Traité constitutionnel Européen : questions de civilisations

vendredi 15 mai 2009
par  LieuxCommuns

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TCE : questions de civilisations

Traité Constitutionnel Européen : Questions de civilisations

1 – La Constitution Européenne est la simple poursuite des politiques européennes. Depuis 50 ans, l’Europe bureaucratique est construite par des lobbys et des cartels autour d’une course au profit, sur la décomposition du mouvement ouvrier. Ce traité ne fait que formaliser la suprématie des puissances financières dont les individus se protègent par les quelques droits fondamentaux hérités des siècles précédents. Il ne vise finalement que la poursuite de l’extension planétaire de nos modes de vies américanisés, aujourd’hui largement dominés par l’apathie politique face à des oligarchies de plus en plus liberticides, le bricolage irresponsable face aux massacres écologiques et le nihilisme quotidien face aux déferlantes techno-scientifiques.

2 - La voie suivie par nos sociétés est fondamentalement auto-destructrice. Notre système est basé sur le fantasme d’accumulation et de maîtrise illimitées qui élimine peu à peu tout ce qui l’entrave : le déracinement profond des individus les prive de toute culture vivante, de tout repère stable, de toute sociabilité réelle. L’angoisse et la peur du manque sont les principaux moteurs de l’hystérie consumériste qui anesthésie et déstructure nos sociétés devenues toxicomanes et anonymes. La laideur des villes, la violence des rues, l’anomie familiale, la misère sexuelle, la précarité systématique, l’amnésie maladive, le cynisme mondain, la stérilité intellectuelle et le conformisme généralisé sont partiellement occultés par une propagande publicitaire massive et ininterrompue. Il ne s’agit nullement de crises, puisqu’il n’y a -encore- aucun rapport de force consistant : c’est un délabrement civilisationnel sans précédent dans l’Histoire puisqu’il tend à rendre impossible un quelconque héritage et les conditions même de la vie sur Terre. Ce suicide tranquille n’est en rien une acceptation du tragique de l’existence, c’est au contraire l’obsession grotesque d’une toute-puissance illusoire à portée de tous.

3 - Tous les pays du monde s’alignent sur notre « mode de développement ». Hallucinée par la rationalité instrumentale et les réalisations technologiques occidentales, l’écrasante majorité des populations mondiales se laisse pénétrer par ce modèle de société. Comme ici, disparaissent là-bas des cultures millénaires sans qu’aucunes valeurs civilisationnelles ne viennent remplacer le noyau de sens hétéronome qui faisaient tenir ces sociétés ensemble. Cette uniformisation du monde s’accomode de variantes locales qui sont autant de pseudo- folklores insipides tandis que le type d’humain produit devient partout le même, fuyant ses responsabilités par d’éphémères jouissances formatées. Sans garde-fous traditionnels ou politiques, ces pays vivent une accélération dévastatrice unique dans l’Histoire. Depuis un siècle, ils participent à la concurrence internationale sauvage ou sombrent dans les barbaries des intégrismes identitaires, l’un comme l’autre sacrifiant les richesses géo-écologiques à la surenchère technologique. Les alternatives sérieuses sont encore éparses et superficielles.

4 - L’Europe doit renouer avec sa propre tradition d’émancipation individuelle et collective. L’occident, et avant tout le continent européen, est évidemment l’inventeur du capitalisme, et des monstruosités qui l’accompagnent sous toute ses formes. Mais il est également le siège de la réinvention, plus d’un millénaire après la civilisation grecque, d’un projet d’autonomie, recherche permanente et lucide du partage des pouvoirs : c’est la question de la loi bonne que pose la démocratie et de la pensée juste que pose la philosophie. Cet élan est celui de la Renaissance, des Lumières, des révolutions successives du 18e siècle, puis du mouvement ouvrier, qui l’a porté à un point inégalé. Largement moribond depuis plusieurs décennies, ce projet d’examen, de critique, de contestation et d’auto-institution explicite de la société par elle-même est le seul recours que nous ayons, de fait, pour bâtir un semblant de civilisation mondiale. Il est ce que nous, européens, avons de plus précieux à vivre et à transmettre aux sociétés qui n’ont pas cet héritage, ce qui n’est possible qu’en renouant, ici, avec ce qui nous a construit et nous permet de concevoir la liberté et de parler d’égalité.

5 - Les populations seules peuvent impulser un changement radical que le « non » peut accompagner. L’enjeu du scrutin du 29 mai n’est rien d’autre que de poursuivre, devant le monde entier, le réveil laborieux des populations européennes depuis le début des années 90. Les luttes qui se développent aujourd’hui en France ont leurs équivalents au niveau international : le « mouvement altermondialiste » est encore timide, disparate et indéfini, mais il incarne en puissance la nécessité impérieuse d’infléchir durablement la course aveugle d’un monde unidimensionnel. Un « non » au Traité Constitutionnel Européen ne résoudra strictement rien, il peut marquer une étape capitale dans la lente maturation de ce fémissement que nous vivons. Il prendra le sens que les peuples du monde, et avant tout celui que les européens, lui donneront : ce peut être celui d’une réappropriation progressive des choix les plus fondamentaux de nos existences collectives, la création historique d’une culture authentiquement humaine et lucide, autant que possible.


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