Le post-féminisme et le retour du mythe archaïque de la Grande Déesse

François Rastier
vendredi 24 février 2023
par  LieuxCommuns

Article paru dans la revue « Cités » 2021/4 (N° 88), Puf, pp. 171 - 187


Osez, osez Joséphine […]
plus rien n’s’oppose à la nuit.

Alain Bashung

Naguère, Mona Ozouf pouvait encore écrire : « Le domaine des droits est bien celui dans lequel il nous faut nous arracher aux particularités de nos vie, âge, race, couleur, région, religion, fortune, et bien sûr aussi sexe. Fonder la politique sur la différence des sexes, réclamer la parité au nom des compétences féminines ne constitue donc nullement un progrès, mais une soumission au déterminisme. Imprudente au demeurant : l’apologie des vertus propres aux femmes peut se révéler aussi perverse que le répertoire usé de leurs défauts. » [1] Elle s’opposait ainsi à l’essentialisation des identités de sexe et prônait l’émancipation à l’égard des déterminismes imposés ou supposés.

Dénonçant les stéréotypes négatifs, le post-féminisme en revanche retrouve et promeut des stéréotypes positifs pour promouvoir un projet de société édifié sur une essentialisation qui touche au mythe.

Osez l’histoire romaine

Osez le féminisme !, association d’intérêt général fondée par Caroline De Haas, se distingue par ses liens politiques (sa fondatrice fit partie d’un cabinet ministériel) comme par son activité managériale, puisque les sociétés qu’elle anime vendent des formations et du conseil et leur garantissent un « label Égalité ». Cette association assume ainsi à bon droit un rôle exemplaire.

Un nouveau projet de société engage à écrire l’histoire, voire à la réécrire. Osez le féminisme ! publiait naguère dans la rubrique « Matrimoine et culture » une étude, Messaline : de la mère prodigue à la « prostituée impériale  » [2], dont voici quelques extraits : « Comme de nombreuses femmes avant et après elle, Messaline est victime des préjugés patriarcaux sur le pouvoir et l’intelligence des femmes qui ne peuvent être reconnus et doivent être nécessairement pervertis. […] Nombre de peintres du XIXe siècle choisissent de représenter des moments bien précis (et inventés) de la vie de l’impératrice, participant ainsi à entacher sa réputation. […] La vie de l’impératrice a donc été salie, réduite et largement réécrite par des hommes, qui ont vu en elle un danger à abattre. En effet, discréditer une femme, en la calomniant et en lui jetant l’opprobre, n’est-il pas le meilleur moyen de l’empêcher d’être (re)connue et d’éviter ainsi que d’autres femmes – oh malheur – puissent éventuellement s’en inspirer ? […] Les masculinistes d’aujourd’hui n’ont rien à envier à ceux d’hier : toujours la même haine, déversée impunément, les mêmes insultes et inversion de la violence voire de la réalité ; tout est bon pour écraser celles qui osent se comporter différemment de ce que la société patriarcale exige d’elles. / Une de nos armes à déployer ? Faire valoir notre matrimoine pour nous rendre justice ! »

Contre les masculinistes d’hier et d’aujourd’hui, contempteurs de la femme éternelle, celle qui constitue notre matrimoine, il importe donc de réhabiliter l’image de Messaline. Certes, elle n’a pas été invisibilisée, mais diffamée. Les principales sources citées à l’appui de ces diffamations ne sont pas Tacite, ni même Suétone, mais deux tableaux pompiers et un péplum de Carmine Gallone tourné en 1951. Or, d’après les sources dont nous disposons, cette princesse, épouse de l’empereur, était parfaitement à son aise dans la société patriarcale d’alors [3]. Ainsi vont les Studies, où la formulation d’une hypothèse se voit remplacée par la certitude d’une discrimination. Au rebours de la méthodologie scientifique, voire simplement académique, le commentaire la détaille en plaquant une grille terminologique sans confronter de sources ni définir de corpus.

Ce procédé projectif se généralise. Ainsi, à la première page de son chapitre, « Les danseuses du ventre au XXe siècle », Naïma Yahi, co-directrice de Sexualités, identités et corps colonisés, ouvrage publié par les Éditions du CNRS et préfacé élogieusement par son président, Antoine Petit, écrit : « Domination du corps des femmes arabo-musulmanes, objets de désir et outils d’humiliation des sociétés patriarcales d’origine, ces héritières de Salomé et/ou de Shéhérazade sont assignées presque par automatisme à la prostitution qui découle de cet asservissement […]. » La syntaxe inextricable de cette phrase est aussi problématique que sa sémantique. Faut-il comprendre que les danses « orientales » dans les cabarets parisiens décrits sont là pour « humilier les sociétés patriarcales d’origine » ? Que viennent faire Salomé et Shéhérazade dans un article sur la danse du ventre au XXe siècle ? Ces princesses de légende n’ont au demeurant rien à voir avec la prostitution. Salomé n’était certes pas musulmane et Shéhérazade n’a rien d’une Arabe. Peu importe, les mots-clés sont là : humiliation, patriarcal, assigner, prostitution, asservissement.

Tout contexte disparaît cependant : Messaline, Salomé, Shéhérazade sont convoquées au titre d’un matrimoine où les personnes historiques se mêlent aux personnages de fiction. On renouvelle alors un discours sur la femme éternelle, qui évite les femmes de maintenant : plutôt qu’à célébrer Messaline, beaucoup d’entre elles ont à éviter les crimes d’honneur, les mariages arrangés, les mitraillages sur le chemin de l’école.

Si Osez le féminisme ! a omis de mentionner les mises à l’encan d’esclaves sexuelles par Daech, cette association a pris courageusement position contre les arrêtés anti-burkini pris par certaines mairies de France. Par son antenne grenobloise, elle prit également position en faveur du port du burkini dans les piscines municipales en juin 2019. La protection des mâles supposés musulmans passe toutefois avant celle des femmes. À ceux qui s’inquiétaient des agressions sexuelles de masse du Nouvel An 2016 à Cologne, Caroline De Haas répondit : « Allez déverser votre merde raciste ailleurs. » En mai 2017, à propos du harcèlement de rue contre les femmes dans le quartier de La Chapelle à Paris, elle propose « d’élargir les trottoirs », considérant que ces violences contre les femmes sont liées à un « problème d’espace, où il y a une concentration de personnes ». Caroline De Haas appela naturellement à la manifestation du 10 novembre 2019 contre l’islamophobie organisée par le CCIF aujourd’hui dissous [4].

Une tradition veut que, le 29 mai 1453 à Constantinople, on discutait du sexe des anges, comme certaines post-féministes aujourd’hui débattent du genre des trans ; mais les théologiens d’alors n’appelaient pas à la domination de l’islam, alors qu’au nom de l’intersectionnalité, des post-féministes radicales soutiennent de fait l’islamisme jusque dans l’oppression des femmes qu’il met en pratique et légalise religieusement.

Quand le 8 mai 2021 des attentats islamistes à Kaboul tuèrent une cinquantaine d’écolières, les médias associés à Osez le féminisme ! Continuaient à s’en prendre à des grammairiens du XVIIe siècle et défendaient l’accord de proximité.

Osez le clitoris

Le même site Osez le féminisme ! lançait naguère une campagne toujours en cours : « Nous lançons la campagne Osez le clito ! : / Parce que, lorsque l’on parle de sexualité, le clitoris est souvent oublié, / Parce que très peu de gens savent à quoi il ressemble ou comment il fonctionne, / Parce qu’encore trop peu de personnes ont la chance d’en profiter, / Parce que donner du plaisir aux femmes est la seule utilité de cet organe méconnu [5], / Parce qu’il est objet d’ignorances, de dénigrements, voire de mutilations. »

La forme litanique ne nous retiendra pas, non plus que l’apocope hypocoristique (clito). Conformément aux principes de l’intersectionnalité, le troisième verset remplace femmes par personnes pour ne pas froisser les trans F to M ; et le dernier évite de préciser quels sont les agents ou partisans de l’excision, comme par exemple l’imam Al Qaradawi, maître à penser des Frères musulmans.

Sans développer ici une analyse narrative déplacée, il reste clair que Messaline et le clitoris sont victimes au même titre de diffamations, voire d’oublis de leur véritable nature [6]. L’action militante aura pour but de les visibiliser pour les restituer dans leur splendeur originelle.

Ce schème de la connaissance comme reconnaissance et comme dévoilement est une constante des superstitions gnostiques, dont l’occultisme sexuel contemporain a formulé diverses reprises. On retrouve ce schème dans l’ouvrage récent de la philosophe déconstructionniste Catherine Malabou, Le Plaisir effacé. Clitoris et pensée (2020), sorte de défense et illustration du clitoris, où elle plaide pour la reconnaissance de la « multiplicité des clitoris » découlant de l’abandon de la binarité sexuelle, en opposition avec « ce concentré de testostérone catégoriale qu’est le discours philosophique traditionnel » [7].

La totémisation du clitoris a connu son acmé monumentale le 8 mars 2021 avec l’érection d’un clitoris gonflable vermillon de cinq mètres de haut sur le parvis du Trocadéro. Julia Pietri, militante féministe et autrice d’un mode d’emploi, Au bout des doigts : le petit guide de la masturbation féminine, entendait dénoncer ainsi les inégalités et élever le débat sur l’égalité femmes-hommes [8].

Le même jour, place de la République, un groupe se proclamant « antifa », mais aussi pro-prostitution, pro-voile et militant de la cause trans, s’en est pris à plusieurs féministes qui luttent notamment contre la prostitution, en les traitant, entre autres, de « clitophobes », autant dire d’hérétiques [9].

La théorie du genre répudie le sexe en faisant de toute réalité biologique une construction sociale oppressive. Bien qu’il soit incompatible avec ce postulat, le récent « tournant génital du féminisme », selon la formule de Camille Froidevaux-Metterie, revient à une crudité anatomique qui rappelle fort l’antique axiome masculiniste des traités hippocratiques : tota mulier in utero.

Osons l’argent public

Les conceptions éthérées du féminisme mystique ou le positivisme du féminisme génital peuvent d’autant moins faire oublier les réalités sociales et économiques que le politiquement correct est sans doute devenu l’idéologie officieuse du capitalisme tardif. Les tenants de l’idéologie managériale ont parfaitement saisi le potentiel de contrôle social que procure l’imposition de normes « politiquement correctes ».

La création d’un ministère des Droits des femmes, en 2012, allait permettre en France la création d’un secteur économique particulier. La fondatrice d’Osez le féminisme !, Caroline De Haas, déjà attachée de presse du porte-parole du Parti socialiste, Benoît Hamon, devient alors conseillère chargée des relations avec les associations et de la lutte contre les violences faites aux femmes au sein du cabinet de Najat Vallaud-Belkacem. Elle est aussi chargée de créer et d’animer pour les ministères des séances de sensibilisation sur les questions d’égalité hommes-femmes. Elle contribue à faire adopter le texte qui oblige le secteur public à financer des formations contre le harcèlement sexuel. L’année suivante, elle fonde une première société, Egae, agence de conseil en égalité professionnelle qui promeut notamment l’écriture inclusive et s’adresse à chaque « individu.e » : elle aura ainsi opportunément contribué à former le marché. La clientèle captive des administrations publiques et des collectivités territoriales se voit en effet obligée de financer des contrats de formation sur l’égalité. Le succès ainsi assuré sans risques ne se dément pas et en 2015, Caroline De Haas fonde le groupe Egalis regroupant outre Egae deux autres sociétés, Équilibres et Autrement Conseil. Le modèle économique repose pour deux tiers sur l’argent public, le dernier tiers allant à des formations dans les entreprises soucieuses de s’assurer les « labels égalité » recommandés par les ministères du Travail et de l’Égalité hommes-femmes. Par exemple, les cadres du journal Le Monde ont été formés par Caroline De Haas. Les contrats officiels signés dans les derniers temps du quinquennat Hollande sont toujours en vigueur.

À présent, animées par des référentes universitaires ou des entreprises privées, les formations se multiplient dans les universités, les grandes écoles et les entreprises. Elles intéressent tant la communication interne et externe, notamment l’écriture inclusive, que la prévention des violences sexistes et sexuelles (VSS) et elles se sont institutionnalisées, sinon bureaucratisées. Une référente de l’université de Grenoble écrit par exemple, dans le style inclusif mais obscur de l’administration : « Des actions conjointes ont été identifiées comme l’information, la prévention, la communication, les dispositifs de lutte contre les VSS, qui sont autant de sujets qui doivent se déployer concrètement dans l’UGA, les CSPM et les CAPM et qui seront au cœur de la politique d’Égalité Femmes-Hommes de l’UGA. » [10] Chacun pourra être aidé d’un mentor qui pourra l’aider à rectifier son comportement : « Le mentorat fait partie des formes d’apprentissage à moyen et à long terme pour offrir un champ des possibles, des savoir-être et des attitudes aux personnes. Le mentorat est ainsi une forme de guidance, de transmission, reposant sur des valeurs de compagnonnage. Il sera réalisé en plusieurs étapes comprenant en premier lieu la formation des futurs mentors et mentor.es ; la seconde consistera à établir le vivier des mentoré.e.s et des mentors avec des outils informatiques et des soirées de rencontre pour établir des binômes ; enfin le lancement du mentorat permettra de définir les formes de l’accompagnement. » [11]

Voici comment un pouvoir peut dès à présent se mettre en place. En mai 2021, un rapport de 170 pages sur la lutte contre les VSS (violences sexistes et sexuelles – toujours présentées comme connues mais jamais définies [12]) commandé par la direction de Sciences Po Paris, préconisait des « points d’accueil de proximité, dédiés aux signalements de faits et situations problématiques », de constituer « un réseau de personnes référentes pour le signalement des faits », de « judiciariser les procédures et professionnaliser l’instance d’enquête interne ». Ainsi se constitue un corps administratif parallèle animé par une « Cellule » qui a pour mission « la coordination et l’animation du réseau des personnes référentes, la collecte de l’information sur les saisines, la publication d’un rapport annuel, la transmission des dossiers de signalement pour enquête, la fixation des orientations », « la mise en place d’un éventail de formations approfondies, obligatoires pour certains corps », et pérennisées par « répétition et renouvellement régulier de toutes les opérations de formation, afin de favoriser l’émergence d’une véritable culture partagée ». La Cellule peut enfin passer des contrats avec les firmes militantes, et ainsi « externaliser le dispositif d’écoute pour les victimes de VSS à une structure professionnalisée et spécialisée ».

Comme la loi oblige les dirigeants d’entreprise à veiller à la sécurité de leur personnel, un secteur économique se crée et les multiples formations universitaires sur le Genre trouvent là des débouchés [13].

Les aides publiques se subordonnent en outre à des formations préventives. Le Centre national du cinéma rappelle ainsi que « le versement de toutes les aides (sera) dorénavant conditionné au respect, par les entreprises qui les demandent, d’obligations précises en matière de prévention et de détection des risques liés au harcèlement sexuel », cela « pour les accompagner dans la prévention et la détection des comportements inappropriés à tous les stades de la production et de la diffusion des œuvres » [14]. Sous un prudent pseudonyme, un participant s’étonnait de l’ambition anthropologique et historique de cette formation, avec des propos comme : « Pourquoi dit-on “l’homme de Cro-Magnon” et pas “l’être humain de Cro-Magnon” ? », ou encore : « On laisse entendre que ce ne sont que des hommes qui ont construit les Pyramides (d’Égypte) alors qu’en réalité il y avait aussi beaucoup de femmes » [15]. De telles formations correctives étaient jusqu’à présent réservées aux délinquants sexuels ; elles sont désormais devenues préventives, pour protéger les professionnels contre eux-mêmes.

Ils ne sont pas pour autant à l’abri. Quand Egae, cabinet de Caroline De Haas, obtint le contrat de formation des salariés du groupe Le Monde, il lança à Télérama un questionnaire d’enquête anonyme pour débusquer des agissements sexistes et parvint à faire licencier un cadre de la rédaction, le journaliste Emmanuel Tellier, coupable notamment de plaisanteries sur la vie sentimentale de sa grand-mère. La « campagne de prévention » se muait ainsi en chasse aux sorciers. Deux ans après, le conseil des prudhommes de Paris annulait ce licenciement « sans cause réelle et sérieuse ». La protection se mue ainsi en agression. La fausse affaire Hulot, montée de même sur des ragots, avait déjà vérifié alors l’axiome de De Haas : « un homme sur deux ou trois est un agresseur sexuel ».

Osons la grande Déesse

On a le féminin qu’on peut.
Charles Péguy, Notre jeunesse, 1910

Les multiples missions à l’égalité et formations contre le harcèlement ne sont pas le seul lien entre les adoratrices et adorateurs du Veau d’Or et celles ou ceux de la Déesse-Mère. Les slogans de la campagne Osez le clitoris ! se concluaient par cette affirmation positive : « Mais aussi et surtout parce que le clitoris, c’est bon ! » Ces douceurs allaient s’incarner dans la soirée Clitocrate, dont le nom même affichait l’ambition d’un pouvoir. Les adeptes y consommèrent, dans une sage non-mixité sororale, des gâteaux en forme de vulve sommés par l’inévitable cerise. Un diaporama en témoigne. Sans épiloguer sur une convivialité qui rappelle les goûters de fin d’année scolaire, on appréciera ce moment de fétichisme pâtissier et la finesse du clin d’œil.

Cette manducation vaguement eucharistique pourrait s’autoriser du pieux slogan du Dyke Manifesto des Lesbians Avengers (1993), littéralement « Manifeste des gouines » : « More Madonna, less Jesus. » Le festin d’ex-voto anatomiques en rappelle toutefois d’autres un peu moins catholiques. Des gâteaux phalliques connus dans l’Antiquité qui demeurent dans certains folklores de la grande Grèce, où ils conservent une valeur apotropaïque, en écho peut-être aux phallophories des ménades de jadis [16]. Les gâteaux vulvaires inversent évidemment cette tradition et participent de la restauration d’une divinité féminine, conformément au slogan More Madonna.

Hiératismes féminins. – Chez les gnostiques chrétiens, l’héritage de certains Mystères grecs (par exemple chez les Naassènes) avait justifié un érotisme à valeur sacrale destiné à célébrer l’union avec Sophia-Gaïa [17].

Dans son étude sur l’évangile apocryphe de Marie-Madeleine, Anne Pasquier a souligné que la figure visionnaire de Marie y prend autant de place que les apôtres, et que ses révélations portent notamment sur l’androgynie de Dieu : pour certaines communautés gnostiques, il s’agissait de rétablir l’unité primordiale. Une chute dans la matière a eu lieu, et la gnose reconduisait Sophia, la déité féminine temporairement exilée en ce monde, vers la perfection céleste au-delà des sexes. Ainsi la féminité exclusive peut-elle n’être qu’une étape vers une non-binarité transcendante.

Selon les gnostiques, ce monde est abandonné par Dieu et reste aux mains de puissances malignes. La naissance est donc une chute dans la déréliction, la vie étant considérée comme un pénible moment d’exil. Ce thème sera repris par les manichéens puis par diverses sectes jusqu’aux Cathares et au-delà. Les Cathares décommandaient donc l’hétérosexualité qui nous attache à ce monde mauvais. Les Purs observaient l’abstinence, se groupaient par deux du même sexe : chacun avait son sòci, ou compagnon, chacune sa sòcia [18].

La gnose hostile à l’hétérosexualité s’est poursuivie à l’époque contemporaine avec la théosophie. S’éloignant des revendications des féministes universalistes pour l’égalité des droits, certaines féministes furent attirées par un occultisme fin-de-siècle qui privilégiait les femmes comme médiums avec le monde des esprits. Elles seraient destinées à guider l’humanité vers un monde céleste, loin du corps et du sexe.

La théosophie faisait alors fureur. Pour les théosophes, Isis, Mère divine, symbolisait les mystères perdus que leur doctrine, sorte de nouvelle gnose, permettrait de redécouvrir. De façon révélatrice, Helena Blavatsky intitula Isis Unveiled son énorme premier traité théosophique (New York, 1877). L’invocation d’une telle Déesse doit beaucoup à l’ésotérisme des siècles précédents, des alchimistes aux francs-maçons férus d’égyptomanie.

Elle se traduit par une spiritualisation du féminin, puis par une androgynie où l’élément féminin domine. En outre, pour la théosophie, l’identité sexuelle de chacun n’est aucunement stable, car l’âme se réincarne dans divers corps féminins ou masculins, jusqu’à s’accomplir en un hermaphrodite divin puis en un corps astral asexué.

À la suite d’Helena Blavatsky, Frances Swiney fonda en 1907 à Londres la Ligue d’Isis pour préconiser l’abstinence sexuelle et ouvrir la voie au futur monde des femmes – Isis symbolisait la maternité divine et la sagesse secrète des Anciens.

De la femme à la Déesse-Mère. – Par le biais du New Age, dont les linéaments idéologiques furent élaborés voici un siècle, mais dont nous avons souligné la continuité ésotérique, les thèmes que nous venons de rappeler se voient réélaborés dans le féminisme radical d’aujourd’hui. La distinction entre le sexe et le genre est déjà un pas vers la rédemption, dès lors que le genre diffère du sexe : le cisgenre prend la place du pécheur endurci, alors que le non-binaire, le queer et mieux encore le transgenre s’approchent de l’androgynie spirituelle. Dans King Kong théorie, Virginie Despentes transforme ainsi une gigantesque icône mâle et bestiale : « King Kong, ici, fonctionne comme la métaphore d’une sexualité d’avant la distinction des genres telle qu’imposée politiquement autour de la fin du XIXe siècle. King Kong est au-delà de la femelle et au-delà du mâle. Il est à la charnière, entre l’homme et l’animal, l’adulte et l’enfant, le bon et le méchant, le primitif et le civilisé, le blanc et le noir. Hybride, avant l’obligation du binaire […]. »

À la faveur de l’effacement de la virilité, trop liée à ce monde inférieur et forcément toxique, un autre avatar de la Grande Déesse, Gaïa, est aussi de retour, non seulement par ses adeptes New Age, mais par le biais d’écologistes radicaux. Ainsi, l’écologiste anglais James Lovelock utilise-t-il, dès 1970, le nom et l’image de la déesse-mère Gaïa, personnifiant la Terre comme un être vivant dont les principes bienfaisants, les « lois gaïennes », permettent le développement de la Vie. En commentaire de l’ouvrage du philosophe déconstructeur Bruno Latour, Face à Gaïa (2015), Thibault de Meyer conclut : « Gaïa, magistralement amenée dans Face à Gaïa, deviendra probablement une des figures-phares du XXIe siècle. Espérons, avec Bruno Latour, qu’elle puisse nous aider à éviter le pire. »

Cette Déesse-Mère nous protège. Déjà en 1974, Françoise d’Eaubonne formulait cette promesse paradisiaque : « La planète mise au féminin reverdirait pour tous. » Depuis, l’écoféminisme redouble cette protection, puisque nous devons protéger cette déesse, et l’on notait dans la manifestation féministe du 25 avril 2021 des slogans passablement métaphoriques, comme : « Ma planète, ma chatte, sauvons les zones humides », ou « Pubis et forêts, arrêtons de tout raser » [19].

L’écoféminisme s’appuie sur le courant de l’écosophie, ou deep ecology, illustré par des auteurs comme Arne Næss [20]. Dans cette mystique de la totalité vivante, l’ensemble de la nature est humanisé, ou du moins féminisé, et politisé et victimisé de ce fait. Ainsi, Marielle Macé publie en 2019 Nos cabanes, où elle demande un élargissement du politique « aux bêtes, aux fleuves, aux landes, aux océans, qui peuvent eux aussi porter plainte, se faire entendre, donner leurs idées » [21].

Toutefois la Mère Nature se trouve à présent enrôlée dans la guerre des sexes, comme en témoigne le slogan novateur Mother Nature is a Lesbian [22]. En effet, la Terre entière est menacée par la masculinité, si l’on en croit le motto : « Le patriarcat tue le climat. » La rédaction de Mediapart le commente ainsi : « À travers le concept de “pétromasculinité” la chercheuse Cara Daggett démontre en quoi les énergies fossiles constituent un élément central de l’identité masculine dominante. » [23]

Quelle politique se dessine donc ? Gaïa n’émane-t-elle pas le care, cette bienveillance forcément maternelle qui dépasse évidemment les soins à la personne pour devenir un « projet de société », voire un programme anthropologique ? Dans La Société des vulnérables. Leçons féministes d’une crise [24], Sandra Laugier et Najat Vallaud-Belkacem, après avoir défini le care comme « une radicalisation du féminisme », étendent cette notion à l’environnement planétaire : « La vulnérabilité est commune au monde animal, à la souffrance animale ; elle affecte également ce qui, dans notre environnement non-humain, est fragile, à protéger – la biodiversité, la qualité de l’eau, de l’air. » [25]

Sandra Laugier, spécialiste du care et fondatrice de l’Institut du Genre dont elle préside à présent le conseil scientifique, déclare, dans un entretien intitulé « La vulnérabilité définit l’humanité même » [26] : « Les sociétés occidentales valorisent fortement l’autonomie, qui est certes une dimension importante, mais nous devons réfléchir à ce qui la rend possible, en prenant conscience que la vulnérabilité et la dépendance font partie de la condition humaine. » Soit, mais la condition humaine ainsi décrite est-elle compatible avec le programme des Lumières et notamment l’idéal de l’autonomie ? Sandra Laugier et Najat Vallaud-Belkacem répondent nettement par la négative. Après avoir réaffirmé que « le care couvre toute notre organisation sociale » [27] et comparé la situation pandémique à une série d’épouvante, The Walking Dead, elles donnent congé à l’idéal des Lumières : « Nous vivons sur le mythe de notre autonomie et de notre indépendance – valeurs de la société moderne depuis les Lumières » [28]. Cet idéal serait caractéristique des « nantis occidentaux » [29]. Rencontre malencontreuse, la thèse que l’idéal d’autonomie est illusoire trouve d’actifsdéfenseurs dans les tyrannies qui s’étendent sur la planète en abominant un Occident essentialisé.

Projet de société et tyrannie compassionnelle

Comme une demande de protection sinon d’emprise, la dépendance des vulnérables devient ainsi une sujétion désirée : coachs, mentors et gourous prospèrent ainsi, car l’attendrissante morale compassionnelle cache une tyrannie doucereuse à présent intériorisée.

Que faire en effet, sinon s’en remettre aux valeurs féminines du care ? Laugier et Vallaud-Belkacem poursuivent : « Le combat féministe pour l’égalité peut s’identifier à la défense d’un projet de société qui, au nom de notre vulnérabilité commune, reconnaisse enfin une valeur au travail du soin. » [30] Le projet de société se fonde sur la supériorité compassionnelle en invoquant « la vie [qui] nous est donnée (par les femmes pour l’essentiel), et que nous pouvons perdre ; la vie quotidienne rendue possible ou aidée (par les femmes pour l’essentiel) » [31].

Un pouvoir compassionnel s’affermit donc en invoquant un principe féminin : Christine Bouissou-Bénavail présente ainsi une théorie qui « promeut l’émergence d’une subjectivité éthique et résiliente et introduit l’hypothèse d’un principe opératoire du féminin en tant que valeur ajoutée aux intelligences collectives » [32].

Ces propos sur la prééminence du féminin procèdent d’une longue tradition, ouverte dans sa forme contemporaine par Johann Jakob Bachofen avec sa théorie du matriarcat (Das Mutterrecht) [33]. Soucieux de récuser le modernisme et la rationalité, ce prédécesseur de Nietzsche à l’université de Bâle imagina une époque antique où l’humanité aurait connu un heureux régime de gynécocratie sous le règne de la Grande Déesse protectrice. La femme, affirmait Bachofen, « apprend plus tôt que l’homme à étendre avec amour les limites de son propre Moi au profit d’autres êtres, et à consacrer tout le génie inventif de son esprit à l’entretien et à l’épanouissement de l’être étranger […] Un trait de douce humanité traverse la civilisation du monde gynécocratique et lui donne une empreinte dans laquelle se reconnaît tout ce que la maternité porte en elle de fortuné » [34].

Dès les années 1920, des idéologues nazis comme Ludwig Klages et Alfred Baümler, dans leur combat contre « la folie du progrès et le culte de la technique » (Technikkult und Fortschrittswahn), ont célébré le retour de la Grande Déesse matriarcale. Privilégiant l’intuition et s’en remettant au mythe, Bachofen ne s’embarrassait guère des faits, en vertu de « la poésie de l’histoire » [35]. Repris par certains courants du nazisme, son mythe a été récusé par les historiens, mais demeure dans l’imaginaire collectif [36] et se renouvelle aujourd’hui avec l’idéologie du care.

Nous avons vu comment cette idéologie argue de la vulnérabilité pour la transformer en dépendance générale. Une politique radicale mais compassionnelle peut alors remplacer les rapports d’exploitation par des rapports de « domination » entre races, sexes, genres, etc., de manière à susciter de multiples divisions dans la population, tout en prétendant la protéger et réduire les inégalités artificielles que l’on invente pour cacher les injustices. Parallèlement, chacun peut croire bénéficier d’une sollicitude personnalisée : on protège sa sensibilité, on lui ménage un safe space ; sous prétexte de lui simplifier la tâche de vivre, les algorithmes de recommandation le profilent pour l’enfermer dans une bulle de filtres. Le film Matrix, dont les auteurs se disaient à bon droit inspirés par la déconstruction, dénonçait dès 1999 cette dystopie maternante devenue ordinaire, non sans lui donner une dimension complotiste.

Le New Age n’était pas seulement l’utopie sectaire de quelques communautés californiennes, comme celle de Point Loma, près de San Diego, fondée par des théosophes en 1897 et encore active dans les années 1950. Son irrationalisme superstitieux, sa fascination pour les paradis artificiels et les magies, même techniques, se sont peu à peu diffusés dans les universités de la côte ouest des États-Unis. Elles ont à leur tour élaboré l’idéologie intersectionnelle du politiquement correct, et elles ont inspiré les créateurs des grandes firmes de l’Internet qui diffusent cette idéologie présentée comme cool et inclusive.

Les sept premières entreprises américaines de l’Internet pèsent en bourse le triple du secteur pétrolier. Comme les données sont ce que l’on vous prend, elles ont créé par la spoliation et l’exploitation des données personnelles ce qu’on a appelé le capitalisme de surveillance. Les géants chinois comme Alibaba ne sont pas en reste. Le politiquement correct, ou wokisme, largement élaboré et diffusé par ce genre d’entreprise, est devenu l’idéologie officieuse et l’intériorisation de cette forme ultime du capitalisme. Chacun peut se voir accompagné d’un mentor ou formateur qui charitablement le surveille et le rééduque pour lui éviter les écarts et les sanctions. La hiérarchie administrative se trouve ainsi redoublée d’une hiérarchie politique compassionnelle mais impérieuse qui rappelle fort la dualité entre institutions et Parti dans les totalitarismes de jadis.

Des formations « politiques » obligatoires se multiplient dans tous les secteurs. Ainsi le gros avionneur militaire Lockheed a-t-il fait bénéficier ses cadres d’un programme de diversity training pour « déconstruire » leur white male culture. Ils ont été notamment stimulés par la lecture collective d’une liste de 156 « white privilege statements », « male privilege statements » et « heterosexual privilege statements » [37].

On comprend parfaitement que dans leur communication les entreprises aient à cœur de manifester leur « inclusivité », et même les marchands de canons affichent fièrement les valeurs compassionnelles du maternalisme. Les grandes firmes du capitalisme tardif s’adressent non seulement à tous leurs segments de clientèle, mais encore au grand public, et le wokewashing prolonge désormais le greenwashing.

Autre exemple éminent et révélateur, Google distribue à ses employés le best-seller de Robin DiAngelo sur le « privilège blanc » et fait animer par l’auteur des stages de formation pour convaincre la majorité de ses employés de leur indignité congénitale. Comment un privilégié de naissance pourrait-il demander une augmentation ? Les formations contre les violences sexistes complètent les accusations contre les employés masculins, désormais suspects d’être des agresseurs potentiels. Or le rating dénonciateur des collègues détermine les listes de décimation qui permettent de licencier un dixième des effectifs chaque année. Chaque employé arbore donc un large sourire de commande pour pouvoir être maintenu à son poste, sachant que parmi les millions de CV reçus chaque année, l’IA maison a vite fait son choix.

Ce n’est qu’un début, et ces pratiques de domination compassionnelle ont été portées au stade théorique. Ainsi, la théorie de la Singularité, financée par Google au sein de l’université du même nom, pose, selon son directeur Ray Kurzweil, visionnaire nietzschéen, qu’en 2045 l’intelligence artificielle aura définitivement dépassé les capacités humaines. Nous n’aurions qu’à nous en remettre à elle, bref à une gouvernementalité algorithmique qui nous protègera de tout, d’abord de nous-mêmes, puis bien entendu de la démocratie. La technocratie incarne ainsi la théocratie protectrice de la Déesse-Mère. Elle prend notamment la figure de l’intelligence artificielle, qui nous connaît mieux que quiconque, prévient nos moindres désirs par ses algorithmes de recommandation, et pour notre bien nous dispense de tout effort de réflexion.

Cette démission est depuis longtemps banalisée par la généralisation de ce qu’on a nommé le « pacte softien » : le plus souvent, l’utilisateur de chaque application, de chaque site, ne pouvant lire des conditions d’utilisations macaroniques, clique sur Accepter tout et s’en remet à la sagesse du software et des firmes qui prétendent multiplier les services.

Nous l’avons vu, le politiquement correct fait bon ménage avec l’idéologie managériale, car il lui tient lieu d’éthique et lui permet de renforcer le contrôle social en se revendiquant du bien de chacun. L’union de ces deudimensions est parfaitement compatible avec le programme transhumaniste dans divers domaines, qu’il s’agisse de l’aide médicale à la transition sexuelle, de la suppression de l’hétérosexualité par la parthénogenèse ou le clonage, ou de la substitution de la pensée par l’intelligence artificielle.

Dès 1961, Aldous Huxley, célèbre auteur du Meilleur des mondes et prophète néo-théosophique, évoquait le programme de « créer une dictature sans larmes […] de sorte que les gens se verront privés de leurs libertés, mais en ressentiront plutôt du plaisir » [38].

***

Le nouveau radicalisme idéologique, appuyé sur une philosophie de la vie, privilégie le vécu et fait du ressenti le critère du réel sans se soucier d’objectivation. Il croit pouvoir s’en dispenser, car le vécu n’est que l’efflorescence d’une identité fondatrice dont chacun, ou plutôt chacune, se doit d’assumer les déterminations. Adhérer aux stéréotypes positifs de la féminité, pourtant hérités d’une longue tradition patriarcale, deviendrait alors la condition d’une véritable émancipation.

Toutefois, la « politique » ainsi comprise est une métapolitique qui assure le retour du mythe dans l’histoire, et ce retour ne fait pas seulement violence à la rationalité : il légitime diverses oppressions.

La « politique » au service du mythe use naturellement de la magie, et la performativité, invoquée notamment par Judith Butler, justifie des formules invocatoires et évocatoires qui vont de l’écriture inclusive [39] au coming out.

Enfin, dans un dernier moment de radicalisation, la magie se transforme en une mystique néo-païenne qui invoque la Grande Déesse héritée des religions de la préhistoire. Illustré par la figure de Gaïa, c’est alors un drame écologique, voire cosmique, qui se joue à travers l’opposition absolutisée entre féminité et masculinité.

N.B. – J’ai plaisir à remercier ici Jean Giot et Hubert Heckmann.


[1Mona Ozouf, Les Mots des femmes. Essai sur la singularité française, Paris, Librairie Arthème Fayard, 1995 ; Paris, Gallimard, 1999, avec postface, p. 419.

[3Dans une veine fleur bleue, Paul Veyne décrivait pour sa part « une sentimentale, une amoureuse romantique » (La Société romaine, Paris, Seuil, 1991, p. 55). Selon lui, « Messaline est un authentique cas d’amour fou » (p. 56).

[4Le 13 novembre 2019, l’avocat Francis Spizner lui opposait sur LCI : « Vous étiez présente à une manifestation au cours de laquelle il y avait à côté de vous des islamistes rétrogrades proches des Frères musulmans qui sont pour la lapidation des femmes adultères et les coups de fouet dans les pays où règne la charia. »

[5La définition fonctionnaliste de l’organe rappelle ici le finalisme providentiel à la Geoffroy Saint-Hilaire.

[6Certes, Juvénal pourrait associer à sa manière Messaline et le clitoris (Satires, IV, 130), mais si l’épouse de Claude fut victime d’une damnatio memoriae, peut-on en dire autant de ce respectable organe ?

[7La bibliographie tourne à la vague éditoriale, et parurent la même année : La Revanche du clitoris (La Musardine), Je m’en bats le clito (Kiwi), Confidences d’un organe mystérieux (Eyrolles).

[9Laure Daussy, « Quand des “antifas” s’en prennent à des féministes lors d’une manifestation », Charlie Hebdo, en ligne, 8 mars 2021.

[10UGA : université de Grenoble Rhône-Alpes ; CSPM : Composantes sans personnalité morale ; CAPM : Composantes à personnalité morale.

[11Plan d’Actions Égalité Professionnelle 2021-2023, publié le 1er avril 2021.

[13Par exemple la société Egae dispensait en juillet 2021 aux enseignants d’une grande université parisienne une formation facturée 250 euros de l’heure, hors taxes.

[16On sait que dans les thiases dyonisiaques, les ménades pratiquaient le démembrement à vif et l’homophagie, ingestion des chairs crues de la victime, sexe compris.

[17Jean Doresse, « La Gnose, origines des sectes gnostiques », in Histoire des religions, Paris, Gallimard, coll. « Encyclopédie de la Pléiade », t. 2, 1972, p. 399-400. Gaïa, déité primordiale identifiée à la Déesse-mère, fut l’ancêtre de toutes les races divines.

[18À vrai dire, en séjournant sur certains campus nord-américains, il m’est arrivé de remarquer, comme d’attendrissants souvenirs vintage, des duos apparemment hétéros, et j’évitais alors de penser : « Tiens, un couple mixte. »

[19Ces slogans prolongent à leur manière La Géante de Baudelaire. Voir aussi « Françoise d’Eaubonne, trop en avance. L’écoféminisme c’est elle », Télérama, no 3720, 2021.

[20Voir notamment, Écologie, communauté et style de vie, Paris, Éditions MF, 2008.

[21Marielle Macé : « Ovide en Mai, à Sivens, à Lampedusa… », Le Monde, 25 janvier 2018.

[22Voir Celia Dottore, Political Printmaking in South Australia 1970s-1980s, Flinders University Art Museum & City Gallery, 2014.

[23Tweet, 21 mai 2021. Voir The Birth of Energy : Fossil Fuels, Thermodynamics, and the Politics of Work, Durham, Duke University Press, 2019.

[24Sandra Laugier, Najat Vallaud-Belkacem, La Société des vulnérables. Leçons féministes d’une crise, Paris, Gallimard, coll. « Tracts » (no 19), 2020.

[25Ibid., p. 40. Si les animaux sont invoqués par ces auteurs, comme par Macé et tant d’autres, ce n’est pas seulement pour dissoudre le projet humaniste des Lumières dans un destin biologique : plus profondément, cela rappelle que la figure de la Grande Déesse nous fut léguée par les religions de la préhistoire où elle revêt la figure de la Mère des animaux.

[26Propos recueillis par Florent Georgesco, Le Monde, 29 octobre 2020.

[27Sandra Laugier, Najat Vallaud-Belkacem, op. cit., p. 40.

[28Ibid., p. 7.

[29Ibid.

[30Ibid., p. 6.

[31Ibid.

[32Recherches en éducation à la lumière du féminin, Londres, ISTE 2020.

[33Das Mutterrecht (Le Droit maternel, 1861) ; trad. fr. Étienne Barilier, Le Droit maternel, recherche sur la gynécocratie de l’Antiquité dans sa nature religieuse et juridique, Lausanne, L’Âge d’homme, 1996.

[34Gesammelte Werke, Herausgegeben von Karl Meuli, Bâle/Berlin, Schwabe Verlag, 1943, II, p. 20-22 : « In der Pflege der Leibesfrucht lernt das Weib fruher als der Mann seine liebende Sorge über die Grenzen des eigenen Ich auf andere Wesen erstrecken und alle Erfindungsgabe, die sein Geist besitzt, auf die Erhaltung und Verschönerung des fremden Daseins richten… Ein Zug milder Humanität… durchdringt die Gesittung der gynaikokratischen Welt und leiht ihr ein Gepräge, in welchem alles, was die Muttergesinnung Segensreiches in sich trägt, wieder zu erkennen ist. »

[35Voir notamment Jost Hermand, « Alle Macht den Frauen. Faschistische Matriarchatskonzepte », Das Argument, no 146, 1984, p. 539-558 ; Pierre Vidal-Naquet, « Esclavage et gynécocratie dans la tradition, le mythe, l’utopie », in Le Chasseur noir. Formes de pensée et formes de sociétés dans le monde grec, Paris, La Découverte, 1991, p. 167-288. Pour un bilan, voir Wagner Hasel Beate, « Le matriarcat et la crise de la modernité », in Mètis. Anthropologie des mondes grecs anciens, vol. VI, no 1- 2, 1991, p. 43-61.

[36Voir par exemple cette présentation d’« une pièce-manifeste pour l’égalité des genres » : « En construisant leur trame sonore et gestuelle autour des symboles du Guèlèdè – cérémonie traditionnelle qui célèbre la Mère créatrice et le rôle des femmes dans la société, les artistes interrogent : cette cérémonie ancestrale est-elle la preuve que l’Afrique était déjà féministe avant la conceptualisation contemporaine du terme ? » (« Dide » ou le féminisme africain, du 25 au 31 mai 2021, www.lelieuunique.com).

[38Discours prononcé à la California Medical School de San Francisco.

[39Voir l’auteur, « Écriture inclusive et exclusion de la culture », Cités, no 82, 2020, p. 137-148.


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