Les Soviets en Russie, 1905 - 1921 (2/2)

O. Anweiler
vendredi 14 janvier 2011
par  LieuxCommuns

Préface et premier chapitre du livre d’Oscar Anweiler « Les Soviets en Russie, 1905 - 1921 », (NRF, 1972), Gallimard, 1997

Première partie : Préface ; Introduction ; Problématique de la notion de conseil

Seconde partie : Les précédents historiques ; les précurseurs théoriques ; Marx et la Commune

(... / ...)

2. LES PRÉCÉDENTS HISTORIQUES

On retrouve dans les trois grandes révolutions que l’Europe occidentale traversa aux Temps modernes — celle d’Angleterre au XVIIe siècle, celle de France en 1789 et celle de 1848 — des organismes présentant des caractéristiques du type conseil.

C’est en effet un genre de conseils de soldats que devaient former les agitators de la révolution anglaise (11). Au printemps pour faire pièce à la dissolution du Parlement, les troupes de Cromwell élurent des agitators chargés de représenter les simples soldats. Un Conseil de l’armée (General Council of thé Army), composé sur la base de deux soldats ou sous-officiers élus et de deux officiers nommés par régiment, fut mis en place et se proclama (manifeste de Newmarket Heath, 4 juin 1647) représentant de l’armée « des hommes libres du peuple d’Angleterre ». Les agitators se posèrent en porte-parole des courants démocratiques au sein de la troupe et eurent pour principal inspirateur le leader populaire Lillburne. Dans le cadre de discussions avec le haut commandement, ils s’efforcè­rent de faire prendre à celui-ci une orientation nettement extré­miste. Des conflits ne tardèrent pas à s’ensuivre et, après la mutinerie promptement étouffée de novembre 1647, le Conseil de l’armée fut dissous et le système de représentation aboli en janvier 1648. Du même coup disparurent les bases d’un « gouvernement de dictature révolutionnaire (12) », si tant est que l’expression ait quelque fondement en l’occurrence.

Pendant la Révolution française, la Commune de Paris consti­tua « le mode de manifestation le plus pur du point de vue de classe (13) » du mouvement révolutionnaire bourgeois affrontant de 1789 à 1794 l’ordre social féodal, la forme d’organisation politique de la bourgeoisie et de la petite-bourgeoisie révolu­tionnaires. Toutes les tendances démocratiques radicales du XIXe siècle se sont réclamées de cette Commune dans laquelle on serait dans une très large mesure fondé à voir un précurseur des conseils (14).

A l’origine du mouvement des communes, qui marqua la Révolution française, se trouvent l’élection à deux degrés aux États généraux, organisée dans les 60 quartiers de Paris, pour désigner des électeurs chargés, à leur tour, d’élire les représen­tants parisiens du tiers état. Cette assemblée fut rendue per­manente et forma un conseil municipal révolutionnaire, la Commune de Paris. Le mouvement devait bientôt gagner l’en­semble du pays. Partout des conseils communaux s’instituèrent. La bourgeoisie possédante y exerça tout d’abord la prépondé­rance, mais les assemblées ne tardèrent pas de se radicaliser par suite de l’accroissement en|leur|sein de la fraction non ’possédante. En avril 1790, les 60 quartiers de la capitale furent \ remplacés par 48 sections dont les élus constituèrent, dès lors, une commune de facto.

Les sections furent, aux côtés des clubs politiques et des assemblées populaires, les foyers de l’action révolutionnaire. Elles établirent de leur propre chef le suffrage universel, pri­rent en main les fonctions de police, veillèrent au maintien des activités économiques (confection d’uniformes pour les armées, ouverture d’ateliers), bref, elles exercèrent la souveraineté au nom du peuple. En même temps, des assemblées en perpétuel état d’agitation se tenaient sans discontinuer. Le 10 août 1792, une insurrection dirigée par les jacobins substitua à l’ancienne municipalité une commune que les sections les plus extrémistes dominaient.

En 1793, après l’instauration de la suprématie jacobine, les sections se transformèrent toujours davantage en organes du pouvoir central et en instruments de la Terreur, sous l’influence de comités mis en place par le régime et à sa dévotion. « C’était la mort des sections et des municipalités révolutionnaires (15) ». De fait, après l’exécution de Robespierre et le triomphe de la réaction qui suivit, les sections, et la Commune qui prenait appui sur elles, ne firent plus que perdre du terrain.

Les sections parisiennes se révélèrent des formes de démocra­tie directe et radicale : les députés élus au suffrage universel étaient soumis à un contrôle, constant, et révocables. Pour être issu d’une foulé de mesures liées à la situation politique immé­diate et à des considérations tactiques, le principe de la souve­raineté directe du peuple, que la Commune devait incarner en son temps, n’en demeura pas moins un modèle dont toute une tradition révolutionnaire s’inspira désormais.

La « Commission du gouvernement pour les travailleurs » de la révolution de Février 1848, créée par décret sous la pression des masses laborieuses, et encore appelée « Commission du Luxembourg » d’après le nom du palais parisien oublié siégeait, fut quant à elle du type « commission ouvrière (16) ». Cet organisme, composé d’une commission et d’une assemblée, réunissait des ouvriers élus sur une base corporative et des délégués patronaux ainsi que quelques théoriciens socialistes (Louis Blanc notam­ment). Bien qu’elle eût été mise en place en vertu d’une décision gouvernementale et comprît sur le papier des représentants des patrons comme des travailleurs, la Commission, par suite de la défection des premiers et de la fermentation des esprits, s’ins­titua le porte-parole des aspirations populaires à une réforme politique et sociale. Elle fut dissoute après la défaite de l’in­surrection de juin.

Quoique les mesures qu’elle prit fussent restées sans portée pratique (les dispositions fixant la durée légale du travail à 10 heures par jour à Paris et à 11 heures en province furent rapidement abrogées), la Commission marqua néanmoins une étape importante dans l’histoire du mouvement ouvrier. Tout en critiquant âprement son œuvre, Karl Marx lui reconnut « le mérite d’avoir révélé, du haut d’une tribune européenne, le secret de la révolution du XIXe siècle : l’émancipation du prolétariat (17) ».

3. LES PRÉCURSEURS THÉORIQUES

Ce qui vient d’être dit des précédents historiques des conseils russes s’applique avec plus de force encore à leurs précurseurs théoriques. A l’examen, on décèlera certes dans les conceptions politiques révolutionnaires et dans les projets de société future nourris par les penseurs socialistes et anarchistes du siècle dernier bien des éléments de l’idée des conseils. Mais on ne sau­rait pour autant parler de filiation directe des premiers à la seconde. Des idées qui semblent préfigurer le système bolcheviste des conseils d’après 1917 ou la théorie des conseils « pure » élaborée par certains des adversaires de celui-ci, allaient de soi ou peu s’en faut aux yeux d’hommes qui cherchaient à jeter les bases d’un nouvel ordre social, d’une « restructuration » de la société, pour reprendre l’expression de Buber. Émancipation de la tutelle de l’État, autogestion de groupes de producteurs associés, autonomie des communes, voilà les questions fonda­mentales dont le socialisme européen devait débattre constam­ment, des « utopistes » de la première moitié du XIXe siècle, puis de Proudhon, Bakounine, Marx, Engels, Kropotkine, aux diverses tendances du syndicalisme révolutionnaire et aux partis socialistes organisés (18). Toutefois, si les analogies formelles et structurelles sont frappantes et nombreuses entre ces corps d’idées et le système des conseils du siècle suivant, il ne faudrait pas en surestimer l’importance.

Les idées de deux personnalités appartenant à ce groupe Proudhon et Bakounine, méritent dans le cadre présent qu’on s’y attarde un peu. Tout en étant son antipode, Proudhon fut avec Marx l’esprit socialiste le plus créateur de son temps. Ses thèses ont souvent été directement associées aux conseils russes et quelques auteurs leur accorent même un rôle décisif dans leur émergence (19). Quant à Bakounine, il est nécessaire de l’évoquer parce que les principes anarchistes se trouvent liés chez lui, plus vigoureusement que chez Proudhon, à l’action révolu­tionnaire et assortis de vues intuitives et pénétrantes sur le dérou­lement concret de la révolution, lesquelles ne sont pas sans intérêt quand on cherche à comprendre le cours des événements en Russie.

Comme on l’a montré récemment encore (20), l’œuvre écrite de Pierre- Joseph Proudhon (1809-1865), d’une étendue prodi­gieuse, présente un « noyau anti-autoritaire » et son anarchisme exprime une « attitude fondamentale qui n’est nullement le propre d’une époque historique déterminée (21) ». Ses conceptions politiques et économiques découlent de cette option libertaire. Partisan de la propriété privée, Proudhon faisait de l’associa­tion des producteurs des diverses corporations la base même de l’ordre social « juste ». Qu’on abolisse l’argent et le prêt à intérêt, fondements de l’exploitation de classe, et, disait-il, l’autorité de l’État, incarnée par la bureaucratie et la police, disparaîtrait ; dès lors, les groupements économiques seraient chacun en mesure de se donner des lois propres et de s’admi­nistrer directement.

Suivant Proudhon, la forme d’organisation sociale la plus équitable avait pour préalable la constitution du plus grand nombre possible de groupements restreints de producteurs pratiquant une très large autogestion. « Toutes mes idées éco­nomiques, élaborées depuis vingt-cinq ans, déclarait-il en 1863, peuvent se résumer en ces trois mots : Fédération agricole-industrielle. Toutes mes vues politiques se réduisent à une for­mule semblable : Fédération politique ou Décentralisation (22). »

C’était prendre position, en connaissance de cause, contre le centralisme communiste, dont Marx faisait un trait distinctif de la société future et dans lequel Proudhon, pour sa part, voyait ni plus ni moins qu’une variante de l’ancien absolu­tisme (23). L’affrontement du marxisme et du proudhonisme, qui devait provoquer l’éclatement et la dissolution de la Première Internationale, connut à certains égards un renouveau cinquante ans plus tard en Russie : l’idéal proudhonien de l’autogestion fondée sur des associations de producteurs, lesquelles serviraient en même temps d’assises au nouveau pouvoir d’État, présente une indéniable parenté avec l’organisation des soviets sur la base de l’usine et avec l’idée d’une « démocratie des produc­teurs » qui lui était liée. En ce sens, il n’est pas excessif de voir en Proudhon un précurseur théorique des conseils ; mais rien n’indique toutefois que ses idées jouèrent un rôle direct dans leur apparition. En revanche, le centralisme de Lénine au ni de l’État autant qu’à celui de l’économie , centralisme qui eut pour effet de vider de sa substance le système des conseils, revêt en quelque sorte l’aspect d’une réponse posthume de Marx à Proudhon (24).

La pensée et l’action de Mikhaïl Bakounine (1814-1876) eurent pour clé le refus passionné du principe d’autorité, et de l’État qui l’incarne (25). « La révolution telle que nous l’entendons devra dès le premier jour détruire radicalement et complète­ment l’État et toutes les institutions de l’État (..,). La cessation des paiements de tout impôt et du prélèvement de toutes les contributions, soit directes, soit indirectes ; la dissolution de l’armée, de la magistrature, de la bureaucratie, de la police et des prêtres ; l’abolition de la justice officielle, la suspension de tout ce qui juridiquement s’appelait droit, et de l’exercice de ce droit », écrivait Bakounine en 1868 dans le programme de l’« Alliance des Frères internationaux (26) ». Il rêvait de la grande insurrection des masses paysannes en Russie et de la révolution véhiculée par les ouvriers des villes aux campagnes d’Europe occidentale. Bien qu’il crût en l’action spontanée des masses, Bakounine réservait a un « état-major révolutionnaire » clandes­tin le soin de faire la médiation entre les instincts inconscients du peuple et l’Idée révolutionnaire consciente. Il préconisait la formation de comités composés de délégués des barricades, des rues et des quartiers qui seraient liés par un mandat impéra­tif, comptables de leurs actes devant les masses et révocables à tout instant. Ces délégués formeraient la « fédération des barri­cades » à base de communes révolutionnaires qui chercheraient à s’unir aux autres centres insurgés (27). Dans les villages, des comités de paysans, où siégeraient les plus énergiques, viendraient se substituer aux autorités légales. Dès lors, « l’État révolutionnaire et nouveau », qui ne serait plus un État au sens ancien du terme, mais un État « s’organisant de bas en haut par voie de délégation révolutionnaire embrassant tous les pays insurgés au nom des mêmes principes sans égard pour les vieilles fron­tières et pour les différences de nationalités, aura pour objet l’administration des services publics, et non le gouvernement des peuples (28) ».

Cette vision de comités révolutionnaires élisant un conseil communal et de l’organisation pyramidale de la société « par la libre fédération, de bas en haut, des associations ouvrières tant industrielles qu’agricoles (...), dans la commune d’abord ; fédé­ration des communes dans les régions, des régions dans les nations, des nations dans l’Internationalité fraternelle (29) », est étonnamment proche de la structure que les conseils russes devaient adopter plus tard, ce qui ne va pas sans justifier un tant soit peu ses prétentions à une validité universelle.

Dans quelle mesure les idées de Bakounine ont-elles influé sur la théorie et la pratique bolchevistes ? C’est là matière à controverse. Pour leur part, les bolcheviks, fidèles continua­teurs de la lutte de Marx contre Bakounine, ont toujours refusé d’admettre qu’il existât le moindre lien entre l’anarchisme et eux-mêmes. Mais les choses ne sont certes pas aussi simples. La révolution de 1917, à laquelle présida Lénine, et l’évolution subséquente de l’Etat soviétique, eurent pour effet de donner une actualité nouvelle à deux aspects essentiels de la pensée de Bakounine. D’une part, ce dernier avait su discerner très nette­ment, dans les principes autoritaires et centralistes de Marx, le danger d’une future dictature des « chefs du Parti communiste » qui « commenceront aussitôt à l’affranchir le [peuple] à leur manière (30) », repoussant par là aux calendes grecques ce dépéris­sement de l’État dont ils parlaient si volontiers. D’autre part, on peut noter une parenté très proche entre le programme d’action pratique, que prônait Bakounine, et la tactique adoptée par Lénine et les bolcheviks au cours de la révolution russe. Le premier ne mettait-il pas l’accent sur la nécessité pour les ouvriers de propager la révolution parmi les paysans, au moyen de détachements armés, le cas échéant ? Ne professait-il pas en outre, malgré une méfiance viscérale envers le principe du commandement autoritaire, que le mouvement spontané des masses devait être dirigé par une petite minorité de révolutionnaires conspirateurs ? Et la thèse, chère à Bakounine, selon laquelle il faut que la révolution élimine, « brise », les institutions anciennes ne revint-elle pas constamment sous la plume et dans les discours du Lénine de 1917 ?

La théorie bakouninienne du développement spontané de la révolution — et celle de la capacité d’organisation élémentaire des masses qui en découle — s’est sans doute trouvée partielle­ment vérifiée plus tard, par le mouvement des conseils russes. Pourtant, là encore, rien ne permet de conclure à une filiation directe d’esprit. Bakounine, suivant de très près les réalités de la lutte sociale — d’une façon tout autre que Marx — a su anti­ciper certaines des formes concrètes de la révolution. Si le mou­vement des conseils russes ne dut rien aux doctrines bakouniniennes, il se rapprocha beaucoup, dans ses structures comme dans son dénouement, des conceptions et des prédictions du penseur libertaire. Les inclinations anarchistes, dont Lénine fit montre en 1917, furent au contraire le fruit d’une adaptation aux tendances dont les conseils étaient la matérialisation pratique. Il existe ainsi, sur ce plan, une connexion visible et une parenté entre Lénine et Bakounine, qui masquèrent un certain temps les antagonismes fondamentaux qui les opposaient.

4. KARL MARX ET LA COMMUNE DE 1871

Au nombre des précurseurs des conseils russes qui, nous l’avons déjà noté, ne furent pas directement liés pour autant à l’émergence des soviets, il convient de faire une place à part à la Commune parisienne de 1871 et à l’interprétation que Karl Marx en donna. Quand bien même elles n’eurent l’une et l’autre aucune influence sur l’apparition des soviets comme sur leurs premières activités, elles devaient cependant former le point de départ et la base de la théorie bolcheviste des conseils. Il s’agit là des débuts de la double évolution signalée tout à l’heure : d’un côté, le phénomène historique effectif des conseils, de l’autre, l’idéologie qu’il a engendrée. Le tableau que Marx brossa de la Commune ne rendait compte de la réalité que d’une manière partielle. Il n’en eut pas moins des effets historiques considé­rables : ne servit-il pas de fil conducteur à Lénine au moment où ce dernier s’efforça de couler les soviets russes au moule de la théorie marxiste de la Révolution et de l’État ?

La Commune parisienne de 1871 surgit à la suite des revers essuyés par la France en guerre contre l’Allemagne, avec, comme arrière-plan, la tradition républicaine et révolutionnaire de la capitale (31). Ce fut le Comité central de la Garde nationale, placé à la tête d’un système de conseils de délégués des soldats, qui s’était institué dans les unités de l’armée, qui prit l’initia­tive de proclamer la Commune. Les clubs de bataillon, orga­nismes de base, avaient élu des conseils de légion, dont chacun envoya trois représentants siéger parmi les soixante membres du Comité central. De plus, il était prévu qu’une assemblée générale des délégués de compagnie, révocables à tout instant, se tiendrait chaque mois (32).

Le 18 mars 1871, la Garde nationale repousse un coup de main lancé par les troupes du gouvernement que Thiers préside à Versailles. Dans la capitale, le pouvoir tombe aux mains du Comité central qui s’installe à l’Hôtel de ville. Considérant son autorité comme provisoire, il entend le transmettre le plus tôt possible au gouvernement légal, c’est-à-dire, à ses yeux, la Commune. Depuis longtemps déjà, les clubs politiques s’emplo­yaient à propager l’idée d’une commune forgée au feu de l’action et s’inspirant de la tradition de la Révolution française. Le ter­rain se trouve ainsi préparé pour les élections à la Commune qui ont lieu le 26 mars. Y prennent part environ 230.000 person­nes (soit 47 p. 100 du corps électoral), des ouvriers et des petits-bourgeois la plupart du temps, une grande partie de la bour­geoisie se montrant réservée. Parmi les élus, on compte 25 ouvriers et 7 employés contre 30 intellectuels (médecins, avocats, journalistes) ; quant aux autres membres de la Commune, ils sont boutiquiers, artisans (33), etc. Sur les 25 élus ouvriers, 13 seulement — presque tous proudhoniens — appartiennent à la Première Internationale (34).

Les groupements politiques participant à la Commune n’accor­dent guère d’importance à la condition sociale de leurs membres. Et les élus ouvriers sont tout aussi divisés sur les questions essentielles que leurs collègues. Dès ses premiers jours, la Commune se partage en une minorité « socialiste », composée surtout de membres proudhoniens de l’Internationale, et une majorité « jacobine-blanquiste » qui jouit de l’appui des clubs révolutionnaires et du Comité Central (35). Tandis que les mino­ritaires se prononcent pour une fédération de communes libres, sur le plan politique, et pour une association des producteurs, sur le plan économique, la majorité reste très attachée aux tra­ditions centralistes de la dictature jacobine. Les proclamations de la Commune, souvent floues et contradictoires, portent la marque de ces divergences idéologiques ; en ce qui concerne l’action pratique, le nouveau pouvoir suit une ligne médiane, celle que les circonstances lui imposent.

Reconstituer ce que put être le programme de la Commune de 1871, en partant de l’analyse de ses divers composants politiques, de son œuvre législative, de ses déclarations d’inten­tion et des mesures qu’elle prit en pratique, est rien moins qu’aisé. La primauté en la matière devait revenir au principe républicain de l’autogestion municipale. Pour faire échec à l’antagonisme naturel entre la capitale et le reste du pays — anta­gonisme très vif en France et susceptible de nuire à la cause de la Commune —, donc pour vaincre la méfiance de la province, on préconisa une fédération libre unissant en une organisation nationale toutes les communes françaises à Paris (36). Le principe de remplacement des bureaucrates de carrière par des représen­tants du peuple élus connut une égale faveur. « Les membres des assemblées municipales, contrôlés, surveillés en permanence et critiqués par l’opinion publique, sont révocables, responsables et comptables de leurs actes (37). » En revanche, rares (et passable­ment obscures) furent les proclamations de la Commune rela­tives aux questions sociales. Les décrets réalisant certaines réformes (la suppression du travail de nuit des ouvriers boulan­gers, l’interdiction des retenues sur les salaires, par exemple) ou visant à satisfaire de vieilles aspirations socialistes (ainsi de la remise aux chambres syndicales ouvrières des fabriques et ateliers abandonnés par leurs propriétaires), loin d’être conçus en fonction d’un programme clairement socialiste, furent surtout dictés par la nécessité immédiate.

La Commune de Paris ne dura pas plus de deux mois. Quel­ques villes de province se lancèrent dans des insurrections toutes réprimées dès le début d’avril ; aussi la capitale demeura-t-elle isolée. Les troupes de Versailles passèrent à l’offensive le 21 mai 1871 et de sanglants combats de rue se perpétuèrent jusqu’au 28. Durement frappé déjà par les pertes élevées dues aux combats, le mouvement ouvrier français fut ensuite affaibli pour longtemps par d’innombrables condamnations à mort ou à de lourdes peines de réclusion et par des déportations en masse. Mais l’événement affecta le mouvement socialiste inter­national bien plus encore que l’histoire de France. En effet, la Commune fut à l’origine d’un mythe n’ayant pas grand-chose à voir avec la réalité des faits. Peu de temps avant son effondre­ment, Karl Marx n’hésitait pas à écrire : « Grâce au combat livré par Paris, la lutte de classe ouvrière contre la classe capi­taliste et son État est entrée dans une phase nouvelle. De quelque façon que les choses tournent dans l’immédiat, un nouveau point de départ, d’une importance historique universelle, est acquis (38). » Et, s’il en fut bien ainsi, le mérite en revient à Marx avant tout autre.

On ne saurait guère parler cependant d’un bond en avant synthétique de la théorie marxienne de la Révolution et de 1 État. Ce qu’elle dit à ce propos, surtout en ce qui concerne la future société socialiste, lui était dicté par la situation poli­tique contingente et obéissait en général à des considérations tactiques plutôt secondaires 34. Lorsque Lénine s’évertua, dans L’État et la révolution, à construire un système théorique rigou­reux, fondé sur certaines formules du jeune Marx de 1847 et du vieil Engels, il aboutit à une simplification partisane destinée en premier lieu à étayer sa théorie propre. Il est donc erroné de présenter Marx et Engels comme les seuls précurseurs légitimes des conseils russes et du système bolcheviste des conseils, ainsi que les théoriciens soviétiques de l’État le font constamment.

Dans le Manifeste communiste de 1848, c’est des tâches du prolétariat pendant la révolution qu’il s’agit. « Le prolétariat usera de sa suprématie politique pour arracher peu à peu à la bourgeoisie tout le capital, pour centraliser entre les mains de l’État, c est-à-dire du prolétariat organisé en classe dirigeante, tous les instruments de production (40). » Deux ans plus tard, après la défaite de la révolution, Marx, comptant sur une reprise de l’activité révolutionnaire, écrivait ces lignes : « II est de notre intérêt et de notre devoir de rendre la révolution permanente jusqu’à ce que toutes les classes plus ou moins possé­dantes aient été chassées du pouvoir, que le prolétariat ait conquis le pouvoir d’État et que l’association du prolétariat ait fait assez de progrès non seulement dans un pays, mais aussi dans les principaux pays du monde (...) pour qu’au moins les forces productives décisives soient concentrées entre les mains des prolétaires (41). » Rempli d’optimisme par les événements de 1848-1850, il en arrivait à voir dans l’expansion, encore à ses débuts, du système capitaliste les prémisses d’un mode de pro­duction socialiste et à faire de la classe ouvrière, si faible encore, la force motrice de la révolution sociale. La conquête du pouvoir politique jointe à « des empiétements despotiques sur le droit de propriété et les rapports de production bourgeois » (42) permet­traient de jeter les bases d’une société nouvelle. Au cours de la révolution dite « permanente » par Marx (43) , un rôle essentiel revient à l’attitude du prolétariat et du parti ouvrier envers les « démocrates bourgeois ». Dans L’ « Adresse du Comité Central à la Ligue des communistes » de mars 1859, Marx esquisse les grandes lignes d’une tactique qui constitue son premier apport à l’idée des conseils. Il y déclare ceci : « Pendant comme après comme après la lutte, les ouvriers doivent en toute occasion formuler leurs propres revendications à côté des revendications des démocrates bourgeois (...). Il faut qu’à côté des nouveaux gouvernements officiels, ils établissent en même temps leurs gouvernements propres, soit sous forme d’organes dirigeants, de conseils municipaux, soit par des clubs ou des comités démocratiques, de façon telle que les gouvernements démocratiques bourgeois non seulement perdent aussitôt l’appui des travailleurs mais encore se sentent de prime abord surveillés et menacés par des autorités ayant derrière elles toute la masse des ouvriers. » Marx invitait en outre les travailleurs à s’alarmer et à « s’organiser en garde prolétarienne autonome, avec des chefs élus par eux-mêmes et son propre état-major également élu par eux, et aux ordres non pas du pouvoir d’État, mais des conseils municipaux révolutionnaires formés par les ouvriers (44). ».

Les conseils municipaux, clubs ouvriers et autres organismes envisagés par Marx constituent aussi des comités révolution­naires, lesquels rendent la révolution « permanente » et ont pour mission de mettre en place un genre de « double pouvoir » aux côtés du gouvernement bourgeois. Il s’agit là, en fait, d’une remarquables anticipation du rôle assumé par les conseils d’ouvriers et soldats après la révolution russe de février 1917, qui s’érigeaient en force autonome face au Gouvernement provisoire et poursuivaient une politique provisoire. Le programme révolu­tionnaire énoncé par Marx en 1850 vaut qu’on s’y arrête à un autre titre encore. Dans la mesure où il oppose les conseils municipaux au gouvernement central bourgeois, il fait en apparence de son auteur un partisan d’une autogestion à l’éche­lon local, échappant à l’autorité de l’Etat centraliste. Pourtant, Marx en personne rejette catégoriquement cette interprétation plausible à première vue. Dans cette même Adresse, il met en effet l’accent sur la nécessité d’une coordination centralisée des clubs ouvriers par la Ligue des communistes. Le programme ouvrier, c’est l’un de ses articles essentiels, rejette la solution démocratique des républiques fédérées et se prononce pour un pouvoir fort. « Les ouvriers doivent (...) essayer de réaliser la centralisation la plus absolue du pouvoir entre les mains de l’État. Ils ne doivent pas se laisser dérouter par tout ce que les démocrates leur racontent de la liberté des communes, du gouvernement autonome (45) », etc. Aux yeux de Marx, les conseils municipaux révolutionnaires ne sont ni plus ni moins que des organismes tout provisoires de combat politique, destinés à donner l’impulsion au mouvement, mais non à servir d’agents privilégiés de la restructuration de la société, laquelle doit au contraire être exécutée par en haut, par le pouvoir d’État centra­liste prolétarien. Une antinomie subsiste malgré tout, en l’occur­rence, entre l’institution d’organismes révolutionnaires locaux, préconisée pour des raisons tactiques, et le centralisme proléta­rien. Cette antinomie, Marx ne chercha nullement à la résoudre, peut-être même ne l’aperçut-il pas du tout. La Commune de Paris devait le confronter à ce même problème, comme Lénine le fut à son tour en 1917.

Marx n’avait ni prévu ni préparé l’insurrection parisienne. Après la proclamation de la République en septembre 1870, il mettait en garde les travailleurs français contre la tentation de « renverser le nouveau gouvernement » qui serait une « folie désespérée » (46). Mais dès que la révolution éclata, Marx lui apporta un soutien sans réserve. Après l’écrasement de la Commune, il rédigea, au nom du Conseil général de l’Interna­tionale, une adresse sur « La guerre civile en France », datée du 30 mai 1871, laquelle proclamait que la cause des communards était inséparable de la cause du prolétariat mondial. « C’est ainsi que Marx s’est annexé la Commune de 1871. Un phéno­mène historique bien curieux, car le soulèvement communard n’était ni politiquement ni doctrinairement l’œuvre de Marx », comme le note à bon droit l’historien Arthur Rosenberg (47).

On peut résumer de la façon suivante les thèses principales du texte de 1871 et ce que Marx et Engels eurent l’occasion de dire par la suite à ce propos :

1.Pour que la révolution, puisse triompher, il faut que le prolétariat détruise la machine de l’État, Instrument de la classe dirigeante. « La Commune, notamment, a fourni la preuve que la classe ouvrière ne peut pas simplement prendre possession du mécanisme politique existant et le mettre en marche pour réaliser ses buts propres », écrivait Marx dans la préface qu’il donna en 1872 à une réédition du Manifeste commu­niste (48).

2.A l’armée, à la police et à la bureaucratie devaient succéder une milice populaire armée et une autogestion que les masses travailleuses exerceraient par le truchement de mandataires révocables et contrôlables, tenus de rendre des comptes à tout moment.

3.De là s’ensuit le refus du régime parlementaire et du principe de la séparation des pouvoirs. A leur place se trou­verait une instance aux fonctions simultanément législatives, administratives et judiciaires. « Au lieu de décider une fois tous les trois ou six ans quel membre de la classe dirigeante devait « représenter » et fouler aux pieds le peuple au Parle­ment, le suffrage universel devait servir au peuple constitué en communes, comme le suffrage individuel sert à tout autre employeur en quête d’ouvriers et de personnel de direction pour son affaire (...). La Commune devait être non pas un orga­nisme parlementaire, mais un corps agissant, exécutif et légis­latif à la fois (49). »

4.A la base d’un État de type « Commune », il y a des com­munes jouissant d’une très large autonomie administrative mais unifiées au sommet, selon une structure pyramidale. « Le régime de la Commune une fois établi à Paris et dans les centres secondaires, l’ancien gouvernement centralisé aurait, dans les provinces aussi, dû faire place au gouvernement des producteurs par eux-mêmes (...). L’existence même de la Commune impliquait, comme quelque chose d’évident, la liberté municipale ; mais elle n’était plus dorénavant un obstacle au pouvoir d’État, désormais aboli (...). L’unité de la nation ne devait pas être brisée, mais au contraire organisée par la Constitution communale (50). »

5.L’État de type « Commune » sert de voie de passage au communisme, à la société sans classes, en tant qu’il abolit la propriété privée, socialise les moyens de production et organise l’économie en fonction d’un plan d’ensemble, bref, en tant qu’il établit le socialisme mûri au sein de la société capitaliste. Marx écrivait à ce propos en 1875 : « Entre la société capitaliste et la société communiste se place la période de transformation révolu­tionnaire de la première en la seconde. A quoi correspond une période de transition politique où l’État ne saurait être autre chose que la dictature révolutionnaire du prolétariat (51). » Et, après la mort de Marx, Engels concluait en ces termes la préface qu’il venait de rédiger pour une réédition de l’Adresse, tirée à l’occasion du vingtième anniversaire de la Commune : « Le philistin allemand a été récemment saisi d’une terreur salutaire en entendant prononcer le mot de dictature du prolétariat. Eh bien, messieurs, voulez-vous savoir de quoi cette dictature a l’air ? Regardez la Commune de Paris. C’était la dictature du prolétariat (52). » Ces lignes mettent également en relief la formule à laquelle le marxisme devait réduire l’essence de la Commune. Un État de ce type, comme Marx le proclamait dans l’Adresse de 1871, n’était autre que « la forme politique enfin trouvée qui permettait de réaliser l’émancipation économique du Travail (53) », la forme historique concrète de la dictature du prolétariat, stade de transition vers la société sans classes et le « dépérissement de l’État » en général.

Si superficielle qu’elle soit, une comparaison de l’histoire effective de la Commune de Paris avec l’interprétation marxienne suffit à montrer que le tableau que Marx en donna est loin de recouvrir exactement la réalité. Dans la mesure où Marx exaltait certains traits du mouvement et en passait d’autres sous silence, ou les sollicitait dans son sens, il traçait l’image d’une « Com­mune marxiste » idéalisée, destinée à s’insérer dans sa conception de l’Histoire et de la Révolution. De son vivant même, on reprocha à Marx d’avoir « usurpé » la Commune. Bakounine, le premier, souligna que Marx s’était vu contraint par les faits de s’approprier le programme communard, opposé au sien, afin de maintenir sa position au sein de l’Internationale socialiste (54). Il est en effet hors de doute que le tableau de la révolution, esquissé dans l’Adresse du Conseil général, ne s’accorde guère avec les thèses que son auteur avait soutenues jusqu’alors. L’indique notamment le fait indéniable qu’il s’efforce de concilier les tendances foncièrement fédéralistes de la Commune avec la conception centraliste qu’il se formait de l’État (55). Pour supprimer cette antinomie, Marx affirmait que le « gouvernement des pro­ducteurs par eux-mêmes » rendait superflu l’État de type ancien et que la toute neuve « unité de la nation » permettait de surmonter la contradiction entre le centralisme et l’autogestion.

Voulant éviter le plus possible de parler du caractère anti­centraliste de la Commune, Marx et Engels, comme Lénine le fit après eux plus expressément encore, ont mis l’accent sur les aspects négateurs du mouvement, à savoir : la « destruction » de l’actuel pouvoir d’État bourgeois et la rupture avec le régime parlementaire traditionnel. C’est en exaltant les caractéristiques formelles de la Commune (suppression de la bureaucratie de carrière ou révocabilité des élus par les électeurs, par exemple) que Marx jeta les bases de la consécration de la commune et, par la suite, des soviets, comme seule forme de la dictature de classe du prolétariat. Et ce ne fut qu’après 1945 que ce concept céda la place à la notion de « démocratie populaire » ; ce ne fut qu’en 1956 que le XXe Congrès du Parti communiste soviétique admit l’existence d’autres voies encore de « passage au socia­lisme », sans d’ailleurs renoncer pour autant à la forme sovié­tique.

L’interprétation marxienne de la Commune n’eut guère un rôle notable dans le cheminement de la pensée, propre aux partis socialistes de la IIe Internationale. Il fallut attendre la révolution bolchevique de 1917, la mise en place d’un État des soviets et la lutte idéologique des bolcheviks contre les partis socialistes pour la voir devenir d’une actualité brûlante. D’une part, les léninistes en firent un argument massue pour justifier leurs théorie et pratique institutionnelles ; d’autre part, les marxistes antibolchevistes l’invoquèrent pour montrer à quel point leurs adversaires avaient perverti le marxisme authentique. La controverse (56) tourna essentiellement autour de la question suivante : Que voulait dire Marx quand il disait de la Commune qu’elle représentait la forme de la dictature du prolétariat ? Tandis que les bolcheviks désignaient avant tout par ce terme l’octroi aux dirigeants de l’État prolétarien de pouvoirs illimités en vue d’abattre les ennemis de classe, les socialistes réformistes faisaient ressortir le caractère démocratique de la Commune tel qu’il découlait du suffrage universel et égal pour tous. Trotski avait certes raison de soutenir contre Kautsky que Marx avait mis l’accent non sur ce caractère démocratique en général, mais sur son contenu de classe (en tant que gouvernement ouvrier surtout (57). Mais il eût fallu aussi souligner que selon Marx, du moins en théorie, la dictature du prolétariat était synonyme de la suprématie exercée par la grande majorité du peuple sur une minorité d’ « exploiteurs » (58). Ce furent en défi­nitive les réalités de l’État soviétique bolchevik, se posant en héritier légitime de la Commune de Paris, qui pesèrent d’un poids décisif dans cet affrontement idéologique entre marxistes.


Notes

11. Cf. E. Bernstein, Sozialismus und Demokratie in der grossen englischen Révolution (3e éd.), Stuttgart, 1919 ; W. Kottler, Demokratie und Ràtegedanke in der grossen englischen Révolution (Leipziger rechtswissenschaftliche Studien, vol. 15) ; E. B. Pasukanis, « Cromwells Soldatenràte » in Aus der historischen Wissenschaft der Sovet-Union (Otto Hoetzsch éd.), Berlin-Kônigsberg, 1929, pp. 128-152.

12. Pasukanis, p. 133.

13. K. Korsch, « Revolutionäre Kommune », Die Aktion, 1929, 5-8, p. 176 [rééd. in K. Korsch, Schriften zur Sozialisierung, Francfort, 1969, p. 96 sqq. N.d.T.]

14. La masse des publications consacrées à la Commune parisienne de 1789-1794 est telle qu’on ne saurait en proposer ici quelque choix que ce soit. Retenons cependant l’exposé d’ensemble qu’en a donné P. Kropotkine in La Grande Révolution 1789 - 1793, Paris, 1909. Cf. en outre l’étude ancienne mais riche en matériaux de B. Becker, Geschichte der revolutionären Pariser Kommune in den Jahren 1789 bis 1794, Brunswick, 1875. On trouvera aussi d’utiles précisions bibliographiques dans les contributions au Festschrift fur A. Meusel (Berlin, 1956) d’A. Soboul, « An den Ursprungen der Volksdemokratie. Politische Aspekte der Sansculottendemokratie im Jahre II » (pp. 131-151) et de W. Markov, « Ûber das Ende der Pariser Sansculottenbewegung » (pp. 152-183).

15. Kropotkine, p. 685.

16. Pour des références bibliographiques, cf. Mautner, pp. 278 sqq.

17. K. Marx Les Luttes de classes en France, Paris, 1946, p. 34.

18. Telle est la pensée directrice de l’ouvrage précité de M. Buber, Pfade in Utopia. Cf. en outre : T. Ramm, Die grossen Sozialisten als Rechts — und Sozialphilosophen. I : Die Vorlaüfer. Die Theoretiker das Endstadium, Stuttgart, 1955 ; G. D. H. Cole, A History of Socialist Thought. I : The Forerunners. 1789-1850 ; II : Marxism and Anarchism. 1850-1890, Londres, 1953-1954 ; M. Nettlau, Der Anarchismus von Proudhon zu Kropotkin, Berlin, 1927.

19. O. Seeling, Der Rätegedanke und seine Verwicklichung in Sowjetrussland, Berlin, 192,5, p. 37.

20 : P. Heintz, Die Autoritätsproblematik bei Proudhon, Cologne, 1956 (avec une bibliographie des œuvres de et sur Proudhon) ; cf. aussi les ouvrages précités de Nettlau, de Cole (I, pp. 201-218) et de Buber (pp. 46-67) de même que : E. Thier, « Marx und Proudhon », Marxismusstudien (z. Folge), Tubingue, 1957, pp. 120- 150.

21. Heintz, p. 13.

22. P.-J. Proudhon, Du principe fédératif, Paris, 1868, pp. 83-84.

23. Ainsi Proudhon faisait-il en 1864 ce tableau prophétique du centralisme communiste : « Une démocratie compacte, fondée en apparence sur la dicta­ture des masses, mais où les masses n’ont de pouvoir que ce qu’il en faut pour assurer la servitude universelle, d’après les formules et les maximes suivantes, empruntées à l’ancien absolutisme : indivision du pouvoir ; centra­lisation absorbante ; destruction systématique de toute pensée individuelle, corporative et locale, réputée scissionnaire ; police inquisitoriale » (P.-J. Prou­dhon, De la capacité politique des classes ouvrières, Paris, 1924, p. 115).

24. Sur la connexion des idées de Proudhon avec l’autogestion ouvrière yougoslave, cf. V. Meier, Dos neue jugoslawische Wirtschaftssystem, Zurich, 1956, pp. 103-104.

25. Sur Bakounine, cf. l’ouvrage de P. Scheibert, Von Bakunin zu Lenin. I (coll. Studien sur Geschichte Osteuropas, vol. III), Leyde, 1956 (dont les deux derniers volumes sont en préparation) ; on y trouvera p. 133, n. 1, des indica­tions relatives aux œuvres de Bakounine. Pour une biographie, cf. E. N. Carr, Michael Bakunin, Londres, 1937, et, pour une anthologie des écrits politiques de l’anarchiste russe, G. P. Maximoff, The Political Philosophy of Bakunin. Scientific Anarchism, Glencoe, Illinois, 1953.

26. Réimprimé in La Première Internationale. Recueil de documents (éd. J. Freymond), II, Genève, 1962, p. 472.

27. Lettre de Bakounine à Albert Richard (ier avril 1870) ; citée in A. Ri­chard, « Bakounine et l’Internationale à Lyon », Revue de Paris, Ier septembre 1896, pp. 127-133.

28. Freymond, p. 174.

29. M. Bakounine, Œuvres, (éd. J. Guillaume), VI, Paris, 1913, p. 396.

30. M. Bakounine, Étatisme et anarchie (trad. M. Body) in Archives Bakou­nine (éd. A. Lehning), III, Amsterdam, 1967, p. 349.

31. G. del Bo a dressé une bibliographie très étendue de l’histoire de la Commune in Movimento Operaio, IV (nouvelle série), 1952, pp. 104-153. Le recueil anonyme Pariser Kommune 1871. Berichte und Dokumente von Zeitgenossen, Berlin, 1931, offre un choix de textes commentés Cf. en outre B. Becker, Geschichte und Théorie der Pariser revolutionären Kommune des Jahres 1871, Leipzig, 1879 ; P. Lissagaray, Histoire de la Commune de 1871, Bruxelles, 1876 (trad. ail. 1879) ; F. Jellinek, The Paris Commune of 1871, Londres, 1937 ; H. Kœchlin, Die Pariser Kommune im Bewusstsein ihrer Anhänger, Baie, 1950.

32. Pariser Kommune, p. 367 sqq.

33. Pour une liste des membres de la Commune, donnant la profession et l’appartenance politique de chacun d’eux, cf. Panser Kommune, pp. 439-441.

34. Lissagaray (Paris, s. d. [1896]), p. 176,

35. Pariser Kommune, pp. 243-245.

36. Cf. la « Proclamation au peuple français » du 19 avril 1871, in Pariser Kommune, pp. 281-282.

37. Ibid., p. 216.

38. Lettre à Kugelmann du 17 avril 1871 ; K. Marx, Lettres à Kugelmann, Paris, 1930, p. 164.

39. Cf. T. Ramm, « Die künftige Gesellschaftsordnung nach der Théorie von Marx und Engels », Marxismusstudien, 1957, PP- 77 II9 ; (Anonyme) Der Rätegedanke ah Staatstheorie und seine Keime in den Schriften von Karl Marx und Friedrich Engels, s. 1., n. d.

40. K. Marx, Le Manifeste communiste (trad. J. Molitor), Paris, 1934, p. 94.

41. K. Marx, « Adresse du Comité central à la Ligue », in Karl Marx devant les jurés de Cologne... (trad. J. Molitor), Paris, 1939 (ci-après abrégé en : Adressé), p. 238.

42. Le Manifeste communiste, p. 93.

43. C’est sur ce terrain que se situait Trotski) en élaborant sa célèbre théorie de la « révolution permanente ». En fait, la sentence précitée de Marx contient en germe le programme révolutionnaire de Trotski.

44. Adresse, pp. 241-243.

45. Adresse, p. 246.

46. K. Marx. La Guerre civile en France, Paris, 1953, p. 289.

47. Rosenberg, p. 31.

48. Le Manifeste communiste, pp. 40-41,

49. La Guerre civile en France, p. 41 sqq.

50. La Guerre civile en France, p. 42 sqq.

51. « Gloses marginales au programme du parti ouvrier allemand » in K. Marx et F. Engels, Programmes socialistes (trad. Bracke), Paris, 1947, p. 34.

52. La Guerre civile en France, pp. 301-302.

53. Ibid. p. 45.

54. Karl Korsch a mis en relief la problématique de la conception marxienne dans deux essais sur « La Commune révolutionnaire » (Die Aktion, 1929, 5-8, et 1931, 3-4). [Cf. aussi la réédition signalée ante, n. 8, pp. 91-108.]

55. Voir ante, n. 45.

56. Citons parmi les ouvrages antibolchevistes ceux de Karl Kautsky : Die Diktatur des Prolétariats, Vienne, 1918, et Terrorisme et communisme, contribution à l’histoire des révolutions (trad. N. Stoupchak), Paris, s. d.

57. L. Trotsky, Terrorisme et communisme, Petrograd, 1920, pp. 113-114.

58. Cf. W. Mautner " Zur Geschichte des Begriffs der Diktatur des Pro­létariats », Archiv für die Geschichte des Sozialismus und der Arbeiterbewegung, XII, 1926, pp. 280-283.


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