Du bon usage des révolutions en régime démocratique

jeudi 2 juillet 2009
par  LieuxCommuns

Du bon usage des révolutions en régime démocratique

No light, but rather darkness visible. Milton

Nous agençons une nouvelle chape de plomb par le retournement du même en son contraire, sous la croyance au règne de l’anti-normativité. [...] On comprend difficilement l’effondrement de la réflexion critique, à moins de considérer que la nou-velle Modernité post-hitlérienne, fonctionnant comme une sorte d’envers historique, ait instauré conformisme et peur de penser dignes des totalitarismes révolus. Pierre Legendre, La société comme Texte, p236

  • Le durcissement de la lutte

A l’ère du ready made et de la technique automatisée, d’une abondance trop facile de marchandises transitoires et de plaisirs fades, on pourrait s’attendre à ce que tout soit plus facile, s’acheter une personnalité, devenir le héros d’une aventure sur catalogue et assurée tout risque, ou même une vraie Révolution Assistée par Ordinateur. Qu’on se dé-trompe ! plus l’on vient tard, plus on est civilisé et plus il est difficile d’échapper à la norme, d’oser une véritable dissi-dence, à l’écart des emportements de la foule démocratique, et qui ne se réduise pas à l’affirmation de sa différence ou à des poses extrémistes spectaculaires. Plus on a connu de libérations, de traditions révolutionnaires, plus il est difficile de s’en distinguer, redonner vie et sens à des mots usés tombés dans des mains ennemies, plus le monde est à refaire. Le premier obstacle à la révolution et à la liberté deviennent en effet l’idéologie révolutionnaire et l’idéolo-gie de la liberté qu’il faut vaincre d’abord, autant dans leur versant de droite d’apologie de l’ordre établi, que dans l’ex-trémisme de gauche armé de son bon droit sans limite. C’est pourquoi il faut réfuter non seulement l’idéologie libé-rale mais aussi l’idéologie libertaire pour sauver nos libertés concrètes. Aucune procédure ne peut s’y substituer, car prétendre garantir le caractère démocratique des décisions par ses caractères formels, c’est permettre du même coup toutes les usurpations.

On ne peut plus ramener à quelque anecdote ou contingence historique ce qui est plutôt de l’ordre du ratage sys-tématique et d’une dialectique où la révolte des dominés reproduit une nouvelle domination qui parait plus juste sans doute, ne serait-ce qu’en proclamant son amour des dominés, mais dont la réalité est toujours loin des discours. Le refoulement fonctionne à fond. Il vaudrait mieux reconnaître ce caractère de reproduction de la domination, vérita-ble sens du mot révolution, prendre acte de sa fonction nécessaire et limitée de refondation, de régénération, en se protégeant de ses dérives autoritaires ou extrémistes. Nous ne pouvons ni laisser faire, ni laisser croire que nous pourrions ouvrir les portes du Paradis, donner accès à une liberté sans limite, du passé faire « table rase » et livrer tout sens à l’incertitude la plus totale par décision démocratique ! La question n’est pas décorative car on sait bien que les illusions, et surtout les désillusions qui suivent inévitablement, se paient en victimes innombrables. Les enjeux poli-tiques devraient être plus modestes, qui sont pourtant des enjeux vitaux, de défendre nos libertés concrètes et non des principes imaginaires, redonner la parole aux dominés lorsqu’ils l’ont perdue plutôt que prétendre faire disparaître toute domination. C’est cela qui est pourtant de plus en plus difficile. Paradoxalement, il faut insister sur le fait que c’est bien cette trop difficile limitation de la politique, et ses illusions réelles, qui rendent à la fois les révolutions in-dispensables et leur « échec » inéluctable. Leur échec ne rend pas les révolutions inutiles pour autant, face au conser-vatisme et à la dégénérescence des institutions, du moins cela plaide pour ce qu’on pourrait appeler une « révolution tranquille » si l’expression n’était déjà complètement déconsidérée, ou si ce n’est pas trop contradictoire, une révolu-tion prudente et mesurée. La première folie serait pourtant de croire échapper aux mouvements de foule, à l’ivresse du pouvoir et au mécanisme du bouc émissaire.

  • L’ennemi intérieur

La grande question qui doit se poser à nous, c’est de comprendre comment la liberté peut se retourner contre ses enfants, l’amour se changer en haine. Comment les principes libéraux nous enchaînent ou bien les prétentions libertaires se détruisent, en même temps que nos solidarités et protections vitales, refusant toute limite. Cela ne concerne pas seulement la Terreur et les divers totalitarismes ou terrorismes, mais, ici et maintenant, le néo-libéralisme jusque dans ses composantes individualistes libertaires. Il ne s’agit pas seulement, comme l’écrit Alain-Claude Galtié, du refoulement de la véritable tradition écologiste libertaire issue de 1968, mais bien de ses contradictions internes, de son impuissance à se donner une Loi (auto-nomos ). S’il est vrai, comme il le rappelle, que la libération sexuelle n’a pas libéré les relations sexuelles, sauf dans quelques milieux « branchés », se voulant simplement tolérance aux autres moeurs, il n’empêche que les groupes libertaires sont incapables, par définition, de se donner une limite, que ce soit une limite aux conduites ou à un pouvoir purement dénié. L’impasse de cette position réactive d’opposition au pouvoir éclate dans le refus de se fonder sur l’exclusion de l’autre, aboutissant à la dispersion des groupes réduits à leurs dépendances personnelles. Libéraux comme libertaires ou libertariens aboutissent à des sophismes par esprit de système, idéalisme ou angélisme ! Il faut le marteler, l’échec de la subversion ne tient pas à la contingence d’un rapport de force défavorable mais bien plutôt à l’irréalisme de ses propositions, « Loi du coeur » sans consistance qui refuse d’abandonner ses illusions de toute puissance enfantine. La subversion doit se transformer pour transformer le monde, mais cette transformation a un coût narcissique qui rend bien difficile la levée du refoulement nécessaire pour faire face à nos responsabilités collectives et écologiques. Nous devons abandonner l’imaginaire narcissique d’être cause de soi, nos dangereuses prétentions à l’absolu (l’absolutum signifiant « délié complètement »), dégagé de toute créance et dette, figure mortifère qui nous poursuit de son ombre. Si nous devons défendre notre liberté, il n’est pas question d’absolu mais plutôt de bricolages temporaires et toujours améliorables.

L’ennemi ici, c’est nous-mêmes, l’ « esprit qui se nie avec la force infinie de l’esprit » (Hegel[1] ), c’est de croire qu’on vaut tellement mieux que ceux qui étaient au pouvoir avant nous, qu’on réglerait tous les problèmes, que le violent deviendrait doux, le fou serait guéri, l’aveugle retrouverait la vue et qu’il serait impossible qu’on tombe dans les mê-mes travers, les mêmes inévitables dérives du champ politique, manipulations ou mensonges. L’ennemi c’est notre bonne conscience, notre bonne volonté qui ne prend pas la peine de s’interroger sur les moyens, encore moins sur ses conséquences. L’ennemi c’est notre manque de précaution, qui exigerait bien plus d’audaces. Pourtant, si nous som-mes post-modernes, c’est en ceci que nous ne pouvons plus être naïfs face à la démocratie et au progressisme dont l’expérience doit nous apprendre comment l’espoir est dévoyé, la liberté instrumentalisée et manipulée pour mieux nous soumettre et nous compromettre, démocratie du spectacle et des puissances d’argent souveraines auxquels nous savons bien désormais que les mouvements de libération n’opposent que de nouvelles dictatures, un simple chan-gement de personnel politique devenu indispensable sans doute face à la dégénérescence du système. Voilà ce que doit dire aujourd’hui la politique.

La portée des révolutions sociales dépend de nous, de notre transformation en ceci que nous devons apprendre à nous méfier de nous-mêmes, reconnaître l’ennemi dans notre for intérieur, être conscient de nos faiblesses et surtout du retournement de nos actions à l’encontre de nos intentions initiales. Il ne suffit pas plus d’être « contre le progrès ». La correction permanente, et non la révolution permanente, est ici l’essentiel nous faisant passer à un stade cognitif supérieur d’apprentissage et d’échange, d’accommodation réciproque. Il faut comprendre comment nous nous met-tons nous même dans la nasse et pourquoi le progrès nous ramène au pire, loin de nous délivrer de notre sauvagerie et de nos vieux démons, par quel refoulement enfin nous courrons à notre perte. C’est ce que Pierre Legendre essaie de faire en montrant la dimension « dogmatique » de toute société, pas seulement idéologique, mais institution de discours, rite social, censure et texte sacré.

  • Le refoulement du savoir

Il semble bien que cette question des pièges de la liberté (double bind, Théorie de l’engagement, refoulement) soit celle de la psychanalyse qui accompagne le capitalisme salarial avec son identité incertaine et le déclin de la fonction paternelle normative comme contrainte extérieure. Il n’y a pas de surmoi sans intériorisation des normes. La culpabilisation suppose à la fois la liberté, pour qu’il y ait responsabilité individuelle, mais tout autant le renforce-ment des normes inconscientes, d’autant plus qu’elles sont inconscientes, considérées comme « librement choisies ». Freud montre bien que la gourmandise du surmoi est insatiable, il reste toujours une tâche à effacer, une épreuve à subir ! La liberté n’est donc pas si simple qui nous oblige à refouler, c’est-à-dire nous mentir à nous-même, pour maintenir la fiction de notre « idéal du moi » au regard des autres comme de nous-mêmes, puisque « Je me retrouve en l’Autre » comme dit Legendre. Ici la Loi apaise et peut rendre plus libre qu’une exigence incessante de choix avec ses inutiles cortèges de rêves sacrifiés. Ce que résume la formule de Lacan. « Si Dieu n’existe pas, rien n’est permis », prenant à rebrousse-poil les anti-cléricaux de toutes sortes assez aveuglés par leur ressentiment pour s’imaginer que sans les curés il n’y aurait plus rien d’impossible ni d’interdit ! Voilà bien une inspiration libertaire qu’il faut démentir explicitement. Sans pousser la démonstration plus loin ici, on peut dire que la psychanalyse se résume à ces contra-dictions de la liberté et de la culpabilité, ainsi qu’à l’apprentissage de l’autonomie (comme le disait Castoriadis) par la reconnaissance du désir humain comme désir de désir, mais surtout par la prise de conscience du mécanisme du refoulement, de la méconnaissance constitutive de la volonté comme de la représentation et que le changement d’objet du désir rend si tangible, comme on change de camp. On ne peut revenir sur cette part d’ombre, le soupçon porté sur l’énoncé par son énonciation. La transparence de la conscience est bien perdue à jamais.

Hélas, ce que découvre aussitôt la psychanalyse c’est, d’une part que ce savoir extérieur ne suffit absolument pas à lever le refoulement qui nous maintient dans la fascination de l’objet du manque, il est sans effectivité aucune, mais surtout qu’une fois le refoulement levé, le couvercle se referme plus lourdement encore. C’est une forme d’entropie, une baisse tendancielle du sens des mots, de leur pouvoir de dévoilement. Les défenses se font plus imprenables et le sentiment d’objectivité plus impérieux encore. La lucidité se raréfie donc à mesure même de l’extension d’un savoir incontestable, jusqu’à l’hallucination d’une réalité virtuelle, et donc manipulable, car plus on s’approche de la vérité, plus elle peut être utilisée pour nous tromper. Il faut partir de là, reconnaître cette malédiction pour avoir une chance de la surmonter, échapper à sa simple répétition et ne pas toujours s’enfoncer dans les sables.

  • La répétition infinie

Ce n’est pas, en effet, un simple phénomène individuel. Les sociétés de psychanalystes ne l’illustrent que trop, qui sont un désastre qu’on a peine à imaginer. Les réseaux clientélistes y prospèrent, entretenant un transfert bêtifiant. Ceux qui devraient être les plus éclairés des hommes dégénèrent en sectes rivales d’un dogmatisme ésotérique à pleurer, sans aucune avancée théorique évidemment. La mort de Lacan a été pour moi la première expérience dé-sespérante de la transformation soudaine d’une académie de beaux esprits en petits maîtres dogmatiques, se croyant « responsables de l’inconscient » mais laissés à leur narcissisme en l’absence de la production théorique de Lacan. On imagine difficilement comment une pensée subtile et mouvante, ayant débusqué les pièges du transfert comme « su-jet supposé savoir », est devenue un nouveau dogme rigide soutenant des entreprises transférentielles !

L’exemple du marxisme devenu domination totalitaire montre bien qu’il ne s’agit pas de cas isolés. Il n’y a rien là de contingent. Que dire de la démocratie médiatique de Berlusconi, de l’oligarchie héréditaire qui dirige l’Empire américain ? Ce sont les apparences démocratiques comme technique de gouvernement (selon le cynisme de la « Théorie de l’engagement » où la « liberté » sert à nous compromettre). Le préalable est donc bien de reconnaître, comme nous y presse Foucault, l’étendue de l’échec de toutes les théories politiques, libérales et démocratiques au-tant que le marxisme-léninisme ou le fascisme, en tirer les leçons sur nos illusions et sur la politique réelle.

« L’échec des grandes théories politiques aujourd’hui doit déboucher sur une enquête concernant ce qui a été notre façon de penser politique au cours de ce siècle. » Foucault, Dits et écrits, p827

Je ne peux m’empêcher de rapprocher, ce qui est pour moi un effondrement des écologistes au contact du pou-voir, de ces phénomènes de renversement d’une libération en domination, d’une vérité en mensonge. J’y retrouve à peu près les mêmes dérives, les mêmes impasses que chez les psychanalystes. Il faut sortir ici de l’accusation des personnes et prendre acte plutôt de la décomposition du champ politique, entre autres, de ses fondations datant de la résistance contre le nazisme alors que l’Etat-Nation n’a plus de pouvoir visible entre l’Europe et les marchés. Surtout, il faut prendre la mesure de la dialectique historique qui se déploie depuis la révolution industrielle, de ses inversions idéologiques successives se construisant sur le refoulement des idéologies précédentes sans empêcher des consé-quences de plus en plus tragiques.

A l’époque post-moderne, on ne peut plus se contenter de critiquer le libéralisme comme si c’était un nouveau venu dans l’histoire. Pour Polanyi, l’échec du libéralisme date de 1929 si ce n’est de 1914, et il était total. Difficile de ne pas lui donner raison. Loin de nous avoir délivré de la guerre et de la misère par le « doux commerce », le mythe du marché auto-régulateur s’est effondré avec la grande crise imposant partout un retour terrifiant de l’Etat. Le plus grand échec du libéralisme ce n’est pas tant la réfutation de ses dogmes, c’est le retour du refoulé fasciste. On ne peut comprendre le fascisme et le communisme sinon comme réponse folle à l’échec social du libéralisme. A cet échec du libéralisme devait succéder pourtant l’échec du fascisme puis l’échec du communisme, et il est manifeste que nos politiques sont encore structurées par le rejet du fascisme et du génocide (crime contre l’humanité, censure du ra-cisme et de l’anti-sémitisme, du négationnisme, etc.). Plus récemment, l’anti-communisme a étendu le consensus démocratique à l’anti-totalitarisme mais c’est encore l’anti-hitlérisme qui est structurant dans le monde occidental (dans le Droit, la politique, l’imaginaire).

Le néo-libéralisme qui brandit constamment la menace du totalitarisme ne revient pas au point de départ, à la théologie libérale des Lumières, appuyée sur le mythe Révolutionnaire de la volonté générale et du choix rationnel, mais tout au contraire sur l’impossible à savoir, l’impuissance de la volonté politique assimilée à la contrainte totali-taire. C’est-à-dire encore une fois comme inversion excessive de la période précédente et dans une grande confusion puisque l’Etat-Providence keynésien sera curieusement assimilé au communisme par la simple raison que le néo-libéralisme économique est d’abord un anti-keynésianisme résultant de l’échec des politiques de relance pendant la « stagflation ». En tout cas il ne s’agit absolument pas d’un « retour à la source ». On peut opposer sur la plupart des points, sauf le laisser-faire, un libéralisme de l’équilibre des marchés en concurrence parfaite, avec un néo-libéralisme systémique évolutif en environnement incertain et dissymétrie de l’information. Il n’empêche que la même objection s’applique au néo-libéralisme dans le refoulement irresponsable du pouvoir avec sa culpabilisation des pauvres, véritables boucs émissaires, et la glorification des vainqueurs. On doit s’attendre à une inévitable réac-tion populiste dont la violence devrait être proportionnelle à la violence refoulée des politiques de dérégulation. L’économie n’est pas la seule variable, on ne peut négliger le coût social de l’économie boursière. Faire preuve d’un tel aveuglement historique est la contrepartie de la censure du pouvoir, du Meneur, de la responsabilité sociale, censure exercée par le discours individualiste dominant, devenu exigence d’autonomie impossible à tenir et renfor-çant, malgré les apparences, la pression sociale, son intériorisation et son refoulement.

  • L’impasse libertaire

La pensée 68 libérale-libertaire partage avec le libéralisme cette construction sur le rejet du totalitarisme (et de la religion souvent), constituant tout autant sa limite, incapable de se démarquer du « libéralisme des échanges » sinon imaginairement, refoulant toute idée de sacrifice. L’absence apparente de contrainte sociale et de lien symbolique nous livre pourtant réellement à la dépendance affective ou économique, et le risque est le même ici du retour maléfique d’un pouvoir diabolisé, refoulé dont on refuse de reconnaître la nécessité et notre participation à la soumission générale. Les expériences ont été assez nombreuses pour qu’on sache que les seules communautés qui durent sont celles qui ont produit un leader ou un gourou quelconque. Les relations humaines sont la plupart du temps très difficiles et engendrent des conflits perpétuels. Les femmes connaissent l’ambiguïté de la « libération sexuelle » qui ne peut être le droit de jouir du corps de l’autre réclamé par Sade. Rien de pire qu’un désir qui fait Loi, la loi du plus fort. Les tentatives terroristes de l’autonomie font partie des impasses explorées par ce désir de liberté trop sauvage. A ce rythme, on ne ferait que comptabiliser les échecs successifs dessinant une histoire certes en progrès, mais dans un entêtement constant à ignorer la réalité qui la dément. Il faut sortir de ce tête à tête entre un pouvoir oppressif et une liberté dévastatrice.

On peut penser que l’écologie, ne se définissant pas contre le libéralisme mais construisant une nouvelle objecti-vité partagée par tous, au-delà du travail et de l’échange, fournit cette alternative d’une autonomie qui connaît ses limites et d’un pouvoir producteur d’autonomie. Nous pouvons échapper ainsi aux oppositions rigides de la liberté et de la Loi comme de l’idéalisme actif et du matérialisme subi. Nous n’échapperons pas à une indispensable révolution des institutions, même si on peut craindre le pire, car les institutions actuelles ont fait leur temps, de plus en plus en décalage avec les transformations sociales et les équilibres entre générations. La démocratie médiatique doit se transformer en démocratie cognitive. Le libéralisme est déconsidéré et n’aura pas le dernier mot, il ne faudrait pas que nous y perdions notre liberté. Cela devrait être plutôt l’occasion de développer notre autonomie concrète, mais pour cela il faut reconnaître les limites et la nécessité du pouvoir comme de la liberté. Ni libéralisme, ni étatisme mais une écologie du développement local et humain.

Il faut sortir aussi des naïvetés, des extrémismes des mouvements de libération des années 70, du sexo-gauchisme pulsionnel où les délires machiniques de Guattari avaient certes le rôle de détourner le désir du pouvoir, de la tentation terroriste, dans un devenir minoritaire opposé au fascisme ordinaire, mais sans pouvoir déboucher sur une véritable politique. De même Castoriadis en voulant sauver l’idée de révolution et de sujet instituant n’admet aucune limite imposée, ni aucun engagement pour l’avenir d’une auto-nomie qui ne peut être totale pourtant et déli-vrée de toute dette envers les générations passées ou futures. La pensée héritée doit être corrigée mais non pas igno-rée au risque de la reproduire. La volonté d’être cause de soi est vaine alors qu’il faut pouvoir choisir sa vie, ce qui est bien autre chose. Notre tâche est de revenir sur ces excès, mener à bien la critique du libéralisme comme des illu-sions libertaires, pour les réaliser, défendre nos libertés concrètes et protéger notre écologie. Pour cela, il faut aban-donner les grands principes, affronter les faits, la contradiction des libertés, et prendre en compte le poids du pouvoir comme de la demande d’amour des foules, afin de s’en protéger plutôt que croire y échapper. On ne choisit pas notre réalité ou les enseignements de notre histoire passée. Il n’y a pas de liberté sans limites de même qu’il n’y a pas de groupe sans exclusion (des racistes, des violents par exemple). Il faut donc, comme Michel Foucault à la fin de sa vie, admettre qu’on se trompait : On se trompait quand on croyait que toute morale était dans les interdits et que la levée de ceux-ci résolvait à elle seule la question de l’éthique« 674. On se trompait aussi dit-il quand on croyait que le capitalisme avait besoin de la répression de la sexualité (mais n’est-ce pas parce qu’on a changé de mode de pro-duction, de la force de travail à la résolution de problème). La question de notre responsabilité se pose avec d’autant plus d’acuité. »Comment peut-on pratiquer la liberté ?"711.

  • L’impuissance libérale

En l’absence de cette critique historique, nous ne pouvons espérer une victoire de la subversion ni une progres-sion de la liberté, notre refoulement nourrissant la mauvaise foi des possédants et condamnant nos expérimentations à l’échec. Ce n’est pas tant par sa « récupération » que le mouvement libertaire est complice du capitalisme en réseau, mais par l’incapacité de se critiquer lui-même et reconnaître ses illusions perdues. Après ce volontarisme débridé, les idéologues des années 80 (Reagan, Tatcher, Hayek, Bell, Giddens, Gauchet, etc.) ont voulu nous persuader que dans une démocratie de marché plus rien n’est possible (TINA, There Is No Alternative) puisque tout changement empié-terait sur nos libertés fondamentales, nos affaires privées, nos libres contrats devenus le premier des droits de l’homme ! Le « tout est possible » théorique dans une société libérale se traduit ainsi concrètement par le constat que « rien n’est possible ». Qui s’opposerait en effet à une loi démocratique ? De quel droit ? Mais c’est la politique qui disparaît avec la démocratie, les abstentionnistes se multiplient, l’anomie se répand. Et nous voilà revenus comme aux temps anciens, privés du droit effectif de contester ce qui relèverait d’une Volonté Générale ou d’une main invi-sible, on ne sait plus très bien, mais d’une puissance hors d’atteinte qui ne pourrait plus être contestée. Le jeu de ping pong, ou de massacre, continue donc, avec la menace du retour des totalitarismes. Ce n’est pas la prétendue troi-sième voie qui pourra nous en sortir.

Il faut reconnaître effectivement que le fonctionnement normal de la démocratie implique une certaine collaboration, un dialogue républicain incitant au consensus et une dépolitisation de la gestion ordinaire qu’il ne faut pas confondre avec l’impuissance. La période post-révolutionnaire ne peut être une épuisante révolution sans fin mais suppose qu’après en avoir changé les règles, on joue le jeu de la démocratie renouvelée, au moins pour un temps, sans prétendre que la société pourrait ne plus être divisée. L’erreur de la troisième voie sociale-libérale est l’envers d’une révolution permanente épuisante, comme si on était condamné à faire tout le temps de la politique ou bien jamais, comme si la réalité était unilatérale et toujours la même. Il semble pourtant beaucoup plus raisonnable de constater qu’il y a alternance de mouvements sociaux et de repli sur la vie privée. D’après Hirschman on tomberait ainsi d’une déception dans l’autre ! Si la troisième voie, soi-disant unique et inéluctable, c’était d’admettre à la fois un marché régulé et un Etat limité, il n’y a pas de parti qui ne s’en réclamerait ! L’important c’est le comment. On ne peut dire que la droite brille par son intelligence, incapable d’admettre les réalités les plus voyantes, mais il y a comme un échange de refoulements avec ceux de la gauche. Ce combat d’aveugles contre des trois-quart borgnes n’a rien d’encourageant. Il n’y a pourtant ni agitation constante, ni passivité perpétuelle. En tout cas, il est absolument nécessaire qu’un mouvement planétaire construise les nouvelles institutions dont nous avons un besoin urgent, cela ne veut pas dire qu’on devra passer son temps à faire de la politique en laissant tomber tout le reste, ni qu’on pourra changer immédiatement de système de production ou ignorer toute contrainte économique ! Les révolutions sont inévitables mais courtes et limitées, même si leur influence se développe sur le long terme, par leurs bons comme leurs mauvais côtés.

  • La société comme fiction

A quelles conditions y-a-t’il société ? Pour l’espèce humaine s’entend. Aujourd’hui il faut le préciser, puisque la culture post-hitlérienne ne se borne pas à prêcher l’expérimentation généralisée mais sème le confusion en prônant un biologisme qui ne distingue plus la parole de la réponse aux signaux du conditionnement. 172

Ce qu’il s’agit de fonder, c’est à la fois l’autonomie de principe de l’entité sociale et le déploiement légitime des normes. 196

Pour avoir une chance de sortir de la stratégie de l’échec, pas d’autre moyen que de mettre l’accent, comme, Pierre Legendre nous y invite, sur la dimension dogmatique des sociétés, les nécessités de la théâtralisation des représenta-tions sociales, leur dimension esthétique, ce qui veut dire aussi « pathologique » au sens kantien, et leur caractère fan-tastique, mythique, sauvage enfin, qui reste enraciné dans les emblèmes du pouvoir, leur caractère de Totem. Il ne faut pas négliger non plus l’amour du Maître, dont Christian Geffray a montré l’insistance. L’Anthropologie nous ramène, bien loin de l’Humanitas idéalisée, aux sacrifices archaïques, aux limites rituelles, dogmatiques et narcissi-ques. Ce ne sont pas les seules, on le sait. Les contraintes matérielles et les implications de la technique sont in-contournables, mais la socialisation a ses contraintes propres et la communication ses règles qui ne sont pas celles du règne animal. L’Anthropologie manifeste ce qui nous distingue du règne animal et biologique comme êtres parlants pour qui la société est d’abord logos et représentation, Texte, savoir assembler, tissu social où les discours et les pou-voirs s’enchevêtrent, entretenant la circulation de la dette.

Plutôt que de refouler le besoin de société et de représentation, nous devons en tenir compte, ou d’autres s’en chargeront. La société ne se résume pas à la somme des individus, pas plus que notre image n’est une somme d’orga-nes. Elle ne tient pas d’elle-même comme auto-organisation biologique car notre caractère d’être parlant implique le passage par sa représentation, sa nomination, sa réflexion qui permet de faire tenir ensemble (Etat) par une sym-bolisation. La monnaie en témoigne avec la « mise en scène du garant rassemblé sous un nom » ainsi que par l’impor-tance de son image, de la confiance qu’elle inspire. « Non seulement la société doit tenir debout, mais elle doit avoir l’air de tenir debout ». Il faut reconnaître aussi le désir d’amour dans la politique, le besoin de reconnaissance pour le relier au désir d’autonomie et empêcher, peut-être, que le besoin de société empiète trop sur notre liberté, ou que notre liberté nous prive de socialisation.

Il ne s’agit pas seulement de savoir à quelle condition une société peut exister, ni même quelles sont les condi-tions d’une bonne société mais plutôt de rendre compte de ce qui rend ce savoir problématique, d’une impossible construction théorique de la société, de ce qui nous reste inaccessible, refoulé, la dimension dogmatique du social et de la science, occupant la même fonction d’objectivité sociale que la religion transformant l’activité de travail et de production en religion industrielle, Empire de la vérité effective. Cette limitation de notre conscience de sujet du langage trouverait écho, bien qu’elle s’en distingue, dans ce que Boris Cyrulnik appelle notre capacité biologique d’ensorcellement, de fascination, de capture par un objet, une proie, un désir. La sociologie n’est pas en reste, avec Elias notamment, pour montrer les caractère de méconnaissance de nos représentations puisque le sentiment d’au-tonomie s’accroît à mesure que les contraintes se multiplient et s’intériorisent.

Avec la moindre rigidité des conventions qui brident les spontanéités, le contrôle intériorisé des pulsions et des émotions devient encore plus nécessaire et plus exigeant. 27 La société et ses lois ne sont rien en dehors des individus ; la société n’est pas simplement un « objet » « face » aux individus isolés ; elle est ce que chaque individu désigne lorsqu’il dit « nous ». 105 C’est seulement à partir du moment où l’individu cesse de penser ainsi pour lui tout seul, où il cesse de considérer le monde comme quelqu’un qui « de l’intérieur » d’une maison regarderait la rue, « à l’extérieur », à partir du moment où, au lieu de cela - par une révolution copernicienne de sa pensée et de sa sensibilité -, il arrive aussi à se situer lui-même et sa propre maison dans le réseau des rues, et dans la structure mouvante du tissu humain, que s’estompe lentement en lui le sentiment d’être « intérieurement » quelque chose pour soi tandis que les autres ne seraient qu’un « paysage », un « environnement », une « société » qui lui feraient face, et qu’un gouffre séparerait de lui. 9

Norbert Elias, La société des individus

  • Le principe de précaution commence par soi-même

Prendre du recul sur soi est donc à la fois nécessaire et presque impossible puisqu’il n’y a personne pour faire ce zoom arrière pour nous, sauf à prendre forme soudain de mouvement social, manifestant le caractère social de nos problèmes. Cette nécessaire distanciation interdit toute réponse définitive mais nous livre aux hésitations d’un im-probable savoir questionner. Pour l’illustrer, pas d’autre moyen que de renforcer le doute et la déception sur nos ca-pacités à surmonter cette myopie constitutive. En reconnaissant toute la valeur du combat de Pierre Legendre pour rendre consciente notre part dogmatique, et s’opposer ainsi à la norme anti-autoritaire, nous pouvons malgré tout sacrifier ici notre guide pris à son propre piège, comme pour témoigner qu’il n’échappe pas à la Loi. Il ne suffit pas, en effet, de reconnaître la nécessité de la Loi, la part de renoncement, de sacrifice à la base de toute société (renoncer à sacrifier une part de liberté c’est la perdre entièrement). Il ne suffit pas d’admettre une limite, il faut savoir laquelle. Voilà de quoi il faut discuter car tout ceci n’empêche absolument pas de délirer, comme le montre l’épisode de l’être suprême, qui perdra Robespierre, ou bien les prophéties apocalyptiques de Legendre sur la confusion des sexes (à cause du pacs !) et sa participation aux ridicules tentatives de réhabilitation de l’autorité paternelle alors qu’on ferait mieux de se préoccuper du désir du Maître refoulé et de son amour des dominés. Il n’y aura pas de retour en arrière, tenir le pas gagné disait Rimbaud. Celui qui nous avertit de nos limites mentales ne peut nous servir de modèle, témoignant encore une fois de l’ignorance au coeur de tout savoir. Il nous laisse seul face à la question, à chaque fois renouvelée, d’une Loi qui puisse nous rendre notre liberté. Pas de lumière donc, seulement manifester la profondeur de l’obscurité entre deux éblouissements.

Il n’y a aucune autre issue qu’une prise de conscience de ce qui retourne la liberté en oppression : le fanatisme de l’évidence, le refoulement de l’autre, la bonne conscience de notre bonne volonté, l’autorité des normes anti-autoritaire, la théâtrocratie des mouvements de foule, le mécanisme du bouc émissaire. Le principe de précaution doit s’appliquer aussi au domaine politique. Il nous faut apprendre à nous défier de nous mêmes, à nous en dépren-dre, sortir de nos évidences, reconnaître la folie comme limite de notre liberté, savoir que la révolte des dominés construit une nouvelle domination, que les apparences démocratiques peuvent être mises au service d’un système d’oppression. Si on peut admettre qu’une transformation de soi est nécessaire, c’est donc surtout cette impossible lucidité sur soi qui reconnaît notre « inhabileté fatale » (Rimbaud) et nous voue à un apprentissage interminable, à des rectifications constantes, à un dialogue de plus en plus difficile cependant car le progrès n’est pas le libre déploie-ment de l’essence d’une nature naturante (Spinoza) mais bien plutôt une lutte contre soi-même et contre le temps qui décompose les formes. Il ne s’agit pourtant en aucune manière de se livrer à l’inaction, ni de décourager l’action poli-tique, bien au contraire.

On ne prouve son existence et sa liberté qu’à s’opposer à ce qui nous détermine et donner consistance à ce que nous sommes au-delà de la mort qui nous ronge, et au risque de la folie souvent. L’intervention de la liberté se pro-duit toujours en environnement incertain, dans la précipitation, un flou perturbant, un manque d’information intro-duisant une indécision où la réflexion et l’examen nous suggèrent des possibilités ouvertes, des issues probables, des pistes à emprunter. La liberté n’est pas un idéal abstrait, c’est toujours un choix pratique qui s’exerce selon les quatre causes comme indépendance, efficacité, engagement et projet. L’important dans la liberté, ce n’est jamais l’arbitraire mais la finalité, le projet, le désir, l’intentionalité, la revendication, la responsabilité, la résistance, l’intérêt, l’échange. Ce qui a inspiré les quatre causes à Aristote, c’est l’existence des monstres, c’est-à-dire que le résultat pouvait être raté et que, donc, la cause finale ne se confondait pas avec la cause efficiente car elle devait passer par la médiation incertaine de la matière et de la forme. Savoir que notre bonne volonté ne suffit pas pour atteindre son objectif ne doit pas nous dissuader d’agir mais nous enjoint d’en corriger les conséquences. Le traitement de l’erreur est la base de l’informatique et de la communication. La plus haute liberté est celle de se corriger soi-même et dans cette négation de soi, se conserver pourtant.

Il n’y a pas tellement de nouveauté dans l’affirmation du poids de l’opinion et d’un dogmatisme révélé par la confrontation des traditions depuis Hérodote. L’attitude libérale ou libertaire répond à cette dimension dogmatique par le scepticisme, le laisser faire qui, sous prétexte qu’on peut se tromper, qu’on ne peut tout savoir ni imposer un point de vue, prétend qu’on ne sait rien et qu’on est aussi irresponsable qu’un enfant. Avec la conséquence, tirée déjà par les sophistes, de n’agir que pour son intérêt et devenir soudain très réaliste. La philo-sophie oppose à cette ignorance satisfaite l’inquiétude de l’insuffisance du savoir qui doit se préoccuper du bien commun, s’approcher toujours plus de son objet et s’affronter à l’autre dans le dialogue pour ne pas s’enfermer dans le dogmatisme de l’opinion ou l’inaction. Le préalable est bien de croire ne pas être délivré de tout dogmatisme, l’assumer pour s’en détacher. La philosophie atteste qu’on peut devenir responsable de son ignorance et qu’il y a une autre voie que le relativisme post-moderne ou les sophismes d’une idéologie de la liberté et du désir, dont la psychanalyse enregistre les impasses privées. Les enjeux de la philosophie ont été politiques depuis l’origine, surgissant de la démocratie comme sa nécessité cognitive. La nécessité du retour de la philosophie dans le dialogue public est plus nécessaire que jamais, au niveau mondial, pour tempérer l’opposition des fanatismes de la vérité et sauver nos libertés, apprendre à se gouverner soi-même avant de gouverner le monde.

Nous devons revenir de deux erreurs, celle qui prétend que nous ne pourrions rien faire et surtout pas se révolter contre l’ordre du monde, comme si nous n’avions aucune existence, l’autre qui voudrait nous faire croire que tout est possible sans limite et sans dette à l’égard d’une monde qui nous est donné alors que notre vie ne prend sens qu’à s’inscrire dans la continuité d’une histoire où nous avons notre rôle à jouer. Notre liberté, menacée de toutes part, reste effective et limitée, interrogation décidée ou agir mesuré. Les révolutions ne durent pas toujours mais sont né-cessaires pour redonner sens périodiquement à ce qui nous rassemble et qui ne peut se résumer à la concurrence de tous contre tous ou à l’auto-organisation silencieuse, mais constitue une intervention dans le discours au nom de la justice.

Le spectacle de notre démocratie actuelle ne montre que trop l’urgence d’une improbable démocratie cognitive face aux transformations des forces productives dans une économie de la connaissance et du développement hu-main, mais l’enjeu de cette Révolution, qui ne peut vaincre par les armes, sera d’abord de se fixer des limites et d’or-ganiser sa propre contestation en évitant de se prendre trop au théâtre du pouvoir et à la mise en scène de nouveaux boucs émissaires, défi immense qui n’est pas gagné d’avance, on peut même dire que tout est contre nous, mais de-vant lequel nous ne pouvons nous dérober.

[1]. Leçons sur la philosophie de l’histoire Vrin p51, Hegel continue ainsi : "Ainsi l’esprit s’oppose à lui-même en soi ; il est pour lui-même le véritable obstacle hostile qu’il doit vaincre ; l’évolution, calme production dans la nature, constitue pour l’esprit une lutte dure, infinie contre lui-même. Ce que l’esprit veut, c’est atteindre son propre concept ; mais lui-même se le cache et dans cette aliénation de soi-même, il se sent fier et plein de joie. De cette manière, l’évolution n’est pas simple éclosion, sans peine et sans lutte, comme celle de la vie organique, mais le travail dur et forcé sur soi-même ; de plus elle n’est pas seulement le côté formel de l’évolution en général mais la production d’une fin d’un contenu déterminé. Cette fin, nous l’avons définie dès le début ; c’est l’esprit et certes, d’après son essence, le concept de liberté".


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