Gilets jaunes et démocratie directe : convergences et obstacles (1/2)

lundi 24 décembre 2018
par  LieuxCommuns

Retranscription étoffée de l’intervention faite le 14 décembre au Samovar à Bordeaux, sur l’invitation des « Chimpanzés du futur » et des « Amis de Bartleby ».

La soirée était annoncée ici


Ce texte fait partie de la brochure n°24 « Le mouvement des gilets jaunes »
Surgissement populaire et démocratie directe en germe

Elle sera bientôt en vente pour 3 € dans nos librairies. Les achats permettent notre auto-financement et constitue un soutien aux librairies indépendantes (vous pouvez également nous aider à la diffusion).

Elle est intégralement téléchargeable dans la rubrique brochures

Sommaire :

  • Gilets jaunes et démocratie directe : convergences et obstacles (Exposé) — ci-dessous

Quelques mots de présentation, assez brefs, que vous sachiez un peu quel olibrius vous avez invité. Puisqu’il va être question de classe sociale et de mode de vie, je précise tout de suite mon profil assez hybride. J’ai vécu jusqu’à aujourd’hui autour du seuil de pauvreté – actuellement je perçois 700 €, par exemple – et n’ai jamais gagné plus que le Smic. Je suis donc un « pauvre », en un sens plus « pauvre » que beaucoup de gilets jaunes (mais milliardaire comparé à un paysan malien…). Cela résulte à la fois d’un choix de vie et d’une inadaptation foncière au salariat qui me fait me demander un peu trop souvent ce que je fous là, et c’est souvent réciproque… Parallèlement, je fais partie de la strate hyper-éduquée, hyper-politisée, diplômée, urbaine mais banlieusarde – je me reconnaissais un peu dans la catégorie éphémère des « intellos-précaires », l’arrivisme en moins parce que les génuflexions, l’ascension sociale, l’accession à la propriété, les crédits et le consumérisme ne me parlent pas. Donc sociologiquement, je ne fais pas partie des gilets jaunes : je n’ai jamais joué le jeu du niveau de vie et je ne suis donc pas, comme eux, déçu d’un « système » qui ne tiendrait pas ses promesses – je n’y ai jamais cru, tout simplement…

Politiquement, je proviens vaguement de la nébuleuse libertaire – « Ni Dieu, ni Maître ! », il me semble que c’est un bon repère, même aujourd’hui. J’ai fondé Lieux Communs, il y a plus de dix ans, par insatisfaction profonde du monde militant, à la fois très adolescent, para-religieux et fossilisé. Notre credo, c’est ce que j’ai écrit au dos de mon gilet jaune : « Démocratie directe – Égalité des revenus – Redéfinition des besoins », les trois s’entre-impliquant même si c’est bien plus un support à discussions qu’un programme arrêté, ça n’aurait pas de sens. Une dizaine de brochures ont été produites, sur les soulèvements arabes, les « indignés » grecs de 2011, sur la démocratie directe – en trois fascicules –, sur l’islamisme… et je continue d’en sortir régulièrement [1].

Le mouvement des gilets jaunes m’a saisi dès son commencement et le site est en ébullition depuis un mois, avec des publications fréquentes, une revue de presse continue, des interventions à gauche à droite [2]… Et ce soir, je vais justement essayer de faire part de mon enthousiasme et de mes réserves, de mes inquiétudes. Je procéderai en deux temps. D’abord je vais me demander en quoi ces fameux « gilets jaunes » sont partie prenante d’un projet – qui est mien – d’une démocratie directe, parce qu’après tout ce n’est pas évident. Pas de suspens : je vois dans ce mouvement une tendance en ce sens – ce n’est pas la seule –, une volonté pratique de souveraineté collective. Et ensuite je vais voir les obstacles qui surgissent face à ce projet, les chantiers qui s’ouvrent, de manière à la fois très concrète et très générale, en partant des gilets jaunes, mais en ayant en tête que ce n’est sans doute que le début d’une période troublée [3], de grands remous et donc que cela concerne a priori les mouvements qui pourraient survenir à l’avenir. En introduction quelques mots sur la nature du mouvement, ce à quoi on peut le comparer et s’il y avait des choses qui l’annonçaient.

Un mouvement sans précédent ?

Une manière d’aborder le sujet consisterait à se demander à quoi l’on pourrait comparer historiquement ce mouvement des « gilets jaunes ».

Il ressemble très peu à tous les mouvements sociaux depuis 30 ans, en réalité des vetos posés par la gauche syndicale à des mesures, réformes, lois ponctuelles et toujours très encadrés : une fois sifflée la fin de la récréation, par les syndicats et les médias, tout le monde rentre chez soi et les plus radicaux se retrouvent tout seuls. Même le mouvement de 1995, aujourd’hui mythifié, fait aujourd’hui bien pâle figure. À l’inverse, pour la spontanéité on peut évoquer les « émeutes de banlieue », les grandes explosions comme 2005 ou 2007, mais aussi toutes celles qui sont aujourd’hui quasi-hebdomadaires dans un grand silence médiatique. Mais elles n’ont rien de politiques, sont aphones, exclusivement masculines et violentes, et relèvent plus de la destructivité, du nihilisme, de l’anomie que d’autre chose.

Il faudrait plutôt remonter jusqu’à Mai 68 ou Juin 1936 pour retrouver un événement politique aussi populaire et spontané. Mais en 68, les barricades étaient globalement le fait de la jeunesse, étudiants et travailleurs, et la récupération syndicale de la suite est évidente, ce qui a permis de faire rentrer tout le monde au bercail rapidement, après avoir obtenu quelques miettes sans rapport avec l’ampleur du mouvement. Et le sursaut de mai-juin 1936, pour aussi important et radical qu’il ait été, a plutôt été une conjonction heureuse entre des élections et une poussée démocratique mais idéologiquement claire que le Front Populaire de l’époque était malgré tout parvenu à endiguer en la satisfaisant partiellement. Difficile d’y comparer les « gilets jaunes » actuels…

Aujourd’hui les gens brandissent le drapeau français, chantent la Marseillaise et portent des bonnets phrygiens et tout le monde fait référence à 1789, mais je crois qu’en réalité la situation évoque plutôt la première moitié du XIXe siècle, avec des mouvements ouvriers protéiformes, des mots d’ordre encore mouvants, une grande spontanéité, aucun encadrement, etc. En passant, cela montre bien le refoulé total que constitue ce XIXe siècle, pourtant si incroyablement riche et inventif, et il faudrait s’interroger là-dessus. Sans doute parce que la « Gauche » en a monopolisé l’image en s’en prétendant l’héritière et que son naufrage a emporté avec elle tout ce trésor historique… Je reviendrai en fin d’intervention sur ce XIXe siècle justement.

Les prodromes des « Gilets jaunes »

Pour autant les « gilets jaunes » ne sortent pas de nulle part ; dès le début, il a été évoqué le mouvement des « Pigeons », ou les « Bonnets Rouges » quant aux catégories concernées, les modes d’actions ou les revendications. Je n’ai vu personnes invoquer les « indignés » français de 2011, alors que du point de vue politique ils traduisaient aussi cette frustration profonde face à une représentation électorale complètement faussée. Parallèlement il me semble qu’il faudrait aussi mentionner les obsèques de Johnny Halliday, qui ont rendu spectaculairement visible cette France des oubliés, celle des « beaufs », massivement blanche, médiatiquement méprisée qui est précisément celle des « gilets jaunes ». Même chose pour les rassemblements spontanés qui se sont déroulés partout après les attentats de Charlie-Hebdo et de l’Hypercasher donc entre le 7 et le 11 janvier, où des gens se sont levés pour exprimer quelque chose de viscéral, comme un instinct de survie, un refus de la barbarie, de l’horreur de ce « nouveau monde » qui semble s’installer inexorablement. Je n’ai vu personne en faire mention alors que je pense qu’il y a là un fil rouge, enfoui mais tenace.

D’ailleurs cette année 2015 est peut-être celle qui a incarné un tournant : il y a eu toutes ces attaques djihadistes cauchemardesques qui ont dû atteindre quelque chose de très profond dans l’imaginaire français, comme une déclaration de guerre, mais aussi, presque plus inquiétant, comme incapacité pour le pouvoir d’y répondre ou au moins de protéger la population. À l’époque, je vous rappelle que la gauche était revenue aux affaires, dix ans après l’élection « volée » de 2002 et, comme toute gauche contemporaine au pouvoir, elle ne pouvait évidemment que se discréditer et immensément décevoir, rendant évident le vide politique du pays et l’absence de direction générale. 2015, c’est aussi le début de ce que l’on appelle la « crise migratoire », avec toutes les inquiétudes qui vont avec, liées à une tonalité géopolitique particulièrement alarmante. Et, en toile de fond, des crises que tout le monde sait permanentes, comme la crise financière de 2008-2011, les dévastations écologiques ou la crise pétrolière. Bref, la crise de régime devenait de plus en plus profonde, et se traduisait par la perspective d’une arrivée de Marine Le Pen en tête des élections présidentielles de 2017. Et là, on a eu une sorte de télé-évangéliste, Emmanuel Macron, dauphin de l’oligarchie, qui a raflé la mise avec un véritable putsch institutionnel, médiatique et juridique [4], qui promettait de réconcilier les français et leur élite, en balayant les vieux partis, en promettant des élus venant de la « société civile », une démocratie participative, une start-up nation, etc. Ce n’était évidemment qu’un vernis sur cette crise de régime très profonde, qu’il a entériné et approfondi en supprimant tous les corps intermédiaires, accélérant la décomposition politique. Et c’est précisément cela qui craque aujourd’hui, qui revient sous la forme de « gilets jaunes ». Donc ce mouvement n’est pas une péripétie passagère : il est la traduction de toute cette évolution, de tout ce vide qui s’accumule, si j’ose dire, depuis quelques années, et bien plus d’ailleurs.

Parce que plus globalement, ce mouvement des « gilets jaunes » doit être interprété aussi comme la version française des « populismes ». Je mets des guillemets, parce que ce terme est ambigu mais cette ambiguïté dit aussi quelque chose de la situation : un peu partout, en Occident et ailleurs, apparaissent des réactions très fortes des peuples qui refusent l’évolution du monde. C’est le Brexit ou D. Trump, bien sûr, mais aussi Syriza en Grèce, Bolsonario au Brésil dernièrement, Orbàn en Hongrie ou l’Afd en Allemagne, Podemos en Espagne, Cinq Étoiles en Italie, etc. Et les « gilets jaunes » sont cette version française de ce gigantesque courant, assez indéfinissable mais très fort, de refus catégorique du monde qui vient, du basculement que nous visons. Et les « gilets jaunes », c’est un mouvement très français, qui reprend ce mode quasi-insurrectionnel ou quasi-révolutionnaire qui fait tant parler à l’étranger – french is so french – et qui me donne l’impression, à moi, pour la première fois, de vivre dans un pays qui a effectivement cette histoire révolutionnaire, insurrectionnelle, alors que jusqu’ici cela restait très abstrait, livresque, ou folklorique. C’est justement cet aspect très démocratique du mouvement que je voudrais aborder maintenant.

1 – Les gilets jaunes et la démocratie directe

Comme je l’ai indiqué en introduction, ce mouvement a quelque chose à voir avec la démocratie directe. Je vais essayer de montrer en quoi, et en quoi il ne s’agit pas, je crois, d’une simple projection d’un projet militant.

Une auto-organisation revendiquée

Premier élément, l’auto-organisation. Il est connu que les « gilets jaunes » sont nés sur Facebook il y a deux mois, le réseau social privilégié des classes populaires, hors de toute institution, parti, syndicat ou même association. Les gens s’auto-organisent depuis presque deux mois, ex nihilo, sur les points de blocage, lors des actions, pour les revendications, etc. Et ils refusent toute hiérarchie, toute représentation, allant jusqu’à menacer de mort ceux qui s’auto-érigent en porte-parole – on peut ne pas être d’accord, mais c’est diablement efficace : pas un « gilet jaune » à la télé qui ne prenne des précautions oratoires en précisant qu’il ne parle qu’en son nom, ou au nom de quelques-uns, son groupe local ou ses « abonnés Facebook »… Auto-organisation aussi d’un point de vue idéologique, en quelque sorte, puisqu’ils refusent farouchement tout rapprochement d’un discours déjà constitué. Tout cela n’est pas si simple, bien sûr, on le verra, et l’auto-organisation ou l’horizontalité n’est pas la démocratie.

Mais tout cela, ce n’est pas seulement des palliatifs pratiques à une population livrée à elle-même depuis des décennies dans le « désert français » : ce sont des revendications précises et de deux types. D’abord ils veulent que notre système représentatif soit un peu plus… représentatif, justement. C’est par exemple, et c’est du bon sens, l’interdiction des lobbies au parlement, l’obligation pour les députés de siéger, la baisse de leurs rémunérations et le contrôle de leurs dépenses, la prise en compte du vote blanc, le rétablissement du septennat et la dissociation de l’élection présidentielle de l’élection parlementaire, l’instauration d’une proportionnelle, etc. Ensuite, ils réclament une démocratie directe que je dirais très « soft » puisque la représentation n’est pas vraiment remise en cause : le remplacement du Sénat par une assemblée citoyenne tirée au sort, la mise en place du référendum d’initiative populaire ou citoyen, la désignation d’une assemblée constituante, etc. Moi je suis plutôt partisan d’une ligne « hard », qui n’est pas évoquée mais qui est pourtant celle qu’ils pratiquent partiellement : généralisation des assemblées de base, priorité aux décisions locales, responsabilité individuelle, refus de la représentation, transparence des discussions (ils ont filmé les entretiens avec les ministres) et globalement rejet de tout compromis avec le pouvoir en place. Pour moi, ça, c’est la base d’un nouveau régime, soit dit en passant : un réseau d’assemblées communales coordonnées à des échelons plus larges en systématisant les méthodes de délégation qui ne sont pas des représentations de pouvoir ou de volonté, mais des remontées de décisions qui restent toujours prise à la base – je renvoie à notre brochure sur le sujet [5].

Donc ces gilets jaunes sont dans une véritable praxis – je reprends le terme de K. Marx revu par C. Casoriadis d’une dialogique entre la pratique et la théorie : ce ne sont pas des actes improvisés d’un côté ou des discours désincarnés de l’autre, le terrain et la réflexion s’alimentent l’un l’autre, se répondent, coévoluent, s’élaborent ensemble.

Des revendications tous azimuts

Deuxième élément très démocratique chez nos gilets jaunes : des revendications qui englobent toute la société, et pas seulement un secteur ou une catégorie, ou un angle particulier. Ils parlent bien sûr des bas revenus, mais aussi du Glyphosate, de l’emploi des handicapés, des profits des grandes entreprises, de l’intégration des immigrés, des privilèges des médias, du patrimoine industriel et énergétique du pays, du réaménagement du territoire, de la parité homme/femme, de l’éducation et des études, etc, etc. Bref, qu’ils le veulent ou non, ils mettent en discussion toute l’organisation sociale – rien que ça ! – et les logiques qui la soutiennent, sans l’enfermement idéologique a laquelle nous ont habitué les calculs électoraux, les corporatismes ou les ghettos gauchistes… Bien sûr c’est un bordel, mais c’est ça, un peuple qui s’exprime, ça ne peut qu’être ça lors d’un surgissement spontané, c’est même à ça qu’on le reconnaît et je ne comprends pas qu’on puisse y être aveugle. Qu’on soit d’accord ou pas est une autre question, seconde, puisqu’en posant tout ce barda, ils rendent précisément la discussion possible sur l’orientation générale de la société, qui était jusque-là réservée aux « gens dans le poste » ou tout simplement tue. Ça, c’est l’odeur de la démocratie.

Bien entendu, ce n’est jamais présenté comme ça, ou alors pour dénigrer et récupérer. Par exemple, je classerais, sans originalité, toutes ces revendications en trois catégories : l’insécurité sociale – l’aisance matérielle qui s’érode ou disparaît –, l’insécurité politique – on ne comprend plus les gens qui gouvernent – et l’insécurité culturelle – la culture, au sens large, qui était la nôtre jusque-là s’évanouit, est dilapidée, relativisée. C’est bien sûr la première, le niveau de vie qui, très rapidement a été mise en avant : les médias y retrouvent leurs repères, Mélenchon sa clientèle et le gouvernement sait, enfin !, quoi faire c’est-à-dire donner des sous-sous, des pépettes, les mains plaquées comme ça sur son bureau comme une grenouille hypnotisée… Mais ça ne marche pas…

Un mouvement populaire

Troisième élément : c’est évidemment un mouvement populaire, c’est-à-dire soutenu par une partie très importante de la population – ça se jauge au klaxon bien plus qu’aux sondages – mais aussi représentatif de celle-ci. Sur les bords des routes, en manif ou dans les compte-rendus de jugement, on retrouve toutes les catégories de la classe moyenne et surtout inférieure : toutes les corporations, les âges, les sexes, les origines, les lieux d’habitation, etc. Il faut modérer : on sait qu’il s’agit essentiellement de la France « périphérique » de C. Guilluy – traité de facho pendant dix ans – et essentiellement blanche, celle introuvable dans les grands médias, sinon sous forme de caricature ou de moquerie plus ou moins immonde – je pense à l’émission parfaitement abjecte « L’amour est dans le pré ». Mais par exemple la mixité, ça a été souligné, est très forte, et c’est pour moi un critère très important : si les femmes sont absentes, c’est toute une moitié de la société qui manque, avec tout ce qui va avec, des représentations, des souffrances, des visions, des réflexions, etc. Et c’est précisément tout ça une démocratie : une multitude, qui ne saurait être incarnée par quelques « représentants » aux profils socio-économiques très particuliers et fortement minoritaire.

Dernière chose : il faut inclure dans le mouvement, ou juste autour, des pans entiers de l’État lui-même. Ce sont les maires ruraux ou semi-ruraux, en conflit avec le pouvoir central depuis des années et qui sont le versant institutionnel du mouvement, rendant évident la profondeur de la fracture qui divise le pays et clive même l’appareil républicain. C’est rarement mis en avant, et pour cause. Plus connu, et tout aussi alarmant, le cas des policiers, qui se reconnaissent largement dans les « gilets jaunes » et que le gouvernement s’obstine à négliger, contre la règle millénaire de tous les dominants selon laquelle en période de crise, il faut s’assurer de la fidélité des « gens d’armes », qui sont la dernière barrière physique contre la colère populaire. Enfin l’armée, la Grande Muette qui l’est de moins en mois puisque les généraux prennent la parole de plus en plus facilement ces dernières années contre la folie oligarchique qui vend littéralement le pays et le laisse se fragmenter dangereusement. Elle reste, je pense, profondément républicaine, mais si la république finit par ne plus vouloir rien dire, elle pourrait finir par rentrer, elle aussi, en politique…

Bref, les gilets jaunes ne sont en rien une minorité ou une avant-garde : c’est une majorité du pays qui se met en branle, qui s’ébroue, qui commence à s’impatienter sérieusement même si, pour l’instant encore du moins, le plus grand nombre se manifeste par procuration.

Une intelligence collective

Quatrième et dernier élément fortement démocratique au sein de ce mouvement, c’est son intelligence collective. Les gilets jaunes sont en réalité une sorte de gros animal, quelque chose comme un pachyderme énorme et jaune, qui déplace un poids impressionnant, pourrait causer des dégâts extrêmement destructeurs, mais un animal globalement réservé, particulièrement souple, et surtout doté d’une grande sensibilité et étonnamment intelligent… Ce qui m’a le plus étonné, au tout début : la pertinence des propos et des arguments tenus individuellement, dans la rue ou sur les plateaux télés, et non pas chez quelques intellos, mais chez le quidam, le lambda, le pékin de base, le rombier qui passe là. Ce n’est pas de l’intelligence individuelle : elle est collective – elle est d’ailleurs toujours plus ou moins collective. Et cette intelligence se retrouve largement à l’échelle du collectif anonyme : ce pacifisme pragmatique mais obstiné, par exemple. Il n’est pas inconditionnel, il n’est pas de l’idéologie, mais il revient systématiquement même après une flambée de violence, ou une altercation avec un automobiliste, comme un attachement naturel à la bienveillance générale. Prenez le premier samedi de blocage, le 17 novembre : je m’attendais, à ma grande honte, à un chaos sans nom, une désorganisation générale, des conflits qui dégénèrent, des excès, de la démesure. Et rien de tout ça – bien sûr beaucoup d’incidents, voire d’accidents, mais rapportés à l’ampleur du mouvement, à son improvisation, à l’inexpérience des gens et aux risques pris, le bilan est incroyable. Et ça continue, ça ne dégénère pas, les gens temporisent en permanence mais sans rien lâcher, ils tiennent, sans violence… C’est décent, c’est profondément respectable et d’ailleurs universellement respecté. Intelligence aussi quant aux médias et au gouvernement : méfiance immédiate, démontage en règle des discours mystificateurs dans les minutes qui suivent la moindre concession d’un ministre bidule ou d’un quelconque président et – magistral – refus des négociations. Vous avez déjà vu, vous, un mouvement qui laisse un premier ministre derrière son rideau, attendre que quelqu’un vienne désespérément lui parler ? Personne n’est venu, E. Philippe est resté seul comme un con face à un peuple enfin souverain qui ne se déplace pas pour rien, ne se fait pas convoquer. On ne le siffle pas : on se tait et on l’écoute. Une déclaration officielle de Macron ? Il n’a rien dit, on passe à autre chose, on agit, on ne perd pas de temps, on continue, on tient, on attend autre chose et on l’aura. Quoi ? Que veulent-ils, au fond ? Eux-mêmes ne le savent pas vraiment : le mouvement se cherche lui-même en se réalisant, il marche, imperturbable, crée son chemin, se découvre, évite les embûches et les pièges, se réveille chaque matin, toujours vivant, et se remet en marche… « On est chez nous », ça évoque le Front National mais ça veut dire ça, surtout : c’est notre pays, ce sont nos institutions, nos rues, on fait ce qu’on veut, on écrit notre histoire et on le sait. Le gros animal jaune agit. Comment ? Il improvise, il avise, il invente, il s’adapte à la flicaille : blocages, filtrages et manifestations, bien sûr, mais aussi opération gratuité des péages ou des parkings, murage de centre des impôts ou des permanences d’élus, sabotage des radars, incendies divers, appel au boycott, pressions sur les pseudo-députés – on ne va pas pleurer pour leurs quelques nuits difficiles –, cyberattaques, grève de la faim, marches, démarchages auprès de commerçants, etc., etc. La presque totalité du spectre d’action y passe et c’est bien ça qui inquiète le pouvoir, bien plus que les images spectaculaires de l’Arc de Triomphe enfumé… Mais même les manifestations sur les Champs-Élysées sont une trouvaille. C’est typiquement une idée – excusez mon parisianisme – de « provincial », ça ! Sur le coup, en militant borné, je m’étais dit que c’était absurde et impossible ; les « chamzé », ce n’est pas dans Paris, ça n’appartient pas au peuple, même parisien, c’est une zone internationale et policière – va donc pour le Champs de Mars imposé par la préfecture… Les gilets jaunes n’en ont rien à faire : s’ils montent se montrer à Paris, c’est pour aller aux « chamzé », évidemment, comme pour la Coupe du Monde de foot – alors notre gros animal jaune se met en marche… Bilan : les images d’un cœur de Paris ravagé sont magnifiques – catastrophiques pour le gouvernement –, les beaux quartiers découvrent, ébahis, les gaz lacrymogènes et la clameur populaire et les normands que j’y ai rencontré découvrent de leur côté les sandwichs à 9 € et les cafés à 4… C’était simple, populaire et génial. Même le rythme d’une contestation scandée par les samedis comme points d’orgue est parfait : ni stupides jours de grèves perlées, ni fièvre insurrectionnelle mais harassement d’un pouvoir qui ne comprend rien à ce qui se passe, et qui va crescendo, ridiculisant les rodomontades et les bêtisesd’un Castaner. Ce rythme n’est pas anodin : c’est celui pris spontanément en URSS par la foule et qui a fait s’écrouler l’empire bolchevique qui menaçait le monde d’une guerre thermonucléaire globale…

Cette intelligence du collectif anonyme, c’est l’essence même de la démocratie. Elle montre, par contraste, la bêtise de l’organisation sociale actuelle, l’absurdité d’une société hyper-complexe mais qui soustrait les intelligences et les sensibilités de chacun, plutôt que de les additionner ou, mieux, de les multiplier. Et c’est ça, une dynamique démocratique : la liberté des uns provoque celle des autres, les bonnes idées de certains en font naître d’autres chez d’autres, les talents se répondent, les lucidités se nourrissent, l’esprit humain, foncièrement collectif, s’émancipe en émancipant…

Un mouvement analyseur

C’est même une règle générale : tous les mouvements de cette nature font fonction d’analyseurs, ils révèlent par contraste le fonctionnement normal de la société et en font ressortir aux yeux de tous sa lourdeur et ses présupposés. C’est la fonction du bouffon, qui peut tout dire, mais d’un bouffon qui ne se retiendrait plus du tout, hors de contrôle, qui parle à n’importe qui – bref, qui devient vraiment dangereux : et si tout le monde croyait à ce qu’il raconte ? Les gilets jaunes font ça : leur mouvement révèle ce qu’il en est réellement de la société et qui d’habitude est recouvert par la poussière du quotidien et de la normalité.

Un exemple – je ne vais pas m’appesantir – tellement évident que personne ne le remarque plus tellement il paraît « normal » : plus aucune institution ne représente le peuple. C’est évident pour le gouvernement ou tous les partis mais, au cas où certains nourriraient encore des illusions à propos des syndicats, les chose sont maintenant absolument claires : voilà nos « défenseurs des travailleurs » les insulter d’abord copieusement, tenter une petite récupération habituelle, puis, ayant échoué, regarder ailleurs l’air absent. Et les voilà depuis deux semaines en train d’instrumentaliser cyniquement de la pression mise par les gilets jaunes seuls sur leurs ronds-points pour menacer le gouvernement de grèves et obtenir en quelques heures et en catimini des satisfactions mesquines pour quelques corporations (routier, BTP, etc). C’est cette division incroyable de la société française que met en évidence de mouvement : division entre « représentants » – en réalité aspirants-oligarques – et la « base », divisions entre corporations, et entre clans politiques, entre grands médias et spectateurs mais aussi entre classe sociales et territoires. L’absence des citadins des grandes villes chez les gilets jaunes est criante, mais tout aussi bien celle des banlieues qui apparemment ne se reconnaissent pas dans ce mouvement qui regroupe pourtant les « perdants de la mondialisation »… Les premiers, les bobos, se passionnent pour les « problématiques sociétales » – PMA, mariage « gay », écriture inclusive et tutti quanti –, les seconds, la banlieue, pour les revendications « ethnico-religieuses » alors que le mouvement en cours remet sur le tapis la « question sociale », clairement et simplement, et pas que, comme on l’a vu, ce qui lui a valu d’être accusé au début par tous les bien-pensants de regrouper les « fachos », l’« extrême-droite », la « peste brune », les « poujades », les « anti-fiscaux », etc.

Tout cela montre parfaitement que lorsqu’un mouvement démocratique surgit dans notre société, il fait désordre, il dérange, il horripile, il bouscule, bref, il n’a rien à faire là et d’ailleurs on n’y comprend rien. Comment montrer plus clairement que nous ne vivons pas en démocratie, mais bien dans un régime oligarchique où la majorité, lorsqu’elle veut être entendue, se retrouve toute seule, sans autres moyens d’expression et d’action que ceux qu’elle inventera sur le tas comme au milieu d’un désert…

Tout cela fait-il du mouvement des gilets jaunes un mouvement pour la démocratie directe ? Non bien sûr, j’y reviendrai, mais il semble incontestable qu’une telle tendance existe dans ce milieu en ébullition, tendance plus ou moins explicite, plus ou moins conséquente, certainement hésitante et bricolée, mais bien vivante. Il n’est pas rare de lire « le peuple au pouvoir », sur les gilets, sur les bouts de toiles, sur les murs. Simple slogan ? Bien sûr que non : c’est ce que vivent les gens, depuis un mois, et prenant de risques, risques psychologiques, familiaux, professionnels, physiques, bien sûr, pour cela. Et l’oligarchie l’a bien compris, elle, qu’elle était en face d’un animal surgi de nulle part.

L’avenir des Gilets Jaunes

Que peut devenir cette tendance, ce tropisme et, plus généralement, le mouvement des gilets jaunes ? Il peut échouer, s’épuiser, mourir peu à peu, moins par les manœuvres et la répression gouvernementales que par la passivité de la majorité certes acquise, mais toujours silencieuse de la population française – et la rigueur de l’hiver… Peut-être pourront-ils aussi, et c’est peut-être pire, être récupérés par tel ou tel parti existant– Mélenchon, qui n’en est pas à un revirement près, a lancé une OPA – ou se formaliser mortellement eux-mêmes en un parti mené par un quelconque démagogue dont les médias feront et déferont la notoriété selon leur intérêt du moment à bousculer ou non le pouvoir politique. Le mouvement pourrait aussi s’étendre, se radicaliser, se diviser, etc. Il est fondamentalement indéterminé.

Quoi qu’il en soit, et c’est là où je veux en venir, dans la perspective d’une démocratie directe, donc d’un nouveau régime, pas d’un mouvement ponctuel, l’important n’est pas là, quitte à surprendre. La révolution, ce n’est pas, cela n’a jamais été, du moins telle que je l’entends, une foule qui prend les armes et chasse les dominants. Ça, c’est courant et ça ne veut pas dire que les choses changent véritablement. Une révolution – une auto-transformation de la société, pour reprendre la formule de C. Castoriadis – c’est la mise en place d’organe de souveraineté populaire, l’aboutissement d’un long mûrissement durant des décennies et des siècles où le peuple se change lui-même, s’invente une nouvelle identité, se fixe de nouveaux horizons, établit d’autres rapports sociaux, rêve à une autre société, jusqu’au moment où plus aucune institution ne correspond à ses aspirations et qu’il les dépose, les congédie, mais immédiatement pour en créer d’autres, radicalement différentes, foncièrement nouvelles et immédiatement reconnues. C’était évidemment le cas des Révolutions « classiques », dont l’élan a été impulsé dès la Renaissance par une multitude de courants au sein de la bourgeoisie montante, dont les Lumières ; c’était aussi le cas de tout le XIXe, travaillé en profondeur par le mouvement ouvrier et son idéal d’égalité et de justice sociales, de liberté politique, d’auto-détermination qui s’est incarné en 1830, en 1848 ou en 1871 en France mais aussi dans toute l’Europe ; c’était aussi, dans une moindre mesure, le cas de toutes les révolutions du XXe siècle, guidées par le « socialisme », reprenant le flambeau du siècle précédant mais nourrissant plutôt les sinistres tendances totalitaires. Et aujourd’hui ? Sommes-nous réellement face à un peuple prêt à vivre dans une démocratie directe, c’est-à-dire l’expérimentant déjà, à différentes échelles, cumulant les expériences de génération en génération, s’auto-éduquant à la souveraineté collective et à l’autonomie individuelle ? C’est discutable, mais je ne le crois pas du tout… Les « gilets jeunes » peuvent être le début de ce processus de renaissance d’un tel projet – et c’est l’analogie que je peux faire avec le XIXe – mais il n’aboutira pas dans les années qui viennent. Parce que la démocratie directe, ce n’est pas des mots sur un papier. Elle exige un peuple actif en permanence, une démocratie véritable n’est jamais établie une fois pour toute : elle doit être à chaque fois maintenue, entretenue, réveillée par la population, sinon on retombe progressivement dans l’ancien monde. Et ça c’est une tare de l’Occident, comparée à la Grèce Antique, des fièvres révolutionnaires et puis, peu après, le retour de la passivité politique et on recommence un peu plus tard. Je ne parle pas du rêve stupide d’une insurrection tous les quinze jours, mais bien de gens participant, de manière régulière et conséquente, à toutes les décisions politiques, en assemblée, contrôlant ses délégués de mille manière, nourrissant une passion pour la chose politique, en discutant partout, sur les marché, en famille, dans les queues des magasins, au bistrot. C’est cela, un peuple démocratique, c’est un peuple actif quoi qu’il arrive et c’est ça qui me semble crucial aujourd’hui, pas de renverser Macron – ce n’est pas moi qui le défendrais, comprenez-moi bien, mais tout cela dépasse infiniment cet homoncule insignifiant dont l’oligarchie pourrait bien se défaire si elle le juge nécessaire.

Tout cela tempère donc grandement mon enthousiasme pour ce mouvement, ou plutôt en déplace l’objet et alimente mon inquiétude : le mouvement des gilets jaunes peut déboucher sur un chaos sans nom, un parti démagogique, ou autre chose mais aussi être la fondation d’un courant qui travaillerait la société en profondeur. C’est cela, l’enjeu des « gilets jaunes » : pas tellement tel ou tel aspect, mais son ouverture profonde, sa richesse, son côté magmatique, bref, son indétermination conjugué à son aspiration, même confuse et hybride, à l’auto-gouvernement qui le rend susceptible de se saisir de l’énormité des questions politiques qui sont les nôtres. C’est ce point de vue que je vais expliquer et illustrer dans la seconde partie.

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Seconde partie disponible ici



Commentaires

Gilets jaunes et démocratie directe : convergences et obstacles (1/2)
lundi 24 décembre 2018 à 15h40

Intéressant par l’analyse des racines des GJ. Mais l’auteur semble confondre les GJ modèle Castoriadis qu’il a dans la tête - capacité d’auto-organisation formidable, grande intelligence collective - avec la réalité. Réalité qui est très contrastée. Par chez moi, dans le Sud, on peut voir des collectifs ou presque, des gens qui font des réunions, écrivent des doléances, s’organisent pour les occupations ou les prochaines « réunions » proposées par E. Philippe...Et à quelques dizaines de kms, des gens qui se retrouvent aux ronds-points, aux péages pour bloquer, qu parlent, mais n’organisent rien, ne décident de rien, dans l’incapacité de se fédérer. Par ailleurs les attaques répétées contre Mélenchon et les FI me semblent assez mauvaises. « Mélenchon sa clientèle et le gouvernement sait, enfin !, quoi faire c’est-à-dire donner des sous-sous, des pépettes, les mains plaquées comme ça sur son bureau comme une grenouille hypnotisée… Mais ça ne marche pas… » Les FI, dont je suis un « compagnon de route » non-adhérent, donc, ont élaboré, travaillé, discuté en groupes d’appui un programme qui est crédible, novateur, assez transformateur, sans être révolutionaire c’est vrai, pour qu’il ne soit pas balayé d’un revers de manche. Les FI ne pensent à « donner des sous », et les assimiler à Macron et son gouvernement me fait penser aux grossiers amalgames dénigrants utilisés par BFMTV. J’ai comme l’auteur un capital culturel, mais je vis avec 800€/mois et je me considère comme un GJ, dont je vais soutenir régulièrement les actions.

lundi 28 janvier 2019 à 16h07

Bah où qu’il était Mélenchon, le 17 novembre, quand nous bloquions ronds-points, péages et périph’ ?

Eh bien il draguait les fachos de banlieue, en bon clientéliste des territoires conquis par l’indigénisme, le sécessionnisme musulman et il leur disait, en substance, d’infiltrer ce grand mouvement a-partisan :

Dans le 93, Mélenchon salue « la nouvelle France » http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2...

Processus malheureusement en cours, quand on voit l’évolution du profil sociologique des participants aux AGs des « Gilets jaunes », auxquels participent de moins en moins de GJ des ronds-points (et pour cause) et de plus en plus de militants gauchistes professionnels : sur les rares ronds points qui subsistent, on parle encore lucidement, avec colère mais sans haine, d’immigration, sujet rendu tabou dans les assemblées infiltrées par les aficionados de la « France Soumise » et autres gauchistes anti-peuple. Sur tous les blocages et manifs que j’ai fais, que ce soit Dans le Gard, dans la Vienne ou en Région Parisienne : pas croisé un seul raciste (un vrai de vrai, comme on en compte par millions en terres arabes) mais des GJ qui ont votés pour une femme : Le Pen, oui, et encore, c’était une petite minorité ; des fachos, vraiment racistes et sexistes, non, bien que je sois une femme et que j’ai un prénom et un faciès maghrébins, j’étais à chaque fois parfaitement accueillie, une fois levée toute ambiguïté sur le pourquoi de ma présence parmi eux… Ah, si : Le seul facho que j’ai rencontré était « un rebeu » des quartiers « populaires » qui venait là explicitement pour veiller et faire en sorte qu’on ne parle pas « islam et immigration », exactement comme le souhaitent les oligarques organisateurs du « Grand Tabou » – euh ! Pardon… : du « Grand Débat » – qui n’est autre qu’un grand meeting macronien illégalement financé par nos impôts. Oligarques et sécessionnistes des banlieues main dans la main : elle est belle la « Nouvelle France » qu’appelle de ses vœux Mélenchon contre la vieille France « rance et moisie » des « Gaulois réfractaires » des bords de routes. Il ne faudra pas s’étonner que les rares, et pour l’instant insignifiants, groupuscules d’extrême-droite se mêlent de la partie pour la plus grande joie des gauchistes paranoïdes, « On vous l’avait bien dit ! ». À force de crier au loup fantasmé du franchouillard facho, il se pourrait bien qu’ils voient grossir ce refoulé que leur délire aura enfanté et nourri.

Quant aux projections des désirs de Lieux Communs sur la réalité : relisez-nous un peu plus attentivement, ou lisez la seconde partie d’un texte avant de commenter. Ici un point d’interrogation qui ne vous aura pas échappé dans le titre, et une conclusion tout sauf optimiste quant à la mise en œuvre d’une démocratie directe, le 20 novembre :

Gilets jaunes : la démocratie en germe  ? https://collectiflieuxcommuns.fr/?G...

Cela n’empêche en rien de souligner les capacités remarquables d’auto-organisation de ce mouvement et ses revendications profondément démocratiques, n’en déplaise aux démagogues et autres professionnels de la récupération politique.

Une sympathisante LC.