Multiculturalie d’abord !

Communiqués internes n° 004 & 005 du Comité Central du gauchisme culturel
vendredi 7 juillet 2017
par  LieuxCommuns

Textes extraits du bulletin de Guy Fargette « Le Crépuscule du XXe siècle » n°31-32, octobre 2016.

La satisfaction des partisans du multiculturalisme est compréhensible devant les succès immenses, si longuement préparés, que leur idéal ne cesse de rencontrer un peu partout dans le monde occidental. Il convient donc de rendre explicite ce qu’un Comité Central conséquent ne manquerait pas de formuler par des communiqués internes à vocation de formation, afin d’éclairer définitivement la logique qui sous-tend cette activité idéologico-pratique. Il s’agit en somme de laisser s’exprimer le “surmoi collectif” de ses partisans les plus déterminés. Leur mot d’ordre peut se résumer à ce cri du cœur des populistes russes de la fin du XIXe siècle, qui fut la boussole du marxisme-léninisme dans toutes ses manifestations : “détruire l’Occident pourri !”.

Multiculturalie d’abord !

(communiqué interne n° 004 du Comité Central du gauchisme culturel)

Kamel Daoud et les 19 commissaires politiques

Kamel Daoud, écrivain d’Algérie ayant acquis une certaine notoriété, notamment avec son livre “Meursault, contre-enquête”, a commis une tribune inacceptable dans Le Monde du 05 février 2016 (apparemment reprise de celle parue dans La Repubblica du 10 janvier), où il prétend jeter un éclairage sur les violences de masse faites aux femmes occidentales le 31 décembre 2015, à partir de certaines caractéristiques qui définiraient le comportement des hommes musulmans. Il suffit d’en citer quelques-uns pour percevoir le danger extrême que ces aperçus font courir à notre cause :

“en Occident, pour le réfugié, sa culture est ce qui reste”

“les adoptions collectives ont ceci de naïf qu’elles se limitent à la bureaucratie et se dédouanent par la charité”

“l’immense misère sexuelle dans le monde arabo-musulman” induirait un “rapport malade à la femme”

“l’accueillir n’est pas le guérir”

“la femme est le reflet de la vie que l’on ne veut pas admettre”

“l’islamiste n’aime pas la vie”

“l’islamiste en veut à celle qui lui donne la vie” :

“(la femme) incarne la distance entre lui et Dieu”

“en Occident, la liberté est si insolente”, etc.

La réponse est venue dans Le Monde du 12 février 2016 avec une charge de 19 universitaires (voir la liste ci-dessus), qui ont sauvé l’honneur du multiculturalisme. Cette mise au point joue de la diversion méthodique, de la dénonciation des “clichés orientalistes” chez un apostat potentiel, qualifié à mot couvert de “collabo”, du refus de son “essentialisme radical produisant une géographie fantasmée”, du démasquage de sa prétention à opposer au monde de la soumission et de l’aliénation un autre de libération et d’éducation, de la réfutation de son audace consistant à porter un jugement sur l’état psychologique tendanciel du monde musulman. Ils en viennent à poser la question rigoureuse : “De quoi Kamel Daoud est-il le nom ?”, badiouserie irréprochable qui confirme le solide enracinement de ces 19 fonctionnaires de l’État culturel dans une idéologie de granit.

Kamel Daoud fait partie de ces intellectuels laïques ultra-minoritaires dans leur propre pays, qui épousent une islamophobie caractéristique, majoritaire dans les pays occidentaux (les Occidentaux ne résistent-ils pas scandaleusement à la conversion et à la soumission ?) : “derrière son cas”, susceptible d’un traitement que tout multiculturaliste lui souhaite, il tend à “racialiser” (sans race !) les violences sexuelles. De toute façon, est “islamophobe” celui que nous désignons comme tel !

Affecter d’entrevoir la bête immonde éternelle chez Kamel Daoud est indispensable pour atteindre nos objectifs. En dehors de l’Occident, comment de tels “minoritaires” osent-ils s’exprimer ? Voudraient-ils répandre le virus de la réflexion et du débat sans limites ? Nous avons tant de peine à nous en débarrasser ici qu’il convient de soutenir tous ceux qui s’efforcent d’effacer cette voix dissidente là-bas...

La multiculturalie est d’abord un combat !

Paris, le 17 février 2016

Les dix-neuf : Noureddine Amara, historien, Joel Beinin, historien, Houda Ben Hamouda, historienne, Benoît Challand, sociologue, Jocelyne Dakhlia, historienne, Sonia Dayan-Herzbrun, sociologue, Muriam Haleh Davis, historienne, Giulia Fabbiano, anthropologue, Darcie Fontaine, historienne, David Theo Goldberg, philosophe, Ghassan Hage, anthropologue, Laleh Khalili, anthropologue, Tristan Leperlier, sociologue, Nadia Marzouki, politiste, Pascal Ménoret, anthropologue, Stéphanie Pouessel, anthropologue, Elizabeth Shakman Hurd, politiste,Thomas Serres, politiste, Seif Soudani, journaliste


La multiculturalie progresse

(communiqué interne n° 005 du Comité Central du gauchisme culturel)

Le petit prophète Orelsan

Sourate 4 An’nisa (les femmes) :
Verset 34. Les hommes ont autorité sur les femmes, en raison des faveurs qu’Allah accorde à ceux-là sur celles-ci, et aussi à cause des dépenses qu’ils font de leurs bien. Les femmes vertueuses sont obéissantes (à leurs maris), et protègent ce qui doit être protégé, pendant l’absence de leurs époux, avec la protection d’Allah. Et quant à celles dont vous craignez la désobéissance, exhortez-les, éloignez-vous d’elles dans leurs lits et frappez-les...

Tout rappeur prend un air d’aboyeur absolu dès lors qu’il sait se transformer en procureur chargé à la fois de prononcer le verdict et d’exécuter la sentence, manifestant le merveilleux sens unitaire de l’action historique réglée sur le principe du prêche monothéiste. Le talking blues, sermon scandé de la Jamaïque, n’est-il pas l’ascendant direct du rap ?

La relaxe dont a bénéficié Orelsan le 18 février 2016, pour plusieurs chansons interprétées en mai 2009, dans lesquelles on trouvait des phrases telles que :

“Renseigne-­toi sur les pansements et les poussettes/Je peux te faire un enfant ou te casser le nez sur un coup de tête”, “J’respecte les schnecks - les filles - avec un QI en déficit/Celles qui encaissent jusqu’à devenir handicapées physiques”

ou encore cette expression :

“Ferme ta gueule ou tu vas te faire marie-trintigner”,

constitue une véritable victoire multiculturelle, relatée par Le Monde du 20 février 2016 :

’La question qui s’est posée aux juges était donc de déterminer si les paroles incriminées cherchaient volontairement à injurier les femmes et à inciter à la violence contre elles ou si elles étaient d’abord et principalement “l’expression du malaise” d’une partie d’une génération. C’est cette deuxième voie que la cour d’appel de Versailles a retenue : “Orelsan dépeint, sans doute à partir de ses propres tourments et errements, une jeunesse désenchantée, incomprise des adultes, en proie au mal-­être, à l’angoisse d’un avenir incertain, aux frustrations, à la solitude sociale, sentimentale et sexuelle. ”(...)

“Sanctionner de tels propos « reviendrait à censurer toute forme de création artistique inspirée du mal-être, du désarroi et du sentiment d’abandon d’une génération en violation du principe de la liberté d’expression », conclut la cour en prononçant la relaxe du rappeur”.

Un principe d’immunité différentielle en faveur de tout militant de l’industrie du divertissement s’est ainsi trouvé validé avec éclat. Ce précédent juridique ne peut que contribuer à aligner le statut des femmes sur une norme que la nouvelle idéologie latente entend faire prévaloir.

Le Comité Central du gauchisme culturel salue cette époque qui s’est remise à bouger dans le sens d’un volontarisme conquérant auquel il faut participer. La dégradation radicale du statut des femmes, à l’instar des réalisations de la Grande Révolution qui fit régresser leur situation en-deçà de celle que l’Ancien Régime leur concédait, redevient la condition de l’avènement du nouvel ordre à venir, pourvu que l’on y mette quelque forme juridique.

Paris, le 28 février 2016


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