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	<title>Lieux Communs</title>
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	<description>D&#233;mocratie directe &#8212; Red&#233;finition collective des besoins &#8212; &#201;galit&#233; des revenus</description>
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		<title>Lieux Communs</title>
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		<title>Repenser la psych&#233; et la subjectivit&#233; avec Castoriadis</title>
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		<dc:date>2025-10-15T09:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Gerassimos S.</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Article</dc:subject>
		<dc:subject>Cr&#233;ation sociale-historique</dc:subject>
		<dc:subject>Mortalit&#233; / finitude</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Stephanatos, Gerassimos. &#171; Repenser la psych&#233; et la subjectivit&#233; avec Castoriadis &#187;. Psych&#233;, &#233;dit&#233; par Sophie Klimis et Laurent Van Eynde, Presses universitaires Saint-Louis Bruxelles, 2007, https://doi.org/10.4000/books.pusl.839.p. 115-140 &#171; L'essentiel du travail de Freud a consist&#233;, peut-&#234;tre, dans la d&#233;couverte de l'&#233;l&#233;ment imaginaire de la psych&#233; &#8211; dans le d&#233;voilement des dimensions les plus profondes de ce que j'appelle ici l'imagination radicale. &#187; (L'institution imaginaire de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Stephanatos, Gerassimos. &#171; Repenser la psych&#233; et la subjectivit&#233; avec Castoriadis &#187;. Psych&#233;, &#233;dit&#233; par Sophie Klimis et Laurent Van Eynde, Presses universitaires Saint-Louis Bruxelles, 2007, &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.4000/books.pusl.839.p&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://doi.org/10.4000/books.pusl.839.p&lt;/a&gt;. 115-140&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'essentiel du travail de Freud a consist&#233;, peut-&#234;tre, dans la d&#233;couverte de l'&#233;l&#233;ment imaginaire de la psych&#233; &#8211; dans le d&#233;voilement des dimensions les plus profondes de ce que j'appelle ici l'imagination radicale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;, p. 381)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Remarques pr&#233;liminaires&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de l'apport freudien &#224; la question de l'imagination &#8211; &lt;i&gt;&#966;&#945;&#957;&#964;&#945;&#963;&#943;&#945;&lt;/i&gt; dans le Trait&#233; de l'&#226;me d'Aristote, &lt;i&gt;Einbildung&lt;/i&gt; chez Kant &#8211; Castoriadis th&#233;matise l'&#233;l&#233;ment imaginaire constituant de la psych&#233; et du monde en d&#233;passant r&#233;solument le cadre de la pens&#233;e h&#233;rit&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Repenser la psych&#233; avec Castoriadis comme imagination radicale, c'est-&#224;-dire essentiellement comme &#233;mergence des repr&#233;sentations ou flux repr&#233;sentatif/affectif/intentionnel, non soumis &#224; la d&#233;terminit&#233;, et comme premi&#232;re rupture de la fonctionnalit&#233; de l'imagination &#233;l&#233;mentaire du simple vivant, implique de lourdes cons&#233;quences logiques, ontologiques, m&#233;tapsychologiques et th&#233;orico-pratiques. Ces cons&#233;quences sont en m&#234;me temps des pr&#233;suppos&#233;s n&#233;cessaires de la r&#233;flexion castoriadienne, qui suit elle-m&#234;me la circularit&#233; du cercle de la cr&#233;ation qu'elle cr&#233;e, en emportant dans son mouvement la d&#233;finition m&#234;me de l'&#234;tre, d'ores et d&#233;j&#224; pr&#233;sent&#233; comme &#224;-&#234;tre constamment d&#233;termin&#233; par l'auto-alt&#233;ration. Imaginaire, imagination et cr&#233;ation, y sont radicalement indissociables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;couverte de l'imaginaire radical par Castoriadis passe, si j'ose dire, par le m&#234;me chemin que sa propre r&#233;flexion pour r&#233;introduire l'&#233;l&#233;ment imaginaire &#224; la source de toute cr&#233;ation, &#224; la racine m&#234;me de notre r&#233;alit&#233; humaine, de la rationalit&#233; et de la pens&#233;e. Il en r&#233;sulte un projet d'&#233;lucidation qui embrasse la totalit&#233; du pensable &#8211; psych&#233;, soci&#233;t&#233;, vivant, &#233;pist&#233;m&#232; &#8211; et une interrogation illimit&#233;e dont la psychanalyse est &#224; la fois &#233;l&#233;ment fondamental et partie prenante, comme cela sera mis en relief tout au long de ce texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cr&#233;ativit&#233; radicale de l'&#234;tre humain singulier, tout autant que la cr&#233;ativit&#233; au niveau social-historique, &#233;chappent au fonctionnalisme, s'opposent &#224; l'immuabilit&#233; de la structure et r&#233;introduisent une temporalit&#233; originaire d'alt&#233;ration et d'alt&#233;rit&#233;. Ces deux cr&#233;ativit&#233;s nous mettent, avec Castoriadis, face &#224; la question de l'auto-institution de la soci&#233;t&#233; et &#224; l'aporie de l'origine de la psych&#233; comme auto-cr&#233;ation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hypoth&#232;se de l'imaginaire social instituant et la th&#233;matisation de l'imagination radicale visent &#224; l'&#233;lucidation de ces questions vertigineuses et posent la psych&#233; et la soci&#233;t&#233; comme irr&#233;ductibles l'une &#224; l'autre, bien qu'ins&#233;parables. Castoriadis formule une conception &#233;largie de la sublimation et th&#233;orise le processus de socialisation de la psych&#233; qui aboutit &#224; l'individu social, en contribuant non seulement &#224; la compr&#233;hension du monde psychique, mais aussi &#224; celle d'une dimension centrale de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le social pour Castoriadis, au contraire de la conception freudienne, ne se r&#233;duit pas au psychique, ne se limite pas au culturel, ni &#224; la &lt;i&gt;Kulturarbeit&lt;/i&gt;. Il ne se r&#233;duit pas non plus &#224; la supr&#233;matie d'un &#171; ordre symbolique &#187; sur le sujet marqu&#233; par les signifiants de l'Autre lacanien. Le monde social-historique est monde de sens, de significations et &#171; de sens effectif, qui ne peut pas &#234;tre pens&#233; comme une 'id&#233;alit&#233; vis&#233;e', qui doit &#234;tre port&#233; par des formes institu&#233;es, et qui p&#233;n&#232;tre jusqu'&#224; ses tr&#233;fonds le psychisme humain &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis Le monde morcel&#233;. Les carrefours du labyrinthe III, Paris (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on ne pose pas le social au d&#233;part, l'on n'aura jamais qu'une conception simplement narcissique et ferm&#233;e sur elle-m&#234;me de la subjectivit&#233; et de la subjectivation. Ce n'est donc pas par hasard que le th&#232;me de la fabrication social-historique de l'individu, comme par ailleurs celui de l'imagination radicale, sont toujours rest&#233;s obscurs dans la th&#233;orie psychanalytique. Pr&#233;cis&#233;ment, c'est &#224; partir de ces deux th&#232;mes que Castoriadis reconsid&#232;re la conception freudienne et qu'il l'&#233;claire autrement en apportant &#224; la psychanalyse une pi&#232;ce ma&#238;tresse, qui reste &#224; r&#233;&#233;valuer et &#224; exploiter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette d&#233;marche, on reconna&#238;t l'impact de l'ouverture apport&#233;e par la pens&#233;e de Lacan, malgr&#233; l'opposition critique de Castoriadis &#224; l'&#233;gard de son &#339;uvre &#8211; notamment de sa conception de l'imaginaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour cette question voir les textes de Jean Florence &#171; Remarques (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; et on trouve des points de rencontre essentiels avec l'&#339;uvre de Piera Aulagnier. Dans La Violence de l'interpr&#233;tation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. Aulagnier, La violence de l'interpr&#233;tation, Paris, PUF, 1975&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#339;uvre psychanalytique capitale, sortie en m&#234;me temps que L'Institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;, Paris, Seuil, 1975&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Aulagnier, dans sa propre perspective clinique, conceptualise deux espaces psychiques hors fronti&#232;res freudiennes : celui de l'originaire pour rendre compte de l'activit&#233; repr&#233;sentative originaire de la psych&#233; et celui de l'instance je, charg&#233; de maintenir l'unit&#233; de la subjectivit&#233; et de garantir son rapport &#224; l'institution sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, la d&#233;marche de Castoriadis rencontre celle de Piera Aulagnier. Je discuterai en parall&#232;le leurs positions respectives pour des raisons qui touchent la possibilit&#233; de repenser, dans l'&#171; apr&#232;s-coup &#187; de l'&#339;uvre de Lacan, des questions essentielles &#224; travers deux auteurs majeurs qui s'influencent mutuellement, tout en gardant chacun sa propre perspective. Ces deux perspectives, &#224; mon sens convergentes et d'une certaine fa&#231;on compl&#233;mentaires, signent la d&#233;faite de l'h&#233;g&#233;monie du signifiant structuraliste et le recentrage de la psychanalyse sur la signification, le sens, la temporalit&#233;, l'historicit&#233; et tout particuli&#232;rement sur la repr&#233;sentation au plus pr&#232;s du pulsionnel freudien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous allons donc aborder la question de l'activit&#233; repr&#233;sentative originaire, coextensive de l'auto-constitution de la psych&#233;, pour aboutir &#224; celle de la subjectivation consid&#233;r&#233;e comme travail cr&#233;ateur de construction de soi-m&#234;me et du monde, que j'appellerai dans ce contexte &lt;i&gt;poi&#232;sis&lt;/i&gt; de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, la r&#233;flexion de Castoriadis est une r&#233;flexion forte, dans tous les sens du terme, qui s'exprime dans sa totalit&#233; &#224; travers chacun de ses &#233;l&#233;ments et exige une r&#233;f&#233;rence constante &#224; ses principes g&#233;n&#233;raux. Cette particularit&#233;, inh&#233;rente au caract&#232;re global de son projet, influence toute approche de son &#339;uvre et nous conduit in&#233;vitablement &#224; devoir pr&#233;ciser d'embl&#233;e ce que nous consid&#233;rons comme le cadre de sa r&#233;flexion psychanalytique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. Un cadre ontologique et m&#233;tapsychologique pour repenser la psychanalyse&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je dirais abruptement que la r&#233;flexion de Castoriadis cr&#233;e un cadre op&#233;rant pour penser la psychanalyse comme activit&#233; pratico-poi&#233;tique, loin &#224; la fois du biologisme et du n&#233;o-positivisme &#171; scientifique &#187; et hors du structuralisme linguistique et de la formalisation math&#233;matique de l'inconscient op&#233;r&#233;e par Lacan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens il faut redire, au risque de la r&#233;p&#233;tition scolastique, que l'imaginaire dont parle Castoriadis n'est ni reflet, ni illusion, ni superstructure et ne se r&#233;duit pas au sp&#233;culaire comme chez Lacan. En tant que radical et ultime, il est la racine commune de l'imaginaire effectif et du symbolique, parce que justement il est la facult&#233; originaire de poser ou de se donner, sous le mode de la repr&#233;sentation, une chose ou une relation qui ne sont pas donn&#233;es dans la perception ou ne l'ont jamais &#233;t&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;, op. cit., p. 177&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Puissance ind&#233;termin&#233;e, ind&#233;terminable et simultan&#233;ment d&#233;terminante, l'imaginaire radical pour Castoriadis est cr&#233;ation incessante, une &lt;i&gt;vis&lt;/i&gt; &lt;i&gt;formandi&lt;/i&gt; a-causale, inventeur et cr&#233;ateur de tout monde des significations, des formes, des images, non simplement visuelles, mais des images au sens le plus g&#233;n&#233;ral, par exemple acoustiques ou tactiles. L'imaginaire radical proc&#232;de donc du sujet, de la chose, de l'id&#233;e, et se diff&#233;rencie nettement de l'imagination &#171; seconde &#187;, reproductive et combinatoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans toutes les strates de l'&#234;tre &#8211; vivant, psych&#233;, social-historique &#8211; il y a activit&#233; d'imagination et encore plus il y a autoconstitution de l'&#234;tre/&#233;tant sur le mode d'&#234;tre du pour soi, &#224; savoir &#233;mergence de mondes propres caract&#233;ris&#233;s par une dimension repr&#233;sentative/intentionnelle/affective, par une relative autofinalit&#233; et surtout par une cl&#244;ture in-formationnelle, cognitive et organisationnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, l'existence de mondes propres et la fragmentation de l'&#234;tre total, sont des faits&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, Fait et &#224; faire, Paris, Seuil, 1997, p 14.&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui impliquent la possibilit&#233; et l'effectivit&#233; du surgissement dans l'&#234;tre/&#233;tant de formes nouvelles et irr&#233;ductibles, &#224; savoir de formes que nous ne pouvons produire ou d&#233;duire &#224; partir de quelque chose de d&#233;j&#224; donn&#233;. Ces faits impliquent donc une h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; ontologique essentielle : soit, une stratification irr&#233;guli&#232;re de ce qui est ; soit encore une incompl&#233;tude radicale de toute d&#233;termination entre strates de l'&#234;tre/&#233;tant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, Domaines de l'homme, Paris, Seuil, 1986, p. 432.&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En d'autres termes, chaque strate incarne une cr&#233;ation particuli&#232;re et le passage entre strates est abyssal. De m&#234;me, il y a morcellement &#224; l'int&#233;rieur de chaque strate consid&#233;r&#233;e, en l'occurrence le psychique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle est la pertinence de cette ontologie pour la psychanalyse, sa th&#233;orie et sa pratique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'existence du pour-soi dans la psych&#233; t&#233;moignent la multiplicit&#233; des instances psychiques et la formulation de diff&#233;rentes topiques : les deux topiques freudiennes (conscient-inconscient et &#231;a-moi-surmoi), les &#171; positions &#187; kleiniennes, la topique de Piera Aulagnier qui articule originaire, primaire, secondaire, ou encore celle de Castoriadis posant au d&#233;part une monade psychique close sur elle-m&#234;me, qui &#233;clate pendant une phase triadique (sujet-autre-objet), puis traverse une phase &#339;dipienne pour aboutir finalement, moyennant les divers processus de sublimation, &#224; l'individu social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La stratification irr&#233;guli&#232;re de l'&#234;tre/&#233;tant, la complexit&#233; des domaines et des nivaux, la multiplicit&#233; des instances et des &#171; personnes psychiques &#187; dans les diff&#233;rentes topiques psychiques, conduisent &#224; une conception du sujet humain qui ne le r&#233;duit pas &#224; la dimension du langage, ni ne l'instaure comme &#171; sujet de l'inconscient &#187;. C'est dans la fragmentation essentielle de l'&#234;tre/&#233;tant total que l'auteur de &#171; L'&#233;tat du sujet aujourd'hui&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, &#171; L'&#233;tat du sujet aujourd'hui &#187;, in Le monde morcel&#233;. Les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Cela me para&#238;t plus qu'&#233;vident quant &#224; la th&#233;orisation et la pratique analytique, bas&#233;es essentiellement sur le transfert et le contre-transfert. De plus, c'est la prise en consid&#233;ration du point de vue de chaque instance qui rend possible la compr&#233;hension de la conflictualit&#233; inh&#233;rente &#224; la psych&#233;. En outre, concevoir l'inconscient avec Castoriadis comme un autre niveau de l'&#234;tre et non pas seulement comme le latent du manifeste de la conscience, c'est &#233;clairer diff&#233;remment le champ de l'interpr&#233;table et rapprocher le travail analytique de la construction interpr&#233;tative cr&#233;atrice plut&#244;t que du mod&#232;le de la traduction conscient-inconscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auto-d&#233;ploiement de l'&#234;tre/&#233;tant, nous dit Castoriadis, s'op&#232;re comme d&#233;hiscence, s&#233;paration, morcellement, &#224; travers quoi subsiste malgr&#233; tout une &#233;nigmatique unit&#233; : celle du sujet humain et celle du monde comme &lt;i&gt;kosmos&lt;/i&gt; organis&#233;. Dans chaque strate, ce qui est appara&#238;t comme chaos, ab&#238;me, sans fond, cr&#233;ation interminable, inexhaustible, insondable, et en m&#234;me temps comme kosmos, ordre relatif et multiplicit&#233; organis&#233;e, sans quoi nous ne pourrions ni parler ni exister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Castoriadis, en r&#233;introduisant l'ab&#238;me g&#233;n&#233;rateur-destructeur au c&#339;ur de la logique rationnelle et de ses constructions, ne vise aucune transcendance qui envahirait la pr&#233;tendue immanence, le donn&#233;, le familier, l'apparemment domestiqu&#233;. Il nous met face &#224; la dimension &lt;i&gt;poi&#233;tique&lt;/i&gt;, cr&#233;atrice et essentiellement imaginaire de l'&#234;tre et du monde, qui coexiste avec la dimension ensembliste-identitaire, celle qui correspond &#224; notre logique habituelle, formelle ou dialectique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'introduction de la logique des magmas fournit les moyens pour penser autrement que comme alternative exclusive et st&#233;rile l'antinomie et la solidarit&#233; de l'ensembliste-identitaire et du poi&#233;tique, de l'institu&#233; et de l'instituant, du d&#233;termin&#233; et du non-d&#233;termin&#233;, du fini et de l'infini. Le mode d'&#234;tre du magma signifie justement que l'objet chaque fois consid&#233;r&#233; &#171; n'est ni r&#233;ductible aux organisations ensemblistes identitaires, ni &#233;puisable par elles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, Fait et &#224; faire, op. cit., p. 31.&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Autrement dit, la dimension ensembliste-identitaire est constamment pr&#233;sente, mais enti&#232;rement submerg&#233;e par le magma des significations imaginaires sociales et le magma de l'inconscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique ensembliste-identitaire r&#233;duit le travail psychique et notamment celui du r&#234;ve, &#224; une combinatoire &#8211; ind&#233;termin&#233;e dans ses r&#233;sultats, mais non dans ses composants &#8211; d'&#233;l&#233;ments repr&#233;sentatifs d&#233;j&#224; donn&#233;s, aboutissants &#224; d'autres repr&#233;sentations plus complexes et finalement au texte du r&#234;ve. Cette logique occulte &#224; la fois l'imagination &lt;i&gt;poi&#233;tique&lt;/i&gt; du r&#234;ve et le fait qu'elle doive s'instrumentaliser dans les op&#233;rations logiques ensemblistes-identitaires qui sont pr&#233;sentes, de toute fa&#231;on, dans le travail du r&#234;ve et dans son interpr&#233;tation. N&#233;anmoins les &#233;l&#233;ments du r&#234;ve renvoient toujours &#224; autre chose jusqu'au fameux &#171; ombilic &#187; freudien. Ce renvoi r&#233;introduit fatalement non seulement l'inconnu mais aussi le non-d&#233;termin&#233;, voire le &lt;i&gt;poi&#233;tique&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'inconscient freudien poss&#232;de sa propre logique et d&#233;terminit&#233;, il n'est pas enti&#232;rement formalisable, ni ensemblisable. L'inconscient est d&#233;termin&#233; dans son mode d'&#234;tre et dans la nature de ses manifestations, mais il n'est pas d&#233;termin&#233; dans le contenu de ce qui s'y d&#233;roule. Pour Castoriadis, il n'y a pas seulement r&#233;p&#233;tition du pass&#233;, mais stratification diachronique et conflictuelle de la psych&#233; entra&#238;nant chaque fois des structures et des restructurations psychiques du sujet. Il y a m&#234;me &#233;mergence, surgissement de nouvelles formes et de nouvelles repr&#233;sentations, bien que l'auto-alt&#233;ration comme cr&#233;ation et destruction aille de pair avec l'insistance comme conservation et r&#233;p&#233;tition, d'o&#249; la n&#233;cessit&#233; de penser l'inconscient comme magmatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y aurait toute une discussion &#224; faire sur la compatibilit&#233; de l'atemporalit&#233; attribu&#233;e par Freud et Lacan aux processus inconscients avec l'option plut&#244;t temporelle de Castoriadis, au sens d'une temporalit&#233; originaire, &#224; savoir d'une alt&#233;rit&#233; introduite par le surgissement de formes qui retiennent toujours quelque chose du pass&#233;, leur surgissement m&#234;me pouvant &#234;tre cr&#233;atif. La r&#233;p&#233;tition ne serait m&#234;me pas rep&#233;rable comme telle, si elle n'&#233;mergeait pas dans un &#171; proc&#232;s de non-r&#233;p&#233;tition &#187;, &#224; savoir de cr&#233;ation continu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans toute cure analytique, il y a une dimension r&#233;gressive allant de pair avec l'apparition de la r&#233;p&#233;tition dans le transfert. S'il est vrai que la dimension r&#233;gressive est indiscutablement pr&#233;sente et n&#233;cessaire au d&#233;roulement de la cure, il est aussi vrai qu'on rencontre toujours une dimension poi&#233;tique, parfois m&#234;me monstrueuse. Le d&#233;lire psychotique, comme l'a montr&#233; Piera Aulagnier, est une cr&#233;ation psychique hautement &#233;labor&#233;e, un prodigieux travail de r&#233;-intepr&#233;tation avec ses propres postulats et des finalit&#233;s qui lui sont propres. Toutefois, la construction du pass&#233; du sujet en analyse (ou pas) n'est pas du pass&#233; re-compos&#233;, mais du pass&#233; cr&#233;&#233;-recr&#233;&#233; permettant justement &#224; l'analysant de devenir co-auteur d'une histoire, souligne Castoriadis, qui n'est plus v&#233;cue comme fatalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En radicalisant le travail psychique et notamment celui du r&#234;ve, Castoriadis retrouve dans la r&#233;gion du psychique la puissance cr&#233;atrice et insondable de formation de niveaux autres, des sch&#233;mas imaginaires nouveaux soutenant chaque fois le pensable. La non-d&#233;termination de ce qui est n'est pas simple ind&#233;termination au sens privatif, est &#233;mergence de d&#233;terminations autres que celles d&#233;j&#224; existantes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, Domaines de l'homme, op. cit., p. 407.&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces nouvelles d&#233;terminations existent par et pour le sujet, qui se manifeste dans la r&#233;ception ou le rejet d'une interpr&#233;tation, comme &#171; source ind&#233;terminable de sens, comme capacit&#233; virtuelle de r&#233;flexion et de r&#233;action&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, Le monde morcel&#233;, op. cit., p. 192.&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Je rappelle la d&#233;finition de la psychanalyse qui en r&#233;sulte comme activit&#233; pratico-poi&#233;tique, auto-transformation qui vise l'instauration d'une subjectivit&#233; r&#233;fl&#233;chissante et d&#233;lib&#233;rante rejoignant le projet d'autonomie humaine. J'&#233;voquerai encore la formule castoriadienne &#171; effet qui d&#233;passe ses causes, cause qui n'&#233;puise pas ses effets&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, Les carrefours du labyrinthe, Paris, Seuil 1978, p. 43.&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, qui r&#233;sume ce qu'on retrouve constamment dans l'activit&#233; et la th&#233;orisation de la psychanalyse et constitue &#224; mon sens l'une des d&#233;finitions possibles du magma et de sa logique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, cela veut dire que la psychanalyse n'est pas une science, ni une th&#233;orie au sens h&#233;rit&#233;, ni une technique, &#233;tant donn&#233; que la codification de la praxis analytique est impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces consid&#233;rations th&#233;orico-pratiques sont &#224; la fois source et cons&#233;quence de l'id&#233;e castoriadienne de la cr&#233;ation humaine comme cr&#233;ation ex nihilo, bien que jamais &lt;i&gt;in nihilo&lt;/i&gt;, ni &lt;i&gt;cum nihilo&lt;/i&gt;. Cette cr&#233;ation n'est jamais sans moyens, pr&#233;suppositions et contraintes, sans utilisation de ce qui &#233;tait d&#233;j&#224; l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Originairement, tout &#233;l&#233;ment est pris dans et par la circularit&#233; logique-ontologique du cercle de la cr&#233;ation. Le cr&#233;&#233; et les &#233;l&#233;ments de la cr&#233;ation doivent &#234;tre pos&#233;s simultan&#233;ment, &#171; sans eux le cr&#233;&#233; ne peut pas &#234;tre, mais eux-m&#234;mes ne sont ce qu'ils sont que moyennant leur ' r&#233;sultat', la cr&#233;ation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, Fait et &#224; faire, op. cit., p. 97.&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Les &#233;tants contiennent en eux-m&#234;mes les principes et l'origine de la cr&#233;ation des formes, ils sont &lt;i&gt;arch&#233; t&#244;n esomen&#244;n&lt;/i&gt;, origine de ce qui sera, pour Aristote maintes fois cit&#233; par Castoriadis. Toute &#233;lucidation y appara&#238;t comme une circularit&#233; puisqu'elle n'est ni hypoth&#233;tico-d&#233;ductive ni inductive, mais qu'elle s'&#233;taie sur le &#171; fait &#187; ultime de l'irr&#233;ductibilit&#233;. Cela permet de dire que la psych&#233; comme imagination radicale forme une &#171; premi&#232;re &#187; repr&#233;sentation relative &#224; la pulsion et en m&#234;me temps qu'elle se forme par elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce cercle originaire et paradoxal du cr&#233;&#233; et des &#233;l&#233;ments de la cr&#233;ation, impossible &#224; escamoter, &#224; r&#233;duire ou &#224; fonder, se laisse n&#233;anmoins conna&#238;tre et penser &#224; partir de lui-m&#234;me. Cette circularit&#233; n'affecte pas uniquement la compr&#233;hension de la cr&#233;ation mais son &#233;v&#233;nement m&#234;me, qui demeure insondable dans son caract&#232;re d'origine, pr&#233;cis&#233;ment parce que la cr&#233;ation se pr&#233;suppose et qu'elle importe dans son mouvement de circularit&#233; le fond m&#234;me de l'&#234;tre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La port&#233;e ontologique du cercle de la cr&#233;ation est remarquablement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui se manifeste comme auto-alt&#233;ration, comme incessant &#224; &#234;tre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, Domaines de l'homme, op. cit., p. 375.&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une note en bas de page&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, Le monde morcel&#233;, op. cit., p. 205.&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Castoriadis explique qu'il a &#233;t&#233; amen&#233; &#224; r&#233;fl&#233;chir &#224; la logique de magmas en pensant au mode indescriptible de coexistence des diff&#233;rents processus et instances psychiques, qui est tout autre chose qu'un d&#233;ploiement fonctionnel visant &#224; une meilleure division du travail. &#192; l'appui de l'id&#233;e d'une stratification historique de la psych&#233; &#171; en strates jamais d&#233;pass&#233;es ni harmonieusement int&#233;gr&#233;es &#187;, Castoriadis cite Freud parlant du r&#234;ve comme conglom&#233;rat dans L'interpr&#233;tation des r&#234;ves. Voici donc la source de l'id&#233;e selon laquelle l'&#234;tre est essentiellement stratifi&#233;, et cela non pas une fois pour toutes mais diachroniquement. La stratification irr&#233;guli&#232;re de l'&#234;tre est une expression de son autocr&#233;ation. A la logique ensembliste, au r&#233;ductionnisme m&#233;thodologique d'une unification d'inspiration physicaliste ou formaliste, s'oppose la v&#233;rit&#233; sp&#233;cifique des strates de l'&#234;tre/&#233;tant, leur diversit&#233; irr&#233;ductible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si j'insiste sur ce moment f&#233;cond d'une pens&#233;e &#224; l'&#339;uvre, c'est parce qu'il montre par quel moyen se cr&#233;e le cadre &#224; la fois logique, ontologique et m&#233;tapsychologique de la r&#233;flexion de Castoriadis. Ce cadre op&#233;rant permet de penser la psychanalyse comme une activit&#233; pratico-poi&#233;tique, dont l'ergon n'est pas l'actualisation d'une potentialit&#233; &#171; naturelle &#187; pr&#233;existante, mais l'actualisation d'une puissance au deuxi&#232;me degr&#233;, d'un pouvoir pouvoir-&#234;tre qui est celui de l'autocr&#233;ation humaine et ici pr&#233;cis&#233;ment de l'auto-transformation cr&#233;atrice de l'analysant et de son analyste.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. L'activit&#233; repr&#233;sentative originaire de la psych&#233; : Freud, Castoriadis, Aulagnier&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Castoriadis avance dans son enqu&#234;te tant&#244;t &#224; partir des principes, tant&#244;t vers les principes. Les points d'arriv&#233;e se transforment en points de d&#233;part, qui exigent la reconsid&#233;ration des donn&#233;es &#224; la lumi&#232;re des id&#233;es novatrices n&#233;es entre-temps, ses &#171; id&#233;es-m&#232;res, interminablement f&#233;condes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, Domaines de l'homme, op. cit., p. 14.&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire na&#238;tre ses propres &#171; id&#233;es-m&#232;res &#187; renvoie au faire na&#238;tre sa propre m&#232;re, cr&#233;er soi-m&#234;me et le monde ex nihilo, &#224; partir de &#171; rien &#187;, &#224; partir du repr&#233;sent&#233; de la rencontre somato-psychique effective avec l'autre maternel, son sein et sa parole. C'est dans la repr&#233;sentation, dans son &#233;mergence en relation avec le pulsionnel, dans son d&#233;ploiement et ses produits, qu'on trouve avec Castoriadis le moment de cr&#233;ation au niveau du processus psychique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question, qui est celle de l'imagination radicale, semble &#234;tre occult&#233;e par le r&#233;alisme positiviste de Freud et son impossible effort &#224; suivre la science de son temps. Freud relie la repr&#233;sentation &#224; la &#171; r&#233;alit&#233; &#187; du per&#231;u, et m&#234;me quand la phantasmatisation folle de ses patients et son propre g&#233;nie lui font d&#233;couvrir l'existence des &#171; fantasmes originaires &#187; &#8211; organisateurs cardinaux sans substrat r&#233;el de la vie fantasmatique du sujet &#8211; Freud recourt paradoxalement &#224; la phylogen&#232;se pour rendre compte de leur constitution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Castoriadis aborde cette &#171; antinomie &#187; &#8211; comme il l'appelle &#8211; de la conception freudienne &#224; partir de sa propre &#233;laboration qui fait para&#238;tre la dimension cr&#233;atrice du travail psychique. La th&#233;matisation de l'imagination radicale, la logique des magmas, l'hypoth&#232;se d'une monade psychique originaire en-de&#231;&#224; ou au-dessus de l'inconscient freudien, visent avant tout &#224; &#233;lucider la question de l'activit&#233; repr&#233;sentative originaire de la psych&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aulagnier, de son c&#244;t&#233;, pour rendre compte du ph&#233;nom&#232;ne psychotique, conceptualise un processus originaire de la psych&#233; en postulant l'existence d'une activit&#233; repr&#233;sentative originaire et pictographique, hors-phantasme et au-del&#224; de l'inconscient freudien. Le pictogramme, qui relie dans ses figurations ins&#233;parablement une zone &#233;rog&#232;ne, sensorielle avec son objet compl&#233;mentaire et partiel, selon le prototype &#171; bouche-sein &#187;, n'est nullement un concept empirique. Au contraire, il affirme et complexifie la notion de la pulsion et de sa d&#233;l&#233;gation par la repr&#233;sentation. Quant &#224; la d&#233;l&#233;gation par affect, le pictogramme dans et pour l'originaire est indissociablement repr&#233;sentation de l'affect et affect de la repr&#233;sentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, si l'exigence de figurabilit&#233; comme condition d'existence de la psych&#233; soumet toujours la pulsion &#224; l'obligation de d&#233;l&#233;gation par repr&#233;sentation, &lt;i&gt;Vorstellungsrepr&#228;sentanz des Triebes&lt;/i&gt;, comment peut-on concevoir l'origine d'une repr&#233;sentation, &#171; premi&#232;re &#187; au sens de sa cr&#233;ation, de son instauration ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le vie chapitre de l'Institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;, Castoriadis r&#233;pond qu'&#171; il faut n&#233;cessairement postuler que la psych&#233; est capacit&#233; de faire surgir une premi&#232;re repr&#233;sentation, une mise en image (&lt;i&gt;Bildung et Einbildung&lt;/i&gt;) qui doit &#234;tre en m&#234;me temps relative &#224; la pulsion, &#224; un moment o&#249; rien n'assure cette relation &#187; (p. 382). Cette r&#233;ponse, situ&#233;e dans son cadre de r&#233;f&#233;rence, signifie que la psych&#233; est origine d'elle-m&#234;me et de ce qui sera, qu'elle s'auto-constitue dans et par la circularit&#233; du cercle de la cr&#233;ation pr&#233;c&#233;demment explicit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Repenser la psych&#233; comme imagination radicale, revient donc &#224; postuler l'imagination radicale comme activit&#233; originaire de phantasmatisation, qui pr&#233;existe et pr&#233;side &#224; toute organisation m&#234;me rudimentaire de la pulsion. Elle est la condition m&#234;me de l'acc&#232;s de la pulsion &#224; l'existence psychique, et c'est &#224; ce fonds de repr&#233;sentation originaire que la pulsion emprunte &#171; au d&#233;part &#187; sa d&#233;l&#233;gation par repr&#233;sentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La psych&#233; est surtout &#233;mergence de la repr&#233;sentation, en tant que mode d'&#234;tre irr&#233;ductible et organisation de quelque chose dans et par sa figuration, sa &#171; mise en image &#187;. En d'autres termes, elle est un formant qui n'est que dans et par ce qu'il forme et comme ce qu'il forme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, L'institution imaginaire..., op. cit., p. 383.&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette organisation imageante, doit contenir en elle les &#233;l&#233;ments organisateurs du monde psychique qui se d&#233;veloppera par la suite, certes, avec des adjonctions d&#233;cisives venant d'ailleurs &#8211; corps, autre, soci&#233;t&#233; &#8211; mais n&#233;cessairement re&#231;ues et &#233;labor&#233;es selon les exigences pos&#233;es par la repr&#233;sentation originaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pictogramme de Piera Aulagnier &#8211; entendu &#224; la fois comme inscription psychique originaire et produit du processus psychique originaire &#8211; correspond justement &#224; cette image fondamentale et matrice de tout ce qui fera sens par la suite. Cela veut dire pr&#233;cis&#233;ment que les repr&#233;sentations pictographiques de l'originaire sont remodel&#233;es par les processus primaire et secondaire et, qu'inversement, l'originaire m&#233;tabolise en permanence et selon son propre postulat tout ce qui se repr&#233;sente sur la sc&#232;ne du fantasme et du je.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'authentique aporie, d'o&#249; la psych&#233; prend-elle les &#233;l&#233;ments &#8211; mat&#233;riaux et organisation &#8211; de la repr&#233;sentation, m&#234;me pictographique, Castoriadis nous renvoie &#224; l'impossibilit&#233; de comprendre la probl&#233;matique de la repr&#233;sentation, si on cherche l'origine de la repr&#233;sentation hors de la repr&#233;sentation elle-m&#234;me, c'est-&#224;-dire hors des conditions qui rendent possible son autocr&#233;ation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;lucidation de la m&#234;me question par Aulagnier passe par la formulation du concept de m&#233;tabolisation et l'hypoth&#232;se d'un emprunt fait au mod&#232;le sensoriel par l'activit&#233; de l'originaire pour ses repr&#233;sentations pictographiques, au plus pr&#232;s de l'activit&#233; organique d'ingestion-plaisir, expulsion-d&#233;plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; nos yeux l'une des rares hypoth&#232;ses plausibles, si on &#233;vite la tentation gradualiste pour comprendre l'origine de la repr&#233;sentation et si l'on exclut un emprunt fait par la psych&#233; &#224; la r&#233;alit&#233;, jug&#233;e trop h&#233;t&#233;rog&#232;ne pour la psych&#233; naissante ou m&#234;me &#233;volu&#233;e. L'emprunt fait au corps et &#224; ses mod&#232;les sensoriels, laisse intacte l'interaction &#233;nigmatique entre l'activit&#233; organique et l'activit&#233; repr&#233;sentative originaire de la psych&#233;, bien qu'entre besoin et pulsion il y ait &#171; une d&#233;pendance effective et persistante dans le registre du repr&#233;sent&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. Aulagnier, La violence de l'interpr&#233;tation, op. cit., p. 57.&#034; id=&#034;nh2-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, Castoriadis, dans son propre cadre conceptuel, avance une hypoth&#232;se qu'il n'a jamais d&#233;velopp&#233;e sur l'existence d'une imagination sensorielle et plus g&#233;n&#233;ralement corporelle dans l'immense espace du non-conscient humain, que l'on ne saurait confondre avec l'inconscient. C'est l'espace du corps vivant cr&#233;ant ses sensations, cr&#233;ant son in-formation en tant que corps anim&#233; en continuit&#233; avec la monade psychique originaire situ&#233;e au-del&#224; de l'inconscient et m&#234;me du &#231;a freudiens. L'exemple des d&#233;sordres auto-immunitaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, L'institution imaginaire..., op. cit., p. 258.&#034; id=&#034;nh2-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, o&#249; les m&#233;canismes de d&#233;fense du corps se tournent contre celui-ci, sugg&#232;re que l'imagination corporelle chez l'&#234;tre humain va de pair avec l'imagination radicale de sa psych&#233;. Toutefois leur h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; repose l'&#233;nigme de l'intrication du psychique et de l'organique. La psych&#233; est ce qu'elle est pour Castoriadis, justement parce que la d&#233;fonctionalisation de l'imagination, n'&#233;tant plus en relation avec les besoins vitaux, d&#233;fonctionalise &#233;galement le plaisir et rend possible le tr&#232;s fort investissement du plaisir de repr&#233;sentation au d&#233;triment du plaisir d'organe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, l'emprunt fait selon Aulagnier aux mod&#232;les sensoriels du corps par l'activit&#233; repr&#233;sentative originaire, ne serait-il pas une expression de la n&#233;cessit&#233; d'utiliser et de remodeler &#8211; au sens d'investissement libidinal de l'information et de re-mise en sens et en image &#8211; les &#233;l&#233;ments ensemblistes-identitaires de l'organisation du vivant dans et par la cr&#233;ation psychique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, la d&#233;finition par Aulagnier de l'activit&#233; repr&#233;sentative comme &#233;quivalent psychique du travail de m&#233;tabolisation organique, vise &#224; int&#233;grer dans une m&#233;tapsychologie de la repr&#233;sentation, d'une part la transformation des &#233;l&#233;ments d'information libidinale en repr&#233;sentations psychiques, d'autre part l'usage des images corporelles pour la figurabilit&#233; exig&#233;e par la psych&#233; tant freudienne qu'aristot&#233;licienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le registre de l'originaire, la psych&#233; comme origine d'elle-m&#234;me et du monde, est auto-pr&#233;sentation s'engendrant et engendrant ses &#233;prouv&#233;s de plaisir et de d&#233;plaisir. &#171; Le repr&#233;sent&#233; se donne &#224; la psych&#233; comme pr&#233;sentation d'elle-m&#234;me &#187;, dans un mouvement de sp&#233;cularisation o&#249; la repr&#233;sentation est &#171; mise en pr&#233;sentation de la psych&#233; pour la psych&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. Aulagnier, La violence de l'interpr&#233;tation, op. cit., p. 48.&#034; id=&#034;nh2-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Cette relation originaire de sp&#233;cularisation entre (agent) repr&#233;sentant et repr&#233;sent&#233; caract&#233;rise pour Aulagnier toute cr&#233;ation d'activit&#233; psychique, dans la mesure o&#249; elle se donne &#224; la psych&#233; &#171; comme reflet, pr&#233;sentation d'elle-m&#234;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Idem, p. 58.&#034; id=&#034;nh2-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. La r&#233;flexion s'associe &#224; la cr&#233;ation mais elle se trouve plut&#244;t limit&#233;e au reflet, &#224; la sp&#233;cularit&#233;. Nous retrouvons ici l'apport de Lacan concernant le stade du miroir et, d'autre part, la filiation lacanienne d'Aulagnier, qui n'en conserve n&#233;anmoins que le mouvement de sp&#233;cularisation lui-m&#234;me, dont elle fait une constante de l'activit&#233; psychique. Il faut toutefois pr&#233;ciser que la sp&#233;cularisation est pour Aulagnier plus proche de la relation de compl&#233;mentarit&#233; qui unit le repr&#233;sentant et la repr&#233;sentation du monde, chacun &#233;tant pour l'autre condition de son existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, pour Castoriadis, l'auto-constitution de la psych&#233; renvoie &#224; un mode d'&#234;tre de la psych&#233; comme repr&#233;senter-repr&#233;sentation qui exclut tout sens d'alt&#233;rit&#233; et o&#249; l'image et ce qui image co&#239;ncident. En ce sens, l'activit&#233; repr&#233;sentative originaire co&#239;ncide avec l'&#233;mergence d'une instance pour-soi, &#233;tape monadique de la psych&#233;. Castoriadis situe pr&#233;cis&#233;ment la topique de la monade psychique, au d&#233;part close sur elle-m&#234;me et essayant jusqu'&#224; la fin d'enfermer en elle tout ce qui se pr&#233;sente &#224; elle. Cela correspond &#224; la repr&#233;sentation du &#171; ferm&#233; sur soi-m&#234;me &#187;, que le sujet se cr&#233;e de lui-m&#234;me et du monde, comme figuration indissociable de l'investissement narcissique originaire d'un Soi qui est Tout. En bref, dans cette &#233;tape il y aurait l'impossible &#233;quation soi = tout= plaisir= sens.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III. Remarques sur la monade psychique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le postulat d'une &#233;tape monadique de la psych&#233; stratifi&#233;e pose des questions m&#233;tapsychologiques importantes qui vont &#234;tre bri&#232;vement esquiss&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu, je pense qu'il ne faudrait pas r&#233;&#233;valuer la monade psychique de fa&#231;on restrictive, en la situant au niveau d'une effectivit&#233; pratique de la cure, ni la consid&#233;rer comme une &#233;laboration philosophique. La conception que se fait l'analyste sur les origines de la vie psychique d&#233;termine de fa&#231;on implicite mais d&#233;cisive sa pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La monade est un concept m&#233;tapsychologique aux r&#233;sonances ontologiques. Il r&#233;pond essentiellement &#224; la n&#233;cessit&#233; de th&#233;oriser &#8211; il vaut mieux dire sp&#233;culer &#8211; le moment mythique de la d&#233;fonctionnalisation de la repr&#233;sentation et de l'&#233;mergence voire de l'auto-constitution d'une instance originaire, qui serait premi&#232;re r&#233;alisation de l'imaginaire radicale comme propre de l'humain. Cette instance pour-soi est conjointement cr&#233;ation d'une matrice de sens nouveau, qui d&#233;passe &#224; la fois la logique du vivant et de l'ensembliste-identitaire. Ce sens &#233;quivaut au plaisir dans le bouclage sur soi et inaugure la pr&#233;dominance du plaisir de la repr&#233;sentation sur le plaisir d'organe. Le principe de plaisir freudien devient pour Castoriadis qu&#234;te d'un sens dont le plaisir est &#224; la fois composant et effet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce noyau monadique originaire n'est ni refoul&#233; ni refoulable, il s'auto-ref&#232;re et s'auto-investit, il est ultra-narcissique, &#171; autistique &#187; selon le terme freudien repris ici par Castoriadis. Dans et par sa cl&#244;ture il y a co&#239;ncidence entre repr&#233;sentation, perception, affect, intention (d&#233;sir) et sens. Sujet et monde co&#239;ncident selon le sch&#233;ma freudien &#171; je suis le sein &#187; dans sa forme premi&#232;re, intransitive. Il n'y a ni autre, ni objet. Cela renvoie n&#233;cessairement &#224; un &#171; &#233;tat &#187; originaire &#224; quoi il ne &#171; manque &#187; rien et o&#249; l'intention (avant son articulation en d&#233;sir) est toujours &#171; r&#233;alis&#233;e &#187; car il ne peut pas y avoir d'objet manquant. Le sch&#233;ma du manque &#171; constitutif &#187; du sujet se pose comme second, puisque tant l'objet que son manque doivent d'abord &#234;tre constitu&#233;s par l'imagination radicale. Les connotations th&#233;ologiques et m&#234;me leibniziennes de cet &#233;tat originaire, &#171; paradisiaque &#187; et monadique, sont &#233;videntes et correspondent justement pour Castoriadis &#224; l'origine premi&#232;re du sentiment religieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La psych&#233; restera &#224; jamais d&#233;sirante du retour &#224; ce premier &#233;tat impossible et &#224; d&#233;faut &#224; ses substituts, satisfaction hallucinatoire et phantasmatisation. Ce qui manque et manquera &#224; jamais c'est l'irrepr&#233;sentable de l'&#171; &#233;tat &#187; premier, l'avant de la s&#233;paration et de la diff&#233;renciation. Soit une proto-repr&#233;sentation que la psych&#233; n'est plus capable de produire, qui aimantera pour toujours le champ psychique comme pr&#233;sentification d'une unit&#233; indissociable de la figure, du sens et du plaisir. La psych&#233; est donc pour Castoriadis &#224; jamais orient&#233;e par ce qu'elle n'est plus et qui ne peut plus &#234;tre, la psych&#233; est son propre objet perdu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, le noyau monadique rompu est un p&#244;le &#224; jamais absent, qui est inexprimable et qui devient lisible par ses effets, notamment d'aimantation de tous les flux psychiques. Faut-il d&#232;s lors le rapprocher du refoulement originaire freudien ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inaccessibilit&#233; de la monade est tout autre chose que l'inaccessibilit&#233; du refoulement originaire, puisque la monade se relie au corps bien que leur rapport reste &#233;nigmatique. Quant aux pictogrammes de Piera Aulagnier qui sont &#233;galement forclos &#224; la connaissance du je, ils peuvent potentiellement envahir la sc&#232;ne psychique, notamment dans la psychose, avec des cons&#233;quences dramatiques. Au contraire, la monade castoriadienne ne peut &#234;tre li&#233;e &#224; aucun &#233;tat pathologique, m&#234;me pas &#171; autistique &#187;. Tous ces concepts r&#233;pondent, ici, &#224; la m&#234;me n&#233;cessit&#233; d'assurer une coh&#233;rence th&#233;orique, voire &#233;pist&#233;mologique et logique, &#224; partir d'un postulat qui se r&#233;f&#232;re &#224; une origine &#171; premi&#232;re &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le solipsisme de la monade psychique castoriadienne et son narcissisme &#171; absolu &#187; posent des questions th&#233;orico-cliniques qui d&#233;passent sans doute largement le cadre que je me suis propos&#233; dans ce texte. Toutefois, je me limite &#224; souligner que ces questions sont celles du courant &#171; monadique &#187;, qui existe incontestablement dans une grande partie de l'&#339;uvre freudienne. L'autre courant est repr&#233;sent&#233; par l'ouverture vers le relationnel et l'identificatoire, &#224; commencer par l'&#233;nigmatique identification &#171; au p&#232;re de la pr&#233;histoire personnelle &#187;. Il semble que Castoriadis radicalise le narcissisme primaire(et) absolu freudien pour pouvoir le conceptualiser en cl&#244;ture repr&#233;sentationnelle, affective et d&#233;sirante. Il resterait ainsi coh&#233;rent avec l'id&#233;e de l'&#233;gocentrisme ontologique n&#233;cessairement inh&#233;rent &#224; tout &#234;tre pour-soi. La force et l'omnipotence du processus identificatoire dans la vie psychique seraient donc &#224; rechercher, comme Castoriadis l'indique lui-m&#234;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, Figures du pensable, Seuil, 1999, p. 184.&#034; id=&#034;nh2-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, dans la tendance irr&#233;sistible de retrouver l'&#233;tat &#171; unitaire &#187; originaire o&#249; &#171; sujet &#187; et &#171; objet &#187; sont identiques et o&#249; le d&#233;sir est imm&#233;diatement repr&#233;sentation (possession psychique du d&#233;sir&#233;) et donc affect de plaisir (ce qui est la forme la plus pure et la plus forte de la toute-puissance de la pens&#233;e). L'identification &#171; premi&#232;re &#187;, plus exactement la pr&#233;-identification que toute identification pr&#233;suppose, serait &#171; &#234;tre le sein intansitivement &#187; souligne Castoriadis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour fonder le postulat de la monade, il en arrive &#224; d&#233;finir, dans une s&#233;rie qu'on pourrait appeler proto : une proto-repr&#233;sentation et un inconscient originaire, un proto-sujet, un proto-sens et, enfin, une proto-identification. Castoriadis consid&#232;re par cons&#233;quent que &#171; toutes les conceptions qui veulent faire des formations imaginaires une 'r&#233;ponse' &#224; une situation (du sujet ou de la soci&#233;t&#233;) d&#233;j&#224; bien d&#233;finie hors de toute composante imaginaire, ou &#224; partir de donn&#233;es 'r&#233;elles' ou 'structurales', sont secondes et d&#233;riv&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Id., L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;..., op. cit., p. 390.&#034; id=&#034;nh2-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; L'ali&#233;nation m&#234;me au d&#233;sir de l'autre serait un moment second, le moment premier &#233;tant la r&#233;alisation de l'ali&#233;nation (psychique) de l'autre au sujet par son asservissement et son appropriation totale dans le phantasme o&#249; l'autre et l'objet ne sont que comme le sujet. Le proto-sujet ne peut constituer l'autre qu'en projetant sur lui son propre sch&#233;ma de toute puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Last but not least&lt;/i&gt;, Castoriadis trouve la premi&#232;re matrice du sens dans la tendance &#224; la mise en relation et l'exigence de la liaison cognitive universelle qui s'incarnent primordialement dans le sujet lui-m&#234;me. Dans cette &#171; folie &#187; de la psych&#233; monadique, Castoriadis reconna&#238;t le sperme de la raison, en d'autres termes une dimension essentielle de la ratio et de la logique identitaire. Il s'agit de la folie unificatrice qui caract&#233;rise autant la religion, la science que la philosophie et, &#224; mon avis, toute th&#233;orisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait tentant et bien facile de dire que Castoriadis se bat ici contre sa propre &#171; folie &#187; th&#233;orisante et m&#233;galomane. Nous dirions plut&#244;t qu'il tient compte de l'existence d'une forte tendance psychique qui pousse tout th&#233;oricien vers l'unification a-conflictuelle et l'illusion d'une coh&#233;rence pleine. Est-ce l'interpr&#233;tation du v&#233;cu personnel de cette tendance universelle qui l'a finalement conduit &#224; int&#233;grer tous ces &#233;l&#233;ments dans la conceptualisation de la monade et de sa force d'aimantation toute-puissante ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de clore ces remarques provisoires sur la monade psychique castoriadienne je formulerai une derni&#232;re question. Peut&#8211; on rapprocher cette monade et son imagination radicale du &#231;a freudien et quels seraient leurs rapports compte tenu du caract&#232;re non repr&#233;sentationnel du &#231;a ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la deuxi&#232;me topique, le &#231;a est qualifi&#233; par Freud de &#171; r&#233;servoir de pulsions &#187; et il a directement affaire avec les sources somatiques de la pulsion. Cependant, dans les &#233;crits m&#233;tapsychologiques de 1915, il y a d&#233;j&#224; l'id&#233;e fondamentale du repr&#233;sentant psychique de la pulsion, d'un repr&#233;sentant par repr&#233;sentation. Peut-on d&#232;s lors imaginer un r&#233;servoir uniquement psychique qui serait l'analogon du flux repr&#233;sentationel castoriadien ? En ce sens, nous pouvons &#233;voquer l'argument suivant, utilis&#233; par Castoriadis lui-m&#234;me : si le &#231;a pour Freud est plein d'&#233;nergie libre, non-attach&#233;e, qu'est-ce que cette &#233;nergie libre et sur quoi se d&#233;place-t-elle, sinon entre des repr&#233;sentations ? Faudrait-il en cons&#233;quence relier cette quantit&#233; d'&#233;nergie libre &#8211; qui circule dans le &#231;a et peut s'attacher &#224; quelque chose &#8211; &#224; ce que Castoriadis appelle la cr&#233;ativit&#233; de la psych&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, la monade indique un mode d'investissement narcissique originaire qui constitue la premi&#232;re manifestation du fonctionnement psychique. En ce sens, sa conceptualisation &#233;largit et &#233;claire diff&#233;rement notre compr&#233;hension psychanalytique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Raymond Cahn, dans son rapport sur le Sujet au 51e congr&#232;s de psychanalystes de langue fran&#231;aise&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. Cahn, &#171; Du sujet &#187;, Bulletin de la Soci&#233;t&#233; psychanalytique de Paris, no (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, r&#233;-interpr&#232;te le fameux &#171; r&#234;ve de la belle bouch&#232;re &#187; de L'interpr&#233;tation des r&#234;ves en se r&#233;f&#233;rant au concept de la monade et de l'imagination radicale. Cahn reproche &#224; l'interpr&#233;tation lacanienne du r&#234;ve &#8211; d&#233;sir d'avoir un d&#233;sir insatisfait chez la belle hyst&#233;rique &#8211; d'en rester &#224; la surface de la modalit&#233; de la jouissance accomplie. Le mod&#232;le du r&#234;ve chez Lacan serait selon lui beaucoup trop calqu&#233; sur celui du langage, tandis que la r&#233;f&#233;rence &#224; la monade castoriadienne nous permet de concevoir les choses diff&#233;remment. &#171; Si la belle bouch&#232;re &#8211; souligne Cahn &#8211; s'identifie &#224; son amie, c'est certes pour la supplanter dans le d&#233;sir du mari, voire, &#224; un niveau plus profond, pour satisfaire une pulsion homosexuelle, mais c'est peut-&#234;tre au moins autant parce qu'elle s'aime dans l'amie, se d&#233;sire comme elle et se fascine en elle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibidem.&#034; id=&#034;nh2-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Ce r&#234;ve serait donc aussi l'expression d'une partie de l'investissement libidinal narcissique originaire en tant qu'&#171; &#233;prouv&#233;-protorepr&#233;sentation &#187; d'un soi-tout auquel rien ne manque et caract&#233;ris&#233; comme &#171; vis&#233;e-intention &#187; toujours r&#233;alis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IV. De la monade psychique au je et &#224; l'individu social&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, la monade psychique essentiellement a-sociale et folle, doit, sous peine de non-existence, faire appel &#224; l'autre maternel, premier repr&#233;sentant du monde et pr&#233;cis&#233;ment pour Castoriadis du monde social-historique. Premier possesseur, je dirais, du sein de la signification qui r&#233;pond au besoin imp&#233;rial de l'infans de donner sens &#224; l'affect et figuration au d&#233;plaisir qui rompt la cl&#244;ture de la monade en constituant par l&#224; un premier espace hors-soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, avec l'&#339;uvre de Lacan, l'autre de l'alt&#233;rit&#233; comme l'autre du transfert acqui&#232;rent d&#233;finitivement leurs droits sur la sc&#232;ne psychique et psychanalytique, c'est avec la contribution d'Aulagnier que le corps et l'affect de l'Autre trouvent enfin un statut m&#233;tapsychologique, et que la rencontre fondamentale avec cet Autre acquiert droit d'historicit&#233;, de temporalit&#233; et de r&#233;f&#233;rence &#224; la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cet horizon psychanalytique, Castoriadis th&#233;orise le processus de socialisation de la psych&#233;, comme &#233;tant l'int&#233;riorisation des significations imaginaires sociales par la psych&#233; de &lt;i&gt;l'infans&lt;/i&gt;, &#224; travers l'investissement du premier Autre maternel, qu'Aulagnier appelle porte-parole de l'ensemble. Ce processus socialisant &#233;chappe aux rep&#232;res freudiens classiques. Il s'oppose ainsi aux cat&#233;gories lacaniennes, surtout &#224; celle de la Loi quasiment transcendante. D&#232;s lors, sa th&#233;orisation est difficilement admise tant par les psychanalystes que les sociologues. Elle se heurte &#224; la difficult&#233; d'admettre que la psych&#233; et la soci&#233;t&#233;, bien qu'ins&#233;parables, sont radicalement irr&#233;ductibles l'une &#224; l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le contexte de l'Institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;, la socialisation de la psych&#233; est indissociablement l'histoire conflictuelle d'une psychogen&#232;se et d'une sociogen&#232;se. Leur aboutissement commun est l'&#233;mergence de l'individu social, coexistence toujours impossible et toujours r&#233;alis&#233;e d'un monde priv&#233;, singulier (&lt;i&gt;kosmos idios&lt;/i&gt;) et d'un monde public commun et partag&#233; (&lt;i&gt;kosmos koinos&lt;/i&gt;). Tout au long de cette double histoire, la relation &#224; l'autre et aux autres impose &#224; la monade psychique une succession de ruptures violentes, expression d'une violence primaire autant que n&#233;cessaire pour Aulagnier. En contrepartie, la soci&#233;t&#233;, &#224; travers sa d&#233;l&#233;gation par le couple parental, doit fournir au sujet du sens, des rep&#232;res identificatoires et des objets de d&#233;rivation des pulsions et des d&#233;sirs. Cependant seule la reconnaissance de la signification comme institu&#233;e socialement et ne d&#233;pendant d'aucune personne particuli&#232;re, permettra &#224; l'enfant de destituer l'autre de sa toute puissance imaginaire sur le sens et le langage. Chose tr&#232;s importante, il y aura toujours et restera &#224; jamais une ambivalence fonci&#232;re de l'int&#233;rioris&#233; de par sa liaison aux figures parentales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout comme la psych&#233; ne se r&#233;duit pas au social et n'est jamais socialisable sans restes, les significations imaginaires sociales ne sont pas seulement, ni n&#233;cessairement r&#233;ductibles &#224; la d&#233;sexualisation sublimatoire de la pulsion. Pour rendre compte de l'appropriation du social par la psych&#233;, Castoriadis &#233;largit donc le proc&#232;s freudien de la sublimation et le pose &#224; l'origine de l'instauration d'une intersection non-vide du monde priv&#233; et du monde public, en conformit&#233; avec la coh&#233;rence repr&#233;sentative impos&#233;e par les significations sociales institu&#233;es, ou le discours de l'ensemble dans la terminologie d'Aulagnier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette intersection implique le travail de l'imagination radicale qui donne la facult&#233; de quid pro quo (voir dans une chose autre chose). Elle permet aussi &#224; la psych&#233;, par une d&#233;liaison relative de la pulsion, de remplacer ses objets propres ou priv&#233;s d'investissement &#8211; y compris sa propre image &#8211; par des objets socialement valoris&#233;s. Enfin, cette intersection permet de faire de ces objets des causes, des moyens et des supports de plaisir pour la psych&#233;. D'autre part, cette intersection implique le social-historique comme processus de cr&#233;ation, comme imaginaire social instituant des formes et des significations, que la psych&#233; comme telle est dans l'impossibilit&#233; absolue de faire &#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, nous retrouvons ici cette conversion massive et co-originaire de l'&#233;mergence de l'humanit&#233;, c'est-&#224;-dire la substitution du plaisir de repr&#233;sentation au plaisir d'organe et, moyennant les &#339;uvres de l'imaginaire radical, l'apparition &#8211; la cr&#233;ation donc &#8211; des &#171; objets sociaux &#187;. &#192; commencer par le langage qui pose le fait de parler d&#233;j&#224; comme activit&#233; sublim&#233;e, selon la formule percutante de Castoriadis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'articulation entre la psych&#233; et le social passe par une conception &#233;largie de la sublimation consubstantielle au processus de la socialisation de la psych&#233;, Aulagnier, dans la Violence de l'interpr&#233;tation, propose l'id&#233;e d'un contrat narcissique qui a comme signataires l'enfant et le groupe social. Castoriadis lui-m&#234;me affirme que &#171; avec le contrat narcissique, Piera Aulagnier cherchait &#224; th&#233;oriser ce que la psych&#233; attend de la soci&#233;t&#233; comme compensation &#224; l'abandon de son ultra-narcissisme monadique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, Fait et &#224; faire, op. cit., p. 255.&#034; id=&#034;nh2-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, ce contrat narcissique encadre la probl&#233;matique identificatoire du sujet et fait que cette derni&#232;re n'est pas prise au pi&#232;ge d'une relation imaginaire ali&#233;nante. Cela permet au je d'investir des embl&#232;mes identificatoires qui d&#233;pendent du discours de l'ensemble et non plus du discours d'un seul autre. Le groupe est premier dans cet investissement narcissique auquel va r&#233;pondre celui de l'enfant. En contrepartie de son investissement du groupe et de ses mod&#232;les, l'enfant obtiendra une certitude sur l'origine, l'acc&#232;s &#224; l'historicit&#233; et sa d&#233;signation comme un &#233;l&#233;ment appartenant &#224; un tout : celui de gnation comme un &#233;l&#233;ment appartenant &#224; un tout : celui de l'esp&#232;ce humaine, qui le reconna&#238;t comme une partie homog&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble qu'Aulagnier, en repr&#233;sentant le groupe social comme l'ensemble des voix pr&#233;sentes, se limite &#224; un seul aspect de l'institution sociale : celui du langage et de la g&#233;n&#233;alogie. Elle reste ainsi fid&#232;le &#224; sa propre perspective clinique, qui pose l'encadrement de la probl&#233;matique identificatoire du je infantile par le discours de l'ensemble comme condition n&#233;cessaire mais non suffisante pour l'&#233;vitement d'une psychose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est impossible d'analyser la fonction du je en dehors de l'espace o&#249; il peut advenir et sans tenir compte du champ socio-culturel dans lequel baigne le sujet. La &lt;i&gt;Kultur&lt;/i&gt;, la soci&#233;t&#233; et l'histoire occupent dans l'espace analytique un sens important autant que sp&#233;cifique. Elles ne sont pas seulement un cadre ext&#233;rieur, empirique et r&#233;aliste, pour une dialectique sujet/Autre qui se jouerait dans une autre dimension, h&#233;t&#233;rog&#232;ne et &#224; la limite transcendante. Au contraire, elles y participent, et fournissent au je le contenu des repr&#233;sentations et des significations &#224; partir desquelles il peut repr&#233;senter et se repr&#233;senter le monde et son monde. Elles posent la question du r&#233;f&#233;rant de la repr&#233;sentation et du langage et imposent une reconnaissance et une connaissance de la r&#233;alit&#233; qui, si limit&#233;e et transform&#233;e soit-elle par la psych&#233;, n'en demeure moins la r&#233;f&#233;rence oblig&#233;e de toute communication, y compris psychanalytique. C'est une r&#233;alit&#233; humaine et partag&#233;e pour Aulagnier, ne pouvant exister que comme socialement institu&#233;e pour Castoriadis. L'introjection des significations imaginaires sociales dans et par le je garantit son acc&#232;s &#224; l'imaginaire social instituant qui transforme le monde institu&#233; en espace et processus de cr&#233;ation de sens. Jean Peuch-Lestrade&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Peuch-Lestrade, &#171; De l'institution de la cure &#224; la parole du je &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; attire l'attention sur l'apparition en fin d'analyse de reconstructions fantasmatiques qui ne sont pas des constructions au sens de Freud. Elles s'appuient sur la dimension d'imaginaire social et l'ouverture au monde social-historique et t&#233;moignent de la capacit&#233; de &#171; jouer &#187; retrouv&#233;e par l'analysant, y compris dans des zones psychiques gouvern&#233;es par le traumatisme et sa r&#233;p&#233;tition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute subjectivit&#233; dont le je constitue l'av&#232;nement doit &#233;galement se confronter &#224; un &#171; en de&#231;&#224; &#187; et &#224; un &#171; en arri&#232;re &#187; d'elle-m&#234;me, &#224; un originaire donc, qui persiste le temps de l'existence : comme fond repr&#233;sentatif pictographique chez Aulagnier, champ de bataille originel d'Eros avec Thanatos ; comme monade psychique originaire pour Castoriadis, essayant jusqu'&#224; la fin d'enfermer en elle tout ce qui se &#171; pr&#233;sente &#187; &#224; elle, pour r&#233;tablir l'unit&#233; indissociable et impossible de la figure, du plaisir et du sens, l'a-sens&#233; ne pouvant appara&#238;tre &#224; cette &#233;tape que comme menace de destruction de soi.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;V. Une subjectivit&#233; r&#233;fl&#233;chissante toujours &#224; faire &#234;tre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En tout &#233;tat de cause, l'impossibilit&#233; th&#233;orico-clinique de faire se superposer int&#233;gralement existence du psychique et existence de la subjectivit&#233;, repose la question de l'unit&#233; du sujet qui reste toujours une unit&#233; &#224; faire &#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &#171; L'&#233;tat du sujet aujourd'hui &#187;, Castoriadis montre que la stratification de la psych&#233; en strates &#171; jamais d&#233;pass&#233;es &#187; ni &#171; harmonieusement int&#233;gr&#233;es &#187;, est &#224; la fois r&#233;sultat historique et condition historisante du fonctionnement conflictuel de la psych&#233;. Chaque instance poursuit ses propres finalit&#233;s et pers&#233;v&#232;re, &#224; tout prix, dans son monde propre d'objets et dans des modes de repr&#233;sentation, de signification, de liaison, de valuation, et d'affect qui lui sont particuliers. Chaque fois il y a un type de sens nouveau et sp&#233;cifique, &#224; savoir l'insertion des repr&#233;sentations dans des matrices d'&#233;quivalence et d'appartenance autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si l'existence de l'appareil psychique pr&#233;suppose la permanence de ses topiques et la conservation de la cl&#244;ture de chacune de ses instances, son fonctionnement exige toujours une relative rupture de chaque cl&#244;ture et le d&#233;passement de l'ext&#233;riorit&#233; r&#233;ciproque entre instances. Castoriadis fournit une image saisissante des instances comme une boule ferm&#233;e &#8211; c'est cela que veut dire cl&#244;ture &#8211; qui s'auto-dilate (je dirais s'auto-in-forme) dans son interaction avec d'autres boules, en modifiant son mode d'ajustement avec elles. La subjectivit&#233; humaine est ainsi une boule pseudoferm&#233;e, qui peut s'auto-dilater, peut interagir avec d'autres pseudoboules du m&#234;me type et peut remettre en question les conditions ou les lois de sa cl&#244;ture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aulagnier pr&#233;cise bien que toute rencontre entre l'activit&#233; psychique et les &#233;l&#233;ments par elle m&#233;tabolisables &#171; la confronte &#224; un exc&#232;s d'information qu'elle va ignorer jusqu'au moment o&#249; cet exc&#232;s va l'obliger &#224; reconna&#238;tre que ce qui choit hors de la repr&#233;sentation propre au syst&#232;me revient &#224; la psych&#233; sous la forme d'un d&#233;menti concernant sa repr&#233;sentation de sa relation au monde&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. Aulagnier, La violence de l'interpr&#233;tation, op. cit., p. 35.&#034; id=&#034;nh2-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Ce d&#233;menti, la psych&#233; aura perp&#233;tuellement &#224; le pr&#233;senter, &#224; le mettre en sc&#232;ne, &#224; le mettre en sens, selon les lois respectives du fonctionnement de l'originaire, du primaire et du secondaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces conditions de d&#233;passement de l'ext&#233;riorit&#233; r&#233;ciproque entre instances, rendent possible la cure analytique mais aussi et surtout l'extension et la modification de la subjectivit&#233; humaine vers le &#171; dehors &#187; et le &#171; dedans &#187;. C'est une possibilit&#233; en relation d'inter-d&#233;pendance avec l'institution sociale qui fournit du sens et du langage, mais elle s'enracine essentiellement dans le travail de l'imagination radicale et la r&#233;flexivit&#233; du sujet. Moyennant son imagination radicale, le sujet peut &#171; se r&#233;fl&#233;chir &#187;, poser comme objet-non objet, comme entit&#233; ce qui ne l'est pas, &#224; savoir son propre processus de pens&#233;e. Il s'agit de voir double, de se voir double, de se voir tout en se voyant comme autre, de se repr&#233;senter comme activit&#233; repr&#233;sentative et de s'agir comme activit&#233; agissante&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, Le monde morcel&#233;, op. cit., p. 276.&#034; id=&#034;nh2-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; cette capacit&#233; r&#233;flexive, la subjectivation &#8211; que j'appellerai dans ce contexte &lt;i&gt;poi&#232;sis&lt;/i&gt; de soi &#8211; est justement ce travail auto-cr&#233;ateur de construction incessante de soi-m&#234;me et du monde, par et dans le continuum psychique qui se cr&#233;e &#224; travers les transformations de la repr&#233;sentation et les positions identificatoires que le sujet y occupe successivement. En ce sens, le travail analytique, autant dans le registre de la n&#233;vrose que dans celui de la psychose et des organisations non n&#233;vrotiques, se situe entre ce qui surgit et ce qui r&#233;siste au mouvement d'appropriation que le sujet op&#232;re tout au long de son existence, afin de repr&#233;senter et de mettre en histoire ses rencontres identifiantes avec l'objet. Dans cette perspective, je consid&#232;re que les constructions interpr&#233;tatives de l'analyste s'int&#232;grent au travail autocr&#233;ateur de construction de soi-m&#234;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G. Stephanatos, &#171; Construire, se construire : remarques th&#233;orico-cliniques (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moyen de la r&#233;flexivit&#233;, le je, advenant comme instance parlante, pensante et connaissante dans la topique d'Aulagnier, r&#233;ussit par l'interm&#233;diaire des mises en sc&#232;ne fantasmatiques &#224; pouvoir penser de fa&#231;on autonome, tout en tenant compte de l'institution social-historique, l'interpr&#233;tation du monde et de l'&#233;prouv&#233; somato-affectif, originaire de &lt;i&gt;l'infans&lt;/i&gt; par la m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le je &#8211; aussi distinct du Moi freudien que du sujet lacanien &#8211; appr&#233;hende sa subjectivit&#233;, ses relations avec son corps, l'autre et le monde, &#224; travers la probl&#233;matique identificatoire qui lui impose, sous peine de psychose, la sauvegarde de l'unit&#233; entre ses deux composantes : l'identifiant et l'identifi&#233;. Cette dualit&#233; exige justement la r&#233;flexion du je sur lui-m&#234;me, en reposant au niveau du processus secondaire la relation originaire de sp&#233;cularisation, ou mieux de compl&#233;mentarit&#233;, qui unit le repr&#233;sentant et la repr&#233;sentation du monde, chacun &#233;tant pour l'autre condition de son existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la question d'une certaine unit&#233; du sujet humain peut &#234;tre abord&#233;e par le biais de l'unit&#233; &#171; identifiant-identifi&#233; &#187; d'un je d&#233;fini par son savoir sur lui-m&#234;me, pour Castoriadis il s'agit essentiellement de l'unit&#233; de la repr&#233;sentation r&#233;fl&#233;chie de soi et des activit&#233;s d&#233;lib&#233;r&#233;es que l'on entreprend. Le je a &#224; devenir cette subjectivit&#233; r&#233;fl&#233;chissante, dans un processus sans fin correspondant &#224; la dimension r&#233;fl&#233;chie et pratique de notre imagination, entendue comme source de cr&#233;ation qui se manifeste par la capacit&#233; &#233;mergente du sujet, en analyse ou pas, &#224; accueillir un sens r&#233;fl&#233;chi et &#224; en faire quelque chose pour soi en le r&#233;fl&#233;chissant. Cela &#224; condition que la r&#233;flexion ne soit pas r&#233;duite au simple reflet de l'ontologie h&#233;rit&#233;e, ni confondue avec la pens&#233;e, mais qu'elle soit consid&#233;r&#233;e comme l'effort pour briser la cl&#244;ture, o&#249; le sujet est chaque fois n&#233;cessairement pris, que cette cl&#244;ture vienne de son histoire psychique ou de l'institution social-historique qui l'a humanis&#233;. Briser la cl&#244;ture constitue chez Castoriadis une &#233;thique de la praxis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne n'a insist&#233; autant que Castoriadis sur la cr&#233;ativit&#233; radicale de l'imaginaire humain. De la monade psychique &#224; l'autonomie, vis&#233;e ultime d'une subjectivit&#233; r&#233;fl&#233;chissante &#233;mergente et se renfermant sans cesse sur elle-m&#234;me, la r&#233;flexion castoriadienne s'auto-d&#233;ploie comme flux imaginatif qui donne forme et sens nouveaux au projet d'une &#233;lucidation du monde. Projet toujours incertain, &#233;lucidation &#224; jamais illimit&#233;e, interrogative, apor&#233;tique, sans fin.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis &lt;i&gt;Le monde morcel&#233;. Les carrefours du labyrinthe III&lt;/i&gt;, Paris Seuil 1990, p. 50&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pour cette question voir les textes de Jean Florence &#171; Remarques psychanalytiques sur l'imaginaire de Castoriadis &#187;, p. 111-117, et d'Olivier Fressard &#171; Castoriadis, le symbolique et l'imaginaire &#187;, p. 119-150, in &lt;i&gt;L'imaginaire selon Castoriadis. Th&#232;mes et enjeux&lt;/i&gt;, Cahiers Castoriadis no 1 (sous la dir. de Sophie Klimis et Laurent Van Eynde), Facult&#233;s universitaires Saint-Louis, Bruxelles, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;P. Aulagnier, &lt;i&gt;La violence de l'interpr&#233;tation&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1975&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &lt;i&gt;L'institution imaginaire de la soci&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 1975&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &lt;i&gt;L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;, op. cit&lt;/i&gt;., p. 177&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &lt;i&gt;Fait et &#224; faire&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 1997, p 14.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &lt;i&gt;Domaines de l'homme&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 1986, p. 432.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &#171; L'&#233;tat du sujet aujourd'hui &#187;, in &lt;i&gt;Le monde morcel&#233;. Les carrefours du labyrinthe III.&lt;/i&gt;, Seuil, 1990, p. 189-224.] &#187; retrouve les constituants du sujet humain, dont l'unit&#233; &#233;nigmatique est &#224; faire dans toute psychanalyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a multiplicit&#233; des niveaux d'&#234;tre et il y a multiplicit&#233; des sens du terme &#234;tre. L'&#234;tre n'est jamais un simple &#234;tre des &#233;tants, chaque stratification des &#233;tants, r&#233;v&#232;le un autre aspect du sens de l'&#234;tre. Or, &#171; il est impossible de s&#233;parer r&#233;flexion de l'&#234;tre et r&#233;flexion des &#233;tants comme il est impossible de s&#233;parer r&#233;flexion de l'&#234;tre et &#171; th&#233;orie de la connaissance[[C. Castoriadis, Fait et &#224; faire, op. cit., p. 10.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &lt;i&gt;Fait et &#224; faire, op. cit&lt;/i&gt;., p. 31.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &lt;i&gt;Domaines de l'homme, op. cit&lt;/i&gt;., p. 407.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &lt;i&gt;Le monde morcel&#233;, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 192.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &lt;i&gt;Les carrefours du labyrinthe&lt;/i&gt;, Paris, Seuil 1978, p. 43.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, Fait et &#224; faire, op. cit., p. 97.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La port&#233;e ontologique du cercle de la cr&#233;ation est remarquablement explicit&#233;e par F. Ciaramelli dans son texte &#171; Le cercle de la cr&#233;ation &#187; in &lt;i&gt;Autonomie et auto-transformation de la soci&#233;t&#233;. La philosophie militante de Cornelius Castoriadis&lt;/i&gt;, Gen&#232;ve, Droz 1989, p. 87-104.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &lt;i&gt;Domaines de l'homm&lt;/i&gt;e, op. cit., p. 375.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &lt;i&gt;Le monde morcel&#233;, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 205.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &lt;i&gt;Domaines de l'homme, op. cit.,&lt;/i&gt; p. 14.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &lt;i&gt;L'institution imaginaire..., op. cit.&lt;/i&gt;, p. 383.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;P. Aulagnier, &lt;i&gt;La violence de l'interpr&#233;tation&lt;/i&gt;, op. cit., p. 57.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &lt;i&gt;L'institution imaginaire..., op. cit.&lt;/i&gt;, p. 258.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;P. Aulagnier, &lt;i&gt;La violence de l'interpr&#233;tation, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 48.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Idem, p. 58.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &lt;i&gt;Figures du pensable&lt;/i&gt;, Seuil, 1999, p. 184.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Id., &lt;i&gt;L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;..., op. cit&lt;/i&gt;., p. 390.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;R. Cahn, &#171; Du sujet &#187;, &lt;i&gt;Bulletin de la Soci&#233;t&#233; psychanalytique de Paris&lt;/i&gt;, no 19, 1991, p. 83.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ibidem.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &lt;i&gt;Fait et &#224; faire, op. cit&lt;/i&gt;., p. 255.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;J. Peuch-Lestrade, &#171; De l'institution de la cure &#224; la parole du je &#187;, &lt;i&gt;Topique&lt;/i&gt;, 2001, 77, p. 99-110.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;P. Aulagnier, &lt;i&gt;La violence de l'interpr&#233;tation, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 35.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &lt;i&gt;Le monde morcel&#233;, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 276.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;G. Stephanatos, &#171; Construire, se construire : remarques th&#233;orico-cliniques &#187;, &lt;i&gt;Ekton ysteron&lt;/i&gt;, Ath&#232;nes, no 1, 1997, p. 149-177.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les notions de soci&#233;t&#233; et politique chez C. Castoriadis</title>
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		<description>
&lt;p&gt;R&#233;f&#233;rence &#233;lectronique Claude Helbling, Castoriadis (Cornelius). Publictionnaire. Dictionnaire encyclop&#233;dique et critique des publics. Mis en ligne le 29 mars 2022. Acc&#232;s, ici modifi&#233;e par l'auteur. 1 &#8212; Politique et publicit&#233;. Les trois sph&#232;res de la soci&#233;t&#233; Cornelius Castoriadis est n&#233; le 11 mars 1922 &#224; Constantinople. Il grandit &#224; Ath&#232;nes et y fait des &#233;tudes de droit, d'&#233;conomie et de philosophie. Pr&#233;cocement engag&#233; en politique, il adh&#232;re en 1937 &#224; l'organisation ill&#233;gale des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/castoriadis-3-1650485357.jpg?1758008998' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='79' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;R&#233;f&#233;rence &#233;lectronique Claude Helbling, Castoriadis (Cornelius). &lt;i&gt;Publictionnaire. Dictionnaire encyclop&#233;dique et critique des publics. &lt;/i&gt; Mis en ligne le 29 mars 2022. &lt;a href=&#034;http://publictionnaire.huma-num.fr/notice/castoriadis-cornelius/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Acc&#232;s&lt;/a&gt;, ici modifi&#233;e par l'auteur.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;figure class='spip_document_1963 spip_documents spip_documents_right' style=&#034;max-width:104px;&#034; data-w=&#034;104&#034;&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/pdf/les_notions_de_societe_et_de_politique_chez_cornelius_castoriadis_claude_helbling_fev__2022.pdf' arial-label=&#034;Les notions de soci&#233;t&#233; et politique chez C. Castoriadis par Claude Helbling&#034; title=&#034;Les notions de soci&#233;t&#233; et politique chez C. Castoriadis par Claude Helbling&#034; type=&#034;application/pdf&#034;&gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:103.84615384615%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/png/logopdf-25.png&amp;taille=104&amp;1758008603' alt='Les notions de soci&#233;t&#233; et politique chez C. Castoriadis par Claude Helbling' data-src='IMG/png/logopdf-25.png' data-l='104' data-h='108' data-tailles='[\&#034;160\&#034;,\&#034;320\&#034;,\&#034;640\&#034;,\&#034;1280\&#034;,\&#034;1920\&#034;]' data-autorisees='{&#034;104&#034;:{&#034;1&#034;:&#034;index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG\/png\/logopdf-25.png&amp;#38;taille=104&amp;#38;1758008603&#034;,&#034;2&#034;:&#034;index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG\/png\/logopdf-25.png&amp;#38;taille=104&amp;#38;1758008603&#034;}}' class='image_responsive' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;figcaption class='spip_doc_intitules spip_doc_intitules_top'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-1963 '&gt;&lt;strong&gt;Les notions de soci&#233;t&#233; et politique chez C. Castoriadis par Claude Helbling
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;a class=&#034;telecharger&#034; href='https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/pdf/les_notions_de_societe_et_de_politique_chez_cornelius_castoriadis_claude_helbling_fev__2022.pdf'&gt;T&#233;l&#233;charger (311&#160;kio)&lt;/a&gt; &lt;/figcaption&gt; &lt;/figure&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;1 &#8212; Politique et publicit&#233;. Les trois sph&#232;res de la soci&#233;t&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cornelius Castoriadis est n&#233; le 11 mars 1922 &#224; Constantinople. Il grandit &#224; Ath&#232;nes et y fait des &#233;tudes de droit, d'&#233;conomie et de philosophie. Pr&#233;cocement engag&#233; en politique, il adh&#232;re en 1937 &#224; l'organisation ill&#233;gale des Jeunesses communistes sous la dictature de Io&#225;nnis Metax&#225;s (1871-1941), puis, &#224; une organisation trotskiste en 1942. B&#233;n&#233;ficiaire d'une bourse fran&#231;aise, il embarque &#224; bord du navire &lt;i&gt;Mataroa &lt;/i&gt;en d&#233;cembre 1945 pour aller &#224; Paris avec 125 de ses compatriotes. En 1946, il fonde avec Claude Lefort (1924-2010) une tendance de gauche du Parti communiste international (PCI), qui rompt avec le trotskisme en 1948, pour se constituer en groupe autonome sous le nom de &lt;i&gt;Socialisme ou Barbarie&lt;/i&gt;, &#233;ponyme d'une revue qui para&#238;t de 1949 jusqu'&#224; 1965. C. Castoriadis, qui ne sera naturalis&#233; fran&#231;ais qu'en 1970, y &#233;crit sous divers pseudonymes. Le groupe se dissout en 1967. Par ailleurs, C. Castoriadis sera &#233;conomiste &#224; l'Organisation europ&#233;enne de coop&#233;ration &#233;conomique (OECE) de 1948 &#224; 1960, puis &#224; l'Organisation de coop&#233;ration et de d&#233;veloppement &#233;conomiques (OCDE) de 1960 &#224; 1970. Trois ans apr&#232;s il obtient sa naturalisation fran&#231;aise et d&#233;missionne de sa fonction &#224; l'OCDE pour devenir psychanalyste &#224; partir de 1973. &#201;lu directeur d'&#233;tudes &#224; l'&#201;cole des hautes &#233;tudes en sciences sociales (EHESS) en 1979, il y tient des s&#233;minaires de 1980 &#224; 1995, sous le th&#232;me g&#233;n&#233;ral : &#171; Institution de la soci&#233;t&#233; et cr&#233;ation historique &#187;. Il d&#233;c&#232;de &#224; Paris le 26 d&#233;cembre 1997 &#224; l'&#226;ge de 75 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;cisons d'abord, le c&#339;ur de la pens&#233;e proprement politique de C. Castoriadis, et reconnaissons d'embl&#233;e que celle-ci ne se formule pas centralement en termes d'espace public, comme c'est le cas chez Hannah Arendt (1906-1975) et J&#252;rgen Habermas. Chez ce dernier, le lien entre la publicit&#233; (au sens d'une justification publique des normes et d'usage de la raison, et non au sens plus r&#233;pandu de promotion d'articles ou services pr&#233;sent&#233;s &#224; la vente dans les m&#233;dias) et la politique est un h&#233;ritage des Lumi&#232;res, particuli&#232;rement d'Immanuel Kant (1724-1804, voir sa notion d'&lt;i&gt;&#214;ffentlichkeit&lt;/i&gt;, &#233;quivalent en allemand de &#171; publicit&#233; &#187;). La question est de savoir qui fixe les r&#232;gles dans une soci&#233;t&#233;, selon quelles modalit&#233;s et quels sont les objets de cette activit&#233; r&#233;gulatrice ou l&#233;gislatrice. Si l'on consid&#232;re cette question dans la perspective de la publicit&#233;, il s'agit alors de savoir si cette t&#226;che s'effectue aux yeux de tous, si tous en sont inform&#233;s, si tous peuvent la suivre, en &#234;tre tenus inform&#233;s ou s'en tenir inform&#233;s. Donc, &#171; Public &#187; signifie d'abord ce qui peut &#234;tre entendu ou vu, et c'est ce qui est commun &#224; la politique et aux spectacles. Mais &#171; public &#187;, &#224; un autre niveau, signifie aussi ce qui est accessible au plus grand nombre, ce &#224; quoi il est possible de participer en nombre (d'o&#249; la distinction castoriadienne entre le partageable et le participable). C. Castoriadis met r&#233;solument l'accent sur l'action participable car, selon lui, m&#234;me dans une soci&#233;t&#233; autonome (c'est-&#224;-dire pleinement d&#233;mocratique), l'action politique ne se r&#233;duit, ni &#224; des actions d'&#233;clat de quelques-uns (leur prodiguant de la notori&#233;t&#233; sur une sc&#232;ne publique), comme chez H. Arendt, ni &#224; un agir communicationnel et une politique r&#233;duite &#224; la discussion men&#233;e selon certaines normes &#233;thiques, visant la persuasion, comme chez J. Habermas. Elle prend plut&#244;t toute son ampleur et tout son sens dans les mouvements sociaux et plus g&#233;n&#233;ralement dans la cr&#233;ation de nouvelles d&#233;terminations sociales et politiques. Pour C. Castoriadis, il y a eu et il y aura cr&#233;ation, plut&#244;t que d'un espace public, d'une sph&#232;re publique (plus pr&#233;cis&#233;ment la &#171; sph&#232;re priv&#233;e/publique &#187;) qui est &#224; la fois un espace public et un temps public, un domaine de la soci&#233;t&#233; o&#249; il ne s'agit pas seulement de voir les autres ou de se faire voir par les autres, mais o&#249; l'on choisit avec les autres les formes de vie que l'on souhaite mener. Cependant, tout au long de sa vie, C. Castoriadis a illustr&#233; un aspect sp&#233;cifique de la notion qu'il nommera dans plusieurs articles et interventions : &#171; agora &#187; ou &#171; sph&#232;re priv&#233;e/publique &#187;. En cela il entend l'espace et le temps o&#249; un individu ou un groupe constitu&#233; s'adresse &#224; des parties de la soci&#233;t&#233; (ou si possible &#224; toute la soci&#233;t&#233;, ou &#224; d'autres soci&#233;t&#233;s), par des moyens vari&#233;s afin d'inviter &#224; des d&#233;bats sur des questions importantes, de d&#233;fendre des conceptions politico-sociales et, plus g&#233;n&#233;ralement, de mieux orienter la pouss&#233;e spontan&#233;e d'une soci&#233;t&#233; et des citoyens. En compagnie de Spiros Stinas (1900-1987), C. Castoriadis a &#233;galement contribu&#233; aux activit&#233;s politiques en Gr&#232;ce. Il a &#233;t&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; animateur actif et productif dans le groupe &#171; Socialisme ou Barbarie &#187; ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; participant actif aux r&#233;unions publiques de ce m&#234;me groupe. En particulier au sujet de la guerre d'Alg&#233;rie de 1954 &#224; 1962, de la R&#233;volution hongroise de 1956, du retour au pouvoir de Charles de Gaulle (1890-1970) en 1958 ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; conf&#233;rencier intervenant sur la d&#233;mocratie grecque antique.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Pierre Vidal-Naquet (1930-2006), qui fut un de ses amis, rappelle :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand se passa notre premi&#232;re rencontre ? En 1961, je crois, alors que j'&#233;tais profond&#233;ment engag&#233; dans la lutte contre la guerre d'Alg&#233;rie, mais ce ne fut l&#224; qu'un &#233;pisode. Notre premier d&#233;bat intellectuel eut lieu en 1963, et concerna non le socialisme moderne et la r&#233;volution du XXe si&#232;cle mais la d&#233;mocratie grecque antique. [&#8230;] Quoi qu'il en soit, en 1963 eut lieu au &#8223;Cercle Saint-Just&#8221; un d&#233;bat sur la d&#233;mocratie grecque. Fran&#231;ois Ch&#226;telet, Jean-Pierre Vernant et moi [&#8230;] repr&#233;sentions, si j'ose dire, la Gr&#232;ce ancienne, tandis qu'en face de nous se trouvaient notamment Castoriadis et Lefort. [&#8230;] N'&#233;tant gu&#232;re accoutum&#233; d'avoir, &#224; l'exception de Vernant, des interlocuteurs d'un tel calibre, je fus proprement &#233;bloui et marquai cet &#233;blouissement d'une fa&#231;on, je crois, assez candide. &#187; (Vidal-Naquet, 1989 : 19-20)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On peut aussi se r&#233;f&#233;rer &#224; son texte militant et d'analyse socio-politique (Coudray, Lefort, Morin, 1968) : &#171; La r&#233;volution anticip&#233;e &#187;, distribu&#233; le 20 mai 1968, au c&#339;ur du mouvement des occupations d'universit&#233;s. Il signe ce dernier sous le nom de Jean-Marc Coudray. Ses &#233;crits politiques &#233;taient syst&#233;matiquement &#233;crits sous pseudonyme car il risquait l'expulsion du territoire, avant sa naturalisation en 1970. Seraient &#233;galement &#224; prendre en consid&#233;ration ses interventions dans des revues psychanalytiques, philosophiques et politiques :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; son premier article (1968a) sign&#233; sous son v&#233;ritable nom dans la revue &lt;i&gt;L'Inconscient &lt;/i&gt; ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; ses articles dans les revues &lt;i&gt;Topique &lt;/i&gt;(cr&#233;&#233;e en 1969 par Piera Aulagnier ; Castoriadis, 1977), &lt;i&gt;Textures &lt;/i&gt;(1971-1975), et &lt;i&gt;Libre &lt;/i&gt;(1977-1980) ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; ses interventions publiques (conf&#233;rences, articles de presse, entretiens radiophoniques) publi&#233;s dans &lt;i&gt;Les Carrefours du labyrinthe &lt;/i&gt;(1978-1999, 6 volumes), &lt;i&gt;Une soci&#233;t&#233; &#224; la d&#233;rive&lt;/i&gt; (2005) ainsi que les s&#233;minaires &#224; l'EHESS (1980-1995) partiellement publi&#233;s par les &#201;ditions Le Seuil (Castoriadis 2002 ; 2004 ; 2008 ; 2011).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Rappelons encore que, de 2012 &#224; 2020, les &#201;ditions du Sandre ont r&#233;&#233;dit&#233; en huit gros volumes les &#233;crits politiques de l'&#233;poque de &#171; Socialisme ou Barbarie &#187;, avec aussi des in&#233;dits, des lettres et des textes importants qui avaient d&#233;j&#224; &#233;t&#233; publi&#233;s. Enfin, notons toute l'&#233;nergie qu'il a consacr&#233;e pour nourrir ou nouer des liens avec des philosophes, psychanalystes et intellectuels de pays du monde entier, lui permettant ainsi de d&#233;fendre ses positions dans de nombreux espaces publics &#224; l'&#233;tranger (voir Dosse, 2014 : chap. 22). &lt;br class='manualbr' /&gt;La pens&#233;e de C. Castoriadis se pr&#233;sente sous deux aspects principaux &#233;troitement solidaires : l'un politique, l'autre philosophique. Dans l'important article &#171; Fait et &#224; faire &#187;, il d&#233;crit son itin&#233;raire intellectuel de la mani&#232;re suivante :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai &#233;t&#233; subjugu&#233; par la philosophie d&#232;s que je l'ai connue, &#224; treize ans. [&#8230;]. Puis, en m&#234;me temps que Marx, &#233;taient venus Kant, Platon, Cohen, Natorp, Rickert, Lask, Husserl, Aristote, Hegel, Max Weber, &#224; peu pr&#232;s dans cet ordre. Depuis, je n'ai jamais cess&#233; de m'en pr&#233;occuper. Je suis venu &#224; Paris en 1945 pour faire une th&#232;se de doctorat de philosophie, dont le th&#232;me &#233;tait que tout ordre philosophique rationnel aboutit, de son propre point de vue, &#224; des apories et &#224; des impasses. Mais, d&#232;s 1942, la politique s'&#233;tait av&#233;r&#233;e trop absorbante et j'ai toujours voulu mener l'activit&#233; et la r&#233;flexion politiques sans y m&#234;ler directement la philosophie au sens propre du terme. C'est comme id&#233;es politiques, non pas philosophiques, qu'apparaissent dans mes &#233;crits l'autonomie, la cr&#233;ativit&#233; des masses, ce que j'aurais appel&#233; aujourd'hui l'irruption de l'imaginaire instituant dans et par l'activit&#233; d'un collectif anonyme. [&#8230;] C'est &#224; partir d'une r&#233;flexion sur l'&#233;conomie contemporaine, d'une critique immanente de son &#233;conomie et de sa vue de la soci&#233;t&#233; et de l'histoire, non pas comme m&#233;taphysicien, que Marx est critiqu&#233;, puis mis &#224; distance. Et c'est &#224; partir d'une r&#233;flexion sur l'histoire et des diverses formes de soci&#233;t&#233; que son syst&#232;me est finalement rejet&#233;, et l'id&#233;e de l'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233; atteinte. Alors seulement [&#8230;] la jonction s'op&#232;re avec la philosophie proprement dite et son histoire, l'appartenance de Marx &#224; la m&#233;taphysique rationaliste est d&#233;crite, certaines pr&#233;mices de l'id&#233;e d'imagination dans l'id&#233;alisme allemand sont retrouv&#233;es. [&#8230;]. Ce n'est qu'apr&#232;s [&#8230;] l'arr&#234;t de la publication de &lt;i&gt;Socialisme ou Barbarie&lt;/i&gt;, que le travail philosophique commence &#224; absorber la meilleure partie de mon temps libre [&#8230;]. Mais ce travail est tout autant, sinon davantage, pr&#233;occupation avec les pr&#233;suppos&#233;s, les implications, le sens philosophique des sciences, de la psychanalyse, de la soci&#233;t&#233; et de l'histoire, que r&#233;flexion sur les grands textes du pass&#233;. &#187; (Castoriadis, 1997 : 21-22).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Au plan politique, C. Castoriadis se pr&#233;occupe d'&#233;lucider et de pr&#233;ciser les conditions de possibilit&#233; de ce qu'il nomme &#171; le projet d'autonomie &#187; collective et individuelle. Sur le plan philosophique, il d&#233;veloppe une ontologie du mode d'&#234;tre propre au social-historique, qui est, pour lui, paradigme de l'ensemble des questions philosophiques, celles du temps pr&#233;sent comme celles h&#233;rit&#233;es de la tradition. Ce mode d'&#234;tre propre au social-historique correspond &#224; la derni&#232;re des strates de l'&#234;tre-&#233;tant total qui forme un &#171; monde morcel&#233; &#187;/un monde stratifi&#233;, car si l'&#234;tre est temps, c'est qu'il est anim&#233; par une puissance de cr&#233;ation ontologique qui fait &#233;merger des strates d'&#234;tre mutuellement irr&#233;ductibles et s'&#233;tayant les unes sur les autres :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; d'abord la nature physique ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; puis celles qui ont la structure du pour-soi que sont le vivant, la psych&#233; et le social- historique ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; enfin, l&#224; o&#249; &#233;mergent les diverses entit&#233;s indissolublement sociales et historiques, les soci&#233;t&#233;s.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;On ne pourrait mieux r&#233;sumer la pens&#233;e et l'action de C. Castoriadis qu'en rappelant ce qu'il &#233;crivait dans le m&#234;me article :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; La soci&#233;t&#233; s'institue chaque fois dans la cl&#244;ture de ses S.I.S. [significations imaginaires sociales]. La cr&#233;ation historique de la philosophie est rupture de cette cl&#244;ture : mise en question explicite de ces S.I.S., des repr&#233;sentations et des mots de la tribu. De l&#224; sa consubstantialit&#233; avec la d&#233;mocratie. Les deux ne sont possibles que dans et par un d&#233;but de rupture de l'h&#233;t&#233;ronomie sociale, et cr&#233;ation d'un nouveau type d'&#234;tre : la subjectivit&#233; r&#233;fl&#233;chissante et d&#233;lib&#233;rante. La cr&#233;ation de la r&#233;flexion &#8211; de la pens&#233;e &#8211; va de pair avec la cr&#233;ation d'un nouveau type de discours, le discours philosophique, qui incarne l'interrogation illimit&#233;e et se modifie lui-m&#234;me le long de son histoire. &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;. : 21).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Dans l'article : &#171; Imaginaire grec et moderne &#187;, C. Castoriadis (1996 : 161-162) &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pourquoi parler de la cl&#244;ture de la signification ? Le terme de cl&#244;ture a ici le sens tr&#232;s pr&#233;cis qu'il a en math&#233;matiques, en alg&#232;bre. [&#8230;]. Dans une soci&#233;t&#233; o&#249; il y a cl&#244;ture de la signification, aucune question qui pourrait &#234;tre pos&#233;e dans ce syst&#232;me, dans ce magma de significations, n'est priv&#233;e de r&#233;ponse dans ce m&#234;me magma. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, &#224; la diff&#233;rence de la repr&#233;sentation commune de la soci&#233;t&#233; ouverte, C. Castoriadis d&#233;crit la soci&#233;t&#233; autonome comme progressant par ruptures successives de cl&#244;tures sociales toujours &#224; nouveau institu&#233;es, non pas par une ouverture effectu&#233;e une fois pour toutes, car le mode d'&#234;tre caract&#233;ristique des entit&#233;s social-historiques est d'exister par et dans des formes qui se closent sur elles-m&#234;mes. Il oppose classiquement l'autonomie &#224; l'h&#233;t&#233;ronomie, mais renouvelle toutefois la conception de cette opposition. Une soci&#233;t&#233; est dite h&#233;t&#233;ronome &#8211; la plupart l'ont &#233;t&#233; et le sont &#8211; lorsqu'elle attribue l'origine de ses institutions &#224; une source qui lui est hors de port&#233;e, de telle sorte qu'elle &#233;chappe &#224; sa prise, &#224; son &#233;ventuelle action transformatrice. En r&#233;alit&#233;, fait valoir C. Castoriadis, toute soci&#233;t&#233; est le fait d'une auto-institution, mais, l'attribuant &#224; une cause transcendante, elle l'ignore le plus souvent. Par contraste, une soci&#233;t&#233; est autonome lorsqu'elle acc&#232;de &#224; la conscience que ses institutions sont son &#339;uvre, qu'elle en est l'auteur. Son auto-institution est alors explicite : elle se donne, le sachant, les lois de son existence. Il est en son pouvoir de se r&#233;instituer d&#232;s lors qu'elle le souhaite, exer&#231;ant ainsi, selon l'expression de C. Castoriadis, sa &#171; subjectivit&#233; r&#233;fl&#233;chissante et d&#233;lib&#233;rante &#187;. Cette autonomie est ins&#233;parablement collective et individuelle : la soci&#233;t&#233; autonome cr&#233;e les institutions qui socialisent et &#233;duquent, dans et par l'autonomie, des individus aptes &#224; exercer cette autonomie. Celle-ci est essentiellement capacit&#233; d'autolimitation d&#232;s lors que les hommes saisissent et acceptent qu'il n'existe pas d'autres limites que celles qu'ils se donnent &#224; eux-m&#234;mes. La d&#233;mocratie est le r&#233;gime de l'autonomie, mais celle-ci exige, pour exister r&#233;ellement, d'autres institutions que celles de la &#171; d&#233;mocratie repr&#233;sentative &#187;. Rousseauiste sous cet aspect, C. Castoriadis pense que l'autonomie ne se d&#233;l&#232;gue pas, qu'elle ne peut &#234;tre repr&#233;sent&#233;e. Les soci&#233;t&#233;s occidentales ne sont donc que partiellement d&#233;mocratiques, non pas formellement toutefois, comme dans la critique marxiste, car des libert&#233;s et des droits effectifs ont &#233;t&#233; conquis et institu&#233;s par les luttes sociales. C. Castoriadis, dans l'article : &#171; La logique des magmas et la question de l'autonomie &#187;, pr&#233;cise &#224; ce propos :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'autonomie, comme objectif : oui, mais cela est-il suffisant ? L'autonomie est un objectif que nous voulons pour lui-m&#234;me &#8211; mais aussi, pour autre chose. Sans cela, nous retombons dans le formalisme kantien, et dans ses impasses. Nous voulons l'autonomie de la soci&#233;t&#233; &#8211; comme des individus &#8211; &#224; la fois pour elle-m&#234;me, et pour pouvoir &lt;i&gt;faire &lt;/i&gt;des choses. Faire &lt;i&gt;quoi &lt;/i&gt; ? C'est peut-&#234;tre l'interrogation la plus lourde que suscite la situation contemporaine : ce &lt;i&gt;quoi &lt;/i&gt;se rapporte aux &lt;i&gt;contenus&lt;/i&gt;, aux valeurs substantives &#8211; et c'est ce qui appara&#238;t en crise dans la soci&#233;t&#233; o&#249; nous vivons &#187; (Castoriadis, 1986, 1999 : 520).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir d'une analyse politique qui l'a d'abord conduit &#224; une critique syst&#233;matique du marxisme, puis d'une r&#233;flexion philosophique centr&#233;e sur l'ontologie du social-historique, Castoriadis aboutit donc &#224; une anthropologie originale qui cherche &#224; int&#233;grer &#224; la fois les enseignements de la psychanalyse et ceux de l'ethnologie. Sur le plan philosophique, ses conceptions le mettent en marge des principaux courants de son &#233;poque, en particulier du marxisme, du structuralisme, du d&#233;constructionnisme, du post-modernisme et du nietzsch&#233;isme fran&#231;ais. Influenc&#233; par Maurice Merleau-Ponty (1908-1961), C. Castoriadis reste &#233;tranger &#224; la torsion que Martin Heidegger (1889-1976) fait subir &#224; la ph&#233;nom&#233;nologie d'Edmund Husserl (1859-1938).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ph. Caumi&#232;res et A. Tom&#232;s (2017 : 9) r&#233;sument en peu de mots le choix de C. Castoriadis :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si Castoriadis &lt;i&gt;pr&#233;f&#232;re &lt;/i&gt;une soci&#233;t&#233; autonome, une soci&#233;t&#233; dans laquelle chacun peut participer aux affaires publiques et d&#233;cider souverainement des lois au lieu de les recevoir d'une source transcendante, d'un comit&#233; d'experts ou d'une assembl&#233;e de repr&#233;sentants, c'est que cette forme de soci&#233;t&#233; est la seule permettant aux hommes de vivre &lt;i&gt;libres&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2 &#8212; L'infra-pouvoir, le pouvoir explicite (&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;le &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;politique), &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;la &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;politique, l'autonomie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'important article &#171; Pouvoir, politique, autonomie &#187;, C. Castoriadis expose les notions qu'il utilise pour d&#233;crire les diff&#233;rents niveaux d'activit&#233; des individus et de la collectivit&#233; dans toutes les soci&#233;t&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Avant tout pouvoir explicite, et, beaucoup plus, avant toute &#8223;domination&#8221;, l'institution de la soci&#233;t&#233; exerce un &lt;i&gt;infra-pouvoir radical &lt;/i&gt;sur tous les individus qu'elle produit. Cet infra-pouvoir &#8211; manifestation et dimension du pouvoir instituant de l'imaginaire radical &#8211; n'est pas localisable. Il n'est certes jamais celui d'un individu ou m&#234;me d'une instance d&#233;signables. Il est ?exerc&#233;&#8221; par la soci&#233;t&#233; institu&#233;e, mais derri&#232;re celle-ci se tient la soci&#233;t&#233; instituante, et d&#232;s que l'institution est pos&#233;e, le social instituant se d&#233;robe, il se met &#224; distance, il est d&#233;j&#224; aussi ailleurs &#187; (Castoriadis, 1990 : 118).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mais l'infra-pouvoir n'est ni total ni absolu, puisqu'il y des soci&#233;t&#233;s tr&#232;s distinctes les unes des autres, et qui s'auto-alt&#232;rent temporellement. Une soci&#233;t&#233; peut &#234;tre menac&#233;e par d'autres soci&#233;t&#233;s en contact, ou travaill&#233;e par son propre imaginaire instituant. C'est pourquoi C. Castoriadis introduit la notion de pouvoir explicite :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Contre tous ces facteurs qui menacent sa stabilit&#233; et son autoperp&#233;tuation, l'institution de la soci&#233;t&#233; comporte toujours des d&#233;fenses et des parades pr&#233;-&#233;tablies et pr&#233;-incorpor&#233;es. [&#8230;]. Le fait que toutes ces d&#233;fenses peuvent &#233;chouer, et en un sens &#233;chouent toujours &#8211; qu'il peut y avoir crime, litige violent insoluble, calamit&#233; naturelle d&#233;truisant la fonctionnalit&#233; des institutions existantes, guerre &#8211; est une des racines du &lt;i&gt;pouvoir explicite&lt;/i&gt;. Il y a toujours, il y aura toujours, une dimension de l'institution de la soci&#233;t&#233; charg&#233;e de cette fonction essentielle : r&#233;tablir l'ordre, assurer la vie et l'op&#233;ration de la soci&#233;t&#233; envers et contre tout ce qui, actuellement ou potentiellement, la met en danger &#187; (&lt;i&gt;ibid.&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Et plus loin : &#171; C'est cette dimension de l'institution de la soci&#233;t&#233;, ayant trait au &lt;i&gt;pouvoir explicite&lt;/i&gt;, soit &#224; l'existence d'&lt;i&gt;instances pouvant &#233;mettre des injonctions sanctionnables&lt;/i&gt;, qu'il faut appeler la dimension &lt;i&gt;du &lt;/i&gt;politique &#187; (&lt;i&gt;ibid.&lt;/i&gt;). C. Castoriadis pr&#233;cise que ce pouvoir explicite, selon les soci&#233;t&#233;s, peut &#234;tre exerc&#233; par la tribu enti&#232;re, les guerriers, un chef, le &lt;i&gt;d&#233;mos&lt;/i&gt;, un Appareil bureaucratique ou n'importe quoi d'autre. Il distingue l'&#201;tat du pouvoir explicite, en tant que typiquement une &lt;i&gt;institution seconde &lt;/i&gt;(et non une &lt;i&gt;institution premi&#232;re&lt;/i&gt;). Il critique aussi la confusion &lt;i&gt;du &lt;/i&gt;politique, dimension du pouvoir explicite, avec l'institution d'ensemble de la soci&#233;t&#233;. Il introduit ensuite l'expression &#171; &lt;i&gt;la &lt;/i&gt;politique &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; La politique, telle qu'elle a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e par les Grecs, a &#233;t&#233; la mise en question explicite de l'institution &#233;tablie de la soci&#233;t&#233; &#8211; ce qui pr&#233;supposait, et cela est clairement affirm&#233; au Ve si&#232;cle, qu'au moins de grandes parties de cette institution n'ont rien de &#8223;sacr&#233;&#8221;, ni de &#8223;naturel&#8221;, mais qu'elles rel&#232;vent du &lt;i&gt;nomos&lt;/i&gt;. [&#8230;]. La cr&#233;ation de la politique a lieu lorsque l'institution donn&#233;e de la soci&#233;t&#233; est mise en cause comme telle et dans ses diff&#233;rents aspects et dimensions (ce qui en fait d&#233;couvrir rapidement, expliciter, mais aussi &lt;i&gt;articuler &lt;/i&gt;&lt;i&gt;autrement &lt;/i&gt;la solidarit&#233;), donc, lorsqu'un &lt;i&gt;autre rapport&lt;/i&gt;, in&#233;dit jusqu'alors, est cr&#233;&#233; entre l'institution et l'institu&#233;. La politique se situe donc d'embl&#233;e, potentiellement, &#224; un niveau &#224; la fois radical et global, de m&#234;me que son rejeton, la &#8223;philosophie politique&#8221; classique. &#187; (&lt;i&gt;ibid.&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;N. Poirier (2011 : 435-436) r&#233;sume ainsi la cr&#233;ation conjointe de la philosophie et de la politique :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; c'est en effet parce qu'ils reconnaissent, sans le recouvrir, l'existence de l'ab&#238;me comme ce sur quoi &#233;merge un monde humain que les Grecs vont cr&#233;er l'activit&#233; philosophique &#8211; mise en question de la v&#233;rit&#233; institu&#233;e par la tradition &#8211;, et l'activit&#233; politique &#8211; mise en question des lois &#233;tablies &#8211;, se donnant ainsi pour t&#226;che l'institution d'un dire et d'un faire qui reconnaissent explicitement l'absence de fondements assur&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne la r&#233;flexion de C. Castoriadis sur l'autonomie, &#224; partir du &#171; germe grec &#187;, on pourra &#233;galement se reporter au long article de St&#233;phane Vibert (2010 : 27-71) : &#171; Le &lt;i&gt;nomos &lt;/i&gt;comme auto-institution collective. Le &#8223;germe grec&#8221; de l'autonomie d&#233;mocratique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3 &#8212; Les trois sph&#232;res de la soci&#233;t&#233; : l'&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;oikos&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, l&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;'agora&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, l'&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ecclesia&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les articles : &#171; Fait et &#224; faire &#187; d&#233;j&#224; cit&#233;, &#171; La d&#233;mocratie comme proc&#233;dure et comme r&#233;gime &#187; (Castoriadis, 1996), et dans le livre : &lt;i&gt;La Cit&#233; et les lois &lt;/i&gt;(2008), C. Castoriadis introduit et utilise les notions d'&lt;i&gt;oikos, agora, ecclesia&lt;/i&gt;, pour distinguer les trois types d'activit&#233;s humaines dans une soci&#233;t&#233; &#8211; et cela sans utiliser le concept d'espace public dans ces passages, alors que l'expression appara&#238;t dans d'autres textes. Il conceptualise une tripartition, l&#224; o&#249; la plupart des philosophes voient une bipartition entre espace priv&#233; et espace public (voir Arendt 1958a ; 1958b ; Habermas, 1962 ; 1981).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. Castoriadis pr&#233;cise :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; La langue grecque ancienne et la pratique politique des Ath&#233;niens nous offrent une distinction pr&#233;cieuse &#8211; et, &#224; mon avis, de validit&#233; universelle &#8211; entre trois sph&#232;res des activit&#233;s humaines, que l'institution globale de la soci&#233;t&#233; doit &#224; la fois s&#233;parer et articuler : l'&lt;i&gt;oikos&lt;/i&gt;, l'&lt;i&gt;agora &lt;/i&gt;et l'&lt;i&gt;ecclesia&lt;/i&gt;. On peut traduire librement par : la sph&#232;re priv&#233;e, la sph&#232;re priv&#233;e/publique, la sph&#232;re (formellement et fortement) publique, identique &#224; ce que j'ai appel&#233; plus haut le pouvoir explicite. [&#8230;]. Ces sph&#232;res ne sont nettement distingu&#233;es (et proprement articul&#233;es) que sous un r&#233;gime d&#233;mocratique. Sous un r&#233;gime totalitaire, par exemple, la sph&#232;re publique absorbe, en principe, tout. En m&#234;me temps, elle n'est en r&#233;alit&#233; nullement publique &#8211; elle est la propri&#233;t&#233; priv&#233;e de l'Appareil totalitaire qui poss&#232;de et exerce le pouvoir. Les monarchies absolues traditionnelles respectaient, en principe, l'ind&#233;pendance de la sph&#232;re priv&#233;e, de l'&lt;i&gt;oikos&lt;/i&gt;, et n'intervenaient que mod&#233;r&#233;ment dans la sph&#232;re priv&#233;e/publique, l'&lt;i&gt;agora&lt;/i&gt;. Paradoxalement, les pseudo-&#8223;d&#233;mocraties&#8221; occidentales contemporaines ont rendu pour une grande partie en fait priv&#233;e la sph&#232;re publique : les d&#233;cisions vraiment importantes sont prises en secret et dans les coulisses (du Gouvernement, du Parlement, des Appareils des partis. Une d&#233;finition de la d&#233;mocratie aussi bonne que n'importe quelle autre est : le r&#233;gime o&#249; la sph&#232;re publique devient vraiment et effectivement publique &#8211; appartient &#224; tous, est effectivement ouverte &#224; la participation de tous. &#187; (Castoriadis, 1996 : 228-229)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Dans le paragraphe intitul&#233; &#171; Autonomie : la politique &#187; de l'article &#171; Fait et &#224; faire &#187;, C. Castoriadis d&#233;veloppe assez longuement ces notions. Il note, en particulier :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; 1. Les relations entre les trois sph&#232;res n'ont rien de &#8223;naturel&#8221; ou d'&#233;vident, elles sont toujours institu&#233;es. [&#8230;]. L'id&#233;e d'autonomie, qui se concr&#233;tise en cette autre id&#233;e : pas de soci&#233;t&#233; autonome sans individus autonomes, implique que l'&lt;i&gt;ecclesia &lt;/i&gt;garantit et promeut la sph&#232;re la plus large possible d'activit&#233; r&#233;elle autonome des individus et des groupes que ceux-ci forment quelle que soit leur nature &#8211; donc, la plus grande extension possible de la sph&#232;re priv&#233;e et de la sph&#232;re priv&#233;e/publique. Il en r&#233;sulte une tr&#232;s forte pr&#233;somption en faveur d'une &lt;i&gt;l&#233;gislation minimale&lt;/i&gt;. Mais, encore une fois, rien ne permet de fixer &lt;i&gt;in abstracto &lt;/i&gt;ce minimum optimal. [&#8230;]. 2. La perversion du lib&#233;ralisme et, plus g&#233;n&#233;ralement, de ce qui passe maintenant pour &#171; philosophie politique &#187; est aussi de ne voir dans la sph&#232;re publique/publique, dans le pouvoir de l'&lt;i&gt;ecclesia &lt;/i&gt;(ou m&#234;me de l'&#201;tat existant), que la question de ses rapports avec la sph&#232;re priv&#233;e ou publique/priv&#233;e &#8211; les individus et la &#171; soci&#233;t&#233; civile &#187; &#8211; et de la &#171; protection &#187; de ceux-ci. Mais la sph&#232;re publique/publique a toujours &#233;t&#233;, est et doit rester dans une soci&#233;t&#233; autonome, aussi le domaine et l'instance o&#249; sont discut&#233;es et d&#233;cid&#233;es les &#339;uvres et les entreprises qui concernent et engagent la collectivit&#233; enti&#232;re et que la collectivit&#233; ne peut pas, ne veut pas ou ne doit pas laisser &#224; l'initiative priv&#233;e ou priv&#233;e/publique. 3. Enfin, point le plus dur, il y a la question de la sph&#232;re publique/priv&#233;e, de l'&lt;i&gt;agora &lt;/i&gt;&#8211; comme telle en g&#233;n&#233;ral et comme &lt;i&gt;agora &lt;/i&gt;au sens particulier du terme, soit comme march&#233;. Nul doute qu'une soci&#233;t&#233; autonome devra non seulement garantir, mais activement promouvoir, la plus grande autonomie possible de la sph&#232;re publique/priv&#233;e : de la sph&#232;re o&#249; les individus se rencontrent et se regroupent sans &#233;gard explicite &#224; des questions politiques, pour se livrer &#224; toutes les activit&#233;s et &#224; tous les &#233;changes qu'il leur plaira. &#187; (Castoriadis, 1997 : 69-71)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En lisant le premier point ainsi que ce troisi&#232;me point, on peut noter une convergence partielle de C. Castoriadis avec le lib&#233;ralisme, le libertarianisme et l'anarchisme. En effet, m&#234;me s'il le critique f&#233;rocement, il rejoint pourtant ici un credo du lib&#233;ralisme de toujours : le meilleur gouvernement est celui qui gouverne le moins, une th&#232;se sur laquelle s'accordent aussi les anarchistes et les libertariens. Dans les termes du penseur, une soci&#233;t&#233; autonome devrait garantir la plus grande extension possible de l'ind&#233;pendance de l'&lt;i&gt;oikos &lt;/i&gt;et de l'&lt;i&gt;agora&lt;/i&gt;, ce qui supposerait une l&#233;gislation minimale &#233;manant de l'&lt;i&gt;ecclesia&lt;/i&gt;, et devrait sans doute d&#233;velopper, beaucoup plus que nos soci&#233;t&#233;s contemporaines, une vie commune, requ&#233;rant de grands investissements de tous ou presque tous dans des projets communs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4 &#8212; Critique de la bipartition social/politique chez Hannah Arendt&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. Castoriadis critique, dans plusieurs livres et de nombreux passages, certaines positions de H. Arendt (1958a ; 1958b), en particulier la mani&#232;re dont elle pense l'espace social (identifi&#233; au &#171; domaine priv&#233; &#187;, &#224; la reproduction biologique et les besoins) et l'espace politique (identifi&#233; au &#171; domaine public &#187;). Dans le &#171; S&#233;minaire du 13 avril 1983 &#187;, il &#233;nonce :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une parenth&#232;se ici sur la position d'Hannah Arendt. Vous avez tous lu, ou vous lirez, ce livre fondamental qu'est &lt;i&gt;The Human Condition&lt;/i&gt;, titre malencontreusement traduit par &lt;i&gt;Condition de l'homme moderne&lt;/i&gt;, alors qu'il s'agit de l'homme en g&#233;n&#233;ral, et en particulier de l'homme ancien. Je vous r&#233;sume la th&#232;se fondamentale d'Hannah Arendt, mais il faudrait qu'on y revienne. Pour elle, la grandeur de la conception grecque de la politique a consist&#233; &#224; s&#233;parer totalement le social du politique, en laissant de c&#244;t&#233; ce qu'elle appelle l'&lt;i&gt;animal laborans&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire l'&#234;tre humain en tant que travaillant &#8211; travaillant au sens o&#249; il participe &#224; un cycle de m&#233;tabolisme biologique par lequel il produit sa nourriture, la consomme, se reproduit comme corps, etc. Tout cela pour elle, n'appartient pas au domaine public et ne saurait &#234;tre un objet l&#233;gitime de pr&#233;occupation politique ; les Grecs avaient donc raison de restreindre cette activit&#233; dans les limites de l'&lt;i&gt;oikos &lt;/i&gt;et de l'&lt;i&gt;oikonomia&lt;/i&gt;, ou gestion du m&#233;nage, au m&#234;me titre que la cuisine ou l'&#233;ducation des enfants par la m&#232;re. La politique, c'est tout &#224; fait autre chose : c'est le domaine o&#249; les hommes luttent pour parvenir &#224; la reconnaissance, et surtout &#224; une dur&#233;e qui d&#233;passe l'espace d'une vie mortelle, en accomplissant de grandes choses en actes et en paroles. Voil&#224; donc le noyau des id&#233;es d'Hannah Arendt sur la question. Et corr&#233;lativement &#224; cela, on, trouve chez elle une critique de tous les mouvements d&#233;mocratiques modernes, auxquels elle reproche de s'&#234;tre encombr&#233;s &#224; tort du fardeau de la question sociale, laquelle &#224; proprement parler n'a pas sa place dans la politique. [&#8230;]. Sa d&#233;finition exclusive du domaine politique par l'aspiration &#224; la reconnaissance et &#224; la renomm&#233;e laisse de c&#244;t&#233; cet aspect fondamental qu'est l'institution de la soci&#233;t&#233; ; et puis sa d&#233;valorisation du domaine de la production et de la fabrication est &#224; mon avis erron&#233;e aussi bien politiquement que philosophiquement. &#187; (Castoriadis, 2008 : 80-81)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5 &#8212; Critique du fondement de la d&#233;mocratie d&#233;lib&#233;rative chez J&#252;rgen Habermas&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. Castoriadis a explicitement critiqu&#233; les conceptions de J. Habermas concernant le fondement rationnel de la d&#233;mocratie d&#233;lib&#233;rative dans la fin de l'article :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Individu, soci&#233;t&#233;, rationalit&#233;, histoire &#187;. Il conclut : &#171; La tentative de Habermas de faire, une fois de plus, sortir ?rationnellement&#8221; le droit du fait &#8211; l'id&#233;e d'une &#8223;bonne&#8221; soci&#233;t&#233; de la &lt;i&gt;r&#233;alit&#233; &lt;/i&gt;des conditions de la vie sociale &#8211; me para&#238;t tout aussi intenable que les autres tentatives du m&#234;me genre par le pass&#233;, qu'il r&#233;p&#232;te. Elle le conduit, de mani&#232;re tout &#224; fait caract&#233;ristique, &#224; chercher un mythique fondement &lt;i&gt;biologique &lt;/i&gt;aux questions de la th&#233;orie sociale et de l'action politique, dont t&#233;moigne, entre beaucoup d'autres, le passage suivant : &#8223;La perspective utopique de la r&#233;conciliation et de la libert&#233; est incorpor&#233;e dans les conditions de la socialisation communicationnelle des individus ; elle est d&#233;j&#224; construite dans les m&#233;canismes linguistiques de la reproduction de l'esp&#232;ce&#8221; (&lt;i&gt;Theorie des kommunikativen Handels I&lt;/i&gt;, 532-533 ; PhR, 192). [&#8230;]. Pourquoi ces &#8223;m&#233;canismes&#8221; ne seraient-ils pas compatibles avec la conservation de soci&#233;t&#233;s closes &#8211; qu'ils ont, au contraire, assur&#233; presque partout, presque toujours dans l'histoire ? La libert&#233; n'est ni &#8223;utopie&#8221;, ni fatalit&#233;. Elle est projet social-historique sans la r&#233;alisation d&#233;j&#224; advenue, bien que partielle, duquel ni Habermas ne serait en mesure d'&#233;crire ce qu'il &#233;crit, ni moi de lui objecter. &#187; (Castoriadis, 1990 : 68)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;[Document vid&#233;o : Intervention de Castoriadis lors du Colloque &#171; Institution, imaginaire, autonomie (Autour de Cornelius Castoriadis) &#187;, Centre Culturel International de Cerisy du 3 au 10 juillet 1990. &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=xMcM5jSH5K8&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Source : YouTube&lt;/a&gt; ]&lt;/p&gt;
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&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quelques philosophes ont r&#233;fl&#233;chi et &#233;crit &#224; propos du d&#233;bat Castoriadis/Habermas. Parmi eux, Andreas Kalyvas, Rapha&#235;l G&#233;ly et Vincent Descombes (1994-1995), par exemple, ont &#233;crit concernant les questions d'espace public et de fondement rationnel ou non de la d&#233;mocratie d&#233;lib&#233;rative. A. Kalyvas d&#233;veloppe dans son article cette opposition entre les deux philosophes. Il propose d'expliciter &#171; la critique par Castoriadis du fondationnalisme rationnel de Habermas et de son recours &#224; une hypoth&#233;tique raison quasi transcendante comme justification du contenu normatif de la d&#233;lib&#233;ration &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Int&#233;ress&#233; par la question de la d&#233;cision, il explique ensuite : &#171; comment la conception de la volont&#233; propre &#224; C. Castoriadis peut &#234;tre utilis&#233;e pour d&#233;passer l'incapacit&#233; de la d&#233;mocratie d&#233;lib&#233;rative &#224; int&#233;grer le moment de la d&#233;cision ; incapacit&#233; qui indique la suppression du pouvoir populaire instituant par un d&#233;ploiement massif de structures juridiques institu&#233;es et de proc&#233;dures aspirant &#224; r&#233;guler, contr&#244;ler, domestiquer cette volont&#233; du souverain collectif d&#233;mocratiquement organis&#233;, dont toute r&#233;alit&#233; institu&#233;e proc&#232;de &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il cherche &#224; d&#233;montrer que :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Contrairement &#224; la tendance qu'ont les th&#233;ories de la d&#233;lib&#233;ration &#224; souligner de mani&#232;re excessive l'importance de sa dimension d'int&#233;gration sociale, de l'ordre proc&#233;dural et de sa reproduction &#224; travers le fonctionnement de m&#233;canismes l&#233;gaux de coordination sociale abstraits et formels, la th&#233;orie de Castoriadis sur l'auto-institution de la soci&#233;t&#233; repr&#233;sente un exemple rare, mais f&#233;cond, d'une mani&#232;re de repenser l'alt&#233;rit&#233; radicale, en retrouvant la dimension fondatrice, cr&#233;atrice (et particuli&#232;rement cr&#233;atrice de sens) de la politique d&#233;mocratique. &#187; (Kalyvas, 2000 : 71-103)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Dans un long article, R. G&#233;ly commence par r&#233;futer l'interpr&#233;tation par J. Habermas (1988 : 387-396) de C. Castoriadis :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La lecture que J. Habermas propose de C. Castoriadis neutralise en effet compl&#232;tement l'enjeu fondamental de sa pens&#233;e, lequel n'est certainement pas de destituer la question de la validit&#233; au profit d'une pure et simple ontologie po&#233;ticod&#233;miurgique de la cr&#233;ation sociale &#187;, puis continue, en affirmant, en d&#233;fense de C. Castoriadis :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour Castoriadis, bien au contraire, la soci&#233;t&#233; autonome implique tout autant que chez Habermas un rapport interne entre l'&#233;preuve de la donation du sens et l'&#233;preuve de sa mise en question, mais la possibilit&#233; effective de cette mise en question du sens implique une v&#233;ritable cr&#233;ation historique, l'investissement imaginaire de la question du vrai et du juste en tant que tels. &#187; (G&#233;ly, 2008 : 139-182)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il poursuit, en d&#233;fendant la th&#232;se suivante :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est pour cette raison que l'autonomie est une signification imaginaire sociale tout &#224; la fois contingente et n&#233;cessaire. Elle est contingente parce qu'il n'y a aucune n&#233;cessit&#233; li&#233;e &#224; une nature humaine objective que s'instaure le projet d'une soci&#233;t&#233; autonome. Mais elle est en m&#234;me temps n&#233;cessaire dans la mesure o&#249; il n'est pas possible une fois que l'on est entr&#233; de fa&#231;on contingente dans cette vie rationnelle d'argumenter avec s&#233;rieux contre la rationalit&#233; ou encore de d&#233;fendre de fa&#231;on autonome le projet de ne plus l'&#234;tre. &#187; (&lt;i&gt;ibid.&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il compare les philosophies de C. Castoriadis et de Karl-Otto Apel (1922-2017) : &#171; Mais il reste, ce que Apel ne voit pas, que le probl&#232;me de l'engagement affectif des individus dans le projet d'autonomie subsiste encore tout entier. [&#8230;]. La raison n'est puissante qu'investie affectivement par un enjeu identitaire profond. [&#8230;]. Le passage chez Castoriadis de l'&#233;thique au politique est entre autres li&#233; &#224; cette exigence d'un ancrage de la vie rationnelle dans la puissance affective d'un imaginaire social dont la contingence m&#234;me ne supprime pas la valeur en soi de la vie rationnelle, mais lui donne au contraire sa force. &#187; (&lt;i&gt;ibid.&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V. Descombes (1989) discute les th&#232;ses du livre de J. Habermas (1992, paru en fran&#231;ais en 1997) &lt;i&gt;Droit et d&#233;mocratie. Entre faits et normes&lt;/i&gt;. Il analyse la conception de la philosophie du droit de J. Habermas, critique son &#171; proc&#233;duralisme &#187;, et fait intervenir les conceptions de C. Castoriadis, en fin d'article :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Consid&#233;rer la d&#233;mocratie comme un r&#233;gime, &#233;crit C. Castoriadis, c'est juger qu'elle est &#8223;indissociable d'une conception substantive des fins de l'institution politique et d'une vue, et d'une vis&#233;e, du type humain lui correspondant&#8221; [Note : Voir l'essai &lt;i&gt;La d&#233;mocratie comme proc&#233;dure et comme r&#233;gime &lt;/i&gt; ; Castoriadis &#233;crit aussi : &#8223;il ne peut y avoir de soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique sans &lt;i&gt;paideia &lt;/i&gt;d&#233;mocratique&#8221;, p. 233]. Peut-&#234;tre un &#8223;radical-d&#233;mocrate&#8221; dira-t-il ici que c'&#233;tait vrai hier, que cela valait pour la d&#233;mocratie antique (celle d'une soci&#233;t&#233; close sur son &lt;i&gt;ethos &lt;/i&gt;collectif), mais que cela ne vaut plus pour nous. Si c'&#233;tait vrai, il faudrait en conclure que nous avons trouv&#233; le secret de vivre une vie sociale sans vivre en soci&#233;t&#233;. &#187; (Descombes, 2007 : 356-357)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;6 &#8212; Critique du &#171; On &#187; chez Martin Heidegger&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. Castoriadis critique radicalement tous les th&#232;mes de la philosophie de M. Heidegger, dans les six volumes des &lt;i&gt;Carrefours du labyrinthe &lt;/i&gt;(par exemple : &#171; La &#8223;fin de la philosophie&#8221; ? &#187;, dans le troisi&#232;me volume), et dans les s&#233;minaires &#224; l'EHESS. Cela, en particulier, concernant la notion floue de &#171; On &#187; (nom de l'espace public moderne, ou, de mani&#232;re ambigu&#235;, de normes et structures sociales ali&#233;nantes, d'une instance mena&#231;ante et insaisissable de d&#233;racinement et de destruction du &lt;i&gt;Dasein&lt;/i&gt;). Dans le s&#233;minaire du 20 avril 1987, paru dans &lt;i&gt;Sujet et v&#233;rit&#233;&lt;/i&gt;, il &#233;nonce :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; La critique et la d&#233;nonciation de la modernit&#233;, si elle prend des accents beaucoup plus violents en 1935 [Note : &lt;i&gt;Introduction &#224; la m&#233;taphysique&lt;/i&gt;] et dans les textes d'apr&#232;s-guerre, est d&#233;j&#224; pleinement pr&#233;sente dans &lt;i&gt;Sein und Zeit&lt;/i&gt;(1927) (perte de l'authenticit&#233; dans l'anonymat collectif &#8211; le &#8223;On&#8221; &#8211; affairement et &#8223;curiosit&#233;&#8221;, pr&#233;pond&#233;rance du monde des &#8223;outils&#8221;, etc.) &#8211;, de m&#234;me qu'on y trouve d&#233;j&#224; la liaison de l' &#8223;oubli&#8221; de la question ontologique avec la m&#233;taphysique de la &#8223;subjectivit&#233;&#8221;, cart&#233;sienne et postcart&#233;sienne. Or cette critique, on le sait, court les rues dans l'Allemagne de Weimar, et en elle se rencontrent les tendances les plus radicales de la &#8223;droite&#8221; et de la &#8223;gauche&#8221;. &#187; (Castoriadis, 2002 : 268)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il est int&#233;ressant de rapprocher cette critique de recherches de philosophes des ann&#233;es 2010- 2020. Par exemple, dans l'article en allemand (traduit par l'auteure) : &#171; &lt;i&gt;&#202;tre et temps&lt;/i&gt;, un livre pour tous et pour chacun ? &#187;, Sidonie Kellerer (2019) consacre plusieurs paragraphes &#224; l'analyse du &#171; On &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au &#167; 37 [d'&lt;i&gt;&#202;tre et Temps&lt;/i&gt;] Heidegger d&#233;veloppe sa description du &#8223;On&#8221; : &#8223;Le bavardage et la curiosit&#233; perdent leur puissance &#8211; ce dont ils ont t&#244;t fait de se venger&#8221;. Comment un existential pourrait-il donc &#8223;se venger&#8221; Heidegger ne l'explique pas. Comment faut-il d&#232;s lors comprendre le &#8223;On&#8221; et autres personnifications anthropomorphes du m&#234;me ordre ? S'agit-il simplement de fa&#231;ons de parler ? [&#8230;]. Une telle interpr&#233;tation n'est pourtant pas compatible avec la description sp&#233;cifique que Heidegger donne de la sph&#232;re publique ; certes, assure-t-il, le bavardage du &#8223;On&#8221;, &#8223;en son mode d'&#234;tre, n'est nullement &lt;i&gt;volont&#233; consciente &lt;/i&gt;de faire passer quelque chose pour autre chose&#8221;, une telle &#8223;intention de tromper&#8221; n'est donc point requise. Mais comment concilier cette absence d'intention avec toute l'atmosph&#232;re du texte o&#249; l'espace public tout &#224; la fois combat le &lt;i&gt;Dasein&lt;/i&gt;, se venge de lui, pratique l'art de le tromper, bref, un espace public qui met tout en &#339;uvre pour d&#233;raciner, voire d&#233;truire le &lt;i&gt;Dasein &lt;/i&gt; ? En d'autres termes : si l'on prend &lt;i&gt;&#202;tre et temps &lt;/i&gt;comme une sorte d'a&#233;rolithe, un texte absolu, ne renvoyant qu'&#224; lui-m&#234;me &#8211; et c'est en effet cette lecture d'&lt;i&gt;&#202;tre et temps &lt;/i&gt;qui continue de pr&#233;valoir &#8211; la notion de &lt;i&gt;Dasein &lt;/i&gt;semble d&#233;crire la vie de tous les &#234;tres humains. Mais un examen pr&#233;cis montre que Heidegger d&#233;crit un combat entre hommes potentiellement authentiques et hommes inauthentiques. Le &lt;i&gt;Dasein &lt;/i&gt;&#233;gar&#233; par le &#8223;On&#8221; doit se lib&#233;rer de son emprise. L'ambivalence d'un &#8223;On&#8221; que Heidegger d&#233;crit tout &#224; la fois comme structure et ennemi du &lt;i&gt;Dasein &lt;/i&gt;ne saurait &#234;tre clarifi&#233;e &#224; partir du seul texte d'&lt;i&gt;&#202;tre et temps&lt;/i&gt;. Car l'ambivalence constitutive propre au trait&#233; &#8211; dont le caract&#232;re &#233;nigmatique est encore renforc&#233; par le mode d'expression &#224; la fois allusif et suggestif dont use Heidegger &#8211; est constitutive d'un langage volontairement indirect et discriminatoire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, c'est une excellente fa&#231;on de comprendre les positions de C. Castoriadis sur les questions de l'espace public que de les comparer &#224; celles de M. Heidegger. La d&#233;lib&#233;ration publique d&#233;mocratique s'oppose &#224; la m&#233;ditation du penseur solitaire sur l'&#202;tre. L'effort d'&#233;lucidation explicite collective et continue des &#171; figures du pensable &#187; sur l'&#234;tre-&#233;tant fragment&#233; s'oppose au discours oraculaire et surplombant du proph&#232;te imbu de l'histoire de l'&#202;tre unitaire. La prise en compte publique des questions profondes pos&#233;es par les sciences contemporaines s'oppose au &#171; d&#233;cret &#187; heidegg&#233;rien selon lequel la science ne ne pense pas et ne peut pas nourrir nos interrogations. La discussion publique sur les rapports entre la technique et un des noyaux de l'imaginaire social occidental (et pas seulement l'&#171; utilisation &#187; de la technique) s'oppose &#224; l'interpr&#233;tation de la technique comme l'aboutissement de la m&#233;taphysique occidentale et de son oubli de la question de l'&#234;tre, pr&#233;sent&#233; comme destin, et donc soustrait &#224; l'agir humain (plus r&#233;cemment, est apparu le terme de &#171; machination &#187; et l'id&#233;e qu'elle avait des porteurs sp&#233;cifiques). Enfin, le projet d'autonomie dans le sens plein de ce terme et concernant la totalit&#233; sociale s'oppose &#224; une philosophie dont l'h&#233;t&#233;ronomie est des principaux th&#232;mes, par exemple la &#171; pens&#233;e de l'histoire de l'&#234;tre &#187;, c'est-&#224;-dire la pens&#233;e du destin auquel l'humanit&#233; ne peut &#233;chapper. Ainsi comprend-t-on pourquoi C. Castoriadis s'est confront&#233;, non seulement &#224; M. Heidegger, mais &#224; tout un courant philosophique d'abord fran&#231;ais, althuss&#233;rien ou nietzsch&#233;o-heidegg&#233;rien, puis un courant anglo-am&#233;ricain, influenc&#233; par le premier, celui qu'on a pu nommer &#171; French Theory &#187;. Cette confrontation continue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thibault Tranchant (2021) d&#233;crit un aspect de cette configuration th&#233;orique :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans le contexte tr&#232;s &#233;clat&#233; des th&#233;ories post-marxistes du sujet politique, celle propos&#233;e par Castoriadis se distingue par un ensemble de traits singuliers, notamment la place qu'il accorde &#224; la question institutionnelle et &#224; celle de l'unit&#233;. Contrairement &#224; certains de ses contemporains &#8211; on pense &#224; des auteurs comme Deleuze et Guattari, Hardt et Negri, Ranci&#232;re, Badiou, etc., chacun d'entre eux ayant chemin&#233; vers des conceptions singuli&#232;res de la subjectivit&#233; politique radicale &#8211;, Castoriadis n'a pas emprunt&#233; le tournant de la dialectique post-althuss&#233;rienne entre d&#233;subjectivation et subjectivation, qui fournit un fondement philosophique aux politiques oppositionnels faisant des droits subjectifs un de leurs instruments privil&#233;gi&#233;s. Il lui a pr&#233;f&#233;r&#233; la voie &#233;troite de la &lt;i&gt;Sittlichkeit &lt;/i&gt;h&#233;g&#233;lienne [&#233;thique h&#233;g&#233;lienne, associ&#233;e &#224; l'amour et la libert&#233;], pass&#233;e au crible de la critique du fondationnalisme m&#233;taphysique et de celui de sa th&#233;orie de l'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;. Cette trajectoire singuli&#232;re a abouti sur une th&#233;orie de la subjectivit&#233; politique centr&#233;e sur un concept de politique identifi&#233;e &#224; la cr&#233;ativit&#233; institutionnelle. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce passage d'un connaisseur de l'&#339;uvre de C. Castoriadis, constitue une bonne synth&#232;se de l'&#233;tat des lieux th&#233;orique actuel.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arendt H., 1958a, &lt;i&gt;The Human Condition&lt;/i&gt;, Chicago, The University of Chicago Press&lt;br class='manualbr' /&gt;Arendt H., 1958b, &lt;i&gt;Condition de l'homme moderne&lt;/i&gt;, trad. de l'anglais par G. Fradier, Calmann- L&#233;vy, 1961. &lt;br class='manualbr' /&gt;Castoriadis C., 1968a, &#171; &#201;pil&#233;gom&#232;nes &#224; une th&#233;orie de l'&#226;me que l'on a pu pr&#233;senter comme science &#187;, &lt;i&gt;L'Inconscient&lt;/i&gt;, 8. Acc&#232;s : &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1001-Epilegomenes-a-une-theorie-de-l&#034;&gt;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1...&lt;/a&gt;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Castoriadis C., 1968b, &#171; Technique &#187;, &lt;i&gt;Encyclopaedia Universalis France&lt;/i&gt;, vol. 17, Paris, Encyclopaedia Universalis. &lt;br class='manualbr' /&gt;Castoriadis C., 1975, &lt;i&gt;L'Institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, Paris, &#201;d. Le Seuil, 1999. &lt;br class='manualbr' /&gt;Castoriadis C., 1977, &#171; La psychanalyse, projet et &#233;lucidation &#187;, &lt;i&gt;Topique&lt;/i&gt;, 19. &lt;br class='manualbr' /&gt;Castoriadis C., 1978, &lt;i&gt;Les Carrefours du labyrinthe, &lt;/i&gt;Paris, &#201;d. Le Seuil. &lt;br class='manualbr' /&gt;Castoriadis C., 1981, &lt;i&gt;Devant la guerre. I, Les r&#233;alit&#233;s&lt;/i&gt;, Paris, Fayard. &lt;br class='manualbr' /&gt;Castoriadis C., 1986, &lt;i&gt;Les Carrefours du labyrinthe II. Domaines de l'homme&lt;/i&gt;, Paris, &#201;d. Le Seuil, 1999. &lt;br class='manualbr' /&gt;Castoriadis C., 1990, &lt;i&gt;Les Carrefours du labyrinthe III. Le Monde morcel&#233;, &lt;/i&gt;Paris, &#201;d. Le Seuil, 2000. &lt;br class='manualbr' /&gt;Castoriadis C., 1996, &lt;i&gt;Les Carrefours du labyrinthe IV. La Mont&#233;e de &lt;/i&gt;l'insignifiance, Paris, &#201;d. Le Seuil, 2007. &lt;br class='manualbr' /&gt;Castoriadis C., 1997, &lt;i&gt;Les Carrefours du labyrinthe V. Fait et &#224; faire&lt;/i&gt;, Paris, &#201;d. Le Seuil, 2008. &lt;br class='manualbr' /&gt;Castoriadis C., 1999, &lt;i&gt;Les Carrefours du labyrinthe VI. Figures du pensable, &lt;/i&gt;Paris, &#201;d. Le Seuil, 2009. &lt;br class='manualbr' /&gt;Castoriadis C., 2002, &lt;i&gt;Sujet et v&#233;rit&#233; dans le monde social-historique. S&#233;minaires 1986-1987&lt;/i&gt;, Paris, &#201;d. Le Seuil. &lt;br class='manualbr' /&gt;Castoriadis C., 2004, &lt;i&gt;Ce qui fait la Gr&#232;ce. 1, d'Hom&#232;re &#224; H&#233;raclite. S&#233;minaires 1982-1983&lt;/i&gt;, Paris, &#201;d. Le Seuil. &lt;br class='manualbr' /&gt;Castoriadis C., 2005, &lt;i&gt;Une soci&#233;t&#233; &#224; la d&#233;rive&lt;/i&gt;, Paris, &#201;d. Le Seuil, 2011. &lt;br class='manualbr' /&gt;Castoriadis C., 2004, &lt;i&gt;Post-scriptum sur l'insignifiance. Entretiens avec Daniel Mermet, suivi de Dialogue&lt;/i&gt;, La Tour-d'Aigues, &#201;d. de l'Aube, 2007. &lt;br class='manualbr' /&gt;Castoriadis C., 2008, &lt;i&gt;Ce qui fait la Gr&#232;ce. 2, la cit&#233; et les loirs. S&#233;minaires 1983-1984&lt;/i&gt;, Paris, &#201;d. Le Seuil. &lt;br class='manualbr' /&gt;Castoriadis C., 2011, &lt;i&gt;Ce qui fait la Gr&#232;ce. 3, Thucydide, la force et le droit. S&#233;minaires 1984- 1985&lt;/i&gt;, Paris, &#201;d. Le Seuil. &lt;br class='manualbr' /&gt;Castoriadis C., 2012-2020, &lt;i&gt;&#201;crits politiques, 1945-1997&lt;/i&gt;, &#233;d. pr&#233;par&#233;e par E. Escobar, M. Gondicas et P. Vernay, 8 vol., Paris, &#201;d. du Sandre. &lt;br class='manualbr' /&gt;Caumi&#232;res P., Tom&#232;s A., 2017, &lt;i&gt;Pour l'autonomie. La pens&#233;e politique de Castoriadis&lt;/i&gt;, Paris, &#201;d. L'&#201;chapp&#233;e. &lt;br class='manualbr' /&gt;Coudray J.-M. [Castoriadis C], Lefort C., Morin E., 1968, &lt;i&gt;Mai 68. La Br&#232;che. 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Caumi&#232;res, S. Klimis et L. Van Eynde, dirs, &lt;i&gt;Cahiers Castoriadis n&#176;7. Socialisme ou barbarie aujourd'hui. Analyses et t&#233;moignages &lt;/i&gt;Bruxelles, Presses de l'universit&#233; Saint-Louis. Acc&#232;s : &lt;a href=&#034;https://books.openedition.org/pusl/767?lang=fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://books.openedition.org/pusl/...&lt;/a&gt;. &lt;br class='manualbr' /&gt;G&#233;ly R., 2008, &#171; Imaginaire, affectivit&#233; et rationalit&#233;. Pour une relecture du d&#233;bat entre Habermas et Castoriadis &#187;, p. 139-182, &lt;i&gt;in &lt;/i&gt; : P. Caumi&#232;res, S. Klimis et L. Van Eynde, dirs, &lt;i&gt;Praxis et institution&lt;/i&gt;, Bruxelles, Presses de l'universit&#233; Saint-Louis. Acc&#232;s : &lt;a href=&#034;https://books.openedition.org/pusl/878?lang=fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://books.openedition.org/pusl/...&lt;/a&gt;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Habermas J., 1962, &lt;i&gt;L'Espace public. Arch&#233;ologie de la publicit&#233; comme dimension constitutive de la soci&#233;t&#233; bourgeoise&lt;/i&gt;, trad. de l'allemand par M. B. de Launay, Paris, Payot, 1978. &lt;br class='manualbr' /&gt;Habermas J., 1981, &lt;i&gt;Th&#233;orie de l'agir communicationnel&lt;/i&gt;, Tome I : &lt;i&gt;Rationalit&#233; de l'agir et rationalisation de la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, trad. de l'allemand par J.-M. Ferry, Paris, Fayard, 1987. &lt;br class='manualbr' /&gt;Habermas J., 1988, &lt;i&gt;Le Discours philosophique de la &lt;/i&gt;&lt;i&gt;modernit&#233;&lt;/i&gt;, trad. de l'allemand par C. Bouchindhomme et R. Rochlitz, Paris, Gallimard. Habermas J., 1992, &lt;i&gt;Droit et d&#233;mocratie. 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Cr&#233;ation et Institution&lt;/i&gt;, Paris, Payot. &lt;br class='manualbr' /&gt;Tranchant T., 2021, &#171; Le peuple instituant et les nouveaux mouvements sociaux : actualit&#233; de la th&#233;orie du sujet politique de Cornelius Castoriadis &#187;, &lt;i&gt;Politique et soci&#233;t&#233;s&lt;/i&gt;, 40 (2), p. 159-185. &lt;br class='manualbr' /&gt;Vibert S., 2010, &#171; Le &lt;i&gt;nomos &lt;/i&gt;comme auto-institution collective. Le &#8223;germe grec&#8221; de l'autonomie d&#233;mocratique chez Castoriadis &#187;, p. 27-71, &lt;i&gt;in &lt;/i&gt; : Klimis S., Caumi&#232;res Ph., Van Eynde L., dirs, &lt;i&gt;Cahiers Castoriadis n&#176;5. Castoriadis et les Grecs&lt;/i&gt;, Bruxelles, Publications des Facult&#233;s universitaires, Saint Louis. Acc&#232;s : &lt;a href=&#034;https://books.openedition.org/pusl/1128&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://books.openedition.org/pusl/1128&lt;/a&gt;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Vidal-Naquet, P., 1989, &#171; Souvenirs &#224; b&#226;tons rompus sur Cornelius Castoriadis et &#8223;Socialisme ou Barbarie&#8221; &#187;, p. 17-26, &lt;i&gt;in &lt;/i&gt; : Busino G., dir., &lt;i&gt;Autonomie et autotransformation de la soci&#233;t&#233;. La philosophie militante de Cornelius Castoriadis&lt;/i&gt;, Gen&#232;ve, Droz.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Nature humaine et humaines natures</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?1210-Nature-humaine-et-humaines-natures</link>
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		<dc:subject>B&#233;rard Quentin</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cologie</dc:subject>
		<dc:subject>Anthropologie</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
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		<dc:subject>N&#233;ot&#233;nie</dc:subject>
		<dc:subject>Mortalit&#233; / finitude</dc:subject>
		<dc:subject>Type anthropologique</dc:subject>

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&lt;p&gt;D&#233;but du chapitre II &#171; Nature humaine et humaines natures &#187; du livre de Quentin B&#233;rard &#171; &#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique. Pour une refondation &#187; (Libres&amp;Solidaires, 2021), pp. 45 &#8212; 65. Pr&#233;sentation et liens disponibles ici &#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique &#8212; Pour une refondation Sommaire : Introduction I &#8211; Survol ethno-historique II &#8211; Nature humaine et humaines natures &#8212; Premi&#232;re partie, ci-dessous... III &#8211; Histoire et contre-histoire de l'id&#233;e de Nature IV &#8211; Sources (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;D&#233;but du chapitre II &#171; Nature humaine et humaines natures &#187; du livre de Quentin B&#233;rard &#171; &#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique. Pour une refondation &#187; (Libres&amp;Solidaires, 2021), pp. 45 &#8212; 65.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1073-Parution-Elements-d-ecologie-politique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;sentation et liens disponibles ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_ombre&#034;&gt;&lt;figure class='spip_document_1238 spip_documents spip_documents_center' style=&#034;max-width:300px;&#034; data-w=&#034;300&#034;&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?-100-Brochures-' class=&#034;spip_in&#034; arial-label=&#034;&#034;&gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:150.09380863039%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/jpg/009576387_1_.jpg&amp;taille=300&amp;1771799851' alt='' data-src='IMG/jpg/009576387_1_.jpg' data-l='533' data-h='800' data-tailles='[\&#034;300\&#034;]' class='image_responsive avec_picturefill' srcset='index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/009576387_1_.jpg&amp;#38;taille=300&amp;#38;1771799851 1x,index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/009576387_1_.jpg&amp;#38;taille=533&amp;#38;1771799851 2x' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique &#8212; Pour une refondation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sommaire :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1085-Introduction-Elements-d-ecologie-politique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1168-Elements-d-ecologie-politique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;I &#8211; Survol ethno-historique&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;II &#8211; Nature humaine et humaines natures &#8212; Premi&#232;re partie, ci-dessous...&lt;/strong&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; III &#8211; Histoire et contre-histoire de l'id&#233;e de Nature&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; IV &#8211; Sources sociales-historiques de l'&#233;cologie politique (&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1234-Sources-sociales-historiques-de-l-ecologie-politique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Premi&#232;re partie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; V &#8211; Politiques de la nature et totalitarisme (&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1114-Ecologie-politique-effondrement-ecocratie' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Premi&#232;re partie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; VI &#8211; Vers une philosophie de la nature ? (&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1103-Ecologie-politique-Vers-une-philosophie-de-la-nature' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Premi&#232;re partie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#201;l&#233;ments de conclusion&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1088-Elements-d-ecologie-politique-resumes' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Annexes : R&#233;sum&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1073-Parution-Elements-d-ecologie-politique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Quatri&#232;me de couverture&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?531-Diffusion-et-vente-de-nos' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Acheter dans nos librairies&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#8212; &lt;a href=&#034;https://www.placedeslibraires.fr/livre/9782372631198-elements-d-ecologie-politique-pour-une-refondation-quentin-berard/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Acheter dans une librairie ind&#233;pendante&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#8212; &lt;a href=&#034;https://libre-solidaire.fr/epages/e02491b5-ce3a-4c00-b187-dc9ff39194fc.sf/fr_FR/?ObjectPath=/Shops/e02491b5-ce3a-4c00-b187-dc9ff39194fc/Products/179&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Commander chez l'&#233;diteur&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous &#233;tions quitt&#233;s la derni&#232;re fois sur le constat, d&#233;routant, d'une histoire &#233;cologique de l'humanit&#233; t&#233;moignant aussi bien de pillages, destructions et d&#233;vastations massives des &#233;l&#233;ments naturels que d'&#233;tablissements de rapports &#233;quilibr&#233;s et compl&#233;mentaires, au point de faire appara&#238;tre de nouvelles esp&#232;ces, de nouveaux milieux, de nouveaux paysages, bref : une nouvelle &#233;cologie de la plan&#232;te. D'o&#249; la question qui va nous retenir aujourd'hui : qu'est-ce donc que cet animal si &#233;trange qui semble appartenir en plein &#224; sa matrice naturelle et lui &#233;chapper en permanence ? J'avais pos&#233; une comparaison : Homo sapiens serait au monde de la vie ce que la vie elle-m&#234;me est au monde min&#233;ral, c'est-&#224;-dire une sorte de r&#233;agencement du donn&#233; selon des principes radicalement diff&#233;rents aboutissant &#224; des processus d'une absolue nouveaut&#233;. Quel est donc ce monde humain, singuli&#232;rement diff&#233;rent &#224; la fois des ph&#233;nom&#232;nes apparents de la vie &#8211; ph&#233;nom&#232;nes encore difficilement pensables &#8211; et du reste de l'univers &#8211; lui-m&#234;me nimb&#233; d'un &#233;pais myst&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va donc &#234;tre question de la &#171; nature humaine &#187;. Le terme est tomb&#233; en d&#233;su&#233;tude et fait pousser de hauts cris depuis des d&#233;cennies, comme si la question &#233;tait r&#233;gl&#233;e ou inepte &#8211; en r&#233;alit&#233;, c'est l&#224; un des signes indubitables de l'avachissement de la pens&#233;e contemporaine ou plut&#244;t de son &#233;vanescence. Quoi que vous disiez, pensiez ou fassiez, cela pr&#233;suppose une conception de l'&#234;tre humain, qui ressurgit d'ailleurs d&#232;s qu'on discute un tout petit peu. Et aujourd'hui, les conceptions de la &#171; nature humaine &#187; sont d'une rare indigence, y compris et surtout lorsqu'il est question d'&#233;cologie politique : tant&#244;t nous ne serions, au fond, que des animaux comme les autres, inexplicablement &#233;gar&#233;s, tant&#244;t des consommateurs-n&#233;s ou des demi-dieux en transition, tant&#244;t encore des ordinateurs reprogrammables &#224; volont&#233;, etc. Il faut donc rouvrir la question, la travailler, sans esp&#233;rer une conception close et d&#233;finitive &#8211; c'est justement la question, comme on va le voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme la derni&#232;re fois, je ne propose qu'une synth&#232;se, forc&#233;ment orient&#233;e certes, qui souhaite seulement constituer une incitation &#224; penser. Je vais aborder la chose sous l'angle des disciplines contemporaines &#8211; biologie humaine, psychanalyse, ethnologie &#8211;, qui me semblent des sources capitales pour former une sorte d'introduction au questionnement philosophique mill&#233;naire sur la &#171; nature &#187; humaine. Le domaine est immense et remplit des biblioth&#232;ques ; je vais me restreindre &#224; aborder la chose sous l'angle &#171; &#233;cologique &#187;, c'est-&#224;-dire des rapports de l'humain avec la nature et sa nature &#8211; vous verrez que ce n'est pas qu'un jeu de mots &#8211; mais cela va nous conduire quand m&#234;me relativement loin. Je prends comme point de d&#233;part la th&#233;orie de la n&#233;ot&#233;nie, injustement m&#233;connue, pour aborder les trois strates de l'&#234;tre humain, naturelle, psychique et culturelle qui interrogent, ensemble ou chacune prise isol&#233;ment, la simple dualit&#233; humain-nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le principe de n&#233;ot&#233;nie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suppose connu le processus d'hominisation qui s'&#233;tale sur 7 millions d'ann&#233;es, &#224; partir de nos anc&#234;tres communs avec les chimpanz&#233;s : la conqu&#234;te progressive de la bip&#233;die, la dialectique main-outil-cerveau, la dilatation de la bo&#238;te cr&#226;nienne et autres modifications morphologiques, lentes sophistications du langage, des interactions sociales, des techniques, etc. J'aborde la question sous un angle moins convenu, l'approche embryo-zoologique, avanc&#233;e par un biologiste des ann&#233;es 1920-1930, Louis Bolk, &#224; l'origine de cette th&#233;orie qui n'est aujourd'hui plus contest&#233;e, la th&#233;orie de la n&#233;ot&#233;nie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un point de d&#233;part est la comparaison frappante des cr&#226;nes f&#339;taux et adultes de chimpanz&#233;s et d'humains. Alors que chez notre cousin le changement saute aux yeux, nous conservons, adultes, les principales caract&#233;ristiques du f&#339;tus primate : m&#234;me aplatissement de la face, m&#234;me hypertrophie du cr&#226;ne, m&#234;me absence de soudure des os, position basse du trou occipital, etc. Homo sapiens semble se distinguer par un ralentissement du d&#233;veloppement qui fait na&#238;tre le petit humain comme un hominid&#233; morphologiquement immature : faiblesse de la musculature, raret&#233; de la pilosit&#233;, absence de pouce post&#233;rieur opposable, non-fermeture des cloisons cardiaques, immaturit&#233; du syst&#232;me nerveux pyramidal, circonvolutions c&#233;r&#233;brales sous-d&#233;velopp&#233;es, etc. Comme si nous &#233;tions pr&#233;matur&#233;s, on observe un ralentissement dysharmonique du d&#233;veloppement intra-ut&#233;rin de telle sorte qu'une gestation &#171; aboutie &#187; &#171; devait &#187; durer 18 mois : naissant &#224; 9 mois, nous poursuivons notre d&#233;veloppement ex utero, dans une totale d&#233;pendance &#224; l'environnement imm&#233;diat. Nous conservons bien s&#251;r, nous adultes, quantit&#233; de ces traits f&#339;taux ou plut&#244;t juv&#233;niles qui nous diff&#233;rencient nettement de nos cousins primates, tout en acqu&#233;rant, tr&#232;s tardivement &#224; la pubert&#233;, notre capacit&#233; reproductrice. Ce ph&#233;nom&#232;ne n'est pas exceptionnel en biologie : c'est la n&#233;ot&#233;nie (de neo, nouveau, teinein, prolonger, &#233;tendre) dont le plus grand repr&#233;sentant est le c&#233;l&#232;bre axolotl qui, dans certaines conditions, reste &#224; l'&#233;tat larvaire tout en devenant sexuellement mature. L'esp&#232;ce humaine est donc n&#233;ot&#233;nique : nous sommes des singes physiquement inaccomplis, inachev&#233;s, des survivants d'un accident &#233;volutif qui nous a emp&#234;ch&#233;s de parvenir &#224; un plein d&#233;veloppement physique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas grand-chose, au fond, quelque pour cent de diff&#233;rences g&#233;n&#233;tiques d'avec le chimpanz&#233;, essentiellement des g&#232;nes de d&#233;veloppement dont les expressions diff&#232;rent &#8211; ASPM, HAR1, MYH16 &#8211; mais c'est une r&#233;volution aux cons&#233;quences multiples qui aboutit &#224; la formation d'un nouveau type d'&#234;tre vivant. Nouveau type que je vais aborder selon trois angles &#8211; naturel, psychique et culturel &#8211; et qui se caract&#233;rise par la nouveaut&#233;. Pr&#233;cis&#233;ment, l'&#233;tymologie de n&#233;ot&#233;nie implique une notion de nouveaut&#233; continue qui s'applique bien au-del&#224; de la seule biologie : Homo sapiens est une erreur, une aberration, une cr&#233;ation phylog&#233;nique &#233;trange qui implique elle-m&#234;me une ouverture permanente sur le nouveau, l'innovation, le changement, les commencements comme dirait Hannah Arendt. Mais commen&#231;ons, justement, par le d&#233;but.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1 &#8211; L'humain comme &#234;tre naturel&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re cons&#233;quence de la th&#233;orie de la n&#233;ot&#233;nie, c'est que l'&#234;tre humain n'est pas un myst&#232;re complet, qu'il s'inscrit en plein dans la vie biologique, qu'il est un animal, en quelque sorte, comme un autre. C'est d'une plate &#233;vidence pour vous, et aujourd'hui, &#231;a ne l'a pas &#233;t&#233; pendant des mill&#233;naires. Quelques mots l&#224;-dessus pour bien faire comprendre ce que cela implique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord &lt;i&gt;Homo sapiens&lt;/i&gt; est le fruit de m&#233;canismes &#233;volutifs classiques. Vous connaissez sans doute l'histoire de l'occupation de la Polyn&#233;sie : les premiers humains &#224; y avoir migr&#233; ont d&#251; traverser de larges &#233;tendues d'oc&#233;ans sur des embarcations sommaires, payant certainement un lourd tribut en vies humaines, et semblent n'avoir surv&#233;cu &#224; l'&#233;preuve que ceux qui fixaient le mieux les graisses &#8211; d'o&#249; un taux d'ob&#233;sit&#233; important aujourd'hui en Polyn&#233;sie alors m&#234;me que le r&#233;gime alimentaire n'y a rien de particulier. M&#234;me chose pour la tol&#233;rance au lactose, normalement temporaire chez le petit humain, mais dont le d&#233;terminant g&#233;n&#233;tique s'est r&#233;pandu en Eurasie chez les populations pratiquant l'&#233;levage. Un m&#234;me processus semble s'&#234;tre d&#233;roul&#233; dans les environnements riches en arsenic ou en radioactivit&#233;, ne survivant, l&#224; encore au fil des g&#233;n&#233;rations, que les individus dont les organismes tol&#233;raient le mieux ces toxicit&#233;s, ou ceux porteurs d'un all&#232;le de la dr&#233;panocytose qui prot&#232;ge contre la malaria &#8211; d'o&#249; sa pr&#233;valence importante dans les pays concern&#233;s. Des m&#233;canismes semblables, encore inconnus mais incontestables, semblent &#234;tre &#224; l'origine de l'in&#233;gale r&#233;partition des groupes sanguins chez tous les peuples de la plan&#232;te, des complexes HLA (pour des greffes) ou encore des diff&#233;rences d'efficacit&#233; des m&#233;dicaments selon les continents. Dans ces derniers cas on pense plut&#244;t &#224; la d&#233;rive g&#233;n&#233;tique, c'est-&#224;-dire l'effet du hasard. Pour d'autres caract&#232;res interviendrait plut&#244;t la s&#233;lection sexuelle, c'est-&#224;-dire la pr&#233;f&#233;rence &#171; arbitraire &#187;, culturelle, donc non &#171; naturelle &#187;, des partenaires pour certains traits physiques : pigmentation de la peau (modulo l'importance de la vitamine D, fix&#233;e par l'&#233;piderme lors de l'exposition au soleil), forme des yeux, du cr&#226;ne ou du visage, grosseurs des seins, angle p&#233;nien, pilosit&#233;, taille, etc. L&#224;, nous sommes d&#233;j&#224; dans l'interp&#233;n&#233;tration entre les m&#233;canismes purement biologiques et ceux relevant de la culture&#8230; Ces &#233;l&#233;ments purement factuels heurtent les sentiments antiracistes contemporains qui se basent sur une fausse homog&#233;n&#233;it&#233; somatique mais c'est une chose qu'il faut avoir en t&#234;te et dont on ne peut se d&#233;barrasser aussi simplement : &#233;tudier l'&#234;tre humain comme un animal, c'est le faire entrer dans le giron d'un savoir objectif, loin de toutes consid&#233;rations morales ou politiques a priori. En allant jusqu'au bout : le nazisme est le premier r&#233;gime biologique de l'histoire &#8211; nous y reviendrons longuement en discutant &#233;cologie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Homme hormonal, neuronal&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur un autre plan, nous portons en nous mille mani&#232;res, r&#233;flexes, automatismes h&#233;rit&#233;s de notre phylog&#233;nie de vivant, de vert&#233;br&#233;, de mammif&#232;re, de primate, d'hominid&#233; et qui ressurgissent quotidiennement. Vous connaissez tous ces exp&#233;riences de psycho-sociologie amusante qui mettent en &#233;vidence des attitudes de conformismes groupaux, voire de gr&#233;garisme, qui n'ont pas grand-chose &#224; envier aux reportages animaliers. C'est particuli&#232;rement &#233;vident concernant les comportements li&#233;s &#224; la domination, &#224; la soumission, &#224; la fuite, bref aux conflits intrasp&#233;cifiques. Il faut voir le joli film d'Alain Resnais, inspir&#233; par les synth&#232;ses de Henri Laborit, &lt;i&gt;Mon oncle d'Am&#233;rique&lt;/i&gt; (1980) qui interpr&#232;te une histoire tout &#224; fait banale faite d'affaires de m&#339;urs, de probl&#232;mes professionnels, de choix d&#233;licats &#224; la lumi&#232;re de l'&#233;thologie comportementale des rats. On peut trouver cela r&#233;ducteur, et cela l'est effectivement, mais impossible de ne pas se sentir personnellement concern&#233;. Impossible surtout dans le domaine de la sexualit&#233;, c'est-&#224;-dire de la reproduction, une des particularit&#233;s essentielles du ph&#233;nom&#232;ne de la vie. Qui osera dire qu'elle n'imbibe pas la quasi-totalit&#233; de notre vie psychique et m&#234;me sociale ?&#8230; Plus profond&#233;ment, l'influence des hormones est une autre &#233;vidence qui nous rappelle &#224; notre animalit&#233; la plus pure : si je vous injecte &#224; tous de la testost&#233;rone, ou de la dopamine ou des endorphines, vos comportements vont radicalement changer dans les minutes qui suivent. M&#234;me chose concernant vos circuits neuronaux&#8230; On a parl&#233; &#224; ce propos d'&#171; Homme neuronal &#187;, mais on pourrait parler d'&#171; Homme hormonal &#187; ou &#171; ph&#233;romonal &#187; ou &#171; g&#233;n&#233;tique &#187; ou m&#234;me &#171; microbien &#187;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'influence environnementale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait aussi parler d'&#171; Homme environnemental &#187; car dans ce domaine aussi, l'&#234;tre humain est soumis &#224; des r&#232;gles observables, sans retomber dans le climato- ou le g&#233;o-d&#233;terminisme que beaucoup de penseurs des Lumi&#232;res ont invoqu&#233; pour expliquer la diversit&#233; humaine. Par exemple l'influence de l'eau est d&#233;terminante : la plupart des traces arch&#233;ologiques de campements humains sont &#224; proximit&#233; de cours d'eau, qui semblent avoir &#233;t&#233; des routes naturelles des soci&#233;t&#233;s pr&#233;historiques. Nous avons vu la derni&#232;re fois que les premi&#232;res grandes collectivit&#233;s semblent s'&#234;tre construites autour de fleuves et d'estuaires, formant les premiers grands empires organis&#233;s autour d'un bassin versant, le &#171; despotisme oriental &#187; de K. A. Wittfogel. La gestion de l'eau &#224; cette &#233;chelle a entra&#238;n&#233; une m&#233;ga-organisation sociale, la &lt;i&gt;m&#233;ga-machine&lt;/i&gt; de Lewis Mumford, la formation d'un &#201;tat imp&#233;rial avec tout ce que cela implique. &lt;i&gt;Idem&lt;/i&gt; pour la formation des empires thalassocratiques et surtout l'importance du bassin m&#233;diterran&#233;en dans l'histoire humaine et, dans une mesure &#233;gale, de la &#171; m&#233;diterran&#233;e extr&#234;me-orientale &#187; qui borde la Chine, le Japon, la Cor&#233;e. Aujourd'hui encore, l'emplacement de la plupart des grandes villes en portent la marque, &#224; la confluence des grands circuits fluviaux et maritimes. D'autres vont plus loin comme David Cosandey, qui relie le d&#233;coupage des c&#244;tes par la mer &#8211; espace libre par excellence &#8211; au degr&#233; de fractionnement des territoires et de d&#233;veloppement des civilisations, et son analyse vaut le d&#233;tour puisqu'elle permet de lire tr&#232;s pertinemment certains ph&#233;nom&#232;nes contemporains. De m&#234;me l'hypoth&#232;se de J. Diamond pour expliquer que le choc microbien ait d&#233;cim&#233; 90 % des Am&#233;rindiens et non les Europ&#233;ens lors de leur d&#233;barquement est s&#233;duisante : l'Eurasie &#233;tant globalement orient&#233;e est-ouest a favoris&#233; la circulation mill&#233;naire d'agents pathog&#232;nes, d'o&#249; une immunit&#233; sup&#233;rieure contre la grippe, la variole, la rougeole, le typhus en comparaison au territoire am&#233;ricain, dont l'axe Nord-Sud a cloisonn&#233; les soci&#233;t&#233;s humaines en zones &#233;co-climatiques tr&#232;s diff&#233;renci&#233;es. Je ne vais pas multiplier les exemples, mais ceux qui relient l'apparition du premier foyer n&#233;olithique au Proche-Orient &#224; des consid&#233;rations &#233;cologiques ont aussi des arguments &#224; faire valoir : climat alors favorable de la r&#233;gion &#224; une grande diversit&#233; d'esp&#232;ces v&#233;g&#233;tales (c&#233;r&#233;ales) &#224; la fois productives, nourrici&#232;res et hermaphrodites (ce qui d&#233;favorise les croisements), &#224; quoi r&#233;pondent une vari&#233;t&#233; et une continuit&#233; g&#233;ographique favorisant la pr&#233;sence de grandes esp&#232;ces animales, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Adapt&#233; &#224; l'inadaptation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela dresse le portrait d'un &lt;i&gt;Homo sapiens&lt;/i&gt; comme un &#234;tre de nature, par son histoire biologique, par son milieu int&#233;rieur, par sa d&#233;pendance au milieu ext&#233;rieur et il serait impensable de ne pas le prendre en consid&#233;ration. Mais ce serait une erreur gravissime de croire qu'il n'aurait qu'&#224; s'int&#233;grer, en tant qu'animal, dans cet univers &#233;cologique dont il proc&#232;de : l'humain est aussi, biologiquement, un animal dont l'organisme ne le pr&#233;destine &#224; rien. Nous sommes naturellement des inadapt&#233;s. C'est la deuxi&#232;me cons&#233;quence de la n&#233;ot&#233;nie. N&#233; inachev&#233;, notre corps ne correspond &#224; aucun milieu particulier. Certes, il semblerait que notre esp&#232;ce ait &#233;merg&#233; dans une transition for&#234;t/savane, et que la perte de notre agilit&#233; arboricole se soit faite au profit d'une capacit&#233; &#224; la course de fond &#8211; certainement la premi&#232;re m&#233;thode de chasse, par l'&#233;puisement, que les San (Bushmen) pratiquent toujours. Mais nous ne sommes pourvus ni de crocs, ni de griffes, ni m&#234;me de la musculature du cousin gorille &#8211; tout cela avait &#233;t&#233; parfaitement relev&#233; par les mythologies, comme le montre tr&#232;s justement Dany Robert Dufour. L'appendice qui nous est propre, la main, est extraordinairement polyvalent : elle ne sert, en propre, &#224; rien de particulier, et sert, de fait, &#224; tout &#8211; frapper, prendre, tirer, caresser, lancer, etc. Idem pour le reste du corps : &#224; le voir, impossible de le rattacher &#224; un quelconque milieu, sinon &#224; un climat relativement chaud, ni &#224; une pratique particuli&#232;re. Et pourtant, comme le note Jacques Ruffi&#233;, il est certainement le seul animal &#224; pouvoir, &#224; la fois, courir aussi longtemps, soulever des poids aussi lourds, grimper aussi bien et nager de mani&#232;re fort honorable. &#192; cette sorte de d&#233;cathlon interesp&#232;ces nous serions les meilleurs&#8230; La chose est identique concernant l'alimentation : nous faisons partie de ces rares sp&#233;cimens absolument omnivores. Ou encore la sexualit&#233; : la grosseur interm&#233;diaire de nos testicules comparativement aux autres primates nous place entre la monogamie stricte et la sexualit&#233; de groupe la plus d&#233;brid&#233;e &#8211; ingr&#233;dient permanent de la com&#233;die humaine &#8211; sans m&#234;me parler de la dissimulation totale de l'ovulation chez la femme, trait distinctif d'&lt;i&gt;Homo sapiens&lt;/i&gt;, qui invite &#224; une copulation permanente. Nous n'avons donc aucune niche &#233;cologique pr&#233;destin&#233;e, et il est vain de chercher la &#171; place de l'Homme dans la nature &#187; &#8211; il n'occupe que celles qu'il prend, sans pour autant s'y fixer comme nous l'avons &#233;voqu&#233; la derni&#232;re fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cela correspond non pas un grand vide &#171; instinctuel &#187;, mais une d&#233;structuration, un chaos. Non pas que rien d'&#171; inn&#233; &#187; ne nous serait l&#233;gu&#233; mais cet h&#233;ritage bio-comportemental est infiniment et multiplement contrari&#233; par notre d&#233;veloppement c&#233;r&#233;bral. Venant au monde avec une bo&#238;te cr&#226;nienne hypertrophi&#233;e prot&#233;geant un n&#233;ocortex &#224; la fois d&#233;mesur&#233; et immature, notre plasticit&#233; c&#233;r&#233;brale nous rend bien plus d&#233;termin&#233;s par ce que l'on a emmagasin&#233; lors de la prime enfance dans notre cerveau de mammif&#232;re que par notre cerveau reptilien. Autrement dit, nos &#171; d&#233;bris d'instinct &#187;, comme le note C. Castoriadis, sont fortement &lt;i&gt;d&#233;-fonctionnalis&#233;s&lt;/i&gt;. Il n'y a qu'&#224; penser &#224; notre sexualit&#233; qui, depuis bien longtemps, s'est &#233;mancip&#233;e des n&#233;cessit&#233;s de la reproduction ou de la coh&#233;sion de notre groupe social. Pire encore, concernant l'agressivit&#233;, &#224; la fois inhib&#233;e et d&#233;multipli&#233;e, au point que l'on puisse l&#233;gitimement s'inqui&#233;ter, &#224; la suite d'un Konrad Lorenz, de la capacit&#233; de notre esp&#232;ce &#224; se survivre &#224; elle-m&#234;me,&lt;i&gt; en tant qu'esp&#232;ce animale&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme vous l'avez remarqu&#233; lors de l'&#233;vocation des m&#233;canismes &#233;volutifs, la culture humaine intervient imm&#233;diatement, comme une sorte d'auto-&#233;volution &#8211; on a parl&#233; d'&lt;i&gt;auto-domestication&lt;/i&gt;. Je reprends l'exemple de mon injection de testost&#233;rone : votre comportement va effectivement changer, mais il restera impr&#233;visible. L'hormone pousse &#224; la domination et &#224; l'accouplement mais cela peut prendre mille formes diff&#233;rentes, qui s'exprimeront selon la situation, la personnalit&#233;, le psychisme ou la culture de chacun. Et on trouvera des exceptions &#224; tout, tout le temps, plus ou moins explicables &lt;i&gt;a posteriori&lt;/i&gt;. Il n'y a donc aucun d&#233;terminisme strict. D'ailleurs, lorsque vous multipliez les d&#233;terminismes, ils se contredisent : vos g&#232;nes vous poussent &#224; vous reproduire, mais votre situation de domin&#233; vous prive des ressources hormonales n&#233;cessaires ; vous pouvez &#234;tre amen&#233; &#224; vous mettre en danger ou &#224; vous tuer pour la protection d'autres que vous, et m&#234;me pas forc&#233;ment des descendants, etc. Le g&#233;n&#233;ticien, le physiologiste, l'&#233;thologue et l'&#233;cologue ne cessent de r&#233;clamer chacun de leur c&#244;t&#233; le monopole de votre comportement &#8211; il en r&#233;sulte une complexit&#233;, des degr&#233;s de libert&#233; o&#249; intervient, &#224; tout le moins, l'al&#233;atoire&#8230; Derni&#232;re remarque, et pas la moindre : ce qui fait de nous des animaux ne nous pousse pas n&#233;cessairement &#224; des rapports moins destructeurs envers l'environnement naturel, au contraire m&#234;me. Que l'on pense tout simplement &#224; la d&#233;mographie humaine, presque continuellement croissante depuis des dizaines de milliers d'ann&#233;es, et &#224; la charge &#233;cologique qu'elle implique, ou &#224; l'agressivit&#233; groupale inter- ou intrasp&#233;cifique &#8211; on a vu des &#171; guerres &#187; entre bandes de primates &#8211;, ou encore &#224; la surconcentration g&#233;ographique entra&#238;n&#233;e par l'in&#233;gale r&#233;partition des ressources naturelles, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques &#233;l&#233;ments de bilan, pour conclure cette premi&#232;re partie : il est aujourd'hui impensable de d&#233;nier notre r&#233;alit&#233; animale, et de multiples d&#233;terminismes, int&#233;rieurs ou ext&#233;rieurs, nous traversent et nous &#171; agissent &#187;. Mais m&#234;me de ce point de vue strictement biologique, nous sommes largement ind&#233;finis, instables, inadapt&#233;s et surtout &lt;i&gt;sans aucune place fixe dans aucun &#233;cosyst&#232;me que ce soit&lt;/i&gt;. En r&#233;alit&#233;, nous sommes, d&#232;s le d&#233;part, biologiquement, des animaux hyper-sociaux, parlants et outill&#233;s. Notre main elle-m&#234;me n'existerait pas sans les proto-outils qu'elle saisit, et eux-m&#234;mes sont inconcevables sans un cerveau hypertrophi&#233; pris dans un proto-langage et des relations sociales complexes. Imaginer un humain seul, les bras ballants, c'est n'avoir pas compris : c'est d'embl&#233;e une harde d'une vingtaine d'individus, avec des pierres ou des branches dans les mains, qui r&#233;agissent collectivement. Nous sommes imm&#233;diatement des &lt;i&gt;animaux de culture&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire des &lt;i&gt;organismes d&#233;biles&lt;/i&gt; qui ne doivent leur survie et leur succ&#232;s qu'&#224; l'invention d'un monde propre. Mais pour comprendre pr&#233;cis&#233;ment les ressorts de cette tension avec la culture, il nous faut s'arr&#234;ter &#224; la &lt;i&gt;strate psychique&lt;/i&gt;, presque syst&#233;matiquement escamot&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2 &#8211; L'humain comme &#234;tre psychique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Revenons &#224; la n&#233;ot&#233;nie pour bien saisir en quoi la culture humaine est fondamentalement diff&#233;rente des autres cultures animales, y compris celles des &lt;i&gt;Hominidae&lt;/i&gt; qui nous sont les plus proches. Car il se d&#233;roule chez les humains un ph&#233;nom&#232;ne radicalement nouveau, &#224; l'&#233;chelle du psychisme et il faut comprendre son &#233;mergence. Je vais me baser sur la seule hypoth&#232;se qui, &#224; ma connaissance, permette un semblant d'explication, celle du psychanalyste G&#233;rard Mendel. Dans ce qui va suivre, la question principale &#224; se poser n'est pas : comment le sait-on ? Mais : avons-nous d'autres explications ? Mon propos va d'abord vous sembler &#233;loign&#233; de mon sujet, mais ce d&#233;tour est n&#233;cessaire : c'est la formation de l'esprit humain, ou &lt;i&gt;psychog&#233;n&#232;se&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La psychog&#233;n&#232;se humaine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvenons-nous du petit humain, qui na&#238;t en quelque sorte &#171; trop t&#244;t &#187;, en plein d&#233;veloppement, inachev&#233;, jet&#233; dans le monde alors qu'il n'y est pas biologiquement pr&#233;par&#233;. Sur le plan physiologique, ses organes moteurs sont totalement immatures ; alors que le petit chimpanz&#233; d&#233;veloppe tr&#232;s rapidement une coordination des mouvements, cela prend, chez nous, des mois, des ann&#233;es, pendant lesquels nous ne pouvons pas, par nous-m&#234;mes, agir, c'est-&#224;-dire prendre, rejeter, manger, fuir, tirer, pousser, etc. En r&#233;alit&#233;, les choses sont plus compliqu&#233;es puisqu'il s'agit plut&#244;t d'un &lt;i&gt;d&#233;veloppement diff&#233;rentiel&lt;/i&gt; : en parall&#232;le d'une &lt;i&gt;immaturit&#233; motrice&lt;/i&gt;, les syst&#232;mes &lt;i&gt;sensoriels&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;hormonaux&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;c&#233;r&#233;braux&lt;/i&gt; sont comparativement plus matures chez le nourrisson. Autrement dit : il per&#231;oit, ressent et d&#233;sire sans pouvoir traduire tout cela en actes ou en comportements. Il y a d'un c&#244;t&#233; toute la vitalit&#233; d'un nouvel &#234;tre qui surgit &#224; l'existence et de l'autre une totale impuissance physique, tiraillement permanent source d'une tension extr&#234;me qui s'auto-alimente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;calage, cette &#171; discordance sensori-motrice &#187;, serait donc source d'une &#233;norme accumulation d'&#233;nergie &#224; la fois libre, inemploy&#233;e, et impossible &#224; d&#233;charger. Cette tension s'accumulerait dans le n&#233;ocortex, le cerveau, pour tenter de r&#233;tablir un semblant d'&#233;quilibre, de coh&#233;rence, de satisfaction face &#224; cette gigantesque, insupportable et permanente frustration. Cela se ferait par l'&#233;laboration d'hallucinations : dans l'impossibilit&#233; de vous d&#233;placer, de vous nourrir ou de vous r&#233;chauffer, vous allez cr&#233;er l'impression d'un d&#233;placement, d'une sati&#233;t&#233;, d'un r&#233;chauffement, attach&#233;e &#224; un affect de plaisir &#8211; et c'est la m&#232;re, bien s&#251;r, qui va pallier cela, mais elle n'existe pas encore en tant qu'individu s&#233;par&#233;, ni en tant qu'individu d'ailleurs, et m&#234;me pas en tant qu'objet ext&#233;rieur. Ce que vous ne pouvez faire, vous allez donc le r&#234;ver &#233;veill&#233; &#8211; &#233;veill&#233; ou pas d'ailleurs, puisque nous parlons l&#224; de l'&lt;i&gt;indistinction&lt;/i&gt; du r&#234;ve et de la r&#233;alit&#233;, du principe fondamental du fantasme : cr&#233;er un autre r&#233;el, satisfaisant, que l'on retrouvera largement dans le sommeil adulte. Voil&#224;, rapidement d&#233;crit, le proto-psychisme humain : la &lt;i&gt;cr&#233;ation&lt;/i&gt; &#8211; cr&#233;ation au sens le plus radical : faire &#234;tre une chose qui n'existait pas &#8211; d'une r&#233;alit&#233; parall&#232;le qui, &#224; l'origine, vaut non pas autant mais &lt;i&gt;bien plus&lt;/i&gt; que la r&#233;alit&#233;, &lt;i&gt;est&lt;/i&gt; la r&#233;alit&#233; elle-m&#234;me, &lt;i&gt;constitue&lt;/i&gt; le r&#233;el &lt;i&gt;in extenso&lt;/i&gt; pour le nourrisson. C'est dire l'importance premi&#232;re, nodale, fondamentale de l'imagination, qui implique, on le voit tout de suite, la primaut&#233; du plaisir de repr&#233;sentation sur le plaisir d'organe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La monade psychique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a donc ici aucune distinction entre la r&#233;alit&#233; et ce qui deviendra plus tard le fantasme ; cette diff&#233;rence n'existe pas chez le nouveau-n&#233; et on ne voit pas sur quoi il la poserait, ni qui ou quoi la lui expliquerait ni comment. En fait, le petit vit dans un univers total, indistinct, o&#249; son &#171; d&#233;sir &#187; est confondu avec sa &#171; r&#233;alisation &#187;, o&#249; envie et plaisir sont confondus, o&#249; les &#171; choses &#187; sont ce que l'on &#171; veut &#187; qu'elles soient, o&#249; monde ext&#233;rieur et int&#233;rieur ne forment qu'un &lt;i&gt;continuum&lt;/i&gt; indiff&#233;renci&#233; soumis &#224; la pulsion. Aussi &#233;tonnant que cela paraisse, le nourrisson vivrait dans une totalit&#233;, une unit&#233;, une unicit&#233; sans phrase, un &#171; Moi-tout &#187; aussi appel&#233; une &#171; monade psychique &#187;, une continuit&#233;, un cosmos o&#249; le pulsionnel se confond en permanence avec le r&#233;el, un sentiment de toute-puissance puisqu'il n'existe aucune s&#233;paration ni distinction. C'est une folie : l'humain na&#238;t &lt;i&gt;fou&lt;/i&gt;, litt&#233;ralement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous pensez imm&#233;diatement : on peut toujours fantasmer, mais la r&#233;alit&#233; n'est pas toujours &#224; la hauteur &#8211; rarement, m&#234;me&#8230; &#8211; et le petit peut bien halluciner qu'il a mang&#233;, s'il a le ventre vide sa douleur va perdurer, ou le froid le br&#251;ler, etc. Et effectivement, c'est ce qui va finir, la plupart du temps, par tirer le nourrisson de sa solitude absolue en m&#234;me temps que de sa b&#233;atitude pr&#233;caire : son syst&#232;me clos ne r&#233;pond pas tout le temps, pas &#224; tout, pas tout de suite, pas compl&#232;tement, pas parfaitement. Peu &#224; peu semble &#233;merger confus&#233;ment l'impression d'une d&#233;pendance &#224; quelque chose : la m&#232;re &#8211; ou son substitut &#8211; mais avant tout per&#231;ue comme sein, source de plaisir lors de l'allaitement, mais aussi de d&#233;plaisir, en son absence. Le sentiment de qui&#233;tude, de plaisir sans borne que le petit humain s'attribuait, cette toute-puissance fantasmatique, il finit par l'attacher &#224; cet objet ext&#233;rieur qui est, lui, &#224; l'origine de son bien-&#234;tre comme de ses souffrances. La puissance qui reliait son d&#233;sir &#224; sa r&#233;alisation est transf&#233;r&#233;e &#224; ce premier ext&#233;rieur, ce premier &#171; objet &#187;, dans ce qui deviendra au fil du temps la m&#232;re, envers laquelle la d&#233;pendance se r&#233;v&#232;le absolument totale : elle est source de bonheur ineffable comme de souffrances insupportables, ce sont ses pr&#233;sences/absences, ses actions, sa volont&#233;, et finalement son d&#233;sir myst&#233;rieux qui vont restaurer le narcissisme originaire du petit et en m&#234;me temps que le plonger dans la frustration, le manque, l'impuissance. Figure toute-puissante, arbitraire, ambivalente : telle est la sensation que le nouveau-n&#233; en a, sans rapports directs avec la r&#233;alit&#233; de la personne qui l'incarne. Bien s&#251;r vous connaissez la suite, qui m&#232;ne au c&#233;l&#232;bre complexe d'&#338;dipe : progressivement, le p&#232;re &#8211; ou son ou ses tenant-lieu &#8211; &#233;merge et brise cette fusion avec la m&#232;re, interdit l'inceste, cette sorte d'hyper-inceste de la pr&#233;-humanit&#233;, et c'est &#224; lui que la puissance va &#234;tre attribu&#233;e, avec tous ses relais et ses symboles ult&#233;rieurs ; le langage, la loi, le chef, Dieu, l'&#201;tat, la machine, etc. Le renoncement, pour soi et tr&#232;s relatif, &#224; cette toute-puissance princeps, c'est l'origine du refoulement. Il n'est jamais total et il en irradie une nostalgie puissante, un attrait obsessionnel fondamental. Je ne vais pas discuter ici de l'universalit&#233; du complexe d'&#338;dipe, la question, abandonn&#233;e, semblant loin d'&#234;tre tranch&#233;e, mais je me rangerais sous la figure de Claude Lefort pour dire que ce sch&#233;ma global &#8211; fusion puis intervention d'une figure tierce &#8211; n'est nulle part invalid&#233; par le mat&#233;riel ethno-psychiatrique, plut&#244;t le contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Implications &#233;cologiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel rapport de tout cela avec l'&#233;cologie ? Il est central de plusieurs points de vue, puisqu'il serait superficiel de dire que ces exp&#233;riences infantiles laissent des traces : elles sont fondatrices et d&#233;terminantes de notre fonctionnement psychique quotidien &#8211; pensez &#224; cette fleur qui n'est &#224; tel endroit &#224; tel moment que par la conjonction de mouvements telluriques, du m&#233;ga-syst&#232;me climatique ou m&#234;me de la m&#233;canique c&#233;leste depuis des milliards d'ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord et avant tout, ce sch&#232;me de toute-puissance, cette monade psychique. Nous sommes v&#233;ritablement hant&#233;s, nous, esp&#232;ce humaine, par la volont&#233; de restaurer cet &#233;tat de toute-puissance, de totalit&#233;, qui est le &lt;i&gt;moteur&lt;/i&gt; &lt;i&gt;principal&lt;/i&gt; de l'esprit humain. &#192; l'&#233;chelle individuelle mais aussi collective, nous existons de mani&#232;re radicalement auto-centrique : &#233;gocentrisme absolu, mais aussi anthropocentrisme fondamental, qui transcende largement la simple cl&#244;ture animale. Cela peut se briser &#8211; se brise, sinon nous ne serions pas ici &#8211; mais l'exp&#233;rience clinique comme historique montre que l'humanisation ainsi entendue n'est en rien &#171; naturelle &#187; et que la tendance g&#233;n&#233;rale, la pente spontan&#233;e, est bien plut&#244;t la recherche &#233;perdue de totalit&#233; et la haine de tout ce qui la contrarie. Cela se traduit par la constitution du roc du sens, donc de la croyance, essentiellement religieuse, comme explication et promesse de tout et la destruction conjointe de ce qui ne s'y soumet pas, avec, r&#233;cemment, l'investissement de la puissance instrumentale &#8211; raison, quantification, technique, machine &#8211; comme mode de r&#233;alisation du fantasme. C'est ici &#233;galement que s'origine radicalement le prurit d'accumulation, que l'on appelle un peu trop commod&#233;ment capitalisme, qui serait plut&#244;t la lib&#233;ration de cette pouss&#233;e hors des cadres traditionnels par leur rationalisation. Les implications &#233;cologiques se passent de commentaire, et vous comprenez que les &#171; probl&#232;mes &#187; qui s'y rapportent mettent imm&#233;diatement en cause notre ontologie sp&#233;cifique, notre d&#233;mesure, notre &lt;i&gt;hubris&lt;/i&gt; cong&#233;nitale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, ces deux figures de la M&#232;re et du P&#232;re, vers laquelle cette toute-puissance a &#233;t&#233; transf&#233;r&#233;e, sont devenues des images arch&#233;typales, des &lt;i&gt;imago&lt;/i&gt; comme on dit, profond&#233;ment ancr&#233;es et bien vivantes au tr&#233;fonds de notre esprit, de notre &lt;i&gt;psych&#233;&lt;/i&gt;. Les signes, les symboles, les attributs du P&#232;re sont bien connus : tous les symboles phalliques &#8211; traits, b&#226;tons, lances, sceptres, menhirs, totems, sabres, gratte-ciel, fus&#233;es, etc. &#8211; et les institutions, au sens large, qui incarnent la puissance, l'ordre et la s&#233;paration &#8211; le langage, la Loi, le savoir, la science, etc. En bref : c'est toute la soci&#233;t&#233; qui est v&#233;cue comme &#233;tant r&#233;gi par l'autorit&#233; du P&#232;re, caricature pouss&#233;e &#224; l'extr&#234;me par les dictateurs qui emp&#234;chent un d&#233;passement du fantasme dans la collectivit&#233; anonyme qu'est, de fait, toute soci&#233;t&#233; et auquel tend la d&#233;mocratie. Quant &#224; la M&#232;re, elle incarne la Nature : nature enveloppante, nature nourrici&#232;re, nature fertile, nature f&#233;conde, nature maternante &#8211; mais aussi nature myst&#233;rieuse, nature indiff&#233;rente, destructrice, capricieuse, cruelle qui reprend la vie tout autant qu'elle la donne &#8211; que symbolisera plut&#244;t la courbe des seins, des hanches, des fesses, du ventre de la femme enceinte, le cercle, l'enveloppe du collectif, la hutte, la maison&#8230; Regardez les logos des &#233;colos, c'est souvent rond, jusqu'&#224; la rotondit&#233; de la Terre&#8230; Ce sont, bien s&#251;r, toutes les divinit&#233;s f&#233;minines qui l'incarnent depuis des mill&#233;naires &#8211; Cyb&#232;le, D&#233;m&#233;ter, Isis, Ishtar, Ga&#239;a, etc. &#8211; et qui semblent avoir &#233;merg&#233; confus&#233;ment autour du N&#233;olithique, fr&#233;quemment reli&#233;es archa&#239;quement &#224; des sources ou des points d'eau, et dont il faut s'attirer les bonnes gr&#226;ces pour les r&#233;coltes par des liturgies, des rites, des offrandes, etc., et que l'on ensemence, fantasmatiquement et r&#233;ellement, en p&#233;n&#233;trant la terre pour y d&#233;poser des graines&#8230; Je simplifie, bien s&#251;r, et on retrouve cette dichotomie de mani&#232;re un peu fractale : par exemple le Soleil (masculin) et la Lune (f&#233;minine), le Ciel et la Terre, ou, plus r&#233;cemment l'&#201;tat comme autorit&#233; paternelle et la M&#232;re-Patrie, la Nation, et m&#234;me la double figure de l'&#201;tat policier et de l'&#201;tat providence, etc. Nous reparlerons de tout &#231;a. Mais c'est aussi et surtout toutes les mythologies qui &#233;voquent le paradis perdu, l'&#226;ge d'or, ce mythe si bien d&#233;crit par Mirc&#233;a Eliade, ce temps r&#233;volu o&#249; l'humain ne faisait qu'un avec la M&#232;re-Nature, le jardin d'&#201;den, les paradis perdus et les cornes d'abondance qu'il s'agirait de retrouver &#8211; l&#224; le lien avec l'exp&#233;rience de la petite enfance est transparent. Vous voyez que tout cela est actuel et il n'est pas difficile de le rep&#233;rer lorsqu'on parle de jardinage, par exemple, o&#249; les rapports sont imm&#233;diatement tr&#232;s affectifs, sinon n&#233;vrotiques : l&#224;, tous les fantasmes individuels et collectifs remontent &#224; la surface, presque nus. En Occident il y a ceux, plut&#244;t &#171; traditionalistes &#187; pour qui le jardin doit &#234;tre entretenu, domestiqu&#233;, ma&#238;tris&#233;, m&#233;canis&#233;, &#171; chimis&#233; &#187;, rationalis&#233;, etc. et les autres, qui veulent &#171; laisser faire la Nature &#187;, jusqu'&#224; l'absurde. Nous nageons l&#224; en pleins fantasmes &#8211; il faut lire Gaston Bachelard &#8211;, en pleins mythes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;cis&#233;ment : parlons mythes, quitte &#224; empi&#233;ter sur la partie suivante. Ce sont eux qui vont participer &#224; d&#233;terminer les relations entre les soci&#233;t&#233;s humaines et la nature, leurs natures, et m&#234;me les individus. Les modalit&#233;s selon lesquelles vous percevez la nature vont dicter votre conduite, votre attitude &#224; son &#233;gard et il y a, tr&#232;s sch&#233;matiquement, deux p&#244;les totalement contraires et syst&#233;matiquement compl&#233;mentaires &#8211; souvenez-vous du n&#233;ot&#232;ne : la d&#233;pendance &#224; la toute-puissance naturelle peut &#234;tre v&#233;cue comme une ali&#233;nation insupportable, une situation infantile dont il s'agira de sortir par l'&#233;lucidation de ses myst&#232;res, par la connaissance, son contr&#244;le par la technique, l'organisation de son exploitation rationnelle, sa mise au pas par la soci&#233;t&#233; et son savoir. En creusant : c'est au P&#232;re social de dominer la M&#232;re-Nature, par la contrainte, la violence, voire le viol. &#192; l'inverse &#8211; et c'est plus explicite chez les &#233;cologistes &#8211; nous avons plut&#244;t le r&#233;cit d'une &#171; M&#232;re-nature &#187; malmen&#233;e par le &#171; P&#232;re-social &#187; : il va falloir la m&#233;nager, la prot&#233;ger, l'accompagner, la soigner, la restaurer, lui donner toute sa place, y trouver tout le n&#233;cessaire d&#233;j&#224; imm&#233;diatement disponible, se plonger dans son myst&#232;re, accepter telle sa puissance sans cesse renaissante, etc. &#201;l&#233;ments d&#233;j&#224; tr&#232;s pr&#233;sents dans le gauchisme et &#233;clatants chez Herbert Marcuse, par exemple, repris et amplifi&#233;s chez beaucoup d'&#233;cologistes militants. C'est aussi cette mythologie qui est v&#233;hicul&#233;e par toutes les activit&#233;s &#171; vertes &#187; plus ou moins sportives devenues envahissantes : on s'y ressource et on s'y aventure, on y &#233;prouve s&#233;r&#233;nit&#233; et vertige, on y fr&#244;le la mort et on y revit, c'est l'oubli de soi pour provoquer l'&#233;mergence de son &#171; vrai moi &#187;, c'est le d&#233;paysement et le retour aux sources, c'est le lieu des transformations, des m&#233;tamorphoses, des passages, etc. Le lien avec les exp&#233;riences infantiles, le fantasme ultime de fusion totale d'avec la M&#232;re, saute aux yeux. Tout cela mobilise donc des affects extr&#234;mement forts, profonds, enfouis, c'est une affaire de passions visc&#233;rales, de haine et d'amour, de vengeance et de r&#233;paration, de justice immanente ou de trag&#233;die universelle, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pourrions continuer longtemps, approfondir, &#233;tendre, pr&#233;ciser, tant cette approche me semble riche. Mais d&#233;j&#224; les points abord&#233;s posent quelques jalons : comme &#234;tre psychique, l'humain est une sorte de volcan monstrueux d'o&#249; surgissent d&#233;sir de toute-puissance, d&#233;lires, fantasmes, r&#234;ves, qui ne doit sa survie et son humanit&#233; qu'&#224; la soci&#233;t&#233; qui l'arrache &#224; son solipsisme existentiel. L&#224; aussi, nous retrouvons des d&#233;terminations &#8211; je n'ai pas abord&#233; le r&#244;le central de la sexualit&#233; &#8211; et une source unique de cr&#233;ativit&#233; radicale, &#224; la fois oppos&#233;es &#224; et soubassement de toute vie sociale. Tout cela dessine l'&#234;tre humain comme un jaillissement de repr&#233;sentations, de significations imaginaires dont il ne s'extrait jamais et qui vont modeler ce qu'il entend par &#171; nature &#187; &#8211; que voudrait dire : un &#234;tre humain en contact direct avec une nature imm&#233;diatement univoque ? &#8211;, repr&#233;sentations &#233;tay&#233;es sur une r&#233;alit&#233; bio-&#233;cologique mouvante et contradictoire, &#224; la fois profond&#233;ment intime et compl&#232;tement inconnue. Cet &#233;tayage, ce point de contact dynamique entre notre animalit&#233; et notre folie psychique, c'est pr&#233;cis&#233;ment ce que nous appelons la culture, ou plut&#244;t les cultures humaines.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3 &#8212; L'&#234;tre humain comme &#234;tre de culture&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(.../&#8230;)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;l&#233;ments de bibliographie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La bibliographie ci-dessous a &#233;t&#233; r&#233;duite au minimum : il y manque d'un c&#244;t&#233; tous les &#171; classiques &#187; de l'&#233;cologie politique et des disciplines abord&#233;es, largement connus, ainsi que, de l'autre, les ouvrages aux th&#233;matiques apparemment trop &#233;loign&#233;es, sans m&#234;me parler de tous ceux dont l'apport, loin d'&#234;tre nul, n'a pas &#233;t&#233; significatif. N'ont donc &#233;t&#233; retenus que les titres ayant express&#233;ment servi &#224; l'&#233;laboration des s&#233;ances &#224; divers degr&#233;s, et regroup&#233;s grosso modo selon leur ordre, m&#234;me si beaucoup sont transversaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En gras&lt;/strong&gt; les livres dont la lecture est vivement recommand&#233;e.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bourg Dominique (sous la dir. de), &lt;i&gt;Les Sentiments de la nature&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, coll. &#171; Cahiers libres &#187;,1993&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Castoriadis Cornelius, &#171; Institution de la soci&#233;t&#233; et religion &#187;, dans &lt;i&gt;Domaines de l'homme. Les carrefours du labyrinthe 2&lt;/i&gt;, Seuil, coll. &#171; Points Essais &#187;, 1999&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Castoriadis Cornelius, &#171; L'&#233;tat du sujet aujourd'hui &#187;, dans &lt;i&gt;Le Monde morcel&#233;. Les carrefours du labyrinthe 3&lt;/i&gt;, Seuil, coll. &#171; La couleur des id&#233;es &#187;, 1990&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Changeux Jean-Pierre,&lt;i&gt; L'Homme neurona&lt;/i&gt;l, coll. &#171; Le temps des sciences &#187;, Fayard, 1983&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cosandey David,&lt;i&gt; Le Secret de l'Occident. Vers une th&#233;orie g&#233;n&#233;rale du progr&#232;s scientifique&lt;/i&gt;, Flammarion, coll. &#171; Champs &#187;, 2007&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Diamond Jared, &lt;i&gt;De l'in&#233;galit&#233; parmi les soci&#233;t&#233;s. Essai sur l'homme et l'environnement dans l'histoire&lt;/i&gt;, Gallimard, coll. &#171; Folio essais &#187;, 2007&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diamond Jared, &lt;i&gt;Le Troisi&#232;me Chimpanz&#233;. Essai sur l'&#233;volution et l'avenir de l'animal humain&lt;/i&gt;, Gallimard, coll. &#171; Folio essais &#187;, 2000&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Douglas Mary, &#171; Les abominations du L&#233;vitique &#187; [1967] dans &lt;i&gt;De la souillure. Essai sur les notions de pollution et de tabou&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte/Syros, 2001&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ducarme Fr&#233;d&#233;ric et al, &#171; How the diversity of human concepts of nature affects conservation of biodiversity &#187;, &lt;i&gt;Conservation Biology&lt;/i&gt;, 2020/6, n&#176; 34&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dufrenne Mikel, &lt;i&gt;La Personnalit&#233; de base, un concept sociologique&lt;/i&gt;, PUF, coll. &#171; Biblioth&#232;que de sociologie contemporaine &#187;, 1966&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Morin Edgar et Pirattelli-Palmarini Massimo (sous la dir. de), &lt;i&gt;L'Unit&#233; de l'homme&lt;/i&gt; (3 vol.), [1974], Seuil, 1992&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;liade Mirc&#233;a, &lt;i&gt;La Nostalgie des origines. M&#233;thodologie et histoire des religions&lt;/i&gt;, Gallimard, coll. &#171; Folio essais &#187;, 1991&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Godin Christian, &lt;i&gt;La Haine de la nature&lt;/i&gt;, Champ Vallon, coll. &#171; L'esprit libre &#187;, 2012&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guille-Escuret Georges, &lt;i&gt;Les Soci&#233;t&#233;s et leurs natures&lt;/i&gt;, Armand Colin, coll. &#171; Anthropologie du pr&#233;sent &#187;, 1989&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Harrison Robert, For&#234;ts. &lt;i&gt;Promenade dans notre imaginaire&lt;/i&gt;, Flammarion, coll. &#171; Champs &#187;, 2018&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Haudricourt Andr&#233; Georges, &lt;i&gt;La Technologie, science humaine. Recherche d'histoire et d'ethnologie des techniques&lt;/i&gt;, &#201;ditions de la Maison des sciences de l'homme, 1988&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gould Stephen Jay, &lt;i&gt;Darwin et les grandes &#233;nigmes de la vie. R&#233;flexions sur l'histoire naturelle&lt;/i&gt;, Seuil, coll. &#171; Point sciences &#187;, 1997&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kardiner Abram &lt;i&gt;L'Individu dans sa soci&#233;t&#233;. Essai d'anthropologie psychanalytique&lt;/i&gt;, Gallimard, coll. &#171; Biblioth&#232;que des sciences humaines &#187;, 1969&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lapassade Georges,&lt;i&gt; L'Entr&#233;e dans la vie. Essai sur l'inach&#232;vement de l'homme&lt;/i&gt;, Anthropos, 2005&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lefort Claude &#171; Ambigu&#239;t&#233;s de l'anthropologie culturelle : introduction &#224; l'&#339;uvre d'Abram Kardiner &#187; [1969], dans&lt;i&gt; Les Formes de l'histoire. Essais d'anthropologie politique&lt;/i&gt;, Gallimard, coll. &#171; Biblioth&#232;que des sciences humaines &#187;, 1978&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lestel Dominique, &lt;i&gt;Les Origines animales de la culture&lt;/i&gt;, Flammarion, 2001&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L&#233;vi-Strauss Claude, &lt;i&gt;La Pens&#233;e sauvage&lt;/i&gt;, Plon, 1962&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Linton Ralph, &lt;i&gt;Le Fondement culturel de la personnalit&#233;&lt;/i&gt;, Dunod, coll. &#171; Sciences de l'&#233;ducation &#187;, 1977&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorenz Konrad, &lt;i&gt;L'Homme dans le fleuve du vivant&lt;/i&gt;, Flammarion 1981&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lowie Robert Harry,&lt;i&gt; Trait&#233; de sociologie primitive&lt;/i&gt;, Payot, &#171; Petite biblioth&#232;que Payot &#187;, 1969&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Magnenat Luc (sous la dir. de), &lt;i&gt;La Crise environnementale sur le divan&lt;/i&gt;, &#201;ditions In Press, 2019&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mauss Marcel, &lt;i&gt;Essais de sociologie&lt;/i&gt;, Seuil, coll. &#171; Points essais &#187;, 1968&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mendel G&#233;rard, &lt;i&gt;La R&#233;volte contre le p&#232;re, une introduction &#224; la sociopsychanalyse&lt;/i&gt;, Payot, coll. &#171; Sciences de l'homme &#187;, 1968&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Morris Desmond, &lt;i&gt;Le Singe nu&lt;/i&gt;, Grasset, 1968&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moscovici Serge, &lt;i&gt;Essai sur l'histoire humaine de la nature&lt;/i&gt;, Flammarion, coll. &#171; Champs &#187;, 1977&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moscovici Serge, &lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; contre nature&lt;/i&gt;, Seuil, coll. &#171; Points essais &#187;, 1994&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prochiantz Alain,&lt;i&gt; La Biologie dans le boudoir&lt;/i&gt;, Odile Jacob, 1995&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dufour Dany-Robert, &lt;i&gt;On ach&#232;ve bien les hommes. De quelques cons&#233;quences actuelles et futures de la mort de Dieu&lt;/i&gt;, Deno&#235;l, coll. &#171; M&#233;diations &#187;, 2005&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#243;heim G&#233;za, &lt;i&gt;Psychanalyse et Anthropologie, culture, personnalit&#233;, inconscient&lt;/i&gt;, Gallimard, coll. &#171; Connaissance de l'inconscient &#187;, 1967&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ruffi&#233; Jacques, &lt;i&gt;De la biologie &#224; la culture&lt;/i&gt;, 2 vol., Flammarion, coll. &#171; Champs &#187;, 1983&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Terrasson Fran&#231;ois, &lt;i&gt;La Peur de la nature&lt;/i&gt;, Sang de la terre, 1991&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vincent Jean-Didier, &lt;i&gt;Biologie des passions&lt;/i&gt;, Seuil, 1986&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Psychanalyse et subjectivit&#233;</title>
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		<dc:subject>Castoriadis C.</dc:subject>
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		<dc:subject>Pseudo-subversion</dc:subject>

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&lt;p&gt;Source : vid&#233;o mise en ligne par Andrea Cirla, film tir&#233; de : 'Enciclopedia Multimediale delle Scienze Filosofiche' - un projet de Renato Parascandolo, 1994. &#171; L'essentiel du travail de Freud a consist&#233;, peut-&#234;tre, dans la d&#233;couverte de l'&#233;l&#233;ment imaginaire de la psych&#233; &#8211; dans le d&#233;voilement des dimensions les plus profondes de ce que j'appelle ici l'imagination radicale. &#187; Cornelius Castoriadis, L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;, 1975, p. 381. Cornelius Castoriadis, vous &#234;tes (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-224-scientisme-+" rel="tag"&gt;Scientisme&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=34mU9fMOBy8&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;vid&#233;o mise en ligne par Andrea Cirla&lt;/a&gt;, film tir&#233; de : 'Enciclopedia Multimediale delle Scienze Filosofiche' - un projet de Renato Parascandolo, 1994.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;spip_document_1842 spip_document spip_documents spip_document_audio spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende spip_document_player spip_documents_player spip_doc_player&#034; data-legende-len=&#034;71&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
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&lt;/style&gt;&lt;/span&gt;&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-1842 '&gt;&lt;strong&gt;Castoriadis &#8211; Psychanalyse et subjectivit&#233; (1994)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-1842 '&gt;Andrea Cirla (2020)
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'essentiel du travail de Freud a consist&#233;, peut-&#234;tre, dans la d&#233;couverte de l'&#233;l&#233;ment imaginaire de la psych&#233; &#8211; dans le d&#233;voilement des dimensions les plus profondes de ce que j'appelle ici l'imagination radicale. &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Cornelius Castoriadis, &lt;i&gt;L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, 1975, p. 381.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cornelius Castoriadis, vous &#234;tes philosophe et tout d'abord philosophe de la politique mais vous pratiquez aussi la psychanalyse. Est-ce que cette pratique influence votre conception philosophique et comment avez-vous m&#251;ri cette comp&#233;tence psychanalytique dans votre &#233;volution ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un rapport tr&#232;s profond entre ma conception de la psychanalyse et ma conception de la politique. Ce rapport c'est que les deux visent &#224; l'autonomie de l'&#234;tre humain par des voies bien entendu diff&#233;rentes : la politique vise &#224; lib&#233;rer l'&#234;tre humain, &#224; lui permettre d'acc&#233;der &#224; l'autonomie par le moyen d'une action collective, qui elle-m&#234;me a comme objet la transformation des institutions c'est-&#224;-dire l'instauration d'institutions qui soient des institutions d'autonomie. L'objet de la politique ce n'est pas le bonheur, &#231;a c'est une conception erron&#233;e. C'est la conception qui &#233;tait l&#224; aux XVIIIe et XIXe si&#232;cles, &#231;a a &#233;t&#233; la conception de Marx, c'est une conception non seulement erron&#233;e mais catastrophique. L'objet de la politique c'est la &lt;i&gt;libert&#233;&lt;/i&gt; et en ce sens-l&#224;, d'ailleurs, quand je parle de politique je n'entends pas le m&#233;tier de monsieur Balladur, de monsieur Clinton, de monsieur Major, de monsieur Berlusconi, de monsieur Craxi, etc. J'entends par politique l'action collective consciente et r&#233;fl&#233;chie qui vise &#224; transformer les institutions pour en faire des institutions de libert&#233;, d'autonomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; propos de ce que vous venez de dire, je voudrais rappeler que le but de la politique n'est pas le bonheur mais faire que chacun puisse poursuivre son bonheur personnel. Est-ce que, pour vous, c'est la m&#234;me chose l'id&#233;e que la soci&#233;t&#233; doit permettre &#224; chacun de chercher son bonheur ? C'est quelque chose qui implique une conception lib&#233;rale de l'autonomie&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si vous vous souvenez bien, la d&#233;claration am&#233;ricaine dit que nous pensons que Dieu a cr&#233;&#233; les &#234;tres humains tous libres &#233;gaux et avec les droits &#233;gaux &#224; la poursuite du bonheur, n'est-ce pas ? Alors moi je ne pense pas que Dieu a cr&#233;&#233; les &#234;tres humains libres et &#233;gaux &#8211; Dieu n'a rien cr&#233;&#233; du tout parce qu'il n'existe pas (&lt;i&gt;rires&lt;/i&gt;). Deuxi&#232;mement dans la mesure o&#249; des &#234;tres humains sont l&#224;, ils n'ont pratiquement jamais &#233;t&#233; libres et &#233;gaux. Donc il faut qu'ils agissent pour devenir libres et &#233;gaux et, une fois qu'ils sont devenus libres et &#233;gaux, il y aura sans doute des choses qui concernent ce qu'on peut appeler le bien commun et &#231;a c'est &lt;i&gt;contraire&lt;/i&gt; &#224; la conception lib&#233;rale o&#249; chacun poursuit son bonheur individuel et cela &#231;a donne en m&#234;me temps le maximum de bonheur pour tous il y a des biens communs qui ne rel&#232;vent pas simplement du bonheur individuel et qui sont objet de l'action politique par exemple l'existence des mus&#233;es, l'existence de route et, m&#234;me, j'ai un int&#233;r&#234;t personnel &#224; ce que l'autre, vous les autres, etc. soient autonomes : c'est dans l'int&#233;r&#234;t de mon autonomie &lt;i&gt;&#224; moi&lt;/i&gt;. Mais mon bonheur, c'est mon affaire. Si la soci&#233;t&#233; se m&#234;le de mon bonheur, on aboutit au totalitarisme, c'est-&#224;-dire que la soci&#233;t&#233; dira : le vote de la majorit&#233; dit que tu ne dois pas acheter des disques de Bach ou de Mozart mais des disques de Madonna est de Prince. Voil&#224; : c'est la d&#233;cision de la majorit&#233;, voil&#224; ton bonheur. Donc moi je pense que le bonheur peut et doit &#234;tre poursuivi par chaque individu pour son propre compte, chacun d'ailleurs sait ou ne sait pas ce que c'est que son bonheur &#8211; &#224; certains moments il le trouve en ceci, en d'autres moments il le trouve en cela. La notion de bonheur est une autre notion assez complexe, &#224; la fois psychologique et, peut-&#234;tre, philosophique mais, ce qui est clair c'est que l'objet de la politique c'est la &lt;i&gt;libert&#233;&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;l'autonomie&lt;/i&gt; et cela l&#224; ne peut exister bien entendu que dans un cadre institu&#233; collectif qui la permettent. Or l'objet de la psychanalyse est le m&#234;me et l&#224;, pour moi, c'est la r&#233;ponse &#224; cette fameuse question de la &lt;i&gt;fin&lt;/i&gt; de l'analyse, dans les deux sens du mot fin, c'est-&#224;-dire de la terminaison dans le temps et de l'objectif vis&#233; par l'analyse sur laquelle Freud est revenu tant et tant de fois &#8211; quelle est la fin de l'analyse ? &#8211; et &#224; laquelle moi je pense avoir une r&#233;ponse : la fin de l'analyse c'est que l'individu devienne aussi autonome que possible. Qu'est-ce que &#231;a veut dire autonome ? Autonome &#231;a ne veut pas dire autonome au sens kantien, c'est-&#224;-dire ob&#233;issant &#224; la loi morale qui a &#233;t&#233; &#233;tablie par sa raison, qui est la m&#234;me pour tous et qui est &#233;tablie une fois pour toutes. Autonome, &#231;a veut dire quelqu'un qui a transform&#233; ses rapports avec son inconscient &#8211; parce que nous sommes l&#224; dans la sph&#232;re psychanalytique &#8211; &#224; un tel point qu'il puisse &#224; la fois, autant que faire se peut, dans le monde humain, conna&#238;tre ses d&#233;sirs et autant que faire se peut contr&#244;ler la mise en acte de ses d&#233;sirs. &#202;tre autonome, &#231;a ne veut pas dire, par exemple, que je suis moral au sens de ne pas d&#233;sirer la femme de mon voisin : je peux d&#233;sirer la femme de mon voisin &#8211; moi-m&#234;me a commenc&#233; ma vie en d&#233;sirant la femme de mon prochain, chacun de nous fait de m&#234;me puisqu'il a commenc&#233; sa vie en d&#233;sirant sa &lt;i&gt;m&#232;re&lt;/i&gt;. Or de &#231;a, on est pas ma&#238;tre et m&#234;me si on ne commen&#231;ait pas sa vie comme &#231;a on ne serait pas des &#234;tres humains : on serait des monstres. &#199;a c'est une chose et c'est une autre chose de mettre ce d&#233;sir en acte. On peut savoir dans la psychanalyse que des individus de 30, 40, 50, 60 ans peuvent toujours faire des r&#234;ves incestueux, c'est-&#224;-dire des r&#234;ves qui traduisent le fait que ce d&#233;sir est toujours l&#224;. Moi personnellement je consid&#232;re qu'un individu qui, au moins une fois par an n'a pas souhait&#233; la mort de quelqu'un &#8212; parce que ce quelqu'un est sur la route, parce qu'il lui a fait quelque chose&#8230; &#8211; est un individu gravement pathologique. &#199;a ne veut pas dire qu'il faut tuer ce quelqu'un, mais il faut reconna&#238;tre que, en ce moment, j'ai une telle rage contre cette personne que si je pouvais la faire dispara&#238;tre, je la ferai dispara&#238;tre &#8211; mais je ne le ferai pas m&#234;me si je le peux. C'est &#231;a l'autonomie, en parlant de fa&#231;on tout &#224; fait simple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[Inaudible] &#8230; qui pourrait &#234;tre comparable &#224; votre pens&#233;e, et dire que la psychanalyse est un instrument d'&#233;mancipation. Il souligne les concepts de la vocation &#233;mancipatrice de la psychanalyse. Est-ce que, pour vous, c'est la m&#234;me chose ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la m&#234;me chose, mais c'est quelque chose de plus pr&#233;cis parce que la psychanalyse comme instrument d'&#233;mancipation &#231;a veut dire quoi ? &#201;mancipation par rapport &#224; quoi ? La psychanalyse ne peut pas &#234;tre un instrument d'&#233;mancipation, par exemple, par rapport aux forces de l'argent qui dominent la soci&#233;t&#233; ou par rapport, je ne sais pas moi, la puissance de l'&#201;tat. &#199;a ne veut rien dire, elle n'a pas ce pouvoir, on ne peut pas on fait pas de la psychanalyse pour faire des patients des r&#233;volutionnaires qui vont modifier la soci&#233;t&#233; &#8211; &#231;a peut les aider &#224; d&#233;passer leurs inhibitions, leurs probl&#232;mes, les rendre des citoyens plus lucides, plus actifs &#8211; mais le probl&#232;me de la psychanalyse c'est le rapport du patient &#224; lui-m&#234;me. L&#224; on peut reprendre ce que disait Freud : il y a une fameuse phrase de Freud dans les &lt;i&gt;N&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ouvelles conf&#233;rences introductives &lt;/i&gt;&lt;i&gt;de la &lt;/i&gt;&lt;i&gt;psychanalyse&lt;/i&gt; qui est &lt;i&gt;Wo Es war, soll Ich werden ;&lt;/i&gt; &#171; L&#224; o&#249; &#231;a &#233;tait, je dois devenir &#187;, c'est-&#224;-dire remplacer le &#199;a part le Je. Alors la phrase est tr&#232;s belle, mais elle est plus qu'ambigu&#235; et m&#234;me son ambigu&#239;t&#233; est lev&#233;e par la suite du paragraphe parce que la suite dit que c'est travail d'ass&#232;chement et de r&#233;clamation comme celui que font les Hollandais dans la &lt;i&gt;Zuiderzee&lt;/i&gt;. C que font les Hollandais dans la &lt;i&gt;Zuiderzee&lt;/i&gt; c'est qu'il y avait de la mer ils ont ass&#233;ch&#233;e et l&#224; o&#249; il y avait de la boue, des plantes marines bizarre, etc., ils ont fait des tr&#232;s beaux champs, et ils ont plant&#233; des tulipes dessus. Alors ce n'est pas &#231;a qu'on essaie de faire en psychanalyse, on n'essaye pas d'ass&#233;cher l'inconscient, d'abord parce que c'est une entreprise absurde elle ne peut pas, elle n'aura jamais, ne pourra jamais aboutir. Ce qu'on essaie de faire, c'est de transformer le rapport de l'instance du Je, l'instance du sujet plus ou moins conscient, plus ou moins r&#233;fl&#233;chi, avec ses pulsions, son inconscient, etc C'est &#231;a la d&#233;finition pour moi de l'autonomie au plan individuel : c'est savoir ce que vous d&#233;sirez, savoir ce que vous voulez vraiment faire, pourquoi vous voulez le faire et savoir ce que vous savez et ce que vous ne savez pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une puissance d'assimilation, de r&#233;cup&#233;ration extraordinaire de la soci&#233;t&#233; contemporaine, &#231;a vous le savez, on l'a dit depuis longtemps &#8211; moi je commen&#231;ais &#224; parler de cr&#233;ation, d'imaginaire et d'autonomie il y a de cela &#224; peu pr&#232;s 30 ans &#8211; &#224; l'&#233;poque, ce n'&#233;tait pas du tout slogan publicitaire&#8230; Je ne dis pas que les publicistes ont pris ces mots chez moi ou dans mes &#233;crits, mais petit &#224; petit &#231;a l'est devenu, en un sens, parce que c'&#233;tait, par exemple, des id&#233;es de Mai 68 et des publicitaires, etc. se sont inspir&#233;s de cela. Mais la diff&#233;rence essentielle c'est la mystification, la tromperie qu'il y a l&#224;-dedans. Quand on parle, par exemple, de cr&#233;ativit&#233; : &#171; si vous voulez &#234;tre vraiment cr&#233;atif venez travailler chez IBM &#187;, c'est un slogan publicitaire &#8211; chez IBM, vous travaillez comme n'importe quel autre employ&#233; dans n'importe quelle autre firme, et vous n'&#234;tes pas plus cr&#233;atifs ou moins cr&#233;atif qu'ailleurs. Moi je parle de la cr&#233;ativit&#233; des &#234;tres humains qu'il faut lib&#233;rer, ce n'est pas du tout pareil. L'autonomie&#8230; peut-&#234;tre en Italie on parle de &#231;a, en France on perle plut&#244;t de l'individualisme : alors, l'individualisme dont on parle dans la publicit&#233;, dans les id&#233;ologies officielles, dans la politique, etc. cela n'a &lt;i&gt;rien &#224; voir&lt;/i&gt; avec ce que moi j'appelle l'autonomie de l'individu. Parce que cet individualisme c'est d'abord, s'il est vraiment sinc&#232;re, radical, c'est : je fais ce qui me pla&#238;t. Or cela ce n'est pas l'autonomie, je fais ce qui me pla&#238;t. L'autonomie c'est : je fais ce que je consid&#232;re comme juste de faire apr&#232;s r&#233;flexion. Je ne m'interdis pas ce qui me pla&#238;t, mais je ne fais pas une chose parce qu'elle me pla&#238;t, parce que une soci&#233;t&#233; o&#249; chacun fait ce qu'il lui pla&#238;t c'est une soci&#233;t&#233; o&#249; il y a le meurtre, o&#249; il y a le viol, o&#249; il y a n'importe quoi. Et puis, de l'autre c&#244;t&#233;, ces publicit&#233;s et ces id&#233;ologies sont mensong&#232;res parce que ce pr&#233;tendu individualisme et ce pr&#233;tendu narcissisme dont on nous rebat les oreilles c'est un pseudo-individualisme. C'est quoi l'individualisme actuel ? C'est que &#224; 20h30 tous les soirs,, tous les foyers fran&#231;ais tournent les m&#234;mes boutons pour prendre les m&#234;mes postes de t&#233;l&#233;vision, &#233;couter les m&#234;mes &#226;neries. C'est-&#224;-dire qu'il y a 40 millions d'individus qui comme s'ils ob&#233;issaient &#224; un ordre militaire font la m&#234;me chose et on appelle &#231;a l'individualisme, c'est ridicule. Moi je parle de l'individu comme quelqu'un qui est autonome ou qui essaie de devenir autonomes et qui, non pas forc&#233;ment essaye de d&#233;velopper sa singularit&#233;, mais a conscience du fait qu'en tant qu'&#234;tre humain il est absolument singulier et qui, s'il peut d&#233;velopper sa singularit&#233; dans un sens r&#233;fl&#233;chit, il la d&#233;veloppe &#8211; ce qui n'a rien &#224; voir avec la publicit&#233; contemporaine. Donc je ne pense pas qu'on puisse dire qu'il y a rapport de ce point de vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Apparemment, votre id&#233;e du but de la fin de la psychanalyse est presque contraire &#224; celle qui a &#233;t&#233; propos&#233;e par Lacan, qui a vivement critiqu&#233; l'id&#233;e que le but est de cr&#233;er un Moi autonome en libellant cette th&#232;se comme id&#233;ologie am&#233;ricaine. Est-ce que vous pensez que la critique de Lacan est juste ou non ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non. Elle est en partie juste sens que, quand les Am&#233;ricains &#8211; certains Am&#233;ricains &#8211; parlaient de &#171; Moi autonome &#187;, il y avait deux d&#233;viations potentielles et m&#234;me r&#233;elles l&#224;-dedans. La premi&#232;re c'&#233;tait la surestimation absolue du Moi et du conscient &#8211; du conscient et du Moi, ce n'est pas la m&#234;me chose. J'ai compl&#233;t&#233; ce que disait Freud en disant &#171; O&#249; &#233;tait &#199;a Je dois devenir &#187; en disant qu'il faut cette phrase la compl&#233;ter par la sym&#233;trie c'est-&#224;-dire &#171; L&#224; o&#249; Je suis, le &#199;a doit pouvoir appara&#238;tre &#187; c'est-&#224;-dire qu'on doit pouvoir faire &lt;i&gt;parler&lt;/i&gt; ses d&#233;sirs &#8211; autre chose, encore une fois, si on les fait passer dans la r&#233;alit&#233;, si on passe &#224; l'acte. Donc il faut, pr&#233;cis&#233;ment, laisser monter les pulsions il faut conna&#238;tre ce que sont vos pulsions, m&#234;me les celles qui peuvent para&#238;tre dans la vie de tous les jours dans la vie consciente les plus bizarres les plus monstrueuses, les plus abjectes et il faut savoir que c'est l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'autre c&#244;t&#233;, le Moi dont parlaient les Am&#233;ricains c'&#233;taient en fait ce que moi j'appellerai l'individu socialement fabriqu&#233;, c'est-&#224;-dire une construction sociale telle que la construisait la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine, italienne, fran&#231;aises, peu importe, c'est-&#224;-dire un individu qui savait qu'il fallait travailler pour vivre, que s'il s'opposait &#224; son patron c'&#233;tait parce qu'il n'avait pas r&#233;solu son complexe d'&#338;dipe et il y a d'ailleurs des questionnaires de recrutement des firmes am&#233;ricaines o&#249; si les candidats &#224; la question &#171; est-ce que quand vous &#233;tiez petit vous aimiez plut&#244;t votre p&#232;re ou plut&#244;t votre m&#232;re &#187;, s'il r&#233;pondait j'aimais plut&#244;t ma m&#232;re eh ben il avait une note n&#233;gative parce que &#231;a voulait dire qu'il s'opposait &#224; leur p&#232;re donc ils cr&#233;eraient des emb&#234;tements dans la firme, pour son patron. C'&#233;tait &#231;a l'id&#233;ologie de l'adaptation am&#233;ricaine, l'utilisation la psychanalyse &#224; des fins d'adaptation. Cette critique, on peut la faire et beaucoup d'autres d'ailleurs parce que finalement on ne va pas rentrer dans les aberrations auxquelles a abouti la psychanalyse am&#233;ricaine. Il y avait des psychanalystes am&#233;ricains qui en 1940 quand il y avait 15 millions de ch&#244;meurs aux &#201;tats-Unis, ou plus, &#233;crivait qu'on est ch&#244;meur parce qu'on a le d&#233;sir inconscient d'&#234;tre ch&#244;meurs, ce qui est une aberration &#8211; le ch&#244;mage est un ph&#233;nom&#232;ne social d&#251; &#224; l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je ne pense pas que l'&#233;cole de New York, qui a &#233;t&#233; critiqu&#233; surtout en France, est arriv&#233; &#224; ces aberrations mais il a &#233;t&#233; consid&#233;r&#233; quand m&#234;me th&#233;oriquement responsables de ces aberrations&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non non non, moi je vous parle d'un article que j'ai lu dans le &lt;i&gt;International &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Journal&lt;/i&gt;&lt;i&gt; for Psychanalyse&lt;/i&gt;, c'est un article de 1940 qui a interpr&#233;t&#233; les racines psychanalytiques du ch&#244;mage&#8230; C'est d'une idiotie sans fin. Mais quand Lacan faisait cette critique, il &#233;tait un peu de mauvaise foi parce qu'il se choisissait est un ennemi facile et surtout parce que ce qu'il voulait mettre &#224; la place c'&#233;tait une id&#233;ologie du d&#233;sir. Or cette id&#233;ologie du d&#233;sir, il faut le dire, elle est monstrueuse. Parce que le d&#233;sir c'est le meurtre, le d&#233;sir c'est l'inceste, le d&#233;sir c'est le viol&#8230; Qu'est-ce que &#231;a veut dire l'id&#233;ologie du d&#233;sir ? Il n'y a aucune instance dans Lacan, ou alors c'est la Loi mais comme il est incapable de la penser dans un contexte social-historique, &#231;a peut &#234;tre n'importe quelle loi&#8230; Il y a une loi &#224; Auschwitz, il y a une loi au goulag, il y a une loi en Iran&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8230; mais Lacan parle quand m&#234;me de loi symbolique qui est constitu&#233;e par et dans le langage&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#231;a ne veut rien dire ! &#199;a ne veut rien dire ! Le langage permet de tout dire&#8230; Qu'est-ce que c'est la loi symbolique ? &#199;a veut dire quoi ? Le mot symbolique chez Lacan est un mot passe-partout qui vise &#224; cacher le fait qu'on parle de l'institution et de l'institu&#233; mais qu'&#224; cette institution et &#224; cet institu&#233; on veut donner une dimension pseudo-transcendantale, comme dirait Kant, en disant qu'elle est &#171; symbolique &#187;. Le symbolique c'est tout &#224; fait autre chose, le langage appartient au symbolique au sens que tout signe est symbole d'un r&#233;f&#233;rent ou qui a des symboles d'un autre ordre. Il faut en finir avec cette mystification du &#171; symbolique &#187;, il n'y a pas de symbolique comme domaine ind&#233;pendant, il y a un symbolique comme une esp&#232;ce de partie de l'imaginaire, si je peux dire, est fonction de l'imaginaire. Autrement il y a l'institution et il y a une question de validit&#233; de l'institution : cette question n'est pas &#171; symbolique &#187;, &#231;a ne veut rien dire. La question est : est-ce que l'institution est valide &lt;i&gt;de droit &lt;/i&gt; ? Elle est toujours valide &lt;i&gt;de fait&lt;/i&gt; &#8211; aussi longtemps qu'elle est sanctionn&#233;e elle est valide de fait : elle est valide de fait &#224; Auschwitz, elle est valide de fait en Iran aujourd'hui. Mais est-ce qu'elle est valide &lt;i&gt;de droit&lt;/i&gt; ? Or il n'y a rien, &lt;i&gt;strictement rien,&lt;/i&gt; dans la conception de Lacan qui permettent de distinguer entre la loi d'Auschwitz et la loi de l'ancienne Ath&#232;nes ou la loi actuellement, c'est-&#224;-dire en France ou aux &#201;tats-Unis &#8211; quelles que soient les critiques qu'on peut &#233;mettre sur ces derni&#232;res lois. D'o&#249; la fameuse phrase d'ailleurs de Lacan &#171; Le ma&#238;tre ne le c&#232;de en rien sur son d&#233;sir &#187;&#8230; alors bon c'est lui qui sait ce que c'est son d&#233;sir et si son d&#233;sir c'est, comme c'&#233;tait celui de Lacan, de transformer ses &#233;l&#232;ves en esclaves et bien il r&#233;alise son d&#233;sir. Alors moi je dis que &#231;a c'est &lt;i&gt;fondamentalement&lt;/i&gt; &lt;i&gt;contraire&lt;/i&gt; aux finalit&#233;s de la psychanalyse. Les finalit&#233;s de la psychanalyse ce n'est pas que le ma&#238;tre r&#233;alise son d&#233;sir ou que tout le monde r&#233;alise son d&#233;sir &#8211; parce que &#231;a ne veut rien dire encore une fois, surtout si on sait ce que &#231;a veut dire le d&#233;sir en psychanalyse, encore une fois &#231;a peut vouloir dire, et &#231;a dit toujours, des choses qui sont &lt;i&gt;incompatibles&lt;/i&gt; avec la vie r&#233;elle, la vie sociale et je ne parle pas de la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine, je parle de la soci&#233;t&#233; la plus id&#233;ale que vous pourriez concevoir. Si vous voulez, l&#224;, Lacan rejoint &#8211; alors qu'il aurait des rires sarcastiques &#224; l'&#233;gard de ces id&#233;ologies &#8211; les c&#244;t&#233;s les plus absurdes, les plus utopiques de l'id&#233;ologie du jeune Marx et des anarchistes. Tous pensaient &#224; une soci&#233;t&#233; o&#249; il y aurait pas de lois, o&#249; il y aurait pas d'institution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il faut quand m&#234;me dire, en v&#233;rit&#233;, que Lacan insiste aussi beaucoup sur la castration et, pour lui, &#234;tre fid&#232;le &#224; son d&#233;sir &#231;a signifie avoir &#224; assumer, en quelque sorte, aussi la castration ce qui signifie le renoncement &#224; r&#233;aliser, &#224; mettre en actes ses propres fantasmes.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais non (&lt;i&gt;rires&lt;/i&gt;) parce que l'assomption de la castration chez Lacan est quelque chose de tr&#232;s ambigu. L'assomption de la castration c'est le renoncement du d&#233;sir &#224; la M&#232;re, vers la M&#232;re, mais c'est la condition de la r&#233;alisation du d&#233;sir. S'il y a n&#233;vrose, c'est parce que l'individu n'a pas r&#233;ussi &#224; assumer sa castration et si on assume sa castration, alors &#224; ce moment-l&#224; on lib&#232;re son d&#233;sir &#8211; sauf qu'il vise &#233;videmment plus la m&#232;re, mais il vise n'importe quelle autre femme, etc. C'est tr&#232;s ambigu&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, moi, &#231;a ne m'int&#233;resse pas tellement de parler de Lacan : je consid&#232;re que c'est une affaire qui, th&#233;oriquement, est tout ce qu'il y a de plus bancal, de suspect et qui, historiquement, je crois, va &#234;tre termin&#233; assez rapidement. C'&#233;tait une de ces modes parisiennes qui apparaissent et qui durent cinq ans, 10 ans, 20 ans, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors pour revenir sur l'histoire de la psychanalyse, le probl&#232;me pr&#233;cis&#233;ment de l'&#234;tre humain, c'est d'arriver &#224; un rapport avec son inconscient qui ne soit pas le pur et simple refoulement de l'inconscient ou la suppression de l'inconscient telle qu'elle est impos&#233;e par la loi sociale quelle qu'elle soit et notamment l'h&#233;t&#233;ronomie sociale. Et l&#224; nous avons encore un point de rencontre entre psychanalyse et politique, parce que dans quelle mesure je peux dire de la loi sociale qu'elle est aussi &lt;i&gt;ma&lt;/i&gt; loi et non pas une loi qui m'est impos&#233; de fa&#231;on h&#233;t&#233;ronome ? Je ne peux dire cela que dans la mesure o&#249; j'ai eu la possibilit&#233; &lt;i&gt;effective&lt;/i&gt; de participer &lt;i&gt;activement&lt;/i&gt; &#224; la formation de la loi. C'est dans ces conditions que je peux &#234;tre vraiment autonome &#233;tant donn&#233; que je suis oblig&#233; de vivre dans une soci&#233;t&#233; qui a des lois. Donc l&#224; nous avons un deuxi&#232;me point de rencontre entre le sens de l'autonomie en psychanalyse et le sens de l'autonomie en politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On a souvent critiqu&#233; la pratique de Freud, la pratique analytique comme fond&#233;e essentiellement sur une sorte de contrat priv&#233;. Surtout dans les ann&#233;es 60-70, on a critiqu&#233; souvent cet &#233;thique psychanalytique en tant qu'elle pr&#233;suppose une sorte de contrat priv&#233; et on a propos&#233; &#224; l'encontre une sorte de traitement social des probl&#232;mes des gens par l'institution psychiatrique. Que pensez-vous de cette critique gauchiste - marxiste de l'&#233;thique de la psychanalyse en tant que telle ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, c'est une exag&#233;ration gauchiste, dans le mauvais sens du terme, qui est venue dans les ann&#233;es 60 et 70 qui, bien s&#251;r, trouve une prise sur une s&#233;rie d'aspects de la psychanalyse institu&#233;e, de la psychanalyse officielle, mais je ne pense pas qu'il puisse y avoir de processus psychanalytique qui n'ait pas lieu comme processus entre deux personnes, un analysant et un analyste. Parce que je ne pense pas qu'il puisse y avoir un transfert et l'&#233;laboration du transfert en dehors de ce rapport entre le patient, l'analysant, et le psychanalyste. Alors il y a bien entendu un point qui est tr&#232;s difficile &#224; r&#233;soudre l&#224;-dedans, et &#231;a je l'admets mais personne n'a donn&#233; de solution, c'est &#233;videmment l'aspect financier. C'est-&#224;-dire que, &#233;tant donn&#233; que les psychanalystes doivent vivre tout simplement vivre d'un c&#244;t&#233;, &#233;tant donn&#233; d'un autre c&#244;t&#233; que l'exp&#233;rience montre quand m&#234;me que pour l'analysant lui-m&#234;me une psychanalyse gratuite soit n'est pas tol&#233;rable psychiquement &#8211; parce que la dette qu'ils contractent &#224; l'&#233;gard de cette personne qui lui donne son temps est &#233;norme &#8211;, soit tout simplement elle est inefficace &#8211; parce que l'on peut se mettre &#224; bavarder de tout et de n'importe quoi ; parce que parce que le temps de la s&#233;ance au sens le plus litt&#233;ral du terme &lt;i&gt;ne lui co&#251;te rien,&lt;/i&gt; il est l&#224;, il est couch&#233; sur un divan, il bavarde, il a derri&#232;re lui un individu qui, en principe, fait preuve &#224; son &#233;gard dans la fameuse neutralit&#233; bienveillante ou d'une sympathie, d'une bienveillance, etc. Il y a quand m&#234;me un probl&#232;me l&#224;, &#233;tant donn&#233; le fait que l'&#233;norme in&#233;galit&#233; de la distribution des revenus dans la soci&#233;t&#233; actuelle fait que la plupart des gens qui auraient besoin d'une psychanalyse ne peuvent pas l'avoir ou ne peuvent l'avoir que si elle est rembours&#233;e par la s&#233;curit&#233; sociale, ce qui nous reconduit &#224; une partie des probl&#232;mes que nous venons d'&#233;voquer. Mais &#231;a, &#224; mon avis, ne peut &#234;tre r&#233;solu que, effectivement, dans le cadre d'une transformation sociale g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles seraient vos propositions pratiques pour affronter une critique classique qu'on fait aux analystes, c'est-&#224;-dire qu'ils soignent des gens riches, ais&#233;s et un principe tr&#232;s peu malades par rapport &#224; la moyenne de la population.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non &#231;a ce n'est pas vrai, si on excepte la psychose, ce n'est pas vrai. Moi je veux bien parler de mon exp&#233;rience personnelle de psychanalyste sur plusieurs dizaines de patients que j'ai eu jusqu'ici, il n'y a pratiquement jamais eu de gens riches, &#231;a n'a jamais &#233;t&#233; un luxe pour ces personnes et certaines personnes ont fait des sacrifices &#233;normes pour pouvoir faire une analyse. Moi-m&#234;me j'adapte mes prix aux possibilit&#233;s des patients, ce n'est pas un probl&#232;me &#224; discuter ici maintenant et &#231;a n'a pas grand int&#233;r&#234;t, de toute fa&#231;on &#231;a ne suffit pas pour r&#233;soudre la question, parce qu'il y a des gens qu'ils ne peuvent rien payer, &#231;a c'est s&#251;r. Il n'y a pratiquement personne qui est venu chez moi pour faire une analyse parce que &#231;a fait bien dans un d&#238;ner mondain de dire &#171; je suis en train de faire une analyse &#187;, &#231;a ce n'est pas vrai. C'est peut-&#234;tre vrai dans d'autres milieux, enfin, moi je ne connais pas cette exp&#233;rience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je voudrais revenir quand m&#234;me au point de vue th&#233;orique, &#224; cette constatation d'abord que nous ne pouvons pas en rester &#224; la th&#233;orie freudienne strictement telle qu'elle &#233;tait formul&#233;e au d&#233;part. Freud et un g&#233;nie incomparable, un grand d&#233;couvreur, nous lui devons l'id&#233;e de l'inconscient et un tas d'autres id&#233;e sur la sexualit&#233;, infantile sur le complexe d'&#338;dipe, etc. Mais il y a d'abord un point aveugle dans Freud et c'est pr&#233;cis&#233;ment le point de l'imagination Il y a un paradoxe &#233;norme dans l'&#339;uvre de Freud, c'est que en fait tout ce que Freud raconte, ce sont des formations imaginaires, ce sont des formations de l'imagination radicale du sujet : les fantasmes, etc. Or, on va pas refaire l'histoire de la chose, mais Freud, &#233;lev&#233; dans l'esprit positiviste du XIXe si&#232;cle, &#233;l&#232;ve de Breuer et des autres &#224; Vienne, ne le voit pas et ne veut pas le voir, c'est pour &#231;a que au d&#233;part et pendant tr&#232;s longtemps, il croit &#224; la r&#233;alit&#233; des sc&#232;nes de s&#233;duction infantile que lui racontent ses patientes hyst&#233;riques. Il croit que &#231;a s'est pass&#233; comme &#231;a, que si les sujets sont malades c'est parce ce qu'il leur est arriv&#233; effectivement quelque chose qui les a traumatis&#233;s, etc. Ce sont les patients qui ont raison au sens, non pas qu'ils ont raison en g&#233;n&#233;ral, que quand ils disent que leur p&#232;re, leur m&#232;re, leur nurse, leur tante, leur oncle, tel voisin les a s&#233;duits quand ils &#233;taient enfants, ils ont toujours et n&#233;cessairement raison. Alors, m&#234;me s'ils ont raison, ce n'est pas le probl&#232;me parce que la r&#233;ponse fondamentale &#224; cela c'est que pour n'importe quel &#233;v&#233;nement traumatique, l'&#233;v&#233;nement est r&#233;el &lt;i&gt;en tant qu'&#233;v&#233;nement&lt;/i&gt;, il est imaginaire en tant que traumatique. C'est-&#224;-dire qu'il n'y a pas de traumatisme si l'imagination du sujet n'accorde pas une certaine &lt;i&gt;signification&lt;/i&gt; &#224; ce qui se passe et cette signification &#224; ce qui se passe, ce n'est pas la signification de la &lt;i&gt;political correcness&lt;/i&gt;, c'est une signification qui rel&#232;ve de la fantasmatique du sujet, de son imagination radicale, c'est &lt;i&gt;&#231;a&lt;/i&gt; qui est fondamental. Or &#231;a Freud ne veut pas le voir. Maintenant aux &#201;tats-Unis on essaye de revenir en arri&#232;re&#8230; Mais c'est tr&#232;s &#233;mouvant et tr&#232;s dr&#244;le &#224; la fois de voir tout au long de l'analyse de la fameuse analyse de &#171; l'homme aux loups &#187; o&#249; Freud, pendant tr&#232;s tr&#232;s longtemps, croit &#224; la r&#233;alit&#233; de la sc&#232;ne primitive que lui a racont&#233; &#171; l'homme aux loups &#187;, c'est-&#224;-dire au fait qu'il a observ&#233; ses parents en train de faire l'amour par-derri&#232;re, de faire un &lt;i&gt;coitus &lt;/i&gt;&lt;i&gt;a tergo &lt;/i&gt;&lt;i&gt;more ferarum &#8211; &lt;/i&gt;et ce n'est qu'&#224; la fin de l'analyse, il y a une note en bas de page du livre qui dit que, peut-&#234;tre, finalement, cette sc&#232;ne primitive n'&#233;tait qu'un fantasme du patient mais la question a tr&#232;s peu d'importance &#8211; ce qui est tr&#232;s dr&#244;le ! Il ne voit pas le r&#244;le de l'imagination dans ce qu'il appelle &lt;i&gt;fantasm&lt;/i&gt;&lt;i&gt;atisation&lt;/i&gt;, il l'appelle tout le temps fantasmatisation. Il essaye des origines phylog&#233;n&#233;tiques &#224; ces fantasmes, ce qui est une absurdit&#233;, c'est-&#224;-dire qu'il essaie de trouver dans le mythe initial de &lt;i&gt;Totem et&lt;/i&gt;&lt;i&gt; tabou&lt;/i&gt; l'origine des premiers fantasmes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il faut dire quelques mots sur &lt;i&gt;T&lt;/i&gt;&lt;i&gt;otem et tabou,&lt;/i&gt; parce qu'il se pourrait que notre public ne le connaisse pas. Pouvez-vous nous l'expliquer en peu de mots ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois que tout le monde aujourd'hui conna&#238;t le mythe qu'a fabriqu&#233; Freud pour expliquer l'origine l'origine de la soci&#233;t&#233;. Ce mythe, et toute la recherche de Freud, est tr&#232;s &#233;trange de ce point de vue. Freud se pose le probl&#232;me de l'origine de la soci&#233;t&#233; comme uniquement un probl&#232;me n&#233;gatif, c'est-&#224;-dire le probl&#232;me de l'origine des deux interdictions majeure ; l'interdit de l'inceste et l'interdit du meurtre &lt;i&gt;intra-&lt;/i&gt;&lt;i&gt;tribal&lt;/i&gt; &#8211; pas du meurtre en g&#233;n&#233;ral, parce que nulle part le meurtre n'est interdit en g&#233;n&#233;ral : si vous tuez les ennemis de l'Italie ou de la France vous avez raison, vous faites bien et on vous donne une d&#233;coration, mais il faut pas tuer &#224; l'int&#233;rieur, vous pouvez tuer &#224; l'int&#233;rieur si vous &#234;tes bourreau, par exemple, ou si vous &#234;tes un policier en exercice, l&#224; vous avez le droit de tuer&#8230; Bon mais enfin Freud ne voit pas que le probl&#232;me de l'origine de la soci&#233;t&#233; ce n'est pas le probl&#232;me de la cr&#233;ation des deux interdit seulement, c'est le probl&#232;me de cr&#233;ation d'institutions positives, la cr&#233;ation du langage, la cr&#233;ation de normes de conduite, la cr&#233;ation de religion, de signification, etc. Et puis cette cr&#233;ation des deux interdits majeurs &#8211; inceste et meurtre un tract-clanique ou intra-tribal &#8211; il les voit &#224; travers cette fameuse histoire de la horde primitive de o&#249; il y avait un p&#232;re qui avait toutes les femmes et qui ch&#226;trait ou chassait les fils pour continuer &#224; r&#233;gner sur ce harem, jusqu'au jour o&#249; les fr&#232;res ont d&#233;couvert qu'ils pouvaient se coaliser, &#233;liminer le p&#232;re, le tuer et se partager les femmes de la tribu. Bon, apr&#232;s &#233;ventuellement [il y a] des luttes entre les fr&#232;res, qui finalement ont conclu un pacte comme quoi personne n'essaierait de prendre la femme de l'autre et personne ne tuerait l'autre et ce pacte valait entre les membres du clan et pour comm&#233;morer en m&#234;me temps le meurtre du p&#232;re et expier la culpabilit&#233; qu'ils ressentaient par rapport &#224; ce meurtre ils auraient &#233;rig&#233; ce P&#232;re en animal tot&#233;mique, c'est devenu le &lt;i&gt;totem&lt;/i&gt; de la tribu et ils faisaient chaque ann&#233;e un repas sacrificiel o&#249; ils sacrifiaient cet animal et le mangeaient ce qui r&#233;p&#233;tait symboliquement &#8211; pr&#233;cis&#233;ment, l&#224;, mais au vrai sens du terme &#8211; la mort, le meurtre initial du P&#232;re, l'absorption de la puissance du P&#232;re par l'acte cannibalesque et en m&#234;me temps lui rendaient hommage, par cette f&#234;te, au P&#232;re. Bon tout cela, du point de vue ethnologique, ne tient pas debout, c'est une construction mythique. Mais c'est une construction mythique qui est tr&#232;s int&#233;ressante, tr&#232;s significative &#8211; on ne peut pas entrer l&#224;-dedans &#8211; pas seulement significative pour la fa&#231;on dont Freud fonctionnait, dont la pens&#233;e de son &#233;poque fonctionnait, mais m&#234;me significative du point de vue psychanalytique parce qu'effectivement il y a un complexe d'&#338;dipe, il y a une tendance au meurtre du P&#232;re, il y a tendance &#224; l'&#233;limination des fr&#232;res rivaux, etc., mais tout cela on le savait d&#233;j&#224; par la psychanalyse, on n'avait pas besoin du mythe de &lt;i&gt;Totem et tabou&lt;/i&gt;. Mais l'essentiel c'est que, encore une fois, ce mythe ne tient pas et postule ce qu'il doit expliquer : par exemple la capacit&#233; de socialisation des fr&#232;res le jour o&#249; ils se coalisent pour tuer le p&#232;re. &#199;a ce n'est pas un acte biologique, c'est d&#233;j&#224; un acte social, c'est un acte qui pr&#233;suppose le langage, donc on est parti pour expliquer l'origine de la soci&#233;t&#233; mais pour expliquer cette origine, on pr&#233;suppose que la soci&#233;t&#233; est d&#233;j&#224; l&#224;, que les fr&#232;res peuvent parler entre eux et faire une conspiration, tenir un secret, etc. On n'a jamais vu des animaux parler entre eux, faire une conspiration, ni des singes sup&#233;rieurs. Donc l'origine de la soci&#233;t&#233; est d&#233;j&#224; pr&#233;suppos&#233;e dans ce qui doit expliquer cette origine. Mais la premi&#232;re chose tr&#232;s importante pour Freud, pour la critique, pour essayer d'aller au-del&#224;, c'est cette m&#233;connaissance totale du r&#244;le de l'imagination radicale, donc cette m&#233;connaissance du r&#244;le de la fantasmatisation, et de l'autre c&#244;t&#233; c'est quand m&#234;me ce qui reste chez Freud de r&#233;ductionnisme, de d&#233;terminisme, c'est-&#224;-dire la tendance d'essayer de trouver toujours, pr&#233;cis&#233;ment parce qu'il m&#233;conna&#238;t l'imagination radicale et le r&#244;le &lt;i&gt;cr&#233;ateur&lt;/i&gt; de l'imagination radicale, d'essayer de trouver toujours l'encha&#238;nement des causes dans la vie psychique du sujet qui a fait que tel sujet pr&#233;sente tel sympt&#244;me, ou a tel n&#233;vrose ou a &#233;volu&#233; de cette fa&#231;on-l&#224;. Et &#231;a, &#231;a va m&#234;me &#224; l'extr&#234;me dans les histoires comme &lt;i&gt;S&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ouvenirs d'enfance de &lt;/i&gt;&lt;i&gt;L&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#233;onard de &lt;/i&gt;&lt;i&gt;V&lt;/i&gt;&lt;i&gt;inci&lt;/i&gt; ou il essaie d'expliquer un tableau de L&#233;onard et puis sa vie cr&#233;atrice &#224; partir d'un incident de son enfance qui est tout &#224; fait suppos&#233; &#8211; mythique l&#224; aussi. Mais m&#234;me si tout &#231;a tenait debout &#231;a n'explique &lt;i&gt;rien,&lt;/i&gt; strictement &lt;i&gt;rien, &lt;/i&gt;ni sur la peinture de L&#233;onard, ni pourquoi cette peinture est grande, ni pourquoi nous avons du plaisir &#224; la regarder. Alors de m&#234;me quand il s'agit d'expliquer l'&#233;volution d'un individu, d'un sujet singulier, et montrer pourquoi il a telle n&#233;vrose et pas telle autre, Freud finalement arrive &#224; avouer lui-m&#234;me qu'on ne peut pas savoir et il appelle &#231;a &#171; le choix de la n&#233;vrose &#187;, il y a un &lt;i&gt;choix&lt;/i&gt; de la n&#233;vrose, untel a &lt;i&gt;choisi&lt;/i&gt;, il a &lt;i&gt;choisi&lt;/i&gt; &#8211; il ne l'a pas choisi : &lt;i&gt;il se fait que,&lt;/i&gt; &#224; partir d&#233;j&#224; de 2 ans, de 3 ans, il a pris la voie obsessionnelle plut&#244;t que la voie hyst&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais ce terme de &#171; choix de la n&#233;vrose &#187; que Freud emploie, n'est-il pas en contradiction avec ce que vous supposez comme son d&#233;terminisme ? Parce qu'&#233;videmment, parler des choix c'est d&#233;j&#224; nuancer ces d&#233;terminismes et donc admettre que, dans la vie mentale, il n'y a pas de simples rapports des causes &#224; effet.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que je dis. Freud essaye de trouver toujours un rapport de cause &#224; effet, essaye de dire, par exemple, dans l'analyse de &#171; l'homme aux rats &#187; ou de &#171; l'homme aux loups &#187;, ce sympt&#244;me est l&#224; parce que telle chose s'est pass&#233; &#224; tel moment. Premi&#232;rement, il ne voit pas que la chose qui s'est pass&#233;e un tel moment n'a jou&#233; ce r&#244;le que parce que le patient &lt;i&gt;lui a attribu&#233;&lt;/i&gt; telle signification fantasmatiquement ; mais deuxi&#232;mement m&#234;me comme &#231;a il n'arrive pas &#224; expliquer ce qui s'est pass&#233; et donc il est r&#233;duit &#224; la fin &#224; dire : bon il y a un choix de la n&#233;vrose, qui &lt;i&gt;lui&lt;/i&gt;, on ne peut pas expliquer. C'est pour &#231;a aussi qu'il parle si souvent de facteurs constitutionnels, mais les facteurs constitutionnels c'est comme dans la vieille m&#233;decine si vous voulez : l'h&#233;r&#233;dit&#233; ou les vertus dormitive de l'opium comme on dit dans Moli&#232;re o&#249; un malade demande pourquoi l'opium fait dormir et le pseudo-m&#233;decin lui r&#233;pond parce que l'opium a des vertus dormitive. Ce n'est pas une r&#233;ponse de dire qu'il y a les facteurs constitutionnels. L&#224; encore, il faut &#234;tre juste, parce que Freud est quand m&#234;me un grand homme, quand il parle de facteurs constitutionnels il n'a pas tout &#224; fait tort parce que nous voyons, par exemple, chez les b&#233;b&#233;s ce qu'on appelle la &#171; tol&#233;rance &#224; la frustration &#187; : elle est tr&#232;s diff&#233;rente d&#232;s les premiers jours. Il y a des b&#233;b&#233;s qui, quand ils naissent, vous leur donnez le sein ou le biberon, ils boivent le lait et restent tranquilles pendant six heures jusqu'au moment o&#249; ils auront &#224; nouveau faim et il y en a d'autres qui, tr&#232;s rapidement, commencent &#224; vouloir, &#224; pleurer, &#224; hurler, &#224; demander le sein ou le biberon ou n'acceptent pas que leur m&#232;re s'&#233;loigne &#8211; et d'autres qui s'endorment dans la b&#233;atitude et l'acceptent. Pourquoi ? D&#232;s le d&#233;part&#8230; Alors, constitutionnel, je ne sais pas ce que &#231;a veut dire &#8211; en tout cas c'est inn&#233;. Mais &#231;a nous montre aussi que la tentative, du moins, du d&#233;terminisme psychanalytique, s'arr&#234;te, &#233;choue. Et il dit la m&#234;me chose dans les textes de 1926 - 1930 sur l'homosexualit&#233; f&#233;minine lorsqu'il explique qu'une fille au moment de l'adolescence, elle la trois voies qu'elle peut suivre : elle peut devenir ceci, elle peut devenir cela, elle peut devenir cela, bref&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles sont ces trois voies ?&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle peut devenir une femme qui aimera les hommes et qui voudra faire des enfants ou elle peut devenir une vieille fille dess&#233;ch&#233;e qui d&#233;teste le sexe et tout ce qui se rapporte &#224; cela ou elle peut devenir une femme-gar&#231;on qui tendra, m&#234;me si elle ne passe pas &#224; l'acte, du c&#244;t&#233; homosexuel. Mais pourquoi une fille choisit-elle telle voie ou telle autre ? On pourra montrer des facteurs qui ont aid&#233; &#224; tel choix ou &#224; telle inclinaison, mais on ne pourra jamais &lt;i&gt;d&#233;termin&lt;/i&gt;&lt;i&gt;er&lt;/i&gt; vraiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais, enfin, l'analyste agit sur les causes ou sur quelque chose d'autre pour soigner&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors &#231;a c'est la question la plus importante et la plus difficile. La psychanalyse essaie de transformer la fa&#231;on dont le patient voit son monde fantasmatique &#8211; d'abord, elle essaye de lui &lt;i&gt;faire voir&lt;/i&gt; son monde fantasmatique, c'est-&#224;-dire essaye de lui faire comprendre que la fa&#231;on dont il voit le monde c'est une fa&#231;on qui, pour une bonne partie, pas pour la totalit&#233; mais pour une bonne partie d&#233;pend de ses propres constructions psychiques, de ses propres fantasmatisations, etc. Et deuxi&#232;mement elle essaie de l'amener &#8211; comment dire ? &#8211; &#224; un rapport ad&#233;quat avec ses constructions fantasmatiques. Il y en a qui doivent tomber : si vous avez &#224; traiter, par exemple, quelqu'un qui est, disons, du c&#244;t&#233; parano&#239;aque, il y a d'abord &#224; lui faire comprendre, pas par la persuasion logique, mais par le travail analytique, &#224; le faire arriver &#224; la conclusion qu'il n'est pas vrai que tout le monde veut le pers&#233;cuter mais que, pour l'essentiel, cette de vue qu'il a, c'est sa propre fantasmatisation et, que tout au plus, on peut dire que les fois o&#249; il tombe sur des gens qui veulent vraiment le pers&#233;cuter, c'est que pour une bonne partie il les choisit, il choisit la femme qui le pers&#233;cute&#8230; Vous pouvez d&#233;j&#224; faire cela. Je prends un exemple extr&#234;me, et sp&#233;cial, parce qu'il ne faut pas que le patient soit tout &#224; fait d&#233;lirant parce que, l&#224;, il n'y a presque rien &#224; faire, il faut prendre quelqu'un qui est &lt;i&gt;borderline&lt;/i&gt;, si vous voulez, mais c'est plus fort que ce que si vous prenez un n&#233;vrotique. L&#224; il s'agit de l'amener &#224; se d&#233;barrasser finalement de ce mode de fantasmatisation. Dans d'autres cas il s'agit de l'amener &#224; cohabiter, d'une fa&#231;on plus ou moins pacifique, avec son monde fantasmatique, &#224; entrer en rapport raisonnable avec son monde fantasmatisation et avec ses nouvelles productions fantasmatiques et &#231;a c'est le travail essentiel. La fa&#231;on dont &#231;a se fait est une autre histoire, dans laquelle nous ne pouvons pas entrer parce que c'est aussi un des myst&#232;res de l'analyse &#8211; Freud n'a jamais pu expliquer pourquoi une interpr&#233;tation vraie &lt;i&gt;a un effet&lt;/i&gt; et moi-m&#234;me je ne peux pas l'expliquer. C'est un myst&#232;re. Pourquoi une interpr&#233;tation vraie a un effet et pourquoi, d'autres fois, une interpr&#233;tation vraie n'a pas d'effet ? Alors un analyste pur et dur vous dirait qu'une interpr&#233;tation qui n'a pas un effet, fait &#231;a veut dire qu'elle n'est pas vraie. Ce n'est pas exact.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; propos des effets de l'analyse, vous savez certainement qu'&#224; pr&#233;sent il y a une grande attaque de certains &#233;pist&#233;mologues contre la validit&#233; de la psychanalyse. Je pense notamment &#224; Gr&#252;nbaum il dit qu'on peut expliquer les effets de la psychanalyse tout simplement par l'effet placebo. Qu'est-ce que vous pensez de ces critiques &#233;pist&#233;mologiques, qui &#233;voquent les effets de l'analyse qu'on pas trop diff&#233;rent des effets qu'une cure magique peut y avoir sur un individu &#8211; parce qu'&#233;videmment m&#234;me un magicien peut changer des choses ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors pourquoi il peut ? Pourquoi M. Gr&#252;nbaum et M. Popper n'ont aucune explication de &#231;a ? Et M. Levi-Strauss non plus ? Quand il dit que les psychanalystes sont les chamans de l'&#233;poque moderne et que les chamans sont des psychanalystes des soci&#233;t&#233;s archa&#239;ques. Pourquoi on fait des exp&#233;riences en double aveugle ? Et pourquoi il y a un effet placebo ? Parce qu'il y a une suggestion. Pourquoi il y a une suggestion ? La psychanalyse r&#233;pond &#224; &#231;a : toute suggestion est r&#233;sultat d'un transfert. Le malade &#224; qui le m&#233;decin donne une substance a des grandes chances de croire fortement que cette substance lui fera du bien et c'est pour &#231;a qu'il y a un effet placebo. Pour &#231;a et parce que cette croyance peut avoir des effets moyennant des circuits psychiques &#8211; c'est pour &#231;a que maintenant on fait des exp&#233;riences en double aveugle. Dire que le fait que quelqu'un vient voir le psychanalyste trois fois par semaine et que &#231;a lui fait du bien par effet placebo, c'est &lt;i&gt;ne rien dire&lt;/i&gt;. Pourquoi il y a un effet placebo ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous dites justement que certains analystes, aussi bien que certains &#233;pist&#233;mologues, admettent qu'il y a de la suggestion dans la cure. Je pense qu'un analyste ne serait pas content d'admettre que les effets th&#233;rapeutiques qu'il produit soient de la suggestion. Il cherchera &#224; distinguer les effets de l'analyse&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230; mais non !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8230; de ceux purement suggestifs.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La psychanalyse peut expliquer la suggestion &#8211; la suggestion n'explique pas la psychanalyse. Et pourquoi elle n'explique pas la psychanalyse ? Parce que la psychanalyse, pour l'essentiel, n'est pas exclusivement, mais pour l'essentiel, c'est le travail du patient lui-m&#234;me, c'est le travail de l'analysant. Ces gens-l&#224; &#8211; peut-&#234;tre parce qu'ils vivent en Am&#233;rique le plus souvent &#8211; on en t&#234;te un psychanalyste qui dit au patient : &#171; si vous pensez cela c'est parce que votre m&#232;re a fait ceci &#187;. Alors &#231;a c'est une &#226;nerie, aucun psychanalyste digne de ce nom ne dit quelque chose de pareil. Alors maintenant on a des formes plus sophistiqu&#233;es : on dit que le patient qui sait ce que pense l'analyste essaye de lui dire ce qu'il sait que l'analyste penserait, etc. Mais je crois que si on a la pratique de l'analyse, rien de tout cela ne tient. Mais pour moi &#8211; bon, &#231;a, c'est pas un argument, c'est pas un argument d'autorit&#233; mais enfin&#8230; j'ai une exp&#233;rience que Gr&#252;nbaum n'a pas. Si on veut me croire, on me croit, si on ne veut pas on ne me croit pas, mais enfin on voit comment change un patient au cours d'un traitement, on voit qu'il r&#233;siste, pourquoi il y a des r&#233;sistances qui &#224; partir d'un certain moment, tombe. Comment monsieur Grunbaum explique cela ? Pourquoi un patient, pendant deux ans, n'avance pas et puis, tout d'un coup, quelque chose se casse et il passe un autre stade ? L'autre chose je voulais dire et je crois qu'on va terminer l&#224;-dessus, c'est que toutes ces critiques, &#224; partir de Popper, compare la psychanalyse avec une id&#233;e de la science qui est &lt;i&gt;exclusivement&lt;/i&gt; l'id&#233;e des sciences positives. Mais si quelqu'un n'a jamais pr&#233;tendu que la psychanalyse est une chose positive, ce quelqu'un est un con &#8211; et donc Popper se bat contre ce con. Et avec le m&#234;me raisonnement de Popper, on pourrait dire qu'il n'y a pas d'histoire parce qu'il n'y a pas de falsificabilit&#233; dans l'histoire. Il n'y a de falsificabilit&#233; dans l'histoire uniquement pour ce qui est des faits mat&#233;riels : si quelqu'un dit &#171; il n'y a pas de Parth&#233;non &#224; Ath&#232;nes &#187; il y a falsificabilit&#233; de cette chose parce qu'on peut l'amener &#224; Ath&#232;nes lui montrer le Parth&#233;non. Mais si quelqu'un dit, comme le disent les bouquins, que chez les Grecs anciens un &#233;l&#233;ment tr&#232;s important &#233;tait l'&#233;l&#233;ment &lt;i&gt;agonistique&lt;/i&gt; &#8211; c'est-&#224;-dire la comp&#233;tition et la lutte de l'un contre l'autre &#8211; &#231;a c'est une interpr&#233;tation : elle est pas r&#233;futable au sens de Popper. Vous voyez ce que je veux dire ? Donc Popper, avec son pr&#233;tendu crit&#232;re, dit : &#171; Il y a les sciences, qui sont les sciences positives, o&#249; il y a l'exp&#233;rience, la mesure, etc. et tout le reste c'est de la litt&#233;rature &#187;. Moi je veux bien, mais cette litt&#233;rature est plus importante, peut-&#234;tre, que les sciences positives parce que l'histoire la soci&#233;t&#233; la psych&#233; humaine, notre vie sont aussi importantes, au moins, que les mol&#233;cules, les atomes, etc.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Cornelius Castoriadis critique d'Hannah Arendt </title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Helbling Cl.</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie directe</dc:subject>
		<dc:subject>Article</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;(Extraits choisis par Claude Helbling ; tous les compl&#233;ments de notes entre parenth&#232;ses sont de moi) 1) Extrait du livre : Domaines de l'homme. Les carrefours du labyrinthe 2, Seuil, 1986, Points Essais, 1999, Article : &#171; La polis grecque et la cr&#233;ation de la d&#233;mocratie &#187;, conf&#233;rence, prononc&#233;e en anglais de Castoriadis, le 15 avril 1982 &#224; New York, lors de l'un des Hannah Arendt Memorial Symposia in Political Philosophy organis&#233;s par la New School for Social Research, et portant sur &#171; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-sociale-democratie-" rel="directory"&gt;Autonomie sociale : D&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-258-Helbling-Cl-+" rel="tag"&gt;Helbling Cl.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-81-philosophie-+" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-37-democratie-directe-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/c55a4822_h6hw2_r8sr-osupyx-izpw.jpg?1741623239' class='spip_logo spip_logo_right' width='110' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;(Extraits choisis par Claude Helbling ; tous les compl&#233;ments de notes entre parenth&#232;ses sont de moi)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Extrait du livre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Domaines de l'homme. Les carrefours du labyrinthe 2&lt;/strong&gt;, Seuil, 1986, Points Essais, 1999,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article : &#171; &lt;strong&gt;La &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;polis&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; grecque et la cr&#233;ation de la d&#233;mocratie&lt;/strong&gt; &#187;, conf&#233;rence, prononc&#233;e en anglais de Castoriadis, le 15 avril 1982 &#224; New York, lors de l'un des &lt;i&gt;Hannah Arendt Memorial Symposia in Political Philosophy&lt;/i&gt; organis&#233;s par la New School for Social Research, et portant sur &#171; l'origine nos institutions &#187;. (&lt;strong&gt;CL2&lt;/strong&gt;, pages 366-367 et 379-381 de l'&#233;dition Points Essais).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Parvenus &#224; ce stade, on peut commenter l'ambigu&#239;t&#233; de la position de Hannah Arendt concernant ce qu'elle appelait le &#171; social &#187;. Elle a vu, &#224; juste titre, que la politique est an&#233;antie lorsqu'elle devient un masque pour la d&#233;fense et l'affirmation des &#171; int&#233;r&#234;ts &#187;. Car alors l'espace politique se trouve d&#233;sesp&#233;r&#233;ment fragment&#233;. Mais, &lt;i&gt;si&lt;/i&gt; la soci&#233;t&#233; est, en r&#233;alit&#233;, profond&#233;ment divis&#233;e en fonction d'&#171; int&#233;r&#234;ts &#187; contradictoires &#8211; comme elle l'est aujourd'hui &#8211;, l'insistance sur l'autonomie du politique devient gratuite. La r&#233;ponse ne consiste pas alors &#224; faire abstraction du &#171; social &#187; mais &#224; le changer, de telle sorte que le conflit des int&#233;r&#234;ts &#171; sociaux &#187; (c'est-&#224;-dire &#233;conomiques) cesse d'&#234;tre le facteur dominant de la formation des attitudes politiques. &#192; d&#233;faut d'une action en ce sens, il en r&#233;sultera la situation qui est aujourd'hui celle des soci&#233;t&#233;s occidentales : la d&#233;composition du corps politique, et sa fragmentation en groupes de pression, en &lt;i&gt;lobbies&lt;/i&gt;. Dans ce cas, comme la &#171; somme alg&#233;brique &#187; d'int&#233;r&#234;ts contradictoires est tr&#232;s souvent &#233;gale &#224; z&#233;ro, il s'ensuivra un &#233;tat d'impuissance politique et de d&#233;rive sans objet, comme celui que nous observons &#224; l'heure actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hannah Arendt avait une conception substantive de l'&#171; objet &#187; de la d&#233;mocratie &#8211; de la &lt;i&gt;polis&lt;/i&gt;. Pour elle, la d&#233;mocratie tirait sa valeur du fait qu'elle est le r&#233;gime politique o&#249; les &#234;tres humains peuvent r&#233;v&#233;ler ce qu'ils sont &#224; travers leurs actes et leurs paroles. Cet &#233;l&#233;ment &#233;tait certes pr&#233;sent en Gr&#232;ce &#8211; et (mais) pas seulement dans la d&#233;mocratie. Hannah Arendt (apr&#232;s Jacob Burckhardt) a soulign&#233; &#224; juste titre le caract&#232;re agonistique de la culture grecque en g&#233;n&#233;ral &#8211; pas seulement en politique, mais dans tous les domaines, et il faut ajouter pas seulement en d&#233;mocratie mais dans toutes les cit&#233;s. Les Grecs se pr&#233;occupaient par-dessus tout de &lt;i&gt;kleos&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;kudos&lt;/i&gt;, et de l'immortalit&#233; fuyante qu'ils repr&#233;sentaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, la r&#233;duction du sens et des fins de la politique et de la d&#233;mocratie en Gr&#232;ce &#224; cet &#233;l&#233;ment est impossible ; cela ressort clairement, je l'esp&#232;re, du rapide expos&#233; qui pr&#233;c&#232;de. Par ailleurs, il est s&#251;rement tr&#232;s difficile de d&#233;fendre ou de soutenir la d&#233;mocratie sur cette base. En premier lieu, bien que la d&#233;mocratie permette sans nul doute aux hommes de se &#171; manifester &#187; plus que tout autre r&#233;gime, cette &#171; manifestation &#187; ne saurait concerner tout le monde &#8211; ni m&#234;me n'importe qui en dehors d'une petite minorit&#233; de personnes qui agissent et prennent des initiatives dans le champ politique au sens strict. En second lieu, et c'est l&#224; le plus important, la position de Hannah Arendt laisse de c&#244;t&#233; la question capitale de la teneur, de la substance, de cette &#171; manifestation &#187;. Pour prendre des cas extr&#234;mes, Hitler, Staline et leurs tristement c&#233;l&#232;bres compagnons ont certainement r&#233;v&#233;l&#233; ce qu'ils &#233;taient &#224; travers leurs actes et leurs discours. La diff&#233;rence entre Th&#233;mistocle et P&#233;ricl&#232;s, d'une part, et Cl&#233;on et Alcibiade, de l'autre, entre les b&#226;tisseurs et les fossoyeurs de la d&#233;mocratie, ne se trouve pas dans le simple fait de la &#171; manifestation &#187;, mais dans le contenu de cette manifestation. Plus m&#234;me : c'est pr&#233;cis&#233;ment parce que seule comptait aux yeux de Cl&#233;on et d'Alcibiade la &#171; manifestation &#187; en tant que telle, la simple &#171; apparition dans l'espace public &#187;, qu'ils provoqu&#232;rent des catastrophes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conception substantive de la d&#233;mocratie en Gr&#232;ce se laisse voir clairement dans la masse globale des &lt;i&gt;&#339;uvres&lt;/i&gt; de la &lt;i&gt;polis&lt;/i&gt; en g&#233;n&#233;ral. Et elle a &#233;t&#233; explicitement formul&#233;e, avec une profondeur et une intensit&#233; in&#233;gal&#233;e, dans le plus grand moment de la pens&#233;e politique qu'il m'ait &#233;t&#233; donn&#233; de lire, l'&#171; Oraison fun&#232;bre &#187; de P&#233;ricl&#232;s (Thucydide, II, 35-46). Je ne cesserai de m'&#233;tonner de ce que Hannah Arendt, qui admirait ce texte et a fourni de brillantes indications pour son interpr&#233;tation, n'ait pas vu qu'il pr&#233;sentait une conception &lt;i&gt;substantive&lt;/i&gt; de la d&#233;mocratie gu&#232;re compatible avec la sienne.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Extrait du livre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le monde morcel&#233;. Les carrefours du labyrinthe 3&lt;/strong&gt;, Seuil, 1990, Points Essais 2000,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;article : &#171; &lt;strong&gt;L'id&#233;e de r&#233;volution&lt;/strong&gt; &#187;, entretien publi&#233; dans &lt;i&gt;Le D&#233;bat&lt;/i&gt;, n&#176;57, novembre-d&#233;cembre 1989, (&lt;strong&gt;CL3&lt;/strong&gt;, pages 193-194 et 197-198 de l'&#233;dition Points Essais).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Or la grandeur et l'originalit&#233; de la R&#233;volution fran&#231;aise se trouvent, &#224; mon sens, dans cela m&#234;me qu'on lui reproche si souvent : qu'elle tend &#224; mettre en question, en droit, la totalit&#233; de l'institution existante de la soci&#233;t&#233;. La R&#233;volution fran&#231;aise ne peut pas cr&#233;er politiquement, si elle ne d&#233;truit pas socialement. Les constituants le savent et le disent. La r&#233;volution anglaise et m&#234;me la r&#233;volution am&#233;ricaine peuvent se donner d'elles-m&#234;mes la repr&#233;sentation d'une restauration et r&#233;cup&#233;ration d'un suppos&#233; pass&#233;. Les quelques tentatives, en France, de se r&#233;f&#233;rer &#224; une tradition ont rapidement avort&#233;, et ce qu'en dit Burke est de la pure mythologie. Hannah Arendt commet une b&#233;vue &#233;norme lorsqu'elle reproche aux r&#233;volutionnaires fran&#231;ais de s'&#234;tre occup&#233;s de la question sociale, en pr&#233;sentant celle-ci comme revenant &#224; des pr&#233;occupations philanthropiques et &#224; la piti&#233; pour les pauvres. B&#233;vue double. D'abord &#8211; et cela reste &#233;ternellement vrai &#8211; la question sociale &lt;i&gt;est&lt;/i&gt; une question politique : en termes classiques (d&#233;j&#224; chez Aristote), la d&#233;mocratie est-elle compatible avec la coexistence d'une extr&#234;me richesse et d'une extr&#234;me pauvret&#233; ? En termes contemporains : le pouvoir &#233;conomique n'est-il pas, &lt;i&gt;ipso facto&lt;/i&gt;, aussi pouvoir politique ? Ensuite, en France l'Ancien R&#233;gime n'est pas une structure simplement politique ; c'est une structure sociale totale. Royaut&#233;, noblesse, r&#244;le et fonction de l'&#201;glise dans la soci&#233;t&#233;, propri&#233;t&#233;s et privil&#232;ges tiennent au plus intime de la texture de l'ancienne soci&#233;t&#233;. C'est tout l'&#233;difice social qui est &#224; reconstruire, sans quoi une transformation politique est mat&#233;riellement impossible. La R&#233;volution fran&#231;aise ne peut pas, le voudrai-elle, superposer simplement une organisation politique d&#233;mocratique &#224; un r&#233;gime social qu'elle laisserait intact. Comme si souvent chez Hannah Arendt, les id&#233;es l'emp&#234;chent de voir les faits. Mais les grands faits historiques sont des id&#233;es plus lourdes que les id&#233;es des philosophes. Le &#171; pass&#233; vieux de mille ans &#187;, oppos&#233; au &#171; continent vierge &#187;, emporte n&#233;cessairement la n&#233;cessit&#233; d s'attaquer &#224; l'&#233;difice social comme tel. De ce point de vue, la r&#233;volution am&#233;ricaine ne peut &#234;tre effectivement qu'une &#171; exception &#187; dans l'histoire moderne, nullement la r&#232;gle et encore moins le mod&#232;le. Les constituants en ont pleinement conscience et le disent. L&#224; o&#249; la r&#233;volution am&#233;ricaine peut b&#226;tir sur l'illusion d'une &#171; &#233;galit&#233; &#187; d&#233;j&#224; existante dans l'&#233;tat social (illusion qui restera le fondement des analyses de Tocqueville cinquante ans plus tard), la R&#233;volution fran&#231;aise se trouve devant la r&#233;alit&#233; massive d'une soci&#233;t&#233; fortement in&#233;galitaire, d'un imaginaire de la royaut&#233; de droit divin, d'une &#201;glise centralis&#233;e au r&#244;le et aux fonctions sociales omnipr&#233;sents, de diff&#233;renciations g&#233;ographiques que rien ne peut justifier, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le D&#233;bat : &#8211; &lt;i&gt;Comment appr&#233;ciez-vous le r&#244;le de la formation de l'&#201;tat moderne dans la gen&#232;se de l'id&#233;e de r&#233;volution ? Le cas fran&#231;ais n'incite-t-il pas &#224; penser qu'il est &lt;/i&gt;&lt;i&gt;consid&#233;rable ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CC : &#8211; Ici encore je pense qu'il faut distinguer. L'id&#233;e centrale que r&#233;alise la R&#233;volution &#8211; et dans laquelle je vois son importance capitale pour nous &#8211; est celle de l'auto-institution explicite de la soci&#233;t&#233; par l'activit&#233; collective, lucide et d&#233;mocratique. Mais en m&#234;me temps la R&#233;volution ne se d&#233;gage jamais de l'emprise de cette pi&#232;ce centrale de l'imaginaire politique moderne : l'&#201;tat. Je dis bien &#201;tat : appareil de domination s&#233;par&#233; et centralis&#233; &#8211; non pas pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les Ath&#233;niens, par exemple, il n'y a pas d'&#171; &#201;tat &#187; &#8211; le mot m&#234;me n'existe pas ; le pouvoir, c'est &#171; nous &#187;, le &#171; nous &#187; de la collectivit&#233; politique. Dans l'imaginaire politique moderne, l'&#201;tat appara&#238;t comme in&#233;liminable. Il reste pour la R&#233;volution, comme il le reste pour la philosophie politique moderne qui se trouve &#224; cet &#233;gard dans une situation plus que paradoxale : il lui faut justifier l'&#201;tat, tout en s'effor&#231;ant de penser la libert&#233;. Il s'agit d'asseoir la libert&#233; sur la n&#233;gation de la libert&#233;, ou d'en confier la garde &#224; son ennemi principal. Cette antinomie atteint son paroxysme sous la Terreur. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) Extrait du livre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Cit&#233; et les lois. Ce qui fait la Gr&#232;ce, 2. S&#233;minaires 1983-1984.&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;La cr&#233;ation humaine III&lt;/strong&gt;, Seuil, 2008, (&lt;strong&gt;CQFG2&lt;/strong&gt;, pages 80-82, s&#233;minaire du 13 avril 1983).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une parenth&#232;se ici sur la position d'Hannah Arendt. Vous avez tous lu, ou vous lirez, ce livre fondamental qu'est &lt;i&gt;The Human Condition&lt;/i&gt;, titre malencontreusement traduit par &lt;i&gt;Condition de l'homme moderne&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hannah Arendt, The Human Condition, Chicago, The University of Chicago (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, alors qu'il s'agit de l'homme en g&#233;n&#233;ral, et en particulier de l'homme ancien. Je vous r&#233;sume la th&#232;se fondamentale d'Hannah Arendt, mais il faudrait qu'on y revienne. Pour elle, la grandeur de la conception grecque de la politique a consist&#233; &#224; s&#233;parer totalement le social du politique, en laissant de c&#244;t&#233; ce qu'elle appelle l'&lt;i&gt;animal laborans&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire l'&#234;tre humain en tant que travaillant &#8211; travaillant au sens o&#249; il participe &#224; un cycle de m&#233;tabolisme biologique par lequel il produit sa nourriture, la consomme, se reproduit comme corps, etc. Tout cela, pour elle, n'appartient pas au domaine public et ne saurait &#234;tre un objet l&#233;gitime de pr&#233;occupation politique ; les Grecs avaient donc raison de restreindre cette activit&#233; dans les limites de l'&lt;i&gt;oikos&lt;/i&gt; et de l'&lt;i&gt;oikonomia&lt;/i&gt;, ou gestion du m&#233;nage, au m&#234;me titre que la cuisine ou l'&#233;ducation des enfants par la m&#232;re. La politique, c'est tout &#224; fait autre chose : c'est le domaine o&#249; les hommes luttent pour parvenir &#224; la reconnaissance, et surtout &#224; une dur&#233;e qui d&#233;passe l'espace d'une vie mortelle, en accomplissant de grandes choses en actes et en paroles. Voil&#224; donc le noyau des id&#233;es d'Hannah Arendt sur la question. Et corr&#233;lativement &#224; cela, on trouve chez elle une critique de tous les mouvements d&#233;mocratiques modernes, auxquels elle reproche de s'&#234;tre encombr&#233;s &#224; tort du fardeau de la question sociale, laquelle &#224; proprement parler n'a pas sa place dans la politique. C'est ainsi qu'elle oppose la R&#233;volution am&#233;ricaine, qui accompagne la guerre d'Ind&#233;pendance, &#224; la R&#233;volution fran&#231;aise&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Hannah Arendt, Essai sur la r&#233;volution (1963), trad. fr., Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans la R&#233;volution am&#233;ricaine, dit-elle, la pr&#233;occupation commune &#224; tous les acteurs, citoyens anonymes et actifs ou hommes c&#233;l&#232;bres (Jefferson, Madison, Adams, etc.), est d'&#233;tablir une collectivit&#233; politique, un &lt;i&gt;commonwealth&lt;/i&gt; politique, et non d'&#233;galiser les conditions sociales et &#233;conomiques ou d'am&#233;liorer le sort des pauvres. Au contraire, ce qui a empoisonn&#233; d&#232;s le d&#233;part la R&#233;volution fran&#231;aise a &#233;t&#233; cette pr&#233;occupation constante pour la question sociale et les positions &#233;conomiques respectives des citoyens, qui a emp&#234;ch&#233; l'&#233;tablissement d'une v&#233;ritable communaut&#233; politique. Inutile de vous dire l'admiration et le respect que j'ai pour Hannah Arendt ; cela ne m'emp&#234;che pas d'&#234;tre radicalement oppos&#233; &#224; cette interpr&#233;tation, d'abord au point de vue des faits pour ce qui concerne les &#201;tats-Unis et la France (nous en reparlerons), ensuite et surtout &#224; cause de la fa&#231;on dont elle d&#233;limite le politique et le social. Sa d&#233;finition exclusive du domaine politique par l'aspiration &#224; la reconnaissance et &#224; la renomm&#233;e laisse de c&#244;t&#233; cet aspect fondamental qu'est l'institution de la soci&#233;t&#233; ; et puis sa d&#233;valorisation du domaine de la production et de la fabrication est &#224; mon avis erron&#233;e aussi bien politiquement que philosophiquement. Mais il est vrai qu'en parlant ainsi, Hannah Arendt traduit exactement une r&#233;alit&#233; qui est pr&#233;sente en Gr&#232;ce ancienne. Sa position, fausse selon moi s'il s'agit de la politique comme telle, est juste comme interpr&#233;tation de la fa&#231;on dont les Grecs, en tout cas les Ath&#233;niens, voyaient la chose. En effet, les activit&#233;s purement productives sont pour eux un domaine sans int&#233;r&#234;t, &#171; banausique &#187;, comme dit Aristote &#8211; &lt;i&gt;banausos&lt;/i&gt;, c'est l'homme non cultiv&#233;, grossier. Elles le sont d'ailleurs encore plus quand elles sont tout &#224; fait artificielles : l'artisan est plus &#171; banausique &#187; que le paysan, car ce dernier est en contact avec un processus naturel, il coop&#232;re, en un sens, avec la &lt;i&gt;phusis&lt;/i&gt;, alors que l'artisan est tout entier asservi &#224; une r&#233;alit&#233; mineure, artificielle, afin de satisfaire des besoins g&#233;n&#233;ralement peu pris&#233;s. Cette vision du travail, pour laquelle la vraie libert&#233; humaine suppose de disposer de son temps, de n'&#234;tre pas contraint &#224; un travail productif pour, comme nous disons, gagner sa vie, est extr&#234;mement r&#233;pandue en Gr&#232;ce ancienne ; et en un sens, la d&#233;mocratie ath&#233;nienne s'&#233;tablit pr&#233;cis&#233;ment contre cette id&#233;e, qui impr&#232;gne aussi bien la soci&#233;t&#233; dans son ensemble que les &#233;crits des philosophes. Dans la pratique, le mouvement d&#233;mocratique consistera &#224; donner des droits politiques aux paysans et aux artisans dans la cit&#233;. C'est l&#224; la situation r&#233;elle &#224; Ath&#232;nes ; Aristote, &#233;crivant apr&#232;s coup, accepte volontiers l'id&#233;e que les paysans aient des droits politiques, mais, dans le cas des artisans, cela lui pose un probl&#232;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Politique, III, 1277b-1278a. (note 12, p. 82, CQFG2)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4) Extrait du livre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Cit&#233; et les lois. Ce qui fait la Gr&#232;ce, 2. S&#233;minaires 1983-1984.&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;La cr&#233;ation humaine III&lt;/strong&gt;, Seuil, 2008, (&lt;strong&gt;CQFG2&lt;/strong&gt;, pages 106-110, s&#233;minaire du 20 avril 1983).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Et voil&#224; pour la politique. Rien de plus &#233;loign&#233;, de plus difficile &#224; comprendre, par rapport &#224; cela, qu'une conception o&#249; la d&#233;cision politique doit &#234;tre prise en se tenant &#224; l'&#233;cart, &#224; distance, autant que possible, de tous les int&#233;r&#234;ts particuliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi que cela n'est jamais enti&#232;rement possible, ou plut&#244;t, que cela est tout &#224; fait impossible quand la soci&#233;t&#233; est tr&#232;s fortement divis&#233;e entre des groupes d'int&#233;r&#234;ts. Je voudrais revenir ici &#224; Hannah Arendt&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. sur ce point &#171; La polis grecque&#8230; &#187;, op. cit., p. 293 sq., r&#233;&#233;d. p. 366 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Lorsqu'elle dit que, dans la politique grecque antique, il y a &#233;limination de ce qu'elle appelle le &#171; social &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Arendt, Condition de l'homme moderne, op. cit., sp&#233;c. p. 59-65. (note 9, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et qu'elle voudrait g&#233;n&#233;raliser ce principe, elle a &#224; mon avis tort. En effet, dans la conception qu'ont les Grecs de la politique &#8211; et, &#224; vrai dire, dans toute conception de la politique digne de ce nom &#8211;, la politique concerne la g&#233;n&#233;ralit&#233;, et la communaut&#233; ne peut permettre que les d&#233;cisions soient adopt&#233;es en fonction d'int&#233;r&#234;ts particuliers, sectoriels. On peut alors dire, comme Arendt, qu'il faut donc exclure l'&#233;conomique et le social du domaine du politique ; on peut aussi dire, comme je le fais &#8211; ce qui est compl&#232;tement diff&#233;rent &#8211;, que pour &#233;viter cette interf&#233;rence si puissante des int&#233;r&#234;ts avec le domaine du politique, il faut transformer la mati&#232;re sociale de telle sorte que ces divisions d'int&#233;r&#234;ts ne puissent plus d&#233;terminer essentiellement le jeu politique. Passer de la proposition : la politique n'est pas la sph&#232;re des int&#233;r&#234;ts, ou plut&#244;t, n'est pas la sph&#232;re des int&#233;r&#234;ts biologiques &#8211; ce qui est tout &#224; fait juste &#8211;, &#224; la proposition : il faut donc en exclure le social et l'&#233;conomique, c'est l&#224; vraiment un raisonnement fallacieux ; ou, soyons plus indulgents, un glissement logique. Car c'est tout simplement ignorer le fait qu'&#224; partir du moment o&#249; la division des int&#233;r&#234;ts est suffisamment importante dans une soci&#233;t&#233; &#8211; ce qui est pratiquement toujours le cas d&#232;s qu'on quitte les soci&#233;t&#233;s archa&#239;ques &#8211; il est parfaitement utopique d'imaginer une sph&#232;re politique fonctionnant comme telle quelle que soit la situation dans la sph&#232;re sociale et &#233;conomique. Ce probl&#232;me &#8211; entrevu mais rapidement occult&#233;, et qui est le point aveugle de la R&#233;volution et de la premi&#232;re Constitution am&#233;ricaines &#8211; est aussi, d'une autre fa&#231;on, celui de Tocqueville, mais nous ne pouvons pas d&#233;velopper ce point ici. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons &#224; Tocqueville et &#224; Arendt. Tous deux ont insist&#233; sur certains traits sp&#233;cifiques de la d&#233;mocratie am&#233;ricaine li&#233;s au fait qu'elle vient des &lt;i&gt;grass roots&lt;/i&gt;, de la &#171; base &#187; : municipalit&#233;, commune, &lt;i&gt;town hall meetings&lt;/i&gt;, etc. Tout cela, d'ailleurs, n'a pas enti&#232;rement disparu, et on a pu m&#234;me assister, face &#224; la crise de l'&#201;tat f&#233;d&#233;ral, &#224; un mouvement de &#171; retour &#187;, plus ou moins suivi d'effet, &#224; ces racines. Pourtant, force est de reconna&#238;tre que quelque chose a &#233;t&#233; manqu&#233; dans la R&#233;volution am&#233;ricaine, non seulement parce que la bonne articulation n'a pas &#233;t&#233; trouv&#233;e mais aussi parce que d'autres facteurs &#8211; conditions &#233;conomiques, division en classes et, dans une phase ult&#233;rieure, pouvoir du grand capital, qui n'est pas qu'un slogan, etc. &#8211; ont fortement contribu&#233; &#224; la cr&#233;ation d'un &#201;tat f&#233;d&#233;ral qui n'avait plus grand-chose &#224; voir avec cet autogouvernement relatif existant &#224; d'autres niveaux. Hannah Arendt signale que Jefferson lui-m&#234;me s'est demand&#233; vers la fin de sa vie si l'une des failles du syst&#232;me politique am&#233;ricain ne tenait pas &#224; la nature de cet &#233;chelon interm&#233;diaire entre pr&#233;sidence et Congr&#232;s, d'un c&#244;t&#233;, et le niveau municipal, de l'autre, qu'est en principe le &lt;i&gt;State&lt;/i&gt; am&#233;ricain, d&#233;calque de l'&#233;tat f&#233;d&#233;ral &#224; un autre niveau et qui a ses propres lois, mais sans autogouvernement v&#233;ritable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 348-349, 367-369.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Question &#224; vrai dire plus complexe que ne le croyait Arendt, et o&#249; l'on ne peut pas faire l'&#233;conomie d'une &#233;tude de l'&#233;volution historique, des conflits politiques entre 1765 et 1800, Jefferson, Adams et toute la querelle du f&#233;d&#233;ralisme. &#192; quel point elle est complexe, nous le voyons sur l'exemple de la guerre de S&#233;cession, o&#249; les Sudistes affirment la souverainet&#233; et les droits des &#201;tats contre le monstre f&#233;d&#233;ral&#8230;pour avoir une loi locale qui permette l'esclavage. O&#249; l'on voit, une fois de plus, que l'autonomie en tant que telle n'est pas une panac&#233;e, qu'on ne peut pas &#233;vacuer les questions de contenu : l'autonomie, pour quoi faire ? Tout cela renvoie &#224; des questions d'histoire et de philosophie politiques extr&#234;mement importantes et dont il faudra discuter. Ce qui est certain, c'est que ni Arendt ni d'autres auteurs qui pourraient nous int&#233;resser dans le cadre de cette discussion n'ont vu dans le compromis final, aux &#201;tats-Unis, entre &#201;tat f&#233;d&#233;ral pr&#233;tendument repr&#233;sentatif et autonomies locales une solution satisfaisante ou que nous puissions appeler d&#233;mocratique en ce sens qu'elle promouvrait l'autogouvernement. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5) Extrait du livre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Cit&#233; et les lois. Ce qui fait la Gr&#232;ce, 2. S&#233;minaires 1983-1984.&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;La cr&#233;ation humaine III&lt;/strong&gt;, Seuil, 2008, (&lt;strong&gt;CQFG2&lt;/strong&gt;, pages 159-161, s&#233;minaire du 11 mai 1983).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; En grec ancien les Jeux olympiques sont des &lt;i&gt;olumpiakoi ag&#244;nes&lt;/i&gt; &#8211; et surtout pas des jeux : l'&lt;i&gt;ag&#244;n&lt;/i&gt;, c'est la lutte. Il s'agit d'une comp&#233;tition dans laquelle l'enjeu, m&#234;me s'il peut para&#238;tre peu de chose mat&#233;riellement (car la victoire n'enrichit gu&#232;re son homme, du mois dans la p&#233;riode classique), est tr&#232;s consid&#233;rable du point de vue de la signification : elle rapporte ce qui est plac&#233; au plus haut par les Grecs de l'&#233;poque, le &lt;i&gt;kleos&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;kudos&lt;/i&gt;, la renomm&#233;e et la gloire. [&#8230;] L'&lt;i&gt;ag&#244;n&lt;/i&gt; est ainsi la comp&#233;tition, le conflit, la lutte, mais ce n'est pas forc&#233;ment une lutte &#224; mort, ni m&#234;me une lutte pour nuire &#224; autrui, comme le montre l'exemple des Jeux olympiques, c'est une lutte pour &#234;tre le meilleur. C'est d'ailleurs aussi le cas de la trag&#233;die &#224; Ath&#232;nes, o&#249; les po&#232;tes tragiques participent &#224; un concours : ils luttent entre eux. Cette dimension agonistique est donc pr&#233;sente dans l'analyse d'Arendt&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur ce qui suit, cf. C. Castoriadis, &#171; La polis grecque&#8230; &#187;, loc. cit., p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle avait &#233;t&#233; mise en lumi&#232;re au XIXe si&#232;cle par le grand historien suisse Jacob Burckhardt&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jacob Burckhardt, Histoire de la civilisation grecque, Vevey (Suisse), (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, dont Arendt, &#224; l'&#233;vidence, s'inspire sur ce point. Elle est certes li&#233;e &#224; sa conception de la d&#233;mocratie &#8211; le r&#233;gime qui permet &#224; l'homme de r&#233;v&#233;ler ce qu'il est &#224; travers l'action et la parole &#8211;, mais il est certain que la dimension agonistique est une r&#233;alit&#233; de la vie politique grecque et non une fiction d'Arendt. On est toutefois en droit de se demander si c'est cet aspect uniquement, ou essentiellement, que nous fait voir l'institution de la &lt;i&gt;polis&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sumons d'abord l'objection, disons intrins&#232;que, qu'on pourrait faire &#224; l'interpr&#233;tation d'Arendt. Dans cette conception, on commence par introduire une pr&#233;misse qu'on pourrait appeler universaliste : la d&#233;mocratie est le r&#233;gime o&#249; &lt;i&gt;tous&lt;/i&gt; peuvent se r&#233;v&#233;ler par l'action et la parole. Mais si, comme le fait Arendt, on lie cela de fa&#231;on n&#233;cessaire &#224; la volont&#233; de s'immortaliser, &#224; l'aspiration au &lt;i&gt;kleos&lt;/i&gt; et au &lt;i&gt;kudos&lt;/i&gt;, il est &#233;vident que la chose, par d&#233;finition &#8211; et il semble d'ailleurs que cela devrait valoir pour toute d&#233;mocratie concevable &#8211;, ne peut qu'&#234;tre r&#233;serv&#233;e &#224; un tout petit nombre. La gloire est un bien rare et sa valeur pour celui qui y aspire, est justement li&#233;e &#224; sa raret&#233; : si elle est &#224; tout le monde, elle n'est &#224; personne. Deuxi&#232;me objection, plus grave, qui porte sur le contenu m&#234;me de l'action et de la parole, qui a d'ailleurs d&#233;j&#224; &#233;t&#233; faite de plusieurs c&#244;t&#233;s, et en dernier lieu par Mary McCarthy lors d'un colloque consacr&#233; r&#233;cemment &#224; Hannah Arendt &#224; New York. Aussi longtemps qu'on n'accorde pas l'importance qui lui revient au contenu, &#224; la substance de cette action et de cette parole, on peut au fond pr&#233;tendre que toute entreprise qui tranche, qui se d&#233;tache de la grisaille habituelle, est une r&#233;v&#233;lation par l'acte et la parole, et &#224; ce titre vaut autant que n'importe quelle autre. &#192; la limite, on pourrait dire que Hitler et Staline se r&#233;v&#232;lent &#8211; et c'est d'ailleurs certainement le cas &#8211; par leurs actes et leurs paroles. Hitler, par exemple, a acquis un &lt;i&gt;kleos&lt;/i&gt; et un &lt;i&gt;kudos&lt;/i&gt;, ne serait-ce que n&#233;gativement, puisqu'il a suffi que l'on annonce avoir retrouv&#233; des carnets de lui pour que toute l'Europe se demande s'il faut ou non les publier, ce qu'on ne ferait certainement pas pour le premier venu. &#201;rostrate br&#251;le le temple d'Art&#233;mis &#224; &#201;ph&#232;se parce qu'il veut devenir c&#233;l&#232;bre, et qu'il n'a aucun autre moyen de le devenir. Et il devient c&#233;l&#232;bre. C'est une fa&#231;on de &#171; se r&#233;v&#233;ler &#187;. Mais que voyons-nous, justement, en Gr&#232;ce ancienne ? Qu'&#224; partir du moment o&#249; la conception de la politique comme domaine de l'expression ou de l'affirmation de soi commence &#224; r&#233;gner sans partage dans la vie de la cit&#233;, nous passons des politiques aux d&#233;magogues. Ce que la conception de Hannah Arendt ne permet pas de penser, c'est la diff&#233;rence entre P&#233;ricl&#232;s et Cr&#233;on, entre P&#233;ricl&#232;s et Alcibiade. Car Cr&#233;on&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;(Il s'agit plut&#244;t de Cl&#233;on (homme politique) qui est d&#233;sign&#233; ici dans ces (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et Alcibiade sont des personnages qui, afin de s'exprimer par l'action et par la parole, sont capables de tout, et m&#234;me d'entra&#238;ner la ruine de la cit&#233;. Il y a ici dissociation totale entre la manifestation de l'individualit&#233; et la vis&#233;e du &lt;i&gt;kleos&lt;/i&gt; et du &lt;i&gt;kudos&lt;/i&gt;, d'une part, et le contenu substantif de l'action politique, d'autre part. Cette dissociation n'existe pas chez Th&#233;mistocle ou Cimon, chez Ephialt&#232;s ou P&#233;ricl&#232;s : c'est ce qui en fait de v&#233;ritables politiques et non des d&#233;magogues. Et c'est bien cette conception &#8211; l'activit&#233; politique est ins&#233;parable d'un contenu substantif &#8211; qui pr&#233;vaut dans la p&#233;riode qui pr&#233;c&#232;de le tournant de la guerre du P&#233;loponn&#232;se et la crise, la corruption interne de la d&#233;mocratie, et finalement sa ruine. P&#233;ricl&#232;s ne vise pas la gloire &#8211; la gloire vient de surcro&#238;t. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous disposons l&#224;-dessus d'un t&#233;moignage monumental &#8211; monumental &#224; plus d'un titre &#8211;, la c&#233;l&#232;bre &#171; Oraison fun&#232;bre &#187; de P&#233;ricl&#232;s pour les premiers morts de la guerre du P&#233;loponn&#232;se, que l'on trouve dans Thucydide&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Thucydide, II, 35-46. (note 8, p. 161, CQFG2)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce texte est pour moi le sommet de la pens&#233;e politique d&#233;mocratique. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6) Extrait du livre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Thucydide, la force et le droit. Ce qui fait la Gr&#232;ce, 3. S&#233;minaires 1984-1985.&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;La cr&#233;ation humaine IV&lt;/strong&gt;, Seuil, 2011, (&lt;strong&gt;CQFG3&lt;/strong&gt;, pages 96-98, s&#233;minaire du 19 d&#233;cembre 1984).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Je voudrais ouvrir ici une parenth&#232;se qui concerne Hannah Arendt. Cela, parce qu'il s'agit d'un auteur que, vous le savez, j'estime &#233;norm&#233;ment et que je vous ai toujours conseill&#233; de lire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. CEL, p. 80 sq. (note 4, p. 96, CQFG3)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est un peu paradoxal : je ne suis presque jamais d'accord avec elle, mais je trouve que ce qu'elle dit fait toujours r&#233;fl&#233;chir. Je vous ai d&#233;j&#224; parl&#233; de la comparaison qu'elle fait entre la R&#233;volution am&#233;ricaine et la R&#233;volution fran&#231;aise&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 80-81, 106-110 ; H. Arendt, Essai sur la r&#233;volution (1963), Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, de la grande sup&#233;riorit&#233; qu'elle reconna&#238;t &#224; la premi&#232;re, qu'elle voit comme presque exclusivement tourn&#233;e vers les questions politiques et d'organisation du pouvoir, d'&#233;galit&#233; des citoyens devant la loi, tandis que la R&#233;volution fran&#231;aise a eu &#224; ses yeux le grand d&#233;faut, du point de vue historique, d'introduire dans la politique l'int&#233;r&#234;t pour la question sociale, pour les pauvres, de croire que la solution de ces questions est une t&#226;che de la politique. Voil&#224;, sch&#233;matis&#233;e mais non d&#233;form&#233;e, la position de Hannah Arendt sur la question, telle qu'elle est pr&#233;sent&#233;e &#224; plusieurs reprises dans l'&lt;i&gt;Essai sur la r&#233;volution&lt;/i&gt; et dans &lt;i&gt;The Human Condition&lt;/i&gt;, traduit en fran&#231;ais sous le titre, &lt;i&gt;Condition de l'homme moderne&lt;/i&gt;, dont je vous ai d&#233;j&#224; dit tout le mal que je pensais compte tenu du fait que les deux tiers du livre sont consacr&#233;s &#224; l'homme grec ancien. Pour Arendt, et je ne crois pas d&#233;former sa pens&#233;e, la vie politique des Grecs &#233;tait grande et belle parce qu'elle ne s'occupait pas des pauvres, l'essentiel n'&#233;tant pas d'&#234;tre pauvre ou riche mais d'&#234;tre citoyen. Ce qui bien entendu n'est vrai que jusqu'&#224; un certain point puisque sous Solon il y a des distinctions politiques bas&#233;es sur la fortune et que ces distinctions ne perdront leur importance pratique qu'au milieu du Ve si&#232;cle. Reste que la question &#233;conomique comme telle n'est effectivement jamais apparue au premier plan des activit&#233;s politiques. Mais laissons pour l'instant de c&#244;t&#233; la cit&#233; grecque. Qu'en est-il &#224; l'&#233;poque moderne ? L'attitude d'Arendt vis-&#224;-vis de Jefferson est curieuse. Elle est pleine d'admiration pour le grand penseur et l'homme politique que fut l'auteur de la D&#233;claration d'ind&#233;pendance. Or Jefferson &#233;tait tout &#224; fait conscient, de fa&#231;on tr&#232;s explicite, non pas de la d&#233;termination causale, mais du poids, de l'importance des conditions que l'on peut appeler socio-&#233;conomiques pour le r&#233;gime politique. C'est d'ailleurs pour cela qu'il &#233;tait tout simplement oppos&#233; &#224; l'industrialisation de la nouvelle r&#233;publique am&#233;ricaine car il voyait celle-ci comme la coexistence d'une multitude de propri&#233;taires agricoles ind&#233;pendants&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Corruption of morals in the mass of cultivators is a phenomenon of which (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Avec des esclaves, soit dit en passant ; mais cela est une autre histoire, et les m&#234;mes qui sont intarissables sur la d&#233;mocratie grecque &#171; bas&#233;e sur l'esclavage &#187; pr&#233;f&#232;rent ne pas insister l&#224;-dessus. Quoi qu'il en soit, c'est cela, la conception jeffersonienne de la d&#233;mocratie, et on peut dire que la fameuse phrase de Marx que je vous ai cit&#233;e mille fois sur le fait, &#224; mon avis exact, que la condition socio-&#233;conomique de la d&#233;mocratie antique &#233;tait la communaut&#233; des petits propri&#233;taires ind&#233;pendants&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;K. Marx, Le Capital, &#233;d. M. Rubel, Paris, Gallimard, coll. &#171; Biblioth&#232;que de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; n'est que l'&#233;cho, &#224; soixante ans d'&#233;cart, de cette pens&#233;e politique jeffersonienne.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7) Extrait du livre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Thucydide, la force et le droit. Ce qui fait la Gr&#232;ce, 3. S&#233;minaires 1984-1985.&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;La cr&#233;ation humaine IV&lt;/strong&gt;, Seuil, 2011, (&lt;strong&gt;CQFG3&lt;/strong&gt;, pages 162-165, s&#233;minaire du 27 f&#233;vrier 1985).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; C'est ce que dit &#224; peu pr&#232;s Jefferson dans le pr&#233;ambule de la D&#233;claration d'ind&#233;pendance am&#233;ricaine : les hommes ont cr&#233;&#233; des institutions pour pouvoir assurer ces droits individuels que sont la vie, la libert&#233; et la poursuite du bonheur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; &#8230;that to secure these rights [life, liberty and the pursuit of happiness], (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On peut penser aussi qu'&#224; partir du moment o&#249; un degr&#233; suffisant d'autonomie a &#233;t&#233; &#233;tabli dans la soci&#233;t&#233; moyennant son institution politique, il n'y a plus de question politique mais seulement un champ pour la libre activit&#233; des individus, des groupes ou de la soci&#233;t&#233; civile, pour reprendre le langage des Modernes. Vous savez que je ne partage pas ce point de vue. L'id&#233;e d'une autonomie qui serait fin d'elle-m&#234;me nous conduit &#224; une vue tout &#224; fait formelle et pour ainsi dire kantienne. Je l'ai dit plus d'une fois : nous voulons l'autonomie pour elle-m&#234;me et pour faire des choses. Pour faire quoi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. IIS (1964-1965), p. 130-138, r&#233;&#233;d. p. 141-150 ; &#171; La logique des magmas&#8230; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? C'est le fond de l'affaire. En tout &#233;tat de cause, qu'il s'agisse de l'Ath&#232;nes du Ve si&#232;cle ou des pays industrialis&#233;s en 1985, de l'Angleterre victorienne ou de la France de la Restauration, il est absolument impossible de s&#233;parer les institutions assurant l'autonomie politique, f&#251;t-elle relative, du reste de la vie sociale. Et cela pour toute une s&#233;rie de raisons, qui sont celles de l'anthropologie politique de P&#233;ricl&#232;s dans l'&#201;pitaphe, et en particulier que notre vie a &#224; voir dans une tr&#232;s grande mesure avec des objectifs, des &#339;uvres et des travaux qui par leur nature d&#233;passent l'individu et deviennent donc des objets de discussion et d'activit&#233; commune, c'est-&#224;-dire politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur cette question de la finalit&#233; de l'institution politique ancienne, de la &lt;i&gt;polis&lt;/i&gt;, il n'y a &#224; ma connaissance qu'un auteur moderne &#224; avoir pr&#233;sent&#233; une position qui vaille vraiment la peine d'&#234;tre discut&#233;e, une conception si j'ose dire substantive. Je ne vous surprendrai pas en vous disant qu'il s'agit de Hannah Arendt dans &lt;i&gt;The Human Condition&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Arendt, Condition de l'homme moderne (1958), Paris, Calmann-L&#233;vy, 1961, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour Arendt, la valeur de la d&#233;mocratie, non seulement comme les Grecs l'ont pratiqu&#233;e mais partout et toujours, vient du fait qu'il s'agit du r&#233;gime politique dans lequel les &#234;tres humains peuvent manifester ce qu'ils sont &#224; travers leurs actes et leurs paroles. On voit tout de suite ici l'opposition entre le monde grec, le monde de la cit&#233;, et ce qu'on peut appeler le monde du despotisme asiatique &#727;&#727; ou l'image que nous en avons, peu importe ici &#727;&#727; , c'est-&#224;-dire un monde o&#249; la quasi-totalit&#233; des individus est perdue dans une sorte d'anonymat social, ne peut avoir d'autre existence que priv&#233;e ; o&#249; il n'y a ni cr&#233;ation d'un espace public o&#249; chacun puisse faire appara&#238;tre ce qu'il est, ni v&#233;ritable temporalit&#233; historique, tout ce qui ne rel&#232;ve pas de la geste des rois sombrant dans l'oubli. Cet &#233;l&#233;ment &#727;&#727; se manifester par les mots et les actes &#727;&#727; &#233;tait certainement important dans les cit&#233;s grecques, il est sans doute li&#233; au caract&#232;re agnostique de la culture grecque que Burckhardt, le ma&#238;tre de Nietzsche, sut si bien mettre en valeur au XIXe si&#232;cle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Burckhardt, Histoire&#8230;, op. cit., en part. t. V, p. 115-155 ; cf. &#171; La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et cela vaut pour toutes les sph&#232;res de la vie, et pas seulement dans les cit&#233;s d&#233;mocratiques mais dans toutes les cit&#233;s. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans revenir trop longuement sur des points que j'ai d&#233;j&#224; suffisamment trait&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; La polis grecque&#8230; &#187;, DH, p. 303-305, r&#233;&#233;d. p. 380-382 ; CEL, p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, je voudrais insister sur le fait qu'il est impossible de r&#233;duire la signification et la finalit&#233; de la d&#233;mocratie en Gr&#232;ce au &#171; se manifester &#187; dont parle Hannah Arendt. Et qu'il est tout aussi impossible de d&#233;fendre ou de soutenir la d&#233;mocratie sur cette base. Cette manifestation qu'elle permet est indiscutable mais elle ne saurait concerner tout le monde. Plus important, la position de Hannah Arendt fait l'impasse sur une question cruciale, celle du contenu ou de la substance de ce qui est manifest&#233;. Pour aller tout de suite &#224; la limite : Hitler et Staline et leurs compagnons fameux et inf&#226;mes ont certainement r&#233;v&#233;l&#233; par des actes et des paroles ce qu'ils &#233;taient, leur essence. Le simple fait de la manifestation ne nous dit rien sur la diff&#233;rence entre Th&#233;mistocle et P&#233;ricl&#232;s d'un c&#244;t&#233;, Cl&#233;on et Alcibiade de l'autre, entre b&#226;tisseurs et fossoyeurs de la d&#233;mocratie. C'est d'ailleurs parce qu'il importait au plus haut point &#224; Alcibiade ou &#224; Cl&#233;on de se manifester, au sens plein que Hannah Arendt donne au terme, qu'ils ont l'un et l'autre amen&#233; des catastrophes. Je crois que la conception substantive de la d&#233;mocratie &#224; Ath&#232;nes ne nous est donn&#233;e que dans la totalit&#233; des &#339;uvres de la &lt;i&gt;polis&lt;/i&gt;.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8) Extrait du livre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Thucydide, la force et le droit. Ce qui fait la Gr&#232;ce, 3. S&#233;minaires 1984-1985. La cr&#233;ation humaine IV&lt;/strong&gt;, Seuil, 2011, (&lt;strong&gt;CQFG3&lt;/strong&gt;, pages 216-219, s&#233;minaire du 13 mars 1985).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce passage pourrait constituer, sur le th&#232;me des droits de l'homme, une r&#233;ponse simple, claire et tranchante de Castoriadis &#224; Hannah Arendt (m&#234;me si elle n'est pas nomm&#233;e)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Question [d'un auditeur] :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Peut-on poser la question de l'universalit&#233; des droits sans se r&#233;f&#233;rer &#224; une essence m&#233;ta-historique ou m&#233;ta-sociale ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous disons, en effet, que l'&#233;galit&#233; des &#234;tres humains vaut non seulement pour les Fran&#231;ais, les Anglais ou les Am&#233;ricains, mais vaut ou devrait valoir aussi pour les Mexicains, les Nicaraguayens, les Irakiens, les Iraniens, Les Ougandais, les N&#233;o-Cal&#233;doniens, etc. Sur quoi nous appuyons-nous pour le dire ? On sait que la D&#233;claration d'ind&#233;pendance am&#233;ricaine invoque un Dieu cr&#233;ateur qui fait les hommes libres et &#233;gaux. La R&#233;volution fran&#231;aise, elle, ne mentionne pas de Dieu, mais se r&#233;f&#232;re &#224; des hommes n&#233;s avec un certain nombre de droits. C'est une dotation native et naturelle. Vous demandez si cette notion d'universalit&#233; est compatible avec ce que je dis. Mais je vous rappelle que ce que j'avance ici concerne la conception grecque ancienne. Je le redis pour &#233;viter les malentendus : quand nous exigeons l'&#233;galit&#233; des droits, c'est une &lt;i&gt;position&lt;/i&gt; politique, et nous savons tr&#232;s bien qu'elle ne peut pas &#234;tre fond&#233;e rationnellement ou philosophiquement, encore moins sur une r&#233;v&#233;lation ou sur la nature. Cette &#233;galit&#233; est une signification imaginaire politique. Nous voulons une soci&#233;t&#233; dans laquelle les individus soient &#233;gaux et libres. Pourquoi, dira-t-on, la voulez-vous ? Nous la voulons, c'est tout. &lt;i&gt;Because&lt;/i&gt;, comme a dit un rabbin lorsqu'on lui a demand&#233; pourquoi la langue officielle de l'&#201;tat d'Isra&#235;l devait &#234;tre l'h&#233;breu et non le yiddish. De fait, toute discussion de cette question implique d&#233;j&#224; que mon interlocuteur a accept&#233; l'&#233;galit&#233; entre ceux qui discutent &#8211; sinon, il me dira : je suis l'ayatollah Untel, je sais ce que Dieu veut, je n'ai pas &#224; discuter avec toi mais je te force &#224; te convertir ou je te tue&#8230;La discussion n'est possible que sur la base de cette premi&#232;re concession ; le reste peut alors &#234;tre &#233;labor&#233;, cela devient une suite de questions concr&#232;tes : pourquoi pas les femmes ? Pourquoi pas les jeunes, et &#224; partir de quel &#226;ge ? Qui est fou ? Etc. Voil&#224; ma position. La position grecque, nous l'avons vu, est beaucoup plus limit&#233;e. Et par rapport &#224; celle-ci, qui pose l'&#233;galit&#233; de droits entre &#233;gaux et le r&#232;gne de la force entre in&#233;gaux, rien n'a chang&#233; dans la r&#233;alit&#233;. Les Grecs anciens sont simplement francs alors que les Modernes sont hypocrites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question [d'un auditeur] :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le probl&#232;me des droits de l'homme est-il alors un faux probl&#232;me ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'existe pas de probl&#232;me des droits de l'homme. Il existe une exigence de droits pour les &#234;tres humains. Un probl&#232;me, ce serait de l'ordre de l'infinit&#233; des nombres premiers, de la conciliation de la relativit&#233; g&#233;n&#233;rale avec les quanta, etc. Mais les droits de l'homme sont l'objet d'une &lt;i&gt;affirmation&lt;/i&gt; politique qui signifie qu'on doit renoncer &#224; l'illusion d'un fondement transcendant, divin ou naturel ; on doit affirmer que l'exigence de l'&#233;galit&#233; humaine est une cr&#233;ation historique et que nous la soutenons et voulons l'&#233;tendre, pour des raisons qui peuvent &#234;tre explicit&#233;es, &#233;lucid&#233;es &#224; condition que l'on partage un minimum de postulats. Par exemple, celui de l'&#233;galit&#233; des interlocuteurs, celui du r&#232;gne de la discussion plut&#244;t que de la force brute ou de la r&#233;v&#233;lation. Or l'h&#233;t&#233;ronomie r&#233;appara&#238;t parce que les gens n'osent pas dire : nous voulons l'&#233;galit&#233;, la libert&#233;, &lt;i&gt;parce que&lt;/i&gt; nous les voulons et qu'en vertu d'une cr&#233;ation historique r&#233;affirm&#233;e, reprise et r&#233;fl&#233;chie, nous donnons une extension nouvelle &#224; certaines significations imaginaires telles que d&#233;mocratie, libert&#233;, &#233;galit&#233;, etc. Les gens semblent avoir besoin de se cacher derri&#232;re leur petit doigt : ce n'est pas nous, c'est Dieu, ou la Nature, ou la Raison, etc. Ce qui de toute &#233;vidence est philosophiquement &#224; la fois futile et faux. &lt;&#8230;&gt; Il y a un moment, &lt;i&gt;au d&#233;part&lt;/i&gt; de toute discussion, qui comporte une position fondamentale. Vous ne pouvez pas tout d&#233;montrer. Toute d&#233;monstration pr&#233;suppose quelque chose. La position de toute religion r&#233;v&#233;l&#233;e, elle, est bas&#233;e en dernier recours sur des textes qui ne sauraient contenir leur propre interpr&#233;tation, d'o&#249; d'interminables querelles, massacres, etc. La th&#233;ologie n'est pas univoque, elle n'&#233;chappe pas &#224; l'ambigu&#239;t&#233; de l'histoire. Mais il ne faut pas croire non plus que la pens&#233;e philosophique puisse donner des r&#233;ponses simples et d&#233;finitives. En ce qui concerne la philosophie politique, elle aussi est oblig&#233;e de partir d'un postulat, qui ne peut pas &#234;tre fond&#233; mais seulement &#233;lucid&#233; et justifi&#233; par ses cons&#233;quences &#8211; mais seulement pour ceux qui ont accept&#233; d'entrer dans ce parcours. &lt;&#8230;&gt; Ainsi, l'universalit&#233; des droits comme exigence, c'est quelque chose &#224; partir de quoi je peux discuter, et cette discussion peut agir comme un acide qui dissout certaines structures (pas toutes, contrairement &#224; ce que croyaient le progressisme europ&#233;en et le marxisme au XIXe si&#232;cle), ce qui ouvre une interrogation anthropologique : comment se fait-il qu'&#224; P&#233;kin, en 1975, d&#232;s qu'il y a eu une petite fen&#234;tre de libert&#233;, on ait vu aussit&#244;t fleurir les dazibaos exigeant le droit &#224; la parole, &#224; la libre pens&#233;e, etc. ? Est-ce la nature humaine qui a parl&#233; ? Mais alors pourquoi n'aurait-elle rien dit de tel en Chine pendant quatre mille ans ? On peut penser que l'influence de certaines id&#233;es a jou&#233; l&#224;-dedans, parfois par des voies tr&#232;s d&#233;tourn&#233;es comme celles du pseudo-marxisme. Bien s&#251;r que l'&#234;tre humain peut &#234;tre un terrain fertile pour l'id&#233;e de libert&#233; et ce qui s'ensuit &#8211; mais cela ne pousse pas automatiquement. C'est pourquoi nous avons parl&#233; de germe, en l'occurrence europ&#233;en &#8211; ou ce que nous trouvons ailleurs d'analogue &#8211;, celui-l&#224; m&#234;me que nous choisissons et qu'il s'agit de reprendre. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9) Extrait de l'article non publi&#233; apr&#232;s sa r&#233;daction en 1980, mais publi&#233; dans &lt;strong&gt;EP6&lt;/strong&gt;, 2016 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;strong&gt;Parti, &#201;tat, Totalitarisme &lt;/strong&gt; &#187;, (p. 475-477), contredisant la th&#232;se d'Arendt selon laquelle le totalitarisme ne commence pas avec L&#233;nine en 1921, mais avec Staline en 1929 (&lt;i&gt;in&lt;/i&gt; &lt;strong&gt;Les origines du totalitarisme&lt;/strong&gt;, Arendt, 1951)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Ce que L&#233;nine, sans le savoir-vouloir, a cr&#233;&#233; et install&#233; en Russie, a &#233;t&#233; le premier &#201;tat totalitaire moderne tant bien que mal imit&#233; par la suite, faiblement par le fascisme, moins faiblement par le nazisme qui est quand m&#234;me toujours rest&#233; inf&#233;rieur &#224; son mod&#232;le. Le terme &#171; &#201;tat &#187; est ici une concession &#224; la terminologie traditionnelle. L'&#339;uvre de L&#233;nine a &#233;t&#233; la cr&#233;ation d'un parti exer&#231;ant le pouvoir comme aucun autre auparavant dans l'histoire, et d'un Parti dominant l'&#201;tat, pour lequel l'&#201;tat ne devait &#234;tre qu'un souple instrument : le Parti devait dominer, et a en fait domin&#233;, la soci&#233;t&#233;, l&#224; m&#234;me o&#249; l'&#201;tat n'avait, en fait ou en droit, aucun r&#244;le : qu'il s'agisse de r&#233;pression et d'extermination des opposants vrais ou fictifs, ou qu'il s'agisse de l' &#171; impulsion &#187; &#8211; productive, militaire, id&#233;ologique &#8211;, au Parti a toujours appartenu non seulement la &#171; direction &#187; et l' &#171; orientation &#187;, mais le contr&#244;le le plus d&#233;taill&#233; de l'application et m&#234;me, le plus souvent, l'ex&#233;cution en fait directe (le responsable du Parti portant pour l'occasion la casquette du fonctionnaire de l'&#201;tat) de la politique suivie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours est-il que l'effort de L&#233;nine, poursuivi et, substantiellement, men&#233; &#224; son terme par Staline &#224; travers un oc&#233;an de sang a &#233;t&#233;, d&#232;s le premier jour en antinomiquement, de restaurer et recomposer la machine bureaucratique de l'&#201;tat tsariste et en m&#234;me temps de la soumettre int&#233;gralement au contr&#244;le d&#233;taill&#233;, minutieux, tatillon du Parti. Il y avait l&#224; un moment de cr&#233;ation historique &#8211; aussi monstrueuse soit-elle &#8211;, de novation radicale. Cette cr&#233;ation est celle d'une soci&#233;t&#233; domin&#233;e par le Parti/&#201;tat &#8211; dont il n'y a pas, que je sache, de pr&#233;c&#233;dent historique, du moins aussi &#171; pur &#187; et aussi &#171; durable &#187;. Sans vouloir donner trop d'importance &#224; des questions de terminologie traduites par une diff&#233;rence aussi t&#233;nue, je persiste &#224; &#233;crire et &#224; dire : Parti/&#201;tat et non pas &#201;tat/Parti. La premi&#232;re formule dit mieux que c'est le Parti &#171; qui est &#187; l'&#201;tat, qui accomplit les &#171; fonctions &#187; de l'&#201;tat, qui a substantiellement &#171; r&#233;sorb&#233; &#187; l'&#201;tat, tandis que la deuxi&#232;me risque de laisser croire qu'il n'y a ici qu'une variante de la forme classique de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, quelque peu trop hypoth&#233;qu&#233;es d'une part par la tendance (la n&#233;cessit&#233; ?) de rejeter &#224; la fois les apologies et les semi-apologies marxistes, marxisantes, trotskistes du r&#233;gime russe ; par le poids r&#233;manent des cat&#233;gories et des concepts traditionnels sur les &#171; classes &#187;, &#171; l'&#201;tat &#187;, la &#171; soci&#233;t&#233; civile &#187; et leurs rapports ; par la volont&#233; de clarifier, au plan politique et id&#233;ologique &#233;troits, la question du totalitarisme, les discussions du r&#233;gime russe ont peut-&#234;tre jusqu'ici m&#233;connu quelque peu son originalit&#233; en tant que &lt;i&gt;forme&lt;/i&gt; social-historique. &#192; cela a contribu&#233;, pour une part non n&#233;gligeable aussi, la notion de totalitarisme, justifi&#233;e d'un c&#244;t&#233;, mais d'un autre impliquant une assimilation trop rapide, et finalement fausse, entre les r&#233;gimes nazi (et, &#224; un moindre degr&#233;, fasciste) et communiste stalinien. [&lt;i&gt;Annot. marg. Manuscr. &lt;/i&gt; : H. Arendt]. Du point de vue qui nous importe ici, ce qui me semble &#224; la fois &#233;l&#233;mentaire et &#233;vident, &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; n&#233;glig&#233; la plupart du temps dans les analyses du totalitarisme, a &#233;t&#233; la profonde modification du r&#244;le de l'&#201;tat. L'accent a &#233;t&#233; toujours mis sur l' &#171; absorption de la soci&#233;t&#233; civile par l'&#201;tat &#187;, cet &#201;tat &#233;tant certes contr&#244;l&#233; ou domin&#233; par le parti unique. Mais en v&#233;rit&#233;, ce que le totalitarisme communiste stalinien effectue, c'est la destruction de la soci&#233;t&#233; civile &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; la destruction de l'&#201;tat. Ce que la soci&#233;t&#233; russe r&#233;alise, depuis 1921 jusqu'&#224; maintenant &#8211; sous r&#233;serve de cette nouvelle orientation que repr&#233;sente l'&#233;mergence de l'Arm&#233;e dans la p&#233;riode r&#233;cente, et sur quoi je reviendrai plus bas &#8211; est un type de soci&#233;t&#233; o&#249; l'&#201;tat est, en fait, destitu&#233; de son r&#244;le d'instance relativement ind&#233;pendante (quant &#224; la l&#233;galit&#233; r&#233;guli&#232;re, quant au fonctionnement de l'Appareil, quant &#224; son peuplement) et transform&#233; en pur instrument, en principe et en fait modelable &#224; souhait, du Parti. La soci&#233;t&#233; russe a r&#233;alis&#233;, on peut dire, la vue la plus &#171; marxiste vulgaire &#187; du r&#244;le et de la nature de l'&#201;tat : l'&#201;tat est un simple outil au service de la strate dominante de la soci&#233;t&#233;, le Parti. &#034;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Hannah Arendt, &lt;i&gt;The Human Condition&lt;/i&gt;, Chicago, The University of Chicago Press, 1958 ; trad. fr. &lt;i&gt;Condition de l'homme moderne&lt;/i&gt;, Paris, Calmann-L&#233;vy, 1961, r&#233;&#233;d. Coll. &#171; Agora &#187;, 1988.(note 10, p. 80, &lt;strong&gt;CQFG2&lt;/strong&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir Hannah Arendt, &lt;i&gt;Essai sur la r&#233;volution&lt;/i&gt; (1963), trad. fr., Paris, Gallimard, coll. &#171; Les essais &#187;, 1967. (note 11, p. 81, &lt;strong&gt;CQFG2 &lt;/strong&gt; ; nouvelle trad. fr. de &lt;i&gt;On revolution&lt;/i&gt;, sous le titre : &lt;i&gt;De la r&#233;volution&lt;/i&gt;, Gallimard 2012)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Politique&lt;/i&gt;, III, 1277b-1278a. (note 12, p. 82, &lt;strong&gt;CQFG2&lt;/strong&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. sur ce point &#171; La &lt;i&gt;polis&lt;/i&gt; grecque&#8230; &#187;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 293 &lt;i&gt;sq&lt;/i&gt;., r&#233;&#233;d. p. 366 &lt;i&gt;sq&lt;/i&gt;. (note 8, p. 106, &lt;strong&gt;CQFG2 &lt;/strong&gt; ; il est fait r&#233;f&#233;rence ici &#224; l'article de &lt;strong&gt;CL2&lt;/strong&gt;, intitul&#233; : &#171; La &lt;i&gt;polis&lt;/i&gt; grecque et la cr&#233;ation de la d&#233;mocratie &#187; dont Castoriadis dit, dans une note : &#171; Les principales id&#233;es de ce texte ont &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;es pour la premi&#232;re fois lors d'une conf&#233;rence (29 octobre 1979) au s&#233;minaire du Max-Planck Institut &#224; Starnberg, anim&#233; par J&#252;rgen Habermas, auquel participaient notamment Johann Arnason, Ernst Tugendhat et Albrecht Wellmer &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;H. Arendt, &lt;i&gt;Condition de l'homme moderne&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, sp&#233;c. p. 59-65. (note 9, p. 106, &lt;strong&gt;CQFG2&lt;/strong&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 348-349, 367-369.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sur ce qui suit, cf. C. Castoriadis, &#171; La &lt;i&gt;polis&lt;/i&gt; grecque&#8230; &#187;, &lt;i&gt;loc. cit.&lt;/i&gt;, p. 303-306, r&#233;&#233;d. p. 379-382. (note 6, p. 159, &lt;strong&gt;CQFG2&lt;/strong&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir Jacob Burckhardt, &lt;i&gt;Histoire de la civilisation grecque&lt;/i&gt;, Vevey (Suisse), &#201;ditions de l'Aire, 2002 (trad. fr. en 5 tomes de &lt;i&gt;Griechische Kulturgeschichte&lt;/i&gt; [1989], Leizig, K&#246;rner, 1929, 3 vol.), en part. t. V, p. 115-155. (note 7, p. 159, &lt;strong&gt;CQFG2&lt;/strong&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;(Il s'agit plut&#244;t de Cl&#233;on (homme politique) qui est d&#233;sign&#233; ici dans ces deux occurrences de &#171; Cr&#233;on &#187; (personnage de la mythologie grecque). Castoriadis &#233;crit d'ailleurs : &#171; Cl&#233;on et Alcibiade &#187; dans l'extrait n&#176;7, ci-apr&#232;s, 5e ligne &#224; partir de la fin. Il y a sans doute une erreur de transcription du s&#233;minaire oral de Castoriadis)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Thucydide, II, 35-46. (note 8, p. 161, &lt;strong&gt;CQFG2&lt;/strong&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. &lt;i&gt;CEL&lt;/i&gt;, p. 80 &lt;i&gt;sq.&lt;/i&gt; (note 4, p. 96, &lt;strong&gt;CQFG3&lt;/strong&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.,&lt;/i&gt; p. 80-81, 106-110 ; H. Arendt, &lt;i&gt;Essai sur la r&#233;volution&lt;/i&gt; (1963), Paris, Gallimard, coll. &#171; Les essais &#187;, 1967 (r&#233;&#233;d. coll. &#171; Tel &#187;, 1985), p. 77-78, 82-165.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(note 5, p. 96, &lt;strong&gt;CQFG3&lt;/strong&gt;) (nouvelle traduction : &lt;i&gt;De la r&#233;volution&lt;/i&gt;, Gallimard, 2012)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; &#171; &lt;i&gt;Corruption of morals in the mass of cultivators is a phenomenon of which no age nor nation has furnished an example. [&#8230;] While we&lt;/i&gt; &lt;i&gt;have land to labor then, let us never wish to see our citizens occupied at a workbench, or twirling a distaff. Carpenters, masons, smiths,&lt;/i&gt; &lt;i&gt;are wanting in husbandry ; but for the general operations of manufacture, let our workshops remain in Europe&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#171; Notes on Virginia &#187; [1784], &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; A. Koch et W. Peden [&#233;d.], &lt;i&gt;The Life and Selected Writings of Thomas Jefferson&lt;/i&gt; [1944], New York, The Modern Library, 1998, p. 259.) (note 6, p. 97-98, &lt;strong&gt;CQFG3&lt;/strong&gt;)&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;K. Marx, &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, &#233;d. M. Rubel, Paris, Gallimard, coll. &#171; Biblioth&#232;que de la Pl&#233;iade &#187;, 1963, livre I, 4e section, chap. 13, p.874. (note 7, p. 98, &lt;strong&gt;CQFG3&lt;/strong&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &#8230;&lt;i&gt;that to secure these rights [life, liberty and the pursuit of happiness], governments are institued amongst men&#8230;&lt;/i&gt; &#187; (&#171; The Declaration of Independence, July 4, 1776 &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; R. Hofstadter (&#233;d.), &lt;i&gt;Great issues&#8230;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 70-74. (note 11, p. 162, &lt;strong&gt;CQFG3&lt;/strong&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. &lt;i&gt;IIS&lt;/i&gt; (1964-1965), p. 130-138, r&#233;&#233;d. p. 141-150 ; &#171; La logique des magmas&#8230; &#187; (1981), &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; &lt;i&gt;DH&lt;/i&gt;, p. 410-418, r&#233;&#233;d. p. 513-523 ; &#171; La &lt;i&gt;polis&lt;/i&gt; grecque&#8230; &#187;, &lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;., p. 303, r&#233;&#233;d. p. 379. (note 12, p. 162, &lt;strong&gt;CQFG3&lt;/strong&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;H. Arendt, &lt;i&gt;Condition de l'homme moderne&lt;/i&gt; (1958), Paris, Calmann-L&#233;vy, 1961, r&#233;&#233;d. Presses Pocket, coll. &#171; Agora &#187;, 1988, p. 251-268. (note 13, p. 163, &lt;strong&gt;CQFG3&lt;/strong&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;J. Burckhardt, &lt;i&gt;Histoire&#8230;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, en part. t. V, p. 115-155 ; &lt;i&gt;cf.&lt;/i&gt; &#171; La &lt;i&gt;polis&lt;/i&gt; grecque&#8230; &#187;, &lt;i&gt;DH&lt;/i&gt;, p. 303-306, r&#233;&#233;d. p. 379-382 ; &lt;i&gt;CEL&lt;/i&gt;, p. 159. (note 14, p.163, &lt;strong&gt;CQFG3&lt;/strong&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir &#171; La &lt;i&gt;polis &lt;/i&gt;grecque&#8230; &#187;, &lt;i&gt;DH&lt;/i&gt;, p. 303-305, r&#233;&#233;d. p. 380-382 ; &lt;i&gt;CEL&lt;/i&gt;, p. 158-163. (note 15, p. 164, &lt;strong&gt;CQFG3&lt;/strong&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'id&#233;e de r&#233;volution</title>
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		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Castoriadis C.</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Entretien publi&#233; dans la revue &#171; Le D&#233;bat &#187;, n&#176; 57, novembre-d&#233;cembre 1989, puis repris dans &#171; Le monde morcel&#233;. Les carrefours du labyrinthe Tome 3 &#187; [1990], r&#233;&#233;d. 2000, pp. 191-212. Le D&#233;bat : Comment situer au juste la R&#233;volution fran&#173;&#231;aise dans la s&#233;rie des grandes r&#233;volutions, r&#233;volution anglaise, r&#233;volution am&#233;ricaine, qui marquent l'entr&#233;e dans la modernit&#233; politique ? Et comment comprendre, par rapport &#224; ses devanci&#232;res, qu'elle ait acquis ce statut de r&#233;volution-mod&#232;le, de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-sociale-democratie-" rel="directory"&gt;Autonomie sociale : D&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-56-castoriadis-c-+" rel="tag"&gt;Castoriadis C.&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-130-entretien-+" rel="tag"&gt;Entretien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-57-revolution-+" rel="tag"&gt;Revolution&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entretien publi&#233; dans la revue &#171; Le D&#233;bat &#187;, n&#176; 57, novembre-d&#233;cembre 1989, puis repris dans &#171; Le monde morcel&#233;. Les carrefours du labyrinthe Tome 3 &#187; [1990], r&#233;&#233;d. 2000, pp. 191-212.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;e D&#233;bat : &lt;/strong&gt;Comment situer au juste la R&#233;volution fran&#173;&#231;aise dans la s&#233;rie des grandes r&#233;volutions, r&#233;volution anglaise, r&#233;volution am&#233;ricaine, qui marquent l'entr&#233;e dans la modernit&#233; politique ? Et comment comprendre, par rapport &#224; ses devanci&#232;res, qu'elle ait acquis ce statut de r&#233;volution-mod&#232;le, de r&#233;volution par excellence ? Qu'est&#173; ce qu'elle introduit de v&#233;ritablement nouveau ? S'il est une histoire de l'id&#233;e m&#234;me de r&#233;volution, quelle place y occupe-t-elle ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cornelius Castoriadis : &lt;/strong&gt;Il importe de commencer en soulignant la sp&#233;cificit&#233; de la cr&#233;ation historique que repr&#233;sente la R&#233;volution fran&#231;aise. Elle est la premi&#232;re r&#233;volution qui pose clairement l'id&#233;e d'une auto-institution explicite de la soci&#233;t&#233;. On connaissait dans l'histoire mon&#173;diale des &#233;meutes frumentaires, des r&#233;voltes d'esclaves, des guerres de paysans ; on connaissait des coups d'&#201;tat, des monarques qui entreprennent des r&#233;formes, on conna&#238;t aussi quelques r&#233;-institutions plus ou moins radicales comme celle de Mahomet, par exemple, mais qui invoque une r&#233;v&#233;lation, &#224; savoir une source et un fondement extra&#173; sociaux. Mais en France c'est la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me, ou une &#233;norme partie de cette soci&#233;t&#233;, qui se lance dans une entreprise qui devient, tr&#232;s rapidement, une entreprise d'auto&#173; institution explicite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette radicalit&#233;, on ne la trouve pas dans la r&#233;volution anglaise, certes, mais m&#234;me pas dans la r&#233;volution am&#233;ri&#173;caine. En Am&#233;rique du Nord l'institution de la soci&#233;t&#233;, m&#234;me si elle est d&#233;clar&#233;e comme proc&#233;dant de la volont&#233; des hommes, reste ancr&#233;e dans le religieux, comme elle reste ancr&#233;e dans le pass&#233; par la &lt;i&gt;Common Law&lt;/i&gt; anglaise. Surtout, elle est limit&#233;e dans son ambition. Les P&#232;res fon&#173;dateurs, et le mouvement qu'ils expriment, re&#231;oivent du pass&#233; un &#233;tat social qu'ils consid&#232;rent comme appropri&#233; et auquel ils ne pensent pas qu'il y ait quelque chose &#224; chan&#173;ger. Il ne reste, &#224; leurs yeux, qu'&#224; instituer le compl&#233;ment politique de cet &#233;tat social. &#192; cet &#233;gard, le parall&#232;le avec le mouvement d&#233;mocratique dans le monde grec ancien est int&#233;ressant. Les Grecs certes d&#233;couvrent que toute institu&#173;tion de la soci&#233;t&#233; est auto-institution &#8211; qu'elle rel&#232;ve du &lt;i&gt;nomos&lt;/i&gt;, non de la &lt;i&gt;phusis&lt;/i&gt;. Ils anticipent dans la pratique les cons&#233;quences de cette d&#233;couverte, en tout cas dans les cit&#233;s d&#233;mocratiques et notamment &#224; Ath&#232;nes. Cela est clair d&#232;s le VIe si&#232;cle, se confirme avec Solon et culmine avec la r&#233;volution de Clisth&#232;ne (508-506), caract&#233;ris&#233;e, comme on sait, par une radicalit&#233; audacieuse &#224; l'&#233;gard de l'articu&#173;lation socio-politique h&#233;rit&#233;e, qu'elle bouleverse pour la rendre conforme &#224; un fonctionnement politique d&#233;mocra&#173;tique. Malgr&#233; cela, I'auto-institution explicite ne deviendra jamais principe de l'activit&#233; politique couvrant la totalit&#233; de l'institution sociale. La propri&#233;t&#233; n'est jamais vraiment mise en cause, pas plus que le statut des femmes, pour ne pas parler de l'esclavage. La d&#233;mocratie ancienne vise &#224; r&#233;aliser, et r&#233;alise, l'auto-gouvernement effectif de la com&#173;munaut&#233; des adultes m&#226;les libres, en touchant le moins possible aux structures &#233;conomiques et sociales re&#231;ues. Seuls les philosophes (quelques sophistes au Ve si&#232;cle, Platon au IVe) iront au-del&#224;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, pour les P&#232;res fondateurs am&#233;ricains, il y a un donn&#233; social (&#233;conomique, moral, religieux) qui est accept&#233;, qu'il faut m&#234;me activement pr&#233;server (Jefferson est contre l'industrialisation parce qu'il voit dans la libre propri&#233;t&#233; agraire la pierre angulaire de la libert&#233; politique) et auquel il faut fournir la structure politique correspondante. Celle-ci est certes &#171; fond&#233;e &#187; ailleurs &#8211; sur les &#171; principes &#187; de la &lt;i&gt;D&#233;claration&lt;/i&gt; qui traduisent l'imaginaire universaliste des &#171; droits naturels &#187;. Mais par une miracu&#173;leuse co&#239;ncidence &#8211; d&#233;cisive pour l' &#171; exceptionnalisme &#187; am&#233;ricain &#8211; les deux structures, sociale et politique, se trouveront correspondre pendant quelques d&#233;cennies. Ce que Marx appelait la base socio-&#233;conomique de la d&#233;mo&#173;cratie antique, la communaut&#233; des petits producteurs ind&#233;&#173;pendants, se trouve aussi &#234;tre pour partie la r&#233;alit&#233; de l'Am&#233;rique du Nord &#224; l'&#233;poque de Jefferson et le point d'appui de la vision politique de celui-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or la grandeur et l'originalit&#233; de la R&#233;volution fran&#231;aise se trouvent, &#224; mon sens, dans cela m&#234;me qu'on lui reproche si souvent : qu'elle tend &#224; mettre en question, en droit, la totalit&#233; de l'institution existante de la soci&#233;t&#233;. La R&#233;volu&#173;tion fran&#231;aise ne peut pas cr&#233;er politiquement, si elle ne d&#233;truit pas socialement. Les constituants le savent et le disent. La r&#233;volution anglaise et m&#234;me la r&#233;volution am&#233;&#173;ricaine peuvent se donner d'elles-m&#234;mes la repr&#233;sentation d'une restauration et r&#233;cup&#233;ration d'un suppos&#233; pass&#233;. Les quelques tentatives, en France, de se r&#233;f&#233;rer &#224; une tradition ont rapidement avort&#233;, et ce qu'en dit Burke est de la pure mythologie. Hannah Arendt commet une b&#233;vue &#233;norme lorsqu'elle reproche aux r&#233;volutionnaires fran&#231;ais de s'&#234;tre occup&#233;s de la question sociale, en pr&#233;sentant celle-ci comme revenant &#224; des pr&#233;occupations philanthropiques et &#224; la piti&#233; pour les pauvres. B&#233;vue double. D'abord &#8211; et cela reste &#233;ternellement vrai &#8211; la question sociale est une ques&#173;tion politique : en termes classiques (d&#233;j&#224; chez Aristote), la d&#233;mocratie est-elle compatible avec la coexistence d'une extr&#234;me richesse et d'une extr&#234;me pauvret&#233; ? En termes contemporains : le pouvoir &#233;conomique n'est-il pas, &lt;i&gt;ipso facto&lt;/i&gt;, aussi pouvoir politique ? Ensuite, en France l'Ancien R&#233;gime n'est pas une structure simplement politique ; c'est une structure sociale totale. Royaut&#233;, noblesse, r&#244;le et fonction de l'&#201;glise dans la soci&#233;t&#233;, propri&#233;t&#233;s et privil&#232;ges tiennent au plus intime de la texture de l'ancienne soci&#233;t&#233;. C'est tout l'&#233;difice social qui est &#224; reconstruire, sans quoi une transformation politique est mat&#233;riellement impos&#173;sible. La R&#233;volution fran&#231;aise ne peut pas, le voudrait&#173; elle, superposer simplement une organisation politique d&#233;mocratique &#224; un r&#233;gime social qu'elle laisserait intact. Comme si souvent chez Hannah Arendt, les id&#233;es l'emp&#234;&#173;chent de voir les faits. Mais les grands faits historiques sont des id&#233;es plus lourdes que les id&#233;es des philosophes. Le &#171; pass&#233; vieux de mille ans &#187;, oppos&#233; au &#171; continent vierge &#187;, emporte n&#233;cessairement la n&#233;cessit&#233; de s'attaquer &#224; l'&#233;difice social comme tel. De ce point de vue, la r&#233;volu&#173;tion am&#233;ricaine ne peut &#234;tre effectivement qu'une &#171; excep&#173;tion &#187; dans l'histoire moderne, nullement la r&#232;gle et encore moins le mod&#232;le. Les constituants en ont pleinement conscience et le disent. L&#224; o&#249; la r&#233;volution am&#233;ricaine peut b&#226;tir sur l'illusion d'une &#171; &#233;galit&#233; &#187; d&#233;j&#224; existante dans l'&#233;tat social (illusion qui restera le fondement des analyses de Tocqueville cinquante ans plus tard), la R&#233;vo&#173;lution fran&#231;aise se trouve devant la r&#233;alit&#233; massive d'une soci&#233;t&#233; fortement in&#233;galitaire, d'un imaginaire de la royaut&#233; de droit divin, d'une &#201;glise centralis&#233;e au r&#244;le et aux fonctions sociales omnipr&#233;sents, de diff&#233;renciations g&#233;ographiques que rien ne peut justifier, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;LD : &lt;/strong&gt;Mais n'est-ce pas en m&#234;me temps ce par quoi elle tombe sous le coup de la critique de Burke, en ce que celle-ci a de profond ? Une g&#233;n&#233;ration peut-elle effec&#173;tuer une trou&#233;e dans l'histoire en op&#233;rant dans la disconti&#173;nuit&#233; pure ? Est-ce que le fondement d'une libert&#233; qui n'a plus pour appui la Providence ou la tradition, mais qui repose tout en lui-m&#234;me, n'est pas &#233;vanescent ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. : &lt;/strong&gt;C'est bien pourquoi les r&#233;volutionnaires invo&#173;quent constamment en 1789 &#8211; comme ils le feront pendant tout le XIXe et le XXe si&#232;cle &#8211; la Raison, ce qui aura aussi des cons&#233;quences n&#233;fastes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;LD : &lt;/strong&gt;Vous admettriez donc au moins une part de l'argumentaire burk&#233;en selon lequel il est difficile de fon&#173;der la libert&#233; sur la Raison ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. : &lt;/strong&gt;Il y a ici plusieurs points. D'abord, il ne s'agit pas de fonder la libert&#233; sur la Raison, puisque la Raison elle-m&#234;me pr&#233;suppose la libert&#233; &#8211; l'autonomie. La Raison n'est pas un dispositif m&#233;canique ou un syst&#232;me de v&#233;rit&#233;s toutes faites, elle est le mouvement d'une pens&#233;e qui n'admet d'autorit&#233; autre que sa propre activit&#233;. Pour acc&#233;&#173;der &#224; la Raison, il faut d'abord vouloir penser librement. Deuxi&#232;mement, il n'y a jamais de discontinuit&#233; pure. Lorsque je dis que l'histoire est cr&#233;ation &lt;i&gt;ex nihilo&lt;/i&gt;, cela ne signifie nullement qu'elle est cr&#233;ation &lt;i&gt;in nihilo, ni cum nihilo&lt;/i&gt;. La forme nouvelle &#233;merge, elle fait feu du bois qu'elle trouve, la rupture est dans le sens nouveau qu'elle conf&#232;re &#224; ce qu'elle h&#233;rite ou utilise. En troisi&#232;me lieu, Burke lui-m&#234;me est inconsistant. Il se laisse entra&#238;ner sur le terrain des r&#233;volutionnaires et admet implicitement le bien-fond&#233; de leurs pr&#233;suppos&#233;s, puisqu'il essaie de r&#233;futer &#171; rationnellement &#187; leurs conclusions, il se sent oblig&#233; de fonder en raison la valeur de la tradition. Or cela est une trahison de la tradition : une vraie tradition ne se discute pas. Burke, autrement dit, ne peut pas &#233;chapper &#224; la r&#233;flexivit&#233; dont il d&#233;nonce les effets dans la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;LD : &lt;/strong&gt;Est-ce que cette inconsistance &#244;te toute per&#173;tinence &#224; sa critique ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. : &lt;/strong&gt;Sa critique touche vrai, lorsqu'elle porte sur ce qu'il faut appeler la &#171; rationalisation m&#233;canique &#187; qui commence assez t&#244;t dans la R&#233;volution et qui conna&#238;tra un brillant avenir. Cela nous ram&#232;ne &#224; l'ambigu&#239;t&#233; de l'id&#233;e de Raison, que j'&#233;voquais tout &#224; l'heure. Pour le dire en termes philosophiques, la Raison des Lumi&#232;res est &#224; la fois proc&#232;s ouvert de critique et d'&#233;lucidation, impliquant, entre autres, la distinction tranch&#233;e entre &lt;i&gt;fait&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;droit&lt;/i&gt;, et entendement m&#233;canique et uniformisant. La critique philo&#173;sophique, puis la pratique r&#233;volutionnaire d&#233;truisent le simple fait &#8211; les institutions existantes &#8211; montrant qu'elles n'ont aucune raison d'&#234;tre autre que d'avoir d&#233;j&#224; &#233;t&#233;. (Ici aussi, Burke est dans l'ambigu&#239;t&#233;, puisqu'il soutient ce qui est &#224; la fois parce qu'il a &#233;t&#233; &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; parce qu'il est &#171; bon &#187; intrins&#232;quement.) Mais ensuite, apr&#232;s avoir d&#233;truit, il faut construire. &#192; partir de quoi ? C'est ici que rapidement la rationalit&#233; de l'entendement, rationalit&#233; m&#233;canique, prend le dessus. Les solutions qui apparaissent &#224; quelques-uns comme &#171; rationnelles &#187; devront &#234;tre impos&#233;es &#224; tous : on les forcera d'&#234;tre rationnels. Le principe de toute souverai&#173;net&#233; r&#233;side dans la Nation &#8211; mais cette Nation est rempla&#173;c&#233;e par la Raison de ses &#171; repr&#233;sentants &#187;, au nom de laquelle elle sera bouscul&#233;e, forc&#233;e, viol&#233;e, mutil&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il ne s'agit pas l&#224; d'un d&#233;veloppement &#171; philoso&#173;phique &#187;. L'imaginaire de la rationalit&#233; abstraite et m&#233;ca&#173;nique est partie prenante d'un processus social-historique lourd, qui ici encore pr&#233;figure exemplairement des traits d&#233;cisifs de l'histoire moderne. Le pouvoir s'absolutise, les &#171; repr&#233;sentants &#187; s'autonomisent. Un &#171; appareil &#187; se constitue, doublant les instances officielles et les contr&#244;&#173;lant (les Jacobins), embryon de ce que nous appellerions plus tard une bureaucratie politique sp&#233;cifique. Or cela n'est possible &#8211; l&#224;-dessus l'interpr&#233;tation de Michelet est &#224; mes yeux la bonne &#8211; qu'&#224; condition que le peuple se retire de la sc&#232;ne, et ce retrait est, en fait, sinon foment&#233;, au moins encourag&#233; par le nouveau pouvoir. De sorte que toute m&#233;diation vivante est supprim&#233;e : il y a d'un c&#244;t&#233; l'entit&#233; abstraite de la &#171; Nation &#187;, d'un autre c&#244;t&#233; ceux qui la &#171; repr&#233;sentent &#187; &#224; Paris, et, entre les deux, rien. Les conventionnels ne voulaient et ne pouvaient pas voir que l'autonomie des individus &#8211; la libert&#233; &#8211; ne peut pas s'instrumenter effectivement dans les seuls &#171; droits &#187; et dans des &#233;lections p&#233;riodiques, qu'elle n'est rien sans l'auto&#173;-gouvernement de toutes les formations collectives interm&#233;&#173;diaires, &#171; naturelles &#187; ou &#171; artificielles &#187;. Les anciennes m&#233;diations sont d&#233;truites (ce que d&#233;plorent aussi bien Burke que, cinquante ans plus tard, Tocqueville, tout en les id&#233;alisant fantastiquement), sans qu'on permette &#224; de nouvelles de se cr&#233;er. La &#171; Nation &#187;, poussi&#232;re d'individus th&#233;oriquement homog&#233;n&#233;is&#233;s, n'a plus d'existence poli&#173;tique autre que celle de ses &#171; repr&#233;sentants &#187;. Le jacobi&#173;nisme commence &#224; d&#233;lirer et la Terreur s'installe &#224; partir du moment o&#249; le peuple se retire de la sc&#232;ne et o&#249; l'indivi&#173;sibilit&#233; de la souverainet&#233; se transforme en absoluit&#233; du pouvoir, laissant les repr&#233;sentants dans un sinistre t&#234;te-&#224;&#173;-t&#234;te avec l'abstraction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;LD : &lt;/strong&gt;Comment appr&#233;ciez-vous le r&#244;le de la for&#173;mation de l'&#201;tat moderne dans la gen&#232;se de l'id&#233;e de r&#233;vo&#173;lution ? Le cas fran&#231;ais n'incite-t-il pas &#224; penser qu'il est consid&#233;rable ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. : &lt;/strong&gt;Ici encore je pense qu'il faut distinguer. L'id&#233;e centrale que r&#233;alise la R&#233;volution &#8211; et dans laquelle je vois son importance capitale pour nous &#8211; est celle de l'auto-ins&#173;titution explicite de la soci&#233;t&#233; par l'activit&#233; collective, lucide et d&#233;mocratique. Mais en m&#234;me temps la R&#233;volu&#173;tion ne se d&#233;gage jamais de l'emprise de cette pi&#232;ce cen&#173;trale de l'imaginaire politique moderne : l'&#201;tat. Je dis bien &#201;tat : appareil de domination s&#233;par&#233; et centralis&#233; &#8211; non pas pouvoir. Pour les Ath&#233;niens, par exemple, il n'y a pas d'&#171; &#201;tat &#187; &#8211; le mot m&#234;me n'existe pas ; le pouvoir, c'est&#171; nous &#187;, le &#171; nous &#187; de la collectivit&#233; politique. Dans l'imaginaire politique moderne, l'&#201;tat appara&#238;t comme in&#233;liminable. Il le reste pour la R&#233;volution, comme il le reste pour la philosophie politique moderne qui se trouve &#224; cet &#233;gard dans une situation plus que paradoxale : il lui faut justifier l'&#201;tat, tout en s'effor&#231;ant de penser la libert&#233;. Il s'agit d'asseoir la libert&#233; sur la n&#233;gation de la libert&#233;, ou d'en confier la garde &#224; son ennemi principal. Cette antino&#173;mie atteint son paroxysme sous la Terreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;LD : &lt;/strong&gt;Si l'on admet que l'&#201;tat moderne constitue l'une des pr&#233;conditions absolues de l'id&#233;e r&#233;volutionnaire, est-ce que cela ne limite pas l'ampleur de l'auto-institution que vous &#233;voquiez ? C'est une auto-institution qui v&#233;hicule une tradition d'autant plus forte qu'elle est ni&#233;e ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. : &lt;/strong&gt;L'imaginaire de l'&#201;tat limite le travail d'auto&#173; institution de la R&#233;volution fran&#231;aise. Il limite aussi, par la suite, le comportement effectif des mouvements r&#233;volutionnaires (&#224; l'exception de l'anarchisme). Il fait que l'id&#233;e de r&#233;volution s'identifie avec l'id&#233;e qu'il faut et qu'il suffit de s'emparer de l'&#201;tat pour transformer la soci&#233;t&#233; (la prise du palais d'Hiver, etc.). Il s'amalgame avec une autre signification imaginaire cardinale des Temps modernes, la Nation, trouvant l&#224; une source toute-puissante de mobilisa&#173;tion affective ; il devient l'incarnation de la Nation, &#201;tat&#173; Nation. Sans la mise en question de ces deux imaginaires, sans la rupture avec cette tradition, il est impossible de concevoir un nouveau mouvement historique d'auto-insti&#173;tution de la soci&#233;t&#233;. Ce qui est s&#251;r, c'est que l'imaginaire &#233;tatique et les institutions o&#249; il s'incarne ont pendant long&#173; temps canalis&#233; l'imaginaire r&#233;volutionnaire, et que c'est la logique de l'&#201;tat qui l'a finalement emport&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;LD : &lt;/strong&gt;Le XIXe si&#232;cle ajoute une composante essen&#173;tielle &#224; l'id&#233;e de la r&#233;volution, avec l'&#233;l&#233;ment de l'histoire. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. : &lt;/strong&gt;Il s'op&#232;re en effet, essentiellement avec et par Marx, une conflation, une union chimique entre la R&#233;volu&#173;tion et l'histoire. Les anciennes transcendances sont rem&#173;plac&#233;es par l'Histoire avec un grand H. Le mythe de l 'His&#173;toire et des Lois de l'Histoire, le mythe de la r&#233;volution comme accoucheuse de l'Histoire &#8211; donc, port&#233;e et justi&#173;fi&#233;e par un processus organique &#8211; se mettent &#224; fonctionner comme des substituts religieux, dans une mentalit&#233; mill&#233;&#173;nariste. Marx f&#233;tichise une repr&#233;sentation fabriqu&#233;e de la r&#233;volution. Le mod&#232;le Ancien R&#233;gime / d&#233;veloppement des forces productives / accouchement violent de nouveaux rap&#173;ports de production, qu'il construit &#224; partir de l'exemple suppos&#233; de la R&#233;volution fran&#231;aise, est &#233;rig&#233; en sch&#233;ma type de l'&#233;volution historique et projet&#233; dans l'avenir. Et ce qui reste encore &#224; cet &#233;gard ambigu et complexe sous la plume g&#233;niale de Marx devient totalement limpide et plat dans la vulgate marxiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;LD : &lt;/strong&gt;Vous nous amenez l&#224; justement &#224; la seconde r&#233;volution paradigmatique, celle de 1917. Qu'apporte-t-elle comme d&#233;veloppement sp&#233;cifique, de votre point de vue ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. : &lt;/strong&gt;Elle apporte deux &#233;l&#233;ments tout &#224; fait antino&#173;miques. D'abord, et ce d&#232;s 1905, une nouvelle forme d'auto-organisation collective d&#233;mocratique, le &lt;i&gt;soviet&lt;/i&gt;, qui prendra une nouvelle ampleur en 1917 et se prolongera dans les comit&#233;s de fabrique, tr&#232;s actifs et importants pen&#173;dant la p&#233;riode 1917-1919 et m&#234;me jusqu'&#224; 1921. Mais en m&#234;me temps, c'est en Russie que L&#233;nine cr&#233;e le prototype de ce que seront toutes les organisations totalitaires modernes, le parti bolchevique, qui tr&#232;s rapidement apr&#232;s octobre 1917 dominera les soviets, les &#233;touffera et les transformera en instruments et appendices de son propre pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;LD : &lt;/strong&gt;Est-ce qu'on n'est pas l&#224; en plein dans la domination de l'id&#233;e r&#233;volutionnaire par la logique de l'&#201;tat ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. : &lt;/strong&gt;Certainement. La construction de cette machine &#224; s'emparer du pouvoir d'&#201;tat t&#233;moigne de la dominance de l'imaginaire de l'&#201;tat. Mais elle t&#233;moigne aussi de la domi&#173;nance de l'imaginaire capitaliste : tout se passe comme si on ne savait pas s'organiser autrement. On n'a pas assez relev&#233; que L&#233;nine invente le taylorisme quatre ans avant Taylor. Le livre de Taylor est de 1906, le &lt;i&gt;Que faire ?&lt;/i&gt; est de 1902-1903. Et L&#233;nine y parle de division rigoureuse des t&#226;ches, avec des arguments de pure efficacit&#233; instrumentale ; on peut y lire, entre les lignes, l'id&#233;e de la &lt;i&gt;one best way&lt;/i&gt;. Il ne peut &#233;vi&#173;demment pas minuter chaque op&#233;ration. Mais il s'attache &#224; fabriquer ce monstre, m&#233;lange d'un parti-arm&#233;e, d'un parti&#173;-&#201;tat et d'un parti-usine, qu'il parviendra effectivement &#224; mettre sur pied &#224; partir de 1917. L'imaginaire &#233;tatique, mas&#173;qu&#233; dans la R&#233;volution fran&#231;aise, devient explicite avec le parti bolchevique, qui est un &#201;tat-arm&#233;e en germe d&#233;j&#224; avant la &#171; prise du pouvoir &#187;. (Double caract&#232;re qui sera encore plus manifeste en Chine.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;LD : &lt;/strong&gt;L'&#233;vocation de la r&#233;volution sovi&#233;tique am&#232;ne immanquablement la question du d&#233;voiement des r&#233;volutions, qui para&#238;t constituer leur &#171; loi d'airain &#187;. For&#173;mulons-la carr&#233;ment : le d&#233;rapage totalitaire n'est-il pas de n&#233;cessit&#233; inscrit dans l'ambition r&#233;volutionnaire, quand elle devient comme chez les modernes projet explicite de r&#233;institution de la soci&#233;t&#233; ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. : &lt;/strong&gt;D'abord r&#233;tablissons les faits. Il y a une r&#233;volution de f&#233;vrier 1917, il n'y a pas de &#171; r&#233;volution d'Octobre &#187; : en octobre 1917 il y a un putsch, un coup d'&#201;tat militaire. Comme on l'a d&#233;j&#224; dit, les auteurs du putsch ne parvien&#173;dront &#224; leurs fins que contre la volont&#233; populaire dans son ensemble &#8211; dissolution de l'Assembl&#233;e nationale en jan&#173;vier 1918 &#8211; et contre les organismes d&#233;mocratiques cr&#233;&#233;s &#224; partir de f&#233;vrier, soviets et comit&#233;s de fabrique. Ce n'est pas la r&#233;volution qui, en Russie, produit le totalitarisme, mais le coup d'&#201;tat du parti bolchevique, ce qui est tout &#224; fait autre chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;LD : &lt;/strong&gt;Mais peut-on aussi facilement couper les liens entre r&#233;volution et totalitarisme ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. : &lt;/strong&gt;Continuons sur les faits. Il y a eu installation du totalitarisme en Allemagne en 1933, mais pas de r&#233;volu&#173;tion (la &#171; r&#233;volution national-socialiste &#187; est un pur slo&#173;gan). Avec des sp&#233;cifications tout &#224; fait diff&#233;rentes, la m&#234;me chose est vraie pour la Chine en 1948-1949. D'un autre c&#244;t&#233;, sans l'intervention effective ou la menace virtuelle des divisions russes, la r&#233;volution hongroise de 1956 comme le mouvement de 1980-1981 en Pologne auraient certainement abouti au renversement des r&#233;gimes exis&#173;tants ; il est absurde de penser qu'ils auraient conduit au totalitarisme. Et il faut pr&#233;ciser que &#171; r&#233;volution &#187; ne veut pas dire du tout n&#233;cessairement barricades, violence, sang, etc. Si le roi d'Angleterre avait &#233;cout&#233; Burke en 1776, il n'y aurait pas eu de sang vers&#233; en Am&#233;rique du Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;LD : &lt;/strong&gt;Mais il n'y aurait peut-&#234;tre pas eu de r&#233;vo&#173;lution non plus. Peut-on s&#233;parer compl&#232;tement l'id&#233;e de r&#233;volution de l'id&#233;e de rupture ou de renversement de la l&#233;galit&#233; &#233;tablie ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. : &lt;/strong&gt;S&#251;rement pas ; mais cette rupture ne prend pas forc&#233;ment la forme du meurtre. Sans la guerre d'ind&#233;pen&#173;dance, les treize colonies de la Nouvelle-Angleterre se seraient probablement quand m&#234;me dot&#233;es d'une constitu&#173;tion r&#233;publicaine, en rupture avec la l&#233;galit&#233; monarchique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au plan des id&#233;es, maintenant : r&#233;volution ne signifie pas seulement tentative de r&#233;-institution explicite de la soci&#233;t&#233;. La r&#233;volution est cette r&#233;institution par l'activit&#233; collective et autonome du peuple, ou d'une grande partie de la soci&#233;t&#233;. Or, lorsque cette activit&#233; se d&#233;ploie, dans les Temps modernes, elle a pr&#233;sent&#233; toujours un caract&#232;re d&#233;mocratique. Et toutes les fois o&#249; un fort mouvement social a voulu transformer radicalement mais pacifique&#173; ment la soci&#233;t&#233;, il s'est heurt&#233; &#224; la violence du pouvoir &#233;ta&#173;bli. Pourquoi oublie-t-on la Pologne de 1981 ou la Chine de 1989 ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au totalitarisme, c'est un ph&#233;nom&#232;ne infiniment lourd et complexe, auquel on comprend tr&#232;s peu de chose par l'assertion : la r&#233;volution produit le totalitarisme (dont on a vu qu'elle est empiriquement fausse par les deux bouts : toutes les r&#233;volutions n'ont pas produit des totalita&#173;rismes, et tous les totalitarismes n'ont pas &#233;t&#233; li&#233;s &#224; des r&#233;volutions).Mais si l'on pense aux germes de l'id&#233;e tota&#173;litaire, impossible de n&#233;gliger d'abord le totalitarisme immanent &#224; l'imaginaire capitaliste : expansion illimit&#233;e de la &#171; ma&#238;trise rationnelle &#187;, et organisation capitaliste de la production dans l'usine : &lt;i&gt;one best way&lt;/i&gt;, discipline m&#233;ca&#173;niquement oblig&#233;e (les usines Ford &#224; Detroit en 1920 com&#173;posent des micro-soci&#233;t&#233;s totalitaires). Ensuite, la logique de l'&#201;tat moderne, laquelle, si on la laisse atteindre sa limite, tend &#224; la r&#233;gulation totale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;LD : &lt;/strong&gt;Vous parliez tout &#224; l'heure du r&#244;le de la rai&#173;son dans l'id&#233;e r&#233;volutionnaire. Est-ce qu'elle ne rev&#234;t pas notamment la forme du projet d'une ma&#238;trise rationnelle de l'histoire ? Et est-ce que ce projet ne contient pas malgr&#233; tout, au moins comme une de ses virtualit&#233;s, le risque d'un asservissement totalitaire ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. : &lt;/strong&gt;Nous arrivons alors &#224; une id&#233;e tout &#224; fait diff&#233;&#173;rente de la vulgate actuelle : si, et dans la mesure o&#249;, les r&#233;volutionnaires sont pris dans le fantasme d'une ma&#238;trise rationnelle de l'histoire, et de la soci&#233;t&#233;, dont &#224; ce moment-l&#224; ils se posent &#233;videmment comme les sujets, alors il y &#224; certainement l&#224; une origine possible d'une &#233;volution totalitaire. Car alors ils tendront &#224; remplacer l'auto&#173; activit&#233; de la soci&#233;t&#233; par leur propre activit&#233; : celle des conventionnels et des commissaires de la R&#233;publique, celle, plus tard, du parti. Encore faut-il que la soci&#233;t&#233; se laisse faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on l'a dit tout &#224; l'heure, on observe aussi ce pro&#173;cessus pendant la R&#233;volution fran&#231;aise (bien qu'il soit absurde d'identifier la dictature jacobine et la Terreur au totalitarisme). La Raison tend &#224; se r&#233;duire &#224; l'entendement, &#224; l'autonomie (&#224; la libert&#233;) se substitue l'id&#233;e de la ma&#238;&#173;trise rationnelle. Du m&#234;me coup, ce &#171; rationalisme &#187; r&#233;v&#232;le son caract&#232;re non sage, non prudent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;LD : &lt;/strong&gt;Est-ce que l'une des manifestations par excellence de cette non-prudence n'est pas la valorisation de la r&#233;volution comme but en soi &#8211; valorisation qui a &#233;t&#233; en m&#234;me temps l'un de ses plus puissants motifs de rayon&#173;nement ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. : &lt;/strong&gt;Il y a en effet un moment o&#249; l'on commence &#224; rencontrer des formules dont l'esprit est, &#224; peu pr&#232;s, &#171; la r&#233;volution pour la r&#233;volution &#187;. On conna&#238;t d'ailleurs l'&#233;cho que cet esprit rencontre, au XIXe si&#232;cle et apr&#232;s, dans le monde intellectuel et spirituel : la rupture, le rejet des canons admis, devient valeur en tant que telle. Mais, pour nous limiter au plan proprement politique, le probl&#232;me d'une r&#233;volution est d'instaurer un autre rapport avec la tradition &#8211; non pas d'essayer de la supprimer, ou de la d&#233;clarer d'un bout &#224; l'autre &#171; absurdit&#233; gothique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;LD : &lt;/strong&gt;Nous tomberons d'accord pour dire que deux si&#232;cles d'histoire du projet r&#233;volutionnaire nous mon&#173;trent celui-ci grev&#233; par deux illusions majeures : l'illusion de la ma&#238;trise rationnelle et l'illusion de la fin de l'histoire. Est-ce que, si l'on &#244;te ces deux illusions, l'id&#233;e de r&#233;volution conserve aujourd'hui un contenu ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. : &lt;/strong&gt;Je ne vous &#233;tonnerai pas en r&#233;pondant que c'est pr&#233;cis&#233;ment parce que nous connaissons aujourd'hui ces deux illusions et que nous pouvons les combattre, que nous pouvons donner au projet r&#233;volutionnaire son vrai contenu. Une fois reconnu que le constructivisme int&#233;gral est &#224; la fois impossible et non souhaitable ; une fois reconnu qu'il ne peut pas y avoir de repos de l'humanit&#233; dans une &#171; bonne soci&#233;t&#233; &#187; d&#233;finie une fois pour toutes, ni de transparence de la soci&#233;t&#233; &#224; elle-m&#234;me ; une fois reconnu que, contrairement &#224; ce que croyait Saint-Just, l'objet de la politique n'est pas le bonheur, mais la libert&#233;, alors on peut penser effectivement la question d'une soci&#233;t&#233; libre faite d'individus libres. Est-ce que l'&#233;tat actuel de nos soci&#233;t&#233;s est celui de soci&#233;t&#233;s d&#233;mocratiques, effectivement libres ? Certainement pas. Est-ce qu'on pourrait y parvenir par des changements millim&#233;triques, et sans l'entr&#233;e en activit&#233; de la grande majorit&#233; de la popula&#173;tion ? Pas davantage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qu'une soci&#233;t&#233; libre, ou autonome ? C'est une soci&#233;t&#233; qui se donne &#224; elle-m&#234;me, effectivement et r&#233;flexi&#173;vement, ses propres lois, sachant qu'elle le fait. Qu'est-ce qu'un individu libre, ou autonome, du moment o&#249; il n'est concevable que dans une soci&#233;t&#233; o&#249; il y a des lois et du pouvoir ? C'est un individu qui reconna&#238;t dans ces lois et ce pouvoir ses propres lois et son propre pouvoir &#8211; ce qui ne peut se faire sans mystification que dans la mesure o&#249; il a la pleine possibilit&#233; effective de participer &#224; la formation des lois et &#224; l'exercice du pouvoir. Nous en sommes tr&#232;s loin &#8211; et qui imaginerait un instant que la pr&#233;occupation br&#251;lante des oligarchies dominantes serait de nous y faire parvenir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette premi&#232;re consid&#233;ration, fondamentale, s'ajoute une seconde, plus sociologique. Nous vivons &#8211; je parle des soci&#233;t&#233;s occidentales riches &#8211; sous des r&#233;gimes d'oligarchie lib&#233;rale, sans doute de loin pr&#233;f&#233;rables, subjectivement et politiquement, &#224; ce qui existe ailleurs sur la plan&#232;te. Ces r&#233;gimes n'ont pas &#233;t&#233; engendr&#233;s automatiquement et spon&#173;tan&#233;ment, ni par la bonne volont&#233; des couches dominantes auparavant, mais moyennant des mouvements sociaux-his&#173;toriques beaucoup plus radicaux &#8211; la R&#233;volution fran&#231;aise elle-m&#234;me en est un exemple &#8211;, dont ils constituent les retomb&#233;es ou les sous-produits. Ces mouvements eux&#173; m&#234;mes auraient &#233;t&#233; impossibles, s'ils n'avaient pas &#233;t&#233; accompagn&#233;s par l'&#233;mergence &#8211; &#171; effet &#187; &#224; la fois et &#171; cause &#187; &#8211; d'un nouveau type anthropologique d'individu, disons, pour aller vite, l'individu d&#233;mocratique : ce qui fait la diff&#233;rence entre un paysan de l'Ancien R&#233;gime et un citoyen fran&#231;ais d'aujourd'hui, entre un sujet du tsar et un citoyen anglais ou am&#233;ricain. Sans ce type d'individu, plus exactement sans une constellation de tels types &#8211; parmi lesquels, par exemple, le bureaucrate weberien, l&#233;galiste et int&#232;gre &#8211;, la soci&#233;t&#233; lib&#233;rale ne peut pas fonc&#173;tionner&#8230; Or, il me semble &#233;vident que la soci&#233;t&#233; d'aujour&#173;d'hui n'est plus capable de les reproduire. Elle produit essentiellement des avides, des frustr&#233;s et des confor&#173;mistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;LD : &lt;/strong&gt;Mais les soci&#233;t&#233;s lib&#233;rales progressent. Les femmes par exemple sont entr&#233;es dans l'&#233;galit&#233; depuis une trentaine d'ann&#233;es sans r&#233;volution mais massivement, irr&#233;&#173;versiblement. N'est-ce pas un immense changement de nos soci&#233;t&#233;s ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. : &lt;/strong&gt;Certes. Il y a aussi des mouvements importants, sur la longue dur&#233;e historique, qui ne sont pas strictement politiques, ni condens&#233;s &#224; un moment pr&#233;cis du temps. L'&#233;volution du statut des jeunes en offre un autre exemple. La soci&#233;t&#233; lib&#233;rale a pu non sans une longue r&#233;sistance &#8211; le mouvement f&#233;ministe commence en fait au milieu du si&#232;cle dernier, les femmes obtiennent le droit de vote en France en 1945 &#8211; s'en accommoder. Mais pourrait-elle s'accommoder d'une vraie d&#233;mocratie, d'une participation effective et active des citoyens &#224; la chose publique ? Est-ce que les institutions politiques actuelles n'ont pas aussi comme finalit&#233; &lt;i&gt;d'&#233;loigner&lt;/i&gt; les citoyens des affaires publiques, et de les persuader qu'ils sont incapables de s'en occuper ? Aucune analyse s&#233;rieuse ne peut contester que les r&#233;gimes qui s'autoproclament d&#233;mocratiques sont en r&#233;alit&#233; ce que tout philosophe politique classique aurait appel&#233; des r&#233;gimes d'oligarchie. Une couche mincissime de la soci&#233;t&#233; domine et gouverne. Elle coopte ses succes&#173;seurs. Certes, elle est lib&#233;rale : elle est ouverte (plus ou moins&#8230;) et elle se fait ratifier tous les cinq ou sept ans par un vote populaire. Si la fraction gouvernante de cette oli&#173;garchie exag&#232;re trop, elle se fera remplacer &#8211; par l'autre fraction de l'oligarchie, qui lui est de plus en plus pareille. De l&#224; la disparition de tout contenu r&#233;el dans l'opposition de la &#171; gauche &#187; et de la &#171; droite &#187;. Le vide effarant des discours politiciens contemporains refl&#232;te cette situation, non pas des mutations g&#233;n&#233;tiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;LD : &lt;/strong&gt;Est-ce que nos soci&#233;t&#233;s n'ont pas fait leur deuil, justement, de la d&#233;mocratie participative telle que vous la d&#233;crivez ? Est-ce qu'elles n'ont pas privil&#233;gi&#233; dans leur d&#233;veloppement l'individu priv&#233; au d&#233;triment du citoyen, comme l'avait diagnostiqu&#233; un Constant d&#232;s les ann&#233;es 1820 ? N'est-ce pas l'empreinte la plus forte ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. : &lt;/strong&gt;Je ne conteste nullement le diagnostic de fait &#8211; tout au contraire, je l'ai mis au centre de mes analyses depuis 1959 : c'est ce que j'ai appel&#233; privatisation. Mais constater un &#233;tat de fait ne veut pas dire l'approuver. Je dis, d'une part, que cet &#233;tat de fait n'est pas tenable &#224; la longue ; d'autre part et surtout, que nous ne devons pas nous en accommoder ; Cette m&#234;me soci&#233;t&#233; o&#249; nous vivons proclame des principes &#8211; libert&#233;, &#233;galit&#233;, fraternit&#233; &#8211; qu'elle viole ou d&#233;tourne et d&#233;forme tous les jours. Je dis que l'humanit&#233; peut mieux faire, qu'elle est capable de vivre sous un autre &#233;tat, l'&#233;tat d'&lt;i&gt;autogouvernement&lt;/i&gt;. Ses formes, sous les conditions de l'&#233;poque moderne, sont certes &#224; trouver, mieux : &#224; cr&#233;er. Mais l'histoire de l'huma&#173;nit&#233; occidentale, depuis Ath&#232;nes jusqu'aux mouvements d&#233;mocratiques et r&#233;volutionnaires modernes, montre qu'une telle cr&#233;ation est concevable. Hors cela, je constate moi aussi depuis longtemps la pr&#233;dominance du processus de privatisation. Nos soci&#233;t&#233;s s'enfoncent progressivement dans l'apathie, la d&#233;politisation, la domination par les m&#233;dias et les politiciens en pellicule. Nous en arrivons &#224; la r&#233;alisation compl&#232;te de la formule de Constant, en ne demandant plus &#224; l'&#201;tat que &#171; la garantie de nos jouis&#173;sances &#187; &#8211; r&#233;alisation qui aurait probablement &#233;t&#233; un cau&#173;chemar pour ce m&#234;me Constant. Mais la question est : pourquoi donc l'&#201;tat nous garantirait-il ind&#233;finiment ces jouissances, si les citoyens sont de moins en moins dispo&#173;s&#233;s et m&#234;me capables de le contr&#244;ler et, le cas &#233;ch&#233;ant, de s'opposer &#224; lui ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;LD : &lt;/strong&gt;N'observe-t-on pas toutefois sur la dur&#233;e une pes&#233;e continue des valeurs de base de la d&#233;mocratie ? Sur deux si&#232;cles, du suffrage universel &#224; l'&#233;galit&#233; des femmes en passant par l'&#201;tat-providence, la r&#233;alit&#233; d&#233;mo&#173;cratique s'est formidablement enrichie. Davantage, par exemple, le style de l'autorit&#233;, aussi bien politique que sociale, s'est compl&#232;tement transform&#233; sous la pression des gouvern&#233;s ou des ex&#233;cutants. Avant de se pr&#233;cipiter sur le diagnostic de privatisation, est-ce qu'il ne faut pas enre&#173;gistrer la force g&#233;ologique de ce mouvement qui fait passer tout de m&#234;me irr&#233;sistiblement l'exigence d&#233;mocratique dans les faits ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. : &lt;/strong&gt;Que le style de la domination et de l'autorit&#233; ait chang&#233;, aucun doute ; mais qu'en est-il de leur substance ? Pas davantage, je ne pense que le ph&#233;nom&#232;ne de la privati&#173;sation puisse &#234;tre pris &#224; la l&#233;g&#232;re, en particulier dans ses derniers d&#233;veloppements. &#192; toute institution de la soci&#233;t&#233; correspond un type anthropologique, qui en est le porteur concret &#8211; sous d'autres termes, on le sait depuis Platon et Montesquieu &#8211; et &#224; la fois son produit et la condition de sa reproduction. Or le type d'homme au jugement ind&#233;pen&#173;dant et concern&#233; par les questions de port&#233;e g&#233;n&#233;rale, par les &lt;i&gt;res publicae&lt;/i&gt;, est aujourd'hui remis en cause. Je ne dis pas qu'il a compl&#232;tement disparu. Mais il est graduelle&#173;ment, et rapidement, remplac&#233; par un autre type d'indi&#173;vidu, centr&#233; sur la consommation et la jouissance, apa&#173;thique devant les affaires g&#233;n&#233;rales, cynique dans son rapport &#224; la politique, le plus souvent b&#234;tement approba&#173;teur et conformiste. On ne voit pas que nous vivons une &#232;re de conformisme profond et g&#233;n&#233;ralis&#233; ; il est vrai que celui-ci est masqu&#233; par l'acuit&#233; du choix tragico-h&#233;ro&#239;que que doivent effectuer les individus entre une Citro&#235;n et une Renault, entre les produits d'Est&#233;e Lauder et d'Helena Rubinstein. Il faut se demander &#8211; ce que ne font pas les chantres du pseudo-individualisme ambiant &#8211; quel type de soci&#233;t&#233; peut porter l'homme contemporain ? En quoi sa structure psycho-sociale permettrait-elle &#224; des institutions d&#233;mocratiques de fonctionner ? La d&#233;mocratie est le r&#233;gime de la r&#233;flexivit&#233; politique ; o&#249; est la r&#233;flexivit&#233; de l'individu contemporain ? &#192; moins d'&#234;tre r&#233;duite &#224; la ges&#173;tion la plus plate des affaires courantes &#8211; ce qui, m&#234;me &#224; court terme, n'est pas possible puisque notre histoire est une suite de perturbations fortes &#8211;, la politique implique des choix ; &#224; partir de quoi cet individu, de plus en plus d&#233;pourvu de rep&#232;res, prendra-t-il position ? L'inondation m&#233;diatique a d'autant plus d'efficace qu'elle tombe sur des r&#233;cepteurs d&#233;pourvus de crit&#232;res propres. Et c'est aussi &#224; cela que s'adaptent les discours vides des politiciens. Plus g&#233;n&#233;ralement, qu'est-ce que pour un individu contempo&#173;rain le fait de vivre en soci&#233;t&#233;, d'appartenir &#224; une histoire, quelle est sa vision de l'avenir de sa soci&#233;t&#233; ? Tout cela forme une masse d&#233;boussol&#233;e, qui vit au jour le jour, sans horizon &#8211; non pas une collectivit&#233; critique &#8211; r&#233;flexive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;LD : &lt;/strong&gt;Est-ce que vous ne sous-estimez pas l'im&#173;pact de deux ph&#233;nom&#232;nes de conjoncture, d'une part le d&#233;sarroi provoqu&#233; par l'effondrement de l'eschatologie socialiste, et d'autre part le choc en retour des Trente Glo&#173;rieuses ? D'un c&#244;t&#233;, la figure qui dominait l'avenir, m&#234;me pour ses adversaires, s'&#233;vanouit en laissant un vide terrible quant &#224; ce qui peut orienter l'action collective. De l'autre c&#244;t&#233;, nous sortons d'une p&#233;riode de bouleversements &#233;co&#173;nomiques et sociaux sans pr&#233;c&#233;dent, sous l'effet de la croissance et de la redistribution. Ce qui orientait l'histoire dispara&#238;t, en m&#234;me temps que sous un autre angle l'his&#173;toire s'av&#232;re &#234;tre all&#233;e plus vite que toute pr&#233;vision &#8211; et de surcro&#238;t plut&#244;t dans le bon sens du point de vue du bien&#173; &#234;tre de tous. Comment les citoyens ne seraient-ils pas ten&#173;t&#233;s de baisser les bras ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. : &lt;/strong&gt;Certes. Mais pointer les causes ou les conditions d'un ph&#233;nom&#232;ne n'en &#233;puise pas la signification ni n'en circonscrit les effets. Pour les raisons que vous citez, et pour bien d'autres, nous sommes entr&#233;s dans une situation qui a son propre sens et sa propre dynamique. Mais votre allusion &#224; la croissance et au bien-&#234;tre introduit fort juste&#173; ment un &#233;l&#233;ment essentiel du probl&#232;me, que nous avons jusqu'ici laiss&#233; de c&#244;t&#233;. Nous avons parl&#233; en termes de valeurs politiques et philosophiques. Mais il y a les valeurs &#233;conomiques, et plus exactement, l'&#233;conomie elle-m&#234;me comme valeur centrale, comme pr&#233;occupation centrale du monde moderne. Derri&#232;re les &#171; jouissances &#187; de Constant, il y a l'&#233;conomie : les &#171; jouissances &#187; sont la face subjec&#173;tive de ce qu'est devenue l'&#233;conomie dans le monde moderne, c'est-&#224;-dire la &#171; r&#233;alit&#233; &#187; centrale, la chose qui vraiment compte. Or il me para&#238;t &#233;vident qu'une v&#233;ritable d&#233;mocratie, une d&#233;mocratie participative comme celle que j'&#233;voquais, est incompatible avec la domination de cette valeur. Si l'obsession centrale, la pouss&#233;e fondamentale de cette soci&#233;t&#233; est la maximisation de la production et de la consommation, l'autonomie dispara&#238;t de l'horizon et, tout au plus, quelques petites libert&#233;s sont tol&#233;r&#233;es comme compl&#233;ment instrumental du dispositif maximisateur. L'expansion illimit&#233;e de la production et de la consomma&#173;tion devient signification imaginaire dominante, et presque exclusive, de la soci&#233;t&#233; contemporaine. Aussi longtemps qu'elle conservera cette place, aussi longtemps qu'elle reste la seule passion de l'individu moderne, il ne saurait &#234;tre question d'une lente accr&#233;tion des contenus d&#233;mocra&#173;tiques et des libert&#233;s. La d&#233;mocratie est impossible sans une passion, d&#233;mocratique, passion pour la libert&#233; de cha&#173;cun et de tous, passion pour les affaires communes qui deviennent, pr&#233;cis&#233;ment, des affaires personnelles de cha&#173;cun. On en est tr&#232;s loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;LD : &lt;/strong&gt;Mais on peut comprendre l'effet d'optique qui peut accr&#233;diter aupr&#232;s de l'opinion, depuis 1945, l'id&#233;e que l'&#233;conomie est au service de la d&#233;mocratie. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. : &lt;/strong&gt;En r&#233;alit&#233;, elle a &#233;t&#233; au service du lib&#233;ralisme oligarchique. Elle a permis &#224; l'oligarchie dominante de fournir le pain, ou si l'on pr&#233;f&#232;re la brioche, et les spec&#173;tacles, et de gouverner en toute tranquillit&#233;. Il n'y a plus de citoyens, il y a des consommateurs qui se contentent d'un vote d'approbation ou de d&#233;sapprobation tous les cinq ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;LD : &lt;/strong&gt;Est-ce que le probl&#232;me &#224; l'ordre du jour n'est pas aujourd'hui avant tout l'extension de la d&#233;mocra&#173;tie au reste du monde, avec les difficult&#233;s &#233;normes que cela implique ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. : &lt;/strong&gt;Mais est-ce que cela pourrait se faire sans des remises en question fondamentales ? Consid&#233;rons, d'abord, pr&#233;cis&#233;ment la dimension &#233;conomique. La prosp&#233;rit&#233; a &#233;t&#233; achet&#233;e depuis 1945 (et d&#233;j&#224; avant, certes) au prix d'une destruction irr&#233;versible de l'environnement. La fameuse &#171; &#233;conomie &#187; moderne est en r&#233;alit&#233; un fantastique gas&#173;pillage d'un capital accumul&#233; par la biosph&#232;re au cours de trois milliards d'ann&#233;es, gaspillage qui s'acc&#233;l&#232;re expo&#173;nentiellement tous les jours. Si l'on veut &#233;tendre au reste de la plan&#232;te (ses quatre cinqui&#232;mes, du point de vue de la population) le r&#233;gime d'oligarchie lib&#233;rale, il faudrait aussi lui fournir le niveau &#233;conomique, sinon de la France, disons du Portugal. Vous voyez le cauchemar &#233;cologique que cela signifie, la destruction de ressources non renouve&#173;lables, la multiplication par cinq ou par dix des &#233;missions annuelles de polluants, l'acc&#233;l&#233;ration du r&#233;chauffement de la plan&#232;te ? En r&#233;alit&#233;, c'est vers un tel &#233;tat que nous allons, et le totalitarisme qui nous pend au nez n'est pas celui qui surgirait d'une r&#233;volution, c'est celui d'un gou&#173;vernement (peut-&#234;tre mondial) qui, apr&#232;s une catastrophe &#233;cologique, dirait : vous vous &#234;tes assez amus&#233;s, la f&#234;te est finie, voici vos deux litres d'essence et vos dix litres d'air pur pour le mois de d&#233;cembre, et ceux qui protestent met&#173;tent en danger la survie de l'humanit&#233; et sont des ennemis publics. Il y a l&#224; une limite externe sur laquelle le d&#233;cha&#238;&#173;nement actuel de la technique et de l'&#233;conomie va se cogner t&#244;t ou tard. La sortie de la mis&#232;re des pays pauvres ne pourrait se faire sans catastrophe que si l'humanit&#233; riche accepte une gestion de bon p&#232;re de famille des res&#173;sources de la plan&#232;te, un contr&#244;le radical de la technologie et de la production, une vie &lt;i&gt;frugale&lt;/i&gt;. Cela peut &#234;tre fait, dans l'arbitraire et l'irrationalit&#233;, par un r&#233;gime autoritaire ou totalitaire ; cela peut &#234;tre fait aussi par une humanit&#233; organis&#233;e d&#233;mocratiquement, &#224; condition pr&#233;cis&#233;ment qu'elle abandonne les valeurs &#233;conomiques et qu'elle investisse d'autres significations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il n'y a pas que la dimension mat&#233;rielle-&#233;cono&#173;mique. Le tiers monde est en proie &#224; des forces r&#233;actives consid&#233;rables, incontr&#244;lables et essentiellement antid&#233;mo&#173;cratiques &#8211; pensons &#224; l'Islam, mais il n'est pas le seul. Est&#173; ce que l'Occident actuel lui offre, &#224; part l'abondance de gadgets, de quoi le secouer dans son institution imagi&#173;naire ? Peut-on leur dire que le jogging et Madonna sont plus importants que le Coran ? Si des changements dans ces parties du monde doivent d&#233;passer la simple adoption de certaines techniques, s'ils doivent affecter les cultures dans ce qu'elles ont de plus profond et de plus obscur, pour les rendre perm&#233;ables &#224; des significations d&#233;mocratiques pour lesquelles rien, dans leur histoire, ne les pr&#233;&#173;pare, une transformation radicale est requise de la part de l'humanit&#233; que je n'h&#233;site pas &#224; dire la plus avanc&#233;e : l'humanit&#233; occidentale, celle qui a essay&#233; de r&#233;fl&#233;chir sur son sort et de le changer, de n'&#234;tre pas le jouet de l'histoire ou le jouet des dieux, de mettre une plus grande part d'auto-activit&#233; dans son destin. Le poids de la responsabi&#173;lit&#233; qui p&#232;se sur l'humanit&#233; occidentale me fait penser que c'est l&#224; qu'une transformation radicale doit d'abord avoir lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne dis pas qu'elle aura lieu. Il se peut que la situation actuelle perdure, jusqu'&#224; ce que ses effets deviennent irr&#233;&#173;versibles. Je me refuse pour autant de faire de r&#233;alit&#233; vertu et de conclure du fait au droit. Nous nous devons de nous opposer &#224; cet &#233;tat des choses au nom des id&#233;es et des pro&#173;jets qui ont fait cette civilisation et qui, en ce moment m&#234;me, nous permettent de discuter.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#201;cologie politique : Vers une philosophie de la nature ?</title>
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&lt;p&gt;D&#233;but du chapitre VI, &#171; Vers une philosophie de la nature ? &#187;, du livre de Quentin B&#233;rard &#171; &#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique &#8212; Pour une refondation &#187; (Libre &amp; Solidaire, 2021), pp. 193 - 211. Pr&#233;sentation et liens disponibles ici ----------- &#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique &#8212; Pour une refondation Sommaire : Introduction I &#8211; Survol ethno-historique II &#8211; Nature humaine et humaines natures (Premi&#232;re partie) III &#8211; Histoire et contre-histoire de l'id&#233;e de Nature IV &#8211; Sources (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-sociale-democratie-" rel="directory"&gt;Autonomie sociale : D&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/eepcouv-3.jpg?1695721176' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;D&#233;but du chapitre VI, &#171; Vers une philosophie de la nature ? &#187;, du livre de Quentin B&#233;rard &#171; &#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique &#8212; Pour une refondation &#187; (Libre &amp; Solidaire, 2021), pp. 193 - 211.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1073-Parution-Elements-d-ecologie-politique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;sentation et liens disponibles ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique &#8212; Pour une refondation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sommaire :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1085-Introduction-Elements-d-ecologie-politique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1168-Elements-d-ecologie-politique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;I &#8211; Survol ethno-historique&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; II &#8211; Nature humaine et humaines natures (&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1210-Nature-humaine-et-humaines-natures' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Premi&#232;re partie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; III &#8211; Histoire et contre-histoire de l'id&#233;e de Nature&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; IV &#8211; Sources sociales-historiques de l'&#233;cologie politique (&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1234-Sources-sociales-historiques-de-l-ecologie-politique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Premi&#232;re partie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; V &#8211; Politiques de la nature et totalitarisme (&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1114-Ecologie-politique-effondrement-ecocratie' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Premi&#232;re partie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;VI &#8211; Vers une philosophie de la nature ? &#8212; Extrait ci-dessous...&lt;/strong&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#201;l&#233;ments de conclusion&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1088-Elements-d-ecologie-politique-resumes' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Annexes : R&#233;sum&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1073-Parution-Elements-d-ecologie-politique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Quatri&#232;me de couverture&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?531-Diffusion-et-vente-de-nos' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Acheter dans nos librairies&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#8212; &lt;a href=&#034;https://www.placedeslibraires.fr/livre/9782372631198-elements-d-ecologie-politique-pour-une-refondation-quentin-berard/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Acheter dans une librairie ind&#233;pendante&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#8212; &lt;a href=&#034;https://libre-solidaire.fr/epages/e02491b5-ce3a-4c00-b187-dc9ff39194fc.sf/fr_FR/?ObjectPath=/Shops/e02491b5-ce3a-4c00-b187-dc9ff39194fc/Products/179&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Commander chez l'&#233;diteur&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VI &#8211; Vers une philosophie de la nature ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous voil&#224; arriv&#233;s &#224; la derni&#232;re &#233;tape de notre cheminement, consacr&#233;e de mani&#232;re un peu acad&#233;mique aux aspects philosophiques. La question de la &#171; nature &#187; est tellement fondamentale en philosophie, peut-&#234;tre la plus centrale de toutes, qu'il ne va s'agir ici que d'en aborder un versant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans notre perspective, l'entreprise est difficile parce que la situation de la philosophie est en r&#233;sonance bien s&#251;r avec notre situation plus globale, nous l'avons vu &#224; propos de la politique, c'est-&#224;-dire une crise multidimensionnelle qui n'est pens&#233;e &#8211; lorsqu'elle l'est seulement &#8211; que de mani&#232;re parcellaire et selon des antinomies st&#233;riles favorisant des postures r&#233;gressives. Tr&#232;s sch&#233;matiquement, il y a ainsi une bipartition des positions philosophiques, dont nous avons d&#233;j&#224; parl&#233;, dont on peine extraordinairement &#224; s'extraire : d'un c&#244;t&#233; une masse &#233;crasante de la philosophie h&#233;rit&#233;e dans la continuit&#233; de Platon, &#224; la fois rationaliste et d&#233;terministe, o&#249; une &#171; nature &#187; abstraite et intelligible est d&#233;composable et manipulable ; et de l'autre de multiples courants, souvent forts mais diffus, maintiennent ou r&#233;-&#233;laborent une sacralisation de la nature comme, depuis un si&#232;cle, la &#171; d&#233;construction &#187; de la m&#233;taphysique occidentale dans le sillage de M. Heidegger dont h&#233;ritent beaucoup d'&#233;cologistes &#224; leur insu. Deux positions qui, au fond, expriment une m&#234;me essence th&#233;ologique, et laissent totalement de c&#244;t&#233; le questionnement sur la science elle-m&#234;me. Cette exclusion mutuelle a commenc&#233; r&#233;cemment, au XIXe si&#232;cle, avec l'autonomisation de la m&#233;thode scientifique et &#8211; &lt;i&gt;et&lt;/i&gt;, car cela n'a rien d'&#233;vident &#8211; l'&#233;dification d'une ligne rouge entre le travail du scientifique et celui du philosophe : au premier l'&#233;tude du r&#233;el naturel avec ses techniques, ses m&#233;thodologies, ses crit&#232;res, et au second la r&#233;flexion sur l'univers humain. &#201;videmment, la conjonction entre cette absurde division du travail de l'intelligence et la r&#233;cente entr&#233;e en sc&#232;ne d'une &lt;i&gt;nature nouvelle&lt;/i&gt; surgie, notamment et de mani&#232;re concr&#232;te, par le biais de la &#171; crise &#233;cologique &#187; rend les interrogations sur la nature de la nature de plus en plus pressantes. C'est ainsi que, depuis quelques d&#233;cennies, nous voyons appara&#238;tre des &#171; philosophies de la nature &#187; alors qu'il s'agit essentiellement d'&#171; &#233;thiques de l'environnement &#187; qui prennent un tour militant ; je parle des th&#233;ories biocentriques (Peter J. Taylor, Holmes Rolston), pathocentriques (Peter Singer) ou &#233;cocentriques ou holistes (J. Baird Callicott, A. Leopold) &#224; dimensions spirituelles variables, pour reprendre les termes de Catherine Larr&#232;re. Quelques mots pour justifier qu'il n'en sera pas question ici : vous pouvez donner autant d'importance &#224; la vie, &#224; la souffrance des non-humains, aux &#233;cosyst&#232;mes ou &#224; Ga&#239;a, cela reste un choix &#233;thique &#8211; dont les implications politiques sont d'ailleurs soigneusement mises de c&#244;t&#233; &#8211;, choix fait par les humains &#224; un moment donn&#233; d'une culture donn&#233;e et on ne sort pas de l'anthropocentrisme en d&#233;clarant que les fleuves doivent avoir un statut juridique ou que les grands primates peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;s des personnes &#8211; ce &#224; quoi on peut souscrire. Non seulement on ne sort pas de l'anthropocentrisme mais on le conjugue avec de l'anthropomorphisme : qui donc vous a jamais dit que la nature &#233;tait r&#233;gie par le principe de justice ou de contrat, fut-il &#171; naturel &#187; ? Je renvoie, ici, &#224; tout ce qui a &#233;t&#233; abord&#233; pr&#233;c&#233;demment. Ces modes de penser cheminent, mais ils rel&#232;vent plus d'un fantasme de retour na&#239;f &#224; des cosmogonies pr&#233;modernes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, je vais essayer d'aborder la question par la face nord, soit l'opposition que l'on dit, dans la tradition jud&#233;o-chr&#233;tienne &#171; Homme/Nature &#187; ou, plus pr&#233;cis&#233;ment, culture/soci&#233;t&#233;/humanit&#233; et de l'autre c&#244;t&#233; biosph&#232;re ou, scientifiquement parlant, syst&#232;mes sociaux/syst&#232;mes biophysiques ou, cette fois en termes philosophiques que nous avons d&#233;j&#224; un peu employ&#233;s, &lt;i&gt;physis&lt;/i&gt; / &lt;i&gt;nomos&lt;/i&gt;. Le premier point consistera &#224; s'interroger, en s'appuyant sur les parties pr&#233;c&#233;dentes, sur la pertinence de ce clivage, que nous avons en r&#233;alit&#233; largement ratiss&#233;, pour ensuite d&#233;gager les diff&#233;rentes mani&#232;res, et surtout la moderne, d'essayer de le d&#233;passer ou plut&#244;t de s'en d&#233;barrasser. Puis nous essayerons d'envisager le contraire : c'est-&#224;-dire s'il ne faudrait pas plut&#244;t l'&lt;i&gt;approfondir&lt;/i&gt;, position &#224; la fois tr&#232;s classique et quasiment h&#233;r&#233;tique aujourd'hui pour lesdits &#233;cologistes. Je m'inspire particuli&#232;rement des travaux de C. Castoriadis qui, s'il n'a trait&#233; du sujet que par la bande, me semble avoir une approche particuli&#232;rement fertile.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1 &#8211; Pertinence de la dualit&#233; nature / soci&#233;t&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;De cette opposition nature/soci&#233;t&#233;, nous pouvons dire, au vu du chemin d&#233;j&#224; parcouru, qu'elle est &#171; fausse &#187; absolument &#8211; mais reste &#224; savoir jusqu'o&#249; et ce qu'il serait possible d'en faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un clivage qui n'existe pas&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord il n'y a pas de nature &#171; naturelle &#187;, nous l'avons vu depuis la premi&#232;re s&#233;ance ; les milieux, les &#233;cosyst&#232;mes, les paysages, la plan&#232;te elle-m&#234;me &#233;taient influenc&#233;s, model&#233;s, transform&#233;s, entretenus, d&#233;truits, enrichis, etc. &#224; des niveaux divers mais incontestables par les soci&#233;t&#233;s humaines depuis des milliers sinon des dizaines de milliers d'ann&#233;es au point qu'on peut parler de quasi-&lt;i&gt;co&#233;volution&lt;/i&gt;. La question de l'artificialisation du monde est insondable et tout y appara&#238;t comme des diff&#233;rences de degr&#233;s d'hybridation. D'o&#249; la question pos&#233;e la derni&#232;re fois, au c&#339;ur de l'&#233;cologie politique mais jamais formul&#233;e s&#233;rieusement : quelle nature voulons-nous, dans quel monde voulons-nous vivre ? &#8211; questions non pas d&#233;miurgiques, mais au contraire d'humilit&#233; : qui veux-je devenir ? implique imm&#233;diatement : qui suis-je et que puis-je ? &#8230; Deuxi&#232;me &#233;l&#233;ment : nous avons &#233;galement vu que la nature &#233;tait affaire de langages, de repr&#233;sentations, de symboles, d'imaginaires, de mythes qui sourdent du fond de notre psychisme et constituent notre culture, le &lt;i&gt;nomos&lt;/i&gt;. Il n'y a pas de &#171; nature &#187; qui se donnerait telle quelle, brute, univoque, indiscutable, comme une r&#233;alit&#233; d&#233;j&#224; constitu&#233;e et &lt;i&gt;universelle&lt;/i&gt;, et lorsque nous en parlons, nous en parlons, pr&#233;cis&#233;ment, &#224; partir de mots, d'id&#233;es, de d&#233;sirs, de peurs, d'affects, de projections, de projets, etc. Enfin, la distinction m&#234;me entre nature et soci&#233;t&#233;, nous l'avions &#233;galement abord&#233;, est profond&#233;ment culturelle et l&#224; o&#249; les Occidentaux voient des fronti&#232;res infranchissables, il y a ou il y eut pour la majorit&#233; de l'humanit&#233;, continuit&#233;, d&#233;coupages transversaux, clivages autres, distinctions subtiles o&#249; les diff&#233;rences entre les humains et les &#171; autres &#187; sont secondes ou secondaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la &#171; nature &#187; est culturelle, &#224; l'inverse, notre humanit&#233; est tout aussi &#171; naturelle &#187;. La nature comme objet des sciences n'est pas ext&#233;rieure &#224; &lt;i&gt;Homo sapiens&lt;/i&gt; : elle est en nous moyennant notre mat&#233;rialit&#233; corporelle et son m&#233;tabolisme global, mais aussi dans ces instincts discontinus et pulsions chaotiques qui scandent et orientent nos existences &#224; un point que nous rechignons &#224; voir. Les soci&#233;t&#233;s elles-m&#234;mes ont des organisations, des fonctionnements, des tendances qui ne sont pas modelables par simple d&#233;cret de la volont&#233; de l'esprit humain et ob&#233;issent &#233;galement &#224; une logique, une m&#233;canique, une physique, une &lt;i&gt;physis&lt;/i&gt; qui, si elle est particuli&#232;re &#8211; nous y reviendrons &#8211; ne rel&#232;ve pas du domaine proprement humain &#8211; c'est cette d&#233;pendance/d&#233;termination que met pr&#233;cis&#233;ment en lumi&#232;re l'&#233;cologie. Et, de mani&#232;re bien plus profonde, nous calquons, plus ou moins consciemment et volontairement et en grande partie, notre vie sociale sur la perception que nous avons des principes de la nature : c'est cet &#233;norme mouvement civilisationnel de rationalisation de la soci&#233;t&#233; qui est all&#233; de pair avec l'efficacit&#233; extraordinaire de l'emploi de la rationalit&#233; pour la compr&#233;hension des ph&#233;nom&#232;nes naturels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, entre une nature qui semble tout avoir tout de culturel et un monde humain qui appartient bizarrement &#224; cette m&#234;me nature, entre une &lt;i&gt;physis&lt;/i&gt; qui est travers&#233;e de &lt;i&gt;nomos&lt;/i&gt; et un &lt;i&gt;nomos&lt;/i&gt; qui est non moins construit par de la &lt;i&gt;physis&lt;/i&gt;, ce clivage nature/soci&#233;t&#233; para&#238;t bien artificiel et vain. Et lorsqu'on le rend coupable de tous les maux &#233;cologiques depuis l'origine du monde &#8211; et la vacuit&#233; de ce mythe nous est plusieurs fois apparu &#8211;, on peut comprendre la tentation d'en finir avec ce syst&#232;me binaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une dualit&#233; indispensable&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avions vu la derni&#232;re fois la dangerosit&#233; politique d'une telle volont&#233; d'abolir cette distinction entre la nature et la soci&#233;t&#233; : Vous abolissez la politique comme auto-organisation en l'alignant sur le monde &#171; naturel &#187; (c'est-&#224;-dire ceux qui parlent au nom de la nature) et vous supprimez la science comme recherche du savoir en la subordonnant au monde politique &#8211; c'est, tr&#232;s exactement, l'h&#233;t&#233;ronomie. En abolissant cette tension entre deux domaines contradictoires (et contradictoire en eux-m&#234;mes), c'est la libert&#233; que vous faites dispara&#238;tre au nom d'une totalit&#233; int&#233;gr&#233;e dont on peut entrevoir les cons&#233;quences politiques, cette &#171; &#233;cocratie &#187;. D'ailleurs les b&#233;n&#233;fices m&#234;me strictement &#233;cologiques de la fin hypoth&#233;tique de ce &#171; grand partage &#187; &#8211; comme on s'en gargarise aujourd'hui et pour autant qu'une civilisation puisse s'&#233;manciper de ses grands d&#233;coupages ontologiques mill&#233;naires &#8211; sont douteux puisque, nous l'avons vu, pour autant que l'on sache, aucune grande culture n'a &#233;pargn&#233; son environnement. Plus m&#234;me : en supprimant toute distinction entre le naturel et l'artificiel, vous supprimez aussi un quelconque questionnement &#233;thique sur toutes les manipulations du vivant, le g&#233;nie g&#233;n&#233;tique, les nanotechnologies, le transhumanisme, l'intelligence artificielle, etc. &lt;i&gt;ad nauseum&lt;/i&gt;. Comme le rel&#232;ve Christian Godin, ni le Japon ni la Chine, par exemple, ne semblent particuli&#232;rement troubl&#233;s par ce progressisme en roue libre qui multiplie les &#171; hybrides &#187; et les r&#233;sistances sont plut&#244;t du c&#244;t&#233; de l'Occident, dont le retard est d&#233;plor&#233; par certains&#8230; &#192; l'inverse, on a vu que cette distinction avait au moins deux grands versants, sch&#233;matiquement, l'un h&#233;bra&#239;que/imp&#233;rial et l'autre grec/d&#233;mocratique, sur lequel je reviens dans un instant, et que le sch&#232;me de domination du premier n'&#233;tait pas contenu dans le second &#8211; les arguments contraires de P. Descola, par exemple, ne reposent que sur des textes tardifs et bien peu repr&#233;sentatifs de la mentalit&#233; grecque. L'&#233;cologie politique, si elle est autre chose qu'une simple gestion des ressources donc interrogations pratiques sur la nature et sur la soci&#233;t&#233;, est pleinement occidentale, nous l'avions vu, exige cette distinction entre nature et culture au fondement m&#234;me de la naissance de la philosophie il y a trois mill&#233;naires : si ce que nous devons penser, si les questions du vrai, du bon et du juste nous sont ferm&#233;es &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; dans la fusion avec la &#171; nature &#187;, la philosophie s'auto-dissout, elle est alors sagesse ancestrale, r&#233;v&#233;lation mystique, holisme biologique ou organicisme radical. Bref, au vu de notre &#233;poque cr&#233;pusculaire qui dissout fantasmatiquement la solitude, le tragique et la mort dans le divertissement et r&#233;pugnant &#224; seulement consid&#233;rer comme telle la sauvagerie naturelle ou humaine, il me semble que vouloir abolir cette distinction entre nature et culture est une pente &#233;minemment r&#233;gressive, comme d'habitude rationalis&#233;e par le personnel universitaire &#8211; c'est cela, le postmodernisme dans lequel nous barbotons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point de vue philosophique que je vais essayer d'exposer ici, extr&#234;mement classique au demeurant et donc &#224; rebours de tout ce qui se dit et s'entend, est que ce d&#233;coupage originel ne doit pas &#234;tre effac&#233;, mais tout au contraire &lt;i&gt;activement creus&#233;&lt;/i&gt;. Il ne s'agirait donc pas d'&lt;i&gt;en finir&lt;/i&gt; avec cette tension entre nature et humanit&#233; mais pr&#233;cis&#233;ment de la &lt;i&gt;commencer&lt;/i&gt;, la &lt;i&gt;recommencer&lt;/i&gt; plut&#244;t, poursuivre ce qui s'est tiss&#233; depuis des mill&#233;naires, r&#233;-instituer, reprendre et nourrir ce dialogue, qui, comme tout r&#233;el dialogue, exige deux entit&#233;s distinctes dont les doses changeantes de civilit&#233; et d'animosit&#233; peuvent autant d&#233;clencher la guerre qu'&#233;tablir la concorde. La question ne me semble donc pas du tout : &#171; comment se d&#233;barrasser de cette distinction nature/culture, &lt;i&gt;physis&lt;/i&gt; / &lt;i&gt;nomos&lt;/i&gt; ? &#187; mais bien plut&#244;t : &#171; &lt;i&gt;comment la faire exister, v&#233;ritablement&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La distinction &lt;i&gt;physis&lt;/i&gt; / &lt;i&gt;nomos&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre est-il temps, quitte &#224; aborder d'embl&#233;e et un peu brutalement des concepts abstraits, de tenter de d&#233;finir ces termes. Chose impossible pour beaucoup &#8211; le terme de &#171; nature &#187; est un &lt;i&gt;panchreston&lt;/i&gt; pour les anglo-saxons, un mot trop polys&#233;mique pour &#234;tre utile &#8211; mais je pense que cela fait tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment partie de la question. Je reprends ici les r&#233;flexions que d&#233;roule C. Castoriadis, dans &#171; &lt;i&gt;Phusis&lt;/i&gt;, cr&#233;ation, autonomie &#187;, &#224; partir de sa lecture d'Aristote qui semble, sur ce point, h&#233;riter et condenser la richesse des si&#232;cles pr&#233;c&#233;dents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Physis&lt;/i&gt; : de l'indo-europ&#233;en *&lt;i&gt;bhewe&lt;/i&gt;, *&lt;i&gt;bhu&lt;/i&gt;-, &#171; cro&#238;tre &#187;, en grec &lt;i&gt;phuein&lt;/i&gt;, &#171; faire pousser &#187;, &lt;i&gt;physis&lt;/i&gt; , &#171; faire na&#238;tre &#187;, &#171; nature &#187;, en germanique,&lt;i&gt; to build&lt;/i&gt;. La transcription au latin donnera aussi bien &lt;i&gt;fus&lt;/i&gt; (je fus) que &lt;i&gt;futur&lt;/i&gt;, et la traduction &lt;i&gt;gnasci&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;nascor&lt;/i&gt; c'est-&#224;-dire &lt;i&gt;natura&lt;/i&gt;, la nature mais aussi naissance, nation, gens&#8230; &lt;i&gt;Physis&lt;/i&gt; : c'est, pour Aristote, le mouvement, la pouss&#233;e de ce qui tend &#224; se former, ce qui a, en lui-m&#234;me, le principe ou l'origine de sa forme et de sa transformation, c'est-&#224;-dire l'auto-engendrement aspirant &#224; ses formes pr&#233;-assign&#233;es, &lt;i&gt;d&#233;termin&#233;es&lt;/i&gt;. On voit imm&#233;diatement, et C. Castoriadis le rel&#232;ve, qu'il y a une ambivalence ind&#233;m&#234;lable : d'un c&#244;t&#233; le surgissement endog&#232;ne, l'apparition auto-g&#233;n&#233;r&#233; de nouveau, un changement cause de lui-m&#234;me, une &lt;i&gt;auto-cr&#233;ation&lt;/i&gt;, et de l'autre la r&#233;alisation d'une potentialit&#233; pr&#233;donn&#233;e, l'assignation &#224; une forme d&#233;j&#224;-l&#224; en puissance, d&#233;termin&#233;e, un finalisme t&#233;l&#233;ologique, voire une intentionnalit&#233; quasi th&#233;ologique (l'&lt;i&gt;Eros&lt;/i&gt; aristot&#233;licien). Deuxi&#232;me remarque : l'&#234;tre humain n'est pas mentionn&#233;, ni inclus ni exclu. &#201;l&#233;ments d&#233;routants mais rappelons-nous ici lorsque j'avais, en premi&#232;re approche, d&#233;fini les diff&#233;rentes acceptions de la notion de &#171; nature &#187; comme r&#233;parties sur deux axes ; un sur l'opposition nature d&#233;termin&#233;e/nature spontan&#233;e et l'autre sur la nature englobant l'humain ou l'excluant. La nature, la &lt;i&gt;physis&lt;/i&gt; d'Aristote me para&#238;t toutes les englober. On pourrait conclure &#224; un lamentable fiasco, mais il me semble que c'est au contraire extr&#234;mement significatif : cette &#171; nature &#187; est multiforme et rigoureusement ind&#233;finissable, se pr&#234;tant &#224; l'investigation mais toujours insaisissable, &#233;chappant sans cesse &#224; la rationalisation tout en s'y pr&#234;tant, offrant un mat&#233;riel qui instruit la discussion mais fuyant toute conclusion d&#233;finitive. La &lt;i&gt;physis&lt;/i&gt; n'est donc pas chaos, dont elle serait m&#234;me l'exact contraire, comme l'est la technique humaine (&lt;i&gt;teckn&#232;&lt;/i&gt;) &#8211; le purement artificiel mais qui serait, aussi, imitation de la nature, je vais y revenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La culture n'est donc pas l'oppos&#233; de la nature, elle est ailleurs, autre part, &#224; c&#244;t&#233; ; c'est le &lt;i&gt;nomos&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;Nomos&lt;/i&gt; : c'est, du grec &lt;i&gt;nemein&lt;/i&gt;, le &#171; partage du p&#226;turage &#187; (le &lt;i&gt;nomade&lt;/i&gt;, celui qui fait p&#226;turer), l'usage, la convention, la coutume, la loi, l'ordre, l'institution humaine &#233;tablie par les humains. Merveille de l'&#233;tymologie, qui fait na&#238;tre le monde social de l'utilisation de la nature &#8211; tout comme l'harp&#233;donapte &#233;gyptien aurait, pour M. Serres, fait na&#238;tre ensemble la g&#233;om&#233;trie et le droit par le red&#233;coupage des champs apr&#232;s chaque crue du Nil. &lt;i&gt;Nomos&lt;/i&gt;, c'est donc le monde des r&#232;gles &lt;i&gt;cr&#233;&#233;&lt;/i&gt; par les humains, par position (&lt;i&gt;thesis&lt;/i&gt;), cette &#171; seconde nature &#187;, cette culture &#224; la fois imbriqu&#233;e dans et partie prenante de la nature mais qui lui est tout aussi bien r&#233;solument &#233;trang&#232;re et capable d'artifice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que retenir de tout cela ? La nature, la &lt;i&gt;physis&lt;/i&gt;, est clairement diff&#233;renci&#233;e de la culture, le &lt;i&gt;nomos&lt;/i&gt;, c'est un rapport d'alt&#233;rit&#233; mais, sans en &#234;tre totalement distinct ni s&#233;par&#233; ni oppos&#233;&#8230; Comment comprendre cela ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2 &#8211; La nature comme alt&#233;rit&#233; recouverte de la &lt;i&gt;physis&lt;/i&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une mani&#232;re d&#233;tourn&#233;e de proc&#233;der &#8211; parce que la chose est difficile &#8211; consisterait &#224; se demander avant tout comment ne pas reconna&#238;tre cette alt&#233;rit&#233; entre nature et culture, et cela pourrait servir de point de d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme pour toute alt&#233;rit&#233; &#171; banale &#187;, la mani&#232;re la plus efficace est d'assigner &#224; l'Autre une place d&#233;termin&#233;e par une identit&#233; fig&#233;e, quelles qu'elles soient. Et ce &#171; quelles qu'elles soient &#187; est capital : postuler que l'Autre est intrins&#232;quement mauvais, revient exactement au m&#234;me logiquement que de postuler le contraire &#8211; cela est &#233;clatant aujourd'hui &#224; propos de l'islam en Europe, par exemple &#8211; le principe restant toujours d'op&#233;rer cette cl&#244;ture de son propre monde sans le laisser s'alt&#233;rer par de l'inconnu, du nouveau, de l'impr&#233;visible &#8211; qu'il soit &#171; positif &#187; ou &#171; n&#233;gatif &#187;, j'insiste &#8211; qui obligerait &#224; reconsid&#233;rer ses &#233;vidences, &#224; briser sa propre cl&#244;ture pour s'ouvrir &#224; autre chose que le confort du d&#233;j&#224; connu &#8211; &lt;i&gt;estim&#233;&lt;/i&gt; connu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne vais pas faire &#233;voquer, &#224; nouveau, les cosmogonies non occidentales, o&#249; cette dualit&#233; nature/culture n'existe pas, et l'on a vu qu'elle &#233;tait historiquement tr&#232;s tardive. Ils ne recouvrent pas l'alt&#233;rit&#233; de la nature : elle n'est jamais apparue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La cl&#244;ture imp&#233;riale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne m'&#233;tends pas non plus sur l'&#233;mergence de la distinction entre la nature et la culture : il semblerait, nous l'avons vu, que d&#232;s son invention dans les grands empires antiques, l'alt&#233;rit&#233; de la nature ait &#233;t&#233; recouverte par la synergie politico-religieuse visant &#224; dominer l'existant. Cette conception imp&#233;riale semble s'&#234;tre s&#233;diment&#233;e et cristallis&#233;e avec une grande clart&#233; dans le monoth&#233;isme h&#233;bra&#239;que, o&#249; l'exclusion de l'Homme de la Cr&#233;ation divine et sa position surplombante, &#233;taient premi&#232;res. Si la &lt;i&gt;physis&lt;/i&gt; est questionnable et questionnante dans les cit&#233;s hell&#233;niques en raison de son ind&#233;termination, la Cr&#233;ation divine, elle, est donn&#233;e telle quelle, excluant l'humain, fixe &#224; jamais, essence close &#233;ternelle &#224; ma&#238;triser donc pr&#233;hensible et compr&#233;hensible &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; &#8211; tel que l'immobilisme scientifico-technique de la terre promise, mais aussi de tous les grands empires antiques une fois constitu&#233;s et en phase stable : il n'y a pas d'alt&#233;rit&#233;, il y a cl&#244;ture, et peut-&#234;tre m&#234;me cl&#244;ture paradigmatique d'une soci&#233;t&#233; sur elle-m&#234;me, r&#233;interpr&#233;tant, r&#233;arrangeant et commentant sans fin la doctrine sacr&#233;e pour y faire rentrer tous les &#233;v&#233;nements qui le d&#233;mentent &#8211; dissonance cognitive par excellence &#8211; y compris en provenance des &#233;l&#233;ments biophysiques, jusqu'&#224; l'effondrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je rappelle que ce sch&#232;me h&#233;bra&#239;que-imp&#233;rial a fini, d'abord &#224; Rome puis en Europe occidentale, par se calquer sur la dualit&#233; grecque &lt;i&gt;nomos&lt;/i&gt; / &lt;i&gt;physis&lt;/i&gt; et cette fusion est &#224; l'origine de notre notion, si floue, de &lt;i&gt;nature&lt;/i&gt;. L'Occident est donc porteur de cette dualit&#233; &#8211; dualit&#233; de la dualit&#233; &#8211; et semble n'avoir jamais cess&#233; de passer de l'un &#224; l'autre, de l'interrogation ouverte sur la nature de la nature &#224; la cl&#244;ture de sa signification par cet imaginaire d'une Nature d&#233;j&#224; donn&#233;e, d&#233;termin&#233;e et ordonn&#233;e &#8211; et son sym&#233;trique concernant les soci&#233;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La cl&#244;ture occidentale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'histoire occidentale, la mani&#232;re massive de recouvrir l'alt&#233;rit&#233; de la &lt;i&gt;physis&lt;/i&gt; a donc &#233;t&#233; subtile &#8211; je renvoie ici &#224; notre troisi&#232;me partie consacr&#233;e &#224; l'histoire de la nature. Le basculement date symboliquement, on l'a soulign&#233;, de Copernic : l'humain quitte sa place surplombante dans la Cr&#233;ation divine, mais en &#233;change, en quelque sorte, la nature devient une m&#233;canique compr&#233;hensible, math&#233;matisable, comptable. On conna&#238;t le triomphe extraordinaire de ce m&#233;ta-paradigme, d&#233;j&#224; pr&#233;sent chez les pythagoriciens qui postulaient une nature intrins&#232;quement logique, qui a chang&#233; &#224; jamais le visage du monde, et que r&#233;sume magistralement la c&#233;l&#232;bre phrase de Hegel dans la pr&#233;face &#224; ses &lt;i&gt;Principes de la philosophie du droit&lt;/i&gt; : &#171; tout ce qui est r&#233;el est rationnel, tout ce qui est rationnel est r&#233;el &#187;. En r&#233;alit&#233; la red&#233;couverte en Occident de la raison grecque a inaugur&#233; une relation nouvelle &#224; la nature, largement ouverte, qui est imm&#233;diatement rentr&#233;e en consonance avec la cl&#244;ture jud&#233;o-chr&#233;tienne qui assigne des places fixes &#224; l'Homme comme &#224; la Nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mouvement de rationalisation du monde, bien entendu, a &#233;t&#233; provoqu&#233;, a engendr&#233;, est all&#233; de pair avec, &#233;tait consubstantiel &#224; une rationalisation des affaires humaines, du monde social, lui aussi progressivement d&#233;senchant&#233;, administr&#233;, chiffr&#233;, comptabilis&#233;. Il semble s'&#234;tre cr&#233;&#233; une boucle o&#249; l'efficacit&#233; de la raison sur la nature a d&#233;cupl&#233; son emploi pour la compr&#233;hension et le modelage des soci&#233;t&#233;s &#8211; &lt;i&gt;et r&#233;ciproquement&lt;/i&gt;. Nous l'avions vu &#224; propos des classifications du monde naturel, et celle de Linn&#233; est apparue dans une soci&#233;t&#233; o&#249; tout devenait clairement localis&#233;, nomm&#233;, hi&#233;rarchis&#233;, syst&#233;matis&#233;. L'exemple le plus connu est celui du darwinisme : la d&#233;couverte du principe de l'&#233;volution des esp&#232;ces sous la pression s&#233;lective a permis le d&#233;veloppement du darwinisme social, l'application du principe de la survie du plus apte entre individus et groupes sociaux (classes, nations, ethnies, etc.). En r&#233;alit&#233; les choses sont plus complexes, Andr&#233; Pichot l'a bien montr&#233; : ces id&#233;es habitaient l'Occident bien avant Darwin, dont les travaux sont plus nuanc&#233;s que cela et l'&#233;tude des proc&#233;d&#233;s &#233;volutifs montrent &#233;galement autre chose. Il s'agit donc d'un va-et-vient incessant entre la soci&#233;t&#233;, la science et la nature, et l'on pourrait intervertir les termes dans la belle phrase du physicien Wolfgang Pauli, alors sous l'influence du psychanalyste Carl Gustav Jung, et que rapporte E Morin : &#171; La science est le reflet de l'homme dans le miroir de la nature &#187;&#8230; Par exemple le voyage interdisciplinaire des concepts &#8211; comme ceux de &#171; cellule &#187;, de &#171; machine &#187;, de &#171; travail &#187;, d'&#171; &#233;nergie &#187;, d'&#171; information &#187;, de &#171; loi &#187;, de &#171; classe &#187;, etc. &#8211; est souvent aussi &#233;tourdissant que clandestin, puisque jamais examin&#233;&#8230; Plus pr&#232;s de nous, les m&#233;taphores naturalistes pars&#232;ment nos discours &#8211; les miens en particulier &#8211;, comme si le monde de la nature, m&#234;me profane, &#233;tait pos&#233; en homologie, voire en identification au n&#244;tre et, &lt;i&gt;naturellement&lt;/i&gt;, nous trouvons &#231;a &lt;i&gt;naturel&lt;/i&gt;&#8230; On justifie &#233;galement l'organisation sociale en regard du &#171; fonctionnement de la nature &#187;, tant&#244;t pyramidal, tant&#244;t polycentrique, tant&#244;t anarchique, tant&#244;t lib&#233;ral, etc. Nous avions rapidement vu la derni&#232;re fois la mani&#232;re dont les id&#233;ologies se l&#233;gitimaient syst&#233;matiquement d'un fonctionnement &#171; naturel &#187; : je ne reviens pas sur le totalitarisme, notamment nazi &#8211; ni sur son envers sym&#233;trique, l'antiracisme id&#233;ologique contemporain, dangereusement fond&#233; sur des consid&#233;rations pseudo-scientifiques &#8211; mais le cas du lib&#233;ralisme, au sens anglo-saxon, est int&#233;ressant. C'est au fond le discours de l'auto-organisation, de l'organisation spontan&#233;e de la soci&#233;t&#233;, dans le domaine &#233;conomique &#8211; la fameuse &#171; main invisible &#187; qui r&#233;gule spontan&#233;ment le march&#233; sans intervention humaine autre que la garantie de cette spontan&#233;it&#233; &#8211; et dans le domaine politique et culturel &#8211; la libre confrontation des opinions, des valeurs, des &#339;uvres, etc. &#8211; le tout devant faire &#233;merger un ordre spontan&#233;, &#171; naturel &#187;, avec guillemets, comme l'ordre naturel, sans guillemets, &#233;merge en l'absence d'un Dieu horloger : la nature et la soci&#233;t&#233; comme &lt;i&gt;auto-mates, machines auto-organis&#233;es&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la m&#234;me mani&#232;re, peut-&#234;tre pourrait-on &#233;galement comprendre la prolif&#233;ration des outils techniques et des appareils technologiques en croissance exponentielle, une volont&#233; de &lt;i&gt;recr&#233;er artificiellement la vie organique elle-m&#234;me&lt;/i&gt;. La chose est banale, en v&#233;rit&#233;, &#224; travers nombre de mythes &#8211; pensez au Dr Frankenstein, reconduit et amplifi&#233; par &#171; l'intelligence artificielle &#187; &#8211; et aboutissant &#224; une forme d'animisme contemporain o&#249;, comme le pointait J. Ellul, nous peuplons un monde d'&#234;tres avec lesquels nous dialoguons (nous personnalisons en permanence nos objets et machines les plus intimes). La conception d'Aristote, m&#234;me contradictoire, ne dit pas, au fond, autre chose, en d&#233;signant la &lt;i&gt;teckn&#232;&lt;/i&gt; comme une imitation ou continuit&#233; de la &lt;i&gt;physis&lt;/i&gt; &#8211; alors qu'elle est essentiellement cr&#233;ation originale. Idem pour la soci&#233;t&#233; de consommation, qui ressemble fort &#224; une reproduction humaine du foisonnement vertigineux du monde naturel, son opulence sans cesse renouvel&#233;e, sa prodigalit&#233; infinie, sa dilapidation permanente &#8211; recherche &#233;perdue d'un printemps &#233;ternel, d'une corne d'abondance d'o&#249; jaillirait une production infinie. Idem, l'&#201;tat providence, et sa caricature en &#201;tat-mamelle dans la revendication d'un revenu d'existence &#233;trangement port&#233;e par&#8230; les &#233;cologistes&#8230; Bref, j'arr&#234;te ici : on voit que l'Occident n'a pas cong&#233;di&#233; la nature, il l'a hyper-rationalis&#233;e, enr&#233;giment&#233;e, soumise &#224; des crit&#232;res qui &#233;taient en fait les siens sans vraiment l'&#234;tre puisque tout se passe comme si la nature &#233;tait pos&#233;e comme mod&#232;le, mod&#232;le de rationalit&#233;, mod&#232;le &#224; compl&#233;ter, mod&#232;le &#224; parfaire, voire &#224; supplanter et &#224; &lt;i&gt;supprimer purement et simplement par sa recr&#233;ation humaine&lt;/i&gt;. Les implications &#233;cologiques sont transparentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous d&#233;crivons est une cl&#244;ture d'une soci&#233;t&#233; sur elle-m&#234;me, monologuant avec une nature qu'elle a elle-m&#234;me s&#233;cr&#233;t&#233;e &#8211; et comment ferait-elle autrement ? &#8211; et qui lui permet de s'instituer elle-m&#234;me, masquant donc toute alt&#233;rit&#233; en y projetant ses propres cat&#233;gories, affects et d&#233;sirs. Anthropomorphisme et &#171; naturomorphisme &#187; &#8211; si j'ose le terme, qui me semble plus explicite de celui de Cl. L&#233;vi-Strauss de &lt;i&gt;physiomorphisme&lt;/i&gt; &#8211; se r&#233;pondent et s'entre-impliquent ici. Ce mouvement est-il, au fond, tr&#232;s diff&#233;rent de celui des autres cultures, qui font des &#233;l&#233;ments de la &lt;i&gt;physis&lt;/i&gt; des membres pleins de la soci&#233;t&#233; humaine et inversement, comme nous l'avions rapidement abord&#233; ? Sans doute pas, et B. Latour a tout &#224; fait raison de dire que notre repr&#233;sentation (scientifique) de la nature d&#233;termine (en fait : est consubstantielle &#224;) l'institution globale de nos soci&#233;t&#233;s occidentales. En d&#233;duire avec lui que &#171; nous n'avons jamais &#233;t&#233; modernes &#187; reviendrait &#224; ent&#233;riner sa confusion entre la cl&#244;ture induite par le clivage Homme/Cr&#233;ation divine et la tension cr&#233;atrice &lt;i&gt;physis&lt;/i&gt; / &lt;i&gt;nomos&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Double cl&#244;ture de l'&#233;cologisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cologisme contemporain est lui-m&#234;me porteur de cl&#244;tures, et peut-&#234;tre d'autant plus qu'il proc&#232;de lui-m&#234;me d'une rupture et se trouve d&#233;pourvu d'h&#233;ritage politique propre. On peut y distinguer deux grandes tendances d&#233;j&#224; rencontr&#233;es, qui sont chacune une mani&#232;re bien particuli&#232;re de d&#233;nier l'alt&#233;rit&#233; de la &lt;i&gt;physis&lt;/i&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi l'&#233;cologie gestionnaire va allier le positivisme techno-scientifique &#8211; qui prolonge l'approche rationalisante pr&#233;c&#233;demment d&#233;crite &#8211; avec les s&#233;ries de mesures politico-bureaucratiques visant une &lt;i&gt;gestion&lt;/i&gt; de la nature. Par exemple en r&#233;duisant la complexit&#233; des probl&#233;matiques &#233;cologiques &#224; un seul &#233;l&#233;ment isolable, mesurable, comptable comme l'ont &#233;t&#233;, dans un ordre chronologique approximatif ; la pollution (ann&#233;es 1970-1980), le d&#233;veloppement (ann&#233;es 1990), l'agriculture et la biodiversit&#233; (ann&#233;es 1990-2000), aujourd'hui le changement climatique, pour tout y subordonner en hyst&#233;risant les positions. Parall&#232;lement, on assiste &#224; un arraisonnement &#233;conomique &#224; travers les gadgets que sont les &#171; services &#233;cosyst&#233;miques &#187;, le &#171; capital vert &#187;, les &#171; compensations &#233;cologiques &#187;, le march&#233; des brevets ou du carbone, etc. qui ne sont, finalement, que des tentatives d'&#233;puiser la nature dans la rationalit&#233; exhaustive d'un bilan comptable. Cette approche &#8211; que l'on ne r&#233;duira pas &#224; l'approche rationnelle, je pense que les choses sont claires &#8211; ent&#233;rine le fait de &#171; l'anthropoc&#232;ne &#187; pour fantasmer une nature &lt;i&gt;enti&#232;rement sous contr&#244;le techno-bureaucratique&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;action &#224; cette impasse qui ne vise au fond qu'&#224; radicaliser une opposition Homme/nature mais pour &lt;i&gt;en finir une fois pour toutes avec la nature&lt;/i&gt;, l'&#233;cologie r&#233;volutionnaire ou gauchiste mais &#233;galement environnementaliste va chercher &#224; &lt;i&gt;en finir une fois pour toutes avec la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt; au nom d'une nature par&#233;e de toutes les vertus, fondamentalement bonne et respectable. L&#224;, l'influence jud&#233;o-chr&#233;tienne est tout aussi claire, il suffit de renverser les signes : le sacr&#233; est transf&#233;r&#233; &#224; la Cr&#233;ation divine (position explicite d'un John Muir), profan&#233;e par l'Homme p&#234;cheur qui doit faire p&#233;nitence, le tout baign&#233; d'un apocalyptisme croissant, etc. Je renvoie aux dimensions psychanalytiques d&#233;j&#224; vues, pr&#233;-&#339;dipiennes &#224; tonalit&#233; incestueuse, ainsi qu'aux implications politiques aux accents fortement totalitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est clair que ces deux positions, la premi&#232;re pourrait &#234;tre appel&#233;e sur-moderne la seconde postmoderne (ou pr&#233;moderne), se renvoient et s'entre-impliquent, dans cette fausse conscience contemporaine : &#224; la premi&#232;re le fonctionnement social effectif, &#224; la seconde la fausse et mauvaise conscience, les deux convergent dans une cl&#244;ture qui ne peut que tuer l'interrogation libre, qu'elle porte sur la soci&#233;t&#233; comme sur la nature et ce qui les lie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette rage d'une solution finale qui voudrait enfin abolir cette tension entre les soci&#233;t&#233;s humaines et la nature, son caract&#232;re incontr&#244;lable, son d&#233;rangement perp&#233;tuel puisque ni les unes ni l'autre n'y trouvent de fondement ni de place fixe, sa part &#233;crasante d'inconnu, ce face-&#224;-face toujours mortel et toujours vital, bref cette passion d'en finir avec l'ind&#233;termination, se retrouve dans le monde social : &#224; l'oppos&#233; exact de ses pr&#233;tentions et de ses r&#233;alisations pass&#233;es, l'Occident tend &#224; se rendre aujourd'hui incapable d'appr&#233;hender l'alt&#233;rit&#233;, qu'elle soit sexuelle, culturelle, historique&#8230; ou naturelle. C'est exactement cette fuite dans la figure du m&#234;me sans cesse plaqu&#233;e sur l'inconnu, ce mouvement civilisationnel d'homog&#233;n&#233;isation &#224; la fois r&#233;el et fantasmatique, qu'il faudrait chercher &#224; &#233;viter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rompre avec la &lt;i&gt;physis&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question n'est donc pas la valeur attribu&#233;e au monde naturel, mais la cl&#244;ture qu'une culture op&#232;re sur elle-m&#234;me, assignant ce dernier &#224; une place/identit&#233; inamovible, &lt;i&gt;quelle qu'elle soit&lt;/i&gt;, et, finalement, en l'incorporant au c&#339;ur du monde social, lui permettant de se forclore. Nous parlons l&#224; d'h&#233;t&#233;ronomie, d'ali&#233;nation &#224; une instance extra-sociale qui est en r&#233;alit&#233; hyper-sociale puisqu'elle occupe le centre solaire du syst&#232;me culturel. Et la relation &#224; la nature, la &lt;i&gt;physis&lt;/i&gt; , semble bien &#234;tre la m&#232;re de toutes les h&#233;t&#233;ronomies, leur matrice g&#233;n&#233;tique ; les divinit&#233;s sont un d&#233;riv&#233; &#224; la fois historique et logique, une socialisation de la nature comme dit Cl. Levi-Strauss, que l'on retrouve jusqu'au &lt;i&gt;Deus sive Natura&lt;/i&gt; de Descartes et Spinoza. Autrement dit : supprimer la dialogique &lt;i&gt;physis&lt;/i&gt; / &lt;i&gt;nomos&lt;/i&gt; ne peut se faire qu'au nom d'un principe r&#233;gulateur souverain qui, en abolissant l'alt&#233;rit&#233;, an&#233;antit l'interrogation illimit&#233;e dont elle est porteuse, la transformant en glose sp&#233;culative inflationniste sur le surnaturel. Cela pourrait sembler paradoxal, nous l'avons d&#233;j&#224; vu, mais l'acc&#232;s &#224; la nature par l'&#234;tre humain ne peut se faire qu'&#224; condition de ne pas la faire (trop) rentrer dans le monde de l'&#234;tre humain, de la garder &#224; distance &#8211; nous allons retrouver plus loin ce paradoxe approfondi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, il s'agirait de briser sa propre &lt;i&gt;physis&lt;/i&gt; pour consid&#233;rer la &lt;i&gt;physis&lt;/i&gt; comme telle, non pas la copier subrepticement ou annihiler son &#233;tranget&#233; en se l'accaparant d'une mani&#232;re ou d'une autre, mais bien &lt;i&gt;se faire autre&lt;/i&gt;, pleinement et par le m&#234;me mouvement, &lt;i&gt;la faire &#234;tre&lt;/i&gt; comme alt&#233;rit&#233; radicale. Il s'agirait de comprendre ce que cela signifie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;l&#233;ments bibliographiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La bibliographie ci-dessous a &#233;t&#233; r&#233;duite au minimum : il y manque d'un c&#244;t&#233; tous les &#171; classiques &#187; de l'&#233;cologie politique et des disciplines abord&#233;es, largement connus, ainsi que, de l'autre, les ouvrages aux th&#233;matiques apparemment trop &#233;loign&#233;es, sans m&#234;me parler de tous ceux dont l'apport, loin d'&#234;tre nul, n'a pas &#233;t&#233; significatif. N'ont donc &#233;t&#233; retenus que les titres ayant express&#233;ment servi &#224; l'&#233;laboration des s&#233;ances &#224; divers degr&#233;s, et regroup&#233;s grosso modo selon leur ordre, m&#234;me si beaucoup sont transversaux.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En gras les livres dont la lecture est vivement recommand&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Atlan Henri, &lt;i&gt;La Fin du &#171; tout g&#233;n&#233;tique &#187; ? Vers de nouveaux paradigmes en biologie&lt;/i&gt;, INRA &#233;ditions, coll. &#171; Sciences en question &#187;, 1999&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bachelard Gaston, &lt;i&gt;La Formation de l'esprit scientifique. Contribution &#224; une psychanalyse de la connaissance&lt;/i&gt;, Jules Vrin, coll. &#171; Biblioth&#232;ques des textes philosophiques &#187;, 1993&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bookchin Murray, Foreman Dave, &lt;i&gt;Quelle &#233;cologie radicale ? &#201;cologie sociale et &#233;cologie profonde en d&#233;bat&lt;/i&gt;, Atelier de Cr&#233;ation Libertaire, 1994&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Castoradis Cornelius, &lt;i&gt;&#201;crits politiques 1945-1997 (t. VII). &#201;cologie et politique suivi de Correspondances et compl&#233;ments&lt;/i&gt;, &#201;ditions du Sandre, 2020&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Castoriadis Cornelius, &lt;i&gt;L'Institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, Seuil, 1975&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Castoriadis Cornelius, &#171; Complexit&#233;, magmas, histoire &#187; [1993] dans &lt;i&gt;Fait et &#224; faire. Les Carrefours du labyrinthe 5&lt;/i&gt;, Seuil, coll. &#171; Points essais &#187;, 2008&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Castoriadis Cornelius, &#171; Phusis, cr&#233;ation, autonomie &#187; dans &lt;i&gt;Fait et &#224; faire. Les Carrefours du labyrinthe 5&lt;/i&gt;, Seuil, coll. &#171; Points essais &#187;, 2008&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Castoriadis Cornelius, &#171; La logique des magmas et la question de l'autonomie &#187; dans &lt;i&gt;Domaines de l'homme. Les Carrefours du labyrinthe 2&lt;/i&gt;, Seuil, coll. &#171; Points Essais &#187;, 1999&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Castoriadis Cornelius, &#171; Port&#233;e ontologique de l'histoire de la science &#187; dans &lt;i&gt;Domaines de l'homme. Les Carrefours du labyrinthe 2&lt;/i&gt;, Seuil, coll. &#171; Points Essais &#187;, 1999&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Castoriadis Cornelius, &#171; Science moderne et interrogation philosophique &#187; dans &lt;i&gt;Les Carrefours du labyrinthe 1&lt;/i&gt;, Seuil, coll. &#171; Points essais &#187;, 2007&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Charbonnier Pierre, &lt;i&gt;La Fin d'un grand partage. Nature et soci&#233;t&#233;, de Durkheim &#224; Descola&lt;/i&gt;, CNRS &#233;ditions, 2015&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dagognet Fran&#231;ois, &#171; Syst&#232;me de la nature &#187;, dans Lecourt Dominique (sous la dir. de), &lt;i&gt;Dictionnaire d'histoire et philosophie des sciences&lt;/i&gt;, PUF, 1990&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hottois Gilbert, &lt;i&gt;Le Signe et la technique. La philosophie &#224; l'&#233;preuve de la technique&lt;/i&gt;, Aubier, coll. &#171; L'Invention philosophique &#187;, 1984&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kuhn Thomas S., &lt;i&gt;La Structure des r&#233;volutions scientifiques&lt;/i&gt;, Flammarion, coll. &#171; Champs sciences &#187;, 2008&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Larr&#232;re Catherine, Larr&#232;re Rapha&#235;l, &lt;i&gt;Du Bon usage de la nature. Pour une philosophie de l'environnement&lt;/i&gt;, Flammarion, coll. &#171; Alto &#187;, 1997&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Latour Bruno, &lt;i&gt;Nous n'avons jamais &#233;t&#233; modernes. Essai d'anthropologie sym&#233;trique&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, coll. &#171; L'armillaire &#187;, 1991&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lecourt Dominique, &#171; Loi de la nature &#187;, dans Lecourt Dominique (sous la dir. de), &lt;i&gt;Dictionnaire d'histoire et philosophie des science&lt;/i&gt;s, PUF, 1990&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maris Virginie, &lt;i&gt;La Part sauvage du monde. Penser la nature dans l'anthropoc&#232;ne&lt;/i&gt;, Seuil, 2018&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Morin Edgar, La M&#233;thode (5 vol.). &lt;i&gt;La Nature de la nature, La vie de la vie, La Connaissance de la connaissance, Les Id&#233;es, L'humanit&#233; de l'humanit&#233;&lt;/i&gt;, Seuil, 1977, 1980, 1986, 1991, 2001&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Morin Edgar, &lt;i&gt;Science avec conscience&lt;/i&gt;, Fayard, 1982&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Russell Bertrand, &lt;i&gt;Science et religion&lt;/i&gt;, Gallimard, 1996&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tordjman H&#233;l&#232;ne, &lt;i&gt;La Croissance verte contre la nature. Critique de l'&#233;cologie marchande&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2021&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toussaint Jean-Fran&#231;ois, &lt;i&gt;L'Homme peut-il s'adapter &#224; lui-m&#234;me ? Marges d'adaptation de l'esp&#232;ce humaine face aux changements environnementaux&lt;/i&gt;, &#201;ditions Quae, 2012&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Questions ouvertes sur le mouvement #Mavoix</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?1087-Questions-ouvertes-sur-le-mouvement-MaVoix</link>
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		<dc:date>2022-12-15T10:48:42Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Psycho-sociologie</dc:subject>
		<dc:subject>&#171; Indign&#233;s &#187; (2011)</dc:subject>
		<dc:subject>Gilets jaunes (2018-2019)</dc:subject>
		<dc:subject>Mai 68</dc:subject>
		<dc:subject>Mouvement des coordinations (1986-1988)</dc:subject>
		<dc:subject>Mouvement social 2016 &amp; Nuit Debout</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;lectoralisme</dc:subject>
		<dc:subject>Article</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie directe</dc:subject>
		<dc:subject>Institutionnalisation</dc:subject>
		<dc:subject>Organisation politique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte, r&#233;dig&#233; et adress&#233; par un sympathisant, esquisse un bilan du &#171; mouvement #MaVoix &#187;, qui cherchait durant la campagne l&#233;gislative de 2017 &#224; introduire de la d&#233;mocratie directe au sein de l'Assembl&#233;e nationale. Les le&#231;ons tir&#233;es ci-dessous sont &#224; la fois lucides, riches et concises, parfaitement claires et renvoient &#233;videmment &#224; l'ensemble de l'&#233;tat actuel de la soci&#233;t&#233; et &#224; l'anthropologie contemporaine. Elles recoupent aussi, et surtout, en bien des points, les bilans un peu (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-sociale-democratie-" rel="directory"&gt;Autonomie sociale : D&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-109-psycho-sociologie-+" rel="tag"&gt;Psycho-sociologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-151-indignes-+" rel="tag"&gt;&#171; Indign&#233;s &#187; (2011)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-Gilets-jaunes-2018-+" rel="tag"&gt;Gilets jaunes (2018-2019)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-54-mai-68-+" rel="tag"&gt;Mai 68&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-208-mouvement-des-coordinations-1986-+" rel="tag"&gt;Mouvement des coordinations (1986-1988)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-236-mouvement-social-2016-nuit-debout-+" rel="tag"&gt;Mouvement social 2016 &amp; Nuit Debout&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-115-electoralisme-+" rel="tag"&gt;&#201;lectoralisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-37-democratie-directe-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-69-institutionnel-+" rel="tag"&gt;Institutionnalisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-29-organisation-politique-+" rel="tag"&gt;Organisation politique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce texte, r&#233;dig&#233; et adress&#233; par un sympathisant, esquisse un bilan du &#171; mouvement #MaVoix &#187;, qui cherchait durant la campagne l&#233;gislative de 2017 &#224; introduire de la d&#233;mocratie directe au sein de l'Assembl&#233;e nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les le&#231;ons tir&#233;es ci-dessous sont &#224; la fois lucides, riches et concises, parfaitement claires et renvoient &#233;videmment &#224; l'ensemble de l'&#233;tat actuel de la soci&#233;t&#233; et &#224; l'anthropologie contemporaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles recoupent aussi, et surtout, en bien des points, les bilans un peu s&#233;rieux dress&#233;s apr&#232;s des exp&#233;riences similaires, tant&#244;t &#224; petite &#233;chelle (&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?130-questions-au-mas' class=&#034;spip_in&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;, &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?415-Amour-liberte-politique-1-3' class=&#034;spip_in&#034;&gt;l&#224;&lt;/a&gt; ou encore &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?721-contre-la-constituante-1-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;ici&lt;/a&gt; ou &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?136-tentative-d-analyse-interne-d-un' class=&#034;spip_in&#034;&gt;l&#224;&lt;/a&gt;), ou &#224; de plus grandes comme &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?991-Nuit-Debout-et-ses-somnambules' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Nuit Debout de 2016&lt;/a&gt;, les &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?500-les-mouvements-des-indignes' class=&#034;spip_in&#034;&gt;indign&#233;s&lt;/a&gt; et &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?661-occuper-wall-street-un-mouvement' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Occupy Wall Street&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; de 2011, sans m&#234;me parler du &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?546-enjeux-politiques-et' class=&#034;spip_in&#034;&gt;mouvement des places en Gr&#232;ce&lt;/a&gt; la m&#234;me ann&#233;e ou des &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?695-essor-et-faillite-des-reseaux-de' class=&#034;spip_in&#034;&gt;r&#233;seaux de trocs argentins de 2002&lt;/a&gt;, du &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?436-notes-sur-le-mouvement-social-d' class=&#034;spip_in&#034;&gt;mouvement social d'octobre 2010&lt;/a&gt;, des &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?235-vers-des-coordinations' class=&#034;spip_in&#034;&gt;coordinations de 2003&lt;/a&gt; ou de &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?81-preface-de-c-castoriadis-au-livre' class=&#034;spip_in&#034;&gt;celles des ann&#233;es 80&lt;/a&gt;, ou m&#234;me des &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?732-les-mouvements-des-annees-soixante' class=&#034;spip_in&#034;&gt;mouvements des ann&#233;es 60&lt;/a&gt;&#8230; Derri&#232;res les diff&#233;rences de contexte, d'&#233;poque ou de culture, l'obstacle reste toujours de parvenir &#224; se d&#233;faire de r&#233;flexes, de plus en plus int&#233;rioris&#233;s au fil des d&#233;cennies, pour instituer un autre rapport au pouvoir, &#224; l'institution, au pass&#233;, &#224; l'action, au collectif et &#224; la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me.&lt;br class='manualbr' /&gt;Et force est de constater qu'en plus d'un demi-si&#232;cle, le tr&#233;pignement est patent tant la cumulation ou simplement la transmission para&#238;t impossible, ce que les &#171; r&#233;volutionnaires &#187; refusent de voir, condamnant les mouvements futurs, sur &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?45-Il-faudrait-des-paysans-de-la-societe' class=&#034;spip_in&#034;&gt;le mod&#232;le des Gilets jaunes&lt;/a&gt;, &#224; n'&#234;tre qu'explosions de col&#232;re candidates &#224; toutes les r&#233;cup&#233;rations et donc sans lendemains souhaitables. (La derni&#232;re tentative de type &#233;lectoraliste, la pr&#233;tendue et d&#233;sormais sinistre &#171; Primaire Populaire &#187; de 2022, &#233;tait une r&#233;cup&#233;ration pr&#233;ventive des aspirations diffuses &#224; la souverainet&#233; populaire.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela &#233;tait l'objet d'une tentative de synth&#232;se dans nos &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?762-Notes-sur-l-organisation-des' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Notes sur l'organisation des collectifs d&#233;mocratiques&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Puissent ces gouttes d'eau encourager ceux qui veulent faire refleurir les d&#233;serts.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le mouvement #Mavoix s'est cr&#233;&#233; en 2015 en vue d'une exp&#233;rimentation d&#233;mocratique autour des &#233;lections l&#233;gislatives de 2017. L'objectif &#233;tait de pr&#233;senter comme &#171; candidats &#187; des citoyens tir&#233;s au sort qui, s'ils avaient &#233;t&#233; &#233;lus, auraient eu pour r&#244;le de &#171; voter &#187; &#224; l'Assembl&#233;e Nationale, uniquement en reproduisant le vote des citoyens exprim&#233; sur une plateforme virtuelle (Et si plusieurs porte-voix avaient &#233;t&#233; &#233;lus, ils auraient exprim&#233; ce vote de mani&#232;re proportionnelle).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principe &#233;tait donc de &#171; pirater &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les mots &#171; hacker &#187; ou &#171; pirater &#187;, originellement utilis&#233;s par le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; l'institution parlementaire, d'utiliser son fonctionnement l&#233;gal pour le modifier (symboliquement) et l'orienter vers un syst&#232;me de participation directe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affiche de la campagne &#233;tait constitu&#233;e d'un miroir (on pouvait en effet se voir en reflet) et d'une question (Qui vous repr&#233;sente le mieux ?)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement a pr&#233;sent&#233; quarante-trois &#171; porte-voix &#187; (et leurs suppl&#233;ants), tous tir&#233;s au sort (parmi environ 500 volontaires), et a obtenu dans le nombre de circonscriptions correspondants des r&#233;sultats oscillants entre 0,20 % des voix et 1,50 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement n'a jamais pris la moindre forme juridique (association, parti, etc.) et a toujours voulu garder un fonctionnement horizontal (selon le terme consacr&#233;). Les financements de la campagne se sont faits uniquement par dons (les participants assurant les r&#244;les de mandataires financiers).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement a concern&#233; une trentaine de groupes locaux sur l'ensemble du pays (principalement en zone urbaine), qui travaillaient de mani&#232;re relativement ind&#233;pendante. Ils se r&#233;unissaient r&#233;guli&#232;rement pour mettre en commun leurs exp&#233;riences et traiter les probl&#232;mes globaux, soit de mani&#232;re virtuelle (chaque semaine) soit dans une localit&#233; choisie (tous les mois ou tous les deux mois &#224; peu pr&#232;s). Une permanence virtuelle &#233;tait assur&#233;e un jour par semaine pour expliquer le principe aux nouveaux int&#233;ress&#233;s, un autre jour pour former les mandataires financiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant particip&#233; &#224; ce mouvement, mon propos n'est pas ici d'en d&#233;tailler le fonctionnement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour plus de d&#233;tails, voir le site internet : mavoix.info, et surtout le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais plut&#244;t de d&#233;gager une s&#233;rie de questions et de r&#233;flexions plus g&#233;n&#233;rales, &#224; partir de mes observations (ainsi que celles que j'ai pu faire dans d'autres initiatives similaires).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble que ces probl&#232;mes peuvent &#234;tre pertinents pour d'autres mouvements qui travailleraient &#224; &#233;laborer des proc&#233;d&#233;s de d&#233;mocratie directe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1 &#8211; Cultures Num&#233;riques et h&#233;ritages de la pens&#233;e pirate&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La proposition centrale de #Mavoix &#8211; une plateforme de vote virtuelle, qui aurait pu &#234;tre suivie d'une plateforme de d&#233;bat en ligne &#8211; l'inscrivait directement dans la logique des cultures num&#233;riques. Le mode de pens&#233;e caract&#233;ristique des communaut&#233;s constitu&#233;es autour des logiciels libres, des Fablabs et autres projets num&#233;riques bas&#233;s sur les communs impr&#233;gnait le mouvement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pekka Himanen, L'&#233;thique Hacker, 2001. L'auteur y d&#233;fend une nouvelle (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la figure de l'amateur (ou du contributeur) est souvent mise en valeur dans ces initiatives (figure du citoyen acteur, qui participe &#224; la production et &#224; l'&#233;change de savoir-faire) ; on peut n&#233;anmoins regretter un certain manque de lucidit&#233; critique, typique du cyber-utopisme, qui occulte toute la part n&#233;gative, absolument &#233;vidente, des pratiques virtuelles qui nous submergent aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'invasion des smartphones et l'utilisation ultra-intensive des outils num&#233;riques entra&#238;nent une fragilisation de l'espace priv&#233; (toutes nos donn&#233;es sont accessibles &#224; tout moment, vendus en permanence par des agences de courtage, utilis&#233;es pour des ciblages lors des campagnes politiques, surveill&#233;es si besoin par les agences d'espionnage) et une fragilisation concomitante de l'espace public (baisse de l'engagement g&#233;n&#233;ral, baisse des liens de proximit&#233;, de la valeur des rapports en face-&#224;-face, disparition des lieux de discussions informels et chute drastique de la participation &#224; la vie politique). Les probl&#232;mes associ&#233;s au mat&#233;riel, &#224; l'&#233;nergie, et donc au mod&#232;le &#233;conomique n&#233;cessaire pour faire tourner les machines posent des limites &#233;videntes &#224; une r&#233;appropriation d&#233;mocratique et citoyenne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;conomie de plateforme et des industries sociales repose en bonne partie sur l'addiction, sur la saturation (jamais de d&#233;connexion) et sur des logiques de stimulations extr&#234;mes. L'impulsivit&#233; grandissante, la chute des capacit&#233;s d'attention minimales, l'augmentation du stress et de l'angoisse (voire des &#233;tats d&#233;pressifs), l'appauvrissement de l'exp&#233;rience, les probl&#232;mes de fatigue et de sommeil font partie d'une longue liste de probl&#232;mes psychologiques associ&#233;s aux &#233;crans&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir par exemple Manfred Spitzer, Les ravages des &#233;crans, L'&#233;chapp&#233;e, 2019 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#233;dias num&#233;riques favorisent des liens d&#233;sincarn&#233;s, qui ne font r&#233;f&#233;rence qu'&#224; des personnes tronqu&#233;es, en partie vid&#233;es de leur substance et on imagine mal l'individu d&#233;mocratique, responsable, concern&#233; par le destin de sa communaut&#233;, capable de s'investir dans des d&#233;cisions difficiles, &#233;merger du shopping virtuel, des paris et des jeux en ligne, de la pornographie massive, de la consommation orgiaque de s&#233;ries, ou d'un mis&#233;rable fil de conversation Twitter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour prendre des d&#233;cisions ensemble, pour se reconna&#238;tre comme une communaut&#233; et fonder les bases d'une d&#233;mocratie consistante, il faut partager une culture, un imaginaire collectif et un monde implicite commun. L'ancrage sociologique solide que demanderait une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique, le besoin d'un imaginaire partag&#233; ne viendra pas de pratiques qui favorisent la d&#233;socialisation, la d&#233;culturation, l'individualisation et la d&#233;territorialisation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Olivier Roy, L'aplatissement du monde, Seuil, 2022&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pourtant pas rare de voir les mouvements de contestation ou de proposition sociale s'empaler dans la logique des &#171; r&#233;seaux sociaux &#187; de mani&#232;re assez na&#239;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mavoix s'&#233;tait &#224; dessein &#233;cart&#233; des m&#233;dias traditionnels (TV, journaux, radios) afin de revendiquer la pratique d'un journalisme politique diff&#233;rent, qui s'&#233;loigne de la personnification, du sensationnalisme et des d&#233;bats extr&#234;mes visant &#224; cr&#233;er de l'audience sur la base d'affrontements. Le but, plus que louable, &#233;tait de stimuler des m&#233;thodes diff&#233;rentes en demandant aux journalistes de s'adapter &#224; nos mani&#232;res de faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais n'est-il pas d&#233;concertant de voir le mouvement utiliser dans le m&#234;me temps Facebook comme vitrine centrale d'information, avec des membres qui se d&#233;dient sp&#233;cialement &#224; la publication quotidienne de posts souvent peu pertinents, pour exister dans le flot chaotique de nouveaut&#233;s insignifiantes qui favorisent le court-terme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le mod&#232;le d'information des m&#233;dias traditionnels posent des probl&#232;mes &#233;vidents &#224; la d&#233;mocratie, celui des plateformes sociales dominantes est peut-&#234;tre encore plus pernicieux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur l'impossibilit&#233; d'associer critique sociale et r&#233;seaux sociaux, voir (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il s'agirait de faire preuve encore une fois d'un peu de coh&#233;rence sur le sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En marge de cette polarisation num&#233;rique, la campagne se faisait sous l'&#233;gide d'un proverbe Hopi (&#171; Nous sommes celles et ceux que nous attendions &#187;), un peuple traditionnel am&#233;rindien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce genre de grand &#233;cart entre une d&#233;fense parfois na&#239;ve de la technologie et un primitivisme bon march&#233; est assez d&#233;concertant. Cela est-il caract&#233;ristique des mouvements issus des milieux informatiques, et de leurs contradictions &#233;videntes, en partie dues &#224; une absence d'ancrage local et &#224; une absence de culture politique (Anonymous, culture Hacker, cryptomonnaies, etc) ? En tout cas ce n'est pas avec un brin de pens&#233;e magique que l'on va transformer l'&#171; apathie narcissique &#187; de l'individu num&#233;rique, le &#171; conformisme passif &#187; qui le caract&#233;rise, en une activit&#233; politique et citoyenne pertinente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2 &#8211; Le paradoxe de l'ordre et de l'organisation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a quelque chose que j'ai trouv&#233; extr&#234;mement int&#233;ressant (et hautement paradoxal) dans le mouvement #Mavoix et qui me semble m&#233;riter l'attention. Le mouvement s'&#233;tant accroch&#233; au processus des l&#233;gislatives, son ordre du jour &#233;tait en fait largement dict&#233; par celui de l'&#233;lection (et donc de tout son appareil l&#233;gal). Ce que nous devions faire (trouver des porte-voix, d&#233;finir les conditions d'&#233;ligibilit&#233;, les inscrire officiellement en tant que candidats, trouver des financements, r&#233;diger un document de propagande, cr&#233;er une affiche, coller des affiches de telle date &#224; telle date, etc.) &#233;tait encadr&#233; par le processus &#233;lectoral et devait se conformer &#224; un cahier des charges pr&#233;existant (et tr&#232;s pr&#233;cis).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas ici d'entrer dans un d&#233;bat concernant la radicalit&#233; de ce mouvement (#Mavoix serait facilement jug&#233; comme un mouvement d&#233;pourvu de radicalit&#233; du simple fait qu'il ait essay&#233; de passer, bien que de mani&#232;re diff&#233;rente, par l'&#233;lection et le vote). Il s'agit plut&#244;t de se demander si l'existence d'un cadre pr&#233;cis n'est pas un moteur int&#233;ressant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le calendrier tr&#232;s balis&#233; des &#233;lections offraient une structure lisible et des t&#226;ches tr&#232;s concr&#232;tes &#224; effectuer pour les participants durant la campagne. L'impression de ne pas partir de z&#233;ro, de ne pas brasser du vent, de ne pas simplement discuter pour discuter a beaucoup motiv&#233; les gens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que les mouvements de critique politique ou sociale peuvent s'&#233;puiser tr&#232;s vite par manque d'objectifs d&#233;finis. C'est d'ailleurs tr&#232;s souvent la recherche de l'ordre dont tout le monde a besoin qui finit par les d&#233;gonfler de l'int&#233;rieur, lorsqu'ils sont incapables de faire na&#238;tre des pratiques concr&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3 &#8211; L'horizontalit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois que c'est la question qui m'a paru la plus confuse dans le mouvement et qui m'a valu le plus d'incompr&#233;hension. Bien que beaucoup de choses diff&#233;rentes aient &#233;t&#233; comprises sous le terme d'horizontalit&#233; (&#233;galit&#233;, libert&#233; d'initiative, absence de contrainte, absence de personnification, absence de hi&#233;rarchie, absence de structure, etc.), il a &#233;t&#233; un des piliers du mouvement, un des principes f&#233;d&#233;rateurs appr&#233;ci&#233; par quasiment tout le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est peut-&#234;tre parce que je comprends et d&#233;fends moi-m&#234;me quelque chose qui se rapproche un peu (vaguement) de cette soi-disant &#171; horizontalit&#233; &#187; que j'en vois &#233;galement les limites dans la pratique (et donc l'importance d'&#234;tre clair avec ce que cela veut dire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, le mouvement ne proc&#233;dait jamais &#224; aucun vote. Ceux qui &#233;taient pr&#233;sents, &#224; tel moment, d&#233;cidaient ensemble, sous un vague principe de consensus, parfois seulement sous-jacent. Cela m'a paru &#233;trange et j'ai plusieurs fois soulev&#233; la question : et si quelqu'un n'est tout simplement pas d'accord, m&#234;me apr&#232;s discussion, comment est-ce qu'on enregistre son d&#233;saccord si on ne vote pas ? En quoi ces d&#233;cisions sont d&#233;mocratiques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une personne m'a r&#233;pondu qu'un groupe qui d&#233;fend la d&#233;mocratie n'a pas forc&#233;ment &#224; fonctionner de mani&#232;re d&#233;mocratique. Cela me semble une attitude habituelle et en v&#233;rit&#233; d&#233;solante, qui justifie des moyens diff&#233;rents de la finalit&#233; recherch&#233;e, sans se demander si la finalit&#233; n'en devient pas d&#232;s lors parfaitement illusoire. Comment imaginer une d&#233;mocratie directe &#224; grande &#233;chelle si on n'est pas capable de l'organiser pour quelques centaines de personnes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres personnes ont &#233;voqu&#233; (parfois &#224; juste titre) que la manie du vote bloquait les initiatives. Et lorsqu'on d&#233;fend un projet nouveau, il faut laisser les choses se faire naturellement. C'est en effet une probl&#233;matique importante. Mais il se d&#233;gageait parfois une image &#233;trange d'un mouvement o&#249; tout le monde &#233;tait d'accord avec tout (m&#234;me si ce n'&#233;tait &#233;videmment pas le cas). Voire un fantasme (larv&#233; et parfaitement inconscient) d'une soci&#233;t&#233; du consensus. La priorit&#233; &#233;tait donn&#233;e &#224; l'action et &#224; l'initiative, et tant que le groupe ne bloquait pas l'initiative, tout &#233;tait permis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les propos publics, un va-et-vient permanent &#233;tait fait entre l'autonomie des membres (&#171; Mavoix ce n'est rien, c'est chacun d'entre nous, ce sont des individus &#187;) et l'originalit&#233; du collectif (&#171; Mavoix c'est nouveau, &#231;a parle aux gens &#187;), entretenant un flou bien pratique entre le collectif et les individus, pour ne pas avoir trop de comptes &#224; rendre au groupe en tant que tel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les faits, certaines d&#233;cisions qui concernaient l'ensemble des groupes locaux ont &#233;t&#233; prises sans que l'on sache comment la question avait &#233;t&#233; tranch&#233;e ni par qui. Par exemple, un d&#233;bat important a exist&#233; sur l'organisation d'un tirage au sort local ou national, et un autre sur l'appartenance ou non des portes-voix &#224; leur circonscription (est-ce qu'ils doivent habiter dans la ville o&#249; ils se proposent) ? Dans mon groupe local, nous avons organis&#233; un vote pour savoir ce que chacun pensait. Ce vote n'a servi &#224; rien et on a tout simplement appris que la question avait &#233;t&#233; tranch&#233;e &#224; la suite de nombreux &#233;changes et discussions (lesquels ? Par qui ?)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis aussi aper&#231;u (&#224; mon grand d&#233;sarroi) que les r&#233;f&#233;rences de plusieurs personnes impliqu&#233;es dans le mouvement venaient du management&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par exemple, en r&#233;f&#233;rence &#224; l'ouvrage : Fr&#233;d&#233;ric Laloux, Reinventing (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Beaucoup de participants faisaient le parall&#232;le entre le fonctionnement du mouvement et leur mode de travail. Ils voulaient transposer ces m&#233;thodes sur leur lieu de travail et importer l'horizontalit&#233; dans l'organisation et le management. Tr&#232;s bien, pourquoi pas. Mais est-ce qu'un mode de fonctionnement politique et un mode de fonctionnement d'une entreprise ou d'un collectif de travail sont directement comparables ? &#199;a me para&#238;t pour le moins discutable. L'horizontalit&#233; comprise comme absence de hi&#233;rarchie pour faciliter l'initiative et cr&#233;er un groupe &#171; organique &#187;, pourquoi pas. Mais est-ce que ce mod&#232;le permet au peuple de se gouverner lui-m&#234;me ? Est-ce que l'art du gouvernement n'est pas ici justement &#233;vacu&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation d&#233;mocratique n'a jamais pos&#233; de probl&#232;me dans notre groupe local. Il y avait des fonctions d&#233;finies (quelqu'un pr&#233;sentait un ordre du jour, une autre personne distribuait la parole et s'occupait des temps de parole, une autre personne prenait des notes) qui &#233;taient occup&#233;es &#224; chaque fois, si possible, par des personnes diff&#233;rentes. Et cela donnait un cadre structur&#233; et ouvert &#224; la fois, tr&#232;s appr&#233;ci&#233; par les participants (une petite centaine de gens, &#233;tal&#233;s sur plusieurs mois).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s qu'il fallait passer &#224; l'&#233;chelon sup&#233;rieur, c'&#233;tait un peu plus compliqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai par exemple pos&#233; cette question b&#234;te : Bon d'accord, nous sommes &#171; horizontaux &#187;. Mais imaginons, dans un groupe vaste ou dans une soci&#233;t&#233; r&#233;ellement d&#233;mocratique, qu'&#224; la suite d'un vote, une d&#233;cision importante soit prise avec seulement 60 % de votes &#171; pour &#187; (Imaginons quelque chose d'un peu contraignant, la pand&#233;mie nous fournissant plein d'exemples concrets : imposition d'un vaccin, fermeture de fronti&#232;res, confinement g&#233;n&#233;ral, couvre-feu, etc) Comment la majorit&#233; &lt;i&gt;l'impose&lt;/i&gt; au reste des votants s'il n'y a aucune asym&#233;trie nulle part ? Si tout est horizontal ? Comment les gens &#171; abandonnent &#187; leur propre avis et se plient &#224; la d&#233;cision du groupe ? La r&#233;ponse bien b&#234;te est qu'ils risquent tout simplement de partir et de ne pas se soumettre (au nom de quoi le feraient-ils si on passe notre temps &#224; d&#233;cr&#233;dibiliser toute forme d'asym&#233;trie, toute forme d'autorit&#233; ?).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est qu'une mani&#232;re bien simple de poser la question du pouvoir, qui est une pierre d'achoppement habituelle dans ce genre de regroupement nourri par le fantasme de sa disparition. On veut une d&#233;mocratie directe o&#249; tout le monde ait le pouvoir en m&#234;me temps. Soit. Mais qu'est-ce que cela veut dire ? Est-ce que cela a un sens ? Il faudrait l'expliquer de mani&#232;re claire, parce que pour moi, &#231;a n'en a pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a en a d'autant moins que le collectif avait tout de m&#234;me pour vis&#233;e l'Assembl&#233;e Nationale et l'&#233;criture des lois. Question b&#234;te : &#224; quoi sert-il d'&#233;crire des lois si tout est horizontal et si tout est bas&#233;, comme cela a souvent &#233;t&#233; r&#233;p&#233;t&#233; durant les mois de travail, sur la &#171; confiance &#187;. Si on se fait tous confiance, o&#249; est l'int&#233;r&#234;t d'&#233;crire des lois ? Si on se base sur la &#171; bonne volont&#233; &#187;, pourquoi &#233;tablir des contraintes l&#233;gales ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve l&#224;, bien que larv&#233;, le fantasme d'un monde sans conflits, sans heurts, sans probl&#232;mes. La recherche d'un monde diff&#233;rent o&#249; tous ceux qui ne sont pas d'accord auront comme par magie disparus. L'id&#233;e qu'un mouvement critique ne concernera que les gens a priori d'accord entre eux (oubliant toutes les tensions qui habitent une soci&#233;t&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce genre de mentalit&#233;, qui part d'une bonne intention, me semble difficilement compatible avec l'organisation d'un groupe ouvert, qui puisse int&#233;grer des gens aux opinions et aux horizons r&#233;ellement diff&#233;rents (ce qui est souhaitable). Plus l'horizontalit&#233; est forte, plus on risque de devoir se contenter de marcher avec ses pairs, les gens qui pensent ou vivent un peu comme nous. Il faudrait au contraire d&#233;fendre une &#233;galit&#233; de principe, tout en acceptant des asym&#233;tries ponctuelles (qui ne doivent pas &#234;tre entre les mains de personnes particuli&#232;res). Des fonctions de d&#233;cisions qui soient remplies &#224; tour de r&#244;le par des personnes diff&#233;rentes qui respectent un certain ordre de route.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai d'ailleurs not&#233; l'absence de militants traditionnels dans le mouvement, l'absence de t&#234;tes de bois, l'absence de gens fortement critiques, l'absence de disparit&#233;s fortes qui sont de toute fa&#231;on tr&#232;s vite ing&#233;rables sous la forme d'une horizontalit&#233; pure et dure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un texte critique sur la disparition progressive de l'alt&#233;rit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Pierre Lebrun, &#171; Que devient l'alt&#233;rit&#233; ? &#187;, Pard&#232;s, 2012/2 (N 52), p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Jean-Pierre Lebrun r&#233;agissait aux tendances &#171; horizontales &#187; et &#233;galitaristes &#224; l'&#339;uvre dans nos soci&#233;t&#233;s (dans un sens Tocquevillien) , au refus de la place d'exception, au refus de l&#233;gitimit&#233; dont souffrent de plus en plus les directeurs d'&#233;cole, les responsables de service, les personnes en position de d&#233;cision. La question qu'il se pose est la suivante : &lt;i&gt;s'agit-il de gouverner en tenant davantage compte des protagonistes ou au contraire s'agit-il d'&#233;viter d'avoir &#224; gouverner ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce paradoxe me semble crucial pour un mouvement d&#233;mocratique. En pr&#244;nant une horizontalit&#233; totale, en refusant toute dissym&#233;trie, tout d&#233;s&#233;quilibre temporaire entre les participants, on risque de ne pas affronter la question du pouvoir, la question de la d&#233;cision, la question du dissensus. On risque de pr&#244;ner un atomisme &#233;galitariste plut&#244;t qu'une vraie soci&#233;t&#233; autonome. On risque de cr&#233;er une strat&#233;gie d'&#233;vitement, si typique des m&#339;urs virtuelles et des personnalit&#233;s fuyantes qu'elles produisent. Un fantasme d'&#233;gos sans communaut&#233;, sans devoirs envers cette communaut&#233; qui n'aboutirait &#224; rien de bien d&#233;mocratique mais simplement &#224; l'anomie la plus d&#233;l&#233;t&#232;re (qui ressemblerait &#224; l'&#233;tat de nature d&#233;crit par Hobbes, dans une version cyberpunk).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mocratie me semble un r&#233;gime o&#249; l'on a tant&#244;t des responsabilit&#233;s, et tant&#244;t non. Ou l'on peut tant&#244;t se faire entendre, et o&#249; l'on doit parfois se taire. Pas un r&#233;gime &#224; la carte o&#249; on peut faire ce qu'on veut parce que les autres n'ont pas le pouvoir de nous dire quoi faire, &#233;tant sur le m&#234;me plan que nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &#8211; La jouissance d'une position minoritair&lt;/strong&gt;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'on participe &#224; un mouvement qui a pour objectif, directement ou non, consciemment ou non, de changer le sens de nos modes de vie, de nos institutions et, de mani&#232;re plus g&#233;n&#233;rale, de notre culture &#8211; aussi ambitieux et pr&#233;tentieux que cela paraisse &#8211; il existe un risque &#233;l&#233;gant de fantasmer sa propre activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce risque est facilit&#233; par l'aspect souvent &#233;ph&#233;m&#232;re, informe ou fragile du mouvement. Le fait de n'avoir rien &#224; organiser de d&#233;cisif, de ne pas &#234;tre aux commandes d'un projet majoritaire (dont on devra r&#233;pondre devant une majorit&#233; de gens), de se situer &#224; la marge, de baser son fonctionnement un peu plus sur la critique (le contre) que sur la proposition de fond concr&#232;te (le pour, toujours un peu plus flou et d&#233;licat), le fait, de mani&#232;re plus g&#233;n&#233;rale, de pouvoir &#233;vacuer (ou faire semblant d'&#233;vacuer) les questions de pouvoir, de responsabilit&#233;, de dissensus, ceci cr&#233;&#233; une situation id&#233;ale que l'on a pas envie de voir changer (m&#234;me si, th&#233;oriquement, elle a pour but de &#171; changer la soci&#233;t&#233; &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on est dans une position minoritaire, voire ultra minoritaire &#8211; et alors m&#234;me qu'on d&#233;fend un projet de soci&#233;t&#233; qui n'a de sens que s'il vaut pour la plupart, comme c'est le cas de la d&#233;mocratie directe &#8211; il arrive qu'on ne veuille pas sortir de cette position minoritaire, qu'on en jouisse et que l'on refuse d'affronter les questions hautement plus d&#233;licates de l'organisation, du pouvoir, de la responsabilit&#233; et des d&#233;bats contradictoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne voulant jamais envisager d'entrer dans la majorit&#233; (parce que la majorit&#233;, &#231;a craint, ce sont &#171; les autres &#187;, le monde d'avant, voire le troupeau, les consommateurs, les endormis, rien de bien valorisant) on se met &#224; d&#233;fendre la d&#233;mocratie directe, ou une soci&#233;t&#233; plus juste, ou non capitaliste, mais simplement pour son groupe, ses amis, ses camarades. La belle affaire. On est bien avanc&#233; avec &#231;a, mais surtout, on se demande quel sens cela peut-il avoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s que quelqu'un avance des questions p&#233;nibles qui vont apporter des frustrations, des limites, de la distance, d&#232;s que l'on invoque les termes d'institutions, d'organisations, de m&#233;thode, de th&#233;orie, de r&#233;flexion un peu approfondie, d&#232;s qu'on sugg&#232;re, paradoxalement, qu'il va falloir un jour abandonner l'impression de puissance confuse qui habite les pionniers d'un mouvement, on est renvoy&#233;, au pire, dans le lit de la bureaucratie, du fascisme, de &#171; celui qui reproduit les travers de la soci&#233;t&#233; capitaliste &#187; (ou je ne sais quoi d'autre), au mieux, dans les habits de la personne ennuyeuse, r&#233;barbative, qui n'a pas bien compris la dynamique et l'esprit du mouvement, cens&#233; nous lib&#233;rer de tous les carcans. Il semble que passer par-dessus la spontan&#233;it&#233;, l'improvisation, le neuf, le provocateur, le dissident ne soit ni possible ni souhait&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faut-il s'&#233;tonner que la transformation de ce genre de mouvements en quelque chose de solide, de concret, qui dure dans le temps, qui puisse concerner d'autres personnes que ses quelques membres initiaux, ne se mat&#233;rialise jamais ? Faut-il s'&#233;tonner que beaucoup finissent par se rabattre sur des modes politiques traditionnels (partis, syndicats, manifs, marches, p&#233;titions etc) qui n'ont que peu d'effets mais qui au moins ressemblent &#224; quelque chose de construit ? (Faut-il s'&#233;tonner par exemple que Podemos succ&#232;de au mouvement des indign&#233;s, que le RIC et la constituante d'&#201;tienne Chouard soient les seules propositions timides qui aient &#233;merg&#233;s des gilets jaunes, avec l'habituelle d&#233;ception, plus que pr&#233;visible, que ce genre de compromis apporte ?)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est difficile de ne pas voir l&#224; une envie de rester, en d&#233;finitive, couvert par le syst&#232;me qui nous abrite, plut&#244;t que d'affronter le vide de la nouveaut&#233; r&#233;elle, ses risques, ses affres, ses impasses. En gros toute la part de n&#233;gativit&#233; que personne n'appr&#233;cie regarder en face.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Combien d'entre nous ont vu des gens clamer leur haine de l'&#233;tat, de la bureaucratie, du syst&#232;me ou du capital en assembl&#233;e, et ensuite r&#226;ler parce que leur RSA ou leur p&#244;le emploi n'arrivait pas, parce que les trains &#233;taient en retard, parce que la poste fonctionnait mal et que le colis command&#233; sur une plateforme marchande n'arrivait pas deux jours apr&#232;s ? Combien ont lanc&#233; des appels militaires &#224; bloquer les universit&#233;s et ont cri&#233; &#224; l'injustice lorsqu'on leur a annonc&#233; qu'ils n'auraient pas leurs examens ? Combien ont cri&#233; &#171; &#224; bas la propri&#233;t&#233; priv&#233;e &#187; tout en profitant de la maison secondaire de leurs parents (ou tout simplement n'importe quel bien personnel, sans quoi ils seraient compl&#232;tement ali&#233;n&#233;s) ? Voil&#224; une position typique de la jouissance minoritaire. Elle demande toujours que le syst&#232;me majoritaire, autrement plus puissant et efficace, assure nos arri&#232;res et nous permette de prendre des postures en fait inoffensives, infantiles et ridicules plut&#244;t que d'assumer enti&#232;rement nos positions. Elle autorise un bavardage sans fin o&#249; il s'agit de d&#233;baller des th&#233;ories plus s&#233;duisantes et radicales les unes que les autres sans assumer le tiers de leurs cons&#233;quences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &#8211; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;O&#249; est pass&#233; le&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; sens &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;du pass&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sens historique me semble de plus en plus dispara&#238;tre. Je n'entends pas par l&#224; une connaissance r&#233;elle, concr&#232;te, voire &#233;rudite des faits historiques. Elle ne concerne jamais qu'une toute petite minorit&#233; de la population. Mais plut&#244;t la conscience de venir apr&#232;s d'autres personnes, d'autres &#233;poques, d'autres exp&#233;riences. Plus on est satur&#233; d'images et d'informations, plus on s'habitue &#224; l'acc&#232;s instantan&#233; aux contenus dans tous les domaines (&#224; la vie priv&#233;e des autres, aux &#339;uvres culturelles, aux connaissances les plus vagues et les plus diverses), plus on semble oublier que d'autres ont construit des choses avant nous. Dans cet embrouillamini temporel, tout &#233;v&#233;nement qui remonte &#224; plus de quinze ans est aplati dans un vague Moyen &#194;ge obscur et sans pertinence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus profond&#233;ment, notre &#233;poque produit le fantasme d'un sujet qui s'auto-engendre et qui peut effectuer tous les choix de vies possibles, sans aucun ancrage dans une culture pr&#233;cise, dans un temps et dans un lieu d&#233;termin&#233;. On peut aujourd'hui changer d'identit&#233; et d'apparence physique &#224; la carte, on pourra bient&#244;t choisir sa nationalit&#233; d&#232;s ses huit ans, changer de parents au m&#234;me &#226;ge, changer officiellement son &#226;ge sans plus aucune r&#233;f&#233;rence aux limites concr&#232;tes de l'exp&#233;rience humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gens ont de moins en moins l'impression d'&#234;tre situ&#233;s dans des histoires qui les d&#233;passent et leur imposent certaines conditions de vie n&#233;cessaires &#224; leur formation en tant qu'individu. Et la disparition du sens historique va dans ce sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'exag&#232;re un peu, mais combien de fois ai-je vu des gens clamer que ce qu'ils faisaient au sein de #Mavoix (et d'autres mouvements similaires) &#233;tait, paradoxalement, &#171; historique &#187;, sans jamais s'appuyer sur aucune exp&#233;rience ant&#233;rieure (historique, justement), en repartant toujours de z&#233;ro, reproduisant toutes les erreurs les plus banales d&#233;j&#224; entrevues mille fois par d'autres. Combien de fois ai-je vu des gens se penser &#224; la pointe du temps alors qu'il lisait leur &#233;poque avec des sch&#233;mas us&#233;s jusqu'&#224; la corde et affreusement monolithiques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne parlons m&#234;me pas du fait que la plupart de ces mouvements disparaissent dans le vent apr&#232;s quelques mois d'euphories et qui n'ont qu'un effet superficiel sur les structures de nos soci&#233;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne doit pas se lancer dans un mouvement politique dans le but de laisser une trace dans l'histoire, de marquer l'histoire ou je ne sais quelle &#226;nerie. L'histoire, elle sera &#233;crite plus tard, par d'autres personnes. En revanche, avoir un respect pour l'histoire et le pass&#233;, c'est justement se d&#233;barrasser de la pr&#233;tention de vouloir faire quelque chose d'absolument in&#233;dit et nouveau, qui me semble encore un trait particuli&#232;rement infantile et narcissique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;6 &#8211; Tout le monde participe, tout le monde est &#233;gal.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des probl&#232;mes des groupes d&#233;mocratiques est de g&#233;rer l'in&#233;galit&#233; de participation. C'est l&#224; un sujet p&#233;nible et d&#233;licat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque tout le monde peut participer, il arrive (en permanence) que des gens disent des choses plus int&#233;ressantes que d'autres. Il arrive que certaines propositions, prises de paroles, initiatives soient terriblement m&#233;diocres, hors-sujets, voire g&#234;nantes. Cela pose des probl&#232;mes de pertinence, des probl&#232;mes de compr&#233;hension, des probl&#232;mes tr&#232;s simples de transmission d'information (la personne raconte des choses ouvertement fausses). Parfois des probl&#232;mes d'efficacit&#233; (lorsqu'on a des finalit&#233;s concr&#232;tes &#224; atteindre, ce qui arrive dans la vie r&#233;elle). Et m&#234;me, lorsque l'occasion se pr&#233;sente, des probl&#232;mes de repr&#233;sentation (une personne parle au nom du mouvement, sans s'en rendre compte, et raconte litt&#233;ralement n'importe quoi)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or il n'est pas rare de voir un tabou s'instaurer devant ces flottements et ces d&#233;s&#233;quilibres in&#233;vitables, au nom d'une &#233;galit&#233; suppos&#233;e r&#233;elle entre tous les participants, qui emp&#234;che de formuler le probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois pour ma part qu'il faut &#234;tre en mesure de formuler ce probl&#232;me et d'y apporter des solutions. &#201;couter pendant des heures des gens qui d&#233;ballent leur vie priv&#233;e, confondant assembl&#233;e politique et r&#233;union de th&#233;rapie, des gens qui n'&#233;coutent pas les autres et ne leur r&#233;pondent pas, viennent &#233;taler leur ego d&#233;mesur&#233; en public, des gens qui viennent faire de la publicit&#233; pour leur propre mouvement (qui &#233;videmment d&#233;tient la solution &#224; tous les probl&#232;mes) des gens qui n'arrivent pas du tout &#224; cerner le probl&#232;me discut&#233;, ou qui &#233;noncent des choses compl&#232;tement fausses ou extravagantes, des gens qui sont l&#224; pour s&#233;duire ou carr&#233;ment chercher des partenaires sexuels (c'est commun), tout &#231;a peut &#233;puiser un groupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne crois pas que c'est faire preuve de respect que de tout accepter sans commentaires, sans s&#233;lection et sans critiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait d'ouvrir la participation &#224; tout le monde ne doit pas, &#224; mon avis, conduire &#224; l'id&#233;e que tout le monde est en permanence &#233;gal quant &#224; la qualit&#233; de la participation. Tout le monde est &#233;gal dans &lt;i&gt;sa possibilit&#233;&lt;/i&gt; de participer, mais pas dans le contenu r&#233;el. Il y aura forc&#233;ment des d&#233;s&#233;quilibres et ces d&#233;s&#233;quilibres, au lieu d'&#234;tre ni&#233;s ou esquiv&#233;s, doivent &#234;tre v&#233;cus et affront&#233;s pour ce qu'ils sont, &lt;i&gt;dans le but d'&#234;tre r&#233;sorb&#233;s le mieux possible.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut arriver &#224; maintenir en permanence le droit &#224; tous de participer, tout en demandant une certaine qualit&#233; de participation (qui fonctionne comme id&#233;al directeur). Cela fait partie de la responsabilit&#233; publique. Et cela est hautement difficile, demande beaucoup de tact, de l'exp&#233;rience, de la mesure, surtout pour &#233;viter qu'une &#233;lite pseudo-savante se d&#233;tache rapidement du lot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il s'agisse d'un probl&#232;me d'intelligence, de sociabilit&#233;, d'&#233;ducation, de maturit&#233;, d'exp&#233;rience, de sant&#233; mentale au fond importe peu (la plupart de ces termes &#233;tant au demeurant tabous parce qu'ils marquent une diff&#233;rence dans un mouvement qui se r&#233;clame d'une certaine &#233;galit&#233;, et cela fait tache). Il y a des gens qui prennent la parole pour dire n'importe quoi, et ceci dans tous les collectifs ouverts, &#224; vis&#233;e d&#233;mocratique, que j'ai connus. &#201;videmment, chacun aura une vision diff&#233;rente du &#171; n'importe quoi &#187;, discours sans pertinence, discours inintelligible, ou insultant, volontairement provocateur, discours autobiographique ou nombriliste, sans rapport avec le sujet, peu importe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'impossibilit&#233; de tracer une ligne claire entre ce qui peut &#234;tre dit ou non, ce qui a de la valeur ou non est un exemple parfait de la difficult&#233; d&#233;mocratique. Le fait de maintenir une ouverture &#224; tous sans s'ouvrir au n'importe quoi est un probl&#232;me redoutable. Ce ne sont que deux exemples qui montrent qu'un projet d&#233;mocratique est tout sauf une idylle et une utopie r&#234;veuse. Elle demande une grande force de caract&#232;re partag&#233;e par une grande partie de participants (et non pas une culture du laisser-aller).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne pas formuler ces asym&#233;tries comprend au moins deux risques : la mise en avant implicite et inconsciente des autres membres. On fera tout pour &#233;viter le &#171; boulet &#187;, le &#171; lourd &#187;, le &#171; teub&#233; &#187;, le &#171; d&#233;pressif &#187;, &#171; le &#171; militant &#187;, &#171; l'intello &#187;, &#171; le type connu &#187;, &#171; le salace &#187;, &#171; le clodo &#187;, &#171; la racaille &#187;, &#171; l'handicap&#233; &#187; que sais-je encore, et on pr&#233;f&#233;rera donner la parole aux autres, jug&#233;s plus int&#233;ressants, mais sans jamais le formuler clairement. Des mini-groupes d'affinit&#233;s se cr&#233;eront. Au lieu de fonder un &#171; esprit &#187; d&#233;mocratique, de faire na&#238;tre une responsabilit&#233; autour de la parole, de participer &#224; une &#233;ducation collective, de cr&#233;er un sens commun, o&#249; tout le monde est apte &#224; se regarder tel qu'il est, sans se croire ce qu'il n'est pas, &#224; accepter les b&#234;tises qu'il dit tout comme les choses pertinentes qu'il propose, on glissera subrepticement, &#224; travers des non-dits, dans un entre-soi sous-entendu, avec une gestion qui aura lieu en coulisse. L'autre risque est de voir le groupe se d&#233;liter, &#224; force de perdre de l'&#233;nergie dans le vide : l'&#233;ducation doit faire partie du groupe lui-m&#234;me, non pas la complaisance, le laisser-aller ou le &#171; tout le monde il est gentil tout le monde il est beau &#187;. Un collectif d&#233;mocratique n'a pas &#224; &#234;tre un collectif de bras cass&#233;s.&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense qu'un projet d&#233;mocratique repose sur une acceptation de l'alt&#233;rit&#233; radicale, que toute tendance &#224; la fusion, au grand accord, au grand amour ne pourra qu'handicaper &#224; la racine. Plus un collectif est &#224; m&#234;me d'int&#233;grer des personnalit&#233;s diff&#233;rentes, des points de vue diff&#233;rents et des exp&#233;riences de vie diff&#233;rentes, plus il gagne en consistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus on est en mesure d'entendre et d'&#233;couter quelqu'un qui pense ce qu'on ne pense pas, de respecter cette pens&#233;e, et d'y r&#233;agir pos&#233;ment, plus on tend vers une certaine mentalit&#233; d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;7 &#8211; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Utilisation des frama-pads et &#233;criture en commun&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque #Mavoix devait r&#233;diger des textes au niveau national (par exemple le texte de propagande pour l'&#233;lection, le document recto verso que les gens re&#231;oivent dans leur boite aux lettres en guise de pr&#233;sentation) il &#233;tait naturel d'utiliser des logiciels libres et ouverts, comme framapad. Le but &#233;tant d'&#233;crire le document tous ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce genre de pratique m'a, personnellement, tr&#232;s vite &#233;puis&#233;. L'&#233;criture en commun est en soi une chose difficile. &#201;crire un texte &#224; quatre ou six mains est d&#233;j&#224; un exercice d&#233;licat, si l'on veut que le texte conserve une ligne directrice, que le texte ait un sens et ne soit pas un patchwork qui cherche &#224; satisfaire un peu tout le monde. Cela demande de vraies capacit&#233;s (stylistique, ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on &#233;crit un texte &#224; quarante, on peut imaginer qu'il en ressort un d&#233;sordre sans queue ni t&#234;te qui aboutit, finalement, et de mani&#232;re bien paradoxale et grotesque, &#224; une lutte au plus consensuel, une sorte de lutte darwinienne o&#249; celui qui para&#238;tra le moins saillant verra ses mots conserv&#233;s. Et on en vient &#224; d&#233;signer implicitement une ou deux personnes, celles qui colleront plus au mouvement que les autres, pour pouvoir trancher dans le texte et en &#233;diter une version finale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore une fois, il me semble qu'on r&#232;gne l&#224; en pleine confusion. Le fantasme de vouloir tout faire tous ensemble en m&#234;me temps, dans un d&#233;lire d'ad&#233;quation g&#233;n&#233;rale permet de rayer toute r&#233;flexion sur une participation r&#233;ellement d&#233;mocratique, et de passer par-dessus le probl&#232;me central de l'alt&#233;rit&#233;. Le risque est de produire des situations d&#233;sordonn&#233;es o&#249; ceux qui ne se reconna&#238;tront pas dans le r&#233;sultat, ne voyant aucun proc&#233;d&#233; pr&#233;cis se dessiner, n'auront qu'&#224; s'en aller.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;8 &#8211; Question de taille&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un mouvement comme #Mavoix montre &#224; quel point les gens appr&#233;cient avoir une place dans un groupe qui fait quelque chose qui leur semble avoir du sens. Ce sentiment est tr&#232;s important. En effet si une d&#233;mocratie directe se mettait en place, si elle concernait donc des communaut&#233;s de taille importante (de quelle taille ? Ce point est important et d&#233;licat), pourrait-on garantir &#224; tout le monde d'avoir une place r&#233;elle dans le jeu des d&#233;cisions, des d&#233;bats, des prises de positions et des r&#244;les &#224; responsabilit&#233; ? Il me semble que la r&#233;ponse est n&#233;gative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or c'est un des moteurs de ce genre de mouvement : avoir l'impression de se sentir utile et d'exister dans un collectif. Avoir l'impression de faire des choses qui comptent. La d&#233;mocratie repose sur une id&#233;e de la responsabilit&#233; publique partag&#233;e, mais aussi sur l'impression d'&#234;tre partie [prenante] de quelque chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ici, il me semble, que la partie &#171; culturelle &#187; et sociale de la d&#233;mocratie devrait &#234;tre mise en avant (au lieu de la limiter &#224; son aspect politique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;9&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &#8211; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;L'institution fait peur&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;#Mavoix avait pour objectif (vague et g&#233;n&#233;ral) de remettre le citoyen au c&#339;ur de l'&#233;criture et du vote des lois. Or d&#232;s qu'il m'arrivait de parler d'institution et d'organisation, en essayant de voir plus loin que le mouvement lui-m&#234;me, en me concentrant sur ses finalit&#233;s, sur les changements plus fondamentaux qu'il supposait, cela entra&#238;nait des r&#233;actions dubitatives, voire parfois n&#233;gatives. On me renvoyait souvent &#224; l'aspect &#171; exp&#233;rimental &#187; du mouvement, dont le but &#233;tait avant tout d'essayer, de t&#226;ter le terrain, sans a priori (ce qui me semblait une belle mani&#232;re de se d&#233;douaner de toute affirmation un peu plus concr&#232;te, de garder un aspect insaisissable tr&#232;s commode).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, le mouvement se pr&#233;sentait comme un mouvement &#171; sans programme &#187;, mais lorsque certains essayaient d'expliquer que la d&#233;mocratie, c'est tout un programme, qu'il faut savoir la d&#233;finir (on se rend compte qu'on peut comprendre beaucoup de choses derri&#232;re ce terme), l'incarner et, surtout, en prolonger les cons&#233;quences au niveau social et culturel, cela paraissait hors de propos, ou peu engageant. L'&#233;tiquette &#171; sans programme &#187; &#233;tait (j'imagine) cens&#233;e attirer tous ceux qui ne se reconnaissaient pas dans la politique de parti et n'avaient pas envie de se faire &#171; raconter des salades &#187;. Il s'agissait donc d'&#233;viter de raconter d'autres salades, quitte &#224; ne pas raconter grand-chose et &#224; se reposer sur une mystique sous-entendue de l'auto-organisation. Donc la th&#233;orie, ce sera pour plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des mots comme institution ou organisation ont eu souvent assez mauvaise presse. Lorsqu'on sugg&#232;re qu'&#224; un moment ou &#224; un autre, il faudra accepter de changer de forme, de statut, de se structurer diff&#233;remment, pour que la finalit&#233; recherch&#233;e (ici la d&#233;mocratie directe) puisse r&#233;ellement s'incarner et se confronter plus largement &#224; la r&#233;alit&#233; (qui est plus ingrate que notre imagination), &#231;a passe mal, et cela peut &#234;tre vu comme une trahison de l'esprit. On a envie de rester libre et l&#233;ger, on a envie d'exp&#233;rimenter et de voir ce que &#231;a donne, comme des photons qui apparaissent et disparaissent au gr&#233; des observations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois malheureusement qu'en restant coinc&#233; dans leur &#171; spontan&#233;it&#233; &#187; plus ou moins prononc&#233;e, les mouvements qui visent &#224; modifier nos modes vies et notre situation politique ne peuvent pas survivre &#224; l'activit&#233; de leurs membres initiaux, et en cela, ils ne font qu'appara&#238;tre et dispara&#238;tre sans laisser beaucoup de traces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourtant un des probl&#232;mes qui me semble des plus fondamentaux. Que l'on soit un indign&#233;, un gilet jaune, un d&#233;croissant, un nuit deboutiste, un manifestant quelconque, il arrive tr&#232;s vite le moment o&#249;, apr&#232;s avoir rejoint les autres sur la place ou sur le rond-point, apr&#232;s avoir lib&#233;r&#233; un peu la parole politique, inspirer le vent frais d'un besoin de changement, &#234;tre sorti de ses habitudes un peu passives, avoir pass&#233; des moments agr&#233;ables ou lib&#233;rateurs avec des gens qu'on ne connaissait pas auparavant, on se trouve confront&#233; &#224; la question fatale : qu'est-ce qu'on fait de tout &#231;a, de cette &#233;nergie, de ces aspirations ? Comment on le transforme en une force politique r&#233;elle (sans sombrer dans la politique de partis, de &#171; repr&#233;sentation &#187;, la politique telle qu'elle existe et contre laquelle on se dresse) ? Ce n'est qu'une premi&#232;re &#233;tape, et tous y achoppent de mani&#232;re r&#233;p&#233;t&#233;e et pr&#233;visible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La faute d'une part a un manque de visibilit&#233;, un manque de projet r&#233;el. Mais &#233;galement une peur de l'engagement. Or ceci est paradoxal. Plus un mouvement devient structur&#233;, moins il demande d'efforts surhumains &#224; ses participants. Tout le monde sait tr&#232;s bien qu'un mouvement, quel qu'il soit, s'il ne tient qu'&#224; un fil, va finir par s'&#233;puiser. Parce que les gens prennent sur leur temps, sur leur argent, sur leur &#233;nergie, et qu'au bout d'un moment, le plaisir de la nouveaut&#233; se dissipe. Alors, si rien de concret ne se passe, on finit par s'en aller.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il est bien, au d&#233;part, de cr&#233;er des symboles, un nom, des couleurs, une id&#233;e forte, il faut ensuite penser &#224; des pratiques r&#233;fl&#233;chies, qui peuvent &#234;tre reprises, discut&#233;es, am&#233;lior&#233;es, &#224; des textes qui doivent &#233;merger, qui doivent &#234;tre lus et comment&#233;s. Des r&#244;les clairs doivent appara&#238;tre pour donner un sens, une direction &#224; ce que l'on fait. Cr&#233;er des parlements populaires, cr&#233;er des outils d'informations libres et pertinents, utilisant des techniques &#224; &#233;chelle humaine, c'est tout sauf abstrait. Si des questions financi&#232;res se posent, on peut r&#233;fl&#233;chir concr&#232;tement &#224; comment les r&#233;soudre de mani&#232;re coh&#233;rente avec le mouvement (sous forme de coop&#233;rative, de banque populaire ou autre). Pareil avec la cr&#233;ation de m&#233;dias qui d&#233;fendent une &#233;thique de travail diff&#233;rente. Tout ceci montre qu'un mouvement pertinent ne peut exister qu'en se projetant sur le long-terme et en se connectant &#224; d'autres initiatives existantes. (Cela permet aussi, parfois, de voir qu'une belle th&#233;orie, une fois qu'elle se confronte &#224; des probl&#232;mes concrets, perd un peu de son vernis.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;#Mavoix a su faire &#231;a, en partie, et plut&#244;t bien. Mais il &#233;tait inscrit dans le projet que &#231;a n'irait pas plus loin que l'&#233;lection, comme si, finalement, c'&#233;tait arrangeant de rester ponctuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une institution, ce n'est pas un gros mot. C'est une cr&#233;ation collective, organis&#233;e, qui est en mesure de produire du sens et des pratiques sociales, culturelles, politiques, tout en survivant &#224; ses &#171; membres &#187; ou aux individus qui la composent. Pour devenir une institution, quelque chose de p&#233;renne, il faut avoir quelque chose &#224; transmettre &#224; d'autres qui reprendront le flambeau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;10 &#8211; L'argument anti-d&#233;mocratique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant toute la campagne de #Mavoix, sur les march&#233;s, dans les rues, lors de d&#233;bats publics, au sein de nos r&#233;unions, et bien s&#251;r, sur internet, nous avons &#233;t&#233; r&#233;guli&#232;rement confront&#233;s &#224; un argument anti-d&#233;mocratique classique, celui de la peur des masses idiotes. L'argument pouvait prendre diff&#233;rentes formes, notamment dans les exemples choisis, mais il revenait au fond toujours au m&#234;me : si on donne le pouvoir aux gens, ils risquent de voter n'importe quoi. Souvent, ce n'importe quoi prenait la forme de d&#233;cisions violentes, irrationnelles, voire hyst&#233;riques (les gens voteront le retour de la peine de mort, la fin de l'IVG, une loi pour jeter les migrants &#224; la mer, etc).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;action, tr&#232;s commune, qui peut tout &#224; fait &#233;maner de gens d&#233;fendant la d&#233;mocratie sur le papier, est tr&#232;s int&#233;ressante. Je vais la commenter rapidement parce que le mouvement n'a jamais su y r&#233;pondre compl&#232;tement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir ici : https://forum.mavoix.info/t/et-si-les-gens-votent-inserer-un-truc-hor&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part, tr&#232;s souvent, la personne qui mentionne ce probl&#232;me ne se consid&#232;re pas comme faisant partie de la masse des imb&#233;ciles. Les imb&#233;ciles, ce sont souvent &lt;i&gt;les autres&lt;/i&gt;, la foule, le grand tas de termites qui regarde la premi&#232;re cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision, &#233;coute PNL et rit aux blagues de Norman, applaudit aux films de Dany Boon, joue &#224; Fortnite, mange au fast-food, crame son salaire dans des paris sportifs ou que sais-je encore. Par cons&#233;quent, les gens qui marquent leur scepticisme devant le proc&#233;d&#233; d&#233;mocratique ne semblent pas se consid&#233;rer comme de potentiels acteurs de la vie d&#233;mocratique elle-m&#234;me, ce qui est fort dommage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela permet une premi&#232;re mise au point : dans n'importe quel groupe humain un peu &#233;tendu, il y aura s&#251;rement des imb&#233;ciles, des gens d&#233;pourvus de savoir, des gens violents ou des gens d&#233;pourvus de jugement. Mais faut-il rappeler que l'inverse risque aussi bien de s'y trouver ? Des gens temp&#233;r&#233;s, mesur&#233;s, &#224; m&#234;me de prendre du recul, capable de p&#233;dagogie et de diplomatie. Et qu'&#224; partir de l&#224; se forment des &#233;quilibres, certes toujours instables, mais toujours aussi constatables. Lorsqu'on participe &#224; des assembl&#233;es qui se constituent au hasard d'&#233;v&#233;nements, avec des gens qui ne sont pas forc&#233;ment form&#233;s ou pr&#233;par&#233;s, on sait que ces &#233;quilibres existent. Ils sont plus ou moins solides et ils ne portent pas toujours leurs fruits (&#231;a ne marche pas &#224; tous les coups, loin de l&#224;). Mais il faudrait essayer de comprendre les dynamiques collectives (qui &#233;mergent souvent dans des assembl&#233;es populaires) sans tout ramener &#224; des questions individuelles (un tel est b&#234;te) ou &#224; des questions de masses (le groupe aveugle est b&#234;te).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point &#233;videmment central de l'argument anti-d&#233;mocratique est de penser que le choix de la majorit&#233; est mauvais. La peine de mort, l'arr&#234;t de l'IVG, la fermeture des fronti&#232;res, choisis par les gens, seraient des erreurs. Trump et le Brexit sont d'ailleurs vus comme des erreurs par une grande partie de gens qui se consid&#232;rent comme &#233;duqu&#233;s et mod&#233;r&#233;s. Si on consid&#232;re le vote majoritaire comme valable, d'un point de vue d&#233;mocratique, ces choix peuvent &#234;tre certes des erreurs (comme n'importe quel choix), mais il est d&#233;licat de les consid&#233;rer comme mauvais sans &#234;tre, justement, anti-d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela revient &#224; penser implicitement que la d&#233;mocratie, en donnant le pouvoir aux citoyens, va donner le pouvoir &#224; des gens qui pensent comme nous, sachant qu'&#233;videmment nous pensons &#171; bien &#187;. C'est une illusion qu'il faut savoir dissiper sans avoir pour autant peur du grand d&#233;luge de b&#234;tise qu'une vie publique dynamique permettrait de largement mod&#233;rer. On voit parfois se cacher derri&#232;re cette id&#233;e un d&#233;sir de remplacer la petite minorit&#233; au pouvoir par une autre petite minorit&#233; (la n&#244;tre, forc&#233;ment meilleure), sans prendre en compte le reste de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dont n'importe quel r&#233;gime sain doit savoir se prot&#233;ger, c'est &lt;i&gt;&#224; la fois &lt;/i&gt;des puissants (de la main-mise d'une minorit&#233; sur le pouvoir) et de la foule (les r&#233;actions gr&#233;gaires qui surgissent dans des mouvements d'anomie, de chaos, de confusion totale et qui aboutissent souvent &#224; des situations de violence afin de r&#233;tablir un ordre perdu). C'est pour cela qu'un projet de d&#233;mocratie n'est pas, n'a jamais &#233;t&#233;, et ne peut pas &#234;tre un projet qui repose simplement sur la consultation ponctuelle. Il ne s'agit pas simplement de demander ici et l&#224; leur avis aux gens, pendant que le reste de la vie administrative, politique, m&#233;diatique, juridique, en r&#233;sum&#233; de la vie publique en g&#233;n&#233;ral, se d&#233;roule sans eux, comme si de rien n'&#233;tait. La d&#233;mocratie se doit d'&#234;tre un tout politique, social et culturel &#224; peu pr&#232;s coh&#233;rent, tout en restant un tant soit peu ouvert. Aujourd'hui, nos soci&#233;t&#233;s forment un tout &#224; peu pr&#232;s coh&#233;rent autour d'un dogme &#233;conomique de croissance toujours renouvel&#233;, de production constante, d'une culture industrielle massive et d'une propagande m&#233;diatique et publicitaire qui, dans leurs grandes lignes, accompagnent le mouvement. Elles n'en sont pas moins ouvertes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre pr&#233;suppos&#233; &#233;trange de ce genre de r&#233;actions, c'est que le peuple serait capable de d&#233;cisions aberrantes, mauvaises ou stupides, mais qu'en revanche les gouvernements en place, eux, n'en prendraient jamais. En dessinant une possibilit&#233; infernale (le peuple au pouvoir), on projette presque sans le vouloir une contrepartie paradisiaque (l'&#233;lite, les gouvernants), sans voir pourtant que, si l'argument tient la route, s'il s'agit de reprocher au peuple de possible &#171; d&#233;rives &#187;, cet argument vaut tout autant pour n'importe quel gouvernement en place et devient donc &#224; peu pr&#232;s nul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d'ailleurs &#233;trange que des gens puissent beaucoup mieux accepter les erreurs ou les errements des &#233;lites dans le domaine politique que ceux, pourtant tout &#224; fait virtuels (puisqu'on n'en a jamais fait l'exp&#233;rience) du peuple dans son entier (qui, il ne faut pas l'oublier, doit comprendre une grande majorit&#233; des gens, donc les &#233;lites comprises).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Micha&#235;l&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Les mots &#171; hacker &#187; ou &#171; pirater &#187;, originellement utilis&#233;s par le mouvement, ont &#233;t&#233; en partie abandonn&#233;s, &#224; cause de l'anglicisme d'une part, et des intentions confuses sugg&#233;r&#233;es d'autre part.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pour plus de d&#233;tails, voir le site internet : mavoix.info, et surtout le wiki : &lt;a href=&#034;http://wiki.mavoix.info/index.php/Accueil&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://wiki.mavoix.info/index.php/A...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pekka Himanen, &lt;i&gt;L'&#233;thique Hacker,&lt;/i&gt; 2001. L'auteur y d&#233;fend une nouvelle &#233;thique du travail bas&#233;e sur le plaisir, l'absence d'int&#233;r&#234;t financier et l'engagement personnel&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir par exemple Manfred Spitzer, &lt;i&gt;Les ravages des &#233;crans&lt;/i&gt;, L'&#233;chapp&#233;e, 2019 ou Jean Twenge, &lt;i&gt;Igen&lt;/i&gt;, Atria Books, 2017&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Olivier Roy, &lt;i&gt;L'aplatissement du monde&lt;/i&gt;, Seuil, 2022&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sur l'impossibilit&#233; d'associer critique sociale et r&#233;seaux sociaux, voir Jonathan Crary, &lt;i&gt;Scorched Earth&lt;/i&gt;, Verso Books, 2022.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Par exemple, en r&#233;f&#233;rence &#224; l'ouvrage : Fr&#233;d&#233;ric Laloux, &lt;i&gt;Reinventing Organizations, Vers des communaut&#233;s de travail inspir&#233;es, &lt;/i&gt;Diateino, 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Jean-Pierre Lebrun, &#171; Que devient l'alt&#233;rit&#233; ? &#187;, Pard&#232;s, 2012/2 (N 52), p. 43-56&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir ici : &lt;a href=&#034;https://forum.mavoix.info/t/et-si-les-gens-votent-inserer-un-truc-horrible/537/21&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://forum.mavoix.info/t/et-si-les-gens-votent-inserer-un-truc-horrible/537/21&lt;/a&gt; et ici : &lt;a href=&#034;https://forum.mavoix.info/t/et-si-peine-de-mort/528/13&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://forum.mavoix.info/t/et-si-peine-de-mort/528/13&lt;/a&gt; pour quelques d&#233;bats.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>&#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique : R&#233;sum&#233;s</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?1088-Elements-d-ecologie-politique-resumes</link>
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		<dc:date>2022-10-25T11:08:32Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;cologie</dc:subject>
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		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>B&#233;rard Quentin</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ces textes font partie du livre de Quentin B&#233;rard &#171; &#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique &#8212; Pour une refondation &#187;, Libre&amp;Solidaire, novembre 2021. &#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique &#8212; Pour une refondation Sommaire : Introduction I &#8211; Survol ethno-historique II &#8211; Nature humaine et humaines natures (Premi&#232;re partie) III &#8211; Histoire et contre-histoire de l'id&#233;e de Nature IV &#8211; Sources sociales-historiques de l'&#233;cologie politique (Premi&#232;re partie) V &#8211; Politiques de la nature et totalitarisme (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-sociale-democratie-" rel="directory"&gt;Autonomie sociale : D&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-89-ecologie-+" rel="tag"&gt;&#201;cologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-110-anthropologie-+" rel="tag"&gt;Anthropologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-84-agriculture-+" rel="tag"&gt;Agronomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-81-philosophie-+" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-6-psychanalyse-+" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-49-prospective-+" rel="tag"&gt;Prospective&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-264-Ecologie-de-coloniale-+" rel="tag"&gt;&#201;cologie (d&#233;)coloniale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-113-ecologisme-+" rel="tag"&gt;&#201;cologisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-31-gauchisme-+" rel="tag"&gt;Gauchisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-88-primitivisme-+" rel="tag"&gt;Primitivisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-283-Berard-Quentin-+" rel="tag"&gt;B&#233;rard Quentin&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/009576387-4.jpg?1638104881' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ces textes font partie du livre de Quentin B&#233;rard &#171; &#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique &#8212; Pour une refondation &#187;, Libre&amp;Solidaire, novembre 2021.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_ombre&#034;&gt;&lt;figure class='spip_document_1238 spip_documents spip_documents_center' style=&#034;max-width:300px;&#034; data-w=&#034;300&#034;&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?-100-Brochures-' class=&#034;spip_in&#034; arial-label=&#034;&#034;&gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:150.09380863039%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/jpg/009576387_1_.jpg&amp;taille=300&amp;1771799851' alt='' data-src='IMG/jpg/009576387_1_.jpg' data-l='533' data-h='800' data-tailles='[\&#034;300\&#034;]' class='image_responsive avec_picturefill' srcset='index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/009576387_1_.jpg&amp;#38;taille=300&amp;#38;1771799851 1x,index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/009576387_1_.jpg&amp;#38;taille=533&amp;#38;1771799851 2x' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique &#8212; Pour une refondation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sommaire :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1085-Introduction-Elements-d-ecologie-politique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1168-Elements-d-ecologie-politique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;I &#8211; Survol ethno-historique&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; II &#8211; Nature humaine et humaines natures (&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1210-Nature-humaine-et-humaines-natures' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Premi&#232;re partie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; III &#8211; Histoire et contre-histoire de l'id&#233;e de Nature&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; IV &#8211; Sources sociales-historiques de l'&#233;cologie politique (&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1234-Sources-sociales-historiques-de-l-ecologie-politique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Premi&#232;re partie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; V &#8211; Politiques de la nature et totalitarisme (&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1114-Ecologie-politique-effondrement-ecocratie' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Premi&#232;re partie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; VI &#8211; Vers une philosophie de la nature ? (&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1103-Ecologie-politique-Vers-une-philosophie-de-la-nature' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Premi&#232;re partie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#201;l&#233;ments de conclusion&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Annexe I : R&#233;sum&#233; de l'essai&lt;/strong&gt; &#8212; ci-dessous...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Annexe II : R&#233;sum&#233; de l'argumentaire&lt;/strong&gt; &#8212; Ci-dessous...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1073-Parution-Elements-d-ecologie-politique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Quatri&#232;me de couverture&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?531-Diffusion-et-vente-de-nos' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Acheter dans nos librairies&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#8212; &lt;a href=&#034;https://www.placedeslibraires.fr/livre/9782372631198-elements-d-ecologie-politique-pour-une-refondation-quentin-berard/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Acheter dans une librairie ind&#233;pendante&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#8212; &lt;a href=&#034;https://libre-solidaire.fr/epages/e02491b5-ce3a-4c00-b187-dc9ff39194fc.sf/fr_FR/?ObjectPath=/Shops/e02491b5-ce3a-4c00-b187-dc9ff39194fc/Products/179&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Commander chez l'&#233;diteur&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Annexe I : R&#233;sum&#233; de l'essai&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cet ensemble de textes voudrait participer &#224; l'&#233;laboration d'une &#233;cologie politique cherchant &#224; s'&#233;manciper des id&#233;ologies mystificatrices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se donne trois objectifs : d'abord poser, ou plut&#244;t rappeler, une s&#233;rie de notions fondatrices et indispensables &#224; toute d&#233;marche se r&#233;clamant de l'&#233;cologie politique ; ensuite pointer les nombreux mythes, illusions et id&#233;ologies qui inhibent, obstruent, fourvoient toute tentative de penser les multiples relations que la civilisation humaine a pu et pourrait tisser dans et avec la biosph&#232;re ; enfin, alimenter les r&#233;flexions qui visent une profonde auto-transformation de nos soci&#233;t&#233;s aujourd'hui engag&#233;es dans des impasses &#224; la fois intellectuelles et politiques, travers&#233;es de crises civilisationnelles convergentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le propos est un cheminement n&#233;cessairement pluridisciplinaire o&#249; sont abord&#233;es successivement des r&#233;alit&#233;s incontournables mais couramment oubli&#233;es. Les rapports mill&#233;naires entre les soci&#233;t&#233;s humaines et leurs environnements sont ainsi marqu&#233;s par une profonde ambivalence. Celle-ci n'est pas accidentelle : elle d&#233;coule des sp&#233;cificit&#233;s d'Homo sapiens qui rendent notre esp&#232;ce inassignable &#224; une place quelconque au sein d'une biosph&#232;re qu'elle a toujours remodel&#233;e. Sym&#233;triquement, l'extr&#234;me diversit&#233; des repr&#233;sentations humaines de la nature apparues au cours de l'histoire n'offre aucune &#171; ad&#233;quation &#187; entre les syst&#232;mes sociaux/symboliques et les syst&#232;mes &#233;cologiques. En Occident, le recours &#224; la raison, issue de la modernit&#233;, pour critiquable qu'elle soit et parce qu'elle l'est, a &#233;galement engendr&#233; la naissance de l'&#233;cologie politique. Les sources historiques de cette derni&#232;re, &#224; la fois &#233;tendues, riches et h&#233;t&#233;roclites sont aujourd'hui mutil&#233;es par les approches simplificatrices, qu'elles soient gestionnaires, r&#233;volutionnaires ou scientistes au profit d'un discours id&#233;ologique, l'&#233;cologisme, qui ne peut que participer au d&#233;labrement g&#233;n&#233;ral auquel nous assistons. En cons&#233;quence, les perspectives politiques oscillent entre l'effondrement et le totalitarisme &#233;cologique, qui pourraient m&#234;me converger pour recouvrer des formes imp&#233;riales archa&#239;ques. Il semble possible d'y opposer une d&#233;mocratie ressourc&#233;e et radicalis&#233;e mais qui ouvre alors grand des questions abyssales, souvent d&#233;sert&#233;es. Leur examen, &#224; l'oppos&#233; de tout ce qui se dit, pousse &#224; appeler &#224; une reprise et &#224; la poursuite de la modernit&#233;, c'est-&#224;-dire la reconnaissance pleine et enti&#232;re de l'alt&#233;rit&#233; de la nature face &#224; laquelle l'humanit&#233; ne peut qu'exister dans et par sa propre libert&#233; de cr&#233;er, explicitement, ses modes d'exister individuels et collectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport &#224; la nature n'a jamais &#233;t&#233; et ne sera jamais ni harmonie, ni contrat, ni dialogue apais&#233; : il est mise en relation conflictuelle et compl&#233;mentaire de deux cr&#233;ations radicales, l'auto-organisation de la nature et l'auto-institution des soci&#233;t&#233;s humaines &#8211; soit essentiellement crises, que seule une autonomie red&#233;finie permet d'appr&#233;hender lucidement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Annexe II : R&#233;sum&#233; de l'argument&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les six textes qui composent cet ensemble peuvent &#234;tre lus ind&#233;pendamment, mais c'est &#233;videmment dans leur encha&#238;nement qu'ils prendront leurs pleines significations. Les trois premiers visent essentiellement &#224; rappeler les &#233;l&#233;ments indispensables &#224; une r&#233;flexion sur l'&#233;cologie politique, qui est d&#233;velopp&#233;e dans les trois derniers.&lt;br class='manualbr' /&gt;Parall&#232;lement, les textes I et II sont une exploration des sp&#233;cificit&#233;s de notre esp&#232;ce dans son rapport avec la &#171; nature &#187;, les deux suivants exposent la complexit&#233; d'une &#233;cologie humaine prenant conscience d'elle-m&#234;me et les deux derniers forment un essai sur les impasses et les potentialit&#233;s de l'&#233;cologie politique actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'introduction pose que l'humanit&#233;, prenant douloureusement conscience de la pr&#233;carit&#233; de sa situation terrienne, est d&#233;sormais condamn&#233;e &#224; faire de la politique une &lt;i&gt;&#233;cologie politique&lt;/i&gt;. Mais ce qui se donne comme tel est grev&#233; de paradoxes de premi&#232;re grandeur qu'il est impossible d'&#233;luder.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I &#8211; Survol ethno-historique &lt;/strong&gt;(&lt;i&gt;Histoire, ethnologie, &#233;cologie&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette premi&#232;re partie propose un bref panorama des relations que les multiples soci&#233;t&#233;s humaines ont pu entretenir avec leur milieu naturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'approche historique du rapport entre &#171; l'homme et la nature &#187; montre que d&#232;s son apparition, &lt;i&gt;Homo sapiens&lt;/i&gt; a tiss&#233; des relations avec son environnement qui ne suivent aucun sch&#233;ma pr&#233;con&#231;u. Depuis les confins de la pr&#233;histoire, il est possible de rep&#233;rer dans les diff&#233;rents moments de ce parcours &lt;i&gt;agro-&#233;cologique&lt;/i&gt; &#8211; chasseurs-cueilleurs nomades, s&#233;dentarisation et domestication agricole, diversification des pratiques, structuration et gestion imp&#233;riale puis d&#233;veloppement industriel &#8211; deux grandes tendances contraires et entrelac&#233;es : une premi&#232;re &#224; la &lt;i&gt;d&#233;vastation&lt;/i&gt; &#224; diff&#233;rentes &#233;chelles de l'environnement entra&#238;nant d&#233;forestations d'ampleur, extinctions massives voire changements climatiques ; la seconde &#224; l'&lt;i&gt;invention&lt;/i&gt; d'interp&#233;n&#233;trations subtiles du culturel et du naturel plus ou moins durables et cr&#233;atrices de nouveaux milieux, de nouvelles esp&#232;ces, de nouveaux paysages. Ces deux figures d'une m&#234;me &#171; t&#234;te de Janus &#187; &#233;cologique font &#233;videmment &#233;cho aux relations de notre esp&#232;ce avec elle-m&#234;me, ponctu&#233;es de guerres, de massacres, d'exterminations et d'effondrements de civilisations tout autant que de coop&#233;rations, de cr&#233;ativit&#233; exemplaire et d'essors intellectuels et d&#233;mographiques.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ces simples rappels permettent de se d&#233;barrasser d'embl&#233;e d'un certain nombre de mythes qui peuple l'imaginaire &#233;cologiste, comme ceux du &#171; bon sauvage &#187;, de &#171; l'homme destructeur-n&#233; &#187; ou d'une &#171; place de l'homme dans la nature &#187; qu'il aurait &#224; trouver en vue d'une &#171; solution &#233;cologique &#187; qu'il conviendrait de formuler. De m&#234;me, cela permet de relativiser les discours qui rabattent la question &#233;cologique sur celles du &lt;i&gt;capitalisme&lt;/i&gt;, de la &lt;i&gt;techno-science&lt;/i&gt;, de la &lt;i&gt;modernit&#233;&lt;/i&gt; ou de l'&lt;i&gt;Occident&lt;/i&gt;, ainsi que la notion d'Anthropoc&#232;ne, puisque la biosph&#232;re est, depuis des mill&#233;naires, multiplement influenc&#233;e par l'activit&#233; humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela pose, &#233;videmment, la question de la &#171; nature &#187; de notre esp&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II &#8211; Nature humaine et humaines natures&lt;/strong&gt; (&lt;i&gt;Biologie, psychanalyse, anthropologie&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me partie cherche &#224; poser des jalons r&#233;tablissant certaines notions oubli&#233;es afin de cerner, &#224; partir du ph&#233;nom&#232;ne de &lt;i&gt;n&#233;ot&#233;nie&lt;/i&gt;, les trois sp&#233;cificit&#233;s fondamentales de l'&#234;tre humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re est &#233;videmment biologique&lt;i&gt; &lt;/i&gt; : il s'agit donc d'une continuit&#233; phylog&#233;n&#233;tique mais qui induit une rupture sans pr&#233;c&#233;dent dans le monde animal, d&#233;bouchant sur l'&lt;i&gt;inach&#232;vement&lt;/i&gt;. Si &lt;i&gt;Homo sapiens&lt;/i&gt; est le fruit de l'&#233;volution et l'objet de multiples d&#233;terminations naturelles (g&#233;n&#233;tiques, hormonales, environnementales, etc.), il est fondamentalement &lt;i&gt;inadapt&#233;&lt;/i&gt; au milieu biophysique. Sa survie n'a &#233;t&#233; rendue possible que par l'&#233;mergence d'une ind&#233;termination fonci&#232;re, psycho-culturelle, imbriqu&#233;e &#224; sa r&#233;alit&#233; &#233;cologique.&lt;br class='manualbr' /&gt;La deuxi&#232;me sp&#233;cificit&#233; humaine, souvent escamot&#233;e, est &lt;i&gt;psychique&lt;/i&gt;. L'&#233;mergence de l'esprit humain passe par des processus ancr&#233;s dans la r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle mais qui la contrarie totalement : c'est l'apparition de la &lt;i&gt;monade psychique&lt;/i&gt; qui marquera &#224; jamais l'individu hant&#233; par la recherche &#233;perdue de sens, de totalit&#233;, de &lt;i&gt;toute-puissance&lt;/i&gt;. Cette &lt;i&gt;d&#233;fonctionnalisation&lt;/i&gt; profonde des pulsions d'origine biologique est &#224; l'origine de l'apparition de projections fantasmatiques sur le monde ext&#233;rieur, humain ou non, s'incarnant dans les forces naturelles, autorit&#233;s surnaturelles, pouvoirs politiques, dispositifs de ma&#238;trise. Nos rapports &#224; la &#171; nature &#187;, et leurs transformations actuelles, sourdent de ces origines archa&#239;ques.&lt;br class='manualbr' /&gt;Enfin, c'est bien s&#251;r la &lt;i&gt;culture&lt;/i&gt; qui compl&#232;te le tableau, constituant pour notre esp&#232;ce une &#171; seconde nature &#187; profond&#233;ment ancr&#233;e dans le corps et en interd&#233;pendance &#233;troite avec un environnement naturel donn&#233;. La notion de &lt;i&gt;type anthropologique&lt;/i&gt; relatif &#224; une soci&#233;t&#233; particuli&#232;re est &#224; l'interface entre le ph&#233;nom&#232;ne de &lt;i&gt;cl&#244;ture d'une culture&lt;/i&gt;, qui conditionne toutes les &lt;i&gt;repr&#233;sentations imaginaires&lt;/i&gt; et symboliques dont celles relatives &#224; la &#171; nature &#187;, et une ind&#233;termination proprement humaine, source de &lt;i&gt;cr&#233;ation&lt;/i&gt; au sens plein.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce triple regard interdit de poser d'embl&#233;e notre esp&#232;ce comme &#233;tant appel&#233;e &#224; occuper une quelconque niche &#233;cologique identifiable, et les rapports &#233;tablis avec la biosph&#232;re ne peuvent que s'inscrire sous les signes de la crise, de l'alt&#233;rit&#233; et de l'imaginaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est que maintenant qu'il est possible de passer en revue les diff&#233;rentes repr&#233;sentations de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;III &#8211; Histoire et contre-histoire de l'id&#233;e de Nature&lt;/strong&gt; (&lt;i&gt;Ethnologie, histoire, sociologie&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me partie est consacr&#233;e &#224; l'histoire des repr&#233;sentations de la nature &#224; travers les civilisations et particuli&#232;rement l'Occident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la quasi-totalit&#233; des cultures humaines il n'existe aucune &#171; nature &#187; distincte ; qu'il s'agisse de l'animisme, du tot&#233;misme ou de l'analogisme, le syst&#232;me social et le syst&#232;me naturel sont intimement imbriqu&#233;s.&lt;br class='manualbr' /&gt;Si l'origine d'une diff&#233;renciation explicite est obscure, c'est au Moyen-Orient puis dans la Gr&#232;ce antique que se formule clairement la dualit&#233; soci&#233;t&#233; / nature selon deux sch&#232;mes distincts ; &lt;i&gt;Homme/Cr&#233;ation divine&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;nomos/physis&lt;/i&gt;. Le premier induit une domination de type imp&#233;rial, le second l'invention conjointe d'une soci&#233;t&#233; source d'elle-m&#234;me, la &lt;i&gt;d&#233;mocratie&lt;/i&gt;, et d'une interrogation libre sur la nature, la &lt;i&gt;science&lt;/i&gt;. L'Europe du haut Moyen &#194;ge sera l'h&#233;riti&#232;re de cette double dualit&#233;, la conjuguant avec le legs romain et la culture jud&#233;o-chr&#233;tienne, qui jouera un r&#244;le important par l'injonction faite &#224; l'Homme de dominer la nature. Pendant pr&#232;s d'un mill&#233;naire, l'Occident &#233;merge en &lt;i&gt;mettant &#224; la raison&lt;/i&gt; la nature comme la soci&#233;t&#233;, nourrissant autant les aspirations &#224; la compr&#233;hension des processus naturels et &#224; l'&#233;mancipation individuelle et collective que la m&#233;canisation et la volont&#233; de ma&#238;trise de tout l'existant. La crise actuelle r&#233;v&#232;le ces deux versants de la modernit&#233;, distincts mais ind&#233;m&#234;lables, que l'on retrouve d&#233;cupl&#233;e au sein de l'&#233;cologie politique.&lt;br class='manualbr' /&gt;Parall&#232;lement &#224; cette histoire &#171; classique &#187;, une autre court depuis l'Antiquit&#233; jusqu'&#224; aujourd'hui, o&#249; s'entrem&#234;lent classes sociales et h&#233;r&#233;sies religieuses, po&#232;tes et scientifiques, traditions lointaines et attention au monde, pour lesquels la sensibilit&#233; &#224; la nature rel&#232;ve pleinement de l'aventure humaine d'un point de vue esth&#233;tique, m&#233;taphysique, existentiel&#8230; ou tout simplement pragmatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est, &#233;videmment, dans ce terreau exceptionnellement riche que pousse l'&#233;cologie politique, dont il faudrait examiner les sources.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;IV &#8211; Sources sociales-historiques de l'&#233;cologie politique&lt;/strong&gt; (&lt;i&gt;Histoire, sociologie, politique&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette quatri&#232;me partie explore les diff&#233;rents courants historiques qui, certains souterrainement, ont abouti &#224; l'&#233;mergence de l'&#233;cologie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois principales sources historiques sont ici identifi&#233;es : la source &lt;i&gt;religieuse-culturelle&lt;/i&gt;, qui comprend le sentiment religieux (distinct du catholicisme), le romantisme et l'&#233;mancipation f&#233;minine en Occident ; puis la source &lt;i&gt;socio-politique&lt;/i&gt;, essentiellement &#224; travers le mouvement ouvrier, ici d&#233;compos&#233; en anti-industrialisme, naturisme et utopisme ; et enfin la source &lt;i&gt;scientifico-m&#233;dicale&lt;/i&gt;, qui englobe l'&#233;cologie scientifique, l'hygi&#233;nisme et l'&#233;conomie des ressources. Cet ensemble de courants h&#233;t&#233;roclites compose un paysage d'une grande complexit&#233;, exceptionnellement riche et porteur d'&lt;i&gt;ambivalences politiques&lt;/i&gt; permanentes qui demeurent sans analyses : mill&#233;narisme, &#233;go&#239;sme, scientisme, environnementalisme, etc.&lt;br class='manualbr' /&gt;On retrouve, en termes plus sociologiques, ces trois domaines &#8211; scientifique (&#233;cologues), politique (&#233;cologistes) et culturel (&#233;colos) &#8211; qui permettent de d&#233;gager des paradoxes : l'absence des travailleurs de la nature (p&#234;cheurs, agriculteurs, etc.), des classes populaires et d'un conservatisme politique. Ces absences r&#233;v&#232;lent en r&#233;alit&#233; des &lt;i&gt;verrous&lt;/i&gt; qui anesth&#233;sient une &#233;cologie politique &#224; la fois tiraill&#233;e et monopolis&#233;e par la &lt;i&gt;techno-science&lt;/i&gt; emball&#233;e, le &lt;i&gt;gauchisme&lt;/i&gt; approximatif et l'&lt;i&gt;environnementalisme&lt;/i&gt; culpabilisant, &#233;loignant paradoxalement les populations de la politique comme de la nature et de la science. Tels seraient les enjeux d'un chantier qui refuserait l'id&#233;ologie de l'&lt;i&gt;&#233;cologisme&lt;/i&gt; actuel : &#233;laborer, &#224; nouveaux frais, une &lt;i&gt;&#233;cologie politique populaire.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas la direction prise : reste &#224; se demander quels types de soci&#233;t&#233; peuvent surgir sous l'impulsion de cet &#233;cologisme appel&#233; &#224; cro&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;V &#8211; Politiques de la nature et totalitarisme&lt;/strong&gt; (&lt;i&gt;Histoire, politique&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cinqui&#232;me partie se penche sur les possibilit&#233;s de l'instauration d'un r&#233;gime capable d'affronter les questions &#233;cologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'examen pr&#233;alable du succ&#232;s de la th&#233;matique envahissante de l'&lt;i&gt;effondrement syst&#233;mique &lt;/i&gt; montre une double dimension : prise en compte d'&#233;l&#233;ments r&#233;els et discours mythologiques, deux faces d'une &lt;i&gt;cl&#244;ture&lt;/i&gt; sur elle-m&#234;me d'une soci&#233;t&#233; incapable d'appr&#233;hender la r&#233;alit&#233; hors des mythes h&#233;rit&#233;s.&lt;br class='manualbr' /&gt;La figure de l'&#233;cologisme autoritaire, ou &lt;i&gt;&#233;cocratie&lt;/i&gt;, perspective de plus en plus envisag&#233;e, appara&#238;t comme un d&#233;bouch&#233; naturel des tendances actuelles des soci&#233;t&#233;s occidentales mais surtout de l'&#233;cologie politique existante aujourd'hui, qui m&#233;lange science et politique comme l'ont fait les totalitarismes. Mais son inefficacit&#233; &#8211; d'un point de vue &#233;cologique &#8211; semble &#233;vidente, car elle sera g&#233;n&#233;ratrice de scl&#233;rose de la connaissance scientifique, d'une impossible sobri&#233;t&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;e et d'une homog&#233;n&#233;isation mondiale des soci&#233;t&#233;s, des techniques et des natures.&lt;br class='manualbr' /&gt;En revanche la &lt;i&gt;forme imp&#233;riale historique&lt;/i&gt;, ici red&#233;couverte, semblerait capable de conjuguer effondrement et &#233;cologisme, et se trouve, de ce fait, la plus probable, d'autant qu'elle donne sens &#224; un nombre imposant de faits jusqu'ici &#233;pars qui nous extraient de la modernit&#233; occidentale.&lt;br class='manualbr' /&gt;La seule alternative souhaitable serait celle, connue, d'une &#171; d&#233;mocratie &#233;cologique &#187;, mais dont les implications ne sont que rarement d&#233;velopp&#233;es : il s'agirait non seulement de renouer avec les &#171; tr&#233;sors perdus &#187; de la d&#233;mocratie directe pour reprendre le projet d'autonomie individuelle et collective et rompre avec la course actuelle, mais aussi d'affronter des &lt;i&gt;exigences &#233;cologiques&lt;/i&gt; encore inconnues. Celles-ci sont &#224; la fois g&#233;opolitiques, techniques et symboliques mais englobent &#233;galement le r&#233;gime des savoirs qu'est la science contemporaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela soul&#232;ve une foule de questions fondamentales qu'il s'agirait d'examiner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;VI &#8211; Vers une philosophie de la nature ?&lt;/strong&gt; (&lt;i&gt;Philosophie, politique&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette sixi&#232;me et derni&#232;re partie est consacr&#233;e &#224; la discussion philosophique et politique autour du couple &lt;i&gt;nomos/physis&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dualit&#233; nature/culture, elle-m&#234;me &#233;laboration humaine, est aujourd'hui contest&#233;e. Les parties pr&#233;c&#233;dentes ont montr&#233; qu'effectivement, les intrications &#233;taient multiples et r&#233;ciproques, mais &#233;galement qu'une telle distinction permettait l'&lt;i&gt;autonomie humaine&lt;/i&gt; d'un c&#244;t&#233;, et l'&lt;i&gt;investigation rationnelle&lt;/i&gt; du monde de l'autre, indispensable &#224; toute &#233;cologie politique cons&#233;quente, sans impliquer n&#233;cessairement de sch&#232;me de domination.&lt;br class='manualbr' /&gt;En r&#233;alit&#233;, les civilisations gr&#233;co-occidentales elles-m&#234;mes n'ont jamais cess&#233; de vouloir en finir avec une telle tension porteuse d'incertitude et qui entrave toute &lt;i&gt;cl&#244;ture culturelle&lt;/i&gt;. Perp&#233;tuellement superpos&#233;e &#224; l'opposition monoth&#233;iste &lt;i&gt;Homme/Cr&#233;ation divine&lt;/i&gt;, le couple &lt;i&gt;nomos/physis&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; l'objet de recouvrements par une &lt;i&gt;rationalit&#233;&lt;/i&gt; imp&#233;rialiste et aujourd'hui par un &lt;i&gt;primitivisme&lt;/i&gt; compl&#233;mentaire. Peut-&#234;tre que les dynamiques actuellement les plus mortif&#232;res &#8211; inflation technologique, soci&#233;t&#233; de consommation, etc. &#8211; ne sont que la tentative de &lt;i&gt;recr&#233;ation&lt;/i&gt; artificielle d'une &lt;i&gt;physis&lt;/i&gt; qui n'aurait, au fond, jamais cess&#233; d'&#234;tre per&#231;ue comme rivale, repoussoir en m&#234;me temps que mod&#232;le m&#233;taphysique implicite.&lt;br class='manualbr' /&gt;Une piste serait peut-&#234;tre justement de tenter de reprendre et d'approfondir cette dualit&#233; complexe &lt;i&gt;nomos/physis&lt;/i&gt;, notamment par la reprise de l'&lt;i&gt;aventure moderne&lt;/i&gt; de la science oppos&#233;e &#224; la technoscience actuelle. Les travaux en ce sens, oubli&#233;s depuis un demi-si&#232;cle, permettraient de concevoir la soci&#233;t&#233; comme la nature comme des &lt;i&gt;cr&#233;ations&lt;/i&gt;, et la premi&#232;re comme &lt;i&gt;&#233;mergence&lt;/i&gt; de la seconde. La possibilit&#233; de l'&lt;i&gt;autonomie&lt;/i&gt;, con&#231;ue comme cr&#233;ation explicite, qui caract&#233;rise l'&#234;tre humain en &#233;tant une hypertrophie &lt;i&gt;sui generis&lt;/i&gt;, qu'il y aurait &#224; assumer sans recours &#224; une puissance ext&#233;rieure, d'origine naturelle ou surnaturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;l&#233;ments de conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'importance et la richesse de l'&#233;cologie politique contrastent avec le simplisme et le dogmatisme qui en &#233;manent et la r&#233;duisent &#224; une id&#233;ologie : l'&lt;i&gt;&#233;cologisme&lt;/i&gt;. Comme le socialisme en son temps avait tu&#233; les forces populaires qui l'avaient nourri, le monde qu'elle &#233;labore sonne la perte des aspirations &#233;cologiques v&#233;ritables. Entre les fausses questions et les fausses r&#233;ponses qui emplissent l'air du temps, il y a toutes ces interrogations soulev&#233;es, &#224; la fois urgentes et ind&#233;m&#234;lables, qui devraient habiter l'&#233;cologie politique. Telle n'est pas la direction prise et face &#224; l'impossibilit&#233; actuelle auto-transformation &#224; la fois politique et anthropologique, les populations pr&#233;f&#232;rent encore s'en remettre &#224; la nostalgie chim&#233;rique d'une soci&#233;t&#233; d'opulence &lt;i&gt;sans&lt;/i&gt; sa face obscure plut&#244;t que se r&#233;approprier les enjeux &#233;normes de notre situation pr&#233;sente et &#224; venir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>L'homme arabo-musulman (3/3)</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?1094-L-homme-arabo-musulman-3-3</link>
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		<dc:date>2022-02-15T10:21:13Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Dja&#239;t H.</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Anthropologie</dc:subject>
		<dc:subject>Psycho-sociologie</dc:subject>
		<dc:subject>Relativisme</dc:subject>
		<dc:subject>Type anthropologique</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;ducation</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Partie pr&#233;c&#233;dente disponible ici (.../...) 3 &#8211; Modifications actuelle [de la personnalit&#233; tunisienne, vers 1965] Prenons la m&#234;me soci&#233;t&#233; maintenant autour de 1965, quinze ans apr&#232;s 1950 et dix ans apr&#232;s l'instauration d'un nouveau r&#233;gime issu de l'ind&#233;pendance. Qu'y verrons-nous ? Qu'est-ce qui a pu changer et qu'est-ce qui a pu perdurer ? Le colonisateur est parti, un nouveau pouvoir national avec des hommes nouveaux a pris sa place et &#233;tabli un contr&#244;le sui le pays jamais atteint (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1093-L-homme-arabo-musulman-2-3' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Partie pr&#233;c&#233;dente disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3 &#8211; Modifications actuelle [de la personnalit&#233; tunisienne, vers 1965]&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons la m&#234;me soci&#233;t&#233; maintenant &lt;i&gt;autour de 1965&lt;/i&gt;, quinze ans apr&#232;s 1950 et dix ans apr&#232;s l'instauration d'un nouveau r&#233;gime issu de l'ind&#233;pendance. Qu'y verrons-nous ? Qu'est-ce qui a pu changer et qu'est-ce qui a pu perdurer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le colonisateur est parti, un nouveau pouvoir national avec des hommes nouveaux a pris sa place et &#233;tabli un contr&#244;le sui le pays jamais atteint jusque-l&#224; ; la petite-bourgeoisie provinciale, guid&#233;e par son intelligentsia, a mis la main sur l'appareil d'&#201;tat en se faisant &#233;pauler par des &#233;l&#233;ments &lt;i&gt;bald&#238;&lt;/i&gt; ou plus rarement makhzen, qui n'appartiennent pas cependant &#224; la couche sup&#233;rieure de leur classe. Ainsi la petite-bourgeoisie est-elle devenue bureaucratie puis bourgeoisie, alors que de nombreux &#233;l&#233;ments issus du peuple se constituent &#224; leur tour en une large classe petite-bourgeoise. Le monde b&#233;douin est &#233;cras&#233;, il se d&#233;tribalise et conna&#238;t une paup&#233;risation g&#233;n&#233;rale. La Grande Mosqu&#233;e est d&#233;truite et le milieu qui lui &#233;tait associ&#233; est d&#233;fait, dissous, tout en maintenant des affinit&#233;s intellectuelles et id&#233;ologiques secr&#232;tes entre ses membres, qu'ils soient aristocrates ou provinciaux, par-del&#224; donc les diff&#233;renciations purement sociales. Les anciennes aristocraties ne participent en rien aux responsabilit&#233;s ; exclues du pouvoir, elles ne sont pas toutefois d&#233;poss&#233;d&#233;es de leurs patrimoines agricoles, mais ceux-ci sont &#233;miett&#233;s et perdent beaucoup en valeur relative. L'&#201;tat contr&#244;le l'&#233;conomie, l'&#233;ducation, l'information. Hydre tentaculaire, il impose ses mod&#232;les et ses sch&#233;mas aux esprits et jouit durant toute cette p&#233;riode d'un grand prestige conjugu&#233; avec de la peur ou de la convoitise. Ses buts avou&#233;s sont l'unification et la construction d'une nation moderne, le d&#233;veloppement &#233;conomique, une plus grande justice sociale, la modernisation des m&#339;urs et des mentalit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue &#233;conomique, l'agriculture se m&#233;canise et l'&#233;conomie de subsistance r&#233;gresse, d'o&#249; l'importance accrue attach&#233;e &#224; l'argent. Des industries naissent, qui d&#233;veloppent le salariat ; le secteur tertiaire et administratif s'enfle d&#233;mesur&#233;ment, cependant que l'ouverture &#224; l'aide ext&#233;rieure prend d'&#233;normes proportions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le changement des structures politiques, &#233;conomiques et sociales, n'est pas radical dans l'absolu et touche in&#233;galement les divers secteurs de la soci&#233;t&#233;. N&#233;anmoins, il est suffisamment massif pour pouvoir provoquer des modifications dans la personnalit&#233; de base. Autre constatation qui a son importance : le style du r&#233;gime, la tonalit&#233; des rapports sociaux, la structure des id&#233;aux dominants de la Tunisie bourguibienne, sont le pur produit de cette m&#234;me personnalit&#233; d&#233;j&#224; d&#233;crite, dont des &#233;l&#233;ments se trouvent privil&#233;gi&#233;s et d&#233;velopp&#233;s, dont d'autres au contraire sont mis en sommeil ou resurgissent sous une autre forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Tout d'abord, l'&#233;lan donn&#233; &#224; l'&#233;mancipation de la femme et les r&#233;formes intervenues dans le domaine du statut personnel ont remani&#233; l'allure de la sexualit&#233;. L'infini de la distance entre les deux sexes, sans &#234;tre combl&#233;, est rapproch&#233;, la mixit&#233; a progress&#233; dans les classes urbaines et dans l'institution scolaire. D'o&#249; une baisse de la r&#233;pression, une moins grande peur de la femme, une plus grande fr&#233;quence des rapports sexuels et &#233;rotiques, &#224; l'&#226;ge adulte comme dans l'adolescence. L'homosexualit&#233; reflue nettement dans les couches bourgeoises citadines, dont la jeunesse est moins inhib&#233;e &#224; l'&#233;gard de l'&#233;l&#233;ment f&#233;minin. Elle reste par contre attractive pour les jeunes ruraux scolaris&#233;s qui gardent encore, tr&#232;s fortes, leurs inhibitions et leur morale de l'honneur. Si d'un autre c&#244;t&#233;, l'afflux du tourisme a accentu&#233; dans la jeunesse la lib&#233;ration h&#233;t&#233;rosexuelle, y compris dans les rangs de la jeunesse populaire et provinciale, il a provoqu&#233; l'&#233;closion de perversions et fait na&#238;tre la prostitution homosexuelle. En somme, l'&#233;mancipation sexuelle relative a d&#233;bloqu&#233; les inhibitions mais dans tous les sens : paradoxalement, elle a exalt&#233; autant l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; que l'homosexualit&#233;. Elle se d&#233;veloppe anarchiquement, profitant des br&#232;ches ouvertes dans la forteresse des institutions ext&#233;rieures, le Surmoi, fragile, n'&#233;tant pas pr&#233;par&#233; &#224; assumer cette libert&#233; nouvelle. Un peu partout, dans les cercles proches du pouvoir, chez les nouveaux riches, dans la petite-bourgeoisie frott&#233;e de modernisme, dans les classes populaires des villes, il y a un v&#233;ritable d&#233;cha&#238;nement de la sexualit&#233;, &#224; la fois d&#233;foulement et signe d'un d&#233;r&#232;glement fondamental des m&#233;canismes d'autor&#233;gulation et d'autor&#233;pression. Et pourtant, c'est sur le fond d'une telle fr&#233;n&#233;sie, qu'&#233;paulent largement les app&#233;tits mat&#233;riels et la mis&#232;re mat&#233;rielle, que la femme fait l'apprentissage d'une sexualit&#233; lib&#233;r&#233;e de ses tabous, se fait &#233;l&#233;ment actif dans l'accouplement, apprend &#224; vaincre ses inhibitions, effleure m&#234;me par moments la sph&#232;re de l'amour-sentiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais que l'on ne se fasse pas d'illusions en g&#233;n&#233;ralisant &#224; toute la soci&#233;t&#233; un ph&#233;nom&#232;ne partiel, quoique hautement signifiant. Dans sa majorit&#233;, l&lt;i&gt;a soci&#233;t&#233; reste r&#233;pressive&lt;/i&gt;, domin&#233;e par l'homme, par l'institution du mariage, donc par le tabou de la virginit&#233; et le garde-fou de la jalousie. Celle-ci, toujours dominante, n'en est pas moins en voie de r&#233;gression : il lui arrive de se taire devant d'autres passions nouvellement surgies, l'int&#233;r&#234;t, l'ambition par exemple, ce qui prouve bien qu'elle n'est pas un &#233;l&#233;ment ind&#233;racinable et qu'elle peut se dissoudre ou &#234;tre refoul&#233;e dans un autre arrangement des buts du Moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les disciplines de base (sevrage et &#233;ducation sphinct&#233;rielle) n'ayant pas chang&#233;, &lt;i&gt;la structure de la personnalit&#233; profonde reste la m&#234;me&lt;/i&gt;. L'enfant et l'adolescent sont encore peu aptes &#224; ma&#238;triser leurs pulsions, &#224; r&#233;gler leur &#233;motivit&#233;, &#224; s'autodiscipliner. Les frustrations demeurent grandes et sont davantage ressenties, parce que les comparaisons s'imposent plus nettement &#224; l'esprit. Mais l'institution scolaire a &#233;tendu les mailles de son filet sur l'univers infantile : elle coule la personnalit&#233; de l'enfant dans son moul&#233;, en &#233;lague les asp&#233;rit&#233;s, y introduit un minimum de discipline intellectuelle et lui fait int&#233;rioriser les id&#233;aux de la modernit&#233;. Il ne faut pas cependant s'attendre &#224; ce qu'elle touche les niveaux profonds de la personnalit&#233;, plus sensibles aux sch&#233;mas irradi&#233;s directement du pouvoir et charri&#233;s par les &lt;i&gt;mass media&lt;/i&gt;. La personnalit&#233; tunisienne reste une personnalit&#233; simultan&#233;ment rel&#226;ch&#233;e et anxieuse. Mais l'anxi&#233;t&#233; a pu changer d'objet et, de toute mani&#232;re, avec les progr&#232;s de la s&#233;curit&#233; publique et l'ouverture sur l'ext&#233;rieur de l'univers clos de la famille patriarcale, elle a notablement baiss&#233;. L'agressivit&#233;, toujours tr&#232;s forte dans les rapports entre enfants, en particulier dans le monde populaire du sous-prol&#233;tariat urbain, a d&#233;sarm&#233; partout ailleurs dans l'univers adulte pour conna&#238;tre un retour de flamme tout r&#233;cemment. C'est qu'elle s'est d&#233;foul&#233;e partiellement dans la lutte coloniale et que maints &#233;l&#233;ments de la p&#232;gre ont &#233;t&#233; r&#233;cup&#233;r&#233;s et encadr&#233;s par le pouvoir. La naissance d'une conscience nationale homog&#232;ne, dans la foul&#233;e d'un enthousiasme populaire, les espoirs de mont&#233;e sociale, la force de l'encadrement par le parti et l'&#201;tat, le rayonnement du groupe dirigeant et de son chef, la permanence du contact et, par moments, la communion entre l'&#201;tat et les masses ont fait le reste. Le Tunisien prend conscience de lui-m&#234;me comme homme, il a soif de l'approbation de l'ext&#233;rieur : son narcissisme, flatt&#233;, va contrebalancer son agressivit&#233;. Il sent enfin toute la force du pouvoir -v&#233;ritable substitut du p&#232;re -et en prend peur. Le groupe dirigeant, dans le m&#234;me temps qu'il garde des rapports affectifs avec sa base et son milieu originel, morig&#232;ne, r&#233;prime, effraie sans toujours frapper. Il se donne surtout comme mod&#232;le, concentre sur sa t&#234;te toutes les valeurs de prestige, s'&#233;l&#232;ve au-dessus du reste de la soci&#233;t&#233;, &#233;veille l'admiration voire la fascination. Ainsi l'in&#233;galit&#233; sociale, quand elle est accept&#233;e, quand elle &#233;veille l'identification et excite les instincts de soumission, se r&#233;v&#232;le-t-elle un facteur &#233;minemment mod&#233;rateur de l'agressivit&#233;. En revanche, l'agressivit&#233; dans les grandes villes occidentales, fille de l'anonymat et des conditions de vie, est l'envers d'une d&#233;mocratisation des rapports interpersonnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, ayant r&#233;gress&#233; comme mode de protestation et d'auto-affirmation, sous sa forme franche, ouverte et physique, l'agressivit&#233; a gliss&#233; du plan individuel au plan social&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Notons tout de m&#234;me la progression du suicide, donc l'apparition de pulsions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pendant les premi&#232;res ann&#233;es de l'ind&#233;pendance, l'unanimisme national a camoufl&#233; les tensions de la soci&#233;t&#233; et obnubil&#233; les implications sociologiques de l'ind&#233;pendance. Le vide de cadres a, par ailleurs, cr&#233;&#233; un appel d'hommes, a &#233;largi l'assiette de l'&#201;tat, donnant &#224; chacun l'illusion qu'il peut participer au cercle magique du pouvoir. Mais bient&#244;t la classe dirigeante se consolide et prend forme, elle se ferme et se compte, prend ses distances vis-&#224;-vis du reste de la soci&#233;t&#233; et cl&#244;t l'&#232;re de l'innocence et des faux espoirs. Le &lt;i&gt;pouvoir&lt;/i&gt; devient, de loin, l'&#233;l&#233;ment pr&#233;dominant de la constellation de prestige : il est le point focal o&#249; viennent se d&#233;verser plaisirs, argent, respect, avec des moyens d&#233;cupl&#233;s par rapport &#224; ce qui existait vingt ans auparavant. Ainsi l'ali&#233;nation de la soci&#233;t&#233; face &#224; l'&#201;tat appara&#238;t-elle comme un ph&#233;nom&#232;ne majeur, mais, reposant au d&#233;but sur l'identification, elle tendra de plus en plus &#224; s'exprimer par une intense jalousie. Refoul&#233;e dans les couches populaires les plus d&#233;munies, o&#249; elle explose sporadiquement, la jalousie intrasociale est d&#233;cha&#238;n&#233;e d'une mani&#232;re permanente dans toutes les cat&#233;gories ais&#233;es : aristocratique, bourgeoise, semi-bourgeoise, parmi les intellectuels, dans les professions lib&#233;rales. Elle ne prend pas seulement pour cible le monde du pouvoir, elle devient un comportement &#171; int&#233;gr&#233; &#187;, un pli, un r&#233;flexe ancr&#233; dans la personnalit&#233;, mobilisant les instincts agressifs, s&#233;cr&#233;tant la ratiocination, l'insatisfaction, faisant d'une bonne partie de la soci&#233;t&#233; tunisienne une soci&#233;t&#233; obs&#233;d&#233;e, malade de la politique, malade d'elle-m&#234;me. L'&#233;vacuation de grand nombre de valeurs traditionnelles &#8211; religieuses, sociales, intellectuelles &#8211; n'a pas pour autant &#233;t&#233; compens&#233;e par l'introjection de valeurs authentiquement modernes qui guideraient l'action et baliseraient la route des ambitions. L'archa&#239;que et le nouveau s'entrem&#234;lent et se renforcent mutuellement pour donner une structure b&#226;tarde mais n&#233;anmoins coh&#233;rente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. C'est ainsi que si &lt;i&gt;la forme de l'&#201;tat est le produit de la personnalit&#233; de base&lt;/i&gt;, elle est aussi un instrument adapt&#233; &#224; certains &#233;l&#233;ments de cette personnalit&#233; dans le corps social. Au niveau le plus &#233;lev&#233;, le despotisme est la traduction politique fatale de la structure narcissique du Moi du dirigeant, mais, faible, ce m&#234;me pouvoir tomberait sous les coups de la m&#234;me structure dans la soci&#233;t&#233;, d'une agressivit&#233; lib&#233;r&#233;e, de la masse immense des convoitises et des frustrations. &#192; tous les niveaux de la bureaucratie, l'enflure du Moi se fait sentir : tout homme qui d&#233;tient une parcelle du pouvoir se comporte comme un m&#233;galomane et tel qui, hier, souffrait comme citoyen d'&#234;tre maltrait&#233;, r&#233;p&#232;te aujourd'hui le m&#234;me sc&#233;nario s'il se trouve assis &#224; la place du bureaucrate. Sans doute pourrait-on appliquer un sch&#233;ma adl&#233;rien &#224; la structure d'un pareil Ego, sans doute aussi pareil comportement caract&#233;rise-t-il particuli&#232;rement la personnalit&#233; populaire et petite-bourgeoise &#224; fond rural, mais il est suffisamment g&#233;n&#233;ralis&#233; pour nous donner &#224; r&#233;fl&#233;chir sur la puissance corruptrice du pouvoir humain. D&#233;poss&#233;d&#233;e du pouvoir, la personnalit&#233; tunisienne &#233;tait, par certains c&#244;t&#233;s, plus &#233;quilibr&#233;e et plus saine, mais &#171; l'histoire progresse par ses mauvais c&#244;t&#233;s &#187;, nous l'avons assez sugg&#233;r&#233; tout au long de cette &#233;tude pour ne pas nous en &#233;tonner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; supposer donc qu'au sommet l'&#201;tat soit m&#251; par les imp&#233;ratifs les plus rigoureux de la rationalit&#233;, il ne pourrait &#233;chapper &#224; la base &#224; la mati&#232;re humaine qu'il utilise non moins qu'&#224; celle qu'il enserre et encadre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La structure sp&#233;cifique des liens de parent&#233;, la vigueur persistante du lien tribal et r&#233;gional, pour prendre un exemple, d&#233;forment toute articulation rationnelle de l'&#201;tat, toute marche autonome des institutions. &lt;i&gt;L'&#201;tat est donc tout aussi inapte &#224; &#233;duquer la soci&#233;t&#233; que la soci&#233;t&#233; &#224; &#233;duquer l'&#201;tat&lt;/i&gt;. Si l'&#201;tat a exasp&#233;r&#233; la constellation de d&#233;pendance et de prestige, plut&#244;t que les aptitudes pr&#233;sentes en chacun &#224; un v&#233;ritable d&#233;veloppement de sa personnalit&#233;, donc &#224; une action rationnelle et efficace, la personnalit&#233; de base de &#171; l'individu dans sa soci&#233;t&#233; &#187; s'est montr&#233;e particuli&#232;rement dispos&#233;e &#224; accueillir ce qu'il faut bien appeler une embard&#233;e hors du bon chemin. Si l'&#201;tat a &#233;t&#233; bien inspir&#233; de briser les forces de r&#233;bellion, d'insoumission, de domestiquer l'instinct d'agression et la constellation de la virilit&#233; qui s'&#233;taient constamment dress&#233;s contre lui dans le pass&#233;, il l'a &#233;t&#233; bien mal en encourageant l'extension &#224; toute la soci&#233;t&#233; du syst&#232;me des faveurs et du r&#233;flexe de soumission, syst&#232;me qui n'&#233;tait jusque-l&#224; que l'apanage de l'aristocratie gouvernementale. Aujourd'hui, &#171; l'ingratiation &#187;, pour reprendre ce mot &#224; Kardiner, est devenue un trait dominant de la personnalit&#233; de base.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette m&#234;me personnalit&#233; a fait des pas importants dans la voie de la rationalisation des techniques de pens&#233;e, et positivement, et n&#233;gativement en expulsant au maximum hors de son horizon la mentalit&#233; magique. Un long chemin reste toutefois &#224; parcourir avant que naisse la pens&#233;e critique, que de la gangue de la na&#239;vet&#233; universelle se d&#233;gage l'intelligence lumineuse, que se lib&#232;re le jugement objectif de toutes les impuret&#233;s subjectives qui l'enrobent et le d&#233;forment&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4 &#8211; Extension &#224; toute l'aire arabe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans quelle mesure ce tableau, en deux temps, de la personnalit&#233; collective tunisienne peut-il &#234;tre &#233;tendu &#224; l'ensemble du monde arabe ? Pour ce qui est du Maghreb, il peut l'&#234;tre sans discussion mais avec ses nuances et ses variations sociologiques, avec aussi quelques correctifs. La personnalit&#233; berb&#232;re, au Maroc et en Alg&#233;rie, en voie d'absorption ou de dissolution, garde n&#233;anmoins des traits sp&#233;cifiques au niveau le plus profond du Moi, par exemple cette rectitude qui se mue facilement en rigidit&#233;, un esprit collectif en m&#234;me temps qu'individualiste, une agressivit&#233; latente pr&#234;te &#224; d&#233;fier le mur du r&#233;el&#8230; Les r&#233;gimes politiques, ici et l&#224;, ont en g&#233;n&#233;ral domestiqu&#233; l'individualisme anarchiste et provoqu&#233; une mutation dans le sens de la soumission. Mais, en Alg&#233;rie, le regain des forces islamiques, longtemps refoul&#233;es, favorise la remont&#233;e du virilisme du m&#226;le et p&#233;rennise une structure archa&#239;que de la sexualit&#233;. Au Maroc, un traditionalisme conscient, comme m&#233;thode d'emprise politique, se conjugue avec un pseudo-modernisme pour rejeter les &#233;nergies soit vers la passivit&#233;, soit vers un h&#233;donisme conqu&#233;rant et primaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Partout, d'un bout &#224; l'autre du Maghreb, les valeurs de prestige sont exalt&#233;es, partout le politique p&#232;se d'un poids tr&#232;s lourd&lt;/i&gt;. Nulle part les &#233;lans les plus nobles du Moi, en tant que monde par lui-m&#234;me, ne trouvent &#224; s'employer. Relisant r&#233;cemment l'ouvrage de Berque sur le Maghreb colonial&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Maghreb entre deux guerres.&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, j'ai &#233;t&#233; saisi d'un profond malaise : c'&#233;tait un univers qui ignorait v&#233;ritablement l'ambition spirituelle, qui &#233;tait litt&#233;ralement ferm&#233; &#224; l'histoire de l'homme. C'&#233;tait le monde de la vie, de la passion de vivre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir A. Camus, La Mort heureuse.&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, non celui de la spiritualit&#233; se r&#233;fl&#233;chissant en elle-m&#234;me. Si bien que je me suis demand&#233; si notre probl&#232;me de fond n'&#233;tait pas un probl&#232;me de la civilisation ou de la culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la mesure o&#249; l'&#201;tat s'installe aujourd'hui dans la g&#233;n&#233;ralit&#233;, il se fait niveleur et destructeur, mais si cette destruction est un moment n&#233;cessaire, ce moment est par l&#224; m&#234;me d&#233;passable et doit &#234;tre d&#233;pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#224; peu pr&#232;s s&#251;r que la personnalit&#233; de base au Machrek est tr&#232;s proche de ce sch&#233;ma, avec des dominantes diverses. En &#201;gypte, ce qui pr&#233;vaut serait le narcissisme, cependant qu'en Irak ou en Arabie ce serait l'agressivit&#233;. L&#224; aussi, le prestige est ma&#238;tre et le virilisme, l&#224; aussi les techniques de pens&#233;e restent traditionnelles, cependant que les r&#233;seaux de parent&#233; &#233;crasent toute vell&#233;it&#233; de rationalisation de l'&#201;tat, toute aspiration individuelle &#224; une vie libre. La rigidit&#233; arabo-berb&#232;re, att&#233;nu&#233;e au Maghreb par la vigueur de l'influence europ&#233;enne, c&#232;de la place dans les pays non m&#233;diterran&#233;ens de l'int&#233;rieur du Machrek &#224; une violence orientalo-b&#233;douine fortement marqu&#233;e par les si&#232;cles de d&#233;cadence. Les pays m&#233;diterran&#233;ens, plus structur&#233;s, sont d&#233;chir&#233;s entre des sch&#233;mas paysans ou b&#233;douins qui sourdent de l'int&#233;rieur et les sch&#233;mas urbains de l'humanit&#233; levantine, humanit&#233; sans consistance, sans combativit&#233;, vivant sur de fausses grandeurs, mais tout de m&#234;me affin&#233;e et cultiv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut donc parler d'une personnalit&#233; de base maghr&#233;bine et d'une personnalit&#233; de base machr&#233;kine diff&#233;renci&#233;es dans le d&#233;tail mais semblables pour l'essentiel, qui participent d'&lt;i&gt;une m&#234;me personnalit&#233; large de l'humanit&#233; arabe contemporaine&lt;/i&gt;. Celle-ci est du reste en voie d'unification depuis la fin de l'&#232;re coloniale, en rapport avec la mise en place g&#233;n&#233;rale de structures sociales et d'institutions similaires, parce que les rapports humains, encore que faiblement d&#233;velopp&#233;s, s'intensifient &#224; l'&#233;chelle des classes dirigeantes ou de certains secteurs de l'intelligentsia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui, dans cette personnalit&#233;, devrait changer (et comment ?) et qu'est-ce qui devrait persister ? Un changement qui &#233;quivaudrait &#224; une ali&#233;nation dans des structures &#233;trang&#232;res ne serait &#233;videmment ni valable ni possible. Des individus peuvent s'europ&#233;aniser &#8211; et encore jamais tout &#224; fait &#8211; mais non une collectivit&#233; enti&#232;re, riche au demeurant de son pass&#233; et de son humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y aurait lieu de s&#233;parer ici la forme dynamique de la personnalit&#233; du contenu de valeurs et d'objectifs qui orientent son activit&#233;, Le premier volet du diptyque est le plus difficile &#224; manier car il correspond &#224; la partie la plus profonde et la plus essentielle. Sans doute pourrait-on agir sur les disciplines de base en les renfor&#231;ant quelque peu par une &#233;ducation appropri&#233;e. Reste tout le poids d'une vie familiale ax&#233;e sur l'excessive autorit&#233; paternelle, g&#233;n&#233;ratrice d'anxi&#233;t&#233; et d'agressivit&#233;, qui p&#232;se lourdement sur l'enfance et la pr&#233;-adolescence. Il est clair qu'on ne peut pas &#233;duquer un p&#232;re d&#233;j&#224; form&#233; et que, du reste, tout cela renvoie &#249; une structure familiale objective qui ne muera que lentement et en rapport avec une mutation des structures mat&#233;rielles dans la soci&#233;t&#233;. C'est ici qu'on sent l'invisible cha&#238;ne qui soude entre elles les g&#233;n&#233;rations et qui constitue la trame m&#234;me de l'histoire. Au reste, nous n'aimerions pas que le caract&#232;re profond de l'homme arabe change du tout au tout : supprimez la solidarit&#233; familiale et vous supprimerez la chaleur humaine, &#233;liminez toute agressivit&#233; et vous &#233;liminerez peut-&#234;tre tout spontan&#233;isme. Nous savons tous que bien des traits du Moi europ&#233;en ne nous semblent pas valables, &#224; commencer par cet individualisme sec, cet esprit froidement calculateur, fruits de la rationalisation autant que de la dislocation du lien familial. Mais nous pressentons bien que la servitude parentale barre la route &#224; tout &#233;panouissement de la personne. En d&#233;pit de la terrible mont&#233;e des app&#233;tits, l'homme arabe n'est pas encore l'esclave de l'argent et il y a encore en lui des r&#233;serves de don de soi que l'intrusion d'un capitalisme outrancier pourrait tuer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est difficile de penser aussi que quinze si&#232;cles d'h&#233;g&#233;monie masculine et de r&#233;pression sexuelle pourraient s'&#233;vanouir devant l'attrait d'une modernit&#233; lib&#233;ratrice. Mais tout le probl&#232;me consiste &#224; r&#233;orienter correctement les &lt;i&gt;r&#233;sistances&lt;/i&gt; et &#224; les &lt;i&gt;combiner&lt;/i&gt; d'une mani&#232;re originale avec les changements n&#233;cessaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une r&#233;forme radicale des institutions sociales fondamentales pourrait apporter beaucoup. De nouvelles adaptations surgiront, qui bouleverseront l'&#233;conomie du moi. Ce qui restera et devra rester, c'est un noyau profond, une mani&#232;re d'envisager le rapport inter-humain, une mani&#232;re d'affronter la joie et la douleur, la vie et la mort. L'homme arabe pourrait se lib&#233;rer de ses phantasmes sexuels, de son anxi&#233;t&#233;, de son narcissisme, de ses boursouflures, ressentis tous ensemble comme r&lt;i&gt;ev&#234;tement adventice du Moi&lt;/i&gt;, et n&#233;anmoins rester g&#233;n&#233;reux, r&#233;sign&#233; de cette belle r&#233;signation, sensible &#224; l'approbation d'autrui, chaleureux, spontan&#233; dans les limites du raisonnable, toujours prompt &#224; r&#233;pondre &#224; l'appel de la &lt;i&gt;Muruwwa&lt;/i&gt;, de la solidarit&#233;, de la fraternit&#233; communautaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit donc pas de faire de l'homme arabe un Occidental, mais de faire en sorte qu'il retrouve en lui-m&#234;me les &#233;l&#233;ments d'une nouvelle structure, qu'il r&#233;invente son Moi et sa vie, aussi bien &#224; partir des meilleures parts de son pass&#233; qu'&#224; partir d'une int&#233;riorisation correcte et mesur&#233;e des conqu&#234;tes de l'humanit&#233; moderne. Dans l'&#233;conomie de sa personnalit&#233;, l'homme arabe est plut&#244;t domin&#233; par une affectivit&#233; vigoureuse. Cette affectivit&#233; verra s'att&#233;nuer ses pouss&#233;es par une moins grande r&#233;pression, par une plus grande rationalisation, par les progr&#232;s de la discipline. Att&#233;nuer seulement &#8211; fort heureusement &#8211;, et, pour ce qui en reste, r&#233;orienter vers des buts de vie utiles et prometteurs de satisfaction. De la m&#234;me fa&#231;on, la fragilit&#233; des instances internes de contr&#244;le et de r&#233;pression est susceptible de s'amenuiser par les progr&#232;s de l'&#233;ducation, par une r&#233;forme religieuse bien conduite, par une diffusion d'id&#233;aux exigeants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien de tout cela n'est impossible. Tout est li&#233; aux changements des institutions primaires mais aussi et non moins essentiellement &#224; la diffusion par les noyaux entra&#238;neurs de la soci&#233;t&#233; d'id&#233;aux ad&#233;quats et de vraies valeurs. L'homme occidental du Xe si&#232;cle &#233;tait, dans sa structure mentale, instable, violent, tr&#232;s d&#233;pendant des solidarit&#233;s lignag&#232;res&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marc Bloch, La Soci&#233;t&#233; f&#233;odale, I.&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, pu&#233;ril m&#234;me, d'un &#233;go&#239;sme forcen&#233; et quasi animal. &#192; la fin du Moyen &#194;ge, Huizinga a pu parler de &#171; l'&#226;pre saveur de la vie &#187; , d'un comportement tout en pulsions et b&#226;ti sur un arri&#232;re-monde de phantasmes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le D&#233;clin du Moyen &#194;ge.&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'homme de la Renaissance lui-m&#234;me &#233;tait tout aussi instable, voluptueux, cruel et c'est petit &#224; petit que la R&#233;forme a fa&#231;onn&#233; les bases du Moi int&#233;rieur. Rien n'est donc fatal en nous, tout n'est pas mauvais, comme tout n'est pas le mod&#232;le de la raison, de l'intelligence et de l'amour en Occident. Et apr&#232;s tout, l'Am&#233;rique, si infantile par maints c&#244;t&#233;s, n'&#233;crase-t-elle pas du poids de son &#233;conomie et de sa puissance la vieille Europe elle-m&#234;me ? Si fatalit&#233; il y a, elle est dans l'histoire la plus secr&#232;te, non dans l'homme, et c'est elle qu'il faut briser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste &#224; poser le probl&#232;me du contenu de la personnalit&#233;, c'est-&#224;-dire &lt;i&gt;les valeurs et les id&#233;aux&lt;/i&gt; qui la font vivre et guident son action et son dynamisme. Nous y avons constamment fait allusion au cours de notre analyse comme au probl&#232;me crucial de nos soci&#233;t&#233;s, comme au c&#339;ur m&#234;me du devenir historique. Si le changement est fortement d&#233;termin&#233; par l'&#233;volution des structures mat&#233;rielles -techniques, &#233;conomiques, sociales -, il n'est pas moins vrai que de nouvelles structures de la conscience d&#233;terminent encore plus largement les mutations objectives. Il s'agit d'un double mouvement complexe et mal &#233;lucid&#233;, et l'on discutera encore longtemps pour savoir si c'est le protestantisme qui a donn&#233; une pulsion d&#233;cisive au d&#233;veloppement du capitalisme ou si c'est la naissance d'un milieu bourgeois qui a entra&#238;n&#233; une adaptation du christianisme &#224; ses besoins. Au sein m&#234;me de la sph&#232;re des id&#233;aux, il y aurait lieu de diff&#233;rencier entre l'esprit profond d'une soci&#233;t&#233; et les valeurs explicites qui en sont la traduction partielle et superficielle. Il est &#233;vident, comme nous le verrons plus loin, qu'un volontarisme id&#233;ologique visant &#224; une mutation des id&#233;aux qui ne s'accrocherait pas elle-m&#234;me &#224; des mutations correspondantes dans la r&#233;alit&#233; objective n'aboutirait &#224; rien. Mais inversement, le sch&#233;ma marxiste d'une primaut&#233; sans faille de l'infrastructure mat&#233;rielle nous semble irrecevable ; et de fait, l'&#233;volution de l'histoire contemporaine dans le sens marxiste, quand elle a lieu, est beaucoup moins le fruit de la spontan&#233;it&#233; du jeu des structures que celui de l'id&#233;ologie marxiste elle-m&#234;me, en tant que support de valeurs nouvelles et nouveau type de conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re chose &#224; combattre dans nos soci&#233;t&#233;s, c'est la constellation de prestige, et en elle-m&#234;me, dans son existence pesante, et dans le contenu qui la remplit. On ne b&#226;tit pas sa vie sur une fa&#231;ade, on ne b&#226;tit pas son bonheur sur un mensonge, on ne peut pas se faire l'esclave du regard approbateur d'autrui ou d'un mis&#233;rable sentiment de fausse grandeur. On b&#226;tit une existence sur la dignit&#233;, sur la satisfaction de besoins mat&#233;riels et spirituels, sur l'amour, sur le bonheur, sur le travail, sur la communion avec autrui. Que le prestige est une dimension cardinale de la vie humaine &#8211; les hommes &#233;tant ce qu'ils sont &#8211;, il faudrait alors le lier &#224; des valeurs s&#251;res et vraies, non &#224; l'imposture. Chez nous, il n'y a pas de dignit&#233; du travail, il n'y a pas de dignit&#233; de l'effort, aucune valeur n'est attach&#233;e &#224; la simplicit&#233; et &#224; la sinc&#233;rit&#233;. C'est l&#224; une profonde carence de rationalit&#233;, car si la vie sociale contient presque fatalement l'irrationalit&#233; et l'injustice, cela atteint dans notre cas des proportions excessives. Et au lieu que l'&#201;tat se soit fait exemple de mod&#232;le de v&#233;rit&#233; et de droiture, il a refl&#233;t&#233; en l'amplifiant la constellation de prestige. &#201;tait-ce trop demander &#224; l'&#201;tat qu'&#224; un moment crucial de notre existence, il f&#251;t le foyer des valeurs d'effort, de simplicit&#233;, de rationalit&#233; ? Les premiers Califes l'avaient &#233;t&#233;. L&#233;nine et ses disciples aussi, aujourd'hui Mao [m&#234;me en 1974, ces illusions subsistaient ! NdLC], alors que le centre de l'&#201;tat, dans presque tout le monde arabe, encourage au gaspillage des ressources, aux d&#233;penses somptuaires, aux titres ronflants. Il a exalt&#233; de fait, et avec des moyens de propagande &#233;normes, la puissance et l'argent alors qu'il fallait construire une Renaissance sur de solides vertus. Nous vivons dans le monde du favoritisme, de l'arbitraire, de l'habilet&#233; et de la docilit&#233; r&#233;compens&#233;es, non dans celui de l'aspiration de l'homme &#224; jouir des fruits de son travail ou de son effort, dans une atmosph&#232;re de stagnation et de m&#233;diocrit&#233;, non de cr&#233;ativit&#233; et d'&#233;lan vers le beau et le vrai. Jamais peut-&#234;tre au cours de notre histoire, nous n'avons autant v&#233;cu dans le fallacieux : le r&#233;sultat en est qu'&#224; l'&#226;ge o&#249; l'id&#233;al devrait primer sur le r&#233;el et sa mesquinerie, des enfants et des adolescents ne r&#234;vent, pour leur avenir, qu'&#224; des fonctions de prestige (qu'ils n'auront pas) et que des enqu&#234;tes sociologiques, dans les ann&#233;es 60, ont fait ressortir que leur id&#233;al humain &#233;tait toujours un chef d'&#201;tat, jamais un artiste, un savant, un inventeur, un sportif. Le m&#233;tier n'est pas une vocation mais un gagne-pain. Le travail n'est pas une conqu&#234;te ni une qualification mais le fruit de la &#171; d&#233;brouillardise &#187; et d'appuis ext&#233;rieurs. L'amour de l'&#339;uvre entreprise, la conscience professionnelle se sont perdus depuis que l'artisanat s'est effondr&#233;. Comment &#233;veiller cette conscience ou la r&#233;veiller quand les valeurs dominantes de la soci&#233;t&#233; s'en &#233;cartent d&#233;lib&#233;r&#233;ment, quand la seule force organis&#233;e, &#224; savoir l'&#201;tat, donne le mauvais exemple, ceci sans compter de graves d&#233;fauts d'organisation. Mais l'organisation ne changera que s'il y a une revendication pressante de l'int&#233;rieur. Quand chacun voudra vivre et vivra selon sa v&#233;rit&#233;, qu'il verra alors l'inad&#233;quation de l'institution &#224; son aspiration r&#233;v&#233;l&#233;e &#224; elle-m&#234;me, celle-ci sera bien oblig&#233;e de s'amender ou de dispara&#238;tre. Au vrai, il serait parfaitement illusoire de demander aux hommes qui nous dirigent de changer, car ils ne changeront jamais. D'autres doivent les remplacer, &lt;i&gt;qui seront convertis, de l'int&#233;rieur, &#224; ce nouveau type de conscience&lt;/i&gt;, qui auront une claire vision des besoins de l'homme dont ils auront la charge. Dans la sourde r&#233;volte de la jeunesse intellectuelle, sous la d&#233;sillusion de maints secteurs de la soci&#233;t&#233;, se dessinent d&#233;j&#224; les lin&#233;aments de cette conscience, mais dans la confusion, dans le discours id&#233;ologique, &#224; travers une pure revendication politico-sociale r&#233;volutionnaire. Car il n'est pas s&#251;r que les id&#233;alistes r&#233;volutionnaires soient pleinement conscients des transformations profondes &#224; op&#233;rer dans les valeurs : ils sont imbus de cet extr&#234;me objectivisme qui ne fait confiance qu'aux structures, et leur id&#233;ologie, s&#233;lective dans l'ordre des valeurs, est donc forc&#233;ment oppressive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;tant donn&#233; l'importance de l'action de l'&#201;tat dans nos soci&#233;t&#233;s, il est essentiel que celui-ci soit contr&#244;l&#233; par des &#233;l&#233;ments qui aient une claire vision de la restructuration &#224; op&#233;rer au sein de la personnalit&#233; collective, une foi profonde et v&#233;ridique dans les valeurs &#224; introduire ou &#224; revivifier, qui soient donc convertis &#224; cette nouvelle conscience. Mais celle-ci doit commencer son travail &#224; la base, en faisant rayonner les id&#233;es qui la traduisent, la mentalit&#233; propre qui la porte, dans les couches les plus diverses de la soci&#233;t&#233;. Ce n'est pas affaire de propagande, mais affaire de culture. Ce n'est pas par la remont&#233;e de bas en haut, mais par une descente de haut en bas, que la soci&#233;t&#233; se sentira remu&#233;e de fond en comble. &lt;i&gt;Le r&#244;le des id&#233;es et de la pens&#233;e est donc fondamental&lt;/i&gt;. Leur cheminement est lent, elles subissent dans leur parcours des d&#233;formations, mais l&#224; est le point de d&#233;part, de l&#224; partira la secousse salvatrice. O&#249; habite la v&#233;rit&#233;, l&#224; habitera la r&#233;alit&#233;. Ce sont les doctrines les plus exigeantes intellectuellement qui, dans le pass&#233;, ont provoqu&#233; &#224; long terme les plus grands changements. Religions, philosophies, id&#233;ologies ont ponctu&#233; et fa&#231;onn&#233; les &#226;ges humains. Un mouvement de pens&#233;e qui &#233;merge lentement dans la conscience des repr&#233;sentants les plus intuitifs d'une soci&#233;t&#233; pourra appara&#238;tre, au d&#233;but, comme une simple &#233;cole de pens&#233;e, mais bient&#244;t, s'il repr&#233;sente une aspiration enfouie dans la psych&#233; collective, s'il est servi par l'effort, le talent ou le g&#233;nie, le voil&#224; qui fait tache d'huile, qui porte sa marque sur la litt&#233;rature et l'art, qui, par leur biais, s'insinue dans la sensibilit&#233;, fa&#231;onne l'&#226;me des hommes d'action, s'officialise, p&#233;n&#232;tre dans l'enseignement et par-del&#224; l'enseignement, dans l'&#233;quipement intellectuel de chacun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'&#233;ducation de l'homme arabe, il faut donc faire confiance aux &#233;l&#233;ments effervescents de la soci&#233;t&#233; plut&#244;t qu'aux d&#233;tenteurs du pouvoir. Le pouvoir et, plus g&#233;n&#233;ralement, la puissance ont bris&#233; l'initiative de l'individu jusqu'&#224; en faire un &#234;tre passif, domin&#233;, accul&#233; &#224; la r&#233;signation ou au d&#233;sespoir. De ce point de vue, la critique de la personnalit&#233; musulmane, telle que l'a exprim&#233;e le XVIIIe si&#232;cle europ&#233;en, n'est pas sans fondement. Lib&#233;rer l'initiative de l'individu et restituer &#224; la personne sa valeur est donc un &#233;l&#233;ment capital dans le dessein de r&#233;forme de l'homme arabe-musulman. Contrarier la mentalit&#233; de prestige pour installer, &#224; sa place, la d&#233;miurgie constructive et la &lt;i&gt;rationalit&#233;&lt;/i&gt;, c'est l&#224; une non moins imp&#233;rieuse exigence. Enfin, il est essentiel que soit temp&#233;r&#233;e l'affectivit&#233; arabe de telle mani&#232;re que l'&#233;nergie psychique s'investisse dans le monde au lieu de s'&#233;puiser dans le cercle terrible de la relation humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;former l'homme arabe ce n'est ni viser la reproduction de l'homme arabe historique ni appeler &#224; sa conversion au sch&#233;ma occidental. C'est lui restituer son authenticit&#233; : non pas telle forme d'originalit&#233; irr&#233;ductible, mais la v&#233;rit&#233; d'un &#234;tre p&#233;tri de pass&#233; et n&#233;anmoins tendant de toutes ses forces &#224; se r&#233;aliser dans l'universel humain. Notre pass&#233; contenait certes les valeurs de la vieille humanit&#233;, mais il s'&#233;tait b&#226;ti aussi sur de graves servitudes. Il convient donc de se le r&#233;approprier s&#233;lectivement. La modernit&#233;, elle, est &#224; la fois lib&#233;ratrice et destructrice de la substance humaine. Il faut n&#233;anmoins l'accueillir largement dans l'inspiration qui l'anime, la synth&#233;tiser avec notre lot de pass&#233; pour en arriver &#224; construire l'homme que nous aspirons &#224; devenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il est impensable que la soci&#233;t&#233; arabe actuelle reproduise le long cheminement qui, en Occident, a abouti au surgissement du moi int&#233;rieur, il n'est pas excessif de lui demander de &#171; recevoir &#187; et d'enrichir l'humanisme universaliste comme la vis&#233;e technicienne, de lib&#233;rer aussi l'individu de la masse des institutions qui l'accablent autant que l'accable la puissance de ses instincts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette mutation vers la Raison ne saurait &#234;tre que douleur : elle signifie la fin du bonheur primaire, la division du moi sur lui-m&#234;me, peut-&#234;tre l'angoisse. Mais elle promet aussi l'approfondissement du bonheur et la promotion de tous vers l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Notons tout de m&#234;me la progression du suicide, donc l'apparition de pulsions d'autodestruction&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Maghreb entre deux guerres. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir A. Camus, &lt;i&gt;La Mort heureuse. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Marc Bloch, &lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; f&#233;odale, I&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le D&#233;clin du Moyen &#194;ge&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>L'homme arabo-musulman (2/3)</title>
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&lt;p&gt;Partie pr&#233;c&#233;dente disponible ici (.../...) 1 &#8211; Le cas tunisien : institutions primaires La Tunisie a toujours &#233;t&#233; un pays agricole et pastoral. C'est aussi un pays beaucoup moins marqu&#233; que le reste du Maghreb par le ph&#233;nom&#232;ne tribal. &#192; l'&#233;poque romaine, l'Africa repr&#233;sentait l'Afrique r&#233;guli&#232;re, s&#233;dentaire, contr&#244;l&#233;e par l'&#201;tat. Sauf dans le Sud, ouvert aux incursions nomades, l'&#233;l&#233;ment berb&#232;re &#233;tait g&#233;n&#233;ralement d&#233;tribalis&#233;, organis&#233; et en voie de romanisation. Ce n'est pas en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-216-type-anthropologique-+" rel="tag"&gt;Type anthropologique&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-6-psychanalyse-+" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1092-L-homme-arabo-musulman-1-3' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Partie pr&#233;c&#233;dente disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1 &#8211; Le cas tunisien : institutions primaires&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Tunisie a toujours &#233;t&#233; un pays agricole et pastoral. C'est aussi un pays beaucoup moins marqu&#233; que le reste du Maghreb par le ph&#233;nom&#232;ne tribal. &#192; l'&#233;poque romaine, l'&lt;i&gt;Africa&lt;/i&gt; repr&#233;sentait l'Afrique r&#233;guli&#232;re, s&#233;dentaire, contr&#244;l&#233;e par l'&#201;tat. Sauf dans le Sud, ouvert aux incursions nomades, l'&#233;l&#233;ment berb&#232;re &#233;tait g&#233;n&#233;ralement d&#233;tribalis&#233;, organis&#233; et en voie de romanisation. Ce n'est pas en Tunisie proprement dite qu'&#233;clatera la r&#233;sistance &#224; l'invasion arabe mais &#224; partir de la Numidie et du Maghreb central : bien au contraire, agriculteurs et s&#233;dentaires, soucieux de vivre sous la f&#233;rule d'un ordre &#233;tatique, quel qu'il soit, feront &#224; un moment donn&#233; appel aux Arabes pour se prot&#233;ger de l'action d&#233;vastatrice de la Kah&#233;na.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous la domination arabe, l'activit&#233; agricole ne s'arr&#234;ta pas et se compl&#233;ta, &#224; partir du IXe si&#232;cle, d'une activit&#233; commerciale importante dans les villes, cons&#233;quence de la participation du pays &#224; la vie d'un monde islamique en pleine expansion. Sur le plan de la civilisation, la Tunisie s'orientalise et s'islamise. Mais l'&#233;quilibre &#233;conomico-social se trouve rompu au XIe si&#232;cle par l'irruption en masse des B&#233;douins hilaliens. Le pays se b&#233;douinise largement : sauf dans quelques &#238;lots, le monde rural conna&#238;tra jusqu'&#224; l'&#233;poque coloniale une pr&#233;pond&#233;rance marqu&#233;e de l'&#233;l&#233;ment b&#233;douin, du genre de vie b&#233;douin, de valeurs b&#233;douines particuli&#232;rement expansives. Cependant que, de son c&#244;t&#233;, et en opposition avec ce monde, la civilisation citadine s'organise au XIIIe si&#232;cle, essentiellement &#224; Tunis, autour des artisans, des marchands, des hommes de science.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir du XVIe si&#232;cle, l'&#233;l&#233;ment turc et l'&#233;l&#233;ment andalou jouent un r&#244;le important, le premier dans l'organisation de l'&#201;tat, le second dans celle de la vie &#233;conomique &#8211; artisanat ou agriculture irrigu&#233;e. Au XVIIIe si&#232;cle, la monarchie hussaynide tente de rassembler une soci&#233;t&#233; h&#233;t&#233;rog&#232;ne : elle s'appuie militairement sur des contingents b&#233;douins, sur des mercenaires, mais aussi sur l'&#233;l&#233;ment turc pendant pr&#232;s d'un si&#232;cle. La bourgeoisie citadine des bald&#238; repr&#233;sente la soci&#233;t&#233; civile, ob&#233;issante, coh&#233;rente mais ne participant pas &#224; la direction des affaires. Si l'&#201;tat est ob&#233;i dans les villes, il faut employer la force pour lever l'imp&#244;t dans les campagnes. Mais l'unification du pays autour de l'&#201;tat s'acc&#233;l&#232;re au XIXe si&#232;cle, en d&#233;pit de r&#233;voltes sporadiques et quelquefois violentes. A la veille de l'&#233;tablissement du protectorat fran&#231;ais, nous avons les structures sociales suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sommet, se trouve la famille beylicale dont un des membres, le plus &#226;g&#233;, d&#233;tient la souverainet&#233;. L'aristocratie gouvernementale (&lt;i&gt;Makhzen&lt;/i&gt;) qui l'entoure, mi-militaire mi-bureaucratique, est compos&#233;e de &lt;i&gt;ma&lt;/i&gt;&lt;i&gt;m&lt;/i&gt;&lt;i&gt;el&#251;ks&lt;/i&gt; li&#233;s assez souvent par des alliances matrimoniales &#224; la famille r&#233;gnante. Cependant, des &#233;l&#233;ments autochtones, g&#233;n&#233;ralement d'origine provinciale, se sont infiltr&#233;s dans cette aristocratie d'&#201;tat : il suffit qu'une seule personne acc&#232;de &#224; une fonction gouvernementale pour que la lign&#233;e se constitue et se p&#233;rennise, s'adossant &#224; un patrimoine foncier qui en maintient le rang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe sociale &lt;i&gt;makhzen&lt;/i&gt;, n&#233;e du service de l'&#201;tat, avec ses deux secteurs, a une mentalit&#233; sp&#233;cifique fond&#233;e sur la recherche des faveurs et l'esprit courtisan de servilit&#233;. &#192; c&#244;t&#233; d'elle, et dans la sph&#232;re de la soci&#233;t&#233;, s'est d&#233;velopp&#233; le patriciat urbain des &lt;i&gt;bald&#238;yya&lt;/i&gt;, avec ses trois rameaux : autochtone pur, c'est-&#224;-dire arabe-berb&#232;re, andalou et turc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout au long du XVIIIe si&#232;cle et jusque vers 1830, moment capital de l'expansion europ&#233;enne dans tous les domaines, la classe bourgeoise, &#224; l'ombre de l'ordre &lt;i&gt;hussaynide&lt;/i&gt;, s'enrichit dans le n&#233;goce. Mais, avec le ralentissement de l'activit&#233; commerciale &#224; cette date, l'amplification de l'emprise de l'&#201;tat sur le corps social, sa couche la plus dynamique se met &#224; investir ses &lt;i&gt;revenus en biens fonciers&lt;/i&gt; et &#224; rechercher l'honneur social par les fonctions religieuses et universitaires. Les valeurs de prestige ne sont pas en effet li&#233;es &#224; l'argent mais &#224; l'exercice d'un pouvoir quelconque, politique ou spirituel. C'est ainsi que la couche sup&#233;rieure des &lt;i&gt;bald&#238;yya&lt;/i&gt; s'est mu&#233;e en &lt;i&gt;aristocratie civile et religieuse&lt;/i&gt; et s'est alli&#233;e, elle aussi, au pouvoir en place. Du point de vue de la mentalit&#233;, c'est &#224; cette &#233;poque que se sont consolid&#233;es coutumes et traditions citadines dans cette classe, avec ses trois variantes ramen&#233;es alors &#224; deux : l'autochtone-andalouse et la turque, que traduit religieusement la bi-polarisation autour des rites mak&#233;lite et han&#233;fite. Conservatrice de l'id&#233;al islamique, cette classe est d&#233;tentrice d'un syst&#232;me de valeurs pacifiste, &#233;loign&#233; de tout sentiment guerrier, r&#233;prouvant la violence (mais les valeurs de courage sont nettement marqu&#233;es dans le p&#244;le d'origine turque). Prudence, parcimonie, attachement &#224; l'ordre, &#224; la tradition, &#224; la religion, m&#233;pris du b&#233;douinisme et de la ruralit&#233;, grande consid&#233;ration pour l'anciennet&#233; du lignage autant que pour la citadinit&#233;, valorisation aussi de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, semblent &#234;tre les &#233;l&#233;ments de la structure mentale de la bourgeoisie. Toutefois, nous n'avons pas encore affaire &#224; une classe ferm&#233;e, puisque nombre de ses figures les plus notables sont de provenance provinciale. L&#224; aussi une personne peut, par ses dons, percer dans l'ordre des sciences religieuses, fonder &lt;i&gt;une lign&#233;e&lt;/i&gt; qui s'int&#233;grera &#224; l'aristocratie tunisoise et qui, rompant avec ses origines, se forgera une conscience patricienne et tunisoise. C'est dire que la conscience g&#233;ographique de cette classe, du fait de l'existence d'un &#201;tat unifi&#233;, n'&#233;tait pas encore restreinte &#224; la capitale, ph&#233;nom&#232;ne qui appara&#238;tra sous la colonisation et en rapport avec la dislocation de l'image socio-g&#233;ographique du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les classes populaires urbaines se composaient principalement de petits artisans et de petits commer&#231;ants, travaillant dans la M&#233;dina ou les faubourgs et vivant dans les faubourgs, mais il y avait aussi tout un monde de clients, de commissionnaires, une p&#232;gre urbaine de sans-travail, de ruraux en rupture de ban avec leurs tribus, d'&#233;l&#233;ments aussi en contact permanent avec une colonie euro-m&#233;diterran&#233;enne assez importante &#224; Tunis&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est-&#224;-dire attach&#233;e &#224; la capitale, Tunis.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde rural s'articulait autour des deux p&#244;les : b&#233;douin-tribal et villageois-paysan avec, avons-nous dit, une pr&#233;dominance du premier p&#244;le&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pas d'un point de vue num&#233;rique, cependant.&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si le second &#233;l&#233;ment vivait en vasselage avec les diverses aristocraties urbaines ou gouvernementales du fait que celles-ci lui imposaient des contrats de m&#233;tayage (seulement au Cap Bon et au Sahel existait une petite paysannerie &#171; libre &#187; ), l'&#233;l&#233;ment b&#233;douin, sauf dans le Nord, &#233;tait pratiquement autonome. Organis&#233; en tribus, elles-m&#234;mes politiquement antagonistes, il vivait sous le r&#233;gime de la propri&#233;t&#233; collective. Mais la solidarit&#233; horizontale, qui agglom&#233;rait entre eux les membres d'une m&#234;me tribu face &#224; la totalit&#233; du monde ext&#233;rieur, s'accompagnait, dans un sens contraire, d'une stratification int&#233;rieure diff&#233;renciant le contribule anonyme et sans biens personnels de l'aristocrate b&#233;douin riche et puissant, selon une dialectique purement sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde populaire, qu'il f&#251;t urbain ou rural, vivait &#224; la fin du XIXe si&#232;cle et continuera &#224; vivre sous le Protectorat et m&#234;me dans la phase de l'apr&#232;s-ind&#233;pendance, avec cependant quelques am&#233;liorations sensibles de son sort, sous le signe de la &lt;i&gt;p&#233;nurie&lt;/i&gt;. L'homme &#233;tait et reste si proche de la mort, de la souffrance, des influences de la nature (froid, chaleur. &#8230; ) que son &#233;difice mental en est certainement marqu&#233;. La vie &#233;tait et est une lutte de tous les instants, contre la nature ou contre autrui. &#192; quoi il faut ajouter la vigueur des repr&#233;sentations tribales o&#249;, &#224; c&#244;t&#233; d'un certain sens de l'honneur, se marque une tendance &#224; la rapine et au m&#233;pris des engagements. Sur le plan religieux, remarquons l'importance de la d&#233;votion maraboutique tout autant que des croyances de type magique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Protectorat fran&#231;ais, tout en accaparant &#224; partir de 1907 l'essentiel du pouvoir, en laissant &#233;galement se disloquer l'&#233;conomie pastorale et artisanale traditionnelle, ne toucha pas consciemment aux structures sociales non plus qu'aux superstructures coutumi&#232;res et religieuses. La propri&#233;t&#233; priv&#233;e, &lt;i&gt;mel&lt;/i&gt;&lt;i&gt;k&lt;/i&gt;, se consolide au d&#233;triment des biens &lt;i&gt;habous&lt;/i&gt; et des terres collectives, ce dont profite l'aristocratie urbaine. On assiste &#233;galement &#224; la fusion des divers secteurs de l'ancienne classe dirigeante. Si la caste des Mamel&#251;ks s'effondre avec l'effondrement de son pouvoir et la fin de l'esclavage, par contre les secteurs autochtones de l'aristocratie gouvernementale s'allient &#224; l'aristocratie religieuse (couche sup&#233;rieure de la vaste bourgeoisie des &lt;i&gt;bald&#238;yya&lt;/i&gt;), dont l'antique scission en deux p&#244;les, arabe et turc, perd toute v&#233;ritable signification. Familles minist&#233;rielles et familles cl&#233;ricales se partagent la direction de la soci&#233;t&#233;, unifient, sauf sur quelques d&#233;tails, leur genre de vie, et participent de la m&#234;me conscience de classe. Elles maintiennent leur supr&#233;matie par l'exercice des fonctions administratives et religieuses qui sont attribu&#233;es &#224; leurs membres mais aussi par l'affermage de leur patrimoine foncier. L'aristocratie b&#233;douine, quant &#224; elle, perd du terrain mais a le soutien du pouvoir fran&#231;ais, cependant que la masse des B&#233;douins, d&#233;poss&#233;d&#233;e, conna&#238;t l'exode vers les villes et la paup&#233;risation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nouvelles couches surgissent. Une bourgeoisie d'origine provinciale, alg&#233;rienne, quelquefois turque et qui, pratiquant les professions lib&#233;rales, jouissant d'une ind&#233;pendance &#233;conomique et intellectuelle (par rapport aux imp&#233;ratifs religieux diffus&#233;s par la Grande Mosqu&#233;e), adopte des id&#233;aux occidentaux et particuli&#232;rement fran&#231;ais : c'est ce qu'on appellera la bourgeoisie &#233;volu&#233;e. Surtout, l'instruction fran&#231;aise, dans le cadre des lyc&#233;es et coll&#232;ges, bien que parcimonieusement dispens&#233;e aux autochtones, sera &#224; la base de la naissance d'une intelligentsia ayant son assise sociale dans la petite-bourgeoisie provinciale, mi-urbaine, mi-rurale. Cette nouvelle intelligentsia, exclue de l'&lt;i&gt;Establishment&lt;/i&gt;, anim&#233;e de puissants sentiments revendicatifs et de classe contre l'aristocratie dirigeante (mais ce n'&#233;tait pas l&#224; son privil&#232;ge puisqu'au sein de la Grande Mosqu&#233;e, la m&#234;me opposition se manifestait) et, d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, contre le pouvoir &#233;tabli, donc contre le colonisateur, saura organiser des masses de plus en plus m&#233;contentes du statut colonial, pour arracher l'ind&#233;pendance. En fait, en dehors des &#233;l&#233;ments nettement li&#233;s avec le pouvoir colonial, l'unanimit&#233; des cat&#233;gories sociales &#233;tait pour le recouvrement de l'ind&#233;pendance. Cet unanimisme a refoul&#233; l'expression franche des antagonismes intra-sociaux sans pour autant emp&#234;cher leur cheminement profond, si bien que, l'ind&#233;pendance acquise, c'est bien la petite-bourgeoisie &lt;i&gt;quasi rurale&lt;/i&gt; qui se retrouve au pouvoir, par l'interm&#233;diaire de ses enfants, intellectuels nationalistes form&#233;s &#224; l'occidentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce tableau de sociologie historique rev&#234;t une singuli&#232;re importance pour la mise en &#233;vidence des institutions primaires : &#233;conomie agricole, pastorale et marchande, existence de groupes, classes, milieux sociaux qui ont b&#226;ti leur influence sur la conjonction d'une assiette fonci&#232;re et de fonctions de coercition ou de prestige, opposition ville-campagne, &#224; la fois stabilit&#233; et changement dans les classes sociales, fluidit&#233; du monde populaire, importance du r&#244;le de l'&#201;tat central, despotique mais inefficient, non moins grande importance de l'ext&#233;rieur (Empire ottoman, Occident) dans la trajectoire de la vie du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les structures &#233;conomico-sociales ne constituent qu'une partie des institutions primaires et elles sont en outre ambivalentes, en ce sens qu'elles d&#233;signent un cadre global aux adaptations du Moi en m&#234;me temps qu'elles en indiquent l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233;. La religion et le droit islamiques jouent aussi un r&#244;le capital dans la d&#233;termination de la personnalit&#233; de base, cependant que le culte des saints devrait &#234;tre interpr&#233;t&#233; comme institution secondaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le noyau religieux, en tant qu'il est h&#233;rit&#233;, est certainement une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le poids des id&#233;aux arabes anciens, m&#234;me s'ils sont consid&#233;rablement remani&#233;s, n'est pas non plus &#224; n&#233;gliger : certains de ces id&#233;aux se maintiennent, vivants, dans la psych&#233; b&#233;douine, d'autres sont diffus&#233;s par l'&#233;ducation dans les couches citadines sup&#233;rieures. Au compte de l'Islam, on devrait inscrire, non seulement le noyau originel de croyances et d'institutions, mais aussi tout ce qui s'est &#233;labor&#233; au cours des si&#232;cles, en particulier au Moyen &#194;ge et dans le contexte oriental, dans une interaction avec le milieu social ambiant et qui, h&#233;rit&#233;, se maintient avec ou sans son support social originel. Il y a ainsi le monoth&#233;isme ; la morale islamique, le rituel, la l&#233;gislation matrimoniale et sur l'h&#233;ritage, mais aussi la claustration de la femme, la s&#233;gr&#233;gation des sexes, les coutumes d&#233;riv&#233;es, la toute-puissance du m&#226;le et du p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier point est &#224; la fois islamique, arabe, m&#233;diterran&#233;en et oriental. Il nous introduit dans une autre s&#233;rie causale, celle des structures de la parent&#233;, o&#249; l'on remarque tout de suite la pr&#233;pond&#233;rance de la famille agnatique, particuli&#232;rement en milieu urbain et bourgeois. L'enfant vit dans une cellule &#233;largie aux oncles paternels, aux grands-parents, aux cousins et ne per&#231;oit pas facilement, dans ce milieu vaste, sa propre famille nucl&#233;aire. Les mariages entre cousins germains sont tr&#232;s fr&#233;quents et permettent de pr&#233;server le patrimoine cependant que les relations avec la parent&#232;le maternelle restent assez distendues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les disciplines de base&lt;/i&gt; que subit l'enfant sont impr&#233;gn&#233;es de ce contexte sociologique, religieux, culturel. L'application du test de Louisa D&#252;ss a des enfants tunisiens de condition sociale moyenne et, parall&#232;lement, &#224; des enfants europ&#233;ens vivant en Tunisie, de condition modeste, a donn&#233; des r&#233;sultats particuli&#232;rement int&#233;ressants&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Carmel Carnill&#233;ri in : Travaux du Centre national d'&#233;tudes et de formation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Selon l'auteur, &#171; les deux types d'&#233;ducation, dans ce pays du moins, ne sont pas fondamentalement diff&#233;rents : incluant des valeurs issues d'un m&#234;me monoth&#233;isme spiritualiste de base, ils sont dispens&#233;s dans des familles o&#249; le p&#232;re est la valeur dominante ; o&#249; les ascendants et collat&#233;raux occupent une place importante, o&#249; d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, la texture patriarcale demeure perceptible ; la diff&#233;rence &#233;tant que ce qui est explicitement institutionnel chez les Tunisiens est seulement &#171; moral &#187; chez les Europ&#233;ens. Les soins aux petits sont bons, la limite ne se trouvant ici que dans les possibilit&#233;s mat&#233;rielles ; l'alimentation affective est abondante, la m&#232;re tendant &#224; se faire la chose de ses enfants, puis &#224; servir de tampon entre eux et le p&#232;re. Celui-ci devient le p&#244;le r&#233;pressif, craint et respect&#233;, &#224; mesure que grandit sa prog&#233;niture et use de la correction physique. La r&#233;pression de la sexualit&#233;, en particulier, est puissante. Le cadre &#233;ducatif de base est donc incontestablement commun. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;cisons que le sevrage de l'enfant tunisien est tardif (dix mois &#224; deux ans) ainsi que la propret&#233; anale. On peut donc parler de discipline l&#226;che &#224; ce sujet et, du reste, les tests confirment cette appr&#233;ciation en faisant &#233;tat de frustrations relatives au sevrage et de conflits chez les Europ&#233;ens, cependant que le groupe tunisien est adapt&#233;. Les Europ&#233;ens t&#233;moignent &#233;galement d'une fixation anale plus grande. &#171; On peut l'attribuer, dit Carnill&#233;ri, au fait que le dressage et la r&#233;pression sphinct&#233;riels sont plus pr&#233;coces et plus rigoureux dans les familles europ&#233;ennes. &#187; Toutefois, l'on constate un net accroissement de la possessivit&#233; au fur et &#224; mesure que l'on approche de l'&#226;ge de la pr&#233;-adolescence et qui serait li&#233; au contexte &#233;conomique, les Tunisiens se sensibilisant avec l'&#226;ge aux &#171; frustrations d'objets provenant de leur bas niveau &#233;conomique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; donc de &lt;i&gt;radicales diff&#233;rences&lt;/i&gt; entre l'&#233;ducation du Tunisien et celle de l'Europ&#233;en, en d&#233;pit de conditions sociales et mat&#233;rielles similaires. Mais ces conditions sont plus m&#233;diocres en milieu tunisien, ce qui cr&#233;e des frustrations plus marqu&#233;es qui donnent &#224; leur tour un sens &#171; r&#233;aliste &#187; aux angoisses infantiles du Tunisien et comme une carence imaginative. De la m&#234;me fa&#231;on, les particularit&#233;s de la famille quasi patriarcale tunisienne, constituant un monde clos sur lui-m&#234;me, r&#233;fr&#232;nent l'initiative de l'enfant et occasionnent une intense fixation familiale, une propension &#224; compter passivement sur les parents. La forte autorit&#233; dont est investi le p&#232;re attise &lt;i&gt;l'agressivit&#233; et l'anxi&#233;t&#233;&lt;/i&gt; de l'enfant, en particulier de l'a&#238;n&#233; qui, par ailleurs, jouit d'un statut de sup&#233;riorit&#233; sur ses cadets et est entour&#233; de respect. Cette anxi&#233;t&#233; se traduit, croyons-nous, par la fr&#233;quence de l'&#233;nur&#233;sie, particuli&#232;rement en milieu bourgeois citadin o&#249; elle a d'autres causes que la peur du p&#232;re. Si, g&#233;n&#233;ralement, la m&#232;re populaire repr&#233;sente le p&#244;le de la tendresse, il peut se faire que, dans la bourgeoisie, elle ne l'ext&#233;riorise pas, soit par l'effet d'une pudeur qui fr&#233;quemment r&#233;prime les &#233;lans de tendresse, soit parce qu'objet sexuel et s'appr&#233;hendant comme tel, elle livre son enfant aux soins des domestiques, soit parce que, se sentant noy&#233;e et inf&#233;rioris&#233;e dans la famille du mari, elle prolonge et maintient ses liens avec sa propre famille. Ce statut d'h&#244;te de la femme bourgeoise dans la famille de son mari est peut-&#234;tre un ph&#233;nom&#232;ne transitoire dont l'apog&#233;e se situerait entre 1930 et 1950, &#224; un moment-charni&#232;re o&#249; la femme, ayant acquis une relative libert&#233; de circulation, a pu concr&#233;tiser ses liens avec sa famille d'origine, beaucoup plus que n'aurait pu le faire sa m&#232;re ou sa grand-m&#232;re. Aujourd'hui, ces liens sont plus forts que jamais du fait de la lib&#233;ration massive de la femme mais ils sont compens&#233;s par la naissance d'un sentiment de solidarit&#233; et de responsabilit&#233; de la femme dans son foyer, lui-m&#234;me en rapport &#233;troit avec les progr&#232;s de la famille nucl&#233;aire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enqu&#234;te de Carnill&#233;ri fait &#233;tat de la faible fr&#233;quence dans les deux groupes de l'expression du complexe d'&#338;dipe, mais il est significatif qu'il apparaisse quatre fois plus chez les Europ&#233;ens que chez les Tunisiens, ce qui s'expliquerait ais&#233;ment par la plus nette affirmation chez les premiers du couple conjugal comme cadre familial. D'un autre c&#244;t&#233;, l'ext&#233;riorisation des marques de tendresse et d'amour dans les relations du couple est autoris&#233;e dans le premier cas et fortement r&#233;prim&#233;e dans le second : &#171; La valorisation du p&#232;re dans la famille ne suffit pas &#224; conditionner le complexe d'&#338;dipe. Il faut de plus qu'elle soit un groupe affectif comme dans le type conjugal. &#187; Toutefois, cette enqu&#234;te est limit&#233;e sociologiquement au monde citadin quasi populaire et il y a, en outre, d'autres biais par o&#249; s'introduit le complexe d'&#338;dipe. L'identification au p&#232;re, tr&#232;s forte chez le Tunisien, conjugu&#233;e avec l'int&#233;riorisation des valeurs culturelles de l'honneur et de la virilit&#233; (la femme &#233;tant un objet menac&#233; par le d&#233;sir de l'homme et qu'on doit d&#233;fendre), suscite l&lt;i&gt;a jalousie du fils au sujet de sa m&#232;re et comme par procuration pour son p&#232;re&lt;/i&gt;. La vigueur des liens affectifs que garde la m&#232;re avec sa famille d'origine surtout, comme nous l'avons vu, en milieu aristocratique ou bourgeois, peut susciter chez l'enfant une violente hostilit&#233; &#224; l'&#233;gard du grand-p&#232;re maternel ou de l'oncle. Ce dernier, le m&#226;le de la famille, a &#233;t&#233; choy&#233; et admir&#233; par ses s&#339;urs qui, &#224; l'occasion, ont pu projeter secr&#232;tement sur lui une libido frustr&#233;e par des mariages arrang&#233;s. La m&#232;re peut donc &#234;tre per&#231;ue comme aimant son fr&#232;re, le complexe d'&#338;dipe se fixant d&#232;s lors sur l'oncle maternel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le test de Louisa D&#252;ss, appliqu&#233; &#224; des pr&#233;-adolescents de douze &#224; quatorze ans, r&#233;v&#232;le la &#171; d&#233;gradation &#187; des r&#233;actions : accroissement des attitudes de d&#233;sadaptation, des r&#233;ponses pessimistes, de la jalousie fraternelle, de la crainte des parents, de l'anxi&#233;t&#233; envers la sexualit&#233; autant que de l'agressivit&#233; &#224; l'&#233;gard du p&#232;re. Ces changements sont imputables aux particularit&#233;s de cet &#226;ge pr&#233;-adolescent o&#249; la personnalit&#233; entre en crise, mais ils pourraient signifier un d&#233;calage dans les m&#233;thodes d'&#233;ducation. &#192; cet &#233;gard, ce tableau serait plus repr&#233;sentatif de l'&#233;poque o&#249; nous nous pla&#231;ons pour l'instant, &lt;i&gt;c'est-&#224;-dire celle des ann&#233;es 50&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;ducation de l'enfant et du pr&#233;-adolescent montre un laisser-aller parental dans les cat&#233;gories populaires. L'intervention violente du p&#232;re n'&#233;tait qu'&#233;pisodique et, faute d'une scolarisation suffisamment &#233;tendue, bien souvent l'&#233;ducation de l'enfant se faisait dans la rue. La fr&#233;quence du divorce ou du d&#233;c&#232;s de l'homme, livrant l'enfant &#224; une m&#232;re tendre mais faible, en faisait un enfant g&#226;t&#233;, contr&#244;lant mal ses pulsions, r&#233;tif devant l'effort, au surmoi fragile. On peut dire avec certitude que le type humain du voyou urbain (&lt;i&gt;Zou&lt;/i&gt;&lt;i&gt;f&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ri&lt;/i&gt;) correspondait &#224; ce sch&#233;ma d'&#233;ducation. Cependant, dans la bourgeoisie, la r&#233;pression &#233;tait continue et importante, l'&#233;ducation s&#233;v&#232;re, mais l'enfant pouvait rester coup&#233; du monde ext&#233;rieur, incapable de se d&#233;fendre plus tard contre les agressions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La propagation de l'instruction scolaire, dans la derni&#232;re phase du protectorat, a op&#233;r&#233; un brassage social suscitant &#224; son tour une confrontation des valeurs sp&#233;cifiques des diverses cat&#233;gories sociales. Elle est un instrument efficace de modernisation et de rationalisation mais, en porte-&#224;-faux avec le milieu familial, son action ne joue qu'&#224; retardement, c'est-&#224;-dire &#224; l'&#226;ge adulte. Notons que la majorit&#233; du peuple tunisien &#233;tait, vers 1950, analphab&#232;te, ce qui est d'une importance capitale dans l'appr&#233;ciation des syst&#232;mes de pens&#233;e et des techniques intellectuelles d'adaptation dans l'&#233;conomie g&#233;n&#233;rale de la personnalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2 &#8211; La personnalit&#233; tunisienne &#224; la fin de l'&#232;re coloniale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette personnalit&#233;, &#233;tant donn&#233; la complexit&#233; des institutions primaires, doit &#234;tre, on s'en doute, fort complexe, diversifi&#233;e selon les classes d'&#226;ge et les classes sociales. Nous allons en d&#233;gager les traits g&#233;n&#233;raux pour une p&#233;riode qui se situe entre l'apr&#232;s-guerre et la fin du Protectorat (1945-1954).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. &lt;/strong&gt; Il y a d'abord une constellation id&#233;elle et affective tournant autour de la valorisation de la virilit&#233;. On peut y ranger c&#244;te &#224; c&#244;te l'identification au p&#232;re, le culte du h&#233;ros, de la force, du pouvoir, de ce qui domine, le m&#233;pris du faible, la peur et le m&#233;pris de la femme, la jalousie masculine, la grande fr&#233;quence de l'homosexualit&#233;, des syst&#232;mes d'agression franche et ouverte. La structure de la sexualit&#233; la traduit tout en &#233;tant surd&#233;termin&#233;e par l'ensemble des institutions primaires. Le test de Louisa D&#252;ss montre que les Tunisiens &#171; r&#233;agissent vivement &#224; la manifestation sociale de l'&#233;rotisme &#8230; Mais vis-&#224;-vis de la fonction sexuelle en tant que telle leurs inhibitions sont moins intenses que celles des Europ&#233;ens &#187;. Autrement dit, pas de refoulement de la &lt;i&gt;libido&lt;/i&gt; dans son p&#244;le biologique et physique, mais refoulement intense du sentiment de l'amour et de toutes les composantes affectives de la &lt;i&gt;libido&lt;/i&gt;. En outre, l'activit&#233; sexuelle pure, non refoul&#233;e par une int&#233;riorisation d'interdits quelconques, est fortement &lt;i&gt;r&#233;prim&#233;e&lt;/i&gt; par les institutions ext&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la sexualit&#233; est d&#233;fendue, c'est parce que le Tunisien a su lui conserver son caract&#232;re myst&#233;rieux et privil&#233;gi&#233;, de m&#234;me que la jalousie, ph&#233;nom&#232;ne historique et culturel, devient ph&#233;nom&#232;ne psychique en se faisant projection sur autrui de la vigueur des pulsions du sujet. La repr&#233;sentation alimentaire ou animale de l'agression sexuelle du m&#226;le pare celle-ci d'une puissance vertigineuse d'attrait qui a pour envers un vif sentiment de la puret&#233; : toute cette constellation est antimoderne dans la mesure o&#249; la modernit&#233; refuse le pur et l'impur, banalise la sexualit&#233;, en extirpe les racines irrationnelles, en fait donc quelque chose de simplement fonctionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; se fonde sur la distance pr&#233;alable des partenaires que l'acte r&#233;duira au maximum. Inexistante, cette distance d&#233;truit le d&#233;sir ; excessive, elle cr&#233;e des inhibitions insurmontables. Ce dernier sch&#233;ma, constitutif de la personnalit&#233; tunisienne, m&#232;ne &#224; la limite &#224; l'homosexualit&#233; et cr&#233;e habituellement une g&#234;ne vis-&#224;-vis de la femme, dont l'alt&#233;rit&#233; est d&#233;mesur&#233;ment amplifi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, la femme se fait idole et objet rare, son corps &#233;tant son capital social. Du point de vue sentimental, la femme repr&#233;sente un cas de refoulement r&#233;ussi. Sa sexualit&#233; ne peut s'&#233;panouir que dans le mariage, mais s'y &#233;panouit-elle effectivement ? Il y a en elle de fortes inhibitions qu'elle compense g&#233;n&#233;ralement par l'instinct maternel et une intense sociabilit&#233;. Dans le monde populaire, battue et terroris&#233;e, sa sexualit&#233; peut se borner &#224; la fonction reproductrice. Dans le monde bourgeois, elle est respect&#233;e mais soumise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble bien que, dans le couple, ce soit l'homme qui souffre le plus du manque d'&#233;lan affectif de la femme, qu'il soit le solliciteur pour l'accouplement, et qu'il se laisse aller &#224; exprimer plus franchement sa &lt;i&gt;libido&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces relations assez glac&#233;es, entrent en jeu &#224; partir de 1930 environ et peut-&#234;tre pour une large part dans ces distorsions, des conflits d'id&#233;aux. Pour l'homme, le f&#233;minin en soi est ce qui est clair, blond, tendre ; ce qui est masculin et d&#233;valu&#233; comme objet sexuel est le noir, le sombre, le brun, le dur et le noueux. L'attrait sexuel maximal est donc incarn&#233; par la femme bourgeoise ou par l'Europ&#233;enne, qui repr&#233;sentent ce type physique. Car la femme du peuple ne r&#233;pond pas toujours &#224; ces canons, bien loin de l&#224;, et l'homme lui substituera par cons&#233;quent l'adolescent d'origine bourgeoise ou autre qui devient, &#224; ses yeux, plus femme que la femme quand il correspond &#224; ce canon esth&#233;tique imp&#233;ratif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#234;mes repr&#233;sentations esth&#233;tiques jouent pour la femme, &#224; quoi il faut ajouter des id&#233;aux moraux. L'homme id&#233;al est l'homme polic&#233; de la ville qui respecte la femme, la g&#226;te, qui est l'antith&#232;se de son violent et peu d&#233;licat partenaire habituel. Autrement dit, la femme cherche une certaine f&#233;minit&#233; dans l'homme. Sociologiquement, une mutation des repr&#233;sentations de l'homme id&#233;al a surgi dans l'inconscient f&#233;minin sous l'impact de l'Occident. L'homme traditionnel est d&#233;valu&#233;, il n'est d&#233;j&#224; plus homme mais sous-homme : &#224; sa place, &#233;merge, par&#233; de l'aur&#233;ole de la modernit&#233; et de toute la beaut&#233; de l'interdit inaccessible, le type du Tunisien europ&#233;anis&#233;, m&#234;me si c'est d'une europ&#233;anisation superficielle. On ne saurait donc avancer le simple concept de puritanisme islamique pour expliquer un monde de relations aussi fuyant et complexe. Il s'agit de &lt;i&gt;r&#233;pression de la sexualit&#233; et de refoulement de l'amour&lt;/i&gt;, mais comment la personnalit&#233; s&#233;cr&#232;te-t-elle des anticorps pour juguler ce qu'il y a d'explosif dans cette structure ? Par l'extraordinaire richesse du langage sexuel, par un comportement tr&#232;s entreprenant de l'homme vis-&#224;-vis de la femme quand il est couvert du voile de l'anonymat, par la l&#233;galisation de la prostitution, par une institution telle que le &lt;i&gt;hammam&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Bouhdiba, &#171; Le Hammam, contribution &#224; une psychanalyse de l'Islam &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, surtout par l'homosexualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'homosexualit&#233; est &#224; la fois un &#233;l&#233;ment fondamental de la personnalit&#233; de base et une institution secondaire provenant de la r&#233;action de cette personnalit&#233; &#224; la r&#233;pression et &#224; la frustration sexuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Disons tout de suite que si l'homosexualit&#233; est tr&#232;s r&#233;pandue en Tunisie (nous ne disposons malheureusement pas de statistiques en la mati&#232;re), il ne semble pas qu'il y ait plus qu'ailleurs d'homosexuels purs, enti&#232;rement invertis. Reste que la fr&#233;quence des tendances homosexuelles chez l'homme est suffisamment importante pour qu'il soit l&#233;gitime de s'interroger sur ce probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les racines historiques de ce ph&#233;nom&#232;ne sont ind&#233;niables. Si l'homme arabe primitif &#233;tait presque uniquement h&#233;t&#233;rosexuel, la soci&#233;t&#233; islamique classique, partie sous l'influence orientale (le r&#244;le des soldats khur&#226;s&#226;niens a &#233;t&#233; d&#233;cisif), partie comme r&#233;action &#224; l'effet frustrateur de la l&#233;gislation islamique (polygamie des riches cr&#233;ant dans le peuple une &#171; faim de femmes &#187; , claustration, voile, etc.), a pratiqu&#233; &#224; large &#233;chelle une homosexualit&#233; facilit&#233;e par l'apport massif de jeunes esclaves&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir les Agh&#226;ni et &#233;galement Mez, Die Renaissance des Islams.&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour ce qui est du Maghreb, Ibn Hawqal &#233;tale pour nous sa r&#233;pugnance devant certaines formes primitives d'hospitalit&#233; homosexuelle dans certaines tribus berb&#232;res. Et en Tunisie proprement dite, R. Brunschvig&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;la Berb&#233;rie orientale sous les Hafsides.&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; rel&#232;ve la fr&#233;quence de la sodomie &#224; l'&#233;poque hafside cependant que Ganiage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Origines du protectorat fran&#231;ais en Tunisie.&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, citant la presse parisienne vers 1880, parle de l'homosexualit&#233; comme d'un &#171; vice &#187; courant en Tunisie. Il ne s'agit donc pas seulement d'un ph&#233;nom&#232;ne contemporain mais d'une tradition historique et presque d'un mod&#232;le culturel. Or si l'historique joue d&#233;j&#224; par lui-m&#234;me, a fortiori est-il d&#233;terminant quand son support institutionnel subsiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'instinct ne fournit en effet que le &lt;i&gt;drive&lt;/i&gt;, le cadre social se chargeant de lui pr&#233;ciser son but et son contenu. En l'occurrence, la libido infantile &#233;tant ind&#233;termin&#233;e quant &#224; son objet, les mod&#232;les culturels entrent alors en jeu. Ces mod&#232;les ne sont fournis ni par la famille, ni par la morale officielle &#8211; vivement r&#233;pr&#233;hensive &#224; cet &#233;gard &#8211;, ni par l'instruction, mais par le troisi&#232;me milieu. Encore faut-il que la structure psychique du sujet s'y pr&#234;te, ou du moins se pr&#234;te &#224; une totale absorption de la &lt;i&gt;libido&lt;/i&gt; par l'homosexualit&#233;. Ici intervient la vari&#233;t&#233; des exp&#233;riences individuelles, mais il est ind&#233;niable que la r&#233;alit&#233; sociale non institutionnelle agit fortement, quoique subrepticement, en faveur du d&#233;veloppement des tendances homosexuelles. La promiscuit&#233; intermasculine, la vigueur de la r&#233;pression de tout jeu inter-sexes, le manque de contr&#244;le des parents sur la vie de leurs enfants, bien plus qu'une structure quelconque du Moi &#224; l'&#226;ge de la prime enfance, interviennent dans le sens d'un tel d&#233;veloppement. Dans la majorit&#233; des cas, cependant, l'adolescent devenant plus m&#251;r et mieux inform&#233;, se d&#233;tourne de cette voie et s'engage dans la direction normale du d&#233;sir h&#233;t&#233;rosexuel. De toute mani&#232;re, il y a nette pr&#233;pond&#233;rance des tendances homosexuelles actives sur les attitudes passives du fait de la vive r&#233;probation et du m&#233;pris qui entourent toute f&#233;minisation du m&#226;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces tendances, dans les cat&#233;gories instruites ou ais&#233;es, se r&#233;sorbent avec le mariage ou &#224; l'&#226;ge adulte, &#226;ge o&#249; se produit une reconqu&#234;te plus ou moins r&#233;ussie du d&#233;sir h&#233;t&#233;rosexuel, consid&#233;r&#233; par la soci&#233;t&#233; adulte comme la norme. Rien n'illustre peut-&#234;tre davantage le drame sexuel d'une certaine g&#233;n&#233;ration de Tunisiens que l'anxieuse prise de conscience de la n&#233;cessit&#233; d'une conversion vers des buts plus normaux. Il est rare que la mutation &#233;choue mais il n'est pas rare que subsistent des pulsions homosexuelles dans le sujet et qu'il essaie de les refouler : quand, &#224; l'&#226;ge adulte, le sujet rencontre des frustrations violentes dans un domaine quelconque, resurgissent alors, au niveau de la conscience, ces pulsions, avec la vigueur d'un d&#233;sir infantile r&#233;prim&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ainsi la structure sexuelle de la personnalit&#233; tunisienne r&#233;v&#232;le-t-elle sa remarquable plasticit&#233;&lt;/i&gt;, mais la r&#233;sistance des couches populaires urbaines ou rurales-s&#233;dentaires (&#224; Tunis, au Sahel et au Cap Bon) &#224; l'attrait de l'homosexualit&#233; active est moins forte que celle des couches bourgeoises ou des individualit&#233;s &#233;volu&#233;es. Mari&#233; ou ayant des rapports h&#233;t&#233;rosexuels, l'homme populaire c&#232;de &#224; l'attraction de la p&#233;d&#233;rastie comme &#224; la promesse d'une jouissance sup&#233;rieure et pleine, cependant que les rapports normaux, cahotants, seraient comme une concession &#224; la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conscience na&#239;ve tunisienne a tendance &#224; croire que l'homosexualit&#233; n'est qu'un succ&#233;dan&#233; &#224; la sexualit&#233; dite normale, qu'on peut donc la d&#233;passer ou la supprimer ais&#233;ment, comme si l'on n'avait affaire qu'&#224; une &#171; mauvaise habitude &#187;. Elle ne soup&#231;onne ni la contrainte qu'elle exerce sur la personnalit&#233; individuelle, ni ses racines sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.&lt;/strong&gt; &#192; c&#244;t&#233; de la structure de la sexualit&#233;, un des &#233;l&#233;ments les plus essentiels de la personnalit&#233; de base est la structure de l'agressivit&#233; ou, si l'on veut, la forme des syst&#232;mes d'agression. Nous avons d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233; le probl&#232;me de l'agressivit&#233; alg&#233;rienne avant l'ind&#233;pendance et, en accord avec Fanon, nous l'avons imput&#233;e &#224; la singularit&#233; du syst&#232;me politico-&#233;conomico-social. On peut faire des constatations similaires et avancer la m&#234;me explication pour le cas de la Tunisie vers 1950. La Tunisie connaissait en effet une tr&#232;s forte agressivit&#233; qui, pour &#234;tre bien moins meurtri&#232;re que celle de l'Alg&#233;rie, n'en colorait pas moins la totalit&#233; des rapports humains, en particulier dans la grande ville. Franche, ouverte, se traduisant facilement sur le plan physique, la violence d&#233;vorait l'&#233;nergie du peuple et dressait le fr&#232;re contre son fr&#232;re. Il est &#233;vident que la rupture entre la masse et des classes dirigeantes d&#233;poss&#233;d&#233;es de toute exemplarit&#233; comme de tout pouvoir, les frustrations et les humiliations n&#233;es de la structure coloniale, la d&#233;mission d'un &#201;tat contr&#244;l&#233; par l'&#233;tranger, le vide psychique, l'absence d'espoir, tout cela joue un r&#244;le d&#233;terminant dans cette d&#233;sadaptation. Mais il faut &#233;galement la relier &#224; toutes les institutions &#233;ducatives de base que nous avons analys&#233;es autant sans doute qu'&#224; la structure des id&#233;aux dyonisiens d'affirmation du Moi. Susceptibilit&#233; et agressivit&#233; s'accordent avec des tendances narcissiques et une trop grande sensibilit&#233; &#224; l'image du Moi, mais elles expriment &#233;galement &lt;i&gt;un manque de r&#233;gulation dans l'&#233;motivit&#233;&lt;/i&gt;. L'enfant &#224; l'Ego bafou&#233; devient un adulte ombrageux et susceptible et, dans les couches populaires, il s'y ajoute, comme nous le verrons, une tr&#232;s nette fragilit&#233; du Surmoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il est rare que l'agressivit&#233; soit refoul&#233;e, elle prend volontiers une forme cauteleuse et sournoise. Dans les cat&#233;gories bourgeoises, l'agressivit&#233; est mieux contr&#244;l&#233;e, sans doute par l'effet de mod&#232;les culturels efficients, et se trouve contrebalanc&#233;e par une anxi&#233;t&#233; plus grande vis-&#224;-vis du danger ext&#233;rieur. Toutefois, il ne faut pas sous-estimer ici et l&#224; le jeu des haines personnelles et la pesanteur redoutable de rancunes inexpiables. D&#232;s que l'on s'imagine qu'un d&#233;fi est lanc&#233; au Moi et &#224; sa valeur, une inimiti&#233; se dresse, qui est une des formes les plus irrationnelles de la psych&#233; tunisienne. Ce qu'on appelle le &lt;i&gt;Bountou&lt;/i&gt; &#8211; &#224; l'origine &lt;i&gt;punto de honor&lt;/i&gt; &#8211; est en fait l'impuissance rageuse d'un Moi bafou&#233; se muant en haine durable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'anxi&#233;t&#233; est une donn&#233;e fondamentale de la psych&#233; de l'&#233;l&#233;ment f&#233;minin des couches urbaines, bourgeoises, petites-bourgeoises ou m&#234;me populaires. Elle l'est &#233;galement pour la classe bourgeoise traditionnelle dans son ensemble : la peur de la maladie, la vague peur du monde ext&#233;rieur, l'angoisse devant le danger physique, ont fait que cette classe a &#233;t&#233; incapable de guider le mouvement national et d'encadrer le combat anticolonial. De cette constellation r&#233;sulte aussi le bas dynamisme de nombre de ses enfants, leur faible adaptabilit&#233;, leur non moins faible combativit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syst&#232;mes de s&#233;curit&#233; du Moi devant un monde ext&#233;rieur per&#231;u comme mena&#231;ant -mais il faut reconna&#238;tre que ce n'&#233;tait pas l&#224; pur phantasme -se fondent essentiellement sur une interpr&#233;tation et une pratique quasiment magiques de la religion. Dieu est invit&#233; &#224; intervenir dans toute situation anxiog&#232;ne par des suppliques appropri&#233;es &#8211; &lt;i&gt;du '&#226;s &lt;/i&gt;&#8211; dont l'efficacit&#233; n'est pas mise en doute. La solidarit&#233; familiale agissante, la vigueur de la d&#233;pendance mutuelle et &#224; l'&#233;gard du p&#232;re, entrent plus concr&#232;tement en jeu pour s&#233;curiser le Moi, qui a tendance &#224; rechercher par ailleurs l'&lt;i&gt;approbation&lt;/i&gt; &#233;clatante et explicite de l'entourage. La d&#233;sapprobation, par contre, suscite une vive souffrance du Moi : elle entra&#238;ne soit un surcro&#238;t d'anxi&#233;t&#233;, soit l'agressivit&#233;, la r&#233;volte et &#224; la limite la parano&#239;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3.&lt;/strong&gt; Les techniques de pens&#233;e enferment des &#233;l&#233;ments magico-religieux et des &#233;l&#233;ments rationnels, le dosage diff&#233;rant scion les classes sociales, le niveau culturel, le contenu de cette culture. Ainsi la masse campagnarde est-elle domin&#233;e par des sch&#233;mas magiques auxquels s'adjoint la croyance dans le destin. On peut agir sur la maladie ou l'amour par des techniques magiques qui se pr&#233;sentent comme islamis&#233;es, et le monde ext&#233;rieur n'est pas toujours per&#231;u comme un syst&#232;me d'objets n'ob&#233;issant qu'&#224; un d&#233;terminisme neutre. La magie noire est pratiqu&#233;e en cachette &#8211; mais rarement, parce que d&#233;sapprouv&#233;e &#8211;, pour nuire &#224; un rival ou &#224; un ennemi : elle est redout&#233;e, tout particuli&#232;rement des femmes qui la posent &#224; la racine de toute infid&#233;lit&#233; conjugale. En fait, la pens&#233;e magico-animiste est pr&#233;sente dans toutes les couches sociales, &#224; la ville comme &#224; la campagne, par quoi on mesure la circulation intersociale des sch&#232;mes mentaux et la profondeur de la rura1isation du monde citadin. Dans la bourgeoisie, elle est l'apanage des femmes, surtout des vieilles femmes ; h&#233;ritage des &#226;ges archa&#239;ques, elle ponctue la vie domestique de tabous agraires et champ&#234;tres, mais ces interdits et ces pratiques sont marginaux et r&#233;prouv&#233;s par la conscience religieuse orthodoxe. Cependant, la croyance aux g&#233;nies, &#224; la malfaisance du sort jet&#233;, aux r&#234;ves pr&#233;monitoires, &#224; la magie noire d&#233;couvreuse de tr&#233;sors ou briseuse de m&#233;nages, est presque g&#233;n&#233;rale et touche &#233;galement l'univers masculin. Enfin, il est probable que le syst&#232;me maraboutique, qu'il prenne une forme mystique et islamis&#233;e dans les villes ou qu'il se d&#233;grade dans le culte des saints dans les campagnes, devrait &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une r&#233;ponse &#224; l'anxi&#233;t&#233; du Moi, donc comme un syst&#232;me de s&#233;curit&#233;, autant que comme une manifestation de la pens&#233;e magico-animiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La croyance &#224; un destin trac&#233; d'avance par la volont&#233; de Dieu trouve &#233;videmment des fondements plus explicites dans la religion. Mais qu'un &#233;l&#233;ment th&#233;ologico-m&#233;taphysique, important mais non dominant dans l'&#233;difice islamique, soit d&#233;tach&#233; de son contexte p&#233;n&#232;tre si profond&#233;ment l'&#233;paisseur du champ de la conscience, prouve bien que nous avons affaire &#224; un des p&#244;les fondamentaux de la personnalit&#233; de base, en partie inh&#233;rent &#224; sa structure comme technique de pens&#233;e, en partie comme institution secondaire. La croyance au Destin est li&#233;e d'une mani&#232;re primordiale au probl&#232;me de la mort, fix&#233;e d'avance et &#224; son heure : du moment que je ne puis y &#233;chapper, &#224; tout moment j'en suis menac&#233;, mais, si l'heure n'est pas venue, aucun danger ne me fera mourir. Si donc elle incite &#224; la r&#233;signation, elle incite aussi au courage tranquille et &#224; l'action et joue un r&#244;le remarquable de r&#233;gulateur de l'anxi&#233;t&#233;. Mais le destin s'attache &#224; tout : &#224; la maladie, aux accidents, &#224; l'avenir de l'homme sous toutes ses formes. Que serai-je dans dix ans ? Cette forme d'interrogation qui fait de ma vie le point d'insertion de forces ext&#233;rieures &#224; ma volont&#233; laisse la voie ouverte &#224; l'optimisme comme au pessimisme, mais est l'exacte antith&#232;se du projet individuel qui prend en main son destin et le forge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas l&#224; ce qu'on a appel&#233; la r&#233;signation islamique, mais celle-ci en d&#233;rive. La r&#233;signation intervient quand l'&#233;v&#233;nement est consomm&#233; et nous frappe : elle se fait acceptation de l'in&#233;luctable et pr&#233;lude &#224; la reprise de la vie. Elle aide &#224; l'&#233;quilibre psychique en jugulant la r&#233;volte vaine et l'agressivit&#233;, qui sont la premi&#232;re tentation du Moi ; bref, elle se donne comme une technique adaptativz de premier ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pays d'activit&#233; agro-comrnerciale, de culture islamique, influenc&#233; par les civilisations m&#233;diterran&#233;ennes, soumis &#224; l'attraction de la culture et du mode de vie fran&#231;ais, la Tunisie n'est &#233;videmment pas r&#233;ductible &#224; un sch&#233;ma anthropologique simple. C'est ainsi que le fonctionnement de la pens&#233;e montre un p&#244;le &#233;minemment rationnel. Le d&#233;terminisme instrumental et psychologique, s'appliquant au monde des objets comme au monde humain avec, en plus, la croyance, pour ce dernier, &#224; une marge importante de libert&#233;, surclasse le p&#244;le magique de la pens&#233;e tout en le c&#244;toyant. Pr&#233;sents partout et &#224; tous les niveaux, rationalit&#233; et esprit de logique croissent &#224; mesure que l'on passe des derniers &#233;tages du monde rural vers les niveaux intellectuels les plus &#233;lev&#233;s. Le probl&#232;me n'est pas d'en constater l'existence ni m&#234;me la supr&#233;matie &#8211; dans les noyaux entra&#238;neurs de la soci&#233;t&#233; &#8211; sur des formes archa&#239;ques de pens&#233;e, mais, compte tenu de variables sociologiques consid&#233;rables, d'en appr&#233;cier la qualit&#233; par rapport aux imp&#233;ratifs de la pens&#233;e rationnelle moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or non seulement, de ce point de vue, l'aire d'extension de la mentalit&#233; logique demeure faible mais sa qualit&#233; est m&#233;diocre. L'intelligence est souvent na&#239;ve, peu rigoureuse, confuse, toujours insuffisamment inform&#233;e ou entach&#233;e de projections subjectives. La rationalit&#233; doit &#234;tre, par ailleurs, charri&#233;e par une langue, et le dialecte semble un instrument inefficace d'abstraction. La langue arabe y est plus apte, mais elle &#233;tait, &#224; cette &#233;poque, enrob&#233;e dans des formes de pens&#233;e m&#233;di&#233;vales, enfin le fran&#231;ais n'est g&#233;n&#233;ralement pas suffisamment assimil&#233;. Beaucoup le parlent et l'&#233;crivent, bien peu en ont saisi l'esprit, et l'on peut affirmer que presque personne n'a int&#233;rioris&#233; en profondeur les noyaux authentiques de la pens&#233;e occidentale. Cela e&#251;t en effet exig&#233; une conversion dans les structures du moi, de la pens&#233;e, des valeurs, c'est-&#224;-dire l'assimilation, pendant la courte p&#233;riode formative d'un homme, des tonalit&#233;s intimes et du contenu concret d'une pens&#233;e &#224; qui il a fallu trois si&#232;cles pour conqu&#233;rir des niveaux de plus en plus &#233;lev&#233;s de rationalit&#233;. Ce &lt;i&gt;manque de familiarit&#233;&lt;/i&gt; avec les instruments de la modernit&#233; rationnelle se laisse d&#233;celer dans les rapports de l'ouvrier avec la machine : c'est &#224; cela, essentiellement, qu'on doit attribuer la carence si &#233;vidente de son savoir-faire. Car l'artisan tunisien a su, en son temps et dans son domaine, dans telle structure du rapport &#224; l'objet, &#224; l'entreprise, aux cadences du travail, faire preuve du plus grand savoir-faire. C'est l&#224; un probl&#232;me capital de la solution duquel d&#233;pendra toute industrialisation future.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4.&lt;/strong&gt; Nous allons examiner rapidement, pour terminer, la structure du Surmoi et la constellation de prestige. Nous avons d&#233;j&#224; eu, &#224; plusieurs reprises, l'occasion de d&#233;celer une certaine faiblesse du Surmoi. Pour assez g&#233;n&#233;rale qu'elle soit, cette faiblesse n'est pas universelle et, quand elle existe, elle est compens&#233;e par l'influence d&#233;terminante des institutions sociales, elles-m&#234;mes pas toujours mat&#233;rialis&#233;es. La plasticit&#233; du Surmoi peut para&#238;tre insolite dans une soci&#233;t&#233; o&#249; domine la figure du p&#232;re. Mais le caract&#232;re l&#226;che des disciplines de base et de l'intervention parentale dans l'&#233;ducation de l'enfant l'explique largement. Les interdits religieux, dans la mesure m&#234;me o&#249; ils sont accroch&#233;s &#224; des instances ext&#233;rieures, concourraient aussi au blocage de la construction du Surmoi comme instance int&#233;rieure. Toutefois, lorsque l'effort d'&#233;ducation des parents ou de la famille &#233;tendue se fait persistant et conscient, lorsque la moralisation est pr&#233;coce, quand enfin le sentiment religieux est r&#233;ellement puissant et marque l'&#226;me de l'enfant &#8211; ce qui est le cas de l'aristocratie religieuse et m&#234;me de la large classe des &lt;i&gt;bald&#238;yya&lt;/i&gt; &#8211; , &#233;merge une certaine forme de Surmoi qui devient m&#234;me particuli&#232;rement s&#233;v&#232;re dans les individualit&#233;s &#224; structure n&#233;vrotique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, nous pressentons que le probl&#232;me est plus complexe qu'il n'y para&#238;t de prime abord. C'est que le Surmoi a une forme mais aussi des contenus variables. La psychanalyse occidentale bourgeoise a constamment voulu le rattacher, comme un bloc invariant, &#224; la moralit&#233; dominante, tourn&#233;e vers le respect ou l'amour d'autrui. Or le Surmoi peut se relier &#224; une image narcissique du Moi, elle-m&#234;me reflet de l'approbation sociale : ainsi arrive-t-il, en Tunisie (et ailleurs sans doute), que le sujet se sente coupable de ne pas s'&#234;tre veng&#233;, de ne pas avoir donn&#233; la mort &#224; son rival, de ne pas s'&#234;tre montr&#233; suffisamment violent dans telle circonstance : bien des crimes seront ainsi attribu&#233;s non &#224; l'instinct d'agression mais &#224; un certain type de Surmoi fix&#233; sur certaines exigences. Mieux encore : le principal motif de culpabilit&#233;, dans ce cas, proviendrait de la conscience pour le sujet, non pas de n'avoir pas fait le bien ni d'avoir fait le mal, mais de ne pas s'&#234;tre conform&#233; &#224; l'image narcissique que le milieu lui renvoie de lui-m&#234;me, dans laquelle il se compla&#238;t, qui devient le fondement de son &#234;tre et le tissu de son Surmoi. Tr&#232;s nette chez le n&#233;vros&#233;, cette structure particuli&#232;re d'un substitut du Surmoi de type narcissique est probablement d&#233;celable un peu partout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La structure narcissique du Moi, due &#224; ce que la libido se fixe sur le Moi et conjointement &#224; l'exaltation par le milieu social des instincts propres du Moi, est responsable de toute une constellation de prestige qui serait donc &#224; la fois d'origine autistique et le signe d'une tr&#232;s forte d&#233;pendance vis-&#224;-vis d'autrui. Dans cette vaste constellation, on pourrait ranger la propension &#224; la vantardise, le go&#251;t de l'apparence plut&#244;t que des r&#233;alit&#233;s solides (mais c'est peut-&#234;tre l&#224; aussi un effet des disciplines de base), un esprit de comp&#233;tition tr&#232;s vif allant dans le sens des valeurs momentan&#233;ment &#233;tablies. Il est presque certain que, dans la bourgeoisie, ce type de comportement est directement dict&#233; par l'existence d'un milieu social large et coh&#233;rent, par la multiplicit&#233; des relations interindividuelles qui font que l'individu vit sous la censure du regard d'autrui et selon des canons contraignants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles &#233;taient les valeurs dominantes de prestige vers 1950 ? Sans doute faut-il placer aux premi&#232;res loges les richesses mat&#233;rielles et tout moyen apte &#224; faire jouir de la vie. Mais la richesse vaut surtout par le prestige qu'elle procure, l'envie qu'elle suscite, le pouvoir qu'elle procure sur autrui. Or le pouvoir r&#233;el &#233;tait aux mains des Fran&#231;ais et, quoique l'honneur social se soit &#224; l'origine constitu&#233; par l'exercice d'un pouvoir politique ou spirituel, la force des choses obligeait les classes dirigeantes &#224; fonder leur prestige autour d'une &#171; nobilitas &#187; &lt;i&gt;purement sociale&lt;/i&gt;, venant r&#233;activer ainsi les vieilles traditions arabes de &lt;i&gt;Ma&lt;/i&gt;&lt;i&gt;j&lt;/i&gt;&lt;i&gt;d&lt;/i&gt;, de &lt;i&gt;Nasab&lt;/i&gt;, de &lt;i&gt;Shara&lt;/i&gt;&lt;i&gt;f&lt;/i&gt;. La consolidation par ailleurs du vaste &#233;difice qu'&#233;tait la Grande Mosqu&#233;e, la possibilit&#233; de gravir l'&#233;chelle sociale par les dipl&#244;mes, faisaient du savoir un &#233;l&#233;ment fondamental de prestige, que ce savoir f&#251;t religieux et traditionnel, ou profane et moderne. L'aristocrate makhzen pouvait, comme celui de Proust, se targuer de son ignorance, bien r&#233;elle, ce n'&#233;tait le cas ni de l'aristocrate religieux &lt;i&gt;bald&#238;&lt;/i&gt;, ni du bourgeois &#233;volu&#233; et quasi assimil&#233;, ni &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; celui du petit-bourgeois semi-rural frustr&#233;, tout plein d'une passion d'ascension sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;n&#233;ralement, en milieu &lt;i&gt;bald&#238;&lt;/i&gt;, on n'&#233;talait pas les richesses &#224; l'exc&#232;s, le go&#251;t pour l'ostentation &#233;tant r&#233;serv&#233; &#224; l'aristocratie makhzen et b&#233;douine, par contre le rayonnement des valeurs de noblesse, d'ascendance, l'exaltation du patrimoine moral des &#171; grandes familles &#187; , la liaison &#233;tablie dans l'inconscient collectif entre valeur sociale et valeur de civilisation &#8211; la rusticit&#233; &#233;tant refoul&#233;e dans les t&#233;n&#232;bres de la barbarie &#8211;, tout cela cr&#233;ait dans la petite-bourgeoisie provinciale montante un complexe de frustration et une immense haine larv&#233;e. Si elle ha&#239;ssait l'aristocratie, c'&#233;tait pr&#233;cis&#233;ment parce qu'elle croyait &#224; ses valeurs de prestige. Nous verrons que, victorieuse, elle se substituera &#224; elle et t&#226;chera de lui ressembler, mais nous verrons aussi que le changement profond qu'a connu la soci&#233;t&#233; tunisienne remaniera consid&#233;rablement la constellation de prestige et l'amplifiera &#224; un niveau d'exaltation maladive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y aurait beaucoup &#224; ajouter &#224; ce tableau de la personnalit&#233; de base tunisienne prise vers le milieu du si&#232;cle. La sensibilit&#233;, la facilit&#233; du contact humain, la noble &#233;motion, la g&#233;n&#233;rosit&#233;, l'exub&#233;rance, sont peut-&#234;tre des notions empiriques mais y &#233;taient des r&#233;alit&#233;s. D'un point de vue psychanalytique, en les rattacherait sans doute &#224; un certain spontan&#233;isme de l'&#233;motivit&#233; ou &#224; une forme sublim&#233;e d'Eros, du puissant instinct qui nous pousse vers autrui. Que dire aussi de la remarquable facult&#233; d'adaptation de l'homme tunisien, de son robuste sens vital, qui c&#244;toient le conservatisme des m&#339;urs, la faible propension &#224; l'effort (et pourtant l'effort existe aussi), le manque du sens de l'organisation ? Sans doute serait-il facile de les mettre sous une rubrique quelconque. Est-ce l&#224; n&#233;cessaire ? Ce ne sont l&#224; que traits secondaires, &#233;vanescents et changeants. En v&#233;rit&#233;, la personnalit&#233; de base, si contraignant qu'elle soit, laisse de larges latitudes &#224; l'individu qui est homme avant d'&#234;tre tunisien et qui est une individualit&#233; sp&#233;cifique et irrempla&#231;able. Nous n'avons d&#233;crit ici ni la pl&#233;nitude humaine de l'homme dans ses joies et ses douleurs, dans sa tendresse et sa bont&#233;, ni l'immense vari&#233;t&#233; des individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1094-L-homme-arabo-musulman-3-3' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Troisi&#232;me partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C'est-&#224;-dire attach&#233;e &#224; la capitale, Tunis.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pas d'un point de vue num&#233;rique, cependant.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le noyau religieux, en tant qu'il est h&#233;rit&#233;, est certainement une institution primaire. Mais en tant que la religion est forme v&#233;cue et r&#233;invent&#233;e, il devient secondaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Carmel Carnill&#233;ri in : &lt;i&gt;Travaux du Centre national d'&#233;tudes et de formation p&#233;dagogiques&lt;/i&gt;, Cahier n&#176; 2, mars 1964, Tunis. Les Europ&#233;ens sont d'origine m&#233;diterran&#233;enne, Maltais ou Italiens.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;A. Bouhdiba, &#171; Le Hammam, contribution &#224; une psychanalyse de l'Islam &#187;, &lt;i&gt;Revue tunisienne des sciences sociales&lt;/i&gt;, sept. 1964, n' 1.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir les Agh&#226;ni et &#233;galement Mez, &lt;i&gt;Die Renaissance des Islams&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;l&lt;i&gt;a Berb&#233;rie orientale sous les Hafsides&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Les Origines du protectorat fran&#231;ais en Tunisie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>L'homme arabo-musulman (1/3)</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?1092-L-homme-arabo-musulman-1-3</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?1092-L-homme-arabo-musulman-1-3</guid>
		<dc:date>2022-01-25T08:33:23Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Dja&#239;t H.</dc:subject>
		<dc:subject>Anthropologie</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Relativisme</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>Type anthropologique</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;ducation</dc:subject>
		<dc:subject>Psycho-sociologie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Chapitre V. &#233;ponyme du livre de Hichem Dja&#239;t &#171; La personnalit&#233; et le devenir Arabo-Islamique &#187; (Seuil 1974), pp. 183 - 228. L'extrait ci-dessous pr&#233;sente deux int&#233;r&#234;ts majeurs. Il s'agit d'abord d'une tr&#232;s belle utilisation de la notion de &#171; personnalit&#233; de base &#187; ou type anthropologique propre &#224; une culture, une soci&#233;t&#233;, une &#233;poque et/ou &#224; une classe sociale, pos&#233;e par A. Kardiner ou R. Linton, et amplement discut&#233;e notamment par Cl. Lefort. &#201;vidente dans l'apr&#232;s-guerre, elle a (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-270-Djait-H-+" rel="tag"&gt;Dja&#239;t H.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-110-anthropologie-+" rel="tag"&gt;Anthropologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-42-relativisme-+" rel="tag"&gt;Relativisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-216-type-anthropologique-+" rel="tag"&gt;Type anthropologique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-30-education-+" rel="tag"&gt;&#201;ducation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-109-psycho-sociologie-+" rel="tag"&gt;Psycho-sociologie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Chapitre V. &#233;ponyme du livre de Hichem Dja&#239;t &#171; La personnalit&#233; et le devenir Arabo-Islamique &#187; (Seuil 1974), pp. 183 - 228.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;L'extrait ci-dessous pr&#233;sente deux int&#233;r&#234;ts majeurs.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il s'agit d'abord d'une tr&#232;s belle utilisation de la notion de &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?984-L-idee-de-personnalite-de-base' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; personnalit&#233; de base &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; ou &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-216-type-anthropologique-+' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;type anthropologique&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; propre &#224; une culture, une soci&#233;t&#233;, une &#233;poque et/ou &#224; une classe sociale, pos&#233;e par &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1061-Le-fondement-culturel-de-la-personnalite' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;A. Kardiner ou R. Linton&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, et amplement discut&#233;e notamment par &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1035-Ambiguites-de-l-anthropologie' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Cl. Lefort&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. &#201;vidente dans l'apr&#232;s-guerre, elle a progressivement &#233;t&#233; proprement oubli&#233;e au cours des ann&#233;es 1970-80 au profit de la vulgate d&#233;magogique et lib&#233;ral d'un &#171; individu &#187; sans ancrage, d&#233;terminisme, culture ou origine &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1063-Universite-le-vide-anthropologique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;y compris chez les pr&#233;tendus &#171; anthropologues &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Cette fiction se brise aujourd'hui sur le retour bruyant de la &#171; race &#187;, revendiqu&#233;e par ceux-l&#224; m&#234;me qui &#233;prouvent au quotidien ce profond d&#233;calage avec un pays d'accueil qui les a priv&#233;s de tout moyen de donner sens &#224; une diff&#233;rence qui s'approfondit en retour. Puisse ce texte participer, en r&#233;sonance avec les tr&#232;s rares tentatives contemporaines comme celle de &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?773-le-deni-des-cultures-introduction' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;H. Lagrange&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, &#224; r&#233;habiliter une approche anthropologique de l'individu &#233;chappant &#224; l'alternative infernale entre indiff&#233;renciation et racialisme.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ensuite l'objet de l'&#233;tude &#8211; l'individu arabo-musulman des ann&#233;es 1950-1960 &#8211; en fait un magnifique exemple d'auto-critique extra-occidentale &#8211; l'auteur &#233;tant tunisien &#8211; &#224; rebours de toute la gauche (d&#233;)coloniale qui travaille avec acharnement &#224; enfermer les Maghr&#233;bins dans leurs d&#233;terminismes socio-anthropologiques. L'analyse est multiplement comparative et m&#233;riterait amplement des prolongements, ayant &#233;t&#233; op&#233;r&#233;e avant la r&#233;surgence islamique. On en trouvera quelques &#233;l&#233;ments, mais d'un point de vue uniquement socio-psychanalytique chez &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?D-un-depassement-du-surmusulman-le,969' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;F. Benslama&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Inutile de lister les r&#233;serves d'usage quant &#224; certaines positions expos&#233;es par l'auteur en 1974 et notamment, sur le plan id&#233;ologique, une certaine tonalit&#233; marxiste-l&#233;ninisme dont le fondement religieux aura pr&#233;par&#233; la grande r&#233;gression musulmane des d&#233;cennies suivantes.&lt;/p&gt;
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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
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&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sommaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;br /&gt;&lt;strong&gt;I. Autocritiques et auto-d&#233;pr&#233;ciations&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;1 &#8211; La d&#233;pr&#233;ciation coloniale de la personnalit&#233; psychique au Maghreb&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;2 &#8211; Diverses d&#233;marches de la critique de soi&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;strong&gt;II &#8211; La personnalit&#233; de base&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;1 &#8211; Le cas tunisien : institutions primaires&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;2 &#8211; La personnalit&#233; tunisienne &#224; la fin de l'&#232;re coloniale&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;3 &#8211; Modifications actuelle [de la personnalit&#233; tunisienne, vers 1965]&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;4 &#8211; Extension &#224; toute l'aire arabe&lt;/p&gt;
&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. Autocritiques et auto-d&#233;pr&#233;ciations&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il est deux voies possibles, disait Iqb&#226;l, pour guider les hommes vers le progr&#232;s : l'action par l'&lt;i&gt;organisation&lt;/i&gt; et l'action sur les &lt;i&gt;consciences&lt;/i&gt; individuelles. Dans le pass&#233;, la r&#233;ussite de la religion provient de ce qu'elle a cumul&#233; ces deux types d'action et que dans le m&#234;me temps qu'elle enserrait les hommes, se liait &#224; l'&#201;tat, imposait ses dogmes, elle p&#233;n&#233;trait le plus intime de l'&#234;tre et l'accompagnait du berceau &#224; la tombe. La religion &#233;tait &#224; la fois id&#233;ologique et individuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, la notion d'organisation peut signifier l'&#201;tat ou une id&#233;ologie s&#233;culi&#232;re syst&#233;matique ou d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale tout effort visant les structures objectives, toute action sur le r&#233;el humain par l'ext&#233;rieur. C'est important et le monde arabe, autant ou plus que d'autres soci&#233;t&#233;s, a besoin qu'on explicite ses buts de vie, qu'on organise son effort vers le mieux-&#234;tre et l'&#233;panouissement de son humanit&#233;. Nous verrons dans le chapitre qui suivra comment r&#233;pondre &#224; cet appel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Examinons d'abord l'action sur la conscience et l'individu, non moins capitale. Dans le cas arabe, en effet, il faut la conjonction d'un effort par l'organisation et d'une &#233;ducation de la conscience individuelle. Seule, la premi&#232;re action, efficace, rapide, resterait superficielle et partielle. Seule, la deuxi&#232;me aboutirait &#224; l'exaltation de l'individu et de son &#233;go&#239;sme, elle est en outre utopique, anarchique, trop lente. Unies, elles pourraient produire des miracles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident, par exemple, que la r&#233;volution, au sens classique du terme, ne ferait qu'illusion dans un temps plus ou moins long et camouflerait les besoins fondamentaux de l'homme et de la soci&#233;t&#233; arabes, en particulier ce besoin si manifeste d'une restructuration du moi, du d&#233;veloppement du sujet comme &#234;tre pensant, responsable, rationnel. Il y aurait des aberrations au niveau du pouvoir comme au niveau des ex&#233;cutants, l'on d&#233;couvrirait le culte de la personnalit&#233; (qui en Russie prenait racine dans une certaine personnalit&#233; de base comme dans un milieu social frustr&#233;, habitu&#233; &#224; la passivit&#233;, d&#233;ficient du point de vue de l'intelligence critique), les haines, et les jalousies interpersonnelles, bref les insuffisances de la personnalit&#233; profonde. Mais, d'un autre c&#244;t&#233;, stagner dans l'inaction, l'inertie improductive, les injustices sociales criantes sous pr&#233;texte qu'il faut d'abord changer les mentalit&#233;s, est absolument inacceptable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans perdre de vue la n&#233;cessit&#233; d'introduire des institutions de progr&#232;s, de changer les structures objectives, politiques, &#233;conomiques et sociales, autant donc miser tout de suite sur une &#233;ducation de l'individu. Toute id&#233;ologie, tout effort d'organisation, toute r&#233;volution, doivent passer par le filtre d'une mutation dans l'&#226;me, par l'affirmation de nouvelles valeurs dans l'individu et la soci&#233;t&#233;, &#224; un niveau bien plus profond que celui que pourrait toucher aucune action institutionnelle. Sans quoi, tout serait neutralis&#233; par un esprit de routine et d'irrationalit&#233; presque ind&#233;racinables, sans quoi aussi l'homme resterait mineur ou serait &#233;cras&#233; par l'organisation. l'homme, c'est-&#224;-dire la r&#233;alit&#233; v&#233;ritablement concr&#232;te de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laisser se d&#233;velopper des individus conscients et rationnels, c'est faire en sorte que chacun soit un foyer rayonnant d'initiative plut&#244;t que d'&#234;tre port&#233; comme un poids inerte par une organisation au demeurant faite d'hommes. Chacun deviendrait alors une valeur autant m&#233;taphysique qu'humaine et sociale, chacun s'appr&#233;henderait lui-m&#234;me comme monde organis&#233; et valable. Ainsi, dans tout projet de progr&#232;s et de d&#233;veloppement, interviendrait, &#224; c&#244;t&#233; de l'&#233;quation du nombre et de la quantit&#233;, parall&#232;lement &#224; toute ambition de ma&#238;triser l'instrument et l'objet, une tonalit&#233; qualitative qui vise l'enrichissement du monde des relations humaines et aurait, pour effet r&#233;current ou concomitant, pr&#233;cis&#233;ment une plus grande ma&#238;trise de l'objet. Alors dans la balance, se ferait sentir tout le poids de l'intelligence, de la civilisation, de la beaut&#233;, en m&#234;me temps que du savoir-faire et du travail efficient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1 &#8211; La d&#233;pr&#233;ciation coloniale de la personnalit&#233; psychique au Maghreb&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ne serait certes pas faire montre de malveillance que de consid&#233;rer, partout pr&#233;sente, l'incapacit&#233; dans nos soci&#233;t&#233;s. Le paysan ne sait pas plus travailler sa terre que le gros propri&#233;taire son domaine, que l'industriel organiser rationnellement son entreprise, que l'intellectuel penser ou cr&#233;er. &#192; niveau de qualification formellement similaire, dans une situation &#224; peu pr&#232;s &#233;gale, l'homme occidental fait preuve de bien plus d'ing&#233;niosit&#233;, d'adresse, de comp&#233;tence. Dans l'ordre des relations sociales et humaines, beaucoup ont le sentiment que les choses vont &#224; l'encontre de leurs aspirations : dans la sph&#232;re professionnelle, le favoritisme prime sur la valeur personnelle, l'arbitraire r&#232;gne en ma&#238;tre dans l'entreprise, la ferme ou le bureau ; la duret&#233; des rapports humains et hi&#233;rarchiques est bien plus palpable que telle &#171; gentillesse &#187; &#8211; vraie ou fausse &#8211; native dans les soci&#233;t&#233;s traditionnelles, expression d'une na&#239;vet&#233; originelle, et surtout d'une humilit&#233; ou d'une passivit&#233; devant la puissance et le rayonnement civilisateur. Il y a certainement une trop grande pression sociale sur l'individu, un manque de maturit&#233; du moi, une carence des facult&#233;s de raisonnement et de logique, etc., tous traits dont l'observateur ext&#233;rieur prend conscience assez rapidement, que l'observateur int&#233;rieur ressent confus&#233;ment dans sa simple r&#233;volte d'homme. Mais ces traits doivent &#234;tre replac&#233;s dans une vision d'ensemble de la personnalit&#233;, expliqu&#233;s en fonction de l'h&#233;ritage culturel et mental autant que de la situation objective, avec la certitude que certains &#233;l&#233;ments sont constants, d'autres &#233;volutifs et qu'il suffit de peu de chose pour que le m&#234;me homme ou la m&#234;me soci&#233;t&#233; se comportent diff&#233;remment dans des situations diff&#233;rentes. Si l'on ne prenait garde &#224; cela, on se heurterait immanquablement &#224; l'&#233;cueil de la d&#233;pr&#233;ciation &#8211; qui peut se muer en racisme &#8211; ou de l'auto-d&#233;pr&#233;ciation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'existence de ces deux ph&#233;nom&#232;nes dans la soci&#233;t&#233; maghr&#233;bine, pour prendre un exemple, on ne saurait douter. En p&#233;riode coloniale, l'Arabe &#8211; entendons par l&#224; Le Maghr&#233;bin &#8211; &#233;tait le si&#232;ge de d&#233;fauts capitaux : paresse, culte de la force, saLet&#233;, manque de tendresse&#8230; Des &#233;l&#233;ments, isol&#233;s de la structure psychique g&#233;n&#233;rale o&#249; ils ont une fonction et sont compens&#233;s par d'autres &#233;l&#233;ments, ou bien d&#233;tach&#233;s de leur contexte &#233;conomique et social, frappent l'esprit du colonial et s&#233;cr&#232;tent imm&#233;diatement une image partielle et fauss&#233;e de la r&#233;alit&#233;. Mais il n'y a pas que cela. Une br&#232;ve psychanalyse du colonial moyen montrerait que la confrontation avec des civilisations jug&#233;es inf&#233;rieures, dans une situation de force, d&#233;bloque une image archa&#239;que et infantile du moi et facilite les compensations au sentiment d'inf&#233;riorit&#233; qui g&#238;t en chacun de nous. Le m&#234;me paysan lorrain ou aquitain &#8211; ou portugais ou autre &#8211;, si repr&#233;sentatif d'une tradition de travail et de tranquille modestie, se mue en un m&#233;galomane ferm&#233; &#224; autrui et &#233;troitement &#233;go&#239;ste. Mais c'est que la sup&#233;riorit&#233; sociale et politique du colonial lui impose presque de vivre selon le mode de la vanit&#233; et de la fausse grandeur Bient&#244;t accroch&#233; &#224; la fiction de sa sup&#233;riorit&#233;, il ne sait plus s'en passer, la portant comme une croix, comme une ali&#233;nation permanente, et c'est ce qui explique la profonde souffrance de grand nombre de coloniaux quand la d&#233;colonisation mena&#231;ait. Fait capital : ils d&#233;fendaient beaucoup moins leurs privil&#232;ges &#233;conomiques ou politiques que des privil&#232;ges psychiques. Aussi a-t-on vu la r&#233;sistance se faire beaucoup plus aigu&#235; du c&#244;t&#233; des petits que du c&#244;t&#233; des grands int&#233;r&#234;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le colonial &#233;tait lui-m&#234;me un &#234;tre affectivement fragile et &#224; faible maturit&#233;. Il a introject&#233; le sensualisme musulman sans ses restrictions, le virilisme maghr&#233;bo-m&#233;diterran&#233;en sans ses d&#233;fenses. En somme, il repr&#233;sentait une synth&#232;se caricaturale de l'Oriental et de l'Occidental, c'est-&#224;-dire un &#233;tiolement ou au contraire une exaltation de chacune des deux structures d&#233;tach&#233;e de sa base. La sexualit&#233; &#233;tait g&#233;n&#233;ralement h&#233;t&#233;ronome mais la r&#233;pression et la r&#233;gulation m&#233;diocres, d'o&#249; le caract&#232;re anarchique, plus physique que psychique de cette sexualit&#233;. L'agressivit&#233;, faiblement r&#233;prim&#233;e, pouvait se faire, sur le mod&#232;le populaire arabe-maghr&#233;bin de ce temps, franche et incontr&#244;l&#233;e. Le colonial redoutait la violence arabo-berb&#232;re individuelle qui, dans les couches populaires, tirait son origine d'une certaine m&#233;connaissance de la valeur de la vie, d'une frustration profonde et, comme nous le verrons, de syst&#232;mes de valeurs et de repr&#233;sentations historiques h&#233;rit&#233;s. Le colonis&#233; m&#233;prisait en effet du point de vue de l'arch&#233;type viriliste agressif, le colonial ; p&#233;n&#233;tr&#233; du mythe de sa gloire et de sa super-puissance sexuelles, de celui de sa capacit&#233; de mettre facilement en jeu sa propre existence, il ne respectait pas le colonial, sur ces deux plans, en tant qu'individu mais en tant que rouage d'une organisation collective de la force. A son tour, le colonial m&#233;prisait le m&#233;tropolitain pour sa &#171; mollesse &#187; et l'assimilait &#224; une femme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce niveau existentiel o&#249; nous nous pla&#231;ons, l'adaptation recriproque entre coloniaux et colonis&#233;s au Maghreb a simultan&#233;ment enrichi et appauvri les deux protagonistes. Le colonial a &#233;t&#233; tr&#232;s peu influenc&#233; par l'Islam aristocratique, bourgeois ou savant parce qu'il ne le connaissait pas et ne voulait pas le conna&#238;tre : tout ce sur quoi il a b&#226;ti la fiction de sa sup&#233;riorit&#233; et la l&#233;gitimit&#233; de sa supr&#233;matie risquerait en effet de s'&#233;crouler dans une telle confrontation. &#192; l'inverse, il a largement int&#233;rioris&#233; des &#233;l&#233;ments de la mentalit&#233; des couches socialement et intellectuellement subalternes, qui le rassuraient sur l'image qu'il se faisait de lui-m&#234;me. Quand le subalterne se tenait &#224; sa juste place, le colonial &#233;tait capable de se montrer g&#233;n&#233;reux, &#233;quitable, humain, bien plus que ne l'&#233;tait &#224; l'&#233;gard de ses cong&#233;n&#232;res le propri&#233;taire &#171; indig&#232;ne &#187; ou ne l'est quelquefois le bureaucrate actuel. Soci&#233;t&#233; neuve, soci&#233;t&#233; multiraciale, soci&#233;t&#233; qui aiguisait les app&#233;tits, la soci&#233;t&#233; coloniale maghr&#233;bine &#233;tait celle de parvenus. D'o&#249; son esprit pseudo-bourgeois, ce manque de go&#251;t dans les constructions, cet amour de l'&#233;talage de la prosp&#233;rit&#233;. Dans ce domaine, colonial et colonis&#233; se ressemblent &#233;trangement : nulle simplicit&#233;, aucun projet spirituel, mais par contre un robuste sens vital, tout cela les unit dans leur vision du monde. C'est ainsi qu'il faut interpr&#233;ter la d&#233;colonisation comme une lib&#233;ration g&#233;n&#233;rale : elle a certes permis de lib&#233;rer le colonis&#233; mais aussi le colonial, en le r&#233;ins&#233;rant, par la force des choses, dans un monde plus normal et plus &#233;quilibr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-dessus et au-del&#224; des repr&#233;sentations diffuses du sens commun, s'est &#233;labor&#233;e en Alg&#233;rie, &#224; l'apog&#233;e de la colonisation, une vision coh&#233;rente et qui se voulait scientifique de la structure du comportement de l'Alg&#233;rien. Dans un excellent chapitre des &lt;i&gt;Damn&#233;s de la terre&lt;/i&gt;, intitul&#233; &#171; de l'impulsivit&#233; criminelle du Nord-Africain &#224; la guerre de lib&#233;ration nationale &#187;, Frantz Fanon analyse et d&#233;molit les th&#233;ories de l'&#233;cole psychiatrique d'Alger, anim&#233;e par le professeur Porot. &#171; Avant 1954, dit-il, les magistrats, les policiers, les avocats, les journalistes, les m&#233;decins l&#233;gistes convenaient de fa&#231;on unanime que la criminalit&#233; de l'Alg&#233;rien faisait probl&#232;me. &#187; On aurait constat&#233; que l'Alg&#233;rien &#171; tuait fr&#233;quemment, tuait sauvagement, tuait pour rien &#187; ou pour peu de chose. Cette agressivit&#233; massive et ext&#233;rioris&#233;e sous les formes les plus extr&#234;mes, cette impulsivit&#233; permanente et souvent homicide, on l'a expliqu&#233;e d'abord par une certaine structure de la personnalit&#233; : le Nord-Africain est un violent, h&#233;r&#233;ditairement violent, il ne conna&#238;t pas de vie int&#233;rieure, son &#233;motivit&#233; est nulle, il est cr&#233;dule, ent&#234;t&#233;, pu&#233;ril et hautement d&#233;ficient sur le plan intellectuel. Plus tard, on a syst&#233;matis&#233; encore davantage ces conclusions en avan&#231;ant comme base explicative la notion de &lt;i&gt;primitivisme&lt;/i&gt; &#224; soubassement biologique. Le comportement impulsif et irrationnel de l'Alg&#233;rien, plus g&#233;n&#233;ralement encore celui du Maghr&#233;bin ou m&#234;me de l'Africain, serait au fond coh&#233;rent et d&#233;termin&#233; par certaines possibilit&#233;s biologiques : la vie mentale serait gouvern&#233;e non par le cortex mais par le dienc&#233;phale, &#233;l&#233;ment archa&#239;que de l'enc&#233;phale et si&#232;ge de l'instinct pur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne nous attarderons pas &#224; r&#233;futer ces th&#233;ories qui se condamnent elles-m&#234;mes par leur exc&#232;s et plus encore par leur faible valeur scientifique. Nous retiendrons par contre la remarquable argumentation de Fanon concernant les origines de cette criminalit&#233;, ramen&#233;e au pr&#233;alable &#224; ses justes proportions. Pour Fanon, la situation coloniale, ali&#233;nante, frustrante, exaltait l'agressivit&#233; et la faisait se retourner contre le fr&#232;re, non contre l'ennemi historique et objectif. Chaque Alg&#233;rien faisait &lt;i&gt;&#233;cran&lt;/i&gt; entre son fr&#232;re et le colonisateur et lui masquait la v&#233;ritable situation. D'o&#249; l'effet imm&#233;diatement d&#233;sali&#233;nant de la r&#233;volution : le m&#234;me homme qui levait le couteau parce qu'on lui avait chapard&#233; un kilo de semoule, pr&#234;te sa maison et son &#226;ne aux combattants et accepte avec le sourire la perte de tous ses biens. Et qu'on ne dise pas que cette transformation du comportement soit uniquement due &#224; l'effet de d&#233;foulement que suscitent toute guerre et toute p&#233;riode agit&#233;e. Partout dans les pays lib&#233;r&#233;s, apr&#232;s la cessation des hostilit&#233;s, l'agressivit&#233; populaire anarchique s'est r&#233;sorb&#233;e comme par miracle. Cela est d&#251; &#224; ce que la dignit&#233;, la normalit&#233;, la rationalit&#233; et l'humanit&#233; du comportement ne sont possibles que dans une soci&#233;t&#233; nationale homog&#232;ne. Nous ajouterons que l'&#232;re de l'ind&#233;pendance a projet&#233; concr&#232;tement le Maghr&#233;bin sur un destin humain en l'arrimant &#224; un &#201;tat, en lui infusant un id&#233;al collectif, en l'int&#233;grant dans une communaut&#233; qui est sienne et qui a repris possession de son &#226;me, en le faisant encadrer par des hommes issus du sol et pourquoi pas ? en le faisant acc&#233;der &#224; l'avoir, &#224; l'espoir, &#224; un monde de possibles. Ainsi l'individu n'est plus perdu dans un rien, il se projette dans un champ de valeurs, se d&#233;sali&#232;ne, se retrouve, retrouve le lien communautaire et humain, reprend conscience de lui-m&#234;me comme centre de responsabilit&#233; ! L'agressivit&#233; intrasociale absurde se dissout donc d'elle-m&#234;me avec la reconqu&#234;te de l'historicit&#233;, c'est un fait incontestable. Est-ce &#224; dire cependant que notre personnalit&#233; soit totalement lib&#233;r&#233;e de ses phantasmes ? &#171; &lt;i&gt;La lib&#233;ration totale&lt;/i&gt;, dit Fanon, &lt;i&gt;est celle qui concerne tous les secteurs de la personnalit&#233;&lt;/i&gt;. &#187; S'il est vrai que le contexte de domination coloniale explique beaucoup de choses, que l'agressivit&#233; maghr&#233;bine &#224; cette &#233;poque, &lt;i&gt;r&#233;elle quoique exag&#233;r&#233;e&lt;/i&gt;, se trouve normalis&#233;e aujourd'hui, il est non moins vrai qu'il y a encore de l'irrationnel, de l'impulsivit&#233;, une carence intellectuelle dans notre personnalit&#233;, tous &#233;l&#233;ments de faiblesse dont il faut rechercher la cause en nous-m&#234;mes, dans notre manque d'exp&#233;rience historique, dans certaines repr&#233;sentations fausses des valeurs, dans la fragilit&#233; de l'&#233;ducation, dont il urge de prendre conscience et auxquels il faut tenter de rem&#233;dier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas ici d'auto-d&#233;pr&#233;ciation, mais d'une conscience lucide orient&#233;e vers la connaissance de soi, point de d&#233;part de tout changement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, cette auto-d&#233;pr&#233;ciation existe et a exist&#233; dans la conscience collective. D&#233;j&#224; Fanon a attir&#233; l'attention sur l'int&#233;riorisation du regard colonial : &#171; Nous sommes col&#233;reux, bagarreurs, mauvais &#8230; c'est comme cela ! &#187; La dynamique de la r&#233;volution dissoudra, pensait-il, ces ali&#233;nations, mais il y faut aussi la prise de conscience, l'analyse, le discours. Ce qui nous a toujours frapp&#233; dans la conscience maghr&#233;bine, coloniale autant que post-coloniale, c'est la juxtaposition du narcissisme ou de l'ethnocentrisme et de l'auto-d&#233;pr&#233;ciation, sauf qu'assez souvent les th&#232;mes sur lesquels brodent les deux attitudes diff&#232;rent d'un moment historique &#224; l'autre. Hier, c'&#233;tait l'affirmation de la table des &lt;i&gt;vieilles vertus arabes&lt;/i&gt; et principalement b&#233;douines : g&#233;n&#233;rosit&#233;, courage, virilit&#233;, sens de l'honneur, aujourd'hui ce peut &#234;tre le dynamisme &#233;conomique, l'enflure des r&#233;alisations, l'exag&#233;ration de la valeur du combat anti-colonial, l'impression qu'on est le centre du monde. Au niveau de l'individu, d&#232;s qu'une valeur quelconque pointe en lui, l'entourage l'exalte et le glorifie, et voil&#224; l'infatuation, le narcissisme, voire la m&#233;galomanie pathologique qui le guettent, le broient et finalement tuent son &#233;lan en m&#234;me temps que son bonheur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue de l'autocritique, l'expression &#171; nous autres Arabes sommes ainsi &#187; revient comme un &lt;i&gt;leitmotiv&lt;/i&gt; dans la plainte de l'&#226;me bless&#233;e, dans la d&#233;sillusion de l'individu ou pour exprimer la hargne contre l'entourage. Le &lt;i&gt;nous&lt;/i&gt; arabe serait le foyer de d&#233;fauts capitaux : manque d'union, aucune tendresse des uns envers les autres, d&#233;loyaut&#233;, orgueil, duplicit&#233;. Chaque fois que le jeu des relations humaines, avec son cort&#232;ge de duret&#233;s, d'injustices, d'insatisfactions, &#233;gratigne le moi, celui-ci dresse son r&#233;quisitoire contre le caract&#232;re arabe, comme s'il &#233;tait frapp&#233; du dedans de quelque mal&#233;fice. D&#233;formation subjective certes, mais cette critique reste une autocritique de circonstance qui s'enl&#232;ve sur un fond de fid&#233;lit&#233; &#224; la personnalit&#233; arabe. Par-del&#224; cet aspect dissolvant, mais ludique et presque routinier, se profile constamment une vision comparative avec le moi europ&#233;en et peut-&#234;tre le pressentiment d'autres modes possibles de relations humaines. Au niveau populaire, il peut y avoir une v&#233;ritable fuite du moi, il existe, sans nul doute, de multiples cas de d&#233;viances. Dans les milieux &#233;volu&#233;s anciennement francis&#233;s, l'identification avec le colonial s'est toujours assortie dans le pass&#233; d'un complexe de culpabilit&#233; et de trahison. L'ind&#233;pendance a renationatis&#233; ces &#233;l&#233;ments, mais, si la scission int&#233;rieure s'est referm&#233;e, un sentiment p&#233;nible de r&lt;i&gt;&#233;gression psychique&lt;/i&gt; et culturelle a pris sa place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conscience du clerc, elle, se trouvait d&#233;chir&#233;e entre la fid&#233;lit&#233; envers l'id&#233;al des vertus islamiques et le sentiment profond que le r&#233;el ambiant &#233;tait malsain, grossier, d&#233;sordonn&#233;, impuissant. C'est donc que &lt;i&gt;les vertus islamiques se sont incarn&#233;es dans l'Europ&#233;en&lt;/i&gt;, qui, par l'ordre de sa vie, sa raison, son humanit&#233;, applique les pr&#233;ceptes de l'Islam que nous avons trahis, est le vrai musulman, le musulman objectif. L'intellectuel super-occidentalis&#233; d'aujourd'hui n'est pas comparable aux ci-devant naturalis&#233;s ou assimil&#233;s. Mais, fascin&#233; par un Occident qu'au fond il conna&#238;t mal, dont il ne conna&#238;t certainement que des aspects partiels, n'entretenant par ailleurs que des rapports t&#233;nus avec la grande tradition culturelle islamique parce que petit-bourgeois d'origine, il investit toute sa capacit&#233; d'autocritique dans le concept d'Orient, de despotisme oriental, de mentalit&#233; orientale&#8230; Il a le sentiment d'un retard moral, affectif, intellectuel, et que les Arabes ont une forme de conscience attard&#233;e parce que traditionnelle, toute la puissance du bien se fixant dans le modernisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On remarquera que dans toutes ces attitudes d'autocritique collective, le groupe qui critique privil&#233;gie un &#233;l&#233;ment, l'isole de la totalit&#233; (&#233;volution, vertus islamiques, rationalit&#233; de type occidental), en prive ses compatriotes mais il est sous-entendu que lui, le groupe ou l'individu en question, poss&#232;de au plus haut degr&#233; ces qualit&#233;s dont il d&#233;plore l'absence ou la perte chez autrui. Si bien que l'on peut se demander si nous avons affaire dans tous les cas &#224; une autocritique, et s'il ne s'agirait pas plut&#244;t d'un moi global fracass&#233;, fractionn&#233;, segment&#233; en une diversit&#233; de moi impitoyables les uns pour les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien n'illustre davantage l'ambigu&#239;t&#233; de cette autocritique, &#224; la fois mauvaise foi et regard lucide, que l'attitude du politique. Car le politique qui a sinc&#232;rement aim&#233; son peuple et combattu pour lui en vient presque &#224; le m&#233;priser d'&#234;tre ce qu'il est. Une conscience suraigu&#235; du retard de civilisation, alimentant &#224; son tour une volont&#233; obsidionale de progr&#232;s, o&#249; il entre de la pose, d&#233;bouche sur un pessimisme pernicieux. Le peuple maghr&#233;bin n'en est ni au n&#233;olithique, ni &#224; l'&#226;ge des cavernes : il a une certaine conscience politique, la commune sagesse des nations, le courage de vivre dans des conditions difficiles et, par bien des c&#244;t&#233;s, il n'est pas aussi attard&#233; qu'on le pense. Or certains dirigeants n'arr&#234;tent pas de fustiger l'anarchisme berb&#232;re ou la fr&#233;n&#233;sie b&#233;douine, des bureaucrates irresponsables et vains lui manifestent quotidiennement arrogance et m&#233;pris. Et pourtant, ces dirigeants politiques eux-m&#234;mes ne sont pas toujours en avance sur leurs peuples, que ce soit au Machrek ou au Maghreb. Ils le sont sans doute par leurs id&#233;es, par le contenu intellectuel de leur conscience, par leurs syst&#232;mes appris de th&#233;orisation et d'expression, Ils sont aussi de ce peuple, par maints traits de leur mentalit&#233;, par leur soif du pouvoir, leur subjectivisme, leur d&#233;magogie. Par d'autres aspects, ils sont m&#234;me en retard sur les aspirations de la soci&#233;t&#233; &#224; la tranquillit&#233;, &#224; la raison, &#224; l'&#233;quilibre, &#224; une vie meilleure ; la preuve en est qu'ils s'appuient sur la lie du peuple pour gouverner le peuple, sur une contre-&#233;lite pour juguler une &#233;lite qui se repr&#233;sente et int&#233;riorise mieux qu'eux les objectifs de la modernit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autocritique vraie doit donc s'enlever sur un fond de sinc&#233;rit&#233; et de sympathie, embrasser de son regard la totalit&#233; des &#233;l&#233;ments, diss&#233;quer et dissocier, mais afin de remembrer et d'aller de l'avant. Cependant que les formes d'auto-d&#233;pr&#233;ciation que nous avons vues ne sont que partielles et partiales et seraient plut&#244;t la manifestation, au mieux d'une baisse de l'estime de soi, au pire d'une division profonde du moi collectif agr&#233;ment&#233;e d'un sentiment d'inf&#233;riorit&#233;. Mais, m&#234;me dans ce cas, il subsiste un fond de v&#233;rit&#233; dont il nous faudra tenir compte dans notre analyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2 &#8211; Diverses d&#233;marches de la critique de soi&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; vrai dire, l'acuit&#233; du regard, la psychologie des peuples appliqu&#233;e &#224; autrui et &#224; soi-m&#234;me, c'est l&#224; une pratique famili&#232;re de tout temps aux Arabes. La po&#233;sie pr&#233;islamique est indicative des id&#233;aux arabes anciens, de leur vision d'eux-m&#234;mes et d'autrui. Cependant, ni le &lt;i&gt;fakhr&lt;/i&gt; ni le pan&#233;gyrique ne sont une repr&#233;sentation consciente et objective de soi. Le &lt;i&gt;fakhr&lt;/i&gt; est glorification de soi et affirmation en soi de la pr&#233;sence des vertus b&#233;douines de la &lt;i&gt;Muruwwa&lt;/i&gt;. Assez souvent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mais pas toujours, puisque le po&#232;te est aussi le d&#233;fenseur, le porte-parole (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le po&#232;te qui pratique la jactance est marginal et d&#233;viant par rapport &#224; son mode social. Dans l'&#233;preuve de la solitude et du rejet, le moi se dresse, superbe, pour d&#233;fier le monde, d'o&#249; ces accents d'amertume de la &lt;i&gt;L&#226;miyya&lt;/i&gt; de &lt;i&gt;Shanfar&#226;&lt;/i&gt;, d'orgueil solitaire, d'enflure m&#233;galomaniaque. Mais le moi reste int&#233;rieurement amarr&#233; au milieu qui l'a rejet&#233; : &#224; l'envers, dans l'impr&#233;cation, il y r&#233;f&#232;re, et c'est quand il croit le d&#233;fier qu'il en d&#233;pend le plus. La constellation psychique qui est &#224; la base de la jactance est donc toujours la compensation, compensation du moi humili&#233;, mitig&#233;e avec la conscience d'une coupure du milieu nourricier. Toutefois, la d&#233;pendance subsiste, car le moi ne r&#233;alise pas son v&#233;ritable &#234;tre mais tend simplement &#224; la r&#233;alisation de vertus int&#233;rioris&#233;es qui ont &#233;t&#233; &#233;labor&#233;es &#224; l'ext&#233;rieur, dans le creuset tribal. Ce genre litt&#233;raire, qui est &#224; l'&#233;vidence une des expressions les plus fermes du narcissisme arabe, devient ainsi appel &#224; autrui comme spectateur, t&#233;moin et admirateur de ce qu'on m'a d&#233;ni&#233;, que je ne suis peut-&#234;tre pas mais que je voudrais &#234;tre. L'&#226;me arabe se mire dans sa po&#233;sie y pr&#233;cise et affine ses id&#233;aux et se met &#224; vivre sous son propre, regard et dans le reflet du regard d'autrui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs ouvrages d'&lt;i&gt;Adab&lt;/i&gt; ou d'histoire enferment des d&#233;veloppements analytiques sur les vertus et d&#233;fauts compar&#233;s des peuples. Les mat&#233;riaux employ&#233;s datent du IIe si&#232;cle de l'H&#233;gire, c'est-&#224;-dire d'un moment historique o&#249; les Arabes, perdant leur supr&#233;matie exclusive, commencent &#224; douter d'eux-m&#234;mes. Au 1er si&#232;cle, la domination arabe sur une vaste partie de l'Ancien Monde a certes permis l'&#233;closion d'un orgueil de race qui n'avait peut-&#234;tre pas exist&#233; auparavant, mais cet orgueil &#233;tait diffus, simplement actif et non pas formul&#233;. C'est donc &#224; partir de l'&#233;poque abbasside et devant la naissance de la &lt;i&gt;Shu'&#251;biyya &lt;/i&gt;ou sentiment national et anti-arabe perse que, la compensation jouant, &#233;merge, dans la foule d'une r&#233;action d&#233;fensive, une nette formulation de l'orgueil arabe, coupl&#233;e avec une apparition consciente d'une image de soi et des autres. Mais si, dans ces ouvrages, l'exigence est neuve, si par ail leurs bien des repr&#233;sentations actuelles sont projet&#233;es sur l'&#233;poque archa&#239;que, il subsiste, &#224; n'en pas douter, des &#233;l&#233;ments anciens, des figures authentiquement vraies du pass&#233;, des souvenirs vifs et suffisamment pr&#233;cis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le &lt;i&gt;'&lt;/i&gt;&lt;i&gt;I&lt;/i&gt;&lt;i&gt;qd&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;I, 166-167.&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Khosro&#232;s est cens&#233; parler des diff&#233;rents peuples. Byzantins, Hindous, Chinois, Turcs sont, chacun dans sa demeure, rassembl&#233;s sous la houlette d'un pouvoir unifi&#233; et les trois premiers sont civilis&#233;s. Quant aux Arabes, &#171; je ne vois pas, dit-il, qu'ils poss&#232;dent rien de ces qualit&#233;s ni en religion ni dans la vie&#8230; Leur existence est une existence d'humilit&#233;, de p&#233;nurie, de mis&#232;re, et malgr&#233; cela, ils se glorifient. &#187; &#192; ce tableau d&#233;pr&#233;ciatif mais vraisemblable de ce que l'Islam appellera la &lt;i&gt;Dj&#226;hiliyya&lt;/i&gt; ou &#226;ge de l'anarchie et presque de la barbarie, le roi arabe Nu'm&#226;n aurait oppos&#233; l'autre face des choses. Il &#233;num&#232;re chez ses compatriotes &#171; leur dignit&#233;, leur invuln&#233;rabilit&#233;, la finesse de leurs visages, leur courage dans la guerre, leur g&#233;n&#233;rosit&#233;, la sagesse de leurs paroles, l'acuit&#233; de leur esprit et leur fiert&#233; &#187;. Les Arabes sont un peuple libre et ind&#233;pendant par vocation, ajoute-t-il. Ils n'ont jamais connu la servitude, cultivent le bon renom et chacun d'eux veut &#234;tre son propre roi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu avant la destruction par les Perses du royaume de &lt;i&gt;H&#238;ra&lt;/i&gt;, une d&#233;l&#233;gation se fait recevoir par le Roi des rois, qui aurait compris des sages et des orateurs de diff&#233;rentes tribus, la menace contre le petit royaume lakhmide &#233;tant pr&#233;sent&#233;e par les sources comme une menace g&#233;n&#233;rale d'assujettissement des Arabes. Les orateurs font alterner l'avertissement et le plaidoyer &lt;i&gt;pro domo&lt;/i&gt; : &#171; Les Arabes sont une nation &#8230; qui a toujours su d&#233;fendre sa demeure &#8230; Nos lances sont longues et notre vie courte&#8230; Mais si tu connais leur m&#233;rite, ils serviront ta gloire, si tu les appelles, ils te soutiendront. &#187; &#192; quoi Khosro&#232;s r&#233;torque qu'on lui a manqu&#233; de loyaut&#233; et dans ses propos, revient souvent cette id&#233;e que les Arabes sont un peuple de fourbes et de filous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute dans cette vision ambivalente du monde arabe ancien peut-on d&#233;celer le grand d&#233;bat sous-jacent entre Arabes et Persans du IIe si&#232;cle, mais il est remarquable que la conscience arabe ait fait siennes les critiques que d'autres ont pu lui adresser et qu'elle a pu reconna&#238;tre en elle-m&#234;me. Ainsi le &lt;i&gt;regard critique&lt;/i&gt; se conjugue-t-il avec le narcissisme. Ce regard, on le voit &#224; l'&#339;uvre dans le Coran o&#249; il se fait admonestation v&#233;h&#233;mente de la fourberie b&#233;douine. Mais dans le Coran, nulle complaisance pour les vertus dionysiennes de l'arabisrne qui vienne le contrebalancer. En fondant un nouveau monde de relations humaines orient&#233; sur une tout autre optique, il rompt radicalement avec le pass&#233; et c'est lui qui, en particulier, forge le concept de &lt;i&gt;Dj&#226;hiliyya&lt;/i&gt;. Pourtant cet &#226;ge de l'ignorance ou de la Violence avait, &#224; c&#244;t&#233; de ses fureurs, ses prestiges et sa beaut&#233; que les Arabes ont continu&#233; &#224; cultiver au Ier si&#232;cle. Ainsi, par-del&#224; l'Islam, les id&#233;aux de l'Ant&#233;-Islam persistent et les mod&#232;les humains qui en sont le support animent les compilations litt&#233;raires et les floril&#232;ges po&#233;tiques. Devant la mont&#233;e de la &lt;i&gt;Shu'&#251;biyya&lt;/i&gt;, Dj&#226;hiz prend la d&#233;fense des Arabes. Pesant lui aussi les m&#233;rites respectifs des nations, il avance que les Hindous ont compos&#233; des livres anonymes, que les Grecs sont pass&#233;s ma&#238;tres en philosophie et dans l'art de la logique, que les Perses sont des orateurs, mais que leur expression tire sa force de la d&#233;lib&#233;ration et de la r&#233;flexion pr&#233;alables&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bay&#226;n, III, 14 suiv.&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les Arabes, eux, ont en partage le g&#233;nie du verbe mais dans la spontan&#233;it&#233;, l'inspiration, dans l'absence de tout effort. Leur langue est la plus belle de la terre et le plus bel idiome arabe est celui des B&#233;douins&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., I, 110.&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;ographes et &#233;rudits ont multipli&#233; les observations sur la psychologie des peuples. L'orgueil de la langue et de la religion ne les obnubile pas toujours, bien loin de l&#224;. Les Arabes se distinguent par leur jalousie envieuse, les Berb&#232;res par leur irrationalit&#233; et leur sauvagerie, les Noirs par une pu&#233;rilit&#233; &#224; nulle autre &#233;gale&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble bien, en v&#233;rit&#233;, que les Arabes aient toujours plus ou moins clairement senti que les vertus b&#233;douines &#233;taient ambivalentes. Ce qui explique la permanence d'un jugement ambigu sur le monde b&#233;douin, tant&#244;t d&#233;pr&#233;ciatif, tant&#244;t laudatif. Nul doute que la personnalit&#233; de base originelle n'ait &#233;t&#233; b&#226;tie sur une constellation agressive, sur la peur de l'humiliation, sur tout ce fameux &#171; code de l'honneur &#187; que divers auteurs ont analys&#233;, bref qu'elle ait repos&#233; sur une structure dionysienne. Et cette personnalit&#233; archa&#239;que s'expliquerait par un certain nombre &#171; d'institutions primaires &#187; dont la structure tribale est la plus d&#233;cisive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, le Coran s'en est d&#233;tourn&#233; tout en en restant tributaire par certaines de ses composantes. Mais hors m&#234;me de l'espace psychique coranique, en dehors du milieu &lt;i&gt;qurayshite&lt;/i&gt; qui &#233;tait d&#233;j&#224; converti &#224; un syst&#232;me plus r&#233;gl&#233; de comportement, &lt;i&gt;le monde &lt;/i&gt;&lt;i&gt;b&#233;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;douin lui-m&#234;me&lt;/i&gt; a toujours pr&#233;sent&#233; l'autre face des choses, c'est-&#224; dire l'aspiration vers le &lt;i&gt;hilm&lt;/i&gt; (la ma&#238;trise de soi), la raison et le par don de l'offense. Une des figures les plus fascinantes de ce monde, &#224; l'&#233;poque primitive islamique, &#233;tait al-Ahnaf b-Oays, chef de la puissante tribu de Tam&#238;m, homme de raison s'il en fut et de mod&#233;ration. Ma&#238;triser sa col&#232;re, manifester une humeur &#233;gale, &#233;tait l'axe de son comportement. Sa vie fut la personnification de ce que pouvait donner la r&#233;pression de l'instinct d'agression, une victoire sur le moi et plus encore que sur le moi, sur la contrainte du syst&#232;me ext&#233;rieur, puisqu'il y avait d&#233;passement de l'id&#233;e d'honneur. Il est certain que son comportement repr&#233;sentait l'oppos&#233; du comportement arabe moyen ; mais, s'il &#233;tait, avec d'autres, admir&#233;, c'est que l'aspiration a la ma&#238;trise de soi coexistait avec les aspirations contraires dans la conscience collective. Inversement, si la rudesse d'Omar Ier &#233;tait ressentie comme telle, c'est que, pour &#234;tre la norme, elle n'&#233;tait pas l'id&#233;al. Ainsi le monde b&#233;douin rec&#233;lait-il, au plus profond de lui-m&#234;me, au-del&#224; de sa sph&#232;re ordinaire d'id&#233;aux, une autre sph&#232;re, vacillante et &#233;troite, d'id&#233;aux bien plus larges et plus humains, qui &#233;tait le lot des hommes sup&#233;rieurs, qu'on admettait pour eux mais non pour tous. Le Proph&#232;te lui-m&#234;me &#233;tait le Surmoi splendide du peuple arabe, qui d&#233;finissait la moralit&#233; vraie, mais au nom de Dieu. Al-Ahnaf, Mu'&#226;wiya &#233;taient des Surmoi profanes qui &#233;taient comme la conscience qu'avait le peuple arabe de son impulsivit&#233; et de ses infirmit&#233;s. Il les admirait, mais comme pour s'en &#233;tonner, pour revenir par apr&#232;s &#224; lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut croire cependant que la personnalit&#233; de base arabo-b&#233;douine &#233;tait suffisamment ferme, attractive et r&#233;sistante pour s'&#234;tre de tout temps impos&#233;e, par pans entiers ou par petits morceaux, aux divers mondes s&#233;dentaire, urbain ou villageois, aristocratique ou populaire. Les id&#233;aux b&#233;douins avaient p&#233;n&#233;tr&#233; profond&#233;ment les cours califales et dans les m&#234;mes ouvrages litt&#233;raires o&#249; &#233;tait d&#233;vers&#233; le moins pudique des m&#233;pris sur les &#171; rustres &lt;i&gt;A'r&#226;b&lt;/i&gt; &#187;, &#233;taient exalt&#233;es et cultiv&#233;es leurs valeurs. Ibn Khald&#251;n s'offusquait de leurs instincts pr&#233;dateurs, fonci&#232;rement hostiles &#224; la civilisation, mais admirait leur vocation imp&#233;riale, la force de cette solidarit&#233; consanguine qui savait arracher le pouvoir sur les hommes. Le monde citadin du Maghreb, dans ses couches &#233;lev&#233;es, refoulait, &#224; l'&#233;poque coloniale, le monde b&#233;douin dans les horizons de la barbarie et de la p&#233;nurie, mais sa personnalit&#233; de base &#233;tait marqu&#233;e, de l'int&#233;rieur, par mille traits de ce monde. Si bien que toute &#233;tude de la personnalit&#233; de base dans l'aire culturelle arabe se trouve obligatoirement confront&#233;e &#224; ce probl&#232;me de la persistance des syst&#232;mes b&#233;douins, de leurs gauchissements, de leurs invasions ou de leurs reculs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II &#8211; La personnalit&#233; de base&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept de personnalit&#233; de base, &#233;labor&#233; par Kardiner et son &#233;cole&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kardiner, The lndividual and his Society, traduit en fran&#231;ais sous le titre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, pour contestable qu'il soit, est un instrument commode d'analyse. La critique que d&#233;veloppe Kardiner de la th&#233;orie psychanalytique de Freud sous son double aspect de dynamique de la personnalit&#233; et de psychologie sociale est tout &#224; fait remarquable, encore qu'elle ne nous semble pas devoir entamer la validit&#233; de la trichotomie freudienne du &#231;a, du moi et du surmoi, essentiellement perceptible dans le pathologique, mais sans doute pr&#233;sente dans la personnalit&#233; normalement int&#233;gr&#233;e. Ce qui est int&#233;ressant dans la vision de Kardiner est qu'il d&#233;passe toutes les notions du sens commun sur le caract&#232;re national et la psychologie des peuples. &#171; La personnalit&#233; de base c'est la configuration commune &#224; tous les membres d'une culture &#187;, dit Dufrenne, ce dernier mot &#233;tant pris dans son sens anthropologique. C'est donc ce qui, dans le comportement de chacun, est un d&#233;nominateur commun &#224; tous les membres du groupe. Mais la personnalit&#233; de base, comme l'observe encore Mikel Dufrenne, n'est qu'une des composantes de la personnalit&#233; totale de l'homme, dont elle est le r&#233;sultat de l'action sur lui des institutions sociales. &#192; c&#244;t&#233; d'elle, chacun est dot&#233; d'une nature humaine qui le rattache &#224; la destin&#233;e universelle, il l'est aussi d'un caract&#232;re individuel qui en fait un sp&#233;cimen unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'on sait que, pour Kardiner, cette i&lt;i&gt;nstance partielle&lt;/i&gt; de l'&#234;tre qu'est donc la personnalit&#233; de base est conditionn&#233;e par ce qu'il appelle &#171; institutions primaires &#187;, o&#249; entrent en jeu les disciplines de base, les motivations &#233;conomiques, l'orientation g&#233;n&#233;rale de l'activit&#233; du groupe. &#192; son tour, elle s&#233;cr&#232;te des institutions secondaires comme les techniques magiques ou les syst&#232;mes religieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cueil primordial que pourrait rencontrer une tentative d'exploration de la personnalit&#233; de base arabe est que nous avons affaire ici &#224; une soci&#233;t&#233; historique et complexe. Historique, parce que le poids du pass&#233; est important, o&#249; l'on peut deviner des &#233;l&#233;ments int&#233;gr&#233;s, d'autres non adapt&#233;s au pr&#233;sent, d'autres encore morts, et que la r&#233;miniscence consciente ou les reviviscences provoqu&#233;es jouent leur r&#244;le. Complexe, du fait que les conditions socio-&#233;conomiques sont vari&#233;es dans cette immense aire culturelle, que les secteurs sociaux diff&#232;rent aussi au sein d'une m&#234;me soci&#233;t&#233;, que les degr&#233;s d'influence de l'ext&#233;rieur, tr&#232;s vivaces, se laissent difficilement cerner. Quelle diff&#233;rence sans doute entre l'Arabe b&#233;douin s&#233;dentaris&#233; de K&#251;fa au Ier si&#232;cle de l'H&#233;gire et le m&#234;me B&#233;douin irakien du XVIIIe si&#232;cle, mais aussi quelle diff&#233;rence entre le B&#233;douin tunisien de 1930 et le bourgeois citadin de Tunis &#224; la m&#234;me &#233;poque ! Quels points communs y a-t-il, d'un autre c&#244;t&#233;, entre un montagnard kabyle et un artisan de F&#232;s ou de Damas ? C'est que, dans la culture arabo-islamique pr&#233;moderne unifiante, se juxtaposaient les multiples cultures anthropologiques selon les d&#233;terminismes socio-g&#233;ographiques. Or l'inconscient est beaucoup plus tributaire des r&#233;alit&#233;s inf&#233;rieures que de la haute conscience culturelle. &#192; la rigueur, pourrait-on, comme l'a fait Berque&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le Maghreb d'hier &#224; demain &#187; in : Cahiers internationaux de Sociologie, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; pour le Maghreb colonial, op&#233;rer une coupe &#224; travers le &#171; syst&#232;me maghr&#233;bin &#187;, o&#249; appara&#238;traient quatre personnalit&#233;s de base accroch&#233;es &#224; quatre milieux humains globaux : s&#233;dentaires montagnards berb&#233;rophones, b&#233;douins arabo-phones, cit&#233;s islamiques traditionnelles, faubourgs ouvriers, avec cependant des chevauchements et des apparentements entre tel p&#244;le et tel autre p&#244;le. Mais si d&#233;j&#224; la domination coloniale a disloqu&#233; certaines de ces zones, que dire de la p&#233;riode de l'apr&#232;s-ind&#233;pendance o&#249; tous ces secteurs se sont trouv&#233;s happ&#233;s, malax&#233;s, projet&#233;s dans le creuset d'une modernit&#233; nationale &#224; la fois destructrice et unifiante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;videmment difficile d'appliquer actuellement tel quel le sch&#233;ma kardin&#233;rien au Maghreb et &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; &#224; l'ensemble du monde arabe. Toutefois, le m&#234;me Kardiner qui a surtout appliqu&#233; sa m&#233;thode &#224; des peuplades primitives telles que Marquisiens, Alorais, Comanches, l'a tent&#233;e sur une ville des &#201;tats-Unis, Plainville, et en a envisag&#233; l'extension &#224; l'Occident, consid&#233;r&#233; &#224; un certain niveau comme une culture particuli&#232;re. D'autres auteurs, comme Fromm&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Crise de la psychanalyse, &#233;ditions Anthropos.&#034; id=&#034;nh6-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, dans une tout autre perspective que celle d'une psychologie du Moi, utilis&#232;rent la concordance d&#233;j&#224; &#233;tablie par Abraham entre la fixation sur le stade anal et la tendance &#224; th&#233;sauriser, pour faire ressortir un type humain &#233;pargnant, individualiste et ordonn&#233;, repr&#233;sent&#233; par le bourgeois occidental entre le XVe et le XIXe si&#232;cle et continu&#233; par le petit-bourgeois d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dire qu'en d&#233;pit de toutes les r&#233;serves pr&#233;c&#233;dentes, l'esquisse d'une personnalit&#233; de base dans un vaste champ culturel, &#224; condition d'&#234;tre souple, est possible : on peut l'envisager pour des unit&#233;s telles que le monde arabe (avec ses variantes Macheck et Maghreb), l'Afrique Noire, l'Am&#233;rique du Sud, ou bien pour cet ensemble g&#233;ographique et humain qu'est le monde m&#233;diterran&#233;en. Mais, &#224; ce niveau d'extension, bien &#233;videmment, il faut renoncer &#224; toute rigueur descriptive ou explicative. Aussi bien allons-nous tenter l'application du concept de personnalit&#233; de base, con&#231;u de mani&#232;re non orthodoxe et enrichi par des consid&#233;rations historiques et politiques, au cas d'une aire restreinte, la Tunisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1093-L-homme-arabo-musulman-2-3' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Deuxi&#232;me partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Mais pas toujours, puisque le po&#232;te est aussi le d&#233;fenseur, le porte-parole et le propagandiste de sa tribu. Nous nous int&#233;ressons ici au &lt;i&gt;fakhr&lt;/i&gt; personnel et aux po&#232;tes d&#233;viants.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;I, 166-167.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Bay&#226;n, III, 14 suiv.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ibid., I, 110.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Kardiner, &lt;i&gt;The lndividual and his Society&lt;/i&gt;, traduit en fran&#231;ais sous le titre de &lt;i&gt;l'individu dans sa soci&#233;t&#233; &lt;/i&gt; ; &lt;i&gt;The Psychological frontiers of society&lt;/i&gt; ; Voir aussi Mikel Dufrenne, &lt;i&gt;La personnalit&#233; de base&lt;/i&gt;, et Roger Bastide, &lt;i&gt;Sociologie et Psychanalyse&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Le Maghreb d'hier &#224; demain &#187; in : &lt;i&gt;Cahiers internationaux de Sociologie&lt;/i&gt;, 1964. Encore que le point de vue de Berque soit celui de la sociologie descriptive, et non de la sociologie psychanalytique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Crise de la psychanalyse&lt;/i&gt;, &#233;ditions Anthropos.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>D'une subjectivit&#233; r&#233;fl&#233;chissante toujours &#224; faire &#234;tre</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?1086-D-une-subjectivite-reflechissante</link>
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		<dc:date>2021-11-25T11:17:28Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Gerassimos S.</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Scientisme</dc:subject>
		<dc:subject>Conf&#233;rence</dc:subject>
		<dc:subject>Type anthropologique</dc:subject>
		<dc:subject>Post-modernisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Article de Garassimos Stephanatos, r&#233;cemment disparu, tir&#233; de &#171; Actualit&#233; d'une pens&#233;e radicale. Hommage &#224; Cornelius Castoriadis &#187;, Vincent Descombes, Florence Giust-Deprairies, Mats Rosengren (eds), Upsala Universitet, Departement of Literature, 2019, pp. 21-32 Source Le titre de cette premi&#232;re journ&#233;e du Colloque rend hommage &#224; Cornelius Castoriadis auteur de &#171; L'&#233;tat du sujet aujourd'hui &#187; , ce qui n'est pas sans me rappeler sa conf&#233;rence avec le m&#234;me titre au IVe Groupe le 15 Mai (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-66-stephanatos-+" rel="tag"&gt;Gerassimos S.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-6-psychanalyse-+" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-224-scientisme-+" rel="tag"&gt;Scientisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-142-conference-+" rel="tag"&gt;Conf&#233;rence&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-216-type-anthropologique-+" rel="tag"&gt;Type anthropologique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-87-post-modernisme-+" rel="tag"&gt;Post-modernisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Article de &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1065-Hommage-a-Gerassimos-Stephanatos' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Garassimos Stephanatos, r&#233;cemment disparu&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, tir&#233; de &#171; Actualit&#233; d'une pens&#233;e radicale. Hommage &#224; Cornelius Castoriadis &#187;, &lt;i&gt;Vincent Descombes, Florence Giust-Deprairies, Mats Rosengren (eds)&lt;/i&gt;, Upsala Universitet, Departement of Literature, 2019, pp. 21-32&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.quatrieme-groupe.org/images/stories/publication/GSCornelius2019.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Source&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le titre de cette premi&#232;re journ&#233;e du Colloque rend hommage &#224; Cornelius Castoriadis auteur de &#171; L'&#233;tat du sujet aujourd'hui &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CASTORIADIS (C), &#171; L'&#233;tat du sujet aujourd'hui &#187;, in Topique, no 38, 1986, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ce qui n'est pas sans me rappeler sa conf&#233;rence avec le m&#234;me titre au IVe Groupe le 15 Mai 1986. Je garde un tr&#232;s vif souvenir de cette soir&#233;e &#224; la salle des conf&#233;rences de FIAP, rue de la Sant&#233;, qui accueillait &#224; l'&#233;poque des activit&#233;s scientifiques du &lt;i&gt;Quatri&#232;me Groupe&lt;/i&gt; et pr&#233;cis&#233;ment la s&#233;rie qu'on appelait des &#171; Confrontations critiques &#187;. Le discours de Castoriadis d&#233;concertait comme d'habitude l'auditoire par sa force et sa nouveaut&#233; ; cette conf&#233;rence faisant un retour apr&#232;s sa s&#233;paration avec Piera Aulagnier et son &#233;loignement du Quatri&#232;me Groupe o&#249; il avait travaill&#233; plusieurs ann&#233;es sans pour autant demander son habilitation comme analyste-membre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La rupture de Piera Aulagnier, de Fran&#231;ois Perrier et de Jean-Paul Valabrega (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Quoi qu'il en soit, ce retour est rest&#233; sans suite ; force est de constater que ses id&#233;es qu'il soit de l'imagination radicale ou de la socialisation de la &lt;i&gt;psych&#232;&lt;/i&gt; n'ont pas trouv&#233;, sauf quelques exceptions, l'&#233;cho qu'elles m&#233;ritent ni au &lt;i&gt;Quatri&#232;me Groupe&lt;/i&gt; ni dans les autres milieux psychanalytiques fran&#231;ais. Cependant Andr&#233; Green, comme il me disait dans une discussion informelle, lui avait propos&#233; de joindre la &lt;i&gt;Soci&#233;t&#233; psychanalytique de Paris&lt;/i&gt;, puisque Castoriadis avait fait une deuxi&#232;me analyse avec Michel Renard de la SPP apr&#232;s sa premi&#232;re analyse avec Ir&#232;ne Roublef analyste de l'&lt;i&gt;Ecole Freudienne et analysante de Lacan&lt;/i&gt;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Ni &#171; orthodoxe &#187; ni lacanien, Castoriadis garde son ind&#233;pendance institutionnelle et d'esprit. Il est un des premiers &#224; d&#233;noncer des pratiques lacaniennes et &#224; critiquer la th&#233;orie de Lacan qui constitue malgr&#233; tout une r&#233;f&#233;rence constante dans son &#339;uvre. Faut-il encore ajouter que le ton ouvertement pol&#233;mique de cette critique donnait tous les arguments, sinon tous les pr&#233;textes pour &#234;tre froidement accueillie ou ignor&#233;e par les psychanalystes fran&#231;ais, qui se trouvaient encore sous l'influence de Lacan ; le temps du d&#233;senchantement et de la lecture critique de la contribution lacanienne &#224; la psychanalyse &#233;tant venu plus tard. &lt;br class='manualbr' /&gt;Jean-Luc Donnet, analyste &#233;minent de la SPP et interlocuteur de Castoriadis, donne une image bien indicative de sa place dans le milieu psychanalytique. &#171; Il est apparu comme quelqu'un venu d'ailleurs[ ... ] pour moi le plus frappant dans ses textes est cette distance dans son regard sur l'analyse, un regard du dehors -&#224; l'&#233;poque je ne savais pas exactement quelle &#233;tait sa position d'analyste praticien &#8211; mais aussi tr&#232;s profond&#233;ment inform&#233;, et situant d'embl&#233;e la psychanalyse dans tout un ensemble de domaines scientifiques et, bien-s&#251;r, philosophiques. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CASTORIADIS (C), Dialogue, [Radio France, 1995], Paris, &#201;ditions de l'aube, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or, isol&#233;es de leur contexte et de l'estime de J-L. Donnet pour la pens&#233;e de Castoriadis, les expressions : &#171; venu d'ailleurs, regard du dehors sur la psychanalyse, ambig&#252;it&#233; sur sa position d'analyste praticien &#187; pourraient repr&#233;senter une image habituelle de Castoriadis : penseur politique, philosophe hors du temple qui s'int&#233;resse &#224; la psychanalyse sans &#234;tre vraiment psychanalyste. Image qui efface sa relation intime avec la chose freudienne et sa position de psychanalyste praticien engag&#233;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Mais, pour revenir &#224; sa conf&#233;rence sur &#171; L'&#233;tat du sujet aujourd'hui &#187;, Piera Aulagnier l'a publi&#233; dans &lt;i&gt;Topique&lt;/i&gt; quelques mois apr&#232;s, avec son premier paragraphe en exergue &#224; la quatri&#232;me de couverture de la revue. Il est &#224; noter &#8211; et cela m&#233;riterait un long commentaire &#8211; que les publications de Castoriadis dans des revues psychanalytiques sont bien rares. La publication en question venait dix ans apr&#232;s la &#171; La psychanalyse, projet et &#233;lucidation &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CASTORIADIS (C), &#171; La psychanalyse, projet et &#233;lucidation &#187; Topique, no 19, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (1977) et vingt ans apr&#232;s les &#171; &#201;pilegom&#232;nes &#224; une th&#233;orie de l'&#226;me que l'on a pu pr&#233;senter comme science &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CASTORIADIS (C), &#171; Epilegom&#232;nes &#224; une th&#233;orie de l'&#226;me que l'on a pu (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (1968), texte &#233;blouissant qui garde toujours son actualit&#233; et sa valeur. &lt;br class='manualbr' /&gt;Ces bribes du trajet psychanalytique de Castoriadis, en pr&#233;ambule, condensent plusieurs &#233;l&#233;ments qui nous questionnent sur l'accueil, la diffusion et les destins de ses &#233;crits psychanalytiques ; questions qui d&#233;passent le cadre de mon texte, consacr&#233; essentiellement &#224; la th&#233;orie de la subjectivit&#233; propos&#233;e par le penseur de la cr&#233;ation humaine, psychique et social-historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un cadre ontologique et m&#233;ta psychologique pour repenser la subjectivit&#233;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment peut-on relire trente ans apr&#232;s les th&#232;ses de Castoriadis sur la question du sujet ? Sa position critique visait d'une part les pr&#233;tendants, dans les ann&#233;es '60-70, de la mort du sujet et des &#171; processus sans sujet &#187; dans la lign&#233;e L&#233;vi-Strauss/Althusser/ Foucault ; et d'autre part ceux qui r&#233;duisaient le sujet humain &#224; sa dimension langagi&#232;re en le situant comme &#171; sujet de l'inconscient &#187; dans la lign&#233;e Lacan/Barthes/Derrida. &lt;br class='manualbr' /&gt;De nos jours, &#233;poque du n&#233;o-positivisme et du relativisme post-moderne de tout genre, des &#233;quations nihilistes et aussi des attaques sauvages contre la psychanalyse, o&#249; nous en sommes par rapport &#224; ce questionnement ? L'empirisme scientiste en coexistence paradoxale avec le relativisme intersubjectif, menacent l'apport freudien tant sur le plan th&#233;orique que pratique. L'abandon progressif de la m&#233;tapsychologie par des courants herm&#233;neutiques et narratives d'une certaine psychanalyse contemporaine, va de pair avec le renoncement aux notions de base comme le transfert au profit de l'empathie et d'une relation r&#233;elle analyste-analysant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; ce sujet l'ouvrage de KAHN (Laurence), Le psychanalyste apathique et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui vise une &#171; efficacit&#233; &#187; th&#233;rapeutique avec des r&#233;sultats tangibles sinon quantifiables ; d&#233;viation qui ne va pas sans &#233;voquer le conservatisme g&#233;n&#233;ralis&#233; de nos jours. &lt;br class='manualbr' /&gt;Repenser donc la question du sujet avec Castoriadis n'est ni inactuel, ni inutile. Sa r&#233;flexion cr&#233;e un cadre ontologique et m&#233;ta-psychologique op&#233;rant, loin du n&#233;o-positivisme, du relativisme intersubjectif et hors la formalisation linguistique et math&#233;matique de l'inconscient op&#233;r&#233;e par le dernier Lacan. Il s'agit d'un recentrage sur le sens, la signification, la temporalit&#233;, l'historicit&#233; et la repr&#233;sentation au plus pr&#232;s du pulsionnel freudien, sous l'&#233;gide de l'imagination radicale et de la cr&#233;ation. Faut-il encore repr&#233;ciser, au risque de la r&#233;p&#233;tition scolastique, de quel imaginaire et de quelle imagination parle Castoriadis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Digression sur l'imaginaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'usage fr&#233;quent et facile de l'imaginaire consiste &#224; sa r&#233;duction au &lt;i&gt;sp&#233;culaire&lt;/i&gt; lacanien et sa d&#233;nonciation syst&#233;matique comme foyer de l'illusion, de la m&#233;connaissance et de l'ali&#233;nation, oppos&#233; &#224; la puret&#233; glac&#233;e d'un Ordre symbolique souverain ; bien que dans la conception topologique, ternaire borrom&#233;enne de Lacan, il semble que l'imaginaire s'articule &#224; titre &#233;gal au symbolique et au r&#233;el. &lt;br class='manualbr' /&gt;L'imaginaire auquel se r&#233;f&#232;re Castoriadis n'est ni reflet, ni illusion, ne se r&#233;duit pas au sp&#233;culaire et nous ram&#232;ne &#224; Freud et &#224; sa th&#233;orie du fantasme (&lt;i&gt;Phantasie, Phantasieren&lt;/i&gt;), en radicalisant son origine et ses r&#233;sultats. &lt;br class='manualbr' /&gt;Que le fantasme tire son origine de la perte de l'objet, de l'absence de l'autre en soi est ind&#233;niable, cependant le fantasme n'est pas simple combinatoire d'&#233;l&#233;ments d&#233;j&#224; donn&#233;s et il ne poursuit qu'une trajectoire univoque sans modification&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la cr&#233;ativit&#233; de l'imaginaire insiste un certain nombre des travaux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans la conception cas&#173; toriadienne l'imaginaire est radical, parce qu'il cr&#233;e ex nihilo bien que jamais &lt;i&gt;in nihilo&lt;/i&gt;, ni &lt;i&gt;cum nihilo&lt;/i&gt;, sans moyens et pr&#233;suppositions, sans ce qui est d&#233;j&#224;-l&#224; ; c'est une v&lt;i&gt;isformandi a-causale&lt;/i&gt;, inventeur et cr&#233;ateur de tout monde des significations, des formes, des images, non simplement visuelles, mais des images au sens le plus g&#233;n&#233;ral, par exemple acoustiques ou tactiles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je rappelle que l'imaginaire radical dans la soci&#233;t&#233; agit comme imaginaire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et, il ne constitue d'aucune fa&#231;on une instance fondatrice hypostasi&#233;e, dans la mesure o&#249; le &#171; cr&#233;ateur &#187; n'est pas distinct de sa &#171; cr&#233;ation &#187;. &lt;br class='manualbr' /&gt;En ce sens, l'activit&#233; de fantasmatisation et d'imagination (&lt;i&gt;Phantasieren&lt;/i&gt; de &lt;i&gt;T&#228;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;tigkeit&lt;/i&gt;) dont parle Freud dans &#171; Le cr&#233;ateur litt&#233;raire et la fantaisie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;FREUD (s), &#171; Le cr&#233;ateur litt&#233;raire et la fantaisie &#187;, [ 1907] in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est radicalis&#233;e par et dans l'&#339;uvre de Castoriadis. L'imagination radicale se pose comme activit&#233; productrice des formes en rapport avec la pulsion, comme puissance insondable de formation de sch&#233;mas imaginaires nouveaux qui soutiennent le figurable et le pensable, parce que justement elle peut &#171; poser ou se donner, sous le mode de la repr&#233;sentation, une chose ou une relation qui ne sont pas donn&#233;es dans la perception ou ne l'ont jamais &#233;t&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CASTORIADIS (C), &#171; Imagination, imaginaire, r&#233;flexion &#187;, in Fait et &#224; faire, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle se diff&#233;rencie donc, nettement, de l'imagination &lt;i&gt;seconde&lt;/i&gt;, reproductive et combinatoire, et &#233;galement de la conception dominante chez Freud, tiraill&#233; entre le positivisme scientifique de son temps et sa propre imagination th&#233;orique ; entre le scientisme et la sp&#233;culation m&#233;tapsychologique, la &#171; sorci&#232;re m&#233;tapsychologie &#187; comme il l'appelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Freud se r&#233;f&#232;re au fantasme de la cuisine de la sorci&#232;re dans le Faust de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'imagination radicale est voisine de la &#171; sorci&#232;re &#187; freudienne. C'est la cat&#233;gorie qui &#233;chappe au rationalisme et qui nous met face &#224; l'&lt;i&gt;Ab&#238;me&lt;/i&gt; g&#233;n&#233;rateur &#8211; destructeur, &#224; la dimension &lt;i&gt;magmatique&lt;/i&gt; de l'&#234;tre et du monde, dans toute l'&#233;paisseur du trajet subjectal de l'&#171; ombilic &#187; du r&#234;ve au social-historique. Le mode d'&#234;tre du magma signifie, justement, que l'objet chaque fois consid&#233;r&#233;&#171; n'est ni r&#233;ductible aux organisations ensemblistes identitaires, ni &#233;puisable par elles &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CASTORIADIS (C), Fait et &#224; faire, op. cit, p. 31.&#034; id=&#034;nh7-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Autrement dit la&lt;i&gt; dimension ensembliste-identitaire&lt;/i&gt; est constamment pr&#233;sente, m&#234;me dans les op&#233;rations du r&#234;ve et son interpr&#233;tation, mais enti&#232;rement submerg&#233;e par le magma de l'inconscient et le magma des significations imaginaires sociales. &lt;br class='manualbr' /&gt;Tout bien consid&#233;r&#233;, je pense qu'en psychanalyse on ne peut ni gommer le caract&#232;re cr&#233;ateur de l'imaginaire ni escamoter la dimension ali&#233;nante qu'on rencontre dans certaines de ses configurations cliniques. &lt;br class='manualbr' /&gt;En ce sens, on ne peut mesurer la port&#233;e de l'imaginaire chez Lacan sans passer par la psychose parano&#239;aque et l'agressivit&#233; fonci&#232;re (corps morcel&#233; &#8211; corps unifi&#233;) du &lt;i&gt;stade du miroir&lt;/i&gt;, le sujet rivalisant en quelque sorte avec lui-m&#234;me. Cette identification (cet autre, c'est moi) serait la source de toutes les identifications ult&#233;rieures, ambivalent support du narcissisme et du lien social d'apr&#232;s Lacan&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir aussi &#224; ce sujet l'article de FLORENCE (J), &#171; Remarques (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'imaginaire sp&#233;culaire supporterait donc toute la dynamique projective du rapport du moi &#224; soi, &#224; son semblable et au monde. &lt;br class='manualbr' /&gt;En revanche pour Castoriadis&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir CASTORIADIS (C), L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;, op. cit. p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; toutes les conceptions qui veulent faire des formations imaginaires une r&#233;ponse &#224; une situation (du sujet ou de la soci&#233;t&#233;) d&#233;j&#224; bien d&#233;finie hors toute composante imaginaire, ou &#224; partir de donn&#233;es r&#233;elles ou structurale, sont secondes et d&#233;riv&#233;es. L'ali&#233;nation m&#234;me au d&#233;sir de l'Autre serait un moment second, le moment premier &#233;tant la r&#233;alisation de l'ali&#233;nation de l'Autre au sujet, par son asservissement et son appropriation totale dans le phantasme o&#249; l'Autre et l'objet ne sont &lt;i&gt;que comme le sujet.&lt;/i&gt; Le&#171; proto-sujet &#187;ne peut constituer l'Autre qu'en projetant sur lui son propre sch&#233;ma de toute puissance ; alors que le renoncement &#224; la toute-puissance originaire comme condition d'acc&#232;s au monde social-historique institu&#233; et au processus de subjectivation, va de pair avec la destitution de l'Autre de la toute-puissance imaginaire dont il l'a investi au pr&#233;alable. Le social est ainsi pos&#233; au d&#233;part, sinon l'on n'aura jamais qu'une conception simplement narcissique et ferm&#233;e de la subjectivit&#233; et de la subjectivation. &lt;br class='manualbr' /&gt;La conception lacanienne, en r&#233;duisant l'imaginaire au sp&#233;culaire, confond l'imagination avec la force leurrante de l'illusion et s'av&#232;re inapte de rendre compte de la puissance d'&lt;i&gt;auto-alt&#233;ration&lt;/i&gt; et d'&lt;i&gt;autocr&#233;ation&lt;/i&gt; qui correspond &#224; l'imagination radicale du sujet en analyse. L'institution de la cure permet, justement, que le ph&#233;nom&#232;ne transf&#233;rentiel &#233;merge dans sa dimension radicalement cr&#233;atrice ex nihilo. Il n'y a pas seulement r&#233;p&#233;tition du pass&#233;, il y a m&#234;me &#233;mergence, apparition des nouvelles formes, des nouvelles repr&#233;sentations correspondantes aux restructurations psychiques d'un sujet qui ne s'enferme pas dans les structures fig&#233;es du structuralisme. L'auto-alt&#233;ration comme cr&#233;ation et destruction va de pair avec l'insistance comme conservation et r&#233;p&#233;tition, mais la r&#233;p&#233;tition ne serait m&#234;me pas rep&#233;rable comme telle, si elle n'&#233;mergeait pas dans un &#171; proc&#232;s de non-r&#233;p&#233;tition &#187;, &#224; savoir de cr&#233;ation continu&#233;e. &lt;br class='manualbr' /&gt;S'il est vrai qu'une dimension r&#233;gressive, allant de pair avec l'apparition de la r&#233;p&#233;tition dans le transfert, est indiscutablement pr&#233;sente et n&#233;cessaire au d&#233;roulement de la cure analytique, il est aussi vrai qu'on rencontre toujours une dimension &lt;i&gt;po&#239;&#233;tique&lt;/i&gt;. La construction du pass&#233; du sujet en analyse (ou pas) n'est pas du pass&#233; re-compos&#233;, mais du pass&#233; cr&#233;&#233;-recr&#233;&#233; permettant justement au patient de devenir coauteur d'une histoire, souligne Castoriadis, qui n'est plus v&#233;cue comme fatalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Retour &#224; la question du sujet&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, repenser le sujet dans ce contexte renvoie &#224; la question de la psych&#233; comme telle, et de la psych&#232; socialis&#233;e, &#224; savoir ayant subi et subissant toujours un processus de socialisation. Et, conjointement, ce m&#234;me questionnement renvoie, comme on le verra par la suite, &#224; la r&lt;i&gt;&#233;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;flexivit&#233; cr&#233;atrice&lt;/i&gt;, au mouvement m&#234;me qui fonde la subjectivit&#233; humaine, &#224; la possibilit&#233; donc pour le sujet de &#171; se r&#233;fl&#233;chir, poser comme objet-non objet, comme entit&#233;, ce qui ne l'est pas, &#224; savoir son propre processus de pens&#233;e &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CASTORIADIS (C), Le monde morcel&#233;, op. cit., p. 276.&#034; id=&#034;nh7-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le sujet y appara&#238;t non comme substance, mais comme question et comme projet qui prend forme de fa&#231;on privil&#233;gi&#233;e dans une psychanalyse. &lt;br class='manualbr' /&gt;Je rappelle sch&#233;matiquement que les diff&#233;rentes orientations psychanalytiques propos&#233;es sur la th&#233;matique du sujet vont d'une extr&#233;mit&#233; o&#249; le sujet est amalgam&#233; au Moi &#8211; c'est la position dite classique &#8211; &#224; une autre o&#249; le sujet est situ&#233; aux antipodes du Moi &#8211; c'est la th&#232;se lacanienne &#8211; , alors que d'autres dans une situation m&#233;diane invoqueront une fonction &#171; moi-sujet &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La fonction &#171; moi-sujet &#187; est &#233;voqu&#233;e en principe par Andre Green.&#034; id=&#034;nh7-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui tout en d&#233;marquant le sujet du Moi tiennent &#224; consid&#233;rer les liens qui se trament entre ces deux instances. &lt;br class='manualbr' /&gt;Quant &#224; la notion du &lt;i&gt;Je&lt;/i&gt; de la m&#233;tapsychologie de P. Aulagnier je l'entends comme le Je d'un sujet, &#224; savoir comme une instance psychique fond&#233;e par le langage et distincte aussi bien du moi freudien (Ich), que du sujet lacanien comme pur effet du signifiant. Ce Je est pensant et connaissant ; le savoir sur lui-m&#234;me &#233;tant anticip&#233; par le discours maternel et ensuite se faisant &#224; travers un travail d'auto-historisation. Il est inclus dans la temporalit&#233; et d&#233;riv&#233; de l'ensemble des &#233;nonc&#233;s identificatoires du discours maternel et du discours des autres de l'ensemble social dans lesquels il s'est successivement reconnu. &lt;br class='manualbr' /&gt;En ce qui concerne la conception castoriadienne du sujet, je dirai d'embl&#233;e qu'elle condense les principes g&#233;n&#233;raux et les pr&#233;suppos&#233;s ontologiques de sa r&#233;flexion sur &lt;i&gt;l'&#234;tre /&#233;tant total&lt;/i&gt; : vivant &#8211; psych&#232; - individu social - soci&#233;t&#233; et elle conduit &#224; la formulation d'un concept englobant du sujet, on dirait d'un &#171; sur-sujet &#187;, &lt;i&gt;qui est pour autant&lt;/i&gt; &#8211; je souligne &#8211; &lt;i&gt;essentiellement fragment&#233;&lt;/i&gt;. La fragmentation de l'&#234;tre total et l'existence des mondes propres sont des &#171; faits &#187; pour le penseur de la cr&#233;ation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CASTORIADIS (C), Fait et &#224; faire, Paris, Seuil, 1997, p. 14.&#034; id=&#034;nh7-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et ils impliquent la possibilit&#233; et l'effectivit&#233; de surgissement dans l'&#234;tre/&#233;tant des formes nouvelles et irr&#233;ductibles, &#224; savoir des formes que nous ne pouvons produire ou d&#233;duire &#224; partir de quelque chose de d&#233;j&#224; donn&#233;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Or, dans toutes les strates de l'&#234;tre, dans tous les niveaux -vivant, psych&#233;, soci&#233;t&#233; &#8211; il y a activit&#233; d'imagination, et autoconstitution sur le monde d'&#234;tre du &lt;i&gt;pour-soi.&lt;/i&gt; &#192; savoir &#233;mergences des mondes propres caract&#233;ris&#233;s par une dimension repr&#233;sentative/affective, une relative auto-finalit&#233; et surtout par une &lt;i&gt;cl&#244;ture&lt;/i&gt; informationnelle, cognitive, organisationnelle. En d'autres termes, chaque strate incarne une cr&#233;ation particuli&#232;re, le passage entre strates est abyssal. De m&#234;me, il y a morcellement &#224; l'int&#233;rieur de chaque strate consid&#233;r&#233;e, en l'occurrence le psychique. &lt;br class='manualbr' /&gt;De l'existence du pour-soi dans la psych&#233; t&#233;moigne la multiplicit&#233; des instances psychiques et la formulation de diff&#233;rentes topiques qu'il s'agisse des deux topiques freudiennes (conscient-inconscient et &#231;a-moi -surmoi), des&#171; positions &#187; kleiniennes ou d'autres, celle de Piera Aulagnier articulant originaire, primaire, secondaire ou encore celle de Castoriadis posant au d&#233;part une monade psychique close sur elle-m&#234;me qui &#233;clate pendant une phase triadique (sujet-autre-objet ), puis traverse une phase &#339;dipienne pour aboutir finalement moyennant les divers processus de sublimation &#224; l'individu social. &lt;br class='manualbr' /&gt;Somme toute, la stratification irr&#233;guli&#232;re de l'&#234;tre/&#233;tant total, la complexit&#233; des domaines et des niveaux (corps biologique &#8211; psych&#232; inconsciente et consciente &#8211; individu social), la multiplicit&#233; des instances dans les diff&#233;rentes topiques de la psych&#232; conduisent &#224; une conception du sujet humain qui ne le r&#233;duit pas &#224; la dimension du langage, ni ne l'instaure comme sujet de l'inconscient &#187; lacanien. &lt;i&gt;C'est dans la fragmentation essentielle de l'&#234;tre/&#233;tant que Castoriadis &#224; la fois comme philosophe et comme psychanalyste retrouve les constituants du sujet humain, dont l'unit&#233; &#233;nigmatique est &#224; faire dans toute psychanalyse. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De la po&#239;&#233;sis psychique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a multiplicit&#233; des niveaux d'&#234;tre et il y a multiplicit&#233; de sens du terme &#234;tre. L'&#234;tre d'apr&#232;s Castoriadis n'est jamais un simple &#234;tre des &#233;tants, chaque stratification des &#233;tants, r&#233;v&#232;le un autre aspect du sens de l'&#234;tre, et par cons&#233;quence &#171; il est impossible de s&#233;parer r&#233;flexion de l'&#234;tre et r&#233;flexion des &#233;tants comme il est impossible de s&#233;parer r&#233;flexion de l'&#234;tre et th&#233;orie de la connaissance &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibidem, p.10.&#034; id=&#034;nh7-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le d&#233;passement de la fameuse diff&#233;rence ontologique me para&#238;t plus qu'&#233;vident quant &#224; la th&#233;orisation et la pratique analytique, appuy&#233;es sur la r&#233;flexivit&#233; cr&#233;atrice, bas&#233;es sur le transfert et le contre-transfert. C'est la prise en consid&#233;ration du point de vue de chaque instance qui rend possible la compr&#233;hension de la conflictualit&#233; inh&#233;rente de la psych&#233;. De plus, concevoir l'inconscient avec Castoriadis comme un autre niveau de l'&#234;tre et non seulement comme le latent du manifeste de la conscience, c'est &#233;clairer diff&#233;remment le champ de l'interpr&#233;table et situer le travail analytique plus proche de la construction interpr&#233;tative cr&#233;atrice que du mod&#232;le de la traduction conscient-inconscient. &lt;br class='manualbr' /&gt;L'autod&#233;ploiement de l'&#234;tre/&#233;tant s'op&#232;re comme d&#233;hiscence, s&#233;paration, morcellement, comme cr&#233;ation interminable inexhaustible, &#224; travers quoi subsiste une &#233;nigmatique unit&#233;, celle du sujet humain, celle du monde organis&#233;. En r&#233;introduisant I'Ab&#238;me, le Chaos, le Sans Fond g&#233;n&#233;rateur-destructeur au c&#339;ur de la logique rationnelle et ses constructions, Castoriadis met en relief la dimension po&#233;tique, magmatique, cr&#233;atrice et essentiellement imaginaire de l'&#234;tre et du monde. Autrement dit la dimension ensembliste-identitaire est constamment pr&#233;sente -sans quoi nous ne pourrions ni parler ni exister -mais enti&#232;rement submerg&#233;e par le magma des significations imaginaires sociales et le magma de l'inconscient. &lt;br class='manualbr' /&gt;La logique ensembliste-identitaire r&#233;duit le travail psychique et notamment celui du r&#234;ve, &#224; une combinatoire &#8211; ind&#233;termin&#233;e dans ces r&#233;sultats, mais non dans ses composants &#8211; d'&#233;l&#233;ments repr&#233;sentatifs &lt;i&gt;d&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#233;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;j&#224; donn&#233;s&lt;/i&gt;, aboutissants &#224; d'autres repr&#233;sentations plus complexes et finalement au texte du r&#234;ve. Cette logique occulte l&lt;i&gt;'imagination po&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#239;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#232;tique du r&#234;ve&lt;/i&gt; tandis que le renvoi des &#233;l&#233;ments du r&#234;ve toujours &#224; autre chose jusqu'&#224; son &#171; ombilic &#187;, r&#233;introduit fatalement non seulement l'inconnu, mais aussi le non-d&#233;termin&#233;, voire le po&#239;&#233;tique. &lt;br class='manualbr' /&gt;Or, en radicalisant le travail du r&#234;ve, la &lt;i&gt;Traumarbeit&lt;/i&gt; freudienne, le penseur de la cr&#233;ation red&#233;couvre dans la r&#233;gion du psychique la puissance de formation insondable de sch&#233;mas imaginaires nouveaux soutenant le pensable. La formation du r&#234;ve pr&#233;cis&#233;ment, si on la consid&#232;re comme sc&#232;ne de projection d'un sujet invisible, fait appara&#238;tre, selon Freud, &#171; une multiplicit&#233; du Moi qui ne se pr&#234;te &#224; aucune situation sc&#233;nique, mais qui est restitu&#233;e par le travail d'interpr&#233;tation &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;FREUD (s), &#171; Remarques sur la th&#233;orie et la pratique de l'inter&#173; pr&#233;tation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette multiplicit&#233; du Moi dont il s'agit ici, n'est pas du morcellement r&#233;sultant de la &lt;i&gt;Spaltung&lt;/i&gt;. Au contraire, elle nourrit un processus d'int&#233;gration d'aspects divers parfois contradictoires, &#224; savoir un processus de ressaisie du pulsionnel dans le psychique, qui nous permet de consid&#233;rer le sujet comme &lt;i&gt;agent pulsionnel pris dans un rapport de signifiance&lt;/i&gt;. Mais il faut bien maintenir les deux termes &#8211; pulsionnel et signifiance &#8211; car chacun sans l'autre m&#232;nerait hors psychanalyse : une signifiance sans &#233;nerg&#233;tique pulsionnelle se r&#233;duit en effet &#224; l'intellectualit&#233; grammaticale, alors qu'un pulsionnel sans signifiance ferait d&#233;vier sur le biologique instinctuel. &lt;br class='manualbr' /&gt;Je dirais, donc, que le sujet s'autor&#233;f&#233;rant et se r&#233;fl&#233;chissant tend inlassablement &#224; s'approprier le sens des forces qui le d&#233;terminent, en suivant l'imp&#233;ratif cat&#233;gorique freudien &lt;i&gt;Wo Es war, soll ich werden&lt;/i&gt; &#8211; l&#224; o&#249; &#233;tait &#199;a, Je dois advenir &#8211; , alors que persiste toujours un manque, &#224; savoir l'impossible d'une r&#233;cup&#233;ration compl&#232;te de ce qui appartient &#224; la cat&#233;gorie de la force, et du d&#233;sir dans la langue. &lt;br class='manualbr' /&gt;En d'autres termes encore, &lt;i&gt;le sujet &#224; l'instar des &#233;l&#233;ments du r&#234;ve est une sc&#232;ne in&#233;puisable, qui nous renvoie ind&#233;finiment &#171; &#224; quelque chose d'autre &#187;&lt;/i&gt;, &#224; l'infini de la repr&#233;sentation, &#224; l'insondable du sens. Mais, la non-d&#233;termination de ce-qui-est, je dirai avec des mots de Castoriadis, n'est pas simple ind&#233;termination au sens privatif, elle est &#233;mergence de d&#233;terminations autres que celles d&#233;j&#224; existantes. Nouvelles d&#233;terminations par et pour le sujet qui se manifeste dans la r&#233;ception ou le rejet d'une interpr&#233;tation, comme &lt;i&gt;source ind&#233;terminable de sens, comme capacit&#233; (virtuelle) de r&#233;flexion et de &lt;/i&gt;&lt;i&gt;r&#233;-action&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CASTORIADIS (C), Le monde morcel&#233;, op. cit., p.192.&#034; id=&#034;nh7-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans ce m&#234;me sens, la formule castoriadienne &#171; effet qui d&#233;passe ses causes, cause qui n'&#233;puise pas ses effets &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CASTORIADIS (C), Les carrefours du labyrinthe, Paris, Seuil, 1978, p. 43.&#034; id=&#034;nh7-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; r&#233;sume ce qu'on retrouve constamment dans l'activit&#233; et la th&#233;orisation de la psychanalyse et repr&#233;sente pour moi une des d&#233;finitions possibles du magma et de sa logique. En m&#234;me temps elle fait appara&#238;tre l'&#234;tre comme incessant &lt;i&gt;&#224;-&#234;tre&lt;/i&gt; sans rapport ni avec le &lt;i&gt;d&#233;sert&lt;/i&gt; lacanien ni avec la conception de l'&#234;tre de l'ontologie h&#233;rit&#233;e ; un &lt;i&gt;&#234;tre-sujet&lt;/i&gt; r&#233;flexif et en puissance autonome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Psych&#232;, individu social, subjectivit&#233; autonome&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les m&#233;andres du mouvement incessant de la monade psychique originaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une discussion critique du concept de la monade psychique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#224; l'individu social, s'inscrit la potentialit&#233; du devenir sujet autonome. Repenser donc la psych&#233; et la subjectivit&#233; revient &#224; retracer le chemin parcouru d'un noyau repr&#233;sentatif originaire -postul&#233; en-de&#231;&#224; de l'inconscient freudien et reli&#233; au corps &#8211; jusqu'au Je charg&#233; de maintenir l'unit&#233; de la subjectivit&#233; et de garantir son rapport &#224; l'institution sociale. Ce chemin ontologique et m&#233;tapsychologique m'a d&#233;j&#224; amen&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir ma cornmunication &#171; Repenser la psych&#233; comme imagina&#173; tion radicale &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#224; reconsid&#233;rer l'&#339;uvre de Castoriadis dans sa rencontre avec l'&#339;uvre clinique de P. Aulagnier en suivant deux fils conducteurs ; d'une part la question de l'activit&#233; repr&#233;sentative originaire de la psych&#233;, d'autre part le travail auto-cr&#233;ateur de construction de soi-m&#234;me, en d'autres termes le processus de subjectivation que j'appelle &lt;i&gt;po&#239;&#232;sis de soi-m&#234;me&lt;/i&gt; &lt;i&gt;et du monde&lt;/i&gt;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Dans cet horizon pratico-poi&#232;tique s'inscrit le &lt;i&gt;processus de socialisation de la psych&#233;&lt;/i&gt;, comme &#233;tant l'int&#233;riorisation des significations imaginaires sociales par la psych&#233; de l'infans, &#224; travers l'investissement du premier Autre maternel, que P. Aulagnier appelle &lt;i&gt;porte-parole de l'ensemble&lt;/i&gt;. La monade psychique essentiellement a-sociale et folle, doit sous peine de non-existence, faire appel &#224; l'autre maternel, premier repr&#233;sentant du monde et pr&#233;cis&#233;ment pour Castoriadis du monde social-historique. Premier possesseur, je dirais, du sein de la signification qui r&#233;pond au besoin imp&#233;rial de &lt;i&gt;l&lt;/i&gt;&lt;i&gt;'i&lt;/i&gt;&lt;i&gt;n&lt;/i&gt;&lt;i&gt;fans&lt;/i&gt; de donner sens &#224; l'affect et la figuration du d&#233;plaisir qui rompt la cl&#244;ture de la monade et constitue par l&#224; un premier espace hors-soi. &lt;br class='manualbr' /&gt;Tout au long du processus de socialisation, la relation &#224; l'autre et aux autres impose &#224; la monade psychique une succession de ruptures violentes, expression d'une &lt;i&gt;violence primaire&lt;/i&gt; autant que n&#233;cessaire pour P. Aulagnier. En contrepartie, la soci&#233;t&#233; fournit au sujet du sens, des rep&#232;res identificatoires, des objets de d&#233;rivation des pulsions et des d&#233;sirs, mais aussi une certitude sur l'origine, la g&#233;n&#233;alogie et son appartenance &#224; l'ensemble humain. C'est comme si l'institution social-historique venait encadrer la probl&#233;matique identificatoire du sujet et fait que cette derni&#232;re n'est pas prise au pi&#232;ge d'une relation imaginaire ali&#233;nante. P. Aulagnier propose l'id&#233;e d'un &lt;i&gt;contrat narcissique&lt;/i&gt; sign&#233; par l'enfant et le groupe social, th&#233;oris&#233; au sens plut&#244;t du narcissisme secondaire en tant que r&#233;ajustement du narcissisme primaire par l'appropriation des effets propres &#224; l'&lt;i&gt;identification symbolique.&lt;/i&gt; Dans ce sens on peut &#233;tablir un lien entre cette op&#233;ration et l'&lt;i&gt;identification au p&#232;re mort de la pr&#233;histoire personnelle&lt;/i&gt; th&#233;oris&#233;e par Freud, comme &#233;tant une identification inconsciente qui ouvre la voie au culturel et au social : elle est transmise par la m&#232;re au nom du P&#232;re et elle fonctionnerait comme un premier organisateur symbolique par l'int&#233;riorisation des significations imaginaires sociales et par le renforcement du sentiment d'appartenance &#224; l'ensemble humain. &lt;br class='manualbr' /&gt;Or, dans les repr&#233;sentations conscientes et inconscientes de l'individu singulier, on retrouve des &#233;quivalences ou des traductions des significations imaginaires sociales qui v&#233;hiculent des &#233;l&#233;ments du social et du culturel. Cependant on ne peut r&#233;duire le monde des significations institu&#233;es aux repr&#233;sentations individuelles effectives, ni &#224; leur partie soi-disant commune ou typique. Les significations sociales sont justement, d'apr&#232;s Castoriadis, ce &#171; moyennant et &#224; partir de quoi les individus sont form&#233;s comme individus sociaux, pouvant participer au faire et au repr&#233;senter/faire sociaux &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CASTORIADIS (C), L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;, op.cit. p. 489.&#034; id=&#034;nh7-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. A. Green de son c&#244;t&#233; se limite &#224; dire que les images valoris&#233;es par chaque culture font communiquer les dimensions groupale et individuelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;GREEN (A), Pourquoi les pulsions de destruction ou de mort ?, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais autant la psych&#233; ne se r&#233;duit pas au social et n'est jamais socialisable sans restes, autant les significations imaginaires sociales ne sont pas seulement, ni n&#233;cessairement r&#233;ductibles &#224; la d&#233;sexualisation sublimatoire de la pulsion. Castoriadis donc, pour rendre compte de l'appropriation du social par la psych&#233; &#233;largit le proc&#232;s freudien de la sublimation et le pose &#224; l'origine de l'instauration d'une intersection du monde priv&#233; et du monde public. Intersection qui permet &#224; la psych&#233;, par une d&#233;liaison relative de la pulsion, de remplacer ses objets propres -y compris sa propre image-par des objets socialement valoris&#233;s. &lt;i&gt;La sublimation est la face psychique du processus dont la face sociale est la fabrication de l'individu&lt;/i&gt;, selon la formule percutante de Castoriadis&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CASTORIADIS (C), Le monde morcel&#233;, op. cit., p. 53&#034; id=&#034;nh7-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce processus &#233;chappe aux rep&#232;res freudiens classiques, s'oppose aux cat&#233;gories lacaniennes surtout &#224; celle de la Loi quasiment transcendante&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans ce contexte la r&#233;f&#233;rence lacanienne &#224; la Loi comme condition (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et &#233;claire la fabrication social-historique de l'individu, en apportant &#224; la psychanalyse une pi&#232;ce ma&#238;tresse qui reste &#224; repenser et r&#233;&#233;valuer. Mais sa th&#233;orisation est difficilement admise tant par les psychanalystes que les sociologues, elle se heurte &#224; la difficult&#233; d'admettre que la psych&#233; et la soci&#233;t&#233; bien qu'ins&#233;parables, sont radicalement irr&#233;ductibles l'une &#224; l'autre. La socialisation de la psych&#233; est indissociablement l'histoire conflictuelle d'une psychogen&#232;se et d'une sociogen&#232;se, leur aboutissement commun &#233;tant l'&#233;mergence de l'individu social comme coexistence toujours impossible et toujours r&#233;alis&#233;e d'un monde priv&#233;, singulier et d'un monde public commun et partag&#233;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Il faut donc introduire des distinctions et des d&#233;finitions. Nous sommes oblig&#233;s de distinguer &lt;i&gt;la psych&#232; et ses instances&lt;/i&gt; de l&lt;i&gt;'individu social&lt;/i&gt;, et diff&#233;rencier celui-ci de ce que Castoriadis appelle une &lt;i&gt;subjectivit&#233; autonome&lt;/i&gt; comme virtualit&#233; de l'&#234;tre humain. L'individu social est &#224;-peu-pr&#232;s coextensif de ce qu'on appelle Moi ou Je conscient. Il est capable de penser, mais en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale il n'est pas en mesure de mettre en question les cadres institu&#233;s internes (Surmoi, Id&#233;al du moi) ou externes (institutions sociales), ni par cons&#233;quent de se mettre en question lui-m&#234;me ; cette propri&#233;t&#233;, justement, est une conqu&#234;te de la subjectivit&#233; r&#233;fl&#233;chissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Du Je &#224; la subjectivit&#233; r&#233;fl&#233;chissante&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout &#233;tat de cause, l'impossibilit&#233; th&#233;orico-clinique de faire se superposer int&#233;gralement existence du psychique et existence de la subjectivit&#233;, repose la question de l'unit&#233; du sujet qui reste toujours une &lt;i&gt;unit&#233; &#224; faire &#234;tre. &lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Si l'existence de l'appareil psychique pr&#233;suppose la permanence de ses topiques et la conservation de la cl&#244;ture de chacune de ses instances, son fonctionnement exige toujours une relative rupture de chaque cl&#244;ture et le d&#233;passement de l'ext&#233;riorit&#233; r&#233;ciproque entre instances : Moi, Je, &#199;a, Surmoi, Id&#233;al du moi. Castoriadis fournit une image saisissante des instances comme une boule ferm&#233;e &#8211; c'est cela que veut dire cl&#244;ture &#8211; qui s'autodilate dans son interaction avec d'autres boules en modifiant son mode d'ajustement avec elles. &lt;i&gt;La subjectivit&#233; humaine est ainsi une boule pseudo-ferm&#233;e qui peut s'auto-dilater, peut interagir avec d'autres pseudo-boules du m&#234;me type et peut remettre en question les conditions ou les lois de sa cl&#244;ture. &lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Ces conditions de d&#233;passement de l'ext&#233;riorit&#233; r&#233;ciproque entre instances, rendent possible la cure analytique, mais aussi et surtout l'extension et la modification de la subjectivit&#233; humaine vers le &#171; dehors &#187; et le &#171; dedans &#187;. C'est une possibilit&#233;, une virtualit&#233; &#8211; comme je l'ai d&#233;j&#224; soulign&#233; &#8211; en relation d'interd&#233;pendance avec l'institution sociale, mais elle s'enracine essentiellement dans le travail de l'imagination radicale et la r&#233;flexivit&#233; du sujet. Moyennant son imagination radicale qui donne la facult&#233; de &lt;i&gt;quid pro quo&lt;/i&gt; (voir dans une chose autre chose) le sujet peut se r&#233;fl&#233;chir, &lt;i&gt;de voir double, de se voir double, de se voir tout en se voyant comme autre, de se repr&#233;senter comme activit&#233; repr&#233;sentative et des' agir comme activit&#233; agissante&lt;/i&gt;'&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CASTORIADIS (C), Le monde morcel&#233;, op.cit., p. 276.&#034; id=&#034;nh7-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans ce m&#234;me esprit P. Aulagnier affirme que toute repr&#233;sentation est indissociablement repr&#233;sentation de l'objet et de l'instance psychique qui le repr&#233;sente&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;AULAGNIER (P), La violence de l'interpr&#233;tation, Paris, PUF, 1975&#034; id=&#034;nh7-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, alors qu'A. Green int&#232;gre le d&#233;doublement r&#233;flexif au travail du n&#233;gatif&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;GREEN (A), Le travail du n&#233;gatif, Paris, &#201;ditions de Minuit, 1993&#183;&#034; id=&#034;nh7-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De plus, si on prend en consid&#233;ration le r&#244;le fondamental des identifications, on constate que le &lt;i&gt;Je&lt;/i&gt; aulagnien appr&#233;hende sa subjectivit&#233;, ses relations avec son corps, l'autre et le monde &#224; travers la probl&#233;matique identificatoire qui lui impose, sous peine de psychose, la sauvegarde de l'unit&#233; entre ses deux composantes &lt;i&gt;l'identifiant&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;l'identifi&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#233;&lt;/i&gt; ; dualit&#233; fondamentale qui exige la r&#233;flexion permanente du Je sur lui-m&#234;me, en reposant au niveau du processus secondaire, la relation originaire de compl&#233;mentarit&#233; qui unit le repr&#233;sentant et la repr&#233;sentation du monde, chacun &#233;tant pour l'autre condition de son existence. Or, si la question d'une certaine unit&#233; du sujet humain peut &#234;tre abord&#233;e dans la topique d'Aulagnier par le biais de l'unit&#233; &#171; identifiant-identifi&#233; &#187; d'un Je d&#233;fini par son savoir sur lui-m&#234;me, pour Castoriadis il s'agit essentiellement de l'&lt;i&gt;unit&#233; de la repr&#233;sentation refl&#233;chie de soi et des activit&#233;s d&#233;lib&#233;r&#233;es que l'on entreprend. &lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Je soutiendrai, donc, que le Je a &#224; devenir cette subjectivit&#233; r&#233;fl&#233;chissante, dans un processus sans fin correspondant &#224; la dimension r&#233;fl&#233;chie et pratique de notre imagination comme source de cr&#233;ation, qui se manifeste par la capacit&#233; &#233;mergente du sujet, en analyse ou pas, d'accueillir un sens r&#233;fl&#233;chi et d'en faire quelque chose pour soi en le r&#233;fl&#233;chissant. Cela correspond pour Castoriadis &#224; l'effort du sujet pour briser la cl&#244;ture o&#249; il est n&#233;cessairement pris ; que cette cl&#244;ture vient de son histoire psychique ou de l'institution social-historique qui l'a humanis&#233;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Potentialit&#233; ontologique, exigence m&#233;tapsychologique ou n&#233;cessit&#233; clinique, l'autor&#233;flexivit&#233; cr&#233;atrice, inh&#233;rente au fonctionnement psychique, a des cons&#233;quences pratiques importantes. Elle ne se confond pas avec la simple pens&#233;e et ne s'enferme pas dans le rationalisme d'aucun cogito cart&#233;sien ; elle ne se r&#233;duit pas au sp&#233;culaire de Lacan, ni &#224; l'autonarrativit&#233; des certains courants psychanalytiques postmodernes. Il s'agit de la r&#233;flexivit&#233; moyennant de laquelle se construit inlassablement du sujet comme nous l'indique l'exp&#233;rience psychanalytique, comme nous le montre la vie elle-m&#234;me, dirait Merleau-Ponty, par sa mani&#232;re de s'auto-interpr&#233;ter, de se comprendre. En termes freudiens il s'agirait du regard interne de l'autoobservation et de la r&#233;gression de la pens&#233;e. &lt;br class='manualbr' /&gt;L'individu qui s'allonge sur le divan devient analysant dans la mesure o&#249; moyennant le transfert &#224; la parole, s'approprie la contradiction entre parler et s'entendre parler et se permet d'associer &#224; partir de ses propres associations. La langue elle-m&#234;me permet cette r&#233;flexivit&#233; qui a fait peut-&#234;tre Lacan dire que l'inconscient est le discours de l'Autre. Les associations du patient se r&#233;fl&#233;chissent &#224; l'&#233;coute flottante de l'analyste et en transcendant la r&#233;flexivit&#233; sp&#233;culaire, traversent le miroir &#224; travers des failles de l'analyste et du patient, touchent les tr&#233;fonds de leurs psych&#232;s et reviennent enrichies des mots incarn&#233;s. &lt;br class='manualbr' /&gt;Gr&#226;ce &#224; cette capacit&#233; r&#233;flexive, la subjectivation &#8211; que j'appelle poi&#232;sis de soi en tenant compte de la r&#233;flexivit&#233; cr&#233;atrice &#8211; est juste&#173; ment ce travail autocr&#233;ateur de construction incessante de soi -m&#234;me et du monde par et dans le continuum psychique qui se cr&#233;e &#224; travers les transformations de la repr&#233;sentation et les positions identificatoires que le sujet y occupe successivement. En ce sens, je soutiens que le travail analytique, autant dans le registre de la n&#233;vrose que dans celui de la psychose et des organisations non n&#233;vrotiques, se situe entre ce qui surgit et ce qui r&#233;siste au mouvement de transformation et d'appropriation que le sujet op&#232;re tout au long de son existence, afin de repr&#233;senter et mettre en histoire ses rencontres identifiantes avec l'objet. Dans cette perspective, je consid&#232;re que les constructions interpr&#233;tantes de l'analyste s'int&#232;grent au travail autocr&#233;ateur de construction de soi-m&#234;me, ce qui nous permet de parler du travail analytique comme cocr&#233;ation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;STEPHANATOS (G), Constructions de l'analyse, construction de l'analyste, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En guise de conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parler de cr&#233;ation pr&#233;suppose d'avoir mis au clair que la cr&#233;ation n'ob&#233;it pas forcement &#224; la normalit&#233; ni &#224; la normalisation, qu'elle peut prendre m&#234;me des formes monstrueuses. Ses chemins passent aussi par des territoires de la haine et de la destructivit&#233;, loin de toute notion de sant&#233; mentale ou de progr&#232;s de la vie de l'esprit, de la culture, de la civilisation. &lt;br class='manualbr' /&gt;Cependant le penseur de la cr&#233;ation, bien qu'il a clairement soulign&#233; le caract&#232;re immotiv&#233;, non-d&#233;termin&#233; de l'imagination radicale, il n'a pas abord&#233; dans son &#339;uvre la d&#233;ch&#233;ance ou la dislocation du sujet ; quand il y a perte du lien &#224; l'autre, quand il y a perte du sens, quand l'ombre de l'objet tombe sur le Moi m&#233;lancolique, quand le sujet s'engage dans la voie du traumatique sous l'&#233;gide de Thanatos. &lt;br class='manualbr' /&gt;En restant donc dans le registre de la cr&#233;ation, je dirai, en guise de conclusion, que Castoriadis en reconsid&#233;rant l'&#234;tre comme cr&#233;ation continu&#233;e et le sujet comme question et comme projet, nous permet de renouveler la conception de la cure analytique et de concevoir le transfert sous l'angle de la r&#233;p&#233;tition et simultan&#233;ment sous l'angle de la cr&#233;ation ex nihilo, du surgissement, de l'&#233;mergence. Cela &#233;claire diff&#233;remment le champ de l'interpr&#233;table et situe le travail analytique au niveau de la construction interpr&#233;tante cr&#233;atrice ; proche &#224; la fois de la poi&#232;sis psychique et de l'&#233;mergence d'une subjectivit&#233; s'ouvrant et se renfermant sans cesse sur elle-m&#234;me, d'&lt;i&gt;une subjectivit&#233; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;r&#233;fl&#233;chissante&lt;/i&gt;&lt;i&gt; toujours &#224; faire &#234;tre&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;CASTORIADIS (C), &#171; L'&#233;tat du sujet aujourd'hui &#187;, in &lt;i&gt;Topique&lt;/i&gt;, no 38, 1986, repris in CASTORIADIS (C), &lt;i&gt;Le monde morcel&#233;. Les carrefours du labyrinthe III,&lt;/i&gt; Paris, Seuil, 1990, p. 18-224.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La rupture de Piera Aulagnier, de Fran&#231;ois Perrier et de Jean-Paul Valabrega avec Lacan et leur d&#233;mission de I'Ecole Freudienne, qui a conduit &#224; la fondation du Quatrieme Groupe en 1969, avait suivi et soutenu de son c&#244;t&#233; Castoriadis. A partir de l'analyse des impasses et des difficult&#233;s auxquelles toute soci&#233;t&#233; analytique est confront&#233;e au regard de la transmission analytique et des modalit&#233;s de validation d'une formation analytique, le projet des trois fondateurs a &#233;t&#233;, de penser et de th&#233;oriser analytiquement le probl&#232;me de la formation du psychanalyste, de cr&#233;er une nouvelle soci&#233;t&#233; analytique ne s'alignant ni sur les exigences de l'IPA (International Psychoanalytical Association), ni sur celles de l'Ecole Freudienne o&#249; leurs principes th&#233;oriques seraient mis en &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;CASTORIADIS (C), &lt;i&gt;Dialogue&lt;/i&gt;, [Radio France, 1995], Paris, &#201;ditions de l'aube, 1999&#183;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;CASTORIADIS (C), &#171; La psychanalyse, projet et &#233;lucidation &#187; &lt;i&gt;Topique&lt;/i&gt;, no 19, 1977, repris in &lt;i&gt;Les carrefours du labyrinthe&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 1978.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;CASTORIADIS (C), &#171; Epilegom&#232;nes &#224; une th&#233;orie de l'&#226;me que l'on a pu pr&#233;senter comme science &#187;, &lt;i&gt;L'inconscient&lt;/i&gt;, no 8, 1968, repris in &lt;i&gt;Les carrefours du labyrinthe&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 1978.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir &#224; ce sujet l'ouvrage de KAHN (Laurence),&lt;i&gt; Le psychanalyste apathique et le patient postmoderne&lt;/i&gt;, Paris, &#201;ditions de I'Olivier, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sur la cr&#233;ativit&#233; de l'imaginaire insiste un certain nombre des travaux psychanalytiques contemporains : Voir WIDLOCHER (D), &#171; Le visuel et l'imaginaire &#187; in &lt;i&gt;Psychanalyse des arts de l'image&lt;/i&gt;, Colloque de Cerisy, Paris, Clancier-Gu&#233;naud, 1981 ; DON NET (J L), &lt;i&gt;La situation analysante&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 2005, p. xx ; corcos (M), &#171; Les &#233;tapes mutatives de la cr&#233;ation litt&#233;raire rem&#233;moration, d&#233;pression, auto-engendrement &#187;, &lt;i&gt;L'In&lt;/i&gt;&lt;i&gt;fo&lt;/i&gt;&lt;i&gt;rmation psychiatrique&lt;/i&gt;, vol. 83, No 3, 2007, p. 219-228 et aussi STEPHANATOS (G), &#171; Donner forme &#224; l 'Abime &#187; in A&lt;i&gt;ctes du Quatri&#232;me Groupe, L '&#339;uvre d'art : un ailleurs familier&lt;/i&gt;, Actes ; Paris, Editions In Press, 2014 p. 43-70.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Je rappelle que l'imaginaire radical dans la soci&#233;t&#233; agit comme imaginaire social instituant ; chez l'&#234;tre humain singulier il se manifeste comme imagination radicale. Comme psych&#233;/soma il est flux repr&#233;sentatif/affectif /intentionnel ; comme social-historique, il est fleuve ouvert du collectif anonyme, voir CASTORIADIS (C), &lt;i&gt;L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;, op. cit.,&lt;/i&gt; p. 533&#183;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;FREUD (s), &#171; Le cr&#233;ateur litt&#233;raire et la fantaisie &#187;, [ 1907] in &lt;i&gt;L'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233;&lt;/i&gt;, Paris, &#201;ditions Gallimard, 1985.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;CASTORIADIS (C), &#171; Imagination, imaginaire, r&#233;flexion &#187;, in &lt;i&gt;Fait et &#224; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;f&lt;/i&gt;&lt;i&gt;aire&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Freud se r&#233;f&#232;re au fantasme de la cuisine de la sorci&#232;re dans le Faust de Goethe. Sa phrase exacte est &#171; Il faut se dire : 'Il faut bien que la sorci&#232;re s'en m&#234;le' [Faust]. Entendez la sorci&#232;re m&#233;tapsychologie. Sans sp&#233;culer ni th&#233;oriser -pour un peu j'aurais dit fantasmer -m&#233;ta-psychologiquement, on n'avance pas ici d'un pas &#187;, FREUD (S), [1937], &#171; Analyse avec fin, analyse sans fin &#187;, &lt;i&gt;R&#233;sultats, id&#233;es, probl&#232;mes, t. II,&lt;/i&gt; Paris, PUF, 1985, p. 240.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;CASTORIADIS (C), &lt;i&gt;Fait et &#224; faire, op. cit,&lt;/i&gt; p. 31.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir aussi &#224; ce sujet l'article de FLORENCE (J), &#171; Remarques psychanalytiques sur l'imaginaire de Castoriadis &#187;,in &lt;i&gt;L'imaginaire selon Castoriadis. Th&#232;mes et enjeux&lt;/i&gt;, Cahiers Castoriadis No 1, &#233;d. Sophie Klimis et Laurent Van Eynde, Bruxelles, Facult&#233;s universitaires Saint-Louis, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir CASTORIADIS (C), &lt;i&gt;L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;, op. cit. &lt;/i&gt;p. 390-400.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;CASTORIADIS (C), &lt;i&gt;Le monde morcel&#233;, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 276.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La fonction &#171; moi-sujet &#187; est &#233;voqu&#233;e en principe par Andre Green.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;CASTORIADIS (C),&lt;i&gt; Fait et &#224; faire, Paris&lt;/i&gt;, Seuil, 1997, p. 14.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ibidem, p.10.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;FREUD (s), &#171; Remarques sur la th&#233;orie et la pratique de l'inter&#173; pr&#233;tation du r&#234;ve &#187; (1923), in &lt;i&gt;R&#233;sultats, id&#233;es, probl&#232;mes, t. II&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1985.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;CASTORIADIS (C), &lt;i&gt;Le monde morcel&#233;, op. cit.&lt;/i&gt;, p.192.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;CASTORIADIS (C), &lt;i&gt;Les carrefours du labyrinthe&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 1978, p. 43.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pour une discussion critique du concept de la monade psychique castoriadienne je renvoie &#224; mon article STEPHANATOS (G), &#171; Repenser la psych&#233; et la subjectivit&#233; avec Castoriadis &#187;, in &lt;i&gt;Psych&#233;. De la monade psychique au sujet autonome&lt;/i&gt;, Cahiers Castoriadis n &#176; 3, &#233;d. S. Klimis et L. Van Eynde, Bruxelles, Publications des Facult&#233;s Universitaires Saint Louis, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir ma cornmunication &#171; Repenser la psych&#233; comme imagina&#173; tion radicale &#187; au Colloque Castoriadis et l'imaginaire, Cerisy-la-Salle, 6-10 juin 2003 et aussi mon article &#171; Repenser la psych&#233; et la subjectivit&#233; avec Castoriadis &#187;, op.cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;CASTORIADIS (C), &lt;i&gt;L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;, op.cit&lt;/i&gt;. p. 489.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;GREEN (A), &lt;i&gt;Pourquoi les pulsions de destruction ou de mort ?&lt;/i&gt;, Paris, &#201;ditions du Panama, 2007, p. 179&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;CASTORIADIS (C), &lt;i&gt;Le monde morcel&#233;, op. cit&lt;/i&gt;., p. 53&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Dans ce contexte la r&#233;f&#233;rence lacanienne &#224; la Loi comme condition structurale d'&#233;mergence du sujet dans l'ordre symbolique, qui est d'abord celui du social, interdirait &#224; ce titre toute mise en question de la loi institu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;CASTORIADIS (C), &lt;i&gt;Le monde morcel&#233;, op.cit.,&lt;/i&gt; p. 276.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;AULAGNIER (P), &lt;i&gt;La violence de l'interpr&#233;tation&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1975&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;GREEN (A), &lt;i&gt;Le travail du n&#233;gatif&lt;/i&gt;, Paris, &#201;ditions de Minuit, 1993&#183;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;STEPHANATOS (G), &lt;i&gt;Constructions de l'analyse, construction de l'analyste&lt;/i&gt;, Ath&#232;nes, &#201;ditions Hestia, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Hommage &#224; Gerassimos Stephanatos</title>
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		<dc:date>2021-10-25T17:12:24Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Gerassimos S.</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Mortalit&#233; / finitude</dc:subject>
		<dc:subject>Totalitarisme</dc:subject>
		<dc:subject>Type anthropologique</dc:subject>
		<dc:subject>B&#234;tise</dc:subject>
		<dc:subject>Insignifiance</dc:subject>
		<dc:subject>B&#233;rard Quentin</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Gerassimos Stephanatos, docteur en m&#233;decine, psychiatre, p&#233;dopsychiatre et psychanalyste membre du IVe Groupe, est d&#233;c&#233;d&#233; ce 27 septembre, &#224; Ath&#232;nes. Il &#233;tait un des (tr&#232;s) rares dans son domaine, avec J. F. Narodetzki et E. Colombo, eux aussi r&#233;cemment disparus, &#224; s'approprier le travail de C. Castoriadis et c'est &#224; ce titre que nous &#233;tions en correspondance avec lui depuis pr&#232;s de dix ans. Nous avions publi&#233; la retranscription des &#233;changes d'une discussion qu'il avait initi&#233;e (&#171; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-66-stephanatos-+" rel="tag"&gt;Gerassimos S.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-6-psychanalyse-+" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-117-mortalite-finitude-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-+" rel="tag"&gt;Mortalit&#233; / finitude&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-138-totalitarisme-+" rel="tag"&gt;Totalitarisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-216-type-anthropologique-+" rel="tag"&gt;Type anthropologique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-249-Betise-+" rel="tag"&gt;B&#234;tise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-60-insignifiance-+" rel="tag"&gt;Insignifiance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-283-Berard-Quentin-+" rel="tag"&gt;B&#233;rard Quentin&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;figure class='spip_document_1575 spip_documents spip_documents_right' style=&#034;max-width:100px;&#034; data-w=&#034;100&#034;&gt; &lt;span &gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:133.33333333333%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/png/stephanatos_necro_monde.png&amp;taille=100&amp;1635174533' alt='N&#233;crologie parue dans &#171; Le Monde &#187;' data-src='IMG/png/stephanatos_necro_monde.png' data-l='480' data-h='640' data-tailles='[\&#034;100\&#034;]' class='image_responsive avec_picturefill' srcset='index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/png/stephanatos_necro_monde.png&amp;#38;taille=100&amp;#38;1635174533 1x,index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/png/stephanatos_necro_monde.png&amp;#38;taille=200&amp;#38;1635174533 2x' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/span&gt; &lt;figcaption class='spip_doc_intitules spip_doc_intitules_top'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-1575 '&gt;N&#233;crologie parue dans &#171; Le Monde &#187;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;p&gt;Gerassimos Stephanatos, docteur en m&#233;decine, psychiatre, p&#233;dopsychiatre et psychanalyste membre du IVe Groupe, est d&#233;c&#233;d&#233; ce 27 septembre, &#224; Ath&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;figure class='spip_document_1577 spip_documents spip_documents_center' style=&#034;max-width:200px;&#034; data-w=&#034;200&#034;&gt; &lt;span &gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:99.322033898305%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/png/10z5gx.png&amp;taille=200&amp;1635948444' alt='' data-src='IMG/png/10z5gx.png' data-l='590' data-h='586' data-tailles='[\&#034;200\&#034;]' class='image_responsive avec_picturefill' srcset='index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/png/10z5gx.png&amp;#38;taille=200&amp;#38;1635948444 1x,index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/png/10z5gx.png&amp;#38;taille=400&amp;#38;1635948444 2x' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/span&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait un des (tr&#232;s) rares dans son domaine, avec J. F. Narodetzki et E. Colombo, eux aussi r&#233;cemment disparus, &#224; s'approprier le travail de C. Castoriadis et c'est &#224; ce titre que nous &#233;tions en correspondance avec lui depuis pr&#232;s de dix ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avions publi&#233; la retranscription des &#233;changes d'une discussion qu'il avait initi&#233;e (&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?237-repenser-la-psyche' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Repenser la psych&#233; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;), et reproduit son texte, pour nous majeur, &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1002-de-la-haine-necessaire-a-la-cloture-totalitaire' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; De la haine n&#233;cessaire &#224; la cl&#244;ture totalitaire du sens &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a exactement un an, nous lui proposions un entretien &#233;crit, ainsi qu'une interview radio d&#232;s son prochain passage &#224; Paris. Nous avions repouss&#233; ces perspectives, d'abord pour cause de pand&#233;mie (nous &#233;tions la veille d'un nouveau confinement en Gr&#232;ce), puis par la surcharge de travail d'analyste, et l'&#233;criture en cours d'un livre en grec, &lt;i&gt;L'imaginaire de cr&#233;ation : pens&#233;e-art-psych&#232;&lt;/i&gt; &#8211; mais, peut-&#234;tre, aussi, par les premiers signes du mal qui l'a emport&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouvera ci-dessous, l'esquisse des questions que nous pr&#233;voyions de lui poser, et qui resteront sans r&#233;ponses. Contribution d&#233;risoire, mais qui t&#233;moigne du haut int&#233;r&#234;t que nous portions &#224; son travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous reproduisons par la suite un certain nombre d' hommages qui lui ont &#233;t&#233; rendu et dont les auteurs ont accept&#233; qu'ils soient repris ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouvera &lt;a href=&#034;https://www.quatrieme-groupe.org/component/search/?searchword=Stephanatos&amp;searchphrase=all&amp;Itemid=0&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;sur le site du IVe groupe sa bibliographie exhaustive&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LC&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Projet d'entretien avec Gerassimos Stephanatos : esquisse de questions&lt;/strong&gt;
(Octobre &#8212; novembre 2020)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Il ne s'agit ici, comme pour tout projet d'entretien &#233;crit, que de questions indicatives et rapidement formul&#233;es : la premi&#232;re lui &#233;tait d&#233;j&#224; parvenue, et il avait commenc&#233; &#224; y r&#233;pondre, les autres devaient &#234;tre reformul&#233;es, modifi&#233;es, &#233;lud&#233;es ou cr&#233;&#233;es en fonction des r&#233;ponses pr&#233;c&#233;dentes. On trouvera donc ici un mat&#233;riau foisonnant dont seulement une partie allait &#234;tre utilis&#233;e, &#224; moins de pr&#233;voir une s&#233;rie d'entretien).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I &#8211; C. Castoriadis et la psychanalyse&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Gerassimos Stephanatos, vous &#234;tes psychanalyste au IVe Groupe et vous &#234;tes &lt;a href=&#034;https://books.openedition.org/pusl/839?lang=fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;un des rares clinicien &#224; travailler les id&#233;es de C. Castoriadis&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Que trouvez-vous dans son &#339;uvre qui puisse apporter quelque chose &#224; la psychanalyse, sur le plan pratique et/ou th&#233;orique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment expliquer le peu d'audience qui l'entoure que vous constatez dans votre intervention &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1086-D-une-subjectivite-reflechissante' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; D'une subjectivit&#233; r&#233;fl&#233;chissante toujours &#224; faire &#234;tre&#034;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; ? Cela a-t-il trait &#224; cette dialectique infernale de notre &#233;poque o&#249; l'on ne cesse d'osciller entre une pens&#233;e disloqu&#233;e sous couvert d'ind&#233;pendance d'esprit et l'&#233;rection d'un totem intellectuel inattaquable, un Ma&#238;tre-&#224;-penser qui soulage de la difficult&#233; de penser et condamne au psittacisme ? Ou cela rel&#232;ve-t-il plut&#244;t, d'un autre c&#244;t&#233;, &#224; l'originalit&#233; de son &#339;uvre, et particuli&#232;rement &#224; ces notions d&#233;rangeantes qui lient psych&#233;, social et politique, comme celle de type anthropologique, de monade psychique, de cr&#233;ation et cl&#244;ture culturelles ou imaginaires, de projet d'autonomie individuelle et collectif ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II &#8211; Psychanalyse et politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quels liens voyez-vous, justement, entre psychanalyse et politique ? Plus concr&#232;tement : il est clair que le principe de d&#233;mocratie requiert un individu, un sujet tr&#232;s particulier &#8211; et r&#233;ciproquement, la configuration psychique des individus se m&#234;le inextricablement au type de soci&#233;t&#233; politique qui leur correspond. Pourquoi cette relation circulaire, qui &#233;tait une banalit&#233; dans l'apr&#232;s guerre pour un &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?984-L-idee-de-personnalite-de-base' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;A. Kardiner&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, un &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1061-Le-fondement-culturel-de-la-personnalite' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;R. Linton&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; ou &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1035-Ambiguites-de-l-anthropologie' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Cl. Lefort&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, est aujourd'hui totalement oubli&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que le discours &#171; psy &#187; a tout envahi depuis des d&#233;cennies, les liens entre politique et psychanalyse ne semblent plus r&#233;ellement travaill&#233;s. Les tentatives pass&#233;es comme celles de G. Mendel et la sociopsychanalyse ou de &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1048-Big-Mother-Le-pouvoir-et-l' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;M. Schneider et son id&#233;e de &#171; Big Mother &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; n'ont pas de post&#233;rit&#233; assum&#233;e. Comment comprendre un tel arr&#234;t de la pens&#233;e ?
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II &#8211; Psychanalyse et &#233;volution sociale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Comme quelques autres auteurs, C. Castoriadis avan&#231;ait, il y a plus de quarante ans l'entr&#233;e de l'Occident dans un moment historique de &#171; d&#233;labrement &#187;, qu'il reliait &#224; un processus d'insignifiance croissante de tout, cette &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?9-la-montee-de-l-insignifiance' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; mont&#233;e de l'insignifiance &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Comment comprendre, d'un point de vue psychique, un tel mouvement civilisationnel que &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?421-Essai-de-psychologie-contemporaine' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;M. Gauchet semble avoir brillamment synth&#233;tis&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; ? Autrement dit &lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-topique-2013-3-page-177.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;vous reprenez pertinemment l'opposition h&#233;t&#233;ronomie / autonomie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, mais n'y a-t-il pas sous nos yeux le d&#233;veloppement d'une anomie, pr&#233;cis&#233;ment, une sorte de cl&#244;ture non par un sens inalt&#233;rable mais par le non-sens ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est de plus en plus fait mention dans la vie courante d'&#234;tre confront&#233; au &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?985-Essai-sur-la-betise-l-autre' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;ph&#233;nom&#232;ne de b&#234;tise&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, que l'on voit effectivement envahir des pans entiers de la vie sociale. La psychanalyse a-t-elle quelque chose &#224; dire de cet &#233;trange objet, elle qui est confront&#233;e journellement &#224; la b&#234;tise n&#233;vrotique, l'errance de l'esprit handicap&#233; par les traumatismes infantiles refoul&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la m&#234;me fa&#231;on, nos soci&#233;t&#233;s occidentales semblent domin&#233;es par des r&#233;actions de d&#233;nis face &#224; leurs &#233;normes transformations. Au-del&#224; de la reprise telle quelle d'une notion centrale de la psychanalyse dans le champ politique, pensez-vous que le ph&#233;nom&#232;ne d&#233;crit puisse &#234;tre interpr&#233;t&#233;s &#224; l'aide des cat&#233;gories psychanalytiques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avions relay&#233; votre excellent article &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1002-de-la-haine-necessaire-a-la-cloture-totalitaire' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; De la haine n&#233;cessaire &#224; la cl&#244;ture totalitaire du sens &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, o&#249; vous reliez la constitution d'un tropisme totalitaire aux mouvements fondamentaux du psychisme. Cet &#233;clairage semble parfaitement applicable aux actuels mouvements proto-totalitaires qui se d&#233;veloppent dangereusement aujourd'hui dans les milieux dits &#171; wokes &#187;, n&#233;o-f&#233;ministes, v&#233;gans, technophiles, pseudo-anti-racistes ou, encore plus caricaturalement, islamistes, tous soud&#233;s par une sorte de &#171; complotisme victimaire &#187;. Comment expliquez-vous le peu de r&#233;action qu'ils rencontrent ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;III &#8211; Psych&#233; et d&#233;labrement occidental&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&lt;i&gt;e psychanalyste D. Sibony &#233;voque quant &#224; lui la notion de &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?625-islam-phobie-culpabilite' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; culpabilit&#233; narcissique &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; pour rendre compte de cette complaisance qui habite l'Occidental &#224; prendre sur lui les malheurs du monde afin de se placer &#224; l'origine de tout. N'y a-t-il pas l&#224; une &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?6-Les-racines-psychiques-et-sociales' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; haine de soi &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; qui serait toujours projet&#233;e sur &#171; les Autres &#187; mais de mani&#232;re bien plus perverse que l'universelle x&#233;nophobie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, les soci&#233;t&#233;s occidentales deviennent profond&#233;ment multiculturelle, dans un contexte de &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?773-le-deni-des-cultures-introduction' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; D&#233;ni des cultures &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; comme l'a parfaitement diagnostiqu&#233; le sociologue H. Lagrange. Comment la pratique de la psychanalyse peut-elle faire face &#224; l'irruption de sujets culturellement &#233;loign&#233;s du sujet moderne, jud&#233;o-chr&#233;tien et classiquement n&#233;vrotique ? Cela ne devrait-il pas r&#233;veiller les questions pos&#233;es par une ethnopsychiatrie qui ne fait plus aujourd'hui qu'inverser en l'appauvrissant la psychiatrie coloniale, comme le pointe tr&#232;s bien &lt;a href=&#034;https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00288084/document&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;F. Gouriou&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;IV &#8211; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Questions diverses&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cela soul&#232;ve la question de la formation psycho-sociale du sujet humain ou, plus profond&#233;ment et en terme psychanalytique, la psychog&#233;n&#232;se, la formation de l'esprit humain. Les travaux sur le sujet semblent aujourd'hui tr&#232;s rares et m&#233;connus, comme les travaux de P. Delion. Pourriez-vous en dire deux mots et formuler les questions &#233;normes que cela soul&#232;ve, comme la fameuse universalit&#233; du complexe d'Oedipe, la d&#233;finition du pathologique ou l'inflation de l'autisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'envahissement technologique du quotidien et ses effets d&#233;vastateurs sont largement d&#233;plor&#233;s &#8211; sans que rien ne change, &#233;videmment. Si les psychoth&#233;rapeutes paraissent tardivement en prendre conscience, ignorant que la chose a &#233;t&#233; depuis longtemps analys&#233;e par G. Anders, J. Ellul ou C. Lasch, qu'auraient &#224; dire les psychanalystes sur les effets de la prolif&#233;ration d'objets &#171; intelligents &#187; sur l'esprit humain, et particuli&#232;rement les jeunes enfants en formation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que dire, d'un autre c&#244;t&#233; du courant dit &#171; transhumaniste &#187;, qui s'incarne par exemple tr&#232;s concr&#232;tement dans la g&#233;n&#233;ralisation de l'artificialisation de la procr&#233;ation et les manipulations g&#233;n&#233;tiques ? On les voit obs&#233;d&#233;s par un arrachement &#224; la nature mais r&#233;solument aveugles &#224; toutes les d&#233;terminations sociales, culturelles, familiales et surtout psychologiques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que nos soci&#233;t&#233;s en sont obs&#233;d&#233;es par la question de la relation &#224; la nature, les travaux psychanalytiques en font l'impasse, mis &#224; part quelques exceptions comme &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?988-La-nature-du-citadin' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;F. Terrasson&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; ou L. Magnenat. Freud lui-m&#234;me posait quelques jalons dans Totem et Tabou, et chacun observe comme une fascination militante pour le r&#232;gne d'une &#171; M&#232;re-Nature &#187; : la frilosit&#233; des psychanalystes sur la question est-elle due &#224; la complexit&#233; de la chose ou, encore une fois, &#224; leur &#233;vitement du terrain social ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, ne sommes-nous pas dans des soci&#233;t&#233;s travers&#233;es par un fantasme de retour &#224; l'indiff&#233;renci&#233;, &#224; ce &#171; sentiment oc&#233;anique &#187; de pl&#233;nitude dont parle S. Freud, &#224; un monde homog&#232;ne d'o&#249; l'alt&#233;rit&#233;, qu'elle soit sexuelle, culturelle, id&#233;ologique ou organique, serait cong&#233;di&#233;e ? La psychanalyse n'est-elle pas ici mise en demeure de dispara&#238;tre en tant que th&#233;orie et pratique cherchant &#224; restaurer la capacit&#233; individuelle &#224; affronter l'alt&#233;rit&#233;, alt&#233;rit&#233; de soi &#224; soi, alt&#233;rit&#233; du d&#233;sir des autres, alt&#233;rit&#233; du monde et alt&#233;rit&#233; ultime des limites que nous impose notre finitude ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Ego de Logos &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je connaissais la pens&#233;e de Gerassimos bien avant mon adh&#233;sion en Participante au &lt;i&gt;Quatri&#232;me&lt;/i&gt; Groupe. Nouvelle venue, j'ai eu, &#224; la R&#233;instituante de 2016, la surprise de le voir venir &#224; moi et me f&#233;liciter pour un article que j'avais r&#233;dig&#233; en r&#233;ponse &#224; l'un de ses textes, &#171; Repenser la psych&#233; et la subjectivit&#233; avec Castoriadis &#187;, tous deux parus sur le site &lt;i&gt;Lieux communs &lt;/i&gt;en Septembre 2009.&lt;br class='manualbr' /&gt;Sept ans apr&#232;s, il s'en souvenait et m'avait reconnue. Il m'accueillit et me souhaita la bienvenue.&lt;br class='manualbr' /&gt;Douze ans plus tard, presque jour pour jour, voil&#224; un anniversaire que je voudrais n'avoir jamais eu &#224; conna&#238;tre.&lt;br class='manualbr' /&gt;Nos &#233;changes r&#233;guliers par mails, depuis ce temps, furent un enseignement constant, selon cette ma&#239;eutique singuli&#232;re qu'il savait transformer en amiti&#233; libre et infiniment respectueuse. Il me confia comment il traduisait en grec ce &#171; JE &#187; qui n'y existe pas : &lt;i&gt;Ego de Logos&lt;/i&gt; &#8211; formule qu'il avait &#233;labor&#233; de concert avec Piera Aulagnier, alors qu'il traduisait &lt;i&gt;la Violence de l'interpr&#233;tation&lt;/i&gt;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Et je compris alors comment &#171; JE &#187; existe et &#339;uvre en toute langue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai trop de chagrin pour trouver les mots. Je n'ai d'ailleurs pas le d&#233;sir d'en chercher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici seulement un texte que je lui envoyais en &#233;cho, le 7 Avril 2020, &#224; son article &#171; De la haine n&#233;cessaire &#224; la cl&#244;ture totalitaire du sens &#187; (&lt;i&gt;Topique&lt;/i&gt; n&#176; 122) bouleversant de force et de profondeur que je n'ai pas eu envie de &#171; discuter &#187;. Juste d'y accorder une all&#233;gorie po&#233;tique de la psychanalyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'en adresse tout particuli&#232;rement les mots &#224; Tessa Stephanatos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#171; La Goutte d'huile &#187;, m'a &#233;t&#233; inspir&#233;e par cette phrase, extraite de l'article de Gerassimos &#171; De la haine n&#233;cessaire &#224; la cl&#244;ture totalitaire du sens &#187; : &#034;&lt;strong&gt;Cette haine originaire autant que n&#233;cessaire reste active tout au long de l'existence du sujet et malgr&#233; ses m&#233;tamorphoses, ses d&#233;placements, ses m&#233;diations, elle alimente en permanence le syst&#232;me repr&#233;sentationnel de la psych&#233;, ses affects, ses mises ensc&#232;ne, ses mises en sens. &lt;i&gt;&#192; la charge du sujet et d'&#201;ros de faire son &#233;laboration en permanence&lt;/strong&gt;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;&lt;strong&gt;La Goutte d'huile&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;On dit que la curiosit&#233; poussa Psych&#233; &#224; vouloir contempler l'image interdite de l'amant qui chaque nuit venait la combler. Clich&#233; facile : c'est l'angoisse qui pousse la nymphe, qui paie le prix de sa beaut&#233; puisqu'on l'a condamn&#233;e &#224; s'&#233;prendre d'un monstre affreux, &#224; vouloir &#8220;voir&#8221; qui est l&#224; : se pourrait-il qu'autant de bienfaits viennent &#224; la Belle d'une B&#234;te affreuse ? Psych&#233; n'est pas neuve : elle a commenc&#233; dans l'effroi.&lt;br class='manualbr' /&gt;La voil&#224; captiv&#233;e par l'absolue beaut&#233; de celui qu'elle contemple au point qu'elle oublie le r&#233;el : la lampe qu'elle tient &#224; la main penche, une goutte d'huile br&#251;lante tombe sur la cuisse d'&#201;ros &#8211; car c'est lui. Il dispara&#238;t aussit&#244;t, selon l'interdit qu'il avait signifi&#233; &#224; sa Trop Belle. Trop c'est trop. &lt;br class='manualbr' /&gt;Ainsi la toute-puissance de la perfection fusionn&#233;e dans l'union.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Comme Orph&#233;e se retournant vers Eurydice la perd, l'angoisse de voir et savoir s&#233;pare Psych&#233; de son amour.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8220;&lt;i&gt;Chaque processus psychique, originaire, primaire, secondaire, traite l'information libidinale de mani&#232;re &#224; ce que la structure du repr&#233;sent&#233; devient identique &#224; celle du repr&#233;sentant.&#8221;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;/i&gt;Fusion saisissante&lt;i&gt; &lt;/i&gt;que la br&#251;lure du r&#233;el fait &#233;clater, &#224; chaque niveau de la repr&#233;sentation ou de la compr&#233;hension, pass&#233; l'instant du &#8220;flash&#8221;, hallucination br&#232;ve, intuition fulgurante ou illumination de l'id&#233;e : chacun de nous conna&#238;t ces instants rares o&#249; sujet et objet, dehors et dedans s'abolissent en un &#233;clair de compl&#233;tude que le r&#233;el aussit&#244;t bouleverse : le pictogramme est toujours premier.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Psych&#233; abandonn&#233;e ira d'&#233;preuves en &#233;preuves comme autant de punitions. Circumambulation d'impasses en contradictions impossibles &#224; d&#233;passer &#8211; et dont chaque fois l'angoisse de l'effroi et de la perte redouble l'absurdit&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le conflit est permanent : le primaire contredit la toute-puissance originaire en renvoyant brutalement la psych&#233; &#224; la position passive masochiste d'objet du tout-d&#233;sir de l'autre ou de son &#8220;tout-manque&#8221; ; le secondaire, recours &#224; l'id&#233;ation et formation du Je contredit la posture passive masochiste d'objet, sans pour autant renforcer la toute-puissance originaire &#224; laquelle l'auto-r&#233;flexivit&#233; secondaire port&#233;e par l'oc&#233;an discursif, qui &#224; la fois s&#233;pare et relie, s'oppose tout autant radicalement. &lt;br class='manualbr' /&gt;Cette circulation, dynamique parce que conflictuelle, se reconduit inlassablement. &lt;br class='manualbr' /&gt;Les trois processus s'intriquent, malgr&#233; le refoulement.&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans le processus de m&#233;tabolisation, il y a donc sans cesse travail vers l'harmonie par le conflit.&lt;br class='manualbr' /&gt;Conflit tripartite dont le produit, le Je, &lt;i&gt;Ego de Logos&lt;/i&gt; selon la belle formule de Gerassimos Stephanatos, sera le quatri&#232;me p&#244;le (quatri&#232;me terme psychique interrog&#233; par Lacan) inassur&#233; de lui-m&#234;me et toujours en travail, d'o&#249; l'exigence qui lui est faite de renoncer aux attributs de la certitude (Aulagnier.) &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Ce conflit m&#234;me est projet&#233; sur l'autre en cas de surtension.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Psych&#233; aveugle ne part pas, dans ses &#233;preuves, &#224; la recherche d'&#201;ros comme Isis partit en qu&#234;te d'Osiris. &lt;br class='manualbr' /&gt;Non : le c&#339;ur de sa bataille n'est que la place vide de l'objet perdu. Et malgr&#233; cela, elle surmonte. &lt;br class='manualbr' /&gt;Parfois l'impossible tout &#224; coup devient possible, malgr&#233; elle, comme si &lt;i&gt;&#231;a &lt;/i&gt;se faisait sans elle. &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Informations sensorielles et libidinales&lt;/i&gt; : Psych&#233; n'est pas seule &#224; batailler &#8211; dans l'ombre aussi Eros travaille. &lt;br class='manualbr' /&gt;S&#233;par&#233;s ils m&#232;nent ensemble leur transformation, qui les rapprochera &#8211; peut-&#234;tre. &lt;br class='manualbr' /&gt;Ensemble dans l'inconscient, s&#233;par&#233;s par le Surmoi.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Castoriadis d&#233;plorait que la p&#233;dagogie moderne, soumise &#224; des imp&#233;ratifs aseptis&#233;s d'efficacit&#233; voilant la censure morale, se voit priv&#233;e de son moteur &#233;rotique : pour lui, la pulsion de savoir ne peut &#234;tre f&#233;conde sans le secours d'&#201;ros. Transfert anim&#233; par un &#201;ros qu'apaise et sublime le travail de culture. &lt;br class='manualbr' /&gt;La pulsion de savoir est ce qui va conduire Psych&#233; et &#201;ros &#224; la r&#233;habilitation mutuelle.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Alors tout se met en mouvement &#8211; peu &#224; peu le surmoi c&#232;de lorsque se calme l'angoisse. &lt;br class='manualbr' /&gt;Ici : la parole, &#233;preuve et gu&#233;rison (ou gu&#233;rison par l'&#233;preuve symbolique et &#244; combien puissante). &lt;br class='manualbr' /&gt;Une part du moi se d&#233;centre vers le discours, et se voit aussit&#244;t oblig&#233;e &#224; la r&#233;flexivit&#233; : ici le travail du Je commence, qui doit absolument trouver le soutien du travail de culture et ce d&#232;s le cercle familial, sinon le risque d'un Je purement instrumental &#8211; juste un pauvre d&#233;ictique &#8211; peut entraver sa facult&#233; d'interpr&#233;tation, sa libert&#233;.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Oui, le pictogramme se saisit parfois du Je !&lt;br class='manualbr' /&gt;Les traumas hallucinatoires de coma autant que les &#233;clats psychotiques en montrent la permanence accidentelle.&lt;br class='manualbr' /&gt;La plupart du temps nous ne le sentons pas alors croyons cela vain. Mais repensons aux instants d'inspiration qui &#233;maillent le cours de nos travaux comme autant de brefs big-bang de relance o&#249; la libido r&#233;investit un Je somm&#233; de s'auto-recr&#233;er &#8211; dans l'humilit&#233; : l&#224; est notre capacit&#233; de cr&#233;ation. Ce fut celle de notre gu&#233;rison.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Il n'y a pas que l'&#201;ros agglutinant, tragiquement associ&#233; &#224; son versant de mort. Il y a aussi l'&#201;ros &#8220;psychis&#233;&#8221;, &#201;ros le fid&#232;le, celui qu'auront transform&#233; les douleurs de Psych&#233; au fil de ses &#233;preuves et dont s'&#233;meut enfin ce Sujet en qui justice et d&#233;sir alors se rejoignent. &lt;br class='manualbr' /&gt;&#201;ros salvateur n'est alors pas autre que d&#233;j&#224; l'&#233;poux, dont Psych&#233; aura modifi&#233; la destin&#233;e : le &#8220;Je&#8221; qui peut se conna&#238;tre lui-m&#234;me.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Et qui garde en souvenir une cicatrice de br&#251;lure sur la cuisse.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ab&#238;mant la perfection d'une beaut&#233; narcissique, et renonc&#233;e.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Anne Vernet-S&#233;venier, 7 Avril 2020&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Adieu au psychanalyste de l'autonomie, Gerassimos Stephanatos&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Article paru le 9 octobre 2021 dans le quotidien &lt;i&gt;Kathimerini&lt;/i&gt;, en guise de t&#233;moignage du s&#233;minaire anim&#233; par G. Stefanatos depuis 2010.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En septembre, les analyses interrompues pendant l'&#233;t&#233; reprenaient, les rencontres entre coll&#232;gues permettaient aux liens de se r&#233;chauffer, les constellations dans l'univers psychanalytique se remettaient sur orbite. A l'aube de tout cela, l'obscurit&#233; se fit. De mani&#232;re imperceptible et silencieuse, avec cette bienveillance qui lui &#233;tait si propre, s'est &#233;teinte une &#233;toile dans le ciel de la psychanalyse, Gerassimos Stephanatos. Il est parti le 27 septembre, faisant un pas vers sa nouvelle demeure, notre espace int&#233;rieur, afin que son h&#233;ritage inestimable soit transmis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son ancrage &#233;tait Paris. Dans une &#171; &#233;poque profond&#233;ment marqu&#233;e par la pens&#233;e lacanienne &#187; disait-il, il a opt&#233; pour une version de la psychanalyse au sein des institutions qui tentait la mise en sens du d&#233;lire, &#224; l'encontre d'une psychiatrie imposant des distances de s&#233;curit&#233;. Plus tard, fort de son exp&#233;rience, &#224; l'ombre de la vision freudienne d'une psychanalyse au service de la cit&#233;, il a &#233;t&#233; le directeur fondateur du Service de psychiatrie d'adolescents &#224; l'H&#244;pital g&#233;n&#233;ral d'Ath&#232;nes G. Gennimatas. Il d&#233;crivait les r&#233;sistances rencontr&#233;es face &#224; sa tentative d'insuffler &#224; tous l'esprit &#233;galitaire qui l'animait, du psychiatre &#224; la cuisini&#232;re, en insistant sur le r&#244;le symbolique maternel de cette derni&#232;re, permettant l'&#233;mergence d'un mat&#233;riel clinique pr&#233;cieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La scission de l'&#201;cole Freudienne de Jacques Lacan en 1969 avait donn&#233; naissance au Quatri&#232;me Groupe, que G. Stephanatos a rejoint plus tard, ayant d&#233;j&#224; entam&#233; une longue analyse avec Cornelius Castoriadis. Il est rest&#233; fid&#232;le aux principes et &#224; la culture psychanalytique du Quatri&#232;me Groupe jusqu'&#224; la fin. Il a choisi l'autonomie d'un groupe qui lui a permis de cr&#233;er sa propre th&#233;orisation, articulant le freudisme et le lacanisme sans &#233;tiquettes, non sans une certaine gymnastique dont t&#233;moignait sa formule acrobatique : &#171; Il n'y a pas de psychanalyse sans Lacan, il n'y a pas de psychanalyse uniquement avec Lacan &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G. Stephanatos entretenait un dialogue continu en dehors des institutions psychanalytiques avec de nombreux psychanalystes affili&#233;s ou ind&#233;pendants. Parfois, lorsqu'on lui demandait pourquoi il n'avait pas fond&#233; un Quatri&#232;me Groupe en Gr&#232;ce, il r&#233;pondait d'un ton &#233;nerv&#233; : &#171; Votre question est le signe de votre m&#233;connaissance. Le Quatri&#232;me Groupe n'est pas une franchise commerciale qui s'exporte et s'importe. Il est pleinement l&#224;, d&#232;s lors que je fonctionne avec ses principes, dans le s&#233;minaire, dans les supervisions analytiques, dans les &#233;changes interanalytiques &#187;. A l'&#233;poque o&#249; un &#171; study group &#187;, conduit par Anna Potamianou, essayait d'acqu&#233;rir le statut de Soci&#233;t&#233; analytique, il aurait pu r&#233;pondre au chant des sir&#232;nes qui l'invitait &#224; faire une analyse avec un membre de l'IPA pour y &#234;tre admis. Son refus avait comme prix son exclusion &#224; vie de la psychanalyse &#171; institutionnelle &#187;, malgr&#233; sa valeur reconnue implicitement par tous et son oeuvre inestimable. &#171; J'&#233;tais &#224; l'int&#233;rieur de moi dans un processus vivant d'auto-analyse apr&#232;s l'analyse &#187;, disait-il. &#171; Qu'est-ce qui m'&#233;tait demand&#233; ? De faire une fausse analyse pour &#234;tre int&#233;gr&#233; ? &#187;. Avec son humour incomparable, il r&#233;pondait &#224; A. Potamianou : &#171; Quand je tomberai en d&#233;pression, je commencerai une analyse et je viendrai &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La marque de fabrique de G. Stephanatos &#233;tait l'autonomie, inscrite dans la g&#233;n&#233;alogie du dessein castoriadien. Il y a quelques mois, il disait que son association &#233;tait une institution cinquantenaire n'&#233;tant pas plus propri&#233;taire de ses locaux que de son savoir. A l'encontre d'une logique de pouvoir et d'appropriation du savoir, il d&#233;fendait une psychanalyse anti-bureaucratique, anti-acad&#233;mique, toujours &#224; r&#233;inventer, &#224; re-cr&#233;er dans les &#233;changes mutuels, &#224; l'instar de la psych&#233;. Les discussions avec lui mettaient en &#233;vidence une technique non technicis&#233;e, vivante, un cadre garanti par le psychisme de l'analyste en son centre, plut&#244;t que rigidifi&#233; par des r&#232;gles universellement appliqu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'opposant &#224; la validation du cursus des candidats-analystes par une &#171; onction &#187;, se faisant ainsi l'&#233;cho de la position de J. Lacan, il disait : &#171; Ces rituels des comit&#233;s, loin du v&#233;cu interanalytique, disent peut-&#234;tre beaucoup, mais peut-&#234;tre m&#234;me rien &#224; propos de l'analyste &#187;. Il se concentrait plut&#244;t sur le d&#233;sir de l'analyste, dans son caract&#232;re multiforme, et en ce qu'il constitue l'objet principal de sa propre analyse et de son auto-analyse. &#171; C'est comme le permis de conduire, disait-il. On te le donne quand tu sais d&#233;j&#224; conduire. Soit on est analyste, soit on ne l'est pas &#187;. Il pensait la psychanalyse comme travail d'ouverture dans un cadre d'intersubjectivit&#233;, o&#249; l'analyste, au contact de ses propres parties inconscientes et de celles de l'analysant, suit les mouvements psychiques qui se d&#233;roulent en s&#233;ance dans une tentative d'apporter une r&#233;ponse &#171; vraie &#187; &#224; la &#171; demande &#187; du patient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;criture et la traduction, parents privil&#233;gi&#233;s de la psychanalyse, ont &#233;t&#233; au centre de ses int&#233;r&#234;ts. Travailleur prolifique et infatigable, il a fond&#233; en 1997 avec Thanassis et Eleni Tzavara ainsi qu'avec Giorgos Kourias, la revue embl&#233;matique Ek ton Ysteron [Apr&#232;s-coup] dont le cycle s'est achev&#233; en 2017. Pluraliste et ind&#233;pendante, il s'agissait de la premi&#232;re tentative de produire un discours psychanalytique en grec. En parall&#232;le, les s&#233;minaires qu'il a coordonn&#233;s (depuis 2009) ont &#233;t&#233; le noyau vivant de rencontres de diff&#233;rentes voix psychanalytiques, un &#238;lot d'auto-institution et d'autonomie. Un pont qui liait les institutions psychanalytiques, envers lesquelles il &#233;tait sceptique, avec &#171; sa propre &#187; psychanalyse, repr&#233;sentative d'une g&#233;n&#233;ration de la psychanalyse fran&#231;aise &#224; laquelle il restait fid&#232;le. Sur ce pont s'op&#233;rait une transition : l'extra-institutionnel et l'institutionnel n'&#233;taient plus des positions rigides dans un jeu de miroir mais se retrouvaient dans un lieu synth&#233;tique de pens&#233;e et de qu&#234;te de sens. Cela &#233;tait probablement la composante principale de l'air de libert&#233; que ces s&#233;minaires inspiraient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#171; alter-vision &#187;, qui d&#233;fait l'autorit&#233; du &#171; super &#187; de la &#171; supervision &#187; est une institution interanalytique. G. Stephanatos &#233;vitait de se mettre &#224; la place du sujet omniscient au sein d'une relation enseignant-enseign&#233;, garantissant ainsi un vrai respect. Se vivait avec lui une synth&#232;se en perp&#233;tuel remaniement, souvent laborieux, un &#233;vitement vigilant de tout exc&#232;s de discours interpr&#233;tatif et de toute intervention pr&#233;fabriqu&#233;e. Surtout, il avait la capacit&#233; remarquable de rester toujours l'analyste privil&#233;giant les allers-retours entre th&#233;orie et technique, entre mouvements transf&#233;rentiels et consolidation des processus de pens&#233;e, loin du d&#233;terminisme d'une psychanalyse positiviste, Ego-centr&#233;e et amput&#233;e de la radicalit&#233; freudienne de l'inconscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derni&#232;rement, il s'&#233;tait senti pr&#233;occup&#233; par la virtualisation et le glissement vers une analyse &#171; a-corporelle &#187;, produits par les protocoles sanitaires la minant de l'int&#233;rieur, s'immis&#231;ant au sein du cadre. Il avait rep&#233;r&#233; combien cette alt&#233;ration du cadre en mena&#231;ait les piliers, alors qu'il avait toujours insist&#233; sur l'importance de leur invariabilit&#233;. Sa propre vision de la psychanalyse, s'appuyant sur des bases solides, soutenait une architecture enrichie et reconstruite par les transformations de sa th&#233;orisation, celle-ci &#233;tant impr&#233;gn&#233;e par ces couples fondamentaux : faire &#8211; &#234;tre fait par soi-m&#234;me et le monde, cr&#233;er &#8211; &#234;tre cr&#233;&#233;, construire &#8211; &#234;tre construit. Lui-m&#234;me ch&#233;rissait toujours la conflictualit&#233; pour ses aspects cr&#233;atifs, tout en gardant un esprit profond&#233;ment rassembleur et empreint de justesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avions &#233;t&#233; nombreux &#224; collaborer &#233;troitement avec lui, dans ses &#171; alter-visions &#187;, &#224; l'Association d'&#233;tudes psychanalytiques de l'adolescence &#171; Enivos &#187;, qu'il avait fond&#233;e, et au sein du s&#233;minaire interrompu par la pand&#233;mie. Au d&#233;but des deux &#233;t&#233;s 2020 et 2021, la possibilit&#233; r&#233;confortante nous a &#233;t&#233; offerte par G. Stephanatos et sa femme Tessa Hadjiyanni, psychanalyste, de faire des rencontres de travail &#171; incarn&#233;es &#187; dans leur maison de campagne &#224; Vytina, dont le souvenir nous remue profond&#233;ment. Nous avons partag&#233; avec lui des moments f&#233;cond&#233;s par la diversit&#233; de son horizon psychanalytique, la profondeur de sa r&#233;flexion, son humour et son esprit perp&#233;tuellement curieux, tout cela constituant une puissante source d'inspiration, tel un phare, qui nous manquera. Au-del&#224; de l'immense tristesse &#233;prouv&#233;e pour sa disparition, nous garderons la chance de l'avoir rencontr&#233;. Nous le retrouverons dans ses &#233;crits qui seront publi&#233;s, le suivant &#224; jamais dans la &#171; qu&#234;te d'une v&#233;rit&#233; qui gu&#233;rit &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il s'agit du sous-titre de son ouvrage intitul&#233; Constructions de l'analyse, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Stelios Makris, &lt;/strong&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Psychologue, membre de l'Association d'&#233;tudes psychanalytiques de l'adolescence Enivos. &lt;br class='manualbr' /&gt;(Traduction : V&#233;ra Savvaki, psychologue, docteure en psychologie, Ath&#232;nes et Odile Marcombes, psychanalyste, Paris)&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gerassimos Stephanatos, un psychanalyste engage&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai connu Gerassimos Stephanatos dans les d&#233;buts du Quatri&#232;me Groupe quand, psychiatre en exercice, il poursuivait sa formation analytique. C'&#233;tait un temps o&#249;, &#224; l'encontre des modalit&#233;s institutionnelles d'organisation pr&#233;valentes dans d'autres soci&#233;t&#233;s, nos fondateurs avaient os&#233; penser et cr&#233;er un lieu o&#249; on se c&#244;toyait ais&#233;ment hors les &#171; rituels frontaliers &#187; au nom d'un principe d'ouverture et de non ali&#233;nation &#224; l'institutionnel. Gerassimos en maintenait l'actualisation dans son s&#233;minaire o&#249; se retrouvaient des analystes d'ob&#233;diences diverses, ainsi que dans ses liens de travail et d'&#233;change avec d'autres soci&#233;t&#233;s analytiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Choisir de s'investir dans le Quatri&#232;me Groupe &#233;tait, sans doute, pour Gerassimos, comme pour certains d'entre nous, s'engager dans une voie entrant en r&#233;sonance avec des engagements pr&#233;existants et trouver dans la psychanalyse, et dans un lieu qui lui &#233;tait d&#233;di&#233;, un &#233;tayage pour les valeurs d'&#233;mancipation et d'autonomie auxquelles nous aspirions tant sur un plan personnel que politique et soci&#233;tal, un temps o&#249; S. Viderman, r&#233;f&#233;rence transf&#233;rentielle pour certains analystes ayant particip&#233; aux fondements du Quatri&#232;me Groupe, pouvait affirmer que la psychanalyse est politique (o&#249; elle n'est pas ?) et non adaptative. Je me souviens que, lors d'un bref et chaleureux s&#233;jour en Gr&#232;ce &#224; l'invitation de Gerassimos pour faire une conf&#233;rence dans le cadre de son s&#233;minaire, combien il &#233;tait heureux de me faire conna&#238;tre ce quartier d'Ath&#232;nes o&#249; il avait fait ses &#233;tudes et o&#249; s'&#233;taient d&#233;roul&#233;es de violentes manifestations d'&#233;tudiants contre la dictature des colonels auxquelles il avait particip&#233;. Ces luttes &#233;taient comme pr&#233;sentes, vivantes, encore en lui. Etudiant engag&#233;, il est devenu un psychanalyste engag&#233; de la fa&#231;on la plus exigeante dans les valeurs de l'analyse, comme dans celles du Quatri&#232;me Groupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que dans un texte r&#233;cent qu'il m'avait communiqu&#233; d&#233;but juillet, texte consacr&#233; &#224; la th&#233;orie de la subjectivit&#233; propos&#233;e par Cornelius Castoriadis, &#171; penseur de la cr&#233;ation humaine, psychique et social-historique &#187;, qui fut son analyste, soucieux de l'avenir de la psychanalyse comme du Quatri&#232;me Groupe, il d&#233;nonce avec force les d&#233;rives actuelles de la psychanalyse :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;L'empirisme scientiste en coexistence paradoxale avec le relativisme intersubjectif, menacent l'apport freudien tant sur le plan th&#233;orique que pratique. L'abandon progressif de la m&#233;tapsychologie par les courants herm&#233;neutiques et narratifs d'une certaine psychanalyse contemporaine va de pair avec le renoncement aux notions de base comme le transfert au profit de l'empathie et d'une relation analyste-analysant qui vise une efficacit&#233; th&#233;rapeutique avec des r&#233;sultats tangibles sinon quantifiables : d&#233;viation qui ne va pas sans &#233;voquer le conservatisme de nos jours &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce texte, comme dans ceux qu'il a consacr&#233; &#224; la pens&#233;e de Piera Aulagnier dont il a &#233;t&#233; le traducteur, se donne &#224; voir sa capacit&#233;, fruit d'un travail soutenu et d'une vaste culture, &#224; prendre en compte la pens&#233;e des autres en mettant en valeur les avanc&#233;es et l'originalit&#233; dans le champ analytique de leurs travaux, mais toujours sous le sceau de sa propre clinique et pour cr&#233;er sa th&#233;orisation personnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme Castoriadis qui a travaill&#233; de longues ann&#233;es au Quatri&#232;me Groupe sans, pour autant, demander &#224; devenir analyste- membre, il est rest&#233; longtemps libre de son appartenance institutionnelle et ne s'y ait r&#233;solu qu'apr&#232;s le d&#233;c&#232;s de Nathalie Zalztman en raison de sa fid&#233;lit&#233; aux profonds liens d'amiti&#233; qui le liaient &#224; elle. La distance g&#233;ographique qui nous s&#233;parait n'a sans doute pas, toujours et pour tous, permis d'appr&#233;cier pleinement la force de ses convictions qu'il savait exprimer avec pond&#233;ration, non plus que sa fid&#232;le et chaleureuse pr&#233;sence. Je ne saurais oublier l'accueil amical et festif qu'avec Tessa, sa femme, et tous les membres de son s&#233;minaire, il m'avait r&#233;serv&#233; dans la douceur d'un printemps ath&#233;nien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous reste ses &#233;crits pour situer tout ce qu'il a souhait&#233; apporter par son &#233;coute, son travail et ses valeurs &#224; la psychanalyse et au Quatri&#232;me Groupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Janine Filloux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En souvenir de Gerassimos Stephanatos&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gerassimos Stephanatos a fait un travail consid&#233;rable en traduisant en grec &lt;a id=&#034;__DdeLink__204_2014165909&#034;&gt;&lt;/a&gt;
&#171; La violence de l'interpr&#233;tation &#187; ainsi que d'autres textes de Piera Aulagnier. Nous pensons tout de suite &#224; l'int&#233;r&#234;t que cette traduction repr&#233;sente pour tous les coll&#232;gues grecs qui ont d&#233;couvert, d&#233;couvrent ou vont pouvoir d&#233;couvrir son &#339;uvre gr&#226;ce &#224; son travail. Cependant, nous n'imaginons pas l'int&#233;r&#234;t qu'elle repr&#233;sente pour nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gerassimos Stephanatos &#233;tait intervenu lors des Journ&#233;es Scientifiques de 2017 du Quatri&#232;me Groupe qui nous ont r&#233;unis autour de l'&#339;uvre de Piera Aulagnier, et je garde un souvenir tr&#232;s pr&#233;cis d'un moment de son intervention qui m'a permis d'appr&#233;hender la notion d'originaire telle que Piera Aulagnier l'envisageait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;voquait de mani&#232;re tr&#232;s vivante ses rencontres avec elle, au sujet de cette traduction. Pour caract&#233;riser le registre des repr&#233;sentations dans l'originaire, il lui proposa &lt;i&gt;pr&#233;sentation&lt;/i&gt; (&#960;&#945;&#961;&#940;&#963;&#964;&#945;&#963;&#951;) plut&#244;t que &lt;i&gt;repr&#233;sentation&lt;/i&gt; (&#945;&#957;&#945;&#960;&#945;&#961;&#940;&#963;&#964;&#945;&#963;&#951;). Piera Aulagnier a tout de suite &#233;t&#233; d'accord, allant jusqu'&#224; dire que m&#234;me en fran&#231;ais, il aurait &#233;t&#233; plus juste de dire pr&#233;sentation plut&#244;t que repr&#233;sentation et qu'elle aurait choisi ce mot si elle avait d&#251; r&#233;&#233;crire son livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis, j'ai mieux appr&#233;hend&#233; cette notion d'originaire (en particulier dans sa diff&#233;rence avec le primaire) et je peux plus ais&#233;ment en faire l'hypoth&#232;se dans ma pratique clinique. La proposition de Gerassimos Stephanatos a d'autant plus fait &#233;cho chez moi, que c'&#233;tait &#224; propos d'une activit&#233; de th&#233;&#226;tre d'ombre avec des enfants autistes, que je bataillais avec cette notion &#224; ce moment-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet en Gr&#232;ce, c'est en premier lieu au th&#233;&#226;tre qu'on va voir une &#960;&#945;&#961;&#940;&#963;&#964;&#945;&#963;&#951;. L'&#233;tymologie de ce mot nous dit qu'il s'agit de se poser l&#224;, d'&#234;tre pr&#233;sent, de se tenir &#224; cot&#233; et c'est son usage courant qui nous dit que c'est &#224; propos de ce qui appara&#238;t sur une sc&#232;ne, celle du th&#233;&#226;tre actuellement ou celle du tribunal autrefois. &#913;&#957;&#945;&#960;&#945;&#961;&#940;&#963;&#964;&#945;&#963;&#951; n'est pas un mot de la langue courante, mais un mot savant, invent&#233; au XIX&#232;me pour traduire le mot fran&#231;ais, il est moins souple. Avec le pr&#233;fixe &#945;&#957;&#945;, il ajoute une strate du c&#244;t&#233; de la superposition, de la r&#233;p&#233;tition, dimension qui nous est famili&#232;re en psychanalyse, o&#249; on peut &#233;crire parfois &lt;i&gt;re-pr&#233;sentation&lt;/i&gt; avec un trait d'union pour le signifier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis persuad&#233; qu'une traduction litt&#233;rale de &#171; La violence de l'interpr&#233;tation &#187; aurait fait choisir &#945;&#957;&#945;&#960;&#945;&#961;&#940;&#963;&#964;&#945;&#963;&#951;, m&#234;me sans savoir que ce terme venait du fran&#231;ais. Mais la fine compr&#233;hension, que Gerassimos Stephanatos avait de la notion d'originaire, lui a permis d'ouvrir la discussion. Gr&#226;ce &#224; la mani&#232;re dont il a pu faire entrer en r&#233;sonance la langue grecque et la pens&#233;e de Piera Aulagnier, la notion d'originaire s'est non seulement enrichie, mais encore &#233;clair&#233;e. Ce dialogue a permis que quelque chose d'impr&#233;visible et de nouveau surgisse par le travail de la traduction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean Peuch-Lestrade&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#915;&#949;&#961;&#940;&#963;&#953;&#956;&#959;&#965; &#931;&#964;&#949;&#966;&#945;&#957;&#940;&#964;&#959;&#965;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La disparition soudaine de Gerassimos Stephanatos nous plonge dans le d&#233;sarroi, me bouleverse et c'est avec beaucoup d'&#233;motion que j'ai &#233;crit ce texte. &lt;br class='manualbr' /&gt;J'ai connu Gerassimos en 1979. J'&#233;tais interne en psychiatrie et lui chef de clinique. 1979, cela me para&#238;t si loin et en m&#234;me temps nos moments de rencontre et d'&#233;changes de cette &#233;poque lointaine restent si pr&#233;sents. Il parlait d&#233;j&#224; avec cet enthousiasme que nous lui connaissions tous de psychanalyse. Il me parlait avec ferveur de La Violence de l'interpr&#233;tation de Piera Aulagnier. Paru quelques ann&#233;es plus t&#244;t, cet ouvrage &#233;tait pour lui essentiel et fondamental. C'est lui qui me le fit d&#233;couvrir et ce qu'il en disait aura sans doute contribu&#233; &#224; ce que j'aille &#233;couter &#224; Sainte-Anne la dame qui parlait debout. Je l'entendais &#233;galement d&#233;j&#224; d&#233;velopper une critique tr&#232;s ferme du structuralisme et de l'immuabilit&#233; qui caract&#233;rise le symbolisme lacanien. Mais je garde surtout de ces ann&#233;es-l&#224; ce sentiment d'un coll&#232;gue habit&#233; d'un tel enthousiasme pour la cause psychanalytique qu'il en &#233;tait joyeux et qu'il pouvait transmettre cette joie. Avant qu'il ne s'&#233;tablisse &#224; Ath&#232;nes en 1988, il a &#233;t&#233; attach&#233; des h&#244;pitaux psychiatriques de Paris o&#249; il fut charg&#233; d'enseignement clinique &#224; l'H&#244;pital Lariboisi&#232;re et nous nous rencontrions &#224; quelques colloques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, install&#233; en Gr&#232;ce, il a d&#233;velopp&#233; son activit&#233; de psychanalyste en lib&#233;ral tout en &#233;tant m&#233;decin chef du d&#233;partement de psychiatrie pour adolescents et jeunes adultes &#224; l'H&#244;pital g&#233;n&#233;ral d'Ath&#232;nes G. Gennimatas (1990-2003) o&#249; il devait s'appliquer &#224; mettre en place son exp&#233;rience de la psychiatrie institutionnelle. Il est le co-fondateur (1997) et membre du comit&#233; de r&#233;daction de la revue psychanalytique grecque &lt;i&gt;Ek ton ysteron&lt;/i&gt; (apr&#232;s-coup) (1997-2014) et fondateur (2013) de la Soci&#233;t&#233; pour l'&#233;tude psychanalytique de l'adolescence &#171; Enivos &#187; qui si&#232;ge &#224; Ath&#232;nes o&#249; il a &#233;t&#233; responsable de la publication Psychanalyse et adolescence. Rep&#232;res th&#233;orico-cliniques. Il collabore avec le Centre europ&#233;en de traduction, de litt&#233;rature et de sciences humaines (EKEMEL), enseigne au D&#233;partement de th&#233;orie et d'histoire de l'art de l'ASKT (2007 &#224; 2011) et, sera directeur de collection (Psychanalytika) aux &#233;ditions Hestia &#224; Ath&#232;nes. Il est &#233;galement membre du Comit&#233; de lecture de la revue &lt;i&gt;Topique&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Membre du Quatri&#232;me Groupe depuis dix ans, on ne peut dissocier chez notre regrett&#233; coll&#232;gue, sa sensibilit&#233; aux probl&#232;mes sociaux, son engagement politique de son &#233;laboration th&#233;orico-clinique. En r&#233;f&#233;rence aux travaux de C. Castoriadis, il consid&#232;re l'&#234;tre humain comme un &#234;tre fou de ses passions, malade de son d&#233;sir, tout en &#233;tant &#233;pris d'une qu&#234;te inextinguible de sens et soutient qu'il n'est donc gu&#232;re possible de penser la psych&#233; et le sujet humain sans r&#233;f&#233;rence au monde socialement institu&#233;. Mais, qu'il est tout aussi essentiel de reconna&#238;tre que tout processus de subjectivit&#233; a &#224; se confronter &#224; un d&#233;j&#224;-l&#224;, &#224; un en de&#231;&#224; de lui-m&#234;me qui le pr&#233;c&#232;de et il s'appuie alors sur les concepts d'Aulagnier pour penser l'av&#232;nement du Je.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la richesse de son &#233;laboration qui confronte la dynamique instituant / institu&#233; au rapport Je identifiant / Je identifi&#233;, je ne rappellerai ici que ce qui le conduit &#224; sa conception de la cure. Celle-ci est pens&#233;e depuis la capacit&#233; autor&#233;flexive de l'originaire pictographique qui a &#224; tenir compte du travail de cr&#233;ation, de &#171; l'imagination radicale &#187; qui d&#233;passe la r&#233;p&#233;tition. En sa dynamique transf&#233;ro-contre-transf&#233;rentielle l'espace de la cure est pos&#233; comme co-cr&#233;ation et le champ de l'interpr&#233;table situe le travail analytique au niveau de la construction interpr&#233;tante cr&#233;atrice : proche &#224; la fois de la poi&#232;sis psychique et de l'&#233;mergence d'une subjectivit&#233; s'ouvrant et se renfermant sans cesse sur elle-m&#234;me, d'une subjectivit&#233; r&#233;fl&#233;chissante toujours &#224; faire &#234;tre. &lt;br class='manualbr' /&gt;Gerassimos a organis&#233; un s&#233;minaire, des groupes de travail. Il a &#233;crit de nombreux articles, publi&#233; des livres. Il a particip&#233; &#224; de nombreux colloques quand il ne les organisait pas &#224; Ath&#232;nes o&#249; du fait de son exp&#233;rience parisienne il a pu inviter nombre d'analystes de diff&#233;rentes soci&#233;t&#233;s. Gerassimos a beaucoup contribu&#233; &#224; faire conna&#238;tre en Gr&#232;ce les travaux m&#233;tapsychologiques li&#233;s au Quatri&#232;me Groupe en initiant notamment la traduction de la Violence de l'Interpr&#233;tation ainsi qu'un article de Nathalie Zaltzman. Et ceux de ses coll&#232;gues du Quatri&#232;me Groupe qui se sont rendus &#224; Ath&#232;nes se souviendront de son attention, de sa profonde hospitalit&#233; ainsi que celle de son &#233;pouse, Tessa, &#224; qui je renouvelle l'adresse de mes plus sinc&#232;res condol&#233;ances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous perdons un coll&#232;gue anim&#233; d'une passion ind&#233;fectible pour la psychanalyse et j'ai pu apprendre qu'il avait travaill&#233; &#224; la correction de son dernier livre tant que cela lui a &#233;t&#233; possible. Je perds un coll&#232;gue qui par sa lecture des plus attentives de l'oeuvre freudienne, de C. Castoriadis, de P. Aulagnier, de N. Zaltzman m'aura beaucoup appris, &#224; le lire, &#224; l'&#233;couter. Je perds un ami qui a marqu&#233; ma vie d'analyste, ma vie tout court.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bernard Defrenet &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hommage &#224; Gerassimos Stephanatos&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La disparition de Gerassimos Stephanatos a &#233;t&#233; un choc pour moi puisque depuis des mois &#224; cause de la pand&#233;mie de Covid-19 les r&#233;unions du Quatri&#232;me Groupe dont il &#233;tait membre &#233;taient suspendues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont mes origines grecques qui m'ont li&#233;e &#224; l'Association Franco-Hellenique de Psychiatrie Psychologie et Psychanalyse que notre ami commun Vangelis Spyratos m'a fait conna&#238;tre il y a bien longtemps maintenant, et dont je suis toujours la tr&#233;sori&#232;re. Elle &#233;tait malheureusement en sommeil depuis des ann&#233;es, avec la disparition des coll&#232;gues Claire Sinodynou, qui en avait &#233;t&#233; co-fondatrice, Vassilis Papadakos, et maintenant Gerassimos avec qui nous avions tent&#233; de r&#233;fl&#233;chir &#224; une &#233;volution possible ....&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais j'ai vraiment compris la profondeur et la finesse de Gerassimos en travaillant avec lui au Quatri&#232;me Groupe. Son sens th&#233;orique &#224; la recherche de l'expression des traces et de l'indicible n'&#233;tait jamais d&#233;connect&#233; de la relation humaine. J'ai pu constater sa g&#233;n&#233;rosit&#233; exceptionnelle autant que rare, ainsi que son sens du partage, du don, du lien ....&lt;br class='manualbr' /&gt;Il aurait d&#251; venir &#224; Paris pour notre s&#233;minaire le 20 Novembre 2021 et je me pr&#233;parais &#224; le revoir avec grand plaisir, comptant sur sa bienveillance et l'intelligence de son &#233;coute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me s'il nous manque, ce qui est donn&#233; ne se perd pas et j'esp&#232;re que la fid&#233;lit&#233; &#224; sa pens&#233;e et &#224; son &#234;tre &#224; la fois solide et tout en d&#233;licatesse, perdurera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 11/11/2021&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Monique Mioni&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Membre du Quatri&#232;me Groupe-OPLF&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb9-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Il s'agit du sous-titre de son ouvrage intitul&#233; &lt;i&gt;Constructions de l'analyse, construction de l'analyste&lt;/i&gt;, publi&#233; en 2017 aux &#201;ditions &lt;i&gt;Hestia &lt;/i&gt;&#224; Ath&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>La pr&#233;maturation humaine</title>
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		<dc:subject>Lapassade G.</dc:subject>
		<dc:subject>Anthropologie</dc:subject>
		<dc:subject>Psycho-sociologie</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Chapitre premier, &#171; La pr&#233;maturation &#187;, du livre &#171; L'entr&#233;e dans la vie &#187; de Georges Lapassade, 10/18 1963, pp. 23-4 (r&#233;ed. Anthropos, 2005). L'homme na&#238;t inachev&#233;. Plusieurs signes le manifestent : la non-fermeture des cloisons cardiaques, les insuffisances inscrites dans les alv&#233;oles pulmonaires, l'immaturit&#233; post-natale du syst&#232;me nerveux. Ce sont l&#224; des faits d'ordre biologique ; mais ils ont &#233;t&#233; particuli&#232;rement soulign&#233;s et interpr&#233;t&#233;s par les psychologues de l'enfance, et ceci (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-101-lapassade-g-+" rel="tag"&gt;Lapassade G.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-110-anthropologie-+" rel="tag"&gt;Anthropologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-109-psycho-sociologie-+" rel="tag"&gt;Psycho-sociologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-30-education-+" rel="tag"&gt;&#201;ducation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-38-science-+" rel="tag"&gt;Science&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Chapitre premier, &#171; La pr&#233;maturation &#187;, du livre &#171; L'entr&#233;e dans la vie &#187; de Georges Lapassade, 10/18 1963, pp. 23-4 (r&#233;ed. Anthropos, 2005).&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'homme na&#238;t inachev&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs signes le manifestent : la non-fermeture des cloisons cardiaques, les insuffisances inscrites dans les alv&#233;oles pulmonaires, l'immaturit&#233; post-natale du syst&#232;me nerveux. Ce sont l&#224; des faits d'ordre biologique ; mais ils ont &#233;t&#233; particuli&#232;rement soulign&#233;s et interpr&#233;t&#233;s par les psychologues de l'enfance, et ceci d&#232;s les premiers d&#233;veloppements de l'observation psychog&#233;n&#233;tique. Un psychologue de l'enfance, Preyer, les d&#233;crit ainsi : &#171; &lt;i&gt;Chez l'homme, le nombre des associations possibles entre la vue et les mouvements oculaires coordonn&#233;s est si grand, compar&#233; au nombre des associations possibles chez l'animal au moment de la naissance, qu'il ne leur est loisible de se d&#233;velopper qu'au cours d'une longue enfance, d'une longue p&#233;riode apr&#232;s la naissance&#8230; Ce n'est qu'&#224; partir de la sixi&#232;me ann&#233;e, comme l'a montr&#233; O. Binswanger, que se trouvent des cellules ganglionnaires compl&#232;tement d&#233;velopp&#233;es dans le cerveau de l'enfant : ce n'est qu'&#224; cette &#233;poque aussi, selon Sernoff, que se d&#233;veloppent les circonvolutions. Ainsi, non seulement le cerveau humain continue &#224; se d&#233;velopper apr&#232;s la naissance, mais il ne se diff&#233;rencie qu'apr&#232;s celle-ci, et ce n'est qu'au deuxi&#232;me mois qu'il pr&#233;sente des signes morphologiques caract&#233;ristiques&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Preyer, L'&#194;me de l'enfant. Trad. fr. Paris, Alcan, 1887, p. 56.&#034; id=&#034;nh10-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a souvent interpr&#233;t&#233; cette immaturit&#233; comme une pr&#233;maturation : la naissance a lieu trop t&#244;t, l'enfant doit &#171; achever &#187; dans le monde un d&#233;veloppement qui n'a fait que commencer au cours de la vie f&#339;tale. La pr&#233;maturation de la naissance d&#233;terminerait ainsi l'allure sp&#233;cifique de l'enfance humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enfance devrait donc &#234;tre d&#233;finie comme la p&#233;riode d'ach&#232;vement de ce qui n'est qu'esquiss&#233; au terme de la vie intra-ut&#233;rine. Elle ne serait qu'une naissance continu&#233;e, un commencement d&#233;velopp&#233; ou, comme dit Nietzsche, &#171; un jour de l'an prolong&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;F. Nietzsche. Le voyageur et son ombre. 2e partie : Humain trop humain, &#167; 269.&#034; id=&#034;nh10-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Mais ceci explique et fonde la n&#233;cessit&#233; d'une enfance, sans rendre enti&#232;rement compte de sa singuli&#232;re longueur. Or on constate que le temps mis pour doubler le poids de l'organisme &#224; la naissance est plus long pour l'esp&#232;ce humaine que pour les autres esp&#232;ces vivantes ; que le moment de la marche, et le d&#233;lai qui le s&#233;pare de la venue au monde, est tel que l'enfant humain est plus longtemps inapte &#224; la ma&#238;trise de l'espace. Si l'on consid&#232;re enfin que la croissance physique ne s'ach&#232;ve chez l'homme qu'entre la vingti&#232;me et la trenti&#232;me ann&#233;e, on doit dire que le temps de maturation correspond &#224; peu pr&#232;s au tiers de la dur&#233;e totale de la vie -proportion que l'on ne trouve chez aucun autre &#234;tre vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement conna&#238;t enfin des d&#233;calages et des discontinuit&#233;s. Chacun sait que l'homme a des &#171; dents de lait &#187; avant d'avoir sa dentition d&#233;finitive, et qu'une phase de repos s&#233;pare ces deux dentitions. Mais le fait le plus remarquable reste le d&#233;veloppement &#171; diphas&#233; &#187; de la sexualit&#233; humaine : une premi&#232;re pouss&#233;e entre trois et cinq ans, suivie d'une phase de repos, puis une seconde floraison &#224; la pubert&#233;. Il y a d&#233;calage enfin entre les rythmes de maturation des organes et des fonctions : la maturation des connexions neuro-musculaires n&#233;cessaires &#224; la marche et au langage s'accomplit au cours de la premi&#232;re enfance ; la maturation sexuelle est achev&#233;e beaucoup plus tard ; l'ach&#232;vement de la croissance en longueur vient encore plus tardivement et se prolonge plusieurs ann&#233;es apr&#232;s l'acc&#232;s &#224; la maturit&#233; sexuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les phases de repos sont un trait particuli&#232;rement caract&#233;ristique : alternant avec des phases d'acc&#233;l&#233;ration, elles caract&#233;risent &#233;galement le rythme g&#233;n&#233;ral de la croissance. Les organes g&#233;nitaux f&#233;minins ont atteint un terme de croissance autour de la cinqui&#232;me ann&#233;e ; mais leur fonctionnement ne commence normalement qu'&#224; l'&#233;poque de la pubert&#233;. Ce caract&#232;re se retrouve sur le plan d'ensemble du comportement : &#224; cinq ans, observe Gesell, l'enfant atteint un palier d'&#233;quilibre tel qu'il para&#238;t avoir accompli &#171; &lt;i&gt;le premier tour de piste de la longue course vers la maturit&#233;&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Gesell et F. L. Ilg. Le jeune enfant dans la civilisation moderne, p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cet &#233;quilibre des cinq ans sera ensuite boulevers&#233; au cours de nouvelles pouss&#233;es de croissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'acc&#232;s de l'homme &#224; la maturit&#233; biologique ne s'accomplit donc pas d'un coup. Elle s'effectue lentement, de fa&#231;on complexe, selon des rythmes qui donnent aux d&#233;buts de l'homme dans la vie un caract&#232;re tout &#224; fait singulier. Cette singularit&#233; a fait l'objet de commentaires divergents. Les hypoth&#232;ses pour rendre compte des conditions de la naissance et de la signification de l'enfance, s'orientent en effet dans deux directions.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;* * *&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Certains auteurs proposent d'expliquer l'inach&#232;vement de l'homme &#224; la naissance par la complexit&#233; de son organisation psycho-biologique. Ainsi E. de Hartmann &#233;crit : &#171; &lt;i&gt;Chez l'homme, le nouveau-n&#233; semble ne rien apporter avec lui et devoir tout apprendre ; en fait, au contraire, il apporte tout, ou du moins infiniment plus que n'apporte l'animal &#233;quip&#233; et pr&#234;t d&#232;s sa sortie de l'&#339;uf, mais il l'apporte &#224; l'&#233;tat imparfait, car ce qu'il y a &#224; d&#233;velopper chez lui est si consid&#233;rable qu'au bout de neuf mois de vie embryonnaire, il n'en peut exister que les germes. Ces germes, ces dispositions se d&#233;veloppent et m&#251;rissent &#224; mesure que le cerveau de l'enfant se d&#233;veloppe par l'exp&#233;rience&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par Preyer, ibid., p. 57.&#034; id=&#034;nh10-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'inach&#232;vement initial appara&#238;t ici comme une d&#233;termination provisoire ; en r&#233;alit&#233;, l'enfant humain &#171; apporte tout &#187;, mais ce &#171; tout &#187; est encore envelopp&#233; dans le germe ; il est l&#224;, provisoirement, &#224; l'&#233;tat virtuel ; la perfection future de l'adulte est en puissance dans l'imperfection de la naissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la doctrine embryologique de la pr&#233;formation transpos&#233;e de l'embryologie &#224; la psychologie. Cette transposition &#233;tait en fait &#233;labor&#233;e d&#232;s le XVIlle si&#232;cle, dans le concept de la perfectibilit&#233;. Pour les philosophes des Lumi&#232;res, ainsi d'ailleurs que pour Rousseau, ce concept signifie qu'on reconna&#238;t &#224; l'homme seul la capacit&#233; d'un progr&#232;s ind&#233;fini qui ne serait qu'actualisation d'un ensemble de possibilit&#233;s d'abord en sommeil, et que l'exp&#233;rience r&#233;veille. Ce concept sert ainsi, comme le remarque R. Hubert, &#224; distinguer l'homme des autres &#234;tres vivants : selon les Encyclop&#233;distes, &#171; &lt;i&gt;il subsiste entre l'homme et l'animal des diff&#233;rences qui rendent possible la perfectibilit&#233; du premier et expliquent au contraire la fixation des instincts chez le second&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. Hubert. Les sciences sociales dans l'Encyclop&#233;die. Paris, Alcan, 1923, p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier contenu du concept de perfectibilit&#233; concerne les potentialit&#233;s inscrites dans l'&#234;tre humain &#224; la naissance, d&#233;velopp&#233;es au cours de l'enfance. Un second aspect de cette notion compl&#232;te le premier : il concerne l'&#233;ducabilit&#233; de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La longueur de l'enfance humaine rend l'&#233;ducation &#224; la fois n&#233;cessaire et possible ; l'enfance se caract&#233;rise comme condition de possibilit&#233; d'un conditionnement. On trouve une expression pr&#233;cise de cette th&#232;se dans la distinction qu'&#233;tablit Buffon entre l'homme et l'animal :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Un jeune animal, tant par l'incitation que par l'exemple, apprend en quelques semaines d'&#226;ge &#224; faire tout ce que ses p&#232;re et m&#232;re font ; il faut des ann&#233;es &#224; l'enfant, parce qu'en naissant il est sans comparaison beaucoup moins avanc&#233;, moins fort et moins form&#233; que ne le sont les petits animaux&#8230; L'enfant est donc beaucoup plus lent que l'animal &#224; recevoir l'&#233;ducation individuelle ; mais pour cette raison il devient susceptible de celle de l'esp&#232;ce. Les secours multipli&#233;s, les soins continuels qu'exige pendant longtemps son &#233;tat de faiblesse entretiennent, augmentent l'attachement des p&#232;re et m&#232;re et, soignant le corps, ils cultivent l'esprit. Le temps qu'il faut au premier pour se fortifier tourne au profil du second&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Buffon. Histoire naturelle. &#338;uvres compl&#232;tes, 6, Les quadrup&#232;des, les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'aspect que souligne ce texte est celui qui concerne la n&#233;cessit&#233; de l'&#233;ducation : l'enfant, d&#233;sarm&#233; devant les n&#233;cessit&#233;s de la vie &#171; moins fort et moins form&#233; &#187;, doit apprendre, c'est-&#224;-dire recevoir de l'entourage les techniques de vie que la nature ne lui a pas donn&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On accentue l'autre aspect de l'&#233;ducabilit&#233; en soulignant la plasticit&#233; propre &#224; l'enfance. C'est l&#224; un trait d'observation courante et qui, d'ailleurs, d&#233;borde Je cadre de l'esp&#232;ce humaine : le temps de la croissance des &#234;tres vivants est, par opposition au temps de maturit&#233;, celui d'une plasticit&#233; qui permet le dressage. Pour parler le langage de Buffon : l'enfance devient ainsi le moment d'une &#171; &#233;ducation de l'individu &#187;, commune &#224; l'homme et &#224; l'animal. Les &#234;tres vivants qui ont atteint un certain degr&#233; d'&#233;volution ont, comme le soulignera J. Fiske&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fiske. The meaning of infancy (1899).&#034; id=&#034;nh10-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, une enfance au cours de laquelle ils acqui&#232;rent des comportements. Le mod&#232;le de ces conduites acquises est fourni par les adultes. On le voit dans la formation des habitudes : certaines conduites n&#233;cessaires &#224; la conservation de la vie seraient inscrites dans l'&#233;quipement h&#233;r&#233;ditaire ; le poussin picore d&#232;s qu'il a bris&#233; sa coquille. D'autres conduites sont au contraire acquises par imitation ou par domestication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#171; &#233;ducation de l'esp&#232;ce &#187; est le propre de l'homme : des caract&#232;res nouveaux sont apparus, qui n'appartiennent pas &#224; la nature ; le langage en est un exemple. L'&#233;ducation n'est plus alors la simple mise en activit&#233; des conduites propre &#224; &#171; l'&#233;ducation individuelle &#187; ; elle implique, au contraire, la transmission de normes et de techniques dont l'ensemble forme ce qu'on nomme aujourd'hui la culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'acculturation de l'enfant humain peut &#234;tre comprise de deux mani&#232;res, selon qu'on donne telle ou telle d&#233;finition de la culture. Dans la perspective de la philosophie des Lumi&#232;res, qui fonde la distinction introduite par Buffon, la culture constitue la diff&#233;rence sp&#233;cifique de l'homme, le caract&#232;re essentiel de la nature humaine. Dans une perspective plus moderne, la notion de culture s'oppose &#224; la notion de nature : l'homme est un &#234;tre culturel, et non naturel ; la diversit&#233; des cultures brise toute unit&#233; fondamentale de l'esp&#232;ce au b&#233;n&#233;fice d'une s&#233;paration des styles de vie et des mod&#232;les de comportement. Au d&#233;part de toute r&#233;flexion sur le conditionnement humain, il importe de rappeler cette ambigu&#239;t&#233; inh&#233;rente &#224; la d&#233;finition de la culture. Si l'on retient le premier sens, avec l'universalit&#233; des Lumi&#232;res, le conditionnement aura la valeur d'une hominisation progressive ; la pr&#233;paration &#233;ducative &#224; la vie doit &#234;tre comprise comme une insertion sociale, fond&#233;e sur la diversit&#233; des normes caract&#233;ristiques des diverses soci&#233;t&#233;s. Dans le premier cas, l' &#171; acculturation &#187; d&#233;signe l'entr&#233;e de l'homme dans l'universalit&#233; d'une condition ; dans le second, il s'agit, au contraire, du processus qui brise l'unit&#233; biologique pour modeler l'individu selon les normes d'un groupe social distinct des autres groupements humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste que, dans les deux cas ainsi s&#233;par&#233;s, l'&#233;ducabilit&#233; trouve son terme dans l'ach&#232;vement des ann&#233;es de formation. L'homme achev&#233;, c'est l'homme adulte. La perfectibilit&#233;, avec sa double signification de potentialit&#233; et d'&#233;ducabilit&#233;, suppose un id&#233;al de perfection, et donc la possibilit&#233; d'un ach&#232;vement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#233;galement &#224; partir d'une perfectibilit&#233; qui demande un temps d'actualisation &#8211; nous dirions aujourd'hui de maturation &#8211; que le philosophe J. Fiske a propos&#233;, en se r&#233;clamant de Darwin, d'expliquer la longueur de l'enfance. Fiske, c'est Buffon interpr&#233;t&#233; &#224; la lumi&#232;re de l'&#233;volutionnisme. Selon Fiske, en effet, l'enfance est un produit de l'&#233;volution : cette conclusion est exig&#233;e par le fait que sa dur&#233;e para&#238;t cro&#238;tre avec la transformation &#233;volutive des &#234;tres vivants. L'explication de cet allongement progressif prend chez Fiske un caract&#232;re nettement finaliste. C'est ainsi qu'il &#233;crit dans &lt;i&gt;La destin&#233;e de l'homme&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;La vie psychologique des animaux les plus inf&#233;rieurs consiste en quelques actes simples tendant &#224; se procurer la nourriture et &#224; &#233;viter le danger ; ces actes, nous avons coutume de les classer comme instinctifs. Si nous montons l'&#233;chelle animale jusqu'&#224; ce que nous arrivions aux oiseaux et aux mammif&#232;res sup&#233;rieurs, nous voyons commencer un changement tr&#232;s remarquable&#8230; Les actes que l'animal accomplit au cours de sa vie deviennent beaucoup plus nombreux, beaucoup plus vari&#233;s et beaucoup plus complexes. Ils sont donc r&#233;p&#233;t&#233;s avec moins de fr&#233;quence dans le cours de la vie de chaque individu. Cons&#233;quemment, la disposition &#224; les accomplir n'est pas compl&#232;tement organis&#233;e dans le syst&#232;me nerveux du rejeton avant la naissance. La courte p&#233;riode d'existence pr&#233;-natale ne donne pas un temps suffisant pour l'organisation d'habitudes aussi vari&#233;es et aussi complexes. Le processus qui, dans les animaux inf&#233;rieurs, est achev&#233; avant la naissance, voit cet ach&#232;vement prorog&#233; dans les animaux sup&#233;rieurs jusqu'&#224; l'&#233;poque suivant la naissance&lt;/i&gt;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Fiske. La destin&#233;e de l'homme, p. 29-36.&#034; id=&#034;nh10-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'existence de l'enfance est ainsi justifi&#233;e par une complexit&#233; croissante du comportement qui lui serait, on ne sait trop pourquoi, ant&#233;rieure. Pour Fiske, c'est le psychisme qui d&#233;termine l'apparition de l'enfance dans le cours de l'&#233;volution. Le spiritualisme du philosophe dirige ici l'interpr&#233;tation des faits et la lecture des significations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le spiritualisme mis &#224; part, la r&#233;ponse de H. Wallon au m&#234;me probl&#232;me n'est pas tr&#232;s diff&#233;rente. Il &#233;crit en effet : &#171; &lt;i&gt;L'enfant reste beaucoup plus longtemps d&#233;sarm&#233; devant les n&#233;cessit&#233;s les plus &#233;l&#233;mentaires de la vie, et les occasions d'apprentissage qu'il doit trouver dans le milieu externe prennent alors une importance d&#233;cisive. Il y a ainsi relation inverse entre la richesse de l'&#233;quipement et l'ach&#232;vement de ses parties. Plus grand est le nombre des possibilit&#233;s, plus grande leur ind&#233;termination.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Wallon. L'&#233;volution psychologique de l'enfant, p. 46.&#034; id=&#034;nh10-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ici encore, on le voit, la plasticit&#233; d'un &#234;tre inachev&#233; est invoqu&#233;e, postul&#233;e, pour rendre compte d'une enfance n&#233;cessairement longue. Mais d'o&#249; vient cette richesse originelle ? On la pose au d&#233;part, pour conclure qu'une longue p&#233;riode de maturation est n&#233;cessaire &#224; son actualisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la th&#233;orie modernis&#233;e de la perfectibilit&#233;. On commence par souligner le lien entre la n&#233;cessit&#233; des apprentissages -l'homme est un animal qui doit apprendre &#224; vivre &#8211; en marquant ici l'importance du milieu ext&#233;rieur. Puis, on invoque, comme le font Fiske et Preyer, une grande richesse en possibilit&#233;s qui n'ont pu s'actualiser au cours et au terme d'une vie pr&#233;natale trop courte ; ce qui doit rendre compte de l'ind&#233;termination originelle de l'organisme n&#233;onatal. Mais comment expliquer alors, sinon par la th&#233;orie classique d'un perfectionnement progressif des esp&#232;ces, cette richesse en &#233;quipements biologiques invoqu&#233;e &#224; titre d'explication derni&#232;re ? Ou bien on postule, sans le d&#233;velopper, un progr&#232;s lin&#233;aire qui fait de l'homme l'animal le plus perfectionn&#233; ; ou bien on tombe dans un v&#233;ritable cercle, et l'on explique l'ind&#233;termination par l'immaturit&#233; et l'immaturit&#233; ou la pr&#233;maturation par l'ind&#233;termination&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, ces interpr&#233;tations oscillent entre les deux aspects du concept de perfectibilit&#233; : tant&#244;t on souligne la potentialit&#233; des &#233;quipements qui doivent m&#251;rir, et tant&#244;t on met l'accent sur l'&#233;ducation. Devenir homme, accomplir en soi l'humanit&#233;, entrer dans la vie, c'est, dans cette perspective, actualiser la perfectibilit&#233; caract&#233;ristique de l'esp&#232;ce ; et c'est en m&#234;me temps achever d'apprendre &#224; vivre. Dans cette perspective, l'adulte, c'est l'homme d&#233;velopp&#233; et form&#233; ; l'enfant ne sert ici qu'&#224; pr&#233;parer l'adulte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on peut soutenir le contraire et dire que l'adulte pr&#233;c&#232;de l'enfant.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;* * * &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qu'avait d&#233;j&#224; vu Darwin. On lit, en effet, dans &lt;i&gt;l'Origine des Esp&#232;ces&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;On sait actuellement que quelques animaux sont aptes &#224; se reproduire &#224; un &#226;ge tr&#232;s pr&#233;coce, avant m&#234;me d'avoir acquis leurs caract&#232;res adultes complets ; si cette facult&#233; venait &#224; prendre chez une esp&#232;ce un d&#233;veloppement consid&#233;rable, il est probable que l'&#233;tat adulte de ces animaux se perdrait t&#244;t ou tard ; en ce cas, le caract&#232;re de l'esp&#232;ce tendrait &#224; se modifier et &#224; se d&#233;grader consid&#233;rablement, surtout si la larve diff&#233;rait beaucoup de la forme adulte.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ch. Darwin. L'origine des esp&#232;ces, chap. 6.&#034; id=&#034;nh10-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'hypoth&#232;se, v&#233;rifi&#233;e pour certaines esp&#232;ces animales, de la n&#233;ot&#233;nie &#233;volutive, ne fait que reprendre et d&#233;velopper cette id&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept de n&#233;ot&#233;nie comporte, en effet, une double signification : il d&#233;signe d'abord un fait, par exemple l'existence de batraciens qui conservent leur forme larvaire et se perp&#233;tuent sous cette forme. Il peut aussi d&#233;signer une id&#233;e, celle de Darwin : ces formes juv&#233;niles, fix&#233;es au cours de l'&#233;volution, auraient succ&#233;d&#233; chronologiquement &#224; une forme adulte ancestrale. L'exemple le plus souvent cit&#233; est celui de l'axolotl. En 1865, le naturaliste Dum&#233;ril d&#233;crit la m&#233;tamorphose inattendue de ces batraciens rapport&#233;s du Mexique, qu'il voit perdre leurs branchies, passer de la vie aquatique &#224; la vie a&#233;rienne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dumeril. Observation sur la reproduction, Paris, 1866.&#034; id=&#034;nh10-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'observation de Dum&#233;ril confirmait une hypoth&#232;se de Cuvier : l'axolotl, ce &#171; reptile douteux &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cuvier. Recherches anatomiques&#8230;, Paris, 1807.&#034; id=&#034;nh10-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#233;tait bien, en r&#233;alit&#233;, un batracien dont la structure larvaire &#233;tait devenue h&#233;r&#233;ditaire. On a pu pr&#233;ciser par la suite que l'axolotl est issu d'un batracien &#224; m&#233;tamorphose : l'amblystome, dont le d&#233;veloppement suit ailleurs le cours normal et complet observ&#233; par Dum&#233;ril dans son laboratoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les lacs am&#233;ricains, en effet, la forme axolotl est transitoire ; elle correspond simplement &#224; la &#171; phase t&#234;tard &#187;, pr&#233;c&#233;dant la m&#233;tamorphose et la forme adulte d&#233;finitive. Dans certains lacs mexicains au contraire, cette forme adolescente est d&#233;finitivement fix&#233;e ; elle ne pr&#233;c&#232;de plus l'&#233;tat adulte, elle le remplace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit la cons&#233;quence de cette d&#233;couverte pour une th&#233;orie de l'&#233;volution. Si le n&#233;ot&#232;ne est un adolescent qui a remplac&#233; l'adulte, le progr&#232;s &#233;volutif n'est plus la cons&#233;quence d'un perfectionnement continu des formes adultes. Au contraire : une nouvelle esp&#232;ce peut na&#238;tre d'une enfance conserv&#233;e, et substitu&#233;e &#224; la maturit&#233;. Dans l'histoire des vivants, l'enfant peut succ&#233;der &#224; l'adulte au lieu de le pr&#233;c&#233;der.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; un scandale pour une certaine biologie. Apr&#232;s Darwin, en effet, nombre de biologistes, et notamment Haeckel, ont soutenu l'id&#233;e que l'histoire des esp&#232;ces est analogue &#224; celle des individus. L'adulte est plus parfait que l'enfant &#8211; l'axolotl pr&#233;c&#232;de l'amblystome &#8211; l'homme &#171; descend du singe &#187; &#8211; ou du moins d'un anthropo&#239;de adulte perfectionn&#233;. Mieux : si, pour se d&#233;velopper, l'amblystome emprunte la forme axolotl, c'est, dirait Haeckel, parce qu'au cours de l'&#233;volution les axolotl &#8211; &#224; mi-chemin entre les poissons et les batraciens &#8211; ont pr&#233;c&#233;d&#233; les amblystomes. La m&#233;tamorphose de l'individu, qui le fait passer &#224; la forme adulte, ne fait que r&#233;p&#233;ter l'&#233;volution dont il est issu : l'ontog&#233;n&#232;se r&#233;capitule la phylog&#233;n&#232;se. L'homme m&#234;me, &#224; tel moment de sa vie f&#339;tale, &#171; r&#233;capitule &#187; le moment aquatique de la vie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fr. Haeckel. Anthropog&#233;nie, Trad. fr. Paris, 1877.&#034; id=&#034;nh10-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il passe par un &#171; stade poisson &#187;. L'enfant va ensuite &#171; r&#233;capituler &#187; les &#233;tapes de l'hominisation ; ses jeux vont &#171; r&#233;p&#233;ter &#187; les activit&#233;s de nos lointains anc&#234;tres. Grandir, c'est s'humaniser, c'est parcourir en raccourci, dans une existence individuelle, la longue route du progr&#232;s de l'humanit&#233;. Si les biologistes ont renonc&#233; &#224; ce roman, nombreux sont aujourd'hui les psychologues qui en maintiennent la tradition&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La th&#232;se de la r&#233;capitulation sociog&#233;n&#233;tique a &#233;t&#233; maintes fois soutenue en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Freud a maintenu curieusement, contre l'esprit m&#234;me de sa d&#233;couverte, cette th&#233;orie : le complexe d'&#338;dipe est pour lui la r&#233;p&#233;tition ontog&#233;n&#233;tique du parricide originel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Freud n'a jamais renonc&#233; &#224; l'hypoth&#232;se de la r&#233;capitulation invoqu&#233;e par lui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hypoth&#232;se de la n&#233;ot&#233;nie renverse ces propositions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'axolotl a succ&#233;d&#233; &#224; l'amblystome au cours de l'&#233;volution, on ne peut soutenir en m&#234;me temps que l'amblystome r&#233;capitule aujourd'hui, au cours de sa m&#233;tamorphose, des formes plus anciennes de vie. La &#171; loi biog&#233;n&#233;tique fondamentale &#187; de Haeckel, ou &#171; loi de r&#233;capitulation &#187;, ne tient plus. Le progr&#232;s ne passe plus n&#233;cessairement par le perfectionnement des formes adultes ; il peut s'inscrire, au contraire, dans des formes embryonnaires stabilis&#233;es. Tel est le renversement de perspectives sugg&#233;r&#233; par l'existence d'esp&#232;ces animales n&#233;ot&#233;niques. Peut-on l'appliquer &#224; l'explication de l'homme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bolk l'affirme, &#224; partir d'observations qui rel&#232;vent d'abord de l'anatomie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L. Bolk. Le probl&#232;me de la gen&#232;se humaine, trad. fr. Paris, 1961.&#034; id=&#034;nh10-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais il invoque, &#224; titre de preuves compl&#233;mentaires, des observations d'ordre biologique dont on a d&#233;j&#224; soulign&#233; l'importance : l'inach&#232;vement de l'organisme &#224; la naissance, la longueur exceptionnelle de l'enfance humaine, les d&#233;calages dans le d&#233;veloppement. Du coup, le concept de n&#233;ot&#233;nie renouvelle la compr&#233;hension de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inach&#232;vement de l'organisme &#224; la naissance n'est invoqu&#233; par Bolk que d'une fa&#231;on lat&#233;rale, pour illustrer la lenteur du cours de notre vie. L'homme est &#171; jet&#233; &#187; trop t&#244;t dans le monde : la lenteur du cours de la vie a pu se manifester dans la vie intra-ut&#233;rine. Se d&#233;veloppant moins rapidement, au cours de cette phase, que ses anc&#234;tres, le nouveau-n&#233; humain est moins m&#251;r &#224; la naissance. Il lui faut donc continuer &#224; na&#238;tre, vivre pour venir &#224; la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est aussi la signification de la longueur de l'enfance. Bolk souligne le caract&#232;re particuli&#232;rement tardif de la pubert&#233; chez l'homme en insistant, en m&#234;me temps, sur l'h&#233;t&#233;rochronie de ce d&#233;veloppement. Tout se passe comme si l'entr&#233;e en fonction de l'appareil sexuel avait &#233;t&#233; diff&#233;r&#233;e, ajourn&#233;e, parce qu'elle se produirait &#224; un &#226;ge o&#249; le soma f&#233;minin n'est pas m&#251;r pour la conception. Or c'est bien l&#224; le trait fondamental de la n&#233;ot&#233;nie : le n&#233;ot&#232;ne est issu, semble-t-il, d'une disjonction entre les rythmes de d&#233;veloppement du &lt;i&gt;soma&lt;/i&gt; et du &lt;i&gt;germen&lt;/i&gt; : le premier est retard&#233; jusqu'&#224; ne plus atteindre la forme adulte ; le second se d&#233;veloppe compl&#232;tement et parvient &#224; maturit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Bolk, ces aspects du d&#233;veloppement ont une signification commune : ils manifestent l'action d'un processus de retardement. Le cours de notre vie est lent parce qu'il a &#233;t&#233; ralenti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ralentissement &#8211; ce freinage &#8211; n'agit pas de la m&#234;me mani&#232;re pour toutes les s&#233;quences du d&#233;veloppement individuel : il est des phases de d&#233;veloppement plus intenses &#8211; c'est-&#224;-dire selon Bolk, moins frein&#233;es ; ce sont les pouss&#233;es de croissance. Ce qui varie, c'est le degr&#233; de retardement ; mais ce retardement agit pour toute l'esp&#232;ce humaine, et doit &#234;tre lui-m&#234;me expliqu&#233;. D'o&#249; l'hypoth&#232;se bolkienne des hormones inhibitrices, cause derni&#232;re de la &#171; f&#339;talisation &#187; de la forme &#8211; c'est ainsi que Bolk nomme l'anatomie n&#233;ot&#233;nique de l'homme &#8211; comme du ralentissement du cours de la vie individuelle. Si l'homme est un n&#233;ot&#232;ne, c'est parce que la vitesse de croissance de ses anc&#234;tres anthropo&#239;des a &#233;t&#233; ralentie. D'o&#249; la conservation des structures f&#339;tales ; la n&#233;ot&#233;nie a jou&#233; son r&#244;le &#233;volutif. Le cours de la vie humaine t&#233;moigne encore de ce ralentissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le voit, Louis Bolk, sp&#233;cialiste d'anatomie compar&#233;e, est avant tout soucieux de comprendre la sp&#233;cificit&#233; de la structure corporelle pour &#233;tablir, en fonction de son caract&#232;re &#171; f&#339;tal &#187;, une hypoth&#232;se sur nos origines. Renversant le cours traditionnel d'une anatomie compar&#233;e mise au service des th&#233;ories de la descendance, il part de l'homme pour remonter ensuite vers ses ascendants suppos&#233;s. Il ne fait que d&#233;velopper ainsi une id&#233;e de Marx, qui observe que &#171; l'anatomie de l'homme est la cl&#233; de l'anatomie du singe &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;K. Marx. Introduction &#224; la critique de l'&#233;conomie politique, p. 169.&#034; id=&#034;nh10-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; il faut partir du n&#233;ot&#232;ne pour comprendre l'adulte ascendant. La th&#233;orie bolkienne nous fournit ainsi un concept r&#233;gulateur : dire que l'homme est un n&#233;ot&#232;ne, c'est indiquer qu'il a conserv&#233; la plasticit&#233; de la vie embryonnaire et juv&#233;nile, en m&#234;me temps que sa fragilit&#233;. L'homme n'est pas seulement d&#233;nud&#233;, comme le souligne Bolk, dans son corps &#171; f&#339;talis&#233; &#187; ; il l'est aussi dans sa structure psychique, et l'ind&#233;termination de ses tendances n'est peut-&#234;tre elle-m&#234;me qu'un produit de la f&#339;talisation des instincts. L'esp&#232;ce humaine, en tant qu'elle est d'abord une esp&#232;ce animale, pr&#233;senterait ainsi non seulement ce caract&#232;re singulier que constitue sa morphologie infantile, caract&#232;re commun &#224; tous les n&#233;ot&#232;nes, mais encore l'ind&#233;termination ouverte d'un &#234;tre &#224; jamais marqu&#233; par un inach&#232;vement originel. Avec l'homme, la n&#233;ot&#233;nie acquiert ainsi un nouveau sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme-n&#233;ot&#232;ne n'est pas seulement immatur&#233;, il est pr&#233;matur&#233;. Cet inach&#232;vement sp&#233;cifique se retrouverait, pour les m&#234;mes causes &#8211; et c'est l&#224; le second aspect de l'hypoth&#232;se &#8211; dans le cours de la vie individuelle : le concept de pr&#233;maturation correspond ici au concept de f&#339;talisation ; les deux concepts sont li&#233;s en une saisie synth&#233;tique de l'&#234;tre biologique de l'homme. L'importance de ce lien est capitale : si, en effet, le cours de la vie humaine est vu dans la perspective de la n&#233;ot&#233;nie, la pr&#233;maturation n'est pas seulement une caract&#233;ristique de la naissance et des d&#233;buts de l'homme dans la vie ; elle concerne au contraire la vie enti&#232;re d'un &#234;tre qui n'atteindra jamais le statut d'adulte dont il s'est autrefois &#233;loign&#233;. L'inach&#232;vement permanent de l'individu est &#224; l'image de l'inach&#232;vement permanent de l'esp&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut donc conserver, pour parler de l'homme, la notion de n&#233;ot&#233;nie, qu'&#224; condition de pr&#233;ciser ceci : s'agissant de l'esp&#232;ce humaine, la n&#233;ot&#233;nie signifie d'abord l'inach&#232;vement, et ensuite la conservation des formes juv&#233;niles. Or la n&#233;ot&#233;nie n'implique pas n&#233;cessairement cela : il est clair, en effet, qu'un batracien n&#233;ot&#232;ne est fix&#233; dans sa forme sp&#233;cifique ; au terme du processus &#233;volutif dont il est issu, il est tout autant d&#233;termin&#233;, sur le plan anatomique comme sur le plan fonctionnel, que l'anc&#234;tre qui l'a pr&#233;c&#233;d&#233; dans la s&#233;rie animale. C'est pourquoi l'accent mis sur l'inach&#232;vement ne devient v&#233;ritablement significatif que si l'on retient la plasticit&#233; des stades juv&#233;niles pour l'opposer &#224; la stabilit&#233; des adultes. Insister sur la n&#233;ot&#233;nie humaine, c'est donc valoriser l'ind&#233;termination de la jeunesse et, corr&#233;lativement, d&#233;valoriser les d&#233;terminations de la maturit&#233;. C'est dire, en m&#234;me temps, que le progr&#232;s suppose la plasticit&#233; caract&#233;ristique des formes embryonnaires de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y aurait pas d'histoire humaine si l'homme &#233;tait rest&#233; au stade d'un animal achev&#233;. Un vivant achev&#233;, ajust&#233; &#224; son milieu de vie, n'a pas besoin de progresser, d'inventer des ripostes aux exigences du milieu, &#224; ses carences, de trouver des moyens de compenser ses inf&#233;riorit&#233;s. Un exemple, souvent cit&#233;, est celui de la nudit&#233;. On a coutume d'expliquer ce fait culturel, le v&#234;tement, par la fragilit&#233; d'un organisme sans pelage. Il est sans doute moins banal d'expliquer, avec Bolk, ce d&#233;nuement par un processus de f&#339;talisation : les f&#339;tus de primates sont &#233;galement d&#233;nud&#233;s ; la n&#233;ot&#233;nie conserve ce caract&#232;re f&#339;tal, et induit, de ce fait, une invention qui s'inscrit dans la culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui importe ici, ce n'est pas un probl&#232;me d'origine, de descendance, mais bien d'abord une d&#233;termination de l'&#234;tre de l'homme. La trouvaille de Bolk est de proposer une explication de ce qu'on avait constat&#233; bien avant lui. Sans doute son but est-il d'expliquer une structure corporelle. Mais on peut, &#224; partir de son enseignement, proc&#233;der autrement : on posera, comme principe, non la f&#339;talisation mais la n&#233;ot&#233;nie de l'homme, dont on cherchera l'illustration ou la preuve aussi bien dans la structure anatomique que dans la biologie ou la pathologie de la croissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;flexion sur la n&#233;ot&#233;nie conduit enfin &#224; mettre en question le concept normatif d'adulte : le ralentissement &#233;volutif cr&#233;e des esp&#232;ces nouvelles dont l'existence conduit &#224; r&#233;viser les concepts d'adulte et de maturit&#233;, tant en biologie qu'en anthropologie. L'adulte, pour le biologiste, c'est l'organisme qui a termin&#233; sa croissance et dont le d&#233;veloppement est achev&#233;. La formation du terme l'indique et le souligne : par opposition &#224; l'adolescent (&lt;i&gt;adolescens&lt;/i&gt;) l'adulte est form&#233;, m&#251;ri, termin&#233; (&lt;i&gt;adultus&lt;/i&gt;). Mais que dire de l'axolotl ? Vu sous l'angle de son d&#233;veloppement individuel, il devient &#171; adulte &#187; lorsque sa croissance est achev&#233;e et qu'il est apte &#224; se reproduire. Mais compar&#233; au batracien &#224; m&#233;tamorphose dont il est issu, cet axolotl adulte n'appara&#238;t plus v&#233;ritablement comme tel : il est d&#233;finitivement fix&#233; &#224; un stade juv&#233;nile. On aper&#231;oit ainsi la relativit&#233; de la notion d'adulte&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cet &#233;branlement des normes doit nous aider &#224; dissocier les relations (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, dont la biologie de la croissance semblait fournir le mod&#232;le le plus simple, le moins contestable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature, en tout cas, ne fournit plus de rep&#232;res. Et la culture ne fait peut-&#234;tre que r&#233;pondre &#224; ce manque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; ce qu'essaie d'exprimer Fromm dans les remarques qu'il consacre &#224; la naissance de l'homme : &#171; &lt;i&gt;Le probl&#232;me que la race humaine aussi bien que l'individu doit r&#233;soudre est celui de na&#238;tre&#8230; L'enfant avant la naissance n'est pas diff&#233;rent de l'enfant apr&#232;s la naissance ; le processus de naissance continue. La naissance au sens conventionnel du terme est seulement le commencement de la naissance dans un sens plus large. La vie enti&#232;re de l'individu n'est rien d'autre que le processus de donner naissance &#224; soi-m&#234;me ; en v&#233;rit&#233;, nous serons pleinement n&#233;s quand nous mourrons. &lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. Fromm. Le drame fondamental de l'homme : na&#238;tre &#224; l'humain. L'Age (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb10-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Preyer, &lt;i&gt;L'&#194;me de l'enfant&lt;/i&gt;. Trad. fr. Paris, Alcan, 1887, p. 56.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;F. Nietzsche. &lt;i&gt;Le voyageur et son ombre&lt;/i&gt;. 2e partie : &lt;i&gt;Humain trop humain&lt;/i&gt;, &#167; 269.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;A. Gesell et F. L. Ilg. &lt;i&gt;Le jeune enfant dans la civilisation moderne&lt;/i&gt;, p. 362. Cf. &#233;galement M. Mead : &lt;i&gt;M&#339;urs et sexualit&#233; en Oc&#233;anie&lt;/i&gt; : la petite Arapesh est &#171; mariable &#187; d&#232;s l'&#226;ge de cinq ans. Pion, &#233;dit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cit&#233; par Preyer, &lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;., p. 57.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;R. Hubert. &lt;i&gt;Les sciences sociales dans l'Encyclop&#233;die&lt;/i&gt;. Paris, Alcan, 1923, p. 176.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Buffon. &lt;i&gt;Histoire naturelle. &lt;/i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes, 6, Les quadrup&#232;des, les singes, p. 140.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Fiske. &lt;i&gt;The meaning of infancy&lt;/i&gt; (1899).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;J. Fiske. &lt;i&gt;La destin&#233;e de l'homme&lt;/i&gt;, p. 29-36.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;H. Wallon. &lt;i&gt;L'&#233;volution psychologique de l'enfant&lt;/i&gt;, p. 46.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ch. Darwin. &lt;i&gt;L'origine des esp&#232;ces&lt;/i&gt;, chap. 6.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Dumeril. &lt;i&gt;Observation sur la reproduction&lt;/i&gt;, Paris, 1866.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cuvier. &lt;i&gt;Recherches anatomiques&lt;/i&gt;&#8230;, Paris, 1807.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Fr. Haeckel. &lt;i&gt;Anthropog&#233;nie&lt;/i&gt;, Trad. fr. Paris, 1877.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La th&#232;se de la r&#233;capitulation sociog&#233;n&#233;tique a &#233;t&#233; maintes fois soutenue en psychologie de l'enfant. Apr&#232;s Haeckel, elle a &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233;e, notamment, par Stanley Hall.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Freud n'a jamais renonc&#233; &#224; l'hypoth&#232;se de la r&#233;capitulation invoqu&#233;e par lui pour rendre compte du complexe d'&#338;dipe consid&#233;r&#233; comme la r&#233;p&#233;tition, dans le d&#233;veloppement de l'individu, du drame originel de l'humanit&#233; d&#233;crit dans &lt;i&gt;Totem et tabou&lt;/i&gt;. La th&#232;se de la r&#233;capitulation est notamment expos&#233;e dans l'introduction &#224; la psychanalyse (p. 218 de la traduction fran&#231;aise), dans &lt;i&gt;Mo&#239;se et le monoth&#233;isme&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire jusqu'aux derni&#232;res ann&#233;es de la vie de Freud. Or, malgr&#233; la &#171; correction &#187; introduite sur cette th&#232;se par G&#233;za Roheim &#224; partir de 1932, la question n'a jamais fait l'objet, &#224; notre connaissance du moins, de v&#233;ritables d&#233;bats dans le mouvement psychanalytique. Aujourd'hui encore, certains psychanalystes continuent &#224; admettre l'hypoth&#232;se freudienne. D'autres au contraire substituent, avec G&#233;za Roheim, &#224; la th&#233;orie freudienne de la r&#233;capitulation la th&#233;orie bolkienne de la f&#339;talisation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;L. Bolk. &lt;i&gt;Le probl&#232;me de la gen&#232;se humaine&lt;/i&gt;, trad. fr. Paris, 1961.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;K. Marx. &lt;i&gt;Introduction &#224; la critique de l'&#233;conomie politique&lt;/i&gt;, p. 169.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cet &#233;branlement des normes doit nous aider &#224; dissocier les relations couramment &#233;tablies entre le progr&#232;s et la maturit&#233;. Nous ne dirons plus, avec les &lt;i&gt;Aufkl&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#228;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;rer&lt;/i&gt;, que les lumi&#232;res r&#233;alisent, comme le pensait Kant, la maturit&#233; de l'homme et que c'est l&#224; un progr&#232;s d&#233;cisif. Le progr&#232;s, au contraire, peut tout aussi bien consister en une lutte contre une maturit&#233; scl&#233;ros&#233;e, fix&#233;e dans son apparente perfection. Et si l'homme est effectivement marqu&#233; d'abord par son inach&#232;vement, il faut admettre que cette maturit&#233; n'est jamais compl&#232;te, et qu'il est donc illusoire d'en assigner le terme, l'ach&#232;vement d&#233;finitif.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;E. Fromm. Le drame fondamental de l'homme : na&#238;tre &#224; l'humain. &lt;i&gt;L'Age nouveau&lt;/i&gt;, n&#176;106. E. Fromm ajoute que la naissance des soci&#233;t&#233;s peut s'expliquer par un processus analogue : l'art, la religion, l'ensemble des &#339;uvres humaines sont &#171; &lt;i&gt;des tentatives pour r&#233;soudre le probl&#232;me de la naissance d'un &#234;tre vraiment humain&lt;/i&gt; &#187;. Cette remarque indique clairement le renversement op&#233;r&#233; par les modernes dans la conception des origines de la civilisation. La culture y est rattach&#233;e non plus &#224; la perfectibilit&#233; de l'homme comme le faisaient les philosophes des lumi&#232;res, mais, au contraire, &#224; son imperfection. En m&#234;me temps, la relation de l'enfance &#224; l'&#226;ge adulte est profond&#233;ment modifi&#233;e ; l'&#226;ge adulte est r&#233;int&#233;gr&#233; dans une enfance prolong&#233;e jusqu'&#224; la mort. Plus exactement, l'enfance, au sens habituel de ce terme, n'est plus que la premi&#232;re phase d'une naissance continu&#233;e et qui n'est achev&#233;e qu'&#224; la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#232;se de Fromm, qui traduit dans un autre langage la conception bolkienne de l'homme, rejoint certains th&#232;mes majeurs de la pens&#233;e contemporaine : l'&#234;tre humain n'est plus d&#233;fini par un consentement aux valeurs ; il est au contraire cr&#233;ateur de lui-m&#234;me. Mais cette cr&#233;ation m&#234;me est marqu&#233;e par la pr&#233;maturation. Nous vivons toujours au-del&#224; de nos possibilit&#233;s, tout comme l'enfant doit, d&#232;s la naissance, vivre au-del&#224; de ses forces jusqu'au moment o&#249; &#224; l'&#226;ge du complexe d'&#338;dipe, il vit par anticipation son avenir sexuel. Les d&#233;calages observ&#233;s dans la croissance du corps se retrouvent dans le d&#233;veloppement de la condition humaine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>De la haine n&#233;cessaire &#224; la cl&#244;ture totalitaire du sens </title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?1002-de-la-haine-necessaire-a-la-cloture-totalitaire</link>
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		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
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&lt;p&gt;Article paru dans la revue Topique, 2013, n&#176;122, pp. 29-44. (Source) R&#233;sum&#233; : Quelle place donner &#224; l'&#171; aptitude &#224; la haine &#187; freudienne, dans ce trajet individuel et collectif qui peut conduire de la diff&#233;renciation identificatoire/identitaire n&#233;cessaire au repli et &#224; l'ali&#233;nation ? La haine dans ses aspects destructeurs et constructeurs fait que la psych&#233; rejette ce qu'elle n'est pas elle-m&#234;me, et que l'institution sociale tend &#224; se clore sur elle-m&#234;me. Deux ordres d'effets psychiques et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-6-psychanalyse-+" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-51-amour-+" rel="tag"&gt;Amour&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-66-stephanatos-+" rel="tag"&gt;Gerassimos S.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-117-mortalite-finitude-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-+" rel="tag"&gt;Mortalit&#233; / finitude&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-122-guerre-+" rel="tag"&gt;Guerre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-138-totalitarisme-+" rel="tag"&gt;Totalitarisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Article paru dans la revue Topique, 2013, n&#176;122, pp. 29-44. (&lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-topique-2013-1-page-29.htm#&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Source&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sum&#233; : Quelle place donner &#224; l'&#171; aptitude &#224; la haine &#187; freudienne, dans ce trajet individuel et collectif qui peut conduire de la diff&#233;renciation identificatoire/identitaire n&#233;cessaire au repli et &#224; l'ali&#233;nation ? La haine dans ses aspects destructeurs et constructeurs fait que la psych&#233; rejette ce qu'elle n'est pas elle-m&#234;me, et que l'institution sociale tend &#224; se clore sur elle-m&#234;me. Deux ordres d'effets psychiques et sociaux de la haine, irr&#233;ductibles les uns aux autres malgr&#233; leurs liens essentiels, leurs correspondances innombrables et leur conjonction dangereuse, qui peut dans les conditions sp&#233;cifiques transformer les &#171; d&#233;tails de diff&#233;renciation &#187; du narcissisme des petites diff&#233;rences en traits de haine identificatoires, mettant en action le d&#233;cha&#238;nement destructeur.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pourquoi fallait-il qu'une si grande sensibilit&#233; se soit port&#233;e sur ces d&#233;tails de diff&#233;renciation ?&lt;/i&gt; se demande Freud. D'o&#249; ce &#171; narcissisme des petites diff&#233;rences &#187; tire-t-il son pouvoir ? Pourquoi cette exacerbation de l' ambivalence, cette t&#233;nacit&#233; des &#171; sentiments d'&#233;tranget&#233; et d'hostilit&#233; &#187; entre personnes, groupes, collectivit&#233;s ou ethnies proches et largement semblables ? &#171; Nous ne le savons pas &#187; r&#233;pond-il, &#171; mais il est ind&#233;niable que dans ce comportement des hommes, se manifeste une aptitude &#224; la haine, une agressivit&#233;, dont l'origine est inconnue, et &#224; laquelle on serait tent&#233; d'attribuer un caract&#232;re &#233;l&#233;mentaire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Freud, Psychologie des masses et analyse du moi (1921), in Essais de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.Et par une note de bas de page il nous renvoie abruptement &#224; &lt;i&gt;Au-del&#224; du principe de plaisir&lt;/i&gt; (Freud, 1920) o&#249; il a effectivement tent&#233; un an auparavant de relier la polarit&#233; amour-haine &#224; l'opposition entre pulsions de vie et de mort, les pulsions sexuelles &#233;tant pos&#233;es comme repr&#233;sentantes des premi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si dans &lt;i&gt;Le tabou de virginit&#233;&lt;/i&gt; le &#171; rejet narcissique &#187; de la femme par l'homme, du fait de son complexe de castration, d&#233;voile &#171; l'existence d'une puissance qui s'oppose &#224; l'amour parce qu'elle &#233;carte la femme comme &#233;tranger et ennemi &#187; (Freud, 1918), si la diff&#233;rence donc des sexes devient le premier paradigme des &#171; petites &#187; diff&#233;rences dans ce qui se ressemble, c'est dans &lt;i&gt;Malaise dans la culture&lt;/i&gt; ( 1929) que cette &#171; puissance &#187; qui s'incarne dans le narcissisme des petites diff&#233;rences prend les traits de &lt;i&gt;Thanatos&lt;/i&gt;. La fonction de la haine ne reste plus relative parce qu'incluse dans la polarit&#233; amour-haine o&#249; elle se donne comme &#171; non-amour &#187; ; dor&#233;navant la haine acquiert une fonction absolue et donc quasi ontologique. Et, c'est &#224; la fin de ce parcours que Freud d&#233;montre l'utilit&#233; de l'usage de l'agressivit&#233; haineuse qui en r&#233;sulte pour la cimentation des collectivit&#233;s, la vie sociale et politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on avancer aujourd'hui sur ces questions essentielles ? Quelle place donner &#224; l' &#171; aptitude &#224; la haine &#187; (&lt;i&gt;Ha&#946;bereitschaft&lt;/i&gt;), dans ce trajet individuel et collectif qui peut conduire de la diff&#233;renciation identificatoire/identitaire n&#233;cessaire au repli et/ou &#224; l'ali&#233;nation ? J'esp&#232;re pouvoir montrer l'importance de la fonction de la haine dans ses aspects destructeurs et constructeurs qui fait que la psych&#233; rejette ce qui n'est pas elle-m&#234;me, et que l'institution sociale tend &#224; se clore sur elle-m&#234;me. Deux ordres d'effets psychique et social de la haine, irr&#233;ductibles les uns aux autres, malgr&#233; leurs liens essentiels, leurs correspondances innombrables et leur conjonction, conjonction qui peut dans les condi&#173;tions sp&#233;cifiques transformer les &#171; d&#233;tails de diff&#233;renciation &#187; du narcissisme des petites diff&#233;rences en &lt;i&gt;traits de haine&lt;/i&gt; identificatoires, mettant en action le d&#233;cha&#238;nement destructeur.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Haine originaire, haine de soi, haine de l'autre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Originairement, c'est la haine qui d&#233;signe la relation de la psych&#233; au monde. &#171; L'ext&#233;rieur, l'objet, le ha&#239; seraient tout au d&#233;but identiques &#187; a pu &#233;crire Freud dans &lt;i&gt;Pulsions et destins des pulsions&lt;/i&gt;, de m&#234;me que &#171; l'objet est n&#233; dans la haine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;pop&#233;e du Moi-r&#233;alit&#233; initial/ Moi-plaisir purifi&#233;/ Moi-r&#233;alit&#233; final et leurs avatars, l'absolutisme du prendre en soi/ rejeter hors-soi comme par ailleurs la probl&#233;matique de la n&#233;gation, successeur de l'expulsion (Austossung) et appartenant aussi &#224; la pulsion de destruction, contribuent essentiellement &#224; la constitution &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; du moi &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; de l'objet &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; de la r&#233;alit&#233;. (Stephanatos, 2011).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tendance fondamentale de la psych&#233; &#224; rejeter et ainsi &#224; ha&#239;r ce qui n'est pas elle-m&#234;me, &#233;tablit une premi&#232;re limite diff&#233;renciatrice entre le dedans et le dehors, et la haine se joignant &#224; l'amour du moi pour lui-m&#234;me trace les fronti&#232;res du moi. Avant d'&#234;tre destructrice, la haine est donc s&#233;paratrice, elle fait appara&#238;tre l'autre et l'autre en soi dans une alt&#233;rit&#233; &#224; venir. Cette &lt;i&gt;haine originaire&lt;/i&gt; autant que &lt;i&gt;n&#233;cessaire&lt;/i&gt; reste active tout au long de l'existence du sujet et malgr&#233; ses m&#233;tamorphoses, ses d&#233;placements, ses m&#233;diations, elle alimente en permanence le syst&#232;me repr&#233;sentationnel de la psych&#233;, ses affects, ses mises en sc&#232;ne, ses mises en sens. &#192; la charge du sujet et d'&lt;i&gt;&#201;ros&lt;/i&gt; de faire son &#233;laboration en permanence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce raccourci m&#233;tapsychologique confirme l'&#233;go&#239;sme ontologique inh&#233;rent n&#233;cessairement &#224; tout &lt;i&gt;&#234;tre-pour-soi&lt;/i&gt; et fondateur du mouvement antagoniste entre cl&#244;ture et ouverture vers l'autre et le monde. La &lt;i&gt;haine de l'autre&lt;/i&gt;, n'est que l'envers de l'amour de soi, de l'investissement positif de soi, du &#171; narcissisme auto-affirmateur &#187; des petites diff&#233;rences. Cette haine affirmative ne provient v&#233;ritablement pas de la vie sexuelle, remarque Freud, mais de la lutte du moi pour sa &#171; conservation &#187; et son &#171; affirmation &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Freud, &#171; Pulsions et destins des pulsions &#187; (1915), in M&#233;tapsychologie, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle est soutenue par un sophisme aussi &#233;l&#233;mentaire que puissant dans ses effets, qu'on retrouve en d&#233;pit du nombre d'analyses dont il a fait l'objet, dans les formes de haine collectives : &#171; je suis bien, le bien c'est moi, l'autre n'est pas moi, donc il n'est pas (bien) ou il est (moins bien), etc. Or, moi, je suis Anglais, Italien, homme, blanc, h&#233;t&#233;rosexuel, etc. lui il n'est pas, donc il est mauvais &#187;. Cette intol&#233;rance narcissique, cette haine pour l'autre brode &#224; l'infini sur les diff&#233;rences, les &#171; petites &#187; de pr&#233;f&#233;rence, et par une torsion sp&#233;culaire, depuis Lacan, entre en r&#233;sonance avec la haine de l'&#233;tranger en soi-m&#234;me, l'autre en soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &lt;i&gt;haine de soi&lt;/i&gt; est inconsciente et universelle. Il suffit de rappeler que le Moi-r&#233;alit&#233; est par excellence l'objet de l'ambivalence des affects, que habituellement l'amour de ce Moi l'emporte sur la haine dont il est l'objet, suffisamment pour assurer la survie du sujet dans la r&#233;alit&#233;. N&#233;anmoins cette haine de soi persiste &#224; bas bruit. Chaque fois que le repr&#233;sent&#233; ne r&#233;ussit pas &#224; annuler un &#233;tat de besoin, il devient ha&#239;ssable, insiste Piera Aulagnier, parce qu'il montre juste&#173; ment les limites de l'autosuffisance de la psych&#233; d'auto-engendrer un &#233;tat de plaisir et parce qu'il d&#233;ment la repr&#233;sentation que la psych&#233; forge de sa relation au monde&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je renvoie &#224; la th&#233;orisation de P. Aulagnier (1975, p. 48-54) sur les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La haine de soi est tourn&#233;e vers et contre, ce que la psych&#233; a &#233;t&#233; oblig&#233;e de devenir comme individu social souligne Cornelius Castoriadis de fa&#231;on compl&#233;mentaire : &#171; Nous n'acceptons jamais l'&#234;tre que la soci&#233;t&#233; nous a fait devenir et le noyau psychique se r&#233;volte contre tout ce qui contredit ses aspirations les plus fortes : toute puissance, &#233;gocentrisme, narcissisme illimit&#233; ... &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir C. Castoriadis, Une soci&#233;t&#233; &#224; la d&#233;rive, Paris le Seuil, 2005, cit&#233; par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, le Moi comme instance parlante, pensante et tenant compte d'une r&#233;alit&#233; partag&#233;e est un des premiers &#233;trangers qui se pr&#233;sentent &#224; la psych&#233; de la m&#234;me fa&#231;on que le Je, essentiellement conforme au discours et &#224; la raison de l'ensemble, n'est pas moins &#233;tranger et ha&#239;ssable pour les autres instances psychiques que n'importe quel habitant d'un pays voisin qui a des intentions antagonistes, qui parle une langue &#233;trang&#232;re incompr&#233;hensible sans traduction pour la logique des mises en sc&#232;ne fantasmatiques du primaire, intraduisible aux pictogrammes de l'originaire. Inversement le Je appr&#233;hende avec inqui&#233;tude la conflictualit&#233; intrapsychique et avec horreur le monde obscur de l'originaire pictographique, champ de bataille originel d'&#201;ros et Thanatos. Or, le sujet expulse ou d&#233;place -cela d&#233;pend du postulat du processus psychique consid&#233;r&#233; -cette haine de soi &#224; un objet ext&#233;rieur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Faudrait-il encore ajouter que la haine pr&#233;existe comme ext&#233;rieure au sujet (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le ph&#233;nom&#232;ne du racisme &#233;tant l'exemple &lt;i&gt;princeps&lt;/i&gt; de cette op&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, on passe insensiblement de l'individuel au collectif. Suffit-il de prolonger le mouvement de la haine issu de la conflictualit&#233; inconsciente du sujet pour penser la haine dans le social et le culturel ou faut-il penser autrement ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Distinctions ontologiques, pr&#233;cautions m&#233;thodologiques, apories&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La haine est un &#171; Janus bifronts &#187; dont un visage regarde vers l'individuel et l'autre vers le collectif, par o&#249; elle prend sa pleine mesure, &#233;crit P.-L. Assoun (2005). Cette bifrontalit&#233; est radicalis&#233;e dans l'&#339;uvre de Castoriadis qui introduit une distinction entre racine psychique et sociale de la haine. Haine de soi et haine de l'autre sont les deux expressions psychiques de la haine correspondant &#224; la tendance fondamentale de la psych&#233; &#224; rejeter et ainsi &#224; ha&#239;r ce qui n'est pas elle&#173; m&#234;me, &#224; se clore donc sur elle-m&#234;me. En revanche, la racine sociale de la haine correspond &#224; &#171; la quasi n&#233;cessit&#233; de la cl&#244;ture de l 'institution sociale et des signi&#173;fications imaginaires qu'elle porte &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, &#171; Les racines psychiques et sociales de la haine &#187;, in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette distinction constitue, &#224; mes yeux, une pr&#233;caution m&#233;thodologique essentielle pour penser le narcissisme des petites diff&#233;rences &#224; la fois dans le registre individuel et collectif, sans pour autant escamoter la dynamique propre au social-historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La distinction entre racine psychique et sociale de la haine correspond, en effet, &#224; la diff&#233;rence ontologique entre le psychique et le social. Psych&#233; et soci&#233;t&#233; bien qu'ins&#233;parables, sont radicalement irr&#233;ductibles l'une &#224; l'autre, elles constituent deux r&#233;gions diff&#233;rentes de l'&#234;tre/&#233;tant global. N&#233;anmoins, il est toujours tentant de glisser du registre de la th&#233;orie du social &#224; celui de la th&#233;orie de la psych&#233; et vice&#173; versa. De ce point de vue le chapitre VI de la &lt;i&gt;Psychologie des masses et analyse du Moi&lt;/i&gt; est caract&#233;ristique &#224; plus d'un titre. Freud dans sa d&#233;monstration classique, glisse de l'intersubjectif &#224; la famille, aux &#171; unit&#233;s plus importantes &#187;, aux peuples, aux ethnies en passant par les groupes et les foules. M&#234;me si la pertinence de l'analyse freudienne peut rendre compte au moins en partie des pratiques ou des ph&#233;nom&#232;nes collectifs historiquement observables, la question qui surgit est de taille. Peut-on r&#233;duire le social au relationnel en refusant au social-historique sa dynamique propre, sa cr&#233;ativit&#233; particuli&#232;re m&#234;me parfois monstrueuse ? L'intersubjectif ne sera jamais que cela, quitte &#224; le multiplier autant de fois que besoin, de la famille aux peuples en passant par les groupes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je rejoins ici la position de J.-F. Narodetzki qu'une retranscription de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait peut-&#234;tre prendre &#224; la lettre le titre de l'essai freudien, consid&#233;rer la &lt;i&gt;Psychologie des masses&lt;/i&gt; comme discipline d&#233;j&#224; constitu&#233;e depuis Gustave Le Bon, inaugurale d'une psychosociologie possible, et en revanche mettre l'accent sur la dimension m&#233;tapsychologique originale du concept analytique d'&lt;i&gt;Analyse du Moi &lt;/i&gt; ; qu'il s'agisse du mod&#232;le de la m&#233;lancolie et des processus d'introjection, ou de la distinction entre &lt;i&gt;moi id&#233;al&lt;/i&gt; comme premi&#232;re modalit&#233; narcissique totalitaire repli&#233;e sur elle-m&#234;me et &lt;i&gt;id&#233;al du moi&lt;/i&gt; comme ouverture &#224; un projet identificatoire singulier, ou encore qu'il s'agisse du transfert de l'id&#233;al du moi des individus sur un objet &#171; commun &#187;. Ce n'est peut-&#234;tre pas un hasard que ce chapitre VI d&#233;bouche sur la question de l'identification, qui complexifie le raisonnement freudien, rompt toute continuit&#233; lin&#233;aire entre psychologie des foules et analyse du moi, introduit l'historicit&#233; psychique et subvertit en derni&#232;re analyse la notion &#233;quivoque d'une &#171; &#226;me de masse &#187; (&lt;i&gt;Massenpsyche&lt;/i&gt;), comme solution du probl&#232;me de l'articulation entre le collectif et l'individuel. Solution de d&#233;sespoir, en mon sens, perp&#233;tuant une question apor&#233;tique toujours insistante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, on constate que dans les travaux de th&#233;orisation consacr&#233;s aux ph&#233;nom&#232;nes socioculturels actuels, le recours &#224; la th&#233;matique du narcissisme se fait de plus en plus insistant, le narcissisme &#233;tant promu au rang de facteur d'intelligibilit&#233; essentiel de l'existence individuelle et collective. Si la th&#233;matique du narcissisme peut servir &#224; l'exigence de rassembler en une unit&#233; th&#233;orique des &#233;l&#233;ments souvent h&#233;t&#233;roclites, recueillis par l'observation empirique, le concept freudien du narcissisme r&#233;pond, on le sait, aux n&#233;cessit&#233;s th&#233;orico-cliniques et m&#233;tapsychologiques indissociables de l'espace analytique. A. Green rappelle que Freud, d&#232;s 1915, &#233;crivait &#224; Lou Andreas-Salom&#233; : &#171; La figuration du narcissisme est d'abord [&#8230;] m&#233;tapsychologique, c'est-&#224;-dire sans aucune prise en consid&#233;ration des processus conscients, uniquement d&#233;termin&#233;e topique ment et dynamiquement. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L. Andreas-Salom&#233;, Correspondance avec Sigmund Freud, 1912-1936, Gallimard, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Parler donc de narcissisme &#171; social &#187; n'a aucun sens ; se r&#233;f&#233;rer aux conditions socioculturelles et politiques susceptibles de favoriser un repli sur soi ou une ouverture au monde, c'est tout autre chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'espace public poss&#232;de sa dynamique propre. Le collectif n'est pas une addition d'individualit&#233;s, ni une simple reviviscence de la &#171; horde originaire &#187; freudienne. L'&lt;i&gt;agora &lt;/i&gt;en l'occurrence repr&#233;sentait l'espace d'une &#233;laboration, sinon d'une n&#233;gociation possible des in&#233;vitables &#171; petites &#187; ou grandes diff&#233;rences, l'expression de la coexistence de la multiplicit&#233; et de la diversit&#233; qui formait &lt;i&gt;polis&lt;/i&gt;. Et, le &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt; au sens de Marcel Gauchet (2007) par exemple, est justement ce qui permet &#224; la soci&#233;t&#233; de tenir ensemble dans la diff&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diff&#233;rences &#171; petites &#187; et grandes, distinctions ontologiques, pr&#233;cautions m&#233;thodologiques, questions apor&#233;tiques, leur formulation m'a paru indispensable pour &lt;i&gt;penser la racine psychique et sociale de la haine s&#233;par&#233;ment et ensemble&lt;/i&gt;. Je soutiendrai donc que leur articulation, comme leurs conjonctions fatales, passent par le processus de mise en sens, qui force la psych&#233; &#224; &#171; se socialiser &#187;, c'est-&#224;-dire &#224; investir son fonctionnement &#224; l'espace &#171; o&#249; Je puisse advenir &#187; dans le discours de l'ensemble et dans une r&#233;alit&#233; partag&#233;e, ne pouvant exister que comme socialement institu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Processus de signification et cl&#244;ture du sens&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si la psych&#233; emprunte &#224; son corps des mod&#232;les sensoriels pour sautorepr&#233;senter, la psych&#233; a aussi besoin de l'institution sociale pour trouver du sens effectif, diurne, n&#233;cessaire &#224; son existence. La mise en sens est la caract&#233;ristique essentielle de la psych&#233; aussi bien que de la soci&#233;t&#233;, mais ce sens est de nature diff&#233;rente dans les deux cas. Chaque soci&#233;t&#233; cr&#233;e selon Castoriadis &#171; un magma de significations imaginaires sociales, irr&#233;ductibles &#224; la fonctionnalit&#233;, incarn&#233;es dans et par ses institutions et qui constituent son monde propre &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, Fait et &#224; faire, Seuil, Paris, 1997, p.12.&#034; id=&#034;nh11-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; plus ou moins cl&#244;tur&#233;, en tout cas d&#233;limit&#233;. Ce tissu de sens ou de significations qui p&#233;n&#232;tre toute la vie de la soci&#233;t&#233;, la dirige, l'oriente et garantit sa coh&#233;sion interne, il est cr&#233;ation de l'&#171; imaginaire social instituant &#187; du collectif anonyme. Si la psych&#233; donc, ne trouve pas dans l'espace social du sens capable de remplacer le sens originaire, elle restera compl&#232;tement enferm&#233;e dans son monde propre, o&#249; le d&#233;sir de l'autre et la haine de l'autre ne connaissent aucune limite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;riorisation des significations imaginaires sociales par la psych&#233;, se fait &#224; travers l'investissement du premier Autre maternel, que P. Aulagnier appelle &lt;i&gt;porte-parole &lt;/i&gt;de l'ensemble : affect, sens, culture y sont co-pr&#233;sents. Cette introjection du sens concomitante de la nomination des affects, impose &#224; la psych&#233; une &lt;i&gt;violence primaire&lt;/i&gt;. En contrepartie, la soci&#233;t&#233; fournit au sujet du sens, des rep&#232;res identificatoires, des objets de d&#233;rivation des pulsions et des d&#233;sirs, mais lui fournit aussi une certitude sur l'origine, l'acc&#232;s &#224; l'historicit&#233; et sa d&#233;signation comme un &#233;l&#233;ment appartenant &#224; un ensemble qui le reconna&#238;t comme une partie &#224; lui homog&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, Aulagnier propose l'id&#233;e d'un &lt;i&gt;contrat narcissique&lt;/i&gt; qui a comme signataires l'enfant et le groupe social. Ce faisant, elle inscrit le narcissisme dans le lien, en termes de libido identificatoire. En effet, le contrat narcissique encadre la probl&#233;matique identificatoire du sujet et fait que cette derni&#232;re ne soit pas d&#233;pendante du seul verdict parental. Cela permet au Je d'investir des e&lt;i&gt;mbl&#232;mes identificatoires&lt;/i&gt; qui d&#233;pendent du discours de l'ensemble et non plus du discours d'un seul autre, c'est-&#224;-dire &#171; une s&#233;rie de valeurs-embl&#232;mes, hi&#233;rarchis&#233;es au nom d'une bourse des valeurs imaginaires, mais sous l'&#233;gide du champ socio-culturel &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. Aulagnier, La violence de l'interpr&#233;tation, Paris, PUF, 1975, p. 210.&#034; id=&#034;nh11-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est comme si l'institution social-historique venait encadrer la probl&#233;matique identificatoire du je, au moyen de ce &lt;i&gt;contrat narcissique&lt;/i&gt;, qui fut th&#233;oris&#233; par Aulagnier au sens plut&#244;t du narcissisme secondaire, en tant que r&#233;ajustement du narcissisme primaire par l'appropriation et l'int&#233;gration des effets propres &#224; l'&lt;i&gt;identification symbolique&lt;/i&gt;. En effet, il y a tension entre les deux registres identificatoires primaires : narcissique et symbolique. La r&#233;f&#233;rence paternelle symbolique se transmet par le discours et le refoulement maternels, &#224; condition qu'il existe d&#233;j&#224; pour la m&#232;re un p&#232;re comme premier repr&#233;sentant des autres et du discours de l'ensemble dit Aulagnier, discours impr&#233;gn&#233; par les significations imaginaires sociales pourrait-on ajouter. Je dirais m&#234;me, que cette identification primordiale au P&#232;re originaire (&lt;i&gt;Urvater&lt;/i&gt;) avec toute l'&#233;laboration de l'ambivalence et de la haine qu'elle exige, assure l'investissement d'une composante du narcissisme primaire qui va vers la sublimation et l'ouverture relationnelle. Double destin donc, du projet identificatoire de tout sujet : ouverture au relationnel et tendance permanente &#224; la cl&#244;ture narcissique, au solipsisme de la monade. Double destin qui peut &#234;tre doubl&#233; dans des conditions socio-culturelles sp&#233;cifiques d'un mouvement sym&#233;trique d'ouverture-cl&#244;ture de l'institution sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, la haine est pr&#233;sente au d&#233;part, install&#233;e au fond du lien social, pr&#234;te &#224; r&#233;appara&#238;tre sur les ruines de la socialit&#233; aux moments du triomphe de la barbarie, quand les rep&#232;res identificatoires symboliques basculent et le contrat narcissique n'est plus valide. Face &#224; une telle r&#233;alit&#233; domin&#233;e par le primat de destruction physique et psychique, que notre si&#232;cle ne nous a pas &#233;pargn&#233;, Nathalie Zaltzman (1999) oppose comme r&#233;f&#233;rence indestructible et ultime, une identification survivante quasi m&#233;tabiologique, celle de l' &#171; identification &#224; l'esp&#232;ce humaine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'offre de sens de l'institution sociale est immense, multidimensionnel et ses effets bien complexes. La cl&#244;ture mat&#233;rielle qui correspond par exemple aux territoires et fronti&#232;res entre peuples et nations se transforme en &lt;i&gt;cl&#244;ture du sens &lt;/i&gt; : les territoires acqui&#232;rent leur importance en fonction des sens sp&#233;cifiques qui leur sont attribu&#233;s et la terre devient terre sacr&#233;e, terre promise, polis grecque ancienne, etc. Cette cl&#244;ture du sens in&#233;vitable, peut aboutir &#224; l'&lt;i&gt;h&#233;t&#233;ronomie&lt;/i&gt; ali&#233;nante, insiste Castoriadis dans son &#339;uvre, dans la mesure o&#249; les individus se trouvent dans l'impossibilit&#233; de mettre en question les fondements et les significations imaginaires centrales de leur propre soci&#233;t&#233;, en cr&#233;ant une niche m&#233;taphysique du sens, religieuse ou autre, qui donne une garantie extra-sociale de l'institution en escamotant le fait qu'une soci&#233;t&#233; s'auto-institue.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Embl&#232;mes identificatoires, traits uniques, traits de haine&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Toute forme de socialit&#233; exige, en effet, qu'on puisse continuer &#224; investir l'institution existante de la soci&#233;t&#233; et les significations imaginaires que la soci&#233;t&#233; porte. J. Peuch-Lestrade (2001) attire l'attention sur l'apparition en fin d'analyse des reconstructions fantasmatiques qui ne sont pas des constructions au sens de Freud. Elles s'appuient sur la dimension d'imaginaire social et sur l'ouverture au monde social-historique et t&#233;moignent de la capacit&#233; de &#171; jouer &#187; retrouv&#233;e par l'analysant, y compris dans des zones psychiques gouvern&#233;es par le traumatisme et sa r&#233;p&#233;tition. En revanche, j'ajouterai que dans les repr&#233;sentations conscientes et inconscientes de l'individu singulier, on peut &#233;galement retrouver des &#233;quivalences ou des traductions des significations imaginaires sociales qui v&#233;hiculent la haine raciste, sexiste, ethnique, religieuse ou autre. Ces &#233;l&#233;ments sont, par ailleurs, difficilement analysables puisqu'ils acqui&#232;rent de valeur d&#233;fensive importante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant on ne peut r&#233;duire le monde des significations institu&#233;es aux repr&#233;sentations individuelles effectives, ni &#224; leur partie soi-disant&#171; commune &#187;, &#171; moyenne &#187; ou &#171; typique &#187;. Les significations imaginaires sociales sont, justement, ce &#171; moyennant et &#224; partir de quoi les individus sont form&#233;s comme individus sociaux, pouvant participer au faire et au repr&#233;senter/faire sociaux &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Peuch-Lestrade, &#171; De l'institution de la cure &#224; la parole du je &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Participation qui exprime en derni&#232;re analyse la coexistence impossible et toujours r&#233;alis&#233;e d'un &lt;i&gt;cosmos&lt;/i&gt; &lt;i&gt;idios&lt;/i&gt; et d'un &lt;i&gt;cosmos koinos.&lt;/i&gt; Andr&#233; Green de son c&#244;t&#233; se limite &#224; dire que &#171; les images valoris&#233;es par chaque culture font communiquer les dimensions groupale et individuelle &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Green, Pourquoi les pulsions de destruction ou de mort ?, &#233;d. du Panama, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rep&#232;res identificatoires de l'individu se forment par l'existence des cycles concentriques &#224; la fois identifiants et cl&#244;turants : famille, clan, localit&#233;, groupe d'&#226;ge, groupe social, classe sociale, nation, race, etc. Ces rep&#232;res correspondent au monde institu&#233; des significations imaginaires sociales qui donnent &#224; l'individu la qualit&#233; du membre, de l'&#233;l&#233;ment d'un ensemble. Plus nous sommes pr&#232;s d'une soci&#233;t&#233; compl&#232;tement close et archa&#239;que, plus l'identification est forte et parfois m&#234;me plus forte que la conservation de l'individu : tuer ou &#234;tre tu&#233; au cours d'une vendetta familiale, d'un conflit tribal, d'une guerre f&#233;odale ou d'une guerre nationale a pu &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une obligation h&#233;ro&#239;que v&#233;cue dans l'exaltation et la fiert&#233;. L'effet d&#233;sinhibant et d&#233;culpabilisant de cette identification lib&#232;re une destructivit&#233; meurtri&#232;re sans frein, &#224; la fois substitut et t&#233;moin de la toute-puissance originaire perdue de la psych&#233;. Or, la haine de l'autre est soutenue par la force et la rigidit&#233; orgueilleuse des &lt;i&gt;identifications embl&#233;matiques&lt;/i&gt; de l'individu : le fanatique &lt;i&gt;est&lt;/i&gt; son &#201;glise, le national &lt;i&gt;est&lt;/i&gt; sa nation, le membre d'une minorit&#233; ethnique &lt;i&gt;est&lt;/i&gt; cette minorit&#233; &#8211; et r&#233;ciproquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces identifications peuvent par ailleurs se d&#233;placer sur des s&lt;i&gt;ignes corporels et/ou s&#233;mantiques mineurs&lt;/i&gt;. Gilbert Diatkine (2000) souligne que les petites diff&#233;rences entre deux peuples voisins peuvent porter sur les significations des traits de la vie quotidienne, sur ce que Marcel Mauss appelle les &#171; techniques du corps &#187; ou encore sur une &#171; s&#233;miologie &#187; saussurienne symbolisant l' appartenance &#224; un groupe et transmise avec l'acquisition du langage. Il &#233;voque &#224; cet &#233;gard la haine fratricide qui oppose, dans la Bible, les deux fils de Joseph, Manass&#233; et Ephra&#239;m, comme celle des leurs descendants, qui ne se s&#233;paraient que par leur mani&#232;re diff&#233;rente de prononcer le mot h&#233;breu &lt;i&gt;Shibboleth&lt;/i&gt; (=&#233;pi). Signes s&#233;mantiques ou significations des traits de la vie quotidienne, les petites diff&#233;rences concernent toujours pour G. Diatkine, les valeurs acquises par l'enfant au cours de ses premi&#232;res relations avec la m&#232;re. Cette perspective ne contredit pas la n&#244;tre, alors que Marilia Aisenstein (2010) &#224; partir de sa clinique et un r&#233;cit romanesque tr&#232;s parlant, s'interroge sur le statut &#171; tabou &#187; de certaines &#171; petites marques du corps &#187;, qui sont porteuses d'un narcissisme qui peut &#234;tre de vie mais &#233;galement de mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que les signes s&#233;mantiques mineurs puissent acqu&#233;rir valeur embl&#233;matique, que les petites marques du corps puissent concentrer une accumulation de libido narcissique et repr&#233;senter en fin de compte le sujet lui-m&#234;me, montre en l'occurrence l'importance du travail identificatoire et diff&#233;renciateur de la haine. Travail souterrain &#224; jamais actif, qui rend compte du questionnement freudien du pourquoi la haine que rec&#232;le le narcissisme, en sa forme m&#234;me des petites diff&#233;rences, en son action individuelle et collective, se loge-t-elle sur ces &#171; d&#233;tails de diff&#233;renciation &#187; les transformant en &lt;i&gt;traits de haine&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il sera donc ha&#239;, ce ou celui qui vient troubler la bonne forme dans laquelle se configure le narcissisme, qu'il soit un &#233;nonc&#233;, un signe corporel ou s&#233;mantique mineur, mettant le sujet dans une position identificatoire incompatible avec ses id&#233;aux singuliers et collectifs, et contradictoire avec l'ensemble de son parcours identificatoire. Investissement narcissique et investissement identificatoire sont porteurs d'une m&#234;me exigence, celle du maintien d'une constance, dans le changement permanent impos&#233; par la vie elle-m&#234;me. Se maintenir soi-m&#234;me dans le changement est la contradiction &#224; r&#233;soudre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, le travail inconscient de la haine r&#233;v&#232;le au m&#234;me titre que son contraire -l'identification &#233;rog&#232;ne -un fonctionnement sur la singularit&#233;, sur le &#171; trait unique &#187;. Freud dans un passage c&#233;l&#232;bre du ch. VII de la &lt;i&gt;Massenpsychologie&lt;/i&gt;, souligne ce caract&#232;re de l'identification comme &#171; partielle et extr&#234;mement limit&#233;e &#187; parce qu'elle &#171; n'emprunte qu'un seul trait (&lt;i&gt;einziger Zug&lt;/i&gt;) &#224; la personne -objet, aim&#233;e ou non aim&#233;e &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Psychologie des masses et analyse du moi, op. cit, p.169.&#034; id=&#034;nh11-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cela n'est certes pas sans analogie avec la &#171; particularit&#233; &#187; (&lt;i&gt;Einzelheit&lt;/i&gt;), le &#171; d&#233;tail &#187; de diff&#233;renciation qui sert d'aiguillon &#224; l'entr&#233;e en action de la haine dans ce mouvement constituant, selon Paul-Laurent Assoun&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'important article de P.-L. Assoun, &#171; Portrait m&#233;tapsychologique de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &lt;i&gt;l'envers haineux de l'identification&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lacan dans le &lt;i&gt;S&#233;minaire sur l'identification&lt;/i&gt; traduit l'&lt;i&gt;einziger Zug&lt;/i&gt; comme &lt;i&gt;trait unaire&lt;/i&gt; et le fait correspondre &#224; l'introjection originaire d'un signifiant, sens aval&#233; avec l'objet. Les &#171; petites diff&#233;rences &#187; de Freud renvoient pour Lacan &#224; la fonction du trait unaire, celle qui impose &#171; la diff&#233;rence absolue &#187;, ce &#171; presque rien &#187; qui fait tout, ce qui d&#233;clenche la violence (Lacan, 1962).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traits uniques et objets identificatoires communs chez Freud, traits unaires lacaniens, embl&#232;mes identificatoires d'Aulagnier, significations imaginaires sociales de Castoriadis, signes corporels et s&#233;mantiques mineurs, tous peuvent se transformer en &lt;i&gt;traits de haine&lt;/i&gt; dans le registre haineux du processus identificatoire de l'&#234;tre humain.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Formation sociale, d&#233;liaisons, n&#233;oformations&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le refus originaire et toujours agissant de la psych&#233; d'accepter ce qui pour elle est &#233;tranger, cette structure ontologique de l'&#234;tre humain impose des contraintes ind&#233;passables &#224; toute organisation sociale et &#224; tout projet politique, et cela malgr&#233; la canalisation des manifestations les plus dramatiques de la haine par le processus civilisateur et de socialisation. Il y a, effectivement, une diversion permanente de l'agressivit&#233; haineuse vers des fins sociales (&#171; potlatch &#187;, athl&#233;tisme, comp&#233;titions &#233;conomiques, politiques, etc.), tandis qu'une autre partie de haine destructrice reste enkyst&#233;e, pr&#234;te &#224; &#234;tre transform&#233;e en guerre m&#234;me directe, sinon &#224; se manifester sourdement sous les diverses formes du m&#233;pris, de la x&#233;nophobie, du racisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En termes freudiens la formation sociale peut temp&#233;rer l'agressivit&#233; haineuse, selon le mod&#232;le de la &#171; formation de la foule primaire &#187; : les individus s'identifient les uns aux autres dans leurs moi, par transfert de leur id&#233;al du moi dans un objet commun, sans exclure pour autant la possibilit&#233; d'une d&#233;liaison qui ferait ressortir la haine au moment de crise du dispositif id&#233;alisant-identifiant. Une telle d&#233;liaison pour Nathalie Zaltzman ne constitue pas une r&#233;gression de la civilisation, mais une n&#233;oformation sociale in&#233;dite, un mouvement inverse du &lt;i&gt;Totem et Tabou&lt;/i&gt;, un retour de l'individuel &#224; la masse qui transforme une soci&#233;t&#233; civilis&#233;e &#171; en masse, en horde sans p&#232;re, en foule adorant des embl&#232;mes tot&#233;miques sans tabous &#187; et permet ainsi l'expression d'une &#171; haine pure &#187; d&#233;li&#233;e du couple qu'elle forme avec l'amour, hors de l'ambivalence qui habite les moi individuels. Je retiens l'hypoth&#232;se d'&lt;i&gt;une haine pure comme affect sp&#233;cifiquement collectif&lt;/i&gt;, cr&#233;ation psychique collective d'un ciment unifiant une psychologie de masse, et dissolvant la psychologie des moi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;N. Zaltzman, L'esprit du mal, &#201;d. de l'Olivier, Paris, 2007, p.15.&#034; id=&#034;nh11-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or, l'uniformit&#233; et l'homog&#233;n&#233;isation des individus &#233;voqu&#233;es par Freud comme support libidinal de la formation sociale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Psychologie des masses et analyse du moi, op. cit, p.164.&#034; id=&#034;nh11-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, se transforment, dans cette hypoth&#232;se de Nathalie Zaltzman, en ce que j'appellerais une &lt;i&gt;uniformit&#233; de haine&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au demeurant, la question pos&#233;e s'av&#232;re aussi complexe que ses r&#233;ponses possibles. Un ethnologue tel Pierre Clastres dans son &lt;i&gt;Arch&#233;ologie de la violence&lt;/i&gt;, en se gardant&#171; de toute psychologie primitive &#187; comme il dit et sans r&#233;f&#233;rence &#224; la psychanalyse comme on constate, montre que la soci&#233;t&#233; primitive est une &#171; soci&#233;t&#233; pour la guerre &#187;, gouvern&#233;e par une logique de la diff&#233;rence. Il pensait m&#234;me que c'est du c&#244;t&#233; de la guerre, &#233;l&#233;ment essentiel du mode d'&#234;tre politique des soci&#233;t&#233;s sauvages, qu'il fallait chercher la cl&#233; du surgissement de l'&#201;tat dans son rapport &#224; la soci&#233;t&#233; que Freud avait aussi critiqu&#233; dans ses &lt;i&gt;Consid&#233;rations actuelles sur la guerre et sur la mort&lt;/i&gt;. La soci&#233;t&#233; primitive pour Clastres appara&#238;t comme une multiplicit&#233; des communaut&#233;s s&#233;par&#233;es, chacune veillant &#224; l'int&#233;grit&#233; de son territoire, comme une s&#233;rie des n&#233;o-nomades dont chacune affirme face au miroir des autres sa diff&#233;rence, comme &#171; diff&#233;rence absolue, libert&#233; irr&#233;ductible, volont&#233; de maintenir son &#234;tre comme totalit&#233; une &#187;, un &#171; Nous indivis&#233; &#187; en rapport &#233;gal avec les &#171; Nous &#187; &#233;quivalents que constituent les autres villages, tribus, bandes, etc. Clastres pose comme une logique sociale, la logique immanente &#224; la soci&#233;t&#233; primitive du centrifuge, de l'&#233;miettement, de la dispersion, de la scission, logique dont chaque communaut&#233; a besoin pour se penser comme telle, la possibilit&#233; de la violence &#233;tant inscrite d'avance dans l'&#234;tre social primitif ; la guerre est une structure de la soci&#233;t&#233; primitive et non &#171; l'&#233;chec accidentel d'un &#233;change manqu&#233; &#187;, pr&#233;conis&#233; par L&#233;vi-Strauss (Clastres, 1977).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre primitive serait le moyen de cette pluralit&#233;, de cette multiplicit&#233; morcelante, qui est elle-m&#234;me le r&#233;sultat d'une volont&#233; politique. Le multiple est l'ennemi par excellence de l'&#201;tat, la guerre quasi permanente, m&#234;me symbolique, est le moyen de rendre l'Un impossible. L'affirmation guerri&#232;re et la relation structurale d'hostilit&#233; entre les diverses unit&#233;s sociales sont l&#224; pour signifier et rendre mat&#233;riellement impraticables leur rassemblement et leur homog&#233;n&#233;isation au sein d'un ensemble ferm&#233;, sous une autorit&#233; unique imposant un arbitrage et une pacification de et par force. Pour Clastres, l'&#201;tat dans son expansion unificatrice fait la guerre pour la r&#233;duction de la diff&#233;rence et la paix absolue de l'Un que veut et que produit l'&#201;tat s&#233;par&#233; de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, ce p&#233;riple ethnologique ne conduit &#224; aucune consid&#233;ration simpliste. La soci&#233;t&#233; primitive n'est pas la &#171; bonne &#187; soci&#233;t&#233; et leur &#171; &#233;galit&#233; politique &#187;, les sauvages la paient d'un prix tr&#232;s cher. Clastres lui-m&#234;me n'a cess&#233; d'insister sur la contrepartie douloureuse et limitante dont s'accompagne in&#233;luctablement le choix primitif de se garder de l'&#201;tat. Les soci&#233;t&#233;s primitives, commente M. Gauchet (1978), ne r&#232;glent pas une fois pour toutes le probl&#232;me de la scission politique, elles y apportent une r&#233;ponse particuli&#232;re qui d'une certaine fa&#231;on laisse le probl&#232;me entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La civilisation ou mieux la &lt;i&gt;Kulturarbeit&lt;/i&gt; freudienne n'est pas un &lt;i&gt;work in progress&lt;/i&gt;. Le domptage des pulsions par nos instances psychiques et institutionnelles n'&#233;limine ni l'hostilit&#233; haineuse, ni l'&#233;ventualit&#233; de neo-formations sociales de haine pure unificatrice. Mais il n'abolit pas en revanche la r&#233;sistance &#224; toute homog&#233;n&#233;isation qui vise la r&#233;duction radicale de la diff&#233;rence. Une personne comme Pier-Paolo Pasolini, gr&#226;ce &#224; une lucidit&#233; incisive -probable&#173; ment aiguis&#233;e par son propre besoin psychique de r&#233;tablissement des diff&#233;rences vacillantes -a pu entrevoir la transformation de la soci&#233;t&#233; et de la culture italiennes et le passage de leurs formes traditionnelles locales polymorphes &#224; une uniformisation st&#233;rilisante, pr&#233;lude &#224; la mondialisation in&#233;luctable &#224; venir. Ses &lt;i&gt;&#201;crits corsaires&lt;/i&gt;, pol&#233;miques, en t&#233;moignent (Pasolini, 1976).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exaltation de la diff&#233;rence, affirmation guerri&#232;re, violence meurtri&#232;re, nomadisme, libert&#233; irr&#233;ductible, multiplicit&#233; morcelante, h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;isation, uniformit&#233; de haine ne vont sans &#233;voquer des traits et des effets des pulsions de mort, d'une pulsion nomm&#233;e &lt;i&gt;anarchiste&lt;/i&gt; par Nathalie Zaltzman. Mais, si les sch&#233;mas d'existence ou de survie, de formation ou de d&#233;sorganisation sociales rev&#234;tent certains traits de l'activit&#233; pulsionnelle et repr&#233;sentative de la psych&#233; individuelle, cela ne signifie pas que le social est r&#233;duit au psychique. Il s'agit, c'est l&#224; mon hypoth&#232;se provisoire, des conditions historiques sp&#233;cifiques o&#249; la cr&#233;ativit&#233;/destructivit&#233; de l'imaginaire social et les affects sociaux entrent en r&#233;sonance avec un certain type de fonctionnement psychique, en renfor&#231;ant ses effets et vice-versa.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conjonctions dangereuses&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il se peut que les tendances destructrices des individus s'accordent parfaite&#173; ment &#224; la n&#233;cessit&#233; de l'institution de se clore, de rigidifier ses valeurs, ses r&#232;gles, ses normes, ses significations, ses croyances dans un mouvement d'affirmation d&#233;fensive malsaine, dict&#233; par des raisons &#224; la fois manifestes et obscures. Il est possible que la cl&#244;ture de l'institution se mette en collusion avec l'organisation identificatoire de l'individu, qui ne peut que d&#233;fendre les embl&#232;mes, les valeurs imaginaires sociales qu'il a investies pendant son parcours socialisant. Il est aussi possible que la qu&#234;te des certitudes ultimes de la part de la psych&#233; singuli&#232;re conduise &#224; des identifications extr&#234;mement fortes et &#224; des croyances &#233;tanches partag&#233;es et soutenues par des collectivit&#233;s r&#233;elles. Ces conjonctions rendent extr&#234;mement difficile une premi&#232;re d&#233;hiscence interne qui pourrait conduire &#224; une prise de conscience et de distance &#224; l'&#233;gard de l'institu&#233; haineux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cet &#233;gard, l'imaginaire raciste doit invoquer ou inventer des caract&#233;ristiques surtout biologiques, donc irr&#233;versibles aux objets de sa haine. L'objet de la haine doit rester inconvertible, tout &#171; m&#233;tissage &#187; est proscrit et d&#233;test&#233;. La puret&#233; raciale recherch&#233;e, suivie ou non des &#233;purations ethniques, ne va pas sans &#233;voquer le risque de confusion du moi singulier avec l'autre, ni sans rappeler le Moi-plaisir purifi&#233; et la plus obscure forme de la haine, celle de la haine de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette forme de haine peut avoir comme corollaire une vision du monde d&#233;finie de fa&#231;on tr&#232;s rigide par la diff&#233;rence des sexes et simultan&#233;ment par son annulation inconsciente ou m&#234;me r&#233;elle. Micheline Enriquez dans son analyse de la parano&#239;a f&#233;minine &#224; partir du cas de Valerie Solanas, auteur du &lt;i&gt;S.C.U.M. Manifesta&lt;/i&gt; &#8211; c'est-&#224;-dire du manifeste d&#233;lirant de la &#171; Society for cutting up men &#187; (&lt;i&gt;Soci&#233;t&#233; pour la castration des hommes&lt;/i&gt;) publi&#233; dans le contexte du f&#233;minisme new-yorkais extr&#233;miste des ann&#233;es 70 &#8211; souligne que contrairement &#224; la parano&#239;a masculine, la femme parano&#239;aque ou pr&#233;tendue telle rencontre une opposition remarquable du &lt;i&gt;socius&lt;/i&gt; &#224; son &#233;gard, en partie justifi&#233;e par ses actes parfois destructeurs contre la phallocratie et le monde social institu&#233; par les hommes. Il n'emp&#234;che qu'au fond, tout se passe comme si l'imaginaire masculin dominant ne pouvait pas int&#233;grer ce qui se repr&#233;sente pour lui &#224; la fois comme &lt;i&gt;diff&#233;rence absolue&lt;/i&gt; (une femme qui s'identifie en dehors du monde des femmes r&#234;v&#233; par les hommes) et comme &lt;i&gt;similitude absolue&lt;/i&gt; (existence chez la femme des &#233;l&#233;ments constitutifs du social pour les hommes : le d&#233;sir de pouvoir, la volont&#233; d'emprise sur les choses et les &#234;tres). Or, le trop proche et le trop &#233;loign&#233; suscitent une &#233;gale frayeur, qui n'est pas, ici, sans relation avec les m&#233;canismes inconscients les plus sauvages qui pr&#233;sident au d&#233;veloppement de la parano&#239;a masculine et ses effets sociaux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M. Enriquez, Aux carrefours de la haine, Epi, Paris, 1984, p. 92-95.&#034; id=&#034;nh11-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le recours aux croyances &#233;tanches et partag&#233;es par un grand nombre d'individus est aussi fr&#233;quent dans notre monde que les explosions massives de haine nationale et raciste. La dissolution, dans les soci&#233;t&#233;s capitalistes modernes, de presque toutes les instances de collectivit&#233;s interm&#233;diaires signifiantes, dit encore Castoriadis&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, &#171; Les racines psychiques et sociales de la haine &#187;, op. cit, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et par l&#224; des possibilit&#233;s d'identification alternative pour les individus, a certainement eu pour effet une fermeture identificatoire. La situation n'est pas essentiellement diff&#233;rente dans les soci&#233;t&#233;s non europ&#233;ennes qui subissent le choc de l'invasion de la modernit&#233; et donc de la pulv&#233;risation de leurs rep&#232;res identificatoires traditionnels, et r&#233;agissent par un surcro&#238;t de fanatisme religieux et national. La conjonction de la cl&#244;ture de l'institution et de la destructivit&#233; psychique des individus dans les conditions historiques particuli&#232;res peut produire un amalgame in&#233;dit, parfois monstrueux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la haine n&#233;cessaire, diff&#233;renciatrice et identificatoire, &#224; la cl&#244;ture totalitaire du sens, le chemin est court et le danger guette.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;BIBLIOGRAPHIE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. AISENSTEIN, &#171; Petites marques du corps &#187;, &lt;i&gt;Rev.fr. Psychosom&lt;/i&gt;. 38, 2, 2010, p.7-16.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P.-L. Assoun, &#171; Portrait m&#233;tapsychologique de la haine &#187;, in (sous la direction de P.-L. Assoun, M. Zafiropoulos), &lt;i&gt;La haine, la jouissance et la loi&lt;/i&gt;, Paris, &#201;d. Anthropos, 1995.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P.-L. Assou &#187;, &#171; La haine surmo&#239;que. Haine dans la culture, haine de la culture &#187; in &lt;i&gt;La haine, Monographies et d&#233;bats de psychanalyse&lt;/i&gt;, PUF, Paris, 2005, p.162.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P. AULAGNIER, &lt;i&gt;La violence de l'interpr&#233;tation&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1975.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. CASTORIADIS, &lt;i&gt;L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 1975.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. CASTORIADIS, &lt;i&gt;Fait et &#224; faire&lt;/i&gt;, Seuil, Paris, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. CASTORIADIS, &#171; Les racines psychiques et sociales de la haine &#187;, in &lt;i&gt;Figures du pensable&lt;/i&gt;, Paris, Seuil. 1999, p.183-196.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P. CLASTRES, &#171; Arch&#233;ologie de la violence &#187;, &lt;i&gt;Libre&lt;/i&gt;, l, 1977, p.137-173.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. de MIJOLLA-MELLOR, &lt;i&gt;Penser la psychose. Une lecture de l'&#339;uvre de Fiera Aulagnier&lt;/i&gt;, Dunod, Paris, 1998.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G. DIATKINE, &#171; Surmoi culturel &#187;, &lt;i&gt;Rev. Fran&#231;. Psychanal&lt;/i&gt;. 5, 2000, p.1523-1588.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;E. ENRIQUEZ,&#171; La haine au secours du collectif &#187;, in &lt;i&gt;La haine, Monographies et d&#233;bats de psychanalyse&lt;/i&gt;, PUF, Paris, 2005, p.199.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. ENRIQUEZ, &lt;i&gt;Aux carrefours de la haine&lt;/i&gt;, Epi, Paris, 1984.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. FREUD, Pulsions et destins des pulsions (1915), in &lt;i&gt;M&#233;tapsychologie&lt;/i&gt;, Gallimard, Paris, 1968.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. FREUD, Consid&#233;rations actuelles sur la guerre et sur la mort, (1915) in &lt;i&gt;Essais de psychanalyse&lt;/i&gt;, pbp, Paris 1981, p.11.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. FREUD,&#171; Le tabou de la virginit&#233; &#187; (1918), in &lt;i&gt;La vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Paris 1969.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. FREUD, Au-del&#224; du principe de plaisir ( 1920), in &lt;i&gt;Essais de psychanalyse&lt;/i&gt;, pbp, Paris 1981. S. FREUD, Psychologie des masses et analyse du moi (1921), in &lt;i&gt;Essais de psychanalyse&lt;/i&gt;, pbp, Paris 1981.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. FREUD,&#171; La n&#233;gation &#187;, (1923) in &lt;i&gt;R&#233;sultats, id&#233;es, probl&#232;mes II&lt;/i&gt;, PUF, 1986, p.137. S. FREUD, Malaise dans la culture (1929), PUF, Paris, 1970.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. GAUCHET, &lt;i&gt;L'av&#232;nement de la d&#233;mocratie, Vol. I, La R&#233;volution moderne&lt;/i&gt;, Gallimard, Paris, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. GAUCHET, &#171; Pierre Clastres &#187;, &lt;i&gt;Libre&lt;/i&gt;, 4, 1978, p. 55-68.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. GREEN,&#171; Vingt ans apr&#232;s Narcisse Janus &#187;, &lt;i&gt;Libres Cahiers pour la psychanalyse&lt;/i&gt;, In press &#233;ditions, n&#176; 11, 2005, p. 135&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. GREEN, &lt;i&gt;Pourquoi les pulsions de destruction ou de mort ?&lt;/i&gt;, &#201;d. du Panama, Paris 2007, p.179.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J. LACAN, &lt;i&gt;S&#233;minaire IX. L'identification (1961-1962)&lt;/i&gt;, S&#233;ance de 28 F&#233;vrier 1962.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J.-Fr. NARODETZKI, &#171; La th&#232;se du narcissisme. De l'usage des concepts psychanalytiques dans le champ sociologique &#187;, &lt;i&gt;Le D&#233;bat,&lt;/i&gt; 55, Mars-Avril, 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P.-P. PASOLINI, &lt;i&gt;&#201;crits corsaires&lt;/i&gt;, Flammarion, Paris, 1976.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J. PEUCH-LESTRADE, &#171; De l'institution de la cure &#224; la parole du je &#187;, &lt;i&gt;Topique&lt;/i&gt;, 77, 2001, p. 99-110.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G. STEPHANATOS, &#171; Se construire la r&#233;alit&#233; du point de vue de Thanatos &#187; in &lt;i&gt;L'esprit d'insoumission, R&#233;flexions autour de la pens&#233;e&lt;/i&gt; de Nathalie Zaltzman (dir. G. Levy), Campagne Premi&#232;re, 2011, p.203-220.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N. ZALTZMAN, &lt;i&gt;De la gu&#233;rison psychanalytique&lt;/i&gt;, PUF, Paris, 1998.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N. ZALTZMAN, L'esprit du mal, &#201;d. de l'Olivier, Paris, 2007.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb11-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;S. Freud, &lt;i&gt;Psychologie des masses et analyse du moi&lt;/i&gt; (1921), in &lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt; de psychanalyse, pbp, Paris 1981, p. 163-164.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;S. Freud, &#171; Pulsions et destins des pulsions &#187; (1915), in &lt;i&gt;M&#233;tapsychologie&lt;/i&gt;, Gallimard, Paris, 1968, p. 40.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Je renvoie &#224; la th&#233;orisation de P. Aulagnier (1975, p. 48-54) sur les conditions n&#233;cessaires pour la repr&#233;sentabilit&#233; de la rencontre psych&#233;-monde. En ce sens Sophie de Mijolla-Mellor (1998, p. 95) souligne qu'Aulagnier, &#224; l'encontre de Freud, con&#231;oit amour et haine de l'objet comme simultan&#233;s dans leur apparition ; donc l'image auto-engendr&#233;e de la rencontre psych&#233;-monde sera toujours cause de plaisir ou de d&#233;plaisir, selon qu'on la consid&#232;re du c&#244;t&#233; d'&lt;i&gt;&#201;ros&lt;/i&gt; ou du c&#244;t&#233; de &lt;i&gt;Thanatos&lt;/i&gt;. Dans cette perspective, je rappelle que le Je dois assumer, par l'interm&#233;diaire d'une mise en sc&#232;ne fantasmatique, l'action du pictogramme de n&#233;antisation qu'introduit &lt;i&gt;Thanatos&lt;/i&gt; comme manifestation de cette haine radicale, pr&#233;sente d'embl&#233;e dans l'originaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir C. Castoriadis, &lt;i&gt;Une soci&#233;t&#233; &#224; la d&#233;rive&lt;/i&gt;, Paris le Seuil, 2005, cit&#233; par E. Enriquez (2005).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Faudrait-il encore ajouter que la haine pr&#233;existe comme ext&#233;rieure au sujet et n&#233;anmoins int&#233;rieure parce qu'inh&#233;rente &#224; ses g&#233;niteurs. La discussion argument&#233;e de cette question d&#233;passerait les limites fix&#233;es pour cet article.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &#171; Les racines psychiques et sociales de la haine &#187;, in Figures du pensable, Paris, Seuil. 1999, p.184.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Je rejoins ici la position de J.-F. Narodetzki qu'une retranscription de la &#171; psychologie collective &#187; dans des termes de la m&#233;tapsychologie ne peut &#234;tre, au mieux, qu'un pari explicatif, une hypoth&#232;se de travail th&#233;orique. Et si &lt;i&gt;Massenpsychologie und Ich-Analyse&lt;/i&gt; semble en effet rendre compte de ses objectifs, il se trouve souligne Narodetzki que la m&#234;me d&#233;marche dans un autre contexte peut ne pas &#171; marcher &#187;, et surtout que de son principe on peut tirer tout et n'importe quoi : par exemple, une th&#233;orie sado-masochique de l'extraction de la plus-value, ou encore une explication de Mai 68 par le complexe d'&#338;dipe, v. &#171; La th&#232;se du narcissisme. De l'usage des concepts psychanalytiques dans le champ sociologique &#187;, &lt;i&gt;Le D&#233;bat&lt;/i&gt;, 55, Mars-Avril, 1990.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;L. Andreas-Salom&#233;, &lt;i&gt;Correspondance avec Sigmund Freud, 1912-1936&lt;/i&gt;, Gallimard, Paris,1970, lettre du 31.1.1915, p. 36, cit&#233; par A. Green (2005).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, Fait et &#224; faire, Seuil, Paris, 1997, p.12.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;P. Aulagnier, &lt;i&gt;La violence de l'interpr&#233;tation&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1975, p. 210.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;J. Peuch-Lestrade, &#171; De l'institution de la cure &#224; la parole du je &#187;, &lt;i&gt;Topique&lt;/i&gt;, 77, 2001, p. 99-110.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;A. Green, &lt;i&gt;Pourquoi les pulsions de destruction ou de mort ?&lt;/i&gt;, &#233;d. du Panama, Paris 2007, p.179.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Psychologie des masses et analyse du moi, op. cit&lt;/i&gt;, p.169.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir l'important article de P.-L. Assoun, &#171; Portrait m&#233;tapsychologique de la haine &#187;, in (sous la direction de) P.-L. Assoun, M. Zafiropoulos, &lt;i&gt;La haine, la jouissance et la loi&lt;/i&gt;, Paris, &#201;d. Anthropos, 1995, p.161.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;N. Zaltzman, &lt;i&gt;L'esprit du mal&lt;/i&gt;, &#201;d. de l'Olivier, Paris, 2007, p.15.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Psychologie des masses et analyse du moi, op. cit&lt;/i&gt;, p.164.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;M. Enriquez, &lt;i&gt;Aux carrefours de la haine,&lt;/i&gt; Epi, Paris, 1984, p. 92-95.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &#171; Les racines psychiques et sociales de la haine &#187;, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;, p. 196.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Essai sur la b&#234;tise : l'un et le multiple</title>
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		<dc:date>2020-02-05T19:40:52Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Insignifiance</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>Anthropologie</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>Type anthropologique</dc:subject>
		<dc:subject>Adam M.</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Troisi&#232;me partie des Prol&#233;gom&#232;nes de l' &#171; Essai sur la b&#234;tise &#187; de Michel Adam, Puf 1975, pp. 38-59. Les intertitres sont de nous. On pourra &#233;galement lire la partie pr&#233;c&#233;dente : &#171; Essai sur la b&#234;tise : le discernement &#187; Si la b&#234;tise semble pouvoir caract&#233;riser une conduite humaine typique, elle n'est pas pour autant univoque. Mais vouloir rendre compte de sa diversit&#233; nous permettra de pr&#233;ciser sa sp&#233;cificit&#233;. Peut-&#234;tre n'y a-t-il pas de diff&#233;rence de nature d'une esp&#232;ce de b&#234;tise &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-60-insignifiance-+" rel="tag"&gt;Insignifiance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-81-philosophie-+" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-110-anthropologie-+" rel="tag"&gt;Anthropologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-216-type-anthropologique-+" rel="tag"&gt;Type anthropologique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-248-Adam-M-+" rel="tag"&gt;Adam M.&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Troisi&#232;me partie des Prol&#233;gom&#232;nes de l' &#171; Essai sur la b&#234;tise &#187; de Michel Adam, Puf 1975, pp. 38-59. Les intertitres sont de nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourra &#233;galement lire la &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?986-Essai-sur-la-betise-le' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;partie pr&#233;c&#233;dente : &#171; Essai sur la b&#234;tise : le discernement &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Si la b&#234;tise semble pouvoir caract&#233;riser une conduite humaine typique, elle n'est pas pour autant univoque. Mais vouloir rendre compte de sa diversit&#233; nous permettra de pr&#233;ciser sa sp&#233;cificit&#233;. Peut-&#234;tre n'y a-t-il pas de diff&#233;rence de nature d'une esp&#232;ce de b&#234;tise &#224; une autre, mais dans les diff&#233;rences de degr&#233; que nous &#233;tablirons ce sera certainement la nature profonde de la b&#234;tise que nous d&#233;gagerons peu &#224; peu. La condamnation de la b&#234;tise est ordinairement sans nuances parce que notre r&#233;action est une attitude pol&#233;mique de protection&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Dans une dispute avec un imb&#233;cile, c'est l'homme sens&#233; qui se retire &#187; et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;i&gt;Noli me tangere&lt;/i&gt;. La b&#234;tise semble &#234;tre &#224; ce point manifestement signe d'elle-m&#234;me qu'on la repousse avec ardeur, sans vouloir en chercher les vari&#233;t&#233;s. Il est vrai, aussi, que le spectacle de la b&#234;tise paralyse le jugement sain en le braquant dans une attitude d&#233;fensive. Cette attitude se prolongera dans une signification donn&#233;e au probl&#232;me de la b&#234;tise qui en sera une alt&#233;ration ; la b&#234;tise se trouvera confondue avec l'alternative v&#233;rit&#233;-fausset&#233;. Le sot est dans l'erreur, alors que le sens&#233; peut proclamer la v&#233;rit&#233;. Mais c'est en de&#231;&#224; de ce dualisme que la b&#234;tise trouve son principe. Il faut la chercher dans la perspective d'une pens&#233;e non encore &#233;labor&#233;e, offrant &#224; la sagacit&#233; de la personne toutes les possibilit&#233;s d'organisation et de jugement, puisqu'on n'est pas encore parvenu au stade de l'opinion qui sera une tentative de formulation du donn&#233; implicite pr&#233;alable. Le vrai et le faux concernent une pens&#233;e d&#233;j&#224; constitu&#233;e &#224; laquelle il s'agit d'appliquer une valeur intellectuelle. La b&#234;tise renvoie &#224; ce qui n'est pas encore une pens&#233;e, &#224; ce qu'il s'agit de formuler pour pouvoir ensuite le juger. D'ailleurs on peut noter que le bon sens se situera au-del&#224; de la dichotomie vrai-faux, puisqu'il sera capable de r&#233;soudre un probl&#232;me math&#233;matique par le biais de l'absurde, ainsi que de manier dans la pratique de la vie sociale la v&#233;rit&#233; et le mensonge, tant dans les processus les plus grossiers du manque de franchise que dans les conduites techniques de la vie diplomatique ou politique, qu'enfin le scrupule et les conflits de devoirs exigent une pens&#233;e qui ne se contente pas d'une perspective bipolaire. La b&#234;tise n'est pas un probl&#232;me intellectuel, c'est la question de l'origine m&#234;me de la pens&#233;e, au moment o&#249; celle-ci se constitue comme telle. C'est la question du fondement de la pens&#233;e, de l'engagement de la r&#233;flexion envers elle-m&#234;me. C'est pourquoi il faut que celui qui &#233;nonce sa pens&#233;e en soit responsable.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;&#171; un homme sens&#233; se disputant avec un imb&#233;cile,&lt;br class='manualbr' /&gt;il ne r&#233;coltera que la honte &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_espace&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le premier stade est celui de la &lt;i&gt;na&#239;vet&#233;&lt;/i&gt;. Il s'agit pr&#233;cis&#233;ment de l'acceptation de la pens&#233;e informul&#233;e, qui vit en nous sans nous, sous forme de pulsions naturelles ou de manifestations g&#233;n&#233;reuses. Le na&#239;f exprimera des grossi&#232;ret&#233;s sans savoir qu'elles sont telles, ou maniera les pens&#233;es les plus id&#233;ales sans se douter qu'elles sont irr&#233;alisables. Insensible &#224; ce jugement &#233;l&#233;mentaire qu'est la pudeur, ou &#224; l'esprit critique qui renvoie au souci du r&#233;el, il &#233;nonce ce qu'il pense avec la plus grande candeur. L'absence de jugement sur ce qu'il &#233;nonce le fait proche de l'enfant ; on parle ainsi de pu&#233;rilit&#233;. Et le contenu de ce qu'il &#233;nonce, n'ayant pas le charme du discours d'enfant, para&#238;tra simplement saugrenu. Est-on vraiment dans le domaine de la b&#234;tise ? Ceux qui veulent l'identifier &#224; un mauvais usage de la v&#233;rit&#233; le contestent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Claude Roy, Le verbe aimer et autres essais, Gallimard, 1969, p. 255.&#034; id=&#034;nh12-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais si la b&#234;tise se qualifie par rapport au marais psychologique &#224; partir duquel doit s'exercer le discernement humain, il faut bien y voir le premier stade, celui o&#249; l'on ne peut acc&#233;der &#224; une pens&#233;e consciente d'elle-m&#234;me, mais qui pourtant formule une pens&#233;e et la propose aux autres, sans penser l'autre comme susceptible d'une attitude critique sur cette pens&#233;e, comme l'enfant qui ne peut encore comprendre la distance qui existe entre son univers et celui de l'adulte.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Le niais est un insecte qui se donne toutes les peines&lt;br class='manualbr' /&gt;pour butiner du vent.&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
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&lt;p&gt;La seconde attitude que nous retiendrons sera la &lt;i&gt;niaiserie&lt;/i&gt;. Un des traits les plus significatifs de la pratique niaise consiste &#224; donner de l'importance &#224; des r&#233;alit&#233;s futiles. Le collectionneur de porte-d&#233;s est un niais. Sa niaiserie d'ailleurs s'aggrave d'elle-m&#234;me, en devenant obs&#233;dante. On peut par manque de sensibilit&#233; au r&#233;el donner de l'importance &#224; des riens. Mais la niaiserie devient un comble lorsque cette vanit&#233; des objets est convertie en principe d'action. Le niais est un insecte qui se donne toutes les peines pour butiner du vent. Il est le volontaire d'un rocher de Sisyphe qu'il se serait plu lui-m&#234;me &#224; d&#233;tacher de la montagne. Le chat aime &#224; jouer avec une bobine vide ; le niais s'en amuse, parce que secr&#232;tement il trouve dans ce spectacle l'image de sa futilit&#233;. Non seulement le monde de l'empirie est le sien, mais parmi les choses il semble avoir l'habilet&#233; de choisir uniquement ce qui n'a aucune valeur. Il poss&#232;de l'art de naviguer dans le n&#233;ant. Les objets sont bien des objets pour lui, mais il y projette une sensibilit&#233; entra&#238;nant une action sans rapport avec le monde adulte. Le niais est vain, car il agit avec un s&#233;rieux appliqu&#233;, mais aussi parce qu'en croyant vraiment agir il ne fait que jouer. Son univers n'est constitu&#233; que d'ombres ; il est dans la caverne et prend au s&#233;rieux son horizon de &lt;i&gt;nursery&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &lt;i&gt;niaiserie&lt;/i&gt; a cette particularit&#233; qu'elle joint &#224; la b&#234;tise l'innocence, n'ayant pas plus de pens&#233;e que la na&#239;vet&#233;, mais voulant se donner illusion. D'abord terme de fauconnerie, la niaiserie concerne l'oiseau qui n'est pas encore sorti du nid. Puis il qualifie les gar&#231;ons simples, sans usage du monde. C'est ainsi que l'on pourra constater l'existence d'une d&#233;marche niaise, emprunt&#233;e. Que l'on songe au r&#244;le de la basse dans la pi&#232;ce de clavecin de Rameau, appel&#233;e &lt;i&gt;Les niais de Sologne&lt;/i&gt;. Cette formation inexistante fait de la niaiserie un comportement qui peut &#234;tre temporaire, et ne relever que de la difficult&#233; de formation. L'&#233;ducation est en cause, mais l'esprit n'est pas forc&#233;ment mauvais ; il ne faut pas d&#233;sesp&#233;rer. En revanche, il semble que les qualificatifs de &lt;i&gt;ben&#234;t&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;cruche&lt;/i&gt; soient li&#233;s &#224; des situations irr&#233;m&#233;diables. Il y a bien la m&#234;me lourdeur d'esprit, la difficult&#233; d'expression et la maladresse de pr&#233;sentation. Cependant la possibilit&#233; curative manque ; c'est comme si rien ne pouvait &#234;tre essay&#233;. Pour le niais, on veut bien que cela soit la t&#226;che d'un autre de tenter l'&#233;ducation. Mais pour le ben&#234;t ou pour la cruche il est inutile d'effectuer une tentative. Il suffit de les confiner dans leur coin ; tout espoir est perdu ; la vie sociale ne se nouera jamais avec eux, car ils seraient incapables de comprendre, et leur difficult&#233; de pr&#233;sentation physique est la marque de leur impossibilit&#233; de manifester quelque forme de pens&#233;e que ce soit.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Avec le ridicule, nous trouvons surtout l'aspect social de la b&#234;tise,&lt;br class='manualbr' /&gt;presque &#224; l'&#233;tat pur.&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
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&lt;p&gt;Avec le ridicule, nous trouvons surtout l'aspect social de la b&#234;tise, presque &#224; l'&#233;tat pur. Ne pas avoir le sens du ridicule, c'est ne pas tenir compte du jugement possible d'autrui. On n'est ridicule que par et pour les autres. On est ridicule quand le groupe se moque. Le ridicule n'est pas n&#233;cessairement associ&#233; &#224; la possibilit&#233; du jugement l&#233;gitime faisant quelqu'un sot. &#171; L'id&#233;e d'&#234;tre ridicule ne doit d'ailleurs point nous troubler &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dostoievsky, L'idiot, IV, 7, Pl&#233;iade, 1957, p. 673.&#034; id=&#034;nh12-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ce qui se peut entendre en deux sens. D'abord, il peut s'agir d'une r&#233;action non fond&#233;e venant d'autrui. Mais cela peut &#234;tre &#233;galement pour celui qui s'aper&#231;oit qu'il a &#233;t&#233; ridicule &#8211; et que cela se limite &#224; cette conduite &#8211; l'occasion d'une r&#233;adaptation au milieu. &#171; Il est parfois bon et m&#234;me meilleur d'&#234;tre ridicule : on est plus enclin au pardon mutuel et &#224; l'humilit&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh12-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le ridicule sensibilise &#224; la pr&#233;sence possible de la b&#234;tise, mais il n'est pas constitutif de celle-ci. Il est l&#224; comme conduite ; le sujet correspondant n'est pas sot pour autant. Le ridicule est de situation, d'insertion sociale manqu&#233;e. Il ne peut venir que d'un contexte. Le ridicule ne tue pas l'esprit ; il peut, comme nous l'avons not&#233;, &#224; l'inverse, le susciter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le ridicule est constitu&#233; par l'absence d'esprit. Il est platitude plut&#244;t m&#234;me qu'absence de pens&#233;e. Pour saisir cette nuance, il n'est que de rapprocher le ridicule du comique. Le comique appelle la r&#233;flexion, la situation pr&#233;sent&#233;e l'&#233;tait selon un but et le rire cons&#233;quent montre que ce but a &#233;t&#233; atteint. Le ridicule, &#224; l'inverse, ne fait pas rire, en raison de la futilit&#233; de la pens&#233;e et de la situation correspondante&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Hegel, Esth&#233;tique : La po&#233;sie, Aubier, 1965, t. II, p. 381.&#034; id=&#034;nh12-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; C'est en cela que le ridicule renvoie &#224; la b&#234;tise. Il est incapable de constituer une pens&#233;e, de promouvoir l'expression d'une sensibilit&#233; signifiante. Il reste &#224; fleur d'impression sans &#234;tre capable de transformer celle-ci en exp&#233;rience. La pens&#233;e est nulle, on ne peut donc pas attendre d'elle qu'elle rende manifeste le d&#233;doublement r&#233;flexif qui d&#233;gagera la contradiction, entra&#238;nant le rire. Cela restera grossier, plat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut aussi distinguer le ridicule de ce qui en sera l'affectation, la pr&#233;tention, o&#249; nous reconnaissons le &lt;i&gt;grotesque&lt;/i&gt; : c'est le ridicule, content de lui, militant. Le grotesque est la pr&#233;tention de la pens&#233;e avec le d&#233;sir d'attirer l'attention sur soi, alors que justement il n'y a pas d'acc&#232;s &#224; la pens&#233;e. Mais le ridicule a en commun avec le grotesque l'importance de l'environnement. Ce sont les circonstances qui accentuent l'ampleur du d&#233;sastre ; ces deux attitudes seront relatives &#224; la situation, renvoyant &#224; l'indiff&#233;rence de leur agent &#224; la qualit&#233; des situations&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Bruy&#232;re, Caract&#232;res, XII, 47 : &#171; Une erreur de fait jette un homme sage (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut enfin dire que le ridicule est une incapacit&#233; de se rendre sensible &#224; ce qui a de l'importance ; il se constitue aussi par la m&#233;diocrit&#233; des objets auxquels il s'adonne, mais avec une r&#233;sonance sociale. C'est le cas de Minard dont Balzac nous trace le portrait. &#171; Son apparente b&#234;tise &#233;tait produite par la tension continuelle de son esprit : il allait de la Double P&#226;te des Sultanes &#224; l'Huile C&#233;phalique, des briquets phosphoriques au gaz portatif, des socques articul&#233;s aux lampes hydrostatiques, embrassant ainsi les &lt;i&gt;infiniment petits&lt;/i&gt; de la civilisation mat&#233;rielle &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les employ&#233;s, Pl&#233;iade, t. VI, p. 943.&#034; id=&#034;nh12-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; C'est ce que l'on pourrait appeler la psychose du boutiquier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attitude ridicule n'est faite que d'une suite de platitudes qui veulent passer pour de l'esprit et qui font de leur auteur un nigaud. Si les pr&#233;cieuses sont ridicules, c'est parce qu'elles se prennent au jeu du langage en croyant qu'elles cr&#233;ent la soci&#233;t&#233; de pens&#233;e correspondante ; elles se jouent une com&#233;die qui ne serait pas risible sans Moli&#232;re. La pens&#233;e n'est pas dans le maniement des objets ; le ridicule croit que l'apparence vaut pour le r&#233;el profond, et qu'il suffit de s'&#233;tonner de ce que les choses sont ce qu'elles sont pour se croire capable de r&#233;flexion. L'homme ridicule est inaccessible au ridicule, car il lui manque la profitable confrontation entre l'image des choses et la pens&#233;e &#224; leur propos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La b&#234;tise nous para&#238;tra chronique, irr&#233;parable, alors que la &lt;i&gt;stupidit&#233;&lt;/i&gt; est passag&#232;re. Leibniz cite le cas d'un joueur de cartes stupide qui faisait pester ses partenaires, car l'arriv&#233;e d'un engagement de jeu difficile le mettait dans de telles r&#233;flexions qu'il semblait incapable d'en sortir. Ainsi les stupides &#171; ont le jugement bon, mais n'ayant point la conception prompte, ils sont m&#233;pris&#233;s et incommodes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nouveaux essais sur l'entendement humain, II, II, Garnier-Flammarion, 1966, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Il y a dans la stupidit&#233; une impossibilit&#233; &#224; r&#233;agir rapidement ; les stupides manquent d'un jugement spontan&#233; devant une difficult&#233; qui les laisse an&#233;antis. Ils ne devinent pas d'embl&#233;e la solution ; on dit habituellement qu'ils ne sont pas tr&#232;s astucieux. Le stupide est celui qui dans ses r&#233;actions retarde, de la m&#234;me fa&#231;on que les connaissances scientifiques des temps pass&#233;s peuvent para&#238;tre stupides au regard du savoir contemporain. L'homme stupide est aussi anachronique ; il sent le besoin d'utiliser sa pens&#233;e, mais il ne trouve pas d'embl&#233;e la possibilit&#233; de le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet immobilisme de r&#233;action renvoie &#224; une image, celle de la b&#251;che. Le stupide semble v&#233;ritablement engourdi ; il est comme insensible &#224; la difficult&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ainsi G&#339;the, Wilhelm Meister, Les ann&#233;es d'apprentissage, IV, 19 (Pl&#233;iade, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il manifeste une retomb&#233;e dans la mati&#232;re, si bien que sa sottise le renvoie &#224; l'ordre des corps, mais un corps que rien ne viendrait sensibiliser, ou que tout exciterait dans sa corpor&#233;it&#233;. Les exigences du corps bloqueraient les possibilit&#233;s de l'esprit. L'homme charnel est insensible aux requ&#234;tes de l'esprit. &#171; Il n'y a que le corps qui appesantisse l'esprit : voil&#224; le principe de notre stupidit&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Malebranche, Trait&#233; de morale, I, s, II (Vrin, &#338;uvres compl&#232;tes, 1966, p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a dans la stupidit&#233; une sorte de passivit&#233; qui d&#233;sarme, c'est ce qui la fait appara&#238;tre comme la possibilit&#233; limite de la b&#234;tise, et ce qui la rend d&#233;sarmante, parce qu'elle n'est pas agressive. Certains m&#234;me lui trouvent un aspect sympathique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. de Montherlant, Le treizi&#232;me C&#233;sar, Gallimard, 1970, p. 191.&#034; id=&#034;nh12-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Elle peut aussi sembler plus supportable. &#171; Le stupide est un sot qui ne parle point, en cela plus supportable que le sot qui parle &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Caract&#232;res, XII, 49.&#034; id=&#034;nh12-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cependant ces jugements ne sont pas sans contrepartie. Ils se manifestent lorsque l'esprit confront&#233; &#224; la stupidit&#233; n'a pas envie de juger ; &#224; l'inverse lorsqu'il veut utiliser son pouvoir judicatoire il s'impatiente de l'esprit born&#233; de son interlocuteur. Il suffit de noter la nuance agressive mise &#224; prononcer le mot &#171; stupide &#187; ; c'est bien ce qui frappe de stupeur. Et c'est l'insensibilit&#233; &#224; l'appel de la pens&#233;e qui est l'objet du scandale. C'est comme un constat d'impuissance que l'on manifeste, un d&#233;sarroi total.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La stupidit&#233; semble ne pr&#233;senter aucune faille, elle est tout d'un bloc, comme en t&#233;moigne ce portrait de Saillard, propos&#233; par Balzac. &#171; C'&#233;tait un gros et gras bonhomme tr&#232;s fort sur la tenue des livres, et tr&#232;s faible en toute autre chose, rond comme un z&#233;ro, simple comme bonjour, qui venait &#224; pas compt&#233;s comme un &#233;l&#233;phant&#8230; Personne ne doutait au minist&#232;re que le P&#232;re Saillard ne f&#251;t une b&#234;te, mais personne n'avait jamais pu savoir jusqu'o&#249; allait sa b&#234;tise ; elle &#233;tait trop compacte pour &#234;tre interrog&#233;e, elle ne sonnait pas le creux, elle absorbait tout sans rien rendre &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les employ&#233;s, Pl&#233;iade, t. VI, p. 897.&#034; id=&#034;nh12-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant de tels portraits, le vocabulaire se fait riche, parce que le stupide renvoie au probl&#232;me de la dignit&#233; de l'homme, qui est comme chacun sait depuis Pascal dans la pens&#233;e. Le stupide semble me faire violence. Que l'on ne s'&#233;tonne pas des possibilit&#233;s que donnera l'argot pour r&#233;agir &#224; ce spectacle. La faiblesse d&#233;sarmante de l'homme sens&#233; devant la sottise se renversera en intol&#233;rance&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On en trouvera une liste, non exhaustive, dans Pierre Guiraud, L'argot, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On rejette ainsi l'autre du groupe de ceux qui ont acc&#232;s &#224; la pens&#233;e. Mais on remarque que ces qualificatifs peuvent se ramener &#224; l'unit&#233; derri&#232;re le mot traditionnel d'insens&#233; qui ne prend une valeur que lorsqu'il est prononc&#233; par une personne de bon sens.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;La sottise se pr&#233;sente comme exigence de pens&#233;e,&lt;br class='manualbr' /&gt;mais incapable de d&#233;coller du r&#233;el.&lt;br class='manualbr' /&gt;Elle pense ce qu'il est inutile de penser.&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_espace&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En abordant la &lt;i&gt;sottise&lt;/i&gt;, nous rencontrons une conduite faite de deux &#233;l&#233;ments antinomiques. D'une part, le sot propose sa pens&#233;e comme si elle &#233;tait &#233;labor&#233;e comme telle, mais d'autre part cette pens&#233;e est sans jugement ; elle n'est ni ma&#238;tris&#233;e, ni contr&#244;l&#233;e. C'est en quelque sorte l'&#233;tourdi qui joue au penseur, l'ignorant par inattention qui joue au savant. Tout ce qui bloque notre aptitude &#224; la r&#233;flexion est capable de nous rendre sot ; ainsi en est-il des passions, au sens classique de ce mot&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alain, D&#233;finitions, v&#176; &#171; C'est le contraire de la sagesse ; et c'est le vice (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La sottise est donc une conduite qui me lie &#224; la pr&#233;vention et &#224; la pr&#233;cipitation ; c'est le souci du non-souci. Elle semble pens&#233;e, mais elle tourne le dos aux vraies caract&#233;ristiques de la pens&#233;e qui se contr&#244;le elle-m&#234;me. Momentan&#233;e, la sottise est la gaffe, durable elle est la confusion. Elle n'est pas ordonn&#233;e par rapport &#224; l'essentiel. Ainsi les vierges folles sont des sottes, qui ne savent pas donner une orientation cons&#233;quente &#224; leur comportement. Il y a, chez le sot, une ing&#233;nuit&#233; de conduite qui les montre comme sortant d'un r&#234;ve lorsque la confrontation avec le r&#233;el entra&#238;ne une r&#233;vision de leur attitude premi&#232;re. Puisque la sottise est surtout inattention, elle est abandon de soi, faiblesse de caract&#232;re. Mais elle n'est pas pour autant absence de qualit&#233;. Les p&#233;ch&#233;s de jeunesse sont des sottises, mais avec une l&#233;g&#232;ret&#233; d'engagement telle que ce n'est pas encore de la b&#234;tise. La b&#234;te aura la disgr&#226;ce de la lourdeur, et la permanence de ses r&#233;actions&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous ne suivrons pas Casanova quand il dit (M&#233;moires, pr&#233;face, Pl&#233;iade, t. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cependant le sot n'est ni pr&#233;tentieux, ni combatif. Un sottisier n'est que le recueil de ses bourdes, et celles-ci sont &#233;nonc&#233;es avec calme, sang-froid et apparence de bon sens. C'est ce qui fait &#233;crire &#224; Claude Roy : &#171; Le premier trait g&#233;n&#233;ral des sots, c'est que la b&#234;tise chez eux est paisible, forte, souvent tranchante, toujours assur&#233;e de son bon droit et de sa rectitude. La b&#234;tise ne doute pas d'&#234;tre l'intelligence &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le verbe aimer et autres essais, Gallimard, 1969, p. 255.&#034; id=&#034;nh12-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sottise est ainsi manque d'attention ; c'est la faute par omission. On l'oppose &#224; la r&#233;flexion et &#224; la sagesse ; c'est une sorte de st&#233;rilit&#233; momentan&#233;e de l'esprit, une indigence de la pens&#233;e. Aussi le sot est-il malheureux, lorsqu'il peut constater sa faiblesse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Saint Augustin, De vita beata, &#167;&#167; 28 et 30 ; Contra Academicos, I, IX, 24. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La sottise peut manier des connaissances, du savoir, des traits de m&#233;moire &#224; partir desquels elle veut conclure, mais elle n'en est pas v&#233;ritablement capable, ce qui fait que sa pens&#233;e est d&#233;cal&#233;e par rapport aux &#233;l&#233;ments pour l'&#233;chafauder.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;C'est ce qui peut rendre la sottise hargneuse :&lt;br class='manualbr' /&gt;ne pas s'apercevoir qu'il fallait penser au lieu de percevoir.&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
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&lt;p&gt;On trouvera ainsi de la sottise dans l'impossibilit&#233; de l'interpr&#233;tation symbolique d'une r&#233;alit&#233;. La circoncision, o&#249; l'Esprit-Saint n'intervenait pas, est devenue inutile pour les chr&#233;tiens ; l'Eucharistie est pu&#233;rilit&#233; pour les non-croyants. Non v&#233;cu comme sacrement, cela devient sottise. &#171; Tous ces sacrifices et c&#233;r&#233;monies &#233;taient donc figures ou sottises ; or il y a des choses claires trop hautes pour les estimer des sottises &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pascal, Pens&#233;es, Brunschvicg, 680 ; Lafuma, 267.&#034; id=&#034;nh12-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si cela prend un sens par rapport &#224; une th&#233;ologie, d&#232;s que l'esprit s'&#233;loigne de l'acceptation des principes, les cons&#233;quences chiffr&#233;es dans la mati&#232;re perdent leur signification et l'on ne trouve plus que de la mati&#232;re &#224; fonction humaine, rien qu'humaine. La sottise se pr&#233;sente comme exigence de pens&#233;e, mais incapable de d&#233;coller du r&#233;el. Elle pense ce qu'il est inutile de penser. C'est ce qui peut rendre la sottise hargneuse : ne pas s'apercevoir qu'il fallait penser au lieu de percevoir. Le sot se contentait de regarder et &#233;tait inattentif &#224; la tension que la vie de l'esprit devait susciter. On en veut alors aux autres d'obliger &#224; r&#233;fl&#233;chir alors que cela semblait si inutile, le monde pr&#233;sentait des paradis de pens&#233;e artificielle o&#249; il n'y avait qu'&#224; se laisser r&#234;ver le r&#233;el au lieu de le rendre signifiant.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Ayant peur de ne pas &#234;tre d&#233;tenteur de sa pens&#233;e jusqu'au bout,&lt;br class='manualbr' /&gt;on la durcit pour en faire un imp&#233;ratif absolu.&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
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&lt;p&gt;Avec &lt;i&gt;l'imb&#233;cile&lt;/i&gt;, la perturbation est chronique et profonde. Il s'agit d'une incapacit&#233; de l'intelligence, d'une faiblesse durable de l'esprit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au XVIIe si&#232;cle, imb&#233;cile signifiait encore faible, incapable. Voir par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On sait la violence que Pascal met dans l'emploi de ces mots. Cette faiblesse de l'esprit n'est pas toujours imm&#233;diatement sensible ; elle peut &#234;tre cach&#233;e par une forte personnalit&#233;, par exemple l'attitude de quelqu'un dont on dit qu'il a du caract&#232;re parce qu'il poss&#232;de une volont&#233; extr&#234;me, mal r&#233;gl&#233;e qui n'est autre qu'une volont&#233; faible ayant peur de ne pas aboutir et qui se durcit pour ne pas succomber avant la r&#233;alisation de l'acte d&#233;cid&#233;. Derri&#232;re cette carapace de vouloir se cache une faiblesse profonde de la personne. Ayant peur de ne pas &#234;tre d&#233;tenteur de sa pens&#233;e jusqu'au bout, on la durcit pour en faire un imp&#233;ratif absolu. Il est facile &#224; des imb&#233;ciles qui font illusion d'&#234;tre des meneurs pour d'autres imb&#233;ciles aussi faibles, mais moins volontaires qu'eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comportement de l'imb&#233;cile consiste &#224; se r&#233;p&#233;ter, &#224; pratiquer la tautologie. Ce qui signifie d'abord que sa pens&#233;e n'est pas li&#233;e ; il lui manque le souci du rapport, de la cons&#233;quence. L'expression en lui est toute m&#233;canique, il est soumis au d&#233;veloppement de ce qu'il dit, d'o&#249; l'importance de la cr&#233;dulit&#233;, de la d&#233;pendance. C'est l'homme de la petitesse et de la m&#233;diocrit&#233;. La b&#234;tise pourra montrer un certain lyrisme, l'imb&#233;cillit&#233; jamais. Les pens&#233;es de l'imb&#233;cile lui sont donn&#233;es, c'est l'homme de l'opinion. Le manque d'intelligence en lui consiste &#224; ne pas pouvoir associer deux id&#233;es ensemble&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Que l'on songe &#224; la fa&#231;on dont Joseph Prudhomme parlait de Napol&#233;on : &#171; Si (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'imb&#233;cillit&#233; se caract&#233;rise donc par un manque de force intellectuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce sera aussi un souci de conformisme, de copie que l'on retrouvera dans des formules syst&#233;matisant la r&#233;p&#233;tition de mots : un chat est un chat, le go&#251;t est le go&#251;t, la loi c'est la loi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Baudelaire, Am&#339;nitates belgicae, XV ; L'esprit conforme, Pl&#233;iade, 1956, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Par des formules de ce genre, l'imb&#233;cile fait reculer la pens&#233;e et se pare de ce qui lui semble le bon sens. Ainsi personne ne le fera coupable de ne pas mener la pens&#233;e hors du sens commun. Ce sera l'autre qui d&#233;lirera. Mais la signification de cette tautologie va plus loin encore : cela semble le bon sens, donc un renvoi &#224; ce donn&#233; pr&#233;alable de la sensibilit&#233; o&#249; la pens&#233;e n'a pas besoin de se formuler, o&#249; le r&#233;el est donn&#233; pour ce qu'il est, et que tout au plus l'opinion dans ce qu'elle a de public a permis d'&#233;noncer dans la quotidiennet&#233;. Cette trivialit&#233; de chaque jour devient le principe d'autorit&#233; qui l&#233;gitime la simple r&#233;p&#233;tition des mots. L'imb&#233;cile attend de chacun qu'il s'y soumette, comme il le fait lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Ici encore il n'est pas question d'erreur et de fausset&#233;,&lt;br class='manualbr' /&gt;pas plus d'ailleurs que d'ignorance.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il s'agit plut&#244;t de l'aptitude &#224; acqu&#233;rir un v&#233;ritable savoir,&lt;br class='manualbr' /&gt;&#224; fonder ses id&#233;es dans une r&#233;flexion personnelle. &lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_espace&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La &lt;i&gt;b&#234;tise&lt;/i&gt; que nous abordons maintenant est un manque total de qualit&#233; de l'esprit. Elle consiste non pas tant &#224; n'avoir pas d'id&#233;es qu'&#224; avoir des id&#233;es courtes, plates, fausses. Ce sont des id&#233;es qui baignent encore dans le donn&#233; originaire dont la pens&#233;e devrait les faire sortir. La plus commode, pour l'analyse, sera de proc&#233;der par opposition. La b&#234;tise s'oppose d'abord &#224; la finesse. Ainsi des id&#233;es b&#234;tes seront sans originalit&#233;, sans profondeur. Ce seront les grosses id&#233;es du commun, non d&#233;cant&#233;es du marais affectif dans lequel elles baignent, et sans la vie qu'une personne sens&#233;e pourrait tirer de la sensibilit&#233; jointe &#224; l'expression de la pens&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le portrait que Baudelaire nous propose de George Sand, Mon c&#339;ur mis &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Mais le principe de cette absence de finesse se comprendra mieux si on compare la b&#234;tise &#224; la subtilit&#233;. Gr&#226;ce &#224; celle-ci les id&#233;es peuvent prendre des nuances, se pr&#233;ciser, devenir diff&#233;rentes les unes des autres. Mais pour ce faire, il faut une possibilit&#233; d'imagination que le b&#234;te ne poss&#232;de pas. Il utilise les id&#233;es telles qu'il les trouve, sans aucune ing&#233;niosit&#233; particuli&#232;re. Pour l'homme sens&#233; et de go&#251;t, il ne s'agit pas seulement d'&#234;tre subtil, mais encore spirituel ; c'est-&#224;-dire de ne pas s'en tenir aux id&#233;es, mais montrer que l'on a de la personnalit&#233;, ce qui veut dire ici de l'aisance. Au lieu d'insister d'une mani&#232;re appuy&#233;e et ridicule sur ce que l'on fait et ce que l'on dit, on man&#339;uvrera l&#233;g&#232;rement, laissant entendre que les id&#233;es propos&#233;es sont susceptibles de bien des sens, mais que l'interlocuteur est lui-m&#234;me assez sens&#233; pour pouvoir trouver seul, sans avoir besoin de cette p&#233;dagogie sotte de ma&#238;tre d'&#233;cole born&#233;. Comme nous aurons &#224; le redire, c'est dans cette attitude d'apparence l&#233;g&#232;re que r&#233;side le vrai s&#233;rieux, celui qui n'est pas d'&#233;nonciation et de comportement, mais de vie int&#233;rieure. La b&#234;tise est la marque d'une limitation de la vie profonde de l'esprit ; le b&#234;te est born&#233;, c'est ce qui l'emp&#234;che d'&#233;laborer une pens&#233;e originale. Ici encore il n'est pas question d'erreur et de fausset&#233;, pas plus d'ailleurs que d'ignorance. Il s'agit plut&#244;t de l'aptitude &#224; acqu&#233;rir un v&#233;ritable savoir, &#224; fonder ses id&#233;es dans une r&#233;flexion personnelle.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Que l'on songe &#224; la fa&#231;on selon laquelle le b&#234;te juge autrui :&lt;br class='manualbr' /&gt;les jugements qu'il porte rel&#232;vent de sa haine et de son envie&lt;br class='manualbr' /&gt;et concernent ce que l'on appelle pudiquement la vie priv&#233;e.&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_espace&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est en ce sens que la b&#234;tise est insondable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ainsi Th&#233;ocrite dans Les Syracusaines (vers 17) qualifie le b&#234;te d'homme de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, car la pens&#233;e de celui qui est b&#234;te est sans prise : aucune pens&#233;e, aucun jugement ne peuvent &#234;tre propos&#233;s, ce n'est pas &#224; ce qui sera propos&#233; que le b&#234;te r&#233;pondra ; il ne le peut comprendre. Sa pens&#233;e ne va pas jusqu'&#224; la compr&#233;hension des id&#233;es. Que l'on songe &#224; la fa&#231;on selon laquelle le b&#234;te juge autrui : les jugements qu'il porte rel&#232;vent de sa haine et de son envie et concernent ce que l'on appelle pudiquement la vie priv&#233;e. Tout ceci est en rapport direct avec ce que nous avons appel&#233; le marais. La pens&#233;e n'a pas besoin d'&#234;tre &#233;labor&#233;e ; elle trouve sa nourriture dans les pulsions les moins &#233;labor&#233;es de la personne ; c'est ainsi que l'on passe facilement de la m&#233;disance &#224; la calomnie, puisque nous nous trouvons en de&#231;&#224; du souci de la v&#233;rit&#233;, et en relation avec la ranc&#339;ur envers autrui.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Mais il s'agit pour le fat de se croire pensant,&lt;br class='manualbr' /&gt;parce qu'il utilise les mots de la pens&#233;e.&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_espace&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il y a enfin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous n'avons pas fait de place &#224; l'idiotie, car cette expression ne nous (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; une vari&#233;t&#233; sp&#233;ciale faite d'abord de pens&#233;e emprunt&#233;e et de ce que nous avons d&#233;j&#224; appel&#233; la niaiserie. Ce m&#233;lange donnera une pr&#233;tention intellectuelle procurant du s&#233;rieux : &#224; une pens&#233;e utilis&#233;e sans y avoir acc&#232;s. On peut alors parler de simagr&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kant s'est essay&#233; &#224; d&#233;finir, par rapport au beau, quelques attitudes de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; pour qualifier ce comportement qui r&#233;pond au type du &lt;i&gt;fat&lt;/i&gt;. La pens&#233;e en tant que r&#233;alit&#233; sociale est per&#231;ue, mais non ses exigences profondes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce peut &#234;tre l'attitude de coquetterie, plus nuanc&#233;e que la fatuit&#233;. Voir (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le fat s'engage dans des expressions non comprises et se joue d'abord la com&#233;die &#224; lui-m&#234;me. Il ne peut pas v&#233;rifier la validit&#233; de cette pens&#233;e, ni par rapport &#224; son emploi, ni par rapport &#224; sa constitution. Il se fera dogmatique ; il ne pourra jamais atteindre la qualit&#233; du langage qui exprime cette pens&#233;e ; il ne saura pas l'adapter &#224; son auditoire. Mais il s'agit pour lui de se croire pensant, parce qu'il utilise les mots de la pens&#233;e. Le na&#239;f maniait la pr&#233;-pens&#233;e ; le fat manie la pens&#233;e, mais ni chez l'un, ni chez l'autre il n'y a de v&#233;ritable ma&#238;trise de soi. L'univers critique n'existe pas ; la pens&#233;e pense &#224; la place de celui qui &#233;nonce des mots. Cette pal&#233;ontologie de l'expression humaine montre qu'il ne suffit pas de mots ni d'expression de sentiments pour acc&#233;der &#224; l'effective r&#233;flexion et au discernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une composante importante de la fatuit&#233; sera la &lt;i&gt;vanit&#233;&lt;/i&gt;. C'est l'attachement &#224; des riens avec lesquels on s'aveugle pour se faire valoir. Il y a l&#224; une servitude envers le monde des apparences ; le sot s'enchante de nullit&#233;s et y trouve un principe de survalorisation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On trouve cette d&#233;finition chez Th&#233;oophraste, Caract&#232;res, XXI : &#171; La sotte (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On remarquera facilement ici de l'impertinence, de la grossi&#232;ret&#233;, de la goujaterie. C'est la b&#234;tise s&#251;re d'elle-m&#234;me, pavanante, voulant faire violence aux autres. Il y a dans ce comportement une confiance en soi, une impression de pens&#233;e juste qui peut faire illusion, l'homme intelligent dans sa simplicit&#233; semblant aussi heureux que le fat qui plastronne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Claude Roy, Le verbe aimer et autres essais, Gallimard, 1969, pp. 257-258.&#034; id=&#034;nh12-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En s'affichant, il donne l'impression de la valeur de soi que l'on conna&#238;t et qui permet de se manifester. &#192; la limite, le comportement du fat est celui-l&#224; m&#234;me de l'homme ma&#238;tre de lui devant les autres. La suspicion doit ainsi &#234;tre partout ; l'homme tr&#232;s sens&#233; n'est-il pas au stade extr&#234;me de la sottise ? Mais il suffira de peu de temps pour faire la diff&#233;rence ; l'homme sens&#233; poss&#232;de cette vertu irrempla&#231;able et si bergsonienne qui est la simplicit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprendra encore mieux le sens de la b&#234;tise en disant pourquoi nous n'avons pas trait&#233; pour lui-m&#234;me du probl&#232;me de l'absurde. On peut sch&#233;matiquement qualifier l'absurde comme ce dont le sens n'est pas accessible, donc pos&#233; comme inexistant au regard de la pens&#233;e coh&#233;rente. Cependant, il y a aussi des donn&#233;es mentales qui sont imm&#233;diatement inaccessibles, parce que surcharg&#233;es de sens. &#201;voquons ainsi le joker des jeux de cartes qui peut remplacer toutes les autres valeurs, ou les r&#233;cits mythiques qui, hors du temps, donnent l'interpr&#233;tation des conduites humaines valable dans tous les temps. Mais dans ces deux exemples le sens est plut&#244;t v&#233;cu que pens&#233;. L'absurde v&#233;ritable n'existe que dans l'univers du discours logique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Camus, Le mythe de Sysiphe, Essais, Pl&#233;iade, 1965, pp. 204-205 : ' &#8230; si (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; il connote une volont&#233; de rationalit&#233; et en m&#234;me temps l'absence de rationalit&#233; du discours ou de la conduite jug&#233;. La b&#234;tise pr&#233;cis&#233;ment ne peut pas atteindre ce niveau d'exigence, puisque la pens&#233;e logique et rationnelle ne fait pas partie de ses possibilit&#233;s. C'est en de&#231;&#224; de la raison que la b&#234;tise trouve son origine, dans ce magma indiff&#233;renci&#233; fait de pulsions et de vie affective qui cherche &#224; s'exprimer par des id&#233;es toutes faites de l'opinion. Mais la v&#233;rit&#233; et le souci de la preuve qui lui est conjointe ne font pas partie des m&#234;mes r&#233;f&#233;rences.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;En lui-m&#234;me, pour la b&#234;tise le sens n'est pas un probl&#232;me ;&lt;br class='manualbr' /&gt;l'&#233;nonciation ne demande pas de v&#233;rification, encore moins d'exp&#233;rimentation.&lt;br class='manualbr' /&gt;Elle convient dans la brutalit&#233; de son expression.&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_espace&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La b&#234;tise doit aussi &#234;tre diff&#233;renci&#233;e du d&#233;lire verbal, qui pratique le non-sens. Il s'agit ici d'une juxtaposition de mots ou d'attitudes qui ne manifestent pas de possibilit&#233;s d'articulation. Tout reste sans signification ; le langage comme le comportement ne sont pas domin&#233;s et t&#233;moignent d'une impossibilit&#233; d'exprimer quelque pens&#233;e que ce soit. La b&#234;tise se trouvera plut&#244;t dans ce qu'on pourrait appeler l'absence de sens. Mais il faut encore pr&#233;ciser. Le sens de la b&#234;tise appelle un jugement capable d'en discerner la pr&#233;sence. Le sot &#233;noncera une sottise en toute bonne conscience. Disons donc que pour son interlocuteur le sot pratiquera l'absence de sens. Mais ne pas avoir le souci de la validit&#233; de la pens&#233;e nous conduit &#224; situer la b&#234;tise au niveau de la neutralit&#233; de sens ; il y a de la part du sot refus d'interrogation. En lui-m&#234;me, le sens n'est pas un probl&#232;me ; l'&#233;nonciation ne demande pas de v&#233;rification, encore moins d'exp&#233;rimentation. Elle convient dans la brutalit&#233; de son expression. Le sot parle pour parler, ce qui est une certaine fa&#231;on d'agir dans le monde. Son expression se limite &#224; la validit&#233; lexicale et syntaxique. Du moment que la tournure est correcte, l'&#233;l&#233;mentaire bon sens doit &#234;tre satisfait, le sens doit suivre ; il n'est pas cherch&#233; pour lui-m&#234;me ; il doit aller de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait bon, pour terminer, de faire une distinction entre la b&#234;tise et la folie. Disons d'abord que l'ali&#233;nation est un manque d'unit&#233; et de ma&#238;trise de soi, ce qui peut tr&#232;s bien convenir &#224; l'imb&#233;cile. Mais la folie est un trouble de l'affectivit&#233;, alors que la b&#234;tise est un trouble de la pens&#233;e. On sait que la folie peut faire bon m&#233;nage avec l'utilisation de la raison et l'on cite le cas de math&#233;maticiens intern&#233;s consacrant leurs loisirs forc&#233;s &#224; leur passe-temps favori. Une anecdote montrera la d&#233;marcation entre les deux attitudes : un magistrat, faisant une enqu&#234;te dans une maison de sant&#233;, y rencontre un de ses anciens condisciples. Le magistrat n'avait pas &#233;t&#233; un &#233;l&#232;ve des plus brillants. L'ali&#233;n&#233;, apr&#232;s avoir dit son plaisir de le revoir lui demande s'il &#233;tait toujours aussi peu intelligent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par le Dr Paul Voivenel, La raison chez les fous et la folie chez les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il me semble que l'on peut faire d&#233;j&#224; une diff&#233;rence profonde entre la folie et la b&#234;tise : encore apte au raisonnement, le fou n'a pas la possibilit&#233; r&#233;guli&#232;re de l'associer au r&#233;el. Lorsque le bon sens lui est rendu, il trouve de suite la r&#233;ponse aux difficult&#233;s que la vie peut pr&#233;senter. On cite le cas d'un automobiliste qui perd une roue devant une maison d'ali&#233;n&#233;s. On ne peut retrouver les boulons. Un fou donne alors le conseil de prendre un boulon sur chacune des roues restantes, afin de faire tenir la roue qui s'est &#233;chapp&#233;e. Et le fou explique : &#171; Je suis fou, mais je ne suis pas b&#234;te. &#187; La sottise n'aurait pas pu obtenir de r&#233;ponse, car c'est chroniquement qu'elle est incapable d'avoir prise sur le r&#233;el. Mais ce qui est plus grave encore, c'est la passivit&#233; de leur esprit qui les emp&#234;che de disposer de leur aptitude &#224; juger. Leibniz fait dire &#224; Philal&#232;the : &#171; Les &lt;i&gt;imb&#233;ciles&lt;/i&gt; manquent de vivacit&#233;, d'activit&#233; et de mouvement dans les facult&#233;s intellectuelles, par o&#249; ils se trouvent priv&#233;s de l'usage de la raison. Les fous semblent dans l'extr&#234;me oppos&#233;, car il ne me para&#238;t pas que ces derniers aient perdu la facult&#233; de raisonner, mais aient joint mal &#224; propos certaines id&#233;es, ils les prennent pour des v&#233;rit&#233;s, et se trompent de la m&#234;me mani&#232;re que ceux qui raisonnent juste sur de faux principes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nouveaux essais sur l'entendement humain, II, II, Garnier-Flammarion, 1966, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Le fou se prendra pour tel personnage et aura le comportement correspondant ; une folle qui se croyait panth&#232;re marchait &#224; quatre pattes et ouvrait les tiroirs de commode pour manger des photos d'enfant, puisque la panth&#232;re d&#233;vore les enfants. Mais la sottise manquera de cette imagination qui incite &#224; des emplois inattendus de la raison. Elle n'aura m&#234;me pas le privil&#232;ge d'&#234;tre plaisante, car tout souci de d&#233;couverte de l'inconnu lui fait d&#233;faut. La banalit&#233; terne des lieux communs est seule &#224; attendre ; elle poss&#232;de l'avantage de permettre &#224; l'esprit la somnolence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour faciliter l'expression, nous ne suivrons pas &#224; la lettre les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb12-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Dans une dispute avec un imb&#233;cile, c'est l'homme sens&#233; qui se retire &#187; et &#171; un homme sens&#233; se disputant avec un imb&#233;cile, il ne r&#233;coltera que la honte &#187;, disent deux proverbes malgaches, &lt;i&gt;Ohabolana ou proverbes malgaches&lt;/i&gt;, Tananarive, Imprimerie luth&#233;rienne, 1960, p. 27.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Claude Roy, &lt;i&gt;Le verbe aimer et autres essais&lt;/i&gt;, Gallimard, 1969, p. 255.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Dostoievsky, &lt;i&gt;L'idiot&lt;/i&gt;, IV, 7, Pl&#233;iade, 1957, p. 673.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. Hegel, &lt;i&gt;Esth&#233;tique : La po&#233;sie&lt;/i&gt;, Aubier, 1965, t. II, p. 381.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La Bruy&#232;re, &lt;i&gt;Caract&#232;res&lt;/i&gt;, XII, 47 : &#171; Une erreur de fait jette un homme sage dans le ridicule. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Les employ&#233;s&lt;/i&gt;, Pl&#233;iade, t. VI, p. 943.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Nouveaux essais sur l'entendement humain&lt;/i&gt;, II, II, Garnier-Flammarion, 1966, p. 120. Th&#233;ophraste d&#233;finit la stupidit&#233; comme une &#171; pesanteur d'esprit qui accompagne actions et discours &#187; (&lt;i&gt;Caract&#232;res&lt;/i&gt;, XIV). Mais la stupidit&#233; est &#224; comprendre par rapport &#224; une &#233;volution &#233;ventuelle. &#171; Rien n'est plus difficile que de distinguer dans l'enfance la stupidit&#233; r&#233;elle de cette apparente et trompeuse stupidit&#233; qui est l'annonce des &#226;mes fortes. &#187; Rousseau, &lt;i&gt;Emile&lt;/i&gt;, II (Pl&#233;iade, &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, t. IV, 1969, pp. 342-343). Rousseau &#233;voque ensuite un cas qui d&#233;crit vraisemblablement Condillac.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ainsi G&#339;the, &lt;i&gt;Wilhelm Meister, Les ann&#233;es d'apprentissage&lt;/i&gt;, IV, 19 (Pl&#233;iade, Romans, 1966, p. 621) : 'Seules les b&#251;ches sont de l'ordre incorrigible, qu'elles soient engourdies et inflexibles par suffisance, b&#234;tise ou hypocondrie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Malebranche, &lt;i&gt;Trait&#233; de morale&lt;/i&gt;, I, s, II (Vrin, &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, 1966, p. 64). Ainsi le mot &lt;i&gt;p&#233;core&lt;/i&gt; signifiant b&#234;te est tir&#233; de &lt;i&gt;pecus&lt;/i&gt;, le b&#233;tail, la b&#234;te de troupeau.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;H. de Montherlant, &lt;i&gt;Le treizi&#232;me C&#233;sar&lt;/i&gt;, Gallimard, 1970, p. 191.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Caract&#232;res, XII, 49.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Les employ&#233;s&lt;/i&gt;, Pl&#233;iade, t. VI, p. 897.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On en trouvera une liste, non exhaustive, dans Pierre Guiraud, &lt;i&gt;L'argot&lt;/i&gt;, Presses Universitaires de France, 1969, p. 48.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Alain, &lt;i&gt;D&#233;finitions&lt;/i&gt;, v&#176; &#171; C'est le contraire de la sagesse ; et c'est le vice qui nous jette dans toutes les erreurs auxquelles nos passions sont sujettes. Toutefois, les passions qui nous rendent sots sont plus pr&#233;cis&#233;ment celles qui concernent nos jugements eux-m&#234;mes et l'opinion que nous en avons ; par exemple, l'infatuation, le respect des autorit&#233;s, l'institution, la coutume. Il y a toujours dans la sottise quelque chose de m&#233;canique, et des fragments de raison mal attach&#233;s &#187; (&lt;i&gt;Les arts et les dieux&lt;/i&gt;, Pl&#233;iade, 1958, p. 1091).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Nous ne suivrons pas Casanova quand il dit (&lt;i&gt;M&#233;moires&lt;/i&gt;, pr&#233;face, Pl&#233;iade, t. 1, 1964, p. 3) que le sot est &#171; insolent et pr&#233;somptueux jusqu'&#224; d&#233;fier l'esprit (ce que nous appellerons le fat) alors que le b&#234;te ne doit son comportement qu'&#224; une absence d'&#233;ducation et peut &#234;tre honn&#234;te et sympathique &#187;,&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le verbe aimer et autres essais&lt;/i&gt;, Gallimard, 1969, p. 255.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Saint Augustin, &lt;i&gt;De vita beata&lt;/i&gt;, &#167;&#167; 28 et 30 ; Contra Academicos, I, IX, 24. Voir aussi Voltaire, &lt;i&gt;Histoire d'un bon Bramin&lt;/i&gt;, Romans et contes, Garnier, 1949, pp. 114-116.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pascal, &lt;i&gt;Pens&#233;es&lt;/i&gt;, Brunschvicg, 680 ; Lafuma, 267.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Au XVIIe si&#232;cle, &lt;i&gt;imb&#233;cile&lt;/i&gt; signifiait encore faible, incapable. Voir par exemple Fran&#231;ois de Sales, &lt;i&gt;Trait&#233; de l'amour de Dieu&lt;/i&gt;, VII, 1 (&lt;i&gt;&#338;uvres&lt;/i&gt;, Pl&#233;iade, 1969, p. 664) ou VII, 2 (p. 868).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Que l'on songe &#224; la fa&#231;on dont Joseph Prudhomme parlait de Napol&#233;on : &#171; Si Bonaparte avait su se contenter de son grade de g&#233;n&#233;ral&#8230; sa dynastie serait peut-&#234;tre encore sur le tr&#244;ne de France. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir Baudelaire, &lt;i&gt;Am&#339;nitates belgicae&lt;/i&gt;, XV ; &lt;i&gt;L'esprit conforme&lt;/i&gt;, Pl&#233;iade, 1956, p. 269, et Roland Barthes, &lt;i&gt;Mythologies&lt;/i&gt;, Seuil, 1970, pp. 96-98 et 240-241 ; ainsi que Kant, &lt;i&gt;Anthropologie&lt;/i&gt;, Vrin, 1964, p. 79.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir le portrait que Baudelaire nous propose de George Sand, &lt;i&gt;Mon c&#339;ur mis &#224; nu&lt;/i&gt;, Pl&#233;iade, 1956, XXVI-XXVIII, pp. 1214-1215.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ainsi Th&#233;ocrite dans &lt;i&gt;Les Syracusaines&lt;/i&gt; (vers 17) qualifie le b&#234;te d'homme de treize coud&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Nous n'avons pas fait de place &#224; l'idiotie, car cette expression ne nous semble pas correspondre &#224; une conduite typique. Le mot grec &lt;i&gt;idiotes&lt;/i&gt; veut dire simple particulier, puis caract&#233;rise l'homme du commun, le vulgaire. L'idiotie a aussi un sens technique en psychopathologie. Dans la langue commune, il semble le plus souvent r&#233;serv&#233; &#224; la simple critique, voire &#224; l'insulte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Kant s'est essay&#233; &#224; d&#233;finir, par rapport au beau, quelques attitudes de divagation, &#233;voquant la fatuit&#233; dans &lt;i&gt;Observations sur le sentiment du beau et du sublime&lt;/i&gt;, Vrin, 1953, pp. 24-25. Voir aussi &lt;i&gt;Anthropologie&lt;/i&gt;, Vrin, 1964, p. 78.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ce peut &#234;tre l'attitude de coquetterie, plus nuanc&#233;e que la fatuit&#233;. Voir par exemple le portrait psychologique de Mme R&#233;camier dans J. Baelen, &lt;i&gt;Benjamin Constant en 1815&lt;/i&gt;, Bulletin de l'Association Guillaume-Bud&#233;, 1967, n&#176; 4, pp. 447-454.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On trouve cette d&#233;finition chez Th&#233;oophraste, &lt;i&gt;Caract&#232;res&lt;/i&gt;, XXI : &#171; La sotte vanit&#233; semble &#234;tre une passion inqui&#232;te de se faire valoir par les plus petites choses, ou de chercher dans les sujets les plus frivoles du nom et de la distinction. &#187; On peut &#233;voquer ici le terme de &lt;i&gt;pecque&lt;/i&gt; employ&#233; par Moli&#232;re pour qualifier les Pr&#233;cieuses ridicules.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Claude Roy, &lt;i&gt;Le verbe aimer et autres essais&lt;/i&gt;, Gallimard, 1969, pp. 257-258.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Camus, &lt;i&gt;Le mythe de Sysiphe&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt;, Pl&#233;iade, 1965, pp. 204-205 : ' &#8230; si Kafka veut exprimer l'absurde, c'est de la coh&#233;rence qu'il se servira. On conna&#238;t l'histoire du fou qui p&#234;chait dans une baignoire ; un m&#233;decin qui avait ses id&#233;es sur les traitements psychiatriques lui demandait &#171; si &#231;a mordait &#187; et se vit r&#233;pondre avec rigueur : 'Mais non, imb&#233;cile, puisque c'est une baignoire.' Cette histoire est du genre baroque. Mais on y saisit de fa&#231;on sensible combien l'effet absurde est li&#233; &#224; un exc&#232;s de logique. Le monde de Kafka est &#224; la v&#233;rit&#233; un univers indicible o&#249; l'homme se donne le luxe torturant de p&#234;cher dans une baignoire, sachant qu'il n'en sortira rien &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cit&#233; par le Dr Paul Voivenel, &lt;i&gt;La raison chez les fous et la folie chez les gens raisonnables&lt;/i&gt;, Paris, Ed. du Si&#232;cle, 1926, pp. 49-50.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Nouveaux essais sur l'entendement humain, II&lt;/i&gt;, II, Garnier-Flammarion, 1966, p. 120. On conna&#238;t la formule de Chesterton selon laquelle le fou est celui &#224; qui il manque tout sauf la raison. Voir aussi Eug&#232;ne Minkowsky, &lt;i&gt;Le temps v&#233;cu&lt;/i&gt;, Delachaux &amp; Niestl&#233;, 1968, p. 330.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pour faciliter l'expression, nous ne suivrons pas &#224; la lettre les oppositions effectu&#233;es entre les sortes de b&#234;tise. Nous demandons cependant qu'elles ne soient pas totalement oubli&#233;es &#224; la lecture de la suite de notre travail.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#201;pil&#233;gom&#232;nes &#224; une th&#233;orie de l'&#226;me que l'on a pu pr&#233;senter comme science</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?1001-Epilegomenes-a-une-theorie-de-l</link>
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		<dc:date>2020-01-07T12:13:45Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Cr&#233;ation sociale-historique</dc:subject>
		<dc:subject>Castoriadis C.</dc:subject>
		<dc:subject>Avant-gardisme</dc:subject>
		<dc:subject>Institutionnalisation</dc:subject>
		<dc:subject>Post-modernisme</dc:subject>
		<dc:subject>Pseudo-subversion</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; &#201;pil&#233;gom&#232;nes &#224; une th&#233;orie de l'&#226;me que l'on a pu pr&#233;senter comme science &#187;, in revue L'Inconscient n&#176;8 (intitul&#233; : &#171; Enseignement de la psychanalyse ? &#187;), octobre 1968 repris par les &#201;ditions du Seuil, collection &#171; Esprit &#187;, Paris, 1978 (r&#233;&#233;dition : 1998). Sources : https://cras31.info/IMG/pdf/castori... I Saurions-nous donc aujourd'hui, par la psychanalyse, ce qu'il en est de l'&#226;me ? Nous nous trouvons plut&#244;t dans une situation plus paradoxale que jamais. Des apories qui nous (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

/ 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; &#201;pil&#233;gom&#232;nes &#224; une th&#233;orie de l'&#226;me que l'on a pu pr&#233;senter comme science &#187;,
in revue L'Inconscient n&#176;8 (intitul&#233; : &#171; Enseignement de la psychanalyse ? &#187;), octobre 1968 repris par les &#201;ditions du Seuil, collection &#171; Esprit &#187;, Paris, 1978 (r&#233;&#233;dition : 1998).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sources : &lt;a href=&#034;https://cras31.info/IMG/pdf/castoriadis_c._-_les_carrefours_du_labyrinthe_1978_.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://cras31.info/IMG/pdf/castori...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Saurions-nous donc aujourd'hui, par la psychanalyse, ce qu'il en est de l'&#226;me ? Nous nous trouvons plut&#244;t dans une situation plus paradoxale que jamais. Des apories qui nous tancent depuis le &lt;i&gt;Tim&#233;e&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;Peri psych&#232;s&lt;/i&gt;, &#233;ponymes des trois trait&#233;s les plus longs de la quatri&#232;me &lt;i&gt;Enn&#233;ade&lt;/i&gt;, condens&#233;es dans le paralogisme psychologique de la &lt;i&gt;Dialectique transcendantale&lt;/i&gt;, aucune n'a &#233;t&#233;, en aucun sens, &#233;limin&#233;e par l'&#339;uvre de Freud. Elles s'en trouveraient plut&#244;t multipli&#233;es et aggrav&#233;es. Pourtant, nous avons raison d'y voir une novation radicale, car nous ne pouvons plus r&#233;fl&#233;chir l'&#226;me que dans cet espace o&#249; Freud l'a entra&#238;n&#233;e, o&#249; les probl&#232;mes h&#233;rit&#233;s ne retrouvent leur sens qu'&#224; condition de changer de corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette novation &#224; quoi l'imputer, ce nouvel espace comment le d&#233;finir ? Payons &#224; la mode l'in&#233;vitable tribut minimal, en la reconnaissant pour telle : ce n'est pas une imaginaire scientificit&#233; de la psychanalyse ou pr&#233;tendue coupure &#233;pist&#233;mologique qui ici, pas plus qu'ailleurs, rendrait compte de quoi que ce soit. Le mirage scientifique a certes servi &#224; Freud d'illusion vitale et m&#234;me f&#233;conde. L'hydraulique de &lt;i&gt;L'Esquisse&lt;/i&gt; de 1895 a sous-tendu l'ensemble de son &#339;uvre. &#192; la Science, il croyait autant qu'il pouvait et ses formulations &#224; cet &#233;gard, passablement simplistes &#224; premi&#232;re vue&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Des pages enti&#232;res de L' Avenir d'une illusion, de Malaise dans la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ne sonneraient pas bien aux oreilles des tenants les moins na&#239;fs du scientisme contemporain. Aussi ne sont-elles jamais cit&#233;es, et beaucoup seraient &#233;tonn&#233;s d'apprendre qu'il signa, en 1911, un manifeste en faveur de la cr&#233;ation d'une soci&#233;t&#233; pour la diffusion de la philosophie positiviste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;V. Gerald Holton, &#171; O&#249; est la r&#233;alit&#233; ? Les r&#233;ponses d'Einstein &#187;, in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. S'il a eu, &#224; ce propos, un doute ou un malaise, il aura plut&#244;t &#233;t&#233; d&#251; &#224; ce que la psychanalyse ne serait pas tout &#224; fait scientifique, au sens des sciences positives. Aussi exprima-t-il souvent son espoir qu'un jour des sciences majeures, en puissance de positivit&#233; et d'exactitude -anatomie, physiologie et pathologie du syst&#232;me nerveux -pourraient fournir l'explication du psychisme et la th&#233;rapie de ses troubles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les citations abondent ; on en trouvera dans des textes aussi tardifs que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Sur ces formulations aussi, les fils de No&#233; ont jet&#233; un voile, moins pieux peut-&#234;tre qu'autopr&#233;servateur : devraient-ils clamer sur les toits que leur science est en accouchement diff&#233;r&#233; depuis soixante-quinze ans ? Certes aussi, il n'a cess&#233; parall&#232;lement de r&#233;clamer et de pratiquer une explication psychologique des ph&#233;nom&#232;nes psychologiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;V. par exemple les critiques adress&#233;es &#224; la vieille psychologie, Ma vie et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais il faudra attendre 1939, et cet &lt;i&gt;Abr&#233;g&#233;&lt;/i&gt; interrompu par la mort, pour lire sous la plume du plus grand psychologue de tous les temps qu'une relation directe entre la vie psychique et le syst&#232;me nerveux, &#171; existerait-elle, ne fournirait dans le meilleur des cas qu'une localisation pr&#233;cise des processus de conscience, et ne contribuerait en rien &#224; leur compr&#233;hension &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Abriss, G.W., XVII p. 67.&#034; id=&#034;nh13-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les probl&#232;mes que pose cette localisation &#8211; aussi impr&#233;cise soit-elle &#8211; n'en subsistent pas moins, et j'y reviendrai. Au moins reconna&#238;t-on ainsi qu'il n'y a pas &#224; attendre une incompr&#233;hensible r&#233;duction de la psychologie &#224; la physiologie et une future naissance de la psychanalyse &#224; la scientificit&#233; positive accompagn&#233;e de sa mort comme psychanalyse. Mais d'o&#249; recevrait-elle alors son statut de science ? Et &#224; quelle science se r&#233;f&#232;re-t-on ici ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis des si&#232;cles, en Occident, la science n'est pas id&#233;e, mais r&#233;alit&#233; institu&#233;e, et descriptible comme telle. Elle se d&#233;finit comme production et reproduction des ph&#233;nom&#232;nes dans l'exp&#233;rimentation et l'observation, comme inf&#233;rence formalisable (serait-ce partiellement) des &#233;nonc&#233;s, comme correspondance univoque des uns et des autres ; elle constitue ses r&#233;sultats comme v&#233;rifiables et accessibles &#224; tous ceux qui veulent se donner la peine de les &#233;tudier. Comment donc serait scientifique un discours qui &#233;chappe aux r&#232;gles communes de v&#233;rification et de communicabilit&#233;, qui ne peut s'instaurer qu'en se mettant &#224; l'abri de ces r&#232;gles et progresser qu'en s'y maintenant ? Certes, l'objet de la psychanalyse est, en un sens, observable ; r&#234;ves, lapsus et actes &#8800;manqu&#233;s, obsessions, angoisse, [folie] sont dans le domaine public, et depuis toujours. L'observable est ici partout, il l'est m&#234;me litt&#233;ralement car tout ce qui sera jamais donn&#233; aux hommes rel&#232;vera aussi de la psychanalyse. Ce serait plut&#244;t l'observateur qui ne serait nulle part. Car il fait, lui-m&#234;me, partie de l'observable, comme du reste ses observations. Comment s'en extraira-t-il, comment se posera-t-il face &#224; l'objet pour se rendre possible la &lt;i&gt;theoria&lt;/i&gt; scientifique ? Dans quel miroir verra-t-il l'autre face de son &#339;il, dans quel appareillage captera-t-il son acte de vision ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi ne peut-il voir que s'il a d&#233;j&#224; vu. Communicabilit&#233; et v&#233;rifiabilit&#233; pr&#233;supposent ici l'acceptation pr&#233;alable du r&#233;sultat final de la recherche psychanalytique &#8211; la cod&#233;termination de tout ph&#233;nom&#232;ne psychique par le sens inconscient. Il faut que le novice accepte d'avoir vu ce qu'il n'a pas encore vu pour pouvoir peut-&#234;tre un jour le voir. Pas plus que les &#171; critiques du monde scientifique &#187;, le malade ne peut &#171; croire &#187; au &#171; contenu intellectuel de nos &#233;claircissements &#187; ; il ne peut y croire qu'en fonction du transfert&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ma vie et la psychanalyse, trad. fr., l.c., p. 193.&#034; id=&#034;nh13-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Comment donc y aurait-il v&#233;rification, puisque celle-ci ne peut avoir lieu que dans le champ de l'analyse et que celui-ci ne peut se constituer que par le transfert, qui est &#224; son tour essentiellement non-v&#233;rit&#233; ? Ce n'est que dans et par cette non-v&#233;rit&#233; que la psychanalyse s'av&#232;re pleinement ; c'est cette conversion, non pas du regard, mais de l'&#234;tre, en fonction d'une relation qui n'est pas ce qu'elle croit &#234;tre, qui permet &#224; la fois l'existence de quelqu'un pour voir &#8211; et de quelque chose &#224; voir. Car si l'objet observable de la psychanalyse est en un sens partout, en un autre sens, il n'est comme tel et en personne nulle part ; il n'est que comme autre face de ce qui apparemment se suffit &#224; soi-m&#234;me, que les l&#233;zardes de cette suffisance permettent &#224; la rigueur de soup&#231;onner mais non de voir. Aussi Freud d&#233;clarait-il franchement que ne peuvent discuter d'analyse que ceux qui en ont eu l'exp&#233;rience personnelle. Rien de comparable dans la science, o&#249; il suffit d'accepter que 1 &#8800; 0, et d'ouvrir les yeux quand quelque chose est montr&#233;. Cette &#171; croyance &#187;, peut-&#234;tre pas un acte de foi mais en tout cas radicalement distincte de la &lt;i&gt;proairesis&lt;/i&gt; scientifique et g&#233;n&#233;ralement th&#233;orique, il ne suffit pas du reste de l'affirmer une fois pour toutes. Elle est &#224; monnayer pendant des ann&#233;es, et en droit perp&#233;tuellement, puisqu'il s'agit non pas d'affirmer de fa&#231;on vide que le sens inconscient est la v&#233;rit&#233; cach&#233;e de toute manifestation psychique, mais de rompre chaque fois la fallacieuse &#233;vidence de la donn&#233;e de conscience au nom et &#224; la recherche d'une v&#233;rit&#233; absente et &#233;nigmatique &#8211; dont pourtant un certain indice, f&#251;t-il n&#233;gatif, f&#251;t-il en creux, doit bien &#234;tre pr&#233;sent &#224; cette conscience comme indice d'une v&#233;rit&#233; &#224; chercher, sans quoi on ne voit ni ce que, ni pourquoi elle chercherait. Pour le scientifique les &#233;vidences sont au centre, les interrogations aux fronti&#232;res. Pour l'homme de la psychanalyse c'est l'inverse, plus exactement : tout devient fronti&#232;re du fait m&#234;me qu'il est venu au centre. La &#171; croyance &#187; fait simplement que la r&#233;sistance &#224; la psychanalyse change de lieu et de forme (on en a maintenant la d&#233;monstration &#224; l'&#233;chelle de la soci&#233;t&#233; enti&#232;re). Ce sont les certitudes les mieux ancr&#233;es, allant le plus de soi, qui sont &#224; interroger avec le plus d'acharnement et les plus s&#251;res d'&#234;tre suspectes ; leur &#233;vidence t&#233;moigne contre elles, et leur acceptation ne les soustrait pas &#224; la pr&#233;somption d'accomplir une fonction m&#233;connue, elle la renforcerait plut&#244;t. Et cette interrogation se replie sur elle-m&#234;me et se recouvre elle-m&#234;me, car rien ne garantit qu'elle ne rel&#232;ve pas, dans chaque cas concret, du doute obsessionnel ou du retour d'une r&#233;sistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce discours &#233;trange, &#233;trangement suspendu entre Gorgias et Hegel, qui, sans aberration, l'imputera &#224; la prog&#233;niture de Galil&#233;e et de Newton ? Que Freud ait voulu parfois le faire, renvoie &#224; cet autre paradoxe de l'histoire, qu'il n'est pas identique de d&#233;couvrir le vrai et de le reconna&#238;tre pour ce qu'il est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et quel est son rapport avec le temps ? Diam&#233;tralement oppos&#233; &#224; celui de la science, et cela dans les deux manifestations de l'analyse. Comme analyse effective, elle conna&#238;t un d&#233;veloppement ind&#233;fini : cet objet d&#233;termin&#233;, le ceci quelconque du champ analytique, on n'a jamais termin&#233; d'en parler, on pourra toujours y revenir parce qu'autre chose s'y est d'un coup pr&#233;annonc&#233; et &#224; cela aucune limite peut &#234;tre pos&#233;e (la fin du traitement rel&#232;ve de tout autres consid&#233;rations). Au lieu que lorsque la science passe &#224; une autre couche de son objet la pr&#233;c&#233;dente a &#233;t&#233;, d'une certaine fa&#231;on, achev&#233;e. Mais comme th&#233;orie analytique, elle ne conna&#238;t pas de d&#233;veloppement et c'est ici que le contraste avec toute science existante appara&#238;t avec &#233;clat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le terme de progr&#232;s appliqu&#233; &#224; la science moderne est certes probl&#233;matique &#8211; sauf au sens du pouvoir-faire technique &#8211;, mais son d&#233;veloppement &#233;crasant &#8211; et auto-&#233;crasant &#8211; est manifeste. Mais quel est le d&#233;veloppement th&#233;orique (et technique) de la psychanalyse ? Plus qu'ailleurs, les comparaisons sont ici critiquables. Que l'on r&#233;fl&#233;chisse pourtant sur ce que les soixante-dix ans qui nous s&#233;parent de &lt;i&gt;L'&lt;/i&gt;&lt;i&gt;I&lt;/i&gt;&lt;i&gt;nterpr&#233;tation des r&#234;ves&lt;/i&gt; qui a rendu publique la nouvelle conception, les cinquante ans qui nous s&#233;parent de l'&lt;i&gt;Au-del&#224; du principe du plaisir&lt;/i&gt; qui l'a essentiellement achev&#233;e, ont apport&#233; au d&#233;veloppement des disciplines scientifiques. Les donn&#233;es historiques, trop massives, n'ont pas &#224; &#234;tre &#233;voqu&#233;es. Les noms, comme symboles des grands apports, pourraient &#234;tre cit&#233;s par dizaines ; c'est pourquoi ils n'ont pas &#224; &#234;tre cit&#233;s et ne peuvent pas l'&#234;tre, ils n'&#233;voquent plus rien pour la plupart, &#224; tel point la science contemporaine prolif&#232;re, se collectivise et s'anonymise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dirait-on que les premiers mill&#233;naires sont toujours les plus difficiles, on admettrait du coup qu'il faudrait attendre les prochains pour parler de la psychanalyse comme science.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dirait-on, plus s&#233;rieusement, que l'absorption de la psychanalyse par le syst&#232;me social et sa reprise par le champ historique l'auraient st&#233;rilis&#233;e ? La question se pose alors de savoir pourquoi cette absorption et cette reprise &#8211; n&#233;cessairement, tantologiquement v&#233;rifi&#233;es pour toute activit&#233;, scientifique ou autre &#8211; ont &#233;t&#233; ici tellement efficaces et avec ce r&#233;sultat, pourquoi elles ont pu st&#233;riliser la psychanalyse mais non la cosmologie, la biologie mol&#233;culaire ou m&#234;me ce qui passe actuellement pour &#233;conomie politique ? Pourquoi, si la psychanalyse est science, ne conna&#238;t-elle pas le m&#234;me destin : l'autonomisation du d&#233;veloppement, l'&lt;i&gt;impetus&lt;/i&gt; incoercible que n'arrivent &#224; entraver ni l'enracinement et l'utilisation id&#233;ologiques de ce savoir, ni son institutionnalisation &#224; peu pr&#232;s compl&#232;te ? N'y aurait-il pas dans la psychanalyse elle-m&#234;me quelque chose &#8211; objet, m&#233;thode, les deux certainement &#8211; qui serait comptable de son destin unique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Unique vraiment ? On conna&#238;t d'autres cas o&#249; tout se passe comme si une instauration initiale avait d'un coup atteint un ind&#233;passable, r&#233;ussi &#224; soustraire l'objet cr&#233;&#233; &#224; l'allure du temps culturel, ou plut&#244;t &#224; instituer simultan&#233;ment un temps qui lui soit propre. La temporalit&#233; historique de la psychanalyse rappelle beaucoup plus celle d'une religion, d'une philosophie, d'un grand courant politique, que celle de la topologie ou de la physique quantique. C'est l'Acad&#233;mie, le Lyc&#233;e, la Stoa &#8211; ou bien le marxisme &#8211; qui en fournissent une analogie. &#192; la grande instauration, dont le fondateur entour&#233; de quelques compagnons d'armes est l'artisan hors ligne, aux quelques dissidences rapidement d&#233;g&#233;n&#233;rant en sectes, succ&#232;dent une unique Rosa que l'orthodoxie regarde en sourcillant, et une large diffusion de la lettre accompagn&#233;e de l'oubli de l'esprit. Plus pr&#232;s de nous un propos &#233;trange proclame la d&#233;couverte de Freud par Lacan. Si cette nouvelle variante de l'&#201;pim&#233;nide ne s'annulait pas elle-m&#234;me &#8211; le fait de l'assertion en contredisant &lt;i&gt;ipso facto&lt;/i&gt; le contenu &#8211; elle confirmerait ce qui est ici avanc&#233;. Luther a peut-&#234;tre d&#233;couvert le Christ ; mais Dirac n'a pas d&#233;couvert et n'avait pas &#224; d&#233;couvrir Planck, mais l'&#233;lectron positif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La science ne d&#233;couvre pas des scientifiques, mais des choses. Les scientifiques n'int&#233;ressent que l'histoire de la science &#8211; qui n'est pas une science. Mais en effet on d&#233;couvre et on a besoin de d&#233;couvrir p&#233;riodiquement ces textes connus que sont &lt;i&gt;La R&#233;publique&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;La M&#233;taphysique&lt;/i&gt;, la Bible, &lt;i&gt;Critique de la raison pure&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt; &#8211; et certainement aussi, &lt;i&gt;L'Interpr&#233;tation des r&#234;ves&lt;/i&gt;. Et cet &#233;trange rapport au temps pr&#233;vaut &#224; l'int&#233;rieur de l'&#339;uvre consid&#233;r&#233;e elle-m&#234;me, comme on peut le voir &#224; la fa&#231;on dont on traite les &#233;crits successifs de Freud. Les brouillons qui ont pu pr&#233;c&#233;der les &lt;i&gt;Principia&lt;/i&gt; [de Newton] ou le &lt;i&gt;Zur Elektro-dynamik der bewegten K&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#246;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;rper&lt;/i&gt; [d'Einstein] n'ont pas d'int&#233;r&#234;t pour le physicien (pas plus du reste que les textes eux-m&#234;mes) ; il n'en a pas &#233;t&#233; de m&#234;me des &lt;i&gt;Manuscrits&lt;/i&gt; de 1844 [de Marx] ou de la correspondance [de Freud] avec Fliess. Personne ne traite la premi&#232;re topique comme si elle avait &#233;t&#233; effac&#233;e par la seconde (et s'il le fait il a tort), et la pulsion de mort n'a ni &#233;limin&#233;, ni compl&#233;t&#233;, ni int&#233;gr&#233; le narcissisme. L'&lt;i&gt;Abr&#233;g&#233;&lt;/i&gt; e&#251;t-il &#233;t&#233; achev&#233;, et dix fois plus volumineux qu'il n'&#233;tait destin&#233; &#224; &#234;tre, on n'en reviendrait pas moins aux travaux ant&#233;rieurs, et pas pour y trouver plus de d&#233;tails. Serait-ce parce qu'on aurait oubli&#233;, dans le cas de la psychanalyse, la distinction entre le syst&#232;me et la &lt;i&gt;Problemgeschichte &lt;/i&gt; ? Non, c'est qu'ici &#8211; comme en philosophie &#8211; l'histoire des probl&#232;mes et le syst&#232;me, m&#234;me s'ils ne sont pas identiques &#8211; comme le pensait en un sens Hegel &#8211; ne peuvent pas &#234;tre absolument distingu&#233;s. La mani&#232;re dont le probl&#232;me a &#233;t&#233; pos&#233;, ses approches successives, ses tentatives de solution gardent valeur et v&#233;rit&#233; quels que soient les d&#233;veloppements ult&#233;rieurs. Les solutions n'ont pas le sens qu'elles ont dans d'autres domaines, elles ne sont pas des solutions correctes, conditionnellement cat&#233;goriques, pouvant donc &#234;tre d&#233;pass&#233;es ou annul&#233;es si l'on modifie l'ensemble de conditions qui les soutient ; elles sont solutions en tant qu'elles permettent de penser ce qui ne peut pas &#234;tre ramen&#233; &#224; un ensemble d&#233;fini de conditions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que les conditions sont ici des conditions de sens &#8211; ce qui n'est pas le cas des &#233;nonc&#233;s scientifiques, sinon aux limites par o&#249; ils cessent d'&#234;tre proprement scientifiques. Non pas que ceux-ci, comme le pensent na&#239;vement beaucoup de scientifiques et &#224; leur suite quelques philosophes, coupent court &#224; l'ambigu&#239;t&#233;, ne pr&#233;sentent qu'une seule et transparente couche de sens, ne comportent de cons&#233;quence et d'implication qu'ils ne connaissent et ne poss&#232;dent au moment et du fait de leur formulation. Il a fallu deux si&#232;cles pour d&#233;simpliquer les pr&#233;suppos&#233;s conceptuels de la vue galil&#233;enne-newtonienne et s'apercevoir de leur incoh&#233;rence ; il y a cinquante ans que l'on travaille pour unifier conceptuellement relativit&#233; et physique quantique sans y parvenir. Mais cette question du sens, la science ne la soul&#232;ve qu'&#224; sa p&#233;riph&#233;rie ; ce n'est qu'aux points o&#249; l'activit&#233; du physicien et l'&#234;tre de son objet deviennent indiscernables &#8211; aux limites de l'exp&#233;rimentation inframicroscopique et de la construction cosmologique, ou bien au niveau de la cat&#233;gorisation fondamentale &#8211; qu'elle se voit oblig&#233;e de l'affronter. Mais c'est d'un bout &#224; l'autre que la psychanalyse la rencontre. Cela m&#234;me exclut le proc&#232;s de cumulation tel qu'il appara&#238;t l&#224; o&#249; il s'agit de concat&#233;nations d'&#233;l&#233;ments formels ou mat&#233;riels rigoureusement d&#233;finissables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par l&#224; se nouent ensemble ces deux moments descriptifs de la science moderne &#8211; v&#233;rifiabilit&#233; et communicabilit&#233; d'une part, temporalit&#233; cumulative, d'autre part &#8211; en m&#234;me temps que se d&#233;voile leur commune condition dans la mise &#224; distance, mise entre parenth&#232;ses, ou suspension du sens. C'est elle qui permet l'instauration de proc&#233;dures op&#233;rationnelles publiques de v&#233;rification et de falsification, &#224; son tour condition de cr&#233;ation d'une temporalit&#233; cumulative dans le domaine du savoir. La grande invention gr&#233;co-occidentale a &#233;t&#233; ici de poser comme conditions &#233;pist&#233;mologiques du savoir ce qui &#233;tait en m&#234;me temps condition de sa socialisation et historisation. Car v&#233;rifiabilit&#233; et communicabilit&#233;, transcendantalement pures d&#233;finitions du discours scientifique (plus exactement, notions ind&#233;finissables qui, aziomatiquement, le constituent en le d&#233;finissant) ont en m&#234;me temps un autre mode d'existence : elles assurent, dans le monde social-historique effectif, non seulement que la terre du savoir appartient &#224; ceux qui la travaillent, mais que chacun peut en avoir autant qu'il est capable de cultiver entre le lever et le coucher de son soleil. Permettant ainsi un &#233;largissement illimit&#233; de la base humaine de la science, cette invention lui rendait aussi possibles l'application raisonn&#233;e de la division du travail et l'entr&#233;e dans un proc&#232;s de cumulation non pas de v&#233;rit&#233;s, mais de r&#233;sultats et de connaissances effectifs. Un immense corps anonyme, socialis&#233;, organis&#233; par son objet m&#234;me, travaille appuy&#233; sur une masse immense de r&#233;sultats dont rien, sinon la monstrueuse prolif&#233;ration, n'entrave l'accessibilit&#233; universelle ; et les r&#233;volutions les plus explosives dans cette masse en pr&#233;supposent la continuit&#233; et n'existeraient pas sans elle. Rien de comparable dans la psychanalyse, o&#249; il suffit de formuler l'id&#233;e d'une division du travail pour &#233;noncer un non-sens. Une pr&#233;occupation sp&#233;cifique, pratique ou th&#233;orique, ne peut ici consister qu'&#224; privil&#233;gier un point de vue (et m&#234;me comme telle elle est critiquable, comme on l'aper&#231;oit &#224; la lecture de certains travaux), non &#224; d&#233;couper une portion de domaine. Ici, diviser l'objet c'est le tuer &#8211; sans m&#234;me pouvoir en conserver le &lt;i&gt;caput mortuum&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en est ainsi parce que cet objet est sens incarn&#233;, signification mat&#233;rialis&#233;e &#8211; logo enuloi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aristote, De anima, I,1 , 403 a 25 : ta path&#233; logoi en hal&#233; eisin, les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, plus m&#234;me : &lt;i&gt;logoi embioi&lt;/i&gt;, significations vivantes. L'avoir saisi, tel est le sens r&#233;el du travail de Freud, la d&#233;finition de sa rupture profonde avec la science psychologique et psychopathologique de son &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cet objet, la psychanalyse le partage pourtant avec toutes les disciplines qui ont affaire au monde social-historique. Qu'est-ce qui en a fait la sp&#233;cificit&#233; et surtout l'immense f&#233;condit&#233;, pourquoi la psychanalyse n'a-t-elle pas &#233;t&#233; simplement une &lt;i&gt;verstehende&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Psychologie&lt;/i&gt; avant la lettre et aussi st&#233;rile que celle-ci ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que l'analyse n'est pas simple th&#233;orie de son objet, mais essentiellement et d'abord activit&#233; qui le fait parler en personne. Cette essence est plus difficile &#224; saisir aujourd'hui, o&#249; l'on pourrait croire que l'activit&#233; analytique d&#233;coule d'une th&#233;orie ; elle appara&#238;t clairement lorsqu'on consid&#232;re l'origine de l'analyse. Car la gen&#232;se est ici fondement, le r&#233;el est ici transcendantal. Les faits sont connus et partout r&#233;p&#233;t&#233;s ; leur signification n'en est que davantage occult&#233;e. C'est dans les impasses du traitement des patientes hyst&#233;riques, &#224; travers leur dire et leur faire, dans leurs d&#233;couvertes (Anna 0... inventant la &lt;i&gt;ta&lt;/i&gt;&lt;i&gt;l&lt;/i&gt;&lt;i&gt;king cure&lt;/i&gt;, Emmy von N... demandant qu'on la laisse enfin parler sans l'interrompre), dans le contenu de leurs discours (les sc&#232;nes de s&#233;duction infantile) que la psychanalyse trouve son origine et ses principes. Bien entendu, cela ne suffisait pas : l&#224; o&#249; les m&#233;decins de l'&#233;poque ne voyaient que des d&#233;chets du fonctionnement psychique produits par la maladie, le g&#233;nie de Freud a vu le sens, et que ce sens &#233;tait vis&#233;e d'un sujet (qui &#233;tait le patient et qui pourtant n'&#233;tait pas identique &#224; celui-ci). &#192; quoi cela revient-il, sinon &#224; traiter les sujets comme sujets, m&#234;me et surtout l&#224; o&#249; ils n'apparaissent pas et ne s'apparaissent pas comme tels, &#224; leur imputer leurs paroles et leurs sympt&#244;mes au lieu de les attribuer &#224; des cha&#238;nes causales externes, &#224; interroger s&#233;rieusement le contenu de leur dire et de leur faire au lieu de le dissoudre dans l'universel abstrait de l'anormal. Le renversement copernicien consistait ici &#224; ne plus poser toute la raison du c&#244;t&#233; du m&#233;decin et toute la d&#233;raison du c&#244;t&#233; du malade, mais de voir dans celle-ci la manifestation d'une autre raison dont celle du m&#233;decin ne serait, &#224; certains &#233;gards, qu'un rejeton. Que le rejeton puisse comprendre ce dans quoi il est compris n'est qu'un des paradoxes de la dialectique ainsi d&#233;voil&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce renversement, &#224; l'immense port&#233;e th&#233;orique, ne s'origine pas dans une th&#233;orie. Il ne proc&#232;de pas d'une d&#233;cision heuristique de Freud, qu'aurait choisi soudain de prendre le contre-pied de l'hypoth&#232;se jusqu'alors admise &#8211; comme Planck pour le rayonnement du corps noir, ou Ventris pour la langue pr&#233;sum&#233;e de la lin&#233;aire B ; pr&#233;par&#233; sourdement par les rapports avec les patients, il ne s'accomplit pleinement que lorsque Freud entre dans le projet de son auto-analyse, projet consistant &#224; se comprendre pour se transformer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce projet qui a fond&#233; et continue de fonder l'analyse, et qui la d&#233;finit comme activit&#233;. Activit&#233; d'un sujet comme sujet &#224; un sujet comme sujet (leur co&#239;ncidence, comme dans l'auto-analyse de Freud, est un &lt;i&gt;sumbeb&#233;kos&lt;/i&gt; &#8211; accident, ici, fondateur), non &#224; un sujet comme objet (comme l'objet de la m&#233;decine au fur et &#224; mesure qu'elle se technicise). Implication des deux sujets dans le projet, essentielle et non accidentelle ; effet en retour du proc&#232;s sur les agents, m&#234;me sur celui qui apparemment le ma&#238;trise ou le dirige. L'analyste est impliqu&#233; dans l'analyse tout autrement que le savant, l'ing&#233;nieur ou le juge dans leurs activit&#233;s r&#233;ciproques, non seulement en tant que son savoir se modifie mais en tant que, ce savoir portant virtuellement tout autant sur lui-m&#234;me, il ne cesse jamais l'autotransformation commenc&#233;e avec sa propre analyse. Cela concerne bien entendu l'analyste selon le discours rigoureux, non pas l'analyste pour ainsi dire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Freud a continu&#233; son auto-analyse jusqu'&#224; la fin de sa vie, y consacrant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Activit&#233; d&#233;finie par une vis&#233;e de transformation et non par une vis&#233;e de savoir, malgr&#233; certaines interpr&#233;tations r&#233;centes. D&#233;finir la psychanalyse &#224; partir du d&#233;sir de savoir de l'analyste c'est inverser compl&#232;tement les relations logiques et r&#233;elles. En fait aussi bien qu'en droit le d&#233;sir de savoir de l'analyste pr&#233;suppose la situation et l'activit&#233; analytiques ; hors celles-ci, il n'existerait pas sous un mode autre que le d&#233;sir de Kant ou de Wundt, d'Hippocrate ou d'Aristote, de savoir ce qu'il en est de l'&#226;me. Ce n'est pas le d&#233;sir de savoir de l'analyste qui rend possible la situation analytique, mais celle-ci qui rend possible l'existence d'un objet de savoir sp&#233;cifique, et partant d'un d&#233;sir qui peut le viser. Si ce d&#233;sir ne reste pas pur d&#233;sir, c'est qu'il se mue en projet par sa reprise dans le projet de transformation qui d&#233;finit la situation analytique. S'il n'en &#233;tait pas ainsi, si le d&#233;sir de savoir de l'analyste fondait l'analyse, l'indication d'analyse serait universelle : l'inconscient est partout, et partout diff&#233;rent. Mais en r&#233;alit&#233;, le fondement de l'indication d'analyse est le jugement (certes faillible) de l'analyste qu'une transformation essentielle du sujet est possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas plus qu'elle ne proc&#232;de du d&#233;sir de savoir de l'analyste, l'activit&#233; analytique ne consiste en l'application de ce savoir. Ce n'est pas seulement que la connaissance de la th&#233;orie ne suffit pas pour &#234;tre analyste ; c'est que la mani&#232;re dont elle intervient dans le proc&#232;s analytique n'a ailleurs ni mod&#232;le ni &#233;quivalent, et aucune formule simple ne permet d'en d&#233;finir la fonction. On peut l'approcher en disant que l'analyste a surtout besoin de son savoir pour ne pas s'en servir, ou plut&#244;t pour savoir ce qui n'est pas &#224; faire, pour lui accorder le r&#244;le du d&#233;mon de Socrate : l'injonction n&#233;gative. Comme pour les &#233;quations diff&#233;rentielles, aucune m&#233;thode g&#233;n&#233;rale ne permet ici de trouver la solution, qui est &#224; d&#233;couvrir chaque fois (sans m&#234;me qu'il soit garanti que la solution existe). La th&#233;orie oriente, d&#233;finit des classes infinies de possibles et d'impossibles, mais ne peut ni pr&#233;dire ni produire la solution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vis&#233;e de cette transformation a &#233;t&#233; d&#233;finie par Freud lui-m&#234;me : &#171; o&#249; &#199;a &#233;tait, Je dois devenir. &#187; Que ce soit bien de transformation qu'il s'agit, et non de savoir l'indique assez le fait qu'il ne suffit pas que Je sache o&#249; &#199;a &#233;tait pour y devenir. Mais la formule de Freud permet surtout de voir le rapport &lt;i&gt;sui generis&lt;/i&gt; de l'activit&#233; analytique au vers quoi de la transformation. Ind&#233;finissable sans &#234;tre ind&#233;termin&#233;, le &lt;i&gt;ou&lt;/i&gt; &lt;i&gt;eneka&lt;/i&gt; [le &lt;i&gt;en vue de quoi&lt;/i&gt;] ne se laisse pas ici saisir sous la distinction de la finalit&#233; immanente &#224; l'activit&#233; et du r&#233;sultat ext&#233;rieur &#224; celle-ci&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aristote, &#201;thique &#224; Nicomaque, A, r. 2, 1094 a 3.&#034; id=&#034;nh13-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; L'analyse n'a pas comme fin l'&lt;i&gt;energeia&lt;/i&gt; [l'activit&#233;] analytique, mais pas non plus une &lt;i&gt;ergon&lt;/i&gt; [une &#339;uvre] ext&#233;rieur &#224; l'agent. L'&lt;i&gt;ergon&lt;/i&gt; de l'analyse &#8211; comme celui de la p&#233;dagogie, ou de la politique &#8211; est une &lt;i&gt;energeia&lt;/i&gt; inexistante auparavant et cet &lt;i&gt;ergon&lt;/i&gt; est de ceux &#171; que la nature est dans l'impossibilit&#233; d'accomplir &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aristote, Physique, II, 8, 199 a 15-16.&#034; id=&#034;nh13-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Non pas simple mise en &#339;uvre des facult&#233;s de l'individu, actualisation d'une puissance qui pr&#233;existerait en acte, mais actualisation d'une puissance au deuxi&#232;me degr&#233;, d'un pouvoir pouvoir &#234;tre, l'analyse, comme autotransformation, est une &lt;i&gt;activit&#233; pratico-poi&#233;tique&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Activit&#233; pratico-poi&#233;tique &#8211; mais n&#233;e et d&#233;velopp&#233;e sous la contrainte interne d'un &lt;i&gt;logon didonai&lt;/i&gt;, d'un rendre compte et raison. Son projet de transformation qui ne peut s'accomplir que dans un proc&#232;s d'&#233;lucidation est all&#233; de pair, d&#232;s l'origine, avec un projet d'&#233;lucidation de son objet et d'elle-m&#234;me en termes universels &#8211; &#224; savoir, avec le projet de constitution d'une th&#233;orie. D&#232;s lors, tout en renouvelant radicalement le discours de l'&#226;me, elle en retrouve aussi les apories.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette th&#233;orie voudrait &#234;tre scientifique ; comment en effet pourrait-elle &#234;tre autre chose ? Son objet est r&#233;el : cette partie, ce segment du monde que forment les actes des hommes et ce que chez eux ils pr&#233;supposent (jusques et y compris l'organisation mat&#233;rielle &#224; laquelle ils correspondent). Mais ce principe appara&#238;t aussit&#244;t vide : cet objet r&#233;el, saisissable ici et maintenant, diff&#232;re radicalement de tout autre r&#233;el car son moment sp&#233;cifique, celui qui le constitue comme ordre propre de r&#233;alit&#233; est qu'il est sens, sens incarn&#233;, sens chaque fois singulier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le behaviourisme &#171; ... se vante dans sa na&#239;vet&#233; d'avoir enti&#232;rement &#233;limin&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Et il n'est pas de science du sens : du savoir qui porte sur le sens, il n'est pas de formalisation possible. Toute formalisation pr&#233;suppose au contraire que le domaine consid&#233;r&#233; a &#233;t&#233; soigneusement &#233;pur&#233; de tout sens qu'il pouvait contenir. Que cette &#233;puration ne puisse jamais &#234;tre exhaustive, qu'elle ne consiste jamais qu'&#224; rel&#233;guer le sens au point d'origine et &#224; l'y comprimer sous forme de notions ind&#233;finissables et d'&#233;nonc&#233;s axiomatiques est certain et confirme, &#224; un niveau ultime, ce qui est ici avanc&#233;. Cela n'emp&#234;che que cet ass&#232;chement puisse &#234;tre op&#233;r&#233; sur des &#233;tendues immenses et se montrer efficace dans ce que nous savons depuis G&#246;del n'&#234;tre qu'un provisoire ind&#233;fini. Cette &lt;i&gt;Schichtung&lt;/i&gt;, ce feuilletage, ce mode d'&#234;tre stratifi&#233; de l'&#233;tant total par lequel il se pr&#233;sente &#224; nous comme d&#233;composable, laminable, formalisable &#8211; ce en vertu de quoi ordre et multiplicit&#233;, par exemple, chair de la chair de ce qui est, peuvent &#234;tre efficacement trait&#233;s comme des pellicules diaphanes pour elles-m&#234;mes et m&#234;me nous reconduire dans son corps &#8211;, cette m&#234;me propri&#233;t&#233; essentielle de l'&#233;tant total qui fait qu'&#224; un certain niveau il se pr&#233;sente comme d&#233;pouill&#233; de tout myst&#232;re, est tout autant &#233;nigmatique et nous renvoie derechef &#224; la question de son sens. Il n'en va pas autrement de cet autre appui depuis toujours offert &#224; la puissance terrible de l'entendement, l'universel immanent, la possibilit&#233; de traiter ce qui n'existe que comme un ceci absolu en tant que pure instance ou exemplaire d'une g&#233;n&#233;ralit&#233; qui en &#233;puiserait l'essentiel. Et ici encore, si la physique ne pouvait entrer dans son enfance qu'en oubliant son objet : la &lt;i&gt;physis&lt;/i&gt;, elle, ne pouvait m&#251;rir qu'en le retrouvant sous la forme des apories et des paradoxes qui en ont, depuis cinquante ans, pulv&#233;ris&#233; les fondements conceptuels. Il reste pourtant que la s&#233;paration formalisatrice y est possible et efficace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle ne l'est pas en psychanalyse. Formaliser le sens, pourquoi ne pas vider la mer avec une &#233;puisette ? Si par formalisation on entend Euclide et Hilbert, et non les tables carr&#233;es avec lesquelles les structuralistes se mesm&#233;risent et mesm&#233;risent leur public, ou les laborieuses hilarit&#233;s de la &#171; s&#233;mantique structurale &#187;, la signification ne se laisse pas formaliser sinon dans ses aspects non pertinents. On en verra les raisons essentielles plus loin. La meilleure voie pour aborder le sujet est la voie la plus directe, et la plus abrupte, o&#249; le rencontre imm&#233;diatement l'analyse : la question de l'individu singulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que l'analyse essaye de retrouver dans le ceci individuel ce qui d&#233;passe l'individu et y repr&#233;sente l'universel &#8211; qu'il soit de l'ordre du contenu, comme le participable de la repr&#233;sentation et le terme du langage, ou qu'il soit de l'ordre d'une organisation g&#233;n&#233;rique, comme l' &#171; appareil psychique &#187; et ses lois de fonctionnement &#8211; cela est l&#233;gitime et n&#233;cessaire (contrairement &#224; ce que croyait Politzer) ; comment pourrait-elle parler, sinon dans l'universel ? Mais traiter le ceci comme pur exemplaire de la g&#233;n&#233;ralit&#233;, consid&#233;rer l'individu comme simple combinatoire d'&#233;l&#233;ments substituables et permutables, c'est &#233;liminer l'objet r&#233;el de l'analyse au nom d'une r&#234;verie pseudo-th&#233;orique. Elle ne peut de toute fa&#231;on pas le faire lorsqu'elle est en fonction : cet individu, ce patient, est un ceci irr&#233;ductible. Pourtant, sur cet irr&#233;ductible elle peut &#8211; et elle doit &#8211; tenir un discours qui n'est pas seulement universel par la forme du langage, qui essaie de l'&#234;tre profond&#233;ment en ramenant le ceci individuel &#224; des &#233;l&#233;ments universels, en y retrouvant ce qui &#8211; soit comme terme, soit comme organisation &#8211; vaut pour tous. La tentation est alors grande &#8211; et il semble, de plus en plus irr&#233;sistible &#8211; d'identifier l'individu exhaustivement &#224; l'ensemble de ces &#233;l&#233;ments, de n'y voir qu'un ceci de la d&#233;signation, puisque tout ce qui le compose est &#233;l&#233;ment g&#233;n&#233;rique, que ce qui le diff&#233;rencie du reste n'est qu' arrangement &#8211; comme ce qui diff&#233;rencie 01 de 10 ou de 101 &#8211; et que l'on peut ainsi produire un nombre illimit&#233; de ceci diff&#233;rents. Reste cependant &#224; savoir pourquoi cet arrangement-ci, et non un des innombrables autres possibles, se pr&#233;sente &#224; cet endroit-ci. Le raisonnement formel &#8211; l'entendement, r&#233;pond : en principe, cela aussi est r&#233;ductible. Mais l'entendement est ici dans l'illusion, et cela sur son propre terrain. Car &#8211; s'agirait-il m&#234;me du simple physique &#8211; ce principe ne pourrait jamais se r&#233;aliser que par la totalisation imm&#233;diate, ici et maintenant, de toutes les d&#233;terminations du monde en extension et en compr&#233;hension. C'est la m&#234;me chose de dire que l'entendement ne peut pas conna&#238;tre la totalit&#233;, et de dire qu'il ne peut conna&#238;tre l'individu : en un sens, le paralogisme psychologique n'est que l'autre face des antinomies cosmologiques, ou plut&#244;t les deux ont le m&#234;me fondement d'impossibilit&#233;. Cela ne signifie pas que l'individu soit un inconnaissable absolu. Mais &#171; des termes premiers et des derniers, il y a compr&#233;hension directe et non connaissance discursive &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kai gar ton proton oron kai ton eschaton nous estin kai ou logos. Aristote, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Reste aussi &#224; savoir pourquoi ces arrangements semblent ne jamais produire les m&#234;mes r&#233;sultats, et ne nous font pas rencontrer des sosies psychiques. Ces arguments peuvent para&#238;tre abstraits. Ils traduisent simplement en termes g&#233;n&#233;raux des interrogations aussi &#233;videntes, et aussi fr&#233;quentes, que celle-ci par exemple : pourquoi cet enfant, seul parmi ses fr&#232;res et s&#339;urs, est-il devenu psychotique ? Certes, dans l'abstrait on peut toujours invoquer des conditions diff&#233;rentes ; mais cette invocation est vide, c'est un demain on expliquera gratis. L'allusion &#224; des conditions non sp&#233;cifi&#233;es et non sp&#233;cifiables de fa&#231;on pertinente ne peut pas &#233;liminer le probl&#232;me que pose la distance beaucoup plus grande entre deux fr&#232;res dont l'un est psychotique et l'autre non, qu'entre deux normaux de pays et d'&#233;poques diff&#233;rents. Le terme de choix de la n&#233;vrose dit bien ce qu'il veut dire, autant que les retours r&#233;p&#233;t&#233;s de Freud au probl&#232;me qu'il d&#233;note.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, si l'individu n'est que la combinaison d'&#233;l&#233;ments permutables et substituables, ou bien ces &#233;l&#233;ments sont vraiment universels et alors le fait d'une histoire devient un inintelligible absolu : il ne servirait &#224; rien en effet de dire que l'histoire est simplement apparente, que rien d'essentiel ne s&#233;pare Apollo VIII d'un boomerang, la Ve R&#233;publique de l'&#201;gypte sous Rams&#232;s III et les psychanalystes des chamanes ; il faudrait encore rendre compr&#233;hensible pourquoi ce m&#234;me appara&#238;t chaque fois comme autre, et comme cet autre-ci. Ou bien ils sont simplement sociaux ou culturels, donc historiques, et la psychanalyse (se laissant alors r&#233;sorber par certaines conceptions sociologiques) n'aurait fait que d&#233;placer le lieu de l'individuel vers la sp&#233;cificit&#233; irr&#233;ductible de cette &#233;poque, cette soci&#233;t&#233;, cette culture (sp&#233;cificit&#233; tout autant incontestable et tout autant probl&#233;matique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, on ne voit pas comment on pourrait, dans ces conditions, &#233;liminer ce qui appara&#238;trait comme une &#233;quivoque et m&#234;me une duplicit&#233; radicale de la psychanalyse, qui parlerait avec deux langues selon les circonstances. Dans son activit&#233;, si elle continuait de viser une d&#233;sali&#233;nation du patient, elle ne pourrait pas s'abstenir de le poser comme un individu singulier : vous n'&#234;tes pas ce que vous pensez &#234;tre, et vous &#234;tes ce qui n'est pas vous, et il vous reste &#224; &#234;tre ce que vous voudrez et pourrez &#234;tre. Ce vous &#224; la fois affirmatif et interrogatif, pass&#233; et &#224; venir, effectif et suspendu, liant une illusion r&#233;elle et une v&#233;rit&#233; &#224; faire &#224; travers un pr&#233;sent ind&#233;finissable, ce vous, serait-il pur non-lieu, qu'il fonderait encore dans son illocalit&#233; toute l'analyse qui existe, selon le mot de son fondateur, pour qu'il puisse devenir. Mais dans son discours th&#233;orique, elle devrait expliquer l'id&#233;e des patients qu'ils sont eux-m&#234;mes et non n'importe qui comme une illusion tenace et en fait inexpugnable (aucune analyse n'ayant jamais pu en venir &#224; bout), dont il n'y a qu'&#224; interpr&#233;ter l'origine : l'individu ne peut se vivre que comme objet de l'autre, et cette quasi-substance r&#233;elle-imaginaire, le langage le force &#224; la d&#233;signer par Je (ou la flexion grammaticale qui en tient lieu). L'&#233;mergence du Je dans le langage d&#233;coule &#224; son tour de la n&#233;cessit&#233; de marquer le point de d&#233;part (on ne peut dire le sujet, puisque celui-ci n'est rien et ne parle pas mais est parl&#233;) de l'&#233;nonciation. Soit dit incidemment, parler dans ces conditions d'ali&#233;nation devient un tic de langage (lequel, en tant que manque de sens apparent, exigerait une interpr&#233;tation) : l'ali&#233;nation d'&lt;i&gt;outis&lt;/i&gt; est un non-sens, si le sujet n'est rien que discours de l'autre il n'est ni ali&#233;n&#233; ni non ali&#233;n&#233;, il est ce non-&#234;tre qu'il est (ou qu'il n'est pas). Il n'y a pas non plus &#224; demander pourquoi l'on traite telles personnes et non telles autres, ainsi et non autrement, etc. &#192; qui le demanderait-on en effet ? Celui qui traiterait ou ne traiterait pas, ainsi ou autrement, et en fin de compte &#233;noncerait cette th&#233;orie, n'est bien s&#251;r rien d'autre &#224; son tour que ce produit particulier de la combinatoire universelle ; participerait-il de l'illusion commune et se prendrait-il pour quelqu'un, cela est &lt;i&gt;kata sumbeb&#233;kos&lt;/i&gt;, [accidentel], pour ce qui est de la teneur du discours. Il suffit de comprendre ce qui est dit. Celui qui le dit, loin qu'il parle, est &#233;videmment parl&#233; et n'est pour rien dans ce qu'il dit : comment pourrait-on an-&#234;tre dans un endroit particulier ? Alors, il est vrai, on ne peut m&#234;me plus parler d'&#233;quivoque : tout est simple comme simple absence de sens et il n'y a qu'un prix modeste &#224; payer, accepter la suppression du discours comme discours significatif. &lt;i&gt;Curiosum&lt;/i&gt; banal, connu depuis vingt-cinq si&#232;cles : ce prix, les sophistes ont toujours &#233;t&#233; les derniers &#224; accepter de le payer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, si cette r&#233;duction de l'individu &#233;tait possible, on ne voit pas pourquoi il n'y a pas et il ne peut pas y avoir en analyse de pr&#233;vision au sens propre du tenue. Il ne s'agit pas de la faillibilit&#233; des analystes ou de l'imperfection provisoire de leur savoir (encore moins &#233;videmment de ce que des pr&#233;visions n'ont pas &#224; &#234;tre formul&#233;es dans une analyse). Tout ce qui peut &#234;tre dit sur l'avenir d'une analyse &#8211; et d'un individu en g&#233;n&#233;ral &#8211; est contingent par n&#233;cessit&#233; essentielle. Car ici le raisonnement d'Aristote, retrouvant sa racine, atteint sa puissance pleine : si tout &#233;nonc&#233; &#233;tait n&#233;cessairement vrai ou faux m&#234;me lorsqu'il s'agit de l'avenir, il n'y aurait plus rien de contingent, et pas davantage de v&#233;rit&#233;, puisque nous ne pourrions plus (penser &#224; un discours autre, et donc) nous penser comme &lt;i&gt;arc h&#233; ton esomenon&lt;/i&gt;, origine de ce qui sera&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De Interpretatione, 9, 18b31-19a7.&#034; id=&#034;nh13-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On ne peut sortir l'homme de ce qui l'a fait tel qu'il est, ni de ce que, tel qu'il est, il fait. Mais on ne peut non plus l'y r&#233;duire. Effet qui d&#233;passe ses causes, cause que n'&#233;puisent pas ses effets, voil&#224; ce que la psychanalyse est oblig&#233;e de retrouver constamment dans son activit&#233; comme dans sa th&#233;orie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ne sont pas l&#224; des r&#233;ponses, mais des apories, qui ne se laissent pas &#233;liminer. Ce qui vient d'&#234;tre dit ne r&#233;fute pas, par exemple, le discours r&#233;ducteur qui peut &#234;tre, qui est m&#234;me n&#233;cessairement, celui de la th&#233;orie psychanalytique. Si celle-ci doit, en effet, rendre compte de son objet, elle ne peut pas se limiter &#224; en dire qu'il est chaque fois singulier, un &#171; drame &#187; ou un &#171; processus en premi&#232;re personne &#187; ; le singulier redevient imm&#233;diatement universel abstrait, et compte n'est rendu de rien. Pas plus qu'elle ne peut se contenter de parler d'histoire personnelle. Le mot histoire s'entend multiplement, et dans ce contexte ne renvoie qu'&#224; une concat&#233;nation d'&#233;v&#233;nements ou d'incidents qui n'ont de sp&#233;cifique que la place que chaque fois ils occupent dans une configuration &#8211; singularit&#233; combinatoire, fausse singularit&#233;. Ce que l'individu singulier est en v&#233;rit&#233; ; cet ici maintenant constant perp&#233;tuellement transport&#233; dans un ici maintenant variable, origine mobile de tout syst&#232;me de coordonn&#233;es qui puisse avoir un sens, liaison particuli&#232;re &#224; ce corps et &#224; ce monde de quelque chose qui n'est ni eux ni sans eux, fa&#231;on de vivre soi, autrui, le d&#233;sir, le faire, sa propre obscurit&#233; et sa propre lucidit&#233;, de retenir son enfance en marchant vers la mort, cette vrille qui s'enfonce dans le continuum et y cr&#233;e la lumi&#232;re certaine qu'&#224; la fin, cass&#233;e, elle retombera dans la nuit &#8211; tout cela qui, en &#233;tant dit, s'est d&#233;j&#224; renvers&#233; dans le langage puisque, si c'est vrai, chacun peut s'y reconna&#238;tre et donc il a manqu&#233; sa v&#233;rit&#233; essentielle, de tout cela, qu'est-ce que la psychanalyse peut bien en faire ? Tout et rien. Tout dans son activit&#233;, puisqu'il n'y a pas de traitement analytique m&#233;ritant ce nom qui n'ait comme pr&#233;suppos&#233;, l'ignorerait-il, la primaut&#233; absolue du point de vue du patient sur sa propre vie (point de vue qui, autre paradoxe, r&#233;siste par ailleurs &#224; toute d&#233;finition et ne peut en tout cas pas &#234;tre simplement confondu avec l'opinion manifeste que le patient s'en fait). Rien dans sa th&#233;orie, puisque l'individu, loin de pouvoir expliquer quoi que ce soit, est ce qui est &#224; expliquer, et on ne l'explique pas en renvoyant &#224; son individualit&#233;. &#192; quoi donc ? &#192; des &#233;l&#233;ments universels. L'individu proprement sera alors l'irr&#233;ductible, le r&#233;sidu que laisse toute explication de ce type. La difficult&#233; est qu'en droit la th&#233;orie ne peut pas reconna&#238;tre l'existence d'un tel r&#233;sidu comme vraiment irr&#233;ductible ; son travail n'a de sens que par le postulat contraire, comme r&#233;duction perp&#233;tuelle, et s'il n'en &#233;tait pas ainsi, elle aurait pu &#233;couter Cineas et se reposer d&#232;s le premier jour. Apparemment, c'est sur un dernier millim&#232;tre que tout se joue. Que la th&#233;orie transforme l'hypoth&#232;se n&#233;cessaire de son travail en th&#232;se n&#233;cessairement arbitraire et vide, elle aboutira &#224; des conceptions mythologiques (comme les hypoth&#232;ses &#171; organiques &#187; et &#171; constitutionnelles &#187; de Freud, ou les &#171; premi&#232;res cha&#238;nes signifiantes &#187; de certains contemporains) en m&#234;me temps qu'&#224; l'&#233;quivoque d&#233;crite plus haut. Mais en r&#233;alit&#233;, il s'agit de beaucoup plus, le tact et les bonnes mani&#232;res ne suffisent pas au th&#233;oricien pour sortir de l'impasse. Le postulat pratique de la singularit&#233; de l'individu dans la cure s'y accompagne de l'&#233;vidence harassante de sa non-singularit&#233;, en m&#234;me temps que l'hypoth&#232;se de sa r&#233;ductibilit&#233; dans la th&#233;orie rencontre constamment l'&#233;vidence ironique de son irr&#233;ductibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IV&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si l'objet de la psychanalyse sont les l&lt;i&gt;ogoi embioi&lt;/i&gt;, les significations mat&#233;rialis&#233;es dans la vie d'un individu, et si cet objet n'est pleinement donn&#233; que dans la situation analytique, il r&#233;sulte d&#233;j&#224; qu'il est assignable mais non proprement observable. Au-del&#224; des trivialit&#233;s, son observation ne peut avoir lieu qu'&#224; l'int&#233;rieur de la situation analytique, n'est pas fongible, n'est donc pas observation scientifique. C'est pourquoi toute communication est tronqu&#233;e n&#233;cessairement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela est encore, en partie, empirique (en partie, car l'exp&#233;rience fictive d'analyses en parall&#232;le ne se heurte pas seulement &#224; des impossibilit&#233;s pratiques ou d&#233;ontologiques, mais surtout aux limites de ce que peut voir celui qui n'est pas en fonction et en activit&#233; d'analyste engag&#233; dans une analyse). L'essentiel est l'inexhaustivit&#233; et l'insegmentabilit&#233; de la signification. Les significations n'ont pas une structure d'ensemble, elles ne sont pas des objets &#171; distincts et bien d&#233;finis &#187; comme disait Cantor. Chaque signification, unit&#233; d'un terme et d'une ind&#233;finit&#233; de renvois, se vide dans toutes les autres et est aussi par ce qu'elle n'est pas. Il serait faux de dire, comme l'a fait &#224; peu pr&#232;s Saussure, qu'elle n'est que ces renvois ; ceux-ci ne peuvent &#233;videmment &#234;tre que des renvois de... &#224;... Mais il est certain qu'elle n'est pas sans eux. Isoler la signification pour la formaliser n'est possible que si on joue litt&#233;ralement avec les mots, c'est-&#224;-dire si l'on prend la mat&#233;rialit&#233; du signifiant pour la signification enti&#232;re, le d&#233;notant pour le d&#233;not&#233; qui est ici essentiellement une ind&#233;finit&#233; de connotations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En psychanalyse, cette impossibilit&#233; est &#233;lev&#233;e, si l'on peut dire, &#224; une puissance sup&#233;rieure, car ici il s'agit de significations incarn&#233;es, &#224; savoir : de repr&#233;sentations port&#233;es par des intentions et solidaires d'affects. Je ne parlerai pas des affects, dont Freud disait qu'ils &#171; sont peu connus &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Moi et le &#199;a, trad. fr. (&#233;d. Payot, 1951), p. 175 (G.W., XIII, 245). &#8211; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, sinon pour regretter que ses h&#233;ritiers n'aient pas &#233;t&#233; fid&#232;les &#224; son v&#339;u d'en explorer davantage la nature. Des intentions, je noterai seulement que d&#233;j&#224; par elles chaque ceci qui peut se pr&#233;senter en analyse communique avec (et est port&#233; par) l'ensemble de la vie de l'individu consid&#233;r&#233;, y compris ce qui sera son avenir. Il n'y a pas en effet d'intention isolable essentiellement ; au-del&#224; du r&#233;flexe, toute intention rep&#233;rable surgit dans le champ intentionnel du sujet et n'a d'existence et de sens que dans et par ce champ (largement inconscient, bien entendu). Or ce champ est pour une part essentielle suspendu sur le vide de ce qui est &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la repr&#233;sentation est de fa&#231;on manifeste le fini-infini, le ceci concret par excellence solidement donn&#233; &#224; tous et qui pourtant fuit de tous ses c&#244;t&#233;s et &#233;chappe &#224; tout sch&#232;me conceptuel m&#234;me le plus &#233;l&#233;mentaire. Combien de repr&#233;sentations y a-t-il dans &#171; &lt;i&gt;l'ami R &#8230; est mon oncle, il porte une longue barbe jaune... &lt;/i&gt; &#187; ? Qu'est-ce que le p&#232;re du petit Hans pour le petit Hans ? C'est cette nature de la repr&#233;sentation qui caract&#233;rise de part en part l'inconscient et qui est au fondement du fait que celui-ci ignore les lois de la logique ordinaire &#8211; que le conscient, au sens psychanalytique du terme, essaye d'imposer &#224; la repr&#233;sentation par le moyen du langage r&#233;duit &#224; sa fonction de code, de la structure des ensembles, de l'entendement qui s&#233;pare et d&#233;finit. C'est elle aussi qui permet, certes non d'&#171; expliquer &#187; la singularit&#233; de l'individu, mais de mieux cerner le probl&#232;me qu'elle constitue. L'individu n'est pas seulement un premier encha&#238;nement de repr&#233;sentations &#8211; ou mieux, une premi&#232;re &#171; repr&#233;sentation totale &#187; &#8211;, il est aussi et surtout, de ce point de vue, surgissement ininterrompu de repr&#233;sentations et mode unique de ce flux repr&#233;sentatif, fa&#231;on particuli&#232;re de repr&#233;senter, d'exister dans et par la repr&#233;sentation, de se fixer sur telle repr&#233;sentation ou tel terme d'une repr&#233;sentation, de passer de l'une &#224; l'autre, de tel type de terme repr&#233;sentatif &#224; tel autre et ainsi de suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le voir il suffit de r&#233;fl&#233;chir sur la signification de ce type d'encha&#238;nement, soup&#231;onn&#233; d&#233;j&#224; avant Freud mais dont la psychanalyse a &#233;t&#233; la premi&#232;re &#224; montrer avec &#233;clat l'importance : la causation symbolique, telle qu'elle appara&#238;t non seulement dans la plupart des sympt&#244;mes, mais dans l'association des repr&#233;sentations chaque fois que celle-ci est libre c'est-&#224;-dire soustraite au contr&#244;le conscient (et m&#234;me dans ce dernier cas, mais cela est une autre histoire), et qui est le fondement de leur concat&#233;nation inconsciente. Je dis expr&#232;s causation, et non motivation ou &#233;quivalence symbolique, pour des raisons que la suite fera mieux comprendre. Il y a dans cet encha&#238;nement &#224; la fois un &lt;i&gt;post hoc&lt;/i&gt; et un &lt;i&gt;propter hoc&lt;/i&gt;, et il faut affirmer &#224; l'encontre de divers d&#233;layages r&#233;cents de la psychanalyse que le sympt&#244;me est un effet et non une mani&#232;re de s'exprimer ou un texte incomplet ; l 'incompl&#233;tude du texte, cette mani&#232;re de parler, ne reposent pas sur elles-m&#234;mes, elles ont une condition ant&#233;rieure logiquement et chronologiquement. Mais cette causation est absolument &lt;i&gt;sui generis&lt;/i&gt;, et contredit ce que l'on pense habituellement comme l'essentiel de la causation : elle ne peut pas se r&#233;duire &#224; des relations biunivoques, elle ne constitue pas un d&#233;terminisme d&#233;finissable. C'est pourquoi on peut tout aussi bien l'appeler cr&#233;ation symbolique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En fin de compte, mode et moment de la cr&#233;ation imaginaire.&#034; id=&#034;nh13-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il n'y a pas moyen en effet de dire quel proc&#233;d&#233; de symbolisation sera chaque fois utilis&#233;, sur quoi il va &#234;tre appliqu&#233; ou vers quoi il va entra&#238;ner. Dans le magma de la repr&#233;sentation du d&#233;part, la causation symbolique peut pr&#233;lever une partie r&#233;elle ou un &#233;l&#233;ment formel et passer de l&#224; &#224; des &#233;l&#233;ments formels ou des parties r&#233;elles d'une autre repr&#233;sentation par des proc&#233;d&#233;s assimilatifs (m&#233;taphoriques ou m&#233;tonymiques), oppositifs (antiphrastiques ou ironiques), ou autres. Rien ne permet de d&#233;finir d'avance, pour tel individu ou pour tel acte psychique, le proc&#233;d&#233; et les termes qui seront mis &#224; contribution. &lt;i&gt;Ex post&lt;/i&gt;, il est possible de d&#233;crire telle formation pathologique en fonction du proc&#233;d&#233; utilis&#233;, comme l'a fait Freud dans le Manuscrit M&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Accompagnant la lettre &#224; Fliess du 25 mai 1897. V. La Naissance de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; et d'autres &#224; sa suite &#8211; en caract&#233;risant l 'hyst&#233;rie comme &#171; d&#233;placement par voie associative &#187;, la n&#233;vrose obsessionnelle comme &#171; d&#233;placement par similarit&#233; &#187;, la parano&#239;a comme &#171; d&#233;placement d'ordre causal &#187;, ou en fonction du type de phantasmes (&#171; syst&#233;matiques &#187; ou non). Mais c'est l&#224; une description, non une explication (sauf &#224; postuler dans l'inconscient, &#224; la place des &#171; processus chimiques &#187; dont parle Freud dans le m&#234;me contexte, un &lt;i&gt;m&#233;taphoriston&lt;/i&gt; et un &lt;i&gt;m&#233;tonymiston&lt;/i&gt;, dont ces malades auraient re&#231;u plus que leur part) ; elle n'aide nullement &#224; comprendre ni pourquoi ces tropes ont &#233;t&#233; pr&#233;dominants (ils ne peuvent jamais &#234;tre exclusifs), ni pourquoi ils se sont instrument&#233;s de telle fa&#231;on particuli&#232;re (n'importe quelle repr&#233;sentation se pr&#234;te &#224; une ind&#233;finit&#233; d'encha&#238;nements tropiques imm&#233;diats, encore plus m&#233;diats, &#224; une ind&#233;finit&#233; d'autres repr&#233;sentations).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc non seulement sur-d&#233;termination mais aussi et en m&#234;me temps sous-d&#233;termination du symbole &#8211; de m&#234;me qu'il y a &#224; la fois sur-symbolisation et sous-symbolisation du symbolis&#233;. Ces m&#233;langes d'&#233;conomie et de prodigalit&#233; symboliques (qui nous apparaissent comme des m&#233;langes d'&#233;conomie et de prodigalit&#233; logiques) montrent que la trajectoire de l'intention inconsciente dans l'espace des repr&#233;sentations ne satisfait pas au principe de Fermat, et renvoient &#224; l'essence du symbolisme. Tout d&#233;coule de ce fait dont l'&#233;vidence semble avoir emp&#234;ch&#233; qu'on le pense : le symbole est (pour) ce qu'il n'est pas, donc n&#233;cessairement &#224; la fois en exc&#232;s et en d&#233;faut par rapport &#224; toute homologie et &#224; toute relation fonctionnelle. Cet exc&#232;s-d&#233;faut n'est approximativement ma&#238;tris&#233; que dans le fonctionnement lucide ; le moment de la r&#233;flexion y signifie, essentiellement, le retour sur le pour du symbole, le d&#233;sinvestissement ou la d&#233;r&#233;alisation du symbolique, qui commence avec le &lt;i&gt;ti legeis, ti s&#233;maineis otan touto legeis &lt;/i&gt; ? [que dis-tu, que veux-tu signifier en disant cela ?]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'en est pas et ne peut pas en &#234;tre de m&#234;me pour la pens&#233;e inconsciente au sens strict, qui est bien, en un sens, pens&#233;e puisqu'elle est mise en relation de repr&#233;sentations guid&#233;e par une intention (et pour autant matrice de tout sens du sens pour l'homme), mais non pens&#233;e r&#233;fl&#233;chie ; pour elle il n'y a pas d'autre de la repr&#233;sentation, et donc le quid pro quo symbolique ne peut &#234;tre qu'un &lt;i&gt;quiproquo&lt;/i&gt; tout court, et ce &lt;i&gt;quiproquo&lt;/i&gt; imm&#233;diatement r&#233;alit&#233; et v&#233;rit&#233;, la seule qu'elle connaisse. Il ne peut &#234;tre demand&#233; ici si la repr&#233;sentation est ou non ad&#233;quate, elle l'est n&#233;cessairement du moment qu'elle a surgi ; &#224; partir d'un presque rien, le symbole qui n'en est pas un est rendu obligatoirement ad&#233;quat, parce que l'intention (et, derri&#232;re elle, la pulsion) doit passer, elle doit s'instrumenter ; elle ne peut pas faire feu de tout bois qui se pr&#233;sente, mais dans ce qui se pr&#233;sente se trouvent toutes les esp&#232;ces de bois. On ne peut gu&#232;re, du reste, d&#233;m&#234;ler ici les r&#244;les respectifs de l'intention et de la repr&#233;sentation, car l'initiative passe constamment de l'une &#224; l'autre. C'est l'intention qui encha&#238;ne les repr&#233;sentations, mais ce sont aussi les repr&#233;sentations qui &#233;veillent, activent, inhibent ou d&#233;vient les intentions. Derri&#232;re cette id&#233;e, on retrouve une des apories essentielles de la th&#233;orie psychanalytique et de son objet. En un sens, l'intention pourrait &#234;tre dite rien qu'encha&#238;nement de repr&#233;sentations, c'est l&#224;-dessus que nous la lisons, non seulement nous n'en conna&#238;trions rien autrement, elle n'a pas d'autre mode d'existence. Mais si nous en faisions simplement le sens, plus exactement le fait de liaison du groupe de repr&#233;sentations r&#233;unies dans une s&#233;rie ou une sc&#232;ne, nous ne perdrions pas seulement ce qui anime cette s&#233;rie, ce qui met en sc&#232;ne, nous perdrions aussi l'ancrage dans la r&#233;alit&#233; corporelle, la pouss&#233;e de la pulsion &#8211; qui en est l'essence, &lt;i&gt;das Wesen&lt;/i&gt; dit Freud&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Triebe u. Triebschicks., G.W., X, 214.&#034; id=&#034;nh13-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; nous n'aurions plus affaire qu'&#224; une &#226;me d&#233;sincarn&#233;e. Si, d'autre part, nous voulions ignorer le r&#244;le propre de la repr&#233;sentation, le fait qu'elle n'est pas simple v&#233;hicule mais principe actif, que cette ambassade ou d&#233;l&#233;gation de la pulsion dans l'&#226;me (&lt;i&gt;V&lt;/i&gt;&lt;i&gt;orstellungsrepr&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#228;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;sentanz des Triebes&lt;/i&gt;) n'a gu&#232;re d'instructions pr&#233;cises &#224; remplir ni m&#234;me &#224; interpr&#233;ter, mais doit en inventer pour le compte de son mandant, muet de naissance, alors ce ne serait plus la peine de parler de psychisme, tout serait r&#233;gl&#233; au niveau somatique par la pulsion qui trouverait toujours les repr&#233;sentations qui lui conviennent, et n&#233;cessairement toujours les m&#234;mes, car elles appartiendraient &#224; la &#171; g&#233;n&#233;ricit&#233; muette de l'esp&#232;ce &#187;. Alors, ni individus, ni histoire individuelle, ni histoire tout court.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans la repr&#233;sentation qu'on trouve le moment de cr&#233;ation dans le processus psychique (je parle &#233;videmment de cr&#233;ation &lt;i&gt;ex nihilo&lt;/i&gt;), d'abord dans son surgissement m&#234;me, et tout autant dans son d&#233;ploiement et ses produits. C'est ici qu'appara&#238;t avec &#233;clat l'irr&#233;ductible &#224; toute combinatoire, &#224; toute formalisation. Les formalisateurs se sont astreints depuis des ann&#233;es &#224; cette gageure, parler de psychanalyse sans parler de repr&#233;sentation. Aussi ce n'est pas de psychanalyse qu'ils parlent, pas davantage du reste qu'ils ne formalisent quoi que ce soit. Leur cas a &#233;t&#233; d&#233;j&#224; d&#233;crit : &#171; Un auteur de &lt;i&gt;M&#233;moires&lt;/i&gt; d'aujourd'hui, voulant, sans trop en avoir l'air, faire du Saint-Simon, pourra &#224; la rigueur &#233;crire la premi&#232;re ligne du portrait de Villars : '&lt;i&gt;C'&#233;tait un assez grand homme, brun&#8230; avec une physionomie vive, ouverte, sortante&lt;/i&gt;', mais quel d&#233;terminisme pourra lui faire trouver la seconde ligne qui commence par : '&lt;i&gt;et v&#233;ritabl&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ment un peu folle&lt;/i&gt;' ? &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Proust, &#233;d. de la Pl&#233;iade, I, 551.&#034; id=&#034;nh13-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce que Proust dit de la cr&#233;ation de l'art et du style, vaut tout autant, et pour cause, de l'inconscient ; en en &#233;liminant la repr&#233;sentation, on substitue au texte un an&#233;mique et maladroit pastiche&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est &#224; cela que renvoie la phrase de Freud : &#171; Tout r&#234;ve a au moins une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot de cr&#233;ation &#233;tonnera ceux qu'on a habitu&#233;s depuis quelque temps &#224; voir dans la psychanalyse une d&#233;marche exclusivement r&#233;gressive, dans son mat&#233;riel un ensemble fix&#233; &#224; jamais par une origine. C'est qu'on ne r&#233;fl&#233;chit pas assez sur ce que ces mots signifient. On n'a besoin de remonter &#224; l'origine que lorsque et parce que l'origine est cr&#233;ation, lorsque et parce qu'un sens ne peut pas &#234;tre dissous dans les d&#233;terminations d'un syst&#232;me pr&#233;sent. Et, si on essaie de rendre compte de ce sens originaire en oubliant son caract&#232;re essentiel d'instauration ou cr&#233;ation, on ne peut que le ramener &#224; des d&#233;terminations qui en d&#233;coulent et le pr&#233;supposent ; le discours sur l'origine devient alors irr&#233;sistiblement mythique et incoh&#233;rent. L'exemple le meilleur en a &#233;t&#233; donn&#233; par Freud lui-m&#234;me avec le mythe du meurtre du p&#232;re de &lt;i&gt;Totem et Tabou&lt;/i&gt; qui n'a de sens qu'en pr&#233;supposant l'essentiel de ce dont il veut rendre compte ; le comporte&#173; ment du p&#232;re de &lt;i&gt;Totem et Tabou&lt;/i&gt; n'est compr&#233;hensible que si son meurtre a d&#233;j&#224; eu lieu (r&#233;ellement ou phantasmatiquement, peu importe). Si le pass&#233; n'&#233;tait pas cr&#233;ation, on n'aurait pas besoin d'y revenir, et c'est de ce point de vue que se laisse le mieux voir l'aspect peut-&#234;tre le plus important de la cure. C'est parce que l'histoire de l'individu est aussi une histoire d 'autocr&#233;ation, que tout ne peut pas &#234;tre retrouv&#233; dans le pr&#233;sent ; c'est parce que l'individu est toujours port&#233; au-devant de ce qu'il est qu'il ne peut se retrouver qu'en revenant en arri&#232;re d'o&#249; il est actuellement. L'efficace de la cure ne d&#233;coule pas de ce qu'on retrouve le pass&#233; dans le pr&#233;sent, mais de ce que l'on peut voir le pr&#233;sent du point de vue du pass&#233; &#224; un moment o&#249; ce pr&#233;sent, encore &#224; venir, &#233;tait de part en part contingent, o&#249; ce qui allait le fixer &#233;tait encore &lt;i&gt;in statu nascendi&lt;/i&gt;. S'il s'agissait simplement de retrouver un &#233;l&#233;ment pareil dans sa nature &#224; tous les autres, on ne comprendrait pas pourquoi la situation du patient pourrait en &#234;tre modifi&#233;e. De m&#234;me, l'intensit&#233; de l'affect qui accompagne cette reprise f&#233;conde du pass&#233; comme pr&#233;sent, et la distingue de toute rem&#233;moration banale, n'est pas simple signe ou indice de ce que quelque chose d'important est &lt;i&gt;ante portas&lt;/i&gt;, mais le travail m&#234;me de l'&#226;me qui en permet le retour ; ce qui est reproduit par l&#224;, c'est la haute temp&#233;rature sous laquelle s'est op&#233;r&#233; le premier alliage, la premi&#232;re fusion des &#233;l&#233;ments pulsionnels et repr&#233;sentatifs, et qui maintenant en permet la dissociation. (Le transfert lui-m&#234;me, refusion-d&#233;fusion, appartient ici bien &#233;videmment, et c'est ainsi que l'on peut comprendre pourquoi il est &#224; la fois l'instrument essentiel de l'analyse et l'obstacle le plus formidable que sa terminaison rencontre.) Plong&#233; dans la reviviscence parenth&#233;tique du pass&#233;, l'individu vit son pr&#233;sent comme contingent non pas dans l'irr&#233;alit&#233; r&#233;p&#233;titive de la r&#234;verie qui re-&#233;crit l'histoire &#224; vide, mais dans le retour &#224; ce qui a &#233;t&#233; instauration r&#233;elle et qui se r&#233;v&#232;le ainsi fixation autant solide qu 'arbitraire. L'essence pratique de la cure psychanalytique est que l'individu se retrouve comme origine partielle de son histoire, fait gratuitement l'exp&#233;rience du se faire non su comme tel la premi&#232;re fois, et redevient origine des possibles comme ayant eu une histoire qui a &#233;t&#233; histoire et non fatalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La confusion r&#233;sulte aussi de la complaisance avec laquelle on tire dans le sens &#171; r&#233;gressif &#187; l'arch&#233;ologie historico-sociale mythique de Freud (de &lt;i&gt;Totem et Tabou&lt;/i&gt;, ou de &lt;i&gt;Mo&#239;se et le Monoth&#233;isme&lt;/i&gt;). Telle n'&#233;tait pas assur&#233;ment l'intention de Freud&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il n'y a pour se convaincre qu'&#224; relire Malaise dans la civilisation ou (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais, l'e&#251;t-elle &#233;t&#233;, la discussion ici est superflue. On fabrique de toute &#233;vidence une superstructure id&#233;ologique sur une base qui ne peut pas la supporter. On peut se cantonner dans la voluptueuse (pour qui ?) contemplation du retour du refoul&#233; et ignorer le reste. Mais ce reste est tout aussi et m&#234;me plus important, car c'est l&#224;-dessus que s'appuie ce discours m&#234;me. La psychanalyse est-elle un retour du refoul&#233;, &lt;i&gt;simpliciter&lt;/i&gt; ? De m&#234;me, on peut se limiter &#224; r&#233;p&#233;ter le th&#232;me de la r&#233;p&#233;tition, oubliant que la r&#233;p&#233;tition ne serait m&#234;me pas rep&#233;rable comme telle si elle n'&#233;mergeait pas dans un proc&#232;s de non-r&#233;p&#233;tition, &#224; savoir de cr&#233;ation continu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;V &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Tout cela ne concerne qu'un aspect de la th&#233;orisation psychanalytique. Celle-ci prend son point de d&#233;part dans la tentative d'&#233;lucidation d'une histoire singuli&#232;re, d'un ceci, mais elle y rencontre n&#233;cessairement l'universel sous deux esp&#232;ces. D'une part, comme universalit&#233;, ou quasi-universalit&#233;, de ce qui vient dans le traitement, plus g&#233;n&#233;ralement dans le ph&#233;nom&#232;ne, comme contenu : le participable de la repr&#233;sentation, le langage, l'acte ou l'&#233;v&#233;nement. C'est de cette quasi-universalit&#233; des contenus concrets, que l'on peut appeler universalit&#233; psychologique qu'il a &#233;t&#233; question jusqu'ici. D'autre part, la th&#233;orisation psychanalytique est conduite irr&#233;sistiblement et l&#233;gitimement vers une autre universalit&#233; : celle de concepts, constructions et hypoth&#232;ses qui ne sont pas donn&#233;s comme tels dans l'exp&#233;rience, qui doivent en &#234;tre inf&#233;r&#233;s et sont destin&#233;s &#224; composer une th&#233;orie de l'&#226;me. C'est l'universalit&#233; m&#233;tapsychologique. Ce que font ou disent les individus n'est jamais absolument singulier ; mais aussi, ce qui fait qu'ils font ou disent ceci ou cela, ainsi plut&#244;t qu 'autrement, leur est largement commun&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La m&#233;connaissance de la pr&#233;sence de l'universel &#224; chacun de ces niveaux et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La th&#233;orie m&#233;tapsychologique est ainsi conduite &#224; s'interroger sur ce qui fonctionne pour produire ce qui appara&#238;t &#8211; donc sur l' organisation d'un &#171; appareil psychique &#187; et les &#171; forces &#187; qui y agissent &#8211; et sur la fa&#231;on dont il fonctionne &#8211; donc sur les &#171; lois de fonctionnement &#187; du psychisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors qu'elle prend ces allures na&#239;ves, grossi&#232;res, r&#233;alistes qui chagrinent parfois les philosophes les mieux dispos&#233;s &#224; son &#233;gard. Parler d'un &#171; appareil psychique &#187;, de &#171; lois de fonctionnement &#187;, d'une topique, d'une &#233;nerg&#233;tique, n'est-ce pas fabriquer des entit&#233;s et r&#233;aliser les significations ? Comme si on avait attendu la psychanalyse pour r&#233;aliser les significations, comme si la nature &#224; un niveau, l'histoire &#224; un autre, n'avaient pas et depuis toujours r&#233;alis&#233; les significations. Il n'emp&#234;che, on revient &#224; la charge contre l'absurdit&#233; de l'inconscient, ce sens qui ne serait pas sens de soi. &#201;trangement, ce reproche qui aurait pu &#234;tre adress&#233; &#224; Hegel aussi bien qu'&#224; Aristote, &#224; Platon ou &#224; Marx, ce n'est qu'&#224; propos de Freud qu'il est formul&#233; sur un ton scandalis&#233;. Mais ce sens qui n'est pas sens de soi, pr&#233;sent dans toute grande philosophie sous une forme ou une autre, est oubli&#233; au nom de la version la plus appauvrie, la plus tautologique d'un &lt;i&gt;cogitatum est, ergo cogito&lt;/i&gt;. Les infiltrations se font sentir m&#234;me en milieu psychanalytique, o&#249; certains essayent de camoufler en douceur ce scandale de l'inconscient, le pr&#233;sentant comme la somme des lacunes du contenu manifeste, le facteur int&#233;grant permettant d'en compl&#233;ter le sens. Comme si on pouvait ainsi se soustraire &#224; ces questions imp&#233;rieuses : qu'est-ce qui r&#232;gle cette r&#233;partition des segments de sens, qu'est-ce qui, surtout, s'oppose avec un tel acharnement &#224; leur r&#233;unification, peut-on &#171; compl&#233;ter &#187; un sens conscient par un sens inconscient, est-ce bien des vari&#233;t&#233;s de la m&#234;me esp&#232;ce ? L&#224; o&#249; Freud &#8211; si l'on prend non pas la m&#233;taphore de la traduction qu'il a souvent utilis&#233;e, mais sa pens&#233;e sur le fond de la question&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On sait que pour Freud une repr&#233;sentation inconsciente ne peut pas &#234;tre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; voyait non pas m&#234;me deux langues diff&#233;rentes, mais le langage et l'autre du langage, on essaie de voir un seul texte dont l'analyse corrigerait les fautes d'impression ou fournirait les mots manquants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces infiltrations se produisent du reste sur tout le front m&#233;tapsychologique. On parle ainsi sur un ton condescendant de la &#171; m&#233;taphore &#233;nerg&#233;tique &#187;. Peut-&#234;tre le terme de m&#233;taphore permet-il d'&#233;liminer le petit probl&#232;me que pose celui qui l&#232;ve &#224; peine la t&#234;te en vue de certains objets et va &#224; la mort en vue d'autres ? Les in&#233;liminables concepts &#233;conomiques semblent ne plus hanter que les ruines abandonn&#233;es de l'&#233;difice &#224; moiti&#233; d&#233;truit par Freud lui-m&#234;me avec &lt;i&gt;Le Probl&#232;me &#233;conomique du masochisme&lt;/i&gt;. La topique n'est pas davantage prise au s&#233;rieux : ces r&#233;gions qui &#233;taient aussi des instances ne sont plus utilis&#233;es que comme des mots, les probl&#232;mes pos&#233;s par les diff&#233;rences de lieu des ph&#233;nom&#232;nes psychiques, qui tracassaient tellement Freud, ne semblent pr&#233;occuper personne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On ne peut confondre le probl&#232;me de la topique dans la perspective de Freud (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la psychanalyse n'a pas &#233;t&#233; simplement une autre th&#233;orie philosophique ou psychologique, c'est parce qu'elle a &#233;t&#233; activit&#233;. Et si elle n'a pas &#233;t&#233; litt&#233;rature ou activit&#233; dramatique qui s'&#233;crit au fur et a mesure qu'elle se joue, c'est parce qu'elle a attaqu&#233; de front le probl&#232;me de la conceptualisation th&#233;orique de ce qu'elle d&#233;couvrait. Ce que Politzer, et d'autres &#224; sa suite, reprochent en somme &#224; Freud, c'est de ne pas avoir voulu &#234;tre le Sophocle, le Shakespeare, le Proust de ses patients et de soi-m&#234;me. &#201;trange demande, qu'il suffit de d&#233;larver pour rejeter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est parce que la psychanalyse a affront&#233; s&#233;rieusement le probl&#232;me de l'&#226;me comme telle, de son organisation, des forces qui s'y manifestent, des &#171; lois &#187; de son fonctionnement, qu'elle a pu conduire &#224; la novation radicale que nous connaissons. Car c'est sous cet angle que son objet appara&#238;t dans sa duret&#233; irr&#233;ductible : comme signification vivante, &lt;i&gt;l&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ogoi embioi&lt;/i&gt;. Le royaume des ombres a pu &#234;tre abandonn&#233; parce que Freud a essay&#233; de penser jusqu'au bout cette &#233;vidence &#233;nigmatique du psychique : le sens incarn&#233;, la signification r&#233;alis&#233;e, et ses conditions. Cela, il ne pouvait le faire que dans un langage r&#233;aliste, soumettant autant que possible la nouvelle r&#233;gion aux cat&#233;gories disponibles de l'entendement visant le r&#233;el, puisque c'est comme r&#233;el que cet objet se donne. Refuser cela, serait revenir aux mauvaises abstractions d'une mauvaise philosophie. L'accepter n'&#233;tait pas revenir aux mauvaises abstractions d'une mauvaise psychologie pour une raison autour de laquelle Politzer a tourn&#233; sans jamais la voir vraiment, bien que Freud l'ait explicitement formul&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ma vie et la psychanalyse, trad. fr., l.c., p. 135-137 : la psychologie de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces abstractions l'&#233;taient non pas en tant qu'elles posaient l'universel, ni m&#234;me en tant qu'elles postulaient des lieux, des m&#233;canismes, des facult&#233;s (tout cela &#233;tant in&#233;liminable) ; mais en tant qu'elles op&#233;raient par abstraction r&#233;elle, s&#233;paraient et brisaient l'objet pour n'en retenir qu'une partie qui, de ce fait m&#234;me, n'&#233;tait plus partie de cet objet-l&#224;. Des encha&#238;nements qui ne sont pas des encha&#238;nements de sens ne sont pas des encha&#238;nements psychiques. Des facult&#233;s dont l'usage n'est pas cod&#233;termin&#233; par le ce que, le qui, le d'o&#249; et le vers quoi ne sont pas des facult&#233;s psychiques. L'abstraction de la vieille psychologie &#233;tait l'oubli du contenu et du sens des ph&#233;nom&#232;nes psychiques. La psychanalyse serait tomb&#233;e dans une abstraction sym&#233;trique &#8211; c'est &#224; pr&#233;sent de plus en plus le cas &#8211; si elle avait oubli&#233; &#224; son tour que sens et contenus ne sont que dans et par la vie d'un corps sans &#234;tre r&#233;ductibles &#224; elle, et qu'ils se manifestent avec des diff&#233;rences de niveau, de qualit&#233;, d'intensit&#233;, de temps qui renvoient irr&#233;sistiblement &#224; une organisation, &#224; des forces ou tendances, &#224; des r&#233;gularit&#233;s rep&#233;rables Organisation de quoi, forces agissant o&#249;, r&#233;gularit&#233;s portant sur quoi ? Du quelque chose ici pr&#233;suppos&#233; ou impliqu&#233; &#8211; l'&#226;me pr&#233;cis&#233;ment &#8211; la fa&#231;on la plus franche de parler, est d'en parler comme d'une chose&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; ... esprit et &#226;me sont objets de la recherche scientifique exactement de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Certains philosophes s'en irritent et protestent contre le r&#233;alisme. Mais il est de leur c&#244;t&#233;. N'ayant jamais pu penser la chose autrement que dans la perspective r&#233;aliste, ils croient que la chose est le r&#233;alisme. En fait, hors les pr&#233;emptions philosophiques na&#239;ves, on ne sait pas ce qu'est une chose ; on sait seulement ce qu'est l'id&#233;e de la chose dans une philosophie r&#233;aliste &#8211; id&#233;e dont on n'a jamais trouv&#233; le r&#233;f&#233;r&#233; r&#233;el. Parler de l'&#226;me comme d'une chose c'est porter au maximum de l'acuit&#233; le probl&#232;me que chacune de ces deux notions pose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Langage m&#233;taphorique ? Tout langage th&#233;orique l'est n&#233;cessairement et au second degr&#233;. Mais les m&#233;taphores ne sont pas ici de simples images. Certes les termes n'ont pas le m&#234;me sens qu'en physique, ou dans la vie quotidienne. Mais cela n'&#233;puise pas la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La topique peut passer pour m&#233;taphorique puisqu'une localisation anatomique des parties de l'appareil psychique &#233;choue, et semble m&#234;me ne pas avoir de sens&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Freud &#233;crira en 1925 : &#171; &#8230;instances ou syst&#232;mes ... des relations (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cela n'&#233;limine cependant gu&#232;re la question qui se pose avec insistance aux deux extr&#233;mit&#233;s du discours. La topique ne peut pas &#234;tre simple m&#233;taphore si l'on se place au point de vue le plus primitif, le plus cat&#233;goriel. L'espace habituel n'existe que comme modalit&#233; d'un autre espace plus originaire, la possibilit&#233; de coexistence ordonn&#233;e du multiple&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme le lieu du Tim&#233;e, &#171; de toute gen&#232;se r&#233;ception et comme nourrice &#187; (49 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or, on ne peut &#233;viter de penser les termes dont il s'agit en psychanalyse dans un certain ordre de coexistence, donc de se demander quel est ce type d'ordre et quel y est le lieu des diff&#233;rents termes. Si l'on dit que les termes ne se distinguent pas par leurs lieux, mais par leurs fonctions, qualit&#233;s, ou degr&#233;s de latence, ou bien on ne r&#233;fl&#233;chit pas sur les mots employ&#233;s et l'on ne fait vraiment que changer de m&#233;taphore ; ou bien on s'aper&#231;oit que chacun de ces mots exige un approfondissement tout aussi probl&#233;matique. Mais la topique ne peut pas davantage &#234;tre simple m&#233;taphore si l'on se place au point de vue le plus concret, le plus mat&#233;riel. Les difficult&#233;s et les &#233;checs des premi&#232;res conceptions de la localisation n'effacent pas l'&#233;vidence de la localisation &lt;i&gt;in toto&lt;/i&gt; du psychisme ni m&#234;me d'une s&#233;rie de localisations particuli&#232;res. Le &lt;i&gt;in vina veritas&lt;/i&gt; mill&#233;naire comme les neuroleptiques les plus r&#233;cents ne posent pas d'autre question ; ou bien les mol&#233;cules d'alcool et de largactil ne seraient-elles dans l'espace vulgaire que m&#233;taphoriquement ? Et ce qu'elles rencontrent lorsqu'elles agissent, o&#249; le rencontrent-elles ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vieilleries de l'&#226;me et du corps, certes ; vieilleries plus jeunes que les modes d'aujourd'hui, moribondes de naissance. Les savants ne sont pas curieux, disait Freud. Ceux qui se r&#233;clament de lui auraient-ils cess&#233; de l'&#234;tre ? Que des m&#233;dicaments ou des op&#233;rations chirurgicales aient des actions sp&#233;cifiques sur telles manifestations, tels sympt&#244;mes psychiques &#8211; ces faits ne semblent pas sp&#233;cialement soporifiques pour un psychanalyste. Moins que jamais peut-on traiter la topique comme m&#233;taphorique &#224; une &#233;poque o&#249; l'on commence &#224; intervenir topiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en est de m&#234;me pour ce qui est de la probl&#233;matique &#233;nerg&#233;tique. La force est le produit de la masse par l'acc&#233;l&#233;ration &#8211; comme telle, elle doit &#234;tre mesurable. Que sont donc les &#171; forces psychiques &#187;, sinon des m&#233;taphores fallacieuses ? Mais est-ce l&#224; le concept le plus primitif de force ? La force a affaire avec les modifications du mouvement &#8211; et les &#171; mouvements de l'&#226;me &#187; sont m&#233;taphoriques. Le sont-ils ? Nous avons r&#233;duit tout mouvement au mouvement local, &#224; la &lt;i&gt;phora kata tapon&lt;/i&gt;, et semblons avoir oubli&#233; l'alt&#233;ration, l'&lt;i&gt;al&#173;oiosis&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aristote Physique, III, 1, 201a9-15 ; V, 2, 226 a 26-28 ; VII, 3, 248 a 6-9. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; simplement parce que la physique a r&#233;ussi &#224; ramener la plupart des alt&#233;rations dont elle s'occupe &#224; des mouvements locaux. Or, que sont les forces que l'on rencontre en psychanalyse sinon ce qui pousse &#224; une telle alt&#233;ration et r&#233;siste &#224; telle autre ? Et ici encore, la question surgit aussi &#224; partir des consid&#233;rations les plus concr&#232;tes, les plus mat&#233;rielles ; car les diff&#233;rences d'intensit&#233; entre les tendances psychiques sont une &#233;vidence quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces exemples pourraient &#234;tre facilement multipli&#233;s ; car il n'y a pas un seul concept psychanalytique qui ne participe de cette probl&#233;matique, qui ne conduise &#224; des questions analogues. Ils suffisent pour montrer que l'effort d'une conceptualisation psychanalytique de ce type est l&#233;gitime, et qu'&#224; vouloir ignorer les probl&#232;mes in&#233;vitables et pressants auxquels Freud s'effor&#231;ait ainsi de r&#233;pondre, on transforme la psychanalyse en litt&#233;rature ou en une pseudo-philosophie du sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette conceptualisation l&#233;gitime est en m&#234;me temps impossible comme conceptualisation scientifique. Car aucun des concepts propos&#233;s n'est univoque, aucun n'est op&#233;ratoire. Ce sont des concepts dialectiques et philosophiques. Ils sont de la tribu de la puissance et de l'acte, de la substance et du &lt;i&gt;conatus&lt;/i&gt;, de la monade et de la &lt;i&gt;perceptio&lt;/i&gt;, de la n&#233;gativit&#233; et de l'ali&#233;nation, ils habitent pr&#232;s des topiques platonicienne et kantienne, leur raison op&#232;re surtout par ruse ; leur parent&#233; avec les &lt;i&gt;constructa&lt;/i&gt; scientifiques est beaucoup plus lointaine .Freud ne s'y &#233;tait pas tromp&#233;, qui en avait nomm&#233; les principaux : &#201;ros, Thanatos, Anank&#232;, Logos. Le cygne s'est peut-&#234;tre pris parfois pour un canard, mais c'est bien des &#339;ufs de cygne qu'il a couv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aporie ainsi manifest&#233;e est v&#233;ritable, &#224; savoir insoluble. La n&#233;cessit&#233; et l'impossibilit&#233; d'une conceptualisation scientifique de la psychanalyse ne sont ni accidentelles ni provisoires ; elles sont d'essence. La conceptualisation freudienne peut &#234;tre amend&#233;e, am&#233;lior&#233;e, modifi&#233;e de fond en comble. Elle gardera &#224; jamais son noyau d'atopie. Car tel est son objet, avec ses deux faces ins&#233;parables r&#233;ellement et incompossibles th&#233;oriquement. Par l'une de ses faces, il nous met en demeure de le saisir sous la logique des ensembles et nous permet de le saisir ainsi. Ici il se pr&#233;sente comme collection d'&#233;l&#233;ments distincts et d&#233;finis, le syst&#232;me nerveux est bien une multiplicit&#233; spatio-temporelle, une mol&#233;cule n'est jamais &#224; deux endroits &#224; la fois, une charge &#233;lectrique ne peut se d&#233;placer sans parcourir tous les points interm&#233;diaires, tout est d&#233;termin&#233; cat&#233;goriquement (avec une probabilit&#233; assignable). Mais l&#224;, il est une &#171; multiplicit&#233; inconsistante &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cantor, Lettre &#224; Dedekind du 28 juillet 1899, Ges. Abh., p. 444.&#034; id=&#034;nh13-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la logique des ensembles n'y a pas de prise, la repr&#233;sentation est &#224; la fois une et plusieurs et ces d&#233;terminations ne sont pour elle ni d&#233;cisives ni indiff&#233;rentes, les relations de voisinage ne sont pas d&#233;finies ou sont constamment red&#233;finies, l'impossible et l'obligatoire, loin d'&#233;puiser le champ, en laissent l'essentiel hors de leur prise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, le r&#233;el d&#233;passe infiniment la logique des ensembles &#8211; comme la physique, nucl&#233;aire et cosmologique, est &#224; la veille de le red&#233;couvrir &#8211; mais par cette complaisance qui nous a permis d'&#234;tre des hommes il s'y pr&#234;te aussi, presque ind&#233;finiment. Il en va tout autrement pour une de ses r&#233;gions, qui se trouve &#234;tre pr&#233;cis&#233;ment celle o&#249; nous sommes, ce que par excellence nous sommes : signification ou repr&#233;sentation. &#192; tous &#233;gards pratiques, et presque &#224; tous &#233;gards th&#233;oriques, deux ch&#232;vres et deux ch&#232;vres font quatre ch&#232;vres. Mais que font deux repr&#233;sentations et deux repr&#233;sentations ? Certes aussi la logique des ensembles conduit &#224; des r&#233;sultats &#233;tonnants et m&#234;me incompr&#233;hensibles pour le sens commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun des points de la courbe de Brouwer est arbitrairement pr&#232;s de points situ&#233;s sur une infinit&#233; d'autres courbes du m&#234;me plan ; et cette sph&#232;re que Banach a d&#233;compos&#233;e en un nombre fini de morceaux au moyen desquels on peut reconstituer deux sph&#232;res &#233;gales &#224; la premi&#232;re, semble inqui&#233;ter m&#234;me les math&#233;maticiens. Mais je doute qu'une multiplicit&#233; dont tout point est &#224; la fois arbitrairement pr&#232;s et arbitrairement loin de tout autre point puisse jamais &#234;tre trait&#233;e par les ressources de la math&#233;matique pr&#233;sente ou pr&#233;visible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui ne se laisse pas calculer, se laisse encore penser.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VI &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans sa th&#233;orisation, la psychanalyse rencontre donc des probl&#232;mes en un sens &#233;ternels, qu'elle renouvelle radicalement, mais qu'elle ne r&#233;sout pas. Ce qui interdit toute confusion avec la th&#233;orisation de la science n'est pas qu'elle ne les r&#233;solve pas, mais qu'elle n'instaure pas des proc&#233;dures objectives pour ce faire, et que du reste on ne voit pas en quoi de telles proc&#233;dures pourraient consister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par l&#224;, elle est certes philosophique &#8211; mais non philoso&#173;phie comme on pourrait &#234;tre tent&#233; de le dire. Philosophique, elle l'est pour autant qu'elle doit rester attel&#233;e &#224; ces rochers de Sisyphe que sont le sens, les conditions du sens et le sens de ces conditions, le sujet comme objet et l'objet comme subjectif, la r&#233;alit&#233; de la parole et la v&#233;rit&#233; de l'acte ; pour autant aussi que, d'une fa&#231;on qui lui est propre et d&#233;sormais in&#233;liminable, elle &#233;claire d'autres faces de ces significations in&#233;puisables. Mais elle n'est pas philosophie, parce qu'elle dispara&#238;trait si on la dissociait de l'activit&#233; pratico-poi&#233;tique qui la d&#233;finit essentiellement, parce qu'aussi son discours th&#233;orique prend sa valeur et son sens universels et philosophiques de ce qu'il s'acharne sur un objet particulier et sp&#233;cifique, la r&#233;alit&#233; psychique. De cet objet &#233;trange entre tous, elle ne peut pas faire la science et elle n'a pas &#224; faire la phiosophie ; elle en fait l'&#233;lucidation apor&#233;tique et dialectique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dialectique au sens d'Aristote : exetastik&#232; (Topique, I, 2, 101 b 3), (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Par l&#224;, elle peut contribuer aussi &#224; un renouvellement de la probl&#233;matique philosophique. C'est ce que je voudrais montrer, pour terminer, sur un exemple capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La psychanalyse pose dans tous les actes de l'individu &#8211; et y montre &#224; l'&#339;uvre &#8211; la cod&#233;termination inconsciente. Celle-ci est &#233;trang&#232;re &#224; toute v&#233;rit&#233; de l'&#233;nonc&#233;, &#224; toute valeur de l'acte &#8211; plus exactement, il para&#238;trait qu'elle ne leur laisse aucune place. Car &#224; cette cod&#233;termination, rien ne peut &#233;chapper et &#224; cet &#233;gard Socrate et H&#233;rostrate, le pr&#233;sident Schreber et Sigmund Freud sont log&#233;s &#224; la m&#234;me enseigne. Tout acte qui se veut juste, tout discours qui se pr&#233;tend vrai sont port&#233;s par les intentions inconscientes de leur sujet, autant qu'un crime ou un d&#233;lire. Et cela vaut bien entendu &#233;galement des actes et de la th&#233;orie psychanalytiques eux-m&#234;mes. Rien n'y change lorsqu'on souligne, comme cela a &#233;t&#233; fait plus haut, que le moment d'ind&#233;termination et le proc&#232;s de cr&#233;ation sont tout aussi essentiels ; ind&#233;termination et cr&#233;ation en elles-m&#234;mes ne portent pas la valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est certes pas l&#224;-dessus que la psychanalyse innove philosophiquement. Il faut la n&#233;obarbarie de cet &#226;ge hypercivilis&#233;, le n&#233;oanalphab&#233;tisme qui sous-tend son hyperinformation, pour croire que, du point de vue philosophique, le &#171; clivage &#187; du sujet fait bouger d'un pouce la probl&#233;matique du savoir et de l 'agir. La nouveaut&#233; n'est que dans la na&#239;vet&#233; avec laquelle certains psychanalystes ferment les yeux devant l'antinomie qui &#233;clate ainsi, ou croient l'&#233;liminer en parlant de &#171; d&#233;sir de savoir &#187; ou de &#171; d&#233;sir d'analyser &#187;. La psychanalyse, de ce point de vue, ne fournit qu'une variante de contenu concret &#224; ce que Kant appelait la psychologie empirique, qu'un autre exemple de l'antinomie entre le point de vue empirique et le point de vue transcendantal clairement formul&#233;e depuis Platon&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir par exemple les discours de Glaucon et d'Adimante dans le Livre II de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans le discours kantien, pris rigoureusement, il y a beaucoup plus qu'un &#171; clivage &#187; puisque l'homme effectif se trouve tout entier du c&#244;t&#233; des d&#233;terminations empiriques et ne saurait une seconde pr&#233;tendre, sans illusion, qu'il agit (ou juge, puisque le jugement est un acte psychologique pris dans ces d&#233;terminations) hors leur emprise. Dans ces d&#233;terminations, on ne saurait faire entrer un nanogramme de v&#233;rit&#233;, de valeur ou de &#171; libert&#233; &#187;. Et qu'elles soient libidinales, socio-&#233;conomiques ou autres, cela est parfaitement indiff&#233;rent &#224; ce niveau de discussion. L'homme effectif est pris dans les d&#233;terminations du monde effectif, o&#249; il n'y a que causes et effets, ni v&#233;rit&#233; et valeur ni leur contraire. Pourtant cette assertion pr&#233;tend &#234;tre vraie -tout en &#233;tant effective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment la philosophie a fait face &#224; cette antinomie, c'est une autre histoire, tiss&#233;e &#224; toute son histoire. La plupart du temps elle a eu l'illusion de l'avoir r&#233;solue. En r&#233;alit&#233;, elle n'a jamais fait plus que poser un postulat de la raison tout court : nous ne pouvons parler qu'en admettant qu'un point de vue transcendantal nous est accessible, que nous pouvons poser la question &lt;i&gt;quid juris&lt;/i&gt; et y r&#233;pondre ind&#233;pendamment de toute d&#233;termination psychologique effective. Ce postulat, les psychanalystes l'utilisent n&#233;cessairement sans n&#233;cessairement le savoir chaque fois qu'ils affirment ou nient la v&#233;rit&#233; d'un &#233;nonc&#233;, et m&#234;me lorsque, comme certains parmi eux dans le comble de la confusion, ils placent toute la &#171; v&#233;rit&#233; &#187; du c&#244;t&#233; de l'inconscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas en exacerbant &#224; nouveau cette antinomie, mais en fournissant &#8211; &lt;i&gt;dunamei&lt;/i&gt; &#8211; une nouvelle fa&#231;on de la poser que la psychanalyse innove. Car elle indique une voie possible pour penser la gen&#232;se du sens et la gen&#232;se de la v&#233;rit&#233; pour des hommes effectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La psychanalyse montre en effet non seulement que l'homme doit tout vivre comme sens, mais aussi que l'acception de ce sens doit subir une torsion radicale au cours du d&#233;veloppement de l'individu -et m&#234;me de l'histoire, &#224; en croire du moins Freud lui-m&#234;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Mais certes, l'infantilisme est destin&#233; &#224; &#234;tre surmont&#233;. Les hommes ne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13-32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; j'y reviendrai -si cet individu doit devenir normal&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les probl&#232;mes que ce terme peut soulever n'ont jamais conduit Freud &#224; le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13-33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Cette torsion peut &#234;tre d&#233;crite de diverses fa&#231;ons, mais pour la probl&#233;matique pr&#233;sente cette diversit&#233; importe peu. Que l'on parle d'instauration du principe de r&#233;alit&#233;, de r&#233;solution du complexe d'&#338;dipe, de sublimation des pulsions &#8211; expressions certes partielles, nullement &#233;quivalentes et dont chacune renvoie &#224; des probl&#232;mes consid&#233;rables &#8211; une chose est certaine : la psychanalyse serait un bruit insens&#233; en tant que discours et une escroquerie en tant qu'activit&#233; si elle ne posait pas une diff&#233;rence radicale entre la psychose et la non-psychose. Diff&#233;rence dont d&#233;pend, chaque fois, l'accession au r&#233;el, au vrai, &#224; autrui, &#224; soi-m&#234;me et &#224; sa propre finitude et mortalit&#233; ; et qui, &#224; son tour, d&#233;pend de, ou revient &#224;, l'instauration d'un certain rapport de l'individu &#224; lui-m&#234;me, mise &#224; raison de l'imaginaire ou transformation des relations entre l'intention inconsciente et l'intention consciente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette mise &#224; raison, de cette transformation, la psychanalyse met en lumi&#232;re, en partie, les conditions de possibilit&#233;. En partie seulement, parce qu'elles ont une double existence, une autre racine au-del&#224; du champ psychanalytique, dans le champ social-historique. La psychanalyse ne peut pas rendre compte de l'interdit de l'inceste, elle doit le pr&#233;supposer comme institu&#233; socialement. Elle peut d&#233;crire l 'instauration chez l'individu d'un principe de r&#233;alit&#233;, mais cette r&#233;alit&#233;, dans sa nature g&#233;n&#233;rale et dans son contenu chaque fois sp&#233;cifique, elle ne peut pas et n'a pas &#224; en rendre compte, elle est pour elle une donn&#233;e d&#233;finie ailleurs : la r&#233;alit&#233;, disait Freud, c'est la soci&#233;t&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Totem et Tabou, G.W., IX, 92.&#034; id=&#034;nh13-34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Son apport &#224; l'&#233;lucidation de plusieurs aspects du langage pourrait &#234;tre immense, mais elle n'a rien &#224; dire sur l'existence d'un langage institu&#233;. Elle montre comment l'individu peut acc&#233;der &#224; la sublimation de la pulsion, mais non comment peut appara&#238;tre cette condition essentielle de la sublimation, un objet de conversion de la pulsion : dans les cas essentiels, cet objet n'est que comme objet social institu&#233;. L'institution, le champ social comme pr&#233;sence partout dense d'un collectif anonyme, le champ historique comme irruption toujours possible d'un nouveau que personne n'a voulu comme tel, pr&#233;supposent l'individu dont parle la psychanalyse, mais sont en m&#234;me temps pr&#233;suppos&#233;s par elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'emp&#234;che que, ces pr&#233;suppos&#233;s reconnus pour ce qu'ils sont, la psychanalyse permet d'approcher d'une fa&#231;on neuve cette &#233;nigmatique et antinomique coalescence de l 'empirique et du transcendantal que constitue d&#233;j&#224; l'&#233;nonc&#233; le plus rudimentaire du moment qu'il se pr&#233;tend vrai. Dire que la sublimation est un destin possible de la pulsion, c'est dire que l'existence de fait de l'individu psychique est de droit ouverture &#224; la possibilit&#233; de la v&#233;rit&#233;. Cela n'&#233;limine pas la probl&#233;matique kantienne, mais permet de la convertir en une autre, peut-&#234;tre plus fondamentale. Il ne devient pas pour autant possible de chercher, chez l'homme effectif, des d&#233;terminations pures, la possibilit&#233; de la v&#233;rit&#233; et de l'agir juste d&#233;pendent toujours de proc&#232;s inconscients, en tout cas psychiques, et notamment de cette conversion de la pulsion, de cet investissement d'autres objets que peuvent &#234;tre le savoir, la cr&#233;ation, le juste. Mais ces objets peuvent &#234;tre d&#233;terminants. Le purisme &#233;thique ou transcendantal ne peut pas en &#234;tre satisfait, puisqu'ils ne le sont que pour autant qu'ils sont investis. Mais ce purisme, dans son abstraction rigoureuse, est &#224; la limite incoh&#233;rent : si le fondement absolu et dernier qu'il cherche &#233;tait pur, il ne pourrait fonder rien d'effectif. Le fondement est ici un pur fait : nous sommes ainsi, en tant qu'hommes nous avons le vrai comme objet possible d'investissement (plus exactement, nous avons cette possibilit&#233; d'investissement de quelque chose qui d&#233;passe tout objet). Kant appelait heureux hasard ce fait, que la raison comme telle ne peut ni produire ni garantir : que le monde effectif soit pensable. Il y en a un autre : que l'individu effectif puisse penser le vrai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce discours ne d&#233;montre rien ; mais il peut se r&#233;fl&#233;chir, il ne contrevient pas &#224; ce qu'il pose. Il ne cl&#244;t rien non plus, au contraire. Il ouvre d'abord, &#224; nouveau, et dans le domaine m&#234;me de la psychanalyse, le probl&#232;me de la sublimation, dont Freud savait bien qu'il &#171; fallait y r&#233;fl&#233;chir davantage &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G.W., XIV, 457.&#034; id=&#034;nh13-35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Car bien &#233;videmment on ne peut en rester &#224; un concept indiff&#233;renci&#233; de la sublimation, ni oublier que les objets dont il s'agit dans le pr&#233;sent contexte ne sont pas des objets psychiques habituels, qu'ils sont m&#234;me des non-objets par excellence : il n'y a pas de vrai d&#233;finissable et poss&#233;dable comme objet, pas plus que de juste comme type fixe des rapports entre hommes ou ordre tranquille de la cit&#233; ; pos&#233;s comme tels ils se sont d&#233;j&#224; transform&#233;s en leur contraire, ils sont devenus objets imaginaires. Rien n'est pour nous hors de la repr&#233;sentation, tout doit passer par elle ; pourtant, la v&#233;rit&#233; n'est ni l'existence de la repr&#233;sentation, ni une propri&#233;t&#233; de celle-ci -son simple mouvement, sa correspondance &#224; une autre repr&#233;sentation, tel mode de son organisation. Du point de vue psychique, la v&#233;rit&#233; est ce qui s'annonce constamment dans la repr&#233;sentation comme l'autre de la repr&#233;sentation. Cet autre de la repr&#233;sentation, c'est encore &#224; son tour comme repr&#233;sentation qu'il doit se r&#233;aliser. La diff&#233;rence critique est d&#233;finie par le moment o&#249; cette r&#233;alisation est prise comme effective, o&#249; donc elle n'a plus d'au-del&#224;, o&#249; l'objet imaginaire qu'elle est devenue capte comme tel l'investissement psychique. Mais qu'est-ce qu'une &#233;nergie psychique qui investit un non-objet ? Peut-&#234;tre est-elle un avatar du narcissisme le plus fort qui n'a pas besoin de dire &#171; Je &#187;, encore moins&#171; Je a dit cela &#187;, qui s'investit comme source d'un discours nouveau toujours possible infiniment plus que comme origine d'un discours d&#233;j&#224; r&#233;volu. S'il en est ainsi, l'alchimie de la conversion y est toujours pr&#233;sente et montre aussit&#244;t l'autre face de l'affaire : car cet avatar pr&#233;&#173; suppose que l'individu a accept&#233; comme un destin possible de son discours qu'il puisse &#234;tre d&#233;pass&#233;, sans pour autant dire n'importe quoi ou fuir dans le silence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ouvre aussi, aux fronti&#232;res de la psychanalyse, des questions trop longtemps esquiv&#233;es. L'objet de la sublimation -objet imaginaire ou non-objet -est essentiellement social ; il n'y a pas plus d'argent individuel que de religion individuelle, de langage individuel que de savoir individuel. La r&#233;alit&#233; m&#234;me, &#224; laquelle la psychanalyse ne peut pas ne pas se r&#233;f&#233;rer, th&#233;oriquement et pratiquement, est une r&#233;alit&#233; sociale. C'est par des faux-fuyants pitoyables que, de nos jours, on essaie de tourner cette question -&#224; laquelle Freud&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il suffit de rappeler son attitude &#224; l'&#233;gard de la religion, comme ses (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13-36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; faisait face beaucoup plus courageusement &#8211; que ce soit dans une perspective empiriste ou dans une perspective pseudo-philosophique. L'id&#233;ologie de l'adaptation &#224; ce qui est ne vaut pas mieux que des phrases sur la &#171; Loi &#187;, aveugles au fait que la Loi n'existe jamais que comme positive, et vides de ce qui permettrait de penser la diff&#233;rence entre la loi d'Auschwitz et une autre. La possibilit&#233; de penser cette diff&#233;rence, autant que d'&#233;chapper aux contradictions na&#239;ves de toute id&#233;ologie de l'adaptation, ne peut &#234;tre fournie que si l'on reconna&#238;t &#224; la fois la contingence historique de ce qui se pr&#233;sente comme n&#233;cessit&#233; sociale et la diff&#233;rence radicale entre une sublimation qui conduit vers un objet imaginaire social et une sublimation qui le d&#233;passe. Cela ne fait d'ailleurs que transposer, dans le champ pratique, l'exigence qui surgit de la psychanalyse m&#234;me dans le champ th&#233;orique : ce qui vaut pour le savoir &#233;rotis&#233;, vaut autant pour les relations sociales domin&#233;es par l'imaginaire. Cependant, on est alors conduit vers une dialectique historico-sociale rien moins que simple ; car ces relations, pr&#233;cis&#233;ment parce que conditions de la r&#233;alit&#233;, et lourdement institu&#233;es, ne peuvent pas &#234;tre trait&#233;es &#8211; m&#234;me th&#233;oriquement &#8211; de la m&#234;me fa&#231;on que les objets imaginaires, fussent-ils sociaux, dans le champ individuel. On peut, si l'on veut, &#233;crire que &#171; de l'investissement des f&#232;ces &#224; celui de l'argent &lt;i&gt;il n'y a pour le sujet pas le moindre progr&#232;s&lt;/i&gt;, dans la mesure o&#249; cet investissement t&#233;moigne de la perp&#233;tuation de la cha&#238;ne inconsciente. Que sur d'autres points le sujet ne soit plus le m&#234;me, c'est ce qui n'importe absolument pas au psychanalyste &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M. Tort, &#171; De l'interpr&#233;tation ou la machine herm&#233;neutique &#187;, Les Temps (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13-37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; mais &#224; condition de ne pas se masquer les probl&#232;mes que les &#171; dans la mesure o&#249; &#187; et les &#171; sur d'autres points &#187; contiennent. Dans les faits, il y a entre l'investissement des f&#232;ces et celui de l'argent quelques minces diff&#233;rences : un manieur d'excr&#233;ments risque g&#233;n&#233;ralement l'internement, un manieur d'argent non. Jusqu'&#224; preuve du contraire, la psychose reste un concept psychanalytique, et dire que ce qui s'y rapporte n'importe absolument pas au psychanalyste, c'est parler non pas en psychanalyste mais en dilettante de la th&#233;orie, qui transforme pr&#233;cis&#233;ment l'analyse en &#171; pure &#187; interpr&#233;tation, du reste vide (&#224; savoir, incapable d'interpr&#233;ter m&#234;me la diff&#233;rence entre psychose et n&#233;vrose). Une autre mince diff&#233;rence est qu'une soci&#233;t&#233; de manieurs d'argent peut exister &#8211; et &#233;ventuellement donner naissance &#224; une autre soci&#233;t&#233; &#8211; , et qu'une soci&#233;t&#233; de manieurs d'excr&#233;ments est une fiction incoh&#233;rente. Et la psychanalyse n'aurait rien &#224; traiter ni &#224; penser s'il n'y avait pas soci&#233;t&#233;, production, travail. Faire abstraction de cette consid&#233;ration, c'est reproduire &#171; l'abstraction qui s&#233;pare et oppose l'individu et la soci&#233;t&#233; &#187; [Marx]. Le fait essentiel est que l'excr&#233;ment ne peut &#234;tre qu' objet de l'inconscient, tandis que l'argent, ou l'outil, est aussi objet social &#8211; et cela fait toute la diff&#233;rence au monde, aussi bien concernant l'individu que concernant la soci&#233;t&#233;. Qu'il y ait &#171; perp&#233;tuation de la cha&#238;ne inconsciente &#187; est une chose ; qu'on puisse sous ce pr&#233;texte oblit&#233;rer la distinction entre ali&#233;nation mentale, ali&#233;nation sociale et un au-del&#224; possible de l'ali&#233;nation ne montre que la confusion qui r&#233;sulte n&#233;cessairement d'une intention d'isoler un point de vue psychanalytique pur. Intention d'autant plus insoutenable, qu'il n'y a rien dans l'inconscient qui puisse engendrer et faire exister l'objet argent ou l'objet outil ; la conversion de la pulsion&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;, pr&#233;suppose que l'outil existe, donc qu'il a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; ailleurs. On est ainsi conduit vers le probl&#232;me de la cr&#233;ation social-historique et l'&#233;trange dialectique du r&#233;el et de l'imaginaire que celle-ci instaure, exprim&#233;e dans ce que l'organisation et la survie effectives d'une soci&#233;t&#233; ne sont possibles qu'en fonction d'un syst&#232;me de significations sociales imaginaires, &#224; travers et par lesquelles a cependant lieu l'&#233;mergence lente, heurt&#233;e, contradictoire, d'une capacit&#233; de l'homme &#224; la v&#233;rit&#233; &#8211; son auto-cr&#233;ation comme &lt;i&gt;zoon lagon poion&lt;/i&gt; perp&#233;tuellement m&#233;diatis&#233;e par l'imaginaire individuel et social. Mais voir cela ne signifie pas seulement pr&#233;f&#233;rer l'histoire et la soci&#233;t&#233; au rien, mais aussi accepter d'affronter la dialectique historique, ses obscurit&#233;s, ses ind&#233;terminations ; s'assumer aussi comme sujet social et historique, dans un projet de transformation qui ici encore pourrait se formuler : o&#249; Personne n'&#233;tait, Nous devons devenir, et qui ici encore sait que, pas plus que le &#199;a, il ne peut &#234;tre question d'&#233;liminer ou de ma&#238;triser Personne &#8211; le champ social-historique &#8211; mais d 'instaurer un autre rapport de la collectivit&#233; &#224; son destin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; ces questions, que la psychanalyse ne peut pas ignorer, elle ne peut pas non plus, comme psychanalyse, r&#233;pondre. De ce point de vue aussi, bien que d'une autre fa&#231;on, la psychanalyse appara&#238;t comme essentiellement inachev&#233;e et inachevable.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb13-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Des pages enti&#232;res de &lt;i&gt;L' Avenir d'une illusion&lt;/i&gt;, de &lt;i&gt;Malaise dans la civilisation, &lt;/i&gt;des&lt;i&gt; Nouvelles Conf&#233;rences&lt;/i&gt; pourraient &#234;tre cit&#233;es &#224; ce propos.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;V. Gerald Holton, &#171; O&#249; est la r&#233;alit&#233; ? Les r&#233;ponses d'Einstein &#187;, in &lt;i&gt;Science et synth&#232;se&lt;/i&gt;, Colloque de l'UNESCO. Paris, Gallimard, coll. &#171; Id&#233;es &#187;, 1967, p. 102. Le manifeste &#233;tait sign&#233;, entre autres, par J. Petzold, David Hilbert, F&#233;lix Klein, George Helm, Albert Einstein.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Les citations abondent ; on en trouvera dans des textes aussi tardifs que &lt;i&gt;Die Widerstiinde gegen die&lt;/i&gt; Ps. ( 1925), G. W., XIV, 10 l : &#224; la d&#233;couverte des &#171; mati&#232;res hypoth&#233;tiques &#187; qui sont importantes pour la n&#233;vrose &#171; ... ne conduit encore pour l'instant (&lt;i&gt;vorl&#226;ufig noch&lt;/i&gt;) aucune voie &#187;. D'apr&#232;s Jones (&lt;i&gt;La Vie et l'&#338;uvre de Sigmund Freud&lt;/i&gt;, I, trad. fr., PUF, 1958, p. 286), quelques ann&#233;es apr&#232;s 1925, Freud lui avait &#171; mys&#233;rieusement ... pr&#233;dit que dans une &#233;poque &#224; venir, l'on parviendrait &#224; gu&#233;rir l'hyst&#233;rie (sic) par l'administration de produits chimiques et sans l'aide de quelque traitement psychologique que ce soit &#187;. Aussi, dans la &lt;i&gt;Laienanalyse&lt;/i&gt; (trad. fr. in Ma vie et la psychanalyse, Gallimard, 1949, p. 209 : G.W., XIV, 264) : &#171; D'apr&#232;s l'intime rapport existant entre les choses que nous s&#233;parons entre psychiques et corporelles, on peut entrevoir le jour o&#249; des chemins nouveaux s'ouvriront &#224; la connaissance et, souhaitons-le aussi, au traitement, chemins menant de la biologie des organes et de leur chimisme aux ph&#233;nom&#232;nes de n&#233;vrose. Ce jour semble encore &#233;loign&#233; ... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;V. par exemple les critiques adress&#233;es &#224; la vieille psychologie, &lt;i&gt;Ma vie et la psychanalyse&lt;/i&gt;, trad. fr., p. 82, 134-137. Aussi. G.W., XIV, 101-103.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Abriss&lt;/i&gt;, G.W., XVII p. 67.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ma vie et la psychanalyse&lt;/i&gt;, trad. fr., l.c., p. 193.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Aristote, &lt;i&gt;De anima&lt;/i&gt;, I,1 , 403 a 25 : &lt;i&gt;ta path&#233; logoi en hal&#233; eisin&lt;/i&gt;, les passions ou affections de l'&#226;me sont des discours dans la mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Freud a continu&#233; son auto-analyse jusqu'&#224; la fin de sa vie, y consacrant tous les jours une demi-heure (Jones, l.c., I, 359-360, trad. fr.).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Aristote, &lt;i&gt;&#201;thique &#224; Nicomaque&lt;/i&gt;, A, r. 2, 1094 a 3.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Aristote, &lt;i&gt;Physique&lt;/i&gt;, II, 8, 199 a 15-16.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le behaviourisme &#171; ... se vante dans sa na&#239;vet&#233; d'avoir enti&#232;rement &#233;limin&#233; le probl&#232;me psychologique &#187; (&lt;i&gt;Ma vie et la psychanalyse&lt;/i&gt;, l.c., p. 82). La question de savoir si c'est au physicien ou au philosophe de parler de l'&#226;me, soulev&#233;e par Aristote d&#232;s le d&#233;but du &lt;i&gt;De anima&lt;/i&gt; (I, 1, 403 a 27-403 b 16), y est laiss&#233;e ouverte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Kai gar ton proton oron kai ton eschaton nous estin kai ou logos&lt;/i&gt;. Aristote, &lt;i&gt;&#201;th. Nic.&lt;/i&gt;, VI, 12, 1143 a 35 s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;De Interpretatione&lt;/i&gt;, 9, 18b31-19a7.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Moi et le &#199;a&lt;/i&gt;, trad. fr. (&#233;d. Payot, 1951), p. 175 (G.W., XIII, 245). &#8211; Freud louait Schopenhauer d'avoir reconnu &#171; le primat de l'affectivit&#233; &#187; (G.W., XIV, 86).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;En fin de compte, mode et moment de la cr&#233;ation imaginaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Accompagnant la lettre &#224; Fliess du 25 mai 1897. V. &lt;i&gt;La Naissance de la psychanalyse&lt;/i&gt;. trad. fr., Presses Universitaires de France, 1956, p. 181.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Triebe u. Triebschicks.&lt;/i&gt;, G.W., X, 214.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Proust, &#233;d. de la Pl&#233;iade, I, 551.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C'est &#224; cela que renvoie la phrase de Freud : &#171; Tout r&#234;ve a au moins une place o&#249; il est insondable, comme un ombilic par o&#249; il est li&#233; &#224; l'inconnu &#187; (&lt;i&gt;L'interpr&#233;tation des r&#234;ves,&lt;/i&gt; G.W., II, 116, n. 1). Aussi, &lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;., p. 530 : &#171; Dans les r&#234;ves les mieux interpr&#233;t&#233;s on est souvent oblig&#233; de laisser dans l'obscurit&#233; une place, car on remarque pendant l'interpr&#233;tation qu'il s'y soul&#232;ve une pelote de pens&#233;es de r&#234;ve qui ne se laisse pas d&#233;m&#234;ler et qui aussi n'a pas non plus fourni d'autres contributions au contenu du r&#234;ve. C'est cela l'ombilic du r&#234;ve, la place o&#249; il repose sur l'inconnu. Les pens&#233;es du r&#234;ve, auxquelles on parvient au cours de l'interpr&#233;tation, doivent m&#234;me obligatoirement et de fa&#231;on tout &#224; fait universelle, rester sans aboutissement, et fuient de tous les c&#244;t&#233;s dans le r&#233;seau enchev&#234;tr&#233; de notre monde de pens&#233;es. D'un endroit plus dense de ce lacis se l&#232;ve alors le souhait du r&#234;ve, comme le champignon de son myc&#233;lium. &#187; Les traductions de ce dernier passage, aussi bien dans la &lt;i&gt;Standard Edition&lt;/i&gt; (V, 525) que dans la traduction fran&#231;aise (&#233;d. de 1967, p.446), outre l'aplatissement coutumier du texte de Freud, contiennent un contresens flagrant. [Cf. aussi L' institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;, &#233;d. du Seuil 1975, p. 378-380.]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Il n'y a pour se convaincre qu'&#224; relire &lt;i&gt;Malaise dans la civilisation&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;L'Avenir d'une illusion&lt;/i&gt;. Freud ne s'est jamais interdit de parler du &#171; progr&#232;s social et technique de l'humanit&#233; &#187; (G.W., IX, 4) ; de m&#234;me a-t-il soulign&#233; que la psychanalyse ne peut examiner qu'une des sources de l'institution religieuse, et qu'elle ne demande pour son point de vue ni l'exclusivit&#233;, ni le premier rang : &lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;., 122.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La m&#233;connaissance de la pr&#233;sence de l'universel &#224; chacun de ces niveaux et la confusion des deux constituent la substance de l'argumentation de Politzer. Ce n'est pas seulement, comme l'&#233;crivent Laplanche et Leclaire (&#171; L'inconscient &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; L'Inconscient, VIe Colloque de Bonneval, Paris, &#233;d. Descl&#233;e de Brouwer, 1966, p. 99) qu'il se refuse &#224; &#171; r&#233;aliser &#187; la &#171; loi construite par les savants pour rendre compte des faits &#187;. C'est qu'il nie qu'elle puisse, dans ce cas, &#234;tre construite, et oppose na&#239;vement &#224; l'&#233;nonc&#233; &#171; la pierre est tomb&#233;e &#224; cause de la loi de la gravitation &#187;, l'&#233;nonc&#233; &#171; la pierre est tomb&#233;e parce que je l'ai l&#226;ch&#233;e &#187;, oubliant que le second est essentiellement incomplet et que le premier n'est nullement r&#233;ductible &#224; une simple sommation d'&#233;nonc&#233;s du type du second.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On sait que pour Freud une repr&#233;sentation inconsciente ne peut pas &#234;tre assimil&#233;e &#224; une repr&#233;sentation verbale, et que les repr&#233;sentations inconscientes sont des repr&#233;sentations &#171; de choses &#187;. Cf. &lt;i&gt;Le Moi et le &#199;a&lt;/i&gt;, trad. fr., l.c.., p. 173 ; G.W., XIII, 247. [Aussi G.W., X (&lt;i&gt;Das Unbewusste&lt;/i&gt;), 300.]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On ne peut confondre le probl&#232;me de la topique dans la perspective de Freud et les illustrations &#171; topologiques &#187; que J. Lacan fournit de ses propres conceptions.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ma vie et la psychanalyse&lt;/i&gt;, trad. fr., l.c., p. 135-137 : la psychologie de l'&#201;cole ne fournit rien &#171; ... qu'une liste de divisions et de d&#233;finitions &#187;, elle &#171; n'a jamais pu fournir... le sens des r&#234;ves &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; ... esprit et &#226;me sont objets de la recherche scientifique exactement de la m&#234;me fa&#231;on que n'importe quelles choses &#233;trang&#232;res &#224; l'homme. &#187; &#171; Nouvelles Conf&#233;rences &#187;, G.W., X, 171.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Freud &#233;crira en 1925 : &#171; &#8230;instances ou syst&#232;mes ... des relations r&#233;ciproques desquels on parle selon une fa&#231;on de s'exprimer spatiale, sans pour autant chercher ainsi une liaison avec l'anatomie r&#233;elle du cerveau &#187; (G.W., XIV, 58). Il suffit cependant de lire le chapitre Le Moi et le &#199;a, &#233;crit quelques ann&#233;es auparavant, pour s'apercevoir que les &#171; propagations &#187; des charges psychiques n'y sont pas des simples fa&#231;ons de s'exprimer&#8212; tout aussi peu que la phrase &#233;tonnante : &#171; Le moi est avant tout une entit&#233; corporelle, non seulement une entit&#233; tout en surface, mais une entit&#233; correspondant &#224; la projection d'une surface &#187; (trad. fr., l.c., p. 179). Il y dit aussi que la &#171; p roximit&#233; spatiale &#187; de la conscience au monde ext&#233;rieur &#171; doit &#234;tre entendue non seulement au sens fonctionnel, mais aussi au sens anatomique &#187; (p. 172) &#8211; pour &#233;voquer, il est vrai quelques lignes plus loin les difficult&#233;s auxquelles on se heurte lorsqu'on prend la repr&#233;sentation spatiale, topique, &#171; trop au s&#233;rieux &#187;. (G.W., XIII, 246-247, 253.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Comme le lieu du Tim&#233;e, &#171; de toute gen&#232;se r&#233;ception et comme nourrice &#187; (49 a),&#171; sorte d'&lt;i&gt;eidos&lt;/i&gt; invisible et informe, qui re&#231;oit tout, qui participe de l'intelligible de la fa&#231;on la plus embarrassante (&lt;i&gt;apo&#173;rotata p&#233;&lt;/i&gt;), et qui est le plus insaisissable ... &#187; (51 a-b) ; &#171; et il y a tou&#173;jours un troisi&#232;me genre, le lieu (&lt;i&gt;chora&lt;/i&gt;), incorruptible, fournissant si&#232;ge &#224; toutes choses qui naissent, lui-m&#234;me tangible hors toute sensa&#173;tion &#224; une r&#233;flexion b&#226;tarde, &#224; peine croyable, que nous visons comme en r&#234;ve en disant qu'il est n&#233;cessaire que tout l'&#234;tre soit quelque part, en un certain lieu et poss&#233;dant une certaine place, et que ce qui n'est pas quelque part, ni sur terre ni dans le ciel, n'est rien &#187; (52 a-b). [Cf. L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;, I.e., p. 260-279.]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Aristote &lt;i&gt;Physique&lt;/i&gt;, III, 1, 201a9-15 ; V, 2, 226 a 26-28 ; VII, 3, 248 a 6-9. &#171; L'imagination et l'opinion paraissent &#234;tre des sortes de mouvement &#187; : Vlll, 3, 254 a 29. Cf. aussi &lt;i&gt;De anima&lt;/i&gt;, III, 3, 428 b12&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cantor, &lt;i&gt;Lettre &#224; Dedekind du 28 juillet 1899&lt;/i&gt;, Ges. Abh., p. 444.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Dialectique au sens d'Aristote : &lt;i&gt;exetastik&#232;&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Topique&lt;/i&gt;, I, 2, 101 b 3), &lt;i&gt;erot&#233;sis antiphaseos&lt;/i&gt; (An. pr., I, 1, 24 a 24) et de Kant : logique de l'apparence et critique de l'apparence.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir par exemple les discours de Glaucon et d'Adimante dans le Livre II de &lt;i&gt;La R&#233;publique&lt;/i&gt;, 358 e-368 e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Mais certes, l'infantilisme est destin&#233; &#224; &#234;tre surmont&#233;. Les hommes ne peuvent pas rester, pour toujours, des enfants ; ils doivent &#224; la fin sortir dehors, dans 'la vie hostile'. Nous pouvons appeler cela '&#233;ducation &#224; la r&#233;alit&#233;' ... En retirant leurs espoirs de l'autre monde, et en concentrant toute leur &#233;nergie lib&#233;r&#233;e sur leur vie sur terre, ils r&#233;ussiront probablement &#224; r&#233;aliser un &#233;tat de choses o&#249; la vie sera tol&#233;rable pour chacun et la civilisation n'opprimera plus personne &#187; (&lt;i&gt;L' Avenir d'une illusion&lt;/i&gt;, G.W., XIV. 373-374). Aussi : &#171; Le temps est venu, comme il vient dans un traitement analytique, de remplacer les effets du refoulement par les r&#233;sultats de l'op&#233;ration rationnelle de l'intellect &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;., 368).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Les probl&#232;mes que ce terme peut soulever n'ont jamais conduit Freud &#224; le mettre entre guillemets.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Totem et Tabou&lt;/i&gt;, G.W., IX, 92.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;G.W., XIV, 457.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Il suffit de rappeler son attitude &#224; l'&#233;gard de la religion, comme ses formulations r&#233;p&#233;t&#233;es sur l'exc&#232;s (&#171; injustifi&#233; &#187;) de r&#233;pression des pulsions par la soci&#233;t&#233;, et la demande souvent exprim&#233;e d'un changement de la soci&#233;t&#233; &#224; cet &#233;gard (dont il voyait clairement les implications globales) : par exemple &#171; la psychanalyse d&#233;voile les faiblesses de ce syst&#232;me (&lt;i&gt;i.e.&lt;/i&gt; de la r&#233;pression des pulsions telle qu'elle est institu&#233;e &#224; pr&#233;sent) et conseille qu'il soit modifi&#233; &#187;, G.W., XIV, 106-107. V. aussi la critique de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, &lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;. 504, et l'espoir d'une &#171; pathologie des collectivit&#233;s culturelles &#187;, &lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;. 504-505.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;M. Tort, &#171; De l'interpr&#233;tation ou la machine herm&#233;neutique &#187;, &lt;i&gt;Les Temps modernes&lt;/i&gt;, mars 1966, p. 1641. Les mots soulign&#233;s le sont dans l'original.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Essai sur la b&#234;tise : le discernement</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?986-Essai-sur-la-betise-le</link>
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		<dc:date>2019-11-28T10:24:03Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Insignifiance</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
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		<dc:subject>Adam M.</dc:subject>
		<dc:subject>B&#234;tise</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me partie des Prol&#233;gom&#232;nes de l'&#171; Essai sur la b&#234;tise &#187; de Michel Adam, Puf 1975, pp. 26-38. Les intertitres sont de nous. On pourra &#233;galement lire la premi&#232;re partie : &#171; Essai sur la b&#234;tise : l'autre &#187; Apr&#232;s avoir situ&#233; la b&#234;tise chez autrui, il nous faut constater que cela ne forme qu'un pr&#233;ambule. Ce n'est en rien constitutif de la b&#234;tise. Nous devons d&#233;limiter maintenant le champ d'action de cette b&#234;tise, pour l'esprit de celui que l'on peut qualifier ainsi. Nous (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Deuxi&#232;me partie des Prol&#233;gom&#232;nes de l'&#171; Essai sur la b&#234;tise &#187; de Michel Adam, Puf 1975, pp. 26-38. Les intertitres sont de nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourra &#233;galement lire la &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?985-Essai-sur-la-betise-l-autre' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;premi&#232;re partie : &#171; Essai sur la b&#234;tise : l'autre &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir situ&#233; la b&#234;tise chez autrui, il nous faut constater que cela ne forme qu'un pr&#233;ambule. Ce n'est en rien constitutif de la b&#234;tise. Nous devons d&#233;limiter maintenant le champ d'action de cette b&#234;tise, pour l'esprit de celui que l'on peut qualifier ainsi. Nous l'envisagerons par rapport au discernement. Tout d'abord qu'entendons-nous ici par ce mot ? Il ne s'agit pas tant du fait de la r&#233;flexion que de sa capacit&#233; en quelqu'un. C'est un probl&#232;me de perspicacit&#233;. On poss&#232;de une description de ses exigences dans la troisi&#232;me R&#232;gle cart&#233;sienne pour diriger son esprit. S'il ne faut rien abandonner &#224; la conjecture, si on doit faire confiance &#224; &#171; la conception ferme d'un esprit pur et attentif &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Regulae ad directionem ingenii, &#233;d. Adarn-Tannery, t. X, p. 368 ; trad. G. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, si on obtient une certitude d&#233;riv&#233;e &#171; par un mouvement continu et ininterrompu de la pens&#233;e qui a une intuition claire de chaque chose &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 369 ; trad. p. 23.&#034; id=&#034;nh14-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le travail de l'intelligence, l'emploi d'une m&#233;thode ne doivent pas faire oublier qu'il s'agira de la perspicacit&#233;, de la sagacit&#233; de quelqu'un. Et nous ne pouvons, dans notre &#233;tude, d'autant moins l'oublier que la difficult&#233; du sot lui vient le plus souvent de la difficult&#233; qu'il &#233;prouve d'&#234;tre&#8230; avec lui-m&#234;me. Mais puisque nous &#233;voquons Descartes, comment ne pas rap&#173;peler que pour lui l'erreur vient de l'inad&#233;quation entre la volont&#233; et l'intelligence. Si l'intelligence n'a pas &#233;t&#233; suffisamment sensible aux exigences de la m&#233;thode, elle peut proposer pour vrai ce qui n'est qu'hypoth&#233;tique. &#171; D'o&#249; est-ce donc que naissent nos erreurs ? c'est &#224; savoir, de cela seul, que la volont&#233; &#233;tant beaucoup plus ample et plus &#233;tendue que l'entendement, je ne la contiens pas dans les m&#234;mes limites, mais que je l'&#233;tends aussi aux choses que je n'entends pas ; auxquelles &#233;tant de soi indiff&#233;rente, elle s'&#233;loigne fort ais&#233;ment, et choisit le mal pour le bien, ou le faux pour le vrai. Ce qui fait que je me trompe, et que je p&#232;che &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#233;ditations m&#233;taphysiques, IV, &#233;d. Adam-Tannery, t, IX, p. 46.&#034; id=&#034;nh14-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Le manque de discernement est ainsi une faiblesse de l'esprit : qu'on se rappelle qu'&lt;i&gt;imbecillus&lt;/i&gt; en latin veut dire &lt;i&gt;faible&lt;/i&gt;. Le discernement exige la ma&#238;trise de soi ; la pens&#233;e et le dynamisme propre &#224; l'action se trouvent ainsi associ&#233;s. L'intellectuel et l'&#233;thique sont renvoy&#233;s l'un &#224; l'autre. La connaissance honn&#234;te comporte le go&#251;t de l'effort, le sens de l'analyse qui demande l'engagement de soi, la responsabilit&#233;. La pens&#233;e qui veut aller jusqu'au bout de ses exigences a besoin des hommes les meilleurs, les plus dignes. La connaissance du vrai postule l'enthousiasme et le sens du sacrifice ; il faut ainsi un pr&#233;alable &#224; l'exposition de la pens&#233;e, dans le dynamisme existentiel du sujet concern&#233;. Le souci du discernement demande le courage d'un homme pr&#234;t &#224; s'affronter aux difficult&#233;s de l'opacit&#233; de la connaissance premi&#232;re et aux pi&#232;ges de la pens&#233;e na&#239;ve.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;La b&#234;tise pourrait se d&#233;finir comme une attitude&lt;br class='manualbr' /&gt;de contentement devant une connaissance illusoire&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
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&lt;p&gt;Par opposition, la b&#234;tise pourrait se d&#233;finir comme une attitude de contentement devant une connaissance illusoire. Le discernement n'a pas &#233;t&#233; utilis&#233; et la pens&#233;e fallacieuse est accept&#233;e pour valable. Il s'agit d'une croyance aveugle. C'est ce que l'on peut reprocher &#224; ceux qui &#171; n'ayant presque jamais fait usage de leur esprit croient sans discernement tout ce qu'on leur dit&#8230; sont ordinairement des stupides et des esprits faibles &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Malebranche, Recherche de la v&#233;rit&#233;, IV, III, &#167; 3 (Vrin, &#338;uvres compl&#232;tes, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Le discernement n'est pas simplement un regard sur les connaissances, mais bien le dynamisme m&#234;me de l'esprit qui m'engage envers le savoir que j'accepte. Ma v&#233;rit&#233; me juge ; elle correspond &#224; ce que je suis capable de supporter. L'homme de l'illusion se berne lui-m&#234;me en acceptant pour vraie l'opinion, par inaptitude personnelle &#224; exiger de lui la constitution d'une v&#233;rit&#233; authentique. C'est parce que ce pseudo-penseur fera illusion qu'il aura en m&#234;me temps l'illusion de n'&#234;tre pas coupable vis-&#224;-vis de sa sottise. Peut-il s'en vouloir de ne pas chercher le vrai, puisqu'il fabule quant au contenu, &#224; la modalit&#233; de son vrai. On peut remarquer ici la difficult&#233; m&#234;me de la sinc&#233;rit&#233;, qui ne consiste pas &#224; se conna&#238;tre par rapport &#224; l'&#234;tre mais en fonction du devoir-&#234;tre, et non un devoir-&#234;tre purement subjectif, mais le devoir-&#234;tre tel que je peux l'&#233;laborer &#224; l'&#233;coute des exigences mentales en moi, rationnelles ou spirituelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le souci du discernement se manifeste d'autant mieux qu'il y a un obstacle existentiel. Le sens du tragique peut remplir cette fonction. La saisie d'une difficult&#233; tragique fera s'effondrer les &#226;mes faibles et stimulera, au contraire, les psychismes dynamiques. Il ne suffit donc pas au tragique d'&#234;tre sous-jacent &#224; la r&#233;flexion de quelqu'un ; il faut qu'il ait une valeur agonistique. Hamlet se heurte bien au tragique ; il en saisit l'exigence, mais sa faiblesse de constitution fait qu'il lui est impossible de l'affronter comme tel. Cet aspect de &lt;i&gt;tout ou rien&lt;/i&gt; du tragique est un appel au h&#233;ros de la vie difficile. Le faible cherche &#224; comprendre, mais ne peut se hausser &#224; la dimension m&#234;me du tragique.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;L'esprit peut dormir, personne ne propose plus rien &#224; d&#233;chiffrer.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il suffit de r&#233;p&#233;ter ce que l'on a toujours dit.&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
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&lt;p&gt;Cependant, ce n'est m&#234;me pas &#224; ce niveau que la b&#234;tise parviendra. Le sot ignore le tragique ; il ne peut en atteindre la valeur de d&#233;passement, de transcendance. Il ne cherchera pas &#224; le discerner ; car il s'aveuglera pour en nier la qualit&#233;. Le sot sera l'homme de la pens&#233;e claire, &#224; contretemps. En affrontant le tragique, on peut s'efforcer de d&#233;chiffrer son propre destin. Le sot n'a pas de destin, il n'a pas d'histoire ; il n'a qu'une maturation. Le tragique ne pourra donc pas jouer son r&#244;le de provocation au discernement, puisque le tragique est ni&#233; comme une inconvenance dans le domaine de la routine et du quotidien. En pr&#233;sence du tragique, le sot cherchera une mise en forme rationnelle de son probl&#232;me. Mais la pens&#233;e ainsi exprim&#233;e sera une pens&#233;e subie, une sorte de passion, une pens&#233;e toute faite, car elle n'est pas capable de viser la valeur authentique du tragique ; elle d&#233;videra une formulation neutre, passe-partout, au lieu de chercher une rencontre entre sa pens&#233;e signifiante et l'&#233;v&#233;nement propos&#233; par le monde. La pens&#233;e formul&#233;e ne sera pas un acte de l'esprit, mais une tentative de placage, une consolation de l'esprit pour ramener &#224; des formules toute faites l'originalit&#233; suggestive des &#233;v&#233;nements du monde. Ainsi rien n'est plus inqui&#233;tant, il n'y a plus &#224; faire front, il est possible de pratiquer une &#233;conomie de pens&#233;e. Tout va de soi dans ce monde. Les explications habituelles sont disponibles ; le temps n'est plus ni harcelant, ni &#233;nigmatique. L'esprit peut dormir, personne ne propose plus rien &#224; d&#233;chiffrer. Il suffit de r&#233;p&#233;ter ce que l'on a toujours dit. La caverne platonicienne se porte bien ; les ombres suffisent pour comprendre les &#233;v&#233;nements. Tout est ph&#233;nom&#232;ne, tout est opinion, tout va de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sot et le faible se trouvent pris dans la facticit&#233;. Le milieu ou les difficult&#233;s ne les stimulent pas ; ils s'abandonnent au donn&#233;. Celui-ci est pr&#233;sent&#233; d'une fa&#231;on globale, il est saisi comme un tout. Le discernement consiste &#224; effectuer un tri, &#224; d&#233;terminer ce qui est important et ce qui ne l'est pas ; la pens&#233;e se fait indigente envers certains aspects du r&#233;el pour privil&#233;gier les autres, parce qu'ils ont un sens pour une conduite &#224; tenir dans le monde. Ainsi le discernement est activit&#233; de l'esprit dans la s&#233;paration qu'il effectue, en pr&#233;sence des &#233;l&#233;ments &#233;pars du r&#233;el. L'esprit de discernement r&#233;partit son attention dans le r&#233;el en le divisant selon la signification et la valeur que celui-ci peut pr&#233;senter pour l'esprit. La b&#234;tise, &#224; l'inverse, consistera dans la confusion du r&#233;el, dans l'indivision de ce qui est donn&#233;. Elle recevra, sans esprit d'analyse, le divers du monde et en fera sa p&#226;ture, r&#233;p&#233;tant un mot sans comprendre, confondant en fonction d'une audition d&#233;fectueuse, ne cherchant &#224; saisir un sens pour lui-m&#234;me, &#224; le situer par rapport &#224; son propre savoir. &#171; Je n'ai point les yeux assez per&#231;ants pour le discerner, ni la raison assez hardie pour l'expliquer, ni l'esprit assez d&#233;velopp&#233; pour le saisir et pouvoir r&#233;pondre &#224; toutes les questions qu'on peut soulever l&#224;-dessus &#187;, dit saint Augustin, &#224; propos d'un myst&#232;re chr&#233;tien&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De Trinitate, III, ro, 21 (Patrologie latine, t. 42, col. 881 ; trad. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais il sait les limites de son esprit &#224; ce sujet, ce qui est une fa&#231;on d&#233;riv&#233;e de discernement. L'imb&#233;cile, lui, ne s'en serait pas rendu compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On soup&#231;onne ainsi que la fa&#231;on employ&#233;e par l'homme pour se situer dans le monde et affronter ses propres probl&#232;mes renvoie &#224; une donn&#233;e plus originaire que la fa&#231;on dont il organise le monde ou dont il pose le probl&#232;me. Le monde n'est tel que pour celui qui se le repr&#233;sente, le probl&#232;me est probl&#232;me de quelqu'un. Il est donc impossible d'&#233;valuer simplement en termes &#233;pist&#233;mologiques un monde &#8211; f&#251;t-ce une repr&#233;sentation scientifique &#8211; et un probl&#232;me. Cela renvoie &#224; une psychologie &#224; r&#233;sonance axiologique. Le monde d'un savant ou d'un peuple fatigu&#233; ne sera pas identique &#224; celui d'un savant ou d'un peuple dynamique. Le discernement n'est pas d'abord un probl&#232;me d'objectivit&#233;, mais de conversion de subjectivit&#233;. Que l'on se souvienne du sens de l'entreprise scientifique de Lucr&#232;ce : il s'agit de lib&#233;rer l'homme de ses peurs et de ses fantasmes. Bachelard a suffisamment montr&#233; que les obstacles &#233;pist&#233;mologiques ne sont pas dans le monde, mais dans les mentalit&#233;s ; et Robert Lenoble a repris ce th&#232;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Histoire de l'id&#233;e de nature, Albin Michel, 1969, pp. 28-29.&#034; id=&#034;nh14-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce n'est pas seulement la technique qui fait &#233;voluer la science, mais la r&#233;trogradation de la crainte de la nature dans la sensibilit&#233; des savants. Il en sera de m&#234;me dans le discernement moral. Les actions &#224; effectuer dans le monde d&#233;pendront du courage ou de la peur des agents moraux. Combien de morales r&#233;put&#233;es aust&#232;res ne sont que des facilit&#233;s, puisque l'ob&#233;issance passive suffit pour les mettre en pratique. Il n'est besoin que d'un rep&#233;rage et non de discernement axiologique. Rien n'est plus &#224; craindre, quand on ob&#233;it b&#234;tement !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute on peut dire que la sottise consiste &#224; manquer de jugement et par l&#224; n'atteint jamais ce qui a une valeur authentique. Il n'y a pas seulement une attitude de crainte ; il faut pr&#233;ciser que le discernement correspond &#224; un engagement de la personne non par rapport &#224; une t&#226;che &#224; faire, mais par rapport au jugement concernant ce qu'il faudrait faire. Or ceci n'existe que dans une attitude de d&#233;f&#233;rence, de v&#233;n&#233;ration. Si le sot manque toujours l'essentiel, c'est parce que pour lui l'essentiel n'est pas l'objet d'un manque. Ainsi fait d&#233;faut le point de d&#233;part psychologique de l'attitude axiologique de l'admiration. Le sot ne vit ses probl&#232;mes qu'en fonction de leur signification imm&#233;diate, de leur aspect fonctionnel. Il ne s'&#233;l&#232;ve pas jusqu'&#224; leur sens. Il ne voit pas que la valeur de l'admiration consiste &#224; aller au-del&#224; des objets pour en constituer la valeur. Devant le monde, l'homme juge, pense, &#233;value, c'est-&#224;-dire qu'il se fait disponible pour les qualit&#233;s profondes qu'il discerne en pr&#233;sence des objets ; c'est ainsi que les objets deviennent localisation d'une t&#226;che pour l'homme. Par le discernement, les objets sont non plus ce qu'ils sont, mais ce qu'ils doivent &#234;tre pour l'esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette tension axiologique, le discernement ne se manifeste que si je d&#233;cide d'obtenir une connaissance telle qu'elle soit la plus claire et la plus distincte possible, si l'homme prend les &#171; moyens de se fortifier l'entendement pour discerner ce qui est le meilleur en toutes les actions de la vie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Descartes, Lettre &#224; Elisabeth (15 septembre 1645), &#233;d. Adam-Tannery, t. IV, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Descartes pr&#233;cise que deux exigences doivent se pr&#233;senter pour bien juger : la connaissance de la v&#233;rit&#233; et l'acquiescement &#224; cette v&#233;rit&#233;. Mais c'est une v&#233;ritable habitude qu'il faut constituer &#171; pour &#234;tre toujours dispos&#233; &#224; bien juger &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 295.&#034; id=&#034;nh14-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'attention ne peut pas &#234;tre ma&#238;tris&#233;e d'une fa&#231;on continue, il faut donc que notre jugement par une m&#233;ditation suivie devienne une habitude. Ainsi, le logicien comme l'homme rompu &#224; la dialectique pourront rep&#233;rer autant les ressemblances que les dissemblances, constituer les genres et les esp&#232;ces, effectuer les dichotomies ; telle &#233;tait la d&#233;marche socratique en qu&#234;te de la d&#233;finition. Par le discernement, l'homme d&#233;couvre le savoir-faire et la connaissance du vrai r&#233;el. Le discernement est une authentique mobilisation de l'esprit, un engagement, un rassemblement du moi pour me mettre au service du vrai et de l'&#233;lan qui se constitue &#224; son service. Il manquera au sot autant l'aptitude &#224; se recueillir en lui-m&#234;me que la disponibilit&#233; pour la v&#233;rit&#233;. Il se perdra dans l'inauthentique tant en lui que hors de lui.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Le sot est celui qui ne pouvant atteindre les valeurs&lt;br class='manualbr' /&gt;qui fondent l'&#233;valuation se constituera un syst&#232;me raisonnable&lt;br class='manualbr' /&gt;justifiant un point de vue dans lequel il n'aura plus &#224; penser. &lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_espace&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Partons maintenant de ce texte de Chamfort : &#171; C'est un sot, c'est un sot, c'est bient&#244;t dit : voil&#224; comme vous &#234;tes extr&#234;me en tout. &#192; quoi cela se r&#233;duit-il ? Il prend sa place pour sa personne, son importance pour du m&#233;rite, et son cr&#233;dit pour une vertu. Tout le monde n'est-il pas comme cela ? Y a-t-il l&#224; de quoi tant crier ? &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Maximes et pens&#233;es, &#171; 10/18 &#187;, 1963, pp. 66-67&#034; id=&#034;nh14-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce texte nous conduira vers la perspective souhaitable pour mieux situer encore le discernement. Les r&#233;f&#233;rences choisies par Chamfort pour parler de la sottise ne concernent pas seulement la d&#233;termination du vrai et du faux, du bien ou du mal, du beau ou du m&#233;diocre, mais la signification, le sens de la personne. Il semble que ce soit simplifier le probl&#232;me que de dire qu'un sot est incapable d'acc&#233;der &#224; leur niveau. En r&#233;alit&#233;, il a donn&#233; d'abord un sens &#224; sa conduite qui l'am&#232;ne &#224; faire de sa place, de son importance et de son cr&#233;dit son beau, son vrai et son bien. Le discernement devient non plus l'aptitude &#224; saisir les concepts dans leur compr&#233;hension, mais au contraire &#224; choisir un sens pour en vivre. La pens&#233;e n'est pas organisation de concepts, elle est recherche de la signification de cette organisation. Le sot n'est pas celui qui se trompe, il est celui qui pense mal, parce que les significations qu'il donne &#224; sa conduite sont mesquines et vulgaires. Nous pensons donc qu'il est souhaitable de d&#233;passer les donn&#233;es socratiques et cart&#233;siennes sur ce probl&#232;me et de nous situer d&#233;sormais dans la perspective nietzsch&#233;enne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La position de cet aspect de la r&#233;flexion nietzsch&#233;enne se trouve dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, selon laquelle le probl&#232;me de l'engagement dans la pens&#233;e pr&#233;c&#232;de la recherche du vrai et se situe au niveau du sens &#224; donner &#224; la vie m&#234;me. Il ne s'agit pas d'abord de dire ce qui est la v&#233;rit&#233;, mais d'&#233;noncer ce qu'est la v&#233;rit&#233;, c'est-&#224;-dire ce qu'est son sens. Il n'y a pas de b&#234;tise parce que le sens&#233; discernera une v&#233;rit&#233; immuable et le sot le contraire de cette v&#233;rit&#233;. Les savants qui ont &#233;nonc&#233; des lois physiques rejet&#233;es dans l'histoire ne sont pas sots pour autant. Mais ceux qui ne peuvent pas comprendre cette v&#233;rit&#233;, tout comme ceux qui font de l'&#233;nonciation de cette v&#233;rit&#233; un principe de tranquillit&#233;, de confort intellectuel sont des sots. Celui qui accepte passivement un code moral n'est pas plus sensible aux exigences de la pens&#233;e que celui qui se r&#233;fugie dans une th&#233;orie pseudo-rationnelle, cherchant &#224; s'&#233;viter tout sentiment de culpabilit&#233;, pour n'avoir pas &#224; souffrir de l'affrontement de sa propre histoire et du sens de ses actions. Ainsi, on peut &#233;noncer sottement des principes intellectuels. La sottise ne consiste pas &#224; proposer des erreurs ; elle r&#233;side tout enti&#232;re dans une fa&#231;on de penser l&#226;che et vulgaire. On sait que le probl&#232;me nietzsch&#233;en est un probl&#232;me de g&#233;n&#233;alogie. Il faut chercher l'origine des valeurs dont l'homme se sert, et mettre &#224; la question cette origine. Peut-&#234;tre le vrai probl&#232;me consiste-t-il &#224; chercher pourquoi une pens&#233;e peut ne pas penser, pourquoi ses valeurs ne sont pas authentiques, pourquoi un nivellement de l'esprit est recherch&#233;. La vraie pens&#233;e est pens&#233;e qui affronte, qui doute, qui cherche, qui ne s'arr&#234;te pas, qui manie son courage contre les pens&#233;es &#233;tablies. Aussi contre la b&#234;tise il faut accepter l'affrontement, et c'est la raison pour laquelle le sot est toujours un autre. Mais l'autre est donn&#233; comme pr&#233;sent. La r&#233;flexion sur la b&#234;tise n'est jamais un calme discernement, comme la recherche d'une v&#233;rit&#233; immuable qu'un Malebranche menait apr&#232;s avoir tir&#233; les rideaux de son cabinet de travail. Elle est au contraire mise en question du sens de l'homme dans le monde. Au-del&#224; des normes il y a les valeurs. Le sot est celui qui ne pouvant atteindre les valeurs qui fondent l'&#233;valuation se constituera un syst&#232;me raisonnable justifiant un point de vue dans lequel il n'aura plus &#224; penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le manque de discernement se trouvera aussi dans l'engourdissement de la pens&#233;e que constitue la routine. Qu'on se rappelle ici la signification du mythe d'Er. Platon nous montre celui qui choisit le premier s'engager d'une fa&#231;on impatiente et imprudente dans la vie d'un tyran&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;publique, X, 619 b-c ; cf. Ph&#233;don, 81 d - 82 b.&#034; id=&#034;nh14-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il n'examine pas ce &#224; quoi l'expose son choix ; il a bonne conscience ! Il s'est laiss&#233; surprendre, car il n'&#233;tait pas habitu&#233; au discernement. C'&#233;tait une &#226;me habitu&#233;e. Il agissait conform&#233;ment au bien dans son autre vie, mais il n'&#233;tait pas exerc&#233; au jugement. Il avait peu souffert ; la r&#233;flexion lui &#233;tait inutile. Il pensait savoir d'embl&#233;e ce qu'il fallait faire. Par son choix inconsid&#233;r&#233;, il s'est puni lui-m&#234;me. C'est un faible parce qu'il a &#233;t&#233; l&#226;che devant l'exigence de r&#233;flexion. C'est l'homme de la facilit&#233; qui est condamn&#233; en lui. Ce brave homme, trop ami de l'ordre, n'&#233;tait qu'un sot. Il a pris l'ordre pour une fin en soi. Il veut le diriger dans son autre vie ; il en sera victime. Dans son ancienne vie, il n'a pas vraiment agi ; c'est l'habitude de l'activit&#233; moyenne qui agissait pour lui. Ainsi cet homme n'est pas coupable d'avoir choisi un mauvais style de vie ; il est coupable d'avoir refus&#233; l'exercice de la pens&#233;e dans la vie ant&#233;rieure. Il a pu &#234;tre r&#233;compens&#233; des actes bons &#8211; pendant mille ans &#8211; mais ce n'est plus d'actes qu'il s'agit ici, bien plut&#244;t de qualit&#233; d'&#226;me. L'homme va payer son inconscience m&#233;taphysique ; il ne sait pas ce que c'est qu'&#234;tre homme. Il ne suffit pas pour cela d'agir. Il faut penser le sens de ses actes. L'acte m&#233;canique n'est qu'une paresse d'esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le discernement, comme les analyses pr&#233;c&#233;dentes l'ont montr&#233;, ne concerne pas seulement le donn&#233; imm&#233;diat. Il vise la possibilit&#233; de d&#233;passer sans cesse ce qu'il vient de reconna&#238;tre. Il a, selon l'expression de Malebranche, toujours du &#171; mouvement pour aller plus loin &#187;, Chaque savant sait qu'une loi physique n'est qu'une connaissance approch&#233;e et que celle-ci est remplac&#233;e par une autre pour rendre compte du r&#233;el d'une fa&#231;on encore moins contingente. L'homme sens&#233; reconna&#238;tra qu'il en est de m&#234;me dans l'effort d'&#233;lucidation qu'il fait de ses propres probl&#232;mes pratiques. Un probl&#232;me trop clair risque bien d'&#234;tre trop superficiel et de ne pas &#234;tre marqu&#233; du dynamisme de la pens&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut &#233;voquer ici ce texte de Leibniz, Monadologie, 61, &#233;d. Jalabert, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'homme sens&#233; sait qu'il ne doit pas arr&#234;ter sa pens&#233;e ; il sait qu'une volont&#233; de r&#233;ussite pratique ne poss&#232;de qu'une part de v&#233;rit&#233; et que la v&#233;rit&#233; exige la contestation pour obtenir une v&#233;rit&#233; plus riche et plus profonde. La recherche de la v&#233;rit&#233; ouvre le d&#233;sir d'infini de l'esprit. Aussi le sot peut seul croire que tout est donn&#233; dans une affirmation, dans une pens&#233;e prononc&#233;e. Seul l'esprit qui cherche &#224; &#233;lucider de plus en plus sait que le discernement v&#233;ritable conduira l'esprit toujours plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le discernement n'est pas seulement aptitude &#224; comprendre le pr&#233;sent ; il est surtout pr&#233;voyance de l'avenir. Il exige de celui qui le pratique la qualit&#233; d'&#234;tre avis&#233;. On se reproche &#224; soi-m&#234;me de n'avoir rien pr&#233;vu. Mais on est en droit de le reprocher encore plus &#224; ceux qui veulent sans comp&#233;tence se m&#234;ler des affaires publiques et entrent ainsi dans l'histoire pour la faire, c'est-&#224;-dire pour la pr&#233;parer. Il ne s'agit pas seulement d'imprudence, ni m&#234;me d'incapacit&#233; ou de manque de clairvoyance. La qualit&#233; de l'esprit est encore plus profond&#233;ment en cause. Ainsi, &#224; l'issue de la d&#233;faite de 1870, Taine &#233;crivait &#224; John Durand, son traducteur am&#233;ricain : &#171; La sottise de nos gouvernants est inexplicable. Ils ignoraient tout, ils ne savaient ni le chiffre des soldats prussiens, ni l'&#233;tat et la pr&#233;paration de cette immense arm&#233;e, ni la passion nationale des Allemands &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par Michel Mohrt, Les intellectuels devant la d&#233;faite (1870), Corr&#233;a, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Ce discernement n'&#233;tait pas une fa&#231;on de voir, mais une n&#233;cessit&#233; d'agir. Il fallait aller se documenter de mani&#232;re f&#233;conde sur les forces de l'adversaire, sur son &#233;tat d'esprit. Il fallait prendre des initiatives pour former son jugement et pr&#233;parer son action. Le projet fait partie de la pens&#233;e. Pour employer un mot qui a pris ses lettres de noblesse, la prospective est une fa&#231;on r&#233;aliste de penser le temps, et d'exp&#233;rimenter son existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme intelligent est un homme habile. Nous venons de voir que le discernement prend l'allure d'une conduite de divination, de pressentiment de l'avenir pour le pr&#233;parer. Mais l'impossibilit&#233; de d&#233;couvrir ce qui est encore cach&#233; n'est pas pour autant un obstacle &#224; l'aptitude au discernement. Il semble que celui-ci poss&#232;de, par la souplesse de son esprit, la capacit&#233; de se mouvoir dans un univers dont il ne poss&#232;de pas toutes les coordonn&#233;es ; c'est comme la disponibilit&#233; n&#233;cessaire &#224; une visite que l'on fait dans une maison o&#249; l'on se rend pour la premi&#232;re fois. L'attention manifest&#233;e permet de ne pas choquer, de ne pas gaffer. On donne l'impression de savoir sans savoir. On dispose de l'univers et on semble deviner les harmoniques &#224; chaque impression ressentie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut &#233;voquer ce texte du roman posthume de Giraudoux, La menteuse, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le discernement fait appel &#224; la perspicacit&#233; pour trouver la bonne conduite ; cela devient une habilet&#233;, presque un art. Celui qui peut ainsi discerner vit comme un sage dans le monde, il n'est plus d&#233;pendant des circonstances ; il appara&#238;t comme le plus rus&#233; des hommes, simplement parce qu'il est le plus sensible &#224; ce qu'exige le monde de celui qui veut s'y mouvoir avec aisance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce besoin de discernement n'est pas tellement rationnel ; la passion peut m&#234;me le donner et c'est ainsi, par compensation dit Balzac, que l'esprit vient aux femmes. Il rapporte le cas d'un mari oblig&#233; de rester un soir au logis conjugal, acceptant de se faire servir un caf&#233; par sa femme et constatant que celle-ci, piqu&#233;e au jeu, n'est pas si sotte que cela. &#171; Ce mari, homme assez sup&#233;rieur, est tout &#233;tonn&#233; de trouver l'esprit de sa femme orn&#233; des connaissances les plus vari&#233;es, le mot propre lui arrive avec une merveilleuse facilit&#233; ; son tact et sa d&#233;licatesse lui font saisir des aper&#231;us d'une nouveaut&#233; gracieuse. Ce n'est plus la m&#234;me femme. Elle remarque l'effet qu'elle produit sur son mari ; et, autant pour se venger de ses d&#233;sirs, que pour faire admirer l'amant de qui elle tient, pour ainsi dire, les tr&#233;sors de son esprit, elle s'anime, elle &#233;blouit &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Balzac, Physiologie du mariage, Pl&#233;iade, t, X, 1966, p. 873.&#034; id=&#034;nh14-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La banalit&#233; de la routine quotidienne avait estomp&#233; les manifestations de l'esprit, et voici que l'esprit retrouve, dans la personne du mari, une occasion de montrer ses ressources, comme s'il s'agissait des premi&#232;res rencontres avec un amant. Le dynamisme de la passion montre ce qu'il faut dire et faire. L&#224; o&#249; apparemment il n'y avait plus rien &#224; d&#233;couvrir, voil&#224; que l'on trouve des possibilit&#233;s de pens&#233;e. Et l'esprit sera d'autant plus vif qu'il s'agit de passer par-dessus des jours de grisaille et d'habitude subies, de part et d'autre, dans une absence totale d'int&#233;r&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce souci du discernement peut aussi &#234;tre mis en &#233;vidence par le biais d'une attitude spirituelle qui en fait fi. Les oiseaux et les lys des champs se dispensent de jugement et pourtant la qualit&#233; de leur comportement est inimitable pour l'homme. Mais, &#224; l'autre bout de l'&#233;chelle des &#234;tres, la saintet&#233; r&#233;cuse aussi le discernement. S'il ne s'agissait pas de la charit&#233;, on pourrait l'entendre de la sottise. &#171; Elle excuse tout, esp&#232;re tout, supporte tout &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paul, Corinthiens (I), XIII, 7.&#034; id=&#034;nh14-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cet aveuglement envers le r&#233;el, dans l'en de&#231;&#224; comme dans l'au-del&#224; de l'humanit&#233;, de la moralit&#233;, conviennent &#224; l'animal comme au saint, comme au stupide. Si devant la spiritualit&#233; divine la sagesse du monde est folie, il semble que celle-ci le lui rende bien ! On est amen&#233; &#224; constater une homologie de structure entre les trois attitudes : animalit&#233;, sottise, saintet&#233; ; la non-existence de la r&#233;flexion permettait l'&#233;tablissement de la mesure, de la diff&#233;rence. &#201;videmment, les champs d'application ne sont pas les m&#234;mes. L'animal poss&#232;de son &#234;tre dans la nature, le saint acc&#232;de au sien dans la gr&#226;ce divine. Le drame de la sottise vient de ce que son existence exige la recherche de valeurs qui n&#233;cessitent la prise de conscience de manque, de rupture ontologique, d'insuffisance ontique. L'acc&#232;s &#224; l'humanit&#233; passe par la saisie de ruptures et demande l'intervention de l'homme lui-m&#234;me pour les compenser ; nul ne peut &#233;chapper &#224; ce devoir sous risque de manquer l'humain en lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons enfin que cette exigence de discernement ne saurait porter sur la b&#234;tise elle-m&#234;me. Dans le cours de ses r&#233;flexions, saint Augustin a rencontr&#233; ce probl&#232;me et posant que le sage conna&#238;t en Dieu, il risque ainsi de situer la sottise en Dieu, ce qu'il trouve impie ! Mais pouvoir bien penser, c'est avoir &#233;chapp&#233; &#224; la sottise. L'homme dans la pl&#233;nitude de la pens&#233;e ne court plus le risque de rencontrer la sottise, et n'aura donc plus &#224; la chercher en Dieu. Se demander ce qu'est la sottise, c'&#233;tait en rester tributaire. Ce n'est pas la r&#233;flexion qui saura ce que la sottise peut &#234;tre, car la sottise lui permet par r&#233;action pr&#233;cis&#233;ment de se manifester. La pens&#233;e claire ne peut savoir ce qu'est la sottise qui n'est que t&#233;n&#232;bre de l'esprit. &#171; Quiconque veut &#233;viter la sottise n'est pas pour autant oblig&#233; de la conna&#238;tre, mais il lui faut s'affliger de ne pouvoir conna&#238;tre, &#224; cause d'elle, ce qui peut se conna&#238;tre, et sentir sa pr&#233;sence dans le fait, non qu'il la conna&#238;t mieux, mais qu'il conna&#238;t moins le reste &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Saint Augustin, De Ordine, II, I, 10, trad. R. Jolivet, modifi&#233;e, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce n'est donc pas dans son cheminement que la b&#234;tise peut vraiment devenir compr&#233;hensible. Celui-ci a besoin d'&#234;tre &#233;clair&#233; d'une fa&#231;on plus compl&#232;te par r&#233;f&#233;rence au comportement de la personne sotte, au conditionnement de sa psychologie, &#224; sa fa&#231;on d'incarner ses valeurs. On pourrait dire que l'option pour la b&#234;tise pr&#233;c&#232;de la manifestation de celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?987-Essai-sur-la-betise-l-un-et-le' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Lire la partie suivante : l'un et le multiple&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb14-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Regulae ad directionem ingenii&lt;/i&gt;, &#233;d. Adarn-Tannery, t. X, p. 368 ; trad. G. Le Roy, Boivin, 1933, p. 21.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 369 ; trad. p. 23.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;M&#233;ditations m&#233;taphysiques&lt;/i&gt;, IV, &#233;d. Adam-Tannery, t, IX, p. 46.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Malebranche, &lt;i&gt;Recherche de la v&#233;rit&#233;, IV&lt;/i&gt;, III, &#167; 3 (Vrin, &#338;uvres compl&#232;tes, t. II, 1963, p. 33). Plotin, de son c&#244;t&#233;, associera la chute de l'&#226;me &#224; une fatigue (&lt;i&gt;Enn&#233;ades&lt;/i&gt;, IV, 8, 4).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;De Trinitate&lt;/i&gt;, III, ro, 21 (Patrologie latine, t. 42, col. 881 ; trad. Biblioth&#232;que augustinienne, t. 15, pp. 317-319).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Histoire de l'id&#233;e de nature&lt;/i&gt;, Albin Michel, 1969, pp. 28-29.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Descartes, &lt;i&gt;Lettre &#224; Elisabeth&lt;/i&gt; (15 septembre 1645), &#233;d. Adam-Tannery, t. IV, p. 291.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 295.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Maximes et pens&#233;es&lt;/i&gt;, &#171; 10/18 &#187;, 1963, pp. 66-67&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La position de cet aspect de la r&#233;flexion nietzsch&#233;enne se trouve dans Gilles Deleuze, &lt;i&gt;Nietzsche et la philosophie&lt;/i&gt;, Presses Universitaires de France, 1962, pp. 118-126.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;R&#233;publique&lt;/i&gt;, X, 619 b-c ; cf. &lt;i&gt;Ph&#233;don&lt;/i&gt;, 81 d - 82 b.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On peut &#233;voquer ici ce texte de Leibniz, &lt;i&gt;Monadologie&lt;/i&gt;, 61, &#233;d. Jalabert, Aubier, 1962, p. 501 : &#171; Une &#226;me ne peut lire en elle-m&#234;me que ce qui y est repr&#233;sent&#233; distinctement ; elle ne saurait d&#233;velopper tout d'un coup ses replis, car ils vont &#224; l'infini. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cit&#233; par Michel Mohrt, &lt;i&gt;Les intellectuels devant la d&#233;faite (1870)&lt;/i&gt;, Corr&#233;a, 1942, p. 100.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On peut &#233;voquer ce texte du roman posthume de Giraudoux, &lt;i&gt;La menteuse,&lt;/i&gt; Grasset, 1969, p. 123 : &#171; Il y a vraiment une diff&#233;rence entre un homme intelligent et un homme qui ne l'est pas : c'est que le premier, m&#234;me quand il ne devine pas, ne brise rien, ne d&#233;truit rien, circule entre les meubles les plus fragiles de l'&#226;me comme un chat entre des cristaux. Reginald, qui ne savait et ne devinait rien, n'eut pas un mot, pas un geste qui f&#251;t ignorant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Balzac, &lt;i&gt;Physiologie du mariage&lt;/i&gt;, Pl&#233;iade, t, X, 1966, p. 873.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Paul, &lt;i&gt;Corinthiens&lt;/i&gt; (I), XIII, 7.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Saint Augustin, &lt;i&gt;De Ordine&lt;/i&gt;, II, I, 10, trad. R. Jolivet, modifi&#233;e, Biblioth&#232;que augustinienne, t. 4, p. 381.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Essai sur la b&#234;tise : l'autre</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?985-Essai-sur-la-betise-l-autre</link>
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		<dc:date>2019-09-27T19:57:54Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Insignifiance</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>Type anthropologique</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;cence commune</dc:subject>
		<dc:subject>Adam M.</dc:subject>
		<dc:subject>B&#234;tise</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Premi&#232;re partie des Prol&#233;gom&#232;nes de l'&#171; Essai sur la b&#234;tise &#187; de Michel Adam, Puf 1975, pp. 11-26. Les intertitres ont &#233;t&#233; rajout&#233;s. Deux autres extraits du m&#234;me ouvrage m&#233;ritent d'&#234;tre cit&#233;s en introduction, en guise de justification : Le premier est issu de l'appendice ajout&#233; &#224; la r&#233;&#233;dition, ''B&#234;tise et m&#233;chancet&#233;'' : &#171; &#171; Ne touchez pas aux imb&#233;ciles !... Pour d&#233;chainer la col&#232;re des imb&#233;ciles, il suffit de les mettre en contradiction avec eux-m&#234;mes. &#187; Alors que la pens&#233;e est ce (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-60-insignifiance-+" rel="tag"&gt;Insignifiance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-81-philosophie-+" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-216-type-anthropologique-+" rel="tag"&gt;Type anthropologique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-220-decence-commune-+" rel="tag"&gt;D&#233;cence commune&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-248-Adam-M-+" rel="tag"&gt;Adam M.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-249-Betise-+" rel="tag"&gt;B&#234;tise&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Premi&#232;re partie des Prol&#233;gom&#232;nes de l'&#171; Essai sur la b&#234;tise &#187; de Michel Adam, Puf 1975, pp. 11-26. Les intertitres ont &#233;t&#233; rajout&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Deux autres extraits du m&#234;me ouvrage m&#233;ritent d'&#234;tre cit&#233;s en introduction, en guise de justification :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier est issu de l'appendice ajout&#233; &#224; la r&#233;&#233;dition, ''B&#234;tise et m&#233;chancet&#233;'' :&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;&#171; &#171; Ne touchez pas aux imb&#233;ciles !... Pour d&#233;chainer la col&#232;re des imb&#233;ciles, il suffit de les mettre en contradiction avec eux-m&#234;mes. &#187; Alors que la pens&#233;e est ce mouvement qui se d&#233;passe sans cesse lui-m&#234;me, le sot ignore le d&#233;passement. Aussi lorsque sa pens&#233;e bute sur une contradiction, il lui semble pr&#233;f&#233;rable de l'ignorer. Il devient donc agressif lorsqu'on lui pr&#233;sente cette contradiction qu'il s'est efforc&#233; de n&#233;antiser. L'affrontement de la contradiction cause une tension de l'esprit, donc un minimum de d&#233;rangement, ce que le sot redoute avant tout ; ceci explique donc la fa&#231;on violente avec laquelle il r&#233;agira. &#187;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt; Le second provient de la conclusion, ''La paille et la poutre'' :&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;&#034;La compagnie des sots est une &#233;preuve &#233;puisante pour l'esprit de ceux qui sont amen&#233;s &#224; vivre avec eux. D'autant plus &#233;puisants que parfois pour des raisons de travail, ou pire encore pour des raisons familiales, le contact ne peut &#234;tre &#233;vit&#233;. Le caract&#232;re de cette &#233;preuve est qu'elle est continue. Il ne s'agit plus pour les compagnons du sot de penser bien, mais d'aimer aussi les ennemis de sa pens&#233;e. Or les ennemis peuvent &#234;tre repouss&#233;s, les m&#233;chants &#234;tre convaincus de m&#233;chancet&#233; ; il est pratiquement impossible de prouver au sot qu'il est sot. Si la m&#233;chancet&#233; peut s'att&#233;nuer, si le m&#233;chant peut se lasser de l'&#234;tre, le sot ne sera satisfait que dans et par sa b&#234;tise. Ceci fait parfois pr&#233;f&#233;rer la compagnie d'un m&#233;chant &#224; celle d'un sot. On pr&#234;te &#224; Anatole France cette formule selon laquelle &#171; un m&#233;chant se repose quelquefois, le sot jamais &#187;. Il y aura donc une strat&#233;gie sociale devant le probl&#232;me de la b&#234;tise dont nous allons chercher le processus.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'imb&#233;cile est toujours l'autre ; cela veut dire que la b&#234;tise est un spectacle, qu'elle est objectivable, qu'elle est un probl&#232;me du monde et non un th&#232;me de r&#233;flexion personnelle pour une personne se demandant en quoi les valeurs humaines la concernent. Dans le monde de l'opinion, dont le principe est la pluralit&#233; des &#171; id&#233;es &#187;, on &#233;vite de parler de b&#234;tise ; cela pourrait faire r&#233;fl&#233;chir. M. de Montherlant raconte qu'on a fait sauter de l'un de ses articles la phrase de Schiller : &#171; Les dieux eux-m&#234;mes combattent vainement la b&#234;tise &#187;. Les lecteurs auraient pu se demander s'ils n'&#233;taient pas vis&#233;s. Ce qui &#233;tait le plus &#224; craindre &#233;tait qu'ils prennent la formule comme une insulte et non comme un th&#232;me de r&#233;flexion personnelle, ce qui aurait &#233;t&#233; le commencement possible de la sagesse. On pr&#233;f&#232;re endormir le lecteur avec des mots anodins qui &#233;vitent de penser. La b&#234;tise n'appara&#238;t pas comme une faute parce que l'esprit n'a pas bonne r&#233;putation mondaine ; la vie en soci&#233;t&#233; exige la compromission, le manque de personnalit&#233;, les paroles sans importance. Il ne faut pas que la b&#234;tise soit une faute pour que la m&#233;diocrit&#233; sociale puisse satisfaire ceux qui en profitent, qui en vivent. Il vaut mieux admirer leur sens des affaires&#8230;&#034;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Partons de l'attitude normale envers autrui. Celui dans lequel je reconnais mon semblable (nous retrouverons ce probl&#232;me en terminant) est accept&#233; dans sa pr&#233;sence : il devient pr&#233;sent pour moi ; je l'int&#232;gre dans mon milieu ; il fait partie de mon environnement. Les visages, d'abord confront&#233;s, acc&#232;dent l'un &#224; l'autre par le discours qui rend manifeste l'int&#233;riorit&#233;. La fonction du discours est d'associer deux pens&#233;es qui dialoguent pour les faire se rejoindre dans une progression qui est qu&#234;te d'une pens&#233;e communautaire. C'est pr&#233;cis&#233;ment ce sch&#233;ma qui sera rendu impossible lorsque le sot p&#233;n&#232;tre dans mon horizon social. Il y a, sit&#244;t rep&#233;r&#233;, vis-&#224;-vis de lui un comportement de rejet et de fuite. Cette attitude s'explique par le fait que le discours est inutile ; la parole que je pouvais lui adresser ne serait pas re&#231;ue, car elle ne serait pas comprise. Et cette inad&#233;quation des deux discours implique l'impossibilit&#233; d'un dialogue recherchant une pens&#233;e commune. C'est cet &#233;chec qui durcira la pens&#233;e de l'interlocuteur d&#233;&#231;u. Sa pens&#233;e ne pouvant trouver son terrain d'action, se faire souple, accessible &#224; autrui, sensible &#224; son propre d&#233;passement pour tendre vers la v&#233;rit&#233;, cette pens&#233;e, isol&#233;e, se fera dure, affrontera la pseudo-pens&#233;e d'un pseudo-autre. Cette pens&#233;e devient, dans son isolement, un dogme affirmant, devant celui qui ne peut la recevoir, qu'elle est la seule vraie. Elle subit alors une compression et une tension ; et l'homme s'enferme dans sa bonne conscience, content de sa pens&#233;e. Le sot est rejet&#233; comme incurable. Et l'homme sens&#233;, par r&#233;action, risque d'&#234;tre victime de la pr&#233;sence du sot. Le plus habile peut tomber dans l'attitude imp&#233;rialiste, voulant imposer aux sots la l&#233;gislation indiscutable de sa propre pens&#233;e. S&#251;r de lui, il s'engagera dans l'attitude isolationniste et se contentera d'&#234;tre le contempteur des sots, mais se faisant leur victime, car il &#233;prouvera le besoin de situer sa pens&#233;e par rapport &#224; la vacuit&#233; de leur esprit, comme cela se voit parfois chez Flaubert.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Mon silence envers le sot est la r&#233;ponse &#224; la violence&lt;br class='manualbr' /&gt;qu'il me fait en me pr&#233;sentant sa sottise.&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_espace&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ainsi la b&#234;tise est v&#233;cue dans la soci&#233;t&#233; comme agression et comme violence. Mon silence envers le sot est la r&#233;ponse &#224; la violence qu'il me fait en me pr&#233;sentant sa sottise. Et je lui fais aussi violence en refusant de l'int&#233;grer dans mon univers. La sottise n'est pas comme l'erreur un probl&#232;me &#233;pist&#233;mologique qui peut &#234;tre d&#233;pass&#233; par la promotion de la v&#233;rit&#233; ; ce n'est pas une difficult&#233; occasionnelle, mais une impossibilit&#233; fondamentale. A proprement parler, la vie de l'esprit ne se manifestera pas avec le sot : elle se fera au-del&#224; de la violence par laquelle se cr&#233;ent les distances. La vie de l'esprit se fera sans lui&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ainsi ce texte de Descartes, Lettre au P. Mersenne (septembre 1641), &#233;d. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le superbe isolement ainsi pr&#233;sent&#233; restera id&#233;al, car la b&#234;tise est de l'ordre du commun : c'est un objet participant du quotidien. Qui peut se vanter de n'avoir jamais rencontr&#233; un imb&#233;cile, de n'avoir jamais qualifi&#233; de sottise l'acte accompli par une autre personne, voire s'&#234;tre reproch&#233;, en prenant de la distance vis-&#224;-vis de soi-m&#234;me, d'avoir fait une b&#234;tise. Il y a ici une r&#233;alit&#233; trop famili&#232;re, &#224; laquelle il nous est impossible d'&#233;chapper. Dans l'exp&#233;rience de la tentation, le mal que nous risquons de faire nous entra&#238;ne ; mais il s'agit d'une crise que nous pouvons surmonter dans la discontinuit&#233; : il suffit d'un instant de courage. La rencontre avec le mal que l'autre nous inflige, son geste de cruaut&#233;, semble li&#233; aussi au temps ponctuel ; c'est l'accident. Mais le mal de la b&#234;tise semble renvoyer &#224; la continuit&#233; du temps et &#224; la solidarit&#233; des lieux. L'intelligence, la qualit&#233; apparaissent ainsi comme l'exception. On doit sans cesse se mettre en garde contre ce qui fera souffrir l'esprit. La sottise est vraiment cette &#171; chose qui ne d&#233;pend pas de nous &#187;, contre laquelle il nous faut affirmer notre jugement. Le monde, comme il va, ne nous va pas du tout. Car il s'agit bien du monde. La b&#234;tise est hors de nous, autour de nous, contre nous. Elle proclame la culpabilit&#233; du monde contre l'esprit et nous d&#233;sesp&#232;re d'avoir &#224; subir continuellement un tel affront.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me, en raison de son ampleur, ne peut &#234;tre &#233;lud&#233;. On va souvent r&#233;p&#233;tant que c'est la b&#234;tise humaine qui donne une id&#233;e de l'infini&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Voltaire, Dictionnaire philosophique, v&#176; Dogmes : &#171; Petites Maisons de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais alors qui &#233;chappera au risque de sottise ! N'est-ce pas quelque peu pr&#233;tentieux d'&#233;crire sur la b&#234;tise ? Cela laisse supposer que l'on se juge en dehors de tout soup&#231;on et que la poutre de notre &#339;il p&#232;se moins lourd que la paille qui est dans celui du voisin. On l'a suffisamment r&#233;p&#233;t&#233; : l'imb&#233;cile c'est toujours l'autre. Il faut d'ailleurs que ce soit l'autre ; c'est ainsi que nous nous disculpons. Un texte de Tolsto&#239; est r&#233;v&#233;lateur, &#224; ce sujet. Il s'agit de la princesse Miagki portant un jugement sur Kar&#233;nine. &#171; Selon moi, c'est un sot. Entre nous soit dit, bien entendu ; mais cela met &#224; l'aise. Autrefois, quand je me croyais tenue de lui trouver de l'esprit, je me traitais de b&#234;te parce que je ne savais o&#249; d&#233;couvrir cet esprit ; mais aussit&#244;t que j'ai dit, &#224; voix basse s'entend : &#171; c'est un sot &#187;, tout s'est expliqu&#233;. &#8211; Comme vous &#234;tes m&#233;chante aujourd'hui ! &#8211; Pas le moins du monde. Mais, que voulez-vous, l'un de nous deux doit &#234;tre une b&#234;te ; et c'est l&#224;, vous le savez, un d&#233;faut qu'on n'aime gu&#232;re avouer &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tolsto&#239;, Anna Kar&#233;nine, II, 6, Pl&#233;iade, 1960, p. 154.&#034; id=&#034;nh16-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'existence de la b&#234;tise est li&#233;e au jugement sur les in&#233;galit&#233;s humaines. On trouve satisfaction dans l'esprit qu'on se suppose en raison de son constat d'absence chez autrui. Ce qui se montrait d'abord dans l'&#233;cume de la vie quotidienne d&#233;passe l'apparence et nous conduit &#224; une premi&#232;re signification importante. La b&#234;tise est un principe de s&#233;paration, et ce qui est moralement aussi grave, d'autosatisfaction. Il faut que je ne sois pas b&#234;te pour trouver que l'autre l'est. L'intellectuel raffinera m&#234;me, dans cette socialisation de la b&#234;tise, en appliquant &#224; cette situation la formule math&#233;matique selon laquelle le produit de deux nombres n&#233;gatifs devient positif. Ainsi cette phrase de Courteline : &#171; Passer pour un cr&#233;tin aupr&#232;s d'un imb&#233;cile est une volupt&#233; digne d'un bon Fran&#231;ais &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par J.-L. Barrault, Scandale et provocation, in Cahiers (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; On calme facilement sa conscience &#224; ce prix.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Celui qui est b&#234;te ne se demande pas s'il est b&#234;te.&lt;br class='manualbr' /&gt;Seul l'homme intelligent redoute de succomber &#224; la b&#234;tise.&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
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&lt;p&gt;Mais notre probl&#232;me peut devenir une transposition du pirandellisme. &#192; chacun son intelligence&#8230; Saura-t-on jamais qui est vraiment b&#234;te ? Nous sommes ce que nous sommes, sans doute ; mais nous nous jugeons avec l'aide des r&#233;actions d'autrui &#224; notre &#233;gard. Comme la vie sociale est moins faite d'identification que de compl&#233;mentarit&#233;, nous nous disons intelligents en rendant les autres b&#234;tes. Et nous serions trop heureux d'entendre devant nous l'ombre de Mme Ponza dire : &#171; Messieurs, pour moi, je suis celle que l'on me croit &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pirandello, A chacun sa v&#233;rit&#233;, III, in fine, Gallimard, 1950, p. 141. Voir (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Pour que je juge que l'autre est b&#234;te, il faudrait que je ne le sois pas. Puis-je r&#233;cuser l'autre s'il veut absolument que je sois b&#234;te ? &#192; vrai dire, il semble bien que oui. C'est que pr&#233;cis&#233;ment une mise en question de la b&#234;tise fait sortir de la b&#234;tise. Celui qui est b&#234;te ne se demande pas s'il est b&#234;te. Seul l'homme intelligent redoute de succomber &#224; la b&#234;tise. Il s'agit donc moins ici de juger d'abord syst&#233;matiquement les autres que d'utiliser les al&#233;as de la vie sociale pour se situer. Mais cela signifie aussi que l'intelligence n'est pas un signe caract&#233;ristique comme les empreintes digitales ou la couleur des yeux. Elle est le principe de la r&#233;flexion elle-m&#234;me. L'intelligence se juge ou elle n'est pas intelligence. Alors on pourrait presque dire : jugez-vous et vous pourrez juger autrui. Cependant la vie quotidienne retient la l&#233;g&#232;ret&#233; du jugement pour son principe ; notre r&#233;flexion exige des crit&#232;res plus autoris&#233;s. Il nous faudra chercher les &#233;l&#233;ments qui, avec la plus grande objectivit&#233; souhaitable, permettront de situer autrui dans la b&#234;tise. La mine sera insuffisante pour l&#233;gitimer un jugement ; il en ira de l'authenticit&#233; de la pens&#233;e. Sans toujours en avoir conscience, je mettrai en question ma propre pens&#233;e en voulant contester les normes de r&#233;flexion d'autrui. &lt;i&gt;Nolite judicare&lt;/i&gt;. Si je juge, je risque d'&#234;tre jug&#233;. Mais cherchons &#224; pr&#233;ciser davantage les principes selon lesquels se fait cette disjonction sociale.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Pour la b&#234;tise, tout est simple, d'une simplicit&#233;&lt;br class='manualbr' /&gt;qui ne cherche m&#234;me pas &#224; rendre compte d'elle-m&#234;me.&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
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&lt;p&gt;La b&#234;tise s&#233;pare. Elle est non seulement le fait de l'autre, elle rend aussi irr&#233;m&#233;diable l'alt&#233;rit&#233;. Mais il faut fixer selon quelle modalit&#233; sera envisag&#233;e ici la relation entre les personnes. Il y a l'ordre du c&#339;ur et l'ordre de l'esprit. L'ordre du c&#339;ur peut faire na&#238;tre la sympathie entre les personnes. Un c&#339;ur simple est innocent ; cela ne g&#234;ne pas la relation avec autrui, car un c&#339;ur simple est un bon c&#339;ur, sans qu'il sache pourquoi il l'est. Son innocence ne sera jamais un obstacle &#224; la bonne entente entre les personnes ; elle sera capable, au contraire, de la faciliter en cas de besoin. Il y a aussi l'ordre de l'esprit. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment ici l'innocence qui rend impossible l'&#233;tablissement du lien entre les personnes. La simplicit&#233; devient un obstacle. La vie de l'esprit est faite de relations, d'oppositions, de dialogues, de pol&#233;miques. L'innocence de la b&#234;tise justement emp&#234;che toute vie de l'esprit. Les id&#233;es glissent, ne se jugent pas, restent en de&#231;&#224; de toute r&#233;flexion valorisante. La pens&#233;e n'a pas de prise permettant d'acc&#233;der &#224; la conscience d'elle-m&#234;me. Celui qui est b&#234;te a un esprit, et il ne pense pas ; son innocence le lui interdit. Les apparences qui sont utilis&#233;es restent dans l'imm&#233;diatet&#233; et ne dominent ni le temps, ni les situations. La r&#233;flexion ne vient pas faire diverger la r&#233;alit&#233; vers la valeur. Tout est simple, d'une simplicit&#233; qui ne cherche m&#234;me pas &#224; rendre compte d'elle-m&#234;me. Selon l'ordre du c&#339;ur, on peut &#234;tre bon naturellement ; cela n'est pas vrai dans l'ordre de l'esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant toute b&#234;tise n'est pas imm&#233;diatement de &#171; constitution &#187;. Lorsqu'il y a tentative de rencontre, elle peut se manifester progressivement. La b&#234;tise &#233;mane alors d'une disparit&#233; d'opinion. Mais du simple fait que les opinions divergent et que l'autre ne pense pas comme moi on ne peut inf&#233;rer qu'effectivement il est sot. Le propre des opinions, tout comme d'ailleurs des propositions scientifiques, mais pour d'autres raisons, est de varier selon le temps et l'opinion que j'&#233;mets aujourd'hui pourra me sembler futile demain ; je pourrai me qualifier de sot, mais sans croire que je le suis vraiment. On n'est pas simplement sot parce que l'on pense ou l'on agit autrement. On est sot parce que l'on est autre. La sottise renvoie &#224; un comportement, &#224; une conformation d'esprit, &#224; une mani&#232;re d'&#234;tre qui classent les personnes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#234;me si elle ne m&#232;ne pas &#224; une action ext&#233;rieure de distanciation, elle n'en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans son emploi mondain, la sottise s&#233;pare. Dans sa signification humaine, la sottise d&#233;finit. Elle n'est pas contenue dans les incidents qui peuvent na&#238;tre des rencontres humaines ; elle renvoie &#224; une d&#233;finition de l'homme, &#233;labor&#233;e &#224; partir de son comportement verbal et de ses actes. C'est tout un profil psychologique du sot que l'on pourra faire. Mais cela sera hors de la caract&#233;rologie, puisqu'il s'agira d'&#233;voquer des &#234;tres qui sont un peu moins que des hommes, comme le mot b&#234;tise peut permettre &#224; premi&#232;re vue de soup&#231;onner, encore que cela n'aille pas sans r&#233;serves. L'alt&#233;rit&#233; de la manifestation de la pens&#233;e renvoie &#224; une signification profonde ; on suppose que l'humanit&#233; m&#234;me de l'autre n'est pas suffisamment authentique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on ne peut pas aller si vite ni si loin. Le fait qu'il n'y ait de b&#234;tise que dans et par l'alt&#233;rit&#233; nous oblige &#224; ne pas taxer &#224; la l&#233;g&#232;re une r&#233;flexion de b&#234;tise. Un th&#232;me qui reviendra constamment dans cette &#233;tude est celui d'adaptation. Une parole ou un acte appara&#238;tront comme b&#234;tises parce que nous aurions proc&#233;d&#233; nous-m&#234;me d'une autre fa&#231;on. Mais un acte ou une parole ne sont jamais des touts. Il faut les relier &#224; une personne. Cela peut devenir simplement relativement b&#234;te, ou m&#234;me explicable et dans une certaine perspective tout &#224; fait sens&#233;. Le monde cesse d'&#234;tre fou lorsque le savant l'a rationalis&#233; ; le hasard est le nom que l'on donne &#224; une connaissance statistiquement observable. Rien n'est b&#234;te en soi. Une pens&#233;e b&#234;te est la pens&#233;e d'une personne b&#234;te. Mais cela peut &#234;tre aussi la pens&#233;e d'une personne sens&#233;e dont je n'ai pas compris la signification parce que ma pens&#233;e n'&#233;tait pas adapt&#233;e &#224; la sienne. Une certaine fa&#231;on de juger la b&#234;tise des autres risque ici d'&#234;tre la fa&#231;on pour les autres de juger de ma propre b&#234;tise. Le jugement sur la b&#234;tise ne peut &#234;tre un jugement de facilit&#233;. Car rien n'est b&#234;te que par corr&#233;lation &#224; un contexte. Or, je ne suis jamais s&#251;r d'&#234;tre bien adapt&#233; moi-m&#234;me, en pens&#233;e et en action, &#224; ce contexte. C'est la raison pour laquelle le plus b&#234;te n'est pas toujours celui qu'on pense. Si la pens&#233;e est relation, je dois manifester ma propre intelligence en m'effor&#231;ant de percevoir tous les liens que noue la pens&#233;e d'autrui avec son contexte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie sociale r&#233;serve des surprises. Et tel pouvait l&#233;gitimer &#224; ses yeux la condamnation d'un imb&#233;cile qui s'y laisse prendre. En effet, on ne peut pas envisager l'imb&#233;cile simplement comme un solitaire. Les rapports sociaux pourront le contraindre &#224; &#233;viter d'ouvrir trop souvent la bouche ou &#224; prendre un minimum de pr&#233;cautions avant d'agir. Au lieu d'appara&#238;tre en pleine lumi&#232;re, sa sottise ne sera plus pour autrui qu'un &lt;i&gt;escape of control&lt;/i&gt;. Mais ces rapports sociaux, sous leur aspect le plus intime, peuvent &#234;tre b&#233;n&#233;fiques en camouflant sous un masque de bont&#233; une insuffisance de pens&#233;e qui semblera un t&#233;moignage de sensibilit&#233; vraie. C'est ainsi que certains imb&#233;ciles peuvent arriver &#224; des fins surprenantes. D&#233;sirant porter &#224; la sc&#232;ne un Joseph Prudhomme de son cru, Balzac l'imagine comme un personnage qui a r&#233;ussi : &#171; Comme il arrive &#224; tous les imb&#233;ciles, il a prosp&#233;r&#233;, sous les conseils de sa femme, qui est une femme ang&#233;lique et sup&#233;rieure, pleine de convenance et de bon ton &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Balzac, Lettres &#224; l'&#233;trang&#232;re (10 octobre 1837 ), Calrnann-L&#233;vy, 1, p. 433,&#034; id=&#034;nh16-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ainsi les sottises trop marquantes sont non seulement compens&#233;es, mais servent &#224; celui qui les exprime. D&#233;cid&#233;ment, la b&#234;tise reste bien de toute fa&#231;on un probl&#232;me social. On ne peut pas &#234;tre quelqu'un tout seul et la fa&#231;on d'&#234;tre b&#234;te passe non seulement par le jugement d'autrui, mais aussi par la d&#233;formation ou la &#171; r&#233;formation &#187; qu'autrui peut faire subir &#224; quelqu'un. Il n'y aura jamais de b&#234;tise absolue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La b&#234;tise est l'objet d'un rep&#233;rage social, ou plut&#244;t d'une investigation dans laquelle la b&#234;tise exp&#233;riment&#233;e peut renvoyer &#224; une b&#234;tise qui exp&#233;rimente. Il s'agit plus exactement encore d'un affrontement entre deux esprits qui cherchent &#224; se d&#233;finir. Il y a l&#224; une b&#234;tise &#233;ventuelle qui est mise &#224; l'&#233;preuve et qui devra manifester ce qu'elle est. Ainsi, dans &lt;i&gt;Les Fr&#232;res Karamazov&lt;/i&gt;, Dosto&#239;evsky nous montre deux enfants qui croisent &#171; un robuste individu, qui marchait lentement et semblait pris de boisson, la figure ronde et na&#239;ve, la barbe grisonnante &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;IV, X, 3, Pl&#233;iade, 1965, p. 554.&#034; id=&#034;nh16-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Kolia crut pouvoir lire sur son front qu'il s'agissait d'un imb&#233;cile. Les r&#233;parties du &#171; gars &#187; montr&#232;rent que c'&#233;tait lui le plus intelligent non seulement par la r&#233;partie, mais par le c&#339;ur. Au terme de cette exp&#233;rience qui lui fut d&#233;favorable, Kolia n'avait plus qu'&#224; d&#233;clarer : &#171; Il y a des croquants de diff&#233;rentes sortes&#8230; Pouvais-je savoir que je tomberais sur un sujet intelligent ? &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh16-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La rencontre interindividuelle commence bien par les apparences. A d&#233;faut de manifestation de sensibilit&#233; ou de travail communautaire, il faut cet affrontement pour que les esprits se montrent leurs qualit&#233;s r&#233;ciproques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;alit&#233; sociale de la b&#234;tise nous met donc en pr&#233;sence du probl&#232;me de la connaissance d'autrui. On ne saura jamais ce qu'est r&#233;ellement autrui. Aussi bien ne devons-nous pas le traiter de sot sur une premi&#232;re apparence. Par exemple, telle personne aura un air inquiet, &#233;th&#233;r&#233; ; elle montrera un esprit brumeux. Elle semblera tr&#232;s emprunt&#233;e avec un entourage qui vient de lui &#234;tre pr&#233;sent&#233;. Ses paroles semblent creuses ; elles peinent m&#234;me &#224; se constituer normalement en phrases. Cela suffit pour la perturber et cr&#233;er une g&#234;ne p&#233;nible pour tous. Il est alors facile de juger. Mais d&#232;s que cette m&#234;me personne est mise en confiance, qu'on l'interroge sur ce qu'elle conna&#238;t et aime, la voici habile, presque &#224; son aise. Elle &#233;tait simplement timide. Ce qui constitue socialement la b&#234;tise peut n'&#234;tre que la difficult&#233; de se communiquer. D&#232;s que l'occasion de manifester son intelligence se pr&#233;sente, tel que l'on croyait born&#233; se r&#233;v&#232;le plus fin et plus adroit que les pr&#233;tentieux qui le jugeaient au nom d'une suppos&#233;e r&#233;ussite sociale. Tel est plac&#233; pr&#233;cautionneusement &#224; un bout de table, &#224; l'occasion d'une r&#233;ception, que l'on mette pr&#232;s de lui quelqu'un qui lui fasse dire ce que sont ses raisons de vivre, et le voici qui deviendra le point de mire du repas. On ne peut s&#233;parer la personne des circonstances dans lesquelles elle se manifeste. Stendhal avait peint cette situation en pr&#233;sentant l'h&#233;ro&#239;ne de son roman Le rouge et le noir. &#171; Mme de R&#233;nal &#233;tait une de ces femmes de province que l'on peut tr&#232;s bien prendre pour des sottes pendant les quinze premiers jours qu'on les voit. Elle n'avait aucune exp&#233;rience de la vie, et ne se souciait pas de parler. Dou&#233;e d'une &#226;me d&#233;licate et d&#233;daigneuse, cet instinct de bonheur naturel &#224; tous les &#234;tres faisait que, la plupart du temps, elle ne donnait aucune attention aux actions des personnages grossiers au milieu desquels le hasard l'avait jet&#233;e &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Stendhal, Le rouge et le noir, VII, Pl&#233;iade, 1963, p. 250. 2. Voir Aristote, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Mais alors, par un mouvement de choc en retour, la sottise passera de l'accus&#233; &#224; l'accusateur. Il n'y a rien de plus stupide que la pr&#233;tention qui est d&#233;poss&#233;d&#233;e de sa raison d'&#234;tre. L'affectation est risible lorsqu'elle grime un personnage de composition sans &#233;toffe r&#233;elle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Aristote &#201;thique &#224; Nicomaque, IV, 7, 1123 b, 2-15.&#034; id=&#034;nh16-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'accus&#233; aura trop de qualit&#233; pour tirer profit de son succ&#232;s. Il aura du moins d&#233;masqu&#233; la stupidit&#233; d'&#234;tres de convention qui ne peuvent &#234;tre eux-m&#234;mes s'ils ne se situent dans la com&#233;die sociale. Ce qui rend cet aspect du probl&#232;me plus dramatique, c'est que cette sottise rend m&#233;chant, comme malgr&#233; eux, ceux qui la manient, en accusant les autres. Il faut faire souffrir pour se prot&#233;ger de ses insuffisances. La sottise &#233;tant une des voies qui servent &#224; d&#233;partager les hommes, on s'y engagera pensant donner une bonne id&#233;e de soi &#224; partir de l'humiliation de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La b&#234;tise est un probl&#232;me social aussi parce que la possibilit&#233; de d&#233;limiter la b&#234;tise est mouvante dans les diff&#233;rents groupes, selon leurs normes propres. Demandons-nous donc pourquoi tel groupe est plus exigeant qu'un autre et ce que peut &#234;tre le crit&#232;re utilis&#233;. Il faut d'abord se r&#233;f&#233;rer &#224; une donn&#233;e tr&#232;s &#233;l&#233;mentaire de la sociologie : la participation d'un individu &#224; un groupe est li&#233;e &#224; un sentiment sous-jacent de culpabilit&#233;. En s'int&#233;grant &#224; un groupe, on suppose que ses semblables seront tels que nous n'y serons jug&#233;s coupables de rien ; et &#224; partir de ce groupe, principe d'orthodoxie, nous pourrons accuser d'h&#233;r&#233;sie ceux qui participent aux autres groupes. C'est donc dire que la b&#234;tise sera, par principe, ailleurs. Mais, d'un autre c&#244;t&#233;, dans le groupe, la personne ne sera jamais totalement int&#233;gr&#233;e. Elle situera la r&#233;flexion et la b&#234;tise. Dans le monde, une personne servira de mod&#232;le, personne concr&#232;te ou id&#233;ale, charg&#233;e de cette fonction de &lt;i&gt;phronesis&lt;/i&gt; ch&#232;re aux Anciens. Cet homme-mesure sera choisi pour la s&#251;ret&#233; de ses &#233;valuations. Gr&#226;ce &#224; lui pourra se faire le rep&#233;rage qui dira jusqu'o&#249; l'esprit de l'homme peut aller dans le bon sens, selon l'optique cart&#233;sienne de cette expression. L'existence de la b&#234;tise impliquait une in&#233;galit&#233; entre les personnes ; le souci pour certains de n'&#234;tre pas b&#234;tes entra&#238;ne maintenant le rapport inverse. En fonction de l'homme au jugement s&#251;r, on pourra d&#233;tecter la sottise des autres, tout en s'effor&#231;ant de soumettre sa facult&#233; de juger aux normes de celui qui a &#233;t&#233; retenu comme mod&#232;le. &#171; Ce sont les hommes de valeur qui sont juges de la valeur elle-m&#234;me &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. Aubenque, La prudence chez Aristote, p. 46. M. Aubenque cite en note ce (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour &#233;viter la b&#234;tise, il faut partir &#224; la recherche des bien-pensants c'est-&#224;-dire de ceux qui &lt;i&gt;pensent&lt;/i&gt; bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette in&#233;galit&#233; est moins une in&#233;galit&#233; des conduites qu'une in&#233;galit&#233; de pens&#233;e. L'homme-mesure, m&#234;me dans ses actes, devra manifester moins un exemple d'action qu'une rectitude de pens&#233;e d&#233;bouchant sur cette action. Il semble ainsi que ce probl&#232;me soit plus intellectuel, &lt;i&gt;opinatif&lt;/i&gt;, qu'un probl&#232;me moral. En voulant ne pas para&#238;tre sot, on cherchera un acte qui dans sa r&#233;alisation manifestera une pens&#233;e qui aurait pu &#234;tre approuv&#233;e par l'homme-mesure. Aussi l'homme prudent cherche &#224; s'identifier a celui qui montre le plus de prudence dans ses pens&#233;es et de l&#224; dans ses actes.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Comme le snob chercherait en vain la manifestation de sa propre pens&#233;e,&lt;br class='manualbr' /&gt;il s'est raccroch&#233; &#224; la singularit&#233; qu'un groupe lui proposait ;&lt;br class='manualbr' /&gt;on y peut penser sans penser ; il suffit de se soumettre&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
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&lt;p&gt;Dans ce comportement de sagesse pratique pourra se glisser une attitude relevant de la b&#234;tise ; nous voulons parler du snobisme. Il s'agit bien de participation &#224; un groupe dans lequel le snob cherche son confort social et intellectuel. L'homme l&#233;ger va penser par procuration et s'efforcer de remplacer son insuffisance par le clinquant attach&#233; au groupe dont il deviendra le participant. L'anti-conformisme &#233;tant, comme on le sait, le conformisme le plus exigeant, le snob &#171; pensera &#187; contre tout ce qui ne correspond pas au clan auquel il est parvenu &#224; s'identifier. Sa vie sociale est marqu&#233;e par l'&#233;go&#239;sme, puisqu'il en attend seulement une complaisance envers lui-m&#234;me. Il sera d'ailleurs aux aguets de tout ce qui peut le valoriser aux yeux d'autrui ; il est donc farouchement d&#233;pendant. Mais comme il chercherait en vain la manifestation de sa propre pens&#233;e, il s'est raccroch&#233; &#224; la singularit&#233; qu'un groupe lui proposait ; on y peut penser sans penser ; il suffit de se soumettre. Le privil&#232;ge du snobisme, pour le snob, c'est qu'il permet la s&#233;paration. On ne fr&#233;quente plus ceux qui ne peuvent comprendre, ni ceux qui ne sont pas de ce monde, m&#234;me si on y est entr&#233; de fra&#238;che date. Si la b&#234;tise constat&#233;e est s&#233;paration, la b&#234;tise militante qu'est le snobisme est volont&#233; de s&#233;paration. Il ne faut rien avoir ni faire comme tout le monde. Cette singularisation syst&#233;matique est de peu de valeur, car elle est constitu&#233;e et d&#233;cid&#233;e par le snob et ne vaut que ce que vaut le clan qui lui renvoie cette satisfaction superficielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;alit&#233; sociale, la b&#234;tise l'est d'une fa&#231;on active. Elle appartient &#224; la culture d'un groupe donn&#233;, selon la possibilit&#233; de participation de chacun &#224; cette culture. Elle est donc ainsi relative, puisque les exigences d&#233;pendront du niveau de compr&#233;hension des probl&#232;mes humains propres &#224; chaque groupe. Et les relations des groupes entre eux feront qu'un imb&#233;cile sera une lumi&#232;re pour un groupe moins exigeant (&#171; un sot trouve toujours un plus sot qui l'admire &#187;, dit le dernier vers du chant I de &lt;i&gt;L'Art po&#233;tique&lt;/i&gt; de Boileau). De m&#234;me le ma&#238;tre &#224; penser d'un groupe sera jug&#233; stupide par un groupe plus s&#233;rieux, pour la qualit&#233; de sa pens&#233;e. La b&#234;tise ne rel&#232;ve donc pas d'une situation objective. Elle est la fa&#231;on intellectuelle de poser les diff&#233;rences humaines. Les relations dans le groupe se font &#224; partir de rep&#233;rages o&#249; chacun suppose ce qu'il est lui-m&#234;me en fonction de sa mani&#232;re d'envisager les autres et d'&#234;tre consid&#233;r&#233; par eux. On n'est donc d'abord pas tant un imb&#233;cile qu'on est fait un imb&#233;cile par les autres. Il faut s'y r&#233;signer ; on est toujours l'imb&#233;cile de quelqu'un. L'important est de savoir pour qui ! Mais cette d&#233;nomination appliqu&#233;e &#224; une personne entra&#238;ne un ph&#233;nom&#232;ne de rejet, inscrit d'ailleurs dans la vie sociale elle-m&#234;me. Ce n'est pas parce que deux &#234;tres sont c&#244;te &#224; c&#244;te qu'ils existent vraiment l'un pour l'autre. La vie sociale authentique est d'abord &#233;nigme et elle peut aboutir au rejet autant qu'&#224; l'acceptation, ou &#224; l'affection. La qualification de l'autre fait partie de ces &#233;tapes de la vie sociale et elle peut entra&#238;ner le refus de la pr&#233;sence d'autrui. Celui-ci n'existe plus que comme corps, et il est d&#233;cid&#233; qu'il est impossible de le comprendre. A proprement parler, autrui n'est plus l'autre ; il n'est plus humainement qu'une apparence. Le droit de participer &#224; la culture r&#233;gnante lui est retir&#233; et celui qui le proclame b&#234;te lui d&#233;nie toute pr&#233;tention &#224; la pens&#233;e, c'est-&#224;-dire &#224; la r&#233;flexion. Si le langage a toujours vocation de s'adresser &#224; quelqu'un, il ne peut le faire qu'&#224; un autre soi-m&#234;me, donc susceptible de comprendre. L'autre est ici d&#233;cr&#233;t&#233; incapable de compr&#233;hension. C'est ainsi qu'il est devenu le tout autre ; son absence de pens&#233;e rend inutile la manifestation d'une pens&#233;e. Si l'acceptation de la pr&#233;sence de l'autre est pleine d'espoir d'&#233;changes humains f&#233;conds, la reconnaissance d'un sot est, comme on dit, &#224; d&#233;sesp&#233;rer. Le temps de l'esprit est bouch&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il ne faut pas consid&#233;rer la b&#234;tise comme une absence totale de r&#233;flexion. Vaine ou fausse, elle s'efforcera d'&#234;tre pr&#233;sente. Quand bien m&#234;me elle se manifesterait dans une platitude faite de banalit&#233;s et de facilit&#233;, elle semblerait active. Et pr&#233;cis&#233;ment la pr&#233;sence de l'autre suscitera un p&#233;tillement momentan&#233;. Quel r&#233;gal lorsqu'on voit un imb&#233;cile soup&#231;onner de sottise un de ses semblables. Il semble qu'il lui revient pour un moment de l'esprit. Ce n'est qu'une impression. Mais Voltaire en fait exprimer le principe par Lucien : &#171; Les hommes aiment assez qu'on leur montre leurs sottises, pourvu qu'on ne d&#233;signe personne en particulier ; chacun alors applique &#224; son voisin ses propres ridicules, et tous les hommes rient aux d&#233;pens les uns des autres &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voltaire, Conversation de Lucien, Erasme et Rabelais dans les Champs-Elys&#233;es (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On peut remonter encore plus loin pour trouver une justification de ce que nous venons de noter. C'est Gr&#233;goire de Naziance qui l'exprimait ainsi : &#171; Les hommes ont plus d'ardeur &#224; philosopher sur les affaires d'autrui que sur les leurs &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lettre VII, 2, Les Belles-Lettres, 1964, t. 1, p. 9,&#034; id=&#034;nh16-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Pour une circonstance o&#249; la confrontation avec autrui est favorable &#224; l'imb&#233;cile, il profite de l'ambiance et redouble de critique sur sa victime, pensant ainsi pouvoir se revaloriser &#224; ses propres yeux. Mais aux siens seulement&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;La v&#233;rit&#233; devait unir ; la pr&#233;sence de la b&#234;tise&lt;br class='manualbr' /&gt;s&#233;pare irr&#233;m&#233;diablement. &lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_espace&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Notre &#233;tude peut sembler ne retenir, avec son aspect social, que le petit c&#244;t&#233; de la b&#234;tise. Nous avons cependant l'impression que nous avons correctement situ&#233; sa manifestation. Cette difficult&#233; de participation intellectuelle ainsi relev&#233;e nous permettra de pr&#233;ciser notre analyse. La vie spirituelle d'une personne n'est jamais coup&#233;e de sa vie r&#233;elle. Elle n'a m&#234;me de sens que si elle est engagement individuel &#224; se soumettre aux exigences de la pens&#233;e. L'aspect concret de cet engagement passe par les circonstances et le milieu. Mais la vie de la pens&#233;e aura pour but de r&#233;aliser l'unit&#233; d'horizons multiples. Le propre de la v&#233;rit&#233; est d'unir les esprits qui y participent et de coordonner le r&#233;el pour permettre une prise objective. Voil&#224; pr&#233;cis&#233;ment ce que la rencontre avec l'imb&#233;cile emp&#234;chera. Il s'est montr&#233; dans des circonstances qui ont perturb&#233; le souci de la v&#233;rit&#233; en indiquant que les esprits n'avaient pas tous la m&#234;me disposition &#224; une vie unitaire. Le &#171; penseur &#187; juge qu'il ne lui est pas possible de communiquer ; plus de participation spirituelle. La v&#233;rit&#233; vaut mieux que l'individu situ&#233; en face, surtout lorsqu'on lui refuse l'aptitude &#224; la r&#233;flexion. L'esprit r&#233;alise donc la s&#233;paration. Pour ne pas mettre la r&#233;flexion en question, on rejette celui qui en est incapable. La v&#233;rit&#233; devait unir ; la pr&#233;sence de la b&#234;tise s&#233;pare irr&#233;m&#233;diablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette alt&#233;rit&#233; de la b&#234;tise est sans doute difficile &#224; saisir, car le monde social manifeste parfois des nuances que seuls les sens&#233;s peuvent comprendre. Par amusement ou par charit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Qu'on se souvienne de la condamnation rapport&#233;e par l'Ecriture : &#171; Celui qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les sots ne s'entendent pas classer dans leur v&#233;ritable cat&#233;gorie humaine ; ainsi leurs illusions leur restent. Comme ils n'envisagent pas pouvoir &#234;tre moins intelligents qu'ils ne se supposent, cela leur &#233;vite toute occasion de r&#233;fl&#233;chir, ou cela satisfait leur vanit&#233; lorsque, dans des remarques dont l'ironie leur reste imperceptible, on vante leur esprit. En revanche, on est plus exigeant avec les personnes de bon sens. On est ainsi conduit plus facilement &#224; leur reprocher pour une v&#233;tille d'avoir commis des sottises alors qu'on ne se permettra pas toujours ce qualificatif pour un vrai sot qui serait incapable de comprendre sa culpabilit&#233;. Balzac a not&#233; ce privil&#232;ge dont b&#233;n&#233;ficient les sots par rapport aux personnes sens&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Balzac &#233;crit ainsi &#224; Caroline Tchirkovitch, Correspondance, Garnier, t. V, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On peut ainsi voir &#224; nouveau l'importance que prend, concr&#232;tement d'abord, cette situation sociale du sot. Il est le diff&#233;rent &#8211; qui n'aper&#231;oit pas les diff&#233;rences. Mais nous reviendrons sur ce th&#232;me &#224; la fin de notre &#233;tude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes maintenant confront&#233;s avec le probl&#232;me suivant. Si l'imb&#233;cile, c'est l'autre, si l'esprit consacre la s&#233;paration, comment vais-je savoir ce qu'est la b&#234;tise ? Je ne peux pas appr&#233;hender directement la b&#234;tise en autrui, puisque cette b&#234;tise supprime pr&#233;cis&#233;ment le contact. Si l'on pose le probl&#232;me en termes kantiens, on dira que l'exp&#233;rience sera impossible car si on dispose du concept il manquera l'intuition corr&#233;lative. On pensera savoir ce qu'est la b&#234;tise, mais on ne saura pas ce qu'est &#234;tre b&#234;te. La b&#234;tise ne peut &#234;tre rencontr&#233;e que dans ses manifestations. Je pourrai les percevoir sans vraiment les concevoir. Tout au plus, j'aurai un acc&#232;s &#224; la b&#234;tise dans l'irrationnel de certains jugements, critiqu&#233;s par la pens&#233;e logique. Mais sans doute irr&#233;m&#233;diablement l'esprit de la b&#234;tise sera insaisissable &#224; celui qui n'y participe pas. Et il faudra pardonner &#224; celui qui y participe, car il ne sait pas ce qu'il fait&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?986-Essai-sur-la-betise-le' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Lire la partie suivante : Le discernement&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb16-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ainsi ce texte de Descartes, &lt;i&gt;Lettre au P. Mersenne&lt;/i&gt; (septembre 1641), &#233;d. Adam-Tannery, t. 3, p. 435 : &#171; Car pour moi, il y a si longtemps que je sais qu'il y a des sots dans le monde, et je fais si peu d'&#233;tat de leurs jugements, que je serai tr&#232;s marri de perdre un seul moment de mon loisir ou de mon repos &#224; leur sujet. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. Voltaire, &lt;i&gt;Dictionnaire philosophique&lt;/i&gt;, v&#176; Dogmes : &#171; Petites Maisons de l'univers : c'est un des plus grands b&#226;timents qu'on puisse imaginer &#187; (Garnier, 1960, p. 174).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Tolsto&#239;, Anna Kar&#233;nine, II, 6, Pl&#233;iade, 1960, p. 154.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cit&#233; par J.-L. Barrault, S&lt;i&gt;candale et provocation, in&lt;/i&gt; Cahiers Renault-Barrault, Gallimard, avril 1966, n&#176; 54, p. 23.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pirandello, &lt;i&gt;A chacun sa v&#233;rit&#233;&lt;/i&gt;, III, &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt;, Gallimard, 1950, p. 141. Voir J. Chaix-Ruy, Pirandello, Editions Universitaires, 1963, pp. 80-83.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;M&#234;me si elle ne m&#232;ne pas &#224; une action ext&#233;rieure de distanciation, elle n'en est pas moins rep&#233;r&#233;e comme telle. Ainsi cette remarque de Montesquieu, &lt;i&gt;Cahiers&lt;/i&gt;, Grasset, 1941, p. 4 : &#171; Je suis presque aussi content avec des sots qu'avec des gens d'esprit, et il y a peu d'hommes si ennuyeux qui ne m'aient amus&#233; tr&#232;s souvent : il n'y a rien de si amusant qu'un homme ridicule. &#187; A l'oppos&#233;, on trouve la conduite d&#233;crite par ce proverbe malgache : &#171; Avoir des sots chez soi fait prendre un visage irrit&#233; &#187;, &lt;i&gt;Ohabolama ou proverbes malgaches&lt;/i&gt;, Tananarive, Imprimerie luth&#233;rienne, 1960, n&#176; 1642, p. 141.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Balzac, &lt;i&gt;Lettres &#224; l'&#233;trang&#232;re&lt;/i&gt; (10 octobre 1837 ), Calrnann-L&#233;vy, 1, p. 433,&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;IV, X, 3, Pl&#233;iade, 1965, p. 554.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Stendhal, &lt;i&gt;Le rouge et le noir&lt;/i&gt;, VII, Pl&#233;iade, 1963, p. 250. 2. Voir Aristote, &lt;i&gt;Ethique &#224; Nicomaque&lt;/i&gt;, IV, 7, II23 b, 2-15.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir Aristote &#201;thique &#224; Nicomaque, IV, 7, 1123 b, 2-15.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;P. Aubenque, &lt;i&gt;La prudence chez Aristote&lt;/i&gt;, p. 46. M. Aubenque cite en note ce texte de Nietzsche, &lt;i&gt;La g&#233;n&#233;alogie de la morale&lt;/i&gt;, trad. H. Albert, Mercure de France, 1948, pp. 30-31 : &#171; Ce sont les 'bons' eux-m&#234;mes, c'est-&#224;-dire les hommes de distinction, les puissants, ceux qui sont sup&#233;rieurs par leur situation et leur &#233;l&#233;vation d'&#226;me qui se sont eux-m&#234;mes consid&#233;r&#233;s comme 'bons', qui ont jug&#233; leurs actions 'bonnes' c'est-&#224;-dire de premier ordre, &#233;tablissant cette taxation par opposition &#224; tout ce qui &#233;tait bas, mesquin, vulgaire et populacier. C'est du haut de ce &lt;i&gt;sentiment de la distance&lt;/i&gt; qu'ils se sont arrog&#233; le droit de cr&#233;er des valeurs et de les d&#233;terminer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voltaire, &lt;i&gt;Conversation de Lucien, Erasme et Rabelais dans les Champs-Elys&#233;es&lt;/i&gt; (Pl&#233;iade, &lt;i&gt;M&#233;langes&lt;/i&gt;, 1961, p. 737).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Lettre VII&lt;/i&gt;, 2, Les Belles-Lettres, 1964, t. 1, p. 9,&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Qu'on se souvienne de la condamnation rapport&#233;e par l'Ecriture : &#171; Celui qui traite son fr&#232;re de cr&#233;tin en r&#233;pondra devant le Sanh&#233;drin &#187;, Matthieu, V, 22.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Balzac &#233;crit ainsi &#224; Caroline Tchirkovitch, &lt;i&gt;Correspondance&lt;/i&gt;, Garnier, t. V, 1969, p. 471 : &#171; Il y a bien longtemps que j'envie les sots. Par politesse, tout le monde s'efforce de prouver &#224; un sot qu'il est un homme sup&#233;rieur ou qu'il n'a rien &#224; envier aux hommes sup&#233;rieurs, tandis que le monde tend &#224; prouver &#224; ceux &#224; qui souvent par erreur il accorde le fatal don de sup&#233;riorit&#233;, qu'ils ressemblent, la plupart du temps, &#224; des sots. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La d&#233;mocratie ath&#233;nienne : fausses et vraies questions</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?La-democratie-athenienne-fausses</link>
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		<dc:date>2018-12-20T10:39:25Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;ducation</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie directe</dc:subject>
		<dc:subject>Castoriadis C.</dc:subject>
		<dc:subject>Revolution</dc:subject>
		<dc:subject>Antiquit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Institutionnalisation</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Article</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;lectoralisme</dc:subject>
		<dc:subject>Assembl&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>Type anthropologique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Intervention dans un colloque tenu &#224; Beaubourg le 27 mars 1992, auquel participaient &#233;galement Pierre Vidal-Naquet et Pierre L&#233;v&#234;que. Publi&#233; dans Esprit, f&#233;vrier 1994 : 24-33, repris dans La mont&#233;e de l'insignifiance, pp. 183-93. Source : https://esprit.presse.fr/article/co... Cette neuvi&#232;me Lettre de la montagne, je la relisais pour la &#233;ni&#232;me fois en lisant le texte de Pierre Vidal-Naquet et je regrettais que Pierre n'ait pas eu le temps de faire l'histoire, qui sans doute occuperait (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-sociale-democratie-" rel="directory"&gt;Autonomie sociale : D&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-56-castoriadis-c-+" rel="tag"&gt;Castoriadis C.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-57-revolution-+" rel="tag"&gt;Revolution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-61-antiquite-+" rel="tag"&gt;Antiquit&#233;&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-115-electoralisme-+" rel="tag"&gt;&#201;lectoralisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-120-assemblee-+" rel="tag"&gt;Assembl&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-216-type-anthropologique-+" rel="tag"&gt;Type anthropologique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Intervention dans un colloque tenu &#224; Beaubourg le 27 mars 1992, auquel participaient &#233;galement Pierre Vidal-Naquet et Pierre L&#233;v&#234;que. Publi&#233; dans Esprit, f&#233;vrier 1994 : 24-33, repris dans La mont&#233;e de l'insignifiance, pp. 183-93.
Source : &lt;a href=&#034;https://esprit.presse.fr/article/cornelius-castoriadis/la-democratie-athenienne-fausses-et-vraies-questions-11486&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://esprit.presse.fr/article/co...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cette neuvi&#232;me &lt;i&gt;Lettre de la montagne&lt;/i&gt;, je la relisais pour la &#233;ni&#232;me fois en lisant le texte de Pierre Vidal-Naquet et je regrettais que Pierre n'ait pas eu le temps de faire l'histoire, qui sans doute occuperait des volumes, du mirage grec et du mirage romain, de leurs interpr&#233;tations successives, et des nombreux virages &#224; 180&#176; qui s'op&#232;rent dans ces interpr&#233;tations &#224; travers les si&#232;cles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela commence d&#233;j&#224; &#224; Ath&#232;nes, et pas plus tard qu'au IVe si&#232;cle. C'est Platon, c'est la vue de la d&#233;mocratie comme le pouvoir du &lt;i&gt;vulgum pecus&lt;/i&gt;, des illettr&#233;s qui croient savoir mieux que les gens qui savent vraiment, qui assassinent les g&#233;n&#233;raux, qui assassinent Socrate, etc. Je passe sur les vingt-deux si&#232;cles qui suivent, je note simplement le quasi-renversement qui s'op&#232;re au moment de la R&#233;volution fran&#231;aise et le beau texte de Vidal-Naquet, &#171; Ath&#232;nes bourgeoise &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La formation de l'Ath&#232;nes bourgeoise &#187; (en collaboration avec Nicole (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, je rappelle surtout la grande inversion qui a lieu en Angleterre vers 1860 avec le travail du grand George Grote, &#224; laquelle font suite les pastorales wilhelminiennes en Allemagne avec Wilamowitz, des courants analogues en France etc. &#8211; sans oublier les tentatives d'appropriation d'une Gr&#232;ce &#171; dorienne &#187; par les nazis. C'est sans doute l'objet le plus riche disponible (seule l'histoire du christianisme est, de ce point de vue, aussi riche) pour servir &#224; une &#233;tude sur l'imaginaire social-historique comme source non pas m&#234;me de r&#233;-interpr&#233;tation, mais de recr&#233;ation d'une &#233;poque fondatrice par les &#233;poques suivantes selon le propre imaginaire de ces derni&#232;res. Du reste, l'opposition Ath&#232;nes/Rome joue encore un r&#244;le en France. Enfant, je lisais la grande &lt;i&gt;Histoire romaine&lt;/i&gt; de Victor Duruy dont la pr&#233;face se termine sur un appel aux Fran&#231;ais, les invitant &#224; &#233;tudier l'histoire romaine, car &#8211; c'est la derni&#232;re phrase de la pr&#233;face et, soixante ans apr&#232;s, elle reste dans ma m&#233;moire &#8211;, &#171; &lt;i&gt;plus encore que d'Ath&#232;nes, c'est de Rome que nous sommes les h&#233;ritiers &lt;/i&gt; &#187;. Or r&#233;cemment encore, Claude Nicolet a repris en fait cette id&#233;e. Reste-t-il m&#234;me un grain de v&#233;rit&#233; &#224; cela ? Je commencerai le peu de chose que j'ai &#224; dire par une plaisanterie, qui nous ram&#232;ne aux &lt;i&gt;Lettres de la montagne&lt;/i&gt;. Si j'&#233;tais Rousseau, et si vous &#233;tiez genevois, je vous dirais ce soir &#8211; comme &#224; tous les peuples occidentaux : Vous n'&#234;tes pas des Ath&#233;niens, vous n'&#234;tes m&#234;me pas des Romains. Certes Rome n'a jamais &#233;t&#233; une d&#233;mocratie, elle a toujours &#233;t&#233; une oligarchie. Mais du moins jusqu'&#224; environ 150 av. J.-C., il subsistait une sorte de d&#233;votion &#224; la &lt;i&gt;res publica&lt;/i&gt;, qui aujourd'hui dispara&#238;t tout &#224; fait sous les coups du &#171; lib&#233;ralisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon intervention portera d'abord sur un certain nombre de points, que je ne tenterai pas de syst&#233;matiser mais dont je pense qu'on comprendra la liaison intime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, en amont de la cr&#233;ation de la polis il y a un &#233;norme h&#233;ritage mythologique, qui sera certes r&#233;-&#233;labor&#233;, mais qui est l&#224; dans la cr&#233;ation d&#233;mocratique grecque. Le premier tirage au sort politique que l'on connaisse a lieu entre Zeus, Pos&#233;idon et Had&#232;s, apr&#232;s leur victoire sur les Titans, pour le partage de la domination. Et si Zeus est ma&#238;tre de l'univers, c'est par hasard : c'est qu'il a tir&#233; le ciel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il faut aussi souligner le fait qu'aucun des trois dieux principaux n'a la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De m&#234;me, toute la conception mythologique sur les rapports entre le droit et la force reste vivante, comme on le verra encore aussi bien dans le Prom&#233;th&#233;e d'Eschyle que dans le dialogue des Ath&#233;niens et des M&#233;liens dans Thucydide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, si l'on passe &#224; Hom&#232;re, on y trouve d&#233;j&#224; l'agora, comme Pierre Vidal-Naquet le rappelait tout &#224; l'heure. Beaucoup plus marquants aussi, les fameux vers de &lt;i&gt;l'Odyss&#233;e&lt;/i&gt; sur les Cyclopes, qu'il n'a pas cit&#233;s sans doute parce qu'ils sont beaucoup plus connus, les Cyclopes qui n'ont pas d'agora et qui n'ont pas de lois : j'abr&#232;ge une traduction, qui ouvrirait certes des probl&#232;mes. Je ne veux pas entrer dans les questions de datation et de contenu des po&#232;mes hom&#233;riques. Moses Finley a &#233;crit l&#224;-dessus un livre merveilleux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;The World of Odysseus ; 1954 ; &#233;d. r&#233;vis&#233;e. Chatto and Wimlus Londres, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et Pierre Vidal-Naquet, dans une pr&#233;face &#224; l&lt;i&gt;'Iliade&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; L'Illiade sans travesti &#187;, pr&#233;face &#224; la r&#233;&#233;dition de la traduction de Paul (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; rappelle qu'Hom&#232;re &#233;tait avant tout po&#232;te et non correspondant de guerre ou reporter couvrant les explorations d'Ulysse. Mais j'attribue une grande importance &#224; ces phrases d'Hom&#232;re : avec les datations actuelles on ne peut pas faire remonter Hom&#232;re beaucoup plus haut que 750. Or, nous savons positivement que la colonisation, la grande colonisation, non pas celle des c&#244;tes d'Asie mineure (beaucoup plus ancienne), commence d&#233;j&#224; vers cette date : Pithecusae (Ischia) et Cumae, en Italie, l'attestent. Il faut comprendre ce qu'est cette colonisation et ce qu'elle pr&#233;suppose. Elle pr&#233;suppose d'abord une certaine histoire de la &lt;i&gt;polis&lt;/i&gt; d&#233;j&#224; avant : il serait absurde de supposer qu'une &lt;i&gt;polis&lt;/i&gt; fond&#233;e en 752 envoie une colonie en 750 &#8211; et ce, d'Eub&#233;e en Italie centrale ! En elle-m&#234;me, ensuite, elle est tr&#232;s diff&#233;rente des autres colonisations de l'Antiquit&#233; ou m&#234;me des temps modernes. La colonie n'est pas une possession ou un avant-poste de la m&#233;tropole ; en fait, elle &lt;i&gt;s'auto-institue&lt;/i&gt;. Certes, il reste un rapport de v&#233;n&#233;ration &#224; l'&#233;gard de la m&#233;tropole ; certes, celle-ci fournit la plupart du temps les mod&#232;les des institutions de la colonie ; mais souvent aussi, les lois de la colonie sont nouvelles, diff&#233;rentes. Je pense que c'est dans les colonies autant sinon plus qu'en Gr&#232;ce proprement dite qu'il faut chercher les germes politico-historiques de ce qui deviendra par la suite la d&#233;mocratie. Dans la colonie il y a certes l'&lt;i&gt;oikist&#232;s&lt;/i&gt;, le &#171; fondateur &#187;, chef de l'exp&#233;dition, mais il est caract&#233;ristique qu'on ne trouve aucun roi ou autocrate parmi les &lt;i&gt;oikistai&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Vidal-Naquet disait tr&#232;s justement tout &#224; l'heure que dans l'histoire de la Gr&#232;ce ancienne il y a deux moments de rupture, ce que j'appellerais deux cr&#233;ations. Il y a la cr&#233;ation de la &lt;i&gt;polis&lt;/i&gt; comme &lt;i&gt;polis&lt;/i&gt;, qui pourra &#234;tre par la suite oligarchique ou tyrannique ; et il y a la cr&#233;ation de la d&#233;mocratie proprement dite, plus tard, surtout &#224; Ath&#232;nes (pour ne pas entrer dans une discussion sur Chios). Mais il faut aussi souligner un aspect de l'histoire de Sparte, qui est oubli&#233; dans ces discussions. Pour le peu qu'on en puisse dire, et en laissant de c&#244;t&#233; l'affaire des hilotes et de l' &#171; hilotage &#187; si je puis dire, Sparte commence comme une cit&#233; o&#249; le pouvoir appartient au &lt;i&gt;damos&lt;/i&gt; (peuple) et les citoyens sont des &lt;i&gt;homoioi&lt;/i&gt;. Pierre Vidal-Naquet traduit ce dernier terme par &#171; pairs &#187;, on pourrait aussi proposer &#171; semblables &#187; ou &#171; vrais semblables &#187;, ce qui serait le sens litt&#233;ral. Cela, entre 650 et 600, soit un si&#232;cle avant Clisth&#232;ne. Mais il y a aussi une &lt;i&gt;histoire&lt;/i&gt; : la dynamique de la soci&#233;t&#233; spartiate, pour des raisons qui nous restent tr&#232;s obscures, est une dynamique oligarchique, qui culmine au IVe si&#232;cle. Dynamique tout &#224; fait oppos&#233;e &#224; celle qui se d&#233;ploie &#224; Ath&#232;nes, et probablement aussi dans un grand nombre d'autres cit&#233;s, sur lesquelles, h&#233;las, nous n'avons pas de renseignements. Des plus de cent cinquante &lt;i&gt;politeiai&lt;/i&gt; d'Aristote et de ses &#233;l&#232;ves, il n'y en a qu'une qui nous reste ; des autres ne restent que des phrases fragmentaires dont on ne peut tirer grand-chose. Peut-&#234;tre notre image du monde grec serait assez diff&#233;rente si nous avions tous ces trait&#233;s sur les constitutions-institutions des diff&#233;rentes cit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut donc nous limiter &#224; Ath&#232;nes &#8211; et c'est ici que les t&#233;moignages nous montrent une vraie &lt;i&gt;histoire&lt;/i&gt; et une histoire &lt;i&gt;cr&#233;atrice&lt;/i&gt;. Ce n'est pas simplement que &#171; les choses changent &#187; ; ce sont des institutions qui sont cr&#233;&#233;es et renouvel&#233;es presque constamment, &#224; travers ce qu'Aristote appelle les treize &lt;i&gt;m&#233;tabolai&lt;/i&gt; ou changements de r&#233;gime. De ces changements de r&#233;gime, certains sont majeurs, d'autres moins importants. Il n'y a du reste pas que les changements de r&#233;gime (il n'y a qu'&#224; penser &#224; l'histoire des &#171; arts &#187; ou de la trag&#233;die) ; mais il faut insister sur ceux-ci, et il faut compl&#232;tement renverser les tables et qualifier de blanc ce que jusqu'ici la tradition qualifie de noir. On a constamment &#171; accus&#233; &#187; les Ath&#233;niens et leur r&#233;gime d' &#171; instabilit&#233; &#187;, et des &#233;chos de cette mentalit&#233; conservatrice se trouvent m&#234;me encore chez Hannah Arendt et ses louanges de l'&lt;i&gt;auctoritas&lt;/i&gt; et de la &lt;i&gt;traditio&lt;/i&gt; romaines, oppos&#233;es &#224; la versatilit&#233; des Ath&#233;niens. Mais ce qui est pr&#233;cis&#233;ment &#224; la fois caract&#233;ristique d'Ath&#232;nes et pr&#233;cieux dans ce qu'il nous pr&#233;sente, c'est l'auto-institution explicite continu&#233;e, &#224; savoir la cr&#233;ation, pour la premi&#232;re fois dans l'histoire enregistr&#233;e, d'une &lt;i&gt;historicit&#233; forte&lt;/i&gt;. L'histoire tout court existe certes partout, et jamais un Tupi Guarani ne sera semblable &#224; lui-m&#234;me tel qu'il &#233;tait une seconde auparavant. Mais au niveau des institutions ce changement reste imperceptible, et dans les soci&#233;t&#233;s sauvages ou traditionnelles, les &#171; secondes &#187; sont des mill&#233;naires ou des si&#232;cles. Or &#224; Ath&#232;nes, on peut le voir au VIe, au Ve et m&#234;me encore au IVe si&#232;cle, le changement a lieu entre g&#233;n&#233;rations et m&#234;me au sein d'une m&#234;me g&#233;n&#233;ration. Non seulement Sophocle est tout autre chose qu'Eschyle, mais Sophocle vieux n'&#233;crit pas comme Sophocle jeune. Ce n'est pas un ph&#233;nom&#232;ne &#171; individuel &#187; : la forme de la trag&#233;die change, le style architectural change, les hommes changent, les institutions changent. Si l'on veut la &lt;i&gt;traditio&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;l'auctoritas&lt;/i&gt;, il faut vouloir Ennius &#224; jamais et non pas l'histoire de la trag&#233;die. Et puis, &#224; partir d'un certain moment, les hommes commencent &#224; changer pour le plus mal, c'est la guerre du P&#233;loponn&#232;se, les terribles descriptions de Thucydide portant sur la corruption de tout induite par la guerre ; Thucydide parle presque de langue de bois, il dit que la guerre a fait que les mots en sont venus &#224; signifier l'oppos&#233; de ce qu'ils signifiaient. Ce n'est plus l&#224; le m&#234;me &lt;i&gt;d&#233;mos&lt;/i&gt; &#8211; et c'est ce &lt;i&gt;d&#233;mos&lt;/i&gt;-l&#224; qui condamnera les g&#233;n&#233;raux d'Arginuses, et qui condamnera Socrate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela nous conduit &#224; une autre conclusion importante : la d&#233;mocratie n'est pas un &lt;i&gt;mod&#232;le&lt;/i&gt; institutionnel, elle n'est m&#234;me pas un &#171; r&#233;gime &#187; au sens traditionnel du terme. La d&#233;mocratie c'est l'auto-institution de la collectivit&#233; par la collectivit&#233;, et cette auto-institution comme mouvement. Certes, ce mouvement s'appuie sur et est facilit&#233; chaque fois par des institutions d&#233;termin&#233;es, mais aussi par le savoir, diffus&#233; dans la collectivit&#233;, que nos lois ont &#233;t&#233; faites par nous et que nous pouvons les changer. Je dirai en terminant deux mots sur les limites de cette auto-institution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut &#233;clairer un aspect important de la sp&#233;cificit&#233; de l'histoire d'Ath&#232;nes comme histoire d&#233;mocratique, en revenant sur une conception (qui rel&#232;verait du &#171; mat&#233;rialisme militaire &#187;) faisant de l'invention de la phalange la condition de la d&#233;mocratie. Cette conception voudrait que l'invention de la phalange comme organisation guerri&#232;re des membres d'une cit&#233; ait conduit, par une &#171; extension &#187; de l'&#233;gale condition des soldats dans l'organisation de la phalange, &#224; la d&#233;mocratie. La conception p&#232;che par les deux bouts. D'abord, la phalange elle-m&#234;me ne peut pas &#234;tre &#171; invent&#233;e &#187; si l'imaginaire de l'&#233;galit&#233; des citoyens n'est pas d&#233;j&#224; fortement pr&#233;&#173; sent. Lorsqu'on lit l'Iliade, on se prend parfois &#224; se demander que font et &#224; quoi servent sur le champ de bataille ces &#171; essaims &#187; et ces &#171; troupeaux &#187; de guerriers anonymes, Ach&#233;ens ou Troyens, si ce n'est peut-&#234;tre seulement &#224; t&#233;moigner de la valeur, du &lt;i&gt;kl&#233;os&lt;/i&gt; et du &lt;i&gt;kudos&lt;/i&gt;, des h&#233;ros dont les duels sont seuls constamment chant&#233;s. Hom&#232;re d&#233;crit l&#224;, de toute &#233;vidence, l'incarnation au plan militaire de l'imaginaire aristocratique (et &#224; cet &#233;gard du moins, il se r&#233;f&#232;re &#224; un monde sans doute r&#233;volu &#224; son &#233;poque). Mais dans la phalange se r&#233;alisent l'&#233;galit&#233; et la solidarit&#233; des combattants. Achille n'aurait jamais pens&#233; se mettre au coude-&#224;-coude avec Thersite, et le couvrir de son bouclier. Pour que la phalange soit concevable, il faut que les combattants se pensent comme &#233;gaux, pareils, pr&#234;ts &#224; se d&#233;fendre les uns les autres. La phalange est un r&#233;sultat, non pas une &#171; cause &#187; de l'imaginaire de l'&#233;galit&#233;. Et, deuxi&#232;me aspect, en elle-m&#234;me elle n'est pas du tout suffisante pour conduire &#224; un &#233;tat d&#233;mocratique de la communaut&#233;. Elle existe tout autant &#224; Sparte. Et, sous une autre forme, la l&#233;gion romaine est semblable &#224; la phalange : les diff&#233;rences de son organisation rel&#232;vent d'autres consid&#233;rations. Or Rome n'a jamais &#233;t&#233; une d&#233;mocratie au sens o&#249; Ath&#232;nes l'a &#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'en arrive &#224; la question de l'esclavage, et &#224; la fameuse phrase de Finley, que Pierre Vidal-Naquet reprend &#224; son compte : &#171; &lt;i&gt;dans le monde antique, la libert&#233; avance du m&#234;me pas que l'esclavage&lt;/i&gt; &#187;, Je ne discuterai pas la question au plan th&#233;orique, abstrait. Je poserai simplement quelques questions au plan des faits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, combien d'esclaves y avait-il &#224; Ath&#232;nes vers 510 av. J.-C. ? Le nombre d'esclaves que nous connaissons, ou plut&#244;t que nous supposons, calculons p&#233;niblement, pour Ath&#232;nes, ne se r&#233;f&#232;re pas &#224; l'&#233;poque de l'instauration de la d&#233;mocratie, aux conditions initiales de celle-ci si l'on peut dire &#8211; et encore moins &#224; toute l'histoire &lt;i&gt;ant&#233;rieure&lt;/i&gt; d'Ath&#232;nes, o&#249; l'on voit les germes de la cr&#233;ation d&#233;mocratique se multiplier. Ce nombre est aussi sans doute tr&#232;s gonfl&#233; par les esclaves publics qui travaillaient dans les mines de &lt;i&gt;Laurium&lt;/i&gt; ; et l'on sait que celles-ci ont &#233;t&#233; d&#233;couvertes, ou du moins mises en exploitation, peu avant la deuxi&#232;me guerre m&#233;dique, que Th&#233;mistocle a d&#233;cid&#233; le &lt;i&gt;d&#233;mos&lt;/i&gt; &#224; en utiliser le produit pour la construction de la flotte, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ce point je suis d'accord avec deux personnes tr&#232;s diff&#233;rentes, Jefferson et Marx. Marx disait que la v&#233;ritable condition socio-&#233;conomique de la d&#233;mocratie antique &#233;tait l'existence d'une foule de petits producteurs ind&#233;pendants. Et lorsqu'on sait l'attitude de Jefferson s'opposant au d&#233;veloppement d'une industrie importante (donc, d'un prol&#233;tariat) aux &#201;tats-Unis de son &#233;poque, on peut comprendre que derri&#232;re elle il y a l'id&#233;e de fonder la d&#233;mocratie sur la petite propri&#233;t&#233; agraire, dont l'extension a &#233;t&#233; effectivement possible aux &#201;tats-Unis jusqu'&#224; la &#171; cl&#244;ture de la fronti&#232;re &#187; de l'Ouest aux d&#233;buts du XXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'esclavage est l&#224; partout dans le monde antique, mais la d&#233;mocratie n'est l&#224; que dans quelques cit&#233;s. Il est l&#224; &#224; Sparte &#8211; certes sous une autre forme mais on ne voit pas en quoi le fait qu'il s'agit d'ilotes et non d'esclaves-marchandises affecterait la liaison postul&#233;e. Dans les cit&#233;s aristocratiques grecques, c'est aussi d'esclaves-marchandises qu'il s'agit &#8211; de m&#234;me &#233;videmment qu'&#224; Rome, o&#249; l'on voit, au contraire, les progr&#232;s de l'esclavage marcher du m&#234;me pas que le pouvoir de l'oligarchie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a l&#224; &#224; mes yeux deux points de fait d&#233;cisifs : l'esclavage pr&#233;sent lors de la cr&#233;ation de la d&#233;mocratie est sans aucun doute tr&#232;s limit&#233;, et dans presque toutes les cit&#233;s antiques l'on trouve l'esclavage mais point la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement de l'esclavage &#224; Ath&#232;nes va de pair, &#224; mes yeux, avec un autre trait extr&#234;mement important, le d&#233;veloppement de l' &#171; imp&#233;rialisme &#187; ; Je ne peux pas m'y attarder, mais &#224; mes yeux il est clair que l'&#233;chec d'Ath&#232;nes &#224; tous les points de vue est d&#251; &#224; la combinaison de cet &#171; imp&#233;rialisme &#187; avec le maintien de la conception que seuls peuvent &#234;tre sujets politiques les citoyens ath&#233;niens. Si Rome a conquis le monde antique, si nous parlons aujourd'hui une langue qui, comme disait Proust, est une fa&#231;on erron&#233;e de prononcer le latin, cela n'est pas d&#251; aux vertus guerri&#232;res des Romains, ni &#224; leur frugalit&#233;, mais &#224; la fantastique politique d'&lt;i&gt;assimilation&lt;/i&gt; graduelle que Rome a invent&#233;e ou a &#233;t&#233; oblig&#233;e d'inventer, en commen&#231;ant d&#233;j&#224; sans doute par la pl&#232;be. La pl&#232;be, au d&#233;part, ce sont des &#233;trangers, des immigrants, des m&#233;t&#232;ques. Elle lutte, se retire sur l'Aventin, etc., et apr&#232;s un si&#232;cle, deux si&#232;cles Rome est oblig&#233;e de la dig&#233;rer &#8211; et cette digestion des populations conquises s'&#233;tend graduellement moyennant une foule d'institutions : les colonies romaines, les colonies latines, la &lt;i&gt;civitas romana&lt;/i&gt; accord&#233;e &#224; des fractions des populations vaincues, ce qui permet de les diviser, aux populations de l'Italie apr&#232;s la Guerre sociale (90 av. J.-C.), et finalement &#224; tous les habitants libres de l'Empire avec l'&#233;dit de Caracalla (212 ap. J.-C.) &#8211; en m&#234;me temps que l'&#233;mancipation et l'assimilation des esclaves se pratiquaient &#224; une &#233;chelle de plus en plus large.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or jamais les Ath&#233;niens n'envisagent une extension de la citoyennet&#233; ath&#233;nienne en temps normal (celles qui ont lieu en faveur des Plat&#233;ens et des Samiens viendront tard, au moment de la catastrophe). On conna&#238;t tr&#232;s peu de naturalisations, et aussi peu d'&#233;mancipations d'esclaves. L'Empire reste tout le temps l'ensemble des cit&#233;s soumises &#224; la &lt;i&gt;polis&lt;/i&gt; par excellence, &#224; Ath&#232;nes. L'entreprise de l'extension, et m&#234;me du maintien de l'Empire devient donc rapidement absurde &#8211; comme est devenue absurde l'entreprise des nations europ&#233;ennes modernes qui ont voulu dominer les colonies sans m&#234;me essayer de les assimiler, ce que, de toute fa&#231;on, elles n'auraient pas pu r&#233;aliser vraiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'en arrive maintenant &#224; un grand paradoxe apparent : le grand philosophe ath&#233;nien est Platon, et Platon est un ennemi jur&#233; de la d&#233;mocratie. Plus g&#233;n&#233;ralement, on ne trouve pas chez les philosophes grecs, &#224; part Aristote dont je ne parlerai pas, une pens&#233;e de la d&#233;mocratie. La seule exception notable est Protagoras, et j'y reviendrai. Mais on sait aussi que D&#233;mocrite, son cadet, &#233;tait d&#233;mocrate (&lt;i&gt;cf&lt;/i&gt; Diels B 251 et 255). Or D&#233;mocrite est l'objet, de la part de Platon, d'une &lt;i&gt;damnatio memoriae&lt;/i&gt;, contrairement &#224; Protagoras, et il n'est pas interdit de penser que cela correspond &#224; une intention de donner le moins de retentissement &#224; ses opinions en g&#233;n&#233;ral et &#224; ses opinions politiques en particulier. Que Platon connaissait l'&#339;uvre de D&#233;mocrite se voit &#224; la lecture du Tim&#233;e &#8211; et Aristote, qui en parle tout le temps, a d&#251; conna&#238;tre cette &#339;uvre pendant ses ann&#233;es &#224; l'Acad&#233;mie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On tombe tout le temps sur des auteurs qui parlent de la &#171; pens&#233;e politique grecque &#187; en entendant par l&#224; Platon. C'est aussi ridicule que de vouloir trouver la pens&#233;e politique de la R&#233;volution fran&#231;aise chez Joseph de Maistre ou Bonald. La cr&#233;ation politique grecque est essentiellement la d&#233;mocratie &#8211; laquelle est l'objet de la haine inextinguible de Platon. Il accumule sur elle les calomnies, qu'il a du reste r&#233;ussi &#224; imposer &#224; une grande partie de l'opinion, savante et profane, depuis plus de deux mille ans. Les grands politiques d'Ath&#232;nes, Th&#233;mistocle, P&#233;ricl&#232;s, sont pr&#233;sent&#233;s comme des d&#233;magogues qui ont rempli la ville de choses inutiles, comme les murailles, les chantiers navals, etc. Les penseurs critiques, Protagoras, Gorgias, sont des sophistes dans le sens que Platon a r&#233;ussi &#224; donner &#224; ce mot. Les po&#232;tes sont des corrupteurs et des pr&#233;sentateurs de fausses images (&lt;i&gt;idola&lt;/i&gt;). Eschyle et Sophocle comme pr&#233;sentateurs de fausses images et corrupteurs : Platon est jug&#233; par ses jugements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'esprit de la d&#233;mocratie, on doit le chercher, et on le trouve, chez les po&#232;tes tragiques, chez les historiens, chez H&#233;rodote dans la discussion entre les trois satrapes perses sur les trois r&#233;gimes, chez Thucydide (et pas seulement dans l'&lt;i&gt;&#201;pitaphe&lt;/i&gt; de P&#233;ricl&#232;s) et &#233;videmment, surtout et par-dessus tout, dans les institutions et la pratique de la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la trag&#233;die, je prendrai, bri&#232;vement, l'exemple d'&lt;i&gt;Antigone&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une discussion quelque peu plus &#233;tendue d'Antigone, voir mon texte &#171; La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;i&gt;Antigone&lt;/i&gt; est &#224; mes yeux, plus que toutes les autres, la trag&#233;die de la d&#233;mocratie. On sait l'importance qu'a pour la pens&#233;e grecque, clairement dans le Ve si&#232;cle et probablement d&#233;j&#224; avant, l'id&#233;e du &lt;i&gt;nomos&lt;/i&gt; non pas simplement comme loi, mais comme loi humaine, pos&#233;e par les humains &#8211; &#224; peu pr&#232;s, ce que j'appelle l'auto-institution de la soci&#233;t&#233;. Or, dans le fameux &lt;i&gt;stasimon&lt;/i&gt; d'Antigone (v. 332-375), &#171; &lt;i&gt;nombreux sont les terribles et rien n'est plus terrible que l'homme&lt;/i&gt; &#187;, Sophocle parle du fait que l'homme s'est enseign&#233; &#224; lui-m&#234;me (&lt;i&gt;edidaxato&lt;/i&gt;) la langue, la pens&#233;e et les &lt;i&gt;astunomous orgas&lt;/i&gt; &#8211; les passions qui donnent des lois aux cit&#233;s (qui les instituent). &lt;i&gt;Org&#233;&lt;/i&gt; est la col&#232;re, l'affect, la passion &#8211; c'est de l&#224; que vient orgasme. Les humains sont d&#233;termin&#233;s comme ceux qui se sont &lt;i&gt;enseign&#233;s &#224; eux-m&#234;mes&lt;/i&gt; comment instituer les cit&#233;s. Pointe ici l'id&#233;e de la d&#233;mocratie comme r&#233;gime qui s'institue en connaissance de cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui est de Protagoras, il suffit de se reporter au c&#233;l&#232;bre discours qu'il tient dans le dialogue du m&#234;me nom de Platon. Sur le sens de ce discours je suis tout &#224; fait d'accord avec ce que Pierre Vidal-Naquet en a dit, et j'ai &#233;crit moi-m&#234;me qu'il contient sans aucun doute les &lt;i&gt;topoi&lt;/i&gt;, les lieux communs de la r&#233;flexion d&#233;mocratique de l'&#233;poque &#224; Ath&#232;nes, comme du reste le discours de Socrate (la &#171; prosopop&#233;e des lois &#187;) dans le &lt;i&gt;Criton&lt;/i&gt;. Or Protagoras dit exactement le contraire de ce que Platon passera sa vie &#224; essayer de montrer : qu'il n'y a pas d'&lt;i&gt;&#233;pist&#233;m&#233;&lt;/i&gt;, de savoir certain et assur&#233;, en politique, ni de &lt;i&gt;techn&#233;&lt;/i&gt; politique appartenant &#224; des sp&#233;cialistes. Il n'y a, en politique, que de la &lt;i&gt;doxa&lt;/i&gt;, de l'opinion, et cette &lt;i&gt;doxa&lt;/i&gt; est &#233;galement et &#233;quitablement partag&#233;e entre tous. C'est l&#224; aussi, disons-le en passant, la seule justification possible, autre que proc&#233;durale, de la r&#232;gle majoritaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut se tourner surtout vers les institutions effectives pour comprendre l'esprit de la d&#233;mocratie. Il y a d'abord la d&#233;mocratie directe, c'est-&#224;-dire l'id&#233;e de la participation politique de tous aux d&#233;cisions concernant les affaires communes. Il y a l'invention du principe &#233;lectif pour les charges exigeant un savoir-faire sp&#233;cifique, mais aussi la rotation et le tirage au sort pour les autres. Il y a l'id&#233;e, pour la premi&#232;re fois apparaissant dans l'histoire, de la responsabilit&#233; des magistrats devant le peuple, &lt;i&gt;euthun&#233;&lt;/i&gt;. Il y a la r&#233;vocabilit&#233; de fait de tous les magistrats, et cette institution extraordinaire que l'on appelle &lt;i&gt;graph&#233; paranom&#244;n&lt;/i&gt;, moyennant laquelle on peut tra&#238;ner devant le tribunal quelqu'un qui a fait voter &#224; l'Assembl&#233;e du peuple une loi &#171; ill&#233;gitime &#187; &#8211; appel du peuple contre lui-m&#234;me devant lui-m&#234;me, qui ouvre un ab&#238;me de r&#233;flexion. Il y a la s&#233;paration du juridique d'avec le l&#233;gislatif et d'avec le gouvernemental. Il y a la compr&#233;hension de l'importance des conditions &#233;conomiques pour la d&#233;mocratie, pour la participation (salaire eccl&#233;siastique etc.). Il y a enfin la fantastique clause, attest&#233;e par Aristote dans la &lt;i&gt;Politique&lt;/i&gt;, interdisant aux habitants d'une r&#233;gion frontali&#232;re la participation au vote lorsqu'il s'agit de voter pour ou contre la guerre avec une cit&#233; voisine. Car les faire voter l&#224;-dessus, ce serait les mettre dans un &lt;i&gt;double blind&lt;/i&gt; inhumain : ou bien ils votent en tant que citoyens ath&#233;niens, &#233;ventuellement pour la guerre, n&#233;gligeant le fait que leurs maisons risquent d'&#234;tre d&#233;truites, leurs champs d&#233;vast&#233;s etc. ; ou bien ils votent en tant qu'&#234;tres humains particuliers qui ne peuvent pas oublier leur chair, leur famille, leurs oliviers, et ils voteront contre la guerre non pas parce que tel est l'int&#233;r&#234;t de la polis mais parce que tel est leur int&#233;r&#234;t particulier. Pour voir le gouffre qui s&#233;pare l'imaginaire politique grec et l'imaginaire politique moderne, essayons d'imaginer un instant ce qui se passerait aujourd'hui si quelqu'un avait l'id&#233;e saugrenue (et de toute &#233;vidence &lt;i&gt;politiquement juste&lt;/i&gt;) de proposer que dans les votes de l'Assembl&#233;e nationale concernant la viticulture, les d&#233;put&#233;s des d&#233;partements viticoles soient interdits de vote.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme je l'ai dit mille fois, il ne s'agit pas de faire de tout cela un mod&#232;le, un paradigme etc. Mais il faut comprendre que nous avons l&#224; des germes f&#233;conds pour toute pens&#233;e du projet d'autonomie, du projet d'une soci&#233;t&#233; autonome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il faut bien entendu aussi en comprendre les limites. Ces limites sont &#233;videmment l'esclavage, le statut des femmes, tout cela a &#233;t&#233; dit et redit, mais beaucoup plus que cela, ce sont les limites de cette auto-institution ; et celles-ci sont d'abord les limites de la &lt;i&gt;polis&lt;/i&gt;, autrement dit l'impossibilit&#233; de faire passer au plan politique la signification de l'&lt;i&gt;universalit&#233;&lt;/i&gt;, qui est par contre l&#224; dans la philosophie grecque d&#232;s le d&#233;but, d&#232;s les premiers &#233;crits pr&#233;socratiques. La philosophie na&#238;t consubstantiellement avec l'id&#233;e d'un &lt;i&gt;logon didonai&lt;/i&gt; universel, d'une recherche de la v&#233;rit&#233; et d'une mise en question de ce qui est l&#224; comme repr&#233;sentation, qui ne conna&#238;t pas de limites g&#233;ographiques, de race, de langue, de communaut&#233; politique etc. Or cette id&#233;e ne parvient pas &#224; p&#233;n&#233;trer le champ de la politique. L'universalit&#233; politique, m&#234;me si elle reste simple id&#233;e, est une cr&#233;ation de l'Europe moderne, non pas de la Gr&#232;ce. L'universalit&#233; de la pens&#233;e est une cr&#233;ation grecque, les formes de la d&#233;mocratie sont une cr&#233;ation grecque, mais non pas l'universalit&#233; politique. Il y a des choses qui ne sont pas touch&#233;es. L'important dans l'esclavage ce n'est pas qu'il y a des esclaves, c'est que la question n'est pas et ne peut pas &#234;tre soulev&#233;e. Comme le dit Pierre Vidal-Naquet, on peut dans une com&#233;die d'Aristophane envisager une gyn&#233;cocratie pour en rire, mais il n'est pas question d'envisager une doulocratie, m&#234;me pour rire. Il y a l&#224; une limite infranchissable du champ optique (et son franchissement post-classique par les cyniques ou les sto&#239;ciens restera purement th&#233;orique). Et il y a aussi, malgr&#233; les demandes de partage des terres et la fameuse exp&#233;rience communiste des &#238;les Lipari sur laquelle on ne sait rien sauf qu'elle a &#233;chou&#233;, cette autre limite : la propri&#233;t&#233; priv&#233;e n 'est pas remise en question (si ce n'est pour rire, dans &lt;i&gt;l'Assembl&#233;e des femmes&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'Europe moderne, nous avons pr&#233;cis&#233;ment la mise en question aussi bien de l'in&#233;galit&#233; politique que de l'in&#233;galit&#233; &#233;conomique. Quelle sera la r&#233;ponse finale, c'est une autre histoire &#8211; l'histoire. Mais personne n'osera plus dire que la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, par exemple, r&#233;sulte d'un d&#233;cret divin. Ses d&#233;fenseurs mobiliseront des arguments, invoqueront des autorit&#233;s, la faillite du &#171; communisme &#187; en Russie &#8211; mais ils seront oblig&#233;s de discuter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; la grande nouveaut&#233; de la cr&#233;ation moderne, son alt&#233;rit&#233; relativement &#224; la cr&#233;ation grecque. Mais cela ne doit pas nous emp&#234;cher, loin de l&#224;, de r&#233;fl&#233;chir sur les premiers germes de cette autonomie que nous voulons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cornelius Castoriadis&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb17-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; La formation de l'Ath&#232;nes bourgeoise &#187; (en collaboration avec Nicole Loraux), &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; la &lt;i&gt;D&#233;mocratie grecque vue d'ailleurs&lt;/i&gt;, Paris, Flammarion. 1990. Tous les textes de ce livre doivent &#234;tre consult&#233;s sur ce th&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Il faut aussi souligner le fait qu'aucun des trois dieux principaux n'a la Terre en apanage. Ce trait serait &#224; commenter longuement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;The World of Odysseus &lt;/i&gt; ; 1954 ; &#233;d. r&#233;vis&#233;e. Chatto and Wimlus Londres, 1978. Tr. fran&#231;aise, r&#233;&#233;d. 1986, Paris, La D&#233;couverte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; L'Illiade sans travesti &#187;, pr&#233;face &#224; la r&#233;&#233;dition de la traduction de Paul Mazon, Paris, Gallimard Folio, 1975 ; repris dans &lt;i&gt;la D&#233;mocratie grecque vue dailleurs, op. cit&lt;/i&gt;. p. 29 sq.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pour une discussion quelque peu plus &#233;tendue d'&lt;i&gt;Antigone&lt;/i&gt;, voir mon texte &#171; La &lt;i&gt;polis&lt;/i&gt; grecque et la cr&#233;ation de la d&#233;mocratie &#187;, 1983, repris dans &lt;i&gt;Domaines de l'homme&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 1986, p. 261 et &lt;i&gt;sq&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Enseigner... la catastrophe (2/2)</title>
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&lt;p&gt;Voir la premi&#232;re partie (.../...) On va revenir sur tout &#231;a, mais comme tu parles de la c&#233;l&#232;bre &#171; baisse du ni&#173;veau &#187;, il faut que je te relance dessus&#8230; Pour toi, c'est une r&#233;alit&#233;&#8230; D'abord c'est difficile &#224; &#233;valuer concr&#232;tement de mon seul point de vue, par manque d'&#233;l&#233;ments de comparaison puisque je n'enseigne r&#233;guli&#232;rement que depuis dix ans et dans des milieux tr&#232;s diff&#233;rents, public / priv&#233;, coll&#232;ge / lyc&#233;e, zones REP / beaux quar&#173;tiers&#8230; Bon, il y a des choses qui sautent aux yeux (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-219-demographie-+" rel="tag"&gt;D&#233;mographie&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/arton928.png?1621968987' class='spip_logo spip_logo_right' width='108' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?927-Enseigner-la-catastrophe-1-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Voir la premi&#232;re partie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On va revenir sur tout &#231;a, mais comme tu parles de la c&#233;l&#232;bre &#171; baisse du ni&#173;veau &#187;, il faut que je te relance dessus&#8230; Pour toi, c'est une r&#233;alit&#233;&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord c'est difficile &#224; &#233;valuer concr&#232;tement de mon seul point de vue, par manque d'&#233;l&#233;ments de comparaison puisque je n'enseigne r&#233;guli&#232;rement que depuis dix ans et dans des milieux tr&#232;s diff&#233;rents, public / priv&#233;, coll&#232;ge / lyc&#233;e, zones REP / beaux quar&#173;tiers&#8230; Bon, il y a des choses qui sautent aux yeux partout : par exemple, il y a des confusions orthographiques in&#233;dites dans les copies, comme confondre un verbe et un nom : &#171; &lt;i&gt;ils manges&lt;/i&gt; &#187; ou &#171; &lt;i&gt;les col&#233;opt&#232;rent&lt;/i&gt; &#187;. Ensuite en termes d'expression, de niveau de langue, de constructions de phrases, c'est souvent assez mauvais et j'ai l'impression que &#231;a empire : en corrigeant une &#233;preuve scientifique de 1re litt&#233;raire ou &#233;conomique et social, j'avais l'impression que les trois quarts des &#233;l&#232;ves &#233;taient non-francophones de naissance, ce qui &#233;tait peu probable vu la provenance des copies&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite sur le fond, il suffit de comparer les manuels d'il y a vingt, quarante ou soixante ans pour voir la d&#233;gradation. C'est comme pour le journal &#171; &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; &#187; : de moins en moins de texte, de plus en plus d'images, de moins en moins d'information, de plus en plus d'id&#233;ologie&#8230; Honn&#234;tement, on se rapproche de la bande dessin&#233;e. Concr&#232;&#173;tement : l'anatomie de l'&#339;il qui &#233;tait autrefois enseign&#233;e au coll&#232;ge, on l'apprend main&#173;tenant en troisi&#232;me ann&#233;e d'universit&#233; et je ne suis pas s&#251;r du tout que &#231;a soit compens&#233;. Et puis, en tant que correcteur, on te demande vraiment n'importe quoi : au bac un sujet sur la &#171; tectonique des plaques &#187; d'il y a trois-quatre ans, par exemple, pouvait &#234;tre r&#233;ussi par un bon &#233;l&#232;ve de 4e (c'est au programme), &lt;i&gt;modulo&lt;/i&gt; trois ou quatre mots de vocabulaire soit une ou deux heures de plus&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment expliquer une telle r&#233;gression ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait une h&#233;r&#233;sie il y a quinze ou vingt ans, mais aujourd'hui, c'est quand m&#234;me bien balis&#233;&#8230; Par contre, un aspect qui commence seulement &#224; &#234;tre abord&#233;, c'est la technologie : l'omnipr&#233;sence des &#233;crans, une culture de l'image, de l'imm&#233;diatet&#233;, de la facilit&#233;, l'omnipr&#233;sence d'internet : si le savoir est &#224; port&#233;e d'un clic, au fond pourquoi l'acqu&#233;rir ? Les smartphones sont investis comme se substituant au cerveau pour toutes les fonctions de m&#233;morisation, de formulation, de r&#233;flexion, d'introspection, etc. En g&#233;ologie, les points cardinaux, l'&#233;valuation des distances posent probl&#232;me. J'ai la moiti&#233; de la classe qui se plante ou qui passe 30 mn dessus si je donne un calcul de base &#224; faire en interro, toujours sans calculatrice chez moi &#8211; les gamins me ha&#239;ssent sur le coup mais comprennent tr&#232;s bien pourquoi je le fais&#8230; Et ils tombent des nues lorsqu'ils mesurent l'&#233;tendue de leur r&#233;gression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et les profs ne donnent pas l'exemple, &#233;videmment. Moi, je suis connu comme &lt;i&gt;le-prof-qui-n'a-m&#234;me-pas-de-t&#233;l&#233;phone&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire &#224; la limite de l'existence&#8230; Je suis minimaliste, primitiviste, m&#234;me : l'enseignement, c'est les mains dans les poches, pas de notes, un papier-un crayon, un tableau-une craie. Les tableaux num&#233;riques &#8211; que j'ai vu arriver avant tout le monde en ZEP &#8211; sont une calamit&#233; : les gamins sont au cin&#233;ma, le prof se fait &lt;i&gt;youtubeur&#8230;&lt;/i&gt; Plus pr&#233;cis&#233;ment : les profs projettent les graphiques, les sch&#233;&#173;mas, les dessins et les photocopient pour les cahiers. Bilan : les &#233;l&#232;ves ne savent plus rien r&#233;aliser. Moi je trace tout au tableau &#224; la main (mais impossible d'&#234;tre pr&#233;cis avec un tableau num&#233;rique !) : les &#233;l&#232;ves me voient dessiner, croquer, sch&#233;matiser en direct, ils me voient en train de faire, rien dans les mains, rien dans les poches, tout dans la t&#234;te. &#199;a pose aussi une autorit&#233; : mon savoir n'est pas d&#233;l&#233;gu&#233; &#224; un livre, un ordi. Je l'incarne, sans filet. Et ils voient la science se mat&#233;rialiser, l&#224;, maintenant et, avec, la m&#233;thode, l'ordre des op&#233;rations, la rigueur, etc. M&#234;me chose pour la photo projet&#233;e : les gamins vivent dans un monde hyper-visuel, donc ils l'ont d&#233;j&#224; vue, elle n'apporte rien. Ou alors on travaille vraiment dessus, on la d&#233;cortique. Je pr&#233;f&#232;re les faire imaginer, se souvenir, associer, se questionner, intervenir, et moi &#231;a m'oblige &#224; l'&#233;loquence, &#224; la pr&#233;sence d'esprit, &#224; la pr&#233;cision, &#224; la m&#233;taphore. &#192; la digression, aussi&#8230; C'est plus fatigant, d'accord, mais c'est moins humiliant que de jouer le magn&#233;tophone. Bon, je dis &#231;a, c'est aussi pratique de leur projeter des trucs de temps en temps : des documentaires, des images pour les petits urbains, surtout lorsqu'il faut six mois de paperasse pour or&#173;ganiser une sortie d'une apr&#232;s-midi&#8230; Mais l'invasion technique est un sympt&#244;me en m&#234;me temps qu'une des causes de la r&#233;gression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La technique-gadget comme substitut &#224; l'effort&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exactement. Mais &#231;a aussi, c'est &#224; expliquer&#8230; &#199;a proc&#232;de, plus g&#233;n&#233;ralement, de la coupure d'avec la culture propre, le savoir n'est plus une valeur en elle-m&#234;me, les cri&#173;t&#232;res de r&#233;ussite sociale purement &#233;conomique l'ont supplant&#233;. Il suffit d'un petit vernis pour les salons. Les gamins sont imbib&#233;s de l'air du temps. Cela concerne aussi les profs : la plupart sont des premiers de la classe qui veulent le rester. Leur discipline est celle o&#249; ils &#233;taient les meilleurs au lyc&#233;e, alors ils ont continu&#233;, jusqu'&#224; l'enseigner. Soit par choix, pour rester dans la &#171; r&#233;ussite &#187; scolaire &#224; laquelle ils ont pris go&#251;t, soit par d&#233;&#173;pit face &#224; l'&#233;chec d'une autre carri&#232;re&#8230; Bien peu ont du recul vis-&#224;-vis de leur mati&#232;re, de l'enseignement ou m&#234;me simplement d'eux-m&#234;mes, de leurs r&#233;actions affectives ou intellectuelles face aux &#233;l&#232;ves. La s&#233;curit&#233; de l'emploi et quelques miettes du prestige de la fonction leur suffisent. Beaucoup de s'int&#233;ressent &#224; rien, m&#234;me pas &#224; l'actualit&#233; de leur savoir. Discute avec un prof d'histoire-g&#233;o, c'est souvent une int&#233;riorisation du vide t&#233;l&#233;visuel&#8230; Bref, c'est un tout, c'est une soci&#233;t&#233; qui s'effondre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand m&#234;me, une raison, parmi toutes les autres, mais qui n'est pas du tout politi&#173;quement correcte, c'est aussi l'arriv&#233;e massive d'immigr&#233;s en provenance de zones paup&#233;ris&#233;es. Tu te retrouves en ZEP avec des fils de paysans maliens, &#231;a n'a rien &#224; voir avec le public fran&#231;ais contemporain. M&#234;me les agriculteurs avec qui j'ai fait mon lyc&#233;e comprenaient ce qu'ils faisaient en classe, y compris les derniers&#8230; Alors, en plus de la diff&#233;rence de classes sociales ou de profils psychologiques sur lesquels travaillaient par exemple Freinet et la p&#233;dagogie institutionnelle, surgit l&#224; un foss&#233; culturel, et m&#234;me &lt;i&gt;ci&#173;vilisationnel&lt;/i&gt;. Sans m&#234;me parler du ressentiment postcolonial qui complique extraordi&#173;nairement le rapport avec le pays, la culture, les gens, l'autorit&#233;&#8230; Il faudrait une p&#233;da&#173;gogie adapt&#233;e, exigeante, qui prenne les &#233;l&#232;ves l&#224; o&#249; ils sont et irait contre leurs d&#233;ter&#173;minismes socio-culturels, donc leur faire violence, une double ou triple violence. On est &#224; la limite du faisable, l&#224;, c'est impossible ou alors on change de soci&#233;t&#233;&#8230; Pas &#233;tonnant que refasse surface le fantasme du &#171; hussard noir de la r&#233;publique &#187; du XIXe. On en est loin : la seule r&#233;ponse depuis des d&#233;cennies, c'est de brader les dipl&#244;mes &#224; tour de bras. Avoir le bac hier, c'est avoir un niveau licence aujourd'hui&#8230; On aura bient&#244;t 100 % de r&#233;ussite au bac et ils sont de moins en moins capables d'&#233;crire une lettre, expression, style, graphie, comme celles que les petites gens &#233;crivaient il y a un si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour toi le facteur culturel joue en classe ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On parle bien, en haut lieu, de &#171; culture scientifique &#187; : il faut prendre l'expression au sens large. Les populations occidentales, diff&#233;remment selon les couches sociales &#233;vi&#173;demment, sont globalement en contact avec les avanc&#233;es scientifiques depuis des si&#232;cles, pour le meilleur comme pour le pire, ce n'est pas la question. On est pass&#233;s par l'hygi&#233;nisme, le darwinisme, le nucl&#233;aire, etc. et ce n'est pas le cas ailleurs. Par exemple, une fille de seconde, issue d'une grande famille saoudienne, est venue me voir un jour tout sourire apr&#232;s un cours de g&#233;n&#233;tique mendelienne : &#171; &lt;i&gt;Monsieur, ma prof &#224; domicile m'a expliqu&#233; que tout ce que vous &lt;/i&gt;&lt;i&gt;nous apprenez, c'est dans le Coran ! C'est trop cool monsieur&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Malgr&#233; son niveau social, sa culture lui cr&#233;ait un &#233;norme handicap.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que lui as-tu r&#233;pondu ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que c'&#233;tait des &#171; &lt;i&gt;conneries &#187;&lt;/i&gt; ! C'est sorti tout seul ! Elle faisait la tronche, mais c'&#233;tait le principe m&#234;me de l'approche scientifique qu'elle n'avait pas compris, &#224; 16 ans. Elle &#233;tait dans un monde magico-religieux compl&#232;tement &#233;tranger au dernier des cancres fran&#231;ais&#8230; Quoique, avec le succ&#232;s des pseudosciences&#8230; Je ne vais pas te re&#173;faire le tableau des gamins musulmans qui contestent la th&#233;orie de l'&#233;volution ou l'en&#173;seignement de la reproduction, mais c'est courant. M&#234;me chose chez les profs attach&#233;s &#224; l'islam, scientifiques y compris, hein&#8230; D'ailleurs, tu remarqueras qu'il y en a peu &#8211; je n'en ai jamais crois&#233; &#8211; en SVT&#8230; C'est normal : c'est comme si tu me demandais &#224; moi d'enseigner l'&lt;i&gt;Immacul&#233;e Conception&#8230;&lt;/i&gt; Et c'est sans &#233;quivalent : j'ai enseign&#233; dans des &#233;tablissements catholiques, ces ph&#233;nom&#232;nes n'existent pas. &#192; la limite, quelques sous-entendus lorsque je parle, hors programme bien entendu, du &lt;i&gt;Big Bang&lt;/i&gt;, que je balaie ra&#173;pidement : j'explique que chacun peut croire au P&#232;re No&#235;l, aux licornes ou &#224; la t&#233;l&#233;pa&#173;thie mais qu'ici, on fait de la science. On doit douter, chercher, prouver, douter encore, faire preuve d'humilit&#233; et ne pas multiplier inutilement les entit&#233;s&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour toi la foi religieuse est incompatible avec la d&#233;marche scientifique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin d'un cours de m&#233;thodologie o&#249; je n'avais cess&#233; de blasph&#233;mer, un petit Indien musulman, brillant, est venu me demander, tr&#232;s franchement : &#171; &lt;i&gt;Monsieur, est-ce qu'un scientifique peut &#234;tre croyant ?&lt;/i&gt; &#187;. Je lui ai r&#233;pondu : &#171; &lt;i&gt;C'est absolument impossible, d&#233;sol&#233;. Un scientifique qui croit &#224; autre chose qu'&#224; la recherche rationnelle, ce n'est plus un scientifique. Par contre, la personne derri&#232;re le scientifique, elle, une fois rentr&#233;e chez elle, peut croire &#224; ce qu'elle veut&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Il a tr&#232;s bien compris, avait l'air tout content, m'a remerci&#233;, est parti et a fait un cursus scolairement exemplaire&#8230; Je crois que &#231;a lui avait fait du bien, une position claire qui tranche avec l'hypocrisie ambiante. Parce que c'est une chose qu'on a oubli&#233;e, recouverte par la bonne conscience et la r&#233;conciliation universelle, mais c'est absolument indiscutable. Je parle des religions historiques bien comprises : si tu m'&#233;voques une vague force ou un compagnon imaginaire qui t'aide &#224; surmonter la d&#233;pression et ta finitude, c'est autre chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;l&#233;ment qu'on &#233;voque rarement dans la d&#233;marche scientifique, c'est la place de l'imagination, donc du manque. Et la religion, n'importe quelle religion, apporte des r&#233;&#173;ponses &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt;, comble le manque d&#232;s qu'il survient. Alors qu'il s'agit l&#224; de &lt;i&gt;cr&#233;er&lt;/i&gt; le monde que l'on d&#233;couvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8230; C'est-&#224;-dire ?&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute recherche scientifique part d'une question, d'une interrogation, d'une &#171; probl&#233;&#173;matique &#187;, donc d'une insatisfaction, d'un manque. Cela n'est possible que dans une culture, une soci&#233;t&#233;, o&#249; il y a la possibilit&#233; d'une remise en cause des &#233;vidences enfan&#173;tines, psychologiques ou sociales pour ouvrir une br&#232;che dans la r&#233;alit&#233;, d&#233;chirer le voile des &#233;vidences du d&#233;j&#224;-donn&#233;, donc que les grandes explications religieuses ou mythiques soient un tant soit peu battues en br&#232;che, laissent du jeu. Donc d&#232;s le d&#233;part, il faut une imagination un peu libre pour qu'il y ait la possibilit&#233; d'&#171; autre chose &#187;. Ensuite, le chercheur r&#233;pond &#224; cette question par une hypoth&#232;se : il faut bien la sortir de quelque part, cette hypoth&#232;se, il faut bien &lt;i&gt;l'imaginer&lt;/i&gt;, la cr&#233;er, et elle doit &#234;tre suffisamment riche pour &#234;tre fertile. La suite, qu'il s'agisse d'une observation ou d'une exp&#233;rimentation, il faut aussi l'inventer, et quiconque a approch&#233; un laboratoire de recherche sait que c'est un travail &#224; part enti&#232;re. Et la suite est &#224; l'avenant : l'interpr&#233;tation des r&#233;sultats, succ&#232;s ou &#233;chec, la place &#224; donner au fait dans la th&#233;orie, l'amendement de celle-ci, voire la r&#233;invention du paradigme lorsqu'il craque de partout sous les faits inexpliqu&#233;s, ne peuvent qu'&#234;tre, l&#224; aussi, &#339;uvre de l'imagination. T. Kuhn l'a effleur&#233;, sans y insister, c'est dommage. Donc, c'est &#231;a la qualit&#233; du scientifique : avant tout de la curiosit&#233;, de l'imagination et, ensuite, bien s&#251;r, une rigueur maladive. On est loin de la croyance, quand m&#234;me&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu fais l'&#233;loge de la science dans tes cours ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je fais l'&#233;loge de ce dont je viens de parler, et qu'on appelle effectivement &#171; la &#187; science. Devant les &#233;l&#232;ves, je me cr&#233;e ce personnage : le scientifique rationnel, ouvert, qui doute perp&#233;tuellement, taraud&#233; par toutes les questions possibles, sans tabou, qui n'a peur de rien, etc. Un m&#233;lange d'&lt;i&gt;Indiana Jones&lt;/i&gt;, de &lt;i&gt;Doc&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;Dr House&lt;/i&gt; pour les amener &#224; Paracelse, Pasteur, Darwin&#8230; Le but c'est de les initier &#224; cette posture mentale, d'en faire des scientifiques autant que possible, c'est mon boulot, les autres en font, aussi, des musiciens, des g&#233;ographes, des polyglottes, etc. Je me fous qu'ils deviennent vulca&#173;nologues, cardiologues ou biochimistes : je veux que rien ne leur soit &#233;tranger dans le monde qui les entoure, leur vie durant. Qu'ils apprennent &#224; r&#233;fl&#233;chir, &#224; d&#233;battre, &#224; d&#233;&#173;masquer, &#224; se d&#233;sillusionner. Les Terminales ne comprennent pas que je n'ai m&#234;me pas tent&#233; m&#233;decine lors de mes &#233;tudes, mais pour moi la biologie humaine n'&#233;tait qu'une sous-discipline&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, et pour r&#233;pondre &#224; ta question, je leur apprends une science qui n'existe plus, la &#171; science &#224; papa &#187;. Aujourd'hui une autre chose a pris sa place, que le terme imparfait de &#171; techno-science &#187; permet de distinguer : c'est le r&#232;gne des hyper-sp&#233;cialistes aveugles &#224; ce qui les entoure, des blouses blanches techniciennes qui n'ima&#173;ginent plus, donc ne trouvent (presque) plus rien, mais surench&#233;rissent sans se poser de ques&#173;tions sur leur finalit&#233;, d&#233;c&#233;r&#233;br&#233;s pour la plupart, d&#233;cultur&#233;s au possible et, au niveau institutionnel, la course &#224; la publication, la falsification des donn&#233;es, la triche statistique, la chasse aux cr&#233;dits, les lobbies, la surench&#232;re technologique, les conflits d'int&#233;r&#234;ts&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et &#231;a, tu en parles aux &#233;l&#232;ves ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas qu'un peu ! En fonction des niveaux, &#233;videmment. Je me souviens avoir pass&#233; une heure improvis&#233;e avec des 5&#232;mes &#224; ne parler que de &#231;a, le th&#232;me avait surgi suite &#224; une correction de TP. Ils &#233;taient passionn&#233;s, attentifs comme jamais, et comprenaient tr&#232;s bien ce que je cherchais &#224; leur faire comprendre. La fraude scientifique, exponentielle, dit en passant, &#231;a leur parle&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'autre c&#244;t&#233;, je brise &#233;galement la perception &#171; populaire &#187; de la science, comme faisant fonction de religion, de magie noire. &#199;a &#233;merge souvent apr&#232;s un expos&#233; o&#249; l'&#233;l&#232;ve a jargonn&#233; sans comprendre ce qu'il racontait. L&#224;, c'est z&#233;ro, sans appel&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En critiquant la science contemporaine, tu fais un peu fonction d'id&#233;ologue, l&#224;, non ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne crois pas. &#199;a c'est une chose reconnue, voire th&#233;oris&#233;e, je pense aux travaux d'un L&#233;vy-Leblond, et je ne connais pas grand-monde qui le conteste, certains manuels l'effleurent presque. D'accord, j'en fais une pr&#233;sentation personnelle, j'en ai aussi un peu l'exp&#233;rience, mais je le pr&#233;sente aussi, comme tout, d'ailleurs, comme une hypo&#173;th&#232;se importante &#224; ne pas balayer par confort. Ce n'est pas vraiment au programme, mais l'esprit critique, si.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, je ne fais pas du tout &#339;uvre de militant, du moins tel qu'on l'entend habituellement. Le sens de ma pr&#233;sence parmi eux, c'est de former des intelli&#173;gences, pas des endoctrin&#233;s. La biologie est une discipline tr&#232;s id&#233;ologique, peut-&#234;tre la seule scientifique qui ait fond&#233; les totalitarismes : je rappelle que le nazisme s'en r&#233;cla&#173;mait centralement et ce n'est pas un accident, parce que la plupart des grands biologistes r&#233;cents, avec des exceptions comme Jean Rostand, par exemple, ou S. J. Gould, tendent &#224; l'extr&#234;me droite : Haeckel, Watson et Crick, Alexis Carrel, etc. Aujourd'hui c'est ren&#173;vers&#233; : la discipline est arraisonn&#233;e par les d&#233;lires id&#233;ologiques sur la &#171; th&#233;orie du genre &#187;, par exemple, ou toute la bien-pensance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et beaucoup de sujets portent &#224; des d&#233;bats &#233;thiques ou politiques de toute premi&#232;re importance, voire de toute urgence. Si je suis tr&#232;s engag&#233; sur ces sujets, je mets les &#233;l&#232;ves au d&#233;fi de percer mes positions&#8230; Je leur fais comprendre les tenants et les abou&#173;tissants, les arguments de part et d'autre, les donn&#233;es disponibles et celles qui ne le sont pas, l'&#233;tat de la question en fonction des positions de chacun. C'est souvent douloureux pour moi de ne pas trancher, mais c'est mon m&#233;tier. Sur les OGM par exemple, la g&#233;o-ing&#233;nierie, le nucl&#233;aire, la PMA, etc. En fait, je fais sortir le d&#233;bat des aspects purement scientifiques pour en faire un conflit de valeur, un choix politique et social, une question d'&#233;chelle de temps ou d'espace, d'engagement pour l'avenir. Et m&#234;me &#224; ce niveau-l&#224;, une fois qu'on a pris de la hauteur et de la distance vis-&#224;-vis de l'illusion technicienne, il y a souvent conflit entre le principe de pr&#233;caution et les imp&#233;ratifs &#233;conomiques ou g&#233;o&#173;politiques. L'important est qu'ils puissent sortir de la salle en pouvant soutenir des avis contraires mais argument&#233;s, comprendre de quoi il retourne de part et d'autre, le contexte global, les rapports de forces, et leur donner envie d'approfondir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu ne veux pas faire d'embrigadement&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si tu prends un peu de recul, tu vois globalement qu'avant la guerre de 14, le corps enseignant &#233;tait massivement patriotique. Dans les ann&#233;es 20-30, il est pass&#233; pacifiste, jusqu'&#224; la d&#233;b&#226;cle de 40&#8230; Dans l'apr&#232;s-guerre, plut&#244;t stalinien puis gauchiste, et dans les ann&#233;es 80-90, largement antiraciste et multiculturaliste&#8230; Le bilan n'est pas brillant, hein ? Je cherche &#224; former des intelligences, pas des militants : c'est une g&#233;n&#233;ration qui va &#234;tre confront&#233;e, qui l'est d&#233;j&#224;, &#224; des probl&#232;mes &#233;normes, enchev&#234;tr&#233;s, dont on n'a m&#234;me pas id&#233;e. Tout ce qu'on peut faire, au moins, c'est de les outiller un peu&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s, il y a les &#171; vrais &#187; probl&#232;mes. Par exemple la question des vaccins : tu ne peux qu'&#234;tre tiraill&#233; entre leur incontestable efficacit&#233; biologique et de l'autre c&#244;t&#233; les int&#233;r&#234;ts bien compris des grandes firmes pharmaceutiques machiav&#233;liques. L&#224;, il me semble, c'est tr&#232;s difficile d'y voir vraiment clair. &lt;i&gt;Idem&lt;/i&gt; les grandes pand&#233;mies. Et puis il y a les &#171; trous noirs &#187; vers lesquels on se dirige, &#224; la fois reconnus et occult&#233;s : les r&#233;sistances aux antibiotiques, la d&#233;pl&#233;tion &#233;nerg&#233;tique, l'infertilit&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;e, le chaos clima&#173;tique&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Justement : tu es toujours aussi neutre concernant les probl&#232;mes &#233;cologiques ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah non, l&#224; non, non&#8230; Enfin, si ! C'est LE &#171; trou noir &#187; par excellence. La situation est tellement catastrophique, objectivement&#8230; D'ailleurs cela d&#233;coule simplement de l'actualit&#233; : je fais syst&#233;matiquement des revues de presse scientifiques, eh bien les nou&#173;velles sont rarement bonnes sur le front de l'&#233;cologie, sensationnalisme mis &#224; part. M&#234;me sans &#231;a : c'est simplement une synth&#232;se que tout le monde peut faire &#224; partir des &#233;l&#233;ments incontestables qui pars&#232;ment les manuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sid&#233;rant, d'ailleurs : les parents devraient feuilleter les manuels de SVT, l'im&#173;pact &#233;cologique est omnipr&#233;sent, quoique souvent suggestif, et va &lt;i&gt;crescendo&lt;/i&gt; avec le cursus. Les questions des &#233;l&#232;ves aidant, je pousse toujours plus loin. Par exemple il est question de la protection de certaines esp&#232;ces, c'est difficile de ne pas encha&#238;ner sur le rythme actuel des extinctions (connues !) et la notion de sixi&#232;me extinction massive ter&#173;restre. Ce n'est pas gai mais c'est la r&#233;alit&#233;, du moins une hypoth&#232;se de plus en plus cr&#233;&#173;dible. M&#234;me chose lorsqu'on parle de l'alimentation, de la pollution, des pesticides, des sols... La disparition des sols cultivables, on n'en parle pas trop, c'est dramatique. Au lyc&#233;e, les manuels font r&#233;fl&#233;chir &lt;i&gt;mezzo voce&lt;/i&gt; au v&#233;g&#233;tarisme g&#233;n&#233;ralis&#233;, &#224; la mort lente des oc&#233;ans, &#224; l'&#233;puisement des ressources &#233;nerg&#233;tiques, &#224; la baisse de la consomma&#173;tion&#8230; Bon, nulle part il n'est question du nucl&#233;aire, hein, on est en France&#8230; Par contre les gamins connaissent tous Fukushima : comme moi Tchernobyl &#224; leur &#226;ge, ils sentent qu'il y a quelque chose comme un trou noir, l&#224;-bas&#8230; On travaille dessus en g&#233;n&#233;tique, les facteurs mutag&#232;nes, c'est leur entr&#233;e dans un monde de mutations permanentes interdisant toute stabilit&#233; donc toute &#233;volution des esp&#232;ces&#8230; Plus globalement, pour les sceptiques, je leur trace la courbe de la d&#233;mographie humaine depuis 10 000 ans, explo&#173;sive depuis le XIXe si&#232;cle : doublement du nombre d'humains depuis ma naissance&#8230; quadruplement pr&#233;vu d'ici ma mort&#8230; Tabou, l&#224; aussi. Et, en comparaison, celle des rendements agricoles, en plateau depuis 30 ans&#8230; Ou les courbes du rapport Meadows, incroyablement actuelles, et les perspectives d'un &#171; &lt;i&gt;peak all&lt;/i&gt; &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La catastrophe, quoi&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, mais non, je ne joue pas du tout le catastrophisme : d'abord je n'ai aucun go&#251;t pour le sadisme et ensuite c'est une id&#233;ologie st&#233;rile dans laquelle ils baignent d&#233;j&#224; &#8211; voir les films catastrophe produits en s&#233;rie depuis les ann&#233;es 1970. D&#232;s qu'on aborde ces questions : &#171; &lt;i&gt;C'est la fin du monde, monsieur !&lt;/i&gt; &#187;&#8230; Comme dans la soci&#233;t&#233; des &#171; adultes &#187;, on passe imm&#233;diatement du d&#233;ni &#224; la d&#233;mission&#8230; En d&#233;but d'ann&#233;e, on parle des exoplan&#232;tes : pour eux, c'est pour fuir notre vieille Terre pourrie&#8230; Je com&#173;mence donc syst&#233;matiquement par la notion d'&#171; enfermement plan&#233;taire &#187;&#8230; Alors non, la fin de l'esp&#232;ce humaine, s&#233;rieusement envisageable d'ici la fin du si&#232;cle, n'est pas la fin de la vie organique, et celle-ci n'est pas la fin de la plan&#232;te non plus. Ce n'est pas rassurant, mais &#231;a relativise. Bon, il y a des &#171; solutions techniques &#187; &#233;voqu&#233;es dans les manuels, mais les &#233;l&#232;ves eux-m&#234;mes sont en capacit&#233; d'en voir les limites, voire les in&#173;coh&#233;rences&#8230; Et on bascule sur leur absence de mise en &#339;uvre, des forces &#233;cono&#173;miques, l'attachement au consum&#233;risme&#8230; Lui-m&#234;me &#233;voqu&#233; dans les manuels : la provenance des composants des t&#233;l&#233;phones, l'&#233;nergie n&#233;cessaire pour les fabriquer, les nuisances de l'utilisation, la pollution engendr&#233;e par leurs d&#233;chets&#8230; Parall&#232;lement, le paquet est mis aussi sur la pr&#233;vention des risques naturels : s&#233;ismes, volcans, inonda&#173;tions, temp&#234;tes, etc. &#199;a r&#233;sonne &#233;trangement parce que les gamins vivent, les plus petits sont les plus explicites, avec l'id&#233;e d'une &#171; Nature &#187; vengeresse, d'une M&#232;re-Nature bonne et pure qui aurait &#233;t&#233; viol&#233;e, souill&#233;e et dont on calmerait le courroux en la prot&#233;&#173;geant, en la d&#233;ifiant&#8230; C'est inqui&#233;tant, &#231;a. Bon, tr&#232;s vite on objective : la nature, c'est, comme dirait F. Terrasson, les mar&#233;cages, les virus, la d&#233;composition, etc. Mais les pas&#173;sions et projections sont tellement &#233;normes sur les questions &#233;cologiques que les sch&#233;&#173;mas archa&#239;ques ne peuvent que ressurgir. Bref, ce que je dois enseigner officiellement est &#233;tonnant de relative lucidit&#233; &#8211; relative, hein&#8230; Et c'est d'autant plus d&#233;rangeant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi d&#233;rangeant ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que c'est toi le prof&#8230; C'est &lt;i&gt;toi&lt;/i&gt; qui leur annonce &#231;a, &#224; &lt;i&gt;eux&lt;/i&gt;. C'est toi le maillon entre deux g&#233;n&#233;rations, le repr&#233;sentant de l'humanit&#233; aupr&#232;s de ces petits qui viennent d'arriver, c'est m&#234;me de l&#224;, comme dit Arendt, que vient ton autorit&#233; &#8211; ou devrait&#8230; Tu es cens&#233; leur pr&#233;senter les avanc&#233;es de notre esp&#232;ce jusqu'&#224; aujourd'hui, ce qu'on a fait, ce qu'on leur laisse, ce qu'ils auront &#224; faire, tout seuls, sans nous&#8230; Et l&#224;, tu leur an&#173;nonces que, bon, on s'est bien amus&#233;s depuis un si&#232;cle, mais que les suivants vont devoir payer la note, &#224; un moment. Et qu'ils commencent d&#233;j&#224;. Sondage : qui a une allergie dans la classe ? Un tiers, la moiti&#233;. Qui est asthmatique ? Un quart. &#192; leur &#226;ge, on n'avait qu'un ou deux souffreteux de ce type, dans nos classes, non ? C'est tr&#232;s concret. Et ce n'est pas une lubie de ma part : c'est l'&#201;tat qui me demande de le faire. C'est tr&#232;s difficile comme situation d'annoncer tr&#232;s concr&#232;tement &#224; des enfants que le monde est en perdi&#173;tion, qu'ils h&#233;ritent de &#231;a, de la passivit&#233; de leurs parents, qui attendent que &#231;a passe. &#171; Les g&#233;n&#233;rations futures &#187;, gna-gna-gna&#8230; Je les ai en face de moi, les g&#233;n&#233;rations futures, l&#224;&#8230; Et je ne sais pas comment &#231;a ne pourrait pas jouer, d'une mani&#232;re ou d'une autre, dans la construction de leur personnalit&#233;, dans le rapport qu'ils entretiennent avec le pass&#233;, le futur, le monde adulte&#8230; Je les crois tr&#232;s nihilistes, au fond, derri&#232;re une insouciance destin&#233;e aux parents, qui ne demandent que &#231;a, &#171; qu'ils soient heureux &#187;&#8230; C'est ce que l'on a v&#233;cu, nous, mais c'est bien plus intense pour eux. &#192; moyen terme, quels seront les rapports entre g&#233;n&#233;rations, mais aussi entre classes sociales, entre ethnies, lorsque la nouvelle va se r&#233;pandre que la f&#234;te est &lt;i&gt;vraiment&lt;/i&gt; finie, qu'il n'y en a plus pour tout le monde ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et tu ne les rassures pas ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne vois pas pourquoi je leur mentirais&#8230; Et je ne vois pas comment. &#192; moins que tu n'aies des &#233;l&#233;ments que j'ignore ?&#8230; Je crois qu'il faut leur parler franchement, les mettre dans le bain. Mon discours, c'est plut&#244;t : voil&#224; la situation, elle est catastrophique, elle le sera plus ou moins en fonction d'une multitude de facteurs que vous pouvez maintenant comprendre ; des issues existent, elles demanderaient d'&#233;normes m&#233;ta&#173;morphoses des soci&#233;t&#233;s humaines, tant dans leur direction et leur fonctionnement actuel que dans leur fondement depuis des mill&#233;naires. C'est possible, de telles choses ont d&#233;j&#224; eu lieu (allez voir votre prof d'histoire, qu'il fasse son boulot), mais c'est loin d'&#234;tre simple. Nous, ma g&#233;n&#233;ration, nous n'avons m&#234;me pas essay&#233;. Vous, vous y serez obli&#173;g&#233;s, d'une mani&#232;re ou d'une autre, sinon vos enfants ou les enfants de vos enfants. Voil&#224; o&#249; on en est, et si vous avez des id&#233;es, vous savez comment me joindre&#8230; Et effecti&#173;vement, ils ont plein d'id&#233;es, &#231;a fuse, &#231;a discute, &#231;a examine, &#231;a soup&#232;se&#8230; Je r&#233;fute toutes les b&#234;tises dans l'air du temps, notamment le &#171; d&#233;veloppement durable &#187; des profs d'histoire-g&#233;o, tout en laissant ouvertes les portes qui doivent le rester, je m'interroge avec eux. Mais d&#232;s qu'il est question de niveau de vie, d'&#233;conomie, de politique, c'est d&#233;j&#224; plus poussif : on sent que rien n'a &#233;t&#233; transmis, c'est une sorte d'absence, de blanc, de vide, sauf chez certains, rares, mais alors c'est souvent le discours &#233;lectoral parental qui se pr&#233;sente. En tout cas, je crois que je les fais mesurer ce qui se passe, avec d'autres mots que ceux des m&#233;dias culpabilisateurs et des parents rassurants mais qui en fait se rassurent, eux, d'avoir engendr&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#199;a fait effet ?&#8230; Je veux dire : tu sens qu'ils prennent conscience de quelque chose ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non. Je ne sais pas&#8230; Enfin, c'est compliqu&#233;, ils sont d&#233;j&#224; &#224; la fois tr&#232;s lucides et tr&#232;s fatalistes, d&#232;s le coll&#232;ge. Plus encore au lyc&#233;e, tu sens que leur curiosit&#233;, leur enthou&#173;siasme, leur imagination sont d&#233;j&#224; tr&#232;s rabot&#233;s. Ils deviennent r&#233;sign&#233;s. &#171; Adultes &#187;, quoi&#8230; Mais &#231;a c'est difficile : que serait une personne ayant r&#233;ellement conscience de ce qui est en train de se passer sur la plan&#232;te, en termes &#233;cologiques ? Je n'ai pas la r&#233;ponse. Mais &#231;a ne diff&#232;re pas tellement du reste des enseignements, en r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que la soci&#233;t&#233; se referme et que les individus se conforment de plus en plus &#224; une vision du monde &#233;triqu&#233;e, habituelle et rassurante. &#199;a fait partie de la crise de l'&#233;du&#173;cation, qui est d'abord une crise de la connaissance, de la civilisation. Je m'explique : on a l'image de l'&#233;ducation ou plut&#244;t de l'instruction comme un verre que l'on remplit. Je n'ai pas d'autres images &#224; proposer, sinon peut-&#234;tre celle de la chrysalide. On ne ressort pas du savoir indemne, on en sort transform&#233;, ou alors on n'a pas compris, pas admis, on refoule. C'est &#233;vident lorsqu'on fait de l'astronomie &#8211; je d&#233;bute toutes mes ann&#233;es de tous mes niveaux par le commencement : les dimensions de temps et d'espace sont litt&#233;ralement astronomiques, les ph&#233;nom&#232;nes sont litt&#233;ralement cosmiques, les enjeux sont m&#233;taphysiques d&#232;s qu'on parle du d&#233;but de tout, de la mort du soleil ou de la fin &#233;ventuelle de l'univers dans l'immobilisation glaciale d'un refroidissement g&#233;n&#233;ralis&#233; proche du z&#233;ro absolu. Si jamais tu as admis r&#233;ellement que tout cela &#233;tait vrai, tu ne vois plus rien de la m&#234;me mani&#232;re, ni ton existence, ni l'histoire, ni la succession des jours. Tu connais l'&#233;tat de ton cerveau apr&#232;s avoir contempl&#233; le ciel &#233;toil&#233; pendant quelques minutes ? C'est un peu &#231;a. Dans ma classe, je sais que quelqu'un a compris lorsqu'il ouvre grand ses yeux, veut que je confirme, me redemande plusieurs fois la m&#234;me chose me r&#233;p&#232;te &#171; &lt;i&gt;mais non attendez, monsieur, c'est pas possible&lt;/i&gt; &#187;, bavarde avec ses copains-copines &#171; &lt;i&gt;non mais tu te rends compte ?&lt;/i&gt; &#187; et quitte la salle &#233;berlu&#233;, &lt;i&gt;stone&lt;/i&gt;. Il y en a souvent un ou deux, comme &#231;a, n'importe qui, &#224; l'improviste, qui est emport&#233;, pris, ravi. Il a compris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et les autres ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autres ont juste enregistr&#233;, on verra plus tard. C'est la m&#234;me chose pour &#224; peu pr&#232;s tout : qui a r&#233;ellement compris que son corps &#233;tait constitu&#233; de cent mille milliards d'&#234;tres vivants qui coop&#232;rent ? On r&#233;alise dans la proximit&#233; avec le cancer, rarement avant. Et quoi de plus banal qu'une plante ? Mais il faut comprendre qu'elles font appa&#173;ra&#238;tre la vie &#224; partir du Soleil et de quelques mol&#233;cules que l'on trouve partout dans l'univers, c'est-&#224;-dire &lt;i&gt;rien.&lt;/i&gt; L'arbre juste l&#224;, il est constitu&#233; de mol&#233;cules qu'il a pr&#233;le&#173;v&#233;es dans l'air que tu respires. Et m&#234;me chose pour toi : tu es un flux de mati&#232;re permanent, l'eau et tous les &#233;l&#233;ments que tu contiens ne font que passer par toi, au point que tout se renouvelle dans ton organisme en dix ans. Quelle est ton identit&#233;, alors, la permanence de ce que tu es ? Et ta parent&#233; r&#233;elle avec le vivant : tu es v&#233;ritablement le cousin de ton voisin de palier, de l'&#233;l&#233;phant ou de l'algue. Nous avons une histoire commune, tangible. Et cette conversation, cette mati&#232;re, ces couleurs peuvent &#234;tre objectivement r&#233;duites &#224; des longueurs d'ondes, des vibrations de l'air, des forces &#233;lectromagn&#233;tiques&#8230; Tu crois &#234;tre pos&#233; sur le sol, mais tu tiens sur une mince couche solide qui erre sur un oc&#233;an de magma de 6 000 km de profondeur. Le ph&#233;nom&#232;ne m&#234;me de la vie est d&#233;lirant, ce n'est qu'une autre organisation de la mati&#232;re : Hubert Reeves a raison de dire qu'il serait miraculeux qu'une montagne accouche r&#233;ellement d'une souris&#8230; Bref, qui vit vraiment en concevant tout &#231;a ? C'est une s&#233;rie de d&#233;centrements radicaux qui te m&#233;tamorphosent profond&#233;ment, te font &#234;tre quelqu'un d'autre, et &#234;tre diff&#233;remment. &#192; la fois une humiliation insupportable et un d&#233;passement complet de ta condition, une participation au monde, &#224; l'univers qui glorifie en toi ce que tu ne reconnais pas, que tu refuses de voir&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous ne sommes pas loin de la philosophie&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est m&#234;me en plein dedans. Je crois que la biologie, les SVT en g&#233;n&#233;ral, c'est vrai&#173;ment la philosophie de l'enfant. Au coll&#232;ge, c'est nous qui r&#233;pondons aux questions es&#173;sentielles qui les taraudent sur la &#171; Vie &#187; : Qui sommes-nous ? Qu'est-ce qui nous dif&#173;f&#233;rencie des animaux ? C'&#233;tait comment avant ? &#199;a a commenc&#233; comment ? Comment va-t-on mourir ? Et pourquoi ? Et les pierres ? Comment marche mon corps ? De quoi je suis fait et qui je suis, moi, par rapport &#224; tout le reste ?&#8230; R&#233;cemment, je me suis mis &#224; afficher des citations de scientifiques, et je demande aux gamins de les commenter. Par exemple, j'aime bien celle de Bichat : &#171; &lt;i&gt;Les conditions de la vie ne sont ni dans l'organisme, ni dans le milieu ext&#233;rieur, mais dans les deux &#224; la fois.&lt;/i&gt; &#187; C'est au fonde&#173;ment de l'approche &#233;cologique&#8230; Ou, du m&#234;me : &#171; &lt;i&gt;La vie est l'ensemble des fonctions qui r&#233;sistent &#224; la mort&lt;/i&gt; &#187;, auquel H. Atlan r&#233;pond : &#171; &lt;i&gt;La vie est l'ensemble des fonctions capables d'utiliser la mort&lt;/i&gt; &#187;. &#199;a, c'est tout le chapitre sur le &#171; cycle de la mati&#232;re &#187;, quand les gamins comprennent que la d&#233;composition est le maillon cl&#233; de la vie. Der&#173;ri&#232;re, &#233;videmment, il a Hegel : &#171; &lt;i&gt;Ce qui est contradictoire dans le royaume des choses mortes ne l'est pas dans le royaume de la vie.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais au-del&#224; de tout &#231;a, sur la connaissance elle-m&#234;me, sur la mani&#232;re d'appr&#233;hender les ph&#233;nom&#232;nes quotidiens de mani&#232;re rationnelle, la biologie / g&#233;ologie occupe une place de choix. La math&#233;matique est encore trop formelle, la physique trop m&#233;canique et les autres mati&#232;res ne sont pas assez fondamentales pour les interrogations existentielles des plus jeunes. Et comme, b&#234;tement, on ne fait pas de philosophie avant les quelques mis&#233;rables heures de terminale, &#231;a nous retombe dessus. &#199;a change un peu au lyc&#233;e, heureusement. Ou &#231;a devrait, parce que j'y vois plut&#244;t un ass&#232;chement de l'interrogation, la plupart du temps. C'est d&#233;sesp&#233;rant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d&#233;sesp&#233;rant parce qu'il est vraiment l&#224;, le &#171; d&#233;senchantement du monde &#187;, il n'est certainement pas dans l'esprit scientifique bien compris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourtant c'est &#231;a, ce que l'on entend par &#171; d&#233;senchantement du monde &#187;, c'est la fin du sentiment de surnaturel d&#251; aux progr&#232;s de la science.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; il y a une &#233;norme erreur de raisonnement, et qui est pourtant connue : tout ce dont je viens de parler est tr&#232;s loin de dessiner un monde plat, rationnel et explicable de part en part, sans myst&#232;re et sans qu&#234;te&#8230; Et au contraire, il y a un mysticisme scientifique &#8211; spectaculaire chez les math&#233;maticiens &#8211; qui date de Pythagore&#8230; Sans aller jusque-l&#224;, puisque l&#224; aussi, on est dans une cl&#244;ture, la science ouvre un monde bien plus mer&#173;veilleux ou vertigineux que celui des nymphes, des sorci&#232;res ou des OVNIs ! Et je dirai m&#234;me que c'est tellement inadmissible que c'est un des obstacles &#224; l'apprentissage, sinon le principal : ce que j'ai &#224; leur transmettre est tellement impensable, tellement d&#233;&#173;rangeant que les &#233;l&#232;ves pr&#233;f&#232;rent ne pas s'en impr&#233;gner, et n'en rester qu'&#224; la surface, aux calculs, aux formules, aux d&#233;finitions, bref, le scolaire et laisser de c&#244;t&#233; l'&#233;mer&#173;veillement, l'&#233;motion, la r&#233;volution de l'esprit que &#231;a repr&#233;sente. Ou alors ils basculent dans l'id&#233;ologie scientiste, la science comme religion, alors que ce r&#233;enchantement est radicalement d'une nature diff&#233;rente, il exige un investissement du monde, du savoir, de la soci&#233;t&#233;, d'eux-m&#234;mes, tr&#232;s particulier et novateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce n'est pas le propre de la biologie, ni m&#234;me de la science...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non parce que c'est tout de m&#234;me la science, en tant que p&#244;le de la rationalit&#233;, qui a m&#233;tamorphos&#233; l'univers de l'&#234;tre humain&#8230; En m&#234;me temps, oui, tu as raison, c'est au fond la m&#234;me chose en histoire, en musique ou en langues, c'est le savoir d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, et c'est la formation de l'&#234;tre humain tout au long de sa vie. C'est &#231;a, son tra&#173;vail &#224; l'enfant, vraiment &#233;puisant pour le coup, c'est au moins d'entrevoir le monde &#224; travers ces prismes, de prendre conscience de l'immensit&#233; du savoir et de l'ignorance, des infinis qui nous traversent, et c'est &#231;a, l'&#233;ducation : la possibilit&#233; de devenir autre chose que ce truc norm&#233; qui bouffe et qui va travailler en regardant des inepties sur un &#233;cran et qui, pour le reste, fait confiance aux sp&#233;cialistes et experts. Mais &#231;a se referme, c'est de moins en moins possible, les gamins sentent que &#231;a va les rendre trop diff&#233;rents, trop anormaux, trop d&#233;rangeants, trop solitaires &#8211; et je sais de quoi je parle&#8230; Ils vivent dans un monde qui se croit le seul possible et on leur dit qu'il n'y a qu'une seule fa&#231;on d'&#234;tre, derri&#232;re les petites diff&#233;rences narcissiques. &#199;a va changer, plus rapidement et plus profond&#233;ment qu'on ne le pense. Comment &#233;duquer, instruire, parler &#224; un gamin en sachant &#231;a ? Je n'ai pas de r&#233;ponse.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Enseigner&#8230; la catastrophe (1/2)</title>
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		<dc:subject>P&#233;dagogie</dc:subject>
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&lt;p&gt;Ce texte fait partie de la brochure n&#176;26bis : &#171; &#201;cologie, pand&#233;mie &amp; d&#233;mocratie directe &#187; L'&#233;cologie politique dans la crise mondiale &#8212; seconde partie Sommaire : &#171; En prenant des mesures contre le virus on peut &#234;tre amen&#233;s &#224; prendre des d&#233;cisions qu'on n'osait pas trancher &#224; cause de la bien-pensance &#187; (&#201;mission de radio) &#171; On ne peut pas vouloir une d&#233;mocratie directe pour r&#233;tablir une soci&#233;t&#233; de consommation &#187; (&#201;mission de radio) Immigration, &#233;cologie et d&#233;croissance (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/arton927.png?1621968982' class='spip_logo spip_logo_right' width='108' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce texte fait partie de la brochure n&#176;26bis :&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; &#201;cologie, pand&#233;mie &amp; d&#233;mocratie directe &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;L'&#233;cologie politique dans la crise mondiale &#8212; seconde partie&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_gris2&#034;&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cimulti_colonnes&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;col-sm-6&#034;&gt;&lt;figure class='spip_document_1166 spip_documents spip_documents_center' style=&#034;max-width:200px;&#034; data-w=&#034;200&#034;&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?-100-Brochures-' class=&#034;spip_in&#034; arial-label=&#034;&#034;&gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:139.52483801296%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/png/une26bis-2.png&amp;taille=200&amp;1621970990' alt='' data-src='IMG/png/une26bis-2.png' data-l='463' data-h='646' data-tailles='[\&#034;200\&#034;]' class='image_responsive avec_picturefill' srcset='index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/png/une26bis-2.png&amp;#38;taille=200&amp;#38;1621970990 1x,index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/png/une26bis-2.png&amp;#38;taille=400&amp;#38;1621970990 2x' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;col-sm-6&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sommaire :&lt;/h2&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1014-En-prenant-des-mesures-contre-le' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; En prenant des mesures contre le virus on peut &#234;tre amen&#233;s &#224; prendre des d&#233;cisions qu'on n'osait pas trancher &#224; cause de la bien-pensance &#187; (&#201;mission de radio)&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1022-On-ne-peut-pas-vouloir-une' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; On ne peut pas vouloir une d&#233;mocratie directe pour r&#233;tablir une soci&#233;t&#233; de consommation &#187; (&#201;mission de radio)&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?978-Immigration-ecologie-et' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Immigration, &#233;cologie et d&#233;croissance (Conf&#233;rence)&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Enseigner&#8230; la catastrophe (Entretien)&lt;/strong&gt; &#8212; Ci-dessous...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1019-Parution-des-brochures-no26-26bis' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Quatri&#232;me de couverture&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis le 11 mai 2018&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu es enseignant de SVT. Pourrais-tu nous rappeler ce que c'est, pour ceux qui ont quitt&#233; l'&#233;cole il y a longtemps ?&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; SVT &#187;, c'est l'horrible acronyme de &#171; Sciences de la Vie et de la Terre &#187;, autrefois les &lt;i&gt;Sciences Nat', &lt;/i&gt;les &#171; sciences naturelles &#187;. &#201;tymologiquement, cela d&#233;signe la biologie et la g&#233;ologie, elles-m&#234;mes sous-divis&#233;es en une multitude de disciplines : par exemple physiologie, &#233;cologie ou immunologie pour la premi&#232;re et sismologie, min&#233;ra&#173;logie, astronomie ou oc&#233;anographie pour la seconde. Les &#171; SVT &#187;, donc, regroupent un nombre extraordinaire de domaines plus ou moins li&#233;s ensemble et que l'on aborde au coll&#232;ge-lyc&#233;e. &#199;a touche tout ce qui a trait &#224; la psychologie animale, les ph&#233;nom&#232;nes astronomiques, le sport ou le jardinage, la sexualit&#233; et la contraception, la nutrition, l'&#233;volution du climat, la toxicomanie, la pollution, l'arch&#233;ologie, etc. On aborde &#231;a &#224; diff&#233;rents niveaux, bien s&#251;r.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est &#233;norme&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois que c'est sans &#233;quivalent dans les enseignements du secondaire. Et la difficult&#233; est d&#233;cupl&#233;e par le fait que tout cela doit &#234;tre abord&#233; sous trois angles : d'abord le savoir lui-m&#234;me, l'&#233;tat des connaissances actuelles, tr&#232;s complexes mais qu'il faut simplifier sans appauvrir, mais aussi, et peut-&#234;tre surtout, la m&#233;thode scientifique, les m&#233;thodologies utilis&#233;es, la d&#233;marche rationnelle, hypoth&#233;tico-d&#233;ductive, exp&#233;rimentale. Et enfin, le parent pauvre malheureusement, l'histoire de la science, des sciences plut&#244;t, donc la mani&#232;re dont l'humanit&#233; a peu &#224; peu &#233;labor&#233; cette chose litt&#233;ralement extraordi&#173;naire qu'on appelle &#171; la &#187; science. Donc ce n'est pas simple de jongler entre les trois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8230;surtout dans une salle de classe&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et &#224; cela se rajoute encore une interdisciplinarit&#233; de fait. Nous avons besoin des bases dans tous les autres enseignements. C'est &#233;vident pour les math&#233;matiques et la physique, que l'on doit ma&#238;triser et ce n'est pas r&#233;ci&#173;proque, mais nous nous avons besoin d'un tr&#232;s bon niveau de langue fran&#231;aise, autant pour la compr&#233;hension des &#233;nonc&#233;s, l'analyse des donn&#233;es que pour la r&#233;daction, avec des raisonnements, un vocabulaire et une rigueur souvent assez subtils. Et on a besoin du grec et du latin, question &#233;tymolo&#173;gie. M&#234;me chose pour l'histoire-g&#233;ographie, bien s&#251;r, mais aussi pour le dessin : tr&#232;s t&#244;t, on utilise et fait faire des tas de graphiques, de sch&#233;mas, de dessins. Nous faisons du dessin d'observation, des croquis, des esquisses, dans la tradition de Buffon et de Linn&#233;. Mais &#231;a, le dessin, &#231;a a pratiquement disparu des enseignements&#8230; Ce n'est pas simple. Donc interdisciplinarit&#233; &#224; la base, mais aussi dans les prolongements : quoi qu'on traite, d&#232;s qu'on discute un peu, on empi&#232;te in&#233;vitablement sur les autres disciplines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc nous touchons vraiment &#224; tout. C'&#233;tait le fondement de mon choix d'&#233;tudes : la biologie &#233;tait pour moi au croisement de tous les savoirs, au centre d'un &lt;i&gt;continuum&lt;/i&gt; qui va de la logique pure, la math&#233;matique, &#224; l'imaginaire, les arts ou la psychanalyse, en passant par la sociologie, par exemple, ou la technologie, pour l'aspect mat&#233;riel des ma&#173;nips. Parce que je te rappelle qu'on fait des &#171; TP &#187;, les c&#233;l&#232;bres et attendus travaux pra&#173;tiques qui devraient &#234;tre la colonne vert&#233;brale de notre enseignement. En r&#233;alit&#233; c'est impossible au vu des multiples contraintes de temps, de programme, d'organisation&#8230; Ou d'infantilisation des gamins, parce que, l&#224;, d'un coup, on leur demande de s'auto-or&#173;ganiser, de r&#233;fl&#233;chir, d'imaginer, d'improviser, de mettre en pratique, de vraiment com&#173;prendre&#8230; Forc&#233;ment, ils ne sont pas habitu&#233;s, c'est le moins qu'on puisse dire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et alors comment tu te d&#233;brouilles pour enseigner tout &#231;a ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mal, je crois&#8230; Je bricole&#8230; Mon principe num&#233;ro un, c'est celui de la m&#233;decine an&#173;tique : &lt;i&gt;primum non nocere, &lt;/i&gt;d'abord, ne pas nuire. C'est-&#224;-dire ne pas d&#233;go&#251;ter l'&#233;l&#232;ve non seulement de la mati&#232;re, mais du savoir en g&#233;n&#233;ral, ne pas le d&#233;courager. &#199;a passe par essayer de ne pas ass&#233;cher, et m&#234;me d'accompagner la curiosit&#233; spontan&#233;e des ga&#173;mins, leur soif de comprendre, d'apprendre, de se sentir de ce monde. Donc j'accorde beaucoup d'importance aux questions qu'ils posent. En fait, c'est m&#234;me &#231;a qui structure mes cours, essentiellement improvis&#233;s&#8230; &#199;a oblige &#224; vraiment comprendre ce dont on parle et &#224; aimer sa discipline, de la mettre &#224; l'&#233;preuve, de l'&#233;prouver au contact de ce qui surgit l&#224;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#199;a pla&#238;t &#224; l'inspection acad&#233;mique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moyen&#8230; Les inspecteurs appellent &#231;a des &#171; &lt;i&gt;cours dialogu&#233;s&lt;/i&gt; &#187;, mais moi, j'exag&#232;re vraiment, je crois&#8230; &#192; propos, il y a quelques ann&#233;es, j'avais r&#233;dig&#233; un contre-rapport d'inspection suite au passage d'un &lt;i&gt;sp&#233;cimen&lt;/i&gt; du rectorat dans mes classes, &#231;a va te don&#173;ner une id&#233;e de mon approche :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai eu l'honneur de contre-inspecter Mme X ce jour et vous transmets mon rapport sur son travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;ress&#233;e semble passer outre l'incompressible ingratitude de sa t&#226;che et fait montre de bienveillance et de sollicitude. Exer&#231;ant ses fonctions avec bonne volont&#233; et entrain, elle m&#233;rite de demeurer en poste et re&#231;oit donc par la pr&#233;sente un avis favorable &#224; son maintien et sa progression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, sans doute imputables &#224; une entr&#233;e r&#233;cente dans la corporation, quelques points pourraient faire l'objet d'un effort particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, l'in&#233;vitable jargon ne semble pas toujours ma&#238;tris&#233;, et l'effet d'autorit&#233; s'en trouve alors passablement att&#233;nu&#233; : termes intrins&#232;quement incompr&#233;hensibles et tour&#173;nures imbitables doivent &#234;tre employ&#233;s avec parcimonie et assurance, sans mal&#173;adresses visibles ni g&#234;ne apparente, quelle qu'en soit l'insignifiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, la candidate a bien su affirmer la priorit&#233; donn&#233;e &#224; l'enseignement au for&#173;matage des &#233;l&#233;ments performants destin&#233;s aux industries des grandes &#233;coles, ainsi que r&#233;futer les r&#234;veries visant &#224; former des &#234;tres curieux, des citoyens lucides et des per&#173;sonnes joyeuses, mais il importe de ne pas rendre trop &#233;vidente l'implicite finalit&#233; auto-r&#233;f&#233;rentielle du syst&#232;me scolaire contemporain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, si les remarques et critiques de l'inspectrice tendaient &#224; &#234;tre justes, une trop grande n&#233;gligence de la r&#233;alit&#233; pouvait les rendre sujets &#224; caution : c'est ainsi que la lecture de cahiers d'&#233;l&#232;ves ou l'&#233;valuation du travail d&#233;j&#224; effectu&#233; ont pu souffrir de grossi&#232;res approximations, voire de l&#233;g&#232;ret&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, semblent avoir &#233;t&#233; gravement sous-estim&#233;s tous les efforts fournis in extremis par le professeur afin de pr&#233;senter &#224; temps les ineptes documents demand&#233;s et afficher en temps et en heure une apparence sereine et avenante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fait pour valoir &#224; qui de droit, et pour remercier toutes les personnes qui l'ont rendu possible. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re phrase, c'&#233;tait pour les coll&#232;gues qui m'avaient fil&#233; tous leurs documents de travail, histoire que j'aie quelque chose &#224; pr&#233;senter&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Effectivement, &#231;a donne le ton&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, j'ai une approche d&#233;cal&#233;e compar&#233; &#224; beaucoup d'autres profs parce que j'ai toujours boss&#233; avec des gamins dans l'animation, et je me suis nourri de pas mal d'exp&#233;riences en psychosociologie, en th&#233;&#226;tre de rue, en analyse&#8230; Et je n'ai jamais &#233;t&#233; vraiment bon &#233;l&#232;ve&#8230; Donc mon regard est d'abord collectif et je marche &#224; l'enthou&#173;siasme avec les enfants&#8230; C'est d'ailleurs un point positif qui ressort syst&#233;matiquement des bilans r&#233;guliers que je fais avec eux : &#171; &lt;i&gt;On sent que vous adorez votre mati&#232;re ! Alors &#231;a nous int&#233;resse, aussi, forc&#233;ment.&lt;/i&gt; &#187;. Voil&#224; : ils pensent vraiment que je suis passionn&#233; par ce que j'enseigne&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce n'est pas le cas, tu n'es pas passionn&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui et non&#8230; C'est compliqu&#233;&#8230; En tout cas pas tout le temps, &#233;videmment, m&#234;me si l'improvisation permanente me contraint &#224; parler de ce qui me tient &#224; c&#339;ur&#8230; Mais dans tous les cas, c'est aussi de la repr&#233;sentation th&#233;&#226;trale : c'est pour moi une marque de respect pour eux. De toute fa&#231;on, tu transmets le rapport que tu montres avec ta disci&#173;pline : si c'est un simple gagne-pain sans r&#233;elle signification, ils le sentent imm&#233;diate&#173;ment. Quand tu te fais chier, tu fais chier, pour le dire clairement, il suffit d'avoir &#233;t&#233; &#233;l&#232;ve une seule fois dans sa vie&#8230; Bref moi mon style, je m'en rends compte, c'est im&#173;provisation et enthousiasme. Et bonne humeur, quand m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est pas un peu &#171; d&#233;mago &#187;, &#231;a ?&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pas tout &#224; fait ma r&#233;putation&#8230; Non, non, je ne suis pas du tout dans le prof-clown ou le jeu permanent, l'apprentissage par le divertissement ou le prof-copain. Le savoir est une violence, de toute mani&#232;re, c'est une remise en cause des allant-de-soi, des &#233;vidences familiales ou personnelles, de l'opinion g&#233;n&#233;rale, des petites mythologies personnelles, des croyances infantiles, etc. Et &#231;a toute la vie&#8230; Donc il y a un arrache&#173;ment in&#233;vitable, qu'il n'y a pas besoin de surestimer mais qu'il faut assumer. Donc en parall&#232;le, je suis tr&#232;s intransigeant quant &#224; l'acquisition des connaissances, la compr&#233;&#173;hension, la r&#233;flexion, la rigueur. &#199;a fait des moyennes vraiment moyennes&#8230; L&#224;-dessus je ne c&#232;de pas &#224; la tendance g&#233;n&#233;rale qui est &#224; la d&#233;mission&#8230; &#199;a para&#238;t contradictoire, &#231;a d&#233;sar&#231;onne un enfant qui d&#233;barque de primaire, ou ses parents, mais, je crois qu'ils s'y font, finalement. Bon, j'ai d&#251; revoir mes exigences &#224; la baisse : si je comptais l'or&#173;thographe dans mes copies, ce que je m'&#233;tais jur&#233; de faire en commen&#231;ant, les notes se&#173;raient lamentables et ce serait bien injuste&#8230; En g&#233;n&#233;ral, je trouve &#233;tonnant le confor&#173;misme des profs alors qu'ils jouissent d'une libert&#233; extraordinaire dans leur travail. La p&#233;dagogie ne les int&#233;resse pas, en fait&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et toi, tu te r&#233;clames d'une p&#233;dagogie particuli&#232;re ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a plus de p&#233;dagogie&#8230; Pour moi tout s'est arr&#234;t&#233; avec la p&#233;dagogie institution&#173;nelle, qui a &#233;t&#233; dig&#233;r&#233;e faute de combattants par la bureaucratie de &#171; l'&#201;ducation natio&#173;nale &#187;, qui n'est plus vraiment une &#233;ducation et plus vraiment nationale&#8230; Dans ce do&#173;maine, certains red&#233;couvrent l'eau chaude r&#233;guli&#232;rement, en r&#233;alit&#233; c'est le pi&#233;tinement. Donc je ne fais que bricoler avec ce que j'ai vu et l&#224; d'o&#249; je viens, sans aucune pr&#233;ten&#173;tion, mais je suis un peu un corps &#233;tranger dans le milieu enseignant, puisque je ne suis jamais pass&#233; par un IUFM&#8230; Je ne m'interdis rien, ni le cours magistral ni les m&#233;tiers &#224; la Freinet, ni le travail en groupe, ni la sanction, et quant aux notes, n'&#233;tant pas titulaire, je ne suis pas en positon de les abandonner en faisant un travail de fond. J'essaie de ne pas l&#226;cher le savoir et ses exigences, ce que l'on fait facilement, mais sans perdre de vue l&#224; o&#249; en sont les gamins, leurs petites vies et ce que leur &#233;poque fait d'eux&#8230; En fait mon attitude est surtout une r&#233;action spontan&#233;e au cadre, aussi, &#224; ces journ&#233;es fatigantes pour les gamins, routini&#232;res, ennuyeuses, souvent, saucissonn&#233;es, cloisonn&#233;es bref ab&#234;tis&#173;santes pour beaucoup, malgr&#233;, ou &#224; cause, ou en plus de la d&#233;magogie g&#233;n&#233;rale juste&#173;ment... Au d&#233;but d'un cours, j'essaie de prendre le pouls de la classe, histoire de savoir ce qui se passe : ils sortent d'une interro de math horrible ou sont &#233;puis&#233;s par la piscine, ont besoin de rigoler apr&#232;s le cours de M. Terreur, angoissent &#224; partir d'une histoire de vol, etc. &#199;a m'arrive quelques fois de consacrer l'heure enti&#232;re &#224; discuter de ce qui leur arrive, y compris de l'actualit&#233; lorsqu'elle nous saute &#224; la gueule&#8230; Les tire-au-flanc sont ravis, mais les autres te disent merci, vraiment, &#224; la fin, et ils te le rendront, de toute fa&#231;on. Au fond, ils n'ont que rarement l'occasion de discuter avec un adulte, de cette fa&#173;&#231;on. J'entends souvent : &#171; &lt;i&gt;En fait, c'est vous notre prof principal&lt;/i&gt; &#187;. En r&#233;alit&#233;, comme je fais souvent des remplacements, je ne le suis jamais&#8230; et tant mieux. Enfin voil&#224;, je me d&#233;p&#234;tre comme je peux avec tout &#231;a&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et puis les SVT sont souvent appr&#233;ci&#233;es par les &#233;l&#232;ves en g&#233;n&#233;ral... Et les histoires qui se transmettent comme la fameuse dissection de la grenouille ou l'&#233;ducation sexuelle...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, c'est tr&#232;s dr&#244;le, c'est ce dont parlent les petits 6e en arrivant au coll&#232;ge, mi-ravis, mi-d&#233;go&#251;t&#233;s, en poussant des petits cris de musaraigne&#8230; Sur la dissection, j'ai toujours &#233;t&#233; fondamentalement contre et pour les m&#234;mes raisons &#233;thiques &#233;videntes que pour l'exp&#233;rimentation animale. Et la pratiquer n'a jamais rien eu d'app&#233;tissant en ce qui me concerne. Tu ne me croiras pas, mais j'ai radicalement chang&#233; d'avis &#224; force de devoir faire face aux r&#233;ticences des parents&#8230; Je te cite un courrier o&#249; nous r&#233;pondions avec une coll&#232;gue &#224; une m&#232;re outrag&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Bonjour madame,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Merci de votre message interrogateur sur la pratique de la dissection &#224; [l'&#233;ta&#173;blissement X], qui nous concerne en premier lieu en tant que professeurs de SVT. La dissection fait partie de ces pratiques facilement d&#233;cri&#233;es, et que nous avons pu, en tant que coll&#233;giens, lyc&#233;ens ou &#233;tudiants, contester. Et sa mise en &#339;uvre r&#233;guli&#232;re en classe n'est pas toujours des plus rago&#251;tantes, croyez-le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Exercice barbare &#187;, dites-vous ? Vous noterez que la v&#233;ritable barbarie qui d&#233;ferle &#224; nouveau sur notre pauvre humanit&#233; a peu &#224; voir avec le maniement scolaire du scalpel. Aucun lien ? Pas si s&#251;r&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous r&#233;clamons d'un enseignement humaniste, c'est-&#224;-dire encyclop&#233;dique o&#249; l'&#233;l&#232;ve, gar&#231;on ou fille, doit sortir du coll&#232;ge avec un bagage intellectuel minimum lui permettant d'appr&#233;hender tous les domaines de son existence et toutes les dimensions de sa soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous semble que la connaissance concr&#232;te des corps et des organes, des visc&#232;res et des s&#233;cr&#233;tions fait partie int&#233;grante de la culture de l' &#171; honn&#234;te homme &#187;, au m&#234;me titre que l'accord du participe pass&#233;, la chanson de geste, la route de la soie, le th&#233;or&#232;me des cercles inscrits, le crochet du gauche ou la gamme pentatonique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; D&#233;go&#251;ter les enfants &#187; ? Tant mieux ! Rien de pire, croyons-nous que des chi&#173;rurgiens ou des v&#233;t&#233;rinaires attir&#233;s par le prestige de la profession et d&#233;couvrant, trop tard, que le tripotage d'entrailles les r&#233;vulse&#8230; Plus s&#233;rieusement, beaucoup d'&#233;l&#232;ves (des filles, curieusement) s'y r&#233;v&#232;lent de v&#233;ritables artistes, et plus nombreux encore en redemandent &#8211; sadisme infantile peut-&#234;tre, mais qu'on aurait tort de d&#233;nier. Quant aux v&#233;ritables d&#233;go&#251;t&#233;s, rares, ils n'ont jamais &#233;t&#233; forc&#233;s ni sanctionn&#233;s chez nous ; nous ne jouissons ni &#224; traumatiser (outre mesure) ni &#224; nettoyer le vomi&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus fondamentalement, nous avons en charge d'enseigner la science. C'est-&#224;-dire non pas, surtout pas, d'&#234;tre crus sur parole, mais de transmettre une mani&#232;re singuli&#232;re d'appr&#233;hender le r&#233;el, que nous appelons : preuve scientifique. Le r&#233;el, ce ne sont pas des sch&#233;mas, des explications, des maquettes ou des animations, mais bien les veines, les sucs, les tendons, les cartilages et les os qui nous constituent et soutiennent nos exis&#173;tences sublunaires que nous voudrions si &#233;th&#233;r&#233;es, si propres, si rationnelles. Le temps passant, l'humilit&#233; nous rattrape&#8230; Et la m&#233;decine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d'ailleurs facile de constater que l'obscurantisme barbare pass&#233; et pr&#233;sent fait l'&#233;conomie passionn&#233;e de ce type de d&#233;marches dites hypoth&#233;tico-d&#233;ductives &#8211; et n'en r&#233;pand paradoxalement pas moins de sang&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous semble, pour finir, que les avantages, peut-&#234;tre abstraits et lointains ou m&#234;me incertains, de la dissection animale l'emportent sur la question du sacrifice de vies qu'il peut exiger (rarement au coll&#232;ge : nous r&#233;cup&#233;rons les c&#339;urs des moutons que vous mangez). Et sur ce terrain, les exp&#233;rimentations animales syst&#233;matiques que n&#233;cessite la mise au point des cosm&#233;tiques les plus courants hors Europe (et que dire du lobby pharmaceutique ?) nous r&#233;voltent autrement, pour ne pas &#233;voquer le seul mode de vie hypertechnologis&#233; qui est le n&#244;tre et qui impose la disparition d'une esp&#232;ce tous les quarts d'heure &#224; la surface de la plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En restant &#224; votre disposition, puisque le d&#233;bat ne saurait &#234;tre clos par ces quelques lignes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s cordialement &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, la l&#233;gislation devient de plus en plus contraignante et je pense que la bien-pensance va finir par supprimer ce genre d'exercice, mutilant plus encore la for&#173;mation des jeunes. Bient&#244;t ce seront les &#171; tablettes &#187; num&#233;riques, puis la r&#233;alit&#233; virtuelle&#8230; C'est incons&#233;quent de plusieurs points de vue : on veut le r&#233;sultat, par exemple les antibiotiques, ou un vrai enseignement pratique, mais pas les moyens pour les obtenir&#8230; C'est un mouvement g&#233;n&#233;ral de &lt;i&gt;consommateurs&lt;/i&gt;. &#199;a me rappelle le discours martial des &#171; d&#233;colonisateurs &#187; contemporains, notamment tenus par ceux qui viennent jusqu'en France se faire &#171; d&#233;coloniser &#187; : rendez les vaccins, l'&#233;lectricit&#233; et l'&lt;i&gt;habeas corpus&lt;/i&gt;, et on en reparlera&#8230; D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, l'enseignement m'a un peu r&#233;concili&#233; avec la science.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et l'&#233;ducation sexuelle, &#231;a doit &#234;tre aussi sensible ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a d&#233;pend d'abord des &#233;l&#232;ves : en ZEP, ce n'est pas dans les &#233;tablissements plus nor&#173;maux, effectivement... Chaque prof aborde la chose comme il peut, mais exer&#231;ant g&#233;n&#233;&#173;ralement en climat encore temp&#233;r&#233;, j'avoue que je l'attends presque autant qu'eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a commence l&#224;, lorsqu'ils apprennent que le sexe des plantes, c'est la fleur &#8211; &#171; &lt;i&gt;Alors pourquoi qu'elle sent bon ?&lt;/i&gt; &#187; s'&#233;tait &#233;cri&#233;e une gamine avant de r&#233;aliser en plongeant son visage dans ses mains&#8230; Ou que l'on mange des embryons (les graines) ou des ovules (des poules)&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'on aborde &lt;i&gt;Homo sapiens&lt;/i&gt;, en gros, ma posture est de surjouer th&#233;&#226;tralement le scientifique froid et distant, un peu &#224; la D. Morris dans &lt;i&gt;Le singe nu&lt;/i&gt;. &#199;a donne une id&#233;e, m&#234;me caricaturale, de l'objectivit&#233; de la science, &#231;a permet d'aborder toutes les questions et surtout de bien rire&#8230; Bon auparavant, c'est vrai que je mets en place une discipline draconienne, avec entrevue avec les parents au moindre &#233;cart de langage, histoire qu'ils sentent qu'il y a une vraie libert&#233; de parole, sans moqueries, et une ambiance d&#233;tendue &#8211; m&#234;me s'il n'y a que moi qui ait droit de faire des blagues &#8211; l&#224;, j'&#233;vite l'impro sans fi&#173;let&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait les &#233;l&#232;ves sont surtout excit&#233;s de savoir si le prof va &#171; en parler &#187;, vraiment, ou s'il va se d&#233;biner. Donc d&#232;s le d&#233;but, je leur r&#233;sume le chapitre avec tout le vocabulaire ad&#233;quat : testicule, ut&#233;rus, clitoris, gland, &#233;jaculation, grandes et petites l&#232;vres, vulve, p&#233;nis, ovaire, co&#239;t, etc. S'il y a des petits gloussements, je leur fais r&#233;p&#233;ter le terme his&#173;toire que, en bons scientifiques, ils comprennent que le mot vagin ne mouille pas. C'est de l'aseptie en fait. Et ils sont rassur&#233;s : je ne vais pas tricher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Beaucoup de profs trichent, &#224; ce moment-l&#224;&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai pas &#224; juger ceux qui travaillent avec des &#171; classes difficiles &#187;, il y a des contextes, j'y suis pass&#233;, o&#249; il n'est pas possible de faire grand-chose&#8230; Mais pour les autres, il y en a beaucoup, c'est effectivement assez pitoyable. Parce qu'il y a de l'enjeu ! D'accord, ce n'est pas un cours qui va r&#233;gler leurs probl&#232;mes intimes, &#233;panouir leur sexualit&#233; ou leur &#233;viter les d&#233;boires d'une mauvaise contraception, mais par contre des mots mal plac&#233;s, une ambiance malsaine, des moqueries ou un &#233;vitement des questions en pleine pubert&#233; peuvent faire du mal pour longtemps&#8230; aussi bien dans ce domaine que relativement &#224; l'image de l'adulte, du savoir, du corps&#8230; Quant &#224; ceux qui cachent leur l&#226;chet&#233; derri&#232;re l'&#233;loge de la &#171; saine ignorance &#187;, craignant qu'on dissipe le &#171; mys&#173;t&#232;re &#187; que devraient rester ces questions de zizis, ils doivent avoir une sexualit&#233; bien triviale depuis qu'ils ont &#233;t&#233; initi&#233;s&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, apr&#232;s tout &#231;a, on peut attaquer&#8230; Je me permets d'aborder le rapport sexuel lui-m&#234;me, honteusement absent de tous les manuels scolaires : on passe, dans l'&#233;paisseur d'une page, de la s&#233;cr&#233;tion des cellules sexuelles &#224; la f&#233;condation puis la grossesse&#8230; Et difficile de trouver un bon sch&#233;ma de p&#233;n&#233;tration, m&#234;me sur internet&#8230; Sachant que les vid&#233;os porno circulent partout, c'est vraiment une dr&#244;le de pudibonderie ! J'aborde peu la &lt;i&gt;sexualit&#233;&lt;/i&gt; en elle-m&#234;me au coll&#232;ge, seulement le &lt;i&gt;sexe&lt;/i&gt;, d'un point de vue purement biologique, c'est-&#224;-dire la reproduction, m&#234;me si les questions m'y contraignent &#233;vi&#173;demment, mais alors de mani&#232;re &lt;i&gt;soft&lt;/i&gt; et tr&#232;s prudente, je n'ai jamais &#233;prouv&#233; aucune en&#173;vie malsaine de choquer. Au lyc&#233;e, c'est diff&#233;rent, au programme, et plus direct, forc&#233;&#173;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors je ne sais pas si &#231;a marche, mais les &#233;l&#232;ves sortent rarement m&#233;contents. Quand une gamine de 14 ans viens te voir &#224; la fin du cours pour te demander le plus naturelle&#173;ment du monde si vraiment avaler du sperme ce n'est pas dangereux pour la sant&#233; (&#171; &lt;i&gt;Vous &#234;tes s&#251;r, monsieur&lt;/i&gt; ? &#187;&#8230;), bon, c'est que le trouble a chang&#233; de camp&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, et pour finir, c'est un chapitre que je trouve important parce qu'il permet aussi de d&#233;placer et de verbaliser l'&#233;rotisme in&#233;vitable et diffus qui r&#232;gne dans une classe d'adolescents, et notamment l'ambigu&#239;t&#233; qui se fixe sur le ou la prof, d'autant plus s'il se prend fr&#233;quemment comme objet d'&#233;tude, comme je le fais&#8230; &#199;a d&#233;drama&#173;tise et &#231;a &#233;tablit des rapports plus clairs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a de l'&#233;rotisme dans tes classes ?!&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si tu connais un endroit ou un groupe o&#249; il n'y en a pas, &#231;a m'int&#233;resse&#8230; Je vais dire des banalit&#233;s, mais elles sont de plus en plus scandaleuses&#8230; Le mode de transmission des savoirs, l'institution scolaire, le dispositif &#171; classe &#187; sont faits pour &#233;veiller les pul&#173;sions des &#233;l&#232;ves et des &#233;ducateurs, et qu'ils tissent un lien affectif, amoureux, &#233;rotique, sexu&#233;&#8230; Et, &#233;videmment, ne passent pas &#224; l'acte. Le boulot de l'adulte, c'est d'orienter cette libido, cette s&#233;duction, cette envie, cette &#171; envie de savoir &#187;, de &#171; le faire &#187;, vers la connaissance, vers la soci&#233;t&#233;. La sublimation est une arnaque &#224; la base de l'humanisa&#173;tion&#8230; C'est la base de la p&#233;dagogie, mais apparemment les profs ne sont pas au courant, ils sont tellement heureux de croire que les enfants les aiment vraiment et les aiment, &lt;i&gt;eux&lt;/i&gt;, pour ce qu'ils sont et non pour la place qu'ils occupent&#8230; Ou &#224; l'inverse, ils pensent qu'il leur suffit d'appara&#238;tre pour &#234;tre &#233;cout&#233;s&#8230; C'est une alchimie subtile en fait : il faut que tu arrives &#224; occuper ce lieu o&#249; tu r&#233;ponds &#224; ce qu'ils d&#233;sirent mais d'o&#249; tu peux exister, toi, pour parvenir &#224; transmettre, &#224; faire passer. &#199;a rate quelques fois en ce qui me concerne&#8230; Alors il faut comprendre pourquoi. Pas facile&#8230; Beaucoup de coll&#232;gues n'ont que tr&#232;s peu de recul sur ce qu'ils ressentent, &#233;prouvent, fantasment vis-&#224;-vis de leurs &#233;l&#232;ves&#8230; Rien que les expressions scolaires sont d'une extraordinaire ambigu&#239;t&#233; : &#171; &lt;i&gt;Tu les prends &#224; quelle heure, tes secondes ?&lt;/i&gt; &#187; ; &#171; &lt;i&gt;Travaille tes annales !&lt;/i&gt; &#187; ; &#171; &lt;i&gt;C&lt;/i&gt;'&lt;i&gt;est trop dur, monsieur, &#231;a rentre pas&#8230;&lt;/i&gt; &#187; ; &#171; &lt;i&gt;Tu passes &#224; l'oral ?&lt;/i&gt; &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu parlais des programmes, qu'en penses-tu ? Tu les respectes toujours ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors sur la question sexuelle, les derni&#232;res r&#233;formes l'introduisent, si j'ose dire, d&#232;s la 6e, alors qu'auparavant il n'en &#233;tait question qu'en 4e, puis en 1re. L&#224; c'est d&#233;licat&#8230; En th&#233;orie, c'est tr&#232;s bien, mais on est au c&#339;ur d'un probl&#232;me : les gamins sont sexualis&#233;s de plus en plus t&#244;t, par la publicit&#233;, la pornographie, la d&#233;gradation de la soci&#233;t&#233;, et en m&#234;me temps restent infantiles plus longtemps&#8230; Au fil des si&#232;cles, on a vu l'apparition de l'adolescence, puis son extension au-del&#224; de 18 ans, et on parle aujourd'hui, &#224; raison, de post-adolescence, d'&lt;i&gt;adulescent,&lt;/i&gt; jusqu'&#224; 30 ans&#8230; Bref, il y a l&#224; une vraie contradiction, qui se rajoute au fait que des populations d'origines tr&#232;s diff&#233;rentes et aux degr&#233;s de maturation corporelle et affective tr&#232;s disparates, sans m&#234;me parler des cultures religieuses&#8230; Pas simple, donc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le respect des programmes, bon&#8230; Lorsqu'il y a des examens de fin d'ann&#233;e, c'est dur de s'&#233;manciper, mais on y arrive toujours. Plus globalement, ne voyant pas trop comment co-construire avec les &#233;l&#232;ves une ann&#233;e coh&#233;rente, avec seulement une heure, une heure et demie par semaine, corset&#233; par l'institution&#8230; Et d'autant plus quand je fais des remplacements ponctuels, alors que lorsque j'ai une ann&#233;e devant moi, ou mieux, que je suis une cohorte sur plusieurs ann&#233;es, j'ai quand m&#234;me les mains libres. Je m'en sers essentiellement comme d'un fil conducteur&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et ils n'ont pas trop de lacunes d'une ann&#233;e sur l'autre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils en ont de toute fa&#231;on, m&#234;me si le programme est &#171; boucl&#233; &#187; : ils ont vu toutes les notions, mais ne les comprennent pas, m&#234;me s'ils savent faire les exercices sur le coup, ils sont incapables de mettre en lien, de r&#233;fl&#233;chir dessus, et encore moins d'en com&#173;prendre le sens plus g&#233;n&#233;ral&#8230; Au fond, c'est ce que veulent les inspecteurs : ils ont &#171; entendu &#187; telle notion&#8230; Tout compte fait, mes &#233;l&#232;ves ne semblent pas en avoir plus que ceux des coll&#232;gues obnubil&#233;s par le fameux &#171; bouclage des programmes &#187;&#8230; Je pr&#233;tends, peut-&#234;tre &#224; tort, pr&#233;f&#233;rer un gamin en retard mais curieux et int&#233;ress&#233;, plut&#244;t qu'un petit bachoteur qui ne comprend pas vraiment ce dont il parle et que, logique&#173;ment, l'&#233;t&#233; a r&#233;initialis&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bon, sur le contenu des programmes en eux-m&#234;mes, je n'ai rien contre le principe ni contre le contenu actuel&#8230; Je ne sais pas trop, ce serait une vraie r&#233;flexion &#224; mener&#8230; Par exemple, c'est dommage que la notion de n&#233;ot&#233;nie soit totalement absente de la for&#173;mation, universit&#233; comprise, elle est juste abord&#233;e sans la nommer, en terminale. Moi, je l'aborde tr&#232;s t&#244;t, lorsqu'on parle de la conception intra-ut&#233;rine ou de l'histoire de l'ho&#173;minisation : &#231;a passionne les gamins, qui sont obs&#233;d&#233;s, comme on l'est &#224; leur &#226;ge, par la singularit&#233; de l'esp&#232;ce humaine. Parler de n&#233;ot&#233;nie, donc en clair de l'inach&#232;vement biologique de l'humain, c'est pourtant extraordinairement &#233;clairant, &#224; tous niveaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, sur la question du racisme, on nage en pleine bien-pensance, c'est vrai&#173;ment affligeant. L&#224; aussi, l'objectivit&#233; scientifique est mise de c&#244;t&#233; : on r&#233;fute le racisme en faisant dispara&#238;tre les races, alors que l'on sait tr&#232;s bien que de multiples et r&#233;elles diff&#233;rences biologiques existent entre les populations, h&#233;r&#233;ditaires, g&#233;n&#233;tiques ou ac&#173;quises. On confond diff&#233;rences et hi&#233;rarchisation. La vraie question est : celles-ci portent-elles &#224; cons&#233;quence politiquement ? C'est un d&#233;ni malsain, parce que &#231;a laisse l'analyse scientifique &#224; l'extr&#234;me droite, mais surtout &#231;a fait reposer l'antiracisme sur un postulat scientifique, qui de surcro&#238;t est faux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre grosse lacune, c'est l'histoire des sciences, j'en ai parl&#233;, sans parler de la philosophie des sciences, ou ce qu'on appelle l'ethno-science. &#199;a, &#231;a va rentrer, peu &#224; peu, &lt;i&gt;via&lt;/i&gt; le relativisme : on va raconter que toutes les civilisations se valent et que la science n'a pas de couleur, tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Dans l'histoire, c'&#233;tait plut&#244;t un floril&#232;ge de superstitions, de croyances, de bigoterie, d'enfer&#173;mement mental, aussi belles soient les mythologies. Alors, c'est vrai qu'il y a une sorte de cumulation approximative entre les grandes civilisations, mais sans aucun progr&#232;s li&#173;n&#233;aire, et selon des modalit&#233;s diff&#233;rentes, notamment pratiques. Par exemple, on croit &#171; s'ouvrir &#224; l'Alt&#233;rit&#233; &#187; en &#233;voquant l'&#233;quivalent du th&#233;or&#232;me dit &#171; de Pythagore &#187; chez les Chinois ou les &#201;gyptiens, qui connaissaient bien avant ces rapports, &#233;videmment, et les utilisaient couramment, mais c'est simplement ne rien comprendre aux math&#233;ma&#173;tiques. Les Grecs, et eux seuls de ce que l'on sait, ont montr&#233; la validit&#233; du th&#233;or&#232;me pour toutes les variables : &#231;a s'appelle une &lt;i&gt;d&#233;monstration&lt;/i&gt; et c'est la naissance des ma&#173;th&#233;matiques, ici et pas ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu d&#233;fends la science occidentale, donc.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui et non, puisque, plus globalement, les programmes et les manuels restent dans une id&#233;ologie tr&#232;s &#171; machinique &#187; du vivant, tr&#232;s logique, math&#233;matisable. Exemple ty&#173;pique : la machinerie cellulaire, l'ADN comme code informatique, l'organisme comme automate, l'&#233;cosyst&#232;me comme syst&#232;me ou comme &#171; service &#187;, l'&#233;volution comme processus rationnalisable, etc. &#199;a, &#231;a craque de partout, Edgar Morin avait d&#233;blay&#233; tout &#231;a il y a quarante ans et aujourd'hui A. Pichot fait un travail remarquable&#8230; &#192; une autre &#233;chelle, par exemple les aspects psychosomatiques, l'efficacit&#233; du placebo par exemple, sont compl&#232;tement &#233;lud&#233;s&#8230; Ok, on ne sait pas grand-chose, et il faut bien commencer par quelque part, mais justement on pourrait aussi dire : on ne sait pas. &#199;a manque, &#231;a, montrer les limites des connaissances, leurs incoh&#233;rences, les zones d'ombre, la notion de savoir scientifique comme ensemble de v&#233;rit&#233;s en sursis, ce qui est en passe d'&#234;tre pulv&#233;ris&#233; et ce qu'il faudrait v&#233;rifier, etc. Couramment, je r&#233;ponds &#224; leurs questions &#171; &lt;i&gt;j&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e ne sais pas&lt;/i&gt; &#187; ou &#171; &lt;i&gt;d'apr&#232;s ce que je sais, la science ne sait pas&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;on est en train de chercher&lt;/i&gt; &#187;, etc. On me dit qu'ils sont trop jeunes : ce n'est pas vrai. Apr&#232;s, il ne faut pas s'&#233;tonner de les voir gagn&#233;s par les pseudosciences, le complotisme, les sectes ou l'islamisme, etc. Conneries mises &#224; part (et il y en a !), il faut reconna&#238;tre les vrais &#171; ph&#233;nom&#232;nes inexpliqu&#233;s &#187; : c'est bien en se penchant dessus qu'on les explique, non ? On part d'un faux partage : la science et ses limites, et, au-del&#224;, les croyances seraient permises. En fait, admettre son ignorance, c'est encore de la science, et c'est peut-&#234;tre m&#234;me &lt;i&gt;l&#224;&lt;/i&gt; qu'on reconna&#238;t un v&#233;ritable esprit scientifique. Alors que la croyance est partout, a r&#233;ponse &#224; tout, imbibe souterrainement tous les savoirs, y compris scienti&#173;fiques lorsqu'ils se font id&#233;ologie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est quand m&#234;me pas facile d'expliquer &#231;a au niveau du secondaire&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'accord, mais c'est trop facile de se d&#233;biner aussi&#8230; Par exemple, les profs de phy&#173;sique m'engueulent lorsque je r&#233;ponds aux questions des gamins sur la physique quan&#173;tique ou la mati&#232;re noire : &#171; &lt;i&gt;&#199;a va les embrouiller !&lt;/i&gt; &#187;. Ce n'est pas vrai : ils font tr&#232;s bien la part des choses et ont le sentiment extraordinaire de participer &#224; l'aventure scien&#173;tifique. Bien s&#251;r il faut rester extr&#234;mement prudent, rester rigoureux et ne pas jouer avec l'angoisse ou la confusion&#8230; Et l&#224; encore, &#231;a d&#233;pend du public, il faut sentir ce qu'il est possible de faire. Mais, enfin, ils rencontrent quelqu'un qui leur dit que les adultes et leurs savoirs ne sont pas tout-puissants : ils l'avaient remarqu&#233; depuis un bon bout de temps, hein !&#8230; Et l&#224; tu d&#233;truis le principe m&#234;me de savoir total, absolu : tu les fais ren&#173;trer dans le monde adulte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l&#224; ce n'est pas les programmes que je critique, c'est ce qui circule dans la soci&#233;&#173;t&#233;, l'&#233;tat des connaissances, de la science telle qu'elle se fait ou l'id&#233;ologie ambiante&#8230; Pour le reste, on est &#233;videmment dans le mythe du &#171; d&#233;veloppement durable &#187; et des &#171; solutions &#187; magiques aux catastrophes dites &#171; &#233;cologiques &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avant &#231;a : tu disais que ta mati&#232;re &#233;tait difficile &#224; enseigner, mais d'apr&#232;s toi ce n'est pas le fond des programmes qui est en cause ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non parce que derri&#232;re les raisons intrins&#232;ques &#224; ma discipline, il y a le contexte plus g&#233;n&#233;ral. L'&#233;tendue des savoirs humains, et particuli&#232;rement scientifiques, est devenue quasi&#173;ment infinie, en tout cas inassimilable pour un seul individu. Que faut-il transmettre, dans tout &#231;a, &#224; la g&#233;n&#233;ration qui vient ? Comment op&#233;rer le tri, et sur quels crit&#232;res ? C'est soluble au niveau coll&#232;ge, o&#249; l'ambition, je l'apprends aux &#233;l&#232;ves, personne ne semble le leur avoir dit, est de former une solide petite culture &lt;i&gt;encyclop&#233;dique&lt;/i&gt;. Ce sont les humanit&#233;s, la &#171; culture de l'honn&#234;te homme &#187;, malheureusement tomb&#233;e en d&#233;su&#233;&#173;tude. A 15 ans, l'individu doit pouvoir comprendre la totalit&#233; de ce dont il sera question au cours de sa vie, devant un m&#233;decin, un concert de musique classique, un soul&#232;&#173;vement populaire ou une aurore bor&#233;ale. Je leur parle de mon p&#232;re, qui m'a donn&#233; le go&#251;t du savoir et de la science, m&#233;cano &#224; 14 ans, et qui a &#233;crit des po&#232;mes, peint des aquarelles, a fait du parachutisme, me tra&#231;ait le graphique de ma temp&#233;rature lorsque j'&#233;tais malade, me dessinait la chasse au mammouth dans la banlieue de Clermont-Ferrand il y 40 000 ans ou l'atterrissage d'une sonde spatiale sur Jupiter&#8230; Bref, la difficult&#233; de l'enseignement est d'abord due aux connaissances aujourd'hui pl&#233;thoriques accumul&#233;es par l'humanit&#233; depuis trois ou quatre si&#232;cles. Et cela renvoie &#224; l'&#233;tat m&#234;me du savoir contemporain, &#224; la fois foisonnant et cloisonn&#233;, sans vue d'ensemble, en pleine crise interne. Comment, et quoi, et m&#234;me &#224; qui transmettre dans ces conditions ? Et ensuite, c'est le deuxi&#232;me point mais qui est li&#233;, c'est l'effondrement du mod&#232;le occidental, qui se traduit tr&#232;s concr&#232;tement dans l'enseignement par la baisse du niveau global. Et troisi&#232;mement, &#231;a en d&#233;coule, la confusion dans laquelle nous baignons, l'incerti&#173;tude sur le devenir des soci&#233;t&#233;s, voire de l'esp&#232;ce humaine elle-m&#234;me. Donc tout &#231;a se retrouve en classe, &#224; diff&#233;rents niveaux, selon diverses modalit&#233;s, avec ces couches qui se superposent. Freud disait que l'&#233;ducation &#233;tait un m&#233;tier impossible, il n'avait encore rien vu !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?Enseigner-la-catastrophe-2-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Seconde partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La philosophie comme antidote</title>
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&lt;p&gt;Article paru dans Le Monde du 24 novembre.1995. Source : http://palimpsestes.fr/textes_philo... A la suite de Heidegger, nombre de ses &#233;pigones continuent &#224; chanter l'air de la fin de la philosophie (de la m&#233;taphysique, de l'onto-logo-th&#233;o-phallocentrisme, etc.). Heidegger, du moins, voulait que la place de la philosophie soit prise par la &#171; pens&#233;e de l'&#234;tre &#187;, dont il reste &#224; ce jour difficile de voir en quoi elle pourrait consister. Pour cette raison peut-&#234;tre, certains se contentent, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-sociale-democratie-" rel="directory"&gt;Autonomie sociale : D&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-30-education-+" rel="tag"&gt;&#201;ducation&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-42-relativisme-+" rel="tag"&gt;Relativisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-56-castoriadis-c-+" rel="tag"&gt;Castoriadis C.&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Article paru dans Le Monde du 24 novembre.1995.&lt;br class='manualbr' /&gt;Source : &lt;a href=&#034;http://palimpsestes.fr/textes_philo/castoriadis/philosophie-antidote.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://palimpsestes.fr/textes_philo...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A la suite de Heidegger, nombre de ses &#233;pigones continuent &#224; chanter l'air de la fin de la philosophie (de la m&#233;taphysique, de l'onto-logo-th&#233;o-phallocentrisme, etc.). Heidegger, du moins, voulait que la place de la philosophie soit prise par la &#171; pens&#233;e de l'&#234;tre &#187;, dont il reste &#224; ce jour difficile de voir en quoi elle pourrait consister. Pour cette raison peut-&#234;tre, certains se contentent, en lui empruntant le vocable de la &#171; d&#233;construction &#187;, de se livrer &#224; des exercices n&#233;gatifs sur le corpus de la philosophie h&#233;rit&#233;e, alors que d'autres r&#233;clament l'av&#232;nement d'une &#171; pens&#233;e faible &#187;. De l'autre c&#244;t&#233; de l'Atlantique, o&#249; la philosophie proprement dite a &#233;t&#233; et reste qualifi&#233;e de &#171; continentale &#187; au sens d'un continent europ&#233;en qui s'arr&#234;terait &#224; la Manche, la philosophie analytique continue &#224; occuper la place principale dans l'enseignement universitaire de la philosophie (absente de l'enseignement secondaire), en m&#234;me temps qu'un pragmatisme ressuscit&#233; proclame &#8212; voir Richard Rorty &#8212; l'inutilit&#233; de la philosophie au sens &#233;tabli du terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; de ce qu'on pourrait appeler une crise interne, des facteurs historiques lourds travaillent contre la pr&#233;sence effective de la philosophie dans la soci&#233;t&#233;. A l'&#233;chelle mondiale, la mont&#233;e de la techno-science, marquant la domination presque incontest&#233;e de l'imaginaire capitaliste, trouve son compl&#233;ment dans le positivisme de la plupart des scientifiques, mais aussi dans la croyance superstitieuse des populations en la toute-puissance de la science et de la technique que Heidegger lui-m&#234;me partageait. En outre, malgr&#233; l'effondrement du totalitarisme marxiste-l&#233;niniste dans la plupart des pays qu'il dominait mais pas dans tous, des dictatures plus ou moins id&#233;ologiques survivent dans de nombreux pays, et des fondamentalismes religieux principalement islamiques dominent ou menacent dans d'autres, rendant en fait impossibles, dans les deux cas, l'exercice public et l'enseignement libre de la philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, il est consolant d'apprendre que, loin d'&#234;tre moribond, l'enseignement public de la philosophie, dans l'&#233;ducation secondaire comme dans les universit&#233;s, a connu pour la premi&#232;re fois dans l'histoire, pendant le dernier demi-si&#232;cle, une expansion remarquable. C'est ce qu'&#233;tablit la deuxi&#232;me enqu&#234;te men&#233;e par l'Unesco, &#224; partir de septembre 1994, dans le cadre de son programme &#171; D&#233;mocratie et philosophie dans le monde &#187;. Soixante-sept pays y ont r&#233;pondu, quand la pr&#233;c&#233;dente enqu&#234;te (1951-1953) n'avait concern&#233; que neuf d'entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut &#234;tre surpris de cette extension de par le monde de l'enseignement de la philosophie. Il n'y a gu&#232;re de doute qu'elle est due pour une bonne part &#224; l'accession de nombreux pays &#224; l'ind&#233;pendance. M&#234;me s'il y a l&#224; l'effet d'une adoption de mod&#232;les occidentaux, il reste qu'on peut se f&#233;liciter du processus qui, probablement, &#233;tonnera plus d'un lecteur europ&#233;en. Comme le dit Roger-Pol Droit qui a coordonn&#233; l'enqu&#234;te, pr&#233;sente ses principaux enseignements et encadre le tout d'une r&#233;flexion pertinente et fournie , il s'agit d'&#171; une invention significative de la plus r&#233;cente modernit&#233; &#187;, dont on est encore loin de voir les fruits. Il faut y ajouter les effets de la lib&#233;ration r&#233;cente d'un grand nombre de pays de la tyrannie communiste qui, certes, rendait obligatoire l'enseignement de la &#171; philosophie &#187; mais r&#233;duisait celui-ci &#224; l'endoctrinement dans le mat&#233;rialisme dialectique et historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;DEUX POSITIONS OPPOS&#201;ES&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des questions discut&#233;es par ce livre, celles concernant la relation de la philosophie &#224; la d&#233;mocratie et le caract&#232;re &#171; europ&#233;en &#187; de la philosophie ou du moins des contenus de son enseignement soul&#232;veront assur&#233;ment l'int&#233;r&#234;t le plus prononc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au regard de la premi&#232;re, Roger-Pol Droit d&#233;gage des r&#233;ponses re&#231;ues deux positions diam&#233;tralement oppos&#233;es : la philosophie, sp&#233;cialit&#233; comme les autres, pouvant &#234;tre abord&#233;e seulement par quelques esprits, n'aurait aucun r&#244;le &#224; jouer dans l'&#233;ducation politique des citoyens, qui doit s'effectuer ailleurs ; ou bien, &#233;l&#233;ment-cl&#233; de la formation des citoyens, indissociable de la d&#233;mocratie, la philosophie devrait &#171; permettre &#224; chacun de perfectionner l'analyse de ses propres convictions, de saisir la diversit&#233; des arguments et des probl&#233;matiques des autres, d'apercevoir le caract&#232;re limit&#233; de nos savoirs les plus assur&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus difficile est la deuxi&#232;me question. La philosophie en g&#233;n&#233;ral, ou la philosophie enseign&#233;e, serait-elle &#171; grecque &#187;, &#171; europ&#233;enne &#187;, &#171; europ&#233;o-centrique &#187; ? Pour peu qu'on pousse, son enseignement ne serait-il pas un moyen sournois un de plus d'&#233;tendre la domination culturelle de l'Occident sur la plan&#232;te ? On n'a pas besoin de discuter l'exacte place de la pens&#233;e indienne ou chinoise relativement &#224; la philosophie gr&#233;co-occidentale (la philosophie arabe, n'en d&#233;plaise &#224; certains, fait partie de l'histoire de cette derni&#232;re : c'est aux questions d'Aristote qu'elle a, pour l'essentiel, essay&#233; de r&#233;pondre). On peut facilement admettre qu'elles devraient faire partie, d'une fa&#231;on ou d'une autre, des programmes d'enseignement, y compris &#233;videmment en Europe. Cela n'efface pas la tr&#232;s forte singularit&#233; de la philosophie gr&#233;co-occidentale. Il ne s'agit pas d'un &#171; privil&#232;ge &#187;, encore moins d'un r&#233;sultat de la domination mondiale de l'Occident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;OBLIGATIONS&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se trouve que c'est dans cette r&#233;gion du monde, chez ces peuples et par leurs langages, que d&#233;mocratie et philosophie ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;es ou d&#233;velopp&#233;es &#224; un point inconnu ailleurs. Cela ne cr&#233;e aucun privil&#232;ge, mais bien des obligations. Ce n'est pas un hasard si c'est cette philosophie, et pas une autre, qui a &#233;t&#233; la matrice du d&#233;veloppement des sciences de la nature autant que des disciplines humaines. Ni si elle est la seule &#224; avoir travaill&#233; &#224; penser le politique (l'essence du pouvoir) et la politique (le contenu souhaitable de l'ordre de la Cit&#233;). Ni si elle ne s'est pas born&#233;e &#224; affirmer que l'&#234;tre est, ou qu'il n'est pas, mais s'est interminablement demand&#233;e comment il est, et ce qu'&#234;tre signifie. Ni enfin, pour abr&#233;ger une longue s&#233;rie, si elle a constamment pratiqu&#233; l'auto-r&#233;flexivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est encore plus difficile d'accepter la teneur de certaines r&#233;ponses. &#171; &lt;i&gt;D&#233;coloniser la philosophie&lt;/i&gt; &#187;, disent des r&#233;ponses africaines. &#171; &lt;i&gt;Aucun rapport entre l'enseignement de la philosophie et les traditions culturelles [du pays] n'est perceptible&lt;/i&gt; &#187; (Uruguay). Dire qu'il faut n&#233;cessairement &#233;tablir un rapport entre ces traditions et le reste de l'enseignement est priv&#233; de sens. Pourquoi ne pas d&#233;coloniser les math&#233;matiques ou la biochimie ? Et si &#171; &lt;i&gt; les rapports de l'enseignement philosophique avec les traditions culturelles sont conflictuels&lt;/i&gt; &#187; (Mali), il faut rappeler que ce conflit, l'opposition de &lt;i&gt;muthos&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;logos&lt;/i&gt;, signe l'acte m&#234;me de naissance de la philosophie. H&#233;raclite voulait qu'Hom&#232;re soit chass&#233; des jeux et battu, et traitait H&#233;siode d'ignorant...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une chose me para&#238;t insuffisamment accentu&#233;e dans l'ensemble de l'enqu&#234;te : l'importance capitale de la philosophie pour &#233;veiller chez tous le &#171; &lt;i&gt;thaumazein&lt;/i&gt; &#187;, le questionnement &#233;merveill&#233; devant le monde, l'&#234;tre, la v&#233;rit&#233;, notre propre existence. Questionnement &#233;merveill&#233; qui reste l'antidote supr&#234;me aux croyances id&#233;ologiques comme au d&#233;lire technoscientifique contemporain.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Psychanalyse et soci&#233;t&#233; I</title>
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		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;ducation</dc:subject>
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		<dc:subject>Castoriadis C.</dc:subject>
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		<dc:subject>Type anthropologique</dc:subject>

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&lt;p&gt;Source : http://palimpsestes.fr/textes_philo... Texte publi&#233; par Psych-Critique n&#176;2, New-York, 1982, repris dans Domaines de l'homme. Les carrefours du labyrinthe, 2, Le Seuil, 1986, pp.41-59. Philosophe, psychanalyste, homme de terrain, Cornelius Castoriadis aimait rappeler que nous sommes habitu&#233;s &#224; penser l'individu en croyant qu'il est autar&#173;cique, alors qu'il serait plut&#244;t un ph&#233;nom&#232;ne second aux deux autres &#233;l&#233;ments indissociables et irr&#233;ductibles l'un &#224; l'autre que sont la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;http://palimpsestes.fr/textes_philo/castoriadis/psychanalyseetsociete.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://palimpsestes.fr/textes_philo...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Texte publi&#233; par Psych-Critique n&#176;2, New-York, 1982, repris dans Domaines de l'homme. Les carrefours du labyrinthe, 2, Le Seuil, 1986, pp.41-59.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Philosophe, psychanalyste, homme de terrain, Cornelius Castoriadis aimait rappeler que nous sommes habitu&#233;s &#224; penser l'individu en croyant qu'il est autar&#173;cique, alors qu'il serait plut&#244;t un ph&#233;nom&#232;ne second aux deux autres &#233;l&#233;ments indissociables et irr&#233;ductibles l'un &#224; l'autre que sont la psych&#233;, d'un c&#244;t&#233;, la soci&#233;t&#233;, de l'autre. Pour lui, l'exploration en profondeur de la psych&#233; avait commenc&#233; avec Freud et l'id&#233;e de l'inconscient. Quant au social, il le d&#233;finissait surtout comme l'institution de la soci&#233;t&#233;, li&#233;e aux significations imaginaires sociales qu'elle porte. Il &#233;voquait un processus de fabrication de l'individu social par le socius en &#233;tayant son argumentation, toujours subtile, par une r&#233;flexion sur l'organisation initiale de la psych&#233; chez le nouveau-n&#233;. Dans une interview diffus&#233;e par &#171; France Culture &#187;, sur Cr&#233;ation et d&#233;sordre (1987), il insistait sur la n&#233;cessit&#233; de reconna&#238;tre que la soci&#233;t&#233; est, elle-m&#234;me, la source et le cr&#233;ateur de ses institutions. Elle peut donc changer puisqu'elle ne rel&#232;ve d'aucun ordre transcendantal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce discours vivant que nous avons voulu restituer en reproduisant ici un entretien, tenu &#224; New York [le 4 octobre] 1982, de Cornelius Castoriadis avec deux psychanalystes am&#233;ricains. Nous remercions Zo&#233; Castoriadis et ses ayants droit d'avoir permis sa contribution &#224; ce volume pour initier le lecteur, qu'il soit psycha&#173;nalyste ou non, &#224; ce que nous avons d&#233;sign&#233; comme &#171; part sociale &#187;, chez Freud.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Donald Moss : Si vous nous parliez un peu de la mani&#232;re dont la pra&#173;tique psychanalytique vous a aid&#233;, comme vous avez dit, &#224; &#171; y voir plus clair &#187; et de la fa&#231;on dont votre vue a &#233;t&#233; &#233;claircie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cornelius CASTORIADIS&lt;/strong&gt; : C'est une chose tout &#224; fait diff&#233;rente de tra&#173;vailler avec des concepts abstraits, de lire simplement les livres de Freud, etc., et d'&#234;tre dans le processus psychanalytique effectif, de voir comment l'inconscient travaille, comment les pulsions des gens se manifestent et comment s'&#233;tablissent non pas des m&#233;canismes (nous ne pouvons pas vraiment les appeler &#171; m&#233;canismes &#187; ), mais, disons, des processus plus ou moins stylis&#233;s, moyennant lesquels tel ou tel autre type d'ali&#233;nation psychique ou d'h&#233;t&#233;&#173;ronomie viennent &#224; exister. Cela, c'est l'aspect concret. L'aspect plus abstrait est qu'il y a encore beaucoup &#224; faire au niveau th&#233;orique, &#224; la fois pour explo&#173;rer la psych&#233; inconsciente et pour comprendre la relation, le pont par-dessus l'ab&#238;me, qu'est la relation entre la psych&#233; inconsciente et l'individu socialement fabriqu&#233; (ce dernier d&#233;pendant &#233;videmment de l'institution de la soci&#233;t&#233; et de chaque soci&#233;t&#233; donn&#233;e). Comment se fait-il que cette entit&#233; totalement aso&#173;ciale, la psych&#233;, ce centre absolument &#233;gocentrique, ar&#233;el, ou antir&#233;el, puisse &#234;tre transform&#233; par les actions et les institutions de la soci&#233;t&#233;, &#224; commencer &#233;videmment par le premier environnement de l'enfant qu'est la famille, en un individu social qui parle, pense, peut renoncer &#224; la satisfaction imm&#233;diate de ses pulsions, etc.? Probl&#232;me extraordinaire, avec un &#233;norme poids politique que l'on peut voir presque imm&#233;diatement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. M : Pouvez-vous expliciter plus longuement ce que vous venez de dire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C &lt;/strong&gt; : Nous parlions tout &#224; l'heure de la Russie, du stalinisme, du nazisme, et nous disions que ces ph&#233;nom&#232;nes peuvent &#224; peine &#234;tre compris sans prendre en consid&#233;ration l'&#233;norme attrait que la &lt;i&gt;force&lt;/i&gt; exerce sur l'homme, c'est-&#224;-dire sur la psych&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. M : Oui ... &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C&lt;/strong&gt; : Et pourquoi en est-il ainsi ? Nous devons essayer de comprendre cela. Nous devons essayer de comprendre cette tendance des gens (l'obstacle principal que l'on rencontre toujours quand on s'engage dans une politique r&#233;volutionnaire ou radicale) &#224; abandonner l'initiative, &#224; trouver un abri protecteur soit dans la figure du leader, soit dans le sch&#233;ma d'une organisation, r&#233;seau anonyme mais qui fonctionne bien et qui garantit la ligne, la v&#233;rit&#233;, l'appartenance, etc. Tous&#183; ces facteurs jouent un r&#244;le &#233;norme &#8211; et finalement c'est contre tout cela que nous sommes en train de lutter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;David LICHTENSTEIN : Cela me fait penser &#224; votre fa&#231;on d'employer le mot &#171; autonomie &#187;. Vous avez dit des choses sur l'autonomie individuelle et sur l'autonomie comme r&#233;ponse collective. Pouvez-vous &#233;laborer davantage ce paral&#173;l&#232;le ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C&lt;/strong&gt; : Qu'est-ce que l'autonomie collective ? Mais quel est son con&#173;traire ? Le contraire, c'est la soci&#233;t&#233; h&#233;t&#233;ronome. Quelles sont les racines de la soci&#233;t&#233; h&#233;t&#233;ronome ? Ici nous affrontons ce qui a &#233;t&#233;, je crois, une id&#233;e centrale et fallacieuse de la plupart des mouvements politiques de gauche, et d'abord et surtout du marxisme. L'h&#233;t&#233;ronomie a &#233;t&#233; confondue, c'est-&#224;-dire identifi&#233;e, avec la domination et l'exploitation par une couche sociale particuli&#232;re. Mais la domination et l'exploitation par une couche sociale particuli&#232;re n'est qu'&lt;i&gt;une&lt;/i&gt; des manifestations (ou r&#233;alisations) de l'h&#233;t&#233;ronomie. L'essence de l'h&#233;t&#233;&#173;ronomie est plus que cela. On trouve l'h&#233;t&#233;ronomie dans des soci&#233;t&#233;s primiti&#173;ves, en fait dans toutes les soci&#233;t&#233;s primitives, alors qu'on ne peut pas vraiment parler d'une division entre couches dominantes et couches domin&#233;es dans ce type de soci&#233;t&#233;. Donc, qu'est-ce que l'h&#233;t&#233;ronomie dans une soci&#233;t&#233; primitive ? C'est que les gens croient fermement (et ne peuvent que croire) que la loi, les institutions de leur soci&#233;t&#233; leur ont &#233;t&#233; donn&#233;es une fois pour toutes par quel&#173;qu'un d'autre les esprits, les anc&#234;tres, les dieux ou n'importe quoi d'autre &#8212; et qu'elles ne sont pas (et ne pouvaient pas &#234;tre) leur propre &#339;uvre. Cela est tout aussi vrai pour les soci&#233;t&#233;s historiques (&#171; historiques &#187;, au sens &#233;troit) que sont les soci&#233;t&#233;s religieuses. Mo&#239;se re&#231;ut la loi de Dieu ; ainsi, si vous &#234;tes H&#233;breu, vous ne pouvez pas mettre en question la loi. Car alors vous mettriez en question Dieu lui-m&#234;me. Cela reviendrait &#224; dire : &#171; Dieu se trompe &#187; ou : &#171; Dieu n'est pas juste &#187;, ce qui est inconcevable aussi longtemps que l'on reste dans la structure des croyances d'une soci&#233;t&#233; religieuse. La m&#234;me chose est vraie pour le monde chr&#233;tien et pour l'islam. &lt;br class='manualbr' /&gt;Ainsi, &#183;l'h&#233;t&#233;ronomie est le fait que l'institution de la soci&#233;t&#233;, cr&#233;ation de la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me, est pos&#233;e par la soci&#233;t&#233; comme donn&#233;e par quelqu'un d'autre, une source &#171; transcendante &#187; : les anc&#234;tres, les dieux, le Dieu, la nature, ou &#8211; comme avec Marx &#8211; les &#171; lois de l'histoire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. M : Pas &#171; quelqu'un d'autre &#187;, mais &#171; quelque chose d'autre &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C &lt;/strong&gt; : C'est juste, quelque chose d'autre. Et, selon Marx, on sera capable d'instituer une soci&#233;t&#233; socialiste au moment et &#224; l'endroit o&#249; les lois de l'histoire dicteront une organisation socialiste de la soci&#233;t&#233;. C'est la m&#234;me id&#233;e. &lt;br class='manualbr' /&gt;Ainsi, la soci&#233;t&#233; s'ali&#232;ne elle-m&#234;me &#224; son propre produit que sont les ins&#173;titutions. L'autonomie n'est pas que l'auto-institution de la soci&#233;t&#233;, parce qu'il y a toujours auto-institution de la soci&#233;t&#233; : Dieu n'existe pas, et les &#171; lois de l'histoire &#187;, au sens marxien, non plus. Les institutions sont une cr&#233;ation de l'homme. Mais elles sont, pour ainsi dire, une cr&#233;ation aveugle. Les gens ne savent pas qu'ils cr&#233;ent et qu'ils sont en un sens libres de cr&#233;er leurs institu&#173;tions. Ils confondent le fait qu'il ne peut pas y avoir de soci&#233;t&#233; (ni de vie humaine) sans institutions et lois avec l'id&#233;e qu'il doit y avoir une source trans&#173;cendante, garante des institutions. &lt;br class='manualbr' /&gt;Allons plus loin. Que devrait &#234;tre une soci&#233;t&#233; autonome ? Une soci&#233;t&#233; autonome devrait &#234;tre une soci&#233;t&#233; qui sait que ses institutions, ses lois sont son &#339;uvre propre et son propre produit. Par cons&#233;quent, elle peut les mettre en question et les changer. En m&#234;me temps, elle devrait reconna&#238;tre que nous ne pouvons pas vivre sans lois. &lt;br class='manualbr' /&gt;Maintenant, quant &#224; l'autonomie de l'individu, je dirais qu'un individu est autonome quand il (ou elle) est vraiment en mesure de changer lucide&#173;ment sa propre vie. Cela ne veut pas dire qu'il ma&#238;trise sa vie ; nous ne ma&#238;&#173;trisons jamais notre vie parce que nous ne pouvons pas &#233;liminer l'inconscient, &#233;liminer notre appartenance &#224; la soci&#233;t&#233; et ainsi de suite. Mais nous pouvons changer notre relation &#224; l'inconscient ; nous pouvons cr&#233;er une relation avec notre inconscient qualitativement diff&#233;rente de l'&#233;tat o&#249; nous sommes simple&#173; ment domin&#233;s par celui-ci, sans en savoir quoi que ce soit. Nous pouvons &#234;tre domin&#233;s par notre inconscient, c'est-&#224;-dire par notre pass&#233;. Nous nous ali&#233;nons, sans le savoir, &#224; notre propre pass&#233;, du fait que nous ne recon&#173;naissons pas que nous avons, en un sens, &#224; &#234;tre nous-m&#234;mes la source des normes et des valeurs que nous nous proposons &lt;i&gt;&#224; nous-m&#234;mes&lt;/i&gt;. &#201;videmment nous n'en sommes pas la source absolue, et &#233;videmment il y a la loi sociale. Mais j'ob&#233;is [volontairement] &#224; la loi sociale &#8211; si et quand je lui ob&#233;is &#8211; soit parce que je crois que la loi est ce qu'elle devrait &#234;tre, soit parce que je reconnais peut-&#234;tre qu'elle n'est pas ce qu'elle devrait &#234;tre, mais, dans ce contexte particulier, &#233;tant donn&#233;, disons, la volont&#233; de la majorit&#233;, en tant que membre de la collectivit&#233; je dois ob&#233;ir &#224; la loi, m&#234;me si je consid&#232;re qu'elle devrait changer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. M : Vous avez fait une sorte d'&#233;quation entre l'inconscient et notre pass&#233;. Vous avez dit : &#171; domin&#233;s par notre inconscient, domin&#233;s par notre pass&#233; &#187;. D'une certaine mani&#232;re, cela me frappe comme une id&#233;e optimiste sur l'inconscient parce qu'elle implique qu'il est accessible par une perlaboration &#8211; on peut se rem&#233;morer &#8211; en un sens, et plus on se rem&#233;more moins on est domin&#233;, et finalement ... &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C&lt;/strong&gt; : Non ... pas plus on se rem&#233;more : plus on devient capable de perlaborer la rem&#233;moration. D'accord ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. M : Oui. Quelles sont les limites, dans votre pens&#233;e, de cette rem&#233;mo&#173;ration et cette perlaboration ? Quand devient-elle probl&#233;matique ? O&#249; sont les ar&#234;tes ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C&lt;/strong&gt; : D'abord, permettez-moi de clarifier une chose : je n'identifie pas l'inconscient au pass&#233;. L'inconscient n'est &#233;videmment pas que le pass&#233;. C'est l&#224; un point sur lequel certains psychanalystes contemporains voient les choses plus clairement que Freud. Il y avait un id&#233;al freudien, que l'on pourrait appe&#173;ler un plan mod&#232;le de la cure : amener le patient &#224; se rem&#233;morer aurait un effet cathartique, un effet dissolvant sur le complexe ou le r&#233;seau des com&#173;plexes. Mais en r&#233;alit&#233; on peut, dans une tr&#232;s grande mesure, travailler &#224; partir du mat&#233;riel actuel, et pas n&#233;cessairement toujours &#224; travers la rem&#233;moration, parce que la structure est pr&#233;sente. Je veux dire que le pass&#233; est pr&#233;sent dans le pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. M : Hm, hm ... &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C :&lt;/strong&gt; D'accord ? C'est clair avec le r&#234;ve. L'identit&#233;, de toute fa&#231;on inaccessible, de la signification de ce r&#234;ve-ci avec quelque configuration datant de l'enfance n'est en soi ni tr&#232;s significative ni tr&#232;s imp&#233;rative. Ce qui est important, c'est que le patient puisse vraiment voir &#224; travers cette signification et, esp&#233;rons-le, changer son comportement en fonction de cette signification ainsi que toute la structure complexe des pulsions, des affects, &#233;motions et d&#233;sirs qui lui sont li&#233;s. Ainsi, le pass&#233; et l'inconscient sont et ne sont pas la m&#234;me chose, tant au niveau th&#233;orique qu'au niveau de la pratique du trai&#173;tement psychanalytique. Maintenant vous demandez : &#171; Quelles sont les limites ? &#187; C'est une question tr&#232;s importante. Je veux dire, apr&#232;s tout, pour&#173; quoi en fait un traitement psychanalytique ne marche pas toujours ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. M : Oui. Et un autre point serait cette id&#233;e de l'attrait de la force. C'est un fait tr&#232;s frappant que la force exerce cet attrait. Je crois que, dans la psychanalyse id&#233;ale, la force devrait perdre son attrait atavique, elle pourrait avoir un attrait d'un sens diff&#233;rent, mais pas atavique. Je suis int&#233;ress&#233; par la convergence de cette ambition telle qu'elle appara&#238;t en psychanalyse, notamment l'&#233;limination de l'attrait de la force, et cette m&#234;me ambition telle qu'elle est v&#233;cue dans la vie politique, o&#249; l'on essaie de cr&#233;er des organisations sociales qui s'opposent &#224; cet attrait atavique de la force. J'aimerais avoir vos id&#233;es sur la mani&#232;re dont ces deux projets peuvent s'informer mutuellement. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C&lt;/strong&gt; : C'est un probl&#232;me tr&#232;s difficile, et je ne crois pas en conna&#238;tre la solution. Tout d'abord, le traitement psychanalytique essaie d'aider les gens &#224; devenir autonomes dans le sens que nous venons de mentionner, et par cons&#233;&#173;quent de d&#233;truire aussi en eux-m&#234;mes l'attrait aveugle de la force. En fait, je crois que cela est la seule contribution politique pertinente de la pratique psy&#173;chanalytique. Je ne crois pas &#224; l'usage politique de la psychanalyse, si ce n'est d'aider les individus &#224; devenir lucides et autonomes, et par cons&#233;quent, je pense, plus actifs et plus responsables dans la soci&#233;t&#233;. Cela implique aussi : ne pas consid&#233;rer l'institution de la soci&#233;t&#233; ou la loi donn&#233;e comme quelque chose qui ne peut pas &#234;tre touch&#233;. Maintenant, &#224; l'&#233;gard des attitudes collectives, je crois que ce que nous essayons de faire, c'est tenter de dissoudre les illusions contenues presque toujours dans cet attrait de la force. Et cela implique aussi bien la critique de l'id&#233;ologie que la critique du fonctionnement et de la consis&#173;tance effectifs des appareils de domination existants, par exemple. En m&#234;me temps, j'ai toujours pens&#233; qu'une authentique organisation r&#233;volutionnaire (ou organisation des r&#233;volutionnaires) devrait aussi &#234;tre une sorte d'&#233;cole exem&#173;plaire d'autogouvemement collectif. Elle devrait apprendre aux gens &#224; se pas&#173;ser de leaders, et &#224; se passer de structures organisationnelles rigides, sans tom&#173;ber dans l'anomie, ou la micro-anomie. C'est l&#224;, je crois, la relation de ces deux facettes du probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. L : Il y a une question qui surgit ici, encore une question compliqu&#233;e concernant les origines de l'autonomie et les relations sociales s'&#233;tablissant d&#232;s l'enfance, concernant aussi les relations d'objet pr&#233;-&#339;dipiennes comme une sorte de mod&#232;le ou de terrain de rapprochement, qui se r&#233;p&#232;te ensuite dans la collecti&#173;vit&#233;. Cela, oppos&#233; au point de vue un peu plus li&#233; &#224; la position &#171; freudienne orthodoxe &#187; selon laquelle en fait l'&lt;i&gt;infans&lt;/i&gt; est radicalement s&#233;par&#233;, le processus de socialisation est int&#233;gralement une dialectique avec la soci&#233;t&#233;, et qu'il n'y a pas de qualit&#233; sociale inh&#233;rente &#224; l'&lt;i&gt;infans&lt;/i&gt; au commencement. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C&lt;/strong&gt; : Vous savez, mes propres conceptions qui ne sont pas tout &#224; fait freudiennes auraient conduit, &#224; cet &#233;gard, &#224; des conclusions tr&#232;s similaires aux conceptions freudiennes. Je crois que ce qu'on a initialement est une sorte de monade psychique asociale et antisociale. Je veux dire que l'esp&#232;ce humaine est une esp&#232;ce monstrueuse, inapte &#224; la vie, aussi bien du point de vue psycholo&#173;gique que du point de vue biologique. Qu'elle soit biologiquement inapte &#224; la vie, c'est clair. Nous sommes le seul animal qui ne conna&#238;t pas par instinct ce qui est nourriture et ce qui est poison. Aucun animal se nourrissant de cham&#173;pignons n'aurait jamais mang&#233; de champignons v&#233;n&#233;neux. Mais nous avons &#224; apprendre cela ! Je n'ai jamais vu un chien ou un cheval tr&#233;bucher ; en fait les chevaux tr&#233;buchent rarement, et cela seulement dans les conditions artificielles dans lesquelles&#183; nous les mettons. Nous tr&#233;buchons tout le temps. C'est l&#224; l'aspect biologique. &lt;br class='manualbr' /&gt;Cela est encore plus vrai quant &#224; l'aspect psychologique. Je crois qu'il y a une psych&#233; embryonnaire dans tout &#234;tre vivant, et notamment chez ce que nous appelons les esp&#232;ces sup&#233;rieures. Mais il y a aussi un monde entre cette psych&#233; &#171; fonctionnelle &#187; des animaux et la psych&#233; humaine : cette derni&#232;re cor&#173;respond &#224; un d&#233;veloppement &#233;norme et monstrueux de cette &#171; facult&#233; &#187; de la psychologie traditionnelle, totalement n&#233;glig&#233;e et ignor&#233;e par la philosophie, qu'est l'imagination. L'imagination est la capacit&#233; de poser comme r&#233;el ce qui ne l'est pas. Elle rompt avec la r&#233;gulation de la &#171; psych&#233; &#187; pr&#233;humaine. &lt;br class='manualbr' /&gt;Ainsi, nous avons sur les bras un &#234;tre qui, comme nous le savons &#224; par&#173; tir de Freud, de la pratique psychanalytique et de la vie quotidienne, est capable de former ses repr&#233;sentations en fonction de ses d&#233;sirs &#8211; ce qui le rend psychiquement inapte &#224; la survie. Sous cette &#233;norme prolif&#233;ration de l'imagination survivent des morceaux bris&#233;s de l'autor&#233;gulation, biologique et psychologique, animale. Cet animal, homo sapiens, aurait cess&#233; d'exister s'il n'avait pas cr&#233;&#233; en m&#234;me temps, &#224; travers je ne sais quels processus, proba&#173;blement une sorte de processus de s&#233;lection n&#233;odarwinienne, quelque chose de radicalement nouveau dans tout le domaine naturel et biologique, &#224; savoir la soci&#233;t&#233; et les institutions. Et l'institution impose &#224; la psych&#233; la reconnais&#173;sance d'une r&#233;alit&#233; commune &#224; tous, r&#233;gul&#233;e, n'ob&#233;issant pas simplement aux d&#233;sirs de la psych&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. M : Ce que vous venez de dire est tr&#232;s int&#233;ressant parce que c'est une fa&#231;on de dire que l'attrait de la force est reli&#233; &#224; la survie en ce que, comme vous dites, cette collectivit&#233;, cette soci&#233;t&#233;, impose la r&#233;alit&#233; &#224; une entit&#233; productrice d'images, laquelle sans cette imposition mourrait ...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C&lt;/strong&gt; : ... ou deviendrait hyperpsychotique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. M : Oui, hyperpsychotique. Mais l'imposition se fait d'une certaine mani&#232;re par la force.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C&lt;/strong&gt; : Par la violence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. M : Par la violence. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C&lt;/strong&gt; : Pas de probl&#232;me &#224; cet &#233;gard. Et, sans cette violence, on ne peut pas avoir une survie de l'esp&#232;ce humaine. C'est pour cela que je suis tr&#232;s fortement oppos&#233; &#224; certains r&#234;ves pastoraux et idylliques provenant de gens bien intentionn&#233;s et proches de nous, selon lesquels il pourrait y avoir une entr&#233;e dans la vie sociale qui serait heureuse, glorieuse, au go&#251;t de chocolat. Pareille chose ne peut tout simplement pas exister. Si vous avez jamais eu un enfant, et ind&#233;pendamment de la mani&#232;re dont vous l'&#233;levez, &#224; un certain moment au cours du premier mois il commencera inexplicablement &#224; crier et &#224; hurler de fa&#231;on infernale. Non pas parce qu'il a faim ni parce qu'il est malade. Tout simplement parce qu'il d&#233;couvre un monde qui n'est pas mal&#173;l&#233;able par sa volont&#233;. Et soyons s&#233;rieux : pas seulement inconsciemment, mais m&#234;me consciemment, nous aurions tous voulu un monde mall&#233;able &#224; volont&#233;, n'est-ce pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. M. et D. L : S&#251;rement. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C&lt;/strong&gt; : Qui dirait le contraire ? Nous disons que cela n'est pas possible, nous renon&#231;ons &#224; un souhait, et le souhait est toujours l&#224;. En tant que psycha&#173;nalyste, je dirais qu'une personne qui ne peut pas avoir un phantasme impliquant la toute-puissance est tr&#232;s s&#233;rieusement malade ; vous voyez ce que je veux dire ? La capacit&#233; de former des phantasmes de toute-puissance est une composante n&#233;cessaire non seulement de la vie inconsciente, mais aussi de la vie consciente. Si vous ne pouvez pas vous adonner &#224; une r&#234;verie, pensant : &#171; La fille viendra au rendez-vous &#187; ou &#171; J'&#233;crirai mon livre &#187; ou : &#171; Les choses se passeront comme je le souhaite &#187;, vous &#234;tes vraiment tr&#232;s malade. Et &#233;vi&#173;demment vous &#234;tes tout aussi malade si vous ne pouvez pas corriger ce phan&#173;tasme et dire : &#171; Non, je ne lui plaisais pas, c'est clair &#187; ou : &#171; Elle a d&#233;j&#224; un amant et elle lui est tr&#232;s attach&#233;e. &#187; &lt;br class='manualbr' /&gt;Il y a donc cette psych&#233; avec son imagination et ses phantasmes de toute&#173; puissance, et il y a un premier repr&#233;sentant de la soci&#233;t&#233; pour l'enfant qui est &#233;videmment la m&#232;re. Et la fonction de la m&#232;re est &#224; la fois qu'elle limite l'enfant -elle devient l'instrument par lequel l'enfant commence &#224; reconna&#238;tre que tout n'ob&#233;it pas &#224; ses souhaits de toute-puissance -et qu'elle aide l'enfant &#224; donner un sens au monde. Le r&#244;le de cette premi&#232;re personne est essentiel et imp&#233;ratif ; peu importe ici si c'est la m&#232;re ou la personne qui joue son r&#244;le, peut-&#234;tre le p&#232;re, peut-&#234;tre la nourrice, peut-&#234;tre encore, comme dans le &lt;i&gt;Brave New World&lt;/i&gt;, une machine parlante (cas auquel &#233;videmment les effets seraient diff&#233;rents et plut&#244;t mauvais). La m&#232;re aide l'enfant &#224; donner un sens au monde et &#224; soi&#173; m&#234;me d'une mani&#232;re tr&#232;s diff&#233;rente de la mani&#232;re initiale propre &#224; la monade psychique. Pour la monade psychique, il y a sens pour autant que tout d&#233;pend de ses souhaits et de ses repr&#233;sentations [et que tout s'y conforme]. La m&#232;re d&#233;truit cela, elle est oblig&#233;e de le d&#233;truire. C'est la n&#233;cessaire et in&#233;vitable vio&#173;lence. Si elle ne le d&#233;truit pas, elle conduit l'enfant &#224; la psychose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. M : Pensez-vous alors que cet attrait de la force est, d'une certaine, tr&#232;s &#233;trange fa&#231;on, une sorte de d&#233;sir de retour vers cette m&#232;re ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C&lt;/strong&gt; : C'est un r&#233;sidu tr&#232;s puissant de l'attachement &#224; une premi&#232;re figure qui &#233;tait, selon ma terminologie, le ma&#238;tre de la signification. Et il y a toujours quelque part quelqu'un qui joue ce r&#244;le de ma&#238;tre de la signification et qui probablement peut devenir Adolf Hitler ou Joseph Staline ou Ronald Reagan, peu importe. Je crois que la racine psychique de l'ali&#233;nation politique et sociale est contenue dans cette premi&#232;re et tr&#232;s pr&#233;gnante relation. Mais il y a aussi les &#233;tapes suivantes. En l'entendant correctement, et entre guillemets : le &#171; d&#233;veloppement normal &#187;. &lt;br class='manualbr' /&gt;La m&#232;re doit abandonner ce r&#244;le de ma&#238;tre de la signification. Elle doit dire &#224; l'enfant que, si tel mot signifie cela, ou que, si tel acte est interdit, ce n'est pas parce que tel est son d&#233;sir mais parce qu'il y a telle raison, ou parce que c'est comme &#231;a que tout le monde l'entend, ou parce que telle est la convention sociale. Elle se d&#233;sinvestit ainsi de la toute-puissance que l'enfant, usant pr&#233;cis&#233;ment de ses propres sch&#232;mes projectifs, lui avait attribu&#233;e. L'enfant projette sur quelqu'un -dans ce cas la m&#232;re -son propre phantasme de toute-puissance, qu'il doit abandonner &#224; une certaine &#233;tape. Quand il pense, de fa&#231;on erron&#233;e : &#171; Mais Maman est toute-puissante &#187;, Maman doit r&#233;pondre ; &#171; Non, je ne le suis pas. &#187; &#171; &lt;i&gt;Words do not mean what I want them to mean&lt;/i&gt; &#187;, contrairement &#224; ce que Humpty Dumpty dit &#224; Alice, &#171; les mots signi&#173;fient ce que les gens entendent par ces mots &#187;, et ainsi de suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. L : Comment r&#233;pondez-vous alors &#224; la position que d&#233;veloppe quel&#173; qu'un comme Winnicott, soutenant que la premi&#232;re situation de la m&#232;re n'est pas une situation de ma&#238;tre de la signification, mais plut&#244;t de co-participant &#224; la signification ? &#192; savoir que le moment originel social est un moment partag&#233; entre la m&#232;re et l'enfant, &#224; savoir encore que l'&lt;i&gt;infans&lt;/i&gt; per&#231;oit la m&#232;re comme par&#173;tageant le monde phantasmatique ? L'&lt;i&gt;infans&lt;/i&gt; imagine le sein, et, en imaginant le sein, en l'appelant, en hurlant, pendant le moment de l'imagination, le sein appa&#173;ra&#238;t miraculeusement, et ainsi s'&#233;tablit une sorte de relation fondamentale entre phantasme et sociabilit&#233;. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C &lt;/strong&gt; : Aussi longtemps que tel est le cas, ce n'est pas vrai qu'il s'agit d'un partage ou d'une co-participation. Je veux dire que, aussi longtemps que nous sommes dans cette &#233;tape, l'enfant imagine que le sein est apparu parce qu'il ou elle d&#233;sirait qu'il apparaisse. Comme Freud le savait d&#233;j&#224; tr&#232;s bien, le moment d&#233;cisif est le moment o&#249; l'enfant ressent qu'il d&#233;sire voir le sein appa&#173;ra&#238;tre et o&#249; le sein n'appara&#238;t pas. Et il y a toujours un pareil moment, et cela correspond, comme Klein aurait dit, &#224; tr&#232;s juste titre, au &#171; mauvais sein &#187;. Cela est &#233;galement &#224; la racine de l'ambivalence fondamentale dans toute rela&#173;tion humaine. Je veux dire que l'autre a toujours h&#233;rit&#233; de ces deux aspects du bon sein et du mauvais sein, de la bonne figure et de la mauvaise figure. La plupart du temps, l'un de ces deux aspects couvre et domine totalement l'autre. Ainsi, nous aimons ou nous ha&#239;ssons les gens. Pour les gens avec qui nous entretenons des relations, l'un ou l'autre de ces &#233;l&#233;ments pr&#233;domine. Mais nous savons tous que m&#234;me dans le plus grand amour se cache toujours l'&#233;l&#233;ment n&#233;gatif, ce qui ne l'emp&#234;che pas d'&#234;tre un amour. Le vrai changement vient d'abord lorsque l'enfant doit admettre que la m&#232;re [et non pas lui-m&#234;me] est le ma&#238;tre du sein et le ma&#238;tre de la signification. Et un autre point de rupture intervient quand l'enfant d&#233;couvre qu'il n'y a pas de ma&#238;tre de la signification. Maintenant, dans la plupart des soci&#233;t&#233;s jusqu'&#224; aujourd'hui, cela arrive &#224; un nombre tr&#232;s limit&#233; de gens. Parce que Yahv&#233; est ma&#238;tre de la signification, ou le secr&#233;taire du Parti, ou peut-&#234;tre le scientifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. M : Ainsi, quand le Grand Inquisiteur pr&#233;tend que le peuple a besoin de l'&#201;glise comme ma&#238;tre de la signification (il n'utilise &#233;videmment pas ces ter&#173;mes), et accuse le Christ de cruaut&#233; parce qu'il refuse d'assumer le r&#244;le du ma&#238;tre de la signification, qu'est-ce que vous en pensez ? Que pensez-vous du des&#173;sein de l'Inquisiteur ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C &lt;/strong&gt; : Je crois que la position du probl&#232;me est vraie. Elle correspond &#224; ce que nous disons. La seule objection est que l'inquisiteur prend une position normative : il dit que ce fait est transhistorique et produit une situation qui est comme elle devrait &#234;tre. Nous disons qu'il existe un autre stade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. M : Je crois crucial de localiser les racines psychiques de l'autonomie dans les &#233;tapes ult&#233;rieures o&#249; l'on r&#233;alise qu'il n'y a pas de ma&#238;tre de la signi&#173;fication, plut&#244;t que dans un retour &#224; une sorte d'&#233;tat infantile de signification partag&#233;e. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C&lt;/strong&gt; : Mais quelles seraient les implications de la &#171; signification par&#173;tag&#233;e &#187; ? A moins que l'on ait l'id&#233;e d'une certaine sociabilit&#233; biologique de l'animal humain, qui est &#224; mon avis intenable, la signification partag&#233;e ne peut venir que de la position de deux personnes s&#233;par&#233;es et ind&#233;pendantes, comme entit&#233;s en elles-m&#234;mes. Il y a A et il y a B, et il y a lui ou elle et moi. Lui ou elle pense ou souhaite ou appelle les choses de telle mani&#232;re, et moi je les appelle de telle autre mani&#232;re, et l'on peut trouver un certain terrain commun. Mais cela est un stade d&#233;j&#224; tr&#232;s avanc&#233;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Quelques &#233;l&#233;ments embryonnaires de cela &#8211; tout cela touchant des points difficiles parce que apr&#232;s tout nous ne pouvons jamais &#234;tre dans la psych&#233; d'un &lt;i&gt;infans&lt;/i&gt; de six ou m&#234;me de dix-huit mois &#8211;, quelques &#233;l&#233;ments embryonnaires de cela pourraient &#234;tre l&#224; avant. Mais je crois que cette situation existe qualitati&#173;vement seulement &#224; partir du moment o&#249; l'enfant est devenu capable de recon&#173;na&#238;tre sa m&#232;re comme une entit&#233; &#224; la fois ind&#233;pendante et limit&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. L : &#202;tes-vous en train de parler de la r&#233;solution du complexe d'&#338;dipe ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C&lt;/strong&gt; : Non, c'est l&#224; une autre discussion sp&#233;cifique. Ce qui n'a pas &#233;t&#233; reconnu par les critiques de gauche de la construction &#339;dipienne de Freud, &#233;tant entendu que celle-ci contient une grande part d'id&#233;ologie patriarcale, c'est que le centre du probl&#232;me &#339;dipien pour Freud est le probl&#232;me de la civili&#173;sation. Ce n'est pas tellement le souhait de faire l'amour avec sa m&#232;re et tuer son p&#232;re ; c'est qu'aussi longtemps qu'il n'y a que deux, il n'y a pas de soci&#233;t&#233;. Il doit y avoir un troisi&#232;me terme pour briser ce face-&#224;-face. Le face-&#224;-face est fusion, ou domination totale de l'autre, ou domination totale par l'autre. Soit l'autre est l'objet total, soit on est l'objet total de l'autre. Et, afin que cette sorte de situation absolue, quasi psychotique, soit cass&#233;e, on doit avoir un troi&#173;si&#232;me terme. Peu importe si c'est le p&#232;re ou l'oncle maternel. J'entends par l&#224; que toutes les discussions entre Malinowski et Roheim l&#224;-dessus ont bien peu de pertinence. C'est le p&#232;re ou c'est l'oncle maternel et ainsi de suite &#8211; le pro&#173;bl&#232;me n'est pas l&#224;. Le point principal, c'est qu'on ne peut pas &#234;tre que deux ; on doit avoir un troisi&#232;me &#233;l&#233;ment. &#201;videmment, cela ne conduit pas &#224; la con&#173;clusion que le p&#232;re doit &#234;tre le ma&#238;tre &#8211; cela est un &lt;i&gt;non seguitur&lt;/i&gt; total. Et on doit m&#234;me avoir un quatri&#232;me &#233;l&#233;ment. Je veux dire que ce couple doit se comporter de mani&#232;re &#224; rendre l'enfant conscient que le p&#232;re n'est pas la source ou l'origine de la loi, qu'il n'est lui-m&#234;me qu'un parmi beaucoup, beaucoup d'autres p&#232;res, qu'il y a une collectivit&#233; humaine, n'est-ce pas ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Et cela, Freud l'avait vu. Les gens qui citent le mythe de &lt;i&gt;Totem et tabou&lt;/i&gt; s'arr&#234;tent toujours au meurtre du p&#232;re et au repas rituel c&#233;r&#233;monial. Ils oublient le serment collectif des fr&#232;res qui est la v&#233;ritable pierre angulaire de la soci&#233;t&#233;. Chacun des fr&#232;res renonce &#224; la toute-puissance, renonce &#224; l'omnipotence du p&#232;re archa&#239;que : je n'aurai pas toutes les femmes et je ne tue&#173;rai personne. Cela est l'autolimitation &#224; travers la position collective de la loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. M : C'est le moment appropri&#233; de revenir &#224; ce que vous disiez tout &#224; l'heure, &#224; propos de cette union de militants radicaux ou rassemblement de mili&#173;tants radicaux, exemplaire dans sa capacit&#233; d'autogouvemement et dans sa capacit&#233; d'&#233;viter l'attrait de la force et de la domination. Quand vous disiez cela, je pensais &#224; la horde des fr&#232;res dans Totem et tabou. Pensez-vous qu'ils sont une sorte de m&#233;taphore mythique pour le groupe de r&#233;volutionnaires que vous d&#233;criviez ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C&lt;/strong&gt; : Je ne formulerais pas la chose de cette fa&#231;on. Je veux tout sim&#173;plement dire que, lorsque Freud &#233;crivait &lt;i&gt;Totem et tabou&lt;/i&gt;, il affrontait le pro&#173;bl&#232;me de l'institution initiale de la soci&#233;t&#233;. &#201;videmment, Totem et tabou est un mythe, et il est stupide de le critiquer, m&#234;me si Freud le consid&#233;rait comme une sorte d'histoire dont l'exactitude ne serait jamais assur&#233;e pour nous, mais qui repr&#233;sente plus ou moins la mani&#232;re dont les choses se sont pass&#233;es &#8211; cela n'a aucune pertinence. Je veux dire qu'en cela il se trompait. Mais ce qui le pr&#233;occupait c'&#233;tait les conditions ontologiques d'existence d'une soci&#233;t&#233; dans laquelle personne ne pourrait exercer un pouvoir sans limites comme le p&#232;re archa&#239;que. &#192; cet &#233;gard, non pas le mythe en lui-m&#234;me mais les significations dont il est porteur sont tr&#232;s importantes. La soci&#233;t&#233; se met en place pr&#233;cis&#233;&#173; ment au moment o&#249; personne n'est tout-puissant et o&#249; il y a autolimitation de tous les fr&#232;res, de tous les fr&#232;res et s&#339;urs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. M : Mais, m&#234;me dans ce mythe, ils cr&#233;ent un totem, et le totem est toujours pr&#233;sent comme ma&#238;tre de la signification. Il est l&#224; toujours, comme un rappel. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C&lt;/strong&gt; : Oui, et avec la relation ambivalente au totem. Je pense pr&#233;cis&#233;&#173;ment que le totem est l'incarnation de I'h&#233;t&#233;ronomie dans les soci&#233;t&#233;s existan&#173;tes jusqu'&#224; maintenant. C'est l&#224; que Freud est tr&#232;s profond, quoique probable&#173;ment inconsciemment, mais tel est un grand penseur. Qu'est-ce que le totem ? Apr&#232;s un temps, cela devient un panth&#233;on de dieux, ou le Dieu unique, ou l'institution, ou le Parti. Et cela est ce que les lacaniens et d'autres appelle&#173; raient le &#171; symbolique &#187;. Ici nous pouvons voir les faiblesses de cette conception : dans l'essai de tirer de tout cela un concept &lt;i&gt;normatif&lt;/i&gt;. Car le totem n'est rien d'autre que le &#171; symbolique &#187; rendu totalement ind&#233;pendant et investi d'un pouvoir magique. C'est une cr&#233;ation imaginaire institu&#233;e et investie d'un pouvoir magique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. L : Mais, comme vous dites, l'existence d'institutions est toujours n&#233;cessaire. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C&lt;/strong&gt; : Oui, certes, mais pas en tant que totems.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. L : Donc elles seraient cr&#233;&#233;es et destitu&#233;es &#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C&lt;/strong&gt; : Juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. L : En construction continue. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C&lt;/strong&gt; : Justement. Avec cette relation particuli&#232;re, certainement tr&#232;s dif&#173;ficile &#224; atteindre : je sais que les lois sont notre cr&#233;ation, que nous pouvons les changer. Mais, aussi longtemps que nous ne les avons pas chang&#233;es, dans une soci&#233;t&#233; que je reconnais comme effectivement gouvern&#233;e de mani&#232;re d&#233;mocra&#173;tique, je suis encore oblig&#233; de les observer, parce que je sais qu'autrement la communaut&#233; humaine est impossible. &lt;br class='manualbr' /&gt;Les gens oublient d'habitude que les lois du langage sont, apr&#232;s tout, des conventions partag&#233;es. Et il s'est trouv&#233; des gens comme Roland Barthes pour dire cette &#233;norme &#226;nerie que le fascisme et l'h&#233;t&#233;ronomie sont dans le langage parce que chacun ne peut pas en changer comme il veut les r&#232;gles. Cela n'a rien &#224; voir avec le fascisme et l'h&#233;t&#233;ronomie. C'est la reconnaissance du fait qu'il ne peut pas y avoir de collectivit&#233; humaine sans r&#232;gles, d'une certaine mani&#232;re arbitraires et conventionnelles. Et il faut dire, au contraire, que la langue ne m'asservit pas mais qu'elle me lib&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. M : Mais quand ces r&#232;gles commencent &#224; avoir une aura, une aura tot&#233;mique, alors elles deviennent probl&#233;matiques. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C&lt;/strong&gt; : C'est vrai. Elles deviennent ali&#233;nantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. L : Pour revenir sur un autre point. Les fr&#232;res n'ont pas en fait renonc&#233; &#224; la toute-puissance, mais ils ont retranch&#233; une part de leur toute&#173; puissance et l'ont pr&#233;serv&#233;e dans le totem. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C&lt;/strong&gt; : Ils renoncent &#224; la toute-puissance et ils attribuent une toute&#173; puissance imaginaire au totem. Et &#231;a, c'est le facteur compensateur dans cette &#233;conomie psychique ali&#233;n&#233;e, ali&#233;n&#233;e encore, des fr&#232;res du mythe. La question politique est : Ce facteur compensateur ali&#233;nant est-il vraiment n&#233;cessaire pour la collectivit&#233; humaine ? Je dis qu'il n'y a pas de r&#233;ponse &lt;i&gt;th&#233;orique&lt;/i&gt; &#224; la ques&#173;tion. Cela veut dire que c'est &#224; partir des faits que l'on jugera, et c'est de cela qu'il s'agit dans l'action radicale ou r&#233;volutionnaire. Poser et essayer de prouver dans les faits que nous n'avons pas besoin de totem, mais que nous pou&#173;vons limiter nos pouvoirs sans les investir dans une entit&#233; mythique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. L : Il s'ensuivrait donc qu'il y a un parall&#232;le entre la collectivit&#233; et l'individu pour ce qui est de la &#171; perlaboration &#187;. &#192; savoir, qu'il y a une sorte d'incertitude par rapport &#224; l'histoire, une vision d'ind&#233;terminit&#233; dans laquelle on ne r&#233;sout pas la question de l'histoire et dans laquelle on ne peut pas expliquer le pass&#233; et apprendre par le pass&#233; que faire. Une collectivit&#233; est capable de prendre une position au sein de laquelle le futur peut &#234;tre &#233;labor&#233;. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C&lt;/strong&gt; : Absolument. Je pense que c'est l&#224; la position correcte. En fait je pense que la vraie position humaine est d'&lt;i&gt;assumer &lt;/i&gt; : d'accepter, de prendre sur soi l'ind&#233;terminit&#233;, le risque ; connaissant qu'il n'y a ni protection ni garantie. C'est-&#224;-dire que les protections et garanties existantes sont triviales et ne valent pas la peine d'en parler. Au moment vraiment d&#233;cisif, il n'y a pas de protec&#173;tion ni de garantie. Nous devons prendre les risques, et prendre des risques veut dire que nous sommes responsables de nos actions. &#201;videmment, un plein concept de responsabilit&#233; impliquerait la conscience. Il y a toujours le &#171; je ne savais pas &#187;. On peut toujours utiliser cet argument devant le tribunal, mais, devant ses propres yeux, m&#234;me si l'on sait qu'on n'est pas omniscient, on ne peut pas tout simplement dire : &#171; Je ne savais pas. &#187; On doit se donner une norme face &#224; laquelle on est vraiment responsable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. M : Y a-t-il des gens en France qui ont engag&#233; un dialogue avec vous comme celui que nous venons d'avoir ? Je veux dire non pas par-ci par-l&#224;, mais y a-t-il une sorte de ... &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C&lt;/strong&gt; : Je ne serais pas capable de r&#233;pondre. C'est le genre de dialogue que j'essaie de promouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. M : R&#233;ussissez-vous -avez-vous r&#233;ussi ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C&lt;/strong&gt; : Je ne peux pas en juger. Pas tellement pour l'instant, quand m&#234;me.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La force r&#233;volutionnaire de l'&#233;cologie</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?892-la-force-revolutionnaire-de-l-ecologie</link>
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		<dc:date>2017-12-21T14:00:44Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Science</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cologie</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cologisme</dc:subject>
		<dc:subject>Pal&#233;o-marxismes</dc:subject>
		<dc:subject>Entretien</dc:subject>
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		<dc:subject>Scientisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Entretien paru sous ce titre dans un dossier, &#171; La plan&#232;te verte &#8212; L'&#233;cologie en question &#187;, dans la revue publi&#233;e par le Bureau des &#233;l&#232;ves de l'Institut d'&#233;tudes politi&#173;ques de Paris ; propos recueillis par Pascale &#201;gr&#233; les 16 et 29 novembre 1992. Repris dans le volume La soci&#233;t&#233; &#224; la d&#233;rive, Seuil 2005, pp. 241-250 (Hasard du calendrier : article publi&#233; presque simultan&#233;ment sur un site ami) Qu'est-ce que l'&#233;cologie pour vous ? La compr&#233;hension de ce fait fondamental qu'il ne (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-sociale-democratie-" rel="directory"&gt;Autonomie sociale : D&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-38-science-+" rel="tag"&gt;Science&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-89-ecologie-+" rel="tag"&gt;&#201;cologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-113-ecologisme-+" rel="tag"&gt;&#201;cologisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-114-paleo-marxismes-+" rel="tag"&gt;Pal&#233;o-marxismes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-130-entretien-+" rel="tag"&gt;Entretien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-215-immigration-+" rel="tag"&gt;Immigration&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-224-scientisme-+" rel="tag"&gt;Scientisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entretien paru sous ce titre dans un dossier, &#171; La plan&#232;te verte &#8212; L'&#233;cologie en question &#187;, dans la revue publi&#233;e par le Bureau des &#233;l&#232;ves de l'Institut d'&#233;tudes politi&#173;ques de Paris ; propos recueillis par Pascale &#201;gr&#233; les 16 et 29 novembre 1992.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Repris dans le volume La soci&#233;t&#233; &#224; la d&#233;rive, Seuil 2005, pp. 241-250&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Hasard du calendrier : article publi&#233; presque simultan&#233;ment sur &lt;a href=&#034;https://lesamisdebartleby.wordpress.com/2017/12/19/cornelius-castoriadis-la-force-revolutionnaire-de-lecologie/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;un site ami&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce que l'&#233;cologie pour vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La compr&#233;hension de ce fait fondamental qu'il ne peut pas y avoir de vie sociale qui n'accorde une importance centrale &#224; l'environne&#173;ment dans lequel elle se d&#233;roule. Curieusement, cette compr&#233;hension semble avoir exist&#233; beaucoup plus autrefois, dans les soci&#233;t&#233;s archa&#239;&#173;ques ou traditionnelles, qu'aujourd'hui, Il y avait encore en Gr&#232;ce, dans les ann&#233;es 1970, des villages qui recyclaient presque tout. En France, l'entretien des cours d'eau, des for&#234;ts, etc., est un souci per&#173;manent depuis des si&#232;cles. Sans &#171; savoir scientifique &#187;, les gens avaient une conscience &#171; na&#239;ve &#187; mais juste de leur d&#233;pendance vitale par rapport &#224; l'environnement (voir aussi le film &lt;i&gt;Dersou Ouzala&lt;/i&gt;). Cela a chang&#233; radicalement avec le capitalisme et la techno-science moderne, bas&#233;s sur une croissance continue et rapide de la production et de la consommation, entra&#238;nant sur l'&#233;cosph&#232;re terrestre des effets catastrophiques, visibles d'ores et d&#233;j&#224;. Si les dis&#173;cussions scientifiques vous ennuient, vous n'avez qu'&#224; regarder les plages, ou respirer l'air des grandes villes. De sorte que l'on ne peut plus concevoir de politique digne de ce nom sans pr&#233;occupation &#233;co&#173;logique majeure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;cologie peut-elle &#234;tre scientifique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cologie est essentiellement politique, elle n'est pas &#171; scienti&#173;fique &#187;. La science est incapable, en tant que science, de fixer ses propres limites ou ses finalit&#233;s. Si on lui demande les moyens les plus efficaces ou les plus &#233;conomiques pour exterminer la population terrestre, elle peut (elle doit m&#234;me !) vous fournir une r&#233;ponse scien&#173;tifique. En tant que science, elle n'a strictement rien &#224; dire sur le &#171; bon &#187; ou &#171; mauvais &#187; caract&#232;re de ce projet. On peut, on doit certes, mobiliser la recherche scientifique pour explorer les inci&#173;dences de telle ou telle action productive sur l'environnement, ou, parfois, les moyens de pr&#233;venir tel effet lat&#233;ral ind&#233;sirable. Mais la r&#233;ponse, en dernier lieu, ne peut &#234;tre que politique. &lt;br class='manualbr' /&gt;Dire, comme le disent les signataires de l' &#171; appel de Heidelberg &#187; (que j'appellerais, pour ma part, plut&#244;t l'appel de Nuremberg) que la science, et elle seule, peut r&#233;soudre tous les probl&#232;mes est consternant. De la part de tant de Prix Nobel, cela traduit un analphab&#233;tisme &#233;l&#233;&#173;mentaire, un manque de r&#233;flexion sur leur propre activit&#233;, et une amn&#233;sie historique totale. On tient ces propos alors que, il y a quelques ann&#233;es &#224; peine, les principaux inventeurs et constructeurs des bombes nucl&#233;aires faisaient des d&#233;clarations publiques de contrition, se frap&#173;paient la poitrine, d&#233;claraient leur culpabilit&#233;, etc. &#8211; Oppenheimer ou Sakharov, pour ne citer qu'eux. Ce ne sont pas les philosophes qui ont construit les bombes nucl&#233;aires &#8211; ni les scientifiques qui ont d&#233;cid&#233; de leur utilisation ou pas. &lt;br class='manualbr' /&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment le d&#233;veloppement techno-scientifique, et le fait que les scientifiques n'ont et n'auront jamais rien &#224; dire quant &#224; son utilisation et m&#234;me son orientation capitaliste, qui a cr&#233;&#233; le probl&#232;me de l'environnement et sa gravit&#233; pr&#233;sente. Et ce que nous constatons aujourd'hui, c'est l '&#233;norme marge d'incertitude quant aux donn&#233;es et aux perspectives d'&#233;volution du milieu terrestre. Marge qui va, &#233;videmment, des deux c&#244;t&#233;s. Mon opinion personnelle est que les perspectives les plus sombres sont les plus probables. Mais la vraie question n'est pas l&#224; ; c'est la disparition totale de la prudence, de la &lt;i&gt;phron&#232;sis&lt;/i&gt;. &#201;tant donn&#233; que personne ne peut dire avec certitude si l'effet de serre provoquera ou pas une &#233;l&#233;vation du niveau des oc&#233;ans, ni dans combien d'ann&#233;es le trou [dans la couche ] d'ozone se sera &#233;tendu sur toute l'atmosph&#232;re, la seule attitude &#224; adopter c'est celle du &lt;i&gt;diligens pater familias&lt;/i&gt;, du p&#232;re de famille consciencieux qui se dit : puisque les enjeux sont &#233;normes, et m&#234;me si les probabilit&#233;s sont tr&#232;s incer&#173;taines, je proc&#232;de avec la plus grande prudence, et non pas comme si de rien n'&#233;tait. &lt;br class='manualbr' /&gt;Or ce que l'on voit actuellement, par exemple lors du carnaval (appel&#233; sommet) de Rio, c'est une irresponsabilit&#233; totale. C'est l'acharnement de Bush et des lib&#233;raux qui invoquent pr&#233;cis&#233;ment &#224; l'envers l'argument de l'incertitude (puisque ce n'est pas &#171; d&#233;montr&#233; &#187;, continuons comme avant...). C'est la monstrueuse alliance entre pro&#173;testants de droite am&#233;ricains et l'&#201;glise catholique pour s'opposer &#224; toute aide au contr&#244;le des naissances dans le tiers monde, alors que la relation entre l'explosion d&#233;mographique et les probl&#232;mes de l'environnement est manifeste. En m&#234;me temps, comble d'hypo&#173;crisie, on pr&#233;tend se soucier du niveau de vie de ces populations. Mais pour am&#233;liorer ce niveau de vie, il faudrait acc&#233;l&#233;rer encore la production et la consommation destructrices des ressources non renouvelables ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lors du sommet de Rio, deux conventions que certains consid&#232;rent comme historiques ont quand m&#234;me &#233;t&#233; adopt&#233;es : la convention sur les changements climatiques et celle sur la biodiversit&#233;. Font-elles partie du &#171; carnaval &#187; ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, car elles ne proposent aucune mesure concr&#232;te et ne sont accompagn&#233;es d'aucune sanction. Elles sont l'hommage que le vice rend &#224; la vertu. &lt;br class='manualbr' /&gt;Un mot sur la biodiversit&#233;. Il faudrait quand m&#234;me rappeler aux signataires de l'appel de Heidelberg que personne ne sait actuel&#173;lement combien d'esp&#232;ces vivantes se trouvent sur la Terre. Les estimations vont de dix &#224; trente millions, mais le chiffre de cent mil&#173;lions a m&#234;me &#233;t&#233; avanc&#233;. Or, de ces esp&#232;ces, nous ne connaissons qu'une modeste partie. Mais ce que l'on conna&#238;t &#224; peu pr&#232;s avec cer&#173;titude, c'est le nombre d'esp&#232;ces vivantes que nous faisons dispa&#173;ra&#238;tre chaque ann&#233;e, en particulier par la destruction des for&#234;ts tropicales. E. O. Wilson estime que d'ici trente ans, nous aurons extermin&#233; &#224; peu pr&#232;s 20 % des esp&#232;ces existantes, soit, avec l'esti&#173;mation la plus basse du total de celles-ci, en moyenne soixante-dix mille esp&#232;ces par an, deux cents esp&#232;ces par jour ! Ind&#233;pendamment de toute autre consid&#233;ration, la destruction d'une seule esp&#232;ce peut entra&#238;ner l'effondrement de l'&#233;quilibre, donc la destruction, de tout un &#233;cotope ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; la lecture de certains de vos textes, on a l'impression que l'&#233;cologie n'est que la partie &#233;merg&#233;e d'un iceberg qui masque une remise en question non seulement de la science mais aussi du syst&#232;me politique et du syst&#232;me &#233;conomique.&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Vous &#234;tes un r&#233;volutionnaire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;volution ne signifie pas les torrents de sang, la prise du palais d'Hiver, etc. R&#233;volution signifie une transformation radicale des institutions de la soci&#233;t&#233;. En ce sens, je suis certes un r&#233;volution&#173;naire. Mais pour qu'il y ait une telle r&#233;volution, il faut que des changements profonds aient lieu dans l'organisation psycho&#173;-sociale de l'homme occidental, dans son attitude &#224; l'&#233;gard de la vie, bref dans son imaginaire. Il faut que l'id&#233;e que la seule finalit&#233; de la vie est de produire et de consommer davantage &#8211; id&#233;e &#224; la fois absurde et d&#233;gradante &#8211; soit abandonn&#233;e ; il faut que l'imaginaire capitaliste d'une pseudo-ma&#238;trise pseudo-rationnelle, d'une expan&#173;sion illimit&#233;e, soit abandonn&#233;. Cela, seuls les hommes et les femmes peuvent le faire. Un individu seul, ou une organisation, ne peut, au mieux, que pr&#233;parer, critiquer, inciter, esquisser des orien&#173;tations possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel parall&#232;le pourrait-on &#233;tablir entre le recul du marxisme et des id&#233;ologies, et &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;l&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;'essor de l&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;'&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#233;cologie politique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport est &#233;videmment complexe. Il faut d'abord voir que Marx participe d&#233;j&#224; int&#233;gralement de l'imaginaire capitaliste : pour lui, comme pour l'id&#233;ologie dominante de son &#233;poque, tout d&#233;pend de l'augmentation des forces productives. Lorsque la production aura atteint un niveau suffisamment &#233;lev&#233;, on pourra parler d'une soci&#233;t&#233; vraiment libre, vraiment &#233;gale, etc. On ne trouve chez Marx aucune critique de la technique capitaliste, que ce soit comme tech&#173;nique de production ou comme type et nature des produits fabriqu&#233;s. La technique capitaliste et ses produits font pour lui partie int&#233;grante du processus de d&#233;veloppement humain. Pas davantage ne critique&#173;-t-il l'organisation du processus de travail dans l'usine. Il en critique certes quelques aspects &#171; excessifs &#187;, mais cette organisation en tant que telle lui para&#238;t une r&#233;alisation de la rationalit&#233; tout court. L'essentiel de ses critiques porte sur l'utilisation qui est faite de cette technique et de cette organisation : elles profitent uniquement au capital, au lieu de profiter &#224; l'humanit&#233; enti&#232;re. Il ne voit pas qu'il y a une critique interne &#224; faire de la technique et de l'organisa&#173;tion de la production capitaliste. &lt;br class='manualbr' /&gt;Cet &#171; oubli &#187; est &#233;trange chez Marx, car &#224; la m&#234;me &#233;poque on trouve ce type de r&#233;flexion chez beaucoup d'auteurs. Rappelez-vous, pour prendre un exemple connu de tous, &lt;i&gt;Les Mis&#233;rables&lt;/i&gt; d'Hugo. Lorsque Jean Valjean, pour sauver Marius, le transporte &#224; travers les &#233;gouts de Paris, Hugo se livre &#224; une de ces digressions qu'il affec&#173;tionne. Se basant sans doute sur les calculs des grands chimistes de l'&#233;poque, probablement Liebig, il dit que Paris jette &#224; la mer chaque ann&#233;e, par ses &#233;gouts, l'&#233;quivalent de cinq cents millions de francs&#173;-or. Et il oppose cela au comportement des paysans chinois, qui fument la terre avec leurs propres excr&#233;ments. C'est pourquoi, dit-il &#224; peu pr&#232;s, la terre de Chine est aujourd'hui aussi f&#233;conde qu'au pre&#173;mier jour de la Cr&#233;ation. Il sait que les &#233;conomies traditionnelles &#233;taient des &#233;conomies de recyclage, alors que l'&#233;conomie contempo&#173;raine est une &#233;conomie de gaspillage. Marx n&#233;glige tout cela, ou en fait quelque chose de p&#233;riph&#233;rique. Et cela restera l'attitude du mou&#173;vement marxiste jusqu'&#224; la fin. &lt;br class='manualbr' /&gt;&#192; partir de la fin des ann&#233;es 1950, plusieurs facteurs vont se conjuguer pour changer cette situation. D'abord, apr&#232;s Le XXe Con&#173;gr&#232;s du PC russe, la r&#233;volution hongroise de la m&#234;me ann&#233;e (1956), puis la Pologne, Prague, etc., l'id&#233;ologie marxiste perd son attrait. Ensuite, la critique de l'id&#233;ologie capitaliste commence. Je men&#173;tionne en passant que dans un de mes textes de 1957, &#171; Sur le contenu du socialisme &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Sur le contenu du socialisme &#187;, repris dans Le Contenu du socialisme, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, je d&#233;veloppe une critique radicale de Marx, comme ayant totalement laiss&#233; de c&#244;t&#233; la critique de la tech&#173;nologie capitaliste, notamment dans la production, et comme ayant compl&#232;tement partag&#233; &#224; cet &#233;gard l'optique de son &#233;poque. En m&#234;me temps, on commence &#224; d&#233;couvrir les ravages du capitalisme sur l'environnement. Un des premiers livres &#224; exercer une grande influence est &lt;i&gt;Silent Spring&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Le Printemps silencieux&lt;/i&gt;) de Rachel Carson&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Silent Spring, Boston, Houghton Miffiin, 1962&#034; id=&#034;nh18-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, d&#233;crivant les ravages inflig&#233;s par les insecticides &#224; l'environnement : les insecticides d&#233;truisent &#224; la fois les parasites des plantes, mais aussi les insectes &#8211; donc les oiseaux qui s'en nourris&#173;sent &#8211;, exemple clair d'un &#233;quilibre &#233;cologique circulaire et de sa destruction totale par destruction d'un seul de ses &#233;l&#233;ments. &lt;br class='manualbr' /&gt;Une conscience &#233;cologique commence alors &#224; se former, qui se d&#233;veloppe d'autant plus rapidement que les jeunes, m&#233;contents du r&#233;gime social dans les pays riches, ne peuvent plus canaliser leurs critiques dans la voie marxiste traditionnelle, qui devient pratique&#173;ment d&#233;risoire. Les critiques mis&#233;rabilistes ne correspondent plus &#224; rien ; on ne peut plus accuser le capital d'affamer les ouvriers, lorsque les familles ouvri&#232;res disposent d'une, puis parfois de deux voitures chacune. En m&#234;me temps, s'op&#232;re une fusion des th&#232;mes proprement &#233;cologiques avec les th&#232;mes antinucl&#233;aires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;cologie est-elle alors la nouvelle id&#233;ologie de la fin du si&#232;cle ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, je ne dirais pas cela, et de toute fa&#231;on il ne faut pas faire de l'&#233;cologie une id&#233;ologie au sens traditionnel du terme. Mais la prise en compte de l'environnement, de l'&#233;quilibre entre l'humanit&#233; et les ressources de la plan&#232;te est une &#233;vidence centrale pour toute poli&#173; tique v&#233;ritable et s&#233;rieuse. Elle est impos&#233;e par la course effr&#233;n&#233;e de la techno-science autonomis&#233;e et par l'immense explosion d&#233;mogra&#173;phique qui continuera &#224; se faire sentir pendant au moins un demi&#173; si&#232;cle encore. Mais cette prise en compte doit &#234;tre int&#233;gr&#233;e dans un projet politique, qui n&#233;cessairement d&#233;passera la seule &#171; &#233;cologie &#187;. Et, s'il n'y a pas un nouveau mouvement, un r&#233;veil du projet d&#233;mo&#173;cratique, l'&#171; &#233;cologie &#187; peut tr&#232;s bien &#234;tre int&#233;gr&#233;e dans une id&#233;o&#173;logie n&#233;o-fasciste. Face &#224; une catastrophe &#233;cologique mondiale, par exemple, on voit tr&#232;s bien des r&#233;gimes autoritaires imposant des res&#173;trictions draconiennes &#224; une population affol&#233;e et apathique. L'inser&#173;tion de la composante &#233;cologique dans un projet politique d&#233;mocratique radical est indispensable. Et elle est d'autant plus imp&#233;rative que la remise en cause des valeurs et des orientations de la soci&#233;t&#233; actuelle, impliqu&#233;e par un tel projet, est indissociable de la critique de l'imaginaire du &#171; d&#233;veloppement &#187; sur lequel nous vivons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les mouvements &#233;cologiques fran&#231;ais sont-ils porteurs d'un tel projet ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que chez les Verts comme chez G&#233;n&#233;ration &#201;cologie la composante politique est inad&#233;quate et insuffisante. On n'y voit s'&#233;la&#173;borer aucune r&#233;flexion sur les structures anthropologiques de la soci&#233;t&#233; contemporaine, sur les structures politiques et institutionnelles, sur ce que serait une vraie d&#233;mocratie, les questions que soul&#232;veraient son instauration et son fonctionnement, etc. Ces mouvements s'occu&#173;pent exclusivement des questions de l'environnement, presque pas du tout des questions sociales et politiques. On peut comprendre qu'ils ne veulent &#234;tre &#171; ni de gauche ni de droite &#187;. Mais cette esp&#232;ce de point d'honneur mis &#224; ne pas prendre position sur les questions politiques br&#251;lantes est tr&#232;s critiquable ; il tend &#224; faire de ces mouvements des sortes de lobbies. &lt;br class='manualbr' /&gt;Et quand il y a prise de conscience de la dimension politique, elle me semble insuffisante. Tel a &#233;t&#233; le cas en Allemagne, o&#249; les Verts avaient instaur&#233; une r&#232;gle de rotation/r&#233;vocabilit&#233; pour leurs d&#233;put&#233;s. La rotation et la r&#233;vocabilit&#233; sont des id&#233;es centrales dans ma r&#233;flexion politique. Mais, s&#233;par&#233;es du reste, elles ne veulent rien dire. C'est ce qui est arriv&#233; en Allemagne o&#249;, ins&#233;r&#233;es dans le sys&#173;t&#232;me parlementaire, elles ont perdu toute signification. Car l'esprit m&#234;me d'un syst&#232;me parlementaire est d'&#233;lire des &#171; repr&#233;sentants &#187; pour cinq ans pour se d&#233;barrasser des questions politiques, de s'en remettre aux &#171; repr&#233;sentants &#187; pour ne plus avoir &#224; s'en occuper, c'est-&#224;-dire tout le contraire d'un projet d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette composante proprement politique d'un projet de changement radical englobe-t-elle aussi les relations Nord-Sud ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r. C'est un cauchemar de voir des gens bien rassasi&#233;s regarder &#224; la t&#233;l&#233;vision les Somaliens mourir de faim, puis revenir &#224; leur match de football. Mais c'est aussi, du point de vue le plus bassement r&#233;aliste, une attitude &#224; terriblement courte vue. On ferme les yeux, et on les laisse crever. Mais &#224; la longue ils ne se laisseront pas crever. L'immigration clandestine augmente au fur et &#224; mesure que la pression d&#233;mographique s'&#233;l&#232;ve, et il est s&#251;r qu'on n'a encore rien vu. Les &lt;i&gt;Chicanos&lt;/i&gt; traversent pratiquement sans obstacle la fronti&#232;re mexicano-am&#233;ricaine &#8211; et bient&#244;t ce ne sera plus seulement des Mexicains. Aujourd'hui, pour l'Europe c'est, entre autres, le d&#233;troit de Gibraltar. Et ce ne sont pas des Marocains ; ce sont des gens partis de tous les coins d'Afrique, m&#234;me d'&#201;thiopie ou de la C&#244;te d'Ivoire, qui endurent des souf&#173;frances inimaginables pour se trouver &#224; Tanger et pouvoir payer les passeurs. Mais demain, ce ne sera plus seulement Gibraltar. Il y a peut-&#234;tre quarante mille kilom&#232;tres de c&#244;tes m&#233;diterran&#233;ennes bor&#173;dant ce que Churchill appelait &#171; le ventre mou de l'Europe &#187;. D&#233;j&#224;, des fugitifs irakiens traversent la Turquie et entrent clandesti&#173;nement en Gr&#232;ce. Puis il y a toute la fronti&#232;re orientale des Douze. Va-t-on y installer un nouveau mur de Berlin, de trois ou quatre mille kilom&#232;tres de long, pour emp&#234;cher les Orientaux affam&#233;s d'entrer dans l'Europe riche ? &lt;br class='manualbr' /&gt;On sait qu'il existe un terrible d&#233;s&#233;quilibre &#233;conomique et social entre l'Occident riche et le reste du monde. Ce d&#233;s&#233;quilibre ne diminue pas, il augmente. La seule chose que l'Occident &#171; civi&#173;lis&#233; &#187; exporte comme culture dans ces pays, c'est les techniques du coup d'&#201;tat, les armes, et la t&#233;l&#233;vision avec l'exhibition de mod&#232;les de consommation inatteignables pour ces populations pauvres. Ce d&#233;s&#233;quilibre ne pourra pas continuer, &#224; moins que l'Europe ne devienne une forteresse r&#233;gie par un r&#233;gime policier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que pensez-vous du livre de Luc Ferry&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Luc Ferry, le Nouvel Ordre &#233;cologique, Paris, Grasset, 1992 ; r&#233;&#233;d. LGF, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; expliquant que les Verts sont porteurs d'une vision globale du monde remettant en question les rapports de l 'homme avec la nature ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre de Luc Ferry se trompe d'ennemi et devient finalement une op&#233;ration de diversion. &#192; un moment o&#249; ta maison br&#251;le, o&#249; la plan&#232;te est en danger, Luc Ferry se paye un ennemi facile en laper&#173; sonne de certains id&#233;ologues marginaux qui ne sont ni repr&#233;sentatifs ni mena&#231;ants, et ne dit pas un mot, ou presque, sur les vrais pro&#173;bl&#232;mes. En m&#234;me temps, il oppose &#224; une id&#233;ologie &#171; naturaliste &#187; une id&#233;ologie &#171; humaniste &#187; ou &#171; anthropocentrique &#187; tout &#224; fait superficielle. L'homme est ancr&#233; dans autre chose que lui, le fait qu'il n'est pas un &#234;tre &#171; naturel &#187; ne signifie pas qu'il est suspendu en l'air. Ce n'est pas la peine de nous rebattre les oreilles avec la finitude de l'&#234;tre humain lorsqu'il s'agit de philosophie de la connaissance, et d'oublier cette finitude lorsqu'il s'agit de philoso&#173;phie pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Existerait-il un philosophe fondateur de l'&#233;cologie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne vois pas de philosophe que l'on pourrait d&#233;signer comme fondateur de l'&#233;cologie. Il y a certes chez les romantiques anglais, allemands, fran&#231;ais, un &#171; amour de la nature &#187;. Mais l'&#233;cologie n'est pas l'&#171; amour de la nature &#187; : c'est la n&#233;cessit&#233; d'autolimita&#173;tion (c'est-&#224;-dire de vraie libert&#233;) de l'&#234;tre humain relativement &#224; la plan&#232;te sur laquelle, par hasard, il existe, et qu'il est en train de d&#233;truire. Par contre, on peut certes trouver dans plusieurs philoso&#173;phies cette arrogance, cette &lt;i&gt;hubris&lt;/i&gt; comme disaient les Grecs, l'exc&#232;s pr&#233;somptueux, qui intronise l'homme comme &#171; ma&#238;tre et possesseur de la nature &#187; &#8211; assertion &#224; vrai dire proprement ridicule. Nous ne sommes m&#234;me pas ma&#238;tres de ce que nous ferons, indivi&#173;duellement, demain ou dans quelques semaines. Mais l'&lt;i&gt;hubris&lt;/i&gt; appelle toujours la &lt;i&gt;nem&#232;sis&lt;/i&gt;, la punition, et c'est ce qui risque de nous arriver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une red&#233;couverte de la philosophie antique dans sa dimension d'&#233;quilibre et d'harmonie serait-elle salutaire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une red&#233;couverte de la philosophie dans son ensemble serait salu&#173;taire, car nous traversons une des p&#233;riodes les moins philosophiques, pour ne pas dire antiphilosophique, de l'histoire de l'humanit&#233;. Mais l'attitude grecque ancienne n'est pas une attitude d'&#233;quilibre et d'har&#173;monie. Elle part de la reconnaissance des limites invisibles de notre action, de notre mortalit&#233; essentielle, et du besoin de l'autolimitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourrait-on consid&#233;rer la mont&#233;e des pr&#233;occupations pour l'envi&#173;ronnement comme un aspect du retour du religieux sous la forme d'une foi en la nature ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord je ne pense pas qu'il y ait, malgr&#233; ce qu'on raconte, un retour du religieux dans les pays occidentaux. Ensuite, l''&#233;cologie correctement con&#231;ue (et de ce point de vue, c'est le cas presque g&#233;n&#233;ral) ne fait pas de la nature une divinit&#233;, pas plus que de l'homme d'ailleurs. La seule relation que je puisse voir est tr&#232;s indi&#173;recte. Elle a affaire avec l'emprise de la religion sur presque toutes les soci&#233;t&#233;s. Nous vivons dans la premi&#232;re soci&#233;t&#233; depuis le d&#233;but de l'histoire de l'humanit&#233; o&#249; la religion n'occupe plus le centre de la vie sociale. Pourquoi cette &#233;norme place de la religion ? Parce qu'elle rappelait &#224; l'homme qu'il n'&#233;tait pas ma&#238;tre du monde, qu'il vivait sur l'Ab&#238;me, le Chaos, le Sans-Fond, qu'il y avait autre chose que lui, qu'elle &#171; personnifiait &#187; d'une mani&#232;re ou d'une autre : elle l'appelait tabou, totem, Amon-R&#226;, dieux de l'Olympe &#8211; ou &lt;i&gt;Moira&lt;/i&gt; &#8211;, J&#233;hovah ... La religion pr&#233;sentait l'Ab&#238;me et en m&#234;me temps elle le masquait, en lui donnant un visage : c'est Dieu, Dieu est Amour, etc. Et par l&#224; aussi, elle donnait sens &#224; la vie et &#224; la mort humaines. Certes, elle projetait sur les puissances divines ou sur le Dieu monoth&#233;iste des attributs essentiellement anthropomorphiques et anthro&#173;pocentriques, et c'est pr&#233;cis&#233;ment en cela qu'elle &#171; donnait sens &#187; &#224; tout ce qui est et 'Ab&#238;me devenait en quelque sorte familier, homo&#173;g&#232;ne &#224; nous. Mais en m&#234;me temps elle rappelait &#224; l'homme sa limita&#173;tion, elle lui rappelait que l'&#202;tre est insondable et imma&#238;trisable. Or une &#233;cologie int&#233;gr&#233;e dans un projet politique d'autonomie doit &#224; la fois indiquer cette limitation de l'homme, et lui rappeler que l'&#202;tre n'a pas de sens, que c'est nous qui cr&#233;ons le sens &#224; nos risques et p&#233;rils (y compris sous la forme des religions ... ). II y a donc d'une certaine fa&#231;on proximit&#233;, mais aussi d'une autre fa&#231;on opposition irr&#233;ductible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Plus que la d&#233;fense de la nature, vous souhaitez donc la d&#233;fense de l'homme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;fense de l'homme contre lui-m&#234;me, c'est la question. Le danger principal pour l'homme est l'homme lui-m&#234;me. Aucune cata&#173;strophe naturelle n'&#233;gale les catastrophes, les massacres, les holo&#173;caustes provoqu&#233;s par l'homme, contre l'homme. Aujourd'hui l'homme est toujours, ou plus que jamais, l'ennemi de l'homme, non seulement parce qu'il continue autant que jamais &#224; se livrer au mas&#173;sacre de ses semblables, mais aussi parce qu'il scie la branche sur laquelle il est assis : l'environnement. C'est la conscience de ce fait qu'on devrait tenter de r&#233;veiller &#224; une &#233;poque o&#249; la religion, pour de tr&#232;s bonnes raisons, ne peut plus jouer ce r&#244;le. Il s'agit de rappeler aux hommes leur limitation, non seulement individuelle, mais sociale. Ce n'est pas seulement que chacun est soumis &#224; la loi, et qu'il va un jour mourir ; c'est que tous ensemble nous ne pouvons pas faire n'importe quoi, nous devons nous autolimiter. L'autonomie &#8211; la vraie libert&#233; &#8211; est l'autolimitation n&#233;cessaire non seulement dans les r&#232;gles de conduite intrasociale, mais dans les r&#232;gles que nous adoptons dans notre conduite &#224; l'&#233;gard de l'environnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#202;tes-vous optimiste quant au r&#233;veil de cette conscience des limites de l'homme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a chez les humains une puissance cr&#233;atrice, puissance d'alt&#233;ra&#173;tion de ce qui est, qui par nature et par d&#233;finition est ind&#233;terminable et impr&#233;dictible. Mais elle n'est pas en tant que telle positive ou n&#233;gative, et parler d'optimisme ou de pessimisme &#224; ce niveau est l&#233;ger. L'homme, en tant que puissance cr&#233;atrice, est homme aussi bien lorsqu'il b&#226;tit le Parth&#233;non ou Notre-Dame de Paris que lorsqu'il organise Auschwitz ou le Goulag. La discussion sur la valeur de ce qu'il cr&#233;e commence apr&#232;s (et elle est &#233;videmment la plus importante). Actuellement il y a certes interrogation angoissante concernant l'enfoncement de la soci&#233;t&#233; contemporaine dans une r&#233;p&#233;tition de plus en plus vide ; puis, supposant que cette r&#233;p&#233;tition laisse la place &#224; une r&#233;surgence de la cr&#233;ation historique, sur la nature et la valeur de cette cr&#233;ation. Nous ne pouvons ni ignorer et taire ces interrogations, ni y r&#233;pondre d'avance. C'est cela, l'histoire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb18-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?64-sur-le-contenu-du-socialisme-i' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Sur le contenu du socialisme &#187;, repris dans Le Contenu du socialisme, Paris, UGE, &#171; 10/18 &#187;, 1979.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Silent Spring, Boston, Houghton Miffiin, 1962&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Luc Ferry, &lt;i&gt;le Nouvel Ordre &#233;cologique&lt;/i&gt;, Paris, Grasset, 1992 ; r&#233;&#233;d. LGF, 1994, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

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		<title>Qu'est-ce que la n&#233;ot&#233;nie humaine ? (2/2)</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Science</dc:subject>
		<dc:subject>Dufour D.-R.</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Anthropologie</dc:subject>
		<dc:subject>Mortalit&#233; / finitude</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>Type anthropologique</dc:subject>
		<dc:subject>N&#233;ot&#233;nie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Voir la premi&#232;re partie (&#8230;/&#8230;) Le romantisme devait ensuite largement faire usage de l'id&#233;e n&#233;ot&#233;nique notamment dans son versant prom&#233;th&#233;en. Le th&#232;me de Prom&#233;th&#233;e, sauveur et reconstructeur de l'homme, &#233;tait, &#224; vrai dire, d&#233;j&#224; apparu au d&#233;but du XVIIe si&#232;cle avec le Prometheus de Francis Bacon. On pou&#173;vait d&#233;j&#224; lire dans ce texte le th&#232;me du savant apprenti sor&#173;cier pr&#234;t &#224; transgresser les lois pour parvenir &#224; ses fins. Prom&#233;th&#233;e construit en effet un &#234;tre &#224; partir d'argile et d'&#233;l&#233;ments (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-38-science-+" rel="tag"&gt;Science&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-76-dufour-+" rel="tag"&gt;Dufour D.-R.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-81-philosophie-+" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-110-anthropologie-+" rel="tag"&gt;Anthropologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-117-mortalite-finitude-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-+" rel="tag"&gt;Mortalit&#233; / finitude&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-216-type-anthropologique-+" rel="tag"&gt;Type anthropologique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-234-neotenie-+" rel="tag"&gt;N&#233;ot&#233;nie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?903-Qu-est-ce-que-la-neotenie-humaine' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Voir la premi&#232;re partie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;/&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le romantisme devait ensuite largement faire usage de l'id&#233;e n&#233;ot&#233;nique notamment dans son versant prom&#233;th&#233;en. Le th&#232;me de Prom&#233;th&#233;e, sauveur et reconstructeur de l'homme, &#233;tait, &#224; vrai dire, d&#233;j&#224; apparu au d&#233;but du XVIIe si&#232;cle avec le &lt;i&gt;Prometheus&lt;/i&gt; de Francis Bacon. On pou&#173;vait d&#233;j&#224; lire dans ce texte le th&#232;me du savant apprenti sor&#173;cier pr&#234;t &#224; transgresser les lois pour parvenir &#224; ses fins. Prom&#233;th&#233;e construit en effet un &#234;tre &#224; partir d'argile et d'&#233;l&#233;ments animaux, mais il est puni pour son manque d'humilit&#233; religieuse de sorte que Dieu se venge sur la Terre enti&#232;re. Le Prom&#233;th&#233;e de Bacon annonce le person&#173;nage de Faust. &#192; noter qu'il appara&#238;t &#224; la m&#234;me &#233;poque que le Golem de la l&#233;gende pragoise. &lt;br class='manualbr' /&gt;Goethe &#233;crit aussi un &lt;i&gt;Prom&#233;th&#233;e&lt;/i&gt; qui le mobilisera aussi longtemps que le &lt;i&gt;Faust&lt;/i&gt; : trente ans. Il y lie les th&#232;mes de la r&#233;volte contre les dieux &#224; ceux de l'individu cr&#233;ateur ind&#233;&#173;pendant de toute puissance ext&#233;rieure. &#192; sa suite, les romantiques verront en ce Titan un rebelle indomptable, un h&#233;ros qui lutte pour la libert&#233; de ses cr&#233;atures en pro&#173;clamant la vanit&#233; des dieux, &#224; quoi il oppose la puissance et la libert&#233; des hommes. &lt;br class='manualbr' /&gt;&#192; la m&#234;me &#233;poque o&#249; Mary Shelley &#233;crit son &lt;i&gt;Franken&#173;stein&lt;/i&gt; (elle pr&#233;sentera son h&#233;ros comme &#171; a modern Prome&#173; theus &#187; ), son compagnon, Percy B. Shelley, &#233;crit un &lt;i&gt;Prom&#233;&#173;th&#233;e d&#233;livr&#233; &lt;/i&gt;empreint d'ath&#233;isme. Il y fait de Zeus le symbole de l'arbitraire et du mal, qui torture Prom&#233;th&#233;e, lequel cache le secret de l'heure et des moyens par lesquels on se d&#233;barrassera enfin des dieux. Hercule d&#233;livre alors Prom&#233;th&#233;e qui devient, contre les dieux, le sauveur du monde. Le mal repr&#233;sent&#233; par les dieux est alors aboli et le r&#232;gne du bien et de l'amour commence&#8230;&lt;br class='manualbr' /&gt;Pendant la p&#233;riode romantique, paraissent cent soixante&#173; dix &#339;uvres inspir&#233;es par Prom&#233;th&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir R. Trousson, Le Th&#232;me de Prom&#233;th&#233;e dans la litt&#233;rature euro&#173;p&#233;enne, op. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est dire l'importance de ce th&#232;me, qui se manifeste aussi dans l'art, et est pr&#233;sent de fa&#231;on diffuse dans de nombreuses &#339;uvres litt&#233;raires (Bal&#173;zac par exemple). Schlegel, Byron, Shelley, Hugo voient en Prom&#233;th&#233;e l'image du po&#232;te cr&#233;ateur, mais incompris, rejet&#233; (cf.&#171; L'Albatros &#187;de Baudelaire). On voit en Prom&#233;th&#233;e et en Satan deux r&#233;volt&#233;s qui, peut-&#234;tre m&#234;me, n'en font qu'un. Le milieu du XIXe si&#232;cle le consid&#232;re comme un martyr, fon&#173;dateur de la civilisation, champion de la R&#233;volte, de la Science, de la Raison. En 1841, en conclusion de son avant&#173; propos de th&#232;se sur D&#233;mocrite et &#201;picure&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;K. Marx, Diff&#233;rence de la philosophie de la nature chez D&#233;mocrite et &#201;picure (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le jeune Marx, qui se d&#233;signe lui-m&#234;me comme un &lt;i&gt;Aufkl&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#228;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;rer&lt;/i&gt;, repartira du texte m&#234;me d'Eschyle pour lancer un cri de guerre infini&#173;ment plus d&#233;vastateur que la violente proph&#233;tie ath&#233;e de Shelley puisqu'il emportera l'Occident, puis une bonne par&#173;tie de la plan&#232;te, &#224; la fin du XIXe et au XXe si&#232;cle, dans une farouche lutte au corps &#224; corps contre la tyrannie : &#171; La phi&#173;losophie, &#233;crit Marx, fait sienne la profession de foi de Pro&#173;m&#233;th&#233;e : 'En un mot, j'ai de la haine pour tous les dieux !' (Eschyle, &lt;i&gt;Prom&#233;th&#233;e&lt;/i&gt;, v. 975). Et, cette devise, elle l'oppose &#224; tous les dieux du ciel et de la terre, qui ne reconnaissent pas la conscience humaine comme la divinit&#233; supr&#234;me &#8230; Dans le calendrier philosophique, Prom&#233;th&#233;e occupe le premier rang parmi les saints et les martyrs. &#187; &lt;br class='manualbr' /&gt;Entre 1840 et 1900 paraissent en France quarante &#339;uvres litt&#233;raires inspir&#233;es par Prom&#233;th&#233;e, quatre-vingt-dix en Europe. &#192; quoi il faut ajouter les indications de Nietzsche qui, dans &lt;i&gt;La Naissance de la trag&#233;die&lt;/i&gt;, pr&#233;sente le mythe de Prom&#233;th&#233;e comme une variante du mythe de Dionysos. Mieux, pour Nietzsche, il existe sous le nom de Dionysos des h&#233;ros tragiques sous les apparences les plus diverses : &#338;dipe, Prom&#233;th&#233;e &#8230; Ces h&#233;ros, tous &#233;cartel&#233;s, portent en eux l'espoir d'une restauration de l'unit&#233; perdue. Ils s'apparentent &#224; Dionysos qui rec&#232;le selon Nietzsche une profondeur et une d&#233;mesure dont la connaissance ne se donne que dans la joie et la douleur, &#224; travers de v&#233;ritables &#233;preuves. Nietzsche introduit &#224; cet &#233;gard le concept de &#171; sagesse dionysienne &#187;.Il prend comme exemple de cette sagesse le crime de Prom&#233;th&#233;e qui d&#233;bouche sur le don le plus pr&#233;cieux. Ainsi, la trag&#233;die proc&#232;de de la &#171; sagesse dionysienne &#187; : elle rel&#232;ve d'une civilisation qui ose affron&#173;ter la cruaut&#233; et l'&#226;pret&#233; de l'existence. Mais toute d&#233;me&#173;sure re&#231;oit sa sanction : Prom&#233;th&#233;e est puni de son trop grand amour des hommes. &lt;br class='manualbr' /&gt;En 1899, le &lt;i&gt;Prom&#233;th&#233;e mal encha&#238;n&#233;&lt;/i&gt; de Gide renouvelle de fa&#231;on inattendue le mythe. Le h&#233;ros se r&#233;volte, reven&#173;dique sa libert&#233; individuelle, et s'&#233;mancipe de toutes les r&#232;gles qui la brident. Apr&#232;s avoir &#233;t&#233; amoureux de l'Oiseau auquel il donnait son foie en pitance (cf. le fameux &#171; Je n'aime pas les hommes ; j'aime ce qui les d&#233;vore &#187;), il le tue, le mange et trouve un rire que l'on pourrait dire nietzsch&#233;en. De l'animal sacr&#233;, ou de ce sacr&#233; animal, qui l'avait tant &#233;puis&#233;, il ne garde que des plumes comme pour s'en parer.
Le dernier tournant dans le processus d'apparition de l'id&#233;e n&#233;ot&#233;nique avant son expression scientifique, dans les ann&#233;es 1920, avec Bolk, est fort int&#233;ressant puisqu'il correspond au moment freudien de la grande investigation sur les forces obscures de la psych&#233;, en vue d'en rendre compte. C'est en effet en explorant le champ de la n&#233;vrose que Freud rencontre l'id&#233;e de n&#233;ot&#233;nie. On trouve &#224; la fin du texte intitul&#233; &lt;i&gt;Inhibition, sympt&#244;me et angoisse&lt;/i&gt; publi&#233; en 1926, c'est-&#224;-dire l'ann&#233;e m&#234;me de la communication de Bolk, cette notation ouvertement n&#233;ot&#233;nique : &#171; Parmi les facteurs qui participent &#224; la causation des n&#233;vroses (&#8230;), [il faut retenir] l'&#233;tat de d&#233;tresse [&lt;i&gt;Hilflosigkeit&lt;/i&gt;] et de d&#233;pen&#173;dance longuement prolong&#233;e du petit enfant d'homme. L'existence intra-ut&#233;rine de l'homme appara&#238;t face &#224; celle de la plupart des animaux relativement raccourcie ; l'enfant d'homme est jet&#233; dans le monde plus inachev&#233; qu'eux. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Freud, Inhibition, sympt&#244;me et angoisse [ 1926], Paris, PUF, 1993. J'ai (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Certes le th&#232;me de la n&#233;ot&#233;nie qui s'&#233;nonce dans ce texte n'est gu&#232;re conciliable avec la th&#232;se dite de &#171; la r&#233;capitulation de la phylogen&#232;se dans l'ontogen&#232;se &#187; formul&#233;e &#224; la fin du XIXe si&#232;cle par le plus grand adepte germanique de Darwin, le physiologiste Ernst Haeckel, et reprise &#224; son compte par Freud. Selon cette th&#232;se, chaque individu revit au cours de sa propre maturation les grandes &#233;tapes qui ont scand&#233; l'&#233;volution de l'esp&#232;ce &#224; laquelle il appartient. Cette th&#232;se de la r&#233;capitulation, supposant qu'une histoire longue de quelques millions d'ann&#233;es puisse se r&#233;capituler en quelques mois (loi de la condensation), n'est gu&#232;re compatible avec la th&#232;se de la n&#233;ot&#233;nie dans la mesure o&#249; elle suppose que tout progr&#232;s r&#233;sulte d'une addition qui prolonge d'une nouvelle &#233;tape le d&#233;veloppement (loi dite de l'addition terminale). Or, la n&#233;ot&#233;nie ne se pr&#233;sente pas d'abord comme une nouvelle &#233;tape ajout&#233;e au d&#233;veloppe&#173;ment, mais comme une r&#233;gression par rapport au d&#233;velop&#173;pement germinal attendu. Il n'emp&#234;che que Freud, bien qu'adepte de la th&#232;se de la r&#233;capitulation, accorde une place tout &#224; fait centrale &#224; la n&#233;ot&#233;nie puisqu'elle lui per&#173;met une construction tout &#224; fait originale du fait n&#233;vro&#173;tique. &#192; la question trait&#233;e dans ce texte, &#171; D'o&#249; vient la n&#233;vrose ? &#187;, Freud r&#233;pond en effet en rep&#233;rant trois fac&#173;teurs essentiels, parmi lesquels se trouve en premier lieu le facteur biologique, l'&#233;tat de d&#233;tresse et de d&#233;pendance du petit de l'homme, explicitement li&#233; &#224; sa pr&#233;maturation : &#171; Ce facteur biologique instaure donc les premi&#232;res situa&#173;tions de danger et cr&#233;e le besoin d'&#234;tre aim&#233;, qui ne quittera plus l'&#234;tre humain. &#187; La n&#233;ot&#233;nie, avance en quelque sorte Freud, cr&#233;e le besoin d'amour, lequel engendre la n&#233;vrose. &lt;br class='manualbr' /&gt;Il est remarquable que le second facteur de causation des n&#233;vroses retenu par Freud rel&#232;ve, lui aussi, de la n&#233;ot&#233;nie. Freud fait en effet allusion au d&#233;veloppement en deux temps de la sexualit&#233; humaine.&#171; Le deuxi&#232;me facteur, phy&#173;log&#233;n&#233;tique, a &#233;t&#233; seulement inf&#233;r&#233; par nous ; c'est un fait tr&#232;s remarquable du d&#233;veloppement de la libido qui nous a pouss&#233;s &#224; en faire l'hypoth&#232;se. Nous trouvons que la vie sexuelle de l'&#234;tre humain ne poursuit pas son d&#233;veloppe&#173;ment de mani&#232;re continue depuis le d&#233;but de la matura&#173;tion, comme celle de la plupart des animaux qui lui sont proches, mais qu'elle conna&#238;t, apr&#232;s une premi&#232;re floraison pr&#233;coce jusqu'&#224; la cinqui&#232;me ann&#233;e, une interruption &#233;ner&#173;g&#233;tique, pour reprendre de nouveau avec la pubert&#233; et se rattacher aux amorces infantiles. &#187; C'est &#224; ce moment de son raisonnement que Freud fait une hypoth&#232;se centrale sur la phylogen&#232;se de l'homme :&#171; Nous estimons qu'il a d&#251; survenir dans le destin de l'esp&#232;ce humaine quelque chose d'important qui a laiss&#233; derri&#232;re soi cette interruption du d&#233;veloppement sexuel comme pr&#233;cipit&#233; historique. &#187; On touche l&#224; au g&#233;nie de Freud, capable d'inf&#233;rer de ce qui l'int&#233;resse, le d&#233;veloppement ontog&#233;n&#233;tique de l'individu en mati&#232;re de sexualit&#233;, une cause phylog&#233;n&#233;tique caract&#233;&#173;risant l'esp&#232;ce, que la science de son temps n'avait pas encore v&#233;ritablement rep&#233;r&#233;e. Car c'est bien la n&#233;ot&#233;nie de l'homme qui contraint &#224; l'allongement du maternage de l'enfant et qui explique un d&#233;veloppement sexuel telle&#173;ment ralenti par rapport &#224; celui des autres mammif&#232;res qu'il va jusqu'&#224; s'accomplir en deux temps&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je reviens sur ce point pages 44 et 68.&#034; id=&#034;nh19-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Voil&#224; donc que le second facteur de causation des n&#233;vroses est li&#233; &#224; la n&#233;o&#173;t&#233;nie. &lt;br class='manualbr' /&gt;Quant au troisi&#232;me, il est r&#233;f&#233;r&#233; par Freud &#224; &#171; une imperfection de notre appareil animique &#187;,divis&#233; entre un moi et un &#231;a. &#171; Le moi est oblig&#233; de se mettre sur la d&#233;fensive contre certaines motions pulsionnelles venues du &#231;a, de les traiter comme des dangers. &#187; La psych&#233; souffre en somme d'une d&#233;synchronisation constitutive entre une part qui avance et veut et une autre part qui ne peut pas suivre. Nous verrons bient&#244;t en quoi la n&#233;ot&#233;nie de l'homme fa&#231;onne un &#234;tre vell&#233;itaire, en manque de pr&#233;sence, inca&#173;pable d'habiter v&#233;ritablement le monde. Ce qui frappe en tout cas, c'est l'&#233;tonnante prescience de Freud quant &#224; la n&#233;ot&#233;nie humaine. Tout se passe comme si, en 1926, il tra&#173;vaillait d&#233;j&#224; avec une th&#233;orie &#8230; qui est encore &#224; peine for&#173;mul&#233;e scientifiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gu&#232;re n'est besoin, je l'esp&#232;re, apr&#232;s cette rapide g&#233;n&#233;a&#173;logie de l'id&#233;e de n&#233;ot&#233;nie humaine, de rench&#233;rir sur sa place dans l'Occident moderne. Elle para&#238;t tout simple&#173;ment d&#233;cisive. Elle est pr&#233;sente dans toutes les versions modernes du mythe &#233;pim&#233;th&#233;o-prom&#233;th&#233;en, c'est-&#224;-dire dans les r&#233;cits qui narrent l'inach&#232;vement de l'homme et/ou qui exaltent son accomplissement. Elles se retrou&#173;vent &#233;galement dans de puissantes formules philosophiques ayant valeur de th&#233;or&#232;mes. Ces propositions scan&#173;dent que l'homme ne na&#238;t pas homme, mais se fabrique tel ; que chaque animal est ce qu'il est, alors que l'homme, n'&#233;tant rien, doit advenir &#224; lui-m&#234;me en utilisant les moyens de la raison ou de la technique, f&#251;t-ce en s'affran&#173;chissant de Dieu. En somme, il appara&#238;t au terme de ce premier parcours que cette id&#233;e se retrouve au fondement de tous les grands r&#233;cits d'&#233;mancipation de l'Occident moderne : recherche de la mesure pour cet &#234;tre sujet &#224; l'&lt;i&gt;hubris&lt;/i&gt;, promotion du libre arbitre de l'homme, c&#233;l&#233;bra&#173;tion de l'autonomie de la raison, acc&#232;s au sujet transcen&#173;dantal, &#233;mancipation soci&#233;tale, salut individuel, lib&#233;ration par la technique, r&#233;cits du cr&#233;puscule des idoles et de la mort de Dieu, exploration des profondeurs de la psych&#233;&#8230; &lt;br class='manualbr' /&gt;Ce qui vient ensuite rel&#232;ve d'un autre chapitre de la pen&#173;s&#233;e puisqu'il s'agira d&#233;sormais de philosopher en tenant compte d'une formulation scientifique de la n&#233;ot&#233;nie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ph&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ilosopher par temps n&#233;ot&#233;nique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le sait : il suffit qu'un Galil&#233;e voie autrement l'orga&#173;nisation des astres pour que ce &#171; d&#233;sastre &#187; suscite aussit&#244;t un Descartes, contraint de refonder &#224; neuf tout l'exercice philosophique et d'inventer un nouveau sujet. De m&#234;me Newton pour Kant : puisque&#171; depuis Newton, les com&#232;tes, selon Kant, suivent des trajectoires g&#233;om&#233;triques &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Notes de Kant dans son exemplaire des Observations sur le beau et le sublime (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, s'est pos&#233;e &#224; ce dernier une nouvelle question, celle de l'ajustement de &#171; la loi morale &#187; sur &#171; le ciel &#233;toil&#233; &#187; &#8211; ce sera le programme de la seconde Critique : la Critique de la raison pratique. On pourrait probablement montrer les m&#234;mes implications n&#233;cessaires entre les th&#233;ories de la relativit&#233; et l'invention du sujet freudien. Toute d&#233;couverte scientifique majeure suscite en somme un nouveau sujet philoso&#173;phique. &lt;br class='manualbr' /&gt;Or, aujourd'hui, nous disposons d'une donn&#233;e anthropo&#173;logique capitale quant &#224; l'esp&#232;ce humaine, d&#233;sormais bien &#233;tay&#233;e et d&#233;barrass&#233;e de ses d&#233;fauts de jeunesse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je fais allusion aux propos de Bolk sur une &#171; sup&#233;riorit&#233; &#187; de la &#171; race (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il s'agit de cette th&#233;orie de la n&#233;ot&#233;nie &#224; laquelle j'ai consacr&#233;, il y a quelques ann&#233;es, un premier petit livre exploratoire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D.-R. Dufour, Lettres sur la nature humaine, &#224; l'usage des survivants, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Je tentais d'y rep&#233;rer quelques incidences issues d'une pre&#173;mi&#232;re prise en compte de cette th&#233;orie anthropologique sur la pens&#233;e philosophique. &lt;br class='manualbr' /&gt;Il m'&#233;tait alors apparu &#233;trange que cette th&#233;orie ne soit pas davantage mise &#224; contribution par la pens&#233;e philosophique et par les sciences humaines et qu'on ne s'avise pas des remaniements &#224; effectuer dans tous les domaines de pens&#233;e d&#232;s lors qu'il appara&#238;t que l'homme est un n&#233;ot&#232;ne, c'est-&#224;-dire un &#234;tre qui a perdu sa premi&#232;re nature et qui s'est trouv&#233; contraint d'en inventer une seconde. &lt;br class='manualbr' /&gt;En effet, fort de cette th&#233;orie, c'est tout notre monde humain, son histoire m&#234;me, qui doivent &#234;tre reconsid&#233;r&#233;s. On ne peut plus en effet seulement concevoir ce monde comme produit par un Homme pr&#233;sent&#233; en &#171; &#233;lu &#187;, en &#171; Roi &#187; de la cr&#233;ation. Car l'homme est un &#234;tre exclu de la premi&#232;re nature, la &#171; vraie &#187;, un &#234;tre inachev&#233; qui s'est en fin de compte retrouv&#233; dans la position de devoir, sous peine de disparition, en inventer une &#171; autre &#187;, de toutes pi&#232;ces. Bref, comme l'insinuait Freud aux tout premiers instants de l'expression scientifique de la belle histoire n&#233;ot&#233;nique, l'homme est d'abord un grand n&#233;vros&#233;. &lt;br class='manualbr' /&gt;La th&#233;orie de la n&#233;ot&#233;nie oblige donc &#224; concevoir les grandes affaires humaines sous un jour neuf&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Et, de fait, depuis sa formulation par Bolk, la n&#233;ot&#233;nie n'a jamais cess&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Par grandes affaires humaines, j'entends le langage, l'esprit, le psy&#173;chisme, le corps, l'histoire, le politique, la cr&#233;ation esth&#233;&#173;tique et la fabrication proth&#233;tique (c'est-&#224;-dire la tech&#173;nique). Ce n'est rien de moins qu'un nouveau sujet qu'il faut mettre en sc&#232;ne pour tenir ensemble ces diff&#233;rentes dimensions. &lt;br class='manualbr' /&gt;II s'agit donc de faire du n&#233;ot&#232;ne un personnage concep&#173;tuel nouveau et de le lancer sur la sc&#232;ne du th&#233;&#226;tre de la philosophie occidentale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'emprunte la notion de &#171; personnage conceptuel &#187; &#224; Deleuze. Pour lui, le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En somme, avec le n&#233;ot&#232;ne, on devrait pouvoir raconter toute l'Histoire autrement. Avec lui, en effet, le rapport &#224; l'&#202;tre, le rapport &#224; l'Autre, le rap&#173;port aux autres, le rapport &#224; soi &#8230; ne peuvent plus se vivre ni s'&#233;noncer de la m&#234;me fa&#231;on. Cet &#233;cart d&#233;cisif provient de l'introduction dans la pens&#233;e philosophique d'une don&#173; n&#233;e qu'elle n'a jamais syst&#233;matiquement int&#233;gr&#233;e, m&#234;me si on peut en trouver la prescience dans plusieurs moments clefs de son histoire. II s'agit en somme de pousser la philo&#173;sophie actuelle &#224; prendre un tournant n&#233;odarwinien afin de pouvoir raconter toute l'Histoire autrement, non plus du point de vue du roi de la cr&#233;ation, mais du point de vue d'un &#234;tre exclu de la premi&#232;re nature et contraint d'en inventer une seconde. Dans le r&#244;le-titre, le n&#233;ot&#232;ne. Je re&#173;visiterai donc toutes les grandes affaires humaines avec ce nouveau personnage conceptuel. Ce qui devrait assez sen&#173;siblement bousculer nos anciennes habitudes de pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce que la n&#233;ot&#233;nie humaine ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La n&#233;ot&#233;nie humaine est donc une th&#232;se n&#233;odarwi&#173;nienne qui a &#233;t&#233; introduite d&#232;s les ann&#233;es 1920 par Bolk dans un article devenu assez c&#233;l&#232;bre : &#171; Das Problem der Menschwerdung &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En fran&#231;ais,&#171; Le probl&#232;me de la gen&#232;se humaine &#187;, op. cit.&#034; id=&#034;nh19-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On connaissait avant cette date la n&#233;o&#173;t&#233;nie animale qui correspond &#224; l'observation d'un retard du d&#233;veloppement dans quelques esp&#232;ces : chez certains animaux, le d&#233;veloppement peut s'arr&#234;ter avant la fin du processus de maturation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Darwin, dans le chapitre 6 de L'Origine des esp&#232;ces, avait rep&#233;r&#233; que &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces animaux sont qualifi&#233;s de &#171; n&#233;ot&#233;niques &#187; parce que certains caract&#232;res de juv&#233;nilit&#233;, normalement transitoires, au lieu de dispara&#238;tre, perdurent et s'installent chez eux comme caract&#232;res d&#233;finitifs &#8211; c'est pr&#233;cis&#233;ment cela la n&#233;ot&#233;nie, la persistance &#224; l'&#233;tat adulte de caract&#232;res juv&#233;niles normalement passagers. Ce qui est n&#233;o, nouveau, n&#233;onatal, perdure &#8211; d'o&#249; le nom de n&#233;ot&#233;&#173;nie, du grec &lt;i&gt;n&#233;o&lt;/i&gt;- ;&#171; nouveau &#187;, et du radical grec &lt;i&gt;ten&lt;/i&gt;, de &lt;i&gt;tei&#173; nein&lt;/i&gt;, &#171; &#233;tendre, prolonger &#187;. La n&#233;ot&#233;nie, c'est donc du juv&#233;nile qui se prolonge. &lt;br class='manualbr' /&gt;Bel exemple d'animal n&#233;ot&#233;nique : l'axolotl. Les axolotls sont des petits &#234;tres aquatiques mi-salamandre mi-poisson, munis de branchies, qui vivent normalement dans certains lacs du Mexique. Ce sont d'&#233;tranges petits animaux dont le d&#233;veloppement peut s'arr&#234;ter d&#233;finitivement au stade lar&#173;vaire de l'animal aquatique, et cela donne un axolotl, ou continuer, comme dans d'autres lacs voisins, jusqu'au stade a&#233;rien, et cela donne alors l'amblystome, une petite sala&#173;mandre tigr&#233;e. Ce qui s'est tram&#233; autour de l'axolotl cons&#173;titue une des belles histoires de l'histoire naturelle. On avait ramen&#233; &#224; Paris &#224; la fin du XIXe si&#232;cle un axolotl p&#234;ch&#233; dans un lac mexicain, et quelques jours plus tard, l'animal aquatique avait disparu et laiss&#233; place &#224; un animal a&#233;rien. &#192; la faveur du changement des conditions naturelles, l'axo&#173;lotl avait chang&#233; d'&#233;tat pour se transformer en une salamandre tigr&#233;e. C'est l&#224; un si bel exemple de n&#233;ot&#233;nie qu'il est sorti des registres de l'histoire naturelle pour entrer finalement dans la grande litt&#233;rature. Julio Cortazar, le grand &#233;crivain argentin, a en effet &#233;crit une nouvelle in&#173;titul&#233;e &#171; Axolotl &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nouvelle publi&#233;e en fran&#231;ais dans le recueil intitul&#233; Les Armes se&#173;cr&#232;tes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. J'ai d&#233;j&#224; comment&#233; ailleurs cette nou&#173;velle qui est fascinante&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. D.-R. Dufour, Lettres sur la nature humaine, op. cit., chap. I : &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est l'histoire d'un homme qui va voir ces petits animaux enferm&#233;s dans un aquarium du Jar&#173;din des Plantes, &#224; Paris. Un homme qui, tous les jours, va en quelque sorte se contempler, se refl&#233;ter dans le miroir de l'&#339;il de l'axolotl et qui finit, ainsi, par ne plus savoir &#8230; de quel c&#244;t&#233; il se trouve. Lorsqu'il regarde l'axolotl, il se sent progressivement devenir un axolotl regardant l'homme qui le regarde. Ce que met au jour la nouvelle de Cortazar, c'est qu'il existe une parent&#233; &#171; r&#233;elle &#187; entre l'axolotl et l'homme. J'ai mieux compris r&#233;cemment les raisons pour lesquelles Julio Cortazar avait &#233;t&#233; si sensible &#224; cette pa&#173;rent&#233;. Cortazar souffrait d'une maladie g&#233;n&#233;tique tr&#232;s rare. &#192; cause de cette maladie, il ne cessait de grandir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Merci &#224; l'amie psychanalyste qui a connu Cortazar de m'avoir com&#173;muniqu&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il se trouvait en somme dans la peau d'un super n&#233;ot&#232;ne. Un n&#233;ot&#232;ne encore plus n&#233;ot&#232;ne que nous ne le sommes, n&#233;o&#173;t&#232;nes usuels, puisque son d&#233;veloppement terminal adulte n'&#233;tait pas seulement diff&#233;r&#233;, mais jamais atteint. Julio Cortazar, pour avoir &#233;t&#233; un n&#233;ot&#232;ne absolu, un &#233;ternel ado&#173;lescent, en proie &#224; une croissance permanente, &#233;tait donc particuli&#232;rement d&#233;sign&#233;, par la loterie g&#233;n&#233;tique, pour s'apercevoir de notre &#233;tat et le r&#233;v&#233;ler. Nous naissons pr&#233;&#173; matur&#233;s et nous sommes des animaux n&#233;ot&#233;niques. &lt;br class='manualbr' /&gt;Pr&#233;matur&#233;s, nous le sommes vraiment en effet. En com&#173;parant sa maturation pr&#233;natale &#224; celle des autres mammi&#173;f&#232;res sup&#233;rieurs, on a par exemple calcul&#233; que l'homme ne devrait pas na&#238;tre &#224; 9, mais &#224; 18 mois. L'homme sort en somme trop t&#244;t du ventre de sa m&#232;re ! La n&#233;ot&#233;nie dit en quelque sorte que m&#234;me ceux qui naissent &#224; terme vien&#173;nent quand m&#234;me au monde trop t&#244;t ! Au regard de la n&#233;ot&#233;nie, nous sommes donc tous des pr&#233;matur&#233;s. &lt;br class='manualbr' /&gt;On peut trouver chez l'homme de multiples preuves de cette pr&#233;maturation : cloisons cardiaques non ferm&#233;es &#224; la naissance, immaturit&#233; postnatale du syst&#232;me nerveux pyra&#173;midal, insuffisance des alv&#233;oles pulmonaires, bo&#238;te cr&#226;nienne non ferm&#233;e, circonvolutions c&#233;r&#233;brales &#224; peine d&#233;velop&#173;p&#233;es, absence de pouce post&#233;rieur opposable, absence de syst&#232;me pileux, absence de dentition de lait &#224; la naissance&#8230; Cette pr&#233;maturation sp&#233;cifique de l'homme se solde, entre autres cons&#233;quences, par un allongement consid&#233;rable de la p&#233;riode de maternage et par un d&#233;veloppement sexuel en deux temps, s&#233;par&#233;s par une longue p&#233;riode de latence. C'est sur cet &#233;trange d&#233;veloppement en deux temps et cette p&#233;riode de latence que se construit, comme nous l'avons d&#233;j&#224; vu, toute la th&#233;orie freudienne des d&#233;sirs infantiles se r&#233;v&#233;lant apr&#232;s coup. &lt;br class='manualbr' /&gt;Cette th&#232;se de Bolk est aujourd'hui largement reprise par tout un courant de la recherche pal&#233;oanthropologi&#173; que, du grand biologiste et anthropologue am&#233;ricain Gould aux Fran&#231;ais Chaline, Delattre, Fenart, puis Dambricourt&#173; Malass&#233; et Deshayes, qui ont montr&#233; que le d&#233;veloppe&#173;ment de l'homme &#233;tait fondamentalement caract&#233;ris&#233;, &#224; cause de cette naissance pr&#233;matur&#233;e, par un ralentissement notable du d&#233;veloppement par rapport &#224; celui des singes sup&#233;rieurs. &lt;br class='manualbr' /&gt;La comparaison des d&#233;veloppements des singes sup&#233;&#173;rieurs et de l'homme montre en effet que le processus d'ho&#173;minisation est mesurable &#224; l'aune d'un ph&#233;nom&#232;ne majeur : l'augmentation du volume c&#233;r&#233;bral. Ce ph&#233;nom&#232;ne est connu sous le nom de &#171; contraction cr&#226;nio-faciale &#187; et im&#173;plique &#224; la fois l'augmentation du volume c&#233;r&#233;bral, la dimi&#173;nution de la face et l'&#233;largissement de la mandibule&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la contraction cr&#226;nio-faciale, voir par exemple le texte d'Anne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or les &#233;tapes de la contraction cr&#226;nio-faciale sont pr&#233;cis&#233;ment conditionn&#233;es par des d&#233;calages dans la chronologie du d&#233;veloppement touchant toutes les &#233;tapes de la formation : embryonnaire, f&#339;tale, lact&#233;ale (premi&#232;re dentition), de substitution (remplacement des dents de lait) et adulte. Le d&#233;veloppement de l'homme, sorti &#171; trop t&#244;t &#187;, s'av&#232;re plus lent ; sa juv&#233;nilit&#233; se prolonge et il atteint l'&#233;tat adulte plus tard. La cons&#233;quence directe de la n&#233;ot&#233;nie, c'est le ralen&#173;tissement de la croissance. Ainsi, si l'on compare les d&#233;ve&#173;loppements respectifs d'un chimpanz&#233; et d'un homme, on constate un ralentissement g&#233;n&#233;ralis&#233; du d&#233;veloppement humain et un doublement de la p&#233;riode de croissance&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir sur ces points : J. Chaline, Une famille peu ordinaire, Du singe &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; La &lt;i&gt;phase embryonnaire&lt;/i&gt;, qui dure deux semaines chez le chimpanz&#233;, est prolong&#233;e &#224; huit semaines chez l'homme ; et c'est durant cette phase que se constituent les cellules nerveuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; La &lt;i&gt;phase f&#339;tale&lt;/i&gt; dure un mois de plus chez l'homme. Mais elle devrait &#234;tre beaucoup plus longue, du double dit&#173; on, puisque le b&#233;b&#233; humain &#224; la naissance est beaucoup plus immature que le b&#233;b&#233; chimpanz&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; La &lt;i&gt;phase lact&#233;ale&lt;/i&gt;, de trois ans chez le chimpanz&#233;, dure six ans chez l'homme. Elle exprime toujours la fai&#173;ble allure du d&#233;veloppement humain. Au d&#233;but de cette p&#233;riode, le trou occipital du jeune chimpanz&#233; est situ&#233; &#224; la base du cr&#226;ne, comme chez l'homme, ce qui permet la bip&#233;die observ&#233;e chez les jeunes singes. Chez l'homme, le d&#233;veloppement de la partie post&#233;rieure du cr&#226;ne est telle&#173; ment ralenti que la bip&#233;die, favoris&#233;e par l'absence de pouce post&#233;rieur opposable, est d&#233;finitivement stabilis&#233;e. Cette stabilisation entra&#238;ne l'apparition d'un corps n&#233;ot&#233;&#173;nique. Tout d'abord, &#224; la faveur de la stabilisation dans la station dynamique verticale (qui signale chez les jeunes chimpanz&#233;s une situation de stress) survient le ph&#233;nom&#232;ne capital de la lib&#233;ration de la main. La main se transforme en un &#233;trange organe sans fonction propre devenant, comme tel, bon &#224; tout faire. Ensuite, la non-bascule occipi&#173;tale et le maintien dans la station dynamique debout entra&#238;nent l'effondrement du larynx, qui se retrouve dans une position inconnue chez tous les autres mammif&#232;res, en face des 4e, 5e, 6e et 7e vert&#232;bres cervicales, et l'apparition, au-dessus des cordes vocales, de la caisse de r&#233;sonance du pharynx surmont&#233; d'un appareil composite : luette, palais dur, palais mou, langue, alv&#233;oles, dents, l&#232;vres. Cet appareil, en permettant la modulation de l'air expir&#233;, va jouer comme appareil phonatoire et rendre possible un v&#233;ritable miracle : celui de la voix articul&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur l'appareil phonatoire des hominiens, voir J. T. Laitman, &#171; L'ori&#173;gine du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; La &lt;i&gt;phase de substitution &lt;/i&gt;se caract&#233;rise chez le chimpanz&#233; par la bascule du trou occipital en oblique vers l'arri&#232;re, l'obligeant &#224; devenir quadrup&#232;de. Le passage &#224; l'&#233;tat adulte s'ach&#232;ve &#224; la septi&#232;me ann&#233;e chez le chimpanz&#233;, mais &#224; la quatorzi&#232;me chez l'homme, qui, comme tout bon observateur l'aura probablement not&#233;, ne conna&#238;t pas cette bascule et reste en g&#233;n&#233;ral bip&#232;de.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ce moment du passage &#224; l'&#233;tat adulte correspond &#224; l'apparition de la maturit&#233; sexuelle. Il faut donc que l'homme attende quelque quatorze ann&#233;es pour conna&#238;tre son sexe, ce qui explique peut-&#234;tre qu'il n'en soit jamais vraiment tr&#232;s s&#251;r&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On observe donc, avec la contraction cr&#226;nio-faciale, un ralentissement notable du d&#233;veloppement li&#233; &#224; une n&#233;ot&#233;&#173;nisation de plus en plus accentu&#233;e, caract&#233;ristique du pro&#173;cessus d'hominisation. &lt;br class='manualbr' /&gt;Cette juv&#233;nilisation sp&#233;cifique de l'homme, cette n&#233;ot&#233;&#173;nisation ne sont pas sans cons&#233;quences : en perdant sa pre&#173;mi&#232;re nature, l'homme perd le caract&#232;re sp&#233;cialis&#233; et fina&#173;lis&#233; qui &#233;tait celui de ses anc&#234;tres, diversement adapt&#233;s &#224; des terrains sp&#233;cifiques. L'homme, en tant que n&#233;ot&#232;ne, se retrouve en quelque sorte sans nature propre : non finalis&#233;, il devient un &#234;tre d'une grande d&#233;bilit&#233; physique, caract&#233;&#173;ris&#233; par la faiblesse de son appareillage (absence de griffes et de crocs, d&#233;ficit en rapidit&#233; et en agilit&#233; &#8230; ), par un &#233;tat de stress permanent. Et, parce qu'il est en quelque sorte non fini, il devient un &#234;tre d'une extr&#234;me plasticit&#233;, capable de s'adapter aux situations les plus diverses.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb19-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir R. Trousson, &lt;i&gt;Le Th&#232;me de Prom&#233;th&#233;e dans la litt&#233;rature euro&#173;p&#233;enne&lt;/i&gt;, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;K. Marx, &lt;i&gt;Diff&#233;rence de la philosophie de la nature chez D&#233;mocrite et &#201;picure&lt;/i&gt; (th&#232;se de 1841), Paris, &#233;d. Nizet, 1970.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;S. Freud, &lt;i&gt;Inhibition, sympt&#244;me et angoisse&lt;/i&gt; [ 1926], Paris, PUF, 1993. J'ai pr&#233;f&#233;r&#233; traduire &lt;i&gt;Hilflosigkeit&lt;/i&gt; par &#171; d&#233;tresse &#187; plut&#244;t que par &#171; d&#233;saide &#187;, trop n&#233;ologisant &#224; mon go&#251;t.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Je reviens sur ce point pages 44 et 68.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Notes de Kant dans son exemplaire des &lt;i&gt;Observations sur le beau et le sublime&lt;/i&gt; (trad. Kempf, Paris, Vrin, p. 66).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Je fais allusion aux propos de Bolk sur une &#171; sup&#233;riorit&#233; &#187; de la &#171; race nordique &#187; par rapport &#224; la &#171; race noire &#187; qu'il &#171; explique &#187; par son degr&#233; sup&#233;rieur de n&#233;ot&#233;nisation&#8230; (cf. dans &#171; La gen&#232;se de l'homme &#187;, la partie intitul&#233;e &#171; Les races humaines et la f&#339;talisation &#187; ). Ce n'est bien s&#251;r que d&#233;barrass&#233;es de ce tr&#232;s encombrant fardeau que les th&#232;ses de Bolk devien&#173;nent dignes d'int&#233;r&#234;t. Ce travail a &#233;t&#233; entrepris par S. J. Gould, &lt;i&gt;Darwin et les grandes &#233;nigmes de la vie&lt;/i&gt; [1977], &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, chap. 27 : &#171; Racisme et r&#233;capitula&#173;tion &#187; o&#249; Gould remet &#171; sur leurs pieds &#187; ces th&#232;ses.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;D.-R. Dufour, &lt;i&gt;Lettres sur la nature humaine, &#224; l'usage des survivants&lt;/i&gt;, Paris, Calmann-L&#233;vy, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Et, de fait, depuis sa formulation par Bolk, la n&#233;ot&#233;nie n'a jamais cess&#233; d'int&#233;resser les philosophes et les chercheurs les plus divers : Lacan (ann&#233;es 30), Gehlen (ann&#233;es 30-50), Lapassade (ann&#233;es 60), Agamben et Lyotard (ann&#233;es 80) &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;J'emprunte la notion de &#171; personnage conceptuel &#187; &#224; Deleuze. Pour lui, le personnage conceptuel d&#233;signe &#171; une pr&#233;sence intrins&#232;que &#224; la pen&#173;s&#233;e, une condition de possibilit&#233; de la pens&#233;e m&#234;me, bref une cat&#233;go&#173;rie vivante, un v&#233;cu transcendantal, un &#233;l&#233;ment constituant de la pens&#233;e &#187;. Cf. Gilles Deleuze,&#171; Les conditions de la question : qu'est-ce que la philo&#173;sophie ? &#187; in &lt;i&gt;Chim&#232;res&lt;/i&gt;, n&#176; 8, mai 1990. Probl&#233;matique reprise dans &lt;i&gt;Qu'est&#173; ce que la philosophie &lt;/i&gt; ?, Paris, Minuit, 1991.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;En fran&#231;ais,&#171; Le probl&#232;me de la gen&#232;se humaine &#187;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Darwin, dans le chapitre 6 de &lt;i&gt;L'Origine des esp&#232;ces&lt;/i&gt;, avait rep&#233;r&#233; que &#171; quelques animaux sont aptes &#224; se reproduire &#224; un &#226;ge tr&#232;s pr&#233;coce, avant m&#234;me d'avoir acquis leurs caract&#232;res adultes complets &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Nouvelle publi&#233;e en fran&#231;ais dans le recueil intitul&#233; &lt;i&gt;Les Armes se&#173;cr&#232;tes &lt;/i&gt;(trad. Laure Ouille-Bataillon, Paris, Gallimard, 1963).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. D.-R. Dufour, &lt;i&gt;Lettres sur la nature humaine, op. cit&lt;/i&gt;., chap. I : &#171; Lettre sur les n&#233;ot&#232;nes, les axolotls et les V&#233;nus de Botero &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Merci &#224; l'amie psychanalyste qui a connu Cortazar de m'avoir com&#173;muniqu&#233; cette donn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sur la contraction cr&#226;nio-faciale, voir par exemple le texte d'Anne Dambricourt-Malass&#233;, &#171; Paysages mentaux des racines &#233;volutives humaines &#187;, disponible sur http:/sapiensweb.free.fr/articles/2-damb.html&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir sur ces points : J. Chaline, &lt;i&gt;Une famille peu ordinaire, Du singe &#224; l'homme&lt;/i&gt;, Paris, Le Seuil, 1994, et son article dans l'&lt;i&gt;Encyclopedia Universa&#173;lis&lt;/i&gt;, &#171; L'origine de l'homme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sur l'appareil phonatoire des hominiens, voir J. T. Laitman, &#171; L'ori&#173;gine du langage articul&#233; &#187;, &lt;i&gt;La Recherche&lt;/i&gt;, n&#176; 17, 1986, et P. Lieberman, &#171; L'&#233;volution du langage humain &#187;, &lt;i&gt;La Recherche&lt;/i&gt;, n&#176; 6, 1975.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Qu'est-ce que la n&#233;ot&#233;nie humaine ? (1/2)</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?903-Qu-est-ce-que-la-neotenie-humaine</link>
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		<dc:date>2017-11-28T13:21:03Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Science</dc:subject>
		<dc:subject>Dufour D.-R.</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Anthropologie</dc:subject>
		<dc:subject>Mortalit&#233; / finitude</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>Type anthropologique</dc:subject>
		<dc:subject>N&#233;ot&#233;nie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;D&#233;but du premier chapitre intitul&#233; &#171; Petits arrangements entre esp&#232;ces naturelles et esp&#232;ces surnaturelles &#187; du livre de D.-R. Dufour &#171; On ach&#232;ve bien les hommes. De quelques cons&#233;quences actuelles et futures de la mort de Dieu. &#187;, Deno&#235;l, 2005, pp.17-44. Il a fallu attendre le d&#233;but du XXe si&#232;cle pour qu'une d&#233;couverte scientifique, au d&#233;but modeste, permette fina&#173;lement de reconsid&#233;rer les rapports &#8211; en tout point d&#233;ci&#173;sifs &#8211; des esp&#232;ces naturelles (les animaux et les hommes) avec les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-38-science-+" rel="tag"&gt;Science&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-76-dufour-+" rel="tag"&gt;Dufour D.-R.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-81-philosophie-+" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-110-anthropologie-+" rel="tag"&gt;Anthropologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-117-mortalite-finitude-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-+" rel="tag"&gt;Mortalit&#233; / finitude&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-216-type-anthropologique-+" rel="tag"&gt;Type anthropologique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-234-neotenie-+" rel="tag"&gt;N&#233;ot&#233;nie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;D&#233;but du premier chapitre intitul&#233; &#171; Petits arrangements entre esp&#232;ces naturelles et esp&#232;ces surnaturelles &#187; du livre de D.-R. Dufour &#171; On ach&#232;ve bien les hommes. De quelques cons&#233;quences actuelles et futures de la mort de Dieu. &#187;, Deno&#235;l, 2005, pp.17-44.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il a fallu attendre le d&#233;but du XXe si&#232;cle pour qu'une d&#233;couverte scientifique, au d&#233;but modeste, permette fina&#173;lement de reconsid&#233;rer les rapports &#8211; en tout point d&#233;ci&#173;sifs &#8211; des esp&#232;ces naturelles (les animaux et les hommes) avec les esp&#232;ces surnaturelles (les dieux). Cette d&#233;couverte permet en effet de reprendre &#224; neuf de grandes questions philosophiques parmi lesquelles on compte les rapports nature-culture, c'est-&#224;-dire en fin de compte les relations entre ces deux parts dont nous sommes constitu&#233;s, le vi&#173;vant et le parlant, composant ce singulier complexe biopolitique dans lequel et par lequel nous existons. Cette d&#233;couverte, c'est celle de la n&#233;ot&#233;nie de l'homme, sur laquelle je reviendrai longuement bient&#244;t. &lt;br class='manualbr' /&gt;Qu'on sache pour l'instant que cette th&#233;orie, due &#224; un ana&#173;tomiste hollandais du nom de Louis Bolk&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Louis Bolk, Das Problem der Menschwerdung [1926], &#171; La gen&#232;se de l'homme &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, actuellement soutenue par une grande partie de la recherche pal&#233;oan&#173;thropologique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Notamment par le grand biologiste et anthropologue S. J. Gould. De Gould, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, con&#231;oit l'homme comme un &#234;tre &#224; nais&#173;sance pr&#233;matur&#233;e, &#224; la fois incapable d'atteindre son d&#233;ve&#173;loppement germinal complet et cependant capable de se reproduire et de transmettre ses caract&#232;res de juv&#233;nilit&#233;, normalement transitoires chez les autres animaux. Cet animal, non fini, &#224; la diff&#233;rence des autres animaux, doit donc se parachever ailleurs que dans la premi&#232;re nature, dans une seconde nature, g&#233;n&#233;ralement appel&#233;e culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La n&#233;ot&#233;nie humaine comme grand r&#233;cit sous-jacent de l'Occident moderne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le point de m'engager dans ce premier parcours, je dois d'embl&#233;e pr&#233;ciser que les th&#232;ses de la n&#233;ot&#233;nie ne se pr&#233;sentent nullement, pour moi, comme une &#171; fantaisie philosophique &#187; ou comme un &#171; mythe scientifique &#187; tel qu'on en trouve, par exemple, chez Rousseau dans son &lt;i&gt;Dis&#173;cours sur l'in&#233;galit&#233;&lt;/i&gt; avec le mythe de &#171; l'&#233;tat de nature &#187;, ou chez Freud dans &lt;i&gt;Totem et Tabou &lt;/i&gt;avec le mythe de la &#171; horde primitive &#187;. Ils savaient l'un et l'autre qu'ils avaient invent&#233;, l'un &#171; un &#233;tat qui n'avait peut-&#234;tre jamais exist&#233; &#187; (Rousseau, &lt;i&gt;Pr&#233;face&lt;/i&gt; au &lt;i&gt;Discours&lt;/i&gt;), l'autre un &#171; mythe scientifique &#187; (Freud, &lt;i&gt;Totem et Tabou&lt;/i&gt;). Une fiction donc, mais dont ils avaient eu besoin pour continuer leurs travaux. &lt;br class='manualbr' /&gt;Comme &#171; la science &#187; ne fournissait alors rien de certain, ils avaient d&#251; inventer, en toute &#171; illogique &#187;, ce qui pou&#173;vait donner un fondement sinon logique, du moins mytho&#173;logique, &#224; leurs &#233;laborations. &lt;br class='manualbr' /&gt;Le cas n'est pas le m&#234;me pour moi. J'ai en quelque sorte plus de chance que mes illustres devanciers car &#171; la science &#187;, en l'occurrence l'anthropologie n&#233;odarwinienne, fournit une probl&#233;matique circonstanci&#233;e que je ne suis donc pas oblig&#233; d'inventer, mais seulement d'int&#233;grer dans un nou&#173;veau champ de concepts philosophiques que je vais bient&#244;t pr&#233;senter. Certes, si la n&#233;ot&#233;nie n'avait pas exist&#233;, il aurait fallu l'inventer, mais comme elle existe, je me suis content&#233; d'en reprendre les donn&#233;es qui, non seulement, faisaient sens dans le champ philosophique o&#249; je me place, mais qui pouvaient constituer la &#171; terre ferme &#187; o&#249; poser les fonde&#173;ments d'une nouvelle philosophie. &lt;br class='manualbr' /&gt;Cependant, il &#233;tait un temps, avant Bolk et les ann&#233;es 1920, o&#249; la n&#233;ot&#233;nie humaine n'existait pas comme th&#233;orie scientifique d&#233;fendable et il est remarquable de constater que des penseurs occidentaux de tr&#232;s grande envergure ont alors d&#251; tout simplement l'inventer pour soutenir leur pro&#173;pos. Quand on s'aper&#231;oit qu'on trouve parmi ces noms rien de moins que ceux de Pic de La Mirandole, de &#201;rasme, de Kant, de Fichte, de Feuerbach, de Marx, de Freud ... , on est alors en droit de supposer que la n&#233;ot&#233;nie fut l'objet d'un v&#233;ritable mythe moderne souterrain avant de s'&#233;tablir effectivement comme science dans la mouvance du darwi&#173;nisme. Qu'on en juge par ces indications qui serviront, je l'esp&#232;re, &#224; &#233;tablir quelques rep&#232;res pour construire la g&#233;n&#233;alogie de la n&#233;ot&#233;nie qui nous manque. &lt;br class='manualbr' /&gt;En fait, tout commence d&#232;s les fondements de la philo&#173;sophie avec la reprise platonicienne du mythe grec de Prom&#233;th&#233;e. Les sources de ce mythe remontent &#224; H&#233;siode&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H&#233;siode, cf. La Th&#233;ogonie, v. 507-617, et Les Travaux et les Jours, v. 42-105.&#034; id=&#034;nh20-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces deux passages mettent en sc&#232;ne la division qui s'effectue entre les dieux et les hommes apr&#232;s que Zeus et les Olympiens ont pris possession du pouvoir c&#233;leste. L'homme va dor&#233;navant se distinguer des dieux et, du m&#234;me coup, des animaux. Il s'agit chez H&#233;siode du Prom&#233;th&#233;e pyro&#173;phoros, porteur de feu. Prom&#233;th&#233;e est un ancien dieu, un Titan, qui se r&#233;v&#232;le protecteur des hommes en leur faisant don du feu d&#233;rob&#233; aux nouveaux dieux :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Mais le brave fils de Japet [Prom&#233;th&#233;e] sut le tromper [Zeus] et d&#233;roba, au creux d'une f&#233;rule, l'&#233;clatante lueur du feu infatigable ; et Zeus, qui gronde dans les nues, fut mordu profond&#233;ment au c&#339;ur et s'irrita en son &#226;me (...).Aussit&#244;t, en place du feu, il cr&#233;a un mal, destin&#233; aux humains.&lt;br class='manualbr' /&gt;H&#233;siode, &lt;i&gt;Th&#233;ogonie&lt;/i&gt;, v. 564-570.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pour le ch&#226;tier, Zeus encha&#238;ne le Titan sur un mont du Caucase, o&#249; un aigle vient ind&#233;finiment lui d&#233;vorer le foie, puis il le pr&#233;cipite dans les profondeurs des enfers, le Tar&#173;tare. Prom&#233;th&#233;e avait &#233;galement d&#233;rob&#233; une bo&#238;te enfer&#173;mant l'ensemble des maux que les dieux destinaient aux humains et l'avait laiss&#233;e aupr&#232;s de son fr&#232;re &#201;pim&#233;th&#233;e. Zeus, furieux, envoie alors sur terre Pandora, qui &#233;pouse &#201;pim&#233;th&#233;e et... ouvre la bo&#238;te. Tous les maux s'abattent sur l'humanit&#233; &#8211; sauf l'esp&#233;rance, qui demeure coll&#233;e au fond. &lt;br class='manualbr' /&gt;D'Eschyle, il reste le &lt;i&gt;Prom&#233;th&#233;e encha&#238;n&#233;&lt;/i&gt;, seul moment subsistant d'une grande trilogie tragique. Le pouvoir cruel de Zeus&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eschyle, Prom&#233;th&#233;e encha&#238;n&#233;, v. 32, 150, 324, 389, 403, 519, 526, 837, 939.&#034; id=&#034;nh20-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et l'habilet&#233; du Titan&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eschyle, Prom&#233;th&#233;e encha&#238;n&#233;, v. 110, 254, 447, 497, 506, 514.&#034; id=&#034;nh20-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; sont chez Eschyle repr&#233;sen&#173;t&#233;s &#224; peu pr&#232;s de la m&#234;me fa&#231;on que chez H&#233;siode. Mais la question de la technique acquiert une place sp&#233;ciale. Avec Eschyle, l'homme quitte ses anciens paysages ruraux et agricoles pour investir la cit&#233; et l'habiter en mobilisant ses arts et ses techniques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le remarquable article de Michelle Carrier, &#171; D'un Prom&#233;th&#233;e oubli&#233; &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &#171; Tous les arts aux mortels viennent de Prom&#233;th&#233;e &#187;, lit-on dans Eschyle, &lt;i&gt;Prom&#233;th&#233;e encha&#238;n&#233;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eschyle, Prom&#233;th&#233;e encha&#238;n&#233;, v. 506.&#034; id=&#034;nh20-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Le Titan est pr&#233;sent&#233; comme l'inventeur des sciences et des arts, mais il se montre surtout, dans un long discours, comme le plus grand opposant de Zeus, lequel est pr&#233;sent&#233; comme un tyran. &lt;br class='manualbr' /&gt;C'est alors que Platon reprend le mythe en lui donnant une nouvelle dimension, notamment en affinant le r&#244;le donn&#233; &#224; &#201;pim&#233;th&#233;e &#224; qui &#233;choit la fabrication de toutes les esp&#232;ces. Or, la cr&#233;ation des hommes est caract&#233;ris&#233;e par une remarquable id&#233;e n&#233;ot&#233;nique avant la lettre puisque c'est un &#234;tre inachev&#233; que &#201;pim&#233;th&#233;e construit, tellement imparfait que Prom&#233;th&#233;e doit d&#233;rober le feu aux dieux pour le donner aux hommes afin de compenser leur d&#233;sastreuse d&#233;ficience constitutive. Voici le passage tir&#233; de Pla&#173;ton, issu de &lt;i&gt;Protagoras&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Platon, Protagoras, 320 c-32ld (trad. A. Croiset, Paris, Les Belles&#173; Lettres).&#034; id=&#034;nh20-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, o&#249; figure ce v&#233;ritable mythe pr&#233;&#173; n&#233;ot&#233;nique ; il vaut d'&#234;tre longuement cit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait le temps o&#249; les dieux existaient d&#233;j&#224;, mais o&#249; les races mortelles n'existaient pas encore. Quand vint le moment marqu&#233; par le destin pour la naissance de celles-ci, voici que les dieux les fa&#231;onnent &#224; l'int&#233;rieur de la terre avec un m&#233;lange de terre et de feu et de toutes les substances qui se peu&#173; vent combiner avec le feu et la terre. Au moment de les pro&#173;duire &#224; la lumi&#232;re, les dieux ordonn&#232;rent &#224; Prom&#233;th&#233;e et &#224; &#201;pim&#233;th&#233;e de distribuer convenablement entre elles toutes les qualit&#233;s dont elles avaient &#224; &#234;tre pourvues. &#201;pim&#233;th&#233;e demanda &#224; Prom&#233;th&#233;e de lui laisser le soin de faire lui-m&#234;me la distribu&#173;tion : &#171; Quand elle sera faite, dit-il, tu inspecteras mon &#339;uvre. &#187; La permission accord&#233;e, il se met au travail. &lt;br class='manualbr' /&gt;Dans cette distribution, il donne aux uns la force sans la vitesse ; aux plus faibles, il attribue le privil&#232;ge de la rapidit&#233; ; &#224; certains il accorde des armes ; pour ceux dont la nature est d&#233;sarm&#233;e, il invente quelque autre qualit&#233; qui puisse assurer leur salut. &#192; ceux qu'il rev&#234;t de petitesse, il attribue la fuite ail&#233;e ou l'habitation souterraine. Ceux qu'il grandit en taille, il les sauve par l&#224; m&#234;me. Bref, entre toutes les qualit&#233;s, il maintient un &#233;quilibre. En ces diverses inventions, il se pr&#233;occupait d'emp&#234;cher aucune race de dispara&#238;tre. &lt;br class='manualbr' /&gt;Apr&#232;s qu'il les eut pr&#233;munis suffisamment contre les des&#173;tructions r&#233;ciproques, il s'occupa de les d&#233;fendre contre les intemp&#233;ries qui viennent de Zeus, les rev&#234;tant de poils touffus et de peaux &#233;paisses, abris contre le froid, abris aussi contre la chaleur, et en outre, quand ils iraient dormir, couvertures natu&#173;relles et propres &#224; chacun. Il chaussa les uns de sabots, les autres de cuirs massifs et vides de sang. Ensuite, il s'occupa de procurer &#224; chacun une nourriture distincte, aux uns les her&#173;bes de la terre, aux autres les fruits des arbres, aux autres leurs racines ; &#224; quelques-uns il attribua pour aliment la chair des autres. &#192; ceux-l&#224;, il donna une post&#233;rit&#233; peu nombreuse ; leurs victimes eurent en partage la f&#233;condit&#233;, salut de leur esp&#232;ce. &lt;br class='manualbr' /&gt;Or &#201;pim&#233;th&#233;e, dont la sagesse &#233;tait imparfaite, avait d&#233;j&#224; d&#233;pens&#233;, sans y prendre garde, toutes les facult&#233;s en faveur des animaux, et il lui restait encore &#224; pourvoir l'esp&#232;ce hu&#173;maine, pour laquelle, faute d'&#233;quipement, il ne savait que faire. Dans cet embarras, survient Prom&#233;th&#233;e pour inspecter le travail. Celui-ci voit toutes les autres races harmonieuse&#173; ment &#233;quip&#233;es, et l'homme nu, sans chaussures, sans couver&#173;tures, sans armes. Et le jour marqu&#233; par Je destin &#233;tait venu, o&#249; il fallait que l'homme sort&#238;t de la terre pour para&#238;tre &#224; la lumi&#232;re. &lt;br class='manualbr' /&gt;Prom&#233;th&#233;e, devant cette difficult&#233;, ne sachant quel moyen de salut trouver pour l'homme, se d&#233;cide &#224; d&#233;rober l'habilet&#233; artistique d'H&#233;pha&#239;stos et d'Ath&#233;na, et en m&#234;me temps le feu -car, sans le feu il &#233;tait impossible que cette habilet&#233; f&#251;t acquise par personne ou rend&#238;t aucun service -puis, cela fait, il en fit pr&#233;sent &#224; l'homme. &lt;br class='manualbr' /&gt;C'est ainsi que l'homme fut mis en possession des arts utiles &#224; la vie, mais la politique lui &#233;chappa : celle-ci en effet &#233;tait aupr&#232;s de Zeus ; or Prom&#233;th&#233;e n'avait plus le temps de p&#233;n&#233;&#173;trer dans l'acropole qui est la demeure de Zeus : en outre il y avait aux portes de Zeus des sentinelles redoutables. Mais il put p&#233;n&#233;trer sans &#234;tre vu dans l'atelier o&#249; H&#233;pha&#239;stos et Ath&#233;na pratiquaient ensemble les arts qu'ils aiment, si bien qu'ayant vol&#233; &#224; la fois les arts du feu qui appartiennent &#224; H&#233;pha&#239;stos et les autres qui appartiennent &#224; Ath&#233;na, il put les donner &#224; l'homme. C'est ainsi que l'homme se trouve avoir en sa possession toutes les ressources n&#233;cessaires &#224; la vie, et que Prom&#233;&#173;th&#233;e, par la suite, fut, dit-on, accus&#233; de vol. &lt;br class='manualbr' /&gt;Parce que l'homme participait au lot divin, d'abord il fut le seul des animaux &#224; honorer les dieux, et il se mit &#224; construire des autels et des images divines ; ensuite il eut l'art d'&#233;mettre des sons et des mots articul&#233;s, il inventa les habitations, les v&#234;tements, les chaussures, les couvertures, les aliments qui naissent de la terre. Mais les humains, ainsi pourvus, v&#233;curent d'abord dispers&#233;s, et aucune ville n'existait. Aussi &#233;taient-ils d&#233;truits par les animaux, toujours et partout plus forts qu'eux, et leur industrie suffisante pour les nourrir demeurait impuis&#173;sante pour la guerre contre les animaux ; car ils ne poss&#233;daient pas encore l'art politique [c'est-&#224;-dire l'art d'administrer les cit&#233;s], dont l'art de la guerre est une partie. Ils cherchaient donc &#224; se rassembler et &#224; fonder des villes pour se d&#233;fendre. Mais, une fois rassembl&#233;s, ils se l&#233;saient r&#233;ciproquement, faute de poss&#233;der l'art politique ; de telle sorte qu'ils recommen&#173;&#231;aient &#224; se disperser et &#224; p&#233;rir. &lt;br class='manualbr' /&gt;Zeus alors, inquiet pour notre esp&#232;ce menac&#233;e de dispa&#173;ra&#238;tre, envoie Herm&#232;s porter aux hommes la pudeur et la jus&#173;tice, afin qu'il y e&#251;t dans les villes de l'harmonie et des liens cr&#233;ateurs d'amiti&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On aura pu constater que le sch&#232;me n&#233;ot&#233;nique est par&#173;faitement en place, je n'&#233;pilogue pas tant le contenu est clair : tous les animaux sont dot&#233;s en nature, l'homme est sans &#233;quipement. Ils auraient p&#233;ri sans le vol de Prom&#233;&#173;th&#233;e ... qui ne r&#232;gle pas tout : les hommes d&#233;pendent encore des dieux quant &#224; l'art politique de se rassembler et de se gouverner &#8211; on verra bient&#244;t combien l'indication est per&#173;tinente. Les deux temps forts de la dynamique n&#233;ot&#233;nique sont rep&#233;r&#233;s. Premier temps (&#233;pim&#233;th&#233;en) : &lt;i&gt;l'homme est inachev&#233;.&lt;/i&gt; Deuxi&#232;me temps (prom&#233;th&#233;en) : &lt;i&gt;l'homme s'ac&#173;complit&lt;/i&gt;. C'est le politique qui donne une mesure, permet&#173; tant de vivre dans l'harmonie, &#224; cet homme en proie &#224; l'&lt;i&gt;hu&#173;br&lt;/i&gt;&lt;i&gt;i&lt;/i&gt;&lt;i&gt;s&lt;/i&gt; &#8211; autrement dit &#224; l'absence de mesure. &lt;br class='manualbr' /&gt;La reprise de ce mythe commence dans l'Italie n&#233;oplato&#173;nicienne de la Renaissance, &#224; Florence en particulier. De Boccace, qui l'&#233;tudie longuement, &#224; Marsile Ficin et &#224; Pic de La Mirandole, jusqu'&#224; Giordano Bruno, ce mythe devient l'objet d'intenses r&#233;flexions. Dans le reste de l'Europe, il int&#233;resse aussi &#201;rasme et Bacon&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On consultera avec grand profit le travail monumental de Raymond Trousson, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Il se diffuse ensuite lar&#173;gement au cours de toute la p&#233;riode moderne, sous l'une et/ou l'autre de ses deux faces, &#233;pim&#233;th&#233;enne (inach&#232;ve&#173;ment de l'homme) et prom&#233;th&#233;enne (accomplissement de l'homme). &lt;br class='manualbr' /&gt;C'est v&#233;ritablement Pic de La Mirandole qui, &#224; la fin du Quattrocento, donne &#224; ce mythe un statut tout &#224; fait sp&#233;cial : celui de fondateur de la modernit&#233;. Ce mythe inspire en effet fortement le discours de Pic intitul&#233; &lt;i&gt;De hominis dignitate&lt;/i&gt; ( &#171; Discours sur la dignit&#233; de l'homme &#187;) qui constitue, dans la derni&#232;re partie du Quattrocento, la v&#233;ri&#173;table proclamation de l'av&#232;nement d'un monde nouveau, celui de l'humanisme, un humanisme qui reste assur&#233;ment chr&#233;tien, mais qui lib&#232;re l'homme d'une soumission totale &#224; Dieu. Le texte de Pic, exemplaire de la Renaissance, fait le d&#233;part entre deux &#233;tats : tant que les hommes n'ont aucune prescience de leur &#233;tat d'inach&#232;vement, ils restent &#233;troitement soumis &#224; Dieu, mais d&#232;s qu'ils acc&#232;dent &#224; une forme de conscience de cet &#233;tat, ils tendent &#224; gagner en libre arbitre.&lt;br class='manualbr' /&gt;On retrouve chez Pic l'id&#233;e d'un homme inachev&#233; qui doit d'abord, avant de se confier aveugl&#233;ment &#224; Dieu, se finir lui-m&#234;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette rencontre des traditions platonicienne et jud&#233;o-chr&#233;tienne &#233;tait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Il n'y a l&#224; aucun acte de d&#233;fiance envers Dieu &#8211; cela viendra plus tard &#8211;, mais il y a assur&#233;ment le projet d'une nouvelle alliance entre les hommes et Dieu. Avant ce pas, il n'y avait pas vraiment de solution pour res&#173;ter chr&#233;tien tout en affirmant la responsabilit&#233; propre de l'homme dans son accomplissement. Or, Pic trouve l'issue en &#233;non&#231;ant que c'est pr&#233;cis&#233;ment l&#224; ce que Dieu vou&#173;lait. Selon Pic, en effet, vouloir s'accomplir soi-m&#234;me parti&#173;cipe exactement du dessein divin &#224; propos de l'homme. L'homme doit devenir l'artisan de sa destin&#233;e.&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour Pic, l'homme est un microcosme, compos&#233; d'&#233;l&#233;&#173;ments emprunt&#233;s aux trois ordres de r&#233;alit&#233;. Ces trois ordres de r&#233;alit&#233; sont le monde intellectuel &#8211; celui de Dieu et des anges &#8211;, le monde c&#233;leste &#8211; celui des corps c&#233;lestes &#8211; et enfin le monde &#233;l&#233;mentaire ou sublunaire &#8211; celui des &#234;tres terrestres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette id&#233;e des trois mondes est h&#233;rit&#233;e de la tradition n&#233;oplatoni&#173;cienne et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Dans la substance humaine, ces &#233;l&#233;ments sont le corps, l'&#226;me et l'esprit, ce dernier ayant une fonction de synth&#232;se unifiante entre les deux premiers. L'homme, incomplet, se trouve dans l'attente de r&#233;aliser sa propre essence. Du fait de sa non-finition, il occupe donc une position exceptionnelle parmi toutes les cr&#233;atures : il est libre puisque son essence ne lui est pas conf&#233;r&#233;e par la providence divine ou par la force obscure de la nature. L'homme est donc l'artisan de son propre destin. Il n'est plus soumis &#224; un suprad&#233;terminisme aveugle. Bien au contraire, si Dieu a fait l'homme incomplet, c'est pour qu'il puisse faire jouer son libre arbitre et sa raison. &lt;br class='manualbr' /&gt;Cette id&#233;e de Pic aura une grande fortune &#224; l'&#233;poque de la Renaissance et bien au-del&#224; puisqu'elle constituera l'acte de fondation d'un nouveau monde en train de se lib&#233;rer de la tutelle absolue de Dieu. Ce que je tiens comme une v&#233;ritable prescience de l'id&#233;e n&#233;ot&#233;nique est parfaitement audible dans ce c&#233;l&#232;bre fragment d'un texte de Pic, r&#233;dig&#233; en 1486, l'&lt;i&gt;Heptaplus&lt;/i&gt;, repris dans l'&lt;i&gt;Oratio de hominis dignitate &lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;L'Architecte Supr&#234;me a choisi l'homme, cr&#233;ature d'une nature impr&#233;cise, et, le pla&#231;ant au centre du monde, s'adressa &#224; lui en ces termes : &#171; Nous ne t'avons donn&#233; ni place pr&#233;cise, ni forme qui te soit propre, ni fonction particuli&#232;re, Adam, afin que, selon tes envies et ton discernement, tu puisses prendre et poss&#233;der la place, la forme et les fonctions que tu d&#233;sireras. La nature de toutes les autres choses est limit&#233;e et contenue &#224; l'int&#233;rieur des lois que nous leur avons prescrites. Toi, que nulle limite ne contraint, conform&#233;ment &#224; la libre volont&#233; que nous avons plac&#233;e dans tes mains, d&#233;cideras des propres limites de ta nature. Nous t'avons plac&#233; au centre du monde pour que, de l&#224;, tu puisses plus facilement en observer les choses. Nous ne t'avons cr&#233;&#233; ni de ciel, ni de terre ; ni immortel, ni mortel, pour que, par ton libre arbitre, comme si tu &#233;tais le cr&#233;ateur de ton propre moule, tu puisses choisir de te fa&#231;onner dans la forme que tu pr&#233;f&#233;reras&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marguerite Yourcenar, qui a choisi ce texte comme &#233;pigraphe &#224; l'&#338;u&#173;vre au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Comme l'a &#233;crit Ernst Cassirer, dans une &#233;tude sur Pic de La Mirandole&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. Cassirer, &#171; La filosophia di Pico della Mirandola e il suo posto nella (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, seul un &#226;ge inspir&#233; et profond&#233;ment im&#173;pr&#233;gn&#233; d'un nouvel id&#233;al de l'homme pouvait faire jaillir de tels accents. Or ces inflexions se fondent clairement sur l'id&#233;e, pr&#233;n&#233;ot&#233;nique, de la &#171; nature impr&#233;cise de l'homme &#187; qui reprend tr&#232;s explicitement l'id&#233;e platonicienne d'un homme cr&#233;&#233; sans &#171; facult&#233;s &#187; ni &#171; &#233;quipement &#187;. La gran&#173;de nouveaut&#233;, c'est &#233;videmment que la non-finition de l'homme ne r&#233;sulte plus d'un des nombreux &#233;pisodes de la lutte des Titans et des Olympiens, mais est port&#233;e au compte de l'&#171; Architecte Supr&#234;me &#187;. Cette greffe platoni&#173;cienne dans le monoth&#233;isme, op&#233;r&#233;e par Pic, entra&#238;ne rien moins qu'une r&#233;volution : le libre arbitre se trouve d&#233;sormais install&#233; dans le christianisme. &lt;br class='manualbr' /&gt;Cette grande id&#233;e allait &#234;tre appel&#233;e &#224; se d&#233;cliner de multiples mani&#232;res tout au long de l'&#233;poque moderne. C'est ainsi que, depuis la Renaissance, on trouve, derri&#232;re les grands r&#233;cits d'&#233;mancipation (de l'individu, de la soci&#233;t&#233;) une claire r&#233;f&#233;rence &#224; cette id&#233;e n&#233;ot&#233;nique avant la lettre comme si cela constituait le puissant r&#233;cit souterrain sous&#173; rendant les mythes constitutifs de l'Occident moderne, de l'humanisme de la Renaissance aux r&#233;cits d'&#171; &#233;clairement &#187; des Lumi&#232;res et d'&#233;mancipation du romantisme. &lt;br class='manualbr' /&gt;Du c&#244;t&#233; de ce qu'on a parfois appel&#233; &#171; la philosophie de la Renaissance fran&#231;aise &#187;, on a pu montrer, en suivant un fil g&#233;n&#233;alogique allant du th&#233;ologien Raymond Sebond jus&#173; qu'&#224; Descartes et passant par Bovelles, Montaigne et Char&#173;ron, ce que ces penseurs devaient &#224; l'id&#233;e prom&#233;th&#233;enne d'accomplissement de l'homme venue de la Renaissance italienne par Pic de La Mirandole et par son contempo&#173;rain, le n&#233;oplatonicien Marsile Ficin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je renvoie sur ce point aux travaux d'Emmanuel Faye, Philosophie et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour rester dans la lign&#233;e spirituelle de Pic, on pourrait &#233;voquer le mot c&#233;l&#232;bre d'&#201;rasme dans son &lt;i&gt;Trait&#233; de &lt;/i&gt;&lt;i&gt;l'&#233;du&#173;cation des enfants&lt;/i&gt; de 1529 : &#171; L'homme ne na&#238;t pas homme, il se fabrique tel. &#187; L&#224; encore, ce mot &#224; forte prescience n&#233;ot&#233;nique aura une efficacit&#233; d&#233;cisive puisqu'on le re&#173;trouvera, port&#233; &#224; de nouvelles cons&#233;quences, dans la philo&#173;sophie kantienne de l'&#233;ducation. C'est pr&#233;cis&#233;ment parce que l'homme na&#238;t inachev&#233; que se pose la question de son &#233;ducation, et que s'offre l'insigne possibilit&#233; de l'av&#232;nement d'un sujet critique, celui de l'&lt;i&gt;Aufklarung&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je me permets de renvoyer aux passages que j'ai consacr&#233;s &#224; Kant et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &#171; Un ani&#173;mal, &#233;crit ainsi Kant, est par son instinct m&#234;me tout ce qu'il peut &#234;tre ; une raison &#233;trang&#232;re a pris d'avance pour lui tous les soins indispensables. Mais l'homme a besoin de sa propre raison. Il n'a pas d'instinct et il faut qu'il se fasse &#224; lui-m&#234;me son plan de conduite. Mais, comme il n'en est pas imm&#233;dia&#173;tement capable, et qu'il arrive dans le monde &#224; l'&#233;tat sau&#173;vage, il a besoin du secours des autres. L'esp&#232;ce humaine est oblig&#233;e de tirer peu &#224; peu d'elle-m&#234;me par ses propres efforts toutes les qualit&#233;s naturelles qui appartiennent &#224; l'hu&#173;manit&#233;. Une g&#233;n&#233;ration fait l'&#233;ducation de l'autre. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. Kant, Trait&#233; de p&#233;dagogie [1776-1787], Paris, Hachette, 1981. Cette id&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;On peut trouver cette id&#233;e d&#233;velopp&#233;e dans d'autres textes de Kant, par exemple dans &lt;i&gt;Id&#233;e d'une histoire universelle au point de vue cosmopolitique&lt;/i&gt; [1784]&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Disponible sur [http://classiques.uqac.ca/classique...]&#034; id=&#034;nh20-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Kant explique, dans la &#171; troisi&#232;me proposition &#187;, que &#171; la nature semble s'&#234;tre complu [&#224; l'&#233;gard de l'homme] dans sa plus grande &#233;conomie et elle a mesur&#233; au plus juste, avec beau&#173; coup de parcimonie, sa dotation animale &#187;. De sorte que &#171; [l'homme] doit tout tirer de lui-m&#234;me. L'invention des moyens de se nourrir, de s'abriter, d'assurer sa s&#233;curit&#233; et sa d&#233;fense (pour lesquelles la nature ne lui a donn&#233; ni les cornes du taureau, ni les griffes du lion, ni les crocs du chien, mais seulement des mains), tous les divertissements qui peuvent rendre la vie agr&#233;able, m&#234;me son intelligence et sa prudence et m&#234;me la bont&#233; de la volont&#233;, tout cela devait enti&#232;rement &#234;tre son propre ouvrage &#187;. &lt;br class='manualbr' /&gt;C'est une v&#233;ritable th&#233;orie de la n&#233;ot&#233;nie avant la lettre qui s'&#233;nonce chez Kant. Son trait principal est en effet parfaitement rep&#233;r&#233; : il touche &#224; la diff&#233;rence de l'animal et de l'homme. L'animal est d'embl&#233;e &#171; tout ce qu'il peut &#234;tre &#187;, c'est-&#224;-dire qu'il est achev&#233;, tandis que l'homme &#171; n'a pas d'instinct &#187;. Il arrive au monde inachev&#233;, manquant de ce dont tous les animaux sont porteurs. Il faut donc suppl&#233;er &#224; ce d&#233;faut de nature en puisant, par l'&#233;ducation, dans la cul&#173;ture humaine accumul&#233;e par les g&#233;n&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes pour donner &#224; l'homme ce qui devrait lui permettre de s'accomplir. Kant va m&#234;me jusqu'&#224; voir dans ce manque d'&#233;quipement une v&#233;ritable ruse de la nature poussant sans cesse l'homme &#224; se d&#233;passer pour chercher un &#233;tat lui per&#173;mettant de pouvoir d&#233;velopper toutes les dispositions potentielles de l'humanit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. Kant, Trait&#233; de p&#233;dagogie, dans la &#171; huiti&#232;me proposition &#187;, parle d'un &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Cette conception, qui articule l'existence de la raison au manque de premi&#232;re nature chez l'homme, est congruente avec le fait que, chez Kant, comme on le sait, Dieu n'est pas prouv&#233; par les arguments ontologiques. Certes Kant consent &#224; reconna&#238;tre en Dieu une causalit&#233; ant&#233;rieure &#224; l'homme, mais cette ant&#233;riorit&#233; n'est toutefois rien sans la n&#233;cessit&#233; &lt;i&gt;morale&lt;/i&gt; d'une activit&#233; critique. L'ancienne m&#233;&#173;taphysique dogmatique est ainsi r&#233;cus&#233;e au profit d'une nouvelle reposant sur une activit&#233; en devenir, une fina&#173;lit&#233; jamais totalement accomplie, se d&#233;veloppant dans la contradiction et le conflit. C'est pour Kant la seule voie pour que la raison, apanage de l'Homme, soit &#224; la hauteur de la causalit&#233; garantie par Dieu. La raison a en effet pour seule loi de se quitter d&#232;s l'instant qu'elle croit se saisir : &#171; . Dans ce qu'on appelle l'&#226;me, tout est dans un perp&#233;tuel &#233;coulement, except&#233; peut-&#234;tre, si l'on y tient absolument, le &lt;i&gt;Ich&lt;/i&gt; qui n'est si simple que parce que cette repr&#233;sentation est vide de contenu &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. Kant, Critique de la raison pure, trad. Tremesaygues et Pacaud, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Si ce &lt;i&gt;I&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ch&lt;/i&gt; &#8211; ce &#171; je &#187; &#8211; est finale&#173; ment sans contenu, c'est fondamentalement parce que l'homme &#171; n'a pas d'instinct &#187;, autrement dit parce qu'il est un n&#233;ot&#232;ne, &#224; qui ne peut rien &#233;choir d'autre que la contrainte de cette activit&#233; en proc&#232;s appel&#233;e l'&lt;i&gt;imagination transcendantale&lt;/i&gt;. Au fond du sujet critique kantien, c'est-&#224;&#173; dire au fond de l'id&#233;al des Lumi&#232;res, on retrouve donc une id&#233;e pr&#233;n&#233;ot&#233;nique, de forme &#233;pim&#233;th&#233;o-prom&#233;th&#233;enne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je pr&#233;f&#232;re dire &#171; mythe &#233;pim&#233;th&#233;o-prom&#233;th&#233;en &#187; plut&#244;t que simple&#173; ment &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui soutient tout l'&#233;difice. &lt;br class='manualbr' /&gt;C'est exactement cette id&#233;e qu'on retrouve chez Fichte lorsqu'il d&#233;clare, dans une formule lapidaire et d&#233;cisive, que &#171; chaque animal est ce qu'il est ; l'homme, seul, origi&#173;nairement, n'est absolument rien &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. G. Fichte, Fondement du droit naturel [1796], trad. Alain Renaut, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.Mais chez Fichte, c'est justement parce que l'homme, originairement, n'est rien que le &lt;i&gt;I&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ch&lt;/i&gt; ne peut &#234;tre vide, car il doit tout soutenir. Pour Fichte en effet, le fondement de toute exp&#233;rience est l'acti&#173;vit&#233; pure et spontan&#233;e du &lt;i&gt;I&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ch&lt;/i&gt;, qui peut se saisir en sa v&#233;rit&#233; par la conscience, gr&#226;ce &#224; ses intuitions intellectuelles. Le &lt;i&gt;I&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ch&lt;/i&gt; doit s'appr&#233;hender dans son autoaffirmation en allant in&#233;luctablement &#224; la rencontre du non-&lt;i&gt;I&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ch&lt;/i&gt; et de l'alt&#233;rit&#233; &#8211; on comprend pourquoi Fichte a souvent &#233;t&#233; consid&#233;r&#233; comme le p&#232;re de l'existentialisme. La conscience est alors pensable comme cette rencontre dynamique du &lt;i&gt;I&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ch&lt;/i&gt; avec le non-&lt;i&gt;I&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ch&lt;/i&gt; dans laquelle le &lt;i&gt;I&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ch&lt;/i&gt; et le monde se d&#233;finissent et se r&#233;alisent r&#233;ciproquement. C'est beaucoup moins &#224; un id&#233;alisme absolu que l'on a affaire, qu'&#224; une dialectique reliant l'id&#233;alisme et le r&#233;alisme, o&#249; le &lt;i&gt;I&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ch&lt;/i&gt; est d&#233;fini comme unit&#233; de la conscience et du r&#233;el. &lt;br class='manualbr' /&gt;Il se trouve qu'en 1799, soit imm&#233;diatement apr&#232;s l'ex&#173; pression de l'id&#233;e pr&#233;n&#233;ot&#233;nique selon laquelle l'homme, originairement, n'est rien et l'affirmation de la pr&#233;&#233;minence du &lt;i&gt;I&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ch&lt;/i&gt;, Fichte est accus&#233; d'ath&#233;isme. L'accusation est assez grave pour que Fichte soit chass&#233; d'I&#233;na et oblig&#233; de se r&#233;fugier &#224; Berlin et, de l&#224;, &#224; Erlangen. Si Fichte est accus&#233; d'ath&#233;isme, c'est pour avoir ni&#233; l'existence d'un Dieu ext&#233;&#173;rieur &#224; la conscience, comparable &#224; une v&#233;ritable chose en soi. Or, pour Fichte, Dieu n'est pas une chose, il retournera donc contre ses adversaires l'accusation d'ath&#233;isme, leur reprochant de c&#233;l&#233;brer, &#224; la place de l'id&#233;al, une idole et de fonder la conscience dans une chose. Cette accusation est donc un aveu de faiblesse de la part des gardiens du temple : tout se passe comme si la mise en place d'une figure puissante du &lt;i&gt;I&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ch&lt;/i&gt; impliquait le d&#233;clin de l'ontoth&#233;ologie classique. En ce sens, Fichte constitue un jalon im&#173;portant entre la philosophie classique (o&#249; l'homme cher&#173;chait son salut dans la connaissance de Dieu) et celle de l'&#233;poque moderne (o&#249; il trouve ce salut par la connais&#173;sance et la r&#233;alisation de soi dans le monde).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?904-qu-est-ce-que-la-neotenie-humaine' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Seconde partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb20-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Louis Bolk, &lt;i&gt;Das Problem der Menschwerdung&lt;/i&gt; [1926], &#171; La gen&#232;se de l'homme &#187; in Arguments, 1960, trad. J.-C. Keppy (avec une pr&#233;sentation de Louis Bolk par Georges La passade) et &#171; Le probl&#232;me de la gen&#232;se humaine &#187;, in Revue fran&#231;aise de psychanalyse, mars-avril 1961, trad. nou&#173;velle de F. Gantheret et G. Lapassade. &lt;br class='manualbr' /&gt;Il semblerait en fait que la premi&#232;re mention de l'id&#233;e de n&#233;ot&#233;nie humaine remonte &#224; un article de cinq ans ant&#233;rieur, d&#251; &#224; &#201;mile Devaux qui parle de &#171; l'infantilisme de l'homme &#187; (je remercie Marc Levivier, en th&#232;se avec moi sur la question de la n&#233;ot&#233;nie, de m'avoir communiqu&#233; cette information). Cf. &#201;. Devaux, &#171; L'infantilisme de l'homme par rap&#173;port aux anthropo&#239;des &#187;, &lt;i&gt;Revue g&#233;n&#233;rale des sciences pures et appliqu&#233;es&lt;/i&gt;, tome trente-deuxi&#232;me, Paris, &#233;d. Gaston Doin, 1921. L'article d'&#201;mile Devaux, m&#233;decin principal des troupes coloniales, est d'excellente tenue scientifique, sans allusion raciale (contrairement &#224; un passage de l'article de Bolk). Il parle au contraire de &#171; l'infantilisme de l'homme &#187; comme d'un &#171; fait commun &#224; toutes les races humaines &#187;. Il semble toutefois que l'an&#173;cien m&#233;decin des troupes coloniales n'ait pas toujours r&#233;sist&#233; &#224; particulari&#173;ser &#171; le n&#232;gre &#187; (voir son livre &lt;i&gt;L'Esp&#232;ce, l'instinct, l'homme&lt;/i&gt;, Paris, Le Fran&#173;&#231;ois, 1933, p. 224-225).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Notamment par le grand biologiste et anthropologue S. J. Gould. De Gould, sur la n&#233;ot&#233;nie de l'homme, cf. &lt;i&gt;Darwin et les grandes &#233;nigmes de la vie&lt;/i&gt; [1977], Paris, Pygmalion, 1979 (cf. chap. 7 et 8 sur Bolk et la n&#233;ot&#233;nie ), et &lt;i&gt;Le Pouce du Panda&lt;/i&gt; [1980], Paris, Grasset, 1982.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;H&#233;siode, cf. &lt;i&gt;La Th&#233;ogonie&lt;/i&gt;, v. 507-617, et &lt;i&gt;Les Travaux et les Jours&lt;/i&gt;, v. 42-105.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Eschyle,&lt;i&gt; Prom&#233;th&#233;e encha&#238;n&#233;&lt;/i&gt;, v. 32, 150, 324, 389, 403, 519, 526, 837, 939.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Eschyle, &lt;i&gt;Prom&#233;th&#233;e encha&#238;n&#233;&lt;/i&gt;, v. 110, 254, 447, 497, 506, 514.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir le remarquable article de Michelle Carrier, &#171; D'un Prom&#233;th&#233;e oubli&#233; &#187;, consultable sur le site http:/&lt;a href=&#034;https://www.er.uqam.ca/nobel/mtsl23/car&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.er.uqam.ca/nobel/mtsl23/car&lt;/a&gt;&#173;rier.html&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Eschyle, &lt;i&gt;Prom&#233;th&#233;e encha&#238;n&#233;&lt;/i&gt;, v. 506.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Platon, &lt;i&gt;Protagoras&lt;/i&gt;, 320 c-32ld (trad. A. Croiset, Paris, &lt;i&gt;Les Belles&#173; Lettres&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On consultera avec grand profit le travail monumental de Raymond Trousson, &lt;i&gt;Le Th&#232;me de Prom&#233;th&#233;e dans la litt&#233;rature europ&#233;enne&lt;/i&gt;, Gen&#232;ve, Droz, 2001 (troisi&#232;me &#233;dition corrig&#233;e d'un ouvrage paru en 1964).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cette rencontre des traditions platonicienne et jud&#233;o-chr&#233;tienne &#233;tait d'autant plus concevable que le th&#232;me de l'inach&#232;vement est &#233;galement pr&#233;sent dans la tradition patristique. (Je remercie Andr&#233; W&#233;nin, &#233;minent bibliste, d'avoir attir&#233; mon attention sur cette question. Voir Andr&#233; W&#233;nin, &lt;i&gt;Pas seulement de pain... Violence et alliance dans la Bible&lt;/i&gt;, Paris, &#201;ditions du Cerf, 1998, cf.&#171; L'humain inachev&#233; &#187;, p. 26-38). Par exemple, ce passage du &lt;i&gt;Peri Arch&#244;n&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Trait&#233; des Principes&lt;/i&gt;) d'Orig&#232;ne (185-254) n'est pas sans &#233;vo&#173;quer le discours de Pic : &#171; L'homme a re&#231;u dans sa premi&#232;re cr&#233;ation la di&#173;gnit&#233; de l'image, mais la perfection de la ressemblance est r&#233;serv&#233;e pour la fin : &#224; savoir que lui-m&#234;me doit l'acqu&#233;rir par ses propres efforts &#187; (III, 6, 1) (cit&#233; par Marie Balmary, &lt;i&gt;La Divine Origine&lt;/i&gt;, Paris, Grasset, Le Livre de Poche, 1998, p. 103). II y aurait donc en l'homme deux dignit&#233;s : celle qui est conf&#233;r&#233;e par l'image divine re&#231;ue en donation premi&#232;re et la dignit&#233; sp&#233;cifique de l'homme appel&#233; &#224; se finir, &#224; s'accomplir, sur laquelle Pic met l'accent. Il faut ici remarquer que le nouage de la tradition platonicienne et de l'ex&#233;g&#232;se de la Bible, initi&#233; par les P&#232;res de l'&#201;glise et r&#233;alis&#233; &#224; la Re&#173;naissance par Pic, passe par cette question de l'inach&#232;vement de l'homme, laquelle prend ainsi un relief tout particulier dans notre culture.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cette id&#233;e des trois mondes est h&#233;rit&#233;e de la tradition n&#233;oplatoni&#173;cienne et des &#233;crits du pseudo-Denys, dit Denys l'Ar&#233;opagite (V-VIe si&#232;cle).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Marguerite Yourcenar, qui a choisi ce texte comme &#233;pigraphe &#224; l'&lt;i&gt;&#338;u&#173;vre au noir&lt;/i&gt;, traduit ainsi ce passage : &#171; Je ne t'ai donn&#233; ni visage, ni place qui te soit propre, ni aucun don qui te soit particulier, Adam, afin que ton visage, ta place et tes dons, tu les veuilles, les conqui&#232;res et les poss&#232;des par toi-m&#234;me. Nature enferme d'autres esp&#232;ces en des lois par moi &#233;tablies. Mais toi, que ne limite aucune borne, par ton propre arbitre, entre les mains duquel je t'ai plac&#233;, tu te d&#233;finis toi-m&#234;me. Je t'ai plac&#233; au milieu du monde, afin que tu pusses mieux contempler ce que contient le monde. Je ne t'ai fait ni c&#233;leste, ni terrestre, ni mortel, ni immortel, afin que, de toi&#173; m&#234;me librement, &#224; la fa&#231;on d'un bon peintre ou d'un sculpteur habile, tu ach&#232;ves ta propre forme. &#187; Dans d'autres traductions, la derni&#232;re ligne, reprenant un c&#233;l&#232;bre passage des &lt;i&gt;Enn&#233;ades&lt;/i&gt; de Plotin, est traduite ainsi : &#171; afin que (&#8230;) tu sculptes ta propre statue &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;E. Cassirer, &#171; La filosophia di Pico della Mirandola e il suo posto nella storia universile delle idee &#187;, in P O. Kristeller, &lt;i&gt;Dall'umanesimo all'illuminismo&lt;/i&gt;, Florence, La Nuova Italia, 1967.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Je renvoie sur ce point aux travaux d'Emmanuel Faye, &lt;i&gt;Philosophie et perfection de l'homme, de la Renaissance &#224; Descartes&lt;/i&gt;, Paris, Vrin, 1998.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Je me permets de renvoyer aux passages que j'ai consacr&#233;s &#224; Kant et l'&#233;ducation dans D.-R. Dufour, &lt;i&gt;L'Art de r&#233;duire les t&#234;tes &#8211; sur la nouvelle servitude de l'homme lib&#233;r&#233; &#224; l'&#232;re du capitalisme total&lt;/i&gt;, Paris, Deno&#235;l, 2003, chap. 2.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;E. Kant, &lt;i&gt;Trait&#233; de p&#233;dagogie&lt;/i&gt; [1776-1787], Paris, Hachette, 1981. Cette id&#233;e se trouvait d&#233;j&#224; chez Rousseau : &#171; Nous naissons faibles, nous avons besoin de force ; nous naissons d&#233;pourvus de tout, nous avons besoin d'assistance ; nous naissons stupides, nous avons besoin de jugement. Tout ce que nous n'avons pas &#224; notre naissance et dont nous avons besoin &#233;tant grands, nous est donn&#233; par l'&#233;ducation &#187; (cf d&#233;but de &lt;i&gt;L'&#201;mile&lt;/i&gt;, 1762).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Disponible sur [&lt;a href=&#034;http://classiques.uqac.ca/classiques/kant_emmanuel/idee_histoire_univ/idee_histoire.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://classiques.uqac.ca/classique...&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;E. Kant, &lt;i&gt;Trait&#233; de p&#233;dagogie&lt;/i&gt;, dans la &#171; huiti&#232;me proposition &#187;, parle d'un &#171; plan cach&#233; de la nature &#187; menant irr&#233;sistiblement &#224; la cr&#233;ation d'&#171; un &#201;tat cosmopolitique universel &#187; (&lt;i&gt;ein allgemeiner welt&#252;rgerlicher Zustand&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;E. Kant, &lt;i&gt;Critique de la raison pure&lt;/i&gt;, trad. Tremesaygues et Pacaud, Paris, PUF, 1971, p. 308.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Je pr&#233;f&#232;re dire &#171; mythe &#233;pim&#233;th&#233;o-prom&#233;th&#233;en &#187; plut&#244;t que simple&#173; ment &#171; mythe de Prom&#233;th&#233;e &#187; afin de bien rendre compte des deux ver&#173;sants de ce mythe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;J. G. Fichte, &lt;i&gt;Fondement du droit naturel&lt;/i&gt; [1796], trad. Alain Renaut, Paris, PUF, 1984, p. 85.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Une &#171; d&#233;mocratie &#187; sans la participation des citoyens</title>
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		<dc:date>2017-05-07T13:32:05Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>D&#233;mocratie directe</dc:subject>
		<dc:subject>Castoriadis C.</dc:subject>
		<dc:subject>Insignifiance</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;lectoralisme</dc:subject>
		<dc:subject>Entretien</dc:subject>
		<dc:subject>Oligarchie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Entretien de Corn&#233;lius Castoriadis avec Anne-Brigitte Kern, publi&#233; dans Transversales Sciences/Culture, n&#176; 7, f&#233;vrier 1991, sous le titre ;&#171; O&#249; en sommes-nous de la d&#233;mocratie ? &#187; repris dans &#171; Une soci&#233;t&#233; &#224; la d&#233;rive &#187;, Seuil, 2005, pp. 203-207 Lorsque l'on pose la question de la d&#233;mocratie aujourd'hui, c'est toujours de la repr&#233;sentative qu'il s'agit, pour la louer ou pour la critiquer. Nous n'en sommes gu&#232;re plus avanc&#233;s. Pouvons-nous avec vous porter l'interrogation au-del&#224;, par (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-131-oligarchie-+" rel="tag"&gt;Oligarchie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entretien de Corn&#233;lius Castoriadis avec Anne-Brigitte Kern, publi&#233; dans Transversales Sciences/Culture, n&#176; 7, f&#233;vrier 1991, sous le titre ;&#171; O&#249; en sommes-nous de la d&#233;mocratie ? &#187; repris dans &#171; Une soci&#233;t&#233; &#224; la d&#233;rive &#187;, Seuil, 2005, pp. 203-207&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lorsque l'on pose la question de la d&#233;mocratie aujourd'hui, c'est toujours de la repr&#233;sentative qu'il s'agit, pour la louer ou pour la critiquer. Nous n'en sommes gu&#232;re plus avanc&#233;s. Pouvons-nous avec vous porter l'interrogation au-del&#224;, par exemple vers la forme de la d&#233;mocratie participative ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pr&#233;f&#232;re pour ma part parler de d&#233;mocratie directe. Que si les citoyens ne participent pas &#224; la vie publique, rien n'est possible, c'est &#233;vident. Mais il ne suffit pas de r&#233;p&#233;ter : participation, participation. La question est : et pourquoi diable les citoyens participeraient-ils ? S'ils ne participent pas aujourd'hui, il y a sans doute des raisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est qu'en d&#233;mocratie repr&#233;sentative personne ne le leur demande. En plus, ils ne se croient pas, pour la plupart, libres de le faire. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le disait Rousseau des Anglais, ils ne sont libres que le jour des &#233;lections. Mais sont-ils m&#234;me libres ce jour-l&#224; ? Les cartes sont forc&#233;es, les pseudo-options sont pr&#233;d&#233;termin&#233;es par les partis &#8211; et, au surplus, vides. Que sont les &#171; programmes &#187; des partis politiques aujourd'hui, en France, en Angleterre ou ailleurs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Peut-&#234;tre en effet leurs diff&#233;rences ne sont pas tr&#232;s claires. A propos donc de la d&#233;mocratie contemporaine ... &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celle-ci est organis&#233;e, con&#231;ue de telle sorte que la participation des citoyens soit en fait impossible. Apr&#232;s quoi, les politiciens viennent pleurer sur leur crise de repr&#233;sentativit&#233;. Voici maintenant que M. Fabius se lamente en d&#233;couvrant diff&#233;rentes Am&#233;riques : la pri&#173;vatisation des gens, le d&#233;sint&#233;r&#234;t des citoyens, le vide du &#171; programme &#187; de son parti. Ou ces d&#233;put&#233;s socialistes qui, apr&#232;s avoir d&#233;crit le vide de la &#171; politique &#187; contemporaine, y compris celle de leur parti, concluent en nous invitant &#224; tenir ferme la &#171; ligne du Pr&#233;sident &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Monde, l 1 d&#233;cembre 1990 (&#171; Manifeste &#187;de douze d&#233;put&#233;s socialistes).&#034; id=&#034;nh21-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il y a longtemps que dans ce pays le ridicule ne tue plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les citoyens croient ne rien pouvoir contre cet &#233;tat des choses.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cadre du r&#233;gime actuel, ils ne peuvent en effet rien. Pour que les gens participent, il faut qu'ils aient la certitude, constamment v&#233;rifi&#233;e, que leur participation ou leur abstention feront une diff&#233;rence. Et cela n'est possible que s'il s'agit de participer &#224; la prise de d&#233;cisions effectives, qui affectent leur vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais cela ne peut &#234;tre le fait d'individus isol&#233;s. Seules des collectivit&#233;s sont en mesure de soutenir des actions qui ouvrent sur des d&#233;cisions.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certainement. La participation doit s'enraciner d'abord dans des lieux o&#249; les gens sont amen&#233;s, qu'ils le veuillent ou non, &#224; s'associer. Ces lieux existent, du moins formellement : ce sont les entreprises, les services publics, les communes, les quartiers des grandes villes, par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous dites formellement. C'est entendre que cela ne va pas de soi. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui. Le capitalisme bureaucratique, qui r&#233;git les entreprises et l'ensemble de la vie sociale, comme l'&#233;volution globale de notre culture, ce que j'appelle l'imaginaire social institu&#233;, tendent &#224; d&#233;truire les lieux traditionnels de socialisation et d'association, ou bien &#224; en faire des coquilles vides. Les structures bureaucratiques&#173; hi&#233;rarchiques d&#233;truisent les solidarit&#233;s. La culture pousse fr&#233;n&#233;tique&#173; ment vers une privatisation des individus, qui non seulement se d&#233;sint&#233;ressent des affaires communes, mais voient les autres comme des objets ou des ennemis potentiels qui les emp&#234;chent d'avancer dans l'embouteillage g&#233;n&#233;ral. Cela dit, l'instauration d'une vraie d&#233;mocratie exige beaucoup de tout le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Parce qu'elle met en jeu l'autonomie individuelle ...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle suppose l'autonomie de l'individu, c'est-&#224;-dire sa lucidit&#233;, sa r&#233;flexivit&#233;, sa responsabilit&#233;. Elle suppose aussi la compr&#233;hension par l'individu que, contrairement aux mystifications r&#233;pandues par le lib&#233;ralisme, son destin est radicalement solidaire de celui de tous les autres, qu'il appartient &#224; la m&#234;me plan&#232;te que ses semblables et qu'avec ces semblables ils sont actuellement en train de la d&#233;truire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais bien des questions qui se posent &#224; la collectivit&#233; apparaissent au citoyen comme abstraites. N'en ayant pas la compr&#233;hension, il pense que son exclusion des d&#233;cisions est fatale. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'illusion technicienne, l'illusion de l'expertise. Mais on ne compte plus les d&#233;cisions absurdes prises depuis trente ans par les experts ou sur leur avis, des abattoirs de la Villette au sur&#233;quipement nucl&#233;aire d'EDF. On a maintenant, ou on aura sous peu, des experts capables de modifier le g&#233;nome humain ; faudra-t-il les laisser en d&#233;cider ? Les experts sont presque toujours divis&#233;s, ce ne sont pas eux qui d&#233;cident ; lorsque les dirigeants veulent une &#171; expertise &#187; allant dans un certain sens, ils trouvent toujours des experts pour produire un rapport idoine. Je ne crois pas que, dans un r&#233;f&#233;rendum, le peuple fran&#231;ais aurait vot&#233; la construction d'avions renifleurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 1976, sur la foi de rapports fantaisistes, l'entreprise Elf signait un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il fallait &#234;tre polytechnicien et grand expert &#233;conomique, comme Giscard, pour y croire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution technologique permettrait de mettre l'expertise au service de la d&#233;mocratie. Elle permettrait l'organisation de vastes d&#233;bats publics, auxquels les experts, contr&#244;l&#233;s d&#233;mocratiquement, soumettraient par exemple les options possibles, les arguments essentiels pour chacune, leurs implications et cons&#233;quences respectives. Ainsi, les gens pourraient d&#233;cider en connaissance de cause &#8211; au lieu de se voir ass&#233;ner, comme aujourd'hui, les effets de d&#233;cisions prises en leur absence et dans la plus grande opacit&#233;. Mais tout cela pr&#233;suppose un changement radical d'un grand nombre de structures de cette soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A commencer par le syst&#232;me d'&#233;ducation o&#249; l'on n'apprend encore que l'ob&#233;issance ...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ob&#233;issance et anarchie, l'une ou l'autre, l'une et l'autre, et cela nous renvoie &#224; des traits essentiels de la crise de la culture occidentale. Chaque ministre produit une &#171; r&#233;forme &#187; du syst&#232;me &#233;ducatif, on triture interminablement &#8211; et tr&#232;s superficiellement &#8211; les programmes, et la somme de tout cela est &#233;gale &#224; z&#233;ro. Pourquoi le syst&#232;me d'&#233;ducation se d&#233;compose ? Il y a trois &#233;l&#233;ments fondamentaux, dont on ne parle jamais. D'abord, il ne peut y avoir &#233;ducation si les &#233;l&#232;ves ne sont pas int&#233;ress&#233;s par le fait d'apprendre et par ce qu'il y a &#224; apprendre. Actuellement, on est incapable de fournir une r&#233;ponse &#224; cette question ; la seule r&#233;ponse r&#233;elle, qui est d&#233;risoire, est : avec votre papier, vous pourrez obtenir du travail &#8211; ce qui n'est m&#234;me pas vrai. L'&#233;cole devient ainsi une usine de fabrication de certificats d'aptitude professionnelle. En deuxi&#232;me lieu, la question des enseignants. Enseigner n'est pas un m&#233;tier comme les autres, ce n'est pas un m&#233;tier pour &#171; gagner sa vie &#187;. Enseigner, c'est apprendre aux enfants &#224; aimer le fait d'apprendre, et pour cela il faut aimer enseigner et aimer les enfants. On ne peut rien transmettre si l'on n'est pas poss&#233;d&#233; par ces deux amours, et si l'on n'est pas capable d'inspirer de l'amour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est d&#232;s l'&#233;cole qu'on fabrique un &#234;tre humain, un citoyen. C'est l&#224; qu'on apprend &#224; comprendre, &#224; choisir ... &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes. Et cela m'am&#232;ne au troisi&#232;me point. Choisir exige d'&#234;tre capable de s'orienter et d'avoir une hi&#233;rarchie des valeurs. O&#249; sont ces valeurs dans la soci&#233;t&#233; d'aujourd'hui ? Dans une soci&#233;t&#233; qui n'affirme en fait comme seule valeur que l'argent&#8212; et qui, m&#234;me sur ce plan, est incoh&#233;rente, puisqu'elle a besoin d'informaticiens qu'elle paye d&#232;s leur sortie d'&#233;tudes trente ou quarante mille francs par mois, alors qu'elle en donne quinze &#224; leurs professeurs ? Qui deviendra professeur de math&#233;matiques demain ? Et pourquoi un juge, qui peut avoir &#224; d&#233;cider d'affaires portant sur des centaines de millions, restera-t-il int&#232;gre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si nous suivons en tout le mod&#232;le am&#233;ricain ...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais nous le suivons : comme le disait Marx de l'Angleterre de son &#233;poque, c'est le miroir o&#249; nous pouvons regarder notre avenir. On conna&#238;t la situation pitoyable du syst&#232;me &#233;ducatif am&#233;ricain dans le primaire et le secondaire. Elle &#233;tait, tr&#232;s partiellement, compens&#233;e par le syst&#232;me universitaire. Et maintenant les statistiques montrent que ces universit&#233;s avec leurs merveilleuses biblioth&#232;ques, leurs laboratoires de r&#234;ve, etc., doivent recruter presque en majorit&#233; des professeurs &#233;trangers, et des &#233;tudiants doctorants et postdoctorants &#233;trangers. Les &#201;tats-Unis n'arrivent pas m&#234;me &#224; reproduire leur &#233;lite culturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela pour dire que la d&#233;mocratie est une question qui d&#233;passe la politique. C'est une question totale. La soci&#233;t&#233; est domin&#233;e par une course folle, d&#233;finie par ces trois termes : technoscience, bureaucratie, argent. Si rien ne l'arr&#234;te, il pourra de moins en moins &#234;tre question de d&#233;mocratie. La privatisation, le d&#233;sint&#233;r&#234;t, l'&#233;goisme, seront partout &#8211; accompagn&#233;s de quelques explosions sauvages des exclus, minoritaires et incapables d'avoir une expression politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais le r&#234;ve de contr&#244;le, de ma&#238;trise g&#233;n&#233;rale du syst&#232;me que nourrissent les bureaucrates et les capitalistes ne se r&#233;alise pas !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est clair. Plus on &#233;tend des savoir-faire et des pouvoir-faire partiels, plus s'affirme un impouvoir g&#233;n&#233;ralis&#233;. La situation n'est domin&#233;e ni contr&#244;l&#233;e par personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est peut-&#234;tre la chance de l'humanit&#233;, notre chance de parvenir &#224; plus de sagesse ...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut de la sagesse, et il faut de la volont&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb21-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le Monde, l 1 d&#233;cembre 1990 (&#171; Manifeste &#187;de douze d&#233;put&#233;s socialistes).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;En 1976, sur la foi de rapports fantaisistes, l'entreprise Elf signait un contrat de plusieurs centaines de millions de francs pour acheter le brevet d'un proc&#233;d&#233; cens&#233; permettre &#224; des avions de d&#233;tecter &#224; distance les gisements de p&#233;trole.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Le Grand Refus d'Herbert Marcuse (3/3)</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?778-ce-que-furent-les-conseils</link>
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		<dc:date>2017-03-31T15:09:42Z</dc:date>
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		<description>
&lt;p&gt;Seconde partie disponible ici (.../...) 5 &#8211; Marcuse, ombres et lumi&#232;res De Marcuse, j'ai surtout retenu &#201;ros et Civilisation. Mais c'est que dans son &#339;uvre ult&#233;rieure, l'Inconscient n'y joue plus gu&#232;re de r&#244;le. Dans le Marxisme Sovi&#233;tique, &#224; la diff&#233;rence de Reich, seuls les facteurs &#233;conomiques et les jeux de force internationaux sont cens&#233;s expliquer l'&#233;volution politique et la distribution du pouvoir en Russie depuis la r&#233;volution de 1917. Les facteurs psychologiques ne sont pas (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?777-le-grand-refus-d-herbert-marcuse' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Seconde partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5 &#8211; Marcuse, ombres et lumi&#232;res&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De Marcuse, j'ai surtout retenu &lt;i&gt;&#201;ros &lt;/i&gt;&lt;i&gt;et&lt;/i&gt;&lt;i&gt; Civilisation. &lt;/i&gt;Mais c'est que dans son &#339;uvre ult&#233;rieure, l'Inconscient n'y joue plus gu&#232;re de r&#244;le.&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans le &lt;i&gt;Marxisme Sovi&#233;tique, &lt;/i&gt;&#224;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;la diff&#233;rence de Reich, seuls les facteurs &#233;conomiques et les jeux de force internationaux sont cens&#233;s expliquer l'&#233;volution politique et la distribution du pouvoir en Russie depuis&lt;i&gt; &lt;/i&gt;la r&#233;volution de 1917. Les facteurs psychologiques ne sont pas m&#234;me envisag&#233;s.&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans &lt;i&gt;L'Homme Unidimensionnel, &lt;/i&gt;la&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;psyche&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;n'est plus qu'une cire molle o&#249; vient s'imprimer le cachet social. Mais si, comme parait le croire Marcuse, les diverses manipulations technopsychologiques parviennent &#224; rendre l'homme uni-dimensionnel, c'est-&#224;-dire &#224; le transformer en animal social ayant perdu toute capacit&#233; de critique et de r&#233;sistance et parfaitement adapt&#233; &#224; une soci&#233;t&#233; mystifiante, c'est bien alors qu'en derni&#232;re analyse la &lt;i&gt;psy&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ch&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e &lt;/i&gt;n'a pas d'existence, &#224; tout le moins, pour une part autonome et organique au sens o&#249; nous l'avons d&#233;fini. Singuli&#232;re faiblesse conceptuelle en ce cas que de fonder tout un syst&#232;me sur l'indignation &lt;i&gt;&#233;thique, &lt;/i&gt;la r&#233;volte &lt;i&gt;morale &lt;/i&gt;contre&lt;i&gt; &lt;/i&gt;les ali&#233;nations, sans jamais s'interroger sur l'origine des valeurs au nom desquelles la lutte est men&#233;e. Au nom de quoi, pour&lt;i&gt; &lt;/i&gt;un esprit mat&#233;rialiste, d&#233;fendre l'homme contre la soci&#233;t&#233; si l'homme est&lt;i&gt; seulement &lt;/i&gt;une &#233;manation de cette soci&#233;t&#233; ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Certains marxistes ou marxologues contemporains s'opposent &#224; ce monisme par lequel l'anthropologie serait imm&#233;diatement r&#233;ductible &#224; la sociologie. Citons par exemple le th&#233;oricien polonais Adam Schaff :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Mais quel est donc le &lt;/i&gt;m&#233;canisme&lt;i&gt; de l'influence de la base sur la superstructure ? A cela nous ne savons pas r&#233;pondre avec pr&#233;cision. Le cha&#238;non manquant ici, c'est l'homme, le milieu humain dans lequel des impulsions donn&#233;es venant de la base sociale provoquent l'apparition ou bien la modification d'une conscience donn&#233;e (...). &lt;/i&gt;Il est aujourd'hui bien notoire que la psychologie est le talon d'Achille des recherches marxistes dans les domaines sociaux&lt;i&gt;. La gen&#232;se de ce fait r&#233;side entre autre sans doute dans la conception simpliste des relations base-superstructure qui semblait &#233;liminer &lt;/i&gt;&lt;i&gt;l'&lt;/i&gt;&lt;i&gt;inte&lt;/i&gt;&lt;i&gt;rm&#233;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;diaire du facteur psychologique&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Marxisme et l'Individu, p. 52. Soulign&#233; par nous.&#034; id=&#034;nh22-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai essay&#233; de montrer les aspects critiquables ou irrecevables de l'&#339;uvre de Marcuse pour un psychanalyste. Irrecevables non pas tant dans sa conception sociog&#233;n&#233;tique stricte et il peut, comme nous l'avons montr&#233; dans la premi&#232;re partie de cet Essai, s'appuyer sur les ambigu&#239;t&#233;s, voire les contradictions de Freud en ce domaine, dont il ne fait que pousser &#224; lent plus extr&#234;mes cons&#233;quences certaines positions th&#233;oriques. Mais irrecevables dans cet essai d'annulation du conflit &#339;dipien et de valorisation des pulsions partielles chez l'adulte, essai que je crois &#234;tre parvenu &#224; mettre en &#233;vidence dans son &#339;uvre.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'&#339;uvre de Marcuse pr&#233;sente pourtant un int&#233;r&#234;t ind&#233;niable.&lt;br class='manualbr' /&gt;Cet int&#233;r&#234;t r&#233;side d'abord, et cela a &#233;t&#233; souvent dit, dans la d&#233;nonciation du danger que les d&#233;veloppements technoscientifiques font courir aux valeurs humaines. Ce disant, il reprend souvent mot pour mot, et &lt;i&gt;avec &lt;/i&gt;la m&#234;me indignation &#233;thique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Citons Maximilien Rubel qui a bien mis en &#233;vidence cet aspect de l'&#339;uvre de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les critiques adress&#233;es par le jeune Marx &#224; la Soci&#233;t&#233; industrielle dans les &lt;i&gt;Manuscrits Parisiens &lt;/i&gt;de 1844 &#8212; critiques qui, ainsi qu'on le sait, furent reprises par bien d'autres auteurs depuis.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'int&#233;r&#234;t de Marcuse provient ensuite de ce qu'il a su redonner vigueur &#224; la probl&#233;matique des rapports entre Psychanalyse et Socio-histoire, probl&#233;matique dont l'&#233;clat avait bien p&#226;li depuis les ann&#233;es de l'avant-guerre.&lt;br class='manualbr' /&gt;II a su, encore, donner une importance majeure &#224; l'&#233;ventualit&#233; bien r&#233;elle d'une disparition de l'esp&#232;ce humaine au cours des prochaines ann&#233;es dans un conflit atomique. Cette &#233;ventualit&#233; que, au sein de mouvement psychanalytique, Franco Fornari a voulu, lui aussi, envisager&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Psichanalisti della guerra atomica.&#034; id=&#034;nh22-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Enfin, Marcuse a constamment insist&#233; sur les possibilit&#233;s&lt;i&gt; &lt;/i&gt;techniques qui existent aujourd'hui, d'&#233;manciper humainement la vie des hommes. Encore, comme nous rayons dit, conviendrait-il de s'interroger sur ce qu'est l'homme ? Mais il est ind&#233;niable qu'il existe un contraste entre le possible et le r&#233;el : &#224; savoir dans la r&#233;alit&#233; un &#233;norme gaspillage humain et technique &#8212; la &#171; civilisation du gadgets &#187; &#8212; et l'utilisation de la science et des richesses naturelles &#224; des fins destructrices et qui risquent m&#234;me d'amener l'annihilation de l'esp&#232;ce humaine. Peut-&#234;tre ici Marcuse compl&#232;te-t-il Freud qui avait insist&#233; dans &lt;i&gt;Malaise dans la Civilisation &lt;/i&gt;sur l'escalade parall&#232;le de la r&#233;pression instinctuelle par la soci&#233;t&#233; et de l'agressivit&#233; inconsciente des individus contre l'autorit&#233; sociale. Le point de rupture ne serait-il pas atteint lorsque l'&#233;cart devient par trop manifeste entre le r&#233;el &#8212; la mis&#232;re psychologique, la menace de destruction &#8212; et le possible ? Mais plus encore qu'entre r&#233;el et possible, l'effet de contraste n'est-il pas encore plus saisissant entre les deux termes du possible, tous deux, notons-le bien, port&#233;s par les r&#233;alisations scientifiques. D'un c&#244;t&#233;, le possible de l'annihilation atomique, de l'autre l'illusion d'un possible paradis terrestre : l'illusion d'un &#171; tout est possible &#187;. Nous reviendrons sur ce point dans la derni&#232;re partie de cet Essai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment comprendre qu'un homme de culture comme Marcuse dont on ne peut suspecter les hautes exigences &#233;thiques &lt;i&gt;conscientes &lt;/i&gt;plusieurs fois affirm&#233;es dans &lt;i&gt;&#201;ros et Civilisation &lt;/i&gt;en vienne &#224; se placer sur les positions id&#233;ologiques que nous avons d&#233;finies ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Un &#233;l&#233;ment de r&#233;ponse pourrait &#234;tre celui-ci :&lt;br class='manualbr' /&gt;A plusieurs reprises Marcuse pressent, mais pressent seulement, qu'une r&#233;flexion sur le conflit individu-soci&#233;t&#233; devrait passer par un approfondissement des recherches th&#233;oriques sur le Narcissisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. en particulier E. et C., pp. 150, 181, 199.&#034; id=&#034;nh22-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Deux notions fondamentales sont en effet pratiquement inconnues de lui, ou non utilis&#233;es par lui : celle de &lt;i&gt;Narcissisme secondaire, &lt;/i&gt;succ&#233;dant aux identifications secondaires, et celle &lt;i&gt;d'Id&#233;al du Moi, &lt;/i&gt;comme instance h&#233;riti&#232;re du Narcissisme archa&#239;que, amie le d&#233;passement du conflit &#339;dipien.&lt;br class='manualbr' /&gt;Car ce d&#233;passement serait de valeur bien limit&#233;e s'il se limitait seulement &#224; introduire une instance r&#233;pressive &#224; l'int&#233;rieur du Moi. En r&#233;alit&#233;, ce d&#233;passement consiste aussi, et surtout, en un recouvrement par le sujet de son amour de soi apr&#232;s l'immense d&#233;tour par le monde ext&#233;rieur op&#233;r&#233; depuis le clivage du Moi-Tout en sujet et en objet ; mais d'un amour de soi qui a pris maintenant une forme hautement &#233;labor&#233;e. Si le Moi Id&#233;al archa&#239;que &#233;tait le repr&#233;sentant des s&#233;quelles du Moi-Tout dans ses exigences d'absolu, l'Id&#233;al du Moi post-&#339;dipien est le repr&#233;sentant, lui, des Valeurs &#233;thiques.&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour Marcuse, le conflit &#339;dipien avec le p&#232;re&lt;i&gt; &lt;/i&gt;aboutit &#224; la constitution d'une, et d'une seule, instance : le Surmoi r&#233;pressif. Nulle part, dans &lt;i&gt;&#201;ros et Civilisation, &lt;/i&gt;il n'est question de l'id&#233;al du Moi.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le raisonnement de Marcuse parait &#234;tre alors celui-ci : si le conflit &#339;dipien avec le p&#232;re n'aboutit qu'&#224; une r&#233;pression instinctuelle et, dans le meilleur des cas, &#224; la formation du Surmoi, refusons globalement &#8211; ne serait-ce qu'en fantasme &#8212; et le conflit et le P&#232;re.&lt;br class='manualbr' /&gt;Toute &#233;lucidation du conflit individu-soci&#233;t&#233; nous para&#238;t donc passer par un approfondissement th&#233;orique du concept de Narcissisme.&lt;br class='manualbr' /&gt;Rappelons que Freud commen&#231;a &#224; d&#233;velopper ce concept (dans &lt;i&gt;Pour introduire le Narcissisme), &lt;/i&gt;puis y renon&#231;a finalement au profit de sa troisi&#232;me th&#233;orie des Instincts (Instinct de vie et Instinct de mort). L'article sur le Narcissisme qui essayait de conceptualiser une deuxi&#232;me th&#233;orie des. Instincts n'eut pas de suite. Rappelons &#233;galement, nous l'avons d&#233;j&#224; signal&#233; &#224; maintes reprises, ce fait essentiel qui parait avoir &#233;chapp&#233; &#224; Marcuse : alors qu'il avait d&#233;finitivement adopt&#233; en 1929 sa troisi&#232;me th&#233;orie des Instincts, Freud dans &lt;i&gt;Malaise dans la Civilisation &lt;/i&gt;ne fait pas d&#233;pendre l'issue du conflit individu-soci&#233;t&#233; de la lutte entre Instinct de vie et Instinct de mort, mais d'une &#171; discorde intestine dans l'&#233;conomie libidinale comparable &#224; la lutte pour la r&#233;partition de celle-ci entre le Moi et les objets &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M. dans la C., p. 57.&#034; id=&#034;nh22-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8212; de la lutte, donc, entre les investissements respectifs de la libido objectale et de la libido &lt;i&gt;narcissique.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Disons un mot pour terminer &#224; propos de ce que nous avons d&#233;crit, dans la &lt;i&gt;R&#233;volte contre le P&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#232;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;re &lt;/i&gt;sous le terme d'Id&#233;al technologique.&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous entendons par l&#224; l'introduction &#224; l'int&#233;rieur de l'appareil psychique &#8211; au&lt;i&gt; &lt;/i&gt;niveau du Moi et pouvant entrer en comp&#233;tition avec l'Id&#233;al du Moi post-&#339;dipien &#8211; d'un Id&#233;al qui est celui du rapport au monde par le travail &#224; l'int&#233;rieur de chaque civilisation. Une &#233;conomie fond&#233;e sur l'&#233;levage introduit certaines particularit&#233;s dans&lt;i&gt; &lt;/i&gt;le caract&#232;re d'un peuple, qui ne seront pas les m&#234;mes que dans une civilisation de la Machine. Il nous semble qu'il existe, au sein de la civilisation industrielle, une lutte entre un id&#233;al technologique de plus en plus puissant et un Id&#233;al du Moi de plus en plus l&#233;s&#233; ; les composantes les plus &#233;labor&#233;es de ce dernier une fois d&#233;truites, le narcissisme humain est contraint par ce que nous avons nomm&#233; des &#171; techniques contre-limitatives &#187;, de se donner des satisfactions r&#233;gressives : le Moi-Tout &#224; la place de l'Id&#233;al du Moi, l'Absolu &#224; la place des Valeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ces techniques contre-limitatives sapent la soci&#233;t&#233;, contrainte, sous peine d'&#233;clatement et d'explosion, de les laisser se d&#233;velopper : jeux, drogues, alcool ; agressivit&#233; archa&#239;que : criminalit&#233;, d&#233;linquance, h&#233;catombes routi&#232;res, etc. L'homme n'est jamais uni-dimensionnel pour un psychanalyste &#8212; le conflit intra-psychique est &#233;ternel, et qui dit conflit dit deux termes &#8212; et il existe au sein de notre soci&#233;t&#233; industrielle soit une frustration des &#233;l&#233;ments les plus &#233;labor&#233;s de l'Id&#233;al du Moi, soit un facteur de n&#233;gation de cette soci&#233;t&#233; lorsque cet Id&#233;al du Moi a r&#233;gress&#233; en Moi id&#233;al archa&#239;que.&lt;br class='manualbr' /&gt;Bien plut&#244;t qu'au niveau d'une lutte de classes qui n'est que simple reflet des forces en pr&#233;sence, le conflit actuel au sein des soci&#233;t&#233;s nous parait se situer entre d'une part les Valeurs et d'autre part une puissance &#233;trang&#232;re dominant l'homme et introduite au sein m&#234;me de sa &lt;i&gt;psyche, &lt;/i&gt;puissance li&#233;e au d&#233;veloppement industriel et technique. Lorsqu'on dit que l'outil a &#233;chapp&#233; &#224; la main de l'homme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La r&#233;volte contre le P&#232;re.&#034; id=&#034;nh22-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et suit son propre d&#233;veloppement autonome, on risque fort d'&#234;tre mal compris. Que serait l'outil sans l'homme ? Et pourtant il nous parait que l'outil, cr&#233;ation de l'homme, se sert &#224; pr&#233;sent de l'homme pour inventer de nouveaux outils. Un lieu commun tel que &#171; on n'arr&#234;te pas le progr&#232;s &#187; poss&#232;de son poids de v&#233;rit&#233;. Imagine-t-on un accord universel par lequel on d&#233;ciderait d'arr&#234;ter le progr&#232;s technique au point atteint, de ne plus inventer aucun outil, aucune machine, aucun proc&#233;d&#233; nouveaux ? Un tel accord est impensable, et s'op&#233;rerait d'ailleurs au d&#233;triment des sciences les plus utiles &#224; l'humanit&#233; (m&#233;decine, etc.). Nous sommes engag&#233;s dans une course o&#249; l'outil, la machine, imposent leurs exigences, d&#233;pla&#231;ant les populations an nom de la concentration industrielle n&#233;cessaire, modifiant le milieu naturel soit &#224; cause des besoins de mati&#232;re premi&#232;re, soit en raison du rejet des d&#233;chets industriels, etc&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous reprenons l'&#233;tude de cette question dans la derni&#232;re partie de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Quant &#224; la puissance propre de l'outil, on trouverait de&lt;i&gt; &lt;/i&gt;nombreuses citations dans l'&#339;uvre de Marx qui en t&#233;moignent.&lt;br class='manualbr' /&gt;Depuis le fameux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Les rapports sociaux sont intimement li&#233;s aux forces productives. En acqu&#233;rant de nouvelles forces productives, les hommes changent la mani&#232;re de gagner leur vie, ils changent tons leurs rapports sociaux.&lt;/i&gt; Le moulin &#224; bras vous donnera la soci&#233;t&#233; avec le suzerain ; le moulin &#224; vapeur, la soci&#233;t&#233; avec le capitalisme industriel&lt;i&gt; &#187; &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mis&#232;re de la Philosophie, tome I, Pl&#233;iade, p. 79. Soulign&#233; par nous.&#034; id=&#034;nh22-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;_ &lt;/i&gt;jusqu'&#224; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La machine prend avantage de la faiblesse de l'homme pour r&#233;duire l'homme &#224; l'&#233;tat de machine&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Manuscrits parisiens, tome II, Pl&#233;iade, p. 93.&#034; id=&#034;nh22-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est int&#233;ressant de noter qu'en dehors sans doute de toute lecture de Marx, Freud en vint &#224; une formulation semblable :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; (...) &lt;i&gt;le fait que l'homme devient toujours davantage mettre des &#233;l&#233;ments a sur les rapports sociaux des r&#233;percussions croissantes. Les hommes mettent au service de leur besoin d'agression leurs nouvelles conqu&#234;tes scientifiques, dont &lt;/i&gt;&lt;i&gt;ils&lt;/i&gt;&lt;i&gt; se servent pour se combattre les un&lt;/i&gt;&lt;i&gt;s&lt;/i&gt;&lt;i&gt; les autres. La d&#233;couverte des m&#233;taux, du bronze, du fer a provoqu&#233; la fin de certaines &#233;poques de la civilisation et la chute de leurs institutions sociales. J&lt;/i&gt;e crois vraiment que la poudre et les armes &#224; feu ont tu&#233; ta chevalerie et la noblesse &lt;i&gt;(...). Peut-&#234;tre m&#234;me la crise &#233;conomique actuelle qui a succ&#233;d&#233; &#224; la guerre est-elle une cons&#233;quence de notre derni&#232;re et magnifique victoire sur les &#233;l&#233;ments : la conqu&#234;te de l'air (...). (...) quand, en pleine p&#233;riode de paix et sans autre but que celui de faire des essais, un &lt;/i&gt;zeppelin&lt;i&gt; survola Londres, la guerre contre l'Allemagne devint fatale (..). (...) mon but &#233;tait seulement de vous faire observer que si l'homme subjugue la nature, cette ma&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#238;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;trise influence n&#233;cessairement les institutions &#233;conomiques &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nouvelles conf&#233;rences sur la Psychanalyse, pp 242-243. St. Ed., XXII, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voulions simplement indiquer &#224; cette place l'importance de &lt;i&gt;ce &lt;/i&gt;facteur technique se d&#233;veloppant en quelque sorte &#171; en roue libre &#187; une fois qu'il eut pris son d&#233;part, v&#233;ritable puissance autonome contraignant au changement les institutions sociales et politiques.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les deux termes du processus de civilisation nous paraissent &#234;tre d'une part la &#171; nature humaine &#187;, telle que nous ayons essay&#233; d'en reconna&#238;tre les &#233;l&#233;ments, et d'autre part, la puissance autonome de la technique.&lt;br class='manualbr' /&gt;Une pareille perspective nous conduira ult&#233;rieurement, nous l'esp&#233;rons, &#224; de nouveaux d&#233;veloppements qui ne trouveraient pas leur place dans cet Essai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons pour terminer qu'une question assez proche de notre formulation fut pos&#233;e &#224; Marcuse lors des d&#233;bats de l'Universit&#233; libre de Berlin-Ouest en juillet 1987. Transcrivons-la en son entier :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; (...) &lt;i&gt;peut-on esp&#233;rer, dans &lt;/i&gt;&lt;i&gt;l'&#233;tat&lt;/i&gt;&lt;i&gt; actuel des forces productives, dans la situation de gaspillage syst&#233;matique, fonctionnel, physique, de capital, ranimer chez les ouvriers la conscience de classe ? Ou bien nous trouvons-nous en pr&#233;sence d'un processus historique dans lequel ce n'est plus la r&#233;volution prol&#233;tarienne qui est &#224; l'ordre du jour, mais la r&#233;volution humaine ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce qui voudrait dire alors que nous devrions consid&#233;rer &lt;/i&gt;&lt;i&gt;l'&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ensemble des populations m&#233;tropolitaines comme potentiellement r&#233;volutionnaires : le d&#233;veloppement des forces de production ayant d&#233;mis de ses fonctions la classe capitaliste aurait d&#233;l&#233;gu&#233; les fonctions capitalistes aux non-capitalistes ; l'antagonisme entre le capital et le travail salari&#233; ne correspondrait plus &#224; l'antagonisme entre la classe prol&#233;tarienne et capitaliste, mais se jouerait d&#233;sormais comme le d&#233;crit Marx dans &lt;/i&gt;Mis&#232;re de la Philosophie&lt;i&gt; entre la force (vivante) de travail et la force (autonome) de production soustraite au travail humain, et que maintenant nous devrions nous employer &#224; reconqu&#233;rir. Ainsi la r&#233;volution future aurait perdu son caract&#232;re prol&#233;tarien, une classe faisant son salut pour toutes les autres, pour devenir la r&#233;volution humaine universelle, contre le syst&#232;me&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Fin de l'Utopie, pp 62, 63.&#034; id=&#034;nh22-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;A cette question Herbert Marcuse ne r&#233;pondit pas.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb22-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Marxisme &lt;/i&gt;&lt;i&gt;et l'Individu, &lt;/i&gt;p. 52. Soulign&#233; par nous.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Citons Maximilien Rubel qui a bien mis en &#233;vidence cet aspect de l'&#339;uvre de Karl Marx : &#171; &lt;i&gt;Il n'est pas besoin de lire Le&lt;/i&gt; Capital&lt;i&gt; entre les ligne pour y d&#233;couvrir d&#232;s l'abord une condamnation morale, un geste de refus&lt;/i&gt; &#187; Introduction an tome 2 des &lt;i&gt;&#338;uvres de Karl Marx &lt;/i&gt;(La Pl&#233;iade), p. XVII.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Psichanalisti della guerra atomica.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. en particulier &lt;i&gt;E&lt;/i&gt;&lt;i&gt;. et &lt;/i&gt;C., pp. 150, 181, 199.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;M. dans la C., p. &lt;/i&gt;57.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;La r&#233;volte contre le P&#232;re.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Nous reprenons l'&#233;tude de&lt;i&gt; &lt;/i&gt;cette question dans la derni&#232;re partie de la Conclusion : &#171; Les deux Natures, la Politique, les Valeurs &#187;.&lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Mis&#232;re de la Philosophie, &lt;/i&gt;tome I, Pl&#233;iade, p. 79. Soulign&#233; par nous.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Manuscrits parisiens, &lt;/i&gt;tome II, Pl&#233;iade, p. 93.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Nouvelles conf&#233;rences sur la Psychanalyse, &lt;/i&gt;pp 242-243. St. Ed., XXII, 177-178. Soulign&#233; par nous.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Fin de l'Utopie&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;pp 62, 63.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Le Grand Refus d'Herbert Marcuse (2/3)</title>
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		<dc:date>2017-03-23T14:10:58Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Premi&#232;re partie disponible ici (.../...) 3 &#8211; Le h&#233;ros culturel de Marcuse : le fils de la M&#232;re Quels sont les h&#233;ros culturels de Marcuse ? Certes pas Prom&#233;th&#233;e, dans lequel il voit &#171; le h&#233;ros arch&#233;type du principe de rendement &#187;, ce qui, soit dit au passage, impliquerait qu'une r&#233;pression sociale semblable &#224; celle existant de nos jours, s&#233;vissait &#224; l'&#233;poque o&#249; le mythe de Prom&#233;th&#233;e s'est constitu&#233;, et donc que la soci&#233;t&#233; industrielle poss&#233;derait pas le monopole de l'ali&#233;nation totale (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?631-le-grand-refus-d-herbert-marcuse' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Premi&#232;re partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3 &#8211; Le h&#233;ros culturel de Marcuse : le fils de la M&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels sont les h&#233;ros culturels de Marcuse ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Certes pas Prom&#233;th&#233;e, dans lequel il voit &#171; le h&#233;ros arch&#233;type du principe de rendement &#187;, ce&lt;i&gt; &lt;/i&gt;qui, soit dit au passage, impliquerait qu'une r&#233;pression sociale semblable &#224; celle existant de nos jours, s&#233;vissait &#224; l'&#233;poque o&#249; le mythe de Prom&#233;th&#233;e s'est constitu&#233;, et donc que la soci&#233;t&#233; industrielle poss&#233;derait pas le monopole de l'ali&#233;nation totale de l'individu d&#233;nonc&#233;e par Marcuse. Si, comme nous en avons d&#233;fendu la th&#232;se dans un autre travail, Prom&#233;th&#233;e figure &#224; la fois le conflit &#339;dipien avec le p&#232;re et la voie de son d&#233;passement, on comprend pourquoi Marcuse, s'il se contente de sous-estimer le drame d'Oedipe, homme adulte passant &#224; l'acte et incapable de s'identifier au p&#232;re, s'oppose r&#233;solument au th&#232;me d'un Prom&#233;th&#233;e parvenant, lui, &#224; s'identifier au p&#232;re et &#224; d&#233;passer le conflit dit &#339;dipien.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les h&#233;ros culturels de Marcuse, ce sont Narcisse et Orph&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; (..) &lt;i&gt;Surmontant le temps, ils unissent l'homme &#224; Dieu, l'homme &#224; la nature&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. et C., p. 144.&#034; id=&#034;nh23-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;Il suffit d'&#233;num&#233;rer et de rassembler ces repr&#233;sentations pour circonscrire le domaine qui leur est assign&#233; : c'est celui de la r&#233;demption du plaisir, de l'arr&#234;t du temps, de l'absorption de la mort&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 146.&#034; id=&#034;nh23-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;Les arbres et les animaux r&#233;pondent au langage d'Orph&#233;e ; le printemps et la for&#234;t r&#233;pondent au d&#233;sir de Narcisse.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;L'opposition entre l'homme et la nature, le sujet et l'objet est d&#233;pass&#233;e&lt;/i&gt;. &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Orph&#233;e &#171; &lt;i&gt;fu&lt;/i&gt;&lt;i&gt;t&lt;/i&gt;&lt;i&gt; mis en pi&#232;ces par les folles de Thrace&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;Comme Narcisse, il &lt;/i&gt;&lt;i&gt;[&lt;/i&gt;&lt;i&gt;Orph&#233;e] proteste contre l'ordre r&#233;pressif de la sexualit&#233; procr&#233;atrice. L'&#201;ros orphique et narcissique est jusqu'au bout la n&#233;gation de cet ordre, le Grand Refus &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op. cit., p. 151.&#034; id=&#034;nh23-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette nostalgie du stade d'avant m&#234;me la s&#233;paration en objet et en sujet et d'avant la conscience, ne renvoie manifestement pas au conflit &#339;dipien qui consisterait pour l'adulte, dans une actualisation r&#233;gressive&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;gressive, puisque les deux &#226;ges &#171; physiologiques &#187; de l'&#338;dipe se situent (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#224; garder la m&#232;re &#339;dipienne pour soi et &#224; rivaliser avec le p&#232;re, &#8212; mais se refera bien plut&#244;t &#224; une r&#233;gression des plus archa&#239;ques, &#224; la nostalgie d'un impossible retour aux origines duale corps maternel o&#249; ce&lt;i&gt; &lt;/i&gt;n'est pas soi qui poss&#233;derait la m&#232;re, mais bel et bien&lt;i&gt; &lt;/i&gt;la m&#232;re qui poss&#233;derait quelqu'un &#8211; mais, &#224; ce stade, qui ? &#8212; abandonn&#233; &#224; une passivit&#233; totale ; se r&#233;f&#232;re &#224; une r&#233;gression &#224; ce que nous avons d&#233;fini dans la seconde partie de cet Essai comme &#233;tant le stade du Moi-Tout. A examiner les choses de&lt;i&gt; &lt;/i&gt;plus pr&#232;s, il parait s'agir&lt;i&gt; &lt;/i&gt;du fantasme d'une r&#233;gression mixte au stade du Moi-Tout et au stade suivant de la fusion avec l'imago de la M&#232;re &#171; bonne &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le Grand Refus est en effet un refus de grande taille, puisqu'il est refus de la r&#233;alit&#233;, refus du principe de r&#233;alit&#233; et du Moi, tentative d'ancrage dans une position id&#233;ologique psychotique non certes idyllique puisqu'elle est, chez un adulte, celle du m&#233;lancolique ou du schizophr&#232;ne chez lesquels la r&#233;alit&#233; est refoul&#233;e, o&#249; l'Inaconscient envahit le Moi, e&#249; le sujet n'est aucunement prot&#233;g&#233; des imagos maternelles mortif&#232;res et de leur projection (les &#171; folles de Thrace &#187; qui pr&#233;cis&#233;ment d&#233;chirent Orph&#233;e, l'eau qui engloutit Narcisse &#8211; la mort).&lt;br class='manualbr' /&gt;Comment interpr&#233;ter &lt;i&gt;ce &lt;/i&gt;fantasme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Auquel dans la mesure o&#249; son auteur s'identifierait &#224; lui, y adh&#233;rerait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; pos&#233; comme&lt;i&gt; &lt;/i&gt;un id&#233;al et dans lequel la mort est donn&#233;e &#224; voir comme &#233;tant la plus haute vie, puisque les supr&#234;mes valeurs deviennent le silence, le sommeil et la nuit, puisque le principe de Nirv&#226;na explicitement reli&#233; par Freud &#224; la pulsion de mort est froidement &#171; envisag&#233; comme la vie et non comme la mort &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op. cit., p. 146.&#034; id=&#034;nh23-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Une indication nous est donn&#233;e par Marcuse lui-m&#234;me lorsqu'il &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La r&#233;sonance de ce langage est celle de la diminution des traces du p&#233;ch&#233; originel &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;[op. cit., p. 146. en fran&#231;ais dans le texte.&#034; id=&#034;nh23-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le p&#233;ch&#233; originel, c'est-&#224;-dire celui d'Oedipe portant la main sur son p&#232;re et violant le tabou de l'inceste.&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous comprenons d&#232;s lors la fonction d'une telle r&#233;gression. Elle vise &#224; &#233;chapper aux deux angoisses connotant le conflit &#339;dipien : celle li&#233;e au fantasme incestueux, qui en tant que fantasme est d&#233;j&#224; d&#233;sir qui r&#233;veille les peurs les plus archa&#239;ques li&#233;es &#224; l'imago de la M&#232;re mauvaise ; celle li&#233;e au fantasme de castration du p&#232;re, et qui appelle la peur de la castration par le p&#232;re. Autrement dit, dans ce bilan de l'amour et de la haine depuis la naissance si dramatiquement dress&#233; &#224; l'&#226;ge de 5 ans, le sujet doit affronter tant sa propre agressivit&#233; que le produit de cette agressivit&#233; int&#233;rioris&#233;e et retourn&#233;e contre le Moi sous la forme d'imagos annihilantes et mutilantes.&lt;br class='manualbr' /&gt;La fonction de l'utopie mystique marcusienne est d'&#233;chapper totalement &#224; l'agressivit&#233; en la niant. D'o&#249; l'absolue n&#233;cessit&#233; pour Marcuse &#224; la fin de son ouvrage de volatiliser le concept d'Instinct de Mort. La vision de la soci&#233;t&#233; future propos&#233;e devient celle d'une vaste bergerie dans laquelle se sera op&#233;r&#233;e la r&#233;conciliation orphique du &#171; lion avec l'agneau &#187; et du &#171; lion avec l'homme &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op. cit., p. 147-148.&#034; id=&#034;nh23-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ainsi, nous voyons quasi exp&#233;rimentalement combien l'agressivit&#233; est un constituant irr&#233;ductible de l'homme, puisque sa disparition entra&#238;ne, chez Marcuse, la volatilisation de la notion d'homme : un &#231;a sans Moi, des pulsions partielles sans g&#233;nitalit&#233;, un principe de plaisir sans principe de r&#233;alit&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le Grand Refus, c'est d'abord la tentative de refoulement de l'image paternelle, mais c'est aussi une d&#233;n&#233;gation du d&#233;sir sexuel incestueux, puisque l'unification des pulsions partielles est proscrite. &lt;i&gt;Le Grand Refus est donc le refus du drame &#339;dipien dans ses deux aspects, &lt;/i&gt;et l'assomption jubilante de l'image humaine, pos&#233;e comme id&#233;al, d'un nourrisson gav&#233;, b&#233;at et nirvanique, ou, mieux encore, confondu avec la nuit du corps maternel. Ce n'est pas tant une r&#233;gression que Marcuse propose, qu'une absence radicale de progression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan de la th&#233;orie psychanalytique, &#8212; l'on conna&#238;t l'importance accord&#233;e par Freud aux imagos paternelles dans la dynamique psychique &#8212;, les implications de la th&#232;se de Marcuse sont fort claires (une r&#233;gression psycho-affective au stade du nourrisson) et Marcuse est contraint de les r&#233;cuser explicitement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Le p&#232;re hostile est absous et repar&lt;/i&gt;&lt;i&gt;a&#238;t&lt;/i&gt;&lt;i&gt; comme un sauveur qui, punissant le d&#233;sir incestueux, prot&#232;ge le Moi de l'annihilation de la M&#232;re. La question de savoir si l'attitude maternelle narcissique &#224; l'&#233;gard de la r&#233;alit&#233; ne peut, pas &#171; revenir &#187; avec des formes moins exclusives, moins d&#233;vorantes sous l'autorit&#233; du Moi adulte et dans une civilisation avanc&#233;e ne se pose m&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#234;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;me pas. Au contraire, la n&#233;cessit&#233; de supprimer une fois pour toutes cette attitude ne fait aucun doute. Le principe de r&#233;alit&#233; patriarcal prend le pas sur l'interpr&#233;tation psychanalytique. C'est seulement au del&#224; de ce principe de r&#233;alit&#233; que les images &#171; maternelles &#187; du Surmoi contiennent des promesses plut&#244;t que des traces mn&#233;siques, des images d'un avenir libre plut&#244;t que d'un pass&#233; sombre&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op. cit., p. 200.&#034; id=&#034;nh23-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes. Mais pr&#233;coniser le Grand Refus du P&#232;re (sous la forme du refus de la &#171; &lt;i&gt;sexualit&#233; procr&#233;ative&lt;/i&gt; &#187;, du refus de la &#171; &lt;i&gt;monogamie patriarcale&lt;/i&gt; &#187;, du refus de la g&#233;nitalisation des pulsions partielles, du refus, ainsi que nous le verrons dans le chapitre suivant, de&lt;i&gt; &lt;/i&gt;la sublimation, etc...), et la r&#233;gression &#224; une position de symbiose orphique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De plus, pourquoi ne pas l'avouer, nous &#233;prouvons la plus grande m&#233;fiance (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et narcissique avec la M&#232;re-Nature, ne conduit nullement, encore une fois, &#224; un &#171; au del&#224; &#187; du p&#232;re, mais &#224; un &#171; en de&#231;&#224; &#187;. Il ne suffit pas d'une affirmation cat&#233;gorique (&#171; la n&#233;cessit&#233; de supprimer une fois pour toutes cette attitude ne fait aucun doute &#187;) pour &#233;chapper &#224; cette contradiction th&#233;orique fondamentale. D'antre part, faut-il rappeler qu'on ne e supprimes jamais une &#171; attitude &#187; psychique, on la d&#233;passe en l'int&#233;grant sous une forme nouvelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4 &#8211; Marcuse contre la sublimation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me de la sublimation est sans doute le plus difficile &#224; appr&#233;hender de toute la th&#233;orie psychanalytique. Herbert Marcuse est certainement bien inspir&#233; de lui accorder une place de tout premier plan. Mais c'est &#224; propos de la sublimation qu'il introduit ses prises de positions les plus personnelles, et qu'il s'&#233;loigne le plus de Freud. Nous ne pourrons malheureusement pas ici, en ces quelques pages, entrer dans le d&#233;tail d'une discussion&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous avons tent&#233; une approche th&#233;orique du processus de sublimation, encore (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Si l'on veut bien rassembler les r&#233;flexions pr&#233;liminaires, parues en divers textes, de Freud sur la sublimation, ce processus appara&#238;t comme l'&#233;quivalent, &#224; son niveau, de la g&#233;nitalisation des pulsions partielles. Lorsque chez un sujet une part importante de ces pulsions partielles ne s'est pas int&#233;gr&#233;e dans la sexualit&#233; g&#233;nitale, il peut arriver qu'elle se trouve d&#233;vi&#233;e de son but sexuel originel, et que, par l'interm&#233;diaire du Moi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans notre travail, nous avons soutenu la th&#232;se que le processus de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ces pulsions partielles s'unifient pour, par exemple, participer, comme source d'inspiration et comme agent d'&#233;laboration &#224; une cr&#233;ation artistique.&lt;br class='manualbr' /&gt;La position de Marcuse est cat&#233;gorique : &#171; &lt;i&gt;La sublimation sert la domination. Et la dissolution de celle-l&#224;, dans la transformation de la structure instinctuelle, modifierait aussi l'attitude fondamentale envers l'homme et la nature qui a &#233;t&#233; caract&#233;ristique de la civilisation occidentale &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. et. C., p. 200. Donnons en contrepoint de cette citation de Marcuse, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Marcuse a fort bien per&#231;u les rapports &#233;troits existant entre sublimation et perversion, qui sont toutes deux aliment&#233;es par les pulsions partielles. Souhaitant sur le plan sexuel la &#171; dissolution &#187; de ce qui s'est unifi&#233; pour constituer la g&#233;nitalit&#233;, il reste logique avec lui-m&#234;me en pr&#233;conisant semblablement la dissolution du faisceau pulsionnel qui s'est form&#233; dans la sublimation.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le r&#233;sultat, esp&#232;re-t-il, en serait ce qu'il nomme bizarrement une &#171; &lt;i&gt;auto-sublimation de la sexualit&#233; &lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. et. C., p. 179&#034; id=&#034;nh23-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'est-&#224;-dire, si nous le comprenons bien, une sublimation de chacune des pulsions partielles pour son propre compte, et sans l'intervention ni du Moi ni des imagos paternelles qui sont un des noyaux de ce Moi. Nous sortons de l&#224; de la th&#233;orie psychanalytique, une auto-sublimation de la sexualit&#233; &#233;tant sur ce plan, nous l'avons d&#233;j&#224; soulign&#233; pr&#233;c&#233;demment, un non-sens, tout autant que les n&#233;e-concepts forg&#233;s et introduits par Marcuse d'&#171; &lt;i&gt;auto-sublimation de la sensibilit&#233;&lt;/i&gt; &#187; et de &#171; &lt;i&gt;sublimation de la raisons &lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. et. C., p. 171-172&#034; id=&#034;nh23-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;On saisit pourtant la n&#233;cessit&#233; de cette formulation pour Marcuse. Pour lui, la civilisation r&#233;pressive s'est constitu&#233;e en raison de la &lt;i&gt;p&#233;nurie &lt;/i&gt;de biens et&lt;i&gt; &lt;/i&gt;de richesses. Aussi bien les instincts (g&#233;nitalisation ou sublimation des pulsions) que les institutions (pr&#233;valence du principe de r&#233;alit&#233;, hi&#233;rarchie sociale, monogamie, patriarcat) se sont d&#233;velopp&#233;s sous la domination e r&#233;pressive s du P&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A notre sens, an contraire, rappelons-le, m&#234;me en l'absence de toute p&#233;nurie le rapport originel du jeune enfant et de la m&#232;re est &lt;i&gt;aussi &lt;/i&gt;marqu&#233; par l'angoisse. Un nourrisson &#224; ce point &#171; g&#226;t&#233; &#187; &#8212; le terme par lui-mente en dit long &#8212; qu'il n'aurait connu aucune frustration d&#233;velopperait une agressivit&#233; inconsciente intense contre l'image maternelle. En effet, un certain degr&#233; de frustration appara&#238;t n&#233;cessaire pour que&lt;i&gt; &lt;/i&gt;le processus de maturation suive son cours. Ce jeune enfant se sentirait ainsi &#171; ch&#226;tr&#233; &#187; de ses&lt;i&gt; &lt;/i&gt;possibilit&#233;s de d&#233;veloppement et d'autonomie. Nous avons tous connu de telles personnalit&#233;s immatures qui ne parvenaient pas &#224; distendre leur lien inconscient avec les imagos maternelles. Nous renvoyons aux r&#233;flexions d&#233;j&#224; cit&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La R&#233;volte contre le P&#232;re, pp. 412-413.&#034; id=&#034;nh23-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de la sociologue Germaine Milieu et&lt;i&gt; &lt;/i&gt;de Dominique Fernand sur les r&#233;sultats d'une telle conduite sur le gar&#231;on musulman ou italien. En l'absence de toute p&#233;nurie, au sein du&lt;i&gt; &lt;/i&gt;paradis le plus gratifiant, la pr&#233;sence du P&#232;re &#233;tait et reste n&#233;cessaire comme m&#233;diatrice d'avec les imagos maternelles. Et le rapport originel du Moi aux imagos maternelles, non pas dans ses modalit&#233;s, mais en tant que ph&#233;nom&#232;ne, n'est pas pour nous d'origine externe, sociale.&lt;br class='manualbr' /&gt;Aujourd'hui, estime Marcuse, la p&#233;nurie &#233;tant vaincue, il convient&lt;i&gt; &lt;/i&gt;de&lt;i&gt; &lt;/i&gt;refuser tout ce qui appara&#238;t comme li&#233; au P&#232;re (g&#233;nitalit&#233;, sublimation, civilisation traditionnelle), afin de revenir en arri&#232;re pour prendre un nouveau d&#233;part. Les excellentes virtualit&#233;s humaines se sont trouv&#233;es perverties par la duret&#233; de l'environnement externe, qui a oblig&#233; l'homme &#224; s'adapter&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&#224; lui (principe de rendement). La p&#233;nurie ayant cess&#233;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;il faut donc briser l'instrument psychique devenu inutile. Le processus d&#233;crit n'est pas tr&#232;s diff&#233;rent de celui imagin&#233; par Rousseau, mis &#224; part le fait que ce dernier estimait impossible cette possibilit&#233; de r&#233;versibilit&#233; humaine.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce que nous nommons le &lt;i&gt;pari &lt;/i&gt;&lt;i&gt;m&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ar&lt;/i&gt;&lt;i&gt;c&lt;/i&gt;&lt;i&gt;usien &lt;/i&gt;est b&#226;ti sur l'espoir que les conditions ext&#233;rieures, historiques, &#233;tant diff&#233;rentes &lt;i&gt;&#8212; &lt;/i&gt;c'est-&#224;-dire en l'absence de p&#233;nurie et d'une organisation sociale ayant pour but d'y pallier &#8212; les instincts sexuels dans leur forme archa&#239;que, c'est-&#224;-dire les pulsions partielles, se manifesteront diff&#233;remment que par le pass&#233; dans la r&#233;alit&#233; et diff&#233;remment que dans le pr&#233;sent sous forme de fantasmes &#8212; non plus en cannibalisme ou en sadisme par exemple. Marcuse croit &#224; la fois &#224; une r&#233;versibilit&#233; des processus humains &#8212; le mythe d'Orph&#233;e, c'est aussi le mythe d'un retour en arri&#232;re, d'un retournement possible, et que ce qui aura &#233;t&#233; li&#233; se trouvera d&#233;li&#233; &#8212; et &#224; une nature humaine fondamentalement bonne. Les incontestables hautes exigences &#233;thiques de cet auteur (justice et libert&#233; vraies pour chacun) se trouvent actuellement non r&#233;alis&#233;es du fait, estime-t-il, non pas d'une nature humaine qui serait complexe et ambivalente, mais de la soci&#233;t&#233;. Le &#171; mal &#187; est de la soci&#233;t&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il s'agit bien d'un pari :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Mais &lt;/i&gt;il est possible&lt;i&gt; que cette d&#233;gradation des valeurs sup&#233;rieures les ram&#232;ne dans la structure organique de l'existence humaine de laquelle elles ont &#233;t&#233; s&#233;par&#233;es &lt;/i&gt;&lt;i&gt;et&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;il est possible&lt;i&gt; que cette r&#233;union transforme cette structure elle-m&#234;me. Si les valeurs sup&#233;rieures perdent leur isolement et leur opposition &#224; regard des facult&#233;s inf&#233;rieures, celles-&lt;/i&gt;&lt;i&gt;c&lt;/i&gt;&lt;i&gt;i peuvent se pr&#234;ter librement &#224; la civilisation&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E et C., p. 172. C'est nous qui soulignons&#034; id=&#034;nh23-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Donc, la naissance d'un nouveau principe de r&#233;alit&#233; impliquant la lib&#233;ration instinctuelle entra&#238;nerait une r&#233;gression en de&#231;&#224; du niveau de rationalit&#233; civilis&#233;e atteint. Cette r&#233;gression serait psychique aussi bien que sociale : elle r&#233;activerait des phases ant&#233;rieures de la libido d&#233;pass&#233;es (...) et elle dissoudrait les institutions de la soci&#233;t&#233; dans laquelle le moi de r&#233;alit&#233; existe. &lt;/i&gt;Par rapport &#224; ces institutions, ta lib&#233;ration instinctuelle, c'est la rechute dans la barbarie.&lt;i&gt; Cependant, survenant au plus haut niveau de la civilisation, (...) une telle lib&#233;ration &lt;/i&gt;pourrait&lt;i&gt; avoir des r&#233;sultats tr&#232;s diff&#233;rents&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E et C., p. 174. C'est nous qui soulignons&#034; id=&#034;nh23-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Signalons au passage dans cette citation, une contradiction intrins&#232;que et un point contestable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contradiction intrins&#232;que : cette &#171; &lt;i&gt;lib&#233;ration instinctuelle&lt;/i&gt; &#187; ne surviendrait nullement &#171; &lt;i&gt;au plus haut niveau de la civilisation&lt;/i&gt; &#187; puisque, pour Marcuse, la soci&#233;t&#233; industrielle avanc&#233;e a, plus que toute autre, ali&#233;n&#233; l'homme.&lt;br class='manualbr' /&gt;Point contestable : comment esp&#233;rer conserver l'actif technologique et scientifique de&lt;i&gt; &lt;/i&gt;notre soci&#233;t&#233; (sans lequel pas d'abondance) en cherchant &#224; &#233;liminer le P&#232;re, d&#232;s lors que cet actif serait, tout au moins &#224; notre sens, indissociablement li&#233; &#224; l'image paternelle inconsciente dont l'int&#233;riorisation a permis &#224; l'homme d'oser toucher &#224; la M&#232;re-nature pour la transformer et l'exploiter.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais c'est sur un autre plan que nous voulons porter la discussion. Radicalement oppos&#233; sur ce point &#224; Freud&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marcuse reconna&#238;t que &#171; selon Freud, l'histoire de l'homme est l'histoire de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; qui affirme, lui, que &#171; &lt;i&gt;sur cette r&#233;pression d'instincts repose ce qu'il y a plus pr&#233;cieux dans la culture humaine&lt;/i&gt; &#187; &#8212;, Marcuse &lt;i&gt;tient le pari &lt;/i&gt;qu'une lib&#233;ration instinctuelle des pulsions les plus primitives, qu'une dissolution des institutions sociales et familiales, donneraient naissance &#224; un homme nouveau et qu'en cet homme nouveau s'incarneraient les valeurs les plus &lt;i&gt;traditionnelles, &lt;/i&gt;notons-le, de l'humanisme : le droit, la libert&#233;, la justice, la raison, la v&#233;rit&#233;. II est tout &#224; fait conscient, nous venons de le montrer, qu'il s'agit d'un pari. II est conscient &#233;galement du risque couru : une &#171; rechute dans la barbarie &#187;. Apr&#232;s avoir d&#233;velopp&#233; &#233;logieusement les consid&#233;rations de philosophie esth&#233;tique de Schiller et ses th&#232;ses sur l'instinct de jeu, Marcuse nous avertit loyalement que &#171; &lt;i&gt;Schiller semblait vouloir accepter le risque dune catastrophe et une d&#233;gradation des valeurs de la culture r&#233;pressive si cela pouvait conduire &#224; une culture sup&#233;rieure (...). Cependant il pensait que de telles explosions &#171; barbares &#187; seraient d&#233;pass&#233;es par le d&#233;veloppement de la nouvelle civilisation et que seul un &#171; saut &#187; pouvait conduire de l'ancienne civilisation &#224; la nouvelle. Il ne s'occupait pas des changements catastrophiques de la structure sociale que ce &#171; saut &#187; impliquerait (...). Mais il est possible que cette d&#233;gradation des valeurs sup&#233;rieures les ram&#232;ne dans la structure organique de l'existence humaine&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. et C., p. 169 et p.172.&#034; id=&#034;nh23-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Il faut risquer, prendre des risques &#187;, nous dit-on, et des esprits parmi (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Autre admiration de Marcuse : Charles Fourier. &#171; &lt;i&gt;Fourier &lt;/i&gt;&lt;i&gt;est celui des socialistes utopiques qui est le plus pr&#232;s d'&#233;lu&lt;/i&gt;&lt;i&gt;c&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ider le fait que la libert&#233; d&#233;pend de la sublimation non-r&#233;pressive&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E et C., p. 189.&#034; id=&#034;nh23-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Cependant, constate Marcuse :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Les communaut&#233;s ouvri&#232;res du &lt;/i&gt;phalanst&#232;re&lt;i&gt; annoncent plut&#244;t &#171; la force par la joie &#187;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;(&lt;/i&gt;Kraft durch Freude)&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Qui &#233;tait, rappelons-le, le slogan des syndicats nazis. Cette phrase se (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;que la libert&#233;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E et C., p. 189.&#034; id=&#034;nh23-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sumons-nous : Marcuse utilise le syst&#232;me freudien pour pr&#233;coniser une solution personnelle au conflit individu-soci&#233;t&#233;, solution dont Freud, Marcuse le reconna&#238;t, avait averti qu'elle m&#232;nerait &#224; la fin de toute civilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?778-ce-que-furent-les-conseils' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Troisi&#232;me partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb23-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;E&lt;/i&gt;&lt;i&gt;. et C., &lt;/i&gt;p. 144.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Op. &lt;/i&gt;&lt;i&gt;cit., &lt;/i&gt;p. 146.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;op&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;cit., &lt;/i&gt;p. 151.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;R&#233;gressive, puisque les deux &#226;ges &#171; physiologiques &#187; de l'&#338;dipe se situent entre 3 et 5 ans, et &#224; la pubert&#233;. Un adulte qui revit le conflit &#339;dipien, tel l'&#338;dipe de&lt;i&gt; &lt;/i&gt;la l&#233;gende, r&#233;gresse donc s'il revit actuellement des conflits chronologiquement anciens.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Auquel dans la mesure o&#249; son auteur s'identifierait &#224; lui, y adh&#233;rerait intimement, seul conviendrait le nom de d&#233;lire mystique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;op&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;cit., &lt;/i&gt;p. 146.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;i&gt;op&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;cit., &lt;/i&gt;p. 146. en fran&#231;ais dans le texte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;op&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;cit., &lt;/i&gt;p. 147-148.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;op&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;cit., &lt;/i&gt;p. 200.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;De plus, pourquoi ne pas l'avouer, nous &#233;prouvons la plus grande m&#233;fiance envers le th&#232;me d'une r&#233;conciliation orphique du &#171; &lt;i&gt;lion avec l'agneau&lt;/i&gt; &#187; et du &#171; &lt;i&gt;lion avec l'homme&lt;/i&gt; &#187; (pp. 147-148). Les plus grands malheurs proviennent de cette utopie que &#171; le Mal &#187; (en derni&#232;re analyse sa propre agressivit&#233; &#224; soi) pourrait dispara&#238;tre. Tout homme doit savoir qu'il est &lt;i&gt;aussi&lt;/i&gt; un loup afin de se m&#233;fier de son agressivit&#233;, insupportable &#224; son Moi depuis les tout d&#233;buts de la formation de la &lt;i&gt;psyche. &lt;/i&gt;Rappelons que le parano&#239;aque, cet &#234;tre dangereux s'il en fut, s'estime en toute bonne foi &#171; blanc comme neige &#187; il a projet&#233; sur ses ennemis sa &#171; noirceur &#187;. Et la projection est un processus inconscient.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Nous avons tent&#233; une approche th&#233;orique du processus de sublimation, encore peu &#233;tudi&#233;, dans un travail pr&#233;sent&#233; en nov. 1984 devant la Soci&#233;t&#233; Psychanalytique de Paris. Cf. &#171; La sublimation artistique &#187; RPF, 1964, n&#176;5-6, pp.729-801&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Dans notre travail, nous avons soutenu la th&#232;se que le processus de sublimation &#233;tait conditionn&#233; par la possibilit&#233; pour le Moi de r&#233;ussir des Identifications &#224; des &#171; P&#232;res spirituels &#187; au terme d'un&lt;i&gt; &lt;/i&gt;travail psychique de m&#234;me nature que le conflit &#339;dipien, &#171; P&#232;res spirituels &#187; participant d&#233;sormais &#224; l'Id&#233;al du Moi du sujet et rendant possible la conjonction de la source d'inspiration orale et de l'&#233;laboration anale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;E. et. C.&lt;/i&gt;, p. 200. Donnons en contrepoint de cette citation de Marcuse, celle-l&#224;, oppos&#233;e, de Freud : &#171; Il est probable que nous devons nos succ&#232;s culturels les plus grandioses &#224; la contribution de l'&#233;nergie obtenue par cette voie (la sublimation] &#224; nos fonctions mentales&lt;/i&gt; &#187; &lt;i&gt;Cinq le&#231;ons sur la Psychanalyse, &lt;/i&gt;p. 176. S. E., XI, 54.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;E. et. &lt;/i&gt;C., p. 179&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;E. et. &lt;/i&gt;C., p. 171-172&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;La R&#233;volte &lt;/i&gt;&lt;i&gt;contre le P&#232;re, &lt;/i&gt;pp. 412-413.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;E&lt;/i&gt;&lt;i&gt; et &lt;/i&gt;C., p. 172. C'est nous qui soulignons&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;E&lt;/i&gt;&lt;i&gt; et &lt;/i&gt;C., p. 174. C'est nous qui soulignons&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Marcuse reconna&#238;t que &#171; &lt;i&gt;selon Freud, l'histoire de l'homme est l'histoire de sa r&#233;pression. La culture (...) ne limite pas seulement certaines parties de l'&#234;tre humain, mais sa structure instinctuelle elle-m&#234;me. Cependant une telle contrainte est justement la condition pr&#233;alable du progr&#232;s. Laiss&#233;s libres de poursuivre leurs objectifs naturels, les instincts fondamentaux de l'homme seraient incompatibles avec toute association et toute protection durables : ils d&#233;truiraient m&#234;me ce qu'ils unissent. &#201;ros sans garde-fou est tout aussi fatal que sa contre-partie fatale, l'Instinct de Mort&lt;/i&gt; &#187; &lt;i&gt;(&lt;/i&gt;&lt;i&gt;E. et C.,&lt;/i&gt; p.23).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;E. et &lt;/i&gt;C., p. 169 et p.172.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Il faut risquer, prendre des risques &#187;, nous dit-on, et des esprits parmi les meilleurs. Eh bien, non. Quand on a vu les r&#233;sultats catastrophiques auxquels ont men&#233;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;les diverses utopies du XIXe si&#232;cle finissant et de la premi&#232;re moiti&#233; du XXe si&#232;cle, quand on r&#233;fl&#233;chit &#224; l'ampleur des risques encourus, &#8212; les morts, les souffrances, les ruines mat&#233;rielles et morales,. &#8211; on ne peut s'emp&#234;cher de penser que ce go&#251;t du risque, &#224; l'instar de celui qui pousse les conducteurs automobiles roulant comme le dit si bien l'expression &#171; &#224; tombeau ouvert &#187; dissimule une envie d'en finir &#224; jamais, un arri&#232;re-plan d&#233;pressif et suicidaire ! Mais encore faut-il, pour refuser ainsi de prendre plus que des risques limit&#233;s, que l'existence dans une soci&#233;t&#233; reste compatible avec les valeurs et qu'il existe des possibilit&#233;s de la transformer. Cf. p. 195.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;E et C&lt;/i&gt;., p. 189.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Qui &#233;tait, rappelons-le, le slogan des syndicats nazis. Cette phrase se trouvait &#233;galement inscrite &#224; l'entr&#233;e des camps d'extermination.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;E et C&lt;/i&gt;., p. 189.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Le Grand Refus d'Herbert Marcuse (1/3)</title>
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		<dc:date>2017-03-15T21:03:29Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
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		<dc:subject>Avant-gardisme</dc:subject>
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		<dc:subject>Mendel G.</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Chapitre &#233;ponyme du livre de G&#233;rard Mendel, La crise des g&#233;n&#233;ration. &#201;tude sociopsychanalytique, Payot, 1969, pp. 83-116 Les quelques r&#233;serves de notre part quant &#224; certains points d&#233;velopp&#233;s ici ont &#233;t&#233; succintement &#233;voqu&#233;es dans l'introduction du p&#233;c&#233;dent texte de G. Mendel mis en ligne. Pr&#233;ambule &#171; Les communistes croient avoir d&#233;couvert la voie de la d&#233;livrance du mal. D'apr&#232;s eux, l'homme est uniquement bon, ne veut que le bien de son prochain ; mais l'institution de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-57-revolution-+" rel="tag"&gt;Revolution&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-166-mendel-g-+" rel="tag"&gt;Mendel G.&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Chapitre &#233;ponyme du livre de G&#233;rard Mendel, La crise des g&#233;n&#233;ration. &#201;tude sociopsychanalytique, Payot, 1969, pp. 83-116&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les quelques r&#233;serves de notre part quant &#224; certains points d&#233;velopp&#233;s ici ont &#233;t&#233; succintement &#233;voqu&#233;es dans &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?708-la-double-specificite-humaine' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;l'introduction du p&#233;c&#233;dent texte de G. Mendel mis en ligne&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;ambule&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les communistes croient avoir d&#233;couvert la voie de la d&#233;livrance du mal. D'apr&#232;s eux, l'homme est uniquement bon, ne veut que le bien de son prochain ; mais l'institution de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e a vici&#233; sa nature. (...) En ce qui concerne son postulat psychologique, je me crois toutefois autoris&#233; &#224; y reconna&#238;tre une illusion sans consistance aucune. (...) Il faut, en tout cas, pr&#233;voir ceci : quelque voie qu'elle choisisse, le trait indestructible de la nature humaine l'y suivra toujours. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud, &lt;i&gt;Malaise dans la civilisation&lt;/i&gt;, pp. 37-38&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il est vrai que ceux qui pr&#233;f&#232;rent les contes de f&#233;es font la sourde oreille quand on leur parle de la tendance native de l'homme &#224; la ''m&#233;chancet&#233;'', &#224; l'agression, &#224; la destruction, et donc aussi &#224; la cruaut&#233;. Dieu n'a-t-il pas fait l'homme &#224; l'image de sa propre perfection ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud, &lt;i&gt;op.cit.&lt;/i&gt; p.42&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La lib&#233;ration, la libert&#233; pour Herbert Marcuse, comme nous avions commenc&#233; &#224; la montrer au d&#233;but de la premi&#232;re partie de cet Essai en utilisant sa th&#232;se comme &#171; r&#233;v&#233;lateur &#187; des ambigu&#239;t&#233;s et des contradictions de la pens&#233;e sociologique de Freud, consiste &#224; lib&#233;rer ce qui a &#233;t&#233; refoul&#233; afin d'obtenir &#171; une satisfaction instinctuelle primaire &#187; et le r&#232;gne absolu du principe de plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous allons montrer que le fantasme marcusien &#8211; son &#339;uvre appara&#238;t en effet comme l'expression d'un d&#233;sir, d'un fantasme &#8211; est une tentative pour nier la r&#233;alit&#233; du conflit &#339;dipien dans ses deux volets maternel et paternel, pour faire &#171; comme si &#187; ce conflit n'existait plus. Nous le montrerons suivant quatre rubriques qui seront l'&#233;tude :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; de la sous-estimation th&#233;orique par Marcuse du conflit &#339;dipien ;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; de la valorisation par lui des perversions en tant que machine de guerre contre la monogamie patriarcale ;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; de la nostalgie chez lui d'un retour en am&#232;re vers les imagos maternelles &#171; bonnes &#187; et, en de&#231;&#224;, vers le stade anobjectal du Moi-Tout, nostalgie s'exprimant soit directement, soit au travers des mythes de Narcisse et d'Orph&#233;e ;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; de la condamnation par lui de la sublimation, processus li&#233; &#224; une identification &#224; des images paternelles.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;En un mot le Grand Refus marcusien est un refus de tout le p&#232;re, et un refus de toute la m&#232;re &#224; l'exception de l'imago archa&#239;que &#171; bonne &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1 &#8211; Une sous-estimation th&#233;orique du conflit &#339;dipien&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; (&lt;i&gt;...) &lt;/i&gt;&lt;i&gt;le con&lt;/i&gt;&lt;i&gt;f&lt;/i&gt;&lt;i&gt;lit &#339;dipien, bien qu'il soit la source primaire et le mod&#232;le de tous les conf&lt;/i&gt;&lt;i&gt;l&lt;/i&gt;&lt;i&gt;its n&#233;vrotiques, n'est certainement pas la cause &lt;/i&gt;&lt;i&gt;c&lt;/i&gt;&lt;i&gt;entrale du malaise dans la civilisation, et n'est pas l'obstacle central &#224; sa gu&#233;rison : le complexe d'&#338;dipe &#171; passe &#187;, m&#234;me sous le r&#232;gne d'un principe de r&#233;alit&#233; r&#233;press&lt;/i&gt;&lt;i&gt;if&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. et C., p. 178.&#034; id=&#034;nh24-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons simplement que pour Freud tout d&#233;passement du conflit &#339;dipien implique la formation d'une instance r&#233;pressive, le Surmoi. &lt;br class='manualbr' /&gt;Rappelons encore que, toujours pour Freud, le malaise dans la civilisation est d&#251; au fait que les frustrations instinctuelles entra&#238;nent une agressivit&#233; qui se tourne contre la soci&#233;t&#233;, v&#233;cue inconsciemment comme incarnant pr&#233;cis&#233;ment le Surmoi-h&#233;ritier du conflit &#339;dipien. Le sujet se sent inconsciemment coupable de cette agressivit&#233;, et le malaise ressenti est l'expression consciente de cette culpabilit&#233; inconsciente. C'est donc &#224; partir du mod&#232;le fourni par le conflit &#339;dipien individuel que se met en forme le rapport individu-soci&#233;t&#233;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Tout d&#233;passement du conflit impliquant la formation du Surmoi, pour abolir le pouvoir du Surmoi sur le plan individuel et collectif, comme le souhaite Marcuse, implique n&#233;cessairement une position en de&#231;&#224; du conflit &#339;dipien avec le p&#232;re, en de&#231;&#224; des identifications paternelles, et non au del&#224;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais, d'une part un &#171; en de&#231;&#224; &#187; total de l'&#338;dipe est impossible, tout homme vivant in&#233;luctablement ce conflit et selon l'actif ou le passif accumul&#233; dans les phases ant&#233;rieures le d&#233;passe, ou r&#233;gresse devant lui en entra&#238;nant dans cette r&#233;gression des &#233;l&#233;ments &#339;dipiens qui vont s'amalgamer aux &#233;l&#233;ments pr&#233;-&#339;dipiens. Rien, apr&#232;s, ne sera plus exactement pareil. D'autre part, l' &#171; en-de&#231;&#224; &#187; de l'&#338;dipe n'implique nullement la libert&#233; mais la pr&#233;sence d'instances archa&#239;ques, en particulier maternelles, bien davantage r&#233;pressives et mortif&#232;res que le Surmoi post-&#339;dipien puisqu'elles sont constitu&#233;es avant tout par l'imago de la M&#232;re &#171; mauvaise &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2 &#8211; Valorisation par Marcuse des perversions en tant que machine de guerre contre la monogamie patriarcale.&lt;br class='manualbr' /&gt;Marcuse et Reich&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point de d&#233;part est une erreur th&#233;orique de Marcuse quant au concept de perversion :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Marcuse :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;L'organisation de la sexualit&#233; refl&#232;te les traits fondamentaux da principe de rendement (...) le processus unificateur [des instincts partiels] est r&#233;pressif (...)&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. et C., p. 50.&#034; id=&#034;nh24-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, ce n'est pas une interdiction venue du p&#232;re qui assure la primaut&#233; de la g&#233;nitalit&#233; c'est, bien au contraire, une interdiction v&#233;cue comme venant du p&#232;re qui dans certains cas emp&#234;che la primaut&#233; de la g&#233;nitalit&#233; : &#171; tu n'auras pas le droit de faire ce que, moi le p&#232;re, je fais avec ta m&#232;re. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;al sexuel de Marcuse &#8211; et en ceci il s'oppose au Willhem Reich de la &lt;i&gt;R&#233;volution sexuelle &#8212; &lt;/i&gt;est l'&#233;panouissement &#224; l'&#226;ge adulte de la sexualit&#233; pr&#233;g&#233;nitale, des pulsions partielles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La r&#233;gression impliqu&#233;e da&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ns&lt;/i&gt;&lt;i&gt; un tel d&#233;veloppement se manifesterait d'abord par une activation de tontes les zones &#233;rotiques et donc par la renaissance de la sexualit&#233; polymorphe pr&#233;g&#233;nitale, et par le d&#233;chu de la supr&#233;matie g&#233;nitale. Tout le corps deviendrait un objet d'investissement, une chose pour jouir, un instrument de plaisir. Cette transformation (...) conduirait &#224; la d&#233;sint&#233;gration des institutions dans lesquelles les relations interpersonnelles ont &#233;t&#233; organis&#233;es et particuli&#232;rement de la famille monogamique patriarcale&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. et C., p. 176&#034; id=&#034;nh24-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est pr&#244;n&#233; explicitement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La r&#233;activation de d&#233;sirs et d'attitudes pr&#233;historiques et enfantines&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. et C. p. 178&#034; id=&#034;nh24-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La position de Wilhelm Reich appara&#238;t comme bien davantage solide, qui consid&#232;re que l'interdiction d'une sexualit&#233; libre chez le jeune enfant est la condition n&#233;cessaire du maintien d'un type de soci&#233;t&#233; autoritaire. Elle est le pr&#233;alable &#224; l'acceptation de la frustration sexuelle adulte, frustration affaiblissant le Moi de mani&#232;re d&#233;cisive et le poussant &#224; reproduire compulsivement la famille patriarcale de son enfance et &#224; se soumettre aux divers P&#232;res sociaux autoritaires d&#233;tenteurs d'une autorit&#233;. Reich s'oppose &#224; la formulation de Freud selon laquelle :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;la sexualit&#233;, si elle se manifestait d'une fa&#231;on trop pr&#233;coce, romprait toutes les barri&#232;res et emporterait tous les r&#233;sultats si p&#233;niblement acquis par la culture.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Freud, Introd. d la Psychanalyse, p. 291&#034; id=&#034;nh24-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle n'emporterait, selon Reich, que la forme d'organisation autoritaire de la soci&#233;t&#233;, la maturation sexuelle aboutissant normalement &#224; la g&#233;nitalit&#233; et &#224; l'autonomie caract&#233;rielle.&lt;br class='manualbr' /&gt;La persistance d'une sexualit&#233; &#171; partielle &#187; , perverse, lui appara&#238;t, au contraire de Marcuse, comme pathologique, nuisible pour la soci&#233;t&#233; et li&#233;e &#224; des conflits infantiles irr&#233;solus qui devront, dans une soci&#233;t&#233; libre, &#234;tre soign&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La punition d'actes comme la s&#233;duction d'enfants par les adultes ne sera pas abolie tant que la structure psychique d'un grand nombre d'adultes contiendra l'impulsion &#224; s&#233;duire les enfants. Dans cette mesure, les conditions post&#233;rieures &#224; la r&#233;volution pourraient sembler identiques &#224; celles de la soci&#233;t&#233; autoritaire. La diff&#233;rence, tr&#232;s importante, serait cependant qu'une soci&#233;t&#233; non autoritaire ne mettrait aucun obstacle &#224; la satisfaction des besoins naturels. Elle ne se contenterait pas, par exemple, de ne pas interdire une relation amoureuse entre deux adolescents ; elle lui donnerait &lt;/i&gt;&lt;i&gt;pleine protection.elle ne se contenterait pas, par exemple, de ne pas interdire la masturbation infantile : elle traiterait s&#233;v&#232;rement tout adulte qui emp&#234;cherait l'enfant de d&#233;velopper sa sexualit&#233; naturelle&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La R&#233;volution sexuelle, p. 64. Soulign&#233; par Reich.&#034; id=&#034;nh24-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Reich distingue bien, en clinicien averti qu'il fut, sexualit&#233; g&#233;nitale et pulsions partielles - sexualit&#233; pr&#233;g&#233;nitale :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Une seule et m&#234;me manifestation peut &#234;tre naturelle dans une situation et &#224; un moment donn&#233;, asociale et non naturelle dans une autre situation et &#224; un autre moment. Par exemple : si un enfant d'un an ou deux mouille son lit ou joue avec ses mati&#232;re f&#233;cales, il s'agit d'une phase normale du d&#233;veloppement pr&#233;g&#233;nital. A ce moment, punir l'enfant pour ces impulsions est une action qui m&#233;rite elle-m&#234;me la punition la plus s&#233;v&#232;re. Si, cependant, le m&#234;me individu, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#224;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; l'&#226;ge de 14 ans, accomplit ces m&#234;mes actions, cela serait une impulsion secondaire, asociale et pathologique ; l'individu ne devrait pas &#234;tre puni, mais hospita&lt;/i&gt;&lt;i&gt;l&lt;/i&gt;&lt;i&gt;is&#233;. Mais, dans une soci&#233;t&#233; libre, cela ne suffirait pas, la t&#226;che la plus importante serait plut&#244;t de changer l'&#233;ducation en sorte que ces impulsions pathologiques ne se d&#233;veloppent pas du tout.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op. cit. p.65&#034; id=&#034;nh24-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reich, &#233;tant donn&#233;e l'importance fondamentale de cette distinction, prend un autre exemple :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Si un gar&#231;on de 15 ans entreprenait une relation amoureuse avec une fille de 13 ans, une soci&#233;t&#233; libre non seulement n'interviendrait pas, mais encouragerait et prot&#233;gerait cette relation. Si cependant le gar&#231;on de 15 ans tentait de s&#233;duire des petites filles de 3 ans ou tentait d'obliger une fille de son &#226;ge &#224; entrer en relations sexuelles, cela serait consid&#233;r&#233; comme antisocial. Cela indiquerait que &lt;/i&gt;&lt;i&gt;l'i&lt;/i&gt;&lt;i&gt;mpulsion saine du gar&#231;on &#224; &#233;tablir une relation sexuelle normale avec une fille de son &#226;ge a &#233;t&#233; inhib&#233;e.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op. cit. p.65&#034; id=&#034;nh24-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces consid&#233;rations, pour Reich, ne sont valables que pour la p&#233;riode de transition entre soci&#233;t&#233; autoritaire et soci&#233;t&#233; libre. En effet, pour lui, une fois corrig&#233;es les cons&#233;quences pathologiques de l'&#233;ducation en soci&#233;t&#233; autoritaire, il n'existera plus aucun probl&#232;me les hommes auront recouvr&#233; leur sant&#233; et leur bont&#233; naturelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment con&#231;oit-il en effet le lien entre soci&#233;t&#233; et psychisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Le b&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ut&lt;/i&gt;&lt;i&gt; de &lt;/i&gt;&lt;i&gt;l'&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#233;duca&lt;/i&gt;&lt;i&gt;t&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ion, d&#232;s son origine, est d'&#233;lever les enfants en rue du mariage et de ta famille &lt;/i&gt;(...). &lt;i&gt;En effet, par attention excessive accord&#233;e aux fonctions alimentaires et excr&#233;toires, l'enfant se trouve fix&#233; aux stades &#233;rotiques pr&#233;g&#233;nitaux, tandis que l'activit&#233; g&#233;nitale est fermement inhib&#233;e (interdiction de la masturbati&lt;/i&gt;&lt;i&gt;o&lt;/i&gt;&lt;i&gt;n). Fixation pr&#233;g&#233;nitale et inhibition pr&#233;g&#233;nitale op&#232;rent un d&#233;placement de l'int&#233;r&#234;t sexuel dans le sens du sadisme.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 115. On voit bien l&#224; que pour Reich, comme pour Freud et comme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Il &lt;/i&gt;&lt;i&gt;faut pr&#234;ter attention &#224; deux faits essentiels pour l'issue de cette exp&#233;rience infantile. D'abord, il ne se produirait aucun refoulement &lt;/i&gt;&lt;i&gt;si&lt;/i&gt;&lt;i&gt; le gar&#231;on, quoique subissant l'interdiction de &lt;/i&gt;&lt;i&gt;l'&lt;/i&gt;&lt;i&gt;inceste, &#233;tait cependant autoris&#233; &#224; pratiquer &lt;/i&gt;&lt;i&gt;l&lt;/i&gt;&lt;i&gt;'onanisme et le jeu g&#233;nital avec &lt;/i&gt;&lt;i&gt;les filles de son &#226;ge&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op. cit. p.116&#034; id=&#034;nh24-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sinon :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;L'enfant&lt;/i&gt;&lt;i&gt; ne peut &#233;chapper &#224; la fixation s&lt;/i&gt;&lt;i&gt;exuelle&lt;/i&gt;&lt;i&gt; [sur la m&#232;re&lt;/i&gt;&lt;i&gt;]&lt;/i&gt;&lt;i&gt; et autoritaire [suj&#233;tion &#224; l'autorit&#233; du p&#232;re&lt;/i&gt;&lt;i&gt;]&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &#224; l'&#233;gard des parents (...). Et pr&#233;cis&#233;ment parce que cette fixation autoritaire est essentiellement inconsciente, elle n'est plus accessible aux r&#233;solutions conscientes.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op. cit. p.117&#034; id=&#034;nh24-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;A &lt;/i&gt;&lt;i&gt;l'&lt;/i&gt;&lt;i&gt;inhibition sexuelle r&#233;sultant directement de la fixation aux parents viennent s'ajouter les sentiments de culpabilit&#233; qui d&#233;rivent de l'&#233;normit&#233; de la haine accumul&#233;e au cours d'ann&#233;es de vie familiale (...). Si cette haine reste consciente, elle peut devenir un &lt;/i&gt;&lt;i&gt;puis&lt;/i&gt;&lt;i&gt;sant facteur r&#233;volutionnaire individuel (...). Si au contraire cette h&lt;/i&gt;&lt;i&gt;aine&lt;/i&gt;&lt;i&gt; e est &lt;/i&gt;&lt;i&gt;refoul&#233;e&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, elle donne naissance aux attitudes inverses de la fid&#233;lit&#233; aveugle et d'ob&#233;issance infantile.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cet endroit, Reich met l'accent sur un point tr&#232;s important :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Mais la m&#234;me situation familiale peut aussi produire l'individu &lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#171; n&#233;vrotiquement r&#233;volutionnaire &#187;, sp&#233;cimen fr&#233;quent chez les intellectuels bourgeois. Les sentiments de culpabilit&#233; li&#233;s aux sentiments r&#233;volutionnaires en font un militant peu s&#251;r dans un mouvement r&#233;volutionnaire&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 119&#034; id=&#034;nh24-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de la s&#233;quence :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;r&#233;pression de la sexualit&#233; infantile &#8594; refoulement du d&#233;sir incestueux &#8594; fixation inconsciente, sexuelle &#224; la m&#232;re et suj&#233;tion craintive &#224; l'autorit&#233; du p&#232;re &#8594; haine intense inconsciente contre les parents, li&#233;e &#224; l'inhibition sexuelle &#8594; sentiments de culpabilit&#233; &#8594; fid&#233;lit&#233; aveugle et ob&#233;issance infantile, se met en forme pour Reich le sch&#233;ma de la soci&#233;t&#233; autoritaire fond&#233;e sur une :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;structure mentale qui est la &lt;/i&gt;&lt;i&gt;b&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ase psychique collective de toute soci&#233;t&#233; autoritaire. La structure servile est un mixte d'impuissance sexuelle, de d&#233;tresse, d'aspiration &#224; un appui, &#224; un F&#252;hrer, de crainte de &lt;/i&gt;&lt;i&gt;l'autorit&#233;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, de peur de la vie et de mysticisme. Elle se caract&#233;rise par un loyalisme d&#233;vot m&#234;l&#233; de r&#233;volte (...). Les individus ayant cette structure (...) constituent le terrain psychologique sur lequel peuvent prolif&#233;rer les tendances dictatoriales ou bureaucratiques de dirigeants d&#233;mocratiquement &#233;lus. &lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 119 et 120&#034; id=&#034;nh24-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Reich, et il peut &#234;tre oppos&#233; sur ce point &#224; Marcuse, il n'est pas question de donner droit de cit&#233;, chez l'&lt;i&gt;adulte, &lt;/i&gt;aux pulsions partielles orales et anales, &#224; la sexualit&#233; pr&#233;g&#233;nitale, aux perversions, tous cas o&#249; il s'est op&#233;r&#233; un &#171; d&#233;placement de l'int&#233;r&#234;t sexuel dans le sens du sadisme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Reich, et il s'oppose l&#224; &#224; Freud &#8212; tout au moins au Freud de 1916 &#8212;, le libre-jeu pr&#233;coce de la sexualit&#233; ne d&#233;truira pas la culture, mais sera au contraire hautement profitable &#224; la civilisation. Autre point o&#249; ils s'opposent : le refoulement du d&#233;sir incestueux pour la m&#232;re est, pour Reich, toxique, alors que pour Freud il est la condition de la sant&#233; psychique. C'est que pour Reich, le conflit &#339;dipien se volatiliserait de lui-m&#234;me dans certaines conditions : &#224; savoir onanisme, jeux sexuels avec des enfants du sexe oppos&#233;, vie en communaut&#233; d'enfants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Un enfant qui serait &#233;lev&#233; en communaut&#233; avec d'autres enfants, et sans subir l'influence des fixations aux parents, d&#233;velopperait tout autrement sa sexualit&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 117&#034; id=&#034;nh24-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Reich, dans ces conditions, l'identification au p&#232;re qui, pour Freud, seule permet le d&#233;passement du conflit &#339;dipien, n'a pas lieu de s'op&#233;rer et ne remplit aucune fonction n&#233;cessaire. Tr&#232;s curieusement, il existe chez l'auteur de la &lt;i&gt;R&#233;volution se&lt;/i&gt;&lt;i&gt;x&lt;/i&gt;&lt;i&gt;u&lt;/i&gt;&lt;i&gt;el&lt;/i&gt;&lt;i&gt;le &lt;/i&gt;et de la &lt;i&gt;Fonction de l'orgasme, &lt;/i&gt;une sous-estimation du conflit &#339;dipien, en m&#234;me temps que, par rapport au Freud d'apr&#232;s 1908, une importance plus grande est donn&#233;e &#224; la question sexuelle. Reich est le seul des d&#233;viants de la psychanalyse qui n'ait pas d&#233;sexualis&#233; la th&#233;orie psychanalytique : bien au contraire c'est Freud qui sur ce point parait avoir recul&#233; et lorsque chez lui la sexualit&#233;, &#224; partir de 1920, prend le nom d'&#201;ros, on ne peut pas ne pas songer aux semblables id&#233;alisations d'un Jung et &#224; son animus-anima.&lt;br class='manualbr' /&gt;Si l'on voulait essayer de situer Reich par rapport aux consid&#233;rations anthropologiques que nous avons d&#233;velopp&#233;es dans la seconde partie de cet Essai, on pourrait dire que pour Reich, dans la soci&#233;t&#233; libre de ses r&#234;ves, tout ce qui &#233;tait l'objet d'&#233;tude de la Psychanalyse n'existe plus : pas de refoul&#233; ni d'Inconscient, pas de Surmoi. Pour lui, l'homme est naturellement bon, et c'est de la soci&#233;t&#233; se perp&#233;tuant par l'&#233;ducation familiale que vient tout le mal. Supprimons ce mal social et nous sommes dans le domaine de la Nature, de la bonne nature dans laquelle il existe une &#171; &lt;i&gt;aptitude de l'organisme &#224; l'autor&#233;gulation&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &#187;. &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 47&#034; id=&#034;nh24-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Si l'expression &#171; nouvelle moralit&#233;s &#187; doit avoir un sens, ce ne peut &#234;tre que celui de superfluit&#233; de toute r&#233;glementation morale et d'instauration d'une auto-r&#233;gulation de la vie sociale. Celui q&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ui&lt;/i&gt;&lt;i&gt; ne meurt pas de faim, n'a pu d'impulsion au vol et n'a don&lt;/i&gt;&lt;i&gt;c&lt;/i&gt;&lt;i&gt; pas besoin d'une moralit&#233; qui l'emp&#234;che de voler&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 35&#034; id=&#034;nh24-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous dirions que, pour lui, l'appareil psychique d&#233;crit par la Psychanalyse et la dimension du d&#233;sir sont une cr&#233;ation de la soci&#233;t&#233; autoritaire. Tous les &#233;l&#233;ments de ce que nous avons d&#233;nomm&#233; &#171; noyau anthropog&#232;ne sp&#233;cifiques &#187; s'interposant &#171; organiquement &#187; entre le constituant biologique de l'homme (cette nature de Reich qui donne lieu &#224; des &#171; besoins naturels &#187; s'auto-r&#233;gulant) et le constituant culturel n'existent pas pour lui.&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans notre perspective, nous d&#233;cririons une telle position comme un essai de fuite devant les deux volets du conflit &#339;dipien, s'appuyant sur le fantasme inconscient d'une g&#233;nitalit&#233; s'exer&#231;ant avec la M&#232;re et selon l'ordre de la M&#232;re (la Nature) mais miraculeusement d&#233;lest&#233;e de tout reliquat g&#234;nant, c'est-&#224;-dire de l'imago de la M&#232;re &#171; mauvaise &#187; et des images et imagos paternelles dans leur totalit&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;On ne semble pas avoir remarqu&#233; la sorte d'admiration qui appara&#238;t chez Reich pour l'id&#233;ologie nationale-socialiste :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;[La]&lt;/i&gt;&lt;i&gt; vie n'est pas absolue. Si nous prenons en consid&#233;ration des laps de temps d'&#233;chelle cosmique, la vie est alors quelque chose qui &#233;merge de la mati&#232;re inorganique et qui y retournera. Ces consid&#233;rations nous font mieux comprendre que &lt;/i&gt;&lt;i&gt;toute&lt;/i&gt;&lt;i&gt; autre l'extr&#234;me petitesse et l'insignifiance des &lt;/i&gt;&lt;i&gt;illusions&lt;/i&gt;&lt;i&gt; humaines, concernant les t&#226;ches &#171; spirituelles, transcendantes &#187;, et la grande importance au contraire de la connexion entre la vie v&#233;g&#233;tative de l'homme et le tout de la nature (...) L'id&#233;ologie nationale-socialiste poss&#232;de un noyau rationnel, exprim&#233; dans le slogan de s fid&#233;lit&#233; an sang et &#224; la terre s, qui conf&#232;re un &#233;lan exceptionnel au mouvement r&#233;actionnaire.&lt;/i&gt;
&lt;i&gt;_ La pratique nationale-socialiste, en revanche, ne cesse d'adh&#233;rer aux forces sociales qui contrarient le principe de l'action r&#233;volutionnaire, &#224; savoir l'unification de la soci&#233;t&#233;, de la nature et de la technique (...). Le national-socialisme exprime par son id&#233;ologie, de fa&#231;on mystique, ce qui constitue le noyau rationnel dans le mouvement r&#233;volutionnaire : l'id&#233;e d'une soci&#233;t&#233; sans classe et &lt;/i&gt;&lt;i&gt;d'un&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e&lt;/i&gt;&lt;i&gt; vie en harmonie avec la nature. Le mouvement r&#233;volution&lt;/i&gt;&lt;i&gt;n&lt;/i&gt;&lt;i&gt;a&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ire&lt;/i&gt;&lt;i&gt; quant &#224; lui, quoique n'ayant pas encore la parfaite conscience de son id&#233;ologie propre, a &#233;clairci les conditions &#233;conomiques et sociales (...) d'une r&#233;alisation du bonheur dans la vie.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 36-37&#034; id=&#034;nh24-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette sorte de qu&#234;te mystique de la Totalit&#233; et de l'Absolu, explicitement oppos&#233;e au P&#232;re et in&#233;vitablement oppos&#233;e aux valeurs (les t&#226;ches &#171; spirituelles, transcendantes &#187;), &lt;i&gt;le fantasme de Reich comme celui de Marcuse est construit sur la base d'une identification &#224; l'imago &lt;/i&gt;&lt;i&gt;archa&#239;que&lt;/i&gt;&lt;i&gt; de la &lt;/i&gt;&lt;i&gt;M&#232;re&lt;/i&gt; &#171; &lt;i&gt;bonne &#187; &lt;/i&gt;(&#171; connexion entre la vie v&#233;g&#233;tative de l'homme et le tout de la nature &#187;), d'une d&#233;n&#233;gation de l'agressivit&#233; humaine fondamentale et d'une annulation du P&#232;re. Cette position &#8212; quels que soient les apports tr&#232;s importants de Reich dans le domaine qui nous int&#233;resse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Notre attitude critique vise ce qui nous appara&#238;t comme utopique chez Reich (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8212; nous appara&#238;t comme dangereuse. Elle ne diff&#232;re du fascisme ou du nazisme que parce que, point malgr&#233; tout essentiel, le &lt;i&gt;fantasme inconscient de ces deux mouvements est construit sur la base de l'identification &#224; la M&#232;re archa&#239;que &#171; mauvaise &#187;.&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Sur un plan clinique &#8211; et non plus sociopolitique &#8212; l'attitude de Reich nous parait moins dangereuse que celle de Marcuse, dans la mesure o&#249; il sait reconna&#238;tre tout le potentiel destructif et agressif des pulsions pr&#233;g&#233;nitales chez l'adulte, et o&#249; il d&#233;crit un stade transitoire de &#171; r&#233;&#233;ducation sexuelle &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous venons ainsi de laisser la parole &#224; Wilhem Reich, c'est afin de bien montrer qu'aucun psychanalyste praticien, f&#251;t-il aussi fortement port&#233; par ses aspirations qu'un Wilhem Reich, n'aurait commis l'erreur qui a &#233;t&#233; celle de Marcuse, &#224; savoir de ne pas tenir compte du fait qu'aux stades pr&#233;g&#233;nitaux correspondant aux pulsions partielles, qu'il s'agisse du stade oral (sadisme oral) ou du stade anal (sadisme ana, o&#249; se remet en forme le sadisme oral avec l'appoint capital de l'agressivit&#233; anale), correspond l'agressivit&#233; la plus intense, al plus destructrice. Il convient de ne pas oublier que la th&#233;orie psychanalytique, dans ses secteurs accept&#233;s par l'ensemble des analystes, s'appuie sur la clinique quotidienne de la cure qu'elle a charge de formuler. L'exemple de Marcuse confirmerait, s'il en &#233;tait besoin, qu'un th&#233;oricien de la Psychanalyse ne peut se passer de l'enseignement et des correctifs apport&#233;s par la clinique. D'autre part, l'existence m&#234;me de l'Inconscient est litt&#233;ralement &lt;i&gt;incroyable&lt;/i&gt;, puisque la fonction des m&#233;canismes de d&#233;fense est pr&#233;cis&#233;ment d'emp&#234;cher l'Inconscient de faire objet d'une prise de connaissance. Sans la confirmation insistante apport&#233;e chaque jour par la cure, le pur th&#233;oricien risquera tr&#232;s vite de donner &#224; l'Inconscient la place d'un concept comme les autres, puis, comme Marcuse dans son &#339;uvre post&#233;rieure &#224; &lt;i&gt;Eros et Civilisation&lt;/i&gt;, plus de place du tout. Alors que la dimension de l'Inconscient est pr&#233;cis&#233;ment ce qui modifie tous les concepts et toutes les th&#233;ories dans le domaine de la psychologie individuelle et collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marcuse n'est d'ailleurs pas sans soup&#231;onner le danger de sa position quant &#224; la pr&#233;g&#233;nitalit&#233; et aux pulsions partielles, puisque, &#224; cet endroit pr&#233;cis de l'ouvrage, en plein pan&#233;gyrique de la perversion, il &#233;prouve la n&#233;cessit&#233; de prendre ses distances d'avec :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Les orgies sadiques et masochistes,&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ou bien&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;d'avec les activit&#233;s des SS.&lt;/i&gt; &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; l&lt;i&gt;a fonction, du sadisme, &#233;crit-&lt;/i&gt;&lt;i&gt;il&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, n'est pas la m&#234;me dans une &lt;/i&gt;&lt;i&gt;relation&lt;/i&gt;&lt;i&gt; libidinale libre et dans les activit&#233;s des S. S&lt;/i&gt;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. et C.&#034; id=&#034;nh24-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233; si ! elle est tr&#232;s exactement la m&#234;me, puisque l'activit&#233; d'un S. S. est sous-tendue par une sexualit&#233; ayant r&#233;gress&#233; du stade phallique au stade sadique-anal, d'une sexualit&#233; intriqu&#233;e, donc, avec une agressivit&#233; de nature sadique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est seulement lorsque la pulsion anale s'est int&#233;gr&#233;e dans la g&#233;nitalit&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et il s'agit bien d'une relation libidinale &lt;i&gt;libre&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;c'est-&#224;-dire s'exer&#231;ant sans retenue, puisqu'elle se trouve d'accord avec un Moi lui-m&#234;me infantile et pervers. Si cet accord n'existait pas, si le Moi s'opposait &#224; la r&#233;gression sexuelle, il y aurait conflit, refoulement, n&#233;vrose &#8212; et non perversion. Nous reparlerons plus loin du danger qu'implique cette prise de position &#224; propos de ce que nous nommerons le &#171; pari marcusien &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un mot encore sur le danger pratique de cet encouragement th&#233;orique aux perversions donn&#233;* par Marcuse aux jeunes gens. Donn&#233; par na&#239;vet&#233; et ignorance pourrait-on penser, plut&#244;t que pour d'autres motifs, Marcuse apparaissant, aux dires de ceux qui le connaissent ou l'ont connu, comme le meilleur des hommes. Mais c'est pr&#233;cis&#233;ment le travail du psychanalyste que de ne pas &#234;tre dupe des apparences et de savoir reconna&#238;tre le sadisme inconscient qui peut se camoufler sous la g&#233;n&#233;rosit&#233; et l'oblativit&#233; les plus manifestes...&lt;br class='manualbr' /&gt;Car, m&#234;me si l'on n'est pas aussi cat&#233;gorique que Freud qui pensait que :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;en r&#233;alit&#233;, les pervers sont plut&#244;t de pauvres diables qui expient tr&#232;s durement la satisfaction qu'ils ont tant de peine &#224; se procurer&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Intro. &#224; la psych. p.301&#034; id=&#034;nh24-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La clinique quotidienne, et la simple observation de ce qui se passe autour de nous, sont l&#224; pour nous montrer que le corr&#233;latif psycho-affectif de la perversion est la compulsion et la d&#233;pendance &#233;troite &#224; l'objet, que celui-ci soit nettement individualis&#233; ou bien seulement fonctionnel. Aussi bien le sado-masochisme (pulsion partielle anale) que la toxicomanie (pulsion partielle orale) sont des ma&#238;tres tyranniques dont il devient tr&#232;s vite fort difficile, voire impossible, de se d&#233;livrer. Et il appara&#238;t bien difficile, dans le cas de grand masochistes ou d'&#234;tres accoutum&#233;s &#224; des drogues majeures, de trouver son id&#233;al humain en de tels sujets, ainsi soumis &#224; un esclavage complet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?777-le-grand-refus-d-herbert-marcuse' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Deuxi&#232;me partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb24-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;E. et C., p. 178.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;E. et &lt;/i&gt;C., p. 50.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;E&lt;i&gt;. &lt;/i&gt;et&lt;i&gt; &lt;/i&gt;C., p. 176&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;E. et C. p. 178&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Freud, &lt;i&gt;Introd. d la &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Psychanalyse, &lt;/i&gt;p. 291&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;La R&#233;volution sexuelle, &lt;/i&gt;p. 64. Soulign&#233; par Reich.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;op. cit. p.65&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;op. cit. p.65&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Op. cit., &lt;/i&gt;p. 115. On voit bien l&#224; que pour Reich, comme pour Freud et comme pour tons les psychanalystes, les fixations pr&#233;g&#233;nitales sur lesquelles s'appuieront ult&#233;rieurement, en cas de r&#233;gression devant le conflit &#339;dipien, les perversions, toutes aliment&#233;es par la sexualit&#233; pr&#233;g&#233;nitale, ont un caract&#232;re hautement toxique. Ce qui est &#224; redouter chez l'adulte du point de vue des tendances agressives et antisociales, c'est la perversion et non la g&#233;nitalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;op. cit. p.116&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;op. cit. p.117&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Op. cit., &lt;/i&gt;p. 119&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Op. cit., &lt;/i&gt;p. 119 et 120&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Op. cit., &lt;/i&gt;p. 117&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Op. cit., p. 47&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Op. cit., &lt;/i&gt;p. 35&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Op. cit., &lt;/i&gt;p. 36-37&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Notre attitude critique vise ce qui nous appara&#238;t comme utopique chez Reich : l'homme naturellement bon. Son apport nous appara&#238;t pourtant fondamental &#8212; bien davantage que celui de Marcuse qui lui doit tant sans toujours le reconna&#238;tre. Outre son aspect de clinicien de la cure (&#171; l'Analyse du caract&#232;re &#187;), il nous parait avoir su relier le th&#232;me de la r&#233;pression sexuelle infantile et le th&#232;me de la soci&#233;t&#233; autoritaire. L'accent mis sur l'importance des communaut&#233;s d'enfants, ce que nous appellerions aujourd'hui la &#171; co-&#233;ducation &#187;, nous appara&#238;t proph&#233;tique. Enfin, il existe chez lui une volont&#233; de rassembler l'&#233;tude des ph&#233;nom&#232;nes proprement psychologiques et des ph&#233;nom&#232;nes socio-&#233;conomiques, et, bien que pensant que l'homme est conditionn&#233; par la soci&#233;t&#233;, il estime que cette derni&#232;re n'agit pas directement mais au travers de cette institution m&#233;diatrice qu'est la famille.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;E. et C.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C'est seulement lorsque la pulsion anale s'est int&#233;gr&#233;e dans la g&#233;nitalit&#233; que la fonction du sadisme devient diff&#233;rente &#8212; ou plut&#244;t que l'agressivit&#233; cesse d'&#234;tre de nature sadique. Dans la perversion, &#224; la r&#233;gression sexuelle s'associent une infantilisation et une perversion du Moi, tout au moins dans des secteurs importants.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Intro. &#224; la psych.&lt;/i&gt; p.301&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Ce que pourrait &#234;tre une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique (5/5)</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?823-ce-que-pourrait-etre-une-societe</link>
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		<dc:date>2016-05-08T20:39:25Z</dc:date>
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		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Prospective</dc:subject>
		<dc:subject>Keyn&#233;sianisme</dc:subject>
		<dc:subject>B&#233;rard Quentin</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Voir la quatri&#232;me partie (.../...) 6 &#8212; La question du devenir de la puissance Rien ne fera mieux comprendre ce dernier point que de ramasser succinctement une aporie qui court tout au long du pr&#233;sent texte et qui en formule l'interrogation principale, le devenir du d&#233;sir de puissance dans une soci&#233;t&#233; autonome. Que celui-ci habite l'&#226;me humaine depuis ses tr&#233;fonds, qu'il en soit l'origine ontologique comme nous le pensons (cf. infra) ou qu'il structure le sujet depuis ses premi&#232;res (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-sociale-democratie-" rel="directory"&gt;Autonomie sociale : D&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-49-prospective-+" rel="tag"&gt;Prospective&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-223-keynesianisme-+" rel="tag"&gt;Keyn&#233;sianisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-283-Berard-Quentin-+" rel="tag"&gt;B&#233;rard Quentin&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/arton823.jpg?1621969031' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='123' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?822-ce-que-pourrait-etre-une-societe' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Voir la quatri&#232;me partie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;6 &#8212; La question du devenir de la puissance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien ne fera mieux comprendre ce dernier point que de ramasser succinctement une aporie qui court tout au long du pr&#233;sent texte et qui en formule l'interrogation principale, le devenir du &lt;i&gt;d&#233;sir de puissance&lt;/i&gt; dans une soci&#233;t&#233; autonome.&lt;br class='manualbr' /&gt;Que celui-ci habite l'&#226;me humaine depuis ses tr&#233;fonds, qu'il en soit l'origine ontologique comme nous le pensons (cf. &lt;i&gt;infra&lt;/i&gt;) ou qu'il structure le sujet depuis ses premi&#232;res interactions sociales, l'histoire semble en t&#233;moigner : la puissance pr&#234;t&#233;e aux forces occultes, diffuses, concentr&#233;es en des dieux puis incarn&#233;es dans le corps du monarque mod&#232;lent les personnalit&#233;s et les soci&#233;t&#233;s humaines depuis qu'elles existent : la folie individuelle, sa d&#233;mesure, son &lt;i&gt;hubris&lt;/i&gt; &#233;taient d&#233;l&#233;gu&#233;es &#224; une source extra-sociale, et l'&#233;quilibre social autant que psychique exigeait ainsi une &lt;i&gt;profonde h&#233;t&#233;ronomie&lt;/i&gt;. A cet &#233;gard-l&#224; aussi, la p&#233;riode hell&#233;nique appara&#238;t comme une rupture miraculeuse, o&#249; la m&#233;taphysique reposait alors bien plus sur un chaos imma&#238;trisable que sur un ordre cosmique &#224; perp&#233;tuer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Pierre Vernant, Les origines de la pens&#233;e grecque, (1962 ; Puf, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les trois monoth&#233;ismes qui l'ont suivie constituent, de ce point de vue, une r&#233;elle r&#233;gression qui confie une toute-puissance au Dieu Unique et Souverain, garant du d&#233;cha&#238;nement guerrier et conqu&#233;rant comme de la soumission indiscutable de l'individu. Ce que la modernit&#233; a op&#233;r&#233;, moyennant l'usage de la raison, c'est la descente sur Terre de ce fantasme de puissance infinie, d&#233;ploy&#233; et rendu tangible dans l'accumulation incessante d'argent, le d&#233;veloppement de la science, de la technique et de l'industrie, l'emprise croissante sur la &#171; nature &#187;, la d&#233;mesure du pouvoir par l'appareil totalitaire et son arsenal impensable de destruction &#8212; et sa progressive accessibilit&#233; &lt;i&gt;pour tous&lt;/i&gt;, r&#233;elle ou par procuration, par diff&#233;rents m&#233;canismes, dont les pressions populaires pour la mobilit&#233; sociale dans la hi&#233;rarchie des pouvoirs et des revenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dire que la d&#233;mocratie est &lt;i&gt;autolimitation&lt;/i&gt;, formulation de limites par le peuple &lt;i&gt;pour&lt;/i&gt; le peuple lui-m&#234;me, c'est refuser que cette d&#233;mesure, ce &#171; mauvais infini &#187; de Hegel s'incarne dans la surench&#232;re aveugle de la technoscience, dans la course sans fin aux profits ou &#224; la boulimie consum&#233;riste, ou, encore moins, dans la domination de tous par un seul ou des autres par nous-m&#234;mes. Mais il est inconcevable de projeter une &lt;i&gt;abolition pure et simple&lt;/i&gt; du d&#233;lire de puissance, dans tout domaine, sinon &#224; r&#234;ver non pas une autre humanit&#233;, mais bien &lt;i&gt;une autre esp&#232;ce&lt;/i&gt;. Bien s&#251;r et comme d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;, une intense socialit&#233;, une cr&#233;ativit&#233; sociale et artistique sans pr&#233;c&#233;dent, et la cr&#233;ation d'une foule d'institutions permettant la r&#233;flexivit&#233; individuelle et collective apparaissent comme des sources d'&#233;tayage importantes et centrales. L'exemple de l'Ath&#232;nes antique est parlant, qui multiplia les institutions mobilisant l'&lt;i&gt;ag&#244;n&lt;/i&gt;, l'affrontement, sur le terrain civil, comme les jeux et les comp&#233;titions sportives, les concours de rh&#233;torique, de trag&#233;die ou de chant, ou au premier chef l'argumentation intellectuelle, mais on est en droit de douter que cela soit suffisant.&lt;br class='manualbr' /&gt;Car une soci&#233;t&#233; comme nous la voulons ne va pas seulement contre le capitalisme, qui n'est que le summum d'un m&#233;canisme bien plus global (ce que refusent de voir les &#171; anticapitalistes &#187;), ni contre la modernit&#233;, en qui repose &lt;i&gt;aussi&lt;/i&gt; l'alternative, mais bien contre des &lt;i&gt;mill&#233;naires&lt;/i&gt; d'histoire s&#233;diment&#233;s dans l'imaginaire contemporain et n&#233;cessairement futur. Un seul exemple : l'expansion, l'extension non seulement des fronti&#232;res &#233;tatiques mais d'abord et surtout de l'aire g&#233;ographique de l'humanit&#233;, a &#233;t&#233; une r&#232;gle rarement d&#233;mentie. Le ralentissement brutal de l'aventure spatiale avec la fin de la guerre froide semble discr&#232;tement en marquer le coup d'arr&#234;t. Il n'est pas absurde de consid&#233;rer, compte tenu de l'indigente configuration plan&#233;taire du syst&#232;me solaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Le secret de l'Occident..., op. cit., &#201;pilogue, p. 815 sqq. On notera (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qu'il s'agit l&#224; d'une immobilisation d&#233;finitive, cantonnant &#224; la Terre une esp&#232;ce animale dont l'extension incessante de son territoire appara&#238;t comme une pi&#232;ce ma&#238;tresse de sa survie. Situation qui s'av&#233;rerait alors absolument in&#233;dite, exigeant de nouveaux modes d'habiter et de penser encore minoritaires sinon inexistants. Cette rupture, pour l'instant subie vu l'emballement mondial actuel, a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; compar&#233;e &#224; celle op&#233;r&#233;e durant le n&#233;olithique, de m&#234;me dimension et de m&#234;me ampleur, chamboulant tous les rapports connus au temps, &#224; l'espace, &#224; la culture, au savoir, aux ressources, aux richesses... Peut-&#234;tre peut-on plus simplement la rapprocher de cette mythique &#171; &lt;i&gt;p&#233;riode axiale de l'Histoire universelle&lt;/i&gt; &#187; ch&#232;re &#224; Karl Jaspers, qui a vu un nombre impressionnant de civilisations ramasser leur culture mill&#233;naire en quelques &#339;uvres monumentales, faisant passer l'&#233;crit, la m&#233;moire et l'histoire dans des modes d'&#234;tre inconnus jusque-l&#224; et qui nous constituent depuis&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;... mais dont il n'est pas exclu que nous sortions prochainement, la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;De ces basculements possibles (comme d'une extinction), nous ne pouvons rien dire : tout au plus pouvons-nous essayer d'en d&#233;celer les &#233;ventuels signes avant-coureurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;IV &#8212; La question de la transition&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne saurait achever l'esquisse d'une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique r&#233;alisable sans &#233;voquer ce qui a longtemps &#233;t&#233; appel&#233; la &#171; transition &#187;, le passage du monde actuel &#224; celui projet&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Englu&#233;e dans la m&#233;taphysique h&#233;geliano-marxiste o&#249; une bienveillante providence fait finalement accoucher l'humanit&#233; d'un monde id&#233;al, la question se pose pour nous fort diff&#233;remment et nous force &#224; examiner la situation historique, non pour calculer le &lt;i&gt;d&#233;lai&lt;/i&gt; qui nous s&#233;parerait de cet av&#232;nement, mais bien pour tenter d'y &lt;i&gt;d&#233;celer&lt;/i&gt; des dynamiques susceptibles de seulement porter un projet de d&#233;mocratie directe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;N&#233;cessit&#233; d'une maturation anthropologique&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;De tout ce qui pr&#233;c&#232;de, et par quelque bout qu'on le prenne, il ressort qu'une telle soci&#233;t&#233; ne pourrait avoir un d&#233;but de r&#233;alisation que port&#233;e par le plus grand nombre et, parall&#232;lement, que les grandes tendances mondiales actuelles nous poussent &#224; l'oppos&#233;. C'est que nous sommes les rares h&#233;ritiers d'un mouvement qui s'est progressivement dilu&#233; depuis le milieu du si&#232;cle dernier et, depuis, le cours du monde a largement bifurqu&#233;. Le projet d'autonomie qui a structur&#233; l'Occident a succomb&#233; aux ravages des deux guerres mondiales, &#224; la puissance technologique, &#224; la soci&#233;t&#233; de consommation, &#224; l'&#201;tat-providence, aux mascarades &#233;lectorales et &#224; la politique des lobbies. A tel point que la question de la transition de la soci&#233;t&#233; actuelle &#224; une autre telle qu'elle se posait &#224; l'&#233;poque devient pour nous : &#224; quel moment historique futur le projet d'une soci&#233;t&#233; libre et &#233;galitaire pourrait-il reprendre et redevenir populaire au point de s'incarner chez chacun dans une autre mani&#232;re d'&#234;tre et de faire ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Car il ne suffit pas de se proclamer pour la libert&#233; et l'&#233;galit&#233;, &#224; supposer que ces mots retrouvent un jour du sens : cela, tous les lobbies politiques s'en r&#233;clament, de l'extr&#234;me gauche &#224; la droite nationaliste, et les populations sans perspectives dans un monde qui s'effondre ne pourront que le brandir, m&#234;lant d'&#233;ventuelles aspirations authentiques &#224; l'autonomie &#224; l'exigence indiscutable d'une restauration de l'univers de la consommation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme on l'a vu r&#233;cemment en Gr&#232;ce lors d'un des plus novateurs mouvements (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce qui serait requis, ce n'est aujourd'hui rien de moins que la lente transformation des personnalit&#233;s telle que l'Europe l'a v&#233;cue de la Renaissance aux premi&#232;res R&#233;volutions, la formation progressive, &lt;i&gt;g&#233;n&#233;ration apr&#232;s g&#233;n&#233;ration&lt;/i&gt;, de la personnalit&#233; moderne pour qui, par exemple, le projet ici d&#233;crit ne rel&#232;ve pas d'un &#233;trange &lt;i&gt;d&#233;lire&lt;/i&gt; parmi tant d'autres. Or cette dimension anthropologique et temporelle est syst&#233;matiquement &#233;vacu&#233;e par un &lt;i&gt;volontarisme&lt;/i&gt; malvenu mais certainement plus rassurant, m&#234;me chez les contributeurs les moins irr&#233;alistes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On pense &#224; Ezequiel Adamovsky dans &#171; Penser le passage du social au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Consid&#233;rer que ce &#224; quoi nous tenons plus que tout est aujourd'hui une signification socialement morte n'est certes pas r&#233;jouissant. Mais l'histoire t&#233;moigne que les dynamiques profondes ne s'&#233;teignent pas facilement (le catastrophisme &#233;tant le revers de la m&#233;daille progressiste). Il suffit de se rem&#233;morer par exemple l'incompr&#233;hensible et admirable survie du peuple juif depuis trois mill&#233;naires ou les effondrements et les reconstructions successives de l'&#201;gypte antique durant plus de deux mille ans. Certes, ces soci&#233;t&#233;s sont des parangons de l'h&#233;t&#233;ronomie, mais l'&#233;clipse que l'Europe a connue lors de l'interminable guerre de Cent Ans ou, remontant plus loin, cette improbable r&#233;appropriation, &#224; dix si&#232;cles de distance, de l'h&#233;ritage grec (dont l'Orient n'a su que faire sinon s'y accouder pour inventer la r&#233;gression chr&#233;tienne), montrent &#224; leur tour que le projet d'autonomie est bien une plante fragile, mais dont il ne faut pas sous-estimer la vivacit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Crit&#232;res de jugement&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Quelques crit&#232;res nous semblent importants &#224; envisager afin de nous aider &#224; d&#233;celer un courant politique et social visant l'&#233;mancipation, bien qu'ils n'apparaissent nullement comme suffisants, loin de l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, l'adh&#233;sion aux mythes contemporains de la soci&#233;t&#233; de consommation, dont t&#233;moigne l'interminable et mortif&#232;re r&#233;p&#233;tition de l'actualit&#233;, est aujourd'hui telle qu'elle ne se fissurera certainement pas de l'int&#233;rieur par l'action des gens, mais bien &#224; travers un bouleversement &lt;i&gt;ext&#233;rieur&lt;/i&gt; du &lt;i&gt;statu quo&lt;/i&gt; rendant impossible tout espoir de retour en arri&#232;re rapide. Il ne s'agirait nullement de &#171; l'&#233;tincelle mettant le feu &#224; la plaine &#187;, mais bien de l'arrachement involontaire &#224; un monde v&#233;cu comme ind&#233;passable, entra&#238;nant un v&#233;ritable &lt;i&gt;deuil&lt;/i&gt; de cette p&#233;riode.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ensuite, la multidimensionnalit&#233; et l'interp&#233;n&#233;tration des crises en cours et &#224; venir rendra pr&#233;caires et instables toutes les &#233;volutions des prochaines d&#233;cennies. Les in&#233;vitables et innombrables r&#233;voltes qui se profilent sont loin d'en annoncer la fin, et les r&#233;gimes qui pourraient en na&#238;tre, quels que soient leurs fondements et leurs appuis, pourraient se disloquer aussi vite qu'ils surgissent.&lt;br class='manualbr' /&gt;Enfin, il ne pourra y avoir (re)naissance d'un projet populaire de d&#233;mocratie directe sans une transmutation quasi totale ou une disparition pure et simple des id&#233;ologies (essentiellement gauchisantes) qui se r&#233;clament plus ou moins explicitement de son h&#233;ritage. Leurs d&#233;gradations affolantes depuis le d&#233;but du XXe si&#232;cle (entre l'apparition de la Gauche europ&#233;enne et le putsch russe d'octobre 1917) en font aujourd'hui les ennemis les plus redoutables du gouvernement du peuple, puisqu'elles constituent les enzymes permettant la digestion des pouss&#233;es subversives et leur emploi pour le rafistolage du m&#233;tabolisme social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelques hypoth&#232;ses prospectives&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Essayons de d&#233;gager quelques possibilit&#233;s d'une telle marche de l'histoire dans la sph&#232;re occidentale, o&#249; les coordonn&#233;es sociopolitiques nous sont moins &#233;trang&#232;res qu'ailleurs sur la plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; La premi&#232;re, implicitement la plus courante, la plus optimiste en un sens, serait de partir des &#238;lots actuels o&#249; les id&#233;es et pratiques ici pr&#233;sent&#233;es circulent encore quelque peu, des rares lieux o&#249; elles tentent s&#233;rieusement d'&#234;tre mises en &#339;uvre, des quelques mouvements qui ne leur sont pas totalement &#233;trangers, rapidement &#233;voqu&#233;s dans la premi&#232;re partie. Peut-&#234;tre l'abandon par l'oligarchie des classes les moins favoris&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On lira, de G. Fargette, &#171; Keyn&#233;sianisme improbable &#187; et &#171; Les conditions de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, leur rel&#233;gation progressive dans des zones en d&#233;sh&#233;rence et leur constitution lente et &lt;i&gt;de facto&lt;/i&gt; en contre-soci&#233;t&#233; pourraient-elles amener &#224; l'extension de ces alternatives et leur institutionnalisation en mode de vie. Il serait alors possible qu'un v&#233;ritable &lt;i&gt;clivage culturel&lt;/i&gt; se fasse jour et qu'une &lt;i&gt;reconstruction du social&lt;/i&gt; s'op&#232;re sur des bases radicalement diff&#233;rentes de celles d'aujourd'hui, dessinant la perspective d'une r&#233;-institution prochaine de la soci&#233;t&#233;, quelle qu'en soit la forme. Il est clair qu'alors le verbiage militant actuel, m&#233;lange de gauchisme, de lib&#233;ralisme, de technophilie et de primitivisme sera rendu absolument m&#233;connaissable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On lira au sujet du d&#233;calage entre les bonnes intentions et les r&#233;alit&#233;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : apr&#232;s un retrait d'une centaine d'ann&#233;es, les peuples pourraient reprendre leurs r&#244;les historiques. Mais ce sch&#233;ma, finalement &lt;i&gt;progressiste&lt;/i&gt;, doit postuler que les populations concern&#233;es seraient alors toujours anim&#233;es par la vis&#233;e de l'autonomie, ce qui est tout sauf in&#233;luctable, la pente la plus probable &#233;tant une restauration autoritaire. Si la mis&#232;re a toujours engendr&#233; une auto-organisation de la survie permettant de g&#233;rer au mieux la raret&#233;, celle-ci ne s'est inscrite dans l'horizon d'une soci&#233;t&#233; &#233;galitaire que dans quelques cas particuliers &#8212; et toujours urbains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Un deuxi&#232;me sc&#233;nario serait plus poreux aux crises contemporaines qui &#233;branlent le monde tel qu'il s'est construit jusqu'ici et les strat&#233;gies des couches dominantes pour asseoir leurs dominations. Impossible de d&#233;celer aujourd'hui l'origine de ce qui mettrait &#224; bas ces m&#233;canismes rod&#233;s : sans doute une synergie rassemblant un effondrement des niveaux de vie sans pr&#233;c&#233;dent, une acc&#233;l&#233;ration des bouleversements et catastrophes &#233;cologiques et une multiplication des troubles sociaux et internationaux. Le cynisme et l'insanit&#233; des oligarques, ou la disparition de leurs leviers de r&#233;gulation sociale, laisseraient durablement la plus grande partie des populations sans r&#233;els &#201;tats stables ni assistance, forc&#233;es de pourvoir par leurs propres moyens aux n&#233;cessit&#233;s quotidiennes, &#224; commencer par leur propre s&#233;curit&#233;. Que cette situation chaotique dure ou qu'elle engendre dans l'urgence de nouveaux r&#233;gimes (sans doute passablement pires que les pr&#233;c&#233;dents et qui renforceront la confusion), les difficult&#233;s pour reconstruire une perspective politique seront innombrables : aux probl&#232;mes mat&#233;riels inconnus depuis au moins deux g&#233;n&#233;rations s'ajoutera un capharna&#252;m id&#233;ologique particuli&#232;rement dense et kal&#233;idoscopique. Ce ne seraient alors ni les discours ni les raisonnements qui pourraient orienter l'activit&#233; collective vers un but commun, mais ce que les gens mettront en place, exp&#233;rimenteront, &lt;i&gt;cahin-caha&lt;/i&gt;, imagineront comme moyens de renverser la situation et transmettront &#224; leurs descendants, bref, leurs d&#233;sirs les plus profonds. Si les ponts anthropologiques qui relient ces populations &#224; leur pass&#233; ne sont pas totalement rompus, la perspective s&#233;rieuse de la r&#233;alisation d'une soci&#233;t&#233; autogouvern&#233;e pourrait alors refaire surface en l'espace d'une g&#233;n&#233;ration, comme une &#233;pave en p&#233;riode de basses eaux, et redonner un sens &#224; l'aventure humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Troisi&#232;me et derni&#232;re hypoth&#232;se prospective&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous reprenons ici quelques &#233;l&#233;ments du &#171; Pr&#233;liminaire &#224; toute r&#233;flexion sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, celle d'une conjonction de crises g&#233;opolitiques (d&#233;mographique, &#233;conomique et &#233;nerg&#233;tique) aboutissant &#224; un conflit de dimensions mondiales, sans recours massif aux armes d'an&#233;antissement. Une &#233;ventuelle renaissance d'un projet d'autonomie ne serait alors possible qu'une fois les guerres achev&#233;es et sur des bases &#224; la fois g&#233;ographiques, sociales et culturelles r&#233;solument inconnues aujourd'hui. La situation &#233;cologique s'&#233;tant d&#233;grad&#233;e comme jamais, et ses multiples effets ne pouvant plus &#234;tre retard&#233;s, pourrait alors se mettre en place une soci&#233;t&#233; autoritaire o&#249; l'ing&#233;nierie &#233;cologique assurerait les besoins vitaux des &#234;tres humains. Les populations auraient alors &#224; affronter un nouveau type d'&#201;tat, potentiellement universel, similaire &#224; celui des soci&#233;t&#233;s hydrauliques de l'Antiquit&#233;, ayant en charge les ressources disponibles pour la production et le rationnement de la consommation. Cette configuration, historiquement nouvelle dans la sph&#232;re occidentale, n'est pas sans &#233;cho avec certains moments historiques o&#249; les porteurs du projet d'autonomie se sont affront&#233;s aux diff&#233;rents despotismes de l'&#233;poque classique, ou au totalitarisme, et elle pourrait b&#233;n&#233;ficier du recours &#224; la raison que porte en germe un r&#233;gime pr&#233;tendant se r&#233;clamer de la science et ne pouvant enti&#232;rement se pr&#233;munir des &#233;preuves de la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces sp&#233;culations sont vaines, pensera peut-&#234;tre le lecteur, qui trouvera sans peine ailleurs une prose plus chantante recyclant un triomphalisme vieux de plus d'un si&#232;cle, apparemment seule &#224; m&#234;me de fonder un engagement qui ne supporte plus l'inscription dans une large &#233;chelle de temps. Il nous semble que c'est &lt;i&gt;pr&#233;cis&#233;ment&lt;/i&gt; cette impossibilit&#233; &#224; affronter une r&#233;alit&#233; d&#233;sagr&#233;able qui pr&#233;cipite au fil des d&#233;cennies les &#233;v&#233;nements les plus sombres et oriente le cours du monde vers un terme si peu r&#233;jouissant. Car l'effondrement civilisationnel a son pendant psychique : c'est la tonalit&#233; fondamentalement &lt;i&gt;d&#233;pressive&lt;/i&gt; de l'Occident &#8212; et plus particuli&#232;rement de ses franges les plus militantes qui, croyant la compenser par le d&#233;ni, la rendent plus aigu&#235; encore &#8212; qui interdit cette &lt;i&gt;cr&#233;ativit&#233; historique&lt;/i&gt; qui l'a model&#233; et qui, seule, pourrait gripper les d&#233;terminismes de nos soci&#233;t&#233;s et faire d&#233;railler l'histoire dans sa course &#224; l'ab&#238;me. Sans doute sommes-nous plac&#233;s devant le plus grand choix que l'humanit&#233; ait eu &#224; affronter durant sa courte histoire. Mais le fait que nos pr&#233;d&#233;cesseurs l'aient entrevu avant qu'il ne s'impose &#224; nous devrait nous interdire de le consid&#233;rer comme inconcevable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Collectif Lieux Communs&lt;/strong&gt;
&lt;strong&gt;Avril 2012 &#8212; Janvier 2015&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb25-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir Jean-Pierre Vernant, &lt;i&gt;Les origines de la pens&#233;e grecque&lt;/i&gt;, (1962 ; Puf, 2009), ainsi que C. Castoriadis, &lt;i&gt;Ce qui fait la Gr&#232;ce, tome 1 : D'Hom&#232;re &#224; H&#233;raclite&lt;/i&gt; (Seuil, 2004).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. &lt;i&gt;Le secret de l'Occident...&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, &#201;pilogue, p. 815 &lt;i&gt;sqq&lt;/i&gt;. On notera que ces th&#232;ses ont &#233;t&#233; d&#233;couvertes &#171; empiriquement &#187; par les auteurs de science-fiction, souvent les plus politiques, qui postulent souvent des syst&#232;mes &#224; plan&#232;tes sinon jumelles du moins potentiellement habitables (voir notamment Ursula K. Le Guin dans &lt;i&gt;Les D&#233;poss&#233;d&#233;s. Une utopie ambigu&#235;&lt;/i&gt;, 1974 ; Robert Laffont, 2010).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;... mais dont il n'est pas exclu que nous sortions prochainement, la r&#233;-oralisation de la culture avec l'insignifiance grandissante de l'&#233;crit semblant signifier une &#171; d&#233;saxialisation &#187; du monde (que certains nomment &#171; d&#233;symbolisation &#187;, cf. &#171; La d&#233;symbolisation en question &#187; de Jo&#235;lle Mesnil, DNSI). On lira avec profit &lt;i&gt;La m&#233;moire culturelle. &#201;criture, souvenir et imaginaire politique dans les civilisations antiques&lt;/i&gt; de Jan Assmann, (2002 ;Aubier, 2010).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Comme on l'a vu r&#233;cemment en Gr&#232;ce lors d'un des plus novateurs mouvements sociaux depuis une g&#233;n&#233;ration : cf. &lt;i&gt;Le mouvement grec pour la d&#233;mocratie directe...&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On pense &#224; Ezequiel Adamovsky dans &#171; &lt;i&gt;Penser le passage du social au politique&lt;/i&gt; &#187;, mars 2006, particuli&#232;rement dans sa seconde partie o&#249; il propose la formation d'&lt;i&gt;Assembl&#233;es des Mouvements Sociaux&lt;/i&gt;, prodromes aux &lt;i&gt;Assembl&#233;es&lt;/i&gt; ici d&#233;crites.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On lira, de G. Fargette, &#171; Keyn&#233;sianisme improbable &#187; et &#171; Les conditions de validit&#233; du keyn&#233;sianisme &#187;, &lt;i&gt;in Le cr&#233;puscule du XXe si&#232;cle&lt;/i&gt; n&#176; 25, d&#233;cembre 2012 [DNSI].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On lira au sujet du d&#233;calage entre les bonnes intentions et les r&#233;alit&#233;s anthropologiques &#171; Essor et faillite des r&#233;seaux de &#171; troc &#187; en Argentine : l'&#233;chec d'une refondation sociale &#187; 2005, de Bruno Mallard (&lt;a href=&#034;http://revista-theomai.unq.edu.ar/numero12/art_&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://revista-theomai.unq.edu.ar/n...&lt;/a&gt; mallard_12.htm).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Nous reprenons ici quelques &#233;l&#233;ments du &#171; Pr&#233;liminaire &#224; toute r&#233;flexion sur les troubles en cours et &#224; venir &#187; de G. Fargette, 2009 [DNSI].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Ce que pourrait &#234;tre une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique (4/5)</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?822-ce-que-pourrait-etre-une-societe</link>
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		<dc:date>2016-04-30T18:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Red&#233;finition des besoins</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mographie</dc:subject>
		<dc:subject>B&#233;rard Quentin</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Voir la troisi&#232;me partie (.../...) III &#8212; Organisation g&#233;n&#233;rale Les Communes, regroupant quelque 20 000 personnes, sont donc des organes politiques autonomes, inali&#233;nables, mais cela ne peut vouloir dire qu'elles seraient isol&#233;es. Ce n'est qu'en projetant ce que &#171; l'individu &#187; contemporain croit &#234;tre qu'il peut r&#234;ver &#224; des communaut&#233;s villageoises autarciques (cela pourrait sans doute advenir &#224; la suite d'un bouleversement cataclysmique de la civilisation humaine, malheureusement pas (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-sociale-democratie-" rel="directory"&gt;Autonomie sociale : D&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-218-redefinition-des-besoins-+" rel="tag"&gt;Red&#233;finition des besoins&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-219-demographie-+" rel="tag"&gt;D&#233;mographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-283-Berard-Quentin-+" rel="tag"&gt;B&#233;rard Quentin&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/arton822.jpg?1621969069' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='123' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?821-ce-que-pourrait-etre-une-societe' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Voir la troisi&#232;me partie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;III &#8212; Organisation g&#233;n&#233;rale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Communes, regroupant quelque 20 000 personnes, sont donc des organes politiques autonomes, inali&#233;nables, mais cela ne peut vouloir dire qu'elles seraient isol&#233;es. Ce n'est qu'en projetant ce que &#171; l'individu &#187; contemporain croit &#234;tre qu'il peut r&#234;ver &#224; des communaut&#233;s villageoises autarciques (cela pourrait sans doute advenir &#224; la suite d'un bouleversement cataclysmique de la civilisation humaine, malheureusement pas improbable : telle n'est certainement pas notre perspective). C'est bien entendu tout le contraire : c'est &lt;i&gt;parce que&lt;/i&gt; ces Communes sont autonomes qu'elles peuvent s'associer librement, de m&#234;me que l'individu &#233;mancip&#233; entretient des relations d'une force sans &#233;quivalent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1 &#8212; &lt;i&gt;F&#233;d&#233;rations&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Conf&#233;d&#233;rations&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La forme f&#233;d&#233;rative, sans cesse avanc&#233;e par les mouvements anarchistes de la fin du XIXe si&#232;cle, est celle qui respecte le mieux le principe de l'&lt;i&gt;association libre&lt;/i&gt; appliqu&#233; aux collectivit&#233;s. S&#339;ur mal aim&#233;e de la forme nationale, cette grande invention de la modernit&#233;, la f&#233;d&#233;ration permet d'&#233;viter la dispersion de la tribu et la domination imp&#233;riale qui constituent si souvent la toile de fond implicite des projets de soci&#233;t&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce fonctionnement imposerait l'&#233;tablissement d'institutions semblables &#224; celles des Communes, mais appliqu&#233;es &#224; des &#233;chelles plus importantes &#8212; &lt;i&gt;Assembl&#233;es F&#233;d&#233;rales, Conseil F&#233;d&#233;ral&lt;/i&gt;, etc. &#8212; et compos&#233;es de d&#233;l&#233;gu&#233;s envoy&#233;s directement par chaque Commune. Le nombre de d&#233;l&#233;gu&#233;s et l'effectif de ces institutions d&#233;pendrait des n&#233;cessit&#233;s, comme le nombre de points de vue &#224; d&#233;fendre et la complexit&#233; des probl&#232;mes &#224; d&#233;battre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'intercommunalit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Il y aurait d'abord les regroupements, &#224; n'importe quelle &#233;chelle, de &lt;i&gt;Communes&lt;/i&gt; autour d'affinit&#233;s, qu'elles soient culturelles, artisanales, professionnelles, artistiques, etc. Mais le premier degr&#233; d'association est fond&#233; sur la proximit&#233; g&#233;ographique, qui impose une collaboration autour de la gestion d'&#233;l&#233;ments biog&#233;ographiques communs (littoral, bassin versant, vall&#233;e, nature du sous-sol, risques naturels, nuisances industrielles h&#233;rit&#233;es, etc.), d'infrastructures de grandes dimensions (transports, &#233;nergie, travaux importants, fili&#232;res productives, etc.) ou de probl&#233;matiques plus larges (entraide, logements, immigrations, etc.). Il existerait ainsi des &lt;i&gt;Assembl&#233;es Inter-Communales&lt;/i&gt; regroupant quelques dizaines de communes, o&#249; seraient envoy&#233;s des d&#233;l&#233;gu&#233;s de chacune d'entre elles. Ainsi, pour un regroupement d'une cinquantaine de Communes embrassant un territoire correspondant &#224; un million de personnes (l'&#233;quivalent de deux d&#233;partements fran&#231;ais), chacune enverrait soit deux d&#233;l&#233;gu&#233;s au sein d'une assembl&#233;e de 100, soit 5 pour une assembl&#233;e de 250.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;F&#233;d&#233;rations et Conf&#233;d&#233;rations de Communes&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais il y aurait surtout des &lt;i&gt;F&#233;d&#233;rations de Communes&lt;/i&gt; qui regrouperaient en f&#233;d&#233;ration celles appartenant &#224; un m&#234;me territoire, suivant d'anciens principes dont les &#201;tats-Unis, l'Allemagne ou la Suisse actuels ont gard&#233; des traces plus ou moins visibles. Il est bien entendu impossible de d&#233;terminer les dimensions du territoire embrass&#233;, qui d&#233;pendent de la r&#233;alit&#233; biophysique, mais plus essentiellement du rapport que les individus entretiennent avec cet &#233;chelon de la collectivit&#233; &#8212; en un mot s'ils s'y sentent appartenir. Il devrait &#234;tre suffisamment grand pour que sa population ne soit pas trop homog&#232;ne, et pour les m&#234;mes raisons qui limitent le pouvoir des quartiers ; afin de cr&#233;er des regroupements d'int&#233;r&#234;ts divergents pour que les conflits trouvent leurs r&#233;solution &#224; la base, et ne se r&#233;percutent pas &#224; plus grande &#233;chelle. Et il devrait &#234;tre &#233;galement assez petit pour que les s&#233;ances des &lt;i&gt;Assembl&#233;es&lt;/i&gt;, tenues &#224; tour de r&#244;le dans les &lt;i&gt;Communes&lt;/i&gt;, soient accessibles &#224; tous &#8212; l'id&#233;al &#233;tant de pouvoir rallier ses diff&#233;rents points &#224; pied en quelques jours. Ainsi, un territoire correspondant &#224; trois r&#233;gions fran&#231;aises actuelles concernerait une population de 10 millions d'habitants.&lt;br class='manualbr' /&gt;Une telle &lt;i&gt;Assembl&#233;e F&#233;d&#233;rale&lt;/i&gt; compos&#233;e par exemple de 1 000 d&#233;l&#233;gu&#233;s correspondrait ainsi &#224; l'envoi de deux d'entre eux par Commune. Tir&#233;es au sort parmi les volontaires aptes et r&#233;guli&#232;rement renouvel&#233;es pour le &lt;i&gt;Conseil F&#233;d&#233;ral&lt;/i&gt;, ces d&#233;l&#233;gations (avec observateurs) auraient des mandats limit&#233;s puisque les questions &#224; l'ordre du jour auraient &#233;t&#233; discut&#233;es et tranch&#233;es &#224; l'avance lors des &lt;i&gt;Assembl&#233;es Communales&lt;/i&gt;. Celles-ci leur fixeraient les charges des institutions f&#233;d&#233;rales, soit d'abord et avant tout celle de trier, s&#233;lectionner et dispenser au plus grand nombre les informations pertinentes de tous ordres, permettant des prises de d&#233;cisions en connaissance de cause. Elles seraient ensuite charg&#233;es de la gestion des grandes infrastructures du territoire, des questions d'environnement et d'&#233;nergie, des conflits entre communes ou territoires, de la d&#233;mographie, etc. Elles pourraient &#234;tre &#233;galement responsables d'une partie du financement et de l'encadrement des recherches scientifiques et de la vie culturelle, ainsi que du respect d'une partie de la l&#233;gislation confi&#233;e par les &lt;i&gt;Communes&lt;/i&gt;, &#233;ventuellement sous la forme d'une Constitution. La F&#233;d&#233;ration aurait donc des institutions juridiques propres (premi&#232;re instance et appel) pour juger les crimes, par exemple.&lt;br class='manualbr' /&gt;De mani&#232;re identique, au niveau &lt;i&gt;conf&#233;d&#233;ral&lt;/i&gt; existeraient des institutions semblables &#224; l'&#233;chelle d'un pays actuel ou au-del&#224;. Par exemple, pour un territoire regroupant 30 millions d'habitants, chaque Commune pourrait envoyer un d&#233;l&#233;gu&#233; dans une assembl&#233;e de 2 000 personnes. Les charges de la Conf&#233;d&#233;ration seraient le respect d'une l&#233;gislation conf&#233;d&#233;rale, le financement de certaines activit&#233;s, et la d&#233;fense du territoire. Mais la charge la plus importante &#224; ce niveau serait la gestion de la monnaie, de l'&#233;conomie, de la production et, essentiellement, les deux grandes d&#233;cisions fondamentales de ce domaine, si elles n'incombent pas &#224; des &#233;chelons inf&#233;rieurs : la d&#233;termination de la part allou&#233;e &#224; la consommation et &#224; l'investissement d'une part, et celle allou&#233;e &#224; la consommation publique ou priv&#233;e d'autre part.&lt;br class='manualbr' /&gt;Un ultime &#233;chelon serait indispensable, au moins sous forme de rencontres r&#233;guli&#232;res, pour traiter des questions mondiales relevant des &#233;changes, de la diplomatie, des ressources et de l'&#233;volution de la biosph&#232;re. Il semble difficile de maintenir, &#224; ce niveau &lt;i&gt;inter-Conf&#233;d&#233;ral&lt;/i&gt;, les exigences formelles d'une d&#233;mocratie directe, mais le petit nombre de d&#233;cisions &#224; y prendre, la solennit&#233; de cet &#233;chelon, et les enjeux qui s'y d&#233;roulent, devraient mobiliser l'attention de toutes les populations afin d'&#233;viter toute d&#233;rive oligarchique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2 &#8212; D&#233;mocratisation du travail&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fonctionnement d&#233;mocratique engloberait bien entendu les sph&#232;res du travail, de la production et de l'&#233;conomie. Ici comme ailleurs, le probl&#232;me ne pourrait trouver de solutions pratiques que dans l'implication concr&#232;te de chacun : nous nous limitons &#224; poser quelques jalons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un point pr&#233;liminaire pour donner un cadre g&#233;n&#233;ral &#224; ce qui va suivre : alors que les utopies sociales depuis des si&#232;cles statuent sur une abondance mat&#233;rielle enfin r&#233;alis&#233;e et une diminution drastique du temps de travail, nous nous situons dans une perspective inverse. Ce choix est motiv&#233; par tout ce qui pr&#233;c&#232;de et notamment, m&#234;me si cela n'est pas synonyme de retour pur et simple &#224; l'artisanat, par la remise en cause du mod&#232;le industriel tel que nous le connaissons. Mais surtout, &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt;, par des arguments &#233;cologiques : la fin de l'&#233;nergie disponible &#224; volont&#233; (les seules v&#233;ritablement in&#233;puisables sont celles provenant du Soleil ou du manteau magmatique, mais leur utilisation massive aura de toute fa&#231;on des limites li&#233;es aux moyens mat&#233;riels de les capter) et l'&#233;puisement des ressources mini&#232;res remettent en cause le machinisme et les industries chimiques d&#233;velopp&#233;s depuis trois si&#232;cles dans tous les domaines, qui avaient pris le relais des seules ressources et forces musculaires animales et humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous semble donc, &#224; l'exact oppos&#233; des discours d&#233;magogiques qui postulent une mythique &lt;i&gt;manne litt&#233;ralement in&#233;puisable&lt;/i&gt; pour promettre le &#171; revenu garanti &#187; sans contrepartie, la gratuit&#233; universelle ou l'abolition de la monnaie, que le travail humain reprendra sa place centrale dans l'existence tout en maintenant la production dans des marges limit&#233;es. C'est ce que nous appelons une &lt;i&gt;soci&#233;t&#233; frugale&lt;/i&gt; : elle peut &#234;tre v&#233;cue comme un retour du p&#233;ch&#233; originel, nous pr&#233;f&#233;rons y voir le moyen de r&#233;aliser une civilisation adulte, stable et viable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Relocalisation de la production&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Il est d'abord clair que le principe de &lt;i&gt;relocalisation&lt;/i&gt; devrait &#234;tre g&#233;n&#233;ralis&#233; : il est question bien entendu de limiter au strict minimum les transports de marchandises et de rapprocher, pour de multiples raisons, le producteur du consommateur. Il s'agit aussi de retrouver la diversit&#233; des savoir-faire locaux artisanaux et de renouer des liens avec l'environnement naturel, afin que les &#171; savoirs savants &#187; qu'imposent les probl&#233;matiques &#233;cologiques soient contrebalanc&#233;s par les &#171; savoirs populaires &#187; que les gens peuvent entretenir dans leurs activit&#233;s avec les &#233;cosyst&#232;mes et les ressources naturelles l&#224; o&#249; ils vivent. L'agriculture est certainement le domaine o&#249; le &#171; localisme &#187; pourrait &#234;tre largement d&#233;velopp&#233;, mariant les acquis &#171; traditionnels &#187; et les approches propres &#224; la modernit&#233;, qu'il s'agisse de la diversit&#233; g&#233;n&#233;tique animale et v&#233;g&#233;tale, des cultures vernaculaires, des techniques alternatives, etc. Ce n'est pas l'autarcie qui est ici vis&#233;e, plut&#244;t l'utilisation &lt;i&gt;au mieux&lt;/i&gt; de &lt;i&gt;toutes&lt;/i&gt; les ressources disponibles &lt;i&gt;in situ&lt;/i&gt;. Mais il y a &#233;galement un int&#233;r&#234;t politique : que chaque Commune puisse s'assurer un minimum d'autosuffisance concernant les biens de consommation vitaux et courants lui donne une certaine ind&#233;pendance vis-&#224;-vis de tous les autres pouvoirs, lui permettant de contrer toute tendance autoritaire qui viendrait &#224; &#233;merger dans les Communes alentour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Reconstitution des unit&#233;s de production&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Cependant, le point central serait d'abord la &lt;i&gt;reconstitution&lt;/i&gt; des centres de production. Car il ne s'agit plus du tout aujourd'hui d'exproprier &#171; simplement &#187; les poss&#233;dants pour leur substituer une gestion collective et une &#233;gale r&#233;partition des richesses produites, tout en se f&#233;licitant de la destruction de pans entiers de l'appareil de production inutiles ou nuisibles : il s'agirait pour nous en m&#234;me temps de &lt;i&gt;reconstruire&lt;/i&gt; les filiales des moyens de produire utilement, aujourd'hui &#171; d&#233;localis&#233;es &#187;, c'est-&#224;-dire vendues et perdues, et de &lt;i&gt;r&#233;inventer&lt;/i&gt; toutes les techniques &lt;i&gt;en tant qu'elles sont ins&#233;parables d'une organisation sociale particuli&#232;re&lt;/i&gt; (que l'on pense aux cha&#238;nes de montage ou aux caisses de supermarch&#233; &#8212; ou aux supermarch&#233;s eux-m&#234;mes). On peut certes se r&#233;jouir de la convergence providentielle de ces deux aspects, mais c'est oublier la disparition d'innombrables savoir-faire accumul&#233;s par l'Occident depuis des si&#232;cles.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le deuxi&#232;me probl&#232;me est bien s&#251;r celui que recouvre le vocable &#171; &#233;cologie &#187;, c'est-&#224;-dire l'alt&#233;ration essentielle de l'environnement &#171; naturel &#187; : &#233;puisement des sols ou pollutions durables, manque d'eau ou appauvrissement g&#233;n&#233;tique, zones irradi&#233;es ou submerg&#233;es, etc. Enfin, il s'agirait de d&#233;terminer au niveau f&#233;d&#233;ral ou conf&#233;d&#233;ral les ressources fossiles (gaz, p&#233;trole, charbon, terres rares...), &#233;cologiques (sites de biodiversit&#233;, ressources en eau, terres arables, littoral...) ou patrimoniales (culturelles, historiques...) dont peuvent disposer librement les communes (&lt;i&gt;abusus&lt;/i&gt;) de celles qui doivent &#234;tre co-g&#233;r&#233;es par un ensemble plus vaste, donc laiss&#233;es tant&#244;t en droit de jouissance (&lt;i&gt;fructus&lt;/i&gt;), tant&#244;t en droit d'usage (&lt;i&gt;usus&lt;/i&gt;). Car il ne peut davantage &#234;tre question de consid&#233;rer la totalit&#233; des ressources naturelles terrestres comme bien de l'humanit&#233; (qui est-ce ?) que de laisser chaque localit&#233; ma&#238;tresse absolue de toutes ses richesses disponibles. Il y a l&#224; un probl&#232;me &#233;norme, non insoluble mais qui demanderait &#224; &#234;tre &#233;tudi&#233; s&#233;rieusement &#8212; et que les antiennes bruyantes autour des &#171; &lt;i&gt;commons&lt;/i&gt; &#187; ne semblent m&#234;me pas entamer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;invention du travail&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Venons-en &#224; la question du &lt;i&gt;travail&lt;/i&gt; proprement dit. Le marxisme a tellement charg&#233; la sph&#232;re &#171; &#233;conomique &#187; qu'il est difficile de retrouver l'impulsion premi&#232;re des mouvements ouvriers et anarchistes, qui &#233;tait d'y instituer le &lt;i&gt;pouvoir populaire&lt;/i&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;D&#233;mocratiser le travail, c'est instituer l'autogestion et cela veut dire d'abord constituer des &lt;i&gt;Assembl&#233;es d'&#201;tablissements&lt;/i&gt; regroupant toutes les personnes qui travaillent dans un m&#234;me lieu, qu'il s'agisse d'une &lt;i&gt;Administration Communale&lt;/i&gt;, d'une &#233;cole, d'une usine, d'une universit&#233;, d'une entreprise, d'une coop&#233;rative agricole, artisanale ou artistique, d'un centre de presse, d'un h&#244;pital, etc. De mani&#232;re similaire aux &lt;i&gt;Communes&lt;/i&gt;, un &lt;i&gt;Conseil d'&#201;tablissement&lt;/i&gt; assurerait la gestion des affaires courantes. Les charges de ces &lt;i&gt;Assembl&#233;es&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Conseils&lt;/i&gt; seraient d'organiser le travail et la production et de se prononcer sur tout ce qui y a trait, en coordination avec les autres &lt;i&gt;&#201;tablissements&lt;/i&gt; d'un m&#234;me secteur d'activit&#233; au niveau f&#233;d&#233;ral et conf&#233;d&#233;ral, et en accord avec l'assembl&#233;e communale. Organiser la production, c'est-&#224;-dire r&#233;tablir les ambitions syndicales originelles &#8212; depuis longtemps abandonn&#233;es au profit des seules augmentations de salaires &#8212; &#224; savoir la concertation d&#233;mocratique sur &lt;i&gt;ce qui est produit&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;comment&lt;/i&gt;. Il s'agirait de d&#233;cider des proc&#233;d&#233;s de fabrication, de la qualit&#233; et de la composition des produits, pour &#233;laborer, enfin, des objets et des outils robustes, r&#233;parables, r&#233;utilisables et recyclables. Inutile de marquer davantage le contraste d'avec la camelote &#224; obsolescence incorpor&#233;e que sont les produits de masse contemporains, qu'il faut bien appeler &lt;i&gt;capitalistes&lt;/i&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Cette autonomie de la sph&#232;re du travail serait donc limit&#233;e au niveau d'un &#233;tablissement de par son appartenance &#224; une fili&#232;re particuli&#232;re, et &#224; ce niveau par les d&#233;cisions des &lt;i&gt;Communes&lt;/i&gt;, souveraines sur leur territoire.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il n'y aurait donc pas d'ind&#233;pendance proprement dite de la sph&#232;re &#171; productive &#187; vis-&#224;-vis du pouvoir politique, l'individu s'exprimant tour &#224; tour en tant que citoyen, l&#224; o&#249; il vit, et en tant que travailleur, l&#224; o&#249; il travaille, mais bien interd&#233;pendance, tension et conflit, et, en dernier recours, &lt;i&gt;subordination&lt;/i&gt; de la premi&#232;re au second. A l'inverse, une telle division du pouvoir ne doit pas surprendre : elle est l'apanage de tous les mouvements authentiquement d&#233;mocratiques, et les Conseils ouvriers hongrois insurg&#233;s de 1956 la r&#233;invent&#232;rent, jusqu'&#224; maintenir l'existence des syndicats au sein de leur R&#233;publique de Conseils&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; Ce que furent les conseils ouvriers hongrois &#187;, Socialisme ou (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Peut-&#234;tre cette distinction pourrait-elle progressivement s'effacer, mais l'&#233;tat actuel de complexit&#233; des techniques de production nous le rend difficilement imaginable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lib&#233;ration du travail&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Ici comme ailleurs, la libert&#233; collective est inconcevable sans la libert&#233; individuelle, la d&#233;mocratie directe faisant de chacune la condition de r&#233;alisation de l'autre. Il s'agirait donc de rendre les travailleurs libres, c'est-&#224;-dire bien s&#251;r libres de choisir leur(s) travail(s), libres d'en changer, libres de trouver leur place dans des &#233;quipes et libres de d&#233;cider de la mani&#232;re dont elles s'organisent. Mais, en un sens plus profond, cette libert&#233; n'est pas celle de fleurir son poste ou de ne rien faire de trop fatigant, mais bien de repenser les &lt;i&gt;t&#226;ches &#224; effectuer&lt;/i&gt; et les &lt;i&gt;outils&lt;/i&gt; qui les permettent : il est question de faire du travail de chacun un lieu d'investissement, qui fasse sens dans l'existence d'un individu &#224; un moment de sa vie, et o&#249; il puisse effectivement chercher le moyen de r&#233;aliser et d&#233;velopper ses possibilit&#233;s. Les seules contraintes s'exer&#231;ant sur lui sont ici l'organisation du travail, c'est-&#224;-dire l'&#233;gale r&#233;partition des t&#226;ches au sein d'une &#233;quipe, la discipline du travail collectif qui la rend possible, le niveau du revenu et le niveau de production &#8212; sur lesquels nous reviendrons. Objecter que, fort de cette libert&#233;, chacun, et d'abord soi-m&#234;me, restera &#224; la maison regarder la t&#233;l&#233;, c'est avoir int&#233;gr&#233;, et projeter sur les autres, l'infantilisme dans lequel nous baignons : quel que soit le nom que l'on donne &#224; l'activit&#233; qui porte litt&#233;ralement nos vies, elle nous semble faire partie des besoins humains fondamentaux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. par exemple les beaux passages d'E. Fromm dans Soci&#233;t&#233; ali&#233;n&#233;e et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les t&#226;ches p&#233;nibles ou d&#233;laiss&#233;es, mais rest&#233;es indispensables et non r&#233;ductibles ou difficilement int&#233;grables &#224; d'autres t&#226;ches, seraient tout naturellement remplies &#224; tour de r&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3 &#8212; L'&#233;galit&#233; des revenus&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est qu'&#224; cette condition qu'il est possible de parler d'&#233;galit&#233; des revenus, c'est-&#224;-dire d'&#233;quivalence de la r&#233;mun&#233;ration du travail de chacun. Cette vieille id&#233;e du mouvement ouvrier a &#233;t&#233; largement oubli&#233;e depuis, et non sans dommage puisqu'il s'agit pour nous de &lt;i&gt;la seule mani&#232;re&lt;/i&gt; d'en finir r&#233;ellement avec le capitalisme, c'est-&#224;-dire avec la recherche de l'accumulation sans fin par l'investissement priv&#233; et la fascination pour le mode de vie des dominants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Principes de l'&#233;galit&#233; des revenus&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;L'id&#233;e est aujourd'hui admise d'un revenu minimum, et celle d'un revenu maximum fait son chemin (la premi&#232;re est sans doute d&#233;j&#224; condamn&#233;e, la seconde probablement mort-n&#233;e). On discute d&#233;j&#224; de l'&#233;cart admissible entre les plus hauts et les plus bas revenus : de 1 &#224; 200 ? 1 &#224; 50 ? 1 &#224; 20 ? 1 &#224; 5 ? L'id&#233;e d'&#233;galit&#233; stricte, discut&#233;e ailleurs, met &#224; nu les arguments qui justifient l'&#233;cart lui-m&#234;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. pour une premi&#232;re approche C. Castoriadis, &#171; La hi&#233;rarchie des salaires (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Bien s&#251;r, elle ne peut prendre sens qu'&#224; condition de ce qui pr&#233;c&#232;de, c'est-&#224;-dire &#224; la fois la libert&#233; r&#233;elle pour l'individu de s'engager dans un secteur, et l'autonomie du collectif de travail. L'&#233;galit&#233; des revenus brise la soif d'accumulation et pousse &#224; trouver ce qui, en ce monde, m&#233;rite effort et pers&#233;v&#233;rance, qui est un des aspects de l'autonomie telle que nous la concevons. Pr&#233;tendre que c'est faire perdre l'attrait de telle ou telle t&#226;che revient &#224; avouer qu'elle n'en a d&#233;j&#224; plus et que seule la perspective d'un d&#233;dommagement la rend tol&#233;rable. On peut donc sp&#233;culer sur la future p&#233;nurie de m&#233;decins ou d'architectes, mais cela ne sert qu'&#224; comprendre l'&#233;tat de la m&#233;decine ou de l'habitat &lt;i&gt;actuels&lt;/i&gt;, et les motivations de ceux qui en font profession.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste &#224; se demander ce qui serait reconnu &lt;i&gt;comme travail&lt;/i&gt;, donc r&#233;tribu&#233;, et ce qui ne le serait &lt;i&gt;pas&lt;/i&gt;. Ce choix doit &#234;tre fait &#224; la fois par la collectivit&#233; des travailleurs concern&#233;s, qui en formule la demande, et par la &lt;i&gt;F&#233;d&#233;ration&lt;/i&gt;. Ce crit&#232;re de d&#233;cision est &#233;videmment meilleur que celui de la solvabilit&#233; des &#171; clients &#187; ou de la mansu&#233;tude d'un m&#233;c&#232;ne, comme c'est le cas aujourd'hui, et nul doute qu'il serait plus judicieux. La chose semble entendue pour le soin et l'&#233;ducation des jeunes enfants, les &#233;tudes, les formations ou les retraites, mais devient plus probl&#233;matique concernant le cas d'&#233;cole des artistes, &#233;crivains et intellectuels, cas limites qu'aucun syst&#232;me ne peut r&#233;soudre &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Citons quelques possibilit&#233;s pour les fonctions &#171; intellectuelles &#187; dont le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Organisation de l'&#233;galit&#233; des revenus&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Comment organiser l'&#233;galit&#233; des revenus ? D'abord cette &#233;galit&#233; ne peut avoir de sens que si elle est la plus g&#233;n&#233;rale possible : la gestion des r&#233;mun&#233;rations doit donc &#234;tre du ressort de la plus haute instance existante, f&#233;d&#233;rale ou conf&#233;d&#233;rale. Ensuite, si elle est un jeu d'enfant &#224; &#233;tablir pour les travailleurs du secteur public, la question se poserait concernant le secteur priv&#233;, si tant est qu'une telle division existe encore : artisans, paysans, commer&#231;ants, petits producteurs, etc. Sans doute serait-il possible alors de niveler les revenus &lt;i&gt;a posteriori&lt;/i&gt; : compenser les revenus insuffisants et pr&#233;lever le trop-per&#231;u. Un tel m&#233;canisme imposerait certes un contr&#244;le rigoureux, mais permettrait de rendre &#224; l'argent son sens premier, celui de signe de l'&#233;change, permettant de conna&#238;tre les biens et services sollicit&#233;s par la population, c'est-&#224;-dire de faire jouer le &lt;i&gt;march&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4 &#8212; R&#233;gime de propri&#233;t&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant d'en venir &#224; ce dernier, arr&#234;tons-nous sur la grande affaire historique de la &lt;i&gt;propri&#233;t&#233; des moyens de production&lt;/i&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Si le travail doit &#234;tre l'objet d'un investissement important pour le travailleur, les outils, les machines, les locaux seront transform&#233;s par chaque individu au sein de son &#233;quipe de travail. Cela entra&#238;ne-t-il n&#233;cessairement que ces moyens de produire, qu'il s'agisse du v&#233;hicule, du mat&#233;riel de la salle de classe, de l'extracteur ou de la soudeuse, ou encore de l'imprimerie, appartiennent &#224; l'&lt;i&gt;&#201;tablissement&lt;/i&gt; plut&#244;t qu'&#224; la &lt;i&gt;Commune&lt;/i&gt;, &#224; la &lt;i&gt;F&#233;d&#233;ration&lt;/i&gt; plut&#244;t qu'au travailleur ? Rien ne permet de le postuler. La propri&#233;t&#233; collective n'aurait de sens &#8212; ou pas &#8212; que pour les gens concrets qui travailleraient &lt;i&gt;dans cette soci&#233;t&#233;-l&#224;&lt;/i&gt;, comme l'obsession de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e n'est d'une telle importance pour le psychisme contemporain que parce qu'elle est investie de toute une symbolique de prestige, de pouvoir, etc. Les grands moments historiques o&#249; la d&#233;mocratie a pu &#234;tre partiellement &#233;tablie (Gr&#232;ce antique, r&#233;volution am&#233;ricaine...) se caract&#233;risent par l'&lt;i&gt;autonomie des petits producteurs ind&#233;pendants&lt;/i&gt;, doublant l'inali&#233;nable propri&#233;t&#233; des biens priv&#233;s (&#224; commencer par une maison et un lopin de terre) tant vis-&#224;-vis du volontarisme &#233;tatique que des ing&#233;rences &#233;trang&#232;res&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. nos remarques &#224; propos d'un texte d'un collectif sympathisant : &#171; La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le grand courant anarchiste ne s'y trompait pas, en revendiquant l'&lt;i&gt;association libre des producteurs&lt;/i&gt; &#8212; la propri&#233;t&#233; de ceux-ci &#233;tant limit&#233;e &#224; leur capacit&#233; de travail, et les salari&#233;s &#233;tant remplac&#233;s par des associ&#233;s. A l'oppos&#233;, une propri&#233;t&#233; int&#233;gralement publique entra&#238;ne presque organiquement l'&#233;mergence d'une arm&#233;e de fonctionnaires ou, dans tous les cas, l'existence d'une lourde administration. Au-del&#224; de la dimension anthropologique fondamentale de la question, il appara&#238;t donc clairement que le v&#233;ritable clivage ne serait pas entre propri&#233;t&#233; priv&#233;e ou publique, mais bien entre travailleurs poursuivant un but commun et ceux qui tentent d'utiliser &#224; leur propre profit les moyens &lt;i&gt;de toute mani&#232;re collectifs&lt;/i&gt; qu'ils ont en charge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5 &#8212; March&#233; et plan de production&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;partition des richesses pourrait s'effectuer selon trois modalit&#233;s : le r&#233;gime du don/contre-don (au niveau institutionnel, la gratuit&#233;), le march&#233; et le plan. Leurs domaines respectifs ne peuvent &#234;tre fix&#233;s &#224; l'avance, ni ne seraient de toute fa&#231;on &#233;tablis une fois pour toutes, car ils d&#233;pendent d'une multitude de facteurs. Parmi ceux-ci la difficult&#233; d'obtention des richesses ou de leur fabrication et l'int&#233;r&#234;t collectif qu'elles pr&#233;sentent, qui renvoient &#224; l'&#233;tat de la soci&#233;t&#233; dans son ensemble compte tenu de ses choix et de ses conditions &#233;cologiques, technologiques, culturelles, existentielles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Instaurer de v&#233;ritables march&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Tout autant que pour le travail, la question est incroyablement embrouill&#233;e concernant l'existence d'un &lt;i&gt;march&#233;&lt;/i&gt;. On ne peut ici qu'avancer quelques jalons. Il y aurait d'abord &#224; dissiper la propagande massive soi-disant &#171; anti-lib&#233;rale &#187;, port&#233;e par une Gauche qui ne l'est en aucun cas, et plut&#244;t deux fois qu'une : une premi&#232;re fois parce que la gauche ne croit &#233;chapper &#224; ses tropismes totalitaires qu'en incarnant un lib&#233;ralisme culturel qui sape toute possibilit&#233; de r&#233;elle critique du capitalisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur ce point, on lira par exemple Les myst&#232;res de la Gauche. De l'id&#233;al des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Une seconde fois parce que le syst&#232;me &#233;conomique actuel n'est &#171; lib&#233;ral &#187; que pour les gogos (puisqu'Adam Smith ressuscitant supprimerait imm&#233;diatement, par exemple, cet immense appareil id&#233;ologique qu'est la publicit&#233;) et n'est &#171; n&#233;olib&#233;ral &#187; que pour faire croire au contribuable que les interventions permanentes de l'&#201;tat aupr&#232;s du secteur &#171; priv&#233; &#187; sont issues d'une th&#233;orie &#233;conomique plut&#244;t que de l'orchestration d'un pillage par l'oligarchie.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il y aurait ensuite &#224; distinguer tr&#232;s nettement avec F. Braudel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Notamment l'excellente introduction que constitue La dynamique du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#233;conomie de march&#233; &#8212; commune &#224; toutes les grandes civilisations &#8212; et capitalisme &#8212; cr&#233;ation essentiellement occidentale, mais esquiss&#233;e par d'autres aires culturelles : Japon, Indochine, Islam, Inde, par l'interm&#233;diaire des bourses surplombant et d&#233;terminant les foires traditionnelles. Le caract&#232;re parasitaire du capitalisme ne se d&#233;veloppe qu'&#224; partir de la cr&#233;ation d'un &lt;i&gt;private market&lt;/i&gt;, v&#233;ritable contre-march&#233; o&#249; pr&#233;valent les transactions confidentielles, les d&#233;cisions arbitraires et la formation de longues cha&#238;nes de n&#233;gociants. Les march&#233;s traditionnels deviennent alors march&#233; unique, &#233;mancip&#233; du corps social mais &#233;tendant son emprise &#224; tous les domaines. Ce n'est qu'&#224; ces conditions que le march&#233;, b&#233;n&#233;fique pour quelques-uns, a &#233;t&#233; progressivement investi depuis le XVIe si&#232;cle du projet d'accumulation illimit&#233; en lui subordonnant tous les domaines, et particuli&#232;rement les &#233;l&#233;ments de la production comme la terre, le travail ou la monnaie. Ignorer ou se rendre incapables d'effectuer ces distinctions am&#232;ne &#224; condamner le march&#233; comme synonyme de capitalisme, et &#224; faire de tout souci de parcimonie &#233;conomique une recherche effr&#233;n&#233;e et sans bornes de profit &#8212; les c&#233;l&#232;bres &#171; eaux glac&#233;es du calcul &#233;go&#239;ste &#187; (&#224; cette aune, le principe m&#234;me de la domestication animale am&#232;ne &#224; l'&#233;levage industriel, tout rapport sexuel est un viol d&#233;guis&#233; et tout langage n'est que calomnie, diffamation, mensonge et insulte).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, comme le formule K. Polanyi, &#171; &lt;i&gt;la fin de la soci&#233;t&#233; de march&#233; ne signifie pas du tout l'absence de march&#233;s. Ceux-ci continuent &#224; assurer de diff&#233;rentes fa&#231;ons la libert&#233; du consommateur, &#224; indiquer comment se d&#233;place la demande, &#224; influer sur le revenu du producteur et &#224; servir d'instrument de comptabilit&#233;, tout en cessant totalement d'&#234;tre un organe d'autor&#233;gulation &#233;conomique.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Grande Transformation : aux origines politiques et &#233;conomiques de notre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; En effet, d&#233;gag&#233; de l'obsession accumulatrice propre &#224; l'aire occidentale depuis cinq si&#232;cles, le march&#233; constitue un indicateur pr&#233;cis &lt;i&gt;singuli&#232;rement d&#233;mocratique&lt;/i&gt;, pour peu que quelques crit&#232;res soient remplis. D'abord qu'il soit subsum&#233;, ench&#226;ss&#233; dans la soci&#233;t&#233; et ses normes sociales, c'est-&#224;-dire compris comme une institution humaine de part en part dont le fonctionnement repose sur le comportement de chacun, et non comme une &#171; main invisible &#187; venant transcendentalement auto-organiser de purs agents &#233;conomiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On voit l&#224; l'erreur fondamentale des &#171; anarcho-capitalistes &#187;, certainement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ensuite, que chacun puisse y b&#233;n&#233;ficier d'un &#233;gal pouvoir, comme chaque individu repr&#233;sente une voix &#224; l'assembl&#233;e, condition pleinement et uniquement r&#233;alis&#233;e par l'&#233;galit&#233; des revenus. Enfin, que son domaine soit explicitement restreint aux biens et services de consommation consid&#233;r&#233;s et reconnus comme courants par la population. Ainsi con&#231;us, ces march&#233;s permettraient d'un c&#244;t&#233; de r&#233;pondre aux besoins sociaux en qualit&#233; comme en quantit&#233; sans laborieuses concertations et, de l'autre, de compl&#233;ter les revenus des artisans, paysans ou commer&#231;ants dont l'activit&#233; n'est pas viable &#233;conomiquement, mais jug&#233;e d'utilit&#233; publique &#8212; tout en les invitant &#224; trouver des solutions pour la rentabilit&#233; de leur travail le cas &#233;ch&#233;ant.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'existence d'un plan de production, donc d'une &lt;i&gt;concertation&lt;/i&gt; la plus large possible visant une planification de la production et d'une anticipation de la consommation, serait par contre requise concernant les biens sophistiqu&#233;s impliquant une fili&#232;re de production complexe et requ&#233;rant une &#233;nergie et des mat&#233;riaux importants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Principes et fonctionnement du plan de production&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;L'&#233;laboration du plan de production pour plusieurs ann&#233;es reviendrait aux &lt;i&gt;F&#233;d&#233;rations&lt;/i&gt; ou aux &lt;i&gt;Conf&#233;d&#233;rations&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On retrouvera ici quelques similitudes avec les th&#232;ses pr&#233;sent&#233;es par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elles centraliseraient les demandes des consommateurs pour les produits des secteurs primaire (agriculture, sylviculture, p&#234;che et activit&#233;s mini&#232;res) et secondaire (productions industrielles ou artisanales) n&#233;cessitant une production &#224; grande &#233;chelle, et en d&#233;duiraient la production &#224; fournir en un temps donn&#233; pour chaque entreprise de chaque fili&#232;re, suivant la capacit&#233; de production de chacune et les ressources disponibles. Ce plan serait ensuite soumis &#224; chaque unit&#233; de production, qui proposeraient des amendements ou l'avaliserait. C'est ainsi que tous les citoyens pourraient voir le lien direct existant entre le travail de chacun et la consommation de tous : c'est par ce biais que serait d&#233;cid&#233;, en connaissance de cause, le taux de croissance ou de d&#233;croissance de la &lt;i&gt;Conf&#233;d&#233;ration des Communes&lt;/i&gt;. Ces calculs pouvaient sembler, il y a plus d'un demi-si&#232;cle, fastidieux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, Le contenu du socialisme, op. cit., p. 157 sqq.&#034; id=&#034;nh26-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; il est aujourd'hui &#224; la port&#233;e de n'importe quel ordinateur de puissance moyenne d'&#233;tablir &#224; grande &#233;chelle quoi doit produire quoi afin que la demande globale soit satisfaite, en fonction du temps de travail et des moyens globaux de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons l'exemple de la fabrication de v&#233;hicules, quels qu'ils soient. Les usagers, individus ou institutions, d'un territoire donn&#233; en exigent un certain nombre pour les transports en commun ou ceux des professionnels (pompiers, ambulances, m&#233;decins, etc.). L'&lt;i&gt;Administration F&#233;d&#233;rale&lt;/i&gt; centralise ces demandes, ainsi que les possibilit&#233;s de production communiqu&#233;es par toutes les unit&#233;s concern&#233;es : extraction et traitement des m&#233;taux, production et acheminement de l'&#233;nergie n&#233;cessaire, fabrication des composants, assemblage, transport, etc. Un ou plusieurs plans sont alors &#233;labor&#233;s, et propos&#233;s : cela n&#233;cessitera telles importations, telle consommation d'&#233;nergie, telle quantit&#233; de m&#233;tal, de bois, etc. en un certain laps de temps, donc un certain nombre d'heures de travail pour chaque entreprise. Et cela repr&#233;sentera, pour chaque commune o&#249; sont localis&#233;es ces unit&#233;s de production, tant de pollution, tant de bruit, tant de d&#233;placement, etc. Le plan serait amend&#233; dans les diff&#233;rentes &lt;i&gt;Assembl&#233;es Communales&lt;/i&gt; et d'&lt;i&gt;&#201;tablissement&lt;/i&gt; puis renvoy&#233; &#224; l'&lt;i&gt;Assembl&#233;e F&#233;d&#233;rale&lt;/i&gt;, qui int&#232;gre les modifications, et le renvoie pour qu'il soit r&#233;examin&#233; ou d&#233;finitivement adopt&#233;. Il faudrait, bien entendu, tenir compte des marges d'erreur, des pertes, des accidents, et de l'&#233;tat des stocks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit donc que, par le march&#233; ou par le plan, la production s'adapterait &#224; la demande, et non l'inverse comme l'a instaur&#233; la soci&#233;t&#233; de consommation. Quant &#224; la nature de cette demande elle-m&#234;me, elle ne peut qu'&#234;tre la plus libre possible, compte tenu &#224; la fois des possibilit&#233;s de production et des crit&#232;res collectifs retenus par la collectivit&#233;. Prenons un cas limite faisant abstraction de ces derniers&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme le fait syst&#233;matiquement T. Fotopoulos dans Vers une d&#233;mocratie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : si un individu d&#233;sire acqu&#233;rir un jet priv&#233;, qu'il en a les moyens, que les infrastructures existent pour sa fabrication, son fonctionnement, son entretien, etc., et que les travailleurs et les populations sont d'accord pour ce faire, compte tenu des nuisances et des b&#233;n&#233;fices possibles pour la collectivit&#233;, il n'y a aucune raison pour ne pas le lui fournir. Idem pour celui qui veut manger des fraises en hiver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Remise en cause de l'ind&#233;pendance des Communes&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;La coexistence du march&#233; et du plan (et, dans un autre registre, d'une part ind&#233;termin&#233;e de gratuit&#233;), ainsi que le maintien de productions exigeant des technologies complexes, ne vont pas sans poser des myriades de questions, certaines ne traduisant que la difficult&#233; &#224; se projeter dans un autre fonctionnement social, d'autres ne pouvant &#234;tre r&#233;solues qu'en pratique, d'autres encore qui restent &#224; poser et d&#233;rangent le projet ici pr&#233;sent&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Parmi celles-ci, la nature et la gestion des &#233;changes &#233;conomiques et commerciaux entre Communes, l'h&#233;ritage ou le surgissement d'in&#233;galit&#233;s entre elles, le degr&#233; et la nature des interventions des F&#233;d&#233;rations et Conf&#233;d&#233;rations dans ces processus. &#201;tablir, &#224; cette &#233;chelle, une &#233;galit&#233; stricte peut facilement d&#233;boucher sur une logique st&#233;rilisante, mais refuser tout principe de r&#233;gulation globale condamnera &#224; coup s&#251;r des r&#233;gions pauvres &#224; une mis&#232;re perp&#233;tuelle. Sans doute serait-ce l&#224; un r&#244;le crucial des instances supra-communales : parvenir &#224; aider ing&#233;nieusement chaque Commune &#224; trouver des ressources propres, et pr&#233;venir &#224; l'inverse tout surcro&#238;t de puissance de l'une d'entre elles, ou toute alliance en ce sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus fondamentalement encore se pose ici la question de l'ind&#233;pendance r&#233;elle des Communes, ou plut&#244;t du conflit entre leur indiscutable souverainet&#233; politique et leur ind&#233;niable d&#233;pendance envers des m&#233;canismes qui les d&#233;passent largement, m&#233;canismes ayant trait &#224; l'&#233;conomie, au commerce, &#224; la production et &#224; la redistribution des richesses elles-m&#234;mes, qui ne peuvent que relever d'une plus grande &#233;chelle, r&#233;gionale &lt;i&gt;a minima&lt;/i&gt;. Bien s&#251;r, de nombreux &#171; crans d'arr&#234;t &#187; existent, d&#233;crits au fil de ces pages, mais il faut se demander s&#233;rieusement s'ils permettraient &#224; quelques milliers de personnes de s'opposer efficacement &#224; des &lt;i&gt;processus&lt;/i&gt; qui en incluent dix ou cent fois plus. On dira qu'ici plus qu'ailleurs appara&#238;t l'&#233;vidence de l'imbrication de ces domaines avec les choix de soci&#233;t&#233; fondamentaux : c'est en toute derni&#232;re instance la sobri&#233;t&#233; dans la consommation, ou sa possibilit&#233;, qui permettrait &#224; la Commune d'assumer pleinement ses relations ext&#233;rieures comme de faire s&#233;cession. Mais cette &#233;ventualit&#233; semble si difficilement applicable qu'il convient de se demander si le projet d&#233;crit dans ces pages ne devrait pas &#234;tre enti&#232;rement revu dans une perspective diff&#233;rente, par exemple en s'orientant plut&#244;t vers une souverainet&#233; &#224; plus large &#233;chelle (par exemple r&#233;gionale) permettant de mieux faire co&#239;ncider les pouvoirs &#233;conomiques et politiques. Il semblerait alors que le recours &#224; des technologies de communication soit indispensable si l'on veut maintenir les principes d'une d&#233;mocratie directe, mais ce sont alors toutes nos r&#233;serves sur les implications de celles-ci qui devraient &#234;tre approfondies et pr&#233;cis&#233;es...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;croissance et pr&#233;dation&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Quoi qu'il en soit, la d&#233;mocratie directe n'est envisageable qu'en articulant &#233;troitement besoins et d&#233;sirs humains, volont&#233;, possibilit&#233;s politiques et &#233;tat des techniques. Elle n'est par ailleurs compatible avec l'abondance qu'&#224; condition de donner &#224; celle-ci un autre sens que celui de profusion croissante de marchandises &#224; obsolescence incorpor&#233;e, &#224; savoir &lt;i&gt;la satisfaction de besoins limit&#233;s&lt;/i&gt;, reprenant par l&#224; un principe des premiers &#226;ges de l'humanit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#194;ge de pierre, &#226;ge d'abondance. L'&#233;conomie des soci&#233;t&#233;s primitives de M. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais cette diminution volontaire, et tout compte fait in&#233;luctable, de la production ne va pas sans poser d'&#233;normes probl&#232;mes, &#233;trangement jamais abord&#233;s par ses d&#233;fenseurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir par exemple la critique par G. Fargette du livre de Matthieu Amiech et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Car l'amoindrissement de la puissance mat&#233;rielle a toujours &#233;t&#233; synonyme, dans l'histoire des civilisations, d'une mise sous tutelle, sinon d'une annexion pure et simple, de la collectivit&#233; par ses voisins. Il ne fait aucun doute qu'une soci&#233;t&#233; faisant ce choix se d&#233;signerait imm&#233;diatement comme la proie de voisins moins scrupuleux. Point aveugle du discours d&#233;croissant, la question du rapport de forces, jusqu'&#224; l'affrontement militaire, ne peut &#234;tre prise &#224; la l&#233;g&#232;re. Les r&#233;ponses traditionnelles qui invoquent le peuple en armes et/ou la d&#233;fense civile m&#233;riteraient d'&#234;tre largement reprises et approfondies, tant elles semblent renouer avec le meilleur de l'h&#233;ritage militaire &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; d&#233;mocratique occidental&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Militarisme civique, discipline, autonomie, autocritique, rationalit&#233;... (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, de la c&#233;l&#232;bre phalange grecque &#224; la m&#233;connue et admirable contre-offensive que les Tch&#233;coslovaques insurg&#233;s ont oppos&#233;e aux chars russes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; 1968 : Face aux chars russes, le peuple tch&#233;coslovaque &#187;, Christian (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais ces perspectives perdent de leur ind&#233;niable force au contact des r&#233;alit&#233;s thermonucl&#233;aires, chimiques et bact&#233;riologiques, contemporaines et futures. Bien s&#251;r, le cat&#233;chisme subversif voudrait que la r&#233;volution soit mondiale ou ne soit pas. Or elle ne l'a jamais &#233;t&#233; et il semblerait que les conditions de sa r&#233;alisation soient pass&#233;es, la derni&#232;re occasion ayant peut-&#234;tre &#233;t&#233; la fin des ann&#233;es 60... En attendant, il est fort probable que la guerre fasse partie de cette r&#233;alit&#233; &#224; laquelle l'humanit&#233; n'a pas encore de r&#233;ponse, m&#234;me si nous pensons avoir d&#233;crit dans les pages pr&#233;c&#233;dentes une soci&#233;t&#233; mettant en &#339;uvre tous les moyens aujourd'hui connus pour l'&#233;viter, en permettant des r&#233;solutions pacifiques des tensions, conflits et crises.&lt;br class='manualbr' /&gt;Au-del&#224; de la violence proprement dite, la question des techniques militaires se posera imm&#233;diatement lors de tout soul&#232;vement &#224; tendance r&#233;volutionnaire : si, comme le reconnaissait Orwell&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Recension : Armies of Freemen de Tom Wintringham &#187;, 1940, &#201;crits (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le fusil pouvait convenir &#224; des vis&#233;es d&#233;mocratiques, il est difficile d'admettre que l'utilisation de sous-marins, de chars et d'avions de combat n'induit pas la perp&#233;tuation de toute l'institution militaire et de son appareil productif, sinon de l'organisation de la soci&#233;t&#233; enti&#232;re telle que nous la connaissons&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A un degr&#233; qu'il est difficile d'imaginer. Il y aurait un travail (s&#233;rieux) (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il y a l&#224; une contradiction qui ne sera r&#233;solue qu'en pratique, celle-ci r&#233;v&#233;lant au contact des r&#233;alit&#233;s les vis&#233;es ultimes des insurg&#233;s. Cela rejoint cette &#233;vidence que l'importance du r&#244;le des militaires lors d'un &#233;pisode r&#233;volutionnaire est &#224; l'exacte mesure du risque de l'instauration d'un pouvoir autoritaire. &#201;vidence qui en am&#232;ne une autre : qu'une r&#233;volution est bien plus l'aboutissement d'un tr&#232;s long processus de m&#251;rissement de toute une population que le d&#233;but d'un autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?823-ce-que-pourrait-etre-une-societe' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Cinqui&#232;me partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb26-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir &#171; Ce que furent les conseils ouvriers hongrois &#187;, &lt;i&gt;Socialisme ou Barbarie&lt;/i&gt; n&#176; 21, 1957 [DNSI], ainsi que Claude Lefort, &#171; Une autre r&#233;volution &#187; &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; la revue &lt;i&gt;Libre&lt;/i&gt;, 1977, p. 101 &lt;i&gt;sqq.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. par exemple les beaux passages d'E. Fromm dans &lt;i&gt;Soci&#233;t&#233; ali&#233;n&#233;e et soci&#233;t&#233; saine&lt;/i&gt;, p.173 &lt;i&gt;sqq.&lt;/i&gt;, ou encore ceux de Simone Weil &lt;i&gt;L'enracinement&lt;/i&gt; (1959 ; Gallimard, 1962).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. pour une premi&#232;re approche C. Castoriadis, &#171; La hi&#233;rarchie des salaires et des revenus &#187;, 1974, [DNSI] et, pour des fondements philosophiques, &#171; Valeur, &#233;galit&#233;, justice, politique : de Marx &#224; Aristote et d'Aristote &#224; nous &#187;, &lt;i&gt;Les carrefours du labyrinthe I&lt;/i&gt;, 1979, Seuil.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Citons quelques possibilit&#233;s pour les fonctions &#171; intellectuelles &#187; dont le travail ne serait pas reconnu : il devrait &#234;tre possible &#224; chacun de d&#233;gager assez de temps pour exercer une activit&#233; non r&#233;tribu&#233;e ou de s'associer &#224; d'autres afin de la financer. Au niveau institutionnel, l'obtention de bourses pourrait relever d'un &#233;chelon relativement &#233;lev&#233;. En derni&#232;re instance, l'exil possible dans la multiplicit&#233; des collectivit&#233;s existantes devrait permettre &#224; quiconque de pouvoir d&#233;velopper ses &#339;uvres.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. nos remarques &#224; propos d'un texte d'un collectif sympathisant : &#171; La d&#233;mocratie peut-elle accepter l'existence de la propri&#233;t&#233; ? &#187; [DNSI].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sur ce point, on lira par exemple &lt;i&gt;Les myst&#232;res de la Gauche. De l'id&#233;al des Lumi&#232;res au triomphe du capitalisme absolu&lt;/i&gt; (Climats, 2013) de J.-C. Mich&#233;a. Cf. n. 25.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Notamment l'excellente introduction que constitue &lt;i&gt;La dynamique du capitalisme&lt;/i&gt; (1984, Flammarion).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Grande Transformation : aux origines politiques et &#233;conomiques de notre temps&lt;/i&gt;, chap. &#171; La libert&#233; dans une soci&#233;t&#233; complexe &#187;, (Gallimard, 2011) p. 341.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On voit l&#224; l'erreur fondamentale des &#171; anarcho-capitalistes &#187;, certainement plus cons&#233;quents id&#233;ologiquement que la plupart des gauchistes libertaires puisque, v&#233;n&#233;rant une auto-organisation radicale, ils respectent &#224; la lettre l'axiome thatch&#233;rien &#171; la soci&#233;t&#233; n'existe pas &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On retrouvera ici quelques similitudes avec les th&#232;ses pr&#233;sent&#233;es par Michael Albert dans &lt;i&gt;Apr&#232;s le capitalisme. &#201;l&#233;ments d'&#233;conomie participaliste&lt;/i&gt;, (Agone, 2003). Sa lecture (particuli&#232;rement la partie qui donne le titre &#224; l'ouvrage p. 117-151) fera rapidement appara&#238;tre au lecteur nos d&#233;saccords, fondamentaux, tant sur les pr&#233;suppos&#233;s anthropologiques h&#233;rit&#233;s de l'anarchisme de Kropotkine que sur le maintien de la motivation individuelle par l'in&#233;galit&#233; des salaires (justifi&#233;s par &#171; l'effort &#187;...) ou sa haine ind&#233;fectible du march&#233;. La vision &#224; la fois rousseauiste et &#233;conomiciste qui y est d&#233;velopp&#233;e est corrig&#233;e par S. R. Shalom, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, qui r&#233;tablit, en fin de compte, une repr&#233;sentation politique en cascade, au milieu de r&#233;flexions dans lesquelles nous nous reconnaissons.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &lt;i&gt;Le contenu du socialisme&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 157 &lt;i&gt;sqq&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Comme le fait syst&#233;matiquement T. Fotopoulos dans &lt;i&gt;Vers une d&#233;mocratie g&#233;n&#233;rale...&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. &lt;i&gt;&#194;ge de pierre, &#226;ge d'abondance. L'&#233;conomie des soci&#233;t&#233;s primitives&lt;/i&gt; de M. Sahlins (1972) et son excellente pr&#233;sentation par P. Clastres (Gallimard, 1976), [DNSI]. On aurait grand tort de consid&#233;rer que cette frugalit&#233; organis&#233;e a &#233;t&#233;, et serait, incapable de d&#233;penses &#171; pures &#187;, somptuaires, festives, ostentatoires, soit &#171; inutiles &#187;, &#171; gratuites &#187; ou &#171; irrationnelles &#187; : au contraire, la disparition de la soci&#233;t&#233; de consommation comme telle donnerait tout son sens &#224; cette destruction volontaire de richesses, aujourd'hui honteusement r&#233;duite aux d&#233;charges publiques et au gaspillage g&#233;n&#233;ralis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir par exemple la critique par G. Fargette du livre de Matthieu Amiech et Julien Mattern &lt;i&gt;Le cauchemar de Don Quichotte. Sur l'impuissance de la jeunesse d'aujourd'hui&lt;/i&gt; (Climats, 2006) dans &lt;i&gt;Le cr&#233;puscule du XXe si&#232;cle&lt;/i&gt;, n&#176; 16, &#233;t&#233; 2006 (DNSI).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Militarisme civique, discipline, autonomie, autocritique, rationalit&#233;... excellemment d&#233;crites par Victor D. Hansen dans &lt;i&gt;Carnage et culture. Les grandes batailles qui ont fait l'Occident&lt;/i&gt; (Champs/Flammarion, 2010).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir &#171; 1968 : Face aux chars russes, le peuple tch&#233;coslovaque &#187;, Christian Brunier, 1983 [DNSI]. Encore faudrait-il extraire ces salutaires r&#233;flexions sur la non-violence de la gangue religieuse qui les a historiquement inspir&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Recension : Armies of Freemen de Tom Wintringham &#187;, 1940, &lt;i&gt;&#201;crits politiques (1928-1949)&lt;/i&gt;, (Agone 2009), p. 116 &lt;i&gt;sqq.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;A un degr&#233; qu'il est difficile d'imaginer. Il y aurait un travail (s&#233;rieux) &#224; faire sur la mani&#232;re dont les &#233;pisodes r&#233;volutionnaires de l'&#232;re moderne ont esquiss&#233; une nouvelle institution militaire et les liens de celle-ci avec les techniques h&#233;rit&#233;es, notamment en s'inspirant des travaux stimulants de V. D. Hansen, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Ce que pourrait &#234;tre une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique (3/5)</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?821-ce-que-pourrait-etre-une-societe</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?821-ce-que-pourrait-etre-une-societe</guid>
		<dc:date>2016-04-22T15:58:46Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>B&#233;rard Quentin</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Voir la deuxi&#232;me partie (.../...) II &#8212; La Commune, institution de base Nous posons donc la Commune comme l'instance politique fondamentale, l'institution souveraine &#224; la base de la d&#233;mocratie directe, la source unique de souverainet&#233; collective o&#249; s'&#233;laborent et se d&#233;cident les lois, la source d'o&#249; le pouvoir commun peut &#234;tre d&#233;l&#233;gu&#233; &#224; d'autres organes, d'autres groupes, ou des individus. Une r&#233;volution territoriale Axer la vie collective autour de l'&#233;chelle communale impose (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-sociale-democratie-" rel="directory"&gt;Autonomie sociale : D&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-283-Berard-Quentin-+" rel="tag"&gt;B&#233;rard Quentin&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/arton821.jpg?1621968961' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='123' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?820-ce-que-pourrait-etre-une-societe' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Voir la deuxi&#232;me partie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II &#8212; La &lt;i&gt;Commune&lt;/i&gt;, institution de base&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous posons donc la &lt;i&gt;Commune&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On ne s'&#233;tonnera pas de trouver tout au long de ce texte des termes tout &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; comme l'instance politique fondamentale, l'institution souveraine &#224; la base de la d&#233;mocratie directe, la source unique de souverainet&#233; collective o&#249; s'&#233;laborent et se d&#233;cident les lois, la source d'o&#249; le pouvoir commun peut &#234;tre d&#233;l&#233;gu&#233; &#224; d'autres organes, d'autres groupes, ou des individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une r&#233;volution territoriale&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Axer la vie collective autour de l'&#233;chelle communale impose cependant une r&#233;volution territoriale, puisqu'il s'agirait aussi bien de regrouper un nombre important de villes et de villages que de d&#233;couper les agglom&#233;rations actuelles en unit&#233;s plus petites, en m&#234;me temps que d'une diminution progressive de leur population. Fixons l'effectif de ces communes autour de 15 000 &#224; 20 000 habitants (plus de la moiti&#233; de la population fran&#231;aise, par exemple, vit dans des villes &#224; moindres effectifs) : cela n'est rien de moins que l'inversion radicale des dynamiques actuelles, o&#249; les villes tentaculaires s'&#233;panchent et se muent en m&#233;tropoles ob&#232;ses et boulimiques au rythme de la d&#233;sertification des campagnes, tandis que les &lt;i&gt;hinterlands&lt;/i&gt; recueillent les rebuts de la m&#233;gamachine urbaine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Christophe Guilluy Fractures fran&#231;aises, (Bourin 2010, repris en Champs (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce sont les &#233;normes mouvements des exodes ruraux que la France a connus entre le XVIIe et le XXe si&#232;cles qui seraient &#224; renverser, alors qu'ils s'&#233;tendent aujourd'hui aux dimensions continentales, fracassant massivement les unes contre les autres des cultures mill&#233;naires &#8212; et les exacerbant. Il y a l&#224;, pour nous limiter au probl&#232;me de la r&#233;partition de la population, une s&#233;rie de probl&#232;mes absolument &#233;normes qui, s'ils ne sont pas insolubles, exigeraient des &#233;chelles de temps (et d'espace) qui &#233;taient inconnues &#224; nos pr&#233;d&#233;cesseurs, sans m&#234;me &#233;voquer les facteurs culturels. Le tout premier &#233;tant le fait que les d&#233;portations massives de populations ont toujours &#233;t&#233; le fait d'une &lt;i&gt;ing&#233;nierie sociale&lt;/i&gt; effectu&#233;e sous les meilleures intentions du monde &#8212; et sous des r&#233;gimes &#171; de gauche &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Que l'on pense aux atrocit&#233;s staliniennes, et notamment &#224; l'installation de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (il serait tentant d'y voir m&#234;me la marque indubitable du spectre totalitaire qui hante cette derni&#232;re). Autre probl&#232;me de taille, impossible &#224; d&#233;velopper ici : la mobilit&#233; forc&#233;e des populations qui risque de d&#233;couler des bouleversements &#233;cologiques &#224; venir (hausse du niveau de la mer, amenuisement des cours d'eau, instabilit&#233; climatique, pollutions diff&#233;r&#233;es, etc.), difficilement compatibles avec une d&#233;mocratie stable et une production &#233;labor&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1 &#8212; Les &lt;i&gt;Assembl&#233;es Communales&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sein de la Commune, c'est l'&lt;i&gt;Assembl&#233;e Communale&lt;/i&gt; qui symboliserait et mat&#233;rialiserait l'autonomie politique de la communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re question est celle de la taille de ces assembl&#233;es. Elles doivent, pour &#234;tre l&#233;gitimes, pouvoir regrouper une fraction significative de la population tout en permettant l'expression de toutes les opinions, la tenue de d&#233;bats approfondis et la possibilit&#233; de d&#233;cisions claires. La &lt;i&gt;Pnyx&lt;/i&gt; grecque pouvait accueillir, dans sa premi&#232;re p&#233;riode, plus de 5 000 personnes. Les assembl&#233;es r&#233;volutionnaires des Temps modernes, des sections de 1789 aux conseils russes de 1905 ou hongrois de 1956, comptaient, elles aussi, plusieurs milliers de participants. Et les assembl&#233;es grecques du &#171; mouvement des places &#187; du printemps 2011 ont &#233;t&#233; constitu&#233;es, un mois durant sur la place &lt;i&gt;Syntagma&lt;/i&gt; &#224; Ath&#232;nes, de 4 000 &#224; 8 000 personnes quotidiennement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On lira &#171; R&#233;cit d'un participant sur la place Syntagma &#187; ainsi que &#171; Les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si ces effectifs peuvent sembler exorbitants, c'est que la prise de parole et l'organisation collective sont des capacit&#233;s anthropologiques aujourd'hui largement atrophi&#233;es par un mode de vie et un fonctionnement social o&#249; le monopole du pouvoir le dispute au narcissisme incontr&#244;l&#233; &#8212; c'est de ce point de vue que l'on peut facilement railler nos positions&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par exemple Daniel Moth&#233; qui, dans &#171; La grande d&#233;mocratie et la petite (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour l'individu contemporain, discuter librement de questions importantes &#224; une vingtaine est un v&#233;ritable d&#233;fi. Il y a &#224; r&#233;apprendre le B.A.-BA contre son propre &lt;i&gt;ego&lt;/i&gt; : que les opinions n'existent pas en quantit&#233; infinie et qu'il n'est nul besoin de r&#233;p&#233;ter ce que quelqu'un a d&#233;j&#224; clairement dit ; que la prise de parole est une prise de pouvoir comme l'&#233;coute est une prise de responsabilit&#233;, qui doivent toutes deux s'assumer ; ou encore que prendre connaissance du contexte, des tenants et aboutissants et des discussions pr&#233;c&#233;dentes est le pr&#233;alable &#224; toute participation ; etc. Il n'est pas question de morale, ici, mais d'histoire, et, surtout, de formation des individus. Car on ne peut que mesurer l'&#233;cart anthropologique qui nous s&#233;pare de cette esp&#232;ce singuli&#232;re qu'est l' &#171; internaute &#187; contemporain et son narcissisme compulsif, pendant populaire des vocif&#233;rations gr&#233;gaires de nos abominables parlementaires. On trouvera ailleurs des r&#233;cits d'assembl&#233;es authentiques, o&#249; rivalisent la sobri&#233;t&#233;, la concision et l'intelligence, dans la Russie de 1905, l'Espagne de 1936, la Hongrie de 1956, l'Ath&#232;nes du Ve si&#232;cle av. J.-C. ou... la classe d'&#233;cole primaire r&#233;unie en conseil de coop&#233;rative en 1967&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On lira ainsi respectivement, en parall&#232;le, L&#233;on Trotsky, 1905, p. 97 ; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Si l'on veut s'abstenir de faire appel &#224; des techniques de communication trop sophistiqu&#233;es, les &lt;i&gt;assembl&#233;es communales souveraines&lt;/i&gt; ne peuvent donc compter beaucoup plus de 5 000 ou 7 000 participants simultan&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bien entendu, des lieux ad hoc devraient &#234;tre construits mais des succ&#233;dan&#233;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, pour des communes de 15 000 &#224; 20 000 habitants. Le rapport entre ces chiffres, en eux-m&#234;mes discutables, m&#233;rite quelques explications. D'abord, tous les habitants ne sont pas habilit&#233;s &#224; si&#233;ger, soit par d&#233;cision collective (&#226;ge l&#233;gal, dur&#233;e de r&#233;sidence, condamnation, mandat, d&#233;l&#233;gation...) soit par &#233;tat de fait (malades, vieillards, au travail, absents, en voyage...) et rares seront les assembl&#233;es dont l'importance n&#233;cessitera la pr&#233;sence de tous. Ensuite, sans r&#233;introduire subrepticement le principe de repr&#233;sentation, il est toujours possible de d&#233;l&#233;guer occasionnellement son pouvoir &#224; un individu pour voter ou s'exprimer en assembl&#233;e &#224; partir de l'ordre du jour. Enfin, et plus important, l'assembl&#233;e, pour centrale et symbolique qu'elle soit, est tr&#232;s loin d'&#234;tre la seule institution d&#233;mocratique, comme on le verra, puisque l'implication dans la vie politique rev&#234;t de multiples formes, institutionnelle ou non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#244;les et fonctionnement&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;La premi&#232;re institution est &#233;videmment cette assembl&#233;e, regroupant des participants en pleine possession de leurs droits civiques en &#226;ge et en condition, &#224; un rythme qui pourrait &#234;tre habituellement mensuel. Elle &#233;dicterait des lois, veillerait &#224; leur application, contr&#244;lerait l'administration et aurait en charge la gestion de toutes les questions relevant de l'int&#233;r&#234;t public sur l'ensemble de son territoire, o&#249; elle serait seule souveraine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suivant un mod&#232;le classique depuis 1905 et d'inspiration anarchiste, l'assembl&#233;e d&#233;signerait en son sein (nous verrons plus loin tous les modes de d&#233;signation), pour le temps de la s&#233;ance et comme il est souvent d'usage, un Bureau charg&#233; de v&#233;rifier les mandats, du respect de l'ordre du jour, des prises de parole, des votes et de consigner les d&#233;cisions prises. Tout aussi classiquement l'assembl&#233;e d&#233;signe, pour des t&#226;ches techniques et temporaires qui ne peuvent incomber &#224; l'&lt;i&gt;Administration Communale&lt;/i&gt;, des &lt;i&gt;Commissions&lt;/i&gt; dont les membres r&#233;vocables peuvent &#234;tre tir&#233;s au sort ou &#233;lus en fonction des comp&#233;tences requises. Elles rendraient &#233;videmment des comptes &#224; chaque assembl&#233;e, qui d&#233;ciderait de leur maintien, de leur r&#233;orientation, du renouvellement de leurs membres ou de leur dissolution une fois la t&#226;che effectu&#233;e.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le principe d'&#233;galit&#233; de la parole ne peut que s'affronter &#224; diverses tentatives d'accaparement, soit par un orateur particulier, soit, ce qui est beaucoup plus probl&#233;matique, par des groupes, des ligues ou des partis cherchant &#224; imposer leurs vues. Si cette question a re&#231;u des r&#233;ponses radicales par le pass&#233;, elle ne pourra &#224; l'avenir que faire l'objet de multiples d&#233;bats et, en tant que machines oligarchiques orient&#233;es vers la conqu&#234;te du pouvoir individuel ou collectif&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. l'inoxydable travail de Robert Michels Les partis politiques. Essai sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ces regroupements ne peuvent qu'&#234;tre amen&#233;s &#224; dispara&#238;tre d'eux-m&#234;mes progressivement, par le simple fonctionnement institutionnel. Mais en tant que formations id&#233;ologiques, lobbies pr&#233;tendant d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts d'un regroupement social, professionnel ou culturel, leur pouvoir de nuisance serait &#224; la hauteur de l'incapacit&#233; des assembl&#233;es &#224; affronter les probl&#232;mes auxquels ils pr&#233;tendraient r&#233;pondre et ils devraient donc &#234;tre compris comme les signes d'un affaissement des courants d&#233;mocratiques. Les ripostes pratiques trouv&#233;es par les assembl&#233;es grecques de 2011&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Le mouvement grec pour la d&#233;mocratie directe..., op.cit.&#034; id=&#034;nh27-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; m&#233;riteraient d'&#234;tre m&#233;dit&#233;es : chacun est libre de se regrouper comme bon lui semble dans la vie sociale (l'&lt;i&gt;agora&lt;/i&gt;) mais au sein de l'assembl&#233;e (&lt;i&gt;ekklesia&lt;/i&gt;), chacun ne peut s'exprimer qu'en son nom propre. Nous renvoyons par ailleurs &#224; nos remarques sur les dispositifs permettant de combattre les prises de pouvoir lors des assembl&#233;es de luttes sociales&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. notre tract &#171; Pour des assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales autonomes &#187;, octobre 2010.&#034; id=&#034;nh27-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une assembl&#233;e &#233;lectronique ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;On nous r&#233;torquera que nos sp&#233;culations sont bien vaines, la profusion des &#171; nouvelles technologies de l'information et de la communication &#187; depuis une vingtaine d'ann&#233;es nous ayant lib&#233;r&#233;s de la n&#233;cessit&#233; de nous rassembler physiquement en grand nombre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette logique nous semble avoir &#233;t&#233; pouss&#233;e &#224; l'extr&#234;me par un camarade ne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;... Il faut d'abord remarquer qu'il nous semble au contraire que ces techniques permettant d'entrer en contact sans avoir de contacts &lt;i&gt;font corps&lt;/i&gt; avec la soci&#233;t&#233; de masse qui contraint &#224; l'oppos&#233; &#224; cohabiter sans coexister, qu'elles se s&#233;cr&#232;tent l'une l'autre, tant&#244;t pour &#233;chapper au troupeau aveugle, tant&#244;t pour se fondre dans la foule solitaire. L'humain nous appara&#238;t comme un animal social, dont l'humanit&#233; n'est envisageable que dans un creuset de relations concr&#232;tes, durables, engageantes et dont peu sont choisies. La politique, l'argumentation, le libre examen, la d&#233;cision ne sont pas affaire d'informations imm&#233;diates ou de comptabilit&#233; des voix, mais bien de volont&#233;s, de responsabilit&#233;s, d'angoisses, d'exaltations, de d&#233;sirs et d'intelligences propres &#224; chacun, bref de &lt;i&gt;pr&#233;sence &#224; soi et aux autres&lt;/i&gt;, &#233;l&#233;ments qui ne peuvent &#234;tre d&#233;l&#233;gu&#233;s &#224; quelques personnes particuli&#232;res et &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; &#224; des machines. Sans doute exag&#233;rons-nous un peu, mais comment ne pas voir le rapport proprement &lt;i&gt;oraculaire&lt;/i&gt; que tout un chacun entretient aujourd'hui avec &lt;i&gt;son&lt;/i&gt; moteur de recherche, ou les distorsions des notions de temps, d'espace, d'organisation qu'Internet et les &#171; t&#233;l&#233;phones &#187; portables provoquent... Le lecteur nous citera l'excellent exemple de &lt;i&gt;Wikipedia&lt;/i&gt; : qu'il en compare alors, une seule et unique fois, le meilleur article en ligne et son &#233;quivalent dans l'&lt;i&gt;Encyclop&#230;dia Universalis&lt;/i&gt; pour prendre la mesure de ce qui semble d&#233;finitivement perdu. L'investissement magico-religieux de la technique est une d&#233;l&#233;gation de pouvoir pleine et enti&#232;re, et marche de concert avec un gouvernement repr&#233;sentatif. Il nous semble qu'une d&#233;mocratie directe ne saurait faire reposer son fonctionnement sur des technologies sans mesurer, en permanence, les effets et les implications qui en d&#233;coulent &#8212; &#224; moins de fuir et de se fuir en tant qu'entreprise hautement humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2 &#8212; Les institutions communales&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour centrale qu'elle soit, l'&lt;i&gt;Assembl&#233;e Communale&lt;/i&gt; serait loin de poss&#233;der tous les pouvoirs. Mais les repr&#233;sentants actuels, lorsqu'ils sont &#233;lus, &#233;chappent totalement au contr&#244;le populaire et constituent une caste auto-coopt&#233;e qui entretient les gens dans la passivit&#233;. A l'exact oppos&#233; des soci&#233;t&#233;s occidentales d'aujourd'hui qui &lt;i&gt;exigent&lt;/i&gt; instamment l'apathie du &#171; citoyen &#187; pour pouvoir fonctionner&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Moses I. Finley, 1976 ; D&#233;mocratie antique et d&#233;mocratie moderne, (Payot, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique favoriserait, encouragerait, et reposerait sur, la participation du plus grand nombre. Cela signifie des institutions &#224; la port&#233;e de tous, simples, compr&#233;hensibles et modifiables, fonctionnant dans le quotidien de chacun pour l'int&#233;r&#234;t public en encourageant l'&#233;galit&#233; et l'autonomie de l'individu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Conseil&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Si l'Assembl&#233;e a plut&#244;t un r&#244;le l&#233;gislatif, l'organe ex&#233;cutif de la Commune serait le &lt;i&gt;Conseil&lt;/i&gt;, constitu&#233; de quelques centaines de personnes si&#233;geant quotidiennement, dont la d&#233;signation pourrait se faire par tirage au sort (voir plus loin). Son r&#244;le principal serait donc d'assurer les fonctions de gouvernement entre deux assembl&#233;es en g&#233;rant les affaires courantes, de veiller &#224; l'application des d&#233;cisions, et de contr&#244;ler l'&lt;i&gt;Administration Communale&lt;/i&gt;. Il convoquerait &#233;galement les &lt;i&gt;Assembl&#233;es Communales&lt;/i&gt; et les &lt;i&gt;Assembl&#233;es Communales Extraordinaires&lt;/i&gt;, pr&#233;parant les s&#233;ances pl&#233;ni&#232;res en recevant et examinant les propositions de lois soumises par n'importe quel individu, r&#233;digeant les comptes rendus de s&#233;ances et actant les listes de mandat&#233;s, veillant &#224; la constitutionnalit&#233; ou la non-contradiction des lois vot&#233;es, accompagnant le travail des &lt;i&gt;Commissions&lt;/i&gt;. Son organisation interne reprendrait globalement celui de l'&lt;i&gt;Assembl&#233;e&lt;/i&gt;. Il y aurait lieu de s'inspirer de la &lt;i&gt;Boul&#234;&lt;/i&gt; ath&#233;nienne qui, dot&#233;e d'une sorte de droit de veto, pouvait &#233;galement imposer la remise en discussion solennelle d'une d&#233;cision lorsque celle-ci semblait avoir &#233;t&#233; prise sans consid&#233;ration par une assembl&#233;e sous l'influence d'un d&#233;magogue ou d'une &#233;motion particuli&#232;re.
Sa t&#226;che &#233;tant absolument centrale, le &lt;i&gt;Conseil&lt;/i&gt; devrait &#234;tre particuli&#232;rement contr&#244;l&#233;, ses membres r&#233;guli&#232;rement renouvel&#233;s et ses r&#233;unions, publiques. Pour la m&#234;me raison, il devrait &#234;tre soumis au contr&#244;le strict de l'assembl&#233;e, et ses membres corrompus devraient &#234;tre passibles de poursuites judiciaires (cf. plus bas).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fonctionnement du pouvoir judiciaire&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans les utopies libertaires ou socialistes, la question de la justice &#233;tait souvent tr&#232;s rapidement r&#233;gl&#233;e : la pauvret&#233; une fois &#233;radiqu&#233;e, la chose se r&#233;duisait &#224; de simples m&#233;diations. Sans r&#233;futer une telle proposition, son ang&#233;lisme pour le moins maladroit se r&#233;v&#232;le incidemment criminel lorsque le raisonnement est pouss&#233; jusqu'&#224; traiter tout d&#233;lit ou crime sur le registre &lt;i&gt;psychiatrique&lt;/i&gt; &#8212; que divers r&#233;gimes &#171; de gauche &#187; ont largement pratiqu&#233;. Nous tenons la possibilit&#233; de la transgression et de la violence, qu'il s'agisse de l'infraction ou du crime, pour indissociable de la libert&#233; humaine, et devant &#234;tre trait&#233;e comme une de ses manifestations. Autrement dit, la question de la justice, de ce qui est juste et de ce qui ne l'est pas, restera &lt;i&gt;encore et toujours&lt;/i&gt; grande ouverte, peut-&#234;tre d'ailleurs &lt;i&gt;plus que jamais&lt;/i&gt;, interrogeant les responsabilit&#233;s de l'individu comme les valeurs et l'organisation de la collectivit&#233;. Reste que, comme cette derni&#232;re, le fonctionnement de cette justice reposera sur des bases radicalement diff&#233;rentes.&lt;br class='manualbr' /&gt;Autant que l'&lt;i&gt;Assembl&#233;e&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;Conseil&lt;/i&gt;, les tribunaux, cours de justice et juridiction d'appel de la commune travailleraient en totale ind&#233;pendance. Les jurys populaires, comme les actuels jur&#233;s d'assises, seraient tir&#233;s au sort pour une dur&#233;e d&#233;termin&#233;e, et leurs votes motiv&#233;s par &#233;crit. Il n'existerait plus de magistrats professionnels, le personnel encadrant, pr&#233;sident, procureur et avocat, &#233;tant d&#233;sign&#233;s parmi la population, par exemple par tirage au sort, pour une dur&#233;e plus ou moins importante selon les t&#226;ches afin de permettre un temps de formation et de passage de relais. On verra plus loin que le pouvoir judiciaire communal peut s'inscrire &#224; l'&#233;chelle f&#233;d&#233;rale ou conf&#233;d&#233;rale.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ces simples mesures r&#233;v&#232;lent &#224; elles seules la r&#233;volution copernicienne op&#233;r&#233;e par la d&#233;mocratie directe : elles impliquent que chaque citoyen soit &lt;i&gt;effectivement&lt;/i&gt; &#224; m&#234;me non seulement de conna&#238;tre et de comprendre la loi, mais &#233;galement de la faire appliquer dans chaque cas particulier &#8212; ainsi que de consid&#233;rer que n'importe qui doit &#234;tre en capacit&#233; de le faire. C'est dire que les lois ne sont en rien l'apanage de sp&#233;cialistes usurpant la volont&#233; collective comme aujourd'hui, mais qu'elles sont v&#233;ritablement une &lt;i&gt;cr&#233;ation populaire&lt;/i&gt;, et culture &#224; part enti&#232;re, donc auto-&#233;ducation du peuple, non seulement d&#232;s l'enfance, mais tout au long de la vie. Il y aurait donc &#233;videmment en amont un extraordinaire travail de simplification du corpus l&#233;gislatif &#224; partir de l'actuel, accompagn&#233; d'un &#233;norme tri tel qu'il a pu &#234;tre effectu&#233; par la Constituante dans les ann&#233;es 1790-1794. On mesure ici pleinement la distance &#224; parcourir pour que la direction de la soci&#233;t&#233;, donc la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me, aujourd'hui monopole exclusif de quelques corporations &#171; expertes &#187; auto-coopt&#233;es monopolisant la loi comme le droit, devienne l'&#339;uvre de toute la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Comit&#233;s&lt;/i&gt; de quartiers et de hameaux&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Une instance &#224; plus petite &#233;chelle occuperait des r&#244;les particuliers : les &lt;i&gt;Comit&#233;s de quartiers et de hameaux&lt;/i&gt;. Leur fonctionnement serait un mod&#232;le simplifi&#233; de celui des assembl&#233;es communales, sur les m&#234;mes principes &#233;galitaires. Ils pourraient avoir trois principales fonctions, en si&#233;geant aussi fr&#233;quemment que n&#233;cessaire, par exemple de mani&#232;re hebdomadaire.&lt;br class='manualbr' /&gt;D'abord ces comit&#233;s pourraient permettre en amont le travail de l'&lt;i&gt;Assembl&#233;e&lt;/i&gt; et du &lt;i&gt;Conseil&lt;/i&gt;, en dispensant l'information n&#233;cessaire &#224; la compr&#233;hension de tous les d&#233;bats pr&#233;vus, en expliquant et discutant les lois et mesures en d&#233;bat comme celles d&#233;j&#224; vot&#233;es, en &#233;laborant des amendements, des motions, en proposant des discussions autour des grandes questions en cours ou en pr&#233;-examinant les propositions de lois qui leurs seraient &#233;ventuellement soumises. Leur deuxi&#232;me fonction serait de faire le lien avec les &lt;i&gt;Assembl&#233;es&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Administrations Communales&lt;/i&gt; : relais de l'expression des besoins locaux sp&#233;cifiques (travaux, budget, services...) d'un c&#244;t&#233; et organe d'application des d&#233;cisions prises par la commune de l'autre. Il s'agirait notamment de les placer au centre des d&#233;cisions relevant du cadre de vie, de l'architecture et de l'urbanisme. Leur derni&#232;re fonction serait la formalisation de celles que remplissent, de fait, avec plus ou moins de bonheur et de mani&#232;re embryonnaire, les r&#233;seaux de connaissances qui relient les voisins : assurer la r&#233;gulation de la vie locale, r&#233;gler les conflits entre riverains, organiser f&#234;tes et manifestations, d&#233;cider des am&#233;nagements urbains et locatifs, g&#233;rer localement les institutions de solidarit&#233;, etc.&lt;br class='manualbr' /&gt;Autant le r&#244;le de ces comit&#233;s serait fondamental dans la vie quotidienne, autant leur pouvoir &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt; serait fortement limit&#233;. La raison en est simple : la taille modeste de ces comit&#233;s les rend particuli&#232;rement vuln&#233;rables &#224; l'apparition de pouvoirs de type charismatique. Mais il s'agit surtout d'&#233;viter que ne se forment durablement des groupements d'int&#233;r&#234;ts convergents qui instrumentaliseraient le pouvoir pour leurs seuls objectifs. Le probl&#232;me &#233;tait connu des Grecs, qui regroupaient en sous-ensembles (les &lt;i&gt;D&#232;mes&lt;/i&gt;) les r&#233;gions urbaines, campagnardes et c&#244;ti&#232;res afin qu'aucune ne puisse se constituer en groupe de pression. Certes, la s&#233;gr&#233;gation spatiale des quartiers aujourd'hui pouss&#233;e &#224; l'extr&#234;me n'aurait plus de raison d'&#234;tre en r&#233;gime d&#233;mocratique, mais rien n'indique que de tels processus de distinction ne se reforment d'une mani&#232;re ou d'une autre sur des crit&#232;res professionnels, familiaux, ethniques ou religieux, par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3 &#8212; Dispositifs de contr&#244;le du pouvoir&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Assembl&#233;e, Conseil, Tribunaux&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Comit&#233;s&lt;/i&gt;, quels que soient les noms qu'on leur donne, sont des institutions qui ont exist&#233;, en tant que telles ou partiellement, durablement ou pour quelques semaines, au sein de peuples cherchant, voulant et exer&#231;ant leur souverainet&#233;. Leur caract&#232;re d&#233;mocratique r&#233;side dans le principe fondamental du &lt;i&gt;refus de la division du travail politique&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire de l'abolition de la diff&#233;rence entre ceux qui d&#233;cident et ceux qui ex&#233;cutent. C'est la disparition &lt;i&gt;pure et simple&lt;/i&gt; des professionnels de la politique, chacun &#233;tant amen&#233; &#224; prendre en charge des responsabilit&#233;s politiques en &#233;tant financi&#232;rement indemnis&#233; le temps d'un mandat. Ce principe s'incarne dans diff&#233;rents dispositifs mobilis&#233;s au cas par cas en fonction des n&#233;cessit&#233;s pratiques rencontr&#233;es, d'o&#249; notre volontaire impr&#233;cision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Indivision du travail politique, mandats et r&#233;vocabilit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Il y a d'abord la &lt;i&gt;rotation syst&#233;matique des t&#226;ches&lt;/i&gt;, qui oblige chacun &#224; suivre de pr&#232;s les affaires en cours, comme elle exige du d&#233;l&#233;gu&#233; une pr&#233;venance quant &#224; la situation qu'il laisse entre les mains de son successeur, en m&#234;me temps qu'elle rend tr&#232;s difficile le client&#233;lisme. Concernant les organes permanents, il suffit de renouveler r&#233;guli&#232;rement une partie plus ou moins importante des d&#233;l&#233;gu&#233;s afin que cette rotation ne contredise pas la n&#233;cessaire continuit&#233; de la t&#226;che, par exemple pour les membres du &lt;i&gt;Conseil&lt;/i&gt; ou le personnel d'une &lt;i&gt;Administration&lt;/i&gt;. De m&#234;me, on peut limiter &#224; des degr&#233;s variables la reconduction d'une m&#234;me personne &#224; un m&#234;me mandat, ou obliger &#224; les prendre en charge dans un ordre de complexit&#233; croissante, et bien entendu interdire tout cumul de mandats importants. Ce n'est ici qu'une caract&#233;ristique classique du partage &lt;i&gt;a minima&lt;/i&gt; du pouvoir dans les soci&#233;t&#233;s ayant rompu avec le pouvoir absolu, mais que l'on radicalise simplement &#224; toutes les t&#226;ches relevant explicitement du domaine politique.&lt;br class='manualbr' /&gt;Deuxi&#232;me dispositif, la nature des &lt;i&gt;mandats&lt;/i&gt; eux-m&#234;mes tels qu'ils sont donn&#233;s aux d&#233;l&#233;gu&#233;s, qu'ils soient ponctuels (&lt;i&gt;Bureau&lt;/i&gt;, d&#233;l&#233;gation) ou &#224; plus long terme (&lt;i&gt;Conseil, Tribunaux&lt;/i&gt;). Il y a lieu ici de s'inspirer des pratiques anarchistes, d&#233;j&#224; pr&#233;conis&#233;es par Rousseau, mises en &#339;uvre &#224; grande &#233;chelle lors de la Commune de Paris et en Catalogne en 1936-1939. Alors que le cirque &#233;lectoral est aujourd'hui un v&#233;ritable ch&#232;que en blanc donn&#233; &#224; un individu, ou plut&#244;t &#224; son clan, tout mandat d&#233;mocratique doit &#234;tre nominatif, clair et limit&#233;. Un d&#233;l&#233;gu&#233; communal envoy&#233; &#224; l'&lt;i&gt;Assembl&#233;e F&#233;d&#233;rale&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Conf&#233;d&#233;rale&lt;/i&gt;, par exemple, doit savoir exactement ce qu'il doit y faire : tenir la position fix&#233;e par ses mandataires, voter telle d&#233;cision, s'opposer &#224; telle autre, poser tel veto, se permettre tels compromis, tels accords, puis rapporter le contenu des &#233;changes. Il est &#233;vident que la pr&#233;cision d'un mandat d&#233;pend de la qualit&#233; des &#233;changes dans l'assembl&#233;e qui mandate : un d&#233;l&#233;gu&#233; dot&#233; des meilleures intentions du monde ne pourra jamais &#234;tre fid&#232;le &#224; un engagement confus &#233;manant d'une assembl&#233;e d&#233;missionnaire. Qu'elle exige un investissement &#224; plein temps ou qu'elle soit compatible avec le maintien de l'activit&#233; professionnelle, une mandature plus longue, comme celle concernant le &lt;i&gt;Conseil&lt;/i&gt; ou les &lt;i&gt;Tribunaux&lt;/i&gt;, sera n&#233;cessairement plus libre mais toujours soumise &#224; la &lt;i&gt;reddition des comptes&lt;/i&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il y aurait enfin la &lt;i&gt;r&#233;vocabilit&#233; des d&#233;l&#233;gu&#233;s&lt;/i&gt;, telle qu'elle a par exemple &#233;t&#233; officialis&#233;e lors des premiers moments de la r&#233;volution russe de 1917. Toute personne mandat&#233;e devrait pouvoir &#234;tre d&#233;mise de ses fonctions en cas de non-respect de son mandat ou de changement radical de la situation requ&#233;rant une nouvelle mandature, ce qui emp&#234;che les manipulations trop &#233;videntes ou les fautes importantes. Cette r&#233;vocation devrait pouvoir &#234;tre demand&#233;e par n'importe qui puis soutenue par un nombre significatif de personnes afin d'&#234;tre examin&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tirage au sort et vote&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Quant &#224; la d&#233;signation elle-m&#234;me des mandataires, le &lt;i&gt;tirage au sort&lt;/i&gt; semble &#234;tre le dispositif d&#233;mocratique par excellence, puisqu'il engage &lt;i&gt;n'importe qui&lt;/i&gt;, en ce que quiconque peut &#234;tre nomm&#233; &#8212; et &#171; repr&#233;sent&#233; &#187; &#8212; par un autre &lt;i&gt;n'importe qui&lt;/i&gt;. Selon les circonstances, le tirage au sort peut concerner tout le monde, les volontaires seuls, ceux qui n'ont pas encore &#233;t&#233; d&#233;sign&#233;s, ceux qui ont d&#233;j&#224; d&#251; assumer une t&#226;che importante, une partie de la population, etc. Par exemple, la d&#233;signation du &lt;i&gt;Bureau&lt;/i&gt; de l'assembl&#233;e peut ne concerner que ceux qui n'ont pas pr&#233;vu d'intervenir durant la s&#233;ance. A l'inverse, la convocation aux jurys populaires doit pouvoir concerner tout le monde &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt;, adress&#233;e dans chaque ensemble le cas &#233;ch&#233;ant (quartiers, par exemple, ou profession, ou tranche d'&#226;ge). Il revient donc &#224; l'&lt;i&gt;Administration&lt;/i&gt; et au &lt;i&gt;Conseil&lt;/i&gt; de tenir &#224; jour des registres, d'o&#249; l'on retire les gens d&#233;j&#224; nomm&#233;s, mais &#233;galement les impossibilit&#233;s (maladies, voyages, travail...) ou les privations de droits civiques.&lt;br class='manualbr' /&gt;Quant au vote &#171; classique &#187;, il serait r&#233;serv&#233; &#224; la d&#233;signation de personnes remplissant des fonctions techniques, &#233;tant entendu, d'une part, que ce genre de t&#226;che n'est pas ex&#233;cutable par tous, et, d'autre part, qu'il est possible &#224; chacun de juger de la fiabilit&#233; et de l'efficacit&#233; de l'individu concern&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Cette articulation tirage au sort / &#233;lections fut institutionnalis&#233;e dans la cit&#233; d'Ath&#232;nes, apr&#232;s les r&#233;formes de Clisth&#232;ne. Bien qu'Aristote consid&#233;r&#226;t cette d&#233;signation par le hasard comme le principe m&#234;me de la d&#233;mocratie (en opposition &#224; l'oligarchie &#233;lective), elle fut totalement oubli&#233;e tant par la Rome antique que par les courants de la modernit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir, pour la premi&#232;re, M. I. Finley, L'invention de la politique, (1983 ; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8212; qui cantonn&#232;rent le tirage au sort &#224; la d&#233;signation de certains jurys.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Accessibilit&#233; des assembl&#233;es et devoir d'intervention&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;D'autres dispositions permettraient &#233;galement d'exercer un contr&#244;le sur les repr&#233;sentants, comme l'&lt;i&gt;accessibilit&#233; des assembl&#233;es&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire leur ouverture &#224; n'importe quel observateur, lui-m&#234;me d&#233;l&#233;gu&#233; ou non&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Inutile, bien entendu, de souligner dans ce cas l'utilit&#233; &#233;ventuelle de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il serait &#233;galement possible de &lt;i&gt;syst&#233;matiser le r&#244;le des observateurs&lt;/i&gt;, suivant les exp&#233;riences d'interventions psychosociologiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Les m&#233;thodes de l'intervention psychosociologique de G&#233;rard Mendel, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : chaque assembl&#233;e pourrait ainsi accueillir en son sein une d&#233;l&#233;gation &#171; &#233;trang&#232;re &#187;, c'est-&#224;-dire constitu&#233;e de personnes issues de communes, de r&#233;gions ou de provinces n'ayant &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; aucun int&#233;r&#234;t particulier &#224; y d&#233;fendre. Leur r&#244;le serait de renvoyer &#224; la collectivit&#233; une image d'elle-m&#234;me qui lui permette une r&#233;flexivit&#233; : il s'agirait alors de d&#233;noncer les corruptions, les accointances, les ententes, de faire part de fonctionnements et d'exp&#233;riences qui se d&#233;roulent ailleurs, de d&#233;ranger les repr&#233;sentations convenues, de pointer les failles, les tabous et les allants-de-soi, bref d'aider la communaut&#233; &#224; &#233;lucider son imaginaire propre. Sans aucun pouvoir, mais avec le devoir d'une absolue libert&#233; d'expression, les membres de cette d&#233;l&#233;gation seraient prot&#233;g&#233;s au plus haut niveau, et leur rapport diffus&#233; &#224; grande &#233;chelle. D'une mani&#232;re plus g&#233;n&#233;rale, il s'agirait &#233;galement de favoriser les voyages, dans la mesure des moyens de transport alors disponibles : il y aurait lieu, loin du tourisme actuel qui se limite &#224; un d&#233;placement physique r&#233;serv&#233; &#224; l'&#233;lite mondiale, de remettre l'&lt;i&gt;hospitalit&#233; traditionnelle&lt;/i&gt; au centre de la vie publique. C'est ainsi que l'on rencontre encore facilement, dans les zones d'Afrique les moins &#171; d&#233;velopp&#233;es &#187;, des &#171; maisons de voyageurs &#187; o&#249; sont offerts au tout-venant, pour quelques jours, le g&#238;te et le couvert, &#233;chang&#233;s contre le r&#233;cit de ce qui se passe ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les &lt;i&gt;Tribunaux politiques&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Les &lt;i&gt;Tribunaux politiques&lt;/i&gt; jugeraient exclusivement des affaires traitant des mandats politiques concernant les instances officielles, des cas de trahison, de corruption, de sabotage, etc. Les condamnations iraient d'amendes &#224; des privations de droits civiques pour une dur&#233;e plus ou moins longue (l'&lt;i&gt;atimie&lt;/i&gt; grecque) ou m&#234;me &#224; l'exil (&lt;i&gt;ostracisme&lt;/i&gt;). D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, celles-ci devraient &#234;tre plus s&#233;v&#232;res concernant tous les cas de manipulation des proc&#233;dures &#224; d'autres fins que l'int&#233;r&#234;t commun. Constitu&#233;s de jur&#233;s tir&#233;s au sort, d&#233;lib&#233;rant et d&#233;cidant au secret, ces tribunaux pourraient &#234;tre saisis par n'importe quelle personne, y compris morale. En Gr&#232;ce Antique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur tous les dispositifs grecs, on se reportera &#224; l'in&#233;gal&#233; La D&#233;mocratie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A l'&#233;chelle de l'individu&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Essayons de r&#233;capituler l'investissement exig&#233; par un tel fonctionnement au niveau communal pour un habitant quelconque. Pour fixer les id&#233;es, on peut estimer aux environs de 500 le nombre d'habitants se trouvant simultan&#233;ment en charge d'un mandat communal, quel qu'il soit, r&#233;partis entre le &lt;i&gt;Bureau&lt;/i&gt; de l'assembl&#233;e, le &lt;i&gt;Conseil&lt;/i&gt; ou les diff&#233;rents &lt;i&gt;Tribunaux&lt;/i&gt;. A l'&#233;chelle individuelle, le nombre de fonctions officielles diff&#233;rentes occup&#233;es dans une vie pourrait &#234;tre d'une trentaine et correspondre, en cumul&#233;, &#224; deux &#224; trois ann&#233;es de mandature pass&#233;es dans les instances communales.&lt;br class='manualbr' /&gt;On verra qu'&#224; cela s'ajoutent celles requises par l'organisation f&#233;d&#233;rale et conf&#233;d&#233;rale, qui sont bien moindres rapport&#233;es &#224; l'individu, mais surtout celles qu'exigent l'organisation du travail, certainement aussi prenantes. Au final, il est possible d'avancer que chaque habitant d'une Commune aurait &#224; passer au cours de son existence entre cinq et dix ans en mandatures officielles (selon qu'elles soient &#224; plein ou &#224; mi-temps), r&#233;parties &lt;i&gt;grosso modo&lt;/i&gt; en une centaine de charges diff&#233;rentes, sans &#233;voquer la participation aux diff&#233;rentes assembl&#233;es ou les activit&#233;s publiques propres &#224; chacun. Ces estimations sont certes quelque peu sp&#233;culatives, mais elles permettent de comprendre la mani&#232;re dont l'organisation et le fonctionnement social feraient partie int&#233;grante de la vie quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4 &#8212; Refus de la r&#233;gression individuelle et collective&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces institutions, ces principes et ces dispositifs ne garantiraient pas le pouvoir du peuple : ils le favoriseraient, selon nous, &#224; un degr&#233; inconnu dans l'histoire. Forg&#233;s par une population en effervescence, rien, si ce n'est l'activit&#233; du peuple, ne les emp&#234;chera jamais de perdre progressivement leur s&#232;ve populaire pour se transmuer peu &#224; peu en organes oligarchiques.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il est vain de chercher le facteur premier du retrait des gens des processus de d&#233;cision ou de l'implication croissante d'un petit nombre dans la marche de la collectivit&#233; : aucune prise de pouvoir ne se fait sans la passivit&#233;, sinon le consentement, du plus grand nombre, et tout d&#233;sint&#233;r&#234;t &#224; l'&#233;gard de la chose publique appelle automatiquement une concentration des charges sur quelques futurs sp&#233;cialistes, quelquefois &#224; leur corps d&#233;fendant. C'est ce &lt;i&gt;processus d'oligarchisation&lt;/i&gt;, sans cesse pr&#233;sent, sans cesse renaissant, qu'affronte toujours toute collectivit&#233; d&#233;mocratique. Dire que la d&#233;mocratie v&#233;ritable est l'implication du peuple dans ses propres affaires est une tautologie qui manque souvent l'essence d'un tel r&#233;gime. Car cette autonomie ne peut &#234;tre qu'un &lt;i&gt;choix&lt;/i&gt;, sans cesse mis en doute et en d&#233;route par le retour permanent des processus d'ali&#233;nation, la pr&#233;gnance des sch&#233;mas mill&#233;naires o&#249; pr&#233;valent la croyance, l'ob&#233;issance, l'in&#233;galit&#233;, le conformisme, la r&#233;signation et la peur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait, ici, synth&#233;tiser tout ce qui a &#233;t&#233; dit sur le type anthropologique de l'Ath&#233;nien antique, du r&#233;volutionnaire anglais, am&#233;ricain ou fran&#231;ais, de toutes les composantes sociales du &#171; mouvement ouvrier &#187; du XIXe si&#232;cle. Contentons-nous d'en reformuler l'un des fondements, l'acceptation d'une vie v&#233;cue dans une vis&#233;e d'&#233;galit&#233;, sous un angle rarement &#233;voqu&#233;, celui du d&#233;sir de puissance. Loin des r&#234;veries lib&#233;rales-libertaires d&#233;sormais omnipr&#233;sentes, il est &#233;tabli aujourd'hui que l'&#234;tre humain n'appara&#238;t comme tel qu'&#224; travers un processus de socialisation, c'est-&#224;-dire de rupture, violente et en un sens jamais achev&#233;e, avec la toute-puissance infantile du sujet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir C. Castoriadis L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;, p. 429 sqq. ou (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Toute-puissance &#233;videmment fantasmatique, qui resurgit tout au long de l'existence sous la forme d'une exigence d&#233;mesur&#233;e et monstrueuse de satisfaction permanente des d&#233;sirs, de totalit&#233; et permanence du sens, d'abolition du temps et finalement de d&#233;n&#233;gation acharn&#233;e de la mortalit&#233;. Structure fondamentale de l'&#234;tre humain, ce projet de ma&#238;trise absolue s'exprime bien entendu dans la sph&#232;re publique, et particuli&#232;rement sous la forme de la domination : qu'est-ce que l'ascension hi&#233;rarchique, sinon, sous cet angle, la volont&#233; de prendre l'ascendant sur d'autres adultes, alors consid&#233;r&#233;s comme inf&#233;rieurs simplement parce qu'autres ? Il ne s'agit pas ici de postuler une indiff&#233;renciation des individus, une identit&#233;/similarit&#233; &#8212; mais les talents, fussent-ils ceux de leader, ne peuvent &#234;tre rabattus sur l'&#233;tablissement de relations de domination, d'asservissement, et finalement d'infantilisation. La facult&#233;, que l'on dirait inn&#233;e pour certains, de d&#233;cider pour d'autres, c'est-&#224;-dire le don de nier la libert&#233; et l'alt&#233;rit&#233; humaines, n'est pas un talent, c'est une psychopathie, que l'on d&#233;c&#232;le sans mal dans les sph&#232;res de &#171; d&#233;cideurs &#187;. On peut alors comprendre, &#224; la suite du mythe freudien du &#171; pacte des fr&#232;res &#187; de &lt;i&gt;Totem et tabou&lt;/i&gt;, l'&#233;galit&#233; entre les individus comme un refus collectif de la r&#233;gression : Non, tu ne te serviras pas de nous ni de nos institutions pour mettre en sc&#232;ne ton fantasme de puissance et de contr&#244;le ; nous, adultes, nous ne prendrons pas place dans les r&#244;les confortables et d&#233;gradants que tu veux nous faire jouer &lt;i&gt;et que nous provoquons&lt;/i&gt; ; la jouissance de la r&#233;gression infantile n'a pas &#224; instrumentaliser la collectivit&#233; et nous ne pouvons qu'essayer en permanence de vivre ensemble notre destin. Prise en ce sens, l'&#233;galit&#233; est l'acceptation profonde de notre humanit&#233;, sans cesse &#224; inventer, et oriente fondamentalement le sens de l'existence. On voit ici la formation psychique profonde que requiert l'autonomie collective, en m&#234;me temps que son implication personnelle qui r&#233;sonne jusqu'au c&#339;ur de l'intime solitude du sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?822-ce-que-pourrait-etre-une-societe' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Quatri&#232;me partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb27-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On ne s'&#233;tonnera pas de trouver tout au long de ce texte des termes tout &#224; fait communs, qu'on dirait choisis pour leur banalit&#233;, pour d&#233;signer des institutions d&#233;mocratiques. Nous pr&#233;f&#233;rons, de loin, ne pas &#171; chercher trop loin quelque mot &#233;clatant &#187; m&#234;me pour d&#233;signer une nouveaut&#233; radicale, plut&#244;t que d'appeler &#171; Commissaires du Peuple &#187; ceux qui, finalement, ne se sont av&#233;r&#233;s &#234;tre que de nouveaux, et sinistres, ministres.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. Christophe Guilluy &lt;i&gt;Fractures fran&#231;aises&lt;/i&gt;, (Bourin 2010, repris en Champs Essais).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Que l'on pense aux atrocit&#233;s staliniennes, et notamment &#224; l'installation de colons russes &#224; l'Est de l'Ukraine apr&#232;s le g&#233;nocide des ann&#233;es 1930, &#224; l'exclusion et &#224; la fuite massives qui ont suivi la victoire du FLN alg&#233;rien, ou aux r&#244;les maintenant jou&#233;s par l'immigration contemporaine en Europe. Cf. G. Fargette, &lt;i&gt;Le cr&#233;puscule du XXe si&#232;cle&lt;/i&gt;, n&#176; 27-28, avril 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On lira &#171; R&#233;cit d'un participant sur la place Syntagma &#187; ainsi que &#171; Les assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales de Syntagma : Structure et fonctionnement &#187;, dans notre brochure n&#176; 18, &lt;i&gt;Le mouvement grec..., op. cit&lt;/i&gt;. Pour une discussion autour des difficult&#233;s extraordinaires pour les mener &#224; bien, on lira dans la m&#234;me brochure &#171; Les r&#233;alit&#233;s grecques aux prises avec les exigences de la d&#233;mocratie directe &#187; ainsi que &#171; Enjeux politiques et anthropologiques du mouvement grec pour la d&#233;mocratie directe &#187;, dans la brochure n&#176; 18 bis &lt;i&gt;Le mouvement grec...&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Par exemple Daniel Moth&#233; qui, dans &#171; La grande d&#233;mocratie et la petite d&#233;mocratie &#187; (revue &lt;i&gt;Esprit&lt;/i&gt;, juillet 2006, p. 35-53), fait un &#233;loge tout &#224; fait pertinent des petites assembl&#233;es populaires comme celles des syndicats de copropri&#233;taires, et souligne le savoir-faire des gens g&#233;rant leurs propres affaires en opposition avec la grande rh&#233;torique des meneurs de foules et les proc&#233;dures d'exclusion des militants &lt;i&gt;&#232;s&lt;/i&gt; &#171; expertises politiques &#187;. Mais son refus de voir dans cette autogestion (relative) des petits groupes l'enracinement d'une d&#233;mocratie directe &#224; &#233;laborer &#224; plus grande &#233;chelle est particuli&#232;rement myst&#233;rieux sans faire r&#233;f&#233;rence &#224; des partis pris id&#233;ologiques &#233;vidents &#8212; et, pour le cas de Moth&#233;, issus d'un parcours politique singulier qui le fit passer du groupe &lt;i&gt;Socialisme ou Barbarie&lt;/i&gt; au parti &#171; socialiste &#187; de M. Mitterrand &amp; Co.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On lira ainsi respectivement, en parall&#232;le, L&#233;on Trotsky, 1905, p. 97 ; Gaston Leval, &lt;i&gt;Espagne libertaire 36-39&lt;/i&gt;, (1971, &#233;d. Du cercle) p. 221 &lt;i&gt;sqq.&lt;/i&gt; (passage disponible sur notre site) ; Socialisme ou Barbarie n&#176; 21, p. 91-92 [DNSI] ; Gustav Glotz, 1928, &lt;i&gt;La Cit&#233; grecque&lt;/i&gt;, (r&#233;&#233;d. Albin Michel, 1968) p. 169-173 ; A&#239;da Vasquez &amp; Fernand Oury, &lt;i&gt;De la classe coop&#233;rative &#224; la p&#233;dagogie institutionnelle&lt;/i&gt;, (Maspero, 1971) p. 463 &lt;i&gt;sqq.&lt;/i&gt; [DNSI].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Bien entendu, des lieux &lt;i&gt;ad hoc&lt;/i&gt; devraient &#234;tre construits mais des succ&#233;dan&#233;s pourraient d&#233;j&#224; &#234;tre facilement am&#233;nag&#233;s : stades et salles de concerts ou de spectacles, &#233;glises et cath&#233;drales, synagogues et mosqu&#233;es, entrep&#244;ts et hangars, amphith&#233;&#226;tres et gymnases, places centrales et halls de march&#233;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. l'inoxydable travail de Robert Michels &lt;i&gt;Les partis politiques. Essai sur les tendances oligarchiques des d&#233;mocraties&lt;/i&gt;, (1911 ;UB lire, 2009), qui s'est malheureusement trouv&#233; sans post&#233;rit&#233; autre que conventionnelle dans les sciences sociales autant que chez les militants, hormis quelques exceptions notables comme celle de Georges Lapassade dans &#171; Bureaucratie, bureaucratisme, bureaucratisation &#187;, 1978 [DNSI].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. &lt;i&gt;Le mouvement grec pour la d&#233;mocratie directe...&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. notre tract &#171; Pour des assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales autonomes &#187;, octobre 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cette logique nous semble avoir &#233;t&#233; pouss&#233;e &#224; l'extr&#234;me par un camarade ne proposant rien de moins que des assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales continentales, soit &#224; plus de 200 millions au bas mot, men&#233;es par &#171; &lt;i&gt;interconnexion t&#233;l&#233;visuelle&lt;/i&gt; &#187; (&lt;a href=&#034;http://www.initiativedemocratique.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.initiativedemocratique.org/&lt;/a&gt;). A l'oppos&#233;, d'autres sugg&#232;rent que les assembl&#233;es de tous niveaux ne d&#233;passent pas... 25 personnes ! (... en r&#233;tablissant, forc&#233;ment, un syst&#232;me hyper-repr&#233;sentatif... Cf. S. R. Shalom, &#171; Parpolity : Political Vision for a Good Society &#187;, &#171; Politique participaliste. Vision politique pour une soci&#233;t&#233; souhaitable &#187;, trad. du collectif &lt;i&gt;La Fabrique des futurs&lt;/i&gt;, Antigone, Grenoble, com. pers.).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Moses I. Finley, 1976 ; &lt;i&gt;D&#233;mocratie antique et d&#233;mocratie moderne&lt;/i&gt;, (Payot, 2003) p. 47 &lt;i&gt;sqq&lt;/i&gt;. S'il semble certain qu'il s'agisse l&#224; d'une caract&#233;ristique universelle de tout &#201;tat historique (on sait qu'Ibn Khald&#251;n en fit la dynamique m&#234;me des cycles civilisationnels &#8212; cf. G. Martinez-Gros, &lt;i&gt;Ibn Khald&#251;n et les sept vies de l'Islam&lt;/i&gt;, (Actes Sud, 2006)), les soci&#233;t&#233;s modernes l'auraient radicalis&#233;e, au point d'en faire une injonction fondamentalement contradictoire, en exigeant &lt;i&gt;&#224; la fois&lt;/i&gt; l'apathie &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; la participation, notamment dans la sph&#232;re du travail (C. Castoriadis, &lt;i&gt;Le mouvement r&#233;volutionnaire sous le capitalisme moderne&lt;/i&gt;, 1961, repris aujourd'hui dans &lt;i&gt;&#201;crits politiques 1945-1997&lt;/i&gt;, Tome II, &lt;i&gt;La Question du mouvement ouvrier&lt;/i&gt;, Sandre, 2012). La comparaison que C. Castoriadis op&#233;rait avec l'&#233;tat n&#233;vrotique trouve son prolongement naturel dans les psychopathologies contemporaines, cf. C. Dejours, &lt;i&gt;Souffrance en France&lt;/i&gt;, 1998.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir, pour la premi&#232;re, M. I. Finley, &lt;i&gt;L'invention de la politique&lt;/i&gt;, (1983 ; Flammarion, 2011) et, pour les seconds, Bernard Manin, &lt;i&gt;Principes du gouvernement repr&#233;sentatif&lt;/i&gt;, (Flammarion, 1995).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Inutile, bien entendu, de souligner dans ce cas l'utilit&#233; &#233;ventuelle de certaines techniques de communication.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. &lt;i&gt;Les m&#233;thodes de l'intervention psychosociologique&lt;/i&gt; de G&#233;rard Mendel, Jean-Luc Prades, (La D&#233;couverte, 2002).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sur tous les dispositifs grecs, on se reportera &#224; l'in&#233;gal&#233; &lt;i&gt;La D&#233;mocratie ath&#233;nienne &#224; l'&#233;poque de D&#233;mosth&#232;ne&lt;/i&gt; de Mogens H. Hansen (1993 ; Tallandier, 2009.])], ils permettaient aussi de condamner une personne ayant propos&#233; une loi qui s'&#233;tait r&#233;v&#233;l&#233;e, apr&#232;s son vote, &#234;tre ill&#233;gale (&lt;i&gt;graph&#234; paranom&#244;n&lt;/i&gt;). Ils pouvaient &#233;galement traiter, d'abord &#224; l'amiable, les cas d'absent&#233;isme r&#233;p&#233;t&#233; ou malvenu aux assembl&#233;es lors de s&#233;ances importantes ou, &lt;i&gt;a contrario&lt;/i&gt;, d'investissement excessif. Il y a dans ces exemples une illustration exceptionnelle de l'auto-&#233;ducation d'un peuple qui ne compte pas sur la vertu spontan&#233;e de l'individu &#8212; autant qu'une grande source d'inspiration [[On &#233;voquera &#233;galement les innombrables dispositifs mis en place par les soci&#233;t&#233;s dites &#171; primitives &#187; pour contr&#244;ler les tentatives individuelles d'accaparement du pouvoir, si bien d&#233;crits par Pierre Clastres (&lt;i&gt;La soci&#233;t&#233; contre l'&#201;tat&lt;/i&gt;). Mais cette &#233;vocation, en opposition totale au courant primitiviste prot&#233;iforme, ne peut se faire sans la rattacher &#224; l'h&#233;t&#233;ronomie profonde de ces m&#234;mes soci&#233;t&#233;s. On lira &#224; ce sujet &#171; La confusion occidentale &#187;, mai 2012, &lt;i&gt;Malaises dans l'identit&#233;&lt;/i&gt;, brochure n&#176; 13, p. 64-66, en particulier la note 4, p. 65.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir C. Castoriadis &lt;i&gt;L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, p. 429 &lt;i&gt;sqq.&lt;/i&gt; ou G&#233;rard Mendel &#171; La double sp&#233;cificit&#233; somatique et psychique &#187; in &lt;i&gt;La r&#233;volte contre le P&#232;re&lt;/i&gt; (1968, Payot, p. 31-61) [DNSI].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Ce que pourrait &#234;tre une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique (2/5)</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?820-ce-que-pourrait-etre-une-societe</link>
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		<dc:date>2016-04-10T12:05:13Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>B&#233;rard Quentin</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Voir la premi&#232;re partie (.../...) I &#8212; Principes g&#233;n&#233;raux Contre les principes fondamentaux qui r&#233;gissent notre vie quotidienne et les mystifications permanentes qui sont formul&#233;es en r&#233;action sous couvert de &#171; subversion &#187;, il faut &#233;noncer quelques axiomes de base, &#224; nos yeux indispensables, et sur lesquels repose le projet ici pr&#233;sent&#233;, qui ne repr&#233;sente qu'un d&#233;veloppement possible parmi d'autres que l'on esp&#232;re &#224; venir. 1 &#8212; Richesse de la vie sociale La d&#233;mocratie pr&#233;suppose, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-sociale-democratie-" rel="directory"&gt;Autonomie sociale : D&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-283-Berard-Quentin-+" rel="tag"&gt;B&#233;rard Quentin&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/arton820.jpg?1621969082' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='123' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?819-ce-que-pourrait-etre-une-societe' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Voir la premi&#232;re partie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I &#8212; Principes g&#233;n&#233;raux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre les principes fondamentaux qui r&#233;gissent notre vie quotidienne et les mystifications permanentes qui sont formul&#233;es en r&#233;action sous couvert de &#171; subversion &#187;, il faut &#233;noncer quelques axiomes de base, &#224; nos yeux indispensables, et sur lesquels repose le projet ici pr&#233;sent&#233;, qui ne repr&#233;sente qu'un d&#233;veloppement possible parmi d'autres que l'on esp&#232;re &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1 &#8212; Richesse de la vie sociale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mocratie pr&#233;suppose, &lt;i&gt;avant tout&lt;/i&gt;, une vie sociale la plus libre possible, et celle-ci en retour ne peut qu'&#234;tre l'objet de toutes les attentions d'un r&#233;gime authentiquement d&#233;mocratique. Aucune d&#233;mocratie v&#233;ritable ne peut exister et se maintenir sans un tissu social d'une extr&#234;me densit&#233;, un foisonnement culturel, social et politique, une richesse d'opinions et une diversit&#233; de pratiques de tous ordres : associations culturelles, groupes musicaux, revues, clubs sportifs, cercles de discussions, organisation de f&#234;tes et de manifestations, etc. C'est la prolif&#233;ration de ces incontr&#244;lables petits groupes formels ou informels&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On sait la pertinence de cette approche psychosociologique dans les ann&#233;es (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui constitue pour l'individu la soci&#233;t&#233; concr&#232;te, et qui incarne ses valeurs : voisins, commer&#231;ants, coll&#232;gues, familles, amis, camarades, associ&#233;s, etc. Une soci&#233;t&#233; est constitu&#233;e, d'abord et avant tout, de ces institutions premi&#232;res, et une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique, plus que n'importe quelle autre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On sait a contrario qu'atrophier puis enr&#233;gimenter ce qu'on appelle la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Cet aspect de la d&#233;mocratie est souvent pass&#233; sous silence, moyennant une id&#233;e superficielle &#8212; les relations des soci&#233;t&#233;s traditionnelles s'opposeraient en bloc &#224; la formation d'un individu libre et souverain &#8212; et d'une id&#233;e fausse &#8212; qu'il est lui-m&#234;me cr&#233;&#233; dans les conditions actuelles d'atomisation sociale. Le mythe de l'individualisme contemporain a &#233;t&#233; analys&#233; depuis longtemps comme masquant des situations d'isolement, d'&#233;go&#239;sme et d'indiff&#233;rence d&#233;bouchant sur une pr&#233;carit&#233; existentielle et un conformisme massif inconnus des soci&#233;t&#233;s traditionnelles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On lira par exemple David Riesman, La foule solitaire (Arthaud, 1964), ou (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Bien entendu, il ne peut &#234;tre question de prendre ces derni&#232;res comme mod&#232;les, tant leur socialit&#233; se place sous le r&#233;gime de l'h&#233;t&#233;ronomie et de l'inquestionnabilit&#233; des hi&#233;rarchies sociales. Mais socialit&#233; et individualit&#233; ne s'excluent pas : c'est bien le rapport entre l'individu et sa soci&#233;t&#233; qui est &#224; transformer. Il y a &#224; reconna&#238;tre que l'inscription dans une collectivit&#233; ne vaut pas ali&#233;nation ou assujettissement &#224; la communaut&#233; &lt;i&gt;parce que&lt;/i&gt; penser, agir ou vivre par soi-m&#234;me n'a jamais voulu dire penser, agir ou vivre seul : aucune pens&#233;e, aucune action ni aucune vie humaine n'existent en dehors de l'humanit&#233; comme histoire et comme matrice. Et ce ne sont pas des mots : tout grand penseur, toute &#339;uvre, tout individu quels qu'ils soient portent en eux leur soci&#233;t&#233; particuli&#232;re, f&#251;t-ce pour la transcender, &#224; la fois comme ressources de possibilit&#233;s immenses et comme limitations, bornes, murs d'autant moins franchissables qu'ils sont implicites.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il faut donc envisager le lien social en d&#233;mocratie directe comme &lt;i&gt;&#233;minemment conflictuel&lt;/i&gt; (ce qui n'a rien &#224; voir avec sa d&#233;r&#233;liction actuelle), seul capable de forger des individus &lt;i&gt;autonomes&lt;/i&gt;. Ce type de socialit&#233; a exist&#233;, partiellement, notamment en Occident pendant quelques si&#232;cles &#8212; que l'on pense &#224; la progressive &#233;mancipation des femmes par une lutte qui se d&#233;roulait dans tous les moments de la vie quotidienne &#8212; et nous ne voyons pas au nom de quoi il n'aurait &#233;t&#233; qu'une transition entre sa version traditionnelle et son effondrement contemporain. Tout projet de d&#233;mocratie directe se heurte donc &#224; cette n&#233;cessit&#233; premi&#232;re, la r&#233;invention d'une socialit&#233; populaire qui pose d'embl&#233;e sa dimension auto-instituante : rien ni personne ne d&#233;cr&#233;tera jamais les formes fondamentales de la vie sociale, elles sont l'expression m&#234;me, le mode d'existence &#233;l&#233;mentaire, d'une population.&lt;br class='manualbr' /&gt;On mesure l&#224; tout le drame de la situation pr&#233;sente, en m&#234;me temps que la distance qui nous s&#233;pare d'une d&#233;mocratie vivante. La subjectivit&#233; contemporaine occidentale, en for&#231;ant le trait, tend &#224; se situer &#224; l'oppos&#233; de ce que requiert une d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2 &#8212; Principe des assembl&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique n'est donc un havre d'harmonie ou de s&#233;r&#233;nit&#233; que dans les mauvais r&#234;ves. Ce fantasme adolescent, tr&#232;s couru chez les gauchistes ou les anarchistes comme chez les lib&#233;raux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir par exemple les analyses de Jean-Claude Mich&#233;a sur les racines communes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, peut facilement s'observer dans n'importe quel r&#233;seau, groupe, milieu, bande ou famille. Dans le monde humain, rien ne s'accorde jamais spontan&#233;ment, ni les collectifs entre eux, ni les individus qui les composent, ni les cultures qui les forment. Les m&#233;canismes de pouvoir et d'ali&#233;nation y resurgissent d'autant plus facilement qu'ils y sont innomm&#233;s, c'est-&#224;-dire rendus impensables. D'aucun point de vue l'individu libre ne se confond avec sa collectivit&#233; : si nous parlons bien de l'&lt;i&gt;&#234;tre humain&lt;/i&gt;, de cette monstruosit&#233; de la nature aux d&#233;lires sans fin, humanis&#233; &#224; grand-peine tout au long de son existence, ses rapports avec sa soci&#233;t&#233;, ses semblables et lui-m&#234;me ne peuvent qu'&#234;tre largement critiques, crisiques, conflictuels, agonistiques, violents, destructeurs, voire d&#233;ments. La politique proprement dite, c'est-&#224;-dire la d&#233;mocratie, est bien le r&#232;gne des dissensus, des divergences qu'il faut, non pas philosophiquement mais politiquement, trancher momentan&#233;ment et &lt;i&gt;civilement&lt;/i&gt;, sans faire appel &#224; une instance ext&#233;rieure fantasmatique, r&#233;gulatrice et apaisante, d'origine traditionnelle, divine ou pseudo-scientifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Banalit&#233;s, mais qu'il faut r&#233;p&#233;ter, tant sont lourds les pr&#233;suppos&#233;s des attitudes pacificatrices, soit qu'elles postulent qu'&#224; tout d&#233;saccord politique r&#233;pond une solution technique &#8212; ce qu'on retrouve autant dans le r&#234;ve de la d&#233;mocratie-internet que dans le &lt;i&gt;management militant&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On renverra ceux que le rapprochement de ces deux termes surprendrait, ou (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8212;, soit qu'elles posent le d&#233;saccord comme une tare &#224; &#233;radiquer &#224; grands coups de consensus, c'est-&#224;-dire de chantages affectifs.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le social n'est pas le politique : si le peuple veut &#234;tre autre chose qu'une foule, il ne peut que se doter de lieux pr&#233;cis de r&#233;flexivit&#233;, de discussions, de d&#233;cisions, explicites et localis&#233;s. Ce sont eux qui permettent une dialectique avec la vie sociale, une ext&#233;riorit&#233; &#224; soi du corps social, une instance critique instituant une distance, un jeu qui contredit autant le fantasme de l'Unit&#233; que celui de la fragmentation sociale (corporatisme, clanisme, communautarisme...) tout en accompagnant la naissance et la vie d'une nouvelle culture populaire. C'est l&#224; que la r&#233;solution du conflit peut devenir autre chose qu'un simple rapport de forces, qu'elle devient &#233;nonciation de r&#232;gles, de lois, ent&#233;rinant, contrariant ou amendant un &#233;tat de fait. Ces r&#232;gles de la vie collective ne peuvent, en d&#233;mocratie, qu'&#233;maner du peuple r&#233;uni en assembl&#233;es o&#249; les crises sont explicit&#233;es, d&#233;battues et travers&#233;es, o&#249; les opinions se confrontent et les projets s'organisent. Les lois communes non seulement ne contrarient pas la libert&#233; de chacun, mais &lt;i&gt;la permettent&lt;/i&gt; en tant que limites que la cit&#233; se pose &#224; elle-m&#234;me. Ces assembl&#233;es, &#224; l'&#233;chelle du quartier ou du pays, sont les unit&#233;s de base politiques sur lesquelles reposent la direction politique d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s qu'il est question de d&#233;mocratie, on &#233;voque imm&#233;diatement l'&lt;i&gt;Agora&lt;/i&gt; grecque, et &#224; raison. Mais elle n'&#233;tait que la place du march&#233;, le lieu de discussion o&#249; chacun, dans le magnifique d&#233;sordre de la libre parole, entendait, &#233;coutait, questionnait, dialoguait et pensait &#8212; c'est &#224; l'assembl&#233;e, la &lt;i&gt;Pnyx&lt;/i&gt;, que se prenaient les d&#233;cisions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les unit&#233;s sociales de base historiques&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Ces assembl&#233;es ne peuvent bien entendu se d&#233;rouler qu'&#224; partir d'une &#233;chelle accessible &#224; l'individu, recoupant une unit&#233; sociale de base historiquement et sociologiquement effective, ancr&#233;e dans la vie de tous les jours, si&#233;geant en des lieux familiers.&lt;br class='manualbr' /&gt;Depuis le d&#233;passement du tribalisme et les premi&#232;res agglom&#233;rations sum&#233;riennes, c'est la ville qui forma ce socle de la vie collective&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. L. Mumford, La cit&#233; &#224; travers l'histoire, (1961 ; Agone, 2011).&#034; id=&#034;nh28-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; d'o&#249; &#233;merg&#232;rent les Cit&#233;s-&#201;tats de l'Antiquit&#233; grecque, et l'organisation des courants d&#233;mocratiques. Plus d'un mill&#233;naire plus tard, ce sont les assembl&#233;es des bourgs et des villes libres m&#233;di&#233;vales du Pi&#233;mont et des Flandres affranchies des pouvoirs seigneuriaux qui furent le lieu de d&#233;ploiement de l'activit&#233; sociale autonome&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On lira par exemple le classique Les villes du Moyen &#194;ge, d'Henri Pirenne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les Temps modernes virent l'apparition de la Nation comme strate g&#233;n&#233;rale d'identification collective portant la possibilit&#233; d&#233;mocratique (France, Suisse, Am&#233;rique du Nord...) et, plus tard, de la fabrique et de l'usine comme lieux effectifs de constitution de la conscience politique et sociale. C'est sur ce dernier processus li&#233; aux dynamiques du capitalisme industriel que se sont bas&#233;es, de mani&#232;re plus ou moins exag&#233;r&#233;e, la plupart des pens&#233;es et pratiques sociales &#224; partir du d&#233;but du XIXe si&#232;cle, jusqu'aux conseillistes de la premi&#232;re moiti&#233; du XXe si&#232;cle, qui invoquaient le &lt;i&gt;pouvoir des travailleurs&lt;/i&gt; comme principe et la &lt;i&gt;gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt; comme arme principale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'en est-il aujourd'hui ? Peut-on encore maintenir que les centres de &#171; production &#233;conomique &#187;, quels qu'ils soient, restent les unit&#233;s sociales de base &#224; partir desquelles les peuples pourraient s'auto-organiser d&#233;mocratiquement ? Ce que les anarchistes mais surtout les marxistes ont f&#233;tichis&#233; et syst&#233;matis&#233; &#224; travers l'association libre des producteurs est essentiellement un moment historique &#8212; et certainement pas la &lt;i&gt;Loi de l'Histoire&lt;/i&gt; &#8212;, moment dont les coordonn&#233;es ont chang&#233;, et d'abord parce que les centres productifs ont d&#233;sert&#233; l'Europe. Il est extr&#234;mement difficile de savoir, m&#234;me et peut-&#234;tre surtout dans les pays dits &#171; &#233;mergents &#187;, quels sont les espaces principaux de vie sociale et d'&#233;mergence de la conscience politique, du moins l&#224; o&#249; celles-ci existent. L'id&#233;e que la gestion collective des lieux de travail doit &#234;tre une priorit&#233; est une conqu&#234;te de la modernit&#233; qu'on ne saurait oublier (&#224; moins de ne viser qu'un am&#233;nagement de l'ordre actuel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#171; Les mouvements des &#171; indign&#233;s &#187;... &#187;, op. cit.&#034; id=&#034;nh28-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), mais cela ne peut revenir &#224; les f&#233;tichiser. Car, surtout, la r&#233;duction du politique &#224; l'&#233;conomique n'a pas &#224; &#234;tre ainsi rationalis&#233;e, mais combattue : subordonner le second au premier, le r&#233;-ench&#226;sser dans le social, pour reprendre le terme de K. Polanyi, est une des t&#226;ches de la d&#233;mocratie, t&#226;che &#224; laquelle se sont effectivement heurt&#233;s les mouvements r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3 &#8212; &#201;chelles d'organisation et divisions politiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que les exp&#233;riences historiques depuis la seconde moiti&#233; du XXe si&#232;cle semblent montrer, y compris les plus r&#233;centes comme l'Argentine, le Mexique, la Tunisie ou la Gr&#232;ce&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. nos textes &#171; Retours de Tunisie &#187;, p. 32-34 de la brochure n&#176; 17 bis, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, est que se rassembler autour de son lieu d'habitation est le r&#233;flexe le plus spontan&#233;, lorsque l'&#201;tat fait d&#233;faut ou que les circonstances se font troubles, afin de faire le point sur la situation, d&#233;cider de la marche &#224; suivre, entreprendre des actions, etc. Reprenant le vieux principe du f&#233;d&#233;ralisme libertaire tel qu'ont pu l'&#233;noncer un Fourier ou un Proudhon, en formulant le meilleur des mouvements ouvriers, eux-m&#234;mes h&#233;ritiers d'une imm&#233;moriale tendance anti-imp&#233;riale dont la vieille Europe est porteuse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Gabriel Martinez-Gros, Br&#232;ve histoire des empires. Comment ils (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il nous semble que la &lt;i&gt;commune&lt;/i&gt; devrait &#234;tre choisie comme unit&#233; sociale et politique de base. Ce seraient donc ces communes, portions de villes et regroupements de villages, qui constitueraient la &lt;i&gt;source unique et autonome de souverainet&#233; politique&lt;/i&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Cette relocalisation radicale de toutes les activit&#233;s de la soci&#233;t&#233; n'est pas sans poser une multitude de probl&#232;mes, pour la plupart insolubles pour nous aujourd'hui, et dont il sera question tout au long de ce texte. Le tout premier, le plus actuel, est sans doute d'ordre psychologique : c'est le spectre de la vie de village&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;... dont la description m&#233;ticuleuse par Eugen Weber dans La fin des terroirs (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'enfermement dans un face-&#224;-face anxiog&#232;ne souvent fui sans retour depuis des si&#232;cles pour gagner l'air de la ville qui, disait-on, &#171; rend libre &#187;. Les lignes qui pr&#233;c&#232;dent et qui suivent y r&#233;pondent, mais cette crainte semble exprimer aussi la peur d'un &lt;i&gt;retour des limites&lt;/i&gt;. Face &#224; cela, il faut &#234;tre clair : le nomadisme perp&#233;tuel qui fait croire &#224; chacun qu'il est de partout alors qu'il n'est de nulle part est une pure illusion, les multi-appartenances permettant de jouer tous les r&#244;les, donc de ne r&#233;pondre v&#233;ritablement de rien, et le relativisme chic fait de l'opportunisme une seconde nature. Dans cette soci&#233;t&#233; o&#249; la &lt;i&gt;fuite permanente&lt;/i&gt; est devenue le principal mode de r&#233;gulation sociale, nous voulons que l'individu affronte, autant que faire se peut, ses liens, ses lieux, ses attachements, ses d&#233;sirs, son pouvoir, ses bornes et ses impossibilit&#233;s &#8212; en un mot ce qu'il &lt;i&gt;est&lt;/i&gt;, dans sa finitude comme dans l'infini de ses possibles. Une d&#233;mocratie ne vit pas de fantasmes d'ubiquit&#233;, d'omnipr&#233;sence et d'omnipotence, mais de citoyens plong&#233;s dans une r&#233;alit&#233; tangible sur laquelle ils ont prise, et qu'ils assument comme &#233;tant la leur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour une division politique stable&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Cette organisation politique polycentrique r&#233;partie entre des milliers ou des millions de communes cr&#233;era &#233;videmment une multitude de micro-soci&#233;t&#233;s exp&#233;rimentant pour elles-m&#234;mes leur autonomie. Cette multiplicit&#233; de l&#233;gislations, de modes d'organisations politiques mais aussi de cr&#233;ations culturelles, d'inventions techniques, d'innovations sociales, etc. est un trait d&#233;mocratique &#233;vident, nourrissant la confrontation, les comparaisons et la rivalit&#233; des opinions. Dans l'histoire de l'humanit&#233;, ce sont les grands empires uniformisants et accapareurs qui, voulant &lt;i&gt;arr&#234;ter l'Histoire&lt;/i&gt;, ont st&#233;rilis&#233; toute cr&#233;ation, qu'elle soit &#233;conomique, scientifique, technique, militaire ou culturelle, comme l'ont tr&#232;s bien point&#233; K. Jaspers et H. Arendt, et un tel horizon a bien souvent &#233;t&#233; la finalit&#233; implicite de bien des projets politiques. A l'inverse, ce sont bien les moments de &lt;i&gt;divisions politiques stables&lt;/i&gt;, d'&#233;mulation r&#233;ciproque, qui condensent les plus grandes avanc&#233;es civilisationnelles, qu'il s'agisse du monde grec, indien, chinois, arabo-musulman ou &#233;videmment occidental&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. le travail colossal et m&#233;connu de David Cosandey dans Le secret de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Certes, c'est aussi avec une histoire o&#249; la coop&#233;ration fait figure d'exception qu'il nous faut rompre. Mais la question ici est celle du terrain o&#249; s'expriment, ou plut&#244;t du registre o&#249; se d&#233;roulent les rapports humains. N'est-ce pas le pari fondamental de la d&#233;mocratie que de faire de la confrontation des opinions d'individus libres une force &lt;i&gt;pour la collectivit&#233;&lt;/i&gt; ? On nous dira que c'est prendre le risque du conflit, de la violence et de la guerre. Nous pensons que la paix v&#233;ritable est &#224; ce prix, et il semblerait qu'il s'agisse l&#224; d'un principe in&#233;vitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut toutefois ainsi balayer la question de la r&#233;gression politique. Car il ne fait gu&#232;re de doute que certaines localit&#233;s charg&#233;es d'un tel pouvoir l&#233;gif&#233;reront en d&#233;tricotant localement un certain nombre de conqu&#234;tes sociales et politiques, et en instituant des mesures totalement r&#233;gressives&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est notamment ce &#224; quoi nous condamne le &#171; multiculturalisme &#187;, pris au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. A cela, les r&#233;ponses ne pourront &#234;tre que pratiques : il y aurait d'abord le large remaniement des opinions qui op&#233;rerait lors d'un passage &#224; une telle organisation politique, le brassage social et la pratique de l'argumentation collective que sous-entend une vie politique digne de ce nom ; le ressentiment et la peur cesseraient donc d'&#234;tre perp&#233;tuellement aliment&#233;s et les grandes divisions sociales et culturelles pr&#233;d&#233;termin&#233;es ne seraient plus encourag&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il est par exemple &#233;vident que les mafias, clans et bandes plus ou moins (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais c'est surtout par leurs interd&#233;pendances et leurs collaborations que les communes seraient amen&#233;es &#224; contrecarrer les tendances les plus mortif&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;chelle d'identification collective&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Ces communes, pour autant qu'elles viseront leur autonomie et leur ind&#233;pendance mat&#233;rielle, ne pourraient qu'&#234;tre associ&#233;es &#224; des &#233;chelles bien plus larges, celles des r&#233;gions, des pays et des continents, cr&#233;ant des organes f&#233;d&#233;raux et conf&#233;d&#233;raux de d&#233;cision &#224; qui elles d&#233;l&#233;gueraient des pouvoirs pr&#233;cis et limit&#233;s : l'inscription de chaque commune dans ces ensembles pourrait se faire sur la base d'un corpus l&#233;gislatif de base, de type &#171; constitutionnel &#187;, dont le viol remettrait en cause toutes les cha&#238;nes de collaboration liant ces entit&#233;s les unes aux autres. Les communes s&#233;cessionnistes se verraient alors priv&#233;es de tout ce qui ne rel&#232;ve pas de leurs propres ressources.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais &#224; ce probl&#232;me aussi, il n'y a pas et il n'y aura jamais de solution ultime. Nous touchons ici aux questions th&#233;oriquement insolubles : vouloir la libert&#233;, c'est toujours prendre le risque de l'erreur, de la d&#233;rive, de la d&#233;g&#233;n&#233;rescence, de la folie, de la guerre, &lt;i&gt;de toute fa&#231;on&lt;/i&gt;, et rien, en derni&#232;re analyse, &lt;i&gt;pas m&#234;me l'absence de libert&#233;&lt;/i&gt;, ne peut servir de garantie ultime &#8212; on le constate aujourd'hui...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A son tour, cette solution fait question : si l'absence de telles organisations &#224; grande &#233;chelle est inenvisageable, ne serait-ce que pour la gestion des ressources naturelles, leur pr&#233;sence est une limite externe &#224; l'autonomie premi&#232;re des communes, que celles-ci se donnent &#224; elles-m&#234;mes. Ce principe d'auto-limitation, d&#233;j&#224; rencontr&#233; dans la tension entre le tissu social et les assembl&#233;es, ou entre communes, devrait &#234;tre un des grands principes de la d&#233;mocratie directe, que l'on retrouve dans le partage des pouvoirs et des t&#226;ches.&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est d'ailleurs une des d&#233;finitions possibles de ce r&#233;gime &#8212; un r&#233;gime capable d'&lt;i&gt;assumer la division interne&lt;/i&gt; &#8212; et de l'individu qui le porte, capable de s'identifier &#224; une collectivit&#233; divis&#233;e, voire chaotique, au nom de cette m&#234;me collectivit&#233;, et qu'il choisit d'investir de son pouvoir propre, quelle qu'en soit l'&#233;chelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?821-ce-que-pourrait-etre-une-societe' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Troisi&#232;me partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb28-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On sait la pertinence de cette approche psychosociologique dans les ann&#233;es 1960. Cf. &#171; Notes sur l'organisation des collectifs d&#233;mocratiques &#187;, p. 45 &lt;i&gt;sqq.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On sait &lt;i&gt;a contrario&lt;/i&gt; qu'atrophier puis enr&#233;gimenter ce qu'on appelle la &lt;i&gt;soci&#233;t&#233; civile&lt;/i&gt; est le premier devoir de toute tentative totalitaire. Cf. les analyses de Hannah Arendt, dans &lt;i&gt;Les origines du totalitarisme&lt;/i&gt;, troisi&#232;me partie : chapitre X, 1, Gallimard, 2002, p. 633 &lt;i&gt;sqq.&lt;/i&gt; Sur le totalitarisme russe d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, voir &lt;i&gt;La complication. Retour sur le communisme&lt;/i&gt;, de Claude Lefort (Fayard, 1999).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On lira par exemple David Riesman, &lt;i&gt;La foule solitaire&lt;/i&gt; (Arthaud, 1964), ou une partie de l'&#201;cole de Francfort, ou la belle synth&#232;se de Marcel Gauchet dans &#171; Essai de psychologie contemporaine, le nouvel &#226;ge de la personnalit&#233; &#187; paru dans le recueil &lt;i&gt;La d&#233;mocratie contre elle-m&#234;me&lt;/i&gt; (Gallimard, 2002).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir par exemple les analyses de Jean-Claude Mich&#233;a sur les racines communes du lib&#233;ralisme culturel de &#171; Gauche &#187; et du lib&#233;ralisme &#233;conomique de &#171; Droite &#187;, notamment dans &lt;i&gt;Impasse Adam Smith. Br&#232;ves remarques sur l'impossibilit&#233; de d&#233;passer le capitalisme sur sa gauche&lt;/i&gt;, (2006, Flammarion). Il est ainsi surprenant de constater que les &#171; rebelles &#187; les plus intransigeants sont ceux qui tendent explicitement &#224; une soci&#233;t&#233; id&#233;ale sans aucune dissension imaginable &#8212; et qui tendent si souvent &#224; la vivre autant qu'&#224; la faire vivre notamment &#224; travers le culte b&#233;at du &#171; consensus &#187;... Ces &#233;ternelles resuc&#233;es de la vulgate mao-spontex pro-situ ont &#233;t&#233; excellemment d&#233;crites il y a trente ans par Guy Fargette dans &#171; L'antid&#233;mocratisme &#187; et &#171; Principes du verbalisme &#171; radical &#187; &#187;, disponibles sur notre site. On se reportera &#233;galement, pour une &#233;tude &lt;i&gt;in vivo&lt;/i&gt;, aux quelques &#233;l&#233;ments ethnographiques pr&#233;sents dans le texte &#171; Notes sur le mouvement social d'octobre 2010 &#187; de la brochure n&#176; 16, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On renverra ceux que le rapprochement de ces deux termes surprendrait, ou les tenants de la sociocratie, &#224; la lecture de &lt;i&gt;La barbarie douce. La modernisation aveugle des entreprises et de l'&#233;cole&lt;/i&gt; de J.-P. Le Goff (1999, La D&#233;couverte).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. L. Mumford, &lt;i&gt;La cit&#233; &#224; travers l'histoire&lt;/i&gt;, (1961 ; Agone, 2011).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On lira par exemple le classique &lt;i&gt;Les villes du Moyen &#194;ge&lt;/i&gt;, d'Henri Pirenne (1927 ; Puf 1971), ainsi que &lt;i&gt;Les communes fran&#231;aises. Caract&#232;res et &#233;volution, des origines au XVIIIe si&#232;cle&lt;/i&gt;, de Charles Petit-Dutaillis (1947, Albin Michel).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. &#171; Les mouvements des &#171; indign&#233;s &#187;... &#187;, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. nos textes &#171; Retours de Tunisie &#187;, p. 32-34 de la brochure n&#176; 17 bis, &lt;i&gt;Les soul&#232;vements arabes face au vide occidental&lt;/i&gt;, mai 2011, ainsi que &#171; Les pr&#233;misses du mouvement [grec]. 2008-2011 : La lente mont&#233;e de l'exasp&#233;ration sociale &#187;, p. 24-31 de la brochure n&#176; 18, &lt;i&gt;Le mouvement grec pour la d&#233;mocratie directe&lt;/i&gt;, septembre 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. Gabriel Martinez-Gros, &lt;i&gt;Br&#232;ve histoire des empires. Comment ils surgissent, comment ils s'effondrent&lt;/i&gt;, (Seuil, 2014).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;... dont la description m&#233;ticuleuse par Eugen Weber dans &lt;i&gt;La fin des terroirs (La modernisation de la France rurale) 1870-1914&lt;/i&gt; ; (1983, ;Pluriel 2011, est &#224; recommander tant aux nostalgiques des &#171; communaut&#233;s rurales &#187; qu'&#224; ceux &#224; qui le terme de &#171; peuple &#187; n'&#233;voque rien d'autre que la foule des heures de pointe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. le travail colossal et m&#233;connu de David Cosandey dans &lt;i&gt;Le secret de l'Occident. Vers une th&#233;orie g&#233;n&#233;rale du progr&#232;s scientifique&lt;/i&gt;, Champs/Flammarion, 2007, reprenant les th&#232;ses de F. Braudel. On lira &#233;galement le livre surprenant de Leopold Kohr, &lt;i&gt;La D&#233;composition des Nations&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;The Breakdown of Nations&lt;/i&gt;, 1945), sur &lt;a href=&#034;http://lanredec.free.fr/polis/BoN_ToC_fr.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://lanredec.free.fr/polis/BoN_T...&lt;/a&gt;, qui fait des &#233;loges particuli&#232;rement pertinents des &#171; petits &#201;tats &#187; sous l'angle &#233;conomique, culturel et politique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C'est notamment ce &#224; quoi nous condamne le &#171; multiculturalisme &#187;, pris au pied de la lettre : que se passerait-il si, de fait ou de droit, &#233;taient (r)&#233;tablis le lynchage des voleurs, le mariage forc&#233;, le clanisme ou la &lt;i&gt;dhimmitude&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Il est par exemple &#233;vident que les mafias, clans et bandes plus ou moins officiels qui r&#232;gnent actuellement sur des quartiers ou des villes enti&#232;res, qu'ils si&#232;gent dans des salles municipales ou des halls d'immeubles, et qui mobilisent les &lt;i&gt;sunlights&lt;/i&gt; des m&#233;dias, se retrouveraient compl&#232;tement d&#233;pass&#233;s si &lt;i&gt;tous&lt;/i&gt; les habitants, les petites gens et les sans-grade, aujourd'hui silencieux, se mobilisaient activement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

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		<title>Ce que pourrait &#234;tre une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique (1/5)</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?819-ce-que-pourrait-etre-une-societe</link>
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		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>D&#233;mocratie directe</dc:subject>
		<dc:subject>Prospective</dc:subject>
		<dc:subject>Revolution</dc:subject>
		<dc:subject>Institutionnalisation</dc:subject>
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		<dc:subject>Autogestion</dc:subject>
		<dc:subject>B&#233;rard Quentin</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Article</dc:subject>
		<dc:subject>Assembl&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>Type anthropologique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;|Ce texte fait partie de la brochure n&#176;20ter : D&#233;mocratie directe. Principes, enjeux et perspectives Troisi&#232;me partie : Ce que pourrait &#234;tre une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique Brochure n&#176;20ter - Janvier 2015 Elle est disponible dans toutes nos librairies, au prix de 3&#8364;. Sommaire de la brochure : Ce que pourrait &#234;tre une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique &#8212; ci-dessous... D&#233;claration f&#233;d&#233;rative des collectifs pour la d&#233;mocratie directe Quatri&#232;me de couverture *** Elle fait suite &#224; la brochure n&#176;20 bis, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-sociale-democratie-" rel="directory"&gt;Autonomie sociale : D&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-37-democratie-directe-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-49-prospective-+" rel="tag"&gt;Prospective&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-57-revolution-+" rel="tag"&gt;Revolution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-69-institutionnel-+" rel="tag"&gt;Institutionnalisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-90-autogestion-+" rel="tag"&gt;Autogestion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-283-Berard-Quentin-+" rel="tag"&gt;B&#233;rard Quentin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-120-assemblee-+" rel="tag"&gt;Assembl&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-216-type-anthropologique-+" rel="tag"&gt;Type anthropologique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/arton819.jpg?1621968986' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='123' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;Ce texte fait partie de la brochure n&#176;20ter : &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;strong&gt;D&#233;mocratie directe. Principes, enjeux et perspectives&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;i&gt;Troisi&#232;me partie : Ce que pourrait &#234;tre une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique&lt;/i&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Brochure n&#176;20ter - Janvier 2015&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;figure class='spip_document_487 spip_documents spip_documents_center' style=&#034;max-width:200px;&#034; data-w=&#034;200&#034;&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?-100-Brochures-' class=&#034;spip_in&#034; arial-label=&#034;Brochure democratiedirecteIII&#034;&gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:136.95652173913%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/png/ddiii-couv-3.png&amp;taille=200&amp;1621971000' alt='Brochure democratiedirecteIII' data-src='IMG/png/ddiii-couv-3.png' data-l='460' data-h='630' data-tailles='[\&#034;200\&#034;]' class='image_responsive avec_picturefill' srcset='index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/png/ddiii-couv-3.png&amp;#38;taille=200&amp;#38;1621971000 1x,index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/png/ddiii-couv-3.png&amp;#38;taille=400&amp;#38;1621971000 2x' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;figcaption class='spip_doc_intitules spip_doc_intitules_top'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-487 '&gt;&lt;strong&gt;Brochure democratiedirecteIII&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Elle est disponible dans &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?531-Diffusion-et-vente-de-nos' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;toutes nos librairies&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, au prix de 3&#8364;. &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Sommaire de la brochure :&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Ce que pourrait &#234;tre une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique &#8212; ci-dessous...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?785-Declaration-federative-des' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;D&#233;claration f&#233;d&#233;rative des collectifs pour la d&#233;mocratie directe&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?728-quatrieme-de-couverture-des' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Quatri&#232;me de couverture&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;***&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Elle fait suite &#224; la brochure n&#176;20 bis, dont &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?728-quatrieme-de-couverture-des' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;tous les textes sont en lignes&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, et qui est &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?-100-Brochures-' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;t&#233;l&#233;chargeable ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;(&lt;i&gt;Ce texte, le lecteur s'en apercevra rapidement, n'est en rien d&#233;finitif. Il est plut&#244;t destin&#233; &#224; (r&#233;)ouvrir un chantier et engendrera donc, nous l'esp&#233;rons, des versions ult&#233;rieures qui viendront compl&#233;ter, corriger ou transformer son contenu actuel.&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Si la pression des conditions de son &#233;poque fit de Thomas More ce qu'il fut, cette pression le contraignit pourtant &#224; nous donner, non pas une vision du triomphe de la soci&#233;t&#233; capitaliste qui venait de na&#238;tre, de ce milieu o&#249; baignait la science nouvelle et la libert&#233; de pens&#233;e nouvelle de son &#233;poque, mais l'image (la sienne, en v&#233;rit&#233;, et non la n&#244;tre) de la vraie Renaissance que beaucoup d'hommes avaient d&#233;sir&#233;e avant lui et dont nous pouvons esp&#233;rer aujourd'hui la r&#233;alisation prochaine, m&#234;me si elle survient apr&#232;s toute une s&#233;rie d'&#233;v&#233;nements qui, &#224; l'&#233;poque o&#249; ils se produisaient, semblaient r&#233;duire &#224; n&#233;ant ses esp&#233;rances&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;William Morris, 1893,&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;pr&#233;face &#224; &lt;i&gt;L'Utopie&lt;/i&gt; (1517) de Thomas More&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ditions Sociales, p. 206, 1974.&#034; id=&#034;nh29-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Toute r&#233;flexion politique qui d&#233;passe le stade &#233;l&#233;mentaire, toute r&#233;action &#224; l'actualit&#233;, tout mouvement contestataire, toute lutte pour quelque cause que ce soit, se heurte rapidement &#224; l'organisation g&#233;n&#233;rale de la soci&#233;t&#233; et &#224; la n&#233;cessit&#233; de la transformer en profondeur. Et simultan&#233;ment surgit le fait incontestable qu'il n'existe plus aucun projet de soci&#233;t&#233; digne de ce nom, pour peu que les mots aient encore un sens&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On lira &#224; ce sujet &#171; Sur les racines de la disparition de la pens&#233;e critique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut s'en r&#233;jouir, certes, &#224; condition de ne pas examiner la marche du monde et l'&#233;tat catastrophique d'un nombre impressionnant de domaines apparemment ind&#233;pendants les uns des autres, ceux de l'&#233;nergie, de l'art, de la d&#233;fense, de l'&#233;ducation ou encore de l'alimentation par exemple. Bien s&#251;r, des rapports de forces, des luttes, des combats existent, un peu partout, et ils iront en se multipliant &#8212; ils ne visent finalement qu'&lt;i&gt;une am&#233;lioration des soci&#233;t&#233;s existantes&lt;/i&gt;, pr&#233;f&#233;rant ignorer que celles-ci, dans leur fonctionnement et leurs principes, comme les modes de vie qui y sont attach&#233;s, sont condamn&#233;es &#224; plus ou moins br&#232;ve &#233;ch&#233;ance. Les gens conscients de ces simples constats chercheraient-ils &#224; d&#233;finir, ne serait-ce que pour eux, les bases d'une autre organisation sociale, les voil&#224; ligot&#233;s par les corsets id&#233;ologiques dont beaucoup sont issus des bilans terrifiants des exp&#233;riences historiques du pass&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; Fausses figures de l'avenir. Remarques sur la difficult&#233; d'envisager (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1 &#8212; De la n&#233;cessit&#233; de projets de soci&#233;t&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette absence de conceptions d'autres soci&#233;t&#233;s possibles, pourtant courantes depuis le XVIe si&#232;cle, ne sera combl&#233;e par aucune th&#233;orie, aucun texte, aucun groupe : ce ne peut qu'&#234;tre la t&#226;che de pans entiers de populations qui, pour l'instant, restent dans une inqui&#232;te expectative face au d&#233;labrement du monde. Ce texte n'ambitionne certainement pas de s'y substituer. Nous voulons d'abord &#233;tablir la coh&#233;rence de notre d&#233;marche politique, souci qui devrait &#234;tre celui de tout engagement s&#233;rieux. Mais il s'agit surtout, et bien plus, de jeter les bases d'un travail d'&#233;laboration collective, qui s'av&#233;rera pour tous d'autant plus n&#233;cessaire que l'effondrement progressif de nos rep&#232;res familiers ne peut qu'entra&#238;ner une cascade de remises en cause pour un nombre croissant d'entre nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Donner un sens aux mouvements actuels et futurs&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Plus personne ne conteste que l'humanit&#233; est en train de vivre un moment critique de son histoire, notamment de son histoire &#233;cologique, et les mouvements sociaux et politiques ne peuvent qu'en faire l'am&#232;re exp&#233;rience. Butant sur l'impossible deuil de la soci&#233;t&#233; de consommation, ils restent encore confin&#233;s &#224; la perspective de la restauration d'un monde qui dispara&#238;t &lt;i&gt;in&#233;luctablement&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Octobre 2010, une lutte &#224; la crois&#233;e des chemins, brochure n&#176; 16, mars 2011.&#034; id=&#034;nh29-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Sans la d&#233;finition pratique d'un v&#233;ritable horizon politique, soit l'affirmation &lt;i&gt;concr&#232;te&lt;/i&gt; d'une autre organisation de la soci&#233;t&#233;, ce sont toutes les initiatives populaires qui demeurent sans perspectives et jouent le r&#244;le de marche-pied pour des dynamiques qui leur sont tout &#224; fait &#233;trang&#232;res. Cela est &#233;clatant pour les soul&#232;vements politiques qui ont secou&#233; le monde arabe, mais aussi pour les grands rassemblements des pays du sud de l'Europe en 2011 ; et cela devrait l'&#234;tre &#233;galement pour les mouvements futurs, dont les &#171; indign&#233;s &#187; pourraient &#234;tre les prodromes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir, pour les premiers, Les soul&#232;vements arabes face au vide occidental. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, pour peu que les grands d&#233;s&#233;quilibres g&#233;opolitiques ne les r&#233;duisent pas au silence d'une mani&#232;re ou d'une autre.&lt;br class='manualbr' /&gt;A travers cette b&#233;ance, nous mesurons les cons&#233;quences de la d&#233;politisation massive de la sph&#232;re publique depuis une cinquantaine d'ann&#233;es, la scl&#233;rose incroyable de toutes les institutions, y compris et surtout des organisations &#171; militantes &#187;, et le morcellement et la myopie de toutes les initiatives populaires. R&#233;seaux d'entraide, SEL, associations de quartiers, coop&#233;ratives, AMAP, collectifs en lutte, ZAD, mutuelles informelles, techniques alternatives, SCOP, &#233;covillages ou communaut&#233;s rurales&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On lit r&#233;guli&#232;rement des reportages plus ou moins &#233;logieux sur ces &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : non seulement les m&#233;canismes de maintien des oligarchies s'accommodent fort bien de telles initiatives, mais ils en ont m&#234;me, au fond, &lt;i&gt;un besoin imp&#233;rieux&lt;/i&gt;, et ce d'autant plus qu'il leur faut, et qu'il leur faudra &#224; l'avenir, renouveler la forme de leur domination et les discours qui la justifient devant leurs &#233;checs r&#233;p&#233;titifs &#224; maintenir le mode et le niveau de vie actuels&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le simple rappel de ces banalit&#233;s de base concernant le fonctionnement du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Restaurer une vision politique de long terme&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;A travers un projet de soci&#233;t&#233;, finalement, il s'agit d'essayer de savoir &lt;i&gt;ce que l'on veut&lt;/i&gt;, la soci&#233;t&#233; pour laquelle nous nous battons, et de comprendre &lt;i&gt;ce que l'on fait&lt;/i&gt;, la soci&#233;t&#233; que nous faisons advenir par nos actes. Car les objectifs finaux d'une position politique existent &lt;i&gt;toujours&lt;/i&gt;, dans les paroles et les actions, et dans les relations &#233;tablies entre elles. Et ils d&#233;terminent et orientent souterrainement toute l'exp&#233;rience et la r&#233;flexion politique &#8212; il s'agit d&#232;s lors de les rendre express&#233;ment explicites et d'en faire un objet &lt;i&gt;discutable&lt;/i&gt;. La question n'est donc pas de se demander s'il nous est permis de nous prononcer sur l'organisation de la soci&#233;t&#233; que nous voulons en l'absence de concertation de toute la population : il est d'une &lt;i&gt;n&#233;cessit&#233; imp&#233;rieuse&lt;/i&gt; que chacun se positionne clairement pour que tous le fassent.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il s'agit l&#224; du c&#339;ur de la d&#233;marche &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt;, exactement &#224; l'oppos&#233; de ce que l'on entend aujourd'hui couramment par ce terme : des modalit&#233;s de gestion sociale &lt;i&gt;pr&#233;-modernes&lt;/i&gt; o&#249; les &#171; dirig&#233;s &#187; tentent de faire valoir leurs petits int&#233;r&#234;ts particuliers, corporatistes ou communautaires aupr&#232;s des &#171; autorit&#233;s comp&#233;tentes &#187; tandis que ces derni&#232;res, sous le pr&#233;texte d'articuler toutes ces exigences h&#233;t&#233;roclites, d&#233;tournent &#224; leur profit les affaires publiques. Ces circuits infantilisants du lobbying, du client&#233;lisme et de la corruption prolif&#232;rent sur la disparition de ce qui s'appelait, autrefois, l'&lt;i&gt;int&#233;r&#234;t commun&lt;/i&gt;. Dans ce contexte, savoir pour quelle soci&#233;t&#233; chacun se bat permet de distinguer une tentative de r&#233;cup&#233;ration d'une alliance fertile ; c'est faire la part entre tel processus de bureaucratisation et la maturation d'un collectif quittant les rivages de l'entre-soi ; c'est refuser de confondre la tonitruante &#171; tactique &#187; militante et l'arrivisme sournois et plus discret ; c'est faire le d&#233;part entre le ressentiment nihiliste et la r&#233;volte lucide ; c'est, au bout du compte, barrer la route &#224; l'opportunisme et aux manipulations, refuser d'&#234;tre ind&#233;finiment chahut&#233; en accumulant la frustration et l'impuissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2 &#8212; Reprendre la question &#224; nouveaux frais&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Poser une &lt;i&gt;autre organisation politique pour la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt; : ce qui est en jeu dans ces termes n'est plus &#171; seulement &#187;, au sens &#171; traditionnel &#187; pos&#233; par les vulgates marxistes ou anarchistes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Telles qu'elles ont pu &#234;tre franchement et intelligemment expos&#233;es par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les questions d'un changement de r&#233;gime politique, d'un &#233;largissement de la r&#233;partition des richesses ou d'une collectivisation de la propri&#233;t&#233; des moyens de production. Les apports du XXe si&#232;cle, ignor&#233;s par les h&#233;ritiers de ces courants, qu'il s'agisse des r&#233;flexions dans les domaines anthropologiques, psychanalytiques ou philosophiques, ou tout simplement des le&#231;ons tir&#233;es des exp&#233;riences historiques et des transformations de nos soci&#233;t&#233;s, obligent &#224; d&#233;passer la notion de &#171; r&#233;volution &#187; telle qu'elle est encore commun&#233;ment entendue. Et cela de multiples mani&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un changement radical de contexte&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Il y a d'abord ce &#224; quoi un changement radical de soci&#233;t&#233; devra r&#233;pondre, qui n'est plus, loin de l&#224;, la seule &lt;i&gt;question sociale&lt;/i&gt; qui a orient&#233; l'activit&#233; populaire pendant pr&#232;s de deux si&#232;cles. Ce qu'il y a &#224; affronter va, par exemple, de la disparition continue des terres cultivables &#224; l'insignifiance croissante de la culture &#233;crite, du retour des pand&#233;mies &#224; la rar&#233;faction des ressources mini&#232;res et biologiques, de l'emballement suicidaire des techniques nucl&#233;aires, g&#233;n&#233;tiques et militaires &#224; la folklorisation/dogmatisation des cultures mondialis&#233;es, de la disparition pure et simple des grands centres productifs europ&#233;ens &#224; l'effritement de la structure psycho-anthropologique mill&#233;naire du sujet... Il ne s'agit donc plus &#171; simplement &#187; de rendre le pouvoir &#224; tous en chassant la clique des d&#233;cideurs, ni m&#234;me de &#171; r&#233;inventer la vie &#187; : il y a &#224; reconstruire, au sens propre comme au figur&#233;, une soci&#233;t&#233;, une civilisation, un monde. La complexit&#233;, l'hypercomplexit&#233; de chacun de ces domaines n'exige pas des bataillons d'experts aussi autoritaires qu'impuissants, mais bien des peuples responsables capables d'appr&#233;hender et d'&lt;i&gt;&#233;laborer leur r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt; par la d&#233;lib&#233;ration collective. La d&#233;mocratie directe, ici, n'est plus seulement un r&#233;gime politique capable d'&#233;tablir une justice et une &#233;galit&#233; entre tous et toutes : elle est un mode d'appropriation du r&#233;el, un rapport au savoir et au pouvoir que la modernit&#233; n'avait qu'esquiss&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ensuite, et parall&#232;lement, beaucoup des fondements sur lesquels s'&#233;taient b&#226;ties les perspectives r&#233;volutionnaires n'ont plus de pertinence, ruin&#233;s par les limites ind&#233;passables des ressources plan&#233;taires ou les avanc&#233;es dans tel ou tel domaine de l'intelligence. Impossible, par exemple, de postuler un sujet humain sans d&#233;chirure ni folie ou violence, pas plus qu'on ne peut r&#234;ver &#224; une soci&#233;t&#233; d'abondance sans limite ou &#224; une production automatis&#233;e r&#233;duisant &#224; une simple occupation le travail humain. C'est exactement le contraire qui nous guidera : un &#234;tre humain fonci&#232;rement libre, donc en perp&#233;tuel conflit avec lui-m&#234;me et avec autrui ; une soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur la sobri&#233;t&#233;, l'auto-limitation car vivant mat&#233;riellement sur un monde fini ; un retour forc&#233; au travail de la main, o&#249; l'utilisation des machines consommatrices d'&#233;nergie sera n&#233;cessairement restreinte ; etc. C'est, en un mot, toute la &lt;i&gt;religion du Progr&#232;s&lt;/i&gt; qui s'effondre et il ne peut plus &#234;tre question de lendemains qui chantent. Non que l'humanit&#233; soit enferm&#233;e dans l'enfer qu'elle a elle-m&#234;me cr&#233;&#233;, loin de l&#224;, et les pages qui suivent en sont le d&#233;menti, mais tout projet de soci&#233;t&#233; &lt;i&gt;cr&#233;dible&lt;/i&gt; ne peut aujourd'hui que reposer sur un monde, si ce n'est difficilement vivable &#233;cologiquement, en tous les cas &lt;i&gt;d&#233;vast&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derniers propos nous priveront sans doute de la moiti&#233; des lecteurs qui ne nous ont pas d&#233;j&#224; quitt&#233;s au paragraphe pr&#233;c&#233;dent... Il nous semble que c'est le prix &#224; payer pour tenir le langage de la v&#233;rit&#233;. Ceux qui conditionnent leur engagement politique &#224; la r&#233;alisation d'une f&#233;licit&#233; universelle et ceux qui suspendent la joie de vivre au d&#233;ni du tragique de l'existence humaine sont les m&#234;mes : qu'ils passent leur (triste) chemin et qu'ils se m&#233;fient de ceux qui pr&#233;tendent changer la couleur du ciel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le rapport &#224; la technique&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Un exemple, important, fera comprendre d&#232;s maintenant la tonalit&#233; de notre travail.&lt;br class='manualbr' /&gt;La sobri&#233;t&#233; dans la consommation suppos&#233;e dans notre projet s'applique aussi &#224; la technique en g&#233;n&#233;ral, et particuli&#232;rement aux nouvelles technologies. Alors qu'il semble aujourd'hui quasiment inconcevable au commun des mortels qu'aucune situation s'am&#233;liore sans le recours aux r&#233;seaux informatiques, aux connections permanentes et aux communications instantan&#233;es, nous en faisons ici largement l'&#233;conomie. Nulle position technophobe : nous savons la technique constitutive de l'&#234;tre humain &#8212; &lt;i&gt;et c'est bien cela la question&lt;/i&gt;. Le probl&#232;me fondamental n'est pas nouveau : il a &#233;t&#233; historiquement (mal) trait&#233; sous l'angle de la m&#233;canisation progressive du travail. Il n'est aujourd'hui pas sensiblement diff&#233;rent, mais change de nature par son extension &#224; &lt;i&gt;tous les domaines de la vie&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Murray Bookchin, 1989, Une soci&#233;t&#233; &#224; refaire (Ecosoci&#233;t&#233;, 1992), p. 271 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, notamment par l'arriv&#233;e massive et acc&#233;l&#233;r&#233;e des &#171; nouvelles technologies &#187; dans la vie priv&#233;e et m&#234;me l'intimit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car toute rupture dans la vie culturelle, sociale ou politique concerne &lt;i&gt;ipso facto&lt;/i&gt; la technique dans ses buts comme dans ses moyens, et, r&#233;ciproquement, toute innovation technique est soit oubli&#233;e, soit la source de transformations d'ampleur dans &lt;i&gt;toute&lt;/i&gt; la soci&#233;t&#233; : qu'on pense &#224; l'invention de l'imprimerie, du chemin de fer ou d'internet. Or la technoscience contemporaine a acquis une telle importance, est investie d'une telle toute-puissance, qu'elle v&#233;hicule des fantasmes d'imm&#233;diatet&#233;, d'ubiquit&#233;, d'omniscience, etc., bref, d'une conception de la libert&#233; et du progr&#232;s comme &lt;i&gt;disparition des limites&lt;/i&gt;, limites de temps, d'espace, de pouvoir, limites de notre corps, de notre esprit, de notre vie. Ce &lt;i&gt;r&#234;ve d&#233;miurgique en acte&lt;/i&gt; est totalement incompatible avec ce que requiert une d&#233;mocratie directe ; des &#234;tres humains capables d'accepter les contraintes de l'existence, et de poser eux-m&#234;mes des limites &#224; leurs propres possibilit&#233;s.&lt;br class='manualbr' /&gt;Deuxi&#232;me aspect, invisible mais irr&#233;futable : toutes ces machines individualis&#233;es et miniaturis&#233;es pr&#233;supposent non seulement &lt;i&gt;toute&lt;/i&gt; la cha&#238;ne industrielle actuelle &lt;i&gt;et le monde du travail qui va avec&lt;/i&gt;, mais aussi un acc&#232;s quasi infini &#224; des mat&#233;riaux et des sources d'&#233;nergie que l'on sait en voie d'&#233;puisement et/ou inadapt&#233;s &#224; la vie terrienne (radioactivit&#233;). Pour le dire simplement : vouloir un micro-ordinateur par personne, ou m&#234;me plusieurs, c'est admettre, qu'on le veuille ou non, &lt;i&gt;ce monde-l&#224;&lt;/i&gt;, plus ou moins am&#233;nag&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Dernier grand aspect : n'importe quelle soci&#233;t&#233; &#8212; ou mouvement politique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le cas de la &#171; r&#233;volution 2.0 &#187; tunisienne a &#233;t&#233; trait&#233; dans notre brochure (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8212; dont le fonctionnement repose essentiellement sur une telle hypertechnologie est d'une &lt;i&gt;vuln&#233;rabilit&#233;&lt;/i&gt; difficilement compatible avec les bouleversements impliqu&#233;s par une transformation sociale radicale tout autant qu'avec des &#233;v&#233;nements dramatiques mais aussi in&#233;luctables qu'impr&#233;visibles, comme des changements climatiques majeurs, l'apparition de p&#233;nuries massives, des &#233;pid&#233;mies graves ou des conflits arm&#233;s, latents ou d&#233;clar&#233;s.&lt;br class='manualbr' /&gt;Qu'on ne soit donc pas surpris de ne trouver dans le projet ici pr&#233;sent&#233; nul recours &#224; ces types d'appareillages, mais bien plut&#244;t des appels &#224; les limiter, les d&#233;sindividualiser et les r&#233;inventer : ils viendront, une fois transmu&#233;s, &lt;i&gt;de surcro&#238;t&lt;/i&gt;, acc&#233;l&#233;rer, faciliter ou &#233;tendre le fonctionnement de dispositifs d&#233;mocratiques, &lt;i&gt;mais n'en constitueront jamais l'essentiel&lt;/i&gt;. Et une vigilance sur les biais et influences que ces technologies induisent, sur lesquels nous reviendrons, devra &#234;tre une des toutes premi&#232;res pr&#233;occupations des concepteurs/ utilisateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'o&#249; parlons-nous ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Notre ambition n'est pas seulement de poser des principes, mais bien de dessiner une soci&#233;t&#233; telle qu'elle pourrait &#234;tre, telle que nous la d&#233;sirons. Sans doute aurions-nous pu nous limiter &#224; d&#233;crire les seules institutions politiques, sous la forme d'une &#171; constitution &#187;, ou encore &#224; traiter quelques grandes questions (le travail, le gouvernement, la science et les arts...), et laisser tout le reste &#224; l'imagination du lecteur, en attendant. Apr&#232;s tout, toute proposition suppl&#233;mentaire ne serait-elle pas contradictoire puisque, dans un m&#234;me mouvement, nous proclamerions les peuples libres de leurs choix &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; nous nous y substituerions quant aux grandes mesures &#224; prendre ? Il y aurait l&#224;, sinon un autoritarisme latent, du moins une f&#226;cheuse incoh&#233;rence.&lt;br class='manualbr' /&gt;La r&#233;serve tombe d'elle-m&#234;me d&#232;s lors que nous pr&#233;cisons que le projet dont il est question ici, &#224; rebours de certains de ses pr&#233;d&#233;cesseurs, ne se r&#233;clame d'aucun absolu, garantie ou d&#233;terminisme : nous n'&#233;crivons pas sous la dict&#233;e de l'Esprit de l'Histoire ; notre projet politique ne rel&#232;ve &#171; que &#187; de nos engagements, nos volont&#233;s, nos d&#233;sirs. Certes, il ne tombe pas du ciel ni ne sort de notre chapeau : nous avons pour nous des r&#233;alisations historiques nombreuses, dont nous nous r&#233;clamons &#8212; ceci n'est donc pas une utopie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#171; Fausses figures de l'avenir... &#187;, op. cit.&#034; id=&#034;nh29-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D'autre part, il ne saurait &#234;tre question d'autoritarisme puisque nous aurions bien du mal &#224; &lt;i&gt;imposer&lt;/i&gt; la tenue d'assembl&#233;es du peuple, le tirage au sort des d&#233;l&#233;gu&#233;s ou l'&#233;galit&#233; des revenus sans tomber dans le grotesque. Ce qui suit ne sont que les propositions que nous soumettrions &#224; ces assembl&#233;es, en notre propre nom &#8212; telle est du reste notre attitude quand de telles circonstances se pr&#233;sentent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#171; Notes sur l'organisation... &#187;, brochure n&#176; 20 bis, op. cit., ainsi que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8212; et que nous soumettons &#224; un lectorat anonyme et t&#233;nu, sans doute pour quelque temps encore. Nous tomberions plut&#244;t sous l'argument inverse, qui nous reprocherait de d&#233;pendre au plus haut point de l'opinion de chacun, nous y reviendrons dans la derni&#232;re partie de ce texte r&#233;serv&#233;e &#224; la transition politique. Bref, l'emploi du conditionnel, du titre &#224; la conclusion, n'est pas ici de coquetterie, il rappelle &#224; chaque instant &lt;i&gt;d'o&#249; nous parlons&lt;/i&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;A l'inverse, ceux qui voudraient s'en tenir &#224; un projet politique court, un squelette minimal, quelques axiomes, souvent pour &#233;viter des discussions sans fin &#8212; en r&#233;alit&#233; report&#233;es &lt;i&gt;sine die&lt;/i&gt; du fait de la difficult&#233; de l'exercice en l'absence de v&#233;ritable culture politique populaire &#8212; vont au-devant de f&#226;cheuses d&#233;sillusions. Car cette approche corrobore l'opinion r&#233;pandue qu'il suffirait de quelques &lt;i&gt;innovations techniques&lt;/i&gt; bien trouv&#233;es (une assembl&#233;e citoyenne pour &#233;pauler de bons dirigeants, une &#233;conomie non financiaris&#233;e ou une nationalisation des banques, etc.) pour que la situation change ou se r&#233;tablisse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#171; Entr&#233;e en p&#233;riode troubl&#233;e &#187;, introduction g&#233;n&#233;rale &#224; la brochure n&#176; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, sans que rien d'autre n'en soit affect&#233;. Une telle attitude est d'abord intenable th&#233;oriquement : une soci&#233;t&#233; est un ensemble ou tout s'enchev&#234;tre, et c'est mentir que de croire (c'est d'ailleurs l'illusion immortelle du r&#233;formisme moderne) qu'il est possible de changer quelques &#233;l&#233;ments du syst&#232;me social sans tenir compte de tous les autres, comme on l'a vu et comme on le verra encore. Mais cette position est aussi porteuse d'&#233;checs in&#233;vitables : les populations rencontreront au fur et &#224; mesure les pires situations sans jamais avoir pu les devancer, ce qui est de nature &#224; laminer les meilleures volont&#233;s du monde, respectant en cela la marche &#224; reculons qui est la r&#232;gle depuis un demi-si&#232;cle.&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous voulons, &#224; l'oppos&#233;, non seulement faire entrevoir la globalit&#233; des changements qui seraient &#224; penser et &#224; vivre, afin d'&#233;viter que la d&#233;mocratie directe ne devienne un &#233;ni&#232;me slogan mystificateur, mais &#233;galement d&#233;gager les grands probl&#232;mes que les individus auront alors &#224; trancher, les clivages qui risqueraient d'appara&#238;tre, et tracer quelques pistes, qui nous semblent, &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt;, coh&#233;rentes et praticables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3 &#8212; Racines et projet d'une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de poser les fondements et les principes g&#233;n&#233;raux d'une d&#233;mocratie directe, puis de d&#233;crire l'organisation de la soci&#233;t&#233; proprement dite, il est sans doute n&#233;cessaire d'en donner d'embl&#233;e une vue d'ensemble, en respectant approximativement l'ordre d'exposition des id&#233;es, puis d'&#233;voquer bri&#232;vement les exp&#233;riences et courants historiques dans lesquels nous nous situons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Organisation g&#233;n&#233;rale de la soci&#233;t&#233;&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;La d&#233;mocratie est pour nous l'auto-organisation explicite du peuple qui vise l'&#233;galit&#233;, la libert&#233; et la justice. C'est donc une soci&#233;t&#233; qui proclame ses valeurs, ses lois, ses normes, son mode de vie comme &#233;tant son &#339;uvre &#8212; en un mot capable de poser elle-m&#234;me ses propres limites sans instance ou garantie plac&#233;e au-dessus et en dehors de la collectivit&#233; humaine. L'organisation de la soci&#233;t&#233; ne rel&#232;ve donc pas d'un domaine r&#233;serv&#233; &#224; quelques-uns, pr&#234;tres, savants ou militants, mais bien &lt;i&gt;de tout un chacun&lt;/i&gt;. Il n'est pas de &lt;i&gt;savoir politique&lt;/i&gt; au sens propre, puisqu'il n'y a que l'individu qui sache ce qu'il veut, comment et dans quoi il veut vivre ; il y a des &lt;i&gt;opinions politiques&lt;/i&gt; qui s'entrechoquent, s'opposent ou se compl&#232;tent et constituent de ce fait une &lt;i&gt;culture&lt;/i&gt; particuli&#232;re et agissante.&lt;br class='manualbr' /&gt;Cela impliquerait en premier lieu que la structure et le fonctionnement sociaux reposent, avant tout, sur l'&lt;i&gt;activit&#233; spontan&#233;e des gens&lt;/i&gt; &#8212; et non sur leur apathie comme c'est le cas actuellement. Ce n'est qu'&#224; partir de cette vie sociale intense, disparue en Occident, que les populations pourraient cr&#233;er, maintenir et transformer des institutions non-oligarchiques o&#249; le peuple pourrait exercer lui-m&#234;me le pouvoir. Ces institutions, en second lieu, ne peuvent qu'&#224; la fois provenir de ce bouillonnement social, le refl&#233;ter, et en &#234;tre clairement distinctes : c'est l&#224; &lt;i&gt;le principe fondamental de l'assembl&#233;e&lt;/i&gt;, forme politique du pouvoir autonome par excellence. Cette s&#233;paration entre le social et le politique, enfin, nous l'&#233;tendons &#224; toute la soci&#233;t&#233;, g&#233;n&#233;ralisant le principe de la s&#233;paration des pouvoirs et posant la n&#233;cessit&#233; d'une &lt;i&gt;division politique stable&lt;/i&gt; de tous les &#233;chelons de souverainet&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans quelles formes institutionnelles ces grands principes pourraient-ils s'incarner ? La premi&#232;re serait l'&lt;i&gt;Assembl&#233;e G&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt; regroupant une part significative de la population organis&#233;e en &lt;i&gt;Communes&lt;/i&gt;. Ces assembl&#233;es formeraient l'espace de d&#233;lib&#233;ration o&#249; la collectivit&#233; prend conscience de ses responsabilit&#233;s, le lieu de d&#233;cision politique o&#249; les lois seraient &#233;labor&#233;es, adopt&#233;es, modifi&#233;es. Elles constitueraient, avec les &lt;i&gt;Conseils&lt;/i&gt; et les &lt;i&gt;Tribunaux&lt;/i&gt; compos&#233;s de citoyens tir&#233;s au sort, les organes souverains de la communaut&#233;, supplantant totalement l'&#201;tat qui n'a jamais &#233;t&#233; qu'un organe de pouvoir s&#233;par&#233; des populations. L'association libre en &lt;i&gt;F&#233;d&#233;rations&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Conf&#233;d&#233;rations de Communes&lt;/i&gt;, sous forme d'assembl&#233;es de d&#233;l&#233;gu&#233;s tir&#233;s au sort et contr&#244;l&#233;s, permettrait une organisation &#224; plus grande &#233;chelle et l'&#233;tablissement d'une &lt;i&gt;&#233;quivalence des revenus&lt;/i&gt; pour tous afin de ruiner la tendance capitalistique &#224; l'accumulation et &#224; la pr&#233;dation. Ce sont ces assembl&#233;es qui proc&#233;deraient &#224; la &lt;i&gt;red&#233;finition collective de ce qui est produit&lt;/i&gt;, pourquoi et comment, c'est-&#224;-dire une rupture nette d'avec tout productivisme, en relation &#233;troite avec les lieux de travail et de production, autog&#233;r&#233;s par les &lt;i&gt;Assembl&#233;es d'&#201;tablissements&lt;/i&gt; coordonn&#233;es entre elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'individu d&#233;mocratique&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Si jamais existe un r&#233;gime de ce type, il ne pourra &#234;tre l'&#339;uvre, la cr&#233;ation que d'une population enti&#232;re. Et elle-m&#234;me ne pourrait qu'&#234;tre constitu&#233;e d'individus ayant des envies, des habitudes, des r&#233;flexes et des principes aujourd'hui quasiment disparus en m&#234;me temps que les mouvements r&#233;volutionnaires qui tendaient &#224; une telle d&#233;mocratie directe. Cette &#233;chelle individuelle surprend souvent, interroge ou m&#234;me indigne, pour de multiples raisons, bonnes ou mauvaises. Il est pourtant &#233;vident que toutes les soci&#233;t&#233;s pass&#233;es, pr&#233;sentes et &#224; venir forment et formeront toujours des individus leur correspondant : le paysan burkinab&#233; n'est pas le trader de la &lt;i&gt;City&lt;/i&gt;, qui n'est pas &#224; son tour le canut du XIXe si&#232;cle ou la bigote de la paroisse, tous &#233;duqu&#233;s leur vie durant &#224; int&#233;grer leur soci&#233;t&#233;, ses normes, ses valeurs et un rapport pr&#233;cis avec celles-ci, et qui les portent en eux, bien plus profond&#233;ment qu'on ne veut bien l'admettre habituellement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Monstruosit&#233;s pour &#171; l'intellectuel &#187; postmoderne, mais lieu commun pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Projeter une autre soci&#233;t&#233;, c'est projeter une autre personnalit&#233; de base, une autre formation pour l'&#234;tre humain. Vouloir une soci&#233;t&#233; particuli&#232;re, &lt;i&gt;y compris vouloir celles dans lesquelles nous vivons&lt;/i&gt;, c'est donc, qu'on le dise ou non, qu'on l'admette ou non, qu'on le souhaite ou non, vouloir un &lt;i&gt;type anthropologique&lt;/i&gt; singulier, dont il nous faut dire ici au moins deux mots tant cette question conditionne la compr&#233;hension de ce qui va suivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre serait-il int&#233;ressant d'aborder la chose sous un angle qui semble particuli&#232;rement parlant aujourd'hui, qui serait celui d'un &lt;i&gt;amour de la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, du &lt;i&gt;bien commun&lt;/i&gt;, qui tiendrait autant de la &lt;i&gt;Philia&lt;/i&gt; grecque que de l'&#233;clairage psychanalytique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette approche a &#233;t&#233; abord&#233;e notamment &#224; partir des travaux d'Erich Fromm (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il ne s'agit &#233;videmment pas de la reddition finale de Winston Smith &#224; &lt;i&gt;Big Brother&lt;/i&gt; ou du sadomasochisme politico-&#233;lectoral actuel, compl&#233;ment de cet &#233;go&#239;sme g&#233;n&#233;ralis&#233; qui n'est qu'une haine de soi d&#233;guis&#233;e en &#171; individualisme &#187;, ou encore de son &#233;quivalent &#171; militant &#187;, le culte &#8212; et le mythe &#8212; du consensus, le conformisme tribal passionn&#233;, la posture infiniment adolescente. Nous parlons de cet attachement choisi pour une forme de vie collective particuli&#232;re, &#224; la fois pour des institutions et des gens concrets, lien &lt;i&gt;&#233;minemment probl&#233;matique&lt;/i&gt; qui ne peut qu'essayer d'allier v&#233;rit&#233; et fraternit&#233;, de concilier la critique lucide avec l'ouverture profonde &#224; l'alt&#233;rit&#233; radicale. Il s'agit de se sentir enracin&#233; dans sa communaut&#233; sans jamais pouvoir s'y identifier compl&#232;tement, d'&#234;tre pr&#234;t &#224; en faire respecter les lois comme &#224; se risquer &#224; la d&#233;sob&#233;issance, d'accepter d'appartenir &#224; une majorit&#233; ou de se vivre en minorit&#233;. Cette &lt;i&gt;Philia&lt;/i&gt; s'incarne bien entendu dans le cycle mill&#233;naire du don/contre-don qui est au fondement de la socialit&#233; humaine, mais &#233;galement dans l'&#233;change argumentatif, l'hospitalit&#233; ou encore la compr&#233;hension intime du chaos fondateur des personnalit&#233;s comme des d&#233;lires collectifs. Car aimer sa collectivit&#233;, cela implique un sens profond de la mesure, de la prudence et de l'honn&#234;tet&#233; en m&#234;me temps qu'un &lt;i&gt;sens de la crise permanente&lt;/i&gt;, une capacit&#233; &#224; vivre le clivage, la division, le dissensus, une facult&#233; effective de mettre en question, d'interroger et de transformer autant que faire se peut le monde social et politique, son organisation et ses valeurs, jusqu'&#224; la dissidence &#8212; la figure de Socrate, cas limite, est ici fondatrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une d&#233;mocratie directe ne peut qu'&#234;tre port&#233;e par des personnes mues par le sentiment de l'&lt;i&gt;int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral&lt;/i&gt; &#8212; sp&#233;cificit&#233; &lt;i&gt;occidentale&lt;/i&gt; si rare dans une histoire humaine commun&#233;ment livr&#233;e aux conflits de familles, de tribus, de clans, de provinces, de religions, et aujourd'hui de lobbies, de corporatismes, de communautarismes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir par exemple &#171; Gr&#232;ce : L'impasse anthropologique &#187;, janvier 2013, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8212; &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; susceptibles de s'opposer &#224; celui-ci jusqu'&#224; la mort. Attachement paradoxal aux gens concrets qui composent la collectivit&#233; et &#224; la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me, en tant que collectif anonyme qui n'est incarn&#233; dans aucun individu, car capable d'appr&#233;hender le vide fondamental du pouvoir, les limites que la soci&#233;t&#233; ne peut que se fixer elle-m&#234;me. Il s'agit donc d'assumer, autant que faire se peut, la finitude du monde comme sa propre mortalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne venons pas de d&#233;crire une assembl&#233;e de saints, ou l'impossible &#171; peuple de dieux &#187; de J.-J. Rousseau, mais bien plut&#244;t l'humanit&#233; tragique telle qu'elle appara&#238;t dans toutes les grandes &#339;uvres de l'histoire, l'humanit&#233; dont la d&#233;mesure le dispute &#224; la plus grande sagesse, mais qui exerce et conquiert sa propre libert&#233; en le sachant. Les meilleures institutions, les dispositifs les plus d&#233;mocratiques, les textes les plus &#233;mancipateurs valent moins que rien s'il n'existe pas un &lt;i&gt;type anthropologique&lt;/i&gt; d'individu capable de les comprendre, de les admettre, de les int&#233;rioriser et de les modeler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Renouer avec l'histoire du projet d'autonomie&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Cette imbrication indissoluble entre la soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique et l'individu &#233;mancip&#233;, nous l'appelons &lt;i&gt;autonomie&lt;/i&gt; ; capacit&#233; &#224; faire &#234;tre, &#224; instituer, aussi lucidement que possible, des formes d'existence qui fassent sens &#8212; non dans un absolu cosmique ou transcendedenontal, mais pour les hommes et les femmes de cette Terre, pr&#234;ts &#224; accepter la mort comme une disparition sans retour et donc &#224; vivre pleinement la vie donn&#233;e. Autonomie : le terme est &#171; nouveau &#187; mais l'id&#233;e s'enracine loin dans l'histoire de ceux qui ont voulu voir dans l'humain un &#234;tre en devenir, et dans la soci&#233;t&#233; sourdre les germes du futur. Cette approche nous permet de rep&#233;rer o&#249; dans l'histoire une telle logique a pu op&#233;rer. Nous r&#233;clamer d'un tel courant, certes discontinu mais nullement h&#233;t&#233;roclite, nous fait lier entre eux des moments historiques jusqu'ici disjoints sous l'action des f&#233;tichismes id&#233;ologiques, corporatistes ou universitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De la Gr&#232;ce antique...&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Il y a, en premier lieu, l'exp&#233;rience de la Gr&#232;ce antique, de ses multiples cit&#233;s-&#201;tats et particuli&#232;rement celle d'Ath&#232;nes du VIIIe au IVe si&#232;cle, qui institua dans l'ordre politique une rupture radicale dont on peine encore &#224; prendre la mesure : impossible de ne pas &#234;tre &#233;merveill&#233; &#224; la lecture de la &lt;i&gt;Constitution des Ath&#233;niens&lt;/i&gt; et des mesures d'autocontr&#244;le que le peuple a cr&#233;&#233;es pour lui-m&#234;me, de ne pas les croire issues d'un quelconque utopiste fantasque, de les imaginer cohabiter avec l'araire rudimentaire, les sacrifices et les oracles de l'Antiquit&#233;... Ce n'est malheureusement que fort r&#233;cemment que le versant politique du monde hell&#233;nique fut reconnu comme tel, notamment sous l'impulsion de M. I. Finley et H. Arendt, mais il semble que nous assistions &#224; la naissance, timide, confuse et marginale, d'un courant politique s'en r&#233;clamant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#171; Contre la Constituante &#187;, janvier 2014, d&#233;j&#224; cit&#233;. On lira &#233;galement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;... aux vagues successives qui secou&#232;rent l'Occident...&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Il y a, dans un deuxi&#232;me moment, la r&#233;invention progressive d'une telle posture dans l'Europe du haut Moyen &#194;ge, avec la formation des villes proto-bourgeoises affranchies de la servitude seigneuriale, et l'explosion gigantesque des mouvements d'&#233;mancipation qui s'ensuivirent durant six si&#232;cles, des r&#233;voltes paysannes au recul du patriarcat et de la domination masculine, de la &lt;i&gt;Magna Carta&lt;/i&gt; &#224; l'ath&#233;isme des Lumi&#232;res, des exp&#233;riences r&#233;volutionnaires anglaises, am&#233;ricaines et fran&#231;aises &#224; leur continuit&#233; dans les mouvements ouvriers, de la Commune &#224; la Catalogne de 1936, des insurg&#233;s hongrois de 56 &#224; la jeunesse de Mai 68, des r&#233;voltes coloniales et des luttes f&#233;ministes jusqu'aux &#171; indign&#233;s &#187; actuels. De ces &#233;normes vagues historiques qui s'&#233;chouent aujourd'hui, nous d&#233;celons non l'unit&#233; organique mais un sens profond, une communaut&#233; de volont&#233;s qui se contaminent, se transmettent mutuellement et reprennent une vis&#233;e qui est celle de l'affranchissement des d&#233;terminations, un projet d'&#233;mancipation des cadres ali&#233;nants que l'humanit&#233; s'inflige. Mais ces r&#233;f&#233;rences ne prennent sens qu'en les extirpant des gangues (des meilleurs) gauchistes dans lesquelles elles sont traditionnellement enserr&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8230; jusqu'&#224; aujourd'hui&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Il y a, enfin, derni&#232;res sources de notre projet, toutes les r&#233;alisations, encore contemporaines, que ces mouvements ont imprim&#233;es aux soci&#233;t&#233;s actuelles, dans les institutions, les mentalit&#233;s, les &#339;uvres, comme autant de traces de compromis historiques qui n'attendent qu'&#224; &#234;tre repris, v&#233;cus et port&#233;s plus avant : droits des femmes, libert&#233; de croyances et d'expression, droit d'association, proc&#233;dures judiciaires, sans m&#234;me parler des conqu&#234;tes sociales et politiques, cet air que nous respirons &#8212; encore &#8212; ne peut que constituer le socle sur lequel envisager un avenir d&#233;sirable, et d&#233;signer comme adversaires toutes les forces qui les r&#233;duisent sans cesse par la contrainte, le d&#233;voiement ou la d&#233;magogie. Il fallait bien entendu se d&#233;gager de la cage de fer marxiste pour admettre l'importance de ce versant &#233;mancipateur de l'Occident, et concevoir que les r&#233;volutions portent toujours une dimension conservatrice, ou plut&#244;t qu'elles donnent vie au pass&#233; en se projetant dans l'avenir. On ne s'&#233;tonnera donc pas de voir ici largement repris des principes familiers &#224; ceux qui sont conscients de l'exception que repr&#233;sente la modernit&#233; dans l'histoire humaine ; l'effacement progressif de la la&#239;cit&#233; &#8212; &lt;i&gt;modus vivendi&lt;/i&gt; pour nous qui voulons la fin des superstitions religieuses &#8212; devant les contre-offensives bigotes est l&#224; pour le rappeler aux autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un pr&#233;c&#233;dent : &lt;i&gt;Le contenu du socialisme&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Ces trois sources, tenues ensemble, ont rarement &#233;t&#233; comprises comme telles, et les tentatives historiques de donner une forme concr&#232;te aux projets de soci&#233;t&#233; s'en ressentent, lorsqu'elles ne grossissent pas les rangs de la litt&#233;rature utopique &#8212; &#224; la fois indispensable et encombrante. Les descriptions s&#233;rieuses de ce que pourrait &#234;tre une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique sont donc rares et, pour la p&#233;riode contemporaine, se comptent sur les doigts d'une main&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On &#233;voquera par exemple, &#233;manant des derniers feux de l'apr&#232;s-68, Bolo'bolo (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Derni&#232;re contribution significative &#224; nos yeux, celle de C. Castoriadis, qui arracha dans les ann&#233;es 1950 des mains staliniennes et trotskystes le &#171; &lt;i&gt;contenu du socialisme&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, 1957 ; &#171; Sur le contenu du socialisme II &#187; in Le contenu du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qu'il d&#233;finit comme une &#171; &lt;i&gt;v&#233;ritable d&#233;mocratie directe&lt;/i&gt; &#187;, conception qui annon&#231;ait le basculement des ann&#233;es 1960. Le pr&#233;sent texte se veut une reprise d'un tel travail&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une telle tentative a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; faite, bien qu'implicitement, par Takis (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il &#233;crivait : &#171; &lt;i&gt;L'&#233;volution de la soci&#233;t&#233; moderne et du mouvement ouvrier depuis un si&#232;cle, et en particulier depuis 1917, impose une r&#233;vision radicale des id&#233;es sur lesquelles ce mouvement a v&#233;cu jusqu'ici.&lt;/i&gt; &#187; Impossible d'&#233;num&#233;rer tout ce qui, dans le demi-si&#232;cle qui s'est &#233;coul&#233; depuis, nous oblige, &#224; notre tour, &#224; remettre l'ouvrage sur le m&#233;tier, et d'abord la disparition pure et simple du mouvement ouvrier qui lui donnait non seulement une &#233;paisseur, mais une existence sociale. Pire : c'est, en Occident, de la dissolution m&#234;me du peuple qu'il faut aujourd'hui partir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?820-ce-que-pourrait-etre-une-societe' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Deuxi&#232;me partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb29-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#201;ditions Sociales, p. 206, 1974.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On lira &#224; ce sujet &#171; Sur les racines de la disparition de la pens&#233;e critique &#187;, avril 2012 (qui, comme tous nos textes et brochures, est Disponible sur Notre Site Internet [DNSI]). Force est de signaler l'exception qui confirme ce qui est avanc&#233; ici, le &lt;i&gt;projet islamique&lt;/i&gt;, r&#233;surgence improbable d'un archa&#239;sme incompr&#233;hensible sans le vide civilisationnel qui l'entoure ; cf. &#171; Islamisme, islamophobie, islamo-gauchisme &#187;, avril 2013 [DNSI].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir &#171; Fausses figures de l'avenir. Remarques sur la difficult&#233; d'envisager la sortie de notre pr&#233;sent perp&#233;tuel &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; brochure n&#176; 20 bis, &lt;i&gt;D&#233;mocratie directe. Principes, enjeux et perspectives&lt;/i&gt;, mai 2014, qui sert d'introduction g&#233;n&#233;rale au pr&#233;sent texte et dont la lecture pr&#233;viendra de nombreux malentendus.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. &lt;i&gt;Octobre 2010, une lutte &#224; la crois&#233;e des chemins&lt;/i&gt;, brochure n&#176; 16, mars 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir, pour les premiers, &lt;i&gt;Les soul&#232;vements arabes face au vide occidental. L'exemple tunisien&lt;/i&gt;, brochures n&#176; 17 et 17 bis, avril-mai 2011 ; pour les seconds &lt;i&gt;Le mouvement grec pour la d&#233;mocratie directe. Le &#171; mouvement des places &#187; du printemps 2011 dans la crise mondiale&lt;/i&gt;, brochures n&#176; 18 et 18 bis, septembre-octobre 2011. Concernant les &#171; indign&#233;s &#187;, voir notre tract de juin 2011 &#171; Les mouvements des &#171; indign&#233;s &#187; : potentialit&#233;s, contradictions et perspectives &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On lit r&#233;guli&#232;rement des reportages plus ou moins &#233;logieux sur ces &#171; alternatives &#187;, toujours pr&#233;sent&#233;es comme fondamentalement novatrices. Cf. par exemple, pour les derniers en date, &lt;i&gt;Un million de r&#233;volutions tranquilles&lt;/i&gt; (B&#233;n&#233;dicte Manier, 2012, Les Liens qui Lib&#232;rent) ou, plus centr&#233; sur la France, &lt;i&gt;Les d&#233;fricheurs. Voyage dans la France qui innove vraiment&lt;/i&gt; (&#201;ric Dupin, 2014, La D&#233;couverte).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le simple rappel de ces banalit&#233;s de base concernant le fonctionnement du capitalisme appara&#238;t aujourd'hui comme une insulte &#224; la bonne conscience citoyenne. Sur ces processus de &#171; r&#233;cup&#233;ration &#187;, cf. &#171; Notes sur l'organisation des collectifs d&#233;mocratiques &#187;, brochure n&#176; 20 bis, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt; p. 36 &lt;i&gt;sqq&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Telles qu'elles ont pu &#234;tre franchement et intelligemment expos&#233;es par Bertrand Russell dans &lt;i&gt;Le monde qui pourrait &#234;tre. Socialisme, anarchisme, anarcho-syndicalisme&lt;/i&gt; (1918 ; Deno&#235;l, 1966).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. Murray Bookchin, 1989, &lt;i&gt;Une soci&#233;t&#233; &#224; refaire&lt;/i&gt; (Ecosoci&#233;t&#233;, 1992), p. 271 &lt;i&gt;sqq.&lt;/i&gt; Voir aussi les ouvrages de Lewis Mumford comme &lt;i&gt;Technique et Civilisation&lt;/i&gt; (1934 ; Seuil, 1976). On notera que la distinction de ce dernier entre &#171; Techniques autoritaires et d&#233;mocratiques &#187; (1963, DNSI) est &#224; la fois salutaire et hautement insuffisante.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le cas de la &#171; r&#233;volution 2.0 &#187; tunisienne a &#233;t&#233; trait&#233; dans notre brochure n&#176; 17 bis, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 27-29.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. &#171; Fausses figures de l'avenir... &#187;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. &#171; Notes sur l'organisation... &#187;, brochure n&#176; 20 bis, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, ainsi que &#171; Les assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales, &#233;cole de d&#233;mocratie ou terrain de jeux pour managers en herbe ? Remarques sur les AG du mouvement social d'octobre 2010 &#187;, brochure n&#176; 16, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. &#171; Entr&#233;e en p&#233;riode troubl&#233;e &#187;, introduction g&#233;n&#233;rale &#224; la brochure n&#176; 18, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, ainsi que le texte &#171; Contre la Constituante. Une d&#233;mocratie directe sans le peuple ? &#187;, janvier 2014 [DNSI].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Monstruosit&#233;s pour &#171; l'intellectuel &#187; postmoderne, mais lieu commun pour n'importe quel spectateur de com&#233;dies contemporaines dont un des ressorts principaux est justement l'&lt;i&gt;inad&#233;quation anthropologique&lt;/i&gt; d'un individu dans un environnement social, historique ou culturel qui lui est &#233;tranger.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cette approche a &#233;t&#233; abord&#233;e notamment &#224; partir des travaux d'Erich Fromm dans &#171; Amour, libert&#233;, politique... Peut-on changer une soci&#233;t&#233; qu'on hait ? &#187;, publi&#233; dans la revue &lt;i&gt;La Traverse&lt;/i&gt;, n&#176; 2, mars 2011, cf. essentiellement la derni&#232;re partie [DNSI].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir par exemple &#171; Gr&#232;ce : L'impasse anthropologique &#187;, janvier 2013, disponible sur le site, prochainement publi&#233; dans &#171; Id&#233;ologies contemporaines &#187;, brochure n&#176; 22.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. &#171; Contre la Constituante &#187;, janvier 2014, d&#233;j&#224; cit&#233;. On lira &#233;galement pour faire la part entre les h&#233;ritages grec et moderne le texte &#171; La d&#233;mocratie directe contre la &#171; d&#233;mocratie repr&#233;sentative &#187; &#187;, brochure n&#176; 20, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt; et particuli&#232;rement les pages 41 &lt;i&gt;sqq.&lt;/i&gt;, largement inspir&#233;es du texte de Cornelius Castoriadis &#171; Imaginaire politique grec et moderne &#187;, in &lt;i&gt;La mont&#233;e de l'insignifiance &#8212; Les carrefours du labyrinthe IV&lt;/i&gt; ( Seuil, 1996) p. 163.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On &#233;voquera par exemple, &#233;manant des derniers feux de l'apr&#232;s-68, &lt;i&gt;Bolo'bolo&lt;/i&gt; (1983, L'&#201;clat, disponible sur internet), dont la tonalit&#233; na&#239;vement primitiviste ne g&#226;che pas toujours les &#233;clats d'intelligence, malgr&#233; de dispensables envol&#233;es th&#233;oriques introductives. Signalons &#233;galement les quelques esquisses libertaires, mais qui ne d&#233;passent jamais le stade des grands principes sans r&#233;elles probl&#233;matisations comme on a pu en trouver chez un Bertrand Russell, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, 1957 ; &#171; Sur le contenu du socialisme II &#187; in &lt;i&gt;Le contenu du socialisme&lt;/i&gt;, (10/18, UGE, 1979) p. 103-222 (DNSI, sans doute prochainement r&#233;&#233;dit&#233; &#224; prix sacrifi&#233; aux &#233;ditions du Sandre). Ce texte est le dernier d'une s&#233;rie de trois, commenc&#233;e cinq ans auparavant. On notera que l'auteur, contrairement aux tentatives d'en faire un support honorable de carri&#232;re universitaire, n'a jamais abandonn&#233; ce projet, au contraire r&#233;guli&#232;rement r&#233;affirm&#233;. Nul doute cependant qu'il y aurait ajout&#233; et retranch&#233; beaucoup si l'occasion s'&#233;tait pr&#233;sent&#233;e d'y travailler s&#233;rieusement, comme en t&#233;moigne, entre autres, l'entretien de 1993 : &#171; Qu'en est-il du ''contenu du socialisme'' &#187; in &lt;i&gt;Quelle d&#233;mocratie ? Tome 2, &#201;crits politiques 1945-1997, IV&lt;/i&gt;, (&#201;d. du Sandre, 2014) p. 477-486.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Une telle tentative a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; faite, bien qu'implicitement, par Takis Fotopoulos (&lt;i&gt;Vers une d&#233;mocratie g&#233;n&#233;rale. Une d&#233;mocratie directe &#233;conomique, &#233;cologique et sociale&lt;/i&gt;,(2002 ; Seuil) Chapitre 6 &#171; Le projet de d&#233;mocratie g&#233;n&#233;rale &#187;, p. 189-234), avec laquelle nos divergences sont nombreuses mais, quant au fond, non essentielles.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>L'auto-constituante</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?828-l-auto-constituante</link>
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		<dc:date>2016-03-02T19:57:06Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>D&#233;mocratie directe</dc:subject>
		<dc:subject>Castoriadis C.</dc:subject>
		<dc:subject>Revolution</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Entretien</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Interview de Cornelius Castoriadis parue dans la revue Espaces-Temps n&#176;, 38-39, 1988. Concevoir la r&#233;volution. 89, 68, confrontations. pp. 51-55. Abstract The Revolution means that the essential part of the community enfers an effervescent political phase, that is to say self&#173; instituting. The collective imaginary is mobilized against the established powers. The present privatisation, the general apathy make the idea of revolution still up to date. Those who deny if theorize the end of (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-sociale-democratie-" rel="directory"&gt;Autonomie sociale : D&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-37-democratie-directe-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-56-castoriadis-c-+" rel="tag"&gt;Castoriadis C.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-57-revolution-+" rel="tag"&gt;Revolution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-130-entretien-+" rel="tag"&gt;Entretien&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Interview de Cornelius Castoriadis parue dans la revue &lt;a href=&#034;http://www.persee.fr/doc/espat_0339-3267_1988_num_38_1_3426&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Espaces-Temps n&#176;, 38-39, 1988. Concevoir la r&#233;volution. 89, 68, confrontations. pp. 51-55. &lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Abstract&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;The Revolution means that the essential part of the community enfers an effervescent political phase, that is to say self&#173; instituting. The collective imaginary is mobilized against the established powers. The present privatisation, the general apathy make the idea of revolution still up to date. Those who deny if theorize the end of history. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;EspacesTemps : En quoi un &#233;v&#233;nement-rupture, r&#233;volutionnaire, est-il porteur de nouveau, d'irr&#233;versible ? En quoi n'est-il pas la simple reprise, comme certains le pensent aujourd'hui, d'un h&#233;ritage ancien ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conelius Castoriadis :&lt;/strong&gt; D'abord, il est utile de dissiper la confusion autour du terme m&#234;me de &#171; r&#233;volution &#187;. R&#233;volution ne signifie ni guerre civile, ni effusion de sang. La r&#233;volution est un changement de certaines institutions centrales de la soci&#233;t&#233; par l'activit&#233; de la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me : l'autotransformation explicite de la soci&#233;t&#233;, condens&#233;e dans un temps bref. Si le roi d'Angleterre avait &#233;t&#233; mieux conseill&#233;, la R&#233;volution Am&#233;ricaine n'aurait comport&#233; aucune dimension militaire ou violente ; elle n'en aurait pas moins &#233;t&#233; une r&#233;volution. Ce qu'on appelle la r&#233;volution de Clisth&#232;ne &#224; Ath&#232;nes &#8211; dont nous sommes toujours, en un sens, les h&#233;ritiers &#8211; n'a pas &#233;t&#233; violente. La r&#233;volution de F&#233;vrier 1917 en Russie n'a gu&#232;re &#233;t&#233; violente : le deuxi&#232;me ou troisi&#232;me jour, les r&#233;giments du Tsar ont refus&#233; de tirer sur les foules, et l'ancien r&#233;gime s'est effondr&#233;. &lt;br class='manualbr' /&gt;La r&#233;volution signifie l'entr&#233;e de l'essentiel de la communaut&#233; dans une phase d'activit&#233; politique, c'est-&#224;-dire instituante. L'imaginaire social instituant se met au travail et s'attaque explicitement &#224; la transformation des institutions existantes. Dans la mesure o&#249; il rencontre la r&#233;sistance des anciennes institutions, donc aussi du pouvoir &#233;tabli, il est compr&#233;hensible qu'il s'attaque aux institutions du pouvoir, c'est-&#224;-dire aux institutions politiques au sens &#233;troit. Mais il est dans la nature des choses que ce r&#233;veil de l'imaginaire social instituant mette en question une foule d'autres dimensions, formellement institu&#233;es ou non, de la vie sociale. Et cela est du reste requis, puisque dans la soci&#233;t&#233; tout se tient. Bien entendu &#8211; et comme dans toute action humaine &#8211; il y a l&#224; risque de d&#233;rapage. On sait &#224; quelles monstruosit&#233;s ont pu &#234;tre conduits de pr&#233;tendus &#171; r&#233;volutionnaires &#187; mus par l'illusion de la table rase et la volont&#233; de ma&#238;triser &lt;i&gt;in actu&lt;/i&gt; la totalit&#233; des manifestations de la vie sociale. On ne transforme pas par des lois et des d&#233;crets, encore moins par la terreur, la famille, le langage, la religion des gens. L'alt&#233;ration de ces institutions, si elle doit survenir, appartient &#224; un autre type de travail de la soci&#233;t&#233; sur elle-m&#234;me, un processus qui a ses propres rythmes, sa propre temporalit&#233;. De ce processus, la r&#233;volution est un n&#339;ud-&#224; la fois aboutissement, et m&#233;diation pour que l'auto-transformation de la soci&#233;t&#233; puisse se poursuivre. &lt;br class='manualbr' /&gt;Quant &#224; la &#171; simple reprise de l'h&#233;ritage ancien &#187; : la discussion n'est pas vraiment int&#233;ressante. Aucune r&#233;volution ne se fait sur une table rase. Elle est social-historiquement pr&#233;par&#233;e, se fait dans des conditions donn&#233;es, prolonge souvent des tendances d&#233;j&#224; existantes &#8211; ou y retombe. Rien de tout cela ne nous permet d'effacer le moment &#8211; les moments &#8211; de cr&#233;ation social-historique que la r&#233;volution incarne sous une forme br&#232;ve et dense. On peut continuer &#224; r&#233;p&#233;ter que la R&#233;volution Fran&#231;aise, par exemple, &#171; n'a fait que &#187; prolonger et mener &#224; son terme le processus de centralisation entam&#233; depuis longtemps par l'Ancien R&#233;gime. Pourquoi donc &#233;vite-t-on de se poser la question : qu'est-ce que ce processus aurait donn&#233;, &#224; quoi aurait-il abouti, sans la R&#233;volution ? Pouvons-nous ramener au processus de centralisation les id&#233;es &#8211; les significations imaginaires sociales &#8211; de souverainet&#233; du peuple, de d&#233;mocratie, des droits de l'homme, de libert&#233; religieuse, d'&#233;ducation populaire, etc. et les institutions dans lesquelles elles se sont, tant bien que mal, incarn&#233;es ? Que, notamment par le biais d'une absolutisation en quelque sorte m&#233;canique de l'id&#233;e d'universalit&#233;, surtout pendant la d&#233;rive jacobine, le processus de centralisation ait aussi trouv&#233; son compte dans la R&#233;volution, c'est clair. Mais la R&#233;volution est loin de pouvoir s'y r&#233;duire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E.T.&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt; : Vous ne pensez donc pas que l'&#233;v&#233;nement 1789 inaugurerait une d&#233;rive de l'histoire qui m&#232;ne &#224; une Terreur in&#233;luctable et n&#233;gatrice des id&#233;aux du d&#233;part ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aimerais beaucoup faire, si j'avais du temps disponible, un travail autour de quelques axes de r&#233;flexion qui, &#224; moins que mon information ne soit s&#233;rieusement incompl&#232;te, semblent n&#233;glig&#233;s. En premier lieu la pr&#233;paration de 1789 dans les profondeurs de la soci&#233;t&#233;. Qu'est-ce qui filtre, qu'est-ce qui se diffuse de l'agitation intellectuelle, des id&#233;es des &#171; philosophes &#187; et comment est-ce repris et r&#233;-&#233;labor&#233; dans les couches du peuple, en province, etc. ? Il ne suffit pas de savoir que Robespierre avait lu Rousseau. Il faudrait reprendre, par exemple, sous cet angle les Cahiers des Dol&#233;ances dans leurs formulations primitives et successives, mettre en regard ce qui s'y trouve avec ce que l'on conna&#238;t maintenant comme la suite du mouvement, etc. Un second axe serait l'&#233;tude de l'immense cr&#233;ation institutionnelle qui commence en 1789 et qui du reste ne cesse pas m&#234;me sous la dictature jacobine. Le code Napol&#233;on est le produit de tout le travail l&#233;gislatif pr&#233;par&#233; par les conventionnels, on le sait, mais il en va de m&#234;me pour les transformations dans l'administration, l'&#233;ducation, l'organisation militaire, etc. Tout cela est mis sur le chantier d&#233;j&#224; pendant la p&#233;riode 1789-1792 ; c'est un fantastique travail d'auto-institution explicite de la soci&#233;t&#233;, dont je ne connais pas l'&#233;quivalent ailleurs. La F&#233;d&#233;ration me semble avoir une importance d&#233;cisive dans ce processus : le pays indique sa volont&#233; de se r&#233;-instituer, en se re-composant &#224; partir de ses &#171; &#233;l&#233;ments naturels &#187; ou paraissant tels, les communaut&#233;s locales. La F&#233;d&#233;ration est un magnifique symbole de l'irruption de l'instituant et de son auto-symbolisation. Tout cela constitue l' &#233;poque f&#233;conde de la R&#233;volution. &lt;br class='manualbr' /&gt;Puis, comme on sait, en fonction d'un certain nombre de facteurs, et non pas parce que c'est une fatalit&#233; interne inscrite dans toute r&#233;volution, le peuple commence &#224; se retirer de la sc&#232;ne, m&#234;me le peuple de Paris. Longtemps avant le 9 Thermidor, les jacobins ne peuvent plus mobiliser les Sections. A partir de ce moment, et en cons&#233;quence d'un retrait du peuple, se constitue un pouvoir absolutiste, qui &#233;videmment accentue encore, par ses effets, ce retrait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E. T. : Mais ne peut-on pas dire que ce processus de mobilisation des mas&#173; ses est n&#233;cessairement suivi, ici comme ailleurs, par un mouvement de retrait, d'essoufflement, de d&#233;mobilisation des forces actives du processus r&#233;volutionnaires ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est certain que, &#224; part les r&#233;volutions am&#233;ricaine et anglaise, et encore, nous connaissons dans les temps modernes surtout des r&#233;volutions battues ou qui &#8211; et les r&#233;sultats ont &#233;t&#233; parfois pires &#8211; ont mal tourn&#233; (ce qui ne r&#232;gle nullement la question de leur signification ou de leurs effets, comme on l'a dit auparavant). Et il est vrai que chaque fois il y a eu ce retrait de la population ; dire qu'il n'est pas fatal, ne veut pas dire qu'il n'a pas un sens, et qu'il ne pose pas une &#233;norme question. Cette question &#8211; celle de la &#171; d&#233;g&#233;n&#233;rescence &#187; de la r&#233;volution, ou, mieux : de sa confiscation par des groupes qui &#233;mergent lors du processus r&#233;volutionnaire et visent &#224; instaurer leur propre pouvoir &#8211; me pr&#233;occupe depuis quarante ans &#8211; et depuis quarante ans j'&#233;cris qu'&#224; cette ques&#173;tion on ne peut pas donner une r&#233;ponse th&#233;orique &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt;. On peut dire seulement ce qu'on doit faire, en g&#233;n&#233;ral : lutter pour des institutions qui &#233;largissent les possibilit&#233;s d'auto-gouvernement collectif, combattre toutes les tendances qui s'y opposent. La R&#233;volution Fran&#231;aise, &#224; partir d'un moment, conna&#238;t une coupure entre les assembl&#233;es parisiennes, elles-m&#234;mes du reste rapidement alt&#233;r&#233;es par la manipulation, et le reste du pays, de plus en plus absent du processus. Ce sont l&#224; les conditions de la dictature jacobine et de la Terreur. &lt;br class='manualbr' /&gt;Hegel, on le sait, y voit, dans &lt;i&gt;La Ph&#233;nom&#233;nologie de l'Esprit&lt;/i&gt;, un d&#233;roulement n&#233;cessaire : le vertige de la libert&#233; qui se veut absolue conduit &#224; la Terreur comme forme supr&#234;me o&#249; la libert&#233; se renverse en son contraire. Beau sch&#233;ma philosophique sans rapport avec l'effectivit&#233; historique et les questions profondes de la d&#233;mocratie comme libert&#233; individuelle et collective. L'id&#233;e de libert&#233; absolue est &#233;videmment un fantasme. Mais il est vrai que la libert&#233; ne conna&#238;t pas de limites qui lui soient impos&#233;es de l'ext&#233;rieur, elle ne peut pas se reposer aupr&#232;s d'une norme d&#233;j&#224; donn&#233;e une fois pour toutes. Comme au plan individuel, au plan collectif et politique aussi cela signifie que la libert&#233; est ins&#233;parable du risque &#8211; et &#224; ce risque elle ne peut pas parer en instaurant la Monarchie constitutionnelle, elle ne peut parer que par l'autolimitation. La d&#233;mocratie ne peut exister que dans et par l'autolimitation. Et la d&#233;mocratie est un r&#233;gime tragique : elle n'a jamais d'avance la certitude d'une &#171; solution heureuse &#187;, et elle est toujours guett&#233;e par sa propre &lt;i&gt;hubris&lt;/i&gt; (voir les Ath&#233;niens en 413 [Sicile] et en 406 [Arginuses]). Mais je suis aussi, moi-m&#234;me, guett&#233; par l'&lt;i&gt;hubris&lt;/i&gt; &#8211; je ne me r&#233;fugie pas pour autant dans l'esclavage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E.T. : A propos de 1789, que pensez-vous de l'id&#233;e selon laquelle &#171; la R&#233;volution est termin&#233;e &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;vitons les malentendus. Je pense que lorsque Fran&#231;ois Furet a &#233;crit : &#171; la R&#233;volution Fran&#231;aise est termin&#233;e &#187;, l'accent est sur le mot : fran&#231;aise. Il voulait dire, du moins c'est ce que je pense, que le cycle historique commenc&#233; avec 1789 &#233;tait termin&#233;, que les Fran&#231;ais devaient cesser de jouer leurs combats politiques dans les v&#234;tements de 1789. &lt;br class='manualbr' /&gt;Mais nous devons consid&#233;rer la situation contemporaine, et ce &#224; l'&#233;chelle mondiale. Pense-t-on que toutes les questions, colossales, qui se posent &#224; l'humanit&#233; aujourd'hui, peuvent &#234;tre r&#233;gl&#233;es par les institutions en place ? Si nous disions cela, &#8211; et c'est &#224; quoi revient l'id&#233;e que l'&#232;re des r&#233;volutions, c'est-&#224;-dire des changements institutionnels importants, est termin&#233;e &#8211; , nous dirions en fait que l'histoire politique de l'humanit&#233; est termin&#233;e. Et on voit en effet des gens qui s'en prennent &#224; la m&#233;taphysique qui aurait conduit au totalitarisme, et qui r&#233;cusent toute philosophie de l'histoire, professer sans l'expliciter une m&#233;taphysique et une philosophie de l'histoire posant qu'on poss&#232;de la forme enfin trouv&#233;e de la communaut&#233; politique dans la &#171; d&#233;mocratie &#187; pr&#233;sente. Or cette &#171; d&#233;mocratie &#187; (en fait, le r&#233;gime d'oligarchie lib&#233;rale), loin de repr&#233;senter un stade final de l'histoire, est en train de mourir de la privatisation (glorieusement baptis&#233;e &#171; individualisme &#187;), de l'apathie des gens, de l'inimaginable d&#233;gradation du personnel politique. Ces pays &#171; d&#233;mocratiques &#187; ne repr&#233;sentent du reste que 12 % de la population mondiale &#8211; et 6 % dans 25 ans. Et nous constatons que m&#234;me le mod&#232;le &#171; lib&#233;ral &#187; est incapable de se propager spontan&#233;ment. &lt;br class='manualbr' /&gt;La grande probl&#233;matique europ&#233;enne, celle de l'&#233;mancipation, de l'autogouvernement des collectivit&#233;s politiques, est toujours l&#224;. Il y a certes des droits et des libert&#233;s acquis &#8211; acquis par de longues luttes &#8211; mais cet acquis est qualitativement insuffisant. La Gr&#232;ce et l'Europe sont les lieux historiques o&#249; est n&#233; un projet d'autonomie, sociale autant qu'individuelle. Ce projet est loin d'&#234;tre r&#233;alis&#233; ; et ses conditions sont &#224; nouveau menac&#233;es aujourd'hui par de nouvelles formes de domination, bureaucratique et manipulatrice, qui produisent l' atomisation de la soci&#233;t&#233; et s'en nourrissent, et qui laiss&#233;es &#224; elles-m&#234;mes peuvent, &#224; la longue, faire dispara&#238;tre doucement m&#234;me les acquis des luttes pr&#233;c&#233;dentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E.T. : Le d&#233;verrouillage de la soci&#233;t&#233;, l'av&#232;nement de cette autonomie cr&#233;atrice, passent-ils in&#233;luctablement par le politique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas seulement ; mais ils passent certainement aussi par la politique. Je sais qu'on a propag&#233;, depuis une dizaine d'ann&#233;es, l'id&#233;e qu'il fallait &#224; peu pr&#232;s laisser l'&#201;tat tranquille et essayer de cr&#233;er, &#171; &#224; c&#244;t&#233; &#187; de l'&#201;tat, des &#171; espaces de libert&#233; &#187; qui ignoreraient l'&#201;tat (et que l'&#201;tat, sans doute, ignorerait quoi qu'il s'y passe ?). C'est, encore une fois, la d&#233;mission devant le probl&#232;me de la politique : le probl&#232;me du pouvoir comme collectif, et qui a des racines profondes dans l'essentiel de la philosophie politique occidentale. Postulat essentiel : le pouvoir ne peut &#234;tre que la forme-&#201;tat, et l'&#201;tat, on n'y peut rien. Ab&#238;me qui s&#233;pare cette pens&#233;e de la philosophie grecque. Philosophie qui n'est pas l&#224; o&#249;, par un malentendu &#233;norme et vraiment risible, on la cherche d'habitude : chez Platon et Aristote, mais qui s'exprime dans la pratique et les institutions des cit&#233;s d&#233;mocratiques, en particulier des Ath&#233;niens. Cette pratique ignore la distinction entre les citoyens, le collectif des citoyens et l' &#171; &#201;tat &#187;.Il n'y a pas d' &#171; &#201;tat &#187;, Il y a le &lt;i&gt;d&#233;mos&lt;/i&gt; ou le &lt;i&gt;koinon&lt;/i&gt; des Ath&#233;niens. Ath&#232;nes, chez les Grecs, chez Thucydide par exemple, est une expression g&#233;ographique, non pas politique. L'entit&#233; politique est toujours d&#233;sign&#233;e comme : les Ath&#233;niens, les Lac&#233;d&#233;moniens, le grand Roi. Mais chez les modernes, depuis au moins le XVIIe, le postulat central de la philosophie politique est l'existence, qui ne saurait &#234;tre remise en question, d'un monstre intouchable, du L&#233;viathan, de la puissance tut&#233;laire comme dit Tocqueville. Il n'est pas question que la soci&#233;t&#233; s'auto-gouverne, elle est condamn&#233;e &#224; &#234;tre gouvern&#233;e par un &#201;tat s&#233;par&#233; d'elle. De cet &#201;tat, de ce Minotaure, on peut au mieux limiter les mouvements, l'entourer de palissades (de papier), lui fournir p&#233;riodiquement des jeunes gens et des jeunes filles pour qu'il s'en rassasie un temps &#8211; mais c'est tout. Rien n'est chang&#233; &#224; cela lorsque, une fois tous les 4, 5 ou 7 ans, se produit cette myst&#233;rieuse alchimie moyennant laquelle, pendant un dimanche le pouvoir &#171; se dissout &#187; et, le soir, il se r&#233;incarne (l'Eucharistie ?), redevenant l' &#171; hypostase &#187; du peuple &#171; en la personne &#187; de ses &#171; repr&#233;sentants &#187;. &lt;br class='manualbr' /&gt;La politique ne donne et ne peut pas donner r&#233;ponse &#224; tout &#8211; mais il ne peut pas y avoir de transformation essentielle de la soci&#233;t&#233; qui n'englobe la dimension du pouvoir. La structure actuelle du pouvoir est ali&#233;nante, atomisante, elle renvoie chacun &#224; sa vie priv&#233;e et &#224; l'infantilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E.T. : D'o&#249; peut venir une rupture globale puisqu'elle reste pensable ? Peut-on discerner un moteur ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Poser la question en termes de moteur n'a plus de sens. Depuis tr&#232;s longtemps je pense et j'&#233;cris qu'il n'y a pas de porteur privil&#233;gi&#233; du projet d'autonomie, de &#171; classe &#187; destin&#233;e &#224; l'h&#233;g&#233;monie. Les probl&#232;mes qui se posent &#224; notre soci&#233;t&#233; concernent 90 ou 95 % de la population. Cette population entrera-t-elle de nouveau dans une phase d'activit&#233; politique ? Je ne le sais &#233;videmment pas, et il est certain qu'&#224; cet &#233;gard nous traversons une phase tr&#232;s sombre. Mais je rappellerai que, quelques semaines avant Mai 68, P. Viansson-Pont&#233; intitulait un article : &#171; La France s'ennuie &#187;. Et qui aurait pr&#233;vu en 1787, au moment de la convocation des &#201;tats g&#233;n&#233;raux, ce qui allait se passer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E.T. : Que pensez-vous des conceptions selon lesquelles la v&#233;rit&#233; du mouvement de Mai 1968 se trouverait dans l'av&#232;nement de l'individualisme et de l'h&#233;donisme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que l'on appelle maintenant l' &#171; individualisme &#187; est pour l'essentiel ce que j'ai appel&#233;, depuis 1959, la privatisation. Il &#233;tait pr&#233;sent bien avant Mai 68. Le mouvement de Mai 68 &#233;tait, au contraire, une r&#233;action contre cette &#233;volution. Apr&#232;s l'interlude de Mai, la privatisation a refleuri de plus belle. Les id&#233;ologies de la mort du sujet, de la mort du sens, qui jusque-l&#224; se propageaient entre la rue de Lille et la rue d'Ulm, ont alors couvert le march&#233; populaire des id&#233;es : c'est qu'elles &#233;taient des formes de th&#233;orisation de l'&#233;chec du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E.T. : Que pensez-vous du mouvement de la jeunesse scolaris&#233;e de 1986 ? &#201;tait-il en continuit&#233; avec celui de 1968 ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement de 1986 &#233;tait tout &#224; fait dans l'esprit de la soci&#233;t&#233; actuelle ; alors que le mouvement de Mai 68 remettait en question le contenu de l'enseignement, le rapport ma&#238;tre-&#233;l&#232;ve, le rapport de l'enseignement avec la vie de la soci&#233;t&#233;... rien de tel en 1986. Bien au contraire, les &#233;tudiants n'avaient rien &#224; dire sur les programmes, n'&#233;voquaient jamais leur situation privil&#233;gi&#233;e, pr&#233;tendaient ignorer les probl&#232;mes g&#233;n&#233;raux et politiques. Il y a eu certes, par la suite, une sensibilisation politique, dont on ne peut que se f&#233;liciter &#8211; mais qu'en est-il rest&#233; ? Et qu'est-ce qui est rest&#233; au total de ce mouvement ? Rien &#8211; alors que nous vivons dans une soci&#233;t&#233; que, malgr&#233; son &#233;chec, Mai 68 a quand m&#234;me profond&#233;ment influenc&#233;e. L. Ferry et A. Renaut ont mal lu l'ordre des chiffres : leur Pens&#233;e 68 est en fait la Pens&#233;e 86. La tentative de 68 de poser la question de l'&#233;ducation est absente en 86 ; la mise en question de l'ensemble des probl&#232;mes sociaux en 68, absente en 86 ; le soutien de la soci&#233;t&#233; en 86 est absent en 68 qui reste un mouvement minoritaire. Le mouvement de Mai 68 est un des derniers mouvements &#224; ce jour s'inscrivant dans la grande tradition des mouvements d'&#233;mancipation en Occident &#8211; la question ne se pose m&#234;me pas pour 86.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E.T. : Que pensez-vous de la tendance &#224; l'auto-comm&#233;moration actuelle ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute soci&#233;t&#233; se comm&#233;more &#8211; mais aujourd'hui la comm&#233;moration de 89 est comme les villes pseudo-italiennes de Bofill derri&#232;re la Gare Montparnasse. Comm&#233;moration post-moderne &#8211; c'est-&#224;-dire, du toc. Il faudrait essayer de s'en servir pour rappeler ce qu'a &#233;t&#233; l'esprit et l'apport de la grande R&#233;volution. Il faudrait essayer d'en faire un pav&#233; dans la mare. Mais qui le fera ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>De la Gr&#232;ce antique &#224; l'engagement psychanalytique</title>
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		<dc:date>2015-12-08T18:09:59Z</dc:date>
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		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Antiquit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Psychoth&#233;rapie</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Anthropologie</dc:subject>
		<dc:subject>Article</dc:subject>
		<dc:subject>Gr&#232;ce</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Pardo &#201;l&#233;onore, Vogiatzoglou Kyveli, &#171; De la Gr&#232;ce antique &#224; l'engagement psychanalytique. &#201;ditorial &#187;, Recherches en psychanalyse 1/2010 (n&#176; 9) , p. 4-12 URL : www.cairn.info/revue-recherches-en-.... DOI : 10.3917/rep.009.0004. Demeurer enclos dans son identit&#233;, c'est se perdre et cesser d'&#234;tre. On se reconna&#238;t, on se construit par le contact, l'&#233;change, le commerce avec les autres. Entre les rives du m&#234;me et de l'autre, l'homme est un pont. Jean-Pierre Vernant La Gr&#232;ce antique ne (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pardo &#201;l&#233;onore, Vogiatzoglou Kyveli, &#171; De la Gr&#232;ce antique &#224; l'engagement psychanalytique. &#201;ditorial &#187;, Recherches en psychanalyse 1/2010 (n&#176; 9) , p. 4-12
URL : &lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-recherches-en-psychanalyse-2010-1-page-4.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.cairn.info/revue-recherches-en-...&lt;/a&gt;.
DOI : 10.3917/rep.009.0004.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Demeurer enclos dans son identit&#233;, c'est se perdre et cesser d'&#234;tre. On se reconna&#238;t, on se construit par le contact, l'&#233;change, le commerce avec les autres. Entre les rives du m&#234;me et de l'autre, l'homme est un pont.
Jean-Pierre Vernant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vernant, J.-P. (2004). La travers&#233;e des fronti&#232;res. Paris : Seuil.&#034; id=&#034;nh30-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; La Gr&#232;ce antique ne peut &#234;tre appr&#233;hend&#233;e que si l'on prend en compte la d&#233;mocratie ath&#233;nienne en raison des documents retrouv&#233;s attestant du fonctionnement de la Cit&#233; d'Ath&#232;nes. Bien que fond&#233;e sur le primat du &lt;i&gt;logos&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire sur la pens&#233;e rationnelle, la d&#233;mocratie ath&#233;nienne ne peut &#234;tre comprise en effet qu'&#224; consid&#233;rer intrins&#232;quement li&#233;s l'univers du religieux, du culturel et du politique. &#192; ce titre, la Cit&#233; d'Ath&#232;nes &#224; l'&#233;poque classique (Ve et IVe si&#232;cles avant J.-C.) est le mod&#232;le qui int&#232;gre la dimension religieuse dans son v&#233;cu quotidien, au travers de l'articulation entre institutions et syst&#232;me de croyances. Cependant, il ne s'agit pas de penser, comme certains anthropologues, que les cit&#233;s grecques sont des entit&#233;s immobiles et faire l'impasse de leurs diversit&#233;s. Si les Grecs de cette &#233;poque avaient une identit&#233; commune, les disparit&#233;s persistaient selon l'appartenance &#224; telle ou telle Cit&#233;. Platon, dans &lt;i&gt;Les Lois&lt;/i&gt;, souligne dans le dialogue entre le Cr&#233;tois Clinias et l'Ath&#233;nien, qu'une vraie Cit&#233; doit &#234;tre motiv&#233;e par des principes de vertu non partiels, contrairement aux guerres men&#233;es par la Cr&#232;te et Sparte. En ce sens, il d&#233;plorait qu'Ath&#232;nes puisse se tourner vers l'ext&#233;rieur, car d&#233;signer un ennemi attise le courage du guerrier, certes, mais conduit aussi &#224; la tyrannie. Pour lui, l'essence m&#234;me de la Cit&#233; se trouve dans son unit&#233; limit&#233;e par diff&#233;rentes classes sociales. C'est la tendance &#233;galisante qui l'anime, en tant qu'elle constitue le politique qui entend d&#233;passer l'opposition entre les contrastes. Le prolongement aristot&#233;licien s'&#233;loignera de la ma&#239;eutique socratique, pr&#233;f&#233;rant le raisonnement pratique sur la chose politique, mais tendra aux m&#234;mes conclusions. C'est de fait dans son autarcie m&#234;me que la Cit&#233; se fonde.
Notons &#224; ce sujet que la question du m&#234;me et de l'autre est d'une grande importance dans la repr&#233;sentation des Grecs de la Cit&#233; et de la notion de citoyennet&#233;. Pour les Ath&#233;niens, le mythe de l'autochtonie fonde en effet la citoyennet&#233; et fait oublier que la d&#233;mocratie est une institution r&#233;cente et contest&#233;e. Face aux Spartiates et aux autres Grecs, il est proclam&#233; la p&#233;rennit&#233; de la Cit&#233;, sa vitalit&#233; toujours renouvel&#233;e et la permanence de sa population citoyenne. Nicole Loraux montre que, dans les discours &#233;labor&#233;s par les cit&#233;s &#224; partir de l'autochtonie et de l'alt&#233;rit&#233; fondatrice, comme deux mani&#232;res de penser la citoyennet&#233;, le m&#234;me et l'autre sont des oppos&#233;s compatibles. La rh&#233;torique autochtone a besoin des autres pour les rejeter &#224; la p&#233;riph&#233;rie, la rh&#233;torique de l'alt&#233;rit&#233; a besoin, pour rendre compte de la continuit&#233; du groupe, d'expliquer que les migrations n'excluent pas la constitution de souche. Platon, dans la &lt;i&gt;R&#233;publique&lt;/i&gt;, propose ainsi de cr&#233;er une cit&#233; &#171; une &#187; et &#171; indivisible &#187;, fond&#233;e sur l'amour de la science et de la v&#233;rit&#233;. Les r&#232;gles communautaires s'attaquent &#224; l'ordre familial et remettent en cause les fondements m&#234;mes de la cit&#233; ath&#233;nienne &#233;tablie sur la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et l'&#233;change des biens &#224; travers le mariage. Les gardiens, qui ne poss&#232;dent rien en propre, ni maison, ni terre ou lieu priv&#233;, sinon leur corps, appartiennent &#224; une m&#234;me famille publique, &#224; un m&#234;me corps social. (V, 462, d) Platon va jusqu'&#224; pr&#244;ner la communaut&#233; des femmes et des enfants et &#224; instrumentaliser la maternit&#233; au profit du groupe. Cependant, Platon n'abolit pas la famille. Il dissout les liens priv&#233;s qui unissent les membres issus d'une m&#234;me souche, mais il reconstitue symboliquement une famille g&#233;n&#233;ralis&#233;e &#224; la cat&#233;gorie des gardiens tout enti&#232;re. Il remplace les liens de filiation consanguins par des liens de filiation par classe d'&#226;ge correspondant &#224; une g&#233;n&#233;ration et reconstitue symboliquement le syst&#232;me de nomenclature de la parent&#233; restreinte : enfants, parents et grands-parents.
Pr&#233;cis&#233;ment, c'est ce mod&#232;le de la Cit&#233; &#171; une et indivisible &#187; qui, sous une forme quasi-transcendante, offre le plus de prise &#224; l'exploration des textes, dans la mesure o&#249; la d&#233;cision d&#233;mocratique &#233;merge du dialogue incertain des hommes d&#233;lib&#233;rant. C'est en cela que le politique ath&#233;nien interroge l'alt&#233;rit&#233; qui ne peut pas &#234;tre une alt&#233;rit&#233; grecque en soi, m&#234;me si le grec s'oppose au barbare. Les lois de P&#233;ricl&#232;s vont d&#233;cider en ce sens que seul peut &#234;tre ath&#233;nien celui qui est de p&#232;re ath&#233;nien et de m&#232;re ath&#233;nienne. Au fond, elles se forgent moins sur des motifs d'id&#233;ologie, du m&#234;me et de l'autre, que sur un &#233;tat de fait. Les Ath&#233;niens ont fini par se marier entre eux, renfor&#231;ant ainsi les structures de la Cit&#233;. La Cit&#233; reposait donc plus sur des crit&#232;res antiaristocratiques, d&#233;mocratiques et civiques que sur des crit&#232;res d'id&#233;ologie identitaire. Le d&#233;sir qui travaillait les Ath&#233;niens de cette &#233;poque visait moins &#224; interroger l'opposition entre l'homme et la b&#234;te, qu'entre l'homme humain et le citoyen, ce qui nous am&#232;ne &#224; distinguer et &#224; d&#233;finir des types pr&#233;cis d'alt&#233;rit&#233;, et ce, selon le principe de Platon visant &#224; opposer la cat&#233;gorie du M&#234;me &#224; celle de l'Autre (h&#233;t&#233;ron). Il reste toutefois important de rep&#233;rer qu'une s&#233;rie d'alt&#233;rit&#233;s comme l'enfant, l'adulte, la femme, le vieillard, ne saurait se substituer &#224; l'Autre absolu qui en tant qu'&#171; autre de l'homme &#187; en r&#233;f&#232;re au divin. Porter int&#233;r&#234;t aux fondements de la d&#233;mocratie grecque revient donc, au-del&#224;, &#224; s'interroger sur le fonctionnement des hommes et des soci&#233;t&#233;s. Nous pouvons dire que c'est parce que l'homme grec de l'Antiquit&#233; est ins&#233;parable du cadre social et culturel qu'il nous renseigne sur notre rapport au monde et les conflits qui nous habitent.
C'est au VIe si&#232;cle avant J&#233;sus-Christ qu'Ath&#232;nes prend des dispositions pour mettre fin aux meurtres priv&#233;s. Il s'agit l&#224; d'un r&#233;el bouleversement sur le plan politique, mental et social. Cette interdiction &#224; la vengeance priv&#233;e suscite l'apparition de groupes d'hommes li&#233;s par des institutions. En effet, l'homicide &#233;tant reconnu comme faute, dans la conscience des citoyens se produit un blocage, un refoulement, qui favorise les alliances. Le fait de tuer est appr&#233;hend&#233; d&#232;s lors, comme &#233;tant un acte de folie qui m&#233;rite une sanction. Le syst&#232;me des repr&#233;sentations, qui, jusque-l&#224;, portait &#224; croire que le crime &#233;tait l'acte de vengeance le plus glorieux, est refoul&#233;. C'est &#224; la Cit&#233;, d&#233;sormais, que revient le droit de se prononcer sur les condamnations. Les liens d'hommes se sont donc forg&#233;s &#224; partir d'un renoncement qui laisse entrapercevoir ce que Freud mettait en relief dans &lt;i&gt;Totem et Tabou&lt;/i&gt;, &#224; savoir le passage de l'&#233;tat originaire &#224; la soci&#233;t&#233;. Pr&#233;cis&#233;ment, c'est parce que la justice devient affaire publique qu'elle op&#232;re comme alt&#233;rit&#233;. D'une certaine fa&#231;on, elle s'&#233;rige en symbole, en totem, tel le p&#232;re de la horde primitive. En effet, tout meurtre est un parricide, c'est-&#224;-dire un rappel dans le r&#233;el du meurtre originaire du p&#232;re de la horde primitive et une atteinte absolue &#224; la loi. Tout meurtre menace le lien social fond&#233; par l'interdit du meurtre et de l'inceste. Aussi, afin de garantir les droits et les lois, appara&#238;t la n&#233;cessit&#233; de cr&#233;er une institution. Ce sera le tribunal. Bien qu'au nombre de quatre, les tribunaux gardent le d&#233;bat pour principe, c'est-&#224;-dire que les jur&#233;s se doivent de repr&#233;senter la d&#233;fense et l'accusation au travers de paroles relatant les faits. Le rationnel prend le pas sur les notions anciennes de souillure et de vengeance. Ainsi apparaissent diff&#233;rents niveaux de crime auxquels on octroie des types de jugements distincts : l'&lt;i&gt;ar&#233;opage&lt;/i&gt; a pour mission de juger les crimes commis de plein gr&#233;, le &lt;i&gt;delphinion&lt;/i&gt;, les crimes justifi&#233;s qui ne n&#233;cessitent pas de sanction, le &lt;i&gt;palladion&lt;/i&gt;, les crimes moins excusables bien que susceptibles d'avoir &#233;t&#233; commis sous contraintes, et enfin, un tribunal est charg&#233; de punir les animaux et les choses, dans la mesure o&#249;, si du sang est vers&#233;, il faut un coupable. L'int&#233;r&#234;t est que la parole circule pour que puisse &#233;merger un consensus par l'adh&#233;sion au jugement. Il s'agit d'une v&#233;ritable d&#233;mocratisation de la parole qui illustre bien le caract&#232;re communautaire de la Cit&#233;. En effet, en Gr&#232;ce antique l'espace de communication et d'information repose sur le principe d'&lt;i&gt;is&#233;gorie&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire de libert&#233; d'opinion, comme l'&lt;i&gt;agora&lt;/i&gt; en t&#233;moigne. Cette dimension est si ancr&#233;e que, par extension, elle a &#233;galement impliqu&#233; la rumeur. Mais comme telle, elle met sur un pied d'&#233;galit&#233; l'&#233;lite et les couches populaires. L'&#233;galit&#233; des droits &#233;quivaut &#224; l'&#233;galit&#233; des voix. C'est pourquoi, sur la sc&#232;ne politique, les hommes ordinaires qui expriment la &#171; voix du peuple &#187; viennent se m&#234;ler aux grands orateurs. En ce sens, les Grecs nous enseignent que la d&#233;mocratie est une red&#233;finition permanente de ses fondements, qui, gr&#226;ce &#224; son interrogation incessante quant &#224; ses valeurs, met le sens en mouvement. Le politique est le contraire d'une mise en circulation ir&#233;nique du &lt;i&gt;logos&lt;/i&gt;. Il est &lt;i&gt;stasis&lt;/i&gt; en tant qu'il implique l&#224;, la &#171; g&#233;n&#233;ralit&#233; du conflit dans la cit&#233; &#187;, mais n'a d'autre fin que de tendre vers un consentement mutuel pour que soit maintenue la communaut&#233; indivise des citoyens. Notons que &lt;i&gt;stasis&lt;/i&gt; signifie &#233;galement la guerre civile et c'est dans ce sens-l&#224; qu'elle repr&#233;sente une maladie. Thucydide, dans la stasis de Corcyre, &#233;crit que :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;La maladie (nos&#234;ma) produit le d&#233;sordre, l'ill&#233;galit&#233; (anomia) ; et dans la guerre civile, cette anomie va jusqu'&#224; changer l'usage normal de la langue. On changera jusqu'au sens usuel des mots par rapport aux actes dans les justifications qu'on en donnait. (3, 82)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; Dans le dernier paragraphe du texte du d&#233;cret d'amnistie, on peut lire aussi une r&#233;glementation de la m&#233;moire : &#171; Le pass&#233;, il n'est permis &#224; personne d'en rappeler le souvenir contre personne &#187; (&lt;i&gt;m&#234;deni pros m&#234;dena mn&#234;sikakein exeinai&lt;/i&gt;). En grec, &lt;i&gt;mn&#234;sikakein&lt;/i&gt; est un verbe qui compose la m&#233;moire et les maux. Quand on rappelle les malheurs, on les rappelle toujours contre, on les reproche, on exerce des repr&#233;sailles. L'amnistie est l&#224; pour construire une communaut&#233; et ses institutions sur une amn&#233;sie partag&#233;e. Ainsi, avec le d&#233;cret de 403 qui fait &#233;tat de la premi&#232;re proc&#233;dure d'amnistie apr&#232;s la guerre civile entre Ath&#232;nes et Sparte, on peut lire, avec Barbara Cassin, un rapprochement &#233;tymologique entre les mots d'amnistie et d'amn&#233;sie. L'amnistie est, d&#232;s lors, une cons&#233;quence de la prescription d'amn&#233;sie. L'oubli est, quant &#224; lui, la condition pour passer de la haine que suscite la guerre civile &#224; l'&lt;i&gt;homo-noia&lt;/i&gt;, le consensus, la concorde, la m&#234;met&#233; des esprits. Mais la Cit&#233;, ainsi anim&#233;e par le conflit et la r&#233;flexion, au vu du maintien de son unit&#233;, rejoint par l&#224; m&#234;me la trag&#233;die. Cependant, quelle est la place de la trag&#233;die, de cet &#171; oratorio &#187; des passions et du deuil, dans une cit&#233; dont le discours officiel d&#233;nie le caract&#232;re du politique et interdit de mettre en sc&#232;ne toute actualit&#233; perturbante pour les citoyens-spectateurs ?
Jean-Pierre Vernant consid&#232;re que :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;La trag&#233;die marque un tournant : elle innove, et de fa&#231;on radicale, dans le domaine des institutions sociales, des formes d'art, de l'exp&#233;rience humaine. Elle est l'&#233;mergence d'une conscience tragique que les Grecs ont invent&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; Elle traite des th&#232;mes qui engagent des &#233;motions essentielles et touche plus s&#251;rement les spectateurs ou les lecteurs. Elle transpose, modifie, &#233;labore les grands th&#232;mes mythiques, mais ce, en fonction des probl&#232;mes d'une &#233;poque et d'un contexte socio-culturel donn&#233;. Il faut, d&#232;s lors, replacer les choses en situation par rapport &#224; une culture. Sa sp&#233;cificit&#233; tient au fait que le tragique est la prise de conscience de l'&#233;crasement de l'homme face &#224; ses limites. Elle interroge la responsabilit&#233; morale du h&#233;ros : est-il toujours &#224; l'origine de ce qu'il fait ou dit et comment disjoindre destin et fatalit&#233; ? Car, l'homme tragique est &#224; l'oppos&#233; de l'homme int&#233;gr&#233; dans l'harmonie du monde et la n&#233;cessit&#233; de la nature. Le tragique est son d&#233;ni de se soumettre &#224; cette n&#233;cessit&#233;. Son essence, c'est la solitude cosmique qui cache une libert&#233; originelle chez l'homme, dont le contenu est la connaissance tragique. Sa source, c'est l'existence m&#234;me. Le h&#233;ros tragique est ainsi responsable de sa propre perte, le destin n'&#233;tant pas tant l'expression de forces ext&#233;rieures &#224; l'homme sous la forme des dieux ou de la nature, mais un ennemi interne. Il est ce &lt;i&gt;da&#238;mon&lt;/i&gt; qui est l'&#226;me de l'homme et en m&#234;me temps un autre de soi-m&#234;me, c'est-&#224;-dire un &lt;i&gt;da&#238;mon&lt;/i&gt; cruel qui guide ses actions. Aussi, le h&#233;ros tragique se distingue du h&#233;ros mythique en ceci : si le mythe pr&#233;sente le h&#233;ros soumis &#224; une punition in&#233;luctable inflig&#233;e par une force divine ext&#233;rieure, la trag&#233;die, &#224; l'or&#233;e de la d&#233;mocratie, creusant l'&#233;cart entre la faute transmise et la culpabilit&#233; individuelle, met en sc&#232;ne le d&#233;chirement interne, pr&#233;sage de la d&#233;lib&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Parce que le destin cesse d'&#234;tre le seul lot imparti par les dieux, parce qu'il cesse de n'&#234;tre que l'instrument d'une vengeance accomplie, g&#233;n&#233;ration apr&#232;s g&#233;n&#233;ration, pour une souillure d'origine, la trag&#233;die d&#233;compose la figure du h&#233;ros mythique.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; L'&lt;i&gt;&#226;gos&lt;/i&gt; int&#233;rieur du h&#233;ros tragique est le combat entre la d&#233;termination oraculaire et l'&lt;i&gt;hybris&lt;/i&gt; de l'homme, sa d&#233;mesure. L'homme tragique commet l'&lt;i&gt;hybris&lt;/i&gt; et se pr&#233;cipite vers sa destruction. La notion d'&lt;i&gt;hybris&lt;/i&gt;, dans le contexte de la conception tragique en Gr&#232;ce antique, est la cons&#233;quence de la volont&#233; de l'homme mortel, toujours en opposition avec les dieux immortels. La notion de mortalit&#233; signifie pour le Grec ancien l'ali&#233;nation de l'homme, sa chute de l'immortalit&#233;, qui n'appartient qu'aux dieux. L'homme, en tant que fondamentalement libre, tentera de d&#233;passer les limites de sa mortalit&#233;, et sa volont&#233; devient &lt;i&gt;hybris&lt;/i&gt;. Mais sa volont&#233; est sa libert&#233;. Sa mortalit&#233; est son destin. L'&lt;i&gt;hybris&lt;/i&gt; est le lien entre libert&#233; et destin. La trag&#233;die se distingue ainsi des &#233;pop&#233;es hom&#233;riques qu'&#233;taient ces histoires traditionnelles que l'on chantait en fonction des situations et o&#249; l'on faisait comme si on avait &#233;t&#233; les t&#233;moins d'une sc&#232;ne. La trag&#233;die implique que les acteurs s'expriment dans un style direct, de sorte que le pass&#233; l&#233;gendaire semble se r&#233;actualiser. Ce qui se donne &#224; voir et &#224; entendre met en lumi&#232;re les d&#233;cisions prises par les diff&#233;rents partenaires de la pi&#232;ce. Reste une constante dans le proc&#233;d&#233; qui touche &#224; la question de la double causalit&#233;. Car, la trag&#233;die grecque renvoie l'homme &#224; un dilemme. Le h&#233;ros est pris au pi&#232;ge d'assurer cet acte d&#233;termin&#233; par les dieux alors qu'il doit en assumer les cons&#233;quences. En ce sens, il y a un double jeu :
11&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Il y a, disait Vernant, &#224; la fois un enracinement dans une cause divine et tout un contenu psychologique individuel. La trag&#233;die montre l'homme grec &#171; entre deux chaises &#187;, ce qui dessine une certaine conception du malheur. Les dieux projettent leur puissance illimit&#233;e dans le monde des hommes, et les hommes s'engouffrent dans les temp&#234;tes que les dieux d&#233;cha&#238;nent au d&#233;part, et ils agissent d'une fa&#231;on en &#233;tant responsables de leurs actions.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; Autrement dit, la trag&#233;die grecque met en sc&#232;ne le rapport entre des forces imma&#238;trisables et le choix du h&#233;ros. Nous pouvons dire qu'elle met &#224; l'&#339;uvre le rapport entre l'Autre et le sujet. Les dieux ignorant ce qui touche &#224; l'humanit&#233;, pr&#233;cis&#233;ment la mort, forment une alt&#233;rit&#233; compl&#232;te. Bien que les dieux ne soient pas pr&#233;hensiles, leur pr&#233;sence se fait sentir &#171; partout et nulle part &#224; fois &#187; ce qui inspire respect et pi&#233;t&#233;. Du point de vue de la psychanalyse, la trag&#233;die met en effet en lumi&#232;re la division du sujet, la diff&#233;rence entre d&#233;sir et volont&#233;, ainsi que les traits fondamentaux du rapport du sujet &#224; son d&#233;sir et son impossible rapport avec l'objet, puisque ce qui est d&#233;sir&#233; ne peut &#234;tre qu'un &#171; ailleurs &#187;, &#171; ailleurs &#187; qui est, dans le mode tragique, la mort. L'&#233;garement, le meurtre, l'inceste, la culpabilit&#233;, th&#232;mes principaux que Freud reconna&#238;t dans la trag&#233;die de Sophocle &#171; &#338;dipe Roi &#187;, sont les lois propres au devenir psychique. La trag&#233;die s'inscrit ainsi comme &#233;l&#233;ment constitutif de la gen&#232;se psychique.
Reprenant ainsi les th&#232;mes &#233;voqu&#233;s au th&#233;&#226;tre, il n'est point surprenant que Freud nous ait conseill&#233; par extension de nous int&#233;resser &#224; la mythologie. Lacan disait lui-aussi dans &lt;i&gt;Encore&lt;/i&gt; : &#171; La mythologie est parvenue &#224; quelque chose de l'anthropologie de la psychanalyse &#187;, ce qui revient &#224; affirmer que l'exemple du mythe est la chose-m&#234;me de la psychanalyse. C'est l&#224; une mani&#232;re de dire que le contenu des mythes supporte sous forme projective celui que poss&#232;de l'inconscient. Car, ce qui se laisse &#224; lire dans les documents retrouv&#233;s de cette &#233;poque, c'est que les discours irrationnels de l'inconscient produisent des effets plus rationnels que la raison proprement dite. H&#233;raclite pr&#233;conisait en ce sens d'isoler les mots pour extraire ce qu'ils renferment. De toute &#233;vidence, cette pratique se devait de lever les illusions et les croyances de ceux qui se pr&#234;taient &#224; l'exercice. Il s'agissait au travers des figurations propres aux l&#233;gendes d'avoir quelque peu acc&#232;s aux motions pulsionnelles inconscientes qui, dans l'inconscient tel quel, sont intol&#233;rables. Le point fondamental est que le mythe au centre de l'organisation de la vie ath&#233;nienne n'est que dialectique. D'ailleurs, &lt;i&gt;mythos&lt;/i&gt; signifie parole. Historienne du politique, N. Loraux revendique, face aux historiens des institutions, l'installation du mythe au c&#339;ur du politique et, face aux mythologues, l'ouverture de celui-ci &#171; sur la multiplicit&#233; des sc&#232;nes civiques o&#249; la &lt;i&gt;polis&lt;/i&gt; joue la repr&#233;sentation de son identit&#233; &#187;.
Suivant cette mouvance, Freud utilise le mythe d'&#338;dipe et de Narcisse comme des op&#233;rateurs du sujet inconscient, et ne cherche pas &#224; produire une quelconque herm&#233;neutique. Fid&#232;le aux r&#233;cits des textes, il en explique la structure, en consid&#233;rant que les mythes appartiennent &#224; l'imaginaire s&#233;culaire du peuple. Dans la lettre du 12 d&#233;cembre 1897, il ira jusqu'&#224; soutenir que la m&#233;tapsychologie est une &#171; psycho-mythologie &#187;, en tant que le d&#233;chiffrage des mythes pr&#233;suppose &#224; ses yeux d'avoir acc&#232;s &#224; la jouissance populaire. Ils op&#232;rent dans le r&#233;el comme des produits psychiques. Paul-Laurent Assoun affirme que :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Freud est un cr&#233;ateur de mythe : &#171; le mythe du meurtre du p&#232;re &#187;. &#171; Un jour les fr&#232;res r&#233;volt&#233;s se r&#233;unirent, abattirent et mang&#232;rent le p&#232;re et mirent fin &#224; la horde originaire &#187;. Ce r&#233;cit est fil&#233; pour r&#233;pondre &#224; une question : celle du &#171; trou &#187; entre &#171; l'&#233;tat originaire de la soci&#233;t&#233; &#187; qui n'a jamais fait l'objet d'une observation et ce que nous constatons, des &#171; liens d'hommes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le mythe du meurtre du p&#232;re &#187; vient garantir en effet les lois humaines en bridant la jouissance et en liant le d&#233;sir &#224; la loi, ce qui ne va pas sans rappeler le mythe de Protagoras. Dans &lt;i&gt;Le Protagoras&lt;/i&gt;, Platon raconte que l'esp&#232;ce humaine, mal dot&#233;e au jour de sa naissance par &#201;pim&#233;th&#233;e, l'impr&#233;voyante, allait dispara&#238;tre de la surface de la terre, quand Prom&#233;th&#233;e d&#233;cida de d&#233;rober pour elle la sagesse artiste et le feu. Mais les hommes avaient beau savoir tout produire et fabriquer, ils continuaient &#224; s'entretuer parce qu'ils n'avaient pas la sagesse politique. Zeus alors d&#233;cida de donner &#224; l'esp&#232;ce un suppl&#233;ment : &lt;i&gt;aid&#244;s&lt;/i&gt;, qui signifie pudeur ou respect, le sentiment de ce que l'on doit &#224; soi et sous le regard de l'autre et &lt;i&gt;dik&#234;&lt;/i&gt;, la justice, la norme publique de la conduite. Mais, demande alors Herm&#232;s, comment les r&#233;partir ? Faut-il les donner &#224; quelques experts ou bien &#224; tous ?&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#8239;&#192; tous et que tous les partagent, et que ceux qui ne les partagent pas soient mis &#224; mort comme une maladie de la cit&#233; (323b- 323c). Tous doivent affirmer &#234;tre justes, qu'ils le soient ou pas, ou encore celui qui ne contrefait pas la justice est un fou.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; Comme s'il suffisait de pr&#233;tendre &#234;tre juste pour l'&#234;tre. En affirmant qu'ils le sont, les hommes reconnaissent la justice comme constitutive de la communaut&#233; humaine et s'y int&#232;grent par l&#224; m&#234;me. La vertu s'enseigne comme la langue maternelle. D'o&#249; l'&lt;i&gt;is&#234;goria&lt;/i&gt;, l'&#233;galit&#233; de parole, la libert&#233; pour tous de parler devant l'assembl&#233;e. Tous parlent, tous sont justes, tous sont des citoyens.
Dans &lt;i&gt;Totem et Tabou&lt;/i&gt;, le d&#233;sir meurtrier des fils est anim&#233; comme tel par le souhait de limiter la jouissance du p&#232;re et de prendre sa place. Il n'y a de loi que celle des fils, car le meurtre concerne un p&#232;re qui ne serait pas, lui-m&#234;me, un fils. Les fils sont des fr&#232;res, sinon se profile la menace de reprendre la place du p&#232;re sans loi. Aussi, le p&#232;re est le support de contenus endo-psychiques n&#233;cessairement refoul&#233;s pour que perdure l'alliance. L'agressivit&#233; devant &#234;tre r&#233;prim&#233;e, le p&#232;re se donne en symbole pour rappeler les interdictions que chacun doit respecter pour qu'existe une soci&#233;t&#233;. Il op&#232;re contre les d&#233;nis en s'&#233;rigeant dans l'inconscient de chacun comme un point de r&#233;el. Ceci ne veut pas dire que l'on ait &#224; faire &#224; un inconscient collectif, mais qu'il pointe depuis le r&#233;el inconscient, un r&#233;el collectif. Freud pr&#233;tend que tous les mythes se constituent autour de ce noyau primordial qu'est le meurtre du p&#232;re. Il invite, d&#232;s lors, les analystes &#224; les consid&#233;rer comme des mat&#233;riaux &#224; d&#233;chiffrer. Y voyant une jouissance populaire encrypt&#233;e, il consid&#232;re qu'ils suscitent de l'int&#233;r&#234;t du fait de cette &#171; obscure perception interne &#187; qu'ils &#233;veillent chez les sujets. Autant dire qu'il s'agit avec Freud de consid&#233;rer la mythologie comme &#233;tant une psychologie projet&#233;e vers le monde ext&#233;rieur. Or, l'obnubilation dans les r&#233;cits du mythe tourne toujours autour des questions ayant trait aux &#233;trangers, aux femmes et &#224; la mort, c'est-&#224;-dire &#224; des alt&#233;rit&#233;s. La mort a un caract&#232;re particulier parce qu'elle repr&#233;sente, comme nous l'avons signal&#233; plus avant, l'Autre absolu. Elle se doit &#224; ce titre d'&#234;tre civilis&#233;e, enserr&#233;e et socialis&#233;e &#224; travers toutes les strat&#233;gies d&#233;ploy&#233;es : les fun&#233;railles, le chant du mort et les images de la mort glorieuse. Il s'agit l&#224; de tentatives pour apaiser l'angoisse suscit&#233;e par l'&#233;tranget&#233; de la mort comme r&#233;el inassimilable. Ce qui importe de remarquer, c'est qu'il s'agit de traiter les questions humaines non pas de fa&#231;on irr&#233;futable, mais de fa&#231;on &#171; quasi-logorrh&#233;ique &#187;, c'est-&#224;-dire sans fin, au travers du r&#233;cit des exploits des h&#233;ros. Le mythe ne saurait &#234;tre autre chose qu'une figuration d'un d&#233;sir collectif qui se soutient au sein m&#234;me du groupe d'un r&#233;el insu. Il participe ainsi au &#171; mythe scientifique &#187; invent&#233; par Freud racont&#233; dans &lt;i&gt;Totem et Tabou&lt;/i&gt;. Disons que c'est bien parce qu'il essuie les affres de la d&#233;formation induite par le discours qu'il donne le change &#224; une forme de symbolisation autant qu'en son contraire et rend audible la division de l'homme d&#232;s sa naissance. Mais c'est parce qu'il vise &#224; surmonter la violence originaire qu'il renvoie &#224; une autre probl&#233;matique, &#224; savoir celle de l'origine de la m&#232;re et au-del&#224; du F&#233;minin.
Le f&#233;minin est en effet &#233;troitement li&#233; &#224; la question de l'alt&#233;rit&#233;, dans la mesure o&#249; l'irrepr&#233;sentable de la mort est associ&#233; &#224; cet autre irrepr&#233;sentable qu'est pour la pens&#233;e mythique, le corps f&#233;minin. Comme la t&#234;te de Gorgone s'en fait le t&#233;moin, l'horreur de la castration, sous-jacente &#224; l'angoisse de mort, explique sans doute une part importante de cette association universelle entre le f&#233;minin d&#233;pourvu de p&#233;nis et la mort. Aussi, il est important de s'arr&#234;ter au mythe de la cr&#233;ation de la femme et &#224; la tradition ath&#233;nienne qui concevait deux groupes de descendances, masculin et f&#233;minin. Aux origines de l'humanit&#233;, les vieux mythes politiques ath&#233;niens, qui dispensent l'humanit&#233; du souci lancinant de la reproduction de l'esp&#232;ce, font na&#238;tre le premier homme de la Terre-M&#232;re. L'autochtone ath&#233;nien surgit du sol comme une plante, il se dit n&#233; de la terre m&#234;me de la patrie. La femme, quant &#224; elle, vient, selon le mythe de Prom&#233;th&#233;e, de Pandora, qui n'est pas l'anc&#234;tre de l'humanit&#233;, mais de la race des femmes et de toutes ses tribus. Elle est une cr&#233;ature seconde. L'autochtonie ne se dit qu'au masculin. Les femmes ne naissent pas et ne sont pas nomm&#233;es d'apr&#232;s Ath&#233;na. Selon l'histoire racont&#233;e dans la &lt;i&gt;Th&#233;ogonie&lt;/i&gt; d'H&#233;siode, devant l'Assembl&#233;e des dieux et des hommes, le Titan Prom&#233;th&#233;e a proc&#233;d&#233; au premier partage sacrificiel, l&#233;sant les dieux au profit des hommes par une ruse habile. Depuis ce temps-l&#224;, les g&#233;n&#233;rations humaines sacrifient aux immortels pour r&#233;instaurer le lien bris&#233;. Mais la rupture perdure, puisque Prom&#233;th&#233;e a r&#233;cidiv&#233;, volant pour les humains le feu dont Zeus les avait priv&#233;s. Zeus, pour exprimer sa col&#232;re, cr&#233;e, en place du feu, un mal destin&#233; aux humains. Et ce mal s'appelle la femme, un beau mal, un cadeau empoisonn&#233; pour l'humanit&#233;. Il y avait donc des humains avant que la femme soit cr&#233;&#233;e. On per&#231;oit d'embl&#233;e que l'humanit&#233; de la femme est par d&#233;finition ambigu&#235;. Dans la langue grecque &lt;i&gt;anthr&#244;poi&lt;/i&gt;, les humains, s'opposent aux dieux, et &lt;i&gt;andres&lt;/i&gt;, les m&#226;les, s'opposent au sexe f&#233;minin, et la pratique sociale et politique donne la parole aux seuls &lt;i&gt;andres&lt;/i&gt;. La femme, selon le mythe, ne na&#238;t pas, elle est produite par un geste artisanal, celui d'H&#233;pha&#239;stos, accomplissant la volont&#233; de Zeus. Elle est tout enti&#232;re et par essence un artifice. H&#233;siode fait de la femme un ventre, qui a comme fonction de reproduire l'humanit&#233;. Mais comment un artifice vivant assumerait-il la fonction de la f&#233;condit&#233; ? H&#233;siode, nous dit encore N. Loraux, r&#233;sout le probl&#232;me nominalement : la femme re&#231;oit le nom de Pandora, celle qui est le don de tous. Pandora devient alors la m&#232;re de la race des femmes et reste le seul mythe d'origine qui se soit impos&#233; sans contestation et sans rival dans la tradition grecque Elle est la premi&#232;re alt&#233;rit&#233;. Elle est humaine, mais n'est pas un homme de par ses origines, le &lt;i&gt;g&#233;nos&lt;/i&gt; des femmes est en Gr&#232;ce porteur du malheur et de la mort des hommes : en un mot, du tragique.
Le mythe fait valoir &#233;galement que la pr&#233;sence de la femme va modifier le statut de l'homme. Il va &#234;tre s&#233;par&#233; des dieux et avoir une naissance, une jeunesse, un &#226;ge adulte, une vieillesse et surtout, il devient mortel. La cr&#233;ation de la femme signifie par cons&#233;quent une seconde alt&#233;rit&#233; et le d&#233;but d'un jeu entre le m&#234;me et l'autre au sein m&#234;me de l'humain. La femme apporte le corollaire de la mort et de la reproduction sexu&#233;e. Cependant, m&#234;me au sein du genre f&#233;minin, on trouve ce jeu entre le semblable et l'autre, comme l'illustrent les repr&#233;sentations dominantes sur le f&#233;minin : le ventre f&#233;minin est &#224; la fois ce qui fait vivre et ce qui fait mourir. Cela nous fait penser aux trois in&#233;vitables relations de l'homme &#224; la femme au long de sa vie : la g&#233;n&#233;ratrice, la compagne et la destructrice, ou, comme le dit Freud, aux trois formes sous lesquelles se pr&#233;sente, au cours de la vie, l'image m&#234;me de la m&#232;re : la m&#232;re elle-m&#234;me, l'amante que l'homme choisit &#224; l'image de celle-ci, finalement la Terre-m&#232;re, qui le reprend &#224; nouveau.
La Gr&#232;ce antique est donc pour nous source d'enseignement, bien qu'il nous faille noter que les Grecs sont des &lt;i&gt;autres&lt;/i&gt; pour nous. Le Colloque &lt;i&gt;Les origines grecques de la psychanalyse&lt;/i&gt;, tenu &#224; Ath&#232;nes en octobre 2009, a mis ainsi &#224; l'&#339;uvre, au travers des diverses interventions, les corr&#233;lations entre politique, philosophie, trag&#233;die, mythe et psychanalyse. De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, la question qui nous a motiv&#233;s, pourrait se r&#233;sumer de la fa&#231;on suivante : pourquoi les th&#232;mes des trag&#233;dies grecques sont toujours d'actualit&#233; et suscitent toujours tant d'&#233;motion chez le spectateur et pourquoi revient-on &#224; la pens&#233;e grecque et au mod&#232;le de la d&#233;mocratie du Ve si&#232;cle pour penser les probl&#232;mes de la soci&#233;t&#233; actuelle ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Bibliographie&lt;/h2&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Assoun, P.-L. (2003). Topiques freudiennes du mythe. Th&#232;ses sur la Mythenforschung analytique. Topique.
&lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-topique-2003-3-page-173.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.cairn.info/revue-topique-2003-3...&lt;/a&gt;.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Brun, J. (1965). H&#233;raclite ou le philosophe de l'&#233;ternel retour. Paris : Seghers.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Cassin, B. (2001). Politiques de la m&#233;moire, Des traitements de la haine. Multitudes, 6.
&lt;a href=&#034;http://multitudes.samizdat.net/Politiques-de-la-m&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://multitudes.samizdat.net/Poli...&lt;/a&gt;&#233;moire.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Freud, S. (2001). Totem et Tabou (1912). Paris : Payot.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Freud, S. (2003). L'interpr&#233;tation des r&#234;ves (1899). &#338;uvres compl&#232;tes, IV. Paris : PUF.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Freud, S. (2006). Lettres &#224; Wilhelm Fliess, 1887-1904. Paris : PUF.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;H&#233;siode (1993). Th&#233;ogonie (VIIIe / VIIe si&#232;cle avant J.-C.). In Bonnaf&#233;, A. La Th&#233;ogonie, la naissance des dieux. Paris : Rivages.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Lacan, J. (1975). Encore. Le s&#233;minaire, livre XX. Paris : Seuil.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Loraux, N. (1989). Les exp&#233;riences de Tir&#233;sias. Le f&#233;minin et l'homme grec. Paris : Gallimard.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Loraux, N. (1990). Les enfants d'Ath&#233;na. Id&#233;es ath&#233;niennes sur la citoyennet&#233; et la division des sexes. Paris : Seuil.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Loraux, N. (1996). N&#233; de la terre. Mythe et politique &#224; Ath&#232;nes. Paris : Seuil.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Loraux, N. (1997). La cit&#233; divis&#233;e. L'oubli dans la m&#233;moire d'Ath&#232;nes. Paris : Payot.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Loraux, N. (2005). La Trag&#233;die d'Ath&#232;nes. La politique entre l'ombre et l'utopie. Paris : Seuil.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Platon (2008). &#338;uvres compl&#232;tes. Paris : Flammarion.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Thucydide (1990). &#338;uvres. In Romilly, J. (de) (1953-1972). Paris : Laffont.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb30-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Vernant, J.-P. (2004). La travers&#233;e des fronti&#232;res. Paris : Seuil.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'enseignant, c'est la politique</title>
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&lt;p&gt;Texte envoy&#233; par un sympathisant. &#8220;Exploiter la marge de progression de l'&#233;l&#232;ve&#8221;, &#8220;am&#233;liorer ses r&#233;sultats&#8221;, &#8220;lui apprendre &#224; r&#233;investir ses comp&#233;tences&#8221;, &#8220;lui permettre de gagner 3,3 points de moyenne&#8221; &#8212; voici quelques expressions relev&#233;es dans la brochure publicitaire d'une c&#233;l&#232;bre soci&#233;t&#233; d'encadrement scolaire. L'efficacit&#233; de la m&#233;thode p&#233;dagogique semble d'ailleurs &#233;tablie puisque le m&#234;me document indique que &#8220;94 % des parents ont constat&#233; que leurs enfants avaient fait des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte envoy&#233; par un sympathisant.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#8220;Exploiter la marge de progression de l'&#233;l&#232;ve&#8221;, &#8220;am&#233;liorer ses r&#233;sultats&#8221;, &#8220;lui apprendre &#224; r&#233;investir ses comp&#233;tences&#8221;, &#8220;lui permettre de gagner 3,3 points de moyenne&#8221; &#8212; voici quelques expressions relev&#233;es dans la brochure publicitaire d'une c&#233;l&#232;bre soci&#233;t&#233; d'encadrement scolaire. L'efficacit&#233; de la m&#233;thode p&#233;dagogique semble d'ailleurs &#233;tablie puisque le m&#234;me document indique que &#8220;94 % des parents ont constat&#233; que leurs enfants avaient fait des progr&#232;s&#8221;, &#8220;94 % des parents seraient pr&#234;ts &#224; nous recommander &#224; un ami&#8221; et &#8220;87,6 % des parents qui font appel &#224; nous pensent que nous proposons des enseignants de qualit&#233;&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les parents sont satisfaits, fort bien. Et les &#233;l&#232;ves, eux, sont-ils satisfaits ? Car la v&#233;ritable question est l&#224; : sont-ils satisfaits que les ann&#233;es qui devraient constituer un temps autonome, un moment sacr&#233; et intouchable d&#233;vou&#233; &#224; leur formation personnelle, &#224; leur d&#233;couverte de la culture humaine, &#224; l'&#233;panouissement de leur sensibilit&#233;, ce temps qui devrait leur permettre de lentement d&#233;couvrir qui ils sont, et en fonction de ce savoir acquis &#224; pas compt&#233;s, d'&#233;laborer leurs propres r&#234;ves et de s'appuyer sur leurs propres d&#233;sirs pour d&#233;cider du m&#233;tier qu'ils voudraient faire... les &#233;l&#232;ves, dis-je, sont-ils satisfaits que l'on ait sacrifi&#233; le temps le plus pr&#233;cieux de leur vie pour en faire un vulgaire placement dont leur carri&#232;re devra n'&#234;tre que la plus-value ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car le discours affich&#233; par ces soci&#233;t&#233;s d'encadrement scolaire n'est rien d'autre que la traduction commerciale de ce que la plupart des familles attendent d&#233;sormais des ann&#233;es d'&#233;ducation : la scolarit&#233; en est r&#233;duite &#224; n'&#234;tre plus qu'un investissement qui doit &#224; tout prix &#234;tre rentabilis&#233;, valoris&#233;. Concevoir l'enseignement ainsi est le meilleur moyen de d&#233;molir tout un syst&#232;me &#233;ducatif. Oublier que le temps scolaire doit exister, non pas comme un placement pour l'avenir, mais pour lui-m&#234;me, gratuitement, sans aucune obsession du r&#233;sultat, c'est oublier ce qui fonde un syst&#232;me &#233;ducatif digne de ce nom. Et cet oubli est le meilleur moyen de d&#233;truire les fondements progressistes sans lesquels la notion d'enseignement devient elle-m&#234;me un non-sens. La position qu'une soci&#233;t&#233; permet &#224; l'enseignant r&#233;sume l'orientation politique de cette soci&#233;t&#233; : l'enseignant, c'est la politique. Ne jamais &#234;tre rentable : telle est la position sur laquelle un enseignant ne doit c&#233;der &#224; aucun prix. Car c'est bien le fait de ne pas c&#233;der sur une position qui finit par rendre la position possible, r&#233;alisable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'enseignant parvient &#224; oublier le temps social, pour cr&#233;er une suspension, un moment de sursis coup&#233; de toute rentabilit&#233;, il y a une chance que se passe chez l'&#233;l&#232;ve quelque chose d'impr&#233;visible, quelque chose qui appartienne &#224; l'&#233;l&#232;ve seul. Mais cela suppose de naviguer &#224; contre-courant de toute la demande sociale qui veut qu'on soit press&#233; par le temps &#8212; &#8220;le temps c'est de l'argent&#8221; &#8212; pour se poser, &#224; l'inverse, comme quelqu'un qui refuse de r&#233;pondre &#224; une attente. Aussi un enseignant ne saurait &#234;tre quelqu'un qui pr&#233;pare &#224; passer un concours ou un examen. Jamais le savoir qu'il transmet ne devrait &#234;tre applicable de fa&#231;on directe. Il faudrait que l'enseignant forme seulement l'&#233;l&#232;ve, et que l'&#233;l&#232;ve seul passe l'examen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'insiste sur cette id&#233;e d'&#233;l&#232;ve seul : il faut que l'&#233;l&#232;ve apprenne &#224; retrouver la solitude sans laquelle tout enseignement devient intrusif, usurpation de son d&#233;sir. Lorsque l'on enseigne, on est continuellement confront&#233; au sempiternel probl&#232;me de la validation des acquis : tout ce que je lui apprend, l'&#233;l&#232;ve saura-t-il l'utiliser, l'exploiter, le moment venu, le jour du contr&#244;le ou de l'examen ? &#8212; cette question, un enseignant ne devrait pas se la poser. C'est une question qui ne lui appartient pas, car elle appartient &#224; l'&#233;l&#232;ve seul. En effet, on peut tout &#224; fait imaginer qu'un &#233;l&#232;ve qui a suivi un cours extraordinaire sur la po&#233;sie d&#233;cide de mettre &#224; profit ce qu'il appris en r&#233;digeant le commentaire d'un po&#232;me le jour du Bac. Mais on peut aussi tr&#232;s bien imaginer qu'il d&#233;cide de ne pas passer le Bac et de devenir po&#232;te. Et dans ces deux cas, il faut avoir l'audace d'en conclure que le cours en question devait vraiment &#234;tre r&#233;ussi ! R&#233;ussi parce que l'enseignant avait eu le courage de ne pas pr&#233;tendre savoir ce qui est bon pour l'&#233;l&#232;ve &#224; la place de l'&#233;l&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, s'il sait d'avance de quelle fa&#231;on son enseignement doit &#234;tre rentabilis&#233;, non seulement il usurpe le d&#233;sir de l'&#233;l&#232;ve, mais il fait subir aux connaissances qu'il transmet une torsion qui les prive de tout devenir. Or, nos m&#233;thodes d'enseignement nient totalement la solitude de l'&#233;l&#232;ve. Elles empi&#232;tent sur son libre-arbitre. Elle nient que celui qui apprend doit ensuite se retrouver seul lorsqu'il est confront&#233; au choix de savoir ce qu'il fera de ce qu'on lui a enseign&#233;, lorsqu'il se posera la question &#8220;comment doit-je utiliser ce que j'ai appris ?&#8221; &#8212; et m&#234;me la question plus fondamentale : &#8220;suis-je absolument contraint d'utiliser ce que j'ai appris ?&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, que sous-entendent les innombrables vell&#233;it&#233;s politiques visant &#224; &#233;valuer les enseignants, &#224; les rendre plus &#8220;comp&#233;titifs&#8221; en les notant en fonction des r&#233;sultats de leurs &#233;l&#232;ves, &#224; les mettre en concurrence avec leurs coll&#232;gues ? Un enseignant ne saurait &#234;tre mis en concurrence avec personne. Car si l'&#233;l&#232;ve est seul, n&#233;cessairement l'enseignant aussi est seul. Lorsqu'il parle &#224; ses &#233;l&#232;ves, quelle que soit la p&#233;dagogie dont il use, il doit rester absolument lui-m&#234;me, il doit parler comme il aime parler, et surtout il doit pouvoir dire des choses que l'&#233;l&#232;ve ne comprend pas, des choses encore trop hautes, trop complexes, anti-p&#233;dagogiques, non adapt&#233;es &#224; l'&#233;l&#232;ve &#8212; des choses que l'&#233;l&#232;ve comprendra un jour, peut-&#234;tre, &#233;clair&#233; par son exp&#233;rience future. Bref : toute transmission digne de ce nom n'est jamais totalement recevable au moment m&#234;me o&#249; elle est transmise (je parle &#233;videmment ici des savoirs qui font la richesse de l'humain : litt&#233;rature, philosophie, histoire, art, bref les humanit&#233;s &#8212; je n'inclus pas dans ma r&#233;flexion les disciplines subalternes comme les mati&#232;res scientifiques ou &#233;conomiques).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il ne doit pas se soucier du d&#233;lai dans lequel les niveaux les plus profonds de ce qu'il dit sera vraiment assimil&#233;, l'enseignant doit encore moins se soucier du moment et de la fa&#231;on dont les savoirs qu'il transmet seront utilis&#233;s, exploit&#233;s, par l'&#233;l&#232;ve. Prenons l'exemple de la philosophie. Apprendre la philosophie est une chose. R&#233;ussir la dissertation de philosophie au Baccalaur&#233;at en est une autre &#8212; une tout autre. Et il devrait y avoir entre les deux une distance tellement grande qu'on ne devrait jamais expliquer aux &#233;l&#232;ves comment r&#233;ussir leurs dissertations pendant un cours de philosophie. Les cours de philosophie doivent servir &#224; apprendre la philosophie, un point c'est tout. Et si l'&#233;l&#232;ve a compris comment s'&#233;labore un raisonnement philosophique, alors il sera capable &#8212; seul &#8212; d'en &#233;laborer un le jour de l'&#233;preuve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, on fait aujourd'hui exactement le contraire : on apprend &#224; r&#233;ussir l'&#233;preuve, la philosophie n'&#233;tant que le support de cet apprentissage technique. On conditionne donc l'apprentissage de la philosophie &#224; la r&#233;ussite de l'&#233;preuve. Les &#233;l&#232;ves passent ainsi leur ann&#233;e &#224; naviguer entre un Bac blanc, un devoir sur table, un autre Bac blanc, et ainsi de suite jusqu'&#224; l'&#233;preuve finale. Tout le temps est en fait consacr&#233; &#224; la pr&#233;paration de ces &#233;preuves qu'il faut r&#233;ussir &#224; tout prix, et l'enseignement des vastes probl&#233;matiques trait&#233;es par les grands philosophes devient subordonn&#233;, tributaire de la prochaine &#233;preuve qui n'est jamais loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cons&#233;quence c'est qu'on n'apprend absolument plus la philosophie, on apprend &#8220;l'&#233;preuve-de-philosophie&#8221;. On n'apprend plus la litt&#233;rature, on apprend &#8220;l'&#233;preuve-anticip&#233;e-de-fran&#231;ais&#8221;. En d&#233;finitive, on n'apprend plus les connaissances, on apprend seulement &#224; les utiliser &#8212; autrement dit &#224; faire semblant de les conna&#238;tre. Il faut alors rectifier le programme des connaissances, pour n'enseigner que ce qui est directement exploitable. Ce faisant on inculque aux &#233;l&#232;ves une valeur tr&#232;s discutable et en tout cas peu compatible (pour ne pas dire radicalement adverse) avec tout enseignement digne de ce nom : ne vaut d'&#234;tre appris que ce qui pourra &#234;tre exploit&#233;. Une telle le&#231;on, on peut en &#234;tre certain, va marquer profond&#233;ment les &#233;l&#232;ves, qui en tireront des cons&#233;quences bien au-del&#224; de leurs ann&#233;es d'&#233;tudes. Car on les enjoint ainsi &#224; graver en eux cette &#8220;r&#232;gle d'or&#8221; : ce qui est vraiment important se limite &#224; ce qui est rentable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, &#224; travers de multiples mati&#232;res, on ne leur inculque finalement les valeurs que d'une seule : l'&#233;conomie. Cela tombe bien ! c'est justement celle-l&#224; qui gouverne tyranniquement le monde dans lequel ils vivent. Dans la vision &#233;conomique des choses, tout trouve un sens relativement au b&#233;n&#233;fice qu'on en retire, et un seul mode d'appr&#233;ciation doit toujours pr&#233;valoir : rien ne vaut quelque chose en soi, il n'y a que des fins et des moyens. Et comme seules les fins comptent, les moyens peuvent bien &#234;tre m&#233;pris&#233;s pour ce qu'ils sont. Or, cette fa&#231;on de penser est l'exacte antith&#232;se de l'enseignement des humanit&#233;s. Pour les humanit&#233;s, ce que l'on consid&#232;re comme des moyens sont en r&#233;alit&#233; des fins. On n'&#233;tudie pas un sonnet de Ronsard comme l'un des nombreux passe-droits qui conduisent &#224; un poste d'encadrement bien pay&#233;. Ronsard ne se laisse pas approcher par des mains aussi grossi&#232;res. On &#233;tudie un sonnet de Ronsard pour le sonnet de Ronsard. Et m&#234;me, pourrait-on ajouter, le seul crit&#232;re qui garantit que le sonnet a &#233;t&#233; vraiment &#8220;acquis&#8221; (c'est-&#224;-dire fait sien par l'&#233;l&#232;ve) c'est qu'il n'a &#233;t&#233; &#233;tudi&#233; que pour lui-m&#234;me, de fa&#231;on totalement d&#233;sint&#233;ress&#233;e. Si c'est le cas, l'&#233;l&#232;ve sera alors absolument capable de r&#233;diger une parfaite dissertation sur le sujet. Mais cette dissertation vient toujours ensuite. D&#232;s qu'elle conditionne l'&#233;tude du sonnet, c'est perdu. Car cette dissertation n'a rien &#224; voir avec le sonnet en question &#8212; et la pire des m&#233;thodes serait d'enseigner le sonnet comme une pr&#233;paration &#224; ce futur exercice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je d&#233;fends un apprentissage totalement d&#233;sint&#233;ress&#233;, je sais sur quoi je parie. Je parie sur le fait qu'un acte totalement d&#233;sint&#233;ress&#233; est possible. Oui, je parie sur le fait qu'on se cultive pour l'amour de l'art, des lettres, de la philosophie, et non pas seulement pour se distinguer socialement, non pas pour accumuler du capital culturel susceptible d'&#234;tre reconverti en capital &#233;conomique. Je vais m&#234;me plus loin : je parie que ce que nous appelons &#171; notre &#226;me &#187; est une cr&#233;ation politique qu'il faut nourrir, qui demande &#224; &#234;tre nourrie. Et qu'on a sciemment cess&#233; de la nourrir pour la faire mourir parce que son existence &#233;tait un scandale incompatible avec la conception &#233;conomique et rentable de l'homme, conception exig&#233;e par le capitalisme &#8212; aussi bien que par le socialisme tel qu'il a &#233;t&#233; con&#231;u jusqu'&#224; pr&#233;sent. Comme seul l'enseignement avait le pouvoir de changer la soci&#233;t&#233; pour le meilleur, on s'est charg&#233; de faire en sorte qu'il change effectivement la soci&#233;t&#233;. Mais pour le pire. Car les ennemis de tout progr&#232;s ont parfaitement compris, eux, que l'enseignant, c'est la politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gilles D'Elia&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Tyrannie dans un monde de petits &#201;tats </title>
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		<dc:subject>D&#233;mocratie directe</dc:subject>
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&lt;p&gt;Chapitre quatre du livre &#171; La D&#233;composition des Nations &#187; (The Breakdown of Nations), de Leopold Kohr, 1955. Traduction de Benaset Sobeiran (12/2013). Source : http://lanredec.free.fr/polis/BoN_T... 'Au commencement, les rois avaient des inclinations diff&#233;rentes . . . Alors la vie des hommes s&#237;&#233;coulait sans ambition ; chacun &#233;tait content du sien.' Saint Augustin Comme les chapitres pr&#233;c&#233;dents l'ont montr&#233;, ni les probl&#232;mes de guerre ni ceux li&#233;s &#224; la criminalit&#233; purement interne (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-sociale-democratie-" rel="directory"&gt;Autonomie sociale : D&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;

/ 
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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-108-sociologie-+" rel="tag"&gt;Sociologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-122-guerre-+" rel="tag"&gt;Guerre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-138-totalitarisme-+" rel="tag"&gt;Totalitarisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-193-kohr-l-+" rel="tag"&gt;Kohr L.&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Chapitre quatre du livre &#171; La D&#233;composition des Nations &#187; (The Breakdown of Nations), de Leopold Kohr, 1955. Traduction de Benaset Sobeiran (12/2013).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;http://lanredec.free.fr/polis/BoN_ToC_fr.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://lanredec.free.fr/polis/BoN_T...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;'Au commencement, les rois avaient des inclinations diff&#233;rentes . . . Alors la vie des hommes s&#237;&#233;coulait sans ambition ; chacun &#233;tait content du sien.'&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Saint Augustin &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Comme les chapitres pr&#233;c&#233;dents l'ont montr&#233;, ni les probl&#232;mes de guerre ni ceux li&#233;s &#224; la criminalit&#233; purement interne des soci&#233;t&#233;s ne disparaissent dans un monde de petits &#233;tats ; ils sont simplement ramen&#233;s &#224; des proportions supportables. Au lieu d'essayer d&#233;sesp&#233;r&#233;ment de gonfler les talents limit&#233;s de l'homme &#224; un niveau permettant de faire face &#224; l'&#233;normit&#233;, l'&#233;normit&#233; est d&#233;coup&#233;e jusqu'&#224; une taille o&#249; elle peut &#234;tre g&#233;r&#233;e m&#234;me par les talents limit&#233;s de l'homme. En miniature, les probl&#232;mes perdent &#224; la fois leur caract&#232;re terrifiant et leur port&#233;e, ce qui est tout ce que la soci&#233;t&#233; peut jamais esp&#233;rer. Notre choix semble donc ne pas &#234;tre entre crime et vertu mais entre crime &#233;norme et menu crime ; pas entre guerre et paix, mais entre grandes guerres et petites guerres, entre guerres totales et indivisibles et guerres locales et divisibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais non seulement les probl&#232;mes de la guerre et du crime deviennent solubles &#224; petite &#233;chelle. Chaque vice r&#233;duit sa port&#233;e avec la r&#233;duction de la taille de l'&#233;l&#233;ment social dans lequel il se d&#233;veloppe. C'est particuli&#232;rement vrai de la mis&#232;re sociale qui para&#238;t &#224; beaucoup aussi g&#234;nante que la guerre elle m&#234;me. La tyrannie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a rien dans la constitution des hommes ou des &#233;tats qui peut &#233;viter l'ascension de dictateurs, fascistes ou autres. Les maniaques de la puissance existent partout, et chaque communaut&#233; traversera &#224; un moment ou un autre une phase de tyrannie. La seule diff&#233;rence r&#233;side dans le &lt;i&gt;degr&#233;&lt;/i&gt; du gouvernement tyrannique qui, &#224; son tour, d&#233;pend une fois de plus de la &lt;i&gt;taille&lt;/i&gt; et de la &lt;i&gt;puissance&lt;/i&gt; des pays qui en tombent victimes. &lt;br class='manualbr' /&gt;A peine lib&#233;r&#233;s de la tyrannie du nazisme, et contemporains de la tyrannie du communisme, nous n'avons pas d'effort d'imagination &#224; faire pour visualiser les cons&#233;quences tant internes qu'externes de l'&#233;tablissement d'un pouvoir dictatorial dans un grand pays. En interne, la machine &#224; la disposition du dictateur est si colossale que seul un fou peut voir un sens &#224; faire preuve de courage. La grande majorit&#233; est condamn&#233;e &#224; une vie soit de mis&#232;re soit d'uniformit&#233; &#224; crier &lt;i&gt;Heil&lt;/i&gt;. Mais sa puissance a aussi des effets externes. Elle d&#233;borde des fronti&#232;res, &#233;clipsant les voisins, les petits comme les puissants. Les petits parce que, en d&#233;pit de leur ind&#233;pendance formelle, ils n'ont aucune chance de r&#233;sister, et les puissants parce qu'ils n'ont aucun moyen de savoir si un d&#233;fi au dictateur annoncerait sa destruction ou la leur. Donc eux aussi ob&#233;iront aux ordres du dictateur. Chaque fois qu'il bouge, le monde entier r&#233;sonne du tonnerre distant des desseins qu'il trame. Seule une co&#251;teuse et incertaine guerre pourrait le lib&#233;rer de son suspense terrifiant. Comme la grande puissance est par d&#233;finition un &#233;l&#233;ment qui peut &#224; lui seul rompre l'&#233;quilibre du monde, un unique dictateur dans un grand pays est suffisant pour d&#233;ranger la tranquillit&#233; d'esprit de tous. En cons&#233;quence, un monde de grandes puissances est s&#251;r et sans danger seulement si le gouvernement de chaque grande puissance est entre les mains d'hommes sages et bons (une combinaison qui est rare m&#234;me dans les d&#233;mocraties). Dans le monde r&#233;el, en fait, la grande puissance attire par sa nature m&#234;me le fort plut&#244;t que le sage, et les autocrates plut&#244;t que les d&#233;mocrates. Donc il n'est pas surprenant que, des huit grandes puissances qui existaient avant la Seconde Guerre Mondiale, non pas une mais quatre &#233;taient sous une autorit&#233; dictatoriale : l'Allemagne, l'Italie, le Japon, et la Russie ; et parmi les quatre Grands de l'apr&#232;s guerre, deux &#8212; la Russie et la Chine. Et bien qu'il n'y ait &#224; pr&#233;sent que deux dictatures de grandes puissances, il n'y a pas un coin du globe assez recul&#233; pour &#233;chapper &#224; la terreur de leur existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;l. La Limitation du Mal &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant suivons les effets du m&#234;me probl&#232;me dans un monde de petits &#233;tats. Si un maniaque de la puissance y prend le contr&#244;le d'un gouvernement, les cons&#233;quences tant internes qu'externes sont immens&#233;ment diff&#233;rentes. Comme un petit &#233;tat est par nature faible, son gouvernement, qui ne peut tirer la mesure de sa puissance que de la mesure du pays qu'il gouverne, doit de la m&#234;me fa&#231;on &#234;tre faible. Et si le gouvernement est faible, faible doit &#234;tre son dictateur. Et si un dictateur est faible, il peut &#234;tre renvers&#233; par le m&#234;me effort d&#233;contract&#233; qu'il a lui m&#234;me d&#251; employer pour renverser le pr&#233;c&#233;dent gouvernement. S'il devient trop arrogant, il se retrouvera pendu &#224; un r&#233;verb&#232;re ou couch&#233; dans le caniveau avant d'avoir le temps de r&#233;aliser qu'il a perdu le pouvoir. Aucune force de police d'un petit &#233;tat ne peut &#234;tre assez grande pour le prot&#233;ger m&#234;me de r&#233;bellions mineures. &lt;br class='manualbr' /&gt;Le premier et plus important b&#233;n&#233;fice d&#233;riv&#233; d'un arrangement de petits &#233;tats est donc le raccourcissement de la dur&#233;e de vie d'un dictateur ou, au moins, de sa p&#233;riode de pouvoir &#8212; &#224; moins qu'il d&#233;cide d'&#234;tre sage plut&#244;t que de s'engager dans des affirmations auto-destructrices de sa puissance. Et voici le second b&#233;n&#233;fice. Comme l'arrogance et les brutalit&#233;s sont dangereuses dans un petit &#233;tat, un dictateur qui aime la vie est pratiquement conduit &#224; une gouvernance b&#233;n&#233;fique aux gens. Priv&#233; de l'opportunit&#233; de savourer les plaisirs du vice, il fera le mieux qui lui reste et savourera les plaisirs plus subtils de la vertu. Il emploiera des architectes et des peintres plut&#244;t que des g&#233;n&#233;raux et des bourreaux, et am&#233;liorera la situation des travailleurs plut&#244;t que l'&#233;clat de l'uniforme de ses soldats. &lt;br class='manualbr' /&gt;L'histoire montre que la dictature courte comme la bonne sont des ph&#233;nom&#232;nes qui ont exist&#233; principalement dans des petits &#233;tats. La premi&#232;re n'a jamais eu d'importance en raison de sa courte existence, et la seconde en raison des bienfaits effectifs que le monde a tir&#233; d'une bonne dictature. L'histoire des cit&#233;s-&#233;tats de la Gr&#232;ce antique, des principaut&#233;s m&#233;di&#233;vales italiennes et allemandes, et des r&#233;publiques modernes d'Am&#233;rique du Sud abonde en exemples de ces deux cat&#233;gories de petits tyrans, l'&#233;ph&#233;m&#232;re et le bon. Si les th&#233;oriciens de l'unit&#233; utilisent encore le terme de &lt;i&gt;personnage&lt;/i&gt; d'op&#233;ra comique pour les d&#233;crire, ils les caract&#233;risent exactement comme ce qu'ils sont &#8212; des hommes inefficaces m&#234;me s'ils sont mauvais. La seule chose qui semble d&#233;plac&#233;e dans de telles d&#233;signations d'op&#233;ra est leur sous entendu d&#233;daigneux. L'inefficacit&#233; signifie le manque de pouvoir pour tyranniser l'humanit&#233; &#8212; une position pour laquelle les dirigeants 'd'op&#233;ra comique' devraient &#234;tre b&#233;nis, et non fustig&#233;s. Quand nos th&#233;oriciens r&#233;aliseront ils que le plus grand des bienfaits que nos hommes d'&#233;tat pourraient nous apporter serait de ramener les trag&#233;dies s&#233;v&#232;res et dignes de l'existence de masse moderne aux probl&#232;mes ridicules d'une op&#233;rette ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Donc, &lt;i&gt;en interne&lt;/i&gt;, avec la faible puissance que lui donne un petit &#233;tat, m&#234;me le pire dictateur est incapable d'effrayer ses sujets suffisamment pour les amener au type de soumission rampante que m&#234;me le meilleur dictateur exige dans une grande puissance. Car bien que le dictateur d'un petit &#233;tat soit d'un rang sup&#233;rieur &#224; ses sujets, il ne peut jamais devenir inaccessible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, ce qui est encore plus important pour le monde ext&#233;rieur, le dictateur d'un petit &#233;tat est &lt;i&gt;compl&#232;tement&lt;/i&gt; inefficace &lt;i&gt;&#224; l'ext&#233;rieur&lt;/i&gt;. &#192; la diff&#233;rence de la puissance d'Hitler qui se faisait sentir dans une France mal &#224; l'aise des ann&#233;es avant qu'il ne l'attaque alors qu'elle &#233;tait toujours consid&#233;r&#233;e comme une grande puissance, l'influence du dictateur d'un petit &#233;tat s'arr&#234;te au ruisseau de fronti&#232;re de son pays. &#201;tant &#224; peine capable d'effrayer qui que ce soit chez lui, il ne peut effrayer absolument personne &#224; l'&#233;tranger. Ses manies sont limit&#233;es &#224; son propre territoire dont les limites &#233;troites agissent comme les murs matelass&#233;s d'une cellule d'isolement d'un asile de fous. Toute r&#233;action en cha&#238;ne de folie ne peut que se terminer en queue de poisson quand elle atteint les fronti&#232;res. Le communisme, qui est un outil si terrible dans les mains du dictateur d'une grande puissance, a si peu d'effet &#224; l'ext&#233;rieur de la petite R&#233;publique de San Marino que la plupart d'entre nous ne savent m&#234;me pas qu'il y a un &#233;tat communiste aussi de ce c&#244;t&#233; du Rideau de Fer. Mais ce que la puissance des Nations Unies ne peut pas contenir &#224; l'int&#233;rieur de la Russie, une douzaine de gendarmes italiens peuvent le contenir &#224; l'int&#233;rieur de San Marino.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait dire que, bien qu'un monde de petits &#233;tats limite la puissance d'un dictateur &#224; son propre territoire, le germe dictatorial lui m&#234;me pourrait se r&#233;pandre et infecter les autres de proche en proche. C'est possible, mais ceci, &#233;galement, serait inoffensif parce que dans ce cas les gouvernements dictatoriaux se multiplieraient simplement en nombre, mais ne cro&#238;traient pas en volume ou menace ext&#233;rieure, car les &#233;tats dans lesquels ils pourraient se d&#233;velopper repr&#233;sentent des int&#233;r&#234;ts concurrents et, donc, tendent &#224; s'&#233;quilibrer les uns les autres. Ils ne peuvent pas &#234;tre utilis&#233;s pour une fusion ou agr&#233;gation de puissance. En outre, comme un monde compos&#233; de centaines de petites souverainet&#233;s avec une multitude de syst&#232;mes politiques diff&#233;rents r&#233;agirait constamment &#224; des forces et tendances diff&#233;rentes &#224; des moments diff&#233;rents, la diffusion d'influences dictatoriales serait &#233;quilibr&#233;e ailleurs par la diffusion d'influences d&#233;mocratiques. Quand elles atteindraient l'extr&#233;mit&#233; de la carte, il est fort probable qu'elles auraient commenc&#233; &#224; d&#233;cliner dans leurs r&#233;gions d'origine. Dans un monde de petits &#233;tats, il y a une constante respiration et des &#233;ternuement et changements qui ne permettent jamais le d&#233;veloppement de forces souterraines gigantesques. Celles ci ne peuvent surgir que dans un arrangement de grandes puissances qui assure des p&#233;riodes prolong&#233;es de paix et permet aux puissances d'inspirer pendant des d&#233;cades enti&#232;res dans leurs poitrines gigantesques, rien que pour tout souffler devant elles quand, finalement, elles exhalent leurs ouragans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Hitler en Bavi&#232;re et Long en Louisiane&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savons tous ce qui est arriv&#233; au monde quand Hitler devint ma&#238;tre de la grande puissance d'Allemagne. Il a rendu l'Allemagne terrifiante m&#234;me pendant la paix, et ses voisins &#233;taient aussi effray&#233;s de ses assertions d'amiti&#233; que de ses menaces. Mais imaginons que le m&#234;me homme ait r&#233;ussi &#224; obtenir le pouvoir dictatorial seulement en Bavi&#232;re comme il tenta de le faire dans son fameux putsch de la Brasserie de 1923. Il se pourrait que l'&#233;chec de cette premi&#232;re tentative ait &#233;t&#233; une catastrophe pour le monde. &lt;br class='manualbr' /&gt;En 1923, au moins une partie de l'Allemagne &#233;tait encore organis&#233;e selon un sch&#233;ma de petits &#233;tats. La vie dans les petits &#233;tats &#233;tant plus individualiste que dans les grandes puissances, les gens n'agissent pas, en g&#233;n&#233;ral, comme s'ils &#233;taient abasourdis quand ils doivent avoir &#224; faire au gouvernement. En cons&#233;quence, Hitler aurait pu suivre le destin de Kurt Eisner, le dictateur communiste de Bavi&#232;re, qui le pr&#233;c&#233;da dans l'exp&#233;rience et fut promptement assassin&#233;. Ou alors il aurait pu profiter de quelques ann&#233;es d'un gouvernement qui n'aurait pas pu s'&#233;tendre au del&#224; du petit territoire de la Bavi&#232;re. Les &#233;tats voisins, en r&#233;action naturelle envers le succ&#232;s d'un gouvernement concurrent dans un &#233;tat concurrent, auraient &#233;t&#233; doublement sur leurs gardes vis &#224; vis d'un putsch similaire sur leur sol alors qu'Hitler, incapable de satisfaire son complexe de puissance dans un petit &#233;tat, se serait frustr&#233; jusqu'&#224; l'impotence par le paradoxe m&#234;me de sa condition. Comme dictateur de Bavi&#232;re, il aurait pu ne jamais devenir dictateur d'Allemagne. Il aurait pu rester un amateur grossier et un petit tyran avec une dur&#233;e de vie abr&#233;g&#233;e, compte tenu que les petits &#233;tats peuvent organiser la chute d'un dictateur du jour au lendemain. Mais malheureusement il a &#233;chou&#233; en Bavi&#232;re et a acquis au contraire la ma&#238;trise de la grande puissance d'Allemagne. Le r&#233;sultat fut que, non seulement il devint virtuellement ind&#233;logeable, mais il for&#231;a les plus grands esprits de sa g&#233;n&#233;ration &#224; changer d'avis sur ce qu'ils appelaient pr&#233;c&#233;demment folie romantique ou criminelle, et et &#224; se demander s'il n'&#233;tait pas r&#233;ellement le super-g&#233;nie que Goebbels pr&#233;tendait qu'il &#233;tait. En Bavi&#232;re, il aurait pu d&#233;cider par manque d'autres exutoires d'ennuyer ou d'enchanter le monde, comme un primitif &#224; la Grandma-Moses de la vall&#233;e de l'Inn, avec ses peintures. En Allemagne, le m&#234;me homme fut capable de le ruiner comme une apparition Napol&#233;onienne avec ses guerres. En Bavi&#232;re, le Wurtemberg ou l'Autriche voisins auraient pu lui faire face &#8212; comme, en fait, ils l'ont fait. En Allemagne, la puissance combin&#233;e de la Grande Bretagne, la France, les &#201;tats Unis et l'Union Sovi&#233;tique ne purent emp&#234;cher le barrage nazi d'&#233;clater. &lt;br class='manualbr' /&gt;Mais il n'est pas n&#233;cessaire de nous limiter &#224; des sp&#233;culations hypoth&#233;tiques pour visualiser les effets toujours b&#233;nins d'une dictature dans de petits &#233;tats. Aux &#201;tats Unis, o&#249; nous avons en pratique une organisation de petits &#233;tats, le probl&#232;me d'une dictature r&#233;gionale n'a jamais atteint des proportions ing&#233;rables. Certains diront que les Am&#233;ricains sont un peuple trop libre pour se soumettre &#224; la tyrannie, ou que nous sommes trop &#233;duqu&#233;s pour produire des dictateurs, et que ceci est la raison pour laquelle la dictature ne pose pas de probl&#232;me ici. Aucune de ces deux opinions ne semble valide. Il y a eu des dictateurs, et, en cons&#233;quence logique, il y a eu des soumissions m&#234;me ici. Notre bonne fortune n'est pas que des dictateurs ne peuvent pas survenir, mais qu'ils ne peuvent pas se r&#233;pandre. Leur influence est proprement arr&#234;t&#233;e aux fronti&#232;res d'&#233;tat, et aucune intervention militaire f&#233;d&#233;rale n'est n&#233;cessaire pour les y stopper. Quelque degr&#233; d'autorit&#233; gouvernementale que les tyrans locaux puissent poss&#233;der dans leurs propres &#233;tats, ils ne peuvent poser aucun danger aux autres. Huey Long &#233;tait un personnage aussi odieux, et avait des aspirations aussi absolues qu'Hitler. S'il fut inefficace, c'est seulement qu'il &#233;tait le patron d'un petit &#233;tat, comme Hitler l'aurait &#233;t&#233; s'il avait r&#233;ussi en Bavi&#232;re. &#201;tant sans puissance, il y avait des limites aux effets de ses desseins. C'est vrai, le germe dictatorial s'est r&#233;pandu mais Huey n'a pas pu se r&#233;pandre, et m&#234;me le germe n'a pas pu aller loin gr&#226;ce &#224; l'action ralentissante des fronti&#232;res&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sir George Thomson, dans un article du Listener du 23 Mars 1950, d&#233;crivant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh31-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Actuellement, le germe a atteint un stade virulent en G&#233;orgie, mais de nouveau il est proprement confin&#233; et, s'il atteint la Floride, il est fort probable qu'&#224; ce moment il se sera &#233;teint en G&#233;orgie. Mais m&#234;me l&#224; o&#249; des dictatures existent effectivement dans des &#233;tats de l'Union am&#233;ricaine, ils sont si faibles qu'ils sont incapables d'effrayer quiconque &#224; part les fonctionnaires de l'administration de l'&#233;tat en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais supposons que, au lieu des multiples petits &#233;tats, il y ait simplement un grand et puissant &#233;tat du Sud. Huey Long, comme il a r&#233;ussi en Louisiane, aurait tout aussi bien pu y r&#233;ussir. Mais il n'aurait plus pu &#234;tre renvers&#233; aussi facilement qu'il l'a effectivement &#233;t&#233;. Il aurait cess&#233; d'&#234;tre un personnage d'op&#233;ra comique. Il aurait &#233;t&#233; un seigneur arrogant non seulement pour les citoyens de son propre &#233;tat, mais aussi pour ceux de tous les &#233;tats du continent. Ses humeurs matinales auraient &#233;t&#233; l'objet d'espoir et d'anxi&#233;t&#233; de New York &#224; Los Angeles. Au lieu d'&#234;tre fustig&#233; et ridiculis&#233;, il aurait &#233;t&#233; d&#233;cor&#233; et honor&#233;. Et sa s&#233;curit&#233; aurait &#233;t&#233; prot&#233;g&#233;e des balles de l'assassin par une arm&#233;e de gardes SS que la petite Louisiane n'aurait jamais pu se payer. Mais il y aurait eu une s&#233;quelle pire que celle l&#224;. car la tyrannie &#224; grande &#233;chelle devient non seulement respectable et pratiquement inamovible &#224; cause de la force physique impressionnante qu'elle peut rassembler pour sa d&#233;fense ; elle le devient doublement en engendrant &#224; un niveau critique dans le peuple la philosopie de soumission appropri&#233;e. Dans les applications pr&#233;c&#233;dentes de la th&#233;orie de la mis&#232;re sociale par la puissance ou la taille nous avons d&#233;couvert qu'un climat mental criminel n'est pas la cause mais la cons&#233;quence du crime de masse, et que l'&#233;tat d'esprit agressif n'est pas la cause mais la cons&#233;quence de l'acquisition d'une puissance agressive. Pour la m&#234;me raison, ce n'est pas la disposition soumise qui conduit &#224; la mis&#232;re ou &#224; la tyrannie, mais la puissance tyrannique, qui grandit proportionnellement &#224; la taille de la communaut&#233;, qui conduit au niveau critique de l'esprit de soumission tol&#233;rante. La docilit&#233; n'est donc pas une qualit&#233; humaine qui pourrait &#234;tre largement expliqu&#233;e comme le r&#233;sultat de l'&#233;ducation, de la tradition, du caract&#232;re national, ou du mode de production. Comme la plupart des autres attitudes sociales, c'est la r&#233;action r&#233;flexe adaptative par laquelle l'homme r&#233;pond &#224; la puissance. Son degr&#233; varie directement avec le degr&#233; de puissance, exactement comme sa r&#233;action oppos&#233;e, la revendication de la libert&#233;, varie inversement avec lui. L&#224; o&#249; il y a puissance, il y a soumission, et l&#224; o&#249; il n'y a pas soumission, il n'y a pas de puissance. C'est pourquoi, historiquement, les peuples apparemment les plus amoureux de la libert&#233; on accept&#233; la tyrannie avec autant de soumission que ceux qui &#233;taient apparemment les plus soumis&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ceci contredit l'auto-portrait flatteur de beaucoup mais non les faits (&#8230;)&#034; id=&#034;nh31-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ou pourquoi on peut dire sans risque que m&#234;me les Am&#233;ricains se soumettraient si notre structure f&#233;d&#233;rale permettait l'accumulation du volume n&#233;cessaire de puissance gouvernementale. Car, comme le jeune Boswell le confiait de fa&#231;on si touchante &#224; son &lt;i&gt;London Journal,&lt;/i&gt; &#171; quand l'esprit sait qu'il n'obtiendra rien en se battant, il se soumet tranquillement et patiemment &#224; toute charge qui lui est impos&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb31-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sir George Thomson, dans un article du &lt;i&gt;Listener&lt;/i&gt; du 23 Mars 1950, d&#233;crivant les conditions qui produisent une r&#233;action en cha&#238;ne nucl&#233;aire, fournit dans ce qui suit une analyse qui est aussi suggestive des probl&#232;mes du monde social que de ceux du monde des atomes : &#171; Le processus (de la r&#233;action en cha&#238;ne) est extr&#234;mement rapide une fois qu'il a effectivement d&#233;marr&#233; et le r&#233;sultat est une violente explosion. C'est r&#233;ellement un peu comme la progression d'une maladie avec les atomes dans le r&#244;le des patients et les neutrons qui agissent comme les germes. Donc exactement comme la maladie se propagera mieux si les gens vivent pr&#232;s les uns des autres dans une ville que s'ils sont largement &#233;parpill&#233;s, on a ici besoin d'avoir beaucoup de plutonium ensemble pour la d&#233;clencher. S'il n'y en a qu'un peu, ou s'il est r&#233;pandu trop peu dens&#233;ment, les neutrons s'&#233;chapperont dans l'espace sans trouver un atome &#224; infecter, et l'&#233;pid&#233;mie s'&#233;teindra pr&#233;cocement. En fait, il y a toujours des neutrons dans l'air et un morceau de plutonium est toujours l&#233;g&#232;rement infect&#233;, mais rien ne se passe jusqu'&#224; ce qu'il y ait une masse suffisante de mat&#233;riau pour permettre &#224; la r&#233;action en cha&#238;ne de se propager &#8212; et alors la bombe explose. Donc l'action de d&#233;clencher la bombe consiste &#224; rapprocher des morceaux du mat&#233;riau jusqu'&#224; ce qu'ils forment une masse qui exc&#232;de ce qui est appel&#233; la taille critique. &#187; De mani&#232;re similaire, le germe de la dictature ne peut pas produire beaucoup de mal dans un monde de petits &#233;tats dont les fronti&#232;res emp&#234;chent l'accumulation d'une 'masse suffisante' pour qu'une r&#233;action en cha&#238;ne se produise. S'il n'y a que de petits &#233;tats, ou des &#233;tats dont la population est dispers&#233;e, ce qui revient au m&#234;me, le germe dictatorial, comme un neutron, s'&#233;chappera dans l'espace sans trouver assez d'atomes humains &#224; infecter.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ceci contredit l'auto-portrait flatteur de beaucoup mais non les faits historiques. Il est dit, par exemple, que les Fran&#231;ais apparemment amoureux de la libert&#233; ne se soumettraient jamais &#224; la tyrannie au point montr&#233; par les Allemands. Pourtant, quand les nazis ont &#233;tendu leur domination sur eux, ils &#8212; et aussi les Danois, Hollandais, ou Polonais &#8212; se sont montr&#233;s aussi soumis &#224; leur tyrannie que les Allemands. Bien qu'il y ait eu des mouvements de r&#233;sistance, en tant que ph&#233;nom&#232;ne de masse ils &#233;taient caract&#233;ristiques de l'apr&#232;s-guerre, pas de la p&#233;riode de domination allemande effective. &#192; ce moment m&#234;me les nazis d&#233;couvrirent qu'ils &#233;taient des r&#233;sistants. Bien que les Fran&#231;ais aient eu une s&#233;rie de r&#233;volutions, elles n'ont jamais &#233;t&#233; dirig&#233;es contre des gouvernements forts. Sous Louis XIV et XV, ils accept&#232;rent le degr&#233; le plus outrageant d'exploitation, gaspillage, arrogance, intol&#233;rance et immoralit&#233; royales sans un murmure. Mais quand le tr&#244;ne tomba dans les mains de Louis XVI, un roi parfaitement charmant, impotent, humble et bienveillant dont la plus grande extravagance &#233;tait sa tendre affection pour les fleurs, ils mont&#232;rent finalement la r&#233;volution qui submerge encore la post&#233;rit&#233; de ses principes &#233;lev&#233;s qui n'&#233;taient pas fran&#231;ais, et son audace qui n'&#233;tait pas grande. (Libert&#233;, &#233;galit&#233;, fraternit&#233; qui &#233;taient pratiqu&#233;es depuis des si&#232;cles dans les montagnes de Suisse et du Tyrol, &#233;taient si &#233;trang&#232;res &#224; la France, que ce n'est pas avant 1789 qu'elles furent introduites. Et m&#234;me alors elles ne furent pratiqu&#233;es que pendant de brefs intervalles jusqu'&#224; ce qu'elles l'emportent en 1871.) &#192; peine eurent ils guillotin&#233; leur roi, qu'ils acceptaient docilement la tyrannie de Napol&#233;on, le suivant avec une d&#233;votion qui n'a d'&#233;gale que celle montr&#233;e par les nazis sous Hitler. C'est vrai, ils se rebell&#232;rent aussi contre Napol&#233;on, mais seulement apr&#232;s qu'il ait &#233;t&#233; totalement d&#233;fait sur le champ de bataille, et que la r&#233;bellion ne signifiait plus l'amour de la libert&#233; mais la trahison. Les peuples ne se r&#233;voltent jamais contre les tyrans. Ils se r&#233;voltent seulement contre les faibles. Si les Allemands n'ont pas eu de grande r&#233;volution romantique, ce n'est pas, comme la th&#233;orie populaire le pr&#233;tend, qu'ils sont plus soumis que les autres. C'est parce que la pr&#233;condition historiquement n&#233;cessaire &#224; tout soul&#232;vement populaire, l'affaiblissement soudain d'un gouvernement ant&#233;rieurement fort, ne s'est que rarement mat&#233;rialis&#233;e dans leur cas. Quand elle le fit, comme en 1918, ils se rebell&#232;rent aussi vigoureusement que leurs voisins, d&#233;tr&#244;nant non seulement un souverain, le Kaiser, mais tous leurs rois, grands ducs, ducs, et princes. L'espace nous emp&#234;che de pr&#233;senter la masse de documentation, dr&#244;le et d&#233;sabus&#233;e, montrant comment tous les peuples, les Anglais, les Fran&#231;ais, les Tch&#232;ques, les Allemands, ont toujours &#233;t&#233; soumis &#224; la puissance gouvernementale en proportion de son ampleur, et non en proportion de leurs sentiments de libert&#233; ou de leur caract&#232;re national.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>D&#233;claration f&#233;d&#233;rative des collectifs pour la d&#233;mocratie directe</title>
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		<dc:date>2015-05-14T10:28:24Z</dc:date>
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		<dc:subject>Extr&#234;mes-droites</dc:subject>

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&lt;p&gt;|Ce texte fait partie de la brochure n&#176;20ter : D&#233;mocratie directe. Principes, enjeux et perspectives Troisi&#232;me partie : Ce que pourrait &#234;tre une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique Brochure n&#176;20ter - Janvier 2015 Elle est disponible dans toutes nos librairies, au prix de 3&#8364;. Sommaire de la brochure : Ce que pourrait &#234;tre une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique D&#233;claration f&#233;d&#233;rative des collectifs pour la d&#233;mocratie directe &#8212; ci-dessous... Quatri&#232;me de couverture Elle fait suite &#224; la brochure n&#176;20 bis, dont (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-31-gauchisme-+" rel="tag"&gt;Gauchisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-37-democratie-directe-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-162-extremes-droites-+" rel="tag"&gt;Extr&#234;mes-droites&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/arton785.jpg?1621968969' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='123' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;Ce texte fait partie de la brochure n&#176;20ter : &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;strong&gt;D&#233;mocratie directe. Principes, enjeux et perspectives&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;i&gt;Troisi&#232;me partie : Ce que pourrait &#234;tre une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique&lt;/i&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Brochure n&#176;20ter - Janvier 2015&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;figure class='spip_document_487 spip_documents spip_documents_center' style=&#034;max-width:200px;&#034; data-w=&#034;200&#034;&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?-100-Brochures-' class=&#034;spip_in&#034; arial-label=&#034;Brochure democratiedirecteIII&#034;&gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:136.95652173913%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/png/ddiii-couv-3.png&amp;taille=200&amp;1621971000' alt='Brochure democratiedirecteIII' data-src='IMG/png/ddiii-couv-3.png' data-l='460' data-h='630' data-tailles='[\&#034;200\&#034;]' class='image_responsive avec_picturefill' srcset='index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/png/ddiii-couv-3.png&amp;#38;taille=200&amp;#38;1621971000 1x,index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/png/ddiii-couv-3.png&amp;#38;taille=400&amp;#38;1621971000 2x' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;figcaption class='spip_doc_intitules spip_doc_intitules_top'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-487 '&gt;&lt;strong&gt;Brochure democratiedirecteIII&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Elle est disponible dans &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?531-Diffusion-et-vente-de-nos' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;toutes nos librairies&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, au prix de 3&#8364;. &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Sommaire de la brochure :&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?819-ce-que-pourrait-etre-une-societe' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Ce que pourrait &#234;tre une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; D&#233;claration f&#233;d&#233;rative des collectifs pour la d&#233;mocratie directe &#8212; ci-dessous...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?728-quatrieme-de-couverture-des' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Quatri&#232;me de couverture&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;----------&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Elle fait suite &#224; la brochure n&#176;20 bis, dont &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?728-quatrieme-de-couverture-des' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;tous les textes sont en lignes&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, et qui est &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?-100-Brochures-' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;t&#233;l&#233;chargeable ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;(Ce texte se veut &#224; la fois un appel &#224; constituer une f&#233;d&#233;ration de collectifs
et une proposition de base de discussion pour une d&#233;claration commune)&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;***&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le monde est entr&#233; dans une p&#233;riode in&#233;dite de crises multiples, profondes et durables. A la fois causes et cons&#233;quences, l'apathie et le repli sur soi se r&#233;pandent. Les id&#233;ologies les plus d&#233;lirantes et meurtri&#232;res se d&#233;veloppent tandis que les oligarchies mondiales confisquent le pouvoir pour leurs propres int&#233;r&#234;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, des mouvements r&#233;cents ont montr&#233; qu'une frange importante des populations mondiales refusait cette course &#224; l'ab&#238;me et affirmait pratiquement les valeurs d'autonomie, d'&#233;galit&#233; et de solidarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous affirmons qu'il n'existe nulle part de solutions toutes faites qu'il suffirait d'appliquer. Au contraire, il nous semble que nous ne pourrons nous confronter aux probl&#232;mes r&#233;els qu'en instaurant des assembl&#233;es o&#249; chacun puisse s'informer, d&#233;lib&#233;rer librement et participer pleinement &#224; des d&#233;cisions viables et accept&#233;es par tous. Ce r&#233;gime de d&#233;mocratie directe n'est pas une utopie, m&#234;me si sa forme reste largement &#224; inventer. Il nous para&#238;t pouvoir &#234;tre instaur&#233; partout o&#249; existe la volont&#233; de reprendre le flambeau historique de l'&#233;mancipation humaine.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Nous partons de trois postulats&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Ce sont les hommes et les femmes qui font l'histoire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'existe aucune loi m&#233;taphysique, biologique, sociologique, &#233;conomique ou culturelle qui d&#233;terminerait inexorablement la marche de l'humanit&#233;. Nous rejetons particuli&#232;rement deux conceptions : celle, religieuse, qui voudrait que les hommes soient soumis aux lois d'un dieu, et celle qui professe que le progr&#232;s est in&#233;luctable, qu'il est inscrit dans les &#171; lois &#233;conomiques &#187;. Cette conception de l'histoire est propre au capitalisme, mais on la retrouve aussi au fondement de nombreux courants historiques qui travaillent &#224; l'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le progr&#232;s social ou technique, la catastrophe &#233;cologique ou culturelle, la soci&#233;t&#233; de consommation ou l'&#201;tat-providence n'ont rien de ph&#233;nom&#232;nes naturels : ce sont des cr&#233;ations humaines. Les principes qui fondent les soci&#233;t&#233;s, leurs valeurs, leur organisation, le sens qu'on leur donne, d&#233;pen&#173;dent des gens qui les constituent, de leurs d&#233;sirs et de leurs projets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. L'&#233;mancipation est une possibilit&#233; universelle de l'esp&#232;ce humaine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est possible de briser les ali&#233;nations individuelles et collectives qui nous enferment dans des carcans religieux, ethniques, mythiques ou sociaux, familiaux ou psychologiques. Tous les individus comme toutes les soci&#233;t&#233;s sont capables de s'auto-transformer pour se concevoir comme la source de leurs propres croyances, valeurs et fonctionnements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'&#233;manciper n'est pas rompre toute attache : c'est instaurer une distance critique permanente permettant la r&#233;invention de nouveaux rapports avec la tradition, les autres cultures ou l'obsession de l'accumulation et de la domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. La politique n'est pas un domaine r&#233;serv&#233; &#224; des sp&#233;cialistes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'existe nulle part de sciences ou de techniques qui l&#233;gitimeraient que leurs d&#233;tenteurs se substituent &#224; la d&#233;cision collective. L'essence de la politique est l'auto-organisation des &#234;tres humains : elle ne peut d&#233;pendre, en derni&#232;re instance, que d'eux-m&#234;mes. Il n'y a donc que des opinions diverses, qui doivent &#234;tre confront&#233;es et faire l'objet de d&#233;lib&#233;ration. Toute hi&#233;rarchie, y compris repr&#233;sentative, est la n&#233;gation du fait que chacun peut et doit &#233;laborer, assumer et examiner librement ses positions concernant les affaires communes aussi bien que sa vie priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Nous posons trois principes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. La d&#233;mocratie directe est un r&#233;seau d'assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nous, l'essence du pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple est ce peuple assembl&#233;, formant des instances souveraines de pouvoir. Ces assembl&#233;es ouvertes dans la cit&#233;, au travail comme partout, sont alors le lieu de la d&#233;lib&#233;ration et de la d&#233;cision, que nul ne peut ali&#233;ner. Chacune peut par contre d&#233;l&#233;guer des charges &#224; des groupes plus petits ou au contraire &#224; des instances plus larges, comme des f&#233;d&#233;rations ou des conf&#233;d&#233;rations d'assembl&#233;es, suivant que certaines questions rel&#232;vent de l'&#233;chelon local ou au contraire de domaines ou territoires plus &#233;tendus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Des moyens existent pour contr&#244;ler le pouvoir&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Refuser comme nous le faisons le syst&#232;me repr&#233;sentatif veut dire que la formation de d&#233;l&#233;gu&#233;s, lorsqu'elle est n&#233;cessaire, doit ob&#233;ir &#224; certaines r&#232;gles simples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re concerne leur d&#233;signation : le tirage au sort est souvent la meilleure arme pour &#233;viter toute d&#233;magogie et impliquer la totalit&#233; du corps social dans la gestion de ses propres affaires.&lt;br class='manualbr' /&gt;La deuxi&#232;me concerne l'amateurisme des mandat&#233;s : il ne peut y avoir de professionnels de la politique, m&#234;me si le mandat&#233; peut &#234;tre indemnis&#233; pour le temps pass&#233; &#224; s'acquitter de son mandat.&lt;br class='manualbr' /&gt;La troisi&#232;me concerne la rotation des t&#226;ches : il ne peut y avoir de cumul de mandat, ni de reconduction &#224; un m&#234;me poste, ni de sp&#233;cialisation syst&#233;matique.&lt;br class='manualbr' /&gt;La quatri&#232;me concerne la nature du mandat : il doit &#234;tre le plus pr&#233;cis possible, limit&#233; dans le temps et r&#233;vocable.&lt;br class='manualbr' /&gt;La derni&#232;re, &#233;videmment, est la vigilance et la rigueur de tout un chacun, l'analyse permanente des ph&#233;nom&#232;nes de groupe et des rapports de force : le pouvoir ne se prend pas, il se vole &#224; ceux qui rechignent &#224; l'exercer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. Une multitude de dispositifs d&#233;mocratiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les assembl&#233;es ne peuvent &#234;tre les seules d&#233;positaires du pouvoir, m&#234;me si elles ont tendance &#224; s'&#233;quilibrer mutuellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peut y avoir un conseil, d&#233;sign&#233; par chacune d'elles, qui assure la continuit&#233; du travail, l'application des d&#233;cisions, et peut s'opposer &#224; une assembl&#233;e impulsive.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il peut y avoir des tribunaux politiques, compos&#233;s de citoyens tir&#233;s au sort contr&#244;lant les mandats et pronon&#231;ant des sanctions lorsque les mandats ou les d&#233;cisions de l'assembl&#233;e ne sont pas respect&#233;s.&lt;br class='manualbr' /&gt;A cette division des pouvoirs r&#233;pond &#233;galement une diversit&#233; dans les modes de fonctionnement des ensembles politiques, afin que les exp&#233;rimentations de quelques-uns puissent b&#233;n&#233;ficier &#224; tous.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais tout cela ne peut avoir d'efficacit&#233; sans une culture politique proprement dite, c'est-&#224;-dire un peuple qui s'auto-&#233;duque patiemment &#224; se rendre ma&#238;tre de son destin collectif.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Nous proposons trois chantiers de travail&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Maintenir ouvert un chantier &#171; th&#233;orique &#187;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voulons d&#233;celer dans toutes les exp&#233;riences historiques des exemples, toujours partiels, &#224; faire valoir et &#224; faire conna&#238;tre, de la Gr&#232;ce antique aux cit&#233;s m&#233;di&#233;vales, jusqu'aux mouvements ouvriers et aux exp&#233;riences contemporaines aux quatre coins du globe. Il faudrait &#233;galement travailler aux transitions possibles qui pourraient transformer radicalement nos r&#233;gimes oligar&#173;chiques en soci&#233;t&#233;s d&#233;mocratiques, en tenant compte des bouleversements actuels et &#224; venir. Enfin, il y a &#224; discuter des tenants et des aboutissants d'un tel projet, des prises de positions imm&#233;diates &#224; adopter, des tactiques &#224; &#233;laborer comme des questions abyssales que nous soulevons. Progresser au plan th&#233;orique permettrait en outre de montrer l'incompatibilit&#233; fondamentale entre la d&#233;mocratie directe et toute une s&#233;rie de vieilles lunes qui multiplient les confusions : conspirationnisme, extr&#234;me droite ou stalino-gauchisme, pratiques manag&#233;riales, sectes, &#233;sot&#233;risme, religiosit&#233;... De nombreuses &#233;quivoques subsistent, qui doivent &#234;tre lev&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. &#201;laborer une bo&#238;te &#224; outils&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque surgit un mouvement politique ou social porteur en puissance d'un tel projet, les pratiques d'assembl&#233;es d&#233;mocratiques sont bien souvent spontan&#233;ment r&#233;invent&#233;es. Mais un saut qualitatif et quantitatif ne pourra se faire sans un souci permanent de cumulation des exp&#233;riences : il est possible, de diverses mani&#232;res, de rendre disponibles aux yeux du plus grand nombre des id&#233;es et des dispositifs permettant &#224; ces pratiques de s'affiner, de se p&#233;renniser et de s'&#233;tendre, contre les erreurs, les d&#233;rives, les manipulations et les noyautages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. S'engager partout o&#249; surgissent des assembl&#233;es d&#233;mocratiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre &#233;poque bascule dans des troubles durables et profonds d'o&#249; pourraient na&#238;tre de nouveaux espaces politiques, lib&#233;r&#233;s des groupuscules et des partis. Des assembl&#233;es revendiquant une r&#233;elle d&#233;mocratie ont &#233;clos, il y a peu : notre place est en leur sein, o&#249; nous ne pouvons que nous impliquer pleinement pour leur survie, leur extension et leur mise en rapport.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Collectif Lieux Communs&lt;br class='manualbr' /&gt;Septembre &#8211; mai 2012&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Islam : l'ath&#233;isme est-il pensable ?</title>
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		<dc:date>2015-04-29T16:21:36Z</dc:date>
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		<dc:subject>Religion</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Anthropologie</dc:subject>
		<dc:subject>Article</dc:subject>
		<dc:subject>Lory P.</dc:subject>
		<dc:subject>Islam</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Publi&#233; dans le Bulletin de la Soci&#233;t&#233; des Amis des Sciences Religieuses, I (2000). Le message coranique diffus&#233; et impos&#233; par le proph&#232;te Muhammad est essentiellement fond&#233; sur le crit&#232;re de la foi. C'est avant tout sur la justesse de leur foi monoth&#233;iste que les bienheureux seront r&#233;compens&#233;s dans l'au-del&#224;. Les Musulmans ayant commis des p&#233;ch&#233;s tr&#232;s graves pourront passer quelque temps en enfer mais, aurait affirm&#233; le Proph&#232;te lui-m&#234;me, &#171; sortira de l'enfer celui qui dira ''il n'est (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-191-lory-p-+" rel="tag"&gt;Lory P.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-214-islam-+" rel="tag"&gt;Islam&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Publi&#233; dans le &lt;a href=&#034;https://halshs.archives-ouvertes.fr/file/index/docid/353760/filename/SASC.doc&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Bulletin de la Soci&#233;t&#233; des Amis des Sciences Religieuses, I (2000).&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le message coranique diffus&#233; et impos&#233; par le proph&#232;te Muhammad est essentiellement fond&#233; sur le crit&#232;re de la foi. C'est avant tout sur la justesse de leur foi monoth&#233;iste que les bienheureux seront r&#233;compens&#233;s dans l'au-del&#224;. Les Musulmans ayant commis des p&#233;ch&#233;s tr&#232;s graves pourront passer quelque temps en enfer mais, aurait affirm&#233; le Proph&#232;te lui-m&#234;me, &#171; &lt;i&gt;sortira de l'enfer celui qui dira ''il n'est d'autre divinit&#233; que Dieu'' et qui aura dans son c&#339;ur le poids d'un grain d'orge de bien&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb32-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rapport&#233; par Bukh&#226;r&#238;, Sah&#238;h, II 33.&#034; id=&#034;nh32-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Inversement, c'est en premier lieu &#224; cause de leur m&#233;cr&#233;ance que les r&#233;prouv&#233;s seront damn&#233;s. Mais cette m&#233;cr&#233;ance, ce &#171; &lt;i&gt;mal croire&lt;/i&gt; &#187; d&#233;nonc&#233; dans le Coran ne correspond pas &#224; de l'ath&#233;isme au sens moderne du terme. Il peut s'agir de deux attitudes distinctes. La premi&#232;re correspond &#224; l'idol&#226;trie polyth&#233;iste, et revient &#224; associer au Dieu cr&#233;ateur des divinit&#233;s secondaires, suppos&#233;es plus accessibles aux requ&#234;tes et proches des destins individuels. La seconde &#8211; qui nous int&#233;resse ici &#8211; est d&#233;sign&#233;e comme la conviction que les processus terrestres sont simplement d&#233;termin&#233;s par le &lt;i&gt;dahr&lt;/i&gt;. Le &lt;i&gt;dahr&lt;/i&gt;, c'est le temps infini, impersonnel qui se d&#233;roule et gouverne l'univers selon un flux inexorable. Certains Arabes de l'ant&#233;islam voyaient vraisemblablement les &#233;v&#233;nements se d&#233;roulant sur terre comme autant de r&#233;sultats de d&#233;terminismes immanents au monde. Ils ne niaient sans doute pas l'existence d'une divinit&#233; en tant qu'origine premi&#232;re des choses et du temps, mais devaient la concevoir comme indiff&#233;rente au destin des humains. En ce sens, ils prenaient le contre-pied exact du message coranique, qui proclamait une intention et une intervention divines constantes dans les affaires des hommes ; ils refusaient en particulier le dogme de la r&#233;surrection des morts, central dans la pr&#233;dication coranique. &#171; &lt;i&gt;(Les impies) disent : nous n'avons &#224; nous que cette vie d'ici-bas. Nous vivons et nous mourons, et seul le temps&lt;/i&gt; (dahr) &lt;i&gt;nous fait p&#233;rir&#8230; Mais de cela ils n'ont aucune science, ils se bornent &#224; conjecturer&lt;/i&gt; &#187; (Coran XLV 24).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les si&#232;cles qui suivirent la diffusion de l'Islam et la consolidation de sa pens&#233;e th&#233;ologique, maints esprits libres s'attaqu&#232;rent au dogme r&#233;v&#233;l&#233;. Si les pouvoirs musulmans respectaient la pr&#233;sence de communaut&#233;s juives et chr&#233;tiennes, conform&#233;ment aux prescriptions de la Loi issue du Coran, il se montr&#232;rent plus rigoureux et par moments implacables envers toutes sortes de courants &#171; d&#233;viants &#187; regroup&#233;s sous terme g&#233;n&#233;rique de &lt;i&gt;zind&#238;q&lt;/i&gt; : manich&#233;ens et dualistes en tout genre, ultra-chiites, anomistes etc. A partir de 783, un tribunal consacr&#233; sp&#233;cialement au jugement des &lt;i&gt;zind&#238;q&lt;/i&gt;-s fut mis en place. La censure effa&#231;a la plus grande partie des &#339;uvres de ces &#171; mal-pensants &#187;, mais nous pouvons nous faire une petite id&#233;e des d&#233;bats en cause gr&#226;ce pr&#233;cis&#233;ment aux &#233;crits de leurs adversaires. Les textes les concernant que les apologistes et h&#233;r&#233;siographes de l'Islam dominant ont laiss&#233;s r&#233;v&#232;lent l'importance du danger de m&#233;cr&#233;ance &#224; cette &#233;poque, et nous fournit les lignes dominantes des oppositions doctrinales. Nous pouvons regrouper l'ensemble des &#233;crivains et/ou courants &lt;i&gt;zind&#238;q&lt;/i&gt;-s en trois attitudes principales venant &#224; l'occasion converger chez tel ou tel personnage :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1)&lt;/strong&gt; Les partisans du &lt;i&gt;dahr&lt;/i&gt;, h&#233;ritiers en quelque sorte des premiers opposants &#224; la pr&#233;dication coranique dont nous parlions &#224; l'instant, mais dot&#233;s d'une argumentation enrichie par l'apport de la philosophie hell&#233;nique. Ils refusaient l'id&#233;e d'un commencement et d'une fin de l'univers ; par voie de cons&#233;quence, ils niaient d'une fa&#231;on ou d'une autres les dogmes de la cr&#233;ation du monde dans le temps, de sa fin, de la nouvelle cr&#233;ation et de la R&#233;surrection. Ils consid&#233;raient qu'il n'y avait de science que fond&#233;e sur le sensible. Les &#233;v&#233;nements du monde sublunaire se d&#233;roulent d'apr&#232;s eux selon un d&#233;terminisme &#8211; astral le plus souvent &#8211; dans lequel Dieu n'intervient pas. Il est difficile de placer des noms pr&#233;cis sur cette tendance, mais la teneur des trait&#233;s d'h&#233;r&#233;siographie comme ceux de Shahrast&#226;n&#238; laissent supposer que des d&#233;bats contradictoires eurent bel et bien lieu &#224; propos de leurs th&#232;ses&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb32-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf Shahrasr&#226;n&#238;, Livre des religions et des sectes, vol.I, trad., intr. et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh32-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En fait, plus qu'un groupe constitu&#233;, nous aurions affaire l&#224; &#224; des id&#233;es oppos&#233;es au dogme r&#233;v&#233;l&#233;, issues de l'antiquit&#233; grecque, apparaissant sous des formes diverses. Les th&#233;ologiens sunnites &#8211; comme Ghaz&#226;l&#238;, pour ne citer que le plus c&#233;l&#232;bre d'entre eux &#8211; ont parfois accus&#233; les philosophes hell&#233;nisants (Farabi, Avicenne notamment) de vouloir d&#233;fendre l'id&#233;e d'&#233;ternit&#233; du monde, et donc de finir par &#233;chouer dans l'&#233;garement des partisans du &lt;i&gt;dahr&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2)&lt;/strong&gt; D'autres auteurs attaquaient peu ou prou la validit&#233; des missions proph&#233;tiques. Ainsi Ibn al-R&#226;wand&#238; (IX&#176; si&#232;cle) r&#233;digea-t-il un &lt;i&gt;Livre de l'Emeraude&lt;/i&gt; &#8211; pierre ayant la r&#233;putation d'aveugler les vip&#232;res, la vip&#232;re symbolisant ici la Loi religieuse &#8211; attaquant les religions proph&#233;tiques. Il s'y gaussait des contradictions du Texte sacr&#233; dont il niait la beaut&#233; jug&#233;e inimitable par les croyants, d&#233;non&#231;ait l'absurdit&#233; des rituels et l'invraisemblance des miracles rapport&#233;s dans les Textes r&#233;v&#233;l&#233;s et les traditions proph&#233;tiques. Les proph&#232;tes n'&#233;taient gu&#232;re pour lui que l'&#233;quivalent de magiciens ou de sorciers. Le plus pr&#233;cieux don accord&#233; par Dieu aux hommes, c'est ici la raison et rien d'autre. Il avait eu beau placer ces opinions blasph&#233;matoires dans la bouche de &#171; brahmanes &#187; assez hypoth&#233;tiques il est vrai, le lectorat musulman ne s'y trompa pas et son &#339;uvre donna lieu &#224; de multiples r&#233;futations&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb32-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf J.van Ess, Theologie und Gesellschaft im 2. Und 3. Jahrhundert Hidschra, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh32-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Le m&#233;decin et philosophe Ab&#251; Bakr al-R&#226;z&#238; (Rhaz&#232;s, m. en 935) stigmatisait lui aussi l'imposture des proph&#232;tes, dont les messages exploitaient la cr&#233;dulit&#233; des esprits faibles, suscitaient des guerres entre les hommes et avilissaient les intelligences. Il vaudrait bien mieux, selon lui, se consacrer &#224; l'&#233;tude des ouvrages de philosophie et de science plut&#244;t qu'aux dangereuses inepties des textes pr&#233;tendument r&#233;v&#233;l&#233;s. En effet, tous les hommes ont re&#231;u de la part de Dieu une facult&#233; universelle leur permettant d'acc&#233;der &#224; la v&#233;rit&#233;, &#224; savoir la raison, et n'ont nul besoin du savoir suppos&#233; sup&#233;rieur des proph&#232;tes. Ceux-ci, agit&#233;s par leurs propres passions et non d&#233;livr&#233;s des attaches mondaines comme le sont les philosophes, ne peuvent gu&#232;re &#234;tre propos&#233;s comme mod&#232;le pour les autres hommes. Certes, r&#233;pond-il &#224; ses contradicteurs, les philosophes sont en d&#233;saccord entre eux ; mais c'est l&#224; le signe de leur ind&#233;pendance d'esprit. Ils ne suivent pas servilement les enseignements de leurs grands pr&#233;d&#233;cesseurs, mais s'efforcent de r&#233;fl&#233;chir &#224; l'aide de leurs propres facult&#233;s. En ce sens, une pens&#233;e originale m&#234;me modeste permet &#224; un esprit de se lib&#233;rer ne f&#251;t-ce qu'un peu du plus avilissant des esclavages, celui de l'ignorance. &lt;br class='manualbr' /&gt;Les rituels musulmans ont &#233;t&#233; raill&#233;s par d'autres esprits forts dont quelques fragments &#233;pars seuls nous sont parvenus. Ainsi ces vers de Thugh&#251;r&#238; se moquant des p&#232;lerins musulmans &#224; La Mecque :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Je m'&#233;tonne des Juifs et de leur Dieu qui se r&#233;jouit du sang vers&#233; (&#8230;)&lt;br class='manualbr' /&gt;et des gens qui viennent des pays lointains pour se raser le cr&#226;ne et embrasser une pierre&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mentionnons &#233;galement le pamphlet contre &#171; les trois imposteurs &#187;, &#224; savoir Mo&#239;se qui d&#233;fia par de la prestigiditation le ma&#238;tre incontestable de son &#233;poque qu'&#233;tait Pharaon, J&#233;sus qui affirma aux Juifs qu'il n'abolirait pas leur Loi pour finalement faire le contraire en supprimant le sabbat, Muhammad qui, interrog&#233; sur la nature de l'Esprit, ne sut que r&#233;pondre et finit par dire &#171; &lt;i&gt;L'Esprit vient de l'ordre de mon Seigneur&lt;/i&gt; &#187; (Coran XVII 87). Le pape Gr&#233;goire IX accusa l'empereur Fr&#233;d&#233;ric II d'en &#234;tre l'auteur, mais il est certainement d'origine islamique et date sans doute du X&#176; si&#232;cle. Il est peut-&#234;tre issu des milieux carmates&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb32-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf la parole attribu&#233;e au chef carmate Ab&#251; T&#226;hir : &#171; En ce monde, trois (&#8230;)&#034; id=&#034;nh32-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais sut se r&#233;pandre jusqu'&#224; parvenir en Europe latine. &lt;br class='manualbr' /&gt;Il est peu probable que l'on puisse trouver parmi tous ces auteurs des profils de v&#233;ritables ath&#233;es au sens moderne du terme. Certes, leurs d&#233;tracteurs accuseront certains d'entre eux de douter de l'existence m&#234;me d'une divinit&#233;. Ainsi pr&#234;te-t-on &#224; Ibn Ab&#238; al-&#8216;Awj&#226;', arabe de l'aristocratie et n&#233;anmoins mod&#232;le par excellence en blasph&#232;me et en h&#233;r&#233;sie crypto-manich&#233;enne ex&#233;cut&#233; en 772, le questionnement suivant adress&#233; &#224; un croyant :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;En disant &#171; Dieu &#187;, tu te r&#233;f&#232;res &#224; un absent. S'il existe vraiment, pourquoi ne se manifeste-t-il pas &#224; ses cr&#233;atures pour les appeler directement &#224; son culte ; de la sorte, il n'y aurait pas d&#233;saccord entre les croyants &#224; son sujet. Pourquoi ne se laisse-t-il pas voir et se contente-t-il d'envoyer des messagers ? S'il traitait directement avec les humains, il serait plus facile de croire &#224; son existence&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il semble toutefois que les h&#233;r&#233;siographes aient nettement accentu&#233; le doute qu'ils pr&#234;taient &#224; de tels libre-penseurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb32-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est ce que tend &#224; d&#233;montrer globalement l'ouvrage de Melhem Chokr, Zandaqa (&#8230;)&#034; id=&#034;nh32-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En fait, ces derniers d&#233;non&#231;aient surtout la religion r&#233;v&#233;l&#233;e de type proph&#233;tique : aussi les appelait-on selon les cas &#171; n&#233;gateurs &#187;, &lt;i&gt;mulhid&lt;/i&gt;-s, ou encore &lt;i&gt;zind&#238;q&lt;/i&gt;-s, terme d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233; plus haut d&#233;signant &#224; l'origine les Manich&#233;ens puis tous les libre-penseurs de fa&#231;on globale. Si le rapport au manich&#233;isme est parfois tr&#232;s hypoth&#233;tique, le fait est que leur argumentation posait en termes parfois virulents la question du mal : comment ce Dieu unique sage a-t-il pu cr&#233;er et ordonner un monde si imparfait, dur, cruel, o&#249; il tourmente ses cr&#233;atures par des maladies et des destructions ? Comment ce tout-puissant a-t-il tant de mal &#224; imposer sa volont&#233; aux hommes, &#224; Satan ? Mais il arrivait &#224; ces &lt;i&gt;zind&#238;q&lt;/i&gt;-s de fonder leur pens&#233;e sur des pr&#233;suppos&#233;s m&#233;taphysiques parfois tr&#232;s spiritualistes, de type philosophique (Ab&#251; Bakr R&#226;z&#238;) ou mystique&#8211;panth&#233;iste (les Carmates).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3)&lt;/strong&gt; Un troisi&#232;me courant enfin pourrait &#234;tre qualifi&#233; de sceptique et h&#233;doniste. Ses partisans n'&#233;labor&#232;rent pas de doctrine construite niant le donn&#233; r&#233;v&#233;l&#233; ; ils se bornaient &#224; professer un doute g&#233;n&#233;ral, &#224; persifler sur une religion &#171; &lt;i&gt;qui vous demande de donner vos biens au comptant en vous promettant une remboursement &#224; cr&#233;dit&lt;/i&gt; &#187;, surtout pour exhorter lecteurs ou auditeurs &#224; profiter du plaisir advenant au moment pr&#233;sent, qu'il soit licite ou non au regard de la Loi. L'ironie provocatrice opposant au credo musulman &#171; &lt;i&gt;je t&#233;moigne qu'il n'y a de divinit&#233; que Dieu&lt;/i&gt; &#187; la d&#233;claration &#171; &lt;i&gt;je t&#233;moigne seulement de ce que mes yeux ont vu&lt;/i&gt; &#187; vise plus &#224; la d&#233;rision qu'&#224; la d&#233;fense d'un syst&#232;me de pens&#233;e. Ce genre d'ironie accompagnait souvent les nuits de plaisir (musique, vin, prostitution) et s'y exprimait g&#233;n&#233;ralement en po&#232;mes &#233;rotiques licencieux et bacchiques. Apostroph&#233; par un de ses cousins qui se scandalisait de son inconduite blasph&#233;matoire, le prince omeyyade Wal&#238;d ibn Yaz&#238;d r&#233;pondit par un vers : &#171; &lt;i&gt;O toi qui t'enquiers de notre religion, (sache que c'est) boire le vin sec ou coup&#233;, chaud quelquefois et quelquefois ti&#232;de&lt;/i&gt; &#187;. Pour le po&#232;te W&#226;liba ibn Hub&#226;b (m. 777) ;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La vie ne r&#233;side que dans le vin et les baisers&lt;br class='manualbr' /&gt;dans la poursuite d'une gazelle novice&lt;br class='manualbr' /&gt;a qui l'on demande ce qui est illicite&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Un bon exemple, plus tardif, de cette tendance est repr&#233;sent&#233; par la po&#233;sie attribu&#233;e &#224; Omar Khayy&#226;m. On ne sait pas si le c&#233;l&#232;bre math&#233;maticien et astronome persan (m. 1123) a r&#233;ellement &#233;crit de la po&#233;sie ; il est vraisemblable que la plus grande partie des quatrains qui lui sont attribu&#233;s ont &#233;t&#233; compos&#233;e ult&#233;rieurement par des anonymes, mais cela donne plus de valeur encore &#224; cette &#233;manation de toute une &lt;i&gt;vox populi&lt;/i&gt; chantant par ce biais son scepticisme quant &#224; la vie future, et surtout son amour pour les plaisirs de la vie terrestre, pour le vin notamment. Car c'est le plaisir qui guide la vie :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Boire du vin, &#234;tre joyeux, c'est l&#224; ma mani&#232;re d'&#234;tre &#8211; ne pas me soucier de l'impi&#233;t&#233; ni de la religion, voil&#224; ma religion&lt;br class='manualbr' /&gt;J'ai demand&#233; au bas-monde, cette fianc&#233;e : quelle est ton douaire ? &#8211; elle r&#233;pondit : mon douaire est un c&#339;ur joyeux&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Par provocation, la po&#233;sie khayy&#226;mienne ironise sur la transgression qu'elle encourage :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;O pieuses gens, pourquoi me bl&#226;mez-vous ? Je n'ai pourtant pas commis d'autre p&#233;ch&#233; que d'&#234;tre ivrogne, p&#233;d&#233;raste et adult&#232;re !&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Omnipr&#233;sente ici, l'&#233;vocation d'une mort qui ne sera sans doute pas suivie de r&#233;surrection suscite cependant une attitude de sto&#239;cisme :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Ne va pas croire que je craigne le monde, ou que j'aie peur de mourir&lt;br class='manualbr' /&gt;La mort est une r&#233;alit&#233;, je n'ai rien &#224; craindre d'elle. Ce que je crains, c'est de ne pas avoir assez bien v&#233;cu&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Parfois, ses vers ont une port&#233;e franchement blasph&#233;matoire. S'adressant &#224; ce Dieu qui place les hommes dans un monde de mis&#232;re, rempli de tentations, pour ensuite leur interdire le plaisir du vin, le po&#232;te conclut : &#171; &lt;i&gt;Ma parole, Seigneur, ne serait-ce pas Toi qui es ivre ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous avons s&#233;par&#233; ces trois attitudes pour la commodit&#233; de l'expos&#233;. Mais il va de soi que la position de certains de ces &#233;crivains libre-penseurs a pu relever en fait de deux ou des trois visions du monde &#233;voqu&#233;es plus haut. Notons aussi que si certains de ces auteurs furent poursuivis par les autorit&#233;s politiques, plusieurs autres ne furent pas inqui&#233;t&#233;s outre mesure et moururent dans leur lit de mort naturelle. La capacit&#233; de tol&#233;rance de ces courants d&#233;viants &#233;tait finalement importante au Moyen Age, plus peut-&#234;tre que dans bien des soci&#233;t&#233;s musulmanes contemporaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le monde musulman contemporain pr&#233;cis&#233;ment, l'ath&#233;isme au sens strict a bien s&#251;r &#233;t&#233; connu depuis les d&#233;buts de l'&#233;poque coloniale. Les id&#233;es des libre-penseurs de la R&#233;volution Fran&#231;aise furent diffus&#233;es, et connurent des adeptes. Mustafa Kemal, le fondateur de la Turquie moderne, est un bon exemple d'une telle attitude cat&#233;goriquement anti-religieuse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb32-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il est difficile de parler d'&#171; anti-cl&#233;ricalisme &#187; dans un cadre musulman (&#8230;)&#034; id=&#034;nh32-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Un ath&#233;isme &lt;i&gt;stricto sensu&lt;/i&gt; se fit conna&#238;tre, notamment dans sa version marxiste. Il demeure toutefois une position philosophique rare, m&#234;me chez les intellectuels form&#233;s &#171; &#224; l'occidentale &#187; et non pratiquants. Il est frappant de constater que les principaux auteurs arabes ouvertement ath&#233;es connus sont d'origine chr&#233;tienne ou juive. La pression sociale interdit certes la manifestation publique de convictions aussi ouvertement oppos&#233;es au dogme musulman. Les termes &lt;i&gt;mulhid&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;zind&#238;q&lt;/i&gt; retentissent actuellement comme des insultes : canaille, voyou. Mais au niveau individuel et priv&#233; &#233;galement, les professions de non-foi restent exceptionnelles, en terre d'Islam comme dans les communaut&#233;s de l'&#233;migration. Sans doute l'exigence de foi est-elle devenue tellement intriqu&#233;e dans la culture musulmane, qu'une position ath&#233;e reviendrait &#224; nier ses propres racines, sa propre identit&#233; culturelle. L'impr&#233;gnation de l'ath&#233;isme dans les soci&#233;t&#233;s musulmanes domin&#233;es par les r&#233;gimes communistes en Europe ou en Asie semble &#234;tre rest&#233;e superficielle. A tout le moins peut-on constater que les Musulmans non pratiquants et au fond hostiles aux croyances traditionnelles pr&#233;f&#232;rent se situer &#171; &#224; c&#244;t&#233; &#187; de la question de la foi et non &#171; contre &#187; elle, ou encore dans une indiff&#233;rence calcul&#233;e &#224; son &#233;gard.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb32-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh32-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 32-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Rapport&#233; par Bukh&#226;r&#238;, &lt;i&gt;Sah&#238;h&lt;/i&gt;, II 33.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb32-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh32-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 32-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf Shahrasr&#226;n&#238;, &lt;i&gt;Livre des religions et des sectes&lt;/i&gt;, vol.I, trad., intr. et notes par D.Gimaret et G.Monnot, Peeters / Unesco, 1986 ; vol. II, trad. avec intr. et notes par J.Jolivet et G.Monnot, Peeters / Unesco, 1993. V. index s.v. &lt;i&gt;dahr&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;dahriyya&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb32-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh32-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 32-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf J.van Ess, &lt;i&gt;Theologie und Gesellschaft im 2. Und 3. Jahrhundert Hidschra&lt;/i&gt;, Berlin, 1991, index s.n. Ibn al-R&#226;wend&#238;. V. &#233;galement Paul Kraus, &lt;i&gt;Alchemie, Ketzerei, Apokryphen im fr&#252;hen Islam &#8211; Gesammelte Aufs&#228;tze&lt;/i&gt;, herausgegeben und eingeleitet von R&#233;mi Brague, Hildesheim, Georg Olms Verlag, 1994.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb32-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh32-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 32-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf la parole attribu&#233;e au chef carmate Ab&#251; T&#226;hir : &#171; &lt;i&gt;En ce monde, trois individus ont corrompu les hommes, un berger (= Mo&#239;se), un m&#233;decin (= J&#233;sus) et un chamelier (= Muhammad). Et ce chamelier a &#233;t&#233; le pire charlatan, le pire prestigiditateur des trois&lt;/i&gt; &#187;. Cit&#233; par L. Massignon, &#171; La l&#233;gende De tribus impostoribus et ses origines islamiques &#187;, dans &lt;i&gt;Opera Minora I, Beyrouth, Dar al-Maaref&lt;/i&gt;, 1963.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb32-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh32-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 32-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C'est ce que tend &#224; d&#233;montrer globalement l'ouvrage de Melhem Chokr, &lt;i&gt;Zandaqa et zindiqs en Islam au second si&#232;cle de l'h&#233;gire&lt;/i&gt;, Damas, Institut Fran&#231;ais d'Etudes Arabes, 1993. Pour son jugement sur les id&#233;es d'Ibn Ab&#238; al-&#8216;Awj&#226;', v. pp.211-217.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb32-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh32-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 32-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Il est difficile de parler d'&#171; anti-cl&#233;ricalisme &#187; dans un cadre musulman d&#233;pourvu de v&#233;ritable clerg&#233;. Mustafa Kemal consid&#233;rait en tout cas les diff&#233;rentes religions comme autant de superstitions d&#233;l&#233;t&#232;res qu'il fallait &#233;carter de toute force de la sph&#232;re de la vie publique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>La gloire du petit : L'Argument Culturel</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?772-le-gloire-du-petit-l-argument</link>
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		<dc:date>2015-02-27T10:08:03Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>D&#233;mocratie directe</dc:subject>
		<dc:subject>Prospective</dc:subject>
		<dc:subject>Revolution</dc:subject>
		<dc:subject>Antiquit&#233;</dc:subject>
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		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>Totalitarisme</dc:subject>
		<dc:subject>Kohr L.</dc:subject>
		<dc:subject>Empire</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Chapitre sept du livre &#171; La D&#233;composition des Nations &#187; (The Breakdown of Nations), de Leopold Kohr, 1955. Traduction de Benaset Sobeiran (12/2013). Source : http://lanredec.free.fr/polis/BoN_T... 'C'est alors ici, &#224; l'int&#233;rieur de cette constellation sans nom de cit&#233;s-&#233;tats sur le continent &#224; l'est de la mer &#201;g&#233;e ... que pour la premi&#232;re fois et presque la derni&#232;re dans l'histoire que tous les grands probl&#232;mes semblent avoir &#233;t&#233; simultan&#233;ment r&#233;solus' &#8211; Seton Lloyd La seule chose (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-sociale-democratie-" rel="directory"&gt;Autonomie sociale : D&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-37-democratie-directe-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-49-prospective-+" rel="tag"&gt;Prospective&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-57-revolution-+" rel="tag"&gt;Revolution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-61-antiquite-+" rel="tag"&gt;Antiquit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-69-institutionnel-+" rel="tag"&gt;Institutionnalisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-108-sociologie-+" rel="tag"&gt;Sociologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-138-totalitarisme-+" rel="tag"&gt;Totalitarisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-193-kohr-l-+" rel="tag"&gt;Kohr L.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-221-empire-+" rel="tag"&gt;Empire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Chapitre sept du livre &#171; La D&#233;composition des Nations &#187; (The Breakdown of Nations), de Leopold Kohr, 1955. Traduction de Benaset Sobeiran (12/2013).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;http://lanredec.free.fr/polis/BoN_ToC_fr.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://lanredec.free.fr/polis/BoN_T...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
'&lt;i&gt;C'est alors ici, &#224; l'int&#233;rieur de cette constellation sans nom de cit&#233;s-&#233;tats sur le continent &#224; l'est de la
mer &#201;g&#233;e ... que pour la premi&#232;re fois et presque la derni&#232;re dans l'histoire que tous les grands
probl&#232;mes semblent avoir &#233;t&#233; simultan&#233;ment r&#233;solus&lt;/i&gt;' &#8211; Seton Lloyd&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La seule chose impressionnante au sein des grands pouvoirs est leur contrainte physique excessive.
Comme cons&#233;quence, ils peuvent r&#233;clamer une place d'honneur seulement dans un monde qui a une
plus grande v&#233;n&#233;ration pour la prouesse physique que pour les valeurs intellectuelles, et ce monde
est simplement plus collectiviste qu'individualiste. Pour un individualiste, la contrainte physique ne
signifie rien d'autre qu'une trahison de son int&#233;grit&#233;, et une invitation &#224; ignorer le d&#233;veloppement de
son intellect. Il ex&#232;cre la puissance physique jusqu'&#224; un certain point. Lorsqu'elle est n&#233;cessaire pour
la mise &#224; profit d'une vie saine. Il se d&#233;lectera dans la contrainte qui lui permet de s'engager dans
une comp&#233;tition athl&#233;tique ou dans des combats tels que ceux pratiqu&#233;s par les chevaliers du Moyen
&#194;ge, qui &#233;taient des causes nobles parce que personnelles. Mais il ne trouvera aucun enchantement
dans l'accumulation de pouvoir massif tel qu'il est produit par des masses bien organis&#233;es,
d&#233;pourvues de bon-sens, et il n'est pas capable de combattre contre d'autres masses bien organis&#233;es
et stupides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partout o&#249; l'&#233;l&#233;ment de masse est introduit, l'individu est tu&#233; m&#234;me s'il survit physiquement.
La vie de l'homme r&#233;side dans l'esprit, et l'esprit ne peut se d&#233;velopper que dans l'abri non-oppressif
d'une petite soci&#233;t&#233;. Il n'y a donc pas de co&#239;ncidence dans le fait que la culture mondiale ait &#233;t&#233;
produite dans des petits &#233;tats. Non par des petits &#233;tats &#8211; un point qui ne peut &#234;tre assez soulign&#233; &#224;
notre &#233;poque d'adoration de la communaut&#233;, depuis que les &#233;tats, les communaut&#233;s, nations ou
peuples de toute sorte, forme ou taille, sont ici pour nous procurer des voitures de ville ou des plans
de canalisation des eaux us&#233;es, et non des pens&#233;es &#8211; mais dans des petits &#233;tats. C'est l&#224; leur grandeur
et leur gloire. Et il y a diff&#233;rentes raisons &#224; cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.La diversion culturelle des &#233;nergies agressives&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le citoyen d'un petit &#233;tat n'est pas par nature
ni meilleur ni plus sage que son homologue dans une
grande puissance. Il est lui aussi un homme plein d'imperfections, d'ambitions et de vices sociaux.
Mais il lui manque le pouvoir qu'il pourrait assouvir de fa&#231;on dangereuse, puisque m&#234;me la plus
puissante organisation, de laquelle il fait d&#233;river sa puissance &#8211; l'&#201;tat &#8211; est en permanence r&#233;duite &#224;
une relative inefficacit&#233;. Alors que les coulisses de son imagination restent vierges, les coulisses de
ses actes vicieux sont attach&#233;s. Un individu d'un petit &#233;tat peut &#224; la rigueur tuer, attaquer ou voler,
mais il ne pourra le faire d'une fa&#231;on aussi vorace et d&#233;s&#233;quilibr&#233;e que dans des grandes puissances,
puisqu'il est facilement retenu tout au long de sa vie par des forces d'&#233;quilibres nombreuses,
toujours pr&#234;tes et mouvantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les jeux de pouvoir politique dans les petits &#233;tats sont, en cons&#233;quence, rarement autre
chose que des jeux r&#233;els, n'absorbant jamais les ambitions des individus &#224; l'exclusion de tous les
autres int&#233;r&#234;ts. Que r&#233;ussit-il en intriguant lui-m&#234;me vers la position de pr&#233;sident, prince, premier
ministre, ou dictateur ? Il ne peut pas faire grand chose dans cette position, aussi grand soit son titre.
Il adorerait, bien s&#251;r, agiter le monde dans une grande attitude historique, semant la terreur et de
futiles horreurs comme l'ont fait Hitler ou Staline &#8211; si seulement il pouvait. Mais,
h&#233;las, il ne peut
pas. O&#249; pourra-t-il obtenir les armes ? O&#249; obtenir les arm&#233;es ? Il sera capable de commettre
quelques meurtres en impunit&#233;, mais m&#234;me cela ne ferait pas de lui une figure historique, et il ne
pourrait pas occuper ses talents assez longtemps pour le sauver de l'ennui. Il est le ma&#238;tre, mais il n'a
pas assez de citoyens soumis &#224; commander. Un barman aura suffisamment de courage pour r&#233;sister
&#224; ses avances, s'il s'appuie sur son pouvoir plut&#244;t que sur sa galanterie. Et il y aurait peu de ses
&#233;ventuelles victimes, qui comme Dante, Schiller ou Wagner ne pourraient pas se mettre &#224; l'abri de
sa juridiction en marchant ou en courant quelques miles, la nuit, arrivant une heure plus tard dans
un &#201;tat diff&#233;rent. Exercer un pouvoir avec un grand style est un job qui apporte peu de satisfactions.
Mais l'ambition humaine fait encore moins de ravages dans le c&#339;ur du politicien d'un petit
&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyant la route conventionnelle vers l'&#233;minence historique bloqu&#233;e, pareille &#224; la route vers la
gloire de bataille pour laquelle on n'a pas besoin d'esprit du tout, et qui peut &#234;tre parcourue sans
bagage intellectuel par un porteur d'eau afghan, un tapissier autrichien, ou une prostitu&#233;e byzantine
avec autant de succ&#232;s qu'un dipl&#244;m&#233; d'une acad&#233;mie militaire, il n'a pas d'autre moyen de se faufiler
dans les pages convoit&#233;es de l'histoire qu'en appliquant son intelligence aux aspirations
les plus
&#233;lev&#233;es
de l'homme. C'est plus difficile, mais c'est la seule chance d'obtenir une mention honorable
&#224; c&#244;t&#233; des vainqueurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi Wolf Dietrich, un c&#233;l&#232;bre prince-&#233;v&#234;que de Strasbourg &#8211; pour en donner un parmi une
multitude d'exemples &#8211; mit le feu &#224; sa cath&#233;drale, &#224; ce qu'on dit, comme Goering le fit pour le
Reichstag, non pour cr&#233;er un probl&#232;me cependant, mais pour construire un monument &#224; son go&#251;t
qui pourrait d&#233;passer les victoires d'Alexandre. Sans aucun risque d'&#233;tendre ses possessions, son
agressivit&#233; fut divertie vers la construction d'une magnifique cath&#233;drale de la Renaissance dont la
fa&#231;ade devint la toile de fond incomparable de
tout homme
, l'attraction centrale encore florissante
des festivals de Salzbourg. Ses successeurs construisirent d'autres &#233;glises, toutes sans aucune
n&#233;cessit&#233;, mais chacune plus splendide que l'autre, creus&#232;rent des tunnels &#224; travers les rochers,
&#233;lev&#232;rent des th&#233;&#226;tres sur les pans de montagne, construisirent de charmantes fontaines et de
magnifiques piscines de marbre o&#249; leurs chevaux pouvaient se baigner dans la chaleur de l'&#233;t&#233;, et
cr&#233;&#232;rent par amour des ch&#226;teaux de for&#234;ts enchant&#233;es pour leurs f&#233;condes ma&#238;tresses. Ils ont fait de
Salzbourg, la petite capitale d'un &#233;tat de moins de 200 000 habitants, une des perles architecturales
du monde. Ce n'est rien, bien s&#251;r, compar&#233; avec la construction des autoroutes, des lignes Maginot
et Siegfried, des croiseurs de combats, des roquettes ou des bombes atomiques, pouvant &#234;tre
produites seulement dans des grandes puissances qui, parce qu'elles peuvent les produire, semblent
&#234;tre conduites &#224; ne produire rien d'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re raison de la productivit&#233; culturelle intense contenue dans des petits &#201;tats r&#233;side
donc dans le fait que l'absence de pouvoir transformera presque invariablement les dirigeants, qui
peuvent autrement se muer en vulgaires pyromanes et agresseurs, en m&#233;c&#232;nes de l'enseignement et
des arts. Ils ne peuvent pas assurer l'entretien d'une arm&#233;e de soldats, mais l'entretien d'une douzaine d'artiste est fiscalement &#224; la port&#233;e de m&#234;me le plus pauvre des princes locaux. Et tandis que dans
un monde de petits &#201;tats, chaque pays est cern&#233; par une multitude d'autres petits &#201;tats, chaque
r&#233;ussite artistique chez l'un suscitera chez tous les autres la flamme f&#233;roce de la jalousie, qui ne peut
&#234;tre d&#233;salt&#233;r&#233;e, except&#233;e par des r&#233;ussites qui surpassent celles de tous les voisins. Puisque ceci, en
retour, produit de nouvelles jalousies, le processus de cr&#233;ation culturelle ne peut jamais arriver &#224; un
point final dans un syst&#232;me de petits &#201;tats. Pour r&#233;aliser cela, il nous suffit seulement de jeter un
coup d'&#339;il aux innombrables petites cit&#233;s d'Europe. Il y a ici, et non dans les grandes additions
m&#233;tropolitaines dans lesquelles certaines d'entre elles ont &#233;t&#233; noy&#233;es, que nous trouvons la part
principale de notre h&#233;ritage culturel, puisque presque chaque petite cit&#233; a &#233;t&#233;, un temps ou un autre,
la capitale d'un &#233;tat souverain. Le nombre, la splendeur, la richesse &#233;crasantes des palais, ponts,
th&#233;&#226;tres, mus&#233;es, cath&#233;drales, universit&#233;s et biblioth&#232;ques, nous ne la devons pas &#224; la magnanimit&#233;
des grands b&#226;tisseurs d'empire ou des unificateurs du monde, qui d'ordinaire sont eux-m&#234;me fiers de
leur mode de vie asc&#233;tique, mais &#224; ces gouvernants toujours querelleurs, qui voulaient transformer
leur capitale en une autre Ath&#232;nes ou une autre Rome. Et puisque chacun d'eux a impos&#233; la marque
de sa personnalit&#233; particuli&#232;re sur ses cr&#233;ations, nous trouvons, au lieu de la gigantesque fadeur et
uniformit&#233; du gigantisme tardif, des diff&#233;rences fascinantes dans les mod&#232;les architecturaux et les
styles artistiques, aussi innombrables qu'il y avait de gouverneurs et de petits &#201;tats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. La lib&#233;ration de la servitude sociale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une seconde raison &#224; leur fertilit&#233; culturelle est que les petits &#201;tats, avec leurs dimensions &#233;troites et
leurs probl&#232;mes insignifiants de vie en commun, donnent &#224; leurs citoyens le temps et le loisir sans
lequel aucun grand art ne peut &#234;tre d&#233;velopp&#233;. Les affaires du gouvernement sont si n&#233;gligeables
que seule une fraction des &#233;nergies individuelles a besoin d'&#234;tre divertie sur la cha&#238;ne du service
social. La soci&#233;t&#233; marche presque &#224; sa propre vitesse, et gr&#226;ce &#224; cela, la majeure partie de la vie des
citoyens peut &#234;tre d&#233;di&#233;e &#224; l'am&#233;lioration de l'individu plus qu'au service de l'&#201;tat.
C'est bien diff&#233;rent dans le cas des grandes puissances dont les &#233;normes demandes sociales
sont telles qu'elles consument pratiquement toute l'&#233;nergie disponible, non seulement celle de leur
serviteurs directs, mais aussi bien celle de leurs citoyens dans le seul but de conserver leurs soci&#233;t&#233;s
devenant lourdes, immobiles, et d'emp&#234;cher leurs services sociaux de s'effondrer. Toujours apeur&#233;es
&#224; l'id&#233;e de s'effondrer, de se casser sous leur propre poids, elles ne peuvent jamais lib&#233;rer leurs
populations de la servitude consistant &#224; pousser leurs &#233;paules collectives sous les roues de leur
prodigieuse entreprise. Leur raison doit, par la force des circonstances, refuser la gr&#226;ce de l'individu
vivant pour la vertu puritaine de la coop&#233;ration, ce qui est la loi des soci&#233;t&#233;s animales hautement
efficaces mais qui n'avait pas pour signification premi&#232;re d'&#234;tre la premi&#232;re inqui&#233;tude de l'humanit&#233;
vivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme cons&#233;quence, dans les grandes puissances, n'existe plus cette culture de
l'enseignement et de l'art au sein d'une atmosph&#232;re libre des probl&#232;mes que compte une journ&#233;e,
mais l'&#233;levage d'analystes sociaux, de sp&#233;cialistes des masses, d'experts efficaces et d'ing&#233;nieurs.
N'existe plus le grand po&#232;te ou le grand architecte qui r&#233;colte les principaux honneurs de la soci&#233;t&#233;,
mais le m&#233;canicien socialement utile, l'organisateur ou ce qui a justement &#233;t&#233; appel&#233; l'ing&#233;nieur des
relations humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est vrai, des artistes et des &#233;crivains peuvent encore partager les applaudissements des
masses, mais seulement s'ils produisent des choses d'une importance
sociale. S'ils &#233;chouent &#224; le
faire, s'ils ne peuvent &#234;tre interpr&#233;t&#233;s except&#233; selon les termes antiques de l'accomplissement
individuel, ils sont consid&#233;r&#233;s comme des parasites imprudents. Un chanteur peut encore &#234;tre
appr&#233;ci&#233;, mais seulement s'il produit la p&#226;moison des foules.
Son art, quel qu'il soit, rel&#232;ve manifestement d'une importance sociale, influen&#231;ant autant qu'il peut une telle quantit&#233; de
personnes. Mais les principaux honneurs seront r&#233;serv&#233;s &#224; ceux qui acquitteront eux-m&#234;me la
principale t&#226;che d'une soci&#233;t&#233; vaste, qui est : rester
mat&#233;riellement
en vie. Ce n'est pas injustifi&#233;,
parce que c'est une t&#226;che qui, comme le dit Aristote, est comparable dans une vaste puissance au
travail de 'tenir ensemble l'univers'. Avec notre d&#233;pendance &#224; l'existence massive pour la survie
individuelle, chaque occupation, &#233;liminant une multitude d'&#233;l&#233;ments, ne devient importante que
pour un seul, tandis qu'en m&#234;me temps, la qualit&#233; cesse d'&#234;tre un crit&#232;re de valeur. Un directeur de
service public, dont la t&#226;che peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme avilissante dans un petit &#233;tat, &#233;merge
pourtant comme un leader social dans une large unit&#233;. Un propri&#233;taire de b&#233;tail, si le nombre de son
cheptel exc&#232;de 500, cesse d'&#234;tre un paysan et atteint le prestige de la royaut&#233;. Un gardien de
toilettes, comme cela a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; signal&#233;, s'habille avec une queue de pie, loue une loge &#224; l'op&#233;ra, et
assume le titre d'Excellence si le nombre de si&#232;ges de toilettes qu'il a de maintenir en condition
hygi&#233;nique atteint le million. M&#234;me les escrocs, s'ils trichent un nombre de fois impressionnant,
sont trait&#233;s avec un respect stup&#233;fiant, ce qui am&#232;ne Saint Augustin &#224; penser que celui qui
d&#233;sapprouve la grandeur est un saint, lui qui raconte dans la Cit&#233; de Dieu (Livre IV, Chapitre IV) la charmante histoire qui suit :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; ... &#201;l&#233;gant et excellent fut cette r&#233;ponse du pirate au grand Mac&#233;donien Alexandre, qui
l'avait captur&#233; : le roi lui demanda comment se faisait-il qu'il moleste ainsi les mers, il
r&#233;pliqua avec un esprit libre &#171; Pourquoi molestez-vous le monde entier ? Parce que moi, je
fais cela seulement avec un petit bateau, je suis appel&#233; un voleur ; vous qui faites cela avec
un grand bateau, vous &#234;tes appel&#233; un empereur.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Dans une soci&#233;t&#233; moderne tant absorb&#233;e par la t&#226;che de faire survivre physiquement les conditions
follement entass&#233;es qu'elle a cr&#233;e, il n'est pas surprenant que l'on consid&#232;re les r&#233;ussites dans le
champs des sciences sociales, de la technologie, de l'hygi&#232;ne, et tant d'autres, comme le dernier
accomplissement de la civilisation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Pour cette raison, &#233;crit Ortega y Gasset, comme Spengler l'a tr&#232;s bien (&#8230;)&#034; id=&#034;nh33-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la civilisation n'a rien &#224; voir avec &#231;a. Les m&#233;tros, les
chaudi&#232;res et les salles de bain sont tous essentiels et utiles pour le confort mat&#233;riel et la vitalit&#233;
collective, mais ils ne sont pas des monuments de ce que nous appelons la culture. La Culture est le
portrait d'un ange ou d'un gamin de rue qu'un moderne a &#233;t&#233; autoris&#233; &#224; peindre en raison seulement
d'un grave probl&#232;me social &#224; l'esprit mais qu'un vrai artiste peint pour lui-m&#234;me. La Culture se
trouve dans les cath&#233;drales et dans les nobles fl&#232;ches dont la seule raison d'existence est d'&#234;tre
belles. Socialement, elles sont compl&#232;tement inutiles. Quelqu'un ne peut pas utiliser leur sol comme
un garage, leurs pi&#232;ces en hauteur balay&#233;es par les vents comme des bureaux, leurs bizarres
gargouilles comme des fontaine d'eau glac&#233;e. Ainsi elles ne peuvent plus &#234;tre construites, car n'y a-
t-il plus personne qui ne puisse trouver le temps et le loisir de cr&#233;er quelque chose dont la seule
valeur est le plaisir qu'il peut apporter aux yeux judicieux de son cr&#233;ateur ou de son Dieu ? Les
quelques monuments que la soci&#233;t&#233; de masse peut encore sponsoriser &#8211; et m&#234;me si ce n'est pas pour
la gloire de Dieu mais sa propre glorification, de sorte que les monuments qu'elle &#233;rige &#224; ceux qui
sont morts pour que la communaut&#233; puisse vivre, et qui sont symbolis&#233;s non par le fils d'une m&#232;re
au c&#339;ur bris&#233; comme on pourrait s'y attendre mais par un soldat inconnu durement d&#233;personnalis&#233;
&#8211; doit &#234;tre utilitaire par nature. Ainsi, au lieu des fontaines baroques gaspillant une eau pr&#233;cieuse, ou
des statues gaspillant des m&#233;taux pr&#233;cieux, nous construisons maintenant des h&#244;pitaux m&#233;moriaux,
des parcs m&#233;moriaux, et des halls de communaut&#233; m&#233;moriaux. Tout, tout doit &#234;tre subordonn&#233; aux
besoins sociaux. Culturellement, vivre sur une vaste &#233;chelle est devenu st&#233;rile. Ce que les nations
populeuses du monde poss&#232;dent encore en v&#233;ritable civilisation n'est pas leur propre cr&#233;ation mais
l'h&#233;ritage d'un pass&#233; qui leur a apport&#233; les choses essentielles pour la cr&#233;ation artistique : temps de
la m&#233;ditation, lenteur de la paix, et par dessus tout, une lib&#233;ration d'un service social abrutissant.
Arnold J. Toynbee, dans son
&lt;i&gt;A Study of History&lt;/i&gt;, a indiqu&#233; cette connexion vitale entre laproductivit&#233; culturelle et l'assistance exigeant des t&#226;ches sociales en tra&#231;ant le d&#233;veloppement de la
grandeur intellectuelle non par la participation interne mais par le retrait de la vie sociale. Il trouve
ceci pour illustrer l'argument :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;'... Dans les vies des mystiques, des saints, des hommes d'&#233;tat, des soldats, des historiens et
des po&#232;tes, aussi bien que dans les histoires des nations, des &#233;tats et des &#233;glises. Walter
Bagehot exprima la certitude que nous cherchons &#224; &#233;tablir lorsqu'il &#233;crit : &#171; &lt;i&gt;Toutes les
grandes nations ont &#233;t&#233; pr&#233;par&#233;es en priv&#233; et en secret. Elles ont &#233;t&#233; compos&#233;es loin de toute
distraction.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Arnold J. Toynbee, A Study of History, version abr&#233;g&#233;e. New York : Oxford (&#8230;)&#034; id=&#034;nh33-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;'&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En d'autres mots, tout ce qui est grand dans les grandes nations n'est pas le produit de leur
p&#233;riode de pouvoir qui la garde occup&#233;e en occupant le premier plan de la sc&#232;ne de l'histoire, mais
de la p&#233;riode o&#249; elles &#233;taient insignifiantes et petites. Aucun pays puissant, en &#233;tant lui-m&#234;me la
principale distraction, ne pourrait bien s&#251;r, &#234;tre demeur&#233; loin de 'toute distraction' ou avoir
d&#233;velopp&#233; n'importe quel g&#233;nie 'en priv&#233; et en secret'.
Toynbee mentionne comme exemples de sa th&#233;orie des hommes tels que Saint Paul, Saint
Beno&#238;t, Saint Gr&#233;goire le Grand, Boudha, Mahomet, Machiavel, Dante et il pense pouvoir ajouter
pratiquement n'importe quel grand artiste de Gauguin &#224; Shaw. La
tour d'ivoire
, de laquelle notre
&#233;poque veut sortir n'importe quel artiste pour qu'il puisse gagner sa vie en faisant face aux
probl&#232;mes du jour et en contribuant aux efforts collectifs de guerre et de paix ou de n'importe quoi
d'autre, n'est rien d'autre que le repli dans lequel les v&#233;ritables monuments de civilisation ont &#233;t&#233;
cr&#233;es en d&#233;fiance de la clameur des masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. La Vari&#233;t&#233; de l'Exp&#233;rience Humaine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une troisi&#232;me raison &#224; l'intense productivit&#233; culturelle du petit, et &#224; la st&#233;rilit&#233; intellectuelle du
vaste &#233;tat. C'est la plus importante raison de toutes. Des soci&#233;t&#233;s peuvent avoir des m&#233;c&#232;nes comme
chefs d'&#233;tat. Mais m&#234;me ainsi, elles peuvent faire petit sans artiste. Et elles peuvent pourvoir les
am&#233;nagements pour le loisir et la m&#233;ditation. Mais encore, celles-ci ne pourraient produire seules
l'impulsion cr&#233;ative. Ce qui est n&#233;cessaire en plus est l'opportunit&#233; pour des individus cr&#233;atifs
d'apprendre le vrai sans lequel aucun art, ni litt&#233;rature, ni philosophie ne peut &#234;tre d&#233;velopp&#233;e. Mais
pour apprendre le vrai dans un monde qui est aussi
vari&#233;
que le n&#244;tre et qui se manifeste lui-m&#234;me
dans de telles innombrables formes, incidents et relations, un individu cr&#233;atif doit &#234;tre capable de
participer &#224; une grande vari&#233;t&#233; d'exp&#233;riences personnelles. Non dans un grand nombre, mais dans
une grande vari&#233;t&#233;. Et c'est infiniment plus facile dans un petit &#233;tat que dans une large unit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un vaste &#233;tat, nous sommes forc&#233;s de vivre dans des compartiments &#233;troitement
sp&#233;cialis&#233;s, depuis que des soci&#233;t&#233;s populeuses ne rendent pas seulement la sp&#233;cialisation sur large
&#233;chelle possible mais n&#233;cessaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cela ne signifie pas que la sp&#233;cialisation en tant que telle n'est pas (&#8230;)&#034; id=&#034;nh33-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme cons&#233;quence, notre exp&#233;rience de vie est confin&#233;e &#224; un
&#233;troit segment dont nous ne franchissons presque jamais les bordures, mais &#224; l'int&#233;rieur duquel nous
devenons de grands experts de la raison simple. Bris&#233;s sur les couleurs vari&#233;es du spectre, nous
commen&#231;ons &#224; voir la vie comme tout rouge, tout bleu ou tout vert, tandis qu'elle appara&#238;t dans sa
vraie couleur, blanche, seulement pour ceux qui se trouvent sur les hautes tours de contr&#244;le du
gouvernement et qui sont seuls dans la position de voir tourner actuellement la roue de la soci&#233;t&#233;.
Mais ils sont si occup&#233;s dans leur t&#226;che de coordination qu'ils ne peuvent pas nous communiquer les
faits qu'ils per&#231;oivent. Ce qui reste de nous est condamn&#233; &#224; n'&#234;tre que des habitants du segment,
aveugl&#233;s et aveugles, nous mouvant sur des particules mouvantes que nous consid&#233;rons sans
mouvement et connaissant la vis qui nous fa&#231;onne mais non l'engin dont elle fait partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lien de faire l'exp&#233;rience de beaucoup de choses diff&#233;rentes au sein de limites que l'on peut surveiller, comme le faisaient nos enviables anc&#234;tres, nous exp&#233;rimentons seulement une chose
sur un plan colossal. Mais de cela, nous en faisons l'exp&#233;rience un nombre incalculable de fois.
Maintenant des m&#233;caniciens rencontrent seulement des m&#233;caniciens, des docteurs des docteurs, des
artistes commerciaux des artistes commerciaux, des travailleurs du v&#234;tement des travailleurs du
v&#234;tement, des journalistes des journalistes. En fournissant une moyen de vivre &#224; l'int&#233;rieur des
limites des petites sous-nationalit&#233;s homog&#232;nes fonctionnalis&#233;es, nos syndicats modernes et nos
organisations professionnelles sont eux-m&#234;me fiers que leur membres puissent actuellement
disposer de tout le loisir de l'&#233;ducation, de l'hospitalisation, des vacances, d'enterrement sans avoir &#224;
mettre le pied hors de l'abri douillet de leur organisation. Il est consid&#233;r&#233; comme snob, ind&#233;cent ou
tra&#238;tre de m&#233;langer avec quelqu'un n'importe quoi d'autre. Si un historien conna&#238;t un psychanalyste,
il est consid&#233;r&#233; comme quelqu'un de lunatique. Si un homme d'affaires conna&#238;t un sculpteur, il est
suspect&#233; d'&#234;tre un pervers sexuel. Si un ing&#233;nieur conna&#238;t un philosophe, il est suspect&#233; d'&#234;tre un
espion. Si un &#233;conomiste fait une d&#233;claration sur une question qui, par d&#233;finition, appartient au
champs de la science politique, il est consid&#233;r&#233; comme un imposteur. Un de mes propres &#233;tudiants
m'a accus&#233; de fraude en classe ouverte lorsque je me suis aventur&#233; &#224; corriger une d&#233;claration venant
de lui concernant un fait de la vie politique anglaise. Il rejeta ma correction en statuant s&#233;v&#232;rement
qu'un &#233;conomiste ne pouvait pas dans la mesure du possible avoir un connaissance faisant autorit&#233;
dans un champ ext&#233;rieur au sien. S'il revendique n&#233;anmoins cette autorit&#233;, il serait soit un g&#233;nie, soit
un imposteur, sugg&#233;rant fortement qu'il me consid&#233;rait comme ce dernier. Et il avait raison, bien s&#251;r.
M&#234;me en tant qu'&#233;conomiste, je suis en fraude. Le seul champ dans lequel je sais r&#233;ellement
quelque chose concerne la documentation des unions douani&#232;res internationales. L&#224;-dessus, je sais
tout, et, aussi d&#233;nu&#233; de sens que ce soit, je suis probablement la principale autorit&#233; mondiale. Dans
toute autre discipline, je dois faire confiance &#224; ce que d'autres sp&#233;cialistes ont apport&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que la vie moderne rend techniquement impossible de participer &#224; des
exp&#233;riences
multiples, n'importe quoi &#233;crit au sein des &#201;tats massifs d&#233;ments n'est pas con&#231;u de la vie, mais de
l'
&#233;tude
coordonn&#233;e de la vie. Le monde ne croise plus le sentier d'un auteur. Il doit sortir de son
chemin et d&#233;couvrir cela indirectement, laborieusement &#224; partir des encyclop&#233;dies et des
monographies, ou provenant des &#233;crits d'autres &#233;tudiants travaillant durs. S'il en a les moyens, il
prend une &#233;quipe de chercheurs qui se charge de l'enseignement et de l'exp&#233;rimentation pour lui
sans savoir le but de tout leur travail, tandis qu'il ne fait rien lui-m&#234;me sinon agir comme un
ordinateur m&#233;canique de personnages qui sont nourris au sein du syst&#232;me et dont les r&#233;sultats sont
une surprise aussi bien pour lui que pour n'importe qui&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une illustration caract&#233;ristique de ces nouvelles m&#233;thodes par lesquelles (&#8230;)&#034; id=&#034;nh33-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun individu seul, except&#233; celui qui est
bien s&#251;r un super g&#233;nie, n'a l'opportunit&#233; de faire l'exp&#233;rience de la multitude des probl&#232;mes sociaux
et humains que constitue la vie. Mais tandis que la culture est le produit de la perception
individuelle de toute la port&#233;e de l'existence, le vaste &#233;tat qui prive l'individu cr&#233;atif de sa richesse
et de ses dimensions en faveur de la communaut&#233; m&#233;caniquement efficiente mais intellectuellement
st&#233;rile, ne pourra jamais &#234;tre le sol convenable sur lequel la civilisation peut fleurir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le grand avantage du petit &#201;tat, c'est qu'une fois qu'il a 'atteint une population suffisante
pour une belle vie dans la communaut&#233; politique', il n'offre pas seulement les avantages d'un degr&#233;
raisonnable de civilisation mais aussi la possibilit&#233; &#224; tout le monde de faire l'exp&#233;rience de tout,
simplement en regardant par la fen&#234;tre. Il n'y a aucune passion ou probl&#232;me inqui&#233;tant le c&#339;ur de
l'homme ou la paix d'un vaste empire qui n'existe aussi dans un petit pays. Mais contrairement au
large empire, o&#249; leur signification se trouve cach&#233;e sous le poids de r&#233;p&#233;titions innombrables et
dans une multitude de royaumes sp&#233;cialement d&#233;cousus, ils se d&#233;roulent eux-m&#234;mes sans
l'interm&#233;diaire des analystes et des experts devant les yeux de tout le monde, et avec une clart&#233; de
contour et de raison tels qu'ils ne peuvent &#234;tre per&#231;u n'importe o&#249;. Un petit &#233;tat a les m&#234;mes
probl&#232;mes gouvernementaux que la plus monumentale puissance sur terre, de m&#234;me qu'un petit cercle a le m&#234;me nombre de degr&#233;s qu'un tr&#232;s grand. Mais ce qui, en dernier lieu, ne peut &#234;tre
discern&#233; par une arm&#233;e de statisticiens et d'interpr&#232;tes sp&#233;cialis&#233;s, pourrait &#234;tre per&#231;u par n'importe
quel paisible promeneur de l'ancienne Ath&#232;nes. Comme cons&#233;quence, si nous voulons r&#233;ellement
aller au fond des choses, m&#234;me aujourd'hui, nous n'avons pas d'autres recours apr&#232;s avoir essay&#233;
Harvard et Oxford que de prendre de leurs &#233;tag&#232;res poussi&#233;reuses Platon et Aristote. Ainsi le pire
d'Harvard et d'Oxford se trouve largement dans le fait qu'ils conservent sur leurs &#233;tag&#232;res les grands
hommes des petits &#233;tats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, il n'y avait aucun surhomme. Le secret de leur sagesse &#233;tait qu'ils vivaient dans une
petite soci&#233;t&#233; qui exposait tous les secrets de la vie aux les yeux de chacun. Ils voyaient chaque
probl&#232;me non comme une part g&#233;ante d'un tableau infini, mais comme une fraction de l'image
composite &#224; laquelle elle appartenait. Des philosophes, et aussi des po&#232;tes et des artistes, &#233;taient par
nature des g&#233;nies
universels
parce qu'ils voyaient la totalit&#233; de la vie dans sa richesse, sa vari&#233;t&#233; et
son harmonie enti&#232;res sans avoir &#224; relier d'information de seconde main ou de recourir &#224; des efforts
surhumains. Sans s'&#233;carter de leur voie, ou de faire un m&#233;tier de cela, ils pouvaient assister au cours
d'une journ&#233;e &#224; de la jalousie, &#224; un meurtre, &#224; un enl&#232;vement, &#224; de la magnanimit&#233; et au bonheur
supr&#234;me. Leur vie &#233;tait une participation constante aux passions humaines et politiques. Elle ne se
d&#233;roulait pas au cours de modernes rapports incestueux &#224; une dimension avec des individus ne
tenant compte que de leurs propres int&#233;r&#234;ts, mais dans un contact quotidien avec tout le monde,
allant des jeunes paysannes
aux ma&#238;tres. Comme cons&#233;quence, ils pouvaient &#233;crire de fa&#231;on aussi
comp&#233;tente sur les subtilit&#233;s des doctrines politiques, que sur la nature de l'univers ou les
tribulations de l'amour. Et les personnages qu'ils cr&#233;aient en marbre ou en vers n'&#233;taient pas des
porteurs synth&#233;tiques de probl&#232;mes de masse, mais des &#234;tre humains aussi complets, aussi vrais et
terre &#224; terre que leur v&#233;racit&#233; ind&#233;passable pouvait encore captiver notre imagination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4.Le t&#233;moignage de l'Histoire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour ces trois raisons que la majorit&#233; &#233;crasante des cr&#233;ateurs de notre civilisation &#233;taient des
fils et des filles de
petits
&#201;tats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est pour les m&#234;mes raisons que chaque fois que de productives
r&#233;gions de petits &#201;tats furent unifi&#233;es et moul&#233;es dans le formidable cadre de grands pouvoirs, elles
cess&#232;rent d'&#234;tre des centres de culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Histoire pr&#233;sente une irr&#233;sistible cha&#238;ne d'&#233;vidence &#224; ce sujet. Tous les grands empires de
l'Antiquit&#233;, en incluant le c&#233;l&#232;bre Empire romain, n'ont pas cr&#233;&#233; une fraction de culture au cours des
centaines d'ann&#233;es de leur existence en comparaison avec ce que les minuscules cit&#233;s-&#233;tats
grecques, toujours en train de se quereller, ont produit en quelques d&#233;cennies. Ayant dur&#233; si
longtemps, ils purent bien s&#251;r produire quelques grands esprits et des imitateurs impressionnants,
mais leur principale r&#233;alisation fut technique et sociale, non culturelle. Ils eurent des
administrateurs, des strat&#232;ges, des constructeurs de route, et des gens amassant des pierres dans des
structures g&#233;antes dont les formes peuvent &#234;tre dessin&#233;es par n'importe quel enfant de deux ans
jouant dans le sable. Ils eurent de grands juristes et des ma&#238;tres de gouvernement, mais les Huns les
avaient aussi. D&#232;s que la v&#233;ritable culture &#233;tait concern&#233;e, ils obtinrent ce qu'ils purent des Grecs,
des Juifs ou d'autres membres de petites, d&#233;sunies et querelleuses tribus qu'ils achetaient sur les
march&#233;s d'esclaves comme des biens meubles
et qui leur faisaient des le&#231;ons et les dominaient, tout
barbares qu'ils &#233;taient. Soulignant la connexion entre la productivit&#233; culturelle et la petitesse de
l'unit&#233; sociale, Kathleen Freeman &#233;crit dans son livre sur les
Cit&#233;s-&#233;tats grecques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;New York : W. W. Norton and Co., 1950, p. 270&#034; id=&#034;nh33-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;'L'existence de ces centaines de petites unit&#233;s... semble absurde &#233;conomiquement
aujourd'hui... Mais certaines des ces petites unit&#233;s ont cr&#233;&#233; les pr&#233;misses de mouvements qui
ont transform&#233; le monde et qui ont finalement donn&#233; &#224; l'homme sa pr&#233;sente ma&#238;trise sur la
Nature... Ce fut la petite unit&#233;, la cit&#233; ind&#233;pendante grecque, o&#249; chacun connaissait celui qui
arrivait, qui produisit des g&#233;ants intellectuels tels que Thucydide et Aristophane, H&#233;raclite et
Parm&#233;nide. Si ces conditions n'&#233;taient pas en partie responsables, comment expliquer que la
philosophie, la science, la pens&#233;e politique et le meilleur de la litt&#233;rature, tout p&#233;rit avec la
chute du syst&#232;me de cit&#233;-&#233;tat en 322 avant J-C, nous laissant avec les &#339;uvres int&#233;ressantes
mais moins profondes et moins originales d'hommes tels que &#201;picure et M&#233;nandre ? Il y eut
seulement un po&#232;te majeur apr&#232;s 322 : Th&#233;ocrite de Cos, un g&#233;nie lyrique de premier rang,
qui pourtant (&#224; la diff&#233;rence de Sappho) &#233;crivit autant que s'il avait &#233;t&#233; de second rang, quand
il se pliait aux exigences des m&#233;c&#232;nes possibles tels que les ma&#238;tres d'Alexandrie et de
Syracuse. La nation moderne qui a replac&#233; la
polis
comme unit&#233; de gouvernement est un
millier de fois moins cr&#233;ative sur le plan intellectuel en proportion de sa taille et de ses
ressources ; m&#234;me en construction et en arts et m&#233;tiers elle reste derri&#232;re en go&#251;ts, et
relativement en productivit&#233;.'&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Seton Lloyd, dans un article paru dans The Listener du 19 avril 1951, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh33-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;De la m&#234;me fa&#231;on, l'Angleterre produisit une s&#233;rie brillante de noms &#233;ternels, mais quand ?
Quand elle &#233;tait si petite et si insignifiante qu'elle rencontrait d'&#233;normes difficult&#233;s &#224; remporter
quelques batailles contre les Irlandais et les &#201;cossais. C'est vrai, elle remporta une victoire
historique contre l'Espagne, mais la grandeur de cette victoire, comme dans le cas des guerres entre
l'ancienne Gr&#232;ce et la Perse, r&#233;side pr&#233;cis&#233;ment dans le fait qu'elle fut remport&#233;e non par un grand
pouvoir mais par un des &#201;tats les plus mineurs de l'Europe sur la principale puissance d'alors. Mais
ce fut durant cette p&#233;riode d'insignifiance querelleuse et avec une population d'environ quatre
millions d'habitants qu'elle produisit la part principale de sa grande contribution &#224; notre civilisation
&lt;br /&gt;&#8212; Shakespeare, Marlowe, Ben Jonson, Lodge et bien d'autres qui demeurent in&#233;gal&#233;s dans l'univers
de la litt&#233;rature. Lorsqu'elle se mit &#224; grandir plus puissamment, ses talents furent divertis vers les
champs de la guerre, de l'administration, de la colonisation et de l'&#233;conomie. Si elle continua &#224;
fournir des noms exceptionnels dans l'art et la litt&#233;rature, ce fut parce que des petits groupes ont
surv&#233;cu avec t&#233;nacit&#233; &#224; l'int&#233;rieur de son empire expansionniste. Ce n'est pas une co&#239;ncidence si
beaucoup des contributeurs les plus &#233;minents et les plus fertiles de la litt&#233;rature anglaise moderne,
Shaw, Joyce, Yeats ou Wilde, furent Irlandais, membre d'une des nations les plus petites du monde.
Mais deux pays seuls ne peuvent que mieux illustrer la productivit&#233; culturelle de petites
unit&#233;s, et la st&#233;rilit&#233; de larges, l'Italie et l'Allemagne. Les deux ont dans des temps relativement
r&#233;cents &#233;prouv&#233; la transformation d'une organisation en petits &#233;tats &#224; des empires puissamment
unifi&#233;s. Jusqu'&#224; 1870, les deux &#233;taient divis&#233;s en d'innombrables petites principaut&#233;s, duch&#233;s,
r&#233;publiques et royaumes. Puis, sous les applaudissements du monde, et avec sa terreur cons&#233;quente,
ils furent unifi&#233;s en pays riches, gros et pacifi&#233;s. Bien que les deux guerres mondiales aient quelque
peu abattu l'enthousiasme de nos intellectuels au regard de l'unit&#233; de l'Allemagne, ils sont encore
pr&#234;t &#224; entrer en transe
lorsqu'ils ils entendent le nom de l'unificateur et Bismarck italien, Garibaldi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi longtemps que les Italiens et les Allemands furent organis&#233;s, ou d&#233;sorganis&#233;s, dans de
petits &#233;tats d'op&#233;ra-comiques, ils ne donn&#232;rent pas seulement au monde les plus grands ma&#238;tres de
l'op&#233;ra comique, mais, comme en Angleterre durant sa p&#233;riode d'insignifiance politique
&#233;lisab&#233;thaine, une s&#233;rie sans &#233;gale de po&#232;tes lyriques, d'auteurs, de philosophes, de peintres,
d'architectes et de compositeurs. Le d&#233;sordre des &#233;tats que furent Naples, la Sicile, Florence, Venise,
G&#234;nes, Ferrare, Milan produisit Dante, Michel-Ange, Rapha&#235;l, Titien, Tasse, et des centaines
d'autres dont m&#234;me le dernier semble exceptionnellement plus grand que le plus grand artiste
d'Italie, quel qu'il soit. Le d&#233;sordre des &#201;tats que furent la Bavi&#232;re, le Bade, Francfort, la Hesse, la
Saxe, Nuremberg produisit Goethe, Heine, Wagner, Kant, D&#252;rer, Holbein, Beethoven, Bach et
encore des centaines dont m&#234;me le dernier connu semble d&#233;passer le plus grand artiste de
l'Allemagne unifi&#233;e, quel qu'il puisse &#234;tre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme Bertrand Russel l'a soulign&#233; : 'Durant les &#233;poques o&#249; il y eut de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh33-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains, comme Richard Strauss ont atteint un rang &#233;minent dans l'Allemagne moderne, mais leur origine provient du particularisme qui continua
d'exister en Allemagne et en Italie tout comme en France et en Angleterre m&#234;me apr&#232;s leur union et
qui est responsable de quelques derniers tra&#238;nards cr&#233;atifs.
C'est ce que les petits &#233;tats r&#233;actionnaires d'Italie et d'Allemagne ont donn&#233; au monde &#8211; cit&#233;s
merveilleuses, cath&#233;drales, op&#233;ras, artistes, princes, les uns &#233;clair&#233;s, les autres mauvais, les uns
maniaques, les autres g&#233;niaux, tous robustes, et aucun trop nuisible. Que nous ont donn&#233; les m&#234;mes
r&#233;gions en tant que grandes puissances impressionnantes ? En tant qu'empires unifi&#233;s, l'Italie et
l'Allemagne ont toutes deux continu&#233; de se vanter des monuments d'une grande civilisation pr&#233;sents
sur leur sol. Mais aucun d'eux ne les produisit. Ce qu'ils ont produit fut une s&#233;rie de dirigeants et
g&#233;n&#233;raux sans imagination, des Hitler et des Mussolini. Eux aussi eurent des ambitions artistiques et
voulurent embellir leur capitale, mais au lieu de centaines de capitales, il n'y en eurent que deux,
Rome et Berlin, et au lieu de centaines d'artistes, il n'y en eut que deux, Hitler et Mussolini. Et leur
premier souci ne fut pas la cr&#233;ation d'art mais la construction du pi&#233;destal sur lequel ils pouvaient
eux-m&#234;me reposer. Ce pi&#233;destal fut la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir du moment o&#249; la petite lutte entre &#233;tats a cess&#233; parmi les principaut&#233;s et r&#233;publiques
allemandes et italiennes, elles commenc&#232;rent &#224; cultiver des ambitions imp&#233;riales. La gloire
physique et militaire &#233;tant &#224; port&#233;e de main, elles oubli&#232;rent leurs grands intellectuels et artistes, et
commenc&#232;rent &#224; rougir d'excitation lorsque quelque conqu&#233;rant &#233;tait ressorti de leur histoire pass&#233;e
pour des raisons d'imitation. Ils commenc&#232;rent &#224; n&#233;gliger Goethe en faveur d'Arminius, un g&#233;n&#233;ral
teutonique qui battit les Romains. Ils commenc&#232;rent &#224; oublier Dante en faveur de C&#233;sar, un reporter
de guerre romain qui battit les Teutons, les Celtes, et les Britons. Ayant le choix entre une grande
tradition de culture et une grande tradition d'agressivit&#233;, ils choisirent, comme n'importe quelle
grande puissance le ferait, la derni&#232;re solution. L'Italie et l'Allemagne des po&#232;tes, des peintres, des
penseurs, des amants et des chevaliers se transforma en fabriques de boxeurs, de lutteurs,
d'ing&#233;nieurs, de coureurs, d'aviateurs, de footballeurs, de constructeurs de route, de g&#233;n&#233;raux, de
deshydrateurs de marais. Au lieu de d&#233;fenseurs contrari&#233;s de petites souverainet&#233;s, ils devinrent de
virils violeurs et agresseurs d'abord des pays autour d'eux et ensuite du monde entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et nous, &#224; notre &#233;poque, si impressionn&#233;e par la gloire de la masse, de l'unit&#233; et du pouvoir,
nous adorons simplement cela. Avant que nos intellectuels aient qualifi&#233; les dictateurs de criminels,
meurtriers et maniaques, ils les qualifiaient de g&#233;nies. C'est seulement lorsque ce dernier commen&#231;a
&#224; jouer avec leurs propres gorges qu'ils durent revoir leurs estimations. Alors ils commenc&#232;rent &#224;
vilipender les dictateurs. Mais en aucun cas ils ne r&#233;vis&#232;rent leur abjecte soumission g&#233;n&#233;rale au
pouvoir qu'ils continu&#232;rent de glorifier. N'&#233;tant pas d&#233;cemment capables d'adorer Hitler et
Mussolini tandis que les dictateurs remportaient d'&#233;normes victoires sur nous, l'affection qu'ils
portaient aux conqu&#233;rants contemporains, ils la port&#232;rent vers leurs pr&#233;d&#233;cesseurs. Ce qu'ils
loueraient moins maintenant en Hitler, ils le loueraient compl&#232;tement en Napol&#233;on&#8212;car il voulait
unifier l'Europe. &#192; ce jour, ils rechignent &#224; r&#233;aliser que toute notre d&#233;gradation comme individu est
d&#251;e &#224; l'unification sociale au del&#224; les limites requises pour une vie agr&#233;able.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5.Romains ou Florentins&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai choisi non sans raison la comparaison entre l'Allemagne et l'Italie, et montr&#233; l'identit&#233; de
d&#233;veloppement entre les deux, du raffinement culturel &#224; l'agressivit&#233; barbare, des concepteurs de
cath&#233;drales aux b&#226;tisseurs d'empire, de la grandeur intellectuelle combin&#233;e avec la faiblesse
politique &#224; la grandeur politique combin&#233;e avec le mongolisme intellectuel. La raison &#224; cela est que
presque tous les auteurs continuent d'&#233;tablir des diff&#233;rences entre les caract&#232;res et la productivit&#233;
culturelle des Allemands et des Italiens comme si une nation avait des talents sp&#233;ciaux et l'autre pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En apparence, les deux sont suppos&#233;es s'&#234;tre pareillement comport&#233;es de mani&#232;re abominable sous
leur dictature respective. Mais, il a &#233;t&#233; dit, que les Italiens n'ont pas r&#233;ellement voulu cela. &#192;
l'oppos&#233; des Allemands, ils sont artistiques, sanguins, joyeux, et absolument pas militaristes ou
imp&#233;rialistes. Mais cet adorable peuple, pour lequel nos commentateurs entich&#233;s attribuent une telle
appr&#233;ciation collective sur toute chose artistique, a comme groupe aussi peu attentionn&#233; &#224; son
h&#233;ritage culturel, laiss&#233; beaucoup de son ancienne gloire architecturale tomber en poussi&#232;re. Ce qui
fut sauv&#233; de nos yeux &#233;merveill&#233;s fut sorti de l'oubli par des professeurs anglais et prussiens, non
par l'artistique peuple italien qui utilisait les pierres des temples romains pour construire des
maisons et, lorsqu'ils r&#233;alis&#232;rent qu'ils pouvaient en tirer de l'argent, vendirent tout ce qu'ils purent
en pi&#232;ces et statuettes &#224; des &#233;trangers avides. Ce que tout M&#233;dicis aurait voulu garder avec jalousie,
les Garibaldi le donn&#232;rent en faisant du profit. Et comme pour leur antimilitarisme et leur anti-
imp&#233;rialisme, leur enti&#232;re tra&#238;trise politique &#233;tait due au fait qu'on ne leur avait pas donn&#233; assez de
colonies apr&#232;s la Premi&#232;re Guerre mondiale. Et bien que difficilement battus durant la Seconde
Guerre Mondiale, ils recommenc&#232;rent &#224; insister pour r&#233;cup&#233;rer leurs colonies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me &#224; partir de leur &#233;mergence comme grande puissance en 1871, les Italiens comme
peuple ne voulurent plus &#234;tre connus comme artistes mais comme ma&#238;tres, non comme des poules
mouill&#233;es pacifiques mais comme conqu&#233;rants, non comme des Florentins mais comme des
Romains. Le pouvoir les a transform&#233;s en Prussiens comme il le fut pour les Prussiens, et la marche
au pas de l'oie, que Mussolini a introduit de fa&#231;on appropri&#233;e dans son arm&#233;e, ne fut en aucun cas
&#233;trang&#232;re &#224; la mentalit&#233; italienne apr&#232;s 1871, tout comme la douceur, le talent artistique, l'&#233;l&#233;gance
et la d&#233;licatesse n'&#233;taient en aucun cas absents des Allemands avant cette date quand une large part
d'entre eux vivaient encore dans un m&#233;lange de petits &#233;tats. La culture n'est pas le produit de
peuples mais d'individus, et, comme nous l'avons vu, des individus cr&#233;atifs ne peuvent pas fleurir
dans l'atmosph&#232;re consommante des grandes puissances. Cela ne fait aucune diff&#233;rence que le
peuple concern&#233; soit allemand, fran&#231;ais, italien ou anglais. Partout o&#249; le processus d'union en vient
&#224; sa conclusion logique, sa fertilit&#233; culturelle se fl&#233;trit. Aussi longtemps que la d&#233;mocratie, avec son
syst&#232;me de divisions, de factions, de balances de petits groupes, existe, ou aussi longtemps que le
processus de consolidation interne n'a pas atteint sa fin, m&#234;me des puissances en apparence grandes
peuvent b&#233;n&#233;ficier des derniers reflets
de vitalit&#233; intellectuelle sans cependant, &#234;tre responsables de
cela. La grande puissance et la d&#233;mocratie, comme le pr&#233;c&#233;dent chapitre l'a montr&#233;, sont
mutuellement exclusifs dans la longue course, depuis que la grandeur dans sa derni&#232;re forme ne
peut pas &#234;tre maintenue except&#233; par une organisation totalitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;6. L'&#201;tat universel &#8211; Symbole et cause du d&#233;clin culturel &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toynbee, dans son &lt;i&gt;A study of History&lt;/i&gt;, qui est une &#233;tude sur la croissance et le d&#233;clin des
civilisations, a fait le portrait d'une relation similaire entre l'unification politique et la d&#233;cadence
intellectuelle. Il fait r&#233;f&#233;rence &#224; ce 'ph&#233;nom&#232;ne' qui est que la derni&#232;re phase, celle de chaque
civilisation, est caract&#233;ris&#233;e par 'sa n&#233;cessaire unification politique dans un &#233;tat universel' .&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Arnold J. Toynbee, op. Cit., p. 244&#034; id=&#034;nh33-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;
Il entend par cela ce que j'entends par grande puissance, un &#233;tat comprenant tous les membres d'une
civilisation sp&#233;cifique, non toutes les nations de la terre. Mais il n&#233;glige la plus importante
connexion causale
lorsqu'il consid&#232;re l'&#233;tat universel simplement comme un sympt&#244;me, 'un
ph&#233;nom&#232;ne', une 'marque du d&#233;clin', plus que la cause et la ratification de l'effondrement culturel. &#192;
part cela, son analyse p&#233;n&#232;tre le centre du probl&#232;me lorsqu'il &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;'Pour un &#233;tudiant occidental, l'exemple classique est l'Empire romain dans lequel la soci&#233;t&#233;
hell&#233;nique fut forc&#233;e de se r&#233;unir dans le dernier chapitre de son histoire. Si nous jetons un
coup d'&#339;il sur chacune des civilisations vivantes, autre que la n&#244;tre, nous notons que le&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;principal corps de la Chr&#233;tient&#233; Orthodoxe a d&#233;j&#224; exist&#233; &#224; travers un &#233;tat universel dans
l'Empire Ottoman ; que la Chr&#233;tient&#233; en Russie entra dans l'&#233;tat universel vers la fin du XVe
si&#232;cle, apr&#232;s l'unification politique de la Moscovie et de Novgorod ; et que la Civilisation
Hindoue a eu son &#233;tat universel dans l'Empire Monghol et dans son successeur, le Raj
britannique ; le principal corps de la civilisation Extr&#234;me-Orientale dans l'Empire Mongol et
sa r&#233;surrection aux mains des Mandchous ; et l'&#233;manation japonaise de la civilisation
Extreme-Orientale sous la forme du Shogunate de Tokugawa. Tout comme pour la Soci&#233;t&#233;
islamique, nous pouvons peut-&#234;tre discerner une pr&#233;monition id&#233;ologique d'un &#233;tat universel
dans le Mouvement Pan-Islamique.'&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 244&#034; id=&#034;nh33-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#233;chapper au 'feu lent et r&#233;gulier d'un &#233;tat universel dans lequel nous aurions &#233;t&#233; en
temps voulu r&#233;duit en poussi&#232;re et en cendres'&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 553&#034; id=&#034;nh33-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;
, Toynbee sugg&#232;re l'&#233;tablissement, non d'un
arrangement unitaire embrassant tout, 'mais une forme d'ordre mondial, semblable peut-&#234;tre &#224;
l'Homonoia ou la Concorde pr&#234;ch&#233;e en vain par certains hommes d'&#233;tats hell&#233;niques et
philosophes'.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 552&#034; id=&#034;nh33-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;
Mais il y a une seule fa&#231;on d'&#233;tablir une telle Homonoia ou harmonie, c'est de
restaurer le monde de petits &#201;tats &#224; partir duquel notre civilisation occidentale individualiste est
issue, et sans lequel elle ne peut continuer. Avec un vaste pouvoir, le d&#233;veloppement nous conduit
in&#233;vitablement vers l'&#226;ge du contr&#244;le, de la tyrannie et du collectivisme.
En prenant la cause pour un sympt&#244;me, Toynbee n'a pas tout &#224; fait atteint cette conclusion
que sa propre monumentale argumentation semble forcer le lecteur. C'est pourquoi il termine son
travail sur une note d'optimisme non-justifi&#233; mais caract&#233;ristique de la modernit&#233;. Il pense 'qu'il n'y
a aucune loi de d&#233;terminisme historique' qui ne contraindrait le monde occidental &#224; prendre la
m&#234;me route de destruction qui n'ait pas d&#233;j&#224; &#233;t&#233; prise par n'importe quelle autre civilisation, la route
d'un &#233;tat universel occidental, ou d'un empire, ce qui serait le meilleur nom pour le d&#233;signer. Il
&#233;choue &#224; voir que ce d&#233;veloppement est devenu in&#233;vitable &#224; partir du moment o&#249; les &#233;tats se sont
d&#233;velopp&#233;s au del&#224; de la taille optimale d'Aristote dans des complexes de grande puissance. &#192; partir
de l&#224; dans une croissance plus en avant qui a signifi&#233; une ruine plus proche. Aujourd'hui, pouss&#233; par
les Nations-Unies et leur agence culturelle l'UNESCO, l'&#233;tat universel occidental s'est avanc&#233; loin
au del&#224; de la mince silhouette d'une 'pr&#233;monition id&#233;ologique' ; en fait, nos hommes d'&#233;tat semblent
n'avoir rien d'autre &#224; l'esprit except&#233; notre unification qui pr&#233;servera notre existence mais qui
condamne notre civilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La taille sociale appara&#238;t donc une fois donc &#224; la racine des choses, du bien aussi bien que du
mal ; de la productivit&#233; culturelle et de la sagesse humaine, si elle est limit&#233;e, de l'ignorance
sp&#233;cialis&#233;e et de l'excellence sans importance dans l'utilitarisme social si elle est trop grosse. Et
encore, tandis que des facteurs historiques et &#233;conomiques tels que les grands leaders, les traditions
nationales, ou le mode de production expliquent beaucoup, la th&#233;orie de la taille semble expliquer
plus.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb33-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;Pour cette raison&lt;/i&gt;, &#233;crit Ortega y Gasset, &lt;i&gt;comme Spengler l'a tr&#232;s bien observ&#233;, il &#233;tait n&#233;cessaire, seulement de nos
jours, de construire des immeubles &#233;normes. L'&#233;poque des masses est l'&#233;poque du colossal. Nous vivons maintenant sous le brutal empire des masses.&lt;/i&gt; &#187; (Op. Cit., p. 13.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb33-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Arnold J. Toynbee, &lt;i&gt;A Study of History&lt;/i&gt;, version abr&#233;g&#233;e. New York : Oxford University Press, 1947, p. 224&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb33-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cela ne signifie pas que la sp&#233;cialisation en tant que telle n'est pas d&#233;sirable. Au contraire, la raison de chaque
communaut&#233;, comme indiqu&#233; dans le pr&#233;c&#233;dent chapitre est de l'encourager. Mais lorsqu'elle commence &#224; effacer la
diversit&#233; de l'homme qu'elle cultive, &#224; un moindre degr&#233; de perfection, son avantage se transforme en ruine. Cela se
produit avec une sp&#233;cialisation excessive sur large &#233;chelle rendue possible dans de vastes &#233;tats.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb33-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Une illustration caract&#233;ristique de ces nouvelles m&#233;thodes par lesquelles des auteurs modernes se mettent en t&#226;che
d'&#233;crire un livre a &#233;t&#233; fournie par le compte-rendu suivant de Ramon Cuthrie, un ami et associ&#233; de Sinclair Lewis,
d&#233;crivant les derniers efforts pour &#233;crire un roman sur les probl&#232;mes du travail :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;'Ce fut en 1929 que Red [Sinclair
Lewis] fit son premier essai pour &#233;crire un roman sur le travail. Un grand nombre d'experts du travail, des
&#233;conomistes, etc. se trouvaient dans la r&#233;sidence formant une &#233;quipe de consultants. L'un des experts &#233;tait feu Ben
Stolberg ; j'ai oubli&#233; qui &#233;taient les autres pr&#233;sents. Tout le monde except&#233; Red s'attelait au travail d'&#233;criture du
roman. Red lui-m&#234;me semblait surtout d&#233;rout&#233; et d&#233;concert&#233; par l'invasion. Il voulait faire la sieste, sortir pour
marcher, lire des histoires polici&#232;res, prendre des boissons calmement mais d'un air d&#233;cid&#233;, sortir les &#339;uvres
alimentaires pour ''The Saturday Evening Post'', tandis que le groupe des experts &#233;tait assis dans un solennel
conclave en train de concevoir le roman.' (Ramon Cuthrie, 'The Labor Novel that Sinclair Lewis Never wrote', New
York Herald Tribune Book Review
, 10 f&#233;vrier 1952.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb33-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;New York : W. W. Norton and Co., 1950, p. 270&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb33-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Seton Lloyd, dans un article paru dans The Listener
du 19 avril 1951, exprime un point de vue similaire lorsqu'il
&#233;crit : '
&lt;i&gt;C'est alors ici, &#224; l'int&#233;rieur de cette constellation sans nom de cit&#233;s-&#233;tats sur le continent &#224; l'est de la mer
&#201;g&#233;e, avant m&#234;me qu'Ath&#232;nes ne soit devenue c&#233;l&#232;bre, que, pour la premi&#232;re fois et presque la derni&#232;re dans
l'histoire, tous les grands probl&#232;mes semblent avoir &#233;t&#233; simultan&#233;ment r&#233;solus. Pour une fois, une vie de groupe &#224;
l'&#233;chelle nationale devint possible, avec un panel complet de ces libert&#233;s auxquelles notre &#233;poque aspire avec un
succ&#232;s si limit&#233;. Pour citer le Dr. Keith Monsarrat, &#171; Il n'y avait pas seulement la paix entre les cit&#233;s, mais les
hommes des cit&#233;s semblaient aussi avoir offert la paix &#224; chacun des autres. Ils trouvaient loisirs &#224; se pr&#233;occuper
eux-m&#234;mes de l'ornement de leur propre fa&#231;on de vivre, et au cours de cela, ils &#233;prouvaient des relations
harmonieuses telles qu'aucun homme n'en avait jamais &#233;prouv&#233;es auparavant. &#187; Il est &#233;trange, dans ces
circonstances, de r&#233;aliser qu'il n'y avait aucun sens de l'unit&#233; au sein ces &#233;tats eux-m&#234;mes. Le long des provinces
c&#244;ti&#232;res d'Asie Mineure, de la Cilicie &#224; la Plaine de Troie, chaque vall&#233;e et chaque plateau abrit&#233; semble avoir &#233;t&#233;
un &#233;tat en miniature, contribuant &#224; l'&#233;conomie d'une seule grande cit&#233;. Et chaque &#233;tat poss&#233;dait un profond caract&#232;re
individuel.' Le seul commentaire &#224; cela est que ce n'est pas du tout &#233;trange 'qu'il n'y avait aucun sens de l'unit&#233;'. La
raison de cette situation paradisiaque &#233;tait qu'elle r&#233;sidait dans une harmonie produite par des &#233;tats, ni gros ni
unifi&#233;s, parce qu'il n'&#233;taient ni unis ni gros.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb33-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Comme Bertrand Russel l'a soulign&#233; : 'Durant les &#233;poques o&#249; il y eut de grands po&#232;tes, il y e&#251;t aussi un grand
nombre de petits po&#232;tes, et quand il y eut de grands peintres, il y eut un grand nombre de petits peintres. Les grands
compositeurs allemands ont grandi dans un milieu o&#249; la musique &#233;tait appr&#233;ci&#233;e, et o&#249; nombre d'hommes d'un
degr&#233; moindre trouvaient des opportunit&#233;s. En ces temps, la po&#233;sie, la peinture et la musique &#233;taient une part vitale
de la vie quotidienne de l'homme ordinaire, comme seul le sport l'est aujourd'hui. Les grands proph&#232;tes &#233;taient des
hommes qui se distinguaient d'une foule de proph&#232;tes mineurs. L'inf&#233;riorit&#233; de notre &#233;poque &#224; cet &#233;gard est la
cons&#233;quence in&#233;vitable du fait que la soci&#233;t&#233; est centralis&#233;e et organis&#233;e &#224; un tel degr&#233; que l'initiative individuelle
est r&#233;duite au minimum. L&#224; o&#249; l'art a fleuri dans le pass&#233;, il a fleuri comme une habitude parmi les petites
communaut&#233;s qui avaient des rivales parmi leurs voisines, telles que les Cit&#233;s-&#233;tats grecques, les petites
principaut&#233;s de la Renaissance italienne, les Courts mineures des souverains allemands du dix-huiti&#232;me si&#232;cle... Il
y a quelque chose sur la rivalit&#233; locale qui est essentielle en de telles questions... Mais de tels patriotismes locaux
ne peuvent facilement fleurir dans un monde d'empires... Dans ceux qui peuvent autrement avoir de louables
intentions, l'effet de la centralisation est de les lancer dans la comp&#233;tition avec un nombre trop important de rivaux,
et dans la soumission &#224; un standard de go&#251;t excessivement uniformis&#233;. Si vous voulez &#234;tre un peintre, vous ne vous
contenterez pas de vous mesurer vous-m&#234;me contre les hommes ayant des d&#233;sirs similaires dans votre propre
village ; vous devrez vous rendre dans quelque &#233;cole de peinture de la m&#233;tropole o&#249; vous tirerez probablement la
conclusion que vous &#234;tes m&#233;diocres, et &#233;tant arriv&#233; &#224; cette conclusion vous devez... trouver un moyen pour gagner
de l'argent ou pour boire... Dans l'Italie de la Renaissance, vous auriez pu esp&#233;rer &#234;tre le meilleur peintre de Sienne,
et cette position aurait &#233;t&#233; bien suffisamment honorable.' (Bertrand Russell, Authority and the Individual.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb33-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Arnold J. Toynbee, op. Cit., p. 244&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb33-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ibid., p. 244&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb33-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ibid., p. 553&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb33-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ibid., p. 552&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Notes sur l'organisation des collectifs d&#233;mocratiques (4/4) </title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?765-notes-sur-l-organisation-des</link>
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		<dc:date>2014-11-21T09:28:07Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Organisation politique</dc:subject>
		<dc:subject>Gauchisme</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie directe</dc:subject>
		<dc:subject>Autogestion</dc:subject>
		<dc:subject>B&#233;rard Quentin</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Psycho-sociologie</dc:subject>
		<dc:subject>Article</dc:subject>
		<dc:subject>Assembl&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;cence commune</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;(.../...) Voir la partie pr&#233;c&#233;dente 3 &#8212; Les nouvelles t&#226;ches (impossibles) de l'organisation L'&#233;volution des soci&#233;t&#233;s occidentales depuis une soixantaine d'ann&#233;es a toutefois profond&#233;ment chang&#233; la donne et rend sujet &#224; caution tout ce qui pr&#233;c&#232;de, sinon la totalit&#233; de notre propos. Car aux exigences propres &#224; un travail politique qui tirerait bilan du XXe si&#232;cle s'ajoutent aujourd'hui les difficult&#233;s pos&#233;es par l'effritement de nos soci&#233;t&#233;s, qui se traduisent tr&#232;s concr&#232;tement par des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/arton765.png?1621969017' class='spip_logo spip_logo_right' width='109' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?764-notes-sur-l-organisation-des' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Voir la partie pr&#233;c&#233;dente&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3 &#8212; Les nouvelles t&#226;ches (impossibles) de l'organisation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution des soci&#233;t&#233;s occidentales depuis une soixantaine d'ann&#233;es a toutefois profond&#233;ment chang&#233; la donne et rend sujet &#224; caution tout ce qui pr&#233;c&#232;de, sinon la totalit&#233; de notre propos. Car aux exigences propres &#224; un travail politique qui tirerait bilan du XXe si&#232;cle s'ajoutent aujourd'hui les difficult&#233;s pos&#233;es par l'effritement de nos soci&#233;t&#233;s, qui se traduisent tr&#232;s concr&#232;tement par des probl&#232;mes inou&#239;s jusqu'alors jamais pos&#233;s &#224; un collectif politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La d&#233;socialisation g&#233;n&#233;rale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La solitude, ou plut&#244;t l'isolement profond consubstantiel aux modes de vie occidentaux contemporains, donne au facteur socialisant de tout collectif une dimension d&#233;mesur&#233;e : lorsque l'organisation politique devient le lieu de socialisation principal des individus, la dissidence &#233;quivaut &#224; une &lt;i&gt;quasi-mort sociale&lt;/i&gt;. A cet &#233;gard, l'exemple du PCF d'apr&#232;s-guerre est un cas d'&#233;cole : parti de masse, il prenait en charge via ses structures (syndicales, culturelles, sportives, etc.) tous les aspects de la vie de ses militants et des habitants des municipalit&#233;s qu'il administrait. Ce sc&#233;nario est depuis rejou&#233; &#8212; &#224; plus petite &#233;chelle &#8212; par toutes les organisations gauchistes, tandis qu'on assiste aujourd'hui &#224; un renforcement mutuel de ces m&#233;canismes internes de conformisme souriant et de l'atomisation sociale qui ne cesse de s'&#233;tendre depuis un demi-si&#232;cle. On ne s'engage plus pour une cause, on s'int&#232;gre dans une vie collective dont l'objectif politique tend &#224; ne devenir qu'un pr&#233;texte &#224; la recherche d'une &#171; communaut&#233; bienveillante &#187;. Dans une soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re en voie d'infantilisation, ph&#233;nom&#232;ne rebaptis&#233; &#171; difficult&#233; du vivre ensemble &#187; par toutes les institutions affect&#233;es, de l'&#233;cole &#224; l'entreprise et de l'h&#244;pital aux municipalit&#233;s, l'organisation politique se voit elle aussi somm&#233;e, au nom de ses principes m&#234;mes, d'accepter en son sein des individus dont la seule qu&#234;te est celle d'un peu de &lt;i&gt;chaleur humaine&lt;/i&gt;. Plus grave : ce qui fait d&#233;faut aujourd'hui, ce sont &lt;i&gt;les r&#232;gles m&#234;mes de la vie collective&lt;/i&gt;, ce m&#233;lange profane de politesse, de don, de mesure et de courage, ces petits riens sans lesquels toute relation est impossible et dont l'&#233;vaporation en zones occidentalis&#233;es est cause de malentendus en s&#233;rie mais aussi d'extr&#234;mes difficult&#233;s &#224; s'orienter dans l'existence, dans l'engagement et dans la pens&#233;e m&#234;me. C'est la non-acquisition, ou l'acquisition fort tardive, laborieuse et pr&#233;caire de cette &lt;i&gt;common decency&lt;/i&gt; qui rend tr&#232;s probl&#233;matique toute d&#233;marche authentiquement politique, pr&#233;cis&#233;ment sous-tendue par ce &lt;i&gt;substrat pr&#233;-politique&lt;/i&gt; qui la rend possible&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb34-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur l'extr&#234;me difficult&#233; du travail collectif pour ce nouveau type (&#8230;)&#034; id=&#034;nh34-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8212; que l'on a pu regrouper sous le terme de &lt;i&gt;camaraderie&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La d&#233;sorientation existentielle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Directement reli&#233; au ph&#233;nom&#232;ne pr&#233;c&#233;dent, celui de la d&#233;sorientation existentielle n'en est pas moins patent. C'est l'insignifiance au niveau individuel et, pour ce qui nous int&#233;resse, la d&#233;sagr&#233;gation de la perspective de transformation sociale, qui n'oriente plus les attitudes, ne fait plus sens dans une existence. Certes, le mouvement r&#233;volutionnaire a toujours eu son lot de beaux parleurs, d'ind&#233;cis, d'aventuriers, de profiteurs, d'arrivistes ou de gredins, mais ces tendances &#233;taient contrebalanc&#233;es par un engagement, m&#234;me passif, du plus grand nombre, et qui n'&#233;tait pas c&#233;r&#233;bral&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb34-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;N'importe quelle lecture honn&#234;te du moindre soubresaut de ce si&#232;cle oubli&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh34-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Avec un horizon politique qui s'estompe dans le brouillard du relativisme g&#233;n&#233;ralis&#233;, l'individu ne va plus chercher chez les militants que des marchepieds : qui de l'inspiration pour une carri&#232;re universitaire, qui un espace pour &#233;pancher son &lt;i&gt;pathos&lt;/i&gt; psychosexuel, qui quelques avantages aupr&#232;s des services sociaux, qui un pr&#233;toire pour &#234;tre enfin &#233;cout&#233;, qui une famille de substitution, qui un laissez-passer pour sa conscience exigeante, etc. On nous trouvera durs ou hautains : c'est ne pas voir la spirale d'auto-apitoiement dans laquelle sont prises les populations occidentales (ou occidentalis&#233;es) repues et insatisfaites, jouissant de droits et de libert&#233;s que d'autres ont conquis de leurs taudis, pendant que l'autre moiti&#233; du monde cr&#232;ve litt&#233;ralement de ne pas y acc&#233;der. Soit la d&#233;mocratie directe est le r&#233;gime d'un peuple responsable de lui-m&#234;me, et en ce cas il y a &#224; parler &#224; des adultes capables de voir la r&#233;alit&#233; en face, soit il n'y a que d&#233;magogie sans fin. Mais reste-t-il de la place pour une organisation politique qui tiendrait ce discours &#8212; ou pour ce discours, tout simplement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La dislocation politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dernier aspect, justement, la dislocation politique et id&#233;ologique globale, ce d&#233;membrement qui plonge ses principales racines dans l'&#233;norme mystification &#171; communiste &#187; et qui s'acc&#233;l&#232;re sous nos yeux. Ce n'est plus seulement que le mot de r&#233;volution politique n'ait plus aucun sens sens&#233; : ce sont les rep&#232;res politiques r&#233;publicains, socio-d&#233;mocrates, conservateurs ou &#171; capitalistes &#187; qui volent en &#233;clats. On pourrait se f&#233;liciter de cet avachissement final des vieilles lunes id&#233;ologiques mais c'est plut&#244;t &#224; leur vigueur hybride et leur renouvellement bariol&#233; que l'on assiste, dans une joyeuse amn&#233;sie. Les appareils politiques sont &#224; l'aff&#251;t des spasmes d'une opinion elle-m&#234;me d&#233;boussol&#233;e par quarante ans de gestion &#224; court terme qu'aucun renouveau des luttes sociales n'est venu contrebalancer. L'&#233;clatement et la confusion id&#233;ologiques sont tels, &#224; &#171; gauche &#187; comme &#224; &#171; droite &#187;, qu'il est devenu impossible de rassembler un camp politique autour d'un &lt;i&gt;corpus coh&#233;rent qui rende compte de la r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt;. Les mots eux-m&#234;mes doivent &#234;tre longuement discut&#233;s pour recouvrir, &#233;ventuellement, un sens commun, sans cesse menac&#233;. Envisager seulement de se former une opinion sur quelques sujets &#233;puise d&#233;j&#224; les r&#233;serves de patience et de r&#233;flexion de nos contemporains. Mais c'est surtout l'argumentation rationnelle qui est d&#233;laiss&#233;e au profit des traits d'esprit et des lubies passag&#232;res. La simple recherche d'une v&#233;rit&#233; commune, &lt;i&gt;m&#234;me &#233;ph&#233;m&#232;re et transitoire&lt;/i&gt;, est vue comme une pr&#233;tention totalitaire. De ce magma, il est plus difficile que jamais de pr&#233;voir les mouvements qui &#233;mergeront face aux chocs de la r&#233;alit&#233;, entre alliances improbables, retournements tactiques et dynamiques de fond. Dans ce contexte mouvant qui ressemble plus &#224; une g&#233;rance &#171; &#224; l'orientale &#187; qu'&#224; ce que la modernit&#233; avait institu&#233;, l'&#233;chec d'une organisation politique ne signifie pas son fourvoiement, et ses &#233;ventuels succ&#232;s devraient &#234;tre appr&#233;hend&#233;s avec la plus grande circonspection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Troisi&#232;me partie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce qu'il est possible de faire,&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ce qu'il sera (peut-&#234;tre) possible de faire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nous, et pour ceux qui partagent ces vis&#233;es, l'engagement serait le m&#234;me au sein de la soci&#233;t&#233; totalement immobile de la Byzance du Ve si&#232;cle ou au milieu des interminables guerres f&#233;odales. Mais les affects jusqu'ici attach&#233;s aux mouvements r&#233;volutionnaires ne sont plus de mise : ce que requiert aujourd'hui un courant ayant comme perspective finale l'autotransformation radicale de la soci&#233;t&#233; fait p&#226;le figure &#224; c&#244;t&#233; des frissons de l'&#233;meutier, de l'emportement du tribun ou du panache du penseur. Il est question aujourd'hui de minutie, de recul, de sang-froid et, peut-&#234;tre surtout, de &lt;i&gt;patience&lt;/i&gt;. Depuis longtemps, nous avons d&#251; faire le deuil de voir de nos yeux l'instauration d'une soci&#233;t&#233; autonome : il nous faut sans doute &#233;galement faire celui d'un v&#233;ritable courant qui porterait un tel projet. Peut-&#234;tre celui-ci reviendra-t-il &#224; la vie prochainement, nous n'en savons rien. Puissions-nous au moins contribuer &#224; maintenir, t&#233;nu, ce fil invisible qui nous relie &#224; ce &lt;i&gt;tr&#233;sor perdu des r&#233;volutions&lt;/i&gt; que d'autres, peut-&#234;tre, renoueront &#224; leur fa&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1 &#8212; En p&#233;riode froide&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Essayons de ramasser en quelques lignes les points &#233;voqu&#233;s pr&#233;c&#233;demment, ou qui en d&#233;coulent logiquement, et qui ont trait aux t&#226;ches d'un collectif politique, qu'il soit de type intellectuel, militant, exp&#233;rimental ou plus probablement hybride, lors des p&#233;riodes historiques de reflux, de latence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S'associer&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle que soit l'activit&#233; premi&#232;re d'un collectif, il nous semble que la forme associative (d&#233;clar&#233;e ou non, peu importe), avec son esprit h&#233;rit&#233; du mouvement ouvrier et anarchiste, soit aujourd'hui la moins st&#233;rile, comparativement &#224; celles du r&#233;seau, du groupuscule ou du groupe affinitaire. Se regrouper librement autour d'un projet concret permet de mesurer pr&#233;cis&#233;ment si le travail collectif assure bien cet effet d&#233;multiplicateur de l'effort individuel, et d'y ramener sans cesse les &#233;garements narcissiques et les vertiges nombrilistes. Cette forme semble &#233;galement la plus propice &#224; une approche &lt;i&gt;d&#233;sid&#233;ologis&#233;e&lt;/i&gt; de la politique : loin des certitudes tranchantes de l'avant-garde, les positions affirm&#233;es peuvent l&#233;gitimement s'enraciner dans le d&#233;sir des participants, et plus ais&#233;ment s'exposer au doute provoqu&#233; par la libre discussion et l'exp&#233;rience. Naturellement poreuse au monde social, l'association semble le lieu appropri&#233; pour repenser l'activit&#233; politique sur les d&#233;combres du XXe si&#232;cle. Enfin, structure &#224; la fois circonscrite et ouverte, elle peut plus ais&#233;ment s'offrir &#224; l'analyse interne, fonctionner sur la base d'assembl&#233;es d&#233;mocratiques et &#233;laborer une loi collective. Cette derni&#232;re ne peut &#234;tre appliqu&#233;e avec discernement que si elle est scrupuleusement respect&#233;e et si, en premier lieu, le principe princeps &#171; &lt;i&gt;on fait ce qu'on dit, on dit ce qu'on fait&lt;/i&gt; &#187; vaut, et vaut pour tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Faire trace&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute est-ce l&#224; la premi&#232;re des t&#226;ches : faire en sorte que notre activit&#233;, si maigre soit-elle, laisse une trace pour que ceux qui le voudront en tirent ult&#233;rieurement profit. Ce que les marxistes ont cru mouvement irr&#233;pressible de l'histoire, essence du prol&#233;tariat, ce n'&#233;tait &#171; que &#187; &lt;i&gt;l'exp&#233;rience transmise&lt;/i&gt; par le peuple au cours des deux si&#232;cles o&#249; il a &#233;t&#233; l'acteur principal de la vie politique, transmission de bouche &#224; oreille, de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration, de milieux en milieux, de r&#233;gion &#224; r&#233;gion, une assimilation des v&#233;cus des p&#232;res et des m&#232;res, une &lt;i&gt;cumulation des h&#233;ritages&lt;/i&gt;, une confrontation, un recoupement, des bilans. Quel contraste avec les cinquante derni&#232;res ann&#233;es o&#249; l'on dirait un fait expr&#232;s que, dans leurs pratiques militantes, les enfants r&#233;p&#232;tent les erreurs de leurs parents, pourtant certains de faire table rase, puis se r&#233;signent &#8212; un nombre croissant commen&#231;ant d'ailleurs par la fin. Une organisation politique ne peut faire et dire &lt;i&gt;que&lt;/i&gt; pour ceux qui veulent, et peuvent encore, entendre et voir, mais aussi pour ceux qui viendront, peut-&#234;tre, plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;laborer un projet de soci&#233;t&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'autre c&#244;t&#233;, le &lt;i&gt;lien avec l'histoire&lt;/i&gt; pass&#233;e est &#224; la fois n&#233;cessaire et d&#233;licat : sa connaissance enferme souvent dans ses sch&#233;mas tandis que son ignorance, quelquefois volontairement entretenue, destine &#224; sa r&#233;p&#233;tition. Il y a pourtant &#224; revivre avec cet h&#233;ritage, non par pass&#233;isme ou par &#233;rudition, mais parce qu'il n'y a que de l&#224; que le d&#233;sir d'&#233;mancipation peut rencontrer ses r&#233;alisations pass&#233;es, ses victoires &#233;clatantes comme ses &#233;checs patents. Ce recul doit permettre de rattacher les activit&#233;s politiques collectives &#224; un &lt;i&gt;projet de soci&#233;t&#233; coh&#233;rent&lt;/i&gt;, dont la discussion est une dimension essentielle au sens donn&#233; aux actes et aux mots. C'est ce projet qui peut aimanter la vie collective et s'en nourrir en retour, permettant l'orientation minimale, la lucidit&#233; et l'affirmation de valeurs et de principes discriminants quant &#224; ce qui doit &#234;tre fait et dit et ce qui ne doit, ne peut pas l'&#234;tre ; ce qui est acceptable et ce qui ne l'est pas. Ce projet, en derni&#232;re analyse, est l'&lt;i&gt;identit&#233; politique&lt;/i&gt; du collectif&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb34-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur le sujet, cf. notre brochure Malaise dans l'identit&#233;..., op. cit.&#034; id=&#034;nh34-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui doit &#234;tre explicit&#233;e, revue, corrig&#233;e, &#233;tendue au plus grand nombre, et doit servir de crit&#232;re dernier quant &#224; l'analyse g&#233;n&#233;rale de la soci&#233;t&#233; et de ses &#233;volutions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Analyser la r&#233;alit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin des grilles de lecture gauchistes, anarchistes ou postmodernes qui figent la r&#233;alit&#233; sociale dans des cat&#233;gories &#233;tablies une fois pour toutes, il y aurait &#224; &lt;i&gt;interroger &#224; nouveaux frais les ph&#233;nom&#232;nes sociaux&lt;/i&gt; en utilisant diff&#233;rentes &#233;chelles de temps et d'espace : d&#233;cortiquer les processus en cours, les retournements d'opinions, les courants profonds, les &#233;piph&#233;nom&#232;nes comme les constantes. L'exercice est p&#233;rilleux mais indispensable : il ne s'agit pas de faire de la sociologie de salon, mais d'appr&#233;hender et d'&lt;i&gt;interpr&#233;ter le r&#233;el&lt;/i&gt;, aussi d&#233;rangeant soit-il, pour comprendre le sens de la marche du monde comme le sens de l'activit&#233; propre au collectif. Trois points nous semblent particuli&#232;rement importants : en premier lieu, bien entendu, l'attention port&#233;e aux &lt;i&gt;nouvelles formes politiques&lt;/i&gt; qui &#233;mergeraient &#233;ventuellement en &#233;tant porteuses de la reprise, sans doute timide et h&#233;t&#233;roclite, du projet d'autonomie. Le deuxi&#232;me point en d&#233;coule : c'est l'&lt;i&gt;identification des faux-semblants&lt;/i&gt;, des mouvements corporatistes et lobbyistes, des pseudo-subversions, des courants d&#233;magogiques et mystificateurs, des manipulations et des r&#233;cup&#233;rations. Enfin, d'une mani&#232;re plus g&#233;n&#233;rale, la &lt;i&gt;critique sans rel&#226;che&lt;/i&gt; des id&#233;ologies, du principe m&#234;me de l'id&#233;ologie, de la fabrication et du recyclage des mythes qui font obstacle &#224; l'&#233;mancipaion individuelle, groupale et collective. C'est la &lt;i&gt;description m&#233;thodique des erreurs&lt;/i&gt;, des errances, des &#233;checs, comme de la d&#233;g&#233;n&#233;rescence ou de la r&#233;cup&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Accompagner les luttes et exp&#233;riences existantes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'activit&#233; politique n'a de sens qu'en &#233;tant reli&#233;e directement aux exp&#233;riences de terrain qui d&#233;passent le cercle du collectif : c'est l&#224; que peut se former un milieu qui reprenne et d&#233;veloppe une v&#233;ritable culture d&#233;mocratique, une autoformation des uns par les autres au sein d'une contre-soci&#233;t&#233; qui sache ne pas se refermer sur elle-m&#234;me. Suivre, encourager, aider, participer et, lorsque c'est possible, provoquer des initiatives non affili&#233;es dont les objectifs sont partag&#233;s, participe du travail &#224; effectuer si cela ne se limite pas &#224; une aide humanitaire ac&#233;phale : il y a au contraire &#224; y intervenir, c'est-&#224;-dire &#224; en faire des &lt;i&gt;lieux d'&#233;laborations communes&lt;/i&gt; par la confrontation des exp&#233;riences, des pratiques, des conceptions, des projets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette &lt;i&gt;praxis&lt;/i&gt;, dialectique profonde de la th&#233;orie et de la pratique, qui permet de lutter contre les ph&#233;nom&#232;nes de cl&#244;ture que rencontre in&#233;vitablement tout collectif, en provoquant cette agitation permanente qui lie id&#233;es et actions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Provoquer la naissance d'autres collectifs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces trois derniers points sont intimement li&#233;s en principe, comme ils l'ont &#233;t&#233; r&#233;ellement dans l'histoire lors des p&#233;riodes de bouillonnement politique. Mais cela ne se fera pas au moyen du fantasme de l'unit&#233; spontan&#233;e ou sous la f&#233;rule d'un Parti unificateur et recruteur : il doit &#234;tre possible de &lt;i&gt;travailler &#224; l'&#233;mergence de collectifs autonomes&lt;/i&gt; avec lesquels entrer en correspondance, en dialogue, en coop&#233;ration et en concurrence. La forme d&#233;mocratique est celle de la pluralit&#233; et l'intelligence collective &#233;merge de la multiplicit&#233;. Mais la collaboration possible entre groupes n'est pas un appel &#224; la complaisance ou &#224; la fausse na&#239;vet&#233; : ici encore doivent pr&#233;valoir le &lt;i&gt;partage d'un projet&lt;/i&gt;, l'&lt;i&gt;exigence de pens&#233;e&lt;/i&gt; et la &lt;i&gt;lucidit&#233; pratique&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2 &#8212; En p&#233;riode chaude&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En p&#233;riode de grande agitation sociale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb34-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ces points seront repris essentiellement, mais sous un angle diff&#233;rent, &#224; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh34-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'essentiel de l'activit&#233; politique d&#233;crite peut s'organiser selon trois moments, qui synth&#233;tisent l'exp&#233;rience historique de luttes pour la d&#233;mocratie directe. Chacun vise la &lt;i&gt;reconstitution d'une soci&#233;t&#233; par sa base&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;a) Stimuler les rassemblements&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit, partout, d'encourager la discussion tous azimuts, de provoquer des rassemblements, la formation de lieux de d&#233;lib&#233;ration collective &lt;i&gt;permanente&lt;/i&gt;. Les enjeux sont &#233;vidents : d'abord et avant tout &lt;i&gt;reconstituer une socialit&#233;&lt;/i&gt; qui donne &#224; l'individu le courage de s'affirmer en tant que tel et de faire sien le sentiment de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral ; ensuite &lt;i&gt;recr&#233;er un corps politique&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire faire advenir une collectivit&#233; capable d'&#233;laborer, de confronter et d'&#233;valuer ses opinions et ses mises en actes ind&#233;pendamment des circuits m&#233;diatiques ; enfin &lt;i&gt;poser les bases stables d'un nouveau r&#233;gime&lt;/i&gt;, &#233;tant entendu que la disparition de ces dispositifs de d&#233;lib&#233;ration d'un peuple signe &lt;i&gt;ipso facto&lt;/i&gt; la fin du projet de souverainet&#233; populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mani&#232;re compl&#233;mentaire, il y a &#224; combattre l'influence des rumeurs, des id&#233;ologies et des discours creux, &#224; entraver la formation des rassemblements corporatistes, l'influence des lobbies et des mafias, &#224; emp&#234;cher l'instauration de communautarismes ethnico-religieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;b) Tendre &#224; l'autogestion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les collectifs populaires partout constitu&#233;s doivent pouvoir prendre en main l'organisation mat&#233;rielle de leur quotidien ind&#233;pendamment de tout pouvoir central. Progressivement et autant que possible, la gestion du ravitaillement de tous, de la s&#233;curit&#233; des biens et des personnes, de l'information, de l'&#233;nergie, du logement ou du travail peuvent relever, de fait, de la &lt;i&gt;souverainet&#233; des assembl&#233;es locales&lt;/i&gt;. Il y a donc &#224; accompagner le red&#233;marrage de la vie &#233;conomique et politique, ou plut&#244;t sa r&#233;invention, par une &lt;i&gt;r&#233;-institution&lt;/i&gt; au plus pr&#232;s des gens, faisant valoir partout l'&lt;i&gt;int&#233;r&#234;t commun&lt;/i&gt; contre toute tentative de constitutions de microf&#233;odalit&#233;s incontr&#244;l&#233;es. Le travail de coordination &#224; tous les niveaux est donc primordial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;c) Faire accoucher d'institutions&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que vise un collectif pour la d&#233;mocratie directe c'est l'instauration d'un r&#233;gime constitu&#233; de pouvoirs l&#233;gitimes et contr&#244;l&#233;s sur une base &#224; la fois locale et professionnelle : &lt;i&gt;les Communes&lt;/i&gt; peuvent en devenir l'&#233;chelle l&#233;gitime, s'associant en &lt;i&gt;F&#233;d&#233;rations&lt;/i&gt;. Les assembl&#233;es souveraines en repr&#233;sentent le socle, regroupant toutes les personnes concern&#233;es et formant des organes de lutte comme des lieux d'exercice du pouvoir. C'est donc tout particuli&#232;rement en leur sein que doit s'instaurer un pouvoir populaire d'information, de d&#233;lib&#233;ration et de d&#233;cision par l'instauration de proc&#233;dures sp&#233;cifiques : mandats imp&#233;ratifs, rotation des t&#226;ches, tirage au sort, reddition des comptes, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les collectifs en assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;taillons bri&#232;vement ici ce que pourrait &#234;tre concr&#232;tement une relation possible entre des organisations politiques et le reste de la population en p&#233;riode chaude. Le probl&#232;me principal peut se formuler ainsi : comment &#233;viter l'imposition d'une &lt;i&gt;doxa&lt;/i&gt; particuli&#232;re par un groupe ou un autre ? Ou, &#224; l'inverse, comment &#233;viter l'illusion d'une autodissolution de tous les collectifs constitu&#233;s dans le mouvement g&#233;n&#233;ral ? La question a &#233;t&#233; pos&#233;e lors du Mouvement des Places en Gr&#232;ce&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb34-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#171; R&#233;cit d'un participant sur la place Syntagma &#187; &amp; &#171; Les assembl&#233;es (&#8230;)&#034; id=&#034;nh34-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, face aux groupuscules stalino-gauchistes qui voulaient faire accepter par l'assembl&#233;e la participation des porte-parole de leurs microbureaucraties. La seule r&#233;ponse alors trouv&#233;e est que les assembl&#233;es sont des &lt;i&gt;lieux d'&#233;laboration commune&lt;/i&gt; dans lesquels chacun ne s'engage qu'&lt;i&gt;&#224; titre individuel&lt;/i&gt;, avec son exp&#233;rience et ses convictions mais en aucun cas en tant que membre mandat&#233; d'un groupe ext&#233;rieur &#224; l'assembl&#233;e. C'est ce type de posture qui permet &#224; chacun de garder le contr&#244;le sur l'organisation et la direction g&#233;n&#233;rale du mouvement. Cet exercice conjoint de la critique argumentative par l'assembl&#233;e d'un c&#244;t&#233;, par les collectifs politiques de l'autre, et les individus non affili&#233;s permet de freiner la formation de discours clos sur eux-m&#234;mes. Ce cas de &lt;i&gt;praxis&lt;/i&gt; laisse entrevoir la position globale que peut prendre un collectif lors d'un mouvement de grande ampleur et, par ce biais, ce que pourrait &#234;tre, dans une soci&#233;t&#233; fonctionnant en d&#233;mocratie directe, la relation entre la collectivit&#233; politique et des groupes constitu&#233;s en son sein, sans que ne resurgisse la formation de partis, c'est-&#224;-dire d'&lt;i&gt;organisations pr&#233;tendant &#224; la direction globale&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des questions sans r&#233;ponses&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces quelques remarques rapides sur les t&#226;ches d'un collectif en p&#233;riode froide comme en p&#233;riode chaude ne sauraient &#234;tre conclues sans &#233;voquer ce qui pourrait &#234;tre le crit&#232;re ultime pr&#233;sidant &#224; l'action comme &#224; la r&#233;flexion, et permettant &#224; quiconque de reconna&#238;tre une d&#233;marche authentiquement d&#233;mocratique : nous voulons parler de l'habitude de &lt;i&gt;poser des questions sans r&#233;ponses&lt;/i&gt;. A rebours de tous les r&#233;flexes politiciens et d&#233;magogiques qui consistent &#224; faire miroiter une Solution qui n'est qu'un appel masqu&#233; &#224; la d&#233;l&#233;gation de pouvoir sous forme de pl&#233;biscite, et au grand d&#233;sespoir du quidam qui ne cherche plus aujourd'hui que l'&lt;i&gt;embarras du choix&lt;/i&gt;, viser l'instauration d'un pouvoir populaire ne peut se faire qu'en &lt;i&gt;formulant des interrogations ouvertes auxquelles seul le peuple peut apporter des r&#233;ponses&lt;/i&gt;. Il ne s'agit pas de fausse modestie, de mauvaise ma&#239;eutique ou de proc&#233;d&#233; rh&#233;torique mais de la &lt;i&gt;r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt; : la complexit&#233; des probl&#232;mes qui se posent &#224; toute soci&#233;t&#233; impose qu'ils ne puissent &#234;tre r&#233;solus, et non pas diff&#233;r&#233;s, que par l'association libre de toutes les volont&#233;s qui la constituent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; formul&#233; le principe de base de la d&#233;mocratie directe, et r&#233;sum&#233; le r&#244;le fondamental d'une organisation politique cherchant son instauration : permettre &#224; chacun de prendre ses responsabilit&#233;s, c'est-&#224;-dire rendre tangible l'accession de tous &#224; la v&#233;ritable libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte lui-m&#234;me est une longue interrogation sans r&#233;ponse. Pendant des si&#232;cles, des gens se sont regroup&#233;s pour faire advenir des soci&#233;t&#233;s au sein desquelles l'individu serait un &#234;tre capable de d&#233;cider &#224; &#233;galit&#233; avec ses semblables. Cette &#233;poque se caract&#233;risait par une d&#233;licate &lt;i&gt;alchimie historique&lt;/i&gt; qui voyait des soci&#233;t&#233;s former spontan&#233;ment &lt;i&gt;des individus travaillant &#224; sa radicale transformation sociale et politique comme &#224; leur propre &#233;mancipation&lt;/i&gt;. Caract&#233;ristique occidentale fascinante que les marxistes ont d&#233;guis&#233;e en m&#233;canique in&#233;luctable du d&#233;passement historique, mais que l'on sait maintenant reposer sur un substrat anthropologique pr&#233;caire et aujourd'hui lamin&#233;. Car cette phase historique semble close, sans que rien de d&#233;sirable ne semble lui succ&#233;der. Les relations entre la personnalit&#233; contemporaine, &#224; la fois autocentr&#233;e et hyperconnect&#233;e (ou l'inverse), et la soci&#233;t&#233;, plus conformiste et fragment&#233;e que jamais, sont telles que l'on est en droit de se demander si le &lt;i&gt;temps des collectifs&lt;/i&gt; n'est pas r&#233;volu. Peut-&#234;tre les secousses qui s'annoncent et qui mettront fin au monde tel qu'on le conna&#238;t, alors que l'on pensait l'histoire achev&#233;e, nous feront-elle retrouver, d'une mani&#232;re ou d'une autre, les principes de l'action et de la pens&#233;e collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Collectif Lieux Communs&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;D&#233;cembre 2013 &#8212; avril 2014&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb34-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh34-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 34-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sur l'extr&#234;me difficult&#233; du travail collectif pour ce nouveau type anthropologique, cf. R. Sennett &#171; Le moi non coop&#233;ratif. Psychologie du retrait &#187; in &lt;i&gt;Ensemble. Pour une &#233;thique de la coop&#233;ration&lt;/i&gt;, p. 235.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb34-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh34-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 34-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;N'importe quelle lecture honn&#234;te du moindre soubresaut de ce si&#232;cle oubli&#233; qu'est le XIXe, par exemple, rend &#233;vident ce qui passe aujourd'hui pour une mythologie nostalgique &#8212; par exemple, sur les journ&#233;es de f&#233;vrier 1848, &lt;i&gt;La premi&#232;re r&#233;surrection de la R&#233;publique&lt;/i&gt;, de H. Guillemin, Gallimard 1967. Sur le si&#232;cle pr&#233;c&#233;dent, cf. &lt;i&gt;La foule dans la R&#233;volution Fran&#231;aise&lt;/i&gt; de George Rud&#233;, 1959 (1982, Maspero).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb34-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh34-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 34-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sur le sujet, cf. notre brochure &lt;i&gt;Malaise dans l'identit&#233;..., op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb34-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh34-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 34-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ces points seront repris essentiellement, mais sous un angle diff&#233;rent, &#224; la fin du texte &#171; Ce que pourrait &#234;tre une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique &#187;, brochure 20 ter.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb34-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh34-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 34-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. &#171; R&#233;cit d'un participant sur la place Syntagma &#187; &amp; &#171; Les assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales de Syntagma : Structure et fonctionnement &#187; dans &lt;i&gt;Le mouvement grec pour la d&#233;mocratie directe, op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Notes sur l'organisation des collectifs d&#233;mocratiques (3/4) </title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?764-notes-sur-l-organisation-des</link>
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		<dc:date>2014-11-14T09:41:54Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Organisation politique</dc:subject>
		<dc:subject>Gauchisme</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cup&#233;ration</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie directe</dc:subject>
		<dc:subject>Avant-gardisme</dc:subject>
		<dc:subject>Autogestion</dc:subject>
		<dc:subject>B&#233;rard Quentin</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Psycho-sociologie</dc:subject>
		<dc:subject>Article</dc:subject>
		<dc:subject>Assembl&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>Type anthropologique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;(.../...) Voir la partie pr&#233;c&#233;dente Deuxi&#232;me partie Principes g&#233;n&#233;raux des collectifs pour la d&#233;mocratie directe En lisant ce qui pr&#233;c&#232;de, on pourrait interpr&#233;ter notre d&#233;marche comme une volont&#233; d'&#233;laborer une organisation politique enfin d&#233;barrass&#233;e du fatras du &#171; vieux monde &#187;, d'en extraire du nouveau radicalement nouveau pos&#233; sur une tabula rasa, bref une puret&#233; r&#233;volutionnaire. Il n'en est &#233;videmment rien, mais l'interpr&#233;tation est int&#233;ressante non en ce qu'elle dit &#8212; une (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-l-autonomie-groupale-l-autogestion-" rel="directory"&gt;L'autonomie groupale : l'autogestion&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-29-organisation-politique-+" rel="tag"&gt;Organisation politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-31-gauchisme-+" rel="tag"&gt;Gauchisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-32-recuperation-+" rel="tag"&gt;R&#233;cup&#233;ration&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-37-democratie-directe-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-59-avant-gardisme-+" rel="tag"&gt;Avant-gardisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-90-autogestion-+" rel="tag"&gt;Autogestion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-283-Berard-Quentin-+" rel="tag"&gt;B&#233;rard Quentin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-109-psycho-sociologie-+" rel="tag"&gt;Psycho-sociologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-120-assemblee-+" rel="tag"&gt;Assembl&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-216-type-anthropologique-+" rel="tag"&gt;Type anthropologique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/arton764.png?1621969040' class='spip_logo spip_logo_right' width='109' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?763-Notes-sur-l-organisation-des' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Voir la partie pr&#233;c&#233;dente&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deuxi&#232;me partie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Principes g&#233;n&#233;raux des collectifs pour la d&#233;mocratie directe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En lisant ce qui pr&#233;c&#232;de, on pourrait interpr&#233;ter notre d&#233;marche comme une volont&#233; d'&#233;laborer une organisation politique enfin d&#233;barrass&#233;e du fatras du &#171; vieux monde &#187;, d'en extraire du nouveau radicalement nouveau pos&#233; sur une &lt;i&gt;tabula rasa&lt;/i&gt;, bref une &lt;i&gt;puret&#233; r&#233;volutionnaire&lt;/i&gt;. Il n'en est &#233;videmment rien, mais l'interpr&#233;tation est int&#233;ressante non en ce qu'elle dit &#8212; une organisation ou quoi que ce soit r&#233;pondant &#224; de tels crit&#232;res ne pourrait qu'&#234;tre fatalement extraterrestre &#8212; mais en ce qu'elle pr&#233;suppose : principalement l'existence m&#233;taphysique d'un &#171; Bien &#187; et d'un &#171; Mal &#187;, agr&#233;ment&#233;e de la possibilit&#233; d'un partage net et sans reste. Approche authentiquement religieuse et passag&#232;rement h&#233;r&#233;tique, mais sans doute n'est-il pas inutile de rappeler que la quasi-totalit&#233; de l'&#233;chiquier politique contemporain, et par-dessus tout &#171; l'extr&#234;me-gauche &#187;, y adh&#232;re sans r&#233;serve. Depuis des d&#233;cennies, le gauchisme, l&#226;chant un &#224; un les lests de l'h&#233;ritage marxiste pour mieux en sauvegarder la substantifique moelle, n'a plus aujourd'hui que son squelette jud&#233;o-chr&#233;tien auquel se cramponner&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#171; Le marxisme-l&#233;ninisme, id&#233;ologie r&#233;actionnaire &#187;, juillet 2012, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh35-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1 &#8212; Pour l'autonomie groupale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il ne s'agit pas seulement des id&#233;ologies h&#233;rit&#233;es, mais tout aussi bien de leur transfiguration, de leur transformation, voire de la naissance de nouveaux sch&#233;mas r&#233;p&#233;titifs, d'automatismes mentaux, de pr&#234;t-&#224;-penser. Ce qui est requis, c'est donc une &lt;i&gt;vigilance&lt;/i&gt;, une interrogation illimit&#233;e homologue &#224; celle qu'exige la pens&#233;e, mais ici appliqu&#233;e &#224; l'organisation tout enti&#232;re. La chose n'est pas nouvelle, certes, mais cet enjeu s'est traduit depuis une quarantaine d'ann&#233;es, non seulement par un refus de tout syst&#232;me clos et de tout fonctionnement directif, mais &#233;galement par un rejet de la coh&#233;rence du discours, de l'affirmation claire, de l'aspiration &#233;lucid&#233;e, du projet explicite, de l'organisation identifiable, de l'identit&#233; d&#233;finie, autrement dit par &lt;i&gt;des strat&#233;gies de fuite permanentes&lt;/i&gt;. L'illusion ma&#238;tresse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce passage est inspir&#233; d'un texte in&#233;dit du collectif &#171; 68, Mais&#8230; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh35-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est ici de croire que la &#171; r&#233;cup&#233;ration &#187; s'&#233;vite par l'insaisissable, l'ambivalence, le flottement, le flou, la confusion, alors qu'elle s'en nourrit &lt;i&gt;et ne se nourrit que de cela&lt;/i&gt;. Abandonner ce &#224; quoi l'on travaille et croit d&#232;s que d'autres s'en emparent &#224; d'autres fins, ne pas le risquer, en d&#233;missionnant de ce combat toujours &#224; recommencer, lui pr&#233;f&#233;rer la puret&#233; du d&#233;sengagement ou de la d&#233;n&#233;gation, c'est le fait m&#234;me de la r&#233;cup&#233;ration : &#171; celui qui a peur de la r&#233;cup&#233;ration est d&#233;j&#224; r&#233;cup&#233;r&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, &#171; La r&#233;volution anticip&#233;e &#187;, 1968, disponible en brochure (&#8230;)&#034; id=&#034;nh35-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. S'imaginer &#233;chapper &#224; la souillure du monde par une puret&#233; inaccessible, &#224; l'abri des errements, des faux-semblants, des r&#233;gressions, &lt;i&gt;c'est s'y pr&#233;cipiter imm&#233;diatement&lt;/i&gt;. Les &#233;tudiants r&#233;volutionnaires de Mai 68 y &#233;taient condamn&#233;s &#171; &lt;i&gt;car cherchant des garanties contre la r&#233;cup&#233;ration, et par l&#224; d&#233;j&#224; pris dans le pi&#232;ge id&#233;ologique r&#233;actionnaire : la recherche d'un talisman, d'un f&#233;tiche anti-r&#233;cup&#233;rateur&lt;/i&gt; &#187;. Que ce flou &#233;mane d'individus d&#233;boussol&#233;s ou d'un choix tactique plus ou moins th&#233;oris&#233; ne change rien. Et les doctrines des descendants des id&#233;ologues nihilistes appuyant le mythe d'une r&#233;cup&#233;ration permanente et sans appel sur celui d'un &#171; Syst&#232;me &#187; tout-puissant &#8212; Spectacle, Bio-pouvoir, Empire, Capital ou Complot Mondial des Sages de Sion &#8212; auquel rien ne r&#233;siste sinon des soubresauts &#233;parpill&#233;s, devraient passer pour ce qu'elles sont : des garanties que rien ne bougera avant leur d&#233;liquescence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout au contraire, la lutte, ici, consiste &#224; pr&#233;ciser ses d&#233;sirs, ses projets, ses exigences et leurs fondements, identifier ses attaches, ses d&#233;pendances, reconna&#238;tre ce qui nous relie &#224; la soci&#233;t&#233; existante et ce qui nous y ali&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Principe de l'analyse interne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rompre radicalement avec la bonne conscience inoxydable du militant (et avec son inconscient, la culpabilit&#233; honteuse d'adh&#233;rer &#224; des pans entiers de la soci&#233;t&#233; honnie) permet de poser le principe fondamental d'une d&#233;marche politique : la capacit&#233; d'auto-analyse, ou, pour &#233;viter l'auto-r&#233;f&#233;rence solipsiste et permettre l'ouverture salvatrice &#224; l'intervention ext&#233;rieure, d'&lt;i&gt;analyse interne&lt;/i&gt;. Il ne s'agit pas seulement d'interroger en permanence la face visible, explicite, apparente de l'organisation &#8212; ses projets, ses slogans, ses id&#233;es, ou ses principes. Il s'agit de pouvoir avoir un regard critique sur le fonctionnement &lt;i&gt;effectif&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;affectif&lt;/i&gt; du groupe, ses motivations et ses craintes, ses non-dits et ses &#233;vidences, la r&#233;partition des r&#244;les et les jeux de s&#233;duction qui s'y d&#233;roulent. Cette lucidit&#233; existe toujours, &#224; diff&#233;rents degr&#233;s, mais &#233;clat&#233;e, dispers&#233;e et confin&#233;e dans le for int&#233;rieur de chacun des membres, sympathisants ou proches, qui la gardent par-devers eux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. P. Boumard, 1989, Les savants de l'int&#233;rieur. L'analyse de la soci&#233;t&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh35-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8212; nourrissant bien souvent d&#233;ni, docilit&#233; et d&#233;mission. Parvenir &#224; rendre &lt;i&gt;dicible&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;audible&lt;/i&gt; cette parole seule capable de travailler l'imaginaire d'un groupe, c'est permettre au collectif de vivre de ses crises, et d'affronter &lt;i&gt;en permanence&lt;/i&gt; ses tendances fondamentales &#224; la cl&#244;ture id&#233;ologique, organisationnelle et libidinale. Cette capacit&#233; d'analyse n'est en rien c&#233;r&#233;brale : elle est au contraire le propre du tout-venant, du quidam dont le &lt;i&gt;savoir profane&lt;/i&gt; est toujours rel&#233;gu&#233; par les id&#233;ologues, mais qui sourd en permanence autour des machines &#224; caf&#233;, dans les couloirs, les embrasures, les hall d'immeubles... Certains ont m&#234;me pu formuler les moments r&#233;volutionnaires comme le surgissement et la coalition de ces lucidit&#233;s populaires contre les discours du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'autonomie des groupes restreints&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous venons de d&#233;crire bri&#232;vement, c'est le projet d'une &lt;i&gt;autonomie groupale&lt;/i&gt;. Autonomie, autre nom de l'&#233;mancipation, capacit&#233; qu'a l'individu de lib&#233;rer son imaginaire et de d&#233;cider, en son &#226;me et conscience, quelles sont les valeurs, les r&#232;gles, les limites qu'il se donne, et capacit&#233; pour la soci&#233;t&#233; de d&#233;lib&#233;rer et de choisir quant aux principes, lois et institutions qui sont les siennes. Imbriqu&#233;e dans ces deux strates, individuelle et sociale, il serait grand temps de reconna&#238;tre l'&#233;chelle des groupes restreints&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sans doute est-ce le sens des quelques remarques de C. Castoriadis dans ses (&#8230;)&#034; id=&#034;nh35-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, strate tangible du processus incessant de socialisation de l'individu et de constitution de la soci&#233;t&#233; concr&#232;te. Que l'on pense au foyer familial, &#224; la collectivit&#233; scolaire, &#224; l'&#233;quipe de travail, &#224; la bande d'amis, &#224; l'activit&#233; associative, bref &#224; la r&#233;union permanente ou &#233;ph&#233;m&#232;re de ces quelques dizaines de personnes qui incarnent dans le quotidien l'humanit&#233; concr&#232;te. Sur ce terrain, il faudrait reprendre et r&#233;examiner les travaux d&#233;j&#224; anciens aux fronti&#232;res de l'autogestion, de la psychosociologie, de la psychiatrie et de la p&#233;dagogie du courant institutionnaliste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Qu'aucun travail de synth&#232;se sur ce mouvement n'existe en dit long sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh35-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ultimes prolongements intellectuels&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur les dimensions politiques de ce qu'&#233;taient les sciences sociales au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh35-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; d'une r&#233;flexivit&#233; populaire enracin&#233;e dans le projet d'autonomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette activit&#233; d'auto-interrogation explicite n'est ni gratuite ni abstraite : elle permet au collectif de se reconna&#238;tre comme partie prenante de la soci&#233;t&#233; d'o&#249; il provient et d'analyser son fonctionnement interne comme un r&#233;v&#233;lateur de celle-ci et du type d'individu qu'elle forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le collectif comme analyseur&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme les convives d'Edgar Poe, dans &lt;i&gt;Le masque de la mort rouge&lt;/i&gt;, qui voient avec effroi appara&#238;tre la peste dans le somptueux refuge o&#249; ils festoient, chacun constate qu'il n'existe aucune enclave qui isolerait de l'influence sociale et o&#249; pourraient se r&#233;inventer &lt;i&gt;ex abrupto&lt;/i&gt; des relations humaines sur d'autres bases. Les comportements et les attitudes resurgissent immanquablement, d&#233;cupl&#233;s m&#234;me et d'autant plus que chacun se croit &#224; l'abri. La reconnaissance, humble, de ce fait marque le d&#233;but d'une d&#233;marche politique qui renvoie les individus &#224; leurs d&#233;terminismes et le collectif aux limites et possibilit&#233;s qui sont les siennes. Bien plus : tout espace social, qu'il le sache ou non, condense et formule selon ses sp&#233;cificit&#233;s propres toutes les contradictions qui d&#233;chirent les soci&#233;t&#233;s contemporaines. Et il le fait de mani&#232;re d'autant plus spectaculaire que l'expression y est libre et que l'auto-organisation y pr&#233;vaut. Ce simple ph&#233;nom&#232;ne ais&#233;ment observable, o&#249; un collectif devient un &lt;i&gt;analyseur social&lt;/i&gt;, est &#224; l'origine d'un nombre incalculable d'explosions de groupes politiques &#8212; et conduit souvent &#224; d&#233;sesp&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il peut &#234;tre, sous certaines conditions, retourn&#233; en outil de lecture de la r&#233;alit&#233; sociale : le microcosme groupal devient alors un prisme qui r&#233;v&#232;le, sous un angle pr&#233;cis, les tendances et les conflits, apparents ou souterrains, qui parcourent le corps social. Cet examen minutieux, syst&#233;matis&#233; par certains&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On pense aux tentatives de socioanalyses ou de sociopsychanalyses, avant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh35-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, peut &#234;tre &#224; la fois un levier d'&#233;mancipation individuelle, d'analyse sociale et de questionnement quant &#224; l'imaginaire d'un groupe politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le fondement imaginaire d'un collectif&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour tous ceux qui pr&#233;tendent vouloir la d&#233;mocratie directe, c'est aujourd'hui une &#233;vidence : il doit y avoir coh&#233;rence entre le fonctionnement d'un collectif et ses buts : viser la d&#233;mocratie directe pour la soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re, c'est refuser, au sein du groupe, la division entre dirigeants et ex&#233;cutants, la formation d'une micro-oligarchie, le syst&#232;me hi&#233;rarchique autoritaire, la bureaucratisation des activit&#233;s. D'autres choses semblent moins aller de soi : l'incompatibilit&#233; de la d&#233;mocratie directe avec la parole incons&#233;quente, la participation incertaine, le patchwork id&#233;ologique ou le pseudo-relativisme int&#233;gral. Mais d&#233;cr&#233;ter l'autogestion et admettre ses exigences n'est pas une solution : c'est bien plut&#244;t, comme pour l'ensemble de la soci&#233;t&#233;, le commencement de tous les probl&#232;mes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On lira par exemple l'excellent compte rendu d'une intervention (&#8230;)&#034; id=&#034;nh35-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Car non seulement il s'agit, pour chacun, d'avoir &#224; se prononcer sur toutes les affaires admises comme communes, mais de (se) rendre compte de ce qui se passe, loin des d&#233;clarations de principes. Qu'un leader &#233;merge, qu'une frange des participants s'impliquent plus que d'autres, que certaines interventions aient inexplicablement plus de poids dans les &#233;changes, que certains soient vus confus&#233;ment comme des &#233;l&#233;ments &#233;trangers ou qu'un d&#233;part fracassant pr&#233;c&#232;de de peu une exclusion plus ou moins formelle, et voil&#224; le r&#234;ve collectif qui s'effondre, et la &#171; mal&#233;diction de la vie collective &#187; qui resurgit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a d'issue, et de sens, que dans le questionnement de la &lt;i&gt;dynamique du groupe&lt;/i&gt; : ce n'est pas un leader qui prend le pouvoir, c'est le groupe qui le lui donne ; ce n'est pas la surimplication de quelques-uns qui pose probl&#232;me, mais les probl&#232;mes que cela r&#233;sout et pose ; aucun propos n'a d'impact en lui-m&#234;me, mais toujours en proportion de l'&#233;cho qu'il &#233;veille dans l'imaginaire collectif, qu'il s'agisse d'une auguste d&#233;magogie ou d'un fin raisonnement ; les &#233;l&#233;ments &#233;trangers ne sont &#233;trangers que par rapport aux projets implicites de chacun &#8212; projets qui ne supporteraient peut-&#234;tre pas la lumi&#232;re du jour ; qu'un individu ne se retrouve plus dans le mouvement qu'il a port&#233; jusque-l&#224; est gros d'une clarification du projet concret de celui-ci... ou d'une &#233;puration par le groupe des positions h&#233;t&#233;rodoxes. Il s'agit, &#224; chaque fois, de reconna&#238;tre le collectif comme sujet. Comme sujet de lui-m&#234;me, c'est-&#224;-dire auto-institu&#233;, &#224; la fois responsable de ses choix et de ses fantasmes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On lira par exemple Anzieu D. (1975) Le groupe et l'inconscient, Dunod 1999.&#034; id=&#034;nh35-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; comme du devenir de la &lt;i&gt;proph&#233;tie initiale&lt;/i&gt; qui l'a engendr&#233;, et renvoyant aux influences sociales et individuelles qui le contraignent et qu'il interroge en retour. La strate collective n'est ni un vaisseau spatial lanc&#233; dans le silence des espaces infinis, ni un f&#233;tu de paille chahut&#233; par la temp&#234;te des idiosyncrasies individuelles et des profonds courants historiques. Comme l'individu ou la soci&#233;t&#233;, le groupe ne gagne pas son autonomie en assumant ce que l'histoire en cours fait de lui, mais bien &lt;i&gt;ce qu'il fait&lt;/i&gt; du r&#244;le que les multiples d&#233;terminations lui font jouer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La question de l'autorit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fameuse &#171; question de l'autorit&#233; &#187; dans les collectifs, par exemple, est aujourd'hui min&#233;e par une sorte d'&lt;i&gt;int&#233;grisme &#233;galitaire&lt;/i&gt; d&#233;bouchant sur un relativisme st&#233;rile qui n'est, l&#224; encore, que l'exact compl&#233;ment du n&#233;ochamanisme et du suivisme. Or, le probl&#232;me de l'&#233;mergence de personnalit&#233;s influentes ne se r&#233;sout pas par la d&#233;nonciation de la formation de chefferies, m&#234;me si celle-ci est premi&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#171; L'autorit&#233; dans les groupes militants &#187; de P. Coutant, ou encore N. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh35-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle ne peut qu'ouvrir &#224; l'examen de l'&lt;i&gt;imaginaire groupal&lt;/i&gt;, &#224; son &lt;i&gt;mythe fondateur&lt;/i&gt;, qui ne tardera pas &#224; mettre &#224; jour la subtile dose de l&#226;chet&#233;, d'hypocrisie et de fatalisme que personne ne voulait voir jusque-l&#224;. Ce n'est pas en proclamant &lt;i&gt;ad nauseam&lt;/i&gt; que nous resterons sourds aux sir&#232;nes du pouvoir, mais bien en assumant ce que le pouvoir, r&#233;alit&#233; intrins&#232;que de l'animal humain&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la question du pouvoir et de l'autorit&#233; sous l'angle historique et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh35-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, a d'&#233;mancipateur &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; de r&#233;ifiant. Il est d'ailleurs &#233;tonnant que, derri&#232;re l'expression consacr&#233;e, le mythe de &lt;i&gt;l'Odyss&#233;e&lt;/i&gt; ait si peu &#233;t&#233; interpr&#233;t&#233; : car c'est bien Ulysse qui &lt;i&gt;emp&#234;che&lt;/i&gt; ses compagnons d'entendre le chant mortel des sir&#232;nes, et ce sont bien ses compagnons qui le &lt;i&gt;ligotent&lt;/i&gt; pour ne pas qu'il les conduise au n&#233;ant de la d&#233;rive. Comment dire autrement que l'humanit&#233; de chacun se gagne dans le contr&#244;le mutuel, entre Charybde et Scylla, chacun retenant l'autre dans sa tendance &#224; la r&#233;gression infantile qu'est la relation tyran-tyrannis&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On lira par exemple &#171; Le Mythe du bon pouvoir &#187; et &#171; Le pouvoir entre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh35-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? La relation entre le &lt;i&gt;leader&lt;/i&gt; et le groupe renvoie &#224; l'impossibilit&#233;, &#224; chaque fois partiellement r&#233;alis&#233;e, du d&#233;passement de l'assujettissement &lt;i&gt;par et vers&lt;/i&gt; l'autonomie qu'est la relation enseignant/&#233;l&#232;ve ou patient/th&#233;rapeute. L'abc&#232;s de fixation dont elle est l'objet aujourd'hui renvoie imm&#233;diatement &#224; l'absence de finalit&#233; de toute relation ou plut&#244;t &#224; la disparition de la vis&#233;e d'autonomie au profit de celle de pr&#233;s&#233;ance, d'ascension ou de s&#233;curit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La relation entre l'organisation et les populations&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve par ce biais la relation entre l'organisation et le reste de la population. Il est aujourd'hui impossible de chercher la place de l'avant-garde d&#233;signant aux masses la direction des lendemains qui chantent. Mais il n'est pas plus envisageable de consid&#233;rer ses propres positions politiques comme simples avis subjectifs parmi tant d'autres, et de se contenter de vivre en cultivant son jardin au milieu d'une campagne bigarr&#233;e et multiculturelle. L'&lt;i&gt;opinion&lt;/i&gt; affirm&#233;e par le collectif, enfin d&#233;gag&#233;e de la mission civilisatrice de la V&#233;rit&#233; Historique et du relativisme int&#233;gral du &#171; chacun son avis &#187;, ne peut qu'&lt;i&gt;entrer en conflit&lt;/i&gt; avec &#171; l'opinion publique &#187;. Elle doit interpeller les allant-de-soi et les croyances g&#233;n&#233;rales, interroger l'organisation actuelle de la soci&#233;t&#233; et de sa direction g&#233;n&#233;rale &#8212; et r&#233;ciproquement accepter d'&#234;tre bouscul&#233;e par le tout-venant. Il n'est pas davantage possible de consid&#233;rer les &#171; gens &#187; comme des demeur&#233;s &#224; qui inculquer la Bonne Parole que d'avaliser le moindre sursaut d'une population comme l'expression d'un indiscutable g&#233;nie populaire. C'est l&#224; le rapport, &#233;minemment probl&#233;matique &lt;i&gt;et qui ne cessera jamais de l'&#234;tre&lt;/i&gt;, entre l'opinion g&#233;n&#233;rale et les opinions particuli&#232;res, quelles que soient les situations historiques &#8212; guerre except&#233;e : une soci&#233;t&#233; authentiquement d&#233;mocratique ne pourra jamais &#234;tre qu'une pluralit&#233;, une collectivit&#233; polycentrique. Et la pr&#233;pond&#233;rance d'un ou de plusieurs p&#244;les d'influence, c'est-&#224;-dire l'instauration d'un leadership diffus ou incarn&#233;, qu'il s'agisse d'un groupe, d'un individu, d'une institution particuli&#232;re, doit &#234;tre elle-m&#234;me explicit&#233;e et renvoie ici encore &#224; l'&#233;lucidation de ce qui la sous-tend. Certains ont parl&#233; &#224; propos de l'implication, un peu facilement, de transfert et de contre-transfert institutionnel : s'il ne peut &#234;tre question de plaquer des concepts psychanalytiques sur les r&#233;alit&#233;s collectives, la d&#233;marche fondamentale est fortement homologue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2 &#8212; L'auto-institution du collectif politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dis-moi comment ton organisation fonctionne, je te dirai quelle soci&#233;t&#233; tu construis &#187; : ce salutaire r&#233;flexe populaire qui dresse un cordon sanitaire autour de tous les organes stalino-gauchistes ou radicaux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. G. Fargette, &#171; Le Graal illusoire de l'Organisation &#187;, Le cr&#233;puscule du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh35-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; doit aussi &#234;tre remis sur ses pieds. Car il sous-entend une organisation de type parti, &lt;i&gt;donc proto-totalitaire&lt;/i&gt;, qui, comme telle, &lt;i&gt;veut acc&#233;der au pouvoir&lt;/i&gt; pour imposer son fonctionnement &#224; toute la soci&#233;t&#233;. On comprend d&#232;s lors l'attente, infiniment d&#233;&#231;ue, d'une organisation parfaite et achev&#233;e &#224; la fois machine et cocon qui conjure le doute et la finitude, et renvoie imm&#233;diatement &#224; l'utopie dans ce qu'elle a de plus mortif&#232;re. A peine un collectif politique est-il un &#171; embryon de la soci&#233;t&#233; future &#187;, selon les formulations du socialisme originel : un embryon n'est qu'un embryon, il ne peut tout au plus que poss&#233;der, en puissance, les grands traits du futur organisme, &lt;i&gt;et encore&lt;/i&gt;. L'organisation politique n'est pas un mod&#232;le de soci&#233;t&#233;, elle peut seulement instiller chez ses partisans comme dans sa soci&#233;t&#233; l'essence de la d&#233;mocratie, et donc l'incarner autant que faire se peut&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les &#171; partis &#187; tels qu'ils ont pu exister dans la Gr&#232;ce antique ou la France (&#8230;)&#034; id=&#034;nh35-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : le principe d'une collectivit&#233; constitu&#233;e d'une pluralit&#233; d'adultes visant l'autonomie dans leur propre existence, capables de lucidit&#233; sur leur propre compte et de libre examen quant &#224; la part sombre qui g&#238;t au c&#339;ur de leur collectivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour une instance critique collective&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Qu'est-ce qui fait la loi ici ? Qui ? Comment ? Questions int&#233;ressantes, non ?&lt;/i&gt; &#187; demandait un instituteur &#224; propos d'une &#233;cole gauchiste &#224; la p&#233;dophilie branch&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Je demande toujours : Quoi de neuf ? &#187;, F. Oury, revue Autrement, dossier (&#8230;)&#034; id=&#034;nh35-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est la question &#224; poser partout, y compris et surtout &lt;i&gt;de l'int&#233;rieur&lt;/i&gt;, y compris et surtout chez ceux qui pr&#233;tendent abolir toutes les lois existantes. Qui fait la loi ? Il y a une loi ici, peut-&#234;tre m&#234;me plusieurs, et sans doute contradictoires. Il y a des r&#232;gles que l'on d&#233;couvre lorsqu'on les enfreint, des rituels, des habitudes, des r&#233;flexes m&#234;me, et un jargon et une mani&#232;re d'&#234;tre, une fa&#231;on de faire et de ne pas faire, des sujets tabous et des id&#233;es sacr&#233;es, des totems et des masques, des jeux de r&#244;les, des places distribu&#233;es. Tout cela tisse l'&#233;toffe &#233;paisse d'une existence collective, recouvre ou r&#233;v&#232;le des conflits et des litiges, des d&#233;chirures et des deuils, des plaies et des b&#233;quilles. On peut y mettre le feu, avec un peu de savoir-faire et de perversit&#233;, r&#233;v&#233;ler tout cela comme le ferait une prise de LSD. On peut &#233;galement tenter d'&#233;laborer patiemment une &lt;i&gt;instance critique collective&lt;/i&gt;, diffuse ou visible, qui pourra entretenir une relation moins crisp&#233;e entre ce que le collectif pr&#233;tend &#234;tre et le chaos qui le fonde. Il s'agira alors, comme on le fait avec un ciel &#233;toil&#233;, un paysage, des sympt&#244;mes ou des lignes de code, de &lt;i&gt;savoir lire&lt;/i&gt; les dispositifs qu'il a mis en place, les lieux et les temps qui rythment son activit&#233; diurne et nocturne, l'histoire qu'il a trac&#233;e depuis sa fondation, le destin qu'il se donne, les souffrances qu'il s'inflige et la mythologie qu'il entretient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale comme dispositif de crise&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le r&#244;le, qu'on pourrait presque dire naturel, de l'&lt;i&gt;assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt; qu'on a pu qualifier de &lt;i&gt;socioanalytique&lt;/i&gt; : moment crisique o&#249; peut se r&#233;capituler ce que chacun comprend, o&#249; le savoir populaire, ce savoir profane de tout un chacun, s'exprime et s'&#233;labore, o&#249; la collectivit&#233; s'affronte &#224; ses fondements, o&#249; son organisation peut &lt;i&gt;&#224; nouveau&lt;/i&gt; s'appr&#233;hender, se dire et se faire, s&#233;cr&#233;ter et formuler les lois qui correspondent aux r&#232;gles que le collectif anonyme veut se donner. C'est l&#224; que se vit cette &lt;i&gt;libert&#233; explicite d'instituer&lt;/i&gt; qui pourrait d&#233;finir seule le projet d'autonomie. La &#171; crise permanente &#187; est une mystification comme l'est celle de &#171; r&#233;volution permanente &#187; : une d&#233;mocratie, un collectif s'en r&#233;clamant, n'ont pas &#224; verser dans le fantasme d'une turgescence sans r&#233;pit mais peuvent vivre r&#233;guli&#232;rement et, dans une certaine mesure, formaliser ces moments de r&#233;-institution, f&#251;t-ce de mani&#232;re extraordinaire. Cette caract&#233;ristique litt&#233;ralement &lt;i&gt;explosive&lt;/i&gt; de l'assembl&#233;e, quelle que soit sa dimension, est habituellement fuie et recouverte par le bavardage, cette &#171; mort les art&#232;res chaudes &#187;. Mais sa d&#233;sertion, si elle se pr&#233;tend autre chose que tactique momentan&#233;e, n'est qu'une reculade qui revient, encore une fois, &#224; abandonner ce qui est &#171; r&#233;cup&#233;r&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Abandon qui am&#232;ne clairement &#224; un d&#233;sengagement du langage lui-m&#234;me, comme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh35-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; sans comprendre &#224; quoi cette &#171; r&#233;cup&#233;ration &#187; renvoie, donc ce qu'il faut affronter&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. notre tract &#171; Pour des AG autonomes &#187;, octobre 2010, qui appelle &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh35-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les lib&#233;raux comme les &#171; radicaux &#187; se retrouvent ici sur le m&#234;me terrain : l'id&#233;ologie de la &#171; main invisible &#187; pour qui les forces sociales laiss&#233;es &#224; elles-m&#234;mes finissent toujours par s'auto-organiser &#8212; sous l'&#233;gide plus ou moins visible d'un &#201;tat-veilleur de nuit, que ne tarderont pas &#224; investir les &#171; r&#233;alistes &#187; bureaucrates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les dispositifs structurant le milieu&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'assembl&#233;e souveraine ne peut &#234;tre que l'expression d'un &lt;i&gt;milieu&lt;/i&gt;, milieu impersonnel, tiss&#233; d'une multitude de lieux, de moments, d'activit&#233;s, d'&#233;motions, de dispositifs formels ou spontan&#233;s : ateliers, clubs, r&#233;unions, zones, coins, bar, f&#234;tes ou services, etc. Ces espaces-temps diff&#233;renci&#233;s, dont la diversit&#233; et la vigueur sont &#224; la fois les acteurs et les t&#233;moins de la richesse de la vie collective, sont l'architecture de la collectivit&#233;. On a compar&#233; avec justesse une telle vie collective &#224; une maison, &#171; avec sous-sols et grenier &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Pain, mai 1999, &#171; L'institution de la parole &#187;, disponible sur notre site.&#034; id=&#034;nh35-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : par l&#224; on entre, ici on bavarde et derri&#232;re on travaille, &#224; cet endroit d'autres mettent &#224; plat leurs diff&#233;rends pendant que sous ce mur o&#249; on trouve l'information, on &#233;coute le silence, par l&#224; on cuisine... Dispositifs d'exercice, de contestation ou de formation du pouvoir, dispositifs d'apprentissage, d'initiation et d'&#233;laboration du travail, dispositifs d'ambiance, d'atmosph&#232;re, de climats. Tel agencement, bien plus que les individus particuliers qui l'habitent, va rendre &#233;ducative telle salle de classe et ass&#233;chante telle autre ; tel h&#244;pital psychiatrique atypique soignera, pas celui-ci ; et dans ce groupe politique, on se mesure au travail fourni, pendant que ceux-ci fuient dans le verbiage, l'entre-soi et la r&#233;p&#233;tition. La multiplicit&#233; de ces lieux, la vari&#233;t&#233; des relations de compl&#233;mentarit&#233;, de concurrence et d'antagonismes qui se tissent entre eux &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de l'organisation, ne sont pas la garantie du pouvoir de tous ni de la parole libre. Mais elles permettent l'implication r&#233;elle des individus qui peuvent y accrocher leurs d&#233;sirs. Et elles fondent la pr&#233;sence singuli&#232;re de chacun en ces lieux par &lt;i&gt;la structuration collective de la parole personnelle&lt;/i&gt;. Car ce n'est que dans ces conditions, consciemment r&#233;unies ou non, que l'individu peut s'articuler au collectif ou, pour &#234;tre plus pr&#233;cis, que l'individu peut r&#233;inventer le rapport entre la soci&#233;t&#233; &#224; laquelle il participe et les soubassements imaginaires dont il est constitutif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La strate individuelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que cela soit assum&#233; ou non, un collectif, comme d'ailleurs n'importe quel groupe restreint, est un lieu d'instruction, d'&#233;ducation, de formation. Tout ce qui pr&#233;c&#232;de pourrait se r&#233;sumer &#224; la question : &#224; quoi &#233;duque &lt;i&gt;de fait&lt;/i&gt; telle organisation, m&#234;me &#224; son corps d&#233;fendant, qu'en retire-t-on les ann&#233;es passant, quel type d'individu y est form&#233; &lt;i&gt;de par ce qu'il est concr&#232;tement amen&#233; &#224; y faire&lt;/i&gt; ? Concernant des collectifs pour la d&#233;mocratie directe, la chose doit &#234;tre claire : &#224; gouverner et &#224; &#234;tre gouvern&#233;, et si nous osions compl&#233;ter la maxime d'Aristote, &#224; acc&#233;der &#224; sa propre autonomie. Il s'agit de tenter, raisonnablement, de faire na&#238;tre &lt;i&gt;un autre type anthropologique&lt;/i&gt; que celui form&#233; par les soci&#233;t&#233;s contemporaines. On sait la folie de &#171; l'homme nouveau &#187; qui saisissait nagu&#232;re les militants marxistes-l&#233;ninistes et qui agit aujourd'hui comme un r&#233;pulsif absolu d&#232;s qu'on aborde cette question : nous esquisserons plus loin les impasses dans lesquelles nous jettent l'&#234;tre humain pseudo-occidentalis&#233; tel qu'il appara&#238;t actuellement aux quatre coins de la plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est &#233;vident que si le groupe est la strate o&#249; l'individu se confronte autant aux exigences sociales qu'&#224; ses propres d&#233;terminations, le collectif politique est de surcro&#238;t l'instance de &lt;i&gt;remise en cause des unes comme des autres&lt;/i&gt;. Cette position extraordinairement sensible en fait le lieu de d&#233;ploiement de &lt;i&gt;tous&lt;/i&gt; les d&#233;lires collectifs comme individuels, face auxquels le premier et dernier rempart ne peut &#234;tre que l'&lt;i&gt;autonomie de l'individu&lt;/i&gt;. Celle-ci n'est aucunement arrachement et pure auto-position de l'&#234;tre par lui-m&#234;me comme le postulent les &#171; r&#233;volutionnaires &#187; et les &#171; lib&#233;raux &#187; qui imaginent l'humanit&#233; comme une p&#226;te &#224; modeler. L'autonomie individuelle est bien cette possibilit&#233; pour une personnalit&#233; de parvenir &#224; assumer et &#233;lucider ses enracinements autant que ses d&#233;sirs, et &#224; poser ses propres limites quant &#224; ce qu'elle veut, pour elle et pour le monde. Une organisation politique visant l'&#233;mancipation ne peut qu'en faire &lt;i&gt;un axe de son existence&lt;/i&gt; : accompagner cette d&#233;marche, au mieux la susciter et, dans tous les cas, faire sienne la magnifique devise des m&#233;decins antiques, &lt;i&gt;Primum non nocere &#8212; D'abord, ne pas nuire&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Devise qui ne saurait en aucun cas accr&#233;diter la posture faussement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh35-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste l'autre versant de la question : il est &lt;i&gt;impossible&lt;/i&gt;, pour une telle collectivit&#233;, de ne pas &#234;tre constitu&#233;e de personnes ne voulant pas (ou ne pouvant pas &#224; ce moment de leur existence) entrer dans une telle d&#233;marche intime d'&#233;mancipation, ou, &#224; tout le moins, en mesurer l'ampleur. Il est sans doute exag&#233;r&#233; de pr&#233;tendre que tout militant visant une autotransformation de la soci&#233;t&#233; doit passer par le divan d'un psychanalyste, mais il est rigoureusement impensable de poser que la recherche de l'&lt;i&gt;&#233;lucidation de soi&lt;/i&gt; n'est pas la condition &lt;i&gt;sine qua non&lt;/i&gt; d'un engagement politique de ce type.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?765-notes-sur-l-organisation-des' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Derni&#232;re partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb35-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. &#171; Le marxisme-l&#233;ninisme, id&#233;ologie r&#233;actionnaire &#187;, juillet 2012, disponible sur notre site. Et l'on n'expliquera pas l'islamogauchisme sans faire un d&#233;tour par le tiers-mondisme, version &#224; peine politis&#233;e de la charit&#233; chr&#233;tienne, etc. Cf. n. 4 p. 35.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ce passage est inspir&#233; d'un texte in&#233;dit du collectif &#171; 68, Mais&#8230; l'organisation, la r&#233;cup&#233;ration, l'insignifiance. Pour un bilan. &#187;, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &#171; La r&#233;volution anticip&#233;e &#187;, 1968, disponible en brochure sur notre site. La citation suivante en est &#233;galement issue. Sur le destin des aspirations de Mai 68, on lira &lt;i&gt;Mai 68, l'h&#233;ritage impossible&lt;/i&gt;, de J.-P. Le Goff (La D&#233;couverte, 1998).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. P. Boumard, 1989, &lt;i&gt;Les savants de l'int&#233;rieur. L'analyse de la soci&#233;t&#233; scolaire par ses acteurs&lt;/i&gt;, Armand Colin. Signalons la courageuse tentative de D. Vercauteren dans &lt;i&gt;Micropolitiques des groupes. Pour une &#233;cologie des pratiques collectives&lt;/i&gt;, 2007 (2011 &#233;d. Les prairies ordinaires) de r&#233;activer une telle approche en terrain &#171; politique &#187;, mais dont l'enfermement dans les r&#233;f&#233;rences deuleuzo-foucaldo-guattariennes emp&#234;che de d&#233;passer le stade de l'&lt;i&gt;auto-management&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sans doute est-ce le sens des quelques remarques de C. Castoriadis dans ses &#171; Notes sur la question de l'organisation &#187; (1974, in &lt;i&gt;La question du mouvement ouvrier&lt;/i&gt;, T II, Sandre 2012, p. 459 &lt;i&gt;sqq.&lt;/i&gt;) &#224; la fois fort tardives et qui masquent mal un &#233;trange manque malgr&#233; le foisonnement de travaux contemporains. On lira par exemple l'in&#233;gal&#233; &lt;i&gt;La vie affective des groupes&lt;/i&gt; de M. Pages, Dunod 1968, ou encore G. Lapassade, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Qu'aucun travail de synth&#232;se sur ce mouvement n'existe en dit long sur l'&#233;poque. On trouvera une introduction rapide dans &lt;i&gt;Les p&#233;dagogies institutionnelles, de J. Ardoino et R. Lourau, puf, 1994, et un bilan implicite dans P. Boumard, &lt;i&gt;Les savants... op. cit.&lt;/i&gt; n. 1 p. 47. Sur la bouffonnerie tragique de leurs repr&#233;sentants actuels, on lira &lt;i&gt;La cit&#233; des ego&lt;/i&gt; (J. Guigou, &#233;d. L'impliqu&#233;, 1987) et &#171; Le cadavre de l'analyse institutionnelle bouge encore &#224; St Denis &#187;, Quentin 2003, disponible sur notre site.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sur les dimensions politiques de ce qu'&#233;taient les sciences sociales au temps de leur existence, cf. A. Caill&#233;, &lt;i&gt;Splendeurs et mis&#232;res des sciences sociales : esquisses d'une mythologie&lt;/i&gt;, Librairie Droz, 1986 qui prolonge les r&#233;flexions d'un C. Wright Mills dans &lt;i&gt;L'imagination sociologique&lt;/i&gt; (1961, r&#233;&#233;d. La D&#233;couverte).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On pense aux tentatives de &lt;i&gt;socioanalyses&lt;/i&gt; ou de &lt;i&gt;sociopsychanalyses&lt;/i&gt;, avant qu'elles ne deviennent des dispositifs manag&#233;riaux (cf. n. 1 p. 48), ou &#224; ces tentatives isol&#233;es d'introspection collective sur le terrain ethnoculturel antillais men&#233;es par les &#171; potomitans &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On lira par exemple l'excellent compte rendu d'une intervention psychosociologique dans un &#233;tablissement autog&#233;r&#233; o&#249; l'&#233;galit&#233; des revenus nourrit le fantasme d'une fusion groupale dans &lt;i&gt;L'imaginaire collectif&lt;/i&gt; (Giust-Desprairies, 2003 &#201;r&#232;s) chap. V &#171; De la cr&#233;ation &#224; la faillite de l'imaginaire collectif &#187; p. 141-180. On notera que l'auteur pille et d&#233;politise avec l'assurance des n&#233;omandarins tout l'apport de l'analyse institutionnelle, et de G. Lapassade particuli&#232;rement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On lira par exemple Anzieu D. (1975) &lt;i&gt;Le groupe et l'inconscient&lt;/i&gt;, Dunod 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. &#171; L'autorit&#233; dans les groupes militants &#187; de P. Coutant, ou encore N. Nafissa &#171; C'est pire que s'il n'y avait rien. Exp&#233;rience de d&#233;crochage en classe-relais exp&#233;rimentale &#187; &lt;i&gt;Revue du MAUSS&lt;/i&gt; 2006/2 (n&#176; 28), textes disponible sur le site.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sur la question du pouvoir et de l'autorit&#233; sous l'angle historique et anthropologique, on consultera &lt;i&gt;L'&#194;ge des foules : un trait&#233; historique de psychologie des masses&lt;/i&gt;, Fayard, 1981, de S. Moscovici, ainsi que de G. Mendel, pour sa dimension psychog&#233;n&#233;tique, les premiers chapitres de &lt;i&gt;La r&#233;volte contre le p&#232;re&lt;/i&gt; (1968 Payot), disponibles sur notre site.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On lira par exemple &#171; Le Mythe du bon pouvoir &#187; et &#171; Le pouvoir entre parano&#239;a et perversion &#187; de E. Enriquez dans &lt;i&gt;Clinique du pouvoir. Les figures du ma&#238;tre&lt;/i&gt;, Er&#232;s 2007 et, parall&#232;lement, les c&#233;l&#232;bres analyses de P. Clastres &#171; La question du pouvoir dans les soci&#233;t&#233;s primitives &#187;, dans &lt;i&gt;Recherches d'anthropologie&lt;/i&gt;, Seuil 1980, p. 103 &lt;i&gt;sqq.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. G. Fargette, &#171; Le Graal illusoire de l'Organisation &#187;, &lt;i&gt;Le cr&#233;puscule du XXe si&#232;cle&lt;/i&gt;, n&#176; 23, novembre 2011, disponible sur notre site.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Les &#171; partis &#187; tels qu'ils ont pu exister dans la Gr&#232;ce antique ou la France r&#233;volutionnaire r&#233;pondaient bien plus &#224; ces crit&#232;res que les partis politiques du XXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Je demande toujours : Quoi de neuf ? &#187;, F. Oury, revue &lt;i&gt;Autrement&lt;/i&gt;, dossier n&#176; 13, avril 78, ''&lt;i&gt;Alors, on a pas &#233;cole aujourd'hui &lt;/i&gt;&#8230;'' in &lt;i&gt;Des enfants, des lieux parall&#232;les, une alternative &#224; l'&#233;cole&lt;/i&gt;&#8230; p. 180-187.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Abandon qui am&#232;ne clairement &#224; un d&#233;sengagement du langage lui-m&#234;me, comme lors des &#233;meutes fran&#231;aises de novembre 2005. On lira sur le sujet les passages p&#233;n&#233;trants de G. Steiner dans &lt;i&gt;Dans le ch&#226;teau de Barbe-bleue. Notes pour une red&#233;finition de la culture&lt;/i&gt; (1971), Seuil 2004, p. 129-130, disponibles sur notre site.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. notre tract &#171; Pour des AG autonomes &#187;, octobre 2010, qui appelle &#224; l'auto-analyse permanente des assembl&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;J. Pain, mai 1999, &#171; L'institution de la parole &#187;, disponible sur notre site.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Devise qui ne saurait en aucun cas accr&#233;diter la posture faussement bienveillante qui ne cherche qu'&#224; &#233;viter le &lt;i&gt;Kairos&lt;/i&gt;, crise n&#233;cessaire o&#249; la vitalit&#233; est en jeu, et qui doit &#234;tre &lt;i&gt;r&#233;solue&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Notes sur l'organisation des collectifs d&#233;mocratiques (2/4) </title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?763-Notes-sur-l-organisation-des</link>
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		<dc:date>2014-11-05T14:10:45Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Organisation politique</dc:subject>
		<dc:subject>Gauchisme</dc:subject>
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		<dc:subject>Anarchisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;(.../...) Voir la partie pr&#233;c&#233;dente 3 &#8212; Aux sources de la d&#233;gradation des organisations politiques Comment comprendre ce processus de d&#233;gradation des organisations politiques, dans son impressionnante diversit&#233;, et qui n'a cess&#233; d'&#234;tre un terrain de lutte sp&#233;cifique durant tout le XXe si&#232;cle ? D&#233;g&#233;n&#233;rescence, bureaucratisation, r&#233;cup&#233;ration, int&#233;gration ; tous ces ph&#233;nom&#232;nes, aussi diff&#233;rents soient-ils, semblent pouvoir &#234;tre ramen&#233;s &#224; un principe unique : la transformation d'un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-165-anarchie-+" rel="tag"&gt;Anarchisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/arton763.png?1621968954' class='spip_logo spip_logo_right' width='109' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?762-Notes-sur-l-organisation-des' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Voir la partie pr&#233;c&#233;dente&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3 &#8212; Aux sources de la d&#233;gradation des organisations politiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment comprendre ce processus de d&#233;gradation des organisations politiques, dans son impressionnante diversit&#233;, et qui n'a cess&#233; d'&#234;tre un terrain de lutte sp&#233;cifique durant tout le XXe si&#232;cle ? D&#233;g&#233;n&#233;rescence, bureaucratisation, r&#233;cup&#233;ration, int&#233;gration ; tous ces ph&#233;nom&#232;nes, aussi diff&#233;rents soient-ils, semblent pouvoir &#234;tre ramen&#233;s &#224; un principe unique : la transformation d'un &#233;l&#233;ment subversif (organisation, initiative, lutte, personne, id&#233;e, slogan&#8230;) en un rouage de la soci&#233;t&#233;, c'est-&#224;-dire un &#233;l&#233;ment ne mettant plus en cause ses principes fondamentaux de fonctionnement, voire les renfor&#231;ant. Ce m&#233;canisme de d&#233;samor&#231;age est devenu un lieu commun, qu'il s'agisse de la d&#233;rive vers une violence ais&#233;ment manipulable (que l'on pense aux mouvements italiens des ann&#233;es de plomb), de la constitution d'une micro-oligarchie, de la corruption des personnes ou des causes, ou de la marchandisation des attitudes, des mots d'ordre, des symboles. Il barre &#233;videmment la route &#224; toute perspective de changement de soci&#233;t&#233; et doit &#224; ce titre &#234;tre examin&#233; pr&#233;cis&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Principe de la neutralisation du subversif&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Historiquement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce passage est la reprise d'un &#233;change mail de mai 2009 sur le sujet, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh36-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ce ph&#233;nom&#232;ne se perd dans la nuit des temps : toute critique, en actes ou en paroles, d'un pouvoir ou d'un ordre des choses participe la plupart du temps &#224; sa reconnaissance, son maintien, voire &#224; son renforcement. Au stade le plus &#233;l&#233;mentaire, ch&#226;tier les contestataires est une d&#233;monstration de force qui l&#233;gitime le pouvoir en place. A un niveau plus &#233;lev&#233;, l'ordre &#233;tabli bouscul&#233; par la critique pourra d&#233;montrer sa capacit&#233; &#224; s'autojustifier, &#224; d&#233;montrer son bien-fond&#233;. Enfin, &#224; la lisi&#232;re de l'h&#233;t&#233;ronomie, le syst&#232;me peut faire la preuve de sa capacit&#233; de dialogue, de son ouverture &#224; la critique, voire de sa possibilit&#233; de se transformer ouvertement pour s'adapter aux r&#233;alit&#233;s. Ce sont l&#224; des jeux de pouvoirs vieux de plusieurs mill&#233;naires, que chaque grande civilisation a peu ou prou th&#233;oris&#233;s et rationalis&#233;s d'autant plus facilement que la contestation ne s'enracinait pas dans la remise en cause fondamentale des structures sociales et politiques mais se limitait plut&#244;t &#224; des r&#233;volutions de palais, des permutations des r&#244;les ou des am&#233;nagements ponctuels des conditions de vie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#224; ce sujet &#171; La confusion occidentale &#187; dans notre brochure Malaise dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh36-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce processus de &lt;i&gt;digestion sociale&lt;/i&gt; permet de d&#233;gager un principe fondamental, &#224; premi&#232;re vue d'une grande banalit&#233; : un &#233;l&#233;ment contestataire sera d'autant plus &#171; int&#233;gr&#233; &#187; &#224; l'ordre des choses qu'il n'en conteste pas les fondements. A l'inverse, il sera d'autant plus difficile pour une soci&#233;t&#233; d'int&#233;grer ce qui lui est &#233;tranger, h&#233;t&#233;rog&#232;ne, novateur, d&#233;rangeant, subversif. Si ce principe se con&#231;oit facilement pour les soci&#233;t&#233;s traditionnellement closes sur elles-m&#234;mes et reposant sur un socle indiscutable de valeurs affirm&#233;es une fois pour toutes, il doit &#234;tre approfondi pour celles issues de la modernit&#233;, qui se caract&#233;risent justement par une porosit&#233; au nouveau, une tol&#233;rance &#224; ce qui surgit, une ouverture au d&#233;sordre, et m&#234;me une reconnaissance de fait de la dissidence, de la d&#233;viance, de l'impr&#233;vu, du chaos. Cette derni&#232;re caract&#233;ristique est &#224; la fois celle du projet profond&#233;ment d&#233;mocratique et celle du d&#233;lire capitaliste d'accumulation, qui semble m&#234;me en faire son principal moteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc &#233;tablir un deuxi&#232;me principe : en elle-m&#234;me, l'int&#233;gration d'un &#233;l&#233;ment subversif &#224; l'ordre social est un processus central de nos soci&#233;t&#233;s occidentales. Ainsi, le capitalisme se serait &#233;croul&#233; cent fois si les luttes ouvri&#232;res ne l'avaient forc&#233; &#224; se r&#233;former, notamment par l'augmentation continue des salaires, provoquant l'&#233;mergence de la soci&#233;t&#233; de consommation &#8212; le &#171; fordisme &#187; &#8212; ou encore l'instauration d'un &#201;tat-providence directement issu des caisses de solidarit&#233;, mutuelles et assurances ouvri&#232;res&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;vidences inconnues des adorateurs de M. Foucault : cf. &#171; Bio-pouvoir : un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh36-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce m&#233;canisme a &#233;t&#233; compris comme une reconnaissance de la l&#233;gitimit&#233; des revendications et, surtout, les a nourri en retour pendant des si&#232;cles ; les reculades du pouvoir &#233;taient autant de batailles gagn&#233;es annon&#231;ant une lointaine mais in&#233;luctable victoire finale. Tout au contraire, il est aujourd'hui compris comme une diabolique &#171; capacit&#233; du syst&#232;me &#224; tout r&#233;cup&#233;rer &#187; qui conduit &#224; d&#233;sesp&#233;rer... Il renvoie donc, avant tout, au fond, au &lt;i&gt;d&#233;sir&lt;/i&gt; et &#224; la &lt;i&gt;volont&#233; populaire&lt;/i&gt; : s'agit-il dans telle gr&#232;ve, telle id&#233;e, telle organisation, de renverser la soci&#233;t&#233; actuelle ou seulement de l'am&#233;nager ? L'int&#233;gration dans la soci&#233;t&#233; existante agit alors finalement comme un filtre faisant appara&#238;tre l'&#233;l&#233;ment subversif sous un nouveau jour, un r&#233;v&#233;lateur qui interroge autant ses vis&#233;es fondamentales que le choix de ses moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut donc poser un troisi&#232;me et dernier principe : l'accent ne doit pas &#234;tre mis sur la puissance de phagocytage du &#171; syst&#232;me &#187; mais sur l'aptitude de ce qui surgit &#224; &#234;tre assimil&#233; d'une mani&#232;re ou d'une autre. Autrement dit, ce ne sont pas nos soci&#233;t&#233;s qui sont omnivores, ou plut&#244;t elles ne le sont que parce que le subversif tend, &lt;i&gt;de lui-m&#234;me&lt;/i&gt;, &#224; se rendre &#233;quivalent &#224; ce qui existe d&#233;j&#224;. D&#233;noncer la toute-puissance mal&#233;fique suppos&#233;e du &#171; syst&#232;me &#187; occupe aujourd'hui 90 % de la litt&#233;rature pr&#233;tendument &#171; subversive &#187; (le reste &#233;tant consacr&#233; &#224; la glorification d'exp&#233;riences miraculeuses) : il serait temps de sortir de cette fascination morbide pour se concentrer sur &lt;i&gt;nos&lt;/i&gt; faiblesses, celles des forces de transformation sociale d&#233;missionnant de leur r&#244;le pass&#233; les premiers rapports de force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne fait ici que rev&#233;rifier l'avachissement et la quasi-disparition de la volont&#233; populaire d'autotransformation sociale, sans laquelle la meilleure organisation politique devient dans l'instant une courroie, une goutte d'huile ou une soupape de plus dans la machinerie sociale. Il nous faut maintenant aborder les m&#233;canismes de la d&#233;saffection politique, non &#224; l'&#233;chelle individuelle ou au niveau macrosocial &#8212; cela a &#233;t&#233; fait ailleurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#171; Entr&#233;e en p&#233;riode troubl&#233;e &#187;, op. cit. et &#171; Notes sur le mouvement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh36-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8212; mais bien sur le plan interm&#233;diaire qu'est la collectivit&#233; imm&#233;diate et, plus pr&#233;cis&#233;ment, le collectif politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;connexion d'avec l'activit&#233; populaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#234;tre ce milieu o&#249; des &#234;tres humains se forment et agissent pour &#171; l'ind&#233;pendance du monde &#187;, ces organisations politiques formelles ou informelles ne peuvent qu'&#234;tre articul&#233;es les unes aux autres, et ne peuvent l'&#234;tre que plong&#233;s dans une &lt;i&gt;collectivit&#233; anonyme mais concr&#232;te&lt;/i&gt; pour laquelle ces contre-institutions font sens. Ces conditions furent particuli&#232;rement r&#233;unies durant toute la p&#233;riode du mouvement ouvrier, qui court du XVIIIe &#224; la moiti&#233; du XXe si&#232;cle et dont on n'a toujours pas mesur&#233; l'ampleur. C'&#233;tait une circulation incessante entre id&#233;es et pratiques : une Olympe de Gouges, un Owen ou un Fourier inspiraient des exp&#233;rimentations sociales, qu'elles se d&#233;roulent en famille, dans la fabrique, l'atelier ou l'usine, sur quelques lopins de terre des antipodes ou de la contr&#233;e voisine, et celles-ci inspiraient en retour ceux (parfois les m&#234;mes) qui pourvoyaient, lors de lectures communes ou de cours d'alphab&#233;tisation, de quoi aider les gr&#233;vistes du lieu, l'&#233;meutier embastill&#233;, la soci&#233;t&#233; secr&#232;te&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On lira &#224; ce sujet E. P. Thompson, op. cit., ainsi que La nuit des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh36-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'histoire du syndicalisme, peut-&#234;tre plus que tout autre, montre le destin de ces organisations devenant progressivement des organes autosuffisants ne fonctionnant plus que pour leurs propres int&#233;r&#234;ts. Un des premiers sympt&#244;mes de la d&#233;gradation de ces organisations, et concomitamment de la d&#233;saffection populaire pour la politique, est bien leur d&#233;connexion d'avec ce peuple vivant et leur transformation en appareils s'arrogeant le r&#244;le de &lt;i&gt;direction des luttes&lt;/i&gt; &#8212; la fin, alors, permettant tous les moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ph&#233;nom&#232;ne d'oligarchisation et de cl&#244;ture&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin de la vis&#233;e populaire de transformation sociale et autarcie croissante des organisations : ces deux ph&#233;nom&#232;nes s'alimentent mutuellement, r&#233;instaurant une hi&#233;rarchie dans un mouvement populaire profond&#233;ment &#233;galitaire. C'est le cas, cern&#233; historiquement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On trouvera une excellente synth&#232;se de ces r&#233;flexions dans G. Lapassade, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh36-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, de la &lt;i&gt;bureaucratisation progressive des organisations ouvri&#232;res&lt;/i&gt; &#8212; aujourd'hui, on dirait plut&#244;t &lt;i&gt;oligarchisation&lt;/i&gt;. Certes, l'&#233;mergence d'une clique de d&#233;cideurs au sein d'une association, d'un cercle de discussion, d'une communaut&#233; ou d'un collectif de gr&#232;ve ne fait que d&#233;courager chacun de participer sur un pied d'&#233;galit&#233;, mais le surgissement d'un appareil confisquant le pouvoir ne peut se faire que lorsque, &lt;i&gt;d&#233;j&#224;&lt;/i&gt;, les affaires communes ne sont plus une pr&#233;occupation g&#233;n&#233;rale et que, de d&#233;l&#233;gation implicite en d&#233;missions silencieuses, les d&#233;cisions continuent malgr&#233; tout de devoir &#234;tre prises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce m&#233;canisme de divorce entre une organisation et la population, ou entre un appareil de direction et des membres, est ce m&#233;canisme m&#234;me de &lt;i&gt;cl&#244;ture&lt;/i&gt; par lequel un collectif devient &lt;i&gt;inquestionnable&lt;/i&gt; : il s'enferme de lui-m&#234;me dans ses postulats, priv&#233; de tout apport ext&#233;rieur qui viendrait bousculer ses repr&#233;sentations. Livr&#233; &#224; lui-m&#234;me, ses principes deviennent une id&#233;ologie close et son organisation une structure rigide. S'identifiant &#224; la cause qu'il pr&#233;tend d&#233;fendre et devenu par ce biais incriticable, il est d&#233;sormais incapable d'examiner ce qui le constitue, et particuli&#232;rement ce qui, en &lt;i&gt;lui&lt;/i&gt;, qu'il le veuille ou non, appartient &#224; l'ordre institu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Processus d'institutionnalisation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En s'institutionnalisant, l'organisation politique va progressivement se borner &#224; d&#233;velopper et hypostasier, sur un mode qui lui est singulier, les id&#233;es, les postures, les principes, les fonctionnements propres &#224; la soci&#233;t&#233; &#224; laquelle elle &#233;tait cens&#233;e s'opposer. Les voies peuvent &#234;tre variables, la logique est toujours la m&#234;me et renvoie &#224; ce qui &lt;i&gt;dans le collectif&lt;/i&gt; se met &#224; lui ressembler &#8212; on a parl&#233; de &lt;i&gt;principe d'&#233;quivalence&lt;/i&gt; pour expliquer ce mode d'institutionnalisation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Terme qui &#171; d&#233;signe le processus par lequel des forces sociales ou (&#8230;)&#034; id=&#034;nh36-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La question n'est donc pas &lt;i&gt;qui&lt;/i&gt; corrompt, qui r&#233;cup&#232;re, &lt;i&gt;qui&lt;/i&gt; bureaucratise, &lt;i&gt;qui&lt;/i&gt; oligarchise ou &lt;i&gt;qui&lt;/i&gt; marchandise &#8212; pour autant que ces questions puissent recevoir une r&#233;ponse &#8212;, mais bien &lt;i&gt;ce qui&lt;/i&gt;, dans l'organisation, la rend corrupt&lt;i&gt;ible&lt;/i&gt;, bureaucratis&lt;i&gt;able&lt;/i&gt;, oligarchis&lt;i&gt;able&lt;/i&gt;, marchandis&lt;i&gt;able&lt;/i&gt;, bref r&#233;cup&#233;r&lt;i&gt;able&lt;/i&gt;. Il n'est souvent pas difficile de le d&#233;celer : aucune cr&#233;ation sociale ne tombe du ciel ni ne jaillit toute arm&#233;e de la cuisse de Jupiter ; &lt;i&gt;tout&lt;/i&gt; ce qui existe &lt;i&gt;ne peut&lt;/i&gt; s'&#234;tre constitu&#233; &lt;i&gt;que&lt;/i&gt; de ce qui existe d&#233;j&#224;. Le radicalement nouveau, pour nouveau qu'il soit, appara&#238;t avec les formes, la langue, les modes d'&#234;tre de la soci&#233;t&#233; o&#249; il na&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi le marxisme appara&#238;t-il dans un XIXe si&#232;cle travers&#233; de progressisme, d'&#233;volutionnisme, de rationalisme, de scientisme, de technicisme et d'&#233;conomisme. Et en s'affirmant comme Science universelle de l'aventure humaine, il am&#233;nage une liti&#232;re idoine pour l'autoritarisme &#8212; les anarchistes de la Premi&#232;re Internationale ne s'y sont pas tromp&#233;s &#8212; qui, d&#233;barrass&#233; de tout l'h&#233;ritage d&#233;mocratique des soci&#233;t&#233;s occidentales, deviendra le totalitarisme. Un processus analogue se d&#233;roule sous nos yeux : tout ce que l'on regroupe sous le terme d'&#171; &#201;cologie &#187; remet radicalement en cause les fondements de la civilisation occidentale (ou m&#234;me de toute civilisation), plus que n'importe quelle doctrine existante, mais c'est bien son versant environnementaliste, techniciste et gestionnaire qui est aujourd'hui promu. Autrement dit, le m&#233;canisme de r&#233;cup&#233;ration est un processus par lequel est privil&#233;gi&#233; et hypertrophi&#233; ce qui appartient, &lt;i&gt;dans ce qui surgit&lt;/i&gt;, au d&#233;j&#224; existant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Posture, racines et permanence de l'avant-garde&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc &#224; examiner les soubassements id&#233;ologiques de toute organisation &#224; pr&#233;tention politique, a fortiori celles se destinant &#224; lutter pour la d&#233;mocratie. De tous les &#233;l&#233;ments id&#233;ologiques qui les ont travers&#233;es et les traversent encore largement, isolons-en un particuli&#232;rement important quant &#224; notre propos : la notion d'avant-garde. La notion para&#238;tra anachronique : on verra qu'elle ne l'est gu&#232;re, et nous permet au contraire d'ancrer les impasses actuelles dans les dilemmes historiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re fois que la &#171; question de l'organisation &#187; fut discut&#233;e s&#233;rieusement et de mani&#232;re approfondie, c'&#233;tait en 1958, au sein du groupe-revue &lt;i&gt;Socialisme ou Barbarie&lt;/i&gt;, lors de la controverse entre Claude Lefort et Cornelius Castoriadis&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On en trouvera une synth&#232;se dans Philippe Gottraux, &#171; Socialisme ou Barbarie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh36-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le groupe-revue op&#233;rait alors une rupture graduelle mais profonde d'avec le marxisme-l&#233;ninisme ; les termes du d&#233;bat qui furent alors pos&#233;s restent d'actualit&#233;, et sont familiers &#224; quiconque s'est m&#234;l&#233;, m&#234;me fugacement, d'un collectif assumant quelques vis&#233;es politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. Castoriadis affirmait la n&#233;cessit&#233; d'une organisation capable de confronter les th&#233;ories et les pratiques, de formuler des objectifs clairs et des moyens envisageables, c'est-&#224;-dire d'affronter raisonnablement et sans d&#233;lai les questions que rencontrera immanquablement tout soul&#232;vement populaire. La position &#8212; &lt;i&gt;a posteriori&lt;/i&gt; &#8212; libertaire de Cl. Lefort se voulait profond&#233;ment d&#233;mocratique en r&#233;futant toute tendance d'une organisation politique &#224; affirmer une quelconque direction : la r&#233;volution, si r&#233;volution il doit y avoir, sera celle des gens eux-m&#234;mes spontan&#233;ment organis&#233;s, et le travail militant doit se borner &#224; mettre ceux-ci en relation ainsi qu'&#224; stimuler la formation d'un r&#233;seau ouvert d'&#233;changes. La rupture est profonde, et am&#232;ne Cl. Lefort et ses partisans &#224; fonder ILO (&lt;i&gt;Informations et Liaisons Ouvri&#232;res&lt;/i&gt;, qui deviendra ICO, &lt;i&gt;Informations et Correspondances Ouvri&#232;res&lt;/i&gt;) tandis que C. Castoriadis dissoudra &lt;i&gt;Socialisme ou Barbarie&lt;/i&gt; un an avant Mai 68, participant au d&#233;clin de la position &#171; organisationnelle &#187; ou &#171; programmatique &#187;. De son c&#244;t&#233;, la position &#171; spontan&#233;iste &#187; conna&#238;tra, et conna&#238;t toujours, un succ&#232;s durable. Car c'est peu de dire que l'antitotalitarisme, ou plut&#244;t la &lt;i&gt;mode&lt;/i&gt; qui suivit, balaya toute tentative explicite de r&#233;examiner ces positions, au point de rendre &lt;i&gt;suspecte&lt;/i&gt; toute vell&#233;it&#233; de formulation d'un projet politique. Alors qu'aujourd'hui les tenants des avant-gardes politiques ou intellectuelles n'&#233;chappent plus au ridicule de leur posture et de leurs pseudo-th&#233;ories qu'en les renouvelant sans cesse &#224; partir du m&#234;me th&#232;me, l'engouement pour les &#171; r&#233;seaux &#187; depuis les ann&#233;es 1990 n'a fait que refouler sans fin la question d'un &lt;i&gt;leadership&lt;/i&gt; d'autant plus op&#233;rant qu'il est inassumable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. le classique de Joe Freeman, &#171; La tyrannie de l'absence de structure &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh36-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et se trouve organiquement incapable de formuler un quelconque projet de soci&#233;t&#233; cons&#233;quent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On lira &#224; ce propos les pertinentes r&#233;flexions de B. Fr&#232;re sur feu le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh36-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les termes de 1958 ont m&#234;me pris un tour caricatural : ils sont devenus une opposition st&#233;rile entre a&lt;i&gt;utoritarisme&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;spontan&#233;isme&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Opposition parfaitement visible dans le ph&#233;nom&#232;ne des coordinations des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh36-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, sans que les principes d'une organisation politique ne soient r&#233;ellement &#224; nouveau discut&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous semble que la seule issue est d'examiner le terrain sur lequel ces positions s'affrontent (de plus en plus mollement) pour comprendre en quoi elles ne forment finalement qu'une figure compl&#233;mentaire, qui a parcouru tout le mouvement d'&#233;mancipation depuis son apparition sans que ses postulats ne soient remis en cause. Car la pol&#233;mique Cl. Lefort / C. Castoriadis rappelle fortement l'opposition Rosa Luxemburg / L&#233;nine ou la controverse Proudhon / Marx &#224; la fin du XIXe si&#232;cle. Notons que c'est durant ce m&#234;me XIXe si&#232;cle qu'apparurent les avant-gardes artistiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On conna&#238;t le succ&#232;s de la fusion de ces deux avant-gardismes (annonc&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh36-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ph&#233;nom&#232;ne nouveau o&#249; la cr&#233;ation intellectuelle commence peu &#224; peu &#224; se distancier de son public, qui ne la reconna&#238;t comme telle qu'avec plusieurs d&#233;cennies de &#171; retard &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#171; Transformation sociale et cr&#233;ation culturelle &#187; de C. Castoriadis in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh36-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8212; et parall&#232;lement, le rapport de la soci&#233;t&#233; aux d&#233;couvertes scientifiques s'&#233;difie selon le m&#234;me sch&#233;ma. C'est la p&#233;riode durant laquelle domine le &lt;i&gt;progressisme&lt;/i&gt;, cette id&#233;ologie du Progr&#232;s que l'on pourrait qualifier, &#224; la suite de C. Lasch, de quasi-religion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'id&#233;ologie du Progr&#232;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc dans ce champ polaris&#233; autour du Progr&#232;s comme processus in&#233;luctable de l'humanit&#233; que s'opposent deux tendances : les partisans d'une organisation susceptible de se transmuer en avant-garde, car annon&#231;ant les &#233;tapes politiques &#224; venir, et les tenants d'une anti-organisation qui ne ferait que r&#233;v&#233;ler &#224; chacun les dynamiques progressistes qu'il porte &#224; son insu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le disait Lefort afin de pointer l'autoritarisme intrins&#232;que au principe m&#234;me d'organisation : &#171; &lt;i&gt;L&#233;nine moins qu'aucun autre n'a jamais revendiqu&#233;&lt;/i&gt; [que le parti soit un organe de pouvoir] &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cl. Lefort, &#171; L'exp&#233;rience prol&#233;tarienne &#187; (1952), in &#201;l&#233;ments d'une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh36-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais ce que ni Lefort ni Castoriadis ne voyait alors, c'est que, pour paraphraser Trotski parlant du prol&#233;tariat, il ne s'agit pas de ce que L&#233;nine se repr&#233;sente comme objectif du Parti bolchevik, mais bien de ce que, compte tenu du statut du savoir sur lequel repose ses analyses, il est contraint de faire : s'il s'agit bel et bien du &lt;i&gt;Savoir absolu&lt;/i&gt; h&#233;g&#233;lien sur l'Histoire, du Destin de l'Humanit&#233;, donc de la direction que prennent, ind&#233;pendamment de toutes les vicissitudes des &#233;v&#233;nements, toutes les soci&#233;t&#233;s humaines, alors &lt;i&gt;cette fin ne peut que justifier tous les moyens possibles&lt;/i&gt;. Autrement dit, toute organisation se r&#233;clamant d'une telle V&#233;rit&#233; ne peut &lt;i&gt;que&lt;/i&gt; tendre &#224; l'autoritarisme, &#224; la bureaucratisation, voire au totalitarisme. Dans ce contexte, la r&#233;action sym&#233;trique consiste en un spontan&#233;isme anti-organisationnel et anti-programmatique, mais reposant toujours sur la certitude avant-gardiste que ce que les gens font, veulent, d&#233;sirent et projettent, ou peuvent vouloir, d&#233;sirer et projeter, &lt;i&gt;ne peut qu'aller dans le sens de l'histoire&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une application de cette id&#233;ologie sur le terrain inter-culturel, cf. &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh36-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce progressisme et sa m&#233;taphysique demeurent : il y a bien un but ultime &#224; l'aventure humaine et il peut &#234;tre donn&#233; de le deviner &#224; quelques-uns, en attendant de l'&#234;tre &#224; tous. Restent les divergences sur les moyens de l'atteindre. Quant &#224; ce but lui-m&#234;me, ses accents religieux sont &#233;vidents : il s'agit bien de la r&#233;alisation d'un paradis terrestre, lieu de f&#233;licit&#233; o&#249; rien ne fait plus obstacle &#224; tous les d&#233;sirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve l&#224; la matrice commune au capitalisme ou, plus exactement, au lib&#233;ralisme contemporain, dont les versants &#233;conomiques et culturels sont plus actuels que jamais. Comme le relevait H. Arendt, &#171; tout est possible &#187; est le slogan du totalitarisme, mais &#233;galement celui du lib&#233;ralisme &#233;conomique et culturel ou de la contestation d'extr&#234;me-gauche&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On lira sur ce point les excellentes analyses de J.-C. Mich&#233;a, qui font (&#8230;)&#034; id=&#034;nh36-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tout est possible parce que tout ne peut qu'aller, finalement, dans le m&#234;me sens. Pousser l'analyse plus loin pour montrer la filiation avec les grands sch&#232;mes religieux du jud&#233;o-christianisme sortirait du cadre de ce texte. Notons plut&#244;t que la critique de la figure du militant enr&#233;giment&#233; a &#233;t&#233; faite depuis le milieu du XXe si&#232;cle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On se r&#233;f&#233;rera au c&#233;l&#232;bre Le militantisme, stade supr&#234;me de l'ali&#233;nation, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh36-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, sonnant le glas de l'organisation hi&#233;rarchique, centralisatrice et autoritaire, mais que la critique de la figure qui lui a succ&#233;d&#233; reste &#224; faire : celle du militant bobo lib&#233;ral-libertaire, bien-pensant et sans attaches, dont le tourisme politique &#233;ventuellement &#171; radical &#187; s'accommode d'autant mieux de ses multiples &#171; r&#233;seaux &#187; qu'ils le dispensent de tout engagement coh&#233;rent et durable comme de toute interrogation &#233;labor&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#234;me si le vite oubli&#233; Vivre et penser comme des porcs. De l'incitation &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh36-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sumons-nous pour clore cette longue partie un peu abstraite : La d&#233;gradation des formes d'organisation politiques provient d'un m&#233;canisme de cl&#244;ture qui les rendent herm&#233;tiques &#224; tout questionnement. Aveugles &#224; leurs propres d&#233;terminations, ce sont les &#233;l&#233;ments appartenant &#224; la soci&#233;t&#233; existante qui sont hypostasi&#233;s lors de l'institutionnalisation, et notamment la posture avant-gardiste, qui est ins&#233;parable de l'id&#233;ologie d'un Progr&#232;s in&#233;luctable dont les militants seraient annonciateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?764-notes-sur-l-organisation-des' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Troisi&#232;me partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb36-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ce passage est la reprise d'un &#233;change mail de mai 2009 sur le sujet, disponible sur notre site.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. &#224; ce sujet &#171; La confusion occidentale &#187; dans notre brochure &lt;i&gt;Malaise dans l'identit&#233;&lt;/i&gt;, mai 2012, disponible sur notre site.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#201;vidences inconnues des adorateurs de M. Foucault : cf. &#171; Bio-pouvoir : un concept incoh&#233;rent et dangereux &#187;, de N. Poirier, revue &lt;i&gt;Les temps modernes&lt;/i&gt;, n&#176; 640, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. &#171; Entr&#233;e en p&#233;riode troubl&#233;e &#187;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt; et &#171; Notes sur le mouvement social d'octobre 2010 &#187; dans notre brochure n&#176; 16 &lt;i&gt;Octobre 2010, une lutte &#224; la crois&#233;e des chemins&lt;/i&gt;, mars 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On lira &#224; ce sujet E. P. Thompson, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, ainsi que &lt;i&gt;La nuit des prol&#233;taires&lt;/i&gt;, de J. Ranci&#232;re, Fayard 1981.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On trouvera une excellente synth&#232;se de ces r&#233;flexions dans G. Lapassade, &lt;i&gt;Groupes, organisations, institutions&lt;/i&gt; (1970), Anthropos 2005, et du m&#234;me auteur &lt;i&gt;Bureaucratie, bureaucratisme, bureaucratisation&lt;/i&gt; revue &lt;i&gt;Arguments&lt;/i&gt;, 1978, disponible sur le site.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Terme qui &#171; d&#233;signe le processus par lequel des forces sociales ou marginales ou minoritaires ou anomiques (ou les trois &#224; la fois) prennent forme, sont reconnues par l'ensemble du syst&#232;me des formes sociales d&#233;j&#224; l&#224;. L'institu&#233; accepte l'instituant lorsqu'il peut l'int&#233;grer, c'est-&#224;-dire le rendre &#233;quivalent aux formes d&#233;j&#224; existantes &#187; (in Lourau R., 1973 ; &#171; L'effet Muhlmann &#187;, revue &lt;i&gt;L'Homme et la Soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, dossier &#171; Analyse institutionnelle et politique &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On en trouvera une synth&#232;se dans Philippe Gottraux, &lt;i&gt;&#171; Socialisme ou Barbarie &#187;, un engagement politique et intellectuel dans la France de l'apr&#232;s-guerre&lt;/i&gt;, Lausanne, Payot, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. le classique de Joe Freeman, &#171; La tyrannie de l'absence de structure &#187;, 1970, disponible sur notre site.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On lira &#224; ce propos les pertinentes r&#233;flexions de B. Fr&#232;re sur feu le mouvement altermondialiste, &#171; Une organisation politique libertaire est-elle possible ? &#187; , mai 2010, sur Contretemps.eu (&#224; ne pas confondre avec l'excellent site Acontretemps.org).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Opposition parfaitement visible dans le ph&#233;nom&#232;ne des coordinations des ann&#233;es 80, analys&#233;es par J.-M. Denis dans &lt;i&gt;Les coordinations. Recherche d&#233;sesp&#233;r&#233;e d'une citoyennet&#233;&lt;/i&gt;, Syllepse 1996.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On conna&#238;t le succ&#232;s de la fusion de ces deux avant-gardismes (annonc&#233;e symboliquement par la partie d'&#233;chec Tzara-L&#233;nine en Suisse, point&#233;e par R. Lourau dans &lt;i&gt;Autodissolution des avant-gardes&lt;/i&gt;, Galil&#233;e, Paris 1980), particuli&#232;rement par le surr&#233;alisme et ses d&#233;riv&#233;s ult&#233;rieurs comme L'Internationale Situationniste.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. &#171; Transformation sociale et cr&#233;ation culturelle &#187; de C. Castoriadis in &lt;i&gt;Le contenu du socialisme&lt;/i&gt;, 10/18, 1979.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cl. Lefort, &#171; L'exp&#233;rience prol&#233;tarienne &#187; (1952), in &lt;i&gt;&#201;l&#233;ments d'une critique de la bureaucratie&lt;/i&gt;, 1979, Paris, Gallimard, p. 67.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pour une application de cette id&#233;ologie sur le terrain inter-culturel, cf. &#171; La confusion occidentale &#187; &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On lira sur ce point les excellentes analyses de J.-C. Mich&#233;a, qui font suite &#224; celles de C. Lasch, G. Orwell ou P. P. Pasolini. La convergence id&#233;ologique entre l'extr&#234;me-gauche et le lib&#233;ralisme se fait aussi ais&#233;ment d'un point de vue organisationnel, notamment &#224; travers la forme &#171; r&#233;seau &#187; : cf. P. Musso, &lt;i&gt;Critique des r&#233;seaux&lt;/i&gt;, puf, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On se r&#233;f&#233;rera au c&#233;l&#232;bre &lt;i&gt;Le militantisme, stade supr&#234;me de l'ali&#233;nation&lt;/i&gt;, par l'Organisation des Jeunes Travailleurs R&#233;volutionnaires, 1972.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;M&#234;me si le vite oubli&#233; &lt;i&gt;Vivre et penser comme des porcs. De l'incitation &#224; l'envie et &#224; l'ennui dans les d&#233;mocraties-march&#233;s&lt;/i&gt;, de Gilles Ch&#226;telet (Exils, 1998) reste une consid&#233;rable contribution &#224; l'intelligence de la situation. On lira &#233;galement &#171; Anomie et groupe politique affinitaire &#187;, juillet 2012, disponible sur notre site, et tous les auteurs cit&#233;s note 1.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Notes sur l'organisation des collectifs d&#233;mocratiques (1/4)</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?762-Notes-sur-l-organisation-des</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?762-Notes-sur-l-organisation-des</guid>
		<dc:date>2014-10-27T10:42:59Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Organisation politique</dc:subject>
		<dc:subject>Gauchisme</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cup&#233;ration</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie directe</dc:subject>
		<dc:subject>Revolution</dc:subject>
		<dc:subject>Avant-gardisme</dc:subject>
		<dc:subject>Institutionnalisation</dc:subject>
		<dc:subject>Post-modernisme</dc:subject>
		<dc:subject>Autogestion</dc:subject>
		<dc:subject>B&#233;rard Quentin</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Psycho-sociologie</dc:subject>
		<dc:subject>Article</dc:subject>
		<dc:subject>Mouvements sociaux</dc:subject>
		<dc:subject>Oligarchie</dc:subject>
		<dc:subject>Insurrectionnalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Anarchisme</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;cence commune</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte fait partie de la brochure n&#176;20 bis, &#171; D&#233;mocratie directe : Principes, enjeux, perspectives - Deuxi&#232;me partie : Lutter pour l'auto-gouvenrement des peuples &#187;, mai 2014. Elle est en vente pour 3 &#8364; dans nos librairies. Son achat permet notre auto-financement et constitue un soutien aux librairies ind&#233;pendantes (vous pouvez &#233;galement nous aider &#224; la diffusion). Il est aussi possible de la t&#233;l&#233;charger dans la rubrique brochures. Sommaire : Fausses figures de l'avenir. De la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-l-autonomie-groupale-l-autogestion-" rel="directory"&gt;L'autonomie groupale : l'autogestion&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-57-revolution-+" rel="tag"&gt;Revolution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-59-avant-gardisme-+" rel="tag"&gt;Avant-gardisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-69-institutionnel-+" rel="tag"&gt;Institutionnalisation&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-90-autogestion-+" rel="tag"&gt;Autogestion&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-121-mouvements-sociaux-+" rel="tag"&gt;Mouvements sociaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-131-oligarchie-+" rel="tag"&gt;Oligarchie&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-165-anarchie-+" rel="tag"&gt;Anarchisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-220-decence-commune-+" rel="tag"&gt;D&#233;cence commune&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/arton762.png?1621969094' class='spip_logo spip_logo_right' width='109' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce texte fait partie de la brochure n&#176;20 bis, &#171; D&#233;mocratie directe : Principes, enjeux, perspectives - Deuxi&#232;me partie : Lutter pour l'auto-gouvenrement des peuples &#187;, mai 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est en vente pour 3 &#8364; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?531-Diffusion-et-vente-de-nos' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;dans nos librairies&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Son achat permet notre auto-financement et constitue un soutien aux librairies ind&#233;pendantes (vous pouvez &#233;galement &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?626-Nous-aider' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;nous aider &#224; la diffusion&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est aussi possible de la t&#233;l&#233;charger &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?-100-Brochures-' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;dans la rubrique brochures&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;figure class='spip_document_474 spip_documents spip_documents_center' style=&#034;max-width:200px;&#034; data-w=&#034;200&#034;&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?-100-Brochures-' class=&#034;spip_in&#034; arial-label=&#034;&#034;&gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:137.14902807775%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/png/vignetteddii.png&amp;taille=200&amp;1621970999' alt='' data-src='IMG/png/vignetteddii.png' data-l='463' data-h='635' data-tailles='[\&#034;200\&#034;]' class='image_responsive avec_picturefill' srcset='index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/png/vignetteddii.png&amp;#38;taille=200&amp;#38;1621970999 1x,index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/png/vignetteddii.png&amp;#38;taille=400&amp;#38;1621970999 2x' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;/figure&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Sommaire :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?760-fausses-figures-de-l-avenir-1-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Fausses figures de l'avenir.&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;De la difficult&#233; de sortir de notre pr&#233;sent perp&#233;tuel&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Notes sur l'organisation des collectifs d&#233;mocratiques&lt;/strong&gt;, Ci-dessous...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?728-quatrieme-de-couverture-des' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Quatri&#232;me de couverture&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;[Rappelons que ce texte &#233;tait destin&#233; &#224; figurer, logiquement, en derni&#232;re position de cette s&#233;rie de trois brochures, comme expliqu&#233; dans &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?679-introduction-generale-a-la' class=&#034;spip_in&#034;&gt;l'&#171; Introduction g&#233;n&#233;rale &#187; (brochure n&#176; 20)&lt;/a&gt;, et ne se trouve ici que pour des raisons de mise en page. Il gagnera donc &#224; &#234;tre lu &#224; la suite du texte &#171; Ce que pourrait &#234;tre une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique &#187;, &#233;ponyme de la brochure n&#176; 20 ter qui para&#238;tra &#224; l'automne 2014.]&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&lt;i&gt;&#171; Celui qui fait au peuple de fausses l&#233;gendes r&#233;volutionnaires,
celui qui l'amuse d'histoires chantantes, est aussi criminel que le g&#233;ographe qui dresserait des cartes menteuses pour les navigateurs &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P.-O. Lissagaray, 1896, &lt;i&gt;Histoire de la commune de 1871&lt;/i&gt;, Pr&#233;face&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les soci&#233;t&#233;s occidentales et occidentalis&#233;es font face &#224; des probl&#232;mes incontournables dont on peine &#224; mesurer l'ampleur. Ainsi, la fin de la soci&#233;t&#233; de consommation, &#224; laquelle personne ne croit vraiment mais que les ravages &#233;cologiques rendent in&#233;luctable ; ou encore la fragmentation sociale croissante en lobbies, corporatismes, client&#233;lismes, communautarismes. Ces ph&#233;nom&#232;nes font voler en &#233;clats les grilles de lecture h&#233;rit&#233;es de l'apr&#232;s-guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ces situations in&#233;dites, les r&#233;actions des populations sont impr&#233;visibles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#171; Entr&#233;e en p&#233;riode troubl&#233;e &#187;, introduction g&#233;n&#233;rale de nos brochures (&#8230;)&#034; id=&#034;nh37-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Des mouvements populaires semblent d&#233;j&#224; appara&#238;tre confus&#233;ment, sur de nouvelles bases, et ne pourront aller qu'en se multipliant. Beaucoup sont, et seront, des &lt;i&gt;r&#233;actions&lt;/i&gt; plus ou moins violentes et plus ou moins structur&#233;es face &#224; une r&#233;alit&#233; v&#233;cue comme insupportable, des tentatives d'accaparement in&#233;galitaires ou des appels r&#233;gressifs &#224; un ordre impos&#233; et indiscutable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il existe aussi des tendances cherchant &#224; t&#226;tons &#224; d&#233;passer ce stade de la plainte, du d&#233;ni et du sauve-qui-peut. Elles tentent de faire valoir une autre organisation sociale, o&#249; les d&#233;cisions politiques ne suivraient pas des logiques aveugles, mais seraient le fruit de la d&#233;lib&#233;ration et de la d&#233;cision des individus aux prises avec leurs responsabilit&#233;s. Ce courant portant le projet d'une d&#233;mocratie directe, d'une &lt;i&gt;autonomie collective&lt;/i&gt;, est encore extr&#234;mement marginal et en grande partie &#224; l'&#233;tat latent, mais a jailli r&#233;cemment, et passag&#232;rement, en diff&#233;rents endroits du globe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Principalement durant l'ann&#233;e 2011 en Gr&#232;ce, en Espagne, aux &#201;tats-Unis. Cf. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh37-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce texte part de la possibilit&#233; d'une telle renaissance politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Reprise du probl&#232;me&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des premiers probl&#232;mes auxquels s'affronteront, et s'affrontent d&#233;j&#224;, les partisans d'un autogouvernement du peuple, pour peu qu'ils d&#233;passent l'indignation solitaire ou sans lendemain et souhaitent coaliser leurs convictions et leurs actions, est celui du &lt;i&gt;mode d'organisation politique&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chose est difficile &#224; plusieurs titres, et tout d'abord parce qu'elle a &#233;t&#233; abandonn&#233;e il y a bien longtemps : la fameuse &#171; question de l'organisation &#187; ne fait plus du tout question depuis que le spectre totalitaire du parti bolchevique plane sur tous les groupuscules et partis. Et les collectifs informels, le travail &#171; en r&#233;seau &#187; et les groupes affinitaires qui s'y sont substitu&#233;s depuis plus de trente ans n'&#233;chappent pas davantage aux relations d'autorit&#233;, &#224; l'instauration d'une orthodoxie, aux scissions successives, etc. Mais ils se trouvent, par-dessus tout, cong&#233;nitalement incapables de d&#233;passer le simple &lt;i&gt;lobbying&lt;/i&gt;, quelquefois involontaire et sous une phras&#233;ologie &#171; radicale &#187;, pour porter un v&#233;ritable &lt;i&gt;projet de soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ambition de ce texte&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte se propose donc de r&#233;examiner les obstacles internes &#8212; les plus importants &#8212; que ne peut que rencontrer un collectif militant pour une d&#233;mocratie directe, afin d'en d&#233;gager quelques principes d'organisation. On aurait bien tort d'en attendre des &lt;i&gt;solutions techniques&lt;/i&gt; : la profondeur du probl&#232;me am&#232;ne surtout &#224; s'extraire des oppositions et clivages st&#233;riles pour essayer de nourrir des interrogations organisationnelles, id&#233;ologiques ou existentielles &lt;i&gt;pour les gens qui s'en saisiraient&lt;/i&gt;. Car, &#224; l'intersection de la sph&#232;re priv&#233;e, de l'engagement politique et de l'institution publique, le domaine particulier de l'organisation collective rel&#232;ve par excellence de la &lt;i&gt;praxis&lt;/i&gt;, tension et dialogue constants entre &#233;l&#233;ments th&#233;oriques, exp&#233;riences pratiques et d&#233;sirs profonds des individus, questions ouvertes qu'aucun texte ne peut raisonnablement chercher &#224; r&#233;soudre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques mots sur notre d&#233;marche. Elle commencera par un d&#233;tour historique, o&#249; sera tent&#233; une rapide analyse critique des diff&#233;rentes formes qu'ont pris les organisations politiques visant une transformation de la soci&#233;t&#233; : il s'agira de pointer la fa&#231;on dont ces formations se sont d&#233;grad&#233;es durant l'&#233;poque contemporaine, d&#233;gradation aboutissant &#224; &lt;i&gt;l'&#233;parpillement et &#224; la d&#233;sorientation&lt;/i&gt; politiques actuelles. De l&#224;, nous essayerons de formuler quelques principes quant aux processus psychosociaux de la &#171; r&#233;cup&#233;ration &#187;, qui am&#232;nent un &#233;l&#233;ment subversif &#224; devenir, &lt;i&gt;de fait&lt;/i&gt;, une partie du corps social contribuant, d'une fa&#231;on ou d'une autre, au fonctionnement, au maintien et au renforcement de celui-ci. Ces principes nous conduiront &#224; entrevoir ce qu'impliquerait un groupe politique capable de s'auto-interroger sur son histoire, ses buts et ses fondements, c'est-&#224;-dire capable d'incarner, &#224; son &#233;chelle et autant que faire se peut, l'autonomie d&#233;sir&#233;e pour la soci&#233;t&#233; comme pour l'individu. La derni&#232;re partie, enfin, r&#233;capitulera succinctement la position qu'un collectif politique peut adopter en p&#233;riode froide comme pendant les moments de haute agitation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derni&#232;re chose : il est toujours p&#233;rilleux pour un collectif comme le n&#244;tre de se prononcer sur la forme ou le travail souhaitable d'un collectif en g&#233;n&#233;ral. Le ridicule de nous poser en exemple nous &#233;tant &#233;pargn&#233; par la confidentialit&#233; de notre travail et l'extr&#234;me pr&#233;carit&#233; de notre situation, on ne pourra comprendre le pr&#233;sent texte que comme un moment de notre existence et une mise en abyme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Premi&#232;re partie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Analyse critique des formes historiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'activit&#233; politique au sens o&#249; nous l'entendons ici n'a pas &#233;merg&#233; en Occident avant le haut Moyen &#194;ge, v&#233;ritable pr&#233;-Renaissance&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir G. Cohen, La grande clart&#233; du moyen &#226;ge, 1945 Gallimard.&#034; id=&#034;nh37-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et elle ne le fit au sein des villes franches qu'encore largement engonc&#233;e dans l'imaginaire patricien, f&#233;odal, chr&#233;tien. Ce n'est que plusieurs si&#232;cles plus tard qu'apparaissent les premi&#232;res tentatives explicites de penser, de vivre et d'op&#233;rer une &lt;i&gt;auto-transformation sociale&lt;/i&gt;. Durant cette p&#233;riode de bouillonnement historique qui s'&#233;tend des grandes d&#233;couvertes jusqu'aux abords des r&#233;volutions anglaise (1640-1688), am&#233;ricaine (1776) et fran&#231;aise (1789), on peut distinguer trois tendances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1 &#8212; Naissance de l'activit&#233; politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a d'abord l'agitation sociale proprement dite, c'est-&#224;-dire la mutation des h&#233;r&#233;sies religieuses r&#233;volutionnaires, des cathares aux camisards ou aux anabaptistes, et des f&#234;tes et foires subversives en authentiques luttes sociales : ce sont les innombrables jacqueries paysannes puis urbaines comme celle des Bonnets rouges, la contestation permanente des artisans, des compagnons au sein des corporations, puis l'intense fourmillement populaire de ce qui deviendra la classe ouvri&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur tous ces mouvements, on pourra se reporter, par exemple &#224; Y.-M. Berc&#233;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh37-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De ces luttes &#233;clatantes ou silencieuses du &#171; tiers &#233;tat &#187; contre et avec la bourgeoisie oppos&#233;e &#224; la noblesse &#233;merge progressivement une conscience et une volont&#233; r&#233;volutionnaire que la modernit&#233; reprendra, l'exemple des &lt;i&gt;Levellers&lt;/i&gt; &#233;tant le plus connu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me grande tendance est regroup&#233;e sous le terme trop commode des Lumi&#232;res : c'est l'&#233;norme effort intellectuel dans les arts et les lettres, le foisonnement de travaux scientifiques, philosophiques, litt&#233;raires ou artistiques. V&#233;ritable moment inaugural de la pens&#233;e politique en Occident, ces mouvements largement entam&#233;s d&#232;s la fin du XVe si&#232;cle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. Hazard, La crise de la conscience europ&#233;enne. 1680-1715, Gallimard 1961.&#034; id=&#034;nh37-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; bousculent tous les sch&#233;mas &#233;tablis et rendent perceptibles de nouveaux principes, de nouveaux modes d'&#234;tre, de nouveaux mondes, d'autres soci&#233;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin il y a l'ouverture, physique et intellectuelle, de l'Europe aux nouveaux continents : loin des grossi&#232;res caricatures coloniales et anticoloniales, les d&#233;couvertes de civilisations totalement &#233;trang&#232;res au creuset m&#233;diterran&#233;en remettent profond&#233;ment en cause l'ethnocentrisme occidental&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Et la source d'inspiration d'autres mondes. Cf. par exemple J. Servier, &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh37-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De ces mondes fantastiques, d&#233;sir&#233;s autant que redout&#233;s et finalement asservis, &#233;merge la conscience de la possibilit&#233; d'autres formes d'humanit&#233;s. B&#233;n&#233;ficiant d'un salutaire &#233;loignement, ces nouveaux territoires &#233;tablis en comptoirs, missions et colonies se constituent de fait en micro-communaut&#233;s o&#249; peuvent se mener des exp&#233;rimentations sociales&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On retrouve l&#224; une des composantes qui accompagn&#232;rent l'&#233;mergence de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh37-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &#339;uvres missionnaires d'&#233;vang&#233;lisation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par exemple la &#171; r&#233;publique &#187; j&#233;suite au Paraguay, &#233;voqu&#233;e par M. Ferro dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh37-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, commer&#231;ants et &#233;migr&#233;s (que l'on pense &#224; la Nouvelle-Angleterre et ses &lt;i&gt;Town meetings&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ou encore aux huguenots, diss&#233;min&#233;s &#224; travers les Am&#233;riques ou les Indes.&#034; id=&#034;nh37-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou &#224; l'expatriation du vieux continent de certains &#233;l&#233;ments du prol&#233;tariat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir M. Ferro, op. cit. p. 193 sqq.&#034; id=&#034;nh37-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P&#233;riodes r&#233;volutionnaires et p&#233;riodes de latence&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;riode des r&#233;volutions am&#233;ricaine et fran&#231;aise est celle de la rencontre entre ces trois tendances : l'&#233;mancipation hors des terres du vieux continent, l'humanisme et l'encyclop&#233;disme entrent en consonance avec les nouvelles formes de mobilisations populaires. Des organes de d&#233;mocratie radicale &#233;mergent alors, assembl&#233;es, comit&#233;s et sections r&#233;volutionnaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#171; La r&#233;publique contre la d&#233;mocratie &#187;, revue La guerre de la libert&#233; n&#176; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh37-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui demeurent les formes les plus &#233;l&#233;mentaires et les plus fondamentales de l'autogouvernement des peuples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouvera cette caract&#233;ristique tout au long des temps modernes : tandis que chaque moment r&#233;volutionnaire voit na&#238;tre des institutions fort semblables de pouvoir populaire (communes en 1871, &lt;i&gt;soviets&lt;/i&gt; dans la Russie de 1905 et 1917, &lt;i&gt;R&#228;tes&lt;/i&gt; en Allemagne en 1918-1919, conseils dans la Hongrie de 1956, comit&#233;s de quartier en Mai 68, etc.), les p&#233;riodes de latence, infiniment plus nombreuses, sont marqu&#233;es par une &lt;i&gt;fragmentation&lt;/i&gt; de l'activit&#233; politique et r&#233;volutionnaire, un &#233;clatement non de ses vis&#233;es mais des modes d'organisation, des principes d'action de ses partisans&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le cas de Mai 68 est parfaitement illustr&#233; par les tr&#232;s bons entretiens de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh37-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette disjonction peut &#234;tre d&#233;clin&#233;e de multiples mani&#232;res : reprenons les trois cat&#233;gories d&#233;j&#224; utilis&#233;es, sans en faire un principe absolu. Il y aurait d'abord le &lt;i&gt;travail intellectuel&lt;/i&gt; qui cherche &#224; poser les principes philosophiques et politiques de l'autonomie, &#224; comprendre la r&#233;alit&#233; sociale et politique, et &#224; tracer des perspectives pour l'avenir ; ensuite, la &lt;i&gt;lutte politique&lt;/i&gt; contestant l'&#233;tat des choses et visant &#224; provoquer le basculement g&#233;n&#233;ral de la soci&#233;t&#233; pour en changer l'organisation globale &#224; partir d'un levier pratique. Et enfin, l'&lt;i&gt;exp&#233;rimentation politique et sociale&lt;/i&gt;, o&#249; il s'agit de vivre ici et maintenant une existence collective en rupture avec l'ordre existant et d'essaimer par l'exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, ces trois modes d'activit&#233; ne cessent de s'interp&#233;n&#233;trer, les organisations politiques &#233;tant des &#234;tres hybrides. Mais il est rare que l'un d'entre eux ne pr&#233;domine pas, du moins quant &#224; l'organisation explicite. Il ne s'agit donc pas de faire de ces trois ensembles grossiers des cat&#233;gories herm&#233;tiques, mais bien des &lt;i&gt;distinctions pratiques pour l'analyse&lt;/i&gt;, que l'on retrouve d'ailleurs ais&#233;ment sur le terrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2 &#8212; Les trois tendances de l'organisation politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis qu'en p&#233;riode de soul&#232;vement, o&#249; tout fait question, ces distinctions s'effacent et ces diff&#233;rentes formes d'organisations se fondent dans le bouillonnement populaire, elles tendent au contraire &#224; se disjoindre en p&#233;riode froide : chacune d'entre elles poss&#232;de une forte logique interne, une coh&#233;rence propre qui la fait tendre &#224; l'exclusivit&#233;. Comme nous le verrons, c'est cette &lt;i&gt;cl&#244;ture id&#233;ologique, organisationnelle, libidinale&lt;/i&gt;, de l'organisation politique sur elle-m&#234;me qui provoque sa scl&#233;rose, sa d&#233;g&#233;n&#233;rescence, sa r&#233;cup&#233;ration et sa disparition en tant que telle &#8212; et ce sont ces ph&#233;nom&#232;nes qu'il faudra tenter d'&#233;lucider.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La tendance intellectuelle / th&#233;orique / doctrinaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce p&#244;le est premier, historiquement et logiquement, dans le monde gr&#233;co-occidental. C'est celui qui se r&#233;clame du Verbe, du &lt;i&gt;Logos&lt;/i&gt; comme source de toute chose ; Proph&#232;tes et &#201;glises en sont les sch&#232;mes sous-jacents. D&#232;s l'entr&#233;e dans les temps modernes, il est repr&#233;sent&#233; par les salons bourgeois, les soci&#233;t&#233;s litt&#233;raires, les acad&#233;mies des sciences, la figure du philosophe, de l'&#233;crivain, de l'intellectuel et, politiquement &#224; partir du XIXe si&#232;cle, par le parti politique, cette tumeur mortelle pour la d&#233;mocratie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On lira sans r&#233;serves Simone Weil, 1940 ; Notes sur la suppression g&#233;n&#233;rale (&#8230;)&#034; id=&#034;nh37-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou son petit fr&#232;re, le groupuscule. Ces formations sont souvent extr&#234;mement minoritaires, ce qui n'exclut pas qu'elles aient une influence majeure lorsque les circonstances font &#233;cho &#224; leurs th&#232;ses. On pense &#233;videmment &#224; la poign&#233;e de marxistes-l&#233;ninistes russes qui pes&#232;rent sur tout le XXe si&#232;cle (ou, &#224; l'autre bout du spectre, au quarteron de n&#233;olib&#233;raux en Occident une cinquantaine d'ann&#233;es plus tard&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. S. Halimi, Le Grand Bond en arri&#232;re, 2006 (Agone 2012).&#034; id=&#034;nh37-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), incarnant la quintessence du parti politique. Il y eut aussi toutes les avant-gardes artistiques, devenues des canons, ou les postulats h&#233;t&#233;rodoxes de quelques groupuscules (tels que &lt;i&gt;Socialisme ou Barbarie&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;l'Internationale Situationniste&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Noir &amp; Rouge&lt;/i&gt;) qui devinrent des lieux communs au lendemain de Mai 68 &#8212; ou encore le cercle Petofi, ferment de l'insurrection antitotalitaire de Budapest de 1956.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principe de cette tendance est d'ordre essentiellement th&#233;orique : il s'agit radicalement de mettre &#224; profit l'h&#233;ritage intellectuel de l'humanit&#233; pour comprendre les ph&#233;nom&#232;nes contemporains et envisager toutes les dimensions d'un bouleversement des repr&#233;sentations. Travail de pens&#233;e qui vise donc la totalit&#233; de l'institution sociale, et y trouve ses structures (universit&#233; m&#233;di&#233;vale, soci&#233;t&#233; de correspondances, clubs r&#233;volutionnaires, cercle d'&#233;ducation populaire, comit&#233;s de r&#233;daction,...) et ses moyens d'expression (discours, romans et contes, essais philosophiques ou scientifiques, pi&#232;ces de th&#233;&#226;tre et trag&#233;dies, enqu&#234;tes ouvri&#232;res, tracts, etc.). D&#233;masquer les sophismes qui maintiennent l'ordre &#233;tabli, d&#233;noncer les injustices que l'on croit naturelles, d&#233;celer les postulats intenables qui maintiennent l'architecture du pouvoir, poser d'autres axiomes, montrer d'autres exemples, faire &#233;clater l'&#233;vidence d'un autre savoir possible, d'une soci&#233;t&#233; future &#224; peine entrevue mais potentiellement existante, et interroger chacun, au plus profond de son humanit&#233;, sur ce qu'il vit et ce qu'il croit vrai et bon : &#339;uvres de l'esprit, mais qui &#339;uvrent sur l'esprit du temps, et en traduisant celui-ci, ce courant cherche &#224; y d&#233;busquer la puissance d'une humanit&#233; ne devant rendre de comptes qu'&#224; elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre plus que toute autre du fait de ses soubassements m&#233;taphysiques dominants, la tendance doctrinaire tend &#224; la cl&#244;ture id&#233;ologique et organisationnelle, &#224; la scl&#233;rose qui transforme la pens&#233;e insaisissable en dogme fig&#233; et le collectif en parti, en &#201;glise, en arm&#233;e, en &#201;tat imposant son conformisme passionn&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#233;canisme fondamental repris par les sectes et qui vise &#224; se couper de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh37-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'autoritarisme n'est alors plus que la cons&#233;quence logique de postulats depuis longtemps accept&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Michels, 1914 ; Les partis politiques &#8212; Essai sur les tendances (&#8230;)&#034; id=&#034;nh37-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le cas du parti bolchevique est arch&#233;typal et ses infinies d&#233;clinaisons n'ont cess&#233; de briser toute tentative de fonder une th&#233;orie critique &#233;paulant la contestation sociale. Ses derniers surgeons v&#233;g&#232;tent aujourd'hui en resu&#231;ant d'&#233;ni&#232;mes interpr&#233;tations de la parole proph&#233;tique marxienne, incapables de tirer la moindre s&#232;ve d'un arbre p&#233;trifi&#233; depuis longtemps. Source in&#233;puisable lorsqu'elle est elle-m&#234;me aliment&#233;e par une soci&#233;t&#233; en effervescence qu'elle irrigue en retour, la tendance intellectuelle se tarit et s'ass&#232;che lorsqu'elle tourne en circuit ferm&#233;. Elle accouche aujourd'hui de nouveaux rejetons st&#233;riles : le verbiage postmoderne, la rationalisation du n'importe quoi, le jusqu'au-boutisme &#224; partir de quelques axiomes simplistes, la perte de cette &lt;i&gt;d&#233;cence commune&lt;/i&gt; de la pens&#233;e. Encore faudrait-il nuancer : le dogmatisme contemporain n'exige m&#234;me plus de P&#232;re fondateur &#224; la Parole sacr&#233;e, il se forme en concr&#233;tion autour du dernier petit gourou &#224; la mode qui d&#233;couvre dans ses lubies quelques solutions ultimes &#224; l'effondrement civilisationnel. Plus grave encore : les classes sociales et les milieux qui ont pu &#234;tre les repr&#233;sentants historiques de l'argumentation rationnelle deviennent incapables de concevoir la moindre esp&#232;ce de d&#233;bat contradictoire raisonnable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le discr&#233;dit global de la d&#233;marche th&#233;orique et le d&#233;clin de la culture politique tendent progressivement &#224; &#233;lire l'&lt;i&gt;action&lt;/i&gt; comme seul crit&#232;re valable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La tendance militante / provocatrice / d&#233;clencheuse&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sans doute la tendance la plus logique : chercher &#224; provoquer l'embrasement qui mettra &#224; bas tout l'&#233;difice social et politique. Cette activit&#233;, qui seule pourrait porter le qualificatif de r&#233;volutionnaire, a ses racines dans les mouvements h&#233;r&#233;tiques contre la papaut&#233;, puis dans les &#233;meutes, r&#233;voltes et jacqueries jusqu'aux r&#233;volutions, y compris d'ind&#233;pendance. Si, comme le remarquait H. Arendt&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De la r&#233;volution, 1963, p. 563-564, Gallimard 2012.&#034; id=&#034;nh37-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'&#233;tincelle du soul&#232;vement n'est que providentiellement le fait de collectifs organis&#233;s explicitement &#224; ces fins, comme le &lt;i&gt;Mouvement du 22 mars&lt;/i&gt; pour Mai 68, la doctrine insurrectionnaliste a toujours &#233;t&#233; tr&#232;s pr&#233;sente : des &lt;i&gt;Enrag&#233;s&lt;/i&gt; de 1789 au blanquisme, des soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes du XIXe jusqu'&#224; la floraison d'initiatives plus ou moins malheureuses des ann&#233;es 1970, notamment le mouvement dit &#171; autonome &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit l&#224; de la recherche du point d'application qui parviendrait &#224; coaliser les forces latentes et dispers&#233;es de la r&#233;volte sociale, de la tentative de donner &#224; un mot d'ordre, &#224; une mobilisation, &#224; une action de faible port&#233;e une dimension radicalement politique entra&#238;nant &#224; sa suite l'ensemble du monde social. C'est un corps &#224; corps avec la soci&#233;t&#233; concr&#232;te, qui en d&#233;voile les limites et r&#233;v&#232;le &#224; tous la puissance des petites gens, des sans-grade lorsqu'ils entrevoient la possibilit&#233; d'un changement de la situation. Cet affrontement joue alors le r&#244;le d'&lt;i&gt;analyseur&lt;/i&gt; : c'est &#224; travers cette lutte qu'appara&#238;t l'organisation sociale dans sa r&#233;alit&#233;, notamment r&#233;pressive, ou plut&#244;t que chacun en entreprend l'&lt;i&gt;analyse pratique&lt;/i&gt;. N'importe qui peut alors, pour la premi&#232;re fois de sa vie, s'immergeant dans la totalit&#233; sociale, voir ce qui est mort et toujours debout, mais surtout ce qui est &#224; na&#238;tre, et jaillit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On lira ainsi les belles pages de Jean-Franklin Narodetzki dans sa pr&#233;face (&#8230;)&#034; id=&#034;nh37-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On a pu parler, &#224; raison, d'&lt;i&gt;analyse institutionnelle g&#233;n&#233;ralis&#233;e&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Ren&#233; Loureau, L'analyseur Lip, 10/18, 1974, p. 11 sqq.&#034; id=&#034;nh37-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, prenant au mot la formule de Marx pour qui la connaissance sur la soci&#233;t&#233; est devenue ins&#233;parable de sa transformation &#8212; meilleure d&#233;finition, au passage, de la notion de &lt;i&gt;praxis&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais lorsque les masses d&#233;&#231;oivent, ce projet d&#233;rive facilement en &lt;i&gt;substitionnisme&lt;/i&gt; : cela va jusqu'au terrorisme purificateur des nihilistes russes, du &#171; bombisme &#187; anarchiste fran&#231;ais&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. A. Skirda, Autonomie individuelle et force collective. Les anarchistes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh37-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou des naufrages gauchistes de l'apr&#232;s-68, comme la navrante trag&#233;die d'&#171; Action Directe &#187;. Dans un genre plus litt&#233;raire, on peut &#233;galement croiser des f&#233;tichistes de l'&#233;meute&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. G. Fargette &#171; Principes du verbalisme &#171; radical &#187; &#187;, et &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh37-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, for&#231;ant le moindre soubresaut &#224; rentrer dans le lit de Procuste du Salut imminent &#8212; et nourrissant finalement l'anomie sociale et sa compagne de toujours, la demande d'ordre. Une autre forme de d&#233;gradation toute contemporaine consiste &#224; l'inverse &#224; servir des causes tr&#232;s particuli&#232;res (antinucl&#233;aire, antipsychiatrie, antip&#233;nitentiaire, etc.), voire des mobilisations ne visant finalement qu'une int&#233;gration sociale croissante &lt;i&gt;pour soi&lt;/i&gt; (logement, papier, statut, racisme, LGBT, etc.) : on continue alors de miser plus ou moins honn&#234;tement sur la fameuse &#233;tincelle qui mettra le feu &#224; toute la plaine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. nos quelques remarques &#171; Sur les &#171; convergences de luttes &#187; &#187;, texte (&#8230;)&#034; id=&#034;nh37-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais sans s'apercevoir que se g&#233;n&#233;ralisent ainsi des pratiques corporatistes, lobbyistes, communautaires voire quasi maffieuses. Cet &lt;i&gt;anti-&#201;tatisme monoth&#233;matique&lt;/i&gt; ne conduit qu'&#224; la mise en concurrence de pyramides client&#233;listes, donc ne fait que finalement renforcer l'emprise de l'oligarchie sur le corps social &#8212; on retrouve ici des traits de soci&#233;t&#233;s pr&#233;modernes, telles qu'elles fonctionnent encore en Gr&#232;ce, par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La difficult&#233; immense &#224; constituer un camp l&#233;gitime pousse souvent &#224; tenter de mettre en pratique et sans d&#233;lais les principes politiques d&#233;fendus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La tendance utopique / exp&#233;rimentale / communautaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit peut-&#234;tre de la tendance la plus spontan&#233;e : instituer localement la nouvelle soci&#233;t&#233;, faire na&#238;tre et fonctionner &#224; &#233;chelle r&#233;duite la collectivit&#233; selon les principes et les r&#232;gles d'une nouvelle organisation sociale, sans attendre d'&#233;ch&#233;ance eschatologique. Ce sont les courants monastiques et les communaut&#233;s religieuses, quakers ou j&#233;suites, ce sont les coop&#233;ratives et mutuelles du mouvement ouvrier, le mouvement ow&#233;niste et les phalanst&#232;res fouri&#233;ristes. Ce sont les milieux libres anarchistes de la Belle &#201;poque&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On lira &#224; ce propos le beau livre de C. Beaudet, Les milieux libres. Vivre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh37-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et les kibboutzim, les p&#233;dagogies autogestionnaires ou tout le mouvement de retour &#224; la terre qui court des communaut&#233;s de Lanza del Vasto au n&#233;oruralisme contemporain. Aujourd'hui, ce seraient par exemple les squats ou le quartier d'Exarcheia &#224; Ath&#232;nes, certaines SCOP, les &#233;covillages, les AMAP ou les SEL.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas ici &#224; attendre de Grand Soir ou d'ultime th&#233;orie critique mais &#224; construire, dans le concret du quotidien, la soci&#233;t&#233; de demain en affrontant r&#233;ellement ou potentiellement, qu'on le veuille ou non, toutes les dimensions de l'institution sociale : le partage du travail et la r&#233;partition des revenus, l'alimentation et la culture, la m&#233;decine et la technique, les relations de s&#233;duction et de pouvoir, la vie sexuelle et l'&#233;ducation des enfants, les principes, r&#233;flexes et automatismes int&#233;rioris&#233;s par chacun. Que la perspective soit de cr&#233;er une enclave &#233;tanche au monde ext&#233;rieur ou de promouvoir par l'exemple et la capillarit&#233; la possibilit&#233; tangible d'une autre soci&#233;t&#233;, il s'agit toujours de vivre une coh&#233;rence existentielle et de se confronter aux efforts effectifs qu'exige une autre forme d'humanit&#233;. Car ce courant se heurte souvent moins aux limites impos&#233;es par les institutions de l'ancienne soci&#233;t&#233; qu'aux r&#233;sistances multiformes de l'individu social tel qu'il a &#233;t&#233; model&#233; depuis son plus jeune &#226;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#233;canismes de cl&#244;ture apparaissent alors : l'entre-soi transitoire devient tribalisme libidinal, la s&#233;cession exemplaire se mue en retrait, retraite et repli sur soi, l'auto-&#233;ducation conjointe glisse insensiblement de la psychoth&#233;rapie groupale vers la psychopathie collective, les id&#233;aux &#233;galitaires et d'amour universel se retournent en &#233;go&#239;sme pluriel, en privatisation des individus et en refus non seulement de la soci&#233;t&#233; honnie, mais du principe social lui-m&#234;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le &#171; survivalisme &#187; en &#233;tant le dernier et monstrueux avatar (cf. B. Vidal, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh37-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On trouve ces traits dans les exp&#233;riences pass&#233;es, mais ce sont dans les formes contemporaines qu'ils s'illustrent parfaitement : on peut retrouver dans les SELs la reproduction endog&#232;ne des m&#233;canismes capitalistes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. B. Liatard &amp; D. Lapon &#171; Analyses internes contre apathie et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh37-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou dans les SCOP des laboratoires exp&#233;rimentaux d'autoservitude&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On lira sur la question de l'autoservitude manag&#233;riale J.-P. Le Goff, La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh37-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, des formes d'ali&#233;nation familiales archa&#239;ques dans les n&#233;o-communaut&#233;s rurales, les squats ou les colocations, voire un protofascisme dans les tentatives d'&#233;covillages. Et il n'est pas absurde de voir dans la profusion de sectes plus ou moins &lt;i&gt;soft&lt;/i&gt;, la gangr&#232;ne communautariste ethno-religieuse ou l'essor du brigandage et de la piraterie des formes extr&#234;mement d&#233;grad&#233;es de ce courant, autrement dit des r&#233;gressions &#224; un &#233;tat pr&#233;moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;gradation contemporaine de ces trois tendances ne doit pas faire croire que leur destin &#233;tait in&#233;luctable &#8212; ce serait d&#233;clarer notre projet intrins&#232;quement irr&#233;alisable &#8212; ni d'ailleurs qu'il est irr&#233;m&#233;diable &#8212; cela reviendrait &#224; d&#233;clarer un peu rapidement la fin du courant d'&#233;mancipation. Actives pendant trois ou quatre si&#232;cles, elles &#233;taient le ferment des r&#233;volutions, le bouillon o&#249; s'&#233;laboraient, s'exp&#233;rimentaient, se confrontaient confus&#233;ment ou lucidement les recettes des marmites de l'avenir. La formation et l'influence des bourses du travail et des syndicats &#224; la fin du XIXe si&#232;cle fut l'apog&#233;e de ce vaste mouvement : ils parvenaient, en p&#233;riode froide, &#224; synth&#233;tiser ces trois cat&#233;gories, en se constituant &#224; la fois des lieux d'exp&#233;rimentation sociale, de d&#233;clenchement d'actions et d'&#233;laboration intellectuelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On ne retrouve aujourd'hui un tel agencement spontan&#233; d'o&#249; &#233;mane une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh37-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Leur int&#233;gration totale au jeu parlementaire, au lendemain de la Deuxi&#232;me Guerre mondiale, rend indiscutable le d&#233;clin de cet ample courant de transformation sociale radicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?763-Notes-sur-l-organisation-des' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Seconde partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb37-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. &#171; Entr&#233;e en p&#233;riode troubl&#233;e &#187;, introduction g&#233;n&#233;rale de nos brochures n&#176; 18 &amp; 18 bis, &lt;i&gt;Le mouvement grec pour la d&#233;mocratie directe&lt;/i&gt;, septembre-octobre 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Principalement durant l'ann&#233;e 2011 en Gr&#232;ce, en Espagne, aux &#201;tats-Unis. Cf. &#171; Sur la dynamique des mouvements actuels &#187;, brochure n&#176; 18 bis, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 52.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir G. Cohen, &lt;i&gt;La grande clart&#233; du moyen &#226;ge&lt;/i&gt;, 1945 Gallimard.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sur tous ces mouvements, on pourra se reporter, par exemple &#224; Y.-M. Berc&#233;, &lt;i&gt;F&#234;te et r&#233;volte : des mentalit&#233;s populaires du XVIe au XVIIIe si&#232;cle&lt;/i&gt;, Hachette 2011 ; J. Jacques, &lt;i&gt;Luttes sociales et gr&#232;ves sous l'Ancien R&#233;gime. Vie et mort des corporations&lt;/i&gt;, Spartacus 1948 ; et E. P. Thompson, &lt;i&gt;La formation de la classe ouvri&#232;re anglaise&lt;/i&gt;, 1963, Points 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;P. Hazard, &lt;i&gt;La crise de la conscience europ&#233;enne. 1680-1715&lt;/i&gt;, Gallimard 1961.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Et la source d'inspiration d'autres mondes. Cf. par exemple J. Servier, &#171; L'utopie et la conqu&#234;te du nouveau monde &#187; et &#171; Lorsque les utopies se r&#233;alisent... &#187;, dans son classique &lt;i&gt;Histoire de l'utopie&lt;/i&gt;, NRF, 1967, p. 122 et 201 &lt;i&gt;sqq&lt;/i&gt;, ainsi que P. Hazard, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt; Tome 1 &#171; De la stabilit&#233; au mouvement &#187;, p. 15 &lt;i&gt;sqq&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On retrouve l&#224; une des composantes qui accompagn&#232;rent l'&#233;mergence de l'autonomie en Gr&#232;ce antique et sur les trois continents (cf. par ex. G. Glotz, &lt;i&gt;La cit&#233; grecque&lt;/i&gt;, 1968, Albin Michel, p. 114-115 ou D. Cosandey, &lt;i&gt;Le secret de l'Occident&lt;/i&gt; (1997), Flammarion 2007, p. 584-590), comme la naissance des villes franches &#224; partir du XIe si&#232;cle (cf. L. Mumford, &#171; Les villes franches, postes avanc&#233;s de la colonisation &#187; in &lt;i&gt;La cit&#233; &#224; travers l'Histoire&lt;/i&gt;, 1961, Agone 2011, p. 388 &lt;i&gt;sqq&lt;/i&gt;.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Par exemple la &#171; r&#233;publique &#187; j&#233;suite au Paraguay, &#233;voqu&#233;e par M. Ferro dans son excellent &lt;i&gt;Histoire des colonisations. Des conqu&#234;tes aux ind&#233;pendances XIIIe-XXe si&#232;cle&lt;/i&gt; (chap. &#171; Les mouvements d'ind&#233;pendance-colon &#187;, p. 271 &lt;i&gt;sqq&lt;/i&gt;.) On pourra &#233;galement lire la version stalino-chr&#233;tienne dans C. Lugon, &lt;i&gt;La r&#233;publique des Guaranis. Les J&#233;suites au pouvoir&lt;/i&gt;, Ed. Foi vivante, 1970.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ou encore aux huguenots, diss&#233;min&#233;s &#224; travers les Am&#233;riques ou les Indes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir M. Ferro, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt; p. 193 &lt;i&gt;sqq&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. &#171; La r&#233;publique contre la d&#233;mocratie &#187;, revue &lt;i&gt;La guerre de la libert&#233;&lt;/i&gt; n&#176; 2, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le cas de Mai 68 est parfaitement illustr&#233; par les tr&#232;s bons entretiens de Nicolas Daum, &lt;i&gt;Mai 68. Des r&#233;volutionnaires dans un village parisien. 20 ans apr&#232;s&lt;/i&gt;, Londreys 1988.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On lira sans r&#233;serves Simone Weil, 1940 ; &lt;i&gt;Notes sur la suppression g&#233;n&#233;rale des partis politiques&lt;/i&gt;, Climats, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. S. Halimi, &lt;i&gt;Le Grand Bond en arri&#232;re&lt;/i&gt;, 2006 (Agone 2012).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;M&#233;canisme fondamental repris par les sectes et qui vise &#224; se &lt;i&gt;couper de la r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt;. On lira &#224; ce propos avec grand int&#233;r&#234;t L.Festinger, H. Riecken, S. Schachter, 1956 ; &lt;i&gt;L'&#233;chec d'une proph&#233;tie. Psychologie sociale d'un groupe de fid&#232;les qui pr&#233;disaient la fin du monde&lt;/i&gt;, Puf (1993).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir Michels, 1914 ; &lt;i&gt;Les partis politiques &#8212; Essai sur les tendances oligarchiques des d&#233;mocraties&lt;/i&gt;, Flammarion, 1971, chap. &#171; Les tendances oligarchiques de l'organisation &#187;, disponible sur notre site.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;De la r&#233;volution, 1963, p. 563-564, Gallimard 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On lira ainsi les belles pages de Jean-Franklin Narodetzki dans sa pr&#233;face au livre &#171; Mai 68 &#224; l'usage des moins de vingt ans &#187; de G. Gu&#233;gan, Actes Sud (1998) r&#233;ed 2008, ainsi que &#171; Mai 68 racont&#233; aux enfants. Contribution &#224; la critique de l'inintelligence organis&#233;e &#187;, Le D&#233;bat n&#176;51, septembre-octobre 1988, textes disponibles sur le site.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. Ren&#233; Loureau, &lt;i&gt;L'analyseur Lip&lt;/i&gt;, 10/18, 1974, p. 11 &lt;i&gt;sqq&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. A. Skirda, &lt;i&gt;Autonomie individuelle et force collective. Les anarchistes et l'organisation de Proudhon &#224; nos jours&lt;/i&gt;, AS 1987, p. 73 &lt;i&gt;sqq&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. G. Fargette &#171; Principes du verbalisme &#171; radical &#187; &#187;, et &#171; L'antid&#233;mocratisme &#187;, disponibles sur notre site.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. nos quelques remarques &#171; Sur les &#171; convergences de luttes &#187; &#187;, texte disponible sur notre site.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On lira &#224; ce propos le beau livre de C. Beaudet, &lt;i&gt;Les milieux libres. Vivre en anarchiste &#224; la Belle &#201;poque en France&lt;/i&gt;, (&#201;ditions libertaires, 2006).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le &#171; survivalisme &#187; en &#233;tant le dernier et monstrueux avatar (cf. B. Vidal, &#171; Survivre au d&#233;sastre et se pr&#233;parer au pire &#187;, Les cahiers psychologie politique, n&#176; 20, disponible sur notre site). On lira &#224; ce propos les r&#233;flexions int&#233;ressantes de Bernard Lacroix dans &lt;i&gt;L'utopie communautaire&lt;/i&gt; (PUF 1981) ainsi que &lt;i&gt;Le retour &#224; la nature. Au fond de la for&#234;t... l'&#201;tat&lt;/i&gt;, (Hervieux &amp; Hervieux, 1979, L'Aube 2005)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. B. Liatard &amp; D. Lapon &#171; Analyses internes contre apathie et r&#233;cup&#233;ration. Tentative d'analyse interne d'un SEL &#187;, revue &lt;i&gt;Silence&lt;/i&gt; n&#176; 317 &#8212; 12/2004, ainsi que &#171; Un sel entre id&#233;al d&#233;mocratique et esprit du capitalisme &#187;, &lt;i&gt;Revue du MAUSS&lt;/i&gt; n&#176; 26, 2005/2, La D&#233;couverte, p. 317-338.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On lira sur la question de l'autoservitude manag&#233;riale J.-P. Le Goff, &lt;i&gt;La Barbarie douce&lt;/i&gt;, 1999, La D&#233;couverte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On ne retrouve aujourd'hui un tel agencement spontan&#233; d'o&#249; &#233;mane une impression d'irr&#233;sistible, au point qu'on a cru y lire le sens fondamental de l'histoire universelle, que dans ce vaste mouvement islamiste qui a &#233;tendu en quarante ans son emprise sur quatre continents sur cinq &#8212; et dans lequel on rep&#232;re ais&#233;ment ces trois ensembles. On y verra facilement la fascination qu'il exerce sur tout ce que le postgauchisme compte de rebuts, et sa veulerie &#224; son endroit, lorsqu'ils admettent de le qualifier d'extr&#234;me-droite religieuse. Cf. &lt;i&gt;Islamisme, islamophobie, islamogauchisme&lt;/i&gt;, avril 2013, disponible sur notre site.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Fausses figures de l'avenir (2/2)</title>
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		<dc:date>2014-10-19T00:20:29Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>B&#233;rard Quentin</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;(.../...) Voir la premi&#232;re partie Troisi&#232;me figure : L'antitotalitarisme &#171; Vous voulez reconstruire des goulags ! &#187; La troisi&#232;me figure est l'invention majeure du XXe si&#232;cle, qui nous la laisse en h&#233;ritage : le totalitarisme, qu'il soit russe ou chinois, avec ses reje&#173;tons albanais, cambodgiens, cubains, cor&#233;ens... ou plut&#244;t le repoussoir absolu qu'il constitue. Pour tous ceux qui d&#233;nonc&#232;rent ces nouvelles barbaries d'autant plus tardivement qu'ils les avaient auparavant adul&#233;es, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-sociale-democratie-" rel="directory"&gt;Autonomie sociale : D&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-283-Berard-Quentin-+" rel="tag"&gt;B&#233;rard Quentin&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/arton761.png?1621969015' class='spip_logo spip_logo_right' width='109' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?760-fausses-figures-de-l-avenir-1-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Voir la premi&#232;re partie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Troisi&#232;me figure : L'antitotalitarisme&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; Vous voulez reconstruire des goulags ! &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me figure est l'invention majeure du XXe si&#232;cle, qui nous la laisse en h&#233;ritage : le totalitarisme, qu'il soit russe ou chinois, avec ses reje&#173;tons albanais, cambodgiens, cubains, cor&#233;ens... ou plut&#244;t le repoussoir absolu qu'il constitue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour tous ceux qui d&#233;nonc&#232;rent ces nouvelles barbaries d'autant plus tardivement qu'ils les avaient auparavant adul&#233;es, tirer le&#231;on de ce cauche&#173;mar ne se ferait qu'en se ralliant explicitement &#224; l'ordre occidental devenu horizon ind&#233;passable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On lira &#224; ce sujet &#171; Sur les racines de la disparition de la pens&#233;e critique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh38-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est &#233;videmment une absurdit&#233; : depuis le putsch du Parti bolchevique d'octobre 1917, les v&#233;ritables antitotalitaires, tous ceux qui ont lutt&#233; contre les monstruosit&#233;s de L&#233;nine, de Staline et de leurs imitateurs, ont bien &#233;t&#233; oblig&#233;s de se demander &lt;i&gt;&#224; quoi donc pouvait bien ressembler le socialisme&lt;/i&gt;, finalement si peu d&#233;crit, et si celui-ci devait n&#233;cessairement prendre la forme, forc&#233;ment provisoire, d'une planification de la vie sociale par un parti restaurant les conditions de l'esclavage sur une base indus&#173;trielle. Cette interrogation nous para&#238;t lointaine parce que ces r&#233;volutions le sont, mais elle risque fort de resurgir dans un avenir proche : si les finalit&#233;s d'un mouvement politique sont floues, ce seront les moyens utilis&#233;s et les rapports de forces qui s'y substitueront, permettant toutes les mystifica&#173;tions. N'importe quel clan peut d'autant mieux se faire passer pour une al&#173;ternative cr&#233;dible que l'absence de projet de soci&#233;t&#233; explicite &lt;i&gt;sape d'embl&#233;e les crit&#232;res de jugement&lt;/i&gt; et rend impossible toute critique cons&#233;quente. Contrairement &#224; ce que l'on entend couramment, en effet, l'instauration d'une soci&#233;t&#233; totalitaire ne d&#233;coule pas de l'application stricte d'un pro&#173;gramme (un v&#233;ritable communiste &#233;tait pers&#233;cut&#233; dans l'URSS de Staline, de m&#234;me que de v&#233;ritables nationaux-socialistes comme R&#246;hm ou les fr&#232;res Strasser dans l'Allemagne de Hitler, ou un vrai croyant sous Khomeiny), mais d&#233;coule au contraire de son remplacement par la volont&#233; du Parti, de son &lt;i&gt;Politburo&lt;/i&gt;, et finalement du Guide supr&#234;me, seul ma&#238;tre d'une id&#233;ologie et d'un langage qu'il mod&#232;le &#224; loisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Totalitarisme et illimitation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, il ne peut qu'&#234;tre suspect de parler d'alternative politique sans analyser l'enfer totalitaire. Au XXe si&#232;cle, partout o&#249; un pouvoir r&#233;vo&#173;lutionnaire (quel que soit le sens que l'on donne &#224; ce mot) s'est impos&#233; durablement (on ne peut rien dire l&#224; o&#249; il n'a &#233;t&#233; qu'&#233;ph&#233;m&#232;re), une soci&#233;t&#233; nouvelle a &#233;merg&#233;,&lt;i&gt; inimaginablement pire&lt;/i&gt; que celle renvers&#233;e. Inutile ici de brandir les f&#233;tiches habituels, gris-gris organisationnels et amulettes doctrinaires qui font ressembler les militants lambda &#224; des extraterrestres ayant manqu&#233; le dernier si&#232;cle, terr&#233;s dans leurs abris id&#233;ologiques. La question est profonde et sert de repoussoir efficace, voire d'inhibiteur : on peut m&#234;me y voir la limite &#8212; qu'on dirait inconsciente &#8212; que se pose &#224; elle-m&#234;me toute action politique d'envergure en Occident depuis le milieu du XXe si&#232;cle, et surtout depuis Mai 68. Non, Fourier ne porte pas en germe le goulag, mais on ne peut plus lire aujourd'hui de la m&#234;me mani&#232;re son r&#234;ve de phalanst&#232;res o&#249; s'harmoniseraient les caract&#232;res humains en fonction de leurs combinatoires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les remarques de F. Laplantine (Les trois voix de l'imaginaire. Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh38-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Claude Lefort a raison de d&#233;celer dans le projet de d&#233;mocratie directe la trace d'un fantasme de soci&#233;t&#233; Une, r&#233;concili&#233;e avec elle-m&#234;me, sans ext&#233;&#173;rieur ni double, sans espace interne permettant de faire jouer la contra&#173;diction&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Claude Lefort, &#171; Entretien avec l'Anti-mythe &#187;, entretien paru le 19 avril (&#8230;)&#034; id=&#034;nh38-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais il a tort d'en faire le pr&#233;texte pour le condamner : Cl. Lefort interpr&#232;te notre projet dans les limites &#233;troites de la modernit&#233; occidentale et de son messianisme, qui glorifient la puissance pure et la ma&#238;trise &#171; rationnelle &#187; du social. On retrouve l&#224; le sch&#232;me de l'&lt;i&gt;illimitation&lt;/i&gt; d&#233;crit plus haut, dont le totalitarisme est bien l'application rationaliste dans le domaine social et politique. D'autres ont parfaitement montr&#233; la racine commune au totalitarisme et au capitalisme, les usines de Taylor o&#249; chaque geste de l'ouvrier est scientifiquement d&#233;compos&#233; pour atteindre un rendement optimal&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. par exemple C. Castoriadis, &#171; L'id&#233;e de r&#233;volution &#187;, 1989, in Le monde (&#8230;)&#034; id=&#034;nh38-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est de cet imaginaire de la &lt;i&gt;ma&#238;trise rationnelle de la vie&lt;/i&gt;, et plus globalement de la &lt;i&gt;limite comme obstacle&lt;/i&gt;, aujourd'hui &#233;tendu &#224; la vie quotidienne, que tout projet de d&#233;mocratie directe doit imp&#233;rative&#173;ment s'&#233;manciper. Il s'agit donc de rompre clairement avec toute une partie de la modernit&#233; dont le projet lib&#233;ral de &lt;i&gt;progr&#232;s&lt;/i&gt; est bien l'av&#232;nement d'un monde illimit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Mich&#233;a J.-C., 2007, L'empire du moindre mal. Essai sur la civilisation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh38-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela pr&#233;cis&#233;, la remarque de Lefort ne tombe pas, mais d&#233;signe justement l'ennemi absolu de la d&#233;mocratie, qui, elle, est forc&#233;ment &lt;i&gt;autolimitation&lt;/i&gt; ; autolimitation de l'individu qui se sait empli de d&#233;sirs monstrueux qui &lt;i&gt;ne doivent pas&lt;/i&gt; &#234;tre r&#233;alis&#233;s, autolimitation du peuple qui se sait ma&#238;tre de son destin et responsable de ses errements. Cette autolimi&#173;tation n'est pas pure disposition d'une conscience parfaite et transparente, elle s'est incarn&#233;e dans une multitude d'institutions culturelles (la trag&#233;die, l'importance de la &lt;i&gt;mesure&lt;/i&gt; et de la &lt;i&gt;prudence&lt;/i&gt; comme valeurs cardinales, la psychanalyse) ou politiques, o&#249; une s&#233;rie de dispositifs existent face au peuple souverain assembl&#233;. La d&#233;mocratie grecque antique, &#224; cet &#233;gard, est absolument exemplaire, qui multiplie les contre-institutions, instances de contr&#244;le, organes d'appel et dispositifs posant des limites aux pouvoirs col&#173;lectifs officiels&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On lira par exemple M. H. Hansen, La d&#233;mocratie ath&#233;nienne &#224; l'&#233;poque de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh38-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait ainsi facile de lister les caract&#233;ristiques des r&#233;gimes totalitaires et d'en faire la g&#233;n&#233;alogie pour montrer en quoi une soci&#233;t&#233; authentique&#173;ment d&#233;mocratique et celles qui ont pu s'en rapprocher s'y opposent point par point. Arr&#234;tons-nous sur un seul &#233;l&#233;ment, particuli&#232;rement central : nous voulons une autotransformation radicale de la soci&#233;t&#233;, mais il ne s'agit aucunement d'une &lt;i&gt;tabula rasa&lt;/i&gt;. Le terme &#171; radical &#187; n'a pas ici le sens d'&#171; extr&#234;me &#187;, mais celui de &#171; racine &#187; : il s'agit de se r&#233;clamer de &#8212; et de continuer &#8212; ce projet d'autonomie multiforme qui a model&#233; la civilisation occidentale depuis le haut Moyen &#194;ge, et donc de partir des institutions dans lesquelles il a pu s'incarner au fil des si&#232;cles. Libert&#233; d'expression, &lt;i&gt;habeas corpus&lt;/i&gt;, garantie de propri&#233;t&#233; d'usage, droit de la d&#233;fense, etc. Affirmer que ces droits sont essentiellement un rempart prot&#233;geant l'individu des tendances autoritaires de l'&#201;tat ne revient pas &#224; dire qu'ils dispara&#238;tront avec celui-ci, mais bien au contraire qu'ils seront &lt;i&gt;incarn&#233;s&lt;/i&gt; par la soci&#233;t&#233; enti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lucidit&#233; de mise&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il faut le dire tr&#232;s clairement et de la mani&#232;re la plus crue : au fond, rien ne peut garantir que notre volont&#233; de d&#233;mocratie directe ne se fourvoiera pas en un mod&#232;le social plus inhumain encore. Ce n'est pas tel&#173;lement que la d&#233;mocratie soit le r&#233;gime mortel par excellence : c'est le lot de toute entreprise humaine, d'autant plus si elle confie son destin &#224; la Science, au Parti, aux Dieux, au March&#233;, plut&#244;t qu'aux adultes qui la portent collectivement. L'&#171; efficacit&#233; &#187;, quoi que l'on entende par l&#224;, n'est jamais assur&#233;e en politique, pas plus qu'en m&#233;decine, en peinture, en p&#233;da&#173;gogie ou en physique des particules. Certes, on peut interdire au nom de l'antitotalitarisme toute tentative de transformation de la soci&#233;t&#233; : cela re&#173;vient express&#233;ment &#224; vouloir prononcer une fin de l'Histoire et &#224; figer la r&#233;alit&#233;, ce qui ne fait que pr&#233;cipiter l'av&#232;nement totalitaire que l'on voulait pr&#233;cis&#233;ment &#233;viter. Et de tels relents existent aujourd'hui, qu'il s'agisse de la surveillance informatique &#233;tatique ou mutuelle, du d&#233;samor&#231;age progressif des contre-pouvoirs institutionnels ou encore de l'inflation judiciaire. Sans doute jugera-t-on que le risque est trop grand, que l'humain ne peut jouer les apprentis-sorcier... Mais, au reste, avons-nous r&#233;ellement le choix ? En l'absence de Transcendance(s), que certains &#233;cologistes radicaux appellent de leurs v&#339;ux, qui donc pourrait bien prot&#233;ger l'humanit&#233; contre sa propre folie, &lt;i&gt;sinon elle-m&#234;me&lt;/i&gt;, explicitement, en s'auto-&#233;duquant g&#233;n&#233;ration apr&#232;s g&#233;n&#233;ration &#8212; et n'est-ce pas pr&#233;cis&#233;ment cela, que l'on appelle la &lt;i&gt;civilisa&#173;tion&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; La nouvelle soci&#233;t&#233; surgira d'elle-m&#234;me des d&#233;combres... &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Quatri&#232;me figure : Le spontan&#233;isme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette quatri&#232;me figure s'alimente &#224; la source du grand courant politique du XXe si&#232;cle, le marxisme. La vulgate de ce quatri&#232;me grand mono&#173;th&#233;isme est, sous cet angle, une rationalisation de l'&#233;norme difficult&#233; &#224; poser un projet alternatif : l'imagination et la volont&#233; des hommes n'in&#173;flueraient en rien sur le cours de l'histoire, qui n'ob&#233;irait qu'&#224; ses propres lois et dont l'aboutissement serait le communisme r&#233;alis&#233;. C'est &#233;videm&#173;ment chez Marx que l'on trouve cette position clairement &#233;nonc&#233;e, laquelle veut &#233;tendre &#224; toute l'histoire de l'humanit&#233; le contexte si particulier qu'a connu l'Occident pendant deux ou trois si&#232;cles. Enfant des Lumi&#232;res et issu d'une famille de rabbins, Marx &#233;nonce en fait deux positions simultan&#233;es, religieuse et politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rationalisme et insurrectionnalisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re s'exprime, paradoxalement, dans le combat contre le &#171; so&#173;cialisme utopique &#187; qui cherchait &#224; d&#233;crire la soci&#233;t&#233; future : Marx s'est employ&#233;, &#224; raison, &#224; discr&#233;diter ce courant qui visait &#224; d&#233;crire une autre organisation sociale hors des combats concrets qui se d&#233;roulaient dans la soci&#233;t&#233; de l'&#233;poque. Chercher &#224; poser un projet social ne conduirait qu'&#224; n&#233;gliger les courants qui la traversent et qui annoncent son futur, voire &#224; les combattre pour y imposer son programme &#8212; alors qu'il suffirait de com&#173;prendre ces mouvements internes de la soci&#233;t&#233; pour y d&#233;celer les pro&#173;dromes de l'avenir. On sait le succ&#232;s qu'a eu sa position, devenue finale&#173;ment dominante et r&#233;sum&#233;e par la fameuse formule &#171; &lt;i&gt;on ne pr&#233;pare pas des recettes pour les marmites socialistes de l'avenir&lt;/i&gt; &#187;. Mais ce succ&#232;s a aussi permis d'&#233;luder en grande partie la question du contenu de la soci&#233;t&#233; voulue. Il a favoris&#233; une conception tr&#232;s spontan&#233;iste de l'&#233;dification du &#171; socialisme &#187;, cens&#233; &#233;merger de lui-m&#234;me de l'&#233;clatement du syst&#232;me capitaliste par le d&#233;veloppement des c&#233;l&#232;bres &#171; forces productives &#187;. En parvenant &#224; conjuguer positivisme et providence, ce d&#233;terminisme a acquis une dimension messianique, qui r&#233;sonne encore largement aujourd'hui, bien que sous d'autres vocables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que nombre de pseudo-marxistes contemporains, se croyant sans doute cons&#233;quents, &lt;i&gt;rationalisent&lt;/i&gt; la marche du monde, co&#251;te que co&#251;te, en cautionnant toutes les manifestations pr&#233;tendument populaires, quelles qu'elles soient, avec la certitude toute dialectique que le &#171; n&#233;gatif &#187; des r&#233;voltes s'aligne, ou s'alignera in&#233;luctablement, sur le &#171; positif &#187; de l'ali&#233;nation : on retombe l&#224; dans un h&#233;g&#233;lianisme caricatur&#233;, que l'on croit remis sur ses pieds alors qu'il ne fait que replacer l'histoire entre les mains d'un &lt;i&gt;deux ex machina&lt;/i&gt; et, dans les faits, livre la soci&#233;t&#233; aux parano&#239;aques. Impossible de ne pas voir ce m&#233;canisme &#224; l'&#339;uvre dans la complaisance et la fascination des gauchistes du d&#233;but du XXIe si&#232;cle pour tout ce qui a vaguement l'air subversif, de la petite gouape de banlieue au djihadiste chic, du sans-papier &#224; l'intermittent, de l&lt;i&gt;'&#233;co-warrior&lt;/i&gt; au d&#233;fenseur de son gazon d'arri&#232;re-cour. Cet insurrectionnalisme, le plus souvent de salon, ne se donne aujourd'hui m&#234;me plus la peine d'examiner ces r&#233;alit&#233;s sociales porteuses du monde de demain : tout ce qui bouge semble bon &#224; prendre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est ainsi qu'il faut interpr&#233;ter tout le discours de T. Negri, apparemment (&#8230;)&#034; id=&#034;nh38-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et l'insurrection qui vient ne pourra que d&#233;boucher sur le Paradis promis par tous les saints reconnus par la confr&#233;rie. Le surgissement du Bonheur sera d'autant plus extatique qu'il est ineffable de bout en bout, tout aussi inexplicable que la miraculeuse convergence des int&#233;r&#234;ts humains dont il &#233;manera&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme l'affirmait d&#233;j&#224; G. Orwell : cf. 1943, &#171; Les socialistes peuvent-ils (&#8230;)&#034; id=&#034;nh38-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On peut ici admirer, sous l'apparent refus des &#171; id&#233;ologies &#187; jug&#233;es &#171; fascistes &#187; et &#171; oppressives &#187;, le squelette jud&#233;o-chr&#233;tien du plus mauvais marxisme, qui ne danse plus qu'aux yeux de quelques post-adoles&#173;cents prenant le &lt;i&gt;bluff&lt;/i&gt; syst&#233;matique pour l'expression du Verbe. Bien &#233;vi&#173;demment, cette tendance n&#233;ospontan&#233;iste qui prend la forme soit d'un ouvri&#233;risme embaum&#233;, soit d'une &lt;i&gt;racaillophilie&lt;/i&gt; exotique, reste marginale, mais elle fait partie int&#233;grante du nihilisme politique contemporain, l'inocule et le r&#233;v&#232;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le sens de la praxis : l'&#233;lucidation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'oppos&#233;, l'autre versant du travail de Marx regroupe tous ses efforts pour donner une vision aussi pr&#233;cise que possible de ce que sera ce socia&#173;lisme, toujours &#224; partir de l'avanc&#233;e des luttes &#8212; on se souvient de son ad&#173;mirable &lt;i&gt;aggiornamento&lt;/i&gt; apr&#232;s la Commune de Paris. Car c'est bien la soci&#233;&#173;t&#233; qui se change d'elle-m&#234;me, par les pouss&#233;es qui la constituent, et qui s'articulent selon des champs de forces d&#233;celables. La d&#233;marche consistant &#224; anticiper la soci&#233;t&#233; future &#224; partir des replis du pr&#233;sent constitue un apport inestimable et fonde la seule position qui vaille &#8212; &#224; condition de renouer avec la v&#233;ritable &lt;i&gt;praxis&lt;/i&gt; : c'est-&#224;-dire non pas une inf&#233;odation de la th&#233;orie &#224; la pratique, ou l'inverse, mais bien une &lt;i&gt;f&#233;condation r&#233;ciproque&lt;/i&gt; qui laisse &#224; chacune ses dynamiques singuli&#232;res. L'&#233;laboration d'un projet poli&#173;tique ne peut que s'ancrer dans les analyses concr&#232;tes de la r&#233;alit&#233;, elles-m&#234;mes n'ayant &#224; leur tour de pertinence qu'au contact de mouvements r&#233;els de la population, et ceux-ci enfin ne faisant sens que dans la perspective d'une autre soci&#233;t&#233; &#8212; voil&#224; un des fondements de l'autonomie collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais depuis trente ou quarante ans, les luttes sociales ne pointent vers aucun changement social ou politique, mais bien plut&#244;t vers un &lt;i&gt;am&#233;nage&#173;ment&lt;/i&gt; du mode de vie occidental, soit pour y &#171; am&#233;liorer &#187; le niveau de vie de ceux qui y sont d&#233;j&#224;, soit pour s'y maintenir co&#251;te que co&#251;te, soit encore pour permettre &#224; ceux qui en sont exclus d'y acc&#233;der. Le mouvement des &#171; indi&#173;gn&#233;s &#187; ou les soul&#232;vements arabes n'&#233;chappent pas, loin s'en faut, &#224; de telles ambivalences&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. nos brochures Les soul&#232;vements arabes face au vide occidental, avril-mai (&#8230;)&#034; id=&#034;nh38-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Constat banal qui scandalise ceux-l&#224; m&#234;mes qui bran&#173;dissent le totem marxiste ou anarchiste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est ainsi qu'il faut comprendre bien des contributions de l'anthropologue (&#8230;)&#034; id=&#034;nh38-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il devrait pourtant les inciter &#224; consid&#233;rer l'histoire : les r&#233;voltes fourmillent depuis quelque six mille ans que les hommes laissent des traces &#233;crites, mais les r&#233;volutions visant &#224; instaurer un monde libre d'&#233;gaux se concentrent dans quelques zones histo&#173;riques pr&#233;cises. Que nous vivions aujourd'hui une simple parenth&#232;se conjoncturelle ou la fin d'une &#232;re historique est une question que personne ne peut pr&#233;tendre trancher. Sans remonter bien loin, la p&#233;riode des Lumi&#232;res &#233;tait de celles o&#249; l'activit&#233; de l'esprit et les pratiques politiques ne se r&#233;pondaient pas : or peut-&#234;tre sommes-nous revenus depuis quarante ans &#224; une telle configuration, et pour quelque temps encore&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. G. Fargette, &#171; Dimensions anthropologiques de la soci&#233;t&#233; de consommation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh38-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc, d'abord, &#224; &lt;i&gt;prendre acte de la r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt; &#8212; d&#233;marche qui semble aujourd'hui la toute premi&#232;re ligne de d&#233;marcation politique. Et &#224; tenter, ensuite, de formuler aussi explicitement que possible &lt;i&gt;ce que serait une autre soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;. La formulation explicite d'un projet de soci&#233;t&#233; &lt;i&gt;est action sur la r&#233;alit&#233; sociale&lt;/i&gt;, que cette derni&#232;re ne peut que conditionner en retour. Marx ne l'ignorait pas plus que des auteurs aussi diff&#233;rents qu'A. de Toc&#173;queville ou E. P. Thompson, qui montrent l'importance cruciale qu'a eue, pour l'&#233;volution du mouvement ouvrier du XIXe si&#232;cle, la formulation d'une conception globale de la soci&#233;t&#233; pour laquelle on luttait&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. par exemple les M&#233;moires de Tocqueville sur le r&#244;le des id&#233;ologies (&#8230;)&#034; id=&#034;nh38-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La s&#233;para&#173;tion stricte entre une r&#233;alit&#233; objective et des cr&#233;ations &#171; culturelles &#187; qui n'en seraient que &#171; l'expression &#187; est une absurdit&#233;, &#233;clatante d&#232;s que la phrase est pens&#233;e et articul&#233;e. Aucune sph&#232;re sociale n'est affranchie de la soci&#233;t&#233; dans laquelle elle s'ench&#226;sse, pas plus la technique que l'&#233;conomie, pas plus les luttes sociales, politiques et culturelles que l'&#233;volution de la langue ou les pratiques sexuelles. Les exemples de la Renaissance, du mouvement ouvrier ou de la litt&#233;rature sont patents, mais celui de la science-fiction l'est aujourd'hui tout autant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On pense, entre autre, au roman d'Ursula Le Guin Les D&#233;poss&#233;d&#233;s (1974, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh38-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, jusqu'au courant &lt;i&gt;cyberpunk&lt;/i&gt;, originaire des ann&#233;es 1970, dont l'histoire contemporaine semble curieuse&#173;ment remplir le cahier des charges. Oui, d&#233;crire un projet de soci&#233;t&#233; a un sens tant que la perspective d'un changement de soci&#233;t&#233; n'est pas encore sous un cube de plexiglas dans un recoin de mus&#233;e &#8212; et nous tenons l'ex&#173;pression de ce que chacun veut pour lui et la collectivit&#233; comme la pre&#173;mi&#232;re exigence d'une d&#233;marche politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre projet rencontre dans les mouvements contemporains, aussi faibles soient-ils, un certain &#233;cho comme il en proc&#232;de de multiples ma&#173;ni&#232;res. Sans doute serait-il inutile ou vain si tel n'&#233;tait pas le cas, mais il ne serait &lt;i&gt;en rien ill&#233;gitime&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; C'est un beau r&#234;ve mais... &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Cinqui&#232;me figure : L'utopisme et l'anti-utopisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ultime ou premi&#232;re figure, celle de l'utopie : soit qu'elle serve &#224; faire taire au nom de r&#234;ves trop beaux pour &#234;tre corrompus par une mise en mots, soit au contraire qu'elle permette de rabattre tout projet d'avenir sur une strat&#233;gie de fuite de la r&#233;alit&#233; pr&#233;sente. L'esp&#233;rance religieuse &#224; peine masqu&#233;e et le pseudo-r&#233;alisme anti-utopique &#224; courte vue transforment tous deux le &lt;i&gt;projet&lt;/i&gt; en &lt;i&gt;r&#234;verie&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est ainsi qu'il faut comprendre la trouvaille des indign&#233;s qui scandaient (&#8230;)&#034; id=&#034;nh38-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Face &#224; cela, il y a &#224; replacer l'utopie dans son histoire, et &#224; l'arracher &#224; ses sph&#232;res c&#233;lestes pour l'enraciner dans le terreau de l'histoire humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De l'utopie inexprimable au projet discutable&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conception d'un &#171; autre monde possible &#187;, comme disaient les alter&#173;mondialistes, n'est pas l'apanage des courants r&#233;volutionnaires de la moder&#173;nit&#233;, ni m&#234;me celui des mouvements d'&#233;mancipation en g&#233;n&#233;ral : depuis qu'il y a des hommes, il semblerait qu'ils aient imagin&#233; des mondes parall&#232;les auxquels il soit possible d'acc&#233;der &#224; certaines conditions &#8212; la plus &#233;vidente &#233;tant la mort. Les religions constitu&#233;es ont toutes une cosmogonie o&#249; un paradis est promis&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir, par exemple, E. Morin, 1951, L'homme et la mort, Seuil ; M. Eliade, Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh38-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Celui-ci peut prendre la forme d'un n&#233;ant lib&#233;ra&#173;teur, comme dans le bouddhisme, ou &#234;tre pr&#233;c&#233;d&#233; ou annonc&#233; par une vie communautaire eschatologique, comme chez les premiers chr&#233;tiens ou dans les organisations monastiques m&#233;di&#233;vales. Et ce qui s'est donn&#233; de&#173;puis comme &#171; soci&#233;t&#233; autre &#187; n'en est que la version &lt;i&gt;&#224; peine la&#239;cis&#233;e&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous nuan&#231;ons donc les &#233;loges des utopies telles qu'on peut les trouver par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh38-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette s&#233;cularisation progressive en Occident est d&#233;j&#224; pr&#233;sente dans le mill&#233;narisme du XIIe si&#232;cle, et le protestantisme marque le point de bascule, de sa version luth&#233;rienne, o&#249; le Salut se gagne par la r&#233;ussite p&#233;cuniaire terrestre, aux anabaptistes, aux taborites ou aux diverses com&#173;munaut&#233;s des perfectionnistes am&#233;ricains pour qui la cit&#233; du Christ est r&#233;alisable &lt;i&gt;ici et maintenant&lt;/i&gt;. Ce tropisme religieux prot&#233;iforme, &lt;i&gt;en partie in&#233;liminable&lt;/i&gt;, impr&#232;gne tout l'h&#233;ritage politique, notamment &#224; travers l'id&#233;ologie du Progr&#232;s : on pense spontan&#233;ment aux saint-simoniens, &#224; Hegel, &#224; C. Pecqueur ou aux situationnistes, moins au syst&#232;me technicien ou au capitalisme, dont la dimension utopique est pourtant &#233;vidente dans sa version lib&#233;rale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. sur l'id&#233;ologie du Progr&#232;s, C. Lasch, 1991, Le seul et vrai paradis. Une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh38-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Bien entendu, ce courant utopiste est d'autant plus perclus de religiosit&#233; &lt;i&gt;que le projet politique reste implicite et indiscutable&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire qu&#234;te d'absolu, paradis la&#239;que, et c'est ainsi qu'il faut comprendre ses formes actuelles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'&#233;vanescence de l'&#233;l&#233;ment utopique que nous soulignions dans &#171; Sur les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh38-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Qu'on le nomme &lt;i&gt;Icarie, Cit&#233; du Soleil, Th&#233;l&#232;me, Naturie ou Ecotopia&lt;/i&gt;, qu'on le projette ou non sur des contr&#233;es encore inexplor&#233;es, le fait de l'expliciter, de le d&#233;tailler ou de vouloir le vivre &lt;i&gt;ici et maintenant&lt;/i&gt;, c'est d&#233;j&#224; le rendre discutable, raisonnable, sujet &#224; la critique sans limites, &lt;i&gt;donc&lt;/i&gt; politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Inscription dans le r&#233;el et transformation de la r&#233;alit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette inscription historique est princeps. Mais vouloir une soci&#233;t&#233; auto&#173;nome n'est pas r&#234;ver &#224; un non-lieu, c'est prendre acte de la r&#233;alit&#233; humaine qui la portera et qui est, de part en part, tragique, sans espoir de Salut ultime. Jamais la vieillesse ne sera abolie, jamais la solitude cong&#233;di&#233;e, jamais la maladie &#233;radiqu&#233;e et jamais personne ne sera d&#233;barrass&#233; de la mort, de la disparition et de l'oubli sans retour. Le lecteur qui attend de l'action politique le bonheur s'est tromp&#233; d'adresse : nous voulons la libert&#233;, et celle-ci ne peut &#234;tre port&#233;e que par la cr&#233;ature qui se sait irr&#233;parablement emport&#233;e par le temps et qui peut, &lt;i&gt;alors seulement&lt;/i&gt;, en tirer la force des &lt;i&gt;commencements&lt;/i&gt;. Tenter de d&#233;tailler un projet de soci&#233;t&#233; ne peut que forcer &#224; quitter cet indicible o&#249; r&#233;siderait la f&#233;licit&#233; universelle. Au contraire, se refuser &#224; fixer un horizon tangible, psalmodier un absolu qui se d&#233;robe sans cesse, c'est ouvrir la voie &#224; toutes les pulsions d&#233;vastatrices&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. l'interpr&#233;tation du g&#233;nocide juif par G. Steiner : Dans le ch&#226;teau de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh38-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cet espace-temps qui n'a ni espace, &lt;i&gt;u-topie&lt;/i&gt;, ni temps, &lt;i&gt;u-chronie&lt;/i&gt;, il faut donc opposer la &lt;i&gt;r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt; des transformations sociales qui ont eu lieu dans l'histoire, et qui sont l'&#339;uvre des soci&#233;t&#233;s humaines dans leurs contradictions, jamais le fruit des forces productives, d'un &#201;tat bienveillant ou d'une nature humaine anhistorique. Le relativisme analphab&#232;te contem&#173;porain veut indiff&#233;rencier civilisations et cultures, afin de ne pas avoir &#224; penser l'in&#233;galit&#233; de leurs contributions historiques &#224; l'&#233;mancipation. On admet encore &#8212; pour combien de temps ? &#8212; que l'Ath&#232;nes de l'&#233;poque hell&#233;&#173;nique est une source d'inspiration politique et non la civilisation Olm&#232;que, mais de moins en moins que la semi-th&#233;ocratie de l'Ancien R&#233;gime a bien &#233;t&#233; mise &#224; bas par les sections r&#233;volutionnaires de 1789 plut&#244;t que par le &#171; mouvement de l'histoire &#187;. Pourtant, de Clisth&#232;ne &#224; Danton, des barri&#173;cades de Juillet aux conseils ouvriers de Budapest de 1956 en passant par la Catalogne de 1936, c'est bien &lt;i&gt;une autre organisation sociale&lt;/i&gt; qui s'est dessin&#233;e et, plus que partiellement, r&#233;alis&#233;e. Nous voulons en faire &lt;i&gt;un r&#233;gime politique et social et nous l'appelons d&#233;mocratie directe&lt;/i&gt;. Prendre pr&#233;texte des immenses difficult&#233;s auxquelles elle se confronte pour la disqualifier comme un songe incons&#233;quent, c'est oublier que le &#171; songe &#187; ne s'est pas &#233;vapor&#233; tout seul, mais qu'il a &#233;t&#233; tr&#232;s concr&#232;tement r&#233;duit au silence par la Terreur, les chassepots, les chars ou la menace permanente d'une vitrification thermonucl&#233;aire. Et il y a une certaine ironie, am&#232;re, &#224; entendre les id&#233;es des &#171; utopistes &#187; aux cheveux longs des ann&#233;es 60 &#8212; l'&#233;cologie, la ruralit&#233;, la convivialit&#233;, etc. &#8212; aujourd'hui discut&#233;es fort s&#233;rieusement entre gens bien comme il faut dans des cabinets minist&#233;riels. Qu'ils puissent le faire tranquillement montre que le propre de notre &#233;poque semble &#234;tre la capacit&#233; &#224; transformer, sans la transition d'un projet social et politique, l'utopie en &lt;i&gt;realpolitik&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;***&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Consum&#233;risme, catastrophisme, antitotalitarisme, spontan&#233;isme et (anti-)utopisme&lt;/i&gt; : figures surgissant &#224; l'esprit contemporain qui voudrait s'essayer &#224; quitter les rivages balis&#233;s de la d&#233;nonciation pour tenter de pr&#233;&#173;figurer, ne serait-ce que pour lui seul, la soci&#233;t&#233; qu'il veut voir appara&#238;tre et qui oriente ses actes politiques. A l'examen, aucun de ces discours inconsis&#173;tants et contradictoires ne m&#233;rite que l'on renonce &#224; s'aventurer hors des sentiers battus. Chacun de ces verrous n'est que la rationalisation d'un refus de prendre les responsabilit&#233;s qui sont les n&#244;tres, aujourd'hui comme hier. Car rien, pour autant que nous puissions voir, ne peut emp&#234;cher quiconque de formuler ce que repr&#233;senterait pour lui une transformation radicale de la soci&#233;t&#233;. Mais &lt;i&gt;tout&lt;/i&gt;, dans l'histoire des si&#232;cles pass&#233;s comme dans l'actualit&#233; la plus br&#251;lante, interdit de reconduire les m&#234;mes sch&#233;mas, de r&#233;p&#233;ter les m&#234;mes dogmes, d'emprunter les m&#234;mes impasses. Non, vouloir la d&#233;mo&#173;cratie directe ne peut se faire en entretenant les mythes de la profusion mat&#233;rielle, de l'ind&#233;pendance de la technoscience ou des lendemains qui chantent. Les bouleversements &#224; mener dans nos habitudes et notre pens&#233;e, dans l'organisation de la soci&#233;t&#233; et dans la formation des &#234;tres humains, sont sans doute plus importants qu'ils ne l'ont &#233;t&#233; par le pass&#233;, et plus urgents au d&#233;but d'un si&#232;cle qui pourrait bien &#234;tre le dernier de l'aventure humaine. Mais il est impossible, &lt;i&gt;en m&#234;me temps&lt;/i&gt;, de ne pas se r&#233;-enraciner profond&#233;ment, bien au-del&#224; m&#234;me de la modernit&#233;, dans toute l'exp&#233;rience que l'humanit&#233; a acquise au cours de son histoire. Immense d&#233;fi lanc&#233; au monde, face auquel la d&#233;mission est encore de mise.&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour combien de temps ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Collectif Lieux Communs&lt;br class='manualbr' /&gt;f&#233;vrier 2012 &#8212; avril 2014&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb38-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On lira &#224; ce sujet &#171; Sur les racines de la disparition de la pens&#233;e critique &#187;, juin 2012, ainsi que l'article de H. Arendt &#171; Les &#339;ufs se rebiffent &#187; in &lt;i&gt;La philosophie de l'existence et autres essais&lt;/i&gt;, Payot, 2000, p. 177-194, textes disponibles sur le site.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Les remarques de F. Laplantine (&lt;i&gt;Les trois voix de l'imaginaire. Le messianisme, la pos&#173;session et l'utopie. &#201;tude ethnopsychiatrique&lt;/i&gt;, &#201;d. Universitaires, 1974, notamment p. 179 &lt;i&gt;sqq&lt;/i&gt;.) sur l'utopie comme &lt;i&gt;rationalisme social&lt;/i&gt; et&lt;i&gt; esprit de syst&#232;me&lt;/i&gt; oppos&#233; &#224; la fan&#173;taisie du mythe sont trop s&#233;v&#232;res, mais particuli&#232;rement pertinentes. Laplantine syst&#233;ma&#173;tisant lui-m&#234;me cette opposition, sa d&#233;marcation passionn&#233;e vis-&#224;-vis des travaux de J. Servier (&lt;i&gt;Histoire de l'utopie&lt;/i&gt;, Gallimard 1967) est toutefois d'autant moins convaincante qu'elle se fait au prix d'un relativisme qui &#233;vacue la Modernit&#233;, sinon pour l'invalider &lt;i&gt;in toto&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Claude Lefort, &#171; Entretien avec l'Anti-mythe &#187;, entretien paru le 19 avril 1975 dans L'Anti-mythes n&#176; 14, repris dans &lt;i&gt;Le temps pr&#233;sent&lt;/i&gt;, Belin, 2007, p. 223-260, disponible sur le site, ainsi que la Pr&#233;face de Lefort &#224; &lt;i&gt;&#201;l&#233;ments d'une critique de la bureaucratie&lt;/i&gt;, 1979, Gallimard.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. par exemple C. Castoriadis, &#171; L'id&#233;e de r&#233;volution &#187;, 1989, in &lt;i&gt;Le monde morcel&#233;&lt;/i&gt;, 1990, Seuil 2000, p. 200 sqq., et aussi &#171; La crise du processus identificatoire &#187; in &lt;i&gt;La mont&#233;e de l'insignifiance&lt;/i&gt;, Seuil, p. 130.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir Mich&#233;a J.-C., 2007,&lt;i&gt; L'empire du moindre mal. Essai sur la civilisation lib&#233;rale&lt;/i&gt;, Cli&#173;mats. Sur la p&#233;n&#233;tration de cet imaginaire dans le camp de l'&#233;mancipation sociale et qui l'a transform&#233; en &#171; La Gauche &#187;, on lira du m&#234;me auteur, &lt;i&gt;Le complexe d'Orph&#233;e. La gauche, les gens ordinaires et la religion du progr&#232;s&lt;/i&gt;, Climats 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On lira par exemple M. H. Hansen,&lt;i&gt; La d&#233;mocratie ath&#233;nienne &#224; l'&#233;poque de D&#233;mos&#173;th&#232;ne&lt;/i&gt;, 1991, Taillandier 2009, ainsi que M. I. Finley, &lt;i&gt;D&#233;mocratie antique, d&#233;mocratie moderne&lt;/i&gt;, 1976, Payot 2003 &#8212; en regrettant que Cl. Lefort se soit davantage int&#233;ress&#233; &#224; la Rome antique, m&#234;me s'il avait en son temps salu&#233; les insurg&#233;s hongrois de 1956 insti&#173;tuant de pareilles mesures, notamment en refusant de dissoudre les syndicats dans les conseils nouvellement cr&#233;&#233;s (cf. &#171; Une autre r&#233;volution &#187; in la revue &lt;i&gt;Libre&lt;/i&gt;, 1977, p. 101 sqq.).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C'est ainsi qu'il faut interpr&#233;ter tout le discours de T. Negri, apparemment pass&#233; de mode, qui n'est qu'une grossi&#232;re dialectique prenant par exemple acte de tout le courant antitra&#173;vail des ann&#233;es 60-70 pour imm&#233;diatement faire du salari&#233; &lt;i&gt;pr&#233;caire&lt;/i&gt; la figure du nouveau tra&#173;vailleur r&#233;volutionnaire. Las : l'offensive pseudo-lib&#233;rale a trouv&#233; dans cette posture sans perspectives l'occasion de pr&#233;cariser progressivement toute la sph&#232;re du travail et d'arra&#173;cher toujours plus la personne &#224; sa t&#226;che.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Comme l'affirmait d&#233;j&#224; G. Orwell : cf. 1943, &#171; Les socialistes peuvent-ils &#234;tre heu&#173;reux ? &#187;, in &lt;i&gt;&#201;crits politiques&lt;/i&gt; (1928-1949), Agone 2009, p. 234.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. nos brochures &lt;i&gt;Les soul&#232;vements arabes face au vide occidental&lt;/i&gt;, avril-mai 2011 ; &lt;i&gt;Le mouvement grec pour la d&#233;mocratie directe&lt;/i&gt;, septembre-octobre 2011, ainsi que notre tract &#171; Les mouvement des &#171; indign&#233;s &#187; : potentialit&#233;s, contradictions et perspectives &#187;, textes disponibles sur notre site.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C'est ainsi qu'il faut comprendre bien des contributions de l'anthropologue anarchiste D. Graeber, comme par exemple &#171; La d&#233;mocratie des interstices &#187;, &lt;i&gt;Revue du MAUSS&lt;/i&gt; 2/2005 (n&#176; 26), p. 41-89 (&lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-du-mauss-2005-2-page-41.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.cairn.info/revue-du-mauss-2005-...&lt;/a&gt;), article dans lequel l'auteur ne trouve de multiples exemples de d&#233;mocraties extra-europ&#233;ennes que parce qu'il d&#233;finit celles-ci comme absence d'&#201;tat et tendance &#224; la prise de d&#233;cision par consensus. Il retrouve par l&#224; des &#233;l&#233;ments pr&#233;sents dans divers mouvements contesta&#173;taires contemporains et particuli&#232;rement ceux post&#233;rieurs &#224; la r&#233;daction de son article. Mais il ne se demande pas s'il s'agit vraiment de r&#233;flexes d&#233;mocratiques. Difficile pour&#173;tant de ne pas voir, aussi, dans le culte contemporain de l'unanimisme port&#233; par certaines franges des &#171; altermondialismes &#187; et aujourd'hui des &#171; indign&#233;s &#187;, une concession &#224; l'air du temps o&#249; se m&#234;lent volont&#233; farouche de pacification des relations, peur panique du dis&#173;sensus et de la division, refus de mener des r&#233;flexions amples et coh&#233;rentes, impossibili&#173;t&#233; de mener une critique interne. Ainsi, la d&#233;finition de la d&#233;mocratie de Graeber lui per&#173;met d'identifier les mouvements contemporains aux exp&#233;riences historiques non-occi&#173;dentales. On peut largement se trouver en accord avec une telle th&#232;se, &#224; la seule condi&#173;tion d'en inverser les pr&#233;suppos&#233;s, c'est-&#224;-dire de le faire sous le signe d'un terrible retour &#224; l'h&#233;t&#233;ronomie traditionnelle, dont la recherche de &#171; consensus &#187; serait un des piliers, la d&#233;mocratie pouvant &#234;tre d&#233;finie &lt;i&gt;a contrario&lt;/i&gt;, comme disait Cl. Lefort, par la capacit&#233; d'une collectivit&#233; &#224; &#171; &lt;i&gt;assumer ses divisions&lt;/i&gt; &#187;. Cf. &#233;galement la note 1 p.8.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. G. Fargette, &#171; Dimensions anthropologiques de la soci&#233;t&#233; de consommation &#187;, Le Cr&#233;puscule du XXe si&#232;cle, n&#176; 18-19-20, mai 2008, disponible sur notre site.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. par exemple les &lt;i&gt;M&#233;moires&lt;/i&gt; de Tocqueville sur le r&#244;le des id&#233;ologies socialistes sur la r&#233;volution de 1848 ainsi que le dernier chapitre de l'ouvrage classique d'E. P. Thomp&#173;son, &lt;i&gt;La formation de la classe ouvri&#232;re anglaise&lt;/i&gt;, 1963, Points, 2012. On consultera aussi l'impressionnant travail de Michel Antony, &lt;i&gt;Ressources sur l'utopie&lt;/i&gt;, sur les utopies liber&#173;taires et les utopies anarchistes, &lt;a href=&#034;http://www.acratie.eu/UtopiesIntro.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.acratie.eu/UtopiesIntro.htm&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On pense, entre autre, au roman d'Ursula Le Guin &lt;i&gt;Les D&#233;poss&#233;d&#233;s&lt;/i&gt; (1974, Robert Laffont 2010 &#8212; sous-titr&#233; &lt;i&gt;An ambiguous utopia&lt;/i&gt;) qui jouit &#224; raison d'une certaine r&#233;putation dans les milieux libertaires, ou aux remarques d'Hannah Arendt sur la science-fiction, genre o&#249; semblent s'&#234;tre r&#233;fugi&#233;es les tentatives de d&#233;crire d'autres mondes possibles. Inutile d'insister sur l'importance que des &#339;uvres &lt;i&gt;dystopiques&lt;/i&gt; comme celles de Zamiatine, d'Orwell, d'Huxley, de Vonnegut ou de Bradbury ont eu pour la compr&#233;hension des so&#173;ci&#233;t&#233;s technologiques, totalitaires ou capitalistes. Class&#233; &#224; part, le genre des &lt;i&gt;uchronies&lt;/i&gt;, r&#233;&#233;criture de l'histoire telle qu'elle aurait pu se d&#233;rouler &#224; partir de la modification d'un &#233;v&#233;nement, est tout aussi vain qu'indispensable pour qui veut comprendre &lt;i&gt;ce qu'est l'his&#173;toire se faisant&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C'est ainsi qu'il faut comprendre la trouvaille des indign&#233;s qui scandaient &#224; l'endroit des oligarques : &#171; &lt;i&gt;Si vous ne nous laissez pas r&#234;ver, nous ne vous laisserons pas dormir &lt;/i&gt; &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir, par exemple, E. Morin, 1951, &lt;i&gt;L'homme et la mort&lt;/i&gt;, Seuil ; M. Eliade, &lt;i&gt;Le Mythe de l'&#233;ternel retour... &lt;/i&gt; op. cit., ou le malheureusement trop peu rigoureux &lt;i&gt;Histoire des para&#173;dis&lt;/i&gt; de P.-A. Bernheim et G. Stravid&#232;s, 1991, Perrin 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Nous nuan&#231;ons donc les &#233;loges des utopies telles qu'on peut les trouver par exemple chez M. Abensour dans &lt;i&gt;Le proc&#232;s des ma&#238;tres r&#234;veurs&lt;/i&gt; (Sulliver 1978) dont ce texte se veut pourtant un prolongement. Pour une recension, cf. n.1 p.6 et, de Lewis Mumford, &lt;i&gt;Story of utopias&lt;/i&gt; (1922 ; &lt;a href=&#034;http://www.sacred-texts.com/utopia/sou/index.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.sacred-texts.com/utopia/...&lt;/a&gt;), partiellement traduit dans le recueil de textes &#171; Utopie, Machine et Soci&#233;t&#233; &#8212; Lewis Mumford, 1922-1972 &#187; p. 1-20, publi&#233;e par &lt;i&gt;Notes et morceaux choisis&lt;/i&gt;, avril 2012 (&lt;a href=&#034;http://sniadecki.files.wordpress.com/2012/04/mumford_ums.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://sniadecki.files.wordpress.co...&lt;/a&gt;). On reprendra de ce dernier la critique des &#171; utopies d'&#233;vasion &#187;, en opposition aux &#171; utopies de reconstruc&#173;tion &#187;, sans aller aussi loin en ce sens que la critique qu'en fait F. Laplantine dans &lt;i&gt;Les trois voix...&lt;/i&gt;, op. cit. cf. n.1 p.14.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. sur l'id&#233;ologie du Progr&#232;s, C. Lasch, 1991, &lt;i&gt;Le seul et vrai paradis. Une histoire de l'id&#233;ologie du progr&#232;s et de ses critiques&lt;/i&gt; (Flammarion 2006) et, sur le syst&#232;me techni&#173;cien, J. Ellul, 1977,&lt;i&gt; Le Syst&#232;me technicien&lt;/i&gt; (Le Cherche-midi, 2012), ainsi que le chapitre 3 &#233;ponyme du titre du livre lui-m&#234;me &lt;i&gt;La trahison de l'Occident&lt;/i&gt;, &#171; La trahison de la raison et de l'histoire : L'utopiste, g&#233;om&#232;tre et technicien &#187;, pages 170 &#224; 193 (Calman&#173;Levy,1974). Sur le capitalisme, cf. n.2 p.15, ainsi que P. Rosanvallon, &lt;i&gt;Le lib&#233;ralisme &#233;cono&#173;mique (Le Capitalisme utopique. Histoire de l'id&#233;e de march&#233;)&lt;/i&gt;, Points Essais, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;L'&#233;vanescence de l'&#233;l&#233;ment utopique que nous soulignions dans &#171; Sur les racines... &#187; op. cit., concernait son versant collectif et surtout explicite. Au contraire, on ne peut que constater sa pr&#233;gnance aujourd'hui, sinon son maintien &#233;vident, dans le repli sur soi, le d&#233;sinvestissement de la sph&#232;re publique au profit d'une &#171; communaut&#233; bienveillante &#187;, l'entre-soi d'o&#249; la soci&#233;t&#233; est exclue, sans m&#234;me parler de l'investissement quasi mystique dont la technoscience est l'objet, son versant m&#233;dical particuli&#232;rement. Sans doute Dis&#173;neyland en est-il une grossi&#232;re approximation...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. l'interpr&#233;tation du g&#233;nocide juif par G. Steiner : &lt;i&gt;Dans le ch&#226;teau de Barbe-bleue. Notes pour une red&#233;finition de la culture&lt;/i&gt;, 1973, Folio 2004, p. 47-58, ou plus g&#233;n&#233;rale&#173;ment encore dans &lt;i&gt;Nostalgie de l'absolu&lt;/i&gt; (1974, 10/18 2003). On ne peut que penser, sur un autre terrain, aux th&#232;ses de G. Anders sur la honte prom&#233;th&#233;enne de l'homme, pauvre&#173;ment humain face &#224; la perfection apparente du fonctionnement m&#233;canique de la machine, qui gagneraient &#224; &#234;tre &#233;clair&#233;es d'un jour nouveau &#224; l'&#232;re de l'informatique g&#233;n&#233;ralis&#233;e (cf. &lt;i&gt;L'obsolescence de l'homme&lt;/i&gt;, 1956, Encyclop&#233;die des Nuisances, 2002).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Fausses figures de l'avenir (1/2)</title>
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		<dc:subject>D&#233;mographie</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;cence commune</dc:subject>
		<dc:subject>Revenu d'existence</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte fait partie de la brochure n&#176;20 bis, &#171; D&#233;mocratie directe : Principes, enjeux, perspectives - Deuxi&#232;me partie : Lutter pour l'auto-gouvenrement des peuples &#187;, mai 2014. Elle est en vente pour 3 &#8364; dans nos librairies. Son achat permet notre auto-financement et constitue un soutien aux librairies ind&#233;pendantes (vous pouvez &#233;galement nous aider &#224; la diffusion). Il est aussi possible de la t&#233;l&#233;charger dans la rubrique brochures. Sommaire : Fausses figures de l'avenir. De la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/arton760.png?1621969035' class='spip_logo spip_logo_right' width='109' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce texte fait partie de la brochure n&#176;20 bis, &#171; D&#233;mocratie directe : Principes, enjeux, perspectives - Deuxi&#232;me partie : Lutter pour l'auto-gouvenrement des peuples &#187;, mai 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est en vente pour 3 &#8364; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?531-Diffusion-et-vente-de-nos' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;dans nos librairies&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Son achat permet notre auto-financement et constitue un soutien aux librairies ind&#233;pendantes (vous pouvez &#233;galement &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?626-Nous-aider' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;nous aider &#224; la diffusion&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est aussi possible de la t&#233;l&#233;charger &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?-100-Brochures-' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;dans la rubrique brochures&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;figure class='spip_document_474 spip_documents spip_documents_center' style=&#034;max-width:200px;&#034; data-w=&#034;200&#034;&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?-100-Brochures-' class=&#034;spip_in&#034; arial-label=&#034;&#034;&gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:137.14902807775%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/png/vignetteddii.png&amp;taille=200&amp;1621970999' alt='' data-src='IMG/png/vignetteddii.png' data-l='463' data-h='635' data-tailles='[\&#034;200\&#034;]' class='image_responsive avec_picturefill' srcset='index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/png/vignetteddii.png&amp;#38;taille=200&amp;#38;1621970999 1x,index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/png/vignetteddii.png&amp;#38;taille=400&amp;#38;1621970999 2x' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;/figure&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Sommaire :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Fausses figures de l'avenir.&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;De la difficult&#233; de sortir de notre pr&#233;sent perp&#233;tuel.&lt;/i&gt;, Ci-dessous&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?762-Notes-sur-l-organisation-des' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Notes sur l'organisation des collectifs d&#233;mocratiques&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?728-quatrieme-de-couverture-des' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Quatri&#232;me de couverture&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Cette brochure a fait l'objet d'un &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?811-la-democratie-directe-projet' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;expos&#233; publique lors de sa sortie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; L'id&#233;e d'une autre soci&#233;t&#233; est devenue presque impossible &#224; penser, et d'ailleurs personne n'avance sur le sujet, dans le monde d'aujourd'hui, m&#234;me l'esquisse d'un concept neuf.&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous voici condamn&#233; &#224; vivre dans le monde o&#249; nous vivons&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;F. Furet, Le pass&#233; d'une illusion, 1995&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'avenir n'est pas terrain vierge, page blanche ou espace vide &#224; combler selon le bon plaisir de chacun. Il est au contraire satur&#233; de notre pr&#233;sent ; bond&#233; de r&#234;ves, de fantasmes, de d&#233;lires, de peurs et d'illusions ; peupl&#233; de monstres et d'anges, de barbel&#233;s et de miradors ou de rivi&#232;res de lait et de miel, de croissance infinie ou de d&#233;clin imminent, de fin de l'histoire ou d'horreurs sans fin. L'humanit&#233; s'accroche passionn&#233;ment &#224; ces chim&#232;res pour &#233;chapper &#224; sa responsabilit&#233; vertigineuse d'avoir &#224; &lt;i&gt;faire histoire&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. l'excellent travail de M. Eliade, 1949, Le Mythe de l'&#233;ternel retour. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh39-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces figures de l'avenir rev&#234;tent aujourd'hui les apparences plus famili&#232;res de la politique, de l'&#233;conomie, de l'histoire et de la raison, elles n'en &#233;cument pas moins la &lt;i&gt;terra incognita&lt;/i&gt; &#8212; &lt;i&gt;terre incr&#233;&#233;e&lt;/i&gt;, devrions-nous &#233;crire &#8212; qu'est notre futur &#224; l'aff&#251;t de quiconque s'aventure hors des orni&#232;res des discours com&#173;mun&#233;ment admis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont justement ces masques id&#233;ologiques qui minent, obstruent et paralysent la r&#233;flexion, rendant immens&#233;ment difficile la formulation d'un projet de soci&#233;t&#233; cons&#233;quent et faisant de la d&#233;mocratie directe une risible sp&#233;culation. Ce sont eux qu'il faut traquer, d&#233;celer, examiner et d&#233;sarmer, pour livrer l'avenir &#224; son v&#233;ritable ma&#238;tre, l'imagination. S'ils se d&#233;clinent &#224; l'envi, il est possible d'en cerner quelques noyaux en nombre finis. Nous aurons ainsi &#224; r&#233;pondre d'abord &#224; l'argument glorifiant le &lt;i&gt;statu quo occi&#173;dental&lt;/i&gt; comme ind&#233;passable. Puis &#224; son renversement, le &lt;i&gt;catastro&#173;phisme&lt;/i&gt; paralysant. Viendront ensuite le trope &lt;i&gt;antitotalitaire&lt;/i&gt;, puis la posture &lt;i&gt;spon&#173;tan&#233;iste&lt;/i&gt; et enfin toutes les mystifications parareligieuses qui entourent l'&lt;i&gt;utopie&lt;/i&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour rendre l'expos&#233; plus accessible, nous prendrons ces figures dans cet ordre inverse de leur apparition au cours de l'histoire, ce qui est en un sens plus logique : c'est celui dans lequel elles se pr&#233;sentent &#224; l'esprit d&#232;s qu'il est question d'envisager l'existence d'une soci&#233;t&#233; meilleure.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Bon, mais alors qu'est-ce que vous proposez ? &#187; (Introduction)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a, avant toute chose, la question &#171; &lt;i&gt;quelle soci&#233;t&#233; proposez-vous ?&lt;/i&gt; &#187;, qui surgit au sein de toute discussion politique, plus pr&#233;cis&#233;ment d&#232;s que la critique des soci&#233;t&#233;s contemporaines fait vaciller les certitudes qu'elles inculquent. En ce sens, la question est d'abord et surtout &lt;i&gt;un argument&lt;/i&gt; bien plus qu'une interrogation v&#233;ritable : la difficult&#233; d'une r&#233;&#173;ponse claire est alors cens&#233;e d&#233;montrer l'inanit&#233; de la critique du monde existant, et servir de rappel &#224; l'ordre ; inversement, une r&#233;ponse pr&#233;cise ex&#173;pose imm&#233;diatement au soup&#231;on d'autoritarisme, et sert au m&#234;me rappel &#224; l'ordre. On peut r&#234;ver, mais pas entre gens s&#233;rieux.&lt;br class='manualbr' /&gt;A ce m&#233;canisme de d&#233;fense, un autre, sym&#233;trique, fait &#233;cho : &#171; &lt;i&gt;En d&#233;&#173;mocratie directe, les gens d&#233;cideront de tout... Se projeter dans l'avenir, c'est d&#233;j&#224; trahir ses principes...&lt;/i&gt; &#187;. V&#233;rit&#233; irr&#233;futable &#8212; une soci&#233;t&#233; auto&#173;nome n'a de sens qu'en &#233;tant l'&#339;uvre continue d'un peuple agissant &#8212; mais &#233;galement parfait sophisme qui instrumentalise la collectivit&#233;&lt;i&gt; pour ne pas avoir &#224; se prononcer&lt;/i&gt;, soi. Or se positionner, en son propre nom &#8212; oui, le sien &#8212; sur une meilleure organisation de la soci&#233;t&#233; n'est pas un droit, c'est un&lt;i&gt; devoir permanent&lt;/i&gt; pour quiconque se r&#233;clame simplement du peuple souverain. Et cela est une &#233;vidence. Tout comme il est &#233;vident que l'affaire est toujours remise au &lt;i&gt;lendemain&lt;/i&gt;... On demande, en 1909, &#224; Kropotkine : &#171; &lt;i&gt;Que devrons-nous faire, nous les anarchistes, quand l'ancien pouvoir aura disparu, comme lors de la Commune de Paris en 1871, et que le nouvel ordre ne sera pas encore &#233;tabli ?&lt;/i&gt; &#187; R&#233;ponse : c'est une importante question qui n'a pas encore re&#231;u l'attention qu'elle m&#233;ritait dans le mouve&#173;ment anarchiste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. B. Altena, &#171; Kritik wegen der Praxis. F. Domela Nieuwenhuis und der (&#8230;)&#034; id=&#034;nh39-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Disons tout de suite que nous ne voyons pas tr&#232;s bien qui pourrait jeter la premi&#232;re pierre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8230;et certainement pas la derni&#232;re livraison de benzodiaz&#233;pine de E. Hazan (&#8230;)&#034; id=&#034;nh39-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;... Car il y a l'extr&#234;me difficult&#233; du pro&#173;bl&#232;me lui-m&#234;me, mais aussi et surtout, et c'est aveuglant, les r&#233;sistances extraordinaires &#224; se mesurer &#224; la b&#233;ance qu'il ouvre, l'emprise des sch&#233;mas h&#233;rit&#233;s, ces verrous id&#233;ologiques qui cloisonnent l'imaginaire des esprits qui s'y affrontent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le pr&#233;sent texte ne constitue pas seulement une introduction &#224; une tentative de formuler ce que pourrait &#234;tre une soci&#233;t&#233; fonctionnant en d&#233;&#173;mocratie directe &#8212; ce qui fera l'objet de la totalit&#233; de la brochure suivante&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Brochure n&#176; 20 ter, Ce que pourrait &#234;tre une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique, automne 2014.&#034; id=&#034;nh39-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On aurait en effet tort de consid&#233;rer ces figures comme de simples obstacles subjectifs ou r&#233;sistances psychologiques qu'il suffirait de faire basculer pour d&#233;gager la voie. Car il ne s'agit pas uniquement d'objections pr&#233;fabriqu&#233;es par chacun pour maintenir l'&#201;tat en l'&#233;tat : ce sont tout autant des bilans implicites tir&#233;s des exp&#233;riences politiques des populations depuis deux ou trois si&#232;cles, donc des s&#233;dimentations &lt;i&gt;r&#233;elles&lt;/i&gt; de l'histoire, que seule une criminelle amn&#233;sie peut balayer sans phrase&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On lira par exemple notre critique des positions des partisans d'une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh39-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On comprend, &#224; cette aune, la difficult&#233; de l'exercice : il y a &#224; reconsid&#233;rer en profondeur ce que nos pr&#233;d&#233;cesseurs entendaient par &#171; soci&#233;t&#233; future &#187; et &#224; &#233;lucider notre d&#233;sir de transformations sociale lui-m&#234;me, qui s'enracine autant dans ce formidable courant dont nous sommes les h&#233;ritiers que dans les illusions religieuses et id&#233;ologiques.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Ce qui existe est tr&#232;s bien... &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Premi&#232;re figure : Le pro-occidentalisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re figure &#233;vidente, celle de l'attachement au mod&#232;le occidental.&lt;br class='manualbr' /&gt;Paradoxe extraordinaire : c'est au moment pr&#233;cis o&#249; l'humanit&#233; est confront&#233;e &#224; la &lt;i&gt;n&#233;cessit&#233; vitale&lt;/i&gt; d'&#233;laborer d'autres formes sociales ou types de soci&#233;t&#233; qu'elle semble incapable de le faire. Tandis que, pendant des si&#232;cles, les mondes imaginaires, les soci&#233;t&#233;s paradisiaques et les villes id&#233;ales ont travers&#233; la civilisation occidentale en heurtant &#8212; et en trans&#173;formant profond&#233;ment &#8212; des structures politiques, sociales, culturelles et religieuses qui paraissaient inamovibles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On lira par exemple l'encyclop&#233;dique Histoire transnationale de l'utopie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh39-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'effondrement actuel de ces derni&#232;res n'ouvre sur aucune alternative cr&#233;dible ou coh&#233;rente, et surtout &lt;i&gt;aucune volont&#233; collective d'en &#233;tablir une&lt;/i&gt;. La contradiction n'est qu'appa&#173;rente ; elle s'explique par la fin des grands conflits politiques et sociaux, l'&#233;puisement historique de la cr&#233;ativit&#233; collective et le ralliement final d'une &#233;crasante majorit&#233; des populations &#224; l'ordre du monde, y compris lors&#173;qu'elles en sont exclues. Nous disons ralliement, et m&#234;me &lt;i&gt;adh&#233;sion&lt;/i&gt; au mod&#232;le occidental, aux antipodes du tropisme gauchiste qui persiste &#224; l'occulter derri&#232;re &#171; l'Ali&#233;nation &#187; des masses, avec cette condescendance paternaliste pour les victimes d&#233;sign&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette adh&#233;sion s'est finalement forg&#233;e tout au long des &#171; Trente Glorieuses &#187;, ces ann&#233;es d'apr&#232;s-guerre mondiale durant lesquelles le mod&#232;le des soci&#233;t&#233;s &#171; d&#233;velopp&#233;es &#187; s'est tacitement &#233;rig&#233; en finalit&#233; de l'histoire humaine. Abondance mat&#233;rielle croissante, libert&#233; et &#233;galit&#233; relatives, &#201;tat-provi&#173;dence, processus &#233;lectoraux, effectivit&#233; des lois, pacifi&#173;cation sociale et ex&#173;tension mondiale : voici les points cardinaux qui ont orient&#233; jusqu'&#224; aujour&#173;d'hui le cours des choses, et notamment les voies emprunt&#233;es par les pays d&#233;colonis&#233;s ou la direction des flux migratoires. Avancer, dans ce cadre, la simple id&#233;e d'une autre soci&#233;t&#233; sonne faux, incongru, voire criminel. Cette aimantation des comportements humains, hier si divers selon les continents et les &#233;poques, exigerait d'autant plus d'attention qu'elle n'en semble jamais digne pour les pourfendeurs du &#171; Syst&#232;me &#187;. D&#233;m&#234;ler l'attirance du &#171; mod&#232;le oc&#173;cidental &#187; d&#233;passerait le cadre de ce texte mais il nous faut en dire quelques mots, car elle renvoie &#224; la compr&#233;hension de l'Occident comme une &lt;i&gt;dualit&#233; irr&#233;ductible&lt;/i&gt;, avec d'un c&#244;t&#233; une qu&#234;te de puissance, de contr&#244;le, d'accumu&#173;lation &#8212; c'est le capitalisme, la soci&#233;t&#233; de consommation et l'inflation tech&#173;noscientifique &#8212; et de l'autre l'&#233;mancipa&#173;tion de la soci&#233;t&#233; et de l'individu, le refus de la domination et de la s&#233;gr&#233;&#173;gation, la lutte contre l'obscurantisme, la vis&#233;e d'&#233;galit&#233; et de libert&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On lira par exemple sur ce point, de C. Castoriadis, &#171; La mont&#233;e de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh39-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#232;gne de l'illimit&#233; et attachement aux libert&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc d'abord ce mouvement vers ce qu'on peut appeler l'&lt;i&gt;illimit&#233;&lt;/i&gt; : ce qui est recherch&#233; &#224; travers la soif du profit pour lui-m&#234;me, la consom&#173;mation fr&#233;n&#233;tique, l'ascension hi&#233;rarchique et la recherche de puissance technique, c'est, &#224; l'&#233;chelle de l'individu, une fuite hors des limites du monde, de la vie, du temps et du corps, et finalement une &lt;i&gt;n&#233;gation de la mortalit&#233;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Et ce n'est pas une image, la mort physique elle-m&#234;me &#233;tant &#233;vacu&#233;e, d&#233;ni&#233;e, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh39-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces limites &#233;taient autrefois rationalis&#233;es et ritualis&#233;es par les religions, et la puissance demeurait le monopole de divinit&#233;s inaccessibles. La modernit&#233; a fait &#233;clater les premi&#232;res et s'incarner le d&#233;sir d'infini dans le monde terrestre, notamment par le truchement des &#171; biens de consommation &#187;, sans cesse acquis, renouvel&#233;s, consum&#233;s, d&#233;truits, refa&#173;briqu&#233;s, ou les &#171; nouvelles &#187; technologies promettant ubiquit&#233;, omni&#173;science et imm&#233;diatet&#233;. Or, ces postures anthropologiques sont incompa&#173;tibles avec le principe d&#233;mo&#173;cratique lui-m&#234;me, qui est exactement l'&lt;i&gt;autolimitation&lt;/i&gt; d'un peuple et des individus face &#224; leurs d&#233;sirs, fantasmes, r&#234;ves ou possibilit&#233;s r&#233;elles. Cette disparition progressive de toute &lt;i&gt;commune mesure&lt;/i&gt; (hors quelques survivan&#173;ces en milieux populaires) g&#233;n&#232;re un nouveau type d'&#234;tre humain qui ne semble pr&#234;t &#224; renoncer &lt;i&gt;&#224; aucun prix&lt;/i&gt; &#224; la promesse d'un paradis terrestre fait d'abondance indiscutable et de bonheur permanent. Sur cette toile de fond, la politique n'appara&#238;t plus que comme une technique gestionnaire visant le bon fonctionnement de la machinerie sociale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir par exemple &#171; La politique contamin&#233;e par la gestion &#187; in Vincent de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh39-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Aucun projet de transformation de la soci&#233;t&#233; n'aurait donc de sens sinon celui, destin&#233; &#224; soulager nos consciences tourment&#233;es, d'inclure l'humanit&#233; enti&#232;re dans cette infernale course au &lt;i&gt;Progr&#232;s&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a ensuite l'autre versant de notre adh&#233;sion aux soci&#233;t&#233;s occiden&#173;tales : c'est l'&lt;i&gt;attachement&lt;/i&gt; aux acquis des luttes antireligieuses, des combats ouvriers, les victoires de la libert&#233; des m&#339;urs, d'expression, l'&#233;galit&#233; des femmes, les droits des jeunes, etc. Est-il besoin de pr&#233;ciser ? Cet atta&#173;chement-l&#224; &#224; l'Occident est la base anthropologique de tout projet d'une v&#233;ritable d&#233;mocratie : nous ne pouvons que reprendre &#224; notre compte tout ce que les soci&#233;t&#233;s existantes comportent comme &#233;l&#233;ments d'autonomie individuelle et collective, de m&#234;me que ce qui fait qu'elles sont collectivit&#233;s vivantes et non pas monceau d'individus, ces valeurs d'honn&#234;tet&#233;, d'hospitalit&#233;, de solidarit&#233; et de don qu'Orwell nommait &lt;i&gt;common decency&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Adh&#233;sion &#224; la folie de l'accumulation, de la ma&#238;trise, de la puissance, et attachement au principe d'un individu enracin&#233; mais libre et profond&#233;ment responsable sont deux composantes de l'Occident &#233;troitement entrem&#234;l&#233;es en chacun d'entre nous, et pourtant distinctes. C'est l'absence de ce &lt;i&gt;distin&#173;guo&lt;/i&gt; qui a pouss&#233; les marxistes, puis leurs h&#233;ritiers gauchistes d'aujourd'hui, &#224; disqualifier ces droits comme &#171; libert&#233;s formelles &#187; faisant le jeu des puissants (!) ou &#224; les moquer comme ethnocentrismes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alors que c'est bien le fait de consid&#233;rer ces libert&#233;s comme &#171; naturelles &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh39-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais surtout &#224; les fouler aux pieds dans leurs pratiques quotidiennes, &#224; l'&#233;chelle de nations ou de groupuscules. C'est bien l'histoire du XXe si&#232;cle qui pousse alors les populations &#224; associer intuitivement tout projet de changement social &#224; une table rase, o&#249; seraient d&#233;finitivement perdues ces libert&#233;s patiemment acquises au fil des si&#232;cles &#8212; et il est difficile d'&#233;crire que ce n'est pas &lt;i&gt;&#224; raison&lt;/i&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;La d&#233;sint&#233;gration vertigineuse de cet h&#233;ritage, partout visible sous la figure de &#171; droite &#187; de l'oligarchie ou celle de &#171; gauche &#187; du relativisme &#171; multiculturel &#187;, ne peut que rendre plus imp&#233;rieuse la t&#226;che d'en repren&#173;dre le flambeau, et d'&#233;laborer une perspective r&#233;volutionnaire en continuit&#233; avec ces luttes pluris&#233;culaires.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; De toute fa&#231;on, c'est bient&#244;t la fin du monde ! &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Deuxi&#232;me figure : Le catastrophisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s que vacille l'image d'un mod&#232;le occidental viable, stable et extensif &#224; la plan&#232;te, la seconde figure prend imm&#233;diatement le relais : la certitude impuissante de l'effondrement prochain du monde civilis&#233;, r&#233;cemment sc&#233;naris&#233; par l'industrie du spectacle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me que la &#171; vie priv&#233;e &#187; est v&#233;cue en Occident comme une oasis au milieu d'un d&#233;sert surpeupl&#233; et hostile, l'&#233;poque pr&#233;sente est per&#231;ue comme une parenth&#232;se historique de calme relatif entre deux d&#233;ferlements de bruit et de fureur. La situation actuelle est v&#233;cue comme &lt;i&gt;l'&#339;il du cy&#173;clone&lt;/i&gt;, qu'illustre parfaitement la relation des populations fran&#231;aises au confort &#233;lectrique fourni par l'&#233;nergie nucl&#233;aire dite civile &#8212; que l'on sait pourtant parfaitement suicidaire. Dans ce cadre catastrophiste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#171; Catastrophe, catastrophisme &#8212; d&#233;sir d'en finir et haine de la soci&#233;t&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh39-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, hormis les fantasmes primitivistes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8230; qui ne sont que la version &#224; peine politis&#233;e des d&#233;lires survivalistes. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh39-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, nulle place pour un regard vers l'avenir : tout projet politique sonne aussi creux que de soulever la question du sexe des anges sur le pont inclin&#233; du Titanic.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La tentation &#233;cofasciste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme la pr&#233;c&#233;dente, dont elle constitue l'exact revers de m&#233;daille, cette posture est l'&#233;vitement d'une situation effectivement inqui&#233;tante, o&#249; l'on voit la mont&#233;e en puissance de &#171; crises &#187; multiples, &#224; la fois sanitaires, &#233;nerg&#233;tiques, &#233;cologiques, fortement imbriqu&#233;es aux crises sociales, poli&#173;tiques, culturelles et anthropologiques. Dans ces perspectives, un projet de d&#233;mocratie directe prend une couleur toute particuli&#232;re : tout pousserait plut&#244;t &#224; faire valoir autoritairement la &lt;i&gt;survie biologique de l'esp&#232;ce&lt;/i&gt;, &#224; rel&#233;&#173;guer toute pr&#233;occupation politique au rang du luxe exorbitant, sinon de l'irr&#233;alisme coupable. Cette tendance, souterrainement bien plus r&#233;pandue qu'on ne le pense, est un soutien &#224; l'oligarchie dominante. Elle repose fina&#173;lement sur le postulat fondamental de celle-ci, qui veut que l'individu ne puisse se pr&#233;occuper que de ses seuls int&#233;r&#234;ts particuliers et que la gestion de la chose publique soit, au fond, une &lt;i&gt;affaire de sp&#233;cialistes&lt;/i&gt;. Et son pro&#173;longement naturel est un horizon o&#249; l'&#233;cologie &#171; scientifique &#187; servirait de colonne vert&#233;brale &#224; un r&#233;gime autoritaire. La r&#233;futation de la politique comme science, &lt;i&gt;epist&#233;m&#232;&lt;/i&gt;, au profit de la confrontation des opinions, &lt;i&gt;doxa&lt;/i&gt;, a &#233;t&#233; faite ailleurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chez H. Arendt ou C. Castoriadis, par exemple dans &#171; Imaginaire politique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh39-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : bornons-nous ici &#224; en montrer concr&#232;tement la perti&#173;nence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sobri&#233;t&#233; et &#233;galit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu fondamental, &#224; la fois psychique et mat&#233;riel, des d&#233;cennies &#224; ve&#173;nir est la baisse drastique du &#171; niveau de vie &#187; &#233;conomique des pays riches, et l'arr&#234;t de l'accession &#224; ce mod&#232;le, au &#171; d&#233;veloppement &#187;, pour les pays pauvres. Cette &#233;vidence est masqu&#233;e par un cloisonnement disciplinaire, aux deux sens du terme : la s&#233;paration militante des traitements de la crise &#233;conomique et de la crise &#233;cologique. D'un c&#244;t&#233;, le discours &#233;galitariste &#171; anti-oligarchique &#187; se fait toujours dans une perspective d'abondance pour tous. Il s'inscrit dans la grande tradition redistributive de toutes les utopies &#171; socialistes &#187;, qui entretenaient le mythe d'un productivisme impliquant l'extraction illimit&#233;e des &#171; ressources &#187; naturelles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On lira sur cette question S. Latouche qui reprend les r&#233;flexions de H. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh39-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De l'autre c&#244;t&#233;, le discours &#233;cologique le moins incons&#233;quent parie sur une &#171; d&#233;croissance &#187; salutaire, mais qui r&#233;duit l'ampleur des transformations politiques &#224; effectuer &#224; un simple changement des mentalit&#233;s individuel&#173;les&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par exemple concernant la &#171; r&#233;duction du temps de travail &#187; : l'importance (&#8230;)&#034; id=&#034;nh39-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, sans v&#233;ritablement renouer avec l'h&#233;ritage des luttes &#233;galitaires. Ces deux dis&#173;cours se croisent sans parvenir &#224; joindre la critique de la fascina&#173;tion pour l'abondance mat&#233;rielle et le refus du pillage oligarchique. Lorsqu'on sait qu'anthropologiquement, les mod&#232;les comportementaux &#233;manent des &#233;lites&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. le chapitre IV du livre de Herv&#233; Kempt, Comment les riches d&#233;truisent la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh39-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il est clair que lutter contre l'adh&#233;sion &#224; la soci&#233;t&#233; de consommation ne peut r&#233;ellement se faire qu'avec la fin de la domination g&#233;n&#233;ralis&#233;e. La sobri&#233;t&#233; ne pourra &#234;tre v&#233;cue humainement que dans une soci&#233;t&#233; strictement &#233;galitaire. La &lt;i&gt;red&#233;finition collective des besoins&lt;/i&gt; est ins&#233;parable, par d&#233;fini&#173;tion, de l'&#233;galit&#233; politique et sociale qu'exige une d&#233;mocratie directe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Science et d&#233;mocratie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques mots sur l'avenir le plus probable, et son impasse. Le discours scientiste de l'&#233;conomie a domin&#233; la pens&#233;e politique du XXe si&#232;cle et a &#233;t&#233; massivement r&#233;pandu par le marxisme. Tout semble indiquer que le dis&#173;cours &#233;cologique prend le relais pour le XXIe : au-del&#224; de la simple phra&#173;s&#233;ologie autour du &#171; d&#233;veloppement durable &#187;, la fonction principale de cette id&#233;ologie est de continuer &#224; confisquer le droit de d&#233;cision au plus grand nombre &#224; partir d'un chantage &#224; la survie. Mais la perspective d'un r&#233;gime dirig&#233; par un cercle de scientifiques m&#234;lant technocratiquement &#171; ing&#233;nierie sociale &#187; et &#171; g&#233;nie &#233;cologique &#187; resterait totalement aveugle quant au processus social sur lequel reposent et la science et l'&#233;cologie, se condamnant de ce fait &#224; l'inefficacit&#233; de son propre point de vue. Car, pas plus que le march&#233;, le travail scientifique v&#233;ritable n'a jamais &#233;t&#233; une sph&#232;re d&#233;tach&#233;e de la soci&#233;t&#233; : il ne na&#238;t et n'existe que dans et par une collectivit&#233; o&#249; les questions m&#234;me les plus farfelues sont ouvertes, o&#249; l'in&#173;dividu entretient avec le monde naturel et social une relation probl&#233;matique et peut porter des interrogations, mener des investigations et imaginer des hypoth&#232;ses dans tous les domaines. La science, &lt;i&gt;en tant qu'interrogation rationnelle et pratique sur l'univers&lt;/i&gt;, est partie prenante du projet d'auto&#173;nomie et en est m&#234;me un des centres. Et le tarissement de l'imagination cr&#233;atrice &#224; laquelle nous assistons depuis des d&#233;cennies affecte autant le terrain des luttes sociales que les laboratoires de recherche. Ce qu'il faut bien appeler aujourd'hui le d&#233;lire technoscientifique n'est en rien une communaut&#233; mondiale de gens libres d&#233;gageant des v&#233;rit&#233;s partielles et fragiles dans la confrontation mutuelle : la &#171; Science &#187; est devenue un agr&#233;gat d'int&#233;r&#234;ts cloisonn&#233;s plus ou moins d&#233;risoires, soumis au &lt;i&gt;lobbying&lt;/i&gt; intensif des industriels et des &#201;tats, o&#249; les cr&#233;dits d&#233;cident des directions de recherche, et les clans des carri&#232;res&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. le texte de L. Zuppiroli, &#171; Br&#232;ve critique du syst&#232;me universitaire et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh39-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La question n'est plus de savoir s'il existe &lt;i&gt;encore&lt;/i&gt; une v&#233;ritable recherche scientifique (la r&#233;ponse est assez claire, qu'il s'agisse de sciences sociales ou d'agronomie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Concernant les premi&#232;res, on lira avec int&#233;r&#234;t l'injustement oubli&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh39-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), mais si ce que l'on nomme ainsi sera &#224; la hauteur des attentes croissantes dont elle est l'objet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;marche scientifique et constitution d'une soci&#233;t&#233; vivante et ouverte vont de pair. La chose est particuli&#232;rement &#233;vidente concernant l'&#233;cologie scientifique, dont l'objet d'&#233;tude est l'ensemble dynamique des interactions entre les soci&#233;t&#233;s mondialis&#233;es et leurs environnements biophysiques. Une telle discipline, destin&#233;e &#224; un &#171; brillant &#187; avenir, doit analyser une bio&#173;sph&#232;re en perp&#233;tuel changement, particuli&#232;rement sous des pressions an&#173;thropiques permanentes : elle ne peut par d&#233;finition qu'impliquer non seulement &lt;i&gt;toutes&lt;/i&gt; les autres sciences, y compris et surtout celles dites hu&#173;maines ou anthropologiques, mais &#233;galement les &lt;i&gt;processus m&#234;mes&lt;/i&gt; des d&#233;&#173;cisions collectives, puisque, laiss&#233;e &#224; elle-m&#234;me, elle se trouve &lt;i&gt;ontologi&#173;quement&lt;/i&gt; incapable de dessiner un quelconque projet pour l'humanit&#233;. C'est sur cette impasse qu'achoppent aujourd'hui toutes les r&#233;flexions bio-&#233;thiques ou philosophiques concernant la course actuelle de la technos&#173;cience (bio-ing&#233;nierie, nanotechnologie, g&#233;nie g&#233;n&#233;tique, etc.), livr&#233;e &#224; sa propre dynamique en l'absence de toute expression populaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Contrairement &#224; ce que pense le &#171; grand public &#187;, le maintien de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh39-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8212; et les c&#233;&#173;nacles de &#171; sages &#187; ne constituent qu'une man&#339;uvre dilatoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les changements acc&#233;l&#233;r&#233;s et tous azimuts que conna&#238;t la fine couche de vie terrestre comprise entre le vide interplan&#233;taire et le sous-sol magma&#173;tique n'impliquent en rien un abandon de la perspective d&#233;mocratique : ils l'exigeraient plut&#244;t. Car le rapport &#224; la &#171; Nature &#187; est ce qu'il y a de plus &#171; imaginaire &#187; dans une soci&#233;t&#233;, et la possibilit&#233; de changer celui-ci, de critiquer et d'alt&#233;rer ses propres significations sociales (valeurs, comporte&#173;ments, principes, etc), est sans doute la d&#233;finition la plus pr&#233;cise de l'entre&#173;prise d&#233;mocratique. Qu'il s'agisse de la p&#233;nurie de ressources naturelles, de l'apparition de nouvelles souches pathog&#232;nes, de la mont&#233;e du niveau des oc&#233;ans, d'une d&#233;mographie incontr&#244;l&#233;e ou d'une catastrophe nucl&#233;aire, les r&#233;flexions les plus r&#233;centes et les plus pertinentes sonnent comme un appel &#224; des soci&#233;t&#233;s capables de combiner la multitude innovante des indivi&#173;dualit&#233;s et les moyens de coordination / coercition d'instances politiques globales&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On lira particuli&#232;rement les chapitres IX, &#171; Comment les soci&#233;t&#233;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh39-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Aucune situation ne peut plus permettre de faire durablement l'&#233;conomie d'une &lt;i&gt;intelligence collective&lt;/i&gt; liant savoir savant et savoir profane, gestes quotidiens et mesures plan&#233;taires. On retrouve ici, appliqu&#233;e &#224; la relation &#224; la culture, &#224; la connaissance, au savoir et &#224; la science, la c&#233;l&#232;bre formule d'Aristote r&#233;sumant le type anthropologique du citoyen d&#233;mocratique, &#171; &lt;i&gt;capable de gouverner comme d'&#234;tre gouvern&#233;&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?761-fausses-figures-de-l-avenir-2-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Seconde partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb39-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. l'excellent travail de M. Eliade, 1949, &lt;i&gt;Le Mythe de l'&#233;ternel retour. Arch&#233;types et r&#233;&#173;p&#233;tition&lt;/i&gt;, Gallimard, 1969, et plus particuli&#232;rement le chap. IV, &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?729-la-terreur-de-l-histoire' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; La &#171; terreur de l'his&#173;toire &#187; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb39-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. B. Altena, &#171; Kritik wegen der Praxis. F. Domela Nieuwenhuis und der Marxismus &#187;, in : M. van der Linden (&#233;d.), &lt;i&gt;Die Rezeption der Marxschen Theorie in den Niederlanden&lt;/i&gt;, Tr&#234;ves, 1992, p. 83, cit&#233; dans &lt;a href=&#034;http://acontretemps.org/spip.php?article286&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;A contretemps, Bulletin de critiques bibliographiques&lt;/i&gt; n&#176; 37, &lt;i&gt;Du syndicalisme r&#233;volutionnaire&lt;/i&gt; (mai 2010), &#171; R&#233;flexions sur l'analyse du syndi&#173;calisme r&#233;volutionnaire (L'importance des communaut&#233;s locales) &#187; par Bert Altena&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb39-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#8230;et certainement pas la derni&#232;re livraison de benzodiaz&#233;pine de E. Hazan &amp; S. Ar&#382;ako&#173;vit&#353; Ter-Petrossian (&lt;i&gt;Premi&#232;re mesures r&#233;volutionnaires&lt;/i&gt;, La fabrique 2013), apparemment forc&#233;s d'augmenter les doses.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb39-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Brochure n&#176; 20 ter, &lt;i&gt;Ce que pourrait &#234;tre une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique&lt;/i&gt;, automne 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb39-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On lira par exemple notre critique des positions des partisans d'une Assembl&#233;e consti&#173;tuante tir&#233;e au sort, dont le refus opini&#226;tre de consid&#233;rer l'histoire de la modernit&#233; condamne &#224; une surprenante candeur. Cf. &#171; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?721-contre-la-constituante-1-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt; Contre la Constituante &#187;, janvier 2014&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. A l'autre bout du spectre, dirions-nous, les ombres apocalypti&#173;ques des djihadistes tendent &#224; montrer de facto que rel&#233;guer la barbarie occidentale qui s'est d&#233;ploy&#233;e durant le XXe si&#232;cle &#224; un probl&#232;me entre puissances colonisatrices permet l'af&#173;firmation franche et non complex&#233;e d'un v&#233;ritable projet de soci&#233;t&#233;, f&#251;t-il d'une mons&#173;truosit&#233; et d'un archa&#239;sme consternants.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb39-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On lira par exemple l'encyclop&#233;dique &lt;i&gt;Histoire transnationale de l'utopie litt&#233;raire et de l'utopisme&lt;/i&gt;, Vita Fortunati &amp; alii, Honor&#233; Champion, 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb39-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On lira par exemple sur ce point, de C. Castoriadis, &#171; La mont&#233;e de l'insignifiance &#187; in &lt;i&gt;Les carrefours du labyrinthe IV&lt;/i&gt; (Seuil 1996), p. 89-90 et, de mani&#232;re plus approfondie, &#171; Complexit&#233;, magmas, histoire &#187; in &lt;i&gt;Fait et &#224; Faire, Les carrefours du labyrinthe V&lt;/i&gt; (Seuil 1997), p. 218-221.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb39-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Et ce n'est pas une image, la mort physique elle-m&#234;me &#233;tant &#233;vacu&#233;e, d&#233;ni&#233;e, tu&#233;e, ab&#173;sent&#233;e de nos soci&#233;t&#233;s contemporaines. Cf. Ph. Ari&#232;s, &lt;i&gt;Essais sur l'histoire de la mort en Occident&lt;/i&gt;, Seuil, 1975.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb39-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir par exemple &#171; La politique contamin&#233;e par la gestion &#187; in Vincent de Gaulejac,&lt;i&gt; La soci&#233;t&#233; malade de la gestion, id&#233;ologie gestionnaire, pouvoir manag&#233;rial et harc&#232;lement social&lt;/i&gt;, Seuil, 2009, disponible sur notre site.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb39-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Alors que c'est bien le fait de consid&#233;rer ces libert&#233;s comme &#171; naturelles &#187; et &#233;videntes a priori pour toute l'humanit&#233; pass&#233;e, pr&#233;sente et &#224; venir qui constitue un ethnocentrisme aveugle &#224; lui-m&#234;me. Ce dernier prend souvent la forme contrari&#233;e d'une x&#233;nophilie ba&#173;roque et irr&#233;elle, y compris et surtout chez les militants gauchistes (cf. &#171; La confusion occidentale &#187; dans notre brochure n&#176; 19, mai 2012, &lt;i&gt;Malaises dans l'identit&#233;&lt;/i&gt;, disponible sur le site). Un des grands triomphes de cette posture culpabilis&#233;e est qu'il soit devenu impossible de s'affirmer aujourd'hui comme r&#233;volutionnaire et d&#233;fenseur d'une des sp&#233;cificit&#233;s oc&#173;cidentales, ce qui repr&#233;sente tout de m&#234;me un sacr&#233; tour de force. Les danses macabres auxquelles on assiste aujourd'hui pour la d&#233;fense mordicus de l'Islam de la part de cat&#233;&#173;gories de gens qui en sont depuis longtemps les premi&#232;res victimes l&#224; o&#249; une telle super&#173;stition s'impose en est un exemple particuli&#232;rement atterrant, qui rappelle les grandes heures du stalinisme (cf. &#171; Islamisme, islamophobie islamo-gauchisme &#187;, avril 2013, dis&#173;ponible sur notre site).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb39-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. &#171; Catastrophe, catastrophisme &#8212; d&#233;sir d'en finir et haine de la soci&#233;t&#233; &#187;, janvier 2010, disponible sur le site.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb39-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#8230; qui ne sont que la version &#224; peine politis&#233;e des d&#233;lires survivalistes. Cf. B. Vidal, &#171; Survivre au d&#233;sastre et se pr&#233;parer au pire &#187;, &lt;i&gt;Les cahiers de psychologie politique&lt;/i&gt;, nu&#173;m&#233;ro 20, janvier 2012, disponible sur notre site.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb39-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Chez H. Arendt ou C. Castoriadis, par exemple dans &#171; Imaginaire politique grec et mo&#173;derne &#187;, La mont&#233;e de l'insignifiance, op. cit., p. 167 ou &#171; La polis grecque et la cr&#233;ation de la d&#233;mocratie &#187;, Domaines de l'homme, Les carrefours du labyrinthe II (Seuil 1999), p. 355-356.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb39-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On lira sur cette question S. Latouche qui reprend les r&#233;flexions de H. Arendt sur l'hori&#173;zon de consommation infinie qui a anim&#233; bien des mouvements politiques, et surtout &#171; Keyn&#233;sianisme improbable &#187; et &#171; Les conditions de validit&#233; du keyn&#233;sianisme &#187; de G. Fargette, &lt;i&gt;Le Cr&#233;puscule du XXe si&#232;cle&lt;/i&gt; n&#176; 25, d&#233;cembre 2012, disponible sur notre site.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb39-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Par exemple concernant la &#171; r&#233;duction du temps de travail &#187; : l'importance dans ces mi&#173;lieux de la revendication d'un &#171; revenu garanti &#187; contredit frontalement les perspectives d'un retour in&#233;vitable &#224; la centralit&#233; du travail humain dans un contexte de baisse drastique de la consommation d'&#233;nergie. De la m&#234;me mani&#232;re est constamment &#233;lud&#233;e la question des pr&#233;dations internationales vis-&#224;-vis de tout pays d&#233;cidant de restreindre sa propre puissance. Cf. &#171; Le &#171; Cauchemar de Don Quichotte &#187;, une discussion symptoma&#173;tique de la r&#233;gression historique &#187; de G. Fargette, &lt;i&gt;Le Cr&#233;puscule du XXe si&#232;cle&lt;/i&gt;, n&#176; 16, &#233;t&#233; 2006, disponible sur notre site. Cf. aussi notre lecture du mouvement contre la r&#233;forme des retraites en France &#224; l'automne 2010, &#171; Une lutte &#224; la crois&#233;e des chemins &#187;, brochure n&#176; 16, Octobre 2010, mars 2011, p. 5-25, et sur la question du &#171; revenu garanti &#187;, dans la m&#234;me brochure, p. 29 sqq.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb39-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. le chapitre IV du livre de Herv&#233; Kempt, &lt;i&gt;Comment les riches d&#233;truisent la plan&#232;te&lt;/i&gt;, Seuil, 2007, &#171; Comment l'oligarchie exacerbe la crise &#233;cologique &#187;, disponible sur notre site.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb39-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. le texte de L. Zuppiroli, &#171; Br&#232;ve critique du syst&#232;me universitaire et scolaire mon&#173;dial &#187;, in &lt;i&gt;La bulle universitaire ; faut-il poursuivre le r&#234;ve am&#233;ricain ?&lt;/i&gt;, Presses Universi&#173;taires Romandes, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb39-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Concernant les premi&#232;res, on lira avec int&#233;r&#234;t l'injustement oubli&#233; &lt;i&gt;Splendeurs et mis&#232;res des sciences sociales : esquisses d'une mythologie&lt;/i&gt; (A. Caill&#233;, Librairie Droz, 1986), et concernant la seconde, la magistrale &lt;i&gt;Histoire des agricultures du Monde. Du n&#233;olithique &#224; la crise contemporaine&lt;/i&gt;, de M. Mazoyer et L. Roudart, plus particuli&#232;rement le chapitre &#171; Crise agraire et crise g&#233;n&#233;rale &#187;, et notamment la page 649. Ces critiques valent d'au&#173;tant plus qu'elles sont formul&#233;es de l'int&#233;rieur, particuli&#232;rement pour le second cas.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb39-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Contrairement &#224; ce que pense le &#171; grand public &#187;, le maintien de la biodiversit&#233; terrestre n'a rien d'une &#233;vidence scientifique. Des projets plus ou moins d&#233;lirants existent, comme celui visant &#224; la r&#233;duire aux quelques centaines d'esp&#232;ces animales et v&#233;g&#233;tales jug&#233;es in&#173;dispensables &#224; la vie humaine. On peut juger ces cauchemars &#233;veill&#233;s encore marginaux ou criminels, ils n'en sont pas moins et plut&#244;t plus &#171; scientifiques &#187;, et en un sens plus r&#233;alistes, que la volont&#233; diffuse de mettre la &#171; Nature &#187; sous cloche. Par ailleurs, un bref regard r&#233;trospectif sur les partis pris politico-id&#233;ologiques des grands noms de l'&#233;cologie scien&#173;tifique, sinon plus g&#233;n&#233;ralement de la biologie, fait froid dans le dos. Et il ne faudrait pas croire le darwinisme social hors de combat, loin de l&#224;. Cf. l'article &#171; Sociobiologie &#187; de G. Guille-Escuret dans l'excellent Dictionnaire d'histoire et philosophie des sciences de D. Lecourt &amp; alii, 1999, PUF. Sur le r&#244;le des sciences de la vie dans la l&#233;gitimation scientifique du racisme, et le danger sym&#233;trique de fonder l'antiracisme sur des donn&#233;es scientifiques, on lira avec profit A. Pichot, 2000, La soci&#233;t&#233; pure. De Darwin &#224; Hitler, Champs Flammarion.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb39-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On lira particuli&#232;rement les chapitres IX, &#171; Comment les soci&#233;t&#233;s assurent-elles leur p&#233;&#173;rennit&#233; ? Deux approches divergentes &#187; et XIV, &#171; Pourquoi certaines soci&#233;t&#233;s prennent-elles des d&#233;cisions catastrophiques ? &#187;, du livre de J. Diamond,&lt;i&gt; Effondrement. Comment les soci&#233;t&#233;s d&#233;cident de leur disparition ou de leur survie&lt;/i&gt;, 2005, Gallimard 2006, p. 451 &amp; 649 sqq.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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