Assemblées générales de Syntagma : structure et fonctionnement

mardi 11 octobre 2011
par  LieuxCommuns

Ce texte fait partie de la brochure n°18 « Le mouvement grec pour la démocratie directe - Le »mouvement des places« du printemps 2011 dans la crise mondiale », première partie.

Elle est en vente pour 2€ dans nos librairies. Son achat permet notre auto-financement et constitue un soutien aux librairies indépendantes (vous pouvez également nous aider à la diffusion).

Il est également possible de la télécharger dans la rubrique brochures.

Elle est constituée des documents suivants :

  • Les assemblées générales de Syntagma : Structure et fonctionnement, Ci-dessous...

Cette brochure a donné lieu à une réunion publique dont le compte-rendu est en ligne et publié dans la brochure 18bis


Assemblées générales de Syntagma : structure et fonctionnement

I. Structure

L’assemblée générale de la place Syntagma réunissait quotidiennement des milliers de personnes. Elle s’est tenue au milieu de la place de manière continue du 25 mai au 29 juin. Il en fut de même, dans des proportions moindres, dans vingt-quatre villes de l’Attique (région d’Athènes) et vingt-quatre autres villes du pays. Elle fonctionnait sur le principe de la sépara­tion entre instances délibératives (assemblées thématiques) et instance de prise de décision (assemblée générale).

L’assemblée générale avait lieu tous les soirs à 20 heures. La participa­tion était ouverte à tout individu parlant en son nom propre. Les représen­tants, porte-parole, délégués de partis, syndicat ou groupe politique n’étaient pas admis en tant que tels. Des responsables de la commission « Secrétariat » s’occupaient du bon déroulement des séances jusqu’à ce qu’il fut décidé, pour parer au noyautage gauchiste, qu’il revenait à un seul secrétaire tiré au sort de faire respecter l’ordre du jour et faire voter les dé­clarations, résolutions et motions proposées.

Les assemblées thématiques (1)

Le 29 mai, « l’Assemblée du Peuple de la place Syntagma » a décidé de créer des « assemblées thématiques » (ou comités ou commissions). Elles avaient pour objet d’être des lieux d’élaboration, de délibération et de pro­position. Il y eut ainsi des assemblées thématiques consacrées à l’économie, à l’éducation, au genre, à l’environnement, à la « Solidarité sociale », etc. C’est là que les discussions avaient lieues et que s’écrivaient les textes pro­posés à l’AG.

Les diverses assemblées thématiques se réunissaient avant l’AG. Elles discutaient de la plupart des questions, hors des questions d’ordre pratique (blocage du Parlement, occupations,…). Cela facilitait et favorisait un en­gagement plus cohérent des participants, et cela permettait d’arriver à l’AG avec des propositions déjà débattues.

Une commission eut une charge particulière : la « commission poli­tique », qui proposait des textes d’orientations générales du mouve­ment. Elle fut évidemment un enjeu considérable entre les gauchistes et les non-affiliés, au point que ces derniers, lors de la rédaction de la « déclara­tion politique du mouvement » furent obligés d’en créer un doublon, qui en prit la relève, le « comité pour la démocratie directe », très actif jusqu’à la fin du mouvement et auquel participa l’un des nôtres (2).

Les groupes techniques

Le 29 mai toujours, et de la même manière des « groupes techniques » furent créés. Ils étaient chargés des fonctions plus concrètes : aide juri­dique, diffusion de tracts et affichage, restauration, salubrité, communica­tion, parité, etc. Un groupe était particulièrement important, celui chargé du « Secrétariat » de l’AG, centralisant et rendant publique les propositions des « assemblées thématiques » et élaborant l’ordre du jour de l’AG. Tous les textes proposés étaient imprimées et distribuées à tous les participants le jour du vote, et les décisions étaient publiées sur le site du mouvement (3). Le « Secrétariat » fut bien entendu très investi par les gauchistes, qui ten­taient de manipuler, de saboter ou de modifier les textes à leur convenance.

II. Fonctionnement

Modalité de prise de parole en assemblée générale

La première assemblée générale a rassemblé 5000 personnes, et, même si ce nombre fut moindre par la suite, quiconque a une petite expérience d’une AG peut mesurer les difficultés d’organisation que cela pose.

Les prises de parole se décidaient par tirage au sort. On donnait à chaque personne désireuse de prendre la parole un petit papier numéroté, parmi cent numéros, puis on en tirait dix au hasard. Une fois les dix ora­teurs passés, on recommençait. Ce système, qui vise à éviter la monopoli­sation du micro, demande de la vigilance (les « noyauteurs » essayaient dès le début d’obtenir le plus de papiers possible). Mais en général, ce sys­tème était assez efficace. Son défaut principal était que les prises de parole se faisaient dans le désordre et ne pouvaient pas se répondre. Mais il était atténué par le fait que l’AG est une instance de prise de décisions, et non une instance de délibérations comme l’étaient, par contre, les assemblés théma­tiques où la parole était bien plus libre.

Le temps de parole maximum en assemblée pleinière variait entre une minute et demie et deux minutes, comme le nombre d’orateur nombre d’orateurs, en fonction du temps total disponible. De nombreuses per­sonnes se sont plaintes de ne pas avoir le temps de développer leur argumentation, mais le dispositif s’est avéré un garde-fou nécessaire face aux discours passionnés ou aux délires incohérents de gens qui prenaient la pa­role pour la première fois en public, ou face à la langue de bois des déjà-af­filiés.

Le tempérament exubérant des Grecs et le climat d’extraordinaire qui ré­gnait ne les ont pas portés à se contenter de l’adoption des mouvements de mains muets des altermondialistes, surtout quand il s’agissait de dénoncer un manipulateur. Lorsqu’un tel orateur ne leur plaisait pas, ils le huaient et lui faisaient des gestes bien plus éloquents... Tourner le dos à l’orateur, moyen plus calme, mais symboliquement fort, a été proposé, mais nous ne savons pas si cette proposition a été adoptée – elle ne fut pas suivie.

Actions menées

L’AG n’a pas organisé que des actions de blocage du Parlement et d’oc­cupations, ou des « journées paneuropéennes » tous les dimanches, qui ras­semblaient plus de 100.000 personnes. Elle a aussi organisé quatre jour­nées de travail de fond en assemblée plénière sur la place Syntagma. La première fut une « Journée de la dette » consacrée à l’aspect économique de la crise grecque,organisée le 11 juin. La seconde, intitulée « Constitu­tion et démocratie directe », se tint le 17 juin. La troisième, consacrée aux « Modes alternatifs d’échanges, de commerce, et d’organisation collec­tive » se déroula le 21 juin. La quatrième, intitulée « Racisme et xénopho­bie » n’a pas eu lieu, à notre connaissance.


Notes

1 On trouvera ici les principales résolutions des équipes thématiques : http://real-democrac­y.gr/fr/teamvotes

2 Cf. le texte « Récit d’un participant sur la place Syntagma » et la retranscription prochaine de l’émis­sion du 15 septembre à la radio FPP sur notre site, rubrique Nos textes > Analyses.

3 On trouvera ici, promptement traduites en français, les premières minutes de la toute pre­mière assemblée du 25 mai :

http://real-democracy.gr/fr/minutes...

Et ici les principales résolutions des assemblées athéniennes :

http://real-democracy.gr/fr/votes


Commentaires