La double spécificité humaine somatique et psychique (1/3)

jeudi 16 janvier 2014
par  LieuxCommuns

Le texte qui suit nécessite quelques mots d’introduction.

Il est extrait de la première partie de La révolte contre le Père. Une introduction à la sociopsychanalyse (1968, Payot, p. 31-61) de Gérard Mendel, psychanalyste (à ne pas confondre avec l’économiste paléo-marxiste Ernest Mandel) intitulée « Fondations » qui vise à poser le cadre général permettant à l’auteur de développer ses thèses. Celles-ci ne nous intéressent pas ici, mais on peut les résumer en quelques mots : il est question de poser les principes d’une sociopsychanalyse, soit l’interprétation des sociétés humaines et de leur histoire à partir des acquis de la psychanalyse afin de renouveler l’intelligence des phénomènes socio-politiques en donnant aux collectivités humaines les moyens de leur autonomie. Cette ambition impressionnante comporte les limites inhérentes aux approches freudo-marxistes typiques des années 60-70, notamment des références soutenues au « matérialisme scientifique », et quelques absurdités qu’il est aujourd’hui facile de corriger. Mais ce travail, parmi les plus connus de son auteur, est très loin d’être dénué de pertinence et la totalité de son œuvre le classe parmi les principaux penseurs de l’émancipation individuelle et sociale du XXe siècle.

Mais l’extrait publié ici porte sur des problématiques qui en paraissent fort éloignées, puisqu’il est question de la formation du psychisme humain lors des premiers âges de la vie de l’individu. Mendel y reprend la théorie de Louis Bolk du début du siècle dite de la néoténie – le petit d’homme mis au monde avant terme – qui avait à l’époque été exhumé, traduit et déjà magistralement articulé par George Lapassade dans L’entrée dans la vie, 1962 (Antropos, 2005). Mais là où ce dernier faisait de l’inachèvement biologique de l’homme une anthropologie du devenir humain, Mendel y voit le fondement « scientifique » de la psychanalyse par le développement monstrueux de l’appareil psychique, les hallucinations et fantasmes palliant l’incapacité foncière du petit humain à agir.

Il dessine par là une conception singulière de l’être humain dont l’enracinement même dans la vie organique l’en exclut irrémédiablement, le condamne à l’inadaptation fondamentale et à la création permanente d’un monde qui ne pourra pourtant jamais être complètement le sien. Cette interprétation de la nature de l’animal humain était déjà largement déduite par la philosophie occidentale, mais elle trouve ici un fondement biologique qui lui permet de mettre en articulation des domaines de savoirs jusqu’ici largement disjoints, de la zoologie à l’ethnologie ou, bien sûr, la psychanalyse et la politique. On retrouvera donc dans ce texte, explicitement ou entre les lignes, des notions sans lesquelles il nous semble impossible de penser quoi que ce soit de l’individu ou de la société, et notamment ce schème de toute-puissance lové au cœur de l’âme humaine qui, dès lors, ne peut tendre à une maturité à jamais énigmatique que pour autant qu’elle s’empêche de retrouver dans le pouvoir social cette pseudo-maîtrise infantile à jamais perdue. C’est ici que l’on peut apercevoir ce que pourrait être une approche psycho-anthropologique cohérente de la démocratie directe.

Alors même que la théorie de la néoténie n’est plus aujourd’hui remise en cause par le monde scientifique (cf. notamment la synthèse de Lynn Margulis et Dorion Sagan, L’univers bactériel, Seuil 2002, ou les précisions de J. Chaline dans Une famille peu ordinaire., Du singe à l’homme, Seuil 1994, continuant les travaux de D. Morris et S. Jay Gould des années 70), on ne peut que se désoler qu’elle soit superbement ignorée par tout ceux qui prétendent penser aujourd’hui – A. Gehlen (199), F. Lyotard (1988), G. Agamben (1998) et Dany-Robert Dufour (2005), étant les exceptions plus ou moins heureuses.
On s’en désolera, mais on ne s’en étonnera pas.


« Elle [notre présupposition] est de nature biologique, elle opère avec le concept de tendance (éventuellement celui de finalité) et s’énonce ainsi : le système nerveux est un appareil auquel est impartie la fonction d’écarter les excitations à chaque fois qu’elles l’atteignent, de les ramener à un niveau aussi bas que possible ; il voudrait même, si cela était faisable, se maintenir rigoureusement dans un état de non-excitation. (...) attribuons au système nerveux en général la tâche de maîtriser les excitations. »

S. Freud, Métapsychologie, p. 16 (souligné dans le texte).

Le problème de la spécificité humaine nous retiendra à plusieurs reprises au cours de cet Essai. S’il existe une question d’importance concernant l’homme, c’est bien en effet de savoir en quoi, le cas échéant, il se distingue des autres espèces vivantes. Ce point n’intéressant pas seulement le physiologiste ou le psychologue, mais tout homme soucieux de ce qui touche à l’espèce à laquelle il appartient [1]

S’il devenait possible de définir les éléments d’une spécificité humaine, il n’apparaîtrait peut-être plus tellement utopique de chercher à construire des formes de société tenant compte des besoins propres à l’homme et favorisant son épanouissement. A côté de la Sociologie, étudiant et classant les formes sociales ayant déjà existé et témoignant ainsi en quelque sorte de la souplesse adaptative humaine, pourrait prendre place une Sociopsychanalyse au sein de laquelle une physiologie et une pathologie sociales échappant dans une certaine mesure à l’empirisme étudieraient les pressions d’origine sociale s’exerçant sur l’individu et aideraient à les réduire bien avant qu’elles se révèlent ouvertement être néfastes ; en somme l’étude de la société se ferait aussi à partir de l’homme et non plus seulement en fonction des besoins de la société ou de la technique, besoins certes respectables, mais qui ni devraient pas être seuls à être pris en considération si l’on souhaite éviter les crises de civilisation, ce terme étant pris dans son sens le plus général.

C’est d’ailleurs à partir de l’impossibilité, en raison de la spécificité humaine, d’une telle réduction de l’individu à la société que Freud écrivait :

« Mais notre sentiment intime qu’en aucune de ces républiques d’animaux, en aucun des rôles respectifs départis à leurs sujets, nous ne nous estimerions heureux, est un signe caractéristique de notre état actuel » (Malaise dans la Civilisation, p. 79).

« Le Système Nerveux Central est, à la naissance, incomplètement développé ; comme, et plus que le reste du corps, il est en état de prématuration » (Manuel de Psychiatrie (Masson), par H. Ey, Bernard, Ch. Brisset, p. 10)

La Psychanalyse a d’ailleurs fondamentalement contribué à ce que le problème de la spécificité humaine échappe à la spéculation métaphysique ou philosophique et soit enfin traité de manière scientifique. En effet, l’appareil psychique, la psyché, tel que Freud l’a décrit, n’existe pas chez l’animal. En particulier, le refoulement, constitutif de l’Inconscient, et l’Inconscient lui-même sont spécifiquement humains. Le point de savoir si cette spécificité psycho-affective se superposait à une spécificité somatique n’a évidemment pas manqué de retenir l’attention des psychiatres et des psychanalystes. Nous en donnerons deux exemples.

« Nous insisterons sur ceci que le tout début de la vie est dominé par un fait primordial : l’homme, en quelque sorte, naît avant terme, A sa naissance, son équipement neuro-physiologique n’est pas achevé (...) En bref, le retard physiologique de la myélinisation du système nerveux de relation est responsable chez le nouveau-né de la conjonction d’une double impossibilité : celle d’agir volontairement sur l’entourage, et celle de se percevoir lui-même comme unité distincte du monde extérieur. » (Sacha Nacht, « Instinct de Mort ou Instinct de Vie », R. F. P., n° 3, 1956, p. 413-414)

La lecture de ces deux textes amène à un certain nombre de réflexions. Tout d’abord, parler de prématuration [2] ou naissance avant terme semble impliquer que « normalement » l’homme aurait dû naître plus tard et qu’il existe donc chez lui une « anormalité » originelle. A notre sens, au contraire, spécificité et anormalité ne se recoupent pas. Ensuite, avant de pouvoir parler de retard ou d’inachèvement spécifiques, il faudrait être bien assuré qu’il n’en va pas de même chez l’animal ; or, tous les animaux naissent inachevés, et certains, comme nous allons le voir, encore plus inachevés que l’homme. Enfin, si séduisant que soit le rapprochement entre les deux ordres de spécificité — somatique et psychique — le lien entre elles apparaît fort malaisé à préciser ; au stade actuel de nos connaissances, il n’est guère possible d’aller au-delà de modestes hypothèses de travail, ce qui n’est déjà pas si mince. Le simple fait que nous savons bien qu’un rat ou qu’un singe même s’ils naissent avant terme ne vont pas développer un psychisme de type humain devrait déjà nous inviter à une grande prudence.

Qu’en est-il donc exactement du problème de la spécificité somatique humaine [3] ?

La question est rendue très difficile par le fait que les éléments permettant de comparer le développement de l’animal et de l’homme échappent jusqu’à présent à des définitions précises. Pour ceux qui étudient l’animal, écrit le Professeur Verley :

« La puberté est presque toujours définie comme l’aptitude à la fécondation [4] alors que la date choisie par l’homme est celle de 12 ans et quelques mois.
Le terme de la croissance est celui de la taille : or le développement nerveux et comportemental est plus précoce que la croissance staturale [5]. Enfin, la durée de vie, elle-même, est toujours un choix arbitraire, définie selon les auteurs soit comme la moyenne de vie, soit comme la longévité maxima [6]. »

Une fois tempérées ces variations entre les auteurs, et étant bien entendu que dans le cadre de cet Essai nous en resterons aux grandes lignes, deux ordres de constatations s’imposent.

Tout d’abord, il existe chez l’homme une lenteur du développement moteur et relationnel très particulière par rapport à toutes les autres espèces animales connues.

On peut situer, au plus tôt, autour de 12 ans l’âge où l’être humain pourrait parvenir à une certaine autonomie. A ce moment, en effet, la motricité opérationnelle devient efficace et la puberté se produit. C’est, d’ailleurs, l’âge où dans la plupart des civilisations se produisent les rites d’initiation sociale [7]. La croissance n’est pas encore achevée. Si l’on fixe le taux moyen de la vie humaine autour de 70 ans, le rapport « début de la vie d’adulte » sur « longueur de vie » est de 1/6. Ajoutons pourtant deux observations : la première étant que 12 ans est un âge limite et qu’il vaudrait sans doute mieux parler de 14 ans ; de plus, 70 ans est une moyenne de vie tout artificielle, liée au progrès de la médecine. Le rapport 1/6 est donc un rapport limite, et il serait peut-être plus exact de parler de 1/4.

Or, il n’est pas d’espèce animale chez laquelle ce rapport descende au-dessous de 1/12 à 1/10 [8]. Il existe donc au moins une différence du simple au double entre la longueur de temps mise respectivement par l’homme et par l’animal pour se développer sur le plan moteur.

La seconde observation, plus importante encore, est que la lenteur du développement moteur est bien plus marquée chez l’homme comparativement à l’animal au cours de la première année [9], pendant laquelle pour les psychanalystes se déroulent des processus de première importance (relation primitive à la mère, formation corrélative du Moi et de l’Inconscient autour de l’âge de 6 mois).

Le second ordre de phénomènes qui, lui, n’a pas encore été pris en considération, tout au moins à notre connaissance, dans les travaux portant sur la spécificité somatique humaine, est que, en contraste avec la lenteur de la vitesse relative de la maturation motrice, le développement sensoriel est à la fois précoce et rapide chez le petit d’homme.

L’avance du système nerveux humain par rapport aux autres espèces animales est certaine à la naissance. Aussi bien les systèmes sensoriels somesthésiques, auditifs que visuels sont extrêmement développés chez le nouveau-né [10].

Il existe donc bien chez l’homme une lenteur spécifique de la vitesse relative de la maturation motrice. Mais plus spécifique encore sans doute et fort importante à considérer est ce que nous proposons d’appeler la discordance de la maturation sensori-motrice, ou plus brièvement discordance sensori-motrice.

On voit bien immédiatement l’importance que peut présenter cette discordance si l’on songe qu’en contraste avec l’impuissance motrice, cause d’une dépendance extraordinairement longue envers les protecteurs naturels [11], va pouvoir se développer un monde intérieur constitué à partir d’impressions sensorielles et d’informations reçues du monde externe ; autrement dit, et compte tenu du haut degré d’évolution du système nerveux central chez les Primates, il existera une tendance au surinvestissement d’un univers mental de « représentation des choses ».

Essayons à présent de passer du plan de la constatation scientifique (la spécificité somatique humaine, la discordance sensori-motrice) au plan des hypothèses de travail concernant le raccordement de la spécificité psychique à la spécificité somatique. Insistons bien sur le fait qu’il s’agit là d’hypothèses théoriques ; elles seront envisagées à un niveau très général dans ce chapitre et développées et confrontées tant avec les thèses de Freud qu’avec les résultats de la clinique psychanalytique tout au long de la Première Partie de cet Essai.

Que la naissance [12] et la période néo-natale soient à la source d’une angoisse quasi biologique apparaît comme fort probable. Il en va de même chez l’animal, mais l’énergie nerveuse et la libido à partir de laquelle cette angoisse se forme sont chez lui très vite dépensées en activité motrice et utilisées dans la multiplication cellulaire, la croissance accélérée.

Chez le petit d’homme, la croissance se fait bien plus lentement et surtout l’énergie ne pourra pas être utilisée sur le plan moteur.

Nous essaierons d’étudier plus en détail ces processus précoces dans le chapitre III consacré à l’activité fantasmatique, mais disons dès à présent que les conséquences neuro-psycho-affectives de la spécificité somatique humaine devraient d’abord, pensons-nous, être formulées en termes d’accumulation quantitative énergétique exceptionnelle provoquant, dès la période néo-natale, une augmentation des tensions internes comparativement à ce qui existe chez l’animal.

Le second point important est que le petit d’homme ne peut durant plusieurs mois prendre conscience, comme le signalait d’ailleurs Nacht, de la différence qui existe entre soi et le monde extérieur. Le sentiment de constituer une unité indépendante est lié à l’intégration opérationnelle de la motricité, à l’action sur le monde. L’image du corps propre est, pour nous, liée à la possibilité d’unifier les stimuli et processus en provenance des systèmes sensori-moteur et psychique en un acte volontaire dans lequel volonté, motricité et efficacité se conjuguent. Le sous-développement de la motricité du nourrisson induit chez lui une confusion entre ce qui est soi et ce qui est extérieur à soi, entre le subjectif et l’objectif. C’est le stade, étudié en particulier par Federn, de ce que l’on pourrait appeler le Moi-Tout, où dehors et dedans, soi et l’univers extérieur se mêlent indistinctement. Stade dont certains éléments persistent à la phase suivante que nous appelons dans cet Essai « relation objectale primaire ».

Avant d’essayer de montrer comment il serait possible de relier cette augmentation libidinale quantitative à la mise en forme du psychisme, nous voudrions faire une courte incidente concernant une autre conséquence de l’impossibilité pour le nourrisson de développer son activité de relation.

Bloqué dans sa marche en avant vers le monde, soumis à de fortes tensions et à l’angoisse (contre laquelle, certes, vont se développer des mécanismes de défense, mais, dans un premier temps, peu efficaces), il éprouvera, peut-on penser [13], la nostalgie d’un retour en arrière vers la source de toute chaleur et de toute nourriture, la mère [14] ; vers ce qu’ultérieurement il nommera, faisant apparemment — mais apparemment seulement — allusion à d’autres périodes, le « paradis perdu ».

Ce paradis étant constitué de la vie symbiotique avec la mère à l’intérieur du corps de celle-ci, forme d’union qui permet d’assurer dans les meilleures conditions la croissance d’un être immature, c’est-à-dire la consolidation, avec le minimum de souffrance biologique, de ses fonctions physiques et de ses mécanismes de défense. Le nouveau-né doit, lui, affronter un milieu plus âpre où chaleur et nourriture ne sont pas aussi continûment dispensées et où les contacts cutanés ne s’opèrent pas par l’intermédiaire du moelleux lubrifiant amniotique. A cette tendance diffuse au retour en arrière, peut-être sous-tendue par des traces mnésiques individuelles, par une mémoire cinesthésique, s’oppose l’élan vers le nouveau, vers l’accomplissement des virtualités, vers la maîtrise des tensions, élan porté par le progressif développement des fonctions sensori-motrices puis psychiques. Cette problématique de la progression et de la régression, du désir de dépendance et du désir d’autonomie, qui vont se jouer durant toute la vie humaine, trouve là sa première mise en forme.

(.../...)

Deuxième partie disponible ici


[1Nous avons développé ces considérations en particulier dans le chapitre de la Troisième Partie (« L’idéologie hitlérienne et le problème de la spécificité humaine ») et dans la Quatrième Partie (« Prométhée contemporain »). Nous aimerions ainsi aider à naître une Anthropologie matérialiste où la valorisation humaine ne serait plus liée à des a priori intrinsèques (métaphysiques, économiques ou socio-politiques), mais découlerait en droite ligne de la spécificité humaine sous son triple aspect biologique, psycho-affectif et sociologique.

[2Le terme de prématuration est d’ailleurs en soi à rejeter puisqu’il désigne nommément un enfant né avant terme, avant les 9 mois accomplis.

[3Nous sommes extrêmement reconnaissant au Professeur agrégé Verley d’avoir accepté de nous aider à étudier cette question sur le plan biologique en voulant bien écouter nos hypothèses et en nous fournissant conseils, suggestions, et une bibliographie précise et détaillée. Cf. R. Verley, L. Garma et J. Scherrer : « Conceptions récentes sur le développement du système nerveux des mammifères. » L’Année Psychologique, 1969, fasc. 2, p. 455-489.

[4« Exemple : lapin, 8 mois ; sur le plan comportemental, on devrait dire : 3 mois. La puberté du chat est fixée à 7-12 mois ; la fécondation a pu être provoquée à 5 mois. »

[5« Exemple : lapin = 3, 4 mois au lieu de 11 mois. »

[6« Exemple : l’homme = 70 ans ou bien (Buffon) 100 ans. »

[7Dont la « première communion » est l’expression chez les catholiques, et la Bar Mitzvah chez les juifs.

[8Exemples (références S. A. Asdell, Patterns of Mammalian Reproduction, Ithaca University Press), pour l’âge où la puberté apparaît, comparé à la longueur de vie : souris = 1/14 ; chien 1/13 (rapport qui nous paraît contestable, l’âge de vie moyen d’un chien étant supposé de 10 ans, alors qu’il est plus près de 13 ans, le rapport devenant alors de 1/17) ; cheval = 1/11. En réalité, la différence entre l’homme et l’animal est encore plus forte puisque l’âge de 12 ans choisi comme date de la puberté humaine ne permettrait sans doute pas des grossesses menées toujours jusqu’à leur terme, ce qui est la définition de la puberté chez l’animal.

[9Station assise autour de 10 mois, marche entre 15 et 18 mois, alors que l’animal dès les premiers jours de vie commence à pouvoir se mouvoir.

[10Il n’est pas aveugle comme on le dit souvent, mais incapable d’accommoder, de suivre du regard, etc. par suite du non-développement parallèle de la motricité oculaire.

[11Dépendance physique et psycho-affective à l’origine de souffrances narcissiques, et d’agressivité inassumable envers les parents car risquant de faire perdre leur amour et leur protection. Nous avons développé ce point, avec ses implications socio-culturelles et politiques, dans notre livre Pour décoloniser l’enfant, sociopsychanalyse de l’Autorité, Payot, Paris, 1971.

[12Contrairement à Otto Rank (Le Traumatisme de la Naissance), nous ne pensons pas que, tous autres facteurs exclus, la naissance soit à l’origine des diverses particularités humaines, mais la longue période qui suit et en particulier la première année.

[13En particulier à la lumière de l’expérience clinique ultérieure. Au cours des analyses et des psychothérapies, la nostalgie d’un « retour en arrière » et l’angoisse liée à ce fantasme se rencontrent très fréquemment.

[14Rank a développé ce point. Il convient également de ne pas négliger l’aspect défensif quant au conflit œdipien avec le père (rivalité pour obtenir la mère œdipienne et non plus archaïque) que prend souvent, chez le patient, l’énoncé d’une telle nostalgie. Mais c’est toute la clinique psychanalytique où thèmes, désirs, peurs, défenses se mêlent, qu’il faudrait développer ici.


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