’Le vulgaire ignorant dont l’esprit continue à être agité par les espoirs aveugles et les frayeurs de la superstition
se laissera bientôt persuader par ses supérieurs d’adresser ses vœux aux divinités régnantes du moment’Czeslaw Milosz, La pensée captive. Essai sur les logocraties populaires (1953)
Dissidents au carré dans le Cercle
Quand de nouveaux inquisiteurs chassent des apostats de l’islam
« Tout anticommuniste est un chien » [1]…
Depuis sa création, en 2021, un forum en ligne appelé le « Cercle des apostats » offrait un espace collectif permettant aux apostats de l’islam, jusqu’alors isolés, de se réunir, de débattre, d’échanger et surtout de commencer à faire connaître au plus grand nombre leur existence et leurs combats. L’intiative, inédite, autonome et a-partisane subit depuis plus d’un an maintenant, des vagues d’exclusions en son sein. Menées par une petite clique gauchiste, elles visent les dissidents idéologiques, dont les membres historiques, dans une véritable campagne d’épuration accompagnée d’une réécriture de l’histoire, retrouvant là des réflexes proto-totalitaires.
C’est de ce Cercle dont Momo s’est fait exclure le 2 juin dernier, immédiatement après moi (Sofia du collectif Lieux Communs [2]) alors même que c’est de là qu’est sortie l’association Melp [3], dont il est président. Nous déplorons que cette assemblée, qui n’était pas que virtuelle d’ailleurs, soit aujourd’hui moribonde et ne compte plus aucun de ses membres fondateurs, qu’ils aient été poussés dehors ou qu’ils soient partis d’eux-mêmes, par solidarité avec les exclus.
Ces bannissements sont menées par une police politique informelle qui règne désormais pleinement sur la modération du « Cercle des apostats », confirmant a posteriori et de facto la prise de pouvoir des mouvances islamo-gauchistes au sein de cet espace, mouvances dont nous pointions Momo et moi l’infiltration et l’influence grandissante dans le podcast Hérétiques, où nous étions tous les deux invités, et diffusé quelques jours auparavant [4].
Les accusations portées contre nous sont farfelues : « machisme » pour l’un, suite à des « émojis » se moquant de la surenchère de règlements de compte internes sous couvert de « féminisme » et, me concernant, l’« orientation idéologique précise » qui caractériserait les articles que je relayais [5]… Incriminations débiles et d’autant plus pour qui nous connaît un peu et/ou suit nos travaux [6] : nos traqueurs de crimpensée ne se fatiguent même pas pour trouver un prétexte crédible.
Incapable d’expliciter de quelle « orientation idéologique précise » je me verrai coupable, le modérateur à l’origine de mon exclusion, un militant de la LFI (Croc Noir), n’a fait que me demander des comptes, m’enjoignant d’argumenter contre une accusation informulée d’entrisme, procès d’intention qui ne manque pas de piquant venant d’une personne qui se revendique ouvertement LFIste, alors que Momo, pas plus que moi, n’est encarté nulle part.
Le procédé, entre Kafka et Staline, est marqué du sceau du stalino-gauchisme, celui de la double inversion accusatoire : c’est à l’accusé d’amener des preuves de son innocence contre une accusation non formulée, puis il lui est reproché des agissements qui sont ceux-là même de l’accusateur.
Comme disait ma grand-mère : « Le dromadaire ne voit pas sa bosse mais voit celle de son frère »…
Je ne peux pour ma part que tenter de spéculer sur ce que nos petits procureurs, si malfaisants mais si bien-pensants, refusent de formuler clairement : c’est-à-dire décrire quelques-unes de leurs positions à eux, libre au lecteur de juger où se niche l’idéologie.
Est-ce donc moi qui relaie des articles de Libération pro-abrogation de la loi de 2004 sur le port de signes religieux ? Est-ce moi qui rabats constamment la question de l’offensive musulmane à une question de pauvreté et de ségrégation sociale afin de dédouaner l’islam ? Est-ce moi qui m’auréole d’un féminisme d’emprunt pour victimiser et infantiliser en permanence des bigotes voilées qu’il ne faudrait surtout pas contrarier au risque (chantage !) d’en faire des terroristes en puissance ? Est-ce moi qui, par niaiserie sentimentale, colporte l’idéologie des Frères musulmans sous prétexte de faire la promotion d’un oxymorique, et pas du tout féministe, le « voile c’est mon choix » ? Est-ce moi qui œuvre à criminaliser la critique de l’islam et soutiens les initiatives de la LFI dans ce sens ? Est-ce moi qui traite d’« arabes de service » les apostats qui interviennent librement dans les médias de leur choix, y compris sur C-News ? Est-ce moi qui menace et ostracise les membres du groupe qui ne partagent pas mes postures, grossièrement victimaires, de fausse anti-raciste et de vraie xénophobe totalitaire ? Est-ce moi qui, ici et là, distille la haine d’une France que j’hallucine massivement raciste tout en jouissant confortablement de toutes ses libertés ? Est-ce moi qui me fais le porte-voix de l’islamo-gauchisme en relayant régulièrement la propagande de la LFI qui, de façon authentiquement raciste, stigmatise et rejette l’assimilation comme une traîtrise et valorise la barbarie du Hamas comme une résistance ? Suis-je de celles qui actent le Grand Remplacement pour se réjouir d’un multiculturalisme tribal, stupidement revanchard et suicidaire ? Est-ce moi qui ergote sur une identité nationale qui n’existerait pas pour ensuite relayer des articles de Jean Baubérot sur une laïcité à la française bien trop rigide et dont il serait enfin temps de se défaire ? Suis-je parmi les propagandistes de l’idéologie immigrationniste ? Descendante d’immigrés s’étant installés dans le pays de leur ex-colonisateur, ai-je vanté les bienfaits d’une immigration musulmane massive qui importe ici tout ce qu’elle a fui de là-bas comme à titre d’exemple, et au hasard, l’emprise de l’islam sur la liberté des citoyens ? Ai-je traité ce pays, qui donne tant et sans doute même bien trop, d’ingrat et de raciste ? Est-ce moi qui diffuse une propagande antisémite, bien mal dissimulée sous un anti-sionisme de façade, parce qu’incapable de me défaire de l’antijudaïsme atavique de mon clan d’origine ? Est-ce moi qui gazouille sans discernement les gazaïtudes larmoyantes des relais médiatiques pro-Hamas sur le nombre de morts palestiniens tout en partageant avec enthousiasme les avancées d’une flottille bourrée d’antisémites qui se foutent bien au fond du sort des Palestiniens livrés à leur propre dictature autochtone terrorisante et sanguinaire ? Est-ce moi qui apprécie les sorties complotistes d’une Rima Hassan ? Est-ce moi qui tergiverse sur la sincérité d’un Boualem Sansal au moment même où il croupit dans les geôles algériennes ? Est-ce moi qui, sans rire et n’étant pas à une contradiction près me déclare « démocrate algérien » (mais vivant en France, tout de même…) tout en conspuant avec mépris tout ce qui émerge de la base, ne pense pas comme moi, s’auto-organise, s’informe, débat, questionne les évidences, diversifie ses sources et ne se satisfait pas d’un point de vue unique et dogmatique à propos de questions complexes ? Pour finir, est-ce moi qui, révisionniste, grande adepte des méthodes staliniennes fait effacer par mes potes modérateurs mes posts compromettants ? Etc.
Je m’arrête là tant la liste serait longue de tous les propos authentiquement et grossièrement idéologiques qui inondent toujours et un peu plus le Cercle des apostats et qui y sont tolérés et encouragés depuis l’offensive islamo-gauchiste qui s’y déploie.
Le Politburo du Cercle avec à sa tête le militant LFI Croc Noir, aurait pu invoquer, pour mon cas au moins, le fameux « déviationnisme droitier » [7], avancé comme prétexte d’exclusion de près de 250 000 communistes russes révolutionnaires de la première heure, entre 1929 et 1931, épisode annonçant les macabres Grandes Purges staliniennes qui ont suivi. Indiquons simplement ici à nos apprentis commissaires politiques qu’ils n’innovent en rien et que leur basse besogne d’exclusion autocratique s’inscrit dans une longue tradition totalitaire.
« Couvrez ce sein que je ne saurais voir » [8] : L’enfer c’est les wokes…
Au-delà de la réécriture mensongère de l’histoire et de l’épuration de la première garde, il est un autre signe indéniable de l’orientation proto-totalitaire des tenants du Cercle des apostats : c’est la disparition de l’humour qui en était une des principales caractéristiques, reprenant là une grande tradition des libres-penseurs et des anti-cléricaux. Mais alors qu’on s’y marrait de tout y compris de nous-mêmes, on ne s’y marre plus du tout, et surtout plus comme avant, c’est-à-dire librement. Une paire de nichons exhibée par un auteur, une vidéo à l’humour plus ou moins fin, un émoji plus ou moins adroit sous un post, conduisent derechef le blasphémateur au tribunal inquisitorial, avec rappel à l’ordre colérique de vieilles filles jouant les vierges effarouchées et/ou lynchage sur la place publique initié par des dames patronnesses, réelles caricatures de féministes et vraies misandres (Naly, Myriam, Shirah…)
Aujourd’hui le Cercle des apostats de l’islam n’est plus, des petits « Crocs Noir » aux dents de lait y règnent efficacement en rois soliveaux, piètres roitelets dogmatiques et sectaires au sein d’une petite cour de gardes roses, bigotes susceptibles et autres fielleux idéologues du ressentiment post-colonial – colonialisme occidental, bien entendu, coupable d’avoir inventé la société sécularisée, certainement pas le colonialisme musulman, celui-ci ayant apporté les lumières de Mahomet dans tout le Maghreb au point que les mahométans se prosternent toujours cinq fois par jour en direction de leurs maîtres, comme l’écrivait si justement Ibn Warraq.
Plus de cercle d’échange sans tabou et de réflexion vivante donc mais un bocal asphyxiant la pensée, la lucidité, l’honnêteté et le courage.
« Laissez-leur prendre un pied chez vous, ils en auront bientôt pris quatre… » [9]
À mesure que ces petites mains de collabos de l’islam infiltraient notre cercle d’ex-musulmans, cet espace s’ouvrait progressivement aux apostats des autres religions, puis à ce qui fût nommé les « zones grises » dédiées aux musulmans qui doutaient mais étaient incapables de prononcer la chahada à l’envers [10] — ouvrant de fait et l’air de rien la porte à l’infiltration de « proxy » islamiques. Un glissement vers un relativisme culturel s’est alors progressivement opéré, où finalement le wokisme, cet avatar du gauchisme dégénéré, cohabitait ici parfaitement avec les défenseurs d’un islam se montrant sournoisement et tactiquement ouvert, modéré, tranquille ; les apostats de l’islam affirmés, sincères devinrent alors une majorité silencieuse et silenciée, mise au pas par une clique bruyante, fanatique, toute occupée à dresser des procès-verbeux d’accusation d’extrême-droitisme à des apostats qui, cohérents, assument publiquement leur « islamophobie ». Cette même clique ignore royalement, par une sorte d’étrange musulmanophilie, les militants musulmans porteurs de l’authentique et seule extrême-droite à l’offensive qu’est l’islam. [11] Gageons que le temps de la lune de miel opportuniste entre ces mouvances et les Frères musulmans sera idéologiquement fatale pour tous ces ravis utiles de la conquête islamique en cours.
« Nal’eb oula nfassed », je joue ou je casse [12]...
Au fond, la rage de ces petits inquisiteurs, apostats d’un jour mais traîtres de toujours, est à la mesure de leur frustration de ne pouvoir goûter aux plaisirs d’une vie désengluée de réflexes religieux et claniques : car au fond ni moi, ni Momo, ni d’autres apostats exclus avant nous, n’avons eu besoin de passer des rets de la soumission à Allah à ceux de la soumission au dogme marxiste dans sa version la plus inculte et la plus béate, autrement dit d’un monothéisme à un autre.
Le projet obscurantiste porté par l’alliance du gauchisme et de l’islam [13] prospère d’autant plus que le projet porté par les Lumières et incarné par les mouvements d’émancipation historiques occidentaux, va déclinant. Les idéologues de la régression pré-moderne qui visent à réduire la portée politique et émancipatrice de notre dissidence à l’islam sont légion. C’est pourquoi il nous faut sans cesse les démasquer [14] y compris en des lieux où leur infiltration nous semblait logiquement fort peu probable.
Sofia Elmansour, juin 2026


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