Sur les fondements ésotériques de l’intersectionnalité

François Rastier
mercredi 3 juin 2026
par  LieuxCommuns

Reprise de l’article paru sur le site-ami Mézetulle, paru le 8 mai 2026 suivi de « La théosophie et ses avatars contemporains. Éléments complémentaires ».


Présentation par Catherine Kinzler  : « Dans le prolongement d’études antérieures [1], François Rastier explore, avec une érudition éblouissante, les fondements mystiques de l’intersectionnalité. On y voit réapparaître le schème raciste du darwinisme social, sous la forme de l’homologation de la hiérarchie raciale et de la hiérarchie sexuelle. L’auteur passe en revue les foyers de l’irrationalisme contemporain abrités par le politiquement correct – New Age, culte de la nouvelle Isis, religion kémitiste, eugénisme intersectionnel, transsexualisme, artificialisme post-humaniste, post-féminisme LGBTQI+ et en analyse les racines théosophiques : « tout cela resterait incompréhensible si l’on persistait à ignorer les fondements superstitieux de l’idéologie intersectionnelle ».

Dans le texte annexé à cet article « La théosophie et ses avatars contemporains. Éléments complémentaires », que l’on peut consulter ci-dessous, François Rastier étudie l’apparition de la « nouvelle gnose » et montre comment les sectes occultistes qui se sont multipliées à la suite de la théosophie ont marqué un renouveau obscurantiste influent ».


Alors que le féminisme avait progressé à l’échelon international pendant plus d’un siècle, depuis une trentaine d’années, un courant radical porté par la théorie du genre a brouillé la question de l’égalité des sexes en privilégiant des thèmes comme ceux de la transidentité, de l’intersexuation, etc. Tout en attisant des querelles sociétales sur des questions comme celle des toilettes « non genrées » ou des cours de récréation, ce postféminisme est allé jusqu’à soutenir le voilement ou la prostitution [2]. Par ailleurs, des questions raciales ont été surajoutées à la cause féministe, en invoquant une intersectionnalité devenue inextricable. Par quelles voies en est-on arrivé là ?

1 - La mystique de l’androgynie

Permanences gnostiques. — Chez les gnostiques chrétiens, l’héritage de certains Mystères grecs (par exemple chez les Naassènes) avait justifié un érotisme à valeur sacrale destiné à célébrer l’union avec Sophia-Gaïa [3]. Dans son étude sur l’évangile apocryphe de Marie-Madeleine, Anne Pasquier a souligné que la figure visionnaire de Sophia, associée à Marie, prend autant de place que les Apôtres, et que ses révélations portent notamment sur l’androgynie de Dieu : pour certaines communautés gnostiques, il s’agissait ainsi de rétablir l’unité primordiale. En effet, une chute dans la matière a eu lieu, et la gnose entend reconduire Sophia, l’élément féminin temporairement exilé, vers la perfection céleste au-delà des sexes. Ainsi la féminité exclusive ne serait-elle qu’une étape vers une non-binarité transcendante.

Selon les gnostiques, ce monde est abandonné par Dieu, et laissé aux mains de puissances malignes. La naissance devient donc une chute dans la déréliction, la vie n’étant plus qu’un pénible moment d’exil. Ce thème sera repris par les manichéens puis par diverses sectes jusqu’aux cathares et au-delà. Comme les cathares décommandaient l’hétérosexualité qui nous attache à ce monde mauvais, les Purs dans leurs rangs observaient l’abstinence se groupaient par couples de même sexe : chacun avait son sòci, ou compagnon, et chacune sa sòcia.

Comment cependant l’âme exilée dans un corps peccant peut-elle retrouver son genre, c’est-à-dire son sexe astral ? La révélation se nomme aujourd’hui la « dysphorie de genre », nostalgie du sexe perdu [4]. Par une chance providentielle, il reste à la créature déchue une lueur de sa splendeur passée, que les mystiques gnostiques comparent à une étincelle. Cette conscience soudaine d’une origine enfouie, c’est la révélation intime du genre, lueur de l’âme exilée dans un corps. Ce que les gnostiques – dix-huit siècles avant Freud – appelaient l’anamnèse, soudain souvenir d’une vérité enfin dévoilée et désormais illuminative.

Renouveau théosophique. — La gnose hostile à l’hétérosexualité s’est poursuivie à l’époque contemporaine avec la théosophie. S’éloignant des revendications des féministes universalistes pour l’égalité des droits, certaines féministes furent attirées par l’occultisme fin-de-siècle, qui privilégiait les femmes comme médiums avec le monde des esprits. Elles seraient destinées à tirer l’humanité vers un monde céleste, loin du corps et du sexe.

Pour les théosophes d’alors, Isis, Mère Divine, symbolisait les mystères perdus que leur doctrine, sorte de nouvelle gnose antimoderne, permettrait de redécouvrir. De façon révélatrice, Helena Blavatsky intitula Isis Unveiled son énorme premier livre théosophique (New York, 1877).

En 1907, Frances Swiney fonda à Londres la Ligue d’Isis afin de préconiser l’abstinence sexuelle et d’ouvrir la voie au futur monde des femmes – Isis symbolisait « la maternité divine et la sagesse secrète des Anciens » [5].

Renouvelant la théosophie, dont il fut le responsable pour les pays de langue allemande, Rudolf Steiner, en créant l’anthroposophie, donna une forme syncrétique à la Grande Déesse [6], dans laquelle il voit tout à la fois Isis, la Shekhina des kabbalistes et la Sophia des gnostiques. Pour sa part, avant de fonder sa secte de magie sexuelle d’inspiration tantrique, le fanatique anglais Aleister Crowley fut d’abord membre d’un temple Isis-Urania.

L’invocation d’une telle Déesse doit beaucoup à l’ésotérisme des siècles précédents, des alchimistes aux francs-maçons épris d’égyptomanie. Elle se traduit d’abord par une spiritualisation du féminin, puis par la promotion d’une androgynie où l’élément féminin domine.

Pour la théosophie, l’identité sexuelle (nous dirions genrée) de chaque âme n’est pas stable, car l’âme se réincarne en des phases initiatiques successives dans divers corps féminins ou masculins, jusqu’à s’accomplir d’abord en un hermaphrodite divin puis en un corps astral parfaitement asexué.

Sexe et race. — Au cours de ses voyages en Inde, Helena Blavatsky avait longuement étudié le système racialisé des castes et l’ésotérisme sexuel du tantrisme. Ainsi se liaient à ses yeux le sexe et la race, les deux domaines dans lesquels l’ésotérisme néo-païen contemporain s’illustre par des classifications initiatiques qui sont autant d’étapes de la rédemption et qui scandent les progrès de l’âme, des races inférieures vers les races supérieures, et des manifestations bestiales du sexe jusqu’à ses avatars éthérés.

À l’opposé du brahmanisme, le tantrisme fait du désir (kâma) une voie de libération, d’où une sexualisation dans laquelle les adeptes occidentaux ont vite vu une ritualisation de la sexualité et un dépassement, voire une transgression libératrice des interdits sociaux [7]. L’irrationalisme du New Age y a trouvé son compte.

En outre, la métaphysique du sexe se mêle à celle de la race, car la théosophie est pour l’essentiel une théorie raciale : à chaque âge du monde ou éon correspond une race, et pour l’initié, l’histoire du Salut consiste à passer d’un âge à un autre par une série de réincarnations qui promeuvent son âme vers des races supérieures [8].

Selon sa théosophie, les deux premières races, asexuées, avaient des corps astraux. En descendant vers la matière, la troisième devint androgyne ou hermaphrodite, puis développa un sexe différencié avant de disparaître, de même que la quatrième race, celle de l’Atlantide. La cinquième, celle qui règne à présent, la race aryenne, est hélas purement matérielle, mais les théosophes redécouvrent les mystères oubliés pour renaître en esprit « hors des liens de la matière et de la chair » ; si bien que les races à venir, les sixième et septième races seront à leur tour « astrales et asexuées » [9].

On voit ici se dessiner les fondements mystiques de l’intersectionnalité, qui rejoint la race et le sexe pour primer des races et des sexes supérieurs.

Dans la mystique isiaque de la théosophe à succès Frances Swiney, les hommes appartiennent évidemment au sexe inférieur, car ils ont substitué au culte de la Divine Mère le culte du phallus. Le salut viendra donc des femmes : aussi doivent-elles « racheter les hommes, malgré eux, de l’asservissement à leurs vices et répandre sur l’humanité polluée l’atmosphère bienfaisante et vivifiante de la pensée et de la conduite morales » [10]. Et, par une extension féministe de l’angélisme romantique, « l’homme deviendra substantiellement femme ; le mâle sera absorbé par la nature féminine, selon une transmutation progressive et continue » [11]. Ce propos reste d’un grand intérêt pour comprendre le transactivisme contemporain, puisque la transition se voit chargée non seulement d’une valeur initiatique, mais qu’elle participe de la rédemption générale.

Retenons pour l’instant que la supériorité morale de la femme salvatrice témoigne d’une forme de supériorité raciale, car la femme devient une espèce nouvelle qui périme la masculinité arriérée, comme en témoigne encore un schéma publié, sans nulle réserve critique, dans la revue universitaire The Conversation, où l’on voit se succéder, pour figurer le progrès de l’évolution, la silhouette d’un chimpanzé précédée de celle d’un gorille, puis d’un hominien, puis d’un homme animalisé portant une lance, puis enfin d’une femme [12].

Ainsi réapparaît un schème raciste du darwinisme social. Si la femme est à l’homme ce que l’homme est au gorille [13], la différence des sexes devient une différence de races, comme dans la théosophie, voire une différence d’espèces. La figure de King Kong, au cinéma comme dans la King Kong théorie de Virginie Despentes [14], fait en outre planer sur l’hétérosexualité un discret mais pesant soupçon de zoophilie.

En somme, de la théosophie de naguère à l’intersectionnalité d’aujourd’hui, l’homologation de la hiérarchie raciale et de la hiérarchie sexuelle demeure. Si la réincarnation n’est plus littérale, le thème de la renaissance personnelle par la révélation est partout présente dans l’idéologie qui se dit « woke » – ce mot signifiant d’ailleurs éveillé : l’individu se libère de l’oppression en découvrant et en affirmant son identité de race et de genre.

Dans le millénarisme contemporain propre au New Age, les hiérarchies de race et de sexe doivent alors être renversées pour pouvoir faire advenir l’Âge nouveau. Le règne de la Femme noire succède ainsi, nous le verrons, à celui de l’Homme blanc. Cependant, un schème évangélique et rédempteur demeure, car les derniers seront les premiers, ce qu’accomplit le Magnificat  : « Deposuit potentes de sede, et exaltavit humiles  ».

De la théosophie au New Age. — La théosophie est reconnue comme une des matrices idéologiques du New Age, foyer de l’irrationalisme contemporain, avec ses superstititions sexualisées, son goût pour l’occultisme indien et son irénisme utopique. Les continuités sont multiples : la première communauté utopique californienne est fondée par des théosophes en 1897, à Point Loma, aux environs de San Diego où elle prospère jusqu’aux années 1950 [15].

Dans l’Angleterre edwardienne, la revue New Age fut dirigée à partir de 1907 par un socialiste, A. R. Orage, dont les premiers travaux étaient des introductions à l’œuvre de Nietzsche et des publications théosophiques [16].

Pour sa part, Alice Bailey, convertie à la théosophie en 1915, révèle en 1937 La grande Invocation de la Déesse, toujours reprise à présent par des milliers de groupes New Age : elle proclame que « tous les actes d’Amour et de Plaisir sont mes rituels ».

Dans les années 1950, Isis devint une des divinités majeures de la secte Wicca (du vieil anglais : wiccacraeft, sorcellerie) en tant que manifestation de la grande Déesse mère et du féminin sacré [17].

Le projet de société le plus célèbre est illustré par un roman utopique, Le Meilleur des Mondes, d’Aldous Huxley — dont le grand-père formula des théories raciales qui furent une des sources de Mme Blavatsky. Dans la société idéalisée qu’il décrit, la sexualité est radicalement séparée de la reproduction, obtenue par des techniques in vitro qui créent cinq races physiquement et socialement hiérarchisées. On y abhorre la maternité, le mariage et la famille. La drogue du bonheur qu’on y consomme, le soma, reprend le nom de la drogue hallucinogène des prêtres védiques [18].

Le racialisme d’Aldous Huxley est bien documenté. Par exemple, en 1936, il parraine avec Alexis Carrel le Centre d’étude des problèmes humains qui deviendra en 1941 sous le régime de Vichy la fondation française pour l’étude des problèmes humains. La religiosité syncrétique de Huxley est attestée par The Perennial Philosophy (1946), centrée sur les Védanta et reprenant le traditionalisme sulfureux de René Guénon et du penseur fasciste Julius Evola.

2 - Le culte de la nouvelle Isis

Isis, déesse noire. — Banalisée, la superstition isiaque de la théosophie s’est diffusée jusque dans la pop culture. Ainsi, dans le Da Vinci Code, Dan Brown suggère que la Joconde représente Isis, comme en atteste un pendentif, visible par rayon X, représentant Isis (ch. 40). Le nom même Mona Lisa serait l’anagramme de Amon l’Isa, parèdre isiaque d’Amon (ch. 26).

 Si Isis transcende et illustre bien entendu le bon sexe, on admire aussi en elle la race supérieure, puisqu’elle est noire. Isis est ainsi associée à la nuit et son voile bleu sombre est semé de lueurs.

On s’est longtemps demandé pourquoi des Vierges prestigieuses du midi de la France étaient noires : tout simplement parce que leurs sanctuaires succédaient à des temples d’Isis fort nombreux dans la Gaule romaine [19].

La Déesse-mère noire a retrouvé son origine isiaque avec le kémitisme, mouvement religieux populaire parmi les activistes afro-américains et panafricains. Ce nom est dérivé de kemet, qui renvoie au limon sombre du Nil, mais que l’illustre anthropologue Cheikh Anta Diop a traduit par « pays des Noirs ». C’est pourquoi il a fait procéder à des analyses génétiques de momies de pharaons pour prouver – sans succès — qu’ils étaient noirs.

Il suivait alors Leo Frobenius, qui faisait autorité parmi les intellectuels noirs à la fin des années 1930, comme en a témoigné Aimé Césaire. Souvent oublié aujourd’hui, Frobenius, éminent représentant de la Völkerkunde et proche de la « révolution conservatrice », voulut en vain convaincre les autorités du Reich que la première civilisation, celle de l’Atlantide, antérieure à celle des Grecs, était africaine (il pensait à celle d’Ifé au Nigéria, pourtant datable du XIIe au XIVe siècle) et que la culture égyptienne antique y trouvait sa source [20]. Son culturalisme empathique et intuitif fondé sur l’Einfühlung posait que la culture, conçue comme « vision du monde », détermine la race car elle « détermine les nations et […] d’après notre enseignement, façonne aussi en tant qu’entité animée (Seelenhaftes) le corps et doit donc, dans cette mesure, déterminer la race [21] ».

La religion kémitiste s’est structurée en église aux États-Unis, avec à sa tête une pharaonne. Ses adeptes ont été fort actifs dans le mouvement Black Lives Matter. Elle est partagée en France par des sectes comme la tribu Ka, dissoute pour violences antisémites. Son fondateur a pris le nom de Kémi Seba [22] — Kémi renvoie au kémitisme et Seba au royaume de Saba, dont la Reine, nigra sed formosa, charme majestueusement le Cantique des cantiques.

Prenant la suite de la tribu Ka, la Ligue de Défense des Noirs Africains, a revendiqué plusieurs actions, dont en 2019 celle qui visait à empêcher la tenue de l’exposition Toutankhamon à la Villette, supposée « blanchir » ce pharaon, et déploya alors cette banderole d’un racisme biologique sans fard : « Europeans & family, votre génome est criminel, hypocrite, menteur ». Enfin, par diverses voies de fait, le même groupe empêcha la représentation des Suppliantes d’Eschyle à la Sorbonne, au motif que les actrices représentant ces réfugiées égyptiennes étaient blanches et non noires, contrairement à la croyance kémitiste qui veut que les anciens Égyptiens aient été noirs.

Une nouvelle incarnation de la Déesse noire apparut en décembre 2020, en couverture du magazine Time : Assa Traoré, prise en contreplongée, imposante, impassible, parfaitement hiératique, proclamait l’identité africaine par la chevelure surabondante qui la nimbe. Son épaisse tunique chatoyante bleu-nuit, semée de formes végétales, rappelait l’iconographie du voile d’Isis, et le journal la proclamait Gardienne de l’année (Guardian of the Year) comme pour souligner son pouvoir tutélaire [23].

Ceci tuera cela : l’eugénisme racial. — Dans la théorie ésotérique de la hiérarchie des races, qui a évolué de nos jours la Critical Race Theory, chacune dépasse évidemment la précédente ; mais elle doit cependant, dans la période de transition, se protéger de son influence : ainsi, on a multiplié les réunions « non-mixtes » entre « personnes racisées » à l’initiative de groupes militants et d’ organisations étudiantes comme le syndicat UNEF. Au nom de la liberté d’expression entre personnes « concernées », l’apartheid prétendument imposé devient un apartheid choisi — qui exclut au nom de l’inclusion.

En effet, l’homme blanc est réputé raciste. Par exemple, Maboula Soumahoro, enseignante à l’Université de Tours, adepte des réunions non-mixtes, affirme : « [L’]homme blanc […] ne peut pas être anti-raciste » [24]. Aussi, des mesures eugéniques s’imposent, selon Hafsa Askar, alors vice-présidente de l’UNEF à l’Université de Lille, dans ce message sur X : « tt ce que j’ai à dire c’est les blancs arrêtez de vous reproduire », propos amenant cette conclusion en forme de mot d’ordre : « On devrait gazer tous les blancs, cette sous-race ». Si la hiérarchie des races est claire, le projet d’extermination laisse entendre que les blancs sont des juifs par extension, comme le souligne l’évocation du gazage et le terme de sous-race, qui renvoie à ceux que les nazis définissaient comme Untermenschen. On voit que l’antisémitisme traditionnel de la théosophie a rencontré celui des Blacks Muslims, puis celui des islamistes [25].

Le racialisme eugénique affecte aussi des féministes radicales exigeant la PMA : « On veut avoir le libre choix de l’appariement [qui oblige le couple de trouver un donneur qui possède les mêmes caractéristiques physiques, ndlr], notamment pour les personnes racisées. Nous souhaitons qu’une communication soit faite pour appeler au don de gamètes pour que les personnes racisées puissent éviter un mixage forcé » [26]. Rappelons qu’éviter un tel mélange était précisément le propos d’une des lois de Nuremberg en 1935, Gesetz zum Schutze des deutschen Blutes und der deutschen Ehre (loi sur la protection du sang allemand et de l’honneur allemand).

Dans un esprit assez comparable, la cofondatrice de la section Black Lives Matter à Toronto, Yusra Khogali, a publié ce message d’invocation à Allah : « Plz Allah give me strength to not cuss/kill these men and white folks out here today. Plz Plz Plz  » [27]. Misandre et raciste, la volonté meurtrière vise les hommes et les blancs : elle s’appuie sur sa conviction que les blancs sont des « sous-hommes » (sub-human, équivalent de l’allemand Untermenschen), bref des « déchets génétiques récessifs ». La blancheur n’est pas humaine « Whiteness is not humxness » [28]. En revanche, la mélanine permet à la peau noire de transformer la lumière en connaissance et assure une connexion cosmique [29]. Cette connexion était un principe traditionnel de la théosophie, où le Rayon cosmique représente l’un des sept courants de force du Logos Solaire.

3 - L’eugénisme intersectionnel

L’eugénisme sexuel. — Pour conclure une invitation engageante à une rencontre non mixte, un groupe féministe radical, spirituellement baptisé Meute de chiennes, précisait à l’été 2020 : « Aucun propos ou comportement raciste, classiste, islamophobe, putophobe, transphobe, agiste, validiste, psychophobe, spéciste, grossophobe, homophobe ne sera toléré. Le sexisme anti-homme comme le racisme anti blanc-he-s n’existent pas » [30]. Le lien entre ces deux phrases laisse entendre que le sexisme anti-homme comme le racisme anti blanc-he-s seraient donc tolérés, pour autant qu’ils existent. La négation de leur existence accompagne la violence, fût-elle verbale, et la justifie par avance, qu’il s’agisse de sexisme (anti-homme) ou de racisme (anti-blanc).

Sur un mode plus raffiné, Leo Moscato réécrivit le livret de Carmen pour lui faire tuer son amant, et dans sa mise en scène à Florence en 2017, le meurtre de Don José fut présenté comme une libération et la vengeance comme une justice [31]. Ainsi, une touche de misandrie convenue semble de bon ton dans les milieux culturels [32], comme en témoigne ce happy end.

Ce ne serait que justice. En février 2018, Caroline de Haas affirmait qu’« un homme sur deux ou trois est un agresseur » sexuel [33]. Alice Coffin, elle aussi animatrice de Osez le féminisme, et cadre écologiste de la Mairie de Paris, déclarait la même année : « Ne pas avoir un mari m’expose plutôt à ne pas être violée, ne pas être tuée, ne pas être tabassée » [34].

L’utopie d’un monde sans hommes se met ainsi en place. Dans le roman de Caroline Fauchon, Sans eux, 2019 : « Les hommes disparaissent petit à petit. Ils sont relégués dans les marges de la cité. […]. La taille des pénis diminue tandis que la taille des clitoris augmente. Certains hommes, pour survivre, se transforment en femmes. […] Peu à peu les hommes sont oubliés. La narratrice commence une collecte de souvenirs, constituant un musée, un blog collectif ’’Sans eux’’ et participant à une revue célébrant l’avenir radieux qui s’annonce pour l’ensemble de l’humanité » [35].

La théosophe Frances Swiney avait toujours soutenu que les mâles n’étaient que de simples expédients provisoires de la nature pour parvenir à une plus grande diversité au sein de l’espèce. Leur rôle étant maintenant terminé, ils pouvaient disparaître. En 1914, dans The Theosophist, Susan Gay soutenait déjà que la race future se reproduirait par parthénogenèse.

L’extermination ou l’extinction eugénique des mâles est un corollaire de ces superstitions ; c’est par là que commence l’ouvrage culte de Valerie Solanas, SCUM Manifesto (1967) : « Le mâle est un accident biologique ; le gène Y (mâle) n’est qu’un gène X (femelle) incomplet, une série incomplète de chromosomes. En d’autres termes, l’homme est une femme manquée, une fausse couche ambulante, un avorton congénital » [36] (p. 4). Aussi, « femelle incomplète, le mâle passe sa vie à rechercher ce qui lui manque, à tenter de devenir une femme » (p. 5).

Les justifications scientifiques de cet eugénisme ne manquent pas : dans La Malédiction d’Adam. Un futur sans hommes (2003), Bryan Sykes estimait que la différence mâle/femelle est une anomalie par rapport à la reproduction non-sexuée ou hermaphrodite, évidemment préférable à ses yeux.

La prohibition gnostique de la reproduction sexuée se voit ainsi remise au goût du jour, et l’on se souvient du Festival Sortir de l’hétérosexualité, tenu à Paris en 2019. Le journaliste des Inrocks qui en rendit compte en donna l’interprétation politique : « Plus qu’une simple orientation sexuelle, l’hétérosexualité est avant tout un régime politique […] L’hétérosexualité a avant tout une utilité économique, alors elle va forcément s’insérer dans l’économie capitaliste qui est une économie racialisée et coloniale » [37]. Le racialisme biologique du féminisme radical, déjà présent chez Helena Blavatsky, réapparait avec le racialisme contemporain qui présidait à la session du Festival intitulée « répartition raciale du travail de care ».

La militante transactiviste Paul Beatriz Preciado trace pour finir ce programme : « il faut dépatriarcaliser et décoloniser l’hétérosexualité. […] il est nécessaire de se confronter collectivement aux conséquences de l’héritage nécropolitique du patriarcat. Seule la dépatriarcalisation de l’hétérosexualité permettra la redistribution des positions de pouvoir, seule la déshétérosexualisation des relations rendra possible l’émancipation non seulement des femmes, mais aussi et paradoxalement, des hommes. En attendant, chaque femme devrait avoir une arme, je vais dire plutôt un livre, une généalogie, un poème, un perroquet, un cyborg… et savoir s’en servir » [38].

La libération de la femme supposerait ainsi une société idéale où la différence des sexes disparaît : le propos n’est pas sans exemple, et comme le rappelle George Robb, le spiritualiste Laurence Oliphant publia en 1884 Sympteumata, ouvrage à succès dans lequel il prévoyait une société future androgyne où les enfants seraient procréés hors de toute sexualité. Ce rêve puritain fut, on le sait, développé froidement par Aldous Huxley dans Le Meilleur des Mondes (1932), où l’on pratique l’élevage industriel en couveuses de clones humains, conditionnés pour en faire cinq races hiérarchisées.

4 - Vers l’asexualité : du trans au cyborg

Si l’hypothèse d’une rédemption par la féminisation se confirme, la transition homme>femme doit être plus valorisée que la transition inverse. Et il semble bien que dans l’imaginaire médiatique ce soit le cas, comme en témoigne la multiplication de films attendrissants sur les garçons qui se transforment en fille. En outre, les prescriptions d’usages linguistiques pour entourer de respect cette catégorie de trans se multiplient. Et, d’après les chiffres dont on dispose, les cliniques spécialisées dans les transitions opèrent deux tiers d’hommes et un tiers de femmes.

Les médias et l’édition privilégient aussi les récits et les films où l’on voit par exemple un garçonnet devenir fillette sous le regard comblé de sa mère, ou un danseur se métamorphoser en ballerine par une sorte d’ascèse exemplaire.

Par contraste avec les trans FtoM (female to male) qui restent attachés à la matière virile, cette valorisation angélise les trans MtoF (male to female). Par exemple, un magazine admire « une artiste transgenre qui a commencé sa transition il y a un an », par une photo avec tresses afro, faux ongles longs et petites fleurs roses pour attester sa féminité iconique, affichée comme celle des drag-queens d’antan, mais sans trace de second degré. L’artiste souligne que son dernier clip raconte « la mort de la personne que je ne suis pas et la naissance de celle que je suis, sous l’œil d’un ange bienveillant » [39]. Ainsi réapparaît le schème de la renaissance mystique, celle du born again. Ce jeune antillais retrouve ainsi sa race initiale, attestée par ses tresses afro, et par elle affirme une supériorité, en même temps qu’il retrouve son sexe destinal, lui aussi supérieur, par une grâce angélique.

D’abord primé par le jury du festival de Cannes 2024, le film Émilia Pérez, de Jacques Audiard, a reçu ensuite 230 nominations et une centaine de prix. Il met en scène un impitoyable chef de cartel mexicain qui change de sexe et devient une femme décidée à faire le bien, en soutenant notamment les victimes qu’elle avait malmenées lorsqu’elle était un homme. Joué par un acteur transgenre à la ville, ce film illustre lourdement mais à merveille le caractère rédempteur de la transition vers un sexe meilleur.

Cet accès à l’au-delà du genre n’est pas possible sans le secours transhumaniste de suppléments techniques, injection massives d’hormones et chirurgies coûteuses — voir notamment de Paul Beatriz Preciado, philosophe transactiviste disciple de Derrida et de Butler, le manifeste Testo Junkie : Sexe, Drogue et Biopolique [40].

À présent, conformément aux superstitions transhumanistes, c’est ainsi la magie naturelle de la technique qui va permettre de forger l’identité transgenre : tantôt par l’injection massive d’hormones, aujourd’hui banalisée par les bloqueurs de puberté et les « réassignations » hormonales pour les enfants transgenres ; tantôt par le rêve d’une humanité ou plutôt d’une féminité prothétique et donc démiurgique à défaut d’être divine : c’est le thème du cyborg chez Donna Haraway (1985), repris pour justifier jusqu’à l’écriture inclusive. La partie artificielle du cyborg rédime par sa perfection le reliquat naturel qui nous rattache encore à ce monde impur. Les derniers mots du livre de Haraway, plutôt cyborg que déesse, confirment la substitution du spirituel par le technique. En créant L’Ève future, irrésistible femme artificielle, Villiers de l’Isle-Adam avait romantiquement préfiguré Haraway.

Une rupture anthropologique se redouble ainsi : après l’annulation initiatique de la division des sexes, autour desquelles toutes les sociétés ont élaboré leurs normes constituantes de l’alliance et de la filiation, c’est la division entre l’humain et l’artificiel qui s’efface pour créer un nouveau démiurge. L’auto-engendrement ne serait-il pas l’idéal mystique du self-made-man, voire du self-made-human ? Toujours est-il que les oligarques des grandes firmes de l’Internet et des entrepreneurs futuristes investissent ce créneau, comme Serguei Brin, sa femme Anne Wojicky, et l’inévitable Elon Musk. L’industrie transhumaniste reçoit ainsi le soutien financier des grands managers de la tech, notamment Larry Page pour Google ; Larry Ellison, PDG d’Oracle, firme capitalisée à 186 milliards de dollars en 2019 ; Craig Venter, illustre industriel du séquençage ADN ; Peter Thiel, fondateur de PayPal et PDG du fonds d’investissement Clarium Capital Management  ; Peter Diamandis, Président de la Foundation X Prize, PDG de la Singularity University, fondée par Google, et vice-président de Human Longevity Incorporated.

Toutes ces firmes – et bien d’autres, en Chine notamment – incarnent le stade du capitalisme tardif qui repose sur la marchandisation de l’humain : traces numériques, profils génétiques, identités qui sont autant de secteurs de clientèle, profilage policier, sexualité assistée, longévité promise. Ce projet antihumaniste aura longtemps été voilé par une idéologie intersectionnelle déployant à l’échelle internationale les fastes compassionnels du politiquement correct.

Alors que la multiplication des « transitions » [41] marque une première réalisation internationale du projet transhumaniste, bien au-delà même des universités et des milieux culturels, le féminisme demeure une des illustrations majeures du projet humaniste des Lumières. Il repose sur ses principes d’égalité et d’autonomie, que tentent à présent d’obscurcir les superstitions sur les sorcières, les reconnexions au « féminin sacré » et les invocations à la Grande Déesse.

Si les revendications sur les pronoms d’usage ou l’écriture inclusive rappellent les invocations de la magie blanche, les injections d’hormones, les mastectomies et autres mutilations vertueuses évoqueraient plutôt la magie noire.

L’essentiel demeure hélas que le postféminisme LGBTQI+ aura discrédité la cause des femmes qu’il se targue de défendre et fourni des justifications providentielles aux mesures oppressives que multiplient à présent divers régimes antidémocratiques.

Une convergence s’est dessinée, car la revendication démocratique du féminisme se voit tournée en son contraire par des hommes qui se considèrent comme des femmes et s’identifient à elles, et aussi par des femmes qui s’identifient à des hommes, ce qui élude encore la question de l’égalité. À défaut d’être profondément original, le transactivisme a dépassé les rêveries angélistes ou les fantasmes érotiques, et les concrétise désormais par des moyens pharmaceutiques et/ou chirurgicaux, qui participent de la contre-révolution sexuelle en cours — car les « trans » sont anorgasmiques, comme les détransitionneurs le soulignent.

Ces nouveautés techniques n’excluent aucunement le retour du mythe ; au contraire, elles lui confèrent une opérativité. Ainsi, tout cela resterait incompréhensible si l’on persistait à ignorer les fondements superstitieux de l’idéologie intersectionnelle.

5 - Guerres mondialisées

En somme, la théosophie aura permis non seulement de lier la race et le sexe, mais encore de les hiérarchiser : la noble race est noire, comme les enfants d’Isis ; le sexe noble est féminin, comme celui de la Déesse.

Objecter qu’il s’agit de genre et non de sexe, serait négliger que le genre reste une spiritualisation du sexe, bref un sexe astral occulté qu’il s’agit de retrouver. Dans les termes apparemment politiques des militants actuels, le genre est un sentiment intime indépendant des assignations sociales — imposées par l’ordre patriarcal et « blanc » qu’il convient de renverser [42].

Ce projet n’est pas resté un vœu pieux de cercles militants. Par divers biais en effet, l’idéologie intersectionnelle s’est diffusée dans les institutions nationales et internationales et alimente des guerres culturelles, front idéologique de la guerre mondiale hybride qui se développe depuis le début de ce siècle.

D’une part les forces antidémocratiques ont eu tôt fait d’assimiler l’idéologie intersectionnelle à la démocratie, qui se résumerait à une norme LGBT et se traduirait par une perte des identités nationales, raciales et bien sûr sexuelles. Les idéologues russes de l’eurasisme et ceux de l’alt-right américaine renchérissent à ce propos, mais ils trouvent des échos dans la plupart des sociétés contemporaines.

Par exemple, les « transitions de genre », qu’elles soient sociales, pharmaceutiques ou chirurgicales, font l’objet de polémiques à l’échelon international, et l’imputation de transphobie reste un des principaux griefs qui justifient la cancel culture, comme en témoignent en France comme ailleurs les attaques contre les féministes qui osent dénier la qualité de femme aux hommes prétendus « femmes trans ».

En somme, les préjugés intersectionnels sont largement partagés, comme l’atteste mieux encore cet exemple à propos de la race : une résolution de l’ONU, adoptée fin mars 2026 par 123 voix pour, 3 contre (États-Unis, Israël, Argentine) et 52 abstentions (dont le Royaume-Uni et les États membres de l’Union européenne), déclare que « la traite des Africains réduits en esclavage et l’esclavage racialisé des Africains » comme « les plus graves crimes contre l’humanité », et en fait « l’injustice la plus inhumaine et la plus persistante commise contre l’humanité ». Comment un crime contre l’humanité pourrait-il être suréminent en fonction de l’origine raciale des victimes et des perpétrateurs ? Pourquoi la millénaire traite arabe est-elle oubliée ? Pourquoi l’esclavage moderne, qui touche encore 40 millions de victimes l’est-il aussi ?

Bref, la guerre des races et celle des sexes, usurpant les causes justes du féminisme et de l’antiracisme, sont maintenant devenues des fronts dans la guerre mondiale hybride dont nous sommes les témoins, et à laquelle nous sommes sommés de participer, toute tiédeur présumée entraînant l’assignation au camp ennemi.

ANNEXE

La théosophie et ses avatars contemporains.
Éléments complémentaires.


« L’humanité se trouve placée aujourd’hui devant le fait brutal d’un retour offensif de l’obscurantisme ».
G. Politzer, « La philosophie et les mythes », La Pensée, n°1, avril-juin 1939, p. 15.



Avec la théosophie, une nouvelle gnose s’est formée au XIXe siècle, et elle a conquis une audience internationale. Après avoir synthétisé ou juxtaposé divers courants occultistes, elle a donné naissance à l’ariosophie, à l’anthroposophie et aux sectes New Age [43].

1/ Depuis les premiers siècles de notre ère, les courants gnostiques se sont caractérisés par leur ésotérisme et leurs pratiques initiatiques : si divers soient-ils, des Marcionites et des Valentiniens au deuxième siècle, aux Pauliciens et Bogomiles du haut Moyen-Âge, aux Cathares, aux Dolciniens ensuite, jusqu’aux Anabaptistes de Münster et à diverses sectes ultérieures comme les Quakers ou les Swedenborgiens, ils ont partagé les mêmes assomptions fondamentales.

Comme ce monde est mauvais et aux mains d’un Démiurge ou Antéchrist qui l’a créé, il faut, par une révélation intérieure et diverses ascèses, parvenir à une illumination, restaurer la Tradition obscurcie par les religions révélées et les mécréants, détruire ce monde ou le pousser à sa perte, pour restaurer le glorieux Royaume des origines. La théorie binaire des deux mondes en conflit nourrira l’idée que les vérités de ce monde ne sont qu’apparences trompeuses, voire qu’il est issu d’un complot — ou maintenant d’une Simulation.

Les théories de l’abbé Barruel sur l’action des sociétés secrètes nourriront ultérieurement la rédaction du Protocole des sages de Sion, puis le florissant complotisme international contemporain. Des premiers siècles à nos jours, l’antisémitisme reste en effet une constante [44]. Si Marcion voulait par antijudaïsme exclure du canon des Écritures l’essentiel de l’Ancien testament, par la suite, la gnose a donné un fondement mystique à la haine des juifs : jugés trop attachés à la tradition, ils furent accusés d’être les suppôts du Prince de ce monde mauvais, Antéchrist, Satan ou Sheitan.

En raison de la répression religieuse et politique, les gnoses n’ont eu qu’une diffusion limitée jusqu’au début du XIXe siècle. Après la Révolution française, tout change. D’une part un courant irrationaliste du romantisme privilégie l’idée que le cosmos est parcouru de forces secrètes, suite aux théories de Ritter notamment, et se tourne vers les religions orientales, en particulier l’hindouisme dont les textes viennent d’être traduits.

Après leur traduction par William Jones, les Lois de Manou connaissent de multiples éditions, dont celle de Henry David Thoreau. Elles codifient la hiérarchie des castes, qui sera transposée en hiérarchie des races. Parallèlement, une mystique du sexe, favorisée par le satanisme romantique, favorise la diffusion de traités tantriques.

En réponse aux Lumières et aux révolutions démocratiques, les traditions ésotériques sont parvenues au dernier quart du XIXe à la synthèse saisissante de la théosophie. Par la numérologie, l’astrologie, la phrénologie et autres pseudo-disciplines, elle promut l’idée que l’univers n’était pas un système physique, mais une entité cosmique chargée de résonances et de correspondances mystérieuses que l’âme humaine peut connaître par des illuminations successives.

Mais surtout cette théosophie, dans les écrits surabondants de sa fondatrice, Helena Blavatsky, établit une hiérarchie stricte des races et des sexes. Nous serions dans l’époque métaphysique (ou éon) de la race aryenne (menacée de dégénérescence par les juifs) ; et par ailleurs, les femmes, plus éthérées et morales que les hommes constituent le sexe supérieur, qui peut se recommander de la déesse Isis (voir Blavatsky, Isis Unveiled, 1877). Le principe d’une intersectionnalité sexo-raciale trouvait ainsi une première formulation.

La présence de la gnose dans la pensée contemporaine a été sous-estimée. Le cas de Jung est un des plus connus : après son illumination en 1911, il voulait « une victoire définitive de l’esprit sur le monde sensible  » et écrivait à Freud : « Nous sommes effectivement, grâce à vos découvertes, placés devant quelque chose de très grandiose, que je ne pourrais pour l’instant désigner autrement que du concept gnostique de Sophia, terme alexandrin qui se prête particulièrement bien à la réincarnation de la sagesse antique dans la psychanalyse » [45]. En 1955 encore, il écrivit au Père dominicain Victor White : « Regardez donc le monde : toute cette maudite machine est scindée, du haut jusqu’en bas, et aussi l’homme de notre époque infernale » [46].

Le caractère gnostique de l’ariosophie permit à Jung de se sentir à l’aise quand il prit la tête de la Société médicale générale de psychothérapie, après sa mise au pas en 1933 par les nazis. Il multiplia les positions antisémites. La même année, Martin Heidegger accédait au rectorat ; il fut qualifié de « génial gnostique » par Eric Voegelin et de « gnostique » tout court par Hans Jonas.

Après la guerre, Hans Blumenberg s’efforça défendre la modernité contre une « rechute gnostique », alors même que l’ancien cadre collaborationiste Raymond Abellio plaidait en faveur d’une « nouvelle gnose ». Enfin, le philosophe Raymond Ruyer rencontra le succès avec La gnose de Princeton (1971), tout comme Pacôme Thiellement avec La victoire des sans roi, sous-titré Révolution gnostique (Paris, Puf, 2017).

2/  Précisons comment les sectes occultistes qui se sont multipliées à la suite de la théosophie ont marqué un renouveau obscurantiste influent [47].

Source importante de l’ésotérisme nazi car la plupart des membres de la Société Thulé, noyau du parti nazi, étaient des ariosophes. L’ariosophie est illustrée par des auteurs comme Guido von List et Adolf-Joseph Lanz (alias Lanz von Liebensfels), dont le premier manifeste intitulé Theozoologie paraît en 1905. Lanz divinise les Aryens et se réclame d’une gnose sexo-raciste en soulignant le lien entre hiérarchie des sexes et hiérarchie des races qui fait l’originalité de la théosophie et rappelle fort la nouvelle gnose intersectionnelle. Selon la théosophie, la race supérieure régnant dans notre ère est la race aryenne. Pour que les Aryens retrouvent leur pureté de sang et leurs pouvoirs sacrés, Lanz exigeait la castration générale des mâles « inférieurs », ces sémites dégénérés déjà dénoncés par Blavatsky [48].

Le fondateur de l’anthroposophie, Rudolf Steiner, dirigeait la fédération allemande de la théosophie avant de fonder son propre « mouvement », car il était en désaccord avec la successeur de Blavatsky, Annie Besant, qui faisait de Krishnamurti, adolescent trop basané à ses yeux, une réincarnation du Christ. L’anthroposophie a connu une diffusion internationale, dans l’éducation [49], l’agriculture biodynamique, la pharmacologie, et elle jouit aujourd’hui d’un grand prestige dans les courants écospirituels.

Enfin, à la même époque, prenant le nom de la revue New Age crée par un cadre de la théosophie anglaise, Alfred Orage [50], les premières communautés New Age sont fondées par des théosophes dans la première décennie du XXe siècle. La première communauté utopique californienne fut même fondée par des théosophes en 1897, à Point Loma, aux environs de San Diego où elle demeure jusqu’en 1950. Les communautés New Age connaîtront un essor international après 1968.

Les échanges entre ces courants se ressentent de ce cousinage. L’anthroposophie a rencontré l’intérêt de responsables du nazisme notamment les agrariens, comme Walther Darré (ministre de l’agriculture du Reich) et Rudolf Hess. Himmler ouvrit à Dachau un potager en biodynamie [51], donnant le ton à d’autres camps.

Loin de l’image irénique du Flower Power, certaines sectes New Age se recommandaient volontiers du nazisme, comme celle de George Manson, tatoué sur le front d’une croix gammée. L’ordre du Temple Solaire, fondé par un ancien nazi, la secte de Jim Jones à Guyana, et celle de David Koresh à Waco furent responsables de centaines d’assassinats et de suicides mystiques.

Tous ces courants partagent un irrationalisme inébranlable, des superstitions diverses, de l’astrologie aux Grands Anciens, ces Atlantes selon Blavatsky jusqu’aux Extraterrestres qui auraient fondé la civilisation [52]. L’hostilité aux religions révélées appuie la conviction millénariste qu’une nouvelle époque s’est ouverte où les anciennes lois n’ont plus cours, qu’il s’agisse du New Age, ou du Reich de mille ans.

Malgré tout ce qui les unit, les trois branches de la théosophie mettent toutefois l’accent sur des domaines différents : l’anthroposophie hérite de l’ésotérisme guérisseur et initiatique de la magie blanche, dans l’éducation comme dans l’agriculture ; le nazisme privilégiait le racisme et la garantie exterminatrice de l’identité ethnique ; le New Age se centrait sur la sexualité, tant par ses tabous que par ses transgressions orgiaques sous le pavillon du tantrisme, et il s’est démocratisé avec la « révolution sexuelle » du Flower Power qui en fut une émanation psychédélique.

L’idéologie intersectionnelle aura eu l’originalité de conjoindre des éléments de ces trois avatars de la théosophie.

N.B. — J’ai plaisir à remercier ici Christian Godin pour ses observations


[1Voir notamment ces articles publiés sur Mezetulle : « Vestiges de l’Amour et mystique du genre » https://www.mezetulle.fr/vestiges-de-lamour-et-mystiques-du-genre-par-francois-rastier/ , « Genre et islamisme intersectionnel. A partir de Judith Butler » https://www.mezetulle.fr/genre-et-islamisme-intersectionnel-a-partir-de-judith-butler/

[2Voir l’auteur, Petite mystique du genre, Paris, Intervalles, 2023.

[3Jean Doresse, « La Gnose, origines des sectes gnostiques » dans Histoire des Religions, tome 2, Paris, Gallimard, La Pléiade, 1972, p.399-400. Gaïa, déité primordiale identifiée à la Déesse-mère, fut l’ancêtre de toutes les races divines (voir l’auteur, « Tuer pour Gaïa », Telos, mai 2025, en ligne : https://www.telos-eu.com/fr/tuer-pour-gaia.html

[4Voir l’auteur, « Le Genre comme sexe astral, et autres attendus ésotériques de la transsexualité », Texto !, vol. XXVI, n°2-4, 2021.

[5George Robb, « Entre science et spiritualisme, la vision d’un avenir asexué selon Frances Swiney », Diogène, 2004/4 n° 208, p. 190-202.

[6Voir l’auteur, « Le postféminisme et le retour du mythe archaïque de la Grande Déesse », Cités, n°88, 2021, pp. 163-179.

[7André van Lysebeth, Tantra, le culte de la Féminité, Évolution du corps et de l’esprit par l’érotisme et l’amour, Paris, Flammarion, 1988.

[8Expurgée de ses aspects féministes, mais exploitée pour ses théories raciales, la théosophie, fort répandue à l’époque et forte de ses succès mondains, sera une des références majeures des sectes ariosophiques qui présidèrent à la formation de la société Thulé puis du parti nazi. En effet, Blavatsky affirmait que les Juifs étaient des Aryens dégénérés, et il fallait évidemment les éliminer pour mettre fin à la dégénérescence.

[9Voir Robb, op. cit., p. 194.

[10In Robb, op. cit., p. 192.

[11Ibid., p. 194.

[12Sylvie Borau, « Les robots féminins sont les plus humains. Pourquoi ? » The Conversation, 16 avril 2021, en ligne : https://theconversation.com/les-rob...

[13Cela rappelle fort ce poème du Punch, à propos du débat de 1860 entre Thomas Huxley, darwiniste radical et l’évêque Wilberforce, dont voici les deux premiers vers : « Say am I a man or a brother, / Or only an anthropoid ape ? » (The Gorilla’s Dilemma’, Punch 1862, vol. 43, p. 164).

[14Paris, Grasset, 2006.

[15Ne serait-ce que par proximité, les universités californiennes ont été particulièrement réceptives à l’irrationalisme New Age. Par exemple, le professeur Timothy Leary, d’abord psychologue à Berkeley, devint le principal gourou du psychédélisme. Ses liens avec les Black Panthers participaient de l’idéologie intersectionnelle qui s’élaborait alors dans les universités américaines.

[16Après Schopenhauer, Nietzsche avait utilisé les religions orientales comme antidote au judéo-christianisme, et son Ainsi parlait Zarathoustra est empreint de messianisme dualiste et pour ainsi dire manichéen – dans la mesure où Manou puisait aux mêmes sources zoroastriennes.

[17Les superstitions sur les sorcières, femmes tout à la fois puissantes et victimes, sont en plein essor, comme en témoigne le best-seller de Mona Chollet, Sorcières. La puissance invaincue des femmes, Paris, La découverte, 2018 (voir aussi son ouvrage La tyrannie de la réalité, Paris, Gallimard, 2006). Fin 2020, une enquête de l’IFOP soulignait que 53% des femmes de 25 à 34 ans croient à la sorcellerie.

[18Ce roman est réputé mettre en garde contre un futur dystopique, mais les rares inadaptés à cette société sont en fait des ratés. Le héros, né dans la race supérieure, n’en a pas les caractères distinctifs, et après son échec pour raviver une érotique dépassée, il finira par se suicider.

[19Voir Pommerol, F. « Origines du culte des ’Vierges Noires’ », Bulletins de la Société d’anthropologie de Paris, V° Série, tome 2, 1901, pp. 83-88.

[20Leo Frobenius, Mythologie de l’Atlantide, tr. fr. Paris, Payot, 1949. Sa thèse fut illustrée littéralement par les albums photo de Leni Riefenstahl sur les Nuba et reprise par Cheikh Anta Diop, puis Martin Bernal dans le mythique Black Athena, The Afroasiatic Roots of Classical Civilization, Rutgers University Press, 3 vol., 1987, 1991, 2006.

[21Voir Édouard Conte, Cornelia Essner, « Völkerkunde et nazisme, ou l’ethnologie sous l’empire des raciologues », L’Homme, 1994, tome XXXIV, n° 129, p. 147-173. Ici p. 162 (sur l’antisémitisme singulier de Frobenius, voir p. 162-163) ; et Louis de Heusch, « Le rayonnement de l’Égypte antique dans l’art et la mythologie de l’Afrique occidentale », Journal de la Société des Africanistes, 1958, t. XXVIII, p. 91-109. La détermination de la race par la culture rappelle chez Judith Butler la détermination du sexe par le « genre », voire chez Houria Bouteldja l’identification de la race et de la position politique.

[22Suprématiste noir formé dans la section française de Nation of Islam, ce franco-béninois est proche de l’idéologue eurasiste radical Alexandre Douguine, qui a préfacé un de ses livres. D’abord employé par le groupe Wagner, Seba œuvre en Afrique pour les intérêts russes.

[23Voir Time Magazine, en ligne : https://time.com/5919494/person-of-the-year-2020-editors-letter/ ; et Pierre Hadot, Le voile d’Isis, Paris, Gallimard, 2004. La semi-divinisation d’Assa Traoré allait encore être attestée par un blasphème quand Rachel Khan déclara dans un entretien au Figaro : « Elle [Assa Traoré ndlr] est convaincue de mener une bataille, un combat profond. Mais pour mener ce type de combat sérieusement, il est préférable de ne pas porter… de perruque ! ». Cette allusion à la stratégie de communication de la militante décoloniale valut à Rachel Khan d’être publiquement désavouée par la majorité des membres du conseil d’administration de l’association de danse hip-hop qu’elle co-présidait.

[24Voir P.-A. Taguieff, Impostures décoloniales, Éditions de l’Observatoire, Paris, 2020, p.89.

[25Certes depuis, Askar a supprimé le compte où elle avait posté son slogan, elle est devenue directrice d’un syndicat étudiant plus radical, la Fédération syndicale étudiante, mais elle a modéré son langage, se contentant de publier lors de l’incendie de Notre-Dame des propos comme : « Wallah vous aimez trop l’identité français alors qu’on s’en balek objectivement c’est votre délire de petits blancs » (sic, la forme balek ajoute ici une touche d’orientalisme viril).

[26Voir https://tetu.com/2021/04/22/en-letat-la-pma-pour-toutes-ne-nous-convient-pas-pourquoi-les-lesbiennes-manifestent-ce-dimanche/. Ce souci de pureté du sang se retrouve dans les propos de Christiane Taubira, à propos des transfusions en Guyane : « Voilà plus de quinze ans que l’Établissement français du sang a déménagé, pas de banque de sang sur place, tout le sang vient d’ailleurs, avec son capital génétique » Le Monde, 13 juillet 2020.

[27« Svp, Allah, donne-moi la force de ne pas maudire/tuer ces hommes et ces blancs là aujourd’hui ». Cette oraison menaçante

[28Remarquablement, ce propos d’un racisme sans fard emploie « humxness » : dans ce néologisme imprononçable qui désigne l’humanité, le x est là pour éviter le a et purger le mot qui désigne l’humanité de la syllabe peccante man. Le racisme et le sexisme sont ainsi condensés dans ce barbarisme « politiquement correct » ; voir : https://everipedia.org/wiki/lang_en/yusra-khogali

[29« Melanin enables black skin to capture light and hold it in its memory mode which reveals that blackness converts light into knowledge ».

https://www.heraldsun.com.au/blogs/andrew-bolt/black-lives-matter-white-skin-is-subhumxn/news-story/546f8411513ac19144cb3a39257e8efe

[30« Minifest féministe non mixte », en ligne : (https://nantes.indymedia.org/events/50773).

[31Certains ont évoqué à ce propos la cancel culture. Ce qui compte toutefois, c’est d’abord le fait que la réalité dans la fiction fait partie des pactes. Or pacta sunt servanda et le monde commun fait partie de ces pactes, si bien qu’un personnage de fiction, comme le Quichotte, jouit d’une forme d’objectivité propre aux œuvres et aux autres objets culturels.

[32Voir la philosophe Camille Froidevaux-Metterie : « Je crois que, quand on est féministe, on est nécessairement misandre. », Le Monde, 25 mai 2025.

[33Selon elle, ses paroles auraient été déformées ; pourtant L’Obs lui répond : « Enregistrés, comme le reste de l’entretien, ces propos ont été retranscrits ».

[36Valerie Solanas, SCUM Manifesto, Paris, Zanzara athée, 2001. SCUM est l’acronyme de Society for cutting up men — vaste programme d’émasculation. Solanas est à présent célébrée comme une inspiratrice : « On vit un moment Solanas », déclarait ainsi Virginie Despentes (Le Monde, 20 novembre 2020).

[37Voir Mathieu Foucher, https://www.lesinrocks.com/2019/09/...

[38« L’hétérosexualité est dangereuse », Mediapart, 30 novembre 2020.

[39« Dian », Télérama 3715, 24 mars 2021.

[40Grasset et Fasquelle, 2008.

[41Aux États-Unis, peu avant la réélection de Trump, 2, 3 millions de personnes se disaient transgenres.

[42Dans la pensée théosophique, les ères se succèdent, chacune spiritualisant la précédente. Ainsi Rudolf Steiner a-t-il souligné notre entrée dans l’ère du Verseau, thème à présent répandu partout par l’ésotérisme New Age.

[43Voir Petite mystique du genre, Paris, Intervalles, 2023.

[44Mme Blavatsky a poursuivi dans cette voie pour dépasser l’antijudaïsme chrétien et définir les juifs comme une race issue d’Aryens dégénérés. L’antisémitisme reste une constante des courants intersectionnels, des Black Muslims au féminisme butlérien (voir « Genre et islamisme intersectionnel — à partir de Judith Butler », Mezetulle, 2024, en ligne : https://www.mezetulle.fr/genre-et-islamisme-intersectionnel-a-partir-de-judith-butler/).

[45S. Freud / C. G. Jung, Correspondance II (1910-1914), trad. Paris, Gallimard, 1975, p. 194.

[46C. G. Jung, Correspondance (IV. 1955-1957), trad. Cl. Maillard, Paris, Albin Michel, 1995, p. 57.

[47Le poète W.B. Yeats estimait qu’à la fin des années 1880, Helena Blavatsky était la femme la plus célèbre du monde.

[48Le projet d’émasculation en vue d’une purification génétique se retrouve, radicalisé car étendu à tous les hommes, dans le SCUM Manifesto, devenu culte, de la féministe radicale Valerie Solanas. Sanctionnant la fin salvatrice de l’hétérosexualité, l’espèce devenue féminine se verrait perpétuée par clonage. Dans ses multiples rééditions, ce manifeste eugéniste mais exterminateur a fait l’objet de préfaces laudatives de Christiane Rochefort et d’Avital Ronell, philosophe déconstructrice.

[49Ainsi certains oligarques de la Silicon Valley mettent leurs enfants dans des écoles sans écrans – des écoles Steiner, car pour Steiner l’électricité était un fluide inspiré par Ahriman, autant dire démoniaque.

[50Dans l’Angleterre edwardienne, ce socialiste et théosophe dirigea la revue New Age à partir de 1907. Ses premiers travaux sont des introductions à l’œuvre de Nietzsche. Après Schopenhauer, Nietzsche avait utilisé les religions orientales comme antidote au judéo-christianisme, et son Ainsi parlait Zarathoustra est empreint de messianisme dualiste.

[51Voir Peter Staudenmeier, Anthroposophie et écofascisme, Paris, Chimères, 2018. Aussi en ligne : https://chimereseditions.noblogs.org/files/2020/04/Peter-Staudenmaier_Anthroposophie__%C3%A9cofascisme_-_web.pdf. « Parmi les puissants fonctionnaires nazis steineriens, on trouve l’officier SS et anthroposophe Hans Merkel, une des figures les plus en vue du Rasse und Siedlungshauptamt (le « Bureau pour la race et le peuplement ») ; l’anthroposophe Georg Halb, officiel influent dans l’appareil agraire nazi ; leur collègue Wilhelm Rauber, ou un membre du Reichstag et adhérent au NSDAP, Hermann Schneider » (Staudenmeier, 2018, p. 41).

[52Voir Wiktor Stoczkowski, À la recherche d’une autre Genèse. Anthropologie de l’’irrationnel, Paris, La Découverte, 2022.


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