Le vol noir du corbeau

mercredi 7 octobre 2020
par  LieuxCommuns

Envoyé : mercredi 26 février 2020
De : PB de la librairie Publico
À : Lieux Communs
Objet : Information

Bonjour,

Fin 2018, début 2019, vous avez déposé des brochures « Le mouvement des gilets jaunes », brochure n°24 dans la Librairie Publico, librairie du Monde libertaire, 145 rue Amelot 75011 Paris.

J’ai repris depuis la responsabilité des ventes à Publico.

Dans une série d’autres textes émanant de vous, vous abordez des thématiques qui pourraient nous intéresser : la démocratie directe, la commune, la décroissance, l’islam, l’immigration, la démographie, les gilets jaunes, Castoriadis, les mouvements sociaux diverses, la critique de la technologie…

Mais il se trouve que des dérives et des confusions apparaissent :

• Confusion entre immigrants, musulmans, islamistes, non occidentaux, étrangers, « extrême droite musulmane ».

• Ainsi les étrangers seraient assimilés à une culture et le multiculturalisme pourrait nuire à la société et à la démocratie.

• Le « remplacement » de la société occidentale par la population immigrée et la montée de l’insécurité qui en résulte.

• D’autres écrits restent peu clairs par rapport aux mouvements LGBTQ+.

La librairie Publico ne peut cautionner nombre de vos écrits. Aussi, je vous informe que nous arrêtons toute collaboration avec vous et allons vous renvoyer les brochures.

Cordialement,

Pour la Librairie Publico,
La mandatée à l’Animation

Envoyé : mercredi 26 février 2020
De : Lieux Communs
À : PB de la librairie Publico
Objet : Re : Information

Bonjour,

Vous réagissez sans aucun doute au document ’à propos du collectif des lieux communs.pdf’, que vous reprenez mot-pour-mot (!), diffusé ces derniers jours par un corbeau censeur, qui porte contre notre travail des accusations graves et diffamatoires, sinon délirantes

Après recherches, ce texte semble émaner d’un ’spéciste intersectionnel’ qui s’en est déjà pris à la revue ’La Décroissance’. Il nous vise aujourd’hui suite à la diffusion sur notre site il y a quelques jours d’une cartographie de la galaxie des Frères Musulmans en France qui vise à éviter le concordat que le gouvernement élabore en ce moment même.
Une lecture rigoureuse de ce brûlot vous montrera immédiatement que beaucoup de citations ne sont pas de nous, toutes sont hors contexte donc éludent sciemment le hors-champ, que leur interprétation est totalement abusive, que beaucoup d’affirmations sont tout simplement fausses, etc. Il suffit de nous lire pour comprendre que nos positions sont celles de francs-tireurs travaillant à la démocratie directe et à tout ce qu’elle exige.

Mais l’essentiel est ailleurs.

Beaucoup de choses que nous disons ou écrivons ne vous conviennent sans doute pas, semblent contrarier vos convictions, bousculer ce qui semble être des évidences. C’est un fait et nous revendiquons la nécessité de sortir de lignes, d’ouvrir de nouveaux chantiers, de renverser des ’lieux communs’. Vous êtes une librairie et votre raison d’être est de faire vivre la vie de l’esprit, d’empêcher l’ankylose de la pensée, la clôture sur elle-même de la bêtise vers laquelle nous porte cette terrible époque qui travaille à délégitimer par la calomnie la distinction entre confusion idéologique et investigations intellectuelles.
Évidemment, il y a des propos inacceptables. Comme il y a des idées discutables, c’est-à-dire digne d’être discutées, vivement, collectivement, lucidement, courageusement, en prenant en compte des éléments de la réalité qui nous déplaisent. Nous prétendons œuvrer à cette seconde catégorie.

A vous de voir si ces procédés inquisitoriaux vous conviennent, qui se différencient autant de l’échange argumenté qu’un goulag est comparable à un camp d’été. Mais l’histoire a suffisamment montré qu’à ce grand jeu, vous finirez aussi par y passer. Car, à bien étudier vos rayonnages, la plupart des écrits tombent sous les coups de n’importe quel motif un tant soit peu ’radical’, et nous vous en faisons la démonstration quand vous voulez.

En restant à votre disposition pour tout éclaircissement et discussion.

Cordialement

LC


Envoyé : mercredi 4 mars 2020
De : Lieux Communs
À : PB de la librairie Publico
Objet : Tr : Re : Information

Bonjour,

Serait-il possible d’avoir une réponse à notre mail de la semaine dernière ?

LC


 Envoyé : mercredi 10 juin 2020
De : Lieux Communs
À : PB de la librairie Publico
Objet : Brochures ’Lieux Communs’

Bonjour,

Toujours aucune réponse de votre librairie Publico, suite à nos relances répétées (ci-dessous).

Vous avez reçu fin février le courrier anonyme d’un corbeau diffamant notre travail et nous avez depuis notifié de manière lapidaire l’arrêt brutal de toute diffusion de nos brochures.
Vous semblerait-il envisageable de seulement discuter de votre décision et de ce qui la fonde ?

Il est toujours difficile de répondre à une manœuvre de diffamation, anonyme qui plus est : quoi que l’on réponde, le mal est fait, le soupçon s’est instillé. Lire un démenti est toujours plus laborieux et moins croustillant que des insultes ou des insinuations basées sur des bouts de phrases — certaines n’étant même pas de nous. Et bien peu de ceux qui auront vent de l’épisode se donneront la peine de vérifier la moindre chose, de lire le contexte d’une citation ou même de mettre simplement celle-ci en rapport avec son ’interprétation’ (l’exercice en vaut pourtant la peine). On pourrait longuement passer en revue les débilités, les contradictions, les affabulations, les malhonnêtetés, etc. mais sans grand intérêt. Ceux qui connaissent le travail de Lieux Communs sont simplement consternés qu’on puisse parler à son propos de « racisme » (évidemment), d’ « impérialisme » (!), de « catholicisme » (!!), de « royalisme » (!!!), mais aussi de « dissimulation », de « mensonge », etc.

En réalité, cette lettre anonyme, méprisante pour tout le lecteur jusque dans sa forme, n’est compréhensible qu’à travers l’hystérie déclenchée par le questionnement autour de thématiques très particulières qui devraient échapper, étrangement, à l’analyse : ce sont bien évidemment l’immigration, l’islam, le multiculturalisme, etc. Profaner ces dogmes se révèle impardonnable.
C’est, au fond, la seule question qui vaille : est-il possible de les considérer comme des processus à comprendre, ne serait-ce que pour sauvegarder les valeurs de ceux qui s’en réclament, ou sont-ils rigoureusement inquestionnables quoi qu’il arrive et surtout quoi qu’ils deviennent ?

Il n’y a qu’une réponse à la calomnie qui fasse appel à l’intelligence et non à l’esprit de meute, c’est le libre examen de pièces en procès. Il y a cette brochure sortie il y a quelques semaines, qui ramasse la plupart des textes sur le thème :

Parution de la brochure n°25 : « La fin de l’immigration »

Mais si vous ne vouliez consacrer qu’une demi-heure à cette affaire, nous ne saurions trop vous recommander de lire uniquement celui-ci, le dernier en date, qui condense tous les sujets soulevés par notre corbeau, et qu’il cite :

Immigration, écologie et décroissance

Il témoigne parfaitement de la démarche de Lieux Communs depuis sa fondation.

Si, après sa lecture et comparaison avec l’interprétation du corbeau, vous décidiez de ne plus accueillir nos brochures, alors il faudra se réjouir conjointement de la levée d’un malentendu qui aura duré 10 ans. Inutile de dire que nous comprendrions parfaitement ce choix, quoi qu’il contribue à reculer un peu plus face à la terreur idéologique qui s’installe, quel qu’en soit le bord.

A contrario, au cas où vous décideriez de garder nos brochures, nous n’ignorons pas que cela risquerait de vous attirer quelques violentes antipathies d’un certain milieu que nous avons côtoyé et que nous ne reconnaissons plus en rien (là aussi, malentendu de jeunesse entre la défense aveugle d’une cause et la recherche de l’action et de la pensée juste).
Cela ne peut que peser dans vos délibérations.

Cordialement,

LC


Envoyé : mercredi 27 juillet 2020
De : Lieux Communs
À : PB de la librairie Publico
Objet : Tr : Re : Information

Bonjour,

Nous sommes passés à la librairie Publico vendredi 6 juillet.

Votre libraire nous a remis nos brochures, sans un mot, arguant qu’il n’avait pas ’suivi les échanges’ qui mettaient fin à la diffusion de nos brochures par votre libraire.

Apparemment, il ignorait qu’il n’y avait jamais eu aucun échange entre nous. Il semblait également ignorer que votre décision s’était faite sur la seule base d’une lettre de délation anonyme. Il ignorait aussi que votre mail lapidaire était un copié-collé de trois lignes de la missive diffamatoire du corbeau et que vous l’aviez envoyé le lendemain de sa réception.
Il paraissait ignorer tout autant que depuis six mois, malgré nos relances, nos demandes d’explication, nos propositions de discussion, vous n’aviez daigner nous adresser un seul courrier, ne serait-ce que pour confirmer la fin de nos dix ans de collaboration.
Il ignorait tout cela, du moins l’affirmait-il, car il pensait sans doute, comme nous, que Publico ne pouvait que réagir normalement.

Normalement, c’est-à-dire comme l’ont fait la quasi totalité des autre librairies qui nous diffusent, et comme l’exige le bon sens : soit en renvoyant le corbeau sur sa branche, lui précisant que personne ne devrait jamais avoir besoin de lettre de dénonciation pour prendre des décisions, soit en nous demandant des explications ou, plus simplement encore, en lisant ne serait-ce qu’un seul de nos textes, comme nous vous le proposions.

Et cela suffisait pour faire un choix argumenté, quel qu’il soit.

Il n’est question ici que de ’normalité’ et de ’bon sens’. La charité impose de ne pas invoquer quelques principes libertaires comme le courage de ses opinions face à la meute, la liberté de penser y compris contre soi-même, la révolte contre toute forme de domination y compris et surtout idéologique, le goût pour la dissidence et la controverse et – pourquoi pas ? – la camaraderie, fût-elle celle du passé. Vous brandissez sans doute ce bon vieil antifascisme, dont les anarchistes ont pourtant fait les frais dans l’histoire, sans que l’on ne vous ait jamais vu pour autant, depuis trente ans, dans les premiers rangs de ceux qui luttent contre l’islamisme ou, aujourd’hui, le ’racialisme’, qui commencent tous deux à montrer leurs visages hideux.
Et, ici, la boucle se boucle, puisque c’est eux, et leurs méthodes, dont se réclame le corbeau, dont vous emboîtez le pas. Il n’y a pas suicide plus explicite.

Il ne nous reste plus qu’à vous souhaiter bon courage, puisque vous ne semblez seulement pas soupçonner ce qui est en train d’arriver.

Vous nous trouverez à vos côtés [ comme ce fut déjà le cas lors de l’irruption d’un escadron au Salon du Livre Libertaire de Lyon en 2014 ] lorsque votre tour viendra, ce qui ne saurait tarder, au nom de ces mêmes principes que nous pensions partager.

LC


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