Ce qu’est notre bataille

mardi 14 août 2012
par  LieuxCommuns

Déclarations d’un collectif tunisien, août 2011.

Ce qu’est notre bataille

Notre bataille est celle d’un projet d’autonomie. C’est celle de l’auto-transformation de la société.

Cette bataille ne se résume pas à l’opposition à tel ou tel gouvernement, elle vise la construction d’un nouveau mode d’exercice politique, basé sur le partage de la décision par tous les individus. Il s’agit pour nous d’imaginer et de construire cette démocratie radicale où toute tentative d’accaparement du pouvoir par une minorité est bannie .

Cette démarche implique une égalité sociale toute aussi radicale. Nous ne considérons pas l’égalité économique comme la fin d’un modèle, mais plutôt comme un moyen permettant à l’individu de pouvoir exister pleinement dans le groupe sans s’aliéner aux modes de productions et aux supposées luttes de classe.

Nous ne considérons pas notre projet comme une tentative bienfaisante d’un monde plus vertueux mais comme une nécessite imminente pour faire face aux injustices et aux dangers que connaissent notre pays et le monde entier. Cette conscience de la nécessité de telles institutions émane de l’échec cuisant des modèles totalitaire et oligarchiques dans leur rôle de gouvernance.

Nous ne visons pas un modèle fini où toute inégalité ou injustice est impossible mais au contraire nous voulons une société a même de poser et de confronter ses problèmes sans évitement ou délégation.

Notre vision de la radicalité est en rupture totale avec tout jusqu’au-boutisme. Dans ce sens nous ne considérons pas l’abolition de l’état ou des rapports de productions comme notre mission historique. Mais nous croyons en une société capable de suppléer ces formes inégalitaires d’existence commune. Nous travaillons à créer et ce par tous les moyens que notre imagination propose.

Nous ne voyons pas en ce qui s’est passé en Tunisie et dans d’autres pays du monde l’imminence de la réalisation de notre projet. Mais nous constatons de plus en plus la nécessité de s’y atteler.

Nous ne sommes pour l’instant qu’une poignée de personnes à converger vers un tel projet mais nous voyons de plus en plus se formuler en Tunisie et dans le monde des aspirations à une démocratie réelle et à des sociétés plus égalitaires.


Nos idées ; L’autolimitation comme trait unaire.

L’autolimitation est la seule manière de partager ce qui reste. Aujourd’hui nous vivons dans une société qui pleure l’abondance et qui faute de partage génère la misère.

Qu’est ce que l’autolimitation ?

C’est d’abord une rupture avec le mode de consommation actuel et la chimère d’infini. Il s’agit d’une redéfinition des besoins individuels et collectifs. Nous y consommons et nous y produisons seulement ce dont on a besoin et y abandonnons toute consommation ou production superflue. Nous pouvons ainsi reprendre la maîtrise sur nos actes et redonner un sens à nos frustrations. Ce n’est pas la privation qui en est le moteur mais la frugalité.

Pourquoi l’autolimitation ?

Les ravages que fait la société de consommation dans nos vies et dans nos milieux sont aujourd’hui avoués par les plus sceptiques et par les plus cupides. Maladies, pollutions, guerres, solitudes, egoismes, famines, pauvretés, frustrations, n’épargnent de nos jours aucune société humaine.

L’autolimitation n’est ni un choix idéologique ni une prérogative d’un scénario catastrophiste. La fin du modèle de l’abondance est une réalité physique. Energies, eau, nourritures, engrais, terres cultivables et bien d’autres éléments vitaux sont sur la voie du manque. Le modèle actuel ne peut continuer que par la contraction de la consommation frénétique à un nombre de plus en plus restreint d’individus. Il agit par un mécanisme de soustractions successives de masses « non-cibles », les privant des besoins élémentaires et de la moindre possibilité d’une vie digne. L’autolimitation vise à harmoniser l’abstinence la rendant par son caractère individuel et délibéré un choix de tout un groupe.

La consommation aliène. Nos besoins aussi récents et relatifs nous rendent dépendant d’un système qui génère nos frustrations et par le biais des quels alimente nos addictions. On ne peut aujourd’hui être autonome sans se libérer de l’illusion de la nécessité de consommer sans limites. L’autolimitation est une condition nécessaire à toute autonomie individuelle ou collective.

Comment l’autolimitation ?

Cette démarche ne peut se faire sans une souveraineté des peuples. Une limitation hétéronome, venant d’un organe hiérarchique, ne peut générer que frustration et engouement. Seule la participation de chacun au fait politique et aux choix collectifs peut matérialiser cette aspiration à la rationalisation des besoins et des vivres. De telles décisions doivent être prises dans des assemblée populaires où les membres de la communauté décident par et pour eux mêmes.

Cette autolimitation passe par une incorporation de l’intérêt de la communauté par tous les individus, non simplement comme une altérité bienfaisante mais surtout comme une condition de survie commune. Elle sous-entend aussi la rupture avec la société des technocrates et des experts qui ne voient en la communauté qu’une masse d’individus, « cibles » de leurs décrets et de leurs rapports. Un expert ne peut qu’expliquer et c’est aux gens de décider.

S’il y a austérité qu’elle soit partagée par tous ! réclamons l’égalité stricte des revenus, le partage stricte du temps de travail et la participation égale à la décision politique.

Notre projet est l’autonomie.


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Problème technique : les envois des « lettres d’information » (dernières publications et revues de presse) sont provisoirement impossibles. Toutes nos équipes sont à pied d’œuvre...