Ethos de la démocratie

jeudi 12 novembre 2009

Déjà Novembre et il semble que l’hiver sera rude, en tout cas le gel semble s’être déjà emparé de tout le mouvement social.

Jamais de mémoire de Bathyscaphe on n’aura eu un automne aussi calme, pas même les traditionnelles « journées d’action » syndicales. Pourtant il ne manque pas de prétexte à s’é-mouvoir : Du népotisme affirmé avec la tentative de placer le dauphin parmi les requins à l’annonce à peine déguisée de la fin de la démocratie parlementaire avec le revote de la loi d’imposition des banques, c’est le peu de démocratie formelle qui restait (on garde le souvenir du référendum contourné sur l’Europe) qui est en train de vaciller.

Dans ces conditions l’envie nous prend de prolonger une petite note de bas de page du dernier bulletin de Notes et morceaux choisis (le numéro9) où on peut lire page 13 : « il est intéressant de noter que l’éditeur des derniers pamphlets de Rancière est aussi celui de L’insurrection qui vient et de morceaux choisis de l’ancienne revue Tiqqun. A ma droite, la haine venimeuse de la démocratie ; à ma gauche sa défense ardente. Ces deux filons de vente ont beau paraître assez hétérogènes, leurs propos évacuent la même question fondamentale : dans les deux cas, aucune attention n’est portée aux conditions concrètes de la discussion, aux circonstances matérielles qui font qu’une démocratie formelle est vivante ou au contraire moribonde. » On ne s’attardera ici ni sur Rancière ni sur les tiqquneries qui font déjà l’objet de réflexions sur le site ici ou mais plutôt sur la « question fondamentale » des conditions concrètes et des circonstances matérielles de la démocratie.

Question fondamentale car « L’idée qu’un régime démocratique pourrait recevoir de l’histoire, ready made, des individus démocratiques qui le feraient fonctionner est un mirage. De tels individus ne peuvent être formés que dans et par une paideia (éducation) démocratique, laquelle ne pousse pas comme une plante, mais doit être un objet central des préoccupations politiques. » [1]. C’est précisément à la destruction de cet éthos de la démocratie que l’on assiste. Le processus de destruction accélérée de l’espace public, entraine avec lui la disparition de certaines valeurs indispensables à un fonctionnement réellement démocratique de la société. Responsabilité, pudeur, franchise (parrésia), contrôle réciproque et conscience aiguë de ce que les enjeux publics sont aussi nos enjeux personnels à chacun, une certaine sociabilité primaire basée sur la générosité, le don, et la commun decency sont méthodiquement saccagées par la logique capitaliste.

Mais parler d’éthos de la démocratie c’est dire aussi que celle-ci ne saurait être effective sans des mœurs, des dispositions, des rites, des institutions (y compris et surtout affectives et imaginaires), des œuvres (de l’art en particulier, comme la tragédie pour Athènes) qui la nourrissent. La question du travail de redéfinition et de réflexion nécessaires pour tenter d’en trouver une contrepartie pratique pourra effrayer par l’immensité du chantier ouvert, elle semble pourtant aujourd’hui plus que jamais une question fondamentale.


[1Cornelius Castoriadis, La démocratie comme procédure et comme régime in la montée de l’insignifiance


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