaire &#171; moyen &#187; des ouvriers &#8211; qui est gonfl&#233; par les salaires beaucoup plus &#233;lev&#233;s des ouvriers de l'industrie militaire), ne disposant pas de &#171; magasins sp&#233;ciaux &#187;, faisant des queues interminables, se d&#233;sint&#233;ressant des clients et de la production ou la sabotant carr&#233;ment, se d&#233;brouillant comme ils peuvent, trichant tant qu'ils peuvent, buvant plus qu'ils ne peuvent. (La seule marchandise toujours disponible en Russie, &#224; n'importe quelle heure et n'importe quel lieu, c'est la vodka. Marchais pr&#233;f&#232;re les Jeux olympiques &#224; la drogue. Il reste &#224; savoir &#224; quoi la population russe pr&#233;f&#232;re la vodka.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telles sont les grandes masses de cette soci&#233;t&#233;, chacune avec sa dynamique propre, toutes emport&#233;es dans la grande et aveugle dynamique de la force brute pour la force brute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'impossibilit&#233; de r&#233;formes.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi l'organisation et le mode de fonctionnement de la soci&#233;t&#233; militaire ne sont-ils pas extensibles &#224; l'ensemble de la soci&#233;t&#233; russe ? Une fois de plus, il faut comprendre que la question ne se pose pas en termes de choix rationnels et ponctuels, &#224; effectuer &#224; des moments singuliers. L'&#233;volution de la Russie est, comme celle des autres pays mais beaucoup plus qu'elle, prise &#224; tout instant dans l'immense inertie et pesanteur des situations d&#233;j&#224; cr&#233;&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour que la production non militaire f&#251;t r&#233;form&#233;e sur le mod&#232;le de la production militaire, il ne suffirait absolument pas de lui transf&#233;rer, &lt;i&gt;in abstracto&lt;/i&gt;, des &#171; ressources &#187; : des &#171; fonds d'investissement &#187;, des &#171; machines &#187; ou des &#171; ing&#233;nieurs &#187; (ce qui exigerait &#233;videmment de soustraire ces ressources &#224; l'Arm&#233;e). Il faudrait aussi transf&#233;rer &lt;i&gt;le mode d'organisation et de fonctionnement&lt;/i&gt; de la production militaire au reste. &#192; cela s'opposent des obstacles formidables. Je n'en citerai que les plus importants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu, il faudrait obtenir d'autres attitudes de l'ensemble du personnel, du sommet &#224; la base. Cela ne se fait ni par de belles paroles, ni par des d&#233;crets. Dans la soci&#233;t&#233; militaire, les motivations des individus qui peuplent l'Appareil &#8211; officiers, dirigeants et cadres de la production, etc. &#8211; ne sont certainement pas seulement des motivations &#171; &#233;conomiques &#187; : de privil&#232;ges, le bureaucrate russe dispose o&#249; qu'il soit plac&#233;. Ils ne font que le renforcer dans son cynisme et son carri&#233;risme. Pour les cadres de la soci&#233;t&#233; militaire, autre chose est sans doute en jeu : l'imaginaire national-imp&#233;rial, constamment renforc&#233; par le succ&#232;s incontestable de l'entreprise du surarmement et de l'expansion. Pour le bureaucrate de l'&#233;conomie et de la production non militaire, une nouvelle &#171; r&#233;forme &#187; proclam&#233;e cette ann&#233;e n'est que la quinzi&#232;me version d'une farce d&#233;j&#224; jou&#233;e, vou&#233;e au m&#234;me &#233;chec (au m&#234;me succ&#232;s en tant que farce) que les pr&#233;c&#233;dentes, et devant laquelle il s'agira d'essayer de faire semblant aussi bien que l'ann&#233;e derni&#232;re. Pour les constructeurs d'avions, de sous-marins ou de fus&#233;es, une nouvelle fabrication est un progr&#232;s effectif sur des fabrications qui ont &#233;t&#233; effectivement r&#233;alis&#233;es et couronn&#233;es de succ&#232;s. Des motivations analogues &#8211; aussi bien le nationalisme qu'un travail qui &#171; sert &#224; quelque chose &#187; &#8211; doivent valoir sans doute aussi pour le personnel directement productif, les ouvriers et employ&#233;s du secteur militaire. Elles y sont renforc&#233;es, comme d&#233;j&#224; dit, par des privil&#232;ges mat&#233;riels consid&#233;rables. Ceux-ci ne peuvent pas &#234;tre &#233;tendus &#224; la totalit&#233; de la population travailleuse ni du jour au lendemain, ni m&#234;me dans un laps de temps tant soit peu r&#233;aliste. Certes, une &#233;l&#233;vation substantielle des r&#233;mun&#233;rations ouvri&#232;res, si elle devait entra&#238;ner un changement des attitudes ouvri&#232;res dans la production (ce qui n'est pas fatal), serait th&#233;oriquement &#171; rentable &#187;, elle &#171; se rembourserait elle-m&#234;me &#187; &#8211; mais &#224; la longue. Le r&#233;gime devrait faire l'avance d'une hausse importante du niveau de vie &#8211; en attendant les effets sur la productivit&#233; au bout de plusieurs ann&#233;es. Ne disposant d'aucune r&#233;serve, il est hors d'&#233;tat de le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En deuxi&#232;me lieu, toute r&#233;forme tant soit peu s&#233;rieuse du syst&#232;me productif-&#233;conomique exigerait la mise au rebut d'une portion consid&#233;rable de la bureaucratie &#224; tous les niveaux, sommets except&#233;s, des entreprises, de l'&#233;conomie et du Parti lui-m&#234;me. Et cela, non pas tant pour des raisons d'&#171; &#233;conomie &#187;, mais pour des raisons d'organisation et de fonctionnement : postes, mode d'&#234;tre et mode de (non-) agir de cette bureaucratie sont indissociablement li&#233;s au mode d'&#234;tre et au mode de (non-) fonctionnement actuel du r&#233;gime. Dans ce cas encore, une r&#233;forme pourrait &#234;tre &#171; autoremboursante &#187; &#224; la longue, m&#234;me du point de vue de ces couches prises abstraitement et dans leur totalit&#233; ; cela ne signifie nullement qu'elle serait tranquillement accept&#233;e par ces millions de privil&#233;gi&#233;s &#8211; qui sont le seul appui du r&#233;gime dans la soci&#233;t&#233; non militaire. Non accept&#233;e, cela veut dire calmement et efficacement sabot&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui conduit directement &#224; une troisi&#232;me et derni&#232;re remarque. Une r&#233;forme comme celle que je discute ici n'est pas une disposition juridique et ne peut pas &#234;tre effectu&#233;e par un &#8211; ou vingt et un &#8211; d&#233;crets. Le changement social consid&#233;rable qu'elle impliquerait ne pourrait avoir effectivement lieu que s'il &#233;tait impuls&#233;, anim&#233;, mat&#233;rialis&#233; par l'activit&#233; d'un groupe social important. Concr&#232;tement, il faudrait des centaines de milliers, sinon des millions, de &#171; nouveaux cadres &#187;, anim&#233;s d'un autre esprit et fonctionnant selon d'autres normes pour l'introduire, l'appliquer, la faire fonctionner (&#224; l'encontre de tous les concern&#233;s, bureaucrates aussi bien qu'ouvriers du reste) &#224; tous les endroits de cette immense toundra boueuse qu'est l'&#233;conomie russe. L'&#233;mergence, et encore plus le succ&#232;s, dans le P.C.U.S. d'un tel groupe est absolument hors de question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;forme pourrait-elle &#234;tre faite &#224; pas de tortue, petit &#224; petit, de proche en proche ? Non ; elle y perdrait toute efficacit&#233;. Par o&#249; commencer ? Et &#224; quoi cela servirait-il de produire des tracteurs ou des combin&#233;s meilleurs ou plus nombreux avec les kolkhozes tels qu'ils sont ? &#192; quoi serviraient des industries mieux organis&#233;es en amont, si l'aval ne fonctionne pas, et comment r&#233;former les industries de l'aval, si l'amont leur fournit des machines qui marchent mal ? L'immensit&#233; du probl&#232;me fait qu'une r&#233;forme globale est impossible, et que toute r&#233;forme partielle serait enlis&#233;e et annul&#233;e dans ses r&#233;sultats par la r&#233;action et la r&#233;troaction des parties non r&#233;form&#233;es. De cela, on a eu l'ample confirmation exp&#233;rimentale depuis la mort de Staline. On sait que la succession des &#171; r&#233;formes &#187; introduites pendant la phase khrouchtch&#233;vienne n'a en rien am&#233;lior&#233; la situation. On sait &#233;galement que la derni&#232;re &#171; grande &#187; r&#233;forme remonte &#224; 1965, qu'elle comportait des mesures incoh&#233;rentes t&#233;moignant des conflits entre secteurs de la bureaucratie (par exemple, elle accordait aux directeurs d'entreprise la possibilit&#233; de licencier des ouvriers, mais non pas de contr&#244;ler le fonds des salaires de leur entreprise, la deuxi&#232;me disposition annulant pratiquement le sens &#233;conomique de la premi&#232;re), et que ses dispositions &#171; rationalisatrices &#187; ont &#233;t&#233; officiellement viol&#233;es d&#232;s le d&#233;part (par exemple, quant aux &#171; indices &#187; requis des entreprises en mati&#232;re de r&#233;sultats). Et une fois de plus, &#224; la fin 1979 puis pendant le Comit&#233; central de l'automne 1980, on a pu assister aux longs et ennuyeux r&#233;quisitoires de Brejnev contre l'inefficacit&#233;, l'incoh&#233;rence et les &#233;checs de l'organisation &#233;conomique &#8211; lesquels, une fois de plus, n'ont conduit &#224; rien d'autre qu'&#224; des changements de l'organigramme des minist&#232;res. Seul &#171; indice de r&#233;alit&#233; &#187; dans la vaine et interminable logorrh&#233;e bureaucratique : le d&#233;cret de juillet 1979 &#8211; quelques mois avant l'Afghanistan &#8211; qui va nettement &#171; dans le sens d'un renforcement de la centralisation du pouvoir de d&#233;cision aux mains du P.C.U.S., d'un resserrement du contr&#244;le &#224; tous les niveaux, d'une pr&#233;&#233;minence des int&#233;r&#234;ts collectifs (lisez : des int&#233;r&#234;ts de l'&#201;tat, C. C.) sur les int&#233;r&#234;ts individuels &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M.A. Crosnier, &#171; Mise &#224; jour avril 1980 &#187;, in Panorama de l'U.R.S.S., Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais allons plus loin, et posons une question provocante : est-ce que le r&#233;gime &#171; voudrait &#187; vraiment le d&#233;veloppement de l'&#233;conomie non militaire ? La question para&#238;tra absurde : pourquoi le r&#233;gime refuserait-il une am&#233;lioration de la situation &#233;conomique int&#233;rieure, s'il pouvait l'obtenir &#224; peu de frais, ou sans frais ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant : il est facile de produire un cas, d'une importance capitale, montrant que le r&#233;gime pourrait obtenir imm&#233;diatement une am&#233;lioration tr&#232;s sensible de la situation &#233;conomique sans que cela lui co&#251;te rien &#8211; et qu'il ne le fait pas. C'est le cas de la production agricole &#8211; plus pr&#233;cis&#233;ment, de la production alimentaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cas, un d&#233;cret suffirait. D'un trait de plume, demain matin, M. Brejnev pourrait augmenter tr&#232;s sensiblement la production d'une foule de denr&#233;es agricoles, qui composent une part tr&#232;s importante (un tiers au moins, sans doute davantage) de la consommation alimentaire des populations urbaines. Il lui suffirait pour cela d'augmenter substantiellement l'&#233;tendue des &#171; lopins individuels &#187; des kolkhoziens et des employ&#233;s et ouvriers des sovkhozes. Ceux-ci repr&#233;sentent actuellement moins de 3 % des terres arables, mais fournissaient, en 1976, plus d'un quart de la production agricole totale, presque exclusivement des denr&#233;es alimentaires, la plus grande partie en &#233;tant vendue sur les march&#233;s kolkhoziens des villes. Il existe donc des marges tr&#232;s importantes pour augmenter la production &#171; marchande &#187; des paysans, sans nullement entamer &#224; un degr&#233; s&#233;rieux la &#171; propri&#233;t&#233; du peuple tout entier &#187;, ni la position de la bureaucratie agraire. Le danger que les kolkhoziens d&#233;laissent encore plus le travail sur la &#171; terre du peuple tout entier &#187; pour travailler sur leurs lopins pourrait &#234;tre facilement ma&#238;tris&#233; : par exemple, la jouissance des lopins additionnels pourrait &#234;tre li&#233;e &#224; l'accomplissement des prestations dues de travail. Le seul effet substantiel d'une telle mesure serait un effet sur les circuits d'&#233;pargne, sans signification politique ou autre. La population russe dans son ensemble, et la population urbaine en particulier, est condamn&#233;e actuellement &#224; une consid&#233;rable &#233;pargne forc&#233;e : elle ne peut pas d&#233;penser ses revenus, car tout simplement elle ne trouve pas de marchandises &#224; acheter. Le total des comptes d'&#233;pargne est pass&#233; de 11 milliards de roubles en 1960 &#224; 146,2 milliards fin 1979 ; on estime qu'au total &#171; l'accumulation mon&#233;taire de la population est actuellement d'environ 200 milliards de roubles, au minimum &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;V. Zaslavsky, &#171; The Ethnic Question in the U.S.S.R. &#187;, Telos, n&#176; 45 (automne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; part des effets du second ordre qui ne nous int&#233;ressent pas ici (baisse &#233;ventuelle des prix sur le march&#233; kolkhozien, etc.), le r&#233;sultat d'une telle extension du march&#233; kolkhozien serait une augmentation des d&#233;penses alimentaires de la population urbaine se traduisant par un accroissement &#224; peu pr&#232;s &#233;quivalent des revenus de la paysannerie, laquelle, ne trouvant pas plus qu'auparavant des marchandises industrielles &#224; acheter, les accumulerait sous forme de comptes d'&#233;pargne ou de liquide. Tout aussi n&#233;gligeables seraient les effets &#171; id&#233;ologiques &#187; : m&#234;me Andrieu ou Fiterman pourraient trouver une fa&#231;on de pr&#233;senter une telle mesure comme une &#171; nouvelle victoire du socialisme &#187;, preuve de la &#171; consolidation victorieuse de la propri&#233;t&#233; du peuple tout entier sur la terre &#187;, etc.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;6. Certes, parall&#232;lement &#224; l'extension de l'&#233;tendue des lopins, on devrait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela serait faisable &#8211; et cela ne se fait pas. Non pas que les dirigeants ne soient pas capables d'y penser &#8211; ils ont d&#233;j&#224; jou&#233; avec les lopins individuels, et r&#233;cemment encore Brejnev pronon&#231;ait, &#224; leur sujet, des paroles encourageantes. Mais des paroles seulement. C'est, tr&#232;s certainement, que cela ne les int&#233;resse pas. Plus g&#233;n&#233;ralement : un v&#233;ritable &#171; d&#233;veloppement &#187; de l'&#233;conomie non militaire ne les int&#233;resse pas. Et cela, parce qu'un tel d&#233;veloppement serait aussi, jusqu'&#224; un certain point, un d&#233;veloppement de la &lt;i&gt;soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt; elle-m&#234;me &#8211; de la soci&#233;t&#233; non militaire &#8211; qui pourrait tendre &#224; diminuer son assujettissement au contr&#244;le des organismes dominants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a ici, sans doute, de multiples surd&#233;terminations. Le r&#233;gime ne peut pas &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; ne veut pas d&#233;velopper l'&#233;conomie non militaire. S'il le voulait, il ne le pourrait pas ; et, s'il le pouvait, il ne le voudrait pas. (J'ai essay&#233; d'&#233;clairer la premi&#232;re proposition dans les pages qui pr&#233;c&#232;dent, et ailleurs depuis longtemps&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;7. Voir, entre autres, les textes r&#233;unis maintenant dans La Soci&#233;t&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et j'ai discut&#233; l'exemple fictif des lopins paysans pour illustrer la deuxi&#232;me.) La prosopop&#233;e &#8211; &#171; le r&#233;gime &#187; &#8211; est &#233;videmment utilis&#233;e ici comme st&#233;nographie. Il ne s'agit pas de d&#233;cisions d&#233;lib&#233;r&#233;es, sign&#233;es et dat&#233;es ; ni d'un sadisme (ou snobisme) des dirigeants dont le caviar deviendrait insipide s'ils savaient que les autres mangent aussi &#224; leur faim. La &#171; volont&#233; &#187; du r&#233;gime est la r&#233;sultante anonyme et largement aveugle de toutes ses pouss&#233;es et de toutes ses inerties. Il existe des objectifs contre lesquels se dressent immanquablement et efficacement des individus, des groupes, des couches, des secteurs, des dispositifs institutionnels, des mani&#232;res de voir, de se repr&#233;senter, de penser et de faire les choses ; et il existe des objectifs pour la r&#233;alisation desquels tous ces facteurs s'assemblent et travaillent en commun sans que personne ne l'ait explicitement d&#233;cid&#233;. Et cette &#171; volont&#233; &#187; du r&#233;gime se lit sur ses r&#233;sultats : l&#224; o&#249; le r&#233;gime &#171; veut &#187;, il peut, et l&#224; o&#249; il peut, il &#171; veut &#187;. Il veut et il peut le d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233; militaire, le surarmement et l'expansion ext&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes il n'y a pas, et il n'y a jamais eu, pour le r&#233;gime, de choix libre, dans l'absolu, sur une table rase, entre la surpuissance militaire et la &#171; prosp&#233;rit&#233; &#187; &#233;conomique. Mais, presque d&#232;s le d&#233;part, chacun de ses pas l'a pouss&#233; dans la premi&#232;re voie &#8211; &lt;i&gt;du simple fait qu'il lui barrait la seconde&lt;/i&gt;. M&#234;me lorsqu'il &#233;tait encore loin de poursuivre la puissance militaire &lt;i&gt;per se&lt;/i&gt;, en s'acharnant &#224; obtenir la pseudo-&#171; industrialisation &#187; du pays par les seuls moyens de la violence et de l'hyper-contr&#244;le bureaucratique &#8211; excluant par l&#224;, n&#233;cessairement, aussi bien la participation des producteurs que les stimulations et r&#233;gulations des m&#233;canismes du march&#233; &#8211; il cr&#233;ait et consolidait continuellement la situation qui rendait impossible tout &#171; d&#233;veloppement &#187; d'un autre type, et toute r&#233;forme substantielle d'un &#233;norme &#233;difice qui pourrissait au fur et &#224; mesure de sa construction. Cette situation est l&#224; partout, lourdement et presque irr&#233;versiblement &lt;i&gt;mat&#233;rialis&#233;e&lt;/i&gt; dans le syst&#232;me absurde des prix, dans les proportions des capacit&#233;s de production, dans la r&#233;partition g&#233;ographique et professionnelle de la force de travail, dans la qualit&#233; des mat&#233;riels, dans l'absence de stocks, dans le gaspillage perp&#233;tuel, dans la corruption syst&#233;matis&#233;e, dans la destruction de toute motivation (autre que la pr&#233;servation de sa niche personnelle pour le citoyen ordinaire, ou l'arrivisme moyennant l'opportunisme, le cynisme, l'intrigue, la flatterie et la trahison pour le bureaucrate), et enfin, succ&#232;s supr&#234;me du r&#233;gime, dans le renoncement de tous &#224; tout espoir de modification et dans l'attachement d&#233;sesp&#233;r&#233; de presque tous au &lt;i&gt;statu quo&lt;/i&gt; et leur lutte pour sa pr&#233;servation. (Sur ce dernier point, les descriptions et analyses de Zinoviev contiennent ce qui me semble un grain essentiel de v&#233;rit&#233;.) Tel a &#233;t&#233; le grand acquis de la p&#233;riode stalinienne, son h&#233;ritage qui avait d&#233;j&#224; scell&#233; l'impossibilit&#233; de toute autor&#233;forme tant soit peu substantielle de la bureaucratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a ni d&#233;cision d&#233;lib&#233;r&#233;e de quelqu'un ou de quelques-uns de maintenir le pays dans sa demi- mis&#232;re rampante ; ni des &#171; lois objectives du syst&#232;me &#187; qui l'emp&#234;chent d'en sortir. Mais il n'y a pas certes davantage de n&#233;cessit&#233; in&#233;luctable, pr&#233;sente partout et toujours, poussant au &#171; d&#233;veloppement des forces productives &#187;. Les forces productives se d&#233;veloppent lorsque le syst&#232;me social est orient&#233; vers un tel d&#233;veloppement, lorsque les dispositifs institutionnels et les comportements et motivations des hommes, ad&#233;quatement articul&#233;s les uns aux autres, le permettent et le &#171; visent &#187;. Ni les proclamations programmatiques, ni l'&#171; id&#233;ologie &#187;, ni le knout, ni l'h&#244;pital psychiatrique ne suffisent pour le d&#233;clencher. Or de tels dispositifs institutionnels, de tels comportements et motivations des hommes existent visiblement bel et bien dans la soci&#233;t&#233; russe &#8211; mais dans un secteur, et un seul : le secteur militaire. C'est pour cela que s'y r&#233;alise ce qui s'av&#232;re p&#233;niblement et r&#233;p&#233;titivement impossible dans les secteurs non militaires : un d&#233;veloppement technologique et productif &lt;i&gt;efficace&lt;/i&gt; (m&#234;me s'il n'est pas &lt;i&gt;efficient&lt;/i&gt;), une constance, continuit&#233; et cumulativit&#233; des orientations, des efforts, des r&#233;sultats, une coh&#233;rence des moyens mis en &#339;uvre entre eux et avec les fins vis&#233;es, une organisation qui, au total, &lt;i&gt;fonctionne&lt;/i&gt; (&#224; travers et au-del&#224; de ce qui doit &#234;tre ici aussi, sans aucun doute, un oc&#233;an de g&#226;chis bureaucratique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au plan int&#233;rieur, on ne peut pas dire que le r&#233;gime fait face &#224; une crise, au sens habituel du mot : au plus pourrait-on dire (en utilisant le mot invent&#233; par les psychiatres du K.G.B. pour caract&#233;riser la pr&#233;tendue &#171; schizophr&#233;nie &#187; des dissidents) qu'il traverse une maladie chronique &lt;i&gt;t&#233;pide&lt;/i&gt; dont il est incapable de sortir. Il est tout autant dans l'impossibilit&#233; d'engager des r&#233;formes que d'engendrer des r&#233;formateurs. &#192; supposer m&#234;me qu'il puisse surgir au sommet de la bureaucratie un nouvel autocrate audacieux et &#171; &#233;clair&#233; &#187; &#8211; hypoth&#232;se absurde &#8211;, il ne trouverait, dans la bureaucratie du Parti/&#201;tat, aucun groupe qui pourrait et voudrait le soutenir. La &#171; direction coll&#233;giale &#187; elle-m&#234;me est un puissant facteur de conservatisme, qui s'ajoute &#224; tous les autres : en son sein, les pressions et les contre-pressions sont bien assises et suffisamment &#233;quilibr&#233;es pour emp&#234;cher tout changement important. (Ce n'est pas l&#224; une nouveaut&#233; historique : une oligarchie inamovible et autocoopt&#233;e tend &#224; &#234;tre infiniment plus conservatrice que toute autre forme de r&#233;gime, et m&#234;me que la monarchie absolue, dans laquelle le changement de la personne du monarque peut souvent marquer aussi des changements d'orientation.) Dans ce conservatisme g&#233;n&#233;ral et total se conserve aussi ce qui a graduellement acquis une pouss&#233;e, un moment cin&#233;tique formidable : l'expansion de l'arm&#233;e et de la soci&#233;t&#233; militaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Zdenek Mlynar, &lt;i&gt;Nightfrost in Prague : The End of Humane Socialism&lt;/i&gt;, New York, Karz Publishers, 1980. Extraits publi&#233;s dans &lt;i&gt;Telos&lt;/i&gt;, n&#176; 42 (hiver 1979-1980, pp. 31 &#224; 55), et dans &lt;i&gt;Le D&#233;bat&lt;/i&gt;, n&#176; 9 (pp. 35 &#224; 41). Membre de la &#171; nouvelle &#187; direction tch&#233;coslovaque, participant direct aux &#171; n&#233;gociations &#187; de la fin ao&#251;t 1968 &#8211; il parle &#224; ce propos d'&#171; otages entre les mains de gangsters &#187; &#8211;, Mlynar r&#233;sume ainsi le discours de Brejnev lors de la sinistre (et terminale) s&#233;ance du 26 ao&#251;t : &#171; Brejnev, lui, a demand&#233; au pr&#233;sident Johnson si le gouvernement am&#233;ricain reconnaissait encore pleinement les r&#233;sultats des conf&#233;rences de Yalta et de Potsdam. Le 18 ao&#251;t, il a re&#231;u la r&#233;ponse suivante : la reconnaissance vaut sans r&#233;serve pour la Tch&#233;coslovaquie et la Roumanie, mais, pour ce qui concerne la Yougoslavie, il faut encore n&#233;gocier &#187; ! (&lt;i&gt;Telos, loc. cit.&lt;/i&gt;, p. 50 ; &lt;i&gt;Le D&#233;bat, loc. cit.&lt;/i&gt;, p. 40)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;D&#233;j&#224; en 1978, on consid&#233;rait que les Russes poss&#233;daient une avance importante sur les Am&#233;ricains pour la m&#233;tallurgie du titane. V. John M. Collins, &lt;i&gt;Imbalance of Power&lt;/i&gt;, Macdonald and Jane's, Londres, 1978, p. 36. Cela a &#233;t&#233; amplement confirm&#233; depuis, avec les monstrueux nouveaux sous-marins russes de type &lt;i&gt;Typhon&lt;/i&gt; qui commencent &#224; &#234;tre d&#233;ploy&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Viktor Zaslavsky, &#171; The Rebirth of the Stalin Cult in the U.S.S.R. &#187;, &lt;i&gt;Telos&lt;/i&gt;, n&#176; 40 (&#233;t&#233; 1979), pp. 12-13 ; du m&#234;me auteur, &#171; The Regime and the Working Class in the U.S.S.R. &#187;, &lt;i&gt;Telos&lt;/i&gt;, n&#176; 42 (hiver 1979-1980), pp. 15-18&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;M.A. Crosnier, &#171; Mise &#224; jour avril 1980 &#187;, in &lt;i&gt;Panorama de l'U.R.S.S&lt;/i&gt;., Le Courrier des pays de l'Est &#8211; Documentation fran&#231;aise, n&#176; 226-227, f&#233;vrier-mars 1979, p. 248.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;V. Zaslavsky, &#171; The Ethnic Question in the U.S.S.R. &#187;, &lt;i&gt;Telos&lt;/i&gt;, n&#176; 45 (automne 1980), p. 70 ; &lt;i&gt;Panorama de l'U.R.S.S., loc. cit.&lt;/i&gt;, p. 238 ; I. Birman, &#171; The Financial Crisis in the U.S.S.R. &#187;, &lt;i&gt;Soviet Studies&lt;/i&gt;, 32, 1 (janvier 1980), p. 86.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;6. Certes, parall&#232;lement &#224; l'extension de l'&#233;tendue des lopins, on devrait faciliter un approvisionnement accru des kolkhoziens en quelques autres inputs agricoles (essentiellement engrais et fourrages). Ni politiquement, ni &#233;conomiquement, cela ne pourrait poser des probl&#232;mes graves.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;7. Voir, entre autres, les textes r&#233;unis maintenant dans &lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; bureaucratique&lt;/i&gt;, vol. 1 et 2, &#201;d. 10/18, Paris, 1973 ; et &#171; Le r&#233;gime social de la Russie &#187;, &lt;i&gt;Esprit&lt;/i&gt;, 1978, n&#176; 7-8, pp. 6 &#224; 23, pour une liste compl&#232;te de r&#233;f&#233;rences.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Actualit&#233; de la stratocratie russe (1/2)</title>
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		<dc:date>2026-04-07T06:30:06Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Castoriadis C.</dc:subject>
		<dc:subject>G&#233;opolitique</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Entretien</dc:subject>
		<dc:subject>Empire</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre</dc:subject>
		<dc:subject>Totalitarisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La notion de &#171; stratocratie &#187;, &#233;labor&#233;e par C. Castoriadis &#224; la fin des ann&#233;es 1970 pour d&#233;crire l'&#233;volution expansionniste-imp&#233;riale de l'URSS, est revenue au go&#251;t du jour depuis l'offensive russe de f&#233;vrier 2022. Nous l'&#233;voquions depuis quelques ann&#233;es, notamment dans &#171; Islamisme, totalitarisme, imp&#233;rialisme &#187; et &#171; L'horizon imp&#233;rial &#187; puis, plus r&#233;cemment dans &#171; De Castoriadis &#224; Ibn Khaldoun (et retour) &#187;. Il s'agirait aujourd'hui de la reprendre pour une analyse de fond mais, en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-dynamiques-geopolitiques-" rel="directory"&gt;Dynamiques G&#233;opolitiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-56-castoriadis-c-+" rel="tag"&gt;Castoriadis C.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-83-geopolitique-+" rel="tag"&gt;G&#233;opolitique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-130-entretien-+" rel="tag"&gt;Entretien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-221-empire-+" rel="tag"&gt;Empire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-122-guerre-+" rel="tag"&gt;Guerre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-138-totalitarisme-+" rel="tag"&gt;Totalitarisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La notion de &#171; stratocratie &#187;, &#233;labor&#233;e par C. Castoriadis &#224; la fin des ann&#233;es 1970 pour d&#233;crire &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1097-Russie-L-imaginaire-nationaliste-imperial' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;l'&#233;volution expansionniste-imp&#233;riale de l'URSS&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, est revenue au go&#251;t du jour depuis &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1098-Dossier-thematique-L-offensive-russe' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;l'offensive russe de f&#233;vrier 2022&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous l'&#233;voquions depuis quelques ann&#233;es, notamment dans &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?870-Islamisme-totalitarisme' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Islamisme, totalitarisme, imp&#233;rialisme &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; et &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?965-L-horizon-imperial-1-4' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; L'horizon imp&#233;rial &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; puis, plus r&#233;cemment dans &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1199-De-Castoriadis-a-Ibn-Khaldoun-et-retour' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; De Castoriadis &#224; Ibn Khaldoun (et retour) &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Il s'agirait aujourd'hui de la reprendre pour une analyse de fond mais, en attendant, bornons-nous &#224; apporter quelques pi&#232;ces au dossier, ci-dessous :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; L'actualit&#233; d'un livre &#187; (2025) ramasse quelques lignes de Gilles Bataillon sur l'ouvrage de Castoriadis &#171; Devant la guerre &#187; ;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Pouvoir militaire et mod&#232;les de domination &#187; (1983), est un entretien de C. Castoriadis o&#249; il expose bri&#232;vement, parmi d'autres consid&#233;rations, l'id&#233;e centrale de &#171; stratocratie &#187; ;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Vers la stratocratie &#187; (1981), extrait du livre en question publi&#233; dans la revue &#171; Le D&#233;bat &#187;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'actualit&#233; d'un livre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes sans nul doute devant la perspective d'une prolongation durable de la guerre d'agression de la Russie contre l'Ukraine, mais aussi de la possibilit&#233; d'une extension des op&#233;rations russes dans d'autres territoires europ&#233;ens nagu&#232;re partie int&#233;grante de l'empire des tsars et d'une multiplication des op&#233;rations dites &#171; sp&#233;ciales &#187;, &#171; hybrides &#187; ou &#171; grises &#187; en Europe. Les discours de Poutine comme les agissements de l'arm&#233;e russe et de ses services secrets sont sans &#233;quivoques. Les propos de Xi Jinping sur l'ordre international et les droits sp&#233;ciaux de la Chine, &#171; grand pays &#187; face aux &#171; petits pays &#187;, sa politique de mise au pas totalitaire de la soci&#233;t&#233; chinoise, les op&#233;rations de modernisation et de mont&#233;e en puissance de l'arm&#233;e de la R&#233;publique populaire de Chine, les actions de cette derni&#232;re en mer de Chine, t&#233;moignent-elles aussi de volont&#233;s expansionnistes faisant fi du droit international. Trump n'est pas en reste dans cette contestation de l'ordre international et dans l'apologie de la &#171; force brute &#187;. En t&#233;moignent ses propos sur le canal de Panama, sur le destin manifeste du Canada ou du Groenland, ses actions au large du Venezuela et bien &#233;videmment le style de ses n&#233;gociations avec la Russie sur le sort de l'Ukraine et plus g&#233;n&#233;ralement de l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment penser cette situation et agir face &#224; ces perspectives, o&#249; trois imp&#233;rialismes rivaux affirment sans fard leur volont&#233; de se partager le monde comme les Europ&#233;ens le firent lors du partage de l'Afrique lors de la conf&#233;rence de Berlin (1884-1885) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au regard des d&#233;fis que met &#224; jour cette situation, les r&#233;flexions men&#233;es par Cornelius Castoriadis dans un livre passablement oubli&#233;, Devant la guerre (1981), semblent d'une singuli&#232;re actualit&#233;. On s'en souvient, son propos fut de penser la confrontation russo-am&#233;ricaine et la perspective d'une guerre mondialis&#233;e au seuil des ann&#233;es 1980. Pour Castoriadis, trois ph&#233;nom&#232;nes &#233;taient &#224; analyser et &#224; prendre en consid&#233;ration pour non seulement comprendre le nouveau cours du monde, mais agir en cons&#233;quence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier &#233;tait &#171; la fantastique mont&#233;e de la puissance militaire de l'URSS qui sous-tend(ait) sa politique d'expansion mondiale &#187;. Dans sa confrontation avec les &#201;tats-Unis et ses alli&#233;s, seule l'URSS &#171; menait, et avait la possibilit&#233; de mener, une politique offensive &#187;. Castoriadis insistait sur la fa&#231;on dont son influence grandissait tant en Afrique qu'en Asie et m&#234;me en Am&#233;rique latine, pourtant traditionnellement la chasse gard&#233;e des &#201;tats-Unis. Incapable d'organiser de fa&#231;on efficace la production agricole ou celle des biens de consommation les plus courants, le r&#233;gime sovi&#233;tique avait au contraire su mettre sur pied une soci&#233;t&#233; militaire qui surclassait le complexe militaro-industriel nord-am&#233;ricain. La soci&#233;t&#233; militaire russe &#233;tait &#224; la fois qualitativement et quantitativement sup&#233;rieure &#224; sa rivale, tant sur le plan des forces nucl&#233;aires que des forces conventionnelles. &#171; L'Arm&#233;e &#8211; &#233;crivait-il &#8211; est le seul secteur vraiment moderne de la soci&#233;t&#233; russe et le seul qui fonctionne effectivement &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me ph&#233;nom&#232;ne qui retint l'attention de Castoriadis fut la fa&#231;on dont cette absorption du meilleur des ressources de la soci&#233;t&#233; par le monde militaire, traduisait un changement majeur. L'&#171; id&#233;ologie communiste &#187;, m&#233;lange de mensonges et d'arguments pseudo-rationnels destin&#233;s &#224; justifier la domination de la bureaucratie, &#233;tait morte depuis les ann&#233;es 1960 : la soci&#233;t&#233; russe &#233;tait devenue &#224; la fois &#171; une soci&#233;t&#233; cynique &#187; et une &#171; soci&#233;t&#233; stratocratique &#187;. Il constatait que &#171; le corps social de l'Arm&#233;e est l'instance ultime de domination effective &#187;. Le Parti n'&#233;tait plus que son &#171; masque et (son) instrument &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me ph&#233;nom&#232;ne &#224; prendre compte &#233;tait &#224; ses yeux le remplacement de l'id&#233;ologie communiste par un &#171; imaginaire inconnu &#187;, celui de la &#171; Force brute &#187;, &#171; la Force qui ne vise qu'&#224; s'augmenter en tant que Force &#187;. L'expansion ext&#233;rieure &#233;tait devenue la seule issue du r&#233;gime. Ce nouvel imaginaire allait de pair avec une remise &#224; l'honneur du &#171; chauvinisme grand russe &#187; et du r&#234;ve &#171; imp&#233;rial &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nul doute que le cours des &#233;v&#233;nements, lors des quarante derni&#232;res ann&#233;es, n'ait rendu nombre des th&#232;ses de &lt;i&gt;Devant la guerre&lt;/i&gt; caduques. La guerre possible n'a pas eu lieu telle que Castoriadis l'envisageait. Le r&#233;gime expansionniste a collaps&#233; de 1989 &#224; 1991. La Russie au d&#233;but du XXI&#176; si&#232;cle, avant l'arriv&#233;e au pouvoir de Poutine, n'&#233;tait plus qu'une puissance r&#233;gionale. Restent des analyses &#224; l'&#233;vidence d'actualit&#233; sur la &#171; stratocratie &#187;, le &#171; chauvinisme grand-russe &#187; et l'id&#233;ologie de la &#171; Force brute &#187;. Sans c&#233;der &#224; la fiction d'un cours rationnel de l'Histoire, force est de constater que ces formes sociales et cet imaginaire que mettait &#224; jour Cornelius Castoriadis ont bel et bien refait surface sous le r&#232;gne de Poutine, tout sp&#233;cialement le r&#234;ve imp&#233;rial et l'imaginaire de la &#171; Force brute &#187;. Ses r&#233;flexions ne sont pas non plus sans pertinence au regard de la politique internationale de la R&#233;publique populaire chinoise ou de celle de la pr&#233;sidence Trump aux &#201;tats-Unis. Reste aussi d'une tr&#232;s grande actualit&#233; la fa&#231;on dont il sut comparer le &#171; rapport des forces mortes &#187;, c'est-&#224;-dire &#224; la fois, les forces nucl&#233;aires, les forces conventionnelles, mais aussi les th&#233;&#226;tres possibles d'affrontement des forces conventionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partant de ces analyses, on se propose de revisiter le petit demi-si&#232;cle qui s'est &#233;coul&#233; depuis le moment o&#249; Cornelius Castoriadis &#233;crivit &lt;i&gt;Devant la guerre&lt;/i&gt;. On s'interrogera sur la r&#233;surgence ou la permanence de cet imaginaire imp&#233;rial et de cette id&#233;ologie de la &#171; Force brute &#187; dans la Russie de Poutine, mais aussi dans la Chine de Xi Jinping o&#249; il coexiste avec une r&#233;f&#233;rence persistante au &#171; communisme &#187; et dans l'Am&#233;rique de Trump o&#249; les vell&#233;it&#233;s imp&#233;rialistes et les d&#233;rives anti- d&#233;mocratiques sont chaque jour plus manifestes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'actualit&#233; d'un livre de Cornelius Castoriadis, &lt;i&gt;Devant la guerre&lt;/i&gt;, Fayard, 1981, par Gilles Bataillon, 16 d&#233;cembre 2025.&lt;/strong&gt; &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=bPjDkOvGKKw&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Source : &#8220;Crise de la d&#233;mocratie&#8221;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pouvoir militaire et mod&#232;les de domination&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Entretien avec Cornelius Castoriadis paru dans Agora, mensuel libertaire, n&#176; 16, mai 1983, p. 28-29, sous le titre : &#171; URSS. Pouvoir militaire et mod&#232;les de domination : Entretien avec Cornelius Castoriadis &#187;. &lt;a href=&#034;https://archivesautonomies.org/IMG/pdf/anarchismes/apres-1944/agora/agora-n16.pdf-&gt;https://archivesautonomies.org/IMG/pdf/anarchismes/apres-1944/agora/agora-n16.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Source&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;&lt;i&gt;Il fut un temps o&#249; on ne pouvait mettre en doute, ni m&#234;me s'interroger sur le r&#233;gime sovi&#233;tique, sans &#234;tre soup&#231;onn&#233;, de soutenir le camp imp&#233;rialiste yankee, ou d'&#234;tre un &#171; laquais des r&#233;actionnaires &#187;. Cette p&#233;riode semble d&#233;finitivement close. S'interroger sur la nature sociale de l'URSS est aujourd'hui tr&#232;s &#224; la mode. A gauche, surtout, les analyses foisonnent. Castoriadis ne fait pas partie de cette &#171; tardive compagnie &#187;. D&#232;s les premi&#232;res ann&#233;es de l'apr&#232;s-guerre, il commence &#224; s'int&#233;resser &#224; l'URSS, en fondant &#224; Paris, avec Claude Lefort, la fameuse revue &#171; Socialisme ou Barbarie &#187;.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;N&#233; &#224; Ath&#232;nes, Castoriadis y a fait des &#233;tudes de droit, d'&#233;conomie et de philosophie. Au d&#233;but de l'occupation italo-allemande de la Gr&#232;ce, il fonde, avec d'autres communistes dissidents, un groupe de r&#233;sistance en opposition avec le Parti communiste officiel. Par la suite, il adh&#232;re &#224; l'organisation trotskyste de Spiros Stines, o&#249; il militera jusqu'en 1945, avant de s'installer en France. Depuis lors, son int&#233;r&#234;t pour les &#171; pays du socialisme r&#233;el &#187; ne s'est pas d&#233;menti. Son influence sur les groupes d'extr&#234;me-gauche fran&#231;ais s'est accrue : ses analyses &#233;taient monnaie courante parmi les acteurs de mai 68. Aujourd'hui Castoriadis enseigne &#224; l'&#201;cole Pratique des Hautes &#201;tudes &#224; Paris. Il est l'auteur de nombreux ouvrages, parmi lesquels &#171; La soci&#233;t&#233; bureaucratique &#187;, &#171; Devant la guerre &#187;, et depuis quelques ann&#233;es il a cess&#233; de se d&#233;finir en tant que marxiste.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Cet abandon ne l'a cependant pas pouss&#233; (comme bien d'autres intellectuels de sa g&#233;n&#233;ration) vers des positions sociaux-d&#233;mocrates ou lib&#233;rales, mais plut&#244;t vers un &#171; libertarisme &#187; toujours plus accentu&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'entretien ci-contre a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233; par nos camarades de la revue &#171; Comunidad &#187; au cours du colloque &#171; Mod&#232;les de totalitarisme et d'imp&#233;rialisme sovi&#233;tiques &#187;, organis&#233; &#224; Milan par le Centre d'&#233;tudes libertaires &#171; Pinelli &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Agora : &lt;/strong&gt; Plus de soixante ans apr&#232;s la r&#233;volution d'octobre, qu'est devenue la Russie ? En quoi se transforme un r&#233;gime totalitaire qui conna&#238;t une si grande long&#233;vit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ton dernier livre, &lt;i&gt;Devant la guerre&lt;/i&gt;, tu dis qu'il ne suffit plus de d&#233;crire la Russie comme un pays o&#249; la technobureaucratie s'est transform&#233;e en classe dominante, o&#249; l'exploitation et l'oppression ont atteint des niveaux jusqu'ici inconnus dans l'histoire moderne. Quels sont les &#233;l&#233;ments nouveaux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cornelius Castoriadis : &lt;/strong&gt;Pour pouvoir te r&#233;pondre, il est n&#233;cessaire de faire quelques remarques pr&#233;alables. En premier lieu, il faut souligner que la terreur de masse, sous sa forme stalinienne, a disparu. Certes, il y a une r&#233;pression totale, mais celle-ci est en quelque sorte plus efficace, c'est-&#224;-dire qu'elle parvient &#224; maintenir la population en &#233;tat d'ob&#233;issance sans ex&#233;cutions massives et sans d&#233;tenir des millions de personnes dans des camps d'internement. La terreur classique de l'&#232;re stalinienne n'&#233;tait qu'un aspect de ce que j'appelle le &#171; d&#233;lire &#187;. Il n'existait aucune justification rationnelle &#224; cette diffusion de la terreur : ni &#233;conomique, ni politique. Le &#171; D&#233;lire &#187; ne se manifestait pas seulement dans la terreur, mais aussi dans l'&#233;conomie, et il existait m&#234;me un v&#233;ritable &#171; d&#233;lire id&#233;ologique &#187; sp&#233;cifique. Maintenant, ce &#171; d&#233;lire &#187; a disparu. Actuellement, il y a certes des mensonges en quantit&#233;s &#233;normes, mais ils ne constituent pas un &#171; d&#233;lire &#187;. Le m&#233;pris total de l'efficience, qui &#233;tait caract&#233;ristique de l'&#232;re stalinienne, a disparu. Il n'est plus question d'attribuer les &#233;checs des diff&#233;rents plans-programmes &#224; l'activit&#233; de sabotage des anarchistes ou des trotskystes. Il n'existe m&#234;me plus cette construction totalement fictive de la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre &#233;l&#233;ment important qu'il faut prendre en consid&#233;ration, c'est la d&#233;composition, et m&#234;me pratiquement la mort, de l'id&#233;ologie. Une id&#233;ologie doit, d'une part entretenir une certaine relation avec l'universalit&#233; et la rationalit&#233; ; d'autre part, elle doit jouer un r&#244;le dans la formation de la r&#233;alit&#233; sociale. Ce n'est pas le cas en Russie aujourd'hui. Le marxisme-l&#233;ninisme est devenu un rituel qui ne cherche m&#234;me pas &#224; &#234;tre coh&#233;rent. De plus, les &#171; patrons rouges &#187; ne cherchent plus &#224; exercer un contr&#244;le total sur la r&#233;alit&#233;. Le r&#233;gime a renonc&#233; &#224; contr&#244;ler la pens&#233;e et l'&#226;me des gens. Bien s&#251;r, si quelqu'un s'affiche ouvertement en tant qu'opposant au r&#233;gime, il finira en h&#244;pital psychiatrique, en camp d'internement ou, dans le meilleur des cas, il perdra son emploi. Mais s'il ne conteste pas, il sera laiss&#233; en paix. Le r&#233;gime se limite &#224; contr&#244;ler les comportements ext&#233;rieurs. On peut dire qu'il est devenu pavlovien et skinnerien en renon&#231;ant &#224; la super-socialisation des personnes. A l'inverse d'hier, le r&#233;gime penche aujourd'hui vers la privatisation, les petites carri&#232;res personnelles et la vodka.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Agora : &lt;/strong&gt; Mais ces &#233;l&#233;ments que signifient-ils ? Que nous disent-ils sur le r&#233;gime actuel ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cornelius Castoriadis : &lt;/strong&gt;Il faut d'abord comprendre qu'il y a eu un &#233;chec de l'instance du totalitarisme, comme a &#233;chou&#233; &#233;galement toute tentative d'auto-r&#233;forme de la bureaucratie. Avec la mort de Staline on pensa, et beaucoup continuent &#224; le penser, que la bureaucratie se r&#233;formerait par elle-m&#234;me et que la soci&#233;t&#233; russe &#233;voluerait vers ce qui, d'un point de vue universitaire ou celui d'un id&#233;ologue occidental, est un &#233;tat normal vers lequel tendent toutes les soci&#233;t&#233;s : un peu de d&#233;mocratie et un peu de march&#233; libre. On s'int&#233;ressera alors aux r&#233;formes introduites dans le syst&#232;me bureaucratique, ainsi qu'aux tendances vers une plus grande rationalit&#233; &#233;conomique, dans un sens occidental. On a cru pouvoir analyser le probl&#232;me de la soci&#233;t&#233; russe selon les sch&#233;mas de la sociologie am&#233;ricaine, c'est-&#224;-dire comme des enjeux et des comp&#233;titions entre des groupes d'int&#233;r&#234;ts. Mais les choses n'&#233;taient pas ainsi. En effet, il y eut deux tentatives de r&#233;forme depuis le sommet du syst&#232;me. La premi&#232;re fut celle de Malenkov, qui voulait augmenter la production des biens de consommation, et qui fut tr&#232;s rapidement &#233;limin&#233;, avec l'intervention d'ailleurs de l'arm&#233;e. La seconde tentative fut celle de Khrouchtchev qui voulait surtout limiter les armements militaires. Et Khrouchtchev fut &#233;limin&#233; par une coalition qu'int&#233;grait &#233;galement l'arm&#233;e. Depuis lors, on n'assista plus &#224; aucune tentative d'auto-r&#233;forme. Aujourd'hui que le Parti communiste est devenu un parasite historique total, nous assistons au fantastique d&#233;veloppement du secteur militaire, &#224; tel point que toutes les grandes questions concernant la soci&#233;t&#233; russe ne peuvent &#234;tre r&#233;solues sans l'accord de l'arm&#233;e, et c'est ce qui me fait dire que l'arm&#233;e s'est transform&#233;e en la force dominante de la soci&#233;t&#233; russe. Aujourd'hui, le pouvoir en Russie est un &#171; pouvoir stratocratique &#187; (1), c'est-&#224;-dire une structure qui voit l'arm&#233;e assumer, en tant que corps social, la direction de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Agora : &lt;/strong&gt; Pourtant l'arm&#233;e ne semble pas g&#233;rer directement le pouvoir, elle n'occupe pas une &#171; position centrale &#187; dans la structure du pouvoir sovi&#233;tique&#8230; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cornelius Castoriadis : &lt;/strong&gt;Je crois que pour comprendre ce qui est en train de se passer il est n&#233;cessaire d'oublier les cat&#233;gories sociologiques jusqu'ici connues. Avant tout, il faudrait se demander ce qu'est le pouvoir. Est-ce simplement l'appareil formel ? Il y a aujourd'hui en Russie une nouvelle articulation du pouvoir que nous ne pouvons pas expliquer avec les mod&#232;les que nous connaissons. Dans ce cas, il ne s'agit pas seulement de l'&#233;mergence d'un pouvoir militaire, mais d'un ph&#233;nom&#232;ne nouveau, un ph&#233;nom&#232;ne cosmo-historique qui est repr&#233;sent&#233; par cette arm&#233;e moderne industrialis&#233;e. Une arm&#233;e qui implique, pour exister, un tel complexe industriel, n'a jamais exist&#233;. Cette arm&#233;e russe, en quel sens domine-t-elle ? A mon avis, c'est elle qui impose les grandes orientations, les grandes directives, les choix nationaux et internationaux. Ce secteur n'a aucun int&#233;r&#234;t &#224; d&#233;tenir le pouvoir de nommer les instituteurs de la Sib&#233;rie orientale ou de fixer le prix des chaussures ; pour ces choses-l&#224;, il y a la bureaucratie du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Agora : &lt;/strong&gt; Le parti occupe-t-il encore une place importante dans la soci&#233;t&#233; russe ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cornelius Castoriadis : &lt;/strong&gt;Comme je l'ai &#233;crit dans mon livre &#171; Devant la guerre &#187;, il y a deux secteurs dans la soci&#233;t&#233; russe : le secteur civil qui ne fonctionne pas ou qui fonctionne tr&#232;s mal, dans lequel il y a continuellement des p&#233;nuries de biens et des produits de mauvaise qualit&#233; ; et le secteur militaire, qui fonctionne parfaitement et qui a transform&#233; la Russie en premi&#232;re puissance militaire mondiale. Cette situation a-t-elle une signification ? L'arm&#233;e post-stalinienne est une arm&#233;e d'ing&#233;nieurs du nucl&#233;aire, de l'&#233;lectronique et de la chimie, d'ing&#233;nieurs de la m&#233;tallurgie. En somme, une arm&#233;e de sp&#233;cialistes. Les diff&#233;rences entre secteur civil et secteur militaire croissent rapidement. On dirait que la soci&#233;t&#233; militaire est la seule partie efficiente de la soci&#233;t&#233; russe. Cette soci&#233;t&#233; militaire (je parle &#233;videmment de la partie professionnelle de l'arm&#233;e) est surtout une &#233;norme industrie qui, selon mes calculs, doit employer approximativement quelque vingt millions de travailleurs, sur une force de travail totale de cent quarante &#224; cent cinquante millions. Pour obtenir cette efficience, il ne suffit pas de consacrer &#224; la production une grande partie des ressources. Par exemple, depuis dix ans, 30 % des investissements russes vont vers l'agriculture sans que celle-ci cesse de se trouver dans la m&#234;me d&#233;sastreuse situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe donc une organisation diff&#233;rente de la production militaire, dont nous pouvons aujourd'hui nous faire une id&#233;e gr&#226;ce aux t&#233;moignages des dissidents. Si nous observons l'ensemble de la soci&#233;t&#233; russe, nous notons que la sub-soci&#233;t&#233; militaire est l'unique force vive du r&#233;gime, alors que le parti est une esp&#232;ce de cadavre vivant. L'on parvient ainsi &#224; la conclusion que le totalitarisme, dans son sens classique, a laiss&#233; place &#224; un nouveau type d'organisation sociale : la &#171; stratocratie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Agora : &lt;/strong&gt; Cela a-t-il alors un sens de d&#233;finir le r&#233;gime sovi&#233;tique comme un r&#233;gime totalitaire, c'est-&#224;-dire, caract&#233;ris&#233; par des formes que nous connaissons et d&#233;signons comme telles (fascisme, nazisme&#8230;) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cornelius Castoriadis : &lt;/strong&gt;Je crois qu'il faut reconna&#238;tre que nous nous trouvons face &#224; un animal historique nouveau qui a en commun avec le totalitarisme classique une caract&#233;ristique, &#224; savoir qu'il tend vers la force brute pour la force brute. Mais en dehors de cela, il y a de substantielles diff&#233;rences, puisque nous devons constater qu'en Russie l'objectif d'une domination totale sur la soci&#233;t&#233; a d&#251; &#234;tre abandonn&#233;. La domination continue d'&#234;tre un objectif, mais en tant que domination externe. Pourquoi ? Je pense, qu'au moins dans le cas russe, le totalitarisme classique a &#233;chou&#233; dans son objectif central : assimiler totalement les &#234;tres humains &#224; la soci&#233;t&#233;, ou en cas d'impossibilit&#233;, les d&#233;truire. Cet objectif s'est r&#233;v&#233;l&#233; impossible, et &#224; mon avis l'&#233;chec du parti et l'&#233;mergence de l'arm&#233;e traduisent cette impossibilit&#233;. Certes l'histoire n'est pas encore achev&#233;e, mais dans la mesure o&#249; cette &#233;volution montre qu'il est impossible de d&#233;passer les r&#233;sistances du facteur humain, nous pouvons penser que les possibilit&#233;s de lutter pour la libert&#233; existent toujours. Et nous pouvons non seulement le penser, mais aussi tenter de le poser en actes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1229-Actualite-de-la-stratocratie-russe-2-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Seconde partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	<item xml:lang="fr">
		<title>L'Occident &#233;chappe &#224; la th&#233;orie d'Ibn Khald&#251;n</title>
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&lt;p&gt;Extrait de &#171; Ibn Khlad&#251;n, une th&#233;orie pour notre temps ? &#187;, introduction g&#233;n&#233;rale du livre de Gabriel Martinez-Gros &#171; Ibn Khald&#251;n, Anthologie &#187;, ed. Pass&#233;s Compos&#233;s 2024, pp. 18-19, 27-34. R&#233;sum&#233; des points principaux de la th&#233;orie Pour Ibn Khald&#251;n, l'&#201;tat est donc un processus de d&#233;sarmement et d'accumulation du capital &#224; travers l'imp&#244;t. L'&#201;tat &#8216;civilise' au plein sens du terme, il cr&#233;e une soci&#233;t&#233; civile, pacifique, d&#233;sarm&#233;e, et dans une certaine mesure asservie. L'&#201;tat trace une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-dynamiques-geopolitiques-" rel="directory"&gt;Dynamiques G&#233;opolitiques&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-195-martinez-gros-g-+" rel="tag"&gt;Martinez-Gros G.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-49-prospective-+" rel="tag"&gt;Prospective&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-33-progres-+" rel="tag"&gt;Progressisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Extrait de &#171; Ibn Khlad&#251;n, une th&#233;orie pour notre temps ? &#187;, introduction g&#233;n&#233;rale du livre de Gabriel Martinez-Gros &#171; Ibn Khald&#251;n, Anthologie &#187;, ed. Pass&#233;s Compos&#233;s 2024, pp. 18-19, 27-34.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;R&#233;sum&#233; des points principaux de la th&#233;orie&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Ibn Khald&#251;n, l'&#201;tat est donc un processus de d&#233;sarmement et d'accumulation du capital &#224; travers l'imp&#244;t. L'&#201;tat &#8216;civilise' au plein sens du terme, il cr&#233;e une soci&#233;t&#233; civile, pacifique, d&#233;sarm&#233;e, et dans une certaine mesure asservie. L'&#201;tat trace une limite claire entre la soci&#233;t&#233; s&#233;dentaire, qui vit sous sa protection, et la soci&#233;t&#233; b&#233;douine, tribale, qu'il ne contr&#244;le pas. Mais il a besoin des deux mondes, puisqu'il tire du monde tribal la violence dont il a besoin pour imposer sa paix dans le monde s&#233;dentaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on donne &#224; ces termes, &#8216;s&#233;dentaire' et &#8216;b&#233;douin' leur v&#233;ritable sens, c'est-&#224;-dire &#8216;sous le contr&#244;le d'un &#201;tat' et &#8216;hors du contr&#244;le d'un &#201;tat', la pertinence de la th&#233;orie peut &#234;tre &#233;tendue tr&#232;s au-del&#224; de l'Islam et du Moyen &#194;ge. Cette organisation de l'&#201;tat r&#233;clame simplement une s&#233;gr&#233;gation franche entre d'immenses majorit&#233;s pacifi&#233;es, d&#233;solidaris&#233;es et productives d'une part ; et d'autre part des minorit&#233;s violentes, solidaires et dirigeantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde selon Ibn Khald&#251;n est pos&#233; d&#232;s lors qu'il existe un troupeau de &#8216;moutons' producteurs &#8211; c'est-&#224;-dire un territoire de populations denses, intens&#233;ment laborieuses et largement d&#233;sarm&#233;es, r&#233;sign&#233;es &#224; payer l'imp&#244;t qu'on exigera d'elles pour leur protection. Depuis le milieu du Ier mill&#233;naire avant notre &#232;re &#224; peu pr&#232;s, les plus vieilles paysanneries du monde, en M&#233;sopotamie, Egypte, Syrie ou Asie Mineure, sont r&#233;duites &#224; ce statut. L'empire perse ach&#233;m&#233;nide, puis les royaumes hell&#233;nistiques, puis l'empire romain &#8211; et les empires parthe et sassanide ses contemporains &#8211; ont tir&#233; une large part de leurs ressources financi&#232;res de ces territoires. On peut donc les consid&#233;rer comme des &#201;tats selon la th&#233;orie d'Ibn Khald&#251;n, tout comme la Chine apr&#232;s son unification imp&#233;riale en 221 avant notre &#232;re. Il vaut la peine de noter que ces m&#234;mes territoires (Egypte, Syrie, M&#233;sopotamie) tomb&#232;rent les premiers aux mains des conqu&#233;rants arabes. Il n'est donc pas &#233;tonnant que l'empire islamique ait rapidement suivi les traces des empires romain et perse qui l'avaient pr&#233;c&#233;d&#233; dans ces r&#233;gions. En expliquant l'empire islamique, Ibn Khald&#251;n explique aussi tout naturellement les empires qui lui ont servi de mod&#232;les.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons ainsi r&#233;sumer en quatre points :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 1) L'existence de l'&#201;tat fonde une soci&#233;t&#233; nouvelle en transformant la violence et les solidarit&#233;s naturelles des soci&#233;t&#233;s humaines en prosp&#233;rit&#233;, en population et en richesses toujours croissantes. Ces populations d&#233;sarm&#233;es, d&#233;solidaris&#233;es et qui paient l'imp&#244;t sont nomm&#233;s &#8216;s&#233;dentaires'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 2) Pour collecter pacifiquement l'imp&#244;t, l'&#201;tat tend &#224; &#233;radiquer toute forme de violence et de solidarit&#233;, y compris la violence qui soutient sa propre existence. Il n'existe pas d'&#201;tat enclin &#224; la guerre. Tout &#201;tat est pacifique par d&#233;finition. C'est la diff&#233;rence majeure entre Ibn Khald&#251;n et les grands noms de la philosophie politique europ&#233;enne, Hobbes, Locke, Montesquieu ou Max Weber. Les Europ&#233;ens sont en g&#233;n&#233;ral intimement convaincus du pouvoir &#233;crasant de l'&#201;tat, de ses capacit&#233;s sans bornes de violence. Au contraire, Ibn Khald&#251;n insiste sur la faiblesse structurelle de l'&#201;tat, et sur sa tendance &#224; se suicider en se d&#233;sarmant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 3) Quand l'&#201;tat a r&#233;ussi &#224; contr&#244;ler ou &#224; &#233;radiquer toute violence, il reste sans d&#233;fense, ce qui l'oblige &#224; contracter une violence mercenaire, accroit le co&#251;t de son arm&#233;e, ob&#232;re ses finances et ruine &#224; terme la soci&#233;t&#233; civile qu'il &#233;tait suppos&#233; enrichir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 4) Le v&#233;ritable mod&#232;le de l'&#201;tat selon Ibn Khald&#251;n, c'est l'empire, sans rival dans son horizon &#8211; l'empire romain, l'empire chinois, l'empire islamique &#224; l'&#233;poque abbasside (VIIIe-XIe si&#232;cles), ou l'empire moghol des Indes (XVIe-XVIIIe s)&#8230; L'empire rassemble sous son autorit&#233; la totalit&#233; des terres productives qui sont &#224; sa port&#233;e. Ses seuls voisins sont des b&#233;douins, dont il ach&#232;te la violence ou dont la violence le harc&#232;le. C'est un point crucial. L'empire est d'autant mieux dispos&#233; &#224; c&#233;der aux invasions barbares que les barbares le reconnaissent comme le centre du monde et comme l'unique mod&#232;le de la civilisation. Jouir du privil&#232;ge d'une civilisation s&#233;dentaire in&#233;galable et insurpassable rend plus ais&#233; pour l'empire l'achat de la violence barbare en &#233;change des productions de luxe dont il a l'absolu monopole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'Occident &#233;chappe &#224; la th&#233;orie&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour faire court, on peut affirmer que l'Occident a &#233;chapp&#233; &#224; la th&#233;orie d'Ibn Khald&#251;n pendant l'essentiel du Moyen &#194;ge, pour une raison &#233;vidente. Avec l'effondrement des structures de l'empire romain, aux Ve-VIe si&#232;cles, l'imp&#244;t d'&#201;tat dispara&#238;t ou d&#233;cro&#238;t jusqu'&#224; des niveaux insignifiants si on les compare aux pr&#233;l&#232;vements fiscaux de l'empire byzantin ou de l'empire islamique. Encore &#224; la fin du Moyen &#194;ge, l'&#201;tat europ&#233;en ne jouit ni du monopole des armes, ni du droit arbitraire de lev&#233;e de l'imp&#244;t dont la th&#233;orie d'Ibn Khald&#251;n accorde le privil&#232;ge &#224; l'empire. La philosophie politique europ&#233;enne, aux XVIIe et XVIIIe si&#232;cle, rejeta le syst&#232;me dont la th&#233;orie d'Ibn Khald&#251;n est la meilleure explication sous le nom de &#8216;despotisme oriental'. Jamais dans l'histoire de l'Europe ne s'imposa le trait fondamental de la th&#233;orie, c'est-&#224;-dire la distinction claire entre b&#233;douins violents et s&#233;dentaires pacifiques et productifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8216;Bien s&#251;r', pensera peut-&#234;tre le lecteur, &#8216;il n'y a pas de b&#233;douins en Europe. Il n'y a pas de d&#233;sert en Europe, donc il n'y a pas de b&#233;douin'. C'est l&#224;, pr&#233;cis&#233;ment que g&#238;t le grand contresens europ&#233;en sur la th&#233;orie d'Ibn Khald&#251;n. Ce n'est pas faute de b&#233;douins que cette th&#233;orie ne s'applique pas &#224; l'Europe ; tout au contraire, elle s'applique mal parce que pendant des si&#232;cles, il n'y a pas eu, en Europe, de s&#233;dentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie est en effet pertinente d&#232;s qu'il existe un troupeau s&#233;dentaire, c'est-&#224;-dire une masse de population productive, pacifique, et soumise &#224; l'imp&#244;t. Si on donne au mot &#8216;b&#233;douins' sa d&#233;finition la plus large, un clan ou une tribu pourvue de solidarit&#233;s naturelles fortes, on trouvera de tels b&#233;douins &#224; peu pr&#232;s partout dans les temps n&#233;olithiques et protohistoriques, et dans le pass&#233; premier de l'Europe tout autant qu'ailleurs. La soci&#233;t&#233; b&#233;douine ou tribale a &#233;t&#233;, pendant des &#8216;centaines de si&#232;cles', eut dit L&#233;vi-Strauss, l'organisation la plus commune des unit&#233;s humaines. Au contraire, l'organisation s&#233;dentaire et les villes, sont n&#233;es beaucoup plus r&#233;cemment. Le plus t&#244;t qu'on puisse rep&#233;rer, en Europe occidentale, un syst&#232;me s&#233;dentaire dirig&#233; par un &#201;tat, c'est l'&#233;poque romaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d&#232;s lors que cette soci&#233;t&#233; s&#233;dentaire est sortie de terre, elle cr&#233;e naturellement les menaces des tribus qui convoitent ses richesses, tout comme les troupeaux de moutons attirent les loups. Comme on y a insist&#233; plus haut, c'est le v&#233;ritable sens du mot &#8216;b&#233;douins' chez Ibn Khald&#251;n : les b&#233;douins qui int&#233;ressent la th&#233;orie ne prosp&#232;rent que dans le voisinage d'une concentration s&#233;dentaire, qui puise dans ces marges dangereuses la violence dont elle est d&#233;pourvue. Les Romains nourrirent ainsi leurs marges germaniques ou illyriennes, l'empire islamique ses Turcs et ses Berb&#232;res, l'empire chinois ses Turcs, ses Mongols et ses Mandchous. Mais apr&#232;s la chute de l'empire romain, et pour des si&#232;cles, l'Europe ne nourrit aucune horde tribale, simplement parce qu'il n'y existe pas de troupeau de moutons taillables &#224; merci, r&#233;sign&#233;s &#224; payer autant d'imp&#244;ts qu'on en exigerait d'eux. L'Europe m&#233;di&#233;vale d&#233;ment la th&#233;orie d'Ibn Khald&#251;n parce qu'elle a &#233;chapp&#233; au syst&#232;me imp&#233;rial romain d'imp&#244;ts lourds et centralis&#233;s. Il ne s'y trouve ni villes tentaculaires, ni majorit&#233;s d&#233;sarm&#233;es, ni guerriers professionnels recrut&#233;s dans les marges ou parmi les hors-la-loi. Et donc, il n'y a pas de pression b&#233;douine. Les loups ne sont pas int&#233;ress&#233;s, ils passent leur chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une forme de centralisation fiscale d'&#201;tat r&#233;appara&#238;t dans la deuxi&#232;me moiti&#233; du XIVe si&#232;cle, pour la premi&#232;re fois aussi nettement depuis l'effondrement de l'appareil d'&#201;tat romain sept ou huit si&#232;cles auparavant. En France et en Angleterre, le pouvoir invoqua les n&#233;cessit&#233;s de la guerre de Cent Ans en cours. Mais l&#224; comme ailleurs en Europe, c'est plut&#244;t la Peste et ses r&#233;pliques qu'il faut d'abord bl&#226;mer. Elle abaissa dans d'&#233;normes proportions les niveaux d&#233;mographiques et productifs des soci&#233;t&#233;s, et donc les revenus des &#201;tats en construction, incapables de r&#233;duire leurs d&#233;penses &#8211; en particulier leurs d&#233;penses militaires &#8211; pour les ajuster &#224; l'&#233;tat d'une &#233;conomie brutalement appauvrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cons&#233;quence, la th&#233;orie d'Ibn Khald&#251;n gagne quelque pertinence pour l'analyse de la soci&#233;t&#233; europ&#233;enne entre XIVe et XVIIIe si&#232;cles. Les arm&#233;es sont de plus en plus professionnelles apr&#232;s le XVe si&#232;cle. La &#8216;r&#233;volution militaire' du XVIIe si&#232;cle exige un &#233;norme accroissement du pr&#233;l&#232;vement fiscal, en particulier en France ou en Espagne. Quelques sp&#233;cialisations b&#233;douines se font jour : la Suisse, quelques r&#233;gions d'Allemagne dans une moindre mesure, pourvoient de plus en plus la France ou l'Italie en &#8216;soldats'. La population de la France est presque stable entre le milieu du XVIe et le d&#233;but du XVIIIe si&#232;cle, mais celle de Paris bondit gr&#226;ce &#224; la centralisation de l'imp&#244;t et &#224; la croissance de l'administration et des d&#233;penses de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces processus, conformes &#224; la th&#233;orie d'Ibn Khald&#251;n, ont &#233;t&#233; remarqu&#233;s par Tocqueville dans son dernier livre, &lt;i&gt;L'Ancien R&#233;gime et la R&#233;volution&lt;/i&gt;, sans mention d'Ibn Khald&#251;n, dont l'&#339;uvre n'&#233;tait pas encore traduite, et encore moins &#233;tudi&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alexis de Tocqueville, L'Ancien R&#233;gime et la R&#233;volution, Paris, 1856&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans ce livre, Tocqueville se demande pourquoi l'Ancien R&#233;gime s'est effondr&#233; presque sans r&#233;sistance en 1789. Et sa r&#233;ponse, c'est que le tr&#232;s long processus qui aboutit &#224; la R&#233;volution commence dans la deuxi&#232;me moiti&#233; du XIVe si&#232;cle avec l'imp&#244;t d'&#201;tat. La fiscalit&#233; centralis&#233;e au profit de la Couronne a sap&#233; l'autorit&#233; politique et sociale de la noblesse, qui &#233;tait le pilier central de l'ordre royal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les termes d'Ibn Khald&#251;n, traduisons que la noblesse &#233;tait la &#8216;&lt;i&gt;asabiya&lt;/i&gt; &#8211; le rassemblement de solidarit&#233;s et de guerriers &#8211; sur laquelle reposait la royaut&#233;. La sape du pouvoir et du prestige de l'aristocratie par la royaut&#233; d&#233;truisit son esprit combattant. L'aristocratie domestiqu&#233;e s'&#233;tablit &#224; Versailles ou &#224; Paris, tandis que le roi donnait le premier rang dans l'&#201;tat &#224; des scribes et &#224; des nouveaux-venus, de m&#234;me que le monarque, dans la th&#233;orie d'Ibn Khald&#251;n, d&#233;truit sa propre tribu et fait appel &#224; des &#8216;clients' &#233;trangers &#224; son peuple&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir texte 13 [&#171; Contre les siens et les gens de ses propres solidarit&#233;s de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette politique &#233;tait destin&#233;e &#224; soumettre l'aristocratie au roi, mais elle eut pour effet de d&#233;raciner la noblesse, soutien majeur du tr&#244;ne. R&#233;duite &#224; un arbre creux, la monarchie n'opposa qu'une r&#233;sistance insignifiante &#224; la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle que l'explique Tocqueville, la R&#233;volution fran&#231;aise n'aurait gu&#232;re surpris Ibn Khald&#251;n. La R&#233;volution &#233;clate au terme d'une crise budg&#233;taire d&#233;termin&#233;e par des d&#233;penses militaires &#233;crasantes, cons&#233;quence in&#233;vitable du co&#251;t croissant d'arm&#233;es professionnelles &#8211; et d'une guerre ruineuse en Am&#233;rique. La France affronte la m&#234;me crise financi&#232;re et militaire chronique qui affaiblit puis emporta l'empire romain au Ve si&#232;cle ou l'empire abbasside au Xe si&#232;cle. Sans surprise, la R&#233;volution r&#233;sout en partie le probl&#232;me. La nouvelle arm&#233;e r&#233;volutionnaire est jeune et gratuite. La R&#233;volution paie ses troupes en droits politiques et en mesures id&#233;ologiques, tout comme les dynasties nouvelles, chez Ibn Khald&#251;n, paient les leurs en z&#232;le religieux &#8211; la &lt;i&gt;da&#8216;wa&lt;/i&gt;. Plus tard, cette arm&#233;e r&#233;volutionnaire se nourrira des conqu&#234;tes et du pillage des pays voisins, Belgique, Pays- Bas, Allemagne et Italie &#8211; tout comme les Arabes conqu&#233;rants tir&#232;rent profit du pillage et de l'imp&#244;t exig&#233; des terres soumises de M&#233;sopotamie, d'Egypte ou de Syrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait encore ajouter &#224; la comparaison, et conclure que, dans une certaine mesure, la R&#233;volution fran&#231;aise est une sorte de renouveau tribal et barbare qui donne le coup de gr&#226;ce &#224; une vieille monarchie dont la &#8216;&lt;i&gt;asabiya&lt;/i&gt; s'est &#233;puis&#233;e. Mais il y a, cela va de soi, bien des aspects de la R&#233;volution que la th&#233;orie d'Ibn Khald&#251;n n'explique pas ; et d'abord le fait que le renouveau politique et militaire de la France ne lui vient pas d'un monde tribal des marges, mais des profondeurs de son peuple. Dans la th&#233;orie d'Ibn Khald&#251;n, cette possibilit&#233; est exclue. L'existence m&#234;me de l'&#201;tat serait mise en cause si le peuple pacifique et productif s'emparait des fonctions militaires &#8211; en un mot, si les &#8216;moutons' se faisaient &#8216;loups'. Car les loups ne paient pas d'imp&#244;ts, et l'&#201;tat ne survivrait pas &#224; la fin de la s&#233;gr&#233;gation marqu&#233;e des producteurs d'avec les guerriers. Ibn Khald&#251;n insiste sur l'id&#233;e qu'un soul&#232;vement civil ne peut pas d&#233;boucher sur l'&#233;mergence d'une dynastie durable. Ces sortes d'aventures sont condamn&#233;es &#224; l'&#233;chec ; d'abord parce qu'elles ne r&#233;ussissent pas &#224; rassembler la masse critique de solidarit&#233;s combattantes ; mais aussi parce qu'en armant les foules, elles se privent du pouvoir de faire payer l'imp&#244;t &#224; tous ceux dont c'est le seul r&#244;le politique qu'on en attend&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir texte 10 [&#171; Une cause religieuse pourvoit la dynastie dans ses origines (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La modernit&#233;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais bien s&#251;r, quelque chose de nouveau &#233;tait en cours dans cette deuxi&#232;me moiti&#233; du XVIIIe si&#232;cle, en France et encore plus clairement en Angleterre &#8211; quelque chose qu'Ibn Khald&#251;n n'aurait jamais pu imaginer. Nous l'appelons &#8216;r&#233;volution industrielle'. En quelques mots, pour la premi&#232;re fois depuis la formation des empires perse, romain, chinois deux mill&#233;naires auparavant, l'imp&#244;t d'&#201;tat cessait d'&#234;tre la source fondamentale, sinon exclusive, d'accumulation du capital. Pour la premi&#232;re fois, la population et l'&#233;conomie progressaient gr&#226;ce aux avanc&#233;es des sciences et des techniques. Des populations mieux nourries, mieux soign&#233;es, pourvues d'outils plus efficaces, gagnaient en productivit&#233;. Comme le note Tocqueville avec justesse, l'id&#233;e d'un d&#233;clin du genre humain &#233;tait partout dans les esprits et les &#233;crits jusqu'au milieu du XVIIIe si&#232;cle. Elle est encore chez Montesquieu ou Voltaire. Inversement, apr&#232;s 1780, l'id&#233;e d'un progr&#232;s ind&#233;fini s'est impos&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs des plus grandes villes du monde nouveau ne sont pas des capitales, et ne b&#233;n&#233;ficient donc pas de l'afflux de l'imp&#244;t &#8211; Manchester, New-York, Barcelone ou Shanghai par exemple. La pertinence de la th&#233;orie d'Ibn Khald&#251;n s'&#233;vanouit, parce qu'elle avait &#233;t&#233; con&#231;ue dans et pour un monde pratiquement stagnant ; un monde dans lequel on ne pouvait mobiliser la richesse que par la contrainte de l'imp&#244;t, o&#249; l'imp&#244;t &#233;tait le moteur n&#233;cessaire d'une &#233;conomie an&#233;mique. De l&#224; venait la n&#233;cessit&#233; de soumettre et d&#233;sarmer les majorit&#233;s, de l&#224; la s&#233;gr&#233;gation stricte entre l'immense masse des producteurs et la petite minorit&#233; des guerriers. Mais si la richesse des nations et des &#201;tats ne d&#233;pend plus exclusivement de l'imp&#244;t, la n&#233;cessit&#233; de d&#233;sarmer les majorit&#233;s dispara&#238;t &#8211; l'&#201;tat peut m&#234;me trouver un clair avantage &#224; les armer, comme le montrent les victoires militaires de la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout au long du XIXe si&#232;cle, le nouveau syst&#232;me s'&#233;tend en Europe. Les producteurs et les guerriers ne forment plus qu'un seul peuple, en contradiction flagrante avec la th&#233;orie d'Ibn Khald&#251;n qui commandait de les tenir soigneusement s&#233;par&#233;s pour construire l'&#201;tat. Les producteurs se font conqu&#233;rants. Les petites &#238;les Britanniques conqui&#232;rent l'Inde immense et le doivent moins &#224; la f&#233;rocit&#233; de leurs troupes anglaises ou &#233;cossaises qu'&#224; l'avantage scientifique et technique croissant dont elles jouissent apr&#232;s 1750. Dans la conqu&#234;te de l'Inde, comme plus g&#233;n&#233;ralement dans le projet colonial moderne, la victoire r&#233;compense les valeurs s&#233;dentaires de la science, du travail et de la technique, au d&#233;triment des meilleurs guerriers du monde, Sikhs, Gurkhas ou Afghans, ce qui aurait abasourdi Ibn Khald&#251;n. De m&#234;me, dans les premi&#232;res batailles de la R&#233;volution, Valmy ou Jemappes, le succ&#232;s revint &#224; des arm&#233;es de producteurs h&#226;tivement, et mal, arm&#233;es au d&#233;triment des meilleurs soldats prussiens ou autrichiens &#8211; &#8216;une arm&#233;e de savetiers', aurait dit, en parlant des Fran&#231;ais le duc de Brunswick qui commandait les Prussiens &#224; Valmy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution fondamentale, qui rend caduque la th&#233;orie d'Ibn Khald&#251;n, tient aux nouvelles conditions scientifiques, &#233;conomiques, d&#233;mographiques. La cr&#233;ation d'une richesse consid&#233;rable par d'autres moyens que l'imp&#244;t, sa concentration ailleurs que dans les capitales, permet aux &#201;tats d'&#233;largir consid&#233;rablement la mobilisation de leurs peuples, que la n&#233;cessit&#233; de lever l'imp&#244;t tenait jusque-l&#224; d&#233;sarm&#233;s et asservis. Pour le dire avec les mots de Gellner, le loup et le mouton se retrouvent dans la m&#234;me &#226;me de citoyen. Ils y sont rest&#233;s pendant plus d'un si&#232;cle, entre 1850 et 1970 environ. Les m&#234;mes tranquilles producteurs, dont on r&#233;clamait dans la vie quotidienne qu'ils paient leurs imp&#244;ts et ob&#233;issent aux lois avec un respect religieux de la majest&#233; de l'&#201;tat, &#233;taient somm&#233;s en temps de guerre de s'armer et de se battre en h&#233;ros de l&#233;gende dans des guerres apocalyptiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par une curieuse ironie du sort, l'Europe d&#233;couvrit Ibn Khald&#251;n au moment m&#234;me o&#249; sa th&#233;orie perdait l'essentiel de sa pertinence pour comprendre la modernit&#233; &#8211; au milieu du XIXe si&#232;cle. Il fut donc c&#233;l&#233;br&#233; comme le g&#233;nial th&#233;oricien d'un monde qui s'en allait, ou d'un Orient lointain. Il gouvernait l'Alg&#233;rie fran&#231;aise aussi bien que l'Inde britannique. Le savoir et la pratique coloniale lui rendaient hommage, m&#234;me quand ils ne mentionnaient pas son nom ou son &#339;uvre. Mais les soci&#233;t&#233;s europ&#233;ennes et les nations modernes ne relevaient plus de sa pens&#233;e. Plus du tout, plus jamais. L'histoire ne pouvait pas revenir en arri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le retour d'Ibn Khald&#251;n ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sommes-nous si s&#251;rs ? Parce que nous sommes n&#233;s dans un monde moderne, toujours plus riche et &#233;largi, nous vivons tous avec l'id&#233;e que l'histoire va de l'avant. La plupart de nos propos publics s'attachent obstin&#233;ment &#224; cette v&#233;rit&#233; suppos&#233;e d'&#233;vidence. Mais il n'est pas invraisemblable que le courant s'inverse. Nous pourrions bien en venir &#224; un point d'inflexion dans l'&#233;tourdissante et lumineuse parenth&#232;se de la modernit&#233;, qui a commenc&#233; en Angleterre dans les derni&#232;res d&#233;cennies du XVIIIe si&#232;cle avec la r&#233;volution industrielle. Il est vrai qu'en 250 ans, entre 1800 et 2050, la population humaine aura &#233;t&#233; multipli&#233;e par 10 ou 12, et la richesse des nations par 60 ou 100, beaucoup plus que depuis les origines de l'histoire voil&#224; 5000 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le mouvement pourrait s'&#233;teindre doucement. Deux des moteurs principaux de la croissance mondiale faiblissent. La croissance d&#233;mographique devrait s'att&#233;nuer, puis s'&#233;vanouir dans les d&#233;cennies qui viennent. Depuis le pic de 1970, la croissance de la population mondiale a d&#233;cru de 2,2% &#224; moins de 1% par an en 2020, et sa chute va s'accentuer. En 2050, elle ne devrait pas d&#233;passer 0,4% &#8211; soit la croissance, r&#233;put&#233;e faible, de la population fran&#231;aise d'aujourd'hui. D'apr&#232;s certaines estimations, la population mondiale devrait commencer &#224; d&#233;cro&#238;tre d&#232;s 2065-2070&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir IHME, &#8216;Inquiry and prospects', Lancet, &#233;dition Internet, 15 juillet (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le vieillissement sera spectaculaire, surtout dans les pays &#233;mergents. Vers 2100, si on poursuit le trac&#233; des courbes actuelles, 30% de la population mondiale devrait d&#233;passer 60 ans, contre 25% de moins de 25 ans au mieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me ralentissement pr&#233;visible touche le moteur aujourd'hui le plus puissant de la croissance mondiale. C'est le &#8216;rattrapage', le comblement du foss&#233; entre pays riches et pays &#233;mergents. Les comp&#233;tences techniques et la productivit&#233; du travail se rapprochent, tout comme les rythmes d&#233;mographiques et les niveaux de vie. Entre 2010 et 2019, l'&#233;conomie chinoise a doubl&#233; de volume, celle du Japon n'a cr&#251; que de 10%. Aussit&#244;t qu'un pays &#233;mergent dispose du niveau d'&#233;ducation et des capacit&#233;s techniques requises, le rattrapage est d'autant plus rapide que le pays est au d&#233;part plus pauvre. Mais inversement, cette croissance s'att&#233;nue in&#233;vitablement &#224; mesure que le pays &#233;mergent devient plus riche, son &#233;conomie plus m&#251;re et sa population plus &#226;g&#233;e, &#224; cause m&#234;me du succ&#232;s du rattrapage. C'est ce qu'on voit aujourd'hui en Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste un troisi&#232;me moteur : la cr&#233;ativit&#233;, l'innovation, les gains de productivit&#233;. C'est la seule v&#233;ritable valeur, tout le monde en est d'accord. Mais on peut remarquer qu'une part croissante de nos populations actives travaillent dans des secteurs de faible croissance productive &#8211; pour le dire plus pr&#233;cis&#233;ment, dans des secteurs o&#249; la notion m&#234;me de &#8216;gain de productivit&#233;' est mise en doute. Que signifie la productivit&#233; d'un enseignant, d'un m&#233;decin, d'une infirmi&#232;re ? La plupart des parents rejetteraient l'id&#233;e d'augmenter les effectifs des classes de leurs enfants pour am&#233;liorer la productivit&#233; des enseignants. La plupart des patients n'appr&#233;cieraient pas que leurs m&#233;decins soient contraints de limiter le temps de leurs consultations pour &#233;quilibrer les comptes de la S&#233;curit&#233; Sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ces trois moteurs devaient faillir, et l'&#233;conomie glisser dans une sorte de stagnation, la th&#233;orie d'Ibn Khald&#251;n retrouverait les conditions de sa pertinence, pour les m&#234;mes raisons invers&#233;es qui l'avaient rendue caduque au moment de la r&#233;volution industrielle. Reste le plus important : la r&#233;surgence de la division entre s&#233;dentaires et b&#233;douins, producteurs et guerriers. Il ne fait pas de doute que nous sommes plus nombreux, plus productifs, plus &#233;duqu&#233;s que nos anc&#234;tres &#8211; en un mot, nous sommes plus s&#233;dentaires qu'ils n'&#233;taient. Mais o&#249; sont les b&#233;douins ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'heure, ils ne sont pas au centre de la sc&#232;ne. L'&#201;tat moderne les a supprim&#233;s dans les deux derniers si&#232;cles, il s'est acharn&#233; &#224; contr&#244;ler &#224; leurs d&#233;pens le moindre pouce de son territoire. Mais l'&#201;tat malade du XXIe si&#232;cle pourrait leur rendre une nouvelle existence. Confront&#233; d'une part &#224; une &#233;conomie d&#233;faillante, et de l'autre &#224; des d&#233;penses de sant&#233;, d'assistance, d'&#233;ducation, de s&#233;curit&#233; croissantes, l'&#201;tat devrait vraisemblablement r&#233;agir de la m&#234;me mani&#232;re que l'empire romain ou l'empire abbasside dans leur d&#233;clin : couper dans les d&#233;penses et accroitre les recettes. Ce qui signifie resserrer sa poigne sur la majorit&#233; des citoyens producteurs, paisibles et rentables. Ils paient l'imp&#244;t &#8211; et ils en paieront davantage -, ils travaillent et respectent la loi et l'ordre, de sorte que des moyens limit&#233;s suffisent &#224; les contr&#244;ler. A l'inverse, il faudra se s&#233;parer de toutes les minorit&#233;s dont les co&#251;ts du contr&#244;le et de l'assistance sont tr&#232;s sup&#233;rieurs &#224; l'imp&#244;t qu'on peut en tirer, parce qu'ils sont vieux, violents, improductifs...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi le nouvel &#201;tat serait &#234;tre &#224; la fois plus exigeant et tyrannique avec les majorit&#233;s productives tout en livrant de larges portions de territoires et de populations &#224; de nouvelles autorit&#233;s tribales. Le processus est d&#233;j&#224; en cours en Am&#233;rique latine, en Afrique et dans le monde musulman. En conclusion, nous pourrions bien &#234;tre au seuil d'un autre monde, comme nos anc&#234;tres de la fin du XVIIIe si&#232;cle, mais en sens oppos&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur le retournement du &#8216;r&#233;gime d'historicit&#233;', c'est-&#224;-dire de notre vision (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ils sont pass&#233;s d'un monde stagnant &#224; un monde en constante croissance ; nous passerions &#224; l'inverse de la croissance &#224; la stagnation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si cette pr&#233;diction devait se v&#233;rifier, nous aurions peu de guides sur ces nouveaux chemins. La plupart des penseurs du XIXe et du XXe si&#232;cles deviendraient caducs, parce qu'ils n'ont jamais pens&#233; qu'un monde en croissance. Avant eux, dans les temps de la stagnation agraire, tr&#232;s peu de philosophes ont essay&#233; de penser le mouvement d'une soci&#233;t&#233; sans mouvement, ou presque, parce qu'ils voyaient l'ordre social comme une &#233;vidence &#224; peu pr&#232;s &#233;ternelle. Machiavel et Ibn Khald&#251;n font partie de ces rares exceptions. Nous aurions grand int&#233;r&#234;t &#224; leur pr&#234;ter plus d'attention que nous ne le faisons g&#233;n&#233;ralement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Alexis de Tocqueville, &lt;i&gt;L'Ancien R&#233;gime et la R&#233;volution, &lt;/i&gt;Paris, 1856&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir texte 13 [&#171; Contre les siens et les gens de ses propres solidarit&#233;s de combat, le ma&#238;tre de la dynastie s'abrite derri&#232;re ses clients et ses cr&#233;atures &#187;]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir texte 10 [&#171; Une cause religieuse pourvoit la dynastie dans ses origines d'une force qui s'ajoute &#224; celle des solidarit&#233;s de combat qu'elle tire du nombre de ses partisans &#187;], en particulier la deuxi&#232;me partie sur l'attente messianique du Fatimide dans le Maghreb du temps de la jeunesse d'Ibn Khald&#251;n. Il consid&#232;re comme des malfaiteurs ceux qui r&#233;clament le pouvoir sans avoir l'appui de solidarit&#233;s guerri&#232;res suffisantes pour mener leur projet &#224; bien. Le succ&#232;s est une des preuves de la l&#233;gitimit&#233; de la r&#233;volte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir IHME, &#8216;Inquiry and prospects', &lt;i&gt;Lancet, &lt;/i&gt;&#233;dition Internet, 15 juillet 2020. D'apr&#232;s cette &#233;tude, la population Mondiale devrait atteindre un pic de 9,7 milliards d'humains en 2065, puis d&#233;cliner jusqu'&#224; 8,8 milliards en 2100 (soit &#224; peine 10% de plus que le niveau de 2022). Les pr&#233;visions de l'IIASA de Vienne (2022) vont dans le m&#234;me sens.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sur le retournement du &#8216;r&#233;gime d'historicit&#233;', c'est-&#224;-dire de notre vision de la place respective du pass&#233;, du pr&#233;sent et du futur dans notre histoire, voir Reinhart Koselleck, &lt;i&gt;Vergangene Zukunft. Zur Semantik geschichtlicher Zeiten, &lt;/i&gt;Suhrkamp, Francfort, 1979 ; Fran&#231;ois Hartog, &lt;i&gt;Pr&#233;sentisme et exp&#233;rience du temps, &lt;/i&gt;Paris, Seuil, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Islam, migrations, empire</title>
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&lt;p&gt;Sommaire Introduction : L'Occident au pied du mur (analyse) I &#8211; Islam et islamisme En banlieue, l'islamisme &#233;l&#233;mentaire (entretien) Islamisme : concevoir l'impensable (expos&#233;) L'islamisme d'&#201;tat En Marche&#8230; (entretien) Synt&#232;se : Islamisme, totalitarisme, imp&#233;rialisme (analyse) II &#8211; Islamo-gauchisme et capitulations &#171; Il y a des affinit&#233;s anthropologiques entre un gauchiste et un musulman &#187; (entretien) &#171; L'alliance entre le gauchisme et l'islamisme pr&#233;&#173;tend &#233;viter la guerre &#187; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-dynamiques-geopolitiques-" rel="directory"&gt;Dynamiques G&#233;opolitiques&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/couvertureislammigrationsempire.png?1723628276' class='spip_logo spip_logo_right' width='114' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_espace&#034;&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cimulti_colonnes&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;col-sm-6&#034;&gt;&lt;figure class='spip_document_1780 spip_documents spip_documents_center' style=&#034;max-width:500px;&#034; data-w=&#034;500&#034;&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1146-Livres-disponibles-publies-ou-non' class=&#034;spip_in&#034; arial-label=&#034;Cliquer sur l'image pour acc&#233;der &#224; la page o&#249; le livre est t&#233;l&#233;chargeable&#034;&gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:131.40916808149%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/png/couvertureislammigrationsempire.png&amp;taille=500&amp;1708030383' alt='Cliquer sur l'image pour acc&#233;der &#224; la page o&#249; le livre est t&#233;l&#233;chargeable' data-src='IMG/png/couvertureislammigrationsempire.png' data-l='589' data-h='774' data-tailles='[\&#034;500\&#034;]' class='image_responsive avec_picturefill' srcset='index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/png/couvertureislammigrationsempire.png&amp;#38;taille=500&amp;#38;1708030383 1x,index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/png/couvertureislammigrationsempire.png&amp;#38;taille=589&amp;#38;1708030383 2x' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;figcaption class='spip_doc_intitules spip_doc_intitules_top'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-1780 '&gt;&lt;strong&gt;Cliquer sur l'image pour acc&#233;der &#224; la page o&#249; le livre est t&#233;l&#233;chargeable&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;col-sm-6&#034;&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_ombre&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sommaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Introduction : &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?836-l-Occident-au-pied-du-mur' class=&#034;spip_in&#034;&gt;L'Occident au pied du mur&lt;/a&gt; (&lt;i&gt;analyse&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I &#8211; Islam et islamisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?837-en-banlieue-l-islamisme' class=&#034;spip_in&#034;&gt;En banlieue, l'islamisme &#233;l&#233;mentaire&lt;/a&gt; (&lt;i&gt;entretien&lt;/i&gt;)&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?789-Islamisme-concevoir-l-impensable' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Islamisme : concevoir l'impensable&lt;/a&gt; (&lt;i&gt;expos&#233;&lt;/i&gt;)&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?347-L-islamisme-d-Etat-En-Marche' class=&#034;spip_in&#034;&gt;L'islamisme d'&#201;tat En Marche&#8230;&lt;/a&gt; (&lt;i&gt;entretien&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Synt&#232;se : &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?870-Islamisme-totalitarisme' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Islamisme, totalitarisme, imp&#233;rialisme&lt;/a&gt; (&lt;i&gt;analyse&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II &#8211; Islamo-gauchisme et capitulations&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?859-il-y-a-des-affinites-anthropologiques' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Il y a des affinit&#233;s anthropologiques entre un gauchiste et un musulman &#187;&lt;/a&gt; (&lt;i&gt;entretien&lt;/i&gt;)&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?974-L-alliance-entre-le-gauchisme-et-l' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; L'alliance entre le gauchisme et l'islamisme pr&#233;&#173;tend &#233;viter la guerre &#187;&lt;/a&gt; (&lt;i&gt;entretien&lt;/i&gt;)&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?689-islamisme-islamophobie-islamo' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Les racines de l'islamo-gauchisme&lt;/a&gt; (&lt;i&gt;conf&#233;rence&lt;/i&gt;)&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1041-La-paix-sociale-sexuelle-est-achetee' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; La paix sociale sexuelle est achet&#233;e au prix du si&#173;lence&#8230; &#187;&lt;/a&gt; (&lt;i&gt;entretien&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Synth&#232;se : &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1112-Wokisme-et-obscurantisme' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Wokisme et obscurantisme : articulations et compl&#233;mentarit&#233;s&lt;/a&gt; (&lt;i&gt;article&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;III &#8211; Migrations et basculements&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?910-Les-refugies-de-l-interieur-1-3' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Les r&#233;fugi&#233;s de l'int&#233;rieur&lt;/a&gt; (&lt;i&gt;entretien&lt;/i&gt;)&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?589-Nous-immigres-arabes-face-a-nos' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Nous, immigr&#233;s arabes, face &#224; nos choix politiques&lt;/a&gt; (&lt;i&gt;analyse&lt;/i&gt;)&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?971-Les-lieux-communs-de-l-immigration' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Les lieux communs de l'immigration&lt;/a&gt; (&lt;i&gt;analyse&lt;/i&gt;)&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?978-Immigration-ecologie-et' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Immigration, &#233;cologie et d&#233;croissance&lt;/a&gt; (&lt;i&gt;conf&#233;rence&lt;/i&gt;)&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?924-La-ruee-vers-l-Europe-La-jeune' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La ru&#233;e vers l'Europe&lt;/a&gt; (&lt;i&gt;recension&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;IV &#8211; Vers une logique imp&#233;riale ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?965-L-horizon-imperial-1-4' class=&#034;spip_in&#034;&gt;L'horizon imp&#233;rial&lt;/a&gt; (&lt;i&gt;analyse&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Table des mati&#232;res d&#233;taill&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'Urss, r&#233;gime totalitaire le plus accompli</title>
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&lt;p&gt;Texte extrait du bulletin de &#171; Le Cr&#233;puscule du XXe si&#232;cle &#187;, n&#176;38-39, mai 2021, faisant suite &#224; l'article &#171; Islam et totalitarisme &#187;. L'ant&#233;riorit&#233; du r&#233;gime sovi&#233;tique sur le r&#233;gime nazi (quinze &#224; vingt ans &#8220;d'avance&#8221; selon les aspects les plus typiques) est indiscutable sauf sur deux points : l'&#233;puration violente dirig&#233;e contre son propre mouvement fut une innovation nazie (avec la Nuit des Longs Couteaux), mais elle resta d'une ampleur limit&#233;e et ne fut jamais reproduite. La (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-221-empire-+" rel="tag"&gt;Empire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte extrait du bulletin de &#171; Le Cr&#233;puscule du XXe si&#232;cle &#187;, n&#176;38-39, mai 2021, faisant suite &#224; l'article &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1126-Islam-et-totalitarisme' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Islam et totalitarisme &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'ant&#233;riorit&#233; du r&#233;gime sovi&#233;tique sur le r&#233;gime nazi (quinze &#224; vingt ans &#8220;d'avance&#8221; selon les aspects les plus typiques) est indiscutable sauf sur deux points :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;i&gt;l'&#233;puration violente dirig&#233;e contre son propre mouvement fut une innovation nazie (avec la Nuit des Longs Couteaux), mais elle resta d'une ampleur limit&#233;e et ne fut jamais reproduite. La bureaucratie des Gauleiter demeura l'appui fondamental du r&#233;gime et fut particuli&#232;rement r&#233;activ&#233;e dans la p&#233;riode finale de la guerre, en 1944-1945, lorsque le Parti parvint enfin &#224; se substituer totalement &#224; l'&#201;tat. &lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Le principe de la purge brutale, pr&#233;sente d&#232;s la formation du Parti de r&#233;volutionnaires professionnels, fut d&#233;multipli&#233; &#224; tr&#232;s grande &#233;chelle par Staline et par Mao, pour qui le proc&#233;d&#233; devait &#234;tre r&#233;current. En 1976 encore, Mao, parlant en connaisseur et en praticien, consid&#233;rait qu'il fallait une grande &#233;puration &#8220;tous les dix ans&#8221;. Les r&#233;gimes sovi&#233;tiques ont &#233;t&#233; les plus grands tueurs de communistes et de socialistes, sans m&#234;me parler des h&#233;catombes parmi les ouvriers et les paysans. Aucun r&#233;gime favorisant les &#8220;capitalistes&#8221; ne s'est jamais permis une telle r&#233;pression contre ses propres &#8220;ressortissants&#8221; ou &#8220;sympathisants&#8221;, pas m&#234;me contre les populations &#8220;travailleuses&#8221;, qui ont &#233;t&#233; admises au fil de luttes vari&#233;es &#224; la citoyennet&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;i&gt;l'industrialisation du processus d'extermination (visant &#224; m&#233;nager des &#233;quipes de bourreaux d&#233;pass&#233;s par la difficult&#233; de la t&#226;che) est d'invention nazie, mais elle s'inscrit dans un esprit d'ing&#233;ni&#233;rie sociale que l'URSS consid&#233;rait comme le principe de l'action du Parti sur la soci&#233;t&#233;, selon la conception marxiste r&#233;duisant l'&#201;tat &#224; un pur appareil de coercition. En Union sovi&#233;tique, les &#8220;ennemis de classe&#8221; &#233;taient con&#231;us dans une perspective quasi-raciale : descendants des anciennes couches bourgeoises ou nobiliaires, ou d'h&#233;r&#233;dit&#233; paysanne, ce qui rendait tout le monde suspect &#224; volont&#233; (les couches ouvri&#232;res &#233;taient si r&#233;centes qu'il n'existait pas de bassin de population jug&#233;e &#8220;s&#251;re&#8221;). La police politique alla jusqu'&#224; d&#233;finir la cat&#233;gorie de &#8220;koulak potentiel&#8221; chez les ouvriers. Et les &#8221;op&#233;rations sp&#233;ciales&#8221; de liquidations ethniques furent si secr&#232;tes que seule l'ouverture des archives au d&#233;but des ann&#233;es 1990 a permis leur d&#233;voilement.&lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;gime de l'URSS, &lt;strong&gt;totalitarisme premier,&lt;/strong&gt; est issu d'une interaction entre une id&#233;ologie ambigu&#235; d'origine occidentale (le socialisme, comme substitut au christianisme, selon ses fondateurs tels que Pierre Leroux), finalement r&#233;duite &#224; une h&#233;r&#233;sie politico-militaire mill&#233;nariste. Son fonctionnement, m&#234;me apr&#232;s 1921-1922 (&#233;crasement de l'insurrection de Kronstadt, et g&#233;nocide au gaz de combat contre la r&#233;gion de Tambov) s'est conform&#233; &#224; un principe : conserver le pouvoir &#224; tout prix, quitte &#224; d&#233;velopper une r&#233;pression exponentielle et pr&#233;ventive. Ce verrouillage ne s'est att&#233;nu&#233;, sans dispara&#238;tre, qu'&#224; partir de 1953-1956 (mort de &lt;strong&gt;l'&#233;gocrate&lt;/strong&gt; Staline, r&#233;voltes ouvri&#232;res dans le glacis occup&#233; en Europe de l'Est et dans les camps sib&#233;riens, qui furent n&#233;anmoins toutes bris&#233;es). La p&#233;riode triomphale du totalitarisme premier a dur&#233;, apr&#232;s la p&#233;riode d'accumulation primitive du pouvoir, de l'&#233;crasement de Kronstadt (1921) &#224; l'&#233;crasement de l'insurrection de Budapest (1956), en r&#233;p&#233;tant l&#224;, &#224; une &#233;chelle industrielle, ce qu'un Gallifet avait commis contre la Commune de Paris. Mais ce r&#233;gime n'a jamais pu passer &#224; un stade de fonctionnement r&#233;gulier. Le goulag en fut l'institution &#8220;novatrice&#8221; fondamentale. Les populations ainsi &#233;cras&#233;es ont d&#251; attendre le d&#233;labrement final du r&#233;gime all&#233; jusqu'au bout de ses tendances calamiteuses et qui s'est &#233;vapor&#233; dans un &#233;trange glissement de terrain historique. Contrairement &#224; ce que les gauchistes affectent de d&#233;clarer, pour &#233;vacuer la question du totalitarisme, &#8220;la rue&#8221; n'a jamais renvers&#233; de r&#233;gime totalitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'URSS, forme la plus accentu&#233;e de ce type de r&#233;gime et qui a perdur&#233; le plus longtemps (deux g&#233;n&#233;rations), est retourn&#233;e, dans le cadre restreint de la Russie, &#224; une forme imp&#233;riale pr&#233;-moderne, tout en conservant un go&#251;t prononc&#233; pour les r&#233;alisations imp&#233;riales de l'Union sovi&#233;tique. Poutine a pour le moment r&#233;ussit &#224; fusionner les r&#233;f&#233;rences tsaristes et staliniennes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#8220;Le R&#233;giment immortel&#8221;, 2019, de Galia Ackerman, pour un sinistre &#233;tat (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, cons&#233;quence de la permanence de la mutilation de la soci&#233;t&#233; russe par le r&#233;gime marxiste-l&#233;niniste. Celui-ci a totalement &#233;chou&#233; &#224; atteindre un d&#233;veloppement auto-entretenu, &#224; la diff&#233;rence des r&#233;gimes issus de r&#233;volutions occidentales victorieuses, pour lesquelles les moments d'affrontement intenses furent l'occasion d'un passage de la soci&#233;t&#233; d'Ancien R&#233;gime (reposant sur une stratification en statuts) &#224; une soci&#233;t&#233; d'individus d&#233;finissant leurs rapports par des contrats, soit une transition de la &lt;strong&gt;Gemeinschaft&lt;/strong&gt; &#224; la &lt;strong&gt;Gesellschaft&lt;/strong&gt;. Cette originalit&#233; de l'Occident contraste avec toutes les autres civilisations. Cela conduit &#224; se demander s'il est possible de parler de &#8220;soci&#233;t&#233;&#8221; en dehors de l'Occident. Celui-ci est constitu&#233; de regroupements humains qui reposent explicitement sur l'association des individus et non sur leur r&#233;duction &#224; un appendice communautaire, holiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat sovi&#233;tique chinois avait un probl&#232;me diff&#233;rent de l'URSS &#224; r&#233;soudre : il s'agissait pour la Chine, avant tout, de se lib&#233;rer des agressions ext&#233;rieures, et non de mener une conqu&#234;te g&#233;n&#233;ralis&#233;e dans le cadre d'une crise continentale. La plus virulente des agressions contre la Chine fut japonaise et imp&#233;riale. Le fait que dans l'&#201;tat chinois traditionnel, le moment structurant civil ait le plus souvent pr&#233;valu sur le moment de coercition militaire, &#224; l'exact oppos&#233; de la tradition russe, a d&#251; peser dans la limitation des errements id&#233;ocratiques mao&#239;stes, notamment pour assurer l'immunit&#233; de l'arm&#233;e, &#233;pargn&#233;e par les &#233;purations des ann&#233;es 1950-1970.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti-&#201;tat chinois s'est fond&#233; sur les couches intellectuelles des campagnes et non sur la paysannerie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La R&#233;cidive, Lucien Bianco, &#233;d. Gallimard, 2014.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ce qui confirme le r&#244;le crucial des strates intellectuelles dans la plupart des formes de totalitarisme, mais seulement comme initiatrices. Le corps bureaucratique qui se forme avec le nouveau r&#233;gime prend le pouvoir effectif en cr&#233;ant ses propres leviers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat japonais a invent&#233; dans les ann&#233;es 1930 une forme de passage &#224; un r&#233;gime totalitaire, qui n'exigea pas de r&#233;pression immense contre sa population, mais aboutit &#224; une militarisation de la soci&#233;t&#233;. Il op&#233;ra un retour presque insensible &#224; une structure imp&#233;riale, qui avait r&#233;ussi &#224; mimer la logique nationale, et produisit une militarisation totale. L'&#201;tat japonais en se constituant comme empire sur un archipel d&#233;pourvu de marges mena&#231;antes avait pu imiter la forme nation d&#232;s l'&#233;poque Meiji, sans en devenir d&#233;pendant et peut toujours recommencer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas du Cambodge repr&#233;sente une esp&#232;ce de confirmation-limite de cette connexion profonde entre forme imp&#233;riale plus ou moins r&#234;v&#233;e et r&#233;gime totalitaire : la minuscule oligarchie intellectuelle stalinienne pass&#233;e par la Sorbonne et cat&#233;chis&#233;e par le Parti communiste fran&#231;ais organisa un totalitarisme bonza&#239; sur un petit pays, h&#233;ritier d'un tr&#232;s ancien empire paysan consid&#233;rable dans le sud-est asiatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; ce que la vulgate stalino-gauchiste et gauchiste culturelle d&#233;fend avec acharnement, le ventre toujours f&#233;cond de la b&#234;te totalitaire n'est pas une caract&#233;ristique intrins&#232;que de la civilisation occidentale, mais se r&#233;duit &#224; une couche sociale qui aspire &#224; &lt;strong&gt;fabriquer de fa&#231;on industrielle des soci&#233;t&#233;s organiques,&lt;/strong&gt; et qui niche dans la gauche fondamentale (Mussolini et Hitler &#233;taient consid&#233;r&#233;s comme de gauche avant que la propagande &#8220;antifasciste&#8221; ne les qualifie d'&#8220;extr&#234;me-droite&#8221; pour se d&#233;douaner)&lt;i&gt;. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une soci&#233;t&#233; occidentale, le terreau social est largement r&#233;fractaire aux structurations imp&#233;riales, &#224; la diff&#233;rence des grands &#201;tats extra-occidentaux. Le citoyen moderne est apparu non plus dans des Cit&#233;s ind&#233;pendantes mais dans les formations nationales qui ont repris et amplifi&#233; les dimensions des Cit&#233;s souveraines. Cette particularit&#233; est &#224; la source de la haine rabique et obsessionnelle que la couche des intellocrates pratique contre les nations, tout en mettant en accusation leurs capacit&#233;s guerri&#232;res, pourtant si variables dans le temps. A de rares exceptions pr&#232;s (comme Sparte), si les Occidentaux ont souvent fait la guerre, leurs soci&#233;t&#233;s ne se sont pas militaris&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une soci&#233;t&#233; compos&#233;es de seules 'minorit&#233;s' constitue le soubassement id&#233;al d'un encadrement de type imp&#233;rial. &lt;strong&gt;L'islamomanie&lt;/strong&gt; de la gauche fondamentale, devenue h&#233;g&#233;monique dans l'intelligentsia actuelle, semble s'expliquer par l'espoir d'un large remplacement de populations occidentales au profit de groupes d&#233;mographiques qui rendraient in&#233;vitables des formes imp&#233;riales, plus ou moins concurrentes sur un m&#234;me continent. L'existence de ce projet politique se voit r&#233;guli&#232;rement v&#233;rifi&#233;e : quiconque vantant le remplacement des populations occidentales est honor&#233; et f&#234;t&#233;, tandis que la moindre manifestation d'une m&#233;fiance &#224; l'&#233;gard de ce processus est syst&#233;matiquement diabolis&#233;e, calomni&#233;e et r&#233;prim&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intelligentsia russe de la fin du XIXe si&#232;cle fut peu perm&#233;able &#224; la d&#233;testation de son propre peuple, mais la semi-intelligentsia bolch&#233;vique l'a exacerb&#233;e, en convertissant le IVe monoth&#233;isme pi&#233;tiste de la social-d&#233;mocratie en un mill&#233;narisme guerrier visant &#224; reformater le &#8220;peuple&#8221;. C'est le d&#233;sastre militaire du r&#233;gime tsariste qui leur a donn&#233; l'occasion d'acc&#233;der au pouvoir, mais les bases d'un tel r&#233;gime &#233;taient formul&#233;es par L&#233;nine dans son &lt;strong&gt;Que Faire ?&lt;/strong&gt; d&#232;s 1903. Le r&#233;gime social attard&#233; de la Russie fut cens&#233; permettre un saut qualitatif paradoxal, &#224; travers le sang et la boue. Il est remarquable que Tchernychevski, auteur du roman d'anticipation &lt;strong&gt;Que Faire ?&lt;/strong&gt; (1863), ait formul&#233; que l'&#233;tablissement d'un nouveau r&#233;gime serait difficile et que la situation se d&#233;graderait sans doute, mais qu'il faudrait persister, quoi qu'il arrive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paris, le 10 novembre 2020&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;BIBLIOGRAPHIE INDISPENSABLE : &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;[Relative &#224; l'ensemble du bulletin du bulletin de &#171; Le Cr&#233;puscule du XXe si&#232;cle &#187;, n&#176;38-39, mai 2021]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Julius Martov : &lt;/strong&gt;(chef de file des Mench&#233;viks internationalistes)&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Les Racines du Bolch&#233;visme mondial,&lt;/i&gt; 1923, (sur internet)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Friedrich Hayek : &lt;/strong&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;La Route de la Servitude,&lt;/i&gt; mars 1944, trad. 1945 PUF, o&#249; l'auteur signale &#224; quel point les m&#233;canismes capitalistes reposent sur une absence de syst&#232;me, absence qui permet justement le tissage de soci&#233;t&#233;s d'une complexit&#233; sup&#233;rieure &#224; toute planification d'ensemble (mais il emploie encore le terme de &#8220;syst&#232;me&#8221; !).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Malsagov Sozerko, Kisselev-Gromov Nikola&#239;, &lt;/strong&gt; trad. par &lt;strong&gt;Galia Ackerman&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Aux Origines du Goulag, &lt;/i&gt;Fran&#231;ois Bourin &#233;diteur,&lt;i&gt; 2011&lt;/i&gt; &lt;i&gt;(&lt;/i&gt;trad. des deux premiers t&#233;moignages sur le bagne des &#238;les Solovki, matrice du Goulag)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alexandre Soljenitsyne : &lt;/strong&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;L'Archipel du Goulag&lt;/i&gt; (surtout le T. 3, traduit au Seuil, en 1976, qui d&#233;crit les r&#233;voltes individuelles et collectives)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Andre&#239; Amalrik : &lt;/strong&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;L'URSS survivra-t-elle en 1984 ?&lt;/i&gt;, Paris, 1970, &#233;d. Fayard&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Claude Lefort : &lt;/strong&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Un homme en trop,&lt;/i&gt; 1976, r&#233;&#233;d. Belin, 2015 (sur Soljenitsyne et le goulag)&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;La Complication,&lt;/i&gt; &#233;d. Fayard, 1999&lt;i&gt; &lt;/i&gt; (bilan de la religion politique communiste)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cornelius Castoriadis : (&lt;/strong&gt;&#233;d. du Sandre, 2016)&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;&#8220;Parti, &#201;tat, Totalitarisme&#8221;, &lt;/i&gt;&#201;crits politiques T.VI.&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;&#8220;Guerres et th&#233;ories de la guerre&#8221;, p.475, sq, &lt;/i&gt;ibid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Martin Malia :&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Comprendre la R&#233;volution russe, &lt;/i&gt;trad. 1980, Seuil&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;La Trag&#233;die sovi&#233;tique,&lt;/i&gt; trad. 1995, Seuil&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Histoire des R&#233;volutions,&lt;/i&gt; trad. 2008, Taillandier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Blandine Kriegel :&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;&#201;tat de droit ou Empire ?, &lt;/i&gt;Bayard&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;2002&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bernard Bruneteau : &lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;(sur l'histoire de la notion de totalitarisme)&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Le Si&#232;cle des G&#233;nocides, &lt;/i&gt;&#233;d. Armand Colin, 2004&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Le Totalitarisme - Origines d'un Concept, Gen&#232;se d'un D&#233;bat 1930-1942, &lt;/i&gt;&#233;d. Cerf, 2010&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;L'Age totalitaire, Id&#233;es re&#231;ues sur le Totalitarisme,&lt;/i&gt; &#233;d. Le Cavalier bleu, 2011&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Les Totalitarismes, &lt;/i&gt;coll. U, &#233;d. Armand Colin, 1999, r&#233;&#233;d. 2014&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Un Si&#232;cle de G&#233;nocides (1904-2004), &lt;/i&gt;&#233;d. Armand Colin, 2016&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Timothy Snyder : &lt;/strong&gt;(sur l'interaction entre IIIe Reich et URSS)&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Terres de Sang,&lt;/i&gt; trad. &#233;d. Gallimard, 2012&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Terres noires,&lt;/i&gt; trad. &#233;d. Gallimard, 2016&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Thierry Wolton, &lt;/strong&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Le N&#233;gationnisme de gauche, &lt;/i&gt;Grasset, 2019&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ernst Nolte : &lt;/strong&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Fascisme et Communisme,&lt;/i&gt; &#233;d. Plon, 1998&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;(avec &lt;strong&gt;F. Furet&lt;/strong&gt;)&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;La Guerre civile europ&#233;enne. National-socialisme et Bolchevisme, 1917-1945,&lt;/i&gt; &#233;d. Perrin, 2011&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Les Mouvements fascistes,&lt;/i&gt; Tallandier, 2015&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;St&#233;phane Courtois&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Le livre noir du communisme, (et alii), &lt;/i&gt;Robert Laffont, 1997&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Communisme et Totalitarisme, &lt;/i&gt;Perrin, 2009&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;L&#233;nine, l'inventeur du totalitarisme, &lt;/i&gt;Perrin, 2017&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dominique Colas&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;L&#233;nine politique&lt;/i&gt;, Fayard, 2017&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Eric Izraelewicz&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Quand la Chine change le Monde,&lt;/i&gt; Grasset, 2005&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lucien Bianco :&lt;/strong&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;La R&#233;cidive,&lt;/i&gt; Gallimard, 2014 (sur la Chine)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alice Ekman&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Rouge vif, l'Id&#233;al communiste chinois, &lt;/i&gt;&#233;d. de l'Observatoire/Humensis, 2020&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Fran&#231;ois Billeter&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Pourquoi l'Europe, R&#233;flexions d'un Sinologue, &lt;/i&gt;&#233;d. Allia, 2020&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gabriel Martinez-Gros :&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Ibn Khaldoun et les sept vies de l'Islam, &lt;/i&gt;Actes Sud-Sindbad, 2006&lt;br class='manualbr' /&gt;(avec Lucette Valensi) : &lt;i&gt;L'Islam, l'islamisme et l'Occident,&lt;/i&gt; Seuil/Points sept. 2013, {{}}(maj. de &lt;i&gt;L'Islam en dissidence, &lt;/i&gt;Seuil, 2004)&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Br&#232;ve histoire des Empires, &lt;/i&gt;Seuil, mars 2014&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Fascination du Djihad, &lt;/i&gt;PUF, sept. 2016&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;L'Empire islamique VIIe-XIe si&#232;cle, &lt;/i&gt;Pass&#233;s compos&#233;s/Humensis, sept. 2019&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Amin Maalouf :&lt;/strong&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Le naufrage des civilisations,&lt;/i&gt; &#233;d. Grasset &amp; Fasquelle, 2019&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(sur la terreur musulmane capillaire en Occident) sous la dir. d'&lt;strong&gt;Emmanuel Brenner (G. Bensoussan)&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Les Territoires perdus de la R&#233;publique, &lt;/i&gt;1001 Nuits, 2002, 2004 &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Une France soumise, &lt;/i&gt;Albin Michel, 2017&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I.Kersimon, JC Moreau :&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Islamophobie, la contre-enqu&#234;te,&lt;/i&gt; &#233;d. Plein Jour, 2014&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Kamal Redouani : &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;chez&lt;/i&gt; Arthaud-Flammarion, 2018&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Dans le Cerveau du Monstre, Les Documents secrets de Daesh&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mathieu Bock-C&#244;t&#233; :&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;(sur les compagnons de route et les collaborateurs du nouveau totalitarisme en marche)&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Le Multiculturalisme comme Religion politique, &lt;/i&gt;&#233;d. du Cerf, 2016&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;L'Empire du politiquement correct, &lt;/i&gt;&#233;d. du Cerf, 2019&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mike Gonzalez&lt;/strong&gt; :&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;The Plot to change America. How Identity Politics is Dividing the Land of the Free, &lt;/i&gt;Encounter Books, 2020&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Voir&lt;/i&gt; &#8220;Le R&#233;giment immortel&#8221;, 2019, &lt;i&gt;de Galia Ackerman, pour un sinistre &#233;tat des lieux de la Russie.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La R&#233;cidive, &lt;i&gt;Lucien Bianco, &#233;d. Gallimard, 2014.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Islam et totalitarisme</title>
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&lt;p&gt;Texte extrait du bulletin de &#171; Le Cr&#233;puscule du XXe si&#232;cle &#187;, n&#176;38-39, mai 2021, faisant suite aux &#171; Crit&#232;res de comparaison entre les principaux r&#233;gimes totalitaires &#187; |Pr&#233;sentation : L'immense d&#233;veloppement d'un nouveau projet totalitaire, qui s'amplifie depuis 1979 (date de la cr&#233;ation du r&#233;gime des mollahs en Iran), est assur&#233;ment une surprise historique, bien que ce processus ait commenc&#233; &#224; la fin des ann&#233;es 1920, en mim&#233;tisme des organisations fascistes et nazies europ&#233;ennes : les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-83-geopolitique-+" rel="tag"&gt;G&#233;opolitique&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-138-totalitarisme-+" rel="tag"&gt;Totalitarisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte extrait du bulletin de &#171; Le Cr&#233;puscule du XXe si&#232;cle &#187;, n&#176;38-39, mai 2021, faisant suite aux &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1124-Criteres-de-comparaison-entre-les-principaux-regimes-totalitaires' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Crit&#232;res de comparaison entre les principaux r&#233;gimes totalitaires &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;sentation&lt;/strong&gt; : &lt;i&gt;L'immense d&#233;veloppement d'un nouveau projet totalitaire, qui s'amplifie depuis 1979 (date de la cr&#233;ation du r&#233;gime des mollahs en Iran), est assur&#233;ment une surprise historique, bien que ce processus ait commenc&#233; &#224; la fin des ann&#233;es 1920, en mim&#233;tisme des organisations fascistes et nazies europ&#233;ennes : les Fr&#232;res musulmans ont alors imit&#233; les formations fascistes jusqu'au recrutement de &lt;/i&gt;&#8220;Chemises vertes&#8221;&lt;i&gt;. La mani&#232;re dont le r&#233;gime dictatorial de Nasser&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bien qu'il f&#251;t tr&#232;s entour&#233; de nazis nullement repentis qui, comme Skorzeny, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt; avait balay&#233; cette vell&#233;it&#233; mystico-politique dans les ann&#233;es 1950 et 1960 incitait &#224; n'y voir qu'un sursaut pass&#233;iste qui n'aurait pas de lendemain. Mais la pr&#233;sence d'une pl&#233;thore de conseillers nazis en Syrie comme en Egypte constituait un signe de la port&#233;e des processus en cours. L'&#233;chec de l'&#233;crasement d'Isra&#235;l de 1967 &#224; 1973 a fait s'effondrer le &#8220;nationalisme&#8221; arabe, qui n'&#233;tait qu'une fa&#231;ade d'un retour imp&#233;rial. L'islamisme, sous toutes ses formes a pris le relais. D'autant qu'&#224; partir des ann&#233;es 1970, les deux &#8220;chocs p&#233;troliers&#8221; ont procur&#233; une immense manne financi&#232;re, v&#233;ritable tribut pr&#233;lev&#233; sur les pays industrialis&#233;s. Le r&#233;gime wahhabite saoudien l'a utilis&#233; pour r&#233;islamiser les &#201;tats musulmans et les &#233;migrations musulmanes en Europe. La convergence entre ce wahhabisme et les &#8220;Fr&#232;res musulmans&#8221; des ann&#233;es 1920, renforc&#233; par les th&#232;ses de Sayyid Qutb apr&#232;s 1945 (le &#8220;djihad offensif&#8221; devenant la r&#233;f&#233;rence) a eu un effet d'entra&#238;nement dans les zones sunnites. La cristallisation du r&#233;gime des mollahs a aiguillonn&#233; une concurrence d&#233;cisive et mortif&#232;re en islam. Pour la premi&#232;re fois depuis longtemps, un &#201;tat important (l'empire perse) s'est align&#233; sur une logique th&#233;ocratique pr&#233;tendant s'&#233;tendre au monde entier. C'est le sens de la &lt;/i&gt;fatwa&lt;i&gt; contre Rushdie. Les autres d&#233;bris imp&#233;riaux musulmans ont tent&#233; de concurrencer cette posture de guerre civilisationnelle.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;i&gt;Dans quelle mesure l'imp&#233;rialisme musulman diffus tend-il aujourd'hui &#224; se conformer aux grands traits du totalitarisme &#233;num&#233;r&#233;s dans le tableau pages 17 et 18 [cf. &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1124-Criteres-de-comparaison-entre-les-principaux-regimes-totalitaires' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Crit&#232;res de comparaison entre les principaux r&#233;gimes totalitaires &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. ] ? Voici crit&#232;re par crit&#232;re ce que l'on a pu observer depuis une dizaine d'ann&#233;es, avec le surgissement d'insurrections djihadistes cr&#233;ant des implantations territoriales en Syrie, en Libye, en Afrique noire ou aux Philippines.&lt;/i&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Dans la p&#233;riode d'incubation,&lt;/strong&gt; la forme squadriste appara&#238;t avant m&#234;me l'adoption d'un discours id&#233;ologis&#233; : la surd&#233;linquance musulmane est d'une nature proto-djihadiste qui ne s'affiche pas comme telle, mais qui r&#233;active les fondements mol&#233;culaires d'une telle disposition de masse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le slogan r&#233;pandu chez les musulmans : &#8220;voler les koufar n'est pas voler&#8221; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les agressions sexuelles proc&#232;dent &#233;galement d'une logique djihadiste incroyablement sous-estim&#233;e et qui se d&#233;ploie avec une constance dramatique dans les pays europ&#233;ens ayant capitul&#233; devant l'invasion musulmane de peuplement. La question du voile est cruciale parce qu'il constitue la caution pr&#233;sentable, sournoise et pr&#233;alable du djihad sexuel : toute femme non voil&#233;e est violable &#224; volont&#233;, d'apr&#232;s les th&#233;oriciens les plus francs de l'islamisme, qui sont strictement orthodoxes sur ce point. La plupart de ces individus, consid&#233;r&#233;s comme de simples &#8220;criminels&#8221; selon les crit&#232;res traditionnels d'un &#201;tat de droit occidental, &#233;chappent largement &#224; la r&#233;pression par suite d'une indulgence judiciaire sid&#233;rante, et l'interpr&#232;tent tr&#232;s logiquement comme une l&#233;gitimation. Dans les deux cas, ces forfaits &#224; &#233;chelle industrielle incarnent une pratique conforme &#224; l'orthodoxie coranique, sans discours explicite bien qu'il arrive que des viols soient accompagn&#233;s d'une r&#233;citation de sourates du Coran.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;ologie qui vient &#224; distance se greffer sur ces actes pour les justifier se pr&#233;sente comme une r&#233;f&#233;rence religieuse (cf les sourates guerri&#232;res du Coran), tout en adoptant l'allure &#8220;schizophr&#233;nique&#8221; du IVe monoth&#233;isme marxiste-l&#233;niniste : cet encouragement au crime est un d&#233;shinibant tr&#232;s efficace. La tradition des &lt;i&gt;Fr&#232;res musulmans&lt;/i&gt;, n&#233;s en Egypte &#224; la fin des ann&#233;es 1920 en imitation des formes fascistes et nazies, elles-m&#234;mes mim&#233;tiques des formes sovi&#233;tiques, joue un r&#244;le crucial puisqu'elle pr&#233;tend fournir une justification &#8220;moderne&#8221; de la force brute et qu'elle a retenu leurs techniques de noyautage syst&#233;matique. Le cas de Mawdoudi, au Pakistan, &#233;mettant une th&#233;orisation assez voisine, sans imitation d&#233;lib&#233;r&#233;e du &#8220;fascisme&#8221;, confirme que ce vernis de &#8220;rationalisation&#8221; est un habillage d'un archa&#239;sme passionn&#233; qu'il s'agit de d&#233;multiplier. L'islam ne peut tenter de se &#8220;moderniser&#8221; qu'en se faisant totalitarisme, avec un souffle qui est sans doute plus court que ce que ses partisans imaginent. Leur seul avantage vient de ce qu'ils pourraient rencontrer les exigences de la r&#233;alit&#233; : l'attrition des sources d'&#233;nergie va bouleverser et amoindrir le dynamisme des soci&#233;t&#233;s qui ont invent&#233; l'industrie et prosp&#233;r&#233; sur son d&#233;veloppement. L'islam travaill&#233; par l'islamisme pourrait tr&#232;s bien convenir &#224; une soci&#233;t&#233; de rationnement et de p&#233;nurie, comme en r&#234;vent de plus en plus ouvertement les th&#233;oriciens &#233;cologistes actuels. La &#8220;mondialisation&#8221; s'annonce de plus en plus clairement comme une &#8220;tiers-mondialisation&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Le quadrillage de la soci&#233;t&#233; &lt;/strong&gt;est r&#233;alis&#233; par les formes ethno-d&#233;linquantes avant m&#234;me de prendre le pouvoir officiel. Une police des m&#339;urs est mise sur pied d&#232;s qu'une instance islamiste pr&#233;vaut localement. A New-York, une police de la &lt;i&gt;charia&lt;/i&gt; est officiellement admise dans un quartier &#224; dominante musulmane. A Berlin, une milice de ce type semble active dans les milieux tch&#233;tch&#232;nes, etc. Ces deux dimensions reposent sur la cristallisation d'un &lt;strong&gt;archipel de la charia, qui s'&#233;tend par d&#233;mographie invasive et refoulement des populations autochtones&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre civile d&#233;coule t&#244;t ou tard d'un tel quadrillage, m&#234;me si ses organisateurs pr&#233;f&#233;reraient prendre l'ascendant &lt;strong&gt;sans combat&lt;/strong&gt; sur la soci&#233;t&#233; vis&#233;e par la colonisation islamique. De fait, la guerre civile est d&#233;j&#224; l&#224;, mais de fa&#231;on capillaire, car elle est constitutive du tissage communautaire exig&#233; par l'islam. Les leviers totalitaires servent de justification militante amplificatrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. Des camps de concentration&lt;/strong&gt; sont apparus en Syrie-Irak, mais sans la dimension alibi de la &#8220;r&#233;&#233;ducation&#8221; (cf le sort des hommes Y&#233;zidis en Syrie-Irak sunnite, quand ils acceptaient de se convertir, les autres &#233;tant purement et simplement extermin&#233;s). Les femmes et les enfants, convertis de force, ont &#233;t&#233; r&#233;duits au statut d'esclave, si bien que le camp de concentration appara&#238;t dans leur cas comme situ&#233; &#8220;hors les murs&#8221;, diffus dans toute la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'archipel de la &lt;i&gt;charia&lt;/i&gt; qui se dessine dans les pays occidentaux en cours de colonisation est annonciateur de cette pratique de l'esclavage. Le viol et la prostitution forc&#233;e de femmes et de fillettes occidentales, par milliers, sont devenus des pratiques secr&#232;tement publiques en Grande-Bretagne (cf Rotherham, Telford, etc.). Le nombre de complices de ce forfait de dimension sociologique (policiers qui ferment les yeux, assistantes sociales qui regardent ailleurs, &#233;lus locaux qui prot&#232;gent les milieux criminels, etc.) est tel qu'ils sont d&#233;j&#224; des collaborateurs d&#233;cisifs de l'occupation. Comme pour toute collaboration avec une mafia, tout retour en arri&#232;re devient de plus en plus difficile au fil du temps. Certaines fonctions de la strat&#233;gie de terreur sovi&#233;tique ou nazie sont donc remplac&#233;es par le d&#233;ploiement sans complexe de la terreur diffuse et capillaire, &#224; laquelle adh&#232;re passivement une part importante de la population civile musulmane&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'affaire &#8220;Mila&#8221;, cette adolescente qui a r&#233;pondu vertement, dans la langue (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'islam n'a jamais eu besoin d'Inquisition interne, puisque la fonction en est assur&#233;e de mani&#232;re permanente par toute la communaut&#233; musulmane, chacun devant contr&#244;ler le voisin dans l'espoir de voir son hypoth&#233;tique bilan &#8220;moral&#8221; am&#233;lior&#233; pour l'autre monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi la plupart des musulmans &#233;prouveraient-ils la moindre objection &#224; l'&#233;tablissement de la &lt;i&gt;charia&lt;/i&gt; sur toute la soci&#233;t&#233; ? Un tel r&#233;gime doit leur assurer une position de privil&#233;gi&#233;s. L'apparition d'organisations sp&#233;cialis&#233;es dans la traque de l'&#8220;islamophobie&#8221; constitue, comme le CCIF en France, une v&#233;ritable inquisition &#224; usage externe, dirig&#233;e contre les Occidentaux qui ne se soumettent pas pr&#233;ventivement &#224; cette terreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4 et 5. Les camps de la mort &lt;/strong&gt;sont largement court-circuit&#233;s par les liquidations de masse. Les communaut&#233;s musulmanes disposent, comme les formations sociales russe, chinoise ou cambodgienne, de r&#233;serves in&#233;puisables de bourreaux volontaires, au contraire du r&#233;gime nazi qui &#8220;souffrait&#8221; d'une p&#233;nurie tendancielle sur ce terrain, du fait de son ancrage dans l'anthropologie occidentale, bien qu'il aspira &#224; en sortir. Un r&#233;gime islamique n'a nul besoin d'un appareil industriel sp&#233;cialis&#233; dans l'extermination, o&#249; seule une petite minorit&#233; d'ex&#233;cutants aurait une conscience claire des objectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;6. La guerre civile &lt;/strong&gt;se d&#233;veloppe sur un chaos de longue haleine, vivier du projet islamiste, m&#234;me si cela rend difficile toute stabilisation viable d'un r&#233;gime pareil. La fuite en avant dans une guerre civile mondiale et capillaire est la condition de sa pr&#233;caire coh&#233;rence. L'islamisme a int&#233;gr&#233; le rep&#232;re central du totalitarisme sovi&#233;tique : une fois qu'on tient des positions de pouvoir, il ne faut jamais les rendre, m&#234;me si cela n&#233;cessite une brutalit&#233; exponentielle. Cette ambiance est d'abord le visage de ce chaos retourn&#233; contre ceux qui se croient na&#239;vement &#8220;musulmans&#8221;. A l'instar du proc&#233;d&#233; sovi&#233;tique, suivant lequel on n'est jamais assez &#8220;socialiste&#8221; ou &#8220;communiste&#8221;, pour les islamistes, les salafistes et les djihadistes, un musulman, m&#234;me sunnite, n'est jamais assez &#8220;musulman&#8221;. Il en va de m&#234;me en Iran pour le pouvoir &#8220;chiite&#8221;, mais le r&#233;gime iranien souffre de son &#226;ge, plus de 40 ans, et en est au stade d'usure interne que connaissait l'Union sovi&#233;tique apr&#232;s la mort de l'&#233;gocrate Staline. La d&#233;sertion des mosqu&#233;es en est un signe &#233;crasant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;7. L'intentionnalit&#233; des massacres et des r&#233;ductions en esclavage &lt;/strong&gt;ne fait pas question : elle est ouvertement mise en sc&#232;ne et revendiqu&#233;e, en faisant r&#233;f&#233;rence aux sourates guerri&#232;res du Coran, qui sont consid&#233;r&#233;es comme &#8220;abrogeant&#8221; les sourates pacifiques. &lt;strong&gt;L'islam assume la fonction de tout racisme &lt;/strong&gt; : donner &#224; une minorit&#233; ou une majorit&#233; l'illusion de former une &#8220;&#233;lite&#8221; absolue, d'autant que tout enfant de musulman est cens&#233; h&#233;riter de &#8220;g&#232;nes&#8221; musulmans...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mani&#232;re dont le rituel public de l'&#233;gorgement du mouton est organis&#233;e constitue un v&#233;ritable entra&#238;nement initiatique et traumatique des enfants &#224; l'&#233;gorgement des Occidentaux. Il s'agit, comme souvent en islam, d'un retournement sournois de rituels r&#233;cup&#233;r&#233;s d'autres monoth&#233;ismes (dans le juda&#239;sme, l'&#233;gorgement rituel du mouton, non public, symbolise l'abolition des sacrifices humains).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &lt;strong&gt;charia&lt;/strong&gt; fascine l'ensemble du monde musulman parce qu'elle attribue par nature un statut de sup&#233;riorit&#233; au &lt;strong&gt;millet&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; (&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;communaut&#233; dot&#233;e de droits &#8220;juridiques&#8221;&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;) &lt;/i&gt;musulman. Pourquoi les musulmans s'abstiendraient-ils de revendiquer cette supr&#233;matie, qui leur serait due par &#8220;nature&#8221; ? Tant qu'ils ne sont pas ma&#238;tres du monde, les musulmans se sentent &#8220;humili&#233;s&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;8. La figure de l'&#233;gocrate&lt;/strong&gt; est &#224; ce jour absente des structures djihadistes, qui sont pourtant f&#233;rocement hi&#233;rarchis&#233;es, selon un principe de verticalit&#233; absolue. Le personnage du &#8220;calife&#8221; (El-Bagdadi) en a assum&#233; certains traits, m&#234;me si Oussama Ben Laden aurait fait un meilleur candidat. Sans doute la prudence s&#233;curitaire interdit-elle dans la pr&#233;sente phase de guerre civile mondiale de mettre en avant un dirigeant th&#233;ocratique, avec ce que cela supposerait de &lt;strong&gt;decorum&lt;/strong&gt;. L'ex&#233;cution par un missile cal&#233; sur le t&#233;l&#233;phone du premier dirigeant de la r&#233;volte tch&#233;tch&#232;ne, le g&#233;n&#233;ral Douda&#239;ev, a eu ce type de cons&#233;quences (tout en ouvrant la voie &#224; la submersion de cette r&#233;volte tch&#233;tch&#232;ne par les courants djihadistes)... La mani&#232;re dont Poutine y a r&#233;pondu est typiquement imp&#233;riale. Ce que fait la Chine au Sin Kiang contre les Ou&#239;ghours renvoie &#233;galement &#224; un trait imp&#233;rial fondamental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;9. L'&#201;tat est r&#233;duit au statut de bras arm&#233; de l'appareil islamiste&lt;/strong&gt;, ce qui parach&#232;ve cette greffe du bolch&#233;visme sur le monoth&#233;isme le plus butor et le plus parvenu. Il donne aux organes secrets la pr&#233;&#233;minence de fait. Ce pur appareil de coercition, qui abandonne la dimension structurante de l'&#201;tat &#224; un f&#233;tichisme de textes archa&#239;ques et fig&#233;s, se d&#233;clare vou&#233; &#224; la conqu&#234;te mondiale et n'a cure de g&#233;rer une communaut&#233; localement. Il constitue un r&#233;gime de th&#233;ocratie, tr&#232;s rarement mis en &#339;uvre en islam, sauf pour l'&#233;poque mythifi&#233;e du &#8220;proph&#232;te&#8221;. Quand on sait que celui-ci fut sans doute liquid&#233; par ses successeurs impatients, les seigneurs de la guerre Abu Bakr et Omar, qui aspiraient &#224; p&#233;renniser leur position de pouvoir, cette &#8220;th&#233;ocratie inaugurale&#8221; appara&#238;t comme une projection fictive d'une tendance toujours pr&#233;sente en Islam, mais tr&#232;s rarement actualis&#233;e du fait de la viscosit&#233; des processus historiques et des contraintes de survie des &#201;tats&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G. Martinez-Gros constatait dans un entretien radiophonique que lorsque (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;10. G&#233;nocides&lt;/strong&gt; : les massacres &#233;tendus contre les Chiites, les Y&#233;zidis, les Chr&#233;tiens, les Alaouites ou les tribus sunnites r&#233;ticentes en Irak, n'ont n&#233;cessit&#233; aucune organisation &#8220;modernis&#233;e&#8221; du processus d'extermination. Les forces djihadistes se contentent du stade ottoman de l'extermination des Arm&#233;niens, des Grecs et des Assyro-Chald&#233;ens &#224; partir de 1915, gr&#226;ce &#224; la pl&#233;thore de tortionnaires spontan&#233;s, caract&#233;ristique des soci&#233;t&#233;s non-occidentales. C'est tout &#224; fait conforme au moment fondateur du premier &#201;tat musulman, cens&#233; &#234;tre n&#233; &#224; travers les &#8220;guerres d'apostasie&#8221;, v&#233;ritables conflits d'extermination contre les tribus d'Arabie qui auraient refus&#233; de continuer &#224; se soumettre apr&#232;s la tr&#232;s &#233;nigmatique disparition du &#8220;proph&#232;te&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;11. Les &#233;purations internes&lt;/strong&gt; dans le Califat-croupion se sont av&#233;r&#233;es chroniques et syst&#233;miques. Il y a aussi l&#224; un h&#233;ritage des r&#233;gimes baassistes, irakien et syrien, ces esquisses imp&#233;riales sur une base g&#233;ographique indigente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;12. Les &#233;purations de masse contre les populations&lt;/strong&gt; sunnites mises sous tutelle ne semblent avoir &#233;t&#233; constat&#233;es que contre les tribus de l'Anbar qui ne s'&#233;taient pas ralli&#233;es, mais la p&#233;riode 2014-2017 est &#233;videmment un peu courte pour le d&#233;ploiement d'un tel m&#233;canisme (le Cambodge de Pol Pot fut &#224; cet &#233;gard &#233;tonnant de rapidit&#233;, mais il avait d&#233;j&#224; rod&#233; cette pratique dans les maquis).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les embryons de &#8220;Califats&#8221;,&lt;i&gt; &lt;/i&gt;depuis le pr&#233;tendu &#201;tat islamique jusqu'&#224; Boko Haram, en passant par l'organisation Abou Sayaf de Mindanao, montrent une totale absence d'inhibition. Seuls des obstacles mat&#233;riels peuvent limiter la f&#233;rocit&#233; qu'ils encouragent. Ils ont soif de pratiquer les guerres d'extermination, et la situation du monde pourrait trouver particuli&#232;rement &#8220;fonctionnelle&#8221; une telle disposition, dans le cadre d'une d&#233;mographie incontr&#244;l&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces structures&lt;i&gt; &lt;/i&gt;semblent destin&#233;es &#224; se multiplier dans l'effondrement interne des soci&#233;t&#233;s musulmanes, incapables de se moderniser. Mais elles sont &#233;galement vou&#233;es &#224; s'affronter de fa&#231;on implacable comme on le constate en Afghanistan, o&#249; des groupes li&#233;s &#224; Daesh ont pr&#233;f&#233;r&#233; se rendre aux troupes am&#233;ricaines plut&#244;t que de tomber aux mains de leurs rivaux talibans, qui ne font pas de prisonniers. La logique du r&#233;gime islamiste d'Erdogan en Turquie est plus redoutable encore que les op&#233;rations insurrectionnelles bourgeonnant &#231;&#224; et l&#224;. Le sultanat ottoman est d&#233;sormais r&#233;activ&#233; et se pose en &#8220;protecteur&#8221; des musulmans infiltr&#233;s dans les Balkans, et dans toute l'Europe. La menace sur les &#238;les de la mer &#201;g&#233;e est officielle et directe (cf les discours de ministres d'Erdogan), ce qui n'emp&#234;che nullement la r&#233;pression contre les Kurdes dans toute la r&#233;gion. Erdogan s'est dot&#233; d'une &#8220;l&#233;gion &#233;trang&#232;re djihadiste&#8221; qu'il d&#233;ploie maintenant en Libye.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paris, le 20 novembre 2020&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Bien qu'il f&#251;t tr&#232;s entour&#233; de nazis nullement repentis qui, comme Skorzeny, devaient transmettre aux commandos palestiniens leur savoir-faire en mati&#232;re de guerre non-conventionnelle, apprise dans la lutte contre les partisans sur les arri&#232;res du front de l'Est. L'antis&#233;mitisme national-socialiste s'est r&#233;pandu avec une facilit&#233; remarquable dans le monde musulman, en rencontrant la haine traditionnelle des Juifs qui ont os&#233; s'opposer &#224; l'OPA musulmane sur le juda&#239;sme.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le slogan r&#233;pandu chez les musulmans : &lt;/i&gt;&#8220;voler les koufar n'est pas voler&#8221;&lt;i&gt; est &#233;loquent.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'affaire &#8220;Mila&#8221;, cette adolescente qui a r&#233;pondu vertement, dans la langue qu'ils comprennent, &#224; plusieurs violeurs en herbe sur internet est &#233;loquente : les r&#233;ponses complaisantes pour l'islam de la ministre Belloubet, de la politicienne sur le d&#233;clin S. Royal, etc., sont all&#233;es au-devant de la d&#233;claration officielle d'un responsable du Conseil fran&#231;ais du culte musulman, Zekri : &lt;/i&gt;&#8220;elle l'a bien cherch&#233; !&#034; &lt;i&gt; Le tsunami de menaces de mort qui a suivi contre cette adolescente, qui doit d&#233;sormais vivre en clandestinit&#233; avec sa famille dans son propre pays, donne la mesure de la terreur musulmane qui r&#232;gne d&#233;sormais sur la France. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;G. Martinez-Gros constatait dans un entretien radiophonique que lorsque l'islam est coup&#233; de l'&#201;tat, comme dans les circonstances coloniales, il tend &#224; d&#233;velopper sa f&#233;rocit&#233; intrins&#232;que sans aucun frein. Voir aussi son ouvrage : &lt;/i&gt;&#8220;L'empire islamique, VIIe-XIe si&#232;cle&#8221;, &lt;i&gt;2019&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Crit&#232;res de comparaison entre les principaux r&#233;gimes totalitaires </title>
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		<dc:date>2023-01-25T11:18:07Z</dc:date>
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		<dc:subject>Article</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Fargette G.</dc:subject>
		<dc:subject>Totalitarisme</dc:subject>
		<dc:subject>An&#233;antissement / G&#233;nocide</dc:subject>
		<dc:subject>Revolution</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Texte extrait du bulletin de &#171; Le Cr&#233;puscule du XXe si&#232;cle &#187;, n&#176;38-39, mai 2021. Voir l'article pr&#233;c&#233;dent : &#171; Cit&#233;s, Empires, Nations &#187; (ils reposent sur le triptyque : la terreur, les camps, l'id&#233;ologie) (colonnes par ordre d'apparition historique, les cases vides ou en italiques signalant que le crit&#232;re n'est pas ou tr&#232;s peu satisfait) R&#233;gimesURSSfascisme italienIIIe ReichMao&#239;sme 1918-1953 (prolong&#233;e de 1953 &#224; 1991) 1922-1945 1933-1945 1935-1979 1 p&#233;riode pr&#233;paratoire (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-dynamiques-geopolitiques-" rel="directory"&gt;Dynamiques G&#233;opolitiques&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-48-fargette-g-+" rel="tag"&gt;Fargette G.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-138-totalitarisme-+" rel="tag"&gt;Totalitarisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-118-aneantissement-+" rel="tag"&gt;An&#233;antissement / G&#233;nocide&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-57-revolution-+" rel="tag"&gt;Revolution&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte extrait du bulletin de &#171; Le Cr&#233;puscule du XXe si&#232;cle &#187;, n&#176;38-39, mai 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1121-Cites-Empires-Nations' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Voir l'article pr&#233;c&#233;dent : &#171; Cit&#233;s, Empires, Nations &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;(ils reposent sur le triptyque : &lt;i&gt;la terreur, les camps, l'id&#233;ologie)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(colonnes par ordre d'apparition historique, les cases vides ou en italiques signalant que le crit&#232;re n'est pas ou tr&#232;s peu satisfait)&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;thead&gt;&lt;tr class='row_first'&gt;&lt;th id='id7b7c_c0' colspan='2'&gt;R&#233;gimes&lt;/th&gt;&lt;th id='id7b7c_c2'&gt;URSS&lt;/th&gt;&lt;th id='id7b7c_c3'&gt;fascisme italien&lt;/th&gt;&lt;th id='id7b7c_c4'&gt;IIIe Reich&lt;/th&gt;&lt;th id='id7b7c_c5'&gt;Mao&#239;sme&lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td class='numeric ' colspan='2' headers='id7b7c_c0'&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id7b7c_c2'&gt;&lt;strong&gt;1918-1953 (prolong&#233;e de 1953 &#224; 1991)&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id7b7c_c3'&gt;&lt;strong&gt;1922-1945&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id7b7c_c4'&gt;&lt;strong&gt;1933-1945&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id7b7c_c5'&gt;&lt;strong&gt;1935-1979&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td class='numeric ' headers='id7b7c_c0'&gt;1&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;strong&gt;p&#233;riode pr&#233;paratoire (incubation)&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id7b7c_c2'&gt;gardes rouges, tch&#233;kas multiples et spontan&#233;es, avant leur f&#233;d&#233;ration par le Parti Bolch&#233;vik (massacres par fusillades et tortures)&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id7b7c_c3'&gt;forme squadriste issue des groupes d'anciens combattants (terme &#8220;fasci&#8221; repris de groupes d'action ouvriers d'avant-1914)&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id7b7c_c4'&gt;- milice arm&#233;e paramilitaire (noyau d'officiers et de soldats, qui ont souvent &#233;t&#233; actifs dans les Corps francs en 1918-1920)&lt;br class='manualbr' /&gt;- le service d'ordre est constitu&#233; en milice permanente&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id7b7c_c5'&gt;parti militaris&#233; apr&#232;s la r&#233;pression de 1927, &#224; la suite d'une insurrection suicidaire, sur ordre de l'IC ; proto-&#201;tat cr&#233;&#233; dans une r&#233;gion chinoise avant la 'Longue marche'&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td class='numeric ' headers='id7b7c_c0'&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id7b7c_c2'&gt;id&#233;ologie socialiste agenc&#233;e en religion politique (&#224; partir du IVe monoth&#233;isme pi&#233;tiste cristallis&#233; par la Social-d&#233;mocratie d'avant 1914), le marxisme-l&#233;ninisme constitue un mill&#233;narisme)&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id7b7c_c3'&gt;vision bricol&#233;e et t&#226;tonnante, cristallisation pragmatique du r&#233;gime au cours de la p&#233;riode 1924-1926 (imitation de leviers du r&#233;gime sovi&#233;tique)&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id7b7c_c4'&gt;id&#233;ologie nazie &lt;br class='manualbr' /&gt;- religion politique (mat&#233;rialisme biologique s'exprimant sur un terrain &#8220;racial&#8221; et instrumentalisant la r&#233;f&#233;rence nationale)&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id7b7c_c5'&gt;imite, en la simplifiant encore, l'id&#233;ologie marxiste-l&#233;niniste qui s'est constitu&#233;e en mill&#233;narisme diffusable hors du monde occidental, dans les pays o&#249; existait une tradition bureaucratique ancienne&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td class='numeric ' headers='id7b7c_c0'&gt;2&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;strong&gt;quadrillage de la soci&#233;t&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id7b7c_c2'&gt;mis en place gr&#226;ce &#224; la guerre civile et la terreur, d&#232;s 1918&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id7b7c_c3'&gt;mis en place achev&#233;e entre 1924 et 1926&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id7b7c_c4'&gt;mis en place d&#232;s prise du pouvoir, en 1933, par l'utilisation de l'appareil de police&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id7b7c_c5'&gt;mis en place au fur et &#224; mesure du contr&#244;le militaire du terrain. Le Parti surplombe les formes &#233;tatiques.&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td class='numeric ' headers='id7b7c_c0'&gt;3&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;strong&gt;camps de concentration&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id7b7c_c2'&gt;cr&#233;ation en juin 1918, mesure inaugurale : l'&#201;tat emprisonne en tout arbitraire les ressortissants qui se trouvent dans sa d&#233;pendance, instaurant les bases d'un nouvel esclavage &lt;br class='manualbr' /&gt;D&#233;multiplication &#224; partir des ann&#233;es 1920.&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id7b7c_c3'&gt;r&#233;pression dictatoriale (assassinats cibl&#233;s, internements, exils) mais pas de camps de concentration de masse&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id7b7c_c4'&gt;niveau &#8220;artisanal&#8221; jusqu'en 1939 (il reste 8000 prisonniers dans les camps &#224; cette date, mais 200.000 personnes ont subi la r&#233;pression depuis 1933)&lt;br class='manualbr' /&gt;D'immenses camps de travail se remplissent pendant la guerre&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id7b7c_c5'&gt;les camps de 'r&#233;&#233;ducation', pr&#233;sents d&#232;s la p&#233;riode de Yenan se g&#233;n&#233;ralisent apr&#232;s 1949 (date de la victoire en Chine continentale) [tout maquis h&#233;ritier du mao&#239;sme a &#224; c&#339;ur de constituer un secteur concentrationnaire]&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td class='numeric ' headers='id7b7c_c0'&gt;4&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;strong&gt;camps de la mort&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id7b7c_c2'&gt;Arkhangelsk d&#232;s 1921 puis, &#224; partir de 1923 : la structure du goulag g&#233;n&#233;ralise 'l'exp&#233;rimentation' des &#238;les Solovki, camps de la mort par fonctionnement (invention d'un esclavage d'un nouveau genre)&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id7b7c_c3'&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id7b7c_c4'&gt;&#224; partir de 1941 et '&#224; l'est de l'Europe', l&#224; o&#249; l'&#201;tat local a &#233;t&#233; d&#233;truit (m&#234;me dans les camps de travail, les pertes humaines sont immenses)&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id7b7c_c5'&gt;immenses pertes humaines dans les camps de travail (mais le secret rend presque impossible aujourd'hui encore une histoire du Lao Gai, le goulag chinois)&lt;br class='manualbr' /&gt;esclavage de masse&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td class='numeric ' headers='id7b7c_c0'&gt;5&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;strong&gt;liquidations de masse&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id7b7c_c2'&gt;par fusillades de masse ou utilisation de gaz combat contre sa propre population, puis par famines d&#233;lib&#233;r&#233;es (1920-1922 ; 1929-1933) (le r&#233;gime n'a jamais rencontr&#233; de difficult&#233; pour trouver des bourreaux innombrables)&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id7b7c_c3'&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id7b7c_c4'&gt;- contre les malades mentaux, programme T4 (1940),&lt;br class='manualbr' /&gt;- fusillades (Shoah par balles) d&#232;s &#233;t&#233; 1941- extermination par la faim de 3 millions de prisonniers de guerre (&#8220;sovi&#233;tiques&#8221;) &lt;br class='manualbr' /&gt;- mise sur pied d'un appareil industriel d'extermination &#224; partir des &#233;quipes du projet T4 (con&#231;u et g&#233;r&#233; non par des z&#233;lotes hyst&#233;riques mais par une technocratie &#8220;&#233;volu&#233;e&#8221;)&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id7b7c_c5'&gt;famine de masse (60 millions de paysans meurent) (aucune difficult&#233; pour trouver des bourreaux innombrables) (Mao a tu&#233; plus de Chinois que l'arm&#233;e japonaise !).&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td class='numeric ' headers='id7b7c_c0'&gt;6&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;strong&gt;guerre comme levier totalitaire&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id7b7c_c2'&gt;confusion entre politique et guerre civile d&#232;s le d&#233;but ; transformation des conqu&#234;tes militaires en zones occup&#233;es (cela commence d&#232;s 1920 avec la Transcaucasie)&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id7b7c_c3'&gt;&lt;i&gt;guerre attendue par le r&#233;gime comme un levier de transformation de la soci&#233;t&#233;, mais sans r&#233;alisation effective&lt;/i&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id7b7c_c4'&gt;utilisation de la guerre pour lancer la pleine r&#233;alisation du projet nazi : empire racial d&#233;truisant les nations, y compris allemande&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id7b7c_c5'&gt;intrins&#232;que au r&#233;gime (mais la pr&#233;occupation majeure restera l'ind&#233;pendance g&#233;opolitique de l'&#201;tat chinois et non la conqu&#234;te du monde, remise &#224; plus tard)&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td class='numeric ' headers='id7b7c_c0'&gt;7&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;strong&gt;intentionnalit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id7b7c_c2'&gt;Elle impr&#232;gne les conceptions des dirigeants bolch&#233;viks, cf discours de Zinoviev &#224; l'IC dans les ann&#233;es 1920 (massacrer 8-10 % de la population pour assurer le bonheur). En fait, les tueries concerneront principalement les ouvriers et les paysans, ainsi que les membres des partis socialistes, y compris bolcheviques !&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id7b7c_c3'&gt;&lt;i&gt;(seuls massacres de masse organis&#233;s : dans les colonies, lors de la conqu&#234;te de l'Abyssinie)&lt;/i&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id7b7c_c4'&gt;explicite d&#232;s &lt;i&gt;Mein Kampf,&lt;/i&gt; Le programme T4 (1940) de liquidation des 'malades mentaux' est d&#233;pourvu d'ambigu&#239;t&#233; ; ces &#233;quipes sont ensuite affect&#233;es &#224; la &#8220;solution finale&#8221; contre les Juifs et les Tziganes. La plupart des tueries ont lieu hors d'Allemagne (les Juifs allemands qui n'ont pu s'&#233;chapper seront envoy&#233;s vers l'Est &#224; partir de 1943)&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id7b7c_c5'&gt;d&#233;j&#224; pr&#233;sente dans le mode de gouvernement imp&#233;rial chinois : gouverner par le massacre (cf la d&#233;population du Sichuan &#224; travers la r&#233;pression de la r&#233;volte des Ta&#239;-Ping au XIXe si&#232;cle) r&#244;le du &#8220;grand bond en avant&#8221; pour briser la paysannerie&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td class='numeric ' headers='id7b7c_c0'&gt;8&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Figure nouvelle du despote en &#233;gocrate :&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id7b7c_c2'&gt;Staline incarne cette nouveaut&#233; (son &#8220;charisme&#8221; est un pur produit de propagande)&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id7b7c_c3'&gt;&lt;i&gt;Mussolini est un dictateur d&#233;magogue dot&#233; d'un charisme propre, mais auquel manqueront toujours les moyens de la puissance mat&#233;rielle&lt;/i&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id7b7c_c4'&gt;Hitler est tr&#232;s proche de la figure de l'&#233;gocrate, bien qu'il d&#233;tienne un charisme personnel effectif, amplifi&#233; par l'industrie publicitaire et propagandiste&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id7b7c_c5'&gt;Mao est le deuxi&#232;me &#233;gocrate &#8220;sovi&#233;tique&#8221; produit par le XXe si&#232;cle&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td class='numeric ' headers='id7b7c_c0'&gt;9&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;strong&gt;le Parti entend absorber l'&#201;tat&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id7b7c_c2'&gt;Il y parvient de mani&#232;re inaugurale, &#224; travers la guerre civile, passionn&#233;ment recherch&#233;e par les Bolch&#233;viks : l'&#201;tat se r&#233;duit, conform&#233;ment &#224; la conception marxiste, &#224; un appareil de coercition&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id7b7c_c3'&gt;&lt;i&gt;L'objectif th&#233;orique d'absorption de l'&#201;tat reprend en 1935-1939, sans r&#233;sultat effectif.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le parti fasciste ne parviendra jamais &#224; investir totalement l'&#201;tat italien&lt;/i&gt;.&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id7b7c_c4'&gt;La pr&#233;valence totale du Parti sur l'&#201;tat n'est atteinte qu'en 44-45, au cours de l'&#233;croulement militaire final. Cette &#233;tape ultime permet au r&#233;gime de tenir de longs mois dans le d&#233;sastre militaire.&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id7b7c_c5'&gt;Le Parti pr&#233;vaut d'embl&#233;e, mais l'arm&#233;e chinoise acquiert apr&#232;s la victoire une autonomie relative, au point qu'elle restera indemne des &#233;purations de la 'R&#233;volution culturelle'&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td class='numeric ' headers='id7b7c_c0'&gt;10&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;strong&gt;g&#233;nocides (par la faim, ou l'extermination de masse)&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id7b7c_c2'&gt;- Famines de guerre civile (qui se prolongent jusqu'en 1924-1925) &lt;br class='manualbr' /&gt;- famines &#224; la fin des ann&#233;es 1920, Kazakhstan, bassin de la Volga, Ukraine et Kouban&lt;br class='manualbr' /&gt;- pr&#233;paration d'une nouvelle organisation de famine en Ukraine dans les ann&#233;es 1950&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id7b7c_c3'&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id7b7c_c4'&gt;- trois millions de prisonniers sovi&#233;tiques r&#233;duits &#224; mourir de faim &lt;i&gt;(General Plan Ost :&lt;/i&gt; 30 millions de Slaves devaient mourir d&#232;s le premier hiver)&lt;br class='manualbr' /&gt;- Shoah par balles,&lt;br class='manualbr' /&gt;- Industrialisation de l'extermination des Juifs et des Roms&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id7b7c_c5'&gt;Les g&#233;nocides se confondent avec une ing&#233;nierie sociale qui vise &#224; d&#233;truire toutes les classes, et en priorit&#233; la paysannerie (60 millions de morts de faim avec le Grand Bond en Avant).&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td class='numeric ' headers='id7b7c_c0'&gt;11&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;strong&gt;&#201;puration des membres du Parti&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id7b7c_c2'&gt;En 1936-1938, 2/3 du parti bolchevique sont liquid&#233;s, 95 % de ses cadres (et 70 % des cadres de l'arm&#233;e) Le r&#233;gime sovi&#233;tique est le principal tueur de &#8220;socialistes&#8221; et de &#8220;communistes&#8221; !&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id7b7c_c3'&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id7b7c_c4'&gt;&#201;puration &#8220;artisanale&#8221; en 1934 &lt;i&gt;(&#8220;nuit des Longs couteaux&#8221;,&lt;/i&gt; environ 500 ex&#233;cutions, y compris celle de figures de &#8220;conservateurs&#8221; de la droite),jamais r&#233;&#233;dit&#233;e ni envisag&#233;e &#224; &#233;chelle de masse&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id7b7c_c5'&gt;- Les &#233;purations ont lieu d&#232;s les luttes de fractions &#224; Yenan, &lt;br class='manualbr' /&gt;- le proc&#233;d&#233;, syst&#233;mique, est repris &#224; une &#233;chelle de plus en plus &#233;tendue dans les ann&#233;es 1950, jusqu'&#224; la &#8220;r&#233;volution culturelle&#8221; de 1966-1969.&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td class='numeric ' headers='id7b7c_c0'&gt;12&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Produire des &#233;purations de masse contre la population&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id7b7c_c2'&gt;1953 : nouvelle grande terreur imminente (les Juifs &#233;taient au centre de la liquidation pr&#233;vue ; l'intelligentsia yiddish fut durement r&#233;prim&#233;e entre 1948 et 1953, pour assurer la d&#233;sarticulation de cette population ; la d&#233;portation g&#233;n&#233;rale des Juifs &#233;tait une question de semaines en mars 1953).&lt;br class='manualbr' /&gt;Cette nouvelle grande terreur devait relancer une famine de masse en Ukraine. &lt;i&gt;La mort in extremis de Staline d&#233;but mars 1953 mit un terme &#224; cette perspective.&lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Ce d&#233;c&#232;s inaugura un totalitarisme nettement moins massacreur. L'actuel r&#233;gime russe h&#233;ritier de l'URSS s'&#233;vertue &#224; faire converger les r&#233;f&#233;rences sovi&#233;tiques et tsaristes.&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id7b7c_c3'&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id7b7c_c4'&gt;Le r&#233;gime est d&#233;truit par l'action militaire ext&#233;rieure. &lt;br class='manualbr' /&gt;Diverses &#233;purations de la population sur une base eug&#233;nique &#233;taient envisag&#233;es pour l'apr&#232;s-guerre (liquidation des lign&#233;es de diab&#233;tiques, etc.), dans le cadre de l'empire racial (et non &#8220;national&#8221;) &#224; venir.&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id7b7c_c5'&gt;Mao d&#233;clare qu'il faut renouveler l'op&#233;ration de la R&#233;volution culturelle tous les 10 ans &lt;br class='manualbr' /&gt;Sa mort en 1976 met fin &#224; ce type de fonctionnement (l'alliance avec les &#201;tats-Unis de Nixon en 1972, d&#233;nonc&#233;s nagu&#232;re comme le &lt;i&gt;&#8220;Tigre de Papier&#8221;,&lt;/i&gt; a bris&#233; l'hallucination de la population chinoise) &lt;br class='manualbr' /&gt;Le r&#233;gime a bascul&#233; d&#232;s 1979 vers une instrumentalisation effective des m&#233;canismes capitalistes, et a b&#233;n&#233;fici&#233; du fait que la d&#233;sint&#233;gration de la paysannerie n'&#233;tait pas achev&#233;e. Mais la bureaucratie demeure et la logique imp&#233;riale n'est pas d&#233;pass&#233;e. Elle revient au premier plan depuis 2013.&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1126-Islam-et-totalitarisme' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Voir l'article suivant : &#171; Islam et totalitarisme &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Cit&#233;s, Empires, Nations (3/3)</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?1123-Cites-Empires-Nations-3-3</link>
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		<dc:date>2022-11-15T09:40:30Z</dc:date>
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		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Partie pr&#233;c&#233;dente disponible ici (.../...) 15. Le germe des logiques totalitaires La tradition du nouveau est le propre de l'Occident, seule civilisation en rupture germinale avec le tabou universel qui r&#232;gne dans les autres groupements humains, qui aspirent &#224; conjurer l'innovation historico-sociale tout en la subissant &#224; reculons. Le rapport cr&#233;ateur entre l'individu et l'institution social-historique est ce qui d&#233;marque l'Occident prom&#233;th&#233;en et le rend unique. L'intelligentsia (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-dynamiques-geopolitiques-" rel="directory"&gt;Dynamiques G&#233;opolitiques&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1122-Cites-Empires-Nations-2-3' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Partie pr&#233;c&#233;dente disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;15. Le germe des logiques totalitaires&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &lt;strong&gt;tradition du nouveau &lt;/strong&gt;est le propre de l'Occident, seule civilisation en rupture germinale avec le tabou universel qui r&#232;gne dans les autres groupements humains, qui aspirent &#224; conjurer l'innovation historico-sociale tout en la subissant &#224; reculons. Le rapport cr&#233;ateur entre l'individu et l'institution social-historique est ce qui d&#233;marque l'Occident prom&#233;th&#233;en et le rend unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intelligentsia d'origine occidentale, activiste ou acad&#233;mique, a g&#233;n&#233;ralis&#233; la &#8220;trahison des clercs&#8221; des ann&#233;es 1930. Au lieu d'en faire un bilan d&#233;pit&#233;, elle n'est jamais revenue des fantasmes h&#233;rit&#233;s du mythe socialiste cristallis&#233; dans les ann&#233;es 1840, qui h&#233;sita longtemps entre volontarisme d&#233;centralis&#233; et ralliement &#224; l'&#201;tat, sch&#233;matiquement r&#233;duit &#224; un pur appareil de coercition. Les lubies de la gauche fondamentale, qui se fait un devoir d'escamoter les v&#233;rit&#233;s qui la disqualifient, doivent muter sans cesser afin d'&#233;viter tout bilan raisonn&#233; des deux derniers si&#232;cles. Le secret de l'obstination des r&#233;gimes &#8220;socialistes&#8221;, c'est l'immensit&#233; du mensonge sur lequel ils reposent, qui interdit un bilan honn&#234;te&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un tel enkystement dans un mensonge irr&#233;versible parce que trop &#233;norme pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce refus, visc&#233;ral, s'est aggrav&#233; avec le naufrage final de l'Union sovi&#233;tique. L'aveuglement volontaire constitue la caract&#233;ristique r&#233;siduelle et ind&#233;passable de la gauche fondamentale qui s'est fond&#233;e sur une entreprise d'usurpation de l'innovation historique : le &#8220;socialisme&#8221; fut con&#231;u comme un substitut d'&#233;vangile (voir P. Leroux, Proudhon et leurs successeurs). Il s'agissait au fond de monter dans le train de l'histoire afin de l'arr&#234;ter une bonne fois pour toutes. L'&#233;cologie, aujourd'hui m&#233;thodiquement infiltr&#233;e, noyaut&#233;e et phagocyt&#233;e par ce petit personnel d'id&#233;ologues, vise le m&#234;me but. Le marxisme a fourni les deux leviers qui manquaient &#224; ces dispositions initiales : une formulation monoth&#233;iste de l'histoire puisant dans la sacralit&#233; m&#233;canique d'un scientisme, et un ralliement au principe d'un appareil de coercition d&#233;lib&#233;r&#233;ment primitif, s'incarnant finalement dans la forme l&#233;niniste du parti. L'action politique de Marx, au-del&#224; de ses r&#233;flexions d&#233;rivant de la philosophie s'est r&#233;sum&#233;e &#224; rabattre les aspirations &#8220;socialistes&#8221;, tr&#232;s souvent concr&#232;tes et possibilistes, au mill&#233;narisme communiste, auxquelles elles voulaient &#233;chapper&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Elie Hal&#233;vy, principal historien du socialisme constatait en 1937, ann&#233;e de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attachement &#224; un tel mill&#233;narisme demeure enracin&#233;e chez les &#8220;clercs&#8221; malgr&#233; tous les naufrages historiques. Norman Cohn, dans &lt;strong&gt;&#8220;Les fanatiques de l'apocalypse. Courants mill&#233;naristes r&#233;volutionnaires du XIe au XVIe si&#232;cle&#8221; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;(The Pursuit of Millenium,&lt;/i&gt;1957, trad. 1983, Payot, etc.) l'a expos&#233; de fa&#231;on synth&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On y trouve ce passage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;p.141 de l'&#233;dition Aden Belgique de 1992&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En marge de l'eschatologie d&#233;riv&#233;e des proph&#233;ties johanniques et sibyllines, une eschatologie d'un type nouveau fit son apparition au cours du XIIIe si&#232;cle. D'abord parall&#232;les, ces deux courants ne tard&#232;rent pas &#224; se confondre. Ce nouveau syst&#232;me proph&#233;tique, qui devait devenir le plus influent d'Europe occidentale jusqu'&#224; la naissance du marxisme, &#233;tait d&#251; &#224; un certain Joachim de Flore (1145-1202) ; cet abb&#233; et ermite calabrais, apr&#232;s avoir consacr&#233; de nombreuses ann&#233;es &#224; l'&#233;tude des &#201;critures eut, entre 1190 et 1195, une illumination : les &#201;critures recelaient un sens cach&#233; d'une valeur proph&#233;tique inestimable. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cinquante ans apr&#232;s la mort de Joachim, l'expression &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Evangelium aeternum &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#233;tait devenue le mot d'ordre d'un vaste mouvement messianique. Dans ses ex&#233;g&#232;ses bibliques en effet, il pr&#233;tend interpr&#233;ter l'histoire comme une ascension &#224; travers trois &#233;tats, plac&#233;s chacun sous l'&#233;gide d'une des trois personnes de la Trinit&#233;. Le premier, celui du P&#232;re ou de la Loi, a &#233;t&#233; suivi de celui du Fils ou de l'&#201;vangile ; le troisi&#232;me, celui de l'Esprit, marquera l'apog&#233;e de l'histoire humaine.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cet autre passage (p.142) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Joachim ne visait pas consciemment &#224; l'h&#233;t&#233;rodoxie et n'entretenait aucun dessein subversif &#224; l'&#233;gard de l'&#201;glise. Trois papes l'encourag&#232;rent successivement &#224; consigner par &#233;crit les visions dont Dieu l'avait gratifi&#233;. Sa pens&#233;e se d&#233;tachait n&#233;anmoins sur un arri&#232;re-plan dont les cons&#233;quences risquaient de mettre en p&#233;ril la structure de la th&#233;ologie m&#233;di&#233;vale orthodoxe. L'id&#233;e qu'il se faisait du Troisi&#232;me &#201;tat de l'histoire &#233;tait en contradiction formelle avec la th&#233;orie augustinienne, qui voulait que le Royaume de Dieu f&#251;t entr&#233; dans les faits, pour autant que cela &#233;tait possible sur terre, avec la cr&#233;ation de l'&#201;glise, et qu'il n'y en aurait jamais d'autre. Quel que f&#251;t son souci de sauvegarder les pr&#233;tentions et les int&#233;r&#234;ts de l'&#201;glise, Joachim avait en fait &#233;labor&#233; une doctrine mill&#233;nariste d'un type nouveau que les g&#233;n&#233;rations ult&#233;rieures devaient infl&#233;chir dans un sens d'abord anticl&#233;rical puis nettement profane. L'influence de ces sp&#233;culations devait affecter indirectement jusqu'&#224; certaines philosophies de l'histoire modernes, formellement condamn&#233;es par l'&#201;glise. Cet asc&#232;te mystique e&#251;t sans doute &#233;t&#233; horrifi&#233; de voir sa th&#233;orie des trois &#233;tats de l'humanit&#233; repara&#238;tre dans celles de Lessing, de Fichte, de Schelling ou de Hegel, par exemple, ou dans la classification d'Auguste Comte pour qui l'histoire conna&#238;t trois &#226;ges : le th&#233;ologique, le m&#233;taphysique et le scientifique, ou encore dans la dialectique marxiste : communisme primitif, soci&#233;t&#233; de classes et communisme, cette &#233;tape ultime &#233;tant marqu&#233;e par le r&#232;gne de la libert&#233; et le d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat. De m&#234;me, quoique de fa&#231;on encore plus paradoxale, le terme de Troisi&#232;me Reich, forg&#233; en 1923 par le publiciste Moeller Van Den Bruck et qui servit &#224; d&#233;signer par la suite l'ordre nouveau &#8211; le Mill&#233;nium hitl&#233;rien &#8211;, n'e&#251;t gu&#232;re entra&#238;n&#233; l'adh&#233;sion des masses si le r&#234;ve d'une troisi&#232;me &#232;re de gloire n'avait, des si&#232;cles durant, fait partie des th&#232;mes classiques de la mythologie sociale europ&#233;enne.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La matrice totalitaire g&#238;t donc dans la rencontre entre d'une part les cercles doctrinaires de la gauche fondamentale en Occident, assoiff&#233;s de soci&#233;t&#233; &#8220;organique&#8221; dont ils deviendraient les garants et les contr&#244;leurs, avec des milieux militants capables de transposer ces lubies dans le substrat anthropologique d'un r&#233;gime despotique propre aux soci&#233;t&#233;s d&#233;pourvues de la &lt;strong&gt;tradition du nouveau&lt;/strong&gt;. Le tiers-mondisme en a &#233;t&#233; une expression d'une franchise absolue. Et ce ventre demeure f&#233;cond aujourd'hui encore, comme l'attestent les complicit&#233;s scandaleuses du multiculturalisme et du gauchisme culturel avec la volont&#233; islamiste de liquidation des soci&#233;t&#233;s occidentales, alors que celles-ci constituent les seuls groupements humains o&#249; vivent encore, de plus en plus difficilement, des libert&#233;s individuelles et collectives &lt;strong&gt;concr&#232;tes, donc partielles&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La parano&#239;a antifasciste ne cesse de s'aggraver 75 ans apr&#232;s la disparition du &#8220;fascisme&#8221;, comme si cette surench&#232;re devait effacer la d&#233;ficience catastrophique des &#8220;gauches&#8221; au moment du combat politique d&#233;cisif dans les ann&#233;es 1920-1930&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une remarque d'Adorno sur la p&#233;rennit&#233; de l'antis&#233;mitisme au-del&#224; de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'hyst&#233;rie antiraciste ach&#232;ve aujourd'hui de se renverser en racisme anti-blanc cynique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les &#8220;acteurs&#8221; jouent un r&#244;le phare dans le clerg&#233; de l'industrie du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les leviers de cette collaboration passionn&#233;e deviennent d'autant plus envahissants que cette gauche fondamentale sait d'instinct n'avoir comme projet que la p&#233;nurie et le rationnement qu'elle a m&#233;thodiquement instaur&#233;s avec ses r&#233;gimes totalitaires et qu'elle tente d&#233;sormais de pr&#233;senter pr&#233;ventivement sous un jour &#8220;&#233;cologiste&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;ni para-religieux &#233;rig&#233; en m&#233;thode a permis ce sabordage obsessionnel des r&#233;f&#233;rences occidentales, man&#339;uvre indispensable pour conjurer le d&#233;voilement de son naufrage interne : elle a en effet trahi tous ses id&#233;aux proclam&#233;s et ne cesse de recommencer d&#232;s qu'elle dispose de leviers de pouvoir (comme &#224; Cuba, au Nicaragua ou au V&#233;n&#233;zuela). Elle est habit&#233;e par une v&#233;ritable passion de la trahison qu'elle pr&#233;tend magnifier et aggraver sous des &#8220;concepts&#8221; ronflants qui sont ses v&#233;ritables f&#233;tiches. A l'instar des communistes se jetant en ao&#251;t 1939 dans l'alliance avec le nazisme, elle consid&#232;re que cette mani&#232;re d'enfreindre ses r&#233;f&#233;rences lui permet d'acc&#233;der &#224; une puissance souveraine sur l'histoire. Elle transfigure ce comportement schizophr&#233;nique en &#8220;engagement&#8221; ind&#233;termin&#233;, d&#233;pourvu de pr&#233;dicat, c'est-&#224;-dire de toute pr&#233;cision concr&#232;te. Ce vide assume une valeur de substitut pour un absolu perdu de r&#233;putation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette revendication d'&#8220;engagement&#8221; sans pr&#233;dicat, c'est-&#224;-dire sans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cologisme qui r&#234;ve d'une soci&#233;t&#233; immobile se replie tout naturellement sur les logiques stalino-gauchistes les plus m&#233;taphysiques : il s'agit d'abord de reformater l'esp&#232;ce humaine. Les v&#233;g&#233;tariens agressifs, qui se disent &#8220;v&#233;gans&#8221;, pr&#233;tendent m&#234;me imposer de revenir sur les &#233;ventuelles mutations biologiques qui datent d'au moins 2 millions d'ann&#233;es et qui ont rendu omnivore l'esp&#232;ce humaine, ce qui a permis le d&#233;veloppement de son syst&#232;me nerveux et de ses capacit&#233;s cognitives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La revendication d'un progressisme de plus en plus m&#233;canique et imp&#233;rieux sous ses diff&#233;rents masques folkloriques, est la signature du sabordage atavique que la &#8220;gauche&#8221; entend faire subir &#224; l'histoire. Puisque la r&#233;alit&#233; ne se conforme pas aux marottes th&#233;oriques de ces beaux esprits, il faut la violer d'une mani&#232;re irr&#233;m&#233;diable. La r&#233;gression se v&#233;rifie &#224; une multiplicit&#233; d'aspects. Ainsi, l'antiracisme qui pr&#244;ne le &#8220;m&#233;tissage&#8221; syst&#233;matique avait pourtant &#233;t&#233; d&#233;masqu&#233; d&#232;s le milieu du XIXe si&#232;cle lorsque Fourier se d&#233;clara en faveur de l'appariement g&#233;n&#233;ralis&#233; populations de couleurs diff&#233;rentes : avec une grande pr&#233;sence d'esprit, Pierre Leroux avait tout de m&#234;me qualifi&#233; cette ing&#233;nierie &#8220;biopolitique&#8221; d'&lt;i&gt;&#8220;&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;humanisme v&#233;t&#233;rinaire&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;&#8221;&lt;/i&gt;. Mais qui s'en souvient ? Le progressisme n'est plus qu'un r&#233;gressisme qui agit comme il ment : &lt;strong&gt;&#8220;les yeux dans les yeux&#8220;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;16. La momification de la gauche assure le service apr&#232;s-vente de la s&#233;dition des &#233;lites&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette gauche est d'autant plus &#224; l'aise qu'elle s'est substitu&#233;e aux id&#233;ologies de la conservation sociale et historique, d&#233;faites sans combat, sympt&#244;me qui aurait d&#251; susciter une d&#233;fiance absolue. Les politiques de &#8220;droite&#8221; et de &#8220;gauche&#8221; ont fusionn&#233; depuis une quarantaine d'ann&#233;es, mais il faudrait encore choisir passionn&#233;ment entre un abruti de droite et un cr&#233;tin de gauche. Les d&#233;nonciations v&#233;h&#233;mentes &#224; propos de tout et de rien servent d'anesth&#233;siques. On promet aux gens qu'ils pourront encore &#8220;profiter&#8221;, mot magique du bip&#232;de &lt;strong&gt;festivus&lt;/strong&gt; qui n'aspire plus qu'&#224; d&#233;missionner de toute responsabilit&#233; politique collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin de se donner une teinture de volontarisme &#8220;lib&#233;rateur&#8221;, la gauche fant&#244;me, de plus en plus d&#233;pourvue de base sociale, se distrait avec ses marottes sp&#233;cialis&#233;es en improvisant des &#8220;th&#233;ories&#8221; toutes plus bizarres les unes que les autres et qui ont pour fonction de conforter la pr&#233;tention de ces id&#233;ologues fous &#224; une &#8220;praxis&#8221; sup&#233;rieure&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il est singulier de devoir rappeler ce qu'Orwell identifiait dans Le Quai de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Depuis 1993, le terme loufoque et barbare d'&lt;strong&gt;&#8220;intersectionnalit&#233;&#8221;,&lt;/strong&gt; invent&#233; par Crenshaw pour d&#233;crire une situation concr&#232;te, a &#233;t&#233; r&#233;cup&#233;r&#233; et g&#233;n&#233;ralis&#233; par la technocratie militante. Cette op&#233;ration a pour but de revendiquer le for&#231;age imp&#233;ratif d'une &#8220;convergence&#8221; de revendications ultra-minoritaires, qualitativement h&#233;t&#233;rog&#232;nes et incompatibles. La greffe technocratique de l'islam sur les soci&#233;t&#233;s occidentales n'en est que la version la plus &#233;nergique : si cette greffe ne prend pas, comme on le voit jour apr&#232;s jour, ce serait la faute des populations occidentales et surtout pas du refus absolu de l'Islam d'accepter de composer avec l'alt&#233;rit&#233; civilisationnelle. Dans les ann&#233;es 1950 et 1960, les &#8220;r&#233;gressistes&#8221; &#224; la Sartre ne cessaient d'inventer des acrobaties th&#233;oriques pour prot&#233;ger le &#8220;communisme&#8221; contre les ouvriers et les paysans martyris&#233;s par les &#201;tats sovi&#233;tiques. Aujourd'hui, leurs successeurs font les m&#234;mes efforts pour prot&#233;ger l'islam contre les musulmans, affreusement avilis par cette id&#233;ologie despotique et cela se trahit par un mantra obsc&#232;ne qui exprime une soif infinie d'illusion : &lt;strong&gt;&#8220;l'islam est une religion d'amour et de paix&#8221;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les seules th&#233;matiques autoris&#233;es sont celles qui rec&#232;lent une densit&#233; passionnelle intense et aveugle et qui r&#233;unissent tous les candidats bureaucrates d&#233;sormais orphelins de &#8220;sujet r&#233;volutionnaire&#8221;. En manque de &#8220;dragon&#8221; &#224; terrasser, ces Saint-Georges d'arri&#232;re-salle de caf&#233; s'inventent des fant&#244;mes &#224; exorciser. Ils promeuvent un racialisme d&#233;guis&#233; en antiracisme, mais aussi un &#8220;d&#233;colonialisme&#8221; qui, &#224; l'instar de l'antifascisme onirique qui lutte contre un fascisme &#233;cras&#233; depuis 75 ans, pr&#233;tend &#233;liminer un colonialisme fantomatique et disparu depuis 60 ans au moins, et qui ne fut jamais conforme &#224; l'image qu'ils veulent imposer apr&#232;s coup&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; ce sujet l'ouvrage de Jean-Pierre Rioux, La France coloniale sans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette image est calibr&#233;e pour excuser par avance tous les manquements catastrophiques qui se sont d&#233;ploy&#233;s dans tant de pays &#8220;&#233;mancip&#233;s&#8221; de la colonisation. La mise en regard des pays africains avec la trajectoire de la Cor&#233;e du sud, partie de plus bas et ayant surmont&#233; une adversit&#233; autrement difficile, est sans appel. Comment expliquer que plus l'&#233;poque coloniale s'&#233;loigne, plus les pays africains r&#233;gressent ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les totems des stalino-gauchistes ont &#8220;d&#233;fendu l'histoire&#8221; contre le prol&#233;tariat concret qui ne r&#233;pondait pas aux sommations id&#233;ologiques. L'op&#233;ration se reproduit d&#233;sormais contre tous les &#233;l&#233;ments du monde occidental qui persistent &#224; faire preuve d'une &#233;nergie et d'une inventivit&#233; exasp&#233;rantes. Les nations n'auraient &#233;t&#233; que d&#233;fauts et crimes, tandis que s'affirme sans cesse la fascination de plus en plus explicite pour les formes despotiques imp&#233;riales&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'ouvrage de Jane Burbank et Frederick Cooper, &#8220;Empires, de la Chine (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;17. Le tropisme totalitaire est le seul recours de l'islam. C'est le secret de l'islamisme.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;surgence de projets et de mouvements totalitaires comme l'islamisme, dans toutes ses variantes, est &#224; l'offensive depuis 40 ans. Cet avatar a connu un rythme d'&#233;mergence plus lent que ses pr&#233;d&#233;cesseurs, mais se trouve dot&#233; de caract&#233;ristiques plus agressives encore. Les mill&#233;narismes politiques qu'&#233;taient le marxisme-l&#233;ninisme et le national-socialisme ont manqu&#233; des positions d'ancrage et de repli qu'offre un despotisme religieux pr&#233;&#233;tabli. &lt;strong&gt;L'islamisme doit se comprendre comme la greffe des proc&#233;d&#233;s totalitaires sur le despotisme musulman classique&lt;/strong&gt;. Cette greffe amplifie son agressivit&#233; et sa f&#233;rocit&#233; cultiv&#233;es depuis 14 si&#232;cles de fa&#231;on qualitative en les industrialisant, ce qui se traduit par l'infiltration et le noyautage des soci&#233;t&#233;s occidentales , avec l'assistance z&#233;l&#233;e d'appareils d'influence comme l'&#201;glise catholique, et divers r&#233;seaux francs-ma&#231;ons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette nouveaut&#233; am&#232;ne &#224; r&#233;&#233;valuer les tentatives sovi&#233;tique et national-socialiste. Malgr&#233; leur &#233;chec sans appel, elles pr&#233;figurent tout type de r&#233;gime qui veut s'&#233;tendre &#224; l'ensemble de la plan&#232;te. Le pr&#233;alable imp&#233;ratif, qui r&#233;unit tous les partisans conscients ou instinctifs d'un tel projet, est l'&#233;radication de la civilisation occidentale, qui est la seule &#224; &#234;tre n&#233;e hors de la forme empire, en Gr&#232;ce ancienne, et dont les grands moments de cr&#233;ation historique ont &#233;t&#233; &#233;trangers &#224; la dimension imp&#233;riale, malgr&#233; diverses tentations pour exercer la puissance la plus directe. Le fait que les entreprises coloniales ultramarines &#233;taient contraintes de cohabiter les unes avec les autres, &#224; l'image de la multipolarit&#233; europ&#233;enne, montre toute la distance qu'elles conservaient avec un v&#233;ritable empire, qui ne trouve son pr&#233;caire &#233;quilibre que dans l'expansion permanente et la pr&#233;dation sans retenue, jusqu'&#224; l'&#233;limination des rivaux, dans une aire g&#233;opolitique compl&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vell&#233;it&#233;s chinoises d'organiser un quadrillage informatique serr&#233; du comportement de la population, pour constituer un ensemble de plus en plus compact destin&#233; &#224; r&#233;gir le monde, tout comme les lubies de l'islam perdu dans ses vertiges de civilisation parasitaire mondiale (une contradiction en soi), d&#233;voilent les contours sinistres des ambitions d'unification plan&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tel r&#233;gime dont la zone de domination ne serait ni Cit&#233;, ni nation, ni empire simplement continental, constituerait un saut qualitatif vers un &#8220;sur-empire&#8221; &#233;tendu aux bornes du monde. Il se r&#233;glerait sur l'extension brutale et sans limite des &#233;chelles de souverainet&#233; &#224; l'int&#233;rieur comme &#224; l'ext&#233;rieur de sa zone de domination. Il a tr&#232;s logiquement pour pr&#233;alable la recr&#233;ation de toute la gamme des &#233;chelles de souverainet&#233; internes, depuis le despote &#233;gocrate jusqu'&#224; la r&#233;institution de l'esclavage et la transformation de masses de population en cadavres, ainsi que l'ont d&#233;montr&#233; les r&#233;gimes &#8220;sovi&#233;tiques&#8221; (parfois d&#232;s leur stade d'apparition dans les maquis avec leurs &lt;i&gt;&#8220;zones de redressement politique par le travail&#8221;)&lt;/i&gt; et comme l'illustrent les tentatives de cr&#233;ation de micro-&#8220;califats islamiques&#8221;. Un empire plan&#233;taire ne pourrait trouver sa raison d'&#234;tre et sa base mat&#233;rielle provisoires que dans la cannibalisation de masses jug&#233;es exc&#233;dentaires (80 &#224; 90 % de la population mondiale selon les id&#233;ologues &#233;cologistes, secr&#232;tement pr&#233;dispos&#233;s &#224; se rallier &#224; un tel pouvoir). Ce type de &#8220;fonctionnement&#8221; amplifierait la tendance actuelle &#224; une reproduction r&#233;tr&#233;cie des structures sociales et permettrait &#224; une telle formation historique d'endiguer pendant un certain temps l'inexorable entropie propre aux empires, dont la dur&#233;e de vie fut beaucoup plus courte que celle des nations les plus anciennes, telles que l'Angleterre ou la France. Le vertige d&#233;mographique en cours ouvre en tout cas l'&#233;ventualit&#233; d'une liquidation gigantesque de populations. Pour les id&#233;ologues hant&#233;s par cette perspective, l'&#233;limination des &#8220;Blancs&#8221;, de leur vrai nom les &lt;strong&gt;Occidentaux&lt;/strong&gt;, constitue une r&#233;f&#233;rence politico-id&#233;ologique prioritaire et r&#233;v&#233;latrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;18. Cr&#233;puscule de l'Occident ou du XXe si&#232;cle ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La confusion initiale entre XXe si&#232;cle et Occident tire sa source d'attentes diffuses &#224; la fin du XIXe si&#232;cle. Apr&#232;s le bouleversement du monde depuis le dernier quart du XVIIIe si&#232;cle, l'acc&#233;l&#233;ration des mutations institutionnelles, techniques et productives tout au long du XIXe si&#232;cle annon&#231;ait l'av&#232;nement d'une nouvelle &#232;re, o&#249; aurait d&#251; triompher une rationalisation des m&#233;thodes de gouvernement et un d&#233;passement des tensions sociales. Ce XXe si&#232;cle a &#233;t&#233; litt&#233;ralement hach&#233; par les logiques totalitaires, qui ont cru pouvoir instrumentaliser les immenses progr&#232;s techniques en les retournant contre les tendances &#233;mancipatrices. Ces logiques assuraient d&#233;passer la &#8220;modernit&#233;&#8221; occidentale, alors qu'elles imposaient une r&#233;gression exceptionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, apr&#232;s le court XXe si&#232;cle si tourment&#233; (1914-1991), force est de constater que seuls les r&#233;gimes des d&#233;mocraties occidentales pr&#233;tendues &#8220;formelles&#8221; ont tenu leurs objectifs, alors qu'elles avaient &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;es comme proches de l'effondrement dans les ann&#233;es 1930. La gauche fondamentale trouve ce r&#233;sultat de toute fa&#231;on tr&#232;s insuffisant. Le paralogisme est parfait : tant que le paradis sur terre n'a pas &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;, c'est comme si rien n'avait &#233;t&#233; accompli. Et il faudrait &#224; nouveau s'engager dans des entreprises d'ing&#233;nierie historique inusit&#233;es au nom d'un Parti du Bien qui pave imperturbablement la route vers de nouveaux enfers sur terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Royaume-Uni et les &#201;tats-Unis (en y ajoutant l'Australie et la Nouvelle-Z&#233;lande) ont jou&#233; un r&#244;le central dans le redressement de l'Occident. Aucun autre p&#244;le occidental ne peut rivaliser avec ce r&#233;sultat. Cet ensemble anglophone demeure &#224; tous &#233;gards le centre de gravit&#233; de la civilisation occidentale en regroupant &#224; peu pr&#232;s la moiti&#233; d&#233;mographique des 750 millions d'Occidentaux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce chiffre correspond au substrat social et historique corr&#233;l&#233; aux deux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les &#201;tats-Unis, la Grande-Bretagne et d'anciennes d&#233;pendances de celle-ci pr&#233;sentent une culture commune et demeurent capables de sursaut et d'initiative historique impr&#233;visibles, bien que ces pays soient eux aussi rong&#233;s par la r&#233;gression oligarchique o&#249; s'exprime la s&#233;dition des &#233;lites contre leur propre nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution du monde latino-am&#233;ricain, terre d'oligarchies issues des premiers empires coloniaux ultramarins europ&#233;ens, est la seule aire civilisationnelle qui pourrait &#233;voluer vers une v&#233;ritable occidentalisation. Cette population d'environ 500 millions d'habitants conna&#238;t une progression de l'&#233;vang&#233;lisme aux d&#233;pens de du catholicisme, signe de l'importance croissante qu'y prend la figure de l'individu. La prolif&#233;ration des mafias est, &#224; l'inverse, l'indice d'une crise profonde de ces soci&#233;t&#233;s, qui pourraient &#233;voluer &#224; leur mani&#232;re vers une situation proto-imp&#233;riale, o&#249; les marges internes ne cesseraient de prendre de l'importance et mineraient toute coh&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous assistons donc aujourd'hui moins au cr&#233;puscule de l'Occident qu'&#224; celui du XXe si&#232;cle, marqu&#233; par le volontarisme le plus d&#233;brid&#233; et le plus m&#233;canis&#233;, en d&#233;pit de tous ses &#233;checs retentissants depuis 1914. Le f&#233;tichisme de la technique continue de s'intensifier, en attendant de se d&#233;sagr&#233;ger sous le coup des p&#233;nuries &#233;nerg&#233;tiques et min&#233;rales. Si l'Occident se distanciait des illusions techniciennes de cette &#233;poque, il pourrait retrouver ses sources historiques. Mais la promesse de miracles techniques ind&#233;finis suffit &#224; dissuader les r&#233;actions historiques. Cette fascination pour le miracle technicien est devenu un facteur majeur dans la psychologie des masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les &#8220;&#233;lites&#8221; largement parasitaires (oligarchies &#233;conomiques, technocraties cyniques, contre-&#233;lite vivant encore des hallucinations du gauchisme culturel, et &#8220;militants culturels&#8221; recycl&#233;s dans l'industrie du divertissement), s'efforcent de cultiver la d&#233;testation des valeurs occidentales : les r&#233;publiques occidentales connaissent un enlisement institutionnel qui &#233;voque la d&#233;sagr&#233;gation de l'ancienne r&#233;publique romaine mourante. Leur m&#233;tabolisme spontan&#233; est paralys&#233; par ces &#233;tranges &#8220;&#233;lites&#8221; sociales, d&#233;termin&#233;es &#224; en finir avec les populations incommodes et dont la cr&#233;ativit&#233; historique et sociale fut incessante. L'involution oligarchique de l'Occident s'est pr&#233;cipit&#233;e depuis une quarantaine d'ann&#233;es, mais elle se d&#233;veloppe selon des logiques tr&#232;s disparates. Chaque nation a son propre rythme, bien que l'on puisse identifier une ligne de partage entre les soci&#233;t&#233;s dont les dirigeants consid&#232;rent leur propre population comme leur ennemi intime, au point de refuser tout destin commun avec elle, et celles o&#249; certains strates dirigeantes maintiennent la conscience explicite d'un avenir commun avec l'ensemble de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Occident manifeste l&#224; une originalit&#233; &#233;tonnante et suicidaire : dans les pr&#233;caires substituts d'empire que sont aujourd'hui les r&#233;gimes chinois, russes, n&#233;o-ottomans, perses, etc., les dirigeants dictatoriaux savent au moins qu'ils sont dans le m&#234;me bateau que la majeure partie de la soci&#233;t&#233; qu'ils dominent et instrumentalisent. Une telle conscience est ce que l'ensemble de la &#8220;gauche&#8221;, ralli&#233;e par les d&#233;bris des &#8220;droites&#8221; depuis les ann&#233;es 1980, rejette le plus visc&#233;ralement et ce qu'elle s'efforce de conjurer en assistant la s&#233;cession des &#233;lites locales, elles-m&#234;mes de plus en plus d&#233;labr&#233;es. Tout ce magma entend mener une nouvelle exp&#233;rimentation historique sans anesth&#233;sie sur des soci&#233;t&#233;s paralys&#233;es. Cette obstination est directement transpos&#233;e du fanatisme qui voulait imposer un &#8220;socialisme&#8221; qui toujours abouti au d&#233;sastre. Le signe le plus net de la mutation se trouve dans la fusion des politiques de &#8220;droite&#8221; et de &#8221;gauche&#8221; depuis une quarantaine d'ann&#233;es. Le n&#233;o-lib&#233;ralisme et le multi-culturalisme g&#233;n&#233;ralis&#233; qui s'efforcent de cr&#233;er de v&#233;ritables 'races administratives' &#224; l'instar des millet ottomans,&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Mike Gonzalez, &#8220;The Plot to change America. How Identity Politics is (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; sont les deux versants de cette conduite d'&#233;chec en cours de radicalisation cumulative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nations ne peuvent pas plus fusionner que les Cit&#233;s grecques car, dans les deux cas, ces entit&#233;s d&#233;pendent d'un substrat civilisationnel multipolaire, dont elles tirent leur dynamisme. Comment, si l'Occident parvenait &#224; s'unifier, pourrait-il conserver son habilet&#233; &#224; se transformer ? Il faudrait que les aires imp&#233;riales renaissantes alentour se transforment elles-m&#234;mes en &#8220;nations&#8221; de dimension continentale (seuls les &#201;tats-Unis sont dans ce cas &#224; l'&#233;tat natif). Une mosa&#239;que plan&#233;taire de telles &#8220;nations&#8221; continentales assurerait sans doute une p&#233;riode d'adaptation historique aussi riche que la Renaissance italienne, ou l'Europe westphalienne, mais une telle &#233;volution para&#238;t improbable. Tout le monde occidental est cens&#233; &#233;voluer vers une fragmentation fractale, tandis que les h&#233;ritiers d'empires territoriaux maintiennent leur quant-&#224;-soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#8220;marxisme culturel occulte syst&#233;matiquement le fait que c'est la premi&#232;re mondialisation qui a men&#233; &#224; la guerre de 30 ans (1914-1945). La mondialisation actuelle produit une &lt;strong&gt;tiers-mondialisation&lt;/strong&gt; du monde que l'on disait &#8220;d&#233;velopp&#233;&#8221;, et nourrit une guerre civile asym&#233;trique qui sature de plus en plus le champ historique. La situation est inextricable parce que les civilisations peuvent encore moins fusionner que les nations. Les castes dominantes en Occident sont fascin&#233;es par un engrenage suicidaire : rompre avec la communaut&#233; de destin nationale tout en tissant un r&#233;seau d'oligarchies sans attaches qui dissocierait son sort des couches populaires. Les bureaucraties russe ou chinoise, comme les strates n&#233;o-ottomanes, perses, ou hindoues observent avec incr&#233;dulit&#233; cette folie. Les oligarchies occidentales, &#224; l'instar du marxisme-l&#233;ninisme, se font technocrates de l'histoire. La proclamation des repr&#233;sentants des int&#233;r&#234;ts g&#233;n&#233;raux du prol&#233;tariat mondial dans les si&#232;cles des si&#232;cles est transpos&#233;e, en jouant sur l'hyst&#233;rie climatique, en d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts g&#233;n&#233;raux de la biosph&#232;re dans les si&#232;cles des si&#232;cles. Ce type de dispositif permettra de liquider n'importe quel groupe humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La perspective de d&#233;sagr&#233;gation mondiale, inscrite dans la p&#233;nurie tendancielle des sources d'&#233;nergie, est pour le moment ralentie par les capacit&#233;s de production et de transformation permises par les ressources encore pr&#233;sentes. Lorsque tout espoir de croissance sera &#233;teint (pour le moment, on en est revenu &#224; des taux l&#233;g&#232;rement inf&#233;rieurs &#224; ceux du XIXe si&#232;cle), comment emp&#234;cher que la forme empire ne reprenne ses tristes droits ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Chine et la Russie ont esp&#233;r&#233; militariser leur &#233;conomie dans un but de puissance et ont &#233;chou&#233; &#224; obtenir le niveau requis au fil des d&#233;cennies. La Chine profite de la fragmentation de l'Occident qui s'est pr&#233;cipit&#233; en ordre dispers&#233; pour acc&#233;der &#224; son immense &#8220;march&#233;&#8221;, quitte &#224; livrer ses brevets ou se les faire voler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'islam suit une voie totalement diff&#233;rente. Cette aire civilisationnelle d&#233;cr&#233;pie, incapable de se moderniser un tant soit peu, utilise la rente p&#233;troli&#232;re et gazi&#232;re pour pr&#233;lever un tribut sur l'ensemble des pays industrialis&#233;s (les &#201;tats-Unis y &#233;chappent de plus en plus gr&#226;ce au gaz et au p&#233;trole de schiste, mais cet exp&#233;dient aura le souffle court), tout en organisant une invasion de peuplement en Europe, source de grippage de plus en plus dysfonctionnel. Le tropisme naturel qui motive les communaut&#233;s musulmanes consiste &#224; infiltrer des soci&#233;t&#233;s allog&#232;nes pour les dominer. Les proc&#233;d&#233;s reposent sur un djihad implicite (surd&#233;linquance, viol des femmes autochtones, non voil&#233;es, noyautage des institutions). Les attaques ouvertement militaires sous forme de crimes de guerre contre des populations d&#233;sarm&#233;es viennent en compl&#233;ment de processus mol&#233;culaires imposant le caract&#232;re irr&#233;versible du changement. Il s'agit d'un partage du travail entre strat&#233;gies convergentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les milieux moteurs dans l'islam veulent non pas concurrencer l'Occident sur le terrain de l'industrie et de la puissance qui en d&#233;coule, c'est au-del&#224; des moyens de ces communaut&#233;s, mais capter les produits d'une industrie qui resterait servie par des Occidentaux r&#233;duits &#224; un statut inf&#233;rieur dans un cadre imp&#233;rial dont l'islam formerait la communaut&#233; politico-juridique privil&#233;gi&#233;e. Les technocrates europ&#233;ens, dont tous les paris strat&#233;giques ont fait naufrage depuis un si&#232;cle veulent piloter, ma&#238;triser et transfigurer une telle r&#233;gression !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une mosa&#239;que plan&#233;taire de succ&#233;dan&#233;s d'empires, rivaux et engag&#233;s dans des affrontements t&#244;t ou tard exterminateurs, utilisant l'Europe comme zone de colonisation et champ d'affrontement, appara&#238;t pour le moment comme la perspective la plus pertinente. Il est frappant de voir &#224; quel point l'&#233;pid&#233;mie en cours depuis l'automne 2019 (en Chine) et qui a gagn&#233; le monde entier en 2020 encourage et approfondit les processus de glissement de terrain historiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'extermination de masse est une arme typiquement imp&#233;riale : chaque phase d'accumulation primitive de pouvoir imp&#233;rial a &#233;t&#233; marqu&#233;e par des guerres apocalyptiques (l'empire mongol s'est constitu&#233; sur la mort de la moiti&#233; des Chinois, de m&#234;me que l'empire Moghol a prosp&#233;r&#233; en faisant des dizaines de millions de morts en Inde). La deuxi&#232;me guerre mondiale a d&#251; sa f&#233;rocit&#233; &#224; une phase de ce type : l'affrontement &#224; l'Est entre deux candidats &#224; l'empire plan&#233;taire fit dix fois plus de victimes que la guerre de 14-18, encore marqu&#233;e par une tr&#232;s relative retenue issue du XIXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une unification plan&#233;taire m&#232;nerait inexorablement &#224; un despotisme aggrav&#233; qui se pr&#233;senterait sous l'&#233;tiquette mensong&#232;re d'une &#8220;grande paix&#8221;. Un tel mensonge pour para&#238;tre plausible a besoin d'une &#233;norme catastrophe historique qui prive de m&#233;moire les populations dot&#233;es d'un sens historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plan&#232;te tout enti&#232;re semble donc pour le moment d&#233;river vers une situation de zone imp&#233;riale fragment&#233;e. Ce genre de configuration en &lt;strong&gt;ta&#239;fas&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;,&lt;/i&gt; c'est-&#224;-dire en morceaux d'empire pr&#233;tendant chacun &#224; la domination totale, est un sch&#233;ma correspondant &#224; une longue d&#233;cadence, &#224; peine moins sinistre qu'une unification totale. C'est dans l'usure et le g&#226;chis historique que l'effet gravitaire du temps fait &#233;voluer de telles configurations g&#233;opolitiques selon la logique de la force brute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paris, le 21 mai 2021&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1124-Criteres-de-comparaison-entre-les-principaux-regimes-totalitaires' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Voir l'arrticle suivant : &#171; &lt;i&gt;Crit&#232;res de comparaison entre les principaux r&#233;gimes totalitaires&lt;/i&gt; &#187; &lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Un tel enkystement dans un mensonge irr&#233;versible parce que trop &#233;norme pour &#234;tre un jour admis se retrouve aujourd'hui dans le volontarisme qui veut croire possible une greffe de l'islam sur les nations d'Occident.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Elie Hal&#233;vy, principal historien du socialisme constatait en 1937, ann&#233;e de son d&#233;c&#232;s, &#224; son grand accablement, que le &#8220;national-socialisme&#8221; &#233;tait bel et bien un mouvement de gauche. L'&#233;tranget&#233; du nazisme fut de pr&#233;tendre domestiquer la brutalit&#233; artificielle du socialisme par la r&#233;f&#233;rence nationale. Mais cette improvisation montra son inconsistance en instrumentalisant la r&#233;f&#233;rence nationale pour l'asservir &#224; un projet d'empire racial, ce qui fut &#233;clatant en 1944-1945, lors de la phase finale du IIIe Reich, moment o&#249; le r&#233;gime parvint &#224; r&#233;aliser son projet d&#233;cisif d'absorption de l'&#201;tat par le Parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mussolini, qui avait &#233;t&#233; la figure du proue du maximalisme socialiste italien avant 1914, &#233;tait impr&#233;gn&#233; des id&#233;ologies de gauche extr&#234;me et les utilisa pour constituer son r&#233;gime, qu'il pr&#233;sentait, avec quelque exag&#233;ration, comme &#8220;totalitaire&#8221;. Mais l'intention &#233;tait bien l&#224;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;p.141 de l'&#233;dition Aden Belgique de 1992&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt; Une remarque d'Adorno sur la p&#233;rennit&#233; de l'antis&#233;mitisme au-del&#224; de l'existence m&#234;me d'une population juive est ironiquement transposable pour la p&#233;rennit&#233; d'un antifascisme en l'absence de mouvement fasciste : &lt;/i&gt;&#8220;L'antis&#233;mitisme a surv&#233;cu aux juifs et c'est ce qui lui donne son c&#244;t&#233; spectral&#8221;&lt;i&gt; (in &lt;/i&gt;Le nouvel extr&#233;misme de droite, &lt;i&gt;1967, &lt;/i&gt;&#233;d. Climats, oct. 2019)&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Les &#8220;acteurs&#8221; jouent un r&#244;le phare dans le clerg&#233; de l'industrie du divertissement et constituent souvent une caisse de r&#233;sonance des aberrations &#233;mergentes. La proclamation affich&#233;e par certains d'entre eux qu'ils ont 'honte d'&#234;tre blancs' est un sympt&#244;me r&#233;v&#233;lateur.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Cette revendication d'&#8220;engagement&#8221; sans pr&#233;dicat, c'est-&#224;-dire sans enracinement concret ni cons&#233;quence autre que des d&#233;nonciations aussi vertueuses qu'abstraites, depuis l'abri confortable d'un poste de fonctionnaire, est le signe de reconnaissance des intellocrates et du clerg&#233; de l'industrie culturelle et universitaire depuis Sartre et Heidegger.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt; Il est singulier de devoir rappeler ce qu'Orwell identifiait dans &lt;/i&gt;Le Quai de Wigan &lt;i&gt;en 1937 comme les contorsions farfelues d'un gauchisme intellectuel vivotant d&#233;j&#224; dans l'ombre d'un mouvement ouvrier de plus en plus malade de son enlisement. Cette gamme de th&#233;ories bizarres, qui favorisait le sursaut des noyaux fascistes, est devenue depuis une v&#233;ritable entreprise industrielle (th&#233;orie du genre, &#8220;v&#233;ganisme&#8221;, pr&#233;conisation de l'&#8220;avortement post-natal&#8221;, d&#233;nonciation des exp&#233;rimentations sur les animaux, mais pour transf&#233;rer ces op&#233;rations sur des humains, etc.) Voir le livre de Jean-Fran&#231;ois Braunstein, &lt;/i&gt;La Philosophie devenue folle&lt;i&gt;, &#233;d. Grasset, 2018, qui &#233;claire l'ampleur de ces d&#233;lires.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Voir &#224; ce sujet l'ouvrage de Jean-Pierre Rioux, &lt;/i&gt;La France coloniale sans fard ni d&#233;ni,&lt;i&gt; &#233;d. Archipoche sept. 2019 (r&#233;&#233;d. d'un livre de 2011).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt; L'ouvrage de Jane Burbank et Frederick Cooper, &lt;/i&gt;&#8220;Empires, de la Chine ancienne &#224; nos jours&#8221;, &lt;i&gt;&#233;d. Payot, 2011,&lt;/i&gt; &lt;i&gt;constitue une esp&#232;ce de manifeste &#233;logieux de la forme imp&#233;riale, au point que les &#8220;nations&#8221; sont consid&#233;r&#233;es comme n'ayant jamais vraiment exist&#233; ! &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ce chiffre correspond au substrat social et historique corr&#233;l&#233; aux deux variantes du christianisme, catholique et protestante, en Europe et en Am&#233;rique du nord.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Voir Mike Gonzalez, &lt;/i&gt;&#8220;The Plot to change America. How Identity Politics is Dividing the Land of the Free&#8221;,&lt;i&gt; Encounter Books, 2020&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Cit&#233;s, Empires, Nations (2/3)</title>
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		<dc:date>2022-11-09T11:09:06Z</dc:date>
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		<dc:subject>Fargette G.</dc:subject>
		<dc:subject>G&#233;opolitique</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
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		<dc:subject>Totalitarisme</dc:subject>

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&lt;p&gt;Partie pr&#233;c&#233;dente disponible ici (.../...) 7. Le sabordage de la soci&#233;t&#233; de consommation Le XXe si&#232;cle a connu, dans sa seconde partie, un sursaut &#224; partir de la constellation des nations occidentales, regroup&#233;es autour des &#201;tats-Unis, face &#224; la menace repr&#233;sent&#233;e par l'empire sovi&#233;tique. Cela leur a permis, apr&#232;s la d&#233;faite sans retour du r&#233;gime national-socialiste et de son affid&#233; fasciste, d'user lentement, par l'endiguement, cet empire qui s'est av&#233;r&#233; incapable d'affronter sur le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1121-Cites-Empires-Nations' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Partie pr&#233;c&#233;dente disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;7. Le sabordage de la soci&#233;t&#233; de consommation &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le XXe si&#232;cle a connu, dans sa seconde partie, un sursaut &#224; partir de la constellation des nations occidentales, regroup&#233;es autour des &#201;tats-Unis, face &#224; la menace repr&#233;sent&#233;e par l'empire sovi&#233;tique. Cela leur a permis, apr&#232;s la d&#233;faite sans retour du r&#233;gime national-socialiste et de son affid&#233; fasciste, d'user lentement, par l'endiguement, cet empire qui s'est av&#233;r&#233; incapable d'affronter sur le long terme le dynamisme de soci&#233;t&#233;s &#8220;libres&#8221;, o&#249; tout ce qui n'est pas interdit est permis, &#224; l'inverse d'un r&#233;gime totalitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce succ&#232;s historique a eu lieu malgr&#233; l'esprit de sabordage croissant distill&#233; par la caste des intellocrates occidentaux, de plus en plus arrogante &#224; partir des ann&#233;es 1930&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La trajectoire d'un Julien Benda, qui publia en 1927 &#8220;La Trahison des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces grands esprits se sont invariablement tromp&#233;s sur le sens effectif de l'histoire, mais ils ont fi&#232;rement d&#233;clar&#233; &lt;strong&gt;pr&#233;f&#233;rer se tromper avec Sartre qu'&#234;tre lucide avec Raymond Aron !&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;L'h&#233;ritage des r&#233;gimes totalitaires exerce donc ses effets nocifs bien au-del&#224; de leur pr&#233;sence imm&#233;diate dans ce XXe si&#232;cle, tant du point de vue territorial que temporel. Le sabotage tenace de toute description des particularit&#233;s caract&#233;risant la &#8220;logique interne&#8221; du totalitarisme repose sur le vacarme aussi tenace que fielleux des &#8220;progressistes&#8221;, qui en sont des partisans sournois. Ils n'ont jamais &#8220;dig&#233;r&#233;&#8221; le naufrage historique de l'utopie socialiste qu'ils affectent d'ignorer, tout en reprenant sa logique : d&#233;truire les structures sociales existantes pour ne les remplacer par rien d'autre qu'un despotisme illimit&#233;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis les ann&#233;es 1980, les r&#233;flexes pavloviens du marxisme-l&#233;ninisme, d&#233;guis&#233;s en stalino-gauchisme ou en gauchisme culturel, poursuivent imperturbablement leur travail de sape et pr&#233;tendent converger avec le multiculturalisme anglo-saxon, qui est pourtant d&#233;clar&#233; en faillite dans ses terres d'origine, d&#232;s lors qu'il a tent&#233; de s'appliquer non seulement aux populations occidentales qui convergeaient dans le creuset am&#233;ricain mais &#224; celles qui provenaient de n'importe quelle civilisation. La faillite de l'hallucination socialiste ne les a en rien d&#233;courag&#233;s ni amen&#233;s &#224; faire la paix avec la r&#233;alit&#233;. Au contraire. Ils se sont au fond repli&#233;s sur un objectif qui leur tient lieu d'id&#233;al : il s'agit de d&#233;truire les soci&#233;t&#233;s occidentales, qui ont &#233;t&#233; nettement moins pires que les tueurs de masse d'ouvriers et de paysans. Tous les alli&#233;s qui peuvent contribuer &#224; cet objectif leur convient, de l'islam, qui vise ce r&#233;sultat depuis 14 si&#232;cles, jusqu'aux racialistes. L'artifice consistant &#224; inventer et &#224; voir partout des &#8220;fascistes&#8221; et des &#8220;racistes&#8221; les a tous contamin&#233;s. Ils insinuent qu'ils ont affaire &#224; des &#8220;nazis&#8221;, mais ce dernier terme doit rester implicite &#224; l'instar de la propagande sovi&#233;tique, parce qu'il &#233;voquait d'un peu trop pr&#232;s la nature du &lt;i&gt;&#8220;&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;socialisme dans un seul pays&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;&#8221; &lt;/i&gt;de Staline. Cette m&#233;thode est faite d'insinuations rabiques et d'amalgames autoritaires : de &#8220;rouge-brun&#8221; &#224; &#8220;naus&#233;abond&#8221;, en passant par l'in&#233;narrable &#8220;extr&#234;me-droite&#8221;. Il ne s'agit jamais de d&#233;crire une r&#233;alit&#233; mais d'&#233;mettre des jugements qui se veulent performatifs, afin de rendre &#8220;nazis&#8221; ou &#8220;racistes&#8221; ceux qui sont ainsi vis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La langue de bois, amollie &#224; partir des ann&#233;es 1980 en langue de caoutchouc, a donc trouv&#233; son nouveau terrain dans la traque de &#8220;racistes&#8221; imaginaires ou minuscules. Elle d&#233;nonce ce que ses utilisateurs pratiquent eux-m&#234;mes abondamment. Cette inversion sert d'&#233;cran &#224; l'identification de leur comportement effectif, proc&#233;d&#233; nodal du marxisme-l&#233;ninisme. Conform&#233;ment &#224; ce pr&#233;c&#233;dent, les prot&#233;g&#233;s racialistes posent aux professionnels de l'antiracisme tout en ambitionnant d'assassiner les &#8220;Blancs&#8221; et m&#234;me de les exterminer &lt;i&gt; : &lt;/i&gt;&lt;strong&gt;&#8220;gazer les Blancs&#8221;, &lt;/strong&gt;selon Hafsa Askar, ancienne bureaucrate de l'UNEF pass&#233;e au nouveau syndicat stalino-gauchiste des &#8220;&#201;tudiants&#8221;, ou &#8220;massacrer les Blancs&#8221; selon les aboiements obsessionnels de certains rappeurs qui b&#233;n&#233;ficient de la complaisance des plus hautes autorit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette double-pens&#233;e tr&#232;s &#233;tudi&#233;e prolonge les m&#233;canismes sovi&#233;tiques qui assuraient fonder une d&#233;nonciation absolue de l'in&#233;galit&#233; sociale tout en instituant une forme industrialis&#233;e d'esclavage et de massacre, c'est-&#224;-dire une in&#233;galit&#233; infinie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;8. Tocqueville et l'&#233;galisation des conditions&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Frapp&#233; par les &#233;v&#233;nements de la R&#233;volution am&#233;ricaine puis de la R&#233;volution fran&#231;aise, Tocqueville constatait que la propension &#224; l'&#233;galisation des conditions (c'est-&#224;-dire l'homog&#233;n&#233;isation des statuts personnels et non des niveaux de richesse) s'inscrivait dans un mouvement historique d'ensemble, qu'il qualifiait de &#8220;d&#233;mocratique&#8221;. Celui-ci ne se r&#233;duisait pas &#224; l'apparition d'un r&#233;gime dans un ou deux pays, mais constituait une mutation historique qui transcendait les fronti&#232;res et les traditions. Cette inflexion historique &#233;tait communicative dans le cadre des pays occidentaux, mais Tocqueville manquait cette restriction qui &#233;chappait &#224; tous ses contemporains et demeura n&#233;buleuse jusque dans les ann&#233;es 1950, bien que les ennemis de l'Occident en aient &#233;t&#233; confus&#233;ment et rageusement conscients (comme en Russie, chez les &#8220;populistes&#8221; du XIXe si&#232;cle, cette arri&#232;re-boutique passionnelle du marxisme-l&#233;ninisme, dont le mot d'ordre &#233;tait : &lt;strong&gt;&#8220;d&#233;truire l'Occident pourri&#8221;&lt;/strong&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hors d'Occident, l'autonomisation de la figure de l'individu est un embarras et la fondation d'un corps politique souverain de co-auteurs de la loi est absolument exclue, car elle pr&#233;sente un risque d'anomie que les communaut&#233;s extra-occidentales n'ont jamais su ni affronter, ni mettre en forme, et encore moins rendre fertile. Cette mutation est pour elles synonyme de chaos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la mesure o&#249; le statut de citoyen est en soi un blasph&#232;me particuli&#232;rement grave aux yeux de l'orthodoxie coranique, l'expression &lt;i&gt;&#8220;&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;r&#233;publique islamique&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;&#8221; &lt;/i&gt;constitue une contradiction dans les termes. Cet intitul&#233; est tout aussi mensonger que chacune des quatre lettres du sigle URSS, qui ne fut ni une &#8220;union&#8221;, ni une &#8220;r&#233;publique&#8221;, ni &#8220;socialistes&#8221; (au sens du XIXe si&#232;cle, c'est-&#224;-dire avant l'invention du goulag qui a infl&#233;chi le sens de ce terme sans retour), ni &#8220;sovi&#233;tiques&#8221;, puisque les organes de d&#233;lib&#233;ration spontan&#233;s furent tous imm&#233;diatement gangren&#233;s par la bureaucratie naissante et r&#233;prim&#233;s, voire &#233;cras&#233;s, quand ils refus&#232;rent de se soumettre aux d&#233;crets des commissaires politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;matique de &#8220;&lt;strong&gt;citoyen du monde&lt;/strong&gt;&#8221;, qui sert d'alibi &#224; la bien-pensance contemporaine, rel&#232;ve dans le meilleur des cas de l'infantilisme et dans le pire, de l'escroquerie : le corps politique de &#8220;citoyens&#8221; constitu&#233;s en entit&#233; souveraine &#224; l'&#233;chelle plan&#233;taire est un fantasme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc revenir sur les motivations des Lumi&#232;res, les incertitudes du XIXe si&#232;cle, et les sp&#233;cificit&#233;s des formes de regroupements humains qui s'&#233;tagent des Cit&#233;s aux Nations et aux Empires pour prendre la mesure du XXe si&#232;cle. Les proph&#232;tes de son d&#233;passement mythique n'en finissent pas de polluer l'histoire. Le progressisme m&#233;canique est un r&#233;gressisme arrogant, expression obs&#233;dante du d&#233;ni devant ce naufrage. Il repose sur un &lt;i&gt;credo&lt;/i&gt; en forme de village Potemkine, qui s'accommode de tous les r&#233;gimes, sauf de ceux qui pr&#233;sentent encore des libert&#233;s concr&#232;tes. Jusqu'o&#249; ses partisans pourront-ils amplifier ces mensonges d&#233;sormais aussi dominants que creux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;9. Prendre la mesure de l'innovation totalitaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. Castoriadis, dont la lucidit&#233; d&#232;s 1947 sur la nature des r&#233;gimes sovi&#233;tiques ne peut &#234;tre mise en doute, a longtemps admis une dimension de la vulgate de la gauche fondamentale qui voulait voir dans le nazisme la forme la plus accomplie de totalitarisme (l&#224; encore pesait le pr&#233;jug&#233; sur la sup&#233;riorit&#233; en tout de l'Occident, , qui aurait &#233;t&#233; la source du totalitarisme)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Les Carrefours du Labyrinthe, t. II, p.209, o&#249; Castoriadis consid&#233;rait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pourtant cet auteur a formul&#233; une s&#233;rie de remarques tout &#224; fait diff&#233;rentes, rest&#233;es non publi&#233;es jusqu'en 2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8220;Ce que L&#233;nine, sans le savoir-vouloir, a cr&#233;&#233; et install&#233; en Russie, a &#233;t&#233; le premier &#201;tat totalitaire moderne tant bien que mal imit&#233; par la suite, faiblement par le fascisme, moins faiblement par le nazisme qui est quand m&#234;me toujours rest&#233; inf&#233;rieur &#224; son mod&#232;le. Le terme &#8220;&#201;tat&#8221; est ici une concession &#224; la terminologie traditionnelle. L'&#339;uvre de L&#233;nine a &#233;t&#233; la cr&#233;ation d'un parti exer&#231;ant le pouvoir comme aucun autre auparavant dans l'histoire, et d'un Parti dominant l'&#201;tat pour lequel l'&#201;tat ne devait &#234;tre qu'un souple instrument : le Parti devait dominer, et a en fait domin&#233;, la soci&#233;t&#233;, l&#224; m&#234;me o&#249; l'&#201;tat n'avait, en fait ou en droit, aucun r&#244;le : qu'il s'agisse de r&#233;pression et d'extermination des opposants vrais ou fictifs, ou qu'il s'agisse de &#8220;l'impulsion&#8221; &#8212; productive, militaire, id&#233;ologique &#8212;, au Parti a toujours appartenu non seulement la &#8220;direction&#8221; et l'&#8220;orientation&#8221;, mais le contr&#244;le le plus d&#233;taill&#233; de l'application et m&#234;me, le plus souvent, l'ex&#233;cution en fait directe (le responsable du Parti portant pour l'occasion la casquette du &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;fonctionnaire de l'&#201;tat) de la politique suivie&#8221;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pages tir&#233;es de la version dactylographi&#233;e de la deuxi&#232;me partie d'un texte (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Castoriadis se demande m&#234;me si le concept de &#8220;totalitarisme&#8221; n'affaiblit pas l'originalit&#233; calamiteuse du r&#233;gime sovi&#233;tique, qui g&#238;t dans sa profonde modification du r&#244;le de l'&#201;tat : &lt;strong&gt;&#8220;ce que le totalitarisme communiste stalinien effectue, c'est la destruction de la soci&#233;t&#233; civile et la destitution de l'&#201;tat (...). La soci&#233;t&#233; russe a r&#233;alis&#233;, on peut dire, la vue la plus &#8220;marxiste vulgaire&#8221; du r&#244;le et de la nature de l'&#201;tat : l'&#201;tat est un simple outil au service de la strate dominante de la soci&#233;t&#233;, le Parti&#8221;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;T. Snyder &#233;claire cet aspect d'une autre fa&#231;on, dans &#8220;Terre Noire&#8221;. Cette (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;chec militaire est d&#233;flagrant pour les r&#233;gimes totalitaires puisque leur l&#233;gitimit&#233; provisoire, &#224; l'instar des empires, d&#233;pend d'une expansion guerri&#232;re constante et d'une imbrication des &#233;chelles de souverainet&#233; int&#233;rieures et ext&#233;rieures. Ils &#233;taient certains que leur succ&#232;s d&#233;pendrait d'un d&#233;veloppement &#233;conomique capable de d&#233;passer celui des nations occidentales, seules entit&#233;s devenues capables de &#8220;d&#233;veloppement&#8221;. Le Japon a pu entreprendre un effort parall&#232;le &#224; celui de l'Occident, apr&#232;s la d&#233;faite de 1945, mais avec l'assistance am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Chine, qui avait pour objectif primordial le rejet des entreprises de conqu&#234;te &#233;trang&#232;re, a r&#233;ussi &#224; op&#233;rer un retournement pragmatique dans sa m&#233;thode, en se faisant l'atelier du monde &#224; partir de la fin des ann&#233;es 1970. Comprenant qu'elle n'&#233;tait pas menac&#233;e de conqu&#234;te, et que les op&#233;rations de terreur r&#233;currente ne produisaient qu'un immense g&#226;chis, elle a &lt;strong&gt;&#233;mul&#233;&lt;/strong&gt; &#224; la mani&#232;re du Japon de Meiji et de la diaspora chinoise (Singapour, Hong-Kong, Ta&#239;wan) les m&#233;canismes capitalistes que le totalitarisme offensif avait cru d&#233;passer d'un coup dans le cadre gris&#226;tre d'une militarisation de l'&#233;conomie. Cette Chine ne peut ni ne veut renoncer &#224; sa nature d'empire en expansion permanente, comme le montre son projet &lt;strong&gt;&#8220;ceinture et route&#8221;&lt;/strong&gt; scandaleusement traduit avec complaisance dans certaines langues occidentales par &lt;strong&gt;&#8220;nouvelles routes de la soie&#8221;&lt;/strong&gt;. Pour l'empire du Milieu, l'ouverture simul&#233;e de l'&#233;conomie chinoise (m&#234;me sa monnaie n'en est pas une) est une gigantesque NEP parfaitement r&#233;versible. Le projet marxiste-l&#233;niniste revient &#224; la surface depuis 2013&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Alice Ekman, &#8220;Rouge Vif, l'Id&#233;al communiste chinois&#8221;, &#233;d. de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paradoxe majeur qui p&#232;se sur la situation plan&#233;taire tient &#224; l'inexorable diminution globale des ressources &#233;nerg&#233;tiques et min&#233;rales, ce qui n'implique pas la fin des projets imp&#233;riaux, au contraire. Cette attrition g&#233;n&#233;rale est la condition de survie des projets imp&#233;riaux ou &#8220;sur-imp&#233;riaux&#8221;, c'est-&#224;-dire plan&#233;taires, et implique la st&#233;rilisation pr&#233;alable de la cr&#233;ativit&#233; des soci&#233;t&#233;s occidentales, seules nations effectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La destruction des nations est devenue un objectif explicite de l'ONU (sigle dont le sens devenu paradoxal est pourtant : &lt;strong&gt;&#8220;Organisation des Nations Unies&#8221;&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; !)&lt;/i&gt;, qui donne la priorit&#233; aux formations imp&#233;riales en se r&#233;f&#233;rant &#224; la dimension strictement quantitative de la d&#233;mographie, facteur typique de glissement de terrain historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;10. La forme empire a franchi le mur de l'industrialisation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;coupage de certaines grandes p&#233;riodes historiques incite &#224; poser une coupure qualitative absolue entre elles. Ainsi l'&#233;poque n&#233;olithique constituerait une innovation soudaine sans maturation pr&#233;alable. Le fait que tout l'outillage n&#233;olithique ait &#233;t&#233; invent&#233; dans les 20 000 ans qui pr&#233;c&#232;dent par les groupes humains de chasseurs-cueilleurs s&#233;dentaires (cela commence au Gravettien et sans doute &#224; l'Aurignacien), est tout juste compris aujourd'hui. Le facteur externe &#224; ces groupes humains qui d&#233;pendait de l'existence d'esp&#232;ces domesticables (v&#233;g&#233;tales ou animales) fit la diff&#233;rence au Proche-Orient, m&#234;me si la domestication du chien semble avoir commenc&#233; avant le n&#233;olithique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va de m&#234;me de la coupure induite par la &#8220;r&#233;volution industrielle&#8221; qui semblait d&#233;finir un saut qualitatif absolu de l'histoire humaine. De fait, le totalitarisme s'&#233;claire si l'on y voit le retour de logiques imp&#233;riales &lt;strong&gt;sur une base industrielle&lt;/strong&gt;, toujours indigente. L'originalit&#233; des nations occidentales fut loin d'&#234;tre d&#233;termin&#233;e par l'&#233;tat de la technique. Les grandes r&#233;volutions &#233;mancipatrices ont toutes eu lieu avant le bouleversement industriel que l'engrenage des rivalit&#233;s de puissance a ensuite rendu irr&#233;versible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement aux th&#232;ses de la vulgate sur le nazisme, le totalitarisme n'est pas un signe de modernit&#233; paradoxale, mais de r&#233;gression offensive&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir les divagations de Zygmunt Baumann, Modernit&#233; et Holocauste, 2001, La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, que les r&#233;gimes totalitaires ont r&#233;ussi &#224; ancrer dans l'histoire du XXe si&#232;cle &#224; l'encontre des tendances profondes du monde occidental, notamment parce que les logiques qui fondaient cette civilisation capable d'un rayonnement mondial se sont affaiblies. La cause g&#238;t dans la premi&#232;re &#8220;mondialisation&#8221; qui mena &#224; la conflagration de 1914. Cette premi&#232;re &#8220;mondialisation&#8221; a produit des effets d&#233;l&#233;t&#232;res de deux fa&#231;ons : le rayon d'action des mesures compensatrices du chaos capitaliste provenaient des caract&#233;ristiques de la sph&#232;re nationale. La globalisation qui a d&#233;bord&#233; de l'Occident a rendu encore plus incontr&#244;lable le processus&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Avec le recul, on peut dire que Hitler a litt&#233;ralement orientalis&#233;, voire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;volution constitue une r&#233;ponse de longue haleine aux r&#233;volutions occidentales qui avaient aboli l'Ancien R&#233;gime et au surcro&#238;t de puissance qui en est r&#233;sult&#233;. L'Ancien r&#233;gime reposait d&#233;j&#224;, &#224; travers les Ordres, sur des soci&#233;t&#233;s et non des communaut&#233;s o&#249; l'individu est r&#233;duit &#224; une fonction du groupe et o&#249; le &#8220;droit&#8221; concerne les groupes d'appartenance ethnique ou religieuse. Les r&#233;gimes totalitaires ont d'abord surgi d'&#233;branlements sociaux immenses, mais ils ont finalement abouti &#224; r&#233;inscrire dans l'&#233;poque contemporaine l'&#233;crasement syst&#233;matique des r&#233;voltes et des mouvements sociaux, et m&#234;me de toute &#233;volution autonome dans le corps social. Il s'agit d'une amplification des caract&#233;ristiques les plus notables des r&#233;gimes imp&#233;riaux, qui ont toujours su utiliser des m&#233;thodes implacables pour interdire toute &#233;mancipation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est ce que Karl Wittfogel tentait d'&#233;lucider, comme l'avait not&#233; P. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le messianisme sovi&#233;tique, r&#233;sultat de la greffe de leviers totalitaires sur l'autocratie tsariste, a invent&#233; une stup&#233;fiante capacit&#233; &#224; dissocier les mots de leur sens pour les r&#233;duire &#224; une dimension d'affects automatiques. Aujourd'hui, ses h&#233;ritiers utilisent les accusations de &#8220;fascisme&#8221;, de &#8220;racisme&#8221;, ou d'&#8220;islamophobie&#8221;, en les d&#233;connectant de tout contenu substantiel (l'adjectif &#8220;syst&#233;mique&#8221; est r&#233;v&#233;lateur de l'imposture) afin de lancer un signal de r&#233;pression rabique, &#224; la mani&#232;re d'un anath&#232;me religieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;11. Le levier de la destruction &#8220;industrialis&#233;e&#8221; des processus d&#233;mocratiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les processus totalitaires ne sont analysables qu'&#224; la condition d'en d&#233;finir les caract&#233;ristiques au-del&#224; de leurs avatars particuliers. Une diff&#233;rence frappante s&#233;pare la &#8220;d&#233;mocratie&#8221; entendue au sens flou de Tocqueville et &#8220;les r&#233;gimes totalitaires&#8221; apparus au XXe si&#232;cle : la premi&#232;re correspond &#224; l'instauration de r&#233;gimes r&#233;guliers et durables, en rupture avec les pass&#233;s absolutistes et leur f&#233;tichisme des diff&#233;rences statutaires dans des formations historiques o&#249; la tension entre l'individu et le groupe devient l&#233;gitime et m&#234;me source d'orientation permanente des opinions et des d&#233;cisions, tandis que les seconds reposent sur des moments mill&#233;naristes provisoires (quelques ann&#233;es pour le Cambodge, une g&#233;n&#233;ration pour la Chine mao&#239;ste, et jusqu'&#224; deux g&#233;n&#233;rations pour le r&#233;gime sovi&#233;tique n&#233; en 1917, qui a surv&#233;cu laborieusement apr&#232;s 1953). Ces flamb&#233;es mill&#233;naristes &#224; l'allure d'&#233;pid&#233;mies mentales finissent par s'&#233;puiser et se replient aujourd'hui vers une routine bo&#238;teuse de mod&#232;les imp&#233;riaux au rabais, d'autant plus pr&#233;caires que seule l'expansion quantitative et g&#233;ographique illimit&#233;e pourrait leur apporter une consistance provisoire. De nos jours, un v&#233;ritable empire ne serait viable (sur 120-130 ans au plus, soit trois g&#233;n&#233;rations, comme l'analysait Ibn Khaldoun) qu'&#224; la condition d'atteindre une dimension plan&#233;taire. M&#234;me s'il parvenait &#224; n'avoir plus de &#8220;marges&#8221; ext&#233;rieures, il nourrirait en son sein des dissidences criminelles, tels les &#8220;Turbans Rouges&#8221; de la Chine, qui finirent par dissoudre l'empire pour le reconstituer &#224; leur profit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Gabriel Martinez-Gros avec son analyse des formes imp&#233;riales.&#034; id=&#034;nh5-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La prolif&#233;ration des mafias en de nombreux points du monde est le signe que ce type de processus historique est &#224; l'&#339;uvre..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;gimes sovi&#233;tiques sont all&#233;s jusqu'au bout de leurs aberrations pour constater qu'ils ne faisaient pas le poids devant l'Occident pris comme un tout. Mais aujourd'hui le terrain anthropologique extra-occidental demeure plus que jamais propice &#224; une logique imp&#233;riale. Et l'Occident lui-m&#234;me subit une pression multiple en ce sens&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir la brochure n&#176;23 de Lieux Communs (mars 2018) qui explore cette id&#233;e, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le plus frappant, c'est que ni la Russie ni la Chine n'ont r&#233;ussi &#224; d&#233;passer le r&#233;gime totalitaire qui les a emport&#233;es. Le d&#233;veloppement de leur base industrielle n'&#233;taient pour eux pensable que dans une perspective de puissance et d'expansion, alors qu'en Occident la puissance est une cons&#233;quence du fonctionnement de la soci&#233;t&#233;, et non la motivation centrale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Malgr&#233; leurs guerres r&#233;currentes mais espac&#233;es dans le temps, les nations (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On affecte de croire que les r&#233;gimes totalitaires russes et chinois ne furent que de mauvais r&#234;ves d&#233;sormais achev&#233;s. Mais ceux-ci se sont &#233;puis&#233;s sans avoir &#233;t&#233; abattus ni par une r&#233;volte lib&#233;ratrice ni par une invasion militaire d&#233;cisive, qui &#233;tait hors d'atteinte&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La dimension militaire est l'obsession de tout projet imp&#233;rial, puisqu'il (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans le cas de l'&#233;chec sovi&#233;tique final, il n'y a eu ni &#233;volution, ni transition, ni r&#233;volution. Ses traits les plus consternants se sont &#233;vapor&#233;s sans insurrection de masse, sous la forme d'un glissement de terrain historique, alors que toutes les oppositions avaient &#233;t&#233; m&#233;thodiquement &#233;cras&#233;es. A chaque fois, celles-ci n'avaient pu surgir qu'&#224; la faveur de tol&#233;rances venues d'en-haut, tactiques d&#233;cid&#233;es &#224; l'initiative de certaines factions au pouvoir, m&#234;me si elles ne ma&#238;trisaient pas toujours l'issue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas chinois, qui bascule &#224; partir de la fin des ann&#233;es 1970 dans une instrumentalisation des m&#233;canismes capitalistes n'a pu conna&#238;tre une certaine r&#233;ussite que parce que la Chine s'est trouv&#233;e en position de &lt;i&gt;monopsone&lt;/i&gt; dans l'offre de main-d'&#339;uvre au niveau mondial&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Erik Izraelewicz, &#8220;Quand la Chine change le monde&#8221;, &#233;d. Grasset &amp; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ce qui a tout &#224; coup transform&#233; la fragmentation du monde occidental de source de dynamisme paradoxal (Montesquieu avait d&#233;j&#224; identifi&#233; cet aspect qui soulignait le caract&#232;re ext&#233;rieur de la civilisation occidentale au monde des empires) en facteur d'affaiblissement colossal. Elles ont cru qu'elles conserveraient toujours une longueur d'avance dans l'innovation technique, sans imaginer que les diasporas chinoises, notamment aux &#201;tats-Unis, serviraient de cheval de Troie : la majorit&#233; des salari&#233;s de la &lt;i&gt;Silicon Valley&lt;/i&gt; sont aujourd'hui d'origine chinoise. Les nations occidentales qui perdurent pourtant, quoi qu'en pensent les id&#233;ologues, se sont lanc&#233;es dans une comp&#233;tition suicidaire pour offrir leurs services, leurs savoir-faire, leurs brevets, &#224; un &#201;tat chinois plac&#233; soudain au centre du jeu, et qui s'est permis de bafouer toutes les r&#232;gles qu'il affectait de rallier. Cette erreur strat&#233;gique est le fait des couches sup&#233;rieures occidentales qui ont saisi cette occasion pour se dissocier de tout destin commun avec les populations de leurs nations respectives. Les couches socialement dominantes demeuraient fid&#232;les &#224; leur nation dans le cadre de la seule multipolarit&#233; europ&#233;enne. Dans le cas &#233;tasunien, la menace nazie, japonaise, puis sovi&#233;tique, avait jou&#233; le m&#234;me r&#244;le. Non seulement la fragmentation de la civilisation occidentale s'est donc transform&#233;e en facteur de faiblesse, mais la s&#233;dition des &#233;lites locales a rendu irr&#233;versible une fragmentation interne des nations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fuite en avant d&#233;mographique qui caract&#233;rise le monde musulman, l'Inde et l'Afrique subsaharienne, associ&#233;e &#224; la perspective de l'&#233;puisement des ressources &#233;nerg&#233;tiques et min&#233;rales et des limites aux prodiges m&#233;dicaux, etc., formalise le cadre de l'histoire actuelle. La grande m&#234;l&#233;e des peuples que Toynbee annon&#231;ait d&#232;s la fin des ann&#233;es 1940&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir A. Toynbee, &#8220;L'Islam, l'Occident et l'avenir&#8221;, &#233;d. des Malassis, 2013 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est l&#224;, et la d&#233;sagr&#233;gation interne de toutes les civilisations en est la signature &#233;nigmatique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Amin Maalouf, &#8220;Le Naufrage des Civilisations&#8221;, Grasset, 2018, qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais seule la civilisation occidentale se voit trahie de l'int&#233;rieur par ses diverses couches dirigeantes, de plus en plus parasitaires et cyniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;12. L'Occident n'a cess&#233; de bousculer les autres civilisations depuis la r&#233;sistance victorieuse de la Gr&#232;ce &#224; l'empire perse.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les entit&#233;s extra-occidentales se sont longtemps content&#233;es d'imiter les seuls aspects li&#233;s &#224; la source de l'indiscutable efficacit&#233; des processus de puissance en Occident, qui ont connu un saut qualitatif &#224; partir de la Renaissance. L'historien A. Toynbee, l&#224; encore, avait d&#233;crit &#224; quel point cette ambition de mim&#233;tisme seulement militaire (comme pour l'empire ottoman) &#233;tait insuffisante. Les r&#233;gimes &#8220;sovi&#233;tiques&#8221; ont bricol&#233; une solution plus sophistiqu&#233;e : un volontarisme industriel quantitatif appuy&#233; sur un IVe monoth&#233;isme id&#233;ologique pour mener une guerre civile permanente, asym&#233;trique, &#224; l'&#233;chelle plan&#233;taire. Ce dispositif &#233;tait cens&#233; se substituer &#224; toute initiative de la population locale. Il s'agissait d'exproprier l'Occident de ce qui paraissait devoir constituer sa p&#233;riode d'apoth&#233;ose, le XXe si&#232;cle annonc&#233; comme une s&#233;rie pr&#233;visible de sauts qualitatifs encore plus remarquables que ceux du XIXe si&#232;cle. Le cours de l'histoire a &#233;t&#233; largement r&#233;duit &#224; un terrain strictement technicien, mais c'est bien l'Occident qui en est demeur&#233; l'&#233;picentre, malgr&#233; les mutilations qu'il a subies. Le slogan technocratique &lt;strong&gt;&#8220;le communisme, c'est les soviets plus l'&#233;lectricit&#233;&#8221;&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;a montr&#233; sa nature aussi factice que monstrueuse. Si cette r&#233;cup&#233;ration-expropriation a fait naufrage, l'histoire s'en est n&#233;anmoins trouv&#233;e d&#233;vast&#233;e d'une fa&#231;on totalement in&#233;dite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;13. R&#233;publique et empire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement d'&#233;galisation des conditions avait d'embl&#233;e assum&#233; un aspect transnational dans le cadre occidental des XVIIIe et XIXe si&#232;cles, de m&#234;me que s'&#233;taient propag&#233;es toutes les innovations surgies depuis une quelconque partie de l'Occident. Le mouvement de verticalisation absolue sur une base industrielle indigente, qui est la r&#233;f&#233;rence nodale du totalitarisme, a &#233;t&#233; corr&#233;l&#233; &#224; l'irruption de grandes r&#233;volutions sur des substrats non occidentaux. L'Union sovi&#233;tique et la Chine mao&#239;ste en ont &#233;t&#233; les repr&#233;sentants les plus notables et les plus meurtriers&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aux 18 millions de victimes du r&#233;gime bolchevik avant 1939 (famines (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La r&#233;f&#233;rence marxiste, qui se voulait prolongement et triomphe des luttes ouvri&#232;res issues de la r&#233;volution industrielle, a visiblement assum&#233; une fonction historique totalement exotique, sur des soci&#233;t&#233;s largement pr&#233;industrielles. Le marxisme a r&#233;v&#233;l&#233;, ce faisant, sa logique profonde : ses failles constitutives, notamment sa conception m&#233;canique et complotiste des processus &#233;conomiques et de l'&#201;tat, ont pr&#233;valu sur ses objectifs d&#233;clar&#233;s et ont fa&#231;onn&#233; les r&#233;gimes qui ont recouvert un tiers des terres &#233;merg&#233;es au XXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Cit&#233;s grecques antiques et les nations modernes ont &#233;t&#233; les seules formation permettant la cristallisation et l'expansion de r&#233;gimes r&#233;publicains, dont la tradition occidentale a &#233;t&#233; porteuse depuis 28 si&#232;cles. La divergence avec la forme imp&#233;riale est saisissante et constitue la grande fracture des formes &#233;tatiques qui exprime la divergences civilisationnelle entre l'Occident et le reste du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La souverainet&#233;, d&#233;finie explicitement &#224; partir de Jean Bodin, c'est l'affirmation du droit d'un &#201;tat qui n'est ni imp&#233;rial ni seigneurial, et qui est n&#233; de la cristallisation des r&#233;publiques et des formes juridiques nouvelles &#224; la fin du Moyen-Age. Cette souverainet&#233; est d&#233;finie comme la bonne puissance. Elle n'est pas imp&#233;riale parce qu'elle n'est pas centralement fond&#233;e sur la force : ce pouvoir a comme attribut fondamental non la direction de l'arm&#233;e mais la l&#233;gislation. La nature du pouvoir souverain est essentiellement civile. Il en d&#233;coule plusieurs cons&#233;quences : la premi&#232;re est l'ind&#233;pendance nationale, la seconde est la pluralit&#233; des &#201;tats, dont les relations se situent sur un plan d'&#233;galit&#233; de principe. L'id&#233;e fondamentale est que le corps politique a une origine historique. Il appara&#238;t d&#232;s lors que la puissance n'est pas une propri&#233;t&#233;, mais une &#8220;fonction publique&#8221; et que le pouvoir est un bien commun. Il s'ensuit que l'homme n'est pas un esclave, ni une chose, ni une propri&#233;t&#233;, mais un sujet, un individu, une libert&#233;. Les monarchies de l'Europe occidentale ont arbitr&#233; par la loi au lieu de soumettre par la guerre interne. Toutes les r&#233;publiques ont cependant entretenu des relations al&#233;atoires avec la tentation imp&#233;riale au fil des d&#233;s&#233;quilibres g&#233;opolitiques : la r&#233;ussite occidentale a toujours &#233;t&#233; menac&#233;e, &#224; l'image du petit promontoire du vieux monde qu'est l'Europe g&#233;ographique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce r&#233;sum&#233; s'inspire des remarques regroup&#233;es dans l'ouvrage de Blandine (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;14. Le paradoxe trompeur de la voie particuli&#232;re allemande&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas de l'Allemagne de 1933 &#224; 1945 constitue un paradoxe aveuglant puisque sa proximit&#233; g&#233;ographique avec les autres pays occidentaux a obscurci l'apparition des formes totalitaires dont il &#233;tait un &#233;cho incomplet, pour des raisons momentan&#233;es et illusoires de recherche de puissance&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La longue dur&#233;e formelle du Saint-Empire romain germanique a impr&#233;gn&#233; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ses sources id&#233;ologiques &#233;taient d'ailleurs imbriqu&#233;es &#224; celles de la &#8220;gauche&#8221; maximaliste (cf Rodbertus, th&#233;oricien du socialisme d'&#201;tat d&#232;s 1870, Sombart &#224; la fin du XIXe si&#232;cle, Spengler apr&#232;s la premi&#232;re guerre mondiale, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;nonciation fr&#233;n&#233;tique du nazisme, comme s'il pouvait &#224; tout moment ressurgir, permet &#224; tous les h&#233;ritiers du marxisme-l&#233;ninisme de faire diversion sur ce qui fut la source et le centre de gravit&#233; de leurs sinistres innovations. L'obsession d'une pr&#233;sence persistante et cach&#233;e de nazis demeure une hallucination volontaire : &lt;strong&gt;tous ces h&#233;ritiers du Pacte Molotov-Ribbentrop nous disent qu'eux seuls, au fond, ont le droit de s'allier &#224; ce qu'ils baptisent avec fiel 'extr&#234;me-droite&#8221;. &lt;/strong&gt;Ce dispositif rh&#233;torique montre &#224; quel point cette derni&#232;re est au fond une vari&#233;t&#233; de &#8220;gauche&#8221;. L'alliance &#233;lectorale r&#233;cente &#224; Budapest d'un &#8220;centre-gauche&#8221; avec le Jobbik, un des derniers partis n&#233;o-nazis v&#233;ritables en Europe, contre les populistes d'Orban, confirme &#224; quel point cette logique souterraine continue de hanter la gauche zombie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celle-ci d&#233;sesp&#232;re tellement de voir l'histoire diverger des &#8220;lois&#8221; qu'elle a pr&#233;tendu plaquer sur elle qu'elle en est venue &#224; manifester une complaisance universelle pour les entreprises islamistes. Cette actualisation routini&#232;re et mol&#233;culaire d'une alliance du type Hitler-Staline est r&#233;guli&#232;rement d&#233;tromp&#233;e dans ses attentes. Mais l'aile marchante de la gauche, qui ne peut survivre qu'en injectant des doses croissantes de d&#233;lires id&#233;ologiques, a toujours aspir&#233; &#224; s'allier aux forces les plus ravageuses. Ses militants appellent parfois cela le &#8220;rupturisme&#8221; ! Ils sont convaincus, dans leur vertige para-religieux de technocrate de l'histoire, de pouvoir en ma&#238;triser les cons&#233;quences, malgr&#233; tous les naufrages historiques que de telles aventures ont provoqu&#233;s. La complicit&#233; criminelle avec l'islamisme prolonge cette &#8220;coh&#233;rence&#8221; dans le d&#233;sastre depuis Marx. Il s'agit d'assurer que l'histoire n'avancerait que par son pire c&#244;t&#233;, le &#8220;d&#233;passement&#8221; ne pouvant avoir lieu que sur le terrain de la catastrophe, esp&#233;r&#233;e comme l'ombre port&#233;e de la r&#233;volution miraculeuse attendue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1123-Cites-Empires-Nations-3-3' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Prochaine partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt; La trajectoire d'un Julien Benda, qui publia en 1927 &lt;/i&gt;&#8220;La Trahison des Clercs&#8221;, &lt;i&gt;est accablante puisqu'il se fit compagnon de route du stalinisme apr&#232;s 1945.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Voir &lt;/i&gt;Les Carrefours du Labyrinthe,&lt;i&gt; t. II, p.209, o&#249; Castoriadis consid&#233;rait que le r&#233;gime nazi &#233;tait un totalitarisme plus proche de l'id&#233;al-type que le sovi&#233;tique (texte &lt;/i&gt;&#8220;Les Destin&#233;es du Totalitarisme&#8221;,&lt;i&gt; reproduisant une conf&#233;rence donn&#233;e le 3 octobre 1981).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt; Pages tir&#233;es de la version dactylographi&#233;e de la deuxi&#232;me partie d'un texte paru en mai 1980 dans le n&#176;8 de la revue &lt;/i&gt;Libre&lt;i&gt;. Il s'agit d'un premier jet non relu et inachev&#233;, reproduit dans le Tome VI des &#201;crits aux &#201;ditions du Sandre (2016), p. 475, sq., avec le titre &lt;/i&gt;&#8220;Parti, &#201;tat, totalitarisme&#8221;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt; T. Snyder &#233;claire cet aspect d'une autre fa&#231;on, dans &lt;/i&gt;&#8220;Terre Noire&#8221;. &lt;i&gt;Cette analyse, imp&#233;n&#233;trable aux esprits de la gauche fondamentale, montre &#224; quel point l'absence d'&#201;tat, c'est-&#224;-dire de ses dimensions structurantes, ouvre la voie aux plus atroces massacres contre une population encadr&#233;e par un appareil r&#233;duisant tout &#224; la coercition brute.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt; Voir Alice Ekman, &lt;/i&gt;&#8220;Rouge Vif, l'Id&#233;al communiste chinois&#8221;, &lt;i&gt;&#233;d. de l'Observatoire, f&#233;v. 2020. En ce qui concerne la logique du r&#233;gime chinois actuel, il faut consulter l'essai remarquable de Jean-Fran&#231;ois Billeter qui fournit une description synth&#233;tique remarquable (voir Bibliographie). &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Voir les divagations de Zygmunt Baumann, &lt;/i&gt;Modernit&#233; et Holocauste,&lt;i&gt; 2001, La Fabrique.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Avec le recul, on peut dire que Hitler a litt&#233;ralement orientalis&#233;, voire africanis&#233;, la guerre en Europe, et que cette mutation r&#233;sume tout ce qu'il &#233;tait pr&#234;t &#224; engager en cas de victoire militaire du IIIe Reich, avec ses projets d'eug&#233;nisme illimit&#233;. Il est significatif que ce personnage si nettement raciste soit profond&#233;ment admir&#233; en Afrique, et que certains despotes aiment &#224; se consid&#233;rer comme son &#233;gal (cf Mugabe, le dictateur d&#233;chu du Zimbabwe, qui s'est vant&#233;, avec une exag&#233;ration imb&#233;cile, d'avoir &#233;t&#233; le &#8220;Hitler&#8221; de l'Afrique). On voit d&#233;sormais se multiplier les figures de &#8220;Black nazis&#8221; r&#234;vant de massacrer les &#8220;Blancs&#8221; apr&#232;s avoir viol&#233; les femmes et &#233;gorg&#233; les b&#233;b&#233;s, comme ce Nick Conrad, sinistre &#8220;rappeur&#8221; (il est ironique de remarquer la ressemblance orthographique avec &#8220;rape&#8220;, &#8220;viol&#8221; en anglais). Malgr&#233; sa condamnation avec sursis et sa r&#233;cidive un procureur a d&#233;cid&#233; de ne pas le poursuivre : les forfaits revendiqu&#233;s comme lib&#233;rateurs sont donc tacitement encourag&#233;s par le pouvoir politico-judiciaire. Et c'est ainsi que fonctionne jour apr&#232;s jour les d&#233;missions m&#252;nichoises de ceux qui tiennent les leviers de la &#8220;justice&#8221; de caste, destin&#233;s &#224; miner la trame m&#234;me de ce qui fait soci&#233;t&#233; en Occident.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt; C'est ce que Karl Wittfogel tentait d'&#233;lucider, comme l'avait not&#233; P. Vidal-Naquet dans la pr&#233;face r&#233;dig&#233;e pour &lt;/i&gt;&#8220;Le Despotisme oriental&#8221;, &lt;i&gt;ouvrage menant une discussion interne au marxisme. K. Wittfogel tentait de distinguer une cause mat&#233;rielle (les ouvrages hydrauliques) &#224; ce verrouillage politico-institutionnel.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir Gabriel Martinez-Gros avec son analyse des formes imp&#233;riales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Voir la brochure n&#176;23 de &lt;/i&gt;Lieux Communs &lt;i&gt;(mars 2018) qui explore cette id&#233;e, t&#233;l&#233;chargeable avec le lien : &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/pdf/brochhorizonimperial23.pdf&#034;&gt;https://collectiflieuxcommuns.fr/IM...&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Malgr&#233; leurs guerres r&#233;currentes mais espac&#233;es dans le temps, les nations europ&#233;ennes ne sont pas devenues des soci&#233;t&#233;s militaires, ainsi que le constate Charles Tilly dans &lt;/i&gt;&#8220;Contrainte et Capital dans la formation de l'Europe, 900-1990)&#8221;&lt;i&gt;, &#233;d. Aubier-Histoires, 1992 : &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Les gens qui dirigeaient la partie civile de l'&#201;tat n'avaient gu&#232;re d'autre choix que d'&#233;tablir des relations de travail avec les capitalistes et de n&#233;gocier avec le reste de la population pour la fourniture des ressources n&#233;cessaires &#224; l'expansion des activit&#233;s de l'&#201;tat. En recherchant les revenus et le consentement, les fonctionnaires mirent sur pied des organismes qui grandirent totalement &#224; l'&#233;cart des structures militaires et s'en &#233;mancip&#232;rent de plus en plus pour l'essentiel de leurs t&#226;ches. En Europe consid&#233;r&#233;e dans son ensemble, ces processus ne r&#233;ussirent &#224; pr&#233;venir ni l'augmentation des d&#233;penses militaires, ni m&#234;me les guerres qui se firent de plus en plus destructrices, mais ils parvinrent en revanche &#224; contenir le pouvoir militaire &#224; l'int&#233;rieur des &#201;tats &#224; un point qui aurait &#233;tonn&#233; un observateur des ann&#233;es 990 ou 1490&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;La dimension militaire est l'obsession de tout projet imp&#233;rial, puisqu'il est l'expression de la mont&#233;e constante aux extr&#234;mes dans la concurrence des &#233;chelles de souverainet&#233; interne et externe. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt; Voir Erik Izraelewicz, &lt;/i&gt;&#8220;Quand la Chine change le monde&#8221;,&lt;i&gt; &#233;d. Grasset &amp; Fasquelle, 2005.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt; Voir A. Toynbee, &lt;/i&gt;&#8220;L'Islam, l'Occident et l'avenir&#8221;, &lt;i&gt;&#233;d. des Malassis, 2013 (texte &#233;crit en 1947).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt; Voir Amin Maalouf, &lt;/i&gt;&#8220;Le Naufrage des Civilisations&#8221;, &lt;i&gt;Grasset, 2018, qui d&#233;crit leur usure g&#233;n&#233;ralis&#233;e depuis 40 ans. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Aux 18 millions de victimes du r&#233;gime bolchevik avant 1939 (famines provoqu&#233;es, fusillades de masse, d&#233;portations immenses, exterminations ethniques), il faut ajouter les 27 millions de morts que l'Union sovi&#233;tique a subis au cours de la seconde guerre mondiale, et que seule la politique du r&#233;gime stalinien, particuli&#232;rement criminelle et exceptionnellement stupide, a permis : pour Staline, il s'agissait de brutaliser les populations &#8220;sovi&#233;tis&#233;es&#8221; &#224; un point qui leur interdise toute r&#233;action collective. Les immenses pertes enregistr&#233;es sur le front de l'Est par les &#8220;sovi&#233;tiques&#8221; furent d&#233;lib&#233;r&#233;es, afin que l'ampleur du choc historique efface la conscience collective des crimes marxistes-l&#233;ninistes commis de 1918 &#224; 1940. De 1948 &#224; 1953, jusqu'au d&#233;c&#232;s de l'&#233;gocrate Staline, le processus d'une nouvelle grande purge &#233;tait amorc&#233;, comme pr&#233;lude &#224; une IIIe guerre mondiale, nucl&#233;aire. La guerre de Cor&#233;e en &#233;tait bien le moment inaugural et les proc&#232;s Rajk et Slanski en Hongrie et en Tch&#233;coslovaquie, les moments pr&#233;curseurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les projets d&#233;lirants de Mao Tse Toung ont &#233;galement provoqu&#233; plus de morts chinois que les Japonais avec leur entreprise de pr&#233;dation typiquement imp&#233;riale (30 millions de Chinois ont pourtant &#233;t&#233; tu&#233;s durant la seconde guerre mondiale).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt; Ce r&#233;sum&#233; s'inspire des remarques regroup&#233;es dans l'ouvrage de Blandine Kriegel, &lt;/i&gt;&#201;tat de droit ou Empire ?, &lt;i&gt;Bayard, 2002.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;La longue dur&#233;e formelle du Saint-Empire romain germanique a impr&#233;gn&#233; la soci&#233;t&#233; allemande pendant 900 ans, malgr&#233; sa r&#233;alit&#233; irr&#233;m&#233;diablement &#233;loign&#233;e d'un &#8216;&#8220;empire&#8221; effectif. Cette nostalgie d'un empire impossible est la grande caract&#233;ristique du Moyen-Age.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Cit&#233;s, Empires, Nations (1/3)</title>
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		<dc:subject>Fargette G.</dc:subject>
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&lt;p&gt;Texte extrait du bulletin &#171; Le Cr&#233;puscule du XXe si&#232;cle &#187;, n&#176;38-39, mai 2021. 1. Les deux grandes innovations du XXe si&#232;cle La premi&#232;re a consist&#233; dans le surgissement d'un r&#233;gime totalitaire &#224; partir de 1917 en Russie, dont l'analyse lucide demeure hors de port&#233;e de la plupart des h&#233;ritiers de l'aspiration socialiste. Celle-ci, formul&#233;e dans les ann&#233;es 1840 comme un nouvel &#201;vangile, s'est n&#233;cros&#233;e au fur et &#224; mesure de ses succ&#232;s politico-militaires. Le processus a culmin&#233; dans (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-dynamiques-geopolitiques-" rel="directory"&gt;Dynamiques G&#233;opolitiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-48-fargette-g-+" rel="tag"&gt;Fargette G.&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte extrait du bulletin &#171; Le Cr&#233;puscule du XXe si&#232;cle &#187;, n&#176;38-39, mai 2021.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Les deux grandes innovations du XXe si&#232;cle &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re a consist&#233; dans le surgissement d'un r&#233;gime totalitaire &#224; partir de 1917 en Russie, dont l'analyse lucide demeure hors de port&#233;e de la plupart des h&#233;ritiers de l'aspiration socialiste. Celle-ci, formul&#233;e dans les ann&#233;es 1840 comme un nouvel &#201;vangile, s'est n&#233;cros&#233;e au fur et &#224; mesure de ses succ&#232;s politico-militaires. Le processus a culmin&#233; dans l'&#233;tablissement de r&#233;gimes &#8220;sovi&#233;tiques&#8221; sur un tiers des terres &#233;merg&#233;es pour produire un naufrage historique exceptionnel : ils pr&#233;tendaient &#8220;sortir du capitalisme&#8221;, o&#249; ils n'&#233;taient gu&#232;re &#8220;entr&#233;s&#8221;(si tant est que cet &#8220;isme&#8221; de la th&#233;ologie marxiste ait un sens) et passer aussit&#244;t &#224; un d&#233;veloppement qualitatif nouveau. Ces r&#233;gimes ont abouti &#224; l'exact contraire des objectifs revendiqu&#233;s en faisant bien pire que les soci&#233;t&#233;s qui ont donn&#233; naissance aux m&#233;canismes capitalistes : ils furent les plus f&#233;roces exploiteurs et les plus terribles tueurs de masse d'ouvriers et de paysans. La plupart des totalitarismes, toujours plus ou moins concurrents, sont n&#233;s sur des substrats anthropologiques extra-occidentaux, et dans des aires historiques d'&#201;tats imp&#233;riaux &#224; forte structuration bureaucratique. Seules l'Italie et l'Allemagne, terrains de nostalgie imp&#233;riale dissonante avec leur nature d'&#201;tat-nation, appartenaient &#224; l'univers occidental, dont elles cherchaient &#224; sortir. Ces deux derni&#232;res variantes ont &#233;t&#233; militairement vaincues et d&#233;mantel&#233;es et ces pays ont tout naturellement retrouv&#233; leur enracinement occidental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde innovation s'est cristallis&#233;e apr&#232;s 1945 sous la forme d'une soci&#233;t&#233; de consommation d&#233;velopp&#233;e depuis les &#201;tats-Unis o&#249; elle avait point d&#232;s les ann&#233;es 1920. Cette expansion, particuli&#232;rement inattendue dans l'Ancien Monde, a &#233;t&#233; per&#231;ue comme la premi&#232;re approximation effective d'une soci&#233;t&#233; d'abondance enfin advenue. Ces dispositifs ont gagn&#233; de proche en proche la plus grande partie de l'Occident (c'est-&#224;-dire l'Am&#233;rique du nord et les nations europ&#233;ennes reposant sur un substrat catholique ou protestant). Elles ont &#233;galement pris racine au Japon, en Cor&#233;e du Sud et dans les pays de diaspora chinoise, toutes sous influence occidentale durant la guerre froide, cette troisi&#232;me guerre mondiale auto-limit&#233;e. Les h&#233;ritiers du mythe socialiste apr&#232;s avoir rechign&#233; au d&#233;veloppement keyn&#233;sien, en d&#233;clarant qu'il allait d&#233;tourner les ouvriers du &#8220;socialisme&#8221;, ont fait mine de le r&#233;cup&#233;rer et de pr&#233;tendre en &#234;tre &#224; l'origine. De fait, ils interpr&#232;tent les mesures de pilotage de l'&#233;conomie comme une id&#233;e qu'ils auraient toujours d&#233;fendue, mais leur tendance simpliste vise cr&#251;ment &#224; accaparer l'argent o&#249; qu'il se trouve, en consid&#233;rant qu'il y aura sans cesse des gisements de richesse &#224; piller pour faire &#8220;tourner&#8221; une &#233;conomie administr&#233;e. De fait, alors que les socialistes promettaient une soci&#233;t&#233; de rationnement et de p&#233;nurie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Babeuf affirmait d&#233;j&#224; qu'il s'agissait de donner &#224; tous l'&#233;galit&#233; &#8220;dans une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ils ont &#233;t&#233; litt&#233;ralement d&#233;bord&#233;s par cette soci&#233;t&#233; de consommation, dont les conditions de r&#233;alisation demeurent en g&#233;n&#233;ral ignor&#233;es. Il se trouve, pour des raisons g&#233;ologiques et historiques, que ces conditions s'affaiblissent aujourd'hui. L'accumulation des pollutions, la rar&#233;faction visible des ressources min&#233;rales et &#233;nerg&#233;tiques, l'oubli des conditions sociales et culturelles favorisant une capacit&#233; de travail acharn&#233; et une allocation de ressource efficace par un march&#233; encadr&#233;, conjuguent leurs effets pour miner cet av&#232;nement exceptionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les r&#233;gimes totalitaires sont finalement apparus comme un enfer sur terre, les soci&#233;t&#233;s de consommation, surtout vues de loin, ont pris l'allure de paradis fascinants. Apr&#232;s le tournant chinois de 1976-1979, qui voit la mise au rancart des hallucinations mao&#239;stes, puis l'effondrement sovi&#233;tique de 1991, cette soci&#233;t&#233; de consommation en est venue &#224; incarner une aspiration g&#233;n&#233;rale sur la plan&#232;te, mais sous la forme simpliste d'une accumulation automatique de produits, dont on ne se demande jamais quelles en sont les contreparties&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La posture des nouveaux immigrants peut se formuler en une phrase : &#8220;On ne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux innovations du XXe si&#232;cle demeurent les deux rep&#232;res fondamentaux de l'histoire en cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Histoire, d&#233;terminisme et flux du temps&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis que la discipline historique est n&#233;e en Gr&#232;ce ancienne avec H&#233;rodote, l'effort de compr&#233;hension et de m&#233;morisation des grands faits humains n'a cess&#233; d'&#234;tre hant&#233; par l'interrogation sur les encha&#238;nements historiques. Dans les premiers temps, les surprises en ce domaine &#233;taient ais&#233;ment attribu&#233;es &#224; l'intervention d'entit&#233;s divines, ce qui permettait de ne pas s'appesantir ind&#233;finiment sur les &#233;nigmes du destin. Les Grecs de l'Antiquit&#233; furent n&#233;anmoins intens&#233;ment conscients qu'il y avait des moments o&#249; l'&#8220;encha&#238;nement&#8221; des &#233;v&#233;nements ne se d&#233;duisait pas de ce qui les avait pr&#233;c&#233;d&#233;s bien que cela repos&#226;t sur des d&#233;cisions humaines. Cet &lt;strong&gt;exc&#232;s d'effet sur la cause &lt;/strong&gt;rend irr&#233;aliste la soif d'explication d&#233;terministe qui a hant&#233; la modernit&#233; : le XIXe si&#232;cle a tent&#233; de tout rapporter &#224; un mod&#232;le m&#233;caniste de causalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'on prend en compte la multiplicit&#233; des processus pouvant interf&#233;rer avec l'histoire humaine, tels que les tremblements de terre, les &#233;volutions climatiques, les &#233;ruptions volcaniques, les effets &#233;pid&#233;miques, etc., et les affrontements asym&#233;triques entre civilisations, l'histoire appara&#238;t souvent comme domin&#233;e par une succession de &lt;strong&gt;glissements de terrain &lt;/strong&gt;qui surviennent sans crier gare.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les regroupements humains ne sont pas des objets passifs : la mani&#232;re dont ils r&#233;agissent aux contraintes d&#233;passe l'effet imm&#233;diat de celles-ci. C'est pourquoi le cours de l'histoire humaine &#233;voque les processus chaotiques identifi&#233;s depuis une quarantaine d'ann&#233;es, notamment en m&#233;t&#233;orologie : leur &lt;strong&gt;&#8220;sensibilit&#233; aux conditions initiales&#8221;&lt;/strong&gt; indique leur immensit&#233; capacit&#233; &#224; diverger &#224; partir de facteurs infimes. Cela n'annule pas le principe du d&#233;terminisme mat&#233;riel, mais le rend r&#233;fractaire aux anticipations, ce qui rend vaines toutes les r&#234;veries de planification de l'histoire humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus surprenant avec l'avalanche qui porte et oriente cette histoire, c'est qu'elle n'est pas syst&#233;matiquement &#8220;impr&#233;visible&#8221; : la mani&#232;re dont elle d&#233;vale sa pente est parfois suspendue en effets relativement r&#233;currents. L'histoire de l'Occident a ainsi connu plusieurs longues p&#233;riodes de ce genre :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; les rapports entre Cit&#233;s grecques dans l'Antiquit&#233; (du VIIIe au IVe si&#232;cles avant J.-C.)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; les rapports entre Cit&#233;s et principaut&#233;s italiennes de la Renaissance (du XIIe au XVIe si&#232;cles)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; l'Europe westphalienne des &#201;tats-nations, de 1648 &#224; 1914, malgr&#233; l'immense s&#233;isme r&#233;volutionnaire et napol&#233;onien de 1789 &#224; 1815, et les effets gigantesques de la r&#233;volution industrielle qui n'a pris son essor qu'apr&#232;s cette p&#233;riode des r&#233;volutions &#233;mancipatrices.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;riode des &lt;i&gt;Royaumes combattants &lt;/i&gt;pour la Chine, ou l'&#233;poque de la division du monde musulman entre les IXe et XIe si&#232;cles en trois califats, pr&#233;sentent des caract&#233;ristiques voisines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est significatif que dans ces configurations multipolaires durables, l'action de forces d&#233;lib&#233;r&#233;ment stabilisatrices ait pu jouer un r&#244;le important : Sparte a eu le souci de l'&#233;quilibre de la Gr&#232;ce ancienne, les rivalit&#233;s entre la Papaut&#233; et l'Empire ont eu le m&#234;me effet pour l'Italie de la Renaissance (mais de fa&#231;on involontaire), tandis que l'Europe westphalienne a b&#233;n&#233;fici&#233; de la &lt;strong&gt;pax britannica&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces p&#233;riodes de r&#233;gularit&#233; relative finissent par sortir de leur cadre &#233;tabli &#224; la suite de bouleversements complets. Ainsi la Guerre du P&#233;loponn&#232;se a eu pour effet de briser le ressort des Cit&#233;s grecques, qui surv&#233;curent pourtant dans leur souverainet&#233; presque un si&#232;cle jusqu'&#224; la conqu&#234;te mac&#233;donienne, de m&#234;me que l'encha&#238;nement des deux guerres mondiales a port&#233; un dommage d&#233;cisif au dynamisme des nations europ&#233;ennes. Elles ont cependant conserv&#233; des capacit&#233;s d'adaptation jusqu'&#224; leur invasion d&#233;mographique par des populations venues d'autres civilisations. La reconstruction d'apr&#232;s-guerre en est une illustration exceptionnelle. Leur capacit&#233; &#224; int&#233;grer les m&#233;canismes de la soci&#233;t&#233; de consommation n&#233;s aux &#201;tats-Unis le d&#233;montre &#233;galement, pour le meilleur comme pour le pire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est assez remarquable que la Gr&#232;ce ancienne se soit mir&#233;e dans une &#233;pop&#233;e telle que l'Iliade, qui mettait en sc&#232;ne un affrontement sym&#233;trique intense, avec des effets destructeurs, tout &#224; fait contraires &#224; la ritualisation des affrontements entre hoplites des Cit&#233;s qui domina pendant trois si&#232;cles l'histoire grecque. L'Iliade fut, avec l'Odyss&#233;e, l'un des deux textes formateurs de l'&#233;ducation des jeunes Grecs, avant m&#234;me qu'un texte religieux central ne joue un tel r&#244;le dans d'autres civilisations. Les Grecs furent d'embl&#233;e conscients des effets ravageurs que pouvait produire une confrontation sym&#233;trique pouss&#233;e jusqu'&#224; ses limites dans le cadre de la multipolarit&#233; hell&#233;nique. De telles cons&#233;quences destructrices ont bien eu lieu en Sicile, &#224; la suite de l'exp&#233;dition ath&#233;nienne manqu&#233;e contre Syracuse &#224; la fin du Ve si&#232;cle. La guerre qui s'ensuivit entre les Cit&#233;s siciliennes, aggrav&#233;e par l'intervention des Carthaginois, fut particuli&#232;rement ravageuse, en l'absence de toute force mod&#233;ratrice, alors qu'en Gr&#232;ce m&#234;me, Sparte refusa aux Th&#233;bains la destruction de l'Ath&#232;nes vaincue et la r&#233;duction en esclavage de sa population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde des Cit&#233;s grecques a &#233;t&#233; submerg&#233; par la tentative imp&#233;riale mac&#233;donienne dont l'&#233;chec ouvrit l'&#233;poque des royaumes hell&#233;nistiques concurrents, o&#249; se multipli&#232;rent n&#233;anmoins les fondations urbaines. Cette rivalit&#233; entretenue et relativement fertile de royaumes aspirant &#224; l'empire universel, mais incapables de balayer les concurrents, dura jusqu'&#224; leur absorption par la puissance romaine, qui h&#233;rita de leurs caract&#233;ristiques et perp&#233;tua la cr&#233;ation de nombreux cadres urbains jusqu'au IIIe si&#232;cle de l'&#232;re chr&#233;tienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. Pr&#233;cocit&#233; des th&#233;matiques sur le totalitarisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Julius Martov, chef de file des Mencheviks internationalistes, constatait d&#232;s 1923 qu'on avait affaire avec le bolchevisme &#224; un r&#233;gime qui se r&#233;pandait bien au-del&#224; de la zone arri&#233;r&#233;e de la Russie et que ce &#8220;communisme de consommateur&#8221; faisait des &#233;mules un peu partout. Kautsky, &#8220;pape&#8221; de la social-d&#233;mocratie avant 1914, concluait d&#232;s 1924 qu'on assistait &#224; l'apparition d'un type de r&#233;gime absolument in&#233;dit. Le terme de &#8220;totalitarisme&#8221; est apparu d&#232;s les ann&#233;es 1920, tant chez ceux qui critiquaient la nouvelle forme de pouvoir, partiellement imit&#233;e en Italie, que chez ceux qui revendiquaient cette nouveaut&#233; (Mussolini lui-m&#234;me).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question qui se posa alors fut celle de la dur&#233;e de ces r&#233;gimes, de leur dynamisme et de leur consistance. H. Arendt s'effor&#231;a de l'&#233;lucider apr&#232;s la Seconde guerre mondiale. Elle fut amen&#233;e &#224; souligner l'importance des convergences qualitatives entre r&#233;gime nazi et r&#233;gime sovi&#233;tique. L'apparition du r&#233;gime mao&#239;ste en Chine, au Vietnam et jusqu'au Cambodge, pays de taille fort r&#233;duite, contraignit les observateurs contemporains &#224; pr&#233;ciser l'analyse de ce qui &#233;tait advenu. H. Arendt &#233;tait partie d'une &#233;tude sur &#8220;l'imp&#233;rialisme&#8221; (colonial), sans doute sous l'influence de son second mari, un ancien spartakiste marqu&#233; par les analyses du d&#233;but du XXe si&#232;cle, qui voulaient voir dans la rencontre suppos&#233;e de la finance et des op&#233;rations coloniales le passage &#224; un nouveau stade (&#8220;supr&#234;me&#8221;) du &#8220;d&#233;mon&#8221; capitaliste. La cristallisation &#224; la fin du XIXe si&#232;cle de ce terme de &#8220;capitalisme&#8221;, mot de combat, permettait surtout d'escamoter les dimensions historiques que le marxisme avait manqu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; ce que clament les &#8220;antifascistes&#8221; (terme intrins&#232;quement mensonger), les nationaux-socialistes &#233;taient bel et bien hostiles au &#8220;capitalisme&#8221; et ont puis&#233; dans une tradition intellectuelle allemande qui avait &#233;galement servi &#224; la &#8220;gauche&#8221; (il suffit de citer l'&#233;conomiste Rodbertus, th&#233;oricien d'un socialisme d'&#201;tat sur des bases conservatrices d&#232;s 1870, et des sociologues comme Sombart et Weber, qui firent passer dans le langage politique le terme de &#8220;capitalisme&#8221;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, il est ais&#233; de faire le tri entre les hypoth&#232;ses. Plus d'un si&#232;cle a pass&#233; depuis la naissance du premier r&#233;gime totalitaire, sovi&#233;tique, qui s'est dissous en 1991, tandis que les entreprises coloniales ont elles-m&#234;mes disparu apr&#232;s la Seconde Guerre mondiale, pour l'essentiel entre 1948 et 1962, avec l'exception portugaise qui surv&#233;cut jusqu'en 1974. Les empires coloniaux ne furent jamais que des demi-empires qui diffus&#232;rent aupr&#232;s des populations domin&#233;es les leviers d'&#233;mancipation et leur donn&#232;rent les moyens d'une explosion d&#233;mographique jamais vue dans l'histoire humaine. Aucun empire v&#233;ritable ne commet ce genre d'imprudence. Cet engrenage ne cessa de pr&#233;valoir avec la concurrence entre &#201;tats europ&#233;ens pour le &#8220;progr&#232;s humain&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conviction que les r&#233;gimes occidentaux dans les territoires m&#233;tropolitains s'effondreraient s'ils perdaient leurs colonies a m&#234;me &#233;t&#233; d&#233;mentie avec &#233;clat : la disparition du fardeau colonial a, au contraire, facilit&#233; leur passage &#224; une soci&#233;t&#233; particuli&#232;rement prosp&#232;re. Sauf rares exceptions, les colonies furent en effet chroniquement &#8220;d&#233;ficitaires&#8221; et profit&#232;rent surtout &#224; des milieux priv&#233;s limit&#233;s, aux d&#233;pens de la m&#233;tropole qui devait prendre en charge les &#8220;frais g&#233;n&#233;raux&#8221; de ces aventures. Cette charge fut tenable dans la mesure o&#249; elle &#233;tait contemporaine de l'extraordinaire &#8220;r&#233;volution industrielle&#8221;, qui permettait aux pays la connaissant de multiplier leur production, &#224; raison d'une moyenne de 1,5 &#224; 2 % par an, soit d'un facteur multiplicateur de 5,5 &#224; 7 en un si&#232;cle. Le moteur de cet effort reposait sur les rivalit&#233;s de puissance internes &#224; l'Europe : un Royaume-Uni de 8 millions d'habitants parvenait ainsi &#224; tenir t&#234;te &#224; une puissance fran&#231;aise 4 fois plus peupl&#233;e... L'expansion ultra-marine d'&#201;tats europ&#233;ens par l'atlantique, qui apporta une immense profondeur &#224; l'Occident, fut fondamentalement le r&#233;sultat d'une n&#233;cessit&#233; imp&#233;rieuse : contourner la terrible et mill&#233;naire menace existentielle qu'exer&#231;ait l'islam contre l'Europe et la m&#233;diterran&#233;e. Les plaintes actuelles des musulmans pour la courte et partielle &#8220;colonisation&#8221; qu'ils ont subie dans certaines r&#233;gions oublie que les Europ&#233;ens furent plac&#233;s dans une position d&#233;fensive pendant mille ans, entrecoup&#233;e de rares sursauts (reconquista espagnole, croisades, lib&#233;ration progressive et par &#224;-coups des Balkans, etc.)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En ce sens, la prise d'Alger qui mit fin en 1830 aux raids esclavagistes &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un v&#233;ritable empire repose en interne sur une int&#233;gration de l'ensemble des degr&#233;s de pouvoir et des cha&#238;nes de souverainet&#233; et de domination, depuis le statut d'esclave jusqu'&#224; celui du despote, et en externe sur l'&#233;limination de toute concurrence de puissance dans une zone g&#233;opolitique donn&#233;e. La colonisation occidentale, synonyme d'abolition de l'esclavage et d'introduction hom&#233;opathique de principes r&#233;publicains dans ses d&#233;pendances, allait &#224; l'encontre de toute logique imp&#233;riale. C'est la raison pour laquelle les thalassocraties europ&#233;ennes ont &#233;t&#233; structurellement incapables de cr&#233;er de v&#233;ritables formes imp&#233;riales que le substrat anthropologique des zones domin&#233;es hors d'Europe aurait pourtant d&#251; favoriser&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Goumiers marocains, par exemple, constituaient bel et bien des unit&#233;s de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les territoires m&#233;tropolitains de ces puissances constitu&#232;rent des r&#233;publiques, m&#234;me quand ils maintenaient une fa&#231;ade monarchique (Royaume-Uni, Pays-Bas, etc.). L'intuition initiale d'Hannah Arendt du lien entre empire et totalitarisme n'est pertinente que dans la mesure o&#249; les r&#233;gimes totalitaires sont profond&#233;ment corr&#233;l&#233;s aux logiques d'empire territoriaux au sens fort du terme, qui recherchent l'expansion jusqu'au contr&#244;le d'aires g&#233;opolitiques enti&#232;res, par opposition aux Cit&#233;s, aux nations et aux thalassocraties europ&#233;ennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Adorno et ses coll&#232;gues universitaires de l'&#201;cole de Francfort persist&#232;rent &#224; rechercher les sources de l'innovation totalitaire dans les racines les plus antiques de l'Occident, fid&#232;les en cela au sch&#233;ma d&#233;fini par Heidegger et repris par Luckacs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La posture aboutissant &#224; la diabolisation de l'Occident prend sa source chez (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, en se gardant bien d'examiner ce qui avait commenc&#233; &#224; l'Est de l'Europe et avait trouv&#233; un prolongement consid&#233;rable dans une grande partie de l'Asie confuc&#233;enne. Au fond, il s'agissait d&#233;j&#224; pour ces repr&#233;sentants de l'intelligentsia occidentale d'&#233;viter de plonger le regard dans leurs propres pr&#233;suppos&#233;s. La &#8220;th&#233;orie critique&#8221; de l'&#201;cole de Francfort ne fut qu'un euph&#233;misme d&#233;guisant ce que ses auteurs qualifiaient explicitement de &#8220;th&#233;orie marxiste&#8221; avant guerre et dont ils ont maquill&#233; l'&#233;tiquette apr&#232;s 1945. Leur ambition de constituer un &#8220;freudo-marxisme&#8221; faisant le pont entre les processus collectifs et les logiques psychologiques n'ont produit, comme d'autres courants parall&#232;les, qu'un &lt;strong&gt;marxisme culturel&lt;/strong&gt;. La compr&#233;hension de l'histoire du XXe si&#232;cle, si profond&#233;ment meurtrie par ces r&#233;gimes totalitaires, leur a &#233;chapp&#233; parce que le noyau le plus dynamique du monde occidental, &#201;tats-Unis et Royaume-Uni, a pr&#233;valu. Une telle v&#233;rit&#233; est &#224; peu pr&#232;s indicible pour un membre de l'intelligentsia si d&#233;sireuse de sortir de l'orbite occidentale. Ces chamanes de l'id&#233;ologie aggravent d&#233;sormais leurs errements en appuyant la &#8220;r&#233;volte&#8221; des &#233;lites d&#233;crite C. Lasch d&#232;s les ann&#233;es 1990&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La R&#233;volte des &#201;lites et la Trahison de la D&#233;mocratie, C. Lasch, &#233;d. Climats (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#8220;r&#233;volte&#8221; qui a d&#233;sormais atteint le stade d'une s&#233;dition institutionnelle par en haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4. Le totalitarisme vu par ceux qui le subissaient&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stefan Zweig a laiss&#233; dans son autobiographie une description saisissante de l'irruption brutale d'un r&#233;gime totalitaire dans une situation concr&#232;te que rien n'avait pr&#233;par&#233;e &#224; ce d&#233;sastre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8220;Je croyais avoir &#233;prouv&#233; par avance tout ce qui pourrait arriver d'&#233;pouvantable si Hitler r&#233;alisait son r&#234;ve de haine et occupait en triomphateur la ville de Vienne, qui l'avait repouss&#233; jeune homme pauvre et sans succ&#232;s. Mais comme mon imagination, comme toute imagination humaine, se r&#233;v&#233;la h&#233;sitante, &#233;troite, pitoyable au regard de l'inhumanit&#233; qui se d&#233;cha&#238;na ce 13 mars 1938, jour o&#249; l'Autriche, et avec elle toute l'Europe, fut livr&#233;e en proie &#224; la violence nue ! Maintenant, le masque tombait. Les autres &#201;tats ayant ouvertement montr&#233; leur crainte, la brutalit&#233; n'avait plus &#224; s'imposer aucune retenue morale, elle n'usait plus &#8212; que comptaient l'Angleterre, la France, que comptait le monde ? &#8212; du pr&#233;texte des &#171; marxistes &#187; qu'il fallait &#233;liminer politiquement. Maintenant, on ne se bornait pas &#224; voler et &#224; piller, mais on laissait libre cours &#224; tous les d&#233;sirs de vengeance priv&#233;e. Des professeurs d'universit&#233; &#233;taient forc&#233;s de frotter de leurs mains nues le pav&#233; des rues, de pieux vieillards juifs &#233;taient tra&#238;n&#233;s au temple et contraints par de jeunes braillards &#224; faire des g&#233;nuflexions et &#224; crier en ch&#339;ur &#171; Heil Hitler ! &#187;. Dans les rues on attrapait comme des li&#232;vres quantit&#233; d'innocents, qu'on menait curer les lieux d'aisances dans les casernes des SA. Tout ce qu'une imagination d'une salet&#233; morbide avait invent&#233; au cours de nombreuses nuits dans une orgie de haine se d&#233;cha&#238;nait au grand jour. Qu'ils fissent irruption dans les appartements et arrachassent leurs boucles d'oreilles &#224; des femmes tremblantes &#8212; de tels exc&#232;s avaient pu se produire il y a des si&#232;cles dans les guerres du Moyen Age, &#224; l'occasion des pillages des villes ; ce qui &#233;tait nouveau, c'&#233;tait le plaisir &#233;hont&#233; de tourmenter en public, de martyriser les &#226;mes, d'infliger des humiliations raffin&#233;es. Tout cela a &#233;t&#233; attest&#233; non pas par un t&#233;moin isol&#233;, mais par des milliers de personnes qui ont subi ces traitements, et une &#233;poque plus tranquille, qui ne sera pas, comme la n&#244;tre, accabl&#233;e de lassitude morale, lira avec un frisson d'horreur les crimes perp&#233;tr&#233;s au XXe si&#232;cle, dans cette ville de culture, par un seul homme enrag&#233; de haine. Car c'est l&#224; le triomphe le plus diabolique de Hitler au milieu de ses victoires militaires et politiques : cet homme &#224; lui seul a r&#233;ussi, par une constante surench&#232;re, &#224; &#233;mousser toute notion du droit. Avant cet &#171; ordre nouveau &#187;, le meurtre d'un seul homme, sans la sentence d'un tribunal et sans raison apparente, bouleversait le monde, la torture &#233;tait jug&#233;e inconcevable au XXe si&#232;cle, on appelait encore clairement les expropriations vol et rapine. Mais maintenant, apr&#232;s toutes les nuits de la Saint-Barth&#233;lemy qui se suivent sans interruption, apr&#232;s les tortures &#224; mort inflig&#233;es journellement dans les cellules des SA et derri&#232;re les fils de fer barbel&#233;s, que comptent encore une injustice isol&#233;e et la souffrance terrestre ? En 1938, apr&#232;s les &#233;v&#233;nements d'Autriche, notre monde s'&#233;tait d&#233;j&#224; accoutum&#233; &#224; l'inhumanit&#233;, &#224; l'injustice et &#224; la brutalit&#233; comme jamais il ne l'avait fait auparavant pendant des centaines d'ann&#233;es. Tandis qu'autrefois ce qui s'est produit dans cette malheureuse ville de Vienne aurait suffi &#224; faire mettre les criminels au ban de l'humanit&#233;, la conscience universelle se tut, en cette ann&#233;e 1938, ou se borna &#224; murmurer un peu, avant d'oublier et de pardonner.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ces jours o&#249; &#224; chaque heure retentissaient dans ma patrie les appels &#224; l'aide, o&#249; l'on savait que des amis intimes &#233;taient emmen&#233;s, tortur&#233;s et humili&#233;s, et o&#249;, dans l'impuissance, on tremblait pour chacun de ceux que l'on aimait, comptent pour moi parmi les plus &#233;pouvantables de ma vie&#8221;&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Stefan Zweig, Le Monde d'Hier, 1942, p. 380 trad. fr.&#034; id=&#034;nh6-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se trouve que cette description d'une sc&#232;ne de 1938 &#8220;ignore&#8221; que le m&#234;me genre d'horreur &#233;tait devenu le r&#233;gime ordinaire depuis 20 ans d&#233;j&#224; &#224; l'Est de l'Europe, et que d&#232;s 1923, Hitler et Luddendorf percevaient la nouveaut&#233; de ces leviers de pouvoir, non pour les r&#233;prouver, mais pour les utiliser un jour&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans une discussion entre les deux personnages, mentionn&#233;e par Ernst Nolte. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5. Le totalitarisme sera-t-il limit&#233; au XXe si&#232;cle ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le court XXe si&#232;cle (1914-1991) a &#233;t&#233; domin&#233; dans sa premi&#232;re partie par la cristallisation concurrente de r&#233;gimes totalitaires. Leur bellig&#233;rance complice des ann&#233;es 1930 s'est transform&#233;e en une alliance cynique en 1939. Cette forfaiture exceptionnelle a inflig&#233; une terrible mutilation historique &#224; toute l'Europe. Cette atteinte est aujourd'hui soit ignor&#233;e par les discours dominants, soit attribu&#233;e &#224; la nature occidentale des soci&#233;t&#233;s nationales, alors que les deux r&#233;gimes complices de ce d&#233;sastre historique visaient en priorit&#233;, chacun pour son compte, &#224; la destruction et l'&#233;radication des nations au profit d'un empire mondial (racial pour Hitler, bureaucratique pour Staline). Par une inversion id&#233;ologique typique de l'intelligentsia qui a tant particip&#233; &#224; ces entreprises, les soci&#233;t&#233;s qui furent la cible de ces agressions totalitaires sont d&#233;sormais consid&#233;r&#233;es comme responsables et coupables de cet encha&#238;nement historique. La pression actuelle du r&#233;gime de Poutine &#224; l'encontre de la Pologne prolonge froidement ce crime historique conjoint. Sans le pacte Hitler-Staline, jamais la Shoah n'aurait pu avoir lieu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le hasard (?) historique de la mort de Staline a &#233;vit&#233; de justesse une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;sidus gauchistes, que tant de leviers de pouvoir et d'influence relaient avec complaisance, sont arc-bout&#233;s sur le projet de liquidation des nations. La vacuit&#233; de cette perspective est totale : les nations ne doivent &#234;tre remplac&#233;es par... rien. Leur existence si riche historiquement et garante des biens communs doit simplement &#234;tre &#233;radiqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les h&#233;ritiers et les compagnons de route de la doxa marxiste-l&#233;niniste n'ont jamais cess&#233; de se qualifier d'intellectuels &#8220;progressistes&#8221; ou &lt;strong&gt;&#8220;engag&#233;s&#8221;&lt;/strong&gt;, adjectifs de guerre civile implicite, dont le second est un marqueur du vocabulaire biais&#233; de Sartre, ouvertement emprunt&#233; &#224; Heidegger. La vulgate de &#8220;gauche&#8221; qui pr&#233;vaut depuis l'effondrement sovi&#233;tique repose sur une posture qui consid&#232;re apr&#232;s coup tout contemporain de Hitler comme suspect de nazisme dissimul&#233;, &#224; la seule exception de ceux qui furent inf&#233;od&#233;s &#224; l'Internationale Communiste, principale organisation &#224; avoir pourtant pactis&#233; avec ce personnage durant le premier tiers de la Seconde guerre mondiale. Cette analyse &#8220;mystique&#8221;, r&#233;surgence sournoise du sch&#233;ma hallucin&#233; cal&#233; sur le fantasme de &#8220;p&#233;ch&#233; originel&#8221;, s'est paradoxalement renforc&#233;e depuis une trentaine d'ann&#233;es : la surench&#232;re m&#233;canique est leur seul alibi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;cf le court texte &#233;crit par Jean-Fran&#231;ois Revel en 1992, Totem et tabou de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les descendants de tous les contemporains de Hitler h&#233;riteraient m&#234;me du p&#233;ch&#233; de colonialisme. Cette accusation converge avec une schizophr&#233;nie racialiste qui domine les id&#233;ologies de la rupture historique &#224; tout prix&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette perfidie s'est d'ailleurs trouv&#233; confort&#233;e par l'op&#233;ration de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il y a l&#224; un processus de &lt;strong&gt;radicalisation cumulative &lt;/strong&gt;qui pr&#233;tend broyer la r&#233;sistance que le mat&#233;riau historique oppose &#224; ces technocrates de l'histoire. Seuls b&#233;n&#233;ficieraient d'une indulgence ceux qui se rallieraient aux th&#233;ories &#8220;progressistes&#8221; de plus en plus grossi&#232;res (racisme anti-blanc, n&#233;o-f&#233;ministes d&#233;filant avec les th&#233;oriciens du viol des femmes non voil&#233;es, pr&#233;&#233;minence de minorit&#233;s de plus en plus infimes, mais pr&#233;tendant au titre d'&#233;lites absolues, proph&#232;tes de l'apocalypse climatique, etc.). L'objectif qui se dessine peu &#224; peu est de r&#233;duire les soci&#233;t&#233;s occidentales &#224; un conglom&#233;rat de minorit&#233;s. Pour ce faire, les majorit&#233;s autochtones re&#231;oivent un statut juridique d'autant plus inf&#233;rieur qu'elles sont plus majoritaires. L'attribution des subventions sociales &#224; tout nouvel arrivant &#233;quivaut &#224; un imp&#244;t diff&#233;rentiel, v&#233;ritable tribut pr&#233;lev&#233; au profit de colonisateurs venus d'Afrique ou du lointain Orient. Tout immigrant serait un &#8220;migrant&#8221;, c'est-&#224;-dire un &#8220;r&#233;fugi&#233;&#8221; politique : leur &#8220;dissidence&#8221; id&#233;alis&#233;e n'est pas situ&#233;e dans le pass&#233;, mais dans le futur, et contre les pays d'accueil !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le laxisme, aussi s&#233;lectif que d&#233;termin&#233;, pratiqu&#233; par la faune judiciaire europ&#233;enne d&#233;finit un v&#233;ritable syst&#232;me &lt;strong&gt;d'encouragement &#224; la r&#233;cidive&lt;/strong&gt; pour les agresseurs des populations occidentales. Une telle dissociation des &lt;i&gt;statuts de fait &lt;/i&gt;nourrit le type de logique propre aux empires territoriaux. Tout se passe comme si la population musulmane infiltr&#233;e en Europe &#233;tait consid&#233;r&#233;e par les &#8220;&#233;lites&#8221; fragment&#233;es de l'Occident comme le pilier indispensable du nouveau r&#233;gime imp&#233;rial qui se cherche et qui aurait une vocation plan&#233;taire. Celles-ci n'imaginent pas un instant que les leviers totalitaires de l'islamisme greff&#233;s sur le despotisme musulman routinier visent &#224; remplacer les hi&#233;rarchies autochtones.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;6. Responsabilit&#233; des empires dans les deux guerres mondiales.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux premi&#232;res guerres mondiales ont &#233;t&#233; d&#233;clench&#233; par les empires p&#233;riph&#233;riques &#224; l'Occident et surtout par l'empire tsariste, puis sovi&#233;tique. Cette v&#233;rit&#233; rencontre aujourd'hui encore un silence de granit :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; en 1914, la Russie affecta de lancer une mobilisation &#8220;partielle&#8221; dans une logique d'escalade qui se voulait gradu&#233;e. Cet &#201;tat se rendit aussit&#244;t compte qu'il serait incapable de mobiliser &#224; demi ses troupes et qu'il devait donc proc&#233;der &#224; une mobilisation totale, ce qui provoqua l'engrenage guerrier irr&#233;versible pour toutes les grandes puissances. Les populations europ&#233;ennes eurent toutes l'impression que leur pays &#233;tait attaqu&#233; et qu'elles devaient le d&#233;fendre. En dehors de manifestations d'&#233;tudiants dans quelques capitales, parler d'hyst&#233;rie nationale en 1914 est une r&#233;&#233;criture de l'histoire qui prolonge la propagande de guerre de l'&#233;poque. Il y eut tr&#232;s vite une hyst&#233;rie guerri&#232;re, notamment en Allemagne, mais l'acceptation de la guerre releva fondamentalement d'une r&#233;action de civisme, de celles que les couches dominantes r&#233;clament tout en les appr&#233;hendant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Christopher Clark, &#8220;Les Somnambules&#8221;, &#233;d. Champs-Histoire, 2015, p.769, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; en 1939, l'URSS s'allia d&#233;lib&#233;r&#233;ment &#224; Hitler pour d&#233;truire la Pologne et les pays baltes, tout en pr&#233;tendant signer un &lt;i&gt;&#8220;pacte de non-agression&#8221;, &lt;/i&gt;formule invers&#233;e de la r&#233;alit&#233; : quand deux r&#233;gimes totalitaires complotent de concert, les doses de mensonge sont d&#233;multipli&#233;es et le sens des mots ach&#232;ve de se perdre.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1122-Cites-Empires-Nations-2-3' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Deuxi&#232;me partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt; Babeuf affirmait d&#233;j&#224; qu'il s'agissait de donner &#224; tous l'&#233;galit&#233; &lt;/i&gt;&#8220;dans une honn&#234;te m&#233;diocrit&#233;&#8221;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt; La posture des nouveaux immigrants peut se formuler en une phrase : &lt;/i&gt;&#8220;On ne veut que b&#233;n&#233;ficier de votre magie, pas savoir comment la produire ni la faire vivre&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;En ce sens, la prise d'Alger qui mit fin en 1830 aux raids esclavagistes &#224; travers la m&#233;diterran&#233;e devrait &#234;tre comm&#233;mor&#233;e comme une grande f&#234;te paneurop&#233;enne,&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; Les Goumiers marocains, par exemple, constituaient bel et bien des unit&#233;s de terreur imp&#233;riale et leur comportement en Italie en 1943-1944 (viol de femmes par dizaines de milliers) en fut la signature indiscutable.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;La posture aboutissant &#224; la diabolisation de l'Occident prend sa source chez le Lukacs &lt;/i&gt;d'Histoire et conscience de classe,&lt;i&gt; mais aussi, en amont, chez Heidegger, avec ses th&#233;ories sur la &#8220;techn&#234;&#8221; de l'&#233;poque grecque.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;La R&#233;volte des &#201;lites et la Trahison de la D&#233;mocratie,&lt;i&gt; C. Lasch, &#233;d. Climats (1999).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt; Stefan Zweig, &lt;/i&gt;Le Monde d'Hier&lt;i&gt;, 1942, p. 380 trad. fr.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt; Dans une discussion entre les deux personnages, mentionn&#233;e par Ernst Nolte. Il est remarquable que le r&#233;gime national-socialiste ait envoy&#233; d&#232;s 1934 des &#233;missaires en Union sovi&#233;tique pour se faire expliquer les modalit&#233;s techniques des camps &#8220;de travail&#8221; (cf Thierry Wolton, &lt;/i&gt;Le N&#233;gationnisme de Gauche,&lt;i&gt; Grasset, 2019, p. 33, o&#249; il renvoie &#224; B. de Jouvenel, &lt;/i&gt;Un Voyageur dans le Si&#232;cle, &lt;i&gt;1979, pp 230-231).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Le hasard (?) historique de la mort de Staline a &#233;vit&#233; de justesse une deuxi&#232;me Shoah en Union sovi&#233;tique, cette fois : le &#8220;proc&#232;s des Blouses blanches&#8221;, fix&#233; pour la mi-mars 1953, devait donner la signal de la d&#233;portation de tous les Juifs d'URSS vers la Sib&#233;rie. Mais Staline est mort dans les premiers jours de ce mois-l&#224;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt; cf le court texte &#233;crit par Jean-Fran&#231;ois Revel en 1992, &lt;/i&gt;Totem et tabou de l'antiracisme,&lt;i&gt; qui annon&#231;ait que l'antiracisme hyst&#233;rique reprenait la fonction chamanique du socialisme naufrag&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Cette perfidie s'est d'ailleurs trouv&#233; confort&#233;e par l'op&#233;ration de manipulation des m&#233;moires ratifi&#233;e par Chirac, seul Pr&#233;sident fran&#231;ais &#224; avoir &#233;t&#233; condamn&#233; par la Justice pour ses d&#233;tournements de fonds durant toute sa &#8220;carri&#232;re&#8221;. Chirac a avalis&#233; en 1995 la th&#232;se affirmant que toute la France devait &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme &#8220;coupable&#8221; de la collaboration avec le r&#233;gime nazi et donc du crime de masse commis contre les Juifs pendant la guerre. Sous couvert de &#8220;repentance&#8221; abstraite, Chirac a ainsi &#233;tendu la &#8220;culpabilit&#233;&#8221; &#224; toute la culture fran&#231;aise et &#224; toute la population fran&#231;aise, pass&#233;e, pr&#233;sente et &#224; venir, ce qui lui a permis d'escamoter la trahison massive et sp&#233;cifique des &#8220;&#233;lites&#8221; et du sommet de l'&#201;tat qu'a constitu&#233; le r&#233;gime de Vichy, confront&#233; &#224; une d&#233;b&#226;cle militaire dont il h&#233;ritait et dont il devait g&#233;rer les cons&#233;quences. Les plus acharn&#233;s &#224; d&#233;noncer Vichy ont fait bien pire que lui, puisqu'ils ont contribu&#233; directement &#224; la victoire militaire allemande en 1939-1940, &#224; la suite du Pacte d'agression Hitler-Staline. Cette escroquerie chiraquienne participa de la r&#233;volte des &#233;lites contre les populations nationales. Elle s'est d&#233;ploy&#233;e &#224; partir des ann&#233;es 1980, lorsque les politiques dites de &#8220;gauche&#8221; et de &#8220;droite&#8221; ont fusionn&#233; dans un &#8220;social-lib&#233;ralisme&#8221; bricol&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La technique de transfert de la responsabilit&#233; collective est devenue simple routine de la propagande officielle, et trouve son &#233;cho dans les d&#233;nonciations de &#8220;racisme syst&#233;mique&#8221; ou d'&#8220;islamophobie&#8221;, qui pr&#233;tendent instituer une culpabilit&#233; par accusation. Le parall&#232;le entre ce proc&#233;d&#233; et le ressort des proc&#232;s de Moscou est saisissant.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt; Voir Christopher Clark, &lt;/i&gt;&#8220;Les Somnambules&#8221;, &lt;i&gt;&#233;d. Champs-Histoire, 2015, p.769, sur l'absence d'enthousiasme populaire &#224; la d&#233;claration de guerre, ainsi que le t&#233;moignage de Marc Bloch sur 1914, dans &lt;/i&gt;Souvenirs de guerre, 1914-1915&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Les trois Europes</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?1108-Les-trois-Europes</link>
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		<dc:date>2022-06-15T17:00:16Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Hermet G.</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>G&#233;opolitique</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>Cr&#233;ation sociale-historique</dc:subject>
		<dc:subject>Empire</dc:subject>
		<dc:subject>Type anthropologique</dc:subject>
		<dc:subject>Totalitarisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Premier chapitre &#233;ponyme du livre de Guy Hermet &#171; Histoire des nations et du nationalisme en Europe &#187;, 1996, Seuil, pp. 19-38. Les trois Europes Sans m&#234;me consid&#233;rer celle des citoyens romains de l'Antiquit&#233;, les premi&#232;res identit&#233;s collectives des Europ&#233;ens remontent &#224; une &#233;poque tr&#232;s recul&#233;e : celle de la division des trois Europes qui demeure toujours pr&#233;sente. Consid&#233;rer qu'il existe une Europe de l'Ouest et une autre de l'Est, avec entre les deux l'entit&#233; plus fuyante de l'Europe (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-dynamiques-geopolitiques-" rel="directory"&gt;Dynamiques G&#233;opolitiques&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Premier chapitre &#233;ponyme du livre de Guy Hermet &#171; Histoire des nations et du nationalisme en Europe &#187;, 1996, Seuil, pp. 19-38.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les trois Europes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans m&#234;me consid&#233;rer celle des citoyens romains de l'Antiquit&#233;, les premi&#232;res identit&#233;s collectives des Europ&#233;ens remontent &#224; une &#233;poque tr&#232;s recul&#233;e : celle de la division des trois Europes qui demeure toujours pr&#233;sente. Consid&#233;rer qu'il existe une Europe de l'Ouest et une autre de l'Est, avec entre les deux l'entit&#233; plus fuyante de l'Europe centrale, ne rel&#232;ve ni de l'illusion, ni d'un pr&#233;jug&#233; condescendant des Europ&#233;ens occidentaux dont il convient pourtant de tenir compte. Les trois Europes n'ont cess&#233; de nourrir trois imaginaires distincts. Elles ont, &#233;gaiement, servi de matrice aux identit&#233;s nationales si l'on consid&#232;re que ces derni&#232;res ne sont devenues dominantes qu'en apparence, qu'elles rec&#232;lent toujours en filigrane les trames diff&#233;rentes tiss&#233;es au fur et &#224; mesure des partages successifs du continent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assur&#233;ment, nul rep&#232;re officiel ne d&#233;limite plus ces trois espaces historiques ; &#224; l'inverse, ils chevauchent souvent les bornages frontaliers du pr&#233;sent. L'Allemagne, par exemple, est travers&#233;e sur l'Elbe par une ligne invisible qui la situe d'un c&#244;t&#233; dans l'Occident europ&#233;en, de l'autre dans une &lt;i&gt;Mitteleuropa&lt;/i&gt; d&#233;j&#224; orientale. Davantage encore, la d&#233;funte Yougoslavie appara&#238;t comme un territoire balay&#233; par le va-et-vient multi&#173; s&#233;culaire des trois Europes. Mais le caract&#232;re aujourd'hui impalpable de ces fronti&#232;res n'a pas d&#233;truit leur port&#233;e fondatrice. Selon les cas, isol&#233;ment ou cumulativement, quatre facteurs primordiaux ont engendr&#233; leur naissance : en premier lieu, l'&#233;clatement de l'unit&#233; de l'Europe latine cons&#233;cutif &#224; la chute de l'Empire romain ; ensuite, le divorce ult&#233;rieur des deux chr&#233;tient&#233;s orthodoxe et catholique ; en troisi&#232;me lieu, la domination turque qui s'est &#233;tendue sur les Balkans &#224; partir du XVe si&#232;cle ; enfui, la s&#233;paration socio-&#233;conomique entra&#238;n&#233;e par l'imposition aux paysans de l'Europe orientale d'un n&#233;o-servage particuli&#232;rement rigoureux dans le temps m&#234;me &#8211; du XVe au XVIII si&#232;cle &#8211; o&#249; leurs homologues occidentaux commen&#231;aient &#224; s'&#233;manciper de la servitude f&#233;odale. Il est vrai que subsiste alors l'&#233;nigme de l'Europe centrale. Tous les grands partages initiaux de ce continent se sont op&#233;r&#233;s de fa&#231;on binaire, entre l'Est et l'Ouest. Pourquoi par cons&#233;quent cette zone interm&#233;diaire s'est-elle form&#233;e ? Au premier chef, au regard d'un imaginaire de frustration qui d&#233;finit cette Europe m&#233;diane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Empire &#224; l'Est, la f&#233;odalit&#233; &#224; l'Ouest&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au premier jour du fractionnement de l'Europe se situe la dislocation de l'Empire romain, disparu &#224; l'Ouest et main&#173; tenu jusqu'au XVe si&#232;cle &#224; l'Est. La coupure se pr&#233;figure d&#232;s 285 avec Diocl&#233;tien, qui cr&#233;e deux centres de pouvoir &#224; Rome et &#224; Byzance. Elle s'approfondit en 330, lorsque l'empereur Constantin prend acte de l'effondrement de l'Italie, soumise &#224; la loi de fait des Barbares, en transf&#233;rant sa capitale de Rome &#224; Byzance, rebaptis&#233;e Constantinople pour la circonstance. Il ne reste plus alors &#224; Th&#233;odose qu'&#224; confirmer le partage sans retour &#224; la veille de sa mort, en 395, quand il r&#233;partit l'Empire entre ses deux fils : Honorius, dot&#233; de l'Occident, et Arcadius, pourvu de l'Orient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux univers de plus en plus &#233;loign&#233;s par ! 'histoire, la culture, l'&#233;conomie, l'organisation sociale et politique se configurent &#224; partir de ce moment, dans un cadre g&#233;ographique rendu seulement un temps fluctuant par la reconqu&#234;te de l'Italie par l'empereur de Byzance Justinien. Mais les deux mondes se figent physiquement d&#232;s l'an 800, avec l'&#233;ph&#233;m&#232;re renaissance &#224; l'Ouest de l'empire de Charlemagne. D&#232;s ce moment, comme l'observe Jeno Szucs, une &#171; ligne tr&#232;s nette traverse l'Europe vers le sud depuis le cours inf&#233;rieur de l'Elbe-Saale, le long de la Leitha et de la fronti&#232;re occidentale de 1 'ancienne Pannonie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Szucs, Les Trois Europes, Paris, L'Harmattan, 1985, p. 13. Nous (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. O&#249; la Pannonie se situait-elle ? Il s'agissait de l'ancienne province romaine qui s'&#233;tendait de la Hongrie &#224; la Croatie actuelles. Les Slaves &#171; occidentaux &#187; de Croatie et leurs homologues &#171; orientaux &#187; de Serbie se disputent toujours aujourd'hui cette premi&#232;re fronti&#232;re de l'Europe postromaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'implique ce clivage fondateur ? Il est linguistique, avec &#224; l'Ouest le latin et son alphabet, &#224; l'Est le grec avec son autre alphabet qui inspirera plus tard celui &#8211; cyrillique &#8211; des Russes, des Serbes et des Bulgares. Il est &#233;galement &#233;conomique, invers&#233; par rapport au pr&#233;sent, dans la mesure o&#249; l'Empire byzantin reste le foyer d'une civilisation mat&#233;rielle prosp&#232;re tandis que le domaine occidental de l'ancien empire de Rome s'enfonce dans la nuit du haut Moyen &#194;ge. Mais, en fait, le clivage est d'abord politique. L'empire d'Occident &#8211; que l'on ne d&#233;signait pas ainsi &#8211; dispara&#238;t &#224; jamais en 476, lorsque le Barbare Odoacre d&#233;pose son dernier empereur, Romulus Augustus, En revanche, celui d'Orient, l'Empire byzantin, va subsister bien qu'en se r&#233;tr&#233;cissant jusqu'&#224; la prise de Constantinople par les Turcs Ottomans, en 1453, &#224; l'&#233;poque de la d&#233;couverte de l'imprimerie par Gutenberg et quelques autres. D'un c&#244;t&#233; donc, pour quelques si&#232;cles, le retour &#224; une semi-barbarie, &#224; une fragmentation extr&#234;me du pouvoir &#224; peine troubl&#233;e par la br&#232;ve renaissance de l'Empire carolingien et d&#233;bouchant sur l'atomisation f&#233;odale, de l'autre l'autorit&#233; imp&#233;riale intacte, renforc&#233;e m&#234;me par la l&#233;gitimation nouvelle que lui donne le christianisme, ainsi que par la continuit&#233; de la culture aussi bien que des r&#233;seaux de la production et du commerce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le schisme religieux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me clivage, religieux, issu des schismes r&#233;ciproques du christianisme orthodoxe oriental et du christianisme romain occidental, ne fera que sanctionner davantage celui entra&#238;n&#233; par la division de l'ancien domaine de Rome, &#224; cette nuance importante pr&#232;s qu'il se traduira par un recul de l'espace byzantin et orthodoxe. Le Grand Schisme se dessine d&#233;j&#224; sous des pr&#233;textes th&#233;ologiques d&#232;s le IVe si&#232;cle. Il se confirme au VIIe Si&#232;cle, lorsque le pape se d&#233;gage de la tutelle du &lt;i&gt;Basileus&lt;/i&gt; &#8211; l'empereur de Constantinople &#8211; en cessant de lui demander confirmation de son &#233;lection et, finalement, en couronnant un empereur rival &#224; l'Ouest, en la personne de Charlemagne. Il se pr&#233;figure encore dans le schisme de Photios, de 863 &#224; 867, avant de d&#233;boucher en 1054 sur la rupture officielle prononc&#233;e par Michel C&#233;rulaire, qui entra&#238;ne la s&#233;paration d&#233;finitive de l'&#201;glise byzantine de celle de Rome. Cependant, ce d&#233;chirement intervient dans un contexte d'affaiblissement de l'empire d'Orient et d'expansion continue de l'Occident du XIe au XIVe si&#232;cle. L'espace europ&#233;en oriental va co&#239;ncider d&#233;sormais avec une zone d'implantation de l'orthodoxie confin&#233;e au sud-est et &#224; l'est extr&#234;me du continent. Et &#224; partir de ce moment, une deuxi&#232;me ligne de partage de l'Europe assez parall&#232;le &#224; la pr&#233;c&#233;dente mais situ&#233;e plus &#224; l'est va courir de &#171; la r&#233;gion du bas Danube vers les Carpates orientales, et plus au nord le long des for&#234;ts qui s&#233;paraient les Slaves de l'Ouest des Slaves de l'Est, pour atteindre finalement les r&#233;gions baltiques au XIIIe si&#232;cle &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid p. l 5.&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors, &#233;galement, que la conscience de ce partage s'exprime plus clairement. Longtemps, le terme latin d'&lt;i&gt;Occidens&lt;/i&gt; avait d&#233;sign&#233; l'ensemble du domaine romain &#8211; l'&lt;i&gt;Orbis Latinus&lt;/i&gt;. Mais au XIIe si&#232;cle appara&#238;t l'expression d'&lt;i&gt;Europa Occidens&lt;/i&gt; (ou &lt;i&gt;occidentalis&lt;/i&gt;), qui se r&#233;f&#232;re cette fois &#224; sa seule portion catholique &#233;chappant &#224; l'emprise imp&#233;riale de Byzance au sein d'une &lt;i&gt;Christianitas&lt;/i&gt; d&#233;sormais scind&#233;e en deux. Les limites de chacun de ces espaces demeurent pourtant brouill&#233;es et vont l'&#234;tre de plus en plus. C'est que, bien qu'encore innomm&#233;e, une Europe centrale s'installe dans la zone r&#233;siduelle comprise entre la fronti&#232;re des deux empires du IVe si&#232;cle et celle des deux religions chr&#233;tiennes devenues antagonistes au XIe, dans la Hongrie, la Boh&#234;me, la Slov&#233;nie, la Croatie et la Slovaquie actuelles, &#233;galement en Pologne. Bien que catholique et se voulant occidentale, cette zone va se trouver constamment soumise aux conditions de fait suscit&#233;es par sa proximit&#233; de l'Europe de l'Est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces premi&#232;res fronti&#232;res ne doivent ainsi pas s'appr&#233;cier seulement dans le court terme relatif d'un contraste initial entre l'anarchie occidentale et l'ordre imp&#233;rial &#224; Byzance. Sur un terme plus long, c'est toute la diff&#233;renciation ethnique, culturelle, sociale et, bien entendu, politique et &#171; identitaire &#187; des divers milieux europ&#233;ens qui porte leur trace. Sur le plan ethnique puis culturel, notamment, l'empire d'Orient encore vigoureux a pu repousser les peuples germaniques, tandis que, affaibli par la suite, il lui a fallu admettre l'installation des Slaves en Thrace, en Illyrie puis dans d'autres r&#233;gions. L&#224; se situe le point de d&#233;part du peuplement nourri d'incrustations successives des Balkans. Ce l'est peut-&#234;tre, aussi, de ce que Kohn ou Plamenatz appellent le &#171; nationalisme oriental &#187; (ethnique), dans la mesure o&#249; le pouvoir de Byzance ne s'est pas pr&#234;t&#233; &#224; une symbiose avec ces populations nouvelles, o&#249; il est demeur&#233; profond&#233;ment grec, d&#233;cid&#233; &#224; maintenir ces &#233;l&#233;ments allog&#232;nes dans un &#233;tat de subordination. &#192; l'inverse, l'empire de Rome a d&#251; s'ouvrir aux Barbares germaniques avant m&#234;me de cesser d'exister, en attendant le moment o&#249; ses vestiges &#233;pars ont &#233;t&#233; domin&#233;s par eux. En outre, le paradoxe primordial a tenu &#224; ce que la reconfiguration ult&#233;rieure de l'Europe occidentale a &#233;t&#233; le produit de son d&#233;sarroi politique d'avant l'an mil. Les Barbares se sont latinis&#233;s. Ils ont particip&#233; &#224; l'&#233;closion des nouvelles cultures romanes post-imp&#233;riales, finalement &#224; la formation des &#171; langues vulgaires &#187; qui, supplantant peu &#224; peu le latin &#171; universel &#187;, ont constitu&#233; le trait distinctif de petits royaumes aux dimensions adapt&#233;es aux moyens de contr&#244;le de l'&#233;poque avant de devenir celui de chaque &#201;tat-Nation moderne. De la sorte, si l'Ouest europ&#233;en a pu ressusciter &#224; partir du XIe si&#232;cle, il l'a fait gr&#226;ce &#224; ses petits centres de pouvoir diss&#233;min&#233;s mais remplis de vigueur juv&#233;nile, qui ont pu circonscrire leur espace g&#233;ographique et politique aussi bien qu'humain en l'homog&#233;n&#233;isant peu &#224; peu. En revanche, le monolithe byzantin est mort culturellement intact et unifi&#233;, obstin&#233;ment indiff&#233;rent aux ressources qu'il aurait pu tirer d'une diversit&#233; mieux assum&#233;e, en abandonnant aux Turcs Ottomans des territoires livr&#233;s d&#233;j&#224; de son fait &#224; une &#171; balkanisation ethno-religieuse &#187; avanc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On touche l&#224; &#224; l'impact politique de ces premiers partages de l'Europe. &#192; l'aube de notre mill&#233;naire en voie d'ach&#232;vement, l'ouest comme l'est de l'Europe sont chr&#233;tiens, rassembl&#233;s pour un temps encore dans une m&#234;me &#201;glise &#224; cette restriction pr&#232;s que le domaine russe comme celui de la Scandinavie restent &#224; conqu&#233;rir au christianisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La principaut&#233; de Kiev, berceau de la Russie, adh&#232;re officiellement au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Mais l'Orient demeure fid&#232;le &#224; la conception imp&#233;riale du pouvoir, conception moniste &#233;tablie par l'empereur Constantin en 337, dans laquelle l'autorit&#233; religieuse des patriarches se trouve subordonn&#233;e &#224; celle, politique, d'un empereur rendu de ce fait omnipotent. Confirm&#233; par Justinien en 532, cet ordre imp&#233;rial subordonne le &lt;i&gt;Jus sacrum&lt;/i&gt; &#8211; le droit de l'&#201;glise &#8211; au &lt;i&gt;Jus publicum&lt;/i&gt; de l'&#201;tat, r&#233;duit le patriarche de Constantinople au rang de chapelain de l'empereur, et soumet m&#234;me la th&#233;ologie &#224; ses raisons. Au-del&#224;, le pouvoir byzantin est patrimonial, en ce sens qu'il &#233;rige son appareil administratif et militaire, ses ressources financi&#232;res, en bref le domaine public aussi bien que les hommes qui en rel&#232;vent en propri&#233;t&#233;s ou en serviteurs du &lt;i&gt;Basileus&lt;/i&gt;. Selon cette logique, nulle place ne peut exister pour une propri&#233;t&#233; priv&#233;e r&#233;elle, surtout en ce qui concerne celle de la terre. De son c&#244;t&#233;, en dehors de la famille imp&#233;riale, la noblesse n'est pour cette raison &#233;galement qu'une noblesse de service, commise &#224; des t&#226;ches pr&#233;cises, sans ind&#233;pendance mat&#233;rielle, sans fiefs &#224; titre personnel ou h&#233;r&#233;ditaire, pourvue seulement &#224; titre temporaire et r&#233;vocable de domaines dont elle tire un b&#233;n&#233;fice assimilable &#224; une indemnit&#233; de fonctions. Quant aux &#233;l&#233;ments de population allog&#232;nes, ils jouissent de statuts de protection non moins pr&#233;caires, unilat&#233;raux, &#233;trangers &#224; toute notion de contrat ou de droits sp&#233;cifiques, Tel est le contexte dans lequel le &lt;i&gt;Basileus&lt;/i&gt; de la &#171; Deuxi&#232;me Rome &#187; (Constantinople) prend figure de semi-divinit&#233; r&#233;gnante, pape et monarque &#224; la fois, propri&#233;taire des choses et des hommes par surcro&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les conservatoires ottoman et russe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet ordre imp&#233;rial byzantin qui nourrit la supr&#233;matie d'un pouvoir politico-religieux et dresse un obstacle insurmontable devant toute prise d'autonomie de la soci&#233;t&#233; va se survivre &#224; lui-m&#234;me dans l'empire des Turcs Ottomans comme dans celui des tsars. Certes, ainsi que le rappelle Bernard Lewis, l'Empire byzantin auquel les Ottomans ont eu affaire aux XIVe et XVe si&#232;cles n'&#233;tait plus qu'un &#171; vestige du pass&#233;, p&#226;le et affaibli &#187;, au point que c'est un &#171; fant&#244;me d&#233;j&#224; mort qu'ils ont jet&#233; &#224; bas &#187; en 14531&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;B. Lewis, Istanbul et la Civilisation ottomane, Paris, J . - C. Lan&#232;s, 1990, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si, donc, &#171; une fois l'organisation byzantine d&#233;truite et &#233;limin&#233;e, c'est un syst&#232;me de gouvernement islamique classique qui prit sa place &#187;, celui-ci ne fait pas que receler depuis longtemps des &#233;l&#233;ments emprunt&#233;s &#224; la Gr&#232;ce, &#224; Rome ainsi qu'&#224; Byzance. Pour l'essentiel, il ne contrevient en rien &#224; la logique de l'empire romain d'Orient ; il renforce m&#234;me ses traits par la confusion en une seule personne de deux pouvoirs, l'un temporel, celui du sultan, et l'autre spirituel, exerc&#233; par le calife ou commandeur des croyants (titre obtenu par le sultan au XVIe si&#232;cle).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus encore peut-&#234;tre que le &lt;i&gt;Basileus&lt;/i&gt; trop d&#233;muni de puissance mat&#233;rielle, le souverain ottoman appara&#238;t ainsi et simultan&#233;ment comme le monarque et comme le gardien de la Loi divine, de telle sorte que l'ob&#233;issance qui lui est due acquiert un caract&#232;re religieux et que la d&#233;sob&#233;issance &#224; ses mandements devient un p&#233;ch&#233; autant qu'un crime. Par surcro&#238;t, s'agissant des populations chr&#233;tiennes qui tombent sous sa coupe, celles-ci se trouvent assujetties &#224; l'autorit&#233; tant religieuse que civile ou politique que le sultan d&#233;l&#232;gue aux chefs des diverses &#201;glises. Le monisme du pouvoir se maintient pour tous les sujets de l'Empire ottoman, bien qu'il se hi&#233;rarchise en fonction de leur confession. &#201;chappant &#224; la capitation, les musulmans qui rel&#232;vent directement du sultan et calife ne jouissent du statut le plus &#233;minent qu'en demeurant soumis eux aussi &#224; la gestion patrimoniale de l'&#201;tat. Quant aux chr&#233;tiens raval&#233;s au rang de prot&#233;g&#233;s-tol&#233;r&#233;s, les dhimmis, ils se voient r&#233;partis entre de multiples autorit&#233;s et communaut&#233;s au gr&#233; non seulement de leur all&#233;geance orthodoxe ou catholique et bient&#244;t protestante, mais, &#233;galement, compte tenu de leur rite grec, slavon ou latin, de leur orientation luth&#233;rienne ou calviniste, ainsi que de leur localisation g&#233;ographique et de leur langue de communication courante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sources du foisonnement antagoniste des identit&#233;s collectives du sud-est de l'Europe proc&#232;dent largement de cette strat&#233;gie patrimoniale, aggrav&#233;e d'une part par le ressentiment que les Turcs entretiennent en faisant appel &#224; des chr&#233;tiens corv&#233;ables &#224; merci dans les fonctions militaires, administratives et m&#234;me gouvernementales, d'autre part par la touche suppl&#233;mentaire qu'ils apportent &#224; la complexit&#233; de la carte ethno-religieuse des Balkans. Le pouvoir ottoman utilise en effet les plus qualifi&#233;s mais, aussi, les plus vuln&#233;rables pour constituer son personnel. C'est assur&#233;ment &#224; des musulmans, mais esclaves souvent ou r&#233;cemment convertis, qu'il confie les r&#244;les les plus en vue. Mais il fait appel couramment &#224; des Grecs ou &#224; d'autres chr&#233;tiens pour des postes plus modestes. D'o&#249; les d&#233;testations entre les paysans musulmans livr&#233;s &#224; de petits chefs infid&#232;les ainsi qu'entre les diverses sortes de chr&#233;tiens soumis &#224; des chr&#233;tiens diff&#233;rents&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La caste que l'on pourrait qualifier d'aristocratique des askeris incluait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou &#224; des responsables ottomans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, les Turcs ne pouvaient &#233;chapper compl&#232;tement &#224; la tentation d'islamiser leur empire par l'immigration ou la conversion, quand bien m&#234;me ils le faisaient avec parcimonie dans la mesure o&#249; les convertis ne se trouvaient plus soumis &#224; la capitation. Mais il demeure que les fonctionnaires et quasi-propri&#233;taires terriens ottomans ont fait souche dans les villes pour y engendrer le conflit parfois larv&#233; et parfois ouvert entre un milieu urbain domin&#233; par les musulmans et des campagnes rest&#233;es chr&#233;tiennes (conflit dont l'expression s'observe &#224; nouveau en Bosnie). Parall&#232;lement des noyaux de paysannerie musulmane se sont implant&#233;s en Bosnie, en Thrace, en Bulgarie, dans le Kosovo, en Albanie. Quant aux conversions massives, peu souhait&#233;es en g&#233;n&#233;ral, elles se sont tout de m&#234;me op&#233;r&#233;es, en Bosnie en particulier. Comme on le sait, les musulmans bosniaques sont des Slaves d'origine, descendants des bogomiles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les bogomiles se rattachent &#224; un courant religieux manich&#233;en venu de Perse (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; pers&#233;cut&#233;s depuis le XIIe si&#232;cle par les clerg&#233;s chr&#233;tiens, qui ont r&#233;agi contre cette pers&#233;cution en se ralliant &#224; l'islam afin de se placer du c&#244;t&#233; des dominants apr&#232;s l'occupation turque. La m&#233;moire de ce retournement n'a pas &#233;t&#233; perdue par les Croates et, surtout, par les Serbes. En outre, pour compliquer encore les choses, les Turcs ont encourag&#233; la R&#233;forme protestante en Hongrie et en Transylvanie au cours de leurs guerres contre les Habsbourg, au XVIe et au XVIIe si&#232;cle. Mieux valait pour eux, en effet, r&#233;gner sur des luth&#233;riens ou des calvinistes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ceci explique que l'&#201;glise calviniste de Hongrie soit la seule de cette (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, s&#233;par&#233;s de Rome comme de la Vienne papiste, que sur les catholiques qu'ils &#233;taient jusqu'alors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est toutefois dans l'espace russe que l'empreinte byzantine est demeur&#233;e la plus profonde, en ce qui concerne aussi bien la confusion des pouvoirs politique et religieux que l'&#233;touffement du ferment de modernit&#233; repr&#233;sent&#233; par l'&#233;mergence d'une noblesse de fief autonome. L'embryon du premier royaume russe appara&#238;t &#224; Kiev, lorsque Oleg vassalise les principaut&#233;s voisines en 882. Il s'organise et se christianise ensuite selon le mod&#232;le de Byzance, sp&#233;cialement &#224; partir de 989, quand le prince Vladimir le Grand demande le bapt&#234;me afin de pouvoir &#233;pouser la princesse byzantine Anne Porphyrog&#233;n&#232;te. Bien que d&#233;chu, l'empire de Constantinople se transforme d&#232;s lors en objet de fascination pour les Russes, au point qu'ils assi&#232;gent sa capitale sans succ&#232;s en 941. Cet &#233;chec ne modifie en rien la trajectoire russe. Au XIe si&#232;cle, la culture byzantine la fa&#231;onne plus directement par l'interm&#233;diaire des missionnaires orthodoxes du patriarcat bulgare &#8211; dont d&#233;pendait d&#233;j&#224; l'&#201;glise de Kiev &#8211; qui fuient leur pays conquis par les Turcs. C'est alors que la pratique byzantine du voile et de la claustration des femmes s'introduit en Russie, avant m&#234;me que les envahisseurs tatars ne la confirment&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. A. Leroy-Beaulieu, L'Empire des tsars et les Russes, Paris, Laffont, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et c'est &#224; ce moment, &#233;galement, que se diffuse la liturgie slavonne avec l'alphabet cyrillique, et que le m&#233;tropolite de Vladimir puis de Kiev obtient ce titre du patriarche de Byzance pour mieux rivaliser bient&#244;t avec lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une monarchie militaire s'&#233;difie dans ce contexte, d'abord soumise aux Mongols du XIIe au XIe si&#232;cle, quand les kniazes (princes) re&#231;oivent leurs principaut&#233;s en tant que vassaux du grand khan, puis &#233;mancip&#233;e de la Horde d'Or &#224; partir du si&#232;cle suivant. La date charni&#232;re se situe autour de 1480. C'est alors qu'Ivan III d&#233;pouille les princes apanag&#233;s, qu'il abaisse les boyards et les anciennes familles aristocratiques, soumet les quelques villes libres, &#233;pouse la ni&#232;ce du dernier empereur Pal&#233;ologue de Byzance, s'arroge enfin le titre de tsar &#8211; C&#233;sar &#8211; pour l&#233;gitimer sa supr&#233;matie et fonder la &#171; Troisi&#232;me Rome &#187; en prenant acte de la chute de Constantinople survenue une trentaine d'ann&#233;es auparavant. Ivan IV le Terrible n'aura qu'&#224; perfectionner l'autocratie russe au XVIe si&#232;cle, en attendant que Pierre le Grand la codifie avec le &lt;i&gt;Zemksky sobor&lt;/i&gt; de 1648, puis qu'il entreprenne de l'occidentaliser dans son appareil technique, mais non dans sa logique orientale de concentration du pouvoir et d'&#233;crasement de toute vell&#233;it&#233; d'ind&#233;pendance de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En raison de la subordination plus grande encore qu'&#224; Byzance de la hi&#233;rarchie &#233;piscopale au tsar, le pouvoir russe va se caract&#233;riser de la sorte, au point le plus extr&#234;me, par la symbiose de la religion et de la politique, par l'institutionnalisation bureaucratique de l'&#201;glise orthodoxe au service de l'&#201;tat ainsi que par l'absence de toute place pour le d&#233;veloppement d'autres influences que celle de l'autocratie. Apr&#232;s l'&#233;crasement de sa civilisation urbaine par les envahisseurs turcs, la Russie va ignorer le mouvement social de l'Europe de l'Ouest, l'essor des villes marchandes, l'aristocratie de fief au profit d'une noblesse de service li&#233;e &#224; l'emploi public, et bien s&#251;r la libert&#233; de pens&#233;e. Jusqu'au XIXe si&#232;cle, elle ne conna&#238;tra pour ainsi dire que deux r&#233;alit&#233;s inscrites l'une et l'autre dans un &#171; r&#233;gime patrimonial h&#233;r&#233;ditaire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 177.&#034; id=&#034;nh7-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : celle de l'appareil politique ou religieux de l'autocratie, et celle de milliers de communaut&#233;s paysannes toutes semblables et immobiles. Nul espace n'existera dans ce dispositif pour la modernit&#233;, pour les franchises bourgeoises qui disparaissent, sauf &#224; Nijni-Novgorod et &#224; Pskof, dans un milieu o&#249; les villes sont faibles, comme rurales, avec peu ou point d'assembl&#233;es populaires (les &lt;i&gt;vetch&#233;s&lt;/i&gt;), &#224; l'exception unique de Saint-P&#233;tersbourg qui, d'ailleurs, ne poss&#232;de pas vraiment d'organe repr&#233;sentatif et n'est que le monument que l'autorit&#233; se d&#233;die &#224; elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus &#233;trange tient &#224; ce que la conscience russe a pu se configurer pr&#233;cocement dans ce contexte, et m&#234;me en fonction de lui. Tr&#232;s t&#244;t, du XIe au XIVe si&#232;cle, elle l'a fait d'abord par un r&#233;flexe de survie qui, face &#224; la menace su&#233;doise et surtout mongole, s'est exprim&#233; dans une affirmation de la foi religieuse et de la sp&#233;cificit&#233; ethnique des Russes vis-&#224;-vis des musulmans orientaux comme des chr&#233;tiens occidentaux, &#233;galement par un attachement au sol lui-m&#234;me quand on se souvient que le terme tr&#232;s affectif de &lt;i&gt;Rus&lt;/i&gt; ne signifie gu&#232;re autre chose que &#171; Petite m&#232;re Russie &#187;. C'est de cette mani&#232;re que les Russes se sont sentis tels avant que les Fran&#231;ais par exemple n'entrevoient leur propre identit&#233;. Et ce n'est qu'ensuite, &#224; partir de Pierre le Grand, qu'ils ont commenc&#233; &#224; acqu&#233;rir une conception plus politique de leur appartenance commune, r&#233;f&#233;r&#233;e cette fois au nom de &lt;i&gt;Rossia&lt;/i&gt;, celui de l'em&#173;pire du tsar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le cheminement de l'Europe de l'Ouest&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout autre a &#233;t&#233; le cheminement de l'Europe de l'Ouest. &#192; partir du IXe si&#232;cle, il se singularise par une disjonction croissante de l'autorit&#233; spirituelle et temporelle, sous l'impact du conflit pluris&#233;culaire qui commence &#224; opposer le pape jusqu'alors &#171; c&#233;saropapiste &#187; aux souverains territoriaux qui aspirent, pour leur part, &#224; un pouvoir total de style quelque peu byzantin. La querelle d&#233;bute en 962, quand Otton le Grand s'empare de la Couronne d'or pour cr&#233;er le Saint Empire romain germanique qui ne dispara&#238;t formellement qu'en 1805.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, avec des rebondissements &#233;tal&#233;s sur des si&#232;cles, elle se solde non par le triomphe de l'un des deux aspirants &#224; un pouvoir qui, dans ce cas, e&#251;t &#233;t&#233; indistinctement politico-religieux en toute hypoth&#232;se, mais par un partage de l'autorit&#233; qui a dissoci&#233; en Occident le religieux du politique. En restaurant le principe un temps oubli&#233; du &#171; Rendez &#224; C&#233;sar &#187; et du &#171; Rendez &#224; Dieu &#187;, l'&#201;glise croyait devoir l'emporter vis-&#224;-vis d'un empereur soumis lui aussi &#224; la supr&#233;matie divine. En r&#233;alit&#233;, ainsi quel 'a bien vu l'historien allemand Otto Hintze, elle ne va aboutir dans la pratique qu'&#224; absorber &#171; le magique et le sacr&#233; &#187; pour son propre compte, en lib&#233;rant ainsi les soci&#233;t&#233;s occidentales des limitations qui &#171; barraient le chemin de la rationalit&#233; et de l'intensification des activit&#233;s &#233;conomiques et sociales &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;O. Hintze, Historical Essays, New York, Oxford University Press, 1975, p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Au-del&#224;, par un effet pervers de sa tactique qui consistait &#224; t&#233;moigner quelque complaisance &#224; l'affermissement des petits royaumes p&#233;riph&#233;riques qui bloquaient l'expansion du Saint Empire, l'Angleterre et la France en particulier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au XIIIe si&#232;cle, Philippe Auguste saisit parfaitement cette situation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'&#201;glise a contribu&#233; involontairement &#224; la consolidation des premi&#232;res monarchies en voie de s&#233;cularisation qui pr&#233;figuraient l'&#201;tat absolutiste puis l'&#201;tat moderne. En vertu de sa tol&#233;rance sp&#233;ciale visant &#224; diviser pour r&#233;gner, elle les a aid&#233;es &#224; tremper le ressort d'une l&#233;gitimit&#233; politique extra-religieuse, g&#233;n&#233;ratrice &#224; son tour d'identit&#233;s pr&#233;nationales auxquelles les souverains ont &#339;uvr&#233; avec m&#233;thode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que plus homog&#232;ne &#224; maints &#233;gards que l'Empire du milieu, l'Europe de l'Ouest appara&#238;t en fin de compte comme une sorte de Chine manqu&#233;e, qui aurait pu s'unifier en un empire mais qui s'est compartiment&#233;e &#224; l'inverse en multiples espaces de souverainet&#233;. Le simple fait de cette division territoriale est capital pour marquer son contraste avec l'est et le centre du continent, soumis longtemps dans un cas &#224; une domination imp&#233;riale effective, dans l'autre au r&#234;ve inassouvi de l'unit&#233; germanique. Il est clair, d'abord, que la fragmentation politique de l'Europe occidentale a offert &#224; l'&#233;closion de la libert&#233; et de l'imagination sociale ou &#233;conomique des facilit&#233;s introuvables dans les vastes ensembles imp&#233;riaux : ce qui &#233;tait interdit en un lieu de pouvoir pouvait &#234;tre permis dans l'espace voisin, cependant qu'il allait de soi que des unit&#233;s politiques de dimension relativement r&#233;duite se pr&#234;taient mieux que des monstres territoriaux &#224; un exercice quelque peu permissif et consensuel du pouvoir. Il est non moins raisonnable de penser, par ailleurs, que des &#171; identit&#233;s d'&#201;tat &#187; dot&#233;es d'une certaine coh&#233;rence ont eu plus de chances de s'affirmer dans des pays de taille petite ou moyenne que dans des immensit&#233;s nivel&#233;es en apparence seulement par des autorit&#233;s monolithiques. De plus, un facteur suppl&#233;mentaire intervient pour expliquer la sp&#233;cificit&#233; de l'Europe de l'Ouest. S'ajoutant &#224; celui repr&#233;sent&#233; par l'effet s&#233;cularisateur de la rivalit&#233; des deux pouvoirs spirituel et temporel, ce facteur s'inscrit dans la nature sp&#233;cifique de la f&#233;odalit&#233; occidentale et dans ses cons&#233;quences multiples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fernand Braudel sugg&#232;re que cette f&#233;odalit&#233; diviseuse trouve sa source quand Charles le Chauve (838-877) &#8211; parti se faire couronner empereur &#224; Rome &#8211; doit repasser les Alpes en h&#226;te afin de faire face &#224; la s&#233;dition des grands seigneurs de son royaume anarchique. En fait, il lui faut signer &#224; la veille de sa mort, en 877, le capitulaire de Kiersy-sur-Oise par lequel il c&#232;de devant leurs exigences d'autonomie. Mais ce qui importe davantage est la nature de cette f&#233;odalit&#233; occidentale. Elle repr&#233;sente d'abord un syst&#232;me de pouvoir &#233;clat&#233;, exerc&#233; par une noblesse de fief assur&#233;e &#224; titre h&#233;r&#233;ditaire de ses possessions territoriales, contractant des engagements volontaires de vassalit&#233; ou de suzerainet&#233; avec d'autres seigneurs sans perdre pour autant son ind&#233;pendance mat&#233;rielle et politique. On voit la diff&#233;rence avec la noblesse de service orientale, pr&#233;caire, subsistant depuis le XIe si&#232;cle gr&#226;ce &#224; l'usufruit d'apanages conc&#233;d&#233;s de mani&#232;re r&#233;vocable par l'autocratie en gestation. De plus, cette diff&#233;rence s'accompagne de celle qui oppose le paysan slave, assujetti &#224; la propri&#233;t&#233; indivise communautaire puis &#224; un servage totalement r&#233;pressif, au serf occidental qui, &#171; d'une large fa&#231;on, poss&#232;de la terre, [m&#234;me] s'il lui est attach&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;F. Braudel, L'identit&#233; de la France. Les hommes et les choses, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Enfin, la f&#233;odalit&#233; de l'Ouest fonde un syst&#232;me de valeurs individualistes au travers du code de l'honneur chevaleresque, qui valorise non seulement le raffinement des m&#339;urs mais, &#233;galement, l'exploit et la r&#233;ussite personnels. Or, par imitation ou par contagion, ce code va s'&#233;tendre au clerg&#233; qui cultive d&#233;j&#224; l'effort intellectuel, bient&#244;t aux bourgeois des villes qui verront dans leur prosp&#233;rit&#233; nouvelle le signe d'un succ&#232;s digne d'&#234;tre honor&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi qu'une soci&#233;t&#233; l&#233;gitimement organis&#233;e dans la fragmentation f&#233;odale et dans ses interstices urbains ou eccl&#233;siastiques pr&#233;existe dans cette partie de l'Europe au d&#233;veloppement des &#201;tats monarchiques centralisateurs. &#192; l'initiative de l'&#201;glise, c'est sur cette base pr&#233;alable qu'elle se dote des institutions repr&#233;sentatives m&#233;di&#233;vales appel&#233;es selon les lieux &#233;tats g&#233;n&#233;raux, di&#232;tes, Cortes, maisons des communes ou des seigneurs, dans lesquelles si&#232;gent face au pouvoir royal les mandataires des trois ordres de la noblesse, du clerg&#233; et de la bourgeoisie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le troisi&#232;me ordre se scindant entre la bourgeoisie et les paysans en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; au moment m&#234;me o&#249; les di&#232;tes slaves disparaissent ou ne rassemblent que les repr&#233;sentants de l'aristocratie (ainsi la di&#232;te polonaise, le &lt;i&gt;Sjem&lt;/i&gt; qui a conserv&#233; cette appellation aujourd'hui, o&#249; les seigneurs &#233;lisaient leur roi &#224; partir de 1572). Il serait abusif d'&#233;tablir un lien entre cette pouss&#233;e lib&#233;ratrice des soci&#233;t&#233;s occidentales et l'&#233;mergence d'identit&#233;s politiques &#224; l'envergure d'un pays. Il se peut m&#234;me qu'elle l'ait retard&#233;e en renfor&#231;ant plut&#244;t des libert&#233;s et solidarit&#233;s toutes locales, &#224; l'inverse de ce qui se produit chez les Slaves avec l'apparition tr&#232;s ancienne d'un sentiment de &#171; russit&#233; &#187; chez les sujets des princes de Kiev puis de Moscou puis du tsar. En revanche, il ne fait pas de doute que l'anciennet&#233; de la composante civique du sens national en Europe de l'Ouest doit beaucoup &#224; cette origine m&#233;di&#233;vale et que ces bases historiques ont manqu&#233; dans une Europe de l'Est ou du centre marqu&#233;e au premier chef par les clivages ethno-religieux entretenus &#224; dessein par les empires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le n&#233;o-servage oriental&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'imposition tardive du servage dans l'Europe centrale et orientale approfondit encore ce partage, le long d'une fronti&#232;re qui reproduit presque exactement celle, toute r&#233;cente, qui s&#233;parait l'ex-monde communiste des d&#233;mocraties occidentales. Du XVe au XVIIIe si&#232;cle, le servage dispara&#238;t largement de l'Europe de l'Ouest dans ses effets les plus brutaux, alors m&#234;me qu'il s'&#233;tablit &#224; l'Est avec une intensit&#233; sans pareille. Parall&#232;lement, si l'absolutisme monarchique s'installe au m&#234;me moment dans les deux r&#233;gions, il n'y poss&#232;de ni le m&#234;me visage ni la m&#234;me signification. &#192; l'Ouest, l'absolutisme royal peut s'interpr&#233;ter comme &#171; une compensation pour la disparition du servage &#187;, dans un environnement &#233;conomique de plus en plus urbain dont l'appareil politique f&#233;odal a perdu le contr&#244;le qu'il accepte de voir assumer d&#233;sormais par une monarchie centralis&#233;e. En revanche, l'absolutisme oriental se d&#233;finit davantage comme la &#171; machine r&#233;pressive d'une classe f&#233;odale qui venait de supprimer les libert&#233;s communales traditionnelles des classes pauvres &#187;, comme un &#171; instrument de consolidation du servage dans un environnement purg&#233; de toute vie autonome ou de toute r&#233;sistance des villes &#187;, visant &#224; &#171; implanter un monde nouveau par le haut et par la force &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. Anderson, L'&#201;tat absolutiste, II, L'Europe de l'Est, Paris. Maspero, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce croisement qui reconsolide la division de l'Europe se comprend d'abord &#224; la lumi&#232;re de la crise qui &#233;branle toutes les &#233;conomies aux XIVe et XVe si&#232;cles, qui s'intensifie au XVIe et qui entra&#238;ne la r&#233;action seigneuriale du deuxi&#232;me servage &#224; l'Est aussi bien que la fuite dans l'absolutisme &#224; l'Ouest. Mais il faut consid&#233;rer, &#233;galement, la menace militaire accrue que ce dernier fait peser sur l'Europe centrale et orientale. Celle-ci doit se d&#233;fendre avec des moyens humains et techniques tr&#232;s inf&#233;rieurs, face sp&#233;cialement &#224; la Su&#232;de &#224; l'apog&#233;e de sa puissance. D'o&#249; la mobilisation forcen&#233;e de toutes ses ressources, dans le cadre typique de ce contre-absolutisme du n&#233;o-servage qui caract&#233;rise aussi bien l'&#201;lectorat de Brandebourg dont proc&#232;de la Prusse que la Russie. Plus g&#233;n&#233;ralement, cet asservissement des paysans touche non seulement les pays slaves et orthodoxes mais aussi le domaine autrichien, une grande partie de l'Allemagne, la Hongrie, la Boh&#234;me, les pays baltes et la Pologne, en r&#233;sum&#233; des fractions de l'Europe rattach&#233;es au christianisme romain, occidentalis&#233;es partiellement dans leur &#233;conomie et fortement dans leur imaginaire, mais refoul&#233;es d'un coup vers l'espace oriental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 1593, les moujiks russes, d&#233;j&#224; consid&#233;r&#233;s comme des hommes inf&#233;rieurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Moujiki. petits hommes, par opposition &#224; moujy, hommes ou guerriers.&#034; id=&#034;nh7-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, perdent le droit de changer de ma&#238;tre &#224; la fin de chaque ann&#233;e agricole, en attendant que le deuxi&#232;me servage soit l&#233;galement &#233;tabli en 1648 jusqu'&#224; son abolition de 1861. Et c'est &#224; peu d'intervalle, en 1653, que les paysans du Brandebourg se trouvent &#224; leur tour encha&#238;n&#233;s &#224; la terre, puis que le ph&#233;nom&#232;ne s'&#233;tend &#224; la Hongrie, &#224; la Boh&#234;me, &#224; la Pologne, aux terres baltes. De plus, l'asservissement frappe aussi la noblesse de mani&#232;re diff&#233;rente. Celle de Russie se trouve catalogu&#233;e bureaucratiquement entre de multiples grades, commise &#224; la gestion de l'immense &#171; sovkhose &#187; imp&#233;rial. Il en va de m&#234;me dans le Brandebourg et en Prusse-Orientale, o&#249; la charte de 1653 lui r&#233;serve un sort assez analogue, o&#249; les Landtags perdent tout pouvoir apr&#232;s 1683, o&#249; s'instaure ce que Barrington Moore appelle la &#171; r&#233;volution agricole r&#233;pressive &#187;. En outre, si l'aristocratie &#233;tend sa mainmise sur les paysans sans perdre sa dignit&#233; en Hongrie et en Pologne, elle ne s'orientalise pas moins par le fait m&#234;me d'une f&#233;odalisation qui dispara&#238;t &#224; l'Ouest. Ceci sans parler de cas extr&#234;mes comme celui de la Lituanie, sortie de l'orthodoxie et pass&#233;e au catholicisme avec le bapt&#234;me de Jagellon en 1386, mais retourn&#233;e vers l'Est avec le n&#233;o-servage puis son inclusion dans le domaine des tsars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel est le parcours fondateur des trois Europes marqu&#233; successivement par l'avanc&#233;e puis le recul de celle de l'Ouest, la soumission tardive de l'Europe de l'Est aussi bien que centrale au servage, ainsi que par l'&#233;touffement des faibles pr&#233;mices d'ind&#233;pendance de la soci&#233;t&#233; dans sa portion orientale. De ce d&#233;phasage d&#233;couleront le progr&#232;s industriel de la premi&#232;re et la stagnation rurale des deux autres, sauf en Prusse et en Boh&#234;me, &#233;galement des cheminements politiques divergents caract&#233;ris&#233;s d'un c&#244;t&#233; par l'essor des r&#233;gimes repr&#233;sentatifs puis de la citoyennet&#233; d&#233;mocratique, de l'autre par des r&#233;gimes militaro-bureaucratiques qui ne c&#233;deront que devant la communisation finale. Quant aux identit&#233;s collectives qui vont &#233;clore partout, elles porteront n&#233;cessairement la trace de ces ant&#233;c&#233;dents contrast&#233;s, inscrits &#224; l'Ouest dans un principe de consentement volontaire relatif, et &#224; l'Est dans celui d'une suj&#233;tion &#224; l'autorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;nigme de l'Europe centrale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Europe centrale se d&#233;tache mal dans cette topographie dualiste issue de la division de l'Empire romain, du schisme orthodoxe et catholique ainsi que du second servage. De plus, c'est &#224; peine si elle le fait davantage au regard de I 'expansion turque. Les Turcs sont ail&#233;s jusqu'&#224; Vienne, et ils ont tenu encore la Hongrie pendant les trois premiers quarts du XVIIe si&#232;cle. Pourtant, il ne viendrait &#224; l'esprit de personne de &#171; refouler &#187; l'Autriche ou m&#234;me la Hongrie dans l'orient de l'Europe, ni m&#234;me dans son fourre-tout balkanique r&#233;serv&#233; &#224; la Serbie, &#224; la Mac&#233;doine, &#224; la Bulgarie, &#224; la Roumanie et &#224; l'Albanie. C'est que la contre-offensive des Habsbourg a stabilis&#233; une marche m&#233;diane entre les deux Europes extr&#234;mes au tournant du XVIIe et du XVIIIe si&#232;cle, qu'elle a aggrav&#233; sa fragmentation ethnique, qu'elle l'a install&#233;e plus fermement dans son assise culturelle catholique face &#224; l'Europe orientale orthodoxe et &#171; ottomanis&#233;e &#187;, et qu'elle a confort&#233; par l&#224; son imaginaire tourn&#233; vers l'Ouest en d&#233;pit de sa nature r&#233;elle des plus composites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet imaginaire m&#233;rite son nom parce qu'il est proprement subjectif. D'un point de vue polonais, la Moscovie est devenue l'&#201;tat barbare. Du point de vue des Russes, la Pologne s'est trouv&#233;e assimil&#233;e &#224; un monde romain germanique per&#231;u comme h&#233;r&#233;tique. Bien entendu, les deux visions &#233;taient et demeurent abusives, strictement mentales, r&#233;ciproquement repoussantes, et tout autre devrait &#234;tre le rep&#233;rage plus objectif des traits d'une Europe centrale qui s'est voulue occidentale sans poss&#233;der vraiment les attributs de l'occidentalit&#233;. Il faut donc suivre Jacques Rupnik quand il pose que c'est la distance m&#234;me entre la subjectivit&#233; de l'imaginaire centre-europ&#233;en et la mati&#232;re r&#233;elle qui le contredit qui d&#233;finit la &lt;i&gt;Mitteleuropa&lt;/i&gt; : &#171; Le paradoxe de l'Europe centrale, &#233;crit-il, c'est le d&#233;calage entre son adh&#233;sion &#224; la civilisation, aux id&#233;es politiques et aux institutions occidentales, et les r&#233;alit&#233;s de son d&#233;veloppement &#233;conomique et social, ainsi que son morcellement ethnique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Rupnik, l'Autre Europe, Paris, Odile Jacob, 1990, p. 29.&#034; id=&#034;nh7-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais le constat de ce paradoxe laisse la difficult&#233; enti&#232;re quand il s'agit de localiser cette identit&#233; surtout mentale par rapport &#224; celle de l'Europe de l'Ouest et, plus encore, de l'Est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Hongrie, la R&#233;publique tch&#232;que d'&#224; pr&#233;sent, la Pologne, la Slov&#233;nie, la Croatie et la Slovaquie ont convoit&#233; l'Occident tout en sachant que cet objet de leur envie restait &#233;loign&#233;, illusoire bien qu'&#224; des degr&#233;s divers (fort peu dans le cas tch&#232;que, assez peu dans la ville de Budapest, infiniment plus ailleurs). Rupnik d&#233;taille &#224; ce propos des crit&#232;res qui permettent d'analyser cette ambigu&#239;t&#233;. Sur le plan de la culture intellectuelle, des valeurs, de la religion, l'Europe centrale se pr&#233;sente bien comme un &#171; Occident kidnapp&#233; &#187; selon la formule de Milan Kundera&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M. Kundera, &#171; Un Occident kidnapp&#233; &#187;, Le D&#233;bat (27), novembre 1983, p. 3-22.&#034; id=&#034;nh7-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En revanche, dans le domaine &#233;conomique et social, elle s'est caract&#233;ris&#233;e, avec des exceptions notables mais circonscrites avant tout aux zones urbaines, par son arri&#233;ration, des traces profondes du servage tardif, l'absence de dynamique capitaliste d'envergure et la supr&#233;matie de l'&#201;tat sur des soci&#233;t&#233;s soumises ; en r&#233;sum&#233; par sa tr&#232;s grande proximit&#233; de l'Europe de l'Est &#224; ce niveau, si l'on met de c&#244;t&#233; la partie moderne de la Tch&#233;coslovaquie d'avant 1939 et la fraction prussienne et saxonne de l'Allemagne. Politiquement, de plus, l'Europe centrale a &#233;t&#233; le th&#233;&#226;tre d'un &#171; lib&#233;ralisme manqu&#233; &#187; selon l'expression de Rupnik. C'est-&#224;-dire qu'elle a &#233;t&#233;, de la fin du XIXe si&#232;cle jusqu'&#224; la Seconde Guerre mondiale, la victime de gouvernements autoritaires et oligarchiques qui rev&#234;taient parfois le visage de dictatures ouvertes ou, plus fr&#233;quemment, de r&#233;gimes parlementaires parodi&#233;s, recourant &#224; des simulacres d'&#233;lections mais reposant en fait sur le pouvoir r&#233;el des notables terriens, d'une bureaucratie d'&#201;tat et de l'arm&#233;e. Dans ce tableau, la Pologne s'est inscrite, sous la conduite du mar&#233;chal Pilsudski, dans le registre de la dictature pure et simple, tandis que la Hongrie de l'amiral Horthy a constitu&#233; l'exemple le plus typique d'un pays o&#249; les &#233;lections ne faisaient jamais que confirmer l'h&#233;g&#233;monie d'un parti dominant inamovible, au prix d'une manipulation du mode de scrutin. De leur c&#244;t&#233;, apr&#232;s des tentatives de gouvernement parlementaire plus ou moins br&#232;ves et agit&#233;es, les pays baltes ont succomb&#233; &#233;galement &#224; l'autoritarisme pendant l'entre-deux-guerres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet inventaire n'est toutefois v&#233;ridique qu'&#224; la condition de ne pas y inclure la Tch&#233;coslovaquie qui le d&#233;ment assez largement. Mais le probl&#232;me majeur tient &#224; ce qu'il ne singularise pas &#224; proprement parler l'Europe centrale, dans la mesure o&#249; il pourrait s'appliquer presque autant &#224; celle de l'Est exception faite de la Russie. La Roumanie, la Bulgarie et l 'ex-Yougoslavie d'avant la Seconde Guerre mondiale, en particulier, se caract&#233;risaient par un retard &#233;conomique et social seulement un peu plus marqu&#233; qu'en Hongrie par exemple. De m&#234;me, le travestissement &#233;lectoral d'un jeu politique autoritaire dans sa r&#233;alit&#233; s'y v&#233;rifiait exactement comme en Europe centrale, avec sans doute une instabilit&#233; gouvernementale plus forte mais, aussi, des &#233;pisodes d&#233;mocratiques remarquables si l'on consid&#232;re le triomphe &#233;ph&#233;m&#232;re des partis paysans dans la Bulgarie et la Roumanie des ann&#233;es 1920. Quant &#224; l'identit&#233; occidentale imaginaire qui aurait repr&#233;sent&#233; le trait distinctif des habitants de la &lt;i&gt;Mitteleuropa&lt;/i&gt;, mieux vaut parler &#224; son propos de nuances subtiles. Partout, &#224; l'est comme au centre de l'Europe, les tenants de l'occidentalisation et ceux des traditions ethnolinguistiques ou confessionnelles se sont affront&#233;s, avec cette unique diff&#233;rence que les Europ&#233;ens &#171; centraux &#187; se plaisaient &#224; se r&#233;clamer de l'histoire tr&#232;s lointaine de leurs royaumes catholiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le dernier souverain croate est mort sur le champ de bataille en 1097. Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; tandis que leurs homologues orientaux avaient peine &#224; se d&#233;gager de la m&#233;moire de leur appartenance &#224; la mouvance orthodoxe du christianisme ainsi que de leur soumission plus longue &#224; la domination turque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept d'Europe centrale appara&#238;t ainsi &#233;vanescent et arbitraire, trop fragilement fond&#233; sur des r&#233;alit&#233;s nivel&#233;es par surcro&#238;t par l'emprise communiste d'apr&#232;s 1945. Mais il existe dans les esprits des int&#233;ress&#233;s comme des observateurs ext&#233;rieurs. Par cons&#233;quent, qui cherche &#224; &#233;lucider sa port&#233;e doit aller au-del&#224; des consid&#233;rations trop vagues sur le caract&#232;re interm&#233;diaire de l'identit&#233; centre-europ&#233;enne. Plus au fond, l'&#233;l&#233;ment de diff&#233;renciation interne de l'autre Europe proc&#232;de pour partie de la tradition de rigueur administrative relative qui fut le propre de l'ancien domaine des Habsbourg, en d&#233;finitive d'un complexe de sup&#233;riorit&#233; des &#171; centraux &#187; face &#224; la bureaucratie r&#233;put&#233;e orientalis&#233;e des pays qui lui sont demeur&#233;s &#233;trangers. Il proc&#232;de, davantage encore, de variations dans la relation villes-campagnes telle qu'elle a exist&#233; avant 1950.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'Europe tant centrale qu'orientale, la r&#233;f&#233;rence &#224; l'Occident &#233;tait urbaine, et l'attachement aux sp&#233;cificit&#233;s ancestrales rural, ou typique de bourgs demeur&#233;s ruraux pour l'essentiel. Avec une grande clart&#233; dans l'expression, les lib&#233;raux hongrois se sont ainsi vu qualifier d'urbanistes sans r&#233;f&#233;rence aucune &#224; l'urbanisme ou &#224; l'architecture, tandis que leurs adversaires traditionalistes ont pris le titre d'agrariens ou de populistes. Bien que de mani&#232;re moins explicite en g&#233;n&#233;ral, le m&#234;me clivage politico-culturel entre les villes et les campagnes s'est retrouv&#233; partout, de la Russie des slavophiles et des occidentalistes &#224; la Serbie, en passant par la Pologne o&#249; Pilsudski incarnait le mod&#232;le de la nation abstraite &#224; la fran&#231;aise et Dmowski celui de la communaut&#233; ethnique et culturelle. Qui plus est, cette dichotomie resurgit depuis 1989, y compris au sein des anciens partis communistes qui s'alignent selon les pays du c&#244;t&#233; des lib&#233;raux occidentalistes, comme en Hongrie ou en Pologne, ou de celui des particularismes nationaux comme en Bulgarie, en Roumanie et en Russie. Reste que cette-configuration dualiste n'a pas &#233;t&#233; uniforme. Jusqu'&#224; la p&#233;riode communiste, le poids des villes et de l'imaginaire occidental est rest&#233; moins important que celui des campagnes et de l'identit&#233; traditionnelle orthodoxe dans les soci&#233;t&#233;s de l'Europe orientale. En revanche, il a tendu &#224; l'emporter de plus en plus en Europe centrale, en y faisant appara&#238;tre la mentalit&#233; populiste de la paysannerie comme un obstacle &#224; son &#171; europ&#233;it&#233; &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;J. Szucs, &lt;i&gt;Les Trois Europes&lt;/i&gt;, Paris, L'Harmattan, 1985, p. 13. Nous empruntons &#224; Jeno Szucs le titre de ce chapitre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ibid p. l 5.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La principaut&#233; de Kiev, berceau de la Russie, adh&#232;re officiellement au christianisme en 989, avec la conversion de Vladimir le Grand. Par ailleurs, les premiers missionnaires chr&#233;tiens arrivent au Danemark vers 830, mais la christianisation des Scandinaves ne s'acc&#233;l&#232;re qu'au XIe si&#232;cle, avec le bapt&#234;me d'Olav II dans ce m&#234;me pays, de Knud Il en Norv&#232;ge et d'Erik le Saint en Su&#232;de.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;B. Lewis,&lt;i&gt; Istanbul et la Civilisation ottomane&lt;/i&gt;, Paris, J . - C. Lan&#232;s, 1990, p. 54.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La caste que l'on pourrait qualifier d'aristocratique des &lt;i&gt;askeris&lt;/i&gt; incluait des chr&#233;tiens.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Les bogomiles se rattachent &#224; un courant religieux manich&#233;en venu de Perse (figure de Mani) auquel les cathares ont appartenu &#233;galement et dont les vaudois d&#233;rivent moins nettement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ceci explique que l'&#201;glise calviniste de Hongrie soit la seule de cette mouvance r&#233;form&#233;e &#224; avoir conserv&#233; une structure &#233;piscopale. Les Turcs avaient besoin d'&#233;v&#234;ques &#8211; ind&#233;pendants si possible de Rome &#8211; pour leur servir de relais politique aupr&#232;s de leurs sujets chr&#233;tiens de toutes ob&#233;diences.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. A. Leroy-Beaulieu, &lt;i&gt;L'Empire des tsars et les Russes&lt;/i&gt;, Paris, Laffont, 1990, p. 183.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ibid., p. 177.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;O. Hintze, &lt;i&gt;Historical Essays&lt;/i&gt;, New York, Oxford University Press, 1975, p. 431 (travaux r&#233;dig&#233;s au cours des ann&#233;es 1920).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Au XIIIe si&#232;cle, Philippe Auguste saisit parfaitement cette situation lorsqu'il prend parti pour le droit canon du pape contre le droit romain de l'empereur. Par la bulle &lt;i&gt;Per venerabilem&lt;/i&gt;, Innocent VII lui rend la politesse, en d&#233;clarant que le roi de France n'est pas soumis &#224; l'empereur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;F. Braudel, &lt;i&gt;L'identit&#233; de la France. Les hommes et les choses,&lt;/i&gt; Paris, Arthaud-Flammarion, 1986, t. 1, p. 122.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le troisi&#232;me ordre se scindant entre la bourgeoisie et les paysans en Scandinavie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;P. Anderson, &lt;i&gt;L'&#201;tat absolutiste&lt;/i&gt;, II, &lt;i&gt;L'Europe de l'Est,&lt;/i&gt; Paris. Maspero, 1978, p. 9-10.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Moujiki&lt;/i&gt;. petits hommes, par opposition &#224; &lt;i&gt;moujy&lt;/i&gt;, hommes ou guerriers.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;J. Rupnik, &lt;i&gt;l'Autre Europe&lt;/i&gt;, Paris, Odile Jacob, 1990, p. 29.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;M. Kundera, &#171; Un Occident kidnapp&#233; &#187;, &lt;i&gt;Le D&#233;bat&lt;/i&gt; (27), novembre 1983, p. 3-22.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le dernier souverain croate est mort sur le champ de bataille en 1097. Le royaume de Boh&#234;me s'est soumis aux Habsbourg en 1516. La Grande Pologne de la dynastie des Jagellons a disparu en 1572. Et c'est en 1687 que la di&#232;te de Presbourg a confi&#233; &#224; titre h&#233;r&#233;ditaire la couronne de Hongrie aux Habsbourg &#233;galement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>La Russie et l'Ukraine : un regard civilisationnel (2/2)</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Huntington S.</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>G&#233;opolitique</dc:subject>
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&lt;p&gt;(.../...) Premi&#232;re partie disponible ici La grande fronti&#232;re historique qui a exist&#233; pendant des si&#232;cles entre peuples chr&#233;tiens d'Occident et peuples musulmans et orthodoxes fournit la r&#233;ponse la plus convaincante. Elle remonte &#224; la division de l'Empire romain au IVe si&#232;cle et &#224; la cr&#233;ation du Saint Empire romain au Xe si&#232;cle. Elle est rest&#233;e &#224; peu pr&#232;s stable pendant au moins cinq cents ans. En partant du nord, elle passe par les fronti&#232;res actuelles entre la Finlande et la Russie, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-dynamiques-geopolitiques-" rel="directory"&gt;Dynamiques G&#233;opolitiques&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-229-huntington-s-+" rel="tag"&gt;Huntington S.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-83-geopolitique-+" rel="tag"&gt;G&#233;opolitique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-221-empire-+" rel="tag"&gt;Empire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-79-religion-+" rel="tag"&gt;Religion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-122-guerre-+" rel="tag"&gt;Guerre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-216-type-anthropologique-+" rel="tag"&gt;Type anthropologique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/proxy-image-2.jpg?1656434498' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1099-La-Russie-et-l-Ukraine-un-regard-civilisationnel' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Premi&#232;re partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande fronti&#232;re historique qui a exist&#233; pendant des si&#232;cles entre peuples chr&#233;tiens d'Occident et peuples musulmans et orthodoxes fournit la r&#233;ponse la plus convaincante. Elle remonte &#224; la division de l'Empire romain au IVe si&#232;cle et &#224; la cr&#233;ation du Saint Empire romain au Xe si&#232;cle. Elle est rest&#233;e &#224; peu pr&#232;s stable pendant au moins cinq cents ans. En partant du nord, elle passe par les fronti&#232;res actuelles entre la Finlande et la Russie, entre les &#201;tats baltes (Estonie, Lettonie, Lituanie) et la Russie, pour traverser l'ouest de la Bi&#233;lorussie, puis l'Ukraine, s&#233;parant ainsi les uniates &#224; l'ouest et les orthodoxes &#224; l'est, puis la Roumanie, faisant le partage entre la Transylvanie et sa population hongroise catholique d'un c&#244;t&#233; et le reste du pays de l'autre, et enfin l'ex-Yougoslavie, le long de la fronti&#232;re qui s&#233;pare la Slov&#233;nie et la Croatie des autres r&#233;publiques. Dans les Balkans, bien s&#251;r, cette fronti&#232;re co&#239;ncide avec la division historique entre les empires austro-hongrois et ottoman. C'est la fronti&#232;re culturelle de l'Europe, et dans le monde d'apr&#232;s la guerre froide, c'est aussi la limite politique et &#233;conomique de l'Europe et de l'Occident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paradigme civilisationnel permet donc de r&#233;pondre de fa&#231;on nette et convaincante &#224; la question de savoir ou finit l'Europe. Elle se termine l&#224; o&#249; finit la chr&#233;tient&#233; occidentale et o&#249; commencent l'islam et l'orthodoxie. C'est la r&#233;ponse que les Europ&#233;ens de l'Ouest ont envie d'entendre, qu'ils soutiennent &#224; peu pr&#232;s tous sotto voce et que des dirigeants politiques et des intellectuels tr&#232;s divers ont reprise &#224; leur compte. Il est n&#233;cessaire, comme l'a soutenu Michael Howard, d'admettre la distinction, occult&#233;e &#224; l'&#233;poque de l'Union sovi&#233;tique, entre l'Europe centrale ou Mitteleuropa et l'Europe orientale proprement dite. L'Europe centrale comprend &#171; les terres qui appartenaient jadis &#224; la chr&#233;tient&#233; occidentale, le territoire de l'empire des Habsbourg, l'Autriche, la Hongrie et la Tch&#233;coslovaquie mais aussi la Pologne et les marches orientales de l'Allemagne. Le terme &#171; Europe orientale &#187; devrait &#234;tre r&#233;serv&#233; aux r&#233;gions qui se sont d&#233;velopp&#233;es sous l'&#233;gide de l'&#201;glise orthodoxe : les communaut&#233;s bulgares et roumaines de la mer Noire, qui sont apparues seulement sous la domination ottomane au XIXe si&#232;cle, et les parties &#171; europ&#233;ennes &#187; de l'Union sovi&#233;tique &#187;. Le but premier de l'Europe occidentale doit &#234;tre, dit-il, &#171; de r&#233;absorber les peuples d'Europe centrale dans une seule et m&#234;me communaut&#233; culturelle et &#233;conomique &#224; laquelle ils appartiennent bel et bien : c'est-&#224;-dire de retisser les liens entre Londres, Paris, Rome, Munich et Leipzig, Varsovie, Prague et Budapest &#187; Une &#171; nouvelle fronti&#232;re &#187; &#233;merge, faisait remarquer Pierre B&#233;har deux ans plus tard. &#171; Elle oppose culturellement une Europe marqu&#233;e par la chr&#233;tient&#233; d'Occident (catholique romaine et protestante) d'un c&#244;t&#233; et une Europe marquer par le catholicisme d'Orient et les traditions islamiques de l'autre. &#187; De m&#234;me, selon un dirigeant finnois influent, la division centrale en Europe qui remplace le Rideau de fer est l'&#171; ancienne fronti&#232;re culturelle entre l'Est et l'Ouest &#187; qui place &#171; les territoires de l'ex-Empire austro-hongrois tout comme la Pologne et les &#201;tats baltes &#187; dans l'Europe de l'Ouest et les autres pays d'Europe centrale et des Balkans &#224; l'ext&#233;rieur. C'&#233;tait, convient un Anglais influent, &#171; la grande division entre les &#201;glises d'Orient et d'Occident : en gros, entre les peuples qui sont devenus chr&#233;tiens directe ment sous l'influence de Rome ou par des interm&#233;diaires celtes ou germaniques et ceux de l'Est et du Sud-Est qui le sont devenus par le biais de Constantinople (Byzance) &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les peuples d'Europe centrale insistent sur la signification de cette ligne de partage. Les pays qui ont accompli des progr&#232;s importants pour se d&#233;tacher de l'h&#233;ritage communiste et pour &#233;voluer vers la d&#233;mocratie politique cl l'&#233;conomie de march&#233; sont s&#233;par&#233;s de ceux qui ne l'ont pas fait par &#171; la fronti&#232;re qui distingue le catholicisme et le protestantisme d'une part et l'orthodoxie de l'autre &#187;. Il y a plusieurs si&#232;cles, disait le pr&#233;sident de Lituanie, les Lituaniens ont d&#251; choisir entre &#171; deux civilisations &#187; et &#171; ont opt&#233; pour le monde latin, se sont convertis au catholicisme romain et ont choisi une forme d'organisation politique fond&#233;e sur la loi &#187;. De m&#234;me, les Polonais disent qu'ils font partie de l'Occident depuis qu'au Xe si&#232;cle ils ont choisi le christianisme latin plut&#244;t que byzantin. Les repr&#233;sentants des pays orthodoxes d'Europe orientale, par contraste, sont plus ambivalents. Les Bulgares et les Roumains voient l'avantage que repr&#233;sente le fait de faire partie de l'Occident et d'&#234;tre incorpor&#233;s &#224; ses institutions, mais ils restent attach&#233;s &#224; leur tradition orthodoxe et, pour ce qui est des Bulgares, &#224; leur &#233;troite association historique avec la Russie et Byzance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'identification de l'Europe &#224; la chr&#233;tient&#233; occidentale fournit un crit&#232;re clair pour l'admission de nouveaux membres dans les organisations occidentales. L'Union europ&#233;enne est l'entit&#233; majeure de l'Occident en Europe et son &#233;largissement s'est arr&#234;t&#233; en 1994 avec l'admission de l'Autriche, de la Finlande et de la Su&#232;de, pays culturellement occidentaux. Au cours du printemps 1994, l'Union a d&#233;cid&#233; de refuser d'admettre comme membres toutes les ex-r&#233;publiques sovi&#233;tiques sauf les &#201;tats baltes. Elle a aussi sign&#233; des &#171; accords d'association &#187; avec les quatre &#201;tats d'Europe centrale (la Pologne, la Hongrie, la R&#233;publique tch&#232;que et la Slovaquie) et deux &#201;tats d'Europe orientale (la Roumanie et la Bulgarie). Cependant, aucun d'eux n'a de chances de devenir membre &#224; part enti&#232;re avant des ann&#233;es et, &#224; supposer que cela se produise, les &#201;tats d'Europe centrale y parviendront avant la Roumanie et la Bulgarie. Dans le m&#234;me temps, on peut penser que les &#201;tats baltes et la Slov&#233;nie deviendront membres de l'Union, tandis que l'admission de la Turquie musulmane, de la trop petite &#238;le de Malte et de l'&#238;le orthodoxe de Chypre &#233;tait encore en suspens en 1995. Pour l'&#233;largissement de l'Union europ&#233;enne, la pr&#233;f&#233;rence va clairement aux &#201;tats qui sont culturellement occidentaux et qui sont &#233;conomiquement d&#233;velopp&#233;s. Si on appliquait ce crit&#232;re, les pays du Visegrad (Pologne, R&#233;publique tch&#232;que, Slovaquie, Hongrie), les r&#233;publiques baltes, la Slov&#233;nie, la Croatie et Malte pourraient devenir membres de l'Union, et celle-ci co&#239;nciderait avec la civilisation occidentale telle qu'elle a historiquement exist&#233; en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique des civilisations a des cons&#233;quences similaires en ce qui concerne l'&#233;largissement de l'OTAN. La guerre froide a commenc&#233; avec l'extension du contr&#244;le politique et militaire de l'Union sovi&#233;tique sur l'Europe centrale. Les &#201;tats-Unis et les pays d'Europe occidentale ont form&#233; l'OTAN pour s'y opposer et, si n&#233;cessaire, pour triompher d'une &#233;ventuelle agression sovi&#233;tique. Dans le monde d'apr&#232;s la guerre froide, l'OTAN est l'organisation de s&#233;curit&#233; de l'Europe occidentale. Avec la fin de la guerre froide, l'OTAN a un but central : s'assurer qu'elle est bien toujours finie en pr&#233;venant une &#233;ventuelle remont&#233;e du contr&#244;le politique et militaire russe en Europe centrale. Dans ces conditions, peut devenir membre de l'OTAN tout pays occidental qui souhaite y entrer et satisfait aux conditions de base en mati&#232;re d'aptitude militaire, de d&#233;mocratie politique et de contr&#244;le civil sur l'arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique am&#233;ricaine vis-&#224;-vis des accords europ&#233;ens de s&#233;curit&#233; d'apr&#232;s la guerre froide a tout d'abord &#233;t&#233; plus universaliste. Elle a &#233;t&#233; symbolis&#233;e par le partenariat pour la paix, ouvert aux Europ&#233;ens et aux pays d'Eurasie. Cette approche accordait un r&#244;le important &#224; l'organisation pour la s&#233;curit&#233; et la coop&#233;ration en Europe. Une remarque du pr&#233;sident Clinton lors de sa visite en Europe en 1994 l'illustre bien : &#171; Les fronti&#232;res de la libert&#233; doivent d&#233;sormais &#234;tre d&#233;finies par de nouveaux comportements, et plus par l'h&#233;ritage de l'histoire. &#192; tous ceux qui voudraient tracer une nouvelle fronti&#232;re en Europe, je dis : nous ne devons pas emp&#234;cher que l'Europe connaisse un avenir meilleur &#8211; la d&#233;mocratie partout, l'&#233;conomie de march&#233; partout, la coop&#233;ration entre les pays pour la s&#233;curit&#233; mutuelle partout. Nous ne devons pas nous satisfaire &#224; moins. &#187; Une ann&#233;e plus tard, toutefois, l'administration Clinton en est venue &#224; reconna&#238;tre que les fronti&#232;res d&#233;finies par &#171; l'h&#233;ritage de l'histoire &#187; ont un sens et qu'il faut faire avec les r&#233;alit&#233;s des diff&#233;rences intercivilisationnelles. L'administration Clinton a jou&#233; un r&#244;le actif pour d&#233;finir les crit&#232;res et le calendrier pour l'&#233;largissement de l'OTAN, tout d'abord &#224; la Pologne, &#224; la Hongrie, &#224; la R&#233;publique tch&#232;que, puis &#224; la Slov&#233;nie et ensuite sans doute aux r&#233;publiques baltes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Russie s'est oppos&#233;e avec vigueur &#224; tout &#233;largissement de l'OTAN, certains Russes, plut&#244;t lib&#233;raux et pro-occidentaux, soutenant que cet &#233;largissement attiserait les courants politiques nationalistes et anti-occidentaux en Russie. Cependant, l'&#233;largissement de l'OTAN restreint &#224; des pays appartenant historiquement &#224; la chr&#233;tient&#233; d'Occident garantit &#224; la Russie que la Serbie, la Bulgarie, la Roumanie, la Moldavie, la Bi&#233;lorussie, ainsi que l'Ukraine, aussi longtemps qu'elle reste unie, ne seront pas concern&#233;es. L'&#233;largissement de l'OTAN restreint aux &#201;tats occidentaux soulignerait aussi le r&#244;le de la Russie comme &#201;tat phare d'une civilisation orthodoxe distincte, donc comme responsable de l'ordre r&#233;gnant &#224; l'int&#233;rieur et le long des fronti&#232;res de l'orthodoxie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'utilit&#233; qu'il y a &#224; diff&#233;rencier les pays en termes de civilisation est manifeste en ce qui concerne les r&#233;publiques baltes. Ce sont les seules ex-r&#233;publiques sovi&#233;tiques qui sont nettement occidentales par leur histoire, leur culture et leur religion. Leur destin&#233;e a toujours constitu&#233; un souci majeur pour l'Occident. Les &#201;tats-Unis n'ont jamais reconnu formellement leur int&#233;gration &#224; l'Union sovi&#233;tique, ont soutenu leur &#233;volution vers l'ind&#233;pendance lors de l'&#233;croulement de l'Union sovi&#233;tique et ont insist&#233; pour que les Russes acceptent un calendrier n&#233;goci&#233; pour le retrait de leurs troupes de ces r&#233;publiques. Le message adress&#233; aux Russes &#233;tait le suivant : ils devaient reconna&#238;tre que les pays baltes sont hors de la sph&#232;re d'influence qu'ils pourraient souhaiter &#233;tablir avec les autres ex-r&#233;publiques sovi&#233;tiques. Cette action de l'administration Clinton a, selon le Premier ministre su&#233;dois, &#233;t&#233; &#171; l'une des plus importantes contributions &#224; la s&#233;curit&#233; et &#224; la stabilit&#233; en Europe &#187; et a aid&#233; les d&#233;mocrates russes en posant clairement que tout dessein revanchard chez les nationalistes russes extr&#233;mistes &#233;tait vain au regard de l'engagement occidental clair pour les r&#233;publiques baltes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On s'est beaucoup pench&#233; sur l'&#233;largissement de l'Union europ&#233;enne et de l'OTAN. La reconfiguration culturelle de ces organisations pose aussi la question de leur &#233;ventuelle contraction. Un pays non occidental, la Gr&#232;ce, est membre de ces deux organisations, et un autre, la Turquie, est membre de l'OTAN seulement et postule &#224; entrer dans l'Union. Ces relations sont le produit de la guerre froide. Ont-elles encore une place dans le monde civilisationnel d'apr&#232;s la guerre froide ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La participation pleine et enti&#232;re de la Turquie &#224; l'Union europ&#233;enne est probl&#233;matique et sa participation &#224; l'OTAN a &#233;t&#233; critiqu&#233;e par le parti social. La Turquie a cependant des chances de rester dans l'OTAN &#224; moins que le parti social ne remporte une victoire &#233;lectorale &#233;clatante, qu'elle ne rejette d&#233;lib&#233;r&#233;ment l'h&#233;ritage d'Atat&#252;rk et qu'elle ne se red&#233;finisse comme le chef de file de l'islam. C'est envisageable et cela peut &#234;tre souhaitable pour la Turquie, mais c'est peu probable dans un proche avenir. Quel que soit son r&#244;le dans l'OTAN, la Turquie suit d&#233;sormais ses int&#233;r&#234;ts propres &#224; l'&#233;gard des Balkans, du monde arabe et de l'Asie centrale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Gr&#232;ce ne fait pas partie de la civilisation occidentale, mais c'est le berceau de la civilisation classique, une des sources importantes de la civilisation occidentale. Par opposition aux Turcs, les Grecs se sont consid&#233;r&#233;s comme des repr&#233;sentants du christianisme. &#192; la diff&#233;rence des Serbes, des Roumains ou des Bulgares, leur histoire a &#233;t&#233; intimement m&#234;l&#233;e &#224; celle de l'Occident. Cependant, la Gr&#232;ce est aussi une anomalie, l'&#233;tranger orthodoxe dans les organisations occidentales. Elle n'a jamais &#233;t&#233; un membre facile de l'Union europ&#233;enne ou de l'OTAN et a &#233;prouve des difficult&#233;s &#224; s'adapter aux principes et aux m&#339;urs de l'une et de l'autre. Du milieu des ann&#233;es soixante au milieu des ann&#233;es soixante-dix, elle a &#233;t&#233; gouvern&#233;e par une junte militaire et n'a pu rejoindre la Communaut&#233; europ&#233;enne que lorsqu'elle est devenue d&#233;mocratique. Ses dirigeants ont souvent donn&#233; l'impression de d&#233;vier des normes occidentales et de s'opposer aux gouvernements occidentaux. La Gr&#232;ce &#233;tait plus pauvre que les autres membres de la Communaut&#233; et de l'OTAN et a souvent suivi des politiques &#233;conomiques qui semblaient ne pas respecter les exigences pr&#233;valant &#224; Bruxelles. Son attitude lorsqu'elle a occup&#233; la pr&#233;sidence du Conseil en 1994 a exasp&#233;r&#233; les autres membres, et les fonctionnaires d'Europe occidentale consid&#232;rent que son entr&#233;e a &#233;t&#233; une erreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le monde d'apr&#232;s la guerre froide, les politiques grecques ont de plus en plus d&#233;vi&#233; de celles de l'Occident. Les gouvernements occidentaux &#233;taient oppos&#233;s &#224; son bouclage de la Mac&#233;doine, et cela lui a valu une injonction de la Commission europ&#233;enne &#224; la Cour europ&#233;enne de justice. En ce qui concerne les conflits dans l'ex-Yougoslavie, la Gr&#232;ce a pris ses distances vis-&#224;-vis des politiques men&#233;es par les principales puissances occidentales, a soutenu activement les Serbes et a viol&#233; les sanctions prises par les Nations unies contre eux. Avec la fin de l'Union sovi&#233;tique et de la menace communiste, la Gr&#232;ce a des int&#233;r&#234;ts mutuels avec la Russie qui s'opposent &#224; leur ennemi commun, la Turquie. Cela a permis &#224; la Russie d'&#233;tablir une pr&#233;sence importante dans la partie grecque de Chypre et, en cons&#233;quence de &#171; leur religion orthodoxe d'Orient commune &#187;, les Chypriotes grecs ont accueilli des Russes et des Serbes dans l'&#238;le5. En 1995, deux mille entreprises poss&#233;d&#233;es par des Russes &#233;taient en activit&#233; &#224; Chypre ; des journaux russes et serbo-croates y &#233;taient publi&#233;s ; le gouvernement chypriote grec recevait des armes de Russie. La Gr&#232;ce a aussi examin&#233; avec la Russie la possibilit&#233; de faire passer du p&#233;trole du Caucase et d'Asie centrale &#224; la M&#233;diterran&#233;e &#224; travers un ol&#233;oduc bulgaro-grec contournant la Turquie et d'autres pays musulmans. De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, la politique &#233;trang&#232;re grecque a pris une orientation tr&#232;s orthodoxe. La Gr&#232;ce restera sans aucun doute membre de l'OTAN et de l'Union europ&#233;enne. Tandis que le processus de reconfiguration culturelle s'intensifie, cependant, ces liens deviendront plus t&#233;nus, perdront de leur sens et deviendront plus d&#233;licats pour les parties concern&#233;es. L'ennemi de l'Union sovi&#233;tique &#224; l'&#233;poque de la guerre froide devient l'alli&#233; de la Russie apr&#232;s la guerre froide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Russie et ses &#171; &#233;trangers proches &#187; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui a succ&#233;d&#233; aux empires tsariste et communiste, c'est un bloc civilisationnel parall&#232;le &#224; beaucoup d'&#233;gards &#224; celui de l'Occident en Europe. Au c&#339;ur, la Russie, &#233;quivalente &#224; l'Allemagne et &#224; la France, est intimement li&#233;e &#249; un cercle int&#233;rieur incluant les deux r&#233;publiques orthodoxes slaves pr&#233;dominantes de Bi&#233;lorussie et de Moldavie, le Kazakhstan, dont la population est russe &#224; 40 %, et l'Arm&#233;nie, historiquement alli&#233;e tr&#232;s proche de la Russie. Au milieu des ann&#233;es quatre-vingt-dix, tous ces pays avaient des gouvernements prorusses parvenus en g&#233;n&#233;ral au pouvoir &#224; la faveur d'&#233;lections. Les relations entre la Russie et la G&#233;orgie (surtout orthodoxe) et l'Ukraine (en grande partie orthodoxe) sont plus l&#226;ches. Ces deux pays ont un fort sentiment national et une claire conscience de leur ind&#233;pendance pass&#233;e. Dans les Balkans orthodoxes, la Russie a des relations &#233;troites avec la Bulgarie, la Gr&#232;ce, la Serbie et Chypre, et plus l&#226;ches avec la Roumanie. Les r&#233;publiques musulmanes de l'ex-Union sovi&#233;tique restent tr&#232;s d&#233;pendantes de la Russie &#224; la fois &#233;conomiquement et dans le domaine de la s&#233;curit&#233;. Les r&#233;publiques baltes, par contraste, sous l'effet de la force d'attirance de l'Europe, sont sorties de la sph&#232;re d'influence russe. La Russie cr&#233;e un bloc form&#233; d'un territoire orthodoxe qu'elle dirige et entour&#233; d'&#201;tats musulmans relativement faibles qu'elle dominera &#224; des degr&#233;s divers et dont elle tentera de d&#233;tourner l'influence des autres puissances. Elle escompte que le monde accepte et approuve ce syst&#232;me. Les gouvernements &#233;trangers et les organisations internationales, disait Eltsine en f&#233;vrier 1993, doivent &#171; reconna&#238;tre &#224; la Russie des pouvoirs sp&#233;ciaux en tant que garant de la paix et de la stabilit&#233; dans les anciennes r&#233;gions de l'URSS &#187;. L'Union sovi&#233;tique &#233;tait une superpuissance qui avait des int&#233;r&#234;ts globaux ; la Russie est une grande puissance qui a des int&#233;r&#234;ts r&#233;gionaux et civilisationnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pays orthodoxes de l'ex-Union sovi&#233;tique ont un r&#244;le central pour le d&#233;veloppement d'un bloc russe coh&#233;rent en Eurasie et dans les affaires internationales. Lorsque l'Union sovi&#233;tique a explos&#233;, ces cinq pays ont tout d'abord pris une direction tr&#232;s nationaliste et ont voulu marquer leur ind&#233;pendance et leurs distances vis-&#224;-vis de Moscou. Par la suite, les r&#233;alit&#233;s &#233;conomiques, g&#233;opolitiques et culturelles ont conduit les &#233;lecteurs de quatre d'entre eux &#224; porter au pouvoir des gouvernements prorusses et &#224; soutenir des politiques prorusses. Les ressortissants de ces pays en appellent &#224; la protection et au soutien de la Russie. Dans le cinqui&#232;me, la G&#233;orgie, l'intervention militaire russe a impos&#233; une &#233;volution similaire dans les positions du gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Historiquement, les int&#233;r&#234;ts de l'Arm&#233;nie se sont identifi&#233;s &#224; ceux de la Russie, et celle-ci s'est enorgueillie d'&#234;tre le d&#233;fenseur de l'Arm&#233;nie contre ses voisins musulmans. Ces relations ont repris de la vigueur dans les ann&#233;es post-sovi&#233;tiques. Les Arm&#233;niens d&#233;pendaient du soutien &#233;conomique et militaire russe et ont appuy&#233; la Russie sur des questions concernant les relations entre les ex-r&#233;publiques sovi&#233;tiques. Ces deux pays ont des int&#233;r&#234;ts strat&#233;giques convergents. &#192; la diff&#233;rence de l'Arm&#233;nie, la Bi&#233;lorussie a peu de conscience nationale. Elle est &#233;galement bien plus d&#233;pendante du soutien russe. Nombre de ses r&#233;sidents semblent s'identifier bien plus &#224; la Russie qu'&#224; leur propre pays. Aux &#233;lections de janvier 1994, un conservateur pro-russe a remplac&#233; un centriste et nationaliste mod&#233;r&#233; &#224; la t&#234;te de l'&#201;tat. En juillet 1994, 80 % des votants ont &#233;lu comme pr&#233;sident un extr&#233;miste prorusse alli&#233; de Vladimir Zhirinovsky. La Bi&#233;lorussie a tr&#232;s t&#244;t rejoint la Communaut&#233; des &#201;tats ind&#233;pendants (CEi), a &#233;t&#233; un membre fondateur de l'union &#233;conomique cr&#233;&#233;e en 1993 avec la Russie et l'Ukraine, a consenti &#224; une union mon&#233;taire avec la Russie, a abandonn&#233; ses armements nucl&#233;aires &#224; la Russie et a accept&#233; que des troupes russes stationnent sur son sol jusqu'&#224; la fin du si&#232;cle. En 1995, la Bi&#233;lorussie &#233;tait de fait une partie de la Russie sauf par son nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s que la Moldavie est devenue ind&#233;pendante lorsque l'Union sovi&#233;tique s'est &#233;croul&#233;e, on a pu penser qu'elle serait r&#233;int&#233;gr&#233;e &#224; la Roumanie. La crainte que cela se produise a en retour stimul&#233; un mouvement s&#233;cessionniste dans l'est du pays, zone russifi&#233;e, et il a &#233;t&#233; soutenu tacitement par Moscou et activement par la 14e arm&#233;e russe. Cela a conduit &#224; la cr&#233;ation de la r&#233;publique du Trans-Dniestr. Le sentiment que la Moldavie et la Roumanie feraient un tout a cependant d&#233;clin&#233; en r&#233;ponse aux probl&#232;mes &#233;conomiques rencontr&#233;s par les deux pays et sous la pression &#233;conomique russe. La Moldavie a rejoint la CEi, et les &#233;changes avec la Russie se sont d&#233;velopp&#233;s. En f&#233;vrier 1994, les partis prorusses ont gagn&#233; les &#233;lections parlementaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces trois &#201;tats, en r&#233;ponse &#224; des int&#233;r&#234;ts strat&#233;giques et &#233;conomiques combin&#233;s, l'opinion publique a pouss&#233; au pouvoir des gouvernements favorables &#224; un alignement &#233;troit sur la Russie. Le sch&#233;ma a &#233;t&#233; pratiquement le m&#234;me en Ukraine. En G&#233;orgie, cependant, le cours des &#233;v&#233;nements a &#233;t&#233; diff&#233;rent. La G&#233;orgie a &#233;t&#233; ind&#233;pendante jusqu'en 1801 lorsque le roi Georges XIII a demand&#233; la protection russe contre les Turcs. Pendant trois ann&#233;es apr&#232;s la R&#233;volution russe, de 1918 &#224; 1921, elle a &#233;t&#233; de nouveau ind&#233;pendante, mais les bolcheviques l'ont de force r&#233;incorpor&#233;e dans l'Union sovi&#233;tique. Une coalition nationaliste a gagn&#233; les &#233;lections, mais son chef s'est engag&#233; dans une r&#233;pression autodestructrice et a &#233;t&#233; violemment destitu&#233;. Edouard A. Chevardnadze, qui avait &#233;t&#233; ministre des Affaires &#233;trang&#232;res d'Union sovi&#233;tique, est revenu diriger le pays et a &#233;t&#233; confirm&#233; au pouvoir aux &#233;lections pr&#233;sidentielles de 1992 et de 1995. Il a cependant &#233;t&#233; confront&#233; &#224; une opposition s&#233;paratiste en Abkhazie, laquelle a re&#231;u un soutien russe important, et &#224; une insurrection men&#233;e par Gamsakhourdia. &#192; l'instar du roi Georges, il a admis que la G&#233;orgie n'avait pas le choix et a fait appel &#224; l'aide de Moscou. Les troupes russes sont intervenues pour le soutenir &#224; condition que le pays entre dans la CEi En 1994, les G&#233;orgiens ont accept&#233; que les Russes aient trois bases militaires en G&#233;orgie pour une dur&#233;e ind&#233;finie. L'intervention militaire russe, tout d'abord pour affaiblir le gouvernement g&#233;orgien puis pour le soutenir, a ainsi fait basculer la G&#233;orgie, qui a des vell&#233;it&#233;s d'ind&#233;pendance, dans le camp russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on excepte la Russie, l'ex-r&#233;publique sovi&#233;tique la plus peupl&#233;e et la plus importante est l'Ukraine. &#192; des p&#233;riodes diverses dans l'histoire, elle a &#233;t&#233; ind&#233;pendante. Cependant, durant la majeure partie de l'&#232;re moderne, elle a fait partie d'une entit&#233; politique gouvern&#233;e par Moscou. L'&#233;v&#233;nement d&#233;cisif s'est produit en 1654 lorsque Bogdan Khmelnitski, chef cosaque d'un soul&#232;vement contre la domination polonaise, a fait all&#233;geance au tsar en &#233;change d'aide contre les Polonais. De cette date &#224; 1991, sauf pendant le bref interm&#232;de o&#249; une r&#233;publique ind&#233;pendante a &#233;t&#233; &#233;tablie entre 1917 et 1920, ce qui est aujourd'hui l'Ukraine a &#233;t&#233; contr&#244;l&#233; par Moscou. Cependant, c'est un pays d&#233;chir&#233; par deux cultures distinctes. La fronti&#232;re civilisationnelle entre l'Occident et l'orthodoxie passe en plein c&#339;ur de l'Ukraine et ce depuis des si&#232;cles. Pendant certaines p&#233;riodes, dans le pass&#233;, l'ouest de l'Ukraine a fait partie de la Pologne, de la Lituanie et de l'Empire austro-hongrois. Une grande part de sa population a adh&#233;r&#233; &#224; l'&#201;glise uniate, qui pratique le rituel orthodoxe mais reconna&#238;t l'autorit&#233; du pape. Historiquement, les Ukrainiens de l'Ouest parlaient l'ukrainien et &#233;taient tr&#232;s nationalistes. Les habitants de l'est du pays, au contraire, &#233;taient surtout orthodoxes et parlaient en majorit&#233; le russe. Au d&#233;but des ann&#233;es quatre-vingt-dix, 31 % de la population totale &#233;taient russophones. Une majorit&#233; d'&#233;l&#232;ves de l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire et du secondaire suivent des cours en russe. La Crim&#233;e est majoritairement russe et a appartenu &#224; la F&#233;d&#233;ration russe jusqu'en 1954, date &#224; laquelle Khrouchtchev l'a transf&#233;r&#233;e &#224; l'Ukraine en reconnaissance officielle de la d&#233;cision prise par Khmelnitski trois cents ans plus t&#244;t. Les diff&#233;rences entre l'est et l'ouest de l'Ukraine sont manifestes dans l'attitude de leur population. Fin 1992, par exemple, un tiers des Russes &#224; l'ouest de l'Ukraine, seulement 10 % &#224; Kiev, disaient qu'ils souffraient d'une certaine animosit&#233; antirusse. La coupure est/ouest a &#233;t&#233; &#233;vidente aux &#233;lections pr&#233;sidentielles de juillet 1994. Le sortant, Leonid Kravtchouk, qui se pr&#233;sentait comme un nationaliste m&#234;me s'il avait travaill&#233; de fa&#231;on tr&#232;s proche avec les dirigeants russes, a gagn&#233; dans les treize provinces de l'ouest, avec une majorit&#233; qui a parfois atteint 90 %. Son adversaire, Leonid Koutchma, qui avait pris des le&#231;ons d'ukrainien pendant la campagne, a conquis les treize provinces de l'Est avec des majorit&#233;s comparables. Koutchma a finalement gagn&#233; par 52 % des voix. Ainsi une faible majorit&#233; a confirm&#233; en 1994 la d&#233;cision prise par Khmelnitski en 1654. Cette &#233;lection, comme le faisait observer un expert am&#233;ricain, &#171; a refl&#233;t&#233;, et m&#234;me cristallis&#233;, la coupure entre les Slaves europ&#233;anis&#233;s &#224; l'ouest et la vision russo-slave de ce que devrait &#234;tre l'Ukraine. Cela tient moins &#224; une polarisation ethnique qu'&#224; des diff&#233;rences culturelles &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cons&#233;quence de cette division, les relations entre l'Ukraine et la Russie pourraient se d&#233;velopper dans l'une des trois directions suivantes. Au d&#233;but des ann&#233;es quatre-vingt dix, des probl&#232;mes importants se posaient entre les deux pays &#224; propos des armements nucl&#233;aires, de la Crim&#233;e, des droits des Russes en Ukraine, de la flotte de la mer Noire et des relations &#233;conomiques. Beaucoup pensaient qu'un conflit arm&#233; &#233;tait possible, ce qui a conduit certains analystes occidentaux &#224; d&#233;fendre l'id&#233;e que l'Occident devait aider l'Ukraine &#224; avoir des armes nucl&#233;aires pour &#233;viter une agression russe 9. Cependant, si le point de vue civilisationnel pr&#233;vaut, un conflit entre Ukrainiens et Russes est peu probable. Ce sont deux peuples slaves, avant tout orthodoxes, qui ont eu des relations intimes pendant des si&#232;cles et au sein desquels les mariages mixtes sont chose commune. Malgr&#233; la gravit&#233; des probl&#232;mes et la pression des extr&#233;mistes nationalistes des deux camps, les dirigeants de ces deux pays &#339;uvrent avec succ&#232;s &#224; mod&#233;rer leurs diff&#233;rends. L'&#233;lection d'un pr&#233;sident clairement prorusse en Ukraine au milieu de 1994 a encore r&#233;duit la probabilit&#233; d'une exacerbation du conflit entre les deux pays. Musulmans et chr&#233;tiens se battent partout dans l'ex-Union sovi&#233;tique. Les tensions sont vives entre Russes et peuples baltes, et il y a m&#234;me des combats. Mais, aucun affrontement violent n'a pour l'instant eu lieu entre Russes et Ukrainiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me possibilit&#233;, un peu plus probable : l'Ukraine pourrait se diviser le long de la ligne de partage qui s&#233;pare les deux entit&#233;s la composant, l'Est se fondant avec la Russie. Le probl&#232;me de la s&#233;cession s'est pos&#233; pour la premi&#232;re fois &#224; propos de la Crim&#233;e. Le public de Crim&#233;e, qui est russe &#224; 70 %, a soutenu l'ind&#233;pendance de l'Ukraine au r&#233;f&#233;rendum de d&#233;cembre 1991. En mai 1992, le parlement de Crim&#233;e a aussi vot&#233; une d&#233;claration d'ind&#233;pendance vis-&#224;-vis de l'Ukraine et, sous la pression ukrainienne, est revenu sur ce vote. Le parlement russe, cependant, a vot&#233; l'annulation de la cession de la Crim&#233;e &#224; l'Ukraine en 1994. En janvier 1994, les Crim&#233;ens ont &#233;lu un Pr&#233;sident qui avait fait campagne en faveur de &#171; l'unit&#233; avec la Russie &#187;. Cela a conduit certains &#224; se demander si la Crim&#233;e serait le nouveau Nagorny-Karabakh ou bien la nouvelle Abkhazie &#187;. La r&#233;ponse a &#233;t&#233; &#171; non &#187;. Et le nouveau Pr&#233;sident a d&#251; revenir sur sa volont&#233; d'organiser un r&#233;f&#233;rendum sur l'ind&#233;pendance et n&#233;gocier avec le gouvernement de Kiev. En mai 1994, la situation s'est aggrav&#233;e de nouveau lorsque le parlement de Crim&#233;e a vot&#233; la restauration de la constitution de 1992, qui la rendait virtuellement ind&#233;pendante vis-&#224;-vis de l'Ukraine. Une fois encore, la mod&#233;ration des dirigeants russes et ukrainiens a &#233;vit&#233; que ce probl&#232;me ne d&#233;g&#233;n&#232;re, et l'&#233;lection deux mois plus tard du prorusse Koutchma en Ukraine a refroidi les ardeurs s&#233;cessionnistes en Crim&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;lection pourrait cependant conduire l'ouest du pays &#224; faire s&#233;cession vis-&#224;-vis d'une Ukraine de plus en plus proche de la Russie. Certains Russes y seraient favorables. Comme le disait un g&#233;n&#233;ral russe, &#171; dans cinq, dix ou quinze ans, l'Ukraine, ou plut&#244;t l'est de l'Ukraine, reviendra vers nous. L'Ouest n'a qu'&#224; aller se faire voir ! &#187;, Une Ukraine uniate et pro-occidentale ne serait pourtant viable qu'avec un fort soutien de l'Occident. Cela ne serait possible que si les relations de l'Occident avec la Russie se d&#233;t&#233;rioraient gravement pour ressembler &#224; ce qu'elles &#233;taient &#224; l'&#233;poque de la guerre froide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me sc&#233;nario, plus probable encore : l'Ukraine restera unie, restera d&#233;chir&#233;e, restera ind&#233;pendante et coop&#233;rera intimement avec la Russie. Une fois r&#233;solus les probl&#232;mes de transition en mati&#232;re nucl&#233;aire et militaire, le probl&#232;me, &#224; long terme, le plus s&#233;rieux sera &#233;conomique, et sa r&#233;solution sera facilit&#233;e par la communaut&#233; culturelle et les liens personnels qui unissent les deux pays. Les relations russo-ukrainiennes sont en Europe de l'Est, comme le soulignait John Morrison, ce que les relations franco-allemandes sont &#224; l'Europe de l'Ouest. Ces derni&#232;res forment le noyau de l'Union europ&#233;enne, alors que les premi&#232;res fournissent la base de l'unit&#233; dans le monde orthodoxe.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La Russie et l'Ukraine : un regard civilisationnel (1/2)</title>
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		<dc:subject>Huntington S.</dc:subject>
		<dc:subject>G&#233;opolitique</dc:subject>
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		<dc:subject>Type anthropologique</dc:subject>

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&lt;p&gt;Texte extrait du livre de Samuel Huntington &#171; Le choc des civilisations &#187;, 1996, (Odile Jacob 1997), pp. 199-206 et 228-244. Le titre est de nous et les notes (toutes bibliographiques) ont &#233;t&#233; supprim&#233;es. On se reportera &#224; nos remarques sur un pr&#233;c&#233;dent extrait du m&#234;me livre pour les r&#233;serves d'usage. [Extrait du chapitre VI : La recomposition culturelle de la politique globale :] Les pays d&#233;chir&#233;s ou l'&#233;chec des changements de civilisations Pour qu'un pays d&#233;chir&#233; r&#233;ussisse &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte extrait du livre de Samuel Huntington &#171; Le choc des civilisations &#187;, 1996, (Odile Jacob 1997), pp. 199-206 et 228-244. Le titre est de nous et les notes (toutes bibliographiques) ont &#233;t&#233; supprim&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se reportera &#224; nos remarques sur &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?897-sur-une-possible-escalade-geopolitique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;un pr&#233;c&#233;dent extrait du m&#234;me livre&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; pour les r&#233;serves d'usage.&lt;/p&gt;
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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;[&lt;i&gt;Extrait du chapitre VI : La recomposition culturelle de la politique globale :&lt;/i&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les pays d&#233;chir&#233;s ou l'&#233;chec des changements de civilisations&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour qu'un pays d&#233;chir&#233; r&#233;ussisse &#224; changer d'appartenance &#224; une civilisation, il faut trois conditions. Tout d'abord, l'&#233;lite politique et &#233;conomique doit soutenir ce mouvement avec enthousiasme. Deuxi&#232;mement, l'opinion doit &#234;tre ne serait-ce que pr&#234;te &#224; l'accepter. Troisi&#232;mement, les &#233;l&#233;ments dominants de la civilisation d'arriv&#233;e, dans la plupart des cas l'Occident, doivent &#234;tre dispos&#233;s &#224; accueillir le converti. Le processus de red&#233;finition identitaire est toujours long, soumis &#224; des interruptions, et douloureux sur le plan politique, social, institutionnel aussi bien que culturel. &#192; ce jour, il a &#233;galement toujours &#233;chou&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Russie &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es quatre-vingt-dix, le Mexique &#233;tait un pays d&#233;chir&#233; depuis des ann&#233;es, et la Turquie depuis des dizaines d'ann&#233;es. Par contraste, la Russie l'a &#233;t&#233; depuis des si&#232;cles et, &#224; la diff&#233;rence du Mexique ou de la r&#233;publique turque, elle repr&#233;sente aussi l'&#201;tat phare d'une grande civilisation. Si la Turquie et le Mexique r&#233;ussissaient &#224; s'int&#233;grer &#224; la civilisation occidentale, l'effet sur la civilisation islamique ou latino-am&#233;ricaine serait mineur ou mod&#233;r&#233;. La chute de l'Union sovi&#233;tique a raviv&#233; chez les Russes le d&#233;bat sur le probl&#232;me central des relations de la Russie avec l'Occident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celles-ci ont connu quatre phases. La premi&#232;re a dur&#233; jusqu'au r&#232;gne de Pierre le Grand (1689-1725). La Russie de Kiev et la Moscovie vivaient &#224; l'&#233;cart de l'Occident et avaient peu de contacts avec les soci&#233;t&#233;s d'Europe occidentale. La civilisation russe s'est d&#233;velopp&#233;e comme un d&#233;riv&#233; de la civilisation byzantine et, pendant deux cents ans, du milieu du XIIe si&#232;cle au milieu du XVe, la Russie a &#233;t&#233; domin&#233;e par les Mongols. Elle n'a presque pas &#233;t&#233; expos&#233;e aux ph&#233;nom&#232;nes historiques qui ont d&#233;fini la civilisation occidentale : le catholicisme romain, la f&#233;odalit&#233;, la Renaissance, la R&#233;forme, l'expansion maritime et le colonialisme, les Lumi&#232;res et l'&#233;mergence de l'&#201;tat-nation. Sept des huit caract&#233;ristiques de la civilisation occidentale identifi&#233;es plus haut &#8211; religion, langues, s&#233;paration de l'&#201;glise et de l'&#201;tat, &#201;tat de droit, pluralisme social, institutions repr&#233;sentatives, individualisme &#8211; sont rest&#233;es totalement &#233;trang&#232;res &#224; l'exp&#233;rience russe. La seule exception possible est l'h&#233;ritage classique, qui est cependant pass&#233; en Russie par Byzance et a donc &#233;t&#233; tr&#232;s diff&#233;rent de celui qui est venu en Occident par Rome. La civilisation russe est un produit de ses propres racines, en Russie de Kiev et en Moscovie, de l'influence byzantine et de la longue domination mongole. Ces influences ont form&#233; une soci&#233;t&#233; et une culture qui ne ressemblent gu&#232;re &#224; celles qui se sont d&#233;velopp&#233;es en Europe occidentale sous l'influence de forces tr&#232;s diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin du XVIIe si&#232;cle, la Russie n'&#233;tait pas seulement diff&#233;rente de l'Europe. Elle &#233;tait aussi tr&#232;s en retard par rapport &#224; elle, ce que Pierre le Grand n'a pas manqu&#233; de remarquer lors de son voyage en Europe en 1697-1698. C'est pourquoi il r&#233;solut &#224; la fois de moderniser et d'occidentaliser son pays. Pour que les gens de son peuple ressemblent plus &#224; des Europ&#233;ens, la premi&#232;re chose qu'il fit en rentrant &#224; Moscou fut de raser la barbe de ses nobles et d'interdire leurs longs manteaux et leurs chapeaux coniques. Il n'abolit pas l'&#233;criture cyrillique, mais la r&#233;forma, la simplifia et introduisit des mots et des expressions occidentaux. Cependant, la priorit&#233; des priorit&#233;s qu'il fixa fut le d&#233;veloppement et la modernisation de l'arm&#233;e russe : il cr&#233;a une marine, introduisit la conscription, construisit des fabriques d'armement, &#233;tablit des &#233;coles techniques, envoya des personnes &#233;tudier en Occident et en importa les connaissances r&#233;centes en mati&#232;re d'armes, de bateaux et de construction navale, de navigation, d'administration, ainsi que dans d'autres domaines essentiels &#224; l'efficacit&#233; militaire. Pour permettre ces innovations, il r&#233;forma en profondeur et &#233;tendit le syst&#232;me fiscal et, &#224; la fin de son r&#232;gne, r&#233;organisa la structure du gouvernement. D&#233;termin&#233; &#224; faire de la Russie non seulement une puissance occidentale mais aussi une puissance en Europe, il abandonna Moscou, cr&#233;a une nouvelle capitale &#224; Saint-P&#233;tersbourg et livra la guerre &#224; la Su&#232;de afin de poser la Russie comme puissance dominante dans la Baltique et d'instaurer sa pr&#233;sence en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, en tentant de moderniser et d'occidentaliser son pays, Pierre le Grand a aussi renforc&#233; les caract&#232;res typiquement asiatiques de la Russie en poussant &#224; son extr&#234;me le despotisme et en &#233;liminant toute possibilit&#233; de pluralisme social et politique. La noblesse russe n'avait jamais &#233;t&#233; puissante. Pierre r&#233;duisit encore son pouvoir, en accroissant ses devoirs et en &#233;tablissant un syst&#232;me de rangs fond&#233; sur le m&#233;rite, et non sur la naissance ou la position sociale. Les nobles, comme les paysans, &#233;taient enr&#244;l&#233;s au service de l'&#201;tat, ce qui a cr&#233;&#233; une aristocratie servile, qui plus tard m&#233;contenta Custine. L'autonomie des serfs fut encore r&#233;duite : ils &#233;taient d&#233;sormais li&#233;s et &#224; leur terre et &#224; leur ma&#238;tre. L'&#201;glise orthodoxe, sur laquelle l'&#201;tat exer&#231;ait un contr&#244;le l&#226;che, fut r&#233;organis&#233;e et plac&#233;e sous l'&#233;gide d'un synode d&#233;pendant directement du tsar. Celui-ci se donna le pouvoir de choisir son successeur sans respect des usages dynastiques. &#192; travers ces changements, Pierre a mis en place et symbolis&#233; la relation intime en Russie entre d'une part la modernisation et l'occidentalisation et le despotisme de l'autre. &#192; l'instar de ce mod&#232;le, L&#233;nine, Staline et &#224; un moindre degr&#233; Catherine II et Alexandre II ont &#233;galement tent&#233; de diverses mani&#232;res de moderniser et d'occidentaliser la Russie, tout en augmentant le pouvoir autocratique. Au moins jusqu'aux ann&#233;es quatre-vingt, les partisans de la d&#233;mocratie en Russie &#233;taient favorables &#224; l'Occident, mais tous les partisans de l'Occident n'&#233;taient pas des d&#233;mocrates. L'histoire de la Russie nous apprend ainsi que la centralisation du pouvoir est une condition n&#233;cessaire pour les r&#233;formes sociales et &#233;conomiques. &#192; la fin des ann&#233;es quatre-vingt, consid&#233;rant les obstacles &#224; la lib&#233;ralisation &#233;conomique cr&#233;&#233;e par la glastnost, les proches de Gorbatchev ont d&#251; se rendre compte avec tristesse qu'ils l'avaient oubli&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre le Grand a mieux r&#233;ussi &#224; faire de la Russie une partie de l'Europe que de l'Europe une partie de la Russie. &#192; la diff&#233;rence de l'Empire ottoman, l'Empire russe a &#233;t&#233; reconnu comme un membre important et respect&#233; du syst&#232;me international europ&#233;en. Chez lui, les r&#233;formes de Pierre ont apport&#233; des changements, mais la soci&#233;t&#233; est rest&#233;e hybride : sauf au sein d'une &#233;lite restreinte, les modes de vie, les institutions et les croyances asiatiques et byzantins sont rest&#233;s pr&#233;dominants dans la soci&#233;t&#233; russe et &#233;taient consid&#233;r&#233;s comme tels &#224; la fois par les Europ&#233;ens et par les Russes. &#171; Frappez un Russe, notait Joseph de Maistre, et vous blesserez un Tatar. &#187; Pierre a cr&#233;&#233; un pays d&#233;chir&#233;. Au XIXe si&#232;cle, les slavophiles aussi bien que les partisans de l'Occident n'ont cess&#233; de d&#233;plorer cette situation infortun&#233;e sans parvenir &#224; s'entendre sur la question de savoir s'il fallait s'europ&#233;aniser ou bien au contraire &#233;liminer les influences europ&#233;ennes et revenir au vrai esprit de la Russie. Un pro-occidental comme Chaadayev soutenait que &#171; le soleil est le soleil de l'Occident &#187; et que la Russie devait en user pour rendre ses institutions plus &#233;clair&#233;es et les changer. Un slavophile comme Danilevski, utilisant des termes qu'on a entendus aussi pendant les ann&#233;es quatre-vingt-dix, voyait dans les tentatives d'europ&#233;anisation une fa&#231;on de &#171; subvertir la vie des gens et d'en remplacer les formes par des formes autres, &#233;trang&#232;res &#187;, d'&#171; emprunter des institutions &#233;trang&#232;res pour les transplanter sur le sol russe &#187; et de &#171; consid&#233;rer les relations int&#233;rieures et ext&#233;rieures, et les questions li&#233;es &#224; la vie des Russes d'un point de vue &#233;tranger, europ&#233;en, c'est-&#224;-dire &#224; travers un prisme con&#231;u pour regarder le monde selon un angle europ&#233;en &#187;. Par la suite, Pierre le Grand est devenu le h&#233;ros des partisans de l'occidentalisation et le diable pour ses adversaires, les plus farouches &#233;tant les Eurasiens des ann&#233;es vingt qui l'accusaient d'&#234;tre un tra&#238;tre et incitaient les bolcheviques &#224; rejeter l'occidentalisation, &#224; d&#233;fier l'Europe et &#224; transf&#233;rer la capitale &#224; Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution bolchevique a ouvert dans les relations entre la Russie et l'Occident une troisi&#232;me phase tr&#232;s diff&#233;rente de ce qui s'est pass&#233; auparavant pendant deux si&#232;cles. Les slavophiles et les partisans de l'occidentalisation d&#233;battaient de la question de savoir si la Russie pouvait &#234;tre diff&#233;rente de l'Occident sans &#234;tre pour autant arri&#233;r&#233;e. Le communisme a repr&#233;sent&#233; une r&#233;ponse brillante &#224; cette interrogation : la Russie &#233;tait diff&#233;rente de l'Europe et m&#234;me profond&#233;ment oppos&#233;e &#224; elle, car elle &#233;tait plus avanc&#233;e. Elle prenait la t&#234;te de la r&#233;volution prol&#233;tarienne qui s'&#233;tendrait au monde entier. La Russie n'incarnait pas un pass&#233; asiatique arri&#233;r&#233; mais un avenir sovi&#233;tique progressiste. De fait, la r&#233;volution a permis &#224; la Russie de rompre avec l'Occident et de se diff&#233;rencier de lui, non parce que, comme le soutenaient les slavophiles, &#171; nous sommes diff&#233;rents et ne voulons pas devenir comme vous &#187;, mais parce que &#171; nous sommes diff&#233;rents et vous deviendrez comme nous &#187;. Tel &#233;tait le message de l'Internationale communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, en m&#234;me temps que le communisme a permis aux dirigeants sovi&#233;tiques de se diff&#233;rencier de l'Occident, il a aussi cr&#233;&#233; des liens puissants avec lui. Marx et Engels &#233;taient allemands ; la plupart de leurs partisans &#224; la fin du XIXe si&#232;cle et au d&#233;but du XXe &#233;taient des Europ&#233;ens de l'Ouest ; en 1910, beaucoup de syndicats et de partis sociaux-d&#233;mocrates et ouvriers des soci&#233;t&#233;s occidentales partageant leur id&#233;ologie influaient de plus en plus sur la politique europ&#233;enne. Apr&#232;s la r&#233;volution bolchevique, les partis de gauche se sont divis&#233;s en partis communistes et socialistes mais, quelle que f&#251;t leur tendance, ils repr&#233;sentaient des forces puissantes en Europe. Dans presque tout l'Occident, la perspective marxiste pr&#233;valait : le communisme et le socialisme semblaient l'avenir et attiraient massivement les &#233;lites politiques et intellectuelles. Aux d&#233;bats en Russie entre slavophiles et partisans de l'Occident sur l'avenir du pays se sont substitu&#233;s des controverses en Europe entre la droite et la gauche sur l'avenir de l'Occident et la question de savoir si l'Union sovi&#233;tique incarnait ou non cet avenir. Apr&#232;s la Seconde Guerre mondiale, la puissance de l'Union sovi&#233;tique accrut encore l'attrait que pr&#233;sentait le communisme en Occident et surtout aupr&#232;s des civilisations non occidentales qui se dressaient d&#233;sormais contre ce dernier. Les &#233;lites des soci&#233;t&#233;s non occidentales domin&#233;es par l'Occident qui voulaient s&#233;duire celui-ci raisonnaient en termes d'autod&#233;termination et de d&#233;mocratie ; ceux qui voulaient affronter l'Occident raisonnaient en termes de r&#233;volution et de lib&#233;ration nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En adoptant l'id&#233;ologie occidentale et en l'utilisant pour d&#233;fier l'Occident, les Russes se sont rapproch&#233;s de lui plus qu'&#224; toute autre p&#233;riode de leur histoire. Bien que les id&#233;ologies d&#233;mocrate, lib&#233;rale et communiste diff&#232;rent beaucoup l'une de l'autre, les deux camps, en un sens, parlent le m&#234;me langage. La chute du communisme et de l'Union sovi&#233;tique a sonn&#233; le glas de cette interaction politico-id&#233;ologique entre l'Occident et la Russie. L'Occident esp&#232;re et croit que la d&#233;mocratie lib&#233;rale triomphera dans tout l'ex-empire sovi&#233;tique. Ce n'est pas dit. En 1995, l'avenir de la d&#233;mocratie lib&#233;rale en Russie et dans les autres r&#233;publiques orthodoxes restait incertain. En outre, les Russes ayant cess&#233; d'agir en marxistes pour agir en Russes, le foss&#233; entre l'Occident et la Russie s'&#233;largit. Le conflit entre la d&#233;mocratie lib&#233;rale et le marxisme-l&#233;ninisme opposait deux id&#233;ologies qui, malgr&#233; leurs importantes diff&#233;rences, &#233;taient toutes les deux modernes et la&#239;ques, et se donnaient pour finalit&#233; la libert&#233;, l'&#233;galit&#233; et le bien-&#234;tre mat&#233;riel. Un d&#233;mocrate occidental pouvait d&#233;battre avec un marxiste sovi&#233;tique. Ce serait impossible avec un nationaliste orthodoxe russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;poque sovi&#233;tique, la lutte entre slavophiles et partisans de l'occidentalisation s'est interrompue lorsque Soljenitsyne et Sakharov ont remis en cause la synth&#232;se communiste. Une fois celle-ci tomb&#233;e, le d&#233;bat sur l'identit&#233; russe v&#233;ritable a repris de sa vigueur. La Russie doit-elle adopter les valeurs, les institutions et les pratiques occidentales, et tenter de s'int&#233;grer &#224; l'Occident ? Ou bien incarne-t-elle une civilisation orthodoxe et eurasiatique diff&#233;rente de l'Occident et dont le destin serait de relier l'Europe et l'Asie ? Les &#233;lites intellectuelles et politiques et l'opinion sont divis&#233;es sur ces questions. D'un c&#244;t&#233;, on trouve les partisans de l'occidentalisation, les &#171; cosmopolites &#187;, les &#171; atlantistes &#187;, et, de l'autre, les successeurs des slavophiles, qualifi&#233;s diversement de &#171; nationalistes &#187;. d'&#171; eurasianistes &#187; ou de &#171; derzhavniki &#187; (&#233;tatistes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les principales diff&#233;rences entre ces groupes portaient sur la politique ext&#233;rieure et, &#224; un moindre degr&#233;, sur les r&#233;formes &#233;conomiques et la structure de l'&#201;tat. Les points de vue varient d'un extr&#234;me &#224; l'autre. &#192; un bout du spectre, on trouve ceux qui ont formul&#233; la &#171; nouvelle doctrine &#187; &#233;pous&#233;e par Gorbatchev et incarn&#233;e par l'id&#233;e de &#171; maison europ&#233;enne commune &#187;, ainsi que de nombreux conseillers importants de Eltsine qui souhaitent que la Russie devienne &#171; un pays normal &#187; et soit accept&#233;e au club des principaux pays industrialis&#233;s, le G-7. Les nationalistes mod&#233;r&#233;s comme Sergei Stankevich pensent que la Russie doit abandonner la voie &#171; atlantiste &#187; avoir comme priorit&#233; la protection des Russes qui vivent &#224; l'&#233;tranger, d&#233;velopper ses relations avec la Turquie et les pays musulmans, et &#171; red&#233;ployer ses ressources, ses orientations, ses relations et ses int&#233;r&#234;ts en faveur de l'Asie, en direction de l'est &#187;.&#183;Ils reprochent &#224; Eltsine de subordonner les int&#233;r&#234;ts de la Russie &#224; ceux de l'Occident en r&#233;duisant la puissance militaire russe, en &#233;chouant &#224; soutenir la Serbie, pays ami de longue date, et en menant des r&#233;formes &#233;conomiques et politiques d&#233;favorables au peuple russe. Les id&#233;es de Peter Savitsky, qui d&#233;fendait dans les ann&#233;es vingt l'id&#233;e que la Russie repr&#233;sentait la civilisation eurasiatique, connaissent une grande popularit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nationalistes extr&#233;mistes se partageaient en nationalistes russes, comme Soljenitsyne, partisan d'une Russie comprenant seulement tous les Russes plus les Bi&#233;lorusses et les Ukrainiens, slaves orthodoxes, et les nationalistes imp&#233;riaux, comme Vladimir Zhirinovsky, qui voulaient recr&#233;er l'empire sovi&#233;tique et la force militaire russe. Les gens du deuxi&#232;me groupe &#233;taient en partie antis&#233;mites aussi bien qu'anti-occidentaux et voulaient r&#233;orienter la politique &#233;trang&#232;re russe vers l'est et le sud, soit en dominant le sud musulman (c'est la position de Zhirinovsky) soit en coop&#233;rant avec les &#201;tats musulmans et la Chine contre l'Occident. Les nationalistes &#233;taient aussi favorables au soutien massif &#224; la Serbie en guerre avec les musulmans. Les diff&#233;rences entre cosmopolites et nationalistes se traduisaient institutionnellement dans la configuration du minist&#232;re des Affaires &#233;trang&#232;res et dans l'arm&#233;e. Elles ont aussi marqu&#233; l'&#233;volution de la politique ext&#233;rieure et militaire de Eltsine qui a d'abord pench&#233; d'un c&#244;t&#233;, puis de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le public russe, comme les &#233;lites, &#233;tait divis&#233;. En 1992, un sondage effectu&#233; sur un &#233;chantillon de 2.029 Russes europ&#233;ens a montr&#233; que 40 % des personnes interrog&#233;es &#233;taient &#171; ouvertes &#224; l'Occident &#187;, 36 % &#171; ferm&#233;es &#187; et 24 % &#171; ind&#233;cises &#187;. Aux &#233;lections l&#233;gislatives de d&#233;cembre 1993, les partis r&#233;formistes ont obtenu 34,2 % des suffrages, les partis nationalistes et conservateurs 43,3 et les partis centristes 13.7. De m&#234;me, aux &#233;lections pr&#233;sidentielles de juin 1996, le public russe s'est scind&#233; &#224; nouveau en &#224; peu pr&#232;s 43 % de partisans de Eltsine et des autres candidats r&#233;formistes et 52 % des votants favorables aux candidats nationalistes et communistes. Sur cette question centrale concernant son identit&#233;, la Russie des ann&#233;es quatre-vingt dix restait un pays d&#233;chir&#233;, cette dualit&#233; constituant &#171; un trait inali&#233;nable de son caract&#232;re national &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;i&gt;Extrait du chapitre VII : &#201;tats-phares, cercles concentriques et ordre des civilisations :&lt;/i&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'Europe et ses liens &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pendant la guerre froide, les &#201;tats-Unis &#233;taient le centre d'un vaste regroupement tr&#232;s diversifi&#233; et multicivilisationnel de pays qui avaient tous pour but d'emp&#234;cher l'Union sovi&#233;tique de poursuivre son expansion. Ce regroupement, appel&#233; tant&#244;t &#171; le monde libre &#187;, tant&#244;t &#171; l'Ouest &#187; et tant&#244;t &#171; les Alli&#233;s &#187;, comprenait de nombreuses soci&#233;t&#233;s occidentales, mais pas toutes, ainsi que la Turquie, la Gr&#232;ce, le Japon, la Cor&#233;e, les Philippines, Isra&#235;l et, de mani&#232;re moins &#233;troite, d'autres pays comme Taiwan, la Tha&#239;lande et le Pakistan. Il s'opposait &#224; un autre regroupement dl' pays &#224; peine moins h&#233;t&#233;rog&#232;ne, comprenant tous les pays orthodoxes sauf la Gr&#232;ce, plusieurs pays qui avaient appartenu &#224; l'Occident, le Vi&#234;t-nam, Cuba, &#224; un moindre degr&#233; l'Inde, et occasionnellement quelques pays d'Afrique. Avec la fin de la guerre froide, ces regroupements multicivilisationnels et interculturels ont &#233;clat&#233;. La dissolution de l'Union sovi&#233;tique, en particulier du pacte de Varsovie, a &#233;t&#233; radicale. De m&#234;me, mais de fa&#231;on plus lente, le &#171; monde libre &#187; multicivilisationnel de la guerre froide se recompose en un nouveau regroupement correspondant plus ou moins &#224; la civilisation occidentale. Un processus d'union est en cours, lequel implique de d&#233;finir les crit&#232;res d'appartenance aux organisations internationales occidentales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#201;tats phares de l'Union europ&#233;enne, la France et l'Allemagne, sont tout d'abord entour&#233;s par un groupe in t&#233; gr&#233; compos&#233; de la Belgique, de la Hollande et du Luxembourg, qui ont accept&#233; d'&#233;liminer toute barri&#232;re aux &#233;changes de biens et de personnes, puis par d'autres membres comme l'Italie, l'Espagne, le Portugal, le Danemark, la Grande-Bretagne, l'Irlande et la Gr&#232;ce, par des &#201;tats qui sont devenus membres en 1995 (l'Autriche, la Finlande, la Su&#232;de) et par des pays qui &#224; ce jour sont des membres associ&#233;s (la Pologne, la Hongrie, la R&#233;publique tch&#232;que, la Slovaquie, la Bulgarie et la Roumanie). &#192; l'image de cette r&#233;alit&#233;, le parti au pouvoir en Allemagne et les principaux dirigeants fran&#231;ais ont propos&#233; &#224; l'automne 1994 de cr&#233;er une Union &#224; deux vitesses. Le plan allemand pr&#233;voyait un &#171; noyau dur &#187; comprenant les membres fondateurs moins l'Italie, &#171; l'Allemagne et la France formant le noyau dur du noyau dur &#187;. Ces pays s'efforceraient de cr&#233;er rapidement une union mon&#233;taire et d'int&#233;grer leur politique &#233;trang&#232;re et leur politique de d&#233;fense. Presque en m&#234;me temps, le Premier ministre &#201;douard Balladur a sugg&#233;r&#233; de couper l'Europe en trois, les cinq &#201;tats favorables &#224; l'int&#233;gration formant le noyau dur, les autres membres actuels repr&#233;sentant un deuxi&#232;me cercle et les nouveaux &#201;tats en passe de devenir membres constituant un troisi&#232;me cercle. Alain Jupp&#233;, alors ministre des Affaires &#233;trang&#232;res, a d&#233;velopp&#233; cette id&#233;e en proposant de cr&#233;er &#171; un cercle ext&#233;rieur d'&#201;tats &#171; partenaires &#187;, comprenant l'Europe centrale et orientale, un cercle m&#233;dian d'&#201;tats membres devant accepter une discipline commune dans certains domaines (march&#233; unique, union douani&#232;re, etc.) et plusieurs cercles de &#171; solidarit&#233; renforc&#233;e &#187; regroupant les &#201;tats souhaitant &#233;voluer plus vite dans des domaines comme la d&#233;fense, l'int&#233;gration mon&#233;taire, la politique &#233;trang&#232;re, etc. et aptes &#224; le faire &#187;. D'autres dirigeants politiques ont propos&#233; d'autres types d'accords, tous impliquant cependant un regroupement int&#233;rieur d'&#201;tats intimement associ&#233;s et des regroupements ext&#233;rieurs d'&#201;tats moins int&#233;gr&#233;s jusqu'&#224; ce que soit atteinte la fronti&#232;re entre membres et non-membres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;tablir cette fronti&#232;re en Europe a &#233;t&#233; l'un des principaux d&#233;fis auxquels l'Occident s'est trouv&#233; confront&#233; dans le monde d'apr&#232;s la guerre froide. &#192; l'&#233;poque de la guerre froide, l'Europe n'existait pas en tant que tout. Avec la chute du communisme, toutefois, il est devenu n&#233;cessaire de r&#233;pondre &#224; la question de savoir ce qu'est l'Europe. Ses fronti&#232;res au nord, &#224; l'ouest et au sud sont d&#233;limit&#233;es par des mers, la M&#233;diterran&#233;e au sud co&#239;ncidant avec des diff&#233;rences culturelles certaines. Mais o&#249; se trouve donc la fronti&#232;re &#224; l'est ? Qui peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme europ&#233;en et donc comme un membre potentiel de l'Union europ&#233;enne, de l'OTAN et d'autres organisations comparables ?&lt;/p&gt;
&lt;figure class='spip_document_1612 spip_documents spip_documents_center' style=&#034;max-width:falsepx;&#034; data-w=&#034;false&#034;&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/png/frontieres_orientales_de_la_civilisation_occidentale.png' arial-label=&#034;Fronti&#232;res orientales de la civilisation occidentale&#034; title=&#034;Fronti&#232;res orientales de la civilisation occidentale&#034; class=&#034;fond mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034; data-photo-w=&#034;299&#034; data-photo-h=&#034;950&#034; &gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:317.72575250836%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/png/frontieres_orientales_de_la_civilisation_occidentale.png&amp;taille=160&amp;1650211669' alt='Fronti&#232;res orientales de la civilisation occidentale' data-src='IMG/png/frontieres_orientales_de_la_civilisation_occidentale.png' data-l='299' data-h='950' data-tailles='[\&#034;160\&#034;,\&#034;320\&#034;,\&#034;640\&#034;,\&#034;1280\&#034;,\&#034;1920\&#034;]' data-autorisees='{&#034;160&#034;:{&#034;1&#034;:&#034;index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG\/png\/frontieres_orientales_de_la_civilisation_occidentale.png&amp;#38;taille=160&amp;#38;1650211669&#034;,&#034;2&#034;:&#034;index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG\/png\/frontieres_orientales_de_la_civilisation_occidentale.png&amp;#38;taille=299&amp;#38;1650211669&#034;},&#034;299&#034;:{&#034;1&#034;:&#034;index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG\/png\/frontieres_orientales_de_la_civilisation_occidentale.png&amp;#38;taille=299&amp;#38;1650211669&#034;,&#034;2&#034;:&#034;index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG\/png\/frontieres_orientales_de_la_civilisation_occidentale.png&amp;#38;taille=299&amp;#38;1650211669&#034;}}' class='image_responsive' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;figcaption class='spip_doc_intitules spip_doc_intitules_top'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-1612 '&gt;&lt;strong&gt;Fronti&#232;res orientales de la civilisation occidentale
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1100-La-Russie-et-l-Ukraine-un-regard-civilisationnel' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Seconde partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Russie : L'imaginaire nationaliste-imp&#233;rial</title>
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		<dc:date>2022-03-05T10:12:48Z</dc:date>
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		<dc:subject>Castoriadis C.</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Partie &#233;ponyme extraite du chapitre IV &#171; La Force brute pour la Force brute &#187; du livre &#171; Devant la guerre &#187; de Cornelius Castoriadis (Fayard, 1981, pp. 251-264, r&#233;ed. &#171; Guerre et th&#233;orie de la guerre. &#201;crits politiques 1945-1997, VI &#187;, Sandre 2016, pp. 317-330). Ce texte a &#233;t&#233; &#233;crit il y a plus de quarante ans pour analyser les m&#233;tamorphoses du r&#233;gime russe, alors baptis&#233; &#171; URSS &#187; &#8211; &#171; quatre lettres et quatre mensonges &#187; disait alors l'auteur. L'id&#233;e d'une &#171; stratocratie &#187;, une soci&#233;t&#233; russe (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-dynamiques-geopolitiques-" rel="directory"&gt;Dynamiques G&#233;opolitiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-56-castoriadis-c-+" rel="tag"&gt;Castoriadis C.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-83-geopolitique-+" rel="tag"&gt;G&#233;opolitique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-138-totalitarisme-+" rel="tag"&gt;Totalitarisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-122-guerre-+" rel="tag"&gt;Guerre&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Partie &#233;ponyme extraite du chapitre IV &#171; La Force brute pour la Force brute &#187; du livre &#171; Devant la guerre &#187; de Cornelius Castoriadis (Fayard, 1981, pp. 251-264, r&#233;ed. &#171; Guerre et th&#233;orie de la guerre. &#201;crits politiques 1945-1997, VI &#187;, Sandre 2016, pp. 317-330).&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Ce texte a &#233;t&#233; &#233;crit il y a plus de quarante ans pour analyser les m&#233;tamorphoses du r&#233;gime russe, alors baptis&#233; &#171; URSS &#187; &#8211; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?50-Nous-sommes-dans-l-ere-de-l' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; quatre lettres et quatre mensonges &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; disait alors l'auteur. L'id&#233;e d'une &#171; stratocratie &#187;, une soci&#233;t&#233; russe surd&#233;termin&#233;e par l'Arm&#233;e et son industrie, avait &#233;t&#233; particuli&#232;rement incomprise &#224; l'&#233;poque de &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?49-le-pouvoir-au-bout-du-char' class=&#034;spip_in&#034;&gt;la sortie du livre &lt;strong&gt;&#171; Devant la guerre &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; en 1981 (on lira &#224; ce sujet l'introduction de E. Escobar dans la r&#233;&#233;dition du Sandre).&lt;br class='manualbr' /&gt;De telles conceptions m&#233;riteraient aujourd'hui d'&#234;tre largement reconsid&#233;r&#233;es depuis l'invasion de l'Ukraine par la clique de Poutine que ni le gauchisme culturel au pouvoir en Europe ni les divers d&#233;bris de la &#171; droite &#187; ne semblent pouvoir saisir. Le premier rumine son ang&#233;lisme sous parapluie am&#233;ricain, les seconds fantasment le retour &#224; la tradition dans un &#171; Occident chr&#233;tien &#187;, et tous semblent d&#233;couvrir, &#224; grands coups de discours martiaux et virils, que la r&#233;alit&#233; &#233;tait sous leurs yeux depuis des d&#233;cennies &#8211; on lira ainsi, par exemple, &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?791-quelle-europe-quelles-menaces' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Quelle Europe ? Quelles menaces ? Quelle d&#233;fense ? &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, de 1983.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nous, ces analyses d&#233;laiss&#233;es de C. Castoriadis sur l'URSS finissante annon&#231;aient d'une mani&#232;re saisissante le grand retour des logiques imp&#233;riales, dont le totalitarisme &#233;tait l'expression occidentalis&#233;e dans un cadre moderne aujourd'hui &#233;puis&#233;. On lira ainsi &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?846-in-actualite-de-la-democratie' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; (In)Actualit&#233; de la d&#233;mocratie directe &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; ou &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?871-islamisme-totalitarisme' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Islamisme, totalitarisme, imp&#233;rialisme &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, ou encore, pour une analyse globale &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?965-L-horizon-imperial-1-4' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; L'horizon imp&#233;rial &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, eux-m&#234;mes dans le sillage des analyses de Guy Fargette, comme &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?181-La-quatrieme-guerre-mondiale-s' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; La quatri&#232;me guerre mondiale s'avance &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Comment cet incroyable &#233;chafaudage [qu'est la soci&#233;t&#233; russe] peut-il tenir et continuer ? G&#233;n&#233;ralisons la question &#8211; car c'est l'avenir qui importe. Une soci&#233;t&#233; o&#249; le langage subit ce travail de destruction incessante dans sa dimension significative est-elle possible ? Une soci&#233;t&#233; o&#249; il n'y aurait que des pulsions et des &#171; mots &#187;-signaux est-elle possible ? Une soci&#233;t&#233; r&#233;duite &#224; la simple fonctionnalit&#233; (et, au surplus, fonctionnalit&#233; non fonctionnelle &lt;i&gt;comme&lt;/i&gt; fonctionnalit&#233;) est-elle possible ? Une soci&#233;t&#233; o&#249; la scission entre &#171; r&#233;alit&#233; &#187; officielle et r&#233;alit&#233; r&#233;elle, et la pulv&#233;risation de cette derni&#232;re, sont parvenues &#224; ce degr&#233;, est-elle possible ? Une soci&#233;t&#233; que rien ne tient ensemble, o&#249; les membres de la couche dominante vivent dans une guerre de tous contre tous sans foi ni loi, est-elle possible&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;pondre que ce qui tient ensemble la soci&#233;t&#233; russe est la r&#233;pression serait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? &lt;br class='manualbr' /&gt;La r&#233;ponse est double, et sans aucun paradoxe. Une telle soci&#233;t&#233; est possible, puisqu'elle est r&#233;elle. Elle est l&#224;, c'est la partie visible, facilement observable, de la Russie. Et en m&#234;me temps, &#224; la longue, elle n'est pas possible. C'est ce que montre, pour sa part, la r&#233;sistance sourde du peuple russe au r&#233;gime, dont on ne sait pas jusqu'o&#249; elle ira &#8211; elle irait &#8211; si le temps lui est donn&#233;. Mais aussi parce que pr&#233;cis&#233;ment cette soci&#233;t&#233; n'est pas possible elle change, elle devient autre chose, le lieu du pouvoir se d&#233;place, un autre secteur paradigmatique, fonctionnant autrement, &#233;merge, un autre ciment de la soci&#233;t&#233; appara&#238;t. &lt;br class='manualbr' /&gt;L'&#233;mergence et la mont&#233;e de l'Arm&#233;e et de la soci&#233;t&#233; militaire est occupation de la place que le Parti ne peut plus vraiment remplir, ni comme animateur ni comme organisateur efficace de la soci&#233;t&#233;. Elle est occupation d'un vide social-historique qui va s'amplifiant. &lt;br class='manualbr' /&gt;On vient d'assister au XXVIe Congr&#232;s du PCUS. Il a offert au regard l'irr&#233;alit&#233; d'un cadavre qui remuerait encore faiblement et m&#233;caniquement. Les commentateurs occidentaux ont attribu&#233; l'&#233;trange qualit&#233; du spectacle &#224; l'&#226;ge des dirigeants. Incomparable profondeur d'analyse. Certes, c'est pur hasard si tous les dirigeants sont septuag&#233;naires. Et qui ne discerne les innombrables cohortes de jeunes membres du Parti, piaffant d'impatience, &#233;touffant d'indignation et de cr&#233;ativit&#233;, pr&#234;ts &#224; transformer de fond en comble la soci&#233;t&#233; russe d&#232;s que les art&#232;res de Brejnev auront c&#233;d&#233; ? &lt;br class='manualbr' /&gt;Le Parti est p&#233;trifi&#233;, et p&#233;trifie la soci&#233;t&#233; dont il a la charge &#8211; la soci&#233;t&#233; non militaire. Son incapacit&#233; d'effectuer le moindre mouvement, sa raideur cadav&#233;rique sont encore aggrav&#233;es par les difficult&#233;s &#233;conomiques croissantes (sur lesquelles je n'ai pas insist&#233; par manque de place et aussi parce que, si autre chose ne survient pas, rien n'emp&#234;che la situation &#233;conomique de continuer &#224; pourrir lentement). Il n'a ni valeurs ni orientation &#224; proposer &#224; la soci&#233;t&#233; &#8211; et &#224; lui-m&#234;me. Dans la mesure o&#249; la question : pourquoi faisons-nous ce que nous faisons ? peut surgir de temps en temps dans la t&#234;te d'un homme de l'Appareil, ce n'est certes pas dans les &#171; id&#233;es &#187; du Parti qu'il trouvera une r&#233;ponse. Le &#171; progr&#232;s &#187; devient une d&#233;rision dans les conditions r&#233;elles de la Russie. La &#171; scientifisation &#187; de la soci&#233;t&#233;, dont on rebattait les oreilles du monde il y a quinze ou vingt ans, a disparu sans laisser de trace. L'id&#233;ologie est vide, vid&#233;e de l'int&#233;rieur. (Il faudrait inviter ceux qui parlent d'&#171; id&#233;ologie &#187; &#224; propos de la Russie actuelle &#224; dire en quoi cette &#171; id&#233;ologie &#187; consiste et, surtout, ce qu'ils entendent par &#171; id&#233;ologie &#187;. N'importe quel assemblage de mots suffit-il pour constituer une &#171; id&#233;ologie &#187; ?) &lt;br class='manualbr' /&gt;Contrairement &#224; cette irr&#233;alit&#233; du Parti, l'Arm&#233;e et la soci&#233;t&#233; militaire s'adossent &#224; une certaine r&#233;alit&#233; &#8211; en fait, elles &lt;i&gt;construisent&lt;/i&gt; une r&#233;alit&#233;, la seule r&#233;alit&#233; de l'univers russe. Elles &lt;i&gt;se&lt;/i&gt; construisent &#224; la fois comme Force effective et efficace, et comme ennoblissement de la Force dans et par l'imaginaire nationaliste-imp&#233;rial. &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Comment&lt;/i&gt; l'Arm&#233;e en est-elle venue, &#171; concr&#232;tement &#187;, &#224; jouer ce r&#244;le, &#224; prendre cette place, &#224; &lt;i&gt;se faire&lt;/i&gt; comme agent social-historique au r&#244;le in&#233;dit et original, est une question &#224; la fois difficile et relativement secondaire. J'essaierai de poser quelques jalons pour sa discussion dans la section suivante. &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Pourquoi&lt;/i&gt; elle &lt;i&gt;peut&lt;/i&gt; le jouer, &#171; positivement &#187; &#8211; et non seulement en fonction de la carence du parti &#8211;, cela peut &#234;tre &#233;lucid&#233;, mais en partie seulement. &lt;br class='manualbr' /&gt;Elle le joue, on sait, au plan fonctionnel : je l'ai dit et on ne le r&#233;p&#233;tera jamais assez : l'Arm&#233;e est le seul secteur &lt;i&gt;moderne&lt;/i&gt; de la soci&#233;t&#233; russe, et le seul &#224; &lt;i&gt;fonctionner&lt;/i&gt; vraiment. Pourquoi, comment, &#224; partir de quoi a-t-elle pu le devenir ? &lt;br class='manualbr' /&gt;&#192; ces questions, on peut fournir un certain nombre de r&#233;ponses &#171; r&#233;elles &#187; &#8211; faisant appel &#224; des facteurs r&#233;els. En premier lieu, l'Arm&#233;e est plus ou moins soustraite au conflit social. De par sa nature d'abord, par le statut sp&#233;cial de ses entreprises &#171; ferm&#233;es &#187; ensuite, elle ne conna&#238;t pas &#8211; en tout cas, absolument pas au m&#234;me degr&#233; &#8211; l'opposition constante des ex&#233;cutants aux dirigeants qui d&#233;chire la production russe et qui n'y trouve d'autre d&#233;bouch&#233; que le sabotage silencieux. Corps hi&#233;rarchique privil&#233;gi&#233; avec des proc&#233;dures d'avancement formalis&#233;es et fixes, ce qui n'est pas, et pourrait difficilement &#234;tre, le cas dans le Parti, elle doit souffrir moins que celui-ci des luttes internes des cliques et des clans, et de l'irrationalit&#233; qui en r&#233;sulte. &lt;br class='manualbr' /&gt;Ensuite, corps social par d&#233;finition d&#233;limit&#233; par rapport au reste, il lui a &#233;t&#233; plus facile de se soustraire au chaos, au capharna&#252;m g&#233;n&#233;ralis&#233; de la soci&#233;t&#233; russe. Pour l'Arm&#233;e se faisant, s'auto-construisant &#224; partir de la fin du r&#232;gne de Staline, les &#233;curies d'Augias &#224; nettoyer &#233;taient beaucoup moins grandes et pleines que celles auxquelles aurait &#224; s'attaquer toute tentative pour &#171; r&#233;former &#187; le Parti et la soci&#233;t&#233; globale. &lt;br class='manualbr' /&gt;En troisi&#232;me lieu, la nature de sa fonction fait que l'Arm&#233;e peu plus difficilement rompre tout &#224; fait son contact avec une certaine r&#233;alit&#233;. Il serait peu vraisemblable dans son cas que l'on proclame triomphalement que l'objectif de production de blind&#233;s a &#233;t&#233; atteint parce que le nombre prescrit de chars a franchi la ligne terminale de la cha&#238;ne d'assemblage, pour les ramener ensuite dans les ateliers, les d&#233;monter puisqu'on manque de pi&#232;ces, et les r&#233;assembler pour remplir le plan du mois suivant. Aussi, et plus sp&#233;cifiquement, du fait de l'&#233;volution technologique de l'armement, il y a eu une formidable pression exerc&#233;e sur l'Arm&#233;e russe, l'obligeant d'&#234;tre une Arm&#233;e moderne, ou de ne rien &#234;tre du tout. &lt;br class='manualbr' /&gt;Enfin, il ne se pose pas pour l'Arm&#233;e &#8211; ou tr&#232;s peu &#8211; de probl&#232;mes de &#171; normes &#187; et de &#171; valeurs &#187;, ni de probl&#232;me d'orientation, ni de probl&#232;me de &#171; l&#233;gitimation &#187;, ou de &#171; justification &#187; de ce qu'elle fait. Personne, au Sommet de l'Appareil bureaucratique, ne peut discuter sa raison d'&#234;tre, incontestable ; ni sa mission, d&#233;finie de toute &#233;vidence dans l'accord g&#233;n&#233;ral comme le maximum de puissance d'attaque atteignable ; ni son &lt;i&gt;modus operandi&lt;/i&gt;, qui d&#233;montre chaque jour son efficacit&#233; oppos&#233;e aux lamentables &#233;checs du Parti dans les domaines qu'il g&#232;re ; ni ses &#171; choix &#187; particuliers. Cette derni&#232;re question &#8211; qui d&#233;chire jusqu'&#224; l'incapaciter l'&lt;i&gt;establishment&lt;/i&gt; militaire am&#233;ricain &#8211; a &#233;t&#233; tranch&#233;e, apr&#232;s l'&#233;limination de Khrouchtchev (voir la section suivante), de la mani&#232;re la plus simple possible : on d&#233;veloppe &lt;i&gt;tout&lt;/i&gt;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Tout cela est vrai, mais n'&#171; explique &#187; rien, car les contre-exemples abondent. Rien n'excluait, &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt;, une d&#233;rive de l'Arm&#233;e russe parall&#232;le &#224; celle du r&#233;gime ; rien ne lui interdisait de devenir une r&#233;plique moderne de l'Arm&#233;e du Tsar en 1904, ou de l'Arm&#233;e de la IIIe R&#233;publique en 1939. Elle ne l'est pas devenue, et cela ne d&#233;coule d'aucune &#171; essence &#187; de l'Arm&#233;e ou de la chose militaire. Les &#171; priorit&#233;s &#187; que le Parti lui a accord&#233;es ne rendent pas davantage compte du ph&#233;nom&#232;ne, je me suis longuement expliqu&#233; l&#224;-dessus dans le Chapitre III. Il a mis &#224; sa disposition une quantit&#233; de ressources, ce qui est &#224; expliquer c'est la qualit&#233; des &lt;i&gt;outputs&lt;/i&gt; et l'efficacit&#233; du fonctionnement. Ces priorit&#233;s &#233;taient du reste l&#224; depuis 1940 au moins &#8211; les r&#233;sultats n'&#233;taient pas comparables, tant s'en faut. Le Parti a, en m&#234;me temps, co&#251;t&#233; tr&#232;s cher &#224; l'Arm&#233;e. J'ai parl&#233; dans le Chapitre I des interf&#233;rences n&#233;fastes du Parti &#8211; dont l'Arm&#233;e a finalement r&#233;ussi &#224; se d&#233;barrasser &#8211;, mais l'expression est faible. Staline a pratiquement d&#233;truit l'Arm&#233;e en 1937 (proc&#232;s Toukhatchevski), l'Arm&#233;e a abord&#233; la guerre dans un &#233;tat lamentable (cf. la campagne de Finlande), elle l'a gagn&#233;e &lt;i&gt;malgr&#233;&lt;/i&gt; le Parti &#8211; et &lt;i&gt;elle le sait&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir la section suivante. Il serait &#233;tonnant qu'il y ait un seul officier (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'Arm&#233;e est le seul secteur de la soci&#233;t&#233; russe &#224; fonctionner efficacement &#8211; et cela aussi elle le sait (et le Parti le sait). Que la technicisation croissante de la guerre ait jou&#233; un r&#244;le dans son &#233;volution, c'est, encore une fois, vrai, mais cette condition n'est pas suffisante. L'Arm&#233;e russe n'est pas plus technicis&#233;e que l'Arm&#233;e am&#233;ricaine. Au d&#233;veloppement &#8211; &#224; l'auto-d&#233;veloppement &#8211; de l'Arrn&#233;e, il fallait, pour qu'elle acqui&#232;re le poids qui est le sien, que fasse pendant l'&lt;i&gt;absence&lt;/i&gt; d'un pouvoir &#233;quilibrant qui aurait pu, efficacement, la limiter. Mais cet auto-d&#233;veloppement avait surtout besoin d'une condition &#171; positive &#187;, et celle-ci n'est pas &#224; chercher au niveau fonctionnel. C'est plut&#244;t elle qui explique pourquoi, dans le cas de l'Arm&#233;e, ce niveau fonctionnel est tel qu'il est &#8211;vraiment fonctionnel. &lt;br class='manualbr' /&gt;Cette condition, c'est ce qui &#171; anime &#187; et a &#171; anim&#233; &#187; l'Arm&#233;e : l'imaginaire nationaliste-imp&#233;rial. Imaginaire jamais certes disparu &#8211; ce n'est pas l&#224; une particularit&#233; de la Russie &#8211;, aviv&#233; par la Seconde Guerre mondiale et ses cons&#233;quences, que le Parti ne s'est pas fait faute d'essayer d'exploiter, mais qui trouve son porteur naturel, organique, ad&#233;quat, dans l'Arm&#233;e. &lt;br class='manualbr' /&gt;Il y trouve surtout un porteur f&#233;cond et f&#233;condable. Car &#8211; autre aspect essentiel de la question, et &#233;nigme suppl&#233;mentaire &#8211; ce m&#234;me imaginaire a p&#233;n&#233;tr&#233; depuis longtemps, p&#233;n&#232;tre de plus en plus le Parti, sans parvenir &#224; l'&lt;i&gt;animer&lt;/i&gt; vraiment, cependant qu'il s'av&#232;re capable de souder l'Arm&#233;e, de l'atteler &#224; des t&#226;ches d'expansion quantitative, d'am&#233;lioration qualitative, de modernisation v&#233;ritable, de lui permettre de concevoir des plans et des strat&#233;gies &#224; long terme et de les r&#233;aliser. &lt;br class='manualbr' /&gt;En effet, avec la banqueroute du Parti comme &#171; modernisateur &#187; et la putr&#233;faction du d&#233;risoire assemblage de mots qui lui sert d'&#171; id&#233;ologie &#187;, l'imaginaire nationaliste-imp&#233;rial devient ciment, le seul existant, le seul &lt;i&gt;concevable&lt;/i&gt; dans la situation actuelle, du Parti lui-m&#234;me. Depuis quinze ans, depuis l'&#233;limination de Khrouchtchev devenu insupportable &#224; l'Arm&#233;e comme &#224; presque tous les autres secteurs de la bureaucratie, aucun signe de conflit, &#224; ma connaissance, entre le Parti et l'Arm&#233;e, mais tous les signes d'une priorit&#233; encore accrue, si possible, accord&#233;e aux exigences de l'Arm&#233;e. Apr&#232;s les consommateurs, l'investissement lui-m&#234;me (non militaire) semble bien commencer &#224; &#234;tre sacrifi&#233; aux exigences de l'armement. La soumission de la soci&#233;t&#233; non militaire &#233;tant achet&#233;e par le maintien d'une tr&#232;s m&#233;diocre augmentation de la consommation, les d&#233;penses militaires continuent &#224; enfler au m&#234;me rythme, cependant que la progression de l'investissement se ralentit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. W. T. Lee, in Lee 1977, p.287-289. Cf. aussi Green, Guill, Levine et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est que, tournant d&#233;finitivement le dos aux &#171; grands projets &#187; de Staline et de Khrouchtchev et aux illusions modernisatrices, le Parti s'est d&#233;finitivement et sans r&#233;serve identifi&#233; &#224; la cause nationaliste-imp&#233;riale, qu'il veut voir, bien entendu, et qu'il voit de plus en plus, comme &#171; sa propre &#187; cause. Lui aussi est amen&#233;, pour lui-m&#234;me, &#224; voiler et &#224; ennoblir la Force brute dans et par l'imaginaire de la Nation russe et de son Empire. Ou bien l'Appareil se d&#233;compose en m&#234;me temps que sa &#171; politique &#187; et son &#171; id&#233;ologie &#187; ; ou bien il se survit en se dotant d'une &#226;me d'emprunt, celle du nationalisme-chauvinisme grand-russien&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;j&#224;, en 1955 et 1959, Adam Ulam voyait clairement qu'un totalitarisme sans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;La force et le culte du Parti/&#201;tat peuvent ainsi, du moins provisoirement, &#234;tre sauv&#233;s, par identification &#224; l'&#201;tat-Nation promis &#224; l'Empire. La dimension imp&#233;riale est &#233;videmment essentielle, tout en &#233;tant nourrie et conditionn&#233;e par ces &#171; accidents &#187; que sont le pass&#233; russe, l'&#233;tendue et la masse du pays. (Le nationalisme albanais n'est pas et ne peut pas &#234;tre la m&#234;me chose que le nationalisme russe, am&#233;ricain ou chinois.) En ce sens, on peut et on doit parler de &lt;i&gt;national-communisme&lt;/i&gt;. Le type de r&#233;gime &#233;tabli en Russie n'est pas seulement le seul que la bureaucratie connaisse, qu'elle sache manier et dans lequel elle sait vivre : il est mat&#233;riellement indissociable de son existence. Son extension &#224; d'autres pays, en plus de l'occupation militaire russe, lui est indispensable, non pas par amour du &#171; socialisme r&#233;ellement existant &#187;, mais comme le seul moyen pour qu'elle y installe un type de contr&#244;le et de domination qu'elle sache et qu'elle puisse g&#233;rer. Il ne s'agit pas d'&#171; id&#233;ologie &#187;, mais d'un instrument d'exploitation et de gestion centralis&#233;e. Tous les slogans du r&#233;gime ont &#233;t&#233; abandonn&#233;s : la transformation de la nature, l'homme de type nouveau, le d&#233;passement &#233;conomique des &#201;tats-Unis. On se demandait combien de temps encore la &#171; r&#233;alisation du communisme pour 1980 &#187;, inscrite au Programme officiel du Parti, cette vieille affiche publicitaire d&#233;chir&#233;e, continuerait &#224; pendre lamentablement au vent. C'est chose faite : &#224; l'occasion du XXVIe Congr&#232;s elle a &#233;t&#233; jet&#233;e &#224; la poubelle. &lt;i&gt;Un seul slogan&lt;/i&gt; qui n'a pas &#233;t&#233; abandonn&#233; et n'est pas pr&#232;s de l'&#234;tre : la &#171; victoire mondiale du socialisme &#187;, le rapport des forces internationales &#171; de plus en plus favorable au camp de la paix et du socialisme &#187;. Le r&#233;gime proclame clairement &#224; la fois qu'il n'y a pas d'autre socialisme que l'&#233;tat actuel de la Russie, le &#171; socialisme r&#233;ellement existant &#187; ; et que ce &#171; socialisme-l&#224; &#187; est promis &#224; la domination du monde &#8211; c'est-&#224;-dire, que le monde est promis &#224; sa domination. Domination mondiale du &#171; socialisme &#187; &#224; la russe, o&#249; &#233;videmment toutes les nations seront &#233;gales, mais o&#249; il y en aura une plus &#233;gale que les autres, comme c'est le cas d&#233;j&#224; maintenant &#224; l'int&#233;rieur de l'Empire russe et &#224; l'&#233;gard de ses colonies et de ses protectorats. &lt;br class='manualbr' /&gt;L'orientation nationaliste et chauvine de la propagande et de la politique int&#233;rieure du Parti est amplement connue et document&#233;e. La renaissance du culte de Staline depuis plusieurs ann&#233;es a, comme je l'ai d&#233;j&#224; dit, cette signification : c'est le &#171; h&#233;ros national &#187; qui est glorifi&#233;. Apr&#232;s Ivan le Terrible, c'est maintenant Pierre le Grand qui est pr&#233;sent&#233;, dans un film de Sergei Gerasimov, comme un r&#233;formateur b&#233;n&#233;ficiant de l'appui du peuple ordinaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans une interview, Gerasimov a dit de Pierre le Grand : &#171; En tant que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'antis&#233;mitisme se d&#233;guise de moins en moins en &#171; antisionisme &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aux nombreuses informations publi&#233;es par la presse fran&#231;aise &#224; ce sujet, il (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, La russification de tous les peuples asservis dans l'Empire est syst&#233;matiquement poursuivie sous le masque de leur &#171; &#233;galit&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Zaslavsky 1980 b (&#171; The Ethnie Question in the USSR &#187;), texte excellent (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La pr&#233;pond&#233;rance des Russes dans les organes dirigeants est &#233;crasante ; pour les commandements de l'Arm&#233;e, il n'y a pas pr&#233;pond&#233;rance, il y a russit&#233; pure et simple. Les &#171; d&#233;viations nationalistes &#187; sont s&#233;v&#232;rement critiqu&#233;es et condamn&#233;es par le Parti et sa presse, lorsqu'elles sont le fait des peuples asservis ; elles sont, &#224; en juger par leur silence, simplement inexistantes dans le cas des Russes eux-m&#234;mes. Le seul moment o&#249; le r&#233;gime produit un effet comique involontaire, c'est dans des aveux balourds de ce type. &lt;br class='manualbr' /&gt;En fait, le nationalisme et le chauvinisme russes sont en train de r&#233;&#233;merger dans de vastes couches de la population, qui ignorent tout des dissidents &#171; de droite &#187;, des n&#233;o-slavophiles, etc. J'ai d&#233;j&#224; parl&#233; des ouvriers des entreprises &#171; ferm&#233;es &#187; ; mais il semble bien que les attitudes nationalistes et chauvines se r&#233;pandent aussi bien parmi les ouvriers non qualifi&#233;s et sous-pay&#233;s que parmi les jeunes en d&#233;rive et les sp&#233;cialistes de diff&#233;rentes cat&#233;gories qui font l'&#233;preuve de l'extinction de perspectives de promotion concomitante &#224; la rigidit&#233; maintenant bien &#233;tablie de la stratification sociale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Zaslavsky 1979, p. 13-14 ; Zaslavsky 1980 b, p. 71-74.&#034; id=&#034;nh8-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les r&#233;actions qui ont pu &#234;tre recueillies par des journalistes occidentaux aupr&#232;s de la population russe apr&#232;s l'invasion de l'Afghanistan et &#224; propos de celle-ci composent une image plus que sombre de la situation. &lt;br class='manualbr' /&gt;Il serait superficiel d'attribuer cette r&#233;surgence d'un chauvinisme populaire aux seuls effets de la propagande officielle. Le facteur essentiel est analogue, &lt;i&gt;mutatis mutandis&lt;/i&gt;, &#224; celui qui agit sur le Parti. Dans les ruines de l'id&#233;ologie, devant une situation &#233;conomique et sociale p&#233;trifi&#233;e et insupportable, le nationalisme, le mythe (plut&#244;t : la r&#233;alit&#233; mythifi&#233;e) de l'Empire russe redeviennent les seules significations imaginaires disponibles qui peuvent donner un semblant de sens &#224; l'existence des individus aussi longtemps que ceux-ci acceptent l'&#233;tat de choses existant. Ils leur fournissent &#224; la fois des rep&#232;res identificatoires, des p&#244;les de valorisation, des motifs d'une action qui inscrit le pr&#233;sent dans une continuit&#233; historique qui le d&#233;passe (et par l&#224; m&#234;me efface ou r&#233;duit l'importance de ses traits n&#233;gatifs). Par-del&#224; le cas russe &#8211; et comme le montre sa quasi-invuln&#233;rabilit&#233; partout dans le monde &#8211;, on retrouve ici la dure r&#233;alit&#233; de l'imaginaire national, que le marxisme avait, si superficiellement, voulu &#233;vacuer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. L'Institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;, p. 207-208 (r&#233;&#233;d. p. 222-224). (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le national-communisme du Parti russe est le tisser ensemble du mode de domination et d'exploitation propre &#224; l'Appareil bureaucratique avec ces significations imaginaires &#8211; Nation, Empire russes &#8211; ornement&#233; de quelques restes de vocabulaire marxiste. Mais ce n'est l&#224; qu'un niveau de r&#233;alit&#233; &#8211; et de peu de r&#233;alit&#233;. Car, de m&#234;me que, lorsque l'imaginaire de l'expansion illimit&#233;e de la ma&#238;trise &#171; rationnelle &#187; s'empare du monde occiden&#173;tal, il trouve, plut&#244;t il cr&#233;e, un secteur privil&#233;gi&#233; de la vie sociale o&#249; il s'incarne d'abord, qui est la production, une forme d'organisation, qui est l'entreprise, et un porteur humain premier, &#171; naturel &#187; et &#171; organique &#187;, qui est la classe capitaliste ; de m&#234;me, lorsqu'au bout de sa course &#8211; et apr&#232;s avoir &#233;puis&#233; le champ &#171; politico-id&#233;ologique &#187; moyennant la domination totale du Parti/&#201;tat &#8211; cette expansion illimit&#233;e de la ma&#238;trise devient simple r&#232;gne de la Force brute envelopp&#233; dans l'imp&#233;rialisme nationaliste, elle trouve son champ naturel dans la violence, une forme d'organisation dans l'Arm&#233;e industrialis&#233;e moderne, et un porteur humain appropri&#233; dans ce que j'ai appel&#233; la soci&#233;t&#233; militaire. Par rapport &#224; ce noyau de la nouvelle situation social-historique ainsi en train de se cr&#233;er, le Parti n'est certes pas qu'un paravent, il est m&#234;me plus qu'un appendice fonctionnel ou un instrument indispensable ; mais il n'est plus &lt;i&gt;le centre ou l'&#226;me du pouvoir&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qu'est-ce que &lt;i&gt;ce&lt;/i&gt; nationalisme, et &lt;i&gt;cette&lt;/i&gt; Nation ? Ils sont vides, ils sont Rien. Je ne me place pas ici &#224; un point de vue de &#171; valeur &#187;, de &#171; justification &#187;, de &#171; critique &#187; ; mais au point de vue de la compr&#233;hension de &lt;i&gt;ce qui est&lt;/i&gt; et de sa &lt;i&gt;consistance&lt;/i&gt; social-historique. Revenant r&#233;cemment sur une discussion qui a une longue histoire, Isaiah Berlin d&#233;finissait le nationalisme par la croyance en quatre id&#233;es : le besoin insurmontable d'appartenir &#224; une nation ; la relation organique de tous les &#233;l&#233;ments qui constituent une nation ; la valeur de notre propre nation simplement parce que c'est la n&#244;tre ; la sup&#233;riorit&#233; de ses vis&#233;es et pr&#233;tentions &#224; l'autorit&#233; et &#224; la loyaut&#233; face &#224; des rivaux et adversaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Nationalism : Past Neglect and Present Power &#187;, Partisan Review, 46/3, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D&#233;finition qui couvre, autant que le nationalisme, le &lt;i&gt;fait de la nation&lt;/i&gt; lui-m&#234;me et qui a l'air simplement descriptive, mais renvoie, au-del&#224; de la nation comme telle, &#224; des traits universels de la socialisation de l'&#234;tre humain &#8211; c'est-&#224;-dire de son existence tout court. Le premier point ne se r&#233;f&#232;re pas &#224; je ne sais quel besoin d'&#171; appartenir &#187;, de sentir l'odeur et la chaleur des autres &#8211; mais &#224; la &lt;i&gt;socialit&#233;&lt;/i&gt; essentielle de l'&#234;tre humain. Jusqu'ici il n'y a pas de soci&#233;t&#233; humaine en g&#233;n&#233;ral. Le petit monstre vagissant qui vient de na&#238;tre ne sera humanis&#233; (c'est-&#224;-dire socialis&#233;) que par la m&#233;diation d'une soci&#233;t&#233; particuli&#232;re &#8211; tribu, dan, peuple, nation. Il ne vivra qu'en s'identifiant &#224; l'institution de cette soci&#233;t&#233; et aux significations imaginaires qu'elle porte. Sans cela, il ne sera &lt;i&gt;m&#234;me pas&lt;/i&gt; psychotique, il n'existera pas. Attaquer, mettre en question cette institution et ces significations imaginaires, sera presque toujours ressenti par lui comme une attaque mortelle, infiniment plus dangereuse que toute attaque &#224; son &#234;tre physique, puisque c'est son &#171; moi &#187; ou son &#171; je &#187; qui est attaqu&#233;. (Comment et quand cette relation d'identification int&#233;grale &#224; la communaut&#233; particuli&#232;re &#224; laquelle on appartient en vient &#224; &#234;tre mise en question et &#233;branl&#233;e dans l'histoire est &#233;videmment une question politiquement fondamentale sur laquelle je reviendrai dans la deuxi&#232;me partie de ce livre.) Les troisi&#232;me et quatri&#232;me points de la d&#233;finition de Berlin (valeur et sup&#233;riorit&#233; de la communaut&#233; propre) d&#233;coulent du premier presque analytiquement (tautologiquement). Reste le second. La &#171; relation organique de tous les &#233;l&#233;ments qui constituent une nation &#187; est &#233;videmment une liaison imaginaire entre &#233;l&#233;ments imaginaires &#8211; c'est-&#224;-dire qui ne sont ce qu'ils sont et tels qu'ils sont que parce qu'investis de significations imaginaires constitutives de l'institution de la soci&#233;t&#233; (le &#171; territoire &#187; en offre l'illustration la plus frappante ; la langue elle&#173; m&#234;me est &#171; contingente &#187; de ce point de vue, comme le montrent le contre-exemple suisse et d'autres). Mais cela n'implique nullement que cette liaison et ces &#233;l&#233;ments puissent &#234;tre n'importe quoi. Quelle que soit la puissance de l'alchimie de l'imaginaire &#8211; s'appropriant, transformant, transsubstantiant, unifiant et homog&#233;n&#233;isant les &#233;l&#233;ments les plus disparates des provenances les plus diverses, comme on le voit tout au long de l'histoire mais avec une pr&#233;gnance particuli&#232;re dans les cultures des nations modernes &#8211;, il doit y avoir une &lt;i&gt;unit&#233;&lt;/i&gt; des significations qui, incarn&#233;es dans des institutions et animant celles-ci, &lt;i&gt;tiennent une soci&#233;t&#233; ensemble&lt;/i&gt;. Que cette unit&#233; ne soit pas &#171; logique &#187;, ne soit pas celle d'un &#171; syst&#232;me &#187;, qu'elle soit finalement inanalysable et indescriptible comme telle, n'implique pas qu'elle n'existe pas. C'est l'unit&#233; d'un &lt;i&gt;magma&lt;/i&gt;, non pas celle d'un &#171; ensemble &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir L'Institution imaginaire &#8230;, Chapitre VII.&#034; id=&#034;nh8-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La &#171; nation &#187; elle-m&#234;me &#224; la fois est un tel magma, et &#171; appartient &#187; &#224; un magma. On ne peut pas dire de quoi elle doit &#234;tre faite. Mais on peut certainement dire ce qui ne peut pas lui &lt;i&gt;manquer&lt;/i&gt;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Ce qui ne peut pas lui manquer, c'est la capacit&#233; de &lt;i&gt;donner sens&lt;/i&gt; &#224; l'existence et aux activit&#233;s des humains qui appartiennent &#224; la collectivit&#233; qu'elle forme. Et cela, elle ne peut pas le faire simplement en disant : Je suis Je, nous sommes les meilleurs parce que nous sommes nous. &#171; Nation &#187; n'est qu'un autre nom, &#224; cet &#233;gard, de la soci&#233;t&#233; donn&#233;e, d'un &#234;tre social-historique particularis&#233; par ses institutions et ses significations propres. Comme telle, elle est indissociable d'un monde de normes particuli&#232;res, de valeurs particuli&#232;res, d'une insertion dans le temps historique et dans une tradition, d'une culture particuli&#232;re. &lt;br class='manualbr' /&gt;De ce point de vue, la &#171; nation &#187; russe est forme vide &#8211; sauf pour autant qu'elle est rassemblement d'int&#233;r&#234;ts et d'aversions n&#233;gativement coalis&#233;s contre les &#171; autres &#187;. Normes, valeurs, culture, tradition ont &#233;t&#233; d&#233;truites, ou subsistent comme restes et utopies nostalgiques. Du pass&#233;, ne survivent que des d&#233;bris -ou bien ces traits anthropologiques de l'individu russe forg&#233;s par les si&#232;cles de l'Ancien r&#233;gime qui ont bien pu s'int&#233;grer dans le nouveau, parce qu'ils le servaient bien : servilit&#233; devant l'autorit&#233; et l'&#201;tat, indiff&#233;rence face &#224; la chose publique, faiblesse ou inexistence du rapport &#224; une l&#233;galit&#233; explicite. Cette destruction n'a &#233;t&#233; que l'autre face de ce qui se d&#233;roule en Russie depuis soixante ans : inculcation du mensonge, du cynisme, de l'anomie devenue pour la premi&#232;re fois &#224; cette &#233;chelle dans l'histoire &#233;tat r&#233;gulier d'une soci&#233;t&#233;, de la d&#233;nonciation de ses amis et de ses propres parents sous la peur, par int&#233;r&#234;t ou pour aller au-devant des d&#233;sirs de l'Autocrate. La tentative de m&#233;langer la pseudo-&#171; id&#233;ologie &#187; communiste actuelle &#224; quelques &#233;l&#233;ments de la tradition russe (qu'il faut &#233;purer, pour ce faire, de ses germes les plus originaux, les plus substantiels, les plus f&#233;conds) ne donne et ne peut donner qu'un pot-pourri grotesque, non pas une culture et une &#171; conscience nationale &#187;. L'addition de quelques morceaux de &#171; Probl&#232;mes du l&#233;ninisme &#187; et d'Andr&#233;&#239; Roublev dans le bortch traditionnel ne suffit pas pour faire ou refaire une nation, elle g&#226;te simplement la soupe. Il y a eu une vision du monde et une fa&#231;on de vivre russes ; il n'y a en plus. Il n'y a pas des valeurs et des normes russes, il n'y a pas de vision du monde russe, il n'y a m&#234;me pas, il n'y a plus, sauf d&#233;tails ethnographiques et folkloriques, de fa&#231;on de vivre russe. Il y a, dans un camp de concentration qui s'&#233;tale sur un sixi&#232;me des terres &#233;merg&#233;es, 270 millions d'&#234;tres broy&#233;s par le m&#234;me pouvoir, subissant le m&#234;me destin sans &#226;me et sans visage et qui, pour survivre psychiquement et mentalement, en sont r&#233;duits &#224; se dire : nous sommes quand m&#234;me une Grande Nation. Grande Nation en effet, au sens que Staline aurait donn&#233; &#224; ce terme : Nation de 173 divisions et de 6.000 t&#234;tes nucl&#233;aires. &lt;br class='manualbr' /&gt;L'imaginaire nationaliste est donc ici forme vide et travestissement : fiction plate, assemblage de bouts et de morceaux mal ficel&#233;s ensemble. La signification &lt;i&gt;nation&lt;/i&gt; dans ce cas ne renvoie &#224; aucun contenu substantif, elle se r&#233;f&#232;re &#224; la simple agglom&#233;ration d'un grand nombre d'individus maintenus ensemble par le carcan de fer du pouvoir d'&#201;tat et &#224; une liste de traits empiriques descriptifs. Comme signification, elle ne renvoie qu'&#224; elle-m&#234;me : la nation russe c'est la nation russe, Je suis Je. Pour les individus, elle joue le r&#244;le d'un rep&#232;re identificatoire, qui existe parce qu'il faut qu'un tel rep&#232;re existe, mais ce rep&#232;re est &lt;i&gt;vide&lt;/i&gt;, plus exactement il n'est rempli, il n'acquiert un semblant de substance qu'en renvoyant &#224; cette masse d'individus qui, &#224; leur tour, ne peuvent se d&#233;finir que par rapport &#224; elle. La nation se d&#233;finit en montrant les individus qui se d&#233;finissent en montrant la nation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;renvoi circulaire est certes toujours aussi l&#224; partout o&#249; il y a nation, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais ce vide n'est pas vide pour tout le monde. Lorsque les Russes ou des Russes disent : la Russie c'est nous, ils ne disent rien. Mais il y a quelqu'un qui peut dire, &#224; bon droit : ces 173 divisions et ces 6.000 t&#234;tes nucl&#233;aires, c'est nous. Ce quelqu'un, c'est l'Arm&#233;e. Ici, l'imaginaire nationaliste acquiert un contenu, qui n'est plus une signification, mais le renvoi &#224; une substance sensible, laquelle poss&#232;de bien ses propres attributs et propri&#233;t&#233;s ind&#233;pendants d'une r&#233;f&#233;rence circulaire &#224; la &#171; nation &#187;. L'imaginaire nationaliste ne cesse pas pour autant d'&#234;tre plat, mais il cesse d'&#234;tre simple r&#233;f&#233;rence de soi &#224; soi, il a d&#233;sormais un r&#233;f&#233;rent r&#233;el, le syst&#232;me de bombes H, de vecteurs, de divisions blind&#233;es, d'usines d'armement et d'hommes d&#233;finis par leur relation &#224; ce syst&#232;me. Le nationalisme vide se remplit en se rabattant sur la Force brute, et il ne peut se remplir qu'ainsi. Il peut alors fonctionner comme principe d'animation pour le repr&#233;sentant personnifi&#233; de cette Force, qui est l'Arm&#233;e et la soci&#233;t&#233; militaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;R&#233;pondre que ce qui tient ensemble la soci&#233;t&#233; russe est la r&#233;pression serait plus que superficiel. L'unit&#233; de l'appareil r&#233;pressif pr&#233;suppose une unit&#233; de la couche dominante &#8211; et c'est le caract&#232;re probl&#233;matique de celle-ci qui est en question ici.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir la section suivante. Il serait &#233;tonnant qu'il y ait un seul officier russe &#171; non politique &#187; et int&#233;ress&#233; par le pass&#233; qui ne pense &#8211; &#224; juste titre &#8211; que, s'il n'avait tenu qu'au Parti, la Russie aurait &#233;t&#233; d&#233;pec&#233;e par Hitler. Ce qu'ils doivent se cacher, ce sont les multiples et d&#233;cisives contributions de Hitler &#224; la victoire russe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. W. T. Lee, in &lt;i&gt;Lee&lt;/i&gt; 1977, p.287-289. Cf. aussi Green, Guill, Levine et Miovic in &lt;i&gt;JEC&lt;/i&gt; 1976, p. 304 (qui constatent sans interpr&#233;ter vraiment). Sur les attitudes de la population devant l'&#233;volution de la situation &#233;conomique, cf. John Bushnell, &#171; The New Soviet Man Turns Pessimist &#187;, &lt;i&gt;Survey&lt;/i&gt;, 2412, printemps 1979, p. 1 &#224; 8.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;D&#233;j&#224;, en 1955 et 1959, Adam Ulam voyait clairement qu'un totalitarisme sans objectifs mobilisateurs, sans un &#171; ennemi invisible et concret &#187;, est plus ou moins impossible et que le nationalisme/imp&#233;rialisme fournissait une issue au Parti. Cf. &lt;i&gt;The New Face of Soviet Totalitarianism&lt;/i&gt;, Harvard UP, Cambridge, Mass., 1963, en particulier p.57, p.75-76, p.88. Robert G. Wesson (&#171; War and Communism &#187;, &lt;i&gt;Survey&lt;/i&gt;, 2011, hiver 1974, p. 101-11 7) soulignait aussi la n&#233;cessit&#233; d'une &#171; militance &#187; pour maintenir le r&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Dans une interview, Gerasimov a dit de Pierre le Grand : &#171; En tant que penseur, c'&#233;tait un internationaliste &#187; (&lt;i&gt;IHT&lt;/i&gt;, 26.3.1981). C'est &#233;vident : Brejnev aussi. Sur le renouveau du culte de Staline et son caract&#232;re, voir &lt;i&gt;Zaslavsky 1979&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Aux nombreuses informations publi&#233;es par la presse fran&#231;aise &#224; ce sujet, il faut ajouter la publication d'un roman franchement antis&#233;mite (le premier depuis la mort de Staline selon Siniavski, &lt;i&gt;Times Litt. Suppl.&lt;/i&gt;, 30.11.1979) dans le &lt;i&gt;Nash Sovremennik&lt;/i&gt; de Moscou, n&#176; 4-7, 1979.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;Zaslavsky 1980 b&lt;/i&gt; (&#171; The Ethnie Question in the USSR &#187;), texte excellent et qui devrait &#234;tre port&#233; &#224; la connaissance du public fran&#231;ais, expos&#233; uniquement aux bruits concernant un &#171; &#233;clatement &#187; &#224; venir de l'Empire. Zaslavsky insiste &#224; juste titre sur la russification induite et automatique, r&#233;sultat des privil&#232;ges de fait de carri&#232;re et autres dont jouissent les Russes ethniques dans tous les domaines, comme aussi de la domination de la langue russe. Cela ne signifie &#233;videmment pas que la r&#233;sistance des peuples asservis ait disparu, ni m&#234;me qu'elle ne soit pas parfois couronn&#233;e de succ&#232;s. T&#233;moin le r&#233;cent gain de cause des G&#233;orgiens dans le maintien de leur langue comme langue officielle dans &#171; leur &#187; R&#233;publique ; encore qu'il faille voir ce que signifie de c&#233;l&#233;brer comme victoire le fait de ne pas se voir imposer dans son pays une langue &#233;trang&#232;re. &#8211; Sur la question du nationalisme russe et de celui des nationalit&#233;s opprim&#233;es, voir aussi les articles de Szporluk, Dunlop, Bennigsen, etc., dans &lt;i&gt;Survey&lt;/i&gt;, 24/3, &#233;t&#233; 1979.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. &lt;i&gt;Zaslavsky 1979&lt;/i&gt;, p. 13-14 ; &lt;i&gt;Zaslavsky 1980 b,&lt;/i&gt; p. 71-74.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. &lt;i&gt;L'Institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, p. 207-208 (r&#233;&#233;d. p. 222-224). Contrairement &#224; ce qu'avait cru le marxisme &#8211; et qui d&#233;coule n&#233;cessairement de toute sa vue de l'histoire &#8211;, l'internationalisme n'est pas un produit automatique de la vie dans les conditions modernes, de la situation du prol&#233;tariat, etc. Voir aussi &#171; Le mouvement r&#233;volutionnaire sous le capitalisme moderne &#187;, in &lt;i&gt;Capitalisme moderne et r&#233;volution&lt;/i&gt;,&lt;i&gt; op. cit&lt;/i&gt;., vol. 2, p. 189 (maintenant dans &lt;i&gt;La question du mouvement ouvrier&lt;/i&gt;, t. 2, p. 526).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Nationalism : Past Neglect and Present Power &#187;, &lt;i&gt;Partisan Review&lt;/i&gt;, 46/3, 1979, p. 349 (repris dans &lt;i&gt;Against the Current. Essays in the History of Ideas&lt;/i&gt;, trad. fr. &lt;i&gt;&#192; contre-courant&lt;/i&gt;, Paris, Albin Michel, 1988, p.356 sq.).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;L'Institution imaginaire&lt;/i&gt; &#8230;, Chapitre VII.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;renvoi circulaire est certes toujours aussi l&#224; partout o&#249; il y a nation, mais &lt;i&gt;jamais seul&lt;/i&gt;. Il y a aussi en m&#234;me temps r&#233;f&#233;rence &#224; des termes &#8211; normes, valeurs, mode de vie valoris&#233;, culture partag&#233;e, etc. &#8211; qui &lt;i&gt;constituent&lt;/i&gt; &#8211; &lt;i&gt;instituent&lt;/i&gt; &#8211; la collectivit&#233; comme autre chose et plus que simple r&#233;union d'individus se r&#233;clamant du m&#234;me nom. Il faut rappeler par ailleurs que, dans un contexte diff&#233;rent du tout au tout, et &#224; un autre degr&#233;, des ph&#233;nom&#232;nes analogues apparaissent depuis longtemps dans les soci&#233;t&#233;s occidentales : la crise des normes et des valeurs, l'&#233;branlement du rapport au pass&#233;, y conditionnent un vidage de la forme nation, qui n'entra&#238;ne pas pour autant une disparition du nationalisme. Le r&#233;sultat final est quand m&#234;me diff&#233;rent, dans la mesure o&#249; le mouvement de ces soci&#233;t&#233;s n'est pas &#233;touff&#233; par le pouvoir. J'y reviendrai dans la deuxi&#232;me partie de ce livre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; Jihad &#187;, de Gilles Kepel</title>
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		<dc:date>2020-07-06T09:10:59Z</dc:date>
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		<dc:subject>Relativisme</dc:subject>
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		<dc:subject>G&#233;opolitique</dc:subject>
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		<dc:subject>Saint-James Daniel</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Compte-rendu de Daniel Saint-James, r&#233;cemment d&#233;c&#233;d&#233;, sans doute &#233;crit apr&#232;s 2011. Ce livre de Kepel a &#233;t&#233; publi&#233; en 2000 chez Gallimard dans la collection Folio. Kepel passe pour un sp&#233;cialiste chevronn&#233; du monde musulman. Il est vrai que, de lign&#233;e arm&#233;nienne, il parle semble-t-il pas mal de langues des peuples convertis &#224; cette religion, ce qui lui donne une certaine sup&#233;riorit&#233; sur nombre de ceux qui &#233;crivent sur cette question. Son point de vue s'inscrit dans une certaine mouvance (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/arton989.jpg?1621969028' class='spip_logo spip_logo_right' width='92' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Compte-rendu de Daniel Saint-James, &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?A-la-memoire-de-Daniel-Saint-James-109' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;r&#233;cemment d&#233;c&#233;d&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, sans doute &#233;crit apr&#232;s 2011.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce livre de Kepel a &#233;t&#233; publi&#233; en 2000 chez &lt;i&gt;Gallimard&lt;/i&gt; dans la collection &lt;i&gt;Folio&lt;/i&gt;. Kepel passe pour un sp&#233;cialiste chevronn&#233; du monde musulman. Il est vrai que, de lign&#233;e arm&#233;nienne, il parle semble-t-il pas mal de langues des peuples convertis &#224; cette religion, ce qui lui donne une certaine sup&#233;riorit&#233; sur nombre de ceux qui &#233;crivent sur cette question.&lt;br class='manualbr' /&gt;Son point de vue s'inscrit dans une certaine mouvance de la sociologie fran&#231;aise qui s'appuie sur une conception de la division sociale en classes d'int&#233;r&#234;ts divers et souvent oppos&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre est assez important : il compte quelque 700 pages et plus et pr&#233;tend donner une sorte d'historique du mouvement islamique moderne depuis le d&#233;but du XXe si&#232;cle jusqu'&#224; une date r&#233;cente. &#201;videmment il ne parle pas de l'attentat du 11 septembre ni de la guerre de l'Afghanistan qui vient de se terminer plus ou moins. Le plus simple pour en montrer le contenu est de donner un aper&#231;u succinct de sujets trait&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Le prologue, intitul&#233; LA GESTATION, parle des trois id&#233;ologues islamistes Qotb, Mawdoudi et Khomeini qui, selon Kepel, ont jou&#233; le r&#244;le le plus important dans la formation de l'id&#233;ologie islamique au sein du champ religieux &#224; la fin des ann&#233;es 60.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; La premi&#232;re partie traite du BASCULEMENT et envisage les cas particuliers de l'&#201;gypte, de la Malaisie, du Pakistan et enfin de la r&#233;volution iranienne.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; La deuxi&#232;me partie, intitul&#233;e EXPANSION ET CONTRADICTIONS, examine l'effet de souffle de cette derni&#232;re r&#233;volution. Kepel parle de la guerre sainte en Afghanistan contre l'URSS et qu'il voit comme un d&#233;but d'endiguement, car le &lt;i&gt;jihad&lt;/i&gt; avait laiss&#233; la place &#224; la &lt;i&gt;fitna&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire &#224; la division entre ethnies, m&#234;me si les talibans avaient commenc&#233; une certaine r&#233;unification avec l'aide des volontaires arabes et consort. Mais il insiste surtout sur l'h&#233;g&#233;monie saoudienne (soutenue en sous main par les &#201;tats-Unis ). Il traite de l'islamisation de la cause palestinienne, telle qu'elle s'exprime dans la premi&#232;re&lt;i&gt; intifada. &lt;/i&gt;Il envisage ensuite la mont&#233;e du FIS alg&#233;rien, le putsch islamique au Soudan, hier encore fief 'marxiste', et traite de l'histoire du voile en France ( pr&#233;sent&#233;e comme manipul&#233;e par les Fr&#232;res musulmans qui consid&#233;raient la France comme &lt;i&gt;dar al islam&lt;/i&gt; c'est-&#224;-dire pays islamique ) et de la &lt;i&gt;fatwa &lt;/i&gt;lanc&#233;e contre Salman Rushdie.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; La troisi&#232;me partie, intitul&#233;e ENTRE VIOLENCE ET D&#201;MOCRATIE, se veut une illustration du d&#233;clin. L'auteur y envisage successivement les effets de la guerre du Golfe, les probl&#232;mes pos&#233;s &#224; soi-m&#234;me par le pouvoir saoudien avec sa politique, l'&#233;volution de la situation afghane, l'&#233;chec d'islamisation du conflit bosniaque, les massacres de la seconde guerre d'Alg&#233;rie, l'effet d&#233;sastreux en &#201;gypte des attaques contre les touristes, l'&#233;chec des tentatives terroristes contre l'Occident, la relation entre Oussama bin Ladin et les USA, qualifi&#233;e de 'terrorisme et grand spectacle', les relations entre le Hamas, Arafat et Isra&#235;l, la cooptation des Fr&#232;res musulmans en Jordanie, la la&#239;cisation contrainte et forc&#233;e des islamistes turcs.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;C'est dire que le sujet est vaste et qu'il n'est pas question de passer en revue par le d&#233;tail tel ou tel aspect. Je pourrai le faire s'il y a des questions plus particuli&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche l'introduction et la conclusion donnent un bon aper&#231;u de la th&#232;se que d&#233;fend Kepel dans ce livre et je vais en donner un compte rendu plus d&#233;taill&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La naissance r&#233;cente d'un mouvement religieux aussi extr&#234;me a caus&#233; une v&#233;ritable surprise, car, dans le monde dit moderne, on vit avec l'id&#233;e que la religion a reflu&#233; dans la sph&#232;re priv&#233;e. &lt;br class='manualbr' /&gt;Voir appara&#238;tre des gens qui ne jurent que par le Coran, qui se r&#233;clament du &lt;i&gt;jihad &lt;/i&gt;pour installer l'&#201;tat islamique a, au d&#233;but, d&#233;clench&#233; une sorte de recul horrifi&#233;.
Pour les intellectuels de gauche de l'&#233;poque (ann&#233;es 50-60) , y compris dans les pays de tradition musulmane, on y a vu une variante religieuse du fascisme, tandis que les lib&#233;raux et la droite en g&#233;n&#233;ral parlaient de fanatisme m&#233;di&#233;val.&lt;br class='manualbr' /&gt;Un peu plus tard, &#224; gauche, on a commenc&#233; &#224; entendre certains y d&#233;couvrir une base populaire, et se mettre &#224; parer l'islam de vertus sociales. Cette nouvelle attitude a pu aller m&#234;me jusqu'&#224; des conversions ( pas seulement des retours &#224; la foi des anc&#234;tres, mais aussi des conversions d'occidentaux ). &lt;br class='manualbr' /&gt;&#192; la m&#234;me &#233;poque aussi, des penseurs de droite ont commenc&#233; &#224; voir dans la condamnation des impies par les islamistes celle, souhaitable, du mat&#233;rialisme marxiste et du communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bout, tout un courant, loin d'&#234;tre n&#233;gligeable en nombre, s'est mis &#224; faire un &#233;loge plus ou moins appuy&#233; d'un mouvement exprimant l'authenticit&#233; du monde musulman moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La litt&#233;rature sur le sujet est gigantesque, mais elle est le plus souvent du type pol&#233;mico-politique et superficielle. Comme le mouvement couvre des pays aussi divers que la Malaisie, le Pakistan, l'Alg&#233;rie, l'&#201;gypte, la Turquie, l'Iran, voire la Bosnie et l'Albanie, son &#233;tude exige la connaissance de langues elles-m&#234;mes diverses. Il s'ensuit que les &#233;tudes les plus s&#233;rieuses rentrent n&#233;cessairement dans le domaine des travaux universitaires qui ont fourni force monographies, aux notes de bas de page gigantesques, mais inaccessibles, ou presque au grand public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kepel voudrait r&#233;pondre donc &#224; une certaine attente de celui-ci et dresser un bilan qui prendrait en compte la dur&#233;e, l'&#233;volution, y compris celle de l'id&#233;ologie et des rapports avec l'argent et le pouvoir.&lt;br class='manualbr' /&gt;D&#232;s le d&#233;part on se trouve face &#224; une question. Certains mouvements islamiques ont acc&#233;d&#233; au pouvoir alors que d'autres ont &#233;chou&#233;. Pourquoi ? &lt;br class='manualbr' /&gt;On ne peut se contenter d'une r&#233;ponse reposant sur des jugements de valeur : il faut proc&#233;der &#224; une analyse sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En gros, on peut dire que l'islamisme est une sorte de r&#233;v&#233;lateur des bouleversements consid&#233;rables et m&#234;me dramatiques qu'a connus l'univers, plus particuli&#232;rement musulman, apr&#232;s les ind&#233;pendances. Et on peut penser que le XXIe si&#232;cle verra l'entr&#233;e du monde musulman dans la modernit&#233;. Il y a une fusion in&#233;luctable entre le monde occidental et le monde musulman qui r&#233;sulte &#224; la fois des &#233;migrations massives et de l'extension des t&#233;l&#233;communications sous toutes leurs formes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant d'en venir &#224; cet aspect, retra&#231;ons rapidement l'&#233;volution historique. Lorsque le mouvement appara&#238;t il s'appuie sur les &#233;crits th&#233;oriques de quelques id&#233;ologues, l'&#201;gyptien Qotb, le Pakistanais Mawdoudi et l'Iranien Khomeini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;ologie se d&#233;veloppe sur les d&#233;combres relatifs du nationalisme arabe, qui a re&#231;u un coup quasi mortel &#224; la suite de la guerre des six jours. La d&#233;r&#233;liction est totale dans le monde arabe jusqu'en 1973, o&#249; la guerre d&#233;clench&#233;e par Sadate et Hafez el Assad se termine par une victoire isra&#233;lienne sur le terrain, une sorte de victoire morale des &#201;gyptiens et des Syriens. Mais c'est surtout l'Arabie saoudite qui tire les marrons du feu. Selon Kepel c'est elle qui, mena&#231;ant de couper le p&#233;trole, aurait obtenu l'intervention des &#201;tats-Unis, des Europ&#233;ens et de l'URSS pour stopper les Isra&#233;liens en route vers le Caire et Damas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit l'Arabie saoudite dispose d'une masse d'argent fantastique ce qui va lui permettre de jouer un r&#244;le consid&#233;rable. Elle va pouvoir se lancer dans la propagation de sa conception de l'islam : celle de la variante dite wahhabite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais voila qu'en 1979, l'empire du Chah de Perse s'&#233;croule et laisse la place &#224; une R&#233;publique islamique avec &#224; sa t&#234;te un &lt;i&gt;faqih&lt;/i&gt;, l'ayatollah Khomeini. Celui-ci est venu au pouvoir en m&#233;langeant habilement la d&#233;fense de la religion traditionnelle avec son clerg&#233; chi'ite et la d&#233;fense des d&#233;sh&#233;rit&#233;s ( d&#233;fense tir&#233;e des &#233;crits de Shari'ati ). De cette mani&#232;re il r&#233;ussissait &#224; amalgamer &#224; la fois ce clerg&#233;, les propri&#233;taires terriens, malmen&#233;s par la r&#233;volution blanche du Chah, les classes moyennes du bazar, rest&#233;es en dehors de la modernisation men&#233;e tambour battant par Rezah Chah, mais &#224; sa discr&#233;tion et avec des cadres form&#233;s &#224; l'&#233;tranger, et les prol&#233;taires au sens large, vivant dans des conditions d&#233;plorables, venus des zones rurales, pouss&#233;s par la mis&#232;re et surtout par la croissance d&#233;mographique.&lt;br class='manualbr' /&gt;Cette situation sociale iranienne se retrouve peu ou prou dans le reste du monde musulman. On trouve ainsi une jeunesse urbaine pauvre, issue de l'explosion d&#233;mographique, mais qui acc&#232;de, contrairement &#224; ses parents, &#224; l'alphab&#233;tisation ; une classe moyenne pieuse d&#233;stabilis&#233;e par la d&#233;colonisation, et qui n'a pas pu trouver sa place dans la r&#233;organisation sociale qui en est r&#233;sult&#233;e, les bonnes places ayant &#233;t&#233; trust&#233;es par les bureaucrates 'socialistes' ou les membres et les clients des familles dynastiques qui ont capt&#233; le pouvoir. Les membres de cette classe qui ont eu acc&#232;s &#224; quelque enseignement sup&#233;rieur, m&#233;decins, ing&#233;nieurs, etc. ne trouvent pas le d&#233;bouch&#233; qu'ils esp&#233;raient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc un humus social en fermentation dont l'id&#233;ologie va exprimer les frustrations en donnant une traduction commune, en d&#233;pit d'espoirs fondamentalement diff&#233;rents. Cette id&#233;ologie sera mise en forme par des intellectuels jeunes, frais &#233;moulus pour la plupart des facult&#233;s scientifiques et techniques et qui reprennent les id&#233;es d&#233;velopp&#233;es dans les ann&#233;es 60 par les id&#233;ologues cit&#233;s plus haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es 70 les diff&#233;rents acteurs sont en place mais ils s'agitent dans le cadre de la rivalit&#233; Arabie saoudite-Iran qui r&#233;&#233;dite une fois de plus la vieille opposition chi'isme-sunnisme. &#192; c&#244;t&#233; de ces deux l&#224;, on trouve aussi l'&#201;gypte, le Pakistan, la Malaisie o&#249;, au moins dans un premier stade, les gouvernements encouragent les militants islamiques, ne serait-ce que pour lutter contre les 'gauchistes'. Mais ces militants enclenchent toute une dynamique sociale assez mal contr&#244;l&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es 80, l'expansion de l'islamisme devient rapide. Il s&#233;duit &#224; la fois le capitaliste barbu et l'habitant des bidonvilles. Comme il parle de l'au-del&#224;, endroit o&#249; tout doit &#234;tre jug&#233; un jour, il b&#233;n&#233;ficie d'un d&#233;lai de gr&#226;ce, et il convainc beaucoup qu'il faut retourner &#224; une &#233;poque de justice et de probit&#233;, celle du Proph&#232;te &#224; M&#233;dine, avec ses fid&#232;les, les anc&#234;tres, les &lt;i&gt;salaf.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ce mouvement, les puissances r&#233;gionales doivent r&#233;agir. Elles ont trois possibilit&#233;s : brider, encourager, canaliser. Les trois seront appliqu&#233;es selon les r&#233;gions et selon les &#233;poques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrer le mouvement ? Les r&#233;gimes au pouvoir ne pouvaient, pour ce faire, que s'appuyer sur les couches moyennes, et comme le mouvement prenait la forme religieuse, ils cherch&#232;rent le soutien de la bourgeoisie pieuse. Il s'en suivit toute une politique d'abandon de certains caract&#232;res la&#239;ques. En particulier on laissa les intellectuels 'occidentalis&#233;s' se faire attaquer par les religieux les plus r&#233;trogrades. Dans ce travail, tous furent fortement aid&#233;s par l'Arabie saoudite et son &#233;norme fortune, mais aussi par les &#233;migr&#233;s dans les &#201;tats du Golfe qui rentraient au pays fortune plus ou moins faite mais convaincus de la grandeur de l'islam wahhabite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, l'Iran de Khomeini se pr&#233;tendait investi d'une mission de propagation &#224; l'ext&#233;rieur de la r&#233;volution chi'ite, un peu comme les r&#233;volutions fran&#231;aise et bolchevique en leur temps. Il allait se heurter &#224; la politique de &lt;i&gt;containment&lt;/i&gt; men&#233;e par l'Arabie saoudite soutenue par les &#201;tats-Unis. L'ex&#233;cuteur des basses &#339;uvres en fut Saddam Hussein qui lan&#231;a ses troupes &#224; l'assaut pour une guerre qui durera quelques huit ans faisant plus d'un million de morts. Certes Saddam pouvait partir en guerre tout seul, mais il est certain qu'il a &#233;t&#233; au moins encourag&#233; par l'Arabie et l'ensemble du monde occidental. Khomeini y a gagn&#233; l'extermination des plus excit&#233;s des membres de la couche des d&#233;favoris&#233;s. &lt;br class='manualbr' /&gt;M&#234;me si cette guerre n'aboutit &#224; aucun vainqueur, elle a contraint l'Iran &#224; changer de tactique et &#224; recourir au terrorisme et aux prises d'otages allant jusqu'&#224; porter le fer &#224; la Mecque lors du p&#232;lerinage, le &lt;i&gt;hajj&lt;/i&gt;, de 1981. Au d&#233;but les Saoudiens c&#233;d&#232;rent quelque peu, n&#233;goci&#232;rent des compromis b&#226;tards, puis en 1987, ils accus&#232;rent les Iraniens de vouloir investir la Grande Mosqu&#233;e, tir&#232;rent dans le tas et firent quelque 400 morts. L'Iran incapable de r&#233;unir des partisans dans le monde musulman d&#233;cida alors de boycotter le &lt;i&gt;hajj&lt;/i&gt;, montrant qu'il &#233;tait maintenant sur la d&#233;fensive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait le nouveau conflit dominant se d&#233;roulait en Afghanistan. Apr&#232;s l'invasion par les sovi&#233;tiques venus soutenir le gouvernement communiste engag&#233; dans un processus de la&#239;cisation acc&#233;l&#233;r&#233;e, le &lt;i&gt;jihad &lt;/i&gt;fut d&#233;clar&#233; contre l'envahisseur et ses sbires locaux, financ&#233; grassement par les p&#233;tro-monarchies, soutenu &#233;nergiquement et arm&#233; par la C.I.A.. Les Am&#233;ricains s'y engag&#232;rent car ils y voyaient la cr&#233;ation d'un Vi&#234;t-nam pour les Russes et le d&#233;tournement de la fureur islamique vers un autre Grand Satan. Dans le monde musulman, ce &lt;i&gt;jihad&lt;/i&gt; prit alors une importance consid&#233;rable et il en vint m&#234;me &#224; supplanter la cause palestinienne. Le nationalisme en prit un coup et c&#233;da la place &#224; l'islamisme vu maintenant comme une sorte d'internationalisme religieux, &#233;tendu &#224; l'&lt;i&gt;oumma &lt;/i&gt;tout enti&#232;re. Pour r&#233;pondre &#224; la nouvelle demande on forma des sortes de brigades internationales, sur-entra&#238;n&#233;es, sur-&#233;quip&#233;es ; sur-fanatis&#233;es, vivant en milieu clos dans un rigorisme religieux extr&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;ologie se r&#233;pandit dans tout le monde musulman, comme opposition au monde impie certes, mais aussi comme contre-feu &#224; la r&#233;volution chi'ite. Ainsi en Palestine, le mouvement nationaliste du &lt;i&gt;fatah &lt;/i&gt;se vit doubler par le&lt;i&gt; hamas &lt;/i&gt;(mouvement de r&#233;sistance islamique ) qui cherchait ainsi &#224; r&#233;cup&#233;rer et exprimer l'&lt;i&gt;intifada. &lt;/i&gt;Ainsi en Alg&#233;rie, o&#249; le FIS (Front islamique du salut) gagna les &#233;lections. Ainsi au Soudan, o&#249; un coup &#201;tat islamique fit d'Hassan al Tourabi le ma&#238;tre r&#233;el du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le retrait de l'arm&#233;e rouge d'Afghanistan en f&#233;vrier 1989 fut imm&#233;diatement interpr&#233;t&#233; comme une victoire du &lt;i&gt;jihad&lt;/i&gt;. En fait il fallut trois ans pour que le gouvernement communiste f&#251;t renvers&#233; par les &lt;i&gt;moujahiddines&lt;/i&gt; qui imm&#233;diatement se d&#233;chir&#232;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Iran est alors totalement en perte de vitesse et Khomeini pensa s'en tirer en lan&#231;ant sa &lt;i&gt;fatwa&lt;/i&gt; contre Rushdie, le 14 f&#233;vrier 1989. En fait de condamn&#233; &#224; mort, c'est lui qui y passa le 3 juin. Le bruit fait par cette &lt;i&gt;fatwa&lt;/i&gt; est &#233;norme, car Rushdie est citoyen britannique. L'Angleterre est donc aux yeux&lt;i&gt; &lt;/i&gt;de Khomeini et de beaucoup de musulmans&lt;i&gt; dar al islam&lt;/i&gt;, comme l'est d'ailleurs le reste de l'Europe au yeux des sunnites ( l'affaire du voile d&#233;marre en France &#224; cette &#233;poque ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, l'&#233;v&#233;nement essentiel de l'ann&#233;e 89 est la destruction du mur de Berlin et l'&#233;croulement de l'Union sovi&#233;tique. Tout un chacun de pr&#233;dire que la fin du messianisme sovi&#233;tique et socialiste ouvre le chemin &#224; l'expansion de l'islam d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, mais surtout dans les pays musulmans de l'ex-URSS en particulier. &lt;br class='manualbr' /&gt;Pourtant la derni&#232;re d&#233;cennie du si&#232;cle ne va pas tenir ces promesses suppos&#233;es. C'est que les fondements sociaux du triomphe de l'islamisme sont particuli&#232;rement fragiles. Les pouvoirs &#233;tablis, qui en ont conscience, vont chercher &#224; dresser les deux composantes, bourgeoisie pieuse, et jeunesse citadine pauvre, l'une contre l'autre. Le ciment des id&#233;ologues intellectuels ne pourra maintenir le collage. Cette r&#233;alit&#233; ne peut &#234;tre masqu&#233;e par des &#233;v&#233;nements aussi spectaculaires que les exactions du GIA et des Talibans afghans, et que les attentats de Paris ou de New York ( le premier attentat contre le World Fair Center ).&lt;br class='manualbr' /&gt;La r&#233;alit&#233; de cette cassure commence &#224; devenir flagrante avec l'invasion du Kowe&#239;t par Saddam Hussein en ao&#251;t 1990. La propagande de Saddam parle de saisir les biens de p&#233;tromonarchies pour les distribuer aux d&#233;sh&#233;rit&#233;s. Elle a comme r&#233;sultat l'appel de l'Arabie saoudite au soutien international engageant nombre d'&#201;tats musulmans, men&#233; par les &#201;tats-Unis qui installent des troupes 'infid&#232;les' sur le territoire sacr&#233; d'Arabie.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'impact est consid&#233;rable. La frange radicale du mouvement islamiste est hors d'elle. Ici et l&#224; elle r&#233;ussit &#224; mobiliser une partie de la jeunesse urbaine et en 91 il y aura une sorte de dissidence en Arabie m&#234;me. On peut alors penser que le mouvement garde de l'impulsion, surtout qu'apr&#232;s la prise de Kaboul en avril 92, les &lt;i&gt;jihaddistes &lt;/i&gt;quittent l'Afghanistan et commencent &#224; se r&#233;pandre dans le monde. Ils vont en Bosnie, en Alg&#233;rie, en &#201;gypte.&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans le premier de ces pays, ils n'arrivent &#224; rien : la greffe ne prend pas. En Alg&#233;rie ils jouent un r&#244;le dans l'aggravation des exactions morbides et sanglantes et, avec les restes du GIA, se rendent odieux &#224; la population dans son ensemble. En &#201;gypte ils jouent un r&#244;le dans l'assassinat de touristes et, avec les autres islamistes, s'ali&#232;nent &#233;videmment tout ceux qui vivent de cette industrie fondamentale du pays.&lt;br class='manualbr' /&gt;En Afghanistan, les Talibans, &#233;tudiants soutenus par les services secrets pakistanais, venus pour l'essentiel des &lt;i&gt;medressa&lt;/i&gt; pakistanaises, prennent Kaboul en 96 repoussent les &lt;i&gt;moujahiddines&lt;/i&gt; restant dans le nord du pays et semblent devoir installer la paix dans le pays. Ils sont relativement bien accueillis. Mais rapidement ils installent en fait un r&#233;gime d&#233;lirant, massacrant &#224; qui mieux les chi'ites et les hindous, rel&#233;guant les femmes dans un &#233;tat invraisemblable, m&#234;me pour des musulmans ordinaires.&lt;br class='manualbr' /&gt;En Turquie, en 1996, arrive au pouvoir 'd&#233;mocratiquement' le parti religieux d'Erbakan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut voir dans ces &#233;v&#233;nements l'apog&#233;e du mouvement. En r&#233;alit&#233; son d&#233;clin est d&#233;j&#224; en marche. Les gouvernements en place reprennent le dessus. Peut &#234;tre que le premier effet visible ( du moins en Occident ) est l'intervention du Conseil national de S&#233;curit&#233; turc, tenu par des militaires d&#233;fenseurs attitr&#233;s de la la&#239;cit&#233;. Il intervient dans le syst&#232;me &#233;ducatif augmentant le syst&#232;me la&#239;que d'&#201;tat, interdisant un certain nombre d'&#233;cole confessionnelles et r&#233;duisant &#224; la portion congrue ( pour la r&#233;gion ) l'enseignement religieux. La manifestation des religieux est sans effet car apparaissant comme d&#233;fendant l'ignorance. Ult&#233;rieurement le mouvement religieux se fragmente et perd les &#233;lections. Au Soudan le nouvel homme fort du r&#233;gime, le g&#233;n&#233;ral Bachir, vire, en d&#233;cembre 1999, l'id&#233;ologue Hassan al Tourabi, pour ne pas d&#233;plaire aux am&#233;ricains. La Malaisie avait montr&#233; le chemin d&#232;s 1970, ann&#233;e o&#249; le pr&#233;sident Mahathir avait vir&#233; et emprisonn&#233; l'id&#233;ologue local Anwar Ibrahim accus&#233; de sodomie. De m&#234;me en &#201;gypte o&#249; Moubarak a repris le dessus ; Et au Pakistan o&#249; le nouvel homme fort, Musharrak, se pr&#233;tend admirateur et disciple d'Atat&#252;rk.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste l'Iran, seul pays o&#249; a vraiment eu lieu une r&#233;volution islamique avec participation active des masses. La guerre avec l'Irak y a permis la confiscation totale de cette r&#233;publique par les affairistes du bazar et autres, aux d&#233;pens d'une partie de l'ancienne &#233;lite peut-&#234;tre, mais plus encore &#224; ceux de la jeunesse pauvre massacr&#233;e sur les champ de mines irakiens. Si l'on veut, on peut parler de logique thermidorienne : les sans culottes islamiques ont &#233;t&#233; &#233;limin&#233;s de tous les centres n&#233;vralgiques et ils ont re&#231;u en &#233;change morale et rigorisme religieux. La seule satisfaction (?) laiss&#233;e &#224; ces sans culottes a &#233;t&#233; d'aller molester les femmes mal voil&#233;es de la classe moyenne. Pi&#232;tre d&#233;foulement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des ann&#233;es 90, un autre &#233;l&#233;ment a jou&#233; : la baisse importante de la natalit&#233;. Elle va de soi dans les couches urbanis&#233;es o&#249;, en d&#233;pit du ch&#244;mage latent, et, &#224; cause des bas revenus, le travail des femmes est devenu obligatoire et, par cons&#233;quent, les maternit&#233;s nombreuses refus&#233;es. On est pass&#233; ainsi de 7 &#224; 2 ou 3 enfants par femme. Dans ces conditions, la propagande religieuse qui voyait dans les berceaux la promesse de futurs combattants du&lt;i&gt; jihad ,&lt;/i&gt; passe mal. On peut m&#234;me parler d'une certaine aspiration au bien &#234;tre. &lt;br class='manualbr' /&gt;Aspiration encore renforc&#233;e par le fait qu'arrivent maintenant les g&#233;n&#233;rations n&#233;es en ville de personnes elles-m&#234;mes n&#233;es en ville. La pr&#233;gnance de la ruralit&#233; s'est effac&#233;e et avec elle le choc culturel que repr&#233;sentait l'acc&#232;s &#224; l'alphab&#233;tisation, puisque les parents sont d&#233;j&#224; alphab&#233;tis&#233;s. En Iran par exemple, la nouvelle g&#233;n&#233;ration n'a pas connu le r&#233;gime du chah et elle exp&#233;rimente directement le ch&#244;mage massif, la r&#233;pression morale et sexuelle, la hi&#233;rarchie religieuse etc. etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;confiture atteint en fait tout le monde musulman, chi'ite comme sunnite. Les mouvements parvenus au pouvoir se sont d&#233;consid&#233;r&#233;s, les autres ne sont pas parvenus &#224; s'imposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en est r&#233;sult&#233; une certaine critique par certains islamistes m&#234;mes. On vient peut-&#234;tre d'assister &#224; la naissance d'un mouvement 'islamiste mod&#233;r&#233;'. D&#233;j&#224; en 92-95 on avait vu para&#238;tre aux &#201;tats-Unis un certain nombre d'articles favorables &#224; de tels islamistes, dans le sillage de l'aide apport&#233;e par la CIA au &lt;i&gt;jihad&lt;/i&gt; afghan. Dus &#224; des universitaires am&#233;ricains, on pouvait y lire force &#233;loge de l'islam, meilleure incarnation de la soci&#233;t&#233; civile et inventeur de l'&#233;conomie de march&#233;. Toute cette litt&#233;rature correspondait en fait &#224; la politique de l'&#233;poque dite de &lt;i&gt;bening neglect&lt;/i&gt;, dont on peut trouver un exemple dans les n&#233;gociations &#224; Rome avec le FIS, en 1994.&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Bien entendu les intellectuels li&#233;s au lobby isra&#233;lien r&#233;agirent imm&#233;diatement accusant les mod&#233;r&#233;s d'&#234;tre des loups d&#233;guis&#233;s en agneaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attentat du World Fair Center ( le premier ), ceux contre les ambassades et les navires de guerre et ceux de 95 en France, sembl&#232;rent au moins leur donner raison. Si bien que Haddam, chef de la d&#233;l&#233;gation parlementaire du FIS &#224; Sant' Egidio, fut arr&#234;t&#233; aux &#201;tats-Unis. ( Parti ensuite rejoindre le GIA, il fut ex&#233;cut&#233; par ordre de l''&#233;mir' Zitouni ( un v&#233;ritable furieux assassin ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la seconde moiti&#233; des ann&#233;es 90 un certain nombre d'intellectuels islamistes commencent &#224; percevoir que l'id&#233;ologie du mouvement m&#232;ne &#224; une impasse : violence incontr&#244;lable, conqu&#234;te du pouvoir suivie d'un effondrement &#233;conomique et/ou politique, guerre interconfessionnelle, confiscation par une dictature, incapacit&#233; de g&#233;rer les contradictions du pouvoir ; etc. Il devient impossible comme le faisaient les premiers critiques d'accuser la seule faiblesse des hommes. &lt;br class='manualbr' /&gt;On en vient &#224; parler au contraire de d&#233;mocratie, des droits de l'homme et autres fondements de l'Occident, si bien que l'on recherche, dans ces milieux, une entente avec les membres correspondants des classes moyennes dites s&#233;culi&#232;res. On met Qotb et autres au rancart, on rejette la doctrine salafiste, on c&#233;l&#232;bre l'aspect d&#233;mocratique de l'islam. Porter le voile c'est le choix de la femme, n'est-ce pas ?, pas le r&#233;sultat d'une imposition doctrinale, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; le genre de litt&#233;rature que l'on a pu voir fleurir &#224; la fin du XXe si&#232;cle, s'appuyant sur force citations de Tocqueville ou de Jefferson pour pr&#244;ner la d&#233;mocratie. On veut y montrer aux orientalistes que d&#233;mocratie et islam sont compatibles. Il semble que certains soient convaincus, par exemple par Tariq Ramadan, petit fils du fondateur des Fr&#232;res musulmans, qui publie un ouvrage chez un &#233;diteur catholique parisien avec une pr&#233;face de l'ex-coco, toujours tiers-mondiste et r&#233;dacteur en chef du &lt;i&gt;Monde Diplomatique&lt;/i&gt;, Alain Gresh. Dans ce livre Ramadan s'efforce de d&#233;montrer que les islamistes sont une composante fondamentale du paysage d&#233;mocratique dont il faut &#233;videmment exclure les radicaux ! Bien entendu certains se demandent ce que Ramadan a r&#233;ellement derri&#232;re la t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Kepel la situation actuelle des musulmans &#233;migr&#233;s, en France par exemple, n'est pas sans rappeler celle des prol&#233;taires venus hier de l'Europe du Sud ou de l'Est, le plus souvent pris en main par le P.C. et les syndicats, et dont les enfants sont devenus de bons petits bourgeois comme tout le monde, sans plus d'all&#233;geance au marxisme l&#233;ninisme ou au pays d'origine de leurs parents.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le processus d'alliance de la bourgeoisie pieuse avec la bourgeoisie s&#233;culi&#232;re est d&#233;j&#224; bien avanc&#233; en Turquie. Et m&#234;me en Alg&#233;rie. Un richissime islamiste se propose de cr&#233;er une brasserie pour faire sur place de la bi&#232;re de marque &#233;trang&#232;re &#224; bon march&#233; et ainsi conduire au p&#233;ch&#233;, les masses dociles !&lt;br class='manualbr' /&gt;Autrement dit il y a dissolution de l'id&#233;ologie islamique dans l'id&#233;ologie du march&#233;. Dissolution qui s'observe aussi dans le domaine bancaire, o&#249; les banques musulmanes qui ont surv&#233;cu sont celles qui ont su se plier &#224; la logique purement &#233;conomique. Ou encore, dans le domaine juridique, o&#249; l'on a renonc&#233; &#224; imposer une charte islamique pour remplacer la D&#233;claration universelle des droits de homme, jug&#233;e hier encore impie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrefois les islamistes faisaient appel aux droits de l'homme comme les P.C. faisaient appel aux d&#233;mocrates ces 'idiots utiles'. Mais les membres des P.C. ont, apr&#232;s l'&#233;croulement du syst&#232;me sovi&#233;tique, pu utiliser les courants d'&#233;change ainsi cr&#233;&#233;s pour se d&#233;gager des possibilit&#233;s de reconversion. Pourquoi n'en serait-il pas de m&#234;me pour certains islamistes qui pourraient trouver &#224; se r&#233;employer gr&#226;ce &#224; la confiance qu'ils ont pu obtenir de certains cercles qui d&#233;tiennent les d&#233;cisions d'investissement dans le monde en cours de globalisation ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Certains ont voulu voir dans le mouvement islamiste actuel l'&#233;quivalent du christianisme moderne, la version musulmane d'une 'religion de la sortie de la religion'. Non, ou peut &#234;tre pas encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a des effets contradictoires &#224; souligner cependant. Les femmes voil&#233;es ont parfois pris le voile comme moyen de sortir, de se m&#234;ler aux hommes et de prendre la parole en public. Au grand m&#233;contentement des barbus qui ne s'attendaient pas &#224; &#231;a, d'o&#249; cr&#233;ation de frictions d'un nouveau genre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant dire, conclut Kepel, que la situation de l'islam n'est pas fig&#233;e, surtout dans un temps o&#249; il y a effacement des fronti&#232;res, &#224; la fois &#224; cause de l'&#233;migration, du tourisme, du t&#233;l&#233;phone, de la t&#233;l&#233;, etc. qui font de que l'islamisme est 'p&#233;rim&#233;', comme disent les &lt;i&gt;hittistes &lt;/i&gt;alg&#233;riens. Et d'esp&#233;rer que l'islam pourra retrouver cette plasticit&#233; qui lui a permis autrefois de concilier les civilisations persane et gr&#233;co-m&#233;diterran&#233;enne avec &#171; la religion des arabes &#187;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Il faut &#233;videmment pour cela une &#233;volution des gouvernements sortis vainqueurs de la confrontation qui vient de se d&#233;rouler. Sinon on pourrait voir de nouveau flotter sous quelque forme l'&#233;tendard du&lt;i&gt; jihad&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Sur le choc des civilisations (2/2)</title>
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		<dc:subject>Relativisme</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>G&#233;opolitique</dc:subject>
		<dc:subject>Anthropologie</dc:subject>
		<dc:subject>Compte-rendu</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mographie</dc:subject>
		<dc:subject>Multiculturalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Saint-James Daniel</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;(.../...) Voir la premi&#232;re partie F &#8212; L'islam : conscience commune sans coh&#233;sion L'islam conna&#238;t une structure de la loyaut&#233; politique des musulmans &#224; l'oppos&#233; de celle des Occidentaux pour lesquels l'&#201;tat-nation se trouve au sommet, les autres loyaut&#233;s lui &#233;tant comme subordonn&#233;es [1]. Pour l'islam les structures fondamentales &#233;taient la famille, le clan et la tribu d'une part, la culture, la religion et l'empire de l'autre. Le tribalisme et la religion ont jou&#233; et jouent encore un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/arton983.jpg?1621969070' class='spip_logo spip_logo_right' width='95' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?982-Sur-le-choc-des-civilisations-1-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Voir la premi&#232;re partie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;F &#8212; L'islam : conscience commune sans coh&#233;sion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;L'islam conna&#238;t une structure de la loyaut&#233; politique des musulmans &#224; l'oppos&#233; de celle des Occidentaux pour lesquels l'&#201;tat-nation se trouve au sommet, les autres loyaut&#233;s lui &#233;tant comme subordonn&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce qui suit reprend et r&#233;sume les pages 255 &#224; 262 du livre de Huntington.&#034; id=&#034;nh10-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour l'islam les structures fondamentales &#233;taient la famille, le clan et la tribu d'une part, la culture, la religion et l'empire de l'autre. Le tribalisme et la religion ont jou&#233; et jouent encore un r&#244;le significatif et d&#233;terminant dans le d&#233;veloppement social, &#233;conomique, culturel et politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tout l'islam, le petit groupe et la grande foi, la tribu et la &lt;i&gt;Oumma &lt;/i&gt;ont &#233;t&#233; les principaux foyers de loyaut&#233; et d'engagement. Les &#201;tats existants rencontrent des probl&#232;mes de l&#233;gitimit&#233; parce qu'ils sont pour la plupart les produits arbitraires, voire capricieux, de l'imp&#233;rialisme occidental et leurs fronti&#232;res ne co&#239;ncident souvent m&#234;me pas avec celles des groupes ethniques. De plus, l'id&#233;e d'&#201;tat-nation souverain est incompatible avec la croyance en la souverainet&#233; d'Allah et la primaut&#233; de la &lt;i&gt;Oumm&lt;/i&gt;a :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;En tant que mouvement r&#233;volutionnaire, le fondamentalisme islamiste rejette l'&#201;tat-nation au profit de l'unit&#233; de l'islam, tout comme le marxisme le rejetait au profit de l'unit&#233; du prol&#233;tariat. La faiblesse de l'&#201;tat-nation dans l'islam s'exprime aussi dans le fait que de nombreux conflits ont eu lieu entre &lt;/i&gt;groupes&lt;i&gt; musulmans apr&#232;s la Seconde Guerre mondiale, alors que les guerres majeures entre &lt;/i&gt;&#201;tat&lt;i&gt;s musulmans ont &#233;t&#233; rares, la plus importante ayant impliqu&#233; l'Irak, qui a envahi ses voisins. &lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Huntington, op. cit. p. 257.&#034; id=&#034;nh10-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi Huntington distingue entre conscience islamique et coh&#233;sion islamique. Le passage de l'une &#224; l'autre est particuli&#232;rement difficile car il se heurte &#224; deux obstacles paradoxaux.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Premi&#232;rement, l'islam est divis&#233; en plusieurs centres de pouvoir concurrents, chacun tendant &#224; capitaliser &#224; son profit l'identification des musulmans avec la &lt;/i&gt;Oumma &lt;i&gt;afin de r&#233;aliser la coh&#233;sion islamique sous son &#233;gide&#8230; Outre ces organisations formelles&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme l'OCI (organisation de la conf&#233;rence islamique) cr&#233;&#233;e en 1972 par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; la guerre d'Afghanistan &lt;/i&gt;[contre l'URSS] &lt;i&gt;a suscit&#233; la cr&#233;ation d'un r&#233;seau tr&#232;s &#233;tendu de groupes informels et officieux de v&#233;t&#233;rans qui se sont battus pour des causes musulmanes ou islamistes&#8230; Les int&#233;r&#234;ts communs des r&#233;gimes et mouvements radicaux ont permis d'abandonner certains antagonismes traditionnels et, avec le soutien de l'Iran, des liens se sont cr&#233;&#233;s entre groupes fondamentalistes sunnites et chi'ites&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Deuxi&#232;mement le concept de &lt;/i&gt;Oumma &lt;i&gt;pr&#233;suppose que l'&#201;tat-nation n'est pas l&#233;gitime, et pourtant la &lt;/i&gt;Oumma &lt;i&gt;ne peut &#234;tre unifi&#233;e que sous l'action d'au moins un &#201;tat phare fort qui fait actuellement d&#233;faut&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Huntington, op. cit. p. 259. Je rappelle que ce livre est &#233;crit en 1995.&#034; id=&#034;nh10-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ici r&#233;appara&#238;t l'id&#233;e de la cr&#233;ation d'un &#201;tat phare indispensable pour donner une puissance r&#233;elle sur la sc&#232;ne internationale &#224; une civilisation, car il faut un &#201;tat qui poss&#232;de les ressources &#233;conomiques, la puissance militaire, les comp&#233;tences d'organisation et l'identit&#233; et l'engagement culturels (ici religieux).&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'absence d'&#201;tat phare islamique a beaucoup contribu&#233; &#224; la multiplication des conflits internes et externes qui caract&#233;rise l'islam. Le fait que l'islam engendre une conscience identitaire commune sans coh&#233;sion politique est une source de faiblesse et une menace pour les autres civilisations&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Id., p. 260&#034; id=&#034;nh10-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Tout &#224; son d&#233;sir de voir sortir un tel &#201;tat phare, il cite les six postulants : l'Indon&#233;sie, de loin le plus peupl&#233;, et au d&#233;veloppement &#233;conomique rapide, l'&#201;gypte avec sa position g&#233;ographique centrale et son centre d'enseignement islamique d'al Azhar, l'Iran, avec sa position centrale, ses ressources p&#233;troli&#232;res, le Pakistan, avec sa taille et sa population, l'Arabie saoudite, berceau de la religion, avec ses immenses ressources p&#233;troli&#232;res, et enfin la Turquie. Mais chacun de ces &#201;tats pr&#233;sente tel ou tel inconv&#233;nient qui rend cette transformation impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Indon&#233;sie est loin des centres islamiques et sa population pratique un islam tr&#232;s souple, influenc&#233; par les traditions indig&#232;nes musulmanes, hindoues, chinoises et chr&#233;tiennes. L'&#201;gypte est trop pauvre pour se passer de l'aide occidentale (&#201;tats-Unis principalement) et de celle de rois du p&#233;trole. L'Iran est chi'ite et comme tel m&#233;pris&#233; par les sunnites&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gilles Kepel, op. cit. p. 283 expose ainsi l'id&#233;e d'Abou Mous'ab al Zarkawi, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et de plus le persan est loin derri&#232;re l'arabe comme langue de l'islam. Le Pakistan est pauvre et souffre de nombreuses divisions ethniques et r&#233;gionales qui le rendent instable et, de plus, il est obnubil&#233; par ses relations avec l'Inde. L'Arabie saoudite a une population limit&#233;e et une position g&#233;ographique qui la rend d&#233;pendante d'un protecteur, en l'occurrence les &#201;tats-Unis. Resterait la Turquie, mais visiblement elle est davantage tourn&#233;e vers l'Europe et les &#201;tats-Unis .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit on est loin de la critique de Kepel cit&#233;e plus haut lorsqu'il affirme que Huntington '&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;sugg&#232;re que le monde de l'islam est aussi centralis&#233; que le feu bloc sovi&#233;tique &#8211; nonobstant la dissidence chinoise &#8211; et que La Mecque constitue r&#233;ellement, pour retourner la c&#233;l&#232;bre formule, le Moscou de l'islam'. On peut se demander s'il a vraiment lu le livre. Quant &#224; 'la formule fameuse de l'auteur : &#171; Le monde de l'islam, en forme de croissant, a des fronti&#232;res sanglantes.&lt;strong&gt; &#187;', &lt;/strong&gt;voyons ce qu'il en est dans le texte m&#234;me&lt;strong&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas difficile au professeur am&#233;ricain de dresser une liste des divers conflits qui ont ensanglant&#233; la plan&#232;te o&#249; &#233;taient engag&#233;s des musulmans et des non musulmans. Jouer au jeu de savoir qui a commenc&#233; et qui est le m&#233;chant est passablement infantile et absurde . Mais c'est souvent ce qui est sous-jacent comme l'ont montr&#233; les d&#233;veloppements r&#233;cents o&#249; la dichotomie Bien-Mal s'est en effet &#233;tal&#233;e, et cela des deux c&#244;t&#233;s. Ce qui n'a rien d'&#233;tonnant d&#232;s que l'on se situe dans une rivalit&#233; culturelle, ici fortement teint&#233;e de religieux.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette id&#233;e sous-jacente de jugement moral se retrouve parmi ceux qui se (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donnons quand m&#234;me la r&#233;partition des divers conflits ethnopolitiques de l'ann&#233;e 1993-1994&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Huntington, op. cit. p. 385&#034; id=&#034;nh10-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;thead&gt;&lt;tr class='row_first'&gt;&lt;th id='id7ee4_c0' colspan='4'&gt;Conflits ethnopolitiques en 1993-1994&lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td headers='id7ee4_c0'&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Intracivilisationnels&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Intercivilisationnels&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Total&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td headers='id7ee4_c0'&gt;Islam&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;11&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;15&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;26&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td headers='id7ee4_c0'&gt;Autres&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;19*&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;5&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;24&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td headers='id7ee4_c0'&gt;Total&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;30&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;20&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;50&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;* (Dont 10 conflits tribaux en Afrique)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvent ces guerres ou massacres ont des racines historiques. 'Un h&#233;ritage historique de violence peut &#234;tre exploit&#233; et utilis&#233; par ceux qui y trouvent leur compte&#8230;[Mais] d'autres facteurs ont n&#233;cessairement d&#251; intervenir'.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Id., p.388&#034; id=&#034;nh10-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord la modification des &#233;quilibres d&#233;mographiques : augmentation spectaculaire de la population chi'ite au Liban ; croissance du nombre de jeunes de 15 &#224; 24 ans dans les deux communaut&#233;s cingalaise et tamoule au Sri Lanka (ils d&#233;passent tous les deux les 20%) ; chute du taux de f&#233;condit&#233; dans la F&#233;d&#233;ration russe en g&#233;n&#233;ral (1,5 enfant par femme) mais restant &#224; 4,4 dans les ex-r&#233;publiques sovi&#233;tiques d'Asie centrale ; augmentation de 26% du nombre de Tch&#233;tch&#232;nes dans les ann&#233;es 80&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Tch&#233;tch&#232;nes fournissaient traditionnellement des &#233;migr&#233;s et des soldats (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; croissance de la proportion de musulmans au Cachemire ; croissance du nombre d'Albanais au Kosovo, avec d&#233;part des Serbes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Huntington sait parfaitement que la question yougoslave est complexe, et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut noter, dit Huntington que les proc&#233;dures d&#233;mocratiques ont exacerb&#233; le ph&#233;nom&#232;ne, en particulier en Yougoslavie o&#249; les &#233;lections libres ont encourag&#233; les surench&#232;res ethno-nationalistes et, finalement, les conflits &lt;i&gt;civilisationnels&lt;/i&gt; ont c&#233;d&#233; la place &#224; de vraies guerres.. Et de citer Bogdan Denitch : l'&lt;i&gt;ethnos&lt;/i&gt; devient &lt;i&gt;d&#234;mos&lt;/i&gt;, le r&#233;sultat ne se fait gu&#232;re attendre : c'est &lt;i&gt;polemos&lt;/i&gt;, la guerre.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Id., p. 394&#034; id=&#034;nh10-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on revient au tableau ci-dessus on remarque aussi que les conflits intercivilisationnels en islam sont loin d'&#234;tre n&#233;gligeables. Huntington en vient &#224; se demander si cette mont&#233;e de la violence n'est pas une marque de la civilisation islamique elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;On peut avancer l'hypoth&#232;se que l'islam serait, d&#232;s l'origine, une religion du glaive qui glorifierait les vertus militaires. Il a pris naissance parmi des &#171; tribus nomades de B&#233;douins belliqueux &#187; et cette &#171; origine violente est inscrite dans son c&#339;ur m&#234;me. Mahomet lui-m&#234;me jouit, aujourd'hui encore, d'une image de combattant militaire avis&#233; &#187; qualificatif que personne ne songerait &#224; appliquer &#224; J&#233;sus ni &#224; Bouddha. La doctrine de l'islam, d'apr&#232;s certains, exige de faire la guerre aux infid&#232;les et lorsque l'expansion initiale de l'islam s'est essouffl&#233;e, les groupes musulmans, contrairement &#224; la doctrine se sont mis &#224; se battre entre eux. Le pourcentage de &lt;/i&gt;fitna&lt;i&gt; , ou conflit interne, par rapport au &lt;/i&gt;jihad &lt;i&gt;a bascul&#233; en faveur de la premi&#232;re. Le Coran et d'autres textes fondateurs contiennent peu d'interdits portant sur la violence, et le concept de non-violence est absent de la doctrine ainsi que de la pratique musulmane.&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 394-395&#034; id=&#034;nh10-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le lecteur aura remarqu&#233; l'emploi du mot &lt;i&gt;fitna&lt;/i&gt; et vu qu'ici encore Kepel d&#233;forme la pens&#233;e du professeur. Pour tous ceux qui ont lu ou parcouru le Coran, il est clair que Huntington a raison sur la non-condamnation de la violence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nombre de sourates se r&#233;pandent en impr&#233;cations diverses contre les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Toutefois si J&#233;sus recommande de tendre la joue gauche quand on vous a gifl&#233; la joue droite, les chevaliers arm&#233;s n'ont gu&#232;re pratiqu&#233; cette recommandation, pas plus que les conquistadors, ou les participants aux diff&#233;rentes guerres.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;'Tous ceux qui prennent le glaive, p&#233;riront par le glaive' dit J&#233;sus (Matt. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Et si l'exemple de la charit&#233; bouddhiste est fourni par ce sage qui se d&#233;tourna pour se faire d&#233;vorer par une panth&#232;re bless&#233;e pour qu'elle puisse nourrir sa prog&#233;niture, que penser des professionnels des arts martiaux chinois et des samoura&#239;s japonais ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit Huntington revient une fois de plus sur l'absence d'un ou plusieurs &#201;tats phares dans l'islam.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Aucun d'entre eux ne jouit d'une position de m&#233;diateur privil&#233;gi&#233; dans les conflits internes &#224; l'islam ; et aucun d'entre eux ne jouit de l'autorit&#233; n&#233;cessaire pour pouvoir agir au nom de l'islam lorsqu'il s'agit de r&#233;gler des conflits entre groupes musulmans et non-musulmans.&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Huntington, op. cit. p. 397.&#034; id=&#034;nh10-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G &#8212; La dynamique des guerres civilisationnelles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant ainsi trac&#233; le cadre qu'il estime descriptif du monde d'aujourd'hui, Huntington examine la mani&#232;re dont des rivalit&#233;s civilisationnelles peuvent d&#233;boucher sur des conflits ouverts. L'exemple le plus probant lui est fourni par l'&#233;clatement de la Yougoslavie, ou la guerre de Tch&#233;tch&#233;nie. Dans le cas de la Bosnie des Bosniaques, des Croates et des Serbes qui hier ne fr&#233;quentaient ni la mosqu&#233;e, ni la cath&#233;drale, ni l'&#233;glise orthodoxe, se sont retrouv&#233;s en train de faire appel &#224; l'aide de leurs coreligionnaires &#233;trangers ou non. Peut-&#234;tre que le retour &#224; la religion a &#233;t&#233; le plus marqu&#233; en Bosnie musulmane o&#249; Izetbegovic par le biais de son parti le SDA (parti d'action d&#233;mocratique) a men&#233; une politique syst&#233;matique favorisant 'ses' musulmans contre les autres, musulmans ou non. Il a b&#233;n&#233;fici&#233; de subventions et m&#234;me de la venue de militants musulmans d&#233;sireux de participer &#224; la guerre. Ce qui am&#232;ne &#224; r&#233;fl&#233;chir quelque peu sur les engagements et les participations aux conflits ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Huntington discerne divers niveaux dans des guerres de ce genre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau primaire on trouve les parties bellig&#233;rantes qui s'entretuent. Ce sont parfois des &#201;tats comme dans les guerres indo-pakistanaises ou isra&#233;lo-arabes ; ce peuvent &#234;tre aussi des groupes locaux qui ne sont pas des &#201;tats ou, au mieux, des &#201;tats embryonnaires, comme ce fut le cas en Bosnie ou avec les Arm&#233;niens du Nagorny-Karabakh. Ces conflits peuvent &#233;galement inclure des protagonistes de deuxi&#232;me &#233;chelon, g&#233;n&#233;ralement des &#201;tats directement apparent&#233;s aux bellig&#233;rants de base, par exemple les gouvernements serbe et croate dans l'ancienne Yougoslavie ou ceux d'Arm&#233;nie et d'Azerba&#239;djan dans le Caucase. Reli&#233;s au conflit de mani&#232;re plus lointaine encore, on trouve des &#201;tats de troisi&#232;me &#233;chelon : ils sont &#233;loign&#233;s du th&#233;&#226;tre des op&#233;rations, mais ont des liens de civilisation avec les bellig&#233;rants ; ces participants de troisi&#232;me &#233;chelon sont souvent des &#201;tats phares des aires de civilisation&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les enjeux des autres parties en conflit ne sont pas identiques &#224; ceux des bellig&#233;rants de base. Le soutien le plus d&#233;vou&#233; et le plus chaleureux dont ces derniers b&#233;n&#233;ficieront vient normalement des diasporas dont les communaut&#233;s s'identifient &#224; la cause de leur parent&#232;le et deviennent plus royalistes que le roi. Les int&#233;r&#234;ts des gouvernements de deuxi&#232;me et troisi&#232;me &#233;chelon sont plus compliqu&#233;s&#8230; &lt;/i&gt;[Ils]&lt;i&gt; ont int&#233;r&#234;t &#224; contenir les affrontements et &#224; &#233;viter d'y &#234;tre eux-m&#234;mes engag&#233;s. Aussi, tout en soutenant les participants de premi&#232;re ligne, chercheront-ils &#224; mod&#233;rer leurs objectifs. Ils tenteront &#233;galement de n&#233;gocier avec leurs homologues de deuxi&#232;me et troisi&#232;me &#233;chelon, de l'autre c&#244;t&#233; de la ligne de faille, et d'&#233;viter ainsi qu'une guerre locale ne se transforme en une guerre plus large engageant les &#201;tats phares.&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Id., p.409-410&#034; id=&#034;nh10-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ici on voit expos&#233; clairement et justifi&#233; le r&#244;le mod&#233;rateur des &#201;tats phares tel que Huntington le con&#231;oit. Il applique ses id&#233;es au cas de la Yougoslavie, du Sri Lanka, de la Tch&#233;tch&#233;nie, du Nagorny Karabakh. Il insiste plus particuli&#232;rement sur le cas bosniaque parce que les &#201;tats-Unis ont tol&#233;r&#233;, voire encourag&#233;, le r&#233;armement de la Bosnie musulmane par l'Arabie saoudite et l'Iran. Selon Huntington, les Am&#233;ricains&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;veulent identifier dans chaque conflit &#233;tranger les forces du bien et les forces du mal, puis s'aligner sur les premi&#232;res. Les atrocit&#233;s commises par les Serbes au d&#233;but des affrontements en firent des &#171; m&#233;chants &#187; assassinant les innocents et perp&#233;trant un g&#233;nocide, alors que les Bosniaques parvinrent &#224; donner d'eux l'image des victimes impuissantes.&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 437-438.&#034; id=&#034;nh10-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cette image d'une Am&#233;rique na&#239;ve pr&#234;te quelque peu &#224; sourire. Plus s&#233;rieux, peut-&#234;tre est l'argument que les &#201;tats-Unis n'avaient aucun int&#233;r&#234;t militaire d'importance en Bosnie. En refusant, pr&#233;tend Huntington, de reconna&#238;tre la guerre pour ce qu'elle &#233;tait, le gouvernement a aid&#233; &#224; cr&#233;er dans les Balkans un &#201;tat musulman fortement influenc&#233; par l'Iran. Affirmation pour le moins exag&#233;r&#233;e vu l'&#201;tat croupion que repr&#233;sente la Bosnie musulmane. Je reviendrai sur ce sujet plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toute fa&#231;on nous affirme Huntington il y a int&#233;r&#234;t &#224; &#233;viter que ces guerres civilisationnelles d&#233;g&#233;n&#232;rent. Aux &#201;tats phares de les prendre en main pour les faire stopper sinon on risque de se trouver entra&#238;n&#233; dans un conflit majeur. Une guerre mondiale impliquant les &#201;tats phares des principales civilisations est tout &#224; fait improbable mais pas impossible. Il d&#233;crit dans une sorte de r&#234;ve de science-fiction comment elle pourrait &#233;clater.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas de reproduire ici les six pages du sc&#233;nario envisag&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;[Elles sont reproduites ici : &#171; Sur une possible escalade g&#233;opolitique &#187;. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cependant il est int&#233;ressant d'en retracer les grandes lignes qui ne sont pas plus invraisemblables que d'autres. Tout part de la Chine qui, r&#233;concili&#233;e avec TaIwan, veut &#233;tendre son contr&#244;le sur les ressources p&#233;troli&#232;res de la mer de Chine m&#233;ridionale, mises en valeur par les Vietnamiens en collaboration avec des compagnies am&#233;ricaines. Les Vietnamiens r&#233;sistent et demandent l'aide des &#201;tats-Unis qui finissent par envoyer un corps exp&#233;ditionnaire. La Chine proteste et lance une attaque a&#233;rienne contre ce corps. Les tentatives de m&#233;diation de l'ONU &#233;chouent et le Japon interdit aux &#201;tats-Unis d'utiliser leurs bases sur ses &#238;les. La guerre navale fait rage, les Chinois occupent Hanoi. Pour l'instant les armes atomiques ne sont pas utilis&#233;es, mais leur menace est suspendue sur la t&#234;te des populations. De nombreux Am&#233;ricains commencent &#224; penser qu'on peut bien abandonner la mer de Chine aux Chinois, une attitude que les Japonais esp&#233;raient voir se d&#233;velopper en 1942 apr&#232;s Pearl Harbour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Inde profite de ce que la Chine est occup&#233;e pour lancer une offensive sur le Pakistan, mais l'Iran porte assistance &#224; celui-ci et les mouvements islamistes conscients du recul de l'Occident poussent leur pays &#224; intervenir. L'Isra&#235;l subit une attaque massive que les Am&#233;ricains sont incapables de contenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet aveu de faiblesse apr&#232;s d 'autres conduit le Japon &#224; c&#233;der aux pressions de la Chine et &#224; rejoindre celle-ci. Les derni&#232;res bases am&#233;ricaines sont &#233;vacu&#233;es, aussi c'est maintenant la Russie qui entre en danse pour limiter l'avance chinoise qui, s'appuyant sur les nombreux immigr&#233;s chinois en Sib&#233;rie, occupe Vladivostok. Les Russes, pouss&#233;s par l'Occident, deviennent essentiels pour contr&#244;ler les sources de p&#233;trole du Moyen-Orient. L'Europe, jusque l&#224; r&#233;ticente, ne se sent gu&#232;re encline &#224; entrer en guerre, mais les Serbes et autres Croates en profitent pour entrer en Bosnie et terminer le nettoyage ethnique. R&#233;action des musulmans d'Afrique du Nord, un missile atomique est exp&#233;di&#233; d'Alg&#233;rie et tombe sur Marseille. L'OTAN r&#233;plique par des bombardements d&#233;vastateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est donc arriv&#233; &#224; une situation o&#249; un conflit majeur oppose les &#201;tats-Unis, l'Europe la Russie et l'Inde &#224; la Chine, au Japon et &#224; une partie de l'islam. Que peut-il se passer alors : destruction nucl&#233;aire mutuelle, pause n&#233;goci&#233;e, avanc&#233;e des Russes jusqu'&#224; P&#233;kin, ou n'importe quoi d'autre ? De toute fa&#231;on, &#224; long terme, il y aura d&#233;clin &#233;conomique d&#233;mographique et militaire chez les principaux bellig&#233;rants. On peut s'attendre &#224; voir monter des personnalit&#233;s hispaniques venues de l'Am&#233;rique latine moins atteinte, d'autres de l'Indon&#233;sie qui, alli&#233;es aux Australiens, peuvent mettre debout un nouvel &#201;tat phare qui, &#233;ventuellement, pourrait s'opposer &#224; l'Inde et engendrer un nouveau conflit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sch&#233;ma n'a pour but que de montrer ce qui se passe quand un &#201;tat phare (ici les &#201;tats-Unis), intervient dans le conflit entre un &#201;tat phare d'une autre civilisation et un &#201;tat appartenant &#224; cette m&#234;me civilisation (le Vi&#234;t-nam). Vue des &#201;tats-Unis l'intervention &#233;tait n&#233;cessaire tant du point de vue moral (lutter contre une agression) que du point de vue de l'int&#233;r&#234;t direct. Huntington en arrive alors &#224; une conclusion cynique.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;En r&#233;sum&#233; pour &#233;viter une guerre majeure entre civilisations, il est n&#233;cessaire que les &#201;tats phares s'abstiennent d'intervenir dans les conflits survenant dans des civilisations autres que la leur. C'est une &#233;vidence que certains &#201;tats, particuli&#232;rement les Etats-Unis, vont avoir sans aucun doute du mal &#224; admettre. Cette &lt;/i&gt;r&#232;gle de l'abstention&lt;i&gt;, en vertu de laquelle les &#201;tats phares doivent s'abstenir de toute participation &#224; des conflits concernant d'autres civilisations est la condition premi&#232;re de la paix dans un monde multipolaire et multiconfessionnel. La &lt;/i&gt;m&#233;diation concert&#233;e&lt;i&gt; est la seconde condition de la paix : elle suppose que les &#201;tats phares s'entendent pour contenir ou stopper des conflits frontaliers entre des &#201;tats ou des groupes, relevant de leur propre sph&#232;re de civilisation.&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 478&#034; id=&#034;nh10-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, que revienne le plus vite possible une situation rappelant celle de la guerre froide, sauf qu'ici on ne doit plus la faire &#224; deux, mais &#224; huit !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;H &#8212; Le probl&#232;me de l'Occident&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En attendant, S. Huntington, citoyen des &#201;tats-Unis et donc Occidental selon lui, avance les id&#233;es qui devraient pr&#233;sider &#224; un renouveau de l'Occident. Et d'abord de r&#233;fl&#233;chir sur le statut particulier de la civilisation occidentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une certaine mani&#232;re cette civilisation a atteint son &#226;ge d'or. Gr&#226;ce &#224; sa r&#233;ussite exemplaire et &#224; son triomphe sur l'URSS, elle devrait entrer, dit-on, dans une p&#233;riode de paix r&#233;sultant de 'l'absence de toute forme de conflit entre groupes concurrents au c&#339;ur de la zone de civilisation et du recul ou de la disparition des conflits avec les soci&#233;t&#233;s ext&#233;rieures', et de prosp&#233;rit&#233; d&#233;coulant de 'la fin des luttes internes d&#233;vastatrices, de la r&#233;duction des barri&#232;res commerciales, de la mise en place d'un syst&#232;me commun de poids, mesures et monnaies, et de la g&#233;n&#233;ralisation des d&#233;penses publiques allant de pair avec l'&#233;tablissement d'un empire universel'.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Carrol Quigley, The Evolution of Civilizations : An Introduction to (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une civilisation dans cet &#233;tat se consid&#232;re comme universelle et immortelle. Or, dans le pass&#233;, elles ont toutes vu cesser cette p&#233;riode merveilleuse, soit brutalement par la victoire d'une soci&#233;t&#233; ext&#233;rieure, ou bien plus lentement mais douloureusement par d&#233;sint&#233;gration interne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Carroll Quibley, les civilisations d&#233;clinent lorsqu'elles cessent de&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;consacrer leurs surplus &#224; de nouvelles inventions. Nous dirions aujourd'hui, lorsque les taux d'investissement diminuent&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Il en r&#233;sulte une p&#233;riode] &lt;i&gt;de grande d&#233;pression &#233;conomique, de chute du niveau de vie, de guerres civiles entre diff&#233;rents groupes d'int&#233;r&#234;ts et d'augmentation de l'analphab&#233;tisme. La soci&#233;t&#233; s'affaiblit de plus en plus. Pour arr&#234;ter ce g&#226;chis on l&#233;gif&#232;re en vain. Mais le d&#233;clin se poursuit. La d&#233;saffection des populations, au niveau religieux, intellectuel, social et politique, s'amplifie. De nouveaux mouvements religieux apparaissent. Les populations rechignent &#224; se battre pour leur propre soci&#233;t&#233; et &#224; acquitter des imp&#244;ts.&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Carroll Quigley, op. cit. p. 138-139. Ce texte est &#233;crit en 1961 et pourtant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pour Huntington, les civilisations peuvent se r&#233;former et se renouveler. 'Le probl&#232;me majeur pour l'Occident est le suivant : ind&#233;pendamment de tout d&#233;fi ext&#233;rieur, est-il capable d'arr&#234;ter le processus de d&#233;clin interne et d'inverser la tendance ?'&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Huntington, op. cit. p. 456&#034; id=&#034;nh10-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Le processus de d&#233;clin interne pr&#233;sente nombre des caract&#233;ristiques identifi&#233;es par Carroll Quibley.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Au milieu des ann&#233;es quatre-vingt-dix, &#8230; l'Occident &#233;tait alors beaucoup plus riche que toute autre civilisation, mais ses taux de croissance, d'investissement et d'&#233;pargne &#233;taient faibles, surtout si on les compare &#224; ceux des soci&#233;t&#233;s d'Extr&#234;me-Orient. La consommation individuelle et collective primait sur la cr&#233;ation de moyens permettant d'assurer le maintien de la puissance &#233;conomique et militaire. La croissance d&#233;mographique naturelle &#233;tait faible, compar&#233;e &#224; celle des pays islamiques. Aucun de ces probl&#232;mes n'a toutefois forc&#233;ment des cons&#233;quences catastrophiques. Les &#233;conomies des pays de l'Ouest &#233;taient en expansion ; tout compte fait les populations s'enrichissaient ; et l'Occident d&#233;tenait toujours la premi&#232;re place dans le domaine de la recherche scientifique et de l'innovation technique. Les gouvernements ne pouvaient sans doute pas rem&#233;dier aux faibles taux de natalit&#233;. (Dans ce domaine, les efforts accomplis ont encore moins de chance d'aboutir que les tentatives faites pour r&#233;duire la croissance d&#233;mographique.) L'immigration constituait une source potentielle de vigueur et un capital humain, &#224; condition que deux conditions soient remplies : premi&#232;rement, que la priorit&#233; soit accord&#233;e &#224; des individus qualifi&#233;s, &#233;nergiques, dot&#233;s des talents et du savoir-faire n&#233;cessaires &#224; la soci&#233;t&#233; d'accueil ; deuxi&#232;mement, que les nouveaux immigr&#233;s et leurs enfants soient assimil&#233;s culturellement dans le pays d'accueil et plus globalement dans la civilisation occidentale.&#8230; La mise en &#339;uvre de politiques permettant de contr&#244;ler les taux, les sources, les caract&#233;ristiques et le processus d'assimilation des immigr&#233;s est du ressort et de la comp&#233;tence des gouvernements occidentaux.&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Id., p. 457&#034; id=&#034;nh10-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s un passage oblig&#233; sur le d&#233;clin moral (mont&#233;e du crime, de la drogue, de la violence), le d&#233;clin de la famille (divorces, naissances ill&#233;gitimes, grossesses d'adolescentes), le d&#233;clin du 'capital social' (associations de b&#233;n&#233;voles, etc.), la faiblesse g&#233;n&#233;rale de l''&#233;thique', la d&#233;saffection pour le savoir et l'activit&#233; intellectuelle, passage r&#233;v&#233;lateur de la position politique de Huntington, le professeur remarque que&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;la culture occidentale est contest&#233;e par certains groupes &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me des soci&#233;t&#233;s de l'Ouest. Cette remise en cause est le fait d'immigr&#233;s issus d'autres civilisations qui refusent l'assimilation et persistent &#224; d&#233;fendre et &#224; propager les valeurs, les coutumes et la culture de leurs soci&#233;t&#233;s d'origine&#8230; En Europe, la civilisation occidentale pourrait &#233;galement &#234;tre min&#233;e par le d&#233;clin de son fondement essentiel, la chr&#233;tient&#233;&#8230; Cette tendance r&#233;sulte plus d'une indiff&#233;rence que d'une hostilit&#233; &#224; la religion. Les id&#233;es, les valeurs et les pratiques religieuses sont malgr&#233; tout pr&#233;sentes dans la civilisation europ&#233;enne&#8230; L'&#233;rosion du christianisme chez les Occidentaux n'est au pire qu'une menace &#224; tr&#232;s long terme pour le salut de la civilisation occidentale.&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 459&#034; id=&#034;nh10-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;fense du christianisme est &#233;videmment en accord avec le point de vue qui veut voir tout sous l'angle de la civilisation et qui, le plus souvent, l'assimile &#224; la tradition religieuse. Examinons cependant ce qui est dit des &#201;tats-Unis en particulier.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les &#201;tats-Unis sont confront&#233;s &#224; une menace plus imm&#233;diate et plus s&#233;rieuse. Historiquement, l'identit&#233; nationale am&#233;ricaine a pour fondement culturel l'h&#233;ritage de la civilisation occidentale et pour base politique l'adh&#233;sion massive des Am&#233;ricains aux principes suivants : libert&#233;, d&#233;mocratie, individualisme, &#233;galit&#233; devant la loi, respect de la Constitution et de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. &#192; la fin du XXe si&#232;cle, ces composantes politiques et culturelles de l'identit&#233; am&#233;ricaine ont &#233;t&#233; violemment et constamment attaqu&#233;es par une petite minorit&#233; influente d'intellectuels et de sp&#233;cialistes du droit. Au nom du multiculturalisme, ils ont d&#233;nonc&#233; l'assimilation des &#201;tats-Unis &#224; la civilisation occidentale, niant l'existence d'une culture am&#233;ricaine commune et mettant l'accent sur la sp&#233;cificit&#233; culturelle de groupes raciaux, ethniques et autres.&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh10-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Et d'enfoncer le clou sur les multiculturalistes :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les responsables politiques des autres &#201;tats&#8230; ont parfois tent&#233; de renier leur h&#233;ritage culturel et de changer l'identit&#233; de leur pays en l'assimilant &#224; une civilisation autre que la sienne. Jusqu'&#224; pr&#233;sent ils n'y sont pas parvenus, mais ils ont donn&#233; naissance &#224; des pays d&#233;chir&#233;s et atteints de schizophr&#233;nie. Les multiculturalistes am&#233;ricains rejettent de la m&#234;me mani&#232;re l'h&#233;ritage culturel de leur pays. Ils ne cherchent pas &#224; assimiler les &#201;tats-Unis &#224; une autre civilisation, mais souhaitent cr&#233;er un pays aux civilisations multiples, c'est-&#224;-dire un pays n'appartenant &#224; aucune civilisation et d&#233;pourvu d'unit&#233; culturelle. L'histoire nous apprend qu'aucun &#201;tat ainsi constitu&#233; n'a jamais perdur&#233; en tant que soci&#233;t&#233; coh&#233;rente.&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les multiculturalistes remettent en question un des principes am&#233;ricains fondamentaux, en substituant aux droits individuels ceux de groupes qui se d&#233;finissent essentiellement en termes de race, d'appartenance ethnique, de sexe et de pr&#233;f&#233;rence sexuelle&#8230; Dans une &#233;poque o&#249; tous les peuples se d&#233;finissent eux-m&#234;mes par leur appartenance culturelle, quelle place peut occuper une soci&#233;t&#233; d&#233;pourvue de fond culturel commun et se d&#233;finissant uniquement par des principes politiques ? Les principes politiques ne constituent pas une base solide permettant de construire une communaut&#233; durable.&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid. p. 460-461&#034; id=&#034;nh10-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il s'en suit que les Am&#233;ricains ne peuvent &#233;viter de se demander si oui ou non ils forment un peuple d'Occident. Cela n&#233;cessite de faire taire les appels au multiculturalisme et de rejeter les tentatives illusoires d'assimilation &#224; l'Asie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi Huntington se fait l'avocat d'un resserrement des liens avec l'Europe, tant militaires (avec l'OTAN), que commerciaux (&#233;changes encore renforc&#233;s en y incluant l'ALENA)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Accord de libre &#233;change nord-am&#233;ricain, regroupant le Canada, les &#201;tats-Unis (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et que culturels. Alors l'Occident aura cette force qui permet cette relation &#224; la fois ferme et constructive qui caract&#233;rise l'&#233;quilibre relativement pacifique entre &#201;tats phares que souhaite l'auteur.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_espace&#034;&gt;&lt;/div&gt;&lt;center&gt;&lt;strong&gt;III&lt;br class='manualbr' /&gt;Analyse et critique&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_espace&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A &#8212; G&#233;n&#233;ralit&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une premi&#232;re remarque vient imm&#233;diatement &#224; l'esprit. Huntington consid&#232;re finalement chaque civilisation comme relativement homog&#232;ne. Certes il n'ignore pas qu'il y a des rivalit&#233;s entre diverses couches sociales &#224; l'int&#233;rieur d'une civilisation donn&#233;e, mais il les consid&#232;re comme n&#233;gligeables. L'id&#233;e de l'exploitation du travail ne lui vient pas &#224; l'id&#233;e et encore moins celle de la lutte des classes. Il ne se distingue pas ainsi de tous ceux qui s'appuient sur l'&#233;croulement de l'URSS pour en d&#233;duire non seulement l'&#233;croulement du marxisme (un point de vue qui pourrait se d&#233;fendre, au moins pour certains aspects), mais aussi celui de toute contestation d'importance de l'ordre social, pass&#233;e, pr&#233;sente et &#224; venir. L'id&#233;e m&#234;me d'exploitation dispara&#238;t au profit de l'utilisation des comp&#233;tences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant la pr&#233;&#233;minence des c&#244;t&#233;s civilisationnels est difficilement contestable et constitue une des plaies du monde moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on examine non seulement ce qui s'est effectivement d&#233;roul&#233; depuis la chute du mur de Berlin, mais, m&#234;me depuis la fin de la guerre et m&#234;me avant, force est de constater que bien des &#233;volutions ont pris le caract&#232;re d''&#233;puration ethnique'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fin de la guerre a vu le d&#233;placement de populations le plus consid&#233;rable enregistr&#233; dans l'histoire de l'humanit&#233;. Citons p&#234;le-m&#234;le, le d&#233;placement des Allemands de Sil&#233;sie et leur remplacement par des Polonais, eux-m&#234;mes chass&#233;s de leurs anciens territoires de l'Est par l'avance de Russes ; nombre de r&#233;organisations en Europe centrale ; l'arriv&#233;e massive de juifs en Palestine, juifs eux-m&#234;mes chass&#233;s d'Europe mais aussi de nombreux pays musulmans, qui chassent &#224; leur tour les paysans palestiniens ; Europ&#233;ens d'Afrique du Nord, implant&#233;s sur cette terre depuis plus d'un si&#232;cle, 'oblig&#233;s' de partir ; d&#233;placements de nombre de personnes en Asie, en Afrique, etc., etc.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le plus souvent on se livre &#224; ce sujet &#224; des consid&#233;rations sur le 'droit (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la chute du mur, ces tendances profondes de la soci&#233;t&#233; se sont donn&#233; libre cours. Dans le contexte g&#233;n&#233;ral du monde des ann&#233;es 90, l'&#233;croulement de l'URSS laisse une sorte de vide du syst&#232;me de r&#233;gulation. La fin de celui-ci qui, avec la disparition, au moins apparente, de l'&#201;tat, pourrait en principe laisser ouverte aux masses la voie &#224; des actions positives de red&#233;finition sociale, ouvre aussi la possibilit&#233; &#224; des mouvements d'&#233;puration. Les plus spectaculaires ont &#233;videmment lieu en Asie centrale russe et surtout en Yougoslavie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Huntington voit surtout dans ce dernier cas une illustration de sa th&#232;se g&#233;n&#233;rale sur le fait que seule la 'civilisation' regroupe les peuples. La rivalit&#233; 'Est-Ouest' appara&#238;t alors comme une sorte d'aberration impos&#233;e par la puissance mat&#233;rielle et technique d&#233;velopp&#233;e par le monde chr&#233;tien occidental ; suivi par le monde sovi&#233;tique qui a r&#233;ussi &#224; s'assimiler cette puissance. Il ne faudrait peut-&#234;tre pas le pousser beaucoup pour lui faire dire que l'Union sovi&#233;tique a aussi des caract&#232;res chr&#233;tiens, certes d&#233;voy&#233;s dans le marxisme cette forme jud&#233;o-chr&#233;tienne d'une certaine modernit&#233;. Mais je lui pr&#234;te l&#224; gratuitement des opinions&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette opinion se retrouvait dans la propagande nazie, qui voyait l'Am&#233;rique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit sa th&#232;se est l'in&#233;vitabilit&#233; du d&#233;veloppement de la modernit&#233; dans nombre de r&#233;gions s'appuyant sur un mode de pens&#233;e et de structuration qui n'est pas celui de l'Occident. Et, s'il parle d'&#224; peu pr&#232;s toutes les r&#233;gions du monde c'est finalement la Chine et l'islam qui 'tirent &#224; eux la couverture'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois avant d'en venir &#224; ces deux cas particuliers, une remarque g&#233;n&#233;rale s'impose. Curieusement (mais est-ce si bizarre ?) Huntington ne donne nulle part une d&#233;finition claire des civilisations, si ce n'est une sorte d'admission de g&#233;n&#233;ralit&#233;s qui touchent aux clich&#233;s. Au bout, on arrive &#224; consid&#233;rer la civilisation comme une sorte de regroupement assez &#233;vident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;les Conseils Ouvriers&lt;/i&gt;, Anton Pannekoek&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Anton Pannekoek, Les conseils ouvriers, traduction et notes de ICO, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;traite du nationalisme et il montre bien comment celui-ci na&#238;t &#224; l'int&#233;rieur de la classe bourgeoise comme une id&#233;ologie qui se construit au cours de la lutte de celle-ci pour acc&#233;der &#224; la puissance sociale. 'La Nation', dit-il, 'est une communaut&#233; unie par des forces internes' et il ajoute que si l'h&#233;ritage historique conduit &#224; regrouper dans un &#201;tat des gens d'histoire, de langue, de religion diff&#233;rentes, alors la mont&#233;e du nationalisme 'agit comme une force destructrice'. Dans un premier stade, en effet, la bourgeoisie se bat pour l'accession au rang de classe dominante, elle n'h&#233;site pas &#224; s'attaquer aux traditions anciennes dans la mesure o&#249; celles-ci sont li&#233;es &#224; la structure sociale de la soci&#233;t&#233; en transformation. Puis d&#232;s que le pouvoir de la nouvelle classe est assur&#233;, d&#232;s que la nouvelle forme d'oppression s'&#233;tablit, le nationalisme prend une coloration nouvelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part cette mont&#233;e de la nouvelle classe dominante accompagne une lutte non seulement contre l'ancienne classe dominante du territoire o&#249; elle vit, mais aussi contre des puissances &#233;trang&#232;res qui entravent ou menacent sa croissance. C'est pourquoi la nouvelle classe dominante '&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;fait appel au sentiment d'orgueil, aux instincts de puissance de toutes les autres classes, qui doivent servir la bourgeoisie et lui fournir aides, subordonn&#233;s, porte-parole, officiers militaires et cadres civils et qui participent ainsi &#224; sa puissance. Le peuple lui-m&#234;me se voit baptis&#233; peuple &#233;lu ; on encense sa sup&#233;riorit&#233; en force et en vertu ; il est la grande nation, le &lt;/i&gt;Herrenvolk (le peuple des seigneurs), the finest race among mankind (la plus belle race de l'humanit&#233;), &lt;i&gt;et on le proclame destin&#233; &#224; mener ou &#224; dominer les autres nations&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le nationalisme ne se r&#233;duit pas &#224; une doctrine impos&#233;e aux masses par les dirigeants. Comme tout syst&#232;me de pens&#233;e et de sentiment, il jaillit des profondeurs de la soci&#233;t&#233; et d&#233;coule des r&#233;alit&#233;s et des n&#233;cessit&#233;s &#233;conomiques&#8230; C'est pourquoi tous les anciens sentiments de communaut&#233; sont mis au service &lt;/i&gt;[de la bourgeoisie] &lt;i&gt;et d&#233;velopp&#233;s pour devenir autant de forces puissantes incarn&#233;es dans l'id&#233;alisme&#8230; Quant aux masses laborieuses tant qu'elles n'ont ni la possibilit&#233; ni l'id&#233;e de se battre pour elles-m&#234;mes&#8230; d&#233;pendantes spirituellement de la classe dirigeante, elles doivent accepter, bon gr&#233; mal gr&#233;, ses id&#233;es et ses buts. Toutes ces influences sont autant de forces spirituelles qui agissent dans le domaine de la spontan&#233;it&#233; instinctive. &lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Pannekoek, op. cit., tome II, p. 35-36&#034; id=&#034;nh10-32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Certes ce passage de Pannekoek vise pour l'essentiel la formation des &#201;tats nation, et plus particuli&#232;rement en Europe, mais outre que le Hollandais applique ses remarques non seulement au cas europ&#233;en, mais aussi au Japon, &#224; la Chine et &#224; la Russie, il montre que d&#233;j&#224; (et de fait bien avant) la 'pens&#233;e marxiste' prenait en compte les composantes culturelles dans son analyse des r&#233;alit&#233;s sociales mondiales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, dans le monde moderne, le passage &#224; la modernit&#233; exige, toutes choses &#233;gales d'ailleurs, l'existence ou la cr&#233;ation de la classe dominante &#224; la fois adapt&#233;e &#224; cette modernit&#233; et cr&#233;atrice de celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de l'histoire europ&#233;enne cette classe a mis quelques si&#232;cles &#224; se former avec des hauts et des bas, des luttes internes et internationales. Au fur et &#224; mesure que s'installait le nouveau syst&#232;me de production avec son fondement industriel, l'acc&#232;s &#224; la domination de la nouvelle classe adapt&#233;e dans un pays d&#233;termin&#233; devenait &#224; la fois de plus en plus difficile (&#224; cause de l'existence des puissances capitalistes d&#233;j&#224; form&#233;es), de plus en plus n&#233;cessaire et de plus en plus urgente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai souvent expos&#233; cette conception, et je ne peux gu&#232;re &#233;viter de reprendre un texte pr&#233;c&#233;dent, o&#249; je comparais la situation d'avant et d'apr&#232;s la Seconde guerre mondiale J'&#233;crivais ainsi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Quelques remarques, texte d'Octobre-novembre 2003&#034; id=&#034;nh10-33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La pr&#233;pond&#233;rance de l'&#201;tat, au moins dans la p&#233;riode du d&#233;but, dans la cr&#233;ation des infrastructures tant mat&#233;rielles qu'humaines &#233;tait in&#233;vitable. Cette pr&#233;pon&#173;d&#233;rance &#233;tait d'autant plus n&#233;cessaire qu'il fallait mettre l'accent sur tel ou tel aspect de l'in&#173;dustrialisation, ne pas laisser en quelque sorte la classe dominante plus ou moins en for&#173;mation s'&#233;garer vers la simple recherche du profit imm&#233;diat. Tel est le cas de l'Allemagne de Bismarck, du Japon de l'&#232;re Meiji, de l'URSS de L&#233;nine et Staline. Le seul cas un peu diff&#233;rent est celui des &#201;tats-Unis, mais cela provient de ce qu'ils pouvaient drainer les &#233;mi&#173;grants amenant avec eux un certain savoir faire europ&#233;en, fut-il passablement rudimen&#173;taire. On peut pr&#233;tendre que cette formation de nouveaux noyaux capitalistes &#233;tait relati&#173;vement facile car le d&#233;veloppement technique restait relativement primitif, et que la forma&#173;tion de la nouvelle structure sociale pouvait s'appuyer sur l'industrie lourde encore proche de l'ancien artisanat ou de l'agriculture classique, reposant dans bien de ses activit&#233;s sur la simple force musculaire, fut-elle doubl&#233;e de la force m&#233;canique introduite par les machi&#173;nes, fussent-elles mues par la vapeur ou l'&#233;lectricit&#233;. On peut dire que pour ces &#201;tats ou pays, l'accumulation primitive a suivi un chemin disons&#8230; primitif. Le dernier &#224; suivre cette route aura &#233;t&#233; la Chine de Mao.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cependant dans nombre de ces pays, l'&#201;tat a d&#251; prendre une forme dictatoriale non seulement dans l'imposition &#233;tatique du mode de d&#233;veloppement industriel, avec son cort&#232;ge de nationalisations plus ou moins &#233;tendues selon l'&#201;tat consid&#233;r&#233;, mais aussi dans le domaine social avec le caract&#232;re totalitaire des institutions. Ce qui caract&#233;rise l'ensemble des nations du monde d'avant la deuxi&#232;me guerre mondiale et de la p&#233;riode qui suit juste apr&#232;s, ce ne sont pas les diff&#233;rences culturelles aussi importantes soient-elles que cette similitude de l'existence de ces &#201;tats forts. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Avec la fin de la seconde guerre mondiale apparaissent de nouvelles m&#233;thodes de production qui s'appuient dans de nombreux cas sur les progr&#232;s de la physique et peut-&#234;tre surtout de la chimie. Ainsi en va-t-il de l'apparition des plastiques, au d&#233;but r&#233;duits aux seuls textiles, mais qui ont pris aujourd'hui une importance telle qu'ils ont contribu&#233; &#224; l'effacement de l'industrie lourde et &#224; une transformation profonde de l'industrie sid&#233;rurgi&#173;que&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Id.&#034; id=&#034;nh10-34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;De plus la division en deux groupes oppos&#233;s &#233;tait rendue comme stable simplement &#224; cause de l'existence de la bombe atomique qui interdisait toute confrontation s&#233;rieuse. En cons&#233;quence, toute la p&#233;riode qui suit la seconde guerre mondiale ne montre que des oppositions locales ne touchant pas fondamentalement en principe le rap&#173;port de force. On voit donc des guerres de d&#233;colonisation, d'autres qui touchent des sortes de zones fronti&#232;res (le Vietnam par exemple), aucune qui am&#232;ne en contact les forces centrales des groupes antagoniques (US et URSS).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui plus est, les transformations li&#233;es &#224; la mont&#233;e des applications scientifiques, entre autres mais de mani&#232;re pr&#233;pond&#233;rante, ont permis la production de biens de consommation en tr&#232;s grande quantit&#233; et &#224; travail incorpor&#233; relativement faible par unit&#233; et gigantesque au total, permettant du coup une consommation accrue et la fin de la mis&#232;re g&#233;n&#233;ralis&#233;e dans les pays dits d&#233;velopp&#233;s. Avec elles, s'installe le r&#232;gne des m&#233;thodes keyn&#233;siennes de gestion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus une bonne partie de cette production ne n&#233;cessite pas l'existence d'une &#233;norme industrie lourde comme celle qui avait &#233;t&#233; indispensable jusqu'alors. On voyait s'ouvrir la possibilit&#233; de produire des biens de consommation destin&#233;s &#224; &#234;tre vendus sur les march&#233;s des pays d&#233;j&#224; d&#233;velopp&#233;s. On pouvait utiliser &#224; cette fin une main-d'oeuvre form&#233;e directement aux m&#233;thodes modernes de production qui n'exigent plus autant de liaison avec la connaissance artisanale. Seul devient n&#233;cessaire le passage par le syst&#232;me scolaire. Ainsi s'expliquent la mont&#233;e des dragons asiatiques et la reconversion du Japon. Ainsi s'explique aussi la chute du monde sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant dans ces nouveaux pays producteurs la 'lib&#233;ralisation' du syst&#232;me &#233;tatique n'est pas inscrite automatiquement dans les faits. Elle demande deux pressions compl&#233;mentaires : d'une part la mont&#233;e d'une certaine lutte de classes et d'autre part la cr&#233;ation d'une classe moyenne&lt;i&gt;. &lt;/i&gt;Finalement s'installe la stabilit&#233; sociale qui s'appuie sur la mont&#233;e g&#233;n&#233;rale de la consommation et de la dur&#233;e de vie, et, politiquement, au bout la d&#233;mocratie bourgeoise locale, c'est-&#224;-dire la forme locale de la sociale d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu cette forme locale int&#232;gre des caract&#232;res culturels qu'Huntington consid&#233;rerait comme ind&#233;l&#233;biles, mais qui correspondent simplement &#224; la forme la mieux adapt&#233;e &#224; une exploitation plus ou moins douce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi l'opposition sans cesse reprise entre d&#233;mocratie et dictature a un caract&#232;re fallacieux. Bien entendu personne n'ira soutenir qu'il vaut mieux vivre sous la dictature que sous la d&#233;mocratie bourgeoise, mais cela n'emp&#234;che pas que la d&#233;mocratie en question est simplement formelle, elle ne donne aux &#233;lecteurs que le droit d'influer superficiellement sur le choix des dirigeants, et donc sur l'intensit&#233; de l'exploitation du travail. Autrement dit, en d&#233;pit des diff&#233;rences, tous les &#201;tats sont beaucoup plus semblables qu'on veut bien le dire. Mais si les diff&#233;rences sont assez peu marqu&#233;es entre certains pays, elles peuvent l'&#234;tre bien plus pour d'autres, et les citoyens des pays les moins 'd&#233;mocratiques' et les moins 'sociaux' r&#234;vent d'atteindre le type &#224; leurs yeux id&#233;al de la social d&#233;mocratie su&#233;doise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme tout le monde, ou presque, ceux qui parlent du monde moderne parlent en termes d'efficacit&#233;. La modernisation se confond avec une am&#233;lioration de la productivit&#233; du travail. C'est la m&#234;me musique partout finalement. Elle s'est encore accentu&#233;e avec la globalisation-mondialisation o&#249; la concurrence entre les divers &#201;tats est sans arr&#234;t mise en avant. Une civilisation est consid&#233;r&#233;e comme ayant r&#233;ussi si elle a r&#233;ussi &#224; monter la production, le rendement, etc. autrement dit si elle est arriv&#233;e &#224; remplir les obligations impos&#233;es par la civilisation commune &#224; tous, celle de l'&#233;change capitaliste qui r&#232;gne aujourd'hui et dont la forme religieuse (puisque Huntington aime la religion) est le f&#233;tichisme de la marchandise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons maintenant aux cas de la civilisation sino-asiatique et de l'islam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B &#8212; La Chine et le monde asiatique en g&#233;n&#233;ral&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme je l'ai remarqu&#233; plus haut Huntington ne donne gu&#232;re de d&#233;finition de cette civilisation. C'est que dans l'histoire d'un territoire aussi vaste que la Chine, on peut retenir bien des aspects. On peut par exemple partir de &#8211;1050 jusqu'en -221 suivre la formation du premier empire chinois &#224; la suite de batailles entre principaut&#233;s dans la p&#233;riode dite des Royaumes combattants. Puis par la suite parcourir plus ou moins rapidement l'histoire de l'Empire du milieu. On peut &#233;videmment s'attarder sur les &#233;v&#233;nements qui se sont succ&#233;d&#233;s mais, comme le remarque l'Encyclopaedia Universalis, on en sort facilement&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;l'apparence trompeuse d'une uniformit&#233; continue, &lt;/i&gt;[qui]&lt;i&gt; masque les transformations les plus importantes : celles des formes politiques et sociales, de l'&#233;conomie et des techniques. Elle masque aussi la diversit&#233; ethnique, culturelle et g&#233;ographique du monde chinois. La province du Sichuan, aujourd'hui plus &#233;tendue que la France et peupl&#233;e de plus de 100 millions d'habitants, constitue &#224; elle seule un pays original en raison de ses particularit&#233;s climatiques, de ses ressources naturelles, de l'histoire de son peuplement, des influences qu'elle a re&#231;ues parfois de fort loin et m&#234;me de son histoire politique tr&#232;s particuli&#232;re. Encore faudrait-il y distinguer diff&#233;rentes r&#233;gions, comme il nous semble naturel de le faire dans un pays tel que la France.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#192; vrai dire, les termes de &#171; chinois &#187; et de &#171; Chine &#187; n'ont pas grand sens si l'on ne pr&#233;cise pas leur acception. Ainsi, le terme &#171; Chine &#187; peut renvoyer &#224; une r&#233;alit&#233; politique : ensemble, variable au cours des si&#232;cles, de territoires soumis &#224; des pouvoirs chinois ou d'origine &#233;trang&#232;re mais sinis&#233;s, qui le plus souvent ont englob&#233; des populations de cultures diverses.&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Encyclopaedia Universalis, article Chine (empire du milieu) r&#233;dig&#233; par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'&lt;i&gt;Encyclopaedia&lt;/i&gt; continue en essayant de d&#233;finir ce qu'on peut appeler la sinitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut consid&#233;rer enfin qu'il existe, de fa&#231;on plus large, une aire de civilisation chinoise. L'inclusion dans l'espace politique chinois d'une partie de la Cor&#233;e pendant quatre si&#232;cles, celle du Vietnam pendant un mill&#233;naire, l'importance des relations de la Chine avec ces deux pays ainsi qu'avec le Japon, la pr&#233;pond&#233;rance politique et culturelle de la Chine en Asie orientale expliquent que l'influence de la civilisation chinoise ait d&#233;bord&#233; les limites des pays proprement chinois. Si le Vietnam, la Cor&#233;e et le Japon sont des pays de civilisation chinoise, la Mongolie, l'Asie centrale, le Tibet et l'Asie du Sud-Est ont &#233;t&#233; aussi fortement influenc&#233;s par la Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La civilisation chinoise, elle-m&#234;me synth&#232;se de cultures diff&#233;rentes &#224; chaque &#233;poque de son &#233;volution, ne peut &#234;tre isol&#233;e des cultures avec lesquelles elle n'a cess&#233; d'&#234;tre en contact tout au long de l'histoire : celles des nomades &#233;leveurs de la zone des steppes qui parlent des langues alta&#239;ques (turques, mongoles ou toungouses), des montagnards des confins sino-tib&#233;tains, des p&#234;cheurs du bas Yangzi et des c&#244;tes du Sud, des populations non chinoises de la Chine du Sud et du Sud-Ouest et, enfin, des peuples s&#233;dentaires des oasis de l'Asie centrale. De m&#234;me, l'histoire des unit&#233;s politiques chinoises est ins&#233;parable de celle des r&#233;gions voisines (Cor&#233;e, Japon, Mongolie, Tibet, Vietnam) ou plus lointaines (Inde, Iran, Asie du Sud-Est) avec lesquelles les influences ont &#233;t&#233; r&#233;ciproques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Asie de civilisation chinoise poss&#232;de certains caract&#232;res sp&#233;cifiques qui la distinguent des autres aires de civilisation. Ses conditions naturelles (richesse extr&#234;me de la flore, abondance du bambou dont les emplois sont d'une tr&#232;s grande diversit&#233;, r&#233;gime des moussons qui favorise la navigation au long cours, depuis le Japon jusqu'&#224; l'oc&#233;an Indien, etc.), ses types humains &#224; dominante mongolo&#239;de, ses langues isolantes qui se rattachent au groupe complexe et &#233;tendu des langues sino-tib&#233;taines, ses caract&#233;ristiques technologiques (modes de portage et autres particularit&#233;s des techniques du corps, constructions &#224; piliers portants, damage de la terre, absence de la vis, pr&#233;sence du p&#233;dalier et de la courroie de transmission) contribuent &#224; cette sp&#233;cificit&#233; &#233;galement dans le domaine des traditions politiques, sociales, religieuses et esth&#233;tiques. L'Asie orientale de civilisation chinoise, parfois associ&#233;e au monde indien, en est cependant profond&#233;ment diff&#233;rente. &#192; l'amour du concret et du cas particulier, au sens de l'histoire, de m&#234;me qu'&#224; la pr&#233;cision et &#224; la concision chinoises s'opposent le raffinement des analyses th&#233;oriques, le go&#251;t des classifications et des longs d&#233;veloppements litt&#233;raires, les tendances mystiques et les aptitudes aux sp&#233;culations m&#233;taphysiques, propres au monde de civilisation indienne. Au lieu d'une logique fond&#233;e sur les m&#233;canismes du langage, comme l'est celle des Grecs et des Indiens, les Chinois ont d&#233;velopp&#233; une logique fond&#233;e sur le maniement de symboles graphiques.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mais le monde chinois se distingue surtout par des formes politiques et sociales particuli&#232;res qui ont jou&#233; un r&#244;le capital dans son &#233;volution : l'importance &#224; partir du IVe si&#232;cle avant notre &#232;re d'une organisation &#233;tatique centralis&#233;e qui s'est efforc&#233;e de maintenir les groupements humains au niveau de petites unit&#233;s villageoises, l'absence d'autonomie urbaine, la pr&#233;dominance de l'&#201;tat au cours de l'histoire, malgr&#233; ses affaiblissements temporaires, ont eu une influence profonde dans tous les domaines : &#233;conomie, soci&#233;t&#233;, vie religieuse, philosophie, arts, sciences et techniques. La permanence d'un &#201;tat centralis&#233;, qui s'est adapt&#233; au cours des si&#232;cles aux transformations de l'&#233;conomie et de la soci&#233;t&#233;, explique &#224; la fois l'&#233;tendue des empires, leur relative stabilit&#233; et l'unification progressive du monde chinois.&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Id.&#034; id=&#034;nh10-36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il est habituel de souligner que le monde chinois a des facult&#233;s 'phagocitaires'. On appuie cette affirmation sur la remarque que les divers envahisseurs et conqu&#233;rants de l'empire ont fini par se siniser et adopter les m&#339;urs du pays. Ainsi des Mongols de Koubila&#239; qui conqui&#232;rent la Chine au XIIIe si&#232;cle et fondent la dynastie des Yuan, ou des Mandchous qui la conqui&#232;rent au XVIIe et fondent la dynastie des Qing (Ts'ing) qui dura jusqu'au XXe si&#232;cle. Mais c'est oublier que les premiers ne se fondirent pas tellement dans le pays, qu'ils furent en fait peu touch&#233;s par les influences chinoises et rapidement renvers&#233;s par les Ming, et que les seconds, d&#233;j&#224; fortement sinis&#233;s, pratiqu&#232;rent certes une politique de favoritisme aux &#233;lites locales, mais en m&#234;me temps une politique de s&#233;gr&#233;gation interdisant les mariages 'mixtes' chinois-mandchous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement l'image dominante que l'on retrouve dans les descriptions de la Chine c'est justement cette permanence d'un &#201;tat centralis&#233; s'appuyant sur une couche de bureaucrates recrut&#233;s par concours. C'est ce qui est le plus souvent entendu dans le mot &lt;i&gt;confucianisme&lt;/i&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son fondateur, Qiu, appel&#233; Kongfuzi, Ma&#238;tre Kong par les j&#233;suites dont on a fait Confucius, v&#233;cut semble-t-il de &#8211;551 &#224; &#8211; 479. En fait dans sa doctrine initiale, l'essentiel c'est de d&#233;finir l'&#233;lite sociale, non par l'h&#233;r&#233;dit&#233; mais par 'la vertu, le m&#233;rite, les comp&#233;tences, ind&#233;pendamment de la naissance et de la fortune'.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le mieux pour la doctrine du Ma&#238;tre lui-m&#234;me est de se reporter &#224; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Ce qu'Etiemble pr&#233;cise ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mais la vertu, la correction morale d&#233;pendent strictement de la qualit&#233;, de l'ordre du langage&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quelques mots sont utiles ici sur la langue chinoise. En fait, comme le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;. Quand tout va mal dans une principaut&#233;, quand les m&#339;urs y sont corrompues, les princes indignes de leur fonction, et que par cons&#233;quent le peuple ne sait plus o&#249; situer le bien et le mal, un seul rem&#232;de : &#171; Rendre correctes les d&#233;nominations &#187;. Une fois d&#233;finis les concepts, l'homme de qualit&#233; veille toujours &#224; y conformer ses paroles et ses actes. Si le p&#232;re agit en p&#232;re, le fils en fils, tout va bien ; si le fils &#233;change sa d&#233;nomination avec celle du p&#232;re, s'il se comporte en p&#232;re, comme avec sa m&#232;re le fils de la princesse Nanzi, c'est l'inceste : le d&#233;sordre, le crime.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La r&#233;forme langagi&#232;re garantit donc la coh&#233;sion du groupe humain : en se conformant au concept de prince, le prince gouvernera dans l'int&#233;r&#234;t de tous, et sera le plus efficace. Du point de vue &lt;/i&gt;&lt;i&gt;machiav&#233;lien, Confucius est probablement dans l'erreur : Saint Louis perd sa croisade, mais Louis XI accro&#238;t la France. Du point de vue de la morale personnelle, assur&#233;ment il a raison : point de&lt;/i&gt; junzi &lt;i&gt;[honn&#234;te homme] qui ne se conforme aux &#171; d&#233;nominations correctes &#187;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Etiemble, in Les entretiens de Confucius, op. cit. , Pr&#233;face p. iv&#034; id=&#034;nh10-39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Et Etiemble, apr&#232;s avoir remarqu&#233; que dans les id&#233;es de Confucius on ne trouve nul syst&#232;me et nulle orthodoxie, y d&#233;tecte en fait une morale :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Morale qui fait confiance, un peu trop sans doute, &#224; la nature humaine ; point de village de dix feux o&#249; l'on ne puisse trouver, c'est du moins sa conviction, un homme au c&#339;ur g&#233;n&#233;reux. Ce qui manque aux humains, c'est de conna&#238;tre les vertus vraies et de s'y appliquer humblement, inlassablement. Tel en effet ne na&#238;t pas vertueux qui, par une &#233;tude appropri&#233;e, par un constant effort sur soi, peut acqu&#233;rir toutes celles des qualit&#233;s humaines qui ne sont pas incompatibles avec son temp&#233;rament. Trois de ces vertus font de vous un bon p&#232;re de famille ; six, un prince acceptable ; neuf, un grand roi. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cette morale, du moins, n'est pas d&#233;duite d'une foi, d'une m&#233;taphysique, ou descendue d'un Sina&#239;.&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Id. p. vi&#034; id=&#034;nh10-40&#034;&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce qui n'emp&#234;chait pas Confucius de respecter les rites fussent-ils religieux s'ils ne blessent pas la morale positive, car, comme le remarque Etiemble, il &#233;tait convaincu que nulle soci&#233;t&#233; ne peut subsister sans des f&#234;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autour de cette conception morale de l'&#233;lite vint se greffer par la suite la glorification du lettr&#233;, de l'accession aux responsabilit&#233;s sociales des gens s&#233;lectionn&#233;s par des techniques &#224; d&#233;finir et qui dans la Chine ancienne prirent (au moins &#224; certaines &#233;poques) la forme d'examens r&#233;gis par l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne voit gu&#232;re, dans cette interpr&#233;tation ce qu'il y a de typiquement asiatique car cela ressemble furieusement au syst&#232;me de s&#233;lection par le m&#233;rite, &#233;ventuellement &#224; corriger par l'&#233;galit&#233; des chances, que l'on conna&#238;t ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de revenir sur cet aspect, je remarquerai d'abord que cette vision de l'histoire chinoise passe sous silence les innombrables soul&#232;vements de paysans contre la domination des propri&#233;taires terriens, des militaires, des mandarins corrompus, de l'empereur lui-m&#234;me.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-41&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On trouvera une vue de certains de ces mouvements dans les articles de Ngo (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-41&#034;&gt;41&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, quelles qu'aient pu &#234;tre les opinions profondes de Ma&#238;tre Kong, l'interpr&#233;tation qui en a &#233;t&#233; faite pratiquement de tout temps c'est celle qui d&#233;finit la sagesse comme l'acceptation de sa place dans la soci&#233;t&#233; et donc de la hi&#233;rarchie sociale, le tout appuy&#233; sur le culte des anc&#234;tres et la pi&#233;t&#233; filiale. Mais on comprend que nombre de Chinois, soumis &#224; des pr&#233;fets corrompus, &#224; des juges cupides, n'aient vu que les ombres et les vices de la pratique d'une doctrine qu'on encensait m&#234;me en Occident. En vain essaya-t-on de les persuader que les principes restaient &#171; vastes et profonds &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans vouloir entrer dans les m&#233;andres de la politique chinoise depuis la chute de l'empire Qing en 1911, notons que d&#232;s le d&#233;but les cr&#233;ateurs de la R&#233;publique comme Sun Yat-sen s'attaqu&#232;rent au confucianisme de leur &#233;poque consid&#233;r&#233; comme momifi&#233;. Le r&#233;sultat en fut la suppression du syst&#232;me d'examens, et la condamnation d'une doctrine vue comme celle du 'saint des puissants ou de ceux qui veulent le devenir', ainsi que le d&#233;finit Luxun en 1935. Clairement il s'agit ici de mettre &#224; bas non seulement le respect d'une hi&#233;rarchie h&#233;rit&#233;e de l'empire mais aussi de secouer les intellectuels entrav&#233;s par 'une culture frelat&#233;e au nom de laquelle on interdisait aux Chinois l'&#233;tude des sciences exactes et des techniques' (comme le note Luxun).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; Mao zedong, il attaqua lui aussi la doctrine suppos&#233;e de Ma&#238;tre Kong. Dans le cadre de la R&#233;volution culturelle, il s'agissait ici encore d'attaquer l'ancienne hi&#233;rarchie h&#233;rit&#233;e de la R&#233;publique, mais aussi celle du Parti communiste devenue opposante &#224; Mao. Mais en imposant d'&#226;nonner le &lt;i&gt;Petit Livre Rouge &lt;/i&gt;comme on le faisait autrefois avec les &#339;uvres du Ma&#238;tre, Mao ne faisait au fond que suivre la pente 'naturelle' de la d&#233;fense de la 'bonne' hi&#233;rarchie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le retour &#224; une situation 'normale' sous la conduite de Deng Xiaoping, on peut de nouveau en Chine mentionner les bienfaits des id&#233;es de Confucius, surtout si on les ram&#232;ne &#224; la d&#233;fense de l'ordre, de la discipline, de la responsabilit&#233; familiale, du go&#251;t du travail, de l'int&#233;r&#234;t collectif, de la sobri&#233;t&#233; qui sont comme chacun sait les qualit&#233;s de la culture sino-asiatique, oppos&#233;es aux vices, non moins connus de la culture occidentale, &#224; savoir, la complaisance, la paresse, l'individualisme, la violence, la sous-&#233;ducation,le manque de respect pour l'autorit&#233; et l'ossification mentale. Ces id&#233;es sont celles de dirigeants de Singapour, mais elles sont partag&#233;es s&#251;rement, par force, des dirigeants de la Chine dite populaire et aussi par bien des patrons occidentaux.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-42&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Qualit&#233;s et d&#233;fauts cit&#233;s par S. Huntington, op. cit. p. 152&#034; id=&#034;nh10-42&#034;&gt;42&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; moins qu'on ne r&#233;ussisse &#224; prouver que les 'qualit&#233;s' &#233;nonc&#233;es ci-dessus sont par construction chevill&#233;es au corps de tous les asiatiques et les 'd&#233;fauts' &#224; ceux de tous les occidentaux, on ne voit gu&#232;re de diff&#233;rence culturelle ici mais bien plut&#244;t une convergence entre les conceptions des dirigeants de toute ob&#233;dience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on revient au cas de Confucius lui-m&#234;me, il est int&#233;ressant de noter la r&#233;flexion d'Etiemble lorsqu'il affirme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;cette morale, du moins, n'est pas d&#233;duite d'une foi, d'une m&#233;taphysique, ou descendue d'un Sina&#239;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit la r&#233;flexion du Ma&#238;tre est fonci&#232;rement agnostique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-43&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cet agnosticisme a fait l'objet de nombreuses disputes parmi les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-43&#034;&gt;43&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce caract&#232;re rationaliste est toujours latent dans les religions chinoises. En particulier le monde n'&#233;tait pas pour les anciens Chinois l'&#339;uvre d'un cr&#233;ateur. Les fragments de mythes cosmologiques qui subsistent parlent de h&#233;ros qui am&#233;nag&#232;rent la terre pour la rendre habitable, de sages qui firent de l'homme primitif un civilis&#233; ; il n'est nulle part question d'une cr&#233;ation ex nihilo. En revanche pour la croyance populaire il y a des dieux ou plut&#244;t des esprits qui agissent dans la vie quotidienne comme distributeurs de bienfaits comme de calamit&#233;s. Toute activit&#233; humaine d&#233;pend d'un esprit qui doit &#234;tre consult&#233;, f&#234;t&#233; ou apais&#233;, voire chass&#233;. On doit donc avoir recours &#224; des actes de magie. Les magiciens (souvent des pr&#234;tres tao&#239;stes) sont consult&#233;s pour les enterrements, les mariages, les affaires et la construction des maisons. On a vu ainsi r&#233;cemment consulter de tels magiciens pour l'implantation d'immeubles &#224; Hong Kong, &#224; Taipeh, &#224; Singapour, mais aussi, ce qui peut para&#238;tre plus surprenant, &#224; Shanghai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais est-ce tellement diff&#233;rent de l'Occident o&#249; la consultation des horoscopes est quotidienne, o&#249; nombre de patrons engagent des employ&#233;s en fonction de leur signe zodiacal, ou &#224; partir d'une analyse graphologique ? Dois-je rappeler qu'une c&#233;l&#232;bre astrologue, consult&#233;e par feu Mitterrand a soutenu une th&#232;se en Sorbonne ?&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-44&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Plus r&#233;cemment a fait son apparition en Chine continentale la secte du Falun (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-44&#034;&gt;44&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En conclusion on peut dire sans exag&#233;ration que la civilisation asiatique ne se diff&#233;rencie pas &#233;norm&#233;ment de la civilisation occidentale, en ce sens qu'elle se pr&#233;sente comme passablement 'la&#239;que', mettant l'accent sur la n&#233;cessit&#233; d'un ordre social permettant un fonctionnement sans trop de heurts du syst&#232;me productif&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-45&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Contrairement &#224; une opinion r&#233;pandue la 'la&#239;cit&#233;' est une caract&#233;ristique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-45&#034;&gt;45&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et c'est finalement la caract&#233;ristique fondamentale que Huntington en retient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste &#233;videmment le probl&#232;me des droits de l'homme qui revient syst&#233;matiquement dans toutes les discussions et comparaisons entre les civilisations humaines. Ce sujet demande une discussion assez serr&#233;e et j'y reviendrai ult&#233;rieurement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Venons en &#224; l'islam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Fin du manuscrit]&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb10-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ce qui suit reprend et r&#233;sume les pages 255 &#224; 262 du livre de Huntington.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;S. Huntington, &lt;i&gt;op. cit. &lt;/i&gt;p. 257.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Comme l'OCI (organisation de la conf&#233;rence islamique) cr&#233;&#233;e en 1972 par l'Arabie saoudite pour contrer la Ligue arabe alors domin&#233;e par Nasser. La CAIP (conf&#233;rence arabe et islamique populaire) cr&#233;&#233;e en 1991 par le leader soudanais Hassan el Tourabi pour contrer l'OCI, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;S. Huntington, &lt;i&gt;op. cit. &lt;/i&gt;p. 259. Je rappelle que ce livre est &#233;crit en 1995.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Id., &lt;/i&gt;p. 260&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Gilles Kepel, &lt;i&gt;op. cit. &lt;/i&gt;p. 283 expose ainsi l'id&#233;e d'Abou Mous'ab al Zarkawi, le rebelle de Falouja, qui affirme que les chi'ites, qualifi&#233;s de l'&#233;pith&#232;te infamante de &lt;i&gt;rafida &lt;/i&gt;(h&#233;r&#233;tiques&lt;i&gt;), &lt;/i&gt;visent rien moins, avec l'aide de leurs amis les juifs 'd'&#233;tablir &#171; un &#201;tat h&#233;r&#233;tique [&lt;i&gt;daoula rfafd&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire chi'ite] qui s'&#233;tendrait de l'Iran au Liban en passant par l'Irak et la Syrie et finirait par les royaumes en carton du Golfe &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut trouver d'autres qualificatifs d&#233;sobligeants, voire insultants, des chi'ites par des sunnites.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cette id&#233;e sous-jacente de jugement moral se retrouve parmi ceux qui se bornent &#224; attaquer les &#201;tats-Unis , avec &#224; leur t&#234;te le Lucifer moderne G.W. Bush, diaboliquement responsables de tous les malheurs du monde. Cf. ci-apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;S. Huntington, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;. p. 385&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Id., &lt;/i&gt;p.388&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Les Tch&#233;tch&#232;nes fournissaient traditionnellement des &#233;migr&#233;s et des soldats &#224; l'URSS. Cette derni&#232;re possibilit&#233; a disparu avec la fin de l'URSS.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;S. Huntington sait parfaitement que la question yougoslave est complexe, et que les exc&#232;s nationalisto-religieux se retrouvent dans tous les camps. Serbes, Croates Musulmans bosniaques, Albanais du Kosovo, tout le monde y est all&#233; avec plus ou moins de bon c&#339;ur. Cf. ci-apr&#232;s. Voir S. Huntington, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;. p. 390 et ff.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Id., &lt;/i&gt;p. 394&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid., &lt;/i&gt;p. 394-395&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Nombre de sourates se r&#233;pandent en impr&#233;cations diverses contre les infid&#232;les, les p&#234;cheurs et les ren&#233;gats, le tout avec exhortation au repentir car Allah est le Tout Mis&#233;ricordieux , le Tr&#232;s Mis&#233;ricordieux ( r-rahmani r-rahim).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;'Tous ceux qui prennent le glaive, p&#233;riront par le glaive' dit J&#233;sus (Matt. 26 52). Aussi, pour ne pas contrevenir &#224; cette injonction, Odon de Conteville, demi fr&#232;re de Guillaume le Conqu&#233;rant, utilise un b&#226;ton pour se battre &#224; Hasting (14 octobre 1066).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;S. Huntington, &lt;i&gt;op. cit. &lt;/i&gt;p. 397.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Id., &lt;/i&gt;p.409-410&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.,&lt;/i&gt; p. 437-438.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;[Elles sont reproduites ici : &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?897-sur-une-possible-escalade-geopolitique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Sur une possible escalade g&#233;opolitique &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Notes de LC]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid., &lt;/i&gt;p. 478&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Carrol Quigley, &lt;i&gt;The Evolution of Civilizations : An Introduction to Historical Analysis&lt;/i&gt;, New York Macmillan, 1961, p. 146 et ff. Huntington cite abondamment ce livre o&#249; l'auteur imagine un mod&#232;le commun de l'&#233;volution des civilisations en sept phases. Cf. S. Huntington, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;. p. 454 et ff.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Carroll Quigley, &lt;i&gt;op. cit. &lt;/i&gt;p. 138-139. Ce texte est &#233;crit en 1961 et pourtant on croirait lire une description de la soci&#233;t&#233; actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;S. Huntington, &lt;i&gt;op. cit. &lt;/i&gt;p. 456&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Id.&lt;/i&gt;, p. 457&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid., &lt;/i&gt;p. 459&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid. &lt;/i&gt;p. 460-461&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Accord de libre &#233;change nord-am&#233;ricain, regroupant le Canada, les &#201;tats-Unis et le Mexique&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le plus souvent on se livre &#224; ce sujet &#224; des consid&#233;rations sur le 'droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes' sans aucune vue critique sur cet aspect &#233;puration. Ainsi dans le cas des guerres coloniales dites de lib&#233;ration, on consid&#232;re l'autod&#233;termination suppos&#233;e comme justifi&#233;e a priori : c'est celle d'un peuple opprim&#233;, comme tel porteur de la qualit&#233;, face &#224; ses oppresseurs, criminels par d&#233;finition. Et si une partie de la population se trouve &#234;tre ethniquement membre de ces oppresseurs, elle devient justifi&#233;e d'une expulsion, quand ce n'est pas d'une &#233;radication. Ce genre de consid&#233;ration qui introduit une sorte de moralisme dans l'estimation des situations a souvent d&#233;bouch&#233; sur un d&#233;sappointement, voire une sorte de d&#233;sespoir, lorsqu'il est apparu que les r&#233;gimes h&#233;ritiers de l'autod&#233;termination r&#233;installaient un monde d'exploitation le plus souvent accompagn&#233; d'une dictature rigide, apparition strictement incompr&#233;hensible pour un mode de pens&#233;e 'sentimental'.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cette opinion se retrouvait dans la propagande nazie, qui voyait l'Am&#233;rique ploutocrate et la Russie bolchevique gouvern&#233;e r&#233;ellement par la juiverie internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui dans certains discours qui insistent sur le fait que certains conseillers de Bush sont juifs (le plus souvent cit&#233; est Paul Wolfowitz, au nom 'europe-centrale' qui fait juif) et sur la politique de l'Isra&#235;l (souvent pr&#233;sent&#233;e comme quasi d&#233;terminant celle des &#201;tats-Unis), il est difficile pour quelqu'un a qui a v&#233;cu la p&#233;riode de la guerre de ne pas y sentir comme une influence. Et que dire des th&#232;ses r&#233;visionnistes d&#233;fendues par des 'ultra-gauchistes' ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Anton Pannekoek, &lt;i&gt;Les conseils ouvriers, &lt;/i&gt;traduction et notes de ICO, r&#233;&#233;dition de Spartacus, Paris 1982.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;A. Pannekoek, &lt;i&gt;op. cit., &lt;/i&gt;tome II, p. 35-36&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. Quelques remarques, texte d'Octobre-novembre 2003&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Id.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Encyclopaedia Universalis, article &lt;i&gt;Chine (empire du milieu) &lt;/i&gt;r&#233;dig&#233; par Jacques Gernet&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Id.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le mieux pour la doctrine du Ma&#238;tre lui-m&#234;me est de se reporter &#224; la traduction de son &#339;uvre &lt;i&gt;Lun Yu&lt;/i&gt;, traduite sous le titre &lt;i&gt;Les entretiens de Confucius &lt;/i&gt;par Pierre Ryckmans, Gallimard, Paris 1988. L'ouvrage est pr&#233;c&#233;d&#233; d'une sorte de pr&#233;face (etiemblissime !) par Etiemble, qui est une reproduction de l'article &lt;i&gt;Confucius et confucianisme &lt;/i&gt;de l'Encyclopaedia Universalis.&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Pierre Ryckmans a publi&#233; un livre qui fit grand bruit dans les ann&#233;es 70 : &lt;i&gt;Les habits neufs du pr&#233;sident Mao&lt;/i&gt;, sous le pseudonyme de Simon Leys, pseudonyme inspir&#233; par le roman de Victor Segalen ,&lt;i&gt;Ren&#233; Leys.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La citation se trouve p. 115&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Quelques mots sont utiles ici sur la langue chinoise. En fait, comme le remarque l'Encyclopaedia Universalis (&lt;i&gt;Empire du milieu, litt&#233;rature &lt;/i&gt;) &lt;i&gt;la langue chinoise comporte deux &#233;tats assez diff&#233;rents l'un de l'autre. Il y a, d'une part, un chinois vulgaire, ou plut&#244;t une multitude de dialectes vulgaires dont l'un, actuellement celui de P&#233;kin, sert de langue vulgaire commune pour tout l'ensemble du pays, et, d'autre part, un chinois litt&#233;raire, qui est le m&#234;me partout et qui n'a gu&#232;re chang&#233; depuis quelque vingt si&#232;cles. Cette langue litt&#233;raire est inintelligible &#224; l'audition, et l'on ne peut que la lire et l'&#233;crire : c'est pourquoi on l'appelle g&#233;n&#233;ralement la &#171; langue &#233;crite &#187;, tandis que le chinois vulgaire, qui peut s'&#233;crire, lui aussi, mais qui seul se parle, est qualifi&#233; de &#171; langue parl&#233;e &#187;.(Auteurs :&lt;/i&gt;Paul Demi&#233;ville et al.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On con&#231;oit le r&#244;le fondamental des lettr&#233;s dans une telle civilisation. R&#244;le qui rendait tant de lettr&#233;s fran&#231;ais du XVIIIe si&#232;cle (Voltaire en t&#234;te) admirateurs de la Chine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Etiemble&lt;i&gt;, in Les entretiens de Confucius, op. cit. , &lt;/i&gt;Pr&#233;face p. iv&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-40&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-40&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Id. &lt;/i&gt;p. vi&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-41&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-41&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-41&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;41&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On trouvera une vue de certains de ces mouvements dans les articles de Ngo Van, publi&#233;s dans les num&#233;ros 8 et 11 de l'Oiseau&#8211;temp&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un roman c&#233;l&#232;bre de la Chine ancienne on trouve la d&#233;nonciation de la corruption des mandarins dans le &lt;i&gt;Jin-Ping-Mei&lt;/i&gt;, traduit sous le titre &lt;i&gt;Fleur en Fiole d'Or&lt;/i&gt;, par Andr&#233; L&#233;vy, dans La Ple&#239;ade. Ce livre a &#233;t&#233; interdit par la Chine mao&#239;ste comme pornographique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre livre de la m&#234;me &#233;poque, toujours extr&#234;mement populaire, &lt;i&gt;Shi Nai-an&lt;/i&gt;,&lt;i&gt; &lt;/i&gt;traduit sous le titre &lt;i&gt;Au bord de l'eau &lt;/i&gt;par Jacques Dars, Gallimard Paris 1978, conte les aventures d'une bande de hors-la-loi et d'insurg&#233;s de toutes origines sociales. Tout cela prouve qu'il existait en Chine de tout temps une critique sociale assez active.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-42&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-42&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-42&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;42&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Qualit&#233;s et d&#233;fauts cit&#233;s par S. Huntington, &lt;i&gt;op. cit. &lt;/i&gt;p. 152&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-43&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-43&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-43&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;43&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cet agnosticisme a fait l'objet de nombreuses disputes parmi les commentateurs occidentaux. Voir &#224; ce sujet ce qu'en dit Etiemble dans la pr&#233;face ou dans l'article de l'Encyclopaedia cit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce qui suit, j'utilise l'article de l'Encyclopaedia Universalis par Maurice Kaltenmark intitul&#233; &lt;i&gt;Chine : symbolisme traditionnel et religions populaires&lt;/i&gt;, et les articles &#233;quivalents de l'Encyclopaedia Britannica.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-44&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-44&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-44&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;44&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Plus r&#233;cemment a fait son apparition en Chine continentale la secte du Falun Gong passablement pers&#233;cut&#233;e par le pouvoir et plus ou moins d&#233;fendue par Amnesty International. Cette secte qui se pr&#233;sente comme une sorte de club pratiquant des techniques de respiration a fait diverses d&#233;monstrations sur la place Tiananmen, dispers&#233;es par la police avec l'am&#233;nit&#233; ordinaire. Pour s'en d&#233;barrasser le parti communiste chinois aura tout essay&#233; : interdiction, campagne de r&#233;&#233;ducation, emprisonnement de milliers d'adeptes (60 seraient morts en prison) condamnation comme 'secte', etc. Aujourd'hui , silence total. Il semble que la secte survit l&#224;-bas via internet et le t&#233;l&#233;phone portable. Toutefois avant la r&#233;pression la secte avait 1900 centres d'instruction en Chine continentale. Elle aurait toujours des antennes aux &#201;tats-Unis et m&#234;me en France (13 lieux de pratiques &#224; Paris et en banlieue). Le fondateur de la secte, Li Hongzhi, vit en exil. On peut se demander s'il poss&#232;de les dons de l&#233;vitation et le troisi&#232;me &#339;il que la pratique du Qi Gong devrait lui assurer. Rappelons que le Qi Gong, 'gymnastique &#233;nerg&#233;tique chinoise' qui fait partie de la m&#233;decine traditionnelle, cherche par le contr&#244;le du mouvement, du souffle et de la pens&#233;e &#224; faire circuler le Qi (le souffle de vie si l'on veut) le long de r&#233;seaux qui sont les m&#234;mes que ceux de l'acupuncture. Bien que leurs r&#233;seaux soient diff&#233;rents, il n'est pas interdit d'y voir une analogie avec le Yoga tantrique qui veut faire monter la &lt;i&gt;kundalini &lt;/i&gt;&#224; travers les divers &lt;i&gt;chakra&lt;/i&gt;s. Cette analogie est d&#233;velopp&#233;e dans le livre de Robert van Gulik, &lt;i&gt;La vie sexuelle dans la Chine ancienne &lt;/i&gt;(traduction&lt;i&gt; &lt;/i&gt;de Louis &#201;vrard, Gallimard Paris 1977) qui, entre autres, rel&#232;ve un certain nombre de pratiques sexuelles sens&#233;es am&#233;liorer la vie quotidienne, voire assurer l'immortalit&#233; par un &#233;quilibre des composantes &lt;i&gt;yin&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;yang &lt;/i&gt;p&#244;les &#224; la fois contraires et compl&#233;mentaires (la r&#233;duction de &lt;i&gt;yin&lt;/i&gt; &#224; passif et f&#233;minin et &lt;i&gt;yang&lt;/i&gt; &#224; actif et masculin est un contre-sens). Le livre de van Gulik a &#233;t&#233; un best seller de l'&#233;dition fran&#231;aise dans les ann&#233;es 70-80 &#224; cause, dit-on, d'un certain engouement des mao&#239;stes fran&#231;ais qui l'auraient utilis&#233; comme manuel pour 'baiser &#224; la chinoise'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant les techniques du Qi Gong sont utilis&#233;es commun&#233;ment en Chine et au Japon au cours des poses de d&#233;tente observ&#233;es dans les entreprises (tai chi) et tous les touristes visitant la Chine sont surpris de voir des foules ex&#233;cuter des mouvements ultra lents au milieu des rues.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-45&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-45&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-45&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;45&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Contrairement &#224; une opinion r&#233;pandue la 'la&#239;cit&#233;' est une caract&#233;ristique commune &#224; tous les &#201;tats occidentaux. M&#234;me s'il y a une religion plus ou moins officielle, comme au Royaume Uni, la libert&#233; de conscience est reconnue partout, m&#234;me celle de l'ath&#233;isme. Cet &#233;tat de fait est vrai aussi pour les &#201;tats-Unis, g&#233;n&#233;ralement pr&#233;sent&#233;s comme hyper religieux. Comme exemple, citons la d&#233;cision du 1er juillet 2003 de la cour d'appel f&#233;d&#233;rale du 11e circuit, s'appuyant sur une d&#233;cision de la cour supr&#234;me, ordonnant de retirer de la grande rotonde du palais de justice de Montgomery un monument o&#249; &#233;tait grav&#233; le texte des Dix Commandements avec comme argumentation : '&lt;i&gt;Aujourd'hui les termes &lt;/i&gt;[de l'&#233;tablissement du premier amendement de la constitution] &lt;i&gt;sont reconnus comme offrant des garanties de libert&#233; et d'&#233;galit&#233; religieuses &#224; l'infid&#232;le, &#224; l'ath&#233;e, ou &#224; l'adh&#233;rent d'une religion non chr&#233;tienne, comme l'islam et le juda&#239;sme&lt;/i&gt;'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit on ne doit pas choquer, dans un b&#226;timent officiel, les croyances (ou non croyances) d'un citoyen par l'&#233;talage d'une autre religion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte est cit&#233; par Denis Lacombe dans un article intitul&#233; &lt;i&gt;La s&#233;paration de l'&#201;glise et de l'&#201;tat aux &#201;tats-Unis, in &lt;/i&gt;Le D&#233;bat, N&#176; 127, nov-d&#233;c 2003. Cet article tr&#232;s instructif rel&#232;ve l'&#233;tonnement des Am&#233;ricains lorsqu'ils apprennent qu'en France, l'&#201;tat finance les &#233;coles religieuses, surtout catholiques.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Sur le choc des civilisations (1/2)</title>
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		<dc:date>2019-08-13T18:36:36Z</dc:date>
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		<dc:subject>Relativisme</dc:subject>
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		<dc:subject>Saint-James Daniel</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le texte qui suit est une recension du c&#233;l&#232;bre livre de Samuel P. Huntington &#171; The clash of Civilisations and the Remaking of World Order &#187; [1996] (paru en France en 1997 chez Odile Jacob sous le tire &#171; Le Choc des civilisations &#187;). Cette recension a &#233;t&#233; &#233;crite par notre ami Daniel Saint-James, d&#233;c&#233;d&#233; en mai dernier. Commenc&#233;e en 2005, sans doute sous la forme de notes personnelles, elle est rest&#233;e malheureusement inachev&#233;e, mais brille discr&#232;tement par son intelligence et son &#233;rudition. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-dynamiques-geopolitiques-" rel="directory"&gt;Dynamiques G&#233;opolitiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-246-Saint-James-Daniel-+" rel="tag"&gt;Saint-James Daniel&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/arton982.jpg?1621969011' class='spip_logo spip_logo_right' width='95' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le texte qui suit est une recension du c&#233;l&#232;bre livre de Samuel P. Huntington &#171; The clash of Civilisations and the Remaking of World Order &#187; [1996] (paru en France en 1997 chez Odile Jacob sous le tire &#171; Le Choc des civilisations &#187;). Cette recension a &#233;t&#233; &#233;crite par notre ami Daniel Saint-James, &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?A-la-memoire-de-Daniel-Saint-James-109' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;d&#233;c&#233;d&#233; en mai dernier&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Commenc&#233;e en 2005, sans doute sous la forme de notes personnelles, elle est rest&#233;e malheureusement inachev&#233;e, mais brille discr&#232;tement par son intelligence et son &#233;rudition.&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous ne souscrivons pas int&#233;gralement aux remarques qui suivent, mais les trouvons toutes salutaires, ne serait-ce que parce qu'elles t&#233;moignent d'un temps o&#249; certains marxistes osaient encore penser la r&#233;alit&#233;, donner la parole &#224; leurs adversaires et, comble d'ignominie, lire d'eux-m&#234;mes les livres dits &#171; interdits &#187;. Dans cette m&#234;me veine, on lira &#233;galement &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?270-faut-il-confondre-choc-et-conflit' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Faut-il confondre &#171; choc &#187; et &#171; conflit &#187; de civilisations ? &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_espace&#034;&gt;&lt;/div&gt;&lt;center&gt;&lt;strong&gt;I&lt;br class='manualbr' /&gt;Introduction&lt;/strong&gt; &lt;/center&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_espace&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans son dernier livre &lt;i&gt;Fitna&lt;/i&gt;, Gilles Kepel, en g&#233;n&#233;ral mieux inspir&#233;, &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;En 1993, Samuel Huntington, professeur &#224; Harvard, publie dans la revue &lt;/i&gt;Foreign Affairs&lt;i&gt; son c&#233;l&#232;bre article sur le &#171; clash des civilisations &#187; qui suscitera des d&#233;bats passionn&#233;s et sera suivi d'un livre homonyme, imm&#233;diatement best-seller mondial. Le th&#232;me devient alors une ritournelle qu'entonnent grands et petits, doctes et profanes, &#224; longueur de colloques et d'articles, pour s'en faire les chantres ou en condamner les th&#232;ses.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sans entrer dans le d&#233;tail de celles-ci, on notera qu'elles font de l'islam &#8211; flanqu&#233; du confucianisme &#8211; l&lt;/i&gt;&lt;i&gt;'autre&lt;/i&gt;&lt;i&gt; par excellence de l'Occident, un autre hostile que ramasse la formule fameuse de l'auteur : &#171; &lt;i&gt;Le monde de l'islam, en forme de croissant, a des fronti&#232;res sanglantes.&lt;/i&gt; &#187; L'ad&#233;quation entre la repr&#233;sentation cartographique (approximative) de l'extension territoriale suppos&#233;e de l'islam et son symbole sur les &#233;tendards du &lt;/i&gt;jihad &lt;i&gt;est une mani&#232;re de litt&#233;rature &#224; l'estomac&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gilles Kepel, Fitna, Gallimard, Paris 2004, p. 88. Le mot arabe fitna est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Avant d'aller plus loin, remarquons au passage la restriction '&lt;i&gt;sans entrer dans le d&#233;tail'&lt;/i&gt; qui permet de fournir une description sommaire, voire outr&#233;e, des positions du digne professeur. Suit alors dans le texte de Kepel un passage de style litt&#233;raire concernant le croissant et le capuccino viennois&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lors du si&#232;ge de Vienne par les Turcs ottomans en 1683, les boulangers (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;. Enfin, il revient &#224; sa propre th&#232;se et &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La r&#233;activation de cette ligne de bataille entre Occident et Islam &#224; la toute fin du XXe si&#232;cle sous la plume de Samuel Huntington rend certes sa saveur historique &#224; la collation matinale, mais s'efforce surtout de substituer un affrontement du Bien et du Mal &#224; un autre, par un glissement de la toponymie : l'Est, hier m&#233;taphore du bloc sovi&#233;tique, appelle l'Orient d'avant-hier, &#233;vocation guerri&#232;re de l'ennemi sarrasin, qui annonce l'islamisme d'aujourd'hui, o&#249; se m&#234;lent r&#233;sidus de la propagande communiste et fanatisme religieux &#8211; comme la pilosit&#233; de Guevara se conjugue &#224; celle du Proph&#232;te pour pr&#233;parer la barbe en bataille de Ben Laden sur ces ic&#244;nes d'aujourd'hui produites par la t&#233;l&#233;vision ou l'industrie du tee shirt illustr&#233;. Mais la comparaison est trompeuse car elle sugg&#232;re que le monde de l'islam est aussi centralis&#233; que le feu bloc sovi&#233;tique &#8211; nonobstant la dissidence chinoise &#8211; et que La Mecque constitue r&#233;ellement, pour retourner la c&#233;l&#232;bre formule, le Moscou de l'islam. Il n'en est rien et le monde musulman n'est ni monolithique ni homog&#232;ne. Il comporte une pluralit&#233; de centres en comp&#233;tition acharn&#233;e pour l'h&#233;g&#233;monie sur les valeurs politico-religieuses. Son rapport avec l'Occident et la modernit&#233; que celui-ci invente et diffuse, s'av&#232;re plus complexe, profond, intime que l'antagonisme id&#233;ologique et militaire tranch&#233; qui pr&#233;valait entre &#201;tats-Unis et Union Sovi&#233;tique. Il n'existe pas de Komintern islamiste dont les mouvements radicaux &#224; travers la plan&#232;te appliqueraient les instructions comme les partis communistes de chaque pays suivaient aveugl&#233;ment la ligne stalinienne eu &#233;gard aux int&#233;r&#234;ts de l'URSS.&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G. Kepel, op. cit. p. 89.&#034; id=&#034;nh11-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;'&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Nouveau num&#233;ro de litt&#233;rature s'il en fut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qu'en est-il des th&#232;ses de Huntington pr&#233;sent&#233;es &#224; la fin de ce passage ? On trouve celles-ci expos&#233;es par le d&#233;tail dans le livre de 1996 de ce professeur intitul&#233; : &lt;i&gt;The Clash of Civilizations and the Remaking of World Order, &lt;/i&gt;destin&#233;, selon l'auteur, &#224; pr&#233;ciser sa pens&#233;e, '&lt;i&gt;vu l'int&#233;r&#234;t soulev&#233; [par son article], les comptes-rendus erron&#233;s qu'on en a donn&#233;s et les controverses qu'il a fait na&#238;tre'&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Samuel Huntington, The Clash of Civilizations and the Remaking of World (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La traduction fran&#231;aise supprime une partie du titre &#224; mon avis importante : &lt;i&gt;and the Remaking of World Order&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire : et la reconstruction de l'ordre mondial, de plus le mot &lt;i&gt;clash &lt;/i&gt;serait mieux rendu par &lt;i&gt;heurt&lt;/i&gt; que par &lt;i&gt;choc&lt;/i&gt;. J'esp&#232;re que cette remarque sera &#233;clair&#233;e et justifi&#233;e par ce qui va suivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Essentiellement Huntington s'attaque au probl&#232;me que pose l'&#233;croulement de l'Union Sovi&#233;tique apr&#232;s 1989 et il tente de d&#233;gager les perspectives ouvertes par la nouvelle situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ancienne opposition entre Occident capitaliste et Est socialiste, base de la d&#233;finition &#224; la foi mat&#233;rielle et id&#233;ologique de ces deux camps, cesse d'&#234;tre le caract&#232;re dominant du nouvel ordre mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour certains la nouvelle situation ouvre la voie royale au monde occidental pour imposer non seulement son mode de production, d'&#233;change, mais aussi son mode d'organisation sociale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On pense ici le plus souvent &#224; Fukuyama et &#224; son livre La fin de l'histoire, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Huntington s'inscrit en faux contre cette vision homog&#233;n&#233;isante, car, pr&#233;tend-il, il y a dans le monde actuel des possibilit&#233;s de d&#233;veloppement relativement ind&#233;pendant pour nombre de pays. En d'autres termes, il y a objectivement une sorte de recul de l'Occident qui n'est plus en phase d'expansion et qui, par cons&#233;quent, est incapable d'imposer avec la modernisation et la globalisation la forme sociale et les valeurs qui lui sont propres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus simple est de donner ici la parole &#224; Huntington qui d&#233;finit ainsi le th&#232;me et l'organisation de son livre.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quel est le th&#232;me central de ce livre ? Le fait que la culture, les identit&#233;s culturelles qui, &#224; un niveau grossier, sont des identit&#233;s de civilisation, d&#233;terminent les structures de coh&#233;sion, de d&#233;sint&#233;gration, de conflits dans le monde d'apr&#232;s la guerre froide.&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Huntington, op. cit. p. 17&#034; id=&#034;nh11-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Juste un petit commentaire au passage avant d'examiner plus en d&#233;tail les aspects abord&#233;s dans le livre. On retrouve ici une id&#233;e assez simpliste bien que fort r&#233;pandue : les fonds culturels dans les groupes sociaux sont ind&#233;l&#233;biles, ou, en tout cas, tr&#232;s difficiles &#224; &#233;mousser. Cet affaiblissement demande une force unificatrice qui transcende, par exemple le nationalisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ainsi pendant la R&#233;volution fran&#231;aise de 89, il y a passage au-del&#224; des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ou le sentiment d'appartenir &#224; une classe, d'en d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts voire d'y concevoir un changement social, ou m&#234;me celui d'appartenir &#224; un monde dit libre ou au contraire progressiste. Si cette force unificatrice manque, alors les diff&#233;rences culturelles ou identitaires reprennent le dessus.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On retrouve l&#224; le point de vue d&#233;fendu par Claude Orsoni dans son petit (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Je reviens sur cette affirmation-constatation ult&#233;rieurement. Retour donc sur le texte de Huntington.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Les cinq parties de cet ouvrage d&#233;veloppent les corollaires de cette proposition de base.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Premi&#232;re partie : pour la premi&#232;re fois dans l'histoire, la politique globale est &#224; la fois multipolaire et multicivilisationnelle. La modernisation se distingue de l'occidentalisation et ne produit nullement une civilisation universelle, pas plus qu'elle ne donne lieu &#224; l'occidentalisation des soci&#233;t&#233;s non-occidentales.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Deuxi&#232;me partie : le rapport de force entre les civilisations change. L'influence relative de l'Occident d&#233;cline ; la puissance &#233;conomique, militaire et politique des civilisations asiatiques s'accro&#238;t ; l'islam explose sur le plan d&#233;mographique, ce qui d&#233;stabilise les pays musulmans et leurs voisins ; enfin les civilisations non-occidentales r&#233;affirment la valeur de leur propre culture.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Troisi&#232;me partie : un ordre mondial organis&#233; sur la base de civilisations appara&#238;t. Des soci&#233;t&#233;s qui partagent des affinit&#233;s culturelles coop&#232;rent les unes avec les autres ; les efforts men&#233;s pour attirer une soci&#233;t&#233; dans le giron d'une autre civilisation &#233;chouent ; les pays se regroupent autour d'&#201;tats phares de leur civilisation.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Quatri&#232;me partie : les pr&#233;tentions de l'Occident &#224; l'universalit&#233; le conduisent de plus en plus &#224; entrer en conflit avec d'autres civilisations, en particulier l'islam et la Chine ; au niveau local des guerres frontali&#232;res, surtout entre musulmans et non-musulmans, suscitent des alliances nouvelles et entra&#238;nent l'escalade de la violence, ce qui conduit les &#201;tats dominants &#224; tenter d'arr&#234;ter ces guerres.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;i&gt;Cinqui&#232;me partie : la survie de l'Occident d&#233;pend de la confirmation par les Am&#233;ricains de leur identit&#233; occidentale ; les Occidentaux doivent admettre que leur civilisation est unique mais pas universelle et s'unir pour lui redonner vigueur contre les d&#233;fis pos&#233;s par les soci&#233;t&#233;s non-occidentales. Nous &#233;viterons une guerre g&#233;n&#233;ralis&#233;e entre civilisations si, dans le monde entier, les chefs politiques admettent que la politique globale est devenue multicivilisationnelle et op&#232;rent &#224; pr&#233;server cet &#233;tat de fait.&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Huntington, op. cit., p. 17,18.&#034; id=&#034;nh11-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Si je cite l'ensemble de ce texte extrait de la pr&#233;face, c'est qu'il expose clairement la 'probl&#233;matique', comme on dit maintenant, de cet auteur. En tout cas on y voit non moins clairement qu'on y est tr&#232;s &#233;loign&#233; de l'image qu'en donne Kepel. M&#234;me la derni&#232;re partie du livre qui parle d'une sorte de n&#233;cessit&#233; d'auto-d&#233;fense de la civilisation occidentale ne le fait nullement dans un langage agressif, dans la promotion d'on ne sait quelle croisade comme le laisse supposer Kepel. Nulle part Huntington n'a recours &#224; l'id&#233;ologie du Bien et du Mal, il a plut&#244;t l'attitude politiquement correcte du respect des civilisations, a priori moralement &#233;gales, le tout accompagn&#233; d'une pr&#233;vision du d&#233;clin de l'Occident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit il se retrouve dans une mouvance qu'on qualifierait volontiers de fin de si&#232;cle si elle ne pouvait se r&#233;clamer d'anc&#234;tres plus ou moins prestigieux dont le plus connu est Spengler, que Huntington revendique plus ou moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il m'est donc difficile de comprendre pourquoi le plus souvent on caricature ses positions, qu'on en fait, comme Kepel, un inspirateur des n&#233;o-conservateurs, un avocat de croisades violentes. Toute une tendance, disparate, qui pr&#244;ne la lutte ouverte contre la 'civilisation occidentale', parfois assimil&#233;e avec le capitalisme, devrait se r&#233;jouir de cette pr&#233;vision de d&#233;clin, tout comme cette autre, tout aussi disparate, qui d&#233;fend la cr&#233;ation d'un &#233;quilibre multipolaire du monde moderne.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_espace&#034;&gt;&lt;/div&gt;&lt;center&gt;&lt;strong&gt;II&lt;br class='manualbr' /&gt;Analyse succinte du livre de Huntington&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_espace&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A &#8212; G&#233;n&#233;ralit&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son livre, le professeur de Harvard va tenter d'&#233;tayer les affirmations qu'il rel&#232;ve dans la pr&#233;sentation de sa pr&#233;face.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il commence par un expos&#233; rapide de l'&#233;volution du monde&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il d&#233;gage d'abord quatre 'paradigmes'&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce mot, introduit par l'historien des sciences Thomas S. Kuhn, d&#233;signe la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui selon lui ont &#233;t&#233; propos&#233;s pour rendre compte de l'&#233;tat du monde d'apr&#232;s la fin de la guerre froide&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. S. Huntington, op. cit., p. 28 et ff.&#034; id=&#034;nh11-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Paradigme unitaire : un seul et m&#234;me monde, euphorie et harmonie.
Cette vision est insoutenable, car le monde a certes chang&#233; mais il n'est pas devenu pacifique pour autant ni harmonieux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Paradigme binaire : un monde divis&#233; en deux, &#171; eux &#187; et &#171; nous &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce point de vue est tr&#232;s r&#233;pandu et remonte aux temps antiques : civilis&#233;s et barbares, Orient et Occident, Nord et Sud, &lt;i&gt;dar al islam dar al harb&lt;/i&gt;, ( pays de l'islam et pays de la guerre), division entre pays riches et pauvres, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette vision n'est pas plus op&#233;rative que la pr&#233;c&#233;dente. En ce qui concerne l'opposition entre pays riches et pauvres, c'est au cours des quatre cents ans qui marquent sa mont&#233;e que l'Occident s'est livr&#233; &#224; des conqu&#234;tes et des colonisations (parfois des exterminations) de soci&#233;t&#233;s pauvres et traditionnelles. Aujourd'hui la d&#233;colonisation est achev&#233;e et une guerre de niveau international entre le Sud pauvre et le Nord riche est invraisemblable, car les pauvres ne sont ni assez unis ni assez puissants. Ils peuvent se livrer des guerres locales violentes, tandis que les riches peuvent se livrer des guerres commerciales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si &#171; nous &#187; repr&#233;sente l'Occident, on ne peut pas dire qu'il soit enti&#232;rement uni, et si &#171; eux &#187; repr&#233;sente les non Occidentaux, alors ils sont un exemple parfait de division tant en termes de religion, de structures sociales, d'institutions, de valeurs dominantes. L'unit&#233; du monde non-occidental, la dichotomie Orient/Occident sont des mythes cr&#233;&#233;s par l'Occident&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On croirait lire ce que dit Kepel sur la non-unit&#233; du monde arabe.&#034; id=&#034;nh11-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) Paradigme &#233;tatique : un monde de cent quatre-vingt quatre &#201;tats environ&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve l&#224; la th&#233;orie classique qui fait des &#201;tats les acteurs majeurs, voire les seuls importants des affaires mondiales, oppos&#233;s les uns aux autres dans la d&#233;fense de leurs int&#233;r&#234;ts. Ce paradigme &#233;tatique s'est av&#233;r&#233; au cours de l'histoire, mais il est insuffisant pour rendre compte des politiques globales comme celle qui a caract&#233;ris&#233; la guerre froide. Les &#201;tats se sont regroup&#233;s pour d&#233;fendre des int&#233;r&#234;ts qui leur paraissaient communs &#224; un moment donn&#233; et ils l'ont fait plus ais&#233;ment quand ils avaient des cultures et des institutions suffisamment communes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la seconde guerre mondiale, tous les &#201;tats ont accept&#233;, parfois passablement contraints, de perdre quelque peu de leur souverainet&#233;, de leurs pr&#233;rogatives, voire de leur puissance. Ainsi des institutions internationales ont acquis des fonctions importantes, mis sur place des bureaucraties agissant directement sur la vie des citoyens, et, dans certains cas, &#224; un niveau impensable jusque l&#224; (un exemple type est celui de l'Union europ&#233;enne).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4) Paradigme du chaos :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affaiblissement des &#201;tats et dans certains cas leur &#233;chec accr&#233;ditent l'image d'un monde r&#233;duit &#224; l'anarchie. Ce paradigme chaotique est proche de la r&#233;alit&#233; si on se souvient qu'en 1993 quarante-huit conflits ethniques ont fait rage &#224; travers le monde, sans compter les cent soixante-quatre revendications et conflits ethniques et territoriaux concernant des fronti&#232;res dans l'ex-Union sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant un tel mod&#232;le ne donne aucune clef pour comprendre le monde, ordonner les &#233;v&#233;nements par ordre d'importance, pour pr&#233;dire les grandes tendances &#224; l'oeuvre etc., et, ajoute Huntington, p. 36, '&lt;i&gt;fournir des rep&#232;res aux politiques&lt;/i&gt;'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi il propose un nouveau paradigme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B &#8212; Le paradigme civilisationnel &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde est form&#233; de sept ou huit civilisations autour desquelles gravite l'ensemble des populations et des &#201;tats. On peut alors affirmer que&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; les forces d'int&#233;gration sont bien r&#233;elles et &#233;quilibrent les tendances &#224; l'affirmation culturelle&lt;/li&gt;&lt;li&gt; le monde en un sens est dual, mais la distinction centrale oppose l'actuelle civilisation dominante, l'Occident, et toutes les autres, lesquelles ont bien peu en commun&lt;/li&gt;&lt;li&gt; les &#201;tats-nations sont et demeurent les acteurs majeurs en mati&#232;re internationale, mais leurs int&#233;r&#234;ts, leurs alliances et leurs conflits, les uns avec les autres sont de plus influenc&#233;s par des facteurs culturels et civilisationnels&lt;/li&gt;&lt;li&gt; le monde est anarchique, en butte aux conflits tribaux et nationaux, mais les conflits qui repr&#233;sentent les dangers les plus grands pour la stabilit&#233; opposent des &#201;tats ou des groupes appartenant &#224; diff&#233;rentes civilisations&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. S. Huntington , op. cit., p. 36.&#034; id=&#034;nh11-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;On ne saurait &#234;tre plus clair dans l'exposition du mod&#232;le propos&#233;. Resterait &#224; savoir s'il est justifi&#233;. Admettons le pour l'instant et poursuivons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Huntington d&#233;limite les civilisations comme des entit&#233;s culturelles suffisamment larges pour que, en d&#233;pit d'une h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; certaine, des hommes s'y consid&#232;rent comme appartenant &#224; un m&#234;me groupe. Habitants de la Calabre et de la plaine du P&#244; se voyant comme Italiens, mais aussi comme Europ&#233;ens avec des Allemands, et, toujours avec eux, comme Occidentaux, face aux Maghr&#233;bins. Chinois, Ta&#239;wanais et Vietnamiens se consid&#233;rant comme membres d'une civilisation asiatique par comparaison aux Am&#233;ricains. La langue et la religion, si elles jouent un r&#244;le plus qu'important dans cette d&#233;finition, ne sont pas n&#233;cessairement fondamentales : il reste toujours des &#233;l&#233;ments subjectifs d'auto-identification. Les d&#233;limitations des civilisations peuvent varier au cours du temps, les civilisations peuvent aussi &#233;voluer, mais elles ont la vie dure : elles ont une continuit&#233; historique durable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Huntington distingue ainsi sept civilisations dans le monde moderne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Id., p. 51-56&#034; id=&#034;nh11-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La civilisation chinoise (sinic)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On y retrouve, bien entendu, la Chine proprement dite, mais aussi les membres des diff&#233;rentes diasporas chinoises et les cultures connexes du Vi&#234;t-nam et des deux Cor&#233;es. Huntington l'a d'abord appel&#233;e civilisation confuc&#233;enne, ce qui, dit-il, est passablement inexact, et donc &#224; remplacer par chinoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La civilisation japonaise&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'asiatique et d&#233;riv&#233;e de la civilisation chinoise, elle est suffisamment distincte pour &#234;tre class&#233;e &#224; part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La civilisation hindoue&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des civilisations tr&#232;s diverses se sont succ&#233;d&#233; ou ont cohabit&#233; sur le sous-continent. Cependant il reste marqu&#233; par l'h&#233;ritage de la religion hindouiste et de son syst&#232;me social. Toutefois l'Inde poss&#232;de une importante communaut&#233; musulmane et de nombreuses autres minorit&#233;s culturelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La civilisation musulmane&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette civilisation s'est &#233;tendue en Afrique du Nord, au Moyen-Orient, en Asie centrale, dans le sous-continent indien, en Asie du Sud-Est. On distinguera alors des cultures diff&#233;rentes : arabe, turque, perse, malaisienne, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La civilisation occidentale&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On y distingue en g&#233;n&#233;ral trois grandes composantes : l'Europe, l'Am&#233;rique du Nord, l'Australie, la Nouvelle-Z&#233;lande et l'Am&#233;rique latine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La civilisation de l'Am&#233;rique latine&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est l&#233;gitime de la distinguer dans la civilisation occidentale en ce que sa culture n'a gu&#232;re subi l'influence de la R&#233;forme, garde donc une dominante catholique accompagn&#233;e souvent d'aspects corporatistes et autoritaires, le tout avec une dose de cultures indig&#232;nes plus ou moins importante selon les pays, ou m&#234;me selon les gens consult&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La civilisation africaine (si possible)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seul, semble-t-il, Fernand Braudel admet une sp&#233;cificit&#233; africaine. En g&#233;n&#233;ral on distingue les parties islamiques, l'&#201;thiopie et l'Afrique du Sud avec sa forte composante d'immigr&#233;s europ&#233;ens. Dans le reste de l'Afrique subsaharienne, les colonisateurs ont implant&#233; le christianisme dans un contexte de division tribale. Cependant, se d&#233;veloppe 'un sentiment d'identit&#233; africaine, si bien qu'on peut penser que l'Afrique subsaharienne pourrait s'assembler pour former une civilisation distincte dont le centre de gravit&#233; serait l'&#201;tat d'Afrique du Sud'&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 55. Je rappelle que ce livre a &#233;t&#233; &#233;crit en 1996. Comme je l'ai (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est remarquable que la Russie n'apparaisse pas dans cette classification. Huntington la regroupe plus ou moins implicitement dans la civilisation occidentale, tout en signalant les diff&#233;rences de la tradition orthodoxe et de la tradition catholico-protestante. On verra plus loin qu'il range la Russie dans les &#201;tats 'd&#233;chir&#233;s'. On peut dire &#224; sa d&#233;charge que la civilisation sovi&#233;tique s'est d&#233;lit&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme annonc&#233; plus haut, l'actuelle civilisation occidentale est dominante. Les &#201;tats qui s'y retrouvent :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;- poss&#232;dent le syst&#232;me bancaire international&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; contr&#244;lent les monnaies fortes&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; regroupent les principaux consommateurs&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; produisent la majorit&#233; des produits finis&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; dominent les march&#233;s internationaux de capitaux&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; exercent une autorit&#233; morale consid&#233;rable sur de nombreuses soci&#233;t&#233;s&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; contr&#244;lent les voies maritimes&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; m&#232;nent les recherches techniques les plus avanc&#233;es&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; contr&#244;lent la transmission des savoirs techniques de pointe&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; dominent l'acc&#232;s de l'espace&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; dominent l'industrie a&#233;ronautique&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; dominent les communications internationales&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; dominent le secteur des armements sophistiqu&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p 107-108&#034; id=&#034;nh11-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.
&lt;/blockquote&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;norme puissance qui s'exerce dans tant et tant de domaines a un effet &#233;vident : elle pose &#224; toutes les soci&#233;t&#233;s le probl&#232;me de leur &#233;volution. Elle contraint les pays dits sous-d&#233;velopp&#233;s &#224; une &#233;volution bien d&#233;termin&#233;e celle de la modernisation, c'est-&#224;-dire d'acc&#233;der &#224; la production de biens divers via l'industrialisation, l'urbanisation, le d&#233;veloppement de l'&#233;ducation, la richesse, la mobilit&#233; sociale et une division plus complexe et plus diversifi&#233;e du travail. Cette modernisation qui r&#233;sulte des progr&#232;s scientifiques et techniques est un processus r&#233;volutionnaire qui, dit Huntington, '&lt;i&gt;ne peut &#234;tre compar&#233; qu'au passage des soci&#233;t&#233;s primitives aux soci&#233;t&#233;s civilis&#233;es&lt;/i&gt;'&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 87&#034; id=&#034;nh11-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Introduite de force par l'influence de la civilisation occidentale, la modernisation donne cette derni&#232;re en exemple et en quelque sorte propose de l'imiter dans tous ses aspects. On qualifie g&#233;n&#233;ralement cette imitation d'occidentalisation, c'est-&#224;-dire une adaptation qui consiste &#224; copier les structures sociales et &#224; admettre les &#233;chelles de valeur de la civilisation mod&#232;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; la double proposition de modernisation et d'occidentalisation, les r&#233;ponses sont de trois types :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;rejet pur et simple de la modernisation et de l'occidentalisation,&lt;/li&gt;&lt;li&gt;acceptation de celles-ci&lt;/li&gt;&lt;li&gt;acceptation de la modernisation et rejet de l'occidentalisation
La quatri&#232;me possibilit&#233; acceptation de l'occidentalisation et rejet de la modernisation n'a en principe pas de sens puisque l'occidentalisation ne se comprend gu&#232;re sans modernisation.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;En fait le double rejet des deux 'offres' est tout autant impossible tant la puissance de l'ext&#233;rieur est contraignante. Le statu quo est impossible. Tous les pays du monde doivent subir, ou pr&#233;cipiter, une &#233;volution dans tous les domaines tant en termes mat&#233;riels que culturels : l'acquisition des bases techniques de la puissance moderne, garantie d'une certaine ind&#233;pendance, est &#224; ce prix. Il en r&#233;sulte des changements sociaux rapides g&#233;n&#233;rateurs de stress. Les soci&#233;t&#233;s non-occidentales vivent une sorte de schizophr&#233;nie car les soci&#233;t&#233;s veulent &#233;voluer tout en conservant des caract&#233;ristiques h&#233;rit&#233;es de l'histoire : il s'agit en fait de red&#233;finir une 'identit&#233;' mise &#224; mal par les coups de boutoir de la modernisation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette histoire de red&#233;finir une identit&#233; s'est retrouv&#233;e dans l'affaire du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C &#8212; Les pays d&#233;chir&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. S. Huntington, op.. cit. p. 199-223&#034; id=&#034;nh11-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me pour les pays qui choisissent l'acceptation de la modernisation et de l'occidentalisation, la pression s'exerce et conduit &#224; des craquements divers. Huntington parle &#224; ce sujet de &lt;i&gt;pays d&#233;chir&#233;s&lt;/i&gt;. Il en passe en revue quatre : la Russie, la Turquie, le Mexique, l'Australie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas de l'Australie est tr&#232;s particulier en ce sens que ce continent voudrait s'incorporer &#224; l'Asie pour des raisons g&#233;ographiques, mais que sa venue dans le concert local est plut&#244;t mal accueillie et difficile &#224; tout point de vue&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je rappelle que l'Australie est intervenue directement dans le conflit du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Russie apr&#232;s l'&#233;croulement du 'socialisme' devrait naturellement aller vers une occidentalisation accentu&#233;e. Mais celle-ci est difficile, tant &#224; cause de l'h&#233;ritage des pr&#233;tendus soviets qu'&#224; cause de la r&#233;surgence des composantes orthodoxes qui voient dans l'occidentalisation un abandon de l'&#226;me russe aux mal&#233;fismes catholiques. On voit ressortir les vieux clivages entre les partisans de l'europ&#233;anisation et ceux de la sup&#233;riorit&#233; slave. Pierre le Grand contre Dosto&#239;evski et Soljenitsyne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas de la Turquie est aussi particulier car sa modernisation commence avec les Jeunes Turcs, mais son occidentalisation est le r&#233;sultat d'un v&#233;ritable ukase de Mustafa Kemal Atat&#252;rk qui, apr&#232;s sa victoire sur les Grecs, impose la la&#239;cisation de l'&#201;tat, le tout sous la f&#233;rule de l'arm&#233;e. Tout &#224; sa th&#232;se de la permanence de la civilisation ancienne Huntington met l'accent sur l'apparition de pouss&#233;es islamistes, accompagn&#233;es d'une tentation de revenir &#224; un projet pan turc de r&#233;cup&#233;ration des &#201;tats turcs ou tatars anciens membres de l'URSS&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette composante existe peut-&#234;tre comme le montre certaines prises de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au Mexique, la r&#233;sistance &#224; l'occidentalisation s'appuie sur le fond indien, catholique et hispanisant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Huntington voit l'occidentalisation sous forme d'une am&#233;ricanisation, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D &#8212; La modernisation sans occidentalisation : l'indig&#233;nisation&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'apparition de ce n&#233;ologisme a quelque chose de g&#234;nant en fran&#231;ais car le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'indig&#233;nisation commence en fait avec la fin de la colonisation. Elle traduit la r&#233;surgence des cultures non-occidentales, c'est-&#224;-dire une r&#233;affirmation des m&#339;urs, des langues, des croyances et des institutions indig&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis des si&#232;cles, les peuples non-ocidentaux envient la prosp&#233;rit&#233; &#233;conomique, la sophistication technologique, la puissance militaire et la coh&#233;sion politique des soci&#233;t&#233;s occidentales&#8230; Pour devenir riche et puissant, il faudrait devenir comme l'Occident. Aujourd'hui cette attitude a disparu en Extr&#234;me-Orient. Les Extr&#234;me-Orientaux attribuent leur r&#233;ussite &#233;conomique non aux emprunts &#224; la culture occidentale mais &#224; leur adh&#233;sion &#224; leur propre culture&#8230; De m&#234;me, lorsque des soci&#233;t&#233;s non-occidentales se sont senties en position de faiblesse vis-&#224;-vis de l'Occident, elles en ont appel&#233; aux valeurs occidentales d'autod&#233;terminatioin, de lib&#233;ralisme, de d&#233;mocratie pour justifier leur opposition &#224; la domination occidentale. Aujourd'hui qu'elles sont de plus en plus fortes, elles n'h&#233;sitent pas &#224; attaquer ces m&#234;mes valeurs&#8230;[La r&#233;volte] est l&#233;gitim&#233;e par l'affirmation selon laquelle les valeurs non-occidentales seraient sup&#233;rieures.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Huntington, op. cit. p. 127-128&#034; id=&#034;nh11-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Huntington dresse alors une sorte d'&#233;tat des lieux en remarquant que l'indig&#233;nisation&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En fait Huntington associe cette indig&#233;nisation &#224; la 'seconde g&#233;n&#233;ration', (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt; s'est particuli&#232;rement accentu&#233;e au cours de la p&#233;riode des ann&#233;es 80 et 90 : r&#233;surgence de l'islam, hindouisation, retour au confucianisme en Extr&#234;me-Orient, r&#233;affirmation du particularisme japonais, et m&#234;me renaissance de l'orthodoxie russe et des slavophiles, etc. Et il souligne le 'paradoxe' suivant :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;L'indig&#233;nisation est stimul&#233;e par le paradoxe d&#233;mocratique : l'adoption par des soci&#233;t&#233;s non-occidentales des institutions d&#233;mocratiques encourage et fait acc&#233;der au pouvoir des mouvements politiques nationaux et antioccidentaux&#8230; La concurrence &#233;lectorale &#8230; incite &#224; aller dans le sens de ce qui est le plus populaire, en g&#233;n&#233;ral ce qui est ethnique, nationaliste et religieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en r&#233;sulte une mobilisation populaire contre les &#233;lites form&#233;es &#224; l'occidentale.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Id., p. 129-130&#034; id=&#034;nh11-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Et de citer les succ&#232;s des groupes fondamentalistes islamiques aux rares &#233;lections qui ont eu lieu dans les pays musulmans (par exemple &#233;lections de 1992 en Alg&#233;rie, cass&#233;es par l'arm&#233;e), la violence en Inde, les bagarres au Sri Lanka, etc. Le cas de l'Afrique du Sud &#233;tant particulier car les &#233;lites noires maintenant au pouvoir sont fortement occidentalis&#233;es. Mais dit Huntington : '&lt;i&gt;&#8230; leurs successeurs seront plus proches de leurs racines, et l'Afrique du Sud se d&#233;finira de plus en plus comme un &#201;tat africain&lt;/i&gt;'.&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 131&#034; id=&#034;nh11-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il remarque ensuite :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;L'indig&#233;nisation et le retour du religieux sont incontestablement des ph&#233;nom&#232;nes globaux. Cependant, ils se manifestent surtout &#224; travers l'affirmation culturelle de l'Asie et du monde musulman, ainsi que dans les d&#233;fis lanc&#233;s &#224; l'Occident par ces civilisations. Ces derni&#232;res ont &#233;t&#233; les plus dynamiques au cours du dernier quart du XXe si&#232;cle &#8230; Asiatiques et musulmans clament la sup&#233;riorit&#233; de leur culture par rapport &#224; la culture occidentale. Par contraste, les membres des autres civilisations non-occidentales &#8230; affirment bien le caract&#232;re particulier de leur culture, mais du moins jusqu'au milieu des ann&#233;es quatre-vingt-dix, ils n'ont gu&#232;re revendiqu&#233; leur sup&#233;riorit&#233; par rapport &#224; la culture occidentale.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 143&#034; id=&#034;nh11-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il est clair que cette insistance port&#233;e sur l'Asie et l'islam est partag&#233;e &#8211; peut-&#234;tre &#224; tort, mais &#224; voir &#8211; par presque tout le monde, et Huntington la justifie ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les causes de ces d&#233;fis sont diff&#233;rentes mais connexes. L'affirmation de l'Asie s'enracine dans la croissance &#233;conomique ; celle de l'islam provient quant &#224; elle, en grande partie de la mobilit&#233; sociale et de la croissance d&#233;mographique.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 144&#034; id=&#034;nh11-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il d&#233;tecte imm&#233;diatement une diff&#233;rence fondamentale :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le d&#233;veloppement &#233;conomique de la Chine et des autres soci&#233;t&#233;s asiatiques donne &#224; leurs gouvernements l'envie et les moyens d'&#234;tre plus exigeantes dans les relations avec les autres pays. La croissance d&#233;mographique dans les pays musulmans, en particulier l'augmentation de la part des jeunes de quinze &#224; vingt-quatre ans dans la population totale, fournit des recrues en grand nombre au fondamentalisme, au terrorisme, aux mouvements de r&#233;volte et aux migrations. La croissance d&#233;mographique rend plus forts les gouvernements asiatiques ; la croissance d&#233;mographique menace les gouvernements musulmans et les soci&#233;t&#233;s non musulmanes.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 144&#034; id=&#034;nh11-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E &#8212; D&#233;veloppement des soci&#233;t&#233;s asiatiques&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On trouvera les d&#233;veloppements de Huntington &#224; ce sujet dans les pages 245 &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on suit ces conclusions, on remarque imm&#233;diatement que seules, ou &#224; peu pr&#232;s, les soci&#233;t&#233;s asiatiques r&#233;pondent par l'affirmative &#224; la question : la modernisation est possible sans l'occidentalisation. On peut suivre Huntington dans le tableau qu'il trace du d&#233;veloppement de l'Asie. Il est rapidement amen&#233; &#224; insister sur le r&#244;le central de la Chine continentale qui r&#233;sulte de son poids tant d&#233;mographique qu'&#233;conomique et culturel. Ce qui est notable une fois encore, c'est qu'elle a renonc&#233; &#224; d&#233;fendre ses int&#233;r&#234;ts par le truchement des partis communistes. Elle se positionne comme repr&#233;sentant mondial de la sinitude. Elle cherche &#224; jouer, ou plut&#244;t elle ne peut que jouer, le r&#244;le d'un &lt;i&gt;&#201;tat phare&lt;/i&gt;. Cette notion d'&#201;tat phare est centrale dans l'ouvrage de Huntington. Un tel &#201;tat est celui qui, &#224; l'int&#233;rieur d'une civilisation donn&#233;e, est &#224; la fois le plus puissant et le plus central du point de vue culturel.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon Huntington, les &#201;tats phares peuvent &#234;tre diff&#233;rents au cours du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce r&#244;le est d'autant plus facile &#224; tenir que la diaspora chinoise a une place importante dans tout l'Asie d'Extr&#234;me-Orient. Ainsi 1% de Chinois contr&#244;lent 35% du chiffre d'affaires des Philippines, 2 &#224; 3% de Chinois d&#233;tiennent 70% des capitaux priv&#233;s de l'Indon&#233;sie, le reste &#224; l'avenant en Tha&#239;lande, en Malaisie, etc. Certes, au d&#233;but, les relations entre cette diaspora et la Chine continentale sont rest&#233;es limit&#233;es, avec une sorte d'apex lors de l'affaire de Tian an men&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ces '&#233;v&#233;nements' d'avril-mai 1989 marquent en fait la fin d'une tentative de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais maintenant les relations se sont plus que d&#233;tendues. Le grand d&#233;veloppement de la Chine continentale ne peut se comprendre sans les investissements &#233;trangers. D&#233;j&#224; en 1995 (date du livre de Huntington) 80% de ces investissements (soit 13 milliards de dollars) provenaient de Chinois de l'&#233;tranger, surtout de Hong Kong, mais aussi de Singapour. Les relations de la Chine continentale avec Taiwan &#224; l'&#233;poque n'&#233;taient &#233;videmment pas aussi &#233;troites que celles de Hong Kong, mais apr&#232;s 1986&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un avion taiwanais d&#233;tourn&#233; sur le continent &#224; &#233;t&#233; rendu &#224; la Chine (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les &#233;changes se sont intensifi&#233;s et, &#224; la fin de 1993, il y eut plus de quatre millions de visites de Taiwanais sur le continent et quarante mille de continentaux &#224; Taiwan. Les investissements taiwanais atteignirent environ 30 milliards de dollars cette ann&#233;e-l&#224;. Bien entendu, Huntington attribue cette convergence &#224; la similarit&#233; de civilisation, m&#234;me s'il doit reconna&#238;tre qu'en 1995 un coup d'arr&#234;t lui a &#233;t&#233; port&#233; &#224; la suite de la demande de Taiwan d'&#234;tre reconnue par la communaut&#233; internationale et admise dans les grandes organisations internationales.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 2003, la m&#234;me incertitude r&#232;gne. La campagne &#233;lectorale se d&#233;roule autour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Huntington conclut que &lt;i&gt;'les changements &#233;conomiques en Asie, notamment en Extr&#234;me-Orient, repr&#233;sentent l'une des &#233;volutions les plus importantes survenues &#224; l'&#233;chelle du monde au cours de la derni&#232;re moiti&#233; du si&#232;cle&lt;/i&gt;.'&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Huntington, op. cit. p. 321&#034; id=&#034;nh11-36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Et il ajoute que cette &#233;volution a suscit&#233; une euphorie g&#233;n&#233;ralis&#233;e, reposant sur l'id&#233;e que les &#233;changes commerciaux constituent invariablement un facteur de paix. _ Or :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Tel n'est pas le cas. La croissance &#233;conomique cr&#233;e un &#233;tat d'instabilit&#233; politique au sein m&#234;me des diff&#233;rents pays et entre eux . Elle modifie &#233;galement les rapports de force entre les pays et les r&#233;gions.&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement &#233;conomique de l'Asie et la confiance en elles de plus en plus grande des soci&#233;t&#233;s asiatiques perturbent la politique internationale de trois fa&#231;ons au moins. Tout d'abord, le d&#233;veloppement &#233;conomique permet aux &#201;tats asiatiques d'accro&#238;tre leur arsenal militaire ; il suscite des incertitudes quant aux relations qu'ils auront demain entre eux&#8230; Deuxi&#232;mement, le d&#233;veloppement &#233;conomique durcit les conflits entre les soci&#233;t&#233;s asiatiques et l'Occident, en particulier les &#201;tats-Unis, et rend les premi&#232;res plus fortes pour gagner ces combats. Troisi&#232;mement, la croissance &#233;conomique de la Chine, la plus grande puissance d'Asie, accro&#238;t son influence dans la zone et son d&#233;sir de recouvrer sa supr&#233;matie traditionnelle en Extr&#234;me-Orient. Les autres nations risquent ainsi d'avoir &#224; se soumettre ou &#224; se d&#233;mettre.&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Id., p. 322&#034; id=&#034;nh11-37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Suivent alors un certain nombre de pages pour analyser les diff&#233;rents rapports de force entre les diverses nations et plus particuli&#232;rement du trio Chine-Japon-&#201;tats-Unis sorte de m&#233;nage &#224; trois aux relations assez tumultueuses. Assez souvent Huntington donne le mauvais r&#244;le aux &#201;tats-Unis ainsi lorsqu'il signale :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;En 1995, il existait un large consensus chez les dirigeants et les universitaires chinois pour penser que les &#201;tats-Unis s'effor&#231;aient de &#171; diviser territorialement la Chine, de la subvertir politiquement, de la contenir strat&#233;giquement et de la frustrer &#233;conomiquement &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces accusations ne sont pas sans fondement. Les &#201;tats-Unis ont permis au pr&#233;sident de Taiwan de venir en visite, ont vendu cent cinquante F-16 &#224; Taiwan, ont qualifi&#233; le Tibet de &#171; territoire souverain occup&#233; &#187;, ont d&#233;nonc&#233; les violations des droits de l'homme en Chine, ont emp&#234;ch&#233; P&#233;kin d'organiser les Jeux olympiques de l'an 2000, ont normalis&#233; leurs relations avec le Vi&#234;t-nam, ont accus&#233; la Chine d'exporter des composants d'armes chimiques en Iran, ont d&#233;cid&#233; des sanctions commerciales contre la Chine pour la vente de missiles au Pakistan, ont menac&#233; la Chine de sanctions &#233;conomiques tout en emp&#234;chant son admission au sein de l'Organisation commerciale mondiale.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 329. Le passage entre guillemets est extrait du New York Time du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le professeur am&#233;ricain est toutefois suffisamment lucide pour estimer que chaque camp accuse l'autre de mauvaise foi et que '&lt;i&gt;l'antagonisme de plus en plus fort entre la Chine et les &#201;tats-Unis s'explique en grande partie par des raisons int&#233;rieures&lt;/i&gt;'&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid,, p. 330&#034; id=&#034;nh11-39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;, mais aussi que '&lt;i&gt;la cause sous-jacente du conflit entre l'Am&#233;rique et la Chine est &#224; chercher dans leurs diff&#233;rences de fond sur la question de savoir quel doit &#234;tre l'&#233;quilibre de la puissance en Extr&#234;me-Orient.&lt;/i&gt;'&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid,, p. 338&#034; id=&#034;nh11-40&#034;&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en conclut que :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Il est bien difficile de dire quel sera l'avenir des relations internationales en Extr&#234;me-Orient au d&#233;but du XXIe si&#232;cle. On peut toutefois imaginer qu'un ensemble extr&#234;mement complexe de rapports de coop&#233;ration et de conflits appara&#238;tra entre les grandes puissances et les puissances moyennes de la r&#233;gion. Ou bien un syst&#232;me international multipolaire pourrait prendre forme entre la Chine, le Japon, les &#201;tats-Unis, la Russie et peut-&#234;tre l'Inde, ces puissances s'&#233;quilibrant et rivalisant entre elles. Il se pourrait aussi que la vie politique en Extr&#234;me-Orient soit domin&#233;e par un affrontement bipolaire entre la Chine et le Japon ou entre les &#201;tats-Unis et la Chine, les autres pays venant se ranger dans un camp ou dans l'autre, ou bien optant pour le non-alignement.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-41&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid,, p. 339&#034; id=&#034;nh11-41&#034;&gt;41&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, tout et son contraire est possible. N&#233;anmoins :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;tout invite la Chine &#224; s'assurer une position h&#233;g&#233;monique en Extr&#234;me-Orient. Ce serait en tout cas le produit naturel de son d&#233;veloppement &#233;conomique rapide. La Grande-Bretagne et la France, l'Allemagne et le Japon, les &#201;tats-Unis et l'Union sovi&#233;tique se sont engag&#233;s sur la voie de l'expansion ext&#233;rieure, de l'affirmation et de l'imp&#233;rialisme alors m&#234;me ou peu apr&#232;s qu'ils ont connu une industrialisation rapide et de forts taux de croissance. Il n'y a pas de raison de penser que la puissance &#233;conomique et militaire de la Chine ne produira pas les m&#234;mes effets.&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-42&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid,, p. 339&#034; id=&#034;nh11-42&#034;&gt;42&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le d&#233;veloppement &#233;conomique extr&#234;me-oriental tourne de plus en plus autour d'elle &lt;/i&gt;[la Chine] . &lt;i&gt;Il est aliment&#233; par la croissance rapide du continent et des trois autres Chine, ainsi que par l'action d&#233;cisive des Chinois d'origine pour d&#233;velopper l'&#233;conomie de la Tha&#239;lande, de la Malaisie, de l'Indon&#233;sie et des Philippines. Plus mena&#231;ante encore est la vigueur accrue avec laquelle elle exprime ses revendications sur le sud de la mer de Chine : elle a d&#233;velopp&#233; des bases dans les &#238;les Paracels, elle a livr&#233; bataille avec les Vietnamiens sur de nombreuses &#238;les en 1988, elle a &#233;tabli une pr&#233;sence militaire au large des Philippines, elle a fait valoir ses pr&#233;rogatives sur certaines r&#233;serves de gaz indon&#233;siennes. La Chine a aussi cess&#233; d'admettre la pr&#233;sence am&#233;ricaine en Extr&#234;me-Orient et a commenc&#233; &#224; s'y opposer activement&#8230; Agissant &#224; la mani&#232;re classique d'une puissance r&#233;gionale dominante elle tente d'&#233;carter les obstacles qui se dressent sur sa route pour acqu&#233;rir la sup&#233;riorit&#233; militaire dans la r&#233;gion .&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-43&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid,, p. 340-341&#034; id=&#034;nh11-43&#034;&gt;43&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Toutefois :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#192; de rares exceptions pr&#232;s, comme dans le cas du sud de la mer de Chine, l'h&#233;g&#233;monie chinoise en Extr&#234;me-Orient ne devrait pas se traduire par des conqu&#234;tes impliquant l'usage direct de la force militaire.&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-44&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid,, p. 341&#034; id=&#034;nh11-44&#034;&gt;44&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On retrouve ici de mani&#232;re implicite l'id&#233;e que l'usage de la force brute pourrait &#224; la fois appartenir au pass&#233; et &#234;tre en quelque sorte un apanage de l'Occident. La Chine attend que les autres pays d'Extr&#234;me-Orient reconnaissent sa supr&#233;matie et, pour reprendre les mots de Lee Kuan Yew&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-45&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Apr&#232;s la guerre les Britanniques se trouvent face au probl&#232;me d'accepter, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-45&#034;&gt;45&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'ampleur du bouleversement que la Chine va entra&#238;ner dans le monde est telle qu'il faudra trouver un nouvel &#233;quilibre dans trente ou quarante ans. On ne peut pr&#233;tendre que ce sera simplement un acteur important de plus sur la sc&#232;ne mondiale. C'est le plus grand acteur mondial dans l'histoire de l'humanit&#233;.&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-46&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par S. Huntington, op. cit., p. 342&#034; id=&#034;nh11-46&#034;&gt;46&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s cette remarque Huntington se livre &#224; diverses sp&#233;culations sur les &#233;volutions possibles de l'Asie extr&#234;me-orientale. Avec pas mal de conditionnels, il envisage les diverses possibilit&#233;s d'alliance entre les divers acteurs, non seulement dans cette partie du monde, mais aussi &#224; l'&#233;chelle de la plan&#232;te en g&#233;n&#233;ral. Cela le m&#232;ne &#224; se poser la question d'une alliance possible entre l'Asie et le monde musulman, l'une comme l'autre au sens large. J'y reviens plus loin et pour l'instant, j'examine comment Huntington qualifie et d&#233;crit la &lt;i&gt;Oumma&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-47&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce mot est utilis&#233; pour d&#233;signer la communaut&#233; musulmane dans son ensemble. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-47&#034;&gt;47&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;. Je reprends ici un des sous-titres de son &#233;tude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?983-Sur-le-choc-des-civilisations-1-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Seconde partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb11-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Gilles Kepel, &lt;i&gt;Fitna&lt;/i&gt;, Gallimard, Paris 2004, p. 88.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot arabe &lt;i&gt;fitna &lt;/i&gt;est ici pris dans le sens de &lt;i&gt;chaos&lt;/i&gt;. Mais ce mot a aussi le sens de &lt;i&gt;r&#233;volte&lt;/i&gt;, de &lt;i&gt;s&#233;dition&lt;/i&gt;, d'&lt;i&gt;&#233;meute&lt;/i&gt;, et surtout celui de &lt;i&gt;s&#233;duction&lt;/i&gt;. Ce dernier sens est en accord avec celui du verbe de sa racine trilit&#232;re &lt;i&gt;ftn&lt;/i&gt; qui signifie &lt;i&gt;s&#233;duire&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;charmer&lt;/i&gt;, et aussi &lt;i&gt;mettre &#224; l'&#233;preuve.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Lors du si&#232;ge de Vienne par les Turcs ottomans en 1683, les boulangers viennois, seuls &#233;veill&#233;s &#224; potron-minet, entendirent les troupes turques tenter une attaque. Ils r&#233;veill&#232;rent les d&#233;fenseurs de la ville, qui repouss&#232;rent l'assaut. L'empereur (qui d'ailleurs avait fui Vienne) autorisa les boulangers &#224; donner la forme d'un croissant aux petits pains qu'ils cuisaient pour le petit-d&#233;jeuner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait le si&#232;ge de Vienne fut abandonn&#233; par les Ottomans gr&#226;ce &#224; l'intervention de la cavalerie polonaise, conduite par le roi polonais Jean III Sobieski, qui enfon&#231;a leur arm&#233;e de fantassins par une charge &#224; lance baiss&#233;e, peut &#234;tre un des rares exemples de cette technique de guerre. Le grand vizir turc Kara Mustafa se retira &#224; Belgrade o&#249; l'attendaient deux envoy&#233;s du sultan avec une cordelette de soie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les polonais vainqueurs auraient trouv&#233; du caf&#233; dans le camp turc abandonn&#233;, d'o&#249; le capuccino, &#224; cause de la couleur brune du breuvage, (histoire fausse car un caf&#233; existait d&#233;j&#224; &#224; Vienne en 1640).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce si&#232;ge annonce &#224; la fois la fin de la Pologne ind&#233;pendante et celle de l'expansion ottomane en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons qu'en 1683 des chi'ites attaquent Bagdad, alors dans l'empire de la Porte !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;G. Kepel, &lt;i&gt;op. cit. &lt;/i&gt;p. 89.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Samuel Huntington, &lt;i&gt;The Clash of Civilizations and the Remaking of World Order, &lt;/i&gt; Simon &amp; Schuster, 1996&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduction fran&#231;aise de Jean-Luc Fidel et Genevi&#232;ve Joublain, Patrice Jorland, Jean-Jacques P&#233;dussaud, sous le titre &lt;i&gt;Le choc des civilisations&lt;/i&gt;, Odile Jacob, Paris mai 2000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La citation se trouve page 9.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On pense ici le plus souvent &#224; Fukuyama et &#224; son livre &lt;i&gt;La fin de l'histoire, &lt;/i&gt;mais il y en a beaucoup d'autres, qui pr&#233;tendent montrer qu'il s'agit en fait du triomphe des id&#233;es de Thomas Woodrow Wilson, le pr&#233;sident am&#233;ricain de la premi&#232;re guerre mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;S. Huntington, &lt;i&gt;op. cit. &lt;/i&gt;p. 17&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ainsi pendant la R&#233;volution fran&#231;aise de 89, il y a passage au-del&#224; des particularit&#233;s provinciales comme le montre l'hymne &lt;i&gt;la Marseillaise&lt;/i&gt;, &#233;crit en Alsace et popularis&#233; en France par des soldats de Marseille, (d'o&#249; le nom), en route pour le front de l'Est, dont la langue quotidienne &#233;tait le proven&#231;al.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On retrouve l&#224; le point de vue d&#233;fendu par Claude Orsoni dans &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?201-la-revolution-en-question' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;son petit texte sur l'&#233;chec de la vision et m&#234;me du projet r&#233;volutionnaire&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;S. Huntington, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 17,18.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ce mot, introduit par l'historien des sciences Thomas S. Kuhn, d&#233;signe la forme prise par une th&#233;orie scientifique lorsqu'elle appara&#238;t dans les ouvrages d'enseignement de base (ceux que les anglo-saxons appellent &lt;i&gt;text books&lt;/i&gt;), c'est-&#224;-dire correspondant &#224; un accord g&#233;n&#233;ral sur le champ d'application de cette th&#233;orie, sur ses proc&#233;dures d'investigation et sur sa formulation, ici aussi math&#233;matique, car Kuhn s'int&#233;resse essentiellement &#224; la physique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot a aujourd'hui un succ&#232;s consid&#233;rable et est mis &#224; toutes les sauces.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. S. Huntington, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 28 et ff.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On croirait lire ce que dit Kepel sur la non-unit&#233; du monde arabe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. S. Huntington , &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 36.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Id&lt;/i&gt;., p. 51-56&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid., &lt;/i&gt;p. 55. Je rappelle que ce livre a &#233;t&#233; &#233;crit en 1996. Comme je l'ai &#233;crit ailleurs, L'Afrique du Sud, post-apartheid fait son apparition dans nombre d'&#201;tats africains pour proposer ses produits, certains de technologie moderne. Son entr&#233;e y est facilit&#233;e par son caract&#232;re pluriracial.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p 107-108&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 87&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cette histoire de red&#233;finir une identit&#233; s'est retrouv&#233;e dans l'affaire du voile. Les d&#233;fenseurs des voil&#233;es les ont souvent pr&#233;sent&#233;es comme affirmant leur 'identit&#233;' face &#224; une soci&#233;t&#233; ali&#233;nante, laissant ainsi dans l'ombre le caract&#232;re de sectarisme religieux. Kepel voit la r&#233;islamisation comme la reconstruction d'une identit&#233;.(Voir ci-apr&#232;s).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut remarquer que le probl&#232;me identitaire se pose &#224; l'int&#233;rieur de la civilisation occidentale d&#233;finie par Huntington comme le prouve la d&#233;fense quasi hyst&#233;rique de la camarilla intellectuelle fran&#231;aise face &#224; l''am&#233;ricanisation' , am&#233;ricanisation qui se d&#233;veloppe d'ailleurs rapidement dans le pays. Une sorte de summum est atteint par le s&#233;millant Chirac d&#233;non&#231;ant, lors de son voyage r&#233;cent au Vi&#234;t-nam, la sous-culture am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. S. Huntington, &lt;i&gt;op.. cit. &lt;/i&gt;p. 199-223&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Je rappelle que l'Australie est intervenue directement dans le conflit du Timor oriental, affirmant ainsi, par la force, son caract&#232;re asiatique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cette composante existe peut-&#234;tre comme le montre certaines prises de position turques dans le combat du haut-Karabakh, mais c'est plut&#244;t la victoire d'islamistes 'mod&#233;r&#233;s' aux &#233;lections d&#233;mocratiques et la volont&#233; d'entrer dans l'Union europ&#233;enne qui est le ph&#233;nom&#232;ne important. Voir ci-apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Huntington voit l'occidentalisation sous forme d'une am&#233;ricanisation, c'est-&#224;-dire d'une lib&#233;ralisation de l'&#233;conomie avec son cort&#232;ge de d&#233;nationalisations. Il voit la r&#233;sistance de la civilisation indienne s'exprimer dans le mouvement des Indiens du Chiapas sous la direction du sous-commandant Marcos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Huntington rappelle que la partie occidentale du sud des &#201;tats-Unis &#233;tait encore possession mexicaine, il y a un si&#232;cle et demi environ. (Le Mexique c&#232;de les territoires au nord du Rio Grande et de la Gila en 1848.) Le souvenir de cette ancienne appartenance resterait vivace au sein d'une population o&#249; les hispanophones seraient en voie de devenir la majorit&#233;. Tentation de s&#233;cession ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;L'apparition de ce n&#233;ologisme a quelque chose de g&#234;nant en fran&#231;ais car le mot 'indig&#232;ne' garde un relent quasi-raciste h&#233;rit&#233; de l'&#233;poque coloniale. On raconte qu'on aurait demand&#233; &#224; des candidats &#224; l'ancien certificat d'&#233;tudes primaires de sp&#233;cifier les &#233;ventuelles diff&#233;rences entre &lt;i&gt;aborig&#232;ne, autochtone, naturel &lt;/i&gt;et &lt;i&gt;indig&#232;ne&lt;/i&gt; ! On se rappelle aussi la r&#233;flexion de Louis Jouvet, dans le film de Becker &lt;i&gt;La kermesse h&#233;ro&#239;que&lt;/i&gt;. Il y joue le r&#244;le d'un moine capucin, confesseur du duc d'Albe venant prendre ses quartiers avec son arm&#233;e d'Espagnols dans une ville des Flandres. Devant une toile d'un des Breughel repr&#233;sentant les notables de la ville, il dit : 'Si ce sont l&#224; les naturels du pays, je plains les dames.' Ce film avait &#233;t&#233; fort peu appr&#233;ci&#233; en Flandre catholique comme aux Pays-Bas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On parle commun&#233;ment d'&lt;i&gt;indig&#233;niste &lt;/i&gt;pour qualifier &#171; une attitude de soutien aux Indiens d'Am&#233;rique latine, par opposition aux Blancs &#187; (Petit Robert).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;S. Huntington, &lt;i&gt;op. cit. &lt;/i&gt;p. 127-128&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;En fait Huntington associe cette indig&#233;nisation &#224; la 'seconde g&#233;n&#233;ration', cette derni&#232;re expression devant &#234;tre prise au sens large.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Id&lt;/i&gt;., p. 129-130&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 131&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 143&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 144&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid., &lt;/i&gt;p. 144&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On trouvera les d&#233;veloppements de Huntington &#224; ce sujet dans les pages 245 &#224; 255, mais aussi dans les pages 321 &#224; 353. Dans ces derni&#232;res il traite plus particuli&#232;rement des relations entre l'Extr&#234;me-Orient et les &#201;tats-Unis ;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Selon Huntington, les &#201;tats phares peuvent &#234;tre diff&#233;rents au cours du temps. Ainsi au cours de l'histoire de l'Occident, la France au XVII-XVIIIe si&#232;cle, l'Angleterre au XIXe, les &#201;tats-Unis au XXe ont jou&#233; ce r&#244;le. Les autres &#201;tats europ&#233;ens se sont coul&#233;s plus ou moins volontairement dans ce moule. Certes il y eut des guerres extr&#234;mement violentes (entre autres pour occuper la place d'&#201;tat phare), mais finalement l'ensemble a adopt&#233; avec des nuances la structure donn&#233;e en exemple par l'&#201;tat phare.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ces '&#233;v&#233;nements' d'avril-mai 1989 marquent en fait la fin d'une tentative de d&#233;mocratisation &#224; l'occidentale, qui semblait r&#233;sulter de la prise du pouvoir par Deng xiaobing. La r&#233;pression montre la volont&#233; de la couche dominante de ne pas se laisser doubler par les nouvelles forces 'bourgeoises' se d&#233;veloppant avec la nouvelle classe moyenne. Modernisation, voire propri&#233;t&#233; priv&#233;e, soit, mais avec la participation aux profits des cadres communistes. On peut penser que les dirigeants chinois ont quasi pressenti le chaos qui r&#233;sulterait d'une transformation non canalis&#233;e, si non jugul&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Un avion taiwanais d&#233;tourn&#233; sur le continent &#224; &#233;t&#233; rendu &#224; la Chine nationaliste et la R&#233;publique de Chine populaire a lev&#233; ses interdits sur les voyages sur le continent.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;En 2003, la m&#234;me incertitude r&#232;gne. La campagne &#233;lectorale se d&#233;roule autour d'un &#233;ventuel r&#233;f&#233;rendum pour renforcer l'ind&#233;pendance, mais en m&#234;me temps il faut dire que les investissements en Chine continentale sont de plus en plus importants, d'autant que l'&#233;conomie locale est stagnante. On a vu une banque taiwanaise officielle sortir de l'argent local, en d&#233;pit de l'interdiction l&#233;gale, pour entrer sur le march&#233; continental. 23% des exportations de l'&#238;le vont vers Hong Kong ( maintenant en Chine populaire), contre 20,5% aux &#201;tats-Unis, et 9,2% au Japon.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;S. Huntington, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt; p. 321&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Id., &lt;/i&gt;p. 322&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid., &lt;/i&gt;p. 329. Le passage entre guillemets est extrait du New York Time du 21 avril 1992.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans d'autres parties du livre, Huntington traite assez longuement des trafics d'armes en particulier nucl&#233;aires. Je reviens ult&#233;rieurement sur cette question.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid,, &lt;/i&gt;p. 330&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-40&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-40&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid,, &lt;/i&gt;p. 338&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-41&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-41&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-41&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;41&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid,, &lt;/i&gt;p. 339&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-42&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-42&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-42&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;42&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid,, &lt;/i&gt;p. 339&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-43&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-43&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-43&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;43&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid,, &lt;/i&gt;p. 340-341&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-44&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-44&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-44&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;44&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid,, &lt;/i&gt;p. 341&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-45&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-45&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-45&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;45&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Apr&#232;s la guerre les Britanniques se trouvent face au probl&#232;me d'accepter, voire de conduire l'ind&#233;pendance de la Malaisie. Le cas de Singapour est particulier car l'&#238;le est &#224; majorit&#233; chinoise. On lui accorde un statut d'autonomie interne en 1959 et le P.A.P. ( &lt;i&gt;People Action Party&lt;/i&gt;) de Lee Kuan Yew en prend la t&#234;te. Au d&#233;but on tente une fusion avec la Malaisie proprement dite pour assurer &#224; Singapour un &lt;i&gt;hinterland. &lt;/i&gt;La cohabitation est difficile et finalement le 9 ao&#251;t 1965, l'ind&#233;pendance est proclam&#233;e. Citons ici l'&lt;i&gt;Encyclopaedia Universalis&lt;/i&gt; qui apporte de l'eau au moulin de Huntington :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;. Depuis lors, tous les scrutins ont donn&#233; la totalit&#233; ou la quasi-totalit&#233; des si&#232;ges au P.A.P., dont la &#171; d&#233;mocratie muscl&#233;e &#187; g&#232;re Singapour &#224; la mani&#232;re d'une grande firme qui &#233;tonne par ses performances : contr&#244;le total des m&#233;dias, gr&#232;ves jugul&#233;es, d&#233;veloppement industriel fulgurant, activit&#233;s portuaires aux premiers rangs mondiaux, place financi&#232;re de l'Asie du Sud-Est, pilier de l'A.S.E.A.N., urbanisation unique au monde &#224; cette &#233;chelle, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 28 novembre 1990, Lee Kuan Yew, le p&#232;re fondateur, est remplac&#233; par Goh Chok Tong, brillant technocrate qui va placer le devenir de la cit&#233;-&#201;tat sous le signe de l'internationalisation. C'est en particulier &#171; l'ouverture &#187; de la Chine depuis les ann&#233;es 1980 mais aussi l'int&#233;gration de Hong Kong &#224; la R&#233;publique populaire le 1er juillet 1997 qui pourraient assurer une nouvelle fortune &#224; la traditionnelle fonction d'interface entre le monde chinois et le monde anglo-saxon qui a caract&#233;ris&#233; Singapour. Signe des temps, l'usage de la langue chinoise, se trouve tr&#232;s encourag&#233; depuis la fin des ann&#233;es 1970 comme sont d&#233;sormais pr&#244;n&#233;s un retour aux &#171; valeurs morales asiatiques &#187; et l'introduction officielle de l'enseignement de l'&#233;thique confuc&#233;enne dans les &#233;coles secondaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le P.A.P. est toujours au pouvoir aujourd'hui, r&#233;guli&#232;rement reconduit lors d'&#233;lections dites d&#233;mocratiques.&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-46&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-46&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-46&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;46&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cit&#233; par S. Huntington, &lt;i&gt;op. cit., &lt;/i&gt;p. 342&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-47&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-47&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-47&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;47&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ce mot est utilis&#233; pour d&#233;signer la communaut&#233; musulmane dans son ensemble. La racine est celle du verbe &lt;i&gt;amm :&lt;/i&gt; &#234;tre m&#232;re. La filiation par la m&#232;re est fondamentale aussi dans la religion juive.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Sacro-sainte parano&#239;a &#8212; La complaisance dans l'outrage</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?279-sacro-sainte-paranoia</link>
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		<dc:date>2019-06-05T17:27:49Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Psychiatrie</dc:subject>
		<dc:subject>Anthropologie</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>Totalitarisme</dc:subject>
		<dc:subject>Islam</dc:subject>
		<dc:subject>Type anthropologique</dc:subject>
		<dc:subject>Islamogauchisme</dc:subject>
		<dc:subject>Abdel-Samad H.</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dernier chapitre du livre de Hamed Abdel-Samad, &#171; le fascisme islamique. Une analyse &#187; (Grasset, 2017) Source En janvier 2015, les deux fr&#232;res qui ont pris d'assaut la r&#233;daction de Charlie Hebdo et abattu douze personnes de sang-froid estimaient qu'en publiant des caricatures de Mahomet, le journal satirique livrait une guerre contre l'islam et son Proph&#232;te. Fr&#233;n&#233;tiquement convaincus de cette offense, ils pensaient que leur acte laverait l'honneur du Proph&#232;te et entra&#238;nerait la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-dynamiques-geopolitiques-" rel="directory"&gt;Dynamiques G&#233;opolitiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-71-psychiatrie-+" rel="tag"&gt;Psychiatrie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-110-anthropologie-+" rel="tag"&gt;Anthropologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-122-guerre-+" rel="tag"&gt;Guerre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-138-totalitarisme-+" rel="tag"&gt;Totalitarisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-214-islam-+" rel="tag"&gt;Islam&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-216-type-anthropologique-+" rel="tag"&gt;Type anthropologique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-217-islamogauchisme-+" rel="tag"&gt;Islamogauchisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-Abdel-Samad-H,245-+" rel="tag"&gt;Abdel-Samad H.&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dernier chapitre du livre de Hamed Abdel-Samad, &#171; le fascisme islamique. Une analyse &#187; (Grasset, 2017)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.fichier-pdf.fr/2017/03/24/le-fascisme-islamique-hamed-abdel-samad/le-fascisme-islamique-hamed-abdel-samad.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Source&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En janvier 2015, les deux fr&#232;res qui ont pris d'assaut la r&#233;daction de &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; et abattu douze personnes de sang-froid estimaient qu'en publiant des caricatures de Mahomet, le journal satirique livrait une guerre contre l'islam et son Proph&#232;te. Fr&#233;n&#233;tiquement convaincus de cette offense, ils pensaient que leur acte laverait l'honneur du Proph&#232;te et entra&#238;nerait la victoire de l'islam. Si nous avons ici affaire &#224; un honneur et une guerre virtuels, les victimes, h&#233;las, &#233;taient de chair et de sang. Pr&#232;s de 250 ans apr&#232;s Voltaire, comme un fait expr&#232;s, c'est &#224; Paris que la satire se voit punie de mort. En aucun cas les deux criminels ne sont repr&#233;sentatifs des 1,5 milliard de musulmans pr&#233;sents &#224; travers le monde, mais la propension &#224; crier &#224; l'outrage, qui a motiv&#233; leur geste, renvoie &#224; un &#233;tat d'esprit partag&#233; par de nombreux musulmans. La cruaut&#233; de l'acte souligne l'asym&#233;trie qui d&#233;termine les relations de l'Occident au monde musulman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fil des si&#232;cles, plusieurs facteurs ont ciment&#233; ce sentiment d'offense chez les musulmans.Il est certain que les croisades, le colonialisme et la cr&#233;ation d'Isra&#235;l ont contribu&#233; &#224; le forger.Dans de nombreux pays musulmans, les troubles politiques et la mis&#232;re sociale alimentent &#233;galement les th&#233;ories du complot et la rancune. Toutefois, la croyance en une conspiration internationale foment&#233;e contre l'islam remonte aux racines m&#234;mes de cette religion. Certes, le Coran pr&#233;cise &#224; un endroit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Coran 49:13 [NDT].&#034; id=&#034;nh12-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; que Dieu a constitu&#233; les hommes en peuples et en tribus afin qu'ils se connaissent entre eux ; n&#233;anmoins, la d&#233;fiance &#224; l'&#233;gard des autres peuples pr&#233;domine &#224; la fois dans le Coran et dans les propos rapport&#233;s du Proph&#232;te. Mahomet a toujours mis en garde les musulmans contre la tentation des non-croyants et interdisait tout lien d'amiti&#233; avec les juifs et les chr&#233;tiens. Dans un passage du Coran, Dieu s'adresse &#224; Mahomet en ces termes : &#171; Les Juifs et les Chr&#233;tiens ne seront pas contents de toi tant que tu ne suivras pas leur religion. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Coran 2:120.&#034; id=&#034;nh12-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; M&#234;me sur son lit de mort, Mahomet affirma avoir &#233;t&#233; empoisonn&#233; par une juive, alors qu'&#224; cette date tous les juifs avaient &#233;t&#233; chass&#233;s de M&#233;dine. Avant de mourir, il pr&#233;dit : &#171; Les peuples se rassembleront sur vous comme les affam&#233;s se rassemblent autour de leur plat. [...] En ces jours,vous serez nombreux, mais vous serez comme l'&#233;cume au-dessus de la surface de la mer. Ils n'auront pas peur de vous, car vous serez faibles dans votre c&#339;ur. [...] Votre c&#339;ur sera faible car vous aimerez la vie et ha&#239;rez la mort. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Abu Daw&#363;d al-Hafez Sulaiman al-Sijistani, Sahih Sunan abi Daw&#363;d, &#233;d. Mohamed (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Les islamistes citent souvent cette sentence car ils consid&#232;rent la situation actuelle des musulmans comme une confirmation de cette proph&#233;tie, laquelle est en m&#234;me temps une incitation &#224; retrouver la grandeur d'antan en enjoignant aux musulmans de pr&#233;f&#233;rer la mort &#224; la vie et de pratiquer le djihad.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La folie des grandeurs et l'isolement engendrent la parano&#239;a. Hitler &#233;tait non seulement convaincu de l'existence d'un complot juif et d'une conspiration orchestr&#233;e par les Alli&#233;s contre l'Allemagne, mais il souffrait aussi personnellement de d&#233;lires de pers&#233;cution&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Karl Pfeifer, &#8220;Der Antisemitismus der Nazis : Kampf gegen die &#8216;J&#252;dische (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Des documents publi&#233;s en 2005 attestent qu'il faisait r&#233;guli&#232;rement contr&#244;ler son eau de toilette ainsi que l'eau de cuisson de ses &#339;ufs afin de d&#233;pister d'&#233;ventuelles traces de poison. Il projetait son propre manque d'assurance sur des ennemis r&#233;els et imaginaires. Il ordonna qu'apr&#232;s son suicide on asperge son corps d'essence et le br&#251;le jusqu'&#224; le rendre m&#233;connaissable, de sorte que Joseph Staline ne puisse pas exposer son cadavre &#224; Moscou. Hitler d&#233;marra sa carri&#232;re en accusant le &#171; trait&#233; de la honte &#187;, sign&#233; &#224; Versailles, d'avoir humili&#233; l'Allemagne, et il l'acheva rong&#233; par la peur d'&#234;tre personnellement humili&#233; par son rival communiste. Pour Umberto Eco, le sentiment d' &#171; humiliation &#187; constitue l'une des caract&#233;ristiques du Ur-fascisme. Les partisans du fascisme se sentent constamment vis&#233;s et d&#233;lib&#233;r&#233;ment offens&#233;s par l'ennemi. Le fasciste se r&#233;fugie dans la rh&#233;torique, accorde parfois une importance excessive &#224; ses ennemis tout en sous-estimant leur puissance. Il croit avoir la capacit&#233;, et m&#234;me le devoir, de les an&#233;antir, quand bien m&#234;me sa propre m&#233;galomanie et sa parano&#239;a finiront par le pr&#233;cipiter dans la d&#233;faite. Le fondateur de la confr&#233;rie des Fr&#232;res musulmans, Hassan al-Banna, &#233;chafauda un plan pour conqu&#233;rir le monde et finit sa vie d'islamiste en se vidant de son sang apr&#232;s avoir &#233;t&#233; abattu en pleine rue. Pendant la Guerre des Six Jours contre Isra&#235;l, en 1967, toutes les stations de radio arabes annonc&#232;rent qu'Isra&#235;l serait bient&#244;t ray&#233; de la carte par les forces arabes, qui furent finalement battues &#224; plates coutures en quelques jours. Depuis leur cr&#233;ation, le Hezbollah et le Hamas parlent de d&#233;truire Isra&#235;l. Oussama ben Laden &#233;num&#233;rait avec passion les outrages subis par l'islam de la part de l'Occident et pensait qu'une attaque terroriste suffirait &#224; triompher partout dans le monde occidental. Quant &#224; l'&#201;tat islamique, il croit lui aussi dur comme fer &#224; la conqu&#234;te du monde et &#224; la victoire finale de l'islam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Honneur, sang et force d'autodestruction &#8212; voil&#224; ce qui unit fascisme et islamisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Honte et fiert&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extraite de La R&#233;publique de Platon, l'all&#233;gorie de la caverne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Platon, The Republic, traduit par Benjamin Jowett, https://www.gutenberg.org/fil&#034; id=&#034;nh12-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; s'applique parfaitement &#224; l'&#233;tat de la pens&#233;e r&#233;pandu depuis plusieurs g&#233;n&#233;rations dans le monde musulman. Un groupe d'hommes vivent encha&#238;n&#233;s dans une caverne depuis leur enfance, si bien qu'ils ne connaissent rien d'autre que la paroi de la caverne face &#224; eux. Derri&#232;re eux, un feu projette des ombres au mur. Ainsi ces hommes peuvent-ils voir leur propre ombre et percevoir ce qui se passe derri&#232;re eux. Lorsque quelqu'un parle dans leur dos, le mur en face produit un &#233;cho de ces paroles et les hommes croient que les ombres s'adressent &#224; eux. La question centrale de cette all&#233;gorie est la suivante : que se passerait-il si ces hommes se lib&#233;raient de leurs liens et tournaient la t&#234;te ? Les prisonniers seraient d'abord &#233;blouis par la lumi&#232;re du feu ; les hommes et les objets leur para&#238;traient flous et irr&#233;els. Ils pr&#233;f&#233;reraient s'en retourner au pied du mur, aupr&#232;s des ombres famili&#232;res, l&#224; o&#249; ils savent s'orienter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des si&#232;cles durant, la communaut&#233; musulmane a v&#233;cu repli&#233;e sur elle-m&#234;me, les yeux riv&#233;s sur ses propres ombres en s'imaginant qu'il s'agissait du monde, jusqu'&#224; ce que l'&#171; autre &#187; apparaisse et, dans sa sup&#233;riorit&#233;, enfonce la porte de la caverne. En 1798, le d&#233;barquement de la flotte de Napol&#233;on &#224; Alexandrie donna lieu &#224; cette rencontre asym&#233;trique entre, d'une part, une puissance europ&#233;enne techniquement sup&#233;rieure et, d'autre part, une civilisation arabe encalmin&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour certains, la modernisation repr&#233;sentait la capitulation devant l'Occident et l'abandon de son identit&#233;. Les musulmans orthodoxes disposaient de quelques atouts dans ce jeu-l&#224;, puisqu'il leur a suffi de revenir aux fondamentaux et de se r&#233;clamer de la communaut&#233; originelle du Proph&#232;te. Le renouveau de la foi et l'instrumentalisation de l'islam comme pouvoir politique ont &#233;t&#233; des enjeux importants pendant les croisades et sous le colonialisme. En p&#233;riode de crise, toute communaut&#233; se raccroche &#224; un socle de rep&#232;res culturels qui lui permettra de mobiliser ses troupes. L'islam ne tol&#233;rant gu&#232;re, au fil des si&#232;cles, la coexistence d'identit&#233;s diff&#233;rentes de la sienne, il a fini par demeurer le seul pouvoir auquel se raccroche, dans les moments difficiles, une civilisation plac&#233;e sur la d&#233;fensive afin de dissimuler sa propre honte. Or, la honte se mue en peur. La peur, en foi. Et le sentiment de privation, en mission sacr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son &#339;uvre ma&#238;tresse, L'&#202;tre et le N&#233;ant, Jean-Paul Sartre d&#233;finit l'apparition d'&#171; autrui &#187; comme le moment o&#249; surgit la honte de soi. Le philosophe a recours &#224; la parabole &#233;loquente du &#171; trou de serrure &#187; qui, elle aussi, peut s'appliquer au monde musulman : un homme espionne d'autres personnes par le trou de la serrure. Pris sur le fait, l'homme est saisi de honte.Dans sa pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre la plus c&#233;l&#232;bre, Huis clos, Sartre fait ressortir cette id&#233;e des&#171; autres &#187; : &#171; [...] je comprends que je suis en enfer, [...] avec tous ces regards sur moi. Tous ces regards qui me mangent [...] : l'enfer, c'est les Autres. &#187; Chez Sartre, la honte s'apparente &#224; une &#171; chute originelle &#187; dont le caract&#232;re embarrassant ne surgit qu'&#224; travers le regard d'autrui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce furent les regards condescendants des soldats napol&#233;oniens sur la population assujettie qui d&#233;cha&#238;n&#232;rent la honte et la col&#232;re des fellahs vivant dans leur caverne des bords du Nil. Ces regards leur &#244;t&#232;rent leur illusion d'omnipotence. Plus les Fran&#231;ais les toisaient, plus les fellahs r&#233;agissaient de fa&#231;on d&#233;sorient&#233;e et rageuse. Plus de deux cents ans apr&#232;s, la situation n'a gu&#232;re &#233;volu&#233; : on a affaire &#224; une culture qui &#233;prouve un sentiment de honte qu'elle compense en affichant ostensiblement sa sup&#233;riorit&#233; morale et sa haute estime d'elle-m&#234;me. &#171; Vous avez les montres, mais nous avons le temps &#187;, lan&#231;a un jour un Marocain &#224; son ma&#238;tre colonial fran&#231;ais. Dans un but de protection, la sup&#233;riorit&#233; de l'autre est rel&#233;gu&#233;e au rang de mythe et cet autre devient un intrus &#224; combattre afin de pouvoir transformer la honte en mission sacr&#233;e. L'autre est alors r&#233;duit &#224; une essence repr&#233;sentative de tout ce qu'abhorrent les habitants de la grotte. Au lieu de s'int&#233;resser &#224; l'ambivalence de l'Europ&#233;en, on d&#233;peint toujours celui-ci comme un spectre immoral. Al-Qa&#239;da, Daesh, Boko Haram et les terroristes de Paris sont les r&#233;sultats de cette mentalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vivre continuellement reclus &#224; contempler sa propre ombre conduit non seulement &#224; l'autoglorification, mais aussi au d&#233;lire de pers&#233;cution. Toute critique &#233;manant de l'ext&#233;rieur est interpr&#233;t&#233;e comme une d&#233;claration de guerre ; venant de l'int&#233;rieur m&#234;me des fronti&#232;res, la moindre remise en cause est tax&#233;e d'h&#233;r&#233;sie, de trahison. Plus une soci&#233;t&#233; vit en huis clos, plus elle per&#231;oit le monde ext&#233;rieur comme lui &#233;tant hostile. Pour garantir une loyaut&#233; inconditionnelle, le code moral se durcit, la pression redouble sur les membres m&#234;mes de la soci&#233;t&#233;. On impose le voile sur et dans les t&#234;tes. L'esprit faustien est &#233;touff&#233; dans l'&#339;uf. Les intrus et les apostats sont redout&#233;s au plus haut point et deviennent la principale cible d'attaques. Plus une soci&#233;t&#233; vivant repli&#233;e sur elle-m&#234;me ressentira l'influence du monde ext&#233;rieur, plus elle d&#233;ploiera de force pour frapper sur ceux, parmi ses membres, qui oseront se d&#233;marquer. Une soci&#233;t&#233; plong&#233;e dans l'isolement existe gr&#226;ce &#224; la solidarit&#233;, &#224; la surveillance et au silence, et elle meurt d'inceste culturel. Les chefs de file se chargent de dissimuler les actes odieux que les sujets, quant &#224; eux, refoulent de leur conscience. Quiconque s'oppose &#224; cette logique risque le bannissement, sinon le b&#251;cher. Il est souvent arriv&#233; que des r&#233;formateurs musulmans paient de leur vie leurs tentatives de restructuration, mais nombreux sont aussi ceux qui retourn&#232;rent s'encha&#238;ner dans leur caverne, contempler leurs propres ombres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue de nombreux musulmans, la modernit&#233; s'est impos&#233;e en traversant la M&#233;diterran&#233;e &#224; bord de navires de guerre et n'a cess&#233; d'&#234;tre dict&#233;e par des colons ou des despotes locaux. Jamais elle n'a &#233;t&#233; ni expliqu&#233;e aux musulmans par un interm&#233;diaire culturel, ni pr&#233;sent&#233;e de fa&#231;on attrayante. On a manqu&#233; de cr&#233;ativit&#233; pour insuffler &#224; la tradition le vent de la modernit&#233;, comme ce fut par exemple le cas au Japon. C'est pour cette raison que le Japon a pu si rapidement panser les blessures d'Hiroshima et de Nagasaki et coop&#233;rer avec les Am&#233;ricains pour reconstruire le pays apr&#232;s-guerre, tandis qu'au sein du monde musulman on l&#232;che encore les blessures de l'&#233;poque coloniale et on cultive la ranc&#339;ur. Dans le cadre de la construction nationale, un nouveau concept fut introduit pour indiquer la direction &#224; suivre : &lt;i&gt;asala&lt;/i&gt;, qui signifie l'authenticit&#233; ou le caract&#232;re propre, originel. Et chaque fois que les musulmans se sont mis en qu&#234;te de rep&#232;res traditionnels pour construire une nouvelle identit&#233;, ils se sont heurt&#233;s &#224; une nouvelle idole &#224; adorer : sous la forme soit d'une th&#233;ocratie brutale, soit d'un souverain absolu pr&#233;tendument la&#239;c qui instaura son propre culte de la personnalit&#233; dans le sillage des chefs de clans arabes et dirigea son peuple d'une main de fer. Ces deux types de r&#233;gime eurent besoin d'ennemis aussi bien &#224; l'int&#233;rieur qu'&#224; l'ext&#233;rieur des fronti&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1992, l'&#201;gyptien Farag Fouda fut assassin&#233; devant son domicile par des extr&#233;mistes apr&#232;s qu'un comit&#233; de l'universit&#233; d'Al-Azhar eut prononc&#233; contre lui une fatwa pour blasph&#232;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Malika Zeghal, Gardiens de l'Islam. Les Oul&#233;mas d'Al-Azhar dans l'&#201;gypte (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.Non pas que Farag Fouda e&#251;t mis en doute l'existence de Dieu ou accus&#233; le Proph&#232;te de p&#233;dophilie ; la sanction tomba pour la simple raison qu'il plaidait publiquement en faveur de la s&#233;paration de la religion et de l'&#201;tat. Une plaisanterie sur le voile islamique lui co&#251;tera finalement la vie. Sept ans auparavant, le th&#233;ologien soudanais Mahmoud Mohamed Taha avait &#233;t&#233; ex&#233;cut&#233; &#224; Khartoum pour avoir qualifi&#233; la charia de construction historique devenue caduque&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Olaf K&#246;ndgen, &#8220;Die Kodifikation des islamischen Strafrechts im Sudan seit (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; l'apog&#233;e du nationalisme des ann&#233;es soixante, Taha fut le seul intellectuel arabe &#224; se prononcer en faveur d'une r&#233;conciliation avec Isra&#235;l afin que les Arabes puissent investir dans le d&#233;veloppement de leur pays plut&#244;t que de gaspiller leur &#233;nergie et leurs ressources dans l'armement. Rien que cela lui valut d'&#234;tre tax&#233; d'h&#233;r&#233;sie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des raisons fondamentales &#224; l'origine du sentiment d'offense chronique qu'&#233;prouvent les musulmans, c'est l'image qu'ils se font d'eux-m&#234;mes. Ils continuent &#224; se voir comme les d&#233;positaires d'une grande civilisation et, comme le constate l'&#233;crivain fran&#231;ais n&#233; en Tunisie Abdelwahab Meddeb, l'islam ne s'est pas remis d'avoir perdu son statut de puissance mondiale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8220;Der Islam ist krank&#8221;, interview de Brigitte Kols et Barbara Mauersberg, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le ressentiment qui en d&#233;coule alimente ce fondamentalisme islamique que Meddeb d&#233;finit comme le foyer de la maladie de l'islam. Une culture archa&#239;que de l'honneur et de la r&#233;sistance fait barrage &#224; une coop&#233;ration fructueuse avec l'Occident, qu'on pr&#233;f&#232;re r&#233;duire au statut d'&#171; ennemi &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Meddeb, d'un point de vue psychologique, l'homme du ressentiment &#8212; au sens de Nietzsche &#8212; se voit comme quelqu'un de meilleur que le contexte dans lequel il vit. Pour le philosophe allemand, le ressentiment na&#238;t de la sensation subjective d'&#234;tre injustement trait&#233; en permanence. C'est pourquoi il consid&#232;re la psychologie du ressentiment comme un auto-empoisonnement r&#233;sultant d'une vengeance non accomplie, entrav&#233;e. Les pens&#233;es de vengeance qu'on ne r&#233;alise pas, d'apr&#232;s Nietzsche, s'apparentent &#224; un acc&#232;s de fi&#232;vre qu'on tra&#238;ne &#224; jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai parfois l'impression que les musulmans se complaisent &#224; &#234;tre offens&#233;s par l'Occident ; &#224; mes yeux, cela ressemble &#224; un jeu masochiste qui leur prouverait qu'ils sont bel et bien en vie. Ils aimeraient que l'Occident ait quelque chose contre eux. Des ph&#233;nom&#232;nes comme PEGIDA ouThilo Sarrazin en Allemagne, Geert Wilders aux Pays-Bas, Le Pen en France, English Defence League en Angleterre, fournissent aux musulmans de nouveaux arguments qui justifient leur sentiment d'outrage. Cela fait du bien &#224; leur &#226;me meurtrie, narcissique, de croire qu'au moins l'Occident les juge assez importants pour vouloir les aviser ou les d&#233;truire. Car si l'Occident les ignorait totalement, ils auraient le sentiment d'&#234;tre insignifiants. Cela leur fait du bien de croire qu'ils ont en face d'eux un adversaire puissant qui s'interroge sur la fa&#231;on dont il pourra les agacer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je suis musulman, donc je suis offens&#233; !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a de nombreuses ann&#233;es, j'&#233;tais un musulman tr&#232;s croyant. Dans la ville d'Augsbourg, en Bavi&#232;re, je m'&#233;tais li&#233; d'amiti&#233; avec un &#233;tudiant en th&#233;ologie allemand qui souhaitait devenir professeur de religion. Il me raconta la plaisanterie suivante, qui m'a v&#233;ritablement mis en col&#232;re et troubl&#233; : un charcutier bavarois arrive au Ciel. Saint Pierre l'arr&#234;te aux portes du Paradis pour fouiller son sac. Il y d&#233;couvre une grosse saucisse blanche, Wei&#223;wurst, sp&#233;cialit&#233; du sud de l'Allemagne, et demande, &#233;tonn&#233;, de quoi il s'agit : &#171; C'est la base de mon alimentation, je ne peux pas vivre sans &#187;, r&#233;pond le Bavarois. Saint Pierre lui refuse l'entr&#233;e au Paradis tant qu'il n'aura pas d&#233;couvert de quoi il retourne exactement. Il s'en va demander &#224; J&#233;sus s'il peut identifier cet objet oblong. &#171; Non, Pierre, demande donc &#224; ma m&#232;re, c'est surtout elle qui allait au march&#233;, et elle s'y conna&#238;t mieux en nourriture. &#187; Saint Pierre demande &#224; Marie si cette chose lui est famili&#232;re. La m&#232;re de Dieu prend la saucisse dans sa main, la palpe prudemment. &#171; Je ne l'ai jamais vue, mais au toucher &#231;a rappelle le Saint-Esprit ! &#187;, r&#233;pond Marie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Proprement choqu&#233; par cette blague, je fus incapable d'en rire. Je n'en croyais pas mes oreilles qu'un chr&#233;tien pratiquant, qui plus est voulant devenir professeur de religion, puisse plaisanter de la sorte sur les figures les plus sacr&#233;es du christianisme. Je viens d'une culture o&#249; l'on rit volontiers de presque tout. Les musulmans ne sont pas d&#233;nu&#233;s d'humour. Mais on ne rigole pas avec la religion ou les proph&#232;tes. &#192; l'&#233;cole primaire, on nous enseignait un propos de Mahomet auquel nous autres musulmans devons imp&#233;rativement ob&#233;ir : &#171; Nul n'a le droit de se dire croyant tant qu'il ne m'aimera pas plus que ses propres parents et enfants. &#187; Et, comme personne n'a le droit de se moquer de ses propres parents, ce principe vaut &#224; plus forte raison pour le Proph&#232;te. Plusieurs compagnons de Mahomet lui prouv&#232;rent l'amour qu'ils lui portaient en tuant des gens qui avaient dit du mal de lui. La &lt;i&gt;soukhriya&lt;/i&gt;, &#171; satire &#187; ou &#171; moquerie &#187; en arabe, est tr&#232;s d&#233;cri&#233;e dans le Coran depuis que des Mecquois pa&#239;ens bafou&#232;rent Mahomet en le traitant de &#171; poss&#233;d&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Coran 15:6.&#034; id=&#034;nh12-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et en r&#233;cusant le Coran qu'ils consid&#233;raient comme un recueil de&#171; racontars de primitifs &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Coran 25:5.&#034; id=&#034;nh12-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans les propos h&#233;rit&#233;s du Proph&#232;te, on recense de nombreux cas o&#249; Mahomet ordonne la d&#233;capitation d'opposants, dont plusieurs po&#232;tes, qui l'avaient d&#233;nigr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce moment-l&#224;, je n'&#233;tais pas encore en mesure de remettre en question le caract&#232;re intouchable du Proph&#232;te. Si l'&#233;tudiant en th&#233;ologie faisait preuve d'un tel sarcasme &#224; l'&#233;gard de sa propre religion, comment traiterait-il la mienne ?, me demandais-je. S'il blasph&#233;mait ainsi J&#233;sus et Marie, comment parlerait-il donc de Mahomet ? Je redoutais de succomber moi aussi, un jour, &#224; la tentation de la libert&#233; et de me mettre &#224; railler ma religion. J'&#233;tais face &#224; un dilemme : soit j'acceptais la satire comme un d&#233;riv&#233; de la libert&#233;, soit je me prot&#233;geais des influences &#171; n&#233;gatives &#187; de l'&#233;mancipation. J'ai d'abord opt&#233; pour la seconde option et me suis barricad&#233; derri&#232;re ma foi, me radicalisant peu &#224; peu. J'ai mis fin &#224; mon amiti&#233; avec mon camarade &#233;tudiant. Plus j'ai v&#233;cu repli&#233; sur moi-m&#234;me, plus je me suis senti outrag&#233; &#224; la moindre d&#233;claration &#233;mise au sujet de l'islam par des coll&#232;gues ou dans les m&#233;dias. &#192; ce moment-l&#224;, ma devise, c'&#233;tait : &#171; Je suis musulman, donc je suis offens&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est que des ann&#233;es plus tard, apr&#232;s avoir commenc&#233; &#224; adopter une attitude critique envers l'islam, que j'ai compris combien la satire pouvait &#234;tre importante. Les caricatures danoises de Mahomet, parues en 2005, ont particuli&#232;rement contribu&#233; &#224; mon revirement d'opinion. Des foules de musulmans sont descendues dans la rue afin d'exprimer leur amour pour le Proph&#232;te &#8211; en incendiant des ambassades occidentales. Plus de 150 personnes sont mortes dans ces &#233;meutes. C'est &#224; peine si quelqu'un a os&#233; dire que la mort de tant de gens &#233;tait bien plus grave qu'un dessin satirique du Proph&#232;te. Par la suite, je me suis rendu &#224; Copenhague, o&#249; j'ai interview&#233; Flemming Rose, le r&#233;dacteur danois responsable de la publication de ces caricatures. J'avais en face de moi un homme rationnel, qui n'&#233;tait guid&#233; ni par la haine ni par le racisme, quelqu'un qui &#233;voluait dans le cadre de valeurs h&#233;rit&#233;es des Lumi&#232;res. Il estimait que la solution ne pouvait &#234;tre que nous tous cessions de faire de la satire avec Mahomet, mais que les musulmans devaient apprendre &#224; r&#233;agir de fa&#231;on plus sereine &#224; la satire. J'ai propos&#233; cette interview &#224; un grand journal &#233;gyptien. Elle fut effectivement mise en ligne &#8211; mais pour quelques minutes seulement. Une d&#233;ferlante de protestations de la part des lecteurs obligea ce journal d'orientation lib&#233;rale &#224; retirer l'article.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Brusquement, j'ai compris mon ancien camarade d'Augsbourg. Il riait de sa religion parce qu'il &#233;tait d&#233;tach&#233; du dogme et des contraintes. C'est la libert&#233; qui nous permet de conserver notre foi tout en cultivant un certain recul qui admet l'autocritique et la satire. Or, c'est pr&#233;cis&#233;ment l&#224; que r&#233;side le probl&#232;me de nombreux musulmans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de la satire en Europe, c'est l'histoire de l'&#233;mancipation des lois divines et, par l&#224; m&#234;me, l'histoire des Lumi&#232;res. Dans l'Antiquit&#233;, les philosophes se querellaient avec les dieux.&#192; la Renaissance, la satire &#233;tait le genre litt&#233;raire pr&#233;f&#233;r&#233; de la soci&#233;t&#233; cultiv&#233;e. Truff&#233;e d'humour, l'&#339;uvre d'&#201;rasme de Rotterdam, L'&#201;loge de la folie, &#233;galement appel&#233;e La Louange de la sottise, parue en 1511 &#224; Paris, est une critique humaniste de l'&#201;glise. L'auteur y brocarde l'institution catholique et les sacrements &#224; un moment o&#249; l'Inquisition fait encore rage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;poque des Lumi&#232;res, le genre satirique devint un moyen didactique pour promouvoir les objectifs p&#233;dagogiques de la pens&#233;e rationaliste. Voltaire &#233;tait un fils spirituel d'&#201;rasme. Sa critique sarcastique de l'&#201;glise a ouvert la voie &#224; la R&#233;volution fran&#231;aise, qui &#224; son tour a pos&#233; les bases de notre libert&#233;. Les id&#233;aux de la philosophie des Lumi&#232;res furent eux-m&#234;mes raill&#233;s par la satire. On peut citer, &#224; titre d'exemple, Jonathan Swift et ses Voyages de Gulliver, dans lesquels il tourne en d&#233;rision les th&#233;ories savantes de son &#233;poque et la vision id&#233;aliste de l'homme. Les Monty Python, Mr Bean, Jon Stewart ou encore Bill Maher sont les descendants de cette &#233;volution. De m&#234;me, Charlie Hebdo s'inscrit dans cette tradition. La satire politique, religieuse et sociale a toujours fait partie du processus que suivent les soci&#233;t&#233;s pour surmonter leurs propres travers. L'humour a le pouvoir de d&#233;crisper une culture, de faire tomber les masques camouflant les mythes dat&#233;s et autres figures de culte. Il aide les hommes &#224; consid&#233;rer les choses sous un angle diff&#233;rent. Il permet de relativiser des v&#233;rit&#233;s absolues et d'encourager les gens &#224; s'extirper de leur immaturit&#233;, dont ils sont seuls responsables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi les despotes ont souvent des r&#233;actions &#233;pidermiques &#224; la satire : l'humour efface les craintes des sujets envers leurs dirigeants. Aussi, lorsque l'ayatollah Khomeyni pronon&#231;a, en 1989, une fatwa contre Salman Rushdie, ce n'&#233;tait pas pour la seule raison que Rushdie avait compos&#233; une satire du Proph&#232;te et de ses &#233;pouses, mais parce que son roman, Les Versets sataniques,se moquait de Khomeyni en personne. Au cours de l'histoire islamique, les dirigeants n'ont eu de cesse de brandir le reproche de &#171; l'outrage au Proph&#232;te &#187; pour justifier l'&#233;limination de leurs adversaires politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, ce qui est pire encore que la censure &#233;tatique et les man&#339;uvres d'intimidation exerc&#233;es par les islamistes, c'est l'autocensure et l'inclination des masses &#224; s'estimer collectivement offens&#233;es d&#232;s lors que leur religion est expos&#233;e &#224; la critique. Comme si les probl&#232;mes internes des pays musulmans n'apportaient pas d&#233;j&#224; leur lot suffisant de col&#232;re et de frustration, nombre de musulmans guettent quotidiennement dans les journaux et sur les cha&#238;nes satellites les nouvelles relatant l'existence de telle ou telle communaut&#233; musulmane opprim&#233;e en Chine, aux Philippines ou en Europe, afin de se sentir encore davantage confort&#233;s dans l'id&#233;e qu'un complot international est &#224; l'&#339;uvre contre l'islam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et quand ils ne trouvent rien, ils poursuivent leur qu&#234;te et tombent sur un caricaturiste qui a dessin&#233; le proph&#232;te Mahomet dans le plus simple appareil, ou sur un pape qui a qualifi&#233; l'islam de religion contraire &#224; la raison, ou encore sur un club de football qui affirme dans son chant officiel que le Proph&#232;te ne conna&#238;t rien au football. En r&#233;sum&#233; : on trouve toujours quelque chose &#224; se mettre sous la dent quand il s'agit de laisser libre cours &#224; ce cher sentiment d'outrage. On jette des cocktails Molotov sur des ambassades occidentales pour contrer le reproche du terrorisme, et on r&#233;agit de mani&#232;re irrationnelle au discours du pape Beno&#238;t XVI en2006 &#224; Ratisbonne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pape Beno&#238;t XVI, &#8220;Foi, raison et universit&#233; : souvenirs et r&#233;flexions&#8221;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;pour d&#233;montrer qu'il avait tort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Soudan, en 2007, une enseignante britannique est arr&#234;t&#233;e parce qu'elle a appel&#233; son ours en peluche &#171; Mohamed &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8216;Muhammad' Teddy Teacher Arrested&#8221;, BBC News, 26 novembre 2007,http://news.bbc.c&#034; id=&#034;nh12-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Des organisations musulmanes se sentent offens&#233;es par l'hymne de l'&#233;quipe allemande de football Schalke 04, dont un couplet dit : &#171; Mahomet &#233;tait un proph&#232;te qui ne comprenait rien au football &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Johannes Nitschmann, &#8220;Der Prophet auf Schalke&#8221;, S&#252;ddeutsche Zeitung, 17 mai (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les cr&#233;ateurs de la s&#233;rie t&#233;l&#233;vis&#233;e d'animation new-yorkaise South Park ont re&#231;u des menaces de mort apr&#232;s avoir dessin&#233; le Proph&#232;te cach&#233; dans un costume d'ours en peluche, de fa&#231;on &#224; ne pas repr&#233;senter son visage. Dans la m&#234;me s&#233;rie, Mo&#239;se, J&#233;sus et Bouddha ont plusieurs fois fait l'objet d'&#233;pisodes satiriques sans soulever de protestations ou de menaces de la part des rangs juifs, chr&#233;tiens ou bouddhistes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Archie Bland, &#8220;&#8216;South Park' Censored after Death Threats from Islamists&#8221;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En f&#233;vrier 2010, deux &#233;migr&#233;s &#233;gyptiens ont &#233;t&#233; assassin&#233;s dans des circonstances &#233;tonnamment similaires. L'un mourut &#224; Milan au cours d'une bagarre avec un jeune Latino-Am&#233;ricain, l'autre a &#233;t&#233; sommairement abattu en Arabie Saoudite par un adolescent saoudien. Tandis que des articles charg&#233;s d'&#233;motion rapportant la mort du premier &#224; Milan faisaient les unes en &#201;gypte, c'est &#224; peine si l'on mentionna le meurtre du second. Seuls deux ou trois journaux accord&#232;rent quelques lignes discr&#232;tes &#224; cette affaire tragique, comme s'ils avaient honte d'&#233;tablir un lien entre l'Arabie Saoudite et cet assassinat. Dans un cas comme dans l'autre, on aurait dit que la victime ne jouait qu'un r&#244;le secondaire ; l'attention &#233;tait focalis&#233;e sur la question de savoir o&#249; et par la faute de qui elle &#233;tait morte. M&#234;me les appels &#224; la vengeance se concentr&#232;rent sur le crime commis en Italie ; on ne c&#233;l&#233;bra gu&#232;re de deuil en m&#233;moire de l'homme assassin&#233; en Arabie Saoudite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a l'impression que ce ne sont pas tant les victimes que les coupables qui comptent aux yeux des musulmans. Ces derniers se mobilisent en masse &#224; travers le monde pour protester dans la rue contre des caricatures ou la guerre de Gaza, mais ils ont du mal &#224; manifester contre le terrorisme de l'&#201;tat islamique, d'Al-Qa&#239;da et de Boko Haram alors que ces organisations ont tu&#233; plus de musulmans que tous les conflits engag&#233;s contre Isra&#235;l depuis 1948.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand des musulmans s'obstinent &#224; d&#233;fendre le caract&#232;re intouchable du Proph&#232;te, ils confortent dans leur domination les despotes se r&#233;clamant de Mahomet et emp&#234;chent tout changement. Ce faisant, ils soutiennent aussi des terroristes tels que les fr&#232;res Kouachi, qui ont perp&#233;tr&#233; l'attentat contre Charlie Hebdo dans le but de venger le Proph&#232;te &#224; cause de quelques dessins le mettant en sc&#232;ne. Quant aux amis occidentaux de l'islam, qui cautionnent un statut &#224; part pour Mahomet afin de pr&#233;server la paix &#224; l'int&#233;rieur de leurs fronti&#232;res, ils ne rendent pas plus service aux musulmans. En effet, ceux qui respectent les musulmans et les prennent au s&#233;rieux sont en droit d'attendre d'eux qu'ils r&#233;agissent &#224; la critique et &#224; la satire exactement de la m&#234;me mani&#232;re que les croyants d'autres confessions. &#192; ceux qui exigent des personnes critiquant Mahomet : &#171; Laissez le Proph&#232;te tranquille. Il est la derni&#232;re source d'identit&#233; et de fiert&#233; des musulmans &#187;, on peut r&#233;torquer : &#171; Si Mahomet est devenu la derni&#232;re source d'identit&#233; et de fiert&#233; des musulmans, c'est peut-&#234;tre justement parce qu'on l'a laiss&#233; tranquille durant tous ces si&#232;cles ! &#187; T&#244;t ou tard, les musulmans seront plus reconnaissants envers les critiques, les h&#233;r&#233;tiques et les satiristes qu'envers ceux qui s'affairent &#224; temp&#233;rer la situation et &#224; en minimiser la gravit&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi je consid&#232;re les caricatures de Charlie Hebdo comme un cadeau fait aux musulmans, comme une chance d'enfin traiter les textes sacr&#233;s et les figures symboliques de fa&#231;on plus d&#233;tendue. Une chance d'apprendre que seules les id&#233;es faibles ont besoin de se prot&#233;ger en &#233;rigeant un mur &#233;lev&#233; d'intimidation. Peut-&#234;tre ces caricatures ont-elles fait l'effet d'un traitement de choc pour de nombreux musulmans, afin qu'ils puissent enfin reconna&#238;tre que ce n'est pas l'image de l'islam qui pose probl&#232;me en Occident, mais ce qui se produit dans le monde entier au nom de l'islam. Et que le probl&#232;me de l'islam n'est pas ceux qui le critiquent, mais bien lui-m&#234;me, ses textes et sa vision du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les caricatures et l'attentat contre Charlie Hebdo devraient offrir aux musulmans l'occasion de mettre un terme au tabou qui p&#232;se sur les critiques de Mahomet. En effet, rien n'est plus sacr&#233; qu'une vie humaine, et rien n'est plus pr&#233;cieux que la libert&#233; et les droits de l'homme. Le monde ne t&#233;moignera pas davantage de respect aux musulmans s'ils hurlent en incendiant des ambassades, mais bien s'ils s'engagent &#224; d&#233;fendre davantage le progr&#232;s de la libert&#233; et des droits de l'homme que l'honneur d'un homme mort il y a 1400 ans. En t&#234;te de ces droits figure la libert&#233; de conscience et d'opinion, quelle que soit la duret&#233; ou l'iniquit&#233; de cette opinion !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre l'islam n'a-t-il pas besoin d'un Luther, mais d'un &#201;rasme, d'un Voltaire, et de nombreux Charlie Hebdo !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et de quoi l'Europe a-t-elle besoin dans sa relation &#224; l'islam ? Le &#171; Vieux Continent &#187; traverse une p&#233;riode agit&#233;e. Le fascisme islamique qui s&#233;vit en Irak, en Afghanistan et en Syrie, assorti d'une politique occidentale malavis&#233;e dans ces r&#233;gions, a d&#233;clench&#233; une crise migratoire qui submerge toute l'Europe. Non seulement l'h&#233;bergement et le ravitaillement de centaines de milliers de demandeurs d'asile issus de ces pays co&#251;tent chaque ann&#233;e des milliards d'euros aux contribuables europ&#233;ens, mais la s&#233;curit&#233; int&#233;rieure et la paix sociale de nombreux pays d'Europe se voient &#233;galement menac&#233;es par cette politique &#171; de la porte ouverte &#187;. S'il est entendu que la grande majorit&#233; des r&#233;fugi&#233;s est pacifique et respecte la loi, il n'en reste pas moins que des terroristes et des criminels se sont fondus dans la masse pour gagner l'Europe o&#249; ils ont perp&#233;tr&#233; des attentats. D'autres attaques ont &#233;t&#233; d&#233;jou&#233;es au dernier moment par les services de s&#233;curit&#233;. Les &#233;v&#233;nements qui se sont d&#233;roul&#233;s &#224; Cologne au cours de la nuit du Nouvel An 2016 ont &#224; leur tour &#233;branl&#233; l'opinion &#224; travers l'Europe. D'abord salu&#233;e et soutenue par certains m&#233;dias mainstream, la culture d'accueil de l'Allemagne a alors c&#233;d&#233; la place au scepticisme pour une vaste partie de la population. Cette nuit-l&#224;, pour la premi&#232;re fois sur le sol europ&#233;en, des centaines d'hommes ont agress&#233; des centaines de femmes en public :attouchements, vols, et m&#234;me viols pour certaines des victimes. La plupart des agresseurs venaient d'Afrique du Nord, quelques-uns de Syrie. Cela s'est produit &#224; peine quelques semaines apr&#232;s que la chanceli&#232;re Angela Merkel eut d&#233;cid&#233; d'ouvrir les fronti&#232;res afin de mettre un terme &#224; la d&#233;tresse des migrants &#233;chou&#233;s en Hongrie. La chanceli&#232;re se fit photographier aux c&#244;t&#233;s de r&#233;fugi&#233;s et leur dit &#171; We love you &#187;. Ce message se r&#233;pandit comme une tra&#238;n&#233;e de poudre via les r&#233;seaux sociaux et de nombreux Syriens, Irakiens et Afghans le prirent pour une invitation directe &#224; rejoindre l'Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La trajectoire de deux r&#233;fugi&#233;s afghans s'est r&#233;v&#233;l&#233;e particuli&#232;rement tragique. Tous deux mineurs, ils avaient &#233;t&#233; recueillis et encadr&#233;s par des familles allemandes, ce qui leur offrait de meilleures perspectives d'int&#233;gration dans le pays. Mais le premier est devenu terroriste apr&#232;s avoir pris contact avec Daesh : en juillet 2016, il a agress&#233; des touristes &#224; la hache dans un train r&#233;gional pr&#232;s de Wurtzbourg, en blessant cinq gri&#232;vement. Le second a viol&#233; puis assassin&#233; l'&#233;tudiante Maria L., en octobre 2016, dans la ville de Fribourg. La victime &#233;tait engag&#233;e dans l'association &#171; Weitblick &#187; qui soutient l'int&#233;gration des r&#233;fugi&#233;s. L'&#233;t&#233; 2016 a &#233;t&#233; assombri par des nouvelles relatant les harc&#232;lements de masse commis par des migrants &#224; l'encontre des femmes dans les piscines publiques. Les m&#233;dias mainstream n'ont gu&#232;re diffus&#233; ce genre de nouvelles ; ce sont des blogs, ainsi que les t&#233;moignages des femmes concern&#233;es et d'autres baigneurs, qui ont contribu&#233; &#224; les divulguer. Il en va de m&#234;me pour la v&#233;rit&#233; sur les &#233;v&#233;nements de Cologne qui, &#224; la demande des hommes politiques locaux, n'a &#233;t&#233; d&#233;voil&#233;e que plus tard. Les politiques ont cherch&#233; &#224; dissimuler tout lien entre l'origine des coupables et ces agressions afin de ne pas attiser davantage les critiques soulev&#233;es &#224; l'encontre de l'ouverture des fronti&#232;res aux r&#233;fugi&#233;s. Cela vaut &#233;galement pour le viol et le meurtre de l'&#233;tudiante Maria L. &#224; Fribourg. Cette fois-ci, il s'agissait de plusieurs m&#233;dias qui se sont d&#233;lib&#233;r&#233;ment soumis &#224; l'autocensure. Dans un communiqu&#233; de presse, la cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision publique ARD a fait savoir qu'elle renon&#231;ait &#224; traiter le cas de Maria L., arguant qu'il s'agissait d'un cas d'&#171; importance r&#233;gionale uniquement &#187; et que l'accus&#233;, &#226;g&#233; de 17 ans seulement, avait besoin d'&#234;tre mis &#224; l'abri de l'attention m&#233;diatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; plusieurs reprises, j'ai moi aussi &#233;t&#233; victime de cette autocensure. Apr&#232;s la sortie en Allemagne de mon livre Le Fascisme islamique, on m'a invit&#233; &#224; conduire un d&#233;bat avec des &#233;tudiants de l'Universit&#233; de technologie de Hambourg afin de discuter des th&#233;ories que je d&#233;veloppe dans cet ouvrage. Quelques jours seulement avant la discussion, le chancelier de l'universit&#233; annulait la manifestation. &#171; En faveur de la paix int&#233;rieure &#224; l'universit&#233;, nous prenons nos distances avec de tels d&#233;bats &#187;, fit-il savoir &#224; l'organisateur. Une f&#226;cheuse co&#239;ncidence : pr&#233;cis&#233;ment &#224; l'universit&#233; o&#249; ont &#233;tudi&#233; Mohammed Atta et d'autres terroristes responsables du 11 Septembre, et o&#249; encore beaucoup d'islamistes &#233;tudient et organisent tranquillement des rassemblements, le chancelier d'une universit&#233; allemande consid&#232;re qu'un d&#233;bat sur l'islamisme repr&#233;sente un danger pour la paix int&#233;rieure. En novembre 2016, &#224; l'universit&#233; d'Augsbourg o&#249; j'ai &#233;tudi&#233; et &#224; celle de Munich o&#249; j'ai enseign&#233; l'histoire islamique, d'autres forums similaires, auxquels je devais participer, ont &#233;t&#233; annul&#233;s. M&#234;me la ville de Dortmund a annul&#233; une discussion o&#249; j'&#233;tais invit&#233;, en septembre 2016, par crainte d'altercations avec des salafistes. En revanche, &#224; Dortmund, aucun rassemblement de salafistes n'a &#233;t&#233; annul&#233; jusqu'&#224; pr&#233;sent. Les fanatiques intol&#233;rants qui r&#233;pandent une id&#233;ologie antid&#233;mocratique et incitent de jeunes musulmans &#224; partir faire le djihad en Syrie ont le droit de s'exprimer librement et sans entrave, tandis qu'on d&#233;fend &#224; celui qui les critique et met en garde contre eux de d&#233;battre publiquement de ses id&#233;es. Et ce, au nom de la tol&#233;rance ! Mon &#233;diteur su&#233;dois a m&#234;me tard&#233; &#224; trouver un traducteur qui accepte de travailler sur ce livre. Bien que plusieurs traducteurs aient appr&#233;ci&#233; le livre et adh&#233;r&#233; &#224; son analyse, ils ont eu peur pour leur vie, de la m&#234;me fa&#231;on que ceux qui ont os&#233; traduire le roman de Salman Rushdie, &lt;i&gt;Les Versets sataniques&lt;/i&gt;. Cet &#233;diteur a tout de m&#234;me fini par trouver un traducteur, mais qui tient &#224; rester anonyme afin de ne pas mettre en danger sa famille et lui-m&#234;me. Je pourrais dresser toute une liste d'exemples d'autocensure pratiqu&#233;e en Allemagne ou ailleurs en Europe &#224; l'&#233;gard &#224; l'islam, exemples qui r&#233;v&#232;lent que nous empruntons une voie dangereuse et qu'il faut rester vigilants. Mais je me contenterai de citer un seul autre exemple, venu de France, et qui a, lui aussi, trait &#224; mon livre. Peu de temps apr&#232;s la sortie du Fascisme islamique, le livre est devenu un best-seller remarqu&#233; par presque tous les journaux et cha&#238;nes t&#233;l&#233;vis&#233;es. Il a &#233;t&#233; violemment attaqu&#233;, mais aussi parfois salu&#233; et approuv&#233; par la critique. De nombreux &#233;diteurs &#233;trangers en ont acquis les droits pour le faire traduire dans leur pays, dont les &#233;ditions Piranha pour la version fran&#231;aise, durant l'&#233;t&#233; 2014. Quelques mois plus tard eut lieu l'attentat contre Charlie Hebdo. Logiquement, mon livre aurait &#233;t&#233; parfaitement appropri&#233; pour nourrir un d&#233;bat sur le terrorisme islamiste et la question de l'outrage au proph&#232;te Mahomet, et pourtant l'&#233;diteur h&#233;sita puis reporta la date de publication de l'ouvrage. M&#234;me apr&#232;s l'attentat du Bataclan, mon livre resta enferm&#233; dans le tiroir de l'&#233;diteur ind&#233;cis. La parution fut finalement repouss&#233;e &#224; la mi-septembre 2016, soit deux ans apr&#232;s l'acquisition des droits du livre. La maison d'&#233;dition en modifia le titre : &lt;i&gt;Le Fascisme islamique&lt;/i&gt; devint &lt;i&gt;L'Islamisme est-il un fascisme ? &lt;/i&gt;afin de d&#233;samorcer le potentiel conflictuel du livre. Cette d&#233;cision a &#233;t&#233; prise sans que je sois concert&#233;. Sur Amazon, des lecteurs int&#233;ress&#233;s avaient d&#233;j&#224; pr&#233;command&#233; le livre. Mais c'est alors que survint l'attentat de Nice. &#192; nouveau, l'&#233;diteur tergiversa. Cependant, cette fois, il d&#233;cida non pas de reporter la publication du livre, mais d'y renoncer d&#233;finitivement. Il &#233;crivit un mail &#224; mon agent dans lequel il justifiait sa d&#233;cision : en &#233;ditant mon livre, il redoutait que sa maison d'&#233;dition se retrouve dans une situation comparable &#224; celle des r&#233;dacteurs de Charlie Hebdo. Les locaux de sa maison n'&#233;tant pas suffisamment prot&#233;g&#233;s, il ne pouvait pas garantir la s&#233;curit&#233; de ses collaborateurs, ce qui l'obligeait &#224; abandonner la publication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'&#233;diteur avait termin&#233; son mail l&#224;-dessus, j'aurais pu le comprendre, car il s'agit bien de vie et de mort, et je ne peux demander &#224; personne d'encourir les m&#234;mes risques que moi. Mais il encha&#238;na alors sur un deuxi&#232;me argument, cens&#233; expliquer pourquoi le moment &#233;tait mal choisi pour une telle publication. Selon lui, le livre pourrait apporter de l'eau au moulin de l'extr&#234;me droite. Comme si ces gens-l&#224; n'avaient pas exist&#233; en France deux ans auparavant, lorsqu'il avait acquis les droits du livre ! Ni l'extr&#234;me droite, ni les politiques, pas plus que cet &#233;diteur, n'ont &#233;t&#233; capables d'emp&#234;cher les mosqu&#233;es radicales actives en France de publier des livres &#224; contenu islamiste et de s'en servir pour radicaliser de jeunes musulmans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;&#231;u et furieux, j'ai post&#233; le commentaire suivant sur ma page &lt;i&gt;Facebook&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Voil&#224; o&#249; nous en sommes arriv&#233;s en Europe. Une maison d'&#233;dition s'incline face &#224; la tactique d'intimidation des islamistes. Il n'y a pas si longtemps, cet &#233;diteur &#233;crivait &#8220;Je suis Charlie&#8221; ; d&#233;sormais, il &#233;crit &#8220;J'ai peur de devenir Charlie&#8221;. Ce qui est grave, c'est qu'il essaie de faire de la n&#233;cessit&#233; une vertu et de la peur un acte h&#233;ro&#239;que, le tout en qualifiant sa d&#233;cision de &#8220;raisonnable&#8221;. J'appelle cela de l'ob&#233;issance servile et de l'autosacrifice ! Les crocodiles que tu nourris aujourd'hui dans l'espoir qu'ils ne te d&#233;vorent pas finiront par te d&#233;chiqueter toi aussi. Voltaire se retournerait dans sa tombe s'il apprenait quelle conception de la tol&#233;rance et de la libert&#233; d'expression entretiennent certains acteurs culturels dans son pays 230 ans apr&#232;s sa mort ! &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Je suis un auteur qui critique vigoureusement l'islam, mais sans jamais stigmatiser les musulmans. Je fais toujours la distinction entre les id&#233;es et les hommes. Pour moi, l'homme se situera toujours au-dessus de l'id&#233;ologie. Je distingue aussi clairement la dimension spirituelle de la dimension juridico-politique de l'islam. C'est uniquement cette derni&#232;re que je critique, et ce, non pas pour discr&#233;diter les musulmans ou remettre en cause leur droit &#224; l'existence, mais parce que cette facette de l'islam a engendr&#233; &#233;norm&#233;ment de violence et de violations des droits de l'homme. La plupart des victimes sont elles-m&#234;mes musulmanes, c'est pourquoi cette critique n'est pas formul&#233;e contre les personnes, mais pour elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, en quelques mois seulement, j'ai vu aussi bien des universitaires que des partis politiques, intellectuels, traducteurs, et &#224; pr&#233;sent mon &#233;diteur fran&#231;ais, me tourner le dos et renoncer &#224; accorder une tribune &#224; mes id&#233;es. Toutes ces personnes refusent de prendre part &#224; un d&#233;bat sinc&#232;re, ouvert sur l'islam et la migration, et ce sont les m&#234;mes qui se plaignent ensuite devoir ce d&#233;bat tomber aux mains de l'extr&#234;me droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, ce d&#233;bat doit &#234;tre plac&#233; au centre de la soci&#233;t&#233;. Nous ne pouvons pas, par crainte d'assister &#224; une mont&#233;e en puissance de l'extr&#234;me droite ou par peur des islamistes, &#233;touffer ce d&#233;bat, car cela reviendrait &#224; s'agenouiller devant ces deux extr&#234;mes. Ce serait une auto-amputation de la d&#233;mocratie, car la libert&#233; d'expression est la m&#232;re de toutes les libert&#233;s. Nombre d'intellectuels croient que plus la soci&#233;t&#233; se diversifie et se m&#233;tisse, plus le pluralisme des opinions se restreint. Convaincus que &#171; nous ne vivons plus entre nous, alors nous ne pouvons plus tout dire &#187;, ils s'imaginent pouvoir prot&#233;ger les musulmans en faisant barrage aux critiques formul&#233;es &#224; l'&#233;gard de l'islam. Revoir &#224; la baisse ses attentes envers les musulmans n'est pas un signe de respect. Au contraire. Quiconque a du respect pour une personne et la prend au s&#233;rieux ne craint pas de la confronter &#224; la v&#233;rit&#233; ou &#224; la critique. C'est un comportement que l'on n'adopte qu'avec les enfants ou les gens que l'on consid&#232;re, pour une raison ou une autre, comme inf&#233;rieurs. Or, ce d&#233;bat et cette critique sont cruciaux non seulement pour l'avenir de l'Europe, mais aussi pour les musulmans et leurs enfants qui sont citoyens europ&#233;ens ou le deviendront. C'est pour toutes ces raisons que je consid&#232;re la critique de l'islam &#224; l'heure actuelle comme un droit de l'homme, et m&#234;me un devoir ! Et plus notre soci&#233;t&#233; devient religieuse et pluriethnique, plus les opinions et les id&#233;es devraient, elles aussi, sem&#233;langer et se diversifier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; toutes les intimidations et tous les obstacles, je rencontre encore dans la soci&#233;t&#233; civile de vrais d&#233;mocrates qui n'ont pas abandonn&#233; leur foi en la libert&#233; d'expression. Ils m'aident &#224; diffuser mes id&#233;es et &#224; mener des d&#233;bats controvers&#233;s. Je les en remercie. Parmi eux figure Grasset, mon nouvel &#233;diteur fran&#231;ais, qui, apr&#232;s le retrait de Piranha, a pris la d&#233;cision de publier mon livre sous son titre original. Il n'est pas encore trop tard. Et l'esprit de Voltaire n'a pas encore d&#233;sert&#233; l'Europe !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb12-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Coran 49:13 [NDT].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Coran 2:120.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Abu Daw&#363;d al-Hafez Sulaiman al-Sijistani, Sahih Sunan abi Daw&#363;d, &#233;d. Mohamed Nasseral-Albani (Riyad, Maktabat al-Ma'arif lil-Nashr wa-al-Tawz&#238;, 1998), hadith 4297 (en arabe).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Karl Pfeifer, &#8220;Der Antisemitismus der Nazis : Kampf gegen die &#8216;J&#252;dische Weltverschw&#246;rung'&#8221;, recension du livre Kampf gegen die &#8220;J&#252;dische Weltverschw&#246;rung&#8221;de Wolfram Meyer zu Uptrup, 2003, &lt;a href=&#034;http://antisemitismus.net/shoah/verschwoerung.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://antisemitismus.net/shoah/ver...&lt;/a&gt;, consult&#233; le 9 septembre 2015 (en allemand).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Platon, The Republic, traduit par Benjamin Jowett, &lt;a href=&#034;https://www.gutenberg.org/files/1497/1497-h/1497-h.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.gutenberg.org/files/149...&lt;/a&gt;, publi&#233; le 27 ao&#251;t 2008, actualis&#233; le 5 novembre 2012, consult&#233; le 9 septembre 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Malika Zeghal, Gardiens de l'Islam. Les Oul&#233;mas d'Al-Azhar dans l'&#201;gypte Contemporaine(Paris, Presses de la Fondation Nationale des Sciences Politiques, 1996), pp. 329-337.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Olaf K&#246;ndgen, &#8220;Die Kodifikation des islamischen Strafrechts im Sudan seit Beginn der 80erJahre&#8221;, in Wuq&#251;f 7&#8211;8. Beitr&#228;ge zur Entwicklung von Staat und Gesellschaft in Nordafrikade Sigrid Faath et Hanspeter Mattes (Hambourg, Hanspeter Mattes Verlag, 1993), pp. 229 (en allemand).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#8220;Der Islam ist krank&#8221;, interview de Brigitte Kols et Barbara Mauersberg, Frankfurter Rundschau, 7 d&#233;cembre 2002, http:/ &lt;a href=&#034;https://www.fr-online.de/spezials/das-gespraech--der-islam-ist-krank-&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.fr-online.de/spezials/das-gespr...&lt;/a&gt;,1472610,2884014.html, consult&#233; le 9 septembre 2015 (en allemand).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Coran 15:6.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Coran 25:5.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pape Beno&#238;t XVI, &#8220;Foi, raison et universit&#233; : souvenirs et r&#233;flexions&#8221;, discours &#224; l'Universit&#233; de Ratisbonne, 12 septembre 2006, &lt;a href=&#034;http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/speeches/2006/september/documents/hf_ben-xvi_spe_20060912_university-regensburg.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://w2.vatican.va/content/benedi...&lt;/a&gt;, consult&#233; le 9 d&#233;cembre 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#8216;Muhammad' Teddy Teacher Arrested&#8221;, BBC News, 26 novembre 2007,&lt;a href=&#034;http://news.bbc.co.uk/2/hi/africa/7112929.stm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://news.bbc.co.uk/2/hi/africa/7...&lt;/a&gt;, consult&#233; le 9 septembre 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Johannes Nitschmann, &#8220;Der Prophet auf Schalke&#8221;, S&#252;ddeutsche Zeitung, 17 mai 2010,&lt;a href=&#034;http://www.sueddeutsche.de/sport/fussball-bundesliga-der-prophet-auf-schalke-1.178014&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.sueddeutsche.de/sport/fu...&lt;/a&gt;,consult&#233; le 9 septembre 2015 (en allemand).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Archie Bland, &#8220;&#8216;South Park' Censored after Death Threats from Islamists&#8221;, Independent,2 3 avril 2010, &lt;a href=&#034;http://www.independent.co.uk/arts-entertainment/tv/news/south-park-censored-after-death-threats-from-islamists-1951971.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.independent.co.uk/arts-e...&lt;/a&gt;, consult&#233; le 9 septembre 2015 (en anglais).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Malthus en Afrique : le g&#233;nocide du Rwanda</title>
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&lt;p&gt;Chapitre 10 du livre de Jared Diamond &#171; Effondrement. Comment les soci&#233;t&#233;s d&#233;cident de leur disprition ou de leur survie &#187;, Gallmard 2006, pp. 513-534. Lire des abstractions sur &#171; l'explosion d&#233;mogra&#173;phique &#187; est une chose ; rencontrer jour apr&#232;s jour des rang&#233;es d'enfants tout le long de la route, en Afrique de l'Est, r&#233;clamant aux touristes de passage un stylo pour &#233;crire &#224; l'&#233;cole en est une autre. L'impact du nombre d'habitants sur le paysage est bien visible : dans les p&#226;turages, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-84-agriculture-+" rel="tag"&gt;Agronomie&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-219-demographie-+" rel="tag"&gt;D&#233;mographie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Chapitre 10 du livre de Jared Diamond &#171; Effondrement. Comment les soci&#233;t&#233;s d&#233;cident de leur disprition ou de leur survie &#187;, Gallmard 2006, pp. 513-534.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Lire des abstractions sur &#171; l'explosion d&#233;mogra&#173;phique &#187; est une chose ; rencontrer jour apr&#232;s jour des rang&#233;es d'enfants tout le long de la route, en Afrique de l'Est, r&#233;clamant aux touristes de passage un stylo pour &#233;crire &#224; l'&#233;cole en est une autre. L'impact du nombre d'habitants sur le paysage est bien visible : dans les p&#226;turages, l'herbe est clairse&#173;m&#233;e et des troupeaux de vaches, de moutons et de ch&#232;vres paissent en nombre. Des ravines d'&#233;rosion toute r&#233;centes sont visibles, au fond desquelles s'&#233;coulent des flots noirs de boue descendus des prairies d&#233;nud&#233;es. &lt;br class='manualbr' /&gt;Les taux de croissance d&#233;mographique, en Afrique de l'Est, sont les plus &#233;lev&#233;s au monde : il est ainsi de 4,1 % l'an au Kenya, soit une population qui double tous les dix-sept ans. Cette explosion d&#233;mogra&#173;phique est r&#233;cente. Plusieurs raisons l'expliquent : l'adoption de cultures issues du Nouveau Monde (en particulier le ma&#239;s, les pois, la patate douce et le manioc), qui ont permis d'augmenter la production agricole au-del&#224; de ce qui &#233;tait possible auparavant avec les seules cultures issues d'Afrique ; une meil&#173;leure hygi&#232;ne, la pr&#233;vention m&#233;dicale, la vaccination des m&#232;res et des enfants, les antibiotiques et une certaine ma&#238;trise de la malaria et des autres malades end&#233;miques africaines ; l'unification nationale et la fixation de fronti&#232;res, qui ont ouvert au peuplement certaines zones qui n'&#233;taient auparavant que des &lt;i&gt;no man's land&lt;/i&gt; disput&#233;s par des pouvoirs limitrophes plus restreints. &lt;br class='manualbr' /&gt;De tels probl&#232;mes d&#233;mographiques sont souvent qualifi&#233;s de &#171; malthusiens &#187; &#8211; en r&#233;f&#233;rence aux ana&#173; lyses de l'&#233;conomiste et d&#233;mographe anglais Mal&#173;thus qui soutint en 1798 que la croissance de la population humaine serait exponentielle, alors que la production alimentaire n'augmenterait que de fa&#231;on arithm&#233;tique. Si une population de cent per&#173;sonnes en 2000 continue &#224; cro&#238;tre au rythme du doublement, elle sera en 2035 de deux cents habi&#173;tants, de quatre cents en 2070, de huit cents en 2105 et ainsi de suite. Mais les progr&#232;s accomplis dans le domaine de la production alimentaire ajoutent au lieu de multiplier : telle avanc&#233;e augmente la pro&#173;duction de bl&#233; de 25 %, telle autre accro&#238;t la produc&#173;tion de 20 %, etc. La population, elle, s'accro&#238;t comme des int&#233;r&#234;ts cumul&#233;s, o&#249; l'int&#233;r&#234;t lui-m&#234;me porte int&#233;r&#234;t. C'est ce qui explique la croissance exponentielle. Au contraire, une augmentation de la production alimentaire n'augmente pas encore plus la production ; elle donne plut&#244;t seulement lieu &#224; une croissance arithm&#233;tique de la production ali&#173;mentaire. En sorte qu'une population tendra &#224; se d&#233;velopper jusqu'&#224; consommer toute l'alimentation disponible et &#224; ne jamais laisser de surplus, sauf si la croissance d&#233;mographique est stopp&#233;e par la famine, la guerre, la maladie ou par la prise de d&#233;ci&#173;sions pr&#233;ventives (par exemple, la contraception ou le retard de l'&#226;ge du mariage). L'id&#233;e, toujours r&#233;pandue de nos jours, selon laquelle nous pouvons favoriser le bonheur humain simplement en augmentant la production alimentaire sans tenir simul&#173;tan&#233;ment la bride &#224; la croissance d&#233;mographique est vou&#233;e &#224; n'entra&#238;ner qu'&#233;chec et frustration &#8211; &#224; en croire du moins Malthus. &lt;br class='manualbr' /&gt;Certains pays modernes ont r&#233;duit drastiquement leur croissance d&#233;mographique gr&#226;ce au contr&#244;le des naissances volontaire (en Italie et au Japon, par exemple) ou sous tutelle gouvernementale (en Chine). Le Rwanda, cependant, illustre le sc&#233;nario catastrophe de Malthus. Plus g&#233;n&#233;ralement, les par&#173;tisans et d&#233;tracteurs de Malthus conviennent que les probl&#232;mes d&#233;mographiques et environnementaux cr&#233;&#233;s par un usage non durable des ressources ne pourront finalement se r&#233;soudre que de deux mani&#232;res : par des moyens librement consentis ou contraignants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis les r&#233;centes d&#233;cennies, le Rwanda et le Burundi sont devenus synonymes dans notre esprit de deux choses : surpopulation nombreuse et g&#233;no&#173;cide. Ce sont les deux pays d'Afrique qui ont la popu&#173;lation la plus dense et ils figurent parmi les plus peupl&#233;s au monde : la densit&#233; moyenne de popula&#173;tion au Rwanda est le triple du Nigeria, troisi&#232;me pays d'Afrique pour la densit&#233;, et elle est dix fois plus importante que celle de la Tanzanie voisine. Le g&#233;nocide du Rwanda fut le troisi&#232;me g&#233;nocide depuis 1950, apr&#232;s celui des ann&#233;es 1970 au Cam&#173;bodge et l'accession du Bangladesh &#8211; alors Pakistan oriental &#8211; &#224; l'ind&#233;pendance. Comme la population totale du Rwanda est dix fois moins nombreuse que celle du Bangladesh, le g&#233;nocide rwandais, mesur&#233;e comparativement &#224; la population totale tu&#233;e, d&#233;&#173; passe de loin le cas du Bangladesh. Le g&#233;nocide au Burundi causa, pour sa part, quelques centaines de milliers de victimes. Cela suffit toutefois &#224; placer le Burundi au septi&#232;me rang dans le monde depuis 1950 par le nombre des victimes de g&#233;nocide et au quatri&#232;me rang pour la proportion de la population tu&#233;e.&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous associons le g&#233;nocide au Rwanda et au Burundi &#224; la violence ethnique. D'autres facteurs interviennent. La population de ces deux pays consiste en deux groupes principaux, les Hutus (&#224; l'origine 85 % de la population) et les Tutsis (15 % environ). Traditionnellement, ils ont jou&#233; un r&#244;le &#233;conomique consid&#233;rablement diff&#233;rent, les Hutus &#233;tant surtout des cultivateurs et les Tutsis des &#233;le&#173;veurs. D'aucuns soutiennent qu'ils se distinguent &#233;galement physiquement : les Hutus seraient en moyenne plus petits, plus r&#226;bl&#233;s, plus sombres de peau, ils auraient le nez plus &#233;pat&#233;, les l&#232;vres plus &#233;paisses et le menton plus fort ; les Tutsis seraient plus grands, plus minces, ils auraient la peau plus claire, des l&#232;vres plus fines et un menton plus &#233;troit. Les Hutus sont en g&#233;n&#233;ral suppos&#233;s s'&#234;tre &#233;tablis les premiers au Rwanda et au Burundi, en provenance du Sud et de l'Ouest, alors que les Tutsis constituent un peuple du Nil cens&#233; &#234;tre arriv&#233; plus tard, du Nord et de l'Est. Lorsque des gouvernements coloniaux allemand (1897), puis belge (1916), se sont instau&#173;r&#233;s, ils ont estim&#233; commode de gouverner gr&#226;ce &#224; des interm&#233;diaires tutsis, qu'ils jugeaient raciale&#173; ment sup&#233;rieurs aux Hutus du fait de leur peau plus claire et de leur apparence &#171; chamitique &#187; suppos&#233;e plus europ&#233;enne. Dans les ann&#233;es 1930, les Belges ont exig&#233; que chacun commence &#224; porter une carte d'identit&#233; estampill&#233;e Hutu ou Tutsi, ce qui a nettement accru la distinction ethnique d&#233;j&#224; existante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1962, les deux pays acc&#233;d&#232;rent &#224; l'ind&#233;pendance. Les Hutus des deux pays entreprirent &#224; cette &#233;poque de lutter contre la domination tutsi au profit d'une domination hutu. Les petits incidents violents d&#233;g&#233;n&#233;r&#232;rent en spirales d'assassinats de Tutsis par des Hutus et de Hutus par des Tutsis. Au Burundi, les Tutsis parvinrent &#224; pr&#233;server leur domination, apr&#232;s les r&#233;bellions hutus de 1965 et 1970-1972, sui&#173;vies de l'assassinat par les Tutsis de quelques cen&#173;taines de milliers de Hutus. (Tous les chiffres &#8211; d&#233;c&#232;s, exil&#233;s, etc. &#8211; ne sont que des estimations.) Au Rwanda, toutefois, les Hutus prirent le dessus et tu&#232;rent vingt mille (ou peut-&#234;tre trente mille) Tutsis en 1963. Dans les vingt ans qui suivirent, un million de Rwandais environ, en particulier des Tutsis, trou&#173;v&#232;rent refuge dans les pays voisins, &#224; partir desquels ils tent&#232;rent fr&#233;quemment d'envahir le Rwanda, ce qui enclencha de nouveaux massacres de Tutsis par des Hutus. Jusqu'&#224; ce qu'en 1963, le g&#233;n&#233;ral hutu Juv&#233;nal Habyarimana, par un coup d'&#201;tat, s'empare du pouvoir et &#233;tablisse un semblant de paix civile. &lt;br class='manualbr' /&gt;Le Rwanda prosp&#233;ra pendant quinze ans et re&#231;ut nombre d'aides ext&#233;rieures de la part de donateurs &#233;trangers, qui pouvaient ainsi exciper d'un pays pacifique aux indicateurs sanitaires, scolaires et &#233;conomiques en hausse. Malheureusement, le d&#233;ve&#173;loppement &#233;conomique du Rwanda fut stopp&#233; par la s&#233;cheresse et l'accumulation des probl&#232;mes envi&#173;ronnementaux (en particulier la d&#233;forestation, l'&#233;ro&#173;sion des sols et la d&#233;gradation de leur fertilit&#233;), situation qu'aggrava en 1989 le brutal d&#233;clin des cours mondiaux de caf&#233; et de th&#233;, les principales exportations rwandaises. Puis vinrent les mesures d'aust&#233;rit&#233; impos&#233;es par la Banque mondiale et &#224; nouveau la s&#233;cheresse dans le Sud. En 1990, Habya&#173;rimana prit pr&#233;texte d'une nouvelle tentative d'inva&#173;sion tutsi dans le nord-est du Rwanda depuis l'Ouganda voisin pour regrouper ou tuer les dis&#173;sidents hutus et les Tutsis et renforcer son emprise sur le pays. Les guerres civiles d&#233;plac&#232;rent un million de Rwandais vers des camps de r&#233;fugi&#233;s, o&#249; les jeunes gens sans avenir gonfl&#232;rent les rangs des milices. En 1993, un accord de paix sign&#233; &#224; Arusha (en Tanzanie) d&#233;finissait le partage du pouvoir et la formation d'un gouvernement multi-ethnique. &lt;br class='manualbr' /&gt;Des Hutus finirent par craindre que leur pouvoir ne se dilue suite &#224; l'accord d'Arusha. Ils entreprirent d'entra&#238;ner des milices, d'importer des armes et de se pr&#233;parer &#224; l'extermination des Tutsis. En 1993, des officiers extr&#233;mistes de l'arm&#233;e tutsi assassinent le pr&#233;sident hutu du Burundi, ce qui provoque en retour l'assassinat de Tutsis du Burundi par des Hutus, puis les assassinats en masse de Hutus du Burundi par des Tutsis. &lt;br class='manualbr' /&gt;Le paroxysme de la crise est atteint le soir du 6 avril 1994, lorsque deux missiles tir&#233;s depuis les abords de l'a&#233;roport de Kigali -par qui, nul ne le sait encore &#224; ce jour -abattent l'avion pr&#233;sidentiel qui a, &#224; son bord, le pr&#233;sident du Rwanda Habyari&#173;mana et, embarqu&#233; &#224; la derni&#232;re minute, le futur nouveau pr&#233;sident du Burundi. En quelques heures, les extr&#233;mistes hutus commencent &#224; mettre en appli&#173;cation des plans pr&#233;par&#233;s depuis longtemps dans Je moindre d&#233;tail pour assassiner le Premier ministre hutu et des membres de l'opposition d&#233;mocratique, tous jug&#233;s mod&#233;r&#233;s &#224; l'&#233;gard des Tutsis, ainsi que la population Tutsi estim&#233;e &#224; un million environ. &lt;br class='manualbr' /&gt;Au commencement, le g&#233;nocide fut perp&#233;tr&#233; par des militaires extr&#233;mistes hutus, munis d'armes &#224; feu. Bient&#244;t, ils ont commenc&#233; &#224; organiser efficace&#173; ment les civils hutus, &#224; distribuer des armes, &#224; &#233;tablir des barrages, &#224; assassiner les Tutsis identifi&#233;s aux barrages, &#224; appeler &#224; la radio chaque Hutu &#224; assassi&#173;ner tous les &#171; cancrelats &#187; (nom donn&#233; aux Tutsis), &#224; regrouper les Tutsis dans des lieux destin&#233;s &#224; les prot&#233;ger, en r&#233;alit&#233; pour les assassiner plus facilement, et &#224; pourchasser enfin les Tutsis survivants. Lorsque )es protestations internationales commenc&#232;rent &#224; s'&#233;lever, le gouvernement et la radio chang&#232;rent le ton de leur propagande : non plus l'exhortation &#224; l'assassinat, mais l'appel &#224; l'autod&#233;fense des Rwan&#173;dais contre leurs ennemis communs. Les fonction&#173;naires hutus mod&#233;r&#233;s qui tentaient d'emp&#234;cher les assassinats, &#233;taient intimid&#233;s, contourn&#233;s, remplac&#233;s ou assassin&#233;s. Les massacres les plus importants, des centaines ou des milliers de Tutsis sur chaque site, se d&#233;roul&#232;rent dans les &#233;glises, &#233;coles, bureaux administratifs ou autres lieux suppos&#233;s s&#251;rs, o&#249; les Tutsis s'&#233;taient regroup&#233;s. Ce g&#233;nocide a impliqu&#233; la parti&#173;cipation &#224; grande &#233;chelle des civils hutus &#8211; un tiers peut-&#234;tre de la population hutu selon certaines esti&#173;mations &#8211; arm&#233;s de machettes et de clubs clout&#233;s. Le g&#233;nocide culmina dans l'horreur : victimes d&#233;&#173; membr&#233;es, femmes mutil&#233;es, enfants jet&#233;s dans des Puits, viol g&#233;n&#233;ralis&#233;. &lt;br class='manualbr' /&gt;L'&#201;glise catholique n'a pas r&#233;ussi &#224; prot&#233;ger les Tutsis ; les Nations unies disposaient d'une petite force de maintien de la paix au Rwanda, mais finirent par lui ordonner de se retirer ; la France avait envoy&#233; une force de maintien de la paix, qui s'est rang&#233;e du c&#244;t&#233; du gouvernement g&#233;nocidaire hutu contre les rebelles ; et le gouvernement am&#233;ricain a refus&#233; d'intervenir. Tous argu&#232;rent d'un &#171; chaos &#187;, d'une &#171; situation confuse &#187; et d'un &#171; conflit tribal &#187;, voulant ignorer les preuves de la minutieuse orchestration des assassinats par le gouvernement rwandais. &lt;br class='manualbr' /&gt;En six semaines, on estime que huit cent mille Tut&#173; sis, soit les trois quarts environ des Tutsis qui res&#173;taient au Rwanda et 11 % de la population rwandaise totale, ont &#233;t&#233; assassin&#233;s. Une arm&#233;e rebelle men&#233;e par des Tutsis, dite Front patriotique rwandais (FPR), a lanc&#233; des op&#233;rations militaires contre le gouvernement le jour o&#249; a d&#233;but&#233; le g&#233;nocide. Sa prise du pouvoir &#224; Kigali, la capitale, le 4 juillet 1994 mit fin au g&#233;nocide. On s'accorde &#224; estimer que le nombre de tu&#233;s par le FPR varie de vingt-cinq &#224; soixante mille. Le FPR a form&#233; un nouveau gouver&#173;nement. pr&#244;n&#233; la r&#233;conciliation nationale et l'unit&#233;, incit&#233; les Rwandais &#224; se consid&#233;rer comme rwandais plut&#244;t que comme hutus ou tutsis. Cent trente-cinq mille Rwandais ont &#233;t&#233; emprisonn&#233;s parce qu'ils &#233;taient soup&#231;onn&#233;s d'&#234;tre coupables de g&#233;nocide, mais tr&#232;s peu de prisonniers ont &#233;t&#233; jug&#233;s ou condamn&#233;s. Apr&#232;s la victoire du FPR, deux millions de d&#233;plac&#233;s environ &#8211; surtout des Hutus &#8211; ont fui en exil dans les pays voisins (en particulier le Congo et la Tanzanie), alors que sept cent cinquante mille exil&#233;s &#8211; surtout des Tutsis &#8211; ont quitt&#233; les pays voi&#173;sins pour regagner le Rwanda.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les analyses courantes des g&#233;nocides au Rwanda et au Burundi en font le fruit de haines ethniques pr&#233;existantes qu'auraient attis&#233;es des politiciens cyniques.&lt;i&gt; Leave None to Tell the Story : Genocide in Rwanda&lt;/i&gt;, publi&#233; par l'organisation &lt;i&gt;Human Rights Watch&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Trad. fr. Aucun t&#233;moin ne doit survivre. Le g&#233;nocide au Rwanda (Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, donne un bon r&#233;sum&#233; de cette version, fon&#173;d&#233;e sur de nombreuses preuves : &#171; Ce g&#233;nocide n'a pas &#233;t&#233; une bouff&#233;e incontr&#244;lable de col&#232;re chez un peuple consum&#233; par d''ancestrales haines raciales'. [ ... ] Il a r&#233;sult&#233; du choix d&#233;lib&#233;r&#233; fait par une &#233;lite moderne d'attiser la haine et la peur afin de rester au pouvoir. Ce petit groupe de privil&#233;gi&#233;s a dress&#233; la majorit&#233; contre la minorit&#233; afin de contrer l'opposi&#173;tion politique montante au Rwanda. Confront&#233;s aux succ&#232;s du FPR sur le champ de bataille et &#224; la table de n&#233;gociations, ces d&#233;tenteurs du pouvoir ont trans&#173; form&#233; la strat&#233;gie de division ethnique en g&#233;nocide. ns ont cru que la campagne d'extermination res&#173;taurerait la solidarit&#233; des Hutus sous leur tutelle et les aiderait &#224; gagner la guerre. &#187; &lt;br class='manualbr' /&gt;Toutefois, d'autres consid&#233;rations sont entr&#233;es en ligne de compte. Le Rwanda h&#233;bergeait un troisi&#232;me groupe ethnique : les Twas ou pygm&#233;es correspon&#173;daient &#224; 1 % seulement de la population, tout en bas de l'&#233;chelle sociale et de la structure de pouvoir, qui ne constituait une menace pour personne. Bon nombre furent massacr&#233;s en 1994. L'explosion de 1994 mit aux prises plusieurs factions : les factions rivales compos&#233;es &#224; pr&#233;dominance ou exclusive&#173; ment de Hutus, dont l'une demeure suspect&#233;e d'avoir d&#233;clench&#233; le g&#233;nocide en assassinant le pr&#233;sident hutu ; quant jt l'arm&#233;e d'invasion du FPR, compos&#233;e d'exil&#233;s et command&#233;e par des Tutsis, elle comprenait aussi des Hutus. Cette distinction entre Hutus et Tutsis n'a jamais rien eu de tranch&#233;. Les deux groupes parlaient la m&#234;me langue, fr&#233;quen&#173;taient les m&#234;mes &#233;glises, les m&#234;mes &#233;coles et les m&#234;mes bars, vivaient ensemble dans le m&#234;me village o&#249; les m&#234;mes chefs et travaillaient ensemble dans les m&#234;mes bureaux. Hutus et Tutsis se mariaient ensemble et &#8211; avant que les Belges n'introduisent des cartes d'identit&#233; &#8211; ils changeaient parfois d'identit&#233; ethnique. Si les Hutus et les Tutsis ont une allure diff&#233;rente en moyenne, maints individus sont impossibles &#224; ranger dans l'un ou l'autre groupe 'd'apr&#232;s leur apparence. Un quart environ de tous les Rwandais ont des Hutus et des Tutsis pour grands- parents. (En sorte qu'on peut se demander si les deux groupes ne se sont pas diff&#233;renci&#233;s &#233;cono&#173;miquement et socialement au Rwanda et au Burundi Partir d'un fond commun.) Ce m&#233;lange a donn&#233; lieu &#224; des dizaines de milliers de trag&#233;dies per&#173;sonnelles pendant les assassinats de 1994, des Hutus ayant tent&#233; de prot&#233;ger leurs conjoints, leurs parents, leurs amis, leurs coll&#232;gues et leurs patrons tutsis ou essay&#233; d'acheter avec de l'argent les assas&#173;sins potentiels de ces proches. Les deux groupes &#233;taient si entrem&#234;l&#233;s dans la soci&#233;t&#233; rwandaise qu'en 1994, des m&#233;decins ont fini par assassiner leurs patients, des enseignants leurs &#233;l&#232;ves et vice versa, et des voisins ou coll&#232;gues de bureau se sont entretu&#233;s. Certains individus hutus ont tu&#233; des Tutsis tout en en prot&#233;geant d'autres.&lt;br class='manualbr' /&gt;Si l'on ne s'en tient qu'&#224; la haine ethnique entre Hutus et Tutsis attis&#233;e par les hommes politiques, les &#233;v&#233;nements survenus au nord-ouest du Rwanda deviennent peu compr&#233;hensibles. L&#224; en effet, dans une communaut&#233; o&#249; pratiquement tout le monde &#233;tait hutu et o&#249; il n'y avait qu'un seul Tutsi, des assassinats en masse ont tout de m&#234;me eu lieu &#8211; &#224; savoir de Hutus par des Hutus. M&#234;me si la propor&#173;tion de morts &#8211; estim&#233;e &#224; quelque 5 % de la popula&#173;tion &#8211; semble y avoir &#233;t&#233; plus faible que dans tout le Rwanda (11 %), il faut encore expliquer pourquoi une communaut&#233; hutu a assassin&#233; ses membres en l'absence de mobile ethnique. Disons que justement ces m&#234;mes mobiles sont insuffisants pour expliquer le g&#233;nocide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Rwanda (comme le Burundi) &#233;tait d&#233;j&#224; dens&#233;&#173;ment peupl&#233; au XIXe si&#232;cle avant l'arriv&#233;e des Euro&#173;p&#233;ens, par suite des avantages combin&#233;s que consti&#173;tuaient des pluies mod&#233;r&#233;es et une altitude trop &#233;lev&#233;e pour la malaria et la mouche ts&#233;-ts&#233;. La popu&#173;lation rwandaise a donc augment&#233;, malgr&#233; des fluc&#173;tuations, &#224; un taux moyen de plus de 3 % l'an, pour les m&#234;mes raisons que le firent la Tanzanie et le Kenya voisins (cultures venues du Nouveau Monde, sant&#233; publique, m&#233;decine et fronti&#232;res politiques stables). En 1990, malgr&#233; les massacres et les d&#233;parts massifs en exil, la densit&#233; de population moyenne &#233;tait de sept cent soixante personnes au kilom&#232;tre carr&#233;, soit plus que celle du Royaume-Uni (six cent dix) et un peu moins que celle de la Hol&#173;lande (neuf cent cinquante). Mais le Royaume-Uni et la Hollande disposent d'une agriculture extr&#234;me&#173; ment m&#233;canis&#233;e, de sorte que seul un petit pourcen&#173;tage d'agriculteurs assure la production globale. L'agriculture rwandaise, elle, est bien moins efficace et m&#233;canis&#233;e, les cultivateurs d&#233;pendent de houes manuelles, de pioches et de machettes. En sorte que le nombre de cultivateurs est &#233;lev&#233; pour une produc&#173;tion d'autosuffisance et sans aucun surplus ou presque. &lt;br class='manualbr' /&gt;Lorsque apr&#232;s l'ind&#233;pendance la population du Rwanda a augment&#233;, le pays a continu&#233; &#224; pratiquer ses m&#233;thodes agricoles traditionnelles et n'est pas parvenu &#224; se moderniser, &#224; introduire des vari&#233;t&#233;s de cultures plus productives, &#224; d&#233;velopper ses expor&#173;tations agricoles ou &#224; instituer un planning familial efficace. Au lieu de cela, on s'est content&#233; de couper des for&#234;ts, de drainer des marais afin de gagner de nouvelles terres cultivables, de raccourcir les p&#233;rio&#173;des de jach&#232;re et de tenter de r&#233;colter deux ou trois fois l'an cons&#233;cutivement sur les m&#234;mes champs. Lorsque des Tutsis ont fui ou &#233;t&#233; assassin&#233;s dans les Inn&#233;es 1960 et en 1973, leurs terres, devenues dispo&#173;nibles, ont confort&#233; le r&#234;ve que chaque cultivateur hutu pourrait enfin disposer d'une superficie suffi&#173;sante pour entretenir les siens. En 1985, toutes les terres arables hors des parcs nationaux &#233;taient culti&#173;v&#233;es. Lorsque la population et la production agricole ont augment&#233; toutes deux, la production alimentaire par habitant, apr&#232;s s'&#234;tre accrue de 1966 &#224; 1981, a chut&#233; au niveau du d&#233;but des ann&#233;es 1960. C'est exactement le dilemme malthusien : plus de pro&#173;duits alimentaires, donc plus de bouches &#224; nourrir, donc aucun progr&#232;s alimentaire pour personne. &lt;br class='manualbr' /&gt;En 1984, le Rwanda ressemblait &#224; un jardin et &#224; une plantation de bananes. Des collines escarp&#233;es &#233;taient cultiv&#233;es jusqu'au sommet. L'absence des mesures les plus &#233;l&#233;mentaires pouvant minimiser l'&#233;rosion des sols &#8211; comme les terrasses, le labour selon les courbes du terrain plut&#244;t que de haut en bas des collines, des jach&#232;res recouvertes de v&#233;g&#233;ta&#173;tion plut&#244;t que des champs nus entre les cultures &#8211; faisaient que les rivi&#232;res charriaient des montagnes de boue. Un Rwandais m'&#233;crivait : &#171; Les agriculteurs peuvent se lever le matin pour d&#233;couvrir que tout leur champ &#8211; ou du moins sa couche arable et ses cultures &#8211; a &#233;t&#233; inond&#233; dans la nuit ou que le champ de leur voisin ou des cailloux ont d&#233;ferl&#233; pour recouvrir son champ. &#187; L'arrachage des for&#234;ts a ass&#233;ch&#233; les cours d'eau et rendu les pluies plus irr&#233;&#173;guli&#232;res. &#192; la fin des ann&#233;es 1980, des famines ont recommenc&#233;. En 1989, il y a eu des p&#233;nuries ali&#173;mentaires plus graves par suite d'une s&#233;cheresse, du fait de la combinaison de changements climatiques locaux ou globaux et des effets de la d&#233;forestation. &lt;br class='manualbr' /&gt;Catherine Andr&#233; et Jean-Philippe Platteau, deux &#233;conomistes belges, ont &#233;tudi&#233;, en 1988 et 1993, les effets de tous ces changements environnementaux et d&#233;mographiques sur une commune de Kanama. situ&#233;e au nord-est du Rwanda. &lt;br class='manualbr' /&gt;Kanama poss&#232;de des sols volcaniques tr&#232;s fertiles, de sorte que sa densit&#233; de population est &#233;lev&#233;e m&#234;me selon les normes du Rwanda, pourtant dens&#233;&#173;ment peupl&#233; : 1.740 personnes au mile2 en 1988 et 2.040 en 1993 (rappelons qu'un mile2 &#233;quivaut &#224; 2,589 km2). C'est encore plus que le Bangladesh, la nation agricole la plus dens&#233;ment peupl&#233;e au monde. Ces densit&#233;s de population &#233;lev&#233;es se traduisent par des fermes tr&#232;s petites : la taille moyenne &#233;tait seulement de 0,89 acre en 1988 (soit 0,36 hectare, un acre vaut 0,40 hectare) pour tomber &#224; 0, 72 (0,29) en 1993. Chaque ferme &#233;tait divis&#233;e (en moyenne) en dix parcelles s&#233;par&#233;es, de sorte que les agriculteurs labouraient des parcelles absurdement petites d'en moyenne seulement 0,09 acre (364 m2) en 1988 et de 0,07 (283 m2) en 1993. &lt;br class='manualbr' /&gt;Toutes les terres de la commune &#233;tant occup&#233;es, les jeunes &#233;prouvaient des difficult&#233;s &#224; se marier, &#224; quitter la maison, &#224; acqu&#233;rir une ferme et &#224; fonder leur propre foyer. Chez les vingt-vingt-cinq ans, le pourcentage de jeunes femmes vivant chez leurs parents a augment&#233; entre 1988 et 1993 pour passer de 39 % &#224; 6 7 %, et celui des jeunes hommes dans les m&#234;mes conditions est pass&#233; de 71 &#224; 100 % : pas un seul homme de moins de vingt-cinq ans ne vivait hors de chez ses parents en 1993. Le nombre moyen de personnes par m&#233;nage vivant &#224; la ferme a aug&#173;ment&#233; (entre 1988 et 1993) de 4,9 &#224; 5,3, de sorte que la p&#233;nurie de terres &#233;tait plus durement ressentie que ne le laisse supposer la r&#233;duction concomitante e la superficie des fermes. Quand on divise un domaine en r&#233;duction par un nombre en aug&#173;mtation de personnes appartenant au m&#233;nage, on d&#233;couvre que chaque personne ne tirait sa subsistance&#173; ce que d'un cinqui&#232;me d'acre en 1988 et d'un septi&#232;me (soit 578 m&#232;tres2) en 1993. &lt;br class='manualbr' /&gt;Il se r&#233;v&#233;la vite impossible pour la plupart des habitants de Kanama de se nourrir. M&#234;me en comparaison du r&#233;gime &#224; faibles calories consid&#233;r&#233; comme acceptable au Rwanda, le m&#233;nage moyen ne tirait que 77 % de ses besoins caloriques de sa ferme. Le reste de son alimentation devait &#234;tre achet&#233; gr&#226;ce aux revenus d'activit&#233;s compl&#233;men&#173;taires &#8211; tels le d&#233;bitage des charpentes, la fabrica&#173;tion de briques, le filage de la laine et le commerce. Seuls deux tiers des m&#233;nages occupaient de tels emplois. Le pourcentage de la population consommant moins de mille six cents calories par jour (niveau en dessous de celui de la famine) &#233;tait de 9 % en 1982, mais de 40 % en 1990. &lt;br class='manualbr' /&gt;Encore ces chiffres sont-ils des moyennes ; ils cachent des in&#233;galit&#233;s. Certaines fermes &#233;taient plus vastes que d'autres, et cette in&#233;galit&#233; s'est accrue de 1988 &#224; 1993. Une &#171; tr&#232;s grosse &#187; ferme est sup&#233;rieure &#224; 2,5 acres (un hectare) et une ferme &#171; tr&#232;s petite &#187; est inf&#233;rieure &#224; 0,6 (24 ares). (Compar&#233; au Montana du chapitre premier, on mesure l'absurdit&#233; tragique de ces chiffres : dans cet &#201;tat des Am&#233;riques, une ferme de 40 acres, soit 16 hectares, est g&#233;n&#233;ralement consid&#233;r&#233;e comme insuffisante pour faire vivre une famille.) Les pourcentages de tr&#232;s grosses et de tr&#232;s petites fermes ont augment&#233; entre 1988 et 1993 : ils sont pass&#233;s respectivement de 5 &#224; 8 % et de 36 &#224; 45 %. Autrement dit, la soci&#233;t&#233; agraire de Kanama devenait de plus en plus polaris&#233;e entre riches poss&#233;&#173;dants et pauvres d&#233;munis de tout. Les chefs de famille plus &#226;g&#233;s tendaient &#224; &#234;tre plus riches et &#224; poss&#233;der de plus grosses fermes : les cinquante-cin&#173;quante-neuf ans avaient des fermes de 2,05 acres (0,8 hectare) et les jeunes de vingt-vingt-neuf ans des fermes de 0,37 acres (0,14 hectare). La taille du m&#233;nage &#233;tant plus importante pour les chefs de famille plus &#226;g&#233;s, ils avaient besoin de plus de terres, mais ils avaient trois fois plus de terres par membre du m&#233;nage que les jeunes chefs de famille. &lt;br class='manualbr' /&gt;Paradoxalement, les possesseurs de grosses fermes disposaient, eux, de revenus ext&#233;rieurs. Cette concentration des meilleures superficies et des meilleurs revenus ext&#233;rieurs a accentu&#233; la division de la soci&#233;t&#233; de Kanama, les riches devenant plus riches et les pauvres plus pauvres. La loi au Rwanda interdit aux petits propri&#233;taires de vendre tout ou partie de leurs terres. Les recherches men&#233;es sur les ventes de ter&#173;rains ont r&#233;v&#233;l&#233; que les propri&#233;taires des plus petites fermes ont vendu des terres pour faire face &#224; des urgences &#8211; alimentation, sant&#233;, frais de justice, pots&#173; de-vin, bapt&#234;me, mariage, enterrement, alcoolisme. Au contraire, les propri&#233;taires de grosses fermes ont vendu pour augmenter l'efficacit&#233; de leur ferme, c&#233;dant une parcelle de terrain &#233;loign&#233;e afin d'en acqu&#233;rir une plus proche. &lt;br class='manualbr' /&gt;Presque aucune grosse ferme n'a vendu de la terre sans en acheter, mais 35 % des plus petites fermes en 1988 et 49 % en 1993 ont vendu sans rien acheter. (Si l'on d&#233;taille les ventes de terrains en fonction des revenus ext&#233;rieurs, toutes les fermes &#224; revenus ext&#233;&#173;rieurs ont achet&#233; de la terre et aucune n'en a vendu sans acheter ; mais 13 % seulement des fermes sans revenus ext&#233;rieurs ont achet&#233; de la terre et 65 % en ont vendu sans acheter.) En sorte que les fermes d&#233;j&#224; petites, qui avaient absolument besoin de terres, sont devenues plus petites encore, en vendant en urgence des terrains &#224; de grosses fermes qui finan&#231;aient leurs achats avec des revenus ext&#233;rieurs.&lt;br class='manualbr' /&gt;Cette situation a donn&#233; lieu &#224; beaucoup de conflits graves que les parties en pr&#233;sence ne pouvaient r&#233;soudre par elles-m&#234;mes et pour lesquels elles se sont adress&#233;es aux m&#233;diateurs de village tradition&#173;nels ou &#8211; moins souvent &#8211; qu'elles ont port&#233;s devant les tribunaux. Chaque ann&#233;e, les m&#233;nages ont rapport&#233; avoir eu en moyenne plus d'un conflit grave exigeant d'&#234;tre r&#233;solu par un tiers. Andr&#233; et Platteau ont &#233;tudi&#233; les causes de deux cent vingt-six conflits de ce type, telles qu'elles &#233;taient d&#233;crites par les m&#233;diateurs ou par les chefs de famille. Selon ces deux types d'informateurs, des disputes portant sur des terrains &#233;taient &#224; la racine de la plupart des conflits graves : parce que le conflit portait directe&#173;ment sur de la terre (43 % de tous les cas) ou bien parce qu'il s'agissait d'une dispute maritale, fami&#173;liale ou personnelle d&#233;rivant souvent en fin de compte d'une dispute portant sur des terres. (Je don&#173;nerai des exemples aux deux prochains paragraphes.) Sans oublier les vols perp&#233;tr&#233;s par des n&#233;cessiteux absolus press&#233;s par la famine (7 % de tous les litiges et 10 % de tous les chefs de famille). Si l'on compare les taux de criminalit&#233; chez les vingt et un-vingt-cinq ans entre diff&#233;rentes parties du Rwanda, les diff&#233;rences r&#233;gionales s'av&#232;rent corr&#233;&#173;l&#233;es statistiquement &#224; la densit&#233; de population et au nombre de calories disponibles par habitant : une densit&#233; de population &#233;lev&#233;e et une famine signi&#173;fiaient davantage de crimes. &lt;br class='manualbr' /&gt;Traditionnellement, les propri&#233;taires plus riches &#233;taient cens&#233;s aider leurs parents plus pauvres. Ce syst&#232;me s'est &#233;croul&#233; lorsque m&#234;me les propri&#233;taires les plus riches se r&#233;v&#233;l&#232;rent trop pauvres pour venir en aide &#224; leurs parents pauvres. Ce recul de la pro&#173;tection a touch&#233; tout particuli&#232;rement les groupes vuln&#233;rables de la soci&#233;t&#233; : femmes s&#233;par&#233;es ou divor&#173;c&#233;es, veuves, orphelins et enfants ill&#233;gitimes. Quand les ex-maris cessaient de subvenir aux besoins de leurs &#233;pouses, les femmes se tournaient auparavant vers leur famille d'origine pour obtenir un soutien, mais, d&#233;sormais, leurs propres fr&#232;res se sont oppo&#173;s&#233;s &#224; ce qu'elles reviennent, pour &#233;viter d'appauvrir toute la famille. Comme traditionnellement au Rwanda seuls les fils h&#233;ritent, les femmes ne pou&#173;vaient m&#234;me plus esp&#233;rer revenir dans leur famille d'origine avec seulement leurs filles qui, au regard droit coutumier, ne pouvaient rivaliser pour h&#233;ri&#173;ter avec les fils des oncles. La femme laissait ses fils &#224; leur p&#232;re, mais les parents pouvaient alors refuser de donner de la terre &#224; ses fils, en particulier si le p&#232;re venait &#224; mourir ou cesser de les soutenir. De m&#234;me, une veuve se trouvait sans soutien de la part ses beaux-fr&#232;res ou de ses propres fr&#232;res, qui
tenaient les enfants de la veuve pour des rivaux de leurs propres enfants dans le partage de la terre. Les orphelins &#233;taient traditionnellement pris en charge par les grands-parents paternels ; quand ceux-ci mouraient, les oncles des orphelins &#8211; les fr&#232;res du p&#232;re d&#233;funt &#8211; cherchaient d&#233;sormais &#224; d&#233;sh&#233;riter ou &#224; &#233;vincer les orphelins. Les enfants de mariages Polygamiques ou de mariages cass&#233;s dans lesquels l'homme se remariait ensuite et avait des enfants avec une nouvelle &#233;pouse se retrouvaient d&#233;sh&#233;rit&#233;s ou &#233;vinc&#233;s par leurs demi-fr&#232;res. &lt;br class='manualbr' /&gt;Les litiges portant sur des terres les plus doulou&#173;reux et les plus socialement perturbateurs &#233;taient ceux qui faisaient se dresser des p&#232;res contre leurs fils. Traditionnellement, quand un p&#232;re mourait, sa terre passait tout enti&#232;re &#224; son fils a&#238;n&#233;, lequel &#233;tait cens&#233; s'en occuper pour toute la famille et offrir &#224; ses plus jeunes fr&#232;res assez de terre pour assurer leur subsistance. La terre devenue rare, les p&#232;res ont petit &#224; petit adopt&#233; la coutume consistant &#224; diviser leur terrain entre tous leurs fils, afin de r&#233;duire le risque de conflit intrafamilial apr&#232;s leur mort. Mais les plus jeunes refus&#232;rent que les a&#238;n&#233;s, qui &#233;taient les premiers &#224; se marier, re&#231;oivent une part sup&#233;rieure. Ils exigeaient d&#233;sormais des divisions strictement &#233;gales. Le dernier-n&#233;, qui &#233;tait tradi&#173;tionnellement cens&#233; s'occuper de ses parents quand ils seraient vieux, avait besoin ou exigeait une part suppl&#233;mentaire afin de pouvoir exercer cette responsabilit&#233; coutumi&#232;re. Tous d&#233;ploraient que leur p&#232;re garde trop de terres pour subvenir aux besoins de sa vieillesse et ils exigeaient d&#233;sormais davantage de terrain pour eux. Les p&#232;res s'opposaient aux exi&#173;gences des fils. Autant de conflits qui men&#232;rent des familles devant des m&#233;diateurs ou les tribunaux et qui firent de proches parents des rivaux, voire des ennemis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle fut la toile de fond sur laquelle les assassi&#173;nats de 1994 furent perp&#233;tr&#233;s. &lt;br class='manualbr' /&gt;Apr&#232;s l'explosion de 1994, Catherine Andr&#233; a tent&#233; de retracer le destin des habitants de Kanama. Elle a d&#233;couvert que 5,4 % &#233;taient d&#233;clar&#233;s morts par suite de la guerre. Ce nombre est sous-estim&#233;, parce qu'elle n'a pu obtenir d'informations sur le sort de certains habitants. On ne sait donc pas si le taux de mortalit&#233; a, ou non, avoisin&#233; la valeur moyenne de 11 % pour l'ensemble du Rwanda. Mais il n'en demeure pas moins que ce taux de mortalit&#233; dans une r&#233;gion o&#249; la population &#233;tait presque exclusive&#173;ment compos&#233;e de Hutus a &#233;t&#233; la moiti&#233; de celui des r&#233;gions o&#249; les Hutus ont massacr&#233; les Tutsis. &lt;br class='manualbr' /&gt;La seule Tutsi de Kanama, une veuve, a &#233;t&#233; assas&#173;sin&#233;e. &#201;tait-ce pour des raisons ethniques ou autres (elle avait h&#233;rit&#233; de beaucoup de terres, &#233;t&#233; impli&#173;qu&#233;e dans beaucoup de litiges portant sur des ter&#173;rains, elle &#233;tait enfin la veuve d'un Hutu polygame (donc, consid&#233;r&#233;e comme une rivale par les autres &#233;pouses et leur famille) et son mari d&#233;c&#233;d&#233; avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; d&#233;poss&#233;d&#233; de ses terres par ses demi-fr&#232;res) ? &lt;br class='manualbr' /&gt;Deux autres cat&#233;gories de victimes &#233;taient consti&#173;tu&#233;es de Hutus qui &#233;taient de gros propri&#233;taires. La majorit&#233; d'entre eux &#233;taient des hommes de plus de cinquante ans, &#226;ge pr&#233;coce pour les litiges p&#232;re/fils portant sur la terre. La minorit&#233; &#233;tait compos&#233;e de jeunes qui avaient excit&#233; la jalousie par l'importance relative de leurs revenus ext&#233;rieurs et leurs achats de terrains. &lt;br class='manualbr' /&gt;Il y avait aussi parmi les victimes les &#171; fauteurs de troubles &#187; connus pour avoir &#233;t&#233; impliqu&#233;s dans toutes sortes de litiges portant sur des terres et autres conflits. Nombre de jeunes gens et d'enfants p&#233;rirent, particuli&#232;rement ceux issus de milieux appauvris, que la d&#233;sesp&#233;rance a pouss&#233;s &#224; s'enr&#244;ler dans les milices et qui se sont ensuite entre-tu&#233;s. &lt;br class='manualbr' /&gt;Enfin, le plus grand nombre de victimes ont &#233;t&#233; les gens particuli&#232;rement mal nourris ou parti&#173;culi&#232;rement pauvres, disposant de peu ou pas de terres, et sans revenus ext&#233;rieurs. Ils sont &#233;videm&#173;ment morts de famine, parce qu'ils &#233;taient trop faibles ou n'avaient pas d'argent pour acheter de la nourriture ou payer les pots-de-vin exig&#233;s pour ache&#173;ter leur survie aux barrages. &lt;br class='manualbr' /&gt;Ainsi, comme le notent Andr&#233; et Platteau, &#171; les &#233;v&#233;nements de 1994 ont fourni une occasion unique de r&#233;gler des comptes ou de remanier les propri&#233;t&#233;s m&#234;me parmi les villageois hutus. [ ... ] Il n'est pas rare, aujourd'hui encore, d'entendre des Rwandais soutenir qu'une guerre &#233;tait n&#233;cessaire pour dimi&#173;nuer une population en exc&#232;s et pour la ramener au niveau des ressources en terre disponibles &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour sa part, G&#233;rard Prunier pr&#233;cise : &#171; Les politi&#173;ciens avaient bien s&#251;r des raisons politiques de tuer. Mais si de simples paysans dans leur &lt;i&gt;ingo&lt;/i&gt; [entou&#173;rage familial] ont poursuivi le g&#233;nocide avec un tel acharnement, c'est qu'une r&#233;duction de la popula&#173;tion, pensaient-ils sans doute, ne pourrait que profi&#173;ter aux survivants. &#187; (Je cite le fort ouvrage &lt;i&gt;Rwanda, le g&#233;nocide&lt;/i&gt;, Paris, Dagorno, 1997, p. 13.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lien que Prunier comme Andr&#233; et Platteau &#233;ta&#173;blissent entre la pression d&#233;mographique et le g&#233;no&#173;cide rwandais n'a pas manqu&#233; d'&#234;tre discut&#233;, excipant alors d'un &#171; d&#233;terminisme environnemental &#187;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Expliquer n'est pas excuser. Quand bien m&#234;me on ne retiendrait qu'une seule explication pour le g&#233;nocide, cela n'att&#233;nue en rien la responsabilit&#233; per&#173;sonnelle des auteurs du g&#233;nocide rwandais. II importe de comprendre les origines du g&#233;nocide rwandais &#8211; non pour en exon&#233;rer les assassins, mais pour tirer des enseignements pour le Rwanda ou pour d'autres r&#233;gions. Vouer sa vie ou ses recherches &#224; la compr&#233;hension des origines du g&#233;nocide des juifs par les nazis ou comprendre l'esprit des meur&#173;triers en s&#233;rie et des violeurs n'implique ni ne signifie que l'on tente de minimiser la responsabilit&#233; de Hitler, des meurtriers&#183; en s&#233;rie et des violeurs. C'est plut&#244;t que savoir comment la chose est arriv&#233;e donne l'espoir d'aider &#224; en pr&#233;venir le retour. &lt;br class='manualbr' /&gt;Dire que la pression d&#233;mographique a &#233;t&#233; la seule et unique cause du g&#233;nocide rwandais est propre&#173;ment simpliste. D'autres facteurs ont bel et bien jou&#233; un r&#244;le, quel que soit leur ordre d'importance : la domination historique des Tutsis sur les Hutus au Rwanda, les assassinats &#224; grande &#233;chelle de Hutus par des Tutsis au Burundi et &#224; petite &#233;chelle au Rwanda, les invasions tutsis du Rwanda, la crise &#233;conomique au Rwanda et son exacerbation par la s&#233;cheresse et certains facteurs mondiaux (en parti&#173;culier la chute du prix du caf&#233; et les mesures d'aust&#233;&#173;rit&#233; pr&#244;n&#233;es par la Banque mondiale), le d&#233;sespoir de centaines de milliers de jeunes Rwandais d&#233;pla&#173;c&#233;s dans des camps de r&#233;fugi&#233;s et m&#251;rs pour devenir des miliciens, enfin les conflits internes aux factions au pouvoir au Rwanda, sans oublier la pression d&#233;mographique. &lt;br class='manualbr' /&gt;Mais on ne saurait commettre l'erreur de conclure, du r&#244;le de la pression d&#233;mographique dans la gen&#232;se du g&#233;nocide rwandais, que toute pression d&#233;mo&#173;graphique conduit automatiquement au g&#233;nocide. Il n'existe assur&#233;ment pas de lien n&#233;cessaire entre la pression d&#233;mographique malthusienne et le g&#233;no&#173;cide. Des pays peuvent &#234;tre surpeupl&#233;s sans qu'un g&#233;nocide soit perp&#233;tr&#233;, comme le montrent le Ban&#173;gladesh (qui a connu peu d'assassinats sur une grande &#233;chelle jusqu'&#224; la terrible guerre d'ind&#233;pen&#173;dance de 1971) ou encore les Pays-Bas et la Belgique multi-ethnique, m&#234;me si ces trois pays sont plus dens&#233;ment peupl&#233;s que le Rwanda. A l'inverse, un g&#233;nocide peut survenir pour des causes derni&#232;res autres que la surpopulation, comme l'ont montr&#233; les tentatives de Hitler pour exterminer les juifs et les Tziganes pendant la Seconde Guerre mondiale ou le g&#233;nocide des ann&#233;es 1970 au Cambodge, dont la densit&#233; de population &#233;tait le sixi&#232;me de celle du Rwanda. &lt;br class='manualbr' /&gt;La pression d&#233;mographique a &#233;t&#233; l'&lt;i&gt;un&lt;/i&gt; des facteurs importants &#224; l'&#339;uvre dans le g&#233;nocide rwandais. Le sc&#233;nario catastrophe de Malthus peut parfois se r&#233;aliser et le Rwanda en fut un mod&#232;le. De graves probl&#232;mes de surpopulation, d'impact sur l'envi&#173;ronnement et de changement climatique ne peuvent persister ind&#233;finiment : t&#244;t ou tard, ils se r&#233;solvent d'eux-m&#234;mes, &#224; la mani&#232;re du Rwanda ou d'une autre que nous n'imaginons pas, si nous ne parve&#173;nons pas &#224; les r&#233;soudre par nos propres actions. Des mobiles semblables pourraient &#339;uvrer de nouveau &#224; l'avenir, dans d'autres pays qui, comme le Rwanda, ne parviennent pas &#224; r&#233;soudre leurs probl&#232;mes environnementaux. Ils pourraient jouer au Rwanda m&#234;me, o&#249; la population augmente aujourd'hui encore de 3 % l'an, o&#249; les femmes donnent naissance &#224; leur premier enfant &#224; l'&#226;ge de quinze ans, o&#249; la famille moyenne compte entre cinq et huit enfants. &lt;br class='manualbr' /&gt;Le terme de &#171; crise malthusienne &#187; est impersonnel et abstrait. Il ne dit rien des d&#233;tails horribles, sauvages, gla&#231;ants de ce que des millions de Rwandais ont perp&#233;tr&#233;. Laissons les derniers mots &#224; un observateur et &#224; un survivant. &#171; Sans doute, pr&#233;cise G&#233;rard Prunier, les villageois ont-ils aussi le vague espoir qu'une fois le calme revenu, apr&#232;s les mas&#173;sacres, ils pourront obtenir des terres ayant appar&#173;tenu aux victimes. Ce qui ne manque pas d'exercer un fort attrait dans un pays aussi pauvre en terres que le Rwanda &#187; (p. 297). &lt;br class='manualbr' /&gt;Le survivant, c'est un dirigeant tutsi que Prunier a interrog&#233; et qui n'a surv&#233;cu que parce qu'il ne se trouvait pas chez lui lorsque les assassins sont arri&#173;v&#233;s et ont tu&#233; sa femme et quatre de ses enfants : &#171; Les parents d'enfants qui allaient &#224; l'&#233;cole pieds nus tuaient les parents qui pouvaient acheter des chaussures aux leurs &#187; (p. 299).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb13-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Trad. fr. &lt;i&gt;Aucun t&#233;moin ne doit survivre. Le g&#233;nocide au Rwanda&lt;/i&gt; (Paris, Karthala, 1999) (N.d.&#201;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; Le bordel des conspirations et la conspiration des bordels &#187;</title>
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&lt;p&gt;Partie inachev&#233;e intitul&#233;e &#171; Le tiers-Monde &#187;, r&#233;dig&#233;e en 1983, incluse dans le chapitre &#171; Le rapport des forces vives : strat&#233;gie russe et non-strat&#233;gie am&#233;ricaine &#187; qui devait s'inclure dans le second volume pr&#233;vu de &#171; Devant la Guerre &#187;, publi&#233; dans &#171; Guerre et th&#233;ories de la guerre. &#201;crits politiques 1945-1997 &#187;, VI, Sandre, 2016, pp. 472-474. Depuis trente-cinq ans, la politique am&#233;ricaine est incapable de sortir de ce dilemme : soutien des r&#233;gimes pro-am&#233;ricains ou anti-russes (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-dynamiques-geopolitiques-" rel="directory"&gt;Dynamiques G&#233;opolitiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-33-progres-+" rel="tag"&gt;Progressisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-53-liberalisme-+" rel="tag"&gt;Lib&#233;ralisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-56-castoriadis-c-+" rel="tag"&gt;Castoriadis C.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-216-type-anthropologique-+" rel="tag"&gt;Type anthropologique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Partie inachev&#233;e intitul&#233;e &#171; Le tiers-Monde &#187;, r&#233;dig&#233;e en 1983, incluse dans le chapitre &#171; Le rapport des forces vives : strat&#233;gie russe et non-strat&#233;gie am&#233;ricaine &#187; qui devait s'inclure dans le second volume pr&#233;vu de &#171; Devant la Guerre &#187;, publi&#233; dans &#171; Guerre et th&#233;ories de la guerre. &#201;crits politiques 1945-1997 &#187;, VI, Sandre, 2016, pp. 472-474.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Depuis trente-cinq ans, la politique am&#233;ricaine est incapable de sortir de ce dilemme : soutien des r&#233;gimes pro-am&#233;ricains ou anti-russes (anti-communistes) quels qu'ils soient ; et vell&#233;it&#233;s de soutien &#224; des r&#233;gimes &#171; lib&#233;raux &#187; et &#171; r&#233;formistes &#187;. En r&#233;alit&#233;, il n'y a pas eu balancement entre ces deux politiques : le choix a &#233;t&#233; presque toujours en faveur du premier terme. Mais bien entendu &#8211; comme les &#233;v&#233;nements l'ont montr&#233; avec une navrante monotonie &#8211; le r&#233;sultat a &#233;t&#233; dans le &#171; meilleur &#187; des cas la perp&#233;tuation et l'aggravation d'une situation sociale et politique instable sinon explosive dans les pays concern&#233;s ; et dans le &#171; pire &#187; des cas le renversement des r&#233;gimes pro-am&#233;ricains, et l'installation de r&#233;gimes franchement ou indirectement pro-russes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ni l'incapacit&#233; de la politique am&#233;ricaine &#224; sortir de cette antinomie, ni son &#171; choix &#187; consistant et r&#233;p&#233;t&#233; en faveur des r&#233;gimes r&#233;actionnaires et autoritaires (quasi-fascistes ou analogues) ne sont simplement un r&#233;sultat de la myopie et de l'aveuglement (qui y sont, certes, pour beaucoup). Il y a d'abord, certes, la nature, la constitution, l'organisation mentale des parties concern&#233;es de l'establishment am&#233;ricain ; la pr&#233;pond&#233;rance des int&#233;r&#234;ts particuliers ; la vue &#224; court terme de ces m&#234;mes int&#233;r&#234;ts. Le conflit social dans ces pays est &#171; ignor&#233; &#187; ; lorsqu'il &#233;clate au grand jour, il est imput&#233; &#224; des meneurs communistes. Pour ne citer qu'un exemple entre cent : depuis de longues ann&#233;es, les grands journaux &#171; lib&#233;raux &#187; am&#233;ricains d&#233;crivent les conditions de vie atroces et l'exploitation sans frein auxquelles sont soumis les paysans br&#233;siliens en g&#233;n&#233;ral, ceux du Nord-Est en particulier. Mais lorsque ces m&#234;mes paysans passeront &#224; la lutte arm&#233;e, ces m&#234;mes journaux d&#233;nonceront &#8211; comme ils l'ont fait dans tous les cas analogues par le pass&#233; &#8211; les infiltrations &#171; communistes &#187; &#8211; lesquelles, finalement, deviendront bel et bien r&#233;alit&#233;, puisque les paysans en question doivent bien se procurer des armes quelque part. M&#234;me sc&#233;nario en Afrique du Sud. Dire que ni la CIA, ni les militaires am&#233;ricains ne sont habitu&#233;s &#224; travailler avec des organisations de &#171; centre gauche &#187;, ou m&#234;me de &#171; centre droit &#187; dans ce type de pays serait faire de l'humour ; ils ont partie li&#233;e avec les &#233;l&#233;ments les plus r&#233;actionnaires, les plus corrompus (et les plus d&#233;biles) des couches dominantes locales. Il en va de m&#234;me avec les grandes firmes am&#233;ricaines. En outre, &#224; l'int&#233;rieur de l'&lt;i&gt;establishment&lt;/i&gt; politico-militaro-espionnique am&#233;ricain se d&#233;roule une &#226;pre lutte entre fractions et cliques qui accro&#238;t l'&#171; irrationalit&#233; &#187; des r&#233;sultats finals ; ainsi, le coup des colonels en Gr&#232;ce, en avril 1967 &#8211; qu'aucune &#171; n&#233;cessit&#233; r&#233;elle &#187; n'imposait &#8211; a selon toute probabilit&#233; eu le feu vert d'une des sous-mafias de la CIA. La question que se posent les h&#233;ros de John Le Carr&#233; lorsque quelque chose d'apparemment incompr&#233;hensible se passe : est-ce une conspiration, ou simplement le bordel ? a une r&#233;ponse facile dans le cas des services am&#233;ricains : c'est le bordel des conspirations et la conspiration des bordels. Tout cela est amplement connu et attest&#233; dans le cas des pays d'Indochine, de la Cor&#233;e du Sud, de l'Iran, du Chili, du Guatemala (et de l'Am&#233;rique latine en gros et en d&#233;tail). Et tout cela continue, en Am&#233;rique latine toujours, aux Philippines, en Indon&#233;sie, en Tha&#239;lande, en Turquie, dans les pays arabes du Golfe, en &#201;gypte, au Maroc et en Afrique noire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a beaucoup plus, et plus important. Les faibles tentatives de soutenir des r&#233;gimes ou courants &#171; r&#233;formistes &#187; ou &#171; lib&#233;raux &#187; &#8211; toujours &#224; contre-c&#339;ur, et toujours sabot&#233;es par d'autres cliques de l'&lt;i&gt;establishment&lt;/i&gt; am&#233;ricain &#8211; n'ont pratiquement jamais abouti, et ne peuvent pas aboutir. &#192; la faiblesse de leurs promoteurs du c&#244;t&#233; am&#233;ricain correspond la faiblesse de leurs clients et r&#233;cipiendaires dans les pays concern&#233;s. Y correspond aussi la quasi-impossibilit&#233; de tracer, m&#234;me th&#233;oriquement, une voie coh&#233;rente de d&#233;veloppement industriel dans un contexte lib&#233;ral pour la grande majorit&#233; des pays qui n'appartiennent pas, du point de vue anthropologique et social-historique, au domaine &#171; europ&#233;en &#187;. Bri&#232;vement parlant : un &#171; d&#233;veloppement industriel &#187; des pays du Tiers Monde allant de pair avec un r&#233;gime politique &#171; lib&#233;ral &#187;, celui-l&#224; renfor&#231;ant celui-ci et r&#233;ciproquement, s'av&#232;re impossible dans la plupart des cas. Car il n'y existe pas les porteurs sociaux d'un tel d&#233;veloppement et de ce lib&#233;ralisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Am&#233;ricains, et les rh&#233;teurs &#171; lib&#233;raux &#187; de l'Occident, semblent penser &#8211; pour autant qu'ils pensent quelque chose &#8211; que le d&#233;veloppement industriel et le passage &#224; la soci&#233;t&#233; lib&#233;rale (dite, &#224; tort, &#171; d&#233;mocratique &#187;) sont des fatalit&#233;s, des virtualit&#233;s irr&#233;sistibles inscrites dans les g&#232;nes humains, des &lt;i&gt;God-given human potentialities&lt;/i&gt;, auxquelles ne s'opposeraient que des obstacles ext&#233;rieurs et provisoires &#8211; les fameux &#171; obstacles au d&#233;veloppement &#187;, fournissant le titre de livres et d'articles qui remplissent des biblioth&#232;ques enti&#232;res : obstacles purement n&#233;gatifs, absence de ceci ou de cela ; ou obstacles simplement &#171; irrationnels &#187;, au sens europ&#233;o-centrique de ce terme. La m&#234;me croyance est partag&#233;e par la &#171; gauche &#187;, qui situe simplement ailleurs l'&#171; obstacle &#187; &#8211; la domination imp&#233;rialiste, le n&#233;o-colonialisme, les multinationales, etc. _&lt;i&gt; [Le texte est inachev&#233;. La partie r&#233;dig&#233;e de &#171; Le rapport des forces vives &#187; ne repr&#233;sente, d'apr&#232;s les notes de l'auteur, qu'un quart environ de ce qui &#233;tait pr&#233;vu.]&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La mauvaise configuration du syst&#232;me solaire</title>
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		<dc:subject>Technoscience</dc:subject>
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		<dc:subject>G&#233;opolitique</dc:subject>
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		<dc:subject>Cosandey D.</dc:subject>

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&lt;p&gt;&#201;pilogue du livre &#171; Le secret de l'Occident. Vers une th&#233;orie g&#233;n&#233;rale du progr&#232;s scientifique &#187; [1997], Flammarion 2007, pp. 815 &#8212; 837, intitul&#233; &#171; Les formules magiques futures &#187; La formule magique europ&#233;enne, si longtemps centre et foyer des sciences et des techniques mondiales, s'est &#233;teinte durant la premi&#232;re moiti&#233; du XXe si&#232;cle sans laisser d'h&#233;riti&#232;re. L'&#233;ph&#233;m&#232;re syst&#232;me &#201;tats-Unis-URSS qui a suivi n'&#233;tait pas, &#224; proprement parler, une formule magique, mais un fragile syst&#232;me (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-dynamiques-geopolitiques-" rel="directory"&gt;Dynamiques G&#233;opolitiques&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#201;pilogue du livre &#171; Le secret de l'Occident. Vers une th&#233;orie g&#233;n&#233;rale du progr&#232;s scientifique &#187; [1997], Flammarion 2007, pp. 815 &#8212; 837, intitul&#233; &#171; Les formules magiques futures &#187;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La formule magique europ&#233;enne, si longtemps centre et foyer des sciences et des techniques mondiales, s'est &#233;teinte durant la premi&#232;re moiti&#233; du XXe si&#232;cle sans laisser d'h&#233;riti&#232;re. L'&#233;ph&#233;m&#232;re syst&#232;me &#201;tats-Unis-URSS qui a suivi n'&#233;tait pas, &#224; proprement parler, une formule magique, mais un fragile syst&#232;me double, appuy&#233; sur une thalassographie insatisfai&#173;sante. &lt;br class='manualbr' /&gt;Nous avons vu tout au long de ce livre que seul un &#233;tat de division politique stable et une &#233;conomie florissante permet&#173;taient aux sciences et aux techniques de progresser, et que cette double configuration avait plus de chances de durer lorsqu'elle s'appuyait sur un cadre g&#233;ographique favorable : une thalassographie articul&#233;e. Il se formait alors un syst&#232;me d'&#201;tats particuli&#232;rement durable et prosp&#232;re, que nous avons baptis&#233; &#171; formule magique &#187; : une combinaison id&#233;ale d' &#233;l&#233;&#173;ments r&#233;actifs qui engendrait un flot de progr&#232;s scientifiques et techniques. L'humanit&#233; n'a assist&#233; que deux fois dans son histoire &#224; une telle conjonction : celle de la Gr&#232;ce antique, au 1er mill&#233;naire avant notre &#232;re, qui a fait na&#238;tre la science au sens moderne du mot, et celle de l'Occident, au IIe mill&#233;naire de notre &#232;re, qui a produit les r&#233;volutions scientifique et industrielle et l'&#233;blouissant triomphe des XIXe et XXe si&#232;cles. &lt;br class='manualbr' /&gt;Assisterons-nous un jour &#224; l'&#233;mergence d'une troisi&#232;me formule magique ? L'humanit&#233; conna&#238;tra-t-elle, dans un ave&#173;nir plus ou moins lointain, une troisi&#232;me vague majeure de progr&#232;s techno-scientifiques ? Pour une formule magique compl&#232;te, o&#249; tous les moyens de la comp&#233;tition entre &#201;tats, y compris la guerre &#171; maximale &#187;, sont autoris&#233;s, les perspectives paraissent bien maigres. Les moyens militaires ayant d&#233;pass&#233; les possibilit&#233;s du globe, &#224; l'&#232;re des bombes thermonucl&#233;aires et des missiles intercontinentaux, il semble qu'aucune formule magique pleine et enti&#232;re ne pourra plus jamais voir le jour &#224; la surface de la plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un peu de science-fiction, ou de la thalassographie &#224; la plan&#233;tographie &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le seul th&#233;&#226;tre imaginable pour des affrontements impli&#173;quant fus&#233;es et bombes H est apparemment le milieu interplan&#233;taire. Dans l'immensit&#233; vide de l'espace, les explosions atomiques surpuissantes causeraient moins de dommages que dans une r&#233;gion agricole ou une zone urbaine. Les bombes nucl&#233;aires y seraient des armes utilisables, d'autant que la radioactivit&#233; r&#233;siduelle, si nocive sur Terre, n'a aucune cons&#233;&#173;quence dans l'espace interplan&#233;taire ; ce milieu est d&#233;j&#224; sou&#173;mis, en permanence, &#224; des rayonnements tr&#232;s intenses &#8211; vents solaires, rayonnements galactiques et cosmiques. C'est d'ailleurs le cosmos que vise naturellement l'engin res&#173;ponsable du trop grand &#171; r&#233;tr&#233;cissement &#187; de la Terre : la fus&#233;e. Il semble qu'une future formule magique au sens clas&#173;sique, si elle vient &#224; exister, ne pourra se d&#233;ployer qu'&#224; l'&#233;chelle interplan&#233;taire. &lt;br class='manualbr' /&gt;Pouvons-nous nous attendre &#224; ce qu'un syst&#232;me d'&#201;tats spatial, englobant plusieurs plan&#232;tes, voie le jour, au sein de notre syst&#232;me solaire, dans un avenir plus ou moins &#233;loign&#233; ? Pour le savoir, il faut analyser les qualit&#233;s g&#233;omorphologiques de notre environnement spatial. Tous les milieux interplan&#233;&#173;taires ne sont pas &#233;galement favorables, pas plus que ne le sont tous les profils c&#244;tiers du point de vue de la thalassogra&#173;phie. Pour juger de la qualit&#233; d'une configuration de plan&#232;tes, essayons de traduire, en termes de plan&#232;tes et d'espace, les consid&#233;rations faites pr&#233;c&#233;demment sur les terres &#233;merg&#233;es et les mers. Comme je parlais de la qualit&#233; de la thalassographie d'un continent, j'&#233;voquerai la qualit&#233; de la &#171; plan&#233;tographie &#187; d'un syst&#232;me stellaire &#8211; un syst&#232;me stellaire consistant en une &#233;toile entour&#233;e de plan&#232;tes. &lt;br class='manualbr' /&gt;L'interface continent-oc&#233;an se convertit assez naturelle&#173;ment en interface plan&#232;te-espace. De m&#234;me que l'eau oppose moins de r&#233;sistance au d&#233;placement des corps que la terre, de m&#234;me l'espace vide freine beaucoup moins les v&#233;hicules qu'une surface plan&#233;taire, liquide ou solide. Les transports &#224; grande distance &#224; travers l'espace co&#251;teraient bien moins cher au kilom&#232;tre que les transports intra-plan&#233;raires, En outre, le milieu spatial permettrait de donner aux vaisseaux des dimensions bien sup&#233;rieures &#224; ce que permet le milieu plan&#233;taire, comme le domaine aquatique autorise l' &#233;labora&#173;tion d'engins de transport, les navires, aux volumes beau&#173;coup plus grands que les v&#233;hicules terrestres. L'espace para&#238;t donc un milieu id&#233;al pour le commerce, comme les mers &#224; la surface de la Terre. &lt;br class='manualbr' /&gt;Il y a aussi des divergences importantes dont on doit tenir compte si l'on veut adapter l'analyse g&#233;omorphologique au milieu interplan&#233;taire. Premi&#232;rement, le passage des mar&#173;chandises du milieu terrestre au milieu aquatique (le charge&#173;ment du chariot &#224; la barque, du wagon au bateau) se fait sans trop d'efforts. Les manipulations sont relativement ais&#233;es. Au contraire, quitter la surface d'une plan&#232;te pour l'espace inter&#173; plan&#233;taire demande une &#233;norme d&#233;pense d'&#233;nergie : une fus&#233;e a besoin de beaucoup de carburant pour s'arracher &#224; l'attrac&#173;tion gravitationnelle de la Terre, qui est pourtant une plan&#232;te moyenne. Deuxi&#232;me diff&#233;rence : l'interface plan&#232;te-espace est beaucoup moins vari&#233;e que l'interface continent-oc&#233;an. Les plan&#232;tes sont sph&#233;riques, alors que les continents ne sont pas tous circulaires. Troisi&#232;mement, les proportions ne sont pas comparables : si un dixi&#232;me de la surface terrestre est couvert par les continents, moins d'un milli&#232;me de milliardi&#232;me d11 volume du syst&#232;me solaire comporte des plan&#232;tes. &lt;br class='manualbr' /&gt;Le milieu interplan&#233;taire se compare donc &#224; un oc&#233;an immense dans lequel il n'y aurait que quelques rares &#238;les, minuscules et rondes. Il &#233;voque plus l'Atlantique Sud que la M&#233;diterran&#233;e. Afin d'illustrer le &#171; puits gravitationnel &#187; que constituent les plan&#232;tes, il faut encore s'imaginer un Atlantique Sud dont les &#238;les poss&#233;deraient un relief conique invers&#233; : elles seraient creus&#233;es vers le bas, comme des crat&#232;res. Les habitants vivraient au-dessous du niveau de la mer, dans le creux des cuvettes. Pour acc&#233;der &#224; l'oc&#233;an, il leur faudrait escalader p&#233;niblement les rebords escarp&#233;s de leurs cuvettes, rebords d'autant plus hauts que leur &#238;le serait plus &#233;tendue, avant de pouvoir voguer sur les eaux. &lt;br class='manualbr' /&gt;Ces dissemblances pos&#233;es, essayons d'esquisser ce que pourrait &#234;tre une bonne plan&#233;tographie, une configuration susceptible d'engendrer une formule magique spatiale l'&#233;quivalent interplan&#233;taire d'une thalassographie articul&#233;e d'une dimension fractale &#233;lev&#233;e. La dimension fractale &#233;tant cette fois comprise entre 2 et 3 et non plus entre 1 et 2. Un syst&#232;me stellaire plan&#233;tographiquement favoris&#233; comprendrait, outre l'&#233;toile centrale, plusieurs &#8211; quatre ou cinq id&#233;alement &#8211; plan&#232;tes habitables et accueillantes pour une esp&#232;ce intelligente donn&#233;e. Ces plan&#232;tes auraient des conditions comparables : des sols acceptables pour l'agriculture, des atmosph&#232;res respirables et des pesanteurs supportables. Elles poss&#233;deraient de nombreux satellites naturels : comme les &#238;les proches de la rive ont invit&#233; les Grecs &#224; s'aventurer en mer, les petites plan&#232;tes orbitant autour des grandes encourageraient les premi&#232;res excursions spatiales hors de la plan&#232;te m&#232;re. Apr&#232;s tout, le premier voyage des humains hors de la plan&#232;te bleue ne les a-t-il pas conduits vers leur satellite naturel, la Lune ? &lt;br class='manualbr' /&gt;Le secteur aux quatre ou cinq &#171; bonnes &#187; plan&#232;tes serait la r&#233;gion plan&#233;tographiquement favoris&#233;e du syst&#232;me stellaire, celle ayant une dimension fractale &#233;lev&#233;e. Les autres plan&#232;tes du syst&#232;me seraient moins accueillantes : trop froides ou trop chaudes, selon leur distance de l'&#233;toile centrale. Leur atmo&#173;sph&#232;re serait irrespirable, et leur gravit&#233; trop forte ou trop faible. Ces plan&#232;tes joueraient un peu le r&#244;le des d&#233;serts, des steppes et des glaces dans la g&#233;ographie terrestre, int&#233;ressants parfois pour leurs min&#233;raux ou leur position strat&#233;gique. &lt;br class='manualbr' /&gt;Une telle configuration n'a rien d'impossible. Elle pourrait se rencontrer dans un syst&#232;me stellaire double ou triple, cha&#173;cune des deux ou trois &#233;toiles associ&#233;es arborant ses propres plan&#232;tes habitables. Par exemple, il n'est pas impossible que cela soit le cas du groupe d'&#233;toiles le plus proche de la Terre : le syst&#232;me double Alpha du Centaure. Situ&#233; &#224; 4,36 ann&#233;es&#173; lumi&#232;re de nous, Alpha du Centaure comprend deux &#233;toiles assez semblables au Soleil, nomm&#233;es A et B, dont l'une est l&#233;g&#232;rement plus brillante et l'autre l&#233;g&#232;rement moins que notre Soleil. A et B orbitent l'une autour de l'autre en envi&#173;ron 80 ans. Dans le courant de leur r&#233;volution, elles se rapprochent jusqu'&#224; une distance &#233;quivalente &#224; la distance Soleil-Saturne (11 UA), puis s'&#233;loignent jusqu'&#224; une distance de type Soleil-Pluton (35 UA). Les mod&#232;les de simulation par ordinateur ont montr&#233; que, &#224; la naissance d'Alpha du Centaure, il y a sept milliards d'ann&#233;es, des plan&#232;tes tellu&#173;riques auraient pu se former (le cas &#233;ch&#233;ant, elles sont encore ind&#233;tectables, malgr&#233; les grands progr&#232;s r&#233;alis&#233;s ces derni&#232;res ann&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;[Deux plan&#232;tes, &#224; l'existence incertaine, ont &#233;t&#233; depuis d&#233;tect&#233;es autour de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans une configuration plan&#233;tographiquement id&#233;ale, la grande &#233;toile A aurait la chance de poss&#233;der deux quasi-Terres jumelles, tournant l'une autour de l'autre, &#224; une distance telle que l'eau soit liquide. Cette distance id&#233;ale correspond &#224; un mi-chemin entre la Terre et Mars dans notre syst&#232;me solaire (1,25 UA). La deuxi&#232;me &#233;toile, B, aurait &#233;galement une plan&#232;te accueillante, une quasi-Terre, &#224; la distance id&#233;ale, soit comme V&#233;nus autour de notre Soleil (0,7 UA). Un tel syst&#232;me comprenant trois quasi-Terres, elles-m&#234;mes compl&#233;t&#233;es de petits satellites, ainsi que de nom&#173;breuses autres plan&#232;tes d&#233;sertiques mais riches en min&#233;raux, permettrait &#224; ses habitants de passer facilement de l'&#226;ge industriel intraplan&#233;taire &#224; l'&#226;ge spatial. &lt;br class='manualbr' /&gt;Dans une situation id&#233;ale, les &#171; bonnes &#187; plan&#232;tes habitables regorgeraient de richesses absentes ailleurs, c'est-&#224;-dire qu'elles pr&#233;senteraient un grand int&#233;r&#234;t commercial et militaire les unes pour les autres. Elles seraient soit d&#233;j&#224; habit&#233;es, comme la Cr&#232;te, la Ph&#233;nicie et l'&#201;gypte pour les Grecs, soit vides et offertes &#224; la colonisation, comme l'Italie du Sud et les rivages de la mer Noire. Apr&#232;s quelque temps, elles se retrouveraient peupl&#233;es d'une esp&#232;ce intelligente unique, originaire de l'une d'entre elles. Chacune de ces plan&#232;tes deviendrait le centre d'un vaste empire spatial englobant aussi des plan&#232;tes d&#233;sertiques mais exploit&#233;es. Ces empires se disputeraient leurs possessions &#224; l'&#233;chelle interplan&#233;taire. &lt;br class='manualbr' /&gt;On pourrait m&#234;me imaginer l'&#233;tape suivante. Apr&#232;s quelques mill&#233;naires, le voyage interstellaire, et non plus seulement interplan&#233;taire, deviendrait r&#233;alit&#233;. Les syst&#232;mes stellaires, d&#233;sormais unifi&#233;s, s'affronteraient entre eux au cours de gigantesques conflits d'une &#233;toile &#224; l'autre... &#192; nouveau, certains secteurs de la galaxie seraient plus favo&#173;ris&#233;s que d'autres par leur configuration en &#233;toiles. Tous ne pourraient pas acc&#233;der au stade du syst&#232;me d'&#201;tats interstel&#173;laire durable et prosp&#232;re. Les zones de la galaxie o&#249; les syst&#232;mes stellaires sont les plus rapproch&#233;s les uns des autres offriraient &#233;videmment les meilleures chances &#224; leurs habi&#173;tants d'apprendre &#224; enjamber les espaces interstellaires. &lt;br class='manualbr' /&gt;On peut imaginer quelques-uns des bouleversements tech&#173;nologiques qui accompagneraient cette &#232;re nouvelle &#8211; encore plus lointaine et plus embrum&#233;e que l'&#232;re interplan&#233;taire. La physique actuelle permet d'envisager des voyages d'une &#233;toile &#224; l'autre. Un vaisseau propuls&#233; par annihilation de particules de mati&#232;re et d'antimati&#232;re pourrait franchir la dizaine d'ann&#233;es-lumi&#232;re qui s&#233;pare le syst&#232;me solaire des &#233;toiles voisines avec quelques dizaines de kilos de carburant. Ce voyage demanderait une vingtaine d'ann&#233;es pour les specta&#173;teurs terriens ; un peu moins pour les passagers du fait de la dilatation relativiste du temps. Ce qui est tol&#233;rable si l'on songe qu'au XVIe si&#232;cle il fallait cinq ans pour faire l'aller&#173; retour de Madrid aux Philippines, la province la plus &#233;loi&#173;gn&#233;e de l'Empire espagnol. La grande d&#233;couverte de Stephen Hawking sur le rayonnement des trous noirs ferait l'objet d'applications militaires. Les trous noirs se vident peu &#224; peu en &#233;mettant un l&#233;ger rayonnement et, finalement, explosent en une formidable d&#233;flagration. Les conflits interstellaires utiliseraient vraisemblablement des bombes &#224; trous noirs, qui r&#233;duiraient les armes thermonucl&#233;aires au rang de gad&#173;gets... et vaudraient aux physiciens des cr&#233;dits suffisants pour v&#233;rifier exp&#233;rimentalement les lois de la gravitation quantique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La mauvaise plan&#233;tographie du syst&#232;me solaire &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s ces dissertations quelque peu &#233;th&#233;r&#233;es, revenons &#224; notre monde. Que peut-on penser de l'environnement spatial de la Terre, au vu de ce qui vient d'&#234;tre dit ? Notre syst&#232;me solaire est-il dot&#233; d'une plan&#233;tographie de qualit&#233; permettant l'&#233;mergence d'une formule magique spatiale ? &lt;br class='manualbr' /&gt;Aussi d&#233;cevant que cela puisse para&#238;tre, il semble que non. &lt;br class='manualbr' /&gt;Les plan&#232;tes g&#233;antes, Jupiter et Saturne, sont gazeuses et n'ont pas de surface &#224; proprement parler. &#192; mesure qu'on s'appro&#173;che de leur centre, leur atmosph&#232;re, glaciale (-140 &#176;C), irres&#173;pirable (hydrog&#232;ne et h&#233;lium), se densifie tout simplement, jusqu'&#224; devenir liquide, puis solide, mais sans offrir de transi&#173;tion nette, de sol ferme. Ces deux astres ne se pr&#234;tent donc gu&#232;re &#224; l'exploitation ou &#224; la colonisation. Plus loin vers l'ext&#233;&#173;rieur du syst&#232;me solaire, Uranus et Neptune ont des gravit&#233;s de surface acceptables, environ 1,2 fois la gravitation terrestre. &lt;br class='manualbr' /&gt;Une personne pesant 60 kilos sur Terre en p&#232;serait 72 sur Uranus ou Neptune, ce qui reste tol&#233;rable. Mais ces deux mondes sont plong&#233;s dans un froid effrayant, du fait de leur &#233;loignement du Soleil. Leurs temp&#233;ratures descendent jusqu'&#224; -200 &#176;C. Leurs atmosph&#232;res sont compos&#233;es de m&#233;thane et leurs surfaces sont peut-&#234;tre enti&#232;rement liquides. Il est exclu que des sites d'habitations humaines s'y d&#233;veloppent autrement que comme de lointains avant-postes h&#233;ro&#239;ques, et marginaux. Pluton est trop petit, trop froid et trop &#233;loign&#233;, pour ne rien dire des nouvelles plan&#232;tes r&#233;cemment d&#233;couvertes, comme Eris (connue depuis 2005, appel&#233;e aussi X&#233;nia r1 2003 UB3 I 3), encore plus froide et plus lointaine. &lt;br class='manualbr' /&gt;&#192; l'autre extr&#233;mit&#233; du syst&#232;me solaire, Mercure a une surface solide, mais sa gravit&#233; est faible (0,4 fois celle de la Terre) &#192; sa surface, une personne de 60 kilos ne p&#232;serait plus que 24 kilos. Cela, certes, emp&#234;cherait que se d&#233;veloppent les maux de l'apesanteur (atrophie du syst&#232;me musculaire, d&#233;calcification des os) chez d'&#233;ventuels colons, mais provoquerait peut-&#234;tre, &#224; la longue, des modifications morphologiques irr&#233;versibles, qui emp&#234;cheraient les &#233;migr&#233;s de revenir sur la Terre. Plus grave, Mercure n'a pas d'atmosph&#232;re ; les humains ne pourraient s'y d&#233;placer qu'en scaphandre. Et surtout, Mercure est trop proche du Soleil, la temp&#233;rature y avoisine les 550 &#176;C sur la face &#233;clair&#233;e. &lt;br class='manualbr' /&gt;Il reste V&#233;nus et Mars, les deux plan&#232;tes les plus proches de la Terre. Mars aurait une composition acceptable. La cro&#251;te martienne, comme celle de la Terre, rec&#232;le surtout du silicium et de l'oxyg&#232;ne, avec simplement un peu plus de fer, d'o&#249; sa teinte brune-orange. Les autres param&#232;tres sont moins bons. La pesanteur martienne vaut les deux cin&#173;qui&#232;mes de celle de la Terre, comme celle de Mercure. Cela serait suffisant pour un s&#233;jour passager, mais risquerait d'&#234;tre n&#233;faste pour une colonisation de longue dur&#233;e. Les habi&#173;tants, qui s'adapteraient physiologiquement, ne pourraient plus retourner sur la Terre, o&#249; ils se retrouveraient deux fois et demie plus lourds que chez eux. Mars et la Terre ne pourraient donc pas vraiment former un syst&#232;me d'&#201;tats encre lesquels auraient lieu de fr&#233;quents &#233;changes. La temp&#233;&#173;rature martienne rappelle celle de l'Antarctique ; il y fait entre -120 &#176;C et + 10 &#176;C, suivant la latitude et l'&#233;poque de l'ann&#233;e. Ces temp&#233;ratures sont trop basses pour que des activit&#233;s &#233;conomiques humaines &#233;l&#233;mentaires, &#224; base d'eau, telles que l'agriculture, l'&#233;levage, la p&#234;che... puissent s' &#233;pa&#173;nouir autrement que sous serre chauff&#233;e. La plan&#232;te rouge semble de surcro&#238;t priv&#233;e d'eau, &#224; l'exception des petites calottes glaciaires des p&#244;les. Enfin, l'atmosph&#232;re, qui ne comporte que du gaz carbonique (inoffensif mais irrespi&#173;rable), est trop t&#233;nue ; la pression au sol (6 millibars) est cent cinquante fois plus faible que sur Terre (1 000 milli&#173;bars). Des humains ne pourraient se promener sur la plan&#232;te orange qu'en combinaison pressuris&#233;e. Cela fait beaucoup de handicaps. Mars est un monde d&#233;sol&#233;, inhospitalier, impropre &#224; un peuplement humain autre que limit&#233; &#224; quelques bases et &#224; quelques volontaires courageux. &lt;br class='manualbr' /&gt;V&#233;nus aurait une gravitation excellence pour les Terriens : les neuf dixi&#232;mes de celle de la Terre. Une personne de 60 kg sur Terre p&#232;serait encore 54 kg sur V&#233;nus, ce qui reste tr&#232;s proche. Vivre sur V&#233;nus ne devrait donc pas entra&#238;ner de trop grandes transformations physiologiques. Malheureuse&#173; ment, V&#233;nus souffre d'une temp&#233;rature affreusement &#233;lev&#233;e. Il y fait couramment 500 &#176;C parce que la plan&#232;te est proche du Soleil, et parce que son atmosph&#232;re (du gaz carbonique) retient la chaleur par effet de serre... Qui plus est, la pression atmosph&#233;rique est de 90 fois celle de la Terre. Un humain ne peut s'aventurer dans de telles pressions qu'en bathyscaphe, comme dans les oc&#233;ans &#224; neuf cents m&#232;tres de profondeur. V&#233;nus est donc un enfer. Une colonisation humaine de grande ampleur y para&#238;t impossible. &lt;br class='manualbr' /&gt;Il semble qu'initialement V&#233;nus ait poss&#233;d&#233; de l'eau dans des proportions semblables &#224; la Terre, et une atmosph&#232;re primitive de composition comparable, mais que, malheureu&#173;sement, sa trop grande proximit&#233; du Soleil l'ait fait &#233;voluer dans une direction oppos&#233;e. Il y a quatre milliards d'ann&#233;es, V&#233;nus avait des oc&#233;ans chauds. Le rayonnement du Soleil &#233;tait alors d'un tiers plus faible qu'aujourd'hui. Lorsque, apr&#232;s deux cents millions d'ann&#233;es, la chaleur d&#233;gag&#233;e par le Soleil a commenc&#233; &#224; s'intensifier, les oc&#233;ans v&#233;nusiens se sont &#233;chauff&#233;s jusqu'&#224; l'&#233;bullition, s'&#233;vaporant enti&#232;rement Atteignant la haute atmosph&#232;re, les mol&#233;cules d'eau se sont dissoci&#233;es ; l'hydrog&#232;ne, trop l&#233;ger, s'est &#233;vad&#233; hors de la plan&#232;te, tandis que l'oxyg&#232;ne se combinait avec divers autres gaz pour former des substances acc&#233;l&#233;rant le r&#233;chauffement par effet de serre. C'est ainsi qu'aujourd'hui l'atmosph&#232;re v&#233;nusienne est presque compl&#232;tement d&#233;pourvue d'eau. &lt;br class='manualbr' /&gt;La Lune, pour terminer, a une gravit&#233; de surface trop faible (six fois moindre que celle de la Terre) pour permettre une colonisation de longue dur&#233;e. Les colons seraient condamn&#233;s &#224; vivre ind&#233;finiment sur la plan&#232;te grise, eux et tous leurs descendants, &#224; cause des transformations que ne manquerait pas de subir leur organisme. L'absence de toute atmosph&#232;re rend illusoire une vie &#171; naturelle &#187; sur la Lune. Dans ce monde mort et sans air, les humains devraient se retrancher dans des abris artificiels, soutenus &#224; bout de bras par la Terre. &lt;br class='manualbr' /&gt;En r&#233;sum&#233;, notre coin d'univers est parfaitement inhospitalier et st&#233;rile. La Terre poss&#232;de un satellite d&#233;sol&#233; et unique. Les plan&#232;tes voisines sont toutes plus inadapt&#233;es les unes que les autres &#224; l'homme. D&#233;pourvues d'attraits, de ressources sp&#233;cifiques ou de vie, elles sont inhabit&#233;es et inhabitables. &#192; cause de cette mauvaise plan&#233;tographie, le syst&#232;me solaire ne permettra vraisemblablement pas l'&#233;mergence d'une troisi&#232;me formule magique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si V&#233;nus avait &#233;t&#233; &#224; la place de Mars&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce tableau affligeant n'&#233;tait pas fatal. Il aurait &#171; suffi &#187;, par exemple, que V&#233;nus se f&#251;t trouv&#233;e &#224; la place de Mars pour que la situation s'am&#233;lior&#226;t grandement. Ayant une gravit&#233; suffisante, V&#233;nus aurait retenu, bien mieux que Mars, son atmosph&#232;re. L'effet de serre aurait &#233;t&#233; b&#233;n&#233;fique au niveau de la froide orbite martienne. Dot&#233;e d'une bonne atmosph&#232;re, d'une bonne temp&#233;rature et d'une bonne pesanteur, V&#233;nus aurait vraisemblablement offert un cadre de vie attrayant pour les colons terriens. Elle aurait peut-&#234;tre m&#234;me connu l'&#233;clo&#173;sion de la vie. &lt;br class='manualbr' /&gt;La d&#233;ception qui a accompagn&#233; chaque &#233;tape de la d&#233;cou&#173;verte du syst&#232;me solaire a conduit certains scientifiques &#224; r&#234;ver &#233;veill&#233;s d'un r&#233;am&#233;nagement des plan&#232;tes voisines afin de les rendre plus conformes &#224; leurs esp&#233;rances. Cette op&#233;ra&#173;tion de science-fiction a &#233;t&#233; baptis&#233;e en anglais &lt;i&gt;terraforming&lt;/i&gt;, mot qu'on pourrait traduire par &#171; terraformation &#187; ou &#171; terri&#173;sation &#187;. Un article de recherche sur la terrisation de Mars est m&#234;me paru dans la tr&#232;s s&#233;rieuse revue &lt;i&gt;Nature&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Making Mars hospitable &#187;, Nature, p. 489, volume 352, 8 ao&#251;t 1991&#034; id=&#034;nh14-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, en ao&#251;t 1991. Le programme, h&#233;las d&#233;lirant, demanderait l'acheminement vers la plan&#232;te orange de milliards de tonnes de mat&#233;riaux et l'&#233;rection sur place de gigantesques complexes industriels, le tout s'&#233;talant, pour que les transformations biochimiquesaient le temps d'op&#233;rer, sur des milliers d'ann&#233;es...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'aller et retour dans l'espace&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est significatif que, dans les ann&#233;es 1960, au moment o&#249; le syst&#232;me double &#201;tats-Unis-Union sovi&#233;tique donnait ses premiers signes de blocage, sous l'impact du missile nucl&#233;aire intercontinental, l'expansion vers le syst&#232;me solaire avait commenc&#233;, et brillamment commenc&#233;. L'ann&#233;e 1957 vit le lancement du premier satellite artificiel de la Terre, le c&#233;l&#232;bre Spoutnik. L'ann&#233;e 1959 vit l'envoi de la premi&#232;re sonde vers la Lune ; en 1961, c'est la premi&#232;re sonde inter&#173;plan&#233;taire qui partait vers V&#233;nus, et le premier homme &#233;tait mis sur orbite autour de la Terre. Durant toute la d&#233;cen&#173;nie 60, les deux &#201;tats-continents exp&#233;di&#232;rent des sondes vers les autres plan&#232;tes du syst&#232;me solaire &#8211; dont on ignorait encore tout &#8211; en avant-garde, semblait-il, d'une expansion triomphale de l'humanit&#233; dans l'espace interplan&#233;taire. En 1969, les premiers astronautes d&#233;barquaient sur la Lune. _La conqu&#234;te spatiale &#233;tait une extension naturelle de l'affrontement entre les deux grands empires n&#233;o-europ&#233;ens, trop &#224; l'&#233;troit sur la Terre. C'&#233;tait pr&#233;cis&#233;ment l'engin qui avait sign&#233; l'arr&#234;t de mort du syst&#232;me double russe-am&#233;ricain qui propulsait l'homme dans l'espace. La fus&#233;e Semiorka, de Korolev, qui servait au lancement des Spoutniks, des Lunas et des Vostoks habit&#233;s, &#233;tait d&#233;riv&#233;e d'un ICBM, le premier missile balistique intercontinental. Dans leur course &#224; l'explo&#173;ration de l'espace, les Russes visaient V&#233;nus tandis que les Am&#233;ricains s'int&#233;ressaient plut&#244;t &#224; Mars, un peu comme, cinq cents ans plus t&#244;t, Espagnols et Portugais s'&#233;taient r&#233;partis l'ouest (l'Atlantique) et le sud-est (les c&#244;tes de l'Afrique) dans la recherche du passage vers les Indes. &lt;br class='manualbr' /&gt;Le merveilleux semblait pr&#232;s de se reproduire. Comme les explorateurs de la Renaissance avaient d&#233;couvert des peuples &#233;tranges, les sondes spatiales et les astronautes qui prenaient le relais allaient rencontrer, esp&#233;rait-on, des mondes insolites et prodigieux. Des &#234;tres intelligents s'ajouteraient peut-&#234;tre m&#234;me au grand concert de la civilisation cosmique, avec les&#173; quels l'humanit&#233; pourrait s'engager dans de fructueux &#233;chan&#173;ges commerciaux ou dans de terrifiantes guerres. &#192; d&#233;faut d'extraterrestres intelligents, les plan&#232;tes vierges seraient colo&#173;nis&#233;es, offrant &#224; l'humanit&#233; un domaine plus vaste pour s'&#233;pa&#173;nouir. Le cin&#233;ma de l'&#233;poque t&#233;moigne de cette euphorie spatiale, avec des films-cultes tels que &lt;i&gt;La Guerre des mondes&lt;/i&gt; de Byron Haskin (1953) et &lt;i&gt;2001 : l'Odyss&#233;e de l'espace &lt;/i&gt;de Stanley Kubrick et Arthur Clarke (1968). Aux yeux des cinq cents millions de t&#233;l&#233;spectateurs qui regardaient Neil Armstrong et Edwin Aldrin marcher sur la Lune, l'humanit&#233; enta&#173;mait son &#232;re extraterrestre. Tout semblait tendre vers une existence &#224; &#233;chelle cosmique de la civilisation humaine. On &#233;tait pass&#233; de la r&#233;gion &#224; la nation, de la mer &#224; l'oc&#233;an, puis de la nation au continent. On allait passer du continent &#224; la plan&#232;te, de l'oc&#233;an &#224; l'espace ! &lt;br class='manualbr' /&gt;Au lieu de cela, ce fut la r&#233;v&#233;lation attristante qu'aucune forme de vie n'&#233;tait d&#233;celable sur les plan&#232;tes voisines, aucune ressource mini&#232;re exclusive non plus, et qu'aucune colonisa&#173;tion n'y &#233;tait envisageable. &#192; plus forte raison, pas d'interac&#173;tion avec des peuples extraterrestres. Deuxi&#232;me d&#233;ception, les Russes se r&#233;v&#233;laient incapables de d&#233;barquer sur la Lune et de poursuivre la comp&#233;tition, espace orbital except&#233;. Les &#201;tats&#173;-Unis se retrouvaient sans concurrents pour leurs exploits spa&#173;tiaux, et sans raisons &#233;conomiques de les poursuivre. Or, sans stimulant m&#233;reuporique, pas de progr&#232;s techno-scientifique. Apr&#232;s la conqu&#234;te, le retrait spatial commen&#231;a. &lt;br class='manualbr' /&gt;Durant les trois d&#233;cennies qui ont suivi 1972, les super&#173; puissances se sont content&#233;es de visiter la banlieue proche de la Terre, l'espace orbital. Navette spatiale du c&#244;t&#233; am&#233;ricain, stations orbitales Saliout puis Mir du c&#244;t&#233; russe &#8211; mais d'es&#173;pace interplan&#233;taire, point. Ce fut comme si les flottilles espa&#173;noles et portugaises, apr&#232;s avoir d&#233;couvert une Am&#233;rique, une Afrique et une Inde enti&#232;rement d&#233;sertes et inhospitali&#232;&#173;res, s'&#233;taient rabattues sur les Canaries et les A&#231;ores. &lt;br class='manualbr' /&gt;Une conqu&#234;te spatiale superficielle pourra &#233;ventuellement reprendre &#224; l'avenir : il suffirait pour cela qu'un ensemble de grandes puissances riches, stables et rivales se forme &#224; nou&#173;veau. Cela semble d'ailleurs se pr&#233;parer avec l'ascension &#233;co&#173;nomique fulgurante de la Chine. Ce pays pourrait relancer la comp&#233;tition avec les &#201;tats-Unis abandonn&#233;e par la Russie. Au cours des mill&#233;naires &#224; venir, d'autres syst&#232;mes d'&#201;tats pour&#173;ront encore voir le jour. Des vols habit&#233;s vers la Lune pour&#173;ront parfaitement reprendre ; on pourrait m&#234;me imaginer que des bases habit&#233;es permanentes soient &#233;tablies sur la Lune et sur Mars. Mais il semble que jamais ces &#233;tablissements ne seront autre chose que des avant-postes, perdus dans un envi&#173;ronnement irr&#233;m&#233;diablement hostile, semblables aux stations actuellement &#233;tablies en Antarctique. Il para&#238;t peu probable que le syst&#232;me solaire devienne jamais partie int&#233;grante du domaine de peuplement humain, ni du circuit &#233;conomique global, comme l'est devenue l'Am&#233;rique du Nord apr&#232;s la colonisation europ&#233;enne. Comme l'Antarctique aujourd'hui, l'espace devrait rester marginal quant &#224; la population et &#224; l'activit&#233; commerciale ; la zone du peuplement principal de l'humanit&#233; devrait rester restreinte au globe terrestre. &#192; moins d'un bond technologique tout &#224; fait inattendu, permettant de passer d'un coup aux voyages interstellaires, il ne devrait plus y avoir de formule magique interplan&#233;taire et, donc, plus de formule magique classique du tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les progr&#232;s d&#233;pendant de l'expansion interplan&#233;taire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut dire encore pourquoi une reprise de l'expansion spatiale de l'humanit&#233; serait d'une grande importance tech&#173; nique et scientifique -m&#234;me sans nouvelle formule magique, m&#234;me sans colonisation &#224; grande &#233;chelle. On peut identifier toute une s&#233;rie de progr&#232;s scientifiques et techniques que l'humanit&#233; n'a pas accomplis, &#224; cause du retrait spatial des ann&#233;es 1970, cela sans compter les nombreuses d&#233;couvertes inattendues qui auraient sans doute &#233;t&#233; les plus importantes. &lt;br class='manualbr' /&gt;L'astronomie n'a pu profiter de d&#233;couvertes que lui aurait s&#251;rement valu l'installation d'observatoires sur la Lune. De tels observatoires lui auraient fait accomplir un bond qualitatif au moins aussi important que l'invention du t&#233;lescope au XVIIe si&#232;cle. La plan&#232;te grise offre des conditions d'observation extraordinaires. Sur la Lune, il n'y a pas d'atmosph&#232;re, donc toutes les longueurs d'onde arrivent au sol (sur Terre, les ultraviolets sont absorb&#233;s par le filtre gazeux de l'atmosph&#232;re, ainsi que certaines parties des domaines infrarouge et X). On peut donc les observer. Sur la Lune, il n'y a ni scintillement d'images, ni d&#233;viation des rayons lumineux caus&#233;s par l'air, qui sur Terre emp&#234;chent de d&#233;terminer des d&#233;tails plus pr&#233;cis qu'une seconde d'arc. Avantage suppl&#233;mentaire, la face cach&#233;e de l'astre est exempte du brouillard lumineux g&#233;n&#233;r&#233; par les activit&#233;s humaines (radio, &#233;clairages artificiels, etc.) et qui g&#234;ne les astronomes sur Terre. M&#234;me en orbite autour du globe terrestre, le t&#233;lescope Hubble est perturb&#233; dans ses observations par des poussi&#232;res r&#233;siduelles et par les rayonne&#173;ments &#233;lectromagn&#233;tiques de la Terre. Sur la Lune, on pour&#173;rait observer les ondes radio tr&#232;s longues (kilom&#233;triques), encore jamais observ&#233;es par les astronomes depuis la Terre. Enfin, la faible pesanteur lunaire et l'absence de secousses sismiques autoriseraient des structures plus grandes et plus l&#233;g&#232;res. &lt;br class='manualbr' /&gt;En cumulant tous ces avantages (fixit&#233; du socle lunaire et absence d'atmosph&#232;re), on pourrait faire sur la Lune de l'in&#173;terf&#233;rom&#233;trie optique, c'est-&#224;-dire de la combinaison d'images issues de t&#233;lescopes diff&#233;rents, &#233;loign&#233;s de quelques kilo&#173; m&#232;tres, pour obtenir une image finale beaucoup plus d&#233;taill&#233;e. Le t&#233;lescope orbital Hubble, le plus pr&#233;cis actuellement, n'at&#173;teint qu'une r&#233;solution d'un dixi&#232;me de seconde d'arc. Les t&#233;lescopes terrestres les plus grands ne pourront probablement jamais d&#233;passer un centi&#232;me de seconde d'arc, m&#234;me en tenant compte des techniques futures. En comparaison, un r&#233;seau de t&#233;lescopes lunaires distribu&#233;s sur un diam&#232;tre de dix kilom&#232;tres pourrait atteindre une pr&#233;cision d'un cent mil&#173;li&#232;me de seconde d'arc, soit mille fois mieux que tout ce qui sera jamais possible sur Terre. Cette finesse de r&#233;solution permettrait de visualiser les plan&#232;tes tournant autour des &#233;toiles voisines. Ces t&#233;lescopes lunaires en r&#233;seau pourraient cap&#173; ter des d&#233;tails de la surface des &#233;toiles voisines (aujourd'hui, on ne voit qu'un point par &#233;toile&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;[Depuis 2009, les t&#233;lescopes VLT et Amla au Chili r&#233;ussissent, en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). Ils pourraient r&#233;soudre toutes les &#233;toiles individuelles des galaxies voisines. En fait, ce qu'on pourrait faire et d&#233;couvrir avec un tel instrument d&#233;passe tour simplement notre imagination pr&#233;sente&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Observatories on the Moon &#187;, Scientific American, n&#176; 262, mars 1990, p. 18-25.&#034; id=&#034;nh14-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si des missions vers la Lune avaient lieu r&#233;guli&#232;rement, dans le cadre d'une intense concurrence entre superpuissances, on trouverait forc&#233;ment de la place, une fois ou l'autre, pour embarquer des t&#233;lescopes, lesquels r&#233;volutionneraient l'astronomie. &lt;br class='manualbr' /&gt;Toutes les exp&#233;rimentations n&#233;cessitant des d&#233;tecteurs tr&#232;s &#233;loign&#233;s les uns des autres, comme l'interf&#233;rom&#233;trie radio, ou la d&#233;tection des ondes gravitationnelles, auraient grandement b&#233;n&#233;fici&#233; de voyages r&#233;guliers vers la Lune. Des interf&#233;ro&#173;m&#232;tres Terre-Lune, voire Terre-Mars, auraient pu d&#233;tecter beaucoup plus facilement des ondes gravitationnelles, et peut-&#234;tre leurs aspects quantiques, que les instruments d'aujourd'hui. &lt;br class='manualbr' /&gt;Le gel de l'aventure interplan&#233;taire a frein&#233; puis bloqu&#233; la physique des particules. Les grands acc&#233;l&#233;rateurs et les fais&#173;ceaux de particules &#233;taient des technologies de l'&#226;ge spatial. Ils auraient pu en fournir les armes et les moyens de propulsion : l'&#233;mission et la focalisation de faisceaux de particules auraient pu &#234;tre directement appliqu&#233;es &#224; des canons tirant des jets de particules ou des faisceaux laser. Cette technologie n'est pas du tout adapt&#233;e au milieu intraplan&#233;taire, mais &#224; l'espace. Dans l'air, les rayons laser &#224; haute &#233;nergie se dispersent et se d&#233;focalisent sur de tr&#232;s courtes distances, ce qui les rend inefficaces. Dans l'espace vide, on peut focaliser un rayon laser &#224; haute &#233;nergie de fa&#231;on &#224; ce que son diam&#232;tre s'&#233;largisse au plus d'un m&#232;tre tous les 1 000 km&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Hecht, Bearn Weapons, Plenum Press, New York, 1984, p. 62.&#034; id=&#034;nh14-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Un missile nucl&#233;aire mettrait trois jours pour parcourir la distance Terre-Lune, un laser une seconde environ. R&#233;sultat : chaque plan&#232;te pourrait se d&#233;fendre efficacement contre les attaques nucl&#233;aires des autres plan&#232;tes par un ensemble de satellites-h&#233;rissons capable de d&#233;truire toute fus&#233;e ennemie. Ces lasers, en revanche, ne pourraient rien contre l'int&#233;rieur des plan&#232;tes, prot&#233;g&#233;es comme elles le sont par leur atmosph&#232;re. &lt;br class='manualbr' /&gt;Le retrait spatial a consid&#233;rablement frein&#233; le d&#233;veloppe&#173; ment de la technologie de l'&#233;nergie nucl&#233;aire qui, elle aussi, &#233;tait surtout adapt&#233;e &#224; l'espace. Par l'encombrement et le poids des installations, par les &#233;normes quantit&#233;s d'&#233;nergie d&#233;gag&#233;es, par la probl&#233;matique de la radioactivit&#233;, le nucl&#233;aire convient mieux au milieu interplan&#233;taire qu'au milieu terrestre. Les d&#233;chets radioactifs ne posent pas de probl&#232;me dans l'espace, qui est en permanence inond&#233; de radiations. La Lune, par exemple, aurait &#233;t&#233; tout &#224; fait indiqu&#233;e pour leur stockage. De surcro&#238;t, les moteurs nucl&#233;aires de fus&#233;e seraient les seuls qui conviendraient pour couvrir des distances inter&#173; plan&#233;taires. Avec le retrait spatial, l'industrie nucl&#233;aire v&#233;g&#232;te. On d&#233;veloppe avec grand peine les centrales d'&#233;nergie de nouvelle g&#233;n&#233;ration, les navires commerciaux atomiques ont &#233;t&#233; abandonn&#233;s, on ne commande plus gu&#232;re de porte-avions atomiques. Enfin, la ma&#238;trise de la radioactivit&#233; reste m&#233;diocre ; on ne sait toujours pas se d&#233;barrasser des d&#233;chets nucl&#233;aires par irradiation, alors que la chose est th&#233;orique&#173; ment possible. &lt;br class='manualbr' /&gt;La robotique n'a pas connu le d&#233;veloppement exponentiel dont elle aurait b&#233;n&#233;fici&#233; si l'expansion spatiale s'&#233;tait pour&#173; suivie. Les appareils automatiques t&#233;l&#233;guid&#233;s sont adapt&#233;s &#224; ce milieu, puisqu'ils r&#233;sistent mieux que les humains aux radia&#173;tions, aux temp&#233;ratures extr&#234;mes et &#224; l'absence d'atmosph&#232;re. Ils auraient &#233;t&#233; massivement utilis&#233;s dans les v&#233;hicules spa&#173;tiaux, bases plan&#233;taires, stations orbitales, et auraient connu un d&#233;veloppement correspondant. Les robots auraient &#233;t&#233; les explorateurs par excellence des plan&#232;tes trop froides, trop br&#251;&#173;lantes, aux pressions trop &#233;lev&#233;es, aux atmosph&#232;res trop corro&#173;sives, comme le d&#233;montrent les deux vagabondeurs (&lt;i&gt;rovers&lt;/i&gt;) am&#233;ricains, Spirit et Opportunity, qui ont commenc&#233; &#224; explo&#173;rer Mars en janvier 2004. &lt;br class='manualbr' /&gt;L'&#226;ge spatial aurait b&#233;n&#233;fici&#233; aussi &#224; la biologie. L'&#233;tablisse&#173; ment d'&#233;cosyst&#232;mes artificiels, diss&#233;min&#233;s loin dans le syst&#232;me solaire, aurait permis de faire de la biologie exp&#233;rimentale. On aurait mieux compris les interactions et les compl&#233;mentarit&#233;s entre esp&#232;ces, ainsi que leur m&#233;tabolisme. Et, bien &#233;videm&#173;ment, l'&#233;ventuelle d&#233;couverte de formes de vie extraterrestres aurait fait faire un bond en avant prodigieux &#224; toutes les branches de cette science. &lt;br class='manualbr' /&gt;La ma&#238;trise de l'&#233;nergie solaire, elle non plus, n'a pas pro&#173;gress&#233; autant que si elle avait &#233;t&#233; stimul&#233;e par de grands projets spatiaux. &#201;tant la seule source d'&#233;nergie disponible dans le milieu interplan&#233;taire, l'&#233;nergie solaire est id&#233;ale pour l'&#226;ge spatial. Massivement subventionn&#233;e par les gouvernements, sa ma&#238;trise e&#251;t certainement fait d'&#233;normes progr&#232;s tant sur le plan du rendement que sur celui du co&#251;t, ses deux principaux obstacles actuels. Au lieu de cela, cette source d'&#233;nergie reste aujourd'hui marginale. &lt;br class='manualbr' /&gt;L'annexion par l'humanit&#233; des plan&#232;tes voisines, la Lune, Mars, V&#233;nus, aurait d&#233;multipli&#233; les stocks de mati&#232;res pre&#173;mi&#232;res disponibles. En joignant aux ressources terriennes celles encore inexploit&#233;es d'autres astres, cette prise de pos&#173;session aurait &#233;pargn&#233; des soucis aux planificateurs d'aujour&#173;d'hui, oblig&#233;s de tabler sur des r&#233;serves limit&#233;es. &lt;br class='manualbr' /&gt;Enfin, l'entr&#233;e dans l'&#226;ge spatial signifierait pour l'huma&#173;nit&#233; une nouvelle &#232;re industrielle, celle du gigantisme. Pensons &#224; la taille des installations Apollo, le seul programme interplan&#233;taire jamais men&#233; &#224; bien. Le hangar n&#233;cessaire au montage des fus&#233;es Saturne V, le VAB (Vehicle Assembly Building), &#233;tait haut de 160 m&#232;tres pour une surface de 3 hectares. C'&#233;tait le plus volumineux b&#226;timent du monde. Il &#233;tait si haut que parfois de v&#233;ritables nuages se formaient au-dessous du plafond. Le v&#233;hicule qui acheminait les fus&#233;es lunaires du b&#226;timent d'assemblage au polygone de tir, le rampeur (&lt;i&gt;crawler&lt;/i&gt;), pesait trois mille tonnes et d&#233;veloppait six mille chevaux. C'&#233;tait le plus puissant v&#233;hicule terrestre au monde. Les fus&#233;es Saturne V elles-m&#234;mes pesaient trois mille tonnes au d&#233;collage ; elles se dressaient &#224; 110 m&#232;tres au-dessus du sol. Et encore ne s'agissait-il, avec Saturne V, que du propulseur d'une capsule minuscule, abritant trois passagers &#224; l'&#233;troit, une sorte de canot de l'espace. &lt;br class='manualbr' /&gt;De v&#233;ritables vaisseaux interplan&#233;taires devraient d&#233;passer en taille les plus grands superp&#233;troliers ou porte-avions. L'&#232;re spatiale devrait amener avec elle d'immenses cosmodromes, accueillant des vaisseaux longs de plusieurs kilom&#232;tres, et des chantiers spatiaux titanesques, plus grands que tout ce qui a exist&#233; &#224; ce jour. Une industrie a&#233;ronautique sans pr&#233;c&#233;dent ferait passer l'&#233;conomie &#224; un stade nouveau, provoquant un changement d'&#233;chelle dans le monde industriel, comme le firent en leur temps les ports et les chantiers navals de l'Europe m&#233;di&#233;vale. Que l'on songe seulement aux immenses retom&#173;b&#233;es industrielles et technologiques du programme Apollo&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On en a recens&#233; plus de trente mille : depuis le d&#233;veloppement des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le saut aurait &#233;t&#233; aussi bien qualitatif que quantitatif. &lt;br class='manualbr' /&gt;En renon&#231;ant &#224; la conqu&#234;te de l'espace, l'humanit&#233; a r&#233;duit ses chances de survie &#224; tr&#232;s long terme. C'est seulement en &#233;tendant leur domaine de peuplement aux plan&#232;tes voisines que les humains se mettraient &#224; l'abri d'une catastrophe susceptible de ravager leur plan&#232;te d'origine &#8211; comme une &#233;pid&#233;mie ou la chute d'une &#233;norme m&#233;t&#233;orite. Les avions parcourant le monde entier en tous sens en moins de vingt&#173; quatre heures, le temps de transmission d'une maladie conta&#173;gieuse &#224; l'humanit&#233; enti&#232;re s'est r&#233;duit &#224; quelques dizaines d'heures. Il pourrait &#234;tre difficile de prendre les mesures de quarantaine assez vite. Quant &#224; la collision d'une &#233;norme m&#233;t&#233;orite avec la Terre, elle n'est pas aussi improbable qu'on le croit. Le bombardement de Jupiter, du 16 au 22 juillet 1994, par les fragments de la com&#232;te SL-9 disloqu&#233;e le montre. Une pluie de gros ast&#233;ro&#239;des s'est abattue sur la plan&#232;te gazeuse, dont les plus grands avaient trois &#224; quatre kilom&#232;tres de diam&#232;tre. Ils ont percut&#233; la surface jovienne &#224; la vitesse de 220.000 km/h (les fus&#233;es les plus rapides atteignent 50.000 km/h). Chacune des collisions a d&#233;gag&#233; une &#233;nergie de plusieurs centaines de millions de m&#233;gatonnes, soit cent fois plus que l'explosion simultan&#233;e de l'ensemble de l'arsenal atomique de la Terre. Cet &#233;v&#233;nement apocalyptique donne une id&#233;e de ce qui peut arriver aussi plus pr&#232;s de nous. La Terre a d'ailleurs d&#233;j&#224; subi des bombardements m&#233;t&#233;oritiques de grande ampleur. C'est tr&#232;s probablement ainsi que les dinosaures et beaucoup d'autres esp&#232;ces ont disparu, il y a soixante-cinq millions d'ann&#233;es, &#224; la fin du cr&#233;tac&#233;. Une &#233;norme m&#233;t&#233;orite d'environ dix kilom&#232;tres de diam&#232;tre est alors entr&#233;e en collision avec la Terre, laissant un crat&#232;re de deux cents kilom&#232;tres de large au Yucatan (Mexique). &lt;br class='manualbr' /&gt;On a calcul&#233; que des m&#233;t&#233;orites de plus d'un kilom&#232;tre de diam&#232;tre (les seules &#224; &#234;tre vraiment dangereuses) frappent la Terre environ une fois par million d'ann&#233;es. En s'&#233;crasant au sol, ces bolides produisent un effet comparable &#224; une guerre nucl&#233;aire globale... Ils pourraient raser un pays entier ou, tombant dans l'oc&#233;an, provoquer d'&#233;normes raz-de-mar&#233;e qui feraient le tour du monde. En cas de chute sur la terre ferme, les poussi&#232;res renvoy&#233;es dans l'atmosph&#232;re feraient &#233;cran &#224; la lumi&#232;re du Soleil, plongeant hommes, animaux et plantes dans la nuit et d&#233;truisant les r&#233;coltes d'une saison au moins. Les pertes en vies humaines se compteraient en mil&#173;liards. Il y a de nombreux crat&#232;res de dix &#224; vingt kilom&#232;tres de diam&#232;tre &#224; la surface de notre globe. Ces collisions sont rares, elles se sont r&#233;parties sur des millions d'ann&#233;es, mais il en surviendra forc&#233;ment d'autres. &lt;br class='manualbr' /&gt;Un autre d&#233;sagr&#233;ment li&#233; au d&#233;sengagement de l'espace ne doit pas &#234;tre n&#233;glig&#233;. Il est d'ordre psychologique. L'abandon de la conqu&#234;te spatiale dans les ann&#233;es 1970 a arr&#234;t&#233;, peut&#173; &#234;tre temporairement, la grande expansion mill&#233;naire de la civilisation occidentale, qui avait commenc&#233; avec les Vikings, s'&#233;tait poursuivie avec les croisades, avec Christophe Colomb et les grands explorateurs, avec la marche conqu&#233;rante des pionniers en Am&#233;rique et en Sib&#233;rie. Apr&#232;s l'exploration des derni&#232;res r&#233;gions inconnues du globe, Asie centrale, &#238;les du Grand Nord, Antarctique (le p&#244;le Sud est atteint en 1911), le mouvement exploratoire de l'Occident s'orientait tout naturellement vers l'infini du cosmos. Cela paraissait logique, c'&#233;tait la continuation de plus de mille ans d'Histoire. Dans les autres plan&#232;tes du syst&#232;me solaire, il y avait encore autant de territoires inconnus qu'on pouvait en souhaiter. Du point de vue du mythe, l'espace &#233;tait le domaine privil&#233;gi&#233; du r&#234;ve. Il portait les aspirations des Occidentaux, leurs d&#233;sirs de d&#233;couverte, d'aventures, de d&#233;passement de soi. Cette expan&#173;sion arr&#234;t&#233;e, la civilisation europ&#233;enne, immobile, manque d&#233;sormais d'un but, d'une direction vers laquelle tendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela am&#232;ne &#224; une conclusion peu optimiste pour le long terme. L'humanit&#233; a eu la chance de disposer de la Gr&#232;ce au Ie mill&#233;naire avant notre &#232;re, de l'Europe au IIe mill&#233;naire de notre &#232;re, mais sa chance pourrait s'arr&#234;ter l&#224;. &#192; l'&#226;ge des &#233;p&#233;es, des boucliers et des gal&#232;res, le globe offrait une zone thalasso&#173;graphiquement articul&#233;e &#224; l'&#233;chelle de la dizaine de kilom&#232;tres : la Gr&#232;ce et le bassin &#233;g&#233;en. &#192; l'&#226;ge des fusils, des canons et des grands voiliers, l'humanit&#233; a b&#233;n&#233;fici&#233; d'une zone articul&#233;e &#224; l'&#233;chelle de la centaine de kilom&#232;tres : le continent europ&#233;en. &#192; l'&#232;re des avions, des chars et des porte-avions, lorsque le seg&#173;ment de r&#233;f&#233;rence a atteint le millier de kilom&#232;tres, le globe avait encore &#224; sa disposition l'Am&#233;rique du Nord et l'Eurasie du Nord. Puis, lorsqu'on est pass&#233; aux bombes H et aux fus&#233;es intercontinentales et que la distance de r&#233;f&#233;rence est devenue la dizaine de milliers de kilom&#232;tres, il n'y a malheureusement plus eu de domaine &#224; s'approprier, ni sur la Terre, devenue trop petite, ni dans le cosmos environnant. &lt;br class='manualbr' /&gt;&#192; chaque stade de son &#233;volution technique, l'humanit&#233; a connu une formule magique. Il risque de ne plus y avoir d'autre formule magique parce qu'il n'y a plus de socle thalas&#173;sographiquement (ou plut&#244;t plan&#233;tographiquement) ad hoc. Le syst&#232;me plan&#233;taire qui entoure la Terre, st&#233;rile et inhospi&#173;talier, ne permettra probablement pas une troisi&#232;me grande r&#233;volution techno-scientifique, &lt;br class='manualbr' /&gt;Cela ne veut pas dire, bien s&#251;r, que la Terre soit condam&#173;n&#233;e &#224; la stagnation des connaissances. Aussi longtemps qu'il y aura division stable et richesse &#233;conomique, sur un secteur au moins de la plan&#232;te, les sciences progresseront &#8211; un peu plus faiblement, toutefois, du fait de l'effacement de la compo&#173;sante militaire. Mais, dans la mesure o&#249; les conditions m&#233;reu&#173;poriques seront bonnes, le progr&#232;s continuera.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;* * * &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il se peut qu'existent dans notre galaxie des syst&#232;mes stel&#173;laires plus favoris&#233;s plan&#233;tographiquement et stellographiquement que le n&#244;tre, plus avantageusement dot&#233;s en plan&#232;tes habitables et plus riches en satellites naturels, et entour&#233;es d'&#233;toiles voisines plus proches &#8211; tout en b&#233;n&#233;fi&#173;ciant de thalassographies articul&#233;es comme la Terre. Il se peut m&#234;me que des cr&#233;atures intelligentes y vivent. Si c'est le cas, alors ces &#234;tres en profiteront pour r&#233;ussir ce que les humains ne pourront faire : entrer dans l'&#232;re spatiale, dans l'&#226;ge interplan&#233;taire. Ils se rendront ma&#238;tres des moteurs atomiques de fus&#233;e et navigueront d'une plan&#232;te &#224; l'autre. Ils d&#233;velopperont des canons &#224; particules et se doteront de t&#233;lescopes &#224; interf&#233;rom&#233;trie optique, gr&#226;ce auxquels leurs yeux s'enfonceront plus profond&#233;ment que les n&#244;tres dans l'univers. Peut-&#234;tre l'ont-il d&#233;j&#224; fait ? Ils coloniseront les pla&#173;n&#232;tes de leur syst&#232;me stellaire. Ensuite, apr&#232;s quelques mil&#173;liers d'ann&#233;es, ils passeront au stade interstellaire. Ils se lanceront &#224; travers l'oc&#233;an noir de l'espace, &#224; la d&#233;couverte des syst&#232;mes stellaires voisins. &lt;br class='manualbr' /&gt;Il n'est pas exclu, dans ce cas, qu'un jour l'humanit&#233; re&#231;oive des visiteurs appartenant &#224; un peuple extraterrestre plus avanc&#233; qu'elle technologiquement. Les Terriens se ver&#173;raient alors confront&#233;s &#224; des cr&#233;atures voguant &#224; bord de vaisseaux propuls&#233;s par antimati&#232;re, arm&#233;s de bombes &#224; trous noirs et voyageant d'une &#233;toile &#224; l'autre. De la m&#234;me fa&#231;on que les chasseurs-cueilleurs de la Nouvelle-Guin&#233;e, rest&#233;s isol&#233;s et tranquilles pendant des dizaines de milliers d'ann&#233;es, furent subjugu&#233;s par des conqu&#233;rants europ&#233;ens venus &#224; bord de grands voiliers, &#233;quip&#233;s de canons et de fusils, et capables de tant de choses incompr&#233;hensibles. &lt;br class='manualbr' /&gt;Mais il serait pr&#233;matur&#233; de s'inqui&#233;ter ou de se r&#233;jouir : cette &#233;ventualit&#233; ne surviendra probablement pas avant plusieurs millions d'ann&#233;es.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb14-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;[Deux plan&#232;tes, &#224; l'existence incertaine, ont &#233;t&#233; depuis d&#233;tect&#233;es autour de l'&#233;toile B, et une troisi&#232;me a &#233;t&#233; d&#233;couverte en orbite autour d'une troisi&#232;me &#233;toile, une naine rouge, &lt;i&gt;Proxima Centauri&lt;/i&gt;. NdLC 2018]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Making Mars hospitable &#187;, &lt;i&gt;Nature&lt;/i&gt;, p. 489, volume 352, 8 ao&#251;t 1991&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;[Depuis 2009, les t&#233;lescopes VLT et Amla au Chili r&#233;ussissent, en multipliant leur pouvoir de r&#233;solution par interf&#233;rom&#233;trie permise par la coordination simultan&#233;e de plusieurs miroirs, &#224; obtenir des images des surfaces stellaires, notamment B&#233;telgeuse et Antar&#232;s. NdLC 2018]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Observatories on the Moon &#187;, &lt;i&gt;Scientific American&lt;/i&gt;, n&#176; 262, mars 1990, p. 18-25.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;J. Hecht, Bearn Weapons, &lt;i&gt;Plenum Press&lt;/i&gt;, New York, 1984, p. 62.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On en a recens&#233; plus de trente mille : depuis le d&#233;veloppement des ordinateurs personnels jusqu'aux montures de lunettes en titane ultral&#233;ger, des si&#232;ges de voiture ininflammables aux purificateurs d'eau pour les piscines, de la t&#233;l&#233;communication par satellite aux coques de voiliers de course, de la perceuse sans fil au traitement et &#224; la num&#233;risation des images, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Sur une possible escalade g&#233;opolitique</title>
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		<dc:date>2017-09-07T10:17:45Z</dc:date>
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		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Prospective</dc:subject>
		<dc:subject>G&#233;opolitique</dc:subject>
		<dc:subject>An&#233;antissement / G&#233;nocide</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre</dc:subject>
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		<dc:subject>Huntington S.</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Texte extrait du livre de Samuel Huntington &#171; Le choc des civilisations &#187;, 1996, (Odile Jacob 1997), pp. 471-478. Le titre est de nous. Il y a une vingtaine d'ann&#233;es paraissaient les th&#232;ses de Samuel Huntington sur &#171; le choc des civilisations &#187; . Les r&#233;actions indign&#233;es et hyst&#233;riques qui avaient alors d&#233;ferl&#233;es form&#232;rent rapidement un v&#233;ritable bouclier id&#233;ologique qui cachait une r&#233;alit&#233; bien peu reluisante : l'&#233;crasante majorit&#233; des d&#233;tracteurs de S. Huntington ne l'avaient tout (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-dynamiques-geopolitiques-" rel="directory"&gt;Dynamiques G&#233;opolitiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-49-prospective-+" rel="tag"&gt;Prospective&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-83-geopolitique-+" rel="tag"&gt;G&#233;opolitique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-118-aneantissement-+" rel="tag"&gt;An&#233;antissement / G&#233;nocide&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-122-guerre-+" rel="tag"&gt;Guerre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-229-huntington-s-+" rel="tag"&gt;Huntington S.&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte extrait du livre de Samuel Huntington &#171; Le choc des civilisations &#187;, 1996, (Odile Jacob 1997), pp. 471-478. Le titre est de nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une vingtaine d'ann&#233;es paraissaient les th&#232;ses de Samuel Huntington sur &#171; le choc des civilisations &#187;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;d'abord sous forme d'article en 1993 dans le Foreign Affairs, puis le livre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Les r&#233;actions indign&#233;es et hyst&#233;riques qui avaient alors d&#233;ferl&#233;es form&#232;rent rapidement un v&#233;ritable bouclier id&#233;ologique qui cachait une r&#233;alit&#233; bien peu reluisante : l'&#233;crasante majorit&#233; des d&#233;tracteurs de S. Huntington ne l'avaient tout simplement pas lu, comme il est d'usage dans la &#171; Gauche &#187; pavlovienne&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Jean-Claude Mich&#233;a, pr&#233;face aux &#171; Sc&#232;nes de la vie intellectuelle en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; et ceux qui tent&#232;rent de le r&#233;futer rivalis&#232;rent d'ignorance, de mauvaise foi et d'arguments plus farfelus les uns que les autres&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ainsi, un exemple entre mille, un Miguel Chueca, qu'on a connu mieux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Les quelques esprits libres qui s'aventur&#232;rent &#224; en discuter honn&#234;tement les th&#232;ses furent, comme il est toujours d'usage, nimb&#233;s d'un silence m&#233;ticuleux&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Faut-il confondre &#171; choc &#187; et &#171; conflit &#187; de civilisations ?&#034; id=&#034;nh15-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Relire Huntington vingt ans apr&#232;s devrait obliger &#224; reconna&#238;tre que l'angle d'approche a permis un certain nombre d'anticipations (nul talent proph&#233;tique ; une analyse lucide de la r&#233;alit&#233;, toujours partielle, d&#233;voile des grandes lignes de forces). Parmi celles-ci ; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1099-La-Russie-et-l-Ukraine-un-regard-civilisationnel' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;la division interne de l'Ukraine suivant une ligne de fracture qui suit globalement celle entre christianisme occidental et orthodoxie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; ; la fragilit&#233; des r&#233;gimes autoritaires d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient face &#224; un maximum d&#233;mographique dans la premi&#232;re d&#233;cennie des ann&#233;es 2000 ; la transformation de la Turquie la&#239;que en championne de l'islam sunnite ; la poursuite de l'effondrement occidental et l'irruption en son sein de la question multiculturelle comme point nodal de son &#233;volution ; etc. L'ensemble m&#233;riterait de plus amples analyses a posteriori, &#233;tant entendu qu'il n'y a pas, ici comme ailleurs, &#224; avaliser la totalit&#233; des diagnostics comme des recommandations : la r&#233;flexion se nourrit de l'intelligence l&#224; o&#249; elle s'exerce.&lt;br class='manualbr' /&gt;On lira ci-dessous un extrait o&#249; l'auteur tente de d&#233;crire une escalade g&#233;opolitique menant &#224; une guerre mondiale &#224; partir d'un accrochage en mer de Chine en 2010. L'exercice de prospection pr&#233;voyait que les deux Cor&#233;es se seraient alors r&#233;unifi&#233;es, mais il est frappant &#224; plusieurs titres de constater que les grandes dynamiques civilisationnelles ici d&#233;crites restent globalement d'actualit&#233;, voire se sont renforc&#233;es, &#224; vingt ans de distance.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Une guerre mondiale impliquant les &#201;tats phares des principales civilisations est tout &#224; fait improbable, mais elle n'est pas impossible. Une telle guerre, comme nous l'avons dit, pourrait r&#233;sulter de l'intensification d'un conflit civilisationnel entre des groupes appartenant &#224; des civilisa&#173;tions diff&#233;rentes, vraisemblablement des musulmans d'un c&#244;t&#233; et des non-musulmans de l'autre. L'escalade est encore plus plausible si des &#201;tats phares musulmans expansionnistes rivalisent pour porter assistance &#224; leurs coreligionnaires en lutte. Le cours des choses pourrait &#234;tre diff&#233;rent si des &#201;tats de second ou troisi&#232;me rang, apparte&#173;nant &#224; la m&#234;me famille, avaient un int&#233;r&#234;t commun &#224; ne pas participer &#224; la guerre. La modification des rapports de force au sein des civilisations et entre les &#201;tats phares repr&#233;sente un danger plus grand encore, susceptible d'en&#173;gendrer un conflit mondial entre civilisations. S'il se pour&#173;suit, le d&#233;veloppement de la Chine et l'assurance de plus en plus grande du &#171; plus grand acteur de l'histoire de l'hu&#173;manit&#233; &#187; pourraient susciter une terrible tension et compromettre la stabilit&#233; internationale au d&#233;but du XXIe si&#232;cle. L'&#233;mergence de la Chine comme puissance dom&#173;inante en Extr&#234;me-Orient et en Asie du Sud-Est serait contraire aux int&#233;r&#234;ts am&#233;ricains tels qu'ils ont historiquement d&#233;finis&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Defense Planning Guidance for the Fiscal Years 1994-1999 &#187;, 18 f&#233;vrier (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;tant donn&#233; les int&#233;r&#234;ts am&#233;ricains, comment une guerre entre les &#201;tats-Unis et la Chine pourrait-elle &#233;clater ? Supposons que nous soyons en 2010. Les troupes am&#233;ricaines ont quitt&#233; la Cor&#233;e, qui a &#233;t&#233; r&#233;unifi&#233;e, et les &#201;tats-Unis ont consid&#233;rablement r&#233;duit leur pr&#233;sence militaire au Japon. Ta&#239;wan et la Chine sont parvenus &#224; un accord en vertu duquel Ta&#239;wan conserve &lt;i&gt;de facto&lt;/i&gt; son ind&#233;pendance, mais reconna&#238;t la suzerainet&#233; de P&#233;kin, le par&#173;rainage de la Chine &#233;tant admis &#224; l'ONU, sur le mod&#232;le de l'Ukraine et de la Bi&#233;lorussie en 1946. Les ressources p&#233;troli&#232;res de la mer de Chine m&#233;ridionale ont &#233;t&#233; rapide&#173;ment mises en valeur par les Chinois, mais dans certaines zones, sous contr&#244;le vietnamien, l'exploitation est assur&#233;e par des compagnies am&#233;ricaines. Forte de sa puissance potentielle, la Chine d&#233;clare qu'elle va &#233;tendre son contr&#244;le &#224; toute la zone maritime, dont elle a toujours revendiqu&#233; la souverainet&#233;. Le Vietnam r&#233;siste, et le conflit com&#173;mence par des combats entre navires de guerre vietna&#173;miens et chinois. Les Chinois, impatients de prendre leur&#173; revanche et d'effacer l'humiliation de 1979, envahissent le Vi&#234;tnam. Les Vietnamiens demandent l'aide des &#201;tats&#173; Unis. Les Chinois intiment aux Am&#233;ricains l'ordre de res&#173;ter en dehors du conflit. Le Japon et les autres nations d'Asie h&#233;sitent. Les &#201;tats-Unis d&#233;clarent qu'ils ne peuvent accepter que la Chine envahisse le Vi&#234;tnam. Ils r&#233;clament des sanctions &#233;conomiques contre la Chine et exp&#233;dient un de leurs derniers corps exp&#233;ditionnaires, sur porte-avions dans la mer de Chine m&#233;ridionale. Les Chinois d&#233;noncent cette action comme une violation des eaux territoriales et lancent des attaques a&#233;riennes contre le corps exp&#233;dition&#173;naires. En vain, le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de l'ONU et le Premier ministre japonais tentent de n&#233;gocier un cessez-le-feu. Les combats gagnent l'Extr&#234;me-Orient. Le Japon interdit l'uti&#173;lisation, contre la Chine, des bases am&#233;ricaines situ&#233;es sur son territoire. Les &#201;tats-Unis passent outre. Le Japon pro&#173;clame sa neutralit&#233; et met les bases en quarantaine. Les sous-marins chinois et les avions de combat, op&#233;rant &#224; partir de Ta&#239;wan et de la Chine, font subir de s&#233;rieux dom&#173;mages aux navires et aux bases am&#233;ricaines en Extr&#234;me&#173; Orient. Dans le m&#234;me temps, les forces terrestres chinoises entrent dans Hano&#239; et occupent une grande partie du terri&#173;toire vietnamien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Chine et les &#201;tats-Unis, disposant de missiles pouvant larguer des bombes nucl&#233;aires sur le territoire de l'autre, s'accordent tacitement. De fait, ce type d'arme n'est pas utilis&#233; dans les premi&#232;res phases de la guerre. Les popula&#173;tions de ces deux pays, et particuli&#232;rement le peuple am&#233;&#173;ricain, redoutent une attaque nucl&#233;aire. De nombreux Am&#233;ricains se demandent alors pourquoi on leur fait subir une telle menace. Quelle diff&#233;rence cela fait-il si la Chine contr&#244;le la mer de Chine m&#233;ridionale, le Vi&#234;tnam ou m&#234;me tout l'Extr&#234;me-Orient ? Le refus de la guerre est par&#173;ticuli&#232;rement fort dans les &#201;tats du sud-ouest des &#201;tats&#173; Unis, &#224; dominante hispanique, o&#249; les populations et les responsables politiques cherchent &#224; s'esquiver, suivant en cela l'exemple de la Nouvelle-Angleterre lors de la guerre de 1812. Voyant que les Chinois ont consolid&#233; leurs victoi&#173;res initiales en Extr&#234;me-Orient, l'opinion am&#233;ricaine com&#173;mence &#224; opter pour une attitude semblable &#224; celle que le Japon souhaitait qu'elle pr&#238;t en 1942 : combattre cette toute nouvelle pr&#233;tention &#224; l'h&#233;g&#233;monie co&#251;terait trop cher ; contentons-nous de n&#233;gocier la fin des combats spo&#173;radiques, de &#171; la dr&#244;le de guerre &#187; qui se poursuit dans le Pacifique occidental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, pendant ce temps, la guerre a des r&#233;percussions sur les &#201;tats phares des autres civilisations. L'Inde saisit sa chance et profite du fait que la Chine est occup&#233;e en Extr&#234;me-Orient pour lancer une offensive d&#233;vastatrice contre le Pakistan, avec comme objectif la destruction compl&#232;te de son potentiel militaire, conventionnel et nucl&#233;aire. Le succ&#232;s initial de l'op&#233;ration est compromis par une alliance militaire entre le Pakistan, l'Iran et la Chine. L'Iran porte assistance au Pakistan avec des moyens militaires modernes et sophistiqu&#233;s. L'Inde s'en&#173;lise dans un combat contre les troupes iraniennes et contre la gu&#233;rilla pakistanaise, conduite par diff&#233;rents groupes ethniques. Le Pakistan et l'Inde demandent l'aide des pays arabes &#8211; l'Inde &#233;tant consciente du danger que pourrait repr&#233;senter une domination iranienne dans le Sud-Ouest de l'Asie &#8211; , mais les premiers succ&#232;s de la Chine contre les &#201;tats-Unis ont stimul&#233; les forces anti-occidentales dans les soci&#233;t&#233;s musulmanes. Les uns apr&#232;s les autres, les der&#173;niers gouvernements pro-occidentaux des pays arabes et turques sont submerg&#233;s par des mouvements islamistes renforc&#233;s par des cohortes de jeunes. La mont&#233;e des mou&#173;vements anti-occidentaux, due &#224; l'affaiblissement de l'Occident, d&#233;bouche sur une attaque massive des Arabes contre Isra&#235;l. La sixi&#232;me flotte am&#233;ricaine, tr&#232;s r&#233;duite, est incapable de la stopper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Chine et les &#201;tats-Unis tentent de rallier &#224; leurs c&#244;t&#233;s d'autres &#201;tats importants. Alors que la Chine aligne les succ&#232;s militaires, le Japon prend, dans l'affolement, le train en marche, passant de la neutralit&#233; formelle &#224; la neu&#173;tralit&#233; prochinoise. Finalement, il c&#232;de &#224; la demande chi&#173;noise et entre dans le conflit. Les forces japonaises occupent les derni&#232;res bases am&#233;ricaines install&#233;es sur le territoire japonais, et les &#201;tats-Unis &#233;vacuent leurs troupes dans l'urgence. Les &#201;tats-Unis d&#233;clarent le blocus du Japon, et leurs navires de guerre respectifs se livrent des combats sporadiques dans le Pacifique Ouest. Au d&#233;but du conflit, la Chine a propos&#233; un pacte de s&#233;curit&#233; mutuelle &#224; la Russie (vague r&#233;miniscence du pacte germano-sovi&#233;ti&#173;que). Les succ&#232;s chinois ont toutefois l'effet contraire de celui obtenu avec le Japon. La perspective d'une victoire de la Chine et de sa pr&#233;dominance totale en Extr&#234;me-Orient terrifie Moscou. Alors que la Russie s'oriente vers une posi&#173;tion antichinoise et commence &#224; renforcer ses troupes en Sib&#233;rie, la pr&#233;sence de nombreux Chinois, install&#233;s en Sib&#233;rie, interf&#232;re dans le conflit. La Chine intervient mili&#173;tairement pour prot&#233;ger ses populations et occupe Vladi&#173;vostok, la vall&#233;e du fleuve Amour et d'autres parties strat&#233;giques de la Sib&#233;rie orientale. Tandis que les combats, entre les troupes russes et chinoises, s'&#233;tendent &#224; la Sib&#233;rie centrale, la r&#233;volte gagne la Mongolie, zone que la Chine avait pr&#233;c&#233;demment plac&#233;e sous protectorat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ma&#238;trise des ressources p&#233;troli&#232;res et la possibilit&#233; d'y acc&#233;der sont essentielles pour tous les bellig&#233;rants. En d&#233;pit de l'ampleur de ses investissements nucl&#233;aires, le Japon reste tr&#232;s d&#233;pendant des importations p&#233;troli&#232;res, ce qui contribue &#224; renforcer sa position pro-chinoise et la n&#233;cessit&#233; de garantir les flux p&#233;troliers provenant du golfe Persique, d'Indon&#233;sie et de la mer de Chine m&#233;ridionale. Au cours de la guerre, alors que les pays arabes passent sous la coupe des militants islamiques, les exportations de p&#233;trole en provenance du golfe Persique, &#224; destination de l'Occident, se r&#233;duisent &#224; presque rien. Par cons&#233;quent, l'Occident devient de plus en plus d&#233;pendant de la Russie, du Caucase et de l'Asie centrale. L'Occident est ainsi amen&#233; &#224; intensifier ses efforts pour enr&#244;ler la Russie &#224; ses c&#244;t&#233;s, en l'aidant &#224; &#233;tendre son contr&#244;le sur les zones musulmanes du Sud, riches en p&#233;trole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'intervalle, les &#201;tats-Unis ont tent&#233; dans l'urgence de mobiliser leurs alli&#233;s europ&#233;ens. Tout en augmentant leur aide diplomatique et &#233;conomique, les Europ&#233;ens demeurent r&#233;ticents &#224; entrer dans le conflit. La Chine et l'Iran craignent toutefois que les pays occidentaux ne se rallient derri&#232;re les &#201;tats-Unis et que ces derniers n'appor&#173;tent leur aide &#224; la France et &#224; la Grande-Bretagne, comme ce fut le cas lors des deux guerres mondiales. Afin d'emp&#234;&#173;cher que cela se produise, la Chine et l'Iran d&#233;ploient en secret des lance-missiles &#224; moyenne port&#233;e, en Bosnie et en Alg&#233;rie, et avertissent les puissances europ&#233;ennes qu'il est pr&#233;f&#233;rable qu'elles restent en dehors du conflit. Cette action a l'effet inverse, comme c'est le cas chaque fois que la Chine cherche &#224; intimider des &#201;tats autres que le Japon. Les services secrets am&#233;ricains signalent le d&#233;ploiement des lance-missiles, et le Conseil de l'OTAN exige leur retrait imm&#233;diat. Cependant, avant que l'OTAN ne puisse interve&#173;nir, la Serbie, voulant s'affirmer comme le d&#233;fenseur de la chr&#233;tient&#233; contre les Turcs, envahit la Bosnie. La Croatie s'associe &#224; cette action, et les deux pays occupent et se partagent la Bosnie, s'emparent des missiles et s'emploient &#224; terminer le nettoyage ethnique qu'ils ont &#233;t&#233; contraints d'arr&#234;ter en 1990. L'Albanie et la Turquie tentent d'appor&#173;ter leur soutien aux Bosniaques ; la Gr&#232;ce et la Bulgarie lancent des offensives contre la partie europ&#233;enne de la Turquie ; la panique gagne Istanbul ; les Turcs s'enfuient par le Bosphore. Dans le m&#234;me temps, un missile porteur d'une charge nucl&#233;aire est lanc&#233; &#224; partir de l'Alg&#233;rie et explose dans les environs de Marseille. L'OTAN r&#233;plique par des attaques a&#233;riennes d&#233;vastatrices contre des cibles situ&#233;es en Afrique du Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#201;tats-Unis, l'Europe, la Russie et l'Inde sont de fait engag&#233;s dans un conflit mondial contre la Chine, le Japon et une grande partie de l'islam. Quelle peut &#234;tre l'issue d'une telle guerre ? Les deux camps disposent d'un poten&#173;tiel militaire nucl&#233;aire important et, s'ils l'utilisaient plei&#173;nement, il est clair que les principaux &#201;tats de chaque camp seraient vou&#233;s &#224; une destruction quasi totale. Si la dissuasion mutuelle jouait son r&#244;le, l'&#233;puisement des deux camps pourrait aboutir &#224; la n&#233;gociation d'un armistice. Toutefois, celui-ci ne r&#233;soudrait pas le probl&#232;me majeur que pose l'h&#233;g&#233;monie chinoise sur l'Extr&#234;me-Orient. Autre alternative, l'Occident pourrait tenter de combattre la Chine en utilisant des moyens militaires conventionnels. Mais l'alignement du Japon sur la Chine permet &#224; cette derni&#232;re de b&#233;n&#233;ficier de la protection d'un cordon insu&#173;laire sanitaire emp&#234;chant les &#201;tats-Unis d'utiliser leur puissance navale contre les zones de peuplement et d'in&#173;dustrialisation chinoises situ&#233;es le long de la c&#244;te. La solu&#173;tion pourrait r&#233;sider dans un rapprochement entre l'Occident et la Chine. Les combats entre la Russie et la Chine am&#232;nent l'OTAN &#224; admettre la Russie comme &#201;tat membre. L'OTAN et la Russie coop&#232;rent pour contrer les incursions chinoises en Sib&#233;rie, garder sous contr&#244;le les zones riches en gaz et en p&#233;trole de l'Asie centrale, encou&#173;rager les mouvements insurrectionnels des Tib&#233;tains, des Ou&#239;gours et des Mongols contre la Chine. Progressive&#173;ment, les forces occidentales et russes sont mobilis&#233;es et d&#233;ploy&#233;es dans l'est de la Sib&#233;rie pour l'assaut final contre la muraille de Chine et, au-del&#224;, P&#233;kin, la Mandchourie et le pays de la dynastie han.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle que soit l'issue de cette guerre mondiale entre civilisations &#8211; la destruction nucl&#233;aire mutuelle, une pause n&#233;goci&#233;e en raison de l'&#233;puisement des bellig&#233;rants ou une avanc&#233;e des forces russes et europ&#233;ennes jusqu'&#224; la place Tian'anmen &#8211;, la cons&#233;quence &#224; long terme serait in&#233;vitablement la suivante : d&#233;clin &#233;conomique, d&#233;mogra&#173;phique et militaire chez les principaux bellig&#233;rants. Autre cons&#233;quence : la puissance qui, au cours des si&#232;cles, est pass&#233;e des pays de l'Est &#224; ceux de l'Ouest, puis de l'Ouest &#224; l'Est, glissera du Nord vers le Sud. Les grands b&#233;n&#233;ficiai&#173;res de cette guerre seront les civilisations qui se seront abs&#173;tenues. L'Occident, la Russie et la Chine &#233;tant plus ou moins d&#233;vast&#233;s, la voie sera ouverte pour que l'Inde, qui a particip&#233; &#224; la guerre sans subir de dommages, tente de reconstruire le monde &#224; sa mani&#232;re. De larges fractions de l'opinion am&#233;ricaine rendent responsables du d&#233;clin des &#201;tats-Unis les &#233;lites WASP et leur politique occidentale &#224; courte vue. Des personnalit&#233;s hispaniques acc&#232;dent au pouvoir, confort&#233;es par la promesse faite par les &#201;tats d'Am&#233;rique latine en plein essor d'un vaste plan d'aide, type plan Marshall. L'Afrique, quant &#224; elle, non seulement n'a rien &#224; offrir pour contribuer &#224; la reconstruction de l'Europe, mais elle d&#233;verse des hordes d'immigrants r&#233;so&#173;lus &#224; se partager les restes. En Asie, la Chine, le Japon et la Cor&#233;e sont ruin&#233;s par la guerre, et la puissance bascule vers le Sud. L'Indon&#233;sie, qui est rest&#233;e neutre, devient l'&#201;tat phare de la zone et, sous la gouverne de conseillers australiens, &#233;tend son action sur une zone allant de la Nou&#173;velle-Z&#233;lande &#224; l'est, au Myanmar et au Sri Lanka &#224; l'ouest, et au Vi&#234;tnam au nord. Autant de pr&#233;sages de conflit potentiels avec l'Inde et avec une Chine en pleine renais&#173;sance. De toute fa&#231;on, le centre du monde politique bas&#173;cule vers le sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le lecteur trouve ce sc&#233;nario fantaisiste et totalement invraisemblable, c'est parfait. Souhaitons que tous les sc&#233;&#173;narios de guerre mondiale entre civilisations soient aussi peu cr&#233;dibles. Mais ce qui est le plus vraisemblable, et par cons&#233;quent le plus inqui&#233;tant, c'est la cause de la guerre : l'intervention de l'&#201;tat phare d'une civilisation (les &#201;tats&#173;-Unis) dans un d&#233;saccord entre l'&#201;tat phare d'une autre civilisation (la Chine) et un &#201;tat appartenant &#224; cette m&#234;me civilisation (le Vi&#234;tnam). Pour les &#201;tats-Unis, cette inter&#173;vention &#233;tait n&#233;cessaire, il s'agissait de faire respecter la loi internationale, de d&#233;savouer une agression, de garantir la libert&#233; des mers et l'acc&#232;s aux ressources p&#233;troli&#232;res de la mer de Chine et d'emp&#234;cher que l'Asie de l'Est ne passe sous la coupe d'une seule puissance. Pour la Chine, cette intervention, totalement inacceptable, &#233;tait caract&#233;ristique de l'arrogance de l'&#201;tat occidental dominant, qui cherchait &#224; l'humilier, &#224; l'intimider, &#224; soulever des mouvements d'op&#173;position dans sa propre zone d'influence et &#224; lui d&#233;nier tout r&#244;le sp&#233;cifique dans les affaires du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, pour &#233;viter une guerre majeure entre civili&#173;sations, il est n&#233;cessaire que les &#201;tats phares s'abstiennent d'intervenir dans des conflits survenant dans des civilisa&#173;tions autres que la leur. C'est une &#233;vidence que certains &#201;tats, particuli&#232;rement les &#201;tats-Unis, vont avoir, sans aucun doute, du mal &#224; admettre. Cette r&#232;gle de l'abstention, en vertu de laquelle les &#201;tats phares doivent s'abstenir de toute participation &#224; des conflits concernant d'autres civili&#173;sations, est la condition premi&#232;re de la paix dans un monde multipolaire et multicivilisationnel. La m&#233;diation concert&#233;e est la seconde condition de la paix : elle suppose que les &#201;tats phares s'entendent pour contenir ou stopper des conflits frontaliers entre des &#201;tats ou des groupes, rele&#173;vant de leur propre sph&#232;re de civilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'Occident et pour les civilisations tent&#233;es de le sup&#173;planter, l'acceptation de ces r&#232;gles et d'une plus grande &#233;galit&#233; entre les civilisations ne sera pas facile. Dans un tel monde, les &#201;tats phares peuvent estimer, par exemple, que la possession d'armes nucl&#233;aires est une pr&#233;rogative qui leur est r&#233;serv&#233;e et refuser que d'autres repr&#233;sentants de leur propre civilisation ne se dotent de ce type d'armement. Zulfikar Ali Bhutto a justifi&#233; en ces termes les efforts accomplis pour d&#233;velopper un &#171; v&#233;ritable potentiel nucl&#233;aire &#187; : &#171; &lt;i&gt; Nous savons qu'Isra&#235;l et l'Afrique du Sud disposent de l'arme atomique. Les civilisations chr&#233;tienne, juive et hindoue en disposent. Seule la civilisation islami&#173;que en &#233;tait d&#233;pourvue, mais il fallait que cela change &lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Z.A. Butto, If I am assassinated, New Delhi, Vikas Publishing House, 1979, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La lutte pour l'h&#233;g&#233;monie au sein des civilisations o&#249; la domination n'est pas exerc&#233;e par un seul &#201;tat peut &#233;gale&#173;ment activer la comp&#233;tition pour l'arme nucl&#233;aire. L'Iran, bien qu'il entretienne des relations d'&#233;troite coop&#233;ration avec le Pakistan, est persuad&#233; qu'il lui faut, tout autant que le Pakistan, disposer de l'arme nucl&#233;aire. Le Br&#233;sil et l'Argentine ont, quant &#224; eux, abandonn&#233; leur programme nucl&#233;aire, et l'Afrique du Sud ne dispose plus d'aucun potentiel nucl&#233;aire, mais elle pourrait &#234;tre appel&#233;e &#224; s'en doter de nouveau si le Nigeria entreprenait de d&#233;velopper ce type d'armement. Tant que la prolif&#233;ration nucl&#233;aire constitue un risque &#233;vident, comme l'a soulign&#233;, entres autres, Scott Sagan, un monde dans lequel un ou deux &#201;tats majeurs, appartenant chacun &#224; une civilisation diff&#233;&#173;rente et importante, disposent de l'arme nucl&#233;aire alors que les autres &#233;tats en sont d&#233;pourvus ne pourra pas &#234;tre un monde stable.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb15-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;d'abord sous forme d'article en 1993 dans le &lt;i&gt;Foreign Affairs&lt;/i&gt;, puis le livre &#171; The Clash of Civilisations and the Remaking of World Order &#187; en 1996, traduit et paru en France en mai 1997&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. Jean-Claude Mich&#233;a, &lt;a href=&#034;https://lesamisdebartleby.wordpress.com/2017/03/08/jean-claude-michea-preface-aux-scenes-de-la-vie-intellectuelle-en-france/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;pr&#233;face aux &#171; Sc&#232;nes de la vie intellectuelle en France &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ainsi, un exemple entre mille, un Miguel Chueca, qu'on a connu mieux inspir&#233;, affirmant sans ciller que la religion n'a pas plus d'influence sur les comportements humains que la couleur des yeux... cf. &#171; Une mystification id&#233;ologique : le Choc des civilisations. Critiques des th&#232;ses de Samuel Hungtington &#187;, Bochure syndicaliste n&#176; 9, &#233;d. CNT-RP, 2002&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?270-faut-il-confondre-choc-et-conflit' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Faut-il confondre &#171; choc &#187; et &#171; conflit &#187; de civilisations ?&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;Defense Planning Guidance for the Fiscal Years 1994-1999&lt;/i&gt; &#187;, 18 f&#233;vrier 1992 ; &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt;, 8 mars 1992, p.14.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Z.A. Butto, &lt;i&gt;If I am assassinated&lt;/i&gt;, New Delhi, Vikas Publishing House, 1979, p. 137-138, cit&#233; &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Louis Delvoie, &#171; The islamization of Pakistan's Foreign Policy &#187;, &lt;i&gt;International Journal&lt;/i&gt;, 51, hiver 1995-1996, 133.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le parall&#233;lisme Europe moderne-Gr&#232;ce antique </title>
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		<dc:date>2017-03-07T16:27:51Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Cr&#233;ation sociale-historique</dc:subject>
		<dc:subject>Antiquit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
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		<dc:subject>Cosandey D.</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Passage du livre de David Cosandey &#171; Le secret de l'Occident. Vers une th&#233;orie g&#233;n&#233;rale du progr&#232;s scientifique &#187; [1997], &#233;d. Flammarion, 2008, pp. 725-738. Le parall&#233;lisme Europe moderne-Gr&#232;ce antique L'histoire de l'Europe occidentale au IIe mill&#233;naire n'est pas sans &#233;voquer celle de la Gr&#232;ce au Ier mill&#233;naire avant notre &#232;re. Les analogies, nombreuses, ne doivent rien au hasard. Une dynamique commune est &#224; l'&#339;uvre derri&#232;re les deux &#171; miracles &#187; scientifiques de l'Histoire. Tous deux (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-dynamiques-geopolitiques-" rel="directory"&gt;Dynamiques G&#233;opolitiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-221-empire-+" rel="tag"&gt;Empire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-225-cosandey-d-+" rel="tag"&gt;Cosandey D.&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Passage du livre de David Cosandey &#171; Le secret de l'Occident. Vers une th&#233;orie g&#233;n&#233;rale du progr&#232;s scientifique &#187; [1997], &#233;d. Flammarion, 2008, pp. 725-738.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le parall&#233;lisme Europe moderne-Gr&#232;ce antique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de l'Europe occidentale au IIe mill&#233;naire n'est pas sans &#233;voquer celle de la Gr&#232;ce au Ier mill&#233;naire avant notre &#232;re. Les analogies, nombreuses, ne doivent rien au hasard. Une dynamique commune est &#224; l'&#339;uvre derri&#232;re les deux &#171; miracles &#187; scientifiques de l'Histoire. Tous deux sont n&#233;s d'une thalassographie articul&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Notion de l'auteur qui d&#233;signe un profil c&#244;tier favorisant la constitution (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tous deux sont issus d'un support g&#233;ographique arborescent, caract&#233;ris&#233; par une dimension fractale &#233;lev&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Parall&#233;lisme d&#233;j&#224; identifi&#233; par David Hume en 1742, comme nous l'avons (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but, la Gr&#232;ce antique et l'Europe moderne ont toutes deux subi une vague d'invasions destructrices, s'&#233;tendant respectivement de -1200 &#224; -1000 et de +500 &#224; +1000. Dans les deux cas, les d&#233;ferlements sont arriv&#233;s par le &#171; tronc &#187; de l'arborescence, c'est-&#224;-dire par les Balkans pour la Gr&#232;ce et par les plaines russes pour l'Europe. Ce &#171; tronc &#187; est le point faible de toute arborescence. C'est le seul lieu ouvert aux envahisseurs, sans d&#233;fense naturelle ; les &#171; branches &#187; &#233;tant prot&#233;g&#233;es sur les autres c&#244;t&#233;s par les mers.&lt;br class='manualbr' /&gt;Pendant ces invasions, la Gr&#232;ce aussi bien que l'Europe occidentale ont pu pr&#233;server le flambeau de leur civilisation gr&#226;ce aux &#238;les, r&#233;gions sp&#233;cialement prot&#233;g&#233;es, qu' offrait leur thalassographie articul&#233;e. Les &#238;les de la mer &#201;g&#233;e, de m&#234;me que l'Irlande et l'Islande, ont servi de d&#233;positaires du savoir durant t la p&#233;riode troubl&#233;e, pour devenir des centres de rediffusion de la culture une fois le calme revenu. Autre similitude : pendant la p&#233;riode des troubles, Grecs et Europ&#233;ens se sont vus surclass&#233;s dans le commerce maritime par des concurrents venus de l'autre c&#244;t&#233; de la mer. Entre -1200 et -800, pendant l'&#233;clipse de la Gr&#232;ce, ce sont les Ph&#233;niciens qui ont domin&#233; le commerce dans toute la M&#233;diterran&#233;e. De la m&#234;me fa&#231;on, ce sont les Arabes qui s'imposent sur les eaux, de + 600 &#224; + 1000, face &#224; une Europe chr&#233;tienne gravement affaiblie. Cependant, souffrant d'une thalassographie peu articul&#233;e, qui freinait leur dynamisme commercial et les condamnait &#224; l'unit&#233; politique ou &#224; la division instable, ces peuples n'avaient gu&#232;re de chances &#224; long terme face aux r&#233;gions arborescentes. Ph&#233;niciens et Arabes succomberont aux premi&#232;res contre-offensives grecques et europ&#233;ennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant une deuxi&#232;me phase, qu'on peut situer entre -1000 et -600 pour la Gr&#232;ce et entre + 1000 et + 1500 pour l'Europe (dates forc&#233;ment approximatives), les deux civilisations ont connu ce qu'on pourrait appeler une phase de gestation. La formule magique se met lentement en place. Le syst&#232;me d'&#201;tats stable se consolide, l'&#233;conomie commence son expansion. La dimension fractale &#233;lev&#233;e des deux r&#233;gions, chacune &#224; son &#233;chelle, sous-tendait ces &#233;volutions favorables. Pendant ces p&#233;riodes de maturation, les techniques font des progr&#232;s et la vie de l'esprit rena&#238;t. Des penseurs exceptionnels apparaissent, comme Thal&#232;s de Milet ou Nicolas Oresme. En Gr&#232;ce comme en Occident, l'&#233;veil intellectuel a lieu dans des &#233;coles priv&#233;es, apparues spontan&#233;ment, hors de tout cadre &#233;tatique, &#224; la faveur de la richesse et de la division stable. Le soutien des gouvernements n'arrive que plus tard, lorsque la science a d&#233;j&#224; atteint une certaine maturit&#233; et un certain prestige. &lt;br class='manualbr' /&gt;Pendant cette &#233;poque de gestation, les deux civilisations empruntent aux civilisations voisines. La Gr&#232;ce s'inspire de la g&#233;om&#233;trie, de l'arithm&#233;tique et de l'astronomie des &#201;gyptiens, des Babyloniens et des Ph&#233;niciens (la g&#233;om&#233;trie &#233;gyptienne de Thal&#232;s, l'alphabet grec, d&#233;riv&#233; du ph&#233;nicien, etc.). L'Europe m&#233;di&#233;vale reprend aux Arabes leurs r&#233;sultats en math&#233;matiques et m&#233;decine, aux Indiens, indirectement, leur num&#233;ration positionnelle, leur alg&#232;bre et leur trigonom&#233;trie, aux Chinois le papier, la poudre, la boussole. Les petites mers finement cisel&#233;es et &#233;maill&#233;es d'&#238;les que la thalassographie met &#224; leur disposition permettent aux Hell&#232;nes comme aux Occidentaux de faire leurs premi&#232;res sorties en mer, en pr&#233;lude aux grandes exp&#233;ditions dans la M&#233;diterran&#233;e lointaine et sur tous les oc&#233;ans du globe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me phase commune &#224; la Gr&#232;ce antique et &#224; l'Europe moderne est celle d'un &#233;panouissement intense &#8211; &#233;conomique et politique &#8211;, pendant lequel se produit le &#171; miracle &#187; scientifique et technique proprement dit. Cet apog&#233;e s'&#233;tend, grosso modo, de -600 &#224; -350 pour la Gr&#232;ce et ; de + 1500 &#224; + 1900 pour l'Europe &#8211; ces limites &#233;tant en grande partie arbitraires puisqu'il n'y a pas de d&#233;but ni de fin pr&#233;cis dans les processus historiques. La formule magique est au sommet de son efficacit&#233;. Le commerce, l'artisanat et l'industrie sont plus actifs et prosp&#232;res que jamais. La r&#233;gion privil&#233;gi&#233;e par la thalassographie (le sud de la Gr&#232;ce, l'ouest de l'Europe) est fragment&#233;e en des &#201;tats durables, unis par une culture commune et oppos&#233;s par une rivalit&#233; intense et des guerres fr&#233;quentes. Les sciences et les techniques accomplissent des progr&#232;s remarquables. &lt;br class='manualbr' /&gt;Dans les deux cas, une relation centre-p&#233;riph&#233;rie s'esquisse entre la r&#233;gion arborescente centrale et le reste du monde &#8211; respectivement, entre la Gr&#232;ce et le bassin m&#233;diterran&#233;en, entre l'Europe et les autres continents. Le monde grec produit les amphores, les armes, les bateaux les plus performants. Il les &#233;coule dans toute la M&#233;diterran&#233;e, et m&#234;me au-del&#224;. L'Europe occidentale fabrique les textiles, les horloges, les armes &#224; feu les plus perfectionn&#233;s de la plan&#232;te, qui lui permettent peu &#224; peu de dominer &#233;conomiquement les autres continents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis survient la quatri&#232;me phase commune : l' autodestruction de la formule magique. Les moyens techniques deviennent trop puissants par rapport au support g&#233;ographique. La r&#233;gion arborescente devient trop petite pour h&#233;berger plusieurs grandes puissances rivales. Les &#201;tats n'ont plus assez de place ni de revenus pour la guerre moderne. Le syst&#232;me d'&#201;tats s'effondre, et, avec lui, la &#171; machine &#224; progr&#232;s scientifique &#187;. Cette rupture survient entre -350 et -320 pour la Gr&#232;ce m&#233;ridionale, et entre + 1900 et + 1950 pour l'Europe occidentale. &lt;br class='manualbr' /&gt;Mais la m&#233;tropole a essaim&#233; au loin. Grecs et Europ&#233;ens ont colonis&#233; des r&#233;gions plus vastes que leur territoire d'origine (Asie mineure, Syrie, M&#233;sopotamie, &#201;gypte pour les premiers, Am&#233;rique du Nord, Am&#233;rique du Sud, Asie du Nord, Oc&#233;anie pour les seconds). Par leur taille, les territoires colonis&#233;s sont plus adapt&#233;s aux besoins nouveaux de la guerre. Des &#201;tats s'y forment, qui constituent un nouveau syst&#232;me d'&#201;tats &#224; plus grande &#233;chelle, capable de poursuivre la course au progr&#232;s technologique. Les &#233;poques hell&#233;nique et europ&#233;enne se terminent, les &#233;poques hell&#233;nistique et n&#233;o-europ&#233;enne commencent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, il se trouve que ni la Gr&#232;ce m&#233;ridionale, ni l'Europe occidentale n'ont dans leur voisinage imm&#233;diat de r&#233;gion plus grande convenablement articul&#233;e. En cons&#233;quence, le nouveau syst&#232;me d'&#201;tats souffre dans les deux cas d'une mauvaise thalassographie. La faible interp&#233;n&#233;tration terre-mer des nouveaux territoires ralentit les &#233;changes commerciaux et affaiblit les fronti&#232;res. De plus, le nouveau syst&#232;me ne se fonde plus que sur deux partenaires. Le monde hell&#233;nistique se d&#233;finit essentiellement par le couple empire lagide/empire s&#233;leucide, le monde n&#233;o-europ&#233;en par le couple &#201;tats-Unis/Union sovi&#233;tique. Apr&#232;s une phase d'essor, brillante mais courte, ils p&#233;riclitent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hasard g&#233;ographique ou n&#233;cessit&#233; historique, les deux couples d'empires qui prolongent les cultures grecque et europ&#233;enne se ressemblent. Le royaume lagide d'Afrique correspond assez bien aux &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique, et le royaume s&#233;leucide d'Asie &#224; l'Union sovi&#233;tique. En effet, l'empire lagide dispose avec l'&#201;gypte d'une base territoriale puissante et ouverte sur la mer. Les fertiles campagnes &#233;gyptiennes produisent du grain en abondance. Le Nil ouvre largement le royaume &#224; la mer grecque par excellence, la M&#233;diterran&#233;e. L'&#201;gypte devient le grenier &#224; bl&#233; du monde grec. Avec ses immenses flottes marchande et militaire, elle s'impose sans peine comme la premi&#232;re puissance navale de son temps. De l&#226; m&#234;me fa&#231;on, les &#201;tats-Unis jouissent d'une ouverture b&#233;ante sur l'oc&#233;an Atlantique, la mer europ&#233;enne par excellence. La grande plaine nord-am&#233;ricaine fournit des r&#233;coltes pratiquement illimit&#233;es, que le Mississippi et ses affluents, ainsi que les Grands Lacs et le Saint-Laurent relient &#224; l'Atlantique. Gr&#226;ce &#224; leur production massive, les &#201;tats-Unis deviennent le r&#233;servoir &#224; c&#233;r&#233;ales du monde. Leur puissante flotte patrouille sans rivale sur tous les oc&#233;ans. Les deux m&#233;tropoles urbaines se ressemblent &#224; travers les si&#232;cles. Alexandrie est la cit&#233; la plus peupl&#233;e du me si&#232;cle, New York est la plus grande ville du globe entre 1950 et 1970. Alexandrie voit transiter les colons grecs s'installant en &#201;gypte, New York est la porte d'entr&#233;e des Europ&#233;ens d&#233;barquant en Am&#233;rique. Les voyageurs sont accueillis de la m&#234;me fa&#231;on dans le port par un monument g&#233;ant : le Phare dans l'une, la statue de la Libert&#233; dans l'autre. La capitale de l'empire lagide abrite la plus grande biblioth&#232;que du monde, comme la capitale de l'empire am&#233;ricain, Washington-New York poss&#233;dant la deuxi&#232;me : ce sont respectivement la Biblioth&#232;que du Congr&#232;s (&lt;i&gt;Library of Congress&lt;/i&gt;) et la Biblioth&#232;que publique de New York (&lt;i&gt;New York Public Library&lt;/i&gt;). Alexandrie est le foyer de la culture &#171; mondiale &#187;, o&#249; se rencontrent tous les peuples, tous les savoirs, toutes les croyances, New York, de m&#234;me. Les deux cit&#233;s exercent la m&#234;me fascination sur les esprits jusqu'aux confins de leur univers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'oppos&#233; de ces deux &#201;tats b&#233;nis par la thalassographie, l'empire s&#233;leucide et l'Union sovi&#233;tique sont enclav&#233;s. La courte fa&#231;ade du premier, sur la M&#233;diterran&#233;e &#8211; Syrie du Nord 1 : et Cilicie &#8211;, ne comprend qu'un tout petit fleuve, l'Oronte, incapable d'irriguer en profondeur ses &#201;tats. Et elle lui est disput&#233;e par le rival lagide. L'arri&#232;re-pays, les immensit&#233;s de l'Asie mineure, de la Perse, de l'Asie centrale, reste d&#233;sesp&#233;r&#233;ment &#224; l'&#233;cart de l'air marin. L'empire englobe bien la riche et prosp&#232;re M&#233;sopotamie, mais les deux fleuves de cette r&#233;gion se jettent dans le golfe Persique, sans contact avec la mer grecque. De fa&#231;on similaire, l'Union sovi&#233;tique est emprisonn&#233;e au sud par les terres et les d&#233;troits, au nord par la banquise neuf mois sur douze. L'empire russe est enferm&#233; de toutes parts dans les terres. Les deux &#233;conomies en souffrent. Les deux empires terriens demeurent pour une bonne part des &#201;tats agraires et arri&#233;r&#233;s. Ce sont surtout l'&#201;gypte grecque et l'Am&#233;rique du Nord europ&#233;enne qui alimentent le progr&#232;s scientifique et technique &#224; leurs &#233;poques respectives. Les adversaires s&#233;leucide et sovi&#233;tique ne font que suivre avec peine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais revenons &#224; l'&#233;volution du nouveau syst&#232;me d'&#201;tats. Au cours d'une premi&#232;re phase, les jeunes empires hell&#233;nistiques et n&#233;o-europ&#233;ens poursuivent avec succ&#232;s l'escalade technologique des si&#232;cles pr&#233;c&#233;dents. L'essor donne lieu aux plus grandioses r&#233;alisations qu'on puisse attribuer aux civilisations grecque et europ&#233;enne. Les porte-avions nucl&#233;aires g&#233;ants font &#233;cho aux super-gal&#232;res &#224; trente rang&#233;es de rameurs ; l'Empire State Building et le Golden Gate Bridge renvoient &#224; l'Heptastade et au Colosse... Il y a une ressemblance, au moins formelle, entre l'exp&#233;dition de Pyth&#233;as vers l'Islande et la mer Baltique, et les voyages Apollo vers la Lune. Ces deux aventures marquent un apog&#233;e, et toutes deux restent sans lendemain. Ni les Grecs ni les Europ&#233;ens ne r&#233;ussissent finalement &#224; &#233;chapper &#224; leur cadre g&#233;ographique fondamental, respectivement le bassin m&#233;diterran&#233;en et la plan&#232;te Terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re phase d'expansion franche et triomphale se situe entre -320 et -250 pour l'&#233;poque hell&#233;nistique, et entre 1950 et 1970 pour l'&#233;poque n&#233;o-europ&#233;enne. Tout augmente rapidement, la population, l'&#233;conomie, les sciences et les techniques. Suit une phase de plafonnement entre -250 et -200 et entre 1970 et 1990 respectivement, durant laquelle un tassement se produit. Les populations stagnent, l'enrichissement ralentit, les progr&#232;s scientifico-techniques se font moins spectaculaires. Aux handicaps thalassographiques qui affaiblissent de fa&#231;on permanente l'une des deux grandes puissances et, donc, le dip&#244;le tout entier, s'ajoute &#224; partir de cette &#233;poque charni&#232;re l'an&#233;mie d&#233;mographique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les nouveaux empires comme dans la r&#233;gion centrale originelle, Grecs et Europ&#233;ens ne se multiplient plus. Les campagnes hell&#233;nistiques se d&#233;peuplent, on ne fonde plus de cit&#233;s nouvelles en Orient. Le flux de colons europ&#233;ens vers l'Am&#233;rique du Nord et la Sib&#233;rie se tarit. Les &#201;tats-Unis restent sous-peupl&#233;s, ils perdent de leur dynamisme ; dans l'est sovi&#233;tique, il n'y a plus assez de Russes, de Bi&#233;lorusses et d'Ukrainiens pour concr&#233;tiser les plans d'expansion industrielle du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'historien grec Polybe (vers 200-120) a des mots saisisants pour d&#233;crire cet &#233;croulement d&#233;mographique du monde grec. Son texte dresse un parall&#232;le avec le monde n&#233;o-europ&#233;en de la fin du XXe si&#232;cle :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; De nos jours, dans la Gr&#232;ce enti&#232;re, la natalit&#233; est tomb&#233;e &#224; un niveau tr&#232;s bas et la population a beaucoup diminu&#233;, en sorte que les villes se sont vid&#233;es et que les terres restent en friche, bien qu'il n'y ait pas eu de longues guerres ni d'&#233;pid&#233;mies. [ ... ] Les gens de ce pays ont c&#233;d&#233; &#224; la vanit&#233; et &#224; l'amour des biens mat&#233;riels ; ils ont pris go&#251;t &#224; la vie facile et ils ne veulent plus se marier ou, quand ils le font, ils refusent de garder les enfants qui leur naissent ou n'en &#233;l&#232;vent tout au plus qu'un ou deux, afin de pouvoir les g&#226;ter durant leur jeune &#226;ge et de leur laisser ensuite une fortune importante. Voil&#224; pourquoi le mal s'est, sans qu'on s'en f&#251;t rendu compte, rapidement d&#233;velopp&#233;. En effet, quand il n'y a qu'un ou deux enfants, il suffit que la guerre en enl&#232;ve un et la maladie un autre, pour que les foyers, in&#233;vitablement, se vident. Alors, tout comme les essaims d'abeilles, les cit&#233;s, elles aussi, se vident de leur substance et s'&#233;tiolent peu &#224; peu &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par P. Cabanes, Le Monde hell&#233;nistique, Seuil, Paris, 1995, p. 93-94.&#034; id=&#034;nh16-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s -200 et 1990, le d&#233;clin s'instaure inexorablement. La d&#233;c&#233;l&#233;ration &#233;conomique et l'amollissement politique entra&#238;nent, m&#233;caniquement, la d&#233;liquescence des sciences. La structure professionnelle savante se d&#233;grade sensiblement. Dans le mus&#233;e d'Alexandrie comme dans les grands laboratoires am&#233;ricains et russes, les scientifiques ont le choix entre accepter des conditions de plus en plus mauvaises ou partir. Le d&#233;clin des sciences exactes s'accompagne de la mont&#233;e des superstitions et des sectes magiques en tous genres. Aux &#201;tats-Unis comme en URSS, on observe un renouveau des croyances occultes et un discr&#233;dit de la science, dont se plaignent les savants des deux empires. Aux &#201;tats-Unis, les &#171; cr&#233;ationnistes &#187; (groupes chr&#233;tiens s'opposant &#224; la th&#233;orie de l'&#233;volution), r&#233;duits au silence dans les ann&#233;es 1950 et 60, jouissent d'un regain de popularit&#233; dans les ann&#233;es 70. Ils imposent leur point de vue dans plusieurs &#201;tats (Arkansas, Louisiane) au cours des ann&#233;es 80&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Literal Interpretations &#187;, Nature, volume 360, 17 d&#233;cembre 1992. p. 637-638.&#034; id=&#034;nh16-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Au d&#233;but des ann&#233;es 90, de nombreux enseignants apeur&#233;s n'osent plus &#233;voquer l' &#233;volution des esp&#232;ces dans leurs cours au Tennessee, en Ohio, en Alabama, en Louisiane&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Creationists Evolve New Strategy &#187;, Science, 26 juillet 1996, p. 420-422.&#034; id=&#034;nh16-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans le sud des &#201;tats-Unis, plus pauvre encore, de vastes r&#233;unions religieuses jettent publiquement aux orties la pens&#233;e rationnelle. L'astrologie, la num&#233;rologie, la chiromancie, le &#171; soucoupisme &#187;, le christianisme &#233;motionnel et le &lt;i&gt;New Age&lt;/i&gt; en g&#233;n&#233;ral gagnent beaucoup d'adeptes. En Russie, les citoyens d&#233;sillusionn&#233;s et mis&#233;reux croient plus aux vibrations cosmiques et aux soucoupes volantes qu'aux enseignements scientifiques. La science a perdu une grande partie de son prestige. Des mages exercent leurs talents &#224; la t&#233;l&#233;vision d'&#201;tat. &#192; un sondage leur demandant, en 1991, quelle est l'institution la plus nuisible du pays, les Russes placent en t&#234;te de liste l'Acad&#233;mie des sciences avant le KGB, avant le parti communiste et avant le soviet supr&#234;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Physics Today, mai 1992, p. 25.&#034; id=&#034;nh16-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ! &#201;volution parall&#232;le, li&#233;e au d&#233;clin d&#233;mographique : Alexandrie est &#171; d&#233;shell&#233;nis&#233;e &#187;, au IIe si&#232;cle, par un flot d'&#201;gyptiens, de la m&#234;me mani&#232;re que grandes villes nord-am&#233;ricaines sont &#171; d&#233;seurop&#233;anis&#233;es &#187;, la fin du XXe si&#232;cle, par un afflux de Latina-Am&#233;ricains et d'Asiatiques. Enfin, le recul du royaume s&#233;leucide, au IIe si&#232;cle, devant les Parthes, n'est pas sans rappeler le retraite, &#224; la fin du XXe si&#232;cle, en Asie centrale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lo&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ngueur du segment de r&#233;f&#233;rence et stade technologique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une diff&#233;rence &#233;vidente, mais importante, entre la Gr&#232;ce m&#233;ridionale et l'Europe occidentale, que j'ai pass&#233;e sous silence jusqu'ici : la superficie. L'une est beaucoup plus petite que l'autre. Toutes deux se caract&#233;risent par une thalassographie tr&#232;s articul&#233;e : toutes deux poss&#232;dent une riche interface terre-mer (de nombreux golfes, isthmes, d&#233;troits, &#238;les, presqu'&#238;les, etc.) et b&#233;n&#233;ficient d'un important bassin environnant (la M&#233;diterran&#233;e et l'oc&#233;an mondial), mais &#224; une &#233;chelle diff&#233;rente. La Gr&#232;ce est une Europe en miniature. &lt;br class='manualbr' /&gt;Pour d&#233;finir la dimension fractale d'un littoral, on a vu qu'il fallait choisir une gamme de segments de r&#233;f&#233;rence. Pour la Gr&#232;ce antique, les traits saillants &#171; int&#233;ressants &#187; du profil c&#244;tier se situent entre 10 et 100 km. Les traits du littoral grec, au-del&#224; d'une centaine de kilom&#232;tres, ne comptent gu&#232;re dans le d&#233;roulement des &#233;v&#233;nements. Au-dessous d'un kilom&#232;tre, on entre dans des d&#233;tails locaux sans int&#233;r&#234;t pour l'Histoire. C'est donc dans cette gamme des 10, 20 et 50 km qu'il faudra choisir les segments de mesure des longueurs du littoral, et ensuite &#233;valuer la dimension fractale localis&#233;e. Pour l'Europe moderne, c'est entre 100 et 1.000 km que s'affichent les traits d&#233;cisifs (p&#233;ninsules italienne, ib&#233;rique, danoise, &#238;les britanniques, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce choix se justifie par l'ampleur des moyens militaires respectifs. &#192; l'&#233;poque des armes &#224; feu (canons, fusils), de la fonte et des grands voiliers, les guerres ont besoin de plus d'espace pour se d&#233;ployer qu'&#224; l'&#233;poque des arcs, des &#233;p&#233;es et des tri&#232;res. En progressant, les moyens militaires &#171; r&#233;tr&#233;cissent &#187; les distances et demandent des cadres d'op&#233;rations plus vastes. Voil&#224; pourquoi la deuxi&#232;me formule magique s'est d&#233;velopp&#233;e dans un domaine plus grand que la premi&#232;re. &lt;br class='manualbr' /&gt;Au temps de la Gr&#232;ce classique, les &#201;tats dominants avaient des profondeurs qui se chiffraient en dizaines) de kilom&#232;tres (10, 20, 50 km), et des superficies de l'ordre du carr&#233; de ces valeurs, soit entre 100 et 2.500 km2 : Corinthe s'&#233;tendait sur 880 km2, Argos sur 1.400 km2 et Ath&#232;nes sur 2.550 km2. Cela correspondait aux n&#233;cessit&#233;s des batailles avec &#233;p&#233;es et boucliers. La Gr&#232;ce et le bassin de la mer &#201;g&#233;e poss&#232;dent certainement une dimension fractale tr&#232;s &#233;lev&#233;e dans l' &#233;ventail de segment de 10 &#224; 100 km. Ils offrent une excellente thalassographie pour un syst&#232;me d'&#201;tats de l'Antiquit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la p&#233;riode qui va de la Renaissance&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On pourrait voir une &#233;tape interm&#233;diaire clans le syst&#232;me d'&#201;tats qu'a connu (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#224; la R&#233;volution industrielle, c'est-&#224;-dire &#224; l'&#232;re des fusils et des canons, le segment de r&#233;f&#233;rence &#233;tait la centaine de kilom&#232;tres, soit 100, 200, 500 km. Les principaux &#201;tats-nations europ&#233;ens avaient des &#171; diam&#232;tres &#187; de cet ordre et des superficies proches des carr&#233;s de ces longueurs (entre 10.000 et 250.000 km2). Par exemple, en 1900, l'Angleterre avait une aire de 320.000 km2, la France 500.000 km2 et l'Allemagne 540.000 km&#178;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Apr&#232;s la Seconde Guerre mondiale, &#224; l'&#232;re des blind&#233;s et des avions, la distance de base a cr&#251; au millier de kilom&#232;tres, soit 1.000, 2.000, 5.000 km, et aux aires correspondantes, 1 &#224; 25 millions de km&#178;. Ces chiffres sont proches des superficies des empires nord-am&#233;ricain (19,3 millions de km&#178;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La &#171; vraie &#187; superficie des &#201;tats-Unis est de 9,3 millions de km2. J'ai (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et Sovi&#233;tique (22,4 millions de km&#178;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec les missiles balistiques et les bombes thermonucl&#233;aires, le segment a d&#233;pass&#233; les 10.000 km. C'est la plan&#232;te . enti&#232;re qui est devenue trop petite. Avec des distances typiques de 10.000, 20.000, 50.000 km, les superficies n&#233;cessaires deviennent de l'ordre de 0,1 &#224; 2,5 milliards de km2, alors que le globe terrestre a une superficie totale (terres et mers) de 0,4 milliard de km&#178;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Diff&#233;rences entre l'Europe moderne et la Gr&#232;ce antique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En toute logique, cette similitude Gr&#232;ce-Europe devrait aussi permettre de pr&#233;voir l'avenir, puisqu'on conna&#238;t le destin du monde grec apr&#232;s le IIe si&#232;cle... Mais comparaison n' est pas toujours raison. La sym&#233;trie hell&#233;nisrne-occidentalisme est loin d'&#234;tre parfaite. Par exemple, dans le monde grec, la colonisation outre-mer a commenc&#233; d&#232;s la &#171; gestation &#187;(depuis -800 au moins), alors qu'en Europe, l'expansion lointaine a d&#251; attendre la phase de maturit&#233;, apr&#232;s 1500, avec les Grandes D&#233;couvertes. Autre diff&#233;rence, les royaumes hell&#233;nistiques ont &#233;t&#233; peupl&#233;s &lt;i&gt;apr&#232;s&lt;/i&gt; la chute du syst&#232;me d'&#201;tats de la r&#233;gion arborescente centrale, et apr&#232;s leur cr&#233;ation, tandis que les grands &#201;tats n&#233;o-europ&#233;ens ont &#233;t&#233; colonis&#233;s &lt;i&gt;avant&lt;/i&gt; la fin de la formule magique m&#233;tropolitaine et en partie avant leur cr&#233;ation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre diff&#233;rence : lorsque le support arborescent est devenu trop petit, la Gr&#232;ce a sombr&#233; dans l'unit&#233;, au moins temporairement, sous la botte mac&#233;donienne (la Mac&#233;doine repr&#233;sente le &#171; tronc &#187; de l'arborescence g&#233;ographique), les Lagides n'intervenant que par la suite, au IIe si&#232;cle, pour &#171; d&#233;fendre &#187; la Gr&#232;ce continentale. Tandis que l'Europe occidentale a &#233;chapp&#233; d&#232;s le d&#233;but &#224; l'unification par la Russie, &#171; tronc &#187; de l'arborescence europ&#233;enne, gr&#226;ce &#224; l'intervention imm&#233;diate des &#201;tats-Unis, d&#232;s 1945, intervention contin&#251;ment poursuivie pendant toute l'&#233;poque n&#233;o-europ&#233;enne. &lt;br class='manualbr' /&gt;Lorsque la Mac&#233;doine et l'&#201;gypte lagide ont retir&#233; leurs troupes de Gr&#232;ce, au si&#232;cle suivant, celle-ci s'est &#233;puis&#233;e dans les luttes intestines et les guerres fratricides. Elle s'est d&#233;vast&#233;e elle-m&#234;me. Ce sort a, pour l'instant, &#233;t&#233; &#233;pargn&#233; &#224; l'Europe, &#233;vacu&#233;e par les bataillons russes et, partiellement, am&#233;ricains ; les forces &#233;tats-uniennes restantes sont parvenues &#224; mettre fin aux conflits anarchiques en ex-Yougoslavie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, alors que les &#201;tats hell&#233;nistiques &#233;taient assez vastes relativement aux besoins de la technologie militaire de leur &#233;poque (catapultes &#224; torsion, pent&#232;res), les super-&#201;tats n&#233;o-europ&#233;ens sont rapidement devenus trop petits pour se permettre des guerres modernes totales, &#224; cause de l'armement atomique et des ICBM. Pour supporter une guerre au plein sens du terme, avec des bombes A et H, il aurait fallu des cit&#233;s s'&#233;tendant sur des milliers de kilom&#232;tres ; chaque maison &#233;tant s&#233;par&#233;e de sa voisine par une dizaine de kilom&#232;tres... New York aurait d&#251; occuper la surface enti&#232;re des &#201;tats-Unis ! C'est pourquoi la rivalit&#233; militaire de 1950-1970 fut un affrontement immobile, abstrait, une &#171; guerre froide &#187; &#8211; bien &#233;loign&#233; des conflits hell&#233;nistiques. &lt;br class='manualbr' /&gt;Lorsque leur pourrissement fut suffisamment avanc&#233;, les grands &#201;tats hell&#233;nistiques furent absorb&#233;s par un grand empire centralisateur, Rome, qui &#233;touffa toute avance scientifique et tout progr&#232;s technique. Ce sc&#233;nario va-t-il se reproduire, au XXIe si&#232;cle, avec le naufrage des &#201;tats-Unis et de la Russie ? Cela para&#238;t peu probable. Il faudrait pour cela u n &#201;tat militairement et d&#233;mographiquement pr&#233;dominant (vers -200, les Romains &#233;crasaient de leurs sept millions d'habitants les trois millions de Grecs, et ils s'imposaient par la victoire sur Carthage). Au d&#233;but du XXIe si&#232;cle, on ne toit pas quel &#201;tat pourrait jouer ce r&#244;le. Les &#201;tats-Unis exercent une certaine h&#233;g&#233;monie militaire, mais leur puissance va diminuant. Ils ont bien pu intervenir contre une puissance mineure, l'Irak, pour lib&#233;rer un alli&#233; agress&#233;, le Kowe&#239;t (f&#233;vrier 1991), ou pour envahir le pays entier (mars-avril 2003), mais ils ne pourraient gu&#232;re tenter une action muscl&#233;e contre une puissance v&#233;ritable &#8211; la Chine, l'Inde, l'Indon&#233;sie, la Russie ou m&#234;me le Pakistan. Qui plus est, les &#201;tats-Unis sont un &#201;tat n&#233;o-europ&#233;en (Rome n'&#233;tait pas un &#233;tatt hell&#233;nistique) et ils n'ont pas l'avantage num&#233;rique. Leur population de trois cents millions d'habitants leur conf&#232;re bien peu de poids face &#224; l'Eurasie (quatre milliards).&lt;br class='manualbr' /&gt;Le Japon s'est inspir&#233;, dans des proportions importantes, de l'Occident, comme les Romains de la Gr&#232;ce, mais il n'a qu'une faible population de cent vingt-sept millions d'habitants. Dix fois plus peupl&#233;e, la Chine aurait bien le poids d&#233; &#187;mographique n&#233;cessaire avec son 1,2 milliard, mais elle est !loin d'&#234;tre une puissance militairement pr&#233;pond&#233;rance dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais surtout &#8211; et c'est ici qu'intervient la derni&#232;re et capitale diff&#233;rence encre les deux formules magiques, celle de l'&#233;poque antique et celle de l'&#233;poque moderne &#8211; les sch&#233;mas belliqueux ne s'appliquent plus gu&#232;re. Les bombes thermonucl&#233;aires emp&#234;chent tout conflit ouvert entre grandes puissances. La grande guerre maximale, la guerre d'&#201;tat &#224; &#201;tat, est morte. Nous vivons &#224; l'&#232;re de la paix nucl&#233;aire. Un sc&#233;nario d'&#201;tat universel &#224; la romaine, un empire conqu&#233;rant peu &#224; peu tous les autres par la force, semble d&#233;sormais exclu. &lt;br class='manualbr' /&gt;La logique pure de la puissance aurait voulu que les &#201;tats-Unis unifient politiquement la plan&#232;te d&#232;s 1945, lorsqu'ils eurent fabriqu&#233; la premi&#232;re bombe atomique. Mais, sur le court terme, les cultures politiques, les types de gouvernement, les personnalit&#233;s des dirigeants comptent plus que la simple logique de puissance. Les &#201;tats-Unis &#233;taient un pays d&#233;mocratique, &#233;pris de libert&#233; et soucieux du droit des peuples. Ils n'ont pas voulu profiter de leur invincibilit&#233; pour conqu&#233;rir le monde. Profitant de ce sursis, d'autres &#201;tats se sont &#233;quip&#233;s de bombes atomiques. L'Union sovi&#233;tique (1949), la Grande-Bretagne (1951), la France (1960), la Chine (1964), Isra&#235;l (1965), l'Inde (1974) et le Pakistan (1998). &#201;videmment, si la Russie stalinienne ou l'Allemagne hitl&#233;rienne avaient eu la primeur de l'arme nucl&#233;aire, la plan&#232;te e&#251;t sans doute &#233;t&#233; rapidement et brutalement unifi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sultat, nous vivons pour la premi&#232;re fois dans un monde o&#249; la taille des plus grands &#201;tats reste en de&#231;&#224; de ce que permettrait la technologie militaire. Le d&#233;coupage politique du globe demeure celui de l'&#232;re pr&#233;-atomique, alors que les avanc&#233;es techniques auraient pu conduire &#224; une unification politique mondiale. Le rapprochement entre les parties de la Terre se fait au niveau &#233;conomique seulement &#8211; une &#233;conomie plan&#233;taire unique tend &#224; se former, dans ce qu'on appelle la &#171; mondialisation &#187; &#8211; tandis que, les fronti&#232;res &#233;tant d&#233;sormais gel&#233;es par la paix nucl&#233;aire, aucun &#201;tat mondial ne se forme. Cette situation in&#233;dite est cependant pr&#233;f&#233;rable, du point de vue du progr&#232;s scientifique, comme nous allons le voir en d&#233;tail au chapitre suivant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb16-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Notion de l'auteur qui d&#233;signe un profil c&#244;tier favorisant la constitution et le d&#233;veloppement technique de plusieurs entit&#233;s politiques stables et en rivalit&#233;, facteurs d'avanc&#233;es civilisationnelles (Note de LC)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Parall&#233;lisme d&#233;j&#224; identifi&#233; par David Hume en 1742, comme nous l'avons relev&#233; au chapitre 6.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cit&#233; par P. Cabanes, &lt;i&gt;Le Monde hell&#233;nistique&lt;/i&gt;, Seuil, Paris, 1995, p. 93-94.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Literal Interpretations &#187;, &lt;i&gt;Nature&lt;/i&gt;, volume 360, 17 d&#233;cembre 1992. p. 637-638.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Creationists Evolve New Strategy &#187;, &lt;i&gt;Science&lt;/i&gt;, 26 juillet 1996, p. 420-422.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Physics Today&lt;/i&gt;, mai 1992, p. 25.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On pourrait voir une &#233;tape interm&#233;diaire clans le syst&#232;me d'&#201;tats qu'a connu l'Italie aux XIVe et XVe si&#232;cles, dont les principaux protagonistes avaient des superficies de l'ordre de la dizaine de milliers de kilom&#232;tres carr&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La &#171; vraie &#187; superficie des &#201;tats-Unis est de 9,3 millions de km2. J'ai ajout&#233; le Canada parce que, d'un point de vue militaire, ce pays faisait partie du domaine des &#201;tats-Unis. Les Am&#233;ricains entretenaient sur le sol canadien de nombreuses bases a&#233;riennes ainsi que des stations-radars jusque clans le Grand Nord. Ces zones agrandissaient la profondeur de champ des &#201;tats-Unis sans &#234;tre plus peupl&#233;es que la ta&#239;ga et la toundra tusses.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Br&#232;ve histoire des empires : Et l'Europe ? (2/2) </title>
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&lt;p&gt;Voir la premi&#232;re partie (.../...) Urbanisation, scolarisation, vieillissement L'&#201;tat cr&#233;&#233; la ville, affirme Ibn Khald&#251;n, et, pour l'essentiel, l'histoire des empires lui donne raison. Mais depuis doux si&#232;cles &#224; l'inverse, l'&#233;conomie moderne, en concentrant une part toujours croissante des populations dans les villes, et d'abord dans les capitales, a largement favoris&#233; la s&#233;dentarisation, c'est-&#224;-dire le contr&#244;le que l'&#201;tat exerce sur ses citoyens. C'est entre 2005 et 2010, semble-t-il, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-dynamiques-geopolitiques-" rel="directory"&gt;Dynamiques G&#233;opolitiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-61-antiquite-+" rel="tag"&gt;Antiquit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-79-religion-+" rel="tag"&gt;Religion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-122-guerre-+" rel="tag"&gt;Guerre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-131-oligarchie-+" rel="tag"&gt;Oligarchie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-195-martinez-gros-g-+" rel="tag"&gt;Martinez-Gros G.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-219-demographie-+" rel="tag"&gt;D&#233;mographie&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?804-breve-histoire-des-empires-et-l' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Voir la premi&#232;re partie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Urbanisation, scolarisation, vieillissement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat cr&#233;&#233; la ville, affirme Ibn Khald&#251;n, et, pour l'essentiel, l'histoire des empires lui donne raison. Mais depuis doux si&#232;cles &#224; l'inverse, l'&#233;conomie moderne, en concentrant une part toujours croissante des populations dans les villes, et d'abord dans les capitales, a largement favoris&#233; la s&#233;dentarisation, c'est-&#224;-dire le contr&#244;le que l'&#201;tat exerce sur ses citoyens. C'est entre 2005 et 2010, semble-t-il, que la population urbaine est devenue pour la premi&#232;re fois majoritaire dans le monde &#8211; la population rurale n'est plus dominante qu'en Asie du Sud et en Afrique subsaharienne. Mais surtout, comme le remarquait d&#233;j&#224; Tocqueville dans l'Am&#233;rique de 1835, la dichotomie entre ruraux et citadins, que nous gardons encore en t&#234;te, a disparu. L&#224; o&#249; une foule de diff&#233;rence de culture mat&#233;rielle, de dialectes ou de pratiques sociales venait renforcer la distinction des activit&#233;s entre ville et campagne, n'existe plus aujourd'hui qu'une diff&#233;rence professionnelle &#224; peine plus forte qu'entre deux quartiers, deux m&#233;tiers urbains. Tocqueville jugeait qu'il n'y avait pas de paysans en Am&#233;rique &#8212; alors que les ruraux y constituaient une large majorit&#233; de la population &#8212; parce qu'on trouvait partout, de New York au Missouri, les m&#234;mes infor&#173;mations et les m&#234;mes pr&#233;occupations. Les moyens de com&#173;munication du XXe si&#232;cle ont &#233;videmment &#233;tendu au monde entier ce trait am&#233;ricain, qui surprenait l'aristocrate europ&#233;en du XIXe si&#232;cle et qu'il qualifiait de &#171; d&#233;mocratique &#187;. La puis&#173;sance du contr&#244;le politique &#8212; de la s&#233;dentarisation &#8212; ne d&#233;pend plus d&#233;sormais, dans nombre de pays, de l'&#233;loignement de la capitale ou des centres urbains. &lt;br class='manualbr' /&gt;Cette s&#233;dentarisation est en grande partie li&#233;e &#224; la scola&#173;risation, rendue progressivement obligatoire dans la plupart des pays entre la fin du XIXe et la fin du XXe si&#232;cle. L'&#233;cole n'a pas seulement favoris&#233; l'h&#233;g&#233;monie de la langue nationale, diffus&#233; les r&#233;cits et les mythes fondateurs de la patrie, arm&#233; l'esprit des futurs citoyens et soldats et pr&#233;par&#233; &#224; une diversit&#233; de m&#233;tiers jusque-l&#224; inconnue par un enseignement g&#233;n&#233;ral et commun. Elle a puissamment renforc&#233; l'empreinte de la discipline sociale, de l'immobilit&#233; du corps, du silence, de l'&#233;coute collective, de l'approche intellectuelle des obs&#173;tacles. Elle a enfin et surtout &#233;tabli sa mainmise sur les voies les plus communes &#8212; les plus ais&#233;es d&#232;s lors qu'on a su les emprunter &#8212; du succ&#232;s social. Dans la grande majorit&#233; des cas aujourd'hui dans le monde, r&#233;ussir dans la vie, ou du moins s'assurer de quoi vivre confortablement, revient &#224; r&#233;ussir &#224; l'&#233;cole. En gardant la ma&#238;trise de l'immense syst&#232;me scolaire, dont les co&#251;ts d&#233;passent les capacit&#233;s de toute initiative priv&#233;e, les institutions publiques, locales, nationales ou f&#233;d&#233;&#173;rales affirment un contr&#244;le s&#233;dentaire dont aucun empire n'avait r&#233;ussi - ni m&#234;me cherch&#233; - &#224; imposer l'&#233;quivalent. Aujourd'hui, quelle que soit l'administration qui les contr&#244;le, dans les pays riches, 3 &#224; 4 % de la population active sont occup&#233;s &#224; l'exercice ou &#224; la gestion des fonctions d'ensei&#173;gnement aupr&#232;s d'un quart de la population, enfants, ado&#173;lescents et jeunes adultes dont le temps de formation tend sans cesse &#224; s'allonger. Enseigner est devenu, avec soigner, le m&#233;tier le plus commun des soci&#233;t&#233;s d&#233;velopp&#233;es.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ces deux activit&#233;s convergent &#224; l'origine des boulever&#173;sements de la d&#233;mographie mondiale depuis au moins un si&#232;cle et demi. &#192; la seule exception de la Chine mandchoue du XVIIIe si&#232;cle, le rythme de croissance d&#233;mographique d'une soci&#233;t&#233; agraire en forte expansion &#233;conomique ne peut gu&#232;re d&#233;passer, et n'atteint qu'exceptionnellement sur plusieurs g&#233;n&#233;rations et pour une population &#233;tendue, 0,6 &#224; 0,7 % par an, soit un doublement en un si&#232;cle. C'est le rythme qu'ob&#173;serve Robert Fossier dans la Picardie du XIIe si&#232;cle, au plus fort de la pouss&#233;e d&#233;mographique de l'Europe m&#233;di&#233;vale. &#192; la m&#234;me &#233;poque, l'empire des Song double le nombre de ses sujets, mais en trois si&#232;cles (950-1250). La population de l'Inde moghole augmente de 70 % en deux si&#232;cles (1500-1700).&lt;br class='manualbr' /&gt;Or, au XIXe si&#232;cle, c'est la population mondiale enti&#232;re qui double (de 0,9 &#224; 1,7 milliard d'hommes) ; elle quadruple presque au XXe si&#232;cle (de 1,7 &#224; 6 milliards). L'am&#233;lioration des conditions de vie, de la nutrition, de l'hygi&#232;ne y est pour beaucoup ; les progr&#232;s de la science m&#233;dicale et les &#233;normes investissements consentis en hommes et en moyens pour lutter contre la maladie y sont pour plus encore. Dans tous les cas, les n&#233;cessit&#233;s de sant&#233; publique ont largement &#233;tendu le contr&#244;le que les &#201;tats s'arrogent sur la soci&#233;t&#233;, avec le plein consentement de leurs citoyens en g&#233;n&#233;ral. La diffusion uni&#173;verselle des vaccinations, l'usage des antibiotiques &#224; partir de la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'accouchement dans des dispensaires et h&#244;pitaux des mains d'un personnel qua&#173;lifi&#233; expliquent en grande partie des baisses spectaculaires de mortalit&#233;, qui provoquent entre 1945 et 1980 une v&#233;ritable &#171; explosion d&#233;mographique &#187;. Le rythme de croissance de la population mondiale, d'environ 1 % par an en 1900, 1,50 % en 1950, passe &#224; 2, 10 % en 1970, au plus fort de l'explosion. &lt;br class='manualbr' /&gt;Beaucoup de nos contemporains en sont rest&#233;s &#224; cette certitude : la population mondiale augmente et ne cessera pas d'augmenter. C'est une vision fausse. Entre 1970 et 2010, le rythme d'accroissement est retomb&#233; de 2, 10 % &#224; 1, 15 % , soit moins qu'en 1950. On attend un rythme de croissance mondial de 0,4 % en 2050, soit moins que celui de la France d'aujourd'hui. Entre 1950 et 2010, la f&#233;condit&#233; humaine est tomb&#233;e de plus de 5 enfants par femme &#8212; &#224; peine moins qu'il y a deux ou trois mille ans - -&#224; 2,5&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le taux de natalit&#233; est pass&#233; entre 1950 et 2010 de 37 &#224; 20 &#8240; &#8212; la poursuite (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;On conna&#238;t les raisons &#171; techniques &#187; de cette baisse presque aussi spectaculaire quel' avait &#233;t&#233; l'expansion de la g&#233;n&#233;ration pr&#233;c&#233;dente : la diffusion des moyens contraceptifs, de la st&#233;&#173;rilisation et, dans une (bien) moindre mesure, la multipli&#173;cation des avortements. L'&#233;ducation et le travail des filles et des femmes y entrent pour beaucoup. Mais le facteur essentiel est sans doute le &#171; co&#251;t de l'enfant &#187;, qui explique largement la baisse prononc&#233;e de la f&#233;condit&#233; dans toute l'Asie orientale. On attribue souvent &#224; la politique restrictive de l'enfant unique en Chine la baisse de la f&#233;condit&#233; chinoise d'environ 5 enfants par femme en 1970 &#224; 1,64 en 2010. Il est vrai que la coer&#173;cition d'&#201;tat a jou&#233; un r&#244;le brutal dans les premi&#232;res phases de l'&#233;volution, entre 1975 et 1990. Mais depuis vingt ans, les contr&#244;les se sont d'autant plus volontiers rel&#226;ch&#233;s qu'ils ne sont plus n&#233;cessaires. La f&#233;condit&#233; de la Chine, &#224; mesure que se sont affirm&#233;s les succ&#232;s &#233;conomiques du pays et les esp&#233;rances de ses habitants, pour eux-m&#234;mes et plus encore pour leurs enfants, a suivi la courbe de ses voisins, Taiwan, Hong-Kong, Singapour, le Japon, la Cor&#233;e, le Vietnam. Partout, sauf au Vietnam pour l'heure, la f&#233;condit&#233; est tomb&#233;e en dessous de 1,5 enfant par famille, soit moins que la moyenne de l'Europe. Et partout, outre la scolarisation universelle des filles (comme des gar&#231;ons) et le large recours aux contraceptifs et &#224; la st&#233;rilisation volontaire, la raison en est la m&#234;me : l' obli&#173;gation de r&#233;ussite scolaire des enfants, l'ascension sociale par le savoir, o&#249; l'Asie de civilisation chinoise retrouve la tr&#232;s vieille s&#233;dentarit&#233; imp&#233;riale dont elle est issue. L'&#233;cole est aujourd'hui devenue dans le monde l'agent le plus actif, l'h&#233;riti&#232;re la plus ardente d'un projet de d&#233;sarmement uni&#173;versel, celui d'une paix productive. C'est l'&#233;cole qui oppose partout le plus clairement les valeurs du travail et de la cr&#233;ation intellectuelle &#224; celles de la violence qu'elle expulse, comme entendaient autrefois le faire les empires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La mondialisation, s&#233;dentarisation universelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, sous nos yeux, l'humanit&#233; enti&#232;re est en train d'entrer dans un syst&#232;me de s&#233;dentarisation universelle. Ce que nous appelons la &#171; mondialisation &#187; tient d'abord au partage de plus en plus r&#233;pandu de pratiques et de valeurs, au premier rang desquelles viennent un mode de vie urbanis&#233;, une famille r&#233;duite en nombre, la scolarisation des enfants, la mesure de leur r&#233;ussite sociale par le dipl&#244;me ou le travail, la paix enfin. Dans bien des pays, parmi les anciennes colonies mais aussi ailleurs, la ma&#238;trise de la langue de l'ancien colonisateur et surtout celle de l'anglais ajoutent une touche particuli&#232;re de succ&#232;s ou d'opportunit&#233; &#224; l'ordinaire d'une vie moderne partout sanctionn&#233;e par l'approvisionnement en eau ou en &#233;lectricit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ceux qui n'en disposent pas sont d&#233;sormais rang&#233;s par les organisations (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ces pratiques et ce discours commun, souvent tenu dans un anglais d&#233;lav&#233; par la diversit&#233; et le nombre des populations aux&#173;quelles il s'adresse, n'en instaurent pas moins une conscience et une morale s&#233;dentaires &#8212; au sens d'lbn Khald&#251;n &#8212;, c'est-&#224;-dire profond&#233;ment pacifiques. &lt;br class='manualbr' /&gt;Les progr&#232;s consid&#233;rables de la s&#233;dentarisation sont et seront encore paradoxalement renforc&#233;s par le ralentissement de l'&#233;conomie et de la d&#233;mographie mondiales, dont il est probable qu'elles ram&#232;neront peu &#224; peu le XXIe si&#232;cle au monde stable d'Ancien R&#233;gime o&#249; la th&#233;orie d'Ibn Khald&#251;n retrouve toute sa pertinence. La crise &#233;conomique qui secoue aujourd'hui les &#233;conomies des pays riches, et demain celles des pays &#233;mergents, donne &#224; cette assertion une vraisem&#173;blance dont elle &#233;tait encore apparemment d&#233;pourvue quand je l'avan&#231;ais il y a quelques ann&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gabriel Martinez-Gros, Ibn Khald&#251;n et les sept vies de l'Islam, Paris&#173;Arles, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Le retour &#224; l'&#233;quilibre d'une &#233;conomie en croissance forte depuis six ou sept g&#233;n&#233;rations est en fait l'une des ran&#231;ons de l'extraordinaire succ&#232;s de l'&#226;ge industriel des XIXe et XXe si&#232;cles. Deux des trois moteurs essentiels de la crois&#173;sance mondiale devraient en effet s'&#233;teindre peu &#224; peu dans les d&#233;cennies qui viennent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'id&#233;e de la fin de la R&#233;volution industrielle n'est plus taboue ni (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le premier de ces moteurs, aujourd'hui le plus puissant, est le &#171; rattrapage &#187; du niveau de vie des pays riches par les pays &#233;mergents. Contrairement &#224; ce qu'une pens&#233;e paresseuse laisse encore croire parfois, l'&#233;cart entre les niveaux de vie dans le monde tend &#224; se resserrer &#8212; et non &#224; s'&#233;largir &#8212; depuis trois ou quatre d&#233;cennies, c'est-&#224;-dire depuis qu'a commenc&#233; l'essor de la Chine, mais aussi celui de l'Am&#233;rique latine ou de l'Inde. &#192; raison de 10 % de croissance annuelle entre 1980 et 2010, et donc d'un doublement tous les sept ans, le poids de l'&#233;conomie chinoise a &#233;t&#233; multipli&#233; par 15 &#224; 20 en trente ans, l&#224; o&#249; les &#233;conomies des &#201;tats-Unis ou du Japon doublaient &#224; peine. &#201;valu&#233; en pouvoir d'achat, le revenu d'un Chinois a donc progress&#233; huit &#224; dix fois plus vite que celui d'un Am&#233;ricain, m&#234;me s'il lui reste encore six fois inf&#233;rieur, et quatre fois inf&#233;rieur &#224; la moyenne europ&#233;enne. Mais le revenu des Latino-Am&#233;ricains (Br&#233;sil, Mexique, Argentine, Chili) atteint d&#233;j&#224; la moiti&#233; de la moyenne de l'Union europ&#233;enne, soit pratiquement le niveau des pays europ&#233;ens les moins opulents - Pologne, Hongrie, Gr&#232;ce ou Portugal. Avant la crise que nous vivons, les &#233;conomistes situaient entre 2030 et 2045 le moment o&#249; le produit national chinois rejoindrait celui des &#201;tats-Unis. Le ralentissement am&#233;ricain semble devoir rapprocher cette &#233;ch&#233;ance. &lt;br class='manualbr' /&gt;Mais ce m&#234;me ralentissement affecte &#224; son tour les &#233;conomies poursuivantes. &#192; mesure que revenus et salaires se rapprochent, les pays &#233;mergents les plus dynamiques - la Chine, le Br&#233;sil - perdent une partie de leurs avantages de co&#251;ts, et abandonnent ou d&#233;localisent leurs productions. La croissance de l'&#233;conomie chinoise est pass&#233;e de 10 &#224; 7,5 % entre 2008 et 2012. Par d&#233;finition, le rattrapage, qui devrait s'&#233;tendre dans les d&#233;cennies &#224; venir aux territoires plus pauvres de l'Asie du Sud et de l'Afrique, est un stimulant provisoire, qui cesse quand un pays rejoint le groupe des riches, comme ce fut le cas pour le Japon, Taiwan ou la Cor&#233;e entre 1960 et 1990, comme la Chine ou l'Am&#233;rique latine le font aujourd'hui ou le feront bient&#244;t. &lt;br class='manualbr' /&gt;Quant au deuxi&#232;me moteur de la croissance depuis deux si&#232;cles, nous avons d&#233;j&#224; vu qu'il faiblit. On attend en 2050 un taux de croissance d&#233;mographique mondial de 0,4 % par an. Encore cet accroissement faible ne sera-t-il atteint qu'au prix d'un fort vieillissement de la population mondiale. Le monde de 2050 devrait compter un peu plus de 9 milliards d'habitants (soit une hausse de 30 &#224; 35 % en 40 ans, 0,7 % par an en moyenne, &#224; peine plus que la France d'aujourd'hui). Mais la moiti&#233; de ces deux milliards d'humains en sus aura plus de 60 ans. Entre 2010 et 2050 en effet, les enfants de l'explosion d&#233;mographique des ann&#233;es 1945-1980 viendront progressivement renforcer les effectifs du troisi&#232;me &#226;ge, tandis que les cohortes des jeunes gens d&#233;clineront in&#233;luctablement avec la r&#233;duction de la f&#233;condit&#233; des couples, mais aussi avec la diminution du nombre des jeunes couples en &#226;ge de procr&#233;er. &#192; l'&#233;chelle du globe, vers 2100, les plus de 60 ans devraient peser presque autant que les moins de 25 ans &#8212; ils &#233;taient entre 5 et 7 fois moins nombreux entre 1975 et 1985&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les chiffres sont ceux de la r&#233;vision 2012 des Nations unies. En 2100, on (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.
Le plus grand succ&#232;s de l'humanit&#233; moderne &#8212; le recul de la mort, l'acc&#232;s de la majorit&#233; &#224; la vieillesse &#8212; est aujourd'hui, et sera plus encore demain, son probl&#232;me majeur. Le vieillissement limite la force de travail et d&#233;prime la consommation. Nombre d'&#233;conomistes estiment que la croissance &#233;conomique de la Chine, dont la population devrait diminuer apr&#232;s 2030, en sera durablement entrav&#233;e. La situation n'est pas tr&#232;s diff&#233;rente au Br&#233;sil, dont la f&#233;condit&#233; est tomb&#233;e sous le seuil de renouvellement des g&#233;n&#233;rations (1,8 enfant par femme), ou m&#234;me en Inde, qui devrait conna&#238;tre la m&#234;me situation dans une dizaine ou une quinzaine d'ann&#233;es au plus.&lt;br class='manualbr' /&gt;En outre, le vieillissement menace le troisi&#232;me moteur de l'&#233;conomie, l'innovation et l'investissement, en d&#233;tournant vers les indispensables d&#233;penses de soutien aux plus &#226;g&#233;s les ressources qui seraient n&#233;cessaires au progr&#232;s de la productivit&#233;. L'&#233;tonnant enrichissement de la Chine, l'excellence des syst&#232;mes scolaires de l'Asie orientale promettent au monde un puissant renfort de chercheurs et de ressources, au moins dans la g&#233;n&#233;ration qui vient, avant que la courbe des &#226;ges ne se d&#233;grade et que les moyens financiers de la Chine ne soient &#224; leur tour mobilis&#233;s par le vieillissement de sa population. Les &#201;tats-Unis peinent d&#233;j&#224; &#224; financer la lutte quotidienne contre la maladie et la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La restauration de l' empire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce tableau, le lecteur familier d'Ibn Khald&#251;n reconna&#238;tra le sentiment imp&#233;rial d'unit&#233;, &#233;tendu &#224; l'humanit&#233; presque enti&#232;re par la s&#233;dentarisation universelle. On pourrait aussi voir l'amorce de modernes &lt;i&gt;limes&lt;/i&gt; dans les murs qu'on &#233;difie &#231;&#224; et l&#224; aux fronti&#232;res de l'Europe, des &#201;tats-Unis, ou de la bande de Gaza, mais plus clairement encore aux limites des bidonvilles africains ou latino-am&#233;ricains. Il n'en reste pas moins vrai que les caract&#232;res majeurs d'un empire mondial, tels que nous les avons d&#233;finis au d&#233;but de ce livre, font encore d&#233;faut. Il n'existe bien s&#251;r ni imp&#244;t mondial ni coercition plan&#233;taire. Les instruments du pouvoir sont encore fermement tenus par les gouvernements nationaux. M&#234;me en Europe, Bruxelles ne manie que des sommes minimes, si on les compare au total des budgets nationaux des pays membres de l'Union.&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est du renforcement d'un &#201;tat puissant &#8212; les &#201;tats-Unis, la Chine &#8212; que la plupart de nos contemporains attendraient (ou craindraient) l'&#233;ventuelle &#233;mergence d'un empire. L'&#171; Empire am&#233;ricain &#187; est une m&#233;taphore banale. Mais une simple m&#233;taphore : les &#201;tats-Unis ne pr&#233;l&#232;vent aucun tribut institutionnel sur le reste du monde, n'exercent aucun pouvoir de coercition pour le faire &#8212; et la Chine pas davantage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour l'heure, pouss&#233;s par leur ressentiment &#224; l'&#233;gard de l' &#171; imp&#233;rialisme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'un et l'autre pays pr&#233;tendent il est vrai &#224; l'h&#233;g&#233;monie, mais ils s'efforcent de la conqu&#233;rir par les voies pacifiques de la s&#233;dentarit&#233;, de la production, de la science et de la technique, de l'innovation, de la communication, voire de la culture et du loisir. L'&#233;pisode guerrier men&#233; par les &#201;tats-Unis en Afghanistan et en Irak, au nom du vieil id&#233;al d&#233;mocratique et national des deux derniers si&#232;cles, a rapidement tourn&#233; court&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nombre de commentateurs am&#233;ricains, moins radicalement pr&#233;venus que leurs (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D'&#233;vidence, ces deux &#233;normes machines vieillissantes &#224; produire et &#224; consommer que sont la Chine et les &#201;tats-Unis renforcent partout dans le monde l'irr&#233;sistible mouvement de la s&#233;dentarisation.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce faisant, ils cr&#233;ent l'une des conditions de l'empire, &#224; savoir l'accumulation de masses pacifiques hautement productives. Reste l'autre condition, l'&#233;mergence de petites minorit&#233;s &#171; b&#233;douines &#187;, c'est-&#224;-dire violentes et solidaires. La mondialisation, qui ronge id&#233;ologiquement les coh&#233;sions nationales, y contribue. Bien plus, le poids des obligations de l'&#201;tat, dans un monde d'&#233;conomies h&#233;sitantes et de ressources fiscales r&#233;duites, aboutit au paradoxe par excellence de la th&#233;orie d'Ibn Khald&#251;n : la concomitance de la toute-puissance et de l'omnipr&#233;sence de la puissance publique d' une part, de la restauration de ses marges violentes de l'autre. Le d&#233;sarmement physique et id&#233;ologique de la grande majorit&#233; favorise par contraste l'&#233;mergence de minorit&#233;s rebelles et pillardes. C'est l'exacerbation de la non-violence qui cr&#233;e la violence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'islamisme est-il le vrai danger ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faut-il tenir l'islamisme, voire l'islam, pour la barbarie qui menace notre pacifisme universel ? On le croirait volontiers &#224; prendre au pied de la lettre le propos islamiste, qui appartient &#224; la classe des discours des soci&#233;t&#233;s de masse du XXe si&#232;cle. On y retrouve en particulier le souci de l'unanimisme, du monolithisme de la nation (islamique, la &lt;i&gt;umma&lt;/i&gt;), qui l'apparente au fascisme, tout comme la d&#233;signation des minorit&#233;s coupables de l'infection sociale (les juifs et, quand ils n'existent plus, les chr&#233;tiens, les hindous et l'immense diversit&#233; des sectes chiites ou d'origine alide).&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais la pratique des r&#233;volutions arabes m&#234;me, les formes d&#233;mocratiques que les partis islamistes pour l'heure majoritaires y ont cru devoir respecter infirment en partie leur discours. Nous l'avons d&#233;j&#224; relev&#233; : les &#233;volutions d&#233;mographiques sont &#224; la fois parmi les causes et parmi les sympt&#244;mes les plus clairs de la s&#233;dentarisation &#8212; et donc du ralliement des majorit&#233;s aux pratiques universelles. Or les terres d'Islam, contrairement &#224; ce qu'on imagine parfois, n'&#233;chappent pas &#224; la baisse g&#233;n&#233;rale de la f&#233;condit&#233; engag&#233;e depuis 1970, m&#234;me si le mouvement ne s'y est g&#233;n&#233;ralis&#233; qu'une dizaine d'ann&#233;es plus tard. Entre 1980 et 2010, le nombre moyen d'enfants par femme dans l'espace compris entre Maroc et Pakistan est tomb&#233; approximativement de 6 &#224; 3. L'avantage que cet Islam central conserve aujourd'hui sur la moyenne mondiale (2,5 enfants par femme) est &#224; peine perceptible. L'Asie islamique (Indon&#233;sie et Bangladesh) enregistre m&#234;me des taux de f&#233;condit&#233; inf&#233;rieurs &#224; ceux de ses voisins chr&#233;tiens ou hindouistes, les Philippines ou l'Inde. Les Bangladeshis (ou Bengalis musulmans) sont confront&#233;s en Assam indien &#224; des populations &#171; tribales &#187; &#8212; ainsi d&#233;finies par le colonisateur britannique et par l'Inde officielle &#8212; au regard desquelles ils tiennent le r&#244;le des s&#233;dentaires, tout comme les Javanais musulmans dans les parties orientales plus christianis&#233;es (et plus f&#233;condes) de l'Indon&#233;sie. En revanche, il est vrai que l'islam subsaharien maintient, au Sahel, au Nigeria, un fort avantage d&#233;mographique sur les populations chr&#233;tiennes voisines.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais au total, si on met de c&#244;t&#233; la situation africaine, les r&#233;alit&#233;s de l'Islam majoritaire &#8212; celui-l&#224; m&#234;me que l'islamisme s&#233;duit &#8212; ne correspondent donc pas au discours islamiste, qu'on pourrait aujourd'hui se contenter de ranger au nombre de ces &#171; populismes &#187; que les jugements de la &#171; communaut&#233; internationale &#187; se plaisent &#224; marginaliser, et dont il est exclu qu'ils puissent opposer une alternative s&#233;rieuse aux valeurs r&#233;put&#233;es universelles de notre monde.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il est probable en effet que l'islamisme ne sera pas le fascisme du XXIe si&#232;cle &#8212; simplement parce que le fascisme, dans son souci de rassembler les &lt;i&gt;majorit&#233;s&lt;/i&gt; ou les totalit&#233;s nationales, est une id&#233;ologie de masse d'un temps d&#233;mocratique probablement r&#233;volu. En revanche, l'islamisme p&#232;se par le ferment id&#233;ologique qu'il apporte aux soul&#232;vements des &lt;i&gt;minorit&#233;s&lt;/i&gt; jihadistes. Depuis trente ans, d'innombrables insurrections inspir&#233;es par ce qu'Ibn Khald&#251;n aurait nomm&#233; la &lt;i&gt;da' wa&lt;/i&gt; (la &#171; cause &#187; ou l'&#171; appel &#187; &#224; la guerre sainte) de l'islam sunnite ont balay&#233; le monde musulman &#8212; en Alg&#233;rie, en Libye, en &#201;gypte, en Arabie, au Y&#233;men, en Syrie, en Irak, en Afghanistan, au Pakistan, en Somalie, au Mali ou au Nigeria. La plupart ont en apparence &#233;chou&#233;. En fait, elles ont profond&#233;ment &#233;branl&#233;, voire ruin&#233; l'unit&#233; des &#201;tats que les r&#233;gimes issus des ind&#233;pendances ou de la fin de la pr&#233;sence europ&#233;enne s'&#233;taient efforc&#233;s de construire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est &#233;videmment le cas, sous nos yeux, dans tout le Croissant fertile (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Presque partout, de vieilles poches de dissidence, dont on croyait qu'elles appartenaient &#224; un pass&#233; aboli, se sont reconstitu&#233;es ; et de nouvelles &#171; tribus &#187;, d&#233;j&#224; en acte ou encore en gestation, solidaires et arm&#233;es, &#233;mergent dans les banlieues incontr&#244;l&#233;es de m&#233;tropoles profond&#233;ment s&#233;dentaris&#233;es, dont la population retrouve la crainte des milices barbares qui taraudait les cit&#233;s de l'Islam imp&#233;rial dans les si&#232;cles pass&#233;s.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le monde islamique n'est pas le seul &#224; nourrir des craintes de ce type : ne consid&#233;rons que l'exemple, aujourd'hui plus spectaculaire et beaucoup plus meurtrier, des r&#233;gions incontr&#244;l&#233;es et des organisations criminelles de l'Am&#233;rique latine. Si mal que soit r&#233;partie la richesse sur le continent, la pauvret&#233; y a indiscutablement recul&#233; ; le revenu par t&#234;te au Br&#233;sil, en Argentine, au Mexique se rapproche de ceux de l'Europe du Sud et du Centre, d&#233;passe ceux de la Bulgarie ou de la Roumanie. Mais dans le m&#234;me temps, la criminalit&#233; y a pris une ampleur prodigieuse, les taux de meurtres rapport&#233;s &#224; la population y sont de cinq &#224; quinze fois plus &#233;lev&#233;s qu'aux &#201;tats-Unis, douze &#224; quarante fois plus qu'en Europe. Il existe visiblement deux continents latino-am&#233;ricains, l'un que l'&#201;tat s&#233;dentarise toujours mieux, l'autre dont il n'a jamais r&#233;ussi &#224; gagner le contr&#244;le. &#192; mesure que s'&#233;tendait la paix s&#233;dentaire, elle refoulait &#224; ses marges ses dissidents, qui ont trouv&#233; dans le trafic de drogue &#8212; comme les contrebandiers et sauniers qui donn&#232;rent naissance au soul&#232;vement victorieux des Ming &#8212; plus rarement dans la gu&#233;rilla r&#233;volutionnaire, l'outil d'une structuration et d'une hi&#233;rarchisation tribales solide.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il n'en reste pas moins vrai que l'Islam compte parmi les terreaux les plus fertiles de la nouvelle tribalisation du monde, du nouveau partage des territoires et des ressources entre les immenses majorit&#233;s d&#233;sarm&#233;es, scolaris&#233;es, pacifi&#233;es et fiscalis&#233;es qui ob&#233;issent aux &#201;tats et les petites minorit&#233;s &#171; tribales &#187; qui pillent les territoires s&#233;dentaires avant d'en prendre le contr&#244;le&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Citons p&#234;le-m&#234;le les &#171; zones tribales &#187; du Pakistan, les vall&#233;es afghanes, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ainsi, paradoxalement, l'islamisme contribue-t-il &#224; restaurer dans le monde les conditions de l'empire.&lt;br class='manualbr' /&gt;Face &#224; tous ceux qui contestent l'ordre mondial depuis les r&#233;duits b&#233;douins &#8212; des trafiquants de drogue jusqu'aux jihadistes &#8212; sommes-nous arm&#233;s ? Presque tous les dirigeants du monde, et les plus importants, en Chine ou aux &#201;tats-Unis, communient dans le refus de la guerre et tiennent le combat, s'il est encore n&#233;cessaire, pour un aboutissement des raffinements s&#233;dentaires : il conviendra d'y mettre toujours plus d'&#233;lectronique et d'informatique, voire de sciences sociales, au service de soldats toujours mieux form&#233;s, plus on&#233;reux et moins nombreux par cons&#233;quent. Jihadistes, trafiquants et &#171; bandes &#187; leur opposent la valeur du sang vers&#233;, du sacrifice, de la fid&#233;lit&#233; aveugle au groupe et au message, de la virilit&#233;. Ces deux ordres de valeurs, la science et le courage, l'intelligence et la d&#233;termination &#224; d&#233;fendre l'essentiel, par la force si n&#233;cessaire, tout ce que la morale d&#233;mocratique du si&#232;cle dernier unissait sous la figure consacr&#233;e du citoyen, est aujourd'hui largement dissoci&#233;, sans m&#234;me que nous acceptions de nous l'avouer. Et en cela, le monde d'Ibn Khald&#251;n est d&#233;j&#224; en nous.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb17-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le taux de natalit&#233; est pass&#233; entre 1950 et 2010 de 37 &#224; 20 &#8240; &#8212; la poursuite de la baisse de la mortalit&#233; mondiale de l9 &#224; 9 &#8240; a ralenti la baisse du rythme de croissance de la population.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ceux qui n'en disposent pas sont d&#233;sormais rang&#233;s par les organisations internationales parmi les d&#233;sh&#233;rit&#233;s. Ils vivent g&#233;n&#233;ralement en milieu rural. Leur nombre, de l &#224; 2 milliards sur les 7 milliards d'habitants de la terre, diminue rapidement, en particulier en Asie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Gabriel Martinez-Gros, I&lt;i&gt;bn Khald&#251;n et les sept vies de l'Islam&lt;/i&gt;, Paris&#173;Arles, Sindbad-Actes Sud, 2006, p. 259-262.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;L'id&#233;e de la fin de la R&#233;volution industrielle n'est plus taboue ni impens&#233;e. Elle transpara&#238;t dans un article de Robert J. Gordon, du National Bureau of Economie Research, &lt;i&gt;Washington Post&lt;/i&gt;, &#233;dition internet, 30 septembre 2012, &#171; Is US Economie Growth over ? &#187;, repris dans le m&#234;me journal par J. Samuelson le 8 octobre 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Les chiffres sont ceux de la r&#233;vision 2012 des Nations unies. En 2100, on devrait compter 3 268 millions de moins de 25 ans dans le monde contre 2 980 millions de plus de 60 ans. En 1975, leur nombre &#233;tait respectivement de 2.260 millions et 348 millions. Ces pr&#233;visions sont fr&#233;quemment consid&#233;r&#233;es comme trop optimistes &#8212; entendons qu'elles exag&#233;reraient le pourcentage des populations jeunes en 2100.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pour l'heure, pouss&#233;s par leur ressentiment &#224; l'&#233;gard de l' &#171; imp&#233;rialisme am&#233;ricain &#187;, ce sont certains gouvernements de l'Am&#233;rique latine qui offrent spontan&#233;ment &#224; la Chine, en compensation de ses pr&#234;ts, des parts substantielles de la richesse nationale. Voir, &#224; propos du Venezuela, &lt;i&gt;El Pais&lt;/i&gt;, &#233;dition internet &#171; Am&#233;rica &#187;, 25 et 26 septembre 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Nombre de commentateurs am&#233;ricains, moins radicalement pr&#233;venus que leurs coll&#232;gues europ&#233;ens &#224; l'encontre des n&#233;oconservateurs de la pr&#233;sidence de George W. Bush, ont reconnu en eux les lointains h&#233;ritiers du pr&#233;sident Wilson. Comme la doctrine Wilson, le n&#233;oconservatisme am&#233;ricain a &#233;t&#233; balay&#233; par une vague bipartisane d'isolationnisme, qui renforce la s&#233;dentarisation en cours des Etats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C'est &#233;videmment le cas, sous nos yeux, dans tout le Croissant fertile (Irak, Syrie, Liban, voire Turquie), mais aussi en Libye, au Y&#233;men, en Somalie, au Mali avec al-Qa&#239;da au Maghreb, demain probablement au Nigeria avec Boko Haram, en Afghanistan, peut-&#234;tre au Pakistan sous la pouss&#233;e des Taliban.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Citons p&#234;le-m&#234;le les &#171; zones tribales &#187; du Pakistan, les vall&#233;es afghanes, les militants jihadistes touaregs du nord du Mali, Boko Haram dans le nord-est du Nigeria, les islamistes, mais aussi les pirates somalis, peut-&#234;tre les milices du nord de la C&#244;te d'Ivoire &#224; Abidjan...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Br&#232;ve histoire des empires : Et l'Europe ? (1/2)</title>
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		<dc:subject>Antiquit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Religion</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>Oligarchie</dc:subject>
		<dc:subject>Martinez-Gros G.</dc:subject>
		<dc:subject>Empire</dc:subject>

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&lt;p&gt;Derni&#232;re partie de la conclusion du livre de Gabriel Martinez-Gros &#171; Br&#232;ve histoire des empires &#8212; Comment ils surgissent, comment ils s'effondrent &#187;, Seuil 2014. Et l'Europe ? Nous l'avons maintes fois dit : l'Europe ne participe pas du syst&#232;me imp&#233;rial, et c'est de l&#224; sans doute que na&#238;t l'extr&#234;me originalit&#233; de son histoire. Mais peut-&#234;tre n'est-il pas inutile de retourner encore une fois notre regard, et de mesurer, &#224; la lumi&#232;re de ce que nous avons appris des normes imp&#233;riales, en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-dynamiques-geopolitiques-" rel="directory"&gt;Dynamiques G&#233;opolitiques&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-61-antiquite-+" rel="tag"&gt;Antiquit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-79-religion-+" rel="tag"&gt;Religion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-122-guerre-+" rel="tag"&gt;Guerre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-131-oligarchie-+" rel="tag"&gt;Oligarchie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-195-martinez-gros-g-+" rel="tag"&gt;Martinez-Gros G.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-221-empire-+" rel="tag"&gt;Empire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Derni&#232;re partie de la conclusion du livre de Gabriel Martinez-Gros &#171; Br&#232;ve histoire des empires &#8212; Comment ils surgissent, comment ils s'effondrent &#187;, Seuil 2014.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et l'Europe ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous l'avons maintes fois dit : l'Europe ne participe pas du syst&#232;me imp&#233;rial, et c'est de l&#224; sans doute que na&#238;t l'extr&#234;me originalit&#233; de son histoire. Mais peut-&#234;tre n'est-il pas inutile de retourner encore une fois notre regard, et de mesurer, &#224; la lumi&#232;re de ce que nous avons appris des normes imp&#233;riales, en quoi l'Europe pourrait ressembler aux empires, en quoi aussi elle s'en s&#233;pare d&#233;cid&#233;ment.&lt;br class='manualbr' /&gt;Car &#224; premi&#232;re vue, la Chr&#233;tient&#233; europ&#233;enne, prise globalement, est un empire. Elle na&#238;t de l'Empire romain, et son ascendance imp&#233;riale est confort&#233;e par sa conversion au christianisme, religion de l'empire &#224; partir des IVe et Ve si&#232;cles, &#224; laquelle elle finira par s'identifier, et par &#234;tre identifi&#233;e. Un seul mot, &lt;i&gt;Rum&lt;/i&gt;, suffit &#224; d&#233;signer en arabe l'Empire romain, son &#233;pigone byzantin et l'ensemble de la Chr&#233;tient&#233; occidentale, dont le centre de gravit&#233; se d&#233;place peu &#224; peu au cours du haut Moyen &#194;ge de Constantinople vers Rome ou Aix-la-Chapelle. Ce mot unique, &lt;i&gt;Rum&lt;/i&gt;, &#171; Rome &#187;, reconna&#238;t l'unit&#233; des successeurs de l'empire des C&#233;sars, soud&#233;s par une m&#234;me religion et une m&#234;me m&#233;moire. Histoire romaine, langue latine ou grecque et religion chr&#233;tienne associ&#233;es assurent &#224; la Chr&#233;tient&#233; le premier et le plus important des traits essentiels des empires : la certitude de son unicit&#233;, la conscience d'abriter la flamme de la civilisation et le constat qu'il n'existe, au-del&#224; de ses limites, que la barbarie. Il est ais&#233; de rep&#233;rer ce &lt;i&gt;limes&lt;/i&gt; mental dans l'histoire de la Chr&#233;tient&#233; m&#233;di&#233;vale, puis de l'Europe moderne, puis de l'Occident contemporain. Il est peu probable qu'il ait c&#233;d&#233;, m&#234;me de nos jours. Il est assez fr&#233;quent de le d&#233;noncer sous le nom d'&#171; europ&#233;ocentrisme &#187;. Certains y voient l'occasion de clouer au pilori l'histoire singuli&#232;rement criminelle de l'Occident. On est au regret de les d&#233;cevoir sur ce point. Le &lt;i&gt;limes&lt;/i&gt; mental de l'Europe, le rejet du reste du monde dans la cat&#233;gorie du barbare, n'a rien de singulier. On le retrouve dans l'Islam, ou en Chine. C'est l'attribut par excellence de l'empire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Europe a en outre longtemps conserv&#233; l'ambition de restaurer l'autorit&#233; imp&#233;riale. Apr&#232;s l'effacement de la pr&#233;sence romaine &#224; la fin du Ve si&#232;cle, les royaumes &#171; barbares &#187; des VIe &#8211; VIIIe si&#232;cles ont le plus souvent reconnu le souverain de Constantinople, quitte &#224; se heurter &#224; la politique des empereurs &#171; byzantins &#187; quand elle s'effor&#231;ait de donner chair et r&#233;alit&#233; &#224; ces d&#233;clarations d'all&#233;geance sans contenu. &#192; partir du milieu du VIIIe si&#232;cle, la dynastie franque des Carolingiens rassemble l'essentiel de la partie occidentale de l'ancien empire que l'Islam n'a pas conquis &#8211; Gaule, Germanie, Italie et nord de l'Espagne. Le couronnement de Charlemagne &#224; Rome sanctionne &#224; la fois la rupture politique de l'Occident avec Constantinople, le constat de la dislocation du monde m&#233;diterran&#233;en et de l'h&#233;ritage romain sous la pouss&#233;e de l'Islam, mais aussi le renouveau de l'ambition imp&#233;riale en Occident. Jusqu'en l'an mil probablement, on peut &#233;tendre &#224; cet Occident l'assertion qu'on avan&#231;ait un peu plus haut pour l'Islam : les fronti&#232;res des entit&#233;s politiques sont des lignes de cessez-le-feu &#8211; ou, plus pacifiquement, de partage &#8211; d'un territoire imp&#233;rial dont l'unit&#233; n'a cess&#233; d'&#234;tre pr&#233;sente &#224; l'esprit de ceux qui y vivent comme de ceux qui le voient depuis la rive de l'autre empire. La g&#233;ographie arabe de l'an mil d&#233;signe tous les peuples de l'Europe occidentale sous le m&#234;me nom de &#171; Francs &#187; &#8212; et leur attribue des souverains qui portent le nom g&#233;n&#233;rique de &#171; Charles &#187;, comme celui des empereurs de Rome &#233;tait &#171; C&#233;sar &#187;. Ce nom de &#171; Francs &#187; d&#233;signera les Crois&#233;s de Syrie-Palestine aux XIIe et XIIIe si&#232;cles ; il accueillera les Portugais, puis les Anglais et les Hollandais aux Indes et dans les &#238;les de la Sonde au XVIe et au d&#233;but du XVIIe si&#232;cle. Il d&#233;signe encore aujourd'hui les Occidentaux en Tha&#239;lande.&lt;br class='manualbr' /&gt;Cette constante ambition id&#233;ologique de restauration imp&#233;&#173;riale est port&#233;e par l'institution qui garde la m&#233;moire, la culture et la langue de Rome, en m&#234;me temps que le principe d'unit&#233; de la Chr&#233;tient&#233;, c'est-&#224;-dire l'&#201;glise. Mais entre le VIIe et le Xe si&#232;cle, elle se heurte, comme l'a bien vu Henri Pirenne, la r&#233;alit&#233; d'une humanit&#233; clairsem&#233;e, repli&#233;e sur des unit&#233;s de production locales, et dont le centre de gravit&#233; politique et productif, le long des vall&#233;es de la Moselle, de la Meuse et des c&#244;tes de la mer du Nord, s'&#233;loigne toujours plus de son centre id&#233;ologique romain. L'imp&#244;t d'&#201;tat a pratiquement disparu, les villes romaines p&#233;riclitent. Les n&#233;cessit&#233;s d'une d&#233;fense active et d'une riposte rapide aux invasions normandes, sarrasines et hongroises des IXe et Xe si&#232;cles accentuent ce repli local, qui triomphe au m&#234;me moment dans l'Anatolie byzantine avec le syst&#232;me des th&#232;mes. La Chr&#233;tient&#233;, latine ou grecque, se sait l'h&#233;riti&#232;re de Rome &#8212; et elle est reconnue pour telle par les auteurs arabes. Mais les moyens et les pratiques de l'empire sont pass&#233;s &#224; l'Islam. C'est cette marginalisation de l'Occident et de l'Empire byzantin au IXe et au Xe si&#232;cle, combin&#233;e avec la s&#233;dentarisation et le d&#233;sarmement de l'Empire islamique qui leur permet, on s'en souvient, de ressaisir l'initiative militaire, pour Byzance d&#232;s le Xe si&#232;cle, pour l'Occident au XIe et au XIIe si&#232;cle en Espagne, en Sicile ou lors des Croisades de Syrie-Palestine.&lt;br class='manualbr' /&gt;La charge imp&#233;riale, h&#233;rit&#233;e des Carolingiens, passe en 962 aux rois de Germanie qui s'efforceront pr&#232;s de trois si&#232;cles durant de r&#233;affirmer leur pouvoir. Leur entreprise se heurte &#224; l'hostilit&#233; du pape, de fait empereur rival, &#224; celle des rois de France ou d'Angleterre, et au souci d'&#233;mancipation de la partie la plus riche et la mieux peupl&#233;e de leur domaine en Italie du Nord. Elle se heurte surtout &#224; la poursuite du tr&#232;s vaste mouvement d'enracinement local, &#224; la fois de l'&#233;conomie et de la guerre, engag&#233; d&#232;s le IXe si&#232;cle, confort&#233; du Xe au XIIe si&#232;cle par la multiplication bourgeonnante des ch&#226;teaux fortifi&#233;s&#8212; en un mot &#224; ce qu'une historiographie surann&#233;e, mais ici commode, appelle la &#171; f&#233;odalit&#233; &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'Occident conna&#238;t alors un essor d&#233;mographique et &#233;conomique impressionnant, comme la Chine sa contemporaine, et comme l'Inde semble-t-il. Mais l&#224; o&#249; les Song favorisent un d&#233;ploiement sans pr&#233;c&#233;dent de l'&#201;tat, de l'imp&#244;t et de la ville, l&#224; o&#249; les Turcs Ghazn&#233;vides et Ghourides jettent les bases du sultanat de Delhi &#224; coups de pillages et de tributs impos&#233;s aux indiens conquis, le projet d'empire occidental se brise sur l'&#233;cueil des villes, e noblesses et de chevaleries qui lui refusent les privil&#232;ges fondamentaux de l'empire, &#224; savoir le d&#233;sarmement des sujets et le paiement de l'imp&#244;t.&lt;br class='manualbr' /&gt;Apr&#232;s 1250 et la mort de l'empereur Fr&#233;d&#233;ric II, l'ambition imp&#233;riale est durablement an&#233;antie, m&#234;me si l'&#233;vidence collective demeure que l'Occident est l'Empire chr&#233;tien, hors duquel il n'existe que barbares ou agresseurs. Le titre imp&#233;rial demeure dans la lign&#233;e des ma&#238;tres de l'Allemagne et de l'Europe centrale, qu'on nomme empereurs &#171; d'Autriche &#187; &#224; partir du XVIIIe si&#232;cle. C'est sur cette appropriation spontan&#233;e du privil&#232;ge imp&#233;rial par la nation allemande que joue Bismarck en 1871 pour faire proclamer l'empire apr&#232;s la victoire commune des Allemands contre la France. Plus &#224; l'est, la Russie se dit empire en h&#233;riti&#232;re de Byzance, la deuxi&#232;me Rome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le d&#233;sordre et le droit &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;alit&#233; des rapports de force est tout autre et tr&#232;s d&#233;concertante pour qui chausse les lunettes de l'histoire des empires pour la consid&#233;rer. L&#224; o&#249; l'empire avait exerc&#233; son autorit&#233;, c'est l'&#233;miettement qui pr&#233;vaut. Apr&#232;s 1250, l'Italie du Nord et du Centre abrite des dizaines de cit&#233;s , l'Allemagne des centaines de principaut&#233;s. Mais l'Espagne conna&#238;t aussi plusieurs royaumes et l'autorit&#233; des rois de France, m&#234;me apr&#232;s Saint Louis, se heurte &#224; bien des r&#233;sistances en Aquitaine, en Bretagne ou en Flandre. En un mot, la situation de l'Occident ressemble &#224; un assemblage de ce que les historiens arabes nomment des ta&#239;fas, des autorit&#233;s de fortune n&#233;es dans l'urgence d'un effondrement imp&#233;rial, et qui ne sont pas destin&#233;es &#224; durer &#8212; ainsi les ta&#239;fas d'Espagne, les mieux connues en Occident, qui succ&#232;dent au califat de Cordoue naufrag&#233;, et que balaie soixante ans plus tard le nouveau projet imp&#233;rial des Almoravides&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est bien ainsi qu'lbn Khald&#251;n d&#233;crit l'Occident du XIVe si&#232;cle. Il y (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais pr&#233;cis&#233;ment,en Occident, cette d&#233;sint&#233;gration s'organise pour des si&#232;cles. L&#224; o&#249; un observateur islamique attendrait la plus extr&#234;me instabilit&#233;, comme ce fut le cas dans l'Espagne des ta&#239;fas&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;2. Presque constamment en guerre les unes contre les autres. Une soixantaine (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'historien d'aujourd'hui constate au contraire une &#233;tonnante stabilit&#233; politique. Ce que nous appelons des &#171; dynasties nouvelles &#187; dans l'histoire de l'Europe n'en sont g&#233;n&#233;ralement pas, &#224; partir des XIIe et XIIIe si&#232;cles. L'av&#232;nement des Valois (1328), des Bourbons (1589) marque simplement l'interruption d'une descendance en ligne directe et le passage de la l&#233;gitimit&#233; royale &#224; une lign&#233;e cousine. Il en est de m&#234;me des Lancastre (1399), York, Tudors (1485) ou Stuarts (1603) en Angleterre. Dans l'empire, les Habsbourg r&#232;gnent plus de six si&#232;cles (1273-1918). En Castille, la &#171; r&#233;volution &#187; des Trastamares installe la descendance d'un demi-fr&#232;re du dernier souverain de la dynastie pr&#233;c&#233;dente (1369), et le passage des Trastamares aux Habsbourg en 1504 tient &#224; ce que c'est une fille qui h&#233;rite de la royaut&#233;, la dynastie prenant alors le nom de son &#233;poux.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ces changements somme toute insignifiants &#8212; m&#234;me si des guerres civiles d&#233;cident entre les pr&#233;tendants &#8212; maintiennent jusqu'&#224; la R&#233;volution fran&#231;aise et aux bouleversements napol&#233;oniens les m&#234;mes familles sur les tr&#244;nes d'Europe. On n'y trouve rien des changements brutaux de tribus ou d'ethnies qui scandent l'histoire de l'Islam, de la Chine, de Rome ou de Byzance&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Du moins jusqu'au XIIe si&#232;cle pour Byzance. &#192; partir de la dynastie des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On n'y voit pas, comme en Chine ou dans l'Islam, des peuples inconnus aux dialectes sauvages piller en vainqueurs les m&#233;tropoles de l'empire. L'instauration d'un pouvoir &#233;tranger par la conqu&#234;te, qui est presque la norme dans l'histoire des empires, comme on l'a compris, y est tr&#232;s rare. La cha&#238;ne l&#233;gitime des rois, par quelque biais qu'on en retrouve le fil, n'est en Europe presque jamais rompue. L'&#233;lection de Charles Quint aux tr&#244;nes de Boh&#234;me et de Hongrie apr&#232;s la d&#233;faite des Hongrois &#224; Mohacs face aux Ottomans (1526) comme celle de Philippe II au tr&#244;ne du Portugal (1580) s'expliquent par l'urgence des circonstances, la mort du roi l&#233;gitime sur le champ de bataille et la brutale menace sur l'ordre global de la Chr&#233;tient&#233; que fait peser le vainqueur, musulman dans les deux cas. Dans ces conjonctures rares, l'Occident se retrouve Empire chr&#233;tien. C'est &#224; l'empereur Charles Quint, ou au monarque le plus puissant de la Chr&#233;tient&#233; d'alors, Philippe II, que revient la succession vacante.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'extr&#234;me division du pouvoir s'associe donc &#224; une extr&#234;me l&#233;galit&#233; que les empires ignorent pour l'essentiel. La restriction du pouvoir des souverains de l'Europe est ce qui justifie paradoxalement leur droit de r&#233;gner aupr&#232;s de leurs pairs et aupr&#232;s de l'&#201;glise, qui maintient l'ambition imp&#233;riale en rappelant l'unit&#233; chr&#233;tienne. Le souci de la l&#233;gitimit&#233; royale tient donc &#224; ces deux v&#233;rit&#233;s contradictoires : l'Occident est un empire &#8212; chr&#233;tien ; mais nul n'en assume plus la charge souveraine depuis 1250 au moins&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Peut-&#234;tre m&#234;me depuis l'&#233;chec des empereurs germaniques Ottoniens peu apr&#232;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Lorsque l'empire s'incarne, en Chine ou en Islam, il se soucie peu de l&#233;gitimit&#233;, car il n'existe pas d'instance capable de juger de l'empire, sinon l'empire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La l&#233;gitimation ne se d&#233;ploie que lorsque la `asabiya fait d&#233;faut : ainsi (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La guerre de l'&#201;tat n'a pas &#224; prouver qu'elle est l&#233;gitime ou sainte. Elle s'exprime naturellement, en Islam par exemple, sous l'aspect du &lt;i&gt;jih&#226;d&lt;/i&gt;. La religion b&#233;nit le pouvoir.&lt;br class='manualbr' /&gt;Au contraire, la contrainte juridique qui p&#232;se sur le pouvoir en Occident y interdit de fait la conqu&#234;te et l'annexion d'un royaume voisin. Mais cette retenue s'&#233;tend aux biens des sujets, que prot&#232;ge la m&#234;me l&#233;galit&#233;. Le roi est assur&#233; de son pouvoir dans la mesure o&#249; &#8212; et pour les m&#234;mes raisons que &#8212; ses sujets sont assur&#233;s de leur vie et de leurs biens, voire de la possession de leurs armes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; partir du XIVe si&#232;cle, et de la renaissance d'un imp&#244;t longtemps l&#233;ger, le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le pouvoir royal en Occident, tout habill&#233; qu'il est au fil des si&#232;cles de droit romain, est de la m&#234;me nature originelle que celui d'un seigneur possesseur de sa terre. L'empereur de Chine, le sultan de l'Islam sont par essence d'une autre nature que leurs sujets. Ils commandent &#224; des forces par d&#233;finition &#233;trang&#232;res &#224; leurs populations s&#233;dentaires, qui sont des esclaves (&lt;i&gt;douloi&lt;/i&gt;), un troupeau (&lt;i&gt;ra' iyya&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;ryot&lt;/i&gt; dans l'Inde moghole). En retour les souverains, issus d'une &lt;i&gt;'asabiya&lt;/i&gt; tribale, ne se font empereurs et garants du monde s&#233;dentaire qu'au prix d'une v&#233;ritable conversion, de la steppe &#224; la ville, de la guerre au palais, d'une mutation g&#233;n&#233;tique qui tue leur lign&#233;e au terme de quelques g&#233;n&#233;rations. Les vies des dynasties imp&#233;riales sont donc aussi courtes, si elles accompagnent le d&#233;clin de la valeur guerri&#232;re de la &lt;i&gt;'asabiya&lt;/i&gt; qui les a port&#233;es au pouvoir, que celles des dynasties europ&#233;ennes, garanties par le droit, sont longues.&lt;br class='manualbr' /&gt;En cons&#233;quence, les pouvoirs europ&#233;ens ont une emprise limit&#233;e sur leurs sujets et sur leurs voisins, tandis que l'expansion potentielle d'un pouvoir islamique n'a d'autre fronti&#232;re que celles de l'Islam, et ses exigences fiscales d'autres bornes th&#233;oriques que la survie de ses sujets&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut en dire autant de la Chine, avec plus d'&#233;vidence encore. Toute (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le monarque imp&#233;rial n'a donc pas &#224; &#171; monopoliser &#187; le pouvoir, comme le dit Max Weber, comme un gros actionnaire acquiert peu &#224; peu le reste des parts d'une compagnie &#8212; ce qui fut en effet &#224; peu pr&#232;s la d&#233;marche des rois d'Occident au d&#233;triment de leur noblesse entre le XIVe et le XVIIIe si&#232;cle. Car, dans les empires, la &lt;i&gt;'asabiya&lt;/i&gt; fondatrice de l'&#201;tat est par d&#233;finition un bloc allog&#232;ne propre au service de la monarchie, qui ne se partage pas, ne se d&#233;coupe pas et dont les sujets s&#233;dentaires sont rigoureusement &#233;cart&#233;s de la moindre parcelle. Une fois &#233;puis&#233;e, elle se renouvelle d'un coup, par une d&#233;faite militaire ou une r&#233;volte. Dans les empires aussi, la toute-puissance du souverain sur la richesse de son troupeau producteur est absolue, arbitraire. Il n'y a pas de sujet que l'empereur ne puisse, pour le bien de l'&#201;tat, ruiner ou mettre &#224; mort. C'est cela que les Europ&#233;ens des Lumi&#232;res horrifi&#233;s nomm&#232;rent le &#171; despotisme oriental &#187;. Ils ne se trompaient que sur l'adjectif. Ce &#171; despotisme &#187; est imp&#233;rial , probablement aussi pr&#233;sent dans l'Empire romain finissant ou &#224; Byzance qu'en Inde islamique ou en Chine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La &#171; s&#233;dentarisation &#187; des populations pourtant nombreuses et &#233;minemment (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir ainsi vigoureusement oppos&#233; l'histoire de l'Europe &#224; celle des empires, il est bon d'y apporter les nuances qui s'imposent : l'Europe moderne a connu la situation imp&#233;riale l&#224; o&#249; elle a pris la succession des empires, c'est-&#224;-dire dans ses domaines coloniaux. L'Empire colonial britannique est-il un empire au sens o&#249; nous l'avons jusqu'ici entendu ? La r&#233;ponse est double. Le royaume de Grande-Bretagne n'est pas un empire. L'attribut imp&#233;rial par excellence, c'est-&#224;-dire la solitude, la certitude de r&#233;sumer la civilisation, lui fait d&#233;faut. La Grande-Bretagne est en 1914 l'une des cinq puissances majeures de l'Europe ; mais le plus farouchement nationaliste des Britanniques aurait du mal &#224; se convaincre que les Fran&#231;ais ou les Allemands sont des &#171; barbares &#187;, au sens o&#249; un Chinois accepte spontan&#233;ment le terme pour d&#233;signer un &#233;tranger, au sens o&#249; un musulman entend le mot &#171; Infid&#232;le &#187; ou &#171; pa&#239;en &#187; &#8212; ce qui est la forme religieuse naturelle &#224; la d&#233;finition imp&#233;riale islamique. En revanche, on l'a vu, l'Inde britannique se construit en h&#233;riti&#232;re de l'Empire moghol, et, plus g&#233;n&#233;ralement, l'h&#233;g&#233;monie britannique en Asie peut s'identifier comme un empire. L'Angleterre outre-mer, notamment l'Angleterre en Inde &#8212; o&#249; les Britanniques ont appris les recettes s&#233;culaires des vizirs de l'Inde islamique &#8212; cette Angleterre-l&#224; est bien un empire.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les colonisateurs ont retrouv&#233; spontan&#233;ment la posture et le r&#244;le des vieilles aristocraties guerri&#232;res, dont ils n'ont pas manqu&#233; de reprendre &#224; leur service les forces vives &#8212; Sikhs, Pendjabis, Gurkhas, Pathans aux Indes par exemple. L'empire colonial fran&#231;ais a suivi, parfois pr&#233;c&#233;d&#233;, les pratiques britanniques. Napol&#233;on III proclame un Empire arabe en Alg&#233;rie &#8212; par &#171; arabe &#187;, il faut ici entendre les tribus de l'Alg&#233;rie int&#233;rieure qui avaient suivi Abd al-Kader dans son combat. Lyautey impose la nouvelle &lt;i&gt;'asabiya&lt;/i&gt; des Fran&#231;ais dans le r&#244;le de sauveurs de la dynastie ch&#233;rifienne et des &#233;quilibres sociaux conservateurs du Maroc s&#233;dentaire. Comme les vieilles tribus, les colonisateurs sont le plus souvent d'infimes minorit&#233;s perdues dans des oc&#233;ans d'humanit&#233; s&#233;dentaire, sur laquelle ils savent pouvoir exercer l'autorit&#233; naturelle des &#171; races martiales &#187; sur des troupeaux d&#233;pourvus de solidarit&#233; et de courage, comme e&#251;t dit Ibn Khald&#251;n. Le tranquille m&#233;pris colonial pour le fellah &#233;gyptien, le Maure alg&#233;rois, le petit fonctionnaire bengali, va de pair avec la fascination pou la loyaut&#233; f&#233;odale du Sikh, la bravoure sauvage de l'Afghan ou du Berb&#232;re de l'Atlas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;O&#249; l'on retrouve Max Weber&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a donc pas en Europe d'exemple de ces chevauch&#233;es &#233;piques qui balaient les immensit&#233;s de l'Ancien Monde et qui sont si communes dans l'histoire de l'Islam et de la Chine. L'Europe a refus&#233; la division du s&#233;dentaire et du tribal, du &#8212;producteur et du violent. Son histoire montre des pouvoirs d'une &#233;tonnante stabilit&#233; et d'une remarquable modestie dans leurs entreprises d'expansion ou de conqu&#234;te, du moins sur le continent &#8212; seule l'expansion coloniale, on l'a vu, y fait r&#233;sonner les &#233;chos de l'empire.&lt;br class='manualbr' /&gt;Tout change &#224; partir de la fin du XVIIIe si&#232;cle et de la modernit&#233;. La r&#233;volution politique en France, entre 1789 et 1814, fait voler en &#233;clats les r&#232;gles de la l&#233;gitimit&#233; qui s'&#233;taient impos&#233;es pendant des si&#232;cles sur le continent, et qui y avaient mod&#233;r&#233; toutes les entreprises politiques &#8211; m&#234;me celles des monarques les plus imp&#233;rieux ou les plus ambitieux, un Charles Quint ou un Louis XIV. L'Empire napol&#233;onien (1804-1814)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ou 1792-1814.&#034; id=&#034;nh18-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est la premi&#232;re v&#233;ritable tentative, appuy&#233;e sur la &lt;i&gt;'asabiya &lt;/i&gt;neuve des arm&#233;es r&#233;volutionnaires, de constituer une toute-puissance imp&#233;riale dans la totalit&#233; d'un espace europ&#233;en qui l'avait refus&#233;e depuis huit si&#232;cles. Elle &#233;choue rapidement, m&#234;me si elle contribue &#224; d&#233;truire l'ordre ancien, m&#234;me si elle pr&#233;figure, par l'ampleur des guerres qu'elle a d&#233;cha&#238;n&#233;es, les monstrueux conflits mondiaux du XXe si&#232;cle.&lt;br class='manualbr' /&gt;Quoi qu'il en co&#251;te cependant &#224; l'orgueil national, l'historien est contraint d'admettre que la r&#233;volution politique en France, apr&#232;s 1789, n'est pas le moteur essentiel de la modernit&#233;, qu'il faut au contraire chercher dans le bouleversement radical des conditions de l'&#233;conomie &#8212; ce qu'on d&#233;signe commun&#233;ment et l&#233;gitimement sous le nom de &#171; R&#233;volution industrielle &#187;. Ce bouleversement tr&#232;s complexe des conditions de la civilisation mat&#233;rielle de l'humanit&#233;, apparu en Angleterre &#224; la fin du XVIIIe si&#232;cle, et de loin le plus important de l'histoire humaine, lib&#232;re en effet des &#233;nergies cr&#233;atrices de richesses et d'hommes et les multiplie dans des proportions au sens propre inou&#239;es, jamais vues, jamais pens&#233;es, jamais imagin&#233;es auparavant.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il met ainsi pratiquement (mais sans doute provisoirement) fin &#224; l'histoire des empires en abolissant la distinction fondamentale de la th&#233;orie d'Ibn Khald&#251;n &#8212; et de la pratique des empires &#8212; entre producteur et guerrier. Distinction que rendait imp&#233;rative la n&#233;cessit&#233; de d&#233;sarmer l'immense majorit&#233; pour assurer &#224; l'&#201;tat le b&#233;n&#233;fice du travail pacifique des sujets par le biais de l'imp&#244;t, et qui promettait en retour &#224; ceux-ci la prosp&#233;rit&#233;. D&#233;sormais en effet, l'&#201;tat et l'imp&#244;t ne sont plus les sources uniques, ni m&#234;me principales, de la cr&#233;ation de richesses. La distinction du producteur et du guerrier, de la s&#233;dentarit&#233; et de la tribu, que l'histoire de l'Europe n'avait jamais pleinement accept&#233;e, dispara&#238;t donc totalement au cours du XIXe si&#232;cle, le plus souvent entre 1870 et 1914 : le citoyen, partout triomphant en Europe apr&#232;s 1870 et la g&#233;n&#233;ralisation du suffrage universel, unit les droits et les devoirs du producteur et du guerrier quand la patrie le requiert &#8212; ce qu'elle fera pour la majorit&#233; d&#232;s Europ&#233;ens &#224; deux reprises, en 1914 et en 1939.&lt;br class='manualbr' /&gt;On a depuis plusieurs d&#233;cennies insist&#233; &#224; juste titre sur la &#171; brutalisation &#187; qu'ont inflig&#233;e au monde les deux guerres mondiales et les r&#233;gimes totalitaires de la premi&#232;re moiti&#233; du XXe si&#232;cle. On a moins souvent relev&#233; que cette brutalit&#233; croissante est directement attach&#233;e &#224; l'extension et au triomphe des soci&#233;t&#233;s &#171; d&#233;mocratiques &#187; au sens o&#249; l'entendait Tocqueville de soci&#233;t&#233;s de masse. Le d&#233;sarmement de l'immense majorit&#233;, que les empires assignaient exclusivement aux t&#226;ches productives, dispara&#238;t avec le monde moderne. La violence qui &#233;tait interdite &#224; la plupart est donc rendue &#224; tous. Le producteur est maintenant arm&#233; et la guerre prend des dimensions qu'on ignorait jusqu'alors. La Chine, empire par excellence, h&#233;riti&#232;re d'une mill&#233;naire culture du m&#233;pris de la force militaire, &#233;prouve en 1949 la premi&#232;re v&#233;ritable victoire d'une insurrection paysanne, d'une arm&#233;e de producteurs qui s'approprient une violence jusque-l&#224; interdite et condamn&#233;e, au terme d'une guerre mondiale et civile qui lui co&#251;ta sans doute au moins une quinzaine de millions de vies. Il est significatif par ailleurs que les guerres de la R&#233;volution et de l'Empire aient mobilis&#233; pour la premi&#232;re fois autant d'hommes, fait p&#233;rir autant de soldats sur les champs de bataille et d&#233;cha&#238;n&#233; autant de destructions dans toute l'Europe sans provoquer les irr&#233;m&#233;diables fl&#233;aux de la famine et de l'&#233;pid&#233;mie, inh&#233;rents aux grandes invasions du pass&#233;, et sans y laisser pour plusieurs g&#233;n&#233;rations &#8212; comme ce fut encore le cas pour la guerre de Trente Ans (1618-1648) &#8212; les traces d'un profond recul du peuplement dans les r&#233;gions les plus affect&#233;es par le conflit. En ce sens aussi, et peut-&#234;tre surtout, ces guerres ouvrent l'&#232;re moderne.&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est tout cela que porte la c&#233;l&#232;bre phrase de Max Weber sur le &#171; monopole de la violence l&#233;gitime &#187; qui ouvre ce d&#233;veloppement. Comme toutes les formules qui p&#232;sent et qui s'enracinent dans la conscience collective, l'expression est en fait composite. &#171; L&#233;gitime &#187;, &#171; monopole &#187; et &#171; violence &#187; allient et relient plusieurs &#233;poques de l'histoire de l'Europe : la &lt;i&gt;l&#233;gitimit&#233;&lt;/i&gt; vient de ce monde ancien, m&#233;di&#233;val, o&#249; le souverain &#171; vit du sien &#187; (XIe-XIIIe si&#232;cle), comme un seigneur exploitant sa terre, &#224; l'image de milliers de ses vassaux ; un monde o&#249;, plus tard (XIVe-XVe si&#232;cle), il agit sous le regard suspicieux de l'&#201;glise et des corps sociaux, dont il doit requ&#233;rir l'assentiment pour lever des fonds et faire la guerre. Le &lt;i&gt;monopole&lt;/i&gt; de la violence est lentement acquis entre le XVe et le XVIIIe si&#232;cle par la g&#233;n&#233;ralisation de l'imp&#244;t, la &#171; domestication &#187; de la noblesse et la constitution d'arm&#233;es de m&#233;tier &#8212; en &#233;change, pour l'essentiel, de la garantie des personnes et des biens que la monarchie assure &#224; ses peuples. La &lt;i&gt;violence&lt;/i&gt; enfin vise surtout l'immense &#233;nergie belliqueuse que lib&#232;rent la R&#233;volution industrielle et sa cons&#233;quence politique, l'armement g&#233;n&#233;ral des peuples au XIXe si&#232;cle. La formule d&#233;finit parfaitement l'&#201;tat europ&#233;en tel qu'il s'est lentement constitu&#233; hors du m&#233;canisme des empires, tel qu'il parvient &#224; maturit&#233; entre 1870 et 1940. Le texte de Max Weber (1920) est donc exactement dat&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Cette admirable d&#233;finition de l'&#201;tat par le monopole de la violence l&#233;gitime heurterait probablement aujourd'hui, si on la leur soumettait, la plupart de nos contemporains : nous sommes sans doute plus proches aujourd'hui de la morale des empires et de l'exclusion de la violence qui en est l'une des marques que du monde &#171; d&#233;mocratique &#187; et violent des masses o&#249; v&#233;cut Max Weber.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un monde s&#233;dentaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut globalement affirmer que, dans les deux derniers si&#232;cles, le paradigme europ&#233;en de l'&#201;tat tel que le d&#233;finit Max Weber s'est impos&#233; dans le monde au d&#233;triment de celui de l'empire : des d&#233;mocraties arm&#233;es, volontiers agressives &#224; l'&#233;gard du monde ext&#233;rieur mais attentives en revanche aux conditions de vie et aux opinions de leurs citoyens, respectueuses de leurs droits, au moins en principe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#234;me les pires dictatures, fascistes ou communistes, se pr&#233;occupent du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ont remplac&#233; des empires profond&#233;ment &#233;litistes, &#233;trangers &#224; leurs peuples, par n&#233;cessit&#233; arbitraires dans leurs d&#233;cisions mais tr&#232;s prudents, en revanche, dans leur relation avec le monde barbare. L'empire est pacifique non seulement parce qu'il craint le conflit avec les tribus qui le cernent, mais parce qu'il r&#233;pudie la violence, pour la simple raison qu'elle entrave le processus de fiscalisation, d'urbanisation et de progr&#232;s de la prosp&#233;rit&#233; qu'il se donne pour but. Le recours &#224; la violence des barbares contre les barbares, pour le dire comme le g&#233;n&#233;ral Ban Chao, conqu&#233;rant du Tarim sous les Han, est un rem&#232;de empirique et imparfait qu'implique le n&#233;cessaire d&#233;sarmement des s&#233;dentaires, un pis-aller dont aucun empire n'a par d&#233;finition r&#233;ussi &#224; faire l'&#233;conomie.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais le paradoxe du triomphe de l'&#201;tat national sur l'empire, c'est qu'il remplit mieux les fonctions de l'empire que ne faisait l'empire. Fort de l'armement de son peuple &#8212; souvent traduit par un &#171; service militaire &#187; qui se g&#233;n&#233;ralise en Europe dans la seconde moiti&#233; du XIXe si&#232;cle &#8212; l'&#201;tat se dispense enfin du recours aux barbares, dont il abolit peu &#224; peu l'existence avec les fonctions. Les derniers peuples de la steppe sont, au sens le plus commun, &#171; s&#233;dentaris&#233;s &#187;, non sans de sauvages violences dans l'Union sovi&#233;tique, la Chine, l'Iran ou la Turquie des ann&#233;es 1920-1960. Les r&#233;duits montagnards, les particularismes qui pourvoyaient jusque-l&#224; les empires en distinctions ethniques utiles &#224; la gestion de leurs arm&#233;es ou au maintien de l'ordre, sont partout pourchass&#233;s au nom de l'&#171; unit&#233; nationale &#187;, r&#233;duits au silence quand ils ne sont pas an&#233;antis. &#192; la fin du XXe si&#232;cle, sans doute pour la premi&#232;re fois dans l'histoire &#224; ce point, l'immense majorit&#233; des populations humaines vit sous l'autorit&#233; d'un &#201;tat. Au sens qu'Ibn Khald&#251;n donne au mot, il n'y a plus gu&#232;re de b&#233;douins ou de tribus &#8212; d'ethnies ou de groupes incontr&#244;l&#233;s, totalement &#233;trangers &#224; la protection ou &#224; la d&#233;pendance d'un &#201;tat. Le pilier b&#233;douin de l'empire a disparu, et la construction d'Ibn Khald&#251;n s'effondre.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'&#201;tat europ&#233;en, national, &#171; d&#233;mocratique &#187; et populaire &#8212; dont le mod&#232;le s'&#233;tend d&#233;sormais sur toute la terre &#8212; a ainsi paradoxalement tir&#233; de la modestie de ses origines et des limites autrefois pos&#233;es &#224; ses pouvoirs une puissance qu'aucun empire n'avait jamais atteinte &#8212; et que les totalitarisme du XXe si&#232;cle manifestent pleinement. Les r&#233;volutions techniques et l'&#233;norme accumulation de richesse et de population ont ajout&#233; leurs effets &#224; l'armement des peuples et &#224; l'&#233;radication des poches tribales pour accro&#238;tre la place de l'&#201;tat dans nos soci&#233;t&#233;s dans des proportions impensables voici seulement deux si&#232;cles. Peu ou prou, un Fran&#231;ais &#8212; mais aussi un Am&#233;ricain &#8212; sur six ou sept travaille aujourd'hui pour la puissance publique, nationale, f&#233;d&#233;rale ou territoriale. Cette &#233;norme inflation des fonctions de l'&#201;tat a &#233;t&#233; rendue possible, il convient toujours de rappeler ce paradoxe, par l'&#233;mergence d'une &#233;conomie qui ne d&#233;pend plus exclusivement de l'accumulation premi&#232;re du capital par l'imp&#244;t et qui s'est donc en partie au moins affranchie de la d&#233;pendance financi&#232;re imm&#233;diate de l'&#201;tat. Le but de la s&#233;dentarisation au sens o&#249; l'entend Ibn Khald&#251;n, c'est-&#224;-dire la pacification et la prosp&#233;rit&#233;, a &#233;t&#233; atteint par la d&#233;marche inverse de celle qui paraissait s'imposer : au lieu du d&#233;sarmement des peuples, leur &#233;mancipation et leur acc&#232;s aux armes ; au lieu du L&#233;viathan de l'empire, la garantie juridique des personnes et des biens de l'&#201;tat ; au lieu de l'imp&#244;t &#233;crasant et arbitraire inflig&#233; aux sujets, une assez large r&#233;partition de la richesse parmi les citoyens.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'autre paradoxe en effet, c'est que le monde est aujourd'hui mieux s&#233;dentaris&#233; qu'aucune autorit&#233; imp&#233;riale n'a jamais r&#234;v&#233; qu'il le f&#251;t. S'il fallait d&#233;finir les sympt&#244;mes &#8211; et les moteurs &#224; la fois &#8211; de l'incessant courant de s&#233;dentarisation qui a irrigu&#233; jusqu'aux provinces les plus recul&#233;es de notre monde depuis deux si&#232;cles, on pourrait les r&#233;duire, non sans sch&#233;matisme il est vrai, &#224; quelques mots symboliques : urbanisation, scolarisation, mutations d&#233;mographiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?805-breve-histoire-des-empires-et-l' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Seconde partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb18-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C'est bien ainsi qu'lbn Khald&#251;n d&#233;crit l'Occident du XIVe si&#232;cle. Il y existait un empire &#8212; franc, ici dans le sens de &#171; fran&#231;ais &#187; &#8212; que la guerre (de Cent Ans) perdue contre la &lt;i&gt;'asabiya&lt;/i&gt; neuve des Anglais a r&#233;duit en miettes, en particulier sur les rives m&#233;diterran&#233;ennes. D'infimes cit&#233;s, G&#234;nes, Venise ou Barcelone, font d&#233;sormais la loi sur mer.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;2. Presque constamment en guerre les unes contre les autres. Une soixantaine d'ann&#233;es apr&#232;s la cr&#233;ation de ces principaut&#233;s (entre 1016 et 1025), plus de la moiti&#233; d'entre elles ont disparu, avant m&#234;me l'intervention des Almoravides, qui liquident toutes les survivantes (1086-1091).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Du moins jusqu'au XIIe si&#232;cle pour Byzance. &#192; partir de la dynastie des Comn&#232;nes, Byzance s'aligne sur le mod&#232;le des royaut&#233;s occidentales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Peut-&#234;tre m&#234;me depuis l'&#233;chec des empereurs germaniques Ottoniens peu apr&#232;s l'an mil.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La l&#233;gitimation ne se d&#233;ploie que lorsque la &lt;i&gt;`asabiya&lt;/i&gt; fait d&#233;faut : ainsi aux Xe et XIe si&#232;cles dans la querelle des califats abbasside, fatimide et omeyyade, dont le conflit arm&#233; n'aboutit &#224; aucun r&#233;sultat. La propagande prend alors le relais, comme par exemple au moment de la d&#233;claration solennelle de juristes bagdadiens en 1011 qui conteste la v&#233;racit&#233; de la g&#233;n&#233;alogie alide des Fatimides &#8212; Ibn Khald&#251;n se moque ouvertement de cette man&#339;uvre dans son introduction &#224; la &lt;i&gt;Muqaddima&lt;/i&gt;. Les sultans ottomans d&#233;ploient aussi un v&#233;ritable effort de propagande &#224; l'heure d'affronter les Mamelouks. Mais la raison en est sans doute qu'ils se pr&#233;parent &#224; franchir l'unique fronti&#232;re r&#233;elle qui divise &#224; la fin du XVe si&#232;cle le corps de l'Empire islamique, entre le monde de culture persane d'o&#249; ils viennent et le monde de culture arabe dont Le Caire est encore la capitale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#192; partir du XIVe si&#232;cle, et de la renaissance d'un imp&#244;t longtemps l&#233;ger, le d&#233;sarmement des sujets est pay&#233; d'un renforcement de la protection juridique de leurs possessions. Tocqueville voyait sans doute juste en reprochant &#224; la noblesse d'avoir d'abord renonc&#233; &#224; sa libert&#233;, consenti aux avanc&#233;es du pouvoir royal, en &#233;change de la dispense de l'imp&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On peut en dire autant de la Chine, avec plus d'&#233;vidence encore. Toute entreprise politique en Chine vise &#224; l'empire, &#224; en contr&#244;ler la totalit&#233; du territoire. Dans le cas de l'Islam, la chose est un peu moins vraie apr&#232;s les conqu&#234;tes mongoles, qui &#233;tablissent, &#224; partir du XIVe si&#232;cle, une fracture qu'aucun pouvoir politique ne r&#233;duira entre monde &#171; persan &#187; &#224; l'est (y compris l'Inde) et monde &#171; arabe &#187; &#224; l'ouest, que domineront bient&#244;t les Ottomans. C'est ce monde que dessinent encore les trois empires des XVIe-XVIIIe si&#232;cles, ottoman &#224; l'ouest, safavide et moghol &#224; l'est, en Iran et en Inde.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La &#171; s&#233;dentarisation &#187; des populations pourtant nombreuses et &#233;minemment productives de l'Europe, c'est-&#224;-dire l'imposition d'une fiscalit&#233; aussi lourde que celle des empires, n'intervient pas, dans les monarchies les plus absolues comme la France, avant les XVIIe et XVIIIe si&#232;cles ; d'o&#249; la n&#233;cessit&#233; d'une accumulation d&#233;tourn&#233;e, par le biais des b&#233;n&#233;fices commerciaux de cit&#233;s libres (italiennes, allemandes, helv&#233;tiques), o&#249; s'enracinent les banques longtemps les plus actives du continent (&#224; Florence, G&#234;nes, Augsbourg, Gen&#232;ve...). On pourrait dire de l'ensemble de l'Europe de l'Ancien R&#233;gime, compar&#233;e &#224; l'Inde moghole ou &#224; la Chine des Ming, accabl&#233;es par l'imp&#244;t, ce qu'Arthur Young dit de la France de l'Ancien R&#233;gime : la soci&#233;t&#233; y est prosp&#232;re, et l'&#201;tat ruin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ou 1792-1814.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;M&#234;me les pires dictatures, fascistes ou communistes, se pr&#233;occupent du peuple, des masses, et affirment jouir du soutien des immenses majorit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'islam en dissidence &#8212; Gen&#232;se d'un affrontement</title>
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		<dc:date>2015-10-18T22:15:24Z</dc:date>
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		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Religion</dc:subject>
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		<dc:subject>Martinez-Gros G.</dc:subject>
		<dc:subject>Islam</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Introduction au livre de Gabriel Martinez-Gros et Lucette Valensi, L'islam en dissidence &#8212; Gen&#232;se d'un affrontement, Seuil 2004, r&#233;&#233;dit&#233; sous le titre L'islam, l&#034;islamisme et l'Occident chez Points, 2013. Source : https://ec56229aec51f1baff1d-185c30... Il est des confusions si f&#233;condes qu'on se garde de les dissiper. &#171; Islam &#187; s'entend de la religion que Mahomet fonda sur le message inalt&#233;rable, sur la parole &#233;ternelle dont Dieu lui fit la gr&#226;ce de la dict&#233;e. Ce Coran (Qur' an, la &#171; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-195-martinez-gros-g-+" rel="tag"&gt;Martinez-Gros G.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-214-islam-+" rel="tag"&gt;Islam&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Introduction au livre de Gabriel Martinez-Gros et Lucette Valensi, L'islam en dissidence &#8212; Gen&#232;se d'un affrontement, Seuil 2004, r&#233;&#233;dit&#233; sous le titre L'islam, l&#034;islamisme et l'Occident chez Points, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;https://ec56229aec51f1baff1d-185c3068e22352c56024573e929788ff.ssl.cf1.rackcdn.com/attachments/original/8/1/9/002625819.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://ec56229aec51f1baff1d-185c30...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il est des confusions si f&#233;condes qu'on se garde de les dissiper. &#171; Islam &#187; s'entend de la religion que Mahomet fonda sur le message inalt&#233;rable, sur la parole &#233;ternelle dont Dieu lui fit la gr&#226;ce de la dict&#233;e. Ce Coran (&lt;i&gt;Qur' an&lt;/i&gt;, la &#171; r&#233;citation &#187;, la &#171; lecture &#187;) dit aux hommes la Loi que Dieu leur a prescrite pour le temps qu'Il daignera octroyer &#224; la Cr&#233;ation, et qui les jugera au Dernier Jour. En ce sens, l'islam, comme le christianisme, &#233;chappe &#224; l'histoire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;O&#249; il avoue pourtant s'incarner. Tout comme le Christ est mort dans sa chair (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En revanche, l'Islam (ici pourvu d'une majuscule) d&#233;signe le domaine, vaste mais circonscrit dans l'espace et le temps (quatorze si&#232;cles, le cinqui&#232;me de l'humanit&#233;), o&#249; s'est d&#233;ploy&#233;e l'aventure des musulmans, l'histoire des soci&#233;t&#233;s qui se r&#233;clam&#232;rent de la Loi de Dieu et de l'exemple du Proph&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'islamisme est-il d'Islam ou d'islam ? D&#233;fend-il les droits d'une civilisation ou d'une religion ? Le plus souvent, et sans que la question soit ouvertement pos&#233;e, c'est ce dernier parti qu'on adopte, et qui dicte la r&#233;ponse qu'on entend apporter, ou opposer, &#224; l'islamisme. Pour les t&#233;l&#233;visions occidentales, l'islamisme se traque &#224; la sortie des mosqu&#233;es ou dans l'hypocrite douceur des propos d'un imam. &#192; la fin du reportage qu'on consacre &#224; un pays musulman, l'image d'une salle de pri&#232;re au moment o&#249; les fid&#232;les s'y prosternent suffit &#224; d&#233;noncer le danger, sans m&#234;me qu'il soit besoin de commentaire. Les mots &#8212; &#171; fondamentalisme &#187;, &#171; int&#233;grisme &#187; &#187; &#8212; sont clairement tir&#233;s du lexique de l'histoire r&#233;cente des religions, en particulier du catholicisme. Les islamistes, de leur c&#244;t&#233;, ne cessent d'invoquer le Coran, d'excommunier leurs adversaires, de restaurer le vieux foss&#233; creus&#233; &#224; la fronti&#232;re de la foi et de l'infid&#233;lit&#233;, de l'islam et de l'immense territoire de l'Incroyance &#8212; des &lt;i&gt;kuffar&lt;/i&gt; odieux et des apostats criminels. Tous les signes convergent donc : c'est bien une religion qui dit non au monde moderne.&lt;br class='manualbr' /&gt;On mesure mal, en g&#233;n&#233;ral, les implications de cette interpr&#233;tation si spontan&#233;e, si largement partag&#233;e par le militant islamiste et par l'observateur occidental qu'elle ne semble pas m&#233;riter discussion, quand elle repose en v&#233;rit&#233; sur un large socle de discours enracin&#233;s qu'il convient d'expliciter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Archa&#239;sme contre modernit&#233;, Nord et Sud. D&#233;finition du tiers-mondisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors que la religion investit le champ du politique et de l'histoire, l'analyse peut h&#233;siter entre deux voies, &#233;galement emprunt&#233;es depuis l'attentat du 11 Septembre en particulier. La premi&#232;re constate que l'Islam bigot et l'Occident agnostique n'ont ni la m&#234;me saisie, ni la m&#234;me pes&#233;e du monde, qu'ils ne partagent aucun principe commun et que l'Occident est devenu incapable de comprendre l'Islam. &#171; Devenu &#187;, car l'Occident fut autrefois ce que l'Islam offre au regard : une culture fond&#233;e sur une foi &#8212; une Chr&#233;tient&#233;. L'affrontement, ou plut&#244;t l'incompr&#233;hension, repose donc sur une conception progressive de l'histoire, si famili&#232;re que les innombrables r&#233;futations des historiens du XXe si&#232;cle ne l'ont gu&#232;re &#233;branl&#233;e. La religion a pr&#233;c&#233;d&#233; la raison, dont le triomphe semble assur&#233;. Malgr&#233; la jeunesse des foules islamistes, et le vieillissement de l'Occident, renversement paradoxal du conflit de l'ancien et du moderne, il ne fait gu&#232;re de doute que le dogme religieux et la pratique pieuse reculeront devant le doute scientifique et l'opulence de la vie. Sans doute est-ce m&#234;me la conscience douloureuse de son in&#233;vitable d&#233;cadence qui nourrit le regain inattendu de l'islam. La ranc&#339;ur islamiste na&#238;t des progr&#232;s m&#234;mes de l'Occident et de la raison, de la difficult&#233; persistante des musulmans &#224; accepter la civilisation universelle que l'Occident leur propose, et dont ils sentent bien, malgr&#233; leur refus d&#233;sesp&#233;r&#233;, que la victoire est l&#224;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ces consid&#233;rations ne sont pas sans fondement, mais elles impliquent, l&#224; encore, un postulat g&#233;n&#233;ralement tu : le r&#244;le exclusif de sujet d&#233;volu &#224; l'Occident. Lui seul agit, invente, propose, et finit par disposer. &#171; Les autres &#187; subissent, s'&#233;tonnent, refusent, et finissent par s'incliner. Leur r&#233;sistance m&#234;me donne la mesure du progr&#232;s. C'est parce que l'islam refusa l'imprimerie qu'on en sait toute l'importance.
_Histoire du progr&#232;s et monopole de la cr&#233;ativit&#233; occidentale sont li&#233;s. Ils naissent du m&#234;me constat : &#224; partir du XVIIe si&#232;cle &#8212; nous reviendrons sur cette chronologie &#8212; la perc&#233;e scientifique, technique, &#233;conomique, militaire et politique de l'Europe forge une civilisation aussi diff&#233;rente de l'&#226;ge agraire qui l'a pr&#233;c&#233;d&#233;e depuis les d&#233;buts de l'histoire, quatre mille cinq cents ans auparavant, que les soci&#233;t&#233;s historiques l'&#233;taient des cultures du N&#233;olithique. C'est cette perc&#233;e qu'on peut &#224; juste titre nommer &#171; moderne &#187;. Elle aura, en quelques si&#232;cles, multipli&#233; le nombre des hommes, leur puissance et leur richesse, dans des proportions inou&#239;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Entre 1800 et 2050, en deux si&#232;cles et demi, le nombre des hommes aura &#233;t&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle aura aussi consacr&#233; l'exception europ&#233;enne, puis occidentale, parmi les civilisations. &#192; la diversit&#233; des foyers de peuplement et des sources de cr&#233;ation (Inde, Chine, Islam, Europe...) se substituent un centre unique et des p&#233;riph&#233;ries soumises, conquises et convaincues, un sujet et des objets, une histoire &#224; deux tons, en noir et blanc. Disparues les couleurs du tableau de l'humanit&#233; : la diversit&#233; des parlers, les nuances des savoir-vivre, la d&#233;licatesse des savoir-faire ternissent sous la lumi&#232;re aveuglante des nouveaut&#233;s europ&#233;ennes. L'observateur du XIXe si&#232;cle ne distingue plus que deux cat&#233;gories, qu'il nommera selon les cas &#171; Orient &#187; et &#171; Occident &#187;, puis &#171; m&#233;tropoles &#187; et &#171; colonies &#187;. Le nombre, l'immobilisme, la superstition religieuse d'une part ; de l'autre l'individu, l'invention, le d&#233;passement rationnel, technique, des barri&#232;res que l'humanit&#233; avait crues jusque-l&#224; naturelles. L'Islam figure en bonne place dans le premier camp, parmi les forces les plus &#233;troitement conservatrices que la modernit&#233; ait &#224; surmonter.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le XXe si&#232;cle, l'&#232;re des combats et des ind&#233;pendances, accentuera paradoxalement l'h&#233;g&#233;monie des concepts mis en place &#224; l'apog&#233;e de la colonisation, entre 1880 et 1914. L&#224; o&#249; L&#233;nine parlait de &#171; colonies et semi-colonies &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour d&#233;signer, dans ce dernier cas, les pays de l'&#171; Orient &#187; (&#233;trangers &#224; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, on dira &#224; partir du milieu des ann&#233;es 1950, en un seul mot d'une pr&#233;gnance et d'une autorit&#233; jamais d&#233;menties des d&#233;cennies durant, &#171; Tiers-Monde &#187;. On y retrouve la fracture de l'humanit&#233; en deux blocs aux ar&#234;tes tranch&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme on sait, du moins en France o&#249; l'expression fut forg&#233;e, ce &#171; Tiers &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et l'exacerbation des traits qui les opposent : d'un c&#244;t&#233; la richesse, la ma&#238;trise technique et scientifique, l'initiative historique ; de l'autre le nombre indistinct des pauvres, dont l'histoire se r&#233;sume &#224; la r&#233;action aux stimulus de l'aiguillon des dominants&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La radicalisation des caract&#232;res distinctifs des deux mondes se lit par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est ce monde en deux tons aussi ins&#233;parables que violemment contrast&#233;s, cette hostilit&#233; en miroir, cette g&#233;mellit&#233; du ma&#238;tre et de l'esclave engendr&#233;e par la construction occidentale du monde moderne, reprise par certains de ceux qui la contestent, que nous nommerons &#171; tiers-mondisme &#187;. Un exemple parlera mieux que de longs d&#233;veloppements. Le &lt;i&gt;Mecca-Cola&lt;/i&gt; est r&#233;cemment apparu dans les boutiques communautaires. Ce nouveau breuvage est une copie du &lt;i&gt;Coca-Cola&lt;/i&gt; auquel il entend se substituer. En fait, le Coca-Cola a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; contest&#233; depuis plusieurs dizaines d'ann&#233;es par les adversaires de &#171; l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain &#187;, qui appelaient &#224; le remplacer par des boissons plus &#171; authentiques &#187; et mieux enracin&#233;es dans les cultures traditionnelles &#8212; en vain. Le Mecca-Cola reconna&#238;t au contraire le triomphe du Coca-Cola qu'il reproduit. Il lie d'embl&#233;e sa diffusion au go&#251;t du Coca-Cola chez ses consommateurs, et &#224; leur refus de ce penchant qu'ils avouent. Boire Mecca, c'est boire Coca en disant non &#224; ce qu'on fait &#8212; ce qui est une parfaite illustration du tiers-mondisme et de son aporie.&lt;br class='manualbr' /&gt;Logiquement, cette conception &#171; tiers-mondiste &#187; ne reconna&#238;t qu'une seule civilisation, dont la richesse et la pauvret&#233;, le savoir et le nombre, l'injustice et la r&#233;volte, l'Occident et le Tiers-Monde sont les p&#244;les oppos&#233;s et solidaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les conceptions &#171; tiers-mondistes &#187; triomphent donc en particulier l&#224; o&#249; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle niera donc la pertinence d'une civilisation islamique dont l'expansion de l'Occident, le colonialisme, l'imp&#233;rialisme ont depuis longtemps an&#233;anti les tr&#233;sors et appauvri les peuples. Elle admettra, en revanche, que la religion musulmane, ultime refuge de peuples humili&#233;s, ait pu servir de recours et se gonfler, sous l'aspect de l'islamisme, de la col&#232;re et de la violence d&#233;sesp&#233;r&#233;e des pauvres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'utilise volontairement les termes &#171; humiliation &#187; et &#171; d&#233;sespoir &#187;, qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'islam &#8212; la religion musulmane &#8212; n'en demeure pas moins, dans cette conception, un d&#233;guisement, une fa&#231;on de dire le Sud &#224; la face du Nord&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La substitution, depuis une dizaine d'ann&#233;es, du &#171; Sud &#187; au &#171; Tiers-Monde &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, une transgression archa&#239;que jet&#233;e en d&#233;fi &#224; la modernit&#233; satisfaite du capitalisme victorieux. L'islamisme pr&#233;senterait une &lt;i&gt;apparence&lt;/i&gt; religieuse, mais &lt;i&gt;en r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt; il tiendrait un propos social. Nul ne s'&#233;tonnera de ce travestissement. Depuis que l'h&#233;g&#233;lianisme, et apr&#232;s lui le marxisme, se sont &#233;tablis au c&#339;ur de la pens&#233;e europ&#233;enne, la dialectique de la marche de la raison &#224; travers la fausse conscience des acteurs de l'histoire est devenue famili&#232;re aux sciences humaines. Qui plus est, cette &#171; fausse conscience &#187; qui traduit en termes religieux une protestation sociale est un des signes de l'ali&#233;nation du Sud, une des preuves de la justesse de son combat &#8212; mais d'un combat dont le sens v&#233;ritable n'est donn&#233; qu'&#224; l'observateur bienveillant du &#171; Nord &#187;. L'int&#233;grisme religieux, redout&#233;, combattu, ne serait pourtant que le masque de la r&#233;sistance &#224; la World Company.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce discours &#171; tiers-mondiste &#187; met l'accent sur d'indiscutables r&#233;alit&#233;s. Apr&#232;s deux si&#232;cles de domination &#233;conomique, culturelle, politique de l'Occident, la pression d'une croissance d&#233;mographique forte depuis 1930, &#233;crasante apr&#232;s 1950, a d&#233;truit les structures archa&#239;ques de l'&#233;conomie et pr&#233;cipit&#233; un &#233;norme exode rural. Sous l'impulsion des premiers gouvernements de l'ind&#233;pendance, soucieux de rompre avec l'immobilisme conservateur de la colonisation, une ambitieuse politique scolaire a &#233;t&#233; mise en place, qu'on oublie aujourd'hui trop souvent de porter au cr&#233;dit de r&#233;gimes discut&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le chapitre VI : &#171; L'Islam et l'Occident. Du choc colonial au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais qui a consomm&#233; la rupture avec les traditions paysannes encore dominantes au milieu du XXe si&#232;cle. On a raison de souligner la brutalit&#233; de cette fracture, d'y voir l'une des failles fondatrices de la violence islamiste, mais aussi, selon toute probabilit&#233;, d'ajouter que cette crise est sur le point de se refermer, et que les g&#233;n&#233;rations &#224; venir auront des d&#233;fis moins redoutables &#224; affronter&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On consultera sur ce point Gilles Kepel, Jihad, expansion et d&#233;clin de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il est clair que l'explication est insuffisante. Les courbes d&#233;mographiques de l'Islam, on le verra, ne sont gu&#232;re diff&#233;rentes de celles du reste du Tiers-Monde. La brutalit&#233; des &#233;volutions d&#233;mographiques ou sociales, l'urbanisation &#233;crasante, l'extension rapide d'une scolarisation souvent m&#233;diocre, peuvent aider &#224; comprendre l'ampleur des crises ; elles ne suffisent pas &#224; en saisir les racines propres &#224; ce monde qu'il faut bien se r&#233;signer &#224; nommer &#171; islamique &#187;. Car l'une des cons&#233;quences paradoxales de l'histoire de ces trente derni&#232;res ann&#233;es, si favorables, de l'avis g&#233;n&#233;ral, aux progr&#232;s de la &#171; mondialisation &#187;, c'est la r&#233;surgence de fronti&#232;res de civilisations qu'on aurait crues surann&#233;es, et qui d&#233;mentent la d&#233;finition monolithique d'un Tiers-Monde affront&#233; &#224; l'Occident. L'essor &#233;conomique de l'Asie orientale a r&#233;tabli une parent&#233; &#8212; et une confrontation &#8212; de destins entre la Chine et le Japon, que semblaient s&#233;parer nagu&#232;re les fronti&#232;res infranchissables de l'Est socialiste et de l'Ouest lib&#233;ral, du Nord industrialis&#233; et du Sud sous-d&#233;velopp&#233;. Et l'islamisme, r&#233;pandu de la Bosnie &#224; l'Indon&#233;sie, a ressuscit&#233; le territoire de la vieille civilisation islamique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le retour du refoul&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les civilisations sont-elles donc de retour ? Ou n'ont-elles jamais quitt&#233; la sc&#232;ne ? C'est la th&#232;se centrale de Samuel Huntington, largement caricatur&#233;e par le pr&#233;jug&#233; et la rumeur, mais qu'on ne saurait balayer sans l'avoir lue. L'auteur y d&#233;fend l'id&#233;e que les grandes civilisations de l'histoire humaine &#8212; qu'il r&#233;duit &#224; vrai dire le plus souvent &#224; l'Occident, &#224; l'Islam et &#224; l'Asie orientale sino japonaise&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Samuel Huntington, The Clash of Civilizations and the Remaking of World (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ont aussi vivantes qu'obstin&#233;ment ni&#233;es par l'id&#233;ologie du &#171; village plan&#233;taire &#187;, cosmopolite et m&#233;tiss&#233;. C'est dans la n&#233;gation universaliste des identit&#233;s particuli&#232;res, dit l'auteur, que r&#233;side le danger des coexistences hostiles et des guerres culturelles. Sans doute la &#171; mondialisation &#187; des &#233;changes favorise-t-elle ces &#233;volutions ; mais leur ampleur est d&#233;cupl&#233;e par la pouss&#233;e id&#233;ologique des &#201;tats-Unis, dont le creuset s'est nourri du refus de ces m&#234;mes barri&#232;res culturelles qu'ils nient aujourd'hui dans le monde. Arche de No&#233; d'une humanit&#233; nouvelle nourrie de toutes les esp&#232;ces culturelles anciennes, l'Am&#233;rique les d&#233;passe toutes pour ne plus faire qu'un. La mal&#233;diction de Babel est lev&#233;e &#8212; elle l'est pour les &#201;tats-Unis, elle doit l'&#234;tre, et le sera, pour le monde. Vision d&#233;sastreuse, qui conduit aux pires conflagrations, affirme l'auteur. La solution tient au contraire dans la reconnaissance des fronti&#232;res de civilisation, ou des lignes de cessez-le-feu d'une guerre des cultures incipientes ; il convient enfin, ajoute Samuel Huntington, que les &#201;tats-Unis abandonnent le mythe, f&#251;t-il fondateur, d'une nation-arche, indiff&#233;remment ouverte &#224; toutes les cultures, pour se rallier &#224; leur camp naturel, dont la survie exige leur pr&#233;sence, c'est-&#224;-dire &#224; l'Occident.&lt;br class='manualbr' /&gt;Cette pens&#233;e au sens strict conservatrice &#8212; des &#233;quilibres culturels &#8212; a le m&#233;rite de l'apparente confirmation des faits. D&#232;s le XIXe si&#232;cle sans doute, le foss&#233; scientifique, technique, militaire, culturel, politique qui s&#233;parait l'Occident du reste du monde &#233;tait si large que le regard europ&#233;en ne discernait plus sur la rive oppos&#233;e qu'une cohue informe de peuples &#233;galement arri&#233;r&#233;s, comme nul n'h&#233;sitait alors &#224; le dire. Africain ou Chinois, Alg&#233;rien ou Indien, tous se reconnaissaient au m&#234;me trait saillant, si caricatural qu'il en abolissait les rides particuli&#232;res creus&#233;es par les si&#232;cles : leur ignorance de la modernit&#233;. Les colonies, le Tiers-Monde, eurent l'avantage de dire en un seul mot tout ce que ce monde n'&#233;tait pas, et qui lui donnait son identit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Identit&#233; n&#233;gative, dont le tiers-mondisme est bien s&#251;r l'exacte traduction.&#034; id=&#034;nh19-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette &#233;poque est r&#233;volue, et il revient &#224; Samuel Huntington de l'avoir reconnu. Le Tiers-Monde est en train de dispara&#238;tre sous des pouss&#233;es multiples, mais coh&#233;rentes. Il para&#238;t difficile de nier la convergence des &#233;volutions d&#233;mographiques, sociales, &#233;conomiques, de l'Asie orientale et leur divergence d'avec celles de l'Afrique. De m&#234;me, l'islamisme identifie le monde musulman, et le distingue d'une masse tiers-mondiste qui se d&#233;compose.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#192; une diff&#233;rence pr&#232;s, sensible &#224; la lecture de Huntington. Si les succ&#232;s &#233;conomiques rendent ses fronti&#232;res &#224; l'Asie orientale, l'Islam semble retrouver les siennes par la violence politique. L'Asie sino-japonaise a reconquis son unit&#233; en ma&#238;trisant la modernit&#233;, l'Islam se regrouperait en la refusant. Dans le premier cas, les clefs d&#233;cisives de l'analyse des soci&#233;t&#233;s seraient donn&#233;es par les &#233;v&#233;nements des deux derniers si&#232;cles, qui ont totalement boulevers&#233; les soci&#233;t&#233;s traditionnelles au Japon comme en Chine, au Vietnam comme en Cor&#233;e. En terre musulmane au contraire, l'impression pr&#233;vaut souvent, si l'on s'en tient aux images t&#233;l&#233;vis&#233;es de pri&#232;res publiques et de voiles exhib&#233;s, que rien n'a chang&#233; depuis des si&#232;cles &#8212; et que rien n'y changera jamais, ou qu'on y effacera les changements &#233;ph&#233;m&#232;res voulus par l'&#233;tranger. Apr&#232;s de spectaculaires tentatives r&#233;formistes, et avec d'&#233;minentes exceptions, la Turquie en particulier, la modernit&#233; aurait &#233;chou&#233; &#224; p&#233;n&#233;trer le monde islamique. La r&#233;volution y sonne r&#233;actionnaire &#8212; en Iran &#8212;, l'&#201;gypte r&#233;formatrice de M&#233;h&#233;met Ali a laiss&#233; la place &#224; celle des Fr&#232;res musulmans. L'immobilisme et la r&#233;gression seraient les signes o&#249; se reconna&#238;trait l'Islam.&lt;br class='manualbr' /&gt;Si complexe que soit l'islamisme, si difficile sa d&#233;finition, on peut du moins exclure cat&#233;goriquement qu'il se r&#233;sume &#224; un immobilisme. Une large part des d&#233;veloppements qui suivent tendront &#224; le d&#233;montrer. Les pays d'Islam ont connu d'&#233;normes mutations sociales. Rien, ou presque rien, ne reste de ce qui fut le paradigme de l'&#201;tat islamique traditionnel. La religion enfin, sous l'aspect de l'islamisme, a gagn&#233; des espaces dont elle &#233;tait largement exclue dans le monde ancien, tandis qu'elle en perdait d'autres au contraire.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il reste, dira-t-on, dans ce cas comme dans celui de l'Asie orientale, qu'une identit&#233; islamique se manifeste ostensiblement dans la marche quotidienne du monde. Quelle qu'en soit la d&#233;finition, ne peut-on, comme le sugg&#232;re Samuel Huntington, tracer des fronti&#232;res, g&#233;ographiques et symboliques, qui lui donneraient un domaine de civilisation et limiteraient la violence des conflits qui l'opposent &#224; d'autres &#8212; et &#224; l'Occident en particulier ? On ne le pense pas, s'il faut prendre &#171; civilisation &#187; dans le sens plein qu'on peut donner &#224; la &#171; civilisation islamique &#187; des si&#232;cles qui pr&#233;c&#233;d&#232;rent le choc de la modernit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'aporie de la &#171; guerre des civilisations &#187; : la fronti&#232;re abolie et revendiqu&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; guerre des civilisations &#187; para&#238;t bien relever, en effet, de ces discours apor&#233;tiques dont l'existence m&#234;me d&#233;ment le contenu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur le mod&#232;le aristot&#233;licien : &#171; Tous les Cr&#233;tois sont des menteurs, affirme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour les cultures les plus affirm&#233;es, les plus conscientes de leurs fronti&#232;res, qui furent aussi, souvent, celles d'un empire &#8212; Rome, Chine, Islam des VIIIe-XIe si&#232;cles &#8212;, &#171; civilisation &#187; ne s'entend qu'au singulier, et s'oppose &#224; barbarie. La guerre que m&#232;nent ces empires pour leur d&#233;fense ne les oppose pas &#224; d'autres conceptions du monde, &#224; d'autres civilisations, mais &#224; des n&#233;ants informes, terres de guerriers sauvages ou de gibier servile auxquels de rares esprits paradoxaux condescendent &#224; donner le nom d'hommes. Dans cet espace indistinct, que le droit islamique nomme &lt;i&gt;dar al-harb&lt;/i&gt; (&#171; domaine de la guerre &#187;), la Loi, propre au &lt;i&gt;dar al-islam&lt;/i&gt; (&#171; territoire de l'islam &#187;), est suspendue. Le meurtre, le viol, la r&#233;duction &#224; la servitude y sont permis &#8212; c'est de ce principe que se nourrit le &lt;i&gt;djihad&lt;/i&gt;. Sans les avoir aussi clairement explicit&#233;es, Rome, la Chine recoururent aux m&#234;mes pratiques &#224; l'encontre des Barbares&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'Islam reconna&#238;t d'autres divisions du monde, et trace entre civilisation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;La modernit&#233; abolit les fronti&#232;res de la barbarie, &#233;tendit &#224; l'esp&#232;ce enti&#232;re le b&#233;n&#233;fice potentiel de la civilisation, qu'elle comprit elle aussi, par cons&#233;quent, au singulier. Elle ne fut pas la premi&#232;re &#224; concevoir son unit&#233; comme une convergence de diversit&#233;s, comme un oc&#233;an o&#249; se jetaient les fleuves apais&#233;s &lt;i&gt;des&lt;/i&gt; civilisations ant&#233;rieures&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est pr&#233;cis&#233;ment le cas de l'Islam.&#034; id=&#034;nh19-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais ce pluriel n'appartient qu'au pass&#233;. Il y a longtemps d&#233;j&#224; que le monde fait unit&#233;, que les conflits y sont les termes oppos&#233;s d'alternatives universelles, capitalisme ou socialisme, lib&#233;ralisme ou fascisme, Nord ou Sud. La &#171; guerre des civilisations &#187; n'&#233;chappe pas &#224; la r&#232;gle. On y voit souvent le heurt de deux galaxies &#224; l'intersection al&#233;atoire de trajectoires indiff&#233;rentes ; ou encore, comme Samuel Huntington, la r&#233;action d&#233;sesp&#233;r&#233;e d'une civilisation (l'Islam) dont le territoire serait envahi par l'Occident en expansion. Il n'en est rien. Depuis des d&#233;cennies, voire des si&#232;cles, il n'est plus possible de penser l' &#171; Islam &#187; hors de l'Occident qui le presse, le domine, l'obs&#232;de, ni des &#233;changes qu'ils entretiennent. Une culture islamique pure de toute contamination &#233;trang&#232;re n'est aujourd'hui qu'un slogan islamiste, en opposition aux r&#232;gles universelles dont on assigne l'origine &#224; l'Occident. Tout trait particulier n'y est discern&#233; que pour &#234;tre oppos&#233; au mod&#232;le occidental, voile contre f&#233;minisme, ch&#226;timents corporels contre d&#233;cadence des m&#339;urs, religion contre la&#239;cit&#233;, djihad contre pacifisme ou guerre &lt;i&gt;high tech&lt;/i&gt;. L'islamisme ne con&#231;oit, par d&#233;finition, pas de conciliation possible avec l'Occident, puisque tous les caract&#232;res de son identit&#233; sont choisis pour leur incompatibilit&#233; avec les valeurs dominantes. Le conflit est inh&#233;rent &#224; l'entreprise, il t&#233;moigne paradoxalement de l'existence d'un terrain commun, des polarisations antagonistes d'un m&#234;me discours. En bref, l'islamisme ne conna&#238;t que les contrastes violents du noir et blanc o&#249; se reconna&#238;t son ascendance tiers-mondiste.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il n'y a donc pas de &#171; guerre &lt;i&gt;des&lt;/i&gt; civilisations &#187; parce que la guerre implique un commun champ de bataille, des enjeux affront&#233;s, mais partag&#233;s, des valeurs communes, mais invers&#233;es ; c'est-&#224;-dire deux camps, mais &lt;i&gt;une m&#234;me&lt;/i&gt; civilisation. L'Occident a sa part dans l'identit&#233; islamiste, comme le Mal l'avait dans l'esprit du croyant d'autrefois. Le Bien se nomme l'Islam, un Islam circonscrit et d&#233;fini par l'interdit de l'Occident, comme le Bien l'est par l'interdit du Mal.&lt;br class='manualbr' /&gt;On pressent l&#224; l'originalit&#233; de l'islamisme. Le village plan&#233;taire existe. On peut, en revanche, accorder &#224; Samuel Huntington que des quartiers s'y organisent, et que les hommes s'y regroupent selon les affinit&#233;s que les trois ou quatre mille ans de l'histoire humaine ont &#233;tablies &#8212; c'est-&#224;-dire selon les lignes de partage des vieilles civilisations d'ambition universelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je veux parler de l'histoire encore vivante, dont se r&#233;clament des h&#233;ritiers (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Chaque quartier porterait haut sa banni&#232;re &#8212; Asie orientale, Occident, Islam &#8212; dans des joutes pacifiques dont les comp&#233;titions sportives internationales offrent d&#233;j&#224; l'exemple. L'Islam, comme d'autres, aurait son quartier, sa couleur. Mais ce que dit l'islamisme est malheureusement tout diff&#233;rent. De la &#171; guerre des civilisations &#187;, il a retenu la guerre, c'est-&#224;-dire d'une part l'existence de deux camps, et de deux seulement &#8212; l'Islam et le reste ; d'autre part une volont&#233; de conflit actif et rapide. Quoi qu'il en soit de son d&#233;nouement, l'islamisme est une crise, dont la dur&#233;e ne saurait s'&#233;tendre au-del&#224; de quelques d&#233;cennies. Ce choix qu'ont fait, accept&#233; ou subi des pans significatifs des soci&#233;t&#233;s musulmanes, il nous faut maintenant tenter de l'&#233;clairer en plongeant dans cette histoire plus ancienne que la mouvance islamiste se pla&#238;t &#224; invoquer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Contrairement &#224; un avis r&#233;pandu, selon lequel les islamistes se soucieraient (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb19-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;O&#249; il avoue pourtant s'incarner. Tout comme le Christ est mort dans sa chair avant de ressusciter &#233;ternel, le Coran, comme &lt;i&gt;Le Livre de sable&lt;/i&gt; de Borges qu'il a peut-&#234;tre inspir&#233;, contient dans la finitude de ses lettres et de ses versets l'ind&#233;finit&#233; de l'histoire humaine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Entre 1800 et 2050, en deux si&#232;cles et demi, le nombre des hommes aura &#233;t&#233; multipli&#233; par 10 (de 850 &#224; 8 500 millions), soit autant que pendant les cinq mille ans qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; (la population mondiale y serait pass&#233;e de 80 &#224; 850 millions d'&#234;tres) et sans doute plus que pendant les trois &#224; quatre mille ans de la &#171; R&#233;volution n&#233;olithique &#187;, au cours de laquelle l'humanit&#233; acquit agriculture, &#233;levage, c&#233;ramique et m&#233;tallurgie, ce qui multiplia ses effectifs par cinq ou six.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pour d&#233;signer, dans ce dernier cas, les pays de l'&#171; Orient &#187; (&#233;trangers &#224; la civilisation europ&#233;enne) qui n'&#233;taient pas directement soumis &#224; la tutelle coloniale, mais qui n'en d&#233;pendaient pas moins du syst&#232;me capitaliste universel, de l'&#171; imp&#233;rialisme &#187;, comme on commence alors &#224; dire dans les milieux socialistes (Turquie, Iran, Chine...).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Comme on sait, du moins en France o&#249; l'expression fut forg&#233;e, ce &#171; Tiers &#187; ne requiert nullement &lt;i&gt;deux&lt;/i&gt; autres termes, mais un seul &#8212; les privil&#233;gi&#233;s. &#171; Tiers-Monde &#187; est en effet calqu&#233; sur &#171; Tiers-&#201;tat &#187;, l'immense majorit&#233; face aux deux autres ordres de la France de l'Ancien R&#233;gime, noblesse et clerg&#233;, unis dans les m&#234;mes &#171; privil&#232;ges &#187;. De m&#234;me l'Est et l'Ouest, politiquement oppos&#233;s, sont les deux ordres privil&#233;gi&#233;s de la deuxi&#232;me moiti&#233; du XXe si&#232;cle, auxquels s'oppose le &#171; Tiers-Monde &#187; nombreux et mis&#233;rable.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La radicalisation des caract&#232;res distinctifs des deux mondes se lit par exemple dans l'&#233;limination des cat&#233;gories interm&#233;diaires, &#233;trang&#232;res &#224; la fois au monde colonis&#233; et au monde colonisateur (ainsi l'Argentine ou le Br&#233;sil, progressivement rang&#233;s, dans les ann&#233;es 1950 et 1960, parmi les pays du Tiers-Monde) ; ou dans les m&#233;taphores oppos&#233;es de la bombe atomique, signe &#233;crasant de la sup&#233;riorit&#233; technique et militaire de l'Occident, et de la &#171; bombe d&#233;mographique &#187; , prolif&#233;ration indistincte des pauvres qui ach&#232;ve de les d&#233;pouiller de toute nuance de culture propre : ces pauvres n'existent que pour menacer les riches. On ne s'&#233;tonnera pas que cette menace d'un Enfer terrestre, mieux adapt&#233; &#224; l'entendement des riches du XXe si&#232;cle, ait connu un vif succ&#232;s au sein de l'&#201;glise catholique, sous la forme de la &#171; th&#233;ologie de la lib&#233;ration &#187;. Pour autant, la bombe d&#233;mographique, politiquement fantasmatique, n'en traduisait pas moins &#171; l'explosion d&#233;mographique &#187; des ann&#233;es 1950-1980, et le renversement du rapport des forces d&#233;mographiques, apr&#232;s 1930, au d&#233;triment de l'Occident et &#224; l'avantage du reste du monde.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Les conceptions &#171; tiers-mondistes &#187; triomphent donc en particulier l&#224; o&#249; la victoire culturelle de l'Occident est la plus totale et la plus destructrice, mais o&#249; subsiste, &#224; d&#233;faut d'une culture propre &#224; opposer au colonisateur, la conscience d'une &#233;tranget&#233;, ou d'une ali&#233;nation : ainsi en Am&#233;rique latine, o&#249; le triomphe des langues latines se conjugue parfois &#224; la revendication officielle d'une origine indig&#232;ne (ainsi au Mexique ou au P&#233;rou) ; ou en Afrique subsaharienne non musulmane, o&#249; les progr&#232;s des langues europ&#233;ennes durcissent souvent le ton envers l'Occident. Au sens propre, l'histoire se vit alors dans la m&#234;me langue, en noir et blanc... &lt;i&gt;A priori&lt;/i&gt;, la Chine ou l'Islam, mieux assises sur des traditions vivantes, devraient &#233;chapper &#224; cette radicalisation. C'est ce que d&#233;ment, pr&#233;cis&#233;ment, l'islamisme.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;J'utilise volontairement les termes &#171; humiliation &#187; et &#171; d&#233;sespoir &#187;, qui permettent presque &#224; coup s&#251;r de distinguer une conception tiers-mondiste de l'histoire. Ces mots supposent en effet l'action premi&#232;re d'un ma&#238;tre tout-puissant et tyrannique, auquel r&#233;pond la r&#233;action de l'esclave.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La substitution, depuis une dizaine d'ann&#233;es, du &#171; Sud &#187; au &#171; Tiers-Monde &#187;, de la m&#233;taphore des points cardinaux au lexique de la R&#233;volution fran&#231;aise, vient d'abord de la chute de l'Union sovi&#233;tique, &#171; deuxi&#232;me monde &#187; qui a rejoint le premier, et bastion effondr&#233; de l'h&#233;ritage r&#233;volutionnaire. Le &#171; Sud &#187; permet aussi d'&#233;carter l'Asie orientale (Chine comprise), voire l'Asie dans son ensemble, gagn&#233;e au capitalisme. De fait, c'est l'image de l'Afrique subsaharienne, et tr&#232;s secondairement de l'Am&#233;rique latine, qui se pr&#233;sente spontan&#233;ment &#224; l'esprit quand on parle du Sud.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir le chapitre VI : &#171; L'Islam et l'Occident. Du choc colonial au ressentiment post-colonial &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On consultera sur ce point Gilles Kepel, &lt;i&gt;Jihad, expansion et d&#233;clin de l'islamisme&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 2000. Une analyse tr&#232;s sch&#233;matique, mais dont il ne faut pas &#233;carter les perspectives, insistera par exemple sur la baisse rapide de la f&#233;condit&#233; en Alg&#233;rie apr&#232;s 1980, et pronostiquera, &#224; activit&#233; &#233;conomique &#233;gale, une am&#233;lioration sensible de l'emploi des jeunes dans les ann&#233;es 2000-2010, donc un all&#232;gement du malaise social et politique li&#233; au ch&#244;mage des 18-25 ans.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Samuel Huntington, &lt;i&gt;The Clash of Civilizations and the Remaking of World Order&lt;/i&gt;, New York, Simon &amp; Schuster, 1996 ; traduction fran&#231;aise, &lt;i&gt;Le Choc des civilisations&lt;/i&gt;, Paris, Odile Jacob, 2000. Non sans quelque raison, on essaiera de l'expliquer au d&#233;but du chapitre V : &#171; Islam et chr&#233;tient&#233;. Qu'est-ce qui a mal tourn&#233; ? &#187; En gros, l'histoire de la plupart des autres ensembles peut &#234;tre rattach&#233;e sans scandale &#224; l'un de ces trois.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Identit&#233; n&#233;gative, dont le tiers-mondisme est bien s&#251;r l'exacte traduction.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sur le mod&#232;le aristot&#233;licien : &#171; Tous les Cr&#233;tois sont des menteurs, affirme le Cr&#233;tois &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;L'Islam reconna&#238;t d'autres divisions du monde, et trace entre civilisation et barbarie une fronti&#232;re moins abrupte que Rome ou que la Chine imp&#233;riale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment le cas de l'Islam.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Je veux parler de l'histoire encore vivante, dont se r&#233;clament des h&#233;ritiers d'aujourd'hui. Il n'est gu&#232;re, par exemple, de langue aujourd'hui pratiqu&#233;e dans le monde et dont l'existence soit d&#233;j&#224; attest&#233;e au-del&#224; de trois mille ou trois mille cinq cents ans. Il en est de m&#234;me de nos religions, de nos formes de gouvernement, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Contrairement &#224; un avis r&#233;pandu, selon lequel les islamistes se soucieraient peu de l'histoire, tout envo&#251;t&#233;s qu'ils sont au feu ardent du texte sacr&#233;, les discours d'Oussama ben Laden montrent un vif int&#233;r&#234;t pour la relecture du pass&#233;, en particulier pour l'immense s&#233;rie des injures subies par l'Islam au long de sa longue existence, et qu'il lui revient maintenant de venger.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Quelle Europe ? Quelles menaces ? Quelle d&#233;fense ?</title>
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		<dc:date>2015-06-10T16:19:50Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Cr&#233;ation sociale-historique</dc:subject>
		<dc:subject>Castoriadis C.</dc:subject>
		<dc:subject>Insignifiance</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>G&#233;opolitique</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Anthropologie</dc:subject>
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		<dc:subject>Immigration</dc:subject>
		<dc:subject>Type anthropologique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Texte de Cornelius Castoriadis publi&#233; sous une forme quelque peu abr&#233;g&#233;e dans Le Monde du 26 f&#233;vrier 1983 et int&#233;gralement dans Europe en formation, n&#176; 252, avril-juin 1983. [Repris aujourd'hui dans &#171; Domaines de l'homme. Les carrfours du labyrinthe 2 &#187;, 1986, Seuil 1999, pp. 105 - 111 et maintenant dans &#171; Guerre et th&#233;ories de la guerre &#187;, Sandre 2016, pp. 575 - 580.] [Toutes les notes ont &#233;t&#233; rajout&#233;es par nous, LC, et mises entre crochets.] &#171; L'homme na&#238;t libre, et il est partout (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-dynamiques-geopolitiques-" rel="directory"&gt;Dynamiques G&#233;opolitiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-28-creation-+" rel="tag"&gt;Cr&#233;ation sociale-historique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-56-castoriadis-c-+" rel="tag"&gt;Castoriadis C.&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-216-type-anthropologique-+" rel="tag"&gt;Type anthropologique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte de Cornelius Castoriadis publi&#233; sous une forme quelque peu abr&#233;g&#233;e dans Le Monde du 26 f&#233;vrier 1983 et int&#233;gralement dans Europe en formation, n&#176; 252, avril-juin 1983. [Repris aujourd'hui dans &#171; Domaines de l'homme. Les carrfours du labyrinthe 2 &#187;, 1986, Seuil 1999, pp. 105 - 111 et maintenant dans &#171; Guerre et th&#233;ories de la guerre &#187;, Sandre 2016, pp. 575 - 580.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Toutes les notes ont &#233;t&#233; rajout&#233;es par nous, LC, et mises entre crochets.]&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;L'homme na&#238;t libre, et il est partout dans les fers&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crivait Rousseau. Non : aucune loi naturelle ou disposition divine ne fait na&#238;tre l'homme libre (ou pas libre). Mais, s'il est en effet presque partout dans les fers, c'est qu'il na&#238;t au milieu de fers pr&#234;ts &#224; l'accueillir &#8212; et qui le rendent tel qu'il ne demande qu'&#224; les accepter. Fers surtout immat&#233;riels, et qui ne sont pas seulement et pas tellement ceux forg&#233;s par la domination d'un groupe social particulier. Aucun groupe ne saurait maintenir vingt-quatre heures sa domination sur une soci&#233;t&#233; dont la grande majorit&#233; ne l'accepterait pas. &lt;br class='manualbr' /&gt;Cette domination est celle de l'institution chaque fois &#233;tablie : de la loi donn&#233;e, des significations et des repr&#233;sentations institu&#233;es et sanctionn&#233;es. Les plus &#171; &#233;galitaires &#187; des sauvages sont tout autant, sinon plus, ali&#233;n&#233;s, &#224; savoir h&#233;t&#233;ronomes, que les esclaves &#224; Rome ou les serfs m&#233;di&#233;vaux. Ni les uns ni les autres ne &lt;i&gt;peuvent&lt;/i&gt; penser que l'institution sociale pourrait &#234;tre mise en question et chang&#233;e. Presque partout, presque toujours, les humains socialis&#233;s &#8212; et, sans cette socialisation, ils ne seraient pas des humains &#8212; n'ont pu exister qu'en int&#233;riorisant pleinement l'institution, c'est-&#224;-dire en s'y asservissant compl&#232;tement. Ce qui entra&#238;ne aussi que les institutions des &lt;i&gt;autres&lt;/i&gt; sont n&#233;cessairement inf&#233;rieures, &#233;tranges, monstrueuses, diaboliques. &lt;br class='manualbr' /&gt;L' &lt;i&gt;h&#233;t&#233;ronomie&lt;/i&gt; &#8212; caract&#232;re intangible de l'institution existante, caract&#232;re indiscutable des croyances de la tribu &#8212; &#233;t&#233;, presque partout, presque toujours, l'&#233;tat des soci&#233;t&#233;s humaines. &lt;br class='manualbr' /&gt;Cet &#233;tat &#8212; &#224; bien y r&#233;fl&#233;chir &#171; normal &#187;, &#224; savoir de loin le plus probable &#8212; n'a &#233;t&#233; vraiment rompu qu'en Europe. Il n'y a qu'en Europe &#8212; en Gr&#232;ce d'abord, en Europe occidentale &#224; nouveau plus tard &#8212; qu'une soci&#233;t&#233; s'est cr&#233;&#233;e, capable de se mettre en cause et en question elle-m&#234;me. C'est ici que les questions : qu'est-ce qui est juste ? et qu'est-ce qui est vrai ?surgissent et travaillent effectivement la soci&#233;t&#233;, non pas comme questions de philosophie de cours ou d'interpr&#233;tation d'un livre sacr&#233;, mais comme questions qui informent une lutte sociale et une activit&#233; politiques. C'est ici aussi que la division sociale n'a pas &#233;t&#233; passivement accept&#233;e, n'a pas conduit &#224; des r&#233;voltes sans lendemain ou visant simplement la permutation des r&#244;les dans le m&#234;me sc&#233;nario, &#224; de nouvelles proph&#233;ties ou de nouvelles religions &#8212; mais &#224; une activit&#233; politique. La politique, comme activit&#233; collective orient&#233;e explicitement vers le changement des institutions ; la philosophie, comme interrogation illimit&#233;e ; et surtout leur f&#233;condation et solidarit&#233; r&#233;ciproque &#233;mergent ici. Ici aussi na&#238;t le projet d'autonomie individuelle et collective, port&#233; par les luttes des peuples pour la d&#233;mocratie, et dont le contenu a fini par concerner tous les aspects de l'institution de la soci&#233;t&#233; (au-del&#224; des aspects &#233;troitement &#171; politiques &#187;). Et c'est en Europe aussi que, pour la premi&#232;re fois, la mise en question des institutions &#233;tablies, impliquant leur relativisation, a entra&#238;n&#233; la reconnaissance de l'&#233;galit&#233; en droit de toutes les cultures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi entendue, l'Europe n'est plus &lt;i&gt;en droit&lt;/i&gt;, depuis long&#173;temps, ni une entit&#233; g&#233;ographique ni une entit&#233; ethnique. Un des moments les plus forts de la cr&#233;ation europ&#233;enne se situe en Nouvelle-Angleterre, &#224; la fin du XVIIIe si&#232;cle &#8212; et ses effets n'ont pas cess&#233; d'&#234;tre vivants. Et elle ne l'est plus, &lt;i&gt;en fait&lt;/i&gt;, depuis deux si&#232;cles. Le Japon, les dissidents du Mur de P&#233;kin, des millions de gens &#233;parpill&#233;s sur toute la plan&#232;te lui appartiennent. L'Afrique du Sud blanche, non. &lt;br class='manualbr' /&gt;L'Europe n'a certes pas engendr&#233; que cela. Elle est aussi l'aire social-historique o&#249; se cr&#233;e le capitalisme, projet d&#233;mentiel mais efficace de l'expansion illimit&#233;e d'une ma&#238;trise &#171; rationnelle &#187; ; l'imp&#233;rialisme, qui en a &#233;t&#233; la mat&#233;rialisation &#224; l'&#233;chelle de la plan&#232;te ; enfin, moyennant une torsion et une inversion monstrueuses du projet socialiste, le totalitarisme. Sur ce point aussi, un Europ&#233;en ne doit pas faire preuve de fausse modestie. Partout et toujours, les hommes ont pu &#234;tre d'une cruaut&#233; infinie les uns pour les autres. Mais Auschwitz et le Goulag sont des singularit&#233;s de &lt;i&gt;notre&lt;/i&gt; histoire. &lt;br class='manualbr' /&gt;L'Europe n'a pas invent&#233; la guerre, la haine des autres, le racisme, l'asservissement, les massacres d'extermination, l'acculturation forc&#233;e : l'histoire enregistr&#233;e en regorge. Elle les a &#233;galement pratiqu&#233;s. Mais sa singularit&#233;, c'est que tout cela en Europe a &#233;t&#233; contest&#233; et combattu de l'int&#233;rieur. &lt;br class='manualbr' /&gt;Le projet d'autonomie, n&#233; en Europe, est loin d'y avoir trouv&#233; sa r&#233;alisation : c'est pourquoi, appeler les soci&#233;t&#233;s occidentales &#171; d&#233;mocratiques &#187; est abus de langage ou mystification. Les soci&#233;t&#233;s &#171; europ&#233;ennes &#187; restent des soci&#233;t&#233;s mixtes, &#224; &lt;i&gt;institution duelle&lt;/i&gt;, o&#249; la division sociale, la domination par le capitalisme bureaucratique, l'imp&#233;rialisme &#224; l'&#233;gard du Tiers Monde, coexistent avec les &#233;l&#233;ments d&#233;mocratiques que les luttes des peuples ont r&#233;ussi &#224; imposer &#224; l'institution de la soci&#233;t&#233;. Ce sont, rigoureusement parlant, des oligarchies lib&#233;rales. Mais le projet d'autonomie continue de les travailler, et les a, d&#233;j&#224;, substantiellement transform&#233;es. Les institutions et les droits permettant aux individus de mener, plus ou moins, leur vie comme ils l'entendent, et d'agir politiquement s'ils le veulent ; l'existence m&#234;me d'individus pouvant contester l'autorit&#233;, s'opposer aux pouvoirs, se battre contre l'injustice m&#234;me si elle ne les affecte pas personnellement &#8212; tout cela n'est pas &#171; formel &#187;, cela fait une diff&#233;rence profonde quant &#224; la texture m&#234;me de la soci&#233;t&#233;. Et tout cela n'a pas pouss&#233; de la terre, ni n'a &#233;t&#233; donn&#233; par Dieu &#8212; et pas davantage octroy&#233;, par le capitalisme. Cela est le produit de luttes plusieurs fois s&#233;culaires, le prix de montagnes de cadavres et d'oc&#233;ans de sang. Cela ne fait pas des soci&#233;t&#233;s &#171; europ&#233;ennes &#187; des soci&#233;t&#233;s id&#233;ales, ni des soci&#233;t&#233;s autonomes ; mais cela en fait un socle historique extr&#234;mement pr&#233;cieux &#8212; car improbable, et fragile &#8212; sur quoi autre chose pourra &#234;tre &#233;difi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui se trouve &#224; pr&#233;sent mortellement menac&#233;, dans son essence, ce n'est ni l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain ni les r&#233;gimes de tortionnaires qui en d&#233;pendent. Le remplacement de l'Am&#233;rique par la Russie, et des policiers argentins par des coll&#232;gues de M. Andropov&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;[Ancien boucher de la r&#233;volution hongroise de 1956 et successeur de L. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ne ferait que porter le syst&#232;me de domination &#224; un degr&#233; sup&#233;rieur de perfection. Ce qui est menac&#233;, c'est la composante d&#233;mocratique des soci&#233;t&#233;s &#171; europ&#233;ennes &#187;, et ce qu'elle contient comme m&#233;moire, source d'inspiration, germe et espoir de recours pour tous les peuples du monde. &lt;br class='manualbr' /&gt;Cette composante est menac&#233;e d'abord, militairement aussi bien que politiquement, par la stratocratie russe, que sa dynamique interne pousse &#224; la domination mondiale et qui ressent comme un danger mortel la simple existence de soci&#233;t&#233;s o&#249; se pratiquent des droits et des libert&#233;s effectifs. (C'est cela aussi, la le&#231;on de Jaruzelski.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;[Pr&#233;sident de la Pologne lors de la r&#233;pression du mouvement Solidarno&#347;&#263; en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) &lt;br class='manualbr' /&gt;Elle est ensuite menac&#233;e d'&#234;tre submerg&#233;e par un Tiers Monde trois fois plus peupl&#233; que les pays &#171; europ&#233;ens &#187;. Certes, les cr&#233;ations europ&#233;ennes y p&#233;n&#232;trent aussi. Mais cette p&#233;n&#233;tration est fortement d&#233;s&#233;quilibr&#233;e. L'emploi des Jeeps et des mitraillettes, des m&#233;thodes avanc&#233;es de torture et de la manipulation abrutissante des m&#233;dias est assimil&#233; partout avec une vitesse et une facilit&#233; infiniment plus grandes que les attitudes d&#233;mocratiques et l'esprit critique. Jusqu'ici, il semble bien que l'&lt;i&gt;amindada&#239;sation&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;[...de Amin Dada Oumee, tyran ougandais parvenu au pouvoir par un coup (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (ou &lt;i&gt;kadhafisation&lt;/i&gt;, ou &lt;i&gt;khomeinisation&lt;/i&gt;, ou &lt;i&gt;galti&#233;risation&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;[Leopoldo Galtieri, figure r&#233;cente, &#224; l'&#233;poque, et d&#233;terminante, de la junte (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) repr&#233;sente pour les pays du Tiers Monde la pente politique la plus forte. &lt;br class='manualbr' /&gt;Elle est enfin menac&#233;e par un processus de d&#233;composition sociale dont la progression s'acc&#233;l&#232;re. La soci&#233;t&#233; politique s'y morcelle en &lt;i&gt;lobbies&lt;/i&gt;. Le conflit politique et social, &#233;vanescent, c&#232;de la place &#224; la simple d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts sectoriels et des situations acquises. L'irresponsabilit&#233; s'y propage rapidement, dans tous les sens et tous les domaines (des ministres aux automobilistes, et des &#233;crivains aux postiers). Imagination et cr&#233;ativit&#233; politiques y ont disparu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sym&#233;trie que veulent &#233;tablir les plus audacieux des &#171; pacifistes &#187; entre &#171; imp&#233;rialisme russe &#187; et &#171; imp&#233;rialisme am&#233;ricain &#187; (ou &#171; occidental &#187;) est absurde. Politiquement, il n'y a rien &#224; d&#233;fendre &#8212; &#224; part les vies humaines &#8212; dans la soci&#233;t&#233; russe. Dans les soci&#233;t&#233;s &#171; europ&#233;ennes &#187;, il y a &#224; d&#233;fendre beaucoup de choses dont rien n'assure que, une fois d&#233;truites, elles resurgiraient. &lt;br class='manualbr' /&gt;Mais ce qui est &#224; d&#233;fendre ne peut pas l'&#234;tre avec les &#201;tats et les gouvernements tels qu'ils existent. D'abord, parce que ceux-ci en sont organiquement incapables. La d&#233;composition des couches dirigeantes occidentales et des m&#233;canismes de direction de la soci&#233;t&#233; n'est ni accidentelle ni passag&#232;re. Les manifestations en sont innombrables : de l'aberration des &#171; politiques &#187; &#233;conomiques actuelles &#224; l'inexistence d'une strat&#233;gie face &#224; la Russie, et des absurdit&#233;s du r&#233;armement am&#233;ricain &#224; la gu&#233;rilla permanente entre les pr&#233;tendus &#171; alli&#233;s &#187;. La &#171; politique &#187; occidentale &#224; l'&#233;gard des pays du Tiers Monde est le principal alli&#233; qu'y rencontre la p&#233;n&#233;tration russe : les &#233;v&#233;nements en cours en Am&#233;rique centrale le montrent jusqu'&#224; la caricature. &lt;br class='manualbr' /&gt;Ensuite et surtout, parce que l'on ne d&#233;fend pas les m&#234;mes choses. Il est certain qu'on peut revenir de Franco, de Salazar, de Papadopoulos, des g&#233;n&#233;raux br&#233;silliens, probablement demain de Pinochet &#8212; et que l'on ne revient pas d'un r&#233;gime communiste une fois &#233;tabli. Mais ni ce fait ni la rh&#233;torique officielle ne peuvent masquer l'appui massif des gouvernements occidentaux aux r&#233;gimes dictatoriaux du Tiers Monde. (L'hypocrisie de la &#171; gauche &#187; fran&#231;aise &#224; cet &#233;gard est, comme d'habitude, particuli&#232;rement savoureuse. Plusieurs r&#233;gimes soutenus par la France en Afrique n'ont rien &#224; envier, c'est le moins qu'on puisse dire, aux r&#233;gimes latino-am&#233;ricains ; et ils d&#233;pendent beaucoup plus, pour leur survie, de Paris que les r&#233;gimes d'Am&#233;rique du Sud ne d&#233;pendent de Washington.) Le r&#233;alisme &#233;l&#233;mentaire indique que, plus la confrontation avec la Russie s'intensifiera, plus MM. Marcos&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;[Dictateur philippin en charge de contenir les pouss&#233;es communistes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; , Mobutu et d'Aubuisson&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;[Militaire du Salvador, p&#232;re des Escadrons de la mort qui s'opposaient &#224; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; b&#233;n&#233;ficieront de l'appui inconditionnel des gouvernements &#171; d&#233;mocratiques &#187;. Et le jour n'est pas loin o&#249; les populations seront invit&#233;es &#224; soutenir M. Botha&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;[Premier Ministre &#224; l'&#233;poque puis Pr&#233;sident de l'Afrique du Sud (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; au nom des valeurs d&#233;mocratiques et humanistes de l'Occident.&lt;br class='manualbr' /&gt;A ces gouvernements et &#224; ces &#201;tats on ne peut accordes aucune confiance au plan r&#233;aliste, et aucune solidarit&#233; au plan des principes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;fense de ce qui est &#224; d&#233;fendre dans les soci&#233;t&#233;s &#171; europ&#233;ennes &#187; ne sera possible qu'&#224; condition que les peuples de ces pays sortent de leur apathie et de leur privatisation (dont l'&#233;tat de disgr&#226;ce de la France en sommeil offre aujourd'hui l'exemple le plus affligeant), qu'ils se ressaisissent, s'engagent derechef dans l'activit&#233; politique, luttent &#224; nouveau pour faire leur histoire au lieu de la subir. S'ils le font, des r&#233;percussions d&#233;cisives en Europe de l'Est et dans plusieurs pays du Tiers Monde ne manqueront pas de se produire. Dans le cas contraire, ni les Pershing ni les MX n'emp&#234;cheront le pire : la guerre totale, ou la domestication graduelle de l'Europe par la stratocratie russe, pr&#233;lude &#224; son asservissement complet. &lt;br class='manualbr' /&gt;Travailler &#224; ce r&#233;veil est le seul objectif &lt;i&gt;r&#233;aliste&lt;/i&gt; que peuvent se proposer ceux qui veulent d&#233;fendre ce qui est &#224; d&#233;fendre dans la cr&#233;ation historique europ&#233;enne et le tissu social o&#249; elle est aujourd'hui s&#233;diment&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb20-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;[Ancien boucher de la r&#233;volution hongroise de 1956 et successeur de L. Brejnev &#224; la t&#234;te de l'URSS au moment de la crises de Euromissiles concomitante &#224; la r&#233;daction de ce texte]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;[Pr&#233;sident de la Pologne lors de la r&#233;pression du mouvement Solidarno&#347;&#263; en d&#233;cembre 1981.]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;[...de Amin Dada Oumee, tyran ougandais parvenu au pouvoir par un coup d'&#201;tat dix ans apr&#232;s l'ind&#233;pendance du pays.]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;[Leopoldo Galtieri, figure r&#233;cente, &#224; l'&#233;poque, et d&#233;terminante, de la junte argentine et instigateur de l'op&#233;ration de diversion que devait &#234;tre la guerre des Malouines face aux tensions sociales croissantes du pays.]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;[Dictateur philippin en charge de contenir les pouss&#233;es communistes chinoise, cor&#233;enne et vietnamienne]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;[Militaire du Salvador, p&#232;re des Escadrons de la mort qui s'opposaient &#224; la gu&#233;rilla &#171; marxiste &#187; et commanditaire de l'assassinat du pacifiste Oscar Romero.]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;[Premier Ministre &#224; l'&#233;poque puis Pr&#233;sident de l'Afrique du Sud s&#233;gr&#233;gationniste et farouchement anti-communiste.]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Le d&#233;ni des cultures (introduction)</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?773-le-deni-des-cultures-introduction</link>
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		<dc:date>2014-12-30T12:12:52Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Gauchisme</dc:subject>
		<dc:subject>Religion</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Psycho-sociologie</dc:subject>
		<dc:subject>Anthropologie</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>Lagrange H.</dc:subject>
		<dc:subject>Immigration</dc:subject>
		<dc:subject>Type anthropologique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Introduction du ivre de Hugues Lagrange, &#171; le d&#233;ni des cultures &#187;, Seuil 2010 La mondialisation bouleverse les soci&#233;t&#233;s. Elle s'accompagne de changements techno-&#233;conomiques majeurs que l'on assimile souvent &#224; la modernit&#233; tout court. Elle se traduit au niveau global par l'acc&#233;l&#233;ration de la production et des &#233;changes, la r&#233;duction des distances, l'emprise croissante des syst&#232;mes experts (automatismes, logiciels), le d&#233;sencastrement du temps et de l'espace (le t&#233;l&#233;phone cellulaire et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-dynamiques-geopolitiques-" rel="directory"&gt;Dynamiques G&#233;opolitiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-31-gauchisme-+" rel="tag"&gt;Gauchisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-79-religion-+" rel="tag"&gt;Religion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-109-psycho-sociologie-+" rel="tag"&gt;Psycho-sociologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-110-anthropologie-+" rel="tag"&gt;Anthropologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-168-lagrange-h-+" rel="tag"&gt;Lagrange H.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-215-immigration-+" rel="tag"&gt;Immigration&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-216-type-anthropologique-+" rel="tag"&gt;Type anthropologique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Introduction du ivre de Hugues Lagrange, &#171; le d&#233;ni des cultures &#187;, Seuil 2010&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La mondialisation bouleverse les soci&#233;t&#233;s. Elle s'accompagne de changements techno-&#233;conomiques majeurs que l'on assimile souvent &#224; la modernit&#233; tout court. Elle se traduit au niveau global par l'acc&#233;l&#233;ration de la production et des &#233;changes, la r&#233;duction des distances, l'emprise croissante des syst&#232;mes experts (automatismes, logiciels), le d&#233;sencastrement du temps et de l'espace (le t&#233;l&#233;phone cellulaire et l'Internet multiplient les interactions en dehors du face-&#224;-face). Des r&#232;gles impersonnelles et une justice proc&#233;durale tendent &#224; remplacer les anciennes all&#233;geances et la coutume. Le destin social des individus est moins imm&#233;diatement li&#233; &#224; leur origine que par le pass&#233;. Mais les rythmes de ces changements divergent. Et ces divergences cr&#233;ent dans chaque soci&#233;t&#233; des chocs d'une telle intensit&#233; qu'ils suscitent des contre-r&#233;actions puissantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains observateurs affirment que cette modernisation s'engage sur un chemin unique, que les r&#233;sistances sont des exceptions ou de simples retards (Emmanuel Todd, Philippe Fargues). D'autres, consid&#233;rant l'opposition entre modernit&#233; et tradition comme contestable et ethnocentrique, ne veulent pas voir l'unit&#233; des changements et r&#233;cusent l'id&#233;e m&#234;me de modernit&#233; (Achille Mbembe, Jean-Loup Amselle pour l'Afrique, Partha Chatterjee en Inde, Gilberto Velho au Br&#233;sil). Pourtant, si la modernit&#233; japonaise diff&#232;re de l'am&#233;ricaine et de l'europ&#233;enne, on peut admettre, je crois, l'existence d'une acc&#233;l&#233;ration globale de la modernisation tout en reconnaissant la pluralit&#233; des voies et des rythmes qui y conduisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette modernisation techno-&#233;conomique rapide est marqu&#233;e, dans les pays occidentaux aussi bien que dans les pays &#233;mergents, par un d&#233;couplage entre : 1) l'int&#233;gration des march&#233;s, 2) l'unification politique et institutionnelle, 3) l'&#233;volution des briques de base de la soci&#233;t&#233; : famille, communaut&#233;s et religion. L'articulation des transformations techno-&#233;conomiques, culturelles et politiques est toujours difficile, mais singuli&#232;rement dans la p&#233;riode actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Europe, cette modernisation ne s'est accompagn&#233;e ni de l'&#233;rosion de l'&#201;tat-nation ni d'une int&#233;gration des nations dans une v&#233;ritable entit&#233; politique. De nouveaux &#201;tats ont &#233;merg&#233; de l'ancienne Union sovi&#233;tique (Bi&#233;lorussie, Moldavie, Ukraine, r&#233;publiques baltes). Malgr&#233; l'&#233;largissement de l'Union europ&#233;enne (UE), la fragmentation est all&#233;e croissante entre les &#201;tats membres et en leur sein. La R&#233;publique tch&#232;que et la R&#233;publique slovaque se sont s&#233;par&#233;es, plusieurs &#201;tats ont &#233;merg&#233; des d&#233;combres de l'ex-Yougoslavie. La Belgique est sur le point de se d&#233;doubler et les tendances irr&#233;dentistes sont puissantes au Royaume-Uni (&#201;cosse et pays de Galles), en Espagne (Catalogne, Pays basque), en Italie (Pi&#233;mont), en Autriche (Tyrol, Carinthie), en Roumanie (Transylvanie). Le seul contre-exemple significatif est l'Allemagne. La dynamique d'unification des nations engag&#233;e aux XIXe et XXe si&#232;cles, int&#233;grant des groupes diff&#233;rents au sein d'ensembles plus vastes politiquement articul&#233;s, s'est &#8211; provisoirement ? &#8211; arr&#234;t&#233;e. L'&#233;tat de l'UE, qui peine &#224; constituer une r&#233;alit&#233; politique, est un bon indice de cet enlisement institutionnel depuis les ann&#233;es 1990. Les &#201;tats membres ren&#226;clent &#224; abandonner leurs pr&#233;rogatives et recherchent une meilleure protection de leurs int&#233;r&#234;ts &#233;troitement compris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement &#224; cette fragmentation politique, on observe une &#233;l&#233;vation des in&#233;galit&#233;s au Nord. En 1830, les m&#233;tropoles des empires coloniaux &#233;taient tr&#232;s cliv&#233;es : les classes &#233;taient nettement marqu&#233;es, les ouvriers et paysans se distinguaient et s'opposaient radicalement aux bourgeois. De 1830 &#224; 1960, une part croissante des in&#233;galit&#233;s de ressources dans le monde &#233;tait venue d'une in&#233;galit&#233; entre les pays. Et, au moins dans les pays riches, on avait assist&#233; &#224; une diminution des in&#233;galit&#233;s internes. Ainsi, l'&#233;cart de revenu par t&#234;te entre l'Afrique et l'Europe &#233;tait de 1 &#224; 3 en 1830, contre 1 &#224; 14 en 1960. Les in&#233;galit&#233;s dans le monde s&#233;parent alors essentiellement les pays riches et les pays pauvres. Depuis 1960, les in&#233;galit&#233;s au sein des pays riches tendent &#224; augmenter, l&#233;g&#232;rement en Europe continentale, plus sensiblement dans le monde anglo-saxon. Parall&#232;lement, dans les grands pays &#233;mergents &#8212; Br&#233;sil, Chine, Inde, Russie &#8212;, les in&#233;galit&#233;s se sont &#233;lev&#233;es mais simultan&#233;ment l'&#233;cart de richesse avec les pays les plus d&#233;velopp&#233;s s'est r&#233;duit. Aujourd'hui, les pays les plus d&#233;velopp&#233;s sont plus in&#233;galitaires et disposent surtout d'un moindre avantage relatif sur les autres, l'Afrique except&#233;e. Au Nord, la globalisation &#233;rode singuli&#232;rement les positions des classes populaires autochtones : ce sont elles qui sont les plus menac&#233;es par cette formidable redistribution des cartes &#224; l'&#233;chelle de la plan&#232;te. Dans les pays europ&#233;ens, elles ont longtemps b&#233;n&#233;fici&#233; des &#201;tats-providence les plus g&#233;n&#233;reux. Le syst&#232;me d'assurances sociales, apr&#232;s la Seconde Guerre mondiale, a contribu&#233; &#224; former des soci&#233;t&#233;s plus &#233;gales, constituant des ensembles unifi&#233;s par une histoire commune et d&#233;finis par une assez forte similitude de conditions de vie. Si la demande de main-d'&#339;uvre faiblement qualifi&#233;e s'est r&#233;duite au milieu des ann&#233;es 1970, entra&#238;nant l'interruption de l'immigration de travail, une immigration li&#233;e &#224; la diff&#233;rence de richesse s'est poursuivie dans les ann&#233;es 1980 et 1990, &#224; un rythme variable selon les pays. Les migrations vers les villes d'Europe continentale viennent alors principalement des r&#233;gions rurales de l'Afrique et de la Turquie, tandis qu'un fort contingent asiatique se dirige vers le Royaume-Uni. Aujourd'hui, les couches populaires autochtones, menac&#233;es par le ch&#244;mage, la pr&#233;carisation de leurs statuts, la baisse de leurs revenus et de leurs retraites, manifestent une col&#232;re visant, entre autres, les migrants du Sud qui sont pris comme boucs &#233;missaires et subissent de plein fouet, &#224; travers les r&#233;actions x&#233;nophobes, ce &lt;i&gt;backlash&lt;/i&gt; politique. En Europe, le choc de la globalisation s'est manifest&#233; par la mont&#233;e des politiques identitaires, la fermeture des fronti&#232;res, le d&#233;veloppement d'une id&#233;ologie s&#233;curitaire. On a assist&#233; au cours des derni&#232;res d&#233;cennies &#224; une &#233;l&#233;vation de la x&#233;nophobie et &#224; un d&#233;veloppement des mouvements populistes d'extr&#234;me droite. La s&#233;gr&#233;gation des quartiers s'est accrue en m&#234;me temps que se d&#233;veloppaient une polarisation des m&#339;urs et un affaiblissement de la mixit&#233; dans les lieux publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans leur ensemble, les soci&#233;t&#233;s occidentales ont vu s'amorcer au cours des trois derni&#232;res d&#233;cennies un reflux de la libert&#233; mettant un point d'arr&#234;t au mouvement de s&#233;cularisation. Cette involution morale en Occident est entr&#233;e en r&#233;sonance avec le tournant conservateur et la re-traditionalisation des m&#339;urs dans les pays que Sophie Bessis&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'Occident et les autres, Paris, La D&#233;couverte, 2003.&#034; id=&#034;nh21-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; appelle l'arc arabo-musulman et, par extension, dans les pays d'origine des migrants &#8211; Afrique, Asie centrale. Le retour de b&#226;ton politique et moral dans beaucoup de pays d'Orient a touch&#233; les formes familiales, les relations entre les sexes, les usages de l'espace public, atteignant l'ensemble de la sph&#232;re pr&#233;-politique pour paraphraser Hannah Arendt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Europe, r&#233;tr&#233;cissant la sph&#232;re publique, alt&#233;rant les canaux et les institutions cens&#233;s socialiser les nouveaux venus, ce retour de b&#226;ton stimule des conflits qui ont d'autres causes, &#233;galement d&#233;terminantes. Les &#233;meutes urbaines, la d&#233;linquance, les suicides, la s&#233;paration des sexes se diffusent dans de nombreux quartiers situ&#233;s &#224; la p&#233;riph&#233;rie des grandes villes. Ces ph&#233;nom&#232;nes qui impliquent sp&#233;cifiquement les jeunes sont, selon moi, les sympt&#244;mes d'une nouvelle question sociale qui n'a pas &#233;t&#233; envisag&#233;e dans toutes ses dimensions. Face aux d&#233;rives de la jeunesse, on a souvent insist&#233; en France, &#224; juste titre, sur les effets du ch&#244;mage et de la r&#233;duction de la proportion des hommes actifs dans les quartiers sensibles. L&#224; sont en effet r&#233;unies des conditions &#233;conomiques et sociales comparables &#224; celles qui ont conduit aux d&#233;rives connues dans les ghettos urbains d'Am&#233;rique du Nord : le ch&#244;mage massif et s&#233;lectif s'est territorialis&#233; et ethnicis&#233;, les taux d'activit&#233; ont diminu&#233;, la d&#233;pendance de la population aux transferts sociaux s'est &#233;lev&#233;e. Depuis trente ans, cette situation n'a pas &#233;t&#233; fondamentalement modifi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour s'expliquer les d&#233;rives persistantes des quartiers, au-del&#224; de la prise en compte &#8211; plus fr&#233;quente &#224; gauche qu'&#224; droite &#8211; des conditions &#233;conomiques et sociales, deux types d'interpr&#233;tation compl&#233;mentaires ont &#233;t&#233; avanc&#233;s en France. La premi&#232;re pr&#233;tend que ces zones seraient le th&#233;&#226;tre d'une d&#233;sorganisation des familles et d'une alt&#233;ration des solidarit&#233;s, aliment&#233;es par des politiques d'assistance sociale trop g&#233;n&#233;reuses : une crise de l'autorit&#233; paternelle, un laxisme &#233;ducatif, un manque d'int&#233;r&#234;t pour l' &#233;cole y seraient courants. Plus ou moins ouvertement, on sugg&#232;re que les transferts sociaux apportant un soutien aux m&#232;res isol&#233;es et des revenus de substitution aux m&#233;nages les plus d&#233;munis favorisent une perte d'exigence et un affaiblissement des valeurs du travail. On insinue, voire on affirme qu'ils contribuent &#224; produire des parents qui n'exercent plus leur r&#244;le d'adultes sur les enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde interpr&#233;tation stigmatise le repli sur soi des migrants venus notamment d' Afrique et de Turquie. Elle met en avant le danger de d&#233;rives communautaristes o&#249; elle voit les ferments d'une contestation du droit commun et des valeurs r&#233;publicaines&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce que ne font ni les Am&#233;ricains ni les Anglais. Du moins jusqu'aux &#233;meutes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces quartiers seraient peu &#224; peu gagn&#233;s par des m&#339;urs et des traditions venues d' ailleurs et jug&#233;es incompatibles avec les principes fondamentaux des soci&#233;t&#233;s occidentales. S' exprimerait ainsi, aux yeux des autochtones, un intol&#233;rable refus d'int&#233;gration : les populations immigr&#233;es ou issues de l'immigration seraient, au fond, coupables de ne pas &#171; s'arracher &#187; &#224; leurs cultures d'origine, de souscrire aux injonctions suppos&#233;es de coutumes et de pratiques radicalement contraires aux normes &#233;l&#233;mentaires de la soci&#233;t&#233; d' accueil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux interpr&#233;tations cohabitent parfois dans les m&#234;mes discours alors qu'elles sont &#224; bien des &#233;gards antinomiques : dissolution des m&#339;urs et de l'autorit&#233; traditionnelle d'un c&#244;t&#233;, retour de la tradition et de certaines formes d' autoritarisme patriarcal de l' autre ; pas assez de valeurs dans le premier cas, trop (et surtout pas les bonnes...) dans le second ; pathologies d'une modernit&#233; r&#233;tive &#224; imposer une autorit&#233; structurante sur les plus jeunes ici, refus de plus en plus cat&#233;gorique de la modernit&#233; l&#224;. Quoi de commun, au final, entre la th&#232;se d'un d&#233;clin moral et celle d'une radicalisation culturelle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; rebours de la premi&#232;re interpr&#233;tation, ma conviction est que les d&#233;rives des quartiers d'immigration ont des ressorts qui, au-del&#224; des difficult&#233;s socio-&#233;conomiques, puisent dans un exc&#232;s d'autorit&#233; ainsi que dans un d&#233;ficit d'autonomie des femmes et des adolescents. Dans les quartiers, ce n'est pas tant un d&#233;litement du lien social entretenu par un ph&#233;nom&#232;ne de &#171; d&#233;saffiliation &#187; qui fait probl&#232;me, qu'une forme de &#171; suraffiliation &#187; des individus &#224; des liens locaux et &#224; diverses formes d'emprises familiales. Qu'on le veuille ou non, ces difficult&#233;s ont aussi &#224; voir avec des questions culturelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce &#224; dire qu'il faudrait embrasser la seconde interpr&#233;tation ? Je ne le pense pas non plus. La th&#232;se du retour &#224; la tradition s'av&#232;re &#233;galement d&#233;faillante, car elle tend &#224; essentialiser la culture d'origine : con&#231;ue comme un monolithe de repr&#233;sentations et de croyances en exil, celle-ci se voit alors doter de traits et d'orientations invariables qui dicteraient aux individus leurs conduites et leurs choix et les rendraient inaccessibles au pacte r&#233;publicain. Or, s'il y a bel et bien aujourd'hui, dans les quartiers d'immigration, un probl&#232;me culturel, celui-ci r&#233;sulte moins d'un irr&#233;dentisme des cultures d'origine que des normes et des valeurs n&#233;es de leur confrontation avec les soci&#233;t&#233;s d'accueil. Ce sont les conditions de l'exp&#233;rience migratoire, cette rencontre complexe et souvent douloureuse, tiss&#233;e de conflits et de frustrations, qui engendrent une grande partie des difficult&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre la nouvelle conflictualit&#233; sociale, qui implique non seulement les quartiers pauvres et immigr&#233;s mais aussi les autres segments de la soci&#233;t&#233;, il faut s'int&#233;resser de pr&#232;s aux courants migratoires, aux cultures, aux structures familiales. Ce sont pr&#233;cis&#233;ment les pays d'Afrique, appauvris dans les d&#233;cennies 1980-1990, qui ont nourri les migrations vers l'Europe et notamment vers la France. La s&#233;gr&#233;gation urbaine joue &#233;galement un r&#244;le majeur. Le reflux de l'id&#233;al de solidarit&#233; et de la capacit&#233; d'int&#233;gration politique a ouvert une p&#233;riode de tensions, qui a fait ressurgir une question urbaine qu'on avait soigneusement enfouie. En prenant pour r&#233;f&#233;rence les ghettos nord-am&#233;ricains, auxquels nos cit&#233;s HLM ne se comparent ni par la taille ni par le degr&#233; de s&#233;gr&#233;gation, on a longtemps cherch&#233; &#224; r&#233;cuser, en m&#234;me temps que la qualification de ghetto, l'existence de processus d'ethnicisation qui ne touchent certes qu'une fraction limit&#233;e des quartiers de nos villes. La prise de distance avec les migrants a des cons&#233;quences n&#233;gatives en termes de r&#233;ussite scolaire mais elle cr&#233;e aussi le sentiment d'une citoyennet&#233; de second ordre. Les &#233;meutes urbaines et les d&#233;viances ont donc surtout mobilis&#233; les enfants des grandes familles isol&#233;es par la s&#233;gr&#233;gation urbaine. Et, &#224; l' int&#233;rieur de cet ensemble, elles ont d' abord impliqu&#233; des adolescents masculins qui cumulent plus de difficult&#233;s scolaires que les filles. Ces r&#233;alit&#233;s sont l'expression d'arrangements familiaux et de rapports entre les sexes qui tranchent radicalement avec l'&#233;volution des m&#339;urs en Europe amorc&#233;e, du nord au sud, au lendemain de la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faute de tenir compte de ces questions, les pouvoirs publics apportent des r&#233;ponses &#224; la fois globales et craintives. Oblig&#233;s de donner des gages &#224; une opinion publique inqui&#232;te, ils oscillent entre l'affirmation d'une indiff&#233;rence de principe &#224; la confession, &#224; la couleur de la peau et &#224; la culture d'origine, et des actions ostentatoires pour refouler les &#171; nouveaux barbares &#187; venus du Sud. Cette occultation a &#233;t&#233; largement partag&#233;e en France par la droite et la gauche. On n'envisage pas de lire les ph&#233;nom&#232;nes sociaux en r&#233;f&#233;rence &#224; l'origine culturelle. On ne le &lt;i&gt;peut&lt;/i&gt; pas, ajoutera-t-on, la statistique publique rechignant &#224; tenir compte de ces param&#232;tres. Or cet obstacle &#224; son tour est un produit de notre histoire : sans y prendre garde, on a &#233;tendu un principe &#8211; tout ce qui rel&#232;ve des choix subjectifs ne saurait appara&#238;tre dans les statistiques publiques &#8211; &#224; l'ensemble de ses cons&#233;quences objectives, comme, par exemple, le fait de donner une &#233;ducation confessionnelle &#224; ses enfants. On a ainsi gliss&#233; du respect des consciences individuelles et des pr&#233;f&#233;rences priv&#233;es &#224; la dissimulation des faits sociaux. Des &#233;l&#233;ments aussi d&#233;terminants que la langue maternelle, la confession dans laquelle on a &#233;t&#233; &#233;lev&#233;, le lieu de naissance des ascendants n'existent pas ou bien ont &#233;t&#233; &#233;limin&#233;s des donn&#233;es publiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le lieu de naissance des parents a &#233;t&#233; enregistr&#233; puis &#233;limin&#233; des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De fait, les aspects objectifs essentiels qui situent un individu dans une culture, qui fa&#231;onnent sa socialisation et une partie de son rapport au monde, sont d&#233;lib&#233;r&#233;ment ignor&#233;s. Nous sommes condamn&#233;s &#224; faire la sociologie de la nation telle qu'elle voudrait &#234;tre et non telle qu'elle est. Aussi les politiques publiques qui s'attachent &#224; traiter la question des banlieues ont-elles ceci en commun qu'elles ne disent pas &#224; qui elles s'adressent. Les &#171; ch&#244;meurs &#187;, les &#171; jeunes en difficult&#233; &#187; n'ont d'autre identit&#233;, dans les rapports publics, que le d&#233;ficit par lequel on les caract&#233;rise. Au total, la neutralit&#233; affich&#233;e est moins &#233;galitaire et universaliste qu'aveugle aux diff&#233;rences et aux besoins de ces familles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette occultation des diff&#233;rences de valeurs n' est pas neutre : au contraire, elle renforce l'hostilit&#233; et favorise la s&#233;gr&#233;gation. Chez les classes moyennes, antiracistes en paroles, elle encourage des pratiques inavou&#233;es de contournement de l'esprit r&#233;publicain dont les d&#233;rogations &#224; la carte scolaire sont peut-&#234;tre le t&#233;moignage le plus criant. Dans les classes populaires autochtones, elle entretient une x&#233;nophobie d&#233;j&#224; aliment&#233;e par les difficult&#233;s &#233;conomiques : elles ne comprennent pas cet &#171; exc&#232;s de sollicitude &#187; envers des gens qui trichent parfois avec le syst&#232;me de protection sociale et ont des m&#339;urs que beaucoup r&#233;prouvent en priv&#233;. Au total, il n' est ni honn&#234;te ni finalement efficace de faire comme si nous portions tous les m&#234;mes valeurs, comme si nous souscrivions tous aux m&#234;mes principes, alors que nous avons des modes de vie distincts, des conceptions diff&#233;rentes des rapports entre les sexes et entre les g&#233;n&#233;rations, et que nous nous faisons une id&#233;e variable de l'autorit&#233; et de la libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les raisons du refus de consid&#233;rer la dimension culturelle des questions sociales sont d'abord id&#233;ologiques et politiques. Ceux qui tentent de r&#233;sister &#224; ce consensus sont vite soup&#231;onn&#233;s de complaisance &#224; l'&#233;gard du discours raciste, d'infraction aux valeurs r&#233;publicaines ou encore d'indulgence relativiste. Bref, qui parle &#171; culture &#187; ou &#171; origines ethniques &#187; s'expose &#224; des accusations de droite comme de gauche. Du coup, cohabitent le silence g&#234;n&#233; de ceux qui n'osent pas aborder ces sujets, et les simplifications bruyantes des briseurs de tabous professionnels qui ne craignent pas, eux, de s'emparer du terrain abandonn&#233; par les premiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce &#171; d&#233;ni des cultures &#187; n' est pas seulement le fait de l'opinion courante et du d&#233;bat public. Il touche &#233;galement la recherche acad&#233;mique et le monde savant. Les tropismes de la tradition sociologique hexagonale, en particulier, poussent &#224; &#233;carter ou &#224; contourner ces cat&#233;gories. Et, l&#224; encore, faute de reconna&#238;tre la dimension culturelle des enjeux d'une soci&#233;t&#233; postnationale, nous nous trompons souvent sur leur nature, leurs ressorts et les rem&#232;des qui pourraient y &#234;tre apport&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cons&#233;quences de ce refus sont nombreuses.&lt;br class='manualbr' /&gt;On parle souvent de &lt;i&gt;l'immigration&lt;/i&gt; au singulier l&#224; o&#249; il y a &lt;i&gt;des&lt;/i&gt; itin&#233;raires et &lt;i&gt;des&lt;/i&gt; contextes historiques tr&#232;s divers. Les diff&#233;rences entre les personnes et les familles venues du Maghreb, d' Afrique sah&#233;lienne, des pays qui bordent le golfe de Guin&#233;e ou de Turquie, pourtant d&#233;terminantes, sont gomm&#233;es. Du coup, on cible mal les r&#233;ponses. Par exemple, on reste dans une logique d' assistance sociale tourn&#233;e vers les familles d&#233;faites, ab&#238;m&#233;es par l' alcool ou les drogues, alors m&#234;me qu' &#224; la diff&#233;rence de ce qui se passe dans le &#171; quart-monde &#187; d'origine europ&#233;enne, la plupart des familles sah&#233;liennes ou turques ne connaissent pas ces difficult&#233;s : contrairement aux id&#233;es re&#231;ues, elles forment le plus souvent des foyers unis, ce qui ne les emp&#234;che pas de conna&#238;tre des taux de d&#233;linquance et d'&#233;chec scolaire plus &#233;lev&#233;s que la moyenne. Plus largement, faute de distinguer entre ces diverses exp&#233;riences, on ne voit pas que les quartiers sensibles sont aujourd'hui marqu&#233;s par des probl&#233;matiques propres aux migrations r&#233;centes d' Afrique subsaharienne, posant des questions diff&#233;rentes de celles que soul&#232;vent les familles d'origine maghr&#233;bine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On laisse le champ libre &#224; diverses formes d'essentialisation rapides de l'origine culturelle, qui favorisent le rejet populaire. On ne veut pas reconna&#238;tre qu'il existe des conflits normatifs et que la meilleure r&#233;ponse &#224; y apporter n' est pas le d&#233;ni. Prenant pour contre-r&#233;f&#233;rence les ghettos nord-am&#233;ricains, avec lesquels nos cit&#233;s HLM n' ont que peu de points communs, on r&#233;cuse d'un m&#234;me &#233;lan l'existence de processus d'ethnicisation, qui certes ne touchent qu'une fraction limit&#233;e des quartiers de nos villes, mais affectent beaucoup plus largement les rapports sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On nourrit une crise de confiance entre les migrants et les institutions. Faute d'avoir construit un tel rapport de confiance, on est conduit, pour d&#233;crire les d&#233;rives d'une fraction de la population jeune issue de l'immigration africaine, &#224; utiliser une terrible langue de bois et &#224; parler par euph&#233;mismes. Cette incapacit&#233; &#224; dire clairement les probl&#232;mes qu'elle pose et &#224; reconna&#238;tre les tares qui sont les n&#244;tres se retourne en marque de m&#233;pris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rejet dont ces populations sont victimes est le corollaire de notre incapacit&#233; &#224; porter des jugements sur les m&#339;urs qui se d&#233;veloppent dans les quartiers. Au cours des derni&#232;res d&#233;cennies, ils ont &#233;t&#233; gagn&#233;s par une involution morale. Il ne s'agit pas de l'acceptabilit&#233; des croyances mais de leur affichage. Un des aspects nouveaux de l'islam dans les quartiers est la d&#233;-privatisation des pratiques et des marques de religiosit&#233;. Particuli&#232;rement dans un pays comme la France o&#249; le religieux a &#233;t&#233; &#233;troitement confin&#233; &#224; la sph&#232;re priv&#233;e et aux lieux de culte, cela constitue un bouleversement. Pour ne pas accro&#238;tre le malaise, on s'interdit d'interroger les m&#339;urs qui pr&#233;valent dans les quartiers, le processus diffus de s&#233;paration des sexes dans l'espace public, de r&#233;duction des libert&#233;s des femmes et des filles, d'abandon en pratique d'un id&#233;al de mixit&#233; et d'&#233;galit&#233; entre les sexes. Ce sont pourtant l&#224; les t&#233;moignages de la diffusion de m&#339;urs n&#233;opatriarcales et d'une religiosit&#233; &#233;troite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces tensions entre les quartiers et le courant central de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, et cette dualisation des m&#339;urs sont pr&#233;occupantes. Appellent-elles une r&#233;ponse autoritaire, fond&#233;e sur une ignorance d&#233;lib&#233;r&#233;e du foss&#233; culturel ? Selon moi, l'action publique ne doit pas renoncer &#224; mettre en &#339;uvre des politiques d'int&#233;gration. Mais elle doit consid&#233;rer la diversit&#233; des cultures qui cohabitent sur notre territoire comme un point de d&#233;part incontournable. L'objectif de ce livre n'est pas de susciter de nouvelles pol&#233;miques ni d'aiguiser les diff&#233;rends culturels, mais d'objectiver un certain nombre de faits et de mobiliser des outils d'analyse pour sortir &#224; la foi du d&#233;ni et des instrumentalisations id&#233;ologiques. Il s'agit en somme de mieux comprendre ce qui arrive &#224; nos soci&#233;t&#233;s en reconnaissant qu'elles sont confront&#233;es &#224; une question culturelle dans les quartiers sensibles. Ces difficult&#233;s ne se r&#233;duisent pas aux contraintes et aux blocages qui viennent des institutions et elles ne se ram&#232;nent pas non plus &#224; la question, au demeurant importante, de la discrimination des minorit&#233;s visibles : elles plongent &#233;galement leurs racines dans les fonctionnements sociaux, les configurations familiales, les tensions et les conflits qui r&#233;sultent des dynamiques &#224; l'&#339;uvre au sein de la soci&#233;t&#233; civile, notamment en raison des migrations r&#233;centes. Or, consid&#233;rer l' origine culturelle et les parcours migratoires comme des d&#233;terminants importants de la situation pr&#233;sente, c'est bouleverser le r&#233;cit habituel, aussi bien sociologique que politique, de nos difficult&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s quelques h&#233;sitations, j'ai adopt&#233; les termes &lt;i&gt;d'origine culturelle&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;ethnoculturelle&lt;/i&gt; pour d&#233;signer les diff&#233;rences qui renvoient, selon des configurations variables, &#224; la r&#233;gion de naissance des parents des interview&#233;s, &#224; la langue parl&#233;e, aux mod&#232;les familiaux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Celle qu'en substance retiennent Franz Boas, Claude L&#233;vi-Strauss, Luc de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;... La querelle du &#171; s&#233;mantiquement correct &#187; bat son plein. Le mot &lt;i&gt;race&lt;/i&gt; est une abomination. C'est en son nom que des holocaustes ont eu lieu. Son funeste destin emporte avec lui des mots comme &lt;i&gt;ethnie&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;ethnicit&#233;&lt;/i&gt; qui n'ont pas su se d&#233;marquer d'une r&#233;sonance biologique, qu'ils charrient de mani&#232;re d'autant plus honteuse qu'ils pr&#233;tendent l'euph&#233;miser. Dans le sillage de l'ethnie, la &lt;i&gt;culture&lt;/i&gt; n'est pas indemne, surtout quand d'aventure elle pr&#233;tend expliquer et qu'elle voisine alors avec le culturalisme. La notion &lt;i&gt;d'identit&#233;&lt;/i&gt;, enfin, est complexe et renvoie autant au projet des migrants, au trajet engag&#233; qu'aux dispositions dont ils h&#233;ritent. Or, c'est cette dimension de l'h&#233;ritage, un h&#233;ritage sous inventaire, remodel&#233;, r&#233;appropri&#233;, dont je souhaite, comme on le fait avec le milieu socioprofessionnel, marquer la puissance. Comme le note fort justement Didier Fassin, notre embarras s&#233;mantique n' appelle pas une rectification mais une probl&#233;matisation. Il faut d'abord remarquer que les mots ne portent plus aujourd'hui le m&#234;me sens qu'hier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Didier Fassin, &#171; Nommer, interpr&#233;ter. Le sens commun de la question raciale (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'utilisation du mot race dans le contexte du XIXe si&#232;cle v&#233;hiculait, outre une arrogance et une volont&#233; dominatrice, une pr&#233;tention taxinomique qui ne se limitait pas &#224; rep&#233;rer des diff&#233;rences ph&#233;notypiques mais se voulait explication naturaliste de l'ordre social. Les Fran&#231;ais qui, de la Seconde Guerre mondiale aux ann&#233;es 1970, ont v&#233;cu dans un espace culturellement assez homog&#232;ne, en sont rest&#233;s de ce point de vue &#224; l'armistice sign&#233; en 1958 &#224; l'Unesco avec le texte de Claude L&#233;vi-Strauss, &lt;i&gt;Race et histoire&lt;/i&gt;, o&#249; l'illustre ethnologue livrait une brillante r&#233;futation des th&#232;ses racistes. Mais ils ignorent le plus souvent un autre texte, &#171; Race et culture &#187;, dans lequel le m&#234;me auteur souligne la pr&#233;sence dans toutes les cultures d'une bonne dose d'ethnocentrisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#201;ric Fassin, &#171; Aveugles &#224; la race ou au racisme ? &#187;, in Didier et &#201;ric (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est la dialectique des deux qui nous constitue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ma part, j'emploie l'adjectif &lt;i&gt;culturel&lt;/i&gt; pour parler des liens qu'un individu a, du fait de sa naissance et de sa socialisation, avec une ou des cultures. La culture ou l'ethnicit&#233; d&#233;signe &#224; l'&#233;chelle individuelle &#224; la fois un ensemble de dispositions et d'orientations morales, et une r&#233;f&#233;rence identitaire. Tylor mentionne &#171; l'h&#233;ritage que tout individu acquiert dans son contexte de vie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par Luc de Heusch, &#171; L'ethnie : les vicissitudes d'un concept &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En parlant d'h&#233;ritage et d'acquisition, il sugg&#232;re que l'individu ne re&#231;oit pas la culture passivement mais qu'il se l'approprie. J'essaierai d'&#233;viter d'employer le mot ethnie en tant que substantif pour ne pas sugg&#233;rer qu'il existerait un v&#233;ritable groupement humain d&#233;fini par une descendance commune ou des interactions effectives, ou &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; qu'il y aurait un invariant biologique, alors m&#234;me qu'il n'est question que de d&#233;limiter des rapports humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on distingue, dans le contexte nord-am&#233;ricain, les comportements des Noirs et des Blancs, on n'a pas besoin de supposer qu'il existe une race noire ni une race blanche, mais seulement de constater une ligne de d&#233;marcation qui fut et reste tr&#232;s forte entre ceux dont les ascendants, &#224; quelque degr&#233;, sont noirs de peau et ceux qui ont le teint blanc. Un fait simple et sid&#233;rant oblige &#224; le reconna&#238;tre : l' absence d' intermariage entre ces groupes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 2006, les couples mixtes compos&#233;s d'une Blanche et d'un Noir (ou (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La fronti&#232;re qui s&#233;pare les Afro-Am&#233;ricains des Euro-Am&#233;ricains est absolument &#233;tanche. Ce n'est pas en refusant de la nommer qu'on y change quelque chose : la &lt;i&gt;color line&lt;/i&gt; est une r&#233;alit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Faut-il parler de races ? Pas n&#233;cessairement, mais certainement de cette (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; quoi s'ajoute le fait que ces Blancs et ces Noirs ont des r&#233;f&#233;rences identitaires qui les particularisent : les Blancs sont d'origine europ&#233;enne et les Noirs sont les descendants d'esclaves captur&#233;s dans leur grande majorit&#233; dans les zones de la for&#234;t en Afrique de l'Ouest. Pour caract&#233;riser les diff&#233;rences ethnoculturelles, je reprends ici une distinction d'Ir&#232;ne Th&#233;ry &#224; propos du sexe, qui me para&#238;t cruciale : &#171; La distinction masculin/f&#233;minin est adverbiale, normative, relationnelle, elle d&#233;finit une mani&#232;re de se comporter, un r&#244;le, et ne peut &#234;tre rabattue sur le masculin et le f&#233;minin comme substances. Ce qui a un genre, ce ne sont pas les individus mais les relations sociales elles-m&#234;mes. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Distinction de sexe, Paris, Odile Jacob, 2007, p. 218. Cette position ne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; mon sens, l'utilisation de ces cat&#233;gories de culture et d'ethnicit&#233; en Europe ne peut se faire sans prendre en compte au moins deux donn&#233;es essentielles : l'histoire des migrations et les formes de s&#233;gr&#233;gation spatiale. Les tensions qui traversent en Am&#233;rique du Nord les relations entre Noirs et Blancs renvoient &#224; l'esclavage et aux lois d'apartheid sur le sol m&#234;me des &#201;tats-Unis. Les Noirs y sont des autochtones, tandis que les migrants sont, selon des temporalit&#233;s variables, des Europ&#233;ens venus au d&#233;but du XXe si&#232;cle, puis des Hispaniques. Quand, pour r&#233;fl&#233;chir aux tensions dans les quartiers d'immigration ici, on identifie les Noirs europ&#233;ens aux Noirs am&#233;ricains, on privil&#233;gie une homologie coloriste qui peut &#234;tre trompeuse : les couleurs ne sont pas faites de la m&#234;me mani&#232;re de part et d'autre de l'Atlantique. On d&#233;calque, parfois h&#226;tivement, me semble-t-il, les probl&#233;matiques nord-am&#233;ricaines. La grande utilit&#233; de la comparaison des histoires et des politiques publiques est de s'attacher &#224; d&#233;finir des homologies qui ne font pas n&#233;cessairement correspondre les &#233;l&#233;ments terme &#224; terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les analyses qui vont suivre privil&#233;gient les familles venues d'Afrique noire et notamment du Sahel. Il me semble d'abord que, pr&#233;sentant le contraste maximal avec les normes dominantes, elles donnent &#224; voir les probl&#232;mes d'une mani&#232;re plus nette. Par ailleurs, ces migrants venus du Sahel, englob&#233;s dans l'appellation de Subsahariens, qualification en creux des Noirs d'Afrique, ont re&#231;u beaucoup moins d'attention en France que les familles maghr&#233;bines. En outre, les probl&#232;mes pos&#233;s par les quartiers dits sensibles ne sont pas les probl&#232;mes des familles africaines. Ce sont des questions de justice et d'inclusion sociale qui impliquent les familles situ&#233;es dans et hors de ces quartiers, qu'elles soient africaines, autochtones ou issues d'autres r&#233;gions du monde. Les difficult&#233;s et les tensions affectent l'ensemble des rapports entre les groupes sociaux en France et, bien s&#251;r, le fonctionnement des institutions. Elles ne se r&#233;soudront pas sans que de puissantes actions publiques permettent &#224; une fraction croissante des enfants des familles maghr&#233;bines et noires de se sentir appartenir pleinement &#224; notre soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En situant les faits dans leur contexte politique et moral, je me propose de parcourir les diagnostics majeurs &#224; travers lesquels on a pens&#233; les tensions sociales &#224; la fin du si&#232;cle dernier. L'originalit&#233; du propos &#224; cet &#233;gard sera de confronter ces lectures &#224; la r&#233;alit&#233; d'un &#233;chantillon de quartiers sensibles. Les probl&#232;mes et les tensions des quartiers pauvres ont &#233;t&#233;, si l'on peut dire, interpr&#233;t&#233;s successivement &#224; travers plusieurs r&#233;cits, notamment le r&#233;cit du d&#233;racinement par la mobilit&#233; et la d&#233;saffiliation, et le r&#233;cit de l'effondrement de l' autorit&#233;. Ces constructions ont pour point commun de contourner les diff&#233;rences culturelles. J'insiste au contraire sur ce qu'une conscience des enjeux culturels nous apprend, en prenant sp&#233;cifiquement pour objet les questions qui ont trait &#224; la socialisation de la jeune g&#233;n&#233;ration. En raison de leur isolement et de l'absence de r&#233;ponses politiques ad&#233;quates, se sont d&#233;velopp&#233;es dans les quartiers pauvres des r&#233;actions &#8212; abstention politique, r&#233;clusion des femmes, violences &#8212; qui, loin de s'exclure, sont compl&#233;mentaires. On peut comprendre d&#232;s lors que la cl&#233; d'une autre dynamique sociale et culturelle pour les quartiers pauvres et immigr&#233;s passe, non par une demande incantatoire de restauration de l' autorit&#233;, mais par un vigoureux encouragement &#224; l'autonomie. Sur ce chemin, doivent &#234;tre mis en avant, selon moi, une extension de l'activit&#233; des femmes issues de l'immigration et un d&#233;veloppement de leur autonomie susceptible d'endiguer les dynamiques autoritaristes mais aussi de restaurer leur autorit&#233; sur les enfants. Loin d'&#234;tre utopique, cette transformation se profile dans les quartiers d'habitat social m&#234;me, et demande &#224; &#234;tre encourag&#233;e. Elle appelle en particulier la mise en place d'une politique &lt;i&gt;d'empowerment&lt;/i&gt; des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les premiers chapitres (I et II), je propose un tableau r&#233;capitulatif des &#233;volutions les plus marquantes de ces derni&#232;res d&#233;cennies (d&#233;veloppement des tensions urbaines en Europe, fermeture des fronti&#232;res, manifestations de x&#233;nophobie et r&#233;actions politiques et morales li&#233;es &#224; l'inqui&#233;tude provoqu&#233;e par l'ouverture &#233;conomique du monde).
Dans les trois chapitres suivants (III &#224; V), je d&#233;cris les processus &#233;conomiques et sociaux qui ont conduit &#224; la formation des cit&#233;s telles que nous les connaissons et les effets des changements migratoires et de la s&#233;gr&#233;gation sur les conduites des adolescents. J'envisage ce que les difficult&#233;s de r&#233;ussite et les inconduites des jeunes doivent &#224; l'h&#233;ritage familial, aux coutumes v&#233;hicul&#233;es par les migrations r&#233;centes et aux conditions de vie des familles en France.
J'observe ensuite (chapitres VI &#224; VIII) que la d&#233;gradation de la situation sociale constat&#233;e ces derni&#232;res d&#233;cennies dans les quartiers les plus s&#233;gr&#233;g&#233;s a interagi avec l'involution des moeurs. Je d&#233;cris la synergie, &#224; mon sens n&#233;gative, sur les plans social et moral ainsi que ses cons&#233;quences &#224; l'&#233;chelle locale de cette culture de la pauvret&#233;, soulignant que cette sous-culture sp&#233;cifique des familles originaires d'Afrique noire dans les cit&#233;s diff&#232;re sensiblement de la &#171; culture de la pauvret&#233; &#187; d&#233;crite &#224; propos des ghettos nord-am&#233;ricains.
Dans les derniers chapitres (IX &#224; XII), j'aborde les enjeux li&#233;s aux politiques publiques, aussi bien celles qui ont &#233;t&#233; men&#233;es jusqu'ici que celles qui pourraient ou devraient l'&#234;tre dans les ann&#233;es &#224; venir. C'est aussi l'occasion d'examiner certains des sch&#233;mas d'explication mobilis&#233;s pour rendre compte des d&#233;rives de ces quartiers, notamment &#224; travers l'id&#233;e de &#171; d&#233;saffiliation &#187;. Quelles sont les conditions d'une int&#233;gration plus r&#233;ussie des familles migrantes venues d'Afrique ? Quels sont les apports des politiques de la ville ? Je sugg&#232;re qu'on doit distinguer entre mixit&#233; sociale et mixit&#233; culturelle. Je me demande comment des politiques sociales plus inclusives pourraient &#234;tre d&#233;finies &#224; partir de l'id&#233;e de sous-culture sp&#233;cifique et notamment autour de &lt;i&gt;l'empowerment&lt;/i&gt; des femmes dans les cit&#233;s. Bref, &#224; quoi pourraient ressembler des politiques qui s'appuient sur la pluralit&#233; culturelle qui est d&#233;sormais la n&#244;tre ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb21-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'Occident et les autres&lt;/i&gt;, Paris, La D&#233;couverte, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ce que ne font ni les Am&#233;ricains ni les Anglais. Du moins jusqu'aux &#233;meutes des Midlands en 2005, qui ont marqu&#233; une inflexion des politiques au Royaume-Uni. Cf. Romain Garbaye, &#171; Crossing Paths ? The British and French experiences with racial and ethnic diversity since 9/11 &#187;, &lt;i&gt;International Conference on Multiculturalism and its Discontents&lt;/i&gt;, CARTSS, University of Colorado, Boulder, 23-25 avril 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le lieu de naissance des parents a &#233;t&#233; enregistr&#233; puis &#233;limin&#233; des recensements, et rien de syst&#233;matique n'est accessible sur une base territoriale fine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Celle qu'en substance retiennent Franz Boas, Claude L&#233;vi-Strauss, Luc de Heusch et bien d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Didier Fassin, &#171; Nommer, interpr&#233;ter. Le sens commun de la question raciale &#187;, in Didier et &#201;ric Fassin, &lt;i&gt;De la question sociale &#224; la question raciale ?&lt;/i&gt;, Paris, La D&#233;couverte, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. &#201;ric Fassin, &#171; Aveugles &#224; la race ou au racisme ? &#187;, in Didier et &#201;ric Fassin, &lt;i&gt;De la question sociale &#224; la question raciale ?&lt;/i&gt;, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cit&#233; par Luc de Heusch, &#171; L'ethnie : les vicissitudes d'un concept &#187;, &lt;i&gt;Archives europ&#233;ennes de sociologie&lt;/i&gt;, vol. 38, n&#176; 2, 1997 p. 185-206.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;En 2006, les couples mixtes compos&#233;s d'une Blanche et d'un Noir (ou l'inverse) repr&#233;sentaient 0,67% des couples mari&#233;s. Or, si les appariements entre Noirs et Blancs se faisaient au hasard, on devrait observer 11 % de mariages interraciaux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Faut-il parler de races ? Pas n&#233;cessairement, mais certainement de cette s&#233;paration des groupes qui tient &#224; la construction am&#233;ricaine de la couleur : est noire toute personne qui a un anc&#234;tre noir (difficile de pr&#233;ciser le nombre de g&#233;n&#233;rations...). Ce choix, aussi arbitraire que le choix sym&#233;trique, fait de l' actuel pr&#233;sident am&#233;ricain un Noir, sans h&#233;sitation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Distinction de sexe&lt;/i&gt;, Paris, Odile Jacob, 2007, p. 218. Cette position ne revient pas &#224; admettre que le rapport entre sexe et genre est contingent.&lt;/i&gt;&lt;/i&gt; Les comportements sont ordonn&#233;s par des vis&#233;es qui prennent en compte les normes, les syst&#232;mes de r&#244;les, y compris les r&#244;les sexu&#233;s. Cela ne signifie pas que l'ethnicit&#233;, ce qui nous rattache &#224; une culture, soit invent&#233;e ou arbitraire. C'est un point sur lequel je me s&#233;pare du constructivisme radical qui, &#224; la suite des travaux de Fredrik Barth et Benedict Anderson, a partiellement inspir&#233; les positions de Jean-Loup Amselle, de Elikia M' Bokolo, de Jean-Pierre Chr&#233;tien et d'autres en France [[Le texte princeps de Fredrik Barth est &#171; Model of Social Organisation &#187;, Royal Anthropological Institute, &lt;i&gt;Occasional Papers&lt;/i&gt;, n&#176; 23, 1966. Jean-Pierre Chr&#233;tien s'inscrit dans cette perspective ; il &#233;crit dans &lt;i&gt;Esprit&lt;/i&gt;, en ao&#251;t 2005, dans une recension pol&#233;mique de &lt;i&gt;N&#233;grologie&lt;/i&gt;&lt;/i&gt;, de Stephen Smith (Paris, Calmann-L&#233;vy, 2004) : &#171; Il faut d&#233;crypter les ressorts du social et du politique derri&#232;re les passions pseudo-identitaires. &#187; Jean-Loup Amselle et Elikia M'Bokolo (&#233;d.), dans &lt;i&gt;Au coeur de l'ethnie&lt;/i&gt; (Paris, La D&#233;couverte, 1999/2005), d&#233;veloppent des positions radicalement constructivistes que je ne partage pas. Pour une critique de la th&#232;se du constructivisme radical, voir Thomas Spear, &#171; Neotraditionalism and the limits of invention in British Colonial Africa &#187;, &lt;i&gt;Journal of African History&lt;/i&gt;, vol. 44, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les l&#233;gions du cr&#233;puscule se sont lev&#233;es</title>
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		<dc:date>2014-07-07T17:53:38Z</dc:date>
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		<dc:subject>Fargette G.</dc:subject>
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		<dc:subject>Islam</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Textes extraits du bulletin de G.Fargette &#171; Le cr&#233;puscule du XXe si&#232;cle &#187;, n&#176;13, mars 2005. Les l&#233;gions du cr&#233;puscule se sont lev&#233;es Les &#233;v&#233;nements importants sont rep&#233;rables &#224; un effet caract&#233;ristique : ils induisent des divisions nouvelles, jug&#233;es jusque-l&#224; impensables, qui s'&#233;tendent ensuite par vagues concentriques dans le champ historique et social, jusqu'&#224; le rendre m&#233;connaissable. Le 11 septembre 2001 est de cette nature, qui se r&#233;v&#232;le peu &#224; peu dans sa complexit&#233;. L'op&#233;ration (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-dynamiques-geopolitiques-" rel="directory"&gt;Dynamiques G&#233;opolitiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-48-fargette-g-+" rel="tag"&gt;Fargette G.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-79-religion-+" rel="tag"&gt;Religion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-118-aneantissement-+" rel="tag"&gt;An&#233;antissement / G&#233;nocide&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-122-guerre-+" rel="tag"&gt;Guerre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-138-totalitarisme-+" rel="tag"&gt;Totalitarisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-162-extremes-droites-+" rel="tag"&gt;Extr&#234;mes-droites&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-214-islam-+" rel="tag"&gt;Islam&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Textes extraits du bulletin de G.Fargette &#171; Le cr&#233;puscule du XXe si&#232;cle &#187;, n&#176;13, mars 2005.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les l&#233;gions du cr&#233;puscule se sont lev&#233;es&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;v&#233;nements importants sont rep&#233;rables &#224; un effet
caract&#233;ristique : ils induisent des divisions nouvelles,
jug&#233;es jusque-l&#224; impensables, qui s'&#233;tendent ensuite
par vagues concentriques dans le champ historique et
social, jusqu'&#224; le rendre m&#233;connaissable. Le 11 septembre 2001 est de cette nature, qui se r&#233;v&#232;le peu &#224;
peu dans sa complexit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'op&#233;ration d'Afghanistan en 2001 s'est accompagn&#233;e
d'un r&#233;alignement strat&#233;gique dans toute l'Asie centrale, puis l'invasion militaire de l'Irak en 2003 a boulevers&#233; la situation du Proche-Orient. Mais l'&#233;v&#233;nement agit davantage encore par ses potentialit&#233;s : de
nouveaux attentats importants auront lieu, qui viendront sans cesse perturber de mani&#232;re d&#233;cisive les
lignes de force internes aux soci&#233;t&#233;s occidentales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'usure de leurs processus caract&#233;ristiques s'en trouve soulign&#233; d'autant.
Depuis 20 &#224; 30 ans, les diverses cultures mill&#233;naires
de la plan&#232;te sont mises en pr&#233;sence les unes aux
autres &#224; une &#233;chelle de masse, ce qui engendre une
instabilit&#233; potentielle consid&#233;rable et in&#233;dite. Le choc
qu'en re&#231;oit le monde arabo-musulman est au moins
aussi profond que celui induit par l'irruption de tendances authentiquement d&#233;mocratiques dans la
Russie tsariste, construite sur un autoritarisme mill&#233;naire. Il y a l&#224; un peu plus qu'un sous-produit inattendu de la mondialisation, car ce facteur rencontre
un d&#233;r&#232;glement endog&#232;ne &#224; l'Occident, o&#249; toutes les
&#233;chelles de souverainet&#233; &#233;taient d&#233;j&#224; &#233;branl&#233;es par
suite d'une guerre de classes qui n'a pas abouti, bien
qu'elle ait dur&#233; plus de 150 ans. Ce d&#233;s&#233;quilibre
incertain &#233;tait comme suspendu au-dessus du vide.
Le param&#232;tre externe de l'islamisme se greffe sur les
anciennes pousses totalitaires qui ont tant prosp&#233;r&#233;
au cours du XX&#232;me si&#232;cle, jusqu'&#224; caract&#233;riser cette
&#233;poque. Il exerce un effet d'autant plus perturbateur
qu'il s'ajoute &#224; une s&#233;rie d'inversions de grandes tendances historiques :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;l'in&#233;galit&#233; sociale n'est plus d&#233;croissante
&lt;/strong&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Depuis une trentaine d'ann&#233;es, il n'y a plus d'&#233;galisation tendancielle des conditions, mais in&#233;galit&#233;
croissante. La liquidation du vieux mouvement
ouvrier est &#233;videmment centrale dans cette inversion.
Les staliniens auront finalement tenu le r&#244;le d&#233;cisif
dans cette d&#233;b&#226;cle. &lt;i&gt;R&#233;trospectivement, l'&#233;crasement de
l'insurrection de Budapest en 1956 repr&#233;sente le moment
pivot du retournement&lt;/i&gt;. Le principe du &#8220;parti au dessus
de tout&#8221; a irr&#233;versiblement impos&#233; sa sup&#233;riorit&#233;
catastrophique sur la r&#233;f&#233;rence &#224; &#8220;la r&#233;volution au-
dessus de tout&#8221;, produisant une d&#233;saffection progressive mais de plus en plus visc&#233;rale pour tout ce qui
arbore les couleurs de la subversion sociale et d'une
refondation historique qui r&#233;soudrait la question
sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui s'est produit dans l'Est de l'Europe, jusqu'&#224;
l'auto-liquidation de l'URSS, a confirm&#233; que les appareils issus du stalinisme ont pr&#233;valu, jusque dans leur
naufrage, sur les r&#233;actions ouvri&#232;res spontan&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;une reproduction mat&#233;rielle r&#233;tr&#233;cie
&lt;/strong&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;La reproduction des facteurs &#8220;positifs&#8221; est si fortement concurrenc&#233;e par le d&#233;veloppement d'effets
destructeurs qu'il devient l&#233;gitime de parler de
&#8220;reproduction r&#233;tr&#233;cie&#8221;, avec g&#233;n&#233;ration de populations superflues &#224; une &#233;chelle inconnue (m&#234;me dans
l'entre-deux guerres en Europe centrale, leur dimension &#233;tait d'un ordre de grandeur nettement inf&#233;rieur).&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les efforts r&#233;cents de th&#233;orisation sur le &#8220;d&#233;veloppement durable&#8221; ou la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;la r&#233;gression politique&lt;/strong&gt; a produit une
nouvelle norme de fonctionnement
jusque dans les &#201;tats-nations occidentaux consid&#233;r&#233;s comme les
patries de la &#8220;d&#233;mocratie formelle&#8221;.
Il ne s'agit pas de &#8220;dictature&#8221; au
sens classique du terme, et encore
moins de &#8220;totalitarisme&#8221;, car le
maintien des proc&#233;dures et des apparences permet une involution progressive des m&#233;canismes &#8220;d&#233;mocratiques&#8221; en r&#233;gimes oligarchiques, o&#249; le sens m&#234;me des institutions semble pr&#233;serv&#233; alors qu'elles sont qualitativement r&#233;orient&#233;es et red&#233;finies.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Bref, bien avant le 11 septembre 2001, il &#233;tait manifeste que la barbarie montait de partout, m&#234;me si tous n'avaient pas la m&#234;me responsabilit&#233; dans ce sinistre cours. Un tel cadre sugg&#233;rait la probabilit&#233; du surgissement d'&#233;l&#233;ments moteurs dans cette r&#233;gression qui devenait l'enjeu d'une comp&#233;tition effr&#233;n&#233;e entre divers p&#244;les de pouvoir concurrents ou compl&#233;mentaires. Ceux qui prennent la t&#234;te d'une telle situation peuvent esp&#233;rer &#233;chapper &#224; ses cons&#233;quences les plus d&#233;l&#233;t&#232;res en les reportant sur des cibles moins f&#233;roces
ou moins puissantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'expression de &#8220;l&#233;gions du cr&#233;puscule&#8221; rendait
compte de cet &#233;l&#233;ment encore absent, sans que l'on
puisse imaginer ce qui pourrait l'incarner. Ses caract&#233;ristiques devaient &#234;tre les suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; appara&#238;tre comme une force obscure, terrifiante,
inexorable, se pr&#233;sentant comme &#233;missaire d'une
puissance inconnue, dont l'influence s'&#233;tendrait par
l'intimidation sans limites.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; s'appuyer sur une volont&#233; d'autant plus
incompr&#233;hensible, qu'elle affirmerait son
indiff&#233;rence &#224; la destruction.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; pr&#233;tendre venir des profondeurs de
l'inexprim&#233; et de l'inexprimable,
c'est-&#224;-dire n'&#234;tre pas susceptible de dialogue.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;L'islamisme est de plus en plus visiblement le terreau de ces &#8220;l&#233;gions du cr&#233;puscule&#8221;. Ses variantes salafistes djihadistes en r&#233;unissent les &#233;l&#233;ments fonctionnels. L'irr&#233;alisme radical de leur d&#233;marche de boucher (c'est tout ce qu'il y a de &#8220;radical&#8221; chez eux) n'est pas synonyme d'&#233;chec imm&#233;diat : &lt;i&gt;dans ce cours r&#233;gressif, les courants politiques capables d'&#234;tre en r&#233;sonance avec tout ce qui symbolise et organise le recul b&#233;n&#233;ficient d'un avantage strat&#233;gique&lt;/i&gt;. Leur recherche &#233;perdue de moyens de destruction massive constitue, avant tout r&#233;sultat effectif, un facteur historique g&#233;n&#233;rateur de d&#233;veloppements historiques irr&#233;versibles, car le pouvoir est d'abord pouvoir de destruction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paris, le 23 janvier 2005&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La routine des l&#233;gions du cr&#233;puscule&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les attentats de masse du 11 septembre 2001 ont &#233;t&#233; suivis d'un chapelet d'actions meurtri&#232;res &#224; travers le monde. &#201;tant donn&#233; les difficult&#233;s entra&#238;n&#233;es par les mesures de s&#233;curit&#233; en Am&#233;rique du nord et en Europe, la plupart ont d'abord abouti dans les zones fr&#233;quent&#233;es par des touristes occidentaux : l'attentat de Bali, &#238;le &#8220;hindouiste&#8221; mais enserr&#233;e dans l'Indon&#233;sie musulmane avec son explosion en deux temps, la premi&#232;re servant &#224; pousser les gens vers le lieu de la seconde, la plus meurtri&#232;re, a t&#233;moign&#233; du degr&#233; de cruaut&#233; dont ces assassins sont capables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les attentats de Tunisie, de Turquie et du Maroc, indiquaient que l'invuln&#233;rabilit&#233; occidentale ne pouvait durer tr&#232;s longtemps, ce que confirmait la longue et persistante s&#233;rie d'attentats d&#233;jou&#233;s par les services de s&#233;curit&#233; en France, en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Italie, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 11 mars 2004 &#224; Madrid aurait d&#251; r&#233;sonner comme un r&#233;veil pour l'Europe : l'ampleur de l'objectif (l'effondrement vis&#233; de la gare d'Atocha) rejoignait l'ordre de grandeur caract&#233;risant les attentats du 11 septembre 2001. L'op&#233;ration de Madrid (surnomm&#233;e &#8220;trains de la mort&#8221; par ses auteurs) a cependant &#233;t&#233; tr&#232;s vite &#8220;oubli&#233;e&#8221; par les opinions publiques officielles, en dehors de l'Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;calage entre la conscience publique et la lucidit&#233; d&#233;passionn&#233;e des divers services de s&#233;curit&#233; &#233;tonne. Elle est g&#233;n&#233;ratrice de r&#233;gressions suppl&#233;mentaires. La population esp&#232;re que l'affrontement en cours se dissipera de lui-m&#234;me, ce qui est de moins en moins vraisemblable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'assassinat du cin&#233;aste n&#233;erlandais Theo van Gogh &#224; Amsterdam en novembre 2004 compte par son effet qualitatif. Ce meurtre a &#233;t&#233; d'une f&#233;rocit&#233; d'autant plus rare qu'elle &#233;tait calcul&#233;e : une vol&#233;e de balles, suivie d'un &#233;gorgement forcen&#233; (acte barbare qui semble d&#233;cid&#233;ment obs&#233;der les islamistes du monde entier, comme si l'&#233;gorgement des moutons &#233;tait pour eux une mani&#232;re de se faire la main contre leurs cibles humaines...), parachev&#233; d'un poignard plant&#233; dans le ventre pour tenir la lettre de revendication. Cet acte est d'autant plus digne d'attention qu'il s'agit d'un assassinat de substitution, l'objectif principal &#233;tant la d&#233;put&#233;e d'origine somalienne, Ayaan Hirsi Ali, qui a d&#251; &#234;tre ensuite exfiltr&#233;e pendant deux mois en Am&#233;rique du nord ! L'assassin de T. van Gogh semblait ne faire partie que d'un r&#233;seau de soutien mat&#233;riel aux cellules activement terroristes, et n'&#233;tait connu qu'&#224; ce titre.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ses liens avec les structures logistiques du groupe ayant organis&#233; les attentats de Madrid attestent la flexibilit&#233; de ces organisations, leur capacit&#233; d'adaptation et de mutation. L'efficacit&#233; non n&#233;gligeable des services de pr&#233;vention en Occident a sa contrepartie : une s&#233;lection naturelle des plus sanguinaires et des plus habiles. L'acuit&#233; de l'affrontement ne peut que s'aggraver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe au moins deux th&#233;ories pour rendre compte du
d&#233;ploiement de ces r&#233;seaux : la premi&#232;re, formul&#233;e par A.
Bauer et X. Raufer dans &lt;i&gt;La guerre ne fait que commencer&lt;/i&gt;, &#233;d.
Folio, parle d'un &#8220;protoplasme&#8221;, d'un &#8220;essaim&#8221;, d'une &#8220;n&#233;buleuse polymorphe&#8221;, d&#233;nu&#233;e de centre et de hi&#233;rarchie stricte, mais acceptant une autorit&#233; implicite. Mais cette description p&#232;che &#233;videmment par son incapacit&#233; &#224; d&#233;signer le moteur de cette &#233;volution. Les auteurs en restent &#224; la description ph&#233;nom&#233;nologique. Laurent Murawiec (avec &lt;i&gt;La guerre d'apr&#232;s&lt;/i&gt;, &#233;d. Albin Michel) met le doigt sur le facteur homog&#233;n&#233;isant que repr&#233;sentent les flux financiers wahabbites depuis plus de trente ans. Ils ont d&#233;lib&#233;r&#233;ment g&#233;n&#233;r&#233; un djihad multiforme contre l'Occident. Il s'agit moins d'une entit&#233; &#8220;protoplasmique&#8221; se d&#233;veloppant spontan&#233;ment un peu partout que d'une greffe allog&#232;ne qui utilise toutes les occasions de nuire, dans une logique de guerre de tr&#232;s longue haleine, et qui met &#224; profit, avec un opportunisme ind&#233;niable, les contradictions croissantes des soci&#233;t&#233;s occidentales. Il faut d&#233;sormais s'attendre &#224; ce que les moyens de ces groupes changent de dimension. Le temps &#233;coul&#233; entre le premier attentat contre le World Trade Center et le second (huit ans) donne une certaine id&#233;e du rythme de l'affrontement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ici &#224; la fin de la d&#233;cennie, il est probable que l'antagonisme se sera qualitativement aggrav&#233;. L'effort fr&#233;n&#233;tique sur lequel se concentrent les salafistes djihadistes pour se doter d'armes de destruction massive finira sans doute par d&#233;boucher sur des actions causant un nombre de victimes d'un ordre de grandeur sup&#233;rieur (50 000 &#224; 100 000 morts en une seule fois)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;comme l'a confirm&#233; l'op&#233;ration d&#233;jou&#233;e de justesse en avril 2004 &#224; Amman. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, avec ce que cela entra&#238;nera de r&#233;actions collectives collectives fr&#233;n&#233;tiques. La r&#233;action militaire des &#201;tats-Unis en 2001 et 2003 para&#238;tra, r&#233;trospectivement, &#233;trangement mod&#233;r&#233;e. En tout &#233;tat de cause, la simple logique de l'affrontement met l'Europe en premi&#232;re ligne, ce que sa population pressent mais pr&#233;f&#232;re ignorer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me que la trilogie marchand-missionnaire-soldat caract&#233;risait l'assaut colonial, de m&#234;me la gravit&#233; d'attentats de masse transformerait la trilogie immigrant-imam-terroriste en un dispositif conqu&#233;rant tout aussi mena&#231;ant. C'est au fond l'ambition des salafistes djihadistes que d'utiliser comme t&#234;tes de pont et comme chair &#224; canon les populations immigr&#233;es en Europe, selon une strat&#233;gie du pire. On ne prend jamais suffisamment au s&#233;rieux ce que ces gens annoncent pourtant si facilement et si ouvertement.&lt;br class='manualbr' /&gt;Leur espoir est de r&#233;unir les conditions d'affrontement intense qui permettraient de ressusciter un imp&#233;rialisme musulman archa&#239;que. Dans le naufrage de l'histoire contemporaine, cette perspective n'est pas la plus invraisemblable... La logique apocalyptique est indiff&#233;rente aux pertes que ses partisans subissent. D'une certaine fa&#231;on, &#224; la mani&#232;re des totalitaires du XX&#232;me si&#232;cle, ils sont d&#233;j&#224; morts et veulent &#234;tre rejoints par le plus grand nombre possible de victimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paris, le 21 janvier 2005&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb22-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Les efforts r&#233;cents de th&#233;orisation sur le &#8220;d&#233;veloppement durable&#8221; ou la &#8220;d&#233;croissance&#8221; sont, indirectement,
et peut-&#234;tre inconsciemment, des tentatives pour prendre
abstraitement en compte cette inversion de tendances
s&#233;culaires. Leurs auteurs esp&#232;rent trouver un moyen de
s&#233;parer ce qui serait positif de ce qui ne le serait pas dans
la production industrielle.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le marxisme du XIX&#232;me si&#232;cle avait cru que la distinction
entre facteur productif et improductif suffirait, dans le
cadre d'une &#233;conomie rationnellement ma&#238;tris&#233;e. La complexit&#233; croissante des m&#233;canismes industriels a montr&#233;
que l'espoir d'une telle s&#233;gr&#233;gation de facteurs est irr&#233;aliste. Il suffit, par exemple, de remarquer que la production de musique et de supports pour celle-ci pr&#233;suppose
&lt;i&gt;l'ensemble de la cha&#238;ne industrielle&lt;/i&gt;, pour se douter que l'hypoth&#232;se de s&#233;paration des diverses branches productives
tient de la reconstruction abstraite. D'autant que les
auteurs de mise en garde postulent toujours que les
exhortations vertueuses suffiront &#224; d&#233;simbriquer les facteurs de production techniques n&#233;fastes, polluants, etc., de ceux qu'ils faudrait conserver. Il manque &#224; la fois la
m&#233;thode (selon quel crit&#232;re conserver tel ou tel facteur de
production ?) et le moteur (quelle force historique et
sociale serait aujourd'hui en mesure de d&#233;passer les int&#233;r&#234;ts aussi contradictoires qu'immenses pour atteindre cet
objectif ?). Cette double inconsistance est aggrav&#233;e par un
facteur suppl&#233;mentaire : le marxisme, comme l'anarchisme, ont toujours fait mine de croire que l'&#233;conomie se
d&#233;veloppait pour elle-m&#234;me, et non comme un &lt;i&gt;moyen de la
puissance.&lt;/i&gt; M&#234;me dans l'hypoth&#232;se aujourd'hui fantaisiste
o&#249; l'on disposerait d'une m&#233;thode et d'un moteur du
changement, il resterait cette difficult&#233; sur laquelle tous
les groupes humains ont but&#233; : depuis plus de 5 000 ans,
les rapports de pouvoir sont l'&lt;i&gt;ultima ratio&lt;/i&gt; des m&#233;canismes
de l'histoire humaine. Aucun d&#233;veloppement historique
ne dure quand il ne respecte pas ce principe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;comme l'a confirm&#233; l'op&#233;ration d&#233;jou&#233;e de justesse en avril 2004 &#224; Amman. Elle &#233;tait organis&#233;e par Zarkaoui (cf le livre de J.C. Brisard, Zarkaoui, &lt;i&gt;Le nouveau visage d'Al Qaida&lt;/i&gt;, d&#233;c. 2004, &#233;d. Fayard).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>La troisi&#232;me guerre du Golfe a eu lieu</title>
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		<dc:date>2013-10-25T14:39:38Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Fargette G.</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Texte extrait du bulletin de G.Fargette &#171; Le cr&#233;puscule du XXe si&#232;cle &#187;, n&#176;13, mars 2005. La guerre d'Irak de 2003 est la troisi&#232;me guerre du Golfe persique. La premi&#232;re a oppos&#233; de 1980 &#224; 1988 l'Irak agresseur et l'Iran (la France y fut cobellig&#233;rante contre l'Iran). Dans la seconde, en 1991, l'Irak tent&#233; d'annexer le Kowe&#239;t. L'&#201;tat fran&#231;ais y a assum&#233;, bon gr&#233; mal gr&#233;, un r&#244;le de figurant et de suppl&#233;tif de la seule puissance mondiale. Le troisi&#232;me &#233;pisode n'a dur&#233; que quelques (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-dynamiques-geopolitiques-" rel="directory"&gt;Dynamiques G&#233;opolitiques&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-48-fargette-g-+" rel="tag"&gt;Fargette G.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-49-prospective-+" rel="tag"&gt;Prospective&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-79-religion-+" rel="tag"&gt;Religion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-83-geopolitique-+" rel="tag"&gt;G&#233;opolitique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-122-guerre-+" rel="tag"&gt;Guerre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-131-oligarchie-+" rel="tag"&gt;Oligarchie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-138-totalitarisme-+" rel="tag"&gt;Totalitarisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-162-extremes-droites-+" rel="tag"&gt;Extr&#234;mes-droites&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-219-demographie-+" rel="tag"&gt;D&#233;mographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-221-empire-+" rel="tag"&gt;Empire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte extrait du bulletin de G.Fargette &#171; Le cr&#233;puscule du XXe si&#232;cle &#187;, n&#176;13, mars 2005.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La guerre d'Irak de 2003 est la &lt;i&gt;troisi&#232;me&lt;/i&gt; guerre du Golfe persique. La premi&#232;re a oppos&#233; de 1980 &#224; 1988 l'Irak agresseur et l'Iran (la France y fut &lt;i&gt;cobellig&#233;rante&lt;/i&gt; contre l'Iran). Dans la seconde, en 1991, l'Irak tent&#233; d'annexer le Kowe&#239;t. L'&#201;tat fran&#231;ais y a assum&#233;, bon gr&#233; mal gr&#233;, un r&#244;le de figurant et de suppl&#233;tif de la seule puissance mondiale. Le troisi&#232;me &#233;pisode n'a dur&#233; que quelques semaines. Grande a &#233;t&#233; la d&#233;ception de tous les vaillants anti-imp&#233;rialistes qui esp&#233;raient, de loin, que l'arm&#233;e des &#201;tats- Unis s'enliseraient dans des combats interminables. Cette attente prend une allure curieuse quand on sait que les pertes am&#233;ricaines dans une telle guerre asym&#233;trique sont de l'ordre du cinquanti&#232;me ou du centi&#232;me des dommages inflig&#233;s &#224; la partie
adverse : l'espoir d'un enlisement tenait
visiblement du raisonnement de boucher, indiff&#233;rent &#224; l'&#233;tendue des
d&#233;g&#226;ts dans la population civile. Une
telle &#8220;esp&#233;rance&#8221; s'affirme d&#233;sormais avec plus de discr&#233;tion, mais
demeure n&#233;anmoins, comme si les
braves anti-imp&#233;rialistes n'avaient
plus pour horizon que la barbarie des attentats aveugles, qui visent
d'ailleurs davantage des Irakiens que
des Am&#233;ricains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti pris anti-am&#233;ricain qui a ciment&#233; une
esp&#232;ce d'union nationale en France en mars et avril 2003 peut &#233;tonner, bien qu'il ait prolong&#233; divers signes annonciateurs, comme les r&#233;ticences fran&#231;aises face &#224; l'action am&#233;ricaine contre la Libye en 1986,
l'h&#233;sitation &#224; appuyer la deuxi&#232;me guerre du Golfe en 1991, ou les contorsions vis-&#224;-vis de l'Afghanistan &#224;
l'automne 2001.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus &#233;tonnant, c'est la mani&#232;re dont l'&#201;tat fran&#231;ais a b&#233;n&#233;fici&#233; d'un accord spontan&#233; de la population qu'il encadre plus ou moins. Il n'est pas douteux qu'un &lt;i&gt;esprit de M&#252;nich&lt;/i&gt; s'est donn&#233; libre cours &#224; cette occasion. La crainte des attentats de masse est-elle plus forte en Europe qu'aux &#201;tats-Unis ? Il y a en tout cas une incapacit&#233; passionn&#233;e &#224; prendre la mesure de ce qui se joue, et elle s'exprime sur le registre de la d&#233;n&#233;gation. Il en ressort une logique de capitulation et non de sursaut, sans compter diverses arri&#232;re-pens&#233;es sur le contr&#244;le du p&#233;trole irakien ou l'influence dans la r&#233;gion du Proche-Orient. L'&#201;tat fran&#231;ais ne s'est toujours pas remis d'avoir &#233;t&#233; largement exclu du contr&#244;le du Proche-Orient apr&#232;s 1918.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus remarquable est donc moins dans ce qui est dit que dans ce qui est tu. Le soutien automatique au criminel Saddam Hussein est en effet le non-dit de presque tous les opposants forcen&#233;s &#224; la guerre. Les
manifestations parisiennes &#233;taient si visiblement
a impr&#233;gn&#233;es de cette ambiance, d'ailleurs contamin&#233;e par diverses expressions antis&#233;mites, que les organisateurs ont finalement renonc&#233; &#224; les poursuivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#201;tats anglo-saxons ont eu beau jeu de d&#233;noncer l'incoh&#233;rence fondamentale des anti-guerre europ&#233;ens vis-&#224;-vis de Saddam Hussein. Les faucons &#233;taient les seuls &#224; envisager une action effective pour sortir du&lt;i&gt; statu quo&lt;/i&gt;, tandis que leurs adversaires se rabattaient sur le maintien hypocrite de ce qui existait d&#233;j&#224;, et qu'ils avaient d&#233;nonc&#233; pendant dix ans ! A les suivre, la situation de blocage qui durait depuis 1991 aurait d&#251; se poursuivre ind&#233;finiment. La pose de ces anti-guerre ne pouvait laisser pr&#233;sager pour la suite qu'une pure et simple capitulation
devant le r&#233;gime baassiste, qu'ils auraient fini par laisser libre de ses mouvements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;trange que les Fran&#231;ais aient pu croire que leurs r&#233;ticences suffiraient &#224; retenir les &#201;tats-Unis, emport&#233;s par leur r&#233;action aux attentats du 11 septembre 2001. L'&#201;tat fran&#231;ais prend toujours ses d&#233;sirs pour la r&#233;alit&#233;, ce qui le met en posture constamment ridicule depuis qu'il a perdu sa pr&#233;&#233;minence en Europe, il y a cent trente ans environ.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un monde occidental divis&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fissure qui s'est r&#233;v&#233;l&#233;e au sein du monde occidental est le r&#233;sultat le plus important de ces p&#233;rip&#233;ties. Cette division traverse non seulement l'alliance atlantique, mais aussi le continent europ&#233;en (les &#201;tats nouveaux venus savent tr&#232;s bien de qui ils peuvent esp&#233;rer une protection militaire), et m&#234;me les &#201;tats-Unis n'en sont pas indemnes, puisqu'un &#201;tat comme la Californie semble avoir une opinion bien plus &#8220;europ&#233;enne&#8221; que ce que les m&#233;dias du vieux continent laissent passer. L'affaire du 11 septembre, comme l'opposition d&#233;finitive de Saddam Hussein &#224; la volont&#233; occidentale, ont surtout &#233;t&#233;
r&#233;v&#233;latrices d'une fragilit&#233; interne de l'aire occidentale, dont la coh&#233;rence semble suspendue &#224;
d'&#233;tranges calculs de court terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la victoire par d&#233;faut sur l'Union sovi&#233;tique, l'Occident tendait &#224; former un &#201;tat universel, bic&#233;phale mais pilot&#233; par Washington, un quasi-Empire,
invuln&#233;rable tant qu'il demeurerait uni. Il lui manquait jusqu'&#224; pr&#233;sent la conscience de cette potentialit&#233; h&#233;g&#233;monique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le texte &#8220;L'Empire d'Occident&#8221;, paru dans le num&#233;ro 8 du Cr&#233;puscule, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Quand la question a &#233;t&#233; ouvertement pos&#233;e, une partie importante de la population a rechign&#233; &#224; en assumer la responsabilit&#233;. L'intervention imp&#233;riale ne devrait avoir lieu que de fa&#231;on d&#233;fensive, aux fronti&#232;res de l'Occident, ou pour des raisons humanitaires, jamais de fa&#231;on pr&#233;ventive. Si cette orientation devait pr&#233;valoir en fin de compte, il faudrait conclure que l'Occident, alors que les circonstances l'y poussaient, ne veut pas se faire empire. Et cela vaut tout autant pour les &#201;tats-Unis, qui demeurent une nation, peut-&#234;tre la derni&#232;re nation v&#233;ritable. Ses tendances imp&#233;riales
ne sont pas tourn&#233;es vers l'ext&#233;rieur : les
&#201;tats-Unis cherchent avant tout &#224; affirmer leur projet d'&#201;tat-nation pour
eux-m&#234;mes et non &#224; conqu&#233;rir la
plan&#232;te. Leur r&#233;action actuelle tient
&#224; ce que les attentats du 11 septembre leur interdisent toute voie
isolationniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'h&#233;sitation imp&#233;riale de l'Occident entrave tout autant la naissance d'une &#8220;Europe-puissance&#8221;, qui correspondrait d'ailleurs &#224; la fin de l'imbrication, issue de la guerre froide, des divers &#8220;projets imp&#233;rialistes&#8221; qui l'ont habit&#233;e, et entra&#238;nerait peut-&#234;tre la r&#233;apparition des rivalit&#233;s de cette nature. Il est sans doute un peu t&#244;t pour trancher : l'occupation de l'Irak peut encore devenir une affaire collective de l'Occident tout entier, sous couvert d'une action de l'ONU, plus ou moins d&#233;guis&#233;e. Il demeure que l'op&#233;ration vise avant tout une red&#233;finition des rapports de force au Proche-Orient, et que les discours l&#233;nifiants n'auront aucun effet sur cette orientation lourde. La nature du d&#233;sordre dans cette r&#233;gion du monde ne d&#233;pend pas de m&#233;canismes
locaux endog&#232;nes mais de l'interaction entre d&#233;composition locale et chaos international. Une d&#233;faite am&#233;ricaine dans cette r&#233;gion serait une d&#233;faite pour
tout l'Occident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;saccord sur l'Irak a en tout cas r&#233;sonn&#233; comme un moment de v&#233;rit&#233; pour la coh&#233;rence potentielle de l'Occident. Non seulement l'oligarchie am&#233;ricaine ne veut plus du &lt;i&gt;statu quo&lt;/i&gt; g&#233;n&#233;ral, mais c'est la politique de la facilit&#233;, selon la moindre pente, qui a
&#233;t&#233; mise en question apr&#232;s le 11 septembre 2001. La critique la plus redoutable pour l'&#233;quipe au pouvoir &#224; Washington &#233;mane de ceux qui doutent de cette d&#233;termination et mettent en &#233;vidence le peu de souffle avec lequel elle est mise en &#339;uvre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est d'ailleurs la raison pour laquelle les arguments les plus ravageurs (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La ligne
de facilit&#233; avait emport&#233; l'aval de toutes les autres couches dominantes depuis 1979. La mondialisation n&#233;o-lib&#233;rale en a &#233;t&#233; l'expression pratique. La disparition de l'Union sovi&#233;tique avait renforc&#233; cette tendance. La d&#233;cision am&#233;ricaine d'envisager des actions pr&#233;ventives est la traduction militaire du changement d'attitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre aspect lourd de cons&#233;quences, la Grande-
Bretagne n'a pas vraiment r&#233;ussi &#224; tenir son r&#244;le de
pont entre les &#201;tats-Unis et la colonne vert&#233;brale de l'Union europ&#233;enne, l'alliance franco-allemande. Tout au plus a-t-elle pu mettre en &#233;vidence la division tr&#232;s &#233;tendue de l'Europe, ce qui frappait simplement d'impuissance la position europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'action des &#201;tats-Unis peut continuer &#224; g&#233;n&#233;rer un chaos qui s'appuie sur le d&#233;r&#232;glement de tous les degr&#233;s de souverainet&#233; entre et au sein des diverses soci&#233;t&#233;s, mais les divergences occidentales sont source tout aussi importante de ce chaos, tout comme les incoh&#233;rences propres aux vieux &#201;tats-nations europ&#233;ens. L'Europe, fatigu&#233;e de son pass&#233; aussi riche qu'erratique, s'ent&#234;te &#224; dormir. Le point crucial, c'est que le r&#233;gime irakien n'aurait pas os&#233; r&#233;sister s'il avait eu affaire &#224; un front uni des Occidentaux. Le d&#233;saccord s'est produit sur la question de la victoire : beaucoup d'Europ&#233;ens acceptaient d'autant moins la perspective d'une victoire am&#233;ricaine &lt;i&gt;qu'elle aurait lieu sans combat&lt;/i&gt;.
L'explication du retard &#233;trange du d&#233;ploiement militaire am&#233;ricain doit &#234;tre recherch&#233; dans un double jeu o&#249; l'&#201;tat fran&#231;ais a jou&#233; un r&#244;le d&#233;cisif&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alors que les strat&#232;ges am&#233;ricains, comme la plupart des analystes, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une guerre asym&#233;trique de cinquante ans ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la mesure o&#249;, sur le terrain de la puissance,
l'Occident reste sans rival, il peut se permettre le
luxe de la division pendant quelque temps. Mais le
d&#233;lai sera certainement plus court qu'il n'y para&#238;t.
L'&#233;trange, c'est que la r&#233;alit&#233; continue &#224; se rapprocher de la vision esquiss&#233;e par Huntington : les
&#201;tats-Unis ont &#233;t&#233; amen&#233;s &#224; intervenir de mani&#232;re
&#233;clatante dans une aire de civilisation o&#249; leur pr&#233;sence ne peut &#234;tre tol&#233;r&#233;e longtemps. Les populations de cette r&#233;gion ne peuvent retrouver une coh&#233;rence au moins de fa&#231;ade qu'en se d&#233;finissant contre
l'op&#233;ration am&#233;ricaine, et en pratiquant une escalade syst&#233;matique, sur un terrain qui n'est pas celui de
l'affrontement militaire massif (puisque les &#201;tats-
Unis y poss&#232;dent une sup&#233;riorit&#233; av&#233;r&#233;e). L'Irak est
le terrain d'exp&#233;rimentation de cette nouvelle phase,
dont l'enjeu est de d&#233;montrer que les Am&#233;ricains,
s'ils savent vaincre militairement, sont incapables
d'occuper et d'administrer leurs conqu&#234;tes, et les
transformer en alli&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme les &#201;tats-Unis consid&#232;rent qu'il y va de leurs
int&#233;r&#234;ts vitaux , ils ne c&#233;deront pas. Tout indique par
cons&#233;quent que c'est un affrontement durable qui a
commenc&#233;, et que les composantes de l'islam radical, violentes ou non, sont engag&#233;es dans un d&#233;fi
pour l'h&#233;g&#233;monie mondiale. En ce sens, l'attentat du
11 septembre 2001, l'op&#233;ration sur l'Afghanistan et
la conqu&#234;te militaire de l'Irak ne sont que les pr&#233;liminaires d'un conflit qui va conna&#238;tre des p&#233;riodes
de r&#233;pit et de soudaines r&#233;surgences brutales. Le
caract&#232;re asym&#233;trique en est la grande caract&#233;ristique. Les relations avec l'Iran, le Pakistan et surtout
l'Arabie saoudite (les Am&#233;ricains semblent avoir fait
&#224; ce propos, leur la devise : &#8220;y penser toujours, n'en
parler jamais&#8221;) en seront probablement les prochains moments aigus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce type de conflit, tr&#232;s long et &#224; m&#233;tabolisme lent,
n'a sans doute jamais &#233;t&#233; exp&#233;riment&#233; dans l'histoire humaine, m&#234;me si les &#201;tats-Unis prennent pour
point de comparaison la &#8220;guerre froide&#8221;. Les avantages de l'aire musulmane sont le p&#233;trole et sa
d&#233;mographie. Le premier est provisoire, et &#224; double
tranchant, tandis que le second rend la victoire &#233;ventuelle de l'Occident toujours &#224; recommencer, mais il
peut &#233;galement se retourner en un inconv&#233;nient
majeur pour les soci&#233;t&#233;s du Moyen-Orient, en les faisant s'effondrer sous leur propre poids.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'enjeu fondamental : qui incarnera la r&#233;gression,
c'est-&#224;-dire la barbarie la plus dynamique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tels raisonnements strat&#233;giques, d&#233;battus outre-
atlantique, ne sont pas &#224; la port&#233;e des continentaux
europ&#233;ens. L'Union europ&#233;enne voudrait devenir
une grosse Suisse, incons&#233;quente et repue, &#224; l'abri
des temp&#234;tes de l'histoire. Ayant r&#233;ussi &#224; juguler la
contestation sociale interne ou &#224; la d&#233;sarmer pour
longtemps, elle craint surtout les interactions avec le
monde ext&#233;rieur, qu'elle esp&#232;re endormir aussi, d'o&#249;
son esprit discr&#232;tement, syst&#233;matiquement, munichois. C'est cette incons&#233;quence historique stup&#233;fiante qui lui interdit d'assumer les situations d'affrontement, mais aussi de produire les m&#233;canismes
sociaux et historiques qui la feraient sortir de sa glaciation historique plus ou moins dor&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus remarquable, c'est l'absence de perspective
historique, pour tous les camps : ce cours vers un
conflit larv&#233; d'ampleur intercontinentale ne semble
pas susceptible d'&#233;branler le d&#233;sordre &#233;tabli, issu de
l'&#233;chec profond du XXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en tout cas ce qui explique l'aspect paradoxal
qui nous importe : tous ceux qui ont pris parti dans
ce conflit, que ce soit pour l'encourager ou &#8220;s'y
opposer&#8221;, se sont align&#233;s sur des forces de r&#233;gression historique beaucoup plus puissantes qu'eux.
Plus qu'en toute autre circonstance, &lt;i&gt;prendre parti&lt;/i&gt;
dans cette &#226;pre querelle signifiait perdre toute r&#233;f&#233;rence au but de l'&#233;mancipation humaine universelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;v&#232;nements du Proche-Orient doivent &#234;tre
consid&#233;r&#233;s du point de vue d&#233;tach&#233; des historiens
qui &#233;tudieront ces &#233;v&#232;nements dans quelques
si&#232;cles. Les gens comme nous n'ayant pas d'espace
pour d&#233;fendre une perspective pratique, le repli sur
un long travail de pr&#233;paration &#224; l'&#233;ventuelle renaissance future est le seul choix possible. La participation aux luttes sociales d&#233;fensives qui parviennent
encore &#224; surgir, va de soi, mais il ne faut pas en
attendre une solution miracle : dans le monde arabo-
musulman, les tendances sym&#233;triques aux n&#244;tres
sont beaucoup trop faibles et marginalis&#233;es. Leur
&#233;radication est programm&#233;e par les islamistes et
elles conna&#238;tront sans doute le m&#234;me sort que toutes
les oppositions internes au r&#233;gime baassistes irakien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis quatorze si&#232;cles, l'islam a &#233;t&#233; une arme d'une
efficacit&#233; absolue pour liquider toute perspective
d'autonomie des luttes sociales. Tout retour, m&#234;me
formel et superficiel, &#224; la tradition arabo-musulmane renforce cet aspect.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paris, le 31 ao&#251;t 2003&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb23-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir le texte &#8220;L'Empire d'Occident&#8221;, paru dans le num&#233;ro 8 du &lt;i&gt;Cr&#233;puscule&lt;/i&gt;, ainsi que le livre d'Ignatieff, &#8220;Kaboul,
Sarajevo&#8221;, qui fournir une description concr&#232;te des
modes d'action de cet Empire d'Occident potentiel (&#224;
l'&#233;t&#233; 2002), ainsi que de ses h&#233;sitations.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C'est d'ailleurs la raison pour laquelle les arguments les
plus ravageurs contre la politique de Bush &#233;manent d'auteurs am&#233;ricains tels que Paul Krugman, qui en pointe
r&#233;guli&#232;rement les incoh&#233;rences internes, dans une publication aussi influente que le &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Alors que les strat&#232;ges am&#233;ricains, comme la plupart
des analystes, estimaient que les op&#233;rations militaires
devaient &#234;tre achev&#233;es au plus tard au 15 mars, moment
o&#249; se d&#233;clenchent les temp&#234;tes de sable, le jeu diplomatique leur a fait perdre un temps pr&#233;cieux. La d&#233;faillance
de la Turquie, qui n'est du point de vue &#233;conomique
qu'un satellite de l'Union europ&#233;enne (via l'Allemagne),
les a de plus priv&#233;s du front nord dont ils escomptaient
beaucoup. Ils ont donc d&#251; lancer leur op&#233;ration apr&#232;s la
mi-mars, et essentiellement &#224; partir du front sud
(quelques op&#233;rations ont eu lieu depuis la Jordanie, mais
leur ampleur ne semble pas avoir eu la m&#234;me importance).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ont rapidement subi une de ces temp&#234;tes de sable
redout&#233;es, qui les a paralys&#233;s deux jours durant. La
direction de l'&#201;tat am&#233;ricain ne pouvait analyser l'ensemble du comportement de l'&#201;tat fran&#231;ais qu'en terme
de sabotage sournois et longuement m&#251;ri&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Inertie historique</title>
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		<dc:subject>Gauchisme</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Texte extrait du bulletin de G.Fargette &#171; Le cr&#233;puscule du XX&#232;me si&#232;cle &#187;, n&#176;22, d&#233;cembre 2010 Les d&#233;r&#232;glements qui se manifestent depuis 2007-2008 sur toute la plan&#232;te, et dans tous les champs de l'activit&#233; sociale, &#233;conomique, politique, g&#233;opolitique, etc., se d&#233;veloppent dans un cadre qui semble &#233;chapper &#224; l'emprise des divers &#8220;acteurs&#8221;, alors que ceux-ci devraient s'employer &#224; tenter de le modifier. Cette inertie est sans doute le trait le plus notable de la situation. Pour (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-dynamiques-geopolitiques-" rel="directory"&gt;Dynamiques G&#233;opolitiques&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-31-gauchisme-+" rel="tag"&gt;Gauchisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-48-fargette-g-+" rel="tag"&gt;Fargette G.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-49-prospective-+" rel="tag"&gt;Prospective&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-221-empire-+" rel="tag"&gt;Empire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte extrait du bulletin de G.Fargette &#171; Le cr&#233;puscule du XX&#232;me si&#232;cle &#187;, n&#176;22, d&#233;cembre 2010&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les d&#233;r&#232;glements qui se manifestent depuis 2007-2008 sur toute la plan&#232;te, et dans tous les champs de l'activit&#233; sociale, &#233;conomique, politique, g&#233;opolitique, etc., se d&#233;veloppent dans un cadre qui semble &#233;chapper &#224; l'emprise des divers &#8220;acteurs&#8221;, alors que ceux-ci devraient s'employer &#224; tenter de le modifier. Cette inertie est sans doute le trait le plus notable de la situation. Pour qu'une telle impuissance se maintienne au fil d'&#233;volutions per&#231;ues comme pernicieuses, il faut n&#233;cessairement que plusieurs conditions soient r&#233;unies, et c'est d'abord &#224; celles-ci qu'il convient de s'int&#233;resser. Rechercher ainsi les conditions d'existence des strat&#233;gies et des id&#233;ologies en pr&#233;sence implique toujours une rupture de fait avec la pens&#233;e h&#233;rit&#233;e, dont le n&#233;o-lib&#233;ralisme, in&#233;branlable, et son jumeau mim&#233;tique et affectif, le marxisme (sous ses diverses formes, apocalyptiques ou pragmatiques), demeurent les r&#233;f&#233;rences &#8220;de granit&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I. Les traits principaux de cette inertie historique.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; l'&#233;vidence de la faillite des m&#233;canismes financiers en 2008, les autorit&#233;s &#233;tasuniennes ont laiss&#233; &#224; peu pr&#232;s intactes les libert&#233;s de la sph&#232;re financi&#232;re, ce qui contribue puissamment &#224; verrouiller la situation. Les tendances en cours se poursuivent donc selon une logique assez pr&#233;visible. Cet effet d'inertie pourrait durer plus longtemps que ne l'envisagent toutes les pr&#233;visions, tant la t&#233;nacit&#233; anglo-saxonne sait mobiliser de ressources. Les perceptions fran&#231;aises, quel que soit le courant politique ou id&#233;ologique, sous-estiment r&#233;guli&#232;rement cette t&#233;nacit&#233; caract&#233;ristique de la culture anglo-saxonne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est par ailleurs remarquable que le Parti r&#233;publicain pr&#233;tende &#224; nouveau faire la le&#231;on, notamment sur des mesures qu'il a lui-m&#234;me amorc&#233;es dans les derniers mois du gouvernement Bush en 2008, et qu'il se pr&#233;sente m&#233;caniquement comme un recours face &#224; ce parti d&#233;mocrate qui se d&#233;bat dans les cons&#233;quences du &#8220;n&#233;o-lib&#233;ralisme&#8221; financier, sans oser le remettre en question. Ce double paradoxe, o&#249; les poses servent de diversions &#224; l'absence d'action pertinente, laisse s'aggraver les cons&#233;quences sociales de la crise &#233;conomique aux &#201;tats-Unis bien qu'elles se rapprochent de plus en plus de celles de 1929.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Presque partout, la sph&#232;re financi&#232;re a r&#233;ussi jusqu'&#224; pr&#233;sent &#224; &#233;chapper aux cons&#233;quences de ses errements pass&#233;s, en transf&#233;rant les dettes accumul&#233;es aux &#201;tats consentants, qui font d&#233;sormais face &#224; des contraintes budg&#233;taires difficilement tenables, tandis que les appareils des &#8220;oppositions&#8221; officielles se contentent de canaliser les m&#233;contentements, tant ils se savent incapables de proposer la moindre solution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'issue des &#233;lections am&#233;ricaines de novembre 2010 confirme le verrouillage institutionnel dont est capable ce type de r&#233;gime politique, tandis que l'impuissance des protestations contre les politiques de &#8220;rigueur&#8221; budg&#233;taire ou les &#8220;r&#233;formes des retraites&#8221; dans les nations d'Europe rend manifeste une autre dimension de ce blocage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Invoquer la nature oligarchique des m&#233;canismes de domination contemporains n'&#233;puise pas l'analyse de ce paradoxe, mais cela permet au moins d'en &#233;lucider le moteur. Les r&#233;gimes en Occident ne sont en effet &lt;i&gt;ni des dictatures ni des d&#233;mocraties&lt;/i&gt;. Une telle remarque, pr&#233;alable &#224; toute r&#233;flexion politique rationnelle aujourd'hui, semble hors de port&#233;e de tous les discours &#233;tablis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un seul indice politique montre que ce verrouillage n'est pas absolu. Il s'agit de la progression tr&#232;s relative, et m&#234;me passablement lente, de partis ou de mouvements &#233;trangement qualifi&#233;s d'&#8220;extr&#234;me-droite&#8221; par l'industrie m&#233;diatique &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le proc&#233;d&#233; explicite ou hypocrite de ce parti m&#233;diatique quand il veut (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cet adjectif, manipul&#233; &#224; n'en plus finir, comme le terme de &#8220;raciste&#8221;, est en train de changer totalement de sens. Il d&#233;signe avant tout les cibles de &lt;i&gt;la machine m&#233;diatique, qui tend &#224; se comporter comme la centrale de propagande d'un v&#233;ritable parti unique, sans en avoir le statut explicite&lt;/i&gt;. Et parfois, mais rarement, il s'agit effectivement de courants de nostalgiques de l'extr&#234;me-droite classique, ce qui facilite &#233;videmment l'amalgame.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;nonciation du &#8220;mouvement&#8221; des Tea-Parties, soup&#231;onn&#233; de toutes les d&#233;pravations politiques (les commentaires m&#233;diatiques sont syst&#233;matiquement cal&#233;s sur le registre du moralisme frelat&#233; et de la proc&#233;dure inquisitoriale), rel&#232;ve d'une chasse aux sorci&#232;res, o&#249; l'accusation se pr&#233;sente comme ayant valeur de preuve. Les &#8220;Tea-
Parties&#8221; sont surtout r&#233;v&#233;latrices par les incoh&#233;rences immenses que ces r&#233;actions actualisent et renforcent, alors qu'elles sont d&#233;pourvues d'une hypoth&#233;tique et fantomatique id&#233;ologie &#8220;extr&#233;miste&#8221; coh&#233;rente qui n'existe que dans l'esprit des observateurs malveillants et partisans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'essentiel est de comprendre que le brouillard hyst&#233;rique est coextensif &#224; la plupart des r&#233;actions significatives de la situation pr&#233;sente en Occident et sans doute bien au-
del&#224;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Toute analyse d&#233;passionn&#233;e est amen&#233;e &#224; constater qu'une v&#233;ritable (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II. L'immensit&#233; du probl&#232;me.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;l&#233;ment crucial de la situation est le suivant : la crise &#233;conomique qui a commenc&#233; depuis 2007 implique, pour de multiples raisons qui sont rappel&#233;es ci-dessous, que le moteur du r&#233;gime historique et social des pays occidentaux est d&#233;sormais menac&#233;, &#224; l'instar de ce qui s'est produit en Union sovi&#233;tique &#224; partir des ann&#233;es 1980. N&#233;anmoins, les modalit&#233;s de ce blocage tendanciel des soci&#233;t&#233;s occidentales sont tr&#232;s diff&#233;rentes du processus qui a amen&#233; l'auto-dissolution de l'empire sovi&#233;tique. La comparaison raisonn&#233;e des deux situations permet d'&#233;claircir cette diff&#233;rence. La crise n'est pas une simple question de d&#233;r&#232;glement des signes mon&#233;taires ou de cycles de surproduction momentan&#233;s qu'un volontarisme politique adoss&#233; &#224; l'&#201;tat pourrait effacer. Au-del&#224; des distorsions &#233;ventuelles que ces supports mon&#233;taires et financiers v&#233;hiculent, cette crise engage d'abord des r&#233;alit&#233;s mat&#233;rielles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point fondamental, c'est que, comme l'Union sovi&#233;tique finissante, les pays occidentaux se sont mis &#224; consommer globalement et durablement davantage qu'ils ne produisent. Dans les deux cas, seuls des apports ext&#233;rieurs de substance ont provisoirement permis de combler le d&#233;s&#233;quilibre. Un tel m&#233;canisme est assez r&#233;cent en Occident. En effet, contrairement &#224; ce qu'affirment toutes les logorrh&#233;es tiers-mondistes, il est radicalement erron&#233; de pr&#233;tendre que la prosp&#233;rit&#233; occidentale a d&#233;pendu d'un &#8220;pillage du Tiers-monde&#8221;. La nature de l'organisation du travail et l'usage de techniques en &#233;volution constante durant mille ans fut la principale raison de l'avantage progressif et qualitatif dont les populations occidentales ont b&#233;n&#233;fici&#233; (sans oublier leur croissance d&#233;mographique endog&#232;ne).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &lt;i&gt;qualit&#233; du travail&lt;/i&gt; (dont l'expression d&#233;su&#232;te de &#8220;conscience professionnelle&#8221; rend compte avec insistance) est aujourd'hui tr&#232;s malmen&#233;e en de nombreux pays occidentaux, sauf peut-&#234;tre en Allemagne et au Japon. Cette question de la &lt;i&gt;qualit&#233; du travail&lt;/i&gt; repr&#233;sente une dimension qui &#233;chappe totalement &#224; la vision instrumentalis&#233;e d'un &#8220;capital&#8221; omniscient et manipulateur que ses critiques ont d&#233;monis&#233; en lui attribuant beaucoup plus qu'il n'en peut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me les d&#233;pendances coloniales du XIX&#232;me si&#232;cle ne semblent pas avoir &#233;t&#233; globalement &#8220;profitables&#8221; pour les &#201;tats colonisateurs (&#224; quelques exceptions possibles comme l'Indochine). Elles furent assur&#233;ment profitables pour les couches ultra-minoritaires qui organis&#232;rent cette colonisation, mettant le reste de leur nation devant le fait accompli. La colonisation de r&#233;gions lointaines a donc surtout permis de ponctionner indirectement la m&#233;tropole, qui devait endosser les frais g&#233;n&#233;raux consid&#233;rables afin de garantir cette main-mise de couches pr&#233;datrices de colonisateurs, en g&#233;n&#233;ral appuy&#233;s sur certaines &#233;lites locales qui y trouvaient momentan&#233;ment leur int&#233;r&#234;t. Les &#201;tats occidentaux ont pour leur part souvent tent&#233; de sauver la situation, par la diffusion de l'enseignement public et des valeurs de rationalisation dans la production, par la construction d'infrastructures, ou la diffusion d'une m&#233;decine et d'une hygi&#232;ne modernes, etc. (le g&#226;chis de la colonisation belge au Congo ou de la colonisation hollandaise en Indon&#233;sie fut loin d'&#234;tre une r&#232;gle g&#233;n&#233;rale)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'anticolonialisme abstrait confond aujourd'hui, syst&#233;matiquement, la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Cette attitude fut tr&#232;s souvent aliment&#233;e par l'esprit de rivalit&#233; entre les puissances colonisatrices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est surtout d&#233;cisif pour la v&#233;rification de ce diagnostic que la disparition des colonies ait co&#239;ncid&#233; &#224; partir des ann&#233;es 1950-1960 avec une remarquable prosp&#233;rit&#233; &#233;conomique dans les m&#233;tropoles, enfin lib&#233;r&#233;es de ce poids mort qui grevait leur dynamisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'encontre du r&#233;visionnisme post-colonial qui ne sait parler qu'en termes d'un moralisme biais&#233;, il serait judicieux de consid&#233;rer que, du point de vue des &#201;tats, la colonisation avait une fonction principalement (g&#233;o-)
politique et non pas &#233;conomique. Elle consistait fondamentalement &#224; emp&#234;cher les &#201;tats rivaux de saisir des avantages qui auraient pes&#233; dans le cadre des rivalit&#233;s internes &#224; l'Europe. Le co&#251;t de ces logiques d&#233;sastreuses parut l&#233;ger au XIX&#232;me si&#232;cle, mais les deux guerres mondiales ont montr&#233; l'immensit&#233; de cette erreur, quand les cons&#233;quences se sont &#233;tendues &#224; l'Europe dans une rivalit&#233; directe et non plus m&#233;diatis&#233;e par l'extension du contr&#244;le sur des territoires lointains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'engager dans cette vision d&#233;passionn&#233;e implique aussi de constater que l'immense majorit&#233; des populations de m&#233;tropole, que les id&#233;ologues &#8220;post-anticoloniaux&#8221; entendent abrutir de culpabilit&#233; &lt;i&gt;r&#233;trospective, collective, h&#233;r&#233;ditaire et permanente&lt;/i&gt;, n'&#233;tait gu&#232;re partie prenante de la colonisation, et que le discours anticolonial &lt;i&gt;post-festum&lt;/i&gt; actuel masque, pour qui veut s'aveugler, une logique de colonisation invers&#233;e, avec la complicit&#233; d'une grande partie des &#8220;&#233;lites&#8221; occidentales, contre les populations qu'elles sont cens&#233;es encadrer et &#8220;repr&#233;senter&#8221;. Un tel foss&#233; anthropologique o&#249; la r&#233;ciprocit&#233; entre les groupes n'est plus assur&#233;e, au contraire de ce qui se passait, tant bien que mal, dans le cadre de l'&#201;tat-nation, est caract&#233;ristique de la nature actuelle du pouvoir en Occident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours est-il qu'une mutation fondamentale s'est produite au tournant des ann&#233;es 1960-1970. L'effet r&#233;sultant d'un keyn&#233;sianisme durable (c'est-&#224;-dire d'une redistribution g&#233;r&#233;e de fa&#231;on centralis&#233;e) et du d&#233;ploiement &#224; grande &#233;chelle de la soci&#233;t&#233; de consommation (commenc&#233; d&#232;s les ann&#233;es 1920 aux &#201;tats-Unis) a profit&#233; de la suppression des verrous traditionnels de la production agricole et alimentaire, gr&#226;ce au miracle de la p&#233;trochimie. L'essor des &#8220;trente glorieuses&#8221; a &#233;t&#233; fond&#233; sur l'utilisation nouvelle des &#233;nergies fossiles, surtout du p&#233;trole et du gaz &#8220;naturel&#8221;. D&#232;s cette &#233;poque, la consommation globale en Occident a commenc&#233; &#224; augmenter de fa&#231;on exponentielle, &lt;i&gt;y compris pour des r&#233;sultats productifs inchang&#233;s&lt;/i&gt;. L'exigence si ancienne et si tenace d'un all&#232;gement de la condition ouvri&#232;re n'a &#233;t&#233; atteint que de fa&#231;on oblique, par des mutations entra&#238;nant l'usage de proc&#233;d&#233;s techniques et organisationnels gaspillant l'&#233;nergie des ressources fossiles, mais sans jamais dissoudre les principes in&#233;galitaires de l'organisation sociale. Une profusion de palliatifs a tout au plus masqu&#233; ou contourn&#233; cette permanence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le keyn&#233;sianisme reposait sur l'utilisation de l'intervention &#233;tatique dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que se passe-t-il quand une soci&#233;t&#233; consomme plus qu'elle ne produit ? Le cas sovi&#233;tique des ann&#233;es 1970-
1980 est d'une clart&#233; exceptionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut dire, r&#233;trospectivement, que, d&#232;s les ann&#233;es 1970, l'Union sovi&#233;tique ne pouvait retarder les effets de l'entropie interne de son m&#233;tabolisme imp&#233;rial et pr&#233;dateur que par des injections ext&#233;rieures de richesses permises par la rente min&#233;rale (p&#233;troli&#232;re ou gazi&#232;re). La raison de cette impasse tendancielle tenait &#233;videmment &#224; l'impossibilit&#233; dans laquelle l'Empire sovi&#233;tique s'est trouv&#233; de conqu&#233;rir l'Europe occidentale. L'anti-am&#233;ricanisme rabique des marxistes trouve l&#224; sa source secr&#232;te : tout observateur ext&#233;rieur doit admettre que la puissance tut&#233;laire &#233;tasunienne a sauv&#233; l'Europe d'un tel sort et que ce fut l&#224; le noeud strat&#233;gique de l'affaire. Le levier de la puissance mondiale aurait probablement bascul&#233; en faveur de l'URSS si cet &#201;tat avait r&#233;ussi &#224; occuper toute l'Europe. Une r&#233;gression historique aurait &#233;videmment suivi au terme de quelques d&#233;cennies, mais tout retour en arri&#232;re aurait &#233;t&#233; impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La baisse des prix des mati&#232;res premi&#232;res au d&#233;but des ann&#233;es 1980 (apr&#232;s les deux premiers chocs p&#233;troliers) a d&#233;finitivement mis &#224; nu les d&#233;fauts du r&#233;gime : consommation militaire boulimique et inertie ent&#234;t&#233;e de la population sur le terrain de la production&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans son analyse sur la nature stratocratique de l'URSS, C. Castoriadis (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Occident a pour sa part fonctionn&#233; sur la dette depuis le milieu des ann&#233;es 1970. Le recyclage des p&#233;trodollars s'est av&#233;r&#233; tr&#232;s peu efficace en terme d'accumulation productive, entre les mains des divers rentiers du p&#233;trole et du gaz. Les politiques n&#233;o-lib&#233;rales ont simplement masqu&#233; la fuite en avant dans l'endettement. Et de dysfonctionnement en dysfonctionnement, le m&#233;canisme a &#233;t&#233; reproduit en &#233;largissant toujours plus le cercle vicieux engag&#233;. Les crises financi&#232;res de 1987, 1993, 1998 (Asie), 2000 (bulle internet) n'ont &#233;t&#233; conjur&#233;es que par une remise &#224; plus tard de l'apurement des comptes et une g&#233;n&#233;ralisation des techniques d'endettement. La crise immobili&#232;re de 2007 a atteint le stade du d&#233;r&#232;glement &#8220;syst&#233;mique&#8221; moins par la taille des sommes en jeu que par la nature des m&#233;canismes de contagion mis en place, qui avaient permis d'&#233;chapper aux effets des crises ant&#233;rieures : &#224; l'automne 2008, les banques ont constat&#233; qu'elles ne pouvaient plus se faire confiance les unes aux autres, au vu de leurs propres pratiques, tout le d&#233;veloppement de la finance depuis trente ans consistant en une immense cavalerie. Seule une intervention improvis&#233;e des &#201;tats a pr&#233;venu un blocage instantan&#233; des m&#233;canismes bancaires et financiers. Depuis, tous les dirigeants &#233;tatiques se d&#233;battent en improvisant des mesures de retardement face &#224; l'engrenage qui s'est mis en mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;III. La difficult&#233; vient d'abord des r&#233;ussites de l'Occident et non de ses d&#233;fauts.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais au-del&#224; de la quincaillerie financi&#232;re qui a failli et des mesures de sauvegardes improvis&#233;es, l'essentiel tient au fait que la soci&#233;t&#233; de consommation est d&#233;sormais menac&#233;e de d&#233;sint&#233;gration dans ses principaux centres fondateurs et op&#233;rationnels. Ce qui appara&#238;t l&#224;, c'est une limite cruciale, &#233;tant donn&#233; la profondeur de l'investissement anthropologique dont b&#233;n&#233;ficie cette soci&#233;t&#233; de consommation depuis de longues d&#233;cennies. C'est l'&#233;quivalent d'une religion &#8220;mill&#233;naire&#8221; mena&#231;ant brusquement de s'effondrer en quelques ann&#233;es, la mort de ses dieux devenant patente. Au-del&#224; des questions mat&#233;rielles, une v&#233;ritable rupture symbolique &#224; une &#233;chelle de masse est donc en jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut prendre la mesure de ce qui se pr&#233;pare que si l'on sait rep&#233;rer les caract&#233;ristiques les plus fondamentales des soci&#233;t&#233;s contemporaines. Les soci&#233;t&#233;s industrielles subissent aujourd'hui le poids de leurs choix pass&#233;s et surtout de leurs r&#233;ussites exceptionnelles, bien plus que de leurs erreurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la premi&#232;re fois dans l'histoire humaine, des soci&#233;t&#233;s enti&#232;res sont en effet parvenues &#224; une abondance, effective et durable, qui s'est reproduite sur plusieurs g&#233;n&#233;rations, acqu&#233;rant ainsi un statut de &#8220;normalit&#233;&#8221; apparente. M&#234;me si cette forme d'abondance mat&#233;rielle m&#233;rite de s&#233;v&#232;res critiques pour ses &#8220;insuffisances&#8221; (elle est hi&#233;rarchis&#233;e, toujours relative, ses effets &#233;cologiques s'av&#232;rent &#224; terme d&#233;sastreux, et une frange minoritaire de population n'y a acc&#233;d&#233; qu'&#224; la marge, etc.), l'effet social et historique de cette r&#233;ussite est sous-estim&#233;e par toutes les th&#233;ories politiques institutionnalis&#233;es. Avec son optimisme de commande, l'id&#233;ologie n&#233;o-lib&#233;rale s'est paradoxalement montr&#233;e la moins aveugle sur cet aspect, ce qui constitue une des raisons m&#233;connues de son influence dans l'&#233;poque, malgr&#233; les failles irrationnelles sur lesquelles se fonde son discours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;alisations de la soci&#233;t&#233; de consommation r&#233;pondent &#224; un appel mythique archa&#239;que qui a hant&#233; &#224; peu pr&#232;s toutes les soci&#233;t&#233;s humaines connues. C'est la grande raison pour laquelle ce projet d'abondance, qui n'&#233;tait pas pr&#233;m&#233;dit&#233; mais qui a r&#233;sult&#233; de co&#239;ncidences historiques particuli&#232;res &#224; l'Occident, a d'ores et d&#233;j&#224; conquis les esprits bien au-del&#224; des cercles dominants de chaque soci&#233;t&#233;. M&#234;me les critiques internes des soci&#233;t&#233;s occidentales, pourtant les mieux plac&#233;s pour le faire, sont incapables de fournir un projet cr&#233;dible d'&#233;volution nouvelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ne font que surench&#233;rir quantitativement sur des logiques &#233;tablies, le plus souvent par recours &#224; de nouvelles &#8220;techniques&#8221;, en escamotant autant qu'ils le peuvent les inconv&#233;nients de leurs &#8220;solutions&#8221;. Ainsi, les &#233;cologistes se contentent d'in&#233;narrables contorsions de langage, que les gouvernants comme les publicitaires des entreprises reprennent d&#233;sormais mot pour mot, &lt;i&gt;sans plus&lt;/i&gt;. La pr&#233;tendue n&#233;gociation fran&#231;aise du &#8220;Grenelle&#8221; de l'environnement en 2007 s'est av&#233;r&#233;e &#234;tre ce qu'elle &#233;tait d&#232;s le d&#233;but pour qui voulait voir : une op&#233;ration de propagande gouvernementale assise sur la complaisance des partis et des associations labellis&#233;es &#8220;&#233;cologistes&#8221;, tout &#233;mus d'&#234;tre invit&#233;s &#224; faire de la figuration autour d'une table avec les autorit&#233;s visibles de l'&#201;tat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La simple expression de &#8220;Grenelle de l'environnement&#8221; aurait d&#251; alerter (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De fait, le discours &#233;cologiste ne pourrait avoir de prise sur le r&#233;el, qu'en devenant un discours de p&#233;nurie n&#233;cessaire pour le plus grand nombre. Il est rejet&#233; d'instinct par les couches sociales les moins ais&#233;es, qui ont tr&#232;s bien anticip&#233; la pente qui s'offre &#224; ce personnel politique. Pour avoir une id&#233;e de cette r&#233;action, il suffit de constater le ressentiment social qu'a suscit&#233; la taxe carbone, finalement abandonn&#233;e en France au moment o&#249; elle devait entrer en vigueur &#224; un taux pourtant d&#233;risoire. L'angoisse diffuse de voir s'&#233;tablir un pr&#233;c&#233;dent impliquant pour des raisons &#233;cologiques des m&#233;canismes de limitation de la consommation a &#233;t&#233; d&#233;cisive. Il est int&#233;ressant de constater que la Su&#232;de, avec une &#8220;taxe carbone&#8221; d'un montant quadruple &#224; celui annonc&#233; en France, s'en d&#233;brouille plut&#244;t bien et depuis des ann&#233;es. Mais ce pays b&#233;n&#233;ficie d'une coh&#233;sion collective sans comparaison possible avec la France : il y va de la confiance publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mani&#232;re dont les &#8220;&#233;cologistes&#8221; bon teint ont manoeuvr&#233; en 2007 pour exclure les groupes antinucl&#233;aires (m&#234;me tr&#232;s mod&#233;r&#233;s) de toute pr&#233;sence dans cette &#8220;n&#233;gociation&#8221; de fa&#231;ade est conforme au label du &#8220;Grenelle&#8221;. Il est ironique de voir ces &#233;cologistes officiels d&#233;plorer trois ans plus tard le caract&#232;re d&#233;cid&#233;ment fictif des r&#233;sultats de ce petit cirque racoleur o&#249; ils n'ont jou&#233; qu'un r&#244;le de figurants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; fran&#231;aise pr&#233;sente ce trait tout &#224; fait exceptionnel d'une soci&#233;t&#233; o&#249;&lt;i&gt; plus personne ne fait confiance &#224; personne&lt;/i&gt;. La situation est impr&#233;gn&#233;e de hantises sociales qui font intervenir des leviers irrationnels massifs. Un &#233;l&#233;ment pertinent de ces hantises est que le personnel &#233;cologiste, s'il veut jouer un r&#244;le dans les structures de pouvoir, finira, au nom de &#8220;l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral&#8221;, par condamner les couches sociales les moins riches &#224; se voir expuls&#233;es de toute perspective consommationiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ussite historique de la soci&#233;t&#233; de consommation est omnipr&#233;sente dans les soci&#233;t&#233;s occidentales et dans l'image d'elles-m&#234;mes qu'elles diffusent, volontairement ou non, et qui suscite tant de migrations internationales. Cette image est syst&#233;matiquement oblit&#233;r&#233;e dans les discussions de politique int&#233;rieure (elle est au mieux consid&#233;r&#233;e comme un &#8220;acquis allant de soi&#8221;, au-del&#224; de toute tentative d'examen), si bien que l'adh&#233;sion qu'elle suscite r&#232;gne en totale d&#233;connexion de ses inconv&#233;nients pratiques et de ses cons&#233;quences diff&#233;r&#233;es. Cet aveuglement concerne tant pour les populations qui veulent y acc&#233;der que celles qui en b&#233;n&#233;ficient. Toutes ne per&#231;oivent qu'avec une mauvaise volont&#233; obstin&#233;e les effets en retour d&#233;j&#224; visibles et qui iront en s'aggravant. C'est pr&#233;cis&#233;ment l&#224; que la crise historique en cours diff&#232;re radicalement de celle qui a liquid&#233; l'Union sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les populations ne veulent pas du tout sortir du r&#233;gime social &#233;tabli, m&#234;me si ceux qui le repr&#233;sentent et semblaient en garantir le fonctionnement affirment qu'il n'est plus tenable. Dans la crise qui s'est d&#233;clar&#233;e en 2007, et qui s'&#233;tend inexorablement, en changeant de forme &#224; chaque &#233;tape, le rapport entre le fonctionnement des soci&#233;t&#233;s occidentales et leur population est donc inverse de ce qui s'est pass&#233; en Union sovi&#233;tique dans les ann&#233;es 1980. &lt;i&gt;Les populations occidentales souhaitent, visc&#233;ralement, que le fonctionnement &#233;tabli continue.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;IV. Nature du foss&#233; entre oligarchies et couches sociales inf&#233;rieures.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus gros probl&#232;me politique pr&#233;visible viendra donc de ce que ces populations manifestent pour la soci&#233;t&#233; de consommation un attachement anthropologique que les &#8220;&#233;lites&#8221; peinent &#224; appr&#233;cier et qu'aucune exhortation &#224; la &#8220;raison&#8221; ne saurait dissiper&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il est &#224; noter que l'analyse de la nature de la soci&#233;t&#233; de consommation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait qu'il ait atteint ses limites a beau &#234;tre proclam&#233; par des sources multiples et convergentes, le bilan de cette impasse demeure inaudible pour le plus grand nombre, dont la r&#233;action va d'abord consister &#224; trouver des &#8220;responsables&#8221; de ce naufrage pr&#233;visible et ensuite &#224; exiger fi&#233;vreusement qu'il ne se produise pas. Les th&#232;ses de complots les plus divers ne peuvent que se multiplier et cro&#238;tre &#224; une vitesse &#233;tonnante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'incoh&#233;rence publique qui sature de plus en plus la sph&#232;re politique ne peut que constituer une caract&#233;ristique des r&#233;actions &#224; venir, rendant probable le surgissement de m&#233;canismes anomiques tout &#224; fait impr&#233;visibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis les ann&#233;es 1960, le monde occidental, rejoint jusqu'&#224; un certain point par le Japon, et quelques soci&#233;t&#233;s comme la Cor&#233;e du sud, Ta&#239;wan, Singapour, etc., a connu une s&#233;rie de mutations anthropologiques consid&#233;rables, dont l'av&#232;nement de l'&#233;mancipation des femmes a &#233;t&#233; l'un des plus profonds, mais o&#249; l'all&#232;gement du sort de couches ouvri&#232;res importantes a &#233;t&#233; r&#233;el, soit imm&#233;diatement, soit par une &#233;l&#233;vation du statut social de leur descendance (ce que les sociologues qualifient bizarrement d'&#8220;ascenseur social&#8221;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour prendre la mesure de ces dynamiques, il ne faut plus raisonner en termes de classes sociales horizontales &#8220;antagonistes&#8221; ancr&#233;es dans le m&#233;canisme de production. Ce sch&#233;ma marxiste a toujours repr&#233;sent&#233; une r&#233;duction outranci&#232;re du fonctionnement d'une soci&#233;t&#233; industrielle (sans m&#234;me s'attarder aux soci&#233;t&#233;s pr&#233;-industrielles), m&#234;me s'il pr&#233;senta l'avantage durant un si&#232;cle environ de mettre l'accent sur les dimensions sociales nouvelles impliqu&#233;es par la dynamique de l'industrialisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, &#224; la suite des diverses pressions historiques &#233;mancipatrices (dont l'Occident demeure le foyer indiscutable), avec la stagnation tendancielle des soci&#233;t&#233;s les plus industrialis&#233;es et l'enlisement de la guerre sociale qui a dur&#233; (sur le continent europ&#233;en) des ann&#233;es 1830 aux ann&#233;es 1950, les soci&#233;t&#233;s occidentales, ont cess&#233; de se rapprocher d'une logique de classes pour se conformer aux principes d'une soci&#233;t&#233; oligarchique, o&#249; r&#232;gne le client&#233;lisme (ses multiples formes de corruption sont la trace la plus rep&#233;rable du compromis social &#233;tabli&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'opposition en terme de sch&#233;mas est tr&#232;s simple &#224; formuler : dans une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise en cours ne peut que bouleverser cet &#233;quilibre dynamique, mais instable, de soci&#233;t&#233;s qui ne maintenaient leur coh&#233;sion que par la fuite en avant dans la &#8220;croissance&#8221;. Cela signifie que les r&#233;actions collectives &#224; venir seront particuli&#232;rement in&#233;dites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;V. Perspective des courants apocalyptiques.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ensemble du vocabulaire permettant l'analyse de la situation pr&#233;sente se trouve extraordinairement malmen&#233;, priv&#233; de contenu pr&#233;cis par le flux m&#233;diatique quotidien, dont une des grandes fonctions est de d&#233;truire minutieusement, jour apr&#232;s jour, le principe de la formulation claire et v&#233;rifiable. Le d&#233;veloppement consid&#233;rable de l'industrie du mensonge est rarement d&#233;taill&#233; pour ce qu'il est. La publicit&#233; et ses techniques de confusion verbale et mentale sont devenus le laboratoire et la colonne vert&#233;brale de l'industrie du divertissement, qui a remplac&#233; fonctionnellement les vieux dispositifs d'ali&#233;nation religieuse en Occident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;tant donn&#233; la mani&#232;re dont le mythe de l'abondance impr&#232;gne toutes les soci&#233;t&#233;s contemporaines, seul un vocabulaire prenant en compte ce substrat m&#233;taphysique concret est &#224; m&#234;me de d&#233;crire les r&#233;actions &#224; venir. C'est pourquoi le terme &#8220;apocalyptique&#8221; m&#233;rite d'&#234;tre pr&#233;cis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; la confusion ambiante qui l'emploie d&#232;s que la possibilit&#233; d'une catastrophe est envisag&#233;e (m&#234;me si le pronostic se veut simplement factuel), le terme &#8220;apocalyptique&#8221; ne devrait qualifier que les discours pr&#233;sentant le d&#233;sastre comme l'&lt;i&gt;&#233;preuve n&#233;cessaire pour faire advenir le &#8220;monde nouveau&#8221;&lt;/i&gt;. En fait le terme d'apocalypse (&#8220;annonce de la fin des temps&#8221;) est souvent utilis&#233; en lieu et place du terme plus pr&#233;cis d'&lt;i&gt;armageddon&lt;/i&gt;, la &#8220;guerre devant Megiddo&#8221;, soit une &#8220;guerre de la fin des temps&#8221;, symbole du moment de l'&#233;preuve ultime et finale, qui doit permettre l'av&#232;nement du &#8220;royaume de dieu&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il devient donc aujourd'hui crucial de se r&#233;f&#233;rer &#224; une d&#233;finition op&#233;rationnelle du terme &#8220;apocalyptique&#8221; pour qualifier les courants politiques qui se conforment &#224; cette posture de l'&lt;i&gt;attente impatiente du d&#233;sastre, les plus coh&#233;rents tendant m&#234;me &#224; h&#226;ter la venue d'un tel moment&lt;/i&gt;, per&#231;u comme signifiant de l'av&#232;nement du monde nouveau, miraculeux et paradisiaque. De tels courants politiques se pr&#233;sentent comme une &#8220;solution&#8221;, et leur activit&#233; ne peut que prodigieusement nuire &#224; toute prise de conscience rationnelle de la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle clarification terminologique produit d'ailleurs un effet de sens r&#233;trospectif particuli&#232;rement utile sur toutes les id&#233;ologies qui ont justifi&#233; les r&#233;gimes totalitaires au XX&#232;me si&#232;cle. Ainsi, quand on observe les marxistes, la division pertinente ne se situe pas entre &#8220;r&#233;formistes&#8221; et &#8220;r&#233;volutionnaires&#8221; (contrairement &#224; ce que les vulgates bolcheviques mart&#232;lent depuis 90 ans). C'est la dichotomie entre &#8220;pragmatiques&#8221; et &#8220;apocalyptiques&#8221; qui est &#224; retenir. Celle-ci rend intelligible le fait que les courants marxistes qui ont refus&#233; l'embrigadement de la III&#232;me internationale aient pu &#233;viter de participer &#224; l'horreur totalitaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'historien G&#233;rard Courtois, qui voit la source ultime de la brutalit&#233; sans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, tout en se montrant n&#233;anmoins r&#233;fractaires &#224; l'analyse lucide de la grande nouveaut&#233; politique du XX&#232;me si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment sous l'angle de la r&#233;f&#233;rence apocalyptique que la proximit&#233; du national-socialisme et du bolchevisme est la plus frappante. Le national-socialisme pr&#233;sentaient des caract&#233;ristiques mill&#233;naristes explicites (cf l'invocation d'un &#8220;Reich de mille ans&#8221;). Mais il est encore plus f&#233;cond de constater qu'il a men&#233; la &#8220;seconde guerre mondiale&#8221; comme une guerre de la fin des temps, o&#249; l'objectif primait toute autre consid&#233;ration. La dynamique du bolchevisme, avec son exaltation implicite d'une domination absolue de l'environnement et d'une manipulation illimit&#233;e de la &#8220;nature humaine&#8221;, &#233;tait simplement un peu plus hypocrite&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le site &#8220;metapedia&#8221; m&#233;rite d'&#234;tre not&#233; comme exprimant une revendication (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux r&#233;gimes totalitaires du XX&#232;me si&#232;cle n'ont laiss&#233; que des r&#233;sidus groupusculaires, v&#233;ritables conservatoires de r&#233;flexes apocalyptiques. Cela vaut autant pour les stalino-gauchistes, qui regroupent tous ceux qui se sont &#224; un moment ou un autre r&#233;clam&#233;s de la III&#232;me internationale, que pour les nostalgiques du III&#232;me Reich. Les h&#233;ritiers du nazisme, &#224; rebours des hantises du parti m&#233;diatique, ne sont plus constitu&#233;s que de groupuscules d&#233;consid&#233;r&#233;s. En revanche, l'influence id&#233;ologique et les r&#233;flexes militaro-autoritaires du bolchevisme est demeur&#233;e &#233;trangement pr&#233;gnante au regard de la faillite absolue du mod&#232;le. Cette culture de la brutalit&#233; et de la mauvaise foi impr&#232;gne encore tout un personnel politique, associatif et universitaire, assez diffus en Europe continentale, notamment dans les pays latins. L'incapacit&#233; de l'ensemble de la gauche depuis vingt ans &#224; mener une analyse d&#233;passionn&#233;e de la trajectoire de l'Union sovi&#233;tique est la faille r&#233;v&#233;latrice qui montre leur soumission g&#234;n&#233;e aux mensonges du pire versant du marxisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette rigueur dans l'usage du terme &#8220;apocalyptique&#8221; permet aussi de comprendre la nature fonctionnelle des divers courants compl&#233;mentaires que sont l'&#8220;int&#233;grisme islamique&#8221;, l'&#8220;islam politique&#8221;, le &#8220;salafisme&#8221;, le &#8220;wahhabisme&#8221;, etc. Le noyau de leurs perspectives est explicitement &#8220;apocalyptique&#8221; et ils se pr&#233;parent bel et bien, chacun &#224; leur mani&#232;re, &#224; une m&#234;me &#8220;guerre de la fin des temps&#8221;. Chaque attentat suicidaire est compris par ses auteurs, ses partisans, et ses observateurs bienveillants, comme un moment de ce point culminant &#224; venir dans leur histoire. Leur r&#233;alisme tient en ceci : ce n'est qu'en transformant le monde en un chaos sanglant (que l'on revendique aupr&#232;s de ses partisans mais dont on attribue publiquement la responsabilit&#233; &#224; l'Ennemi suppos&#233;) que les conditions de leur victoire seraient r&#233;unies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;tail et les implications d'une telle posture fera l'objet d'un num&#233;ro complet du &#8220;Cr&#233;puscule&#8221;, tant elle est appel&#233;e &#224; intervenir dans la situation des prochaines d&#233;cennies. Le rejet lucide de l'action de ces courants devient, comme dans les postures anciennes de rejet des totalitarismes au XX&#232;me si&#232;cle, la condition de pr&#233;servation d'un monde nouveau. Ce ne peut en &#234;tre la garantie, mais les gens comme nous sont bel et bien sur la d&#233;fensive, une fois de plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;VI - Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essentiel est de comprendre qu'aujourd'hui, dessiner les contours des difficult&#233;s &#224; venir ne signifie nullement qu'elles soient souhaitables ni qu'elles pourraient contribuer &#224; l'av&#232;nement d'une soci&#233;t&#233; pacifi&#233;e. L'immense contrainte &#233;cologique va ainsi peser d'une mani&#232;re totalement in&#233;dite et n'apportera pas de solution par elle-m&#234;me. Mais c'est en ayant connaissance des &#233;cueils et de leur &#233;tendue que l'on peut &#233;ventuellement les &#233;viter... Tenter ainsi de cartographier les possibles, m&#234;me les plus d&#233;plaisants, rel&#232;ve de la d&#233;marche raisonn&#233;e indispensable, m&#234;me si l'esprit du temps est devenu &#233;tranger &#224; la raison depuis longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paris, le 27 d&#233;cembre 2010&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb24-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le proc&#233;d&#233; explicite ou hypocrite de ce parti m&#233;diatique quand il veut disqualifier un individu, un courant ou un groupe politique, est toujours le m&#234;me : la &lt;i&gt;reductio ad hitlerum&lt;/i&gt;, comme l'avait pressenti Leo Strauss d&#232;s 1953. Alors que les infimes nostalgiques du III&#232;me Reich ne repr&#233;sentent qu'une survivance beaucoup plus r&#233;siduelle que les nostalgiques du totalitarisme sovi&#233;tique, trait&#233;s avec une indulgence &#233;nigmatique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Toute analyse d&#233;passionn&#233;e est amen&#233;e &#224; constater qu'une v&#233;ritable &#8220;extr&#234;me-droite&#8221; pr&#233;sente les caract&#233;ristiques suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; proclamation de la n&#233;cessit&#233; d'un r&#233;gime de despotisme, et rejet militant des formes d&#233;mocratiques ;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; oppression affirmative des femmes comme terrain d'exercice de ces m&#233;canismes de domination &#224; vocation illimit&#233;e ;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; haine privil&#233;gi&#233;e, &#224; la fois m&#233;thodique et hyst&#233;rique, de minorit&#233;s choisies comme bouc-&#233;missaires, dont les Juifs sont encore une fois le paradigme absolu, et vou&#233;s implicitement (en public) ou explicitement (en interne) &#224; l'extermination, etc.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; projet in&#233;galitaire ant&#233;diluvien (des cat&#233;gories de population sont statutairement destin&#233;es &#224; un r&#244;le inf&#233;rieur).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;De tels courants sont aujourd'hui presque exclusivement de coloration musulmane. Ce sont, en tout cas, les seuls de ce genre qui disposent des ressources d'&#201;tats entiers, m&#234;me s'il ne s'agit pas d'&#201;tats de dimensions continentales. Ces courants tentent sans cesse de contr&#244;ler de nouvelles r&#233;gions du monde. Aussi divers soient-ils, ils se positionnent de fa&#231;on offensive vis-
&#224;-vis du cadre existant, avec une perspective de domination mondiale. C'est ce qu'implique la th&#233;matique du &#8220;califat&#8221; appuy&#233;e sur la &#8220;charia&#8221;, collection de r&#232;gles pr&#233;m&#233;di&#233;vales, qui puise ses r&#233;f&#233;rences dans une r&#233;gression barbare du droit coutumier tribal en Arabie, survenue il y a quatorze si&#232;cles d&#233;j&#224;. La nostalgie de la &#8220;grandeur&#8221; des premiers empires musulmans est coh&#233;rente : l'islam a produit les structures imp&#233;riales les plus achev&#233;es de l'histoire, aboutissement de la logique despotique la plus suffocante de l'Orient antique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;L'anticolonialisme abstrait confond aujourd'hui, syst&#233;matiquement, la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dant le XIX&#232;me si&#232;cle, o&#249; les &#233;tablissements en Am&#233;rique et aux Antilles utilisaient la main-
d'oeuvre servile pour la production de produits &#8220;tropicaux&#8221;, avec les op&#233;rations coloniales plus r&#233;centes, dont l'un des arguments, qui n'&#233;tait pas de pure propagande, &#233;tait l'abolition de l'esclavage partout (contre la traite musulmane et la traite interne &#224; l'Afrique). Objectif qui fut largement atteint, m&#234;me si cet esclavage est demeur&#233; sous-jacent dans les zones musulmanes. Diminue-t-il encore ? on peut en douter, quand on sait ce qui est advenu au Soudan depuis quarante ans, ou que l'on voit la situation du Mali (40 % de la population subit un statut d'esclave), mais aussi quand on constate qu'il r&#233;appara&#238;t, en Afrique sub-
saharienne..&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le keyn&#233;sianisme reposait sur l'utilisation de l'intervention &#233;tatique dans le champ de l'&#233;conomie. Les r&#233;sultats d'un tel volontarisme &#233;tatique, comme l'avaient montr&#233; les totalitarismes sovi&#233;tiques et nazis, ou la politique de Roosevelt initi&#233;e dans les ann&#233;es 1930, pouvaient produire des r&#233;sultats beaucoup plus importants que ce qui &#233;tait consid&#233;r&#233; comme possible jusque-
l&#224;. Mais les couches dominantes occidentales, si r&#233;tives &#224; cette conception, ont fini par en tirer les le&#231;ons : elles ont appris &#224; se servir des leviers &#233;tatiques de redistribution &#224; leur profit (c'est le volet paradoxal du &#8220;n&#233;o-lib&#233;ralisme&#8221; &#224; partir de la fin des ann&#233;es 1970). Et tous les marxistes, comme tous les keyn&#233;siens, se sont retrouv&#233;s priv&#233;s de l'arme miracle qui devait assurer l'av&#232;nement administr&#233; d'une soci&#233;t&#233; moins in&#233;galitaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Dans son analyse sur la nature stratocratique de l'URSS, C. Castoriadis &#233;mettait sur le mode du doute une formulation fertile qui rend compte r&#233;trospectivement &#224; la fois de l'erreur de son pronostic sur le sort de l'Union sovi&#233;tique et du probl&#232;me qui se posait. Il disait en substance : on bien s&#251;r imaginer que la soci&#233;t&#233; civile s'effondre sous le poids de ce secteur militaro-industriel, et que le r&#233;gime ne puisse survivre, mais il affirmait aussit&#244;t qu'une telle perspective lui paraissait invraisemblable. Or, c'est tr&#232;s exactement ce qui s'est pass&#233;, l'usure de la soci&#233;t&#233; civile ayant finalement provoqu&#233; l'impasse...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La simple expression de &#8220;Grenelle de l'environnement&#8221; aurait d&#251; alerter quiconque conserve un peu de m&#233;moire historique. Il y a l&#224; une op&#233;ration de confusion s&#233;mantique ordinaire typique du parti m&#233;diatique. La th&#233;matique d'un &#8220;Grenelle&#8221; comme accord g&#233;n&#233;ral satisfaisant &#8220;tout le monde&#8221; repr&#233;sente un double mensonge. Il y a d'abord le mensonge du pouvoir mais aussi celui des n&#233;gociateurs qui servent de &#8220;partenaires&#8221; apparemment oppos&#233;s. La n&#233;gociation du &#8220;Grenelle&#8221; de 1968 fut en effet &#224; la fois un bluff et un &#233;chec, permettant le sabotage du mouvement de gr&#232;ve g&#233;n&#233;ral par les directions syndicales. De fait, les assembl&#233;es de gr&#233;vistes rejet&#232;rent cet accord, mais les syndicats d&#233;cid&#232;rent que chaque usine devait d&#232;s lors n&#233;gocier s&#233;par&#233;ment, ce qui saborda le mouvement social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, les augmentations de salaires n&#233;goci&#233;es centralement furent presque aussit&#244;t effac&#233;es par l'inflation courante qui suivit. Seuls les appareils syndicaux retir&#232;rent finalement quelque avantage, gr&#226;ce &#224; l'instauration de postes de &#8220;permanents syndicaux&#8221; non pas &#233;lus, mais nomm&#233;s par eux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Il est &#224; noter que l'analyse de la nature de la soci&#233;t&#233; de consommation ridiculise les proph&#233;ties de toutes les vari&#233;t&#233;s de marxisme, qui justifiaient leur vision d&#233;terministe par la &#8220;paup&#233;risation absolue&#8221;, indispensable &#224; leur proph&#233;tisme politico-
religieux. Le marxisme, dans ses diverses variantes, par les ressorts psychologiques qu'il utilise, m&#233;rite le qualificatif ironique de &#8220;quatri&#232;me monoth&#233;isme&#8221;, que lui a d&#233;cern&#233; P. Sloterdijk.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;L'opposition en terme de sch&#233;mas est tr&#232;s simple &#224; formuler : dans une soci&#233;t&#233; de &#8220;classes&#8221; conforme &#224; une vision marxiste, les regroupements sociaux se r&#233;partiraient par couches horizontales et tendraient &#224; se f&#233;d&#233;rer dans un rapport d'implication r&#233;ciproque, qui peut &#234;tre antagoniste (mais pas toujours). &#8220;Bourgeoisie&#8221; contre &#8220;classe ouvri&#232;re&#8221;. Tout le reste de la soci&#233;t&#233; serait cens&#233; se polariser autour de ces deux r&#233;f&#233;rences. Mais ce &#8220;reste&#8221; escamot&#233; par cette analyse, ne l'a pas &#233;t&#233; de l'histoire, d'o&#249; les surprises des marxistes devant les &#233;v&#233;nements d&#232;s les ann&#233;es 1860, notamment avec l'unification de l'Allemagne et de l'Italie, puis l'expansion coloniale de la deuxi&#232;me partie du XIX&#232;me si&#232;cle et enfin le basculement dans la Premi&#232;re guerre mondiale, d'o&#249; est sorti le XX&#232;me si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une soci&#233;t&#233; domin&#233;e par les logiques oligarchiques, la structuration suit des zones d'influences pyramidales, &#233;manant des zones sup&#233;rieures, qui ne sont pas monolithiques. Le &#8220;client&#233;lisme&#8221; leur sert d'assise. Il faut alors utiliser les grandes cat&#233;gories suivantes : oligarchies, classes &#8220;moyennes&#8221; (qui comprennent des portions importantes des couches ouvri&#232;res, qualifi&#233;es de &#8220;corrompues&#8221; par les marxistes, ainsi que d'autres secteurs comme la paysannerie, etc.), et lumpen-prol&#233;tariat. Le mode d'insertion social n'est pas la position passive dans l'appareil productif, mais un rapport politico-social donnant acc&#232;s &#224; une part du surproduit. La rivalit&#233; oppose non des couches d&#233;finies horizontalement mais des client&#232;les pyramidales qui peuvent devenir concurrentes (ou se d&#233;sagr&#233;ger). En France, cela prend la forme aigu&#235; d'une soci&#233;t&#233; &#224; statuts (cf &lt;i&gt;La Peur du D&#233;classement&lt;/i&gt;, d'&#201;ric Maurin, pour la situation fran&#231;aise). Le point crucial pour une oligarchie, c'est de conserver des client&#232;les importantes dans les &#8220;classes moyennes&#8221;, ce que la crise actuelle rend incertain.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;L'historien G&#233;rard Courtois, qui voit la source ultime de la brutalit&#233; sans nom du r&#233;gime sovi&#233;tique dans ses r&#233;f&#233;rences mat&#233;rialistes et ath&#233;es est incapable de rendre compte du fait que tout le versant social-d&#233;mocrate du marxiste n'eut aucune implication dans ces crimes de masse. Un net biais id&#233;ologique appara&#238;t l&#224; chez cet historien, alors que la pr&#233;cision indiscutable de sa description historique a sid&#233;r&#233; les nostalgiques du totalitarisme sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le site &#8220;metapedia&#8221; m&#233;rite d'&#234;tre not&#233; comme exprimant une revendication explicite (et &#233;logieuse) de cette convergence profonde entre bolchevisme et nazisme...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	<item xml:lang="fr">
		<title>La destruction de la Bosnie (2/2)</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?575-la-destruction-de-la-bosnie-2-2</link>
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		<dc:date>2012-01-18T07:51:21Z</dc:date>
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		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>G&#233;opolitique</dc:subject>
		<dc:subject>Narodetzki J.-F.</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Article</dc:subject>
		<dc:subject>Pseudo-subversion</dc:subject>
		<dc:subject>An&#233;antissement / G&#233;nocide</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre</dc:subject>
		<dc:subject>Oligarchie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Voir la premi&#232;re partie (.../...) Les trop br&#232;ves notations qui pr&#233;c&#232;dent ne permettent pas d'expliquer pourquoi ce ph&#233;nom&#232;ne qu'on a, en une acception tr&#232;s l&#226;che du mot, qualifi&#233; de &#8220; mouvement &#8221;, n'a jamais pu devenir mieux qu'une n&#233;buleuse de volont&#233;s faibles et de pratiques inconsistantes. Dans un court article paru dans Lib&#233;ration le 25 juin 1993, j'avais tent&#233; d'indiquer quelques &#233;l&#233;ments de r&#233;flexion, que je crois aujourd'hui encore pertinents ; ils sont cependant insuffisants. (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-dynamiques-geopolitiques-" rel="directory"&gt;Dynamiques G&#233;opolitiques&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-83-geopolitique-+" rel="tag"&gt;G&#233;opolitique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-97-narodetzki-j-f-+" rel="tag"&gt;Narodetzki J.-F.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-116-pseudo-subversion-+" rel="tag"&gt;Pseudo-subversion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-118-aneantissement-+" rel="tag"&gt;An&#233;antissement / G&#233;nocide&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-122-guerre-+" rel="tag"&gt;Guerre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-131-oligarchie-+" rel="tag"&gt;Oligarchie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?574-la-destruction-de-la-bosnie-1-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Voir la premi&#232;re partie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trop br&#232;ves notations qui pr&#233;c&#232;dent ne permettent pas d'expliquer pourquoi ce ph&#233;nom&#232;ne qu'on a, en une acception tr&#232;s l&#226;che du mot, qualifi&#233; de &#8220; mouvement &#8221;, n'a jamais pu devenir mieux qu'une n&#233;buleuse de volont&#233;s faibles et de pratiques inconsistantes. Dans un court article paru dans Lib&#233;ration le 25 juin 1993, j'avais tent&#233; d'indiquer quelques &#233;l&#233;ments de r&#233;flexion, que je crois aujourd'hui encore pertinents ; ils sont cependant insuffisants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; des caract&#233;ristiques de l'&#233;poque - la tendance infantile &#224; s'en remettre aux &#233;lus pour que, repr&#233;sentant r&#233;ellement les citoyens, ils accomplissent leurs souhaits ; l'invocation ubiquitaire des &#8220; valeurs &#8221; morales ou civilisationnelles et la d&#233;signation des manquements ou des outrages qu'elle subissent tenant lieu d'interpellation des pouvoirs ; ou encore, et plus g&#233;n&#233;ralement, l'adh&#233;sion (pour ne pas dire : l'adh&#233;rence) &#224; toutes les institutions que compte le meilleur des mondes possibles o&#249; nous avons l'ineffable chance de vivre - au-del&#224; de ces quelques traits qui sont propres au sujet contemporain et dont cette n&#233;buleuse n'aura finalement &#233;t&#233; qu'une incarnation grotesque, ont bien s&#251;r jou&#233; des facteurs plus circonstanciels, quoique d&#233;pendants de cette m&#234;me configuration imaginaire et sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il fallait absolument confiner les mots et les actes dans l'orbe de l'insignifiance politique (je prends &#233;videmment le mot dans son acception premi&#232;re : ce qui rel&#232;ve de l'organisation des rapports sociaux, et, plus particuli&#232;rement, des rapports de pouvoir), c'est qu'on tenait &#224; pr&#233;server un ordre social et institutionnel d'une critique coh&#233;rente des &#233;v&#233;nements, qui aurait n&#233;cessairement d&#233;bouch&#233; sur sa mise en cause, discr&#233;ditant (pour un temps, certes) nos ch&#232;res d&#233;mocraties au titre de leur implication r&#233;it&#233;r&#233;e, cinquante ans apr&#232;s la Shoah, dans un g&#233;nocide en Europe. Mais l'indignation sans mode d'emploi &#233;tait aussi la voie oblig&#233;e pour tous ceux qui ne voulaient pas trop se mouiller : adresser des suppliques aux gouvernants, ne r&#233;clamer que la cessation des crimes de guerre, c'&#233;tait laisser &#224; d'autres le soin de d&#233;finir les solutions et les moyens d'y parvenir. Aussi bien, la &#8220; l&#226;chet&#233; &#8221;, l' &#8221;impuissance &#8221; ou la &#8220; d&#233;mission &#8221; imput&#233;es aux dirigeants &#233;taient-elles autant de cat&#233;gories psychologico-morales qui, n'expliquant rien, servaient simultan&#233;ment &#224; rendre inintelligibles la strat&#233;gie des Etats occidentaux et &#224; camoufler la l&#226;chet&#233;, l'impuissance et la d&#233;mission effectives de leurs sujets indign&#233;s. Lesquels attributs, faut-il souligner, ont &#233;t&#233; &#233;minemment fran&#231;ais : en Angleterre, aux Etats-Unis, en Espagne, en Italie et m&#234;me en Suisse, le mouvement s'est montr&#233; autrement plus combatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l&#224; d&#233;coule, pour partie en tout cas, la teneur insipide du langage dont les militants de la paix nous ont opini&#226;trement abreuv&#233;s, la plupart plus ou moins sinc&#232;rement aveugles &#224; la position en miroir qu'ils occupaient par rapport au discours des Etats - position d'o&#249; l'on ne pouvait incriminer que des dysfonctionnements - et aux cons&#233;quences d'un tel choix. Car se fussent-ils avis&#233;s d'en sortir ou de jouer en temps utile d'autres cartes qu'il e&#251;t &#233;t&#233; possible d'influer sur le cours des choses, ou du moins d'&#233;chapper &#224; la collusion passive. L'exemple des opposants &#224; la guerre du Vietnam (je ne parle pas des staliniens, qui ne r&#233;clamaient que &#8220; la paix &#8221;, comme d&#233;j&#224; pour l'Alg&#233;rie, comme ensuite pour la Bosnie) est l&#224; pour en t&#233;moigner. Encore e&#251;t-il fallu accepter l'id&#233;e d'une lutte &#224; mener contre nos Etats, et c'&#233;tait pr&#233;cis&#233;ment ce dont on ne voulait &#224; aucun prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et sans doute les pacifistes fran&#231;ais &#233;taient-ils plus nombreux qu'on n'osait l'imaginer &#224; penser ce que leurs voisins helv&#233;tiques n'&#233;taient pas g&#234;n&#233;s de bourdonner : &#171; Mieux vaut 300 000 morts qu'une nouvelle guerre mondiale &#187; &#8211; puisqu'ils avaient la b&#234;tise de croire que tel &#233;tait l'enjeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres facteurs et d'autres calculs concouraient &#224; produire cette situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait, outre une profonde indiff&#233;rence aux &#233;v&#233;nements (pas toujours inactive : elle s'avan&#231;ait parfois sous le domino de l'humanitaire) r&#233;pandue dans le pays et - le paradoxe n'est qu'apparent - dans le &#8220; mouvement &#8221;, l'inintelligence politique des choses, celle qui voit dans la guerre une &#8220; folie &#8221; et traite les antagonismes socio-politiques en termes d'affects (le Front national, c'est &#8220; la haine &#8221; ; la guerre en &#8220; ex-Yougoslavie &#8221;, c'&#233;tait encore &#224; cause de &#8220; la haine &#8221;). Inintelligence partout cultiv&#233;e, mass-mediatis&#233;e, elle &#233;tait ici end&#233;mique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait aussi des affinit&#233;s ou des sympathies, plus ou moins avou&#233;es, &#224; l'&#233;gard d'un r&#233;gime qui fut pr&#233;tendument celui de l' &#8220; autogestion &#8221; et que des gens de gauche se refusaient &#224; renier. De l&#224; ne pouvait pas venir le pire. Chez eux comme chez les &#8220; apolitiques &#8221;, on ne parlait pas de fascisme &#224; propos du r&#233;gime de Milosevic : le fascisme ne saurait &#234;tre que du c&#244;t&#233; des Croates ou des islamistes. Il fallait voir leur sid&#233;ration quand on pronon&#231;ait les mots de &#8220; national-communisme &#8221; (qu'on e&#251;t mieux nomm&#233; &#8220; national-stalinisme &#8221;) : cela ne pouvait &#234;tre. Quant &#224; comprendre que tout cela n'&#233;tait pas affaire d'id&#233;ologie mais de strat&#233;gie, qu'un Milosevic ou un Karadzic n'&#233;taient pas plus nationalistes qu'ils n'avaient &#233;t&#233; &#8220; communistes &#8221; et que le pathos nationaliste n'&#233;tait qu'alibi de leur domination et accessoire de s&#233;duction &#224; l'usage des masses serbes, c'&#233;tait un peu trop demander. Leurs partis et leurs syndicats, qui ne bronch&#232;rent jamais, sinon pour soutenir les Serbes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour la petite histoire : le 1er mai 1993 &#224; Paris, les gros bras de la CGT (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou dispenser quelques simagr&#233;es pacifistes (CFDT), ne contribuaient certes pas &#224; les &#233;clairer, et les positions mitterrandiennes n'&#233;taient pas d&#233;nu&#233;es d'influence sur tous ces &#8220; braves gens &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait enfin, du c&#244;t&#233; des militants d'extr&#234;me gauche, la classique interversion de la fin et des moyens. La d&#233;fense des Bosniaques, la lutte contre la &#8220; purification ethnique &#8221; n'&#233;taient pas, en elles-m&#234;mes, des objectifs ; elles &#233;taient, comme toute autre cause, comme tout autre &#8220; front &#8221;, l'occasion de promouvoir une chapelle, de diffuser son discours, de recruter des adh&#233;rents ou faire des sympathisants. L'organisation &#233;tait la fin, la Bosnie un moyen, une m&#233;diation, un cr&#233;neau - peu porteur, au demeurant. L'aboutissement des d&#233;cisions, la coh&#233;rence des paroles et des actes, la pertinence des propos et l'effet de tout cela sur le sort des Bosniaques &#233;taient donc le cadet de leurs soucis. Les &#233;v&#233;nements n'&#233;taient que pr&#233;textes &#224; ratiocinations sans fin, et ce qui relevait de l'exercice d'une solidarit&#233; concr&#232;te avec les Bosniaques &#233;tait jug&#233; trop peu &#8220; politique &#8221;. Telle commission &#8220; terrain &#8221;, qui apportait une aide r&#233;elle aux populations, n'a jamais obtenu le soutien financier de ce secteur du &#8220; mouvement &#8221; et les rapports de ses animateurs, de retour de Bosnie, &#233;taient ignor&#233;s. Ici, la seule chose qu'on voulait vraiment, c'&#233;tait construire le Parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux r&#233;volutionnaires &#8211; j'entends : ceux qui n'ont ni le parti ni l'Etat pour f&#233;tiche &#8211; le g&#233;nocide n'a jamais compt&#233; parmi les cat&#233;gories de leur entendement. Epiph&#233;nom&#232;ne du capitalisme tout court ou du capitalisme bureaucratique d'Etat, ils n'ont jamais cru devoir prendre la peine de le penser &#8211; posture qu'ils partagent avec leurs adversaires l&#233;ninistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute &#233;tait-on alors en droit d'en conclure que nombre de ceux qui semblaient s'int&#233;resser &#224; la r&#233;sistance bosniaque ne s'y int&#233;ressaient pas vraiment, qu'ils &#233;taient anim&#233;s par d'autres motifs, et entretenaient d'autres vis&#233;es qu'un soutien efficace &#224; lui procurer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en f&#251;t, la somme de ces diverses donn&#233;es avait la paralysie g&#233;n&#233;rale pour r&#233;sultante. Ce qu'on tentait d'entreprendre &#233;tait ici trop &#8220; politique &#8221;, l&#224;, pas assez, et l'essentiel de l'&#233;nergie se d&#233;pensait &#224; g&#233;rer le n&#233;ant. L'AEC s'en fit une sp&#233;cialit&#233;, s'employant principalement &#224; noyauter tout ce qui passait &#224; sa port&#233;e, veillant, partout o&#249; elle le pouvait, &#224; ce que rien ne r&#233;sonn&#226;t que l'indigent discours &#8220; citoyen &#8221; qu'elle destinait au public, et rien ne se f&#238;t qui tranch&#226;t avec ses gesticulations &#8220; civiques &#8221;. En cela, elle &#233;tait incontestablement au diapason de l' &#8220; opinion &#8221; qu'elle avait la sotte opinion de s&#233;duire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de ce groupuscule et par-del&#224; les suppos&#233;s &#171; clivages politiques &#187;, ce sont tous ceux qui ont si mollement combattu la &#171; purification ethnique &#187; qui portent une part de responsabilit&#233; dans sa continuation. Une part microscopique, &#224; la mesure du r&#244;le d&#233;risoire qu'ils ont voulu jouer, mais dont rien ne les exon&#233;rera, parce que, se posant en d&#233;fenseurs de la Bosnie dans l'unique lieu de la soci&#233;t&#233; civile qui paraissait se soucier de son sort, il leur revenait de d&#233;noncer la collusion des Etats dont les g&#233;nocidaires b&#233;n&#233;ficiaient &#8211; et ils ne l'ont pas fait&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Trois ann&#233;es plus tard, l'expos&#233; de cette collusion se heurtera encore aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au printemps 1993, la seule exception notable &#224; cette situation au sein du &#8220; mouvement &#8221; &#233;tait constitu&#233;e par la Coordination &#233;tudiante contre la &#171; purification ethnique &#187;, r&#233;cemment cr&#233;&#233;e, qui prit de multiples initiatives, intelligentes et combatives. Je fis un bout de chemin avec ses animateurs. Ils &#233;taient malheureusement enclins &#224; tenir &#224; l'&#233;cart de leurs d&#233;cisions ceux qui n'&#233;taient ni &#233;tudiants ni membres du cercle tr&#232;s ferm&#233; des fondateurs, et, malgr&#233; nos affinit&#233;s, je m'y sentis bient&#244;t importun, et inutile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je renon&#231;ai d&#232;s lors &#224; chercher de nouveaux comparses sur le sol fran&#231;ais et, du m&#234;me coup, &#224; inscrire mon activit&#233; dans le cadre d'une quelconque organisation. Tirant les le&#231;ons de nos d&#233;convenues, je jugeai n&#233;cessaire de proc&#233;der de fa&#231;on radicalement diff&#233;rente, alors que s'&#233;talait jour apr&#232;s jour la complicit&#233; de l'ONU avec les responsables de la &#8220; purification ethnique &#8221; et que les informations s'accumulaient sur l'appui quotidien que son corps exp&#233;ditionnaire - la FORPRONU - apportait &#224; ses ex&#233;cutants. C'&#233;tait sur place que l'on trouverait la mati&#232;re propre &#224; d&#233;voiler la strat&#233;gie des membres permanents du Conseil de s&#233;curit&#233; (France et Grande-Bretagne, au premier chef), et c'&#233;tait sur place qu'il fallait aller la recueillir. Deux d'entre nous (un autre rescap&#233; de l'ex-Collectif contre la &#8220; purification ethnique &#8221; et moi-m&#234;me) r&#233;solurent de faire le voyage de Sarajevo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'y entrait pas qui voulait. L'ONU, conjointement avec les assi&#233;geants, en contr&#244;lait les acc&#232;s. Elle ne laissait passer que ce que les Serbes voulaient bien laisser passer. Le seul trajet s&#251;r (le &#8220; Centre culturel yougoslave &#8221; de Paris d&#233;tenait les noms des animateurs du &#8220; mouvement &#8221;) &#233;tait le pont a&#233;rien. Mais que l'on voul&#251;t emprunter les voies terrestres ou, a fortiori, la voie des airs, il fallait &#234;tre &#8220; accr&#233;dit&#233; &#8221; par la FORPRONU ou par le Haut Commissariat aux R&#233;fugi&#233;s des Nations Unies (UNHCR) qui g&#233;rait l'ensemble des aspects civils du si&#232;ge de Sarajevo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y avait que deux fa&#231;ons d' obtenir cette accr&#233;ditation : pr&#233;senter une carte de presse ou se r&#233;clamer d'une organisation pouvant pr&#233;tendre accomplir une mission humanitaire. Apr&#232;s plusieurs semaines de recherche, je n'avais pas trouv&#233; la moindre feuille de chou dispos&#233;e &#224; nous cautionner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'eus alors l'id&#233;e d'utiliser une association fond&#233;e par deux de mes amis et moi-m&#234;me, sept ans auparavant. Elle v&#233;g&#233;tait depuis longtemps et l'intervention humanitaire n'&#233;tait pas exactement sa vocation (elle r&#233;unissait des psychanalystes), mais il n'y avait rien d'aberrant &#224; proposer en son nom une &#8220; mission &#8221; consacr&#233;e aux blessures psychiques caus&#233;es par la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'adressai donc une lettre au si&#232;ge genevois du HCR, sollicitant quatre accr&#233;ditations (deux personnes avaient souhait&#233; se joindre &#224; nous) pour entreprendre une &#8220; enqu&#234;te sur les besoins en mati&#232;re de sant&#233; mentale des populations assi&#233;g&#233;es, en vue d'organiser la prise en charge psychoth&#233;rapeutique des victimes de traumatismes de guerre &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La course d'obstacles commen&#231;ait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cellule a&#233;rienne du HCR me fit savoir qu'il convenait d'adresser ma demande au minist&#232;re des affaires &#233;trang&#232;res...fran&#231;ais. Le Quai d'Orsay m'expliqua courtoisement qu'on m'avait mal orient&#233; et que je devais la faire parvenir au bureau d'un diplomate fran&#231;ais en poste &#224; Gen&#232;ve aupr&#232;s de l'ONU, un certain Fouinat. Oui, c'&#233;tait bien l&#224;, me confirma l'une de ses collaboratrices jointe par t&#233;l&#233;phone. Mais c'&#233;tait une affaire bien compliqu&#233;e, n'est-ce pas, car le pont a&#233;rien &#233;tait g&#233;r&#233; par pas moins de cinq Etats. Et puis, il y avait eu, n'est-ce pas, &#8220; des abus multiples, de la part de Bosniaques et d'autres &#8221;, &#8220; des nationaux se targuant [sic] d'accr&#233;ditations ou de cartes de presse falsifi&#233;es &#8221;. D'ailleurs et avant tout, n'est-ce pas, il fallait qu'au vu de notre projet, le HCR d&#238;t s'il &#8220; ressentait [lui !] le besoin &#8220; d'une telle mission.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'&#233;tait manifestement qu'une autre voie de garage, et je m'apercevrai plus tard qu'il n'&#233;tait nullement requis de passer par les Affaires &#233;trang&#232;res, ni m&#234;me par Gen&#232;ve, pour obtenir une accr&#233;ditation. Pr&#232;s d'un mois et demi apr&#232;s mes premi&#232;res d&#233;marches, malgr&#233; plusieurs relances pour rappeler au bureau du &#8220; coordonnateur pour l'ex-Yougoslavie &#8221; que nous ne pouvions pas attendre ind&#233;finiment, je n'avais re&#231;u que des r&#233;ponses dilatoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous cherchions des t&#233;moins. Nous savions que de nombreux r&#233;fugi&#233;s bosniaques se trouvaient en Croatie, notamment &#224; Split, petite ville dalmate qui accueillait l'une des bases onusiennes du pont a&#233;rien vers Sarajevo. De l&#224;, peut-&#234;tre serait-il possible d'embarquer ; &#224; d&#233;faut, nous pourrions toujours engranger des t&#233;moignages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s notre arriv&#233;e &#224; Split, nous frapp&#226;mes &#224; la porte du HCR. Un employ&#233; nous tendit des formulaires de demande d'accr&#233;ditation &#224; remplir. La r&#233;ponse ne tarderait pas : vingt-quatre ou quarante-huit heures, au plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux jours plus tard, point de r&#233;ponse. C'&#233;tait, voyez-vous, qu'il y avait beaucoup de travail : &#8220; Revenez donc apr&#232;s-demain ! &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s-demain, nous &#233;tions de retour. Mais, naturellement &#224; son grand regret, le HCR ne pouvait d&#233;livrer d'accr&#233;ditation qu'aux membres des organisations d&#233;j&#224; accr&#233;dit&#233;es, figurant sur la liste des &#8220; implementing organizations &#8221; , autrement dit des organisations d&#233;j&#224; consid&#233;r&#233;es comme partenaires du HCR... Nous n'&#233;tions &#233;videmment pas de ces heureux &#233;lus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avions-nous toutefois quelque espoir d'obtenir nos accr&#233;ditations ? Certai-nement : il suffisait de pr&#233;senter une lettre &#233;manant d'une &#8220; implementing organization &#8221;, laquelle nous recommanderait au HCR.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je contactai l'Organisation mondiale de la sant&#233;, qui avait ses bureaux dans les m&#234;mes locaux, et exposai notre projet de mission. Un m&#233;decin scandinave me remit dans l'heure une lettre indiquant que les institutions psychiatriques de Sarajevo avaient grand besoin d'aide et sollicitant assistance &#224; notre association dans l'accomplissement de sa mission. Je ne pouvais esp&#233;rer mieux. Le lendemain, je la pr&#233;sentai au responsable qu'on m'avait d&#233;sign&#233;. Il fut vraiment d&#233;sol&#233; : cela ne pouvait convenir, il n'&#233;tait autoris&#233; &#224; accorder des accr&#233;ditations qu'aux personnes travaillant pour une &#8220; implementing agency &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me mis donc en qu&#234;te d'une ONG (organisation non gouvernementale) qui consentirait &#224; d&#233;clarer que nous &#233;tions ses partenaires. Il ne me fallut pas plus de deux jours pour en trouver une : les repr&#233;sentantes locales de Handicap International me fournirent un document stipulant que nos deux associations allaient travailler ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je retournai aussit&#244;t au si&#232;ge du HCR. H&#233;las ! C'&#233;tait un bien mauvais moment pour pareille d&#233;marche : on venait juste d'apprendre que l'OTAN allait bombarder incessamment sous peu les positions serbes autour de Sarajevo. On n'allait tout de m&#234;me pas nous transporter sous un d&#233;luge de fer et de feu ! D'ailleurs, on &#233;tait sur le point d'&#233;vacuer de la capitale bosniaque tous les employ&#233;s du HCR. &#8220; Revenez dans quelques jours, nous reverrons la question, si la situation le permet &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s une huitaine de jours et plusieurs autres tentatives qui s'&#233;taient chaque fois heurt&#233;es au m&#234;me argument, la com&#233;die du bombardement n'&#233;tait plus jouable, et je pus revoir le pr&#233;pos&#233; aux accr&#233;ditations. Il fut encore plus &#8220; sorry &#8221; que la fois pr&#233;c&#233;dente, car l'attestation de Handicap International ne correspondait pas exactement aux crit&#232;res du HCR : il lui fallait un contrat de travail entre l'ONG et nous-m&#234;mes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La moutarde me montait au nez et, comme je lui signifiai mon exasp&#233;ration, il protesta que ce n'&#233;tait pas ici, &#224; Split, que les choses se d&#233;cidaient, mais &#224; Zagreb... Le mieux que j'avais donc &#224; faire &#233;tait de discuter avec un certain McKay Wolff, grand manitou, l&#224;-bas, pour les accr&#233;ditations. Son nom m'avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; indiqu&#233; par une ONG lors de notre arriv&#233;e &#224; Split, et je lui avais envoy&#233; un fax, rest&#233; sans r&#233;ponse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je t&#233;l&#233;phonai imm&#233;diatement &#224; Zagreb. Une secr&#233;taire, qui &#233;tait au courant de ma premi&#232;re demande adress&#233;e &#224; Gen&#232;ve, m'apprit qu'une &#8220; Social Services Officer B and H (= Bosnie-Herz&#233;govine) &#8221;, ayant examin&#233; notre projet de mission, avait &#233;mis une appr&#233;ciation d&#233;favorable au motif qu'il n'&#233;tait nul besoin d'aide dans le domaine de la sant&#233; mentale et, qu'en tout &#233;tat de cause, c'&#233;tait au HCR d'&#233;valuer les &#233;ventuels &#8220; besoins &#8221;. Je ne retins plus ma col&#232;re et exigeai de parler directement &#224; MacKay Wolff. Il me fit ses excuses pour n'avoir pas r&#233;pondu &#224; mon fax - il &#233;tait &#8220; d&#233;bord&#233; &#8221;- et s'enquit de la dur&#233;e de notre mission. Il me proposa des accr&#233;ditations d'une validit&#233; d'un mois, &#233;ventuellement renouvelables, et t&#233;l&#233;phona au pr&#233;pos&#233; de Split. Une heure plus tard, nous &#233;tions en possession de nos cartes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pensions d&#233;coller le lendemain. Il nous fallut d'abord reprendre le ferry pour Ancona, autre base du pont a&#233;rien, o&#249; nous exp&#233;dia une autre bureaucrate, pr&#233;pos&#233;e, celle-ci, aux transports. Car les vols au d&#233;part de Split &#233;taient, pr&#233;tendait-elle, &#171; surcharg&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 20 ao&#251;t 1993, enfin, nous serions &#224; Sarajevo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'y retournerai une douzaine de fois au cours de la guerre, pour des s&#233;jours de dur&#233;e variable, partageant mon temps entre la collecte de t&#233;moignages ou de documents et des interventions aupr&#232;s du service de psychiatrie de l'h&#244;pital Ko&#353;evo. L'argument dont je m'&#233;tais servi pour entrer en Bosnie, simple pr&#233;texte &#224; mes yeux, s'av&#233;ra vite fond&#233; en r&#233;alit&#233;. Les praticiens de Ko&#353;evo, terr&#233;s dans un h&#244;pital bombard&#233;, priv&#233;s de psychotropes et de tout &#233;change avec des coll&#232;gues du monde ext&#233;rieur (ils recevront les premiers visiteurs apr&#232;s l'ultimatum otanien de f&#233;vrier 1994), submerg&#233;s par une pl&#233;thore de patients auxquels s'ajoutaient maintenant ce qu'ils appelaient les &#171; PTSD &#187; (&#171; Post-Traumatic Stress Disorders &#187;), esp&#233;raient depuis plus d'un an une aide qui ne venait pas. Je leur fournirai quelques m&#233;dicaments et organiserai des s&#233;ances d'&#233;changes th&#233;orico-cliniques sur le th&#232;me des n&#233;vroses traumatiques. En octobre 1992, pour faciliter mes s&#233;jours, ils prendront l'initiative de me remettre une lettre faisant de moi un membre de leur &#233;quipe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le HCR nous avait fait perdre trois semaines. Mais cette oisivet&#233; forc&#233;e m'avait permis de glaner des renseignements pr&#233;cieux pour le s&#233;jour en Bosnie et de rencontrer quelques r&#233;fugi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A quelques kilom&#232;tres de Split se trouvait un camp, appel&#233; &#8220; TTTS &#8221;, o&#249; croupissaient sept cents Bosniaques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La majorit&#233; d'entre eux &#233;taient arriv&#233;s en mai 1992 avec l' &#8220; ambassade des enfants &#8221;, dernier convoi &#224; avoir pu sortir de Sarajevo, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; bloqu&#233; pendant quatre jours par des &#8220; tchetniks &#8221; se saoulant en compagnie de &#171; casques bleus &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres n'&#233;taient l&#224; que depuis quelques mois. Ils me cont&#232;rent ce qu'ils savaient des relations de l'ONU avec leurs ennemis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral Lewis McKenzie, commandant la FORPRONU en Bosnie, &#8220; fraternisait &#8221; avec les tchetniks. La radio de Sarajevo avait diffus&#233; en septembre 1992 le t&#233;moignage de Mehmed Piknjac, un professeur de math&#233;matiques qui avait vu le Canadien emmener quatre femmes &#8220; offertes &#8221; par ses amis serbes lors d'une visite au caf&#233; Kod Sonje (Chez Sonia), un camp de viol situ&#233; non loin de la capitale, &#224; Vogosca. J'apprendrai plus tard qu'un procureur de Sarajevo avait ordonn&#233;, le 25 novembre, l'ouverture d'une enqu&#234;te judiciaire contre McKenzie pour &#8220; crimes de guerre contre la population civile &#8221;. Le m&#234;me g&#233;n&#233;ral, affirmaient mes interlocuteurs, donnait des conf&#233;rences aux Etats-Unis, pay&#233;es 20 000 dollars par le lobby serbe. Seul le chiffre &#233;tait peut-&#234;tre inexact : c'&#233;tait apparemment 5 000 de moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils me confirm&#232;rent que plusieurs morts &#233;taient quotidiennement ramass&#233;s sur le tarmac de l'a&#233;roport de Sarajevo : des habitants qui tentaient, la nuit, de sortir de la ville, abattus par les snipers serbes aid&#233;s par la lumi&#232;re des phares que les casques bleus braquaient sur eux. Les Fran&#231;ais charg&#233;s du fonctionnement de l'a&#233;roport avaient aussi coutume de terroriser les civils bosniaques cueillis sur la piste en les emmenant &#8211; femmes enceintes incluses &#8211; &#171; faire un tour &#187; chez les Serbes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous le savions, la FORPRONU usait de plusieurs moyens pour isoler les Sarajevins du monde ext&#233;rieur. Elle refusait, entre autres choses, d'acheminer le courrier, et confisquait sous divers pr&#233;textes les lettres qu'elle trouvait dans les bagages des voyageurs, surtout quand elles contenaient de l'argent : l'argent allait &#8220; alimenter le march&#233; noir &#8221; ou permettre aux Bosniaques d'acheter des armes ; et puis les enveloppes pouvaient bien contenir des explosifs, ou encore des lettres d'accueil en Europe. De ces deux choses, on ne savait quelle &#233;tait la plus dangereuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes interlocuteurs furent aussi prolixes au sujet des trafics en tous genres organis&#233;s par les &#171; casques bleus &#187; : du commerce des cartes d'accr&#233;ditation &#224; celui des armes en passant par les prestations de services. Un officier britannique, qu'ils nomm&#232;rent, entra&#238;nait les hommes du HVO en Bosnie centrale et vendait des &#233;quipements aux Croates comme &#224; l'arm&#233;e bosniaque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'enceinte du camp, 85 camions charg&#233;s d'aide destin&#233;e &#224; la r&#233;gion de Tuzla attendaient depuis quatre mois l'autorisation du HVO et l'escorte de la FORPRONU pour partir. Le HVO, qui avait assassin&#233; 32 chauffeurs d'un pr&#233;c&#233;dent convoi pour Tuzla au d&#233;but du mois de juin, donnait son accord, puis le retirait la veille du d&#233;part, pr&#233;sentant de nouvelles exigences. Ses sbires prenaient une semaine pour fouiller les camions, pr&#233;tendaient que l'engrais allait servir &#224; fabriquer des bombes &#8220; chimiques &#8221; et le m&#233;tal des lits &#224; faire des fusils, volaient un chargement ou un camion, et d&#233;cidaient finalement qu'ils ne laisseraient partir le convoi qu'&#224; la condition d'obtenir un couloir a&#233;rien pour leurs h&#233;licopt&#232;res. En attendant, ils pers&#233;cutaient les chauffeurs, en raflant quelques uns pour les tabasser dans la caserne &#8220; Lora &#8221; ou les envoyer au camp de travail de Ljubuski, interdisant aux autres de s'&#233;loigner de plus de trente m&#232;tres de leurs camions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au HCR, il refusait de participer &#224; l'organisation du convoi sous le pr&#233;texte qu'il s'exposerait &#224; trop de dangers et recommandait &#224; la FORPRONU de ne pas l'escorter. Le HCR exer&#231;ait un monopole sur la gestion de l'aide humanitaire, et ce convoi n'&#233;tait pas le sien...Les &#171; casques bleus &#187; &#233;taient donc absents chaque fois que les camions semblaient sur le point de d&#233;marrer. Le m&#234;me sc&#233;nario se jouait pour un convoi &#224; destination de Mostar-Est, o&#249; la population mourrait de faim (et des bombes &#224; billes du HVO).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La police croate, elle, s'int&#233;ressait aux r&#233;fugi&#233;s. Elle d&#233;barquait en pleine nuit avec des bergers allemands dans les r&#233;duits mis&#233;rables o&#249; s'entassaient les familles, pour les fouiller. Elle embarquait les bosniaques qui s'aventuraient en ville, d&#233;chirait leurs papiers et les dispersait dans d'autres camps. Sead Mulaibramovic &#233;tait arriv&#233; &#224; Split dans sa voiture, muni d'une autorisation de sortie du territoire bosniaque, dat&#233;e du 4 avril 1993, valide huit jours. Il &#233;tait coinc&#233; ici depuis plus de quatre mois, ses papiers confisqu&#233;s et sa voiture &#8220; r&#233;quisitionn&#233;e &#8221; par une patrouille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le camp, les humiliations et les menaces polici&#232;res &#233;taient quotidiennes. Il &#233;tait interdit aux r&#233;fugi&#233;s de travailler, et &#224; leurs enfants d'&#234;tre scolaris&#233;s. Des gens disparaissaient&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;1700 r&#233;fugi&#233;s auraient disparu dans les camps de la r&#233;gion de Split, et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;tions le 14 ao&#251;t. A Paris, Alain Finkielkraut vantait l'hospitalit&#233; que l'Etat croate offrait aux r&#233;fugi&#233;s bosniaques.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb25-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pour la petite histoire : le 1er mai 1993 &#224; Paris, les gros bras de la CGT scandaient &#224; l'intention des militants pro-bosniaques : &#8220; Des armes pour les Serbes ! &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Trois ann&#233;es plus tard, l'expos&#233; de cette collusion se heurtera encore aux r&#233;actions offusqu&#233;es ou incr&#233;dules de divers sympathisants ignares de la cause bosniaque. &#171; L'&#233;gorgeur et le faussaire &#187;, article pr&#233;sent&#233; au comit&#233; de r&#233;daction des Temps Modernes apr&#232;s que la revue Esprit l'eut refus&#233;, fera courir, pour emp&#234;cher sa publication, un petit professeur proche du &#171; mouvement &#187;, qui passait pour sp&#233;cialiste de la Bosnie au sein dudit comit&#233; de r&#233;daction. Mon censeur ne voyait dans le r&#233;cit des pratiques pro-serbes de la FORPRONU que &#171; ragots &#187;. Je dois la publication de ce texte dans le n&#176; 588 des Temps Modernes au soutien r&#233;solu de Claire Etcherelli. Qu'elle en soit ici remerci&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;1700 r&#233;fugi&#233;s auraient disparu dans les camps de la r&#233;gion de Split, et environ 500 dans ceux de la r&#233;gion de Zagreb, selon Philippe Koulischer, in Mirna Bosna, 2&#232;me &#233;dition en anglais, Gen&#232;ve, sept. 1993, p. 21.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La destruction de la Bosnie (1/2)</title>
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&lt;p&gt;Nous venons de perdre un camarade, un copain, un ami. Jean-Franklin est mort vendredi 22 ao&#251;t 2014, et tout s'est assombri. Notre travail ne serait pas le m&#234;me sans ses critiques, ses d&#233;saccords, ses encouragements continus, son inextinguible rage contre l'injustice et la b&#234;tise, ses appels &#224; ne cesser de les combattre sous aucun pr&#233;texte. Ses derniers propos &#233;taient des exhortations &#224; la vie qui continue et recommence. On retrouve sans peine le son de sa voix lorsqu'il &#233;crit : &#171; la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-dynamiques-geopolitiques-" rel="directory"&gt;Dynamiques G&#233;opolitiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-83-geopolitique-+" rel="tag"&gt;G&#233;opolitique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-97-narodetzki-j-f-+" rel="tag"&gt;Narodetzki J.-F.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-116-pseudo-subversion-+" rel="tag"&gt;Pseudo-subversion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-118-aneantissement-+" rel="tag"&gt;An&#233;antissement / G&#233;nocide&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-122-guerre-+" rel="tag"&gt;Guerre&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;Nous venons de perdre un camarade, un copain, un ami.&lt;br class='manualbr' /&gt;Jean-Franklin est mort vendredi 22 ao&#251;t 2014, et tout s'est assombri.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Notre travail ne serait pas le m&#234;me sans ses critiques, ses d&#233;saccords, ses encouragements continus, son inextinguible rage contre l'injustice et la b&#234;tise, ses appels &#224; ne cesser de les combattre sous aucun pr&#233;texte. Ses derniers propos &#233;taient des exhortations &#224; la vie qui continue et recommence.&lt;br class='manualbr' /&gt;On retrouve sans peine le son de sa voix lorsqu'il &#233;crit : &#171; &lt;i&gt;la barbarie o&#249; nous sommes fait du refus de ce monde une exigence &#233;thique, plus exactement : une ultime fa&#231;on de conserver notre humanit&#233;. Que cela marche ou pas est une autre question.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Tout ceux qui cherchent l'&#233;mancipation viennent de perdre un des leurs.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?756-a-jean-franklin' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Nous lui avons rendu hommage&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Ce texte est paru initialement, dans une version un peu plus courte, dans la revue &#171; L'Intranquille &#187; n&#176;4-5 ,1999, puis a &#233;t&#233; repris, sous sa forme actuelle, dans &#171; Nuits serbes et brouillards occidentaux - Introduction &#224; la complicit&#233; de g&#233;nocide &#187;, ed. L'esprit frappeur, 1999.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En d&#233;cembre 1992, une demi-douzaine d'amis r&#233;unis dans une ferme du sud de la France cr&#233;aient un &lt;i&gt;Collectif contre la &#8220; purification ethnique &#8221; et les nationalismes&lt;/i&gt;. Apr&#232;s les r&#233;v&#233;lations de Roy Gutman dans &lt;i&gt;Newsday&lt;/i&gt;, la t&#233;l&#233;vision fran&#231;aise s'&#233;tait d&#233;cid&#233;e &#224; montrer des images des camps serbes en Bosnie, et ce que nous savions d&#233;j&#224; prenait forme visuelle. Pour moi, &#233;lev&#233; dans la m&#233;moire de la Shoah, la perception avait des allures d'hallucination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre premier geste fut la r&#233;daction d'un court texte intitul&#233; &#8220;&lt;i&gt; Assassins et spectateurs&lt;/i&gt; &#8221;, qui r&#233;clamait des armes pour les &#8220; &lt;i&gt;populations pers&#233;cut&#233;es de Bosnie-Herz&#233;govine&lt;/i&gt; &#8221;, la &#8220; &lt;i&gt;destruction imm&#233;diate des batteries serbes qui pilonnent Sarajevo&lt;/i&gt; &#8221; et un &#8220;&lt;i&gt; blocus effectif contre la Serbie-Montenegro&lt;/i&gt; &#8221;. Les troupes de l'ONU y &#233;taient qualifi&#233;es de &#8220; &lt;i&gt;contingent de voyeurs de la barbarie en acte&lt;/i&gt; &#8221;. Le texte s'achevait sur un appel &#224; manifester le 16 janvier 1993.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faute d'autres signataires et d'une diffusion suffisante, il n'y eut point de manifestation. L'un d'entre nous sugg&#233;ra de solliciter le r&#233;dacteur en chef de &lt;i&gt;T&#233;l&#233;rama&lt;/i&gt;, qu'il connaissait : le 6 janvier, l'hebdomadaire avait publi&#233; un reportage honn&#234;te sur la &#8220; &lt;i&gt;purification ethnique&lt;/i&gt; &#8221;, intitul&#233; &#8220; &lt;i&gt;Maintenant, nous savons&lt;/i&gt; &#8221;. N'ayant rien de mieux &#224; proposer, nous accept&#226;mes. Notre ami obtint la publication, dans le num&#233;ro du 20 janvier, d'un courrier reprenant le titre de notre appel &#224; manifester et annon&#231;ant la tenue d'une r&#233;union publique trois jours plus tard. Quoique d&#233;j&#224; mod&#233;r&#233; par rapport au texte pr&#233;c&#233;dent (les &lt;i&gt;armes&lt;/i&gt; pour les Bosniaques avaient disparu), il fallut l'&#233;dulcorer pour qu'il pass&#226;t. Le journaliste ne voulait pas qu'on parl&#226;t des &#8220; &lt;i&gt;voyeurs&lt;/i&gt; &#8221; de la FORPRONU, ni de leur responsabilit&#233; dans le meurtre du vice-premier ministre bosniaque ; il ne fallait pas non plus qu'on &#233;criv&#238;t que la citoyennet&#233; fran&#231;aise nous faisait &#8220; &lt;i&gt;de plus en plus honte&lt;/i&gt; &#8221;. Quelques affadissements suppl&#233;mentaires furent encore exig&#233;s. Subsistaient cependant : la r&#233;f&#233;rence au fascisme et &#224; la politique d'&lt;i&gt;appeasement&lt;/i&gt; &#224; l'&#233;gard de Hitler, la d&#233;nonciation d'un g&#233;nocide et du d&#233;pe&#231;age de la Bosnie &#8220; &lt;i&gt;sous caution de l'ONU&lt;/i&gt; &#8221;, et l'&#233;nonc&#233; de nos objectifs imm&#233;diats - destruction de l'artillerie serbe, envoi d'une force internationale &#8220; &lt;i&gt;assez puissante pour faire cesser la &#171; purification ethnique &#187;, arrestation et jugement des responsables de la dite &#171; purification ethnique&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 23 janvier au soir, nous f&#251;mes agr&#233;ablement surpris. La salle que nous avions lou&#233;e &#224; Paris &#233;tait pleine. Environ 180 personnes s'y pressaient, elles n'&#233;taient pas passives et, hormis un adepte de la &#8220; complexit&#233; &#8221; qui me reprocha doctement mes &#8220; certitudes &#8221;, nul ne rejeta les orientations que j'exposai au nom du groupe : lev&#233;e de l'embargo sur les armes, intervention militaire, formation d'unit&#233;s de volontaires, d&#233;mission de Boutros Boutros Ghali, jugement des criminels de guerre. L'assembl&#233;e d&#233;cida de se r&#233;unir &#224; nouveau onze jours plus tard, et l'on s'entendit sur le principe d'une manifestation devant l'ambassade yougoslave pour le 30 janvier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle eut lieu. A 14 h., ce samedi-l&#224;, 70 personnes stationnaient, immobiles et muettes, &#224; 200 m&#232;tres de l'ambassade, refusant cat&#233;goriquement de quitter le coin de trottoir que quatre flics leur avait assign&#233;. On avait tout de m&#234;me pouss&#233; l'audace jusqu'&#224; accrocher au garde-corps d'une fen&#234;tre de rez-de-chauss&#233;e un carton de 50 cm de c&#244;t&#233; portant ces mots : &#171; HALTE A LA &#8216;PURIFICATION ETHNIQUE' &#187; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A quelques uns pr&#232;s, les m&#234;me 70 se retrouv&#232;rent pour la r&#233;union du 3 f&#233;vrier. Le quiproquo &#233;clata aussit&#244;t. Men&#233;e par celui d'entre nous qui avait ses entr&#233;es &#224; &lt;i&gt;T&#233;l&#233;rama&lt;/i&gt;, l'opposition v&#233;h&#233;mente &#224; tout ce qui pouvait se dire ou faire en accord avec les orientations initiales commen&#231;a de s'affirmer, sans susciter d'autre r&#233;action que quelques d&#233;parts. La grande majorit&#233; se montra plut&#244;t soulag&#233;e par le tour tellement plus raisonnable que prenaient ainsi les choses, et l'imagination des participants se d&#233;brida pour proposer qui de la lingerie aux armoiries de la Bosnie, qui la d&#233;nonciation de la &#8220; purification ethnique &#8221; dans une &#233;mission de vari&#233;t&#233;s, qui un l&#226;cher de petits ballons aux noms des villes bosniaques, qui une kermesse ou un spectacle de marionnettes, une veill&#233;e silencieuse, les services d'une escouade de tricoteuses, une collecte de v&#234;tements usag&#233;s, que sais-je encore... Les plus &#8220; politis&#233;s &#8221; impressionn&#232;rent vivement l'assistance au moyen d'une id&#233;e promise &#224; une glorieuse carri&#232;re : il fallait demander-&#224;-nos-&#233;lus-de-faire-quelque-chose. A Plantu, on demanderait un dessin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui se tenaient aux orientations fondatrices se laiss&#232;rent d&#233;border par la v&#233;locit&#233; et l'agressivit&#233; avec lesquelles la tendance cool imposa ses vues - plus exactement : son absence de vue - et ses magouilles. Mis en minorit&#233; d&#232;s la seconde assembl&#233;e, ils furent bient&#244;t r&#233;duits au silence par divers proc&#233;d&#233;s, &#233;cul&#233;s mais efficaces, au sein d'un groupe dont le fonctionnement d&#233;mocratique avait v&#233;cu deux semaines. A la mi-f&#233;vrier, il y &#233;tait devenu impossible de parler de lever l'embargo sur les armes, comme de quoi que ce f&#251;t qui e&#251;t pu d&#233;ranger l'exercice r&#233;publicain (&#8220; &lt;i&gt;citoyen&lt;/i&gt; &#8221;) de l'indignation contemplative. Lequel exercice trouvait ses scansions gr&#226;ce &#224; deux temps forts : chaque dimanche apr&#232;s-midi au Trocad&#233;ro, tourner en rond sur le parvis dit des droits de l'homme en brandissant d'ineptes banderoles (&#8220; &lt;i&gt;Que font les gouvernements europ&#233;ens ?&lt;/i&gt; &#8221;) ; chaque jour que Dieu fait, &#8220; &lt;i&gt;coordonner&lt;/i&gt; &#8221; - la m&#234;me vacuit&#233; politique, r&#233;p&#233;t&#233;e autant de fois qu'il y avait de &#8220; &lt;i&gt;collectifs&lt;/i&gt; &#8221; (ils se multipliaient) et d' &#8221;actions &#8221;. Le 17, une proposition de manifestation avec des pancartes aux noms des camps serbes avait &#233;t&#233; repouss&#233;e &lt;i&gt;sine die&lt;/i&gt; : un geste si audacieux requ&#233;rait un &#8220; d&#233;bat de fond &#8221; pr&#233;alable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vide, cependant, peu &#224; peu se peuplait. Outre ce pacifisme bovin dont les fans s'acharnaient &#224; ne pas comprendre qu'il ent&#233;rinait les conqu&#234;tes serbes et condamnait les Bosniaques, se dessinaient de plus en plus clairement les contours d'une sorte de nationalisme lib&#233;ral, respectueux de tous les autres nationalismes, sauf les m&#233;chants (entendez : ceux qui sont arriv&#233;s au stade belliqueux, &#224; cause d'une myst&#233;rieuse diff&#233;rence de nature d'avec les gentils). Les majoritaires parlaient d&#233;j&#224; de changer le nom du groupe : &#8220; &lt;i&gt;contre les nationalismes&lt;/i&gt; &#8221; devait dispara&#238;tre. A peine aurions-nous tourn&#233; le dos, ce serait chose faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avions en effet gu&#232;re d'autre choix. L'air &#233;tait devenu irrespirable dans un groupe o&#249; nous ne pouvions plus nous faire entendre et qu'avaient d&#233;j&#224; fui nos rares interlocuteurs, lass&#233;s par un in&#233;branlable discours paradoxal : on voulait que cess&#226;t la &#8220; purification ethnique &#8221;, mais on ne voulait rien savoir des moyens d'y mettre fin ; on jugeait injuste l'embargo sur les armes, mais on se refusait &#224; exiger sa lev&#233;e... De r&#233;unions soporifiques en &#8220; coordinations &#8221; sans contenu, les effectifs avaient fondu. Vers le 20 mars, ce qui serait vite rebaptis&#233; &lt;i&gt;Collectif de Paris contre l'&#233;puration ethnique&lt;/i&gt; comptait une douzaine d'affid&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 24 mars, je signai une lettre ouverte intitul&#233;e &#8220; &lt;i&gt;Copains et spectateurs (Adieux &#224; la Cour des Miracles)&lt;/i&gt; &#8221;, qui signifiait au groupe le d&#233;part des derniers fondateurs et en exposait les motifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y avait nulle part o&#249; aller, aucun lieu connu de nous dont nous eussions pu escompter encore que nos positions y seraient partag&#233;es. Ce n'&#233;tait pas faute d'avoir essay&#233;. D&#232;s janvier, nous avions tent&#233; de prendre langue avec les animateurs d'une association qui occupait toutes les tribunes consacr&#233;es au conflit. Fond&#233;e en 1990, elle portait un nom moins bien accord&#233; &#224; ses dimensions r&#233;elles qu'aux ambitions de ses id&#233;ologues : &lt;i&gt;Assembl&#233;e Europ&#233;enne des Citoyens&lt;/i&gt;. Ce qui s'av&#233;ra un improbable agr&#233;gat droit-de-l'hommiste de trotskistes, de staliniens r&#233;nov&#233;s, de revenants du PSU et de vieilles f&#233;ministes acari&#226;tres nous accueillit comme des chiens dans un jeu de quilles. A la diff&#233;rence des divers &#8220; collectifs &#8221;, on ne faisait pas ici dans la d&#233;bilit&#233; &#8220; apolitique &#8221; et moraliste (sauf quand on s'adressait aux &#171; masses &#187;). On avait des r&#233;ponses &#224; toutes les questions, des &#8220; analyses politiques &#8221;, et on avait conserv&#233; intacte cette manie propres aux groupuscules l&#233;ninistes d'emp&#234;cher les d&#233;bats impr&#233;vus d'un tonitruant &#8220; pas de dialogue ! &#8221;. Il r&#233;sonna &#224; mon intention le 20 janvier, lors d'une r&#233;union pr&#233;paratoire &#224; une manifestation o&#249; je m'&#233;tais risqu&#233; &#224; interroger les fins de non-recevoir que les leaders de l' &#8220; Assembl&#233;e &#8221; opposaient aux mots d'ordre que nous proposions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait en effet de quoi &#234;tre d&#233;concert&#233; : le groupe s'&#233;tait signal&#233; par sa d&#233;fense d'une Bosnie plurielle (une lettre sur la manifestation du 23, sign&#233;e de l'une des animatrices de l'AEC dix jours plus t&#244;t, r&#233;clamait &#8220; &lt;i&gt;une aide massive, y compris militaire&lt;/i&gt; &#8221; pour la &#8220; &lt;i&gt;r&#233;sistance multiethnique&lt;/i&gt; &#8221;), et je m'attendais &#224; y trouver - au moins - un anti-fascisme cons&#233;quent. Au lieu de quoi on nous avait expliqu&#233;, la soir&#233;e durant, combien il &#233;tait erron&#233; de &#8220;&lt;i&gt; tout braquer sur la Serbie&lt;/i&gt; &#8221;, qu'il y avait en fait &#8220; &lt;i&gt;co-responsabilit&#233; avec dissym&#233;trie&lt;/i&gt; &#8221;, et, pour ce qui concernait l' &#8220; &lt;i&gt;aide (y compris) militaire&lt;/i&gt; &#8221;, comment la r&#233;clamer quand nous-m&#234;mes n'allions pas combattre ? Plaider ici pour la lev&#233;e de l'embargo sur les armes ou des frappes a&#233;riennes contre les agresseurs &#233;tait donc du dernier mauvais go&#251;t et d'un esprit d&#233;sesp&#233;r&#233;ment simpliste, peut-&#234;tre m&#234;me inspir&#233; par la CIA. Quant &#224; parler d'un &#8220; g&#233;nocide &#8221;, une dame m'apprit que c'&#233;tait &#8220; &lt;i&gt;banaliser&lt;/i&gt; &#8221; ce qu'elle appelait &#8220; l'&lt;i&gt;Holocauste&lt;/i&gt; &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y avait rien de plus &#224; esp&#233;rer de l'AEC que ce qu'elle avait toujours fait : de l' &#8221;action civique &#8221; et des &#8220; objectifs humanitaires &#8221;, des conf&#233;rences-d&#233;bats et des r&#233;unions pour ratiociner sur les causes du conflit et la future constitution de l'Etat bosniaque, l'ouverture de &#8220; bureaux de citoyens &#8221; ici et l&#224;, une carte postale &#224; &#8220; &lt;i&gt;Cher Mr. Vance, Cher Lord Owen&lt;/i&gt; &#8221;... C'&#233;tait sans doute que l'Histoire l'avait prise de court : jusqu'&#224; pr&#233;sent, comme l'exposait l'&#233;ditorial de son premier bulletin de liaison (janvier-f&#233;vrier 1992), l'AEC &#8220; pensait pouvoir se consacrer &#224; la construction paisible de la d&#233;mocratie &#8221;. Las ! La guerre venait maintenant contrarier cet aimable dessein, l'obligeant &#224; &#8220; jouer les pompiers &#8221; pour l'Europe &#8211; ce dont, &#224; n'en pas douter, elle avait les moyens. Un an et des dizaines de milliers de morts plus tard, avec 70 % de la Bosnie sous la botte des purificateurs (des &#8220; fous &#8221;), le m&#234;me sagace &#233;ditorialiste, remarquant dans un second bulletin que &#8220; la situation ne s'am&#233;lior[ait]pas, bien au contraire &#8221;, exhortait ses lecteurs &#224; &#8220; ne pas reculer d'un pas de plus &#8221;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux mois et demi s'&#233;taient &#233;coul&#233;s depuis la soir&#233;e du 20 janvier, lorsque les &#8220; collectifs &#8221; organis&#232;rent, de concert avec l'AEC, une &#8220; Convention nationale pour la paix en ex-F&#233;d&#233;ration yougoslave &#8221; &#224; la bourse du travail de Saint-Denis. Les responsables de l'AEC, qui &#233;taient &#224; peu pr&#232;s les seuls &#224; savoir tenir une tribune des heures d'affil&#233;e pour ne rien dire, employ&#232;rent leur interminable temps de parole &#224; emp&#234;cher que de cette journ&#233;e sort&#238;t autre chose que les habituelles incantations en faveur de la paix et de la bonne entente, agr&#233;ment&#233;es de diverses exigences, recommandations et condamnations dont on imagine combien elles impressionn&#232;rent les dirigeants de la &#8220; communaut&#233; internationale &#8221; auxquels elles &#233;taient adress&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#8220; responsables &#8221;ne r&#233;ussirent cependant pas tout &#224; fait leur coup. Gr&#226;ce aux cris de quatre ou cinq personnes, la &#8220; Convention &#8221; accoucha finalement d'un appel &#224; manifester (pardon : se rassembler) le 8 mai 1993 &#224; Strasbourg, qui mentionnait, au grand dam des organisateurs, la &#8220; reconnaissance du droit &#224; l'auto-d&#233;fense des Bosniaques par la lev&#233;e de l'embargo &#8221;. Ce n'&#233;tait pas grand-chose, juste une petite lueur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les allumeurs de bougies veillaient. (Il faut rappeler que la Bosnie a b&#233;n&#233;fici&#233; en France d'une vaste consommation de chandelles &#224; l'usage de plusieurs &#8220; collectifs &#8221;, nullement troubl&#233;s par le commentaire goguenard qu'en fit Jovan Divjak, le num&#233;ro deux de &lt;i&gt;l'Armija Bosne i Hercegovine&lt;/i&gt; : &#8220; pas de bougies, des canons pour Sarajevo ! &#8221;). Ils travaillaient maintenant ouvertement &#224; contenir le mouvement dans les limites de l'indignation abstraite, s'attachant &#224; contrer toute initiative ou mot d'ordre faisant r&#233;f&#233;rence &#224; un quelconque moyen &#224; mettre en oeuvre pour soutenir concr&#232;tement les Bosniaques dans leur combat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; &lt;i&gt;Nous demandons&lt;/i&gt; &#8221;, &#233;crivait la &#8220;&lt;i&gt;Coordination Rh&#244;ne-Alpes des collectifs pour la paix en ex-Yougoslavie&lt;/i&gt; &#8221; dans sa circulaire pour le &#8220;&lt;i&gt; rassemblement europ&#233;en&lt;/i&gt; &#8221; du 8 mai, &#8220; &lt;i&gt;de conserver l'aspect symbolique du rassemblement autour des th&#232;mes suivants (&#224; quelques mots pr&#232;s) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;A SUFFIT &lt; sic &gt; LE NETTOYAGE ETHNIQUE,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;A SUFFIT &lt; sic &gt; LES CRIMES DE GUERRE ET LES CRIMES CONTRE L'HUMANITE,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;sans organiser de d&#233;l&#233;gation. En effet, nous souhaitons montrer l'expression des citoyens et laisser ouvert le d&#233;bat sur les solutions politiques&lt;/i&gt; &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et de sugg&#233;rer de &#8220; &lt;i&gt;solliciter les institutions religieuses pour faire sonner les cloches &#224; 18 h&lt;/i&gt;. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce genre de discours r&#233;gnait sur la majeure partie du &#8220; mouvement &#8221; fran&#231;ais. Nombreux &#233;taient les &#8220; collectifs &#8221; o&#249; l'on ne pouvait m&#234;me pas s'entendre pour d&#233;signer les nationalistes serbes comme agresseurs de la Bosnie. Quant &#224; mettre en cause l'ONU, c'&#233;tait simplement sacril&#232;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on souhaitait continuer dans le domaine de la pratique collective, il ne restait donc qu'&#224; fonder un nouveau groupe. J'avais r&#233;ussi &#224; r&#233;cup&#233;rer une liste d'une centaine de personnes qui avaient fr&#233;quent&#233;, puis quitt&#233;, le Collectif contre la &#8220; purification ethnique &#8221; et les nationalismes. Nous leur adress&#226;mes une invitation, rappelant en six points ce qui &#233;tait pour nous &#8220; une base de travail et d'entente minima &#8221; (lev&#233;e de l'embargo sur les armes, intervention militaire internationale, jugement effectif des criminels de guerre, aide aux r&#233;fugi&#233;s et aux opposants, lutte contre tout r&#233;gime nationaliste, combattre tout d&#233;pe&#231;age &#8220; ethnique &#8221; de la Bosnie). Le jour dit, nous f&#251;mes 7 au rendez-vous (parmi lesquels le secr&#233;taire de l'Association Sarajevo). Il nous parut inutile d'insister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je fis, solitairement, une autre tentative militante en adh&#233;rant &#224; cette derni&#232;re association. Elle pr&#233;sentait &#224; mes yeux plusieurs qualit&#233;s. Mes premiers contacts m'avaient convaincu que j'y trouverais des interlocuteurs ; son secr&#233;taire, fort bien inform&#233;, tenait sur la FORPRONU les propos les plus clairs et qui recoupaient mes propres conclusions ; elle &#233;tait en relation r&#233;guli&#232;re avec des correspondants en Bosnie ; enfin, des Bosniaques en &#233;taient membres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, j'y rencontrai des individualit&#233;s qui partageaient mes vues. Mais elles se trouvaient paralys&#233;es par les relations au sein du groupe, gouvern&#233; par un petit autocrate titiste qui pouvait compter, pour chacun de ses caprices, sur la caution morale d'un c&#233;l&#232;bre &#8220; porteur de valises &#8221; et l'approbation inconditionnelle d'une brochette de b&#233;ni-oui-oui plus ou moins s&#233;niles. L&#224; non plus, il n'y avait trace de prise de d&#233;cision d&#233;mocratique, et, une fois entr&#233; au conseil d'administration, il me devint clair que les propositions que le secr&#233;taire jugeait susceptibles d'entra&#238;ner quelque cons&#233;quence f&#226;cheuse pour sa sin&#233;cure &#233;taient sur-le-champ repouss&#233;es sans d&#233;bat. Il en allait &#233;videmment ainsi de tout ce qui pouvait participer d'une mise en cause du r&#244;le de l'Etat fran&#231;ais. M&#234;me indirecte : le tr&#232;s prudent texte de notre appel &#224; manifester le 30 janvier devant l'ambassade serbo-mont&#233;n&#233;grine (un &#8220; rassemblement &#8221; - le mot nous avait &#233;t&#233; impos&#233; par la majorit&#233; consensuelle qui jugeait le terme &#8220; manifestation &#8221; vraiment trop politique - &#8220; afin de soutenir ceux qui [en Bosnie] d&#233;fendent un &#233;tat de droit pluriethnique et la&#239;c &#8221;) avait paru trop compromettant pour &#234;tre co-sign&#233;. Indulgent, j'avais mis cela au compte des angoisses d'un r&#233;fugi&#233;. Je fus nettement moins compr&#233;hensif lorsque j'appris - longtemps apr&#232;s - qu'&#224; la suite d'une prise de bec avec le secr&#233;taire lors d'une r&#233;union du conseil d'administration (je &#8220; mettais en danger l'association &#8221; en sugg&#233;rant des poursuites judiciaires contre des complices fran&#231;ais du g&#233;nocide), celui-ci avait t&#233;l&#233;phon&#233; &#224; mon h&#244;te &#224; Sarajevo pour l'avertir que j'&#233;tais probablement un agent des renseignements g&#233;n&#233;raux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre temps, j'avais d&#233;missionn&#233; de l'association.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(... /...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?575-la-destruction-de-la-bosnie-2-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La seconde partie est disponible ici&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Essai sur la guerre du golfe (4/4)</title>
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		<dc:subject>Guerre</dc:subject>

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&lt;p&gt;Y a-t-il une th&#233;orie des guerres qui soit satisfaisante ? A propos du Proche et du Moyen-Orient : Quelques mots d'histoire Le Proche et le Moyen Orient de 1945 &#224; 1979. La situation au Proche et Moyen Orient apr&#232;s 1979 (ci-dessous) (.../...) Troisi&#232;me partie disponible ici e) La situation au Proche et Moyen Orient apr&#232;s 1979. Le r&#232;gne de la b&#234;tise en Iran. Le martyre du Liban. Les guerres du Golfe. Au Liban, 1979 voit la formation d'une arm&#233;e chr&#233;tienne sous le commandement d'un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?499-essai-sur-la-guerre-du-golfe-1-4' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Y a-t-il une th&#233;orie des guerres qui soit satisfaisante ?&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?480-essai-sur-la-guerre-du-golfe-2-4' class=&#034;spip_in&#034;&gt;A propos du Proche et du Moyen-Orient : Quelques mots d'histoire&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?479-essai-sur-la-guerre-du-golfe-3-4' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Le Proche et le Moyen Orient de 1945 &#224; 1979.&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; La situation au Proche et Moyen Orient apr&#232;s 1979 (ci-dessous)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?479-essai-sur-la-guerre-du-golfe-3-4' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Troisi&#232;me partie disponible ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;e) La situation au Proche et Moyen Orient apr&#232;s 1979. Le r&#232;gne de la b&#234;tise en Iran. Le martyre du Liban. Les guerres du Golfe.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Liban, 1979 voit la formation d'une arm&#233;e chr&#233;tienne sous le commandement d'un certain major Addad, en fait &#233;quip&#233;e par Isra&#235;l et compl&#232;tement &#224; ses ordres, qui occupe une v&#233;ritable zone tampon au sud du pays. Les Isra&#233;liens font de plus en plus souvent des incursions pour rosser des Palestiniens et ils ne se privent pas de bombarder des camps de r&#233;fugi&#233;s. Une sorte de sommet est atteint en 1981 lorsqu'ils montent des attaques de plus en plus violentes et viennent bombarder Beyrouth. Pendant ce temps l&#224;, pour ne pas &#234;tre en reste, phalangistes et Syriens s'&#233;tripent &#224; qui mieux mieux. Le 6 juin 1982, toujours en prenant pr&#233;texte de raids de feddayins, les Isra&#233;liens p&#233;n&#232;trent dans le pays et cette fois vont jusqu'&#224; Beyrouth. Ils se proposaient certainement d'&#233;liminer les Palestiniens et de chasser les Syriens du pays, mais ils n'osent pas aller jusqu'au bout de leur plan qui, logiquement aurait d&#251; les emmener &#224; Damas. Dans le reste du monde l'intervention isra&#233;lienne donne lieu &#224; des comptes-rendus dans les m&#233;dia qui ne sont pas exempts de naus&#233;abonds relents antis&#233;mites. Cela permet au lobby isra&#233;lien de crier et d'obtenir une sorte de black out de fait sur les actions des troupes de Sharon. L'arr&#234;t &#224; Beyrouth est une demi-mesure et, comme toujours, s'en tenir &#224; une demi mesure est en fait impossible. L'&#233;lection de B&#233;chir Gemayel &#224; la pr&#233;sidence du Liban sous protection de l'arm&#233;e isra&#233;lienne peut para&#238;tre un couronnement victorieux de l'op&#233;ration, mais le phalangiste est assassin&#233; avant m&#234;me d'avoir pris le pouvoir. Entre temps, les massacres des camps de Sabra et Chatila, pour lesquels la complicit&#233; des Isra&#233;liens n'a pas &#233;t&#233; r&#233;ellement ni prouv&#233;e ni d&#233;mentie, portent un coup fatal &#224; l'occupation. L'arm&#233;e isra&#233;lienne doit quitter Beyrouth mais elle reste &#224; Tyr. L'&#233;lection du fr&#232;re de B&#233;chir, Amin, ne change rien &#224; la situation, au contraire. Les forces &#224; l'oeuvre pour tout d&#233;chirer et tout d&#233;truire vont pouvoir se d&#233;cha&#238;ner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Druzes de Joumblatt s'en prennent aux chr&#233;tiens. Les Palestiniens s'entretuent &#224; Tripoli dans le nord du pays avec la b&#233;n&#233;diction des Syriens qui aimeraient se d&#233;barrasser d'Arafat. Celui-ci doit quitter le Liban pour n'y plus revenir. Les chiites mod&#233;r&#233;s font leur apparition sous la direction d'un certain Nabih Berri, mais aussi les chiites extr&#233;mistes des hezbollahs, li&#233;s &#224; l'Iran. Les enl&#232;vements d'otages commencent. La bataille fait rage dans Beyrouth sans que l'on sache tr&#232;s bien qui tire sur qui. Les Fran&#231;ais et les Am&#233;ricains qui ont tent&#233; d'intervenir avec un petit contingent de paras et de marines doivent subir des attaques suicides et sont contraints de se retirer. Les Syriens nettoient proprement les extr&#233;mistes religieux musulmans &#224; Tripoli. Rapidement la situation est devenue inextricable et incompr&#233;hensible. Les Isra&#233;liens quittent d&#233;finitivement le pays en juin 1985. Le Liban s'enfonce de plus en plus dans le chaos. Finalement la s&#233;paration entre chr&#233;tiens et musulmans s'effectue et le pays se scinde en zones religieuses. Bien entendu, trouvant insuffisant de se d&#233;chirer entre musulmans et chr&#233;tiens, tous se battent aussi entre eux. Duels d'artillerie, rafales d'armes automatiques, attentats &#224; la voiture pi&#233;g&#233;e forment le menu de la vie quotidienne des beyrouthins. Les attentats terroristes commencent m&#234;me &#224; d&#233;border sur l'ext&#233;rieur. Mais tout finit par lasser et, en 1989, un nouveau pr&#233;sident est &#233;lu sous la protection de l'arm&#233;e syrienne (l'&#233;lection sous la protection d'une arm&#233;e d'occupation est devenu une habitud ), alors que des chr&#233;tiens sous les ordres du g&#233;n&#233;ral Aoun tentent de faire une sorte de s&#233;cession, tout en clamant qu'ils veulent faire l'unit&#233; du pays contre les Syriens. Finalement Aoun est d&#233;fait &#224; la fin de 1990 et se r&#233;fugie &#224; l'ambassade de France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233; derri&#232;re ce nouveau revirement se cache le retour de la Syrie dans le camp occidental. Ce n'est pas un hasard si l'Arabie saoudite a jou&#233; un r&#244;le fondamental dans la solution (?) du probl&#232;me. Le Liban, toujours nominalement ind&#233;pendant, est partitionn&#233; de fait entre Syrie et Isra&#233;liens, le tout sous la b&#233;n&#233;diction des Etats-Unis. Mais d'une certaine mani&#232;re, cette &#8220;aventure&#8221; sonne aussi le glas d'un certain expansionnisme de l'&#233;tat h&#233;breux qui va avoir &#224; traiter un soul&#232;vement g&#233;n&#233;ralis&#233; bien que relativement mod&#233;r&#233; des Palestiniens des territoires occup&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Iran le retour de l'ayatollah Khomeyni a soulev&#233; des vagues d'enthousiasme passablement &#233;tonnant mais aussi morbide. Une sorte d'hyst&#233;rie savamment entretenue fait tomber sur le pays une chape de r&#233;pression brutale et d'ordre moral inconnue du temps du shah. La R&#233;publique islamique des bigots sanguinaires, sous la direction de Khomeyni et du haut clerg&#233; chiite, s'installe et fait r&#233;gner une sorte de terreur &#224; la fois redout&#233;e et souhait&#233;e par la population, en tout cas accept&#233;e. Toutefois, parall&#232;lement, les minorit&#233;s non perses commencent &#224; se soulever : Kurdes, Arabes, Turcs etc. On pourrait penser que le r&#233;gime ne devrait pas tenir trop longtemps dans un pays au peuple passablement frondeur. Dans un premier stade il peut se soutenir en jouant sur la haine envers les Etats-Unis consid&#233;r&#233;s comme responsables des cruaut&#233;s du shah. On peut bloquer l'ambassade am&#233;ricaine et transformer les diplomates en otages. On peut se moquer de l'&#233;chec de l'exp&#233;dition men&#233;e par Carter pour les lib&#233;rer. Ceci n'a qu'un temps car l'ennemi am&#233;ricain est plut&#244;t loin et quelque peu abstrait. L'Iran a certainement un caract&#232;re national v&#233;ritable contrairement &#224; ses voisins arabes, mais pour que le ciment national prenne il faut plus que cet ennemi lointain. D&#233;j&#224; les soul&#232;vements int&#233;rieurs peuvent aider, mais rien ne vaut une bonne guerre internationale. C'est Saddam Hussein qui va fournir le ciment n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Saddam Hussein a pass&#233; son temps &#224; utiliser les revenus du p&#233;trole irakien pour se construire la plus puissante arm&#233;e de la r&#233;gion. Il est classique de comparer l'Irak qu'il a construit &#224; la Prusse. Cette comparaison vaut assez bien pour Saddam Hussein lui-m&#234;me qui passe aux yeux de bien des europ&#233;ens pour un despote &#233;clair&#233; comme Fr&#233;d&#233;ric II. Il est soigneusement arm&#233; par bien du monde. D'abord par les Russes. Mais, comme pour tous les autres pays de la r&#233;gion, l'URSS ne lui fournit pas d'armes au del&#224; d'un certain degr&#233; de sophistication. Les missiles restent relativement anciens, de port&#233;e relativement r&#233;duite, tels qu'ils ne permettent pas d'atteindre Isra&#235;l par exemple. C'est l'avantage du capital d'Etat de permettre, en principe, de r&#233;gler parfaitement le niveau de l'intervention souhait&#233;e. Il n'en va pas de m&#234;me avec les repr&#233;sentants du capital priv&#233; qui sont pr&#234;ts &#224; n'importe quoi pour gagner de l'argent. Ainsi Allemands, Italiens, Fran&#231;ais, Anglais voire Am&#233;ricains lui ont permis d'am&#233;liorer la port&#233;e de ses fus&#233;es, et de se doter d'armes chimiques. De plus le gouvernement fran&#231;ais, s&#233;duit par ce nouvel exemple de la philosophie des Lumi&#232;res, se propose de l'aider &#224; se doter, outre d'exocets, de toute une industrie nucl&#233;aire. Bien entendu dans cette attitude de la France se poursuit la fameuse politique arabe inaugur&#233;e par De Gaulle qui cherche &#224; r&#233;introduire les int&#233;r&#234;ts fran&#231;ais dans la r&#233;gion et &#224; faire pi&#232;ce aux int&#233;r&#234;ts am&#233;ricains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 22 septembre 1990 Saddam Hussein fait entrer ses troupes en Iran. Il revendique la possession compl&#232;te du Chatt el Arab, la r&#233;union du Tigre et de l'Euphrate, qui lui assurerait un d&#233;bouch&#233; vers la mer. Il se propose d'annexer l'Arabistan, et fait appel plus ou moins explicitement &#224; la vieille rivalit&#233; arabo-perse du VIIe si&#232;cle. Au d&#233;but, l'arm&#233;e irakienne semble ne rencontrer aucune r&#233;sistance, mais la r&#233;volution islamique est capable de monter des troupes de fanatiques religieux qui se ruent par vagues &#224; l'assaut des positions irakiennes et finissent en deux ans par lib&#233;rer l'essentiel du territoire iranien. Pourtant l'arm&#233;e iranienne de professionnels qui avait fait l'objet de tant de critiques de la gauche mondiale qui la pr&#233;sentait comme un &#233;pouvantail avec ses avions et ses chars fournis par les am&#233;ricains, est pratiquement absente, incapable d'entretenir son mat&#233;riel moderne, maintenant qu'elle est priv&#233;e de ses sp&#233;cialistes &#233;trangers et des possibilit&#233;s de se procurer des pi&#232;ces de rechange.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre 1982 et 1984 le front se stabilise dans les massacres. Les bigots sanguinaires lancent leurs pasdarans, dont des enfants d'une dizaine d'ann&#233;es, qui se pr&#233;cipitent en criant Allahou akbar , sautent sur les mines, sont fauch&#233;s par la mitraille ou empoisonn&#233;s par les gaz et autres saloperies chimiques. Des centaines de milliers de morts jonchent maintenant le sol. En 1986, coup de tonnerre : l'Iran enfonce &#224; son tour le front irakien, occupe la presqu'&#238;le de Fao et se trouve aux portes du Koweit. L'affolement se r&#233;pand dans la communaut&#233; internationale. Les livraisons d'armes &#224; l'Irak s'acc&#233;l&#232;rent et, comme l'Iran commence &#224; arraisonner les p&#233;troliers dans le Golfe persique, l'Am&#233;rique envoie une formidable armada, &#224; laquelle se joignent quelques bateaux europ&#233;ens, pour prot&#233;ger la navigation. La communaut&#233; internationale se rassemble pour condamner l'Iran et demander un cessez-le-feu. Le sommet arabe d'Ammam condamne aussi la Perse avec l'approbation tacite de la Syrie sa seule alli&#233;e v&#233;ritable. Au d&#233;but 1987, l'Iran lance une offensive sur Bassorah qui est noy&#233;e dans le sang par la garde r&#233;publicaine irakienne. Les missiles commencent &#224; tomber sur les villes iraniennes, y compris T&#233;h&#233;ran, et plusieurs milliers de civils sont tu&#233;s par les gaz &#224; Halabja. Les Am&#233;ricains fournissent &#224; l'Irak des renseignements par satellites pour qu'ils puissent mener une offensive, reprendre Fao et des &#238;les. Les r&#233;volutionnaires islamiques extr&#233;mistes de l'Iran ont en fait perdu et la guerre et le pouvoir qui passe aux mains des mod&#233;r&#233;s de Rafsandjani. Tout est en place pour que la guerre s'arr&#234;te. Le cessez-le-feu est effectif le 20 ao&#251;t 1988. Bilan : un million de morts, des destructions innombrables pour rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Iran ayant soutenu les rebelles Kurdes du nord de l'Irak, Saddam Hussein entreprend de remettre de l'ordre dans tout cela. Il bombarde les populations avec des gaz. 100.000 personnes se r&#233;fugient en Turquie. La &#8220;paix&#8221; revenue l'Irak proc&#232;de &#224; des d&#233;portations syst&#233;matiques de villages entiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute cette guerre n'a &#233;t&#233; &#224; premi&#232;re vue b&#233;n&#233;fique que pour les seuls marchands de canons qui ont fourni pour 50 milliards d'armes &#224; l'Irak qui ne les paiera d'ailleurs pas. Mais pas seulement &#224; lui. Isra&#235;l en a fourni indirectement &#224; l'Iran, ce qui ne manque pas de sel lorsqu'on sait que ses ennemis les plus acharn&#233;s sont les hezbollah du Liban inf&#233;od&#233;s directement &#224; Khomeyni. Le double jeu est un sport qui se pratique &#224; plusieurs. D'ailleurs Isra&#235;l a su profiter de la guerre pour mener sa propre politique, d'abord en envahissant le Liban avec le succ&#232;s que l'on a vu, ensuite en d&#233;truisant par un raid a&#233;rien audacieux la centrale atomique irakienne d'Osirak, qui, en d&#233;pit des d&#233;mentis de la France, &#233;tait bien destin&#233;e &#224; fournir la mati&#232;re fissile pour fabriquer une bombe atomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Etats-Unis ont eux aussi eu bien soin de ne pas mettre tous leurs oeufs dans le m&#234;me panier, comme le montre le scandale de l'Irangate, chef d'oeuvre de machiav&#233;lisme &#224; plusieurs &#233;tages qui montre que les Am&#233;ricains ne sont pas les enfants demeur&#233;s et stupides que voudrait faire croire une certaine propagande gauchiste. On se souvient que les Etats-Unis livraient clandestinement des armes &#224; l'Iran et que l'argent obtenu par cette vente, outre qu'il en a enrichi certains au passage, a fini dans la poche des contras au Nicaragua. Il faudrait prouver que cette action de vases communicants n'est pour rien dans la d&#233;faite &#233;lectorale ult&#233;rieure des sandinistes. D'ailleurs ce sont bien les Am&#233;ricains qui sont les vrais vainqueurs. Ils viennent de tester la doctrine Carter d'intervention par un envoi massif de troupes en un point pour une t&#226;che pr&#233;cise. La nouvelle politique de la canonni&#232;re commence &#224; prendre forme. Elle montrera sa vraie puissance deux ans plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Saddam Hussein s'est persuad&#233; lui-m&#234;me qu'il est sorti vainqueur de la guerre avec l'Iran. Pourtant les fait sont l&#224;. Il y a les morts. Mais il est l&#224;-dessus d'un cynisme parfait. Il doit penser comme Napol&#233;on qu' &#8220;une nuit de Bagdad lui repeuplera tout cela&#8221;, et en tout cas il sait parfaitement que la vie dans ces r&#233;gions est d'un prix d&#233;risoire surtout avec un taux de croissance de la population de 3,6% par an. Il est plus ennuy&#233; par son &#233;norme dette : 70 milliards de dollars que certains pays acceptent de lui remettre pour son travail contre les extr&#233;mistes religieux (Arabie Saoudite, rempart de l'Islam !, en t&#234;te ) et surtout par le co&#251;t estim&#233; &#224; 335 milliards de dollars de la reconstruction et du manque &#224; gagner d&#251; &#224; la baisse du co&#251;t du p&#233;trole, aux destructions des terminaux et des raffineries, etc. Il veut n&#233;anmoins se lancer dans un &#233;norme plan de reconstruction de 63 milliards de dollars qu'il compte financer par des emprunts, mais les cr&#233;anciers jusque l&#224; si compr&#233;hensifs refusent. Il n' y a plus qu'une issue : le vol &#224; main arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvent dans les hold-up, les flics sont pr&#233;venus &#224; l'avance et tendent un pi&#232;ge aux malheureux gangsters pour les prendre en flagrant d&#233;lit. Ainsi les Am&#233;ricains laissent entendre &#224; Saddam par leur ambassadrice qu'ils sont pr&#234;ts &#224; le laisser se saisir du Koweit, annexion qui comme je l'ai fait remarquer plus haut est une vieille revendication de l'Irak. Tout le monde semble compr&#233;hensif, au moins en apparence. Les Fran&#231;ais, Dumas en t&#234;te, parlent du &#8220;libre acc&#232;s &#224; la mer n&#233;cessaire pour un grand pays&#8221;, etc. Qu'il y ait ou non un plan machiav&#233;lique froidement con&#231;u par les dirigeants des Etats-Unis (il ne faut pas oublier que Bush a &#233;t&#233; chef de la CIA sp&#233;cialiste en coups tordus) et mont&#233; m&#234;me &#224; l'insu de l'ambassadrice, est relativement secondaire. Ce qui compte c'est que Saddam Hussein va entrer dans la nasse o&#249; il va se faire n&#233;cessairement d&#233;truire. De m&#234;me que l'empereur entendait avec joie les troupes autrichiennes qui descendaient dans le petit matin vers le vallon de Lutzen &#224; Austerlitz, de m&#234;me Bush a du se r&#233;jouir d'entendre les chars entrer dans Koweitville. Enfin l'occasion va lui &#234;tre donn&#233;e de montrer que la puissance am&#233;ricaine est toujours l&#224; et qu'elle peut se permettre &#224; elle toute seule d'assurer l'ordre mondial. A bon entendeur salut !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car il faut maintenant d&#233;truire Saddam Hussein, le dernier qui croit que dans la situation nouvelle cr&#233;&#233;e par l'effacement de l'URSS il peut mener une politique ind&#233;pendante des volont&#233;s am&#233;ricaines. Il a certainement l'id&#233;e de continuer de s'armer et de d&#233;velopper une force atomique. J'ai fait remarquer plus haut que fabriquer une bombe A c'est enfantin d&#232;s que l'on a la mati&#232;re fissile et que d'avoir des fus&#233;es qui peuvent la transporter n'est pas trop sorcier non plus. Il ne peut &#234;tre question de laisser &#224; Saddam Hussein la possibilit&#233; de poss&#233;der une telle arme de chantage terroriste. M&#234;me si ses fus&#233;es ne peuvent pas aller plus loin que Tel Aviv ou Marseille, il n'est pas question de le laisser faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu il n'est pas non plus question de le laisser s'emparer des &#233;normes r&#233;serves de p&#233;trole du Koweit, ni encore moins du capital financier que celui-ci poss&#232;de. Mais ceci est tellement &#233;vident que je n'en ai pratiquement pas parl&#233;. Toutefois, il faut remarquer qu'une fois encore le syst&#232;me a d&#233;jou&#233; les pr&#233;visions, car m&#234;me priv&#233; de la production du Koweit et de l'Irak il a pu combler sans probl&#232;me v&#233;ritable le manque et se payer luxe de faire baisser encore le prix du baril. Cependant cela ne change rien &#224; la n&#233;cessit&#233; de l'intervention ; que celle-ci soit surd&#233;termin&#233;e est une &#233;vidence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre vient de se d&#233;rouler sous nos yeux avec le succ&#232;s que l'on sait. Outre l'&#233;norme sup&#233;riorit&#233; militaire et l'&#233;crasement total par l'aviation avant l'enfoncement par les troupes terrestres, on doit aussi constater plusieurs choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Etats-Unis ont r&#233;ussi &#224; mettre debout la coalition la plus h&#233;t&#233;roclite que l'on ait vu depuis les guerres napol&#233;oniennes, et leur arm&#233;e de coalis&#233;s laisse loin derri&#232;re la Grande Arm&#233;e ou celle de l'Autriche-Hongrie avec leur kal&#233;idoscope de nationalit&#233;s. Mais le commandement am&#233;ricain se montre tout &#224; fait &#224; la hauteur pour coordonner tout cela. Il est vrai que la force am&#233;ricaine est dominante. Ce qui est aussi important, c'est qu'il s'agit d'une arm&#233;e de professionnels, s'appuyant sur la Task Force , cette force d'intervention rapide et massive que les Etats-Unis de Carter, tirant les le&#231;ons de l'&#233;chec de la tentative de lib&#233;ration des otages de T&#233;h&#233;ran, ont mise sur pied. Mais elle est aussi renforc&#233;e de forces stationn&#233;es en Europe et lib&#233;r&#233;es par l'&#233;croulement du syst&#232;me communiste. Saddam Hussein aurait beaucoup de raisons de s'en prendre &#224; Gorbatchev !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours du point de vue militaire, la guerre a permis deux choses. D'abord tester en vraie grandeur un certain nombre d'armements sophistiqu&#233;s, comme les patriots et les avions furtifs. On con&#231;oit que des militaires n'aient pas pu r&#233;sister &#224; ce plaisir. Ensuite, se d&#233;barrasser d'un certain nombre d'armements conventionnels que les derniers accords avec les Russes pr&#233;voyaient de d&#233;truire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue plus politique, avoir fait cohabiter dans une m&#234;me coalition les Etats arabes les plus traditionalistes comme l'Arabie et les Emirats avec les &#8220;progressistes&#8221; comme la Syrie et l'Egypte, le tout sous la b&#233;n&#233;diction d'Isra&#235;l condamn&#233; &#224; rester sagement dans son coin comme un enfant au piquet, est un tour de force qui n'est &#233;gal&#233; que par la venue de centaines de milliers d'&#8221;infid&#232;les&#8221; sur le sol sacr&#233; de l'Arabie, alors que ceux-ci y sont interdits depuis le VIIe si&#232;cle ! Sans compter que l'URSS sert la soupe avec un rare bonheur aux coalis&#233;s, tandis que Saddam Hussein tente un dernier marchandage bien dans la tradition du Bazar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non moins extraordinaire est le consentement g&#233;n&#233;ral &#224; la guerre, m&#234;l&#233; d'indiff&#233;rence, et renforc&#233; par la propagande g&#233;n&#233;ralis&#233;e qui pr&#233;sente Saddam Hussein comme un dictateur sanguinaire, ( ce qu'il est bien &#233;videmment ), mais lui donne de surcroit tous les attributs de la puissance d&#233;moniaque avec les armes interdites (?), fait de son arm&#233;e la quatri&#232;me du monde, un &#233;pouvantail effroyable alors qu'elle vient p&#233;niblement de r&#233;sister &#224; une autre arm&#233;e visiblement d'un autre temps, et qu'elle sort de cette &#233;preuve tout &#224; fait diminu&#233;e. Un chef d'oeuvre de manipulation de l'opinion. La le&#231;on roumaine a &#233;t&#233; bien assimil&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non moins d&#233;sagr&#233;able est la situation de porte &#224; faux dans laquelle se trouvent ceux qui veulent s'opposer au capitalisme et qui se voient oblig&#233;s de c&#244;toyer, voire de cautionner de grands d&#233;mocrates r&#233;volutionnaires comme les staliniens mal lav&#233;s, ceux du PC et les tiers-mondistes, et les antis&#233;mites du style Le Pen qui d&#233;couvrent des vertus &#224; Saddam Hussein parce qu'il bombarde Isra&#235;l. Mais c'est l&#224; un autre aspect de la question, sur lequel je veux venir maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;7) Premi&#232;res conclusions g&#233;n&#233;rales.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour quelqu'un qui, comme moi, est n&#233; en 1927, on ne peut pas dire que la vie se sera d&#233;roul&#233;e en l'absence d'&#233;v&#232;nements majeurs. J'ai &#233;t&#233; t&#233;moin des derniers soubressauts de la R&#233;volution russe tels qu'ils se traduisaient par le Front Populaire en France. On ne peut imaginer aujourd'hui ce que la victoire &#233;lectorale de ce Front a pu signifier dans une France encore passablement rurale et marqu&#233;e par le XIXe si&#232;cle et une volont&#233; partag&#233;e par beaucoup de refuser toute &#233;volution. Apr&#232;s la crise de 1934 qui avait vu des masses de ch&#244;meurs partir sur les routes &#224; la recherche de travail, l'acc&#232;s aux cong&#233;s pay&#233;s paraissait quelque chose de fantastique, de quasi incroyable. C'&#233;tait en tout cas une ouverture sur le monde pour des gens qui, s'ils habitaient dans un petit village, ne mettaient jamais les pieds dans une ville, sauf les gar&#231;ons pour leur service militaire. Le souvenir de la guerre de 14 (il y avait eu en moyenne plus d'un tu&#233; par famille) marquait &#233;norm&#233;ment. Les bagarres sociales n'&#233;taient pas vues comme des affrontements d&#233;cisifs avec la bourgeoisie, mais bien comme des volont&#233;s d'am&#233;liorer le quotidien, du moins pour la grande masse. Certes on chantait l'Internationale et on levait le poing, mais les grands engagements, en d&#233;pit des violentes bagarres et du gain de bastions &#233;lectoraux, restaient surtout verbaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite est venue la guerre que, d'une certaine mani&#232;re, personne ne voyait venir, ou plut&#244;t que tout le monde voyait comme &#233;vitable au dernier moment, par des concessions bien choisies &#224; Hitler. Qu'elles aient sacrifi&#233; les Tch&#232;ques ou les Polonais aux hitl&#233;riens, c'&#233;tait au fond sans importance.Ce qu'on voulait, c'&#233;tait &#233;viter ce qu'on avait connu en 14. Or la guerre fut v&#233;cue plut&#244;t mieux qu'on ne pouvait le craindre. Le pays &#233;tait encore peu d&#233;velopp&#233;, la dominante agricole non-m&#233;canis&#233;e permit &#224; tout le monde ou presque de subsister. Qu'on pense &#224; ce qui se passerait aujourd'hui o&#249; l'agriculture est compl&#232;tement d&#233;pendante du p&#233;trole tant pour le fonctionnement des tracteurs que pour la production des engrais. A la fin de la guerre la d&#233;couverte des exactions des nazis fut un v&#233;ritable choc pour beaucoup. On n'aurait gu&#232;re pu imaginer les camps d'extermination et autres horreurs. De plus la fin de la guerre laissait pas mal de destructions et un pays appauvri. En 1945, le g&#233;ographe nutritionniste Jos&#233; de Castro pouvait &#233;crire sans &#234;tre ridicule que la France ne r&#233;ussirait plus jamais &#224; assurer la nourriture de sa population. On peut alors mieux comprendre cette sorte de complexe de culpabilit&#233; qui se d&#233;veloppa dans la population fran&#231;aise et plus particuli&#232;rement dans son intelligentzia &#224; la fois vis &#224; vis du non engagement du pays contre le nazisme et de son attitude &#224; l'&#233;gard des peuples sous d&#233;velopp&#233;s qui lui &#233;taient asservis. L'entr&#233;e en masse de nombre d'intellectuels dans le PC a aussi cette explication. Celle des travailleurs a &#233;videmment une autre origine, dans le climat d'exploitation renouvel&#233;e et modernis&#233;e qui se d&#233;veloppe alors avec le d&#233;peuplement des campagnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut comprendre pourquoi nombre de beaux esprits n'exerc&#232;rent leurs facult&#233;s que pour d&#233;fendre de mani&#232;re &#8220;dialectique&#8221; le bolch&#233;visme m&#234;me sous sa forme stalinienne. C'&#233;tait semblait-il la seule alternative cr&#233;dible au capitalisme triomphant d'autant plus que celui-ci r&#233;armait l'Allemagne revancharde et faisait rena&#238;tre le spectre du fascisme voire du nazisme. La d&#233;colonisation qui, en France a entra&#238;n&#233; des guerres coloniales, rendait encore plus difficile pour les ennemis de l'asservissement de l'homme par l'homme de se d&#233;tacher d'une id&#233;ologie qui fait du tiers-monde une victime sans tache et du capital un bourreau compl&#232;tement noir. Cela pourrait se d&#233;fendre pour la seconde partie de l'affirmation, mais cela devient beaucoup plus douteux d&#232;s que l'on identifie les populations du tiers-monde avec les r&#233;volt&#233;s futurs dirigeants qui pr&#233;tendent le lib&#233;rer. Parce que, et c'est ce que j'ai voulu montrer plus haut, cette lib&#233;ration s'inscrit n&#233;cessairement dans le cadre du capital mondial et de ses rivalit&#233;s, elle prend les modes de luttes qui sont ou ont &#233;t&#233; celles de ce monde et, par cons&#233;quent , elle aboutit aux m&#234;mes errements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Monsieur de la Pailce aurait dit : pour lutter contre le capitalisme il faut lutter contre le capitalisme. Or les combats du tiers-monde que nous avons connus ne luttent pas contre le capitalisme, ils luttent contre un capital particulier : la France, l'Angleterre et aujourd'hui l'Am&#233;rique. En fait il ne luttent pas r&#233;ellement contre lui, ils luttent pour avoir leur place au soleil des nations modernes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les pays dits avanc&#233;s, et qui sont d'ailleurs les colonisateurs, dont j'ai essay&#233; de retracer plus haut l'&#233;volution, la lutte de classe telle qu'elle existait autrefois a pratiquement disparu, &#224; la fois par suite de la mont&#233;e du niveau de vie, de la codification de la vie professionnelle et aussi parce qu'elle a pris des formes nouvelles plus insaisissables. Le champ d'action des anciens partis politiques s'est &#233;norm&#233;ment r&#233;tr&#233;ci. Il en est r&#233;sult&#233; une sorte d'&#233;rosion de l'id&#233;ologie politique (dans ce qu'elle pouvait avoir de noble comme dans ce qu'elle pouvait avoir de frelat&#233;) et de d&#233;mission. Les politis&#233;s ont pratiquement transf&#233;r&#233; &#224; d'autres le soin de mener les luttes qu'on ne pouvait mener soi-m&#234;me. Comme il devenait impossible d'&#233;branler le capitalisme dans lequel on vivait, et qui vous assurait un certain niveau de vie dont on profitait, on laissait d'autres le combattre par les armes. Si certains all&#232;rent jusqu'&#224; s'insoumettre ou &#224; d&#233;serter pendant une guerre coloniale, le reste se bornait &#224; soutenir ces autres par des manifestations plus ou moins dures, plus ou moins dangereuses ou plus ou moins tra&#238;ne savates. Dans bien des cas le r&#233;veil a &#233;t&#233; dur, quand il a bien fallu admettre que les r&#233;gimes n&#233;s de la d&#233;colonisation, hier d&#233;ifi&#233;s, montraient les m&#234;mes tares que le r&#233;gime russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les rares personnes qui comme moi ont eu la chance de rencontrer tr&#232;s jeunes des gens qui avaient fait partie de l'opposition au bolch&#233;visme, qu'ils aient &#233;t&#233; anarchistes ou communistes d'ultra-gauche, ce passage &#224; travers le communisme classique et le tiers-mondisme militant a pu &#234;tre &#233;vit&#233;. Il en est r&#233;sult&#233; une certaine lucidit&#233;, mais qui s'accompagne toujours d'un certain sentiment d'impuissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'avantage de la lucidit&#233; (?) c'est de refuser les id&#233;es toutes faites telles qu'elles se distillent autour de nous, et aussi parmi ceux qui nous sont proches, c'est d'essayer de voir ce qui se cache derri&#232;re certaines apparences, c'est d'&#234;tre toujours un ami du doute. Ainsi aujourd'hui on veut nous expliquer que les Etats-Unis sont en perte de vitesse et au bord de l'&#233;croulement. Le dernier avatar de cette l&#233;gende vient de ce qu'ils font payer la guerre contre l'Irak par les autres pays du monde. Mais on peut aussi retourner la proposition : n'est-ce pas remarquable qu'ils soient justement capables de les faire payer ? Ici encore il ne faut pas prendre ses d&#233;sirs pour des r&#233;alit&#233;s : le capital am&#233;ricain, et avec lui le capital mondial dont il reste le leader, est encore debout et bien debout. D'ailleurs s'il s'&#233;tait mis par terre comme &#231;a de lui-m&#234;me, le reste du monde serait compl&#232;tement mort. L'&#233;croulement du capital, sa disparition r&#233;elle en tant que syst&#232;me, ne peut provenir d'ennemis externes, il provient n&#233;cessairement d'ennemis internes c'est-&#224;-dire de la classe m&#234;me des exploit&#233;s unie au niveau mondial. En l'absence d'une telle contestation, il n'y a rien, pas m&#234;me de crise v&#233;ritable. Certes le capital conna&#238;t des ennuis de fonctionnement, mais encore une fois, ils ne le menacent en rien sauf si ils entra&#238;nent le mouvement des masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi des luttes apparemment anodines peuvent &#234;tre beaucoup plus importantes qu'il n'y para&#238;t chaque fois qu'elles mettent en cause la rationalit&#233; du syst&#232;me et qu'elles conduisent &#224; un renforcement de la conscience c'est-&#224;-dire &#224; la consolidation de la force spirituelle dont parlait Pannekoek. Ainsi le mouvement de 68 en ce qu'il mettait en cause l'organisation stalinienne et le paradis sovi&#233;tique, ainsi le mouvement &#233;cologique en ce qu'il met en cause la rationalit&#233; de la production, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce point de vue le nationalisme, quels que soient ses avatars, n'est certainement pas une aide mais une g&#234;ne. Et le nationalisme arabe, compl&#232;tement mythique, encore plus. Il semble bien que ce qui vient de se passer lui ait port&#233; un coup mortel. Le capital international me semble d&#233;cid&#233; &#224; &#8220;pacifier&#8221; la r&#233;gion du Proche Orient. La prochaine &#233;tape devrait &#234;tre un arrangement syrien-isra&#233;lien impos&#233; par les Etats-Unis. Ce qu'il en r&#233;sultera pour les Palestiniens n'est pas clair et n'est certainement pas ce qui pr&#233;occupe le plus ni Shamir ni Hafez el Assad. Peut &#234;tre que le seul qui soit pr&#234;t &#224; s'apitoyer sur leur sort est Bush, c'est tout dire. Le r&#233;sultat en sera une grande d&#233;sillusion pour les masses arabes, et ce d'autant plus qu'elles sont &#233;loign&#233;es du Proche et Moyen Orient. La tentation d'aller vers l'extr&#233;misme religieux sera donc grande pour les masses du Maghreb. Le r&#233;veil, si on prend pour exemple l'Iran, n'en sera que plus terrible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;8) En guise de bilan. Perspectives.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capital am&#233;ricain semble bien en position d'avoir &#224; se r&#233;jouir. Il a d&#233;montr&#233; qu'il &#233;tait toujours l&#224; et bien l&#224; et qu'il &#233;tait tout &#224; fait pr&#234;t &#224; remplir son r&#244;le de seule puissance dominante. On peut se poser la question suivante : saura-t-il conserver cette position dominante, sera-t-il capable de g&#233;rer &#224; long terme ce dont il est aujourd'hui ma&#238;tre ? Rencontre-t-il , comme le pr&#233;dit un livre de Gabriel Kolko, les limites de la puissance ? Cette question est passablement vaine car elle ne fait au fond que sp&#233;culer sur les rapports de force entre puissances capitalistes et plus particuli&#232;rement entre les capitalismes japonais, allemand et am&#233;ricain. Mais aujourd'hui, les int&#233;r&#234;ts capitalistes sont extr&#234;mement interconnect&#233;s, si bien qu'il est toujours tr&#232;s difficile de d&#233;m&#234;ler o&#249; sont les v&#233;ritables ma&#238;tres dans telle ou telle compagnie, et ceci est vrai pour l'ensemble des grandes puissances industrielles. Tel capital peut , comme les trains aux passages &#224; niveau, en cacher un autre. L'avenir seul peut nous dire ce qu'il en est. En tout cas une chose est certaine, le capital am&#233;ricain, en admettant qu'on puise le s&#233;parer des autres int&#233;r&#234;ts capitalistes mondiaux, n'aura certainement pas &#224; souffrir de ceux qui &#233;taient pr&#233;sent&#233;s comme ses ennemis mortels et les plus dangereux : l'URSS et le Tiers-monde en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;monstration de force militaire &#224; laquelle le pr&#233;sident am&#233;ricain vient de se livrer peut &#234;tre vue sous d'autres aspects que ceux que j'ai soulign&#233;s ici. Elle peut d&#233;j&#224; &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme un avertissement &#224; toutes ces puissances interm&#233;diaires, comme l'Inde, le Pakistan, le Br&#233;sil ou l'Argentine, qui sont ou non munies d'armes atomiques : la puissance am&#233;ricaine est pr&#234;te &#224; les emp&#234;cher de faire des b&#234;tises. Le r&#232;ve de Duguesclin voulant interdire l'arbal&#232;te devient ici r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette d&#233;monstration peut &#234;tre aussi consid&#233;r&#233;e comme destin&#233;e &#224; montrer aux autres partenaires capitalistes que le ma&#238;tre du jeu est toujours le capital am&#233;ricain. De m&#234;me qu'il le montre par la manipulation plus ou moins volontaire des cours du dollar, de m&#234;me il peut le faire par celle de ses forces militaires. L'important dans tout cela c'est que tant que le syst&#232;me reste ce qu'il est c'est-&#224;-dire tant qu'il ne subit pas de crise majeure v&#233;ritable, le rapport de force reste essentiellement le m&#234;me et finalement les &#233;v&#232;nements finissent toujours par profiter au plus fort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le XIXe si&#232;cle a vu la domination de l'Angleterre dans une absence quasi totale de contestation. La naissance de cette derni&#232;re, venue de l'Allemagne, a mis quelques quarante ann&#233;es &#224; se faire sentir. Le d&#233;veloppement capitaliste europ&#233;en s'est fait dans un &#233;tat de paix relatif. La guerre s'est transport&#233;e dans le domaine colonial, pour ne revenir, mais avec quelle violence, sur le sol europ&#233;en que beaucoup plus tard, et pour se traduire par le triomphe d'un troisi&#232;me larron : le capital am&#233;ricain..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; aujourd'hui le spectre d'une guerre entre les puissances d&#233;velopp&#233;es s'est comme dissous dans l'&#233;quilibre de la terreur. Ce n'est pas parce que l'Union Sovi&#233;tique a finalement couch&#233; les pouces par suite de ses tensions internes, r&#233;pondant aussi au d&#233;fit externe pos&#233; par la puissance du capitalisme mixte, que cet &#233;quilibre cesse. Mais la course aux armements hypersophistiqu&#233;s qui a caract&#233;ris&#233; cette p&#233;riode d'&#233;quilibre mondial, montre aujourd'hui des signes de ralentissement. Il semble bien que le syst&#232;me capitaliste dans son ensemble veuille se retourner vers d'autres types de production que cette production de profit par l'interm&#233;diaire de gaspillages militaires modernistiques. Cela va poser des probl&#232;mes consid&#233;rables &#224; une soci&#233;t&#233; qui, comme je l'ai dit plus haut, a fonctionn&#233; jusqu'ici comme complexe militaro-industriel. Vers quoi peut-elle aller alors ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse logique serait celle d'un d&#233;veloppement capitaliste cette fois mixte et non plus d'Etat des anciennes possessions l&#233;ninistes d'Europe. Il est clair que ce d&#233;veloppement va poser des probl&#232;mes consid&#233;rables. D'abord parce qu'il n'est pas si &#233;vident qu'il soit rentable au sens capitaliste du terme, mais surtout parce qu'il n'est pas &#233;vident que les hommes n&#233;cessaires &#224; le mener soient disponibles. Ils ne le sont ni dans la classe dominante, ni dans la classe domin&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas dans la classe dominante, parce que celle-ci se recrute n&#233;cessairement parmi les membres de la classe dominante des &#233;tats de capitalisme d'Etat, c'est-&#224;-dire parmi les anciens bureaucrates. La mentalit&#233; de ceux-ci, leurs habitudes, les solidarit&#233;s qui existent entre eux forment autant de freins &#224; l'&#233;tablissement d'une nouvelle conception de l'exploitation qui passe aussi par le travail effectif des exploiteurs. Le capitalisme moderne, comme en fait le capitalisme de tous les temps, demande le travail de sa classe dominante. Si celle-ci n'&#233;tait compos&#233;e que de rogneurs de coupons, de rentiers oisifs, il y a belle lurette qu'elle aurait &#233;t&#233; balay&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas dans la classe domin&#233;e, parce que celle-ci a pris aussi certaines habitudes de &#8220;paresse&#8221; lorsqu'on compare son mode de travail &#224; celui des pays avanc&#233;s. La pouss&#233;e de la productivit&#233; doit aussi s'y faire sentir. Il est clair que toute tentative de l'imposer va se heurter &#224; des r&#233;sistances, non seulement ouvertes sous forme de gr&#232;ves, de sabotage, etc., mais aussi plus cach&#233;es sous des formes plus voil&#233;es qui touchent &#224; la personnalit&#233; m&#234;me des individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme mixte va faire des exp&#233;riences dans ce domaine avant de s'y lancer &#224; corps perdu. De ce point de vue, celle men&#233;e aujourd'hui par un des capitalismes les plus dynamiques, le capital allemand, pour &#8220;r&#233;cup&#233;rer&#8221; l'Allemagne de l'Est sera d&#233;cisive. Si le capital allemand r&#233;ussit &#224; mettre debout une &#233;conomie capitaliste digne de ce nom dans cet ancien fleuron du stalinisme, de nouvelles tentatives seront men&#233;es dans d'autres r&#233;publiques ex-d&#233;mocratiques. S'il &#233;choue, ou plus exactement s'il estime que le jeu n'en vaut pas la chandelle, alors le d&#233;veloppement de l'Europe de l'Est et , a fortiori de l'URSS, recevra un coup d'arr&#234;t fatal. Alors s'accentueront encore les rivalit&#233;s entre peuples dont la Yougoslavie est en train de nous donner un parfait exemple. Alors, le r&#244;le de policier international aura encore de beaux jours. Quant au reste du monde, l'Am&#233;rique du Sud, l'Afrique, il pourra bien rester dans son croupissement &#224; condition qu'il ne g&#234;ne en rien le bon fonctionnement du reste, le seul important aux yeux du capital : le monde industriel et commercial g&#233;n&#233;rateur de profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Pentagone a lui aussi senti passer le vent du boulet. Si la tension internationale entre les deux grands diminue, le maintien de d&#233;penses militaires gigantesques devient difficile &#224; justifier. Si alors une certaine reconversion du complexe militaro-industriel s'effectue, les militaires de haut grade vont comme se trouver au ch&#244;mage. Il semble &#233;vident qu'ils ont int&#233;r&#234;t &#224; montrer qu'ils sont toujours indispensables. La Guerre du Golfe a &#233;t&#233; pour eux une belle op&#233;ration de d&#233;monstration publicitaire et ils en ont rajout&#233; quelque peu. Ils ont tent&#233; de prouver que dans la nouvelle situation mondiale, il fallait garder, voire d&#233;velopper, les armements dits &#8220;conventionnels&#8221;. Mais cela ne suffira pas &#224; les maintenir en position de force si le syst&#232;me va de plus en plus vers ce qui est conforme &#224; sa logique propre : les &#233;change internationaux sur des march&#233;s, d'ailleurs passablement r&#233;gul&#233;s par des interventions &#233;tatiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces perspectives n'ont pas grand chose d'enthousiasmant pour ceux qui voudraient se d&#233;barasser d'un syst&#232;me ind&#233;fendable. Pour nous remonter le moral, il convient maintenant d'examiner un peu quel effet a eu cette guerre sur les populations des pays avanc&#233;s. Comme d'ordinaire nous allons constater qu'ils sont contradictoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;9) Deuxi&#232;mes conclusions g&#233;n&#233;rales.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;croulement de l'arm&#233;e irakienne a frapp&#233; comme de stupeur l'ensemble des populations du monde, contestataires compris. Toutefois en d&#233;pit des efforts des media on n'a pas assist&#233; ni en France, ni en Europe, ni m&#234;me aux Etats-Unis, &#224; des d&#233;ferlements de chauvinisme voire de d&#233;monstration en faveur de la sup&#233;riorit&#233; blanche. D'une certaine mani&#232;re l'ensemble des gens a pris acte de cette sup&#233;riorit&#233; comme d'un fait allant de soi. Aujourd'hui la guerre du golfe est d&#233;j&#224; oubli&#233;e et ramen&#233;e au niveau de ces anecdotes dont les media nous abreuvent quotidiennement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la limite on peut donc soutenir le point de vue que toute cette campagne s'est d&#233;roul&#233;e dans une certaine indiff&#233;rence. L'ensemble des populations de l'Occident a vu dans toute cette affaire une op&#233;ration de police un peu lourde contre des gangsters qui fort heureusement ne les mena&#231;aient pas trop directement. Bien entendu je ne parle pas ici des populations d'origine musulmane, sur le comportement desquelles je reviendrai &#224; la fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La propagande a fort habilement m&#234;l&#233; deux types d'arguments. D'une part le monde arabe est le foyer de barbares qui n'h&#233;sitent pas &#224; appuyer les pires des dictatures sur des actes de terrorisme d'&#233;tat, d'autres part les peuples arabes sont oblig&#233;s de subir les folies de leurs dirigeants, entre autres &#224; cause d'une certaine immaturit&#233;. Cette propagande n'est pas, comme on a souvent tendance &#224; le croire, directement command&#233;e par le ou les pouvoirs. En fait elle est le bon reflet de l'opinion ouverte de pratiquement l'ensemble de la soci&#233;t&#233;. Cette opinion est facilement renforc&#233;e par l'attitude d'une partie des masses arabes elles-m&#234;mes. Lorsque le Liban est mis &#224; feu et &#224; sang et passablement d&#233;truit par des ann&#233;es et des ann&#233;es de guerre civile et religieuse, lorsque des masses d'hommes se montrent hyst&#233;riques &#224; l'enterrement de l'ayatollah Khomeiny, lorsque des manifestations monstres se d&#233;roulent dans le Maghreb pour applaudir l'envoi de Scuds sur Isra&#235;l et pour pr&#233;senter Saddam Hussein comme un h&#233;ros victime du m&#233;chant am&#233;ricain et des m&#233;chants blancs en g&#233;n&#233;ral, le bon sens populaire des nations occidentales ne peut que r&#233;agir n&#233;gativement. L'attitude est alors celle qui pr&#233;vaut dans les affaires d'enl&#232;vement d'otages par des bandits, ou dans des bagarres entre gens du milieu qui entra&#238;nent mort de passants sur la chauss&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les soci&#233;t&#233;s occidentales de longues ann&#233;es de luttes pour l'&#233;tablissement de la d&#233;mocratie bourgeoise, luttes auxquelles les classes domin&#233;es ont particip&#233;, ont ancr&#233; dans les mentalit&#233;s une certaine conception des relations sociales qui sont aux antipodes d'un certain mode de pens&#233;e religieux. La s&#233;paration de l'&#233;glise et de l'&#233;tat est un fait &#233;tabli m&#234;me dans les pays comme les pays anglo-saxons o&#249; il existe une sorte de religion officielle. L'id&#233;e de libert&#233;, avec son corollaire celui de la libert&#233; de conscience, est fortement implant&#233;e dans les esprits. Certes on a connu en Europe et r&#233;cemment des dictatures f&#233;roces, comme celles de Hitler ou de Mussolini, voire de Franco, des colonels grecs, etc. Mais justement ces r&#233;gimes sont consid&#233;r&#233;s aujourd'hui comme des aberrations. Par exemple, on ne peut que difficilement imaginer des restrictions &#224; la libert&#233; de circulation &#224; une &#233;poque o&#249; un des probl&#232;mes hebdomadaires est celui des embouteillages aux rentr&#233;es des grandes villes le dimanche soir. On ne peut que difficilement imaginer des restrictions au droit d'expression, m&#234;me s'il ne se publie pas &#233;norm&#233;ment d'ouvrages r&#233;ellement contestataires, ou plut&#244;t si ceux-ci n'ont gu&#232;re de lecteurs. On ne peut que difficilement imaginer des restrictions &#224; la vie priv&#233;e et au comportement ind&#233;pendant des femmes, &#224; un moment o&#249; l'union libre est g&#233;n&#233;ralement accept&#233;e, o&#249; le contr&#244;le des naissances s'est g&#233;n&#233;ralis&#233;, o&#249; une grande partie des enfants naissent hors mariage, etc. Il est de bon ton dans les milieux d'extr&#234;me gauche de se moquer de cette pouss&#233;e de la libert&#233; individuelle et de la consid&#233;rer comme frelat&#233;e, ce qui est d&#233;fendable, ou inexistante, ce qui est faux. Comme tout ph&#233;nom&#232;ne social, celui-ci doit &#234;tre replac&#233; dans son contexte historique, r&#233;examin&#233; sous l'angle de son d&#233;veloppement historique. Le d&#233;veloppement technique a permis la m&#233;canisation de la production, donc un type d'exploitation nouveau du travail, &#224; la fois moins et plus intense que celui qui caract&#233;risait les soci&#233;t&#233;s agricoles reposant sur l'esclavage humain accompagn&#233; d'un asservissement direct &#224; la nature et &#224; ses sautes d'humeur. D'une certaine mani&#232;re l'homme de la production capitaliste s'est affranchi de certains aspects mat&#233;riels de sa condition. En d'autres termes, les progr&#232;s technico-industriels ont rendu encore plus manifeste le fait que la soci&#233;t&#233; est avant tout une soci&#233;t&#233; de rapports humains. Pour des tas de raisons, la domination de l'homme par l'homme demande aujourd'hui un agr&#233;ment direct qui se fonde non plus sur l'adh&#233;sion religieuse &#224; une famille ou &#224; un clan, voire &#224; un peuple ou &#224; une pr&#233;tendue race, mais sur le partage d'id&#233;es communes sur la libert&#233; individuelle. C'est de cette mani&#232;re que se masque le f&#233;tichisme de la marchandise, pour reprendre l'image marxienne. C'est en convaincant les gens que leur libert&#233; s'exprime &#224; la fois en tant que producteurs et en tant que consommateurs que le syst&#232;me se solidifie dans l'inconscient collectif. Certes l'accent est mis davantage sur la libert&#233; du consommateur que sur celle du producteur, et quand on parle de cette derni&#232;re c'est pour glorifier la libert&#233; d'investir, c'est-&#224;-dire celle qui est laiss&#233;e &#224; chacun d'exploiter son semblable. Je reviendrai sur cet aspect de l'id&#233;ologie r&#233;gnante aujourd'hui un peu plus loin. Ce que je veux souligner ici, c'est que cette id&#233;ologie ne s'articule pas sur n'importe quoi. Le mot libert&#233;, quel que soit l'emploi qu'on en fait r&#233;ellement par ailleurs, a toujours un contenu subversif. De m&#234;me le mot de d&#233;mocratie, et c'est se condamner &#224; la fois &#224; &#234;tre incompris et &#224; &#234;tre dans l'erreur que de nier de but en blanc les diff&#233;rences entre les &#233;tats d&#233;mocratiques d'Occident et les autres r&#233;gimes du monde entier, en s'appuyant sur une pr&#233;tendue &#233;galit&#233; abstraite entre tout et tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sentiment de sup&#233;riorit&#233; blanche repose aussi sur cette conception de la libert&#233; humaine. Il se trouve imm&#233;diatement renforc&#233; d&#232;s que les autres syst&#232;mes montrent leurs caract&#232;res totalitaires ou archa&#239;ques. L'Islam ne peut pas &#234;tre vu d'un bon oeil par une soci&#233;t&#233; qui est parcourue par des mouvements de revendication f&#233;ministes et qui, finalement, les absorbe sans trop de probl&#232;mes. Les histoires de filles beures qui fuient des familles qui veulent les marier de force ne peuvent que l'accentuer encore. Et je ne mentionne qu'en passant les excisions de clitoris qui sont vraiment consid&#233;r&#233;es pour ce qu'elles sont : des actes de sauvagerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me lorsque des d&#233;monstrations d'intol&#233;rance religieuses font leur apparition, elles sont imm&#233;diatement rejet&#233;es par la soci&#233;t&#233; dans son ensemble. Si, par exemple en France, le probl&#232;me de l'&#233;cole libre a entra&#238;n&#233; des manifestations importantes, mais d'un mouvement religieux canalis&#233; et quasi s&#233;cularis&#233;, le mouvement de Monseigneur Lefebvre n'a eu aucun succ&#232;s, si ce n'est compl&#232;tement marginal. La r&#233;surgence de mouvements musulmans fondamentalistes ne peut appara&#238;tre dans une soci&#233;t&#233; comme la France que comme un retour &#224; un Moyen &#226;ge, qui a peut &#234;tre donn&#233; des cath&#233;drales ou Avicenne, mais auquel personne ne veut revenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin lorsque des actions terroristes se produisent, lorsque des bombes sont mises dans des lieux publics ici, ou des attentats terriblement meurtriers sont perp&#233;tr&#233;s au Liban, que des avions explosent en vol, comment et pourquoi emp&#234;cher l'opinion publique d'y voir des actes de sauvagerie ? On peut discuter &#224; perdre haleine pour savoir si le concept de guerre sainte du jihad , ce qui en arabe veut dire effort, se trouve ou non dans le Coran, qui, comme tout texte religieux, est plein d'ambigu&#239;t&#233;s et de contradictions. On peut rappeler que des actes terroristes ont &#233;t&#233; commis par la r&#233;sistance, par les juifs de l'Irgoun, etc., que des exactions horribles ayant fait encore plus de victimes ont &#233;t&#233; le fait des puissances coloniales. On n'emp&#234;chera pas que ces actes terroristes sont des ignominies, et donc que la population les r&#233;prouve et y voit une r&#233;surgence de la barbarie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela ne veut pas dire pour autant que la population fran&#231;aise se soit sentie solidaire de l'&#233;mir du Koweit, du roi d'Arabie. Elle sait parfaitement &#224; quoi s'en tenir &#224; leur sujet. Et il ne faudrait pas la gratter beaucoup pour retrouver sous l'apparent soutien &#224; Mitterrand la bonne dose de m&#233;fiance vis &#224; vis de tout pouvoir constitu&#233; qui, en contradiction avec l'acceptation g&#233;n&#233;ralis&#233;e du syst&#232;me, caract&#233;rise pratiquement tous les peuples des pays capitalistes d&#233;velopp&#233;s. Et ce ne serait qu'une contradiction de plus. Car &#224; c&#244;t&#233; de cette demande de libert&#233; individuelle se retrouve aussi cette perp&#233;tuelle demande de maintien de l'ordre, qui d'ailleurs est vue comme n&#233;cessaire au maintien de la libert&#233;, au maintien de la paix tant sociale qu'internationale. Et l'ensemble de la population ne se sent aucunement coupable de r&#233;clamer de ses dirigeants ce genre de chose. Et est-ce si &#233;tonnant pour des pays qui ont connu des si&#232;cles de guerres terribles avec leurs cort&#232;ges de mort et de souffrance ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'inverse, l'attitude qui est souvent adopt&#233;e par la gauche des pays &#8220;avanc&#233;s&#8221; s'appuie sur une fausse notion de culpabilit&#233;. Certes la colonisation a &#233;t&#233; une horreur, certes elle a pratiquement extermin&#233; les populations indiennes des Etats-Unis et d'une partie de l'Am&#233;rique du Sud, certes elle a g&#233;n&#233;ralis&#233; l'esclavage des Noirs et d&#233;port&#233;s ceux-ci par dizaines de milliers, tout en en exterminant ou en en faisant exterminer des centaines de milliers d'autres (incidemment la pratique de l'esclavage &#233;tait courante en milieu musulman et s'est poursuivie jusqu'&#224; tr&#232;s r&#233;cemment), certes les pays capitalistes d'aujourd'hui continuent d'exploiter dans des conditions atroces les pays dits arri&#233;r&#233;s et d'&#234;tre au moins en partie responsables des horreurs qui s'y d&#233;roulent, mais ces crimes, s'ils peuvent &#224; la limite expliquer certains comportements, ne les excusent en rien. La barbarie des uns n'a jamais justifi&#233; celles des autres, et il n'est gu&#232;re possible de faire des classements dans l'horreur. Il faut absolument lutter contre cette attitude qui r&#233;appara&#238;t souvent dans les milieux dits contestataires. Sinon on aboutit &#224; des aberrations du type de celles auxquelles conduit une sorte de glorification &#224; l'envers de la Shoah qui en fait le crime parfait, &#8220;sublime&#8221; aupr&#232;s duquel tout le reste n'est que fioriture. Il faut le faire d'autant plus que des charlatans comme les r&#233;visionnistes n&#233;gateurs se sont empar&#233;s de cette critique, en niant tout simplement, non pas le caract&#232;re unique et exceptionnel de la shoah , ce qui pourrait se d&#233;fendre, mais son existence m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car dans cette attitude ressort toujours un m&#234;me type de faux raisonnement. Le capitalisme, entendez le capitalisme occidental et plus particuli&#232;rement am&#233;ricain, est le mal absolu par d&#233;finition, et le reste est d&#233;risoire voire inexistant. Aussi, alors que l'on prend des positions antireligieuses en Occident, on a tendance &#224; excuser les errements des autres &#224; condition qu'ils viennent de r&#233;gions domin&#233;es hier ou aujourd'hui. Dans les derni&#232;res ann&#233;es s'est d&#233;velopp&#233;e une th&#233;orie de l'&#233;galit&#233; des cultures humaines qui est au moins aussi nocive dans ses formulations et dans ses applications que la th&#233;orie inverse. Au lieu de rechercher ce qui dans chacune de ces cultures peut amener de l'eau au moulin de la cessation de l'exploitation r&#233;ciproque et &#224; la mont&#233;e de la conscience collective d'une certaine identit&#233; des situations humaines, et simultan&#233;ment &#224; en d&#233;noncer les aberrations, on en vient &#224; d&#233;fendre les c&#244;t&#233;s les moins d&#233;fendables d'une tradition. Alors que toute l'histoire de l'Occident est justement marqu&#233;e par une volont&#233; de se d&#233;tacher d'une certaine tradition culturelle li&#233;e aux croyances religieuses et similaires, on en vient &#224; d&#233;fendre des pratiques non moins d&#233;testables parce qu'exotiques. Si hier le mot d'ordre &#233;tait : &#233;craser l'inf&#226;me, aujourd'hui on aurait tendance &#224; consid&#233;rer que les traditions &#233;trang&#232;res sont moins inf&#226;mes que les siennes propres. Mais si on adopte une position qui veut faire de l'Islam la religion progressiste, comment alors ne pas admettre cette autre qui veut voir dans la tradition jud&#233;o-chr&#233;tienne le fondement m&#234;me de toute civilisation ? J'ai voulu dans le petit historique de l'Islam que j'ai fait ci-dessus rappeler comment celui-ci pouvait &#234;tre consid&#233;r&#233; comme progressiste par comparaison au christianisme du moyen &#226;ge, mais c'&#233;tait imm&#233;diatement pour en souligner aussi les c&#244;t&#233;s r&#233;trogrades. Il serait &#233;galement facile de montrer comment, dans le climat d'intol&#233;rance et de guerres qui caract&#233;rise la Renaissance et la R&#233;forme, se cr&#233;e la conscience moderne de la libert&#233; et de l'&#233;galit&#233;, et donc de soutenir la sup&#233;riorit&#233; de la tradition chr&#233;tienne. Mais quand on veut distribuer des bons points ou des cartons rouges &#224; tel ou tel peuple on en arrive vite &#224; des contradictions et &#224; des absurdit&#233;s. Encore heureux lorsque celles-ci ne d&#233;bouchent pas sur des catastrophes tant dans le domaine de l'action que dans celui de la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui le d&#233;veloppement de la production capitaliste et de l'industrialisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e nous met devant au moins deux possibilit&#233;s. D'une part, le syst&#232;me poursuivant sa logique propre de production de profit nous m&#232;ne vers de nouveaux types de catastrophes, genre &#233;cologique (effet de serre, accident atomique, etc ), ou social (s&#233;paration entre un monde riche et un monde pauvre, avec les perspectives explosives que cela sous-entend), ou &#233;conomique, avec une crise g&#233;n&#233;ralis&#233;e, entra&#238;nant des mouvements de masse tr&#232;s violents et conduisant les classes dominantes, effray&#233;es par leur mort possible, &#224; atomiser la terre tout enti&#232;re, pour, nouvelles Sardanapale, ne pas mourir seules : bref l'apocalypse du doomsday ch&#232;re &#224; toute une litt&#233;rature romantique. D'autre part, &#233;tendant la domination des forces naturelles par le g&#233;nie humain, il ouvre de nouvelles perspectives au sein desquelles une humanit&#233; consciente et solidaire pourrait s'efforcer de r&#233;pondre aux probl&#232;mes &#233;ternels pos&#233;s par la poursuite m&#234;me de son existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour atteindre ce dernier but, il ne faut surtout pas se laisser aller aux facilit&#233;s des attributions manich&#233;ennes. Le d&#233;veloppement de la conscience de classe, pour l'appeler par son v&#233;ritable nom, demande avant tout la cr&#233;ation de la conscience critique et non l'anonnement de formules toutes faites, fussent-elles celles qui nous plaisent. Et ceci nous ram&#232;ne aux attitudes face &#224; la guerre du Golfe, et je voudrais en dire un dernier mot maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui me semble caract&#233;riser celles-ci c'est justement le simplisme. Laissons de c&#244;t&#233; l'ensemble de la population elle-m&#234;me qui, comme toujours, a r&#233;agi avec ce qu'elle pense &#234;tre le bon sens en accord avec ses int&#233;r&#234;ts imm&#233;diats et dont j'ai parl&#233; plus haut, pour en venir &#224; ceux qui se veulent soit des ma&#238;tres &#224; penser soit des gens politiquement engag&#233;s. Il est facile de se moquer du ralliement &#224; l'op&#233;ration de police internationale de tel ou tel intellectuel sp&#233;cialiste ou non des &#233;crans de t&#233;l&#233;vision, mais quelle critique avons-nous fait de nos propres positions ? Devant nous on a agit&#233; une sorte de chiffon rouge, celui de la guerre men&#233;e par des &#233;tats occidentaux contre un &#233;tat arabe. Contre ce chiffon rouge nous nous sommes pr&#233;cipit&#233;s en compagnie d'un certain nombre de taureaux plus ou moins &#233;mascul&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord les communistes traditionnels qui ont certainement cru qu'ils pourraient se refaire &#224; cette occasion une virginit&#233;, gr&#226;ce &#224; un mouvement qui rappellerait celui qui s'&#233;tait soulev&#233; contre la guerre du Viet-n&#224;m. De m&#234;me tous les trotskystes et gauchistes assimil&#233;s ou tiers mondistes qui se trompent encore une fois d'&#233;poque. Aujourd'hui tous ces gens paient leur attitude pass&#233;e : parce qu'ils ont soutenu autrefois sans discernement les mouvements de lib&#233;ration nationale, ils se retrouvent condamn&#233;s avec eux d&#232;s lors que l'&#233;croulement du stalinisme et du l&#233;ninisme a montr&#233; ouvertement que les nouveaux &#233;tats cr&#233;&#233;s ne le c&#233;daient en rien aux anciens colonisateurs. Et il est facile, et on ne s'en est pas priv&#233;, de leur faire remarquer qu'ils &#233;taient silencieux pendant la guerre Iran-Irak et pendant le gazage des kurdes par Sadam, tout comme ils se taisent aujourd'hui pendant les massacres qui se font en Irak. Il est vrai que l&#224; il n'y a pas d'ennemi simple &#224; l'oeuvre et que ces salauds d'Am&#233;ricains se gardent bien d'intervenir ouvertement, ce qui aurait permis de retrouver le bon adversaire &#224; condamner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais des remarques analogues peuvent &#234;tre faites au sujet des mouvements et des individus que pour plus de facilit&#233; je qualifierai de libertaires. Car leur attitude contre la guerre appara&#238;t comme une sorte d'automatisme, sans grande r&#233;flexion, qui, au bout du compte, pr&#233;sente une composante passablement &#233;go&#239;ste. Parce que se dessine &#224; l'horizon la menace d'une mobilisation possible et l'envoi sur les champs de bataille, on refuse la guerre. Loin de moi l'id&#233;e de de d&#233;nier toute valeur &#224; cette position &#8220;&#233;go&#239;ste&#8221;. Je n'ai pas h&#233;sit&#233; &#224; signer un texte recommandant le droit &#224; l'insoumission, j'aurais &#233;t&#233; plus g&#234;n&#233; &#224; en signer un qui condamnerait l'intervention des coalis&#233;s d&#232;s lors qu'il ne s'accompagnerait pas d'une prise de position g&#233;n&#233;rale contre le syst&#232;me d'exploitation y compris ses formes exotiques, &#233;mirs et socialistes baathistes inclus. Dans la situation qui nous est faite aujourd'hui il ne nous reste peut-&#234;tre pas grand chose d'autre que la lucidit&#233; dont j'ai soulign&#233; qu'elle comportait pas mal d'impuissance. Mais une autre attitude que je qualifierais de suiviste est tout aussi impuissante, ou plut&#244;t, si elle montre quelque efficacit&#233;, c'est justement dans le sens o&#249; je ne veux pas aller.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde d'aujourd'hui est un monde schizophr&#232;ne, dans lequel coexistent de nombreuses r&#233;alit&#233;s. D'un c&#244;t&#233; des pays o&#249; l'on se pose le probl&#232;me de l'utilisation des embryons con&#231;us in vitro, de l'autre des r&#233;gions o&#249; la natalit&#233; galopante rend illusoire toute tentative d'am&#233;lioration par des moyens autonomes. D'un c&#244;t&#233; des pays o&#249; les surplus agricoles sont tels qu'il faut en d&#233;truire une partie et que des contestataires peuvent mettre en cause la qualit&#233; de ce qui est produit, de l'autre des pays o&#249; la famine est end&#233;mique et fait des retours fulgurants. D'un c&#244;t&#233; des pays o&#249; la menace du ch&#244;mage appara&#238;t comme un coup de tonnerre dans un ciel serein, de l'autre des pays o&#249; la notion m&#234;me de ch&#244;mage n'a aucun sens puisqu'il n'y a jamais vraiment exist&#233; d'emploi permanent pour la grande masse. D'un c&#244;t&#233; des pays qui ont connu autrefois des guerres terribles ravageant leurs territoires et qui maintenant vivent dans la paix et dans une certaine coop&#233;ration, o&#249; les unions entre &#233;trangers sont courantes et les voyages d'une r&#233;gion &#224; l'autre la r&#232;gle, de l'autre des pays qui ne connaissent que les guerres tribales, les exterminations plus ou moins ouvertes, le renfermement sur soi, la haine du voisin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Clairement dans les pays &#8220;avanc&#233;s&#8221; o&#249; r&#232;gne directement le capitalisme moderne nous pouvons nous poser des questions tout autres que celles des pays &#8220;arri&#233;r&#233;s&#8221;. Enfin, aussi parce que les probl&#232;mes de survie directe sont comme r&#233;solus, nous pouvons envisager de nous attaquer au probl&#232;me fondamental des relations entre hommes et tenter de mettre fin au syst&#232;me d'exploitation. Parce que la technique permet aujourd'hui la production des biens mat&#233;riels n&#233;cessaires &#224; la vie avec un nombre d'heures de travail faible, nous pouvons nous poser le probl&#232;me de la r&#233;organisation de celle-ci sur des bases &#233;galitaires et autogestionnaires. Parce que le d&#233;veloppement des forces productives a atteint un niveau fantastique, nous pouvons nous poser le probl&#232;me de leur limitation volontaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me capitaliste est le plus riche syst&#232;me que la terre ait jamais port&#233;. Cela ne lui conf&#232;re en rien une sup&#233;riorit&#233; morale, ni ne l'assure d'une dur&#233;e &#233;ternelle. Mais cela lui conf&#232;re la sup&#233;riorit&#233; mat&#233;rielle sur tous les autres syst&#232;mes ayant exist&#233; jusqu'&#224; pr&#233;sent et cela lui permet de les &#233;liminer. Qu'il le fasse par la force brutale est une &#233;vidence, que cette brutalit&#233; soit le r&#233;sultat d'interventions ext&#233;rieures directes ou celui de tentatives de d&#233;veloppements autochtones luttant contre la domination &#233;trang&#232;re. Mais ces interventions sont aussi la cons&#233;quence de la faiblesse de la contestation du capitalisme dans les pays dits &#8220;avanc&#233;s&#8221;. Rosa Luxembourg faisait remarquer que les errements de la r&#233;volution russe provenaient en droite ligne de la faiblesse de la lutte de classes dans le reste du monde capitaliste. Parce que la seule contestation du syst&#232;me est au mieux n&#233;gative, c'est-&#224;-dire qu'elle se borne &#224; refuser &#224; certains moments certains de ses aspects, par exemple protester contre la guerre coloniale, ou contre la construction de centrales atomiques, elle se contraint &#224; des r&#233;p&#233;titions constantes de combats toujours revenus. Ce n'est pas que ces combats soient inutiles ou non justifi&#233;s, ce n'est pas qu'ils ne mettent pas en cause une certaine rationalit&#233; du syst&#232;me, ni m&#234;me qu'ils ne jouent pas un r&#244;le dans le d&#233;veloppement de la conscience et du sentiment de responsabilit&#233;, c'est simplement qu'ils n'ont pas r&#233;ussi jusqu'ici &#224; d&#233;passer un certain niveau, qu'ils n'ont pas su mettre en oeuvre des modes de r&#233;organisation sociale capable de renverser un mode de relations humaines d&#233;testable. Car ce renversement exige un v&#233;ritable effort des masses domin&#233;es : se prendre elles-m&#234;mes en main au lieu d'accepter tranquillement la domination d'autres, du moment qu'ils leur assurent un minimum de bien &#234;tre et de calme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette impuissance des mouvements sociaux dans les pays &#8220;avanc&#233;s&#8221; n'autorise pas pour autant &#224; magnifier les mouvements des pays du tiers-monde ni &#224; en excuser ou &#224; en glorifier les aspects les plus d&#233;testables. Aujourd'hui, les masses de ces pays sont confront&#233;es &#224; des probl&#232;mes graves qui ne sont pas sans rappeler ceux qu'ont connus les XVIIIe et XIXe si&#232;cles en Occident : comment passer de l'ancien syst&#232;me f&#233;odal &#224; un syst&#232;me moderne de production, &#224; une nouvelle organisation du travail ? J'ai tent&#233; de montrer ci-dessus combien cette question &#233;tait difficile &#224; r&#233;soudre pour la nouvelle classe dominante contrainte &#224; la fois de s'opposer et &#224; la classe domin&#233;e et au capitalisme ext&#233;rieur. Mais elle est encore pire pour cette classe domin&#233;e qui doit la subir directement dans sa chair. Car c'est sur elle que repose tout le fardeau. C'est elle qui subit le poids de la transformation. C'est elle qui est pressur&#233;e. C'est elle qui meurt dans des r&#233;pressions brutales, dans des guerres atroces, dans des famines g&#233;n&#233;ralis&#233;es. C'est elle qui doit encaisser les contre coups de la placidit&#233; pour ne pas dire de la veulerie des classes domin&#233;es des pays dits avanc&#233;s. Comment alors s'&#233;tonner que, contradictoirement, elle aspire &#224; &#233;migrer vers des r&#233;gions que lui montrent la t&#233;l&#233;vision et que lui encensent les radios, et aussi se referme sur ses valeurs traditionnelles comme la religion ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me capitaliste est un syst&#232;me &#224; vocation internationale, sa contestation doit l'&#234;tre tout autant. Il ne peut &#234;tre renvers&#233; que par la cr&#233;ation d&#8216;une solidarit&#233; entre les diverses classes et couches exploit&#233;es du monde entier. Or il est extr&#234;mement difficile de faire appara&#238;tre la communaut&#233; de situation entre celles-ci. Car quelle communaut&#233; d'int&#233;r&#234;t peut-il a priori y avoir entre un ouvrier, un employ&#233;, voire un ing&#233;nieur ou un enseignant, disons de France, et un paysan d'Irak ? Rien si ce n'est qu'ils sont tous soumis finalement aux volont&#233;s abstraites d&#233;coulant de int&#233;r&#234;ts d'un syst&#232;me qui les domine. Faire passer cela dans la compr&#233;hension est extr&#234;mement difficile, mais en tout cas cela ne peut pas se faire par une d&#233;fense et une illustration de r&#233;gimes dictatoriaux soi disant socialistes, ni par celles de croyances remontant au pass&#233; moyen&#226;geux, ni par ce pr&#233;tendu retour aux racines dont on nous rebat les oreilles tous ces derniers temps. Pour les masses arabes le probl&#232;me pos&#233; en tout premier lieu est de s'affranchir de la religion et de lutter contre la pr&#233;sence constante de l'Islam, et m&#234;me d'&#233;radiquer l'arabisme. A cela nous devons les aider dans la mesure de nos possibilit&#233;s. Ce n'est que lorsque cet affranchissement sera fait que l'on pourra revenir &#224; une estimation plus juste des apports positifs de l'Islam dans le pass&#233; et de la culture arabe. De m&#234;me qu'en France, par exemple, il a fallu lutter ouvertement contre l'&#233;glise et d&#233;noncer son caract&#232;re r&#233;trograde, son aspect dictatorial, ses exactions, ses b&#251;chers, avant de pouvoir reconna&#238;tre qu'elle avait aussi fourni de grandes figures humaines de charit&#233; et de compassion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1209, lors du sac de B&#233;ziers on interrogea le l&#233;gat du pape pour lui demander que faire des gens r&#233;fugi&#233;s dans la cath&#233;drale, car on ne pouvait distinguer les cathares des autres. Il r&#233;pondit : &#8220;Tuez les tous, Dieu reconna&#238;tra les siens&#8221;. Si l'on s'en tient aux seuls r&#233;sultats de la guerre du Golfe, Dieu a visiblement reconnu les siens : les Am&#233;ricains. Ce genre de choix qui vient s'ajouter &#224; des si&#232;cles de recul pour les musulmans devrait mener les tenants de cette religion &#224; r&#233;fl&#233;chir et &#224; mettre en cause les fondements m&#234;mes de leurs croyances. Cela est cependant peu vraisemblable. Beaucoup plus dissolvant, et finalement allant beaucoup plus dans la direction recherch&#233;e, seraient l'apparition de luttes communes, avec tentatives d'auto-organisation passant au del&#224; des barri&#232;res d'origine. De ce point de vue l'existence de nombreux immigr&#233;s dans les pays d'Europe est un facteur important d'&#233;volution pour ces pays du tiers-monde et une chance pour la contestation du capitalisme. Et l&#224; nous avons certainement un r&#244;le &#224; jouer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces immigr&#233;s ont &#233;t&#233; remarquablement calmes pendant toute cette p&#233;riode. Ils n'ont certainement pas partag&#233; cette sorte d'indiff&#233;rence qui a caract&#233;ris&#233; les europ&#233;ens dits de souche. Clairement ils se sentaient en porte &#224; faux et, probablement, ils craignaient, en cas de d&#233;bordement terroriste, de servir de bouc &#233;missaire et d'&#234;tre victimes d'une vague de racisme qu'ils n'avaient que trop de raisons de redouter. Pourtant il est loin d'&#234;tre &#233;vident que, dans leur for int&#233;rieur, ils aient &#233;t&#233; des partisans de Saddam Hussein. Certainement, pour beaucoup d'entre eux, les Palestiniens sont une sorte d'image mythique d'eux m&#234;mes, de peuple dont les droits et la dignit&#233; sont foul&#233;s aux pieds. En cela ils se retrouvent avec toutes les masses arabes. Mais cela ne veut pas dire pour autant qu'ils partagent tous les fantasmes de celles-ci. Leur situation est diff&#233;rente, et jusqu'&#224; un certain point, ils sont d&#233;j&#224; ancr&#233;s dans les soci&#233;t&#233;s europ&#233;ennes et en ont, en d&#233;pit d'une ghetto&#239;sation certaine, adopt&#233; bien des traits. La Guerre du Golfe est de ce point de vue une &#233;preuve redoutable. Elle peut porter des coups mortels aux solidarit&#233;s qui, malgr&#233; les &#8220;incidents de banlieue&#8221; qui se multiplient, se sont d&#233;j&#224; fait jour dans la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise. Par exemple lors de mouvements quasi de fond comme la campagne &#8220;touche pas &#224; mon pote&#8221;. Certes ces mouvements ont &#233;t&#233; rapidement r&#233;cup&#233;r&#233;s et d&#233;voy&#233;s par des politiciens plus ou moins retords et li&#233;s au cocos ou aux socialos, mais cela n'emp&#234;che. Il &#233;tait frappant de voir que, dans le dernier mouvement des lyc&#233;ens, quelles qu'aient pu &#234;tre ses ambigu&#239;t&#233;s, voire ses b&#234;tises, personne n'ait trouv&#233; &#224; redire &#224; la pr&#233;sence de d&#233;l&#233;gu&#233;s au faci&#232;s de maghr&#233;bins (lesquels, incidemment, se sont montr&#233;s tout autant manipulateurs que les Fran&#231;ais de souche).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me capitaliste pr&#233;sente beaucoup de contradictions. D'une part il a int&#233;r&#234;t &#224; maintenir des divisions artificielles au sein de la classe des travailleurs. Mais d'autre part ce qui l'int&#233;resse c'est l'exploitation de la force de travail et celle-ci n'a ni race ni religion. D'une certaine mani&#232;re le capital &#233;mousse cette contradiction en favorisant le d&#233;veloppement d'une certaine forme d'individualisme &#233;go&#239;ste. Mais il ne peut emp&#234;cher totalement que la similitude de situation dans le syst&#232;me social qu'il cr&#233;e lui-m&#234;me entra&#238;ne un sentiment de solidarit&#233;. La &#8220;sagesse&#8221; des masses d'origine musulmane pendant la guerre du Golfe devrait permettre que ce sentiment continue. A nous de faire tout ce que nous pouvons pour l'encourager.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est par la formation d'une solidarit&#233; v&#233;ritable entre prol&#233;taires luttant pour leurs conditions de vie que peuvent se trouver transcend&#233;es les divisions impos&#233;es par l'histoire du monde et contradictoirement encourag&#233;es par le syst&#232;me. Voeu pieux ? Peut-&#234;tre, mais certainement plus r&#233;aliste et souhaitable que le soutien ou la tol&#233;rance vis &#224; vis de traditions r&#233;trogrades, ou la d&#233;fense plus ou moins hypocrite de dictatures pr&#233;tendument progressistes. En tout cas c'est par son accomplissement que passent et la lib&#233;ration des pays &#8220;arri&#233;r&#233;s&#8221; et celle des pays &#8220;avanc&#233;s&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Printemps 1991&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Essai sur la guerre du golfe (3/4)</title>
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&lt;p&gt;Y a-t-il une th&#233;orie des guerres qui soit satisfaisante ? A propos du Proche et du Moyen-Orient : Quelques mots d'histoire Le Proche et le Moyen Orient de 1945 &#224; 1979 (ci-dessous) La situation au Proche et Moyen Orient apr&#232;s 1979 (.../...) Seconde partie disponible ici c) Le Proche et le Moyen Orient de 1945 &#224; 1979. Ce qui sort de la guerre est visiblement instable. Assez symboliquement les trois alli&#233;s, Etats-Unis, Angleterre, URSS avaient tenu une conf&#233;rence &#224; T&#233;h&#233;ran en 1943. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-dynamiques-geopolitiques-" rel="directory"&gt;Dynamiques G&#233;opolitiques&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?499-essai-sur-la-guerre-du-golfe-1-4' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Y a-t-il une th&#233;orie des guerres qui soit satisfaisante ?&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?480-essai-sur-la-guerre-du-golfe-2-4' class=&#034;spip_in&#034;&gt;A propos du Proche et du Moyen-Orient : Quelques mots d'histoire&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Le Proche et le Moyen Orient de 1945 &#224; 1979 (ci-dessous)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?513-essai-sur-la-guerre-du-golfe-4-4' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La situation au Proche et Moyen Orient apr&#232;s 1979&lt;/a&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?480-essai-sur-la-guerre-du-golfe-2-4' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Seconde partie disponible ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;c) Le Proche et le Moyen Orient de 1945 &#224; 1979.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui sort de la guerre est visiblement instable. Assez symboliquement les trois alli&#233;s, Etats-Unis, Angleterre, URSS avaient tenu une conf&#233;rence &#224; T&#233;h&#233;ran en 1943. C'&#233;tait la premi&#232;re et derni&#232;re fois que Staline acceptait de sortir des fronti&#232;res de l'Union.Tous les trois voulaient montrer, entre autres, que toute cette r&#233;gion leur &#233;tait soumise, m&#234;me s'ils s'&#233;taient prononc&#233;s officiellement pour son ind&#233;pendance. Il n'&#233;tait certainement pas question d'abandonner le contr&#244;le des sources de p&#233;trole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant partout commencent &#224; se faire jour ouvertement des mouvements d'opposition aux pouvoirs en place. Pour l'essentiel, ils visent derri&#232;re eux la puissance dominante : c'est-&#224;-dire l'Angleterre. Mais celle-ci n'est plus ce qu'elle &#233;tait. Elle a peut &#234;tre gagn&#233; la guerre contre l'Allemagne, mais le v&#233;ritable vainqueur est ailleurs : &#224; New York. On peut dire que ces mouvements se trompent de cible. Quoi qu'il en soit, on aurait pu penser qu'allait se d&#233;rouler un processus de d&#233;colonisation classique, avec ou sans conflits. Mais le Proche Orient ne serait pas conforme &#224; sa tradition si les choses y &#233;taient simples. Et la complication va &#234;tre une cons&#233;quence inattendue de la politique de Hitler : la cr&#233;ation de l'&#233;tat d'Isra&#235;l.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour parler de cette question il faut revenir plus en d&#233;tail sur le cas de la Palestine en g&#233;n&#233;ral et remonter avant la guerre. Nous avons vu que l'Angleterre s'&#233;tait r&#233;serv&#233; le mandat sur ce pays et avait accept&#233; la cr&#233;ation d'un foyer juif. Au d&#233;but les immigrants sionistes sont peu nombreux et, m&#234;me, dans les ann&#233;es 1926-1928, il y a exc&#233;dent de red&#233;parts de Palestine. Les juifs de Pologne pr&#233;f&#232;rent alors s'&#233;tablir en Europe occidentale ou aux Etats-Unis. L'&#233;tablissement de colonies juives en Palestine n'est pas vue d'un mauvais oeil par les habitants, peut &#234;tre m&#234;me au contraire, car les immigrants, en g&#233;n&#233;ral des cultivateurs, y am&#232;nent des progr&#232;s dont il peuvent s'inspirer et profiter. Mais en 1929, sans doute inqui&#232;te de la baisse de l'immigration, l'Agence Juive Internationale s'agrandit pour inclure des sympathisants non-sionistes, et ainsi accro&#238;tre son influence et ses revenus. En 1930, les Anglais, conform&#233;ment &#224; leur politique de bascule, annoncent qu'ils donneront la priorit&#233; aux int&#233;r&#234;ts arabes locaux sur ceux des sionistes. Ceux-ci contre-attaquent et obtiennent l'abandon de cette politique. En 1933, l'immigration monte brutalement &#224; cause des pers&#233;cutions hitl&#233;riennes. 130.000 juifs, qui ne venaient d'ailleurs pas d'Allemagne, entrent dans le pays. En 1935, les Arabes commencent &#224; manifester. Les Anglais proposent de cr&#233;er une sorte de conseil gouvernemental de 28 membres dont 14 musulmans et 8 juifs. Les musulmans sont fortement sousrepr&#233;sent&#233;s, mais pr&#234;ts &#224; accepter la proposition que les sionistes refusent car elle viendrait &#224; soumettre l'immigration au diktat arabe. Le parlement anglais rejette ce projet, conservateurs et travaillistes le condamnant comme antisioniste. Pouss&#233;s par le grand mufti de J&#233;rusalem, les partis arabes appellent la population &#224; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale en avril 1936 qui dure six mois et ne s'arr&#234;te qu'&#224; la demande ... des chefs des autres pays arabes. Entre temps cette gr&#232;ve avait d&#233;clench&#233; un v&#233;ritable soul&#232;vement national. En 1937 une commission royale britannique d&#233;clare le maintien du mandat impossible et propose ... une partition du pays avec expulsion forc&#233;e des arabes d'une partie des terres destin&#233;es &#224; l'&#233;tat juif. Finalement personne n'en veut. En 1939, le gouvernement anglais publie un livre blanc par lequel il veut mettre fin &#224; l'immigration juive. Les sionistes y voient un retournement de politique. C'en est fini de la bonne entente avec la Grande Bretagne. Le nombre de juifs dans le pays est alors de 450.000 personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la guerre, les sionistes mettent un peu une sourdine &#224; leur opposition aux Anglais et au contraire les aident, mais d&#232;s 1944, ils recourent aux attentats terroristes et assassinent lord Moyne au Caire. Ils peuvent mettre sur pied une v&#233;ritable arm&#233;e car ils b&#233;n&#233;ficient d'une industrie d'armement mise en place, avec le concours des Anglais !, pendant la guerre. En 1945, l'Angleterre reprend son projet de partition, mais les sionistes s'y opposent. Les attentats se multiplient contre les Britanniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation leur &#233;chappe. Il y a d'abord l'immigration clandestine. Bien des juifs qui avaient pu &#233;chapper aux massacres hitl&#233;riens voient, et on les comprend, en la terre de Palestine un refuge o&#249; enfin ils pourront s'arr&#234;ter. En 1946, le nombre de juifs atteint presque 700.000. Il y a ensuite l'arriv&#233;e d'un nouveau protagoniste : les Nations Unies qui proposent une partition accordant 55% du pays aux juifs. Les sionistes acceptent, mais les arabes refusent soutenus par les chefs d'&#233;tats arabes. La guerre &#233;clate. Dans un premier stade, o&#249; seuls les habitants de la Palestine sont en cause, les sionistes prennent par surprise un grand nombre de villes, et m&#232;nent une politique d'expulsion des habitants arabes en propageant des fausses nouvelles et en faisant une sorte d'Oradour sur Glane &#224; Deir Yasin.Telle est l'origine du grand nombre de r&#233;fugi&#233;s palestiniens qui croupissent plus ou moins dans des camps au Liban et ailleurs. Les &#233;tats arabes sont oblig&#233;s d'intervenir. Ils le font le jour de la fin du mandat britannique qui co&#239;ncide avec la d&#233;claration de fondation de l'&#233;tat d'Isra&#235;l (15 mai 1948). Ils sont battus &#224; plates coutures par une arm&#233;e isra&#233;lienne qui se montre sup&#233;rieure dans la guerre de mouvement . Celle-ci n'est bloqu&#233;e qu'au voisinage de J&#233;rusalem, par la L&#233;gion Arabe de Jordanie. Les Nations Unies envoient Bernadotte n&#233;gocier un cessez le feu qui n'est pas observ&#233;. Au bout les Isra&#233;liens ont occup&#233; le territoire que leur proposait la partition, plus une partie importante de la Samarie et de la Jud&#233;e, et ils tiennent l'ouest de J&#233;rusalem. Il est remarquable que l'URSS soit le premier pays &#224; reconna&#238;tre de jure le nouvel &#233;tat, d&#232;s le 16 mai mais que les Etats-Unis le reconnaissent de facto d&#232;s le 17. En fait, tous essaient de se positionner sur la place laiss&#233;e vide par la Grande Bretagne. Mais rapidement les Russes, qui viennent pourtant d'aider les Isra&#233;liens &#224; s'armer, verront qu'ils ne peuvent rien en faire et que ceux-ci vont d&#233;j&#224; vers les Am&#233;ricains. Ils se retourneront vers les &#233;tats arabes. La cr&#233;ation d'Isra&#235;l a de toute fa&#231;on une cons&#233;quence importante : le d&#233;part des juifs de tous les &#233;tats musulmans ou presque. Une bonne partie d'entre eux vont rejoindre l'ex-Palestine et renforcer le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis lors toute l'histoire d'Isra&#235;l est comme masqu&#233;e par ses relations avec les pays arabes. En 1956, Nasser nationalise le canal de Suez. C'est le pr&#233;texte pour une op&#233;ration militaire des Isra&#233;liens, des Fran&#231;ais et des Anglais, sans que l'on puisse savoir s'il y a vraiment collusion entre les premiers et les autres. En fait les Isra&#233;liens profitent de ce que l'attention mondiale est fix&#233;e sur la Hongrie o&#249; se d&#233;roule le d&#233;but de la Commune de Budapest pour attaquer avec succ&#232;s l'Egypte. Les Fran&#231;ais et les Anglais suivent peu apr&#232;s, et les Russes profiteront &#224; leur tour du d&#233;tournement de l'attention vers l'Egypte pour r&#233;duire les Hongrois. Le d&#233;barquement franco-anglais s'est fait contre une d&#233;cision de l'Assembl&#233;e des Nations Unies et contre l'avis des Am&#233;ricains. Les Anglais ont m&#234;me us&#233; de leur droit de veto contre eux au Conseil de S&#233;curit&#233;. Sans doute est-ce l&#224; la derni&#232;re manifestation d'ind&#233;pendance du capital anglais face au capital am&#233;ricain. Les Etats-Unis et l'URSS forcent les franco-anglais &#224; se retirer et les Isra&#233;liens &#224; revenir sur leurs bases de d&#233;part. Ceux-ci y gagnent cependant la libert&#233; de naviguer dans le golfe d'Akaba ce qui leur permet de poursuivre leur expansion politique et &#233;conomique en Afrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Isra&#235;l continue sa vie tant bien que mal. Le pays se modernise passablement, mais le c&#244;t&#233; pionnier des premiers arrivants, souvent &#224; id&#233;ologie socialiste, s'estompe devant les n&#233;cessit&#233;s de l'&#233;tat moderne. L'unit&#233; interne s'effectue gr&#226;ce &#224; la menace des arabes qui l'entourent. Paradoxalement, ce sont les dirigeants arabes qui, en utilisant l'existence de l'&#233;tat isra&#233;lien comme ciment th&#233;orique entre leurs divers pays, r&#233;alisent du m&#234;me coup la fusion des Isra&#233;liens eux-m&#234;mes, pourtant form&#233;s de l'agglom&#233;ration d'immigrants venus de tous les coins du monde et des sabras n&#233;s sur place et que rien n'unit a priori. De plus leur propagande ne parle rien moins que d'exterminer les juifs et a des forts relents d'antis&#233;mitisme &#224; la nazi. Elle remue n&#233;cessairement les juifs de la diaspora qui mettent la main &#224; la poche pour financer Eretz Isra&#235;l . Ici encore le r&#233;sultat est le contraire de ce qui est attendu. En 1967, la coh&#233;sion interne d'Isra&#235;l est mise &#224; mal par une forte crise &#233;conomique. La croissance du PNB est tomb&#233;e de 10% &#224; moins de 1% et le ch&#244;mage s'accro&#238;t aussi &#224; cause de la modernisation de l'industrie et de la mont&#233;e de la productivit&#233;. S'il y a un cas o&#249; la th&#233;orie qui fait de la guerre un moyen d'&#233;chapper &#224; la crise est valable c'est bien ici. La d&#233;cision de Nasser en 1967 de fermer le golfe d'Akaba n'est pas accueillie avec des cris de joie par Isra&#235;l, et moins encore par la diaspora qui voit rena&#238;tre les menaces d'an&#233;antissement. Et pourtant elle va r&#233;soudre nombre de probl&#232;mes. Elle d&#233;clenche la guerre dite des six jours pendant lesquels l'arm&#233;e isra&#233;lienne, Tsahal, va cr&#233;er sa l&#233;gende d'invincibilit&#233;, occuper les hauteurs du Golan syrien, l'ensemble de l'ancienne Cisjordanie, la bande de Gaza, le Sina&#239;, et s'installer sur les bords du canal de Suez, o&#249; la navigation va cesser pour de nombreuses ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de cette date, Isra&#235;l, qui d'une certaine mani&#232;re a atteint ce qu'on aurait appel&#233; autrefois ses fronti&#232;res naturelles, continue de vivre dans la paix arm&#233;e. Si d'un c&#244;t&#233; il doit lutter contre les incursion de gu&#233;rilleros, d'un autre il utilise les arabes des territoires occup&#233;s comme main d'oeuvre &#224; bon march&#233;. Le sentiment de sup&#233;riorit&#233; s'enracine profond&#233;ment dans la population, ce qui contribue &#224; faire dispara&#238;tre les derni&#232;res traces de la diaspora dans la mentalit&#233;. Une v&#233;ritable nation est n&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1973, les Egyptiens sous les ordres de Sadate franchissent le canal et enfoncent les premi&#232;res lignes isra&#233;liennes le jour de Yom Kippour. Le choix de ce jour est r&#233;v&#233;lateur de l'&#233;volution d'Isra&#235;l devenu nettement un &#233;tat confessionnel, et du sentiment de sup&#233;riorit&#233; de l'arm&#233;e qui a passablement n&#233;glig&#233; la surveillance. Les Syriens s'en m&#234;lent et commencent &#224; attaquer le Golan. Les arabes attaquent avec 5000 tanks, plus que ce que Hitler avait pu mettre en route pendant la seconde guerre mondiale. La r&#233;action isra&#233;lienne est assez lente &#224; se manifester, mais, en quelques quarante huit heures, s'organise et stoppe l'offensive. Puis elle commence par r&#233;gler le sort des Syriens avant de percer le front &#233;gyptien et de foncer sur le Caire. Quand les troupes isra&#233;liennes s'arr&#234;tent, sous la pression diplomatique des Etats-Unis et de l'URSS, elles sont &#224; trente kilom&#232;tres de Damas et &#224; soixante du Caire. Ce fut cependant une victoire &#224; la Pyrrhus, car Isra&#235;l se retrouve isol&#233; sur la sc&#232;ne diplomatique internationale. Mais ce n'est pas plus une victoire r&#233;elle pour les nations arabes. Elles ont &#233;t&#233; une fois de plus vaincues, elles se sont inf&#233;od&#233;es &#224; l'URSS sans que celle-ci puisse les aider &#224; sortir de leur marasme. Il faudra bien qu'elles finissent par en tirer un jour les conclusions. Le premier &#224; le faire sera Sadate qui, en novembre 1977, se rend en Isra&#235;l. Les conversations de paix commencent entre les deux pays. Bien entendu ce sont les Etats-Unis qui sont derri&#232;re, et ces conversations montrent que sonne d&#233;j&#224; le glas de l'influence sovi&#233;tique dans le Moyen orient et que l'Am&#233;rique est en train de gagner. Elles se d&#233;roulent sous l'&#233;gide de Carter qui, pour la premi&#232;re fois, fait allusion &#224; la n&#233;cessit&#233; de &#8220;donner une patrie au peuple palestinien qui a tant souffert&#8221;. Joli scandale en Isra&#235;l qui s'ajoute &#224; un autre plus classique de corruption et de trafic, o&#249; les dirigeants travaillistes sont mouill&#233;s jusqu'au cou. Le parti travailliste perd les &#233;lections de mai et doit abandonner le pouvoir qu'il d&#233;tient depuis la cr&#233;ation de l'&#233;tat. Le Likoud, dirig&#233; par Begin, vient au pouvoir. Il le fait dans une situation d&#233;licate d'autant plus qu'au mois de janvier suivant le shah d'Iran doit quitter T&#233;h&#233;ran. Les discussions avec les Egyptiens tra&#238;nent en longueur. Mais finalement Isra&#235;l abandonne le Sina&#239;. A partir de cette p&#233;riode Isra&#235;l se d&#233;bat dans des difficult&#233;s &#233;conomiques importantes et continue de refuser tout accord sur le probl&#232;me palestinien. En particulier, l'accord avec Sadate pr&#233;voyait une certaine autonomie interne des territoires occup&#233;s que Begin se refuse &#224; mettre en place. Le g&#233;n&#233;ral Dayan, le vainqueur des deux guerres, d&#233;missionne du gouvernement pour protester contre cette d&#233;cision qu'il estime imb&#233;cile. Le gouvernement, quant &#224; lui, oscille perp&#233;tuellement entre l'interdiction et l'encouragement aux installations de colons juifs dans les territoires occup&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais avant d'en venir &#224; cette p&#233;riode tr&#232;s r&#233;cente, revenons aux pays arabes &#224; la fin de la guerre. Certains d'entre eux (Egypte, Arabie Saoudite, Liban, Syrie, Jordanie, Irak et Yemen) se sont en principe unis par un pacte sign&#233; au Caire le 22 mars 1945 qui cr&#233;e la Ligue Arabe. En th&#233;orie elle n'a rien de religieux, s'appuie sur la culture et la langue arabes, et pr&#233;voit des modes de r&#232;glement pour des conflits entre &#233;tats arabes. Aux huit fondateurs viendront ult&#233;rieurement se joindre la Libye, le Soudan, la Tunisie, le Maroc, l'Alg&#233;rie et les Palestiniens de l'OLP. Cette belle unit&#233; ne r&#233;sistera pas aux divers al&#233;as de politiques guid&#233;es par autant de n&#233;cessit&#233;s locales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'instant il reste toujours &#224; liquider les s&#233;quelles de l'ancienne domination britannique et ceci va se faire avec pas mal de soubresauts. Au d&#233;but, les choses semblent vouloir se calmer quelque peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi en Egypte, le sort du canal de Suez est apparemment r&#233;gl&#233; par une ren&#233;gociation des accords avec la compagnie, la concession devant cesser en 1968. En 1950 le roi Farouk doit appeler au pouvoir le dirigeant du Wafd, Nahas Pacha. Celui-ci se montre tout &#224; fait incapable de r&#233;soudre les probl&#232;mes sociaux encore aggrav&#233;s par la pouss&#233;e d&#233;mographique. Il cherche &#224; d&#233;vier la col&#232;re populaire dans la haine contre les Anglais et la volont&#233; d'annexer le Soudan. Il encourage des op&#233;rations de gu&#233;rilla contre les troupes anglaises qui sont sur le canal. Mal lui en prend, tout cela entra&#238;ne des mouvements populaires profonds qui se terminent par un soul&#232;vement au Caire au cours duquel 400 immeubles appartenant &#224; des &#233;trangers sont d&#233;truits. L'arm&#233;e r&#233;prime avec brutalit&#233;, mais c'en est fait de Farouk et du Wafd. Un certain Nasser s'assure du contr&#244;le de la capitale (1952). Une junte militaire prend le pouvoir et nomme le g&#233;n&#233;ral Naguib &#224; sa t&#234;te. En, 1953, l'Egypte devient r&#233;publique. Nasser prend d&#233;finitivement le pouvoir en 1954. Il n&#233;gocie le d&#233;part des Anglais qui, entre temps ont d&#233;clar&#233; le Soudan ind&#233;pendant. Nasser et les officiers de sa junte sont des nationalistes convaincus qui veulent sortir l'Egypte de son retard plus que s&#233;culaire. Ils veulent lutter contre la corruption et am&#233;liorer le niveau de vie du peuple. Programme &#233;videmment irr&#233;alisable. La natalit&#233; galopante rend pratiquement illusoire tout b&#233;n&#233;fice de la mont&#233;e de la productivit&#233; agricole. De plus l'Egypte n'a pas de p&#233;trole. Ses devises proviennent de la vente des agrumes et surtout du coton. Celui-ci ne fait plus prime sur le march&#233;, maintenant conquis par les Am&#233;ricains. Nasser veut alors construire la digue d'Assouan pour fournir l'&#233;nergie &#233;lectrique, et compte pour cela sur des pr&#234;ts fran&#231;ais, anglais et am&#233;ricains. Mais Nasser, &#224; l'image de l'Angleterre, avait inaugur&#233; une politique de bascule et amorc&#233; un rapprochement avec l'URSS et m&#234;me favoris&#233; le d&#233;veloppement d'un parti communiste autochtone (qui ne contient plus maintenant de juifs pour une raison &#233;vidente). Le secr&#233;taire d'&#233;tat Foster Dulles, grand partisan de la politique de roll back, d&#233;cide de ne rien accorder (il semble qu'il y ait eu aussi des pressions isra&#233;liennes). Comme je l'ai rappel&#233; plus haut &#224; propos d'Isra&#235;l, Nasser nationalise le canal de Suez en 1956. Dans l'euphorie panarabe qui suit l'&#233;chec de l'exp&#233;dition franco-britannique, la Syrie cr&#233;e avec l'Egypte la R&#233;publique Arabe Unie (1958), beau programme s'il en fut et qui devait durer.... trois ans. L'Egypte continuera pourtant d'utiliser ce nom jusqu'en 1971. Nasser joue alors nettement la collaboration avec l'URSS dont il esp&#232;re la modernisation du pays. Il adopte pas mal de mesures &#8220;socialistes&#8221;, nationalise le commerce ext&#233;rieur, et une grande partie de l'industrie, cherche &#224; r&#233;soudre le probl&#232;me agricole par une redistribution de la terre, et en particulier des hectares cr&#233;&#233;s gr&#226;ce au barrage d'Assouan. En fait l'URSS se montre parfaitement incapable de l'aider vraiment. La seule chose qu'elle peut faire, parce que c'est la seule qu'elle sache faire, c'est fournir de l'armement classique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Syrie avait de son c&#244;t&#233; connu quelques al&#233;as pour sortir de la protection fran&#231;aise, mais contrairement aux autres pays du Proche Orient elle y avait &#233;t&#233; aid&#233;e par ... les Anglais. En 1951 l'Angleterre, la France, la Turquie et les Etats-Unis avaient voulu faire une sorte de pacte militaire avec les Etats de la Ligue Arabe. Inutile de dire que &#231;a n'avait gu&#232;re soulev&#233; l'enthousiasme des populations, et les dirigeants qui y avaient song&#233; furent oblig&#233;s de revenir en arri&#232;re voire de d&#233;missionner. Ce fut le cas en Syrie et cette d&#233;mission ouvrit la voie &#224; la fusion avec l'Egypte et au resserrement des liens avec l'URSS. En Irak, devenu royaume, l'entourage du monarque, (le roi est encore mineur), reste attach&#233; aux Anglais. Il n'est gu&#232;re enclin aux r&#233;formes, ni &#224; l'&#233;volution vers un quelconque modernisme et s'oppose &#224; toute d&#233;mocratisation. Cependant les revenus du p&#233;trole finissent quand m&#234;me par influer sur la structure du pays et donc &#224; pousser vers une &#233;volution. Le jeune roi Fay&#231;al II monte sur le tr&#244;ne en 1953, mais la transformation va venir d'ailleurs : de la cr&#233;ation de la R&#233;publique Arabe Unie. Cette cr&#233;ation avait d&#233;termin&#233; en Irak un mouvement qui aboutit au renversement de la monarchie (1956) et au rapprochement avec l'Egypte et l'URSS, &#224; la proclamation d'une loi agraire r&#233;volutionnaire, etc. mais d&#233;boucha rapidement sur la dictature du g&#233;n&#233;ral Kassem, devenu antinass&#233;rien , anticommuniste, etc., etc qui, lui, s'empressa de revendiquer ... le Koweit. Kassem fut &#224; son tour renvers&#233; en 1963 par un coup d'&#233;tat du Baath irakien. Celui-ci se d&#233;p&#234;cha de se f&#226;cher avec son homologue syrien qui venait lui aussi de prendre le pouvoir. Les coups d'&#233;tat et les r&#233;volutions de palais se succ&#232;dent alors dans les deux pays. En Irak ils aboutissent &#224; la prise du pouvoir par le g&#233;n&#233;ral Hasan Bakr (1968) toujours en principe baathiste et socialiste, qui cherche &#224; mener au d&#233;but une politique d'apaisement, accordant une certaine autonomie interne aux Kurdes (on pense aux politiques des nationalit&#233;s staliniennes), tout en continuant de s'opposer aux Syriens. En 1972 il nationalise l'Irak Petroleum Company, la compagnie anglaise, se brouille de plus en plus avec les Etats-Unis et se rapproche de l'URSS et... de la France. Mais entre temps, le Baath syrien avait continu&#233; de se d&#233;chirer. La victoire de son aile gauche en f&#233;vrier 1966 qui se traduit par un soutien accru aux Palestiniens, joue un r&#244;le pour lancer la guerre des six jours, &#224; laquelle l'Irak se garde bien de participer (1967). En septembre 1970, la Syrie a la malencontreuse id&#233;e d'intervenir aupr&#232;s des gu&#233;rilleros palestiniens que Hussein de Jordanie est en train d'&#233;craser. Elle est oblig&#233;e de retirer ses chars sous la pression des Russes. La population syrienne proteste contre cet abandon, demande le d&#233;part du g&#233;n&#233;ral Hafez el Assad, ministre de la d&#233;fense, un baathiste du centre, lequel se d&#233;p&#234;che...de renverser l'aile gauche du Baath et de prendre le pouvoir (octobre 1970). Depuis Hafez el Assad r&#232;gne en ma&#238;tre sur le pays. Originaire d'une petite secte locale, les allaouites, en principe chiite mais particuli&#232;re avec des rites secrets, il r&#232;gne sur le pays, par une dictature implacable, mais, dit-on, &#8220;intelligente&#8221;, c'est-&#224;-dire efficace. Il lui a impos&#233; une constitution ath&#233;e, a continu&#233; le rapprochement avec l'URSS, puis a particip&#233; &#224; la guerre du Kippour en 1973. Depuis il s'est rapproch&#233; des Am&#233;ricains, s'est offert le Liban, avec leur permission et celle d'Isra&#235;l avec lequel il m&#232;ne dans la r&#233;alit&#233; une politique de coexistence muscl&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Irak, la situation s'est calm&#233;e, si l'on peut dire. Le contentieux avec la Syrie reste important mais sous la pression des autres pays arabes, il a tendance &#224; se r&#233;gler, au moins jusqu'en juillet 1979 ou Bakr se retire, officiellement pour mauvaise sant&#233;, et est remplac&#233; par Saddam Hussein qui tirait depuis longtemps les ficelles. Celui-ci se livre &#224; pas mal de purges, s'entoure de gens originaires de sa ville natale, Takrit, et commence &#224; construire syst&#233;matiquement son arm&#233;e. Il reprend la politique hostile &#224; la Syrie et ne fait rien pour diminuer les tensions avec l'Iran et le Koweit, avec le r&#233;sultat que l'on sait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Venons en maintenant &#224; la Jordanie. Elle fut tout d'abord plac&#233;e sous mandat britannique, mais avec une grande autonomie interne et ne devint officiellement monarchie ind&#233;pendante qu'en 1946, l'&#233;mir Abd Allah prenant le titre de roi. Les Anglais avaient aid&#233; &#224; la cr&#233;ation &#224; l'armement et &#224; l'entra&#238;nement de la plus forte arm&#233;e du Proche Orient de l'&#233;poque : la L&#233;gion arabe command&#233;e par un certain Glubb pacha. Cette arm&#233;e prit part &#224; la premi&#232;re guerre isra&#233;lo-arabe avec un relatif succ&#232;s comme nous l'avons vu, et en profita pour occuper la Cisjordanie, que le roi annexa la sachant beaucoup plus fertile et beaucoup plus riche que le reste de son royaume qui est pratiquement un d&#233;sert. Abd Allah fut assassin&#233; en 1951 &#224; J&#233;rusalem, et apr&#232;s un interr&#232;gne, son fils Husayn lui succ&#233;da. Il est toujours sur le tr&#244;ne, ayant fait une remarquable d&#233;monstration d'&#233;quilibrisme. Il mena d'abord une politique ouvertement pro-occidentale mais fut oblig&#233; par la rue de se s&#233;parer du sinistre Glubb pacha (1956) puis de renvoyer les garnisons anglaises qui existaient encore dans le pays (1958) ! S'alliant d'abord avec l'Egypte, il renversa cette alliance lors de la cr&#233;ation de la R&#233;publique Arabe Unie pour se rapprocher de l'Irak, encore royaume hach&#233;mite &#224; l'&#233;poque (1958). Cela ne dura gu&#232;re comme on l'a vu plus haut. La situation int&#233;rieure se d&#233;grada passablement, surtout &#224; cause des Palestiniens qui occupaient certaines bases d'o&#249; ils lan&#231;aient des raids contre Isra&#235;l, mais aussi &#224; cause de l'action d'une version locale du Baath. Apr&#232;s la guerre des six jours de 1967, &#224; laquelle il participa &#224; reculons, il perdit la Cisjordanie, ce qui n'am&#233;liora pas la situation &#233;conomique tout en aggravant les tensions avec les Palestiniens r&#233;fugi&#233;s. En 1969 il nomma un gouvernement &#224; poigne, et en septembre 1970 partit r&#233;duire les groupes de feddayins comme je l'ai rappel&#233; plus haut. En Octobre 1973, pendant la guerre du Kippour, il se d&#233;cida &#224; soutenir la Syrie, d'ailleurs en compagnie de l'Irak, y envoya quelques chars mais se garda bien d'attaquer sur le Jourdain. Cela n'am&#233;liora pas ses relations avec les Palestiniens qui &#233;taient d&#233;j&#224; houleuses et qui le sont toujours. Consid&#233;r&#233; comme relativement calme, il re&#231;oit des subsides d'&#224; peu pr&#232;s tout le monde et en particulier des Am&#233;ricains. Il continue de louvoyer et a &#233;t&#233; contraint de changer la loi &#233;lectorale les partis politiques sont en principe toujours interdits) ce qui eut pour effet d'amener des int&#233;gristes et des &#8220;gauchistes&#8221; au parlement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passons maintenant au Liban. Le Liban est une cr&#233;ation fran&#231;aise. Au si&#232;cle dernier, la population d'origine chr&#233;tienne (essentiellement maronite) est en expansion d&#233;mographique. Elle tente d'imposer une sorte de territoire libre et montre m&#234;me des vell&#233;it&#233;s expansionnistes.Elle va jusqu'&#224; s'allier avec M&#233;h&#233;met Ali mais doit partager sa d&#233;faite. En 1860 un soul&#232;vement des Druzes se termine par des massacres de maronites. La France de Napol&#233;on III envoie un corps exp&#233;ditionnaire, et la souverainet&#233; chr&#233;tienne, nominalement vassale des Turcs, est &#233;tablie. Apr&#232;s la guerre de 1914, la France aide &#224; la cr&#233;ation du Grand Liban. Cette cr&#233;ation est relativement artificielle, et, d&#232;s le d&#233;but, il y eut des mouvements de musulmans demandant leur rattachement &#224; la Syrie. Les Fran&#231;ais m&#232;nent une politique de bascule mais n&#233;anmoins avec une dominante pro-maronite. Toutefois ils y d&#233;veloppent les communications et l'&#233;ducation nationale (tout en laissant l'&#233;ducation sup&#233;rieure aux mains des communaut&#233;s religieuses. L'ind&#233;pendance sera proclam&#233;e par le g&#233;n&#233;ral Catroux en 1941 et deviendra effective en 1943. Apr&#232;s la guerre, le Liban participe avec r&#233;ticence, et de fait fort peu, &#224; la guerre isra&#233;lo-arabe de 48-49. La cr&#233;ation du nouvel &#233;tat se traduit pour lui par la construction de nouveaux pipes lines aboutissant &#224; Tripoli, pour le p&#233;trole de l'Irak, et Sa&#239;da (l'ancienne Sidon), pour celui de l'Arabie Saoudite, ce qui joue s&#251;rement un r&#244;le dans la grande prosp&#233;rit&#233; &#233;conomique que le pays du c&#232;dre va conna&#238;tre. La situation politique est cependant relativement instable.La constitution est tr&#232;s bizarre &#224; l'image de ce pays h&#233;t&#233;roclite. Le pr&#233;sident de la r&#233;publique est chr&#233;tien, le premier ministre musulman, le parlement &#233;lu selon une loi &#233;lectorale qui favorise les maronites. Les rivalit&#233;s de personnes, exacerb&#233;es par de telles dispositions, se r&#232;glent par l'interm&#233;diaire de milices arm&#233;es et se terminent souvent par des assassinats. En fait tout le monde est divis&#233;, tant les musulmans que les chr&#233;tiens. Ces derniers passent pour fascistes et r&#233;actionnaires, les premiers seraient progressistes. Evidemment ces caract&#233;risations n'ont gu&#232;re de sens. Le gouvernement est syst&#233;matiquement pro-occidental et, en 1958, il fait venir 10.000 soldats am&#233;ricains pour se prot&#233;ger des...Irakiens qui viennent de renverser la royaut&#233;. A la m&#234;me &#233;poque il y a une insurrection arm&#233;e qui est finalement mat&#233;e par le nouveau pr&#233;sident, le g&#233;n&#233;ral Chehab, un descendant de l'ancienne famille princi&#232;re qui avait jou&#233; un tel r&#244;le au XIXe. En 1961, un coup d'&#233;tat qualifi&#233; d'extr&#234;me droite, men&#233; para&#238;t-il par le Parti Populaire Syrien, &#233;choue. Le pays continue sa vie hectique mais avec une relative prosp&#233;rit&#233;. Les m&#233;chantes langues l'attribuent &#224; des trafics divers allant du trafic de drogue (le hachisch d'origine libanaise passait pour le meilleur), &#224; un autre certainement plus juteux : la contrebande de produits interdits &#224; l'exportation entre les Etats-Unis et les pays communistes. Plus s&#251;rement encore, le Liban a servi de passage oblig&#233; au commerce entre tout le Proche et Moyen Orient et l'Occident. Il ne faut pas n&#233;gliger non plus l'activit&#233; de la diaspora libanaise, tr&#232;s active et dispers&#233;e dans le monde entier, particuli&#232;rement en Afrique et en Am&#233;rique du Sud, mais aussi aux Etats-Unis et en Europe. La bourgeoisie de Beyrouth est, &#224; l'&#233;poque, tr&#232;s fi&#232;re d'&#234;tre transconfessionnelle. Mais cette tol&#233;rance et cette collaboration r&#233;ciproque, qui se fondent sur les affaires communes, ne touchent qu'une couche superficielle. Elles sont compl&#232;tement d&#233;connect&#233;es de ce qui se passe dans le fond de la nation et qui va &#233;clater brutalement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car le Liban a en son sein un terrible ferment d'instabilit&#233; suppl&#233;mentaire : la pr&#233;sence de r&#233;fugi&#233;s palestiniens qui, eux aussi, ont leurs milices arm&#233;es et qui r&#232;gnent en ma&#238;tres sur certaines r&#233;gions dont ils partent pour faire des coups de main sur Isra&#235;l. Leur pr&#233;sence sert de pr&#233;texte &#224; des interventions r&#233;p&#233;t&#233;es des Isra&#233;liens dans le sud du pays. Tout cela ne peut qu'accentuer les clivages. Les musulmans se sentent solidaires des Palestiniens et veulent faire entendre leur voix, d'autant plus qu'avec leur natalit&#233; plus puissante que celle des chr&#233;tiens ils ont la majorit&#233; dans le pays. Nombre de leurs leaders, en particulier le Druze Walid Joumblatt, veulent leur part du g&#226;teau. En 1975, commence la guerre civile libanaise, vraisemblablement par un soul&#232;vement des musulmans &#224; Tripoli. On ne peut cependant pas exclure des manoeuvres provocatrices de la part des phalanges de la famille Gemayel. Le pr&#233;sident Franjieh essaie bien de mettre sur pied un gouvernement militaire (l'arm&#233;e est en principe lieu de coexistence pacifique des religions) mais il &#233;choue. La guerre fait rage et des atrocit&#233;s sont perp&#233;tr&#233;es par tous les camps. La caract&#233;ristique essentielle de cette guerre c'est que, pour la premi&#232;re fois, il y a tentative de regroupement territorial des diverses confessions, pour faire dispara&#238;tre l'ancienne structure o&#249; cohabitaient des gens de fois diff&#233;rentes (avec une religion dominante par r&#233;gion). La bataille se d&#233;roule dans Beyrouth m&#234;me, et la partition de la ville commence. L'Organisation de Lib&#233;ration de la Palestine qui &#233;tait rest&#233;e en dehors des combats, (seuls des &#233;l&#233;ments &#8220;incontr&#244;l&#233;s&#8221; avaient soutenu les musulmans), s'en m&#234;le. Elle s'assure une part de Beyrouth. La &#8220;gauche&#8221;, entendez les musulmans et, plus particuli&#232;rement, les Druzes (Joumblatt a &#233;t&#233; membre de l'Internationale socialiste) et les Palestiniens, marche sur le palais pr&#233;sidentiel de Baabda et veut s'emparer du pr&#233;sident. Elle est stopp&#233;e par les &#8230; Syriens qui soutiennent maintenant ouvertement la &#8220;droite&#8221; chr&#233;tienne et veulent mettre au pas les Palestiniens. La guerre fait rage. La constitution est modifi&#233;e sur un point de d&#233;tail pour permettre l'&#233;lection anticip&#233;e du nouveau pr&#233;sident qui se fait dans un h&#244;tel sous la protection de l'arm&#233;e syrienne (d&#233;j&#224;). Finalement une sorte de cessez le feu est accept&#233; et la Ligue Arabe, r&#233;unie au Caire, envoie une force d'interposition dans le pays. Cependant la rupture est consomm&#233;e ; l'unit&#233; (factice) du Liban vient de voler en &#233;clats.Dans les ann&#233;es qui suivent le pr&#233;sident Sarkis tente vainement de ressouder le pays et d'obtenir des pr&#234;ts substantiels des producteurs de p&#233;trole. La belle prosp&#233;rit&#233; libanaise n'est qu'un souvenir. Le coup de gr&#226;ce est port&#233; au pays par l'accord &#233;gypto-isra&#233;lien. Celui-ci laisse sur les bras du Liban les effets n&#233;fastes de la non solution de la question palestinienne. De fait, on va assister &#224; un renversement des alliances. Les Isra&#233;liens accentuent leurs raids dans le sud du pays et finissent m&#234;me en 1978 par occuper une bande qui va de la c&#244;te au mont Hermon. L'entente entre la &#8220;droite&#8221; chr&#233;tienne et les Syriens est rompue et les combats reprennent &#224; Beyrouth. Cette fois les Syriens interviennent contre les chr&#233;tiens. Ceux-ci se s&#233;parent en deux groupes : ceux qui veulent garder une certaine entente avec les Syriens (le groupe de la famille Franjieh) et ceux qui prennent partie pour les Isra&#233;liens (la famille G&#233;mayel). Pour faire bonne mesure, les r&#232;glements de compte entre ces deux groupes se multiplient. Le fils de Franjieh est assassin&#233; &#224; Tripoli, vraisemblablement par des phalangistes de B&#233;chir G&#233;mayel. A la fin de l'ann&#233;e 1979 le pays est passablement d&#233;truit. Le gouvernement central n'a plus gu&#232;re qu'un pouvoir nominal. Les Isra&#233;liens r&#232;gnent dans le sud o&#249; ils font des incursions r&#233;guli&#232;res contre les Palestiniens et o&#249; ils fondent et &#233;quipent une arm&#233;e chr&#233;tienne. Les chr&#233;tiens, et plus particuli&#232;rement les phalangistes, tiennent le r&#233;duit chr&#233;tien, autour de Jounieh. La Syrie domine une grande partie du reste du pays, surtout depuis que pratiquement tous les autres arabes ont fui ce merdier et ont retir&#233; leurs troupes de la force d'interposition. Les Palestiniens sont eux aussi implant&#233;s dans diverses parties. Si en plus on tient compte de la mont&#233;e de l'ancienne minorit&#233; musulmane des chiites, qui est en train de devenir la majorit&#233;, on comprendra que tout est pr&#234;t pour exploser de nouveau et continuer de d&#233;truire un des plus beaux pays du monde, o&#249; Aphrodite avait rencontr&#233; Adonis, c'est tout dire, et de bousiller ses habitants. La m&#232;che va &#234;tre allum&#233;e par de nombreux artificiers. J'en parlerai plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compar&#233;s &#224; tous les pays envisag&#233;s jusqu'ici l'Arabie saoudite et les &#233;mirats donnent l'exemple du calme et de la stabilit&#233;. D'abord, la r&#233;gion est d&#233;sertique, la population essentiellement b&#233;douine, &#224; l'exception de quelques villes, et le probl&#232;me agraire est tout &#224; fait diff&#233;rent de celui des autres pays arabes. Dans les &#233;mirats, apr&#232;s la p&#233;riode des pirates, l'&#233;conomie s'est organis&#233;e autour de la p&#234;che. De plus, ces pays n'ont pas eu &#224; subir directement la domination de l'Angleterre, et donc n'avaient pas le m&#234;me probl&#232;me de &#8220;d&#233;colonisation&#8221; que les autres. Ceci explique au moins en partie pourquoi ils n'ont pas vu se d&#233;velopper de mouvements nationalistes &#224; tendance socialisante et ce d'autant plus que les dirigeants maintiennent des r&#233;gimes islamiques fondamentalistes, en particulier en Arabie. La d&#233;couverte du p&#233;trole a chang&#233; compl&#232;tement la vie et l'avenir de la r&#233;gion pour en faire une des plus riches du monde, mais surtout de la rattacher aux Etats-Unis. L'Arabie saoudite est ainsi devenue le premier producteur de p&#233;trole de la r&#233;gion supplantant l'Irak, suivie par le Koweit. En 1960 avait &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e l'Organisation des Pays Exportateurs de P&#233;trole qui regroupait l'essentiel des producteurs de p&#233;trole &#224; l'exception des deux principaux : les Etats-Unis et l'URSS. Apr&#232;s une existence falote, l'OPEP devait faire parler d'elle lors du premier choc p&#233;trolier de 1973 o&#249; elle multiplia les prix par cinq. Il s'agissait rien moins que de partager les b&#233;n&#233;fices du boom &#233;conomique que connaissait l'Occident &#224; cette &#233;poque. Symptomatiquement l'URSS ne joua aucun r&#244;le dans toute cette affaire. Finalement le choc fut assez bien absorb&#233; par l'&#233;conomie mondiale et dig&#233;r&#233; en quelques ann&#233;es. Il y eut bien une vague tentative d'&#233;voquer &#224; cette occasion les probl&#232;mes des relations Nord Sud, selon la nouvelle formulation, mais sans v&#233;ritable effet. Le r&#233;sultat de tout cela fut une augmentation substantielle de la richesse de l'Arabie et des Emirats et donc une certaine modernisation de ceux-ci. Des raffineries font leur apparition, des villes gigantesques se cr&#233;ent dans le d&#233;sert ou au bord de la mer, des ports en eau profonde s'ouvrent dans le Golfe persique. Pour faire fonctionner tout cela, on importe de la main d'oeuvre qui se stratifie selon l'origine : Srilankais et Pakistanais en bas de l'&#233;chelle, Palestiniens en haut, Egyptiens au milieu. Simultan&#233;ment les &#233;mirs et les riches de la r&#233;gion font leur entr&#233;e dans le capital mondial, cr&#233;ant et entretenant la l&#233;gende de la puissance des p&#233;trodollars. En fait cette puissance est illusoire, car elle est compl&#232;tement subjugu&#233;e par celle du capital industriel international et surtout am&#233;ricain, mais elle cr&#233;e n&#233;anmoins des balourds g&#233;n&#233;rateurs d'instabilit&#233; relative dans l'&#233;conomie mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste enfin le cas de l'Iran. A la fin de la guerre, il est occup&#233; &#224; la fois par les Russes et les Anglais. Dans un premier stade les n&#233;gociateurs persans persuadent les Russes de quitter le pays et de mettre fin aux r&#233;publiques ind&#233;pendantes qu'ils avaient cr&#233;es, en leur faisant miroiter l'espoir de revenir rappel&#233;s par la population lors des prochaines &#233;lections ! S'ouvre alors une p&#233;riode &#233;trange o&#249; le pouvoir est exerc&#233; par le premier ministre d'un shah inexistant : Mossadegh. Celui-ci est proprement g&#233;nial. Il se fait porter sur un brancard, en apparence quasi mourant, devant ses interlocuteurs ou le Parlement chaque fois qu'il y a une d&#233;cision importante &#224; prendre. Ainsi d&#233;cide-t-il de nationaliser la production de p&#233;trole. Il y laissera son poste, car le shah Mohammed reviendra apr&#232;s un coup d'&#233;tat de l'arm&#233;e, mais il aura mis fin aux beaux jours de l'Anglo Iranian ( l'ancienne Anglo Persian ). Le shah est li&#233; aux Etats-Unis et cela va permettre aux compagnies am&#233;ricaines d'entrer dans le pays, mais elles doivent accepter de partager le g&#226;teau avec la compagnie nationale. L'Iran en retire une certaine richesse qui va permettre au shah de mener une politique vraiment originale : tenter de faire franchir &#224; marche forc&#233;es les &#233;tapes menant &#224; la modernisation, tout en gardant de bonnes relations avec le capitalisme occidental et surtout am&#233;ricain. En particulier le shah accepta une aide militaire importante qui faisait de son pays une sorte de fer de lance des Etats-Unis, et en tout cas un contre poids face aux autres pays de la r&#233;gion, arm&#233;s par l'URSS et en flirt avec elle. On a beaucoup attaqu&#233; la dictature de Mohammed Reza et plus particuli&#232;rement dans la gauche tiers-mondiste. Certes il entretenait une sinistre police la SAVAC, mais elle n'&#233;tait pas pire que le KGB ou tous les autres organismes semblables sur lesquels s'appuyaient les r&#233;gimes dits progressistes. Le shah se heurtait &#224; de nombreuses difficult&#233;s. D'abord les forces r&#233;actionnaires des propri&#233;taires terriens nobles et des commer&#231;ants du bazar. Il essaya &#224; la fois de mener une r&#233;forme agraire et de se concilier les nobles par son mariage avec Farah Diba, une fille de la famille des Qadjar d&#233;tr&#244;n&#233;s par les Pahlavi. Ensuite il s'opposa au clerg&#233; musulman chiite d&#232;s qu'il tenta de s&#233;culariser son r&#233;gime. L'Iran poss&#232;de en effet une version particuli&#232;re de l'Islam qui pr&#233;sente toute une hi&#233;rarchie de religieux qui sont maintenant devenus c&#233;l&#232;bres : les ayatollahs. Ceux-ci d&#233;clench&#232;rent un soul&#232;vement en 1963 contre la r&#233;forme agraire pr&#233;sent&#233;e comme impie. Le shah le r&#233;prima avec sa douceur coutumi&#232;re. Il exila certains religieux dont le c&#233;l&#232;bre Khomeyni. Il tenta de contrer l'id&#233;ologie musulmane dominante en faisant appel au souvenir de l'ancienne Perse ach&#233;m&#233;nide dont il se proclamait l'h&#233;ritier (comme Saddam Hussein se pr&#233;tend h&#233;ritier de Nabuchodonosor). Il d&#251;t aussi prendre en compte les &#233;tudiants, travaill&#233;s par l'id&#233;ologie tiers-mondiste, dont la sympathie allait vers le Toudeh, le parti communiste iranien, et qui maintenaient dans les universit&#233;s une quasi r&#233;bellion permanente. Il d&#251;t aller contre les commer&#231;ants du Bazar maintenant saign&#233;s par les banques. Enfin il d&#251;t faire face &#224; la population dans son ensemble, peu encline &#224; accepter les sacrifices et les changements brutaux du mode de vie qu'exigeait l'industrialisation forc&#233;e, avec sa paup&#233;risation, le d&#233;peuplement des campagnes, le d&#233;racinement qui en r&#233;sulte, etc. En 1979, abandonn&#233; par les Etats-Unis, il d&#251;t quitter l'Iran dans une ambiance de soul&#232;vement g&#233;n&#233;ral. Les Occidentaux, inquiets de voir des mouvements populaires aller trop loin et craignant peut-&#234;tre de voir revenir l'URSS dans la r&#233;gion, favoris&#232;rent le retour de l'ayatollah Khomeyni exil&#233; en France, ouvrant ainsi la nouvelle crise de la r&#233;gion, dont un des aboutissements est la guerre du Golfe d'aujourd'hui. Mais avant d'en venir &#224; ce dernier point, il est bon de faire une petite pause et de tirer un bilan des trente cinq peu glorieuses ann&#233;es qui viennent alors de s'&#233;couler depuis la fin de la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;d) Conclusions provisoires. L'&#233;chec du nationalisme arabe au Proche et Moyen Orient.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le long passage qui pr&#233;c&#232;de donne une image &#233;v&#233;nementielle de l'histoire de cette partie du monde depuis le VIIe si&#232;cle. Dans tout ce qui touche la p&#233;riode r&#233;cente on peut s'y perdre. J'ai fait cependant ce r&#233;sum&#233; parce que le temps &#233;coul&#233; est de l'ordre de grandeur d'une vie d'homme, la mienne, et aussi parce que, pour le lecteur, il n'est pas n&#233;cessairement mauvais de rassembler en quelques pages des informations qui se trouvent diss&#233;min&#233;es dans force livres et encyclop&#233;dies. De plus, nous n'avons que trop tendance &#224; vouloir tout ramener &#224; des consid&#233;rations &#233;conomiques strictes qui, dans le cas particulier, n'expliquent pas tout. En effet un certain nombre de traditions sont s&#233;rieusement ancr&#233;es dans ces soci&#233;t&#233;s, et expliquent en partie les r&#233;actions et les mouvements. Comment prendre par exemple en compte les relations de vendetta qui lient la famille hach&#233;mite &#224; la famille des Saoud, qui remontent &#224; la nuit des temps et qui influent certainement sur la politique r&#233;ciproque de l'Arabie, de l'Irak du d&#233;but et de la Jordanie aujourd'hui encore ? Pourtant une certaine logique peut &#234;tre trouv&#233;e dans tous ces &#233;v&#233;nements qui suivent finalement une m&#234;me ligne de plus grande pente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fin du XIXe si&#232;cle voit l'entr&#233;e dans cette r&#233;gion des puissances occidentales et de la Russie all&#233;ch&#233;es par la perspective de d&#233;vorer le g&#226;teau de l'empire turc en d&#233;composition. De plus, le Proche et Moyen Orient est sur la route terrestre des Indes britanniques, ce joyau de l'empire de sa tr&#232;s gracieuse majest&#233;. On con&#231;oit que l'Angleterre y mette comme on dit le paquet. Comme Dieu r&#233;compense les entreprenants, les Anglais y gagnent de faire passer sous leur coupe une des plus grosses r&#233;serves de p&#233;trole du monde. Mais le capital anglais doit faire face &#224; des concurrents dangereux et d'abord en Europe et aussi aux Etats-Unis. A la sortie de la seconde guerre mondiale, il ne peut remplir ses obligations dans ses possessions, pas plus d'ailleurs que le capital fran&#231;ais. Cette carence ouvre la porte &#224; la d&#233;colonisation. En fait les Anglais, r&#233;alistes comme toujours, vont abandonner relativement vite la gestion directe, en tout cas des Indes. Ils se maintiendront plus longtemps au Proche et Moyen Orient, justement &#224; cause de l'existence des sources de p&#233;trole. Dans les diff&#233;rents pays qui constituent cette r&#233;gion, et dont certains sont de pures constructions de l'Angleterre elle-m&#234;me apr&#232;s la guerre de 1914, des ferments sont &#224; l'oeuvre pour chasser l'occupant anglais. Comme il s'agit de passer &#224; l'&#232;re moderne il ne faut pas trop s'&#233;tonner qu'une bonne part de ces ferments s'incarnent dans des partis politiques qui tiennent du socialisme nationaliste. Cependant il y a pour eux une difficult&#233; consid&#233;rable. Si le nationalisme va de soi - et encore ! - dans des pays comme l'Egypte et l'Iran, il n'en va pas de m&#234;me pour les autres. De plus, m&#234;me en Egypte, il y a des grandes diff&#233;rences entre les diverses populations qui s'expriment sous forme religieuse avec souvent une haine et un extr&#233;misme virulents. D'une certaine mani&#232;re, on ne peut qu'&#233;prouver une certaine sympathie pour des partis comme le Baath ou le parti nass&#233;rien qui ont voulu passer outre &#224; ces difficult&#233;s et cr&#233;er un &#233;tat la&#239;c dans des r&#233;gions o&#249; il n'en a jamais &#233;t&#233; question. Le fait que beaucoup des membres et des dirigeants de ces partis soient des militaires ne doit pas surprendre. En effet dans la situation de ces pays &#224; la sortie de la guerre seule l'arm&#233;e permet &#224; des gens venus du peuple d&#8221;acc&#233;der &#224; l'&#233;ducation semi-sup&#233;rieure et d'avoir une notion de la modernit&#233;. Le Rouge et le Noir fa&#231;on Proche et Moyen Orient ne contient pas de Noir, car la religion laisse n&#233;cessairement dans l'arri&#233;ration. Par force, ceux qui veulent changer leur pays doivent emprunter une voie r&#233;volutionnaire, c'est-&#224;-dire un rouge-kaki.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un premier stade, certains d'entre eux r&#233;ussissent &#224; chasser les anciens dirigeants li&#233;s &#224; l'Angleterre et &#224; cr&#233;er des r&#233;publiques. Ils se lancent dans les nationalisations, rer&#233;partissent les richesses en d&#233;poss&#233;dant une partie des anciens propri&#233;taires. Ils cr&#233;ent des &#233;tat en principe la&#239;cs (en Irak, les juifs qui ont bien voulu rester n'ont pas eu de probl&#232;me v&#233;ritable jusqu'&#224; une date r&#233;cente). Ils modifient le statut de la femme, interdisent le voile et suppriment la loi musulmane pour introduire un droit &#224; l'europ&#233;enne. Ils tentent de mettre en oeuvre une politique d'industrialisation et de modernisation de la culture. Ils pensent que l'avenir leur est ouvert. Ils &#233;chouent et pour plusieurs raisons.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; D'abord, il y a l'environnement international. Il est clair que le capital ne veut pas laisser se cr&#233;er dans la r&#233;gion des &#233;tats qui &#233;chapperaient &#224; sa domination. La rel&#232;ve est d&#233;j&#224; assur&#233;e par les Am&#233;ricains qui vont s'affirmer comme la puissance dominante qu'ils sont d&#233;j&#224; pour le reste du monde. Dans la plupart des cas les Am&#233;ricains n'aiment gu&#232;re s'investir comme colonisateurs directs. Les exp&#233;riences qu'ils en ont eu, &#224; Cuba ou &#224; Porto Rico, par exemple, les ont convaincus qu'il vaut mieux passer par personnes interpos&#233;es. C'&#233;tait d'ailleurs aussi le plus souvent l'attitude anglaise (accompagn&#233;e de bases militaires). De plus ils ont d&#233;j&#224; suffisamment &#224; faire dans d'autres r&#233;gions du monde. Ils pr&#233;f&#232;rent donc faire jouer leur puissance &#233;conomique et &#233;trangler les r&#233;calcitrants. Ceux-ci le sont vraiment et ils sont contraints de faire appel &#224; l'URSS, trop contente de revenir l&#224; o&#249; les tsars avaient essay&#233; de p&#233;n&#233;trer.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Et voici justement la seconde raison : l'incapacit&#233; de l'URSS &#224; aider v&#233;ritablement ceux qui demandent son aide. Incapable de r&#233;aliser son propre d&#233;veloppement de mani&#232;re satisfaisante, comment pourrait elle aider les autres ? Elle ne peut que les armer. Mais cela n'aide gu&#232;re pour le d&#233;veloppement industriel. Chaque pays de la r&#233;gion, qui s'est rendu compte de cette impuissance, a d&#251; revenir &#224; d'autres mani&#232;res de faire. Pour ceux qui ont des richesses naturelles importantes, comme l'Irak ou l'Iran, une certaine libert&#233; d'action reste envisageable. Ce n'est pas le cas pour d'autres comme l'Egypte et la Syrie, beaucoup moins riches. T&#244;t ou tard elles doivent passer sous les fourches caudines de la domination am&#233;ricaine. Parce qu'elle a lanc&#233; la premi&#232;re des projets gigantesques comme le barrage d'Assouan, l'Egypte a &#233;t&#233; aussi la premi&#232;re &#224; capituler et &#224; venir &#224; r&#233;cipissence.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; La troisi&#232;me raison est plus id&#233;ologique. Pour se cr&#233;er des alli&#233;s dans le monde qui les entoure, les mouvements nationalistes doivent faire appel &#224; quelque chose qui d&#233;passe les fronti&#232;res. Cette chose c'est d'abord l'arabisme. C'est l&#224; une notion assez vague dont j'ai tent&#233; de montrer qu'elle n'avait gu&#232;re de fondement historique et qu'elle ressortissait plut&#244;t du fantasme. Et pas n'importe quel fantasme. Il affirme que l'Islam est la seule religion vraie, et classe donc les hommes &#224; partir de lui. D'abord les descendants du proph&#232;te, puis les arabes, puis les musulmans, puis les autres. D'o&#249; la volont&#233; souvent r&#233;affirm&#233;e de se proclamer au moins arabes pour bien des peuples et de se fabriquer des g&#233;n&#233;alogies imaginaires. D'o&#249; ce caract&#232;re quasi raciste de l'arabisme. Cette id&#233;ologie est donc contradictoire. D'une part elle contient un principe unificateur, celui de l'existence d'un peuple arabe. D'autre part elle nie l'&#233;galit&#233; entre peuples et se compla&#238;t dans un pass&#233; mythique. Certes toute id&#233;ologie est un fantasme, mais celle-ci ne peut unifier qu'autour de l'Islam et, par cons&#233;quent, nie les principes de la&#239;cit&#233; et d'&#233;galit&#233; entre peuples d'origine et de religion diff&#233;rentes dont les &#8220;progressistes&#8221; voulaient se r&#233;clamer.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; La quatri&#232;me raison est l'existence de l'&#233;tat d'Isra&#235;l. Certes les peuples de la r&#233;gion ne sont responsables en rien du g&#233;nocide perp&#233;tr&#233; par les nazis, mais c'est eux qui doivent en supporter d'une certaine mani&#232;re les effets secondaires. Avant toute chose je r&#233;p&#233;terai encore une fois qu'il est parfaitement compr&#233;hensible, et m&#234;me &#224; la limite justifi&#233;, pour des juifs ayant r&#233;ussi &#224; &#233;chapper &#224; une de pires horreurs de l'histoire humaine de vouloir trouver un endroit o&#249; ils aient au moins l'impression qu'ils pourront vivre tranquille entre eux. Le fait qu'ils aient eu &#224; le faire est le r&#233;sultat du comportement inadmissible, non pas des Allemands seuls, mais de tous les peuples europ&#233;ens. Seulement en arrivant par milliers dans la Palestine, ils ont cr&#233;&#233;s autant de probl&#232;mes chez les autres qu'ils en ont r&#233;solus chez eux. Les premiers pionniers des premiers kiboutzim avaient une id&#233;ologie socialiste distributive que l'on qualifierait ici facilement de libertaire. Mais ils ont &#233;t&#233; bient&#244;t noy&#233;s dans la masse et, rapidement, l'&#233;tat d'Isra&#235;l a pris toutes les caract&#233;ristiques de l'Etat moderne. Cela a eu deux cons&#233;quences : d'abord l'&#233;tat en formation a chass&#233; les corps &#233;trangers que constituaient les premiers habitants cr&#233;ant tout le probl&#232;me des Palestiniens, ensuite, dans sa n&#233;cessit&#233; d'avoir une id&#233;ologie qui cimente la population et qui permet de faire appel &#224; l'aide de la diaspora, il a encore accentu&#233; le caract&#232;re isra&#233;lite de sa nation. Cet &#233;tat de fait renforce du m&#234;me coup une certaine puissance de l'Islam dans les pays &#224; dominante musulmane, et donc ruine d'autant plus le programme des &#8220;progressistes&#8221;. Evidemment certains d&#233;fenseurs de l'&#233;tat d'Isra&#235;l ne manqueront pas d'argumenter que cette d&#233;rive isra&#233;lienne est une r&#233;ponse &#224; l'attitude des arabes. Mais entrer dans ce genre de discussion revient &#224; trancher le probl&#232;me de la poule et de l'oeuf.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Cinqui&#232;me raison et pas des moindres : la difficult&#233; de changer les mentalit&#233;s. Le passage &#224; une exploitation de l'homme par l'homme qui se fonde sur l'industrie demande des changements profonds dans les relations au travail et dans les relations humaines, donc dans la structure de classes. Dans les pays capitalistes occidentaux le processus qui a men&#233; &#224; la formation de la nouvelle mentalit&#233; s'est d&#233;roul&#233; sur plusieurs si&#232;cles. Aux Etats-Unis ce processus s'est fait facilement parce qu'ils ont &#233;t&#233; peupl&#233;s par une majorit&#233; d'&#233;migrants europ&#233;ens. En revanche, sauter les &#233;tapes est terriblement difficile comme le montre le cas de l'URSS. Ce changement de mentalit&#233; ne doit pas seulement, on serait tent&#233; de dire pas tellement, concerner la classe domin&#233;e mais bien la classe dominante elle-m&#234;me. Celle-ci doit acqu&#233;rir le r&#233;flexe de l'exploitation faite dans le but d'accumuler, celui de la th&#233;saurisation productive par le r&#233;investissement. Elle doit aussi faire sienne une certaine dictature de l'horaire. Comme dit Marx toute &#233;conomie est une &#233;conomie de temps, en ce sens que c'est la gestion du temps de travail qui d&#233;termine la nature de l'&#233;conomie. Celle de la soci&#233;t&#233; industrielle moderne lui est particuli&#232;re. Elle a la notion &#8220;moderne&#8221; du temps. Quiconque est all&#233; en URSS ou dans les pays du tiers monde sait imm&#233;diatement que cette notion fait d&#233;faut, d'o&#249; l'impression ( fausse ) de paresse que ces pays d&#233;gagent. La soci&#233;t&#233; reste &#233;trang&#232;re &#224; cette mani&#232;re d'envisager le temps et le traite d'une tout autre fa&#231;on, qui peut avoir bien des agr&#233;ments mais qui ne satisfait pas aux crit&#232;res exig&#233;s par une soci&#233;t&#233; du capital moderne. Pour passer &#224; un autre stade il faut donc une modification de la classe dominante : qu'elle se montre capable de s'imposer &#224; elle-m&#234;me et d'imposer &#224; la soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re le nouveau mode de vie. Seul le Japon a vu sa classe dominante se transformer volontairement en bourgeoisie : une r&#233;alisation remarquable dit Pannekoek. Dans les autres pays du Sud Est asiatique, elle a fait cette m&#234;me transformation en s'appuyant sur le capital am&#233;ricain et japonais. Ce n'est que gr&#226;ce &#224; toutes ces &#233;volutions, r&#233;volutionnaires au sens propre du terme, que peuvent donner leur mesure les sp&#233;cialistes scientifiques et techniques et que peut aussi se modifier le mode de production, que peut donc se former la nouvelle classe domin&#233;e adapt&#233;e aux nouveaux rapports sociaux. Lorsque la classe dominante se montre incapable de changer, la soci&#233;t&#233; pr&#233;sente un vide. La tentation est alors grande pour ceux qui veulent avancer de se substituer &#224; elle par des m&#233;thodes brutales. La dictature est une preuve de faiblesse de la classe dominante ou plut&#244;t de son inad&#233;quation aux exigences d'une exploitation moderne, voire m&#234;me de sa totale inexistence. D'o&#249; le r&#232;gne des cliques militaires qui s'imposent d'autant plus que seule l'arm&#233;e a alors une vague notion moderne du temps. On objectera que le Japon a connu une &#232;re militariste, mais celle-ci correspondait davantage, comme je l'ai remarqu&#233; au d&#233;but de ce texte, &#224; sa volont&#233; de s'affirmer sur le monde ext&#233;rieur et de se procurer des march&#233;s et des mati&#232;res premi&#232;res. En revanche, l'existence de dictatures polici&#232;res dans le Proche et Moyen Orient, qu'elles soient pr&#233;tendument progressistes, comme en Egypte, en Syrie ou en Irak, ou qualifi&#233;es de r&#233;actionnaires comme en Iran, montre cette incapacit&#233; dont je viens de parler, tout comme la dictature stalinienne, voire l&#233;niniste, &#233;tait l'image de celle de la classe dominante russe. La fermeture des fronti&#232;res et le renfermement sur soi-m&#234;me ne change rien. Le dilemme : &#233;chapper aux volont&#233;s du capital international ou continuer de stagner n'a pas de solution. La r&#233;alit&#233; impose sa loi. En revanche, l'&#233;tat d'Isar&#235;l est en bien meilleure posture. Sa classe dominante s'est form&#233;e &#224; partir de personnes venues d'Europe, et elle a su, on pourrait dire par construction, maintenir les liens internationaux avec la diaspora, et de cette mani&#232;re &#233;viter l'isolement que la diplomatie cherche souvent &#224; lui imposer. De ce point de vue et de ce point de vue seulement, sa situation, toutes proportions gard&#233;es, n'est pas sans rappeler celle des Etats-Unis des d&#233;buts. Elle a pu ainsi cr&#233;er et s'int&#233;grer la couche de sp&#233;cialistes et de scientifiques de niveau international qui est n&#233;cessaire au fonctionnement d'une &#233;conomie moderne. Il ne faut pas chercher plus loin les raisons de ses succ&#232;s militaires.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Sixi&#232;me raison li&#233;e &#224; la pr&#233;c&#233;dente : d&#232;s que le choix est fait de passer &#224; une dictature de type l&#233;niniste, l'accent est automatiquement mis sur le d&#233;veloppement de l'industrie lourde, sur une r&#233;forme agraire qui va favoriser la cr&#233;ation de fermes &#233;tatis&#233;es, caract&#233;ristiques de la Russie ou de la Chine, et qui vont rapidement, au lieu de faire cro&#238;tre la production agricole au rythme de la croissance galopante de la population, amener au mieux une stagnation quand ce n'est pas un r&#233;gression pure et simple.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Septi&#232;me raison, la richesse p&#233;troli&#232;re : paradoxalement, c'est une cause de maintien dans l'arri&#233;ration. Cette richesse obtenue sans effort v&#233;ritable est gaspill&#233;e et ne va pas dans un d&#233;veloppement r&#233;el du pays . Elle va dans les casinos ou dans le capital financier international dans le cas des &#233;tats r&#233;actionnaires (Arabie, Emirats). Elle va essentiellement dans l'arm&#233;e et les projets m&#233;galomaniaques dans les autres.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Huiti&#232;me raison qui fait pendant &#224; l'existence de l'&#233;tat d'Isra&#235;l, celle des monarchies traditionnelles du type de l'Arabie Saoudite et des &#233;mirats du Golfe. Ces monarchies richissimes qui se veulent les remparts d'un Islam pur et dur, disposent de moyens de pression consid&#233;rables pour maintenir les choses en l'&#233;tat. Non seulement l'argent, mais aussi la g&#233;n&#233;alogie de leurs dirigeants qui les fait remonter au proph&#232;te ou au moins &#224; ses premiers compagnons. Bien entendu elles se sont rapidement rendu compte que le capitalisme occidental et plus particuli&#232;rement am&#233;ricain &#233;tait le meilleur de leurs alli&#233;s. Elles constituent l'autre m&#226;choire de l'&#233;tau ( la premi&#232;re est Isra&#235;l ) qui enserre le Proche et le Moyen orient.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Enfin, derni&#232;re raison, l'existence des Palestiniens fait peser une sorte de handicap insurmontable sur tous les pays de la r&#233;gion. Non seulement en Isra&#235;l, mais aussi ailleurs. Elle g&#234;ne certainement une &#233;volution vers des &#233;tats la&#239;cs tentant pacifiquement de d&#233;velopper un capitalisme moderne. Elle a permis une cristallisation des masses musulmanes sur une image factice d'un malheur plus grand que le leur et la cr&#233;ation d'un diable fantasmatique : Isra&#235;l, charg&#233;, cela va de soi, de ... tous les p&#233;ch&#233;s. Elle renforce ainsi l'attachement aux mentalit&#233;s anciennes li&#233;es &#224; la solidarit&#233; religieuse islamique. Elle contraint n&#233;cessairement tous les gouvernements d'entrer dans cette logique, faute de quoi ils seraient englob&#233;s dans une m&#234;me r&#233;probation. Ce n'est pas que l'envie manque de se d&#233;barrasser des Palestiniens, m&#234;me physiquement, ou, au moins, de les domestiquer, comme l'a montr&#233; l'attitude de Hussein de Jordanie, et comme le montre celle des chr&#233;tiens du Liban mais aussi celle de la Syrie.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;La n&#233;cessit&#233; de faire appel &#224; une certaine forme d'Islam est encore renforc&#233;e dans tous les pays arabes par celle de recevoir des subsides que les Russes ne peuvent fournir. L'aide ne peut venir que soit du capital mondial, soit des pays producteurs de p&#233;trole en bon termes avec lui : l'Arabie Saoudite, le Koweit, les Emirats Arabes Unis, c'est-&#224;-dire des pays fondamentalistes. Une fois encore on retrouve une situation en contradiction avec les principes du nationalisme la&#239;c que l'on voulait installer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend mieux alors la succession de coups d'&#233;tat, d'attentats, d'assassinats qui ont d&#233;chir&#233; la r&#233;gion. Car dans l'atmosph&#232;re d'&#233;chec une certaine fuite en avant est in&#233;vitable et, comme tout r&#233;gime qui tente de transformer un pays &#8220;arri&#233;r&#233;&#8221; par lui-m&#234;me a n&#233;cessairement une forme dictatoriale, (pas n&#233;cessairement avec une id&#233;ologie socialisante, comme par exemple en Iran), elle d&#233;bouche sur la transformation de la couche au pouvoir en clique militaire qui s'&#233;pure elle-m&#234;me et maintient sur le pays une domination sanglante qui ne le c&#232;de en rien aux autres dictatures militaires du monde. On comprend mieux aussi le recours &#224; des guerres, encore rendues plus in&#233;vitables comme s'il en &#233;tait besoin par l'existence m&#234;me des feddayins palestiniens. Mais ces guerres contre Isra&#235;l, m&#234;me si elles ont fini par d&#233;boucher sur une paix s&#233;par&#233;e entre ce pays et l'Egypte, n'ont rien r&#233;solu. Elles ont en r&#233;alit&#233; renforc&#233; l'&#233;tat juif dans l'id&#233;e qu'il avait atteint ses fronti&#232;res naturelles et qu'il n'avait aucune raison de se retirer. Au contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne le capitalisme international, et plus particuli&#232;rement l'Am&#233;rique, il aurait d&#251; se r&#233;jouir de l'&#233;volution. Clairement le nationalisme arabe est arriv&#233; dans un cul de sac. Il va falloir qu'il passe &#224; la casserole. L'URSS est visiblement en perte de vitesse dans la r&#233;gion. Il a donc suffit d'attendre suffisamment patiemment, en aidant Isra&#235;l &#224; survivre et &#224; constituer l'abc&#232;s de fixation n&#233;cessaire. Le seul point noir ce sont ces ayatollahs, sans doute pas trop dangereux mais enquiquinants que Carter va traiter avec maladresse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant &#224; la fin de 1979, la situation est en r&#233;alit&#233; plus explosive que jamais : elle est grosse d'interventions des Isra&#233;liens au Liban, mais, et c'est de l&#224; que va venir la plus grande surprise, de la guerre entre deux pays en principe musulmans : l'Irak et l'Iran.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?513-essai-sur-la-guerre-du-golfe-4-4' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Quatri&#232;me partie disponible ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Essai sur la guerre du golfe (2/4)</title>
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		<dc:subject>Islam</dc:subject>
		<dc:subject>Empire</dc:subject>

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&lt;p&gt;Y a-t-il une th&#233;orie des guerres qui soit satisfaisante ? A propos du Proche et du Moyen-Orient : Quelques mots d'histoire (ci-dessous...) Le Proche et le Moyen Orient de 1945 &#224; 1979. La situation au Proche et Moyen Orient apr&#232;s 1979 (.../...) Premi&#232;re partie disponible ici 6) Le probl&#232;me du Proche et du Moyen-Orient et du monde arabe et musulman en g&#233;n&#233;ral. a) L'expansion de l'Islam, le Proche et le Moyen-Orient. Pour traiter ce probl&#232;me, il est indispensable de refaire un peu (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-dynamiques-geopolitiques-" rel="directory"&gt;Dynamiques G&#233;opolitiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-122-guerre-+" rel="tag"&gt;Guerre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-131-oligarchie-+" rel="tag"&gt;Oligarchie&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?499-essai-sur-la-guerre-du-golfe-1-4' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Y a-t-il une th&#233;orie des guerres qui soit satisfaisante ?&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; A propos du Proche et du Moyen-Orient : Quelques mots d'histoire (ci-dessous...)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?479-essai-sur-la-guerre-du-golfe-3-4' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Le Proche et le Moyen Orient de 1945 &#224; 1979.&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?513-essai-sur-la-guerre-du-golfe-4-4' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La situation au Proche et Moyen Orient apr&#232;s 1979&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?499-essai-sur-la-guerre-du-golfe-1-4' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Premi&#232;re partie disponible ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;6) Le probl&#232;me du Proche et du Moyen-Orient et du monde arabe et musulman en g&#233;n&#233;ral.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;a) L'expansion de l'Islam, le Proche et le Moyen-Orient.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour traiter ce probl&#232;me, il est indispensable de refaire un peu d'histoire. Remonter aux Assyriens aux Perses et aux M&#232;des, aux H&#233;breux, &#224; Alexandre et aux Romains, voire avant, au n&#233;olithique sup&#233;rieur, n'est peut &#234;tre pas indispensable, sauf que l'id&#233;ologie de nombre de peuples de la r&#233;gion du Moyen Orient fait sans arr&#234;t r&#233;f&#233;rence &#224; des &#233;v&#233;nements qui se sont d&#233;roul&#233;s entre mille et trois mille ans avant l'&#233;poque moderne. De m&#234;me on ne peut n&#233;gliger les aspects religieux de la vie quotidienne, m&#234;me et surtout qu'il nous est aujourd'hui assez difficile, dans l'environnement mat&#233;rialiste et dans la pratique a-th&#233;e (au sens &#233;tymologique de ce terme) de comprendre les mentalit&#233;s de peuples qui vivent dans une religiosit&#233; inconnue chez nous depuis le Moyen Age. N'oublions pas qu'un musulman, m&#234;me peu croyant, effectuera ses cinq pri&#232;res quotidiennes quel que soit l'endroit o&#249; il se trouve, qu'il respectera le je&#251;ne du ramadan, et, en principe, qu'il viendra prier avec ses &#8220;fr&#232;res&#8221; tous les vendredis &#224; la mosqu&#233;e. Toutes ces pratiques sont en fait des pratiques publiques. Leur pouvoir contraignant est consid&#233;rable et l'emprise de la religion reste profonde sur les soci&#233;t&#233;s islamiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut donc pas s'&#233;tonner que les leitmotive qui courent dans les groupes musulmans fassent sans arr&#234;t r&#233;f&#233;rence &#224; l'Islam, au proph&#232;te et &#224; la communaut&#233;, l'Omma.. Ainsi nombre de fondamentalistes qui veulent r&#233;aliser une Imitation de Mahomet , comme d'autres voulaient faire une Imitation de J&#233;sus Christ , expliquent &#224; qui veut les entendre que l'Islam de cette &#233;poque est l'exemple de la d&#233;mocratie v&#233;ritable, du bonheur parfait et de la rectitude morale, et il n'est pas sans int&#233;r&#234;t de rentrer un peu dans les d&#233;tails.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la mort de Mahomet, inattendue de lui-m&#234;me, rien n'&#233;tait pr&#233;vu pour r&#233;gler le probl&#232;me de sa succession. La communaut&#233; musulmane devait se choisir un nouveau chef, le Calife, le lieutenant du proph&#232;te. Son choix, para&#238;t-il mod&#232;le de choix d&#233;mocratique, n'est pas tr&#232;s clair et r&#233;sulta en fait de compromis entre les puissants des tribus arabes. Abou Bekr, un des beaux p&#232;res du proph&#232;te, fut choisi. Il ne r&#233;gna que deux ans (632-634), mais il lan&#231;a les tribus arabes dans des rezzous hors du pays, vraisemblablement pour mettre fin &#224; nombre de luttes internes, et aux s&#233;cessions de tribus se regroupant autour de &#8220;faux &#8220; proph&#232;tes. Les tribus partirent donc pour faire des raids, un peu &#224; la mani&#232;re des Normands, et ramen&#232;rent passablement de butin &#224; la Mecque et &#224; M&#233;dine. Ce faisant, elles restaient dans la tradition b&#233;douines de ran&#231;onner les caravanes qui allaient d'un oasis &#224; l'autre ou se rendaient vers le sud du pays pour y chercher des aromates. Abou Bekr mort, il fallu choisir un autre successeur, toujours para&#238;t-il par une &#233;lection. Mais de fait le Calife avait renvoy&#233; l'ascenseur en d&#233;signant lui-m&#234;me Omar, qui l'avait soutenu lors de sa propre nomination, contre un gendre de Mahomet, Ali. Le r&#232;gne d'Omar (634-644) voit quelques milliers d'arabes convertis par Mahomet, mais aussi all&#233;ch&#233;s par le butin rapport&#233; pr&#233;c&#233;demment, sortir de l'Arabie. Ils entraient dans les pays dits du &#8220;croissant fertile&#8221;, c'est-&#224;-dire plus ou moins le Proche Orient actuel, pays de vieilles civilisations, regroupant la Syrie, la M&#233;sopotamie, la Palestine, pays essentiellement agricoles, avec des r&#233;gions fertiles au voisinage des fleuves et aussi des r&#233;gions d&#233;sertiques. Ces pays &#233;taient sous la domination de Byzance, en g&#233;n&#233;ral convertis au christianisme, et rassemblaient des peuples divers, le plus souvent des s&#233;mites, et parmi eux quelques arabes. En quelques ann&#233;es, les Arabes d'Arabie avaient conquis la r&#233;gion, et atteint les fronti&#232;res de l'empire sassanide de Perse qu'ils commenc&#232;rent &#224; occuper. Toujours sur leur lanc&#233;e, ils conquirent l'Egypte et commenc&#232;rent &#224; s'aventurer vers l'Afrique du Nord. En fait les diff&#233;rents peuples soumis &#224; la domination byzantine saut&#232;rent sur l'occasion d'&#233;chapper &#224; une administration tracassi&#232;re, aux imp&#244;ts &#233;lev&#233;s, etc. L'expansion de la nouvelle religion pouvait sembler irr&#233;sistible. Bien entendu les troupes conqu&#233;rantes comprenaient aussi des convertis et les particularit&#233;s des peuples conquis allaient vite refaire surface, aggrav&#233;es encore par les tendances individualistes h&#233;rit&#233;es des b&#233;douins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la mort du deuxi&#232;me calife Omar, en 644, assassin&#233; par un chr&#233;tien, on &#233;carta de nouveau Ali , jug&#233; trop intransigeant et voulant revenir &#224; la puret&#233; initiale (d&#233;j&#224; !), et on nomma une sorte de potiche, Othm&#226;n, en fait le repr&#233;sentant de la puissante famille des Omayyades. Othm&#226;n consolida les conqu&#234;tes, fit &#233;tablir un texte d&#233;finitif du Coran pour &#233;viter les interpr&#233;tations. C'est que naissaient nombre de schismes, conform&#233;ment &#224; la vieille tradition des r&#233;gions conquises, qui avaient d&#233;j&#224; connu toutes les h&#233;r&#233;sies chr&#233;tiennes. La puissance califale &#233;tait en r&#233;alit&#233; &#233;branl&#233;e. Othm&#226;n avait m&#234;me pris la d&#233;cision de ne plus encourager les conversions car elles r&#233;duisaient les revenus provenant des imp&#244;ts que devaient payer les dhimmis (ceux qui &#233;taient autoris&#233;s &#224; continuer de pratiquer leur religion). Tout cela lui fut reproch&#233;, ainsi que le comportement de son entourage. Il fut assassin&#233; &#224; son tour en 656 et Ali fut enfin &#233;lu (comment et par qui on ne sait trop) calife. En fait il ne fut pas reconnu par tout le monde et d&#251;t mener la guerre contre les dissidents omayyades retranch&#233;s en Syrie. D'abord il d&#251;t r&#233;duire la M&#233;sopotamie et livrer &#224; Bassora la premi&#232;re bataille entre musulmans. Mais cette victoire fut sans lendemain. Il fut assassin&#233; en 661 par des Kharedjites , des plus extr&#233;mistes que lui, qui lui reprochaient son incapacit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi en moins de quarante ans l'Islam avait sans doute conquis un empire gigantesque mais s'&#233;tait d&#233;j&#224; abondamment d&#233;chir&#233;, contrairement &#224; l'image idyllique que certains voudraient en donner. Certes apr&#232;s la mort d'Ali, les Omayyades s'installent &#224; Damas (rompant ainsi de fait avec l'Arabie), battent et tuent le fils d'Ali, Hussein, &#224; Kerbala, en Irak, s'imposent pratiquement &#224; tout le Moyen-Orient. Ils rompent de fait avec la pr&#233;tendue d&#233;mocratie &#233;lective et renouent avec les monarchies h&#233;r&#233;ditaires. Ils cr&#233;ent la dynastie qui porte leur nom et dont le pays central est la Syrie. Leur capitale est Damas, qui est &#224; l'&#233;poque une des villes les plus riches du monde. Leur cour est brillante et leur civilisation au moins &#233;gale &#224; celle des byzantins, mais elle m&#234;le &#224; la composante islamique les h&#233;ritages venus de l'ancienne Syrie, tant chr&#233;tiens, que juifs ou m&#234;me pa&#239;ens. On est loin des arabes b&#233;douins. Les Omayyades reprennent cependant les conqu&#234;tes et l'empire musulman, plus ou moins unifi&#233; sous leur direction, s'&#233;tend des Pyr&#233;n&#233;es &#224; l'Indus. Du point de vue religieux ils d&#233;fendent l'interpr&#233;tation sunnite c'est-&#224;-dire celle qui pallie une certaine insuffisance des r&#232;glements l&#233;gislatifs dans le Coran par une sorte de tradition orale sens&#233;e s'appuyer sur la vie de Mahomet et de ses premiers compagnons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur r&#232;gne dure jusqu'en 750 avec des hauts et des bas, surtout &#224; partir de 720, o&#249; un descendant d'Abbas, un des oncles du proph&#232;te, s'allie aux chiites, les partisans d'Ali (qui ont maintenant leur martyr en la personne d'Hussein), et &#224; des Persans, pour les &#233;liminer compl&#232;tement et se proclamer calife &#224; Kufa, l'ancienne Ct&#233;siphon. Cette fois la nouvelle dynastie, les Abbassides, s'installe dans l'ancienne M&#233;sopotamie qui &#224; l'arriv&#233;e des premiers arabes &#233;tait s&#233;par&#233;e entre la Perse et Byzance. Elle y fonde sa capitale, la ville de Bagdad, o&#249; elle va r&#233;gner pendant cinq si&#232;cles. Damas a d&#233;finitivement perdu toute importance. La brillante civilisation qui se d&#233;veloppe &#224; Bagdad, surtout dans le premier si&#232;cle, est de nouveau un remarquable m&#233;lange d'influences hell&#233;niques, aram&#233;ennes, hindoues, persanes, qui proviennent entre autre de sa situation au barycentre entre l'Orient et l'Occident. C'est &#224; cette civilisation &#8220;arabe&#8221; que l'on doit d'avoir transmis &#224; la renaissance europ&#233;enne, via l'Espagne musulmane et juive, l'h&#233;ritage grec et les d&#233;veloppements remarquables qu'elle a elle-m&#234;me cr&#233;&#233;s. Elle est sans commune mesure avec celle de l'Occident chr&#233;tien obscurantiste et de son &#233;glise intransigeante, destructrice quasi-syst&#233;matique des h&#233;ritages de la civilisation antique. Symptomatique du m&#233;lange du monde abbasside, les princes qui y r&#232;gnent sont n&#233;s de femmes non arabes et les vizirs qui la gouvernent sont de toute origine, par exemple Persans comme les plus c&#233;l&#232;bres d'entre eux les Barm&#233;cides, les ministres d'Haroun ar-Rachid dont parlent les Mille et Une Nuits. En grande partie la richesse de l'empire abbasside provient, non seulement de l'agriculture, mais aussi du commerce arabe qui sert de liaison entre l'Extr&#232;me Orient et l'Occident. La route de la soie passe par les pays musulmans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en se r&#233;f&#233;rant &#224; cette p&#233;riode que l'on fonde la r&#233;putation d'un Islam tol&#233;rant, leitmotiv d'une certaine propagande actuelle qui ne touche pas seulement les milieux musulmans. Ce genre d'affirmation n&#233;cessite quelque mise au point. Certes, &#224; certaines p&#233;riodes, l'Islam est tol&#233;rant, mais il faut bien souligner que cette tol&#233;rance s'exerce sous sa domination et dans ses termes. Tout pendant que les dhimmis veulent bien accepter leur position subalterne, tout va bien, ils peuvent m&#234;me monter dans la hi&#233;rarchie sociale et s'enrichir. Mais il ne peut &#234;tre question pour eux d'aller au del&#224;. On songe irr&#233;m&#233;diablement &#224; la condition des juifs dans la r&#233;gion de Montpellier en France &#224; la m&#234;me &#233;poque, qui pouvaient prosp&#233;rer tranquillement, &#224; condition d'envoyer chaque ann&#233;e, en signe d'inf&#233;riorit&#233;, un des leurs se faire gifler publiquement le Vendredi Saint pour expier le d&#233;&#239;cide au nom de son peuple. Dans les deux cas il reste une affirmation : on ne saurait tenir pour &#233;gaux les tenants de la vraie religion et les autres. Il en va de m&#234;me pour les royaumes chr&#233;tiens espagnols du Moyen &#226;ge qui ont des juifs et des musulmans comme ministres, mais qui, m&#234;me si le roi est quelque peu impie, ne mettent pas en cause la sup&#233;riorit&#233; du christianisme. Quoi qu'il en soit, et pour s'en tenir &#224; cette p&#233;riode du Moyen &#226;ge, l'Islam, compte tenu de ces r&#233;serves, est plus &#8220;tol&#233;rant&#8221; en moyenne que la chr&#233;tient&#233; qui, elle, extermine les h&#233;r&#233;tiques. Mais il a quand m&#234;me des p&#233;riodes de retour &#224; l'oppression et &#224; l'intol&#233;rance, souvent sous la forme de soul&#232;vements de fanatiques voulant r&#233;tablir la vraie foi et d&#233;clarant la guerre sainte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si je me suis &#233;tendu assez longuement sur cette p&#233;riode de l'Islam, c'est que d'abord elle est en g&#233;n&#233;ral assez mal connue en Occident, mais c'est surtout qu'elle fait partie de cet imaginaire arabe qui parcourt tant les intellectuels que les masses du monde islamique. En fait la civilisation arabe proprement dite ne dure qu'un si&#232;cle au plus, et encore. En revanche ce qui a davantage dur&#233; et marqu&#233; c'est une civilisation cosmopolite fondamentalement musulmane qui s'incorpore des composantes venues d'un peu partout, dont elle a su faire une digestion et une am&#233;lioration remarquable. Car, en r&#233;alit&#233;, d&#232;s le Xe si&#232;cle le pouvoir des califes abbassides n'est plus que nominal. L'Egypte, devenue chiite, l'Afrique du Nord, l'Espagne, l'Arm&#233;nie leur &#233;chappent. De plus les grandes invasions, d&#233;clench&#233;es par le renforcement de l'empire Song en Chine, commencent dans la seconde moiti&#233; du Xe si&#232;cle, avec l'arriv&#233;e des Turcs seldjoukides. Ceux-ci adoptent le sunnisme et cr&#233;ent le sultanat qui, en fait, est &#233;miett&#233; en principaut&#233;s rappelant le f&#233;odalisme europ&#233;en. Comme tous les nouveaux convertis, ils se montrent d'abord intransigeants et interdisent la visite des lieux saints aux chr&#233;tiens (pourtant source importante de revenus) donnant le pr&#233;texte aux croisades dont je dirai quelques mots plus loin, mais aussi r&#233;imposent le sunnisme &#224; l'Egypte qu'ils gouvernent par Mamelouks interpos&#233;s. A leur suite se pr&#233;cipit&#232;rent toute sorte d'envahisseurs. D'abord les Mongols. Ils prennent Bagdad qu'ils d&#233;truisent en 1258 et qui, si elle se releva quelque peu par la suite, ne reprit jamais son r&#244;le de capitale, ni a fortiori sa place de centre du monde. Les Mongols, souvent bouddhistes (!!) ou incr&#233;dules et plut&#244;t favorables aux chr&#233;tiens, jouaient sur les oppositions entre les diverses religions et sectes et d&#233;siraient m&#234;me &#233;tablir un &#233;tat la&#239;que (au XIIIe si&#232;cle !). Sans leur d&#233;faite par le sultan d'Egypte, due &#224; ce que les Crois&#233;s ne vinrent pas les soutenir, ils auraient vraisemblablement mis fin &#224; toute puissance musulmane ind&#233;pendante. Ensuite en vinrent d'autres, dont les turcomans de Tamerlan qui r&#233;tablirent, dans les massacres, l'orthodoxie musulmane. La paix ne fera sa r&#233;apparition que lorsque les Ottomans r&#233;ussiront &#224; imposer la domination, d'ailleurs universellement d&#233;test&#233;e, des Turcs de la Sublime Porte, qui ont pris Constantinople, nomm&#233;e maintenant Istanbul. Les invasions cessent entre autres parce que l'invention des armes &#224; feu permet aux villes de se d&#233;fendre efficacement. En r&#233;alit&#233; toute la r&#233;gion avait d&#233;j&#224; perdu son importance mondiale d&#232;s le XVe si&#232;cle, tout simplement parce que le commerce des &#233;pices et de la soie &#233;tait pass&#233; entre les mains des navigateurs occidentaux et se faisait par l'oc&#233;an atlantique (la raison du d&#233;clin de Venise). Le Proche Orient entre dans une totale l&#233;thargie. Il faut attendre le XIXe si&#232;cle pour voir y arriver Bonaparte, puis y enregistrer quelques tentatives pour secouer le joug de la puissance turque en d&#233;clin. Ainsi les chr&#233;tiens du Liban qui conqui&#232;rent en partie la Syrie et doivent d'ailleurs faire face &#224; une r&#233;volte qui les chasse. Ainsi les Mamelouks de M&#233;h&#233;met Ali l'Egyptien, qui conquirent la Palestine et la Syrie se dirig&#232;rent vers Istanbul qui fut sauv&#233;e par l'intervention... des grandes puissances, Angleterre, France, Russie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas de la Perse, autre &#233;tat important de cette r&#233;gion est encore plus symptomatique. Si dans le Moyen Orient l'arabe put s'imposer comme langue v&#233;hiculaire (et encore sous des formes dialectales telles qu'il est difficile pour un Egyptien et un Irakien de se comprendre), &#224; des peuples d'origine s&#233;mitique parlant des langues de la famille de l'arabe, la Perse, peupl&#233;e d'Indo-europ&#233;ens, si elle se convertit &#224; l'Islam, r&#233;sista &#224; l'arabisation, gardant sa langue puis son ind&#233;pendance. Elle subit aussi les invasions, connut tout sorte d'al&#233;as et fut m&#234;me &#224; un moment gouvern&#233;e par un prince mongol bouddhiste qui favorisait les chr&#233;tiens et opprimait les musulmans. Au d&#233;but du XVIe si&#232;cle elle se lib&#233;ra compl&#232;tement de toute influence turque et cr&#233;a un empire gouvern&#233; par le shah qui s'empressa d'imposer le chiisme comme religion d'Etat tout simplement parce que les Turcs &#233;taient sunnites. La Perse conn&#251;t son apog&#233;e au XVIIe si&#232;cle allant m&#234;me jusqu'&#224; reconqu&#233;rir ce qu'elle consid&#233;rait comme ses provinces occidentales, les provinces orientales de l'Irak actuel o&#249; se trouvent les villes saintes chiites de Nedjef et de Kerbala. En tout cas elle ne cessa de se d&#233;fendre contre les turcs sunnites de Constantinople et r&#233;ussit &#224; pr&#233;server ses particularit&#233;s jusqu'&#224; nos jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vieux pays de civilisation, l'Egypte a aussi connu des fortunes diverses. Apr&#232;s sa conqu&#234;te par Omar, elle mit un certain temps &#224; se convertir &#224; l'Islam et &#224; adopter la langue arabe (au VIIIe si&#232;cle seulement, et elle garde une importante minorit&#233; copte). Un temps ind&#233;pendante, elle est reprise par les califes abbassides, puis conquise par les fatimides chiites venus de .. Tunisie, qui fondent la ville du Caire o&#249; ils installent un anti-califat. Ils r&#232;gnent de 969 &#224; 1171. Ils sont renvers&#233;s par Saladin qui r&#233;tablit le sunnisme, tout en restant ind&#233;pendant de Bagdad et qui reprit J&#233;rusalem aux Crois&#233;s (voir plus loin).Viennent ensuite les Mamelouks, esclaves de la garde des descendants de Saladin, qui font du pays un des plus prosp&#232;re de l'Islam. Ils arr&#234;tent l'expansion mongole du XIIIe si&#232;cle et r&#232;gnent sans partage jusqu'au XVIe si&#232;cle o&#249; ils passent sous la domination de la Porte. En fait l'Egypte avait d&#233;j&#224; perdu sa puissance d&#232;s le XVe si&#232;cle, &#224; la suite de la d&#233;couverte du cap de Bonne Esp&#233;rance. L'arriv&#233;e de Bonaparte s'inscrit dans le cadre de la rivalit&#233; franco-anglaise. Elle laisse l'Egypte dans le plus complet d&#233;sordre, jusqu'&#224; l'arriv&#233;e au pouvoir de M&#233;h&#233;met Ali (1805-1849 ) qui, comme je l'ai dit plus haut, mena&#231;a Istanbul, mais fut arr&#234;t&#233; par les Anglais qui en profit&#232;rent pour imposer leur volont&#233; puis une occupation militaire &#224; partir de 1882.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Arabie, dont &#233;taient sortis les conqu&#233;rants, ne joua pratiquement aucun r&#244;le dans cette p&#233;riode. Pays pauvre, mais d&#233;tenant les lieux saints source de revenus &#224; cause du p&#232;lerinage, elle se borna &#224; r&#233;sister le plus possible aux empi&#233;tements des Califes. Les rivalit&#233;s internes &#233;taient incessantes et en particulier entre les deux villes saintes de la Mecque et de M&#233;dine qui s'appuyaient tant&#244;t sur l'Egypte, tant&#244;t sur Bagdad, tant&#244;t sur la Porte. Les sectes y prolif&#233;raient. L'Arabie du Sud, essentiellement le Y&#233;men, beaucoup plus riche, gardait une esp&#232;ce d'ind&#233;pendance. Quant aux futurs &#233;mirats de la c&#244;te du golfe persique, connue aussi sous le nom de c&#244;tes des pirates, ils tiraient l'essentiel de leur ressources de la course contre les bateaux britanniques de la compagnie des Indes. Ils &#233;chappaient &#224; la tutelle directe des Turcs et le Koweit, d&#233;j&#224; sous un semi-protectorat anglais depuis 1799, sans doute pour faire cesser la course, fut reconnu &#8220;ind&#233;pendant dans le cadre de l'empire ottoman&#8221; par un accord... anglo-turc de 1913 !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On imagine difficilement en Europe occidentale, r&#233;gion charg&#233;e d'histoire ininterrompue, ce que peut signifier pour un intellectuel et pour un peuple patriote de n'avoir d'histoire glorieuse et stable que mille ans ou presque auparavant. Si on se reporte vers le pass&#233; plus proche, on n'y voit que guerres, rapines et esclavage. D'o&#249; cette volont&#233; d'oubli de toute cette p&#233;riode et ce retour &#224; un pass&#233; fantasmatique. Les peuples heureux n'ont pas d'histoire dit-on, il semble que d'en avoir une en quelque sorte fant&#244;me ne fasse pas le bonheur. De plus toute r&#233;f&#233;rence &#224; cette &#233;poque des califes arabes r&#233;veille toujours quelques rancoeurs entre Damas et Bagdad, s'articulant sur le souvenir de la rivalit&#233; Omayyades-Abbassides. Hafez el Assad et Saddam Hussein font souvent allusion &#224; ces &#233;poques glorieuses, le second remonte m&#234;me &#224; Nabuchodonosor II, roi de Babylone de 605 &#224; 562 avant le Christ, peut &#234;tre parce qu'il avait d&#233;port&#233; les H&#233;breux, peut &#234;tre aussi parce qu'il avait battu les Egyptiens. En tout cas Saddam, en d&#233;portant r&#233;cemment les Kurdes, a renou&#233; avec cette invention assyrienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre imaginaire encore, celui qui court autour des croisades. Certes l'arriv&#233;e des Crois&#233;s, ces bandes de sauvages persuad&#233;s de d&#233;tenir la v&#233;rit&#233;, menant la guerre sainte (tiens , tiens !) d&#233;truisant tout sur leur passage, massacrant hommes femmes et enfants, intimement persuad&#233;s qu'ils gagnaient ainsi le paradis, a &#233;t&#233; un terrible choc pour des populations qui, &#224; l'&#233;poque vivaient dans une paix relative, en fait sous le r&#233;gime de luttes ritualis&#233;es entre princes f&#233;odaux, en principe vassaux des Turcs seldjoukides. Mais au cours du temps les Francs finirent par prendre les habitudes locales, et, mis &#224; part la religion, ils ne diff&#233;raient gu&#232;re des autres princes et sultans. Les renversements d'alliance &#233;taient fr&#233;quents, et des princes chr&#233;tiens et musulmans n'h&#233;sitaient pas &#224; s'allier entre eux contre d'autres princes chr&#233;tiens ou musulmans. Lorsque J&#233;rusalem fut reprise par Saladin en 1188, il s'en suivit la troisi&#232;me croisade. Philippe Auguste et Richard Coeur de Lion prirent Saint Jean d'Acre en 1191 et sign&#232;rent avec Saladin une paix qui lui laissait l'int&#233;rieur de la Palestine et la Syrie mais qui gardait aux Francs tout le littoral. On est loin de cette victoire d&#233;finitive qui tra&#238;ne dans l'imaginaire musulman. De plus Saladin n'est pas un arabe, mais un Kurde, et quand on sait ce que pensent des Kurdes ceux qui se disent arabes....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;b) Histoire politique du Proche et du Moyen Orient de la guerre de 1914 &#224; 1945.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi au d&#233;but du XXe si&#232;cle le Proche et Moyen Orient se trouve, pour l'essentiel divis&#233; entre l'empire turc de Constantinople, le royaume de Perse encore affaibli et l'Egypte d&#233;j&#224; sous la domination anglaise. D'Arabes, il n'est pour ainsi dire plus question. De fait, et c'&#233;tait le but du long rappel historique de le montrer, le Proche et Moyen Orient est un kal&#233;idoscope de peuples divers, r&#233;sultant d'invasions, de d&#233;placements forc&#233;s etc. et dont le moins que l'on puisse dire est qu'ils ne sont gu&#232;re unis, m&#234;me s'ils se retrouvent parfois vaguement dans le souvenir de splendeur pass&#233;e de leurs pays. G&#233;ographiquement ils sont m&#234;l&#233;s les uns dans les autres, et outre que les diff&#233;rences religieuses continuent de jouer un r&#244;le consid&#233;rable, il n'y a pas &#224; proprement parler de sentiment national, sauf en Perse, en Egypte et peut &#234;tre dans la partie chr&#233;tienne du Liban. Le fait que certains peuples se pr&#233;tendent &#8220;arabes&#8221; est purement id&#233;ologique. Il repose sur l'utilisation de la langue, mais aussi sur l'id&#233;e que le peuple arabe, celui du proph&#232;te, est le premier peuple de la terre, le peuple &#233;lu v&#233;ritable, et que par cons&#233;quent il est noble d'avoir quelques gouttes de ce sang dans les veines, et que ces quelques gouttes effacent pour ainsi dire l'origine b&#226;tarde des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement c'est l'Occident qui va r&#233;veiller cette r&#233;gion. D&#232;s la fin du XIXe si&#232;cle, il y a une tr&#232;s forte concurrence entre quatre grandes puissances l'Angleterre, la France, l'Allemagne et la Russie, alors dans sa p&#233;riode d'expansion. Le tout se fait dans l'ambiance de d&#233;composition progressive de l'Empire Ottoman, qualifi&#233; &#224; l'&#233;poque d'homme malade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Russie vise &#224; obtenir des d&#233;bouch&#233;s sur les mers chaudes. Elle voudrait pouvoir contr&#244;ler les Dardanelles voire le Bosphore, elle s'en prend donc plus directement &#224; la Turquie qu'&#224; l'occasion l'Angleterre d&#233;fend. Celle-ci, au contraire, veut assurer sa route vers les Indes, et ce d'autant plus que s'est ouvert le canal de Suez en 1869. Elle occupe donc l'Egypte d&#232;s 1882. Si elle p&#233;n&#232;tre en Perse c'est qu'elle veut contrer l'avance des Russes qui viennent de se constituer leur empire du sud de l'actuelle URSS. Ce n'est pas tellement le p&#233;trole qui l'int&#233;resse encore, sauf qu'en 1908 le premier puits perse fournit du naphte. Les Anglais cr&#233;ent l'Anglo Persian Company. J'en reparlerai un peu plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la guerre de 1914 la situation &#233;volue rapidement. La Turquie s'est alli&#233;e &#224; l'Allemagne et &#224; l'Empire austro-hongrois. Les Alli&#233;s vont la traiter en envoyant un corps exp&#233;ditionnaire en Gr&#232;ce (&#224; Salonique). Mais l'Angleterre r&#233;agit sur un autre terrain. C'est elle qui fait r&#233;ellement na&#238;tre le mythe unificateur, le mythe arabe, dirig&#233; contre les Turcs. Elle s'installe dans ces r&#233;gions o&#249; l'on pr&#233;dit l'existence de sources de p&#233;trole et r&#233;alise une sorte de continuit&#233; territoriale jusqu'aux Indes. Elle va chercher un hach&#233;mite, Husayn ibn Ali (membre d'une famille qurayshite dont faisait partie Mahomet et alors gardien des lieux saints en Arabie), pour mener une insurrection arabe contre les Turcs. L'hach&#233;mite aurait voulu s'installer &#224; Damas et refaire sous sa direction une sorte d'unit&#233; du Proche Orient. Mais c'&#233;tait compter sans l'opposition de la France, et aussi en sous main, de l'Angleterre. Finalement celle-ci cr&#233;a deux royaumes, l'un en Jordanie, l'autre en Irak, donn&#233;s aux fils d'Husayn. Ces souverains, sortis d'Arabie, revenaient, &#224; 1300 ans de distance, conqu&#233;rir le Moyen Orient !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Fran&#231;ais n'avaient pas voulu rester &#224; l'&#233;cart de toute cette affaire. Ils avaient envoy&#233; un corps exp&#233;ditionnaire soutenir l'arm&#233;e anglaise de lord Allenby en Palestine, mani&#232;re pour eux d'affirmer leur pr&#233;sence face &#224; la toute puissante Angleterre. Celle-ci avait voulu se r&#233;server une sorte de pr&#233;sence effective sur les d&#233;bouch&#233;s p&#233;troliers (les sorties des pipelines venus de Mossoul, dans le nord de l'Irak) en cr&#233;ant les protectorats de Palestine, de Syrie et du Liban. Ces deux derniers furent attribu&#233;s &#224; la France. Dans leur protectorat les Anglais, li&#233;s par la d&#233;claration Balfour (1917) qui pr&#233;voyait la cr&#233;ation d'un Foyer national juif en Palestine, autoris&#232;rent les implantations de colonies sionistes. D'une certaine mani&#232;re la politique traditionnelle de la Grande Bretagne se retrouve ici : elle a mis en place tout ce qu'il fallait afin de diviser pour r&#233;gner. Dans leur protectorat, les Fran&#231;ais essay&#232;rent de mener le m&#234;me genre de politique. Ils cr&#233;&#232;rent le Grand Liban &#224; dominante chr&#233;tienne, divis&#232;rent la Syrie en quatre &#233;tats, c&#233;d&#232;rent la ville d'Alexandrette aux Turcs, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Arabie, les choses en all&#232;rent autrement. Les Anglais, toujours menant leur politique d'&#233;quilibre, avaient favoris&#233; la fois Husayn ibn Ali et le wahabite rigoriste ibn Saoud. Par une suite de coups de mains hardis ce dernier, venant du Koweit, finit par s'assurer la domination sur l'Arabie proprement dite et par chasser Husayn. &#192; l'&#233;poque il n'est pas question de p&#233;trole, et ibn Saoud ne veut que r&#233;tablir la religion vraie, la puret&#233; des lieux saints, ramener le calme entre les b&#233;douins, et bien entendu se conqu&#233;rir un royaume.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Perse, la dynastie des Qadjar avait d&#251; louvoyer entre la domination anglaise et la domination russe, dans une situation rendue encore plus complexe par les manoeuvres des Allemands. En 1901 une r&#233;volte avait impos&#233; un parlement au shah, mais en 1908 les Anglais et les Russes r&#233;install&#232;rent le gouvernement autocratique. Nous avons vu que c'est &#224; cette &#233;poque que jaillit le premier p&#233;trole. Pendant la guerre mondiale il y eut une sorte de guerre civile locale pendant laquelle les partisans de l'Allemagne et les Turcs furent vaincus. Les Anglais sortirent ma&#238;tres de la situation et voulurent imposer une sorte de protectorat. Ils y tenaient d'autant plus que le p&#233;trole prenait de plus en plus d'importance et qu'ils cherchaient &#224; d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts de l'Anglo-Persian. Ils en furent emp&#234;ch&#233;s par les Etats-Unis et la France. Il en r&#233;sulta une p&#233;riode troubl&#233;e au cours de laquelle le ministre de la d&#233;fense Reza Pahlavi, un ancien gendarme de la garde imp&#233;riale, d&#233;posa le souverain et se proclama shah in shah (1925).Mais l'Anglo Persian garda la main sur le p&#233;trole. En Egypte enfin, les Anglais restaient ma&#238;tres de la situation. Ils y entretiendront longtemps des garnisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, &#224; la fin de la premi&#232;re guerre mondiale l'Angleterre semble r&#233;gner pratiquement sans partage sur toute la r&#233;gion. Elle y impose ses choix. Le p&#233;trole devient de plus en plus important dans le monde, mais le capital anglais reste pratiquement libre d'en d&#233;terminer l'exploitation qui lui convient. Ainsi, en Arabie, ibn Saoud avait accord&#233; une concession de recherche &#224; des entreprises britanniques. Elle ne fut jamais exploit&#233;e, les britanniques ne voulant pas cr&#233;er de concurrents &#224; l'Irak Petroleum ni &#224; l'Anglo Persian. De plus, sur la foi de leurs techniciens, ils ne croyaient gu&#232;re &#224; la richesse du sous sol de l'Arabie et des Emirats. Les savants n'ont pas toujours raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette domination n'est pas vraiment une colonisation, les Anglais y r&#232;gnent toujours par personnes interpos&#233;es. Ils laissent donc une apparence d'ind&#233;pendance, avec parfois la pr&#233;sence d'un contingent militaire comme en Egypte. Pour assurer leur r&#232;gne, ils pratiquent une politique de bascule, favorisant tant&#244;t le r&#233;gime en place, tant&#244;t ses opposants. Ils continuent aussi de lutter contre les autres capitalistes qui veulent soit accro&#238;tre leur influence comme les Fran&#231;ais, soit s'introduire dans la r&#233;gion, comme les Allemands et surtout les Am&#233;ricains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, dans la situation nouvelle ainsi cr&#233;&#233;e, une sorte de nationalisme commence &#224; se faire jour. Le modernisme fait son apparition et, avec lui, une volont&#233; de d&#233;velopper le pays. Beaucoup de dirigeants locaux veulent cr&#233;er une industrie, voire m&#234;me des universit&#233;s modernes. D'autres, au contraire, ne veulent rien entendre de tel car ils y voient une menace pour leur pouvoir. Il y a cependant, &#224; cause des rivalit&#233;s entre capitalistes et de la mont&#233;e des classes moyennes une certaine libert&#233; d'action. Par exemple ibn Saoud accorde en 1933 &#224; la Standard Oil of California, une concession valable jusqu'en 1999. L'&#233;mir du Koweit accorde en 1933 une concession qui associe Anglais et Am&#233;ricains. Certains cherchent &#224; obtenir le soutien de l'Allemagne nazie. Ainsi en Perse, o&#249; le shah lance une vaste politique de modernisation qui favorise assez syst&#233;matiquement les Allemands. Ceux-ci jouent un r&#244;le important dans l'industrialisation, la cr&#233;ation des moyens de communication et inqui&#232;tent fortement les Anglais. Ce flirt avec les nazis d&#233;passe nettement les dirigeants et touche souvent les masses populaires. La propagande antijuive est assez d&#233;velopp&#233;e. Les minorit&#233;s juives sont nombreuses et assez riches dans ces pays. On leur reproche d'&#234;tre alli&#233;es au capitalisme international colonisateur. La sympathie pour les nazis va assez loin surtout pendant la seconde guerre mondiale, au moment o&#249; Rommel s'approche de l'Egypte. L'Afrika Korps comme lib&#233;rateur des peuples arabes ! En Irak, apr&#232;s la chute de la France en 1940, des nationalistes font un coup d'&#233;tat favorable &#224; l'Axe. Les Anglais finissent par r&#233;agir, occupent le pays, et r&#233;tablissent la politique de collaboration. Pendant ce temps, le gouvernement de Vichy avait autoris&#233; les Allemands &#224; utiliser la Syrie comme base a&#233;rienne pour aller soutenir les Irakiens. Les Anglais, venus d'Egypte, et aid&#233;s des Fran&#231;ais Libres de Catroux, occupent le pays et le Liban en mai 1941. En Perse, devenue l'Iran en 1935, le shah est accus&#233; de favoriser les men&#233;es nazies. Le pays est envahi par les Anglais et... les Russes. Le shah est d&#233;pos&#233; en septembre 1941 et remplac&#233; par son fils Mohammed, celui que nous avons connu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; de toutes ces p&#233;rip&#233;ties, on peut aussi noter l'apparition des premiers partis politiques nationalistes et socialistes (pas nazis !). En Egypte, c'est le Wafd (parti extr&#234;mement populaire avant la guerre), essentiellement nationaliste, qui s'oppose &#224; la cour et que les Anglais favorisent ou freinent selon les besoins de leur politique de bascule. Dans le Croissant Fertile, c'est le Baath, fond&#233; en 1940, par des chr&#233;tiens et des musulmans. Contrairement &#224; l'Egypte, ou &#224; l'Iran, o&#249; la tradition nationale existe vraiment, le Baath doit s'appuyer sur un autre genre d'id&#233;ologie que le nationalisme pur et simple. Il se veut h&#233;ritier de la grandeur arabe, en fait de l'Islam, mais vu sous son angle civilisateur, universel, tol&#233;rant et transnational. C'est pourquoi il se proclame anticonfessionnel, socialiste et n&#233;gateur jusqu'&#224; un certain point des fronti&#232;res h&#233;rit&#233;s du partage franco-anglais d'apr&#232;s la derni&#232;re guerre. Il s&#8216;oppose &#224; la cr&#233;ation arbitraire des royaumes hach&#233;mites et prom&#232;ne une phras&#233;ologie socialiste qui rappelle passablement celle des communistes. Il se prononce en faveur de r&#233;formes agraires et de nationalisations des sources de p&#233;trole. Le parti Baath est le premier parti panarabe digne de ce nom. De fait il essaie de cr&#233;er une nouvelle notion de l'arabisme, ind&#233;pendante de l'Islam. Mais il est &#233;videmment loin d'&#234;tre uni, et, comme on le verra un peu plus loin, d&#232;s qu'il pourra pr&#233;tendre au pouvoir, il &#233;clatera rapidement pour se transformer en champ clos de rivalit&#233;s de personnes et de cliques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#234;tre complet, il faudrait mentionner le parti communiste et les fondamentalistes religieux. Le premier est pratiquement inexistant, sauf peut &#234;tre chez des intellectuels juifs et arm&#233;niens, et en Iran o&#249; la Russie a une chance de jouer un r&#244;le. Les seconds restent puissants, mais on peut les consid&#233;rer n&#233;anmoins comme en perte de vitesse, sous une certaine pouss&#233;e de la modernisation. Le monde musulman, dans son ensemble et pas seulement dans ces r&#233;gions qui subissent l'influence directe de l'Occident, n'est plus isol&#233;. La radio a fait son apparition, les trains commencent &#224; circuler, les voitures aussi. L'Orient qui plaisait tellement aux peintres romantiques est mort. C'est la naissance du nouveau monde qui a r&#233;sult&#233; de cette disparition que nous avons vue et voyons encore se d&#233;rouler sous nos yeux. Il est temps de se pencher sur cet accouchement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?479-essai-sur-la-guerre-du-golfe-3-4' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Troisi&#232;me partie disponible ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Essai sur la guerre du Golfe (1/4)</title>
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&lt;p&gt;Un r&#233;sum&#233; de ce texte a &#233;t&#233; publi&#233; dans &#171; Quand m&#234;me... &#187; Bulletin du cercle Berneri n&#176;1 de juin 1991, suivi du compte-rendu du d&#233;bat auquel il avait donn&#233; lieu lors de sa pr&#233;sentation le 10 f&#233;vrier 1991. Comme lors de sa parution, et en accord avec l'auteur, le texte n'est pas sign&#233;. Les positions de l'auteur ne recoupent pas forc&#233;ment les n&#244;tres sur certains points (le &#171; capitalisme d'Etat &#187;,...), mais sa r&#233;flexion &#233;rudite et vivifiante montre de mani&#232;re &#233;clatante, &#224; vingt ans de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Un r&#233;sum&#233; de ce texte a &#233;t&#233; publi&#233; dans &#171; Quand m&#234;me... &#187; Bulletin du cercle Berneri n&#176;1 de juin 1991, suivi du compte-rendu du d&#233;bat auquel il avait donn&#233; lieu lors de sa pr&#233;sentation le 10 f&#233;vrier 1991. Comme lors de sa parution, et en accord avec l'auteur, le texte n'est pas sign&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les positions de l'auteur ne recoupent pas forc&#233;ment les n&#244;tres sur certains points (le &#171; capitalisme d'Etat &#187;,...), mais sa r&#233;flexion &#233;rudite et vivifiante montre de mani&#232;re &#233;clatante, &#224; vingt ans de distance, que l'intelligence et le s&#233;rieux ne sont pas incompatibles avec des engagements politiques radicaux, chose que l'on aurait facilement tendance &#224; oublier de nos jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;c&#233;dant le texte, la pr&#233;sentation du groupe et l'introduction de la brochure.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Y a-t-il une th&#233;orie des guerres qui soit satisfaisante ? (ci-dessous)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?480-essai-sur-la-guerre-du-golfe-2-4' class=&#034;spip_in&#034;&gt;A propos du Proche et du Moyen-Orient : Quelques mots d'histoire&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?479-essai-sur-la-guerre-du-golfe-3-4' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Le Proche et le Moyen Orient de 1945 &#224; 1979.&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?513-essai-sur-la-guerre-du-golfe-4-4' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La situation au Proche et Moyen Orient apr&#232;s 1979&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi un Cercle Berneri ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Berneri na&#238;t &#224; Milan en 1897 et milite tr&#232;s t&#244;t dans les jeunesses
socialistes. En 1914, son antimilitarisme le pousse &#224; la rupture et
l'am&#232;ne &#224; l'anarchisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il participe au vaste mouvement d'agitation de l'apr&#232;s-guerre (le &#171; biennio rosso &#187;) et s'oppose d&#232;s le d&#233;but au fascisme. Il poursuit son
activit&#233; en Italie jusqu'au moment o&#249; sa vie est directement menac&#233;e et
d&#233;cide alors d'&#233;migrer, en 1926. Il restera en France pendant presque dix
ans, entre s&#233;jours en prison et expulsions, collaborant &#224; la presse
anarchiste de langue italienne, fran&#231;aise et espagnole. Il sera parmi les
premiers &#224; se rendre en Espagne au moment o&#249; &#233;clate l&#8216;insurrection
r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa production se compose essentiellement d'articles et d'&#233;tudes br&#232;ves, o&#249;
il pose plus de questions qu'il n'offre de r&#233;ponses. Il vit intens&#233;ment la
crise des mouvements r&#233;volutionnaires des ann&#233;es 20 et 30 et l'observe
avec une extr&#234;me ind&#233;pendance de jugement. Il d&#233;finit son anarchisme comme
&#171; critique &#187; et est d'ailleurs consid&#233;r&#233; comme &#171; h&#233;r&#233;tique &#187; m&#234;me parmi
les anarchistes. Ouvert &#224; la discussion avec les militants d'autres
courants politiques, trop mod&#233;r&#233; au go&#251;t de ceux qui cultivent la violence
verbale et l'isolement extr&#233;miste, il sera pourtant assassin&#233; &#224; Barcelone
en mai 1937 par les staliniens pour ses prises de position
particuli&#232;rement nettes : Il avait critiqu&#233; Togliatti (alors secr&#233;taire de
l'Internationale communiste), pris la d&#233;fense du POUM et s'&#233;tait oppos&#233; &#224;
la participation de la CNT au gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le mouvement anarchiste a eu tendance &#224; l'embaumer plut&#244;t que
tenter de r&#233;pondre &#224; ses questions. On a g&#233;n&#233;ralement &#233;vit&#233; de discuter
apr&#232;s sa mort des choses discutables qu'il avait dites de son vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui nous lie &#224; lui ? L'amour des hommes, le d&#233;sir d'une soci&#233;t&#233;
d'individus libres et &#233;gaux, sans classes et sans Etat, l'int&#233;r&#234;t pour
l'auto-organisation (conseils ouvriers et soviets, etc.), la critique du
capitalisme, de l'obscurantisme religieux., de l'&#233;litisme jacobin, de la
bureaucratie, de l'&#233;tatisme. Mais surtout une tension et une fa&#231;on d'&#234;tre : La passion de la discussion, contre les v&#233;rit&#233;s acquises, les
interpr&#233;tations scl&#233;ros&#233;es, le dogmatisme.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;EN GUISE D'INTRODUCTION&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le cercle Berneri ne constitue pas un groupe de plus cherchant &#224; d&#233;finir une ligne politique dans le but de la faire pr&#233;valoir. Il entend contribuer au d&#233;passement de divisions d&#233;sastreuses pour un mouvement d'&#233;mancipation humaine aujourd'hui plus diminu&#233; que jamais. Cela implique bien entendu de reconna&#238;tre les raisons de ces antagonismes (qui se sont par exemple exprim&#233;s entre le marxisme et l'anarchisme), mais aussi de surmonter les cloisonnements nationaux, qui enferment les r&#233;flexions et les actions critiques dans des horizons &#233;troits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'internationalisme n'existe plus gu&#232;re qu'&#224; l'&#233;tat de traces infimes dans l'opinion publique, m&#234;me si quelques organisations s'en r&#233;clament toujours et en d&#233;fendent le principe. La r&#233;flexion critique subit le poids de cette r&#233;gression au point qu'elle s'est montr&#233;e incapable d'int&#233;grer les d&#233;veloppements historiques d&#233;concertants qui sont en cours depuis plusieurs ann&#233;es &#224; l'est de l'Europe, dans ce qui fut longtemps le centre de la contre-r&#233;volution mondiale. Ces &#233;v&#233;nements ne sont pour ainsi dire pas discut&#233;s alors qu'ils ont invalid&#233; nombre de postulats et qu'ils entra&#238;nent un bouleversement des &#233;quilibres strat&#233;giques fondamentaux. Mais cette d&#233;faillance g&#233;n&#233;rale de la pens&#233;e critique est ancienne : elle n'a par exemple gu&#232;re fourni d'analyse qui sache prendre la mesure de l'&#233;vanouissement d&#233;s mouvements sociaux de la fin des ann&#233;es 1980 ou de ce qui a &#233;t&#233; appel&#233; depuis une vingtaine d'ann&#233;es la &#171; crise &#233;conomique mondiale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le manque de compr&#233;hension ne cr&#233;e pas &#224; lui seul la r&#233;signation ou l'abattement, si r&#233;pandus de nos jours, mais c'en est un aliment non n&#233;gligeable. Le cercle Berneri se veut une occasion de discussion ouverte. Le but n'est pas de cr&#233;er une unit&#233; id&#233;ologique mais de permettre la mise &#224; jour des divergences, dans la mesure o&#249; elles enrichissent la discussion collective. La participation &#224; ces discussions suppose le rejet pr&#233;alable et conscient de tout dogmatisme et de l'illusion &#171; d'avoir toujours eu raison face au monde entier et sur l'essentiel &#187;, qui en est la source. Elle
s'inscrit dans le rejet de toutes les formes de jacobinisme, selon lequel le bonheur g&#233;n&#233;ral et la vie de chacun devraient &#234;tre d&#233;cid&#233;s par une petite minorit&#233; &#233;clair&#233;e, quelle soit d&#233;j&#224; au pouvoir (bourgeoisie pr&#233;tenduement lib&#233;rale ou bureaucratie pr&#233;tenduement socialiste) ou qu'elle aspire &#224; y parvenir (dans le monde dit &#171; capitaliste &#187; comme dans le monde dit &#171; socialiste &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet d'un tel cercle a &#233;t&#233; envisag&#233; d&#232;s l'automne 1990. L'imminence de la guerre au Moyen-Orient a d&#233;termin&#233; le th&#232;me des premi&#232;res rencontres. Les deux centres de nos pr&#233;occupations ont &#233;t&#233; constitu&#233;s par l'insatisfaction devant le contenu du mouvement contre la guerre en France (son incapacit&#233; &#224; d&#233;passer sa rh&#233;torique pacifiste et ses d&#233;fil&#233;s rituels) et la complexit&#233; de la question des rapports internationaux et nationaux au Proche et au Moyen-Orient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'unit&#233; des textes de cette brochure se trouve donc dans le processus de leur &#233;laboration (ils proviennent de pr&#233;parations et de comptes-rendus de discussions, ou de r&#233;actions &#224; celles-ci). On n'y trouvera pas l'ach&#232;vement de travaux de sp&#233;cialistes que nous ne sommes pas. Le fil conducteur de notre activit&#233; n'est pas davantage la recherche d'analyses clinquantes, mais le refus de tous les r&#233;gimes existants, dans l'id&#233;e que la fin de la domination et de l'exploitation peut toujours s'incarner dans des forces sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les termes de la question nationale, tels qu'ils se d&#233;gagent des processus historiques au Proche et au Moyen-Orient, dans les Balkans et &#224; l'Est de l'Europe, sont le sujet de la deuxi&#232;me s&#233;rie de discussions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paris, le 26 mai 1991&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Essai sur la guerre du golfe&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Y a-t-il une th&#233;orie des guerres qui soit satisfaisante ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre du golfe devrait nous mener &#224; quelques r&#233;flexions qui pourraient aller plus loin que les habituelles consid&#233;rations traditionnelles qui y voient la poursuite de l'&#233;conomie ou celle de la lutte de classes par d'autres moyens. Car est-ce si s&#251;r, tout au moins si on veut en faire une sorte d'automatisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus souvent les marxistes, quelles que soient par ailleurs leurs divergences , et avec eux bien des &#233;coles de pens&#233;e ou d'action contestataires, ou encore beaucoup de groupes se disant r&#233;volutionnaires, voient dans les guerres la seule mani&#232;re pour le syst&#232;me de sortir de la crise qu'il conna&#238;t &#224; un moment donn&#233;. Par une sorte de logique implacable, le d&#233;roulement normal de l'activit&#233; &#233;conomique ne peut mener qu'&#224; des contradictions fondamentales li&#233;es de mani&#232;re plus ou moins bien articul&#233;es &#224; la baisse tendancielle du taux de profit, &#224; la mont&#233;e de la lutte de classes, au ch&#244;mage, et &#224; la n&#233;cessaire concentration du capital, et le tout finalement ne peut que d&#233;boucher sur une conflagration internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette th&#232;se contient certainement une part de v&#233;rit&#233; pour le pass&#233;, et encore &#224; condition de la mod&#233;rer quelque peu pour prendre en compte d'autres ph&#233;nom&#232;nes qui tiennent tant &#224; l'histoire qu'aux r&#233;actions des peuples eux-m&#234;mes, mais elle devient plus douteuse lorsqu'on l'applique sans pr&#233;caution et d'une mani&#232;re rigide &#224; l'&#233;poque pr&#233;sente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant m&#234;me de discuter plus profond&#233;ment ces th&#232;ses et leur bien fond&#233;, il faut d&#233;j&#224; remarquer qu'elles ne s'appliquent &lt;i&gt;stricto sensu&lt;/i&gt; qu'aux guerres &#224; l'&#233;poque du capital, et en principe ne sauraient &#234;tre projet&#233;es sur les guerres de l'Antiquit&#233; ou du Moyen Age, pour s'en tenir au bassin m&#233;diterran&#233;en et &#224; l'Europe, ni m&#234;me, sans pr&#233;cautions suffisantes, aux guerres des p&#233;riodes pr&#233;capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, dans le pass&#233;, beaucoup de guerres ont &#233;t&#233; d&#233;clench&#233;es justement pour former des entit&#233;s nationales qu'elles ont d'ailleurs fortement d&#233;termin&#233;es. Elles ont traduit dans la r&#233;alit&#233; quotidienne la volont&#233; d'une bourgeoisie locale plus ou moins d&#233;velopp&#233;e de lutter pour le droit d'exploiter elle-m&#234;me son propre peuple, que ce soit contre la classe f&#233;odale ou pseudo f&#233;odale locale, ou contre une bourgeoisie &#233;trang&#232;re colonisatrice. Lorsqu'on fait cette remarque, on admet du m&#234;me coup qu'il n'y avait pas n&#233;cessairement derri&#232;re une crise grave en route, ou du moins une crise &#233;conomique du capital en tant que tel. Sans doute, observe-t-on dans les guerres de formation nationale, une crise de la classe dominante, mais cette crise na&#238;t dans une situation dynamique pour la nouvelle classe montante, face une incapacit&#233; de l'ancienne &#224; maintenir le &lt;i&gt;status quo&lt;/i&gt; , et, plus encore, &#224; r&#233;aliser les transformations que le d&#233;veloppement social, culturel et technique exige. Ceci est tout &#224; fait &#233;vident dans toutes les guerres de d&#233;colonisation. Il en va de m&#234;me pour bien des guerres de r&#233;volution dite bourgeoise. Dans chaque cas particulier, il y aurait lieu d'&#233;tudier pourquoi la classe dominante en d&#233;clin conna&#238;t justement une telle crise. Il n'est pas question de revenir sur les guerres des si&#232;cles pass&#233;s, mais une telle caract&#233;risation sera n&#233;cessaire d&#232;s que je tenterai de rendre compte des guerres de d&#233;colonisation telles qu'elles s'inscrivent dans le capitalisme d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la clart&#233; et la compr&#233;hension, il conviendrait donc de s&#233;parer soigneusement les guerres entre &#233;tats capitalistes d&#233;velopp&#233;s, des autres. Bien entendu cela n'est gu&#232;re possible, justement parce que le monde est in&#233;galement d&#233;velopp&#233;. Il reste, encore aujourd'hui, bien des r&#233;gions qui, sans doute sont soumises &#224; la domination du capital au sens large, mais ne sont pas pour autant enti&#232;rement soumises &#224; son mode de production et d'organisation au niveau local.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois j'utiliserai quand m&#234;me une image id&#233;ale d'un monde qui ne conna&#238;trait qu'une sorte de capitalisme pur d&#233;j&#224; install&#233; ou en cours d'installation compl&#232;te, et n&#233;gligerai provisoirement les autres aspects.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1) La guerre entre &#233;tats capitalistes. Liaison avec les crises et la lutte de classes.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvent les marxistes ou assimil&#233;s, c'est-&#224;-dire la plupart des critiques de la soci&#233;t&#233; capitaliste, ne veulent voir l'activit&#233; d'une telle soci&#233;t&#233; id&#233;alis&#233;e que sous l'aspect des relations entre la classe dominante et la classe domin&#233;e. Si c'est bien l&#224; la relation fondamentale qui, finalement, d&#233;cide de tout, il ne faut pas pour autant n&#233;gliger les relations &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me des classes. Le capitalisme est un syst&#232;me d'exploitation de l'homme par l'homme dans lequel la classe exploiteuse est compos&#233;e de groupes luttant les uns contre les autres. L'union de ces groupes n'appara&#238;t que dans des p&#233;riodes de crise profonde, lorsque l'existence m&#234;me de la classe dominante semble mise en cause. Et encore faut-il distinguer entre la mise en cause de toute la classe dominante dans le monde entier, qui provient de la classe domin&#233;e alors unie pour renverser le syst&#232;me, et la mise en cause de fractions de la classe dominante, par exemple la classe dominante d'un pays attaqu&#233;e par celle d'un autre, un aspect sur lequel je reviens plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le syst&#232;me du capitalisme lib&#233;ral, la lutte entre groupes composant la classe dominante se rencontre d&#233;j&#224; dans chaque pays, dans chaque classe dominante autochtone. Elle se traduit par le ph&#233;nom&#232;ne de la concurrence, qui sans doute est en derni&#232;re analyse une lutte pour le contr&#244;le de telle ou telle fraction de la classe travailleuse, et donc pour l'obtention d'une part toujours plus forte de la plus-value. Dans des pays o&#249; r&#232;gne le capitalisme d'Etat, on pourrait soutenir que la concurrence n'existe pas &#224; l'int&#233;rieur de la classe dominante, celle-ci &#233;tant simplement canalis&#233;e dans les r&#232;glements propres au carri&#233;risme bureaucratique. Bien entendu les choses ne sont pas si simples, comme le montrait et le montre toujours le fonctionnement quotidien de l'URSS. On peut cependant conc&#233;der que la lutte pour l'appropriation directe de la plus value appara&#238;t moins clairement que lors de la concurrence entre entreprises du capitalisme dit lib&#233;ral, et encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois le capital pour r&#233;aliser ses buts, c'est-&#224;-dire pour satisfaire &#224; sa pulsion fondamentale : accumuler, doit n&#233;cessairement entrer sur des march&#233;s. Il y entre tant pour trouver des d&#233;bouch&#233;s pour sa production que pour se procurer les mati&#232;res premi&#232;res n&#233;cessaires &#224; r&#233;aliser celle-ci. Par d&#233;finition le capital a une vocation internationaliste, il ne peut rester confin&#233; &#233;ternellement &#224; l'int&#233;rieur de fronti&#232;res, sauf &#224; stagner, et la stagnation signifie pour lui la mort. Son expansion hors de fronti&#232;res nationales, h&#233;rit&#233;es d'un pass&#233; plus ou moins lointain ou r&#233;sultant de la formation m&#234;me de l'entit&#233; nationale confondue avec l'accumulation primitive, est donc une obligation. Mais d&#232;s qu'il sort de ses fronti&#232;res, un capital national donn&#233; se trouve imm&#233;diatement face tant &#224; des forces hostiles qu'&#224; des forces concurrentes. C'est pourquoi, dans le pass&#233;, cette expansion a pris le plus souvent la forme d'intrusions violentes utilisant la force brute. Ainsi s'est-elle coul&#233;e dans des guerres de type colonial pour mettre la main sur des sources de mati&#232;res premi&#232;res et s'assurer certains d&#233;bouch&#233;s. Ce type de guerre a oppos&#233;, dans un combat n&#233;cessairement in&#233;gal, des &#233;tats capitalistes d&#233;j&#224; d&#233;velopp&#233;s, donc d&#233;tenteurs de moyens techniques et de ressources tant humaines que financi&#232;res, &#224; des pays, voire des groupes humains, encore &#224; un stade ant&#233;rieur et donc dans une situation d'inf&#233;riorit&#233; mat&#233;rielle &#233;vidente. L'issue de ces guerres ne pouvait faire de doute, et elle a &#233;t&#233; conforme &#224; la logique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'expansion hors des fronti&#232;res a eu aussi &#224; se heurter &#224; d'autres &#233;tats capitalistes, soit que ceux-ci fussent d&#233;j&#224; en position de domination sur la sc&#232;ne internationale, soit qu'ils cherchassent &#224; entrer sur celle-ci. La concurrence capitaliste, m&#234;me si elle est comme &#233;mouss&#233;e dans un pays donn&#233; par suite de l'influence gouvernementale ou par suite de la structure de capitalisme d'Etat, se retrouve pour ainsi dire exacerb&#233;e au niveau de la concurrence internationale. La lutte pour une place dans le concert international peut alors prendre une forme violente, et elle le fera d'autant plus volontiers que l'entr&#233;e dans ce concert est comme verrouill&#233;e par les protagonistes d&#233;j&#224; pr&#233;sents. Ne pouvant y p&#233;n&#233;trer par des moyens &#8220;pacifiques&#8221; le capitalisme demandeur a recours &#224; la guerre comme moyen d'imposer sa pr&#233;sence. C'est finalement l'explication profonde des deux derni&#232;res grandes guerres mondiales o&#249; s'expriment les tentatives du capital allemand et du capital japonais pour s'imposer &#224; leur juste place dans le concert des nations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas ici de pr&#233;senter le capital allemand et japonais comme des fauteurs de guerre dont seraient venus tous les malheurs de l'humanit&#233;, mais c'est un fait que le militarisme y a jou&#233; un r&#244;le consid&#233;rable, &#224; la fois comme moyen d'assurer la coh&#233;sion nationale et comme moyen de s'imposer &#224; l'ext&#233;rieur. Bien entendu les capitalismes d&#233;j&#224; en place voyaient d'un mauvais oeil l'apparition de ces nouveaux venus, de ces nouveaux riches grossiers et mal &#233;lev&#233;s, et c'est pourquoi ils ont, eux aussi, cultiv&#233;, ou plut&#244;t continu&#233; de cultiver un nationalisme et un militarisme qui ne le c&#233;dait en rien &#224; celui de leurs nouveaux concurrents. Le m&#233;lange de ce genre d'ingr&#233;dient est explosif et, de fait, il explose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne manquera pas de soutenir que cette vision n&#233;glige la crise du capital. Car une des explications marxistes classiques des guerres est d'en faire le moyen de sortir de la crise &#233;conomique. Et, certainement la guerre restitue l'activit&#233; &#233;conomique, et &#233;ponge le ch&#244;mage de masse. (Comme dit Paul Mattick : &#8220; la guerre est le plus grand des keyn&#233;siens&#8221; ). Mais on voit bien des circonstances tout aussi dramatiques, o&#249; la situation se r&#233;sout de mani&#232;re plus &#8220;pacifique&#8221;. Il y a donc des raisons suppl&#233;mentaires qui font que la guerre entre &#233;tats capitalistes se d&#233;clenche &#224; un moment plut&#244;t qu'&#224; un autre. Ainsi pour 1914, ou m&#234;me 1939, on ne peut d&#233;fendre longtemps l'affirmation que la guerre est une cons&#233;quence de la crise ant&#233;rieure qui n'est pas encore termin&#233;e, ou qui laisse encore derri&#232;re elle une queue de crise importante. Car, au moment o&#249; la guerre &#233;clate, il y a s&#251;rement toujours un marasme, mais la situation ne semble pas suffisamment dramatique pour exiger un conflit g&#233;n&#233;ralis&#233;. Et d'ailleurs le pays peut &#234;tre le plus touch&#233; par la crise de 1930, les Etats-Unis, sera le dernier &#224; entrer en guerre, et encore &#224; reculons. Il n'a gu&#232;re eu &#224; s'en repentir puisqu'il a ainsi assur&#233; la domination du capitalisme am&#233;ricain sur le monde jusqu'&#224; ce jour. Ce que je veux dire ici, c'est que dans des guerres comme celle de 1914 ou de 1939, la concurrence entre capitalistes de diff&#233;rents pays a &#233;t&#233; plus d&#233;terminante que l'existence d'une crise et qu'en tout cas il faut abandonner l'image de capitalistes de nations diff&#233;rentes se mettant d'accord entre eux pour se faire la guerre afin d'assurer l'activit&#233; &#233;conomique, m&#234;me si, bien entendu, la poursuite d'une guerre fait fonctionner les industries d'armement, r&#233;alise une sorte de prosp&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre argumentation assez commune chez les marxistes et assimil&#233;s, et qui est li&#233;e &#224; ce qui pr&#233;c&#232;de, pr&#233;sente la guerre comme un moyen de canaliser la lutte de classes vers une lutte &#224; l'int&#233;rieur de la classe prol&#233;tarienne. Il est difficile pourtant de penser qu'en 1914 et m&#234;me en 1939, la lutte de classes ait atteint un paroxysme tel qu'il ait fallu lancer les masses dans un &#233;tripage mutuel. En 1914, par exemple, la social-d&#233;mocratie, qui aux yeux de la bourgeoisie repr&#233;sentait la classe ouvri&#232;re, faisait peut-&#234;tre encore un peu peur dans les campagnes, mais elle n'effrayait plus gu&#232;re dans les hautes sph&#232;res capitalistes. Elle avait vot&#233; les cr&#233;dits militaires tant en Allemagne qu'en France et avait plut&#244;t tendance &#224; donner, en d&#233;pit de son internationalisme proclam&#233; et institu&#233;, dans le chauvinisme le plus sordide. On peut &#233;videmment soutenir que la social-d&#233;mocratie ne repr&#233;sentait pas r&#233;ellement la classe des exploit&#233;s, mais la mobilisation de 1914, le d&#233;part la fleur au fusil, l'hyst&#233;rie collective, etc., montrent que si elle ne la repr&#233;sentait pas c'est aussi parce qu'elle &#233;tait moins chauvine et guerri&#232;re qu'elle. Dans un texte que j'aurais du mal &#224; retrouver, Engels se prononce pour le service militaire obligatoire, car dit-il, il faut profiter de la b&#234;tise de la bourgeoisie qui apprend le maniement d'armes &#224; nos jeunes prol&#233;taires. Cette remarque d'Engels est au premier abord elle-m&#234;me assez b&#234;te, mais au deuxi&#232;me examen elle contient une part de v&#233;rit&#233; : si la classe exploit&#233;e &#233;tait en &#233;tat de lutte tellement intense qu'elle en serait pratiquement insurrectionnelle, on ne voit gu&#232;re o&#249; serait l'int&#233;r&#234;t pour la classe dominante de donner des armes &#224; son ennemie mortelle, et il faudrait que celle-ci ait atteint un degr&#233; invraisemblable d'aveuglement pour y proc&#233;der. En 1914 ce n'&#233;tait certainement pas le cas. Si, dans chaque pays, la classe dominante &#233;tait aveugle et se pr&#233;cipitait vers l'ab&#238;me, elle partageait cet aveuglement avec les autres classes. En revanche lorsqu'en 1917, la r&#233;volution russe &#233;clata, lib&#233;rant du m&#234;me coup d'autres forces latentes, les m&#234;mes classes dominantes, pr&#233;tendument aveugles, mirent rapidement fin &#224; leurs jeux sanguinaires, pour se livrer &#224; d'autres passe-temps, c'est-&#224;-dire tenter de reprendre le plus rapidement possible la ma&#238;trise de la situation. Sans doute les classes dominantes ont-elles eu alors une grande frousse. Mais cette frousse est pass&#233;e assez vite, en quelques ann&#233;es, d&#232;s qu'elles se sont rendu compte que la r&#233;volution resterait enferm&#233;e dans les limites d'un nouvel Etat qui, visiblement, &#233;tait beaucoup plus sage et traditionnel que ce qu'il avait menac&#233; d'&#234;tre. La naissance du fascisme en Italie puis en Allemagne peut &#234;tre expliqu&#233;e comme canalisation des mouvements prol&#233;tariens qui ont suivi la fin de la guerre de 14. Mais cette explication vaut plus pour l'Italie que pour l'Allemagne. Dans le cas de cette derni&#232;re, la persistance de mouvements prol&#233;tariens est beaucoup moins &#233;vidente. Cela se voit tout de suite dans le fait que Hitler est venu au pouvoir &#8220;d&#233;mocratiquement&#8221; par une &#233;lection, alors que Mussolini d&#251;t avoir recours au coup de force de la marche sur Rome. Et encore, la marche sur Rome fut-elle aussi un coup des fascistes pour s'imposer au capital italien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1939, les classes domin&#233;es sont donc suffisamment embrigad&#233;es dans des pays comme l'Allemagne, le Japon ou l'Italie, pour que ces pays n'aient aucune raison de se lancer dans la guerre pour les calmer. Or ce sont ces pays qui sont les plus agressifs et non les pays comme la France, l'Angleterre ou les Etats-Unis. Car dans les pays fascistes, le capital a fini par admettre qu'il assurerait au mieux ses int&#233;r&#234;ts en acceptant la formation d'un Etat totalitaire, et les Etats totalitaires ont aussi leur logique qui, jusqu'&#224; un certain point, &#233;chappe &#224; celle du capital, ou plus exactement entra&#238;ne celui-ci peut &#234;tre plus loin qu'il ne le voudrait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait objecter qu'avant 1939, une guerre de classes s'est d&#233;roul&#233;e en Europe : la guerre d'Espagne. On peut en effet consid&#233;rer la guerre civile espagnole comme un exemple, peut &#234;tre un des rares port&#233; &#224; ce niveau, o&#249; la classe ouvri&#232;re a, jusqu'&#224; un certain point, men&#233; une lutte autonome. Mais ce serait, d'une part, n&#233;gliger certains aspects de la r&#233;volution russe qui avaient des caract&#232;res prol&#233;tariens, mais aussi passer sous silence le fait que la contre r&#233;volution espagnole, men&#233;e par Franco, visait essentiellement des buts franchement r&#233;actionnaires. Il ne s'agissait pas pour elle de d&#233;fendre un certain capitalisme espagnol, mais bien une certaine forme oligarchique b&#226;tarde caract&#233;ristique d'une Espagne encore endormie dans les lambeaux de sa splendeur pass&#233;, et ne d&#233;sirant gu&#232;re s'&#233;veiller. La r&#233;publique, le renversement de la royaut&#233; repr&#233;sentaient certainement une tentative vell&#233;itaire d'ouverture de la nouvelle voie capitaliste, la mont&#233;e au grand jour d'une classe bourgeoise d'un type nouveau et pas seulement li&#233;e au grands f&#233;odaux propri&#233;taires terriens, et de ce point de vue la contre r&#233;volution espagnole n'a pas tant lutt&#233; contre les &#8220;rouges&#8221;, m&#234;me si ce sont eux qu'elle a tu&#233;s en masse, que contre le nouvel ordre bourgeois qui se profilait. Envisag&#233;e sous cet angle, la guerre d'Espagne entre aussi dans le cadre des guerres de formation des entit&#233;s nationales capitalistes, des r&#233;voltes plus proprement bourgeoises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, en r&#233;sum&#233;, les th&#232;ses classiques d'explication des guerres entre &#233;tats capitalistes ne sont pas satisfaisantes, surtout lorsqu'on veut en faire des th&#232;ses automatiques. De fait toute guerre est surd&#233;termin&#233;e. Elle pr&#233;sente des m&#233;langes de diverses causes tant &#233;conomiques que politiques au sens large. Si, comme le dit Clausewitz, la guerre est la poursuite de la politique par d'autres moyens, il faut comprendre le mot politique dans son acception la plus large, c'est-&#224;-dire, en fin de compte, comme correspondant &#224; tous les aspects de la vie de l'homme en soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2) Une cons&#233;quence inattendue de la guerre entre &#233;tats capitalistes. La formation de nouveaux &#233;tats. La naissance du capitalisme d'Etat.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation en 1939 &#233;tait un peu plus complexe que celle qui a &#233;t&#233; d&#233;crite ci-dessus &#224; cause de l'URSS. L'existence m&#234;me de cet &#233;tat est un sous-produit inattendu de la guerre de 1914-1918. A partir du moment o&#249; la guerre occupe tr&#232;s s&#233;rieusement les puissances qui dominent le monde, de nouvelles possibilit&#233;s s'ouvrent pour d'autres qui peuvent en profiter pour essayer de se faufiler dans le concert international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le cas pour la Russie du tournant du si&#232;cle. Ici, comme en Espagne, perdurait un syst&#232;me autoritaire h&#233;rit&#233; du pass&#233;, mais en fait vermoulu. L'introduction du capitalisme dans un tel pays tenait de la gageure, et de fait il ne touchait que quelques secteurs, laissant compl&#232;tement hors de sa sph&#232;re une paysannerie gigantesque et encore &#224; un stade moyen&#226;geux pour ne pas dire ant&#233;rieur. Les implantations qu'il connaissait, saupoudr&#233;es de ci de l&#224; dans certaines villes du pays, &#233;taient le plus souvent le fait de capitalistes &#233;trangers. M&#234;me s'il y e&#251;t un d&#233;veloppement relativement acc&#233;l&#233;r&#233; de l'industrie &#224; la veille de la guerre de 14, il est impossible d'adh&#233;rer &#224; la th&#232;se de L&#233;nine qui pr&#233;tend qu'en ces quelques ann&#233;es s'est achev&#233; un processus qui prit des si&#232;cles en Europe et qui ne put s'accomplir au Japon que gr&#226;ce &#224; une action syst&#233;matique et programm&#233;e du pouvoir central. Pour L&#233;nine en effet, la Russie s'est pratiquement mu&#233;e en &#233;tat capitaliste moderne en quelques ann&#233;es, et la r&#233;volution bourgeoise s'est d&#233;roul&#233;e en quelques mois (de f&#233;vrier &#224; octobre 1917) permettant ainsi &#224; la r&#233;volution prol&#233;tarienne d'&#233;clater en octobre. En fait la r&#233;volution &#8220;bourgeoise&#8221; en URSS s'est poursuivie beaucoup plus longtemps, et on peut m&#234;me dire qu'elle se poursuit encore aujourd'hui, car la r&#233;volution bourgeoise signifie le d&#233;veloppement industriel, la transformation du travail en travail salari&#233;, les changements dans les relations entre hommes, c'est-&#224;-dire une nouvelle forme d'exploitation de l'homme par l'homme. Ceci est compl&#232;tement ind&#233;pendant des pr&#233;tentions id&#233;ologiques des dirigeants qui peuvent bien, de bonne foi ou non, se proclamer marxistes, prol&#233;tariens, sovi&#233;tiques, socialistes, communistes ou autres, en d&#233;pit du sens des mots. De fait, il s'agit, et de nouveau l'exemple du Japon et de l'Allemagne wilhelminienne est l&#224; pour nous en rappeler la n&#233;cessit&#233; de fer, d'installer un pouvoir centralis&#233; suffisamment fort pour imposer dans un pays qui se ferme &#224; l'ext&#233;rieur, l'accumulation primitive du capital. Une situation analogue se retrouve apr&#232;s la guerre de 1939 avec la formation de la Chine dite populaire. La volont&#233; de sortir d'un syst&#232;me archa&#239;que, ici encore en opposition avec le reste du capital mondial, y a demand&#233; l'instauration d'un r&#233;gime centralis&#233;, qui peut bien se dire communiste, mais n'est qu'une autre forme de r&#233;gime d'exploitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, dans la situation mondiale de capitalismes nationaux d&#233;j&#224; en place, pour tout pays qui se d&#233;veloppe industriellement en opposition au reste du capital mondial , une forme ou une autre de capital d'Etat est n&#233;cessaire et in&#233;vitable. En g&#233;n&#233;ral ce capital d'Etat, dans sa volont&#233; d'imposer une modification acc&#233;l&#233;r&#233;e des structures sociales et des mentalit&#233;s devra m&#234;me avoir recours &#224; une forme totalitaire dictatoriale, accompagn&#233; d'un culte de la personnalit&#233;. Loin d'&#234;tre une d&#233;viation ou une d&#233;g&#233;n&#233;rescence, ce culte et cette dictature sont une n&#233;cessit&#233; intrins&#232;que &#224; toute transformation de ce type. A c&#244;t&#233; des arch&#233;types l&#233;ninistes ou staliniens, on peut en trouver des formes caricaturales et grotesques, mais toujours &#233;pouvantables et sanglantes, ne visant m&#234;me plus &#224; la transformation du pays, mais simplement au maintien du pouvoir d'un homme et de sa garde pr&#233;torienne, le tout dans une atmosph&#232;re de haine tribale raciste, comme par exemple chez Imin Dada ou Bokassa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3) La situation d'apr&#232;s-guerre et l'&#233;quilibre de la terreur. Fin des guerres entre &#233;tats capitalistes d&#233;velopp&#233;s ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'apr&#232;s-guerre de 1939 laisse une situation inattendue et, en fait, jamais encore vue dans l'histoire humaine. Les n&#233;cessit&#233;s de la guerre avaient conduit le capital dit lib&#233;ral &#224; s'allier au capital d'Etat, pourtant proclam&#233; sous le nom de socialisme comme son pire ennemi, pour &#233;craser un autre capitalisme pr&#233;tendument lib&#233;ral, en fait caract&#233;ris&#233; par une forte dominante du pouvoir central. Cette situation proprement inou&#239;e, a r&#233;sult&#233; de facteurs assez &#233;tonnants qui ne peuvent pas recevoir d'explication par le simple examen des n&#233;cessit&#233;s capitalistes en g&#233;n&#233;ral, mais qui tiennent de la personnalit&#233; des hommes dirigeants les peuples et de leurs choix politiques. Avant la guerre de 39, Hitler n'avait pas h&#233;sit&#233; &#224; s'allier &#224; Staline par un pacte aux clauses plus ou moins secr&#232;tes, selon lequel ils se partageaient l'Europe, sinon le monde. Lorsqu'en 1941, le f&#252;hrer attaqua la Russie, il commit une de ces bourdes inexplicables, pas tellement peut &#234;tre parce qu'il n'allait pas r&#233;ussir &#224; l'occuper et &#224; la d&#233;faire compl&#232;tement, mais parce que la mont&#233;e en puissance qu'aurait repr&#233;sent&#233;e une telle conqu&#234;te ne pouvait que lancer les Etats-Unis dans la guerre. A terme, m&#234;me si ceux-ci n'avaient pas subi l'attaque japonaise ( peut-&#234;tre provoqu&#233;e ? ) de Pearl Harbor, ils n'auraient pas pu faire autrement que de s'opposer &#224; une telle h&#233;g&#233;monie allemande. La puissance industrielle am&#233;ricaine, une fois mise en branle, ne pouvait qu'obtenir la d&#233;faite de l'Axe et du Japon d&#232;s qu'elle appliquerait &#224; l'organisation de son arm&#233;e ce qui avait fait son succ&#232;s dans le domaine industriel. La mani&#232;re dont furent men&#233;s le d&#233;barquement en Europe et la reprise de tout l'Extr&#234;me Orient, rappelle in&#233;vitablement l'organisation de ces chantiers g&#233;ants, &#224; l'&#233;chelle d'un continent, comme la Tennessee Valley Authority ou la domestication du Missouri. Mais &#224; c&#244;t&#233; de cette puissante organisation, les Am&#233;ricains introduisirent un nouveau type de guerre de masse. Ils &#233;cras&#232;rent sous un d&#233;luge de mat&#233;riel les forces ennemies. Avec un cynisme remarquable, ils d&#233;truisirent syst&#233;matiquement les zones de production et les travailleurs qui s'y trouvaient, sachant pertinemment qu'il faut quelques mois pour reconstruire une usine et vingt ans pour refaire un ouvrier. Ils se livr&#232;rent &#224; des bombardement terroristes comme celui de Dresde, se souci&#232;rent comme de l'an quarante de pr&#233;server les populations civiles, m&#234;me pr&#233;tendument alli&#233;es. Ils n'h&#233;sit&#232;rent pas &#224; lancer, &#224; un moment o&#249; cet acte n'&#233;tait plus tellement strat&#233;giquement n&#233;cessaire, deux bombes atomiques sur le Japon, probablement pour montrer aux Russes leur nouvelle force et ouvrant l'&#232;re nouvelle que nous vivons aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ici que nous rencontrons clairement le ph&#233;nom&#232;ne majeur qu'a introduit la derni&#232;re guerre : la symbiose entre la recherche scientifique et la guerre elle-m&#234;me. Certes la guerre a toujours eu pour effet de cr&#233;er des bouleversements techniques, mais la volont&#233; de mettre au point des armes nouvelles, d'appliquer toutes les plus r&#233;centes d&#233;couvertes, et m&#234;mes de financer et de cr&#233;er des &#233;quipes de recherche, a &#233;t&#233; particuli&#232;rement pouss&#233;e dans cette p&#233;riode. Et il ne s'agit plus de faire quelques avions, ou d'avoir des chars ou des canons perfectionn&#233;s en nombre toujours plus grand, mais bien d'aller nettement plus loin dans l'organisation, le d&#233;veloppement et la coordination d'armes meurtri&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les Allemands avaient d&#233;j&#224; montr&#233; la voie &#224; ce genre de d&#233;veloppement nouveau d&#232;s 1914, et s'ils l'avaient encore accentu&#233;e au cours de la derni&#232;re guerre mondiale, ils ne purent y mettre ni la volont&#233;, ni l'argent, ni la puissance industrielle, ni les hommes, comme le firent les Am&#233;ricains. Il est, l&#224; encore, remarquable que ce d&#233;veloppement militaro-industriel soit parti de la volont&#233; de personnes bien d&#233;finies comme Roosevelt et divers savants internationaux, en majorit&#233; des juifs boulevers&#233;s par les premi&#232;res r&#233;v&#233;lations sur les camps d'extermination, volont&#233; qui s'opposa &#224; l'opinion g&#233;n&#233;rale de l'arm&#233;e et de l'industrie, peu favorables aux changements de leur routine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu on pense tout de suite &#224; l'arme atomique, mais il ne faut pas oublier non plus ces d&#233;veloppements remarquables que repr&#233;sentent les radars et les nouvelles formes de t&#233;l&#233;communication, les avions &#224; r&#233;action et les bombardiers g&#233;ants (preuves de ce que l'homme domine maintenant les probl&#232;mes de l'a&#233;ronautique), ni les fus&#233;es, d'ailleurs d&#233;velopp&#233;es plus particuli&#232;rement par les Allemands. Si l'on veut bien imaginer ce qu'aurait repr&#233;sent&#233; l'alliance de la bombe atomique avec les V2, ces fus&#233;es de la fin de la guerre que les Allemands firent tomber dans le Saint Laurent, on se rendra compte de la folie qu'ont repr&#233;sent&#233;e pour le nazisme la pers&#233;cution des juifs par Hitler, dans un pays o&#249; ils passaient pour &#234;tre les plus patriotes et les plus assimil&#233;s, sa volont&#233; de g&#234;ner un certain d&#233;veloppement de la physique moderne qualifi&#233;e par les id&#233;ologues de son parti de d&#233;g&#233;n&#233;rescence juive. On peut certes pr&#233;tendre que la victoire des Am&#233;ricains est en quelque sorte un d&#233;tail : si Hitler avait gagn&#233;, c'est un autre aspect du capital qui aurait triomph&#233;, et voil&#224; tout. Mis &#224; part que les d&#233;tails ont leur importance, c'est dans cet environnement que nous vivons aujourd'hui et auquel nous devons nous adapter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il y a de remarquable dans l'association bombe atomique fus&#233;e intercontinentale, c'est que sa r&#233;alisation ne pose pas de probl&#232;mes fondamentalement insolubles. Il suffit d'une industrie un peu d&#233;velopp&#233;e, m&#234;me si elle est rudimentaire et parfaitement incapable de produire les biens de consommation caract&#233;ristiques du monde capitaliste occidental d'apr&#232;s-guerre. Il en va de m&#234;me avec la bombe H, la bombe thermonucl&#233;aire. C'est dire que la mise au point des armes atomiques &#233;tait tout &#224; fait r&#233;alisable en URSS. Sans doute, en rajoutant encore sur la stupidit&#233; du L&#233;nine de Mat&#233;rialisme et empiriocriticisme et copiant ainsi les nazis, ses dirigeants condamnaient la m&#233;canique quantique et la relativit&#233; comme sciences bourgeoises, et mettaient en prison nombre de savants. Mais ils avaient, si l'on peut dire, un avantage sur les Allemands : celui d'avoir vu de leurs yeux les effets de ces sciences. Ils laiss&#232;rent tomber les obligations id&#233;ologiques et entr&#232;rent eux aussi dans la collaboration science-arm&#233;e. Faire exploser une bombe atomique ne devenait qu'une question d'ann&#233;es. Et, sauf si les Etats-Unis &#233;taient entr&#233;s en guerre contre les Russes d&#232;s 1945, l'&#233;volution ne pouvait que mener &#224; l'&#233;quilibre de la terreur qui allait s'imposer au monde et modifier de mani&#232;re fondamentale le type de relations entre nations. Car, passe encore qu'un bellig&#233;rant puisse d&#233;truire compl&#232;tement le pays adverse, mais que l'adversaire puisse en faire autant, que les retomb&#233;es sur soi de sa propre action ne soient pas n&#233;gligeables et que surtout une augmentation importante de la radioactivit&#233; ambiante puisse &#233;ventuellement supprimer toute vie, ou en tout cas emp&#234;cher toute reprise du travail et donc de l'exploitation de celui-ci, voil&#224; des ennuis tout nouveaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, les pays capitalistes d&#233;velopp&#233;s ont &#233;t&#233; et sont toujours condamn&#233;s &#224; vivre dans la paix, ou du moins en dehors de toute confrontation directe qui les m&#232;nerait &#224; un conflit qui, par sa logique m&#234;me, d&#233;boucherait sur une apocalypse g&#233;n&#233;ralis&#233;e. Contrairement &#224; ce que disent les adversaires de l'armement nucl&#233;aire, c'est, dans le cadre du syst&#232;me capitaliste d&#233;velopp&#233;, cet armement qui interdit tout affrontement majeur. Bien entendu on peut pr&#233;tendre qu'il peut y avoir des affrontement accidentels. C'est en effet la th&#232;se de nombreux romans ou films de la Plan&#232;te des Singes au Docteur Folamour. C'est aussi celle de Paul Mattick qui affirme que de m&#234;me que le capital ne peut &#234;tre ma&#238;tre de son &#233;conomie, de m&#234;me il ne peut &#234;tre ma&#238;tre de sa politique internationale et par cons&#233;quent finira par une confrontation majeure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est difficile de retenir cette th&#232;se, car si on l'admet, cela revient &#224; dire que l'on s'interdit toute r&#233;flexion et toute action sur le d&#233;veloppement possible de l'histoire entre les hommes. Mais en fait cette th&#232;se est contraire &#224; l'exp&#233;rience quotidienne, telle qu'elle a &#233;t&#233; v&#233;cue depuis la fin de la guerre. Il y a eu beaucoup de confrontations entre les deux Grands, pour employer le langage consacr&#233;, mais toujours celles-ci sont rest&#233;es dans des limites bien d&#233;termin&#233;es. Pendant les quarante derni&#232;res ann&#233;es, elles n'ont jamais mis r&#233;ellement en cause les accords de Yalta. Contraint par le niveau m&#234;me atteint par son propre pouvoir de destruction, le capitalisme a du fonctionner dans le cadre strict de ses propres lois de d&#233;veloppement &#233;conomique normal, sans pouvoir en quelque sorte s'en &#233;chapper par le recours &#224; des destructions, certes massives mais limit&#233;es, qui &#233;taient caract&#233;ristiques des guerres du pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4) Les confrontations d'apr&#232;s-guerre. L'environnement mondial dans la p&#233;riode 1945-1989.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fin de la guerre laisse l'Europe passablement d&#233;truite, et l'Orient compl&#232;tement boulevers&#233;. Les Am&#233;ricains, tirant les le&#231;ons des suites de la guerre de 14 allaient g&#233;rer la situation nouvelle de mani&#232;re passablement intelligente et imposer leur domination, c'est-&#224;-dire celle du capitalisme le plus avanc&#233;. D'abord, ils eurent bien soin de ne pas laisser s'installer de vacances du pouvoir dans les pays qu'ils lib&#233;raient, qui eussent pu d&#233;g&#233;n&#233;rer en on ne sait quels mouvements de masse. Puis ils propos&#232;rent aux pays lib&#233;r&#233;s, mais aussi &#224; leurs alli&#233;s, Russes compris, le plan Marshall de redressement et de reconstruction. Ce plan avait le double avantage de permettre d'&#233;couler certains surplus &#224; la technologie avanc&#233;e par rapport aux pays ou elle s'installait, mais d&#233;j&#224; passablement d&#233;pass&#233;e par rapport aux Etats-Unis eux-m&#234;mes, de reb&#226;tir une classe ouvri&#232;re de producteurs, mais dans un environnement de relative paix sociale, et enfin de r&#233;tablir des relations mondiales dans le cadre des relations capitalistes d'&#233;change sous la direction du capital principal et &#224; son profit. Les Russes refus&#232;rent d'entrer dans cette logique, d&#233;j&#224; parce que Staline et les dirigeants bureaucrates, gens du XIXe si&#232;cle, raisonnaient encore dans l'ancienne logique. Pour Staline seules les divisions militaires comptaient, et la force brute devait r&#233;soudre les probl&#232;mes. Mais la classe dominante russe devait aussi confus&#233;ment sentir que si elle acceptait ce genre de cadeau, c'&#233;tait en fait une capitulation d&#233;guis&#233;e qui, &#224; terme, ne pouvait qu'entra&#238;ner une transformation de l'Union Sovi&#233;tique et donc sa propre disparition, au moins sous sa forme pr&#233;sente. Timeo Danaos et dona ferentes. L'Union Sovi&#233;tique refusa donc et se lan&#231;a dans une politique de fabrication de glacis, annexant ici, suscitant des mouvements sociaux plus ou moins artificiels l&#224;, etc. En fait, elle n'alla jamais au del&#224; de la libert&#233; d'action que lui laissait les accords de Yalta. Elle les avait d'ailleurs appliqu&#233;s explicitement auparavant en emp&#234;chant les communistes d'essayer de prendre le pouvoir en Italie et en France et m&#234;me en Gr&#232;ce, ce qui avait &#233;vit&#233; aux Am&#233;ricains d'avoir &#224; intervenir dans une guerre civile. Mais, lorsque se trouve enclench&#233;e ce genre de politique on ne peut y r&#233;pondre que d'une fa&#231;on : s'y opposer. La politique de &lt;i&gt;contain and roll back&lt;/i&gt; &#233;tait inscrite dans le devenir historique. Il y a certainement eu &#224; l'&#233;poque des strat&#232;ges am&#233;ricains pour pr&#233;coniser l'atomisation de l'URSS, mais outre que cela aurait d&#233;bouch&#233; sur d'autres probl&#232;mes (par exemple comment prendre en charge l'immense URSS vaincue et atomis&#233;e ?), cela n'&#233;tait pas non plus dans l'int&#233;r&#234;t direct du capital. Que la d&#233;cision d'en rester l&#224; ait &#233;t&#233; le fait d'une r&#233;flexion ou un simple r&#233;sultat d'h&#233;sitations ou d'additions de hasards, elle eut des cons&#233;quences importantes en ce qu'elle continua d'accorder un poids relatif aux arm&#233;es classiques, et que, surtout, elle conduisit &#224; relever l'Allemagne et le Japon. Le monde &#224; cette &#233;poque vivait dans la hantise d'une conflagration mondiale, et ceci n'a certainement pas jou&#233; un r&#244;le n&#233;gligeable dans le maintien d'une certaine paix sociale, en d&#233;pit de mouvements apparemment spectaculaires. Incidemment, cette menace a &#233;t&#233; aussi responsable du succ&#232;s de l'id&#233;ologie stalinienne dans l'intelligentsia fran&#231;aise qui obscur&#233;ment ou explicitement croyait &#224; la prochaine victoire des Russes et qui a &#233;t&#233; fortement impressionn&#233;e par ces mouvements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, il n'y a jamais eu de confrontation directe entre les Grands. Celles-ci se sont faites par l'interm&#233;diaire de tiers. La premi&#232;re confrontation de ce type vraiment importante a &#233;t&#233; la guerre de Cor&#233;e (1950-1953). On peut interpr&#233;ter ce conflit &#224; la fois comme une sorte de dernier acte, jou&#233; dans le cadre de la situation pass&#233;e telle que la voyait Staline (le fait que la guerre s'arr&#234;te l'ann&#233;e de sa mort n'est pas sans signification), ou encore comme une tentative du bloc &#8220;communiste&#8221; de t&#226;ter les r&#233;actions am&#233;ricaines dans le cadre d'une guerre classique, maintenue volontairement dans des limites &#233;troites. La r&#233;ponse des Am&#233;ricains, intervenant en masse avec des moyens &#8220;conventionnels&#8221;, a montr&#233; que des guerres de ce genre, o&#249; peuvent se d&#233;ployer des arm&#233;es classiques importantes, ne menaient qu'&#224; une impasse dans une sorte d'&#233;quilibre sur le terrain. Il en est all&#233; de m&#234;me pour le blocus de Berlin auquel les Am&#233;ricains ont simplement r&#233;pondu par un pont a&#233;rien gigantesque montrant du m&#234;me coup et leur puissance organisationnelle et leur force militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre du Viet-n&#224;m, en revanche, s'est inscrite dans le cadre des guerres de d&#233;colonisation. Les Am&#233;ricains qui, pourtant, avaient bien compris que cette derni&#232;re &#233;tait in&#233;vitable, quand il s'agissait des autres, se sont lanc&#233;s dans cette aventure certainement avec l'id&#233;e de se rendre compte sur le terrain s'ils pouvaient tenir ce genre de pays en d&#233;pit de l'opposition de la majorit&#233; de la population, voire m&#234;me reconqu&#233;rir la Chine par personne interpos&#233;e ou non. La r&#233;ponse a &#233;t&#233; aussi n&#233;gative pour eux que l'a &#233;t&#233; pour les Russes celle de la guerre de Cor&#233;e, ou du blocus de Berlin, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait pratiquement toutes les confrontations entre les deux Grands se sont d&#233;roul&#233;es dans le cadre de la r&#233;organisation r&#233;sultant de la d&#233;colonisation. Ceci am&#232;ne &#224; se poser la question : pourquoi la d&#233;colonisation est-elle devenue n&#233;cessaire &#224; la fin de la guerre ? Pour r&#233;pondre &#224; cette question, il faut l'examiner sous deux angles, sous celui des pays colonis&#233;s et sous celui des pays colonisateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Clairement nombre des premiers voulaient &#233;chapper &#224; la tutelle des seconds. Ceux-ci, pour les exploiter &#224; bon compte, y avaient introduit des rudiments de modernit&#233; (c'est-&#224;-dire de rapports capitalistes directs), cr&#233;ant du m&#234;me coup un embryon de classe bourgeoise, de couche technicienne, et aussi un minimum d'hygi&#232;ne moderne, entra&#238;nant une forte pouss&#233;e d&#233;mographique. Cette nouvelle situation &#233;tait fr&#233;quemment explosive, renforc&#233;e encore lorsque les colonisateurs n'&#233;taient gu&#232;re pr&#234;ts &#224; accorder les libert&#233;s politiques et &#233;conomiques qui eussent peut &#234;tre permis un d&#233;veloppement autochtone contr&#244;l&#233;. Elle l'&#233;tait aussi d'autant plus que pouvaient s'y ajouter des oppositions au sein de la soci&#233;t&#233; autochtone r&#233;sultant de l'histoire pass&#233;e, souvent m&#234;me pr&#233;coloniale, dont les colonisateurs avaient jou&#233; pour s'imposer. Dans certains cas, par exemple dans les Indes Britanniques, la violence latente &#233;tait telle que les colonisateurs pr&#233;f&#233;r&#232;rent abandonner tout de suite. Dans d'autres au contraire, la d&#233;colonisation n'a pu se faire sans passer par des guerres. Pour les mener, les colonis&#233;s eurent par n&#233;cessit&#233; recours &#224; une organisation de type militaire hi&#233;rarchis&#233;e qui, parce qu'elle s'opposait &#224; la puissance colonisatrice qualifi&#233;e de capitaliste (m&#234;me si ce terme ne rend pas proprement compte de l'exploitation coloniale d'avant guerre), adopta souvent une id&#233;ologie de type l&#233;niniste, et se proclama socialiste. Elle r&#233;alisait ainsi du m&#234;me coup une sorte d'union sacr&#233;e contre l'exploiteur et gommait les oppositions latentes. Il en r&#233;sulta des guerres sordides et sanglantes qui ont paru se terminer par une d&#233;faite des colonisateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais s'il s'agit bien d'une d&#233;faite sur le terrain, peut-on en dire autant lorsqu'on se r&#233;f&#232;re &#224; la force globale ? La puissance colonisatrice tient sa place dans le concert du capitalisme mondial et ceci n'est en rien un affaiblissement par comparaison avec son ancienne colonie qui, elle, doit toujours tenter de se d&#233;velopper, et souvent, de plus, tout en dominant les forces d'&#233;clatement internes dont j'ai parl&#233; ci-dessus, et qui ont &#224; maintes reprises d&#233;bouch&#233; sur des guerres locales dont la sauvagerie ne le c&#232;de en rien &#224; celles de la d&#233;colonisation. Et avec quel r&#233;sultat ! Car qui peut pr&#233;tendre qu'aujourd'hui le Za&#239;re p&#232;se plus que la Belgique, surtout d&#232;s que celle-ci s'accroche au train europ&#233;en ? Ou l'Alg&#233;rie que la France ? Sans parler de l'Ethiopie, de l'Angola, du Cambodge, etc., voire du Viet-n&#224;m. Qui ne voit que, tr&#232;s souvent, les anciennes colonies, pass&#233; un certain temps qu'on serait tent&#233; de qualifier de veuvage provisoire, ont recours &#224; l'ancienne puissance tut&#233;laire pour les aider ? Quoi qu'il en soit, si hier les colonisateurs envoyaient certains de leurs ressortissants exploiter et administrer les colonies, aujourd'hui ils font venir chez eux de la main d'oeuvre prise dans ces pays, quitte &#224; rendre ainsi leur d&#233;veloppement encore plus al&#233;atoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;cennies pass&#233;es nous ont montr&#233; que les puissances colonisatrices elles-m&#234;mes avaient int&#233;r&#234;t &#224; sortir de l'administration directe, voire m&#234;me &#224; abandonner &#224; leur triste sort leurs anciennes possessions. Tout simplement parce que, dans l'apr&#232;s guerre, la vie de ces puissances devait se d&#233;rouler dans le cadre m&#234;me d'un capitalisme international en quelque sorte pur et renouvel&#233;. Certaines fractions de leur classe dominante, ou certains groupes humains dont les int&#233;r&#234;ts &#233;taient directement li&#233;s au maintien de la colonisation pouvaient bien tenter de freiner le cours de l'histoire, ils ne pouvaient qu'&#233;chouer &#224; un moment o&#249; la concurrence internationale capitaliste, on serait tent&#233; de dire la vraie, s'affirmait. Il devenait en effet n&#233;cessaire d'y consacrer toutes ses forces, et ceci d'autant plus que les Etats-Unis, dans leur confrontation &#8220;pacifique&#8221; avec le bloc &#8220;communiste,&#8221; avaient pouss&#233; &#224; la reconstruction, non seulement de la puissance &#233;conomique de leurs anciens alli&#233;s, mais aussi de leurs anciens adversaires, allemands comme japonais. Je ne soutiens &#233;videmment pas un instant qu'il faille voir dans la reconstruction du capitalisme europ&#233;en et japonais le seul effet de la confrontation entre les Etats-Unis et le bloc communiste. Ce serait mal comprendre le fonctionnement du syst&#232;me, car celui-ci, comme je l'ai d&#233;j&#224; remarqu&#233;, demande des &#233;changes les plus &#233;tendus possibles. La reconstruction s'est donc inscrite dans cette perspective, mais aussi dans le cadre de la rivalit&#233; Etats-Unis - Union Sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'abandon, contraint ou volontaire, des anciennes colonies &#224; elles-m&#234;mes a cependant des limites. Le syst&#232;me dans son ensemble ne peut se d&#233;sint&#233;resser des sources vitales de mati&#232;res premi&#232;res. C'est pourquoi les producteurs de p&#233;trole, d'uranium ou de m&#233;taux rares ont eu droit &#224; des traitements sp&#233;ciaux. Dans certains cas il y a eu intervention militaire, plus ou moins directe, mais souvent aussi, en particulier lorsque les Etats-Unis ont pris en main cette gestion, utilisation d'autres m&#233;thodes pr&#233;tendument plus douces. Celles-ci d&#233;coulent tout simplement de ce que les pays producteurs de p&#233;trole par exemple sont pr&#233;sents sur le march&#233; mondial et qu'il est nettement plus facile de les traiter par l'interm&#233;diaire des lois de celui-ci. (Incidemment, il convient de m&#233;diter le fait que le Viet-n&#224;m n'y &#233;tait absolument pas repr&#233;sent&#233;.) Les producteurs de p&#233;trole d&#233;pendent directement de ce march&#233; et, qu'ils le veuillent ou non, ils ne sont que des wagons accroch&#233;s &#224; la locomotive capitaliste mondiale. Ils n'ont pour ainsi dire aucune libert&#233; de manoeuvre r&#233;elle, si ce n'est verbale, limit&#233;e et occasionnelle. Ils peuvent certainement peser sur les prix, mais pas au del&#224; d'une certaine limite, tout simplement parce que tout ralentissement dangereux de l'activit&#233; &#233;conomique mondiale est imm&#233;diatement synonyme d'un ralentissement de leurs propres revenus. Viendraient-ils &#224; remuer par trop qu'ils entra&#238;neraient le d&#233;raillement du train, et donc de leur propre wagon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'URSS a certes tent&#233; de s'introduire dans les failles qu'ont repr&#233;sent&#233;es les mouvements nationalistes de d&#233;colonisation, et ceci d'autant plus que ceux-ci adoptaient l'id&#233;ologie pr&#233;tendument marxiste caract&#233;ristique du capital d'Etat. Elle l'a fait avec des succ&#232;s divers et dans l'ensemble plut&#244;t faibles, &#224; l'exception du Viet-n&#224;m. Mais la relative victoire du bloc sovi&#233;tique dans ce cas ne saurait masquer sa d&#233;faite g&#233;n&#233;rale dans tout l'Extr&#234;me Orient, o&#249; le d&#233;veloppement capitaliste classique s'est fait sans probl&#232;me majeur dans un certain nombre de pays, montrant pour la premi&#232;re fois qu'une telle &#233;volution pouvait se poursuivre dans le cadre international d'un capital toujours en expansion en d&#233;pit de diverses r&#233;cessions, et comme tel capable d'absorber sur son march&#233; de nouveaux producteurs donc de nouveaux concurrents, mais &#224; ses propres conditions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus int&#233;ressantes peut-&#234;tre sont les tentatives d'autres puissances, allant de la France &#224; la Chine en passant par Cuba, de faire pi&#232;ce au capitalisme am&#233;ricain dans les pays dits du tiers monde. L&#224; aussi les succ&#232;s de ces vell&#233;it&#233;s d'ind&#233;pendance sont rest&#233;s tr&#232;s limit&#233;s, mais pas n&#233;cessairement leurs cons&#233;quences comme je voudrais le montrer dans ce qui suit . De fait celles-ci ne sont pas sans rapport avec la guerre du Golfe et la situation au Moyen Orient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5) La situation mondiale apr&#232;s 1989 et la faillite du capitalisme d'Etat.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donner 1989 comme date d'un nouvel arrangement mondial est &#233;videmment passablement subjectif. Cette date est tout simplement commode parce que cette ann&#233;e a vu les craquements spectaculaires du bloc sovi&#233;tique. Bien entendu ceux-ci r&#233;sultaient d'un long processus, &#224; l'oeuvre depuis de nombreuses ann&#233;es. Ici encore on peut dire que cet &#233;croulement s'inscrit dans le cadre de cet &#233;tat de paix surarm&#233;e impos&#233; par l'&#233;quilibre de la terreur. A partir du moment o&#249; on ne peut plus sortir des difficult&#233;s, ni r&#233;soudre les oppositions exacerb&#233;es par le moyen de la guerre, celles-ci doivent aller &#224; leurs cons&#233;quences extr&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les Conseils Ouvriers , Anton Pannekoek cite une comparaison de l'entomologiste am&#233;ricain Howard, entre les deux structures animales qui ont r&#233;ussi les meilleures adaptations &#224; la surface de la terre : les insectes avec leur peau inattaquable qui couvre tous les points faibles et les mammif&#232;res qui soutiennent ces parties faibles par un squelette interne. Il assimile ensuite les &#233;tats totalitaires (en l'occurrence les nazis) aux insectes et les d&#233;mocraties bourgeoises (ici la bourgeoisie anglaise) aux mammif&#232;res. Ces derni&#232;res, dit-il, ont &#8220;des os dans le corps&#8221;. Sur la terre, selon Howard,la lutte entre insectes et mammif&#232;res n'est toujours pas termin&#233;e, et &#224; la limite on ne peut gu&#232;re pr&#233;voir quelle sera son issue. Pour l'instant les mammif&#232;res et, plus particuli&#232;rement l'homme, triomphent. De m&#234;me, dans la lutte entre divers aspects du capitalisme, il appara&#238;t qu'au moins pour l'instant, les d&#233;mocraties bourgeoises avec leur apparente mollesse externe l'emportent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela provient tout simplement de ce que le syst&#232;me de la d&#233;mocratie bourgeoise est mieux adapt&#233; &#224; la concurrence internationale capitaliste que ces syst&#232;mes rigides incapables de souplesse. Le seul probl&#232;me de la d&#233;mocratie bourgeoise est justement d'emp&#234;cher que la souplesse souhaitable ne se transforme en d&#233;sordre total g&#233;n&#233;rateur de crise. C'est pourquoi l'intervention de l'Etat est devenu une obligation dans tous les pays de capitalisme dit lib&#233;ral. Il n'y a plus de capitalisme de laissez-faire nulle part dans le monde : partout, de fait, s'est impos&#233; une sorte de capitalisme mixte. Seul varie d'une nation &#224; l'autre le degr&#233; de mixit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La formation de ce type de capitalisme a eu d'autres avantages comme d'int&#233;grer encore plus la classe des producteurs dans le syst&#232;me lui-m&#234;me. Gr&#226;ce aux avantages sociaux, s&#233;curit&#233; sociale, retraites, assurance ch&#244;mage etc. le nouveau syst&#232;me a canalis&#233; les revendications de cette classe dans un sch&#233;ma assez bien d&#233;fini de n&#233;gociations cod&#233;es, men&#233;es par des interm&#233;diaires appropri&#233;s, syndicats et repr&#233;sentants du patronat, le tout sens&#233; &#233;viter les combats de classe trop accentu&#233;s. L&#224; encore, le niveau d'int&#233;gration atteint, la quantit&#233; d'avantages accord&#233;s varient fortement d'une nation &#224; l'autre, mais dans l'ensemble du capitalisme lib&#233;ral ils sont passablement &#233;lev&#233;s. Le consensus social y est suffisant pour permettre aux dirigeants de toujours chercher &#224; ramener dans le cadre de n&#233;gociations cod&#233;es tout mouvement social, m&#234;me le plus violent, et, dans l'ensemble, d'y r&#233;ussir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps que cette reconnaissance officielle de la classe des producteurs, &#224; la condition qu'elle veuille bien se maintenir entre les rails que l'on a pr&#233;vus pour elle, le syst&#232;me a introduit une consommation de masse. On peut &#233;videmment argumenter qu'il y a aujourd'hui pas mal de monde qui, m&#234;me dans les pays les plus d&#233;velopp&#233;s, vit dans la mis&#232;re sordide, mais cela ne doit pas faire oublier qu'il y a aussi un pourcentage important de gens qui ont acc&#233;d&#233; &#224; une consommation impensable pour un bourgeois ais&#233; du si&#232;cle dernier. Automobile, vacances, voyages &#224; l'&#233;tranger, etc. autant de choses qui touchent m&#234;me les couches travailleuses modestes et qui expliquent pourquoi la situation de prol&#233;taire dans de tels pays puisse sembler &#224; d'autres celle de l'el dorado.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai absolument pas l'intention de faire une description quasi idyllique d'un syst&#232;me d&#233;testable, mais simplement de rappeler quelques v&#233;rit&#233;s : on vit certainement mieux aujourd'hui dans la classe des travailleurs qu'on ne le faisait au d&#233;but du si&#232;cle, et ceci pour une proportion de gens telle que l'existence de ch&#244;meurs et de d&#233;sh&#233;rit&#233;s puisse appara&#238;tre aux yeux de la plupart comme une sorte de mal&#233;diction personnelle, et leur faire admettre que tout le probl&#232;me provient d'une formation scolaire et professionnelle inad&#233;quate et non du mode de fonctionnement d'un syst&#232;me qui entra&#238;ne de telles aberrations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir du moment o&#249; un syst&#232;me r&#233;ussit &#224; persuader l'ensemble des hommes qui y vivent du bien fond&#233; de son existence et de la rectitude de ses activit&#233;s, s'ouvrent pour lui de beaux jours. Dans le cas des syst&#232;mes totalitaires cela permet d'imposer plus facilement la loi d'airain et d'entra&#238;ner les populations dans des aventures sanglantes et dangereuses. Dans le cas des syst&#232;mes de capitalisme mixte, cela permet de demander une augmentation de la productivit&#233;, d'imposer des changements importants du mode de production et m&#234;me des produits. Et il y l&#224; un effet autoamplificateur : lorsque la productivit&#233; augmente, la production augmente &#233;galement, et du m&#234;me coup la consommation de la classe productrice. Telle est la raison profonde du succ&#232;s du capitalisme mixte. Bien entendu ceci demande que le syst&#232;me soit dynamique, qu'il &#233;volue &#224; chaque instant, qu'il se lance sans arr&#234;t dans de nouvelles productions, bref, pour reprendre un de ces mots dont il est si friand, qu'il ait recours &#224; l'innovation. Aujourd'hui le capitalisme mixte ne ressemble plus du tout au capitalisme de la premi&#232;re moiti&#233; du si&#232;cle, non seulement par cette r&#233;organisation sociale que je viens de rappeler, mais surtout par la transformation de ses productions, donc de ses producteurs. C'est ainsi que des pans entiers de production ont disparu, en particulier ceux qui touchaient &#224; l'industrie lourde. (On se rappelle la grande crise de la sid&#233;rurgie.) L'invasion des mati&#232;res plastiques, de l'&#233;lectronique etc. r&#233;pond &#224; cette nouvelle exigence et la d&#233;termine en retour. De m&#234;me la classe productrice change de caract&#232;re. Elle incorpore d'avantage de travail intellectuel, d'invention. Dans chaque pays capitaliste d&#233;velopp&#233;, il a donc fallu former ces nouveaux sp&#233;cialistes, ouvrir des universit&#233;s de masse, tenter de r&#233;pondre &#224; cette nouvelle demande de force de travail elle-m&#234;me nouvelle, en montant le niveau d'&#233;ducation des autochtones. En m&#234;me temps on renvoyait &#224; de la main d'oeuvre immigr&#233;e tout le travail dit sp&#233;cialis&#233;, c'est-&#224;-dire pouvant &#234;tre effectu&#233; par des non-sp&#233;cialistes. Ou bien on rel&#233;guait dans des pays semi-d&#233;velopp&#233;s les productions du genre industrie lourde toujours n&#233;cessaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps la production d'armement continuait sur un rythme tel que l'on peut parler de complexe militaro-industriel. L&#224; aussi l'intervention de l'Etat est importante et renforce encore le caract&#232;re mixte de l'&#233;conomie. On peut d&#233;fendre l'id&#233;e que la production d'armement est une constante du syst&#232;me capitaliste. Il y a cependant aujourd'hui une grande diff&#233;rence. Certes d&#233;j&#224;, l'effet de taille : on n'a jamais vu une telle ampleur dans la fabrication. Mais il y a plus, la liaison de cette fabrication &#224; l'innovation constante dans la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me. Par construction, si l'on peut dire, les armements se trouvent rapidement d&#233;mod&#233;s par suite des progr&#232;s de la recherche, et, dialectiquement, cette obsolescence conduit &#224; pousser encore plus celle-ci. Ce qui est int&#233;ressant ici, c'est de voir un processus de destruction massive d'une certaine production, les armes, s'effectuer sans que justement rien de mat&#233;riel ne les d&#233;truise. Il n'y a pas de guerre, ou presque, et pourtant tout se passe comme si. Le tout entra&#238;ne de grands progr&#232;s techniques qui retombent sur la production civile, qui renvoie l'ascenseur, ses propres produits se retrouvant dans l'armement ( &#233;lectronique miniaturis&#233;e, informatique g&#233;n&#233;ralis&#233;e, nouveaux mat&#233;riaux, etc. ). Voil&#224; un m&#233;canisme d'auto-amplification dialectique comme les aime le syst&#232;me. Certes il entra&#238;ne aussi ses contradictions et un des probl&#232;mes du monde actuel est de maintenir la balance &#233;quilibr&#233;e entre ce secteur et les autres secteurs, m&#234;me si la production d'armement, et c'est quelque chose de nouveau, est soumise aux lois du march&#233;. La vente d'armes est quasi devenue une activit&#233; comme les autres sur le march&#233; international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est clair que toute cette activit&#233; f&#233;brile ne se fait pas dans le calme. M&#234;me pendant les pr&#233;tendues &#8220;trente glorieuses&#8221;, le syst&#232;me d'&#233;conomie mixte a connu des hauts et des bas. Les p&#233;riodes de boom ont altern&#233; avec celle de r&#233;cession. Des chocs &#233;conomiques divers ont &#233;t&#233; encaiss&#233;s. Il en est r&#233;sult&#233; des krachs en bourse, des redistributions de pouvoir, des &#233;croulements et disparitions de secteurs entiers d'activit&#233;. Dans les derni&#232;res ann&#233;es ce genre de bouleversement s'est encore acc&#233;l&#233;r&#233;, pouvant donner l'impression d'une crise rappelant celles du pass&#233;. La mis&#232;re s'est accrue dans certaines couches de la population, le ch&#244;mage de masse a fait sa r&#233;apparition. Tout cela montre que les difficult&#233;s intrins&#232;ques &#224; l'accumulation du capital n'ont pas cess&#233; comme par enchantement. Mais, lorsque ces difficult&#233;s n'entra&#238;nent pas la contestation fondamentale du syst&#232;me par la classe des exploit&#233;s, alors celui-ci se nourrit de ses propres contradictions. La marche est une succession de chutes entre lesquelles le marcheur r&#233;cup&#232;re son &#233;quilibre dynamique. Il en va de m&#234;me pour le capitalisme, il peut avoir l'air d'&#234;tre en train de chuter, il se r&#233;tablira n&#233;cessairement si personne n'est l&#224; pour lui faire le croc en jambes mortel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par comparaison, les syst&#232;mes de capitalisme d'Etat donnent une belle image d'immobilisme, m&#234;me si leurs taux de d&#233;veloppement peuvent &#234;tre gigantesques et faire illusion. Comme la majorit&#233; de ces pays en est encore au stade d'une certaine accumulation primitive, ils n'ont vu leur possibilit&#233; de d&#233;veloppement que dans la cr&#233;ation d'une puissante industrie lourde. Mais dans les conditions o&#249; celle-ci s'est faite ou se fait encore, elle ne peut que former la classe productrice qui lui est adapt&#233;e et qui reste profond&#233;ment li&#233;e &#224; une mentalit&#233; du type XIXe si&#232;cle, assez fortement conservatrice, et comme telle assez en accord avec la classe dominante, c'est-&#224;-dire la bureaucratie, r&#233;actionnaire comme l'&#233;tait la bourgeoise du si&#232;cle dernier. Les rares personnes dynamiques sont all&#233;es et vont dans les secteurs militaires ou de la recherche scientifique, o&#249; ils ont &#233;t&#233; et sont fortement soumis &#224; des encadrement tatillons. Comme je l'ai fait remarquer plus haut, la production militaire classique, y compris celle des bombes atomiques et des fus&#233;es, fussent-elles destin&#233;es &#224; exp&#233;dier des satellites, ne pose pas de probl&#232;mes v&#233;ritables et il n'y a pas &#224; s'&#233;tonner ou s'&#233;merveiller des r&#233;sultats obtenus par les sovi&#233;tiques dans ce domaine. Beaucoup plus difficile en revanche est d&#233;j&#224; de r&#233;aliser la production militaire moderne avec ses ordinateurs miniaturis&#233;s, sa mise au rancart de moyens de destruction devenus continuellement obsol&#232;tes. J'ai remarqu&#233; plus haut que celle-ci est comme automatique dans la soci&#233;t&#233; capitaliste lib&#233;rale, o&#249; elle r&#233;sulte pratiquement du mode de fonctionnement de celle-ci. Ici il n'en va pas de m&#234;me. Tout changement dans la technique militaire pose un probl&#232;me consid&#233;rable parce que rien n'est pour ainsi dire pr&#234;t &#224; y r&#233;pondre dans la production civile. D'une certaine mani&#232;re, ce serait presque l'inverse. L'absence totale de dialectique est mortelle pour ce genre de syst&#232;me. Ainsi lorsque Reagan &#224; la suite de Carter proposa de passer &#224; l'IDS, mieux connue sous le nom de guerre des &#233;toiles, on ne retint en Europe que le c&#244;t&#233; d&#233;mesur&#233; du projet (entourer la terre de satellites arm&#233;s de fus&#233;es pour stopper les missiles intercontinentaux russes) et le fait qu'il ne pourrait &#234;tre &#224; cent pour cent efficace. Cette derni&#232;re remarque est probablement exacte, et de ce point de vue la r&#233;alisation de l'IDS n'aurait pas mis fin &#224; l'&#233;quilibre de la terreur. Mais cette proposition eut un effet secondaire important : elle couronnait le processus qui montrait ouvertement que l'URSS ne pouvait pas &#8220;suivre&#8221;. Paradoxalement, le capitalisme d'Etat a choisi, ou a &#233;t&#233; contraint par sa nature m&#234;me de choisir, la mont&#233;e en puissance de son arm&#233;e, et c'est justement celle-ci qui r&#233;v&#232;le sa faiblesse sur le v&#233;ritable champ de bataille, celui de la confrontation &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car, dans le contexte de la paix surarm&#233;e, les contacts avec le monde ext&#233;rieur sont in&#233;vitables, et la concurrence avec celui-ci est ouverte. Pour bien faire il faudrait passer &#224; un syst&#232;me d'&#233;change g&#233;n&#233;ralis&#233;, devenir comp&#233;titif sur le march&#233; international, cr&#233;er une infrastructure de communication avec des routes convenables, b&#226;tir un syst&#232;me de distribution et de stockage efficace, r&#233;soudre l'angoissant probl&#232;me de l'agriculture et de la consommation la plus ordinaire. Vaste programme s'il en fut ! M&#234;me si on ne cherche pas &#224; le r&#233;aliser vraiment, il faut n&#233;anmoins maintenir un certain &#233;quilibre avec le reste du monde ne serait-ce que dans le domaine militaire, et pour cela il faut proc&#233;der &#224; un certain d&#233;veloppement des moyens modernes. La t&#233;l&#233;vision et le t&#233;l&#233;phone, d'ailleurs passablement rudimentaires, ont donc fait leur apparition et avec eux des informations un peu plus fiables sur le monde capitaliste ont commenc&#233; de circuler. Il est devenu alors difficile, pour le r&#233;gime russe par exemple, de conserver inchang&#233; le syst&#232;me h&#233;rit&#233; de Staline. D&#233;j&#224; Khrouchtchev avait tent&#233; une telle transformation, mais, finalement contr&#233; par les conservateurs, avait du abandonner le pouvoir. Or le ver &#233;tait en quelque sorte dans le fruit, et m&#234;me bien avant l'arriv&#233;e de Nikita. A un certain stade de d&#233;veloppement, la soci&#233;t&#233; doit &#233;voluer, si elle ne peut le faire calmement elle le fera par la violence. L'accumulation primitive du capital, incarn&#233;e dans l'industrie lourde, men&#233;e par une classe dominante bureaucratique plus ou moins scl&#233;ros&#233;e, pourrait, dans un syst&#232;me compl&#232;tement isol&#233;, d&#233;boucher sur une soci&#233;t&#233; stagnante ou &#224; &#233;volution lente, passablement satisfaisante pour ceux qui en tirent des profits exorbitants par rapport au peuple local, mais ridicules par rapport au revenu salarial du moindre cadre de l'Occident. De ce point de vue on ne peut pas parler d'&#233;chec de la soci&#233;t&#233; bureaucratique. Elle a au fond r&#233;alis&#233; ce qu'il lui &#233;tait possible de faire dans les conditions qui lui &#233;taient impos&#233;es, on serait tent&#233; de dire qu'elle a rempli son r&#244;le historique. Cependant elle se r&#233;v&#232;le d'une inf&#233;riorit&#233; catastrophique lorsqu'elle est confront&#233;e &#224; un monde plus dynamique qu'elle. C'est une constante historique que voir dispara&#238;tre une civilisation face &#224; une autre qui lui est &#8220;sup&#233;rieure&#8221;, en particulier dans ses techniques et son mode de production. Et c'est bien ce qui se passe dans ce cas. Dans l'impossibilit&#233; d'&#233;chapper &#224; la pression externe par la guerre, le syst&#232;me inf&#233;rieur ne peut que capituler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut ramener cette discussion sur la confrontation entre les deux syst&#232;mes dans le cadre conventionnel de la validit&#233; des lois g&#233;n&#233;rales de l'accumulation capitaliste telles qu'elles sont d&#233;gag&#233;es par Marx. Dans le langage marxiste classique, cette question prend la forme de la validit&#233; de la loi de la valeur. Si on ne voit dans celle-ci que la relation directe entre la production et le travail : le travail produit la valeur, alors elle s'applique &#224; n'importe quelle soci&#233;t&#233; o&#249; le travail existe. Si on veut la voir comme li&#233;e directement &#224; la r&#233;alisation de la plus-value par l'&#233;change, elle n'existe que dans les pays de capitalisme lib&#233;ral strict et parfait. Dans les pays de capitalisme mixte l'effet de la loi de la valeur est comme ajourn&#233;, renvoy&#233; &#224; plus tard, gr&#226;ce aux interventions gouvernementales. Elle se fait finalement sentir, soit par l'interm&#233;diaire de l'inflation, soit par celle de ces restructurations qui font &#233;crouler des pans entiers de l'&#233;conomie au profit d'autres. Dans les pays de capital d'Etat l'effet de la loi de la valeur est encore plus suspendu, puisque, en principe, l'Etat d&#233;cide de tout sans jamais qu'aucun &#233;change n'intervienne. Si le syst&#232;me &#233;tait parfait et isol&#233;, la loi de la valeur cesserait m&#234;me d'exister, et, de ce point de vue, le terme de capitalisme ne serait peut &#234;tre pas tout &#224; fait appropri&#233; pour d&#233;crire ce mode d'exploitation du travail. Or il n'y a pas sur terre de r&#233;gions v&#233;ritablement isol&#233;es, et aujourd'hui moins que jamais. La discussion sur la validit&#233; de la loi de la valeur prend donc un caract&#232;re acad&#233;mique. Le syst&#232;me de capitalisme d'Etat y devient n&#233;cessairement soumis, du moins sous la forme correspondant au capitalisme mixte, et son inf&#233;riorit&#233; dans son mode d'exploitation du travail n'en devient que plus flagrante. C'est pourquoi bien des fractions de la classe dominante d'URSS veulent une &#233;volution du syst&#232;me, et s'opposent au conservatisme de la bureaucratie traditionnelle. Le changement ne vient pas seulement d'une imposition externe, il r&#233;sulte aussi d'une &#233;volution interne. Clairement, il est extr&#234;mement difficile &#224; mener au bout. En g&#233;n&#233;ral une classe dominante nouvelle ou renouvel&#233;e qui veut s'imposer contre une ancienne, doit avoir recours &#224; une certaine aide de la classe domin&#233;e &#224; laquelle elle conc&#233;dera en retour certains avantages. Pour la fraction moderniste de la classe dominante russe, ces avantages sont essentiellement une mont&#233;e de la consommation, accompagn&#233;e d'une certaine libert&#233; quotidienne. Mais la classe domin&#233;e reste pour l'instant r&#233;serv&#233;e, ne croyant gu&#232;re au paradis de consommation et se m&#233;fiant de l'accroissement du travail qui l'accompagnerait. C'est pourquoi les &#233;volutions que l'on a pu observer dans l'ancien glacis sovi&#233;tique, se sont faites sur la base d'un nationalisme plus ou moins teint&#233; de religion, et en tout cas de haine des Russes, assurant la coh&#233;sion nationale, permettant, dans la p&#233;riode d'affaiblissement du syst&#232;me bureaucratique, la &#8220;lib&#233;ration&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par une de ces phrases condens&#233;es dont il avait le secret, Henk Canne Meijer a bien d&#233;crit le probl&#232;me de ces pays de capital d'Etat : &#8220;la Russie&#8221;, disait-il, &#8220;a voulu faire son accumulation primitive en dehors du capitalisme mondial, elle devra le payer et elle paiera.&#8221; Elle paie en effet, mais reste &#224; savoir si ce avec quoi elle paie satisfait ses &#8220;cr&#233;anciers&#8221;. On pouvait voir depuis longtemps des signes avant coureurs de cette capitulation. Ainsi l'aventure des bases de missiles &#224; Cuba avait clairement montr&#233; o&#249; se trouvait la vraie puissance, et la fin du soutien &#224; de nombreux mouvement de &#8220;lib&#233;ration nationale&#8221; en apportait une confirmation suppl&#233;mentaire, en m&#234;me temps qu'elle faisait para&#238;tre au grand jour l'incapacit&#233; de l'URSS de poursuivre sa politique d'affrontement avec les Etats-Unis. Cet abandon pr&#233;monitoire ne pouvait suffire. En l&#226;chant pratiquement sans conditions tout son glacis de l'Europe de l'Est, l'URSS paie davantage, mais est-ce encore assez ? Car tout le probl&#232;me du capital d'Etat est aujourd'hui, comme je l'ai dit plus haut, d'en venir &#224; une sorte de capital mixte, plus ou moins calqu&#233; sur le capital occidental, de r&#233;ussir ce qu'ont fait le Japon, l'Allemagne, et surtout l'Espagne : sortir d'un &#233;tat totalitaire pour entrer dans une forme d&#233;mocratique appropri&#233;e au type moderne d'exploitation de l'homme par l'homme. Vaste t&#226;che qui exige &#224; la fois la modification de la classe dominante et celle de la classe domin&#233;e, qui demande au moins la bienveillance du monde ext&#233;rieur et m&#234;me son aide. C'est bien pour cela qu'il faudra payer. Tout cet accomplissement, qu'il r&#233;ussisse ou non, ne manquera pas de r&#233;server des surprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici je veux m'int&#233;resser aux effets de cette d&#233;fection sur les tensions internationales. Ce qu'il faut dire avant toute chose, c'est qu'elle laisse pratiquement les mains libres au capital occidental, donc am&#233;ricain, et lui abandonne le soin de g&#233;rer le monde. Hier, les confrontations quelles qu'elles fussent se trouvaient embrigad&#233;es dans la confrontation plus g&#233;n&#233;rale Est-Ouest, et, paradoxalement, ligot&#233;es par cette derni&#232;re. Ni la Russie, ni les Etats-Unis n'autorisaient leurs prot&#233;g&#233;s ou clients &#224; d&#233;passer certaines limites. Aujourd'hui une certaine libert&#233; d'action est laiss&#233;e &#224; ces clients d'hier et l'attitude de l'Irak en fournit le premier exemple. La r&#233;action des Etats-Unis, et d'ailleurs du capitalisme en g&#233;n&#233;ral, est &#224; l'&#233;vidence de toute premi&#232;re importance. Il convient donc d'examiner plus particuli&#232;rement la question du Moyen Orient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais avant d'en venir &#224; cette &#233;tude, remarquons qu'au cours des derni&#232;res ann&#233;es, le capitalisme occidental a fait dispara&#238;tre les syst&#232;mes dictatoriaux par trop voyants et r&#233;pugnants qu'il soutenait ou entretenait. Ainsi en va-t-il de Marcos, de Nori&#233;ga, mais aussi de Pinochet et des g&#233;n&#233;raux argentins ou br&#233;siliens, sans parler des grecs, ou m&#234;me de Franco disparu tout seul. Ainsi en va-t-il aussi de l'Afrique du Sud qui a du c&#233;der tant aux pouss&#233;es des masses noires en r&#233;volte qu'&#224; l'embargo g&#233;n&#233;ralis&#233; qui la frappe depuis quelques ann&#233;es. Tout se passe comme si le syst&#232;me voulait imposer au monde entier son propre mode d'organisation qui lui para&#238;t le mieux adapt&#233; &#224; l'exploitation moderne. Bien entendu dans une grande partie des cas il ne s'agira que d'une caricature plus ou moins sinistre de la d&#233;mocratie bourgeoise, elle-m&#234;me d&#233;j&#224; passablement glauque, comme le montrent, non seulement certains pays africains ou n'existe gu&#232;re de production capitaliste digne de ce nom, mais encore la Cor&#233;e du Sud ou la Tha&#239;lande, o&#249; en existe d&#233;j&#224; une plus qu'embryonnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette activit&#233; du capitalisme occidental, aussi factice qu'elle puisse sembler, montre en tout cas que celui-ci a repris toute confiance en lui-m&#234;me. ( L'avait-il jamais perdue ? c'est douteux.) Hier les contestataires s'en prenaient au capitalisme international, ou plut&#244;t au capital am&#233;ricain pr&#233;sent&#233; comme l'incarnation du diable. Dans un premier stade, l'id&#233;ologie stalinienne triomphait, en Europe et surtout en France, tant dans les couches ouvri&#232;res que parmi les intellectuels. Ce triomphe n'a pas pu r&#233;sister &#224; la mont&#233;e de la prosp&#233;rit&#233; capitaliste occidentale de l'apr&#232;s guerre ni &#224; l'esp&#232;ce de confinement et de reflux du monde sovi&#233;tique qui l'a accompagn&#233;e. Cette id&#233;ologie a &#233;t&#233; supplant&#233;e par celle du tiers-mondisme. Certes, dans les pays colonisateurs, il &#233;tait normal, oblig&#233; et justifi&#233; de s'opposer aux guerres coloniales, mais cette opposition a pris souvent le caract&#232;re d'une id&#233;alisation des mouvements coloniaux de lib&#233;ration, pr&#233;sent&#233;s comme l'exemple d'une marche vers le bonheur socialiste. Cette glorification du faible contre le fort, du petit David colonis&#233; contre le Goliath de pr&#233;f&#233;rence am&#233;ricain, est peut &#234;tre compr&#233;hensible ou explicable, elle laisse en tout cas v&#233;ritablement d&#233;sarm&#233; pour comprendre l'&#233;volution du monde moderne et pour agir sur elle. Aujourd'hui, dans la situation qui r&#233;sulte de l'effondrement relatif du bloc sovi&#233;tique, elle devient compl&#232;tement d&#233;sincarn&#233;e. Elle voudrait encore pr&#244;ner la victoire de nationalismes dans un contexte de capitalisme international g&#233;n&#233;ralis&#233;. Ce faisant elle montre son caract&#232;re r&#233;trograde, et de fait va dans le sens de la manipulation des oppositions nationales et religieuses que continuent de favoriser certaines fractions du capital mondial. Mais ceci nous ram&#232;ne une fois encore aux probl&#232;mes du Golfe et du monde musulman en g&#233;n&#233;ral. Il est temps d'y venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?480-essai-sur-la-guerre-du-golfe-2-4' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Seconde partie disponible ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Islam et modernit&#233;</title>
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&lt;p&gt;Article de Hamadi Redissi, Professeur &#224; la Facult&#233; de Droit et de Sciences Politiques de Tunis, in Genevi&#232;ve Gobillot (dir.), &#171; Monde de l'Islam et Occident, les voies de l'interculturalit&#233; &#187;, EME, Bruxelles, 2010. Source : http://www.juragentium.unifi.it/fr/... La question du rapport entre islam et modernit&#233; remonte au XIXe si&#232;cle. Pr&#232;s de deux si&#232;cles apr&#232;s, elle demeure d'une actualit&#233; telle que les attentats du 11 septembre 2001 et la seconde guerre du Golfe, loin d'en att&#233;nuer les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Article de Hamadi Redissi, Professeur &#224; la Facult&#233; de Droit et de Sciences Politiques de Tunis, in Genevi&#232;ve Gobillot (dir.), &#171; Monde de l'Islam et Occident, les voies de l'interculturalit&#233; &#187;, EME, Bruxelles, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;http://www.juragentium.unifi.it/fr/surveys/med/tunis/redissi.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.juragentium.unifi.it/fr/...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La question du rapport entre islam et modernit&#233; remonte au XIXe si&#232;cle. Pr&#232;s de deux si&#232;cles apr&#232;s, elle demeure d'une actualit&#233; telle que les attentats du 11 septembre 2001 et la seconde guerre du Golfe, loin d'en att&#233;nuer les effets, n'ont fait que lui donner plus de reliefs, rendant ainsi plus urgente la t&#226;che d'en repenser les fondements : pourquoi l'islam a-t-il &#233;chou&#233; l&#224; o&#249; d'autres, l'Asie par exemple, &#224; se moderniser et se d&#233;mocratise. Pour preuve, plus d'un si&#232;cle apr&#232;s, les essais contrast&#233;s qui ont &#233;t&#233; consacr&#233;s &#224; l'islam n'ont fait que reprendre les th&#232;mes qui travaillent la pens&#233;e islamique depuis le trauma occasionn&#233; par la rencontre douloureuse d'un islam paresseux avec ce qu'il avait d&#233;couvert d'un trait et en vrac, en une m&#234;me famille s&#233;mantique, l'Occident et ses inventions, son histoire et ses valeurs, ses Dieux et ses hommes, sa technique et sa m&#233;taphysique, &#224; savoir : le rapport &#224; l'Europe, le statut de l'&#233;tranger, celui des femmes, le probl&#232;me de la s&#233;cularisation et des choses semblables (1).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci &#233;tant, la question pose une double mise au point. La premi&#232;re est relative &#224; la nature de la comparaison. Elle met en rapport une culture qui s'&#233;tale dans le temps sur pr&#232;s de quinze si&#232;cle avec une notion, la modernit&#233;, port&#233;e par les Temps Modernes. La seconde a trait &#224; l'islam lui-m&#234;me dont le sens varie selon qu'il est pris comme une religion, une civilisation, une histoire, une aire culturelle ou un ensemble de pays ayant l'islam pour identit&#233;. Ce d&#233;calage historique peut &#234;tre surmont&#233; si on adopte la perspective historico-th&#233;orique, celle qui prend la pr&#233;caution de ne pas figer l'islam dans une essence atemporelle et de consid&#233;rer, par l&#224;-m&#234;me, la modernit&#233; elle-m&#234;me comme un ph&#233;nom&#232;ne soumis &#224; l'&#233;preuve du temps qui en examine le sens et en critique l'apport. A la limite, la posture ayant &#233;t&#233; adopt&#233;e par Aziz Al-Azmeh, on peut conjuguer l'islam et la modernit&#233; au pluriel (2). Mais, la pluralit&#233; des sens de la modernit&#233; et de l'islam, ne fait pas &#233;vanouir pour autant le n&#233;cessaire travail d'&#233;clairement des termes de la comparaison. Je mettrai donc la relation dans son cadre historique et s&#233;mantique. Je consid&#233;rerai l'islam comme une soci&#233;t&#233; historique en transition, mais &#233;galement comme une aire culturelle. En tant qu'aire culturelle, l'islam est un type culturel ou anthropologique au sens o&#249; Jaspers a parl&#233; de civilisations axiales, Weber, de religions mondiales (&lt;i&gt;Kulturreligion&lt;/i&gt;) ou d'aires culturelles (&lt;i&gt;Kulturkreise&lt;/i&gt;) et les historiens des civilisations, de civilisation vivante, globale, soit distincte, soit partie int&#233;grante d'une civilisation centrale qui transcende les sp&#233;cificit&#233;s (des premi&#232;res civilisationnistes, Arnold Toynbee et Oswald Spengler aux contemporains, Mathew Melko, David Wilkinson, Stephen K. Sanderson...). Ceci &#233;tant, le type s'articule aux autres unit&#233;s concr&#232;tes, les groupements, les attitudes, les sph&#232;res et les pays notamment les pays arabes, tout en reconnaissant qu'en la mati&#232;re le jeu des exclusions-inclusions dans la s&#233;lection des cas peut aussi bien &#234;tre arbitraire qu'incomplet. C'est &#224; ce prix que le type se construit et qu'il est confront&#233; &#224; la r&#233;alit&#233; empirique. Quand &#224; la modernit&#233;, en d&#233;pit du fait qu'elle ait rev&#234;tu plusieurs sens, elle a &#233;t&#233; assimil&#233;e &#224; une proc&#233;dure, un proc&#232;s, un rite de passage. Si on devait synth&#233;tiser &#224; la fois le corpus th&#233;orique de la philosophie et des sciences humaines, on pourrait d&#233;finir la modernit&#233; par les traits suivants : religieusement, elle est un passage du catholicisme au protestantisme ou de la religion historique ou naturelle &#224; la religion civile (Rousseau) ou &#224; la &#171; foi r&#233;fl&#233;chissante &#187; d'une croyance priv&#233;e (Kant) ; intellectuellement, de la tutelle de la tradition aux Lumi&#232;res de la raison universelle ; socialement, de la communaut&#233; hi&#233;rarchique &#224; la soci&#233;t&#233; d'individus libres et &#233;gaux ; politiquement, de l'&#201;tat autoritaire &#224; l'&#201;tat de droit et la d&#233;mocratie ; esth&#233;tiquement, de l'art encore compromis avec les id&#233;es du bien (&#233;thique) et du vrai (science) &#224; l'autonomie du beau (esth&#233;tique) par rapport &#224; la science et &#224; l'&#233;thique ; mat&#233;riellement, de l'&#233;conomie domestique et agricole au capitalisme industriel ; culturellement, du particularisme propre &#224; un peuple &#224; la civilisation universelle et plan&#233;taire. C'est ce bloc de positivit&#233; que l'islam a d&#233;sign&#233; par couple, voire un m&#234;me concept : l'Occident moderne ou la modernit&#233; occidentale. Il se fait que l'Occident est une structure historique, et la modernit&#233; elle-m&#234;me a subi les foudres de la critique relativis&#233; l'apport et en a d&#233;construit les pr&#233;suppos&#233;s. Jusqu'&#224; quel point faut-il les d&#233;connecter, voire se laisser s&#233;duire par ce que d'aucuns ont appel&#233; par un clich&#233; f&#233;tiche, le postmoderne ? La question est ouverte. Mais elle nous &#233;loigne de notre propos. Plut&#244;t que de se perdre eu conjectures th&#233;oriques sur les figures de l'Europe et les limites de la modernit&#233;, il est pr&#233;f&#233;rable de voir comment l'islam a concr&#232;tement compos&#233; avec la modernit&#233; occidentale. Je pense que la modernit&#233; a d&#233;structur&#233; la belle totalit&#233; de l'islam m&#233;di&#233;val (I), sans que l'islam ne soit arriv&#233; jusqu'&#224; ce jour &#224; retrouver une unit&#233; substantielle qui le r&#233;concilie avec lui-m&#234;me et avec les Temps Modernes (II).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. La totalit&#233; d&#233;sunie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Le choc : la d&#233;couverte de l'autre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il faut absolument une date &#224; valeur symbolique pour marquer l'irruption de la modernit&#233; dans le champ discursif de la pens&#233;e musulmane, c'est 1798 lorsque Bonaparte d&#233;barqua en &#201;gypte fort d'un corps militaire et accompagn&#233; de nombreux savants venus explorer le pays. Cette exp&#233;dition ne suscita chez les musulmans qu'&#233;tonnement, admiration na&#239;ve et vive et curiosit&#233;. Aveugles et incr&#233;dules, ils ne savaient pas pourquoi les fran&#231;ais &#233;taient venus, et &#171; personne ne s'en souciait ni cherchait &#224; le savoir &#187; (3). Non, Napol&#233;on n'&#233;tait pas &#171; &lt;i&gt;l'&#226;me du monde sur un cheval&lt;/i&gt; &#187; comme s'&#233;tait exclam&#233; Hegel quand il vit Napol&#233;on marcher sur I&#233;na en 1807 ! Il n'y avait donc aucun Kant pour sublimer de loin une r&#233;volution qui r&#233;alise l'id&#233;e de droit, et nul Hegel pour s'en r&#233;jouir. Le seul m&#233;diateur autochtone pour d&#233;crire un tel &#233;v&#233;nement fut un chroniqueur du nom de Jabarti (m. 1825). Pourtant, cette apparition, de Bonaparte dans ce qui pourrait &#234;tre consid&#233;r&#233; comme la &#171; I&#233;na arabe &#187;, Alexandrie, va tout de m&#234;me signifier la &#171; fin de l'histoire &#187;, c'est-&#224;-dire la fin de la culture musulmane classique, cl&#244;tur&#233;e sur elle-m&#234;me, in&#233;vitablement dogmatique, th&#233;o-centrique et auto-r&#233;f&#233;rentielle. En effet, comme le rappelle B. Lewis, &#171; &lt;i&gt;pour la premi&#232;re fois depuis les croisades, fut entreprise l'invasion d'une terre centrale de l'islam&lt;/i&gt; &#187; ; ce qui &#171; &lt;i&gt;permit la diffusion en terre musulmane des principes nouveaux de la R&#233;volution fran&#231;aise, premier mouvement d'id&#233;es europ&#233;en &#224; enfoncer la barri&#232;re qui se dressait entre le monde des infid&#232;les et le monde de l'islam&lt;/i&gt; &#187; (4). Aujourd'hui encore, les Arabes sont hant&#233;s par le colonialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dire, d&#232;s l'abord, que la modernit&#233; a &#233;t&#233; per&#231;ue comme allog&#232;ne, compromise par le fait colonial. Elle n'est pas, culturellement parlant, le temps o&#249; une soci&#233;t&#233;, salutairement, se remet en question pour se r&#233;g&#233;n&#233;rer, ni, non plus en termes philosophiques, l'&#233;poque o&#249; le savoir se prend pour objet sa propre actualit&#233; apr&#232;s avoir &#233;puis&#233; le questionnement des transcendantaux. Ce qu'on appelle en arabe &#171; &lt;i&gt;sadmat alhad&#226;ha&lt;/i&gt; &#187; (le choc de la modernit&#233;) provient de la d&#233;couverte de l'autre. Mais l'autre n'est pas celui qu'exalte la philosophie, l'autre qui se meut dans l'horizon du sens du m&#234;me (le revers du m&#234;me, le prochain, l'autre que moi-m&#234;me) ou le &#171; grand autre &#187;, l'autre symbolique par rapport &#224; l'autre r&#233;el. Non ! L'autre, n'est pas non plus le non musulman de l'&#226;ge classique, intra-muros (les gens du livre, juifs, chr&#233;tiens et assimil&#233;s) et extra-muros (territoires et peuples non islamiques). Oui, l'autre, c'est d&#233;sormais, Occident, l'unique, pr&#233;sent massivement avec ce qu'il a de n&#233;gatif et de r&#233;pulsif (ses armes, ses Dieux, sa domination...) et simultan&#233;ment de positif et d'attractif (son administration rationalis&#233;e, ses sciences et techniques, sa culture et ses arts...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'aura devin&#233; sans doute, la question de la modernit&#233; dans le discours musulman s'inscrit directement dans la faille que pourrait laisser entr'ouverte l'opposition husserlienne entre l'Occident-Universel d'une part, et d'autre part, les autres &#171; mondes v&#233;cus &#187;, relevant de ce que Husserl appelle les &#171; &lt;i&gt;sp&#233;cimens empiriques ou anthropologiques&lt;/i&gt; &#187;, ces &#171; &lt;i&gt;humanit&#233;s non europ&#233;ennes&lt;/i&gt; &#187; vou&#233;es &#224; l'occidentalisation et qui ont pour nom Chine, Inde... Husserl ne cite pas l'islam, mais on pourrait, sans trahir sa pens&#233;e, l'ajouter. Modernit&#233; exog&#232;ne, opposition Universel/type anthropologique, sont deux param&#232;tres clefs pour une &#233;ventuelle compr&#233;hension des nouveaux enjeux de la pens&#233;e musulmane. Ceux-ci ne peuvent &#234;tre d&#233;gag&#233;s que si l'on passe en revue les profondes d&#233;chirures occasionn&#233;es par le choc de la modernit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. La crise de la culture&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rencontre entre l'Islam en tant que type empirique et l'Occident se d&#233;clinant sous le mode de l'universel a provoqu&#233; un s&#233;isme sans pr&#233;c&#232;dent dans l'espace ferm&#233; du savoir classique musulman. La culture rentre dans une crise tragique, au sens o&#249; l'entend Simmel : faille entre l'objectif et le subjectif, proc&#232;s de r&#233;ification des objets culturels d&#233;sormais autonomes des sujets cr&#233;ateurs et ali&#233;nation de l'homme. Cependant, avec cette diff&#233;rence capitale : les forces de destruction de la culture ne proviennent pas de ce tragique de la vie et du vouloir vivre d'une existence qui agit contre elle-m&#234;me, sa nature et sa valeur, bref son destin (5), mais elles viennent du dehors de l'islam, de l'Occident. Du coup, la culture vacille : le savoir musulman perd son autorit&#233;, sa normativit&#233; et sa pr&#233;tention &#224; la validit&#233;. Le rapport entre savoir, soci&#233;t&#233; et pouvoir se d&#233;lite : la belle totalit&#233; m&#233;di&#233;vale est travers&#233;e par de nouvelles scissions jusque l&#224; insoup&#231;onn&#233;es. La crise est triple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, le savoir institutionnel fond&#233; sur la pr&#233;&#233;minence d'une religion qui structure l'espace du pensable, &#224; peine corrig&#233;e par une raison servante et domestiqu&#233;e, ce savoir &#233;clate. La science (&lt;i&gt;'ilam&lt;/i&gt;) et la raison (&lt;i&gt;'aql&lt;/i&gt;) devaient subir l'&#233;preuve d'une remise en cause qui les d&#233;connecte pour les recomposer sur de nouvelles bases. Le savoir arabe scientifique et technique, h&#233;rit&#233; du moyen &#226;ge, &#233;tait rudimentaire. Les quelques perc&#233;es et inventions scientifiques ont &#233;t&#233; acquises &#224; l'ombre de Dieu et n'ont jamais pu bousculer le Coran.La v&#233;ritable science est la science du Coran dont on disait qu'elle est la &#171; m&#232;re des sciences &#187; en ce sens qu'elle permet l'acc&#232;s &#224; toute autre science. Quand au XIIIe si&#232;cle, elle a fini par d&#233;classer les sciences rivales, le polygraphe Suy&#251;ti pouvait, avec certitude, &#233;crire : &#171; &lt;i&gt;toute perfection divine et profane, pr&#233;sente ou future, n&#233;cessite les sciences de la Loi et les connaissances religieuses. Celles ci sont suspendues (mutawaqifa) &#224; la science du Livre divin&lt;/i&gt; &#187;. Et voil&#224; qu'on d&#233;couverte la primaut&#233; des sciences &#171; profanes &#187; modernes. Plus exactement, on les re-d&#233;couvre en tant que disciplines ob&#233;issant &#224; de nouvelles normes dont on ignorait le secret. C'est dire que le statut de science ex officio par lequel on gratifiait les sciences de la religion est contest&#233;. Un exemple suffit : le chroniqueur Jabarti raconte comment le gouverneur turc, Ahmed Pacha, homme &#233;clair&#233;, envoy&#233; par le Sultan ottoman pour administrer l'&#201;gypte en 1749, eut une conversation avec les jurisconsultes de l'&#233;cole th&#233;ologique d'Al-Azhar (&#201;gypte) sur les math&#233;matiques. De la discussion, il en ressort qu'ils ignoraient litt&#233;ralement cette science qu'ils assimilaient &#224; des connaissances facultatives et connexes, seulement n&#233;cessaires pour le calcul judicieux du bon accomplissement des obligations religieuses de je&#251;ne et de pri&#232;res (le mois, l'ann&#233;e, l'apparition du croissant...). Par o&#249; on voit le d&#233;fi &#233;vident. Qu'est-ce que c'est que cette science nouvelle, venant du dehors, et qui concurrence le Coran ? Les musulmans depuis sont confront&#233;s &#224; la science et ce, sous trois modes. Le premier portant sur le statut th&#233;orique de la science comme connaissance objective, universelle et valide selon des proc&#233;d&#233;s techniques et des protocoles conventionnels. Le second sous la forme des d&#233;couvertes naturelles et physiques qui ont envahi l'espace musulman, allant du train &#224; la fus&#233;e. Le troisi&#232;me enfin, sous le mode plut&#244;t id&#233;ologique, &#224; savoir le scientisme ou ce qu'appelle Habermas la technique et la science comme &#171; id&#233;ologie &#187;, celles qui poussent la croyance en la sup&#233;riorit&#233; de la science au del&#224; de son champ naturel au point que tout devient susceptible d'explications scientifiques. La science comme connaissance de la nature (&lt;i&gt;Naturwissenschaft&lt;/i&gt;), comme technique (&lt;i&gt;Technik&lt;/i&gt;) et comme valeur (&lt;i&gt;Wert&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va de m&#234;me de la raison. Autant que la science, on l'exaltait &#224; l'&#226;ge m&#233;di&#233;val. Mais dans les Temps Modernes, l'opposition ressurgit sous la forme tranch&#233;e d'un antagonisme entre la raison purement humaine, premi&#232;re source de v&#233;rit&#233; et les autres formes de savoir traditionnel. C'est l'opposition entre la raison de &#171; &lt;i&gt;l'Aufkl&#228;rung&lt;/i&gt; &#187; (les Lumi&#232;res) et la &#171; &lt;i&gt;Kultur&lt;/i&gt; &#187; (la culture), l'universalit&#233; et les particularismes. Et donc, la question du rapport entre foi et raison, &#233;touff&#233;e, &#224; l'&#226;ge m&#233;di&#233;val, jusqu'&#224; Averro&#232;s dans une concordance in&#233;vitable, va refaire surface sous la forme d'une question : va t-on accorder la primaut&#233; &#224; la raison, une, universelle et indivisible, au d&#233;triment de la foi ; et quelle est l'ultime source de v&#233;rit&#233; : la tradition ou la raison ? C'est cette raison th&#233;o-juridique qui va subir l'assaut du positivisme et de l'&lt;i&gt;Aufkl&#228;rung&lt;/i&gt; que les arabes viennent de conna&#238;tre, en m&#234;me temps et non pas, comme il en &#233;tait en Occident, l'un (le positivisme) apr&#232;s l'autre (l'&lt;i&gt;Aufkl&#228;rung&lt;/i&gt;). Le statut de la raison est, d&#232;s lors, soumis &#224; discussion : est-elle une facult&#233; autonome, sup&#233;rieure et souveraine ou bien un sens inn&#233; et une facult&#233; confi&#233;s aux hommes par Dieu pour un bon emploi ici bas ? Une pol&#233;mique houleuse s'ouvre sur le th&#232;me au titre qui n'est pas sans rappeler le livre de Russel &#171; &lt;i&gt;science et religion&lt;/i&gt; &#187;, aiguillonn&#233;e par l'introduction du darwinisme, le mat&#233;rialisme et l'ath&#233;isme, tr&#232;s en vogue au XIXe si&#232;cle. Deux moments forts de cette pol&#233;mique. Le premier oppose Sayyed Ahmed Khan (1817-1898) &#224; Jamel eddine Al-Afghani (1839-1897). S. A. Khan, apr&#232;s une visite en Angleterre, revient en Inde pour d&#233;fendre un Coran &#171; naturaliste &#187;, c'est-&#224;-dire qui &#233;tablit la pr&#233;s&#233;ance de la Nature sur la R&#233;v&#233;lation, un peu comme l'avait fait Spinoza. J. E. Al-Afghani lui r&#233;pond fermement dans son opuscule &#171; R&#233;futations des mat&#233;rialistes &#187; (6). Le d&#233;bat se poursuit, en terre arabe cette fois, notamment suite &#224; la d&#233;fense des id&#233;es de Darwin, par Chibli Chmeil (1860-1917). Une seconde pol&#233;mique oppose Farah Anton (1874-1922) &#224; Mohamed Abdoh (1849-1905). F. Anton est un libanais de confession chr&#233;tienne, &#233;tabli au Caire. Il d&#233;fend un scientisme et un la&#239;cisme, n&#233;cessaires au progr&#232;s. La r&#233;plique lui vient du disciple de Al-Afghani, M. Abdoh, et dans des termes similaires a ceux du ma&#238;tre. Aujourd'hui encore, l'un des d&#233;bats qui agite les Musulmans, est le rapport entre foi, raison et science.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, la soci&#233;t&#233;, disons plut&#244;t la communaut&#233;, perd son unit&#233;. Certes, jusqu'&#224; l'av&#232;nement du colonialisme la soci&#233;t&#233; &#233;tait divis&#233;e, selon les paradigmes du grand philosophe de l'histoire Ibn Khaldun, en soci&#233;t&#233; b&#233;douine et soci&#233;t&#233; urbaine (7). Ou encore, selon le paradigme de Gellner, l'islam &#233;tait scind&#233; en deux islams : l'islam b&#233;douin et populaire, extatique et magique, marqu&#233; par les confr&#233;ries, le culte des saints, l'all&#233;geance aux marabouts, mais aussi de la r&#233;volte permanente contre le pouvoir central ; et l'islam urbain et officiel, rationnel individualiste, repr&#233;sent&#233; par des ul&#233;mas, consacr&#233;s au fiqh et adeptes de l'ob&#233;issance au prince. Cet islam connaissait aussi la hi&#233;rarchie de facto entre les nobles et la masse ; et au sein m&#234;me des &#233;lites, selon les &#233;poques et les dynasties, l'ordre social se nourrissait de subdivision s : l'appartenance familiale ou tribale, l'aristocratie militaire, les gens du savoir, les &lt;i&gt;ul&#233;mas&lt;/i&gt;, les propri&#233;taires terriens et les gens de m&#233;tier. Cependant, l'unit&#233; l'emportait &#224; travers la construction d'un lien social satur&#233; par l'effet unificateur de la religion, aussi bien que par l'unit&#233; fonctionnelle des forces solidaires (les &lt;i&gt;assabiya&lt;/i&gt;) qui unissaient l'&#233;lite du pouvoir &#224; celle du savoir. Mais encore, la religion dessinait les fronti&#232;res communautaires et sociales. A l'int&#233;rieur de la communaut&#233; islamique, l'&lt;i&gt;Umma&lt;/i&gt; (la communaut&#233; religieuse) ne r&#233;unissait que les Musulmans, tous tenus &#233;gaux devant Dieu. Quand aux non Musulmans (juifs, chr&#233;tiens et assimil&#233;s), ils jouissaient du statut l&#233;gal de &#171; prot&#233;g&#233;s &#187; : ils &#233;taient des &lt;i&gt;dhimmis&lt;/i&gt;, sous la tutelle de l'islam, un statu d'inf&#233;riorit&#233; marqu&#233;e par une triple r&#232;gle : l'autonomie de leur organisation religieuse interne, la soumission et le payement de la taxe de capitation. Entre Musulmans, les hommes libres &#233;taient &#233;galement sup&#233;rieurs aux esclaves et les hommes, aux femmes. Le fait colonial, d'une part, &#233;rode l'unit&#233; et approfondit les dualismes : l'&#201;tat patrimonial est reli&#233; ou supplant&#233; par le pouvoir colonial ; le secteur traditionnel est menac&#233; par le secteur capitaliste ; les &#233;lites pass&#233;istes rentrent en concurrence avec les &#233;lites modernistes, aux &#233;coles coraniques se superposent les &#233;coles la&#239;ques, etc. Du coup la repr&#233;sentation de soi et le rapport au monde se modifient : apparition de la cat&#233;gorie d'individu, d&#233;sormais moins subordonn&#233; &#224; l'unit&#233; ethno-religieuse du clan, de la tribu et de l'&lt;i&gt;Umma&lt;/i&gt; ; apparition du paradigme de productivit&#233; dans la mesure o&#249; l'homme id&#233;al n'est plus automatiquement le Cheikh ou l'homme d'origine nobiliaire mais peut &#234;tre aussi le travailleur, le cr&#233;ateur de richesses, le m&#233;decin, l'avocat, le technicien ; apparition de la notion de progr&#232;s (&lt;i&gt;taqad&#251;m&lt;/i&gt;) et le fait de se civiliser (&lt;i&gt;tamad&#251;n&lt;/i&gt;) qui vont servir de base &#224; un reclassement des civilisations en fonction de leur niveau de progr&#232;s. La communaut&#233; de l'islam, cet espace informe de la religion, &#233;clate au profit de la notion de patrie (&lt;i&gt;al-watan&lt;/i&gt;), aux fronti&#232;res plus pr&#233;cises, dont on commence &#224; faire l'&#233;loge en Turquie, en &#201;gypte, en Tunisie, en Syrie et ailleurs. On apprend que l'id&#233;e de &lt;i&gt;watan&lt;/i&gt; (patrie) peut reposer sur des &#233;l&#233;ments, tels que la terre, la langue et les m&#339;urs que chaque contr&#233;e de l'islam commence &#224; creuser pour elle-m&#234;me. Ce qui relativise le lien sacral de l'&lt;i&gt;Umma&lt;/i&gt; tenu jusque l&#224; pour fondamental. La sup&#233;riorit&#233; de l'homme libre sur l'esclave est abolie, en Tunisie et en Turquie, bien avant la France et les &#201;tats-Unis, vraiment sans grande r&#233;sistance, du fait que l'islam ne connaissait que l'esclavage domestique, contrairement &#224; l'Occident o&#249; l'esclavage &#233;tait une institution &#233;conomique. La sup&#233;riorit&#233; du musulman sur le non musulman subit une blessure narcissique lorsqu'il eut fallu d&#233;clarer que tous les habitants d'une contr&#233;e sont &#233;gaux devant la loi, l'imp&#244;t, le service militaire et les m&#234;mes droits &#224; la s&#233;curit&#233; et &#224; la libert&#233;, sans discrimination de religion ou de confessions. Ce qui fut fait par les R&#233;formes, les &lt;i&gt;Tanzimat&lt;/i&gt; turques (1839 et 1854) et le pacte fondamental en Tunisie en 1857. Le pacte de tol&#233;rance r&#233;siduelle classique qui r&#233;gissait ce qu'on appelait le r&#233;gime des Millet (confessions ou ethnies) devait, ce faisant, c&#233;der la place au pacte de citoyennet&#233; moderne. Il n'est pas jusqu'au statut intangible de la femme qui n'ait pas &#233;t&#233; atteint par la contestation : est-elle la couche de l'homme ou son alter ego ? Jusqu'o&#249; peut aller son &#233;mancipation souhait&#233;e ? A-t-elle le droit &#224; un statut &#233;gal et universel de conjoint ? A t-elle le droit libre et &#233;gal au divorce, ou seulement &#224; l'instruction et au travail ? Peut-elle sortir dans la rue et o&#249; se situe la limite de la d&#233;cence ? Et que dit la Loi ou qu'est-ce que l'homme lui a fait dire ? (8).Cela est d&#233;sormais clair : la soci&#233;t&#233; est prise dans sa positivit&#233; et travers&#233;e par de nouveaux partages insoup&#231;onn&#233;s &#224; l'&#226;ge m&#233;di&#233;val.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, le pouvoir perd sa th&#233;orie. La pens&#233;e politique, l&#233;gu&#233;e par le savoir classique, perd sa rationalit&#233;. A l'&#226;ge classique, elle s'exer&#231;ait &#224; partir d'un a priori : la triple unit&#233; du calife, de l'&lt;i&gt;Umma&lt;/i&gt; et de Dieu. En effet, la typologie d'Ibn Khaldun distinguait entre trois types de gouvernement : le califat, le pouvoir naturel et le politique. Or, des trois formes, seul le califat est &#233;pargn&#233; de la critique du fait qu'il doit reposer sur le &lt;i&gt;charia&lt;/i&gt; (la loi religieuse) et garantir le bien ici bas et dans l'au-del&#224;. Ceci dit, Ibn Khaldun, &#224; la suite d'autres, reconna&#238;t que le califat, en fait, a &#233;t&#233; perverti par les hommes et s'est transform&#233; en &lt;i&gt;molk&lt;/i&gt; (m&#233;lange de ruse et de domination). N&#233;anmoins, la modernit&#233; va poser des d&#233;fis jusque l&#224; in&#233;dits. Des concepts nouveaux viennent enrichir le lexique de la langue arabe tels que parlement (transcrit par &lt;i&gt;balam&#226;n&lt;/i&gt;) et d&#233;mocratie (&lt;i&gt;dimuqr&#226;tiya&lt;/i&gt;) ; des termes anciens sont r&#233;investis dans un champ s&#233;mantique modernis&#233;, tels que libert&#233; (&lt;i&gt;hurriya&lt;/i&gt;), gouvernement (&lt;i&gt;huk&#251;ma&lt;/i&gt;) et constitution (&lt;i&gt;dust&#251;r&lt;/i&gt;) (9). Au moment o&#249; l'islam r&#233;invente son vocabulaire politique, la positivit&#233; des nouveaux paradigmes et leur co-appartenance au monde v&#233;cu d'autrui acculent la pens&#233;e musulmane &#224; reposer la question de la nature et du fondement du pouvoir. On d&#233;couvre que le pouvoir peut &#234;tre limit&#233; par la loi et fractionn&#233; en poids et contre-poids et pas forc&#233;ment d&#233;tenu par une seule personne. De m&#234;me on apprend, &#224; la surprise g&#233;n&#233;rale, que le pouvoir doit ob&#233;ir &#224; la l&#233;galit&#233; rationnelle et a pour base la l&#233;gitimit&#233; populaire, c'est-&#224;-dire qu'il n'est plus, naturellement, le produit d'un pacte entre Dieu et les hommes. La crise du pouvoir despotique est ainsi d&#233;nonc&#233;e notamment par Kawakbi (1848-1902) (10) et Ibn Dhiaf, le premier &#224; avoir pr&#233;sent&#233; une nouvelle typologie des pouvoirs : le pouvoir absolu, r&#233;publicain et limit&#233; par le droit. Mais cette crise n'emporte pas avec elle la source de l'autorit&#233;, la l&#233;gitimit&#233; traditionnelle. Par la domination coloniale - de type instrumental - et gr&#226;ce &#224; l'emprunt des cat&#233;gories occidentales, le droit positif fait une entr&#233;e remarquable dans le champ politique et juridique musulman sans qu'il arrive pourtant &#224; &#233;clipser totalement le droit et la pens&#233;e juridique traditionnels. Toute l'organisation de la cit&#233; se trouve &#234;tre l'objet d'une remise en cause : le pouvoir moderne la&#239;c prendra-t-il la place du califat de formation religieuse ? Le droit positif doit-il supplanter le droit religieux (le &lt;i&gt;fiqh&lt;/i&gt;) ? La d&#233;mocratie est-elle sup&#233;rieure ou diff&#233;rente de la consultation musulmane (&lt;i&gt;sh&#251;ra&lt;/i&gt;) ? La libert&#233; politique moderne existe-t-elle en Islam, qui connaissait plut&#244;t la libert&#233; purement priv&#233;e dans les limites de la Loi chara&#239;que ? Et justement, les peines p&#233;nales dites &lt;i&gt;hud&#251;ds&lt;/i&gt;, qui impliquent des ch&#226;timents corporels, sont-elles encore d'actualit&#233; ? On mesure alors &#224; quel point le socle ferme sur lequel reposaient la repr&#233;sentation du monde et l'auto-image de soi, furent &#233;branl&#233;s. Tout risquait finalement d'&#233;chapper &#224; la raison religieuse. La culture au sens allemand de &lt;i&gt;Kultur&lt;/i&gt;, qui d&#233;signe le caract&#232;re sp&#233;cifique d'une nation avec ses donn&#233;es intellectuelles, artistiques et religieuses, rentre dans une crise de l&#233;gitimit&#233;, de normativit&#233; et de validit&#233; dont elle ne sortira plus jamais. Les crit&#232;res classiques du vrai (dans l'ordre de la nature), du juste (dans l'ordre social) et de l'authentique (dans l'ordre des valeurs) sont devenus injustifiables et dysfonctionnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici donc, r&#233;sum&#233;s &#224; grand trait, les brisures et craquements survenus dans les temps modernes qu'on rend, en arabe, invariablement par &#171; &lt;i&gt;al asr al-jadid&lt;/i&gt; &#187; (la nouvelle &#233;poque), &#171; &lt;i&gt;h&#226;lat al-asr wa az-zaman&lt;/i&gt; &#187; (la situation de l'&#233;poque et du temps), un plus tard, &#171; &lt;i&gt;al-mu'&#226;sara&lt;/i&gt; &#187; (la contemporan&#233;it&#233;) et plus r&#233;cemment, &#171; &lt;i&gt;al-ad&#226;tha&lt;/i&gt; &#187; (la modernit&#233;). Elles ont &#233;t&#233; provoqu&#233;es par l'intrusion de l'Occident, hiss&#233; au niveau d'une civilisation-Monde, dans le champ discursif de l'Islam. Elles demeurent depuis le XIXe si&#232;cle d'actualit&#233; puisque aucun des trois ordres du conna&#238;tre (la triade : savoir/pouvoir/soci&#233;t&#233;) ne s'est reconstitu&#233; une nouvelle harmonie, ni retrouv&#233; sa norme fondatrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. La question de la modernit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir du moment o&#249; la modernit&#233; est ressentie et v&#233;cue effectivement comme l'entrecroisement d'un type anthropologique (l'islam) et de l'Universel (l'Occident), la question centrale que l'on se pose est double : d'une part, comment sauver l'id&#233;e qu'a le musulman de lui-m&#234;me, c'est-&#224;-dire comment demeurer identique &#224; soi, toutes conditions &#233;gales par ailleurs ; et, d'autre part, comment doit-il vivre, ce musulman, son temps pr&#233;sent ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici quelques exemples pour montrer que cette question, dans ces deux volets, parcourt, enti&#232;re, la pens&#233;e arabo-musulmane du XIXe si&#232;cle jusqu'&#224; nous.En 1859, Botros al-Bost&#226;ni, un des premiers lettr&#233;s libanais, d&#233;fenseur de l'arabisme contre la domination turque et chantre de la renaissance, &#233;crit, perplexe : &#171; &lt;i&gt;O&#249; &#233;taient les Arabes et que sont-ils devenus ? O&#249; sont les po&#232;tes, les m&#233;decins, les tribuns, les &#233;coles, les biblioth&#232;ques, les philosophes, les techniciens, les historiens, les astrologues ; o&#249; sont les livres de leurs arts, o&#249; sont les chercheurs et les hommes de lettres commentateurs ?&lt;/i&gt; &#187;. En 1930, un autre libanais, &#233;mir et militant de la cause arabe, Ch&#233;kib Arslan (1869-1946), &#233;crit un texte au titre fort &#233;loquent &#171; &lt;i&gt;Pourquoi les musulmans sont-ils en retard et pourquoi d'autres sont-ils en avance ?&lt;/i&gt; &#187; (11). Le r&#233;formiste alg&#233;rien Malek Bennabi reformule la question pos&#233;e &#224; travers un si&#232;cle : &#171; &lt;i&gt;comment faire les produits d'une civilisation ?&lt;/i&gt; &#187; dans les termes : &#171; &lt;i&gt;Comment faire une civilisation ?&lt;/i&gt; &#187; (12). En 1978, Ghali Chokri, un intellectuel &#233;gyptien de tendance marxisante titre son livre : &#171; &lt;i&gt;La renaissance et le d&#233;clin dans la pens&#233;e &#233;gyptienne moderne&lt;/i&gt; &#187; (13). La question est si pesante que m&#234;me un essai qui se veut &#171; &lt;i&gt;critique, anthropologique, historico-philosophique&lt;/i&gt; &#187; (apparemment donc distant par rapport &#224; la sublimation de la culture) - comme celui de l'historien Dja&#239;t, se donne pour &#171; &lt;i&gt;ambition supr&#234;me de provoquer l'&#233;veil de la conscience arabe et islamique&lt;/i&gt; &#187; (14). Enfin, la philosophie, elle aussi, se meut dans cet horizon intellectuel : repenser l'h&#233;ritage philosophique en vue d'assurer le renouveau autour de cette interrogation que r&#233;sume le philosophe marocain Mohamed Abed Al-Jabri : &#171; &lt;i&gt;Que suis-je, maintenant et quel est mon devenir ?&lt;/i&gt; &#187; (15). Arkoun, r&#233;sume ce questionnement : &#171; &lt;i&gt;pourquoi ce retard, cette impuissance des populations d&#233;positaires de la Parole de Dieu, alors que des infid&#232;les, demeur&#233;s sourds &#224; l'ultime R&#233;v&#233;lation, ont r&#233;alis&#233; des progr&#232;s si &#233;clatants dans l'ordre de la culture et de la civilisation ?&lt;/i&gt; &#187; (16).A cette question cruciale : comment s'ins&#233;rer dans les Temps nouveaux sans se d&#233;lester de son identit&#233; culturelle ?, les r&#233;ponses sont diversifi&#233;es. Cependant, on peut les synth&#233;tiser en trois attitudes typiques.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. Trois attitudes, une raison dominante&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On sait que la modernit&#233; se place aussi la pens&#233;e sous le signe des scissions et des d&#233;chirures ou ce que Hegel appelle la totalit&#233; d&#233;sunie. Plus que toute autre pens&#233;e, celle de l'islam souffre non seulement des dichotomies de la modernit&#233; occidentale mais encore de celles de la pens&#233;e m&#233;di&#233;vale en g&#233;n&#233;ral et de celles, plus sp&#233;cifiques, de l'islam lui-m&#234;me. Il en d&#233;coule un amoncellement de dualismes : raison/r&#233;v&#233;lation, imitation/innovation, la Gr&#232;ce/ la proph&#233;tie, pass&#233;/pr&#233;sent, tradition/modernit&#233;, Islam/Occident, droit coutumier/ droit rationnel, culture mythologique/culture positive, &#201;tat/religion... Comment le discours musulman moderne a-t-il r&#233;agi face &#224; l'assaut simultan&#233; et massif de tant d'exigences et de p&#244;les qui le d&#233;chirent ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce discours oscille entre l'occidentalisation et le classicisme en tant que mod&#232;les normatifs. Il est travaill&#233; par deux volont&#233;s : celle de se renouveler et celle de se pr&#233;munir contre les effets pervers de la modernit&#233;. Il a deux r&#233;f&#233;rents : l'Occident en tant que &#171; type historique &#187;, c'est-&#224;-dire tel qu'il s'est pens&#233; lui-m&#234;me et tel qu'il se pr&#233;sente, l'Occident qui a apur&#233; sa g&#233;n&#233;alogie et l'a forclose, du &lt;i&gt;Heimat&lt;/i&gt; (le chez soi) Grec au r&#232;gne g&#233;n&#233;ralis&#233; de la Technique, ceci d'une part, et, d'autre part, le classicisme, mais tel que d&#233;fini par l'orientaliste G.E. von Grunebaum, c'est-&#224;-dire le fait de consid&#233;rer une phase r&#233;volue de l'histoire culturelle comme une &#171; &lt;i&gt;r&#233;alisation compl&#232;te et parfaite des dons potentiels de l'homme&lt;/i&gt; &#187;, qu'on fait sienne et qu'on accepte comme &#171; &lt;i&gt;exemplaire et contraignante pour le pr&#233;sent&lt;/i&gt; &#187;, si bien qu'une &lt;i&gt;&#171; imitation imparfaite du mod&#232;le est de plus haute valeur pour l'&#233;ducation et la civilisation, que tout essai de cr&#233;er une nouvelle culture dans l'esprit de l'&#233;poque m&#234;me&lt;/i&gt; &#187; (17). Ce qui est d&#233;cisif dans cette attitude est qu'elle attribue &#224; l'h&#233;ritage un caract&#232;re normatif. Or, tel est le cas de l'islam : son moyen-&#226;ge historique f&#251;t un moment de gloire imp&#233;riale survenu dans la foul&#233;e d'une proph&#233;tie conqu&#233;rante. Ce qui explique la pr&#233;gnance du classicisme, m&#234;me en p&#233;riode de d&#233;clin. Mais d'un autre c&#244;t&#233; le doute gagne les esprits sur la performance possible des sch&#232;mes de pens&#233;e classique, par comparaison &#224; un Occident au faite de sa puissance. Alors le discours moderne va s'insinuer dans cet entre-deux, et faire son oeuvre &#224; l'int&#233;rieur d'un &#171; &lt;i&gt;intervalle dans le temps qui est d&#233;termin&#233; par des choses qui ne sont plus et des choses qui ne sont pas encore&lt;/i&gt; &#187;, comme l'&#233;crit H. Arendt (18).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On assiste alors &#224; ce que l'orientaliste G.E. Von Crunebaum appelle un changement culturel, c'est-&#224;-dire &#171; &lt;i&gt;un changement dans la fin de l'existence et dans l'aptitude &#224; subir des exp&#233;riences&lt;/i&gt; &#187; (19) d&#251;, &#224; la fois, &#224; la crainte d'effondrement des valeurs, &#224; l'attrait fascinant du mod&#232;le et du monde v&#233;cu d'autrui, &#224; la fragilit&#233; de la tradition et au d&#233;sarroi qu'implique la conscience de soi dans un monde en mutations. Bernard Lewis explicite les trois attitudes. Par la premi&#232;re, le choix se fait pour la civilisation occidentale triomphante qu'on doit rejoindre sous peine de demeurer &#171; &lt;i&gt;non civilis&#233;&lt;/i&gt; &#187;. Kamel Ataturk en est l'exemple. Sinon la civilisation occidentale est per&#231;ue un peu comme l'a vu Naipul dans &lt;i&gt;Among the Believers&lt;/i&gt;, c'est &#224; dire &#171; &lt;i&gt;un super march&#233; c&#233;leste&lt;/i&gt; &#187; o&#249; chacun peut acheter ce qui lui convient. Enfin, une troisi&#232;me attitude est tent&#233; par &#171; le mariage &#187; du meilleur des deux civilisations rivales (20).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re voie est largement repr&#233;sent&#233;e par Al-Afghani. Il s'est interrog&#233; sur &#171; &lt;i&gt;le d&#233;clin des musulmans et ses raisons&lt;/i&gt; &#187; dans ses articles r&#233;unis dans &lt;i&gt;al-irwa al-withqa&lt;/i&gt; (Le lien indissoluble). N&#233;anmoins, la solution qu'il pr&#244;ne est le retour aux fondements de la religion tels qu'il furent appliqu&#233;s &#224; l'origine par le proph&#232;te et ses compagnons bien conduits, &#224; condition qu'on l'apure des scories du pass&#233; dont on impute la responsabilit&#233; aux ul&#233;mas traditionalistes ayant manqu&#233; &#224; l'&#339;uvre de l'&lt;i&gt;ijtihad&lt;/i&gt;. L'aura du personnage est telle qu'il instituera une ligne de conduite qui lui survivra &#224; travers les figures successives de l'&#233;gyptien Rachid Ridha (1865-1925) et du marocain Allal Al-Fassi, fondateur du parti de l'&lt;i&gt;istql&#226;l&lt;/i&gt;, Abdelaziz Thaalbi, fondateur du Destour en Tunisie... Le fondamentalisme est convaincu que l'Occident a excell&#233; dans les &#339;uvres de la civilisation parce que, il s'est d&#233;gag&#233; fort heureusement de la domination n&#233;faste de l'&#201;glise, tandis que l'islam a d&#233;clin&#233; parce qu'il s'est, malheureusement, &#233;cart&#233; de l'islam des origines. Ce r&#233;formisme sera r&#233;activ&#233; dans un sens plus radical avec l'islamisme dans les ann&#233;es quatre vingt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me voie ouverte consiste &#224; assumer cet &#233;trange destin qui fera de l'islam un Orient occidentalis&#233;. Dans la pl&#233;iade d'auteurs, nous en choisissons deux : Salama Moussa (1887-1958) et Tah Hussein (1889-1973). Les deux adoptent une d&#233;marche similaire : rompre avec le pass&#233;, r&#233;soudre le d&#233;clin par la fusion avec l'Europe. Salama Moussa pose la question suivante : vivons-nous actuellement dans le moyen &#226;ge ? Oui, dit-il tant que nous nous en tenons aux textes des livres traditionnels, privil&#233;gions la croyance sur la connaissance et l'ancien sur le nouveau. Parfait homme des Lumi&#232;res. il &#233;crit : &#171; &lt;i&gt;je ne puis imaginer une Nahdha (renaissance) moderne d'une nation orientale tant qu'elle n'ob&#233;it pas aux principes europ&#233;ens de libert&#233;, d'&#233;galit&#233;, de constitution, avec une vision objective et scientifique du monde&lt;/i&gt; &#187; (21). Tah Hussein abonde dans le m&#234;me sens notamment dans son livre r&#233;f&#233;rence L'avenir de la culture en &#201;gypte (22) o&#249; il salue la campagne de Napol&#233;on qui a lib&#233;r&#233; l'&#201;gypte de la Turquie (cause du d&#233;clin et obstacle &#224; l'union avec l'Europe) et imagine que l'esprit &#233;gyptien va retrouver sa puissance et sa f&#233;condit&#233; sous l'influence b&#233;n&#233;fique de la France. Cette ligne de force va aussi survivre &#224; ses ma&#238;tres. C'est ainsi, par exemple, que dans les ann&#233;es soixante dix Zaki Nagib Mahmoud, un philosophe nourri aux sources de la philosophie analytique anglaise, va plaider la m&#234;me cause en lui insuffisant un contenu philosophique appropri&#233; : l'&#233;poque moderne comme r&#232;gne du positivisme antinomique au &#171; &lt;i&gt;r&#233;cit de la m&#233;taphysique&lt;/i&gt; &#187; (23). Cette posture qui s'inscrit dans l'occidentalisation du monde s'est aujourd'hui nettement affaibli, mais tout partisan de la rupture avec la tradition prolonge en quelque sorte cet esprit des Lumi&#232;res qui a anim&#233; les lib&#233;raux de l'islam comme Lotfi Sayyed (1872-1963) en &#201;gypte, la gauche arabe des ann&#233;es soixante, les partisans des droits de l'homme aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me attitude est dominante. En fait, les deux volont&#233;s extr&#234;mes n'existent qu'en tant que possibilit&#233;s offertes &#224; la pens&#233;e. Elles se conjuguent, le plus souvent, pour donner lieu &#224; un site interm&#233;diaire qu'on peut appeler la &#171; &lt;i&gt;troisi&#232;me culture&lt;/i&gt; &#187; ou &#171; &lt;i&gt;la raison conciliatoire&lt;/i&gt; &#187;. Elle dit pr&#233;cis&#233;ment ceci : oui &#224; l'Occident, au progr&#232;s, &#224; la civilisation mondiale, aux sciences et techniques, mais jamais au d&#233;triment de la r&#233;v&#233;lation, du pass&#233;, de la tradition et du moi culturel. Oui &#224; la Raison, mais non &#224; la reddition ! Cette raison, les musulmans l'ont en partage. Dans sa forme finale, l'option a &#233;t&#233; popularis&#233;e dans un dilemme : la modernisation de l'islam ou l'islamisation de la modernit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En v&#233;rit&#233;, le mod&#232;le est interpr&#233;tatif. Il est &#233;labor&#233; par l'ex&#233;g&#232;se coranique de M. Abdoh (1849-1905) et quelques autres. Mohamed Abdoh, personnage prestigieux, fut le disciple du Jamal eddine al-Afghani (1839-1897), p&#232;re du fondamentalisme islamique moderne avec qui il avait fond&#233;, &#224; Paris, en 1884, une revue sous la d&#233;nomination coranique, le lien indissoluble (&lt;i&gt;al-irwa al-withqa&lt;/i&gt;). Il a &#233;t&#233; aussi li&#233; &#224; Rachid Ridha (1865-1935) dont il &#233;tait le ma&#238;tre. Ce dernier cr&#233;a &lt;i&gt;al-manar&lt;/i&gt; (Le phare), en 1898, une revue se voulant la continuation du lien indissoluble, et dans laquelle Abdoh a publi&#233; une ex&#233;g&#232;se coranique dite &lt;i&gt;Tafsir al-Manar&lt;/i&gt;, &#224; la base, un cours donn&#233;, sous l'instigation de R. Ridha, &#224; l'universit&#233; th&#233;ologique d'Al-Azhar, de mai 1899 &#224; mars 1905 (24).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail interpr&#233;tatif consiste justement &#224; d&#233;montrer que l'islam exalte la raison, fait l'&#233;loge de l'acquisition des sciences et organise la soci&#233;t&#233; politique sur des bases civiles ; en somme combler la triple scission dans l'ordre du savoir, de la soci&#233;t&#233; et du pouvoir. D&#233;montrer que l'islam est compatible avec la raison, n'est pas difficile pour un ex&#233;g&#232;te car, le seul probl&#232;me &#233;tant l'apparente contradiction entre la raison et la r&#233;v&#233;lation, &#224; laquelle l'ex&#233;g&#232;te moderne apporte une solution concordiste, en termes d'accord et de compatibilit&#233;. Sur ce point Abdoh est clair : &#171; &lt;i&gt;si la raison et la tradition s'opposent, on doit prendre la solution qu'indique la raison ; deux voies sont possibles : ou bien s'en remettre &#224; Dieu, ou bien donner une interpr&#233;tation compatible avec les lois du langage afin de d&#233;gager un sens en accord avec celui qu'&#233;tablit la raison&lt;/i&gt; &#187;. Dans le m&#234;me esprit, l'islam est en accord avec la science. Des indications scripturaires sont sollicit&#233;es : &#171; &lt;i&gt;nous n'avons rien omis dans le Livre&lt;/i&gt; &#187; (6 : 38), ou encore : &#171; &lt;i&gt;nous leur avons cependant apport&#233; un livre, et nous l'avons expliqu&#233; avec science, afin qu'il f&#251;t la r&#232;gle et la preuve de la mis&#233;ricorde &#224; ceux qui auront cru&lt;/i&gt; &#187; (7 : 52). La tradition a son &#233;quivalent dans le monde asiatique dans les travaux de Sir Sayyid Ahmed Khan (1817-1898) dans son Tahr&#238;r f&#238;'us&#251;ls al-tafs&#238;r, traduit en anglais par Principales of exegesis ; un peu plus en retrait, au XVIIIe si&#232;cle par les Tafh&#238;m&#226;t &#238;l&#226;hiya de Shah Wali Allah (1703-1762) ; et nettement plus tard par Abul Kalam Azad ((1875-1938), qui fut l'un des dirigeants de l'Indian National Congress, dans son &lt;i&gt;tarjum&#226;n al-Qur'&#226;n et tafs&#238;r al-bay&#226;n&lt;/i&gt; ; enfin, &lt;i&gt;Reconstruire la pens&#233;e religieuse&lt;/i&gt; de Mohamed Iqbal (1873/1877-1939), po&#232;te et philosophe, issu d'une grande famille du Pendjab, polyglotte, c&#233;l&#232;bre pour avoir demand&#233; la s&#233;paration des Musulmans dans un &#201;tat national, &#224; c&#244;t&#233; de Ali Jinnah, fondateur du Pakistan actuel. D'abord, la raison, ensuite, la raison, enfin, le lien social. Comment concilier la charia avec la modernit&#233; ? La piste : distinguer entre la lettre morte du Coran et l'esprit toujours vivant dans l'intention du L&#233;gislateur, les &#171; &lt;i&gt;finalit&#233;s&lt;/i&gt; &#187; ou le &#171; &lt;i&gt;vecteur orient&#233;&lt;/i&gt; &#187; coraniques, tant que Dieu nous enjoint de lire Ses signes (25). La proc&#233;dure : distinguer entre les cultes intangibles et les rapports sociaux soumis &#224; l'&#233;preuve du changement et de la variation. Il reste &#224; savoir qu'est ce qui fait partie des rapports sociaux : le statut des femmes, des minorit&#233;s, la libert&#233; religieuse des non croyants, la s&#233;paration de l'&#201;tat et de la religion, ... ? Les avis divergents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette perspective, le mod&#232;le interpr&#233;tatif se rapproche de celui de Pier-Cesare Bori qui con&#231;oit la lecture comme un mouvement infini dans lequel l'&#201;criture et le lecteur avan&#231;ant ensemble, m&#233;taphoriquement comme la m&#232;re &#171; &lt;i&gt;grandit avec les petits&lt;/i&gt; &#187; (26). En fait, les partisans de l'id&#233;al &#233;crit devaient engager un v&#233;ritable &#171; &lt;i&gt;combat pour le r&#233;el&lt;/i&gt; &#187; destin&#233; &#224; combler le hiatus qui les s&#233;pare &#171; &lt;i&gt;d'un monde moderne qui n'&#233;tait vraiment pas fait pour les recevoir&lt;/i&gt; &#187; ; et qu'ils ont cru bien faire en le menant par &#171; &lt;i&gt;deux strat&#233;gies : la s&#233;paration absolue des questions religieuses et des questions scientifiques, ou la tentative de montrer que les &#201;critures, principalement le Coran, anticipaient l'esprit et les d&#233;couvertes de la science et se trouvaient en pleine consonance avec elle&lt;/i&gt; &#187; (27).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci pour dire aussi que, plus d'un si&#232;cle apr&#232;s, le mod&#232;le, selon une litt&#233;rature redondante, est quasiment identique : l'islam est compatible avec la modernit&#233;, la science, la la&#239;cit&#233;, les droits de l'homme et la d&#233;mocratie. L'islam, dans l'ensemble, a donc rejet&#233; les deux alternatives de l'occidentalisation et du classicisme comme deux th&#232;ses contraires, toutes deux fausses, en ce qu'elles veulent, chacune, disposer de la totalit&#233; du r&#233;el. De ce point de vue, tout se passe comme si l'opposition avait &#233;t&#233; comprise comme relevant de ce que Kant appelle l'opposition des sub-contraires : chacune des pr&#233;tentions rivales est vraie, mais sous un certain rapport : on admettra l'occidentalisation dans certaines sph&#232;res de la vie, l'&#233;conomie ou la science, et le classicisme dans le domaine de la foi ou du politique, par exemple. Hilary Putnam donne &#224; cette logique joliment le nom de &#171; &lt;i&gt;comptabilit&#233; &#224; deux entr&#233;es&lt;/i&gt; &#187; : elle consiste &#224; confier les questions techniques &#224; la science tandis que la culture est soumise &#224; un tribunal diff&#233;rent (28).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne me prononcerai pas sur ce d&#233;bat notamment le point de savoir si l'islam est compatible avec la modernit&#233; et &#224; quelles conditions. Je voudrais seulement conclure par ces remarques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re porte sur les caract&#232;res du discours musulman moderne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; * Il est finaliste obs&#233;d&#233; par l'id&#233;e de la renaissance &#8212; au sens g&#233;n&#233;rique de renouveau et non d'&#233;poque historiquement dat&#233;e comme il est en Occident ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; * Il est redondant r&#233;p&#233;tant les m&#234;mes choses depuis longtemps y compris dans cette phase de &#171; &lt;i&gt;d&#233;senchantement du monde islamique&lt;/i&gt; &#187; o&#249; il s'est av&#233;r&#233; que le progr&#232;s et le renouvellement escompt&#233;s sont encore plus loin qu'ils ne l'&#233;taient au tout d&#233;but du XXe si&#232;cle ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; * Il est pr&#233;dicatif en ce sens que les essais sont presque toujours assortis de propositions positives pour telle ou telle fin, si bien qu'on n'aurait pas tort de penser qu'il est anim&#233; par ce que Habermas appelle &#171; &lt;i&gt;l'int&#233;r&#234;t pour l'&#233;mancipation&lt;/i&gt; &#187; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; * Il est un discours qui vit d'une mani&#232;re dramatique le probl&#232;me de la normativit&#233; d'une pens&#233;e en manque d'un fondement stable. Bien entendu, l'Occident se pose le m&#234;me probl&#232;me philosophique : qu'est-ce qui fonde mon actualit&#233; ? Mais l'Occident le vit d'une mani&#232;re endog&#232;ne (l'Occident face &#224; lui-m&#234;me) et dans un champ discursif homog&#232;ne (l'Occident g&#233;n&#233;alogiquement Grec). En Occident, la question de la modernit&#233; du discours est pr&#233;-engag&#233;e dans une cha&#238;ne d'autorit&#233;s scientifiques si bien que chaque apport est dat&#233;, r&#233;-interrog&#233; dans ces limites et repens&#233;. Bref, la question de la modernit&#233; rel&#232;ve, de l'histoire de la philosophie (29). Tel n'est pas le cas de la pens&#233;e musulmane moderne, et pour cause : l'unit&#233; du champ discursif classique a &#233;clat&#233;, la cha&#238;ne qui lie le pass&#233; au pr&#233;sent est rompue, et le travail d'accumulation dans les temps modernes n'existe tout simplement pas. Autrement dit, il n'y a pas un Kant qui s&#233;pare le discours en sph&#232;res, un Hegel qui les recompose, sp&#233;culativement, dans la sc&#232;ne de la m&#233;diation de l'Esprit, un Heidegger qui signifie la &#171; &lt;i&gt;fin de l'onto-th&#233;ologie&lt;/i&gt; &#187;, et des auteurs qui se partagent se disputent les filiations. Pourtant - et c'est ce qui rend encore la situation du discours musulman plus dramatique -, toute cette tradition occidentale va &#234;tre recueillie, absorb&#233;e, en vrac, comme &#231;a, de Hegel &#224; Habermas et de Kant &#224; Lyotard. Et nous en venons au caract&#232;re le plus saillant et le plus remarquable de la pens&#233;e musulmane actuelle :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; * Enfin, la raison qu'il porte est en permanence menac&#233;e par le retour du refoul&#233;. Je veux dire par l&#224; que les modernistes sont inconstants et fragiles. Et &#224; la moindre crise, ils craquent devant la tradition. Prenons des cas extr&#234;mes pour voir cette raison &#224; l'&#339;uvre. Un Tah Hussein, adepte d'une occidentalisation forc&#233;e, ne peut pas s'emp&#234;cher de c&#233;l&#233;brer, dans les ann&#233;es 30, le &#171; &lt;i&gt;g&#233;nie&lt;/i&gt; &#187; de l'Islam. Il en va de m&#234;me du philosophe Zaki Nagib Mahmoud lequel, apr&#232;s avoir ouvertement critiqu&#233; la m&#233;taphysique religieuse comme non valide au regard de la science positive, se r&#233;tracte et s'explique (30). A l'oppos&#233;, un partisan du retour aux sources comme Al-Afghani a pu &#234;tre assimil&#233;, abusivement nous semble-t-il, par Laroui &#224; &#171; &lt;i&gt;un salafiste positiviste&lt;/i&gt; &#187; (31) du fait qu'il refuse l'id&#233;e de m&#233;diation entre Dieu et les hommes, tandis que Dja&#239;t en fait une critique pr&#233;matur&#233; de la raison technicienne, un si&#232;cle avant l'&#233;cole de Francfort (32) ! A juste titre Arkoun a pu &#233;crire que &#171; &lt;i&gt;ce revirement prouve que l'option rationaliste de la pens&#233;e arabe contemporaine demeure sujette &#224; caution aux retours offensifs de l'affectivit&#233;&lt;/i&gt; &#187; (33).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui fait que, dans l'ensemble, le discours musulman moderne est un mixte d'&lt;i&gt;Aufkl&#228;rung&lt;/i&gt; et de particularisme. C'est le paradoxe instaurateur d'une &#171; &lt;i&gt;totalit&#233; d&#233;sunie&lt;/i&gt; &#187;. Certes, comme nous l'avons vu, la pens&#233;e musulmane aspire &#224; l'&lt;i&gt;Aufhebung&lt;/i&gt; (la &#171; rel&#232;ve &#187; en tant que proc&#232;s dialectique de conservation / d&#233;passement). Cependant la r&#233;ponse qu'elle donne l'apparente &#224; la &lt;i&gt;Kulturphilosophie&lt;/i&gt; du XIXe si&#232;cle qui cherchait &#224; harmoniser dans une belle totalit&#233;, sans ext&#233;rieur, les multiples composantes de l'univers. Mais alors que la &lt;i&gt;Kulturphilosophie&lt;/i&gt; fut une certaine r&#233;ponse &#224; la crise de la Raison des Lumi&#232;res, le probl&#232;me de la pens&#233;e musulmane r&#233;side dans le fait qu'elle n'a pas connue cette r&#233;volution qui a fait de la modernit&#233; un paradigme nouveau, en rupture avec le pass&#233;, comme le remarque le philosophe iranien Daryush Shayegan (34). Il en va de m&#234;me du &#171; &lt;i&gt;retour au religieux et du religieux&lt;/i&gt; &#187; : si, en Occident, il s'explique, comme le dit Derrida, par l'arrachement radical aux racines, cons&#233;cutif au nihilisme, en islam, le retour du religieux a lieu dans une culture d&#233;j&#224; satur&#233;e par la religion. De ce fait, toute l'&#339;uvre de cette pens&#233;e consiste &#224; chercher un compromis &#233;lectrique entre ce qui est &#224; venir (la modernit&#233;) et ce qui est advenu (le pass&#233;), et ce par un double proc&#233;d&#233; rh&#233;torique : ou bien le discours musulman se meut proprement dans un champ traditionnel, ou bien ce discours se contente de croire que ce &lt;i&gt;Novum&lt;/i&gt; est une reprise de son propre legs et ne fait que confirmer la justesse de la d&#233;marche classique. Ce proc&#232;s d'identification en cha&#238;ne aboutit &#224; des compositions hybrides, telles que le personnalisme musulman du philosophe Mohamed Aziz Lahbabi (35), l'existentialisme arabe de Badaoui, le socialisme islamique, ou encore la traduction de la d&#233;mocratie par la &lt;i&gt;choura&lt;/i&gt; (consultation d'origine coranique et &#224; valeur &#233;thique). A chaque fois le discours est ob&#233;r&#233; de son contexte langagier, de ses conditions de possibilit&#233; et de son statut historique. Le retour en force de l'islamisme n'est pas &#233;tranger &#224; cette inconstance !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me remarque est un constat : la r&#233;conciliation entre islam et modernit&#233; n'a pas r&#233;ussi. Les Arabes voulaient l'outil sans l'esprit qui l'a con&#231;u l'invention sans la logique qui a pr&#233;sid&#233; &#224; sa cr&#233;ation, la modernisation en tant que processus &#233;conomique et social sans la modernit&#233; en tant que valeur. La part de l'islam est bien rendue &#224; travers la relecture du pass&#233;, mais la part de la modernit&#233; reste pauvre et fragile, enfin et surtout leur articulation ne fait pas encore sens. C'est cette modernit&#233; inachev&#233;e, n&#233;e de deux refus, qualifi&#233;e de &#171; &lt;i&gt;dualit&#233; fauss&#233;e&lt;/i&gt; &#187; (36) qui &#171; &lt;i&gt;aboutit &#224; des formules composites, sinon des &#233;checs&lt;/i&gt; &#187; (37). Le malaise est &#233;vident. Mais semble-t-il sans solution.Pourtant, la coexistence entre la modernit&#233; et l'islam est possible, si on se r&#233;f&#232;re &#224; l'exemple de l'Asie, malheureusement les Musulmans n'ont encore pas trouv&#233; leur voie propre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car, &#224; l'examen, tout se passe comme si l'islam s'&#233;tait cru devoir relever ce d&#233;fi de l'histoire universelle qu'un Hegel, en ennemi philosophie de l'Orient (Inde, Chine et Islam), sentencieusement affirme : &#171; &lt;i&gt;un peuple ne fait &#233;poque qu'une seule fois dans l'histoire&lt;/i&gt; &#187; ; ce apr&#232;s quoi &#171; &lt;i&gt;il perd son int&#233;r&#234;t absolu&lt;/i&gt; &#187; ; il peut, en cette nouvelle p&#233;riode, assimiler l'esprit sup&#233;rieur qui s'est d&#233;plac&#233; dans un autre peuple et m&#234;me s'y conformer. Cependant, son destin est scell&#233; : tant&#244;t il perd son ind&#233;pendance, tant&#244;t il v&#233;g&#232;te comme peuple particulier ou groupement de peuples, livr&#233; au hasard des combats int&#233;rieurs et ext&#233;rieurs des plus vari&#233;s (38) : &#171; &lt;i&gt;Chaque peuple fait des progr&#232;s en lui-m&#234;me ; il progresse et d&#233;cline. La cat&#233;gorie qui s'impose aussit&#244;t est celle de la culture (Bildung), de l'exc&#232;s de culture (&#220;berbildung) et de la perversion de la culture (Verbildung) : ce dernier moment est pour le peuple &#224; la fois le produit et la source de sa ruine&lt;/i&gt; &#187; (39). Impitoyable verdict qui demande peut-&#234;tre qu'on r&#233;vise le proc&#232;s de la culture islamique dans son historicit&#233;. Encore faut-il qu'on ait, dira-t-on, le courage, mais je dirais la lucidit&#233; de l'ouvrir.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Voir &#224; titre indicatif, dans la pl&#233;thore des livres post-11 septembre, Arkoun, Mohamed (2003) : Comment concilier Islam et modernit&#233; ? Le Monde diplomatique, avril, et du m&#234;me en collaboration avec Joseph Ma&#239;la (2002) : Que s'est-il pass&#233; le 11 septembre ? Paris : Descl&#233;e de Brouwer ; Lewis, Bernard (2002) : Que s'est-il pass&#233; ? Paris : Gallimard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Azmeh, Aziz Al- (1996) Islams and Modernities. London : Verso.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Arkoun, Mohamed (1979) : La pens&#233;e arabe. Paris : PUF, 94.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Lewis, Bernard '1984) : Comment l'Islam a d&#233;couvert l'Europe. Paris : La d&#233;couverte, 47.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Simmel, Georg (1990) : Philosophie de la modernit&#233;, Paris : Payot, 11-16.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Al-Afghani, J.E. (1842) : R&#233;futations des mat&#233;rialistes, trad fran&#231;., Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Abdesselem, Ahmed (1983) : Ibn Khaldun et ses lecteurs. Paris : PUF, 20.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Le premier a avoir appel&#233; et milit&#233; pour la lib&#233;ration de la femme fut Qacim Amin (1856-1908) en &#201;gypte, suivi en Tunisie par Tahar al-Haddad (1899-1935).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. Lewis, B. (1988) : Le langage politique de l'Islam. Paris : Gallimard. Et pour un bref aper&#231;u voir, du m&#234;me auteur (1985) : Le retour de l'Islam. Paris : Gallimard, Paris, 413-422.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. Kawakbi, Abderrahman (1899) : Tab&#226;i'al-istibd&#226;d wa mas&#226;ri' al-isti'b&#226;d (Du despotisme). Il s'agit d'une s&#233;rie d'articles &#233;crits pour un journal de l'&#233;poque Al-muayid (L'appui), r&#233;unis en 1931 dans un livre depuis lors constamment r&#233;&#233;dit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. A l'origine, il s'agit d'une s&#233;rie d'articles publi&#233;s entre 1930 et 1931 dans la revue Al-Man&#226;r (Le phare) tenue par son ami et disciple de Al-afghani, Rachid Ridha et puis r&#233;unis en livre. Sur ce point, voir Rodinson, Maxime, &#171; Islam, facteur de conservatisme ou de progr&#232;s ? &#187;, in Les r&#233;gimes islamiques, N&#186; sp&#233;cial, Pouvoirs, n&#186;. 12, 1980, 27-32.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12. Bennabi, Malek (1976) : Les grands th&#232;mes. Alger : Omar Benaissa, 31.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13. D&#226;r al-tal&#238;'a, Beyrouth, 1978.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14. Dja&#239;t, Hichem 1974) : La personnalit&#233; et le devenir arabo-musulman. Paris : Seuil, 12.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15. Al-Jabri, M. A (1982) : Al-khit&#226;b al-arab&#238; al-mu'&#226;ser (Le discours arabe contemporain), D&#226;r al-tal&#238;'a, 176.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16. Arkoun M, op cit, 97&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17. Voir Crunebaum, op cit, 87-106.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18. Arendt, H (1972) : La crise de la culture. Paris : Gallimard, 19.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19. Von Grunebaum, G.E (1973) : L'identit&#233; culturelle de l'Islam. Paris:Gallimard, 135.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20. Lewis, Bernard (1997) : The West and the Middle East. In Foreing Affairs, Janv/Feb., 127.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21. Moussa, Slama (1972) : Ma hiyya al-Nahgdha ? (Qu'est-ce que la renaissance ?). Le Caire : Maktabat al-ma&#226;rif, 108.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22. Hussein, Tah (1938) : Mustagbal al-thag&#226;fa f&#238; misr (L'avenir de la culture en &#201;gypte). Le Caire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23. Mahmoud, Zaki Nagib (1983) : Chur&#251;q mina al-gharb (Lumi&#232;res d'Occident). Beyrouth : Dar chur&#251;q (1&#232;re &#233;dition Le Caire, 1951) et o&#249; il &#233;crit : &#171; Quelle voie choisir ?. Je r&#233;ponds, sans h&#233;siter, que la r&#233;ponse nous a &#233;t&#233; fournie par la Turquie, c'est-&#224;-dire qu'on s'int&#232;gre &#224; l'Europe... &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;24. Voir Jomier, J. O. P. (1954) : Le commentaire coranique du Manar. Paris : Maisonneuve &amp; Cie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;25. Voir sur cette d&#233;marche : Talbi, Mohamed (1998) : Plaidoyer pour un islam moderne. Tunis : c&#233;r&#232;s, 66-68 ; repris dans (2002), op cit, 121-145.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26. Bori, Pier-Cesare (1991) : L'interpr&#233;tation infinie. Paris : Cerf, chap. IV.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27. Geertz, Clifford (1992) : Observer l'islam. Paris : La d&#233;couverte, 120.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;28. Putnam, Hilary (1981) : Raison, v&#233;rit&#233; et histoire. Paris : Minuit, 169.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29. Vattimo Gianni dir. (1989) : Que peut faire la philosophie de sort histoire ? Paris : Seuil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30. Voir l'introduction de la deuxi&#232;me &#233;dition de son ma&#238;tre ouvrage, Maouqif mina al-itaphysiqia, (Prise de position sur la m&#233;taphysique), d&#226;r al-chur&#251;q, 1983. La premi&#232;re &#233;dition date de 1953 de l'ouvrage portait le titre provocateur : Khur&#226;fat al-mit&#226;physiqia (Le mythe de la m&#233;taphysique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;31. Laroui, A (1986) : Islam et modernit&#233;. Paris : La d&#233;couverte, 132 et 147.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;32. Dja&#238;t, Hichem, &#171; Le choc de l'Occident &#187;, Le d&#233;bat, N 42, d&#233;c. 1986, 140.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;33. Arkoun, Mohamed, op. cit, 101.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;34. Shayegan, Daryush 1989). Le regard mutil&#233;. Paris : Albin Michel,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;35. Lahbabi, M. A (1967) : Le personnalisme musulman, Presses Universitaires de France, 1967.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;36. Sharabi, Hisham (1996) : Le n&#233;opatriarcat. Paris : Mercvre de France, 23-28, 50.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;37. Badie, Bertrand (1986) : Les deux &#201;tats. Pouvoir et soci&#233;t&#233; en Occident et en terre d'islam. Paris : Fayard, 177.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;38. Hegel (1940) : Principes de philosophie du droit. Paris : Gallimard, &#167; 347.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;39. Hegel (1965) : La raison dans l'histoire. - Paris : UGD, 10/18, 65, 87&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Entre le vide occidental et le mythe arabe</title>
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		<dc:subject>Progressisme</dc:subject>
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		<dc:subject>Castoriadis C.</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Entretien paru dans le journal &#171; Le Monde &#187; du Mardi 19 mars 1991, p. 2, sous le titre &#171; D&#233;bats : apr&#232;s la guerre du golfe - L'apr&#232;s-guerre du Golfe vue par Cornelius Castoriadis et Edgar Morin - Entre le vide occidental et le mythe arabe &#187;. Propos recueillis par J.-M. Colombani. Texte repris dans &#171; Les carrefours du Labyrinthe IV - La mont&#233;e de l'insignifiance &#187;, Seuil, 1996, pp. 51 - 57 (sans le chapeau). Pour tirer quelques le&#231;ons de la guerre du Golfe, nous avons demand&#233; &#224; deux (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-dynamiques-geopolitiques-" rel="directory"&gt;Dynamiques G&#233;opolitiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-33-progres-+" rel="tag"&gt;Progressisme&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-56-castoriadis-c-+" rel="tag"&gt;Castoriadis C.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-60-insignifiance-+" rel="tag"&gt;Insignifiance&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-214-islam-+" rel="tag"&gt;Islam&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entretien paru dans le journal &#171; Le Monde &#187; du Mardi 19 mars 1991, p. 2, sous le titre &#171; D&#233;bats : apr&#232;s la guerre du golfe - L'apr&#232;s-guerre du Golfe vue par Cornelius Castoriadis et Edgar Morin - Entre le vide occidental et le mythe arabe &#187;. Propos recueillis par J.-M. Colombani.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Texte repris dans &#171; Les carrefours du Labyrinthe IV - La mont&#233;e de l'insignifiance &#187;, Seuil, 1996, pp. 51 - 57 (sans le chapeau).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pour tirer quelques le&#231;ons de la guerre du Golfe, nous avons demand&#233; &#224; deux intellectuels, Cornelius Castoriadis et Edgar Morin, de confronter leurs points de vue. Le premier a surtout &#233;tudi&#233; les r&#233;gimes totalitaires, le second a th&#233;oris&#233; la complexit&#233; des soci&#233;t&#233;s modernes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant d'entamer le d&#233;bat, Edgar Morin a soulign&#233; que deux &#233;cueils guettent les intellectuels occidentaux : soit se croire propri&#233;taires de la rationalit&#233; et ne voir autour d'eux qu'arri&#233;ration, superstition, erreur ; soit au contraire tomber dans un pur masochisme et d&#233;clarer que les autres ont toujours raison. Faute de juste milieu entre les deux attitudes, il faut zigzaguer en s'aidant de l'auto-observation, voire de l'autocritique. Pour traiter une r&#233;alit&#233; &#224; la fois complexe et conflictuelle, on ne peut se satisfaire ni d'une causalit&#233; lin&#233;aire ni d'une pens&#233;e binaire opposant vrai et faux absolus, insiste Edgar Morin. Comme le montre l'affrontement isra&#233;lo-arabe, le Moyen-Orient est travers&#233; par des causalit&#233;s &#171; en boucle &#187; o&#249; l'hostilit&#233; engendre l'hostilit&#233;, la violence, la violence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cornelius Castoriadis a, de son c&#244;t&#233;, mis en avant son souci de relier les &#233;v&#233;nements du Golfe &#224; leurs ant&#233;c&#233;dents historiques, notamment depuis la chute de l'Empire ottoman. Il a rappel&#233; les responsabilit&#233;s historiques de l'Occident, qui a arm&#233; l'Iran du Shah pour en faire le gendarme du Golfe, puis Saddam Hussein, tout en favorisant le maintien sur place de r&#233;gimes &#171; m&#233;di&#233;vaux &#187;. La situation d'arri&#233;ration politique des pays arabes et la politique de puissance des Occidentaux, dans laquelle Isra&#235;l a jou&#233; le r&#244;le d'un pion avanc&#233;, nourrissent son pessimisme sur le devenir de la question isra&#233;lo-palestinienne.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cornelius Castoriadis&lt;/strong&gt; : La d&#233;cision de faire la guerre m&#233;prisait royalement les facteurs &#224; long terme, &#224; savoir le risque que se creuse davantage le gouffre culturel, social, politique et imaginaire existant entre les pays occidentaux et le monde arabe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Edgar Morin&lt;/strong&gt; : Maintenant, nous pouvons &#233;tablir une premi&#232;re r&#233;tro-prospective. Celle-ci s'est effectu&#233;e dans une r&#233;gion o&#249; tous les probl&#232;mes sont non seulement solidaires, mais impliqu&#233;s les uns aux autres en de multiples noeuds gordiens. C'est pourquoi j'ai pens&#233;, avant et pendant la guerre, que la d&#233;marcation principale &#233;tait non entre pacifistes et bellicistes, mais entre ceux qui voulaient d&#233;nouer ces noeuds gordiens et ceux qui ne voulaient que frapper l'Irak saddamiste et &#233;viter le probl&#232;me palestinien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui le probl&#232;me est de savoir si la guerre a tranch&#233; les noeuds gordiens, les a emm&#234;l&#233;s davantage, ou si elle permet d'en d&#233;nouer les plus graves. Il est important que la guerre ait &#233;t&#233; courte, qu'elle n'ait employ&#233; ni les gaz ni le terrorisme, qu'elle ne se soit pas g&#233;n&#233;ralis&#233;e, qu'elle n'ait pas &#233;t&#233; jusqu'au bout puisque Bush n'a pas pouss&#233; jusqu'&#224; Bagdad, et enfin qu'elle permette une r&#233;action de rejet du peuple irakien &#224; l'&#233;gard de Saddam Hussein. Cela a permis, &#224; notre grand soulagement, d'&#233;viter les catastrophes en cha&#238;ne qu'aurait suscit&#233;es une guerre longue et inexpiable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela ne suffit pas pour prendre la mesure de cette guerre. Qui aurait pu penser en 1919, apr&#232;s le trait&#233; de Versailles, que l'effet principal de la guerre de 14-18 serait non l'affaiblissement de l'Allemagne et la mise hors jeu de l'URSS, mais le d&#233;cha&#238;nement de ces deux puissances sous le signe du totalitarisme ? C'est seulement apr&#232;s 1933 qu'il est apparu que la Grande Guerre avait engendr&#233; des effets inverses de ceux recherch&#233;s par les vainqueurs. Aussi est-ce ce qui va advenir dans le futur qui va donner &#224; la guerre du Golfe sa signification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce futur d&#233;pend &#233;videmment de la nouvelle situation qui va se dessiner au Moyen-Orient. Je crois que cette situation est d'ores et d&#233;j&#224; modifi&#233;e par la responsabilit&#233; globale prise par l'Am&#233;rique dans toute la r&#233;gion apr&#232;s sa victoire. L'Am&#233;rique aujourd'hui n'est plus seulement le glaive d'un Occident en guerre froide dont le bastion oriental avanc&#233; est Isra&#235;l. Elle tend &#224; devenir responsable d'une pacification g&#233;n&#233;ralis&#233;e &#224; l'&#233;gard de ses alli&#233;s arabes, europ&#233;ens, et &#224; l'&#233;gard de l'ONU. C'est dans ce sens que, d&#232;s la fin des combats, Bush et Baker ont en fait &#233;tabli le &#171; linkage &#187; entre la question du Kowe&#239;t et celle du Moyen-Orient qu'ils avaient refus&#233; jusqu'alors.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Jetez le Coran et achetez des vid&#233;o-clips &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Et aujourd'hui, une chance existe qu'il y ait convergence des efforts pour r&#233;soudre le plus virulent des probl&#232;mes, celui qui lie l'ind&#233;pendance de la Palestine &#224; la s&#233;curit&#233; d'Isra&#235;l, puisque c'est une id&#233;e commune aux Europ&#233;ens, c'est l'id&#233;e du plan Mitterrand du 15 janvier, c'est l'id&#233;e de l'URSS. En Isra&#235;l m&#234;me, la disparition de la menace irakienne, l'impossibilit&#233; de r&#233;aliser dans la conjoncture actuelle le r&#234;ve du Grand Isra&#235;l qui chasserait les Palestiniens de leurs terres, cr&#233;ent des conditions nouvelles pour accepter la libert&#233; d'un peuple que Tsahal a ghetto&#239;s&#233; pendant toute la dur&#233;e de cette guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin l'ONU, qui avait &#233;t&#233; &#233;clips&#233;e au stade de l'attaque terrestre contre l'Irak, redevient l'embryon d'instance internationale qui, apr&#232;s le 2 ao&#251;t 1990, s'&#233;tait montr&#233; capable de r&#233;primer la piraterie d'un Etat et pourrait se montrer apte &#224; r&#233;guler les tensions internationales. Cela a d&#233;pendu de l'accord Etats-Unis-URSS, lequel a d&#233;pendu de la r&#233;volution anti-totalitaire entam&#233;e par Gorbatchev. Il est clair que si la contre-r&#233;volution triomphe en URSS, cela fragilise l'ONU, mais nous sommes actuellement dans une &#233;claircie, dont nous ne connaissons pas la dur&#233;e, propice &#224; l'espoir et &#224; l'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cornelius Castoriadis&lt;/strong&gt; : Je ne partage nullement ta conception du r&#244;le, m&#234;me hypoth&#233;tique, de l'ONU. Je ne pense pas que la situation d'accord entre l'URSS et les Etats-Unis, qui explique le comportement du Conseil de s&#233;curit&#233;, soit l'&#233;tat durable, normal, de la relation entre ces deux pays. Les Fran&#231;ais et les Anglais continueront &#224; s'aligner sur les Etats-Unis. Mais, &#224; terme, l'URSS n'a pas renonc&#233; &#224; &#234;tre une grande puissance, pas plus que la Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A pr&#233;sent, la question pos&#233;e est celle du Moyen-Orient. L'unanimit&#233; du Conseil de s&#233;curit&#233; y r&#233;sistera-t-elle ? Tout le monde se ralliera-t-il &#224; la position des faucons am&#233;ricains et de la droite isra&#233;lienne, qui verraient bien les Palestiniens partir en Jordanie ? Il y a J&#233;rusalem. Il y a le probl&#232;me kurde. Et qui voudra mettre en cause Hafez El Assad ? S'il y a un accord, il risque de se faire une fois de plus sur le dos des Palestiniens et des Kurdes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ONU, ce n'est jamais qu'un organe par lequel les grandes puissances traitent leurs diff&#233;rends. Elle a la m&#234;me valeur que la Sainte-Alliance entre 1815 et 1848 ou le concert des puissances apr&#232;s le congr&#232;s de Berlin de 1878. Elle peut sembler agir aussi longtemps que valent des accords conjoncturels entre les puissants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, derri&#232;re tout cela, se pose la relation entre le monde islamique et l'Occident. D'une part, il y a la formidable mythologisation des Arabes par eux-m&#234;mes, qui se pr&#233;sentent toujours comme des &#233;ternelles victimes de l'Histoire. Or, s'il y a eu une nation conqu&#233;rante, du VII au XI si&#232;cle, ce sont bien les Arabes. Les Arabes ne poussaient pas naturellement sur les pentes de l'Atlas au Maroc, ils &#233;taient en Arabie. En Egypte, il n'y avait pas un seul Arabe. La situation actuelle est le r&#233;sultat, d'abord, d'une conqu&#234;te et de la conversion plus ou moins forc&#233;e des populations soumises ; puis de la colonisation des Arabes non par l'Occident, mais par leurs coreligionnaires, les Turcs, pendant des si&#232;cles ; enfin de la semi-colonisation occidentale pendant une p&#233;riode comparativement beaucoup plus courte.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; La la&#239;cisation permet seule la d&#233;mocratisation &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Et o&#249; en sont-ils politiquement, &#224; l'heure actuelle ? Ce sont des pays o&#249; les structures du pouvoir sont soit archa&#239;ques, soit un m&#233;lange d'archa&#239;sme et de stalinisme. On a pris le pire de l'Occident et on l'a plaqu&#233; sur une soci&#233;t&#233; culturellement religieuse. Dans ces soci&#233;t&#233;s, la th&#233;ocratie n'a jamais &#233;t&#233; secou&#233;e : le code p&#233;nal, c'est le Coran ; la loi n'est pas le r&#233;sultat d'une volont&#233; nationale, elle est sacr&#233;e. Le Coran lui-m&#234;me n'est pas un texte r&#233;v&#233;l&#233;, consign&#233; par des mains humaines, il est substantiellement divin. Cette mentalit&#233; profonde reste, et ressurgit face &#224; la modernit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or la modernit&#233;, ce sont aussi les mouvements &#233;mancipateurs qui se sont produits depuis des si&#232;cles en Occident. Il y a eu des luttes multis&#233;culaires pour parvenir &#224; s&#233;parer le religieux du politique. Un tel mouvement ne s'est jamais d&#233;velopp&#233; en Islam. Et cet Islam a devant lui un Occident qui ne vit plus qu'en mangeant son h&#233;ritage : il maintient un statu quo lib&#233;ral, mais ne cr&#233;e plus des significations &#233;mancipatrices. On dit &#224; peu pr&#232;s aux Arabes : jetez le Coran, et achetez des vid&#233;o-clips de Madonna. Et, en m&#234;me temps, on leur vend &#224; cr&#233;dit des Mirage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il y a une &#171; responsabilit&#233; &#187; historique de l'Occident &#224; cet &#233;gard, elle est bien l&#224;. Le vide de signification de nos soci&#233;t&#233;s, au coeur des d&#233;mocraties modernes, ne peut pas &#234;tre combl&#233; par l'augmentation des gadgets. Et il ne peut pas d&#233;loger les significations religieuses qui tiennent ces soci&#233;t&#233;s ensemble. La lourde perspective de l'avenir est l&#224;. L'effet de la guerre, c'est d&#233;j&#224;, ce sera demain davantage l'accentuation de ce clivage rejetant les musulmans vers leur pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d'ailleurs tragiquement amusant de voir aujourd'hui que, si Saddam Hussein tombe, il y a de grandes chances pour qu'il soit remplac&#233; par un r&#233;gime fondamentaliste chiite, c'est-&#224;-dire celui que l'Occident s'est empress&#233; de combattre quand il s'est install&#233; en Iran.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Edgar Morin&lt;/strong&gt; : Avant la guerre, Jean Baudrillard avait d&#233;montr&#233; de fa&#231;on logique que, de toute fa&#231;on, il ne pouvait pas y avoir de guerre. Tu viens, &#224; ton tour, de d&#233;montrer logiquement qu'il n'est pas possible de progresser, compte tenu de toutes les contradictions qui sont &#224; l'oeuvre, etc. Heureusement que la vie, dans ce qu'elle a d'innovateur, n'ob&#233;it pas &#224; la logique, ce que tu sais fort bien. Il y a de toute fa&#231;on une nouvelle conjoncture mondiale qui peut-&#234;tre permettra d'&#233;chapper au cycle infernal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais venons-en au fond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au premier degr&#233;, on voit des masses maghr&#233;bines exalt&#233;es prendre un asservisseur pour un lib&#233;rateur. C'est vrai. Mais ce n'est pas un trait arabe ou islamique : nous l'avons v&#233;cu chez nous, ne serait-ce que l'idol&#226;trie pour Staline ou Mao, qui n'est pas si ancienne. Nous avons connu les hyst&#233;ries religieuses, nationalistes et messianiques. Mais aujourd'hui notre p&#233;ninsule ouest-europ&#233;enne vit une p&#233;riode de basses eaux mythologiques. Nous n'avons plus de gigantesques esp&#233;rances. Alors nous croyons, dans cet &#233;tat peut-&#234;tre provisoire, que les passions et les fanatismes sont le propre des Arabes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Une fraternit&#233; humaine &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;A un degr&#233; plus &#233;lev&#233;, nous pouvons regretter que la d&#233;mocratie n'arrive pas &#224; s'implanter hors de l'Europe occidentale. Mais il suffit de penser &#224; l'Espagne, &#224; la Gr&#232;ce, &#224; l'Allemagne hier nazie, &#224; la France elle-m&#234;me pour comprendre que la d&#233;mocratie est un syst&#232;me difficile &#224; enraciner. C'est un syst&#232;me qui se nourrit de diversit&#233;s et de conflits tant qu'il est capable de les r&#233;guler et de les rendre productifs, mais qui justement peut &#234;tre d&#233;truit par les diversit&#233;s et les conflits. La d&#233;mocratie n'a pu s'implanter dans le monde arabo-islamique tout d'abord parce que celui-ci n'a pu accomplir le stade historique de la la&#239;cisation, qu'il portait sans doute en germe du VIII au XIII si&#232;cle, mais que l'Occident europ&#233;en a pu entamer, lui, &#224; partir du XVI si&#232;cle. La la&#239;cisation, qui est le recul de la religion par rapport &#224; l'Etat et la vie publique, permet seule la d&#233;mocratisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me dans les pays arabo-islamiques o&#249; il y eut des mouvements la&#239;cisateurs puissants, la d&#233;mocratie a sembl&#233; une solution faible par rapport &#224; la r&#233;volution, qui permettait l'&#233;mancipation &#224; la fois &#224; l'&#233;gard du pass&#233; religieux et &#224; l'&#233;gard de l'Occident dominateur. Or la promesse de la r&#233;volution nationaliste comme celle de la r&#233;volution communiste &#233;taient en fait l'une et l'autre des promesses religieuses, l'une apportant la religion de l'Etat-Nation, l'autre celle du salut terrestre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, n'oublions pas que le message la&#239;que d'Occident arrivait en m&#234;me temps que la domination imp&#233;rialiste et la menace d'homog&#233;n&#233;isation culturelle, de perte d'identit&#233;, qu'apportait notre d&#233;ferlement techno-industriel sur le reste du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, la r&#233;sistance de l'identit&#233; menac&#233;e, oblig&#233;e de s'accrocher au pass&#233; fondateur autant qu'au futur &#233;mancipateur, s'est trouv&#233;e r&#233;cemment accrue par un ph&#233;nom&#232;ne capital qui s'est aggrav&#233; dans les ann&#233;es 80 : l'&#233;croulement du futur &#233;mancipateur. Cette perte du futur, nous l'avons nous-m&#234;mes subie : nous avons perdu l'avenir &#171; progressif &#187; promis par le d&#233;veloppement de la science et de la raison, qui ont r&#233;v&#233;l&#233; de plus en plus leurs ambivalences, et nous avons perdu l'avenir &#171; radieux &#187; du salut terrestre, qui s'est d&#233;finitivement &#233;croul&#233; avec le mur de Berlin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand le futur se perd, que reste-t-il ? Le pr&#233;sent, le pass&#233;. Nous, ici, tant qu'on consomme, on vit au jour le jour dans le pr&#233;sent. Eux, que peuvent-ils consommer du pr&#233;sent ? Que leur ont apport&#233; les mirifiques recettes de d&#233;veloppement, mod&#232;le occidental ou mod&#232;le sovi&#233;tique ? Du sous-d&#233;veloppement. Alors, quand il n'y a plus de futur et que le pr&#233;sent est malade, il reste le pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi, les formidables pouss&#233;es de fondamentalismes ne doivent pas &#234;tre vues comme une retomb&#233;e des pays arabes sur eux-m&#234;mes, un souffl&#233; qui s'effondre. Elles sont les produits d'une boucle historique o&#249; la crise de la modernit&#233;, c'est-&#224;-dire du progr&#232;s, suscite elle-m&#234;me ce fondamentalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu parles justement du probl&#232;me du sens. Pour nous, l'Histoire n'a plus un sens t&#233;l&#233;guid&#233;. Pour nous les anciennes certitudes sont tr&#232;s malades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; pr&#233;sent, on a toujours consid&#233;r&#233; que l'&#234;tre humain avait besoin de certitudes pour vivre. Lorsque les grandes religions porteuses de certitudes ont d&#233;clin&#233;, d'autres certitudes rationalistes, scientistes ont apport&#233; l'assurance du progr&#232;s garanti. Pouvons-nous imaginer une humanit&#233; qui accepte l'incertitude, l'interrogation, avec tout ce que cela comporte de risques d'angoisse ? Il faudrait certainement une tr&#232;s grande mutation dans notre mode d'&#234;tre, de vivre, de penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourtant notre nouveau destin. Mais cela ne signifie pas que nous puissions vivre sans enracinement, sans mythes ni sans esp&#233;rances, &#224; condition que nous sachions que nos mythes et nos esp&#233;rances rel&#232;vent, comme le savait Pascal, de la foi religieuse, du pari. L'enracinement, nous devons l'op&#233;rer de fa&#231;on nouvelle dans l'espace et dans le temps. Nous devons non pas vivre dans le pr&#233;sent au jour le jour, mais nous ressourcer dans le pass&#233; (&#171; l'h&#233;ritage que tu tiens de tes p&#232;res, dit Goethe, il te faut le reconqu&#233;rir &#187;), et nous devons nous projeter dans un futur non plus promis, mais voulu. Notre esp&#233;rance, c'est de vouloir sortir de l'&#226;ge de fer plan&#233;taire. Notre mythe, c'est celui de la fraternit&#233; humaine qui s'enracine dans notre terre-patrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes en un nouveau commencement, et c'est dans ce sens que je crois qu'il est possible de donner vie &#224; l'embryon onusien, comme de tenter de d&#233;sarmorcer ce qui demeure la poudri&#232;re du monde dans cette zone de fracture entre Orient et Occident, entre les trois religions monoth&#233;istes, entre la religion et la la&#239;cit&#233;, entre le modernisme et le fondamentalisme et finalement entre un progr&#232;s d'humanit&#233; ou la grande r&#233;gression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cornelius Castoriadis&lt;/strong&gt; : Il me para&#238;t clair que la situation mondiale est intol&#233;rable et intenable, que l'Occident actuel n'a ni les moyens ni la volont&#233; de la modifier essentiellement et que le mouvement &#233;mancipateur y est en panne. Il me para&#238;t tout autant clair que pour faire, il faut vouloir. Encore faut-il voir la r&#233;alit&#233; en face. Quand Edgar Morin &#233;voque le probl&#232;me d'identit&#233;, c'est en fait celui du sens, qui conf&#232;re une identit&#233; au croyant : je suis un bon musulman, un bon chr&#233;tien, ou m&#234;me un mauvais chr&#233;tien. Car, m&#234;me en tant que mauvais chr&#233;tien, je suis quelque chose de d&#233;fini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes fils de... ; mais nous sommes aussi ceux qui visons &#224;... C'est-&#224;-dire, nous avons un projet qui n'est plus le paradis sur Terre, qui n'est plus ni messianique ni apocalyptique, mais qui dit quelque chose sur ce vers quoi nous allons. C'est cela qui manque &#224; l'Occident aujourd'hui. La seule pouss&#233;e de ces soci&#233;t&#233;s est la pouss&#233;e vers la richesse et la puissance nues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parenth&#232;se : on sait que les Arabes ont &#233;t&#233; pendant toute une p&#233;riode plus civilis&#233;s que les Occidentaux. Puis, disparition. Mais ce qu'ils ont capt&#233; de l'h&#233;ritage de l'Antiquit&#233; n'a jamais &#233;t&#233; d'ordre politique. La probl&#233;matique politique des Grecs, fondamentale pour la d&#233;mocratie, n'a f&#233;cond&#233; ni les philosophes ni les soci&#233;t&#233;s arabes. Les communes europ&#233;ennes arrachent les libert&#233;s communales &#224; la fin du X si&#232;cle. Il ne s'agit pas de &#171; juger &#187; les Arabes : on constate qu'il a fallu dix si&#232;cles &#224; l'Occident pour d&#233;gager, tant bien que mal, la soci&#233;t&#233; politique de l'emprise religieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je terminerai par une remarque presque anecdotique. George Bush, avant la guerre, &#233;tait consid&#233;r&#233; comme un faiblard par ses concitoyens. Maintenant, c'est un h&#233;ros. Mais l'Am&#233;rique va se retrouver imm&#233;diatement devant ses vrais probl&#232;mes internes devant lesquels M. Bush sera impuissant. La crise de la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine va continuer, avec la d&#233;cr&#233;pitude des cit&#233;s, les d&#233;chirures sociales, et tout le reste que l'on conna&#238;t. Et c'est aussi ce qui commence &#224; se produire en Europe, et qui s'aggravera aussi longtemps que les peuples resteront engourdis et apathiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Edgar Morin&lt;/strong&gt; : Notre soci&#233;t&#233; continue cahin-caha. Tous les processus nous conduisent vers une grande crise de civilisation. R&#233;gressons-nous ou progressons-nous ? Une fois de plus, attendons-nous &#224; l'inattendu. Sauvons au moins en nous le tr&#233;sor le plus pr&#233;cieux de la culture europ&#233;enne : la rationalit&#233; critique et autocritique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cornelius Castoriadis&lt;/strong&gt; : Quand les Grecs, d&#233;j&#224;, dans leur d&#233;cadence, ont conquis l'Orient, celui-ci a &#233;t&#233; hell&#233;nis&#233; en quelques d&#233;cennies. Quand Rome a conquis le monde m&#233;diterran&#233;en, elle l'a romanis&#233;. Quand l'Europe a jou&#233; le m&#234;me r&#244;le, elle n'a pas su influencer en profondeur les cultures locales. Elle les a d&#233;truites sans les remplacer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui reste aujourd'hui comme h&#233;ritage d&#233;fendable de la cr&#233;ation europ&#233;enne et comme germe d'un avenir possible, c'est un projet d'autonomie de la soci&#233;t&#233;, qui se trouve dans une phase critique. C'est notre responsabilit&#233; de le faire revivre, avancer et f&#233;conder les autres traditions.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>En Palestine plus qu'ailleurs s'appesantit le cr&#233;puscule du XXe si&#232;cle</title>
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		<dc:subject>Fargette G.</dc:subject>
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&lt;p&gt;Texte extrait du bulletin de Guy Fargette &#171; Le cr&#233;puscule du XXe si&#232;cle &#187;, n&#176;13, mars 2005 Engag&#233;s depuis plus de cent ans, les &#233;v&#233;nements de Palestine ont peu &#224; peu d&#233;ploy&#233; les caract&#233;ristiques d'une trag&#233;die antique. La nature irr&#233;pressible du d&#233;sastre se pressent &#224; mille d&#233;tails, mais rien ne semble pouvoir modifier le cours des choses. M&#234;me les r&#233;pits semblent renforcer l'&#233;tape suivante de la d&#233;gradation. Cette affaire concentre certains des aspects les plus sombres et les plus (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-dynamiques-geopolitiques-" rel="directory"&gt;Dynamiques G&#233;opolitiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-48-fargette-g-+" rel="tag"&gt;Fargette G.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-49-prospective-+" rel="tag"&gt;Prospective&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-79-religion-+" rel="tag"&gt;Religion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-83-geopolitique-+" rel="tag"&gt;G&#233;opolitique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-214-islam-+" rel="tag"&gt;Islam&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte extrait du bulletin de Guy Fargette &#171; Le cr&#233;puscule du XXe si&#232;cle &#187;, n&#176;13, mars 2005&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Engag&#233;s depuis plus de cent ans, les &#233;v&#233;nements de Palestine ont peu &#224; peu d&#233;ploy&#233; les caract&#233;ristiques d'une trag&#233;die antique. La nature irr&#233;pressible du d&#233;sastre se pressent &#224; mille d&#233;tails, mais rien ne semble pouvoir modifier le cours des choses. M&#234;me les r&#233;pits semblent renforcer l'&#233;tape suivante de la d&#233;gradation. Cette affaire concentre certains des aspects les plus sombres et les plus d&#233;cevants de l'histoire du XXe si&#232;cle. Elle est, en toute logique, le point de cristallisation et de r&#233;v&#233;lation de tendances r&#233;gressives qui l'ont durablement emport&#233; dans une infinit&#233; de lieux et de domaines depuis plusieurs d&#233;cennies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I. Isra&#235;l, &#201;tat-nation paradoxal et authentique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sionisme est un projet d'&#201;tat-nation, cette forme historique si mal comprise des r&#233;volutionnaires autoproclam&#233;s depuis plus de deux si&#232;cles. L'aveuglement sur elle est d'autant plus curieux qu'elle a finalement fa&#231;onn&#233; plus que toute autre le devenir du monde, au point de constituer, de la R&#233;volution fran&#231;aise jusque vers la fin du XXe si&#232;cle, le langage fondamental de l'histoire institutionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la mesure o&#249; il n'avait pas &#224; composer avec le poids d'une existence pass&#233;e, le sionisme a mis sur pied un &#201;tat-nation d'un degr&#233; de &#8220;puret&#233;&#8221; rare&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il est int&#233;ressant de constater qu'une transplantation ex nihilo dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, point commun fondamental avec les &#201;tats-Unis. Le destin d'un tel mouvement aspirant &#224; cr&#233;er un &#201;tat qui n'existait nulle part et dont les racines historiques &#233;taient, malgr&#233; toutes les acrobaties de propagande, chancelantes, est sans doute unique (une implantation coloniale organis&#233;e par un &#201;tat, britannique, pr&#233;existait &#224; la proclamation d'ind&#233;pendance des &#201;tats-Unis). La nation d'Isra&#235;l ne poss&#233;dait au d&#233;part ni &#201;tat, ni langue, ni territoire. Le territoire a &#233;t&#233; accapar&#233; par infiltration puis par conqu&#234;te militaire, la langue recr&#233;&#233;e &#224; partir d'un support liturgique antique, et l'&#201;tat constitu&#233; en dernier lieu, &#224; partir des structures de la colonisation-infiltration et des milices d'autod&#233;fense. Le projet sioniste a en partie cr&#233;&#233; les conditions de sa r&#233;alisation, tout en mettant &#224; profit des &#233;v&#232;nements encore plus terribles que ceux qu'il redoutait. Diverses alliances changeantes lui ont permis d'aboutir, d'abord avec l'imp&#233;rialisme britannique classique, dont il s'est pr&#233;sent&#233; comme un avant-poste utile, puis de fa&#231;on transitoire en 1947-1948 avec l'Union sovi&#233;tique (pour s'armer dans le conflit d&#233;cisif o&#249; l'&#201;tat d'Isra&#235;l est fond&#233;), ensuite avec l'&#201;tat fran&#231;ais et l'&#201;tat britannique dans l'affaire de Suez en 1956 ou dans d'autres op&#233;rations de plus longue haleine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'aspect fondamental de la collaboration entre la France et Isra&#235;l, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et enfin comme fid&#232;le suppl&#233;tif de la puissance am&#233;ricaine au Proche-Orient, apr&#232;s 1967.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;migration juive pour la Palestine a d&#233;but&#233; peu avant les premiers pogromes de Russie, et le mouvement sioniste a ensuite syst&#233;matis&#233; cette orientation comme seule perspective pour &#233;chapper &#224; l'hostilit&#233; dont les juifs &#233;taient partout l'objet, y compris dans cette France &#8220;d&#233;mocratique&#8221; de la IIIe R&#233;publique, qui avait commis l'affaire Dreyfus. Cette anticipation sur un cours historique plus sinistre que toutes les pr&#233;dictions des proph&#232;tes de malheur est le grand ressort de sa r&#233;ussite : &#224; chaque &#233;preuve, le projet sioniste s'est trouv&#233; en position de recours, &#233;largissant ainsi les bases de sa reproduction. De 60.000 colons vers 1920, on est pass&#233; &#224; 600.000 immigrants vers 1947, et &#224; 5.000.000 d'habitants juifs aujourd'hui. C'est donc l'histoire d'une invasion r&#233;ussie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le recul, le plus frappant est de constater &#224; quel point les voies id&#233;ologiques ou subjectives adopt&#233;es ont &#233;t&#233; secondaires : le travaillisme h&#233;g&#233;monique du &lt;i&gt;yishouv&lt;/i&gt; des ann&#233;es 1920 et 1930 n'a nullement entrav&#233; le d&#233;veloppement du sentiment national, au contraire. La certitude de se trouver seul au monde, constitutif de tout sentiment national achev&#233;, ainsi que la sanctification du groupe national en une idol&#226;trie narcissique, a re&#231;u son bapt&#234;me d&#233;finitif avec le jud&#233;ocide des ann&#233;es 1941-1945. Les rares survivants des camps situ&#233;s en Pologne l'ont dit avec une simplicit&#233; et un laconisme infiniment &#233;mouvants. Les juifs furent les plus solitaires au monde dans ces ann&#233;es-l&#224; : les quelques fugitifs d'un camp tel qu'Auschwitz, durent se m&#233;fier autant d'une population polonaise d&#233;finitivement hostile que de la soldatesque qui les traquait. Les sionistes &#8220;r&#233;visionnistes&#8221; de Jabotinski (la droite du mouvement sioniste) ont moins contribu&#233; &#224; la colonisation de la Palestine que ceux qui pr&#244;naient officiellement la fraternit&#233; entre les peuples et pratiquaient la d&#233;n&#233;gation de l'antagonisme avec les autochtones arabes. Comment ne pas voir l&#224; l'effet, sinon d'une immense n&#233;cessit&#233; historique, du moins d'une pouss&#233;e qui a peu d'&#233;quivalent ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II. Sionisme et naufrage de l'histoire moderne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les visions du monde les plus diverses ont donc aliment&#233; la constitution de cette nation, qui ne pouvait s'&#233;tablir qu'en &#233;jectant les habitants de Palestine. Malgr&#233; toutes les affirmations l&#233;nifiantes, le projet sioniste est en effet, d&#232;s le d&#233;part, un projet d'expropriation de la population locale. M&#234;me les d&#233;clarations officielles d'un Herzl sont battues en br&#232;che par ses consid&#233;rations officieuses&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme le rapporte l'historien Benny Morris dans Victimes, Histoire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'incompatibilit&#233; objective des int&#233;r&#234;ts propres aux populations juives et arabes en Palestine ne s'est jamais d&#233;mentie. Cette opposition insoluble n'a fait que s'approfondir au fil des d&#233;cennies. Isra&#235;l assume certains traits d'une colonie de peuplement, mais &lt;i&gt;d&#233;pourvue de m&#233;tropole&lt;/i&gt;. Le comportement des colons en Cisjordanie et &#224; Gaza, v&#233;ritable fuite en avant, exprime une dimension fondamentale de la nature du projet sioniste, qui s'est aggrav&#233;e apr&#232;s 1967, et qui pourrait pr&#233;valoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rejet des juifs &#224; la mer demeure sym&#233;triquement l'objectif fondamental des Arabes de Palestine, qui s'estiment spoli&#233;s par une entreprise de colonisation telle que cela se pratiquait au XIXe si&#232;cle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette position en faveur de l'expulsion est ouvertement revendiqu&#233;es par le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il est absolument exact, quant au fond, que les Palestiniens font les frais du probl&#232;me des Europ&#233;ens avec les juifs, qu'ils en sont tout &#224; fait conscients et qu'ils ne l'accepteront jamais. Cela devrait d'ailleurs inciter les Europ&#233;ens &#224; se montrer un peu plus mesur&#233;s dans leurs jugements sur la politique des &#201;tats-Unis dans cette partie du monde : si ces derniers peuvent sans doute se reprocher d'avoir refus&#233; de nombreux immigrants juifs dans les ann&#233;es 1930, ils n'ont, dans leur placard, rien qui approche le spectre des pers&#233;cutions antis&#233;mites, des lois &#8220;aryennes&#8221;, de la liquidation des juifs d'Europe centrale et orientale, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les Arabes de tout le Proche-Orient, et sans doute les musulmans du monde entier, la caract&#233;ristique g&#233;opolitique de la situation est devenue un lieu commun. Elle repose sur une analogie formelle et tardive&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce n'est qu'au XIXe si&#232;cle que la litt&#233;rature politique arabe th&#233;orise sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; avec les croisades. Tant qu'il n'existera pas de puissance syro-&#233;gyptienne unifi&#233;e (ou au moins d'un Croissant fertile unifi&#233;, capable de s'adjoindre l'&#201;gypte), Isra&#235;l sera invuln&#233;rable et constituera une t&#234;te de pont g&#233;opolitique de l'Occident dans cette r&#233;gion. Mais d&#232;s que cette unification se dessinera, la survie de ce qu'ils persistent &#224; qualifier d'&#8220;entit&#233; sioniste&#8221; sera frapp&#233;e d'une adversit&#233; inexorable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les excuses du Pape pour les croisades ne manque pas de ridicule, puisque (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Isra&#235;l se trouve confront&#233; aux cons&#233;quences d'un malentendu qui perdure : les sionistes consid&#233;raient n'avoir &#224; s'occuper que des Palestiniens, suppos&#233;s peu nombreux, et ils doivent, indirectement, affronter l'ensemble du monde arabe et m&#234;me musulman (depuis 1982, ann&#233;e de l'intervention au Liban). Bien que cette aire demeure divis&#233;e, et que ses dirigeants soient d'une veulerie et d'une fourberie s&#233;culaires, l'ampleur de cette hostilit&#233; p&#232;se infiniment lourd, &#224; la longue. Les politiques constantes d'intervention isra&#233;lienne visant &#224; diviser, voire &#224; fragmenter, les &#201;tats voisins sont tout &#224; fait rationnelles dans cette perspective. L'int&#233;gration d'Isra&#235;l &#224; la r&#233;gion est une utopie particuli&#232;rement irr&#233;aliste, mais int&#233;ress&#233;e. Les phrases sur la coexistence des deux peuples sur la terre de Palestine demeurent de la propagande superficielle : deux soci&#233;t&#233;s incompatibles sont en pr&#233;sence, alors qu'elles veulent une m&#234;me terre. L'antagonisme, malgr&#233; les discours les plus vari&#233;s sur le sujet, ne d&#233;pend ni de la &#8220;nature&#8221; de l'&#201;tat (comme s'il pouvait en exister plusieurs !), ni du type des classes sociales en pr&#233;sence. Il repose sur le rejet mutuel de populations concr&#232;tes. Cette impasse condense pr&#233;cis&#233;ment le caract&#232;re infiniment d&#233;cevant de l'histoire du XXe si&#232;cle. La puissance &#233;mancipatrice du sionisme s'est confirm&#233;e avec &#233;clat, mais il a fallu constater, conform&#233;ment &#224; la nature de toutes les formes de nationalisme, que l'&#233;mancipation n'est pas destin&#233;e &#224; tout le monde :&lt;i&gt; celle des uns s'effectue au d&#233;triment des
autres.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune autre r&#233;gion du monde ne pr&#233;sente autant de traits confortant une analyse d'un choc culturel en termes
&#8220;civilisationnels&#8221;, au sens de Huntington. Ce sont les franges extr&#233;mistes qui sont les moteurs de la situation, et qui finissent par en d&#233;terminer le cours, quelles que soient leurs forces initiales. Tant qu'aucun &#233;v&#233;nement majeur ne vient bouleverser le cadre de cet affrontement, l'horizon en est la liquidation ou le d&#233;part d'un des deux camps, &lt;i&gt;&#224; moins d'un &#233;puisement sym&#233;trique,&lt;/i&gt; qui serait peut-&#234;tre la moins barbare des issues, &#224; cette restriction pr&#232;s que les conflits interminables et ind&#233;cis sont propices au surgissement d'atrocit&#233;s nouvelles. O&#249; se situe le point d'&#233;puisement de chacune des parties ? La r&#233;ponse &#224; cette question d&#233;terminera l'avenir de la r&#233;gion. Et il ne peut s'&#233;lucider que dans l'&#233;preuve mat&#233;rielle d'une guerre effective, exp&#233;rimentant des dimensions in&#233;dites. Le contre-poids &#224; l'&#233;puisement de chaque camp, c'est &#233;videmment la recherche de soutiens ext&#233;rieurs toujours plus nombreux. Car chaque partie consid&#232;re comme absolument insupportable l'&#233;ventualit&#233; d'une d&#233;faite. A chaque fois que l'une d'elles sera sur le point de s'effondrer, on assistera &#224; l'&#233;largissement du cercle des forces intervenantes, m&#234;me si les dirigeants arabes se moquent au fond du sort des Palestiniens...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La propension de la situation &#224; d&#233;g&#233;n&#233;rer est donc consid&#233;rable. La crainte d'une extension infernale de cet abc&#232;s compte beaucoup dans la m&#233;fiance manifest&#233;e &#224; l'&#233;gard d'Isra&#235;l par l'Union europ&#233;enne, qui aspire &#224; devenir une sorte de grosse Suisse repl&#232;te : une abdication et une capitulation des juifs de Palestine apporteraient tant de tranquillit&#233; apparente...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les adversaires ne se font d'ailleurs gu&#232;re d'illusions. Comme il n'existe pas de puissance r&#233;gionale musulmane susceptible de r&#233;fr&#233;ner la population palestinienne en contrepartie d'une mod&#233;ration isra&#233;lienne, les &#201;tats-Unis se trouvent contraints de jouer les deux r&#244;les &#224; la fois, ce qui repr&#233;sente un tour de force improbable. Le sort d'Isra&#235;l, aujourd'hui suspendu &#224; l'alliance am&#233;ricaine, d&#233;pend &#233;troitement des int&#233;r&#234;ts de cette puissance dans la r&#233;gion. Tant qu'il y aura du p&#233;trole, &lt;i&gt;condition plan&#233;taire au fonctionnement de la soci&#233;t&#233; dite de consommation&lt;/i&gt;, Isra&#235;l constituera un alli&#233; pr&#233;cieux, un ultime recours, pour maintenir le Proche-Orient sous tutelle. &lt;i&gt;Mais ensuite ?&lt;/i&gt; Le d&#233;lai n'est sans doute que de trente &#224; cinquante ans. Si Isra&#235;l devait &#234;tre alors abandonn&#233; &#224; son sort, on retrouverait curieusement le m&#234;me arc de temps (un si&#232;cle environ) que pour la p&#233;riode victorieuse des croisades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en tout cas &#224; cette &#233;ch&#233;ance que se posera la question de la survie d'Isra&#235;l. Si les Palestiniens n'ont pas &#233;t&#233; radicalement chass&#233;s, au terme d'une &#233;puration ethnique ouverte ou d&#233;guis&#233;e, le rapport de force d&#233;mographique sur la terre de Palestine finira par tourner au d&#233;triment des juifs. Il n'est d'ailleurs pas certain qu'une &#233;puration ethnique r&#233;alis&#233;e entre la M&#233;diterran&#233;e et le Jourdain suffirait. Quelques millions de personnes peuvent-elles tenir ind&#233;finiment face &#224; la centaine de millions d'Arabes qui les entourent d&#233;j&#224; et qui se multiplient rapidement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; pourraient aller les juifs de Palestine ? Retourneraient-ils dans les pays qu'ils ont quitt&#233;s ou fuis ? O&#249; se r&#233;fugie raient ceux qui ont &#233;migr&#233; des pays arabes ? Sans parler des Falashas d'&#201;thiopie et autres survivances d'un pass&#233; lointain et exotique... Ceux qui consid&#232;rent qu'il s'agit de colons rattachables aux &#201;tats-Unis, et qui devront y retourner, utilisent s&#233;lectivement certains &#233;l&#233;ments colonialistes de la situation, mais oublient que ces gens ne venaient pas, pour leur tr&#232;s grande majorit&#233;, d'Am&#233;rique, et qu'il ne s'agit pas d'un imp&#233;rialisme colonial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;mant&#232;lement de l'&#201;tat d'Isra&#235;l serait tr&#232;s probablement synonyme d'un nouveau g&#233;nocide, encore plus radical que celui qui s'est produit en Europe entre 1941 et 1945. La liquidation de masse des juifs, au moins en Palestine (dans le reste du &#8220;monde arabe&#8221;, ils sont partis, tout comme les chr&#233;tiens sont en train de le d&#233;serter, &#224; l'exception pour le moment du Liban et de l'Egypte), est programm&#233;e dans les arri&#232;re-pens&#233;es de tous les dirigeants arabes, et recevrait l'aval indiff&#233;rent ou enthousiaste de tous leurs coll&#232;gues musulmans de par le monde. Certains l'expriment sans retenue en affectant de se r&#233;jouir que les juifs se concentrent en Palestine, leur extermination n'en devenant que plus &#8220;ais&#233;e&#8221;. L'hostilit&#233; diffuse mais de plus en plus agressive dont les juifs font l'objet en France depuis quelques ann&#233;es, &#224; l'instigation d'une frange arabo-musulmane d&#233;termin&#233;e, s'inscrit dans une telle perception exterminationniste. &#192; quoi rimerait, sinon, la culture d'hostilit&#233; aigu&#235; envers les juifs de France, puisqu'elle ne peut que provoquer de nouvelles migrations vers Isra&#235;l ? Cette liquidation d'Isra&#235;l s'accompagnerait, au mieux, et comme souvent dans le monde musulman, de conversions forc&#233;es, ce qui correspondrait probablement &#224; une solution &lt;i&gt;pire encore&lt;/i&gt; que l'extermination, car les survivants seraient in&#233;vitablement d&#233;port&#233;s et rel&#233;gu&#233;s dans les r&#233;gions les plus d&#233;sol&#233;es, cantonn&#233;s dans ce statut de quasi-esclave dont le monde musulman rechigne incroyablement &#224; se d&#233;barrasser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette disposition se maintiendra au fil du temps, car elle est la bou&#233;e de sauvetage de tous les oligarques musulmans, qui bafouent jour apr&#232;s jour les populations qu'ils dominent. Le point le plus tragique de la situation, c'est que les reculs ou les &#233;checs du panarabisme ont r&#233;guli&#232;rement profit&#233; depuis trente-cinq ans aux fondamentalistes, pour qui les juifs sont des &#234;tres inf&#233;rieurs par essence. Ils incarnent par excellence ces &#8220;dhimmis&#8221; qui ont oubli&#233; de rester des &#8220;dhimmis&#8221;. Un immense continent de haine s'est peu &#224; peu form&#233;, ou plus exactement a&lt;i&gt; r&#233;&#233;merg&#233;&lt;/i&gt;. Cette haine est le sanctuaire de la m&#233;moire du monde arabe, incapable depuis plus de huit cents ans de constituer des ensembles politiques importants. Le retour de la th&#233;matique du califat avec les islamistes ressuscite et condense un imaginaire imp&#233;rialiste archa&#239;que. Cette nostalgie d'un empire s'&#233;tendant au moins de l'Espagne reconquise aux confins de l'Asie centrale et d'un monde indien &#224; nouveau soumis, est un point de repli non n&#233;gociable pour la culture islamique. Plus elle s'actualisera, plus elle suscitera des vocations meurtri&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Isra&#235;l semble condamn&#233; &#224; aggraver cette m&#233;canique, au fur et &#224; mesure des succ&#232;s rencontr&#233;s : son existence sert de pr&#233;texte commode pour excuser, &#224; tous les niveaux, les manquements et les faillites des soci&#233;t&#233;s arabo-musulmanes du Proche-Orient, alors que ces &#233;checs ont commenc&#233; bien avant la fondation de l'&#201;tat d'Isra&#235;l.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte que se livrent les juifs et les Arabes de Palestine n'est donc pas de celles qui, &#224; d&#233;faut de trouver une solution effective, peuvent s'assoupir longtemps. Les m&#233;thodes employ&#233;es aujourd'hui des deux c&#244;t&#233;s, attentats suicides et ex&#233;cutions &#8220;cibl&#233;es&#8221; (avec d&#233;g&#226;ts &#8220;collat&#233;raux&#8221;), sont parfaitement l&#233;gitimes &lt;i&gt;et le resteront&lt;/i&gt;. Il s'agit l&#224; des pr&#233;misses dissym&#233;triques de l'affrontement aggrav&#233; qui pourrait se d&#233;cha&#238;ner un jour. Dans ce type de conflit, il n'y a pas de limite endog&#232;ne &#224; l'escalade. Aucune solution g&#233;n&#233;rale, d&#233;finitive, n'est r&#233;aliste. Seules des mesures provisoires, qui durent autant que faire se peut, pr&#233;sentent quelque chance d'amoindrir l'ampleur du conflit ou de retarder la conclusion, en esp&#233;rant que d'autres probl&#232;mes sociaux-historiques feront passer au second plan les diff&#233;rends aujourd'hui les plus passionn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Palestiniens en sont aujourd'hui parvenus &#224; une gu&#233;rilla d'usure, qui s'av&#232;re plus co&#251;teuse, en termes humains surtout, mais aussi &#233;conomiques, que tout ce qu'Isra&#235;l a pu conna&#238;tre apr&#232;s 1948. Le seul &#233;l&#233;ment de mod&#233;ration tient &#224; l'imbrication g&#233;ographique relative qui, sans m&#234;ler les populations, les enferme n&#233;anmoins dans une zone restreinte, ce qui constitue un frein au terrorisme de masse (nucl&#233;aire ou chimique) qui plane &#233;videmment sur la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re d&#233;g&#233;n&#233;rescent du conflit se mesure au type de dirigeants que les deux nations en pr&#233;sence ont fini par se choisir : Arafat, Sharon, les dirigeants du Hamas, etc., sont des assassins. Ils ont b&#226;ti leur r&#233;putation et leur destin sur cette caract&#233;ristique. On retrouve l&#224; encore l'un des grands traits de ce qui a fa&#231;onn&#233; le XXe si&#232;cle, o&#249; ce sont principalement des bouchers qui ont fait l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;III.L'anti-imp&#233;rialisme des imb&#233;ciles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ce sinistre tableau, concentr&#233; du naufrage de l'histoire du XXe si&#232;cle, il n'est pas &#233;tonnant que s'affirment les &#233;chappatoires les plus &#233;tranges. Les &#233;v&#232;nements de Palestine sont l'un des h&#233;ritages les plus caract&#233;ristiques du XXe si&#232;cle : le mouvement ouvrier qui en repr&#233;sentait l'&#233;lan majeur v&#233;g&#232;te d&#233;sormais, apr&#232;s avoir succomb&#233; aux efforts conjugu&#233;s de la social-d&#233;mocratie, du nazisme et du stalinisme. Il n'est plus capable, m&#234;me &#224; travers la r&#233;cup&#233;ration de sa protestation et de ses r&#233;voltes, d'influencer et encore moins de polariser le champ politique et diplomatique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Certains marxistes ont cru ou esp&#233;r&#233; que les conqu&#234;tes de 1967 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tout au plus peut-il fournir des protestations d&#233;fensives, vitales, mais pr&#233;caires et limit&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on ne veut pas regarder la r&#233;alit&#233; en face, le meilleur moyen est de &#8220;trouver des responsables&#8221;. La r&#233;apparition d'un antis&#233;mitisme, c'est-&#224;-dire d'un antijuda&#239;sme, d'extr&#234;me gauche est conforme au pourrissement de la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;marche de &#8220;l'arm&#233;e rouge japonaise&#8221;, le &lt;i&gt;Sekigun&lt;/i&gt;, dont plusieurs membres particip&#232;rent aux actions terroristes des Palestiniens dans les ann&#233;es 1970, a pr&#233;figur&#233; cette tentation. Le cin&#233;aste Masao Matsuda, un des inspirateurs de ce groupe marxiste-l&#233;niniste, n'a jamais reni&#233; ses convictions. Il s'en est expliqu&#233;, il y a quelques ann&#233;es encore, au Japon : Isra&#235;l serait &#8220;le fer de lance du capitalisme mondial&#8221; et c'est &#224; ses fronti&#232;res que se situeraient les barri&#232;res qui font &#8220;tenir le capitalisme&#8221;. La lutte contre cet avant-poste deviendrait en soi le plus haut point de r&#233;sistance au &#8220;capitalisme&#8221;. Son &#233;mule Shigenobu Fusako, qui dirigeait le groupe du &lt;i&gt;Sekigun&lt;/i&gt; exil&#233; au Proche-Orient, a r&#234;v&#233; de conduire la r&#233;volution mondiale &#224; travers la cause palestinienne et parrain&#233;, entre autres op&#233;rations, le massacre de l'a&#233;roport de Lod. Le socialisme des imb&#233;ciles peut ainsi se repr&#233;senter sous les habits neufs d'une forme tout aussi demeur&#233;e d'anti-imp&#233;rialisme, ce poncif des id&#233;ologies de gauche, vaincues, lamin&#233;es, par leurs propres faiblesses. Il est d'autant plus utile qu'aucune variante de cette gauche n'est capable de d&#233;finir un terrain d'opposition sociale s&#233;rieuse dans les m&#233;tropoles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sch&#233;ma d'hostilit&#233; &#224; Isra&#235;l est rarement pouss&#233; jusqu'&#224; cette caricature, mais la d&#233;rive du &lt;i&gt;Sekigun&lt;/i&gt;, malgr&#233; son langage marxiste-l&#233;niniste dat&#233;, pr&#233;figure le type de facilit&#233; malhonn&#234;te &#224; laquelle tend toute &#8220;d&#233;nonciation radicale&#8221; du sionisme. Quoi d'&#233;tonnant ? Dans ce type d'antagonisme, chaque partie pousse l'autre &#224; se r&#233;duire &#224; sa caricature. La petite monnaie de l'amalgame entre antisionisme et antis&#233;mitisme rel&#232;ve sym&#233;triquement de ce jeu de destruction mutuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le poids de la rh&#233;torique anti-imp&#233;rialiste est la trace de l'&#233;chec historique du mouvement ouvrier. D'abord pr&#233;sent&#233;e comme un compl&#233;ment utile &#224; la lutte sociale, consid&#233;r&#233;e comme centrale (d&#232;s le congr&#232;s de Bakou de l'Internationale communiste en 1922), puis comme un d&#233;tour indispensable et prioritaire &#224; la fin des ann&#233;es 1950, certains en firent ensuite le seul &#8221;front de lutte&#8221; solide, notamment parce que cela permettait d'escamoter l'effroyable &lt;i&gt;faillite interne&lt;/i&gt; de la r&#233;volution russe. Ce n'&#233;tait jamais l'heure ni le lieu de dire la v&#233;rit&#233; sur cet &#233;v&#233;nement qui a marqu&#233; de sa terrible empreinte tout le XXe si&#232;cle. L'anti-imp&#233;rialisme a repris ces m&#233;canismes de censure et d'autocensure pour taire la r&#233;alit&#233; des r&#233;gimes analogues ou n&#233;s de la d&#233;colonisation tout au long des ann&#233;es 1960 et 1970.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire s'est si peu conform&#233;e aux attentes des courants d'extr&#234;me gauche qu'il leur serait agr&#233;able de trouver une promesse de revanche sur d'&#233;ventuels boucs &#233;missaires. La tentation des th&#233;ories du complot, &lt;i&gt;qui finissent t&#244;t ou tard par converger vers la plus compl&#232;te, la plus riche, et la plus cr&#233;pusculaire, celle qui voit dans les juifs les ma&#238;tres secrets du monde&lt;/i&gt;, ne peut que s'alourdir au fil du temps. L'exasp&#233;ration devant leur t&#233;nacit&#233; &#224; survivre, tout comme leur d&#233;termination manifeste &#224; r&#233;agir face au d&#233;ni d'avenir qui leur est oppos&#233;, favorisent l'autonomisation de l'hostilit&#233; contre Isra&#235;l. Plus les menaces s'aggravent objectivement et plus sa logique de communaut&#233; de destin s'actualise.&lt;i&gt; Isra&#235;l voit donc ses traits nationaux se renforcer au fur et &#224; mesure que l'adversit&#233; se renforce&lt;/i&gt;. Comment les lignes d'opposition ne s'exacerberaient-elles pas de plus en plus ? Quand un groupe humain estime &#234;tre pass&#233; pr&#232;s de l'extermination, il traite tout ce qui concerne sa survie avec un s&#233;rieux difficilement imaginable par les peuples qui ignorent une telle inqui&#233;tude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Grisaille des perspectives&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme pour la plupart des zones d'affrontements contemporains, &lt;i&gt;le secret du conflit de Palestine, c'est qu'il n'existe pas de camp l&#233;gitime&lt;/i&gt;. Nous ne pouvons que contempler son d&#233;roulement avec la m&#234;me distance que nous pourrions adopter vis-&#224;-vis, par exemple, de la guerre du P&#233;loponn&#232;se, survenue il y a vingt-cinq si&#232;cles. Pourquoi prendre parti a priori ? Toute &#8220;solution&#8221; oscillera entre le d&#233;testable et l'abominable et aucune action effective ne se trouve &#224; notre port&#233;e. &#192; quoi bon adh&#233;rer ou se laisser lier les mains par ce qui constituera un aspect criminel de plus dans la tr&#232;s longue s&#233;rie des horreurs qui r&#233;sument l'histoire humaine ? Le moralisme cach&#233; de ceux qui cherchent toujours &#224; d&#233;finir qui est &#8220;le plus victime&#8221; est conforme &#224; l'air du temps, tendanciellement moyen&#226;geux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chaque victime consid&#232;re aujourd'hui que le monde entier doit venir &#224; son (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Toute p&#233;riode de ce genre tend &#224; trouver dans le langage formellement juridique une compensation symbolique &#224; la mis&#232;re de l'&#233;poque. Mais les actes commis en Palestine, des deux c&#244;t&#233;s, seront au-del&#224; de tout ch&#226;timent, et donc de tout rachat, &#224; l'instar de l'histoire d&#233;primante du XXe si&#232;cle. Rien ne pourra les effacer ni sans doute les pr&#233;venir, &#224; moins d'un r&#233;veil prol&#233;tarien tel qu'on en r&#234;vait vers la fin du XIXe si&#232;cle, hypoth&#232;se la moins probable de toutes aujourd'hui...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes les t&#233;moins embarrassants et embarrass&#233;s de ce d&#233;sastre aggrav&#233;, mais nous ne pouvons pr&#233;server un peu de lucidit&#233; qu'en &#233;vitant le plus longtemps possible d'y prendre part. La condition est &#233;videmment de n'avoir aucun lien personnel imp&#233;ratif avec l'un des camps, ce qui d&#233;pend fort peu d'une d&#233;cision personnelle et en d&#233;pendra de moins en moins. L&#224; encore, on peut constater &#224; quel point la part de choix individuel est r&#233;duite dans le glissement de terrain auquel se r&#233;sume l'histoire contemporaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas douteux que la d&#233;nonciation de plus en plus hyst&#233;rique des juifs chez les musulmans est embl&#233;matique d'une rage contre l'ensemble de la dynamique de l'Occident, produit de tous ces &lt;i&gt;dhimmis&lt;/i&gt; qui n'ont pas su &#8220;rester &#224; leur place&#8221;, et que nous serons t&#244;t ou tard happ&#233;s par l'engrenage de la survie, o&#249; les notions de juste et d'injuste deviennent indiff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme en t&#233;moigne de fa&#231;on encore limit&#233;e l'attentat du 11 septembre 2001, tout &#8220;succ&#232;s&#8221; islamiste multiplie les bouchers, aiguise leur app&#233;tit et fait prolif&#233;rer leurs admirateurs. Laisser dispara&#238;tre Isra&#235;l ouvrirait la voix &#224; une vague d&#233;multipli&#233;e d'agressivit&#233; anti-occidentale. Si l'&#233;puisement interne des soci&#233;t&#233;s qui se font face en Palestine ne se produit pas rapidement, ce qui ouvrirait la voie &#224; un r&#232;glement provisoire, l'extension du conflit sera in&#233;luctable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; moins d'un comportement suicidaire des soci&#233;t&#233;s occidentales, elles ne pourraient que se solidariser avec Isra&#235;l, quelles qu'en soient les cons&#233;quences. L'imp&#233;rialisme musulman, &lt;i&gt;forme archa&#239;que d'oppression contre laquelle l'Europe s'est historiquement tiss&#233;e au fil des si&#232;cles&lt;/i&gt;, est bel et bien reconstitu&#233;, m&#234;me s'il n'a pas encore trouv&#233; les instruments historiques de son av&#232;nement conqu&#233;rant. Sa caract&#233;ristique id&#233;ologique, de plus en plus offensive, est la th&#233;matique du califat. Son irr&#233;alisme ne garantit pas son &#233;chec imm&#233;diat, d'autant que l'islamisme politique, en s'int&#233;grant &#224; l'univers de la rh&#233;torique religieuse, en rejoint le paradoxe central, l'imperm&#233;abilit&#233; au d&#233;menti par les faits&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est d'ailleurs &#224; cette aune qu'il faut nuancer le propos d'un Gilles (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paris, le 15 juillet 2004&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb26-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Il est int&#233;ressant de constater qu'une transplantation ex nihilo dans l'&#233;poque des croisades avait elle aussi cr&#233;&#233; dans cette r&#233;gion des formations f&#233;odales extr&#234;mement pures (cf. Perry Anderson, &lt;i&gt;Les Passages de l'Antiquit&#233; au F&#233;odalisme&lt;/i&gt;, &#233;d. F. Maspero, 1977).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;L'aspect fondamental de la collaboration entre la France et Isra&#235;l, concernant la bombe atomique, est officiellement sous-estim&#233; en France, pour des raisons &#233;videntes. L'&#201;tat fran&#231;ais a &#233;t&#233;, et de loin, le plus prolif&#233;rant de tous. De fait, la fabrication de la bombe isra&#233;lienne alla de pair avec le programme fran&#231;ais, qui n'&#233;tait pas achev&#233; &#224; l'&#233;poque. On ne peut comprendre l'&#233;trange prestige dont jouit encore Shimon P&#233;res dans les milieux dirigeants fran&#231;ais qu'&#224; la condition de savoir qu'il fut la cheville ouvri&#232;re de cette collaboration (il avait ses entr&#233;es particuli&#232;res au minist&#232;re de la D&#233;fense fran&#231;ais, comme s'il en avait &#233;t&#233; un dignitaire). L'importance strat&#233;gique accord&#233;e &#224; cette op&#233;ration se mesure &#224; ce que la priorit&#233; donn&#233;e &#224; la construction du complexe de Dimona, dans le N&#233;guev, a entra&#238;n&#233; une p&#233;nurie de b&#233;ton dans le reste d'Isra&#235;l, plusieurs ann&#233;es durant.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Comme le rapporte l'historien Benny Morris dans Victimes, Histoire revisit&#233;e du Conflit arabo-sioniste, page 35, Herzl notait en 1895 dans son journal : &#171; &lt;i&gt;Nous devons exproprier en douceur. (...) Nous devons essayer d'attirer la population d&#233;munie au-del&#224; des fronti&#232;res en lui procurant du travail dans les pays de transit et en emp&#234;chant qu'elle puisse en trouver chez nous.(...) Le processus d'expropriation et le d&#233;placement des pauvres doivent tous deux &#234;tre accomplis avec discr&#233;tion et circonspection&lt;/i&gt; &#187;. Ce double jeu fut encore plus d&#233;termin&#233; avec Ben Gourion dans les ann&#233;es 1930-1940 (ibid., p. 279), qui d&#233;clarait en 1938 dans une r&#233;union sioniste : &#171; &lt;i&gt;Je suis pour un transfert obligatoire : je n'y vois rien d'immoral&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cette position en faveur de l'expulsion est ouvertement revendiqu&#233;es par le Hamas et les autres organisations islamiques de Palestine, mais m&#234;me l'OLP qui est cens&#233;e avoir modifi&#233; sa charte apr&#232;s les accords des ann&#233;es 1990 a conserv&#233; cet objectif (Arafat n'avait nulle autorit&#233; pour la modifier, quoi qu'il ait pu pr&#233;tendre aupr&#232;s des m&#233;dias et des diplomates occidentaux).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ce n'est qu'au XIXe si&#232;cle que la litt&#233;rature politique arabe th&#233;orise sur les Croisades comme une entreprise coloniale avant la lettre (pour tracer un parall&#232;le avec les tentatives europ&#233;ennes de l'&#233;poque sur la r&#233;gion).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Les excuses du Pape pour les croisades ne manque pas de ridicule, puisque la r&#233;ciproque n'est pas vraie. Aucun musulman ne semble jamais avoir fait acte de contrition pour la conqu&#234;te militaire des lieux saints du juda&#239;sme et du christianisme... J&#233;rusalem est aujourd'hui pr&#233;sent&#233;e comme la &#8220;troisi&#232;me ville sainte de l'islam&#8221;, mais cette &#8220;qualit&#233;&#8221; tient largement d'une propagande de guerre vieille de mille ans, apparue bien apr&#232;s la mort de Mahomet. Il fallait pr&#233;cis&#233;ment exproprier les monoth&#233;ismes rivaux de leur pr&#233;tention sur cette ville, alors qu'elle n'est m&#234;me pas mentionn&#233;e dans le Coran. Ce mythe a &#233;t&#233; ressuscit&#233; dans les ann&#233;es 1930 pour des raisons analogues et est devenu central apr&#232;s l'annexion isra&#233;lienne de 1967.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Certains marxistes ont cru ou esp&#233;r&#233; que les conqu&#234;tes de 1967 provoqueraient in&#233;luctablement une imbrication des deux soci&#233;t&#233;s, les Palestiniens devenant le prol&#233;tariat indispensable dont la soci&#233;t&#233; isra&#233;lienne aurait eu besoin pour se d&#233;velopper. Une telle supputation faisait bon march&#233; de la dimension nationale, qui s'est toujours exacerb&#233;e lorsqu'elle recoupe des diff&#233;renciations de classes. La premi&#232;re Intifada, et surtout la reprise de l'antagonisme dans la deuxi&#232;me partie des ann&#233;es 1990 ont balay&#233; cette hypoth&#232;se irr&#233;aliste : l'&#201;tat isra&#233;lien pr&#233;f&#232;re importer une main-d'&#339;uvre lointaine et temporaire (philippine ou tha&#239;landaise, si les immigrants de Russie ne suffisent pas) mais qui ne pose pas de probl&#232;me de s&#233;curit&#233; fondamentale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Chaque victime consid&#232;re aujourd'hui que le monde entier doit venir &#224; son secours, sous peine d'un chantage affectif, exercice auquel excellent les populations du Proche-Orient.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C'est d'ailleurs &#224; cette aune qu'il faut nuancer le propos d'un Gilles Kepel qui, apr&#232;s l'&#233;chec g&#233;n&#233;ral de l'islam politique dans les ann&#233;es 1990, s'attendait &#224; voir surgir des tentatives d&#233;mocratiques dans le monde arabo-musulman (cf &lt;i&gt;Jihad, expansion et d&#233;clin de l'islamisme&lt;/i&gt;, avril 2000). Si ce genre de religion monoth&#233;iste pouvait tirer quelque chose des d&#233;mentis factuels, elle aurait depuis longtemps cess&#233; de croire aux fables sur lesquelles reposent ses rituels.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les lavandi&#232;res du parlement</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?354-les-lavandieres-du-parlement</link>
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		<dc:date>2010-02-11T14:44:50Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>G&#233;opolitique</dc:subject>
		<dc:subject>Narodetzki J.-F.</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Nous venons de perdre un camarade, un copain, un ami. Jean-Franklin est mort vendredi 22 ao&#251;t 2014, et tout s'est assombri. Notre travail ne serait pas le m&#234;me sans ses critiques, ses d&#233;saccords, ses encouragements continus, son inextinguible rage contre l'injustice et la b&#234;tise, ses appels &#224; ne cesser de les combattre sous aucun pr&#233;texte. Ses derniers propos &#233;taient des exhortations &#224; la vie qui continue et recommence. On retrouve sans peine le son de sa voix lorsqu'il &#233;crit : &#171; la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-dynamiques-geopolitiques-" rel="directory"&gt;Dynamiques G&#233;opolitiques&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-83-geopolitique-+" rel="tag"&gt;G&#233;opolitique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-97-narodetzki-j-f-+" rel="tag"&gt;Narodetzki J.-F.&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;Nous venons de perdre un camarade, un copain, un ami.&lt;br class='manualbr' /&gt;Jean-Franklin est mort vendredi 22 ao&#251;t 2014, et tout s'est assombri.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Notre travail ne serait pas le m&#234;me sans ses critiques, ses d&#233;saccords, ses encouragements continus, son inextinguible rage contre l'injustice et la b&#234;tise, ses appels &#224; ne cesser de les combattre sous aucun pr&#233;texte. Ses derniers propos &#233;taient des exhortations &#224; la vie qui continue et recommence.&lt;br class='manualbr' /&gt;On retrouve sans peine le son de sa voix lorsqu'il &#233;crit : &#171; &lt;i&gt;la barbarie o&#249; nous sommes fait du refus de ce monde une exigence &#233;thique, plus exactement : une ultime fa&#231;on de conserver notre humanit&#233;. Que cela marche ou pas est une autre question.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Tout ceux qui cherchent l'&#233;mancipation viennent de perdre un des leurs.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?756-a-jean-franklin' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Nous lui avons rendu hommage&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;figure class='spip_document_184 spip_documents spip_documents_left' style=&#034;max-width:64px;&#034; data-w=&#034;64&#034;&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/doc_LES_LAVANDIERES_DU_PARLEMENT.doc' arial-label=&#034;&#034; type=&#034;application/msword&#034;&gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:100%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=plugins-dist/medias/prive/vignettes/doc.svg&amp;taille=64&amp;1772792240' alt='' data-src='plugins-dist/medias/prive/vignettes/doc.svg' data-l='64' data-h='64' data-tailles='[\&#034;160\&#034;,\&#034;320\&#034;,\&#034;640\&#034;,\&#034;1280\&#034;,\&#034;1920\&#034;]' data-autorisees='{&#034;64&#034;:{&#034;1&#034;:&#034;index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=plugins-dist\/medias\/prive\/vignettes\/doc.svg&amp;#38;taille=64&amp;#38;1772792240&#034;,&#034;2&#034;:&#034;index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=plugins-dist\/medias\/prive\/vignettes\/doc.svg&amp;#38;taille=64&amp;#38;1772792240&#034;}}' class='image_responsive' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vous &#234;tes les bienvenus ici, mais sachez que les g&#233;n&#233;raux Morillon ou Janvier, dans la m&#233;moire de mes enfants, seront comme Milosevic. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Izeta Suljic, membre de l'association Femmes de Srebrenica, aux d&#233;put&#233;s de la Mission d'information (29.06.2001)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Franklin Narodetski&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En novembre 1999, le d&#233;put&#233; Pierre Brana, d&#233;j&#224; animateur de la mission d'information parlementaire baptis&#233;e &#171; Enqu&#234;te sur la trag&#233;die rwandaise &#187;, d&#233;posait une &#171; proposition de r&#233;solution tendant &#224; cr&#233;er une commission d'enqu&#234;te sur le r&#244;le et l'engagement de la France en Bosnie-Herz&#233;govine en 1995 et sur les &#233;v&#233;nements qui ont conduit &#224; la trag&#233;die [bis] de Srebrenica &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un an plus tard, l'Assembl&#233;e nationale votait la cr&#233;ation d'une Mission d'information commune [aux commissions de la d&#233;fense et des affaires &#233;trang&#232;res] sur les &#233;v&#233;nements de Srebrenica, charg&#233;e, selon ses rapporteurs, de &#171; faire la lumi&#232;re sur le r&#244;le de la France &#187; dans ces &#171; &#233;v&#233;nements &#187;. C'est que &#171; les victimes le m&#233;ritent, leurs familles l'attendent &#187;1, et qu'&#171; aucun citoyen fran&#231;ais ne peut vivre avec l'id&#233;e que la patrie des droits de l'Homme aurait commis des fautes ayant conduit au massacre de plus de 7000 personnes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; qui serait, en effet, sans pr&#233;c&#233;dent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En novembre 2001, les parlementaires ont livr&#233; leur rapport2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#233;decins Sans Fronti&#232;res, dont 22 salari&#233;s bosniaques ont &#233;t&#233; assassin&#233;s dans l'enclave ou y ont disparu, a diffus&#233; une critique de l'argumentation, des lacunes et des contradictions des auditions organis&#233;es par la &#171; mission &#187;. Ce texte d'une trentaine de pages va &#224; l'essentiel ; il suffit &#224; pulv&#233;riser les plus grossiers des mensonges dont les gens d'Etat font commerce depuis 1995.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diffus&#233; peu avant la publication du rapport, il &#233;pargne la prose des d&#233;put&#233;s. Elle est exemplaire.
Les repr&#233;sentants du peuple n'ont pas &#233;t&#233; tr&#232;s curieux (ils n'ont pas entendu nombre de personnages-clefs et se sont gard&#233;s de poser aucune question g&#234;nante), ni exigeants en mati&#232;re de documentation (ils se sont content&#233;s de pi&#232;ces dont les plus int&#233;ressantes &#233;taient tomb&#233;es depuis des lustres dans le domaine public). Les occasions de comprendre le r&#244;le qu'a jou&#233; l'Etat fran&#231;ais dans la &#171; trag&#233;die &#187; ne leur ont toutefois pas &#233;t&#233; compt&#233;es, quand ce ne fut que par d&#233;faut, aussi souvent qu'informations et documents leur ont &#233;t&#233; refus&#233;s ou que &#171; responsables &#187; civils et militaires leur ont racont&#233; des histoires &#224; ronfler debout, accumulant antinomies et aveux involontaires &#8211; jamais relev&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les deux sens du terme, ils n'entendent rien3.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, pour comprendre (et poser des questions pertinentes), faut-il au moins savoir de quoi l'on parle. Ce ne semble pas &#234;tre le cas de cette &#233;lue qui, apr&#232;s six mois d'investigation, demande encore &#171; qui est M. Stoltenberg ? &#187;4 ; ni celui de ses coll&#232;gues, qui pensent que la guerre contre la Bosnie a commenc&#233; le 6 avril 19925, prennent pour r&#233;f&#233;rence le rapport (&#171; tr&#232;s objectif &#187;) publi&#233; en novembre 1999 par l'un des bureaucrates onusiens qui se sont oppos&#233;s aux frappes a&#233;riennes &#8211; Kofi Annan, chef du DPKO (Department of Peace Keeping Operations) pendant les &#171; trag&#233;dies &#187; de Srebrenica et du Rwanda &#8211; jugent &#233;clairant le navet intitul&#233; Warriors, et ne sont pas encore s&#251;rs de pouvoir parler de g&#233;nocide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Veillons toutefois, ne retenant de ce rapport que son aspect de sottisier6, &#224; ne point n&#233;gliger ses m&#233;rites. Il offre un consistant recueil de pi&#232;ces dont la plupart sont in&#233;dites en France ; les auditions de dirigeants politiques ou militaires forment une v&#233;ritable anthologie de la falsification qui fera, un jour, le bonheur des chercheurs ; le discours des rapporteurs condense enfin la plupart des proc&#233;d&#233;s de m&#233;connaissance en usage depuis le d&#233;but du processus international de destruction de la Bosnie, o&#249; se perp&#233;tue la disjonction de l'information et du sens, l'incapacit&#233; radicale de la premi&#232;re, d&#233;sormais disponible en quantit&#233; plus que suffisante pour &#233;clairer l'objet gravement &#171; revisit&#233; &#187;, &#224; produire le second. C'est un pr&#233;cieux document de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I &#8211; L'int&#233;grale de la &lt;i&gt;rh&#233;torique n&#233;gative&lt;/i&gt; compos&#233;e depuis le d&#233;but du conflit nous est jou&#233;e, engendrant ses habituels effets d'inintelligibilit&#233;. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;v&#233;nements ne surviennent que sous l'empire de l'une des inexhaustibles figures du manque. Celui-ci affecte la &#171; volont&#233; politique &#187; (&#171; d'intervenir &#224; Srebrenica &#187; ou de &#171; faire exister les zones de s&#233;curit&#233; &#187;) ; les moyens militaires (en particulier ceux &#171; d&#233;volus aux zones de s&#233;curit&#233; &#187;, dont le principe &#171; humanitaire &#187; n'est pas en cause)7 ; le mandat de la FORPRONU (&#171; mal d&#233;fini &#187;) ; l'information (le dispositif fran&#231;ais de renseignement a p&#226;ti de &#171; lacunes tragiques &#187; qui ont entra&#238;n&#233; un &#171; retard permanent des acteurs sur les faits &#187;) ; les objectifs (qui ne sont pas &#171; clairs &#187;) ; les directives (qui sont &#171; floues &#187;) ; la conscience (&#171; de la gravit&#233; de la situation &#187; chez les &#171; autorit&#233;s fran&#231;aises &#187; : elle ne leur vient que &#171; le 10 juillet au matin &#187;, et la &#171; communaut&#233; internationale &#187; ne &#171; prend conscience que les hommes, jusqu'alors consid&#233;r&#233;s comme disparus, ont pu &#234;tre tu&#233;s &#187; qu'&#171; autour du 17 juillet &#187;) ; le jugement (ce sont des &#171; erreurs d'appr&#233;ciation &#187; qui ont amen&#233; le g&#233;n&#233;ral Janvier a refuser les frappes a&#233;riennes, comme ce sont des &#171; erreurs tactiques &#187; que le bataillon n&#233;erlandais a commises en n'opposant aucune r&#233;sistance aux troupes de Mladic ou en emp&#234;chant les Bosniaques de se d&#233;fendre) ; les transmissions (un &#171; dysfonctionnnement &#187; ou un &#171; malentendu &#187; entre le QG de Sarajevo, celui de Tuzla et le Dutchbat &#224; Srebrenica a compromis, le 11 juillet, la r&#233;ponse aux demandes d'appui a&#233;rien) ; la v&#233;rit&#233; (le travail de faussaire accompli pour la &#233;ni&#232;me fois par Akashi lorsqu'il rend compte de la situation &#224; Srebrenica est une &#171; incroyable carence &#187;) ; la connaissance (le g&#233;n&#233;ral Gobilliard, commandant de la FORPRONU pour le secteur de Sarajevo, qui demande l'arr&#234;t des pseudo-frappes, le 11 juillet, &#171; ne connaissait pas la r&#233;gion de Srebrenica &#187;) ; la perception et le coefficient de r&#233;alit&#233; (le 10 juillet, &#171; le g&#233;n&#233;ral Janvier, pas plus que M. Yasushi Akashi, ne per&#231;oit la r&#233;alit&#233; des &#233;v&#233;nements &#187;) ; etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, rien ne saurait s'expliquer par une strat&#233;gie, soit un ensemble d'actions coordonn&#233;es en vue d'obtenir un b&#233;n&#233;fice dans un conflit, strat&#233;gie que ce rapport emp&#234;che de penser, parce qu'apr&#232;s tant d'autre discours, il est fait pour cela. L'histoire &#8211; sous les esp&#232;ces du r&#244;le que les Etats du Groupe de contact, l'Etat fran&#231;ais, en particulier, ont jou&#233; dans le massacre de Srebrenica (apr&#232;s avoir soutenu trois ans et demi de &#171; purification ethnique &#187;) &#8211; n'est que la somme incoh&#233;rente et al&#233;atoire des &#171; cafouillages &#187; politiques ou militaires, le produit de l'absence ou du d&#233;faut, parfois celui de l'A&#957;&#225;&#947;&#954;&#951; : &#171; Loin d'&#234;tre le fruit d'une strat&#233;gie d&#233;lib&#233;r&#233;e et m&#251;rie, la cr&#233;ation des zones de s&#233;curit&#233; ressort [?] bien davantage d'un choix largement contraint par les &#233;v&#233;nements &#187; (I, 77).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II &#8211; Il s'ensuit que ce qui advient, advient &lt;i&gt;hors causalit&#233;&lt;/i&gt;, ou comme r&#233;sultante d'un concours stochastique de micro-causalit&#233;s ind&#233;pendantes et, bien s&#251;r, sans intentionnalit&#233;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'&#171; erreur &#187; ou la &#171; d&#233;faillance &#187;, survenant sans motif ni raison, se r&#233;v&#232;le sans effet ; sans plus d'effet, au demeurant, que la &#171; d&#233;cision &#187; : &#171; En conclusion, vos rapporteurs souhaitent souligner qu'il leur para&#238;t assez vain, et somme toute injuste, d'imputer la chute de l'enclave &#224; telle ou telle d&#233;cision particuli&#232;re ou &#224; telle erreur ou d&#233;faillance. [&#8230;] C'est un encha&#238;nement d'erreurs et d'insuffisances qu'on ne peut que constater tout au long de ces journ&#233;es : de l'absence des uns &#224; la non-r&#233;action des autres, tout a concouru &#224; l'&#233;chec des Nations unies. Dans ce contexte, [&#8230;] on doit admettre que le responsable civil sur place de l'op&#233;ration et le g&#233;n&#233;ral qui commandait en chef n'ont pas &#233;t&#233; &#224; la hauteur de leur t&#226;che &#187; (I, 48).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ? Myst&#232;re. Une grande t&#226;che et de petits hommes, un &#171; encha&#238;nement &#187; dont on ne sait ni d'o&#249; il vient, ni o&#249; il va, si ce n'est &#224; &#171; l'&#233;chec &#187; ? voil&#224; tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ce n'est pas la faute &#224; pas-de-chance, c'est la faute &#224; pas-de-sens : &#171; il faut bien dire que le sens de notre politique &#233;chappe aux meilleurs observateurs, et sans doute aussi &#224; ceux qui la conduisaient &#187; (I, 121). Ni intention, ni concertation, ni objectif, ni agent conscient, ni intelligence, ni projet, ni coh&#233;rence, ni sens, donc : juste une radicale ind&#233;termination, o&#249; s'est noy&#233; le poisson de la responsabilit&#233;. Une sorte de royaume illimit&#233; de l'inconscience ? Non pas, car ce serait supposer des sujets qui en seraient porteurs / affect&#233;s : plut&#244;t un univers d'a-conscience, o&#249; tout a lieu et se fait malgr&#233; tous, ou sans eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me que le choix d&#233;lib&#233;r&#233; (la &#171; d&#233;cision &#187;) &#233;gale l'aboulie en tant qu'ils non-influent identiquement sur le cours des &#233;v&#233;nements, les effets du manque, premier moteur incr&#233;&#233; de l'&#171; impuissance &#187; des membres du Contact Group,8 se confondent &#224; l'occasion avec ceux de la surabondance (les trop nombreuses r&#233;solutions du Conseil de s&#233;curit&#233; ont &#171; compliqu&#233; le r&#244;le &#187; de la FORPRONU, &#233;crivait Boutros-Ghali, approuv&#233; par L&#233;otard, lui-m&#234;me approuv&#233; par les rapporteurs).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant, la patiente investigation des d&#233;put&#233;s n'aura pas &#233;t&#233; vaine, puisqu'elle a permis de d&#233;couvrir, sous tel habitus propre &#224; l'ONU ou &#224; l'arm&#233;e fran&#231;aise, une mani&#232;re de causalit&#233;9. Si les casques bleus devant la &#171; purification ethnique &#187; &#233;taient, ainsi que le disaient les Bosniaques au d&#233;but du conflit, &#171; comme des eunuques devant l'orgie &#187; (avant d'y participer), c'est &#224; cause de la &#171; culture de maintien de la paix de l'ONU &#187; qu'invoque l'amiral Lanxade10 (I, 61). Si le g&#233;n&#233;ral Janvier n'a d&#233;clench&#233; ni Close Air Support ni Air Strikes pour d&#233;fendre la population, ce n'est pas qu'il ait &#171; re&#231;u des instructions en ce sens &#187;, non, c'est &#224; cause de la &#171; culture particuli&#232;re de la France en ce qui concerne l'usage de l'arme a&#233;rienne &#187;(I, 190). La &#171; culture &#187; fait se mouvoir les protagonistes fran&#231;ais et onusiens de la &#171; trag&#233;die &#187; comme un fleuve emporte des bouchons, ou, pour l'&#233;noncer de fa&#231;on plus technique, la &#171; culture &#187; ainsi entendue est un ph&#233;nom&#232;ne thermodynamique qui cr&#233;e de l'histoire sociale : elle agit par la seule somme de son &#233;nergie interne et du produit de la pression qu'exerce son volume, enthalpie o&#249; nul d&#233;cideur n'est pour quelque chose dans ce qui r&#233;sulte de ses d&#233;cisions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;III &#8211; Nous sommes d&#232;s lors en mesure de prononcer que le g&#233;n&#233;ral Janvier n'est coupable de rien&lt;/strong&gt; : pas tr&#232;s &#171; &#224; la hauteur &#187;, mauvais nageur en v&#233;rit&#233;, il aura seulement &#233;chou&#233; &#224; remonter le courant torrentiel de sa &#171; culture &#187;. Le chef de la FORPRONU, &#171; bouc &#233;missaire &#187; des survivants, qui croyait, &#171; peut-&#234;tre un peu na&#239;f &#187;, &#171; parler &#224; des hommes d'honneur &#187; quand il s'adressait &#224; Mladic ou Tolimir, en sort un peu mouill&#233;, certes, mais blanc comme neige. C'est ce qu'il fallait d&#233;montrer11.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme tout ce que l'on sait contredit une telle conclusion, les bonnes volont&#233;s parlementaires, ayant consciencieusement gob&#233; chacune (et r&#233;p&#233;t&#233; / reproduit la plupart) des couleuvres servies au cours des auditions, ont travaill&#233; avec la foi du charbonnier. De la m&#234;me fa&#231;on que &#171; vos rapporteurs ont acquis la conviction qu'il n'y a pas eu de planification de la prise de Srebrenica avant le 9 juillet &#187; (I, 41 ; nul n'a entendu parler du plan &#171; RAM &#187;), la majorit&#233; des membres de la mission d'information &#171; a la conviction que le g&#233;n&#233;ral Janvier n'a pas acc&#233;d&#233; aux demandes du 4 juin, pr&#233;sent&#233;es par Mladic &#224; Zvornik &#187; (I, 185) ; elle &#171; ne croit pas &#224; la th&#232;se d'un marchandage [&#171; frappes contre otages &#187;] entre les g&#233;n&#233;raux Janvier et Mladic &#187; (I, 190). Au terme d'un examen de leur rapport en commission, F. Lamy et R. Andr&#233; ont encore &#171; &lt;i&gt;estim&#233;&lt;/i&gt;12 qu'&#224; ce stade, on ne pouvait affirmer qu'une seule chose [sic], &#224; savoir que le g&#233;n&#233;ral Janvier n'avait pas acc&#233;d&#233; aux demandes pr&#233;sent&#233;es le 4 juin 1995 par le g&#233;n&#233;ral Mladic &#187;(I, 193).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a certes eu n&#233;gociation pour lib&#233;rer les otages fran&#231;ais &#8211; quel gouvernement ne l'aurait pas fait ? &#8211; mais elles ont &#233;t&#233; men&#233;es par un canal diff&#233;rent. En l'occurrence, c'est le g&#233;n&#233;ral de La Presle qui en fut l'ex&#233;cutant op&#233;rationnel, en dehors de toute cha&#238;ne onusienne et dans un cadre strictement national &#187;13. Un &#171; canal diff&#233;rent &#187; est-il une n&#233;gociation diff&#233;rente ? Si oui, laquelle ? On n'en saura pas plus : on a &#171; n&#233;goci&#233;, certes &#187; quelque chose (la lib&#233;ration des otages), contre rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour achever de laver le bouc &#233;missaire, restait &#224; interroger la &#171; pr&#233;visibilit&#233; &#187; de l'extermination. Trois ans apr&#232;s les massacres commis dans chacune des villes conquises (Bijeljina, Zvornik, Foca, Bosanski Samac, Banja Luka, Bratunac, Visegrad, Vlasenica, Brcko&#8230;) et la &#171; d&#233;couverte &#187; des camps ; un an apr&#232;s que Mladic eut annonc&#233; qu'il exterminerait la population de la Vall&#233;e de la Drina (le 14 octobre 1991, en plein parlement bosniaque, Karadic avait d&#233;j&#224; menac&#233; les Musulmans de g&#233;nocide) ; cinq semaines apr&#232;s le rapport des observateurs militaires de l'ONU adress&#233; &#224; leur QG de Zagreb, &#233;videmment communiqu&#233; &#224; Janvier, sur la pr&#233;sence d'Arkan dans la r&#233;gion et la n&#233;cessit&#233; d'adopter des mesures pour pr&#233;venir un massacre, avertissement r&#233;it&#233;r&#233; les 8 et 10 juillet &#8211; comment le sort des habitants de Srebrenica e&#251;t-il &#233;t&#233; pr&#233;visible ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Difficile de se faire une id&#233;e pr&#233;cise &#187; (I, 56). &#171; La question est d'une redoutable complexit&#233; &#187; : &#171; l'attaque de Srebrenica &#233;tait sans nul doute pr&#233;visible au sens o&#249; [&#8230;] Srebrenica &#233;tait un but de guerre pour les Serbes &#187; (I, 82). Quant &#224; savoir &#171; si les massacres &#233;taient pr&#233;visibles &#187;, &#171; il est impossible de trancher cette question &#187; (I, 91) ; d'autant que l'on ne saurait &#171; pr&#233;voir ce que les Serbes eux-m&#234;mes n'ont pas encore d&#233;cid&#233; &#187; (I, 94) : la d&#233;cision de s'emparer de toute l'enclave les prend, le 9 juillet, comme une envie de pisser14. Tout compte fait, le massacre &#233;tait &#171; difficile &#224; pr&#233;voir, en juillet 1995 &#187; (I, 191). C'est le fin mot d'un rapport que Le Monde trouve &#171; tr&#232;s dur pour la France &#187; (30.11.2001).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 Il faut, nous explique l'avant dernier paragraphe de la conclusion, &#171; que les habitants de l'enclave puisse enfin commencer l'indispensable travail de deuil &#187;. Le deuil doit-il inclure ceux qui ont &#233;t&#233; d&#233;port&#233;s en Serbie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 Srebrenica : rapport sur un massacre. Tome I : Rapport et annexes ; tome II : Auditions. Documents d'information l'Assembl&#233;e nationale, 2001, n&#176; 3413.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 Lorsqu'Alain Jupp&#233; d&#233;clare : &#171; Sur la chute de Srebrenica et le fait qu'elle ait pu arranger les diplomaties occidentales, je vous para&#238;trai peut-&#234;tre extr&#234;mement na&#239;f, je ne crois pas que les diplomaties soient &#224; ce point cyniques. Je ne crois pas que les responsables politiques ou les Etats &lt;i&gt;envisagent de gaiet&#233; de c&#339;ur&lt;/i&gt; le massacre de plusieurs millier de personnes au motif que cela facilitera un r&#232;glement politique &#187; (II, 92, soulign&#233; par moi) &#8211; nul ne semble entendre ce que cela veut dire, soit : ils l'envisagent, &#224; contre-coeur. Le g&#233;n&#233;ral Janvier, lui, n'a &#171; pas de regrets &#187; (II, 136), ce qui ne saurait surprendre, de la part d'un bouc &#233;missaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 Tome II, p. 732. Rappelons &#224; ceux qui l'auraient oubli&#233; que Thorvald Stoltenberg, repr&#233;sentant de l'ONU &#224; la &#171; Conf&#233;rence internationale &#187;, o&#249; il a remplac&#233; Cyrus Vance en 1993, &#233;tait ce diplomate pour qui ne vivaient en Bosnie que des Serbes. Moyennant quoi, le &#171; plan de paix &#187; qu'il a concocta avec Lord David Owen accordait 52% du territoire bosniaque aux Serbes serbes, 30% aux Serbes musulmans et 18% aux Serbes croates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 L'offensive g&#233;n&#233;rale contre la Bosnie est d&#233;clench&#233;e le 27 mars 1992. Elle a &#233;t&#233; pr&#233;c&#233;d&#233;e, au cours de l'ann&#233;e 1991, par de multiples op&#233;rations militaires, parmi lesquelles l'occupation du territoire par 90 000 hommes de la JNA, munis des armes retir&#233;es de Croatie, l'encerclement de Sarajevo en octobre, puis le creusement de tranch&#233;es et la mise en batterie de l'artillerie de la JNA (orient&#233;e vers l'agglom&#233;ration) dans les collines qui surplombent la ville, deux mois plus tard. En septembre, une demi-douzaine de &#171; r&#233;gions autonomes serbes &#187; (&#171; S.A.O. &#187;) avaient &#233;t&#233; proclam&#233;es. Le 9 janvier 1992, le SDS d&#233;cr&#233;tait l'existence d'une &#171; R&#233;publique Serbe de Bosnie-Herz&#233;govine &#187;, membre de la F&#233;d&#233;ration yougoslave, regroupant ces &#171; S.A.O. &#187; ainsi que plusieurs r&#233;gions o&#249; les Serbes &#233;taient minoritaires. Il faut vraiment ne rien savoir de ce conflit, pour &#233;crire qu'une &#171; guerre sanglante s&#233;vit en Bosnie-Herz&#233;govine, &#224; la suite du refus par les Serbes de l'ind&#233;pendance proclam&#233;e de cette r&#233;publique &#187; (I, 13).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 Quelques perles, entre mille : &#171; L'ONU ne savait pas ce qu'elle savait &#187; (I, 73) ; &#171; La chute de Srebrenica n'est pas totalement surprenante &#187; (I, 81) ; &#171; Il appara&#238;t clairement que l'objectif essentiel &#233;tait d'&#234;tre pr&#233;sent sur un th&#233;&#226;tre proche de nos fronti&#232;res, dont nous ne pouvions &#234;tre absents &#187; (I, 120) ; &#171; Les militaires fran&#231;ais &#233;taient obs&#233;d&#233;s par la protection de leurs hommes, ce qui est normal, au d&#233;triment de celle des populations civiles, ce qui pose probl&#232;me &#187; (I, 190) ; &#171; Sera-t-il possible un jour de comprendre Srebrenica ? Sans doute pas totalement, dans la mesure o&#249; une partie des &#233;v&#233;nements qui s'y sont d&#233;roul&#233;s &#233;chappera toujours aux capacit&#233;s de compr&#233;hension de l'esprit humain &#187; (I, 183) &#8211; celui des rapporteurs, assur&#233;ment, lesquels ne comprennent pas non plus (&#171; absolument pas &#187;) &#171; pourquoi &#224; ce jour Radovan Karadzic et le g&#233;n&#233;ral Ratko Mladic sont encore en libert&#233; &#187; ; et l'un d'entre eux d'interroger un g&#233;n&#233;ral fran&#231;ais : &#171; Qui pourrait penser au XX&#232;me si&#232;cle &#224; des massacres gratuits comme ceux-l&#224; ? &#187; (II, 148).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 C'est par le &#171; manque de moyens &#187; que Boutros Ghali avait coutume de r&#233;pondre aux critiques dont il &#233;tait l'objet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 Servi &#224; toutes les sauces par tous les commentateurs &#233;plor&#233;s, depuis le d&#233;but du conflit jusqu'&#224; l'intervention de l'OTAN au Kosovo &#8211; apr&#232;s quoi il est devenu un peu trop burlesque &#8211; l'argument de l' &#171; impuissance &#187; des Etats occidentaux n'est pas repris par les rapporteurs. Il a, semble-t-il, fait son temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9 &#171; A d&#233;faut de trouver la r&#233;ponse [&#171; &#224; la question de savoir pouquoi le g&#233;n&#233;ral Janvier n'a pas, comme il aurait d&#251; le faire, d&#233;clench&#233; le recours &#224; l'appui a&#233;rien d&#233;fensif d&#232;s le 10 juillet &#187;] dans la th&#232;se du complot, il peut &#234;tre int&#233;ressant de se tourner vers des causes &#8216;culturelles'[&#8230;] &#187; (I, 136).
Il peut &#234;tre, sinon int&#233;ressant, du moins distrayant de noter que ces assertions du g&#233;n&#233;ral Janvier : &#171; Avant le 9 juillet, je n'ai pas re&#231;u de demande d'appui a&#233;rien &#187; ; &#171; qu'il y ait eu des demandes auparavant qui aient &#233;t&#233; &#233;cart&#233;es, je ne peux pas vous r&#233;pondre, faute d'&#233;l&#233;ment &#187; (II, 137) se marient mal avec les propos tenus, le 20 mars 1999 sur France 3, par le g&#233;n&#233;ral Heinrich, pour d&#233;fendre son coll&#232;gue. L'ancien chef de la Direction du Renseignement Militaire (1992-1995), qui a fait &#171; une partie de ses &#233;tudes &#187; &#224; Belgrade, &#233;tait-il mal renseign&#233; quand il affirmait que le g&#233;n&#233;ral Janvier avait r&#233;clam&#233; les 6, 7, 8, 9 et 10 juillet un appui a&#233;rien qui lui a &#233;t&#233; refus&#233; &#8211; ou bien le g&#233;n&#233;ral Janvier a-t-il l'excessive modestie de ne pas se compter parmi les demandeurs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 Chef d'&#233;tat-major des arm&#233;es d'avril 1991 &#224; septembre 1995 (de la Croatie au Rwanda, donc), apr&#232;s avoir &#233;t&#233; chef d'&#233;tat-major particulier de Mitterrand, d'avril 1989 &#224; avril 1991. Interrog&#233; pendant le conflit sur les possibilit&#233;s d'une intervention militaire en Bosnie, l'expert soutenait qu'il n'y faudrait pas moins de &#171; 500 000 hommes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11 Les d&#233;put&#233;s Marie-H&#233;l&#232;ne Aubert et Pierre Brana ont &#233;mis, sur ce point, des r&#233;serves (I, 193). Est-il besoin d'ajouter qu'&#224; travers Janvier, Chirac est lav&#233; de tout soup&#231;on ? Bien qu' &#171; aucun document probant n'[ait] &#233;t&#233; communiqu&#233; &#224; la Mission d'information, dans un sens ou dans l'autre &#187;, la &#171; conviction &#187; de la majorit&#233; de ses membres est qu'&#171; il n'y a pas eu d'accord secret entre les g&#233;n&#233;raux Janvier et Mladic, a fortiori entre les autorit&#233;s fran&#231;aises et serbes &#187; (I, 135). Le reste n'est que calomnies bosniaques propag&#233;es par la presse anglo-saxonne (I, 136) &#8211; &#171; manipulation &#187; am&#233;ricaine pour &#171; d&#233;cr&#233;dibiliser la France, &#224; travers le Pr&#233;sident de la R&#233;publique &#187;, Janvier dixit (II, 129).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12 Les italiques sont de moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13 S'agissant d'&#233;ventuelles complicit&#233;s franco-serbes, la recherche de la v&#233;rit&#233; ne pouvait qu'&#234;tre &#233;clair&#233;e par le t&#233;moignage du g&#233;n&#233;ral de La Presle. Commandant de la FORPRONU de mars 1994 &#224; f&#233;vrier 1995, il d&#233;clarait, en novembre 1994 : &#171; Les forces serbes devraient &#234;tre soutenues et comprises &#187;, regrettant que le Groupe de contact &#171; contraign[&#238;t] les Serbes de Karadzic &#224; un suicide collectif &#187;. Responsable des n&#233;gociations concernant la lib&#233;ration des otages fran&#231;ais, au printemps 1995, il pr&#233;tend ne pas avoir rencontr&#233; le g&#233;n&#233;ral Janvier, &#171; dans ces circonstances &#187; (II, 305). Lequel pr&#233;tendait alors ne pas avoir rencontr&#233; Mladic.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14 Jusque l&#224; &#8211; c'est l'une des rengaines des militaires &#8211; les Serbes ne voulaient que &#171; r&#233;tr&#233;cir la poche &#187; (le mouchoir de poche ?). Ce dont tout le monde parle comme d'une op&#233;ration sans cons&#233;quence pour une population d&#233;j&#224; soumise &#224; des conditions sanitaires et alimentaires concentrationnaires.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La guerre fran&#231;aise contre la Bosnie</title>
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		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>G&#233;opolitique</dc:subject>
		<dc:subject>Narodetzki J.-F.</dc:subject>
		<dc:subject>An&#233;antissement / G&#233;nocide</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Nous venons de perdre un camarade, un copain, un ami. Jean-Franklin est mort vendredi 22 ao&#251;t 2014, et tout s'est assombri. Notre travail ne serait pas le m&#234;me sans ses critiques, ses d&#233;saccords, ses encouragements continus, son inextinguible rage contre l'injustice et la b&#234;tise, ses appels &#224; ne cesser de les combattre sous aucun pr&#233;texte. Ses derniers propos &#233;taient des exhortations &#224; la vie qui continue et recommence. On retrouve sans peine le son de sa voix lorsqu'il &#233;crit : &#171; la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-dynamiques-geopolitiques-" rel="directory"&gt;Dynamiques G&#233;opolitiques&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;Nous venons de perdre un camarade, un copain, un ami.&lt;br class='manualbr' /&gt;Jean-Franklin est mort vendredi 22 ao&#251;t 2014, et tout s'est assombri.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Notre travail ne serait pas le m&#234;me sans ses critiques, ses d&#233;saccords, ses encouragements continus, son inextinguible rage contre l'injustice et la b&#234;tise, ses appels &#224; ne cesser de les combattre sous aucun pr&#233;texte. Ses derniers propos &#233;taient des exhortations &#224; la vie qui continue et recommence.&lt;br class='manualbr' /&gt;On retrouve sans peine le son de sa voix lorsqu'il &#233;crit : &#171; &lt;i&gt;la barbarie o&#249; nous sommes fait du refus de ce monde une exigence &#233;thique, plus exactement : une ultime fa&#231;on de conserver notre humanit&#233;. Que cela marche ou pas est une autre question.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Tout ceux qui cherchent l'&#233;mancipation viennent de perdre un des leurs.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?756-a-jean-franklin' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Nous lui avons rendu hommage&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Texte &#233;crit en 2002 et paru dans dans &#171; Des crimes contre l'humanit&#233; dans la R&#233;publique fran&#231;aise (1990 - 2002) &#187;, L'Harmattan, 2006&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA GUERRE FRAN&#199;AISE CONTRE LA BOSNIE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par Jean-Franklin Narodetzki&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;figure class='spip_document_172 spip_documents spip_documents_left' style=&#034;max-width:64px;&#034; data-w=&#034;64&#034;&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/doc_GUERRE_FRANCAISE_CONTRE_LA_BOS.doc' arial-label=&#034;&#034; type=&#034;application/msword&#034;&gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:100%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=plugins-dist/medias/prive/vignettes/doc.svg&amp;taille=64&amp;1772792240' alt='' data-src='plugins-dist/medias/prive/vignettes/doc.svg' data-l='64' data-h='64' data-tailles='[\&#034;160\&#034;,\&#034;320\&#034;,\&#034;640\&#034;,\&#034;1280\&#034;,\&#034;1920\&#034;]' data-autorisees='{&#034;64&#034;:{&#034;1&#034;:&#034;index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=plugins-dist\/medias\/prive\/vignettes\/doc.svg&amp;#38;taille=64&amp;#38;1772792240&#034;,&#034;2&#034;:&#034;index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=plugins-dist\/medias\/prive\/vignettes\/doc.svg&amp;#38;taille=64&amp;#38;1772792240&#034;}}' class='image_responsive' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;p&gt; Pr&#232;s de sept ann&#233;es se sont &#233;coul&#233;es depuis la fin de la guerre men&#233;e (&#224; bien) contre la Bosnie-Herz&#233;govine. Dans le pays d'Europe sans nul doute le plus mal inform&#233;, et de ce qui s'est pass&#233; sur le territoire bosniaque et du r&#244;le des &#171; chancelleries &#187; occidentales dans la &#171; purification ethnique &#187; &#8211; la France &#8211; une pl&#233;thore de faits d&#233;voil&#233;s permet dor&#233;navant, &#224; qui le souhaiterait, d'&#233;clairer l'entreprise internationale de destruction dont la Bosnie a &#233;t&#233; l'objet. L'op&#233;ration &#171; Force alli&#233;e &#187; a soudain d&#233;li&#233; les langues des sp&#233;cialistes de la r&#233;tention et de la confusion journalistiques : un homme que l'OTAN fait mine de bombarder ne peut pas &#234;tre tout &#224; fait bon. Si tout ce qui &#233;tait &#224; dire n'a pas &#233;t&#233; dit, pas m&#234;me l'essentiel, du moins les failles qui minent le glacis informationnel, et d'o&#249; sortent, jour apr&#232;s jour, les moyens de conclure, nous dispenseront-elles, peut-&#234;tre, de continuer de gratter la terre (si ce n'est celle des charniers) dans l'espoir de trouver quelque lambeau de v&#233;rit&#233;. Il nous reste &#224; mettre bout &#224; bout ce que nous savons et ce que, bient&#244;t, nous saurons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Que la connaissance progresse n'emporte pas que la conscience suive ; ou, si l'on pr&#233;f&#232;re, que la signification des choses jaillisse avec les choses m&#234;mes. Les faits, d'ailleurs, &#224; peine sortis des t&#233;n&#232;bres, d&#233;j&#224; sont jet&#233;s aux oubliettes. L'indiff&#233;rence de nos contemporains, l'industrie m&#233;diatique de l'amn&#233;sie, sans conteste, sont pour beaucoup dans cette situation, et la Bosnie, qui a disparu du monde des marchands comme des agendas des politiciens, s'est &#233;vanouie de l'univers ac&#233;phale de l'actualit&#233;. Hier, l'ignorance organis&#233;e des faits entravait l'intelligence du processus ; &#224; pr&#233;sent, la relative connaissance des choses advenues semble inapte &#224; produire aucun sens. Alors, l'effacement proc&#232;de moins de la &#171; d&#233;sinformation &#187; qu'il ne rel&#232;ve de la d&#233;-symbolisation. Une poussi&#232;re d'insignifiance est tomb&#233;e sur la Bosnie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il y a sans doute &#224; cela d'autres raisons, convergentes. Tel le refus de savoir, dont proc&#232;de la collusion (qu'importe qu'elle soit consciente !) des gouvern&#233;s avec leurs gouvernants, ou, aux antipodes, l'adh&#233;sion des adversaires suppos&#233;s de l'ordre social &#224; des repr&#233;sentations dont l'innocuit&#233; sustente une neutralit&#233; bienveillante &#224; l'endroit des crimes particuliers d'un syst&#232;me qu'ils tiennent pour criminel en g&#233;n&#233;ral. R&#233;volutionnaires radicaux et mollusques de gauche se fondent ainsi dans la foule de ceux qui ont r&#233;solu de d&#233;tourner le regard des exterminations ; compagnons, en somme, du d&#233;ni qui les proroge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est dire de combien d'interlocuteurs nous disposons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je n'&#233;pargnerai donc pas au lecteur, en guise de prologue, un rappel de la nature g&#233;nocidaire de cette guerre. Non qu'opposer la r&#233;p&#233;tition (des choses sues) &#224; la r&#233;p&#233;tition (du refus de savoir) ait jamais &#233;t&#233; d'exemplaire m&#233;thode. S'agit-il, au reste, d'un refus de savoir, d'un savoir non advenu &#8211; ou faut-il parler d'un savoir sans cons&#233;quence, comme s'av&#232;re sans effet sur la doxa la reconnaissance du g&#233;nocide par le Tribunal p&#233;nal international ? Auquel cas, parler ou se taire reviendrait sans doute au m&#234;me ; chose famili&#232;re aux survivants.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; * * *&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Les actes d&#233;sign&#233;s par les quatre premiers alin&#233;as de la Convention pour la pr&#233;vention et la r&#233;pression du crime de g&#233;nocide (09.12.1948) ont &#233;t&#233; perp&#233;tr&#233;s par les troupes serbes (et, &#224; un moindre degr&#233;, par les troupes croates) &#224; l'encontre des &#171; Musulmans &#187; de Bosnie-Herz&#233;govine ; le cinqui&#232;me l'a &#233;t&#233; sous une forme en quelque sorte invers&#233;e : au lieu d'enlever les enfants &#224; leurs m&#232;res, le d&#233;lire grand-serbe a pens&#233; pouvoir transformer les femmes &#171; musulmanes &#187; prisonni&#232;res de divers lieux de viol en porteuses de petits nationalistes serbes. 13 000 viols ont &#233;t&#233; recens&#233;s, les estimations allant de 20 000 &#224; 60 000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Aujourd'hui, une quinzaine de Serbes sont inculp&#233;s de g&#233;nocide par le TPIY : KARADZIC, MLADIC, MEAKIC (il a &#233;t&#233; le premier inculp&#233; de g&#233;nocide, le 13.2.95, pour ses crimes au camp d'Omarska), SIKIRICA (camp de Keraterm), JELISIC (Brcko), KOVACEVIC (Omarska), le g&#233;n&#233;ral KRSTIC (Srebrenica), le g&#233;n&#233;ral TALIC, BRDJANIN (ex-vice premier ministre de la &#8220;Republika Srpska&#8221;), KRAJISNIK (l'un des principaux acolytes de KARADZIC depuis la cr&#233;ation de son parti, le S.D.S), Biljana PLAVSIC (autre &#171; bras droit &#187; de KARADZIC et id&#233;ologue de la sup&#233;riorit&#233; &#171; g&#233;n&#233;tique &#187; des Serbes), STAKIC (maire de Prijedor), le colonel BLAGOJEVIC (Srebrenica)&#8230; Auxquels il faut, depuis le 23 novembre 2001, ajouter MILOSEVIC, inculp&#233; pour &#171; la pr&#233;paration et l'ex&#233;cution de la destruction de tout ou partie des Bosniaques musulmans et des Bosniaques croates &#187;1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Selon les calculs d'Iljas BOSNOVIC, d&#233;mographe bosniaque dont les estimations sont parmi les plus basses, les chiffres des tu&#233;s, morts ou disparus se r&#233;partissent comme suit : 140 800 &#171; Musulmans &#187;, 28 400 Croates, 12 300 &#171; Yougoslaves &#187; et &#171; autres &#187;. Son coll&#232;gue croate, Vladimir ZERJAVIC, arrive &#224; des conclusions similaires : 160 000 Bosniaques, 30 000 Croates, et 25 000 Serbes (BOSNOVIC avan&#231;ait le chiffre de 97 300). Le nombre des r&#233;fugi&#233;s &#233;tait, en 1996, de 1 259 000 ; celui des &#171; personnes d&#233;plac&#233;es &#187;, &#224; l'int&#233;rieur de la seule Bosnie-Herz&#233;govine, de 600 000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les 20 mars et 13 septembre 1993 &#8211; soit un an, puis un an et demi, apr&#232;s le commencement des massacres, alors que la majorit&#233; des victimes ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; tu&#233;es &#8211; la Cour internationale de justice de La Haye (la plus haute instance juridique de l'ONU) annon&#231;ait au Conseil de s&#233;curit&#233; que les &#171; Musulmans &#187; de Bosnie-Herz&#233;govine couraient un &#171; grave risque [je souligne] de g&#233;nocide &#187;&#8230; On sait que ce g&#233;nocide avait &#233;t&#233; programm&#233; &#224; Belgrade dans la cadre de plusieurs plans, dont le principal, dit &#171; RAM &#187; (&#171; cadre &#187;, en serbo-croate, mais ce n'est peut-&#234;tre qu'un sigle), a &#233;t&#233; rendu public par le dernier premier ministre yougoslave, Ante MARKOVIC, &#224; la conf&#233;rence de La Haye, en septembre 1991. Il a &#233;t&#233; con&#231;u, selon toute vraisemblance, en 1990. Le TPIY dispose de t&#233;moignages qui en indiquent la nature (ainsi la d&#233;position de Jerko DOKO, ex-ministre de la d&#233;fense bosniaque, le 6 juin 1996, au proc&#232;s TADIC) et de l'enregistrement d'une conversation entre KARADZIC et MILOSEVIC, au printemps 1991, o&#249; ceux-ci discutent de la mise en &#339;uvre du plan. De ce plan, le TPIY a reconnu avoir connaissance lors du proc&#232;s TADIC, pr&#233;cisant qu'il d&#233;tenait les preuves de l'implication de MILOSEVIC dans &#171; l'ex&#233;cution d'un plan con&#231;u pour cr&#233;er par la violence un nouvel Etat [serbe] &#187;2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Quelle a &#233;t&#233; la part de l'Etat fran&#231;ais dans la collusion internationale sans laquelle ces crimes n'auraient pu &#234;tre commis et r&#233;p&#233;t&#233;s quatre ann&#233;es durant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I &#8211; RELATIONS FRANCO-YOUGOSLAVES A LA FIN DES ANNEES 80&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; L'Etat fran&#231;ais est, depuis le d&#233;but des ann&#233;es quatre-vingt, l'un des principaux fournisseurs d'armes &#224; la Yougoslavie (avec la Grande-Bretagne, l'Espagne, l'Italie, la Su&#232;de et les Etats-Unis ; tous Etats qui, &#224; l'exception des USA, contribueront, comme par hasard, &#224; la FORPRONU). L'envoy&#233; du minist&#232;re de la d&#233;fense fran&#231;ais aupr&#232;s de la JNA (pendant 2 ans), pr&#233;sident d'une commission franco-yougoslave aux armements, est alors un certain g&#233;n&#233;ral Philippe MORILLON. C'est sous licence fran&#231;aise (A&#233;rospatiale) qu'est fabriqu&#233; &#224; Mostar l'h&#233;licopt&#232;re &#171; Partizan &#187;, version du &#171; Gazelle SA-342 &#187; .&lt;/li&gt;&lt;li&gt; En 1989, alors que l'&#233;conomie yougoslave est en pleine d&#233;composition, la Yougoslavie est, &#224; l'Est, le deuxi&#232;me d&#233;bouch&#233; commercial de la France &#8211; apr&#232;s l'URSS &#8211; et la France, le quatri&#232;me client de la Yougoslavie (le premier rang est occup&#233; par l'URSS). Le volume du commerce franco-yougoslave est d'environ 1,2 milliard de dollars. Quant &#224; la CEE, qui ach&#232;te 40% des exportations yougoslaves, la Yougoslavie est, pour ses membres, la principale voie commerciale avec la Gr&#232;ce : c'est dire le prix que les dirigeants europ&#233;ens attachent &#224; la paix sur ce territoire. En juin 1991, au moment des ind&#233;pendances slov&#232;ne et croate, outre un plan accordant 800 millions de livres sterling &#224; la Yougoslavie, la CEE coordonne, pour 24 pays industriels, un programme d'aide de 4 milliards de dollars (les USA n'allouant que 5 millions de dollars &#224; ladite Yougoslavie) : on voit o&#249; se portent les int&#233;r&#234;ts de la CEE et les moyens de pression qui sont les siens ; elle se gardera de les employer. Lorsque l'arm&#233;e &#171; f&#233;d&#233;rale &#187; entre en Slov&#233;nie, la CEE vient de verser 730 millions d'&#233;cus &#224; Belgrade.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II &#8211; QUELQUES MENEES DE L'ETAT FRAN&#199;AIS EN FAVEUR DU REGIME DE BELGRADE PENDANT LE CONFLIT&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Elles se d&#233;roulent simultan&#233;ment dans les registres diplomatico-strat&#233;gique, militaire, militaro-humanitaire et m&#233;diatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A) Diplomatico-strat&#233;gique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au mois de janvier 1991, MILOSEVIC et Borisav JOVIC, repr&#233;sentant de la Serbie &#224; la pr&#233;sidence f&#233;d&#233;rale, avaient envoy&#233; l'amiral MAMULA &#224; Londres, le g&#233;n&#233;ral Blagoje ADZIC &#224; Paris et l'amiral BROVET &#224; Moscou, pour interroger ces trois puissances sur leur r&#233;action &#224; un &#233;ventuel coup de force militaire en Yougoslavie. Ils en &#233;taient revenus avec la conviction que la France et la Grande-Bretagne ne s'y opposeraient pas. Trois mois plus tard, au terme d'une visite &#224; Moscou du ministre de la d&#233;fense, Dimitri YAZOV, l'amiral MAMULA conclura encore : &#171; les Occidentaux n'interviendront pas &#187;3. A l'automne 1991, au moment o&#249; il menace publiquement d'extermination les Musulmans de Bosnie4, KARADZIC d&#233;clare aux principaux responsables du SDS : &#171; Mes contacts en Angleterre et en France me disent que l'Europe soutient pleinement la cause serbe &#187;5.
De fait, au moment o&#249; le r&#233;gime de Belgrade entreprend une guerre g&#233;nocidaire contre la majorit&#233; des habitants de Bosnie-Herz&#233;govine (son offensive g&#233;n&#233;rale commence le 27 mars 1992), Roland DUMAS explique aux &#171; Douze &#187;, r&#233;unis &#224; Luxembourg, que &#171; [s'ils veulent] un r&#233;sultat convenable pour la Bosnie, [ils doivent] tenir compte des efforts faits par la Serbie &#187;6. Et les ministres des affaires &#233;trang&#232;res europ&#233;ens, qui reconnaissent la Bosnie-Herz&#233;govine sans la faire b&#233;n&#233;ficier d'aucune des cons&#233;quences r&#233;elles d'une telle reconnaissance, d'adopter un train de mesures &#233;conomiques en faveur de la Serbie, annon&#231;ant d'un m&#234;me &#233;lan la lev&#233;e des &#171; sanctions &#187; &#233;conomiques suppos&#233;es la frapper. Tandis que la Communaut&#233; europ&#233;enne tente de manifester son existence politique sur la sc&#232;ne internationale gr&#226;ce &#224; la &#171; crise &#187;, les offensives serbes donnent lieu &#224; un rapprochement franco-britannique qui se traduit par la co-gestion du conflit jusqu'aux pr&#233;misses des accords de Dayton (elle va toutefois faiblissant &#224; partir de l'ultimatum am&#233;ricano-otanien de f&#233;vrier 1994). De concert avec la Russie, les Etats fran&#231;ais et britannique sponsorisent tous les plans de division &#171; ethnique &#187; de la Bosnie-Herz&#233;govine, ent&#233;rinant et prolongeant la &#171; purification ethnique &#187;. C'est le plan JUPPE-KINKEL (novembre 1993) de tri-paritition &#171; ethnique &#187;, conforme aux exigences de MILOSEVIC, soutenu par OWEN et endoss&#233; par la Communaut&#233; Europ&#233;enne, que reprendront les &#171; accords &#187; d'apartheid promus par les Etats-Unis &#224; Dayton. Le tandem franco-anglais est aussi l'organisateur (les Anglais occupant le devant de la sc&#232;ne) d'interminables &#171; conf&#233;rences de paix &#187; qui donnent du temps &#224; Belgrade, puis &#224; Zagreb, pour continuer la &#171; purification ethnique &#187; et consolider leurs positions sur le terrain ; elles promeuvent en outre la repr&#233;sentativit&#233; &#171; ethnique &#187; (bient&#244;t &#233;tatique) des purificateurs. La France est le pays qui a pr&#233;conis&#233; avec le plus de constance le d&#233;pe&#231;age de la Bosnie-Herz&#233;govine et l'abandon des enclaves au b&#233;n&#233;fice de Belgrade. Abandon pour lequel le g&#233;n&#233;ral JANVIER plaidera devant le conseil de s&#233;curit&#233; de l'ONU le 24 mai 1995 : se d&#233;clarant oppos&#233; &#224; la dissuasion par les forces a&#233;riennes, il y demandera &#224; &#234;tre &#171; d&#233;barrass&#233; &#187; des enclaves du Nord-Est de la Bosnie. Une dizaine de milliers de Bosniaques en mourront &#224; Srebrenica7.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B) Militaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re intervention militaire des puissances r&#233;put&#233;es impuissantes est &#233;videmment l'embargo sur les armes, adopt&#233; par l'ONU le 25 septembre 1991, &#224; l'initiative de la France et de la Grande-Bretagne &#8211; alors que la Serbie regorge d'armements. Productrice de 80% de ses armes, la &#171; Yougoslavie &#187; est exportatrice ; Belgrade vient en outre de se procurer 14 000 tonnes d'armes au Moyen-Orient. La r&#233;solution 713, r&#233;dig&#233;e par des diplomates fran&#231;ais, s'applique indistinctement &#224; toutes les r&#233;publiques yougoslaves, garantissant une sup&#233;riorit&#233; militaire &#233;crasante &#224; l'arm&#233;e f&#233;d&#233;rale et &#224; ses suppl&#233;tifs serbes de Bosnie-Herz&#233;govine (je rappelle une fois de plus que la Bosnie n'a pas encore d'arm&#233;e au moment o&#249; elle est attaqu&#233;e par la JNA et les milices de KARADZIC).
Sur le terrain, la contribution militaire fran&#231;aise &#224; la poursuite des buts du r&#233;gime de Belgrade n'est pas moins pr&#233;cieuse. En voici un aper&#231;u tr&#232;s sommaire :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; La FORPRONU, dont le contingent le plus nombreux est fran&#231;ais, g&#232;le les conqu&#234;tes serbes. Apr&#232;s que MITTERRAND eut obtenu d'IZETBEGOVIC qu'il ne profit&#226;t point du retrait des troupes serbes pour s'emparer de l'a&#233;roport de Sarajevo, les Fran&#231;ais deviennent les garants du si&#232;ge de la capitale bosniaque et, puisqu'ils en gardent l'unique issue, les ge&#244;liers de ses habitants. Ce sont les &#171; casques bleus &#187; fran&#231;ais qui assurent &#8211; conform&#233;ment &#224; un accord MITTERRAND / MILOSEVIC, suivi d'un accord MLADIC / FORPRONU &#8211; un usage de l'a&#233;roport conforme aux volont&#233;s des Serbes de Pale, lesquels le surveillent &#233;troitement : pour chaque voyageur, leur agr&#233;ment est sollicit&#233; par les Fran&#231;ais. Ce sont les &#171; soldats de la paix &#187; fran&#231;ais qui interdisent aux civils Bosniaques non seulement d'acc&#233;der aux vols (&#224; de tr&#232;s rares exceptions pr&#232;s, accord&#233;es &#224; quelques officiels), mais de traverser la piste pour fuir la ville bombard&#233;e. Tandis qu'aux points de d&#233;part du pont a&#233;rien vers la capitale bosniaque, Britanniques, Canadiens ou Scandinaves refusent toute importation de papier (class&#233; &#171; mat&#233;riel de guerre &#187;, parce qu'il pourrait servir &#224; imprimer des journaux) et confisquent les lettres (six autoris&#233;es), voire l'argent, quand le porteur est Bosniaque, que transportent quelques voyageurs accr&#233;dit&#233;s &#8211; &#224; Sarajevo, les Fran&#231;ais font la chasse &#224; l'homme. Les v&#233;hicules de la FORPRONU braquent leurs phares sur les fugitifs qui tentent de traverser la piste &#224; l'heure o&#249; les snipers guettent ; ils &#233;crasent &#224; l'occasion ceux qui sont tapis &#224; c&#244;t&#233; du tarmac, molestent ceux qu'ils capturent, ou les &#171; emm&#232;nent faire un tour chez les Serbes &#187;, et refusent de porter secours &#224; ceux qui sautent sur les mines dispos&#233;es autour de la piste. Au printemps 1993, moins d'un an apr&#232;s l'arriv&#233;e des Fran&#231;ais, le cin&#233;aste Dino Mustafic, r&#233;alisateur d'un film intitul&#233; Pista Zivota (&#171; La Piste de la vie &#187;) recensait 250 tu&#233;s et 800 bless&#233;s. Le 11 juillet 1993, le journaliste anglais Ibrahim GOKSEL est retrouv&#233; mort, &#171; abattu dans la nuit par un franc-tireur sur la piste &#187;, &#233;crit Reporteurs Sans Fronti&#232;res8. Il avait &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; la veille par des militaires fran&#231;ais, parce qu'il refusait de leur remettre les bandes vid&#233;o qu'il avaient enregistr&#233;es &#224; Gorazde. Huit ans plus tard, l'ambassadeur de France pourra dire &#224; des rescap&#233;s de Srebrenica : &#171; Le Pr&#233;sident Chirac m'a r&#233;cemment dit qu'il tenait &#224; ce que nous restions &#224; l'a&#233;roport jusqu'&#224; ce que l'on puisse passer le relais aux autorit&#233;s locales &#187;.9&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Le 8 janvier 1993, le vice-premier ministre bosniaque est assassin&#233; dans un V.A.B. fran&#231;ais. La porte du blind&#233; avait &#233;t&#233; ouverte par le colonel Patrice SARTRE, assis &#224; c&#244;t&#233; de la victime. Commentaire de MORILLON apr&#232;s le meurtre de TURAJLIC : &#171; J'esp&#232;re que les dirigeants bosniaques ont maintenant compris &#187;. (A son retour en France, le colonel SARTRE sera d&#233;cor&#233; de l&#233;gion d'honneur, envoy&#233; commander des troupes au Rwanda, puis nomm&#233; &#224; la Direction des Affaires Strat&#233;giques du minist&#232;re de la d&#233;fense.) Sc&#233;nario similaire le 8 novembre 1993 &#224; Rajlovac : deux membres d'une d&#233;l&#233;gation bosniaque, transport&#233;s par un V.A.B. fran&#231;ais, sont enlev&#233;s par des miliciens serbes sur le chemin de Vares (manipulation bosniaque, affirme aussit&#244;t la FORPRONU). Nombreux sont les cas semblables.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Chaque jour, la FORPRONU, dirig&#233;e par des Fran&#231;ais et des Anglais, publie les positions des troupes de Sarajevo.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; C'est un g&#233;n&#233;ral fran&#231;ais, le m&#234;me Ph. MORILLON, cit&#233; &#224; l'instant, ancien putschiste en Alg&#233;rie, qui d&#233;sarme les troupes bosniaques &#224; Srebrenica en avril 93.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; C'est le g&#233;n&#233;ral DE LA PRESLE, ex-commandant de la FORPRONU, qui d&#233;clarait, le 4 novembre 1994 : &#171; les forces serbes devraient &#234;tre soutenues et comprises &#187;, qui parraine, sur ordre plus que probable de CHIRAC qui l'a promis &#224; MILOSEVIC et &#224; ELTSINE (avec l'aval de CLINTON), le &#171; deal &#187; conclu par le g&#233;n&#233;ral JANVIER avec MLADIC, les 4, 17 et 29 juin 1995, &#224; Mali Zvornik, puis &#224; Pale (DE LA PRESLE est pr&#233;sent lors des deux derni&#232;res rencontres) : la lib&#233;ration des &#171; casques bleus &#187; retenus en otages contre la garantie qu'il n'y aura plus de frappes de l'OTAN. Ce qu'ainsi CHIRAC10 promettait n'&#233;tait rien de moins qu'un assaut sans souci contre Srebrenica et Zepa. (L'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente, les ministres fran&#231;ais et anglais des affaires &#233;trang&#232;res avaient &#171; propos&#233; &#187; &#224; MILOSEVIC ces deux enclaves, ainsi que Gorazde et la ville de Tuzla ; quant au Conseil de s&#233;curit&#233; de l'ONU, il avait approuv&#233;, cinq jours avant l'accord de Mali Zvornik, un rapport d'AKASHI pr&#244;nant le retrait des &#171; casques bleus &#187; hors de Srebrenica, Zepa et Gorazde.) Le 9 juin 1995, JANVIER ordonne aux casques bleus de s'en tenir d&#233;sormais strictement aux principes du maintien de la paix. Le pilonnage de Sarajevo redouble, &#224; partir du 18 juin. L'offensive finale contre Srebrenica commencera dans la soir&#233;e du 5 juillet. Deux jours avant les massacres, Carl BILDT avait gliss&#233; &#224; Muhamed SACIRBEY, alors ministre bosniaque des affaires &#233;trang&#232;res : &#171; D&#233;trompez-vous, Srebrenica ne sera pas sauv&#233;e &#187;11.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Au printemps 94, les 1300 &#171; casques bleus &#187; bas&#233;s dans la &#171; poche &#187; de Bihac, &#233;quip&#233;s d'une centaine de blind&#233;s, laissent les troupes serbes remilitariser la &#171; zone d&#233;militaris&#233;e &#187;, puis se retirent en septembre pour ouvrir la voie &#224; une contre-offensive serbe. La France joue alors Fikret ABDIC contre IZETBEGOVIC, et JUPPE milite explicitement contre la protection de Bihac. Au printemps suivant, des chars &#171; Sagaie &#187;, que les &#171; casques bleus &#187; fran&#231;ais n'ont pu emp&#234;cher les Serbes de leur &#171; voler &#187; (avec un stock d'uniformes12), tireront sur Sarajevo depuis les collines qui entourent la ville.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Le g&#233;n&#233;ral Jean-Ren&#233; BACHELET, commandant du secteur de Sarajevo, dont les officiers incitent les gens de Pale &#224; refuser Dayton pour garder Sarajevo, sera rappel&#233; en France &#224; la fin de l'ann&#233;e 1995 pour avoir dit un peu trop clairement son opposition au retour de la capitale sous souverainet&#233; bosniaque.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Ce sont les Pieds Nickel&#233;s du renseignement fran&#231;ais, GOURMELON (porte-parole de la FORPRONU en 94), puis BUNEL (d&#233;cor&#233; de la l&#233;gion d'honneur pour une op&#233;ration accomplie en Bosnie &#8211; en 1996, dit-il) qui informent respectivement KARADZIC sur un suppos&#233; projet d'arrestation con&#231;u par l'OTAN, et Belgrade sur les plans d'intervention de la m&#234;me OTAN &#8211; avant de se faire prendre la main dans le sac par les Am&#233;ricains (l'affaire BUNEL sera rendue publique en octobre 98 ; le commandant sera condamn&#233; en France &#224; une peine des plus l&#233;g&#232;res, au terme d'un proc&#232;s o&#249; nul n'&#233;voquera son inculpation, par un tribunal de Sarajevo, pour des s&#233;vices inflig&#233;s &#224; une femme bosniaque). Fin f&#233;vrier et d&#233;but mars 2002, la com&#233;die recommence &#224; Foca (en &#171; secteur fran&#231;ais &#187;) : KARADZIC &#233;chappe deux fois de suite &#224; une op&#233;ration que la S-FOR dit avoir entreprise pour le capturer : il a &#233;t&#233; pr&#233;venu par un officier fran&#231;ais, affirme au quotidien Hamburger Abendblatt le chef des observateurs am&#233;ricains au Kosovo. Le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de l'OTAN d&#233;ment.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; C'est l'ancien l&#233;gionnaire en Alg&#233;rie, puis protecteur d'Omar BONGO (1990), le g&#233;n&#233;ral Bernard JANVIER, jug&#233; &#171; homme d'honneur &#187;, &#171; tenant ses promesses &#187;, par le purificateur Momcilo KRAJISNIK, qui permet la prise de la &#171; zone de s&#233;curit&#233; &#187; de Srebrenica, avec les cons&#233;quences que l'on sait, en refusant toutes les frappes a&#233;riennes susceptibles d'arr&#234;ter l'assaut, sauf la derni&#232;re, qui est une mascarade (le 11 juillet &#224; 14 h 40, alors que les troupes de MLADIC sont d&#233;j&#224; dans la ville, deux F-16 larguent une bombe d'exercice fumig&#232;ne &#224; distance d'un tank et &#224; plusieurs kilom&#232;tres derri&#232;res les positions serbes, puis renoncent &#224; une seconde &#171; frappe &#187;, &#171; &#224; cause de la fum&#233;e &#187;, &#233;crit AKASHI ; &#224; 16 h, une troisi&#232;me &#171; attaque a&#233;rienne &#187; est men&#233;e par deux A-10, sans tir ni largage13). Tout cela est connu14. On sait moins que, deux jours avant de n&#233;gocier le &#171; deal &#187; de Zvornik, o&#249; il promet accessoirement &#224; MLADIC de continuer de ne pas entraver le ravitaillement de ses troupes &#224; partir de la Serbie, via les territoires occup&#233;s, JANVIER refuse (contre l'avis du g&#233;n&#233;ral Rupert SMITH, commandant la FORPRONU en Bosnie) d'ouvrir la route du Mont Igman pour ravitailler Sarajevo. Trois mois plus tard, il se d&#233;m&#232;nera pour interrompre l'op&#233;ration &#171; Deliberate Force &#187; (les tr&#232;s peu massives frappes de l'OTAN contre 56 objectifs serbes en Bosnie), truquant &#224; cette fin le compte rendu d'une r&#233;union avec le S.A.C.EUR, l'amiral Leighton SMITH15.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C) Militaro-humanitaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Abject &#187;, de abjicere : jeter loin de soi, abandonner, rejeter, jeter &#224; terre ; mais aussi : abattre ou terrasser, au double sens agonistique et moral. La politique, ab origine fran&#231;aise, de l'abjection humanitaire, &#224; laquelle seront soumis les Bosniaques, est d'abord militaire. C'est une arme, mani&#233;e, sinon invent&#233;e16, avec une bonne conscience illustrative de cette fin de si&#232;cle post-nazie et sac-de-riz, par l'Etat mitterrando-kouchnerien ; arme dissuasive et moyen de chantage comparable, quant &#224; la puissance l&#233;tale virtuelle, &#224; l'arme nucl&#233;aire. En 1994, ce fut, dans la vitrine humanitaire de Sarajevo, une moyenne de 121 g de &#171; nourriture &#187; (fayots et biscuits, pour l'essentiel) par jour et par personne, dont 15 g. de d&#233;tergent &#8211; et rien, ou presque, pour le reste du pays. MITTERRAND, donc, instaure le traitement &#171; humanitaire &#187; des effets de la &#171; purification ethnique &#187;, le 28 juin 1992, date de son excursion sarajevine, au lendemain du sommet europ&#233;en de Lisbonne, qui a appel&#233; &#224; &#171; d'autres moyens &#187; pour rouvrir l'a&#233;roport de Sarajevo, et deux jours avant que le Conseil de s&#233;curit&#233; n'examine la proposition d'autoriser l'usage de moyens militaires &#224; cette fin (Boutros GHALI vient d'adresser &#224; Pale un ultimatum exigeant l'&#233;vacuation de l'a&#233;roport sous 48 heures). MITTERRAND, f&#233;licit&#233; 5 mois plus tard (dans Le Monde) par le chef du 1er corps de l'arm&#233;e serbe de Bosnie (le g&#233;n&#233;ral TALIC, l'un des inculp&#233;s de g&#233;nocide) pour avoir de la sorte &#233;vit&#233; une intervention militaire, permet ainsi &#224; la strat&#233;gie de MILOSEVIC d'aller de l'avant &#8211; donc &#224; la &#171; purification ethnique &#187; de continuer. L'humanitaire est, avec le poids du plus gros contingent de &#171; soldats de la paix &#187;, la seconde pi&#232;ce ma&#238;tresse de la strat&#233;gie fran&#231;aise (les Anglais occupant tous les postes-clefs pour l'ex&#233;cution d'une initiative fran&#231;aise) et le second des moyens mis en &#339;uvre par ces deux Etats pour soumettre les Bosniaques. Il est de bon ton de reprocher aux dirigeants bosniaques une &#171; strat&#233;gie victimaire &#187; ; quoi qu'il en soit de leur &#233;vident cynisme et d'une infamie qui ne le c&#232;de en rien &#224; celle de leurs homologues d'autres pays (pourquoi seraient-ils plus fr&#233;quentables que les n&#244;tres ?), ils n'ont fait, en l'occurrence, que retourner cette puissance de mort et de domination contre ses d&#233;tenteurs. La strat&#233;gie humanitaire, c'est aussi la cr&#233;ation de ghettos &#171; musulmans &#187;, les &#171; zones de s&#233;curit&#233; &#187;. En octobre 1992, le pr&#233;sident du CICR propose la cr&#233;ation de &#171; protected zones &#187; (des &#171; United Nations Protected Areas &#187; avaient d&#233;j&#224; &#233;t&#233; instaur&#233;es en Croatie). L'id&#233;e est soutenue par l'Autriche, les non-align&#233;s, puis par les Pays-Bas &#8211; sans succ&#232;s. Au printemps suivant, alors que Srebrenica est sur le point de tomber, les diplomates fran&#231;ais, qui avaient rejet&#233; la suggestion (de m&#234;me que Vance, Owen, les Britanniques et les Am&#233;ricains), se ravisent, reprennent le projet, et obtiennent des Anglais et des Am&#233;ricains qu'ils l'appuient17. Le Conseil de s&#233;curit&#233; de l'ONU le met en oeuvre par les r&#233;solutions n&#176; 819 (16.04.1993), &#171; exigeant &#187; que Srebrenica soit trait&#233;e &#171; comme une zone de s&#233;curit&#233; &#187;) ; 824 (06.05.1993), d&#233;clarant &#171; zones de s&#233;curit&#233; &#187; les villes de Sarajevo, Tuzla, Zepa, Gorazde, Bihac, Srebrenica &#171; et leurs environs &#187; ; et 836 (04.06.1993), autorisant le recours &#224; la force pour prot&#233;ger les dites &#171; zones &#187;. Caution offerte &#224; toutes les conqu&#234;tes serbes faites et &#224; faire sur le reste du territoire bosniaque, la tactique fran&#231;aise des &#171; zones &#187; est con&#231;ue pour couper court aux r&#233;clamations des Am&#233;ricains en faveur de la lev&#233;e de l'embargo sur les armes et confiner en Bosnie les Musulmans, qui cherchent refuge en Europe. Dans ces &#171; zones &#187;, ils mourront par milliers, sous les yeux des soldats de la FORPRONU. La strat&#233;gie humanitaire, en tant qu'alternative &#224; l'intervention militaire et parce que l'agitation charitable s'arr&#234;te &#224; leurs barbel&#233;s, vaut acquiescement &#224; l'existence des camps. La bouffonnerie de Roland DUMAS, r&#233;clamant une intervention militaire pour les ouvrir, a cru pouvoir donner le change18. Directement inform&#233; par IZETBEGOVIC, lors de sa promenade sarajevine, MITTERRAND se tait. A cette date, le gouvernement bosniaque a d&#233;j&#224; publi&#233; une liste d'une centaine de camps19 et toutes les chancelleries occidentales sont &#233;videmment au courant depuis longtemps ; de m&#234;me que le CICR (qui continuera de mentir jusqu'au d&#233;but du mois d'ao&#251;t, quand les articles de Roy GUTMAN auront rendu la dissimulation impossible) ; de m&#234;me que l'ONU, qui occulte notamment un rapport des &#171; casques bleus &#187; danois bas&#233;s &#224; Dvor, en Croatie occup&#233;e, dat&#233; du 3 juillet 1992, apr&#232;s avoir ignor&#233; d'autres rapports de grad&#233;s de la FORPRONU. Pour sa part, le Conseil de s&#233;curit&#233; se contentera d' &#171; exiger &#187; l' &#171; acc&#232;s &#187; aux camps (R&#233;solution 771, du 13 ao&#251;t 1992), puis leur &#171; fermeture &#187; (R&#233;solution 798, du 18 d&#233;cembre 1992 !) &#8211; sans d&#233;cider aucune mesure propre &#224; servir ces &#171; exigences &#187;. Quand les &#171; tchetniks &#187; consentiront &#224; ouvrir les camps les plus connus, &#224; la condition que les d&#233;tenus partent pour l'&#233;tranger, le CICR devra, en septembre 1992, reporter leur lib&#233;ration, faute de pays d'accueil. Des milliers de prisonniers disparaissent alors ou sont ex&#233;cut&#233;s au cours de &#171; transferts &#187;. Le 28 octobre, la France accordera g&#233;n&#233;reusement aux survivants 300 autorisations de s&#233;jour de 6 mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D) M&#233;diatique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Blocages de l'information, mensonges, double langage et rh&#233;torique ethniciste sont les principaux aspects de l'op&#233;ration m&#233;diatique fran&#231;aise.
Blocages et mensonges. Blocage sur le terrain : la situation de la population dans les zones occup&#233;es et dans les autres enclaves est &#233;videmment bien pire qu'&#224; Sarajevo. Lorsque, par extraordinaire, un journaliste s'y aventure, ses reportages sont confisqu&#233;s par les &#171; casques bleus &#187; fran&#231;ais. Exemple : les cassettes vid&#233;o d'un reporter revenant de Gorazde sont confisqu&#233;es par le colonel VALENTIN20, et le reporter emp&#234;ch&#233; de quitter Sarajevo pendant trois mois. Blocage dans les agences de presse : dans le local de l'AFP, &#224; Sarajevo, des envoy&#233;s tr&#232;s sp&#233;ciaux filtrent les informations, mena&#231;ant, au besoin physiquement, les importuns qui ne se satisfont pas de leurs services command&#233;s. Blocage dans les salles de r&#233;daction (auto-censure ou directives gouvernementales ?) : non seulement aucun grand quotidien ou journal t&#233;l&#233;vis&#233; n'a jamais dit ce que les envoy&#233;s sp&#233;ciaux constatent quotidiennement &#8211; que les porte-parole de la FORPRONU mentent chaque fois qu'ils ouvrent la bouche ou qu'un GOUMELON est un propagandiste de Pale (le public fran&#231;ais ne l'apprendra qu'en 1998) &#8211; mais ils r&#233;percutent &#224; la lettre les balivernes que les &#171; press officers &#187; de la FORPRONU diffusent chaque matin. Au Monde, 8 mois apr&#232;s la fin de la guerre, faire passer une simple br&#232;ve signalant que l'I-FOR a livr&#233; 7 survivants de Srebrenica &#224; la police serbe, qui les a aussit&#244;t tortur&#233;s, suscitait encore l'opposition des &#171; d&#233;cideurs &#187;.
Double langage. Entre autres choses, et dans le registre des &#171; droits de l'homme &#187; : tandis que l'Etat fran&#231;ais pr&#244;ne le jugement des criminels de guerre et pousse &#224; la cr&#233;ation du TPIY, il entrave son activit&#233; depuis le d&#233;but, refusant &#224; ses procureurs successifs (de GOLDSTONE &#224; ARBOUR) les informations ou les t&#233;moignages qu'ils lui demandent. (M&#234;me tactique, en substance, pour le projet de Cour P&#233;nale Internationale : favoriser son av&#232;nement et (pour) la frapper de nullit&#233;, en soumettant sa comp&#233;tence aux volont&#233;s des Etats.)
Rh&#233;torique. Du d&#233;but &#224; la fin du conflit, les politiciens fran&#231;ais ont ent&#233;rin&#233; l'int&#233;gralit&#233; du discours grand-serbe (et grand-croate), accr&#233;ditant la fiction de diff&#233;rences &#171; ethniques &#187; entre Serbes, &#171; Musulmans &#187; et Croates, de m&#234;me que le roman des &#171; haines ancestrales &#187; suppos&#233;es animer ces communaut&#233;s. C'est par la reprise du lexique &#171; purificateur &#187; que la complicit&#233; fran&#231;aise commence, et cette collusion lexicale se prolonge en double refus d'identifier l'agresseur et d'user du mot de g&#233;nocide. Ce sont donc des en-soi qui d&#233;portent, massacrent, violent et torturent : &#171; la Guerre &#187;, selon MITTERRAND (30.12.92) ; &#171; la Peur &#187;, selon MORILLON.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;III &#8211; UNE ARAIGNEE DANS LE PLACARD&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le &#171; processus de paix &#187; g&#233;r&#233;, avec l'Etat britannique, par l'Etat fran&#231;ais, dont la politique bosniaque a &#233;t&#233; constante, sans diff&#233;rence aucune d'un gouvernement &#224; l'autre (aux rodomontades chiraquiennes pr&#232;s), c'est d&#233;j&#224; la somme de ce qui vient d'&#234;tre d&#233;crit. La finalit&#233; en &#233;tait d'embl&#233;e d&#233;chiffrable ; le r&#233;sultat obtenu la rend cristalline. L'unit&#233; de la Bosnie-Her&#233;govine a &#233;t&#233; an&#233;antie ; les conqu&#234;tes serbes et croates sont, pour l'essentiel, ent&#233;rin&#233;es ; la s&#233;paration &#171; ethnique &#187; r&#232;gne ; l'appareil productif est en ruine21 ; un Etat inapte &#224; aucune fonction et bloquant toute &#233;volution a &#233;t&#233; institu&#233; par les Occidentaux ; la population bosniaque &#171; musulmane &#187; demeure dispers&#233;e &#8211; et bris&#233;e. La destruction mat&#233;rielle et symbolique de la Bosnie est accomplie. Celle des Bosniaques n'attend plus que le sceau de la V&#233;rit&#233; et de la R&#233;conciliation22. L'affaire est donc entendue. Demeurent toutefois maintes questions qu'aucune r&#233;ponse satisfaisante n'a permis de classer, ou qui n'ont jamais &#233;t&#233; pos&#233;es. Il en est une que je voudrais mentionner, parce qu'elle touche &#224; la marche du partage mondial de la domination inter-&#233;tatique contemporaine et &#224; l'intelligence que nous pouvons nous en former. Nourris, ou plut&#244;t gav&#233;s, des ratiociations de politologues en tous genres, on a accoutum&#233; de consid&#233;rer ce conflit &#224; la lumi&#232;re noire des autophilies (des narcissismes) de masse : nationalismes rivalitaires, religions ennemies, identit&#233;s en mal d'affirmation&#8230; Lubies id&#233;ologiques qui ne renvoient qu'&#224; des moyens de mobilisation populaire, elles ont pour principal m&#233;rite d'exon&#233;rer les puissances &#233;trang&#232;res de leur responsabilit&#233;. Des interpr&#233;tations moins superficielles ont &#233;t&#233; tent&#233;es, qu'il faut certainement retenir. Ainsi, pour la grenouille fran&#231;aise, de sa rivalit&#233; avec le b&#339;uf am&#233;ricain (qu'elle n'a cess&#233; de solliciter pour des envois de troupes sur le terrain, dans la sotte id&#233;e que le souci de leur s&#233;curit&#233; paralyserait le ruminant) ; de sa volont&#233; de contrer l'extension de la zone d'influence allemande ; de son alliance avec la Russie, proc&#233;dant de la rivalit&#233; pr&#233;cit&#233;e ; de l'usage du conflit pour gagner des galons dans les institutions europ&#233;ennes (les gros contingents fran&#231;ais de &#171; soldats de la paix &#187; servaient aussi cette cause) ; de la communaut&#233; d'int&#233;r&#234;ts commerciaux et militaires avec la Grande-Bretagne&#8230; A quoi l'on a rarement ajout&#233;, soit relev&#233; au passage, que la prolongation du conflit (trois ans et demi de guerre officielle, pour la seule Bosnie) &#233;tait condition sine qua non du succ&#232;s des vis&#233;es occidentales. La pertinence de ces explications n'est pas douteuse. Il serait f&#226;cheux de n&#233;gliger pour autant le poids du gangst&#233;risme politique, qui n'est pas, comme le pensent les croyants en l'Etat de droit, une perversion de l'Etat ou du Kapital, mais une donn&#233;e structurelle de l'un et de l'autre. Si la pr&#233;dation a &#233;t&#233; le nerf de la guerre que les dirigeants serbes et croates ont faite &#224; la Bosnie, faudrait-il croire que leurs souteneurs occidentaux n'en ont tir&#233; aucun profit imm&#233;diat ? Une seule indication suffira. Le n&#233;o-colonialisme fran&#231;ais s'exerce par le biais de r&#233;seaux politico-mafieux dont l'Afrique est &#233;videmment le premier terrain d'action et la premi&#232;re victime23 : oppression, mis&#232;re, famines, massacres sont les cons&#233;quences quotidiennes de cette pr&#233;dation-l&#224;, laquelle n'est pas &#224; un g&#233;nocide pr&#232;s. Or, comme un r&#233;cent &#233;pisode l'a plaisamment illustr&#233;, les chemins africains et serbes des pr&#233;dateurs et des assassins se croisent dans les coulisses de l'Etat fran&#231;ais24. Acte I. A la fin du mois d'octobre 1996, MOBUTU SESE SEKO, alli&#233; au Hutu Power, demande au r&#233;seau PASQUA / FOCCART de lui envoyer des mercenaires et des avions de guerre pour faire face &#224; une contre-offensive des Banyamulenge. L'op&#233;ration est apparemment supervis&#233;e par le &#171; Mr. Afrique bis &#187; de l'Elys&#233;e, Fernand WIBAUX, avec la participation du pr&#233;fet Jean-Charles MARCHIANI. L'embauchage des mercenaires est assur&#233; par la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise Geolink, revendeuse de gros mat&#233;riels de t&#233;l&#233;communications (elle &#233;quipera notamment l'arm&#233;e za&#239;roise en t&#233;l&#233;phonie de campagne), qui propose &#224; WIBAUX, le 12 novembre, de &#171; recruter 100 commandos serbes pour d&#233;stabiliser le Rwanda &#187; ; auxquels s'ajouteront, quelques semaines plus tard, par la m&#234;me entremise de Geolink, trois Mig 21, venus de Serbie avec pilotes et m&#233;caniciens. Le chef du contingent serbe (plusieurs dizaines d'hommes sur 280 mercenaires europ&#233;ens, command&#233;s par deux vieux acolytes de Bob DENARD, Christian TAVERNIER et Emmanuel POCHET) est un colonel franco-serbe (il a les deux nationalit&#233;s), contr&#244;l&#233; par la D.S.T., qui se pr&#233;sente sous le pseudonyme de &#171; Dominic YUGO &#187;. L'homme a particip&#233;, aux c&#244;t&#233;s de l'&#233;missaire de CHIRAC &#8211; MARCHIANI, flanqu&#233; du trafiquant Arcadi GAYDAMAK &#8211; aux tractations relatives &#224; la lib&#233;ration des deux pilotes fran&#231;ais abattus fin ao&#251;t 199525. Acte II. En novembre et d&#233;cembre 1999, sous l'effet des all&#233;gations du ministre serbe de l'information &#224; l'encontre des services secrets fran&#231;ais, qu'il accuse d'avoir charg&#233; un commando, baptis&#233; &#171; Araign&#233;e &#187; (Pauk), d'assassiner MILOSEVIC, la presse fran&#231;aise s'int&#233;resse au chef dudit commando. Il s'agit du m&#234;me &#171; Dominic YUGO &#187;, de son vrai nom Jugoslav PETRUSIC. Ancien de la L&#233;gion, il a &#233;t&#233; membre du service de protection de Fran&#231;ois MITTERRAND, puis, en juin 1999, envoy&#233; en op&#233;ration au Kosovo (pour assassiner, entre autres, un commandant de l'U.C.K., affirme le quotidien gouvernemental serbe Politika), muni d'un passeport fran&#231;ais au nom de Jean-Pierre PIRONI. L'un des membres du commando, Slobodan ORASANIN, repr&#233;sentait &#171; Geolink &#187; &#224; Belgrade, toujours selon Politika. Mais l'assertion semble plus que plausible, et ORASANIN &#171; aurait &#233;t&#233; charg&#233; de fournir du mat&#233;riel militaire &#224; l'&#233;quip&#233;e africaine [au Za&#239;re] tout en s'assurant de l'achat, pour la Yougoslavie sous embargo, d'&#233;quipements &#233;lectroniques &#224; une tr&#232;s grande soci&#233;t&#233; fran&#231;aise [&#171; Geolink &#187;, ou une autre ?] avec laquelle &#8216;Dominic YUGO' &#233;tait &#233;galement en contact &#187;26. Quant aux &#233;tats de service des membres du commando en Bosnie, en voici un aper&#231;u27. Avant de partir pour le Congo (ex-Za&#239;re), o&#249; son groupe a assassin&#233; et tortur&#233; &#224; Kisangani, Jugoslav PETRUSIC a particip&#233; au massacre de Srebrenica. Il aurait aussi tu&#233; Jusuf PRAZINA (&#171; Juka &#187;, gangster sarajevin responsable du meurtre de deux &#171; casques bleus &#187; fran&#231;ais ; son cadavre a &#233;t&#233; retrouv&#233; en Belgique en 1993). Le lieutenant Milorad PELEMIS, dit &#171; Misa &#187;, &#233;tait le chef d'une unit&#233; de choc, la 10&#232;me unit&#233; de sabotage, d&#233;pendant du centre de renseignement militaire dirig&#233; par le colonel Petar SALAPURA, au quartier g&#233;n&#233;ral de MLADIC (&#224; Han Pijesak). Cette unit&#233;, bas&#233;e &#224; Bijeljina, a &#233;t&#233; charg&#233;e des pires exactions &#224; Srebrenica, et ailleurs. PETRUSIC &#171; travaillait &#187; &#233;galement pour SALAPURA. C'est le tandem PETRUSIC / PELEMIS qui recrutera les mercenaires pour MOBUTU, &#224; Bijeljina puis Belgrade, et sous l'autorit&#233; du chef des services secrets serbes, Jovica STANISIC. Branislav VLACO, autre membre du commando &#171; Araign&#233;e &#187;, a dirig&#233; l'un des pires camps de viol en Bosnie occup&#233;e, l'auberge &#171; Kontiki &#187;, dite aussi &#171; Chez Sonja &#187;, &#224; Vosgosca, dans la banlieue de Sarajevo. Son nom et sa fonction de &#171; manager &#187; de ce camp de femmes sont mentionn&#233;s par la demande d'enqu&#234;te d'un procureur militaire de Sarajevo relative aux &#171; crimes de guerre &#187; commis par le g&#233;n&#233;ral canadien McKENZIE, alors qu'il commandait la FORPRONU (il s'agit du viol et de la disparition de quatre jeunes filles bosniaques, remises entre ses mains et celles de son escorte par les tortionnaires du &#171; Kontiki &#187;)28. VLACO, avec PELEMIS, PETRUSIC et un quatri&#232;me homme nomm&#233; Rade PETROVIC, a particip&#233; aux massacres de Srebrenica. Le 13 novembre 2000, quelques semaines apr&#232;s l'&#233;lection de KOSTUNICA et le cons&#233;cutif rapprochement public des dirigeants serbes et fran&#231;ais, un tribunal de Belgrade acquittait les cinq membres du commando &#171; Araign&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;***&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Tout est bien qui finit bien. MILOSEVIC, devenu trop peu pr&#233;sentable, a &#233;t&#233; retir&#233; de la sc&#232;ne, d&#233;pos&#233; par ses propres hommes du M.U.P. et de la police secr&#232;te. L'&#233;pine dorsale du r&#233;gime &#8211; ses structures et, &#224; quelques opportunes disparitions pr&#232;s, ses principaux protagonistes &#8211; est intacte29. Le 15 novembre 2000, l'Union europ&#233;enne s'empressait de lever ses sanctions touristiques contre 200 des assassins professionnels qui la composent. A peine arriv&#233; au pouvoir, le &#171; d&#233;mocrate &#187; KOSTUNICA s'est pr&#233;cipit&#233; en &#171; Republika Srpska &#187; pour y rencontrer ses vieux amis : la famille KARADZIC et l'&#233;tat-major du S.D.S.30 Tandis que l'Etat serbe pr&#233;parait son retour &#224; l'ONU, le rapporteur de celle-ci pour les droits de l'homme, que la perspective du jugement de MILOSEVIC enrageait, a plaid&#233; pour son exfiltration en Russie, et sugg&#233;r&#233; une amnistie. Le ministre des affaires &#233;trang&#232;res de l'Etat gaulois n'a pas &#233;t&#233; en reste. Serinant, depuis la chute du vieil alli&#233; de la France, qu'il fallait &#171; laisser du temps &#187; &#224; KOSTUNICA pour l'arr&#234;ter, il s'est d&#233;men&#233;, avec l'aide des tueurs moscovites de Tch&#233;tch&#232;nes, pour obtenir l'impunit&#233; de Slobo. Sans compter ce que le personnel politique et militaire fran&#231;ais pouvait craindre qu'il y r&#233;v&#233;l&#226;t, la diplomatie des marchands de canons n'avait rien &#224; gagner &#224; sa comparution devant une juridiction internationale. Nulle instance au monde n'a donc travaill&#233; contre le transf&#232;rement de MILOSEVIC &#224; La Haye avec plus d'opini&#226;tret&#233; que le Quai d'Orsay. Las ! Le chantage yankee aux subsides a bient&#244;t triomph&#233; des protections franco-russes : elles n'ont pas pes&#233; davantage que le man&#232;ge judiciaire de Belgrade (une inculpation pour corruption et abus de pouvoir), et le mangeur d'hommes, livr&#233; &#224; La Haye par un rival de KOSTUNICA, y a &#233;t&#233; inculp&#233; de g&#233;nocide le 23 novembre 2001, soit six ans apr&#232;s la fin de la &#171; purification ethnique &#187; et huit ans et demi apr&#232;s la cr&#233;ation du TPIY. Les frappes de l'OTAN au Kosovo et en Serbie semblent avoir permis au tribunal de d&#233;couvrir qu'un dictateur pouvait &#234;tre impliqu&#233; dans un g&#233;nocide planifi&#233; et ex&#233;cut&#233; par ses hommes. Business as usual. Apr&#232;s la lev&#233;e des &#171; sanctions &#187; commerciales, pour laquelle le gouvernement fran&#231;ais a tant milit&#233;, les affaires recommencent : avec des subventions massives &#224; la Serbie, europ&#233;ennes celles-ci, que le m&#234;me gouvernement a patronn&#233;es31. Nul doute que le jour o&#249; KOSTUNICA demandera l'adh&#233;sion de sa &#171; Yougoslavie &#187; &#224; l'Union europ&#233;enne, il pourra r&#233;citer les remerciements qu'il a adress&#233;s le 10 octobre 2000 &#224; son plus s&#251;r courtisan : &#171; Nos amis fran&#231;ais nous viennent en aide, encore une fois &#187;. En attendant, 4 200 soldats fran&#231;ais, sur 5 000 envoy&#233;s au Kosovo, assurent l'apartheid &#224; Mitrovica, avec une efficacit&#233; que loue le chef des &#171; tchetniks &#187; locaux (&#171; Les soldats fran&#231;ais ont pris les mesures fortes que nous r&#233;clamions pour s&#233;parer les communaut&#233;s &#187;, d&#233;clarait Oliver IVANOVIC, fin novembre 2000). Mitrovica se situe &#224; moins de dix kilom&#232;tres des riches mines de Trepca, qu'il serait regrettable de voir tomber en dehors de l'escarcelle franco-serbe. Un peu plus loin, au nord-ouest, en &#171; secteur fran&#231;ais &#187; de Bosnie, un KARADZIC supersonique, escort&#233; par des dizaines d'hommes invisibles, se propulse depuis une demi-douzaine d'ann&#233;es sous le nez des soldats de l'I-FOR, puis de la S-FOR : comme MLADIC, il entre en Bosnie et en sort si vite que cela &#171; rend son arrestation tr&#232;s difficile &#187;32.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La France, en somme, a gagn&#233; sa guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 Au moment o&#249; je relis ce texte, son proc&#232;s est suspendu parce qu'il est enrhum&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 Cinq ans plus tard, le procureur Carla del Ponte ne semble pas s'en souvenir, non plus que les deux journalistes du Monde qui l'interrogent, quand elle leur explique que le caract&#232;re si tardif de l'inculpation de Milosevic pour les crimes commis en Croatie et en Bosnie est (notamment) d&#251; &#224; la difficult&#233; de &#171; rassembler toutes les preuves n&#233;cessaires &#187; (Le Monde, 02.05.01).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 &#171; We were interested in [the Russians'] assessment as to wether the West would intervene if we tried to disarm the parmilitary units by force. There was no question &#8211; the West would not intervene &#187;. Cit&#233; par Laura Silber &amp; Allan Little, The Death of Yugoslavia, Penguin Books, London, 1995, pp. 137-38.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 Devant le parlement si&#233;geant &#224; Sarajevo dans la nuit du 14 au 15 octobre, il lance aux d&#233;put&#233;s du SDA et &#224; Izetbegovic : &#171; Vous voulez pousser la Bosnie-Herz&#233;govine sur l'autoroute de l'enfer et de la souffrance o&#249; sont d&#233;j&#224; la Slov&#233;nie et la Croatie. Ne croyez pas que vous ne m&#232;nerez pas la Bosnie-Herz&#233;govine en enfer, et ne croyez pas que vous pourrez sauver la population musulmane de l'an&#233;antissement, parce qu'en cas de guerre, les Musulmans ne pourront pas se d&#233;fendre. Comment ferez-vous pour emp&#234;cher qu'ils soient tous tu&#233;s en Bosnie-Herz&#233;govine ? &#187;. Cit&#233; par Laura Silber et Allan Little, op. cit., p 237 (trad. J.-F.N). Le SDS quittera ensuite l'assembl&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 Slobodna Bosna, 07.11.1991. Traduit en anglais dans la revue Bosnia Report, n&#176; 16, juillet-octobre 1996, p. 9.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 Cit&#233; par Europolitique, n&#176; 1759, 08.04.1992.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 10 701 &#171; disparus &#187;, selon le d&#233;compte des associations de survivantes (7 000, pour le CICR, qui n'a pas perdu ses habitudes de minoration des atrocit&#233;s).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 Rapport 1994, p. 84.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9 Srebrenica : rapport sur un massacre, Les Documents d'information de l'Assembl&#233;e nationale, 2001, n&#176; 3413, Tome II, Auditions, p. 679&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 Il s'agit de l'homme qui affirmait que briser le si&#232;ge de Sarajevo serait &#171; une grave erreur &#187;, et qui expliquait &#224; Milosevic que la &#171; Force de r&#233;action rapide &#187; ne serait pas utilis&#233;e (juin 95). Sur la promesse faite &#224; Milosevic, voir notamment le c&#226;ble Z-1020 d'Akashi &#224; Kofi Annan, en date du 19.06.1995.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11 Cit&#233; par Le Monde, 13.7.00.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12 En juillet 1995, la colonne d'une quinzaine de milliers de personnes fuyant l'enclave de Srebrenica avec quelques armes l&#233;g&#232;res tombera dans plusieurs embuscades. Elle sera notamment attaqu&#233;e par des Serbes qu'elle laisse approcher, parce qu'ils portent des uniformes fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13 Compte rendu Z 1138 d'Akashi &#224; Kofi Annan, 11.07.95. Sur cet &#171; appui a&#233;rien &#187;, voir notamment le t&#233;moignage du Dr Eliaz Pilav, in Srebrenica : rapport sur un massacre, op. cit., tome II, p. 649.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14 Dans le cas contraire, le lecteur pourra consulter le dossier relatif au r&#244;le du g&#233;n&#233;ral Janvier, pr&#233;sent&#233; au TPIY par l'Association internationale contre le g&#233;nocide (A.I.C.G.), in J.-F. Narodetzki, Nuits serbes et brouillards occidentaux. Introduction &#224; la complicit&#233; de g&#233;nocide, L'Esprit frappeur, Paris, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15 Cf. Ed Vulliamy, &#171; The Defining Moment &#187;, in With no Peace to keep, London, 1995.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16 Le Biafra, entre autres, fut son terrain d'exp&#233;rimentation, comme le rappelait Fran&#231;ois-Xavier Verschave. La relative nouveaut&#233; du dispositif &#171; humanitaire &#187; appliqu&#233; &#224; la Bosnie tient &#224; ses dimensions de consortium international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17 Entre temps, les &#171; protected areas &#187; demand&#233;es par le Mouvement des non-align&#233;s, et les &#171; Safe Havens &#187; r&#233;clam&#233;s par Mazowiecki, qui voulait de &#171; vrais refuges, o&#249; les personnes d&#233;plac&#233;es et autres civils &#233;taient cens&#233;es &#234;tre &#224; l'abri, gr&#226;ce &#224; une protection assur&#233;e, si n&#233;cessaire par la force, des effets de la guerre &#187; (Rapport p&#233;riodique final, soumis par le rapporteur sp&#233;cial de la Commission des droits de l'homme, 22 ao&#251;t 1995, p. 19) &#233;taient devenues des &#171; safe areas &#187;. Ce syntagme est pr&#233;f&#233;r&#233; au pr&#233;c&#233;dent parce qu'il est priv&#233; de tout contenu juridique. Il d&#233;signera donc les &#171; shooting galleries &#187; qu'annonce Clinton, quelques jours avant de co-signer le Joint Action Plan pour la cr&#233;ation des six &#171; zones &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18 L'honn&#234;te homme a r&#233;cemment &#233;nonc&#233; le motif qui a pr&#233;sid&#233; aux d&#233;marches de l'Etat fran&#231;ais en faveur de la cr&#233;ation du Tribunal p&#233;nal international pour l'ex-Yougoslavie. Il s'agissait, l&#226;che-t-il, de ne pas &#171; appara&#238;tre &#187; [je souligne] comme les complices de crimes qui &#233;taient encore en train d'&#234;tre commis &#187;. Mani&#232;re de dire qu'il ne s'agissait en aucun cas d'emp&#234;cher qu'ils le fussent. Voir P. Hazan, La Justice face &#224; la guerre, de Nuremberg &#224; La Haye, Stock, Paris, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19 Par &#171; camps &#187;, il convient d'entendre non seulement les grands &#233;quipements de concentration, de torture et de mise &#224; mort, comme Omarska ou Keraterm, mais aussi des unit&#233;s bien plus petites : &#233;coles, gymnases (Partizan, &#224; Foca), auberges (Kontiki, &#224; Vogosca), granges&#8230; Pour ce g&#233;nocide artisanal, chaque village de Bosnie occup&#233;e avait son &#171; camp &#187;. Faut-il souligner qu'aucun de ces camps, m&#234;me le plus grand, n'a jamais atteint aux dimensions des camps nazis ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20 Promu, depuis lors, g&#233;n&#233;ral et commandant de la K-FOR.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21 Cf. Bosnia Report, n&#176; 21-22, London, jan-may 2001, dossier &#171; The economic Context &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22 Claude Jorda, pr&#233;sident du TPIY, proposant de &#171; penser d&#233;j&#224; &#224; l'apr&#232;s-proc&#232;s Milosevic &#187; ? ce qu'il semble entendre comme un apr&#232;s-TPIY et un en-de&#231;a de la justice internationale &#8211; sugg&#232;re de &#171; constituer une mission d'&#233;tudes &#187; qui serait notamment charg&#233;e de l'&#171; expertise &#187; des &#171; commissions v&#233;rit&#233; et r&#233;conciliation en Bosnie-Herz&#233;govine et en Serbie &#187; (Le Monde, 09.02.02).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23 Lire, par exemple, les travaux de Fran&#231;ois-Xavier Verschave : La Fran&#231;afrique, Stock, Paris, 1998, et Noir Silence, Les Ar&#232;nes, Paris, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;24 Cf. F.-X. Verschave, La Fran&#231;afrique, op. cit., pp.253-65, et Noir Silence, op. cit., pp. 284-85.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;25 Ils seront rel&#226;ch&#233;s en d&#233;cembre, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; d&#233;tenus par des &#171; bandes inorganis&#233;es &#187; (Charles MILLION dixit), c'est-&#224;-dire MLADIC, tortur&#233;s (&#171; trait&#233;s selon les Conventions de Gen&#232;ve &#187;, sup&#233;rieurs dixerunt), et avoir d&#251; remercier leurs tortionnaires de les avoir si &#171; bien trait&#233;s &#187;. En janvier 2002, sur avis de la Commission consultative sur le secret de la d&#233;fense nationale, la d&#233;classification des documents concernant cet &#233;pisode sera refus&#233;e aux juges qui enqu&#234;tent sur des ventes d'armes vers l'Angola impliquant l'entourage de Charles Pasqua.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26 D. Fran&#231;ois, &#171; Cinq nettoyeurs serbes encombrants pour Paris &#187;, Lib&#233;ration, 3.12.1999.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27 Cf. R. Ourdan, &#171; L'itin&#233;raire sanglant de cinq &#8216;espions' de Belgrade, de la Bosnie au Za&#239;re &#187;, Le Monde, 30.11.1999.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;28 Dans la prose de Jacques Isnard-Le Monde, Branislav Vlaco est devenu &#171; &#8230;un certain Branko Mlaco, trente-six ans &#187;. &#171; Il aurait &#233;t&#233; [je souligne] gardien de prison [sic] &#224; Vogosca, en Bosnie, durant la guerre en 1992-1995, et il ferait l'objet d'une enqu&#234;te du Tribunal P&#233;nal International &#187; (27.11.1999). La demande d'enqu&#234;te du procureur Mustafa BISIC, dat&#233;e du 25.11.1992, est reproduite dans son livre, Obuka za genocid (sudenje Borislavu Heraku), Sarajevo, 1994, pp. 161-69. Sur McKenzie, cf. aussi J.-F. Narodetzki, op. cit., pp. 44-45. Quant &#224; Vlaco, la pratique des listes secr&#232;tes permettant au TPIY de toujours r&#233;pondre que tel criminel est &#171; peut-&#234;tre &#187; inculp&#233;, je ne puis assurer qu'il ne l'est pas. Les crimes commis dans cette auberge n'ont cependant fait, jusqu'ici, l'objet d'aucune instruction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29 Le panier de crabes dont l'Etat serbo-mont&#233;n&#233;grin offre aujourd'hui le spectacle (fin mars 2002) ne menace, pour l'instant, ni ses structures, ni son fonds de commerce id&#233;ologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30 Sur cette cr&#233;ature de l'&#233;glise orthodoxe et de l'arm&#233;e, on lira avec profit Norman Cigar, Vojslav Kostunica and Serbia's Future, Saqui Books, London, 2001.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;31 700 millions d'euros depuis la chute de Milosevic, &#224; quoi s'ajoutent la suppression par le Club de Paris des deux tiers de la dette de la RFY, les prochains b&#233;n&#233;fices de l' &#171; accord de stabilisation et d'association &#187; soutenu par Chirac, un milliard d'euros sur cinq ans dans le cadre du programme Cards, et d'autres imminents bienfaits r&#233;compensant le renoncement du Mont&#233;n&#233;gro &#224; l'ind&#233;pendance et la &#171; cr&#233;ation &#187; de l'Etat commun de &#171; Serbie et Mont&#233;n&#233;gro &#187; ? auquel 40 millions de dollars sont aussi promis par les USA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;32 G&#233;n&#233;ral Michael Dodson, commandant de la S-FOR, cit&#233; par Le Monde, 06.09.01. Echouant &#224; reconna&#238;tre Karadzic, parce que les photos diffus&#233;es par le TPIY &#233;taient si mauvaises que le g&#233;n&#233;ral Heinrich n'y &#171; aurait pas reconnu son fr&#232;re &#187; (Srebrenica : rapport sur un massacre, II, p. 193), les soldats de la force internationale ont en outre affirm&#233; pendant des ann&#233;es qu'ils n'avaient pas d'ordres pour l'arr&#234;ter. Cette arrestation, ainsi que celle de Mladic, ne figuraient pas davantage &#171; dans leur mandat &#187; que la protection des civils dans celui de la FORPRONU. Le &#171; mandat &#187; aurait-il chang&#233; depuis la chute de Milosevic ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'islamisme vu d'Iran : Deux essais de Chahdortt Djavann</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Gauchisme</dc:subject>
		<dc:subject>Relativisme</dc:subject>
		<dc:subject>Fargette G.</dc:subject>
		<dc:subject>Religion</dc:subject>
		<dc:subject>Extr&#234;mes-droites</dc:subject>
		<dc:subject>Islam</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Texte extrait du bulletin de Guy Fargette &#171; Le cr&#233;puscule du XX i&#232;me si&#232;cle &#187; n&#176;14 - 15, mars 2006 Deux essais de Chahdortt Djavann Les deux livres, qui ont le double m&#233;rite de la clart&#233; et de la concision, &#233;crits par Chahdortt Djavann, &#8220;Bas les voiles !&#8221; (octobre 2003) et &#8220;Que pense Allah de l'Europe ?&#8221; (juin 2004), sont venus encadrer le d&#233;bat sur le statut des signes religieux dans les &#233;coles publiques fran&#231;aises. Ces deux ouvrages condensent les arguments d'une fa&#231;on saisissante. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte extrait du bulletin de Guy Fargette &#171; Le cr&#233;puscule du XX i&#232;me si&#232;cle &#187; n&#176;14 - 15, mars 2006&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Deux essais de Chahdortt Djavann&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les deux livres, qui ont le double m&#233;rite de la clart&#233; et de
la concision, &#233;crits par Chahdortt Djavann, &#8220;Bas les
voiles !&#8221; (octobre 2003) et &#8220;Que pense Allah de l'Europe ?&#8221;
(juin 2004), sont venus encadrer le d&#233;bat sur le statut des
signes religieux dans les &#233;coles publiques fran&#231;aises. Ces
deux ouvrages condensent les arguments d'une fa&#231;on saisissante.
Femme iranienne &#233;migr&#233;e, r&#233;fugi&#233;e de fait,
&#233;chapp&#233;e de l'Iran mollahcratique, C. Djavann a pris &#224;
revers tous les dispositifs du politiquement correct, qui
lan&#231;aient l'anath&#232;me contre la moindre critique qu'un
occidental aurait pu &#233;noncer sur l'islam ou l'islamisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bas les Voiles !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier ouvrage &#233;claire la signification du voile en
contre-champ, du point de vue des dizaines de millions de
femmes qui le subissent, sous l'effet de la plus imp&#233;rative
des contraintes : &#8220;le voile ou la mort&#8221; n'est pas une figure
de style en Iran, par exemple, y compris pour les femmes
non musulmanes. Cette contrainte, les n&#233;o-voil&#233;es
d'Occident affectent de ne pas la remarquer, en d&#233;cidant
de suspendre leur jugement sur la question. De fait, leur
trajectoire id&#233;ologique tend &#224; justifier discr&#232;tement cette
oppression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. Djavann analyse avec f&#233;rocit&#233; la posture pleine de
duplicit&#233; de &#8220;l'intellectuel musulman&#8221; patent&#233; : il ne peut
faire carri&#232;re que s'il s'abstient de d&#233;cortiquer les m&#233;canismes
de l'ali&#233;nation religieuse. En adoptant une posture
roublarde, expliquer aux autres que l'islam n'est pas ce
qu'ils croient, il entend se pr&#233;senter comme un interm&#233;diaire,
n&#233;cessairement mod&#233;r&#233;, bref, un interlocuteur
fonctionnellement privil&#233;gi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais C. Djavann conna&#238;t de l'int&#233;rieur l'histoire intellectuelle
du monde musulman et elle a beau jeu de rappeler
que tous les esprits qui sont invoqu&#233;s pour manifester au
monde la qualit&#233; de la culture islamique ont &#233;t&#233; en leur
temps des &#8220;h&#233;r&#233;tiques&#8221;, des d&#233;viants, condamn&#233;s par la
tradition et les autorit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. Djavann ose le dire sans d&#233;tour : la libert&#233; religieuse
revendiqu&#233;e aujourd'hui par les sectateurs de l'islamisme
est celle de s'ali&#233;ner. Les termes comme &#8220;foulard&#8221;, &#8220;bandeau&#8221;
(les islamistes n'avaient pas encore tent&#233; de modifier
le sens du mot &#8220;bandana&#8221;), ne sont qu'hypocrisies de
langage ou l&#226;chet&#233;s s&#233;mantiques, pour &#233;viter de prononcer
le mot &#8220;voile&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cri d'analyse de C. Djavann souligne la mauvaise
conscience professionnelle des intellectuels fran&#231;ais,
paralys&#233;s face aux men&#233;es de l'islamisme. Elle rappelle cet
&#233;l&#233;ment d&#233;cisif : la grande majorit&#233; des immigr&#233;s d'origine
musulmane en France se disant eux-m&#234;mes religieusement
indiff&#233;rents, pourquoi faudrait-il les livrer aux mollahs
ou aux imams ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que pense Allah de l'Europe ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me texte repose sur une ambition beaucoup plus
forte encore : il s'agit d'un v&#233;ritable manuel de d&#233;construction
de la logique islamiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auteure commence par balayer les objections les plus
courantes qui gr&#232;vent toute discussion argument&#233;e sur le
sujet :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; la critique d'une religion n'a en soi rien de raciste&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; la situation fran&#231;aise n'est pas une &#8220;exception&#8221;, le
probl&#232;me que l'islamisme pose dans cette soci&#233;t&#233; se
retrouve dans les autres soci&#233;t&#233;s europ&#233;ennes.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; la duplicit&#233; m&#233;thodique du discours islamiste
implique une offensive &#224; l'oeuvre (avec une strat&#233;gie
de long terme), ce que confirme l'homog&#233;n&#233;it&#233; des
discours islamistes sur tout le continent europ&#233;en, et
leurs mutations simultan&#233;es&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;C. Djavann explique que l'ancien &#8220;voile&#8221; musulman a toujours
&#233;t&#233; discriminateur, mais que l'islamisme l'a transform&#233;
en une arme de pros&#233;lytisme &#8220;moderne&#8221;, que les
voil&#233;es, enfin, ne doivent jamais &#234;tre prises pour elles-m&#234;mes
(leurs d&#233;clarations sont changeantes et soumises &#224;
des strat&#233;gies qu'elles ne ma&#238;trisent pas), mais consid&#233;r&#233;es
comme un instrument pour un universalisme qui se
pr&#233;sente comme &#8220;religieux&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette consanguinit&#233; entre islam et islamisme parcourt en
filigrane tout le livre. Parlant du pays qu'elle conna&#238;t si
bien, l'Iran, elle rappelle que l'islamisme, comme l'islam,
veut que les femmes soient mariables d&#232;s l'&#226;ge de 9 ans,
conform&#233;ment &#224; ce que les textes canoniques laissent
entendre sur le proph&#232;te et sa quatri&#232;me &#233;pouse. Pour
eux, l'interpr&#233;tation des textes ne fait pas d&#233;bat, bien que
cette v&#233;rit&#233; soient minor&#233;e par les compagnons de route
de l'islam et les intellectuels culpabilis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;monstration prend toute sa force &#224; partir du
moment o&#249; l'auteure explique que le voile est un dispositif
central pour la cr&#233;ation d'une soci&#233;t&#233; islamiste (ou
d'une contre-soci&#233;t&#233; en cas de situation minoritaire de
l'islam). Or, c'est pr&#233;cis&#233;ment autour de ce &#8220;maudit fichu&#8221;
(comme disait Bourguiba) que peut s'instituer une telle
soci&#233;t&#233;. C. Djavann souligne que le voile ravale la femme
&#224; une situation de sous-humain (cet attribut vestimentaire,
charg&#233; de la &#8220;prot&#233;ger&#8221; de &#8220;l'impuret&#233;&#8221; est pr&#233;cis&#233;ment
ce qui d&#233;signe et ratifie son impuret&#233; ontologique). Il
r&#233;duit la femme &#224; une dimension sexuelle et reproductive,
et r&#233;unit les femmes musulmanes en un cheptel qu'il
s'agit de contr&#244;ler pour &#233;tendre le pouvoir islamiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'islam est pos&#233; en corps total, collectif, une &#8220;communaut&#233;&#8221;
charnelle, analyse qui renvoie tout &#224; coup, apparemment
sans que C. Djavann s'en doute, aux analyses
de Claude Lefort sur le totalitarisme (dont le fantasme
id&#233;ologique de fusion en Peuple Un est caract&#233;ristique) (1). Le totalitarisme islamique est tout entier
tendu, comme les totalitarismes ant&#233;rieurs, &#224; recr&#233;er
une communaut&#233; factice et manipul&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. Djavann a v&#233;cu la mani&#232;re dont la tactique islamiste a
&#233;t&#233; mise en oeuvre en Iran, comment son offensive s'est
d&#233;ploy&#233;e selon des lignes de force rep&#233;rables et qu'elle
retrouve aujourd'hui en Occident. Elle adjure de ne pas
sous-estimer cette tactique, ce &#8220;djihad souterrain&#8221;, qui
vise &#224; une islamisation du terrain social, en convertissant
les ressentiments et les frustrations, vrais ou suppos&#233;s, en
&#233;nergie religieuse manipulable. Elle alerte les soci&#233;t&#233;s
europ&#233;ennes pour que celles-ci pr&#233;servent le social de l'intrusion
de l'islam, et appelle &#224; une &#8220;Europe sociale&#8221; (mais
l&#224;, elle a peu de chances d'&#234;tre entendue) (2).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle souligne qu'il ne s'agit pas d'un &#8220;communautarisme&#8221;
visant au d&#233;veloppement s&#233;par&#233; d'une contre-soci&#233;t&#233;, car
le caract&#232;re offensif des demandes de juridiction s&#233;par&#233;es
rel&#232;ve d'un confessionnalisme conqu&#233;rant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son analyse de la d&#233;nonciation de l'&#8220;islamophobie&#8221; est
l'un des passages les plus forts de son livre. C. Djavann
donne &#224; voir, avec la force et la simplicit&#233; que permet la
comparaison historique avec le cas iranien, que ces th&#233;matiques
pr&#233;tendument identitaires ne peuvent se
construire que sur la d&#233;nonciation ind&#233;finiment ressass&#233;e
d'une suppos&#233;e phobie &#224; l'&#233;gard de cette identit&#233;, sinon
path&#233;tiquement vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. Djavann ose rappeler qu'aucune religion ne peut se
r&#233;former elle-m&#234;me (et surtout pas un monoth&#233;isme qui
se consid&#232;re comme ayant vocation &#224; devenir majoritaire).
Le christianisme ne s'est pas transform&#233; tout seul,
mais sous l'effet du dialogue des esprits r&#233;tifs de la
Renaissance avec les auteurs de l'Antiquit&#233; pr&#233;-chr&#233;tienne,
malgr&#233; les autorit&#233;s eccl&#233;siastiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et elle d&#233;finit enfin un crit&#232;re parfait : les soci&#233;t&#233;s musulmanes
n'auront &#233;chapp&#233; &#224; leurs vieux d&#233;mons que le jour
o&#249; un musulman pourra y exprimer publiquement des
pens&#233;es blasph&#233;matoires, sans risquer pour autant sa vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les manoeuvres du silence&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effet cumul&#233; de ces deux ouvrages est terrible pour les
compagnons de route de l'islamisme, comme pour ses
tenants. Ces textes ont la simplicit&#233; et la clart&#233; d'une
d&#233;monstration assise sur une exp&#233;rience vivante et douloureuse.
C. Djavann, comme tant de femmes qui s'efforcent
d'&#233;chapper &#224; l'obscurantisme islamiste, a connu de
trop pr&#232;s le danger, pour se bercer d'illusions. Mais cette
exp&#233;rience est si aigu&#235; qu'elle se trouve au fond dans la
situation de ceux qui avaient per&#231;u tr&#232;s t&#244;t la nature du
national-socialisme ou du stalinisme : ils sont soup&#231;onn&#233;s
d'exag&#233;rer, &#224; la suite d'un inexplicable trouble de l'entendement,
ou d'un ressentiment secret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ses analyses ressort une inqui&#233;tude tenace dont la profondeur
ne peut-&#234;tre diminu&#233;e : l'islamisme ne peut, ni ne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;veut, rien d'autre que convertir les frustrations effectives
ou suppos&#233;es, sociales, etc., en &#233;nergie religieuse, dans
une logique de pouvoir sans frein. Dans l'ambiance de
d&#233;composition historique qui se d&#233;ploie depuis une trentaine
d'ann&#233;es, il ne peut que trouver des conditions favorables
&#224; son d&#233;veloppement. Il se pose, de fait, en avant-garde
dynamique de la r&#233;gression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette attitude donne &#224; penser, bien que l'affaire n'en soit
qu'aux pr&#233;liminaires, qu'un troisi&#232;me assaut historique
de l'islam a commenc&#233; sur l'Europe. C'est dans ces
termes, en tout cas, que les partisans de l'islamisme sous
toutes ses formes, des Fr&#232;res musulmans plus ou moins
patent&#233;s aux wahabbites pros&#233;lytes et missionnaires et
aux salafistes djihadistes, per&#231;oivent et d&#233;crivent leur
propre action dans les textes destin&#233;s aux fid&#232;les.
La prise de conscience de cette dimension offensive est
peu &#224; peu per&#231;ue en Europe, bien qu'elle soit entrav&#233;e par
d'innombrables diversions. Les discours de l'extr&#234;me
droite ont trop longtemps cri&#233; &#8220;au loup&#8221; et disqualifi&#233;
cette interrogation, au moins aupr&#232;s de la sph&#232;re intellectuelle
et militante. Mais dans les profondeurs de la soci&#233;t&#233;,
dans le pays r&#233;el, o&#249; r&#232;gne l'indiff&#233;rence aux d&#233;bats
politiques, on se fie davantage &#224; l'instinct. D&#232;s lors que le
verrouillage du pays formel sur le pays r&#233;el est lev&#233;, pour
une raison annexe, comme un calcul politique, une mesure
de diversion ou une r&#233;action &#224; la cr&#233;ation d'un Conseil
du culte musulman satellis&#233; par les int&#233;gristes (cf. l'affaire
du voile en France, en 2003), la pression se r&#233;v&#232;le &#234;tre
presque unanime. Il y a l&#224; une &#233;nergie sociale pr&#234;te &#224; se
manifester. Toute la sph&#232;re de l'islamo-gauchisme et de
l'islamo-stalinisme a bien senti &#224; quel point elle &#233;tait en
d&#233;calage avec le pays r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces id&#233;ologues, lamin&#233;s fin 2003 et d&#233;but 2004, au
moment du d&#233;bat public, ont entrepris une action de
longue haleine pour prendre leur revanche.
L'extraordinaire bombardement id&#233;ologique que ces producteurs
professionnels de discours ont lanc&#233; apr&#232;s le
vote de la loi sur le port de signes religieux dans les &#233;coles
publiques en est la trace pour le moment impuissante.
Mais aucun d'entre eux ne semble avoir os&#233; tent&#233; de
r&#233;pondre aux deux ouvrages de Chahdortt Djavann.
Dans la tradition id&#233;ologique qui est la leur, on ne r&#233;pond
pas &#224; un argumentaire adverse, on l'ignore tant qu'on ne
peut &#233;liminer son auteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paris, le 23 f&#233;vrier 2005&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;1 Dans cette comparaison, l'islamisme ne se distingue que par
le caract&#232;re nettement plus primitif des leviers de pouvoir qu'il
pr&#233;tend d&#233;velopper, caract&#232;re primitif qui n'est pas synonyme
de faiblesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 Il est assez frappant de constater que l'ensemble des discours
tenus sur cette question, y compris les ouvrages de C. Djavann,
escamote l'analyse des pr&#233;tendus r&#233;gimes d&#233;mocratiques occidentaux,
alors qu'ils sont en pleine involution qualitative depuis
une trentaine d'ann&#233;es.
De fait, ils ont r&#233;gress&#233; vers leur matrice oligarchique, qui utilise
des m&#233;thodes et des leviers similaires, mais au profit de cercles
restreints de la population. Il est assez compr&#233;hensible que,
pour quelqu'un venant d'un pays o&#249; r&#232;gne le totalitarisme
musulman, l'&#233;tat des soci&#233;t&#233;s occidentales, ind&#233;pendamment
de leur r&#233;gime politique effectif, paraisse &#8220;d&#233;mocratique&#8221;. Les
commentateurs d'origine occidentale n'ont, quant &#224; eux, aucune
excuse pour les approximations dont ils se gargarisent sur la
&#8220;d&#233;mocratie&#8221;.
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Faut-il confondre &#171; choc &#187; et &#171; conflit &#187; de civilisations ?</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?270-faut-il-confondre-choc-et-conflit</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?270-faut-il-confondre-choc-et-conflit</guid>
		<dc:date>2009-10-17T17:05:11Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Gauchisme</dc:subject>
		<dc:subject>Relativisme</dc:subject>
		<dc:subject>Fargette G.</dc:subject>
		<dc:subject>Prospective</dc:subject>
		<dc:subject>Religion</dc:subject>
		<dc:subject>G&#233;opolitique</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre</dc:subject>
		<dc:subject>Islam</dc:subject>
		<dc:subject>Empire</dc:subject>
		<dc:subject>Multiculturalisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Deux textes publi&#233;s dans la revue &#171; Ni patrie ni fronti&#232;res &#187; n&#176;3 et 4 http://www.mondialisme.org/spip.php... http://www.mondialisme.org/spip.php... FAUT-IL CONFONDRE &#171; CHOC &#187; et &#171; CONFLIT &#187; ? Guy Fargette - 23 janvier 2004 L'article publi&#233; en 1993 par Samuel Huntington dans Foreign Affairs, s'intitulait &#171; The Clash of Civilizations ? &#187; et a suscit&#233;, aux &#201;tats-Unis, une s&#233;rie de d&#233;bats et de pol&#233;miques consid&#233;rable. L'expression est emprunt&#233;e &#224; l'historien Bernard Lewis, &#171; ce (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-83-geopolitique-+" rel="tag"&gt;G&#233;opolitique&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-226-multiculturalisme-+" rel="tag"&gt;Multiculturalisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Deux textes publi&#233;s dans la revue &#171; Ni patrie ni fronti&#232;res &#187; n&#176;3 et 4&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.mondialisme.org/spip.php?article117&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.mondialisme.org/spip.php...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.mondialisme.org/spip.php?article333&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.mondialisme.org/spip.php...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;FAUT-IL CONFONDRE &#171; CHOC &#187; et &#171; CONFLIT &#187; ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Guy Fargette&lt;/i&gt; - 23 janvier 2004&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'article publi&#233; en 1993 par Samuel Huntington dans Foreign Affairs, s'intitulait &#171; The Clash of Civilizations ? &#187; et a suscit&#233;, aux &#201;tats-Unis, une s&#233;rie de d&#233;bats et de pol&#233;miques consid&#233;rable. L'expression est emprunt&#233;e &#224; l'historien Bernard Lewis, &#171; ce n'est rien moins qu'un choc des civilisations &#187; (p. 33 du livre The Roots of Muslim Rage, paru en 1990). Huntington a r&#233;dig&#233; en 1996 un ouvrage portant le m&#234;me titre, sans le point d'interrogation. Il y &#233;toffe son argumentation initiale. Cet ancien professeur de l'universit&#233; de Yale a fait partie des &#233;quipes du gouvernement am&#233;ricain. Certains de ses d&#233;tracteurs l'accusent d'avoir contribu&#233; &#224; la politique militaire am&#233;ricaine au Vietnam. Il a, en tout cas, exerc&#233; une fonction d' &#171; expert &#187; aupr&#232;s du Conseil national de s&#233;curit&#233; am&#233;ricain sous Carter. Il est depuis revenu &#224; l'universit&#233;, de Harvard, o&#249; il dirige le John M. Olin Institute of Strategic Studies. Il passe pour un homme de centre droit, sans pouvoir &#234;tre rattach&#233; &#224; aucun des deux grands partis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le retentissement exceptionnel de sa th&#232;se ne semble comparable qu'&#224; l'&#233;cho rencontr&#233; par le texte de George Kennan, qui &#233;tablissait en 1946 les grandes lignes de l'analyse am&#233;ricaine sur l'affrontement de la &#171; guerre froide &#187; &#224; venir. Cela implique qu'il s'agit d'une discussion majeure interne &#224; la sph&#232;re dirigeante de l'oligarchie am&#233;ricaine, qui se trouve simultan&#233;ment en mesure de se diffuser assez largement dans l'ensemble de la population. Une telle dimension interdit de traiter les positions de Huntington avec d&#233;sinvolture. Elles constituent en elles-m&#234;mes un sympt&#244;me fondamental de ce qui est au fondement actuel des prises de d&#233;cision et de consensus politique aux &#201;tats-Unis, ce qui rencontre d'ailleurs l'intention explicite de cet auteur, qui entend d&#233;finir une cartographie pragmatique pour la strat&#233;gie de l'&#201;tat am&#233;ricain au cours des prochaines d&#233;cennies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;S'int&#233;resser &#224; ce qu'a effectivement &#233;crit Huntington&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut d'abord transcrire et r&#233;sumer ce qu'a effectivement &#233;crit Samuel Huntington, car le plus frappant, c'est de voir l'&#233;trange mauvaise foi dont le nom m&#234;me de cet auteur est entour&#233; en France, au point de dissuader toute v&#233;rification sur ses textes. Ce biais se trahit par une falsification constante : on affecte de croire qu'il a intitul&#233; son livre &#171; la guerre des civilisations &#187;. Huntington recommande au contraire explicitement d'&#233;viter d'envenimer les rapports entre civilisations afin de pr&#233;venir des situations de guerre qui seraient grosses de complications interminables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a r&#233;dig&#233; son article initial en r&#233;action aux positions de Fukuyama (sur la fin de l'histoire et la fin des conflits apr&#232;s la guerre froide). Le livre de ce dernier, paru &#224; la fin de 1992, consid&#233;rait que le seul concurrent des &#201;tats-Unis s'&#233;tant &#233;vapor&#233;, une &#232;re d'h&#233;g&#233;monie et de prosp&#233;rit&#233; allait s'ouvrir pour le monde entier, o&#249; il n'y aurait plus que des questions &#171; techniques &#187; &#224; r&#233;soudre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Huntington constate au contraire que les conflits vont paradoxalement en se multipliant, mais par en bas, que l'Occident est sorti &#233;puis&#233; de la guerre froide et ne peut plus pr&#233;tendre &#224; l'h&#233;g&#233;monie mondiale dont il avait b&#233;n&#233;fici&#233; au XIXe si&#232;cle, que l'on assiste &#224; l'apparition in&#233;luctable d'une multipolarisation, &#224; la place de l'ancienne bipolarisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien plus, il lui appara&#238;t que la fin de la guerre froide a laiss&#233; un vide identitaire, qui ne semble trouver de solution que dans un repli sur des r&#233;f&#233;rences culturelles profondes. Il ne s'agit pas d'une simple r&#233;gression, car le ph&#233;nom&#232;ne de la mondialisation y a sa part, en mettant en pr&#233;sence imm&#233;diate, les unes face aux autres, les grandes aires culturelles qui formaient des mondes relativement &#233;tanches depuis des mill&#233;naires. &#192; l'occasion de ce contact, on se d&#233;finit autant par ce que l'on n'est pas que par ce que l'on est. Personne ne peut dire combien de temps cela suffira &#224; motiver les comportements individuels et collectifs. Huntington s'attache longuement &#224; cerner ce qu'est une &#171; civilisation &#187;, c'est-&#224;-dire une culture au sens large, s'autoreproduisant et ne pouvant fusionner avec les autres. Il d&#233;fend l&#224; une forme de diff&#233;rentialisme, mais qui ne se situe pas sur un terrain racial ou ethnique. Il se r&#233;f&#232;re &#224; un grand nombre d'auteurs connus, de Braudel &#224; Spengler, en passant par Toynbee, etc. , et consid&#232;re que dans les d&#233;cennies &#224; venir ce processus de multipolarisation entre quelques grandes civilisations va pr&#233;valoir, mais sans en faire une cl&#233; de lecture historique durable : il affirme ne pouvoir deviner ce qui pourrait s'imposer comme type de conflit dans une cinquantaine d'ann&#233;es. Son analyse ne pr&#233;tend pas d&#233;passer l'horizon du moyen terme, ce que ses d&#233;tracteurs ne se donnent jamais la peine de reconna&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pessimisme sous-jacent de sa vision est ind&#233;niable : les &#234;tres humains trouvent toujours des raisons de se faire la guerre, et quand ils n'en ont plus, ils peuvent s'en inventer. Son analyse sur le &#171; choc des civilisations &#187; s'alimente &#224; ce &#171; pragmatisme &#187; pessimiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa d&#233;finition des civilisations est n&#233;cessairement tr&#232;s floue (il admet qu'il n'existe pas de ligne de partage pr&#233;cise), mais il consid&#232;re qu'il existe des p&#244;les tr&#232;s marqu&#233;s et dont aucun ne peut l'emporter sur les autres. Comme son objet est une cartographie des rapports de force, il s'int&#233;resse aux sept ou huit principales zones susceptibles d'avoir une importance dans les liens internationaux et r&#233;gionaux et en vient &#224; les d&#233;finir par une corr&#233;lation avec l'attachement culturel le plus profond et le plus ancien, la religion, bien que pour l'Occident, il h&#233;site : c'est la seule grande aire culturelle qui n'ait pas invent&#233; sa propre religion, qui vive avec deux variantes &#224; peu pr&#232;s aussi fortes l'une que l'autre, le catholicisme et le protestantisme, et qui se d&#233;finit tout autant par des crit&#232;res &#233;trangers &#224; la religion, le &#171; r&#232;gne du droit et de la loi &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se laisse cependant parfois guider par cette corr&#233;lation, et para&#238;t tomber dans un pi&#232;ge m&#233;tonymique. Ses remarques sur la dynamique encore actuelle de diffusion des religions, en Am&#233;rique latine, en Chine ou en Afrique, sont n&#233;anmoins d'un int&#233;r&#234;t certain. Le foss&#233; qui s'&#233;largit sur cette question entre l'Europe et les &#201;tats-Unis m&#233;rite &#233;galement d'&#234;tre pris en compte (depuis une vingtaine d'ann&#233;es, la croyance en un Dieu s'&#233;tend dans le nouveau monde, alors qu'elle r&#233;gresse toujours en Europe).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grandes civilisations lui paraissent les suivantes : occidentale, chr&#233;tienne orientale, musulmane, chinoise, japonaise, bouddhiste, africaine (potentielle), et latino-am&#233;ricaine (cette derni&#232;re pourrait &#233;ventuellement s'int&#233;grer &#224; l'Occident). Il &#233;lude avec prudence l'id&#233;e que la religion juive pourrait d&#233;signer une civilisation &#233;galement autonome (il semble laisser ouverte la possibilit&#233; qu'elle soit une partie de l'Occident), mais comme elle n'a pas les dimensions d&#233;mographiques qui en font une civilisation importante, le sujet n'est pas approfondi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La question qu'il se pose&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question fondamentale qu'il se pose est la suivante : quels conflits peuvent d&#233;g&#233;n&#233;rer et s'&#233;largir de fa&#231;on incontr&#244;l&#233;e ? Et, son corollaire, lesquels ne sont pas v&#233;ritablement dangereux pour la paix du monde ? Le &#171; mod&#232;le &#187; qu'il avance pr&#233;sente un pouvoir explicatif tr&#232;s net pour certains types de conflits interminables tels que ceux de Chypre, de Yougoslavie, du Caucase (1), du Proche-Orient (Liban, Palestine), du Kossovo, du Soudan, d'&#201;rythr&#233;e, de la tension entre Inde et Pakistan, ou des gu&#233;rillas aux Philippines et dans certains recoins de l'Indon&#233;sie (C&#233;l&#232;bes et Timor), de Ceylan, de l'Assam, de la Birmanie (pour l'Arakan, les Karens), etc. La nature transfrontali&#232;re de ces conflits, le fait qu'il soit difficile de les classer comme intra- ou inter-&#233;tatiques, re&#231;oit l&#224; un &#233;clairage fondamental. Mieux, quelques absences de conflits trouvent aussi une explication assez convaincante, comme l'apaisement de la situation entre l'Ukraine et la Russie. (2)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La dynamique sp&#233;cifique d'un conflit de civilisation&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'un conflit local se d&#233;clare sur une ligne de faille entre civilisations distinctes, il n'y a pas de compromis durable possible. &#192; la diff&#233;rence d'une querelle portant sur le partage d'int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels, de ressources, etc., toujours susceptible de m&#233;diation et de partage final, les participants d'un conflit de civilisation ne sont pas port&#233;s &#224; composer. Les franges extr&#234;mes, tout &#224; fait minoritaires au d&#233;part, tendent &#224; devenir motrices dans la dynamique de l'affrontement. Livr&#233; &#224; lui-m&#234;me, ce type d'antagonisme ne peut que s'envenimer, jusqu'&#224; &#233;puisement des combattants ou liquidation d'un des camps (par l'extermination ou l'exil). Les guerres civilisationnelles, m&#234;me avec des moyens r&#233;duits, se caract&#233;risent par une violence consid&#233;rable, susceptible de d&#233;clencher le g&#233;nocide, ou des exils de masse. Elles ne sauraient trouver en elles-m&#234;mes les moyens d'une solution raisonnable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette dynamique sinistre, assez difficile &#224; &#233;tudier avec froideur, semble pointer vers de si sombres perspectives que la plupart des commentaires se r&#232;glent sur de n&#233;cessaires diversions. L'affaire de Palestine, qui correspond &#224; ce sch&#233;ma depuis plus de cinquante ans, a abondamment permis de v&#233;rifier la propension des commentateurs &#224; se leurrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les p&#244;les du monde multipolaire&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Huntington passe ensuite &#224; la hi&#233;rarchisation interne &#224; chaque grande aire civilisationnelle : certains &#201;tats sont plus &#233;gaux que d'autres dans leur zone et y assument une position phare. Ce sont les vrais p&#244;les du monde multipolaire en cours de constitution. Leur r&#244;le est consid&#233;rable car un conflit de civilisation local tend &#224; s'&#233;tendre inexorablement, en faisant appel de proche en proche aux puissances secondaires, jusqu'&#224; concerner les &#201;tats-phares eux-m&#234;mes, quand ils existent. Ces grands &#201;tats sont en mesure de mod&#233;rer les conflits, tant qu'ils ont le sentiment que leur h&#233;g&#233;monie n'est pas menac&#233;e dans leur propre zone. Le probl&#232;me devient plus d&#233;licat quand il n'existe pas d'&#201;tat-phare, comme dans la zone musulmane, per&#231;ue par Huntington comme fondamentalement unitaire, par-del&#224; les diff&#233;rences d'histoire, de soci&#233;t&#233;, et malgr&#233; son extension g&#233;ographique. Huntington souligne aussi &#224; quel point le rapport entre l'Occident et le reste du monde est d&#233;terminant. C'est, en termes &#171; classiques &#187;, la contradiction principale, et il insiste beaucoup pour que l'Occident ne tente pas d'imposer ses valeurs aux autres r&#233;gions du monde (ce que ses d&#233;tracteurs passent syst&#233;matiquement sous silence, car par un &#233;trange renversement, ils consid&#232;rent comme allant de soi qu'il faut toujours diffuser les valeurs occidentales, per&#231;ues comme universelles, au monde entier). Le pros&#233;lytisme &#171; civilisationnel &#187; est pour Huntington une cause d'exacerbation des ressentiments, grosse de drames ult&#233;rieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les deux types de conflit &#224; pr&#233;venir&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Huntington d&#233;taille les deux grands types de conflit qui peuvent se produire et qui auraient des cons&#233;quences d&#233;sastreuses pour tous, notamment pour l'Occident :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Soit une rivalit&#233; globale.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Il existe ainsi un danger, non imm&#233;diat mais permanent et qui ira en s'aggravant, d'affrontement entre les &#201;tats-Unis et la Chine, &#233;tant donn&#233; la croissance &#233;conomique, &#224; ses yeux irr&#233;pressible, de cette tr&#232;s ancienne civilisation.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Soit une s&#233;rie de conflits locaux, mena&#231;ant de s'envenimer peu &#224; peu et se d&#233;veloppant irr&#233;sistiblement.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Il rappelle la s&#233;rie d'affrontements survenus apr&#232;s 1990, o&#249; il per&#231;oit la pr&#233;valence d'une implication d'un camp islamique (dans 50 % des affrontements environ). C'est en fait tout le pourtour de la zone de civilisation musulmane qui est susceptible de s'embraser, comme si la coexistence avec une autre civilisation y &#233;tait plus difficile que pour les autres. Il ne prend pas en compte le fait que les zones fronti&#232;res de l'islam sont essentiellement terrestres, mais il pourrait sans doute r&#233;pondre que l'histoire n'a pas connu de r&#233;gion musulmane qui ait pu cesser de l'&#234;tre sans d&#233;faite militaire de l'islam. La sortie libre et pacifique de l'islam a &#233;t&#233; en effet exclue par le proph&#232;te et ce principe a &#233;t&#233; fid&#232;lement appliqu&#233; depuis plus de mille quatre cents ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Huntington consid&#232;re que le dynamisme d&#233;mographique de cette aire musulmane rend la situation tr&#232;s difficile &#224; contr&#244;ler, aussi bien en son sein que sur son pourtour. Il ne distingue pas les diff&#233;rentes zones musulmanes, qui pr&#233;sentent pourtant de notables divergences de comportement sur ce terrain. L'Asie centrale anciennement &#171; sovi&#233;tique &#187; a par exemple achev&#233; sa transition d&#233;mographique, et sa population est totalement alphab&#233;tis&#233;e, deux traits qui la distinguent profond&#233;ment des p&#244;les du dynamisme islamiste, comme le Pakistan, l'Arabie saoudite et plus anciennement l'Iran.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette croissance d&#233;mographique ne se stabilisera que vers 2020-2030, ce qui devrait alors all&#233;ger les tensions. Il note surtout que l'absence de r&#233;gulations internes semble &#234;tre un probl&#232;me sp&#233;cifique de ce monde musulman d&#233;chir&#233; par les guerres civiles, les guerres entre &#201;tats et les rivalit&#233;s r&#233;gionales. La r&#233;sultante globale est n&#233;anmoins une augmentation in&#233;luctable de puissance du monde islamique : Huntington distingue la &#171; modernisation &#187; (adaptation &#224; un monde urbain, technique, productif, etc.), qu'il voit en marche dans ces pays, de &#171; l'occidentalisation &#187;, qui rendrait les processus sociaux &#171; homoth&#233;tiques &#187; &#224; ceux de l'Occident. Il insiste sur le fait que l'affrontement Islam-Cccident est d'ores et d&#233;j&#224; une r&#233;alit&#233; depuis une vingtaine d'ann&#233;es. Elle se manifeste de mani&#232;re asym&#233;trique, opposant des attentats &#224; des interventions &#233;conomico-militaires. La liste qu'il fournit produit un effet d'accumulation convaincant, ce qui est sans doute pour beaucoup dans la rage de ses d&#233;tracteurs et dans l'adh&#233;sion plus silencieuse de ses partisans. L'intention explicite de l'auteur est d'&#233;viter &#224; l'Occident, qui conna&#238;t un lent d&#233;clin depuis 1920 environ, une guerre importante et d&#233;sastreuse. Il recommande une ligne strat&#233;gique de pr&#233;servation de l'avenir, analogue &#224; une navigation en eaux peu profondes, et adjure de ne pas se laisser gagner par une ivresse de puissance qui durera beaucoup moins longtemps qu'on ne le croit aujourd'hui. La grande question non r&#233;solue lui para&#238;t li&#233;e &#224; la Chine : quand cette puissance pr&#233;tendra &#224; l'h&#233;g&#233;monie sur l'Asie orientale, que feront les &#201;tats-Unis ? (3) H&#233;ritiers de la puissance britannique, ils ont toujours refus&#233; de laisser une seule puissance continentale dominer l'Europe, ou l'Asie. De plus, les &#201;tats-Unis n'ont jamais d&#233;l&#233;gu&#233; &#224; d'autres le &lt;i&gt;containment&lt;/i&gt; d'un rival. Ils se mettent toujours en premi&#232;re ligne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il lui para&#238;t en tout cas vital d'&#233;viter une intervention d'une puissance dans un conflit interne &#224; une autre civilisation (par exemple entre la Chine et le Vietnam), &#224; une restriction pr&#232;s : si des &#171; int&#233;r&#234;ts vitaux &#187; sont en jeu. Ce fut le cas de l'invasion du Kowe&#239;t par l'Irak en 1990, puisqu'il s'agissait de savoir qui contr&#244;lerait l'approvisionnement mondial en p&#233;trole (4). Il reste qu'une telle &#171; exception &#187; peut inverser nombre de recommandations induites par ses th&#232;ses, qui ne fournissent pas n&#233;cessairement de perspectives claires. On le voit &#224; son analyse sur les guerres r&#233;centes des Balkans. Il brosse un curieux tableau de l'implosion de la Yougoslavie. Il regrette que les &#201;tats-Unis aient fini par jouer un r&#244;le de substitut d'&#201;tat-phare musulman pour calmer les choses. Il con&#231;oit qu'il s'est agi d'une Realpolitik, mais consid&#232;re, contre l'&#233;vidence, que l'intervention am&#233;ricaine a prolong&#233; la guerre. Il sait tr&#232;s bien que les Serbes furent les agresseurs, mais en disciple de Machiavel il ne se pose gu&#232;re de question morale. Le fond de sa position repose sur le fait que la pr&#233;sence d'un &#201;tat &#224; base musulmane lui para&#238;t contre-indiqu&#233;e sur le sol europ&#233;en. Ce type d'analyse laisse entrevoir la profondeur des r&#233;sistances des &#201;tats occidentaux &#224; la cr&#233;ation d'une grande Albanie ou d'un &#201;tat bosniaque musulman ind&#233;pendant. Le maintien de fictions comme une Bosnie multi-ethnique et un Kossovo comme province de Serbie, pourrait &#234;tre bien plus durable que la r&#233;alit&#233; r&#233;gionale ne l'exige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il passe surtout &#224; c&#244;t&#233; du fait que les &#201;tats-Unis sont intervenus pour assurer la stabilit&#233; des marches de &#171; l'empire d'Occident &#187;, bien qu'il soit conscient que l'unit&#233; de l'Occident soit fondamentale pour sa pr&#233;servation &#224; terme. Il demeure que l'analyse de Huntington &#233;claire la logique des orientations strat&#233;giques nouvelles des &#201;tats-Unis :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Etendre l'Otan aux bornes de l'Occident (c'est-&#224;-dire incorporer les &#201;tats baltes, la Pologne, la Tch&#233;quie, la Slovaquie, la Slov&#233;nie et la Croatie), et s'arr&#234;ter l&#224;. Ce serait l'extension de l'Otan qui &#233;claire les &#233;largissements possibles de l'Union europ&#233;enne plut&#244;t que l'inverse (l'id&#233;e d'une adh&#233;sion turque, agit&#233;e &#224; la fin de 2002, n'est probablement qu'un mirage li&#233; aux op&#233;rations tactiques vis-&#224;-vis de l'Irak).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Le projet de s'affranchir du trait&#233; de limitation des d&#233;fenses antimissiles n'est pas &#224; vis&#233;e h&#233;g&#233;monique, mais doit servir &#224; mettre &#224; l'abri l'Occident d'un chantage du faible au fort. Il faut emp&#234;cher qu'un petit &#201;tat puisse se faire mena&#231;ant avec quelques missiles nucl&#233;aires ou chimiques.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Enfin, Huntington affiche sur le multiculturalisme une position tr&#232;s ferme : pour lui, le monde est multiculturel, pas les &#201;tats-Unis, ni l'Occident. Et il ne faut pas qu'il en soit ainsi. L'Occident, comme n'importe quelle autre civilisation, ne d&#233;finit sa coh&#233;rence qu'en se r&#233;f&#233;rant &#224; ses racines. Huntington ne tranche pas sur le probl&#232;me de l'int&#233;gration des hispanophones aux &#201;tats-Unis, mais la question le pr&#233;occupe visiblement, comme si l'ascendance indienne les pla&#231;ait dans une civilisation &#224; part. Il oublie en passant que ni l'Argentine ni le Chili ne sont, de toute fa&#231;on, justiciables d'une telle analyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'hostilit&#233; aux th&#232;ses de Huntington&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hostilit&#233; suscit&#233;e par les th&#232;ses de Huntington s'alimente d'abord &#224; son scepticisme tr&#232;s argument&#233; sur les possibilit&#233;s d'un m&#233;tissage de civilisations. Les textes les plus malhonn&#234;tes sur ses positions viennent significativement d'individus originaires du Proche-Orient, du Maghreb ou du Pakistan et vivant en Occident. (5)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Huntington consid&#232;re l'immigration comme une importation potentielle des querelles inter-civilisations. Il y voit une source de d&#233;chirement des soci&#233;t&#233;s d'accueil. Son analyse sur les soci&#233;t&#233;s divis&#233;s, comme la Turquie ou le Mexique, a elle aussi le m&#233;rite de souligner des dimensions de la r&#233;alit&#233; sociale et historique qui sont ordinairement escamot&#233;es par les analyses courantes. S'il se pose la question pour les &#171; latinos &#187; en Am&#233;rique du Nord, il consid&#232;re le danger comme beaucoup plus probable pour l'Europe o&#249; l'origine des migrants est nettement plus &#233;loign&#233;e du substrat civilisationnel local.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; quoi peut servir l'analyse &#171; civilisationnelle &#187; ? De &#171; notre point de vue &#187;, l'analyse de Huntington ne se comprend qu'&#224; la lumi&#232;re de l'&#233;clipse des mouvements sociaux. Huntington fournit une assez bonne description de l'&#233;tat de l'Occident, qu'il consid&#232;re comme se trouvant au stade de l'Empire universel sous pilotage am&#233;ricain, mais il n'est pas m&#233;content de la passivit&#233; sociale qui y r&#232;gne, et dont il ne souffle mot, alors que c'est une des sources les plus fondamentales des m&#233;canismes internes de r&#233;gression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La description faite de l'Occident ici-m&#234;me (dans L'Empire d'Occident, n&#176;8 du Cr&#233;puscule du XXe si&#232;cle, pp. 3-5, novembre 1999) rencontre la sienne sur de nombreux points mais avec une intention &#233;videmment inverse. Huntington d&#233;nonce la d&#233;composition des soci&#233;t&#233;s occidentales avec une nostalgie implicite du temps de leur splendeur conqu&#233;rante, bien que l'involution actuelle doive sans doute &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme le seul moyen pour la r&#233;sultante des forces sociales en pr&#233;sence de ne pas continuer sur la pente de l'&#233;mancipation humaine, source de conflits et de d&#233;chirements sociaux qui peuvent s'av&#233;rer d'une gravit&#233; au moins &#233;quivalente &#224; celle induite par des antagonismes de civilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Europe est incapable de rivaliser avec les &#201;tats-Unis parce que, livr&#233;es &#224; elles-m&#234;mes, les soci&#233;t&#233;s europ&#233;ennes retrouveraient leurs vieux r&#233;flexes d'&#201;tats-nations rivaux. Huntington per&#231;oit tr&#232;s bien le r&#244;le de trait d'union de la Grande-Bretagne par-dessus l'Atlantique et l'incapacit&#233; de l'Europe &#224; se d&#233;finir comme une ligue unitaire. Il consid&#232;re, avec probablement une tr&#232;s grande pertinence, que la solidarit&#233; du vieux continent avec l'Am&#233;rique du Nord est une condition de survie durable pour toutes les composantes de l'Occident. Sa caract&#233;risation de l'Union europ&#233;enne comme un semi-&#201;tat universel, pendant du pilier am&#233;ricain, m&#233;rite la r&#233;flexion : cette structure bic&#233;phale n'assume que partiellement des traits imp&#233;riaux. L'Empire &#233;tant le seul type d'&#201;tat universel connu dans l'histoire, l'Europe et les &#201;tats-Unis sont peut-&#234;tre en train d'en inventer une forme nouvelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, la pr&#233;valence de r&#233;f&#233;rences civilisationnelles, m&#234;me sur un mode aussi artificiel que l'islamisme radical, ne se comprend que comme une illustration de l'accroissement actuel du poids du pass&#233;. Peu importe qu'une id&#233;e soit factice, du moment qu'on se fait tuer pour elle. Mais une telle logique entretient d'&#233;troites relations avec les diverses variantes de totalitarisme apparues au XXe si&#232;cle. Elle ne peut durer plus de quelques d&#233;cennies, bien que cela puisse suffire &#224; aggraver les chocs historiques en cours. L'image courante du Moyen Age comme &#233;poque des T&#233;n&#232;bres historiques a beaucoup &#224; voir avec la nostalgie d'Empire qui le caract&#233;risa jusqu'au bout. Dans la p&#233;riode qui s'annonce, il y a peut-&#234;tre pire que le succ&#232;s des d&#233;rives imp&#233;riales qui se sont esquiss&#233;es : leur &#233;chec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; rebours de l'id&#233;e r&#233;volutionnaire qui trouve sa source dans le XVIIIe si&#232;cle, et qui aspire &#224; une refondation du monde &#224; partir du pr&#233;sent, le pass&#233; &#233;tant vou&#233; &#224; une abolition rapide, l'effet des pesanteurs socio-historiques anciennes semble redevenu &#233;crasant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'incroyable r&#233;gression historique que nous connaissons depuis une trentaine d'ann&#233;es r&#233;sulte d'une densification d'un pass&#233; aveugle et r&#233;gressif. Cet accroissement de poids sp&#233;cifique n'a pas re&#231;u d'explication satisfaisante, &#224; moins d'envisager un &#233;puisement historique d'une profondeur encore &#224; d&#233;terminer. Il est d'ailleurs probable que le refus de voir l'ampleur du recul historique ou l'incapacit&#233; &#224; en r&#233;aliser l'&#233;paisseur incite &#224; traiter l'argumentation de Huntington avec d'autant plus de r&#233;pulsion. La mani&#232;re qu'il a de poser les probl&#232;mes sugg&#232;re silencieusement un tel degr&#233; de d&#233;sastre qu'il est difficile de consid&#233;rer avec sang-froid. Il se positionne apr&#232;s la catastrophe. L'atmosph&#232;re intellectuelle qui pr&#233;vaut en France, avec sa mentalit&#233; de petit empire r&#233;publicain, fictif et coup&#233; du monde, renforce cette d&#233;n&#233;gation de la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;puisement actuel de toute perspective cr&#233;dible d'un passage &#224; une civilisation universelle comme le mouvement ouvrier pouvait l'esquisser dans son devenir mondial, est dans une certaine mesure compatible avec l'analyse de Huntington, qui d&#233;crit pourtant la d&#233;composition historique contemporaine en s'y adaptant. Un tel &#233;clairage est &#233;videmment &#233;tranger &#224; Huntington pour qui la question d'une abolition de l'exploitation et de la domination doit tenir de la chim&#232;re pure et simple6. L'incapacit&#233; de Huntington &#224; d&#233;finir l'originalit&#233; de l'Occident (la tendance &#224; l' &#171; auto-institution de la soci&#233;t&#233; &#187;, dans le vocabulaire de C. Castoriadis) est profond&#233;ment li&#233;e &#224; cette c&#233;cit&#233;, mais cela n'importe gu&#232;re pour son propos, qui se veut surtout descriptif et symptomatique et non explicatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Guy Fargette (5 /1/2003)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Notes&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;2 Le livre de Huntington fourmille de d&#233;tails &#233;trangement proph&#233;tiques. Ainsi, la mention sur l'importance retrouv&#233;e des drapeaux comme r&#233;f&#233;rence collective appara&#238;t d&#232;s le d&#233;but du premier chapitre (p 15-16).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 Exemple entre mille, l'article de Richard Holbrook, ancien ambassadeur am&#233;ricain au pr&#232;s de l'ONU, qui a supervis&#233; les n&#233;gociations entre la Chine et les &#201;tats-Unis en 1978, paru dans l'Herald Tribune du 3 janvier 2002, montre que les responsables de l'&#201;tat am&#233;ricain sont aujourd'hui extr&#234;mement conscients du caract&#232;re de plus en plus d&#233;licat et crucial des relations entre ces deux pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 Dans un entretien avec L'Express dat&#233; 25 octobre 2001, S. Huntington affirme qu'&#224; moins de trouver des preuves tangibles d'une implication de l'Irak dans les attentats du 11 septembre, d&#233;clencher une op&#233;ration militaire contre ce pays serait une grave erreur. Mais le degr&#233; d'implication de l'Arabie saoudite dans les attentats du 11 septembre n'&#233;tait pas encore manifeste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 Voir &#171; Le choc de l'ignorance &#187;, d'Edward Sa&#239;d, un professeur de litt&#233;rature compar&#233;e &#224; l'Universit&#233; de Columbia, dans Le Monde du 26 octobre 2001. C'est un tr&#232;s bel exemple de tir de barrage incroyablement confus. L'origine palestinienne de l'auteur explique largement sa rage, mais pas la faiblesse de ses critiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 Il est certain que toutes les vari&#233;t&#233;s d'islam consid&#233;reraient une insurrection ouvri&#232;re avec abolition des divisions de classe, &#233;mancipation des femmes, suppression de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, etc., comme infiniment plus intol&#233;rable que le r&#233;gime social am&#233;ricain actuel, pourtant consid&#233;r&#233; comme &#171; satanique &#187;. Dans le monde musulman, il ne semble pas qu'il y ait d'espace pour une r&#233;volution sociale lib&#233;ratrice, qui ouvrirait effectivement la voie &#224; une occidentalisation sup&#233;rieure de ces soci&#233;t&#233;s, et nous n'avons pas d'explication de cette impasse. Cette impossibilit&#233; est peut-&#234;tre tout aussi grande dans les civilisations chinoises, bouddhistes, etc., mais leur distance g&#233;ographique nous rend cet aspect moins visible.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quelques pr&#233;cisions sur Huntington et la politique &#233;trang&#232;re am&#233;ricaine&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Guy Fargette&lt;/i&gt; - 20 juin 2004&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Yves Coleman : Dans le num&#233;ro 3 de Ni patrie ni fronti&#232;res ont paru quatre de tes textes. &#171; Faiblesse des forces anti-guerre &#187; et &#171; Mis&#232;re de l'anti-guerre en Europe &#187; contiennent de s&#233;v&#232;res critiques des mouvements pacifistes ; &#171; D&#233;bats strat&#233;giques aux Etats-Unis &#187; et &#171; Faut-il confondre choc et conflits ? &#187; s'en prennent &#224; la mauvaise foi ou &#224; l'ignorance des intellectuels qui d&#233;molissent le livre de Huntington. Je voudrais d'abord t'interroger sur ce que les r&#233;volutionnaires auraient pu faire face &#224; la menace de guerre en Irak. Tu dis : &#171; essayer de comprendre &#187; et je ne peux que t'approuver mais cela ne me semble pas contradictoire avec le fait d'essayer d'agir dans au moins une direction : l'opposition irakienne. Savoir ce qu'elle pensait de la situation, r&#233;percuter ses demandes, d&#233;battre avec elle, etc., nous aurait peut-&#234;tre justement aid&#233;s &#224; mieux comprendre et avoir une action plus efficace.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guy Fargette : L'ennui, c'est que l'opposition irakienne &#233;tait totalement inaccessible aux arguments que nous aurions pu avancer. Les Kurdes avaient un int&#233;r&#234;t &#233;vident au renversement du r&#233;gime, par n'importe quel moyen. Les chiites du Sud sont soit sous influence iranienne soit dans une logique d'opposition interne, mais de toute fa&#231;on dans la sph&#232;re de l'islam politique. Hormis ces forces, qui ont un ancrage social effectif, il n'existait que des poussi&#232;res d'opposition, dont m&#234;me la CIA se m&#233;fiait, tant elles semblaient inconsistantes (le Conseil national irakien n'a pas d&#251; recevoir plus de 5 % des fonds pr&#233;vus, tant la m&#233;fiance &#233;tait grande depuis dix ans !). Cette question renvoie &#224; la c&#233;cit&#233; europ&#233;enne sur la nature du r&#233;gime baasiste, qui &#233;tait un authentique totalitarisme, avec ce que cela implique de d&#233;mesure et de ridicule. Il a pulv&#233;ris&#233; toute opposition qui n'&#233;tait pas ancr&#233;e dans des liens communautaires tr&#232;s profonds (Kurdes ou chiites). Les formes politiques plus &#171; classiques &#187; ont &#233;t&#233; soit extermin&#233;es, soit chass&#233;es du pays. Il ne s'agissait pas d'une simple &#171; dictature &#187; comme on l'a si souvent entendu. Les th&#233;matiques de gauche demeurent aveugles &#224; la nature des r&#233;gimes totalitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Y.C. : Tu dis, &#224; propos de l'Afghanistan, qu'une des motivations principales des Am&#233;ricains est d'&#233;craser le terrorisme int&#233;griste. Et tu critiques les pacifistes parce qu'ils ne veulent pas aborder le probl&#232;me. Mais ne crois-tu pas que cette chasse aux terroristes est vaine et illusoire ? D'abord, parce que, si ces gens-l&#224; sont bien organis&#233;s (et ils l'ont montr&#233; jusqu'ici), ils ont certainement pr&#233;vu que la r&#233;pression se d&#233;cha&#238;nerait sur eux, y compris sur l'Afghanistan. Ils ont sans doute aussi pr&#233;vu que la CIA, ou d'autres forces paramilitaires, enverrait des commandos les liquider aux quatre coins de la plan&#232;te, comme le fait le Mossad avec les cadres du Hamas et le Djihad islamique qu'elle &#233;limine &#224; tour de bras. Donc, face &#224; &#171; des groupes apocalyptiques dont les membres sont d&#233;termin&#233;s &#224; payer de leur propre vie le sens de leur engagement irr&#233;versible &#187;, il me semble que les solutions &#224; long terme sont politiques : le terrorisme se nourrit de la mis&#232;re, de l'exploitation des pays pauvres par les pays les plus riches, etc. La politique du gouvernement am&#233;ricain ne me semble pas aussi dynamique et inventive que tu le dis. Elle est, elle aussi, une politique du statut quo : celui du maintien de la mis&#232;re, de la corruption, de la dictature dans les pays du tiers monde, etc. Enfin, en ce qui concerne le Moyen-Orient, c'est sur les effets positifs du chaos que le gouvernement am&#233;ricain parie. Un pari sacr&#233;ment risqu&#233; non seulement pour les soldats qui se battront sur place, mais pour les citoyens am&#233;ricains dans tous les pays du monde. Et leurs alli&#233;s.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G.F. : Dire que les terroristes djihadistes avaient pr&#233;vu qu'ils seraient pourchass&#233;s aux quatre coins du monde n'est pas conforme &#224; ce que l'on a vu : l'attitude des talibans et de Ben Laden apr&#232;s le 11 septembre reposait sur la certitude de se trouver dans un sanctuaire. Ils ne pr&#233;voyaient pas que le ciel leur tomberait litt&#233;ralement sur la t&#234;te, sinon ils n'auraient pas commis les erreurs militaires qui ont facilit&#233; le balayage de leur r&#233;gime en quelques semaines. Leurs capacit&#233;s d'organisation ne paraissent pas non plus si remarquables. Ils cherchent surtout &#224; se fondre dans des masses de populations peu contr&#244;l&#233;es (les &#171; zones tribales &#187; du Pakistan sont peut-&#234;tre un de leurs derniers refuges). D'autre part, le terrorisme djihadiste n'est pas le produit direct d'une r&#233;volte contre la mis&#232;re des &#171; masses arabes &#187;, m&#234;me si celle-ci sera in&#233;vitablement utilis&#233;e comme argument apr&#232;s-coup : il est d'abord l'effet du d&#233;veloppement autonome d'une formation id&#233;ologique islamiste qui n'a pas support&#233; la pr&#233;sence de troupes occidentales en Arabie saoudite, alors m&#234;me que ces troupes &#233;taient venues prot&#233;ger ce pays de la menace irakienne. Il est remarquable que l'on n'ait pratiquement pas d&#233;cel&#233; de pr&#233;sence palestinienne dans la n&#233;buleuse Al Qaeda.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les militants djihadistes se forment beaucoup plus dans le contact avec l'Occident, comme on l'a vu pour les auteurs des attentats du 11 septembre 2001. Il s'agit l&#224; d'une dynamique qu'il nous est assez difficile de saisir, tellement elle rel&#232;ve d'un univers mental &#233;loign&#233; du n&#244;tre. Les &#233;chos &#171; anti-imp&#233;rialistes &#187; que l'on peut d&#233;celer dans leurs appels impr&#233;gn&#233;s de rh&#233;torique religieuse peuvent faire croire qu'il s'agit d'une protestation contre une iniquit&#233; mat&#233;rielle, mais il s'agit sans doute de quelque chose de beaucoup plus profond : l'islam doit avoir la pr&#233;&#233;minence dans le monde connu, et tout ce qui lui fait ombrage est une humiliation insupportable. Le sentiment d'injustice d&#233;passe de tr&#232;s loin les questions mat&#233;rielles (un milliardaire saoudien peut d'ailleurs difficilement se plaindre de l'injustice sociale !). Cet islam politique est assez souvent surestim&#233; par les m&#233;dias occidentaux. Il est tout &#224; fait remarquable que les plus grands coups des islamistes radicaux aient, depuis vingt ans, &#224; chaque fois, pr&#233;c&#233;d&#233; une d&#233;bandade (en Egypte ou en Alg&#233;rie, par exemple). L'Iran de 1979 est un cas &#224; part, puisqu'il s'est agi au d&#233;part d'une r&#233;volution sociale effective, que les mollahs ont r&#233;cup&#233;r&#233;e et qu'ils ont confisqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique am&#233;ricaine ne veut certainement pas instaurer la justice sur terre, mais il est clair qu'elle est engag&#233;e &#224; sortir du statu quo ante qu'elle avait tant contribu&#233; &#224; consolider et qui a fini par lui nuire. Cette sortie ne sera pas ais&#233;e, tant les djihadistes, malgr&#233; leurs &#233;checs fondamentaux, peuvent ressurgir. Mais cela signifie qu'on ne peut critiquer honn&#234;tement les Etats-Unis que du point de vue d'une sortie de ce statu quo suffoquant et non de sa d&#233;fense ouverte ou masqu&#233;e. Dire que la politique am&#233;ricaine repose sur un pari risqu&#233; est exact, mais ce n'est pas une critique solide. Les risques impliqu&#233;s par le maintien de la situation existante sont certainement aussi consid&#233;rables. L'&#233;tonnant, c'est que les dirigeants am&#233;ricains soient &#224; peu pr&#232;s les seuls &#224; tenter quelque chose. Il y a l&#224; un basculement qu'il est encore un peu t&#244;t pour appr&#233;cier. L'oligarchie am&#233;ricaine &#233;tait le moteur du gel historique en cours et son action faisait &#224; peu pr&#232;s l'unanimit&#233; aupr&#232;s des autres oligarchies r&#233;gnantes sur la plan&#232;te. Elle a rompu le contrat tacite d'inertie devant les probl&#232;mes historiques qui se multiplient. C'est le grand &#233;v&#233;nement en cours. Agiter des mots f&#233;tiches, comme le terme galvaud&#233; d'imp&#233;rialisme, ou en inventer un clone comme le mot d'Empire quand on s'aper&#231;oit que le premier ne correspond d&#233;cid&#233;ment pas &#224; la r&#233;alit&#233;, est r&#233;v&#233;lateur de l'impuissance de la plupart des courants &#224; penser la situation contemporaine. Les Etats-Unis ne peuvent pas &#234;tre un Empire. Ils n'en ont ni les moyens, ni la volont&#233;, ni m&#234;me le d&#233;sir. L'Occident coalis&#233; pourrait l'&#234;tre et semblait aller dans cette direction depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1990. L'affaire d'Irak est un r&#233;v&#233;lateur qui montre que cette tendance est peut-&#234;tre &#233;branl&#233;e. Plus que jamais, l'histoire prendrait une orientation inconnue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Y.C. : En ce qui concerne Huntington, je trouve dommage que tu pol&#233;miques seulement contre ceux qui le d&#233;forment et l'ont lu en diagonale. Pour ma part je n'ai pas lu ce livre et n'ai pas donc d'avis &#224; son sujet. Mais la revue H&#233;rodote a publi&#233; deux articles au moins sur Le choc des civilisations. Le second, sign&#233; d'Yves Lacoste, me semble poser de bonnes questions sur ce livre. Pourrais-tu me dire ce que tu en penses ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G.F. : H&#233;rodote est une des rares revues qui a effectivement lu et discut&#233; les positions d&#233;fendues par Huntington. Cette revue est une curiosit&#233; dans le monde intellectuel fran&#231;ais. Elle semble avoir une esp&#232;ce de statut d'extraterritorialit&#233; : on lui reconna&#238;t une certaine pertinence de loin en loin, jusque dans des lieux tr&#232;s officiels, mais on ne la prend surtout pas comme r&#233;f&#233;rence. Ses textes sur l'Union sovi&#233;tique finissante &#233;taient tout &#224; fait int&#233;ressants et tranchaient sur les illusions de l'&#233;poque, mais la plupart de ses consid&#233;rations ont &#233;t&#233; pass&#233;es par profits et pertes dans le milieu intellectuel fran&#231;ais. Dans ce pays, une revue qui d&#233;veloppe des analyses s'effor&#231;ant de suivre la r&#233;alit&#233; dans ce qu'elle a de d&#233;concertant, sans cr&#233;er une th&#233;orie nouvelle, n'est pas prise au s&#233;rieux. Les critiques que le texte d'H&#233;rodote adresse &#224; Huntington se retrouvent tout &#224; fait dans ce que j'ai &#233;crit : je partage ses remarques sur l'ambigu&#239;t&#233; de l'analyse de Huntington &#224; propos d'Isra&#235;l, sur la volont&#233; de consid&#233;rer l'aire musulmane comme un tout unitaire, malgr&#233; les variations g&#233;opolitiques, etc. Ces auteurs ont sans doute raison quand ils indiquent qu'il est difficile de consid&#233;rer le confucianisme comme une religion, etc. H&#233;rodote ne creuse cependant pas le sujet et ne cherche pas &#224; voir au-del&#224; de Huntington. Le commentaire, pr&#233;cis, s'arr&#234;te &#224; l'analyse formelle. Il est plus int&#233;ressant de se demander quel &#233;l&#233;ment important de la r&#233;alit&#233; contemporaine Huntington affronte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Y.C. : Tu affirmes que la classification des civilisations selon Huntington ne reposerait pas uniquement, ou pas principalement, sur une base religieuse, mais tu ne nous pr&#233;cises pas sur quoi d'autre il se fonde pour &#233;tablir sa liste de civilisations. Le lecteur de ton article, s'il n'a pas lu Huntington comme c'est mon cas, reste sur sa faim. De plus, apparemment les conflits qui l'int&#233;ressent le plus ce sont quand m&#234;me les conflits entre la civilisation occidentale (dite chr&#233;tienne) et la civilisation musulmane, conflits qui sont pr&#233;sent&#233;s syst&#233;matiquement dans les m&#233;dias comme un conflit de valeurs, valeurs ayant elles-m&#234;mes un fondement religieux. A ce propos, une amie institutrice a paru tr&#232;s choqu&#233;e quand je lui ai expliqu&#233; qu'il n'y avait nul besoin d'enseigner les religions &#224; l'&#233;cole pour transmettre des valeurs positives aux enfants. A son avis, toutes les valeurs avaient une base religieuse. N'est-ce pas ce que dit Huntington, mais de fa&#231;on beaucoup plus sophistiqu&#233;e ? Ou en tout cas, n'est-ce pas ainsi qu'il est compris, surtout apr&#232;s le 11 septembre ? En quoi son discours diff&#232;re-t-il de la propagande que l'on entend dans toutes les &#233;missions culturelles consacr&#233;es &#224; l'islam ? Peux-tu le pr&#233;ciser ? Comme Lacoste l'explique bien dans son article, son livre a beaucoup int&#233;ress&#233; les intellectuels musulmans, justement parce qu'il serait pessimiste sur les possibilit&#233;s de coexistence entre les deux civilisations. On aurait donc l&#224; un effet de miroir qui ne pointerait vers aucune solution. Des &#234;tres &#233;lev&#233;s dans des civilisations diff&#233;rentes seraient-ils intrins&#232;quement incapables de coexister ? Et si on le pense, n'est-ce pas vrai aussi des classes sociales &#224; l'int&#233;rieur d'un m&#234;me pays et d'une m&#234;me civilisation ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G.F. : Le livre de Huntington ne peut pas &#234;tre une simple propagande de circonstance pour des raisons de date et d'ant&#233;riorit&#233;. Ce qu'il pressent, c'est que des diff&#233;rences anthropologiques profondes peuvent s&#233;parer des soci&#233;t&#233;s : les m&#339;urs, la mani&#232;re de vivre ensemble, l'ordre de priorit&#233; des valeurs, etc. Et que ces divergences, consid&#233;r&#233;es comme secondaires (et donc devenues secondaires !) au temps de la rivalit&#233; Est-Ouest, sont aujourd'hui ce qui devient moteur dans un grand nombre de heurts qui peuvent d&#233;g&#233;n&#233;rer en conflits &#224; peu pr&#232;s insolubles. Huntington est un Am&#233;ricain, c'est-&#224;-dire qu'il ne pr&#233;tend pas faire une th&#233;orie du monde, dont il tirerait l'explication exhaustive des dynamiques historiques pour le pass&#233;, le pr&#233;sent et l'avenir. Il essaye plut&#244;t de comprendre les raisons de ph&#233;nom&#232;nes que la th&#233;orie de Fukuyama (la fin de l'histoire, l'apoth&#233;ose de la &#171; d&#233;mocratie &#187; fictive) ne peut absolument pas expliquer. L'accumulation des d&#233;mentis concerne des &#233;v&#233;nements qui ne peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme des accidents d&#233;pourvus de signification. La r&#233;f&#233;rence de Huntington &#224; la religion provient avant tout d'une simplification : le substrat religieux d'une soci&#233;t&#233; peut dans certains cas constituer un crit&#232;re commode pour d&#233;signer et r&#233;sumer ces diff&#233;rences anthropologiques, mais d&#233;duire de ce &#171; crit&#232;re &#187; la logique des dynamiques en jeu repr&#233;sente une source d'erreurs qui permettent toutes les objections simplistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Huntington bute sur une r&#233;alit&#233;, qu'il tente de cerner, l'institution imaginaire des soci&#233;t&#233;s (au sens de Castoriadis). Pour r&#233;sumer cela en quelques mots : les soci&#233;t&#233;s humaines doivent se reproduire non seulement d'un point de vue mat&#233;riel mais aussi et surtout culturel, et cet aspect assume une importance consid&#233;rable, que les esprits marxistes ont toujours escamot&#233;e (en bons h&#233;ritiers les plus radicaux et les plus m&#233;canistes de l'universalisme occidental). Toute soci&#233;t&#233; humaine cr&#233;e un ensemble de pratiques et de significations tr&#232;s souvent arbitraires, mais qui font infiniment sens pour les membres du groupe. Cet aspect est plus fondamental que le probl&#232;me de la production (l'anthropologue Marshall Sahlins avait remarqu&#233; dans un de ses ouvrages c&#233;l&#232;bres que la quasi-totalit&#233; des soci&#233;t&#233;s humaines sont toujours parvenues &#224; assurer une production suffisante pour la survie mat&#233;rielle). La matrice culturelle d'une soci&#233;t&#233; est &#233;videmment imbriqu&#233;e &#224; sa base mat&#233;rielle mais n'en d&#233;rive pas n&#233;cessairement : des structurations sociales tr&#232;s vari&#233;es et divergentes peuvent se fonder sur des bases mat&#233;rielles voisines, comme le montre le cas exemplaire des soci&#233;t&#233;s de Birmanie et de certaines parties de la Tha&#239;lande, etc. Cette matrice culturelle fa&#231;onne les enfants du groupe &#224; un degr&#233; &#233;poustouflant (le babillage des nourrissons est ainsi d&#233;j&#224; diff&#233;rent d'une langue &#224; une autre !).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De telles matrices culturelles s'interp&#233;n&#232;trent assez difficilement. Il arrive qu'une synth&#232;se s'op&#232;re, mais cela prend toujours beaucoup de temps, parfois des si&#232;cles, sauf quand il y a un ennemi commun. Elles se d&#233;finissent assez volontiers en r&#233;sistance les unes aux autres. C'est cette r&#233;alit&#233; qu'affronte Huntington, avec des outils tout &#224; fait inadapt&#233;s. Il n'est pas besoin de s'aligner sur son analyse pour constater qu'il a but&#233; sur un &#233;l&#233;ment extr&#234;mement important de la r&#233;alit&#233; contemporaine. Son insistance pour l'identifier est en tout cas tout &#224; fait recevable. Il est pour moi tr&#232;s net qu'il suscite l'aversion spontan&#233;e pr&#233;cis&#233;ment &#224; cause de la nature de l'obstacle dont il d&#233;finit maladroitement les contours. Les esprits de &#171; gauche &#187; d&#233;testent toutes les probl&#233;matiques sugg&#233;rant que l'histoire humaine &#233;chappe &#224; un d&#233;terminisme strict.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Y.C. : Comment articules-tu ces notions de civilisations avec les notions de classes, de luttes de classes ? Dans ton article, tu laisses cette question de c&#244;t&#233; alors qu'elle est quand m&#234;me essentielle. Ou plus exactement on a l'impression d'un simple jeu de bascule : quand la lutte de classes monte, la civilisation baisse, et vice versa.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G.F. : La coexistence entre classes sociales est d'une nature diff&#233;rente : il est clair, par d&#233;finition, que des classes sociales distinctes forment une seule et m&#234;me soci&#233;t&#233;. L'&#226;pret&#233; des divergences et des affrontements peut faire dire qu'il s'agit de deux mondes diff&#233;rents, mais c'est toujours une exag&#233;ration pol&#233;mique (le d&#233;veloppement et le renforcement de l'Etat-nation ont accompagn&#233; l'approfondissement des conflits de classes en Europe). Cela dit, le rapport entre sentiment civilisationnel et lutte de classes est sans doute du m&#234;me ordre que celui entre sentiment national et lutte de classes. Quand cette derni&#232;re s'intensifie et devient le centre des conflits, les autres r&#233;f&#233;rences r&#233;gressent in&#233;vitablement m&#234;me si elles persistent, de fa&#231;on plus ou moins souterraine. L'aspect &#171; civilisationnel &#187; de l'histoire contemporaine pourrait prendre de l'importance pour une raison que Huntington se garde de signaler et que ses d&#233;tracteurs escamotent tout autant : les m&#233;canismes de polarisation interne sont en grande partie d&#233;samorc&#233;s dans les soci&#233;t&#233;s les plus puissantes de la plan&#232;te. La lutte de classes n'a plus la port&#233;e qu'elle pr&#233;sentait au XIXe si&#232;cle, en Europe. La prise en compte de ce reflux authentique est tabou dans les rh&#233;toriques h&#233;rit&#233;es de l'anarchisme et du marxisme. Le rejet de la probl&#233;matique de Huntington s'alimente &#224; cette fuite devant cette r&#233;alit&#233; d&#233;plaisante. Il est tout de m&#234;me un peu fort que Huntington, th&#233;oricien en r&#233;serve de l'oligarchie am&#233;ricaine, soit moins &#233;loign&#233; de la r&#233;alit&#233; que tant d'esprits qui se disent &#171; critiques &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Y.C. : Tu expliques que selon Huntington &#171; l'immigration &#187; repr&#233;senterait une &#171; importation potentielle des querelles inter-civilisation &#187; mais tu ne nous dis pas ce que toi tu en penses. Il me semble que son point de vue pessimiste manque un peu de perspective. Aux Etats-Unis comme en France, il y a toujours eu des courants qui expliquaient que telle ou telle minorit&#233; ethnique &#233;tait inassimilable. Mais s'agit-il seulement de questions religieuses ou civilisationnelles, ou n'y a-t-il pas des facteurs politiques et &#233;conomiques aussi (ou plus) importants ? Les esclaves africains que l'on a &#171; export&#233;s &#187; aux Etats-Unis n'ont, et pour cause, pas pu importer grand-chose de leur &#171; civilisation &#187; et pourtant ce sont les citoyens les plus en marge, 300 ans plus tard. Par contre ceux qui ont pu importer librement les acquis de leur civilisation (les Juifs, les Asiatiques), qui sont arriv&#233;s bien apr&#232;s eux, qui proviennent de civilisations plurimill&#233;naires poss&#233;dant l'&#233;criture depuis tr&#232;s longtemps, etc., sont les mieux int&#233;gr&#233;s dans la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine. Comment l'explique-t-il ? D'un autre c&#244;t&#233;, en France, au d&#233;but du XXe si&#232;cle, les mineurs polonais venaient avec leurs pr&#234;tres et refusaient que leurs filles se marient avec des Fran&#231;ais, ce qui faisait dire &#224; certains qu'ils &#233;taient inassimilables. L'&#171; int&#233;gration &#187; (mot d&#233;testable) s'est pourtant bien faite en France. Pourquoi imaginer toujours un seul mod&#232;le d'int&#233;gration ? La fusion, le m&#233;tissage, l'assimilation. Ne peut-il y en avoir plusieurs et qui marchent ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G.F. : Il s'agit pour Huntington de d&#233;crire les risques de soci&#233;t&#233;s divis&#233;es. Il en donne deux exemples : soit le sommet de la soci&#233;t&#233; tente d'importer des sch&#233;mas anthropologiques ext&#233;rieurs, auxquels la population ne se conforme pas (voir la Turquie, et peut-&#234;tre le Mexique), soit des populations se m&#234;lent sans fusionner et maintiennent des matrices anthropologiques incompatibles (cas d'une immigration de masse entre populations diff&#233;rentes). Le premier exemple d&#233;crit quelque chose qui est rarement pris en compte. L'&#233;volution particuli&#232;re de la Turquie est n&#233;cessairement influenc&#233;e par ce facteur, qui ne r&#233;sume bien &#233;videmment pas tous les aspects de cette formation sociale. Pour l'immigration, les discours diff&#233;rentialistes se ressemblent tous : l'assimilation est impossible, et la tenter ne peut que cr&#233;er des probl&#232;mes inextricables, etc. L'exp&#233;rience a prouv&#233; que dans le cadre europ&#233;en, les probl&#232;mes &#233;taient &#171; r&#233;solus &#187; en deux ou trois g&#233;n&#233;rations, par assimilation pure et simple et non par &#171; int&#233;gration &#187;, euph&#233;misme officiel r&#233;cent (en France, depuis les Italiens, en passant par les Polonais, les Arm&#233;niens, etc., jusqu'aux Espagnols et aux Portugais). Il est tentant d'extrapoler &#224; tous les autres types d'immigration. Mais tenir un discours automatique sur le sujet, dans un sens ou dans l'autre, me para&#238;t peu rigoureux. Les immigrations pass&#233;es ont &#233;t&#233; v&#233;ritablement assimil&#233;es une fois que leur flot s'&#233;tait tari. S'il avait d&#251; se poursuivre pendant longtemps et &#224; des niveaux importants, comment savoir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on compare le degr&#233; actuel de compatibilit&#233; de l'immigration musulmane (celle qui fait au fond le plus probl&#232;me pour le moment dans des pays comme la France, la Grande-Bretagne ou l'Allemagne) avec ce qui se passait dans les ann&#233;es soixante-dix, on constate un recul, ou pour le dire autrement une r&#233;affirmation des &#171; valeurs &#187; suppos&#233;es des populations d'origine ext&#233;rieure (suppos&#233;es, car il s'agit parfois d'une v&#233;ritable recr&#233;ation qui a peu de choses &#224; voir avec l'original). L'Etat-nation &#233;tait une forme qui tendait &#224; l'homog&#233;n&#233;isation, ni toujours spontan&#233;e ni toujours contrainte, des populations qui s'y trouvaient. Cette tendance est-elle achev&#233;e ? Retourne-t-on vers des soci&#233;t&#233;s o&#249; pourraient coexister des strates, des secteurs verticaux, pr&#233;sentant des caract&#233;ristiques anthropologiques fonci&#232;rement non commensurables ? Les empires (ottoman, etc.) ont v&#233;cu pendant des si&#232;cles avec ce genre de r&#233;gulation, qui passait par des droits diff&#233;renci&#233;s selon les groupes concern&#233;s (mais l'un &#233;tait toujours plus &#233;gal que les autres, et souvent de mani&#232;re fort peu mod&#233;r&#233;e). Une telle &#233;volution repr&#233;senterait une mutation tout &#224; fait consid&#233;rable, en rupture avec l'histoire europ&#233;enne de l'Etat-nation, qui durait depuis trois si&#232;cles. Une situation imp&#233;riale n'est pas la seule possible : l'&#233;chec des tendances &#224; l'empire peut donner une situation cahotique, de type m&#233;di&#233;val. Si la fin de l'Etat-nation devait pr&#233;luder &#224; une telle situation n&#233;o-m&#233;di&#233;vale, le gain me para&#238;trait mince. Il est en tout cas curieux que ce soient les couches populaires, partout, qui soient le plus attach&#233;es &#224; l'id&#233;e de la nation, tandis que les couches dominantes, qui ont mut&#233; en oligarchies, sont ouvertement indiff&#233;rentes ou hostiles &#224; la nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Y.C. : Tu parles du poids du pass&#233;, comme si ce poids pesait moins lorsqu'interviennent des luttes de masse voire des combats r&#233;volutionnaires. D'abord, je n'en suis pas convaincu, mais, m&#234;me si c'&#233;tait le cas, les luttes et les r&#233;volutions ne durent qu'un temps. Apr&#232;s les choses reprennent un cours plus &#171; normal &#187; et le pass&#233; revient au galop. C'est d'ailleurs pourquoi les r&#233;volutionnaires doivent r&#233;fl&#233;chir, par exemple, d'une autre fa&#231;on &#224; des questions comme l'attachement &#224; la religion, &#224; une langue, &#224; une r&#233;gion, &#224; une couleur de peau, que sais-je, et sortir de leur vision uniformisatrice et simplificatrice, sans bien s&#251;r tomber dans le pi&#232;ge du communautarisme. La vision de Huntington n'est-elle pas tr&#232;s influenc&#233;e par son exp&#233;rience en tant qu'Am&#233;ricain, membre d'une soci&#233;t&#233; qui a fait le pari de ne pas obliger les communaut&#233;s &#224; se fondre par la force, et qui a &#224; moiti&#233; r&#233;ussi son fameux melting pot ? Fait-il allusion dans son livre &#224; la r&#233;alit&#233; am&#233;ricaine, en dehors de ce que tu dis sur les Latinos ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G.F. : Il est certain que lorsque les &#171; masses &#187; font irruption sur le terrain de leurs int&#233;r&#234;ts symboliques ou mat&#233;riels, le poids du pass&#233; se trouve souvent relativis&#233;, surtout quand il s'agit de mouvements tels que l'Occident en a connus depuis deux ou trois si&#232;cles. La distinction entre moment r&#233;volutionnaire et &#171; cours normal &#187; des choses renvoie &#224; la question de l'institution collective, qui organise la reproduction culturelle d'une soci&#233;t&#233;. Une fois pass&#233;e la chaleur des grandes p&#233;riodes de bouleversement, il faut pr&#233;cis&#233;ment que des institutions collectives soient en place si on ne veut pas voir refluer le pass&#233; sous une forme parfois aggrav&#233;e. Il ne s'agit pas d'une simple quincaillerie constitutionnelle, mais d'un processus d'institution imaginaire tr&#232;s profond, puisque cela suppose que la soci&#233;t&#233; produise des individus qui aillent de leur propre mouvement et de fa&#231;on convergente vers des attitudes et des valeurs nouvelles. Aucun volontarisme ne peut susciter un tel r&#233;sultat. De tels &#233;v&#233;nements ont eu lieu &#224; deux ou trois reprises au cours de l'histoire occidentale et ont pour le moins boulevers&#233; la mani&#232;re dont ces soci&#233;t&#233;s se repr&#233;sentent les probl&#232;mes qu'elles affrontent, et les m&#233;thodes qu'elles utilisent pour y faire face. La vision de Huntington est n&#233;cessairement impr&#233;gn&#233;e de l'atmosph&#232;re am&#233;ricaine, mais il serait &#233;trange de vouloir r&#233;duire son travail &#224; un pur produit culturel indig&#232;ne. Les proportions des minorit&#233;s et l'ambiance communautariste qui pr&#233;vaut aux Etats-Unis rejaillissent n&#233;cessairement sur sa vision de la situation. Il traite surtout des Latinos, pour une raison &#171; d&#233;mographique &#187; : c'est la premi&#232;re fois qu'une immigration devient nettement majoritaire dans le flux des nouveaux arrivants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Huntington ne me para&#238;t cependant pas un plouc de l'Am&#233;rique profonde. La d&#233;marche qu'il a adopt&#233;e renvoie &#224; des proc&#233;dures et &#224; des questionnements typiquement occidentaux, c'est-&#224;-dire qui tendent &#224; s'extraire de la situation imm&#233;diate pour la mettre en perspective. Il s'agit, que cela nous plaise ou non, d'un effort de r&#233;flexion, qui n'est pas un simple reflet invers&#233; des pr&#233;jug&#233;s islamiques. Mais le plus important, &#224; mes yeux, c'est que le d&#233;bat induit par Hungtington a n&#233;cessairement de grandes cons&#233;quences sur la mani&#232;re dont la puissance am&#233;ricaine se repr&#233;sente sa position dans le monde et les dangers auxquels elle fait face. M&#234;me si la vision de Huntington &#233;tait totalement fausse, il faudrait en tenir compte au moins pour cette raison fondamentale. La plus &#233;l&#233;mentaire rigueur exige de comprendre les forces et les limites de qu'il a effectivement &#233;crit (et non de ce qu'on lui attribue), parce que cela ne peut qu'avoir de grandes cons&#233;quences sur la mani&#232;re dont l'Etat am&#233;ricain se repr&#233;sente le monde et veut y intervenir. La guerre qui vient de liquider le r&#233;gime baasiste irakien suscite des contre-sens parce que cette d&#233;marche est totalement &#233;trang&#232;re aux intellectuels europ&#233;ens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu est &#224; la fois immense et d&#233;risoire : la d&#233;sinvolture affich&#233;e vis-&#224;-vis de Huntington importe surtout comme sympt&#244;me du manque de s&#233;rieux des intellectuels et des militants de la gauche (ceux de droite nous sont en g&#233;n&#233;ral &#233;trangers). Ils se permettent avec lui ce qu'ils ne cessent de se permettre avec tout le monde, bien que de fa&#231;on moins grossi&#232;re, d'habitude. Il n'est que d'observer l'incapacit&#233; absolue des caricatures actuelles d'anarchistes et de marxistes &#224; discuter effectivement de leurs divergences pour conclure que le mal ne concerne pas seulement les intellectuels du landernau parisien ou de la gauche caviar. Il est g&#233;n&#233;ral. Les cadres de &#171; r&#233;flexion &#187; (il faudrait dire de rh&#233;torique) de toutes les gauches sont en porte-&#224;-faux avec la r&#233;alit&#233; (il en va de m&#234;me pour ceux de droite, mais c'est moins grave pour eux puisqu'ils pr&#233;tendent rarement faire une th&#233;orie du monde). L'incapacit&#233; &#224; analyser la nature et la profondeur de la r&#233;gression historique en cours est la source de ce d&#233;calage obscurantiste. Les surprises d&#233;sagr&#233;ables et les d&#233;convenues sont le r&#233;sultat in&#233;vitable de toutes ces postures.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La quatri&#232;me guerre mondiale s'avance</title>
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		<dc:subject>Empire</dc:subject>

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&lt;p&gt;Texte extrait du Bulletin de G.Fargette &#171; Le cr&#233;puscule du XXi&#232;me si&#232;cle &#187;, n&#176;16, Et&#233; 2006, repris dans livre in&#233;dit &#171; Cr&#233;puscule de l'Occident ou du XXe si&#232;cle ? &#187; (2019), 260 p. Sommaire Avant-propos : D&#233;truire l'Occident, disent-ils Le XXIe si&#232;cle comme Cr&#233;puscule du XXe Renaissance d'un imp&#233;rialisme archa&#239;que La quatri&#232;me guerre mondiale s'avance &#8212; ci-dessous... Violences et banlieues fran&#231;aises L'affaire des caricatures : plus grave que le 11 septembre 2001 La motivation (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte extrait du Bulletin de G.Fargette &#171; Le cr&#233;puscule du XXi&#232;me si&#232;cle &#187;, n&#176;16, Et&#233; 2006, repris dans livre in&#233;dit &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1055-Crepuscule-de-l-Occident-ou-du-XXe-siecle' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Cr&#233;puscule de l'Occident ou du XXe si&#232;cle ? &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; (2019), 260 p.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_espace&#034;&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cimulti_colonnes&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;col-sm-6&#034;&gt;&lt;figure class='spip_document_1734 spip_documents spip_documents_center' style=&#034;max-width:300px;&#034; data-w=&#034;300&#034;&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/jpg/couverture_cre_puscule.jpg' arial-label=&#034;&#034; class=&#034;fond mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034; data-photo-w=&#034;822&#034; data-photo-h=&#034;1178&#034; &gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:143.30900243309%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/jpg/couverture_cre_puscule.jpg&amp;taille=300&amp;1709039886' alt='' data-src='IMG/jpg/couverture_cre_puscule.jpg' data-l='822' data-h='1178' data-tailles='[\&#034;300\&#034;]' class='image_responsive avec_picturefill' srcset='index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/couverture_cre_puscule.jpg&amp;#38;taille=300&amp;#38;1709039886 1x,index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/couverture_cre_puscule.jpg&amp;#38;taille=600&amp;#38;1709039886 2x' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;col-sm-6&#034;&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_ombre&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sommaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1193-Detruire-l-Occident-disent-ils' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Avant-propos : &lt;strong&gt;D&#233;truire l'Occident, disent-ils&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1160-Le-XXIe-siecle-comme-crepuscule-du-XXe' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le XXIe si&#232;cle comme Cr&#233;puscule du XXe&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?551-Renaissance-d-un-imperialisme' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Renaissance d'un imp&#233;rialisme archa&#239;que&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La quatri&#232;me guerre mondiale s'avance&lt;/strong&gt; &#8212; ci-dessous...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?301-Violences-et-banlieues-francaises' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Violences et banlieues fran&#231;aises&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?569-L-affaire-des-caricatures-plus' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'affaire des caricatures : plus grave que le 11 septembre 2001&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?563-La-motivation-actuelle-du-stalino' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;La motivation actuelle du stalino-gauchisme et des &#8220;bien-pensants&#8221;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1157-L-injection-goutte-a-goutte-du-poison-de-la-charia' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'injection goutte-&#224;-goutte du poison de la charia&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1024-Liste-provisoire-des-faits-de-Charia-1-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Liste provisoire des faits accomplis de Charia&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1161-Apotheose-des-Nique-la-France-a-Marseille' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Premier octobre 2017 : Apoth&#233;ose des &#171; Nique-la-France &#187; &#224; Marseille&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1162-L-islam-a-la-lumiere-de-la-poesie-sans-rivage' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Recension : l'islam &#224; la lumi&#232;re de la po&#233;sie sans rivages&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1026-L-acharnement-a-liquider-les' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'acharnement &#224; liquider les nations&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1053-L-acharnement-a-liquider-les' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Annexe sur le personnage Hitler&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1163-Aux-sources-du-Totalitarisme-1-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Aux sources du totalitarisme (ce stalino-gauchisme qui ne passe pas)&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Transition&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute &#233;poque de transition se caract&#233;rise par le flou de ses tendances. Aucune conception analytique ne parvient &#224; les
condenser en une pente unifi&#233;e, tant elles paraissent contradictoires et peu affirm&#233;es. Ce genre d'&#233;poque pr&#233;sente d'inexplicables surgissements et plus encore de surprenantes ruptures. A tout instant, on se retourne et l'on s'aper&#231;oit que tel
ou tel aspect qui semblait assur&#233; et presque &#233;ternel a soudainement disparu. M&#234;me si l'on ne distingue pas encore les
lignes de force qui vont pr&#233;valoir &#224; la faveur de ces disparitions, le sentiment que le sol se d&#233;robe ne doit jamais &#234;tre trait&#233; &#224; la l&#233;g&#232;re.&lt;br class='manualbr' /&gt;Depuis 2001, plus aucun observateur de bon sens ne peut nier
que le relief historique est entr&#233; dans une phase de mutations
brusques. Celle-ci a &#233;t&#233; pr&#233;par&#233;e par des &#233;volutions nettement
plus anciennes qui s'annonc&#232;rent d&#232;s les ann&#233;es 1990, au
moins. La disparition de l'Union sovi&#233;tique dans un soupir en
a &#233;t&#233; la signature. Pour autant, la d&#233;marche g&#233;n&#233;alogique ne
peut s'arr&#234;ter aux seuls d&#233;nouements ant&#233;rieurs, car ceux-ci
&#233;taient en gestation depuis longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les grands traits disparus&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;vaporation silencieuse et sans d&#233;faite manifeste des mouvements de contestation, si d&#233;monstratifs en Occident de 1965
&#224; 1977, en a &#233;t&#233; l'&#233;nigmatique signe avant-coureur. Cette p&#233;riode a tent&#233; de rejouer une partition rebattue, avec ses r&#233;f&#233;rences &#224; la &#171; question sociale &#187; et son espoir dans un mouvement ouvrier mythique qui viendrait tout sauver par un
miracle historique. Les extrapolations tir&#233;es des grandes
p&#233;riodes ant&#233;rieures de troubles sociaux en Europe ont &#233;t&#233;
r&#233;guli&#232;rement d&#233;menties par le surgissement de faits nouveaux et t&#234;tus tout au long des trente derni&#232;res ann&#233;es. &#034;Les
masses&#034; n'ont pas jou&#233; le r&#244;le attendu et l'absence la plus d&#233;cisive a &#233;t&#233; celle du monde ouvrier, qui a soigneusement &#233;vit&#233; de
monter &#224; l'assaut du ciel, en d&#233;pit de tous les discours qui
cherchaient &#224; le mobiliser.&lt;br class='manualbr' /&gt;Cette abstention renvoie &#224; deux aspects caract&#233;ristiques de
l'histoire r&#233;cente :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; l'indescriptible naufrage de tous les efforts attach&#233;s aux
mots &#171; socialisme &#187; et &#171; communisme &#187; a laiss&#233; sans rep&#232;re les
membres de cette classe exploit&#233;e. Le moment irr&#233;versible doit
&#234;tre fix&#233;, r&#233;trospectivement, &#224; la r&#233;pression du soul&#232;vement
de Budapest de 1956, o&#249; la logique du parti au-dessus de tout
s'est montr&#233; d&#233;finitivement sup&#233;rieure en force brute &#224; celle
de la lib&#233;ration concert&#233;e et collective (les conseils). M&#234;me si
la conscience de ce naufrage a pris quelques d&#233;cennies pour
trouver sa traduction publique, et qu'elle cherche aujourd'hui
encore son expression autonome, c'est bien &#224; ce moment-l&#224;
que le ressort a &#233;t&#233; cass&#233;. Aucune insurrection ouvri&#232;re ne
s'est plus produite depuis cinquante ans. Mais au-del&#224; de ce
moment de r&#233;pression &#224; la Gallifet, c'est toute l'activit&#233; du stalinisme pendant soixante-dix ans qui a ravag&#233; le mouvement
ouvrier et l'a liquid&#233;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; la diffusion de la soci&#233;t&#233; de consommation et de l'ascension
sociale pour tous est un succ&#232;s historique sans pr&#233;c&#233;dent, qui
a aggrav&#233; le d&#233;sarroi. Le recul g&#233;n&#233;ralis&#233;, qualitatif, de la
pauvret&#233; mat&#233;rielle a &#233;t&#233; indiscutable en Occident de 1950 &#224;
1980. Ce cours peut s'analyser paradoxalement comme un
avatar de &#171; communisme r&#233;el &#187; qui a produit des r&#233;sultats limit&#233;s mais plus effectifs que tout ce qui avait &#233;t&#233; annonc&#233; par
les doctrinaires. Le contraste est absolu avec la d&#233;tresse des
lendemains que l'on promettait &#171; radieux &#187; et qui se sont toujours trouv&#233;s engloutis dans de sinistres goulags, garanties de
sur vie de r&#233;gimes pires que tout ce qui avait &#233;t&#233; d&#233;nonc&#233; de l'ancien monde (ce paradoxe avait &#233;t&#233; soulign&#233; par divers dissidents de l'Union sovi&#233;tique, mais bien peu avaient relev&#233;
leur remarque cruciale). D&#233;sormais, cette soci&#233;t&#233; de consommation polarise presque toutes les attentes sur la plan&#232;te,
m&#234;me l&#224; o&#249; elle a le moins de chances de s'actualiser. Elle
fournit un cadre unifi&#233; aux aspirations des diff&#233;rentes couches
sociales et elle contribue indissociablement &#224; les dissoudre en
tant que classes.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Ces deux tendances historiques n'ont laiss&#233; debout que la perspective de solution individualis&#233;e. Celle-ci parait tenable jusqu'aux membres des couches les plus exploit&#233;es. Comment les
efforts de mouvement d'&#233;mancipation collective ne seraient
ils pas d&#233;faits ? Toutes les attentes d'un &#171; nouvel assaut prol&#233;tarien &#187; ou d'un &#171; renouveau de la lutte de classe &#187; se sont
r&#233;duites &#224; une proclamation de nature religieuse, dont la
caract&#233;ristique est d'institutionnaliser une confusion passion
n&#233;e entre d&#233;sir et r&#233;alit&#233;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Plus profond&#233;ment encore, les transformations qu'ont subi les
proc&#232;s de production depuis Taylor n'ont cess&#233; d'&#233;carter les
ouvriers du moment unificateur de la production mat&#233;rielle,
alors que son contr&#244;le informel sur celle-ci avait &#233;t&#233; l'aliment
de sa puissance sociale &#233;tonnante tout au long de la p&#233;riode de
&#171; r&#233;volution industrielle &#187;. Cette d&#233;perdition, d&#233;daign&#233;e par
presque toutes les th&#233;ories se r&#233;f&#233;rant &#224; la critique sociale (et
surtout les tenants du marxisme), inter dit toute r&#233;apparition
d'un mouvement ouvrier semblable &#224; celui du XIXe si&#232;cle. Le
projet d'une reconstruction des relations sociales &#224; partir d'un
contr&#244;le rationnel de la production par en-bas est devenu de
plus en plus irr&#233;el.&lt;br class='manualbr' /&gt;Certaines autres contestations ont pu prosp&#233;rer, mais comme
critiques particuli&#232;res participant d'un jeu &#224; somme nulle : ce
que certains gagnent est perdu par d'autres. Si elles peuvent,
comme les revendications pour l'&#233;galit&#233; des sexes, contribuer
&#224; red&#233;finir de mani&#232;re in&#233;dite l'institution des soci&#233;t&#233;s occidentales, l'ambition de rupture avec l'in&#233;galit&#233; institutionnalis&#233;e leur est &#233;trang&#232;re. &lt;i&gt;Il ne s'agit que de redistribuer autrement cette in&#233;galit&#233; fonci&#232;re.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aventure d'une lib&#233;ration collective se nourrissait d'une
crise des &#233;chelles de souverainet&#233;, conjonction exceptionnelle
dans l'histoire humaine. C'est cela qui a disparu depuis plus
de trente ans, et pour une p&#233;riode ind&#233;finie. La dur&#233;e d'un
si&#232;cle et demi, pendant laquelle elle a prosp&#233;r&#233;, dit assez la
profondeur de l'&#233;lan qui l'animait. Ce changement d'&#233;poque
&#233;voque celui qui s'est produit lors du passage des soci&#233;t&#233;s
d'Ancien R&#233;gime aux soci&#233;t&#233;s modernes, avec cette diff&#233;rence
qu'il ne s'agit plus d'une logique de &#171; progr&#232;s &#187; mais de r&#233;gression. Les derniers soubresauts de contestation contemporains
s'alimentent encore &#224; cet imaginaire de lib&#233;ration, mais &#224; la
mani&#232;re d'un tr&#233;sor &#224; demi oubli&#233;, dont on ne comprend plus
vraiment le mode d'emploi. Les formules rituelles &#171; progressistes &#187; font figure de conjurations magiques. La vie que ces
revendications pr&#233;sentaient autrefois s'est &#233;vanouie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'histoire s'est r&#233;veill&#233;e hors d'Occident&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette involution des soci&#233;t&#233;s travaill&#233;es par l'institution d&#233;mocratique (qu'elles n'ont jamais r&#233;ussi &#224; instaurer, mais qui
demeure une r&#233;f&#233;rence) a &#233;t&#233; concomitante d'une acc&#233;l&#233;ration
de l'histoire dans le reste du monde, qui ignore pourtant une
telle aspiration, sauf dans quelques-unes de leurs marges
intellectuel les. Le prodigieux essor d&#233;mographique, qui
contraste avec ce qui se passe en Occident, et qui est au fond
le r&#233;sultat des progr&#232;s sanitaires invent&#233;s et gracieusement
diffus&#233;s par ce m&#234;me Occident sur la plan&#232;te enti&#232;re, a provoqu&#233; cette immense nouveaut&#233;, qui rompt m&#234;me avec le
relief historique &#233;tabli depuis trois ou quatre si&#232;cles. La
contrainte d&#233;mographique est devenue l'une des principales
forces historiques, aveugle, dans de grandes parties de l'Asie,
en Afrique et en Am&#233;rique latine.&lt;br class='manualbr' /&gt;La tentation g&#233;n&#233;rale et irr&#233;pressible est de s'aligner sur le
mode de vie gaspilleur qui s'est r&#233;pandu de fa&#231;on tr&#232;s hi&#233;rarchis&#233;e dans 80 % de la population occidentale au cours des
cinquante derni&#232;res d'ann&#233;es. Mais, fait nouveau depuis le
XIVe si&#232;cle au moins, cette dynamique bute sur une barri&#232;re
physique probablement infranchissable. Il n'y aura pas assez
de ressources min&#233;rales pour satisfaire la progression de cette
avidit&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;e. M&#234;me les soci&#233;t&#233;s occidentales ne pourront maintenir leur rythme de consommation, alors que le compromis fragile qui les maintient en fonctionnement exige
de l'augmenter toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Toutes les r&#233;f&#233;rences critiques sont devenues inad&#233;quates&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces donn&#233;es signifient que tous les rep&#232;res et toutes les r&#233;f&#233;rences acquis depuis deux si&#232;cles doivent &#234;tre revisit&#233;s. Les
affirmations auxquelles nous avons le plus tenu doivent &#234;tre
soumises &#224; l'&#233;preuve de l'arsenal critique d&#233;velopp&#233; depuis le
XIXe si&#232;cle en Europe. Cette exigence r&#233;sume la particularit&#233;
du &lt;i&gt;Cr&#233;puscule du XXe si&#232;cle&lt;/i&gt; depuis sa cr&#233;ation en 1997.
L'ampleur de la remise en question n'&#233;tait pas donn&#233;e d'avance. Au fur et &#224; mesure que les ann&#233;es ont pass&#233;, il a fallu
admettre qu'elle d&#233;passait tous les pressentiments initiaux. Quelles sont les raisons de maintenir une motivation h&#233;rit&#233;e
de cette p&#233;riode si elle est &#233;teinte ? La premi&#232;re est d'ordre
m&#233;thodologique : elle permet d'aiguiser une lucidit&#233; certaine,
pour peu qu'on ne se laisse pas aveugler par la confusion
actuelle des attentes diffuses, qui esp&#232;rent tout et son contraire. La seconde est plus de l'ordre du principe : l'ambition d'une
lib&#233;ration collective adoss&#233;e &#224; une crise des &#233;chelles de souverainet&#233; a connu d'autres disparitions avant l'&#233;poque moderne
(on en conna&#238;t un avatar sous l'expression erron&#233;e de &#034;guerres
de religion&#034;) ; pass&#233;e la sombre p&#233;riode qui s'annonce, on ne
peut donc exclure une r&#233;surgence sous des formes tout &#224; fait
nouvelles. Mais cette attente doit se pr&#233;voir en terme de
longues d&#233;cennies, voire de si&#232;cle.&lt;br class='manualbr' /&gt;La premi&#232;re constatation, la plus fondamentale, tient &#224; ce que
l'esp&#232;ce humaine n'est pas sortie de la vraie pr&#233;histoire, mal
gr&#233; le dynamisme nouveau apport&#233; par le d&#233;veloppement
industriel. Au contraire, de tr&#232;s vieilles logiques collectives ont
recommenc&#233; &#224; pr&#233;valoir, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; contest&#233;es &#224; une
&#233;chelle inconnue jusque-l&#224;. L'insuffisance des ressources &#233;nerg&#233;tiques va rappeler que l'&#171; accroissement de productivit&#233; &#187;
exponentiel caract&#233;ristique du XXe si&#232;cle &#233;tait largement
imputable &#224; l'augmentation constante des intrants min&#233;raux.
L'enlisement inexorable du d&#233;veloppement industriel et d&#233;mographique (par simple effet des barri&#232;res biophysiques rencontr&#233;es) va ramener le cours des &#233;v&#233;nements &#224; d'antiques
logiques. Pour le dire autrement, s'il y a eu une occasion de
sortir de la &#171; pr&#233;histoire humaine &#187; qui se r&#233;sume &#224; une longue
chronique des horreurs, elle a &#233;t&#233; manqu&#233;e. Le moyen de se
passer de l'&#201;tat et du march&#233; n'a pas &#233;t&#233; d&#233;couvert. Seule
l'URSS a pu se passer du march&#233; pendant soixante-dix ans, et
la Chine pendant trente ans, avec les r&#233;sultats calamiteux que
l'on sait. Aujourd'hui, toute tentative volontariste pour abolir
ces deux institutions ne pour rait que pr&#233;cipiter la catastrophe
plan&#233;taire. Le fait qu'on se remette &#224; parler d'empire, &#224; tort et
&#224; travers pour le moment, puisqu'on essaye de coller, contre
toute lucidit&#233;, l'&#233;tiquette aux &#201;tats-Unis, est symptomatique.
Le recours &#224; une telle d&#233;nomination associ&#233;e &#224; un effet de puissance pure, dynamique, et non &#224; la simple survivance d'oppressions traditionnelles, traduit confus&#233;ment le sentiment
g&#233;n&#233;ral de r&#233;gression. Ce sont bien des empires qui sortiront
de la p&#233;riode de transition en cours, m&#234;me s'ils viendront probablement d'Orient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde constatation, c'est la d&#233;composition du jeu des
classes sociales qui avait caract&#233;ris&#233; les &#201;tats-nations occidentaux. Il est aujourd'hui totalement d&#233;r&#233;gl&#233; et a cess&#233; de
donner le ton aux divers antagonismes humains qui s'y d&#233;veloppent. Ces soci&#233;t&#233;s connaissent un &#233;trange r&#233;gime : on ne
peut le qualifier ni de dictature ni de totalitarisme, mais la
revendication officielle du label &#171; d&#233;mocratique &#187; est &#233;galement
largement inad&#233;quate &#224; la r&#233;alit&#233; v&#233;cue (les paroles n'engagent pas les actes, et les mensonges ne sont jamais sanctionn&#233;s ; les faits accomplis sont tout au plus propos&#233;s &#224; ratification publique apr&#232;s coup). De fait, l'analyse politique ne propose que la vieille cat&#233;gorie d'oligarchie (classique depuis
Aristote au moins) pour caract&#233;riser les m&#233;canismes sociaux
qui pr&#233;valent d&#233;sormais. Cette d&#233;nomination rend compte de
deux caract&#233;ristiques fondamentales des soci&#233;t&#233;s contemporaines : un r&#233;gime oligarchique emploie des techniques r&#233;put&#233;es &#171; d&#233;mocratiques &#187; (sur tout le vote &#224; bulletin secret, mais le
mode de d&#233;signation traditionnellement consid&#233;r&#233; comme
d&#233;mocratique &#233;tait le tirage au sort, n'en d&#233;plaise aux
modernes), d'o&#249; sa pr&#233;tention superficielle &#224; s'afficher comme
une &#171; vraie &#187; d&#233;mocratie, et le jeu du pouvoir n'y est pas totalement bloqu&#233; puisque, m&#234;me s'il est restreint &#224; certains
cercles &#233;troits, il circule effectivement entre ces secteurs limit&#233;s. Cette situation diverge de plus en plus de l'ancien contraste entre les r&#233;gimes les plus dynamiques d'Occident et le reste
du monde. Le mode oligarchique de gouvernement pourrait
devenir un mode commun, mais il n'y a pas de certitude sur
ce point. Le Japon, l'Inde et la Russie semblent satisfaire &#224;
cette convergence, l'Am&#233;rique latine est une vieille terre d'oligarchie, quand elle ne sombre pas dans les dictatures f&#233;roces,
mais ni la Chine, ni les &#201;tats arabo-musulmans, ni ceux
d'Afrique sub-saharienne ne peuvent y &#234;tre assimil&#233;s, puisque
ces soci&#233;t&#233;s ne connaissent que des r&#233;gimes soit totalitaires soit
dictatoriaux. Cette question d' un mode de domination plan&#233;taire uniforme (et non unifi&#233;) demeure donc ouverte, durablement.&lt;br class='manualbr' /&gt;La troisi&#232;me constatation es t une cons&#233;quence de la stagnation
tendanciel le de l' histoire, au sens occidental. Dans la mesure o&#249;
la lutte pour la puissance ne cesse pas entre groupes humains,
et o&#249; la base mat&#233;rielle ne croit plus suffisamment, la question
du contr&#244;le des ressources va se poser de plus en plus &#171; &#224; l' ancienne &#187;. Il est crucial de revisiter les th&#232;ses d'Ibn Khaldoun sur
les si&#232;cles imp&#233;riaux : les soci&#233;t&#233;s d&#233;sarm&#233;es et pacifi&#233;es deviennent t&#244;t ou tard des proies pour les bandes qui savent assurer elles-m&#234;mes leur d&#233;fense en vivant hors de l'&#201;tat et en se faisant
elles-m&#234;mes &#201;tat quand l'occasion se pr&#233;sente.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'histoire humaine, sans devenir cyclique, pourrait donc
conna&#238;tre de longues &#233;volutions circulaires et consternantes.
L'histoire de l'islam a montr&#233; qu'il &#233;tait l'expression la plus
achev&#233;e de ce genre d'histoire enlis&#233;e, o&#249; l'inertie se caract&#233;rise par un balancier entre empires plus ou moins universels et
chaos barbare. Son regain pr&#233;dateur actuel puise des &#233;l&#233;ments insoup&#231;onn&#233;s dans les replis cach&#233;s de l'impasse historique actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lumpen prol&#233;tariat et d&#233;sagr&#233;gation des &#233;chelles de
souverainet&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;sagr&#233;gation des &#233;chelles de souverainet&#233; dans des zones
g&#233;ographiques &#233;tendues est un fait acquis. Des r&#233;gions
enti&#232;res ont vu dispara&#238;tre l'&#201;tat autochtone, pour faire place
&#224; un chaos historique qui &#233;voque d&#233;j&#224; les plus sombres
p&#233;riodes du pass&#233;. Il a pu &#234;tre contenu dans les marches de
l'Occident (Bosnie, Kossovo, Mac&#233;doine), mais au prix d'un
effort volontariste consid&#233;rable et qui ne semble pas produire
de situation stable. En Afrique subsaharienne, le retrait des
forces ext&#233;rieures, &#233;conomiques ou militaires, a ouvert la voie
&#224; des situations de chaos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette caract&#233;ristique est end&#233;mique jusque dans certaines
soci&#233;t&#233;s &#171; polic&#233;es &#187; et r&#233;gul&#233;es par un &#201;tat implant&#233; de longue
date. Ce d&#233;r&#232;glement est incapable de servir de moment de
recomposition &#224; la moindre force de lib&#233;ration sociale collective. En ce sens, et pour rester dans les cat&#233;gories d'Ibn Khaldoun, on peut consid&#233;rer qu'une &#171; b&#233;douinisation &#187; capillaire est en cours un peu partout, c'est-&#224;-dire que l'on assiste
&#224; l'apparition de bandes &#233;chappant &#224; l'&#201;tat constitu&#233; mais
d&#233;termin&#233;es &#224; s'annexer la logique &#233;tatique, en se substituant
localement &#224; lui. Les violences de l'automne 2005 en France
annoncent sans doute ce genre d'&#233;volution (l'un des grands
ressorts de ces actions de commando consistait &#224; d&#233;cider qui
donnerait le ton dans un quartier donn&#233;), mais elle est encore
faiblement esquiss&#233;e dans ce pays. Ce qui se passe au Br&#233;sil,
o&#249; l'on voit les bandes p&#233;greuses agresser les forces de l'&#201;tat
&#224; une &#233;chelle militaire, et de fa&#231;on r&#233;p&#233;t&#233;e, rel&#232;ve bien de cette
&#233;volution. Ce pays anticipe sur certaines des tendances les
plus sinistres de l'&#233;poque (c'est l&#224; que les villes-bunkers pour
les riches ont &#233;t&#233; invent&#233;es). Il ne s'agit pas de &#171; faits divers &#187;
un peu plus crus que d'habitude, mais de la cristallisation de
plus en plus fr&#233;quente de bandes atteignant le stade de proto-&#201;tats et entrant en concurrence active avec tous les p&#244;les
rivaux. Il est encore possible que des escadrons de la mort
&#233;manant de la police exterminent momentan&#233;ment les p&#244;les
&#171; b&#233;douins &#187; urbains les plus agressifs. Cela s'est d&#233;j&#224; produit
l&#224;-bas. Mais le plus remarquable, c'est que l'&#201;tat en place
doive r&#233;guli&#232;rement recommencer ce &#171; nettoyage &#187;, &#224; un degr&#233;
chaque fois aggrav&#233;. La multiplication et la puissance des
mafias de tout acabit ressort clairement d'un m&#234;me tropisme
historique.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce que le XIXe si&#232;cle qualifiait de &#171; lumpen &#187; n'a pas cess&#233; de
constituer une difficult&#233; pour les tenants d'une th&#233;orie des
classes sociales fonctionnant comme une m&#233;canique pr&#233;visible. Les diff&#233;rentes formes d'&#171; underclass &#187;, pour employer le
terme anglo-saxon &#233;quivalent, ont connu des comportements
extr&#234;mement vari&#233;s. Elles ont pu tant&#244;t participer d'une
alliance des couches populaires dans un &#233;lan collectif gigantesque (les p&#233;riodes de r&#233;volution sociales l'ont abondamment
illustr&#233;) tant&#244;t servir d'appui &#224; des alliances verticales avec le
sommet de la soci&#233;t&#233;. On conna&#238;t cette caract&#233;ristique du
nazisme, on se souvient un peu moins de la nature de la soci&#233;t&#233; du 2 d&#233;cembre de Louis-Napol&#233;on Bonaparte, on devrait
&#233;galement s'interroger sur ce que signifiait le traitement de
faveur des p&#233;greux au goulag (consid&#233;r&#233;s comme &#171; socialement proches &#187; par l'administration des camps et servant de
suppl&#233;tifs internes &#224; l'horreur concentrationnaire). Tout
indique aujourd'hui que la caract&#233;ristique des pays du Tiers
monde o&#249; l'underclass a permis de prendre syst&#233;matiquement
&#224; revers les couches urbaines ouvri&#232;res s'&#233;tend aujourd'hui &#224;
l'ensemble des soci&#233;t&#233;s de la plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le facteur national, perturbateur de la r&#233;gression ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le seul &#233;l&#233;ment qui paraisse en mesure de freiner une telle
r&#233;gression, c'est la nature de l'&#201;tat-nation, qui a permis la
naissance de solidarit&#233;s &#233;tendues au-del&#224; du voisinage, du
mode tribal et de la Cit&#233;. En soi, une telle constatation traduit
le degr&#233; de r&#233;gression en cours. Ce n'est plus le d&#233;passement
de la nation qui semble &#224; l'ordre du jour, mais une r&#233;gression
en-de&#231;&#224;.&lt;br class='manualbr' /&gt;La nation est une formation historique qui a int&#233;gr&#233; les traits
de la Cit&#233; et de l'Empire, sans se r&#233;duire &#224; aucun de ces deux
p&#244;les, bien qu'elle oscille parfois vers l'un ou l'autre (le cas
fran&#231;ais avec la r&#233;volution de 1789, o&#249; le pays se fait cit&#233; en
1789 avant de r&#233;gresser en empire napol&#233;onien n'est pas anecdotique, puisqu'il a condens&#233; le renversement consternant qui
s'est reproduit &#224; plus grande &#233;chelle avec la r&#233;volution de
1917). L'&#201;tat-nation fournit surtout l'exemple de groupes
humains ayant su d&#233;finir une capacit&#233; d'auto-transformation
collective inconnue auparavant, et une relation directe entre
l'individu et la repr&#233;sentation institutionnalisant le groupe,
qui n'avait pour ainsi dire jamais exist&#233; (seules les cit&#233;s
grecques et Rome l'avaient d'une certaine fa&#231;on anticip&#233;e).
C'est au sort de cette forme nationale que se pressentira l'&#233;volution future. Elle pour rait s'&#233;teindre : l'empire romain a supplant&#233; la r&#233;publique oligarchique et englob&#233; l'essentiel des
zones urbaines et marchandes de l'Antiquit&#233; sans pour autant
cesser d'&#234;tre un empire. Il a m&#234;me fini par incarner l'une de
ses formes les plus accomplies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est par ailleurs remarquable qu'&#224; certains &#233;gards, dans ses
variantes les moins mystiques, le projet communiste initial
pouvait s'apparenter &#224; la formation d'une nation &#233;tendue aux
bornes du monde, et destin&#233;e &#224; rassembler tous les repr&#233;sentants de l'esp&#232;ce. La capacit&#233; &#224; fonder un nouveau monde,
&#224; le situer dans le temps, et &#224; d&#233;cider l'auto-transformation
collective pour y parvenir &#233;tait une des racines fondamentales
de l'universalisme que l'utopie communiste pr&#233;tendait r&#233;aliser jusqu'au bout. Cette parent&#233; explique sans doute la
concurrence entre la r&#233;f&#233;rence nationale et l'esp&#233;rance communiste au tournant du XIXe et du XXe si&#232;cle et leur tendance
sym&#233;trique &#224; donner naissance &#224; un effort d&#233;sesp&#233;r&#233;ment
volontariste sous la forme politique absolument nouvelle du
totalitarisme. Dans la mesure o&#249; cette forme s'est ancr&#233;e dans
les soci&#233;t&#233;s en position de faiblesse dans le jeu des rapports de
force internationaux, le totalitarisme est probablement l'expression d'une faiblesse strat&#233;gique qui cherche &#224; d&#233;multiplier
ses ressources par un volontarisme exacerb&#233;. Mais s'il commence par donner une effet de puissance, il finit par st&#233;riliser
la soci&#233;t&#233; qu'il a conquis. Si cette perception est exacte, le totalitarisme islamiste a de longues ann&#233;es devant lui. Sa th&#233;matique de pr&#233;dilection se rattache &#224; la d&#233;finition d'une relation
directe entre le z&#233;lote et la suppos&#233;e &#171; nation de l'islam &#187;. Mais
il s'agit d'une aspiration imp&#233;riale et non nationale. A la
mani&#232;re des religions mill&#233;naires, il se renforcera de ses
&#233;checs jusqu'au naufrage final. Ceux qui ricanent de voir les
&#201;tats occidentaux peiner dans leur combat contre le bras
arm&#233; de ce totalitarisme islamique ne comprennent pas la
port&#233;e de ce qui est en jeu.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le d&#233;r&#232;glement capillaire des classes sociales et la d&#233;sagr&#233;gation relative de l'&#201;tat-nation sont profond&#233;ment li&#233;s. L'effort
visant &#224; constituer une Union europ&#233;enne, qui en repr&#233;sentait
la seule tentative de d&#233;passement, a peut-&#234;tre re&#231;u un coup
mortel en mai 2005, mais cela traduit au fond le dilemme central de l'entreprise europ&#233;enne : le rejet du trait&#233; constitutionnel a &#233;t&#233; m&#251; par le sentiment que les d&#233;volutions incessantes
de pr&#233;rogatives de la nation au centre europ&#233;en d&#233;sarmaient
les d&#233;fenses traditionnelles de ces soci&#233;t&#233;s. Beaucoup d&#233;pendra
de la capacit&#233; de la forme nation &#224; se r&#233;g&#233;n&#233;rer, &#224; se d&#233;passer
ou &#224; p&#233;ricliter. L'&#233;puisement des capacit&#233;s de cr&#233;ation historique en Europe est d'autant plus pr&#233;occupant qu'il s'agit de
la zone o&#249; est n&#233;e cette forme. Force est de constater que la
r&#233;gression est d&#233;j&#224; tellement avanc&#233;e que les automatismes
historiques semblent &#233;crasants en regard des possibilit&#233;s de
sursaut volontaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'interp&#233;n&#233;tration de tous les niveaux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces d&#233;r&#232;glements trouvent leur expression dans un
affrontement g&#233;opolitique de plus en plus large. Les m&#233;canismes de &#171; mondialisation &#187; expriment cette imbrication et
paraissent irr&#233;versibles. Les niveaux &#171; internationaux &#187; ne ces
seront plus d'interf&#233;rer avec les m&#233;canismes internes des
soci&#233;t&#233;s en pr&#233;sence. Il ne s'agit pas de simples processus
&#171; &#233;conomiques &#187;, tant les questions de puissance sur-d&#233;terminent les d&#233;cisions &#233;conomiques. Contrairement au lieu commun qui pr&#233;tend que l'extension du
commerce assure la paix, l'histoire des derniers si&#232;cles
montre que l'interd&#233;pendance accrue de soci&#233;t&#233;s peut s'exprimer aussi bien, et alternativement, par un approfondissement
des liens commerciaux que par un passage &#224; l'affrontement
(militaire classique, ou plus diffus). Le commerce n'est pas un
antidote &#224; la guerre, mais un moment qui pr&#233;pare celle-ci.
La premi&#232;re &#171; mondialisation &#187; &#224; la fin du XIXe si&#232;cle europ&#233;en
a ainsi balis&#233; le terrain de la premi&#232;re guerre mondiale.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'intervalle de temps n'a &#233;t&#233; que d'une quarantaine d'ann&#233;es.
Il est troublant de constater que l'initiation de la mondialisation contemporaine a eu lieu au d&#233;but des ann&#233;es 1970 (avec
la fin de la convertibilit&#233; du dollar, le flottement g&#233;n&#233;ralis&#233; des
monnaies, et la d&#233;r&#233;gulation financi&#232;re qui a servi de palliatif
&#224; cette disparition de toute monnaie internationale de r&#233;f&#233;rence). La fin de la d&#233;cennie en cours et le d&#233;but de la suivante
constituer ont les moments les plus aigus de la tension que l'on
voit sourdre de tous c&#244;t&#233;s.&lt;br class='manualbr' /&gt;La d&#233;sagr&#233;gation historique a d'ores et d&#233;j&#224; donn&#233; naissance
&#224; certaines lignes de force dans le chaos croissant : les aires
occidentales et musulmanes sont bel et bien engag&#233;es dans
une logique d'affrontement qui m&#232;ne &#224; un quatri&#232;me guerre
mondiale (la guerre froide ayant constitu&#233; la troisi&#232;me, auto-limit&#233;e, gr&#226;ce &#224; la relative rationalit&#233; des deux principaux
protagonistes, dont on regrettera sans doute un jour leur sens
de la mesure, eu &#233;gard aux capacit&#233;s destructrices qu'ils d&#233;tenaient). Ce qui est en jeu, et qui d&#233;pend fort peu de d&#233;cisions
conscientes, c'est de savoir si l'ordre hypoth&#233;tique qui sortira
de ce chaos sera ou non d&#233;termin&#233; par cette logique instinctive d'affrontements croissants et de plus en plus ravageurs.
Pourquoi une r&#233;gulation barbare serait-elle l'&#233;ventualit&#233; la
plus improbable de cet avenir d&#233;plaisant ?
L'intervention de 2001 en Afghanistan (r&#233;pondant &#224; l'agression islamiste sur New York), l'invasion de l'Irak en 2003 et le
conflit mettant aujourd'hui en jeu Isra&#235;l et les proto-&#201;tats islamistes (Hamas palestinien, Hezbollah libanais) &#233;voquent les
conflits qui ont pr&#233;lud&#233; au d&#233;ploiement des trois guerres mondiales connues :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - Les tensions pour le contr&#244;le de la Bosnie d&#232;s 1907, puis les
guerres des Balkans de 1912-1913&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - l'invasion de la Mandchourie par le Japon en 1931, l'invasion
de l'&#201;thiopie en 1935, la guerre d'Espagne en 1936, et la red&#233;finition des fronti&#232;res de l'Allemagne en 1938-1939&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - la guerre de Cor&#233;e de 1950 (et dans une moindre mesure la
question de Berlin au d&#233;but des ann&#233;es 1950).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;lai de 7 &#224; 8 ans entre les premiers conflits annonciateurs
et le moment aigu de l'affrontement (pour la troisi&#232;me guerre
mondiale, il a fallu une douzaine d'ann&#233;es avant d'&#234;tre au
bord de la guerre nucl&#233;aire, en 1962 &#224; Cuba), confirme que le
moment le plus d&#233;licat devrait se situer aux alentours de 2010
et des ann&#233;es suivantes.&lt;br class='manualbr' /&gt;De m&#234;me que les Balkans furent la zone sensible avant 1914,
le Moyen Orient est aujourd'hui une zone vitale. Dans la
mesure o&#249; il renferme plus de la moiti&#233; des r&#233;serves d'hydrocarbures, ajduvant indispensable de la prosp&#233;rit&#233; &#233;conomique, de la soci&#233;t&#233; de consommation, et de la puissance militaire, aucun &#201;tat important ne pourra s'en d&#233;sint&#233;resser. Le
plus &#233;trange, c'est que le monde arabo-musulman semble
incapable de transformer en une base de d&#233;veloppement auto
nome la rente immense que certaines de ses r&#233;gions tirent des
gisements min&#233;raux qu'elles contr&#244;lent. Ces pays se contentent de ponctionner de plus en plus gravement les capacit&#233;s
productives des zones les plus d&#233;velopp&#233;es, avec la semi-complicit&#233; des oligarchies occidentales. Ce parasitage de l'Occident
et d'une partie de l'Asie, loin d'amener une synergie et un partage du travail, d&#233;finit le cadre des tensions et des contentieux
dont l'engrenage rendra de plus en plus intenable la situation
pr&#233;sente. L'imp&#233;rialisme musulman, pourtant &#233;miett&#233; et
aujourd'hui incapable de s'organiser &#224; grande &#233;chelle, est de
retour, comme le d&#233;montre une multitude d'agressions dot&#233;es
chacune de leur logique propre, mais aux directions convergentes. Cet imp&#233;rialisme ressuscit&#233; vient pr&#233;senter sur un plateau le meilleur alibi possible aux dirigeants occidentaux d&#233;sireux de conjurer les traditionnels m&#233;canismes de contestation
sociale interne. Chaque grande guerre est un fait historique
total, et ses cons&#233;quences internes aux soci&#233;t&#233;s qui la m&#232;nent
comptent autant que la surench&#232;re des antagonismes g&#233;opolitiques opposant les adversaires. Le monde musulman
cherche une &#233;chappatoire &#224; ses insolubles contradictions int&#233;rieures, tandis que le monde occidental ne sait que reproduire
sa logique de croissance mat&#233;rielle qui lui a tant r&#233;ussi et qui
l'asphyxie aujourd'hui. L'atmosph&#232;re de guerre qui transpire
peu &#224; peu de tout le panorama historique conjure les m&#233;canismes de r&#233;actions civiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les diff&#233;rentes guerres mondiales&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande particularit&#233; de cette quatri&#232;me guerre mondiale
qui s'annonce est d'&#234;tre profond&#233;ment asym&#233;trique. Les deux
premi&#232;res guerres mondiales ont &#233;t&#233; les guerres sym&#233;triques
par excellence, m&#234;me si la seconde avec les mouvements de
partisans a connu des situations asym&#233;triques importantes.
La troisi&#232;me fut d'une certaine fa&#231;on asym&#233;trique, &#224; travers
les guerres de &#171; lib&#233;ration &#187; des colonies ou du Vietnam, mais
cette asym&#233;trie &#233;tait r&#233;versible, comme on l'a vu avec
l'Afghanistan de 1979 &#224; 1989, et divers conflits en Afrique.
Cette particularit&#233; tenait &#224; ce que l'antagonisme militaire
majeur, en Europe, &#233;tait &#224; la fois actif et gel&#233;, pr&#233;venant toute
escalade incontr&#244;l&#233;e, clausewitzienne, vers le d&#233;ploiement illimit&#233; de la violence. L'aspect asym&#233;trique &#233;tait instrumentalis&#233; par cet antagonisme central qui demeurait sym&#233;trique (l'issue de la guerre froide d&#233;pendait du contr&#244;le de l'Europe de
l'Ouest et du Japon). Cette auto-limitation de la guerre froide
avait sans doute connu certaines anticipations au cours de la
seconde guerre mondiale : d&#233;j&#224;, la mont&#233;e aux extr&#234;mes de la
violence disponible avait &#233;t&#233; brid&#233;e sur certains points
(comme les armes chimiques). Mais l'auto-limitation demeure la grande caract&#233;ristique de la troisi&#232;me guerre mondiale.&lt;br class='manualbr' /&gt;Et la question la plus cruciale est de savoir jusqu'o&#249; elle sera
respect&#233;e dans la nouvelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affaire de Cuba en 1962 fut la seule occasion o&#249; le m&#233;canisme de dissuasion nucl&#233;aire manqua de peu d'&#233;chapper au
contr&#244;le des deux p&#244;les mondiaux. Il n'est pas indiff&#233;rent que
l'intervention intempestive et irresponsable d'un tiers, Castro,
de peu d'envergure mais indiff&#233;rent au jeu subtil engag&#233;
depuis longtemps, ait &#233;t&#233; la cause de ce ratage presque
accompli, Cuba repr&#233;sentait un &#233;l&#233;ment typiquement asym&#233;trique dans la configuration des forces en pr&#233;sence.&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans la mesure o&#249; la fragmentation du monde arabo-musulman va en s'approfondissant, son caract&#232;re incontr&#244;lable ne
peut que s' accentuer, et durer au moins jusqu'&#224; la fin des
ann&#233;es 2010, ne serait ce que pour des raisons de dynamique
d&#233;mographique. La soif d'un &#201;tat comme l'Iran &#224; se doter de
l 'arme nucl&#233;aire, tout comme le caract&#232;re implosif du
Pakistan, et ses liens obscurs avec l'Arabie saoudite, incitent &#224;
penser que cette quatri&#232;me guerre mondiale ne se terminera
pas sa ns l'utilisation de telles armes, d'un c&#244;t&#233; ou de l'autre, et
sans doute des deux, voir e au sein m&#234;me du monde musulman,
tant il est instable. La dissuasion suppose des adversaires en
nombre limit&#233; qui se connaissent suffisamment pour demeurer
pr&#233;visibles les uns pour les autres. L'ampleur des aspects asym&#233;triques tend &#224; rendre inefficace toute dissuasion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'impr&#233;visible issue&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;nonciateurs de la guerre au d&#233;but du XXe si&#232;cle esp&#233;raient conjurer le conflit ext&#233;rieur en le transformant en
conflit int&#233;rieur, afin que les fauteurs de guerre suppos&#233;s se
trouvent balay&#233;s. L'asym&#233;trie profonde de ce qui est gestation
d&#233;ment une telle esp&#233;rance, qui a &#233;t&#233; d'ailleurs &#233;t&#233; largement
d&#233;&#231;ue par les faits apr&#232;s 1918. Seuls les pays vaincus ont
connu des troubles sociaux insurmontables, la Russie connaissant un changement de r&#233;gime radical tandis qu'apr&#232;s 1945,
la Chine mao&#239;ste &#233;tait la principale cons&#233;quence du second
conflit mondial. Mais ces &#201;tats r&#233;nov&#233;s en exp&#233;riences totalitaires continentales se sont ins&#233;r&#233;s dans la g&#233;opolitique existante, et les possibilit&#233;s de nouvelles guerres n'ont &#233;t&#233; en rien
abolies. Les zones de partisans ont &#233;t&#233; rapidement aval&#233;es par
les logiques &#233;tatiques. De fait, les guerres de partisans manifestent une d&#233;sagr&#233;gation locale des &#233;chelles de souverainet&#233;,
qui se r&#233;sout au terme de conflits encore plus &#226;pres qu'une
guerre r&#233;guli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, toute tentative de transformer la guerre mondiale naissante en guerre civile locale s'inscrirait dans les
lignes de force de l'asym&#233;trie, et renforcerait celles-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La pr&#233;cession du conflit&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;c&#233;dent des deux premi&#232;res guerres mondiales a montr&#233;
que l'encha&#238;nement des affrontements peut voir migrer le
centre de gravit&#233; de l'antagonisme : la premi&#232;re commen&#231;a
par opposer l'alliance franco-britannique &#224; l'Allemagne, mais
elle s'est termin&#233;e en mettant en pr&#233;sence les &#201;tats-Unis et
l'Allemagne. La seconde commen&#231;a &#233;galement sur le m&#234;me
sch&#233;ma et s'est achev&#233;e sur un antagonisme nippo-germano-&#233;tasunien, qui a ensuite fait place avec la guerre froide au vis-&#224;-vis sovi&#233;to-am&#233;ricain. La troisi&#232;me guerre mondiale s'est
termin&#233;e sur la relation la plus asym&#233;trique qui se puisse
concevoir, puisque sur le terrain clausewitzien de la surench&#232;re de la force centralis&#233;e, les &#201;tats-Unis n'ont plus de rivaux.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le monde musulman ne faisant pas le poids, il ne peut &#233;viter
l'&#233;crasement qu'en implosant pour se faire poussi&#232;re incontr&#244;lable, &#224; la mani&#232;re de l'Afghanistan face &#224; l'Union sovi&#233;tique, de l'Irak sunnite fa ce &#224; l'arm&#233;e am&#233;ricaine, du
Hezbollah libanais face &#224; Isra&#235;l. A moins d'une mont&#233;e aux
extr&#234;mes de la violence, que l'Occident r&#233;pugne &#224; engager, le
monde musulman ne peut &#234;tre v&#233;ritablement vaincu. Il est
donc probable que le centre de gravit&#233; de l'affrontement fini ra par migrer vers le Pacifique, point de contact entre
l'Occident et le monde chinois. Cette d&#233;rive ne serait pr&#233;venue
que par une &#233;ventualit&#233; plus d&#233;plaisante encore : une g&#233;n&#233;ralisation du chaos au sein des soci&#233;t&#233;s occidentales, qui entre
raient elles aussi dans le type de d&#233;sagr&#233;gation qui hante les
soci&#233;t&#233;s musulmanes. Une telle hypoth&#232;se de d&#233;composition
inter ne est envisageable pour les nations europ&#233;ennes, mais
para&#238;t moins vraisemblable pour l'Am&#233;rique du Nord, o&#249; les
caract&#233;ristiques de l'&#201;tat-nation ont conserv&#233; leur dynamisme. L'imbrication, d'ores et d&#233;j&#224; vitale pour la Chine avec certains &#201;tats producteurs de p&#233;trole comme l'Iran ou le Soudan,
donne une id&#233;e des encha&#238;nements susceptibles de provoquer
le transfert de l'antagonisme militaire principal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre argument milite lourdement pour une telle transformation de l'affrontement : on n'a jamais vu, depuis l'apparition il y a cinq si&#232;cles de ce que les historiens ont appel&#233; &#171; l' &#233;conomie-monde &#187;, de migration du centre de gravit&#233; de celle-ci
sans conflit majeur. Celui-ci n'oppose pas n&#233;cessairement de
fa&#231;on directe les deux p&#244;les les plus concurrents. Ils peuvent
m&#234;me se trouver alli&#233;s (comme les &#201;tats-Unis et la Grande-Bretagne lors des deux premi&#232;res guerres mondiales), mais les
cons&#233;quences de tel les guerres acc&#233;l&#232;rent les tendances de fond
&#224; l'&#339;uvre. Il n'est pas certain que la Chine constitue le futur
p&#244;le de l' &#233;conomie-monde (il faudrait qu'elle s'adjoigne le
Japon pour ce faire), mais ceux qui croient &#224; cet avenir chinois
laissent &#233;trangement de c&#244;t&#233; la probabilit&#233; de l'immense conflit
militaire qui accompagnerait une telle mutation. On peut aussi
bien imaginer qu'au terme du chaos actuel, l'&#233;conomie-monde
aura cess&#233; d'exister, au profit de zones plus ou moins &#233;tanches
et autarciques, &#224; l'&#233;chelle de continents hostiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La catastrophe est d&#233;j&#224; l&#224;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois la poussi&#232;re des affrontements retomb&#233;e, peut-&#234;tre
verra-t-on pr&#233;dominer sur la plan&#232;te rescap&#233;e, d'ici une trentaine d'ann&#233;es, les &#201;tats dot&#233;s des populations les plus nombreuses, &#224; savoir la Chine et l'Inde, si ces zones ne se retrouvent pas segment&#233;es par les processus de d&#233;sagr&#233;gation en
cours, tandis que l'Occident et le monde arabo-musulman se
seront us&#233;s dans un affrontement aussi st&#233;rile qu'in&#233;vitable.
De toute fa&#231;on, la croissance &#233;conomique illimit&#233;e, vecteur
sp&#233;cifique de la puissance occidentale, aura fait place &#224; une
routine plus ou moins stationnaire, &#224; l'aune de nos crit&#232;res
actuels. La quatri&#232;me guerre mondiale sera sans doute la
p&#233;riode de consommation d&#233;cisive des ressources &#233;nerg&#233;tiques les plus accessibles. L'industrie aura cess&#233; de pouvoir
compter sur une augmentation permanente, suivant une
croissance g&#233;om&#233;trique, des intrants &#233;nerg&#233;tiques et min&#233;raux. La captation indispensable de l'&#233;nergie solaire devenue
la seule source suffisante &#224; long terme pour une survie collective de milliards d'&#234;tres humains, favorisera une tendance
lourde &#224; la constitution de traits &#171; hydrauliques &#187; dans les
soci&#233;t&#233;s du futur. Le solaire est en effet une &#233;nergie de flux et
non de stock et elle ne permettra pas les m&#234;mes puissances
ponctuelles que les ressources fossiles. Cela signifie que la
puissance militaire sera concr&#232;tement brid&#233;e par les limites
productives et physiques, sauf &#224; sauter &#224; l'&#233;tape ultime des
exterminations atomiques ou chimiques. Le poids quantitatif
des populations aurait dans tous les cas un effet d&#233;cisif, ce qui
explique la position probable de la Chine et de l'Inde, autour
desquelles se structureraient alors les nouveaux antagonismes g&#233;opolitiques les plus aigus. La complexit&#233; des m&#233;canismes &#224; l'&#339;uvre pourrait m&#234;me inclure des d&#233;sagr&#233;gations
internes de ces pays-continents (l'islam est un levier crucial
d'affaiblissement de l'Inde).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le genre de p&#233;riode chaotique qui nous attend, d'immenses &#233;pid&#233;mies et catastrophes &#233;cologiques peuvent interf&#233;rer avec les tendances historiques en cours et constituer des
facteurs de &#171; r&#233;gulation &#187; apocalyptiques. Les craintes vis-&#224;-vis
de la grippe aviaire montrent que l'hypoth&#232;se est prise au
s&#233;rieux par des instances internationales telles que l'OMS, le
sida agissant d&#233;j&#224; de cette fa&#231;on dans certaines parties de
l'Afrique sub-saharienne. Le plus probable est que l'&#233;l&#233;ment
bact&#233;rien ne sera pas &#171; spontan&#233; &#187;, mais instrumentalis&#233;
comme arme asym&#233;trique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prodigieuse incertitude ver s laquelle d&#233;rive l'histoire
contemporaine vaut pour tous les niveaux d'activit&#233;, m&#234;me
les anticipations &#233;conomiques ont vu leur horizon se r&#233;duire
au court terme et perdre le peu de visibilit&#233; qu'elles semblaient pr&#233;senter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait &#224; l'esp&#232;ce humaine infiniment de prudence, de
sagesse, de sagacit&#233; et de mod&#233;ration dans les d&#233;cennies qui
viennent pour enrayer un effondrement au moins comparable
&#224; ce qu'a connu la fin de l'Antiquit&#233;, ou la fin du Moyen-&#194;ge
europ&#233;en. Cette esp&#232;ce se distinguant plus par ses folies que
par sa mesure, le pessimisme parait aujourd'hui un crit&#232;re de
lucidit&#233; n&#233;cessaire. La catastrophe ne doit cependant pas &#234;tre
con&#231;ue comme un &#233;v&#233;nement imminent et brutal. Elle n'est
pas la version invers&#233;e d'une r&#233;volution soudaine et salvatrice. Une telle illusion emp&#234;cherait de percevoir que cette catastrophe se d&#233;roule au ralenti et qu'elle est d&#233;j&#224; engag&#233;e depuis
longtemps. D'une certaine fa&#231;on, elle est d&#233;j&#224; advenue, et ce ne
sont pas nos arri&#232;re-petits enfants qui subiront le poids de
choix ant&#233;rieurs : nous sommes d&#233;j&#224; dans cette situation de
contrainte inexorable. Cela explique que la quatri&#232;me guerre
mondiale n'ait pas besoin d'&#233;clater comme un conflit g&#233;n&#233;ralis&#233; et ouvert sur tous les continents. Son ombre, qui s'alourdit de fa&#231;on perceptible de mois en mois, suffit &#224; polariser les
d&#233;veloppements effectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paris, le 31 ao&#251;t 2006&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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