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vendredi 23 mars 2018
par  LieuxCommuns

Sur les fondements idéologiques et les destinées politiques du revenu d’existence (4/4)

Voir la partie précédente (.../...) 2- L’instauration d’une société oligarchique La mise en place éventuelle d’un ersatz de Rente Universelle dépend d’une multitude de facteurs, dont le rythme de ralentissement de la croissance mondiale, qui est inéluctable et corrélé à l’accès aux ressources (...)

En réponse à...

samedi 24 mars 2018 à 06h44

Moi qui suis plutôt un partisan du revenu inconditionnel (mais attention, sous certaines conditions seulement, que je vais préciser, et, en ajoutant que je ne prétends pas avoir de certitudes définitives sur le sujet), j’avoue ne pas vraiment me reconnaître dans ce que vous en analysé et critiqué. Vous commencez, au début de la première partie, par distinguer les multiples versions de cette idée : fort bien. C’est en effet le b.a-ba pour prétendre traiter de la question avec le minimum de sérieux. Quand je vois des gens qui se revendiquent de l’extrême gauche, comme Lepage et d’autres, critiquer à tort et à travers cette idée, sans être capable de faire ces distinctions de base, je me dis qu’il y a de quoi se cogner la tête contre les murs. De façon très schématique, je les rangerais en deux catégories : les multiples déclinaisons de la version libérale, qui ont toutes pour objet d’accentuer encore d’avantage le mouvement de marchandisation. Et les versions émancipatrices qui doivent, au contraire, permettre de desserrer l’étau du marché sur la vie des gens. Inutile de préciser que je me situe dans cette dernière perspective. Sauf que par la suite, vous semblez ne plus trop tenir en compte de ces distinctions, ce qui fait que j’ai l’impression que votre critique porte, en fait, essentiellement sur la version libérale, en laissant au second plan, les potentialités émancipatrices que pourrait avoir une telle mesure. Ce que je commencerai par mettre en avant pour m’en faire l’avocat, c’est le fait qu’elle n’a rien de bien nouveau. Je dirais même que c’est la règle dans l’histoire des sociétés humaines, en ce sens qu’elles ont, en règle générale, garanti à leurs membres, une forme ou une autre de protection sociale qui fait que les moyens de subsistance de chacun étaient déconnectés de l’activité productrice. La grande différence, cependant, c’est que la chose n’était pas monétarisée, à ma connaissance. Cela m’amène à la question décisive de la monnaie. Sur ce point, je partage pleinement les analyses de Jean Zin qui montre bien que le revenu garanti n’a absolument rien d’alternatif s’il n’est pas couplé avec le développement de monnaies locales. Déconnecter les moyens de subsistance du travail, cela n’a bien sûr rien à voir avec le thème d’une prétendue « fin du travail » au nom de laquelle certains prétendent justifier le revenu inconditionnel. Cela doit permettre, bien au contraire, de libérer des impulsions à travailler qui ne soient plus liées aux pauvres motivations économiques du gain ou de la peur de la faim. Pris ainsi, il pourrait s’agir d’un remède qui contribue à nous désensorceler de la toute puissance que l’argent exerce sur nous. Ces impulsions à libérer de la contrainte monétaire, m’amènent au point suivant, sur lequel, là aussi, vous passez beaucoup trop vite, en réduisant la chose à une note de bas de page. C’est le thème du don. Ce que je soutiens, c’est que le revenu inconditionnel, là aussi, n’a rien d’alternatif, si on ne l’envisage pas dans dans une logique de don et non de dû. Ici, je m’inscris pleinement dans le prolongement du revenu de citoyenneté tel que peuvent le soutenir des chercheurs du MAUSS comme Caillé. Les impulsions à libérer relève bien de l’ordre du don, et précisément, celui de type réciprocitaire. C’est au moins un des points, où je pense qu’on peut articuler le revenu inconditionnel avec la pensée de quelqu’un comme Castoriadis. Comme il l’a bien montré, ce que le capitalisme épuise, ce ne sont pas seulement les ressources naturelles, mais aussi, des gisements anthropologiques nécessaires à la reproduction de n’importe quelle société. Sans forcer l’interprétation, on peut comprendre ces gisements comme étant ceux du don. C’est ce dont j’ai traité sur mon blog sous la forme de la question du renouvellement des gisements du don. Si le revenu inconditionnel ne permettait pas de réenclencher, sur une grande échelle, ces cycles de don, suivant le schème ternaire du donner-recevoir-rendre, alors, pour moi, il mériterait clairement d’être abandonné. Envisagé dans cette perspective, il doit alors aussi contribuer à retisser des liens sociaux. C’est pourquoi, je ne me reconnais pas du tout dans la critique qui consiste à dénoncer l’anomie dont cette mesure serait à la fois un symptôme et une cause de plus la renforçant. Ce qui m’amène aux points suivants. D’abord, il n’y a aucune garantie qu’une telle mesure puisse marcher ainsi que je l’ai entendu. Par définition, le don, sous-entend un pari risqué sans aucune garantie de retour. Et, à mon avis, une des difficultés possibles que pourrait rencontrer cette mesure, c’est de se situer dans le contexte de sociétés dont le lien social a déjà été considérablement défait. Je vous renvoie à une expérience significative, de ce point de vue, qui a été lancée en 2011, dans une région pauvre de l’Inde, dans le village de Panthbadodyia. L’étude qui en a été fait montre d’incontestables effets positifs, mais y est ajoutée qu’une condition essentielle de cette réussite, c’est « l’importance de l’existence d’un tissu social actif... » (N. J. d’Othée, Le revenu de base. Universellement applicable ?) C’est pourquoi, il faut absolument envisager de coupler le revenu inconditionnel avec d’autres institutions incitant à resocialiser les comportements. Zin parle de coopératives en ce sens. Je trouve insuffisant cet aspect de sa réflexion, car elle restreint beaucoup trop de le champ de l’imagination créatrice en matière sociale. Je préfère parler, très généralement, d’institutions des communs qui aujourd’hui émergent dans les multiples dimensions de la vie sociale et qu’il faut absolument chercher à développer sous une forme ou une autre. Pour résumer, le revenu inconditionnel serait une mesure évidemment absurde sans la situer à l’intérieur d’un projet de société bien plus vaste. De mon point de vue, il y a une triade qui forme un tout dont on ne peut dissocier aucun des éléments : revenu inconditionnel-monnaies locales-institutions des communs. Reste que je préfère ne pas me faire trop d’illusions : la version que je défends, ou une autre de ses variantes possibles, reste certainement bien trop marginale pour arriver à émerger sérieusement aujourd’hui dans le débat politique. Là où je vous rejoins, donc, c’est qu’effectivement, si on devait se voir imposer une de ses versions libérales, il y aurait tout lieu de s’y opposer catégoriquement.

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