En banlieue, l’islamisme élémentaire (1/2)

mercredi 7 septembre 2016
par  LieuxCommuns

Ce texte fait partie de la brochure n°21 « Islamismes, islamogauchisme, islamophobie »
Première partie : L’islam à l’offensive, de la prédication à la guerre
Novembre 2015

IslamismesI

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Sommaire :

  • En banlieue, l’islamisme élémentaire (Entretien) — ci-dessous...

Entretien réalisé auprès d’une sympathisante en juin 2015


Nayla, tu veux te présenter ?

Je suis institutrice volontairement précaire (en fait on dit maintenant « Professeur des écoles » tant on n’institue plus grand-chose...), française, née en France au début des années 70 de parents d’origine maghrébine et musulmane. Je fais essentiellement des remplacements de congés maladie, de dépressions, de congés maternité, etc., remplacements dont la durée varie de trois jours à la totalité de l’année scolaire. Je travaille dans les banlieues « populaires » d’une grande agglomération. Donc je vole comme ça, depuis environ 6 ans, d’école en école, maternelles mais surtout élémen­taires. J’ai dû en faire plus d’une quarantaine en tout... Donc des enfants qui ont entre 3 et 12 ans.

Ça donne un bon point de vue... D’autant plus que tu y habites, non ?

Oui, depuis une dizaine d’années – et je me bats pour ne pas avoir d’écoles trop près de la cité où je vis. J’ai donc un panorama de ce qui s’y passe, et c’est très inquié­tant. Ce sont des quartiers et des classes avec des dizaines d’origines différentes, Afghanistan, Pakistan, Inde, Roumanie, Mali, Sénégal, Caraïbes, Tchétchénie, Ukraine, etc. et bien sûr massivement Maghreb et maintenant Moyen-Orient, et souvent le seul « liant » culturel de ces petites tours de Babel ça va être l’islam, de gré ou de force, puisque les classes sont souvent musulmanes à plus de 70 %, voire plus dans ces quartiers.

Pour toi, c’est la religion qui pose problème à l’école ?

J.-P. Le Goff, J.-C. Michéa, etc. ont très bien décrit le tournant managérial de l’enseignement à la fin des années 90. À cette époque, j’étais prof dans le secondaire en banlieue et je vivais ce tournant avec l’amer constat de la récupération des outils et techniques des pédagogies institutionnelles et autogestionnaires que je pratiquais depuis quelques années et sur lesquelles je publiais occasionnellement. J’étais alors, comme ces auteurs, aveugle à l’émergence de cette contre-culture-islamiste qui venait dans certaines zones combler le vide des institutions en plein délabrement. Aujourd’hui, on est encore loin d’imaginer ce qui est en train de s’y passer... Des gamins savent écrire «  Allah  » avant leur propre prénom... Et rien que les prénoms deviennent délirants. Par exemple dans une classe de moyenne section de maternelle que j’avais à l’année, des parents sont venus se plaindre du fait que je faisais constam­ment une erreur sur la prononciation du prénom de leur enfant. Et c’est vrai que le gamin, assez réservé, me reprend, avec le soutien de la classe, à chaque fois que je prononce son prénom tel qu’il est orthographié soit Aymane. Or, cela se prononce ÈymÈne me disent les parents... Je rétorque qu’à ce moment-là, si cela ne les ennuie pas, je vais changer l’orthographe du prénom sur l’étiquette de leur enfant pour qu’il corresponde à la prononciation qu’ils souhaitent. Je leur explique qu’à ce stade de la scolarité il est primordial que ces élèves de cinq ans comprennent le rapport entre les sons et les lettres – on dit « développer une conscience phonologique » – c’est la base de la lecture-écriture, de l’appropriation de la langue. Je leur précise que mon prénom aussi est arabe mais qu’en français il se prononce différemment, c’est normal on est en France… Refus des parents. Je laisse tomber après quelques semaines de tension, et donc tous les gamins de la classe apprennent qu’en français, la lettre « A » peut se dire « È »... Et ce n’est pas une exception : une fois c’était Imane, qu’il fallait prononcer ImÈne, une autre fois c’était le prénom Islam qu’il fallait prononcer ÈslÈm, etc., etc. Rien que d’un point de vue pédagogique « fonctionnel », ça pose problème... Bon, sans même parler de la connivence qui s’instaure immédiatement entre les gamins et les instits « rebeu »...

C’est ce qu’on retrouve au collège dans les apprentissages contestés : l’his­toire des religions, la théorie de l’évolution, le sport...

C’est ça, des enseignants non musulmans me racontent ébahis que leurs ados viennent leur dire que tout ce qu’ils leur enseignent, c’est dans le Coran. Sinon, tu comprends, c’est que ça ne vaut rien. En fait, c’est un handicap culturel mais entre­tenu par les parents, la famille, le quartier, etc. Les gamins partent donc dans la vie avec un rapport d’étrangeté et surtout d’adversité avec la langue qui leur permet de s’exprimer. C’est radical : avant même d’apprendre quoi que ce soit, rien que dans la langue du pays, ils n’ont pas leur place ici, ils sont en conflit, d’emblée, ils n’ont pas, linguistiquement, de place, pris dans un étau entre la bonne langue et le refus total d’intégration culturelle de leurs parents. Les petits asiatiques s’appellent Philippe, Jean, Vincent ou Carole...

Ça complique les choses, effectivement...

Et si ce n’était que ça... On assiste à la prolifération des prénoms explicitement co­raniques ou venant des stars du terrorisme islamique : Abou Hamza, Aymène, Hassi­bullah, Harith... et toute la série des Machins-Allah (Dieu) et Machins-Din (la foi). Ça n’a rien à voir avec les prénoms donnés par les parents immigrés arabes des années 60-70... Et ça, ça fait partie de tout le reste : l’obsession du halal, la discrimination envers les non-musulmans, les fêtes religieuses, les écoles coraniques, etc. Par exemple, bien la moitié des parents que je croise ont des tenues islamistes : la longue barbe ou taillée façon hipster pour les plus mainstream, le kamis ou la djellaba noire ou blanche pour les messieurs, et le voile pour les madames et les mademoiselles, de plus en plus strict, avec les longues jupes maintenant, jusqu’à la burqa... et ils ont les rapports qui vont avec : ils ne s’approchent pas de moi à moins de deux mètres, ne me regardent pas ou alors me fusillent du regard... Eh oui, la femme, c’est Satan... Quand ce n’est pas un rapport de maître à domestique – c’est moi, hein, la domes­tique ! Même dans les bahuts chics, on ne voit pas ça...

Comment réagit le personnel ?

Il s’écrase, dans sa majorité, ou reste enfermé dans des postures compassionnelles, ou pour le personnel musulman, victimaires. Le lendemain de l’exécution du comité de rédaction de Charlie Hebdo, les enseignantes d’origines maghrébines étaient flip­pées... mais pas par l’attaque des néo-barbares ! Pour elles ! Elles répétaient : « Ça va nous retomber dessus ! ». Elles s’en foutaient de Charb, de Cabu, de la liberté d’expression et de blasphème, etc. C’était l’islam qui ne devait pas être attaqué ! « C’est vraiment n’importe quoi, j’en ai marre de ces histoires, ça n’a rien à voir avec l’islam », disaient-elles en cœur. Mais par contre, elles défendent bec et ongles toutes les manifestations d’appartenance à l’islam, au jour le jour, quelles qu’elles soient : râler contre un père en tenue de djihadiste, ou une daronne en niqab, c’est faire de la discrimination ! Refuser de parler arabe avec les parents qui parlent mal français, c’est du racisme aussi, etc.
Bref, ce matin-là du 8 janvier, j’ai annoncé que je n’accueillerais pas les parents dans ma classe exceptionnellement, je ne me sentais absolument pas d’accueillir comme si de rien n’était les mamans bâchées et autres victimes de la mode Frères Muz’ ou salaf’, j’avais vraiment pas envie de voir leurs tronches de Tartufes conquérants, point barre ; je ne comprenais même pas que l’ac­cès à l’école ne soit pas interdit aux parents ce jour-là... Ça été très mal pris par le dirlo et par les collègues qui ont quand même accepté ma décision mais j’ai eu droit à la chanson padamalgam  ; « Ils ont rien à voir avec tous ça ces pauvres gens, ils pratiquent leur religion, c’est tout, ils ont le droit, on est tous très émus mais faut pas faire d’amalgame...  », etc. Une fois de plus je suis passée pour l’Arabe qui a un pro­blème avec sa « communauté d’origine » c’est-à-dire la nana dans la haine de soi et des autres, la raciste quoi, l’auto-raciste... Alors que j’avais justement en face de moi des Français qui se haïssaient en tant que tels, renchérissant dans la repentance, l’autoflagellation... Pourtant, les Maghrébins devraient tous avoir un gros problème avec cette « communauté d’origine » qui est en plein délire régressif et belliqueux qui n’est pas près de se calmer malheureusement.

Et avec le reste du personnel ?

Le reste du personnel... il accompagne le merdier, voire surenchérit, comme le personnel de service ou les AVS [Assistants de Vie Scolaire, qui assistent les institu­trices pour les élèves handicapés physiques ou mentaux]... Eux, ils sont très majori­tairement d’origine maghrébine dans ces écoles et ils ne s’opposent en rien à tout ça, bien au contraire pour les plus réactionnaires. Je me souviens de rapports très chaleu­reux avec une dame de service d’origine marocaine en poste dans ma classe jusqu’au jour où elle a appris que je n’étais pas «  dans la religion  » : du jour au lendemain elle m’a fait la gueule sans plus d’explication, nos relations sont devenues très tendues, elle me provoquait constamment, parlait arabe devant ou avec des enfants, chose évi­demment qu’elle savait que je ne tolérais pas, ou encore remettait son voile devant les gamins à la fin de son service, et elle passait ainsi devant la directrice qui s’en foutait complètement. Au moins elle ne me refourguait plus ses prospectus pour le pèleri­nage à la Mecque, les centres de loisirs réservés « aux petits muslims », etc. Quant aux instits d’origine maghrébine et musulmane qui représentent une part de plus en plus importante des enseignants dans ces banlieues-là, ils et elles ne vont évidem­ment pas s’opposer à des revendications qu’ils et elles portent aussi. Ce n’est pas rare de voir une collègue remettre son voile en quittant l’école...
J’avais un collègue comme ça qui s’activait fébrilement dans des démarches pour ramener une femme d’Algérie « pour la marier, une ma tahlache aïnaha [dont les yeux ne se sont pas encore ouverts], une benthalal, [une fille de parents « halal » élevée dans le halal]  » dixit l’instit algérien, hussard des Frères musulmans. Une autre collègue rebeu était encore vierge à plus de trente ans parce qu’elle voulait se marier confor­mément à la loi islamique. C’était trop drôle elle rougissait dès qu’on parlait de sexe... Ce qui est moins drôle c’est qu’elle a en charge l’éducation d’enfants en pleine explo­sion de libido, les zizis, les zézettes, les gougouttes, etc. Une autre qui s’évanouit en pleine récré parce qu’elle fait le Ramadan, qu’il fait 40° et qu’elle a 27 mouflets de 4-5 ans dans les pattes toute la journée... et va pas lui parler de principe de réalité, ce serait de l’islamophobie... Bref, des islamistes ordinaires comme ça j’en croisais tous les jours quel que soit le secteur de l’école, quartiers excentrés ou centre-ville de cette banlieue soumise.

Tu avais quitté le monde de l’animation pour échapper à ça, justement, non ?

Eh oui ! Je me souviens un jour d’une de ces animatrices de l’Antenne Jeunesse que je dirigeais alors, qui m’a fait comprendre qu’il n’était pas de bon ton de montrer aux jeunes que je ne faisais pas le Ramadan... Elle-même, d’origine algérienne kabyle, était athée mais n’en laissait rien paraître pour ne pas que « cela lui retombe dessus ». Elle flippait, même les Françaises devaient s’y plier, pour ne pas « se faire mettre à l’amende » par des gamins de 12 ans ! C’était au milieu des années 2000 où ce secteur commençait à être envahi d’animateurs Tartufes-racailles dont certains venaient bosser en djellaba la veille de l’Aïd et aussi par des lascars et autres scar­lettes arrivistes et nihilistes... Je me souviens aussi d’une animatrice d’origine ma­lienne qui à chacune de ses pauses allait prier Allah dans sa bagnole sur le parking du centre de loisirs et dont la sonnerie du portable était une sourate téléchargée... si c’est pas un « néo-islam » ça ! C’est ce même type de personnes – et aussi des Français convertis à cet islam de débiles – que tu vois débarquer aujourd’hui à l’Éducation Nationale dans certaines académies déficitaires en enseignants, des bigotes, des ignares I-podés à qui on donne quasiment le concours, des petits carriéristes qui feront bien, eux, la différence dans leurs classes entre les classes sociales, entre un Antillais koufar et un black muslim, entre une gamine et un petit mâle, etc.
Quand je travaillais dans l’animation, les maires des banlieues rouges où je bos­sais favorisaient dans leurs recrutements ce type de profil pour avoir la paix sociale et récupérer des voix au passage... Et le mécanisme s’auto-entretient, évidemment. Pro­gressivement, toutes les équipes que je dirigeais alors dans ces banlieues ne compre­naient plus qu’un seul Français d’origine, voire aucun dans certains centres. C’est le même processus à l’école maintenant dans ces territoires « conquis » où l’école est un des derniers endroits obligés de rencontre avec la France. Il y a vingt ans, j’aurais été ravie qu’on ouvre plus l’école aux parents, aujourd’hui, je regarde avec inquiétude ces collèges de banlieue s’ouvrir aux mollahs locaux, leur mettant à disposition des salles de classe pour qu’ils s’y réunissent quand ils veulent, les invitant à animer des clubs, etc.

Et justement, les Français d’origine ?

Ah bah ils sont traités de racistes, normal, hein ! Il n’y a parfois qu’un enfant franco-français, un français de souche ; dès le CE2, et ça se poursuit évidemment au collège, ces enfants sont complètement victimisés par les autres enfants («  bolossi­sés  » comme disent les gamins), ils vivent constamment le harcèlement moral et phy­sique et sont dans un isolement et une souffrance psychique terribles parfois, à moins qu’ils acceptent de devenir des dhimmis. T’as des gamins comme ça, qui petit à petit ne mangent plus de porc, se mettent à s’exclamer « starfi’allah » quand ils rotent ou ponctuent leurs propos de walla, d’inch Allah, etc. Ils adoptent les tics langagiers des dominants quoi. Quant aux autres... Lors d’un de mes remplacements, j’avais un élève de CM2 comme ça, en dépression totale, un gamin de Bretons installés dans cette banlieue depuis 4 générations, je craignais même qu’il se suicide... Du côté de la direction de l’école on me disait « Ouais mais lui il est chiant, il provoque sans cesse et sa mère est pareille, une chieuse limite raciste d’ailleurs méfie-toi... ». Inverse une seconde la situation : on crierait au racisme ! Là non, le Blanc il est raciste, à la limite, c’est normal qu’il expie... Autre exemple, cette instit’ d’origine portugaise qui me dit une fois combien mes propos lui faisaient du bien. Moi, d’origine maghrébine, je pouvais dénoncer tel père barbu en tenue de djihadiste qui te regarde d’un œil torve ou la mère qui t’insulte en te jetant à la gueule le paquet de bonbons que tu viens d’offrir à son fils pour son anniversaire parce que les bonbons ne sont pas halal... Un jour cette instit’ a eu le malheur de dire à une femme que sa petite fille pouvait aller à la mosquée mais pas tous les vendredis et pas à tous les jours de fêtes musulmanes, quand même, peut-être juste une fois par mois car il y avait école et que même en grande section de maternelle l’école était obligatoire et importante pour sa fille qui était mal partie. Depuis une rumeur l’accusant de racisme circule dans la ville et sa cité où sa famille vit depuis des lustres. Je ne sais pas ce qu’elle est devenue... C’est connu le racisme est l’apanage du Blanc. Tu comprends, soit tu cèdes aux chantages, soit tu es raciste. Or, le racisme c’est tout le contraire : c’est traiter les gens différemment en fonction de leurs origines.

Tu veux dire que sous prétexte de respect des différences, on recrée des inégalités ?

Un exemple : cela fait bientôt deux semaines que Kashan ne vient plus à l’école, je m’inquiète, ce gosse d’origine pakistanaise a mis des mois à apprendre une dizaine de mots de français et à s’asseoir sur une chaise et non en tailleur par terre... La direc­trice finit par contacter un proche de la famille et apprend que le gamin est « en vacances » avec ses parents au Pakistan, il sera de retour dans quelques jours... Déjà le gamin est en difficulté, à la maison on parle ourdou, on ne regarde que la télé du bled, on ne reçoit que la famille, etc. Si en plus il rate l’école... Je fais part des moyens légaux pour faire pression sur les parents. La dirlo et les collègues me rient au nez : « Eh bien, va leur dire toi-même si tu veux quand ils reviendront, hein ? Ils ne comprendront rien, ils parlent à peine 3 mots de français, laisse tomber, ça sert à rien en plus ils sont difficilement joignables, non laisse tomber, franchement tu vas te faire chier pour rien, on est au mois de mai en plus, c’est pas si grave... ». Quatre semaines plus tard, début juin, revoilà Kashan parmi nous vêtu d’un kamis ayant évidemment tout oublié de mes apprentissages d’un autre monde. Impossible d’en savoir plus sur le motif de ce long voyage au Pakistan, le daron au look Taliban a filé comme à son habitude en larguant le petit qui se ballade dans la classe paumé, va vers le robinet et regarde avec étrangeté l’eau couler comme à son premier jour de classe... Bien sûr ces absences ont été signalées à l’Inspectrice comme il se doit et... rien.
Ces anecdotes montrent à quel point en dix ans on est passés des « territoires per­dus de la République » à des portions de villes où les familles immigrées imposent à peu très tout ce qu’elles veulent... et notamment la loi coranique. Ces petites histoires n’ont rien d’original, malheureusement ; passe quelques heures dans une, deux, trois écoles de ces zones et t’en recueilleras à la pelle pour peu que le personnel soit assez en confiance pour te raconter tout ça, parce que la loi du silence à l’Éduc’ Nat’, c’est pire qu’à la Grande Muette ! Surtout autour de ces questions-là. T’as de plus en plus de nanas fraîchement débarquées de province et balancées dans ces classes à do­minante musulmane qui tournent aux antidépresseurs dès leur deuxième semaine de rentrée et c’est parti pour des années avant la miraculeuse mut’ [mutation, pour chan­ger d’académie] que toutes espèrent au bout d’un an de classe à peine, c’est navrant à voir... T’as l’impression qu’elles sont là sans rien comprendre à ce qui leur arrive, à ce qui arrive, qu’elles font de leur mieux, s’en prennent plein la tronche, passent des heures à préparer studieusement leurs « séquences d’apprentissages » qui volent en éclats en un quart d’heure, passent leur journée à hurler et subissent en attendant la délivrance qui un jour lointain arrivera peut-être... D’autres adoptent des postures dé­magogiques et se font balader par des gosses de 8 ans... D’autres encore commencent à voter FN et ne le cachent pas, ça fait bizarre dans un milieu réputé de gauche, t’as même un syndicat d’enseignants affilié au FN maintenant.

On pourrait dire que c’est du fait de la concentration d’immigrés en cer­taines zones...

J’ai rien entendu de tel lorsqu’il y avait, il y a quarante ans et dans les mêmes villes, des quartiers polonais ou portugais, ou espagnol ou breton. Et j’ai grandi dans un quartier chinois, je n’ai jamais vu ça et je ne crois pas qu’on assiste aujourd’hui à un comportement similaire de leur part... Ce n’est pas tellement ça le problème. C’est plutôt comme si le traitement égalitaire que l’école républicaine se doit de réserver à tous ses élèves dérangeait les musulmans qui exigent que leurs particularismes soient pris en compte, et souvent ils obtiennent gain de cause, même si cela handi­cape les apprentissages de leurs enfants. En tant qu’enseignant c’est très difficile de tenir. Par exemple, je ne discute même plus avec les mamans qui ramènent des bonbons halal exclusivement pour leur enfant pour que « leurs valeurs religieuses et culturelles soit respectées à l’école ». Maintenant, j’accepte les bonbons et lors de la distribution je les mélange avec les autres, les enfants qui ont encore en dessous de 7 ans en général n’y font pas attention et c’est tant mieux... « Pas de vagues », c’est ça la règle numéro un. Évidemment c’est un renoncement et ça me dérange profon­dément mais, pour l’instant et dans l’isolement dans lequel je suis, je n’ai pas trouvé d’autre solution... Quand j’étais enfant il ne serait jamais venu à l’idée de mes parents d’avoir de telles exigences envers l’école, on ne mangeait pas de porc à la cantine et c’était là la seule distinction qu’on vivait – d’ailleurs plutôt mal... Parce que pour un enfant l’appartenance au collectif, au groupe est très importante, c’est ça son boulot au gamin : rentrer dans une société, en faire partie et c’est cela entre autres qui est ici rompu à la demande des parents. On va faire des générations de psychopathes. C’est comme si les parents disaient à leurs enfants « Attention : tu es dans leur école, dans leur pays mais il y a eux qui sont haram [impurs], et il y a nous qui sommes halal [purs] et ça ne se mélange pas »… Donc, cette histoire de racisme institutionnel est de l’ordre du fantasme de beaucoup d’immigrés qui font tout pour que ce fantasme se réalise et qui en attendant pratiquent pleinement leur propre racisme.

Purs et impurs, c’est vrai que c’est un discours authentiquement raciste comme on n’en entend plus depuis longtemps...

Il y a clairement un refus de l’altérité, c’est hallucinant, les gamins sont nourris à ça, au sexisme, à la xénophobie, et à la haine du juif : les rares instits de ces banlieues qui sont juifs assimilés ne le disent pas ou restent très vagues sur leurs origines. En décembre dernier, j’ai été effarée d’entendre un petit groupe de petites filles de 8 ans qui se moquaient d’une de leur camarade de classe sur le fait qu’elle fêtait Noël... L’une des petites voulant gentiment la défendre s’est exclamée dans un grand élan de tolérance : « Laissez-la tranquille ! C’est pas de sa faute si elle est chrétienne, c’est pour ça qu’elle doit fêter Noël, c’est pas rigolo, elle est antillaise ! ». Mais il y a aussi un racisme authentique, fondé sur la race  : rien de plus raciste qu’une bigote voilée maghrébine, elles peuvent pas saquer les Roms par exemple et rien que l’idée qu’il y en ait, non pas dans la classe de leur enfant, mais seulement dans l’école, leur est insupportable... Les Roms vivent un enfer quotidien dans les cours de récré, ils sont insultés et maltraités par d’autres enfants : j’ai entendu un petit maghrébin de 7 ans dire à un Rom « Tu finiras en prison comme tous ceux de ta race ! » ou encore une autre dire à une petite fille roumaine de 6 ans : « Sale Rom, tes vêtements viennent de nos poubelles... », etc. Alors ils se défendent comme ils peuvent, souvent avec les poings... Et les bigotes bâchées de rappliquer et de vomir leur xénophobie dès que leur gosse est pris dans ces histoires : « On vous l’avait dit ces enfants sont violents, ils pourrissent l’école, je comprends pas pourquoi l’école les prend ! » etc. Pour ces femmes, le gosse de Rom c’est ce qu’il y a de pire, pire encore que les Noirs parce qu’un Noir pour elles, bon c’est un singe, mais il peut quand même être muslim, voir friqué comme elles...Tandis que le Rom, en plus de ne pas être musulman, c’est l’incarnation même de la pauvreté et là c’est trop pour ces femmes qui marient très bien tenues islamiques, Smartphone dernier cri et lunettes de soleil Dolce Gabbana payées par la Sécu. Vis-à-vis des Roms, on retrouve le même mépris qu’ont les sédentaires de la ville pour les tribus pauvres, semi-nomades et semi-islamisées qui subsistent au Maghreb notamment.

Ça recoupe des clivages sociaux, alors ?

Globalement, les plus réactionnaires et les plus revendicatifs sont les parents musulmans maghrébins souvent de classe moyenne. Ce sont eux qui commencent à réclamer plus de « mixité » dans les écoles : comprenez plus de sunnites du même profil économique et social qu’eux, quelques Blancs parce que ça fait chic et que quand même, entre nous, on sait que plus il y a de Blancs meilleur est le niveau donc meilleures sont les perspectives d’ascension sociale, mais surtout, surtout ils veulent beaucoup moins, voire aucun Noir ou Rom dans la classe de leurs gamins. Ces musulmans maghrébins ne sont pas des pauvres et la plupart d’entre eux vivent en France depuis plus de 10 ans quand ils n’y sont pas nés, les élèves primo-arrivants par exemple sont la plupart du temps originaires des pays de l’Est ou de la Chine, depuis deux ans il y en a aussi qui viennent de pays arabes comme la Libye, la Syrie ou l’Irak, de plus en plus, des gens qui fuient les islamistes et leur barbarie mais qui continuent à se revendiquer publiquement de l’islam, les femmes portent toujours le voile et les pères te demandent, prioritairement, dans un anglais approximatif, si la viande à la cantine est halal... Mais les parents les plus revendicatifs identitaires sont ceux qui sont économiquement intégrés, souvent ils sont propriétaires d’un petit commerce et/ou de leur logement, sans parler des propriétés au bled. Et leurs femmes (quelquefois plusieurs, hein !) voilées à qui mieux mieux peuvent se permettre de ne pas avoir d’activité salariée et de partir plusieurs fois dans l’année au bled, sans que cela pose de problème financier au foyer et sans qu’elles soient pour autant privées de relations sociales puisqu’elles sont très bien intégrées à la vie de leur quartier, notamment via la mosquée, voire la municipalité, et que tous les petits commerces sont halal et tenus par des coreligionnaires, évidemment, donc il n’y a pas de problème d’exclusion comme peuvent les vivre d’autres minorités.

Et les musulmans subsahariens ?

Les musulmans d’Afrique subsaharienne, d’une manière générale, sont souvent moins revendicatifs, moins agressifs. D’abord, ils maîtrisent beaucoup moins bien le français que leurs coreligionnaires maghrébins, ils sont moins bien lotis économi­quement et culturellement, ils éduquent leurs gamins et leur gamines surtout dans une sorte d’indifférence à la scolarité. C’est très frappant, ça, et ça me pose souvent des problèmes pédagogiques parce qu’on a l’impression que ces gamins sont posés là en attendant que ça passe, tout leur glisse dessus, rien n’accroche... L’école étant obligatoire jusqu’à 16 ans, ils sont là mais sans y être vraiment, sans comprendre pourquoi ou dans quel but, et surtout chez les gamines qui restent silencieuses. Les mères africaines semblent penser que l’école est une sorte à la fois de PMI [Protec­tion Maternelle et Infantile] et de garderie (ce à quoi effectivement elle ressemble de plus en plus). Que leurs enfants soient bons ou mauvais élèves, tu ne les vois pas, cela ne les intéresse pas – sauf rares exceptions. Ils viennent de sociétés d’origine à statuts où tu n’as pas de mobilité sociale, faut lire l’enquête sociologique de Hugues Lagrange là-dessus, c’est très éclairant... J’ai en tête, par exemple, une gamine d’origine malienne, excellente, une perle rare dans cette classe de grande section de maternelle, à l’aise à l’oral, dégourdie, éveillée, etc., qui savait déjà écrire quelques mots en cursive, eh bien jamais au cours des cinq mois que j’ai passés dans cette classe je n’ai pu rencontrer ses parents pour leur dire directement combien leur fille était brillante. Ils s’en foutent.

Il y a un décalage culturel...

Pas qu’un peu... T’as le père africain aussi qui se radine une fois tous les trente-six souvent après que t’aies mis un mot dans le carnet du gamin, après avoir tout essayé, pour violence répétée ou autre chose ; il décolle une grosse mandale au gamin devant toi et t’explique : « C’est comme ça qu’il faut faire avec lui, vous savez pas faire c’est pour ça qu’il ne vous obéit pas. » Ok, merci du conseil, au revoir. Alors quoi ? Je vais saisir l’Enfance maltraitée, là, c’est ça ? Faire un signalement ? C’est un secret de polichinelle dans le milieu, on sait tous comment ça se passe à la maison pour ces petits blacks, et toi non seulement t’es une nana mais en plus tu ne frappes pas, alors c’est la fête en classe comparé à la maison ou la madrassa du coin où là, ça cogne. En même temps ce qui est très troublant c’est que le gosse va être battu et en même temps gâté pourri, les sorties à Euro Disney ou Central Parc avec le grand frère (ou la grande sœur maintenant que le burkini y est toléré !), les jeux vidéo, la tablette, les télés et toute la camelote matérielle et culturelle abrutissante de l’époque, aucun manque de ce côté-là. Ce sont parfois ces mêmes enfants qui débarquent en tongs à l’école en plein mois de février !

Oui, mais ça, ça doit dépendre du moment de leur arrivée en France...

Non. Ce qui est assez troublant c’est que c’est de plus en plus difficile de déter­miner depuis quand ils sont en France. J’ai été effarée par exemple d’apprendre qu’une maman d’origine sénégalaise vivait dans cette banlieue depuis plus de 10 ans : elle ne parlait pas français si ce n’est une dizaine de mots tout au plus, alors que j’aurais parié que cette maman venait de débarquer de sa brousse il y a quelques mois. Ça pose question quant à la volonté d’intégration et aux capacités de ces banlieues à intégrer à la culture française que plus grand-chose n’incarne dans ces territoires. Il est tout à fait possible aujourd’hui de vivre dans ces banlieues en ignorant à peu près tout de la France et des Français, jusqu’à leur langue, sans pour autant être dans l’isolement : par exemple lorsque je rentre dans l’appartement de mes voisins d’origine sénégalaise, c’est l’Afrique de l’Ouest : la cuisine, la musique, la télé coranique, les gens en visite, la langue parlée, etc. Les gamins tripotent mes cheveux raides, ils ne voient jamais ça... Ça fait quinze ans qu’ils sont là... Et la petite Bintou vient de mettre le voile noir à 11 ans... Cool l’entrée en sixième ! Eh oui, fini de rire ! C’est qu’elle est réglée maintenant la petite... Faudra penser à la marier bientôt, hein... Bref, beaucoup de subsahariens ne maîtrisent que très peu les codes culturels, ce qui certainement participe à la création d’une sorte de complexe d’infériorité vis-à-vis de l’école. Alors peut-être que l’islamisme, pour eux, c’est une manière d’essayer de ressembler aux maghrébins qui siègent en nombre aux conseils d’école de ces ban­lieues, et ils ne se limitent pas à imposer tel fournisseur de merguez halal pour la fête de fin d’année de l’école... Ils se mettent à se pencher sur les programmes scolaires...

Tu veux dire qu’il y a vraiment une dimension militante ?

Très clairement ! Un peu comme les militants du PC de la grande époque, ils sont sur le terrain et très actifs. Ces mamans-là sont très attentives à ce qui se passe en classe, s’intéressent à l’école et pour une part grandissante d’entre elles siègent aux conseils d’école, sans ôter leur voile puisque c’est autorisé. Ce sont des mamans musulmanes militantes, des islamistes, pas des terroristes évidemment, mais qui savent très bien monter au créneau pour adapter progressivement l’enseignement à leurs superstitions. Par exemple lors de la mise en place des « ABCD de l’Égalité » à titre expérimental, j’ai découvert des mamans qui s’étaient informées, mieux infor­mées sur ce coup-là que la plupart des instits. Les imams avaient alors fait tout un boulot de formation et de propagation de fausses rumeurs, les parents étaient remon­tés à bloc, leurs arguments tournaient autour des questions d’homosexualité, en bons homophobes ils craignaient qu’on enseigne aux enfants que cela n’avait rien de grave d’être homo, ou qu’on allait leur « montrer » des sexes ou comment un homme et une femme font l’amour, ou prononcer les mots sexe, vagin, etc. devant leurs petits anges purs. Ils ont gagné ! Ne me dis pas que c’est les cathos : les JRE [« Journées de Retrait de l’École »] organisées par F. Berghoul ont été une réussite essentiellement dans les quartiers d’immigration... Même chose pour l’accompagnement des sorties scolaires, qui sont maintenant ouvertes aux voilées, elles ont gagné, c’est tout, à force de pression. Sans parler des projets d’élargissement du financement des crèches et écoles confessionnelles, etc.

Et du côté de l’institution, des institutrices, des directeurs, et surtout du rec­torat ?

Sur « l’ABCD de l’égalité », ils ont été d’un courage exemplaire : les inspecteurs d’académie invitaient les enseignants à rassurer les parents en leur disant que leur mise en place n’était pas au programme de cette année scolaire, que c’était juste un projet et qu’il n’était pas certain qu’il soit mis en place tel quel, etc. Tu vois ce que je veux dire ? No problem... Je ne défends pas le délire de la théorie du genre, mais là il y avait un truc à jouer. Moi je fais asseoir les gamins en alternant fille/garçon, encore un truc que j’aurais jamais institué dans un groupe d’enfants il y encore une dizaine d’années. Rien que pour ça, des parents me tombent dessus... En fait tout le monde est paniqué, personne ne l’admet alors on se passe un vernis relativiste ou démago­gique, mais c’est un climat de terreur qui règne, une terreur latente.
Un jour, une surveillante de cantine remplaçante est venue chercher les élèves de ma classe au moment du déjeuner, avec son voile de néofasciste de l’hyper-islam sur la tête, bien noir, bien serré. Elle est passée devant des collègues puis devant la direc­trice de l’école tranquillement... Je me lève et lui signale qu’elle n’a pas le droit de porter son truc sur sa tête dans l’enceinte de l’école. Elle me rit au nez, je refuse de lui confier mes élèves, la tension monte et finalement la directrice intervient, prend les enfants jusqu’au réfectoire... où elle les remet à la bigote... « Pour ne pas faire de problèmes, et puis son voile est discret, etc. » tu comprends ? Et c’est lié au reste : Pas mal d’élu(e)s sont d’origine maghrébine, une part importante des enfants scola­risés fréquente assidûment la mosquée du quartier, etc. Le week-end, je croise assez régulièrement mes petites élèves qui ont entre 4 et 11 ans qui se rendent à la madrassa du quartier, voilées, et mes petits gars de 8 ans en djellaba qui te regardent fièrement avec leur tapis de prière roulé sous le bras : c’est totalement déprimant. Du coup en classe t’as des gamins qui réclament littéralement leur claque, te provoquent sans cesse, te prennent pour une imbécile, etc. pour voir si toi aussi tu vas sortir ton gros bâton et leur taper dessus comme l’imam le fait avec eux. Alors quand tu menaces un gamin de l’envoyer chez le ou la dirlo parce qu’il refuse d’obéir à la femme que je suis, évidemment la plupart du temps il se marre...

Il y a de la violence physique ?

Tu débarques ou quoi ? Évidemment qu’il y a de la violence physique quotidien­nement, entre élèves bien sûr, mais surtout des élèves et des parents envers les équipes éducatives, et ça ne fait que monter. Des agressions de directeurs, considérés comme « boloss », j’en ai entendues et vues. À un moment, devant une école élé­mentaire, on avait pendant une semaine la présence d’une « milice » de l’Éducation nationale envoyée par le Rectorat et en charge de protéger les équipes, dont la directrice qui avait reçu des menaces physiques. Ces brigades spéciales ont été créées pour les collèges, à la base, désormais elles interviennent également en élémentaire. La première fois que je suis passée devant ces cinq, six gars costauds, pendant un bref instant je me suis crue à Beyrouth... Les types étaient eux-mêmes étonnés d’être là. Détail croustillant : tous des tronches de muslim brothers bodybuildés  ! L’em­brouille était partie d’une gamine rebelle de 8 ans qui avait menacé des instits et la dirlo de les tuer « parce qu’ils étaient tous nuls »  : tout le monde avait rigolé et convoqué les parents. Le lendemain, le père s’est ramené avec ses frères de la mosquée et il leur a dit la même chose... Finalement, après convocation des parents par l’inspecteur d’académie, on a déplacé la gamine dans une autre école de la ville, on était au mois d’avril et c’était déjà son troisième changement d’école.
C’est dans cette même école que je me suis pris mon premier coup de poing d’un gamin de 11 ans, ça m’était jamais arrivé en 20 ans de travail en banlieue avec des mômes y compris avec des ados. C’était mi-janvier 2015, Mohamed (c’était son prénom, donc évidemment il se prenait pour le prophète insulté) était un pauvre gamin embrigadé, antisémite jusqu’aux ongles, qui récitait bien mieux les thèses complotistes que son papa lui avait apprises que le poème du mois de Paul Éluard... On venait de finir un atelier que j’avais préparé sur le Chevalier de La Barre après le 7 janvier (je te passe la réaction des collègues : « C’est qui ça ? ») et le débat qui s’en est suivi (les mêmes collègues : « Hannn ! T’as fait ça ?! Nan, moi je leur ai fait un truc sur la tolérance et le respect  ! Et j’ai fait attention de pas dire islamistes mais « terroristes » pour pas les stigmatiser  »). Le gamin avait été infernal pendant toute la séance, il traitait tout le monde de koufar, surtout moi qu’il identifiait comme musulmane, je ne pouvais pas aborder la liberté de blasphème, c’était trop pour lui, j’ai dû le sortir. La récré qui suivit, il fut impliqué dans une bagarre avec un Antillais qu’il avait traité de «  porc  », de « boudin noir », etc. Je les ai séparés en mettant Mohamed à part, il en profita pour me décoller une beigne. Bien sûr les parents ont été convoqués par la directrice qui leur a dit « C’est pas bien, vraiment ce qu’a fait votre fils, pas bien du tout ». L’inspecteur machin a été informé et il ne s’est rien passé de plus : le même qui disait aux équipes de direction des écoles de « ne rien laisser passer concernant la laïcité  » au matin du 8 janvier. C’est dans ce groupe scolaire qu’une cantinière s’est pris une gifle par un père salafiste en plein service devant les gosses et ses collègues pour avoir malencontreusement servi du porc à son fils la veille ; là encore l’employeur de cette cantinière, une mairie stalino-islamiste, a été d’un courage et d’une réactivité exemplaires : rien ne s’est passé, pas de sanction, tout roule. Ce sont des moments de grande solitude, on dirait que là-haut, ça ne répond plus, il n’y a personne ! La plupart des directeurs ne relayent pas ces inci­dents, « On règle ça en interne », comprenez : « Faut pas que ça remonte car je vais commencer à être mal vu... ». D’un autre côté, et ça peut se comprendre, pourquoi solliciter sa hiérarchie quand on sait, un : qu’elle ne fera rien ; deux : que ça vous signale en tant que mauvais directeur ou enseignant ; et que trois : faudrait pas que le quartier l’apprenne, les pneus crevés, tout ça...

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Seconde partie disponible ici


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