Les meilleurs serviteurs de la multiculturalie (2/2)

Communiqués internes n° 014 & 015 du Comité Central du gauchisme culturel
vendredi 6 avril 2018
par  LieuxCommuns

Textes extraits du bulletin de Guy Fargette « Le Crépuscule du XXe siècle » n°31-32, octobre 2016.

La satisfaction des partisans du multiculturalisme est compréhensible devant les succès immenses, si longuement préparés, que leur idéal ne cesse de rencontrer un peu partout dans le monde occidental. Il convient donc de rendre explicite ce qu’un Comité Central conséquent ne manquerait pas de formuler par des communiqués internes à vocation de formation, afin d’éclairer définitivement la logique qui sous-tend cette activité idéologico-pratique. Il s’agit en somme de laisser s’exprimer le “surmoi collectif” de ses partisans les plus déterminés. Leur mot d’ordre peut se résumer à ce cri du cœur des populistes russes de la fin du XIXe siècle, qui fut la boussole du marxisme-léninisme dans toutes ses manifestations : “détruire l’Occident pourri !”.

Voir la première partie


Les meilleurs serviteurs de la multiculturalie

(communiqué interne n° 014 du Comité Central du gauchisme culturel)

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Salut aux fidèles militants,avant-garde d’acier de la multiculturalie (3)

Qui pourrait décrire en quelques lignes le parcours d’un Daniel Cohn-Bendit ? Sa longévité comme personnage public, naviguant avec aisance entre deux pays et divers milieux, atteste de sa qualité de personnage politique sachant se mouvoir sur une scène théâtrale diversifiée. Il a dédaigné s’incruster dans une carrière de journaliste ou d’universitaire. Ses références “libertaires” initiales lui ont permis de se décerner un éternel brevet d’anti-autoritarisme, même s’il a évolué dans des milieux anarchistes marqués par l’affaire Fontenis, cet idéologue si désireux de mimer les méthodes marxistes-léninistes et qui provoqua la plus grande crise interne de la petite mouvance anarchiste résiduelle en France. La préférence de Cohn-Bendit pour les noyaux militants déterminés, d’où découla son entrisme dans le Parti Vert allemand avec Joschka Fischer, relève de cette culture militante qui donne la priorité aux noyaux d’activistes politiques spécialisés. Sa défense des principes multiculturels même contre la volonté démocratiquement exprimée des peuples (cf sa réaction à l’interdiction des minarets en Suisse, et au référendum dans ce même pays qui a rendu la décision sur les flux migratoires à la Suisse au lieu de l’Union européenne) est beaucoup moins spontanée qu’il ne semble à ses admirateurs.

Mais en France, après quelques succès d’estime avec le groupuscule Vert, élargi en informe conglomérat électoral, il a été débordé par de jeunes loups qui avaient une carrière à mener. La direction des écologistes a été préemptée par ces arrivistes sans attaches, capables de prendre le contrôle des assemblées générales brouillées qui sont le creuset de cette écologie politicienne, avec pour seule et féroce ambition de jouir de quelque “fromage”. Aubry, oligarque PS, héritière du fief déliquescent de la SFIO à Lille, les y a beaucoup aidés en 2012, en leur accordant bien plus de postes de députés qu’ils n’espéraient : ce fut sa manière de nuire à Hollande qui venait de la supplanter dans la primaire des Présidentielles. Toutes les variétés d’“écologie politique” ont en tout cas maintenu une continuité frappante, depuis Lalonde, Voynet, etc. : ils savent remarquablement récupérer n’importe quelle thématique à des fins de carrières personnelles. [1] Même s’ils ne font pas longtemps illusion, d’autres candidats piaffent d’impatience de les suivre dans la carrière...

Le ton si particulier de Cohn-Bendit, sa gouaille insolente qui se veut séditieuse, est demeuré sa touche personnelle, qui a survécu au changement du contenu de ses discours : chez lui, la critique des gouvernants des années 1960 a fait place à une saine méfiance puis à un nécessaire dénigrement envers le “peuple” qui vote si mal, et dont les élans sont si peu conformes au politiquement correct et aux théories abstraites chargées de leur tracer les voies de l’avenir souhaitable. Cet aventurier de la politique, qui aimait épater le bourgeois par quelque anecdote scabreuse, persuadé de détenir la clé d’un nouveau mode de vie, a fini par rechercher la compagnie des sur-dirigeants de l’oligarchie européenne... Son ralliement aux milieux européistes les plus frelatés, comme on le voit dans son appel en 2014 à élire au poste de Président de la Commission européenne Juncker, l’ancien premier ministre du Luxembourg, principal paradis fiscal incrusté dans le système nerveux de l’Union européenne, a sonné comme un acte testamentaire.

Sa capacité à se pousser sur le devant de la scène semble irrépressible : même en semi-retraite, adonné aux commentaires complaisants sur l’industrie du football, il parvient encore à se glisser dans certaines initiatives concernant les jeux de pouvoir oligarchiques. Il a ainsi participé en janvier 2016 à une pétition exigeant des “primaires” à gauche, dans le but très douteux d’assurer la présence d’un PS moins fragile face au Front national en 2017, qui lui apparaît comme le seul vrai danger. Il n’a jamais cherché le pouvoir pour lui-même, mais a toujours baigné dans les eaux de l’influence. C’est un peu pour cela qu’il est le meilleur d’entre nous. L’action discrète est une qualité fondamentale du naufrageur.

Paris le 14 avril 2016


Les meilleurs serviteurs de la multiculturalie

(communiqué interne n° 015 du Comité Central du gauchisme culturel)

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Salut aux fidèles militants, avant-garde d’acier de la multiculturalie (4)

Il y a enfin le “philosophe” transcendantal Badiou, ornement de l’École Normale supérieure, cette pépinière scolaire parisienne dont tant de cerveaux se sont appliqués à voler au secours des vainqueurs idéologiques apparents de chaque époque, qui occupe le poste indiscutable du “vieux de la montagne Sainte-Geneviève”. Il est le dernier maoïste sécrété par ce nid. Son ancrage indéfectible dans le IVe monothéisme marxiste-léniniste et son combat fièrement sournois, jamais démenti, contre l’Occident (résumé par son expression : “Occident, ce mot maudit”), est une référence pour tous les multiculturalistes conséquents. Les terres de libertés individuelles et collectives ne parvenant jamais à la perfection supra-historique, elles devraient disparaître.

Badiou persiste à affirmer clairement qu’il faut que tous les malheurs du monde se ramènent à une seule source, afin que la solution, le remède à tout, se résume en une subversion triomphale de cette source. Notre foi exige ainsi qu’il suffise de voler le talisman du pouvoir pour que le bonheur historique advienne de lui-même. L’histoire est ainsi verrouillée dans son monisme négatif et positif. Toute imperfection concrète devient symbole d’un mal fondamental unitaire, ce qui rend insignifiant tout despotisme non-occidental, au regard de cette foi en l’histoire, cristallisée en IVe monothéisme.

Le “capitalisme”, être démoniaque constitué sous ce terme par Werner Sombart [2] au tournant du XIXe et du XXe siècle, avant que cet auteur ne se rallie un temps aux courants philo-nazis de l’Allemagne de Weimar, est l’autre nom transhistorique du démon. Ce mot, tel qu’il est passé dans le langage politique, autorise à lui seul un commode automatisme verbal en toute circonstance (il a suffit de lui substituer le mot “Juif” pour obtenir les longues litanies de la rhétorique antisémite du national-socialisme). En partant du principe que l’état de choses ne résulte pas d’un ensemble de mécanismes concrets, historiquement définis, tissés au long d’une histoire pluriséculaire, selon des processus hétérogènes exigeant un réexamen permanent, les lignes du discours critique se trouvent radicalement simplifiées. La complexité de l’histoire étant ainsi escamotée, l’impossibilité de l’avènement du paradis sur terre est gommée. Le “capitalisme” doit exister comme être total, d’un bloc, appelant une solution parfaite ou rien. Comme l’écrivait Sartre, si le “communisme” n’est pas possible, alors l’humanité ne vaut pas mieux qu’une société d’insectes.

L’affirmation récente de Badiou susurrant le 15 avril 2016 lors de son “débat” consanguin avec Varoufakis, ce stalino-gauchiste version grecque un peu moins idéologue que lui, que la disparition de l’Occident ne serait qu’un “petit malheur”, renvoie à l’intention performative de tous ses énoncés de naufrageur, même dans les rares cas où il néglige de rendre un hommage compulsif au “grand timonier”, le plus grand producteur marxiste-léniniste de cadavres. Sa déclaration à Varoufakis : “Construisez le champ de bataille pacifié et je m’occupe de l’armée” résume assurément sa morgue de chamane inébranlable, dont le multiculturalisme a tant besoin. N’oublions jamais ce credo formulé par d’autres partisans plus frustres : “la révolution, c’est le carnage”, formulation d’une audace admirable puisque “carnage” signifie : “massacre d’innocents”.

Les multiculturalistes conscients doivent s’endurcir sans cesse. L’enjeu historique, l’avènement de la fin des temps et de l’histoire, est trop important pour laisser nos mains trembler. Badiou et ses badiouseries incessantes sont là pour nous conforter dans cette conviction.

Paris le 17 avril 2016

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[1Voir à ce sujet l’ouvrage de Fabrice Nicolino, “Qui a tué l’écologie ?”, éditions Les Liens qui libèrent, 2011

[2A l’époque, W. Sombart était de beaucoup le plus connu des sociologues, qui n’étaient pas encore de simples militants déguisés (Max Weber, par exemple, ne rencontra la vraie renommée qu’après sa mort). L’économiste Rodbertus avait déjà utilisé le terme de “capitalisme” dans un sens global et péjoratif, mais ce terme n’avait pas encore pénétré le vocabulaire politique.


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