La nouvelle église universelle

par Alexander Grothendieck
dimanche 23 septembre 2007
par  administrator

texte d’alexandre grothendieck, paru dans « pourquoi la mathématique » ed 10/18

Le numéro 9 de Survivre, et une partie au moins du suivant, est centré sur le scientisme, ou l’idéologie scientiste, qui nous paraît revêtir une importance de premier plan dans l’analyse et l’explication du rôle de la science et des scientifiques dans l’évolution de la société moderne. Le présent article est un premier essai d’une description systématique de cette nouvelle idéologie et de ses dogmes principaux. La plupart des autres articles pourront être interprétés comme autant d’illustrations de l’influence de cette idéologie dans la pratique quotidienne du scientifique. Cette influence sera analysée plus systématiquement dans un autre article, en préparation pour le prochain numéro, qui pourra être considéré comme une continuation naturelle du présent article.
Dans le présent numéro, nous avons délibérément laissé de côté l’examen critique de la méthode scientifique elle-même, et l’étude des mécanismes par lesquels celle-ci a engendré l’idéologie scientiste, avec le cortège de ses sous-produits. Nous y reviendrons par la suite ainsi que sur des façons dont les scientifiques et techniciens peuvent dès à présent dépasser constructivement dans leur pratique quotidienne les contradictions particulières à leur état.

SCIENCE ET SCIENTISME

La méthode expérimentale et déductive, depuis quatre cents ans de succès spectaculaires, augmente sans cesse son impact sur la vie sociale et quotidienne, et par suite, jusqu’à une date récente, son prestige.
En même temps, à travers un processus « d’annexion impérialiste » qui devrait être analysé de façon plus serrée, la science a créé son idéologie propre, ayant plusieurs des caractéristiques d’une nouvelle religion, que nous pouvons appeler le scientisme. Ce pouvoir, principalement pour le grand public, tient au prestige de la science, dû à ses succès. Le scientisme est maintenant fermement enraciné dans tous les pays du monde, qu’ils soient capitalistes ou dits socialistes, développés ou en voie de développement (à d’importantes restrictions près pour la Chine [1]). Il a de loin, supplanté toutes les religions traditionnelles. Il s’est ’insinué dons l’éducation à tous des niveaux, de l’école élémentaire à l’université, tout comme dans la vie professionnelle post-scolaire. Avec des nuances et une intensité variables, il prédomine dans toutes les classes de la société ; il est plus fort dans les pays les plus développés et parmi les professions intellectuelles ; il est le plus fort dans les domaines les plus ésotériques [2].
Les gens en général, bien qu’on leur enseigne certains des plus grossiers et des plus anciens résultats de la science, ont toujours eu peu ou pas de compréhension de ce qu’est réellement la science en tant que méthode. Cette ignorance a été perpétuée par tout l’enseignement primaire, secondaire, et même par l’importante partie de l’enseignement universitaire qui ne constitue pas une préparation à la recherche. : la science y est enseignée dogmatiquement, comme une vérité révélée. Aussi, le pouvoir du mot « science » sur l’esprit du grand public est-il d’essence quasi mystique et certainement irrationnelle. La science est, pour le grand public et même pour beaucoup de scientifiques, comme une magie noire, et son autorité est à la fois indiscutable et incompréhensible. Ceci rend compte de certaines des caractéristiques du scientisme comme religion. En tant que telle, il est tout aussi irrationnel et émotionnel dans ses motivations, et intolérant dans sa pratique journalière, que n’importe laquelle des religions traditionnelles qu’il a supplantées [3]. Bien plus, il ne se borne pas il prétendre que seul ses propres mythes soient vrais ; il est la seule religion qui ait poussé l’arrogance jusqu’à prétendre n’être basée sur aucun mythe quel qu’il soit, mais sur la Raison seule, et jusqu’à présenter comme « tolérance » ce mélange particulier d’intolérance et d’amoralité qu’il produit.. Aux yeux du grand public, les prêtres et les grands prêtres de cette religion sont les scientifiques, au sens large, plus généralement les technologues les technocrates, les experts. Même la langue de cette religion sera pour toujours incompréhensible au peuple, d’autant que ce n’est pas même rare langue, mais des milliers de langues différentes, chacune n’étant que le jargon technique particulier d’une spécialité donnée.
L’immense majorité des scientifiques sont tout à fait prêts à accepter leur rôle de prêtres et de grands prêtres de la religion dominante d’aujourd’hui. Plus que n’importe qui, ils en sont imbus, et cela d’autant plus qu’ils sont plus haut situés dans la hiérarchie scientifique. Ils réagiront à toute attaque contre cette religion, ou l’un’ de ses dogmes, ou l’un de ses sous-produits, avec toute la violence émotionnelle d’une élite régnante aux privilèges menacés [4]. Ils font partie intégrante des pouvoirs en place quels qu’ils soient, auxquels ils s’identifient intimement et qui tous s’appuient fortement sur leurs compétences technologiques et technocratiques.
Il n’existe pas de dogme écrit explicite du scientisme auquel nous puissions nous référer [5]. Cependant, bien qu’il ne soit formulé explicitement, un tel dogme existe implicitement et il est tout à fait précis, tout particulièrement parmi les scientifiques. Nous allons faire un essai de formulation de ce qu’on peut appeler le « credo » du scientisme, compris comme une collection de mythes principaux. Nous ne voulons pas dire que tous les scientifiques, même ceux à penchant franchement scientiste, seront en accord sans réserve avec la substance de chacun ni même d’aucun d’eux. Pour plus de clarté, les mythes ont été délibérément formulés sous leur forme la plus extrême, que beaucoup de scientifiques hésiteraient à cautionner, même s’ils agissent comme s’ils y adhéraient sans réserve. Cependant, nous soutenons que ce crédo dans` son ensemble exprime effectivement certaines tendances principales, ou tout au moins leurs états limites, réalisés sous une forme plus ou moins forte et plus ou moins pure chez presque tous les scientifiques.

LE CRÉDO DU SCIENTISME

Mythe 1
Seule la connaissance scientifique est une connaissance véritable et réelle, c’est-à-dire, seul ce qui peut être exprimé quantitativement ou être formalisé, ou être répété à volonté sous des conditions de laboratoire, peut être le contenu d’une connaissance véritable. La connaissance « véritable » ou « réelle », parfois aussi appelée connaissance « objective », peut être définie comme une connaissance universelle, valable en tout temps, tout lieu, et pour tous, au-delà des sociétés et des formes de cultures particulières.

Commentaires.
Les sensations et expériences comme l’amour, l’émotion, la beauté, l’accomplissement, ou même l’expérience primaire du plaisir et de la douleur sont rayés du royaume de la connaissance valable, pour mitant du moins qu’elles ne sont pas englobées dans une théorie scientifique. Ni Jésus ni Sapho rie savaient rien de l’amour ! Ceci restreint la « connaissance véritable » aux quelques millions de scientifiques de la planète. Les bébés et les enfants n’ont aucune connaissance digne de ce nom, pas plus que quiconque est sans formation scientifique. La connaissance véritable commence avec les derniers semestres de l’éducation universitaire. une autre conséquence de ce mythe est que, la morale étant objet de connaissance, elle doit être approchée avec la méthodologie scientifique ; ceci conduit à ce que la science devienne le fondement de la morale. Ce qui suit constitue une réciproque du mythe 1

Mythe 2.
Tout ce qui peut être exprimé de façon cohérente en termes quantitatifs, ou peut être répété sous des conditions de laboratoire, est objet de connaissance scientifique et, par là même, valable et acceptable. En d’autres termes, la vérité (avec sou contenu de valeur traditionnel) est identique à la connaissance, c’est-à-dire identique à la connaissance scientifique.

Commentaires.
La guerre et nombre de ses aspects peuvent être insérés dans des théories scientifiques diverses : économie, stratégie (en tant que chapitre de la théorie des probabilités ou de l’optimisation), psychiatrie, médecine, sociologie… Une nouvelle science, la polémologie ou science de la guerre, a même été créée par des pacifistes bien intentionnés. Donc la guerre est acceptable, étant un objet d’investigations scientifiques. D’autant plus qu’on lui assigne une importante fonction régulatrice pour les processus démographiques et économiques, et stimulatrice pour la science et la technologie. Ce qu’une telle guerre peut signifier, pour ceux qui la supportent ou ceux qui la font, est hors de propos car subjectif - sauf comme objet d’enquêtes « scientifiques », à buts souvent manipulatoires, ayant comme but de réduire le vécu à des statistiques.

Mythe 3.
Conception « mécaniste », ou « formaliste », ou « analytique » de la nature : le rêve de la science. Atomes et molécules et leurs combinaisons peuvent être entièrement décrits selon les lois mathématiques de la physique des particules élémentaires ; la vie de la cellule en termes de molécules ; les organismes pluricellulaires en termes de populations cellulaires ; la pensée de l’esprit (comprenant toutes les sortes d’expérience psychique) en termes de circuits de neurones [6], les sociétés animales et humaines, les cultures humaines, en termes des individus qui les composent.
En dernière analyse, toute la réalité, comprenant l’expérience et les relations humaines, les événements et les forces sociales et politiques, est exprimable en langage mathématique en termes de systèmes de particules élémentaires, et sera effectivement exprimée ainsi dès que la science sera assez avancée.
A la limite, le monde n’est qu’une structure particulière au sein des mathématiques.

Commentaires.
Dans une telle vue du monde, la notion de but, bien sûr, ne peut exister. N’importe quelle allusion à une explication finaliste des phénomènes naturels est écartée avec mépris, tout au moins dans les sciences naturelles.
Le fait que les principales lois physiques soient exprimées aujourd’hui sous forme statistique permet à la conception mécaniste de dépasser la vision strictement déterministe de la nature, et de réincorporer en principe la notion de libre arbitre [7].

Mythe 4.
Le rôle de l’expert : la connaissance, tant par son développement que pour sa transmission par l’enseignement, doit. être coupée en de nombreuses tranches ou spécialités : d’abord en larges champs tels que les mathématiques, la physique, la chimie, la biologie la sociologie, la psychologie, etc. qui sont encore subdivisés ad libitum, à mesure que la science avance. Pour n’importe quelle question :appartenant à un domaine donné, seule l’opinion des experts de ce domaine particulier est pertinente ; si plusieurs domaines sont concernés, seule l’opinion collective des experts de tous ces domaines l’est.

Commentaires.
Exceptionnellement, une personne peut être un expert dans plus d’un domaine, mais personne ne peut, l’être dans de nombreux domaines. N’importe quelle question touchant à la réalité concrète, pour être réellement comprise, implique une analyse de nombreux aspects, intimement imbriqués, appartenant à de nombreux champs différents de la science. En la réduisant à un seul de ces aspects, ou à un petit nombre, ou en les maintenant séparés, on mutile grossièrement la réalité [8]. Par conséquent, dans une situation complexe, une personne seule ne peut être tenue comme compétente pour la comprendre, ni tenue pour responsable de sa compréhension ou de son manque de compréhension.
Le mythe 4 pose les fondements du pouvoir de l’expert, issu de son incompréhensibilité pour toute ceux situés hors de son champ d’expertise. Il fournit aussi le fondement de la conséquence suivante (rarement formulée) : nul ne peut prétendre à lui seul à une connaissance valable d’aucune partie complexe de la réalité. Pour compenser cela, le pouvoir collectif de la technocratie est établi dans le mythe suivant, d’apparence anodine, du credo scientiste

Mythe 5.
La science et la technologie issue de la science peuvent résoudre les problèmes de l’homme, et elles seules. Ceci s’applique également aux problèmes humains, notamment aux problèmes psychologiques, moraux, sociaux, et politiques.

Commentaires.
Ceci conduit logiquement au

Mythe 6.
Seuls les experts sont qualifiés pour prendre part aux décisions, car seuls les experts savent.

Commentaires.
Dans la sphère des décisions sociales et politiques, la réalité est bien trop complexe pour qu’un . expert unique soit réellement compétent. Cette difficulté est résolue en pratique par l’introduction d’une autre sorte d’expert : « l’expert ès décisions", qui peut être un fonctionnaire, un directeur de société ou un militaire haut gradé. son rôle est d’écouter derrière des portes closes les avis des experts dans les différentes spécialités impliquées dans les décisions à prendre, et de prendre la décision.

COMBATTRE LE SCIENTISME

En eux-mêmes, au niveau purement intellectuel ces mythes principaux du scientisme exercent un certain attrait puissant, qui explique en partie leur extraordinaire succès. Ils introduisent des simplifications énormes dans la complexité fluctuante des phénomènes naturels et de l’expérience humaine. Ainsi qui, parmi les scientifiques, quand enfant il apprenait la loi de Newton de l’attraction universelle n’a pas été confondu par l’excitant défi de rendre vraie l’intuition hardie de Pythagore : « tout est nombre », et de construire une description entièrement mécaniste du monde [9].
D’ailleurs, comme tous les mythes, ceux du scientisme contiennent quelques solides éléments de vérité ; le fait qu’ils prétendent fondés sur la seule Raison leur a donné un pouvoir supplémentaire. Il est advenu, en effet, pendant les siècles précédents, que s’est affirmée avec une intransigeance croissante la suprématie de la raison ou de l’intellect sur tous les autres aspects de l’expérience et des capacités humaines, y compris les aspects sensuelel, émotionnel et éthique. Et, pis encore, un seul outil particulier de l’intellect de l’homme, à savoir la méthode scientifique expérimentale et déductive, qui ne s’est développée qu’au cours des derniers siècles, excité par ses grands succès dans certains domaines limités, de l’investigation et des réalisations de l’homme, a été amené à assumer un rôle impérialiste croissant, et finalement à s’identifier à la Raison elle-même, rejetant tons ce qu’il ne pouvait assumer, comme étant « irrationnel », « émotionnel », « instinctif », « non humain », etc.. [10].
Nous tenons tous ces mythes principaux du scientisme pour des erreurs. Sur l’expert, qui se sent parmi les principaux bénéficiaires de ces mythes destinés à affermir son pouvoir collectif, ils ont un effet estropiant, à la fois spirituellement et intellectuellement, l’éloignant toujours plus du concert des êtres vivants, pour l’apparenter à un simple mécanisme cérébral cybernétisé toujours plus spécialisé. Sur les experts comme sur les profanes, ils ont un effet paralysant - paralysant, en ce qui concerne le désir naturel d’en savoir plus sur la nature, la vie et nous-mêmes, qu’un seul jargon particulier ne peut exprimer ; et en conséquence, paralysant en termes d’engagement moral et de responsabilité personnelle dans tous les domaines impliquant la société comme un tout, car il contribue à creuser le fossé s’élargissant sans cesse entre ces trois pôles de l’expérience humaine : la pensée, l’émotion et l’action. En termes socio-politiques, le scientisme justifie la hiérarchisation rigide existante de la société, et tend à l’accroître toujours plus, poussant au sommet une technocratie fortement hiérarchisée qui prend les décisions - y compris celles qui, maintenant, peuvent affecter de façon vitale la destinée de toute vie, sur terre pour des millions d’années à venir.

Dans la plupart sinon tous les pays du monde, sous différents déguisements, le scientisme s’est établi comme l’idéologie dominante. Comme tel, il fournit la justification principale et des rationalisations multiples à la course insensée au soi-disant « progrès », vu exclusivement comme un progrès scientifique et technique (en accord avec le dogme du scientisme). Ceci, à son tour, est une des principales forces motrices pour la religion de la production et de la croissance pour eux-mêmes. Cette course et cette croissance insensées nous ont conduit à la crise écologique actuelle, dont nous n’assistons qu’aux premiers stades, et à une crise majeure dans notre civilisation. Le scientisme, qui a été une force décisive pour engendrer ces deux crises, est totalement incapable de les surmonter. Il est même incapable de reconnaître l’existence d’une crise de civilisation, car ceci reviendrait à mettre en question l’idéologie scientiste elle-même.
Pour toutes ces raisons, nous tenons que l’idéologie la plus dangereuse et la plus puissante aujourd’hui est le scientisme, bien qu’elle n’ait généralement pas été reconnue comme une puissante idéologie par elle même. Elle peut être considérée comme un solide fond commun à l’idéologie capitaliste et à l’idéologie communiste sous la forme en vigueur dans la plupart des pays dits socialistes. Npus pensons que de plus en plus la principale ligne de partage politique se trouvera moins dans la distinction traditionnelle entre la « gauche » et la « droite » que dans l’opposition entre les scientistes, tenants du « progrès technologique à tout prix » et leurs adversaires, i. e., grosso-modo, ceux pour lesquels l’épanouissement de la Vie, dans toute sa richesse et sa variété, et non le progrès technique, a priorité absolue.
L’ascenscion vertigineuse du pouvoir de l’idéologie scientiste sur l’esprit du grand public, se poursuivant depuis plusieurs siècles, semble avoir atteint son apogée il y a deux ans environ, avec le premier vol spatial habité américain vers la lune, quand elle culminait en ce qu’on pourrait appeler une hystérie collective à l’échelle mondiale. Depuis lors, on perçoit des signes clairs d’un « coup en retour », exprimant la désillusion et le scepticisme croissants concernant les « miracles » de la science et de la technologie, leur prétention d’être la clé du bonheur humain, et de savoir résoudre les problèmes qu’ils ont eux-mêmes créés. Ce coup en retour était certainement préparé par la montée mondiale d’une contre-culture marginale, qui pourrait être interprétée elle-même comme étant largement une réaction à l’idéologie scientiste [11].
Ce coup en retour est également manifeste dans la façon considérablement plus réservée avec laquelle les mass-media réagissent maintenant à de nouvelles prouesses scientifiques et technologiques, allant parfois jusqu’à la critique ouverte [12]. Une opposition plus dure, souvent voilée encore sous des formes déférentes pour la Science et les Savants, provient d’un nombre croissant de groupes de défense de l’environnement qui surgissent de toutes parts, se radicalisant à mesure que leurs militants se familiarisent avec les problèmes affrontés et avec l’inertie, voire la complicité, de la « communauté scientifique » avec les puissances qui nous menacent. Tous ces signes nous semblent présager le commencement du déclin du scientisme.
Le temps est mûr maintenant de hâter ce déclin dans un combat déclaré.

UN COMBAT DE L’INTÉRIEUR

Une des voies les plus efficaces pour combattre le scientisme semblerait un combat de l’intérieur, par les scientifiques devenus conscients de ses erreurs et de ses dangers. Ce combat a déjà commencé depuis quelques années, et des horizons les plus variés. Cette opposition (quoique mitigée souvent) vient en partie de certains scientifique gauchisants. Une remise en question plus radicale vient du mouvement hippie, qui a quelques membres et sympathisants dans la « communauté scientifique ». Ce sont généralement de jeunes scientifiques, au statut académique relativement modeste. Seulement plus récemment , semble-t-il, des scientifiques établis ont rejoints la bataille.
Durant les quelques dernières années se sont créés des groupes scientifiques qui se sont engagés dans une critique plus ou moins radicale du scientisme. Il y a maintenant certainement plus d’une centaine de tels groupes répartis dans divers pays, et de nouveaux groupes surgissent constamment. « Survivre » est justement un de ces groupes ; parmi les autres avec lesquels nous sommes en contact, citons « sciences pour le peuple » (principalement nord américain « Lasitoc » (membres de pays divers, comprenant Angleterre et Suède), B.S.S.R.S. (British Society for Social Responsability in Science), etc. Pour beaucoup la motivation de cette révolte « de l’intérieur » contre le scientisme semble être une répulsion intellectuelle ou morale en face de ses limitations internes ou de ses implications externes. Quoiqu’il en soit, un nombre considérablement plus grand d’opposants va vraisemblablement surgir dans les années à venir, dans le monde occidental au moins en raison du nombre considérable de scientifiques entrainés et de techniciens qui vont être en chomage, ou employés dans une profession pour laquelle ils n’ont. pas été formés, ou avec un statut et un salaire considérablement inférieur à ceux auxquels ils pensent avoir droit en raison de leur compétence scientifique. Ici, nous voyons apparaître ce que les marxistes appelleraient sans doute une « contradiction interne de classe » dans la caste scientifique, donnant naissance à ce que l’on pourrait appeler un « prolétariat scientifique ». N’ayant plus d’intérêts de classe puissants comme enjeu, ces prolétaires seront très probablement un facteur supplémentaire de désintégration de l’idéologie scientiste.

La rédaction de Survivre


[1Toutes les indications semblent notamment concorder pour établir que le mythe de l’expert est systématiquement battu en brèche en Chine.

[2Ésotérique = inaccessible au profane.

[3Parmi les innombrables exemples de cette intolérance signalons l’excommunication par la médecine officielle de toutes les techniques et théories médicales marginales y compris, en son temps, celles de Pasteur lui-même !). Pour un attitude typique d’intolérance idéologique se réclamant sans vergogne de la « tolérance ", voir l’article de Rabinovitch cité dans la note suivante.

[4Cf. l’article d’Eugène RABINOVITCH, « The mounting tide of unreason » (La vague montante de la déraison) paru dans le Bulletin o f the Atomic Scientist, mai 1971.

[5Le livre de Jacques MONOD, Le Hasard et la nécessité s’il n’est pas un dogme complet du scientisme, en est cependent une illustration particulièrement frappante.

[6Neurone = cellule nerveuse.

[7C’est le « hasard » de Jacques Monod.

[8On se souviendra à ce propos de l’enquête parue dans France-Soir en 1962 sur l’image que se font les Français de la femme idéale. Les personnes interrogées avaient eu à choisir un front, un menton, un oeil, une chevelure, une forme de visage parmi un grand nombre - les journalistes avaient alors reconstitué la beauté de rêve de la majorité des Français... qui s’est révélée être un laideron glaçant. La beauté n’avait pu être approchée par une méthode analytique.

[9Signalons ici que Newton lui-même était trop subtil pour croire à la validité d’une telle description.

[10Voir encore l’inépuisable article de RABINOVITCH cité en note (4).

[11Cette réaction conduit souvent à mettre l’accent sur l’aspect mystique, magique ou religieux de l’expérience humaine de la nature. Ainsi paradoxalement la science, qui était censée extirper ces aspects, par les excès même del’idéologie scientiste, a au contraire contribué a au contraire contribué à leur renouveau.

[12l’exemple de l’abandon de l’avion supersonique américain est à cet égard symptomatique.


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Problème technique : les envois des « lettres d’information » (dernières publications et revues de presse) sont provisoirement impossibles. Toutes nos équipes sont à pied d’œuvre...