Dossier thématique : nihilisme woke et projet obscurantiste

mardi 16 avril 2024
par  LieuxCommuns

  • Définir les sociétés occidentales comme en perpétuelle transformation depuis un millénaire revient à dire que la civilisation occidentale a comme moteurs sa propre subversion, le dépassement d’elle-même par une contestation interne, une créativité sociale-historique inhérente une auto-critique permanente dans tous les domaines. Or tout se passe comme si, depuis les dévastations du XXe siècle, l’épuisement progressif de cette inventivité dans tous les domaines s’accompagnait paradoxalement d’une radicalisation de la contestation. Fuite en avant devenue sans projet, elle n’est plus, dans sa version cérébralisée et nihiliste, qu’une auto-destruction des socles anthropologiques et culturels sous couvert de « déconstruction ».
  • C’est ainsi que l’on peut comprendre le phénomène du « wokisme » qui se présente comme un ensemble de contradictions autour d’un constat : ces mouvances portent une hyper-critique radicale tous azimuts des sociétés occidentales sans jamais être capable de projeter une organisation alternative de la société. Sa traduction sociologique est évidente : ces milieux hyper-intégrés doublent et éliminent les classes sociales concurrentes en développant un arrivisme d’autant plus outrancier qu’ils se parent d’une doctrine sapant tout repère culturel. Il s’agit au fond, une génération après, de la réactualisation des principes gauchistes des années 1960-1970, qui a égaré sans retour ceux y voyaient une voie pour l’émancipation – c’est-à-dire liaient encore les paroles et les actes.
  • L’utopisme délirant qui meut les « wokes » dessine en creux un Occident concrètement vécu comme indépassable et discrédite donc toute contestation véritable et historiquement ancrée. En réalité, leur adhésion passionnée aux sociétés contemporaines est vécue sur le mode d’une profonde culpabilité qui pousse leurs critiques du monde actuel à être d’autant plus intransigeantes qu’elles ne sont que les projections de leurs propres fantasmes. Le « fascisme » qu’ils pourfendent est évidemment celui qu’ils désirent contradictoirement et pratiquent ardemment, dans la tradition stalino-gauchiste. Cette situation profondément névrotique explique l’inversion permanente du sens, congédiant toute rationalité et élaboration argumentative, qui ne peut que dériver vers un pré-modernisme qui leur est impensable.
  • L’obscurantisme, bien qu’émergeant d’un même chaos anthropologique et se posant en miroir inversé du wokisme, est tout autre : il est le projet plein et entier d’instaurer des communautés hétéronomes de type extra-occidentales. Massivement incarné dans l’islam conquérant, sa consistance ne réside que dans la vacuité des sociétés contemporaines, leur piétinement dans les mêmes cul-de-sacs idéologiques depuis 50 ans, leur incapacité à développer de nouvelles formes historiques à travers une contestation populaire, dont le mouvement les Gilets jaunes a semblé être l’annonce d’un renouveau. Tout comme ce dernier, les mouvements d’émancipation futurs ne pourront qu’être la cible d’un sabordage par ces franges stalino-gauchistes, en attendant d’être liquidés par les marges intérieures que l’obscurantisme sécrète aujourd’hui en masse.
  • Les documents ci-dessous compilent les textes de Lieux Communs qui, depuis près de vingt ans, ont relevé sous divers aspects le développement de ces deux tendances, et leurs hybridations. Le wokisme s’y trouve identifié, successivement ou simultanément comme un antifascisme momifié, un post-gauchisme, un nihilisme contestataire, un catastrophisme, un insurrectionnalisme, ou un écologisme radical. L’obscurantisme y est qualifié, bien plus rapidement, comme un islam en mouvement, un communautarisme à l’offensive, un racialisme assumé, un immigrationnisme irréel. À la jonction des deux, et les révélant l’un comme l’autre, l’islamo-gauchisme, aujourd’hui banalisé, inaugure le métissage entre les tendances proto-totalitaires et néo-impériales.

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