Dans cette république confisquée par l’oligarchie...

mardi 30 juin 2009
par  LieuxCommuns

Texte extrait du bulletin de G. Fargette « Le crépuscule du XXe siècle », n°18-19-20, mai 2008

DANS CETTE RÉPUBLIQUE CONFISQUÉE PAR L’OLIGARCHIE…

Dans cette république confisquée par l’oligarchie, nous ne votons pas.

Nous refusons de reconnaître le résultat, quel qu’il soit.

Voici un canevas de tract qui devrait être passablement utile pour les décennies à venir.

Si nous étions en démocratie, il faudrait voter. Parce que les actes engageant les paroles, et les deux entretenant un rapport effectif avec la réalité, il deviendrait envisageable de peser par la conviction et l’argumentation sur l’état des choses. Dans une démocratie, élections et mouvements sociaux ne relèvent pas de deux ordres étrangers. Ils peuvent se combiner, interagir, se renforcer , etc., comme l’a montré juin 1936, au crépuscule de la III ème république encore imprégnée de réactions démocratiques. A l’opposé, mai-juin 1968 illustre l’opposition entre élections et mouvements sociaux dans une république oligarchique établie.

Telle est désormais la fonction du rituel électoral : préparer la phase d’apathie qui doit suivre et tout emporter dans une morne indifférence publique. Cette impuissance programmée, soigneusement nourrie, méthodiquement amplifiée, est la signature de la nature adémocratique d’un régime. Chacun sent, chacun sait, que les mesures gouvernementales à venir n’auront de toute façon aucun rapport avec le flot des propagandes qui, à chaque tour de piste démagogique, saturent l’ensemble des médias.

Depuis l’automne 2006, la machine à illusion s’est mise en marche. Son déploiement était certain, ses méthodes connues d’avance, et pourtant, tout fonctionne conformément aux standards de l’industrie du divertissement qui gangrène les sociétés industrielles Rarement élections auront été aussi suffocantes d’inanité et de néant. On a beau tenter d’en fuir la rumeur, utiliser les stratégies élémentaires qui permettent de se prémunir du matraquage publicitaire, échapper aux joutes fabriquées et vaines, la vacuité en est perceptible de si loin que l’on se demande qui peut encore prendre ce rituel au sérieux. Or, il est pris au sérieux, non seulement par ceux dont c’est le métier, c’est-à-dire les menteurs professionnels des médias, mais aussi par ceux qui devraient s’en détourner avec un dégoût appuyé, la chair à urnes, conviée à réduire ses choix à un éventail remarquablement réduit et souvent interchangeable de candidats frelatés. Les ridicules candidatures “de témoignage” ne sont que les faire-valoir des candidats “qui comptent”.

Il n’y a de débat d’aucune sorte ? Les publicitaires les déclarent advenus ! Et tout le monde fait comme si c’était exact. Les bavardages sur les écuries politiques sont aussi interchangeables que les vaticinations ordinaires sur les clubs de football. Les entremetteurs médiatiques se limitent à inventer les figures sur lesquelles le public est convié à projeter des attitudes confuses où la prise de responsabilité personnelle est toujours exclue. Les élections de 2007 ne pourront retenir l’attention que par tout ce qui y aura été manqué, Aujourd’hui, seuls les esprits libres, c’est-à-dire refusant de prendre parti pour quelque candidat que ce soit peuvent porter un regard lucide sur le sens de ce rituel vide. Pourquoi cette indulgence publique pour une mise en scène aussi pauvre ?

Il n’y a qu’une explication : il faut que ce rituel électoral ait l’air d ’ arborer un peu de consistance puisque, de toute façon, la population ne peut ni ne veut prendre en charge son sort. Les publicitaires, les sondeurs, les journalistes, etc., répondent à une attente du public, qui désire avant tout se mentir à lui- même : il n’y aura pas d’issue tant que les populations concernées n’agiront pas elles-mêmes. Mais elles semblent redouter cette prise de responsabilité plus que tout. Tant que les passions politiques et instituantes ne seront pas de retour, la comédie glauque dont profitent mécaniquement toutes les tendances de l’oligarchie se poursuivra.

Paris, le 10 avril 2007


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