Dossier thématique : Le mouvement des « gilets jaunes »

mercredi 28 novembre 2018
par  LieuxCommuns

Le mouvement des « gilets jaunes » agit comme un révélateur puissant de notre situation actuelle.

  • Son surgissement est évidemment celui des milieux populaires relégués hors des grandes métropoles de plus en plus réservées aux cadres et aux migrants primo-arrivants. Ces petites classes moyennes, peu visibles alors que majoritaires, sont délaissées par tous les partis « conventionnels » et en premier lieu celui des médias. Elles se refusent pourtant à disparaître broyées par les forces économiques, politiques et culturelles.
  • Cette situation explique, à elle seule, leur auto-organisation hors de toutes formations, y compris et surtout syndicales, dont le cynisme parfait s’étale encore une fois au grand jour. C’est tout l’édifice du « gauchisme culturel » institutionnel ou militant qui vacille aujourd’hui devant le courage, le bon sens et la ténacité de ces « sans-dents » que sont les « gilets jaunes ».
  • L’accusation obscène et insistante d’« extrême-droite » à leur encontre de la part du pouvoir témoigne d’une tentation authentiquement totalitaire où toute opposition est assimilée à l’infâme et méritant, de ce fait, éradication. Cette manipulation agit en réalité comme un appel à la guerre civile alors que les manifestants font massivement preuve d’une décence et d’un pacifisme obstiné.
  • Les revendications portent principalement sur l’unique valeur centrale des sociétés contemporaines : le niveau de vie. L’hypocrisie de tous ceux qui s’en scandalisent est totale puisque le leur est assuré, et leurs leçons de morale sur l’écologie le sont tout autant, étant évident qu’aucune politique écologique digne de ce nom n’est concevable sans justice sociale. Elle n’est, sinon, que la nouvelle justification du maintien de l’ordre : « moi ou la fin du monde ». L’austérité ne vaut que si elle est partagée par tous, et d’abord par les oligarques et leurs aspirants, pourtant si avides de se poser en objet de fascination.
  • L’étincelle à l’origine du mouvement des « gilets jaunes » a été le prix de l’essence. Il est depuis question de toutes les taxes et prélèvements, de l’utilisation des fonds publics, des politiques gouvernementales et de l’incurie étatique. Progressivement c’est le principe même de la représentation politique et de la redistribution des richesses qui sont remis en cause, comme le montre en actes l’organisation non-hiérarchique adoptée et nombre de slogans et de revendications (« En démocratie, c’est nous les patrons et eux les salariés. » – Jacline Mouraud). Il suit une évolution qu’ont connu beaucoup de mouvements antérieurs visant la démocratie directe, dont nous gagnerions à faire nôtre l’expérience.
  • Ce mouvement s’oppose, qu’il le sache ou non, à des transformations profondes de nos sociétés, absolument sans précédent. Les dits « populismes » en sont le produit réactionnel, augmentant encore l’instabilité générale de la situation, ouvrant un avenir indéterminé. Nous sommes engagés dans des basculements historiques de grande ampleur et les « gilets jaunes » sont une tentative populaire, encore confuse et incertaine mais si déterminée, d’orienter cette course folle au bord de l’abîme.

Chacun des textes ci-dessous, parmi quantité d’autres, peut participer à l’effort de lucidité et d’imagination auquel nous sommes conviés.


On lira tous nos texte sur ce thème en suivant le mot-clef « Gilets jaunes 2018 » et en premier lieu :

« Gilets jaunes » : la démocratie directe en germe ?

On se reportera également à notre revue de presse continue qui leur est consacrée qui référencie, entre autres, de nombreux textes de réflexions qui présentent des considérations tout-à-fait pertinentes.

  • Sur le mouvement lui-même et ses racines

Une lettre de Jean-Claude Michéa à propos du mouvement des Gilets jaunes

Écoutons la colère de la France d’à côté

Les réfugiés de l’intérieur

Exclues, les nouvelles classes populaires s’organisent en « contre-société »

L’injustice : les fondements sociaux de la soumission et de la révolte

  • Sur l’accusation d’extrême-droite

Ce que nous appelons « extrême-droite »

La fable de la mixité urbaine

Quand le Front national prospère sur l’aveuglement d’une gauche bien-pensante

« Au fond, la gauche pense que les électeurs du FN sont stupides »

Revendications égalitaires et revendications communautaires : une opposition radicale ?

Entre le libéralisme et la pseudo-démocratie - stopper la montée de l’insignifiance

  • Sur l’auto-organisation

Pour des assemblées générales autonomes

Autogestion et hiérarchie

La démocratie contre les élections

La tyrannie de l’absence de structure

La renaissance démocratique devra passer par la création de nouvelles formes d’organisation politique

Notes sur l’organisation des collectifs démocratiques

  • Sur la dimension écologique

Décroissance et démocratie directe

Écologie et démocratie directe

Comment l’oligarchie exacerbe la crise écologique

La force révolutionnaire de l’écologie

L’écologie contre les marchands

« La croissance mondiale va s’arrêter »

  • Sur les mouvements précédents

Les mouvements des « indignés » : potentialités, contradictions et perspectives

Notes sur le mouvement social d’octobre 2010

La démocratie directe et ses lieux communs

Retour sur le mouvement grec du printemps 2011

L’expérience des coordinations des années 80

Mai 68 : la révolution anticipée

  • Pour une compréhension plus large des transformations en cours

Élections 2017 : le coup d’État oligarchique

Crise économique et transformation sociale

Entrée en période troublée

L’impuissance du keynésianisme aujourd’hui

Keynésianisme improbable

« Le voyage vers l’empire a déjà commencé »

  • Pour une perspective démocratique

Une « démocratie » sans la participation des citoyens

Contre la Constituante

Déclaration fédérative des collectifs pour la démocratie directe

(In)Actualité de la démocratie directe

Ce que pourrait être une société démocratique


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