Les meilleurs serviteurs de la multiculturalie (1/2)

Communiqués internes n° 012 & 013 du Comité Central du gauchisme culturel
lundi 5 février 2018
par  LieuxCommuns

Textes extraits du bulletin de Guy Fargette « Le Crépuscule du XXe siècle » n°31-32, octobre 2016.

La satisfaction des partisans du multiculturalisme est compréhensible devant les succès immenses, si longuement préparés, que leur idéal ne cesse de rencontrer un peu partout dans le monde occidental. Il convient donc de rendre explicite ce qu’un Comité Central conséquent ne manquerait pas de formuler par des communiqués internes à vocation de formation, afin d’éclairer définitivement la logique qui sous-tend cette activité idéologico-pratique. Il s’agit en somme de laisser s’exprimer le “surmoi collectif” de ses partisans les plus déterminés. Leur mot d’ordre peut se résumer à ce cri du cœur des populistes russes de la fin du XIXe siècle, qui fut la boussole du marxisme-léninisme dans toutes ses manifestations : “détruire l’Occident pourri !”.

Les meilleurs serviteurs de la multiculturalie

(communiqué interne n° 012 du Comité Central du gauchisme culturel)

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Salut aux fidèles militants, avant-garde d’acier de la multiculturalie (1)

Toujours alerte sur le terrain de la traque idéologique, Plenel a su sortir le premier des fourrés du gauchisme caviar et confortable, pour prendre des risques dignes d’un véritable séditieux dans l’âme. Dans son “Pour les Musulmans”, il a par avance osé intimer aux victimes des égorgeurs : ’Ne faîtes pas de la politique au couteau !’. Fidèle au principe du grand praticien Joseph Vissarionovitch, il sait toute l’efficacité de l’attribution préventive du forfait à ceux qui en seront précisément les cibles. Tout ce pamphlet, dans lequel il se présente avec aplomb comme la réincarnation de Zola, mérite une mention éminente. La transposition du refus de l’antisémitisme en refus de “l’islamophobie” est le grand levier néo-totalitaire de l’époque.
Le noeud de son réquisitoire se fonde sur la reprise appliquée du psychodrame halluciné d’un Letchimy contre Guéant, qui avait osé insinuer en 2012, dans un discours écrit par un idéologue de l’oligarchie [1], que les Occidentaux avaient au moins le droit minimal de préférer certaines valeurs. Letchimy dénonça aussitôt cette manifestation de la “bête immonde”, tapie dans ce genre de phrase. Par son hommage appuyé, si consciencieux, à cette manœuvre, Plenel montre qu’il appartiendra toujours à la gauche fondamentale. Et ceux qui oseraient signaler que la “bête immonde” nationale-socialiste ne fut ni la seule ni surtout la première du genre doivent être réduits au silence par toutes les formes d’intimidation imaginables.
Sinon le public de gauche finirait par avoir une conscience aiguë de ce que les premiers camps de concentration (c’est-à-dire ceux où un État enferme ses propres ressortissants) furent établis dans l’Europe géographique par le régime bolchévique à l’été 1918, soit 15 ans avant que Hitler n’arrive au pouvoir en Allemagne, que les camps de la mort existèrent en Union soviétique dès 1921 dans la région d’Arkhangelsk et que la matrice du goulag était en place dès 1923 aux îles Solovki.
Le naïf public de gauche se souviendrait aussi que les premiers génocides sur le sol européen, sans même parler des moments de guerre civile exterminatrice dans certaines régions russes, furent réalisés dès 1929, soit en temps de paix apparente, et que les plus graves eurent lieu de 1931 à 1933 en Ukraine et au Kouban.
Ce même public pourrait constater que la propagande soviétique dénonçant la crise capitaliste de 1929 coexistait précisément avec la cannibalisation de millions de “citoyens soviétiques” réduits à un esclavage tout à fait nouveau et moderne : la production de cadavres à une échelle inouïe en temps de paix. Les marxistes-léninistes, ces technocrates inégalés de l’histoire, ont bel et bien été les premiers à mettre en oeuvre le moyen enfin trouvé de manier les grandes masses humaines.
Ce public se rendrait compte, enfin, que la merveilleuse croissance économique de l’Union soviétique fut de bout en bout un artefact de propagande : elle n’atteignit jamais les 5 % par an, que la Russie tsariste avait pu maintenir entre 1888 et 1914 en bénéficiant de capitaux étrangers.
Ce public de la gauche fondamentale et de la droite alignée sur ses intimidations en viendrait à réaliser que les nationaux-socialistes demeurèrent jusqu’en 1941 d’assez ternes plagiaires, dont les capacités ne se déployèrent pleinement qu’à partir de ce moment-là, pour rattraper et concurrencer l’exemple terrible qu’ils observaient depuis plus de vingt ans.

La référence passionnelle de Plenel à Letchimy appelle une précision supplémentaire : ce Letchimy, émule d’Aimé Césaire, prolonge sans état d’âme l’engagement de son mentor dans le Parti communiste durant la période la plus sinistre du XXe siècle, que ratifia son épitaphe enthousiaste au “grand Staline” décédé en 1953. Aimé Césaire affirmait se battre contre un esclavage aboli depuis déjà un siècle en son temps, en fait contre ses séquelles, mais prêtait la main à la création d’un nouvel esclavage, encore plus mortifère ! Sa rupture avec le Parti en 1956, seulement après la publication du rapport Khrouchtchev, dénote un conformisme idéologique étonnant, qui illustre toutes les ressources du moralisme à géométrie variable, notre socle intangible. Depuis les années 1930, quiconque voulait savoir le pouvait, surtout pour un intellectuel qui avait eu quelque lien avec les surréalistes. Il est vrai que seul un reste de décence et de bon sens, signes d’une faiblesse trop humaine, explique qu’Aimé Césaire ait préféré défendre la départementalisation des Antilles françaises, plutôt que de céder à la facilité d’une revendication d’indépendance, qui aurait sans doute conduit ces régions à un naufrage tout aussi sinistre que celui des régimes socialistes.

Mais Plenel, si fier de son père, “pied-rouge” allant jouer les valets auprès des gangsters qui avaient confisqué l’indépendance algérienne, n’est pas de ceux qui cèdent à ce genre de prudence, ni de ceux qui corrigent leurs errements. Sa conviction d’appartenir au Parti du Bien est conforme à notre principe qui exige le silence sur les apories de l’histoire, tant le dévoilement de l’une peut en amener beaucoup d’autres. Ainsi, plus le temps passe et moins l’alliance de Staline et de Hitler en 1939 trouve d’arguties pour sa défense. La Shoah n’aurait jamais eu lieu sans ce Pacte d’août 1939, qui entraîna la destruction des États polonais et baltes, et qui permit l’agression militaire de juin 1941 contre l’URSS. Un silence sans faille sur cette compromission systémique de l’antifascisme avec le nazisme est crucial si nous voulons pouvoir disposer encore de ce genre de liberté de manœuvre à l’avenir.
Notons enfin que la plume audacieuse de Plenel n’est pas la seule à mériter notre éloge : sa gestuelle très particulière devant les caméras, grimaces de prêtre greffées sur une moustache de tchékiste, est d’une efficacité indiscutable. Et son habileté devant Finkielkraut, sur la question de la judéité, mérite une mention particulière : le vieux principe des autorités des camps sibériens assénant aux détenus “vous et nous, c’est nous” constitue une arme dont le pouvoir stupéfiant demeure intact.

Paris, le 12 avril 2016


Les meilleurs serviteurs de la multiculturalie

(communiqué interne n° 013 du Comité Central du gauchisme culturel)

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Salut aux fidèles militants, avant-garde d’acier de la multiculturalie (2)

E. Todd a réussi à bâtir une casuistique démographique qui a assuré sa position dans le monde académique. Il en a fait son créneau, au sens du marché universitaire : sa carrière a consisté à transposer le principe explicatif marxiste de la “croissance des forces productives”, si essoufflé, en “fonctionnement des forces reproductives familiales”, celles-ci devenant à ses yeux le véritable moteur de l’histoire, ce qui a ouvert un gisement d’études inépuisable sur la famille à travers les âges et les continents.

Mais à la manière de Plenel, négligeant de se calfeutrer dans les confortables fourrés du gauchisme culturel, Todd s’est senti obligé de sortir de sa benoîte routine en publiant “Qui est Charlie ?” [2]. Sa détermination à qualifier les rassemblements spontanés après les attentats de janvier 2015 et la stabulation de masse du 11, de manifestations d’islamophobie “pétainiste”, l’a évidemment grillé sur le terrain de la rigueur et révélé au grand jour l’architecture profonde de son imposture méthodologique, puisque ses “capacités d’analyse” sur la démographie des régions françaises servent à justifier son réquisitoire. Il ne s’agit d’ailleurs pas d’un pamphlet improvisé, puisqu’il a confirmé ensuite dans divers entretiens l’ampleur de sa conviction. Des phrases telles que : “En tant que Français, Djamel Debbouze est beaucoup plus important que Finkielkraut”, ou “la revendication de la laïcité, c’est l’autre nom de l’islamophobie” [3] montrent son attachement multiculturaliste sans faille. Tout ce qu’il écrit est désormais soupçonné de relever de la tache de sang intellectuelle, mais c’est un genre propagandiste en soi, qu’un Aragon avait brillamment défendu en son temps en le qualifiant de “mentir vrai”. Se sacrifier pour la cause anti-occidentale est la marque d’une fidélité exemplaire non seulement au gauchisme culturel, mais dans ce cas, au stalino-gauchisme le plus décomplexé, maillon intermédiaire de la grande industrie du mensonge que le XXe siècle a produite.

L’admiration sans mélange de Todd pour la Russie de Poutine au début des années 2000, “payant l’impôt du sang” en Tchétchénie [4] afin de remettre sur pied une logique impériale authentique, laissait déjà percer la qualité de cet intellectuel “organique”, formé aux méthodes totalitaires les plus assurées : l’identification à la force brute, quelle que soit son origine, est en effet le substrat intangible de ces militants du XXe siècle, siècle des totalitarismes et non des révolutions.

On ne saurait trop souligner l’importance de la passion hystérique qui se dégage de l’emportement idéologique de Todd : l’Occident est l’ennemi secrètement public de notre cause, en tout lieu et à toute heure. Il importe de voir des “pétainistes” partout et de les traquer sans relâche : ils ne cessent d’apparaître autour de nous et nous sommes curieusement les seuls à pouvoir les identifier et donc les dénoncer. Il est particulièrement vital de poursuivre tous ceux qui s’entêtent à se souvenir du passé, de la manière dont les sociétés occidentales se sont concrètement tissées, de l’importance qu’a pu avoir la littérature pour les nations comme la France, etc.

Enfin et surtout, la très belle forfaiture de Todd consistant à imputer aux Occidentaux l’antisémitisme galopant des musulmans, si ancré jusque chez leurs enfants de huit ans, est conforme à l’audace propagandiste élaborée par l’école politique dans laquelle il s’est toujours inscrit, comme le montre le timbre de sa voix, qui résonne encore de la tonalité caractéristique des Ecoles du Parti où il était encarté dans ses jeunes années de “formation”.

Paris, le 13 avril 2016


Voir la seconde partie


[1Yves Roucaute, qui a notamment écrit un texte théorisant le régime oligarchique, “La République contre la démocratie”, Plon, 1996.

[2“Qui est Charlie ? (Sociologie d’une crise religieuse), E. Todd, Seuil, mai 2015.

[3Clique.TV, 9 septembre 2015

[4“Chacun ironise sur ses difficultés en Tchétchénie. Mais, dans le Caucase, la Russie est en train de démontrer qu’elle peut encore prélever sur sa population l’impôt du sang”, p. 67, “Après l’empire”, Gallimard, 2002.


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