Joli site mais difficile de s’y retrouver. Comment ça marche, tout ça ?
Le mieux est de commencer par parcourir nos derniers textes sur Les incontournables des six derniers mois et la rubrique « À propos » pour y lire nos textes de présentations, jeter un œil sur les livres dont nous nous réclamons ou les films et documentaires que nous recommandons ou encore voir les différents sites qui nous mettent en liens.
Nos positions peuvent être cernés un peu plus précisément en lisant nos tracts, par exemple, ou nos correspondances, bref en se promenant dans la rubrique « Nos textes », ou même via le Plan du site.
Nous publions en moyenne trois textes par mois. Celui-ci peut être d’un auteur extérieur (et dans ce dernier cas, le classement est thématique), d’un sympathisant, ou de nous. Nos productions sont diverses (article, compte-rendu, analyses, tract, etc), mais les textes de références sont réunis sous forme de brochures, vendues en librairies, disponibles en téléchargement ou par correspondance (nous écrire).
Il est possible d’être informé de nos nouveautés par l’inscription à une newsletter , qui comprend également l’envoi de notre revue de presse hebdomadaire.
Qui êtes-vous, finalement ?
Notre but n’est pas de créer de mystère : notre anonymat, tout relatif, est essentiellement dicté par nos conditions très pragmatiques de salariés précaires et de menaces pesant sur les dissidents contemporains. Concernant notre condition sociale, nous sommes des urbains précaires, habitants de banlieues ou de quartiers populaires. Ces situations s’expliquent par notre refus de parvenir, porté par un certain nombre de valeurs qui nous constituent, comme l’honnêteté, la franchise, la rigueur, etc., incompatibles avec l’ascension sociale. Ces principes sont en voie de disparition… Ce qui nous définit politiquement, c’est bien un projet qui nous rassemble, c’est notre désir d’égalité et d’émancipation individuelle et collective, et certainement pas les hasards de nos naissances…
On lira par exemple Ce que nous avons à dire ou encore Les déshérités.
Pourquoi ce nom « Lieux Communs » ? Toutes les choses que vous écrivez ne sont justement pas des évidences.
Le nom a été choisi rapidement, presque par défaut. À l’usage, il ne s’est pas révélé si malheureux… D’une manière générale, la discussion aujourd’hui nous semble extrêmement difficile, pour plusieurs raisons, la principale étant qu’il n’y a plus du tout de lieux communs, de terrains d’entente, d’évidences partagées, de langages communs. Cela est vrai aussi bien physiquement, puisqu’il n’y a plus de lieux publics où la culture populaire pourrait reprendre consistance, que symboliquement. Il n’y a d’abord plus de décence ordinaire, de socle de valeurs communes qui rendrait possible l’échange, le débat, le conflit, la polémique et la pratique collective. Puis, parmi les « intellectuels », cet effondrement anthropologique s’est donné le nom de « postmodernisme » et entretient la confusion dans les choses les plus banales : il n’est pas rare de se retrouver à discuter du fait qu’être différents ne veut pas dire être inégaux, que la liberté n’est pas l’expression de toutes les pulsions, ou encore que tous les engagements sont contraignants et non sans risque, etc. Nous en sommes donc souvent réduits à devoir affirmer des lieux communs, où s’enracinent assez naturellement les positions que nous affirmons sur tel ou tel sujet. Enfin, « Lieux Communs », c’est un appel à l’ordinaire, loin du sectarisme, de l’avant-gardisme et du messianisme du monde militant.
On lira par exemple Sur les racines de la disparition de la pensée critique ou Un parcours politique à partir de C. Castoriadis.
Il faut de l’argent pour faire un site comme ça et sortir des brochures à 3€, hein ? Honnêtement, vous êtes financés par qui ?
Le fond de nos poches, malheureusement. Et celui de nos sympathisants, aussi… Nos comptes sont régulièrement mis en ligne, témoignant de l’absence de financement institutionnel ou autres, mais ils ne rendent pas complètement compte de nos difficultés. Il y a effectivement un décalage entre le souci de qualité de notre travail, la modestie de nos moyens et le prix de nos productions : C’est notre volonté de rendre abordable au plus grand nombre ce qui nous semble le plus important à savoir, à penser, à faire. Et c’est vrai que ce n’est pas tellement habituel – c’est même une posture militante en voie de disparition.
On lira par exemple Notre situation financière.
Vous êtes invisibles sur les réseaux, alors que c’est là que ça se passe… C’est volontaire ?
« Ça se passe » partout sauf dans la vie réelle… Et ce n’est pas un hasard : nous savons qu’une technique n’est jamais neutre et qu’internet est une déconnexion du réel. Son utilisation participe au décérébrage enthousiaste et généralisé et au néo-illetrisme contemporain. N’importe qui peut le vérifier expérimentalement : une même suite de caractères ne forme pas le même texte selon qu’il soit lu dans un livre, sur du papier, un écran d’ordinateur ou de « téléphone ». Nous voulons le retour à l’intelligence individuelle, en attendant d’être collective, et actuellement toute la technosphère travaille à plutôt à la démocratisation de la stupidité. Ce site est un pis-aller.
On lira à ce propos Notre rubrique « À l’internaute », qu’il est toujours bien de parcourir au moins une fois.
Votre site est très fourni, mais on s’y perd un peu… Comment vous situez-vous politiquement ?
Historiquement, certains d’entre nous venaient de l’extrême-gauche, du situationnisme, de l’anarchisme ou de l’altermondialisme, d’autres encore étaient « apolitiques » donc imbibés de l’imaginaire dominant. Mais toutes ces idéologies n’ont plus aucun sens aujourd’hui pour nous, pas plus que le couple gauche-droite. Nous en reprenons la visée historique d’émancipation de tous et de chacun, que nous appelons autonomie individuelle et collective, et cela amène bien des redécoupages. Notre ligne de partage est claire : nous voulons nous confronter à la réalité, donc nous nous affrontons à toutes les idéologies ; nous voulons la démocratie directe, donc nous combattons toutes les tendances à l’accaparement du pouvoir ; nous voulons l’égalité des revenus, donc nous sommes contre toutes les hiérarchies sociales ; nous voulons une redéfinition des besoins, donc nous réfutons toutes les perspectives productivistes et consuméristes.
On lira par exemple Élections 2022 : le règne oligarchique, Castoriadis et les bien-pensants ou encore pour aller un peu plus loin (In)Actualité de la démocratie directe.
Démocratie directe, égalité des revenus et redéfinition des besoins… Vous rêvez, non ?
Tout cela paraît très lointain, positions idéalistes de doux rêveurs… Et en même temps, lors des mouvements sociaux ou de prises de conscience individuelles, les gens retrouvent ce genre de questions, comme en Tunisie, en Espagne ou en Grèce en 2011, par exemple, ou encore l’inoubliable mouvement des Gilets jaunes. Et le cours du monde aujourd’hui annonce de très grands changements dans les décennies qui viennent… Nos perspectives paraissent donc aujourd’hui utopiques, mais il n’y a pas si longtemps, le vote des femmes, le droit du travail ou la liberté de conscience et d’association étaient jugés inenvisageables, or ils semblent aujourd’hui aller de soi. Quand on comprend l’ampleur des crises qui nous traversent – nous et la société dans laquelle nous vivons – on comprend aussi que les solutions possibles doivent être radicales. Mais que vous les approuviez ou non, ces objectifs dessinent clairement notre horizon et donnent au lecteur tous les éléments pour comprendre nos positions et nos analyses.
On lira par exemple Notre isolement, ainsi que Les gilets jaunes face à l’empire et L’horizon impérial.
C’est un peu compliqué : on parle de politique et d’histoire mais aussi d’anthropologie, de philosophie, de psychanalyse ou même de biologie ou d’astronautique…
En parcourant nos textes vous vous apercevrez que nous partons, depuis notre fondation, de l’effondrement des repères politiques traditionnels ; gauche/droite, conservateurs/progressiste, étatiste/anti-étatiste, etc. Par exemple le marxisme a fondé ce que l’on appelle la « gauche » : avec son effondrement théorique et pratique, c’est toute sa synthèse dans tous les domaines qui s’efface, toute une vision de l’histoire et de l’humain. Il nous semble qu’il faudrait reconstruire une véritable pensée politique, si tant est qu’il y en ait jamais vraiment eu. Il ne s’agit pas de monter de toute pièce une nouvelle idéologie, mais de tenir compte du savoir humain et de son expérience, dans tous les domaines, et de rester poreux à la complexité du réel dans toutes ses dimensions. Cela peut paraître fastidieux, mais ce n’en est pas moins indispensable. À chacun d’y puiser ce que bon lui semble, mais aussi d’essayer d’explorer des disciplines qui lui sont, a priori, encore étrangères.
On lira par exemple Lieux Communs : Principes d’analyse.
Pourquoi vos articles sont-ils si longs et compliqués à lire ? Vous ne pourriez pas faire simple et rapide ?
Nous nous efforçons déjà de faire le plus simple possible… Mais il faut comprendre que nous ne possédons pas de vérités simples à asséner (même si certaines choses nous semblent établies) et cherchons plutôt à ouvrir des voies inexplorées ou abandonnées pour la pensée et pour l’action : cela demande des tâtonnements, du temps et de la patience. Notre but n’est pas de présenter des résultats définitifs, mais plutôt d’associer chacun à notre recherche. Ça peut dérouter, d’autant plus que nous ne faisons pas du style littéraire un programme politique. D’un autre côté, comprendre nos textes ne demande pas plus de temps ou d’énergie que de remplir une grille de sudoku, suivre les tribulations de Britney Spears ou saisir les tenants et les aboutissants du dernier Mercato… Quant au temps gagné en espérance de vie depuis plusieurs siècles, il semble correspondre aux 3h30 quotidiennes passées devant la télé…
On lira par exemple Wokisme et obscurantisme : articulations et complémentarités.
Franchement, vous n’avez pas beaucoup de succès… Parce qu’au fond c’est une bonne carrière que vous visez, non ?
Écririons-nous ce que nous écrivons si telle était notre intention ?… Le refus de prostituer nos convictions nous rassemble – et semble malheureusement nous distinguer clairement de beaucoup de nos contemporains. En fait de « succès », nous cherchons plutôt un écho, et celui-ci a encore pour nous moins d’importance que la pertinence, la signification de ce que nous faisons dans et de nos vies. Nous pensons qu’il est possible qu’un jour ce que nous écrivons fasse réellement sens pour un bon nombre de personnes, tout comme il est possible que nos tentatives soient vaines et sombrent dans un oubli sans retour. Nul héroïsme : nous sommes tous logés à la même enseigne…
Je prépare un mémoire universitaire sur « Patati et patata », ce qui devrait vous intéresser, hein ;-) Ça ne vous dirait pas, une petite collaboration ?
Non. La collaboration telle que vous l’entendez marche dans un seul sens, celui de votre promotion sociale. Cela ne nous étonne pas : l’université contemporaine est infestée de charlatans, d’arrivistes, de commentateurs et de fossoyeurs d’idées à l’origine émancipatrices, pour qui la pensée des autres n’est qu’un marchepied à leur carrière. Ils sont tous également doués pour stériliser toute nouvelle initiative et dissoudre toute bonne volonté. L’université n’est plus un lieu d’intelligence : au contraire, tout y empêche de penser, tout en manipulant les idées des autres. On s’en aperçoit trop tard ou, le plus souvent, jamais. C’est sans doute le plus tragique…
Il paraît que vous êtes des fanatiques de Castoriadis… C’est vrai ou c’est une rumeur ?
Ni l’un ni l’autre. Les castolâtres, castologues et autres castoyariens se multiplient plutôt en milieu stérile, donc à l’université. C’est vrai, et triste, que l’époque se trouve incapable de concevoir d’autres types de relations aux penseurs, soit que les gens se persuadent de penser tout seuls, ce qui revient à ne pas penser du tout, soit qu’ils chérissent un totem, éventuellement en le déniant… Nous sommes attachés aux idées de Cornelius Castoriadis, d’Hannah Arendt, de Christopher Lasch, de George Orwell et d’autres, et nous voulons les prolonger, en travaillant des champs que ces auteurs ont laissés en friche et en ouvrant d’autres chantiers fertiles pour la compréhension et la transformation du monde. Mais c’est au lecteur attentif de juger de ce que nous faisons.
On lira par exemple notre Introduction à la brochure « Lire (et comprendre) Castoriadis ».
Vous pensez vraiment que vous allez changer quelque chose à ce monde en faisant tout ça ?
En tous cas, peut-être cela peut-il aider quelques-uns à voir un peu plus clair dans le maelström actuel, à comprendre les enjeux de la situation et à détecter les impasses qui n’en ont pas l’air. D’expérience, nous ne sommes vraiment lisibles et compréhensibles que lors des périodes chaudes, moments de crises sociales et politiques, ou même individuelles, où les oreilles et les bouches s’ouvrent. Non pas que nous ayons toutes les bonnes réponses, mais nous prétendons poser les bonnes questions et montrer clairement les mythes, les illusions et les pièges. Quant aux solutions, ce sont les gens eux-mêmes qui les trouveront – ou pas. Il ne nous semble pas y avoir d’autre attitude fondamentale en démocratie. Par ailleurs, nos textes circulent d’autant plus lorsque la société se met à remuer, par exemple lors du mouvement social d’octobre, ou des manifestations des « indignés » du printemps 2011.
On lira par exemple Face aux nouveaux inquisiteurs, ou encore « La paix sociale sexuelle est achetée au prix du silence… ».
Tout ce que vous dites est un peu désespérant… Vous ne seriez pas un peu dépressifs ?
Au contraire, c’est sans doute parce que nous ne sommes pas (ou plus) dépressifs que nous voulons, et pouvons, regarder la réalité en face. C’est pour nous la seule manière de combattre les idéologies démagogiques, qui servent aujourd’hui d’anxiolytiques en dispensant un fragile optimisme au mépris de ce qui est vécu quotidiennement. Car ce n’est qu’en étant lucide sur sa situation que chacun peut se donner prise sur cette réalité : ce sont les gens ordinaires qui font l’histoire ; ça veut dire à la fois qu’ils sont complices de ce qui se passe et qu’ils peuvent le changer. Impossible de comprendre les phénomènes sociaux ni d’envisager que la population s’auto-gouverne un jour si on ne tient pas dès maintenant ce discours de responsabilité.
On lira par exemple « Gilets jaunes » : la démocratie directe en germe ?.
Vous pourriez au moins être marrants, ou belliqueux, ou encore flamboyants, non ?
Il nous semble que la rigolade généralisée est non seulement en phase avec l’ambiance irréelle de notre société, mais permet en outre de faire passer pour subversive à peu près n’importe quelle idiotie auprès d’un public qui ne demande qu’à rire. Même chose pour le style triomphaliste ou pseudo-combatif, qui ne trompe que ceux qui confondent bluff et volonté. Mais sans doute sommes-nous les derniers à considérer que la politique est une chose trop sérieuse et exaltante pour être laissée aux rigolards et aux gestionnaires. D’ailleurs, il suffit de relire n’importe quel canard militant après quelques mois ou années pour se rendre compte de l’incroyable degré de biodégradabilité de ses « analyses »…
Il vous arrive d’être méchants avec certains auteurs ou certains courants : pourquoi autant d’agressivité ?
Peut-être cédons-nous trop facilement au tropisme de la polémique… Mais si le constat sur la réalité est amer, et il l’est, il faut tout de même se demander comment nous en sommes arrivés là. Impossible alors de ne pas jeter un regard sévère sur les courants historiques ou contemporains qui ont nourri la confusion et l’insignifiance actuelles, comme les zoos gauchistes, les réseaux postmodernes, les ambitions mandarinales ou les discours nihilistes. Il règne aujourd’hui un angélisme et un relativisme qui se muent d’autant plus vite en agressivité nue que les événements deviennent cruciaux pour chacun d’entre nous.
On lira par exemple Les radicules, ou alors La confusion occidentale, ou encore Contre la Constituante.
Il y a d’autres personnes, d’autres collectifs et d’autres sites qui travaillent sur les mêmes thèmes que vous : pourquoi ne pas vous regrouper ?
Nous ne sommes pas contre les rapprochements, les collaborations ou les fusions – la structure même du site ou l’histoire du collectif le montre – et nous les tentons régulièrement, mais la confusion idéologique et les délires irrationnels sont tels que les désaccords et les malentendus prolifèrent. Il est même difficile de démêler les questions essentielles des problèmes secondaires. Quant aux comportements individuels, ils sont rarement à la hauteur d’un engagement politique, comme ils le sont de même pour les engagements amoureux, amicaux, etc. Plus généralement, nous ne cherchons pas l’unité à tout prix, mais plutôt à travailler à une approche singulière que nous croyons féconde, à l’approfondissement d’idées et d’analyses que nous voulons pertinentes et utiles. À chacun de voir si c’est le cas.
Vous n’avez pas peur que vos idées soient récupérées ?
Le phénomène de « récupération » n’a rien de magique, et il est avant tout l’œuvre des gens, qui se mettent à « croire » qu’un élément sert une autre cause que celle qui l’avait produit. Mais pour qu’il y ait récupération, il faut un minimum de compatibilité entre l’idée, l’action, la personne récupérées et ce qui la récupère, ce qui ne doit pas manquer d’interroger. Cela dit, dans la société actuelle, où la pensée argumentée rationnellement devient une incongruité, et où l’attention va à ceux qui racontent n’importent quoi il ne faut plus s’étonner de rien, et surtout pas que la révolte muette soit l’objet de toutes les manipulations. La peur de la récupération est souvent un excellent alibi pour ne rien faire, d’ailleurs tout et n’importe quoi est un excellent alibi pour ne rien faire aujourd’hui – voilà un mécanisme de récupération qui fonctionne bien…
On lira par exemple Échange mail sur la « récupération » politique, ou bien Mai 2008 : Quelles leçons politiques tirer de Mai 68 ?.
Vous n’avez pas un problème avec l’Islam et les musulmans ? Vous me direz, c’est très tendance en ce moment…
Nous ne suivons pas les modes. Et la lutte contre l’aliénation religieuse et l’impérialisme monothéiste ne semble dépassée que par ceux qui ont la chance de n’y être pas confrontés. Ceux qui le sont, notamment les descendants de musulmans vivant en milieu populaire, n’ont semble-t-il trouvé nulle part ailleurs qu’ici l’espace pour traiter et discuter ces questions de façon responsable et non victimaire.
On lira par exemple Nous, immigrés arabes, face à nos choix politiques, ou bien Islamisme, islamophobie, islamo-gauchisme ou encore Islamisme, totalitarisme, impérialisme .
Bon, et si on est d’accord avec vous, on fait quoi, maintenant ?
Bonne question, que nous vous renvoyons. Nous ne cherchons ni l’admiration paralysante ni à servir de caution d’engagement politique ou de dispensateurs de bonne conscience, mais bien au contraire à provoquer des prises d’initiatives à partir d’une appropriation et d’un développement fécond et enrichissant de toutes les idées que nous diffusons. Par exemple, qu’un collectif ou une personne nous dise, comme cela nous arrive quelquefois, s’être inspiré de notre travail pour fonder son engagement, nourrir telle parole publique, alimenter telle réflexion, poser tel choix dans sa vie, etc., nous ne demandons pas mieux. Autrement dit, si vous nous avez bien lu, vous avez compris que nous n’avons pas beaucoup de perspectives – et nous ne le cachons pas. Ce qu’il faudrait d’abord, peut-être, c’est qu’un nombre croissant de personnes parviennent à se donner la possibilité de travailler ces idées, ces questions, ces chantiers et de les diffuser dans la population – et/ou de nous aider à le faire. Cela semble facile, mais l’expérience montre que c’est extrêmement ardu, non par manque de temps ou d’argent, mais bien à cause d’obstacles psychologiques ou, disons plutôt, par manque d’envie réelle : le mode de vie actuel et ses promesses semblent suffire. Jusqu’à quand ?
On lira par exemple Qu’est-il possible de faire actuellement ? et la rubrique Nous aider.
Assez de parlotte, vous ne croyez pas qu’il faudrait agir ?!…
Nous ne séparons pas l’action de la réflexion, et fuyons ceux qui le font – ce qui fait qu’il ne reste plus énormément de monde pour collaborer…
Plus concrètement, après avoir beaucoup milité, notre bilan de cet « univers contestationnaire » est plutôt sévère. La quasi-totalité des « luttes » ne sont que la répétition d’autres antérieures, sans que cela ne forme de continuité puisque aucune leçon n’est jamais tirée. Il n’y a pas de « cumulation », mais au contraire décalques dégradés et appauvris à l’idéologie douteuse. Dans ce contexte, les « mobilisations » ne servent la plupart du temps que des objectifs qui ne sont pas les leur, et ne font, principalement, que pallier aux « dysfonctionnements » d’une organisation sociale qu’il s’agirait de remettre en cause, au moins théoriquement, sinon dans les comportements concrets. Ceci étant dit, certaines actions, peu connues, nous semblent hautement respectables et nous n’y faisons défection que par manque de disponibilité.
Notre engagement est quotidien, banal, certainement pas événementiel. C’est pour nous le sens profond de la praxis, comme de la common decency. Ce qui nous intéresse, au fond, c’est l’histoire que les individus ordinaires écrivent, pas les tribulations de quelques prétendues « avant-gardes ». La nébuleuse « populiste » commence à dessiner ce que pourrait être la renaissance d’une volonté populaire, pour l’instant très contradictoire et tâtonnante : si jamais nous renouons avec un travail de terrain spécifique, c’est dans ce milieu en construction que nous nous orienterons, loin du « politiquement correct » et des sunlight militants.
On lira par exemple Qu’est-il possible de faire actuellement ? et la rubrique Nous aider.



