(.../...)

Seconde partie :
—Symétrique de l’horizon désirable, il y a le “camp du mal”, c’est-à-dire l’Occident.
— L’anti-occidentalisme est la caractéristique fondamentale de toutes ces concrétions idéologiques. Roger Garaudy, l’ancien commissaire politique du parti stalinien dans les années 1950 [1], converti par la suite au catholicisme intégriste puis à l’islam, a résumé cette posture fondamentale en une phrase : “L’Occident est une anomalie qui doit disparaître”. Cette tirade a ravi toutes les variétés d’islamistes [2].
Comme toutes les civilisations, l’Occident a commis des horreurs. Mais ce sont ses réussites qui le distinguent et qui lui attirent l’hostilité sans retour. De plus, par son rayon d’action planétaire, il a mis en présence les unes aux autres toutes les civilisations et cultures de la planète.
Il est cependant curieux que les officiels de cet Occident soient disposés à reconnaître préférentiellement les monstruosités commises plutôt que les réussites. D’ordinaire une civilisation ne le fait que lorsqu’elle a été vaincue.
—A cela s’ajoute l’accusation redondante d’extrême-droite au fil d’absurdités récurrentes. C’est un mélange étrange de déni et d’illusion puisque l’extrême-droite est anecdotique depuis la défaite du nazisme.
Ces idéologues occidentaux anti-occidentalistes sont aveugles devant le déploiement d’un sur-fascisme tel que l’islamisme, qui cultive des traits amplifiés d’une extrême-droite religieuse :
- relégation des femmes
- éloge de la violence,
- refus radical de toute démocratie (l’égalité et la liberté sont des abominations [3]).
Ce déni de l’islamisme révèle le refus de la réalité des “wokes”.
— Leur posture présuppose qu’il y a quelque part dans le monde, de préférence très loin, un lieu où prévaut un miracle historique. Les pro-Chinois en furent une illustration accablante, que Simon Leys a détruit, mais cela n’a été admis du bout des lèvres qu’à la longue, en général une fois que les régimes “soviétiques” offensifs ont disparu [4].
—C’est pour cela qu’il faut finir par parler de “religion”.
— C’est ce qu’avance Jean-François Braunstein [5] : c’est la première fois, avec le wokisme, qu’une religion prend sa source dans les universités, lieu en Occident de tout examen critique depuis le Moyen-Age. Le processus s’est accéléré depuis une vingtaine d’années.
Il est bon de rappeler certaines remarques de dissidents venus de l’Est : ces gens s’inquiétaient de voir les universités occidentales envahies par les marxistes. Ils disaient quelque chose du genre : “dans une trentaine d’années, vous aurez de mauvaises surprises”.
Le processus avait été très tôt engagé en France, dès les années 1950, avec le comportement des “intellectuels progressistes” français. Il est bon de lire l’ouvrage de Christopher Rufo, qui décrit superbement la sociologie et l’histoire de ces milieux aux Etats-Unis depuis 70 ans [6].
Il ne s’agit pas d’un simple “problème académique” mais d’un processus socio-politique dans ces milieux intellectuels en mal de rôle social et d’inspiration : ils produisent à la chaîne des “fictions théoriciennes”. Edward Saïd a été un des pionniers aux Etats-Unis de cette nouvelle manière, détachée de la tradition marxiste issue de l’entre-deux guerre. Sa mauvaise foi remarquable sur “l’Orientalisme” a été décortiquée par Robert Irwin [7].
Bernard Lewis, que ciblait avec insistance Edward Saïd, avait déjà répondu avec beaucoup de mesure et de précision [8] en soulignant l’ignorance que ce dandy Edward, d’une famille libanaise protestante très bourgeoise, manifestait à propos de l’islam. Cette dénonciation de l’Orientalisme, discipline en réalité très fragmentée et diverse, qui a sauvé de l’oubli divers pans de cultures orientales tombées en déshérence, a servi à cultiver une mauvaise foi idéologique au nom de l’“anti-colonialisme” [9]. Le wokisme a radicalisé cette posture en en faisant un péché originel, ce que tous les courants issus du marxisme appuient d’instinct. Le passé de l’Occident serait irrémédiable et maudit. Il ne pourrait s’en affranchir.
—Et avec un procédé de renversement complet.
— L’Occident a été la civilisation la plus intéressée par les autres cultures et civilisations, même quand elle les dominait. Le reproche central fait à l’Occident dénonce l’occidentalocentrisme, l’eurocentrisme, l’ethno-centrisme. Aujourd’hui, il y a un renversement systématique du sens, jusque dans le langage, puisque :
les “décoloniaux” sont en fait des colons,
les “néo-féministes” des anti-féministes,
les “antifas” des fascistes
les anti-racistes des néo-racistes...
Cette inversion systématique des termes est l’objet d’une surenchère permanente. Ceux qui se sont investis dans ce genre de production “littéraire” se trouvent d’ailleurs pris dans un maelström où ils risquent à tout moment de subir un procès en modérantisme. Le mécanisme de la Terreur sous la Révolution est mimé jusqu’à la farce. Le mot d’ordre fondamental paraît être : “plus abruti que moi, tu meurs !”. Il faut s’adapter sans cesse aux nouvelles modes idéologiques. L’orthographe abusive est ainsi un modèle d’abrutissement qui présuppose la mécanisation de la langue [10]. A ce propos, il est amusant de constater qu’il existe des langues (notamment indo-européennes comme le persan) qui ne connaissent pas de genres masculin/féminin. Un woke s’attendrait à ce que les rapports entre les sexes soient idéaux en Iran ! [11] De fait, le sort fait aux femmes y est pour eux un non-sujet. Ils tiennent à ce que la grammaire et l’orthographe deviennent un manuel d’orthopraxie. C’est hallucinant de bêtise.
Joseph Gabel décrivait la mentalité totalitaire dans “La fausse Conscience” en la rapprochant de la psychose. Le décrochage de la vis-à-vis de la réalité est semblable. Ce qui compte, c’est le “ressenti”. Il constatait que “les discours prescrits ne sont pas susceptibles de réfutation”. Cette remarque date des années 1960. Une telle entorse à la lucidité était déjà identifiée, mais elle a néanmoins continué de prospérer.
On trouve des perles sidérantes chez certains “progressistes” en position de pouvoir. Ainsi Delphine Ernotte, ingénieure centralienne de formation selon sa fiche wikipedia et directrice de Radio France, a récemment utilisé une phrase infiniment révélatrice : l’important dans les médias de masse ne serait pas de décrire ce qui est, mais ce qui devrait être. C’est mot pour mot une consigne de Staline lui-même aux journaux “soviétiques”, au lendemain du génocide des paysans ukrainiens. Il fallait dire que le monde était devenu plus gai et plus riche. Il fallait ne présenter dans la propagande que ce qui devrait être.
Le rapport (formel) est étonnamment solide entre le “wokisme” et le “diamat”, ce catéchisme du “matérialisme dialectique” de sinistre mémoire. Les racines sont profondes : par exemple, lors du congrès de Bakou en 1920, un Radek revendiqua ouvertement la nécessité de proclamer le djihad pour attirer les peuples colonisés.
Jean-François Braunstein signale néanmoins qu’il existe trois différences non-négligeables :
1-la dictature du discours “woke” est moins violente (il s’agit tout de même de mort sociale) et ses tenants ne détiennent pas à ce jour tout le pouvoir
2-le marxisme-léninisme prétendait encore à la science, ce n’est plus le cas du “wokisme” : toute la science occidentale serait “fasciste”.
Même en mathématique, il faudrait une version woke.
La logique est de désintégrer toutes les disciplines qui recherchent la rigueur [12].
3- la réalité n’existe pas pour les wokes :
Les marxistes sociaux-démocrates d’avant 1914 tenaient au contraire à une formule très claire : “la réalité est le meilleur marxiste”. Ils affichaient une référence prioritaire à la réalité, qui ne dépend pas du “ressenti”.
Aujourd’hui, un homme peut prétendre qu’il a une “âme” féminine et exiger d’être traité en conséquence. Les enseignants qui se s’alignent pas sur le pronom qu’un enfant revendique pour lui-même s’exposent dans certains pays à des problèmes judiciaires. Le succédané d’utopie qu’est le wokisme est encore plus exotique que le “communisme”. Il est exigé de consentir à mentir si quelqu’un se proclame d’un autre sexe. Comment continuer à “faire société” dans ces conditions ?
— Que veulent dire les “politiques de l’identité” ?
L’identité nationale ou occidentale est d’emblée interdite. Mais :
- l’identité raciale ne tolère pas la “fluidité”, il faut choisir
- l’identité sexuelle exige la “fluidité”, choisir est une “faute”
- l’islam ne tolère aucune “fluidité”, il s’agit de conquérir le monde
Le seul point commun à toutes ces variétés de revendications identitaires, c’est de considérer l’universalisme occidental comme l’ennemi fondamental.
Mike Gonzalez dans “The Plot to Change America - How Identity Politics Is Dividing the Land of the Free” [13] montre que la conséquence “judiciaire” de toutes ces manœuvres est d’en arriver à définir des communautés de droits distincts, hétérogènes les unes aux autres, et de statuts inégaux. Il fait même le parallèle avec les millets de l’empire ottoman.
—Le post-modernisme aboutit finalement à un pré-modernisme
— En Europe occidentale, les musulmans aspirent à bénéficier d’un statut supérieur (c’est la caractéristique de toute forme de charia). L’indulgence dont bénéficient les délinquants musulmans avérés est un début d’entrée en vigueur d’une telle échelle de statuts inégaux. L’excuse pour la “méconnaissance des codes” invoqués par des avocats peu scrupuleux est un coup de force juridique. Au Royaume Uni, pour les différents entre musulmans, des tribunaux respectant la charia sont déjà actifs, et tant pis pour les femmes.
Ce que les “woke”, comme les marxistes, refusent de savoir, c’est que lorsqu’on abolit la nation, on retombe inexorablement sur des formes impériales beaucoup plus arriérées [14]. Les Marcusiens étaient littéralement obsédés par le sabotage du “melting-pot” américain, qui avait permis de fondre les vagues d’immigration dans une logique nationale [15]. Une fragmentation d’entités ethniques et étatiques ne crée pas automatiquement des nations. Ainsi, dans les Balkans, on a affaire à des fragments d’empire, plutôt qu’à des nations.
Les marxistes n’ont jamais voulu admettre que pour exprimer une critique en acte de la nation, il aurait fallu faire mieux qu’elle sur les terrains où elle excelle (par exemple permettre l’expression élargie de la figure du citoyen participant aux décisions souveraines).
L’URSS a consisté en une forme aggravée de l’empire tsariste, dotée d’une industrialisation primitive dans ses moyens, et d’une religion politique propre à l’élite du pouvoir (la bureaucratie), tandis que la religion orthodoxe survivait péniblement sous une répression exceptionnelle.
Le nazisme, concurrent plutôt qu’adversaire du soviétisme, tendait aussi, dans son projet impérial fondamental, malgré son nationalisme affiché, à dissoudre la nation et à définir une religion politique fondée sur la “race” [16].
Les deux régimes totalitaires se sont livrés une guerre millénariste, avec un mimétisme parfait dans les méthodes [17]. Himmler avait osé remarquer en 1940, après l’annexion de territoires polonais où les Juifs étaient encore plus nombreux qu’en Allemagne que si les nationaux-socialistes étaient des Bolchéviks, ils extermineraient les Juifs, mais qu’ils étaient des Occidentaux ! Le projet d’extermination (mis en pratique) des Juifs, des Tsiganes, des handicapés et des malades mentaux dans les territoires envahis, a montré à quel point ce nazisme était bel et bien dans une logique de sortie de l’Occident, auquel on reproche pourtant aujourd’hui les crimes nationaux-socialistes.
Paul Yonnet, analysant le néo-antiracisme animant SOS-Racisme, soulignait l’étroitesse de la vision antifasciste sur le nazisme : elle le réduisait à l’antisémitisme. L’entreprise était beaucoup plus ambitieuse, avec son projet d’empire d’envergure mondiale. Paul Yonnet, dans son ouvrage “Voyage au centre du malaise français, l’antiracisme et le roman national” [18] avait identifié le caractère profondément manipulateur et factice de SOS-Racisme. Il fut le premier à subir une mort sociale à l’initiative d’un journaliste tel que Laurent Joffrin, commissaire politique auto-proclamé traquant le “fascisme” sous des traits de plus en plus oniriques.
Il importe de saisir à quel point le stalino-gauchisme recèle une dimension religieuse dégradée [19]. Les chrétiens s’opposant au marxisme-léninisme identifiaient très facilement les catégories théologiques familières qui transparaissaient dans les biais idéologiques de ce qui se prétendait une “science de l’histoire”. On peut dire qu’il y a eu une tendance, avec le “diamat” (catéchisme du matérialisme dialectique “soviétique”), de définir un canon [20] pour la croyance marxiste. L’avenir y tient la place de “l’autre monde”, mais demeure tout aussi inaccessible, le Parti tient le rôle de l’Eglise, en prétendant maîtriser l’accès à cet autre monde, etc.
Le problème du marxisme-léninisme, c’est qu’il a défini un millénarisme mais sans disposer d’une religion coutumière permettant de se replier lorsque la période intense s’éteint.
—Ne peut-on considérer que la gauche est une forme de religion coutumière ?
— Il ne semble pas : ce serait plutôt une superstition (comme la “droite”) en perpétuelle recherche de dogmes la dotant de leviers d’influence. La gauche ne dispose pas d’un canon, à la différence d’une religion telle que le judaïsme ou même la paganisme grec. Elle cherche à imposer une orthopraxie, reposant sur des définitions métaphysiques de ce que doit être le comportement de chacun [21], ce que la droite ne fait plus depuis l’effondrement des sources “contre-révolutionnaires” formulées par un Joseph de Maistre [22].
Le wokisme s’inscrit dans une série de tentatives toujours recommencées pour réactiver le millénarisme du marxisme-léninisme. Pour être cohérentes, ces tentatives sont parfois amenées à promette un enfer à perpétuité, comme la “théorie critique de la race” qui veut voir les Etats-Unis comme un nazisme éternel [23]. Le wokisme, en affectant sans cesse de proclamer l’imminence de la résurrection de Hitler, recycle une de ces idées chrétiennes devenues folles, que dénonçait par avance Chesterton en 1908.
Les technocrates de l’écologisme espèrent imposer leurs mesures, qui impliquent une logique de pénuries et de rationnement [24]. Quoi qu’on fasse, le monde serait mort dans 10 ans, voire plus tôt [25]. Il ne resterait qu’à se repentir, comme à l’approche de l’an 1000. Le plus probable est que la situation se détériorera, mais que tout continuera avec des hauts et des bas. De toute façon, un militant woke a soif de s’engager dans une lutte présentant un enjeu cosmique immédiat.
Ces gens ne veulent pas voir que l’espèce humaine a depuis longtemps commencé à modifier son environnement, quitte à le polluer abondamment :
- voir Chypre, cette montagne de cuivre exploitée pendant des millénaires
- voir la côte toscane où les stériles de mine de fer jonchent le sol (depuis l’époque étrusque)
- voir la chasse par brûlis en Australie, qui a modifié l’écologie du continent et même provoqué une co-évolution de certaines espèces, comme des rongeurs spécialisés dans la nourriture des jeunes plantes repoussant après ces incendies.
- la forêt amazonienne n’est pas une forêt primaire, pour un bonne part, mais résulte de zones cultivées par des groupes humains (les arbres sont les principales cultures praticables dans ces régions). Même quand elles sont retournées en jachères, des groupes humains peuvent vivre dans ces vergers anciens [26].
Il y a naturellement un appel constant à un soulèvement perdu d’avance, qui s’est vérifié dans l’“anticapitalisme”. Le terme de “capitalisme” n’a été brandi qu’à la fin des années 1890, par Werner Sombart puis Max Weber, bien après la théorisation d’un avenir “socialiste” nécessaire. Il représente une entité maléfique, protéiforme, une espèce de démon sur terre.
Les intellectuels sont fascinés par l’idée qu’il doit exister un système monocausal rendant compte de la réalité sensible, et que sa compréhension permettrait de formater la réalité de façon paradisiaque [27].
La certitude d’une maîtrise totale par l’être humain sans effet néfaste en retour sur son biotope lui procurerait un statut quasi-divin. Le progressisme échevelé, réduit encore une fois à un levier technique rêvé, et dont le marxisme s’est voulu le couronnement, survit ainsi avec ces idéologies.
La pollution induite par l’industrialisation apparaît comme particulièrement envahissante : toute mesure visant à bloquer certains de ses méfaits est rapidement tournée. Plutôt que d’une conspiration, cela ressemble à un processus d’inondation qui finit toujours par trouver son chemin. Comment l’enrayer ? Le monde étant fini, cette fuite en avant finira par s’arrêter, mais selon quel compromis ?
Les théories technocratiques actuelles ne cessent d’exhiber des solutions techniques qui aggravent les processus en cours [28].
Si l’Inde et la Chine veulent se doter de réseaux électriques de même densité que le Japon ou les pays industrialisés d’Europe et d’Amérique, les ressources planétaires sont probablement insuffisantes. Or, le cuivre a été corrélé à la naissance des villes et des Etats, sa pénurie aura sans doute des effets prodigieux.
Certains “futurologues” états-uniens ont même déjà élaboré d’improbables projets virtuels prétendant aboutir à récupérer les minerais les plus nécessaires par l’exploitation d’astéroïdes, etc.
—Mélenchon est un fan de cette religion technocratique.
— Il y va de l’héritage positiviste du marxisme. La technique jusqu’au bout. Les États-Unis réactiveraient leur perception de la “frontière” pourvoyeuse de ressources et d’expansion. L’hystérie climatique est largement accompagnée de projets de géo-ingéniérie, et de perspectives de rationnement des populations (surtout occidentales). Ces rêveries prolifèrent dans les instituts de recherche, dont le rêve est de piloter le climat [29]. C’est sans doute terriblement scabreux : les effets des causalités en boucle propres aux processus climatiques donnent des résultats à peu près imprévisibles [30].
—Un groupe, “Dernière Rénovation”, refuse des solutions de ce genre.
— Mais ils seront sans doute surpris le jour où les grandes orgues de la propagande officielle assèneront qu’il y a une solution technique à laquelle tous doivent concourir. Le seul continent aujourd’hui largement dépourvu de ressources fossiles est l’Europe, qui s’efforce désespérément de s’émanciper de la dépendance des importations de charbon, de pétrole et de gaz. Les autres continents sont déterminés à utiliser les énergies fossiles dont ils disposent.
—Ce sujet n’est jamais évoqué chez les écologistes extrémistes.
— La dernière COP, qui s’est tenue au Qatar, a dû les tétaniser.
—Dans l’histoire humaine, un mouvement religieux sert des fins qui lui échappent. Les gauchistes subissent cette loi comme les autres. Ces mouvements n’ont aucun horizon réel, et serviront des ambitions dont ils n’ont pas idée. Le wokisme est invivable, mais il sert l’implantation de l’islamisme, qui est le grand gagnant potentiel.
— L’islamisme est la seule dimension associée aux wokes, qui dispose d’un projet pratique concret et redoutable.
—Mais est-ce concevable dans une société hypertechnologisée ?
Pour en revenir au stalino-gauchisme, au marxisme-léninisme, vu comme IVe monothéisme (c’est-à-dire une recherche d’une monocausalité). Cette façon de voir permet de comprendre les convergences des monothéismes pour la destruction de l’Occident, conçu comme a-religieux, voire anti-religieux. Où il y a un refus du divin et de la superstition.
Une alliance entre toutes les formes de monothéisme est en soi assez logique. Le Pape, faible devant le wokisme, est un immigrationniste à tout crin. Il est proche d’un courant marxiste en Amérique latine (il y a là une convergence entre IIe et IVe monothéisme). Cette grille de lecture n’est jamais abordée.
—Pour évaluer la posture du Pape, il convient d’avoir à l’esprit deux choses :
Premièrement, la base démographique de l’Eglise catholique romaine repose désormais sur deux grandes régions du monde : l’Afrique sub-saharienne et l’Amérique latine. Quand le Pape prétend parler au nom de peuples pauvres, il parle à sa base démographique, tandis que l’Eglise catholique est sub-claquante en Europe.
Deuxièmement, le Pape est un jésuite et un théoricien : il a rédigé la teologia del pueblo (variante présentable de la teologia de la liberación vis-à-vis des oligarchies latino-américaine), qui conserve subrepticement des concepts marxistes.
Il faut comprendre une chose fondamentale : le christianisme a bâti ses succès majeurs en devenant une religion d’empire. Il a été façonné en retour par l’empire (cf Constantin et Théodose au IVe siècle). Le problème de l’Eglise catholique apostolique et romaine, dont le centre était à Rome, vient de ce qu’elle s’est trouvée presque aussitôt orpheline de l’empire, du fait des invasions germaniques.
Tout au long du Moyen Age, l’Église romaine a cherché à susciter des formes impériales (cf Charlemagne, et les héritiers d’Othon pour le “Saint-Empire romain germanique”). Elle aspirait à un rôle de régime théocratique comme cela s’est réalisé à Constantinople. Cette Église a une autonomie de vision, voire de projet. Elle diverge des logiques occidentales dont elle a dû s’accommoder à partir du XVIe siècle, avec la Renaissance puis l’époque moderne. L’Occident, tout en restant anthropologiquement chrétien, est sorti du christianisme. Il serait logique que l’Église romaine tende à se replier sur les populations qui veulent croire.
—Les ponts entre les héritiers du marxisme et du christianisme sont à peu près “naturels”. Ils ont en tout cas des convergences de vue non négligeables.
— Cela a des effets concrets sur l’université, qui fut historiquement le lieu de la réflexion rigoureuse, quitte à sortir des dogmes religieux. Les woke ont réussi aux Etats-Unis à susciter à l’intérieur du monde universitaire une bureaucratie de contrôle chargée de vérifier la rectitude idéologique des enseignants. Ces postes ont été “logiquement” offerts en priorité à la “diversité”. Les Etats-Unis nourrissent ainsi un milieu de bureaucrates d’environ un million de personnes. L’enveloppe de leurs salaires dépasse désormais celle concernant les enseignants (dixit Yacha Mounk). Ce parasitisme bureaucratique crée une sorte de fait accompli sociologique sur lequel il sera très difficile de revenir.
Christopher Rufo dans son chapitre 11 de America’s Cultural Revolution considère que les porteurs du wokisme étant très minoritaires dans la société étasunienne, cette emprise peut se désagréger très vite. Il me semble qu’il sous-estime la consistance de la dimenson administrativo-bureaucratique. Tout cela évoque ce que des intellectuels de l’école élitiste italienne de sociologie comme Gaetano Mosca avait remarqué dès la fin du XIXe siècle en s’adressant aux sociaux-démocrates : il leur faisait remarquer que leurs théories impliquaient de fonder une administration gigantesque.
—Il parlait d’une “armée de fonctionnaires”
C’est ce qui est advenu dans tous les régimes à prétention socialiste révolutionnaire, en induisant d’énormes externalités négatives. L’écologisme n’a pas non plus d’autre solution que d’empiler des couches d’administration nouvelles. Le résultat a été en général le contraire de ce qui était annoncé dans les régimes de “socialisme réel” [31].
—Une dernière question sur les rapports entre stalino-gauchisme et wokisme : est-ce une rationalisation de ce que vit l’Occident après les dévastations subies entre 1914 et 1945 ?
— On peut y voir une fuite devant les problèmes internes de l’Occident.
—En aggravant les traits les plus négatifs :
- destruction du langage
- décrépitude de l’enseignement, etc.
- transmission des savoirs
Le wokisme prétend qu’on peut malmener le langage à volonté
—Ils sont persuadés de mettre en œuvre un sursaut, alors qu’ils trébuchent.
— C’est la même chose sur les rapports hommes-femmes, la question du “genre”. Ce délire “woke” est bien plus qu’un verbiage.
Il faut faire avaler le fait que les relations humaines sont de plus en plus compliquées, confuses, précaires.
—J’ai la nette impression que le wokisme bénéficie d’un facteur silencieux et décisif, la “révolte des élites” propre à l’Occident depuis les années 1980-1990. Celles-ci ont choisi de ne plus être en communauté de destin avec les populations qu’elles dominent. Les “wokes” ont ainsi le champ libre pour faire n’importe quoi. Tant que les élites effectives ne reprennent pas les choses en main (le feront-elles un jour ?), cela continuera. Mais si elles le faisaient, l’effet serait très rapide.
— Mais il existe un “capitalisme woke”...
Il est vrai que le “wokisme” a infiltrées les grandes entreprises : aux Etats-Unis, certaines ont cédé aux injonctions en créant des secteurs de contrôle internes pour vérifier la rectitude des comportements. Là aussi donc apparaît une bureaucratie parasitaire. Combien de temps un tel poids mort peut-il être toléré par ces entreprises ?
Les nations, forme typiquement occidentale de sociétés étendues, sont comparables à une arche à deux piliers : élites et reste de la population. Si le pilier élitaire se dérobe à une communauté de destin, que se passe-t-il ? [32] Les nations européennes connaissent un processus de désymbolisation massive, qui pourrait évoquer les effets d’une disparition massive d’une religion autrefois prégnante. Cette évolution ne peut qu’entraîner des conséquences chaotiques. D’autre part, les divers segments de “wokes” se sentent fragiles : si le peuple se détourne de leurs fantaisies, qu’arrivera-t-il ? Les “wokes” vivent dans une panique latente [33].
—On l’a vu avec les Gilets Jaunes, mais les stalino-gauchistes ont repris le contrôle en infiltrant pour l’éviscérer en deux ou trois mois. Ceux qui se dirent ensuite “Gilets Jaunes” (2019-2020) n’étaient plus que des regroupements de stalino-gauchistes redoutant tout “populisme” [34].
— Il se produit par ailleurs des réactions anomiques. Voir ce qui s’est passé à Crepol avec l’agression au couteau d’une fête de village, puis la suite à Romans, où un défilé démonstratif de protestation (à la manière “corse”) a été largement contrôlé et contenu par la police, tandis que le quartier des “racailles” affirmait dans les jours suivants son hégémonie sur la ville par une démonstration de force [35].
Les medias sont restés très discrets sur les suites données au projet de cinq adolescents musulmans en Bretagne qui cherchaient à se procurer des armes pour massacrer au hasard “un village” de cette région. Si de tels faits avaient lieu, comment les réactions resteraient-elles contrôlables ?
On a récemment assisté à un tour de force médiatique en matière d’occultation officielle d’un événement majeur : les cinq jours de pillage et d’incendie à l’initiative de 100 000 à 200 000 jeunes de la “diversité” fin juin-début juillet 2023. Localement, les villes ravagées ne peuvent l’oublier, mais la mémoire collective semble cantonée au seul niveau local.
Un dernier point mérite d’être souligné : aux Etats-Unis, le wokisme ne concerne pas les plus de 35 ans. Ce sont surtout les jeunes de la “i-génération” (celle qui a été entourée d’écrans depuis son enfance, et qui a utilisé un site de micro-blogging dans les années 2010, Tumblr, disparu depuis, qui “vivent” sur les réseaux “sociaux” [36].
L’irruption des “réseaux sociaux” dans divers pays comme la Birmanie a été décisive pour l’engrenage menant à la guerre civile [37].
- Une guerre civile en France paraît-elle possible ?
Cela commencera peut-être par des affrontements localisés, par exemple des descentes meurtrières de djihadistes, qui provoqueraient en retour des réponses au fusil de chasse. Les plus inquiets sont sans doute les détenteurs du pouvoir, parce qu’ils disposent de l’information la moins incomplète [38]. Les wokes s’efforceront avec acharnement de saboter tout sursaut. Il n’est que de voir la manière dont ils prétendent travestir les forfaits les plus féroces et en organiser l’amnésie.




Commentaires