« L’alliance entre le gauchisme et l’islamisme prétend éviter la guerre » (2/2)

samedi 9 novembre 2019
par  LieuxCommuns

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(.../...)

C : Justement, là on est en pleine affaire [du rappeur] Médine [amené à psalmodier au Bataclan (ce qui ne s’est finalement pas fait)]. Et chez lui, il y a toujours un double sens aux termes : le mot islam veut dire paix mais veut dire soumission  ; le mot djihad veut dire jihad contre soi-même, c’est-à-dire une espèce d’émancipation religieuse [1], et veut dire guerre d’extermination , c’est les deux en même temps… Donc il y a toujours une ambiguïté sur laquelle on va jouer… Là on rejoint le dernier thème, les islamo-gauchistes, qui vont jouer à fond la carte de l’ambiguïté. Ce qui est intéressant, c’est que Médine est parfaitement intégré à la société française…
Alors pour les auditeurs qui ne suivent pas trop cette actualité – et qui ont bien raison – Médine est un rappeur qui est franchement islamiste mais qui est défendu par à peu près toute la gauche. Il y a toujours un prétexte qui consiste à dire que comme le FN attaque ces islamistes, eh bien nous on va les défendreC’est un peu incohérent… Mais en fait ce qui est intéressant dans sa défense et dans sa carrière c’est l’ambiguïté. Il va jouer sur la provocation, se disant victime de racisme et il va se dire amalgamé à d’autres courants… Et il ne fait que ça, c’est une espèce de chaud et de froid : « je suis pour la paix, mais je vais vous tuer  »… Je pense qu’il a vraiment conscience de ce que les occidentaux comprennent et conscience aussi de ce que les Arabes comprennent et il joue là-dessus. Il est tout le temps gagnant : si on l’attaque, c’est qu’on est raciste et si on n’attaque pas, il continue. En fait, il teste les limites et ça le renforce parce qu’il se pose en victime du système : « Vous voyez bien l’islamophobie : je dis jihad mais j’écris en petit : « le plus grand combat est contre soi-même » et ça veut dire que vous n’avez rien compris, pas lu entre les lignes et si par contre je tiens des propos antisémites, c’est pour forcer le trait et si vous me prenez au premier degré, eh bien vous êtes les bienvenus… » Il y a toujours une ambiguïté. C’est propre aussi, je pense, à la langue arabe : c’est une de ses beautés et peut-être un défaut, c’est cette ambiguïté des mots... Bon, je ne suis pas spécialiste, tu vas peut-être me contredire, Quentin… Il y a souvent des gens qui montrent que l’arabe est beau en disant : « voilà ce mot-là veut dire à la fois ça, ça, ça et ça et après ça ». C’est très utilisé dans les milieux islamo-gauchistes pour dire « vous n’avez rien compris, vous êtes des occidentaux avec vraiment l’esprit mal tourné : on vous dit jihad vous pensez à guerre, c’est que vous êtes complètement débile »…

Q : Je ne connais pas assez la langue arabe pour en parler… Sur le mot « islam » effectivement lorsqu’on en discute avec les musulmans, ils disent systématiquement que la racine S.L.M. veut dire « paix » et non « soumission ». En fait cela veut dire les deux. Dans l’imaginaire musulman, la paix veut dire la soumission et réciproquement. Il y a un dicton arabe « Eslem, teslem » ; « si tu te soumets, tu auras la paix » – la racine S.L.M. est la même. L’équivalent réel du mot islam, la traduction fidèle, je pense que ce serait le terme «  pacification  » dans son acception militaire : on pacifie un territoire, on le domine, il ne s’y passe plus rien : c’est la paix. Donc je ne sais pas si c’est une ambiguïté, mais ça me fait penser à la stratégie des communistes durant toute l’après guerre, donc je ne suis pas sûr que ce soit le propre de la langue arabe : à l’époque si on était contre l’URSS on était contre le progrès, on était donc un réactionnaire : « Tout anti-communiste est un chien » disait J. P. Sartre. Être anti-communiste était impensable, c’était faire partie de la réaction pure et simple. Je ne suis pas sûr que les propos de Médine soient si ambigus : « crucifions les laïcards », il ne le chante pas en arabe, il le chante en français. C’est clair et net. Mais il faut se rendre compte du double traitement : si tu es islamiste, tu as a droit à une parole extrêmement libre. Si tu es occidental, alors là par contre c’est extrêmement restreint.
Imaginez que je dise à l’antenne :« crucifions les musulmans »… Un frisson nous parcourt tous… On risque un procès, des dénonciations, etc. Mais là on a quelqu’un qui, depuis les années, nous chante « crucifions les laïcards » et on se pose un tas de questions ; « oui, mais ce n’est pas ça qu’il a voulu dire  », etc. Il jouit du bénéfice du doute mais c’est complètement indu : il ne parle pas arabe, il parle français et appeler à crucifier des gens, c’est une phrase française de A à Z et très claire. On peut toujours se raconter des histoires, mais là on voit qu’il y a quand même un traitement judiciaire à deux niveaux. Nous, pour ce qu’on raconte dans cette émission, on peut être traînés en justice pour appels à la haine – je pense qu’on gagnerait, mais je n’en suis pas sûr… Médine n’a jamais eu aucun problème, de ce que j’en sais.

D : Pour revenir à l’exemple de Mariam Pouchtou, ou pas forcément elle précisément, disons un musulman ou une musulmane qui voudrait militer politiquement et qui serait sincèrement pour une justice sociale et qui peut-être même se réclameraient féministe, par exemple, ne serait forcément pas sincère pour toi et chercherait à faire de l’entrisme dans le syndicat ou le groupe politique en question ?

Q : Alors j’ai parlé du délabrement de l’Occident, mais il y a aussi un délabrement du psychisme… C’est-à-dire qu’on a des gens aujourd’hui avec un psychisme qui est complètement éclaté…

D : … je pensais aussi à tout le milieu chrétien qui était militant aussi d’extrême gauche…

Q : Oui si tu veux, mais ils n’étaient pas là avec des toges à justifier des attentats…

D : … ils avaient des croix…

Q : Non, mais écoute, moi je viens d’un milieu plus ou moins chrétien de gauche, tout ça était quand même extrêmement lointain : c’est plutôt la figure du christ qui inspirait les gens pour donner aux autres et se sacrifier, etc. Et je n’ai jamais subi de prosélytisme chrétien. Mais par contre du prosélytisme musulman, oui, c’est presque systématique dès qu’on a une relation un peu proche avec un musulman, à un moment donné, de manière très sympathique d’ailleurs… En Afrique, où j’ai passé quelque temps ou ici, bon, à un moment la question de la religion va se poser : « Et alors pourquoi tu ne fais la prière ? » ou « Pourquoi tu fais pas le Ramadan ? ». C’est une façon de penser, les chrétiens étaient comme ça il y a trois cents ans, ce n’est plus le cas du tout aujourd’hui de la part des chrétiens « classiques » en France, je ne parle pas des sectes évangélistes, des témoins de Jéhovah, etc.

D : Mais moi je te parle d’il y a 50 ans.

Q : Le christianisme est en régression depuis [au moins] deux siècles en France, c’est constant… Aujourd’hui c’est 4% de la population qui va à la messe régulièrement… et presque 60 ans de moyenne d’âge…

D : Mais c’est aussi dans ces mouvements de gauche et d’extrême gauche que s’est jouée la déchristianisation, aussi…

Q : Alors on en revient à la question précédente du rapport de force, qui n’est plus là. Ce qu’on voit plutôt c’est beaucoup plus une islamisation des mouvements sociaux, une racialisation des mouvements sociaux plutôt qu’une émancipation des musulmans. Très honnêtement depuis 20 ans c’est ce qu’on voit, très clairement. Alors, effectivement, il faudrait avoir des discussions plus poussées avec ces gens-là, mais ils ont du monde derrière, il y a une dynamique mondiale qui les pousse… Nous les mouvements, entre guillemets, « révolutionnaires » ou qui s’en réclament, on vit plutôt sur un héritage et on souffle sur des braises froides. Il faut admettre ce qu’il en est. Donc on est plutôt en face d’un entrisme musulman plutôt que face à une sécularisation des mouvements de l’islam…

R : Juste pour détendre l’atmosphère : quand on disait que la paix c’est la soumission… dans le milieu syndical, la CFDT est en paix parce qu’elle est soumise… Mais est-ce qu’on pourrait revenir à l’intrication entre l’islam et le gauchisme ? On a développé les deux termes mais dans la cartographie et il y a des catégories, alors peut-être qu’on pourrait les définir un peu, pour comprendre de quoi ça parle et se mettre d’accord sur la réalité sociale de ce phénomène.

Les catégories de la cartographie de l’islamo-gauchisme

C : On va présenter la cartographie et ça permettra aussi de présenter l’islamo-gauchisme, puisqu’on a pas mal parlé du gauchisme et de l’islam. C’est une cartographie qui est d’emblée très polémique, qui a fait bondir pas mal de monde puisque la plupart des critiques qu’on a eues [sur Twitter] c’est du genre « vous avez fumé la moquette » ou « de quoi parlez-vous ? » mais c’est toujours venant des gens de gauche… C’est vrai que la plupart du temps ce sont des gens de gauche qui sont cités dans la cartographie, avec plusieurs strates : Il y a donc les complaisants, les collaborateurs – terme qui nous a fait un peu tiquer, même ici – puis, les dhimmis – ça c’est pas forcément un mot connu donc on y reviendra – ensuite les convertis ou les reconvertis et puis enfin les Frères présentables. On a ajouté une catégorie, qui est un peu un plus mal comprise – on va peut-être la changer dans la version 2, il faut qu’on en discute – qui est la droite traditionaliste. Là, c’était surtout pour montrer les liens qu’il pouvait y avoir donc, et du coup le côté délirant de ces positionnements. Donc je sais pas si on peut les faire les uns à la suite des autres… Par exemple : les complaisants. Quentin, est-ce que tu peux expliquer ?

Les Complaisants

Q : Les complaisants ce sont les gens les moins « atteints » par l’islamo-gauchisme, on va dire, mais qui sont quand même actifs. La complaisance ça veut dire qu’on va passer sur toutes les horreurs de l’islam et de l’islamisme. On a mis en forme d’étoile les centres de gravité de chaque catégorie : là, par exemple, on a Le Monde et Radio France. Pour en revenir à Médine, qui est un très bon exemple, et très actuel, l’article du Monde et les interventions sur Radio France à propos de la polémique Médine, les deux nous expliquaient que c’était un chanteur, très sympa, qui rapprochait les communautés française et musulmane – donc on apprend qu’il existe une « communauté française » – et qui est emmerdé par quelques fachos du fin fond des campagnes qui emmerdent un gentil musulman pour des paroles qui datent de quelques années et sur lesquelles il s’est exprimé. Voilà. Point barre. Voilà résumé pour Le Monde et France-Culture « l’affaire Médine », qui est donc amené à chanter au Bataclan, lieu de massacre. Ça, c’est une complaisance : on va passer dessus, on va pas insister du tout. Bien sûr, les commentaires sous les articles du Monde, évidemment, sont incendiaires [Ils ont été désactivés depuis…] – les gens soit moins cons que les journalistes qui écrivent là-dedans, ils sont plus conscients des réalités – mais ce genre de ligne éditoriale est assumée de plus en plus par Le Monde et par Radio-France. Dans la même catégorie, on a aussi par exemple le journal CQFD, Reporterre, Le Monde Diplomatique, Acrimed… On a Edgar Morin – que je respecte par ailleurs pour son travail de pensée mais il a toujours été politiquement vraiment très mauvais : c’était un bolchevique au sortir de la guerre – et on a mis le Parti Communiste – dont les Jeunesses, je crois, organisent un concours où on peut gagner des places pour le concert de Médine, dernièrement… Eux ils pourraient passer dans la catégorie suivante : les collaborateurs.

D : Juste pour comprendre : À partir de combien d’articles ou de chroniques vous avez mis quelqu’un dans telle catégorie ? Je pense par exemple à Radio France : j’ai noté sur France Culture une émission dans la Grande Table de plus de 30 minutes de Pascal Bruckner qui est venu parler du Racisme imaginaire, son livre très critique justement sur l’islamo-gauchisme ou sur France Info, Daniel Sibony sur son livre Islam, phobie, culpabilité. Donc, à partir de combien de chroniques vous vous êtes dit… Enfin, c’est un peu comptable mais c’est pour comprendre la démarche…

Q : C’est la tonalité générale. On peut toujours trouver des exceptions, tu as tout à fait raison, mais ce sont quand même des grands médias, des médias nationaux, c’est quasiment l’État qui parle puisqu’ils ne tiennent que par des subventions, Le Monde et Radio-France. On parle là d’une ligne éditoriale très très générale, massive, qui contiendra toujours des exceptions à l’intérieur puisqu’il faut un minimum de pluralité. Mais malgré tout la dominante, la tonalité dominante est indiscutable et est quand même un complaisance vis-à-vis de l’islam. Tu as tout à fait raison : on peut pointer quelques reportages qui sont intelligents, quelques articles, quelques tribunes même dans Libération, même Laurent Joffrin est capable de se fendre d’un truc un peu plus dur que d’habitude. Mais globalement les gens qui connaissent un peu Le Monde et Radio France voient et entendent des reportages à propos d’un attentat où il n’y a pas le mot islam, ni islamique, ni musulman… On a l’impression d’assister à un bulletin météo : « il y a eu un attentat à tel endroit et un autre à tel autre »… Alors on n’a pas mobilisé une dizaine d’ordinateurs pour analyser les récurrences des mots, mais on parle d’une tendance extrêmement générale. On est prêt à revenir dessus mais je vois mal Le Monde en première ligne luttant contre l’islamisation des banlieues… Ce n’est pas du tout ce que j’entends, ce ne sont pas du tout les premiers à avoir dénoncé Tariq Ramadan, ils l’ont accompagné, sans aucun problème, ni aucune réserve… Leur problème principal, c’est la réticence des populations françaises à admettre qu’une partie grandissante d’elle-même est musulmane et développe un islam de plus en plus radical. Pour eux, c’est la population française qui pose problème, c’est pas les musulmans et c’est pas l’islam – à la limite, il y a quelques brebis galeuses, des cas psychiatriques, mais ça ne va pas plus loin.

C : On a discuté sur l’opportunité de mettre Radio France. Au départ on avait visé juste quelques émissions à l’intérieur mais finalement on s’est dit qu’il y avait une espèce de tendance qui se dégageait. On peut parler de certaines émissions de France-Culture mais il y a aussi les Matinales de France Inter qui sont vraiment exceptionnelles : quand les gens se disent carrément islamo-gauchistes — alors en rigolant, en se moquant du terme, mais finalement ils sont exactement dans ce discours… C’est encore pire que ce qu’on dit, donc on pourrait les descendre, on pourrait aller beaucoup plus loin. Comment on peut tolérer à l’intérieur d’institutions si importantes ces discours-là ?

R : Tu parles de comiques qui se veulent impertinents et comme la norme c’est d’avoir peur des attentats et de l’islam, ils vont prendre le contre-pied.

C : Bien sûr mais ils prennent toujours le contre-pied dans le même sens. Ils sont impertinents mais par contre ils ne vont pas défendre Charlie Hebdo jusqu’au bout, par exemple… S’ils voulaient être impertinents, ils pourraient aller se moquer des anti-Charlie dans les cités… Je pense à monsieur G. Meurice [amuseur publique sur la Matinale] qui est très très gêné quand il est taxé d’islamophobe mais qui est pas du tout gêné quand on le traite d’islamo-gauchiste : ça le fait rigoler. Et pourtant c’est une tendance qui soutient l’islamisme, qui de notre point de vue soutient l’extrême droite musulmane. Donc finalement il a des propos inconséquents et rigolards sur certains sujets mais sur d’autres sujets il ne se permettra pas du tout de déborder.
Alors c’était un choix difficile aussi de mettre des universités. Évidemment les gens vont dire « ah bah il faut que je quitte cette université sinon je vais être égorgé … » etc. Ce n’est pas le propos : il y a une tendance qui s’impose et qui n’est pas remise en cause par l’ensemble de l’université mais qui serait inacceptable pour d’autres tendances : s’il y avait autant de néo-nazis dans ces universités-là qu’il y a d’islamistes, ça se passerait pas du tout de la même façon. C’est une tendance qui est acceptée finalement.

R : Tu parles de relativisme sur ces questions-là.

C : Exactement. On ne dit pas qu’il n’y a que des islamistes à l’intérieur de cette université-là, par exemple l’EHESS, ce n’est pas un bloc monolithique, c’était difficile de représenter ça en termes de cartographie. Mais c’est un lieu qui accepte, qui forme, avec des gens qui sont proches des courants islamistes et qui vont renforcer cette négation du problème islamiste, qui vont relativiser, qui vont finalement aider tout un mouvement qui, même s’il paraît complètement disparate quand on n’est pas au courant, est assez cohérent de notre point de vue

Les Collaborateurs

D : on va peut-être avancer sur la découverte de cette cartographie avec le deuxième groupe qui sont les collaborateurs. On a notamment Solidaires, la France Insoumise, l’Action Antifasciste Paris-Banlieue, Alain Badiou, Eric Fassin…

Q : Là encore, ce ne sont pas des catégories scientifiques, on fait ça à la louche évidemment. Là, on est un cran au-dessus des complaisants  : les collaborateurs, ce sont des gens qui collaborent effectivement au processus de décérébration et qui aident même à la propagation de l’islamisme. On a mis en évidence Libération, les éditions La Fabrique qui sont quasiment des organes de propagande pro-islam et pro-musulmans. Dans Libération, je me souviens il y a quelques mois [plutôt en décembre 2015 !], une chronique d’un journaliste [Loïc Le Vaillant] racontait qu’il était dans le métro à côté d’une femme en niqab, en burqa et qu’il avait eu un moment de panique croyant que c’était un attentat – ce qui est tout à fait crédible, cela c’est un instinct de survie – et qu’il avait quitté la rame pour attendre la rame suivante. Il avait raconté ça en toute franchise et tout le monde lui est tombé dessus : il a dû s’excuser, c’est absolument abominable pour lui – je sais pas s’il existe encore d’ailleurs au sein de Libération [Eh si.]. Voilà le genre de réactions lorsqu’il y a une exception à l’intérieur de la rédaction, on la rattrape extrêmement vite. Alors, là encore il y a des moments où ils font des pas de côté : je me souviens de quelques articles de Laurent Joffrin qui étaient très cinglants vis-à-vis du PIR, etc. Mais globalement on a là aussi une tonalité ; vous achetez Libération vous achetez un organe de collaboration, très clairement, avec la visée d’islamisation qu’ont les islamistes. Pour Libération, l’islam, l’islamisme n’est pas un problème.

C : Pour moi et Rimso, le mot collaboration est très connoté collaboration seconde guerre mondiale… J’ai participé à la cartographie et au départ, je me suis dit que c’était un peu trop chargé comme mot... Bon, on parle de la collaboration avec l’islam, ça ne veut pas dire que voilà il y a des camps de concentration dans les banlieues, etc. C’est vraiment dans le sens où il y a des gens qui se disent de gauche et qui collaborent avec des islamistes rigoristes et qui les soutiennent et qui travaillent avec eux et ça, ça correspond au terme.

R : Moi ce que je pourrais critiquer c’est sur Solidaires. La France Insoumise sur votre fresque, vous les mettez à cheval entre collaborateurs et complaisants et il y a [le logo qui correspond à] une grosse fracture avec Obono d’un côté et les laïcards de l’autre, donc des gens qui pourraient être critiques. Mais Solidaires vous le mettez sans [logo de] fracture. Moi j’en aurais mis une parce qu’il n’y a pas de positionnement réel, il y a des différences mais il y a des syndicats au sein de la fédération de travailleurs et travailleuses, certains métiers, qui ont pu faire des passerelles, c’est ça qui est compliqué. Comment on peut mettre une cartographie sans se faire rire au nez, parce que les gens diraient « Mais pourquoi vous mettez ça ? c’est insignifiant dans le groupe »… Soit parce qu’il y a un déni, soit parce que ce n’est pas quelque chose de politiquement mis au-devant de la scène, mais plutôt des soubresauts locaux ou de sections pour certains syndicats.

Q : La question c’est : y a-t-il une opposition qui s’exprime à l’intérieur, ou pas ? Solidaires, ce sont eux qui ont organisé des réunions en non-mixité raciale à St Denis… Je n’ai vu aucune branche de Solidaires s’exprimer en dénonçant cette chose-là. Donc les gens ne sont peut-être pas d’accord à l’intérieur, mais ils n’ont aucune manifestation publique.

R : On pourrait se dire pourquoi faudrait-il se justifier de quelque chose qui est localement insignifiant ? Ce serait plutôt de la complaisance que de la collaboration. Et puis ce n’était pas une non-mixité religieuse, c’était une non-mixité de personnes racisées : ce n’est pas une défense de l’islam, c’est une défense de gens qui se sentent opprimés. Comme il y a une non-mixité de femmes ou homosexuelles ou de classe. Donc moi ça me choque moins. Des gens se sont focalisés là-dessus… Ce qui me ferait tiquer, c’est plus les liens avec des collectifs de mamans voilées, ou contre l’islamophobie, ou des universitaires de Paris VIII, etc. Là, les racisés, ils ont un truc à dire sur la discrimination…

C : C’est vrai que là on part sur une autre polémique. Mais ça pose le problème de la légitimité dans ces collectifs-là : ce n’est pas tellement que des victimes du racisme se rassemblent, c’est que ça soit organisé avec des gens proches du PIR, ouvertement antisémites. Et ça ne pose aucun problème de collaboration ? C’est comme si on avait un groupuscule néo-nazi qui organisait un camp réservé aux blancs : « c’est juste pour nous rassembler », et ça passerait comme une lettre à la Poste ? C’est de la complaisance, quelque part…

Q : Non : c’est de la collaboration. Ils collaborent au sens le plus plat du terme.

C : Le but n’était pas de rentrer dans cette polémique-là. Les gens qui sont placés sur la cartographie le sont sur un positionnement politique vis-à-vis de l’islam et de l’islamisme : mais ça ne veut pas dire que SUD est complètement pourri.

R : Rien n’est monolithique. Et ça pose la question des gens extérieurs ou ingénus qui seraient sensibles à la critique du gauchisme, de l’islam et de l’islamo-gauchisme et qui liraient cette cartographie, ils pourraient se demander sur quels critères et sur quelles bases se fondent les catégories ? Par exemple, une dame comme Mme D. Obono de la France Insoumise, fait des envolées lyrique à l’Assemblée Nationale juste pour se placer politiquement dans son champ d’intervention et récupérer des voix, ça on le pense tous. Mais s’interroger sur des phénomènes de racisme ne veut pas dire se faire taxer de tout et de n’importe quoi. Le problème, c’est quand ça en vient à une essentialisation et une naturalisation du dominé racisé qui serait forcément musulman et qu’il faudrait défendre en tant que musulman. Là, ça me pose problème.

Q : À propos du terme « collaborateur ». Tu as parlé tout-à-l’heure d’extrême-droite musulmane : c’est le sous-titre de la cartographie : « Lorsque l’extrême-gauche accompagne l’extrême-droite musulmane ». Pour nous, c’est précis : l’islamisme, c’est une extrême-droite musulmane, ce ne sont pas des gens qui auraient des petites croyances par-ci par-là. À Lieux Communs, on avait écrit un tract qui a toujours beaucoup de succès : « Ce que nous appelons extrême-droite », et nous la définissons en quelques critères. Et l’islamisme rentre à plein dans ces critères-là : rejet de la démocratie, exclusion des femmes, volonté d’expansion, passé mythifié, identité fixe et obsession des boucs-émissaires, notamment les juifs. Le dogme mahométant est une extrême-droite selon des grilles de lecture occidentales. Dans ce cadre, le terme de collaborateur me semble justifié et d’autant plus que dans le passé, il y a eu des collaborations très claires entre les dignitaires musulmans et le régime nazi – le grand mufti de Jérusalem, mais pas que –, avec le régime fasciste italien (il y a eu de très bons livres là-dessus [2]). On parle donc bien d’une extrême-droite musulmane, d’une offensive totalitaire. Il y a eu le totalitarisme soviétique, le totalitarisme hitlérien, et nous avons maintenant le totalitarisme musulman. Donc le terme de collaborateur n’est pas usurpé.
Et dernière chose, à propos de la cartographie ; c’est un travail que nous voulons voir validé, nous sommes prêts à le retravailler, mais il ne faut pas tomber dans le deux poids-deux mesures – cf. l’exemple de Médine tout-à-l’heure. Nous avons été inspirés, pour la réaliser, par la cartographie de l’extrême-droite élaborée par le groupe La Horde, depuis des années, et qui ont fait un très bon travail. Je n’ai jamais vu personne en discuter aussi précisément que ce l’on est en train de faire… Ils ont mis dernièrement Élisabeth Lévy et le magasine Causeur dans l’extrême-droite [...retirés depuis] : je ne suis absolument pas d’accord. Je serais curieux d’apprendre où ils ont vu une seule phrase d’extrême-droite dans Causeur. Je ne leur en veux pas : cela fait partie des critères plus ou moins subjectifs. Mais on ne peut pas nous demander à nous une rigueur absolue et de l’autre côté une sorte de laisser-aller parce que la dénonciation de l’extrême-droite franco-française serait plus consensuelle.

Les Dhimmis

D : On arrive à la fin de l’émission : je propose qu’on essaie de décrire les quatre derniers groupes de la cartographie avant de conclure. Alors on a vu les complaisants et les collaborateurs. Est-ce que vous pouvez présenter le suivant : les dhimmis  ?

Q : Dhimmis est un terme arabe : il désigne les minorités sous domination musulmane dans les différentes sociétés arabo-musulmanes de l’histoire : les chrétiens, les coptes aujourd’hui en Égypte, les juifs bien entendus… Un dhimmi est un citoyen de seconde zone, et son statut a été mis en forme très tôt dans l’islam : c’est le pacte d’Oumar qui a déterminé la manière dont ces soumis devaient se comporter. Ils étaient interdits de port d’armes, évidemment, devaient porter une ceinture particulière pour être repérés, étaient interdits de discuter religion avec les musulmans, etc. Reprendre ce terme est polémique évidemment… Les Dhimmis de notre cartographie sont des gens qui vivent comme s’ils étaient déjà sous domination musulmane et cèdent absolument tout aux mouvements islamistes. Nous avons donc mis en principal Médiapart, évidemment, qui trône au centre avec Edwy Plenel. C’est une nébuleuse : toutes les flèches – parce que nous avons établi des liens, bien sûr, – partent ou arrivent à Médiapart. Il y a aussi les universités – Paris VIII, Nanterre, l’EHESS…

Les catégories transversales

Q : J’en profite pour aborder des catégories transverses mais qui ne sont pas formalisées : en gros à gauche les institutionnels, les élus, les partis, l’Observatoire de la laïcité, les syndicats, la Ligue de l’Enseignement, etc. Au centre, plutôt en bas, les identitaires, les gens d’origine musulmane qui s’en revendiquent et qui jouent sur cette identité qu’ils n’ont pas choisie mais qu’ils surjouent. Et à droite les intellectuels et les universitaires : Alain Gresh, Olivier Roy, Baubérot, Christine Delphy, etc.

Les (Re)Convertis

C : On passe à la catégorie suivante : les convertis ou les reconvertis

Q : Ce sont les gens qui se comportent comme s’ils étaient musulmans, qu’ils le soient ou non, comme Raphaël Logier. Lorsque les copains tunisiens lisent ces gens-là, ils nous disent : « Mais c’est un musulman qui l’a écrit, ça ! ». Leurs discours sont indiscernables de celui d’un musulman radical. Avec eux, qu’ils soient ou non convertis ça ne nous regarde pas, on passe de l’autre côté, du côté islamiste de la nébuleuse islamo-gauchiste. Alors là, nous avons le Bondy Blog au centre, bien sûr, qui est un carrefour, le PIR, bien entendu, Les Mots Sont Importants de Pierre Tévanian, etc.

Les Frères Présentables

Q : Dernière catégorie, mais qui est vraiment du symbolique : les Frères Présentables. Là nous sommes dans le noir du graphique : ce sont les islamistes proprement dit, avec en tête de file les sites Saphirnews et Oumma.com et autour Tariq Ramadan, Marwan Mohammed, du CCIF, Kémi Séba, Mamans toutes Égales, etc.

C : Dans ce secteur-là, on arrive très vite avec des groupes comme l’UOIF, qui s’appelle maintenant Les Musulmans de France et les Frères Musulmans, les salafistes, etc. Alors on peut dire qu’on délire, mais ce sont des gens qui s’en revendiquent. Par exemple, le Havre de Savoir de Médine : on trouve la biographie d’Hassan El-Banna sur leur site, ce ne sont pas des gens qui se cachent, c’est écrit noir sur blanc. Ils peuvent tout nier à la télévision : « Je suis contre le radicalisme », comme Médine, mais les documents sont là, il suffit d’une petite recherche journalistique classique, c’est visible et chacun peut les retrouver…

La Droite nationaliste, antisémite, révisionniste

Alors il y a une dernière catégorie mal comprise, c’est celle de l’extrême-droite traditionaliste : est-ce que A. Soral est gauchiste ? Elle a été placée là pour s’en distinguer clairement mais surtout ça montre la convergence des extrêmes-droite, entre les Frères Présentables, homophobes, antisémites, etc. qui tissent naturellement des liens avec Alain de Benoist, le Parti des Musulmans Français avec la Manif pour tous, Égalité et Réconciliation. Par exemple Maman toutes Égales, collectif très présent dans le milieu militant a des liens directs avec la Manif pour tous. Ça pose des questions pour les gens qui se disent à l’avant-garde de la radicalité : jusqu’où ça va ?…

Q : Pour être clair, cette extrême-droite qu’on a nommé « Droite nationaliste, antisémite, révisionniste », on l’a mise à l’écart, en bleu alors que la dominante va du jaune, au rouge puis au brun jusqu’au noir. Donc ce n’est pas, clairement, de l’islamo-gauchisme. Même si on pourrait en discuter à propos d’Alain Soral, qui a vraiment une posture assez originale…
Alors ce sont des liens étranges parce que ponctuels : à l’occasion de la Manif Pour Tous, à l’occasion des Journées de Retrait de l’École contre l’ABC de l’égalité il y a deux ans et puis des connexions d’il y a dix ans, par l’intermédiaire de Mohamed Latrèche, mais qui ont disparu depuis. Ce sont donc des connexions ponctuelles, qui pourront se réactualiser, mais qui sont faibles. Cela montre que l’extrême-droite est très faible en France : il n’y pas l’équivalent d’un islamisme français ou alors extrêmement minoritaires : CIVITAS, par exemple ou Alliance Vita, mais qui n’ont pas du tout l’influence qu’ont les islamistes. La véritable extrême-droite en France est musulmane, pas catholique. Les liens entre les deux devraient être bien plus important qu’avec la gauche mais ils ont beaucoup de mal. Ce serait normal que la droite dure ait une attirance pour l’extrême-droite musulmane : c’est une idéologie de l’ordre, de la hiérarchie, de la famille, de la natalité,… et de la religion ! Ils ont en horreur l’Occident, du moins celui auquel nous tenons, cet aspect de l’Occident qui renferme les trésors de liberté, de tolérance, d’égalité et de justice sociale…

D : C’est la fin de l’émission. Pour ceux qui veulent voir cette cartographie, c’est sur le site Lieux Communs . Vous vouliez quelques mots de conclusion ?

Q : Juste une précision, même si ça a été dit : toutes ces informations se trouvent assez facilement sur internet. Un internaute a critiqué notre cartographie sur son site, en l’examinant mais il n’a malheureusement pas fait un travail rigoureux du tout. Les liens et l’emplacement des gens ou des groupes sur la cartographie découlent d’une recherche de quelques minutes : les trois-quart des informations sont sur Wikipedia. Allez voir les pages relatives aux gens en question, vous comprendrez immédiatement ce qu’ils font là. Avec en plus quelques recherches annexes — et je voudrais citer à ce propos le site Ikhwan.info [aujourd’hui en sommeil] qui suit les Frères Musulmans et fait un très bon travail. Bref, ce ne sont pas des années de recherches : ça reste à faire, ce serait un gros chantier.


[1[En réalité, le « grand djihad », « l’effort intérieur » qui fait tant se pâmer les islamo-gauchistes, peut se traduire en un terme très simple : radicalisation. Le « petit djihad » n’est plus que le passage à l’acte, quel qu’il soit.]

[2Par exemple Fabei S. 2005 ; Le faisceau, la croix gammée et le croissant , éd. Akribéa ; et Kündel M. 2002 ; Jihad et haine des Juifs. Le lien troublant entre islamisme et nazisme à la racine du terrorisme international, éd. du Toucan. Cf. « Islamisme, totalitarisme, impérialisme »


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