« On admet que ce qui est attribué à la nature est une somme de projections,d’émotions, de situations internes à la société et à l’homme,plutôt qu’une représentation exacte de celle-ci ».Moscovici, 1972 [1]
Le XIXe siècle est une période charnière qui a connu de véritables révolutions dans notre manière de penser la nature, avec la remise en cause de l’origine divine du monde et l’émergence des thèses transformistes, Darwin et Wallace proposent un mécanisme biologique pour expliquer l’évolution des espèces. Pasteur et d’autres mettent fin au mythe de la génération spontanée. Toutes ces révolutions intellectuelles ont dû s’affirmer face aux dogmes dominants de l’époque, fortement imprégnés d’une représentation mystique de la nature. En effet, en l’absence d’explication alternative sur l’origine du monde, les préscientifiques ont simplement reconduit le dogme d’une nature immuable qui se perpétue identique à elle-même, Autrement dit, la désacralisation de la nature n’a pas pour autant entraîné une remise en cause de la manière de se la représenter. Cette laïcisation de la nature n’est cependant pas acceptée par tous car les thèses créationnistes perdurent dans le monde. L’image du jardin de l’Éden, ainsi que les idées d’harmonie et d’équilibre de la nature qui font partie de notre héritage culturel, restent encore vivaces dans bien des esprits !
L’ambiguïté du terme nature
La définition du terme nature a donné lieu à de nombreuses exégèses. La nature est une auberge espagnole, un mot-valise, qui se prête à de multiples interprétations et dans lequel chacun trouve ce qu’il y cherche en l’absence de définition précise. Que dire de plus qu’Arnould & Glon [2]
« S’il est un terme “piégé”, c’est bien celui de nature. De prime abord il semble aller de soi, couler de source, comme dans l’expression “c’est tout naturel”. En fait il est surchargé de perceptions, de représentations, de connotations qui font que la nature des uns n’est jamais vraiment celle des autres, que la nature d’hier n’a pas toujours celle d’aujourd’hui et que la nature d’ici n’a pas grand-chose à voir avec celle d’ailleurs »
Pour Descola (2020), [3] « La nature n’existe pas. La nature est un concept, une abstraction ». Il n’en reste pas moins que si la nature est une abstraction, il existe des objets qui nous sont concrètement accessibles tels que les espèces ou les paysages [4]. Et, nous disent les sociologues, ces objets concrets et visibles, notre cerveau peut les interpréter de différentes manières selon notre vécu, nos expériences, nos attentes, nos centres d’intérêt. En d’autres termes, des individus qui regardent le même objet peuvent se faire des représentations mentales bien différentes de l’objet observé. Nous en avons un bel exemple avec l’émergence des représentations de la nature dans le milieu urbain et intellectuel au XIXe siècle, en décalage manifeste avec le vécu du monde rural. Une nature idéalisée, à l’image du Jardin d’Éden, va ainsi s’imposer comme référence dans des politiques de conservation de la nature qui perdurent jusqu’à nos jours.
Disons simplement qu’en théorie le naturel c’est ce qui existe en dehors de l’homme. La nature, ce seraient donc des systèmes écologiques non anthropisés, que l’on a désignés sous diverses appellations ; nature vierge, nature sauvage, ou wilderness. Ainsi, pour Terrasson [5], « La Nature c’est ce qui existe en dehors de toute action de la part de l’Homme ». Mais la confusion commence quand on appelle également nature des systèmes anthropisés à l’exemple de nos systèmes ruraux. « L’environnement, c’est la nature et la nature c’est la campagne » disaient Mathieu & Jollivet [6]. La Camargue, cet emblématique parc « naturel » n’est-elle pas pourtant une création totalement artificielle ? On voit ainsi que ce mot, combien évocateur mais combien imprécis, peut recouvrir des représentations assez différentes.
Le dualisme nature/culture : une affaire de caste ?
Descola [7] a proposé d’appeler « naturalisme » la démarche qui correspond à la représentation du monde en Occident basée sur une dichotomie entre nature et culture. La nature serait ce qui ne relève pas de la culture et des savoirs et savoir- faire humains. Ce que l’on a appelé ontologie [8] naturaliste est le principal vecteur des discours écologiques et des problématiques environnementales. Elle détermine notre point de vue et notre regard sur les autres et sut le monde.
Dans ce contexte, les anthropologues notamment, ont théorisé l’existence d’une dualité entre le monde non-humain, soumis à la loi naturelle, et un monde humain, culturel et pluriel, régi par des conventions et des systèmes de valeurs propres aux différentes sociétés humaines. Mais ce discours repose en partie sur l’idée, discutable, que la nature est soumise à des lois universelles, alors que les systèmes écologiques, au même titre que les systèmes sociaux, sont en réalité très diversifiés en fonction des contextes environnementaux. En outre, toutes les sociétés et les cultures ne partagent pas cette vision dualiste de la nature. Certaines sont animistes, d’autres totémistes [9].
Le naturalisme, dit encore Descola, c’est « simplement la croyance que la nature existe, autrement dit que certaines entités doivent leur existence et leur développement à un principe étranger aux effets de la volonté humaine ». On fait ainsi la distinction, sur le plan théorique, entre ce que serait une nature vierge de toute influence humaine et une nature anthropisée, créée et modifiée par l’homme... Le naturalisme serait une représentation spécifique au monde occidental et qui n’existe pas dans les autres cultures. Nous associons le plus souvent « nature » à inné, spontané, liberté, pérennité. En revanche, la « culture », c’est-à-dire l’ensemble des pratiques et usages de la nature, est assimilée à artifice, dégradation, perturbation d’un état originel.
Mais d’où vient ce dogme, car il n’y a pas d’autre mot, selon lequel la belle nature est une nature vierge d’activités humaines alors que ce qui est modifié par l’homme est nécessairement perçu négativement ? Si l’on se remet dans le contexte théologique du début du XIX’ siècle, toute modification apportée à la Création, était une atteinte à son intégrité. Il était en effet difficile d’imaginer que l’homme puisse modifier l’œuvre de Dieu, intangible et immuable. Le naturalisme serait ainsi l’héritage de la pensée créationniste. Si, de manière systématique, on porte maintenant un regard a priori négatif sur les modifications apportées par l’homme à la nature, c’est très probablement en raison de cet héritage culturel qui a été entretenu par la littérature et la philosophie. Un héritage qui va peser lourd dans la naissance de l’écologie scientifique qui s’était fixée pour objectif de rechercher les lois naturelles permettant d’expliquer pourquoi la nature se maintient en équilibre.
Pour Moscovici [10], l’opposition homme/nature serait née de l’idée que la nature est universelle (donc stable dans le temps et dans l’espace), alors que les sociétés sont diverses. Il y aurait donc un ordre naturel que l’action de l’homme va contrarier selon les pratiques de la société dans laquelle il vit. Il ajoute : « Le contraste entre l’unicité de la première et la diversité de la seconde fait partie de ce lot restreint de certitudes sur le bien-fondé desquelles, malgré les saines habitudes de l’esprit scientifique porté à tout réexaminer, on ne s’interroge guère ».
Je fais l’hypothèse que la question du dualisme nature/culture qui a beaucoup animé les débats philosophiques, est une bulle théologique qui ne concerne qu’un tout petit monde d’intellectuel. Le débat nature/culture n’a jamais préoccupé la grande majorité des citoyens. Ainsi, au contraire des urbains et des artistes qui développaient une vision romantique de la nature, le monde rural du XIXe siècle qui vivait la nature au quotidien, subissait la nature bien plus qu’il ne l’admirait. La dualité nature/culture supposée caractéristique des sociétés occidentales est en réalité la représentation d’une petite « caste » d’intellectuel qui est loin d’être représentative de l’ensemble de la population française. On a un peu vite extrapolé et surtout généralisé à l’ensemble de la population les idées issues d’un groupe d’individus minoritaires, urbains et aisés, qui avaient la main sur les outils de communication de l’époque.
Depuis le Moyen Âge, les croyances dans les forces surnaturelles, le culte des saints le recours fréquent aux processions, les tabous et les préjugés, étaient nombreux dans les campagnes, et j’ai de bonnes raisons de penser que les rapports à la nature de nos ruraux n’étaient pas foncièrement différents de ceux que l’on attribue aujourd’hui aux civilisations animistes. Au cours du XXe siècle on relevait encore dans notre Pays de nombreux rituels liés à la nature, à l’exemple de rogations [11]. Je ferai volontiers la comparaison entre cette société rurale du XIXe siècle et la société rurale des pays sahéliens qui partagent une préoccupation commune : produire suffisamment pour se mettre à l’abri des disettes, et se protéger des maladies, des aléas climatiques et des ravageurs de cultures. Il s’agit avant tout de survivre en luttant contre les nuisances de la nature. Quand les choses vont mal, on se réfugie dans le surnaturel.
Nicole Mathieu [12] conteste également cette opposition et nous invite à « repenser la nature dans le rapport au réel de chaque individu et de chaque groupe social débarrassé des représentations sociales construites dans un autre temps qui enkystent nos analyses ». Il s’agit de dépasser la dichotomie nature/culture pour comprendre comment différents groupes sociaux se représentent la nature en fonction de leurs « modes d’habiter ». « C’est autour de leurs rapports aux milieux et aux ressources que les différents habitants construisent leurs rapports sociaux sur un territoire » [13].
J’adhère également à l’idée que la manière d’appréhender la nature est fortement corrélée à notre mode de vie et à la situation sociale des individus (urbains/ ruraux ; riches/pauvres ; pays riches/pays en développement ; etc.). Mon vécu en France et dans les pays du sud m’a convaincu que notre regard sur la nature était fortement contraint par l’habitat, le niveau de vie, et la classe sociale. Oui c’est la manière d’habiter qui crée nos rapports à la nature, Et comme le résume Sylvie Brunel [14] « C’est la façon dont l’homme habite la terre qui l’a rendue agréable à vivre [...]. Toute l’histoire de la présence de l’homme sur la terre est celle d’un combat permanent pour survivre, en dépit du déchaînement de forces aveugles et soudaines ».
Le clivage rural/urbain expliqué par Augustin Berque
… Cette dualité entre une société laborieuse rurale et une société urbaine bourgeoise, avait été bien identifiée par Berque [15] quand il parlait des trois grands ensembles de la partition de l’espace et des paysages : le sauvage, le rural et l’urbain. Chez les peuples nomades d’avant l’agriculture, la notion de sauvage n’existait pas. Cet espace inhabité que Berque désigne sous le terme d’érème (désert), était le seul monde qu’ils connaissaient. Pour que la notion de « sauvage » émerge, il a fallu que s’ouvre un autre espace dans la forêt, la clairière où l’on va cultiver, qui marque le début du rural. Les campagnes sont d’abord apparues par mise en culture au Néolithique d’étendues incultes, aux dépens de la sylve « primitive » qui était l’habitat du « sauvage ». L’espace rural serait donc l’espace premier créé par défrichement. C’est à partir de cette partition de l’espace entre les champs et la forêt, autrement dit entre l’écoumène (le lieu habité) et l’érème (le sauvage) que notre représentation du monde a commencé de se développer. L’espace sauvage n’existe pas en soi, mais par rapport au rural. Depuis le Néolithique, et pendant des millénaires, le monde rural n’a pas cessé de gagner sur les forêts, désormais rejetées dans la sauvagerie. Ainsi, les campagnes (l’espace cultivé et habité) prennent progressivement de l’importance au détriment des étendues sauvages (la forêt, la montagne, la mer, le désert...
Dès la fin du Moyen-Âge, le « sauvage » désignait au sens propre ce qui est à l’état de nature ou qui n’a pas été modifié par l’action de l’homme, la nature « vierge » en quelque sorte. Par opposition à l’espace domestique qui est maîtrisé par l’homme, à proximité de son domicile, le sauvage est ce qui pousse ou est produit de manière spontanée, sans intervention humaine. Les villes, apparues ultérieurement, se démarquent progressivement à leur tour des campagnes. À un certain moment, la ville a pris le dessus sur la campagne et l’érème. Elle s’est entourée de murailles, une limite symbolique qui la coupe du monde rural et du monde sauvage, et donnera naissance à la notion d’urbain. L’idée de ville est étroitement associée à celle de muraille. En franchissant les portes de la ville, on entre dans un autre monde. La limite ville/non-ville à cristallisé non seulement l’existence de deux mondes, mais elle matérialise aussi la distinction entre nature et culture. La ville va refonder le monde et transformer le sens de sauvage ou rural. Dans ce processus, la différence entre l’espace cultivé et l’espace sauvage s’estompe. Par opposition au milieu urbain, ce qui est hors des murs, c’est le non urbain qui amalgame campagne et sauvage. Autrement dit, la ville à « naturalisé » la campagne en l’assimilant à l’érème, c’est-à-dire au sauvage et à la nature. Dans ce contexte, le retour à la campagne c’était le retour au primitif, à l’habitat du sauvage. Berque ne va pas jusqu’à dire que le paysan participe à ce sauvage, mais le comportement des citadins par rapport aux ruraux ne laisse pas de doute.
Après avoir montré que les villes s’étaient symboliquement coupées du reste du monde, en assimilant le rural au sauvage, Berque [16] a rappelé que la culture est née dans les villes avec la pratique de l’écriture. Monopoliser l’écriture c’est aussi monopoliser l’histoire que la ville va pouvoir écrire à sa guise. Une histoire qui sera donc écrite par une classe dominante (une classe de loisirs) qui est celle qui se recommande des bonnes mœurs et des bonnes manières. Il rappelle que les riches propriétaires romains passaient leur temps en ville où ils traitaient de leurs affaires mais venaient à la campagne pour se distraire et jouir de la nature, non pour y travailler. On croirait relire la « Mare au diable » où George Sand parle des propriétaires terriens. C’est cette classe sociale qui va faire perdurer l’image du jardin de l’Éden, alors que le monde rural qui n’a pas les moyens suffisants de défendre son point de vue, sera même très critiqué sur une revendication pourtant majeure : se protéger des nuisibles.
Le courant romantique et l’image du paradis perdu
Le XIXe siècle est caractérisé dans le domaine des arts par l’existence d’un courant romantique porteur d’une vision bucolique et idyllique de la nature, alimenté par les écrivains, les peintres, les poètes, les philosophes. Le mouvement romantique est né à l’étranger : en Allemagne avec « les souffrances du jeune Werther » de Goethe publié en 1774. Notre Jean-Jacques Rousseau national qui exalte le retour à la nature est considéré comme un préromantique. Il développe l’image d’une nature idéalisée qui laisse penser que dans sa condition « primitive », l’humanité vivait une époque heureuse, faite d’abondance, de liberté et d’égalité, et exempte de vices ! Mais c’est avec Chateaubriand et son emblématique « René », publié en 1802, que l’on situe le plus souvent l’émergence du romantisme en France. Dans son discours de réception à l’Académie en 1868, Laprade [17] disait :
« Déjà Chateaubriand avait rouvert aux imaginations la sphère divine du christianisme et leur avait montré, dans le sentiment de la nature, un monde poétique à peu près inconnu à la France. […]. La langue poétique retrouvait le luxe nécessaire des couleurs et des images. Cet art de rendre l’idée visible, pour ainsi dire, de contraindre tous les objets de la nature à servir d’interprètes à l’âme humaine, n’était-ce pas là un don chez nous imprévu ? ».
Certes, la langue poétique est merveilleuse, mais celle-ci reste néanmoins chargée de fortes connotations théologiques.
Musset, Vigny, Gautier, Sand, Lamartine et Victor Hugo, parmi d’autres, emboîteront le pas à Chateaubriand. Ces jeunes auteurs qui ont vécu les bouleversements de la Révolution, puis de l’Empire, puis de la monarchie expriment ainsi leur mal-être, leur vague à l’âme, leur « spleen » comme l’a si bien écrit Baudelaire. Leur poésie privilégie le rêve, l’imaginaire, la liberté, la mort, dans un style lyrique, épique, parfois emphatique. Leur thème de prédilection est la nature, source inépuisable d’émotions et de sensations. On évoque notamment la beauté des paysages, le caractère « sublime » de certains d’entre eux, ainsi que les intenses émotions qu’ils suscitent, ce qui justifiera les premières mesures de protection de la nature qui porteront sur les paysages.
Le romantisme s’est beaucoup servi de la nature pou exprimer les sentiments. Par analogie, l’automne et le soleil couchant symbolisent le déclin de nos vies, tandis que le vent qui gémit et le roseau qui soupire traduisent les émotions du poète. Lamartine se sert ainsi des éléments appartenant à la nature pour extérioriser sa mélancolie et exprimer ses sentiments de tristesse. Ost [18] parle de l’élan romantique de retour à la nature qui, au XIXe siècle, tend vers une attitude fusionnelle d’osmose à la nature. S’ajoute à cela une conscience plus aiguë de l’interdépendance des êtres vivants entre eux et avec leur milieu, se rapprochant du panthéisme.
La nature est également un refuge qui permet aux romantiques de fuir les turbulences de la société et de se retrouver face à eux-mêmes. Par opposition aux créations humaines, produites par l’art et la technique, la nature montre les choses à L’état brut, sans artifices (ou du moins le dit-on). Les romantiques privilégient ainsi les paysages vierges, sans traces d’activité humaine, qui évoquent pour eux la liberté, la pureté et la paix. Néanmoins, dans le contexte religieux de l’époque, la nature est aussi une création divine. Pour Chateaubriand, la splendeur d’un paysage manifeste la puissance divine.
Il paraît assez plausible de penser que les mouvements militants qui nous parlent aujourd’hui de naturalité et de wilderness, sont les héritiers de ce courant de pensée qui affiche une grande proximité avec les religions du livre. Ainsi se forme une image d’Épinal de la nature qui va marquer les esprits, et se pérenniser grâce à la littérature et aux arts. En évoquant la nature, son harmonie, l’œuvre du Créateur, les romantiques entretiennent l’image du jardin d’Éden, un paradis imaginaire, bucolique, un refuge onirique, qui devient le lieu de détente et de plaisirs sportifs ou festifs. Une image de nature « hors-sol » apanage d’une élite bourgeoise et intellectuelle, essentiellement urbaine, qui est aux antipodes du vécu du monde rural et des paysans qui entretiennent quant à eux des rapports conflictuels avec la nature.
Comment la bourgeoisie urbaine et les intellectuels se représentent le monde rural
Si l’agriculture à bénéficié d’une certaine aura en tant que source principale de notre alimentation et de notre économie, les agriculteurs n’ont pas pour autant bénéficié du même traitement. Au XIXe siècle, la perception du monde rural par les classes aisées était tout sauf cordiale. Est-il besoin de rappeler le mépris des urbains vis-à-vis des ruraux. Les paysans sont sales, mal éduqués peu recommandables... Qui n’a pas entendu (et parfois même proféré ?) ces qualificatifs de « bouseux », de « cul-terreux », de « péquenots », de « ploucs », etc. pour qualifier des paysans un peu frustes, ignorants, maladroits en ville un peu perdus dans un monde urbain bruyant et clinquant.
Si les artistes et les scientifiques qui ne représentent qu’une petite minorité de la population ont beaucoup parlé d’une nature parée de nombreux attributs, on a beaucoup moins de témoignages du vécu des populations rurales au XIXe siècle. Ces dernières, vivaient pour l’essentiel dans la pauvreté et des conditions sanitaires médiocres qui vont justifier la montée en puissance du courant hygiéniste. Ceux- là m’ont pas les mêmes préoccupations, ni le même regard sur la nature que les urbains nantis. .… mais ils ont laissé peu de témoignages écrits. Quelques historiens ou romanciers, nous ont cependant donné un aperçu de leurs conditions de vie. Et on lira avec intérêt des documents originaux du début du XIXe siècle relatant les conditions déplorables des habitants des zones humides [19] où l’on mourait jeune des miasmes et des nombreuses parasitoses dont on a perdu la mémoire aujourd’hui. Bref, la nature est plutôt un objet de crainte que d’extase pour les ruraux. Et si on croit encore qu’elle est l’œuvre de Dieu, on la subit avec fatalisme mais on ne parle certainement pas d’amour de la nature !
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