Introduction à la brochure n°23 : « L’horizon impérial »

lundi 21 janvier 2019
par  LieuxCommuns

Ce texte fait partie de la brochure n°23 « L’horizon impérial »
Sociétés chaotiques et logique d’empire

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Sommaire :

  • Introduction — ci-dessous
  • L’horizon impérial — bientôt disponible

« Ce serait curieux s’il y avait des militants d’un type nouveau, un peu étrange,
qui s’efforcent de faire sentir la réalité de l’événement qui approche ;
des militants de la réalité, non pas des « réalistes » (on sait ce que vaut la realpolitik),
mais des personnes qui montrent que certaines choses
qui ont l’air irréelles ont bien une réalité. » [1]

« Socialisme ou Barbarie  » : l’alternative marxiste était parlante et a inspiré plu­sieurs générations. Mais l’histoire n’étant pas une science, le XXe siècle est parvenu à concilier les deux, la barbarie socialiste, et le XXIe débutant se pave d’intentions d’au­tant plus belles qu’une barbarie authentique s’y déploie, là-bas au loin mais aussi der­rière le pâté de maison

Ceux qui ont cru dans la possibilité d’une humanité responsable d’elle-même et édi­fiant un monde vivable se répartissent en deux camps : les plus idéologues s’auto-aveuglent plus ou moins consciemment, chérissant un idéal qui n’a que peu de rapport avec leur comportement effectif ; les plus lucides observent la réalité de leur quotidien, hébétés, mesurant millimètre par millimètre l’avancée d’un chaos géopolitique, social, culturel et anthropologique sans précédent.

Il y a pourtant la place, pour quelque temps encore, pour la compréhension de ce qui nous arrive, l’analyse de ce qui advient, l’intelligence de la marche du monde. La ra­reté de ceux qui s’y aventurent révèle la réelle difficulté, tant intellectuelle que psycho­logique, de l’exercice. Car il ne s’agit pas d’ajuster quelques boulons à une machinerie théorique ; ses engrenages ne tournent plus, le carburant manque et à vrai dire on ne sait même plus, au fond, à quoi était-elle censée servir ni si son moteur n’a pas déjà été enseveli. Ce n’est pas qu’elle soit montée sur du sable : c’est le sol lui-même qui bouge, qui tremble, qui semble se déplacer, sans qu’un seul point fixe nous permette d’en devi­ner le sens, d’en évaluer l’ampleur. Ce sont les plaques géologiques de la civilisation hu­maine, aujourd’hui planétaire, qui glissent, les repères étoilés qui se mettent à danser et le Soleil qui n’en finit pas de se coucher. Le voudrions-nous, nous ne pouvons déjà plus rester « étendu parmi les fleurs, faisant face ciel » [2] et le Labyrinthe de la pensée hu­maine ne semble plus nous offrir que des cul-de-sac.

Cette brochure tente, avec les moyens dérisoires de ses deux textes, de décrire ce qui nous arrive et ce qui semble possible de penser. Nous procédons en trois temps : d’abord donner les coordonnées de nos positions afin que le lecteur sache d’où nous par­lons, puis tenter de cerner les grands bouleversements en cours, leurs interactions et les métamorphoses qu’ils induisent. Nous avançons, enfin, la possibilité que c’est au cœur de l’obscurité du Moyen-Âge qui s’avance que nous pourrons, peut-être, comprendre l’agencement insoupçonné du nouveau monde qui s’installe.


[1D. Sibony, Islam, phobie, culpabilité, 2013, Odile Jacob, p. 99.

[2Rilke, cité par C. Castoriadis dans la préface des Carrefours du labyrinthe I, 1978, Seuil. Texte disponible sur notre site.


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