À la mémoire de Daniel Saint-James...

jeudi 23 mai 2019
par  LieuxCommuns

Daniel Saint-James est décédé ce 8 mai.

Nous avions fait sa connaissance dans un cercle de discussion, à notre retour de la Tunisie post-insurrectionnelle, début 2011. Ses remarques, ses encouragements, sa connaissance profonde du monde arabo-musulman, nous avaient alors beaucoup apportés. Son regard franc, profondément honnête sur toutes les questions abordées, hors de tout aveuglement idéologique nous avait à la fois surpris et comblés… D’autres échanges avaient suivi, et une correspondance continue en était née, seulement ralentie par la maladie qui finit par l’interrompre.

Fin connaisseur du monde musulman depuis des décennies – il avait vécu en Égypte –, il faisait partie de cette catégorie rarissime de marxiste – essentiellement issus de la IIe internationale – pour lesquels la théorie est à l’école de la réalité et sert à la comprendre, certainement pas à fusiller les hérétiques. Conseilliste, proche de Serge Bricianer et de Henri Simon (de Socialisme ou Barbarie puis de ICO / ILO), son intelligence s’appliquait à saisir l’événement, sans a priori, catastrophisme, eschatologie ou schéma immuable. C’est dire s’il nous parlait…

Il accompagna ainsi de nombreux textes, comme « La confusion occidentale » ou « Islamisme, islamophobie, islamo-gauchisme », proposant des lectures, des précisions, des éclairages, poussant à la témérité ou à la prudence, toujours dans le sens d’une exactitude de la pensée et d’une fidélité à l’histoire, nous surprenant toujours par son érudition et son extrême bienveillance, qualité qu’il partageait avec sa femme, Rina. C’était un esprit libre qui nous écrivait, nous rectifiait, nous instruisait. Et c’était, à chaque fois, un plaisir immense – et un honneur. (Nous n’apprîmes que récemment, et par hasard, qu’il avait été physicien de haut niveau...)

Daniel nous communiquait quelquefois ses écrits, autour de la lecture d’un livre ou nés d’une question anodine posée en passant ou d’une demande d’avis dont la réponse s’était soudainement étendue sur des pages… passionnantes. Il écrivait pour s’aider à penser, disait-il – et cela n’était pas vain, visiblement – et se demandait bien pourquoi nous le poussions à les rendre publics. Sa modestie, et sans doute sa solitude politique, le laissait incrédule face à notre intérêt… On lira son impressionnant ’Essai sur la guerre du Golfe’ et d’autres, qu’il nous avait récemment remis, qui seront progressivement mis en ligne.

Notre dernière rencontre date de décembre, dans sa maison de repos à St Cloud, où nous allions le voir. Fatigué mais toujours passionné, et curieux de cet OVNI politique surgissant qu’étaient les ’gilets jaunes’, nous lui avions laissé à sa demande quelques textes sur ce sujet et sur d’autres, lui promettant de repasser bientôt. Et puis le mouvement nous a pris…

C’est pour nous un camarade, un ami, un frère en humanité, un compagnon de la pensée qui est parti. Il nous aura marqué par son courage et sa lucidité, jusqu’au bout, jusqu’à son dernier conseil :

« Tâchez de vous aimer… et continuez de vous battre de toutes vos forces contre la bêtise ! »

Merci, Daniel. Merci pour tout.


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