Transmission traumatique ? (2/2)

Jean-Franklin Narodetzki
mercredi 30 septembre 2015
par  LieuxCommuns

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Deuil et identification

Le deuil est impossible, infaisable parce qu’il achèverait le travail des assassins. Infaisable, aussi et surtout, parce que l’identification aux morts l’interdit et que cette identification est constamment entretenue, perfusée, par le fait que les parents eux-mêmes n’ont pas réussi à accomplir le deuil. Plus l’identification est globale, plus elle interdit le deuil. Pour ces cas extrêmes d’identification in toto, comme cette patiente psychotique qui était à la fois son propre père se cachant des Allemands et sa grand-mère déportée, J. Kestemberg propose le terme de transposition : les enfants « se transposent » si entièrement dans le passé des parents qu’ils ont le sentiment délirant d’avoir à s’orienter dans une double réalité : ils vivent simultanément dans le passé parental et dans leur propre présent.

Certains disent leur culpabilité à vivre : « Que ma vie puisse se suffire à elle-même, c’est monstrueux » (Baumann, 1988, p. 269).

L’identification à l’agresseur n’est pas exceptionnelle, éventuellement étayée sur un fantasme de la mère : l’enfant est ou bien le Messie, ou bien « un petit Hitler »…

D’une façon générale (si l’on peut dire), les avatars de l’identification semblent osciller entre l’identification que je dirais « comblante » et l’identification impossible. Du côté des nantis de l’identification, Alain Finkielkraut :

La proximité de la guerre me magnifiait et me préservait tout ensemble ; elle me conviait à m’identifier aux victimes tout en me donnant la quasi-certitude de ne jamais en faire partie
(Finkielkraut, 1980, p. 14)

À l’autre pôle, celui de la Versagung identificatoire, de l’identification inaccessible et inlassablement recherchée, cet interlocuteur de Nadine Fresco :

Je suis venu irrémédiablement trop tard. Jamais je ne serai l’un d’eux […], et moi, je n’ai rien d’autre que ce regret absurde et désespéré, presque obscène, pour un temps dans lequel je ne peux avoir été.
(Fresco, 1981, p. 211)

Sans doute faut-il rapporter ces configurations au cadre quotidien du récit fait et refait à l’enfant – ce récit qui, dans maintes familles, a occupé très exactement la place des contes de fées –, érotisé (comment en serait-il autrement ?) par l’enfant (et peut-être, parfois, par le conteur auquel l’enfant s’identifie), avec toute la culpabilité consécutive à cette érotisation et au sadisme de la demande (« alors, raconte ! »).

Mireille Nathan-Murat parle à ce propos du « plaisir incestueux d’écouter », de la jubilation de l’enfant dans cette situation, évidemment coupable, et cite une remarque de Maria Torok dans son séminaire du 17 février 1988 : « Ce qui n’est pas communicable, ce n’est pas l’horreur, mais le travail de la libido sur l’horreur, la libidinisation de l’horreur » (Nathan-Murat, 1990, p. 226).

Identification à modalité éventuellement héroïque, qu’a illustrée jusqu’à en crever un Pierre Goldman, et qui mène à une quête sans trêve de circonstances historiques extraordinaires où le risque de mort serait enfin rencontré pour de bon, « quête convulsive de situations extrêmes », dit Nathan-Murat (1990, p. 228), qui entretient une menace perpétuelle. Identification et agir

Et sans doute est-ce de mise en acte des rejetons du refoulé (ou du réprimé ?) parental qu’il faut ici parler, mise en acte dans le registre de la haine, de l’agressivité, des vœux de mort, jusqu’au meurtre parfois. Ou l’enfant comme récipient des souhaits agressifs inconscients ou réprimés des parents. À moins qu’il ne s’agisse de la mise en acte du désir parental à l’égard de l’enfant-rédempteur-héros, qui sera ce qu’ils n’ont pas été. Cette mise en acte, si le terme n’est pas trop inadéquat (voir section suivante), est expulsive : quelque chose (les aspirations parentales vénéneuses ingurgitées) est ici inintégrable, non « métabolisé », rejeté (au minimum) hors du moi, parce que l’appareil psychique échoue à le contenir (« Je te chargerai de tout ce que je n’accepte pas en moi », écrit Haydée Faimberg, 1993, p. 68). Il s’agit d’expulser en la réalisant, d’accomplir en l’expulsant, la mission impartie (et notamment la tâche de revaloriser les géniteurs, lesquels ne demandent, quant à eux, qu’à s’identifier à leur rédempteur de rejeton). Donc, dans tous les cas, mettre en acte un/des aspect(s) traumatique(s) du vécu parental – comme si c’était le(s) sien(s). Soit : le combat en héritage.

Incarner

Par-delà le cas de figure de l’agir, peut-être en tant qu’atténuation de l’agir – en se gardant, ce disant, autant que faire se peut, de la fâcheuse tendance à verser au compte de l’agir tout ce qui n’appartient pas au seul registre du discours –, j’ai cru pouvoir distinguer qu’il s’agissait toujours peu ou prou d’incarner quelque chose. Ce mot, je le trouve dans la bouche de Claude Lanzmann. Parlant de son film Shoah à François Gantheret, il dit : « Le vrai problème, c’est l’incarnation. Non pas transmettre des informations, mais incarner » (Gantheret, 1986, p. 13).

Il dit aussi : « J’étais halluciné quand j’ai tourné ce film. » « Il fallait que je m’hallucine. » C’est devant la pancarte Treblinka, ajoute-t-il, c’est là « que j’ai commencé à être halluciné » (Gantheret, 1986, p. 18 et 21). Et encore : « J’ai eu besoin de souffrir en faisant ce film » (ibid.). Ce film dont « la signification la plus profonde et la plus incompréhensible [était] de ressusciter ces gens et les tuer une seconde fois, avec moi ; en les accompagnant » (ibid., p. 21). Et, parlant de l’accueil fait à son film dans différents pays, il en vient aux États-Unis :

Là-bas, l’holocauste, ils ont parlé de cela pendant quarante ans. C’est même une sorte d’instrument de lobbying… Mais c’est la première fois, disent-ils, que le vrai devient vrai. C’est cela, l’incarnation.
(Gantheret, 1986, p. 24)

Incarner, parce que le savoir abstrait (ce savoir « théorique » dont Lanzmann se dit « chargé comme une bombe » au début du tournage), ce savoir ne sert à rien. Et il en est de même du savoir trop concret « communiqué » par le discours expulsif des survivants – pour ceux, du moins, qui ont réussi à parler – ou par leur récit silencieux : ce sont des réponses « dont on ne peut rien faire », écrivait Nadine Fresco (1981). Mais incarner quoi ? Le trauma lui-même, dont le vecteur, puisque nous parlons de ce qui s’en transmet d’une génération à l’autre, est la dette.

Que peut faire en effet l’héritier ? Guère plus, guère autre chose qu’accomplir la mission infernale qui lui a été confiée, accomplir la tâche, sous diverses figures, bien sûr – ou démissionner, déserter, ce qui arrive aussi. Mais son destin le plus fréquent tient dans cette formule : condamné à incarner (cf. le « condamné à investir » de Piera Aulagnier).

La contrainte est d’autant plus vive que ce qui doit être signifié-incarné est précisément indicible, incommunicable – à l’instar de l’injonction d’avoir à incarner. Incarnation contre savoir abstrait, incarnation du non-élaboré parental, où il s’agit de se faire le dépositaire (le « dépositoire », dit René Kaës) de ce non-élaboré, de cet innommable (Lanzmann insiste sur l’indispensable nomination) qui n’a jamais cessé de tarauder des parents définitivement éblouis par leur passé traumatique et de fasciner leurs enfants, eux-mêmes éblouis par cet éblouissement. Non-élaboré – est-il besoin de le noter ? – ne présupposant pas nécessairement « refoulé ».

Incarner le trauma, ou en être le témoin vivant, un monument soi-même, authentifiant le trauma parental, garant/gardien de celui-ci. Et sans doute aussi tenter d’en réparer les effets – mais ne libidinalisons pas trop vite ! Anéantir le malheur, mais aussi le proclamer. Accomplir les gestes de dignité omis par les ascendants. Les délivrer de leur mort/ mortification interne – en la prenant sur soi. Et conséquemment se faire le double de ce(s) parent(s), dont l’imaginaire vous perçoit si souvent, surtout si vous êtes le dernier-né, écrit Y. Gampel (1986), comme un unheimlich menaçant (cf. le Messie ou le « petit Hitler »). Osciller, bien souvent, entre deux positions assignées par le trauma parental : objet de sollicitude (celui ou celle à qui on va « épargner ça ») ; ou pure instance idéale (ce que les géniteurs auraient été sans « ça »). Mais, toujours, pour le sujet, se retrouver « chosifié dans la fixité d’un rôle établi d’avance, strictement aliéné dans un “pensé antérieur” à l’égard duquel on ne lui fournit pas les moyens de se positionner lui-même » (Penot, 1989, p. 131).

Contenus et voies de la transmission

Qu’est-ce au juste qui se transmet ? Ce qui manque, fait défaut, n’a pas été inscrit ; ce qui a été nié, refoulé, « forclos » par un blanc, un meurtre silencieux, un trou, écrit René Kaës (1989), et se prête ipso facto à la mise en acte – ou que l’agir vient figurer, matérialiser.

Comment ça se transmet ? Par identification au désir de l’autre, sans doute. C’est ce que Kaës affirmait dans un texte précédent où il développait ainsi sa pensée :

Ce qui se transmet, c’est ce qui reste en souffrance dans la transmission même […] : un message inconscient transmis sans transformation d’une génération à l’autre et déposé dans tel enfant sous la forme du traumatisme cumulatif [1] . Cette transmission destinale prend la forme d’une compulsion à transmettre l’inéluctable […]. La transmission, ajoute-t-il, s’organise à partir du négatif, de ce qui manque et fait défaut […], sur ce qui manque à la réalisation narcissique des parents
(Kaës, 1986, p. 22)

C’est aux mêmes conclusions, amenées moins théoriquement, que parvient Y. Gampel, à propos du fils psychotique d’un patient rescapé (lequel porte le prénom d’un ami de sa mère tué pendant la guerre des Six-Jours) :

Toutes les pensées et fantasmes effrayants, toutes les situations menaçantes vécues pendant la guerre [1939-1945], tout le sinistre de sa propre situation d’enfant en détresse qu’il [le père] avait tenté de supprimer, avaient surgi chez son fils préféré, et celui-ci luttait pour se débarrasser de quelque chose qui n’était pas lui [et qui] le dépersonnalisait.
(1986, p. 97)

Elle ajoute que le silence parental sur la guerre, dû à « la suppression et [au] refoulement, a induit la transmission troublante des conséquences des guerres d’une génération à l’autre » (ibid., p. 101).Du traumatique

Du traumatique

Ce qui précède nous autorise, je crois, à parler non de quelque « imposture du trauma » comme « fausse origine qui fusionne celle des enfants et celle des parents » (Oppenheim, 1990, p. 170), mais plus précisément d’identification traumatique, c’est-à-dire via le trauma comme objet et trait parental, identification elle-même génératrice de culpabilité, si tant est que le trauma soit en l’occurrence « usurpé ».

René Kaës parle de « coproduction collusive » du trauma. Il en parle, non pas à propos de la relation parents-enfants, mais dans le cadre d’une collectivité, au sujet de l’Argentine.

[Une] catastrophe psychique [qui] survient dans la coproduction collusive [c’est-à-dire prenant place à l’intérieur d’une « enveloppe narcissique commune »] d’événements traumatiques qui ne parviennent à s’inscrire et à s’élaborer ni dans l’espace intrapsychique, ni dans l’espace transsubjectif. Le drame catastrophique reste en effet « en perpétuel suspens d’énoncé » (H.-P. Jeudy […]) et d’abord de représentation, parce que les lieux et fonctions psychiques et trans-subjectives où il pourrait se constituer et se signifier ont été abolis.
(Kaës, 1989, p. 178)

Sans doute faut-il rappeler ici que Fer [Une] catastrophe psychique [qui] survient dans la coproduction collusive [c’est-à-dire prenant place à l’intérieur d’une « enveloppe narcissique commune »] d’événements traumatiques qui ne parviennent à s’inscrire et à s’élaborer ni dans l’espace intrapsychique, ni dans l’espace transsubjectif. Le drame catastrophique reste en effet « en perpétuel suspens d’énoncé » (H.-P. Jeudy […]) et d’abord de représentation, parce que les lieux et fonctions psychiques et trans-subjectives où il pourrait se constituer et se signifier ont été abolis.
(Kaës, 1989, p. 178)enczi considérait comme essentiel à la formation du trauma que quelque chose soit tu, et qu’il impute à ce trauma un clivage du moi servant à faire face à la réaction dépressive (Ferenczi, 1934).

Le cumulative trauma de Masud Khan, tel qu’utilisé par Ilse Grubrich-Simitis, soit comme une suite de déficiences du pare-excitations maternel, a des allures de pléonasme. Car il est dans la nature du trauma infantile et sexuel de revenir, d’être itératif : il n’y a jamais, dans ce registre, d’événement unique et isolé. Maurice Dayan s’exprime là-dessus sans ambiguïté. Après avoir distingué la « contribution du réel vécu […] à la constitution du refoulé singulier » d’une simple « fraction de causalité dont une fraction “complémentaire” (et commensurable) serait dévolue au fantasme », il rappelle qu’« au principe de l’infantile, le factuel et le mental sont étroitement liés », car « les expériences vécues représentent des points d’ancrage de l’activité psychique dans le réel qui intéresse la pulsion ». Les événements « marquent des césures, des moments d’irréversibilité ou d’éclatement du conflit qui rompent l’apparente continuité du développement » ; ils ne sauraient être « confondus avec l’accident qui traverse […] la vie sans être constitutif d’un devenir psychique qui la fonde ». Dayan souligne ensuite trois aspects du trauma qui nous intéressent : la non-ponctualité, la valeur posthume et l’inintelligibilité :

Loin de pouvoir être analysé comme une action traumatique ponctuelle, exercée sur un sujet passif, l’événement ne prend forme et force qu’après sa disparition du monde réel. Cette valeur « posthume » est celle d’un ébranlement pulsionnel qui s’insère dans une histoire singulière au prix d’un défaut radical d’information, par le truchement d’impressions infantiles.
(Dayan, 1985, p. 356-357)

Y a-t-il donc d’autre trauma que « cumulatif » ? Le trauma, insiste- t-il, « revient à maintes reprises, et pas seulement dans un unique après-coup qui lui conférerait d’emblée toute sa portée » (ibid., p. 444). Je cite encore les lignes qui suivent parce qu’elles me paraissent éclairer des aspects déterminants de la situation trans-subjective qui m’occupe, y compris sa symptomatologie. Parlant des expériences infantiles, Dayan écrit :

La valeur de décision de ces impressions précoces ne tient pas simplement à l’incapacité du « moi » de l’enfant à maîtriser les flux d’excitations qui les produisent en faisant effraction dans une « barrière » protectrice immature. Elle tient aussi à leur portée au sens le plus strict, c’est-à-dire à leur effet d’anticipation de ce qui peut désormais arriver. Il est essentiel au traumatisme d’instituer cette relation de décision indécise à l’endroit du possible. À l’ébranlement subi, dont l’origine est incomprise, correspond la nécessité d’une suite inconnue mais inéluctable : quelque chose va revenir, qui est déjà là, qui aura été là depuis toujours (la « bête dans la jungle » de H. James). Le trauma comporte une face temporelle cachée ; il annonce, sans rien faire connaître. Moins définis sont la modification produite et le retour anticipé, plus importante est la « décision » infantile de les attendre – décision vouée au refoulement et à l’oubli. Telle est la perturbation structurelle du temps linéaire par le temps cyclique qu’introduit l’irruption traumatique. (ibid.)

Quant à la passivité, Laplanche notait qu’elle-même et son contraire ne sont à définir ni par l’initiative du geste, ni par la pénétration (dont, il n’est pas superflu de le souligner, l’effraction est une modalité), ni par un quelconque élément comportemental : « La passivité est tout entière dans l’inadéquation à symboliser ce qui survient en nous de la part de l’autre » (Laplanche, 1986, p. 78)

Le lien du traumatique, que nous dirons non directement sexuel, avec le refoulement ne va pas non plus de soi, même s’il est évidemment toujours possible de le raccrocher à Éros via la perte ou le narcissisme, ce que Freud n’a pas manqué de faire. Dans le registre traumatique qui est celui des guerres, des génocides et des violences collectives effectivement subies, d’autres mécanismes semblent pourtant prépondérants, que certaines remarques de Bernard Penot relatives au déni contribuent à approcher (je ne soutiens, pour autant, aucune relation privilégiée du trauma avec le déni). Il rappelle en effet que, dans le déni, la représentation ne se trouve pas soustraite à la conscience – mais que « c’est son sens qui s’avère indécidable » –, qu’elle est donc liée à un suspens du jugement et de l’opération de négation, et reprend l’idée que ce qui est traumatique n’est pas le contenu (la « toxicité ») des représentations, mais bien ce que l’univers mental de la famille – et d’abord de la mère – n’a pas réussi à lier, à constituer en « mythe véritable, c’est-à-dire un corps de discours capable d’articuler l’ensemble [des] données [de l’imaginaire familial], les apports des lignées qui la composent avec leurs avatars historiques, de manière à y faire participer la génération suivante à part entière » (Penot, 1989, p. 132). Cela impliquant que la génération des parents puisse « signifier à l’intention [des enfants] quelque chose du “manque” qui l’affecte elle-même » (ibid.).

Si l’on suit cet auteur, n’est-ce pas justement cela qui n’a pas pu prendre forme entre la première et la deuxième génération dont nous parlons ? Ce dont témoigne peut-être le fait que la Shoah, sous nos yeux, est en train de devenir un mythe (au sens de ce qui dit une origine collective), avec ses institutions – souvenir institutionnalisé, commémorations, lieux consacrés, monuments et individus-monuments. Ne serait-ce point, sans anthropologiser outre mesure, c’est-à-dire sans oublier combien l’époque se prête à ce genre d’officialisation, qu’il faut au moins trois générations pour fabriquer un mythe (sinon du mythe) ?

La transmission du trauma me semble enfin pouvoir être pensée en termes de transfert. Transfert de trauma, qu’il faudrait situer plus précisément dans son rapport à l’identification : préalable, ou consécutif à celle-ci, vectorisé par elle ou vecteur de l’identification ?

Et peut-être la formule de Kaës, coproduction collusive de l’événement traumatique, pourrait-elle être entendue comme transfert du trauma parental à l’enfant, en tant qu’objet, support et vecteur d’une part du processus identificatoire de ce dernier. Objet, support, vecteur alors d’autant plus organisateurs de la psyché du descendant que le trauma parental touche directement les identifications et l’identité des ascendants, puisque c’est en tant qu’Hereros, Arméniens, Juifs, Tziganes, Musulmans, Tutsi, qu’ils ont été exterminés, et que ce qu’attaque le génocide, au-delà des vies, c’est toute l’économie narcissique du groupe visé.

Perspectives

Puisque pour les blessés psychiques de la « purification ethnique », y compris la majorité de ceux, peu nombreux, auxquels vous aurez accès, il ne pourra guère être question que de différentes formes de holding, il faut s’attendre, outre ce que l’on peut déjà constater, à voir surgir une symptomatologie différée, à type de manifestations psychosomatiques ou hypocondriaques et de dépression, attente anxieuse, troubles du sommeil, apathie, troubles mnésiques, irritabilité…

Car le trauma se développe dans l’après-coup. L’événement « ne prend forme et sens qu’après sa disparition du monde réel » (Dayan, 1975). Si tant est qu’il prenne sens, faudrait-il ajouter.

Les séances de thérapies de groupe auxquelles j’ai pu assister dans l’enceinte de l’hôpital Kosevo m’ont plutôt donné à penser que nous sommes loin du compte. Ce qui revient sans cesse dans la bouche de vos patients est plutôt de l’ordre de la sidération et de la tentative jamais aboutie, toujours à refaire, de donner ou trouver un sens à la violence qui a déferlé et déferle encore sur eux.

Dans une phase ultérieure de votre travail, il sera question, je crois, de faciliter des deuils bloqués et la désidentification aux objets perdus – assassinés, disparus, anéantis. Les analystes ont coutume de prôner, de façon souvent imprécise et stéréotypée, la « symbolisation ». Je ne pense pas sacrifier à ce travers en affirmant la nécessité de contribuer à la symbolisation de l’expérience traumatogène, afin qu’elle ne resurgisse pas sous forme d’image à expulser, d’agirs, voire d’hallucinations dans les cas les plus graves. Telle que je m’y réfère ici, elle est à entendre comme élaboration de l’expérience qui est advenue à ces sujets, de sorte qu’elle prenne sens au double plan subjectif et collectif, et sens partageable. Ce dont le premier pas consiste à combattre l’inintelligibilité. D’où l’importance et l’urgence d’établir des dispositifs et des lieux d’élaboration destinés à permettre un travail thérapeutique en groupe

Élaborer, c’est-à-dire intégrer les souvenirs traumatiques au « grand complexe des associations » du moi, pour que le complexe traumatique cesse d’être un « groupe psychique séparé », ou, plus exactement ici, « corps étranger interne » non psychisé, non transformé (Bion parlait de la transmission d’objets transformables par l’enfant et d’objets parentaux non transformables : la transmission traumatique est une transmission du second type, celle d’une matière brute).

Il s’agirait de dispositifs de parole dont le principe directeur serait de mettre un terme à l’expérience de l’insensé et du silence, de l’énigme et de l’humiliation, de permettre un passage de l’identification à la représentation (pour emprunter ce raccourci – et cette simplification – à H. Faimberg, 1993). Que les blessés psychiques de cette guerre génocidaire puissent disposer de lieux d’accueil où ils pourront échanger, faire circuler une parole relative à leur expérience, est indispensable si l’on veut tenter d’extraire le trauma – certes chaque fois singulier, malgré des manifestations cliniques comparables – de son enkystement et de son encryptement individuels qui condamnent le sujet qui en est le dépositaire à ruminer sans fin cette question sans réponse : « Pourquoi moi ? »

Ce seraient, en somme, des lieux de vérité où les patients auraient la possibilité de témoigner de leur expérience, non pas selon le principe cathartique de l’abréaction, ni selon celui, inadéquat ici, de l’interprétation, mais plutôt selon une visée d’élucidation, de mise en sens ou en intelligibilité, donc aussi en perspective, du vécu traumatique.

Ce qui exclut évidemment toute limitation de la parole (comme c’est malheureusement le cas dans les groupes thérapeutiques de votre hôpital, où il est interdit de parler de politique et de parler de l’armée) et tout mensonge bien intentionné…

Il s’agira de rendre pensable et partageable pour eux, entre eux, ce qui demeure innommable. Je suis d’avis que c’est l’une des conditions requises pour qu’ils parviennent, autant que faire se peut, à se décoller de la catastrophe fort peu naturelle qui s’est emparée de leur vie, et à transmettre à leurs descendants non plus une chose en soi inassimilable, mais une parole à l’endroit de leur histoire qui rendrait l’héritage traumatique recevable, relativisable, métabolisable.

Parlant de patients victimes de sévices, Ferenczi écrivait :

Une partie de notre personne peut « mourir », et si la partie restante survit quand même au trauma, elle s’éveille avec un trou dans la mémoire, à vrai dire avec un trou dans la personnalité […].
(Ferenczi, 1932)

C’est Janine Altounian qui cite cette phrase dans l’un de ses articles sur le génocide des Arméniens, génocide jamais reconnu comme tel et perpétré, lui aussi, avec la complicité silencieuse des grandes puissances. Elle la commente ainsi :

C’est ce « trou », semble-t-il, qui se transmet des survivants à leurs descendants en impossibilité à penser le trauma parental, ce « trou » sans parole possible, qui, pourtant, fait lien entre leurs deux générations. Ce trou invalide d’autant plus l’individu qu’il est mis en perspective, amplifié par le déni politique dont il est l’objet ; tout comme pour l’enfant, c’est le désaveu de l’entourage qui est, à proprement parler, traumatique.
(Altounian, 2000, p. 70)

Car n’en déplaise au psychologisme de certains collègues (ou à leur structuralisme, l’un et l’autre s’accordant dans la négation de la causalité historique), il est des conditions sociales, historiques, politiques et culturelles qui rendent plus ou moins difficile l’élaboration du trauma

Sans qu’il soit question d’imputer à un contexte politique international une capacité causale autonome, une sociogenèse du trauma ou son étiologie, reste que de telles conditions actuelles constituent un facteur adjuvant. Il en est ainsi du bain de discours international où se trouvent immergés les Bosniaques depuis trois ans [2] .

Je voudrais évoquer brièvement ce qui m’apparaît comme un dispositif pervers fondé sur un déni de réalité, auquel se trouve confrontée l’expérience génocidaire en Bosnie.

L’attitude de la présumée « communauté internationale » est une composante de cette situation traumatique « cumulative ». Ce n’est pas seulement, comme me le disait, en décembre 1993, un professeur musulman de langue judéo-espagnole, que « l’Europe nous humilie ». C’est qu’elle n’a cessé, renvoyant dos à dos les « belligérants », de nier la réalité d’une agression barbare contre des civils et de tenir aux victimes un discours, fondé sur diverses falsifications historiques, qui dit en substance : « Vous êtes responsables de ce qui vous arrive ; les autres vous ont peut-être attaqués, mais c’est de votre faute ; vous êtes les auteurs de votre propre malheur ! » L’une des occurrences les plus abjectes de cette rhétorique est sans doute, lors de chaque grand massacre à Sarajevo, cette version d’origine tchetnik mais reprise par l’onu, les politiciens et les media occidentaux : les « Musulmans » se bombardent eux-mêmes.

Je ne vois pas que l’on puisse déclarer sans conséquences ce genre de discours, et je remarque que des interrogations relatives à leur responsabilité finissaient par émerger chaque fois que des Sarajevins m’ont confié leurs pensées les plus sombres.

Il est d’autres effets plus insidieux, et bien entendu impossibles à évaluer, de cette rhétorique qui a définitivement injecté le doute quant à la responsabilité des souffrances et quant à l’identité des agresseurs. Le déni de réalité auquel équivaut l’imputation des causes de la souffrance infligée à ceux-là mêmes qui la subissent, cette manipulation éminemment perverse, n’est certes pas propice à l’élaboration de l’expérience traumatique. Ajouté au « ça n’a jamais eu lieu » de la propagande grand-serbe, prétendant que les victimes des massacres de Sarajevo étaient des acteurs ou des poupées maculées d’hémoglobine, cette imputation a sans doute de quoi rendre fou (de rage, du moins) ; désespérer, certainement ; contribuer à l’enkystement du trauma, plus que probablement. D’où l’importance de ce dont, comme par hasard, l’unhcr [3] ne goûte guère le projet : des groupes de témoignage pour que la vérité, non seulement la parole, puisse circuler – et que nul ne puisse se convaincre qu’on ne lui a jamais fait ce qu’on lui a fait.


Notations critiques de juin 2005

« Je ne crois plus à ma traumatica », serais-je tenté d’écrire. Outre que je ne suis pas Freud et que cette théorie n’est nullement mienne, je n’ai fait ici que reprendre une conception enracinée dans l’œuvre de Freud, prolongée par une myriade d’épigones, et en commenter trop rapidement quelques aspects. Il reste, bien sûr, beaucoup et mieux à faire.

Avec cette paraphrase, j’entends seulement signaler quelques insuffisances qui touchent, au-delà de l’acception strictement freudienne de la notion mais l’incluant, à l’usage du « traumatisme » tel qu’il s’est imposé depuis quelques décennies dans le sillage de diverses postures soignantes, qu’elles soient ou non réputées « humanitaires ». Comme on va le voir, une bonne partie de ce qui précède, y compris mes propres commentaires, tombe sous le coup de ces trop brèves notations.

1. Il semble que le réalisme soit le principal écueil où viennent se briser ces occurrences de la notion. Le réalisme du trauma, encore accentué quand on parle de « traumatisme », va de pair avec le réalisme de l’événement, externe, ponctuel, discontinu et relié au précédent comme une cause à son effet selon le plus fruste déterminisme. Un massacre ne saurait être que « traumatique » pour ceux qui en ont réchappé, le viol, pour celles ou ceux qui l’ont subi.

Sans doute ; à ceci près que nul tableau clinique « post-traumatique » – pour employer un syntagme plus médical que psychanalytique – n’apparaît chez une proportion non négligeable de survivants ou de personnes violées (ce qui n’exclut pas d’ailleurs, on l’a vu, que leurs descendants soient affectés de la symptomatologie décrite dans la littérature).

À l’époque de mes séjours en Bosnie, Eduardo Colombo me parlait d’une patiente argentine dont la famille entière avait été exterminée sous ses yeux, sans qu’elle présentât pour autant le moindre élément du fameux « ptsd ». Découlent de ce réalisme déterministe tant la méconnaissance de la non-prédictibilité du « cours des événements psychiques » (on peut remonter d’un état, d’une problématique, à ce qui l’a engendré, non pas prévoir tel état ou telle problématique à partir d’une situation ou d’une configuration donnée) que celle du caractère aléatoire, inconstant, des effets de la réalité externe ou matérielle sur la psyché.

2. Nous sommes ainsi ramenés, plus souvent qu’on ne consent à s’en apercevoir, et qu’il s’agisse du registre incestueux (le milieu des travailleurs sociaux est particulièrement friand de ce genre de simplisme), ou politico-militaire (crimes contre l’humanité, génocides) à un avant de la découverte freudienne de la causalité psychique, avec cette conséquence que la disposition au trauma, l’Empfänglichkeit, les événements psychiques et/ou matériels antérieurs, en bref la réalité psychique, cessent d’être pris en compte au profit de la seule causalité matérielle événementielle. A fortiori quand il s’agit d’événements collectifs, comme si cela valait exemption de l’histoire subjective singulière.

La torsion réaliste est ici à double détente : elle réifie l’effet supposé traumatique et matérialise la cause supposée traumatogène. Certaines tendances juridico-psychiatriques ont fleuri sur cette bévue très labourée, et il suffit aujourd’hui de se présenter devant un tribunal en affirmant avoir été violé neuf ans plus tôt pour être aussitôt cru et voir l’accusé condamné à dix années d’emprisonnement (Narodetzki, 1998).

3. Une autre hypothèque grève la conception du trauma collectivement subi et conséquemment la conceptualisation de ce qui s’en transmet d’une génération à une, voire plusieurs autres : la thèse de l’irreprésentable.

Pour la dire en quelques mots, l’horreur d’un génocide est de l’ordre de l’impensable, de l’inimaginable, du psychiquement inintégrable et de l’indicible. Il s’ensuit que l’appréhension clinique de ce qui a été subi et/ou transmis est essentiellement menée en termes négatifs sériels : manque, trou, défaut, forclusion, déni, non-inscription, etc. Outre qu’une telle batterie de concepts convient mal à des « tableaux » marqués par le retour invasif des images et souvenirs de l’expérience traumatogène, la définition exclusivement négative n’a jamais été de très bonne méthode. Si la négativité est requise, parce qu’elle caractérise certains aspects de l’effet-trauma chez certains patients ainsi qu’une dimension de la transmission, elle ne saurait davantage suffire à la compréhension du trauma que la non-accession à l’ordre symbolique ne suffit à comprendre la psychose [4] . Elle est en particulier inapte à saisir la part que prend l’héritier à la transmission dont il est le « bénéficiaire ». Occupant depuis plusieurs années la majeure partie du terrain de la conception traumatique postfreudienne et de la représentation qu’on se donne de la transmission de l’effet-trauma, elle tend à y négliger ce qui est de l’ordre (logique) de la positivité, soit ce qui ressortit à la création de symptômes, laquelle ne répond en rien à la régularité qu’on voudrait hypostasier.

4. Toutes choses qui devraient inciter à une réélaboration de la théorie traumatique, pour autant qu’on prétende la rendre propre à servir la compréhension de l’incidence de violences mortelles collectivement subies sur la psyché de ceux qui en sont l’objet, incidence dont le refoulement n’est pas le mécanisme principal.

Si la mise à contribution du narcissisme, dont une telle conceptualisation évidemment ne peut se passer, se montre parfois insuffisante, c’est que sa valeur de généralité manque la spécificité du type de transmission en cause dans l’expérience génocidaire. Cette transmission me semble d’autre part éclairée d’un jour volontiers délusoire par des théories d’inspiration « groupales » adossées à une représentation du collectif comme extension de l’appareil psychique individuel. L’intelligence de cette transmission requiert autre chose que l’application ou l’extension d’un modèle ; celui de la séduction dans le premier cas, celui de l’appareil animique dans le second.

5. Nous avons croisé, avec les travaux d’Ilse Grubrich-Simitis, une illustration de la tendance à substantialiser la constellation conceptuelle destinée à rendre compte des faits de « traumatisme ». À l’opposé, la complexité et l’épaisseur de la problématique traumatique paraissent restituées au plus près par les textes d’un Maurice Dayan que nous avons longuement cités, et ce même s’ils ne traitent pas spécifiquement des violences génocidaires.

Mais la question générale demeure posée : avec le gauchissement systématisant qu’ils impriment à tout ce qu’ils touchent, la construction théorico-clinique, le travail du concept ne sont-ils pas voués à toujours manquer le nerf de la problématique qui nous occupe, et qu’un discours moins sublime ou plus narratif permet de mieux approcher ?

Pour ne renvoyer qu’aux textes qui ont été cités, les mots de Nadine Fresco ou ceux de Claude Lanzmann me semblent relever de ce dernier cas de figure.

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[1Par quoi René Kaës semble rejoindre Masud Khan.

[2J’ai consacré à ce discours et aux pratiques occidentales qui intéressent la Bosnie-Herzégovine un petit livre auquel le lecteur pourra se reporter (Narodetzki, 1999). Il suffira de rappeler ici que le chroniqueur médical du quotidien Le Monde prétendait que si les artilleurs de Mladic visaient l’hôpital Kosevo, c’était parce que les « Musulmans » y cachaient des armes. Je n’y ai jamais vu d’armes, et personne ne se souvient d’y avoir vu ledit chroniqueur.

[3United Nations High Commissioner for Refugees, qui gérait sur place le traitement « humanitaire » des effets de la guerre. Le 12 mai 1994, l’une des responsables des « Social Services B and H [Bosnie-Herzégovine] » de ce même Haut-commissariat aux réfugiés de l’onu me communiquait une circulaire où elle rappelait les réserves de son agence à ce sujet : « Documentation and testimony about war and psychological effects needs to be clarified. How far wants who [Organisation mondiale de la santé] to be involved ? unhcr point of view on testimony and unhcr non-involvment has been explained (from discussion at unhcr protection meeting). »

[4C’est toujours à la négativité, notamment sous les espèces de la non-accession au « symbolique » rabattue sur le rapport des enfants à leurs parents déportés, que se réfèrent les lacaniens (auxquels on ne saurait reprocher aucune posture soignante) qui se risquent à faire de la théorie sur la Shoah. Dans un texte dont la volonté psittacique d’incorporer la transmission de l’expérience génocidaire aux concepts de Lacan tend à faire oublier les aperçus pertinents, Annie Radzynski écrit : « Pour toute cette génération [enfants de déportés], la difficulté majeure ne consiste-t-elle pas à passer du registre imaginaire au registre symbolique ? » (Radzynski, p. 246). Ce n’est qu’un exemple ; il montre à quelle confusion introduit ce genre de placage – lequel est évidemment favorisé par l’imprécision intrinsèque des concepts ainsi recyclés.


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