Quitter le NPA...

samedi 27 juin 2009
par  LieuxCommuns

Interview de militants qui viennent de quitter le NPA.

1 Quel est ton parcours politique : as-tu déjà milité avant d’adhérer au NPA ? As-tu participé à des mouvements sociaux ? quelles expériences t’ont amené à t’engager politiquement ? Comment en es-tu venue au NPA ?

J’ai commencé à m’engager au 1er semestre de ma 1re année de licence lors du 1er mouvement contre la LRU. Je suis allée à la première AG et à partir de là j’ai commencé à agir. Concrètement c’était mettre en place les actions votées comme les barrages... Je n’ai pas milité auparavant, ni dans un parti politique, ni dans un cadre associatif. Etant donnée qu’on voit souvent les mêmes têtes dans les mobilisations, on parle avec tout le monde et on remarque la diversité qui existe dans un mouvement. J’ai commencé à me renseigner sur le marxisme et la ligue, surtout par internet, après avoir discuté avec des militants dans le mouvement. Sur le portail de la LCR plusieurs choses m’ont attirée : l’engagement dans les luttes féministes, l’écologie et de façon plus large les concepts de justice sociale... Suite à cela, je suis allée voir E. et Y. et on a pris un rdv pour parler du parti, de la LCR à la base... je ne savais pas grand chose du NPA à ce moment même si le processus était enclenché, les militants m’en ont parlé plus tard. A partir de là, j’ai commencé à participer aux réunions rue Daumesnil, surtout concernant le mouvement étudiant donc mes premiers contacts avec les JCR. J’ai fait un passage à la Brèche (Librairie révolutionnaire au QG de la ligue j’ai acheté le manifeste de la ligue et le programme de transition de Trotsky. J’ai demandé des références aux autres militant-e-s et j’ai commencé à lire la théorie, une de mes sources principales fut le site du Socialist workers Party en Grande Bretagne.

2 Que signifie concrètement militer au quotidien dans un comité du NPA ? Comment décidez-vous de ce qu’il y a à faire ? En quoi cela consiste ? (tracts, réunions, publiques, actions,... ?)

Militer au quotidien c’est surtout des réunions hebdomadaires en petite comité, l’organisation de réunions publiques sur des thèmes comme la guerre et des coordinations régionales ou nationales certains week-ends. Il y a bien sûr des réunions pour écrire des tracts et une répartitions des tâches. Les décisions sont souvent pris au consensus après que tout le monde ait fait part de leur opinion. Cependant, c’est souvent les mêmes qui parlent c’est-à-dire les militant-e-s confirmé-e-s.

3 Quels problèmes rencontres-tu dans l’organisation ? La LCR était une organisation à l’idéologie bien établie Comment s’est passé ta rencontre avec les anciens de la JCR/LCR et plus généralement comment se passe la rencontre entre « militants pro » et les néophytes ? Sens tu la différence entre ces deux cultures ou pas du tout ? En discutez vous dans le collectif ? Sinon à quoi cela est-il dû à ton avis et comment le vis tu personnellement ?

La rencontre avec les JCR a été très problématique. Ils ont des positions encore plus arrêtés quel a ligue même notamment sur la question de l’autonomie de la jeunesse. Cela veut dire que lors de la plupart des réunions et coordinations le débat tourne presque uniquement autour de cette question... peu importe ce dont on parle, on y arrive au bout d’un moment. Dans ces débats il existe un réel écart entre militants formés et néophytes. Au bout de la 3e fois j’ai abandonné l’idée de pouvoir faire valoir mon opinion : ils sont plus nombreux, ils sont organisés, ils ont l’habitude d’écraser assez facilement l’opposition. Cela m’a énormément découragée car j’avais déjà beaucoup de mal à prendre la parole lors de ces réunions, je ne le faisais d’ailleurs que rarement après quelques tentatives et cela peu importe le sujet du débat. Ce qui rend les choses encore plus difficiles c’est le peu d’interaction qui existe entre la LCR et les JCR. Je m’entendais souvent mieux au niveau politique avec les gens de la ligue que les JCR mais les débats organisés étaient presque inexistants, il y a une ségrégation presque totale. Les militants jeunes du même avis que moi mais plus confirmés disaient souvent qu’avec la création du NPA les JCR auraient moins de poids dans les débats car proportionnellement ils seraient de moins en moins nombreux au fur et à mesure qu’il y aurait plus de nouveaux. Pendant que j’y ai milité c’était pas le cas, peut-être que cela a changé maintenant.

Il est clair qu’il y a un très grand écart entre les militants confirmés et les nouveaux. On sent beaucoup cet écart lorsqu’on arrive. J’ai essayé de le combler en lisant et en participant aux formations politiques, ces dernières sont cependant organisées par les JCR donc n’ont pas grand intérêt. Mais même en lisant, c’est très difficile d’être au fait sur tous les sujets abordés par le parti, ce qui fait que la plupart du temps tu te sens submergé. Tu fais alors confiance aux gens avec qui tu milites qui eux ont toujours une réponse à tes questions. Leurs réponses sont toujours très rigides et uniformes. Le discours militants est le même pour tous même la manière de s’exprimer. Si tu n’as pas cette même grammaire militante ça ne passe pas ou moins bien en tout cas. On peut rarement se remettre en question car les militants ont réponse à tout pour te garder sur la bonne voie, la leur. Un exemple : on préparait une réunion publique sur le mouvement anti-guerre. Je ne voulais pas faire un topo d’introduction au débat car je ne me sentais pas à l’aise avec ce sujet, je ne savais rien en réalité. Les militants confirmés poussent beaucoup les nouveaux militants à être visibles et à prendre la parole, j’avais personnellement l’impression que c’était moins pour notre propre formation que pour montrer que c’était pas toujours les mêmes qui faisaient les topo (une activité politique. Ce qui me fait penser ça, c’est que j’ai fais part des mes doutes aux militants, ils m’ont rassurée et m’ont subtilement dis de répéter tout ce qu’ils allaient me dire lors de la réunion préparatoire. Le fait que j’ai aucune réflexion critique sur ce que j’allais dire ne leur posait aucun problème car je fais partie du parti ce qui fait qu’apparemment on a tous les mêmes opinions ! C’est une question d’image du parti et moins de mes compétences a parler sur ce sujet. Les militants confirmés ne font pas grand chose pour combler l’écart car, il me semble, que notre ingénuité leur est plus favorable surtout lorsqu’ils sont incertains de notre fiabilité.

4 Discutez-vous des bases du nouveau parti ? Ce processus a-t-il été décisif dans ton engagement au NPA ? Y participes tu personnellement ? Sens tu que tu as prise sur ce qui se décide et sinon pour quelles raisons ? Certains comités NPA ont fait part de conflits avec la direction LCR qui était en place : cela coïncide-t-il avec ton expérience ?

Nous avons fait une réunion pour parler des textes fondateurs du NPA, les changements que nous voulions apporter étaient minimes. J’étais là mais pour être sincère je n’avais pas l’impression d’y contribuer beaucoup pour toutes les raisons précitées. Un nouveau militant n’a presque aucune idée de ce qu’il est en train de faire surtout lorsqu’il s’agit de textes fondateurs du NPA. Je ne me sentais pas compétente pour discuter de ces choses là au même niveau que les autres. Ce sentiment d’incompétence est omniprésent et conforté par le fait que les militants confirmés donne l’impression de tous savoir donc on fait confiance et j’ai laissé faire. Il y a en effet de gros conflits internes. Je peux plus parler de ceux avec les JCR qu’avec la LCR du fait de la séparation des jeunes. Lors de la coordination nationale pour préparer la fondation du parti et la dissolution de la LCR j’ai été mandaté. j’aurai pu participer à plusieurs commissions notamment celui sur les femmes mais j’ai décidé de participer à celui sur la jeunesse car je savais que les JCR y seraient en force pour défendre l’autonomie de la jeunesse. Les topo des débats étaient toujours fait avec des JCR j’en ai préparé un avec un JCR et je n’avais pas grand chose à dire. On les a préparés une heure avant les débats et je n’avais pas l’habitude contrairement au JCR avec qui je devais travailler. J’ai également pris la parole pour faire une intervention contre l’autonomie de la jeunesse, comme d’habitude je me suis fais démolir par les JCR.

5 Avec Orianne nous avons évoqué les raisons de son départ. Vous en avez discuté, que penses tu de ce départ ? Ressens tu ce qu’elle évoque (rigidité dans les discussions avec les anciens JCR, sensation d’accepter du travail à contre cœur, un certain décalage entre réalité et discours militant ? A l’inverse que trouves tu de positif et qui fait que tu restes ?

J’ai quitté le parti avant O. Les raisons principales pour mon départ sont d’une part, l’instrumentalisation systématique des militants. J’avais l’impression plus d’une fois d’être là non pour mes opinions politiques mais juste pour grossir les rangs. L’organisation me semble être fondamentalement instrumentale. L’autre raison est l’absence de remise en question des pratiques militantes et des discours que nous tenons. Les militants me contrediront certainement sur ce point... il est vrai que nous débattons beaucoup sur tout mais c’est souvent une arène pour recracher des idéologies politiques toute faite et cela ne m’intéresse pas. Le fait aussi d’uniformiser nos comportements (de façon involontaire peut-être) me paraît être un instrument de contrôle efficace, les doctrines politiques simples aussi car les nouveaux militants s’y accrochent et s’y fient... la plupart étant un peu dépassé par tout ce qui se passe au début. Il n y a en réalité aucune réelle réflexion politique... c’est doctrinaire, rigide et dangereux je pense. J’avais souvent l’impression que la fin justifie les moyens et que les militants confirmés voient peu les êtres humains et plus une armée de soldats à même de mener LA révolution, la leur... Je n’apprécie pas non plus le fait qu’ils s’intègrent dans chaque cadre de lutte afin d’imposer leur idéologie et de recruter de nouveaux révolutionnaire. J’ai eu cette expérience avec la création du Collectif Palestine sur Paris VIII. Ils ont cherché à s’imposer mais voyant que nous ne cédions pas, ils ont complètement abandonné. J’ai souvent l’impression que leur implication est toujours très intéressée et lorsqu’ils voient qu’ils n’ont aucun pouvoir, ils n’y participent pas préférant leurs propres modalités.

J’en garde une expérience assez mauvaise sur le plan humain mais politiquement j’ai beaucoup appris. Je sais un peu plus ce que je pense et ce que j’envisage comme modalités d’action politiques.


Commentaires

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Quitter le NPA...
jeudi 22 mars 2012 à 22h50 - par  bob

Bof.

Je ne milite dans un aucun parti, je ne prêche donc pour aucune chappelle.

La vérité est que tous les groupes, même les plus petits groupes associatifs, et ce, jusqu’aux comités de logement, traitent les militants comme les éléments d’une armée à manoeuvrer.

Cette tendance est remarquable même chez les représentants de groupes de locataires.

Tout cela n’a rien, mais rien à voir avec un quelconque stalinisme : vous délirez.

Cela existe dans tous les regroupements, même dans les associations d’étudiants d’HEC connus pour leur soutien massif pour le système.

Dirigeants et carriéristes voient leurs positions au sein de leur organisation comme une chasse gardée. Ils se voient comme des experts et les militants et les entrants" sont du personnel à gérer et à encadrer.

C’est ainsi depuis que le milieu associatif reçoit des subventions. Avant, nous avons les méga-bureaucraties partisanes ou syndicales, maintenant, nous avons les micro-bureaucraties. Et plus le chômage a augmenté, plus les gens ont désespéré de ne pas trouver de travail, plus le nombre de gens essayant de « farie carrière » dans l’associatif a augmenté. Au départ, l’attirance est naturelle, par la suite il y a une recherche de point lieu d’atterrissage définitif.

Les textes du site sont intéressants. Mais vous lisez tout, absolument tout, à travers le prisme du stalinisme, qui est pourtant totalement mort en Europe et a toujours été inexistant en A. du Nord et dans les pays scandinaves.

C’est incompréhensible.

Vous défendez vos positions exclusivement dans les milieux intellectuels, universitaires et para-universitaires, c’est très bien, mais parfaitement déconnecté (c’est plus confortable que de savoir quoi faire, dans l’immédiat et politiquement, par exemple lorsque des centaines de pauvres et de vieux se font intimider et brutalement sortir de leur appartement par des spéculateurs immobiliers).