Gilets jaunes : On veut du soleil, pas Ruffin !

samedi 4 mai 2019
par  LieuxCommuns

Critique du film de François Ruffin, consacré aux gilets jaunes « J’veux du soleil ! », reçu d’un gilet jaune, anonymée à sa demande.


Ce texte fait partie de la brochure n°24bis « Le mouvement des gilets jaunes » — seconde partie
Chantiers de l’auto-organisation et clôtures idéologiques

Elle est en vente pour 3 € dans nos librairies. Les achats permettent notre auto-financement et constitue un soutien aux librairies indépendantes (vous pouvez également nous aider à la diffusion).

Elle sera intégralement téléchargeable dans la rubrique brochures

Sommaire :

  • Gilets jaunes : On veut du soleil, pas Ruffin ! (Analyse) — ci-dessous...

Bonjour citoyennes et citoyens,

Hier a été projeté le film de Ruffin ’j’veux du soleil’ version courte pour les ronds-points. 300 personnes, plus pour certains. Le film est mauvais même si les gilets jaunes (G.J.) qui sont interviewés ont de la ’gueule’ comme on dit, même si certains montages sur Macron font rire. Le film est une litanie de plaintes sur les difficultés de finir le mois, donc extrêmement réducteur. En effet, pratiquement pas de prise de vue de certaines ambiances (assemblées, fêtes de G.J., discussions avec des automobilistes ou entre G.J.).

D’autre part, en fréquentant le rond-point depuis cinq mois je me suis aperçu rapidement que les plaintes étaient beaucoup plus diversifiées qu’une pure liste de revendications au sujet des taxes et des salaires. Des G.J. me disaient qu’ils étaient là non pas pour un problème crucial d’argent mais parce qu’ils en avaient ras le bol, de quoi ? eh bien de tout, d’être pris pour des cons, de l’arrogance et du mépris, du non sens de cette vie ’travaille, consomme et ferme ta gueule’ comme on chante dans les manifs, de payer pour respirer (on connaît bien ce problème [ici]) etc... Ruffin n’en tient pas compte ou ne le voit pas tout simplement : qu’apprendrait-il donc à des femmes et des hommes qui, soudainement, rejettent le discours partisan et vont se rencontrer sur les ronds-points (R.P.) pour parler de la vie, rien ! Il leur parlerait comme chacun ici le fait, avec ses qualités et ses défauts, il mettrait ses compétences au service des G.J. comme chacun ici le fait. En réduisant les protestations des G.J. à des plaintes de personnes accablées par des conditions de vie très difficiles il vise d’abord à la recherche de l’assentiment (comment donc s’opposer à ces gens si accablés ?) et en même temps implicitement il signifie qu’il faut aider ces personnes au langage direct, cru, brut de coffrage en leur fournissant un appui idéologique (comment peut-on penser sereinement avec le ventre vide ?)... Car cette soirée au R.P. des V. ressemblait à un meeting politique de gauche et là ça craint… On a eu droit à tous les couplets : voter tout sauf Macron ( alors que des dizaines de R.P. refusent de se prononcer ainsi cf l’appel de St-Naz[aire]), la fumeuse convergence des luttes qui nettoie vite fait bien fait la spécificité des G.J. qui sont le mouvement social, la soi-disant peur des migrants de s’associer aux G.J. à cause des fachos (hier dans la manif, une femme ’voilée’ me disait que les Algériens étaient très solidaires et à l’écoute des G.J.), l’impossibilité de côtoyer des gens comme ceux du Gud (on prend l’extrême d’une tendance pour la diaboliser ), etc... Heureusement que nous étions au moins trois à s’opposer à ce ramassis de vieilles chansons. Beaucoup de G.J. n’étaient pas d’accord avec ce qu’avançaient les « degauches », on le remarque à l’applaudimètre et en fin de soirée quand on en discute. Mais politesse oblige, on laisse parler, cela rentre par une oreille et ressort par l’autre. Mais attention ces gens-là avancent leur pion avec précaution, ils sont forts en récup !

Nous sommes toujours les enfants d’un nouveau monde alors attention aux « éducastreurs » et autres « sollicitateurs » en formatage !

Fraternellement

Un G.J. du rond-point des V.


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