Lieux Communs : Principes d’analyse

vendredi 24 mars 2023
par  LieuxCommuns

 Lieux Communs : Principes d'analyse
Lieux Communs : Principes d’analyse
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La question de l’auto-définition fait partie de toute démarche politique réflexive, et reste toujours posée. Il ne s’agit pas, dans le cas de Lieux Communs, de se démarquer mais, au contraire, d’ouvrir un champ, de poser des points cardinaux, de comprendre le chemin qui se fait. Les lignes directrices ramassées ci-dessous souffrent certainement d’une formulation trop succincte, et paraîtront peut-être trop évidentes voire triviales, ou au contraire absconses ou énigmatiques. Mais elles émergent de quinze ans d’activité, donc de centaines de textes, qui les illustreront suffisamment, ou même les développeront. Ces quelques points ne sauraient, de toute façon, être définitifs.

1 – L’autonomie comme moyen et comme but

L’autonomie individuelle et collective considère la responsabilité advenue des gens ordinaires. Ce sont leurs croyances, leurs choix, leurs comportements, leur révolte lucide ou leur servitude volontaire qui fondent, en dernière analyse, ce qui arrive comme de ce qui n’arrive pas. L’être humain comme individu et comme collectivité agit toujours comme sujet, qu’il l’ignore ou qu’il l’assume. L’essentiel du travail consiste alors à question­ner pratiquement cette banalité scandaleuse et sans cesse recouverte qui fait, jour après jour et siècle après siècle, le social, le politique, l’histoire, à savoir les attitudes, inévitablement mouvantes et contradictoires, des personnes, des groupes, des classes et des peuples.

2 – Une approche anthropologique

Dire que le libre choix existe toujours, même potentiellement, c’est poser un monde social tissé par les cultures humaines, grandes et petites. Elles sont toutes d’authentiques créations qui s’enracinent dans les corps, les langues ou les institutions, devenant déterminations anthropologiques, conditionnant les pensées et les actes. Les entités surplombantes que sont les Dieux, le capitalisme, la techno-science, les lois de la nature ou de l’histoire, etc. sont des élaborations imaginaires. Le fait de s’y aliéner, positivement ou négativement, toujours selon un schéma religieux, est hétéronomie : elle doit être élucidée pour donner ou rendre à l’individu et à la société leur liberté fondamentale de désirer, de délibérer et de faire.

3 – Poser les échelles nécessaires

Loin des catéchismes explicatifs et des manies mono-thématiques invoquant une cause unique cantonnée à un domaine circonscrit, il y a à prendre la chose politique comme complexe et multidimen­sionnelle. La compréhension de l’auto-constitution sociale exige de décloisonner les disciplines, les savoirs, les terrains et les auteurs, tout autant que de croiser plusieurs échelles de temps, d’espace et d’organisation. L’effondrement des tous les cadres de pensée hérités appelle non la table rase, mais au contraire l’inventaire et la confrontation fertile de ces héritages. Cet éclectisme cohérent pousse à penser contre soi-même donc à s’extraire de toute école et de tout milieu puisque les considérant tous, autant que faire se peut.

4 – Nourrir l’interrogation libre

En aucun domaine il n’existe de solution ultime, seulement des situations où, enfin, les problèmes sont clairement, mais provisoirement, posés. Le but est donc d’argumenter et d’instruire à cette fin des interrogations à l’exact op­posé des idéologies, lubies ou manipulations qui infestent les temps présents de leurs conclusions définitives. Il y a à chercher à formuler des hypothèses ouvertes, à dégager des pistes de réflexions, à inciter à la réflexivité soit à assumer l’inachèvement de la pensée et l’ambivalence de la pratique. Cette démarche suscite défiance et suspicion dans la mesure où elle ruine le besoin de croyance en dévoilant la dimension tragique et la finitude de la condition humaine.

5 – L’écriture comme moment

La production de textes n’est pas idéalisme ou esthétisme, ersatz anxiolytique ou refuge face aux difficultés de l’action aujourd’hui : c’est un moment de ce qui se voudrait un dialogue avec une réalité et un projet, une praxis, en se donnant la possibilité de bilan et de prolongements. À rebours de l’époque, le lecteur n’y sera pas conforté dans ses certitudes ou convaincu de leur contraire mais trouvera, peut-être, de quoi penser. L’écriture, ici, pare au plus pressé, sans fioritures ou effets de manche, s’adressant à cette région atrophiée de l’être où siège un adulte encore capable d’attention, d’honnêteté et, surtout, d’intranquilité.

Lieux Communs
Juillet 2018 – février 2023


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