Écologie politique, effondrement et écocratie

Éléments d’écologie politique : Bonnes feuilles
vendredi 5 août 2022
par  LieuxCommuns

Début du chapitre V du livre « Éléments d’écologie politique. Pour une refondation » (Libres&Solidaires, 2021), pp. 153 —165.


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V – Politiques de la nature et totalitarisme

Ce n’est qu’ici, après avoir vu tant de notions, brassé tant d’idées, évoqué tant d’époques et de lieux, convoqué tant de cultures et d’auteurs, qu’il me semble que nous pouvons aborder raisonnablement l’aspect proprement politique de l’écologie politique. Tout ce qui précède devrait nous avoir permis de faire tomber les principaux mythes contemporains et particulièrement celui d’une grande réconciliation entre la « nature » et les humains, et des humains entre eux, et de l’humain avec lui-même.

Plus précisément : nous avions vu précédemment la profondeur des sources historiques de l’écologie politique. Trois éléments à en retenir : leur ancienneté, leur richesse et leur extrême diversité, alliant mythologies religieuses et stricte rationalité, sciences, économie et courants artistiques, mouvements conservateurs, progressistes ou réactionnaires, etc. Ensuite, et en conséquence, l’aspect politiquement non fixé de l’écologie politique bien comprise et enfin, sa triple confiscation par la techno-science, les courants gestionnaires ou prétendument « révolutionnaires » héritiers des pires totalitarismes et la bonne conscience des classes urbaines aisées. L’idéologie contemporaine qui en émane, l’écologisme, devrait nous inviter, en réaction, à la phronesis des Grecs anciens, la prudence. Une précision, que j’espère inutile : la politique est ici entendue comme l’auto-organisation consciente de la société, le mouvement d’auto-institution que les gens opèrent en permanence, qu’ils le sachent ou non, certainement pas les turpitudes des partis, pseudo-ONG et des arrivistes de tous poils qui ravagent le paysage politique depuis des décennies – voir les dénonciations salutaires d’un Fabrice Nicolino.

Face à la difficulté, procédons assez simplement en trois ou quatre temps, en essayant d’anticiper ce qui pourrait advenir de nos sociétés dites développées : j’évoquerai d’abord l’effondrement, thématique aujourd’hui passée dans l’imaginaire courant, puis la perspective d’un régime écologique autoritaire, que j’appelle une écocratie avec un addendum sur la notion d’empire historique – qui nouera quelques fils laissés précédemment en suspens –, puis il faudra comprendre les enjeux et les possibilités d’une société « écologiste », c’est-à-dire qui prendrait en compte les contraintes de cet ordre, soit quelque chose qui s’est déjà formulée il y a bien longtemps comme une démocratie écologique. Et ce dernier point devrait nous amener à aborder les interrogations les plus fondamentales, d’ordre philosophique, auxquelles sera consacrée la dernière séance.

1 – L’effondrement

Je commence par la possibilité d’un effondrement de nos sociétés, perspective qui n’est plus perçue comme le délire d’improbables radicaux chevelus puisqu’elle est maintenant discutée, de moins en moins discrètement, dans les plus hautes instances. Donnons-en une première définition frustre, afin de parler approximativement de la même chose, et qu’il faudra élaborer : l’effondrement serait la dislocation interne et rapide d’une société – et chacun des termes fait question – c’est-à-dire en première approche ni stase indolente, ni déclin progressif, ni disparition imputable à un processus totalement extrinsèque comme une éruption volcanique (Santorin, Pompéi, etc.) ou une invasion exotique et soudaine (Amérindiens, etc.).

Il y aurait énormément de choses à en dire en préliminaires, pour avoir une discussion fertile. Abordons-les dans l’ordre.

Effondrement : mythes et réalités

D’abord, l’idée se présente immédiatement sous deux faces, mythique et pragmatique.

Sur la première, évidente : l’imaginaire humain est profondément structuré par la question de l’origine et de la disparition, les deux se nouant à l’échelle de l’individu dans la mort comme passage à l’éternité originelle – réincarnation, paradis, pays des ancêtres, etc. – et à l’échelle collective comme l’éternel retour à travers la fin du monde, qui est le début d’un autre dans une vision cyclique. Les eschatologies cataclysmiques sont donc la règle et nous habitent depuis la nuit des temps, et l’Apocalypse (étym. « qui dévoile ») selon saint Jean ne devrait pas nous choquer puisqu’il est difficile de ne pas en entendre une version à peine plus moderne dans les discours catastrophistes, notamment cinématographiques, depuis des décennies. Et cela n’est qu’un changement de registre, puisque ceux qui annoncent prochainement la fin du monde reprennent, lorsque ce ne sont pas les mêmes, le discours de leurs prédécesseurs qui tentaient de calculer l’échéance de la révolution, précipitée par la chute du « capitalisme » sous ses propres contradictions… Le signe de l’eschatologie s’est inversé, mais le schéma millénariste demeure, et ces Cassandre ne sont pas réfutées mais démenties par la réalité. On pense au sympathique Yves Cochet, mais l’épisode de la « vache folle » dans les années 1990, aujourd’hui oubliée, ou celui des pluies acides une décennie auparavant, avaient donné lieu à d’innombrables prophéties cataclysmiques plus ou moins savantes. Face à ceux-là, les dénégateurs des dévastations écologiques, les tenants du statu quo en même temps que du Progrès font facilement bonne figure, habités par cet autre mythe d’une fin de l’histoire enfin advenue au sein de laquelle plus rien ne saurait arriver.

Mais, deuxième face de l’idée d’effondrement, et tout aussi évidente, c’est bien sûr sa réalité historique déjà évoquée précédemment – les nombreuses civilisations qui ont subi un tel processus – et l’accumulation, ici et maintenant, de données qui tendent à nous placer dans une situation similaire. Je ne vais pas les lister ici, je renvoie notamment au livre de Hugues Stoeckel, ils sont maintenant sur la place publique : chute de la biodiversité, mort des sols agricoles, changements climatiques, épuisement des gisements d’hydrocarbures, pollutions multiples, surcharges démographiques, etc. Impossible de balayer cela d’un revers de manche, et il faut se rappeler que si Cassandre n’est pas entendue, elle dit malgré tout la vérité : l’espèce humaine s’engouffre dans une des plus graves crises de son histoire et son attrition, sinon son extinction est désormais concrètement envisageable, ne serait-ce que par vitrification thermonucléaire, éventuellement accidentelle.

Comment articuler cette dimension « réelle » et cette autre « fantasmatique », dont le caractère indémêlable est observable in vivo chez nos bruyants « collapsologues » ? C’est que nous sommes incapables de donner un sens politique à ce qui arrive et nous sommes réduits à interpréter, à notre corps défendant, les éléments de réalité angoissante dans des catégories magico-religieuses, qui nourrissent le déni, lui-même alimentant la dramaturgie, etc. Rétroaction positive, cercle vicieux, clôture mentale : tout décourage de penser, alors que c’est très exactement ce qui serait requis, et ce n’est pas un hasard.

L’effondrement écologique n’existe pas

Un trait frappant de cet enfermement, et c’est mon deuxième point, c’est l’incapacité grandissante de la majorité des dits « écologistes » à considérer les autres composantes de ce même effondrement, lorsqu’ils ne les dénient pas, voire les accompagnent ou, de plus en plus, les suscitent. Bien sûr, forts de leur héritage « de gauche », ils évoquent la course aux armements, le pillage du Tiers-Monde, l’emballement techno-capitaliste mais, situé dans l’angle mort formé par leur idéologie, ils manquent l’élément politique proprement dit. Je parle ici de tout le domaine psychique, social, culturel, anthropologique : désorientation mentale et généralisation des troubles psychiatriques, écroulement du niveau scolaire et avachissement intellectuel général, nihilisme de l’art contemporain et nombrilisme intellectuel, fragmentation des sociétés occidentales en communautés ethno-religieuses, résurgence des logiques tribales, communautaires, islamistes, flux migratoires exponentiels, renaissances des impérialismes anti-occidentaux, et cætera et, plus généralement et à rebours des siècles précédents, absence totale de projets de société derrière toutes les formes de contestations ou de troubles sociaux, qui prennent des formes anomiques et s’en multiplient d’autant, voire convergent dans un millénarisme de moins en moins dissimulé. Tout cela participe en plein à la dynamique de l’effondrement. Bien entendu, la plupart de ceux qui les considèrent restent, de leur côté, obstinément sourds aux dimensions écologiques de la situation : les positions, parti pris, raisonnements sont cloisonnés alors même que la crise que nous traversons est multidimensionnelle.

Et c’est là un point central : il n’y a jamais eu d’effondrement uniquement attribuable à des éléments « écologiques ». De la littérature sur la question, nous avions tiré antérieurement trois facteurs déterminants : ceux purement politico-culturels, ceux géopolitiques, puis les facteurs, disons, « purement » biosphériques. Ces derniers sont connus, mais peu nombreux : changements climatiques, événements géologiques, etc. Événements objectifs s’il en est et sur lequel personne n’a réellement prise mais qui prennent place dans le monde humain, ne serait-ce que parce qu’ils se sont toujours manifestés (exception faite des phénomènes astronomiques : météorites) par des signes avant-coureurs – on pense bien sûr à Pompéi ou Herculanum, il faudrait citer aujourd’hui Naples ou San Francisco – qui font sens ou non pour les sociétés considérées. Cela implique donc immédiatement les facteurs socio-politiques et culturel-anthropologiques. Innombrables, ils relèvent autant de la mémoire collective (les Anasazis n’ayant pas gardé de souvenir des sécheresses antérieures ou l’Occident n’ayant pas entendu l’avertissement du virus H1N1 de 2008) que de la perception de la réalité (l’envasement progressif des canaux hydrauliques de l’empire d’Angkor ou depuis cinquante ans l’explosion démographique africaine ou indienne), de l’investissement qu’il faudrait pour résoudre les problèmes (la bureaucratie et la corruption gangrenant l’Empire romain) ou de la créativité nécessaire pour y remédier (les Sumériens remplaçant progressivement le blé par l’orge, aggravant le problème de la salinisation), etc. Cela est généralisable, bien entendu, à tous types de problèmes rencontrés, qu’ils soient écologiques, agricoles, économiques, politiques, sociaux, etc. : c’est toujours la totalité de l’institution sociale considérée qui se trouve alors en position, ou non, de percevoir, de comprendre, de chercher, de prévenir, de traiter, bref de faire face. Et enfin, entre ces deux facteurs, l’un « naturel », l’autre socio-politique, il y a l’environnement humain : les autres sociétés humaines avoisinantes. Il est clair qu’être cernés de cultures hostiles (comme les Vikings au Groenland) ne favorise pas la survie, mais l’interdépendance, paradoxalement, peut entraîner un effondrement en série. C’est ce qui s’est passé en Méditerranée orientale à la fin de l’âge de bronze, où les relations étroites (économiques, commerciales, diplomatiques, alimentaires, etc.) qu’entretenaient alors l’Égypte, les Hittites, les Cananéens, les Assyriens, les Minoens, etc. ont plongé toute la région dans le chaos. C’est le cas typique d’une perfect storm, tempête parfaite où se mêlent éléments naturels, socio-politiques et géopolitiques. Le mimétisme international actuel, course mondiale à la puissance, semble être un autre cas où le premier qui ralentit devient la proie des autres – aspect incontournable pourtant rarement évoqué par les mouvements « décroissants ».

Récapitulons ces quelques points sur cette notion d’effondrement : d’abord son caractère biface, à la fois mythe ancestral et réalité tangible, la désigne comme devant être pensée lucidement afin d’échapper à l’alternative infernale déni/catastrophisme ; ensuite la dynamique multifactorielle qu’elle recouvre, que l’on ne saurait réduire à sa dimension seulement écologique, ou bien migratoire ou culturelle ; enfin cette interpénétration qu’elle exige des éléments « naturels », socio-politique et géopolitique. Voilà quelques considérations qui me semblent constituer le minima requisit pour aborder rationnellement la question.

L’effondrement comme clôture

Impossible, ici, d’aller plus loin, mais j’aimerais finir cette partie sur ce qui me semble le plus important. Tout comme les sociétés engagées sur la voie de l’effondrement peuvent être incapables de réagir ou même d’entrer dans une spirale infernale, elles peuvent tout à fait contrer les processus délétères : ça a été le cas dans l’histoire, nous l’avons vu, ça a été le cas de l’Europe du xive siècle, alors que la chute des rendements agricoles se conjuguait aux ravages de la guerre de Cent Ans et aux dévastations de la Grande Peste. On peut aussi penser, à un degré moindre, à l’Amérique des années 1930, victime du Dust Bowl autant que de la crise économique ou des migrations intérieures avec des phénomènes auto-catalyseurs (chômage, dissensions internes, etc.). Il faudrait se pencher sur ces missed collapses, et je crois que l’on trouverait à chaque fois, sans difficulté, un dénominateur commun : ces sociétés ont su modifier leurs pratiques, changer leurs conceptions, rompre les évidences qui leur semblaient inamovibles, c’est-à-dire inventer quelque chose de nouveau, créer les conditions d’une relative ré-institution ou, pour reprendre l’expression de C. Castoriadis, briser la clôture dans laquelle tendent à s’enfermer les cultures et les psychismes, comme nous l’avons déjà évoqué. Et cela se fait sur les trois fronts : celui de la relation aux éléments naturels, celui du fonctionnement et de l’organisation sociale elle-même, et celui des relations géopolitiques.

C’est bien sûr à ce nouveau qu’invite la situation actuelle mais, à rebours de l’air du temps, il faut rappeler que tout ce qui est « nouveau » n’est pas forcément souhaitable – à l’opposé du postulat fondateur des progressismes – et c’est précisément ce qu’il nous faut envisager.

2 – L’écologisme autoritaire : l’écocratie

Alternative à un effondrement imminent, ou faisant suite à un effondrement partiel, un écologisme autoritaire ou écocratie. J’entends par ce terme que je ne fais que reprendre une société qui placerait les mesures écologiques au-dessus de toutes les autres considérations, c’est-à-dire un régime politique dominé par une élite scientifique, mettant en place un état policier capable de contrôler sa population arguant, à tort ou à raison, de sa survie biologique. C’est l’éventualité que les écologistes désignaient dès les années 1970 par « écofascisme » que l’on pourrait plus justement nommer, pour éviter la farce « antifasciste », le « totalitarisme écologique » ou « éco-totalitarisme », etc. Précision : il n’est pas ici question des décisions difficiles à prendre par un gouvernement face à une minorité nuisible ou même face à une majorité insouciante, ou de la contrainte qu’on peut être amené à exercer malgré des pressions, des lobbys de toutes sortes, afin de faire valoir l’intérêt général – la politique n’est pas un long fleuve tranquille. Je parle ici d’un recours systématique à l’expert, au spécialiste, au savant, à la science, à l’épistémè, donc finalement à la nature, c’est-à-dire à l’anti-démo-cratie devenu régime politique, régime de la nature, éco-cratie, l’étymologie me semble parlante.

Une perspective crédible

On aurait tort de n’y voir qu’un scénario de science-fiction, ou plutôt de ne pas écouter cette dernière.

D’abord, vous le savez, parce que le modèle des sociétés occidentales mène à une impasse : celles-ci ne tiennent plus que par l’abondance matérielle de la société de consommation qu’elles promettent à qui se plient a minima à ses règles, alors que les contraintes biophysiques de la planète rendent impossible non seulement l’extension d’un tel mode de vie à tous les peuples qui y aspirent passionnément – jusqu’à en mourir sur les routes migratoires – mais seulement son maintien en l’état actuel. Autrement dit : ce n’est pas seulement un mauvais moment à passer, c’est tout l’agencement symbolique, les fondements de l’institution de nos sociétés, qui va se disloquer, et l’heure est aux moyens de prolonger ce sursis. Lorsqu’on sait la dimension mythique qu’a prise la société de consommation pour toutes les populations – qu’elles s’y complaisent ou qu’elles y aspirent –, il est clair que les restrictions qui vont devoir être prises vont susciter des réactions absolument imprévisibles, et un remaniement global du statu quo à toutes les échelles. Ajoutez à cela le fait que les conséquences écologiques des activités humaines sont elles aussi inconnues pour une grande part, et que les dangers réels vont aller se multipliant : effets imprévisibles des changements climatiques, mais également du tarissement de la disponibilité en hydrocarbures, de la dissémination des OGM, de l’émergence de nouveaux pathogènes ou d’espèces invasives, des migrations en série ou de la raréfaction de l’eau potable, etc. Nous entrons dans une période historique de crises profondes. Et dans ce contexte, la perspective d’une écocratie ne déplaît pas à nombre de personnes paniquées, à raison, par la détérioration alarmante de la biosphère – je crois que c’est un sentiment qui traverse tous ceux qui se penchent sur ces questions. Certains la revendiquent explicitement, sous l’autorité de Hans Jonas et de son « Principe responsabilité », et cela devient un des piliers de moins en moins discrets de l’idéologie de l’écologisme.

Ensuite les ressorts du totalitarisme sont loin d’être inactifs même s’ils peuvent prendre des formes encore inconnues : les grands États contemporains ont acquis des techniques hallucinantes d’information, de manipulation et de contrainte, les troubles sociaux et culturels s’accroissent tandis que les appels à l’autoritarisme se multiplient – à « droite » pour la restauration de l’ordre prétendument « républicain », mais surtout à « gauche » contre un introuvable « fascisme » autochtone – et que l’inflation législative vide la loi de toute substance, ouvrant la voie à l’arbitraire à tous les étages dans un contexte de troubles grandissants.

Enfin, dernier élément : l’écologie politique elle-même est éminemment ambiguë, nous l’avons déjà constaté. Une de ses sources, qui est la face émergée de l’iceberg, est la gestion étatique des ressources, dont la boussole est le pragmatisme le plus « réaliste » (pensez au pétrole et sa force géopolitique) qui peut mener à tous les délires de la géo-ingénierie. Et la science écologique n’en est pas moins froide et indifférente, et revendique la connaissance vraie ou exacte de la nature qui, par définition, n’a rien de populaire ni de démocratique, voire est profondément scientiste – on pense à la sociobiologie. Conséquemment, nous l’avions également pointé, la nébuleuse écologique « officielle » ou disons visible, est complètement coupée de la masse des populations, des petites gens, y compris et surtout ceux dont la nature est le lieu de vie et de travail, et une nature, comme le dit excellemment F. Terrasson, faite aussi de marécages, de putréfaction et d’obscurité, pas de gazouillis d’oiseaux dans le cadre bucolique des vacanciers. Et puis, également vu précédemment, cette écologie-là, l’écologisme, est très largement « de gauche », sinon d’extrême gauche, c’est-à-dire aux mains des héritiers des pires totalitarismes – russe (URSS), asiatique (Chine maoïste, Cambodge khmer, etc.), latinos (Nicaragua, Cuba, etc.) arabo-musulmans (Irak baasiste, Libye de Khadafi, Syrie, etc.), etc. – sans en avoir tiré ne serait-ce que l’ombre d’un bilan, contrairement à leurs homologues « de droite ». Il me faut rappeler ici que les totalitarismes ont été, réellement, des anti-capitalismes, des anti-nationalismes, des anti-occidentalismes, des sorties de la modernité, etc. Entendre certains écologistes rêver à un « éco-socialisme » fait froid dans le dos, d’autant plus lorsqu’on les voit s’acoquiner avec les milieux idéologisés les plus régressifs, végans, néo-féministes, communautaristes, racialistes, islamistes, etc. comme le montre l’évolution consternante d’« Europe Écologie Les Verts », que l’on distingue de plus en plus mal des pires groupuscules gauchisants. Tout cela rend très crédible l’émergence de politiques autoritaires, sans doute après de longues oppositions des populations de tout changement de niveau de vie, et faisant suite au passage d’un effet de seuil – les mesures contre la pandémie de Covid-19 en donnant comme un avant-goût. Enfin, last but not least, et quitte à se répéter, l’écologie politique contemporaine est grosse d’une tonalité fortement maternelle sinon maternante : il s’agit de « prendre soin de », de la nature, de la santé, des corps, des Autres, etc. L’État, un peu partout, se réclame d’une dimension protectrice, bienfaisante, pacificatrice, non-violente, qui ne peut qu’emporter la soumission des peuples terrorisés par la peur du manque et de la violence – c’est la perspective « Big Mother » esquissé par Michel Schneider, un autoritarisme pervers qui infantilise moins par la contrainte directe que par des injonctions culpabilisantes au « Bien », au « politiquement correct », etc.

L’écocratie comme impossibilité pratique

Inutile, je crois, de détailler ce à quoi pourrait ressembler une écocratie, tout le monde peut l’imaginer sans peine. Par contre, je pense nécessaire de montrer pourquoi et comment un tel régime ne pourrait qu’être inefficace face aux problèmes écologiques, et cela nous introduira à des questionnements intéressants.

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