Cartographie des mouvances anti-Lumières (Version 1.41)

Du progressisme à l’obscurantisme
jeudi 5 mai 2022
par  LieuxCommuns

Ci-dessous une cartographie des principales mouvances anti-Lumières en France, (toujours inspirée de la cartographie de « l’extrême-droite » malheureusement très imprécise).
Cela fait suite à notre cartographie de l’islamo-gauchisme en France, de la cartographie de la galaxie des Frères Musulmans en France et de notre page sur l’écologie décoloniale.

Comme ces dernières, elle s’inscrit dans notre travail sur la régression historique que nous vivons et les acteurs qui l’incarnent. On pourra ainsi lire :


[Màj : 25.05.22 — Version 1.41 — x.00 = changement de version / 0.x0 = modification graphique / 0.0x = mise à jour des notices]
-> Renvoi ancré au texte général de présentation.


Cette cartographie vise deux objectifs :

Recenser, sans prétention à l’exhaustivité, l’ensemble des personnalités, groupements et institutions qui travaillent à la fin du projet d’autonomie tel qu’il a été porté par la modernité, les Lumières, l’Occident comme germe de l’émancipation individuelle et collective.
Ils sont répartis autour d’une douzaine de grands pôles en cercles concentriques représentant un ensemble de domaines idéologiques, de causes politiques et de champs d’action, qui vont de l’indigénisme au néo-féminisme, de l’islamo-gauchisme à l’écologie décoloniale ou du sans-frontiérisme aux anti-flics, etc. Lors d’un clic sur un de ces pôles, apparaît leur véritable appellation ainsi qu’une définition sommaire, regroupant « Ce qu’ils prétendent faire », « Ce qu’ils font réellement », « Leurs méthodes idéologiques », et « Impact réel ». Ces ensembles étant poreux et leurs acteurs mouvants, ce classement propose un repérage efficace qui prend en compte le continuum que constituent ces milieux, largement interconnectés.
Organiser ce magma politico-idéologique selon une grille de lecture sur deux axes. Le premier, vertical, oppose en haut les progressistes ou plutôt les déconstructeurs, aux obscurantistes, ici les fondamentalistes placés en bas ; et le second oppose les communautaristes ou tribalistes, à gauche, aux impérialistes, ici en bas.
Les déconstructeurs cherchent à ruiner l’idée de règles et de repères communs en pervertissant le principe de la discussion argumentée, ce sont des héritiers de la gauche : des post-modernes qui travaillent pour l’anomie. Ils préparent le terrain aux fondamentalistes qui veulent imposer un système de valeurs closes et pseudo-traditionnelles échappant à l’examen critique. Ceux-là s’enferment dans leurs déterminismes culturels : ce sont les pré-modernes qui œuvrent à l’hétéronomie. Les tribalistes revendiquent leurs particularités contre le principe même de société en assignant à l’individu une place déterminée dans sa communauté supposée. Refusant de faire société, ils n’agissent que pour les intérêts de leur clan revendiqué. À l’opposé, les impérialistes veulent organiser la totalité de la société selon un principe unique, un empire sans limites, réduisant la collectivité à une cohabitation de communautés en concurrence. Luttant contre toute souveraineté populaire, ils militent pour la domination mondiale.

Cartographie des mouvances anti-Lumières en France

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Sur cette version seuls les « pôles » idéologiques et les axes sont des zones cliquables, mais les prochaines versions devraient être progressivement entièrement interactives. D’une manière générale la cartographie et les notices seront actualisés et enrichis au fil du temps. N’hésitez pas à nous contacter pour la maintenir à jour et nous adresser vos suggestions.

Cartographie des mouvances anti-Lumières : texte de présentation

Au cours des deux dernières décennies, deux ensembles politiques sont devenus très influents dans les sociétés occidentales : le « déconstructionnisme » (ou « progressisme » ou, dernièrement, « wokisme »), issu de divers milieux d’extrême-gauche, et le « fondamentalisme » (ou « obscurantisme », « communautarisme » ou néo-« traditionnalisme »), véhiculé essentiellement par des populations immigrées opérant un retour identitaire. Ces deux ensembles ont en commun la reprise de réflexes et de mécanismes totalitaires.

Les nébuleuses progressistes et les galaxies obscurantistes
Plutôt que deux mouvements circonscrits, il s’agit de vastes ensembles, tantôt diffus tantôt structurés, à replacer dans deux dynamiques distinctes visant des objectifs différents.
Le « déconstructionnisme » cherche passionnément à « déconstruire », c’est-à-dire discréditer, délégitimer et détruire, tantôt ou simultanément la différence sexuelle (néo-féminismes), les pratiques alimentaires (végans), le mode de vie (écologistes radicaux), l’enracinement (militants humanitaires), l’organisation sociale (néo-gauchistes), la totalité des savoirs humains (les « studies »), etc.
De son côté, le « fondamentalisme » cherche à imposer sa sécession religieuse (islamisme ou néo-évangélisme), son séparatisme ethnique (communautarisme et sécessionnisme), sa hiérarchie raciale (racialisme) ou son ordre moral (néo-sexisme). Ces deux grandes tendances de moins en moins minoritaires – les premiers dans les institutions médiatico-politiques, les seconds dans les métropoles et leurs couronnes urbaines – semblent s’opposer politiquement ; le « déconstructionnisme » étant une résurgence de postures progressistes d’extrême-gauche, le « fondamentalisme » dans son conservatisme caricatural incarnant une extrême-droite totalement décomplexée. Mais on les voit pourtant s’hybrider de manière spectaculaire dans l’islamo-gauchisme, le décolonialisme, l’insurrectionnalisme, le néo-féminisme ou le sans-frontiérisme.

Prise en tenaille
Cette convergence apparemment contre-nature n’est ni fortuite ni tactique : son ciment est une haine viscérale des sociétés occidentales.
Elle forme une véritable tenaille destructrice : le « déconstructionnisme » cherche à détruire de l’intérieur les fondements de nos sociétés contemporaines sans même chercher à formuler une alternative crédible tandis que le « fondamentalisme » impose d’un extérieur revendiqué, des valeurs exogènes et des (pseudo) principes traditionnels sans pouvoir ni même essayer de réfuter ceux des cultures d’accueil ; le premier, élitiste et avant-gardiste, déconstruit d’en haut, le second, populaire et diffus, refonde à partir du bas pour miner les sociétés occidentales ; le post-modernisme de celui-ci s’articule avec le pré-modernisme de celui-là contre les acquis de la modernité ; le vernis politico-intellectuel de l’un et l’ancrage populaire de l’autre forment illusion dans la perspective commune d’en finir avec les principes des Lumières, les acquis du monde moderne, et la spécificité du projet d’autonomie de la civilisation occidentale.

Détestation des fondements démocratiques de l’Occident
Ce qui est honni à cet Occident n’est pas, très précisément, ce qu’il se reproche à lui-même sans cesse depuis son apparition, mais tout au contraire son principe même de permettre à une société de s’auto-critiquer et de s’auto-transformer.
« Déconstructionnisme » comme « fondamentalisme » sont très précisément anti-démocratiques dans leurs modes d’actions (censures, interdictions, intimidations, menaces, violences), dans leurs fondements (refus de l’authentique discussion, où les arguments doivent être autre chose que le maquillage de partis-pris passionnés et intangibles), comme dans leur stratégie (mépris sans borne pour les « petites gens » simplement dubitatifs face à leurs délires, particulièrement s’ils sont occidentaux ou occidentalisés).

Contre l’autonomie : l’anomie et l’hétéronomie
L’objet de leur détestation est en réalité le principe de liberté ou, plus exactement, le principe de l’autonomie, au sens de C. Castoriadis ; cette capacité pour les individus comme pour les collectivités à poser, élucider, délibérer pour instituer explicitement leurs désirs, leurs valeurs, leurs projets, bref, leurs institutions, leurs nomos.
Le « déconstructionnisme » ne s’inscrit en rien dans ce courant : il ne cherche pas, sinon tactiquement, à changer les lois ou les normes, mais bien à les détruire – il ne cherche pas l’autonomie, il veut installer l’anomie. Le « fondamentalisme » refuse l’autonomie non comme existence de normes, mais en tant qu’elles sont librement acceptées : il les veut arrimées à une instance extra-sociale indiscutable, qu’elle soit un Dieu, une Race, une Ethnie, un Sexe – il a en horreur l’autonomie, au nom de l’hétéronomie qui le caractérise.
Nos sociétés historiques, en délabrement intrinsèque depuis les deux guerres mondiales, quittent peu à peu les rivages familiers et pluriséculaires de l’autonomie pour s’adonner à l’anomie, dont le « déconstructionnisme » n’est finalement que la rationalisation. Nous nous dirigeons de plus en plus sûrement vers l’hétéronomie contre lequel la Renaissance, les Lumières, le mouvement ouvrier, celui de la libération des femmes, mouvements constitutifs de notre modernité, à partir desquels l’Occident s’est très largement institué et dont le « fondamentalisme » veut accélérer le remplacement.

Dimension politique
Ce deux grands ensembles peuvent être à leur tour découpés transversalement en deux grandes tendances permettant d’articuler anomie et hétéronomie : le « tribalisme », ou « communautaristes », ou « néo-barbares » d’un côté, l’« impérialisme », ou les « mondialistes » ou les « anywhere » de l’autre.
Le « tribalisme » regroupe tous ceux qui minent l’intérêt général en ne reconnaissant que les intérêts particuliers de leur camp, de leur clan, de leur sexe, de leur religion, de leur ethnie, etc. Ils ne cherchent absolument pas à faire société, qu’ils parasitent et contribuent à disloquer, mais bien à l’instrumentaliser à leurs propres fins, et quels qu’en soient les moyens, jusqu’à la violence sans retenue. Ils ne revendiquent pas l’enracinement éclairé ou l’appartenance libre, mais l’assujettissement de l’individu fondu dans sa tribu et totalement aliéné à ses totems et ses tabous.
L’« impérialisme », au contraire, ne se réclame que de la société, de toutes les sociétés, même, qu’il s’agirait d’unifier sous un État unique transnational et surplombant, arbitre, garant et partie prenante de la concurrence multiculturelle. Il ne s’agit pas ici non plus de faire société, mais bien de créer une totalité universelle où l’individu disparaît également au profit d’un sujet inféodé à l’État impérial, sans prise sur son cadre politique et pris dans un réseau d’allégeances et de vassalités.
Loin de s’opposer fondamentalement, « tribalisme » et « impérialisme » s’impliquent mutuellement, selon une dynamique mise à jour au XIVe siècle par Ibn Khaldoun : les marges violentes des empires les harcèlent perpétuellement, leur fournissant des mercenaires puis les submergent provoquant l’effondrement de l’empire que leur clan refonde selon les mêmes principes, avant de se pacifier à leur tour et de devenir vulnérables aux attaques aux frontières des peuples du limes. Dialectique millénaire qui semble avoir animé tous les empires depuis l’Assyrie jusqu’aux Indes britanniques, qui a été repris par les menées totalitaires du XXe siècle. Elle est évidemment violemment opposés au peuple en arme exerçant une souveraineté populaire qui ne peut s’exercer que dans un périmètre circonscrit, communes, régions ou nations porteuses d’un projet collectif auto-déterminé.

Ce qu’il y a à sauver
Les mouvances anti-Lumières qui prospèrent forment donc une double prise en tenaille : entre le « déconstructionnisme » et le « fondamentalisme » d’une part, entre le « tribalisme » et l’« impérialisme » d’autre part. Ce tir croisé est ravageur mais son efficacité n’est qu’à la mesure de la dégénérescence intrinsèque de l’Occident depuis la guerre civile européenne de 1914-1945 qui l’a profondément dévitalisée.
L’extrême-droite européenne, très marginale, fantasme une refondation de la civilisation occidentale, mais sans en saisir la singularité émancipatrice : celle-ci n’est pas la chrétienté mais au contraire la laïcité et surtout l’athéisme ; elle n’est pas la grandeur passagèrement impériale d’une nation mais au contraire une synergie polycentrique inter-nationale ; et elle n’est pas non plus la puissance instrumentale mais le déploiement d’un projet d’autonomie incarné dans la démocratie, la philosophie et la psychanalyse, ressorts originaux et fondamentaux d’une créativité historique exceptionnelle.
C’est cette singularité civilisationnelle, que n’importe qui peut s’approprier, qu’il y aurait à sauver, ce qui ne se fera que par son exercice par le plus grand nombre, c’est-à-dire la reprise d’une histoire faite par les peuples eux-mêmes.

On lira ici une version plus conséquente de ce texte « Wokisme et obscurantisme : articulations et complémentarités »

Commentaires

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jeudi 16 juin 2022 à 09h12 - par  LieuxCommuns

Nous reproduisons ci-dessous un commentaire public, malheureusement supprimé depuis, qui avait été posté par un certain « France Forever » sur un site de droite nationaliste, à propos de notre cartographie. On y trouve une véritable dénonciation des Lumières (et de notre travail, sous couvert de quelques anathèmes) telle qu’elle peut circuler dans ces milieux. Ces formulations d’une rare clarté, à la fois ramassées et fort bien écrites, mériteraient une réponse complète, qui devrait suivre dès que le temps ne manquera plus.
En un mot : les Lumières dont nous nous réclamons sont justement la possibilité que se formulent de telles questions.

LC

"Les « Lumières » (ces gens, en plus de l’évocation maçonnique du terme, ne se prennent pas pour de la roupie de sansonnet : ils sont le Soleil dans la nuit de l’intelligence, pas moins) ont capitalisé sur l’humanisme de la Renaissance et l’ont déroulé dans ses conséquences économiques, politiques, scientifiques et sociales.

Trois notions président à son ordonnancement : humanisme, rationalisme, libéralisme.

L’humanisme est une approche philosophique révolutionnaire consistant à faire de l’homme le centre et le sujet du monde : il détourne pour cela le christianisme, qui soumet effectivement le monde à l’homme, miroir divin, mais où celui-ci reste une créature faillible, marquée par la souillure originelle, et devant tendre à Dieu qui seul permet le salut. Avec l’humanisme, le monde tendu vers Dieu se recentre sur l’homme – l’individualisme corrupteur en surgira – et ce changement de focale qui invite l’homme à se suffire sur Terre est le fondement pratique du mythe du progrès, qui affirme la perfectibilité de l’environnement humain d’abord, de la nature humaine ensuite (l’inspiration chrétienne détournée est là encore prégnante : l’homme jadis ne recevait la récompense de ses efforts que dans l’Au-Delà, les humanistes ont cru pouvoir en recueillir le gage dès la vie terrestre, après quoi ce gage est devenu le but lui-même, le salut étant évacué).

Le rationalisme est la posture épistémologique, c’est-à-dire relative à la connaissance, qui affirme que seule la raison dialectique est en mesure d’accéder à la vérité, de fonder le jugement et d’agir sur le monde. Il faut se garder de le confondre avec le simple exercice de la raison ou avec la méthode scientifique, qui ne l’ont pas attendu. Le rationalisme, non seulement exclut de la connaissance les données de la foi ou de la légende (ce qui sera le fondement du matérialisme), mais aussi il impose un examen mathématique du monde qui conduit, d’abord, à le diminuer, ensuite, à le désenchanter, enfin, à l’exploiter. Le rationalisme rejette ce qui n’est pas quantifiable ni praticable, il se force à ignorer, non seulement les mythologies, mais les récits sociaux et les convenances les plus simples, qui font obstacle à la vérité brute : il est parti de la lutte contre la « superstition », on l’a vu ensuite « déconstruire » les récits nationaux et les grands personnages de l’Histoire, on le trouve aujourd’hui à nier le bien et le mal, à questionner la nature de l’homme, la réalité du corps, la distinction entre les sexes ou les races, à mettre de côté comme simples construits sociaux les évidences liées à ces données biologiques de base dans le but d’éviter des biais cognitifs qui nous masqueraient une réalité plus fondamentale. Dans le même temps, ayant réduit notre univers à une somme d’éléments physiques par eux-mêmes sans signification, il lui est facile d’organiser l’optimisation de ces éléments pour qu’ils aient un fonctionnement plus conforme à la logique pure ; de là le progrès technique et ses excès, de là les théories inhumaines (car l’« humain » n’est pas une notion rationnelle) du « capital humain » et de l’exploitation raisonnée de la nature.

Le libéralisme enfin est l’organisation sociale tirée de l’humanisme et qui, plaçant l’homme au centre de la pensée politique, le considère comme son propre fondement, sujet de droits inaliénables enracinés dans sa nature, seul apte à déterminer sa vision du monde (y compris son sexe, sa nationalité, sa culture...) et à agir en conformité avec cette vision dans tous les domaines de la vie. Le libéralisme considère que la liberté permet à l’individu de s’accomplir selon la définition du bonheur qu’il a souverainement décidée. Et, puisqu’il y a autant de définitions incompatibles entre elles du bonheur que d’individus, le libéralisme, qui est une idéologie, c’est-à-dire le discours porté sur une idée, postule que c’est l’idée de liberté qui, capable d’organiser le monde matériel, orientera naturellement les individus différents vers un état parfait pourvu qu’on la maximise dans la société. Dans le domaine économique, le libéralisme affirme que la liberté totale des acteurs organise naturellement le marché vers une répartition optimale des ressources selon les besoins en fonction de « lois » bien entendu fictives. Dans le domaine moral, où il est appelé « libertaire » (autre mot, même réalité), le courant libéral brandit le relativisme subjectif (le bien et le mal n’existent pas, les interprétations du réel ne sont ni vraies ni fausses et peuvent coexister) et assigne à l’État la tâche de maintenir les instruments minimaux de bornage des prétentions contraires des individus lorsqu’elles entrent (inévitablement) en collision. Bien sûr, ces collisions ne cessent pas, et l’État, pour conserver en fonctionnement un système opérant la théorie libérale, est paradoxalement obligé d’aller toujours plus loin dans la contrainte, et de supprimer les libertés réelles, c’est-à-dire les prérogatives réelles d’une personne dans son environnement physique et moral, pour préserver la liberté théorique de l’individu propriétaire de lui-même ; et c’est ainsi que le système libéral force sous la menace de poursuites des millions d’hommes à appeler « femme » un homme s’étant mutilé le pénis au nom de la liberté de cet homme à être une femme s’il le veut. C’est évidemment contradictoire de contraindre au nom de la liberté, mais ce n’est pas une erreur d’application : c’est que la thèse centrale du libéralisme, qui dit que la liberté, idée pure, est capable d’organiser le monde réel de façon cohérente et optimale, cette thèse est fausse et ne produit que des incohérences et des monstruosités.

Le monde pourri d’aujourd’hui l’est sous l’action de ces trois dogmes des Lumières.

Ils n’ont pas immédiatement produit de tels effets, ils les ont développés lentement, au fur et à mesure de la transformation sociale, ils nous ont en passant apporté beaucoup de bonnes choses, notamment dans le domaine scientifique et technique, mais ils étaient voués à engendrer ces effets désolants.

La pensée des « Lumières » est venue entamer la société qui lui préexistait et qui a généré en réaction à cette intrusion une affirmation de ses principes antérieurs. Pour cette raison, la doctrine opposée à celles des Lumières est appelée Réaction et ceux qui la pratiquent sont des réactionnaires. Il ne s’agit pas d’une contre-doctrine, et l’on chercherait en vain à identifier en elle un corpus dynamique : ce sont les Lumières qui ont introduit l’idée de progrès et donc de dynamique dans les idées et les événements. Les réactionnaires ne souscrivent pas à cette façon de voir : leur idéal est la Tradition, qui est la permanence d’un ensemble d’objets, de mœurs, de représentations et d’attitudes transmises de génération en génération, où chacun se reconnaît, non pas maître de sa nature et de son destin, mais soumis à un ordre naturel supérieur, physiquement limité et mortel, issu de quelque part et ne touchant dans ce monde l’éternité qu’en recevant, en cultivant et en transmettant à une chaîne d’ascendants et de descendants parcourant l’infini du temps. La Tradition n’est pas immobile, et chaque génération apporte une altération, un enrichissement, un oubli parfois, à ce legs immense, mais le mythe de sa conservation demeure intact (tant qu’aucun rationalisme ne vient le mettre à bas) et les mythes sont souvent plus importants pour la survie des peuples que la subsistance matérielle de ses membres.

En termes politiques, le traditionalisme s’incarne dans le nationalisme, qui fait de la nation, c’est-à-dire du corps social mythique, le sujet de le réflexion et de l’action publiques. Il est aisé de voir combien les grandes idées politiques qui s’opposent dans le monde actuel découlent en fait de la même base : le libéralisme économique débridé du XIXème siècle, qui faisait travailler les enfants à la mine, a suscité en réaction le socialisme, qui en combat les excès économiques, mais en agissant selon les mêmes idéaux de liberté humaine et d’émancipation finale des êtres humaines – émancipation des liens de la Tradition qui assignent l’individu à une place fixe dans l’ordre cosmique. Le socialisme, et le communisme qui est sa version aboutie, ont à leur tour suscité le fascisme, qui, proche de la Réaction, est néanmoins contaminé par son origine politique et vise à son tour à proposer un « homme nouveau », à affirmer un « droit du plus fort » qui n’est que le libéralisme appliqué à la vie biologique, et à faire décréter le bien et le mal par l’État. Ce que le fascisme éveille de sympathie dans nos milieux, il le doit à la résonance qu’il fait de la Tradition dont il s’inspire et qu’il veut exalter ; ce en quoi il gâche cette intention et corrompt beaucoup de personnes de bonne foi chez nous, c’est en faisant de la Tradition un moyen vers les autres fins qu’il se propose (puissance, vitalité) plutôt que le contraire – qui n’est pas du tout une exclusion de la vitalité et de la puissance, mais seulement leur usage au service de la transmission, sans laquelle tout est une vanité temporaire qui s’évanouit aussitôt (je n’ai pas besoin de souligner l’importance de la religion pour contrer ce nihilisme).
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vendredi 10 juin 2022 à 08h54 - par  LieuxCommuns

Ce qui serait encore plus parfait, c’est que vous nous y aidiez.
Le projet est clairement écrit dans la présentation ci-dessus : « Sur cette version seuls les « pôles » idéologiques et les axes sont des zones cliquables, mais les prochaines versions devraient être progressivement entièrement interactives ».

En attendant, entre trois et cinq minutes de recherche sur le web vous donneront quelques éléments pour expliquer la présence de chacun sur cette cartographie.

LC

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lundi 6 juin 2022 à 14h27 - par  Benoît Martinez

Très bon travail de synthèse, mais c’est dommage qu’on ne puisse pas cliquer sur les noms des individus pour connaître la raison de leur présence sur la carte... Si vous pouviez faire cela ce serait parfait.