Patriotes & révolutionnaires (1/2)

G. Orwell
vendredi 15 juillet 2016
par  LieuxCommuns

Recueil d’articles de George Orwell, republiés dans « Écrits politiques (1928 - 1949) », Agone 2009, Traduit de l’anglais par Bernard Hoepffner, Préface de Jean-Jacques Rosat.


Patriotes & révolutionnaires [ou] Une occasion à saisir


Paru dans The Left News, janvier 1941

Paru initialement sous le titre « Our Opportunity [Une occasion à saisir] », ce texte fut republié en mars de la même année, avec d’infimes remaniements, sous le titre « Patriots and Revolutionaries [Patriotes et révolutionnaires] », dans The Betrayal of the Left [La Trahison de la gauche – lire PSO, 152-6]. Cet ouvrage collectif – dont Victor Gollancz et John Strachey écrivirent la plupart des chapitres, Harold Laski la préface, et où fut republié égale­ment « Fascisme et démocratie » [infra, p. 163] – était une dénonciation véhémente des communistes qui avaient approuvé le pacte germano-soviétique, devenant soudain les défenseurs d’une paix avec Hitler après avoir, à la fin des années 1930, œuvré pour un Front populaire hostile à l’Allemagne nazie.

Le fait qu’il n’y ait eu ni élections générales ni autres événements politiques majeurs en Angleterre au cours des douze derniers mois ne devrait pas nous dissimuler le revirement d’opinion qui se fait sous la surface. L’Angleterre s’est engagée dans la révolution, un processus qui a démarré, selon moi, vers la fin de 1938. Cependant, le type de révolution dépend en partie de notre capacité à reconnaître à temps les forces réelles à l’œuvre et à ne pas utiliser des phrases tirées d’un manuel du XIXe siècle comme substituts à la pensée.
L’Angleterre a passé les huit premiers mois de la guerre dans un état de sommeil crépusculaire qui ressemble fort à celui des huit années précédentes. Il y a eu un vague mécontentement généralisé, mais aucun défaitisme actif, comme nous l’avons vu lors des élections partielles. Si tant est que la nation a réfléchi à la guerre, c’est en se réconfortant grâce à deux théories stratégiques entièrement fausses, l’une d’elles officielle, l’autre spécifique à la gauche. La première prédisait que le blocus britannique obligerait Hitler à s’écraser contre la ligne Maginot ; l’autre était que Staline, en acceptant la partition de la Pologne, avait mystérieusement « stoppé » Hitler, lequel serait par la suite incapable de se lancer dans d’autres conquêtes. Elles ont toutes deux été complètement contredites par les événements. Hitler a tout simplement contourné la ligne Maginot et est entré en Roumanie en passant par la Hongrie, ce que toute personne capable de lire une carte aurait pu prédire dès le début. Mais l’acceptation de ces absurdités géographiques était un reflet de l’apathie générale. Aussi long­ temps que la France tenait bon, notre pays ne se sentait pas en danger d’être conquis et, par ailleurs, la victoire facile que devaient nous procurer nos moyens « économiques » et qui laisserait Chamberlain au pouvoir, et tout le reste exactement comme avant, n’inspirait pas vraiment l’enthousiasme. Nul doute que la plupart d’entre nous auraient préféré une victoire pour les hommes d’affaires britanniques à une victoire de Hitler, mais il n’y avait pas là de raison de se laisser aller au lyrisme. L’idée que l’Angleterre ne pourrait gagner la guerre qu’après être passée par la révolution avait à peine été évoquée.
Vinrent alors les ahurissants désastres de mai et de juin [1]. Bien qu’ils n’aient pas été marqués par des bouleversements politiques, quiconque savait se servir de ses yeux et de ses oreilles pouvait s’apercevoir que l’opinion publique virait à gauche. La population britannique avait subi la secousse dont elle avait besoin depuis des années. Elle avait eu droit à une démonstration magistrale du délabrement de sa classe dirigeante, de l’inefficacité du capitalisme privé, du besoin urgent d’une réorganisation économique et de la destruction des privilèges. Si la gauche avait eu de véritables dirigeants, on ne peut douter que le retour des troupes de Dunkerque aurait pu signifier le début de la fin du capitalisme britannique. À ce moment-là, l’acceptation du sacrifice et des changements radicaux ne touchait pas seulement la classe ouvrière mais également toute la classe moyenne, où le patriotisme, en cas de besoin, est plus fort que le senti­ ment de son intérêt personnel. On sentait parfois, là où on l’attendait le moins, qu’on était à la lisière d’une société nouvelle d’où auraient disparu en grande partie la cupidité, l’apathie, l’injustice et la corruption. Mais il n’y avait pas de direction adéquate, le moment stratégique est passé, et le pendule est reparti de l’autre côté. L’invasion attendue n’a pas eu lieu et, bien que les raids aériens aient été terribles, ce n’était rien en comparai­ son de ce qu’on avait craint. Depuis le mois d’octobre environ, la confiance est revenue et, avec la confiance, l’apathie. Les forces de la réaction n’ont pas tardé à contre-attaquer et à consolider leur position, laquelle avait été durement secouée pendant l’été, quand on avait pu croire qu’elles allaient devoir chercher del’ aide chez les gens ordinaires. Le fait que, contrairement à toutes les attentes, l’Angleterre n’ait pas été conquise avait d’une certaine façon donné raison aux classes dirigeantes, et la chose avait été scellée par la victoire de Wavell en Égypte. Immédiatement après Sidi Barrani, Margesson est entré au Cabinet -une claque évidente et publique à toutes les nuances de l’opinion progressiste [2]. Il n’était pas possible de sortir Chamberlain de sa tombe, mais la désignation de Margesson était ce qui y ressemblait le plus.
Cependant, les défaites de l’été avaient fait ressortir quelque chose de bien plus important que la tendance, normale dans presque tous les régimes, à virer à gauche dans les moments de désastre et à droite dans les moments de sécurité. Ce qui était apparu était l’intégrité du sentiment national britannique. Après tout et mal­ gré tout, les gens ordinaires étaient patriotes. Il est immensément important d’accepter ce fait et de ne pas tenter de s’en débarrasser à l’aide de formules toute faites. Il est sans doute vrai que « les prolétaires n’ont pas de patrie ». Ce qui nous concerne, cependant, est le fait que les prolétaires, en tout cas en Angleterre, sentent qu’ils ont une patrie, et agiront en conséquence. L’idée classique marxiste selon laquelle « les travailleurs » se fichent éperdument de savoir si leur pays est conquis ou non est aussi fausse que l’idée du Daily Telegraph selon laquelle tous les Anglais se sentent pris d’émotion chaque fois qu’ils entendent Rule Britannia. Il est tout à fait vrai que la classe ouvrière, contrairement à la classe moyenne, n’a aucun sentiment impérialiste et n’aime pas la grandiloquence patriotique. Presque tous les travailleurs comprennent immédiatement le sens équivoque de « votre courage, votre entrain, votre fermeté nous procureront la victoire ». Mais il suffit qu’on croie un instant que l’Angleterre est sur le point d’être conquise par une puissance étrangère et tout cela se renverse. Il y a eu un moment pendant l’été où tous nos alliés nous avaient désertés, où notre armée avait été lourdement défaite et avait tout juste réussi à échapper après avoir perdu tout son équipement et où l’Angleterre, à l’intérieur de ses frontières, était presque sans défense. C’était alors ou jamais qu’aurait dû apparaître un mouvement chantant fin-à-la-guerre sur 1’ air de « L’ennemi est dans notre propre pays », etc. Eh bien, c’est exactement le moment où la classe ouvrière britannique s’est lancée dans un énorme effort pour augmenter la production d’armements et empêcher l’invasion. Après l’appel lancé par Eden pour la création des Local Defence Volunteers [3], un quart de million de recrues se sont présentées le premier jour et un million pendant les semaines suivantes ; j’ai des raisons de croire qu’un plus grand nombre aurait pu être atteint. Qu’on se souvienne qu’à ce moment-là on s’attendait à ce que l’invasion ait lieu immédiatement, et les hommes qui s’étaient engagés pensaient qu’ils allaient devoir se battre contre l’armée allemande avec des fusils de chasse et des bouteilles d’essence. Il est sans doute encore plus significatif que, au cours des six mois depuis cette date, la Home Guard – des hommes qui s’entraînent après leur travail et plus ou moins sans paie – n’a pas vraiment vu ses forces diminuer, sinon du fait de la mobilisation de ses plus jeunes membres. Comparons maintenant les chiffres des membres de la Home Guard avec ceux des partis politiques qui pensent que les gens ordinaires ne sont pas patriotes. Le parti communiste, l’ILP, l’ organisation de Mosley [4] et le PPU [5] ont peut-être tous ensemble 150.000 adhérents, un chiffre qui ne cesse de fluctuer. Lors des élections partielles qui se sont déroulées depuis le début de la guerre, un seul candidat fin-à-la-guerre a réussi à conserver son cautionnement électoral.
La conclusion n’est-elle pas évidence, sauf pour ceux qui sont incapables d’accepter les faits ?
Cependant, la révélation du patriotisme de la classe ouvrière coïncidait avec le revirement d’opinion dont j’ai parlé plus haut, la perception soudaine que l’ordre social existant était pourri. Les gens comprenaient vaguement – et pas toujours vaguement, à en juger par quelques conversations que j’ai entendues dans les pubs à l’époque – que nous avions le devoir à la fois de défendre l’Angleterre et de nous transformer en une véritable démocratie. L’Angleterre est d’une certaine façon arriérée au plan politique, les slogans extrémistes ne circulent pas comme ils le font dans les pays du continent, mais les sentiments de tous les vrais patriotes et de tous les vrais socialistes sont au fond réductibles au slogan « trotskiste » : « La révolution et la guerre sont inséparables. » Nous ne pouvons pas battre Hitler sans passer par la révolution, ni consolider notre révolution sans battre Hitler. Inutile de prétendre, avec les communistes, qu’on parviendra à se débarrasser de Hitler en se rendant à lui. Inutile d’imaginer, avec le Daily Telegraph, qu’on peut vaincre Hitler sans troubler le statu quo. Une Grande-Bretagne capitaliste ne peut pas vaincre Hitler ; ses ressources potentielles et ses alliés potentiels ne peuvent pas être mobilisés. Hitler ne pourra être vaincu que par une Angleterre qui peut faire participer les forces progressistes du monde – une Angleterre qui se bat en conséquence contre les péchés de son propre passé. Les communistes, et d’autres encore, se disent persuadés que la défaite de Hitler ne signifie rien d’autre qu’une stabilisation renouvelée du capitalisme britannique. Ce n’est qu’un mensonge destiné à propager la désaffection, pour le plus grand intérêt des nazis. En fait, comme les communistes eux-mêmes auraient pu le dire il y a un an, c’est le contraire qui est vrai : le capitalisme britannique ne peut survivre qu’en prenant position par rapport au fascisme. Soit nous transformons l’Angleterre en une démocratie socialiste, soit, d’une façon ou d’une autre, nous devenons une partie de l’empire nazi ; il n’y a pas de troisième possibilité.
Mais une partie du processus consistant à transformer l’Angleterre en une démocratie socialiste doit l’empêcher d’être conquise du dehors. Nous ne pouvons pas, comme d’aucuns semblent le croire, arrêter la guerre par un arrangement avant de nous lancer dans une révolution privée sans interférence extérieure. Quelque chose d’assez semblable s’est passé pendant la révolution russe, en partie parce que la Russie est un pays difficile à envahir, en partie parce que les principales puissances européennes étaient alors occupées à se faire la guerre. En Angleterre, « le défaitisme révolutionnaire » ne serait une politique possible que si les principaux centres de la population et de l’industrie de l’Empire britannique se trouvaient, disons, en Australie. Toute tentative de renverser notre classe dirigeante sans défendre nos côtes entraînerait immédiatement l’occupation de la Grande-Bretagne par les nazis et l’installation d’un gouvernement fantoche, comme en France. Lors de la révolution sociale que nous devons effectuer, il ne peut pas y avoir de brèches dans nos défenses comme il en existait, potentiellement, dans la Russie de 1917-1918. Un pays à portée de canon du continent et dépendant de ses importations pour se nourrir n’est pas en position de négocier un traité de Brest-Litovsk [6] Notre révolution ne peut se faire que derrière la flotte britannique. Ce qui revient à dire que nous devons faire ce que les partis extrémistes britanniques n’ont jamais réussi à faire, ce qu’ils ont alternativement déclaré comme non nécessaire et impossible : gagner la classe moyenne à notre cause. Économiquement, il existe deux grandes lignes de division en Angleterre. L’une d’elles – selon le niveau de vie actuel – à cinq livres par semaine, l’autre à deux mille livres par an. La classe qui existe entre les deux, bien que peu nombreuse en comparaison de la classe ouvrière, tient une position-clé, parce qu’on y trouve plus ou moins toute la technocratie (ingénieurs, chimistes, médecins, aviateurs, etc.) sans laquelle un pays industriel moderne ne pourrait pas durer plus d’une semaine. En fait, ces gens-là bénéficient très peu de l’ordre existant de la société et leur façon de vivre ne serait pas transformée en profondeur par un passage à une économie socialiste. Il est également vrai qu’ils ont toujours eu tendance à prendre parti pour la classe capitaliste, contre leurs alliés naturels, les travailleurs manuels, en partie à cause d’un système éducatif conçu à cet effet, en partie à cause d’une propagande socialiste dépassée. Presque tous les socialistes, même ceux qui donnent l’impression de vouloir mettre en œuvre ce qu’ils proposent, ont toujours utilisé l’expression dépassée de « révolution prolétarienne », un concept qui a été développé avant que la classe moyenne moderne des techniciens ait pris corps. A l’homme de la classe moyenne, la « révolution » a été présentée comme un processus au cours duquel lui et son espèce seront éliminés ou exilés, tandis que le contrôle de l’État tout entier sera remis entre les mains des travailleurs manuels qui, il le sait très bien, seraient incapables de gérer un pays industriel moderne sans aide. L’idée de révolution comprise comme un acte plus ou moins volontaire de la majorité des gens – le seul type de révolution concevable dans des conditions modernes en Occident – a toujours été considérée comme hérétique.
Mais comment, lorsqu’on cherche à effectuer une transformation fondamentale, peut-on mettre la majorité des gens de son côté ? De fait, quelques personnes sont activement de votre côté, quelques-unes sont activement contre vous, et la grande masse peut être poussée d’un côté ou de l’autre. La classe capitaliste fout entière ne peut être que contre vous. Aucun espoir que ces gens-là voient les erreurs de leur mode de vie, ou qu’ils abdiquent avec grâce. Notre tâche n’est pas d’ essayer de les attirer dans notre camp mais de les isoler, de les dénoncer, de permettre à la masse des gens de voir leur nature réactionnaire et plus ou moins traître. Mais qu’en est-il de l’indispensable classe moyenne dont j’ai parlé plus haut ? Pouvez-vous vraiment la faire passer dans votre camp ? Est-il possible de transformer un aviateur, un officier de marine, un ingénieur des chemins de fer, etc., en un socialiste convaincu ? La réponse est qu’une révolution qui attendrait que la population tout entière soit totalement convaincue n’aurait jamais lieu. La question n’est pas tant de savoir si les hommes occupant des situations-clés sont entièrement dans votre camp mais s’ils sont suffisamment contre vous pour faire du sabotage. Il est inutile d’espérer que les aviateurs, les commandants de cuirassés, etc., dont dépend notre existence même, se transformeront tous en marxistes orthodoxes ; mais nous pouvons espérer, si nous les abordons comme il faut, qu’ils continueront à faire leur travail lorsqu’ils verront que, derrière eux, un gouvernement travailliste met en place une législation socialiste. Il faut aborder ces gens-là à travers leur patriotisme. Les socialistes « sophistiqués » ont beau rire du patriotisme des classes moyennes, mais n’imaginons pas une seule seconde que celles-ci font semblant. Rien de ce qui incite les hommes à mourir volontairement au combat – et, proportionnellement à leur nombre, davantage de membres de la classe moyenne que de la classe ouvrière sont tués à la guerre – n’est un faux-semblant. Ces hommes rejoindront notre camp quand nous serons parvenus à leur faire comprendre qu’une victoire sur Hitler demande la destruction du capitalisme ; ils seront contre nous si nous leur faisons penser que nous sommes indifférents à l’indépendance de l’Angleterre. Il faut que nous expliquions avec plus de clarté que cela n’a été fait jusqu’à présent qu’aujourd’hui un révolutionnaire doit être un patriote et un patriote un révolutionnaire. « Vous voulez vaincre Hitler ? Alors vous devez être prêts à sacrifier votre prestige social. Vous voulez mettre en place le socialisme ? Alors vous devez être prêts à défendre votre pays. » C’est une façon un peu crue de l’exprimer, mais c’est dans cette direction que la propagande doit se diriger. C’est ce que nous aurions dû dire, pendant les mois d’été, quand la pourriture du capitalisme privé était déjà en partie évidente aux gens qui, un an plus tôt, se seraient décrits comme conservateurs, et quand les gens qui, toute leur vie, s’étaient moquées du concept même de patriotisme ont découvert qu’en fin de compte ils ne désiraient pas être gouvernés par des étrangers.
En ce moment, nous sommes dans une période de retour en arrière : les forces de la réaction, rassurées par une victoire partielle, regagnent le terrain qu’elles avaient perdu plus tôt. Priestley [7] est éliminé des ondes. Margesson entre au Cabinet, on demande à l’armée de faire briller ses boutons, la Home Guard est de plus en plus sous le contrôle des Blimps [8], on parle d’interdire tel et tel journal, le gouvernement négocie avec Pétain et Franco – ces choses, importantes ou non, sont des indications de la tendance générale. Mais bientôt, peut-être au printemps, ou même avant, viendra un autre moment de crise. Et ce sera, probablement, notre dernière chance. C’est alors que nous saurons, une fois pour toutes, si les enjeux de cette guerre peuvent être clarifiés et qui va contrôler la grande masse centrale des gens de la classe ouvrière et de la classe moyenne, ceux qu’il est possible de pousser dans une direction ou dans l’autre.
L’échec de la gauche anglaise est dû en grande partie à la tendance des socialistes à critiquer de l’extérieur les mouvements de notre époque au lieu d’essayer de les influencer de l’intérieur. Au moment de la création de la Home Guard, il était impossible de ne pas être frappé par le manque d’instinct politique qui a incité les socialistes de presque toutes les tendances à rester à l’écart de cette aventure, incapables de voir les possibilités que leur ouvrait ce mouvement spontané. Voilà qu’un million d’hommes surgissaient, pour ainsi dire, du sol, demandaient des armes pour défendre leur pays contre un envahisseur potentiel et s’organisaient en un corps militaire en l’absence de consignes venues d’en haut. N’aurions-nous pas pu nous attendre à ce que ces socialistes qui, depuis des années, parlaient de « démocratiser l’armée », etc., s’efforcent de guider cette nouvelle force selon des lignes politiques correctes ? Au contraire, la grande majorité des socialistes n’y ont pas prêté attention, ou, en ce qui concerne les doctrinaires, ont dit sans grande conviction : « C’est du fascisme. » Il ne leur est apparemment pas venu à l’esprit que la couleur politique d’une telle force, obligée par les circonstances à s’organiser de façon indépendante, serait déterminée par les personnes qui en faisaient partie. Une poignée de vétérans de la guerre d’Espagne tels que Tom Wintringham et Hugh Slater*, qui avaient vu le danger et la chance à saisir, ont fait tout leur possible, malgré le découragement qu’on sentait de tous côtés, pour transformer la Home Guard en une véritable armée du peuple. En ce moment, la Home Guard est à la croisée des chemins. Elle est patriotique, la grande masse de ses membres est résolument antifasciste, mais elle n’a aucune direction politique. Dans un an, si elle existe toujours, elle sera peut-être devenue une armée démocratique capable d’exercer une grande influence sur les forces régulières, ou alors une sorte de SA commandée par les pires éléments de la classe moyenne. Quelques milliers de socialistes énergiques et sachant ce qu’ils veulent dans ses rangs pourraient empêcher d’aboutir à la seconde solution. Mais ils ne peuvent agir que de l’intérieur. Et ce que j’ai dit de la Home Guard s’applique tout autant à l’effort de guerre dans son ensemble, ainsi qu’à la tendance habituelle des socialistes à abandonner le pouvoir exécutif à leurs ennemis. Avant la guerre, lorsque la politique d’apaisement dominait encore, analyser la liste des membres de la Chambre des communes pouvait faire rire : les travaillistes et les communistes réclamaient à grands cris une « position de fermeté face à l’Allemagne », mais c’étaient les membres du parti conservateur qui avaient rejoint la RNVR ou la RAFVR [9].
Ce n’est que lorsque nous nous serons associés à l’ effort de guerre, par des actes comme par des paroles, que nous aurons quelque chance d’influencer la politique nationale ; ce n’est que lorsque nous aurons un quel­ conque moyen de contrôle sur la politique nationale que la guerre pourra être gagnée. Si nous nous contentons de rester à l’écart, sans faire d’efforts pour répandre nos idées dans les forces armées ou pour influencer ceux des patriotes qui sont politiquement neutres, si nous permettons aux proclamations pronazies des communistes d’être vues comme représentant l’opinion « de gauche », nous serons dépassés par les événements. Nous n’aurons pas réussi à utiliser le levier que le patriotisme de l’homme ordinaire a mis entre nos mains. Les personnes « politiquement peu fiables » seront écartées des positions de pouvoir, les Blimps s’installeront un peu mieux sur la selle, les classes dirigeantes poursuivront la guerre à leur façon. Et leur façon de faire ne peut que mener à la défaite finale. Pour croire cela, il n’est pas nécessaire de penser que les classes dirigeantes britanniques sont consciemment pronazies. Mais aussi long­ temps qu’elles garderont le contrôle, l’effort de guerre britannique sera d’une efficacité réduite. Puisqu’elles ne veulent pas – ne peuvent pas, sans se détruire elles­ mêmes – instaurer les transformations sociales et économiques nécessaires, elles ne peuvent pas changer l’équilibre des forces, lequel n’est pas du tout en notre faveur à présent. Tant que notre système est ce qu’il est, comment peuvent-elles libérer les immenses énergies du peuple anglais ? Comment peuvent-elles transformer les gens de couleur de coolies exploités en véritables alliés ? Comment (même si elles le désiraient) peuvent-elles mobiliser les forces révolutionnaires d’Europe ? Qui peut croire que les populations conquises vont se rebeller pour soutenir les actionnaires britanniques ? Soit nous faisons de cette guerre une guerre révolutionnaire, soit nous la perdons. Et nous ne pourrons en faire une guerre révolutionnaire que si nous sommes capables de faire naître un mouvement révolutionnaire susceptible d’intéresser une majorité de la population ; un mouvement, en conséquence, qui ne soit ni sectaire, ni défaitiste, ni « antibritannique », qui n’ait absolument aucune res­ semblance avec les factions mesquines de l’extrême gauche, avec leur chasse aux sorcières et leur jargon gréco-romain. La seule autre voie possible est d’abandonner la conduite de la guerre à la classe dirigeante britannique et de descendre peu à peu par épuisement vers la défaite -dont le nom ne serait sans doute pas « défaite » mais « paix négociée » – et de laisser Hitler seul maître en Europe. Et une personne de bon sens peut-elle douter de ce que cela signifiera ? A l’exception d’une poignée de chemises noires et de pacifistes, peut-on accorder la moindre foi aux affirmations de Hitler selon lesquelles il serait « l’ami des pauvres »,« l’ennemi de la ploutocratie », etc. ? Ces affirmations sont-elles crédibles après les sept dernières années ? Ses actions ne pèsent-elles pas plus que ses paroles ?
Le vingt-cinquième anniversaire du couronnement de George V a été l’occasion d’une manifestation« spontanée », différente des défilés de fidèles organisés dans les pays totalitaires [10]. Dans le sud de l’Angleterre, en tour cas, la vague a été suffisamment grande pour surprendre les autorités et les inciter à prolonger les célébrations d’une semaine. Dans certaines rues très pauvres de Londres, que les habitants avaient décorées eux-mêmes, j’ai vu, inscrits sur l’asphalte à la craie, les deux slogans suivants : « Pauvres, mais loyaux » et « Propriétaires, restez chez vous » (ou « Propriétaires indésirables »). Il est fort peu probable que ces slogans aient été suggérés par un parti politique. La plupart des socialistes doctrinaires étaient furieux à l’époque, et ils n’avaient pas tort. Il est évidemment effroyable que les Londoniens qui habitent dans les taudis se décrivent comme « pauvres, mais loyaux ». Mais nous aurions eu bien plus de raisons de désespérer si l’autre slogan avait été « Hourra pour le propriétaire » (ou une autre expression semblable). Car n’existait-il pas quelque chose de très significatif, quelque chose que nous aurions dû remarquer alors, dans cette antithèse instinctive entre roi et propriétaire ? Jusqu’à la mort de George V, le roi était sans doute, pour la majorité de la population anglaise, le symbole de l’unité nationale. Les gens croyaient – à tort, bien sûr – que le roi était de leur côté contre les classes aisées. Ils étaient patriotes, mais pas conservateurs. Et leur instinct n’était-il pas bien plus sûr que celui de ceux qui nous disent que le patriotisme est quelque chose de honteux et que nous devrions nous montrer indifférents à la liberté nationale ? Bien que les circonstances aient été bien plus dramatiques, n’était-ce pas le même désir qui animait les ouvriers parisiens en 1793, les communards en 1871, les syndicalistes madrilènes en 1936 – le désir de défendre son pays, et d’en faire un lieu où il vaut la peine de vivre ?

La Home Guard et vous : George Orwell pose une question personnelle aux « démocrates chimériques » – et aux vrais démocrates


Paru dans Tribune, 20 décembre 1940

Conversation avec un membre de l’Independent Labour Party [11] :
« Êtes-vous un pacifiste ?
– Non, certainement pas. Je suis prêt à me battre dans toute guerre pour la réalisation du socialisme, ou la défense d’une véritable démocratie.
– Vous ne pensez pas que la guerre actuelle est une guerre de ce type ?
– Non.
– Ne pensez-vous pas qu’il est possible d’en faire une guerre de ce type ?
– Peut-être, mais pas avant que les travailleurs aient pris le contrôle. Les travailleurs doivennt avoir les armes entre leurs mains.
– Et alors, pourquoi ne vous engagez-vous pas dans la Home Guard ? On vous donnera quantité d’armes.
– La Home Guard ! Mais ce n’est qu’une organisation fasciste.
– Je ne le pense pas. Mais si elle l’est, pourquoi ne pas vous y engager et tenter de la rendre moins fasciste ? »
C’était bien sûr inutile. La discussion a continué pen­dant longtemps, mais on ne va jamais beaucoup plus loin avec des gens de ce type. Comme ils vivent presque entièrement dans un monde de chimères, ils sont incapables de comprendre que se contenter de dire« Nous réclamons une armée du peuple démocratique » (ou autres mots semblables) ne met pas des armes entre les mains des travailleurs.
« Tant que les travailleurs ne contrôleront pas les forces armées, les forces armées contrôleront les travailleurs », voilà un slogan qui a beaucoup circulé depuis vingt ans, et il est tout à fait vrai. Et pourtant, combien de ceux qui l’ont prononcé ont jamais tenté d’acquérir eux-mêmes une expérience militaire ? Combien de ceux qui parlent avec tant de désinvolture des barricades savent comment en construire une, sans parler de savoir comment faire repartir une mitrailleuse enrayée ? Et, en général, quelle est l’utilité des slogans révolutionnaires sans armes ni connaissance de leur fonctionnement ?
En réalité, la Home Guard est loin d’être « fasciste ». En ce moment, c’est une organisation politiquement neutre capable d’évoluer dans plusieurs directions très différentes ; et la direction qu’elle finira par prendre dépend en fin de compte de ceux qui en font partie. Mais avant de souligner ce point, peut-être vaut-il la peine de rappeler comment elle a vu le jour, et l’histoire spécifique de son développement depuis.
Il y a sept mois, au moment le plus désespéré de la guerre, alors que la Belgique et la Hollande avaient été envahies, que la France s’effondrait et que le grand public s’attendait à ce que l’Angleterre soit envahie immédiatement, Anthony Eden a lancé un appel à la radio pour des Local Defence Volunteers. Je n’ai pas entendu ce discours mais on m’a dit qu’il n’était pas particulièrement enthousiasmant. Un quart de million de personnes se sont portées volontaires en vingt-quatre heures et un million de plus au cours des mois qui ont suivi. Il suffit de comparer ces chiffres, par exemple, à ceux des voix obtenues par les candidats « arrêtez-la-guerre » lors des élections partielles pour comprendre ce que les gens ordinaires de cette île pensent du nazisme.
Mais d’autres aspects de la formation de la Home Guard sont bien moins admirables. Après que les volontaires eurent envoyé leur nom, une organisation schématique a été formée dans laquelle, autant que possible, tous les commandements jusqu’à celui de chef de section (correspondant au grade de sergent) ont été donnés à des personnes des classes moyennes et supérieures. Lorsque les volontaires ont été mobilisés, ils ont vu qu’un corps d’officiers existait déjà, qu’il n’avait pas été choisi par un processus démocratique et qu’il était composé pour l’essentiel de Blimps de soixante ans qu’on avait déterrés.
Depuis lors, deux courants de pensée se sont manifestés dans la Home Guard. L’un de ces courants (pendant longtemps il a eu pour foyer l’école d’entraînement d’Osterley Park, dirigée par Tom Wintringham et par d’autres vétérans de la guerre civile espagnole) voudrait faire de l’organisation une force de guérilla démocratique qui ressemble à une version plus disciplinée des milices républicaines. L’autre courant tente de former une force aussi proche que possible de l’armée régulière, avec des volontaires non payés. Pendant les mois d’été, alors que l’invasion paraissait imminente, le premier courant a eu le dessus mais, plus récemment, la mentalité Blimp a fait un retour triomphal des colonels âgés, qui ne pensaient plus avoir un escadron d’hommes avec lesquels jouer, s’amusent comme des petits fous, et l’accent est mis sérieusement sur l’« élégance » lors des défilés, ce qui n’aurait certainement pas été toléré au moment où les premiers volontaires se sont présentés.
Lors de tels moments de transition, est-il nécessaire de remarquer quelle différence serait obtenue si des gens de gauche venaient, en nombre appréciable, s’engager dans la Home Guard ? La région de Londres, en particulier, manque cruellement d’hommes, du fait de la mobilisation des plus jeunes, et la plupart des quartiers de Londres sont à la recherche de recrues. Le parti travailliste a raté une belle occasion en n’incitant pas ses membres à s’enrôler dans la Home Guard tout au début mais, à présent, cette occasion est revenue.
Pour la première fois dans l’histoire de la Grande­ Bretagne, il existe une possibilité pour les socialistes d’exercer une influence certaine sur les forces armées du pays. La Home Guard oscille, en équilibre, sans savoir si elle veut devenir une vraie armée populaire ou une assez mauvaise imitation des Territoriaux d’avant guerre. Bien qu’aucune des recrues ordinaires n’ait formulé ses idées de façon claire, la plupart d’entre elles préféreraient la première solution tandis que la majorité des officiers supérieurs préféreraient la seconde. En ce moment, une poussée dans la bonne direction pourrait produire des miracles. Et il est dans la nature des choses que cette poussée ne puisse venir que d’en bas – de personnes qui savent ce qu’elles veulent et dans quel genre de guerre elles se battent en pénétrant réellement dans les rangs et en diffusant une conscience politique parmi leurs camarades.
Que personne ne se méprenne. Je ne suggère pas que le devoir des socialistes est de s’engager dans la Home Guard avec l’idée de fomenter des troubles ou de diffuser des opinions subversives. Cela serait à la fois une trahison et une action inefficace. Les socialistes qui obtiendront de l’influence dans la Home Guard y parviendront en se montrant aussi bons soldats que possible, visiblement disciplinés, efficaces et dévoués. Mais l’influence de quelques milliers d’hommes qu’on sait être de bons camarades et qui ont des idées de gauche pourrait être énorme. En ce moment, il n’y a rien de non patriotique, même au sens le plus étroit et le plus vieillot du terme, à prêcher le socialisme.
Nous vivons une période étrange de l’histoire, où le révolutionnaire doit être un patriote et le patriote un révolutionnaire.
Nous savons, même si les Blimps ne le savent pas, que la guerre ne peut être gagnée sans une transformation radicale de notre système social. Notre devoir est de le faire comprendre à tous ceux qui sont potentiellement dans notre camp, c’est-à-dire à la majorité de la nation. En ce qui concerne la Home Guard – un million d’hommes, quatre-vingt-dix-neuf pour cent d’entre eux profondément antifascistes dans leur sentiment mais politiquement sans direction – , l’ occasion est tellement évidente qu’il est surprenant que personne ne l’ait compris plus tôt.
Il ne faudrait pas sous-estimer l’importance de la Home Guard, aujourd’hui ou demain. Un million d’hommes avec des fusils entre les mains sont toujours importants. En ce qui concerne l’objectif spécifique pour lequel elle a été créée (défense passive contre un envahisseur), elle est déjà une armée assez impressionnante. Elle est mieux entraînée et un peu mieux armée que la plupart des milices espagnoles après un an de guerre. À moins qu’elle se désintègre ou qu’elle soit dissoute, ce qui est peu probable, ou à moins que la Grande-Bretagne gagne une victoire facile dans un avenir proche, ce qui est encore moins probable, elle aura une grande influence sur les événements politiques.
Mais quel genre d’influence ? Tout cela dépend de son évolution soit en une armée populaire soit en une sorte de SA commandée par la partie la plus réactionnaire de la classe moyenne. Ces deux types d’évolution existent en puissance dans la matrice du temps et nous avons en partie le pouvoir de nous assurer que ce soit le meilleur qui en sorte.
Nous ne savons pas ce qui nous attend. Il est puéril de croire que le danger d’invasion a disparu. Puéril, également, de croire que nous ne verrons pas un équivalent anglais du gouvernement de Pétain, à un moment ou à un autre, tenter de trahir ; peut-être même connaîtrons­ nous une période de chaos après la guerre pendant laquelle il sera nécessaire d’user de violence afin de restaurer la démocratie et empêcher un coup d’État réactionnaire d’un genre ou d’un autre.
Dans toutes ces circonstances, l’existence d’une milice populaire, armée et politiquement consciente, capable d’influencer les forces régulières, sera d’une immense importance. Mais nous devons nous assurer que la Home Guard pourra remplir cet office. Et nous n’y par­ viendrons pas si nous restons à l’extérieur en disant : « C’est du fascisme. » Au cours des vingt dernières années, la gauche a terriblement souffert de son attitude « Ne nous salissons pas » qui, dans la pratique, a permis d’abandonner tous les pouvoirs à ses adversaires.
Les communistes, l’Independent Labour Party et tous ceux qui leur ressemblent peuvent bien répéter « Des armes pour les travailleurs », mais ils sont incapables de mettre un fusil entre les mains des travailleurs ; la Home Guard le peut et le fait. La leçon morale pour tout socialiste en bonne santé qui accepte de donner quelques heures de son temps (environ six heures par semaine) est évidente. Partout à Londres et dans beaucoup d’autres parties du pays, vous verrez des affiches de recrutement qui vous diront où il faut se rendre. Mais il est important de s’engager maintenant, car l’occasion particulière qui existe en ce moment ne se renouvellera peut-être pas.

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Seconde partie disponible ici


[1Menacé d’encerclement par l’avancée rapide de l’armée allemande : sur le territoire français à partir du déclenchement de l’offensive du 10 mai 1940, le corps expéditionnaire britannique dut être éva­ cué dans des conditions dramatiques. Entre le 27 mai et le 4 juin 1940, 200.000 Anglais et 130.000 Français embarquèrent vers l’Angleterre à partir des plages et du port de Dunkerque, pilonnés par l’aviation allemande.

[2Fin 1940-début 1941, les armées britanniques du Moyen-Orient, commandées par le général Archibald Wavell, menèrent une campagne victorieuse contre l’armée italienne en Éthiopie, en Somalie et en Libye. La victoire de Si di Barrani ( 10 décembre 1940) en Égypte leur ouvrit les portes de la Libye.
Député et ministre conservateur, David Margesson fut nommé par Churchill au ministère de la Guerre en octobre 1940, en remplacement d’Anthony Eden devenu ministre des Affaires étrangères.

[3Cet appel à s’enrôler dans les Volontaires pour la défense locale – la force de civils armés pour la défense du territoire contre un éventuel débarquement allemand, qui deviendra quelques semaines plus tard la Home Guard – fut lancé le 14 mai 1940 par Anthony Eden, qui était à cette date ministre de la Guerre.

[4Fondateur (1932) et leader du mouvement fasciste anglais (British Union of Fascists), dont les membres étaient connus sous le nom de « chemises noires », c’était un farouche partisan de Hitler

[5Peace Pledge Union. L’union du serment pour la paix est le principal mouvement pacifiste de Grande-Bretagne durant la seconde guerre mondiale, lancé en 1934 (…) L’offensive allemande a entraîné son déclin.

[6Le 3 mars 1918, le gouvernement bolchevique. impuissant à enrayer l’avancée des troupes allemandes et autrichiennes, signe une paix séparée où la Russie abandonne la Pologne, les pays baltes, la Finlande, l’Ukraine, et une partie de la Biélorussie.

[7Pendant la guerre, ce romancier populaire et prolifique s’adresse aux anglais au cours d’émissions de radio hebdomadaires pour les appeler à l’unité et à la détermination dans la lutte contre Hitler, afin de construire un pays plus démocratique et plus égalitaire. Orwell qualifie ses émissions de « propagande socialiste par implication ».

[8Personnage créé par le caricaturiste politique de gauche David Low. Dans la description d’Orwell, c’est un « colonel en demi-solde avec son cou de taureau et sa minuscule cervelle de dinosaure ». Il symbolise « la classe moyenne de tradition militaire et impérialiste ».

[9La Royal Naval Volunteer Reserve et la Royal Air Force Volunteer Reserve : les réservistes volontaires de la marine et de l’aviation.

[10Cet anniversaire fut célébré le 6 mai 1935.

[11Fondé en 1883 par le syndicaliste James Keir Hardie, ce partie compte 50,000 membres en 1906. (...) Trente-cinq membres fr l’ILP allèrent combattre en Espagne dans la milice du POUM, mais c’est à un parti en rapide déclin qu’Orwell adhère en 1938. Il le quitte dès l’année suivante par opposition à son pacifisme. L’ILP est au bord de la disparition lors de la seconde guerre mondiale à cause de son refus de repenser la position pacifiste. Aux élections de 1945, l’ILP n’a plus que trois députés. En 1946, l mort de son leader historique, John Maxton, marque sa fin comme force politique significative.


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