<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Lieux Communs</title>
	<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/</link>
	<description>D&#233;mocratie directe &#8212; Red&#233;finition collective des besoins &#8212; &#201;galit&#233; des revenus</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net (Sarka-SPIP)</generator>

	<image>
		<title>Lieux Communs</title>
		<url>https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/siteon0_1_.jpg?1771799309</url>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/</link>
		<height>96</height>
		<width>144</width>
	</image>



 
	<item xml:lang="fr">
		<title>Repenser la psych&#233; et la subjectivit&#233; avec Castoriadis</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?1191-Repenser-la-psyche-et-la-subjectivite-avec-Castoriadis</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?1191-Repenser-la-psyche-et-la-subjectivite-avec-Castoriadis</guid>
		<dc:date>2025-10-15T09:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Gerassimos S.</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Article</dc:subject>
		<dc:subject>Cr&#233;ation sociale-historique</dc:subject>
		<dc:subject>Mortalit&#233; / finitude</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Stephanatos, Gerassimos. &#171; Repenser la psych&#233; et la subjectivit&#233; avec Castoriadis &#187;. Psych&#233;, &#233;dit&#233; par Sophie Klimis et Laurent Van Eynde, Presses universitaires Saint-Louis Bruxelles, 2007, https://doi.org/10.4000/books.pusl.839.p. 115-140 &#171; L'essentiel du travail de Freud a consist&#233;, peut-&#234;tre, dans la d&#233;couverte de l'&#233;l&#233;ment imaginaire de la psych&#233; &#8211; dans le d&#233;voilement des dimensions les plus profondes de ce que j'appelle ici l'imagination radicale. &#187; (L'institution imaginaire de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-demarches-personnelles-psyche-" rel="directory"&gt;D&#233;marches personnelles - Psych&#232;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-66-stephanatos-+" rel="tag"&gt;Gerassimos S.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-6-psychanalyse-+" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-28-creation-+" rel="tag"&gt;Cr&#233;ation sociale-historique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-117-mortalite-finitude-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-+" rel="tag"&gt;Mortalit&#233; / finitude&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Stephanatos, Gerassimos. &#171; Repenser la psych&#233; et la subjectivit&#233; avec Castoriadis &#187;. Psych&#233;, &#233;dit&#233; par Sophie Klimis et Laurent Van Eynde, Presses universitaires Saint-Louis Bruxelles, 2007, &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.4000/books.pusl.839.p&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://doi.org/10.4000/books.pusl.839.p&lt;/a&gt;. 115-140&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'essentiel du travail de Freud a consist&#233;, peut-&#234;tre, dans la d&#233;couverte de l'&#233;l&#233;ment imaginaire de la psych&#233; &#8211; dans le d&#233;voilement des dimensions les plus profondes de ce que j'appelle ici l'imagination radicale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;, p. 381)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Remarques pr&#233;liminaires&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de l'apport freudien &#224; la question de l'imagination &#8211; &lt;i&gt;&#966;&#945;&#957;&#964;&#945;&#963;&#943;&#945;&lt;/i&gt; dans le Trait&#233; de l'&#226;me d'Aristote, &lt;i&gt;Einbildung&lt;/i&gt; chez Kant &#8211; Castoriadis th&#233;matise l'&#233;l&#233;ment imaginaire constituant de la psych&#233; et du monde en d&#233;passant r&#233;solument le cadre de la pens&#233;e h&#233;rit&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Repenser la psych&#233; avec Castoriadis comme imagination radicale, c'est-&#224;-dire essentiellement comme &#233;mergence des repr&#233;sentations ou flux repr&#233;sentatif/affectif/intentionnel, non soumis &#224; la d&#233;terminit&#233;, et comme premi&#232;re rupture de la fonctionnalit&#233; de l'imagination &#233;l&#233;mentaire du simple vivant, implique de lourdes cons&#233;quences logiques, ontologiques, m&#233;tapsychologiques et th&#233;orico-pratiques. Ces cons&#233;quences sont en m&#234;me temps des pr&#233;suppos&#233;s n&#233;cessaires de la r&#233;flexion castoriadienne, qui suit elle-m&#234;me la circularit&#233; du cercle de la cr&#233;ation qu'elle cr&#233;e, en emportant dans son mouvement la d&#233;finition m&#234;me de l'&#234;tre, d'ores et d&#233;j&#224; pr&#233;sent&#233; comme &#224;-&#234;tre constamment d&#233;termin&#233; par l'auto-alt&#233;ration. Imaginaire, imagination et cr&#233;ation, y sont radicalement indissociables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;couverte de l'imaginaire radical par Castoriadis passe, si j'ose dire, par le m&#234;me chemin que sa propre r&#233;flexion pour r&#233;introduire l'&#233;l&#233;ment imaginaire &#224; la source de toute cr&#233;ation, &#224; la racine m&#234;me de notre r&#233;alit&#233; humaine, de la rationalit&#233; et de la pens&#233;e. Il en r&#233;sulte un projet d'&#233;lucidation qui embrasse la totalit&#233; du pensable &#8211; psych&#233;, soci&#233;t&#233;, vivant, &#233;pist&#233;m&#232; &#8211; et une interrogation illimit&#233;e dont la psychanalyse est &#224; la fois &#233;l&#233;ment fondamental et partie prenante, comme cela sera mis en relief tout au long de ce texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cr&#233;ativit&#233; radicale de l'&#234;tre humain singulier, tout autant que la cr&#233;ativit&#233; au niveau social-historique, &#233;chappent au fonctionnalisme, s'opposent &#224; l'immuabilit&#233; de la structure et r&#233;introduisent une temporalit&#233; originaire d'alt&#233;ration et d'alt&#233;rit&#233;. Ces deux cr&#233;ativit&#233;s nous mettent, avec Castoriadis, face &#224; la question de l'auto-institution de la soci&#233;t&#233; et &#224; l'aporie de l'origine de la psych&#233; comme auto-cr&#233;ation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hypoth&#232;se de l'imaginaire social instituant et la th&#233;matisation de l'imagination radicale visent &#224; l'&#233;lucidation de ces questions vertigineuses et posent la psych&#233; et la soci&#233;t&#233; comme irr&#233;ductibles l'une &#224; l'autre, bien qu'ins&#233;parables. Castoriadis formule une conception &#233;largie de la sublimation et th&#233;orise le processus de socialisation de la psych&#233; qui aboutit &#224; l'individu social, en contribuant non seulement &#224; la compr&#233;hension du monde psychique, mais aussi &#224; celle d'une dimension centrale de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le social pour Castoriadis, au contraire de la conception freudienne, ne se r&#233;duit pas au psychique, ne se limite pas au culturel, ni &#224; la &lt;i&gt;Kulturarbeit&lt;/i&gt;. Il ne se r&#233;duit pas non plus &#224; la supr&#233;matie d'un &#171; ordre symbolique &#187; sur le sujet marqu&#233; par les signifiants de l'Autre lacanien. Le monde social-historique est monde de sens, de significations et &#171; de sens effectif, qui ne peut pas &#234;tre pens&#233; comme une 'id&#233;alit&#233; vis&#233;e', qui doit &#234;tre port&#233; par des formes institu&#233;es, et qui p&#233;n&#232;tre jusqu'&#224; ses tr&#233;fonds le psychisme humain &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis Le monde morcel&#233;. Les carrefours du labyrinthe III, Paris (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on ne pose pas le social au d&#233;part, l'on n'aura jamais qu'une conception simplement narcissique et ferm&#233;e sur elle-m&#234;me de la subjectivit&#233; et de la subjectivation. Ce n'est donc pas par hasard que le th&#232;me de la fabrication social-historique de l'individu, comme par ailleurs celui de l'imagination radicale, sont toujours rest&#233;s obscurs dans la th&#233;orie psychanalytique. Pr&#233;cis&#233;ment, c'est &#224; partir de ces deux th&#232;mes que Castoriadis reconsid&#232;re la conception freudienne et qu'il l'&#233;claire autrement en apportant &#224; la psychanalyse une pi&#232;ce ma&#238;tresse, qui reste &#224; r&#233;&#233;valuer et &#224; exploiter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette d&#233;marche, on reconna&#238;t l'impact de l'ouverture apport&#233;e par la pens&#233;e de Lacan, malgr&#233; l'opposition critique de Castoriadis &#224; l'&#233;gard de son &#339;uvre &#8211; notamment de sa conception de l'imaginaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour cette question voir les textes de Jean Florence &#171; Remarques (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; et on trouve des points de rencontre essentiels avec l'&#339;uvre de Piera Aulagnier. Dans La Violence de l'interpr&#233;tation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. Aulagnier, La violence de l'interpr&#233;tation, Paris, PUF, 1975&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#339;uvre psychanalytique capitale, sortie en m&#234;me temps que L'Institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;, Paris, Seuil, 1975&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Aulagnier, dans sa propre perspective clinique, conceptualise deux espaces psychiques hors fronti&#232;res freudiennes : celui de l'originaire pour rendre compte de l'activit&#233; repr&#233;sentative originaire de la psych&#233; et celui de l'instance je, charg&#233; de maintenir l'unit&#233; de la subjectivit&#233; et de garantir son rapport &#224; l'institution sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, la d&#233;marche de Castoriadis rencontre celle de Piera Aulagnier. Je discuterai en parall&#232;le leurs positions respectives pour des raisons qui touchent la possibilit&#233; de repenser, dans l'&#171; apr&#232;s-coup &#187; de l'&#339;uvre de Lacan, des questions essentielles &#224; travers deux auteurs majeurs qui s'influencent mutuellement, tout en gardant chacun sa propre perspective. Ces deux perspectives, &#224; mon sens convergentes et d'une certaine fa&#231;on compl&#233;mentaires, signent la d&#233;faite de l'h&#233;g&#233;monie du signifiant structuraliste et le recentrage de la psychanalyse sur la signification, le sens, la temporalit&#233;, l'historicit&#233; et tout particuli&#232;rement sur la repr&#233;sentation au plus pr&#232;s du pulsionnel freudien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous allons donc aborder la question de l'activit&#233; repr&#233;sentative originaire, coextensive de l'auto-constitution de la psych&#233;, pour aboutir &#224; celle de la subjectivation consid&#233;r&#233;e comme travail cr&#233;ateur de construction de soi-m&#234;me et du monde, que j'appellerai dans ce contexte &lt;i&gt;poi&#232;sis&lt;/i&gt; de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, la r&#233;flexion de Castoriadis est une r&#233;flexion forte, dans tous les sens du terme, qui s'exprime dans sa totalit&#233; &#224; travers chacun de ses &#233;l&#233;ments et exige une r&#233;f&#233;rence constante &#224; ses principes g&#233;n&#233;raux. Cette particularit&#233;, inh&#233;rente au caract&#232;re global de son projet, influence toute approche de son &#339;uvre et nous conduit in&#233;vitablement &#224; devoir pr&#233;ciser d'embl&#233;e ce que nous consid&#233;rons comme le cadre de sa r&#233;flexion psychanalytique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. Un cadre ontologique et m&#233;tapsychologique pour repenser la psychanalyse&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je dirais abruptement que la r&#233;flexion de Castoriadis cr&#233;e un cadre op&#233;rant pour penser la psychanalyse comme activit&#233; pratico-poi&#233;tique, loin &#224; la fois du biologisme et du n&#233;o-positivisme &#171; scientifique &#187; et hors du structuralisme linguistique et de la formalisation math&#233;matique de l'inconscient op&#233;r&#233;e par Lacan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens il faut redire, au risque de la r&#233;p&#233;tition scolastique, que l'imaginaire dont parle Castoriadis n'est ni reflet, ni illusion, ni superstructure et ne se r&#233;duit pas au sp&#233;culaire comme chez Lacan. En tant que radical et ultime, il est la racine commune de l'imaginaire effectif et du symbolique, parce que justement il est la facult&#233; originaire de poser ou de se donner, sous le mode de la repr&#233;sentation, une chose ou une relation qui ne sont pas donn&#233;es dans la perception ou ne l'ont jamais &#233;t&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;, op. cit., p. 177&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Puissance ind&#233;termin&#233;e, ind&#233;terminable et simultan&#233;ment d&#233;terminante, l'imaginaire radical pour Castoriadis est cr&#233;ation incessante, une &lt;i&gt;vis&lt;/i&gt; &lt;i&gt;formandi&lt;/i&gt; a-causale, inventeur et cr&#233;ateur de tout monde des significations, des formes, des images, non simplement visuelles, mais des images au sens le plus g&#233;n&#233;ral, par exemple acoustiques ou tactiles. L'imaginaire radical proc&#232;de donc du sujet, de la chose, de l'id&#233;e, et se diff&#233;rencie nettement de l'imagination &#171; seconde &#187;, reproductive et combinatoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans toutes les strates de l'&#234;tre &#8211; vivant, psych&#233;, social-historique &#8211; il y a activit&#233; d'imagination et encore plus il y a autoconstitution de l'&#234;tre/&#233;tant sur le mode d'&#234;tre du pour soi, &#224; savoir &#233;mergence de mondes propres caract&#233;ris&#233;s par une dimension repr&#233;sentative/intentionnelle/affective, par une relative autofinalit&#233; et surtout par une cl&#244;ture in-formationnelle, cognitive et organisationnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, l'existence de mondes propres et la fragmentation de l'&#234;tre total, sont des faits&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, Fait et &#224; faire, Paris, Seuil, 1997, p 14.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui impliquent la possibilit&#233; et l'effectivit&#233; du surgissement dans l'&#234;tre/&#233;tant de formes nouvelles et irr&#233;ductibles, &#224; savoir de formes que nous ne pouvons produire ou d&#233;duire &#224; partir de quelque chose de d&#233;j&#224; donn&#233;. Ces faits impliquent donc une h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; ontologique essentielle : soit, une stratification irr&#233;guli&#232;re de ce qui est ; soit encore une incompl&#233;tude radicale de toute d&#233;termination entre strates de l'&#234;tre/&#233;tant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, Domaines de l'homme, Paris, Seuil, 1986, p. 432.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En d'autres termes, chaque strate incarne une cr&#233;ation particuli&#232;re et le passage entre strates est abyssal. De m&#234;me, il y a morcellement &#224; l'int&#233;rieur de chaque strate consid&#233;r&#233;e, en l'occurrence le psychique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle est la pertinence de cette ontologie pour la psychanalyse, sa th&#233;orie et sa pratique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'existence du pour-soi dans la psych&#233; t&#233;moignent la multiplicit&#233; des instances psychiques et la formulation de diff&#233;rentes topiques : les deux topiques freudiennes (conscient-inconscient et &#231;a-moi-surmoi), les &#171; positions &#187; kleiniennes, la topique de Piera Aulagnier qui articule originaire, primaire, secondaire, ou encore celle de Castoriadis posant au d&#233;part une monade psychique close sur elle-m&#234;me, qui &#233;clate pendant une phase triadique (sujet-autre-objet), puis traverse une phase &#339;dipienne pour aboutir finalement, moyennant les divers processus de sublimation, &#224; l'individu social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La stratification irr&#233;guli&#232;re de l'&#234;tre/&#233;tant, la complexit&#233; des domaines et des nivaux, la multiplicit&#233; des instances et des &#171; personnes psychiques &#187; dans les diff&#233;rentes topiques psychiques, conduisent &#224; une conception du sujet humain qui ne le r&#233;duit pas &#224; la dimension du langage, ni ne l'instaure comme &#171; sujet de l'inconscient &#187;. C'est dans la fragmentation essentielle de l'&#234;tre/&#233;tant total que l'auteur de &#171; L'&#233;tat du sujet aujourd'hui&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, &#171; L'&#233;tat du sujet aujourd'hui &#187;, in Le monde morcel&#233;. Les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Cela me para&#238;t plus qu'&#233;vident quant &#224; la th&#233;orisation et la pratique analytique, bas&#233;es essentiellement sur le transfert et le contre-transfert. De plus, c'est la prise en consid&#233;ration du point de vue de chaque instance qui rend possible la compr&#233;hension de la conflictualit&#233; inh&#233;rente &#224; la psych&#233;. En outre, concevoir l'inconscient avec Castoriadis comme un autre niveau de l'&#234;tre et non pas seulement comme le latent du manifeste de la conscience, c'est &#233;clairer diff&#233;remment le champ de l'interpr&#233;table et rapprocher le travail analytique de la construction interpr&#233;tative cr&#233;atrice plut&#244;t que du mod&#232;le de la traduction conscient-inconscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auto-d&#233;ploiement de l'&#234;tre/&#233;tant, nous dit Castoriadis, s'op&#232;re comme d&#233;hiscence, s&#233;paration, morcellement, &#224; travers quoi subsiste malgr&#233; tout une &#233;nigmatique unit&#233; : celle du sujet humain et celle du monde comme &lt;i&gt;kosmos&lt;/i&gt; organis&#233;. Dans chaque strate, ce qui est appara&#238;t comme chaos, ab&#238;me, sans fond, cr&#233;ation interminable, inexhaustible, insondable, et en m&#234;me temps comme kosmos, ordre relatif et multiplicit&#233; organis&#233;e, sans quoi nous ne pourrions ni parler ni exister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Castoriadis, en r&#233;introduisant l'ab&#238;me g&#233;n&#233;rateur-destructeur au c&#339;ur de la logique rationnelle et de ses constructions, ne vise aucune transcendance qui envahirait la pr&#233;tendue immanence, le donn&#233;, le familier, l'apparemment domestiqu&#233;. Il nous met face &#224; la dimension &lt;i&gt;poi&#233;tique&lt;/i&gt;, cr&#233;atrice et essentiellement imaginaire de l'&#234;tre et du monde, qui coexiste avec la dimension ensembliste-identitaire, celle qui correspond &#224; notre logique habituelle, formelle ou dialectique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'introduction de la logique des magmas fournit les moyens pour penser autrement que comme alternative exclusive et st&#233;rile l'antinomie et la solidarit&#233; de l'ensembliste-identitaire et du poi&#233;tique, de l'institu&#233; et de l'instituant, du d&#233;termin&#233; et du non-d&#233;termin&#233;, du fini et de l'infini. Le mode d'&#234;tre du magma signifie justement que l'objet chaque fois consid&#233;r&#233; &#171; n'est ni r&#233;ductible aux organisations ensemblistes identitaires, ni &#233;puisable par elles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, Fait et &#224; faire, op. cit., p. 31.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Autrement dit, la dimension ensembliste-identitaire est constamment pr&#233;sente, mais enti&#232;rement submerg&#233;e par le magma des significations imaginaires sociales et le magma de l'inconscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique ensembliste-identitaire r&#233;duit le travail psychique et notamment celui du r&#234;ve, &#224; une combinatoire &#8211; ind&#233;termin&#233;e dans ses r&#233;sultats, mais non dans ses composants &#8211; d'&#233;l&#233;ments repr&#233;sentatifs d&#233;j&#224; donn&#233;s, aboutissants &#224; d'autres repr&#233;sentations plus complexes et finalement au texte du r&#234;ve. Cette logique occulte &#224; la fois l'imagination &lt;i&gt;poi&#233;tique&lt;/i&gt; du r&#234;ve et le fait qu'elle doive s'instrumentaliser dans les op&#233;rations logiques ensemblistes-identitaires qui sont pr&#233;sentes, de toute fa&#231;on, dans le travail du r&#234;ve et dans son interpr&#233;tation. N&#233;anmoins les &#233;l&#233;ments du r&#234;ve renvoient toujours &#224; autre chose jusqu'au fameux &#171; ombilic &#187; freudien. Ce renvoi r&#233;introduit fatalement non seulement l'inconnu mais aussi le non-d&#233;termin&#233;, voire le &lt;i&gt;poi&#233;tique&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'inconscient freudien poss&#232;de sa propre logique et d&#233;terminit&#233;, il n'est pas enti&#232;rement formalisable, ni ensemblisable. L'inconscient est d&#233;termin&#233; dans son mode d'&#234;tre et dans la nature de ses manifestations, mais il n'est pas d&#233;termin&#233; dans le contenu de ce qui s'y d&#233;roule. Pour Castoriadis, il n'y a pas seulement r&#233;p&#233;tition du pass&#233;, mais stratification diachronique et conflictuelle de la psych&#233; entra&#238;nant chaque fois des structures et des restructurations psychiques du sujet. Il y a m&#234;me &#233;mergence, surgissement de nouvelles formes et de nouvelles repr&#233;sentations, bien que l'auto-alt&#233;ration comme cr&#233;ation et destruction aille de pair avec l'insistance comme conservation et r&#233;p&#233;tition, d'o&#249; la n&#233;cessit&#233; de penser l'inconscient comme magmatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y aurait toute une discussion &#224; faire sur la compatibilit&#233; de l'atemporalit&#233; attribu&#233;e par Freud et Lacan aux processus inconscients avec l'option plut&#244;t temporelle de Castoriadis, au sens d'une temporalit&#233; originaire, &#224; savoir d'une alt&#233;rit&#233; introduite par le surgissement de formes qui retiennent toujours quelque chose du pass&#233;, leur surgissement m&#234;me pouvant &#234;tre cr&#233;atif. La r&#233;p&#233;tition ne serait m&#234;me pas rep&#233;rable comme telle, si elle n'&#233;mergeait pas dans un &#171; proc&#232;s de non-r&#233;p&#233;tition &#187;, &#224; savoir de cr&#233;ation continu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans toute cure analytique, il y a une dimension r&#233;gressive allant de pair avec l'apparition de la r&#233;p&#233;tition dans le transfert. S'il est vrai que la dimension r&#233;gressive est indiscutablement pr&#233;sente et n&#233;cessaire au d&#233;roulement de la cure, il est aussi vrai qu'on rencontre toujours une dimension poi&#233;tique, parfois m&#234;me monstrueuse. Le d&#233;lire psychotique, comme l'a montr&#233; Piera Aulagnier, est une cr&#233;ation psychique hautement &#233;labor&#233;e, un prodigieux travail de r&#233;-intepr&#233;tation avec ses propres postulats et des finalit&#233;s qui lui sont propres. Toutefois, la construction du pass&#233; du sujet en analyse (ou pas) n'est pas du pass&#233; re-compos&#233;, mais du pass&#233; cr&#233;&#233;-recr&#233;&#233; permettant justement &#224; l'analysant de devenir co-auteur d'une histoire, souligne Castoriadis, qui n'est plus v&#233;cue comme fatalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En radicalisant le travail psychique et notamment celui du r&#234;ve, Castoriadis retrouve dans la r&#233;gion du psychique la puissance cr&#233;atrice et insondable de formation de niveaux autres, des sch&#233;mas imaginaires nouveaux soutenant chaque fois le pensable. La non-d&#233;termination de ce qui est n'est pas simple ind&#233;termination au sens privatif, est &#233;mergence de d&#233;terminations autres que celles d&#233;j&#224; existantes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, Domaines de l'homme, op. cit., p. 407.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces nouvelles d&#233;terminations existent par et pour le sujet, qui se manifeste dans la r&#233;ception ou le rejet d'une interpr&#233;tation, comme &#171; source ind&#233;terminable de sens, comme capacit&#233; virtuelle de r&#233;flexion et de r&#233;action&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, Le monde morcel&#233;, op. cit., p. 192.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Je rappelle la d&#233;finition de la psychanalyse qui en r&#233;sulte comme activit&#233; pratico-poi&#233;tique, auto-transformation qui vise l'instauration d'une subjectivit&#233; r&#233;fl&#233;chissante et d&#233;lib&#233;rante rejoignant le projet d'autonomie humaine. J'&#233;voquerai encore la formule castoriadienne &#171; effet qui d&#233;passe ses causes, cause qui n'&#233;puise pas ses effets&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, Les carrefours du labyrinthe, Paris, Seuil 1978, p. 43.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, qui r&#233;sume ce qu'on retrouve constamment dans l'activit&#233; et la th&#233;orisation de la psychanalyse et constitue &#224; mon sens l'une des d&#233;finitions possibles du magma et de sa logique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, cela veut dire que la psychanalyse n'est pas une science, ni une th&#233;orie au sens h&#233;rit&#233;, ni une technique, &#233;tant donn&#233; que la codification de la praxis analytique est impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces consid&#233;rations th&#233;orico-pratiques sont &#224; la fois source et cons&#233;quence de l'id&#233;e castoriadienne de la cr&#233;ation humaine comme cr&#233;ation ex nihilo, bien que jamais &lt;i&gt;in nihilo&lt;/i&gt;, ni &lt;i&gt;cum nihilo&lt;/i&gt;. Cette cr&#233;ation n'est jamais sans moyens, pr&#233;suppositions et contraintes, sans utilisation de ce qui &#233;tait d&#233;j&#224; l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Originairement, tout &#233;l&#233;ment est pris dans et par la circularit&#233; logique-ontologique du cercle de la cr&#233;ation. Le cr&#233;&#233; et les &#233;l&#233;ments de la cr&#233;ation doivent &#234;tre pos&#233;s simultan&#233;ment, &#171; sans eux le cr&#233;&#233; ne peut pas &#234;tre, mais eux-m&#234;mes ne sont ce qu'ils sont que moyennant leur ' r&#233;sultat', la cr&#233;ation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, Fait et &#224; faire, op. cit., p. 97.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Les &#233;tants contiennent en eux-m&#234;mes les principes et l'origine de la cr&#233;ation des formes, ils sont &lt;i&gt;arch&#233; t&#244;n esomen&#244;n&lt;/i&gt;, origine de ce qui sera, pour Aristote maintes fois cit&#233; par Castoriadis. Toute &#233;lucidation y appara&#238;t comme une circularit&#233; puisqu'elle n'est ni hypoth&#233;tico-d&#233;ductive ni inductive, mais qu'elle s'&#233;taie sur le &#171; fait &#187; ultime de l'irr&#233;ductibilit&#233;. Cela permet de dire que la psych&#233; comme imagination radicale forme une &#171; premi&#232;re &#187; repr&#233;sentation relative &#224; la pulsion et en m&#234;me temps qu'elle se forme par elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce cercle originaire et paradoxal du cr&#233;&#233; et des &#233;l&#233;ments de la cr&#233;ation, impossible &#224; escamoter, &#224; r&#233;duire ou &#224; fonder, se laisse n&#233;anmoins conna&#238;tre et penser &#224; partir de lui-m&#234;me. Cette circularit&#233; n'affecte pas uniquement la compr&#233;hension de la cr&#233;ation mais son &#233;v&#233;nement m&#234;me, qui demeure insondable dans son caract&#232;re d'origine, pr&#233;cis&#233;ment parce que la cr&#233;ation se pr&#233;suppose et qu'elle importe dans son mouvement de circularit&#233; le fond m&#234;me de l'&#234;tre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La port&#233;e ontologique du cercle de la cr&#233;ation est remarquablement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui se manifeste comme auto-alt&#233;ration, comme incessant &#224; &#234;tre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, Domaines de l'homme, op. cit., p. 375.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une note en bas de page&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, Le monde morcel&#233;, op. cit., p. 205.&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Castoriadis explique qu'il a &#233;t&#233; amen&#233; &#224; r&#233;fl&#233;chir &#224; la logique de magmas en pensant au mode indescriptible de coexistence des diff&#233;rents processus et instances psychiques, qui est tout autre chose qu'un d&#233;ploiement fonctionnel visant &#224; une meilleure division du travail. &#192; l'appui de l'id&#233;e d'une stratification historique de la psych&#233; &#171; en strates jamais d&#233;pass&#233;es ni harmonieusement int&#233;gr&#233;es &#187;, Castoriadis cite Freud parlant du r&#234;ve comme conglom&#233;rat dans L'interpr&#233;tation des r&#234;ves. Voici donc la source de l'id&#233;e selon laquelle l'&#234;tre est essentiellement stratifi&#233;, et cela non pas une fois pour toutes mais diachroniquement. La stratification irr&#233;guli&#232;re de l'&#234;tre est une expression de son autocr&#233;ation. A la logique ensembliste, au r&#233;ductionnisme m&#233;thodologique d'une unification d'inspiration physicaliste ou formaliste, s'oppose la v&#233;rit&#233; sp&#233;cifique des strates de l'&#234;tre/&#233;tant, leur diversit&#233; irr&#233;ductible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si j'insiste sur ce moment f&#233;cond d'une pens&#233;e &#224; l'&#339;uvre, c'est parce qu'il montre par quel moyen se cr&#233;e le cadre &#224; la fois logique, ontologique et m&#233;tapsychologique de la r&#233;flexion de Castoriadis. Ce cadre op&#233;rant permet de penser la psychanalyse comme une activit&#233; pratico-poi&#233;tique, dont l'ergon n'est pas l'actualisation d'une potentialit&#233; &#171; naturelle &#187; pr&#233;existante, mais l'actualisation d'une puissance au deuxi&#232;me degr&#233;, d'un pouvoir pouvoir-&#234;tre qui est celui de l'autocr&#233;ation humaine et ici pr&#233;cis&#233;ment de l'auto-transformation cr&#233;atrice de l'analysant et de son analyste.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. L'activit&#233; repr&#233;sentative originaire de la psych&#233; : Freud, Castoriadis, Aulagnier&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Castoriadis avance dans son enqu&#234;te tant&#244;t &#224; partir des principes, tant&#244;t vers les principes. Les points d'arriv&#233;e se transforment en points de d&#233;part, qui exigent la reconsid&#233;ration des donn&#233;es &#224; la lumi&#232;re des id&#233;es novatrices n&#233;es entre-temps, ses &#171; id&#233;es-m&#232;res, interminablement f&#233;condes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, Domaines de l'homme, op. cit., p. 14.&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire na&#238;tre ses propres &#171; id&#233;es-m&#232;res &#187; renvoie au faire na&#238;tre sa propre m&#232;re, cr&#233;er soi-m&#234;me et le monde ex nihilo, &#224; partir de &#171; rien &#187;, &#224; partir du repr&#233;sent&#233; de la rencontre somato-psychique effective avec l'autre maternel, son sein et sa parole. C'est dans la repr&#233;sentation, dans son &#233;mergence en relation avec le pulsionnel, dans son d&#233;ploiement et ses produits, qu'on trouve avec Castoriadis le moment de cr&#233;ation au niveau du processus psychique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question, qui est celle de l'imagination radicale, semble &#234;tre occult&#233;e par le r&#233;alisme positiviste de Freud et son impossible effort &#224; suivre la science de son temps. Freud relie la repr&#233;sentation &#224; la &#171; r&#233;alit&#233; &#187; du per&#231;u, et m&#234;me quand la phantasmatisation folle de ses patients et son propre g&#233;nie lui font d&#233;couvrir l'existence des &#171; fantasmes originaires &#187; &#8211; organisateurs cardinaux sans substrat r&#233;el de la vie fantasmatique du sujet &#8211; Freud recourt paradoxalement &#224; la phylogen&#232;se pour rendre compte de leur constitution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Castoriadis aborde cette &#171; antinomie &#187; &#8211; comme il l'appelle &#8211; de la conception freudienne &#224; partir de sa propre &#233;laboration qui fait para&#238;tre la dimension cr&#233;atrice du travail psychique. La th&#233;matisation de l'imagination radicale, la logique des magmas, l'hypoth&#232;se d'une monade psychique originaire en-de&#231;&#224; ou au-dessus de l'inconscient freudien, visent avant tout &#224; &#233;lucider la question de l'activit&#233; repr&#233;sentative originaire de la psych&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aulagnier, de son c&#244;t&#233;, pour rendre compte du ph&#233;nom&#232;ne psychotique, conceptualise un processus originaire de la psych&#233; en postulant l'existence d'une activit&#233; repr&#233;sentative originaire et pictographique, hors-phantasme et au-del&#224; de l'inconscient freudien. Le pictogramme, qui relie dans ses figurations ins&#233;parablement une zone &#233;rog&#232;ne, sensorielle avec son objet compl&#233;mentaire et partiel, selon le prototype &#171; bouche-sein &#187;, n'est nullement un concept empirique. Au contraire, il affirme et complexifie la notion de la pulsion et de sa d&#233;l&#233;gation par la repr&#233;sentation. Quant &#224; la d&#233;l&#233;gation par affect, le pictogramme dans et pour l'originaire est indissociablement repr&#233;sentation de l'affect et affect de la repr&#233;sentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, si l'exigence de figurabilit&#233; comme condition d'existence de la psych&#233; soumet toujours la pulsion &#224; l'obligation de d&#233;l&#233;gation par repr&#233;sentation, &lt;i&gt;Vorstellungsrepr&#228;sentanz des Triebes&lt;/i&gt;, comment peut-on concevoir l'origine d'une repr&#233;sentation, &#171; premi&#232;re &#187; au sens de sa cr&#233;ation, de son instauration ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le vie chapitre de l'Institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;, Castoriadis r&#233;pond qu'&#171; il faut n&#233;cessairement postuler que la psych&#233; est capacit&#233; de faire surgir une premi&#232;re repr&#233;sentation, une mise en image (&lt;i&gt;Bildung et Einbildung&lt;/i&gt;) qui doit &#234;tre en m&#234;me temps relative &#224; la pulsion, &#224; un moment o&#249; rien n'assure cette relation &#187; (p. 382). Cette r&#233;ponse, situ&#233;e dans son cadre de r&#233;f&#233;rence, signifie que la psych&#233; est origine d'elle-m&#234;me et de ce qui sera, qu'elle s'auto-constitue dans et par la circularit&#233; du cercle de la cr&#233;ation pr&#233;c&#233;demment explicit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Repenser la psych&#233; comme imagination radicale, revient donc &#224; postuler l'imagination radicale comme activit&#233; originaire de phantasmatisation, qui pr&#233;existe et pr&#233;side &#224; toute organisation m&#234;me rudimentaire de la pulsion. Elle est la condition m&#234;me de l'acc&#232;s de la pulsion &#224; l'existence psychique, et c'est &#224; ce fonds de repr&#233;sentation originaire que la pulsion emprunte &#171; au d&#233;part &#187; sa d&#233;l&#233;gation par repr&#233;sentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La psych&#233; est surtout &#233;mergence de la repr&#233;sentation, en tant que mode d'&#234;tre irr&#233;ductible et organisation de quelque chose dans et par sa figuration, sa &#171; mise en image &#187;. En d'autres termes, elle est un formant qui n'est que dans et par ce qu'il forme et comme ce qu'il forme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, L'institution imaginaire..., op. cit., p. 383.&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette organisation imageante, doit contenir en elle les &#233;l&#233;ments organisateurs du monde psychique qui se d&#233;veloppera par la suite, certes, avec des adjonctions d&#233;cisives venant d'ailleurs &#8211; corps, autre, soci&#233;t&#233; &#8211; mais n&#233;cessairement re&#231;ues et &#233;labor&#233;es selon les exigences pos&#233;es par la repr&#233;sentation originaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pictogramme de Piera Aulagnier &#8211; entendu &#224; la fois comme inscription psychique originaire et produit du processus psychique originaire &#8211; correspond justement &#224; cette image fondamentale et matrice de tout ce qui fera sens par la suite. Cela veut dire pr&#233;cis&#233;ment que les repr&#233;sentations pictographiques de l'originaire sont remodel&#233;es par les processus primaire et secondaire et, qu'inversement, l'originaire m&#233;tabolise en permanence et selon son propre postulat tout ce qui se repr&#233;sente sur la sc&#232;ne du fantasme et du je.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'authentique aporie, d'o&#249; la psych&#233; prend-elle les &#233;l&#233;ments &#8211; mat&#233;riaux et organisation &#8211; de la repr&#233;sentation, m&#234;me pictographique, Castoriadis nous renvoie &#224; l'impossibilit&#233; de comprendre la probl&#233;matique de la repr&#233;sentation, si on cherche l'origine de la repr&#233;sentation hors de la repr&#233;sentation elle-m&#234;me, c'est-&#224;-dire hors des conditions qui rendent possible son autocr&#233;ation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;lucidation de la m&#234;me question par Aulagnier passe par la formulation du concept de m&#233;tabolisation et l'hypoth&#232;se d'un emprunt fait au mod&#232;le sensoriel par l'activit&#233; de l'originaire pour ses repr&#233;sentations pictographiques, au plus pr&#232;s de l'activit&#233; organique d'ingestion-plaisir, expulsion-d&#233;plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; nos yeux l'une des rares hypoth&#232;ses plausibles, si on &#233;vite la tentation gradualiste pour comprendre l'origine de la repr&#233;sentation et si l'on exclut un emprunt fait par la psych&#233; &#224; la r&#233;alit&#233;, jug&#233;e trop h&#233;t&#233;rog&#232;ne pour la psych&#233; naissante ou m&#234;me &#233;volu&#233;e. L'emprunt fait au corps et &#224; ses mod&#232;les sensoriels, laisse intacte l'interaction &#233;nigmatique entre l'activit&#233; organique et l'activit&#233; repr&#233;sentative originaire de la psych&#233;, bien qu'entre besoin et pulsion il y ait &#171; une d&#233;pendance effective et persistante dans le registre du repr&#233;sent&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. Aulagnier, La violence de l'interpr&#233;tation, op. cit., p. 57.&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, Castoriadis, dans son propre cadre conceptuel, avance une hypoth&#232;se qu'il n'a jamais d&#233;velopp&#233;e sur l'existence d'une imagination sensorielle et plus g&#233;n&#233;ralement corporelle dans l'immense espace du non-conscient humain, que l'on ne saurait confondre avec l'inconscient. C'est l'espace du corps vivant cr&#233;ant ses sensations, cr&#233;ant son in-formation en tant que corps anim&#233; en continuit&#233; avec la monade psychique originaire situ&#233;e au-del&#224; de l'inconscient et m&#234;me du &#231;a freudiens. L'exemple des d&#233;sordres auto-immunitaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, L'institution imaginaire..., op. cit., p. 258.&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, o&#249; les m&#233;canismes de d&#233;fense du corps se tournent contre celui-ci, sugg&#232;re que l'imagination corporelle chez l'&#234;tre humain va de pair avec l'imagination radicale de sa psych&#233;. Toutefois leur h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; repose l'&#233;nigme de l'intrication du psychique et de l'organique. La psych&#233; est ce qu'elle est pour Castoriadis, justement parce que la d&#233;fonctionalisation de l'imagination, n'&#233;tant plus en relation avec les besoins vitaux, d&#233;fonctionalise &#233;galement le plaisir et rend possible le tr&#232;s fort investissement du plaisir de repr&#233;sentation au d&#233;triment du plaisir d'organe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, l'emprunt fait selon Aulagnier aux mod&#232;les sensoriels du corps par l'activit&#233; repr&#233;sentative originaire, ne serait-il pas une expression de la n&#233;cessit&#233; d'utiliser et de remodeler &#8211; au sens d'investissement libidinal de l'information et de re-mise en sens et en image &#8211; les &#233;l&#233;ments ensemblistes-identitaires de l'organisation du vivant dans et par la cr&#233;ation psychique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, la d&#233;finition par Aulagnier de l'activit&#233; repr&#233;sentative comme &#233;quivalent psychique du travail de m&#233;tabolisation organique, vise &#224; int&#233;grer dans une m&#233;tapsychologie de la repr&#233;sentation, d'une part la transformation des &#233;l&#233;ments d'information libidinale en repr&#233;sentations psychiques, d'autre part l'usage des images corporelles pour la figurabilit&#233; exig&#233;e par la psych&#233; tant freudienne qu'aristot&#233;licienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le registre de l'originaire, la psych&#233; comme origine d'elle-m&#234;me et du monde, est auto-pr&#233;sentation s'engendrant et engendrant ses &#233;prouv&#233;s de plaisir et de d&#233;plaisir. &#171; Le repr&#233;sent&#233; se donne &#224; la psych&#233; comme pr&#233;sentation d'elle-m&#234;me &#187;, dans un mouvement de sp&#233;cularisation o&#249; la repr&#233;sentation est &#171; mise en pr&#233;sentation de la psych&#233; pour la psych&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. Aulagnier, La violence de l'interpr&#233;tation, op. cit., p. 48.&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Cette relation originaire de sp&#233;cularisation entre (agent) repr&#233;sentant et repr&#233;sent&#233; caract&#233;rise pour Aulagnier toute cr&#233;ation d'activit&#233; psychique, dans la mesure o&#249; elle se donne &#224; la psych&#233; &#171; comme reflet, pr&#233;sentation d'elle-m&#234;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Idem, p. 58.&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. La r&#233;flexion s'associe &#224; la cr&#233;ation mais elle se trouve plut&#244;t limit&#233;e au reflet, &#224; la sp&#233;cularit&#233;. Nous retrouvons ici l'apport de Lacan concernant le stade du miroir et, d'autre part, la filiation lacanienne d'Aulagnier, qui n'en conserve n&#233;anmoins que le mouvement de sp&#233;cularisation lui-m&#234;me, dont elle fait une constante de l'activit&#233; psychique. Il faut toutefois pr&#233;ciser que la sp&#233;cularisation est pour Aulagnier plus proche de la relation de compl&#233;mentarit&#233; qui unit le repr&#233;sentant et la repr&#233;sentation du monde, chacun &#233;tant pour l'autre condition de son existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, pour Castoriadis, l'auto-constitution de la psych&#233; renvoie &#224; un mode d'&#234;tre de la psych&#233; comme repr&#233;senter-repr&#233;sentation qui exclut tout sens d'alt&#233;rit&#233; et o&#249; l'image et ce qui image co&#239;ncident. En ce sens, l'activit&#233; repr&#233;sentative originaire co&#239;ncide avec l'&#233;mergence d'une instance pour-soi, &#233;tape monadique de la psych&#233;. Castoriadis situe pr&#233;cis&#233;ment la topique de la monade psychique, au d&#233;part close sur elle-m&#234;me et essayant jusqu'&#224; la fin d'enfermer en elle tout ce qui se pr&#233;sente &#224; elle. Cela correspond &#224; la repr&#233;sentation du &#171; ferm&#233; sur soi-m&#234;me &#187;, que le sujet se cr&#233;e de lui-m&#234;me et du monde, comme figuration indissociable de l'investissement narcissique originaire d'un Soi qui est Tout. En bref, dans cette &#233;tape il y aurait l'impossible &#233;quation soi = tout= plaisir= sens.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III. Remarques sur la monade psychique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le postulat d'une &#233;tape monadique de la psych&#233; stratifi&#233;e pose des questions m&#233;tapsychologiques importantes qui vont &#234;tre bri&#232;vement esquiss&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu, je pense qu'il ne faudrait pas r&#233;&#233;valuer la monade psychique de fa&#231;on restrictive, en la situant au niveau d'une effectivit&#233; pratique de la cure, ni la consid&#233;rer comme une &#233;laboration philosophique. La conception que se fait l'analyste sur les origines de la vie psychique d&#233;termine de fa&#231;on implicite mais d&#233;cisive sa pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La monade est un concept m&#233;tapsychologique aux r&#233;sonances ontologiques. Il r&#233;pond essentiellement &#224; la n&#233;cessit&#233; de th&#233;oriser &#8211; il vaut mieux dire sp&#233;culer &#8211; le moment mythique de la d&#233;fonctionnalisation de la repr&#233;sentation et de l'&#233;mergence voire de l'auto-constitution d'une instance originaire, qui serait premi&#232;re r&#233;alisation de l'imaginaire radicale comme propre de l'humain. Cette instance pour-soi est conjointement cr&#233;ation d'une matrice de sens nouveau, qui d&#233;passe &#224; la fois la logique du vivant et de l'ensembliste-identitaire. Ce sens &#233;quivaut au plaisir dans le bouclage sur soi et inaugure la pr&#233;dominance du plaisir de la repr&#233;sentation sur le plaisir d'organe. Le principe de plaisir freudien devient pour Castoriadis qu&#234;te d'un sens dont le plaisir est &#224; la fois composant et effet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce noyau monadique originaire n'est ni refoul&#233; ni refoulable, il s'auto-ref&#232;re et s'auto-investit, il est ultra-narcissique, &#171; autistique &#187; selon le terme freudien repris ici par Castoriadis. Dans et par sa cl&#244;ture il y a co&#239;ncidence entre repr&#233;sentation, perception, affect, intention (d&#233;sir) et sens. Sujet et monde co&#239;ncident selon le sch&#233;ma freudien &#171; je suis le sein &#187; dans sa forme premi&#232;re, intransitive. Il n'y a ni autre, ni objet. Cela renvoie n&#233;cessairement &#224; un &#171; &#233;tat &#187; originaire &#224; quoi il ne &#171; manque &#187; rien et o&#249; l'intention (avant son articulation en d&#233;sir) est toujours &#171; r&#233;alis&#233;e &#187; car il ne peut pas y avoir d'objet manquant. Le sch&#233;ma du manque &#171; constitutif &#187; du sujet se pose comme second, puisque tant l'objet que son manque doivent d'abord &#234;tre constitu&#233;s par l'imagination radicale. Les connotations th&#233;ologiques et m&#234;me leibniziennes de cet &#233;tat originaire, &#171; paradisiaque &#187; et monadique, sont &#233;videntes et correspondent justement pour Castoriadis &#224; l'origine premi&#232;re du sentiment religieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La psych&#233; restera &#224; jamais d&#233;sirante du retour &#224; ce premier &#233;tat impossible et &#224; d&#233;faut &#224; ses substituts, satisfaction hallucinatoire et phantasmatisation. Ce qui manque et manquera &#224; jamais c'est l'irrepr&#233;sentable de l'&#171; &#233;tat &#187; premier, l'avant de la s&#233;paration et de la diff&#233;renciation. Soit une proto-repr&#233;sentation que la psych&#233; n'est plus capable de produire, qui aimantera pour toujours le champ psychique comme pr&#233;sentification d'une unit&#233; indissociable de la figure, du sens et du plaisir. La psych&#233; est donc pour Castoriadis &#224; jamais orient&#233;e par ce qu'elle n'est plus et qui ne peut plus &#234;tre, la psych&#233; est son propre objet perdu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, le noyau monadique rompu est un p&#244;le &#224; jamais absent, qui est inexprimable et qui devient lisible par ses effets, notamment d'aimantation de tous les flux psychiques. Faut-il d&#232;s lors le rapprocher du refoulement originaire freudien ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inaccessibilit&#233; de la monade est tout autre chose que l'inaccessibilit&#233; du refoulement originaire, puisque la monade se relie au corps bien que leur rapport reste &#233;nigmatique. Quant aux pictogrammes de Piera Aulagnier qui sont &#233;galement forclos &#224; la connaissance du je, ils peuvent potentiellement envahir la sc&#232;ne psychique, notamment dans la psychose, avec des cons&#233;quences dramatiques. Au contraire, la monade castoriadienne ne peut &#234;tre li&#233;e &#224; aucun &#233;tat pathologique, m&#234;me pas &#171; autistique &#187;. Tous ces concepts r&#233;pondent, ici, &#224; la m&#234;me n&#233;cessit&#233; d'assurer une coh&#233;rence th&#233;orique, voire &#233;pist&#233;mologique et logique, &#224; partir d'un postulat qui se r&#233;f&#232;re &#224; une origine &#171; premi&#232;re &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le solipsisme de la monade psychique castoriadienne et son narcissisme &#171; absolu &#187; posent des questions th&#233;orico-cliniques qui d&#233;passent sans doute largement le cadre que je me suis propos&#233; dans ce texte. Toutefois, je me limite &#224; souligner que ces questions sont celles du courant &#171; monadique &#187;, qui existe incontestablement dans une grande partie de l'&#339;uvre freudienne. L'autre courant est repr&#233;sent&#233; par l'ouverture vers le relationnel et l'identificatoire, &#224; commencer par l'&#233;nigmatique identification &#171; au p&#232;re de la pr&#233;histoire personnelle &#187;. Il semble que Castoriadis radicalise le narcissisme primaire(et) absolu freudien pour pouvoir le conceptualiser en cl&#244;ture repr&#233;sentationnelle, affective et d&#233;sirante. Il resterait ainsi coh&#233;rent avec l'id&#233;e de l'&#233;gocentrisme ontologique n&#233;cessairement inh&#233;rent &#224; tout &#234;tre pour-soi. La force et l'omnipotence du processus identificatoire dans la vie psychique seraient donc &#224; rechercher, comme Castoriadis l'indique lui-m&#234;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, Figures du pensable, Seuil, 1999, p. 184.&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, dans la tendance irr&#233;sistible de retrouver l'&#233;tat &#171; unitaire &#187; originaire o&#249; &#171; sujet &#187; et &#171; objet &#187; sont identiques et o&#249; le d&#233;sir est imm&#233;diatement repr&#233;sentation (possession psychique du d&#233;sir&#233;) et donc affect de plaisir (ce qui est la forme la plus pure et la plus forte de la toute-puissance de la pens&#233;e). L'identification &#171; premi&#232;re &#187;, plus exactement la pr&#233;-identification que toute identification pr&#233;suppose, serait &#171; &#234;tre le sein intansitivement &#187; souligne Castoriadis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour fonder le postulat de la monade, il en arrive &#224; d&#233;finir, dans une s&#233;rie qu'on pourrait appeler proto : une proto-repr&#233;sentation et un inconscient originaire, un proto-sujet, un proto-sens et, enfin, une proto-identification. Castoriadis consid&#232;re par cons&#233;quent que &#171; toutes les conceptions qui veulent faire des formations imaginaires une 'r&#233;ponse' &#224; une situation (du sujet ou de la soci&#233;t&#233;) d&#233;j&#224; bien d&#233;finie hors de toute composante imaginaire, ou &#224; partir de donn&#233;es 'r&#233;elles' ou 'structurales', sont secondes et d&#233;riv&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Id., L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;..., op. cit., p. 390.&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; L'ali&#233;nation m&#234;me au d&#233;sir de l'autre serait un moment second, le moment premier &#233;tant la r&#233;alisation de l'ali&#233;nation (psychique) de l'autre au sujet par son asservissement et son appropriation totale dans le phantasme o&#249; l'autre et l'objet ne sont que comme le sujet. Le proto-sujet ne peut constituer l'autre qu'en projetant sur lui son propre sch&#233;ma de toute puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Last but not least&lt;/i&gt;, Castoriadis trouve la premi&#232;re matrice du sens dans la tendance &#224; la mise en relation et l'exigence de la liaison cognitive universelle qui s'incarnent primordialement dans le sujet lui-m&#234;me. Dans cette &#171; folie &#187; de la psych&#233; monadique, Castoriadis reconna&#238;t le sperme de la raison, en d'autres termes une dimension essentielle de la ratio et de la logique identitaire. Il s'agit de la folie unificatrice qui caract&#233;rise autant la religion, la science que la philosophie et, &#224; mon avis, toute th&#233;orisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait tentant et bien facile de dire que Castoriadis se bat ici contre sa propre &#171; folie &#187; th&#233;orisante et m&#233;galomane. Nous dirions plut&#244;t qu'il tient compte de l'existence d'une forte tendance psychique qui pousse tout th&#233;oricien vers l'unification a-conflictuelle et l'illusion d'une coh&#233;rence pleine. Est-ce l'interpr&#233;tation du v&#233;cu personnel de cette tendance universelle qui l'a finalement conduit &#224; int&#233;grer tous ces &#233;l&#233;ments dans la conceptualisation de la monade et de sa force d'aimantation toute-puissante ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de clore ces remarques provisoires sur la monade psychique castoriadienne je formulerai une derni&#232;re question. Peut&#8211; on rapprocher cette monade et son imagination radicale du &#231;a freudien et quels seraient leurs rapports compte tenu du caract&#232;re non repr&#233;sentationnel du &#231;a ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la deuxi&#232;me topique, le &#231;a est qualifi&#233; par Freud de &#171; r&#233;servoir de pulsions &#187; et il a directement affaire avec les sources somatiques de la pulsion. Cependant, dans les &#233;crits m&#233;tapsychologiques de 1915, il y a d&#233;j&#224; l'id&#233;e fondamentale du repr&#233;sentant psychique de la pulsion, d'un repr&#233;sentant par repr&#233;sentation. Peut-on d&#232;s lors imaginer un r&#233;servoir uniquement psychique qui serait l'analogon du flux repr&#233;sentationel castoriadien ? En ce sens, nous pouvons &#233;voquer l'argument suivant, utilis&#233; par Castoriadis lui-m&#234;me : si le &#231;a pour Freud est plein d'&#233;nergie libre, non-attach&#233;e, qu'est-ce que cette &#233;nergie libre et sur quoi se d&#233;place-t-elle, sinon entre des repr&#233;sentations ? Faudrait-il en cons&#233;quence relier cette quantit&#233; d'&#233;nergie libre &#8211; qui circule dans le &#231;a et peut s'attacher &#224; quelque chose &#8211; &#224; ce que Castoriadis appelle la cr&#233;ativit&#233; de la psych&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, la monade indique un mode d'investissement narcissique originaire qui constitue la premi&#232;re manifestation du fonctionnement psychique. En ce sens, sa conceptualisation &#233;largit et &#233;claire diff&#233;rement notre compr&#233;hension psychanalytique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Raymond Cahn, dans son rapport sur le Sujet au 51e congr&#232;s de psychanalystes de langue fran&#231;aise&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. Cahn, &#171; Du sujet &#187;, Bulletin de la Soci&#233;t&#233; psychanalytique de Paris, no (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, r&#233;-interpr&#232;te le fameux &#171; r&#234;ve de la belle bouch&#232;re &#187; de L'interpr&#233;tation des r&#234;ves en se r&#233;f&#233;rant au concept de la monade et de l'imagination radicale. Cahn reproche &#224; l'interpr&#233;tation lacanienne du r&#234;ve &#8211; d&#233;sir d'avoir un d&#233;sir insatisfait chez la belle hyst&#233;rique &#8211; d'en rester &#224; la surface de la modalit&#233; de la jouissance accomplie. Le mod&#232;le du r&#234;ve chez Lacan serait selon lui beaucoup trop calqu&#233; sur celui du langage, tandis que la r&#233;f&#233;rence &#224; la monade castoriadienne nous permet de concevoir les choses diff&#233;remment. &#171; Si la belle bouch&#232;re &#8211; souligne Cahn &#8211; s'identifie &#224; son amie, c'est certes pour la supplanter dans le d&#233;sir du mari, voire, &#224; un niveau plus profond, pour satisfaire une pulsion homosexuelle, mais c'est peut-&#234;tre au moins autant parce qu'elle s'aime dans l'amie, se d&#233;sire comme elle et se fascine en elle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibidem.&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Ce r&#234;ve serait donc aussi l'expression d'une partie de l'investissement libidinal narcissique originaire en tant qu'&#171; &#233;prouv&#233;-protorepr&#233;sentation &#187; d'un soi-tout auquel rien ne manque et caract&#233;ris&#233; comme &#171; vis&#233;e-intention &#187; toujours r&#233;alis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IV. De la monade psychique au je et &#224; l'individu social&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, la monade psychique essentiellement a-sociale et folle, doit, sous peine de non-existence, faire appel &#224; l'autre maternel, premier repr&#233;sentant du monde et pr&#233;cis&#233;ment pour Castoriadis du monde social-historique. Premier possesseur, je dirais, du sein de la signification qui r&#233;pond au besoin imp&#233;rial de l'infans de donner sens &#224; l'affect et figuration au d&#233;plaisir qui rompt la cl&#244;ture de la monade en constituant par l&#224; un premier espace hors-soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, avec l'&#339;uvre de Lacan, l'autre de l'alt&#233;rit&#233; comme l'autre du transfert acqui&#232;rent d&#233;finitivement leurs droits sur la sc&#232;ne psychique et psychanalytique, c'est avec la contribution d'Aulagnier que le corps et l'affect de l'Autre trouvent enfin un statut m&#233;tapsychologique, et que la rencontre fondamentale avec cet Autre acquiert droit d'historicit&#233;, de temporalit&#233; et de r&#233;f&#233;rence &#224; la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cet horizon psychanalytique, Castoriadis th&#233;orise le processus de socialisation de la psych&#233;, comme &#233;tant l'int&#233;riorisation des significations imaginaires sociales par la psych&#233; de &lt;i&gt;l'infans&lt;/i&gt;, &#224; travers l'investissement du premier Autre maternel, qu'Aulagnier appelle porte-parole de l'ensemble. Ce processus socialisant &#233;chappe aux rep&#232;res freudiens classiques. Il s'oppose ainsi aux cat&#233;gories lacaniennes, surtout &#224; celle de la Loi quasiment transcendante. D&#232;s lors, sa th&#233;orisation est difficilement admise tant par les psychanalystes que les sociologues. Elle se heurte &#224; la difficult&#233; d'admettre que la psych&#233; et la soci&#233;t&#233;, bien qu'ins&#233;parables, sont radicalement irr&#233;ductibles l'une &#224; l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le contexte de l'Institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;, la socialisation de la psych&#233; est indissociablement l'histoire conflictuelle d'une psychogen&#232;se et d'une sociogen&#232;se. Leur aboutissement commun est l'&#233;mergence de l'individu social, coexistence toujours impossible et toujours r&#233;alis&#233;e d'un monde priv&#233;, singulier (&lt;i&gt;kosmos idios&lt;/i&gt;) et d'un monde public commun et partag&#233; (&lt;i&gt;kosmos koinos&lt;/i&gt;). Tout au long de cette double histoire, la relation &#224; l'autre et aux autres impose &#224; la monade psychique une succession de ruptures violentes, expression d'une violence primaire autant que n&#233;cessaire pour Aulagnier. En contrepartie, la soci&#233;t&#233;, &#224; travers sa d&#233;l&#233;gation par le couple parental, doit fournir au sujet du sens, des rep&#232;res identificatoires et des objets de d&#233;rivation des pulsions et des d&#233;sirs. Cependant seule la reconnaissance de la signification comme institu&#233;e socialement et ne d&#233;pendant d'aucune personne particuli&#232;re, permettra &#224; l'enfant de destituer l'autre de sa toute puissance imaginaire sur le sens et le langage. Chose tr&#232;s importante, il y aura toujours et restera &#224; jamais une ambivalence fonci&#232;re de l'int&#233;rioris&#233; de par sa liaison aux figures parentales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout comme la psych&#233; ne se r&#233;duit pas au social et n'est jamais socialisable sans restes, les significations imaginaires sociales ne sont pas seulement, ni n&#233;cessairement r&#233;ductibles &#224; la d&#233;sexualisation sublimatoire de la pulsion. Pour rendre compte de l'appropriation du social par la psych&#233;, Castoriadis &#233;largit donc le proc&#232;s freudien de la sublimation et le pose &#224; l'origine de l'instauration d'une intersection non-vide du monde priv&#233; et du monde public, en conformit&#233; avec la coh&#233;rence repr&#233;sentative impos&#233;e par les significations sociales institu&#233;es, ou le discours de l'ensemble dans la terminologie d'Aulagnier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette intersection implique le travail de l'imagination radicale qui donne la facult&#233; de quid pro quo (voir dans une chose autre chose). Elle permet aussi &#224; la psych&#233;, par une d&#233;liaison relative de la pulsion, de remplacer ses objets propres ou priv&#233;s d'investissement &#8211; y compris sa propre image &#8211; par des objets socialement valoris&#233;s. Enfin, cette intersection permet de faire de ces objets des causes, des moyens et des supports de plaisir pour la psych&#233;. D'autre part, cette intersection implique le social-historique comme processus de cr&#233;ation, comme imaginaire social instituant des formes et des significations, que la psych&#233; comme telle est dans l'impossibilit&#233; absolue de faire &#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, nous retrouvons ici cette conversion massive et co-originaire de l'&#233;mergence de l'humanit&#233;, c'est-&#224;-dire la substitution du plaisir de repr&#233;sentation au plaisir d'organe et, moyennant les &#339;uvres de l'imaginaire radical, l'apparition &#8211; la cr&#233;ation donc &#8211; des &#171; objets sociaux &#187;. &#192; commencer par le langage qui pose le fait de parler d&#233;j&#224; comme activit&#233; sublim&#233;e, selon la formule percutante de Castoriadis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'articulation entre la psych&#233; et le social passe par une conception &#233;largie de la sublimation consubstantielle au processus de la socialisation de la psych&#233;, Aulagnier, dans la Violence de l'interpr&#233;tation, propose l'id&#233;e d'un contrat narcissique qui a comme signataires l'enfant et le groupe social. Castoriadis lui-m&#234;me affirme que &#171; avec le contrat narcissique, Piera Aulagnier cherchait &#224; th&#233;oriser ce que la psych&#233; attend de la soci&#233;t&#233; comme compensation &#224; l'abandon de son ultra-narcissisme monadique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, Fait et &#224; faire, op. cit., p. 255.&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, ce contrat narcissique encadre la probl&#233;matique identificatoire du sujet et fait que cette derni&#232;re n'est pas prise au pi&#232;ge d'une relation imaginaire ali&#233;nante. Cela permet au je d'investir des embl&#232;mes identificatoires qui d&#233;pendent du discours de l'ensemble et non plus du discours d'un seul autre. Le groupe est premier dans cet investissement narcissique auquel va r&#233;pondre celui de l'enfant. En contrepartie de son investissement du groupe et de ses mod&#232;les, l'enfant obtiendra une certitude sur l'origine, l'acc&#232;s &#224; l'historicit&#233; et sa d&#233;signation comme un &#233;l&#233;ment appartenant &#224; un tout : celui de gnation comme un &#233;l&#233;ment appartenant &#224; un tout : celui de l'esp&#232;ce humaine, qui le reconna&#238;t comme une partie homog&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble qu'Aulagnier, en repr&#233;sentant le groupe social comme l'ensemble des voix pr&#233;sentes, se limite &#224; un seul aspect de l'institution sociale : celui du langage et de la g&#233;n&#233;alogie. Elle reste ainsi fid&#232;le &#224; sa propre perspective clinique, qui pose l'encadrement de la probl&#233;matique identificatoire du je infantile par le discours de l'ensemble comme condition n&#233;cessaire mais non suffisante pour l'&#233;vitement d'une psychose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est impossible d'analyser la fonction du je en dehors de l'espace o&#249; il peut advenir et sans tenir compte du champ socio-culturel dans lequel baigne le sujet. La &lt;i&gt;Kultur&lt;/i&gt;, la soci&#233;t&#233; et l'histoire occupent dans l'espace analytique un sens important autant que sp&#233;cifique. Elles ne sont pas seulement un cadre ext&#233;rieur, empirique et r&#233;aliste, pour une dialectique sujet/Autre qui se jouerait dans une autre dimension, h&#233;t&#233;rog&#232;ne et &#224; la limite transcendante. Au contraire, elles y participent, et fournissent au je le contenu des repr&#233;sentations et des significations &#224; partir desquelles il peut repr&#233;senter et se repr&#233;senter le monde et son monde. Elles posent la question du r&#233;f&#233;rant de la repr&#233;sentation et du langage et imposent une reconnaissance et une connaissance de la r&#233;alit&#233; qui, si limit&#233;e et transform&#233;e soit-elle par la psych&#233;, n'en demeure moins la r&#233;f&#233;rence oblig&#233;e de toute communication, y compris psychanalytique. C'est une r&#233;alit&#233; humaine et partag&#233;e pour Aulagnier, ne pouvant exister que comme socialement institu&#233;e pour Castoriadis. L'introjection des significations imaginaires sociales dans et par le je garantit son acc&#232;s &#224; l'imaginaire social instituant qui transforme le monde institu&#233; en espace et processus de cr&#233;ation de sens. Jean Peuch-Lestrade&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Peuch-Lestrade, &#171; De l'institution de la cure &#224; la parole du je &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; attire l'attention sur l'apparition en fin d'analyse de reconstructions fantasmatiques qui ne sont pas des constructions au sens de Freud. Elles s'appuient sur la dimension d'imaginaire social et l'ouverture au monde social-historique et t&#233;moignent de la capacit&#233; de &#171; jouer &#187; retrouv&#233;e par l'analysant, y compris dans des zones psychiques gouvern&#233;es par le traumatisme et sa r&#233;p&#233;tition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute subjectivit&#233; dont le je constitue l'av&#232;nement doit &#233;galement se confronter &#224; un &#171; en de&#231;&#224; &#187; et &#224; un &#171; en arri&#232;re &#187; d'elle-m&#234;me, &#224; un originaire donc, qui persiste le temps de l'existence : comme fond repr&#233;sentatif pictographique chez Aulagnier, champ de bataille originel d'Eros avec Thanatos ; comme monade psychique originaire pour Castoriadis, essayant jusqu'&#224; la fin d'enfermer en elle tout ce qui se &#171; pr&#233;sente &#187; &#224; elle, pour r&#233;tablir l'unit&#233; indissociable et impossible de la figure, du plaisir et du sens, l'a-sens&#233; ne pouvant appara&#238;tre &#224; cette &#233;tape que comme menace de destruction de soi.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;V. Une subjectivit&#233; r&#233;fl&#233;chissante toujours &#224; faire &#234;tre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En tout &#233;tat de cause, l'impossibilit&#233; th&#233;orico-clinique de faire se superposer int&#233;gralement existence du psychique et existence de la subjectivit&#233;, repose la question de l'unit&#233; du sujet qui reste toujours une unit&#233; &#224; faire &#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &#171; L'&#233;tat du sujet aujourd'hui &#187;, Castoriadis montre que la stratification de la psych&#233; en strates &#171; jamais d&#233;pass&#233;es &#187; ni &#171; harmonieusement int&#233;gr&#233;es &#187;, est &#224; la fois r&#233;sultat historique et condition historisante du fonctionnement conflictuel de la psych&#233;. Chaque instance poursuit ses propres finalit&#233;s et pers&#233;v&#232;re, &#224; tout prix, dans son monde propre d'objets et dans des modes de repr&#233;sentation, de signification, de liaison, de valuation, et d'affect qui lui sont particuliers. Chaque fois il y a un type de sens nouveau et sp&#233;cifique, &#224; savoir l'insertion des repr&#233;sentations dans des matrices d'&#233;quivalence et d'appartenance autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si l'existence de l'appareil psychique pr&#233;suppose la permanence de ses topiques et la conservation de la cl&#244;ture de chacune de ses instances, son fonctionnement exige toujours une relative rupture de chaque cl&#244;ture et le d&#233;passement de l'ext&#233;riorit&#233; r&#233;ciproque entre instances. Castoriadis fournit une image saisissante des instances comme une boule ferm&#233;e &#8211; c'est cela que veut dire cl&#244;ture &#8211; qui s'auto-dilate (je dirais s'auto-in-forme) dans son interaction avec d'autres boules, en modifiant son mode d'ajustement avec elles. La subjectivit&#233; humaine est ainsi une boule pseudoferm&#233;e, qui peut s'auto-dilater, peut interagir avec d'autres pseudoboules du m&#234;me type et peut remettre en question les conditions ou les lois de sa cl&#244;ture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aulagnier pr&#233;cise bien que toute rencontre entre l'activit&#233; psychique et les &#233;l&#233;ments par elle m&#233;tabolisables &#171; la confronte &#224; un exc&#232;s d'information qu'elle va ignorer jusqu'au moment o&#249; cet exc&#232;s va l'obliger &#224; reconna&#238;tre que ce qui choit hors de la repr&#233;sentation propre au syst&#232;me revient &#224; la psych&#233; sous la forme d'un d&#233;menti concernant sa repr&#233;sentation de sa relation au monde&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. Aulagnier, La violence de l'interpr&#233;tation, op. cit., p. 35.&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Ce d&#233;menti, la psych&#233; aura perp&#233;tuellement &#224; le pr&#233;senter, &#224; le mettre en sc&#232;ne, &#224; le mettre en sens, selon les lois respectives du fonctionnement de l'originaire, du primaire et du secondaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces conditions de d&#233;passement de l'ext&#233;riorit&#233; r&#233;ciproque entre instances, rendent possible la cure analytique mais aussi et surtout l'extension et la modification de la subjectivit&#233; humaine vers le &#171; dehors &#187; et le &#171; dedans &#187;. C'est une possibilit&#233; en relation d'inter-d&#233;pendance avec l'institution sociale qui fournit du sens et du langage, mais elle s'enracine essentiellement dans le travail de l'imagination radicale et la r&#233;flexivit&#233; du sujet. Moyennant son imagination radicale, le sujet peut &#171; se r&#233;fl&#233;chir &#187;, poser comme objet-non objet, comme entit&#233; ce qui ne l'est pas, &#224; savoir son propre processus de pens&#233;e. Il s'agit de voir double, de se voir double, de se voir tout en se voyant comme autre, de se repr&#233;senter comme activit&#233; repr&#233;sentative et de s'agir comme activit&#233; agissante&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, Le monde morcel&#233;, op. cit., p. 276.&#034; id=&#034;nh30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; cette capacit&#233; r&#233;flexive, la subjectivation &#8211; que j'appellerai dans ce contexte &lt;i&gt;poi&#232;sis&lt;/i&gt; de soi &#8211; est justement ce travail auto-cr&#233;ateur de construction incessante de soi-m&#234;me et du monde, par et dans le continuum psychique qui se cr&#233;e &#224; travers les transformations de la repr&#233;sentation et les positions identificatoires que le sujet y occupe successivement. En ce sens, le travail analytique, autant dans le registre de la n&#233;vrose que dans celui de la psychose et des organisations non n&#233;vrotiques, se situe entre ce qui surgit et ce qui r&#233;siste au mouvement d'appropriation que le sujet op&#232;re tout au long de son existence, afin de repr&#233;senter et de mettre en histoire ses rencontres identifiantes avec l'objet. Dans cette perspective, je consid&#232;re que les constructions interpr&#233;tatives de l'analyste s'int&#232;grent au travail autocr&#233;ateur de construction de soi-m&#234;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G. Stephanatos, &#171; Construire, se construire : remarques th&#233;orico-cliniques (&#8230;)&#034; id=&#034;nh31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moyen de la r&#233;flexivit&#233;, le je, advenant comme instance parlante, pensante et connaissante dans la topique d'Aulagnier, r&#233;ussit par l'interm&#233;diaire des mises en sc&#232;ne fantasmatiques &#224; pouvoir penser de fa&#231;on autonome, tout en tenant compte de l'institution social-historique, l'interpr&#233;tation du monde et de l'&#233;prouv&#233; somato-affectif, originaire de &lt;i&gt;l'infans&lt;/i&gt; par la m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le je &#8211; aussi distinct du Moi freudien que du sujet lacanien &#8211; appr&#233;hende sa subjectivit&#233;, ses relations avec son corps, l'autre et le monde, &#224; travers la probl&#233;matique identificatoire qui lui impose, sous peine de psychose, la sauvegarde de l'unit&#233; entre ses deux composantes : l'identifiant et l'identifi&#233;. Cette dualit&#233; exige justement la r&#233;flexion du je sur lui-m&#234;me, en reposant au niveau du processus secondaire la relation originaire de sp&#233;cularisation, ou mieux de compl&#233;mentarit&#233;, qui unit le repr&#233;sentant et la repr&#233;sentation du monde, chacun &#233;tant pour l'autre condition de son existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la question d'une certaine unit&#233; du sujet humain peut &#234;tre abord&#233;e par le biais de l'unit&#233; &#171; identifiant-identifi&#233; &#187; d'un je d&#233;fini par son savoir sur lui-m&#234;me, pour Castoriadis il s'agit essentiellement de l'unit&#233; de la repr&#233;sentation r&#233;fl&#233;chie de soi et des activit&#233;s d&#233;lib&#233;r&#233;es que l'on entreprend. Le je a &#224; devenir cette subjectivit&#233; r&#233;fl&#233;chissante, dans un processus sans fin correspondant &#224; la dimension r&#233;fl&#233;chie et pratique de notre imagination, entendue comme source de cr&#233;ation qui se manifeste par la capacit&#233; &#233;mergente du sujet, en analyse ou pas, &#224; accueillir un sens r&#233;fl&#233;chi et &#224; en faire quelque chose pour soi en le r&#233;fl&#233;chissant. Cela &#224; condition que la r&#233;flexion ne soit pas r&#233;duite au simple reflet de l'ontologie h&#233;rit&#233;e, ni confondue avec la pens&#233;e, mais qu'elle soit consid&#233;r&#233;e comme l'effort pour briser la cl&#244;ture, o&#249; le sujet est chaque fois n&#233;cessairement pris, que cette cl&#244;ture vienne de son histoire psychique ou de l'institution social-historique qui l'a humanis&#233;. Briser la cl&#244;ture constitue chez Castoriadis une &#233;thique de la praxis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne n'a insist&#233; autant que Castoriadis sur la cr&#233;ativit&#233; radicale de l'imaginaire humain. De la monade psychique &#224; l'autonomie, vis&#233;e ultime d'une subjectivit&#233; r&#233;fl&#233;chissante &#233;mergente et se renfermant sans cesse sur elle-m&#234;me, la r&#233;flexion castoriadienne s'auto-d&#233;ploie comme flux imaginatif qui donne forme et sens nouveaux au projet d'une &#233;lucidation du monde. Projet toujours incertain, &#233;lucidation &#224; jamais illimit&#233;e, interrogative, apor&#233;tique, sans fin.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis &lt;i&gt;Le monde morcel&#233;. Les carrefours du labyrinthe III&lt;/i&gt;, Paris Seuil 1990, p. 50&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pour cette question voir les textes de Jean Florence &#171; Remarques psychanalytiques sur l'imaginaire de Castoriadis &#187;, p. 111-117, et d'Olivier Fressard &#171; Castoriadis, le symbolique et l'imaginaire &#187;, p. 119-150, in &lt;i&gt;L'imaginaire selon Castoriadis. Th&#232;mes et enjeux&lt;/i&gt;, Cahiers Castoriadis no 1 (sous la dir. de Sophie Klimis et Laurent Van Eynde), Facult&#233;s universitaires Saint-Louis, Bruxelles, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;P. Aulagnier, &lt;i&gt;La violence de l'interpr&#233;tation&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1975&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &lt;i&gt;L'institution imaginaire de la soci&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 1975&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &lt;i&gt;L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;, op. cit&lt;/i&gt;., p. 177&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &lt;i&gt;Fait et &#224; faire&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 1997, p 14.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &lt;i&gt;Domaines de l'homme&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 1986, p. 432.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &#171; L'&#233;tat du sujet aujourd'hui &#187;, in &lt;i&gt;Le monde morcel&#233;. Les carrefours du labyrinthe III.&lt;/i&gt;, Seuil, 1990, p. 189-224.] &#187; retrouve les constituants du sujet humain, dont l'unit&#233; &#233;nigmatique est &#224; faire dans toute psychanalyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a multiplicit&#233; des niveaux d'&#234;tre et il y a multiplicit&#233; des sens du terme &#234;tre. L'&#234;tre n'est jamais un simple &#234;tre des &#233;tants, chaque stratification des &#233;tants, r&#233;v&#232;le un autre aspect du sens de l'&#234;tre. Or, &#171; il est impossible de s&#233;parer r&#233;flexion de l'&#234;tre et r&#233;flexion des &#233;tants comme il est impossible de s&#233;parer r&#233;flexion de l'&#234;tre et &#171; th&#233;orie de la connaissance[[C. Castoriadis, Fait et &#224; faire, op. cit., p. 10.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &lt;i&gt;Fait et &#224; faire, op. cit&lt;/i&gt;., p. 31.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &lt;i&gt;Domaines de l'homme, op. cit&lt;/i&gt;., p. 407.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &lt;i&gt;Le monde morcel&#233;, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 192.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &lt;i&gt;Les carrefours du labyrinthe&lt;/i&gt;, Paris, Seuil 1978, p. 43.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, Fait et &#224; faire, op. cit., p. 97.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La port&#233;e ontologique du cercle de la cr&#233;ation est remarquablement explicit&#233;e par F. Ciaramelli dans son texte &#171; Le cercle de la cr&#233;ation &#187; in &lt;i&gt;Autonomie et auto-transformation de la soci&#233;t&#233;. La philosophie militante de Cornelius Castoriadis&lt;/i&gt;, Gen&#232;ve, Droz 1989, p. 87-104.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &lt;i&gt;Domaines de l'homm&lt;/i&gt;e, op. cit., p. 375.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &lt;i&gt;Le monde morcel&#233;, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 205.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &lt;i&gt;Domaines de l'homme, op. cit.,&lt;/i&gt; p. 14.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &lt;i&gt;L'institution imaginaire..., op. cit.&lt;/i&gt;, p. 383.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;P. Aulagnier, &lt;i&gt;La violence de l'interpr&#233;tation&lt;/i&gt;, op. cit., p. 57.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &lt;i&gt;L'institution imaginaire..., op. cit.&lt;/i&gt;, p. 258.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;P. Aulagnier, &lt;i&gt;La violence de l'interpr&#233;tation, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 48.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Idem, p. 58.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &lt;i&gt;Figures du pensable&lt;/i&gt;, Seuil, 1999, p. 184.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Id., &lt;i&gt;L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;..., op. cit&lt;/i&gt;., p. 390.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;R. Cahn, &#171; Du sujet &#187;, &lt;i&gt;Bulletin de la Soci&#233;t&#233; psychanalytique de Paris&lt;/i&gt;, no 19, 1991, p. 83.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ibidem.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &lt;i&gt;Fait et &#224; faire, op. cit&lt;/i&gt;., p. 255.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;J. Peuch-Lestrade, &#171; De l'institution de la cure &#224; la parole du je &#187;, &lt;i&gt;Topique&lt;/i&gt;, 2001, 77, p. 99-110.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;P. Aulagnier, &lt;i&gt;La violence de l'interpr&#233;tation, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 35.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &lt;i&gt;Le monde morcel&#233;, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 276.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;G. Stephanatos, &#171; Construire, se construire : remarques th&#233;orico-cliniques &#187;, &lt;i&gt;Ekton ysteron&lt;/i&gt;, Ath&#232;nes, no 1, 1997, p. 149-177.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Nature humaine et humaines natures</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?1210-Nature-humaine-et-humaines-natures</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?1210-Nature-humaine-et-humaines-natures</guid>
		<dc:date>2025-09-05T07:14:04Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>B&#233;rard Quentin</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cologie</dc:subject>
		<dc:subject>Anthropologie</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Primitivisme</dc:subject>
		<dc:subject>Scientisme</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>N&#233;ot&#233;nie</dc:subject>
		<dc:subject>Mortalit&#233; / finitude</dc:subject>
		<dc:subject>Type anthropologique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;D&#233;but du chapitre II &#171; Nature humaine et humaines natures &#187; du livre de Quentin B&#233;rard &#171; &#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique. Pour une refondation &#187; (Libres&amp;Solidaires, 2021), pp. 45 &#8212; 65. Pr&#233;sentation et liens disponibles ici &#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique &#8212; Pour une refondation Sommaire : Introduction I &#8211; Survol ethno-historique II &#8211; Nature humaine et humaines natures &#8212; Premi&#232;re partie, ci-dessous... III &#8211; Histoire et contre-histoire de l'id&#233;e de Nature IV &#8211; Sources (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-283-Berard-Quentin-+" rel="tag"&gt;B&#233;rard Quentin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-89-ecologie-+" rel="tag"&gt;&#201;cologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-110-anthropologie-+" rel="tag"&gt;Anthropologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-6-psychanalyse-+" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-88-primitivisme-+" rel="tag"&gt;Primitivisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-224-scientisme-+" rel="tag"&gt;Scientisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-234-neotenie-+" rel="tag"&gt;N&#233;ot&#233;nie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-117-mortalite-finitude-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-+" rel="tag"&gt;Mortalit&#233; / finitude&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-216-type-anthropologique-+" rel="tag"&gt;Type anthropologique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;D&#233;but du chapitre II &#171; Nature humaine et humaines natures &#187; du livre de Quentin B&#233;rard &#171; &#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique. Pour une refondation &#187; (Libres&amp;Solidaires, 2021), pp. 45 &#8212; 65.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1073-Parution-Elements-d-ecologie-politique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;sentation et liens disponibles ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_ombre&#034;&gt;&lt;figure class='spip_document_1238 spip_documents spip_documents_center' style=&#034;max-width:300px;&#034; data-w=&#034;300&#034;&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?-100-Brochures-' class=&#034;spip_in&#034; arial-label=&#034;&#034;&gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:150.09380863039%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/jpg/009576387_1_.jpg&amp;taille=300&amp;1771799851' alt='' data-src='IMG/jpg/009576387_1_.jpg' data-l='533' data-h='800' data-tailles='[\&#034;300\&#034;]' class='image_responsive avec_picturefill' srcset='index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/009576387_1_.jpg&amp;#38;taille=300&amp;#38;1771799851 1x,index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/009576387_1_.jpg&amp;#38;taille=533&amp;#38;1771799851 2x' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique &#8212; Pour une refondation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sommaire :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1085-Introduction-Elements-d-ecologie-politique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1168-Elements-d-ecologie-politique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;I &#8211; Survol ethno-historique&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;II &#8211; Nature humaine et humaines natures &#8212; Premi&#232;re partie, ci-dessous...&lt;/strong&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; III &#8211; Histoire et contre-histoire de l'id&#233;e de Nature&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; IV &#8211; Sources sociales-historiques de l'&#233;cologie politique (&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1234-Sources-sociales-historiques-de-l-ecologie-politique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Premi&#232;re partie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; V &#8211; Politiques de la nature et totalitarisme (&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1114-Ecologie-politique-effondrement-ecocratie' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Premi&#232;re partie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; VI &#8211; Vers une philosophie de la nature ? (&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1103-Ecologie-politique-Vers-une-philosophie-de-la-nature' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Premi&#232;re partie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#201;l&#233;ments de conclusion&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1088-Elements-d-ecologie-politique-resumes' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Annexes : R&#233;sum&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1073-Parution-Elements-d-ecologie-politique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Quatri&#232;me de couverture&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?531-Points-de-diffusion-et-de-vente-de' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Acheter dans nos librairies&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#8212; &lt;a href=&#034;https://www.placedeslibraires.fr/livre/9782372631198-elements-d-ecologie-politique-pour-une-refondation-quentin-berard/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Acheter dans une librairie ind&#233;pendante&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#8212; &lt;a href=&#034;https://libre-solidaire.fr/epages/e02491b5-ce3a-4c00-b187-dc9ff39194fc.sf/fr_FR/?ObjectPath=/Shops/e02491b5-ce3a-4c00-b187-dc9ff39194fc/Products/179&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Commander chez l'&#233;diteur&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous &#233;tions quitt&#233;s la derni&#232;re fois sur le constat, d&#233;routant, d'une histoire &#233;cologique de l'humanit&#233; t&#233;moignant aussi bien de pillages, destructions et d&#233;vastations massives des &#233;l&#233;ments naturels que d'&#233;tablissements de rapports &#233;quilibr&#233;s et compl&#233;mentaires, au point de faire appara&#238;tre de nouvelles esp&#232;ces, de nouveaux milieux, de nouveaux paysages, bref : une nouvelle &#233;cologie de la plan&#232;te. D'o&#249; la question qui va nous retenir aujourd'hui : qu'est-ce donc que cet animal si &#233;trange qui semble appartenir en plein &#224; sa matrice naturelle et lui &#233;chapper en permanence ? J'avais pos&#233; une comparaison : Homo sapiens serait au monde de la vie ce que la vie elle-m&#234;me est au monde min&#233;ral, c'est-&#224;-dire une sorte de r&#233;agencement du donn&#233; selon des principes radicalement diff&#233;rents aboutissant &#224; des processus d'une absolue nouveaut&#233;. Quel est donc ce monde humain, singuli&#232;rement diff&#233;rent &#224; la fois des ph&#233;nom&#232;nes apparents de la vie &#8211; ph&#233;nom&#232;nes encore difficilement pensables &#8211; et du reste de l'univers &#8211; lui-m&#234;me nimb&#233; d'un &#233;pais myst&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va donc &#234;tre question de la &#171; nature humaine &#187;. Le terme est tomb&#233; en d&#233;su&#233;tude et fait pousser de hauts cris depuis des d&#233;cennies, comme si la question &#233;tait r&#233;gl&#233;e ou inepte &#8211; en r&#233;alit&#233;, c'est l&#224; un des signes indubitables de l'avachissement de la pens&#233;e contemporaine ou plut&#244;t de son &#233;vanescence. Quoi que vous disiez, pensiez ou fassiez, cela pr&#233;suppose une conception de l'&#234;tre humain, qui ressurgit d'ailleurs d&#232;s qu'on discute un tout petit peu. Et aujourd'hui, les conceptions de la &#171; nature humaine &#187; sont d'une rare indigence, y compris et surtout lorsqu'il est question d'&#233;cologie politique : tant&#244;t nous ne serions, au fond, que des animaux comme les autres, inexplicablement &#233;gar&#233;s, tant&#244;t des consommateurs-n&#233;s ou des demi-dieux en transition, tant&#244;t encore des ordinateurs reprogrammables &#224; volont&#233;, etc. Il faut donc rouvrir la question, la travailler, sans esp&#233;rer une conception close et d&#233;finitive &#8211; c'est justement la question, comme on va le voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme la derni&#232;re fois, je ne propose qu'une synth&#232;se, forc&#233;ment orient&#233;e certes, qui souhaite seulement constituer une incitation &#224; penser. Je vais aborder la chose sous l'angle des disciplines contemporaines &#8211; biologie humaine, psychanalyse, ethnologie &#8211;, qui me semblent des sources capitales pour former une sorte d'introduction au questionnement philosophique mill&#233;naire sur la &#171; nature &#187; humaine. Le domaine est immense et remplit des biblioth&#232;ques ; je vais me restreindre &#224; aborder la chose sous l'angle &#171; &#233;cologique &#187;, c'est-&#224;-dire des rapports de l'humain avec la nature et sa nature &#8211; vous verrez que ce n'est pas qu'un jeu de mots &#8211; mais cela va nous conduire quand m&#234;me relativement loin. Je prends comme point de d&#233;part la th&#233;orie de la n&#233;ot&#233;nie, injustement m&#233;connue, pour aborder les trois strates de l'&#234;tre humain, naturelle, psychique et culturelle qui interrogent, ensemble ou chacune prise isol&#233;ment, la simple dualit&#233; humain-nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le principe de n&#233;ot&#233;nie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suppose connu le processus d'hominisation qui s'&#233;tale sur 7 millions d'ann&#233;es, &#224; partir de nos anc&#234;tres communs avec les chimpanz&#233;s : la conqu&#234;te progressive de la bip&#233;die, la dialectique main-outil-cerveau, la dilatation de la bo&#238;te cr&#226;nienne et autres modifications morphologiques, lentes sophistications du langage, des interactions sociales, des techniques, etc. J'aborde la question sous un angle moins convenu, l'approche embryo-zoologique, avanc&#233;e par un biologiste des ann&#233;es 1920-1930, Louis Bolk, &#224; l'origine de cette th&#233;orie qui n'est aujourd'hui plus contest&#233;e, la th&#233;orie de la n&#233;ot&#233;nie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un point de d&#233;part est la comparaison frappante des cr&#226;nes f&#339;taux et adultes de chimpanz&#233;s et d'humains. Alors que chez notre cousin le changement saute aux yeux, nous conservons, adultes, les principales caract&#233;ristiques du f&#339;tus primate : m&#234;me aplatissement de la face, m&#234;me hypertrophie du cr&#226;ne, m&#234;me absence de soudure des os, position basse du trou occipital, etc. Homo sapiens semble se distinguer par un ralentissement du d&#233;veloppement qui fait na&#238;tre le petit humain comme un hominid&#233; morphologiquement immature : faiblesse de la musculature, raret&#233; de la pilosit&#233;, absence de pouce post&#233;rieur opposable, non-fermeture des cloisons cardiaques, immaturit&#233; du syst&#232;me nerveux pyramidal, circonvolutions c&#233;r&#233;brales sous-d&#233;velopp&#233;es, etc. Comme si nous &#233;tions pr&#233;matur&#233;s, on observe un ralentissement dysharmonique du d&#233;veloppement intra-ut&#233;rin de telle sorte qu'une gestation &#171; aboutie &#187; &#171; devait &#187; durer 18 mois : naissant &#224; 9 mois, nous poursuivons notre d&#233;veloppement ex utero, dans une totale d&#233;pendance &#224; l'environnement imm&#233;diat. Nous conservons bien s&#251;r, nous adultes, quantit&#233; de ces traits f&#339;taux ou plut&#244;t juv&#233;niles qui nous diff&#233;rencient nettement de nos cousins primates, tout en acqu&#233;rant, tr&#232;s tardivement &#224; la pubert&#233;, notre capacit&#233; reproductrice. Ce ph&#233;nom&#232;ne n'est pas exceptionnel en biologie : c'est la n&#233;ot&#233;nie (de neo, nouveau, teinein, prolonger, &#233;tendre) dont le plus grand repr&#233;sentant est le c&#233;l&#232;bre axolotl qui, dans certaines conditions, reste &#224; l'&#233;tat larvaire tout en devenant sexuellement mature. L'esp&#232;ce humaine est donc n&#233;ot&#233;nique : nous sommes des singes physiquement inaccomplis, inachev&#233;s, des survivants d'un accident &#233;volutif qui nous a emp&#234;ch&#233;s de parvenir &#224; un plein d&#233;veloppement physique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas grand-chose, au fond, quelque pour cent de diff&#233;rences g&#233;n&#233;tiques d'avec le chimpanz&#233;, essentiellement des g&#232;nes de d&#233;veloppement dont les expressions diff&#232;rent &#8211; ASPM, HAR1, MYH16 &#8211; mais c'est une r&#233;volution aux cons&#233;quences multiples qui aboutit &#224; la formation d'un nouveau type d'&#234;tre vivant. Nouveau type que je vais aborder selon trois angles &#8211; naturel, psychique et culturel &#8211; et qui se caract&#233;rise par la nouveaut&#233;. Pr&#233;cis&#233;ment, l'&#233;tymologie de n&#233;ot&#233;nie implique une notion de nouveaut&#233; continue qui s'applique bien au-del&#224; de la seule biologie : Homo sapiens est une erreur, une aberration, une cr&#233;ation phylog&#233;nique &#233;trange qui implique elle-m&#234;me une ouverture permanente sur le nouveau, l'innovation, le changement, les commencements comme dirait Hannah Arendt. Mais commen&#231;ons, justement, par le d&#233;but.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1 &#8211; L'humain comme &#234;tre naturel&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re cons&#233;quence de la th&#233;orie de la n&#233;ot&#233;nie, c'est que l'&#234;tre humain n'est pas un myst&#232;re complet, qu'il s'inscrit en plein dans la vie biologique, qu'il est un animal, en quelque sorte, comme un autre. C'est d'une plate &#233;vidence pour vous, et aujourd'hui, &#231;a ne l'a pas &#233;t&#233; pendant des mill&#233;naires. Quelques mots l&#224;-dessus pour bien faire comprendre ce que cela implique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord &lt;i&gt;Homo sapiens&lt;/i&gt; est le fruit de m&#233;canismes &#233;volutifs classiques. Vous connaissez sans doute l'histoire de l'occupation de la Polyn&#233;sie : les premiers humains &#224; y avoir migr&#233; ont d&#251; traverser de larges &#233;tendues d'oc&#233;ans sur des embarcations sommaires, payant certainement un lourd tribut en vies humaines, et semblent n'avoir surv&#233;cu &#224; l'&#233;preuve que ceux qui fixaient le mieux les graisses &#8211; d'o&#249; un taux d'ob&#233;sit&#233; important aujourd'hui en Polyn&#233;sie alors m&#234;me que le r&#233;gime alimentaire n'y a rien de particulier. M&#234;me chose pour la tol&#233;rance au lactose, normalement temporaire chez le petit humain, mais dont le d&#233;terminant g&#233;n&#233;tique s'est r&#233;pandu en Eurasie chez les populations pratiquant l'&#233;levage. Un m&#234;me processus semble s'&#234;tre d&#233;roul&#233; dans les environnements riches en arsenic ou en radioactivit&#233;, ne survivant, l&#224; encore au fil des g&#233;n&#233;rations, que les individus dont les organismes tol&#233;raient le mieux ces toxicit&#233;s, ou ceux porteurs d'un all&#232;le de la dr&#233;panocytose qui prot&#232;ge contre la malaria &#8211; d'o&#249; sa pr&#233;valence importante dans les pays concern&#233;s. Des m&#233;canismes semblables, encore inconnus mais incontestables, semblent &#234;tre &#224; l'origine de l'in&#233;gale r&#233;partition des groupes sanguins chez tous les peuples de la plan&#232;te, des complexes HLA (pour des greffes) ou encore des diff&#233;rences d'efficacit&#233; des m&#233;dicaments selon les continents. Dans ces derniers cas on pense plut&#244;t &#224; la d&#233;rive g&#233;n&#233;tique, c'est-&#224;-dire l'effet du hasard. Pour d'autres caract&#232;res interviendrait plut&#244;t la s&#233;lection sexuelle, c'est-&#224;-dire la pr&#233;f&#233;rence &#171; arbitraire &#187;, culturelle, donc non &#171; naturelle &#187;, des partenaires pour certains traits physiques : pigmentation de la peau (modulo l'importance de la vitamine D, fix&#233;e par l'&#233;piderme lors de l'exposition au soleil), forme des yeux, du cr&#226;ne ou du visage, grosseurs des seins, angle p&#233;nien, pilosit&#233;, taille, etc. L&#224;, nous sommes d&#233;j&#224; dans l'interp&#233;n&#233;tration entre les m&#233;canismes purement biologiques et ceux relevant de la culture&#8230; Ces &#233;l&#233;ments purement factuels heurtent les sentiments antiracistes contemporains qui se basent sur une fausse homog&#233;n&#233;it&#233; somatique mais c'est une chose qu'il faut avoir en t&#234;te et dont on ne peut se d&#233;barrasser aussi simplement : &#233;tudier l'&#234;tre humain comme un animal, c'est le faire entrer dans le giron d'un savoir objectif, loin de toutes consid&#233;rations morales ou politiques a priori. En allant jusqu'au bout : le nazisme est le premier r&#233;gime biologique de l'histoire &#8211; nous y reviendrons longuement en discutant &#233;cologie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Homme hormonal, neuronal&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur un autre plan, nous portons en nous mille mani&#232;res, r&#233;flexes, automatismes h&#233;rit&#233;s de notre phylog&#233;nie de vivant, de vert&#233;br&#233;, de mammif&#232;re, de primate, d'hominid&#233; et qui ressurgissent quotidiennement. Vous connaissez tous ces exp&#233;riences de psycho-sociologie amusante qui mettent en &#233;vidence des attitudes de conformismes groupaux, voire de gr&#233;garisme, qui n'ont pas grand-chose &#224; envier aux reportages animaliers. C'est particuli&#232;rement &#233;vident concernant les comportements li&#233;s &#224; la domination, &#224; la soumission, &#224; la fuite, bref aux conflits intrasp&#233;cifiques. Il faut voir le joli film d'Alain Resnais, inspir&#233; par les synth&#232;ses de Henri Laborit, &lt;i&gt;Mon oncle d'Am&#233;rique&lt;/i&gt; (1980) qui interpr&#232;te une histoire tout &#224; fait banale faite d'affaires de m&#339;urs, de probl&#232;mes professionnels, de choix d&#233;licats &#224; la lumi&#232;re de l'&#233;thologie comportementale des rats. On peut trouver cela r&#233;ducteur, et cela l'est effectivement, mais impossible de ne pas se sentir personnellement concern&#233;. Impossible surtout dans le domaine de la sexualit&#233;, c'est-&#224;-dire de la reproduction, une des particularit&#233;s essentielles du ph&#233;nom&#232;ne de la vie. Qui osera dire qu'elle n'imbibe pas la quasi-totalit&#233; de notre vie psychique et m&#234;me sociale ?&#8230; Plus profond&#233;ment, l'influence des hormones est une autre &#233;vidence qui nous rappelle &#224; notre animalit&#233; la plus pure : si je vous injecte &#224; tous de la testost&#233;rone, ou de la dopamine ou des endorphines, vos comportements vont radicalement changer dans les minutes qui suivent. M&#234;me chose concernant vos circuits neuronaux&#8230; On a parl&#233; &#224; ce propos d'&#171; Homme neuronal &#187;, mais on pourrait parler d'&#171; Homme hormonal &#187; ou &#171; ph&#233;romonal &#187; ou &#171; g&#233;n&#233;tique &#187; ou m&#234;me &#171; microbien &#187;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'influence environnementale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait aussi parler d'&#171; Homme environnemental &#187; car dans ce domaine aussi, l'&#234;tre humain est soumis &#224; des r&#232;gles observables, sans retomber dans le climato- ou le g&#233;o-d&#233;terminisme que beaucoup de penseurs des Lumi&#232;res ont invoqu&#233; pour expliquer la diversit&#233; humaine. Par exemple l'influence de l'eau est d&#233;terminante : la plupart des traces arch&#233;ologiques de campements humains sont &#224; proximit&#233; de cours d'eau, qui semblent avoir &#233;t&#233; des routes naturelles des soci&#233;t&#233;s pr&#233;historiques. Nous avons vu la derni&#232;re fois que les premi&#232;res grandes collectivit&#233;s semblent s'&#234;tre construites autour de fleuves et d'estuaires, formant les premiers grands empires organis&#233;s autour d'un bassin versant, le &#171; despotisme oriental &#187; de K. A. Wittfogel. La gestion de l'eau &#224; cette &#233;chelle a entra&#238;n&#233; une m&#233;ga-organisation sociale, la &lt;i&gt;m&#233;ga-machine&lt;/i&gt; de Lewis Mumford, la formation d'un &#201;tat imp&#233;rial avec tout ce que cela implique. &lt;i&gt;Idem&lt;/i&gt; pour la formation des empires thalassocratiques et surtout l'importance du bassin m&#233;diterran&#233;en dans l'histoire humaine et, dans une mesure &#233;gale, de la &#171; m&#233;diterran&#233;e extr&#234;me-orientale &#187; qui borde la Chine, le Japon, la Cor&#233;e. Aujourd'hui encore, l'emplacement de la plupart des grandes villes en portent la marque, &#224; la confluence des grands circuits fluviaux et maritimes. D'autres vont plus loin comme David Cosandey, qui relie le d&#233;coupage des c&#244;tes par la mer &#8211; espace libre par excellence &#8211; au degr&#233; de fractionnement des territoires et de d&#233;veloppement des civilisations, et son analyse vaut le d&#233;tour puisqu'elle permet de lire tr&#232;s pertinemment certains ph&#233;nom&#232;nes contemporains. De m&#234;me l'hypoth&#232;se de J. Diamond pour expliquer que le choc microbien ait d&#233;cim&#233; 90 % des Am&#233;rindiens et non les Europ&#233;ens lors de leur d&#233;barquement est s&#233;duisante : l'Eurasie &#233;tant globalement orient&#233;e est-ouest a favoris&#233; la circulation mill&#233;naire d'agents pathog&#232;nes, d'o&#249; une immunit&#233; sup&#233;rieure contre la grippe, la variole, la rougeole, le typhus en comparaison au territoire am&#233;ricain, dont l'axe Nord-Sud a cloisonn&#233; les soci&#233;t&#233;s humaines en zones &#233;co-climatiques tr&#232;s diff&#233;renci&#233;es. Je ne vais pas multiplier les exemples, mais ceux qui relient l'apparition du premier foyer n&#233;olithique au Proche-Orient &#224; des consid&#233;rations &#233;cologiques ont aussi des arguments &#224; faire valoir : climat alors favorable de la r&#233;gion &#224; une grande diversit&#233; d'esp&#232;ces v&#233;g&#233;tales (c&#233;r&#233;ales) &#224; la fois productives, nourrici&#232;res et hermaphrodites (ce qui d&#233;favorise les croisements), &#224; quoi r&#233;pondent une vari&#233;t&#233; et une continuit&#233; g&#233;ographique favorisant la pr&#233;sence de grandes esp&#232;ces animales, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Adapt&#233; &#224; l'inadaptation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela dresse le portrait d'un &lt;i&gt;Homo sapiens&lt;/i&gt; comme un &#234;tre de nature, par son histoire biologique, par son milieu int&#233;rieur, par sa d&#233;pendance au milieu ext&#233;rieur et il serait impensable de ne pas le prendre en consid&#233;ration. Mais ce serait une erreur gravissime de croire qu'il n'aurait qu'&#224; s'int&#233;grer, en tant qu'animal, dans cet univers &#233;cologique dont il proc&#232;de : l'humain est aussi, biologiquement, un animal dont l'organisme ne le pr&#233;destine &#224; rien. Nous sommes naturellement des inadapt&#233;s. C'est la deuxi&#232;me cons&#233;quence de la n&#233;ot&#233;nie. N&#233; inachev&#233;, notre corps ne correspond &#224; aucun milieu particulier. Certes, il semblerait que notre esp&#232;ce ait &#233;merg&#233; dans une transition for&#234;t/savane, et que la perte de notre agilit&#233; arboricole se soit faite au profit d'une capacit&#233; &#224; la course de fond &#8211; certainement la premi&#232;re m&#233;thode de chasse, par l'&#233;puisement, que les San (Bushmen) pratiquent toujours. Mais nous ne sommes pourvus ni de crocs, ni de griffes, ni m&#234;me de la musculature du cousin gorille &#8211; tout cela avait &#233;t&#233; parfaitement relev&#233; par les mythologies, comme le montre tr&#232;s justement Dany Robert Dufour. L'appendice qui nous est propre, la main, est extraordinairement polyvalent : elle ne sert, en propre, &#224; rien de particulier, et sert, de fait, &#224; tout &#8211; frapper, prendre, tirer, caresser, lancer, etc. Idem pour le reste du corps : &#224; le voir, impossible de le rattacher &#224; un quelconque milieu, sinon &#224; un climat relativement chaud, ni &#224; une pratique particuli&#232;re. Et pourtant, comme le note Jacques Ruffi&#233;, il est certainement le seul animal &#224; pouvoir, &#224; la fois, courir aussi longtemps, soulever des poids aussi lourds, grimper aussi bien et nager de mani&#232;re fort honorable. &#192; cette sorte de d&#233;cathlon interesp&#232;ces nous serions les meilleurs&#8230; La chose est identique concernant l'alimentation : nous faisons partie de ces rares sp&#233;cimens absolument omnivores. Ou encore la sexualit&#233; : la grosseur interm&#233;diaire de nos testicules comparativement aux autres primates nous place entre la monogamie stricte et la sexualit&#233; de groupe la plus d&#233;brid&#233;e &#8211; ingr&#233;dient permanent de la com&#233;die humaine &#8211; sans m&#234;me parler de la dissimulation totale de l'ovulation chez la femme, trait distinctif d'&lt;i&gt;Homo sapiens&lt;/i&gt;, qui invite &#224; une copulation permanente. Nous n'avons donc aucune niche &#233;cologique pr&#233;destin&#233;e, et il est vain de chercher la &#171; place de l'Homme dans la nature &#187; &#8211; il n'occupe que celles qu'il prend, sans pour autant s'y fixer comme nous l'avons &#233;voqu&#233; la derni&#232;re fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cela correspond non pas un grand vide &#171; instinctuel &#187;, mais une d&#233;structuration, un chaos. Non pas que rien d'&#171; inn&#233; &#187; ne nous serait l&#233;gu&#233; mais cet h&#233;ritage bio-comportemental est infiniment et multiplement contrari&#233; par notre d&#233;veloppement c&#233;r&#233;bral. Venant au monde avec une bo&#238;te cr&#226;nienne hypertrophi&#233;e prot&#233;geant un n&#233;ocortex &#224; la fois d&#233;mesur&#233; et immature, notre plasticit&#233; c&#233;r&#233;brale nous rend bien plus d&#233;termin&#233;s par ce que l'on a emmagasin&#233; lors de la prime enfance dans notre cerveau de mammif&#232;re que par notre cerveau reptilien. Autrement dit, nos &#171; d&#233;bris d'instinct &#187;, comme le note C. Castoriadis, sont fortement &lt;i&gt;d&#233;-fonctionnalis&#233;s&lt;/i&gt;. Il n'y a qu'&#224; penser &#224; notre sexualit&#233; qui, depuis bien longtemps, s'est &#233;mancip&#233;e des n&#233;cessit&#233;s de la reproduction ou de la coh&#233;sion de notre groupe social. Pire encore, concernant l'agressivit&#233;, &#224; la fois inhib&#233;e et d&#233;multipli&#233;e, au point que l'on puisse l&#233;gitimement s'inqui&#233;ter, &#224; la suite d'un Konrad Lorenz, de la capacit&#233; de notre esp&#232;ce &#224; se survivre &#224; elle-m&#234;me,&lt;i&gt; en tant qu'esp&#232;ce animale&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme vous l'avez remarqu&#233; lors de l'&#233;vocation des m&#233;canismes &#233;volutifs, la culture humaine intervient imm&#233;diatement, comme une sorte d'auto-&#233;volution &#8211; on a parl&#233; d'&lt;i&gt;auto-domestication&lt;/i&gt;. Je reprends l'exemple de mon injection de testost&#233;rone : votre comportement va effectivement changer, mais il restera impr&#233;visible. L'hormone pousse &#224; la domination et &#224; l'accouplement mais cela peut prendre mille formes diff&#233;rentes, qui s'exprimeront selon la situation, la personnalit&#233;, le psychisme ou la culture de chacun. Et on trouvera des exceptions &#224; tout, tout le temps, plus ou moins explicables &lt;i&gt;a posteriori&lt;/i&gt;. Il n'y a donc aucun d&#233;terminisme strict. D'ailleurs, lorsque vous multipliez les d&#233;terminismes, ils se contredisent : vos g&#232;nes vous poussent &#224; vous reproduire, mais votre situation de domin&#233; vous prive des ressources hormonales n&#233;cessaires ; vous pouvez &#234;tre amen&#233; &#224; vous mettre en danger ou &#224; vous tuer pour la protection d'autres que vous, et m&#234;me pas forc&#233;ment des descendants, etc. Le g&#233;n&#233;ticien, le physiologiste, l'&#233;thologue et l'&#233;cologue ne cessent de r&#233;clamer chacun de leur c&#244;t&#233; le monopole de votre comportement &#8211; il en r&#233;sulte une complexit&#233;, des degr&#233;s de libert&#233; o&#249; intervient, &#224; tout le moins, l'al&#233;atoire&#8230; Derni&#232;re remarque, et pas la moindre : ce qui fait de nous des animaux ne nous pousse pas n&#233;cessairement &#224; des rapports moins destructeurs envers l'environnement naturel, au contraire m&#234;me. Que l'on pense tout simplement &#224; la d&#233;mographie humaine, presque continuellement croissante depuis des dizaines de milliers d'ann&#233;es, et &#224; la charge &#233;cologique qu'elle implique, ou &#224; l'agressivit&#233; groupale inter- ou intrasp&#233;cifique &#8211; on a vu des &#171; guerres &#187; entre bandes de primates &#8211;, ou encore &#224; la surconcentration g&#233;ographique entra&#238;n&#233;e par l'in&#233;gale r&#233;partition des ressources naturelles, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques &#233;l&#233;ments de bilan, pour conclure cette premi&#232;re partie : il est aujourd'hui impensable de d&#233;nier notre r&#233;alit&#233; animale, et de multiples d&#233;terminismes, int&#233;rieurs ou ext&#233;rieurs, nous traversent et nous &#171; agissent &#187;. Mais m&#234;me de ce point de vue strictement biologique, nous sommes largement ind&#233;finis, instables, inadapt&#233;s et surtout &lt;i&gt;sans aucune place fixe dans aucun &#233;cosyst&#232;me que ce soit&lt;/i&gt;. En r&#233;alit&#233;, nous sommes, d&#232;s le d&#233;part, biologiquement, des animaux hyper-sociaux, parlants et outill&#233;s. Notre main elle-m&#234;me n'existerait pas sans les proto-outils qu'elle saisit, et eux-m&#234;mes sont inconcevables sans un cerveau hypertrophi&#233; pris dans un proto-langage et des relations sociales complexes. Imaginer un humain seul, les bras ballants, c'est n'avoir pas compris : c'est d'embl&#233;e une harde d'une vingtaine d'individus, avec des pierres ou des branches dans les mains, qui r&#233;agissent collectivement. Nous sommes imm&#233;diatement des &lt;i&gt;animaux de culture&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire des &lt;i&gt;organismes d&#233;biles&lt;/i&gt; qui ne doivent leur survie et leur succ&#232;s qu'&#224; l'invention d'un monde propre. Mais pour comprendre pr&#233;cis&#233;ment les ressorts de cette tension avec la culture, il nous faut s'arr&#234;ter &#224; la &lt;i&gt;strate psychique&lt;/i&gt;, presque syst&#233;matiquement escamot&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2 &#8211; L'humain comme &#234;tre psychique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Revenons &#224; la n&#233;ot&#233;nie pour bien saisir en quoi la culture humaine est fondamentalement diff&#233;rente des autres cultures animales, y compris celles des &lt;i&gt;Hominidae&lt;/i&gt; qui nous sont les plus proches. Car il se d&#233;roule chez les humains un ph&#233;nom&#232;ne radicalement nouveau, &#224; l'&#233;chelle du psychisme et il faut comprendre son &#233;mergence. Je vais me baser sur la seule hypoth&#232;se qui, &#224; ma connaissance, permette un semblant d'explication, celle du psychanalyste G&#233;rard Mendel. Dans ce qui va suivre, la question principale &#224; se poser n'est pas : comment le sait-on ? Mais : avons-nous d'autres explications ? Mon propos va d'abord vous sembler &#233;loign&#233; de mon sujet, mais ce d&#233;tour est n&#233;cessaire : c'est la formation de l'esprit humain, ou &lt;i&gt;psychog&#233;n&#232;se&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La psychog&#233;n&#232;se humaine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvenons-nous du petit humain, qui na&#238;t en quelque sorte &#171; trop t&#244;t &#187;, en plein d&#233;veloppement, inachev&#233;, jet&#233; dans le monde alors qu'il n'y est pas biologiquement pr&#233;par&#233;. Sur le plan physiologique, ses organes moteurs sont totalement immatures ; alors que le petit chimpanz&#233; d&#233;veloppe tr&#232;s rapidement une coordination des mouvements, cela prend, chez nous, des mois, des ann&#233;es, pendant lesquels nous ne pouvons pas, par nous-m&#234;mes, agir, c'est-&#224;-dire prendre, rejeter, manger, fuir, tirer, pousser, etc. En r&#233;alit&#233;, les choses sont plus compliqu&#233;es puisqu'il s'agit plut&#244;t d'un &lt;i&gt;d&#233;veloppement diff&#233;rentiel&lt;/i&gt; : en parall&#232;le d'une &lt;i&gt;immaturit&#233; motrice&lt;/i&gt;, les syst&#232;mes &lt;i&gt;sensoriels&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;hormonaux&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;c&#233;r&#233;braux&lt;/i&gt; sont comparativement plus matures chez le nourrisson. Autrement dit : il per&#231;oit, ressent et d&#233;sire sans pouvoir traduire tout cela en actes ou en comportements. Il y a d'un c&#244;t&#233; toute la vitalit&#233; d'un nouvel &#234;tre qui surgit &#224; l'existence et de l'autre une totale impuissance physique, tiraillement permanent source d'une tension extr&#234;me qui s'auto-alimente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;calage, cette &#171; discordance sensori-motrice &#187;, serait donc source d'une &#233;norme accumulation d'&#233;nergie &#224; la fois libre, inemploy&#233;e, et impossible &#224; d&#233;charger. Cette tension s'accumulerait dans le n&#233;ocortex, le cerveau, pour tenter de r&#233;tablir un semblant d'&#233;quilibre, de coh&#233;rence, de satisfaction face &#224; cette gigantesque, insupportable et permanente frustration. Cela se ferait par l'&#233;laboration d'hallucinations : dans l'impossibilit&#233; de vous d&#233;placer, de vous nourrir ou de vous r&#233;chauffer, vous allez cr&#233;er l'impression d'un d&#233;placement, d'une sati&#233;t&#233;, d'un r&#233;chauffement, attach&#233;e &#224; un affect de plaisir &#8211; et c'est la m&#232;re, bien s&#251;r, qui va pallier cela, mais elle n'existe pas encore en tant qu'individu s&#233;par&#233;, ni en tant qu'individu d'ailleurs, et m&#234;me pas en tant qu'objet ext&#233;rieur. Ce que vous ne pouvez faire, vous allez donc le r&#234;ver &#233;veill&#233; &#8211; &#233;veill&#233; ou pas d'ailleurs, puisque nous parlons l&#224; de l'&lt;i&gt;indistinction&lt;/i&gt; du r&#234;ve et de la r&#233;alit&#233;, du principe fondamental du fantasme : cr&#233;er un autre r&#233;el, satisfaisant, que l'on retrouvera largement dans le sommeil adulte. Voil&#224;, rapidement d&#233;crit, le proto-psychisme humain : la &lt;i&gt;cr&#233;ation&lt;/i&gt; &#8211; cr&#233;ation au sens le plus radical : faire &#234;tre une chose qui n'existait pas &#8211; d'une r&#233;alit&#233; parall&#232;le qui, &#224; l'origine, vaut non pas autant mais &lt;i&gt;bien plus&lt;/i&gt; que la r&#233;alit&#233;, &lt;i&gt;est&lt;/i&gt; la r&#233;alit&#233; elle-m&#234;me, &lt;i&gt;constitue&lt;/i&gt; le r&#233;el &lt;i&gt;in extenso&lt;/i&gt; pour le nourrisson. C'est dire l'importance premi&#232;re, nodale, fondamentale de l'imagination, qui implique, on le voit tout de suite, la primaut&#233; du plaisir de repr&#233;sentation sur le plaisir d'organe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La monade psychique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a donc ici aucune distinction entre la r&#233;alit&#233; et ce qui deviendra plus tard le fantasme ; cette diff&#233;rence n'existe pas chez le nouveau-n&#233; et on ne voit pas sur quoi il la poserait, ni qui ou quoi la lui expliquerait ni comment. En fait, le petit vit dans un univers total, indistinct, o&#249; son &#171; d&#233;sir &#187; est confondu avec sa &#171; r&#233;alisation &#187;, o&#249; envie et plaisir sont confondus, o&#249; les &#171; choses &#187; sont ce que l'on &#171; veut &#187; qu'elles soient, o&#249; monde ext&#233;rieur et int&#233;rieur ne forment qu'un &lt;i&gt;continuum&lt;/i&gt; indiff&#233;renci&#233; soumis &#224; la pulsion. Aussi &#233;tonnant que cela paraisse, le nourrisson vivrait dans une totalit&#233;, une unit&#233;, une unicit&#233; sans phrase, un &#171; Moi-tout &#187; aussi appel&#233; une &#171; monade psychique &#187;, une continuit&#233;, un cosmos o&#249; le pulsionnel se confond en permanence avec le r&#233;el, un sentiment de toute-puissance puisqu'il n'existe aucune s&#233;paration ni distinction. C'est une folie : l'humain na&#238;t &lt;i&gt;fou&lt;/i&gt;, litt&#233;ralement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous pensez imm&#233;diatement : on peut toujours fantasmer, mais la r&#233;alit&#233; n'est pas toujours &#224; la hauteur &#8211; rarement, m&#234;me&#8230; &#8211; et le petit peut bien halluciner qu'il a mang&#233;, s'il a le ventre vide sa douleur va perdurer, ou le froid le br&#251;ler, etc. Et effectivement, c'est ce qui va finir, la plupart du temps, par tirer le nourrisson de sa solitude absolue en m&#234;me temps que de sa b&#233;atitude pr&#233;caire : son syst&#232;me clos ne r&#233;pond pas tout le temps, pas &#224; tout, pas tout de suite, pas compl&#232;tement, pas parfaitement. Peu &#224; peu semble &#233;merger confus&#233;ment l'impression d'une d&#233;pendance &#224; quelque chose : la m&#232;re &#8211; ou son substitut &#8211; mais avant tout per&#231;ue comme sein, source de plaisir lors de l'allaitement, mais aussi de d&#233;plaisir, en son absence. Le sentiment de qui&#233;tude, de plaisir sans borne que le petit humain s'attribuait, cette toute-puissance fantasmatique, il finit par l'attacher &#224; cet objet ext&#233;rieur qui est, lui, &#224; l'origine de son bien-&#234;tre comme de ses souffrances. La puissance qui reliait son d&#233;sir &#224; sa r&#233;alisation est transf&#233;r&#233;e &#224; ce premier ext&#233;rieur, ce premier &#171; objet &#187;, dans ce qui deviendra au fil du temps la m&#232;re, envers laquelle la d&#233;pendance se r&#233;v&#232;le absolument totale : elle est source de bonheur ineffable comme de souffrances insupportables, ce sont ses pr&#233;sences/absences, ses actions, sa volont&#233;, et finalement son d&#233;sir myst&#233;rieux qui vont restaurer le narcissisme originaire du petit et en m&#234;me temps que le plonger dans la frustration, le manque, l'impuissance. Figure toute-puissante, arbitraire, ambivalente : telle est la sensation que le nouveau-n&#233; en a, sans rapports directs avec la r&#233;alit&#233; de la personne qui l'incarne. Bien s&#251;r vous connaissez la suite, qui m&#232;ne au c&#233;l&#232;bre complexe d'&#338;dipe : progressivement, le p&#232;re &#8211; ou son ou ses tenant-lieu &#8211; &#233;merge et brise cette fusion avec la m&#232;re, interdit l'inceste, cette sorte d'hyper-inceste de la pr&#233;-humanit&#233;, et c'est &#224; lui que la puissance va &#234;tre attribu&#233;e, avec tous ses relais et ses symboles ult&#233;rieurs ; le langage, la loi, le chef, Dieu, l'&#201;tat, la machine, etc. Le renoncement, pour soi et tr&#232;s relatif, &#224; cette toute-puissance princeps, c'est l'origine du refoulement. Il n'est jamais total et il en irradie une nostalgie puissante, un attrait obsessionnel fondamental. Je ne vais pas discuter ici de l'universalit&#233; du complexe d'&#338;dipe, la question, abandonn&#233;e, semblant loin d'&#234;tre tranch&#233;e, mais je me rangerais sous la figure de Claude Lefort pour dire que ce sch&#233;ma global &#8211; fusion puis intervention d'une figure tierce &#8211; n'est nulle part invalid&#233; par le mat&#233;riel ethno-psychiatrique, plut&#244;t le contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Implications &#233;cologiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel rapport de tout cela avec l'&#233;cologie ? Il est central de plusieurs points de vue, puisqu'il serait superficiel de dire que ces exp&#233;riences infantiles laissent des traces : elles sont fondatrices et d&#233;terminantes de notre fonctionnement psychique quotidien &#8211; pensez &#224; cette fleur qui n'est &#224; tel endroit &#224; tel moment que par la conjonction de mouvements telluriques, du m&#233;ga-syst&#232;me climatique ou m&#234;me de la m&#233;canique c&#233;leste depuis des milliards d'ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord et avant tout, ce sch&#232;me de toute-puissance, cette monade psychique. Nous sommes v&#233;ritablement hant&#233;s, nous, esp&#232;ce humaine, par la volont&#233; de restaurer cet &#233;tat de toute-puissance, de totalit&#233;, qui est le &lt;i&gt;moteur&lt;/i&gt; &lt;i&gt;principal&lt;/i&gt; de l'esprit humain. &#192; l'&#233;chelle individuelle mais aussi collective, nous existons de mani&#232;re radicalement auto-centrique : &#233;gocentrisme absolu, mais aussi anthropocentrisme fondamental, qui transcende largement la simple cl&#244;ture animale. Cela peut se briser &#8211; se brise, sinon nous ne serions pas ici &#8211; mais l'exp&#233;rience clinique comme historique montre que l'humanisation ainsi entendue n'est en rien &#171; naturelle &#187; et que la tendance g&#233;n&#233;rale, la pente spontan&#233;e, est bien plut&#244;t la recherche &#233;perdue de totalit&#233; et la haine de tout ce qui la contrarie. Cela se traduit par la constitution du roc du sens, donc de la croyance, essentiellement religieuse, comme explication et promesse de tout et la destruction conjointe de ce qui ne s'y soumet pas, avec, r&#233;cemment, l'investissement de la puissance instrumentale &#8211; raison, quantification, technique, machine &#8211; comme mode de r&#233;alisation du fantasme. C'est ici &#233;galement que s'origine radicalement le prurit d'accumulation, que l'on appelle un peu trop commod&#233;ment capitalisme, qui serait plut&#244;t la lib&#233;ration de cette pouss&#233;e hors des cadres traditionnels par leur rationalisation. Les implications &#233;cologiques se passent de commentaire, et vous comprenez que les &#171; probl&#232;mes &#187; qui s'y rapportent mettent imm&#233;diatement en cause notre ontologie sp&#233;cifique, notre d&#233;mesure, notre &lt;i&gt;hubris&lt;/i&gt; cong&#233;nitale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, ces deux figures de la M&#232;re et du P&#232;re, vers laquelle cette toute-puissance a &#233;t&#233; transf&#233;r&#233;e, sont devenues des images arch&#233;typales, des &lt;i&gt;imago&lt;/i&gt; comme on dit, profond&#233;ment ancr&#233;es et bien vivantes au tr&#233;fonds de notre esprit, de notre &lt;i&gt;psych&#233;&lt;/i&gt;. Les signes, les symboles, les attributs du P&#232;re sont bien connus : tous les symboles phalliques &#8211; traits, b&#226;tons, lances, sceptres, menhirs, totems, sabres, gratte-ciel, fus&#233;es, etc. &#8211; et les institutions, au sens large, qui incarnent la puissance, l'ordre et la s&#233;paration &#8211; le langage, la Loi, le savoir, la science, etc. En bref : c'est toute la soci&#233;t&#233; qui est v&#233;cue comme &#233;tant r&#233;gi par l'autorit&#233; du P&#232;re, caricature pouss&#233;e &#224; l'extr&#234;me par les dictateurs qui emp&#234;chent un d&#233;passement du fantasme dans la collectivit&#233; anonyme qu'est, de fait, toute soci&#233;t&#233; et auquel tend la d&#233;mocratie. Quant &#224; la M&#232;re, elle incarne la Nature : nature enveloppante, nature nourrici&#232;re, nature fertile, nature f&#233;conde, nature maternante &#8211; mais aussi nature myst&#233;rieuse, nature indiff&#233;rente, destructrice, capricieuse, cruelle qui reprend la vie tout autant qu'elle la donne &#8211; que symbolisera plut&#244;t la courbe des seins, des hanches, des fesses, du ventre de la femme enceinte, le cercle, l'enveloppe du collectif, la hutte, la maison&#8230; Regardez les logos des &#233;colos, c'est souvent rond, jusqu'&#224; la rotondit&#233; de la Terre&#8230; Ce sont, bien s&#251;r, toutes les divinit&#233;s f&#233;minines qui l'incarnent depuis des mill&#233;naires &#8211; Cyb&#232;le, D&#233;m&#233;ter, Isis, Ishtar, Ga&#239;a, etc. &#8211; et qui semblent avoir &#233;merg&#233; confus&#233;ment autour du N&#233;olithique, fr&#233;quemment reli&#233;es archa&#239;quement &#224; des sources ou des points d'eau, et dont il faut s'attirer les bonnes gr&#226;ces pour les r&#233;coltes par des liturgies, des rites, des offrandes, etc., et que l'on ensemence, fantasmatiquement et r&#233;ellement, en p&#233;n&#233;trant la terre pour y d&#233;poser des graines&#8230; Je simplifie, bien s&#251;r, et on retrouve cette dichotomie de mani&#232;re un peu fractale : par exemple le Soleil (masculin) et la Lune (f&#233;minine), le Ciel et la Terre, ou, plus r&#233;cemment l'&#201;tat comme autorit&#233; paternelle et la M&#232;re-Patrie, la Nation, et m&#234;me la double figure de l'&#201;tat policier et de l'&#201;tat providence, etc. Nous reparlerons de tout &#231;a. Mais c'est aussi et surtout toutes les mythologies qui &#233;voquent le paradis perdu, l'&#226;ge d'or, ce mythe si bien d&#233;crit par Mirc&#233;a Eliade, ce temps r&#233;volu o&#249; l'humain ne faisait qu'un avec la M&#232;re-Nature, le jardin d'&#201;den, les paradis perdus et les cornes d'abondance qu'il s'agirait de retrouver &#8211; l&#224; le lien avec l'exp&#233;rience de la petite enfance est transparent. Vous voyez que tout cela est actuel et il n'est pas difficile de le rep&#233;rer lorsqu'on parle de jardinage, par exemple, o&#249; les rapports sont imm&#233;diatement tr&#232;s affectifs, sinon n&#233;vrotiques : l&#224;, tous les fantasmes individuels et collectifs remontent &#224; la surface, presque nus. En Occident il y a ceux, plut&#244;t &#171; traditionalistes &#187; pour qui le jardin doit &#234;tre entretenu, domestiqu&#233;, ma&#238;tris&#233;, m&#233;canis&#233;, &#171; chimis&#233; &#187;, rationalis&#233;, etc. et les autres, qui veulent &#171; laisser faire la Nature &#187;, jusqu'&#224; l'absurde. Nous nageons l&#224; en pleins fantasmes &#8211; il faut lire Gaston Bachelard &#8211;, en pleins mythes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;cis&#233;ment : parlons mythes, quitte &#224; empi&#233;ter sur la partie suivante. Ce sont eux qui vont participer &#224; d&#233;terminer les relations entre les soci&#233;t&#233;s humaines et la nature, leurs natures, et m&#234;me les individus. Les modalit&#233;s selon lesquelles vous percevez la nature vont dicter votre conduite, votre attitude &#224; son &#233;gard et il y a, tr&#232;s sch&#233;matiquement, deux p&#244;les totalement contraires et syst&#233;matiquement compl&#233;mentaires &#8211; souvenez-vous du n&#233;ot&#232;ne : la d&#233;pendance &#224; la toute-puissance naturelle peut &#234;tre v&#233;cue comme une ali&#233;nation insupportable, une situation infantile dont il s'agira de sortir par l'&#233;lucidation de ses myst&#232;res, par la connaissance, son contr&#244;le par la technique, l'organisation de son exploitation rationnelle, sa mise au pas par la soci&#233;t&#233; et son savoir. En creusant : c'est au P&#232;re social de dominer la M&#232;re-Nature, par la contrainte, la violence, voire le viol. &#192; l'inverse &#8211; et c'est plus explicite chez les &#233;cologistes &#8211; nous avons plut&#244;t le r&#233;cit d'une &#171; M&#232;re-nature &#187; malmen&#233;e par le &#171; P&#232;re-social &#187; : il va falloir la m&#233;nager, la prot&#233;ger, l'accompagner, la soigner, la restaurer, lui donner toute sa place, y trouver tout le n&#233;cessaire d&#233;j&#224; imm&#233;diatement disponible, se plonger dans son myst&#232;re, accepter telle sa puissance sans cesse renaissante, etc. &#201;l&#233;ments d&#233;j&#224; tr&#232;s pr&#233;sents dans le gauchisme et &#233;clatants chez Herbert Marcuse, par exemple, repris et amplifi&#233;s chez beaucoup d'&#233;cologistes militants. C'est aussi cette mythologie qui est v&#233;hicul&#233;e par toutes les activit&#233;s &#171; vertes &#187; plus ou moins sportives devenues envahissantes : on s'y ressource et on s'y aventure, on y &#233;prouve s&#233;r&#233;nit&#233; et vertige, on y fr&#244;le la mort et on y revit, c'est l'oubli de soi pour provoquer l'&#233;mergence de son &#171; vrai moi &#187;, c'est le d&#233;paysement et le retour aux sources, c'est le lieu des transformations, des m&#233;tamorphoses, des passages, etc. Le lien avec les exp&#233;riences infantiles, le fantasme ultime de fusion totale d'avec la M&#232;re, saute aux yeux. Tout cela mobilise donc des affects extr&#234;mement forts, profonds, enfouis, c'est une affaire de passions visc&#233;rales, de haine et d'amour, de vengeance et de r&#233;paration, de justice immanente ou de trag&#233;die universelle, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pourrions continuer longtemps, approfondir, &#233;tendre, pr&#233;ciser, tant cette approche me semble riche. Mais d&#233;j&#224; les points abord&#233;s posent quelques jalons : comme &#234;tre psychique, l'humain est une sorte de volcan monstrueux d'o&#249; surgissent d&#233;sir de toute-puissance, d&#233;lires, fantasmes, r&#234;ves, qui ne doit sa survie et son humanit&#233; qu'&#224; la soci&#233;t&#233; qui l'arrache &#224; son solipsisme existentiel. L&#224; aussi, nous retrouvons des d&#233;terminations &#8211; je n'ai pas abord&#233; le r&#244;le central de la sexualit&#233; &#8211; et une source unique de cr&#233;ativit&#233; radicale, &#224; la fois oppos&#233;es &#224; et soubassement de toute vie sociale. Tout cela dessine l'&#234;tre humain comme un jaillissement de repr&#233;sentations, de significations imaginaires dont il ne s'extrait jamais et qui vont modeler ce qu'il entend par &#171; nature &#187; &#8211; que voudrait dire : un &#234;tre humain en contact direct avec une nature imm&#233;diatement univoque ? &#8211;, repr&#233;sentations &#233;tay&#233;es sur une r&#233;alit&#233; bio-&#233;cologique mouvante et contradictoire, &#224; la fois profond&#233;ment intime et compl&#232;tement inconnue. Cet &#233;tayage, ce point de contact dynamique entre notre animalit&#233; et notre folie psychique, c'est pr&#233;cis&#233;ment ce que nous appelons la culture, ou plut&#244;t les cultures humaines.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3 &#8212; L'&#234;tre humain comme &#234;tre de culture&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(.../&#8230;)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;l&#233;ments de bibliographie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La bibliographie ci-dessous a &#233;t&#233; r&#233;duite au minimum : il y manque d'un c&#244;t&#233; tous les &#171; classiques &#187; de l'&#233;cologie politique et des disciplines abord&#233;es, largement connus, ainsi que, de l'autre, les ouvrages aux th&#233;matiques apparemment trop &#233;loign&#233;es, sans m&#234;me parler de tous ceux dont l'apport, loin d'&#234;tre nul, n'a pas &#233;t&#233; significatif. N'ont donc &#233;t&#233; retenus que les titres ayant express&#233;ment servi &#224; l'&#233;laboration des s&#233;ances &#224; divers degr&#233;s, et regroup&#233;s grosso modo selon leur ordre, m&#234;me si beaucoup sont transversaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En gras&lt;/strong&gt; les livres dont la lecture est vivement recommand&#233;e.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bourg Dominique (sous la dir. de), &lt;i&gt;Les Sentiments de la nature&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, coll. &#171; Cahiers libres &#187;,1993&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Castoriadis Cornelius, &#171; Institution de la soci&#233;t&#233; et religion &#187;, dans &lt;i&gt;Domaines de l'homme. Les carrefours du labyrinthe 2&lt;/i&gt;, Seuil, coll. &#171; Points Essais &#187;, 1999&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Castoriadis Cornelius, &#171; L'&#233;tat du sujet aujourd'hui &#187;, dans &lt;i&gt;Le Monde morcel&#233;. Les carrefours du labyrinthe 3&lt;/i&gt;, Seuil, coll. &#171; La couleur des id&#233;es &#187;, 1990&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Changeux Jean-Pierre,&lt;i&gt; L'Homme neurona&lt;/i&gt;l, coll. &#171; Le temps des sciences &#187;, Fayard, 1983&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cosandey David,&lt;i&gt; Le Secret de l'Occident. Vers une th&#233;orie g&#233;n&#233;rale du progr&#232;s scientifique&lt;/i&gt;, Flammarion, coll. &#171; Champs &#187;, 2007&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Diamond Jared, &lt;i&gt;De l'in&#233;galit&#233; parmi les soci&#233;t&#233;s. Essai sur l'homme et l'environnement dans l'histoire&lt;/i&gt;, Gallimard, coll. &#171; Folio essais &#187;, 2007&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diamond Jared, &lt;i&gt;Le Troisi&#232;me Chimpanz&#233;. Essai sur l'&#233;volution et l'avenir de l'animal humain&lt;/i&gt;, Gallimard, coll. &#171; Folio essais &#187;, 2000&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Douglas Mary, &#171; Les abominations du L&#233;vitique &#187; [1967] dans &lt;i&gt;De la souillure. Essai sur les notions de pollution et de tabou&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte/Syros, 2001&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ducarme Fr&#233;d&#233;ric et al, &#171; How the diversity of human concepts of nature affects conservation of biodiversity &#187;, &lt;i&gt;Conservation Biology&lt;/i&gt;, 2020/6, n&#176; 34&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dufrenne Mikel, &lt;i&gt;La Personnalit&#233; de base, un concept sociologique&lt;/i&gt;, PUF, coll. &#171; Biblioth&#232;que de sociologie contemporaine &#187;, 1966&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Morin Edgar et Pirattelli-Palmarini Massimo (sous la dir. de), &lt;i&gt;L'Unit&#233; de l'homme&lt;/i&gt; (3 vol.), [1974], Seuil, 1992&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;liade Mirc&#233;a, &lt;i&gt;La Nostalgie des origines. M&#233;thodologie et histoire des religions&lt;/i&gt;, Gallimard, coll. &#171; Folio essais &#187;, 1991&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Godin Christian, &lt;i&gt;La Haine de la nature&lt;/i&gt;, Champ Vallon, coll. &#171; L'esprit libre &#187;, 2012&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guille-Escuret Georges, &lt;i&gt;Les Soci&#233;t&#233;s et leurs natures&lt;/i&gt;, Armand Colin, coll. &#171; Anthropologie du pr&#233;sent &#187;, 1989&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Harrison Robert, For&#234;ts. &lt;i&gt;Promenade dans notre imaginaire&lt;/i&gt;, Flammarion, coll. &#171; Champs &#187;, 2018&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Haudricourt Andr&#233; Georges, &lt;i&gt;La Technologie, science humaine. Recherche d'histoire et d'ethnologie des techniques&lt;/i&gt;, &#201;ditions de la Maison des sciences de l'homme, 1988&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gould Stephen Jay, &lt;i&gt;Darwin et les grandes &#233;nigmes de la vie. R&#233;flexions sur l'histoire naturelle&lt;/i&gt;, Seuil, coll. &#171; Point sciences &#187;, 1997&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kardiner Abram &lt;i&gt;L'Individu dans sa soci&#233;t&#233;. Essai d'anthropologie psychanalytique&lt;/i&gt;, Gallimard, coll. &#171; Biblioth&#232;que des sciences humaines &#187;, 1969&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lapassade Georges,&lt;i&gt; L'Entr&#233;e dans la vie. Essai sur l'inach&#232;vement de l'homme&lt;/i&gt;, Anthropos, 2005&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lefort Claude &#171; Ambigu&#239;t&#233;s de l'anthropologie culturelle : introduction &#224; l'&#339;uvre d'Abram Kardiner &#187; [1969], dans&lt;i&gt; Les Formes de l'histoire. Essais d'anthropologie politique&lt;/i&gt;, Gallimard, coll. &#171; Biblioth&#232;que des sciences humaines &#187;, 1978&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lestel Dominique, &lt;i&gt;Les Origines animales de la culture&lt;/i&gt;, Flammarion, 2001&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L&#233;vi-Strauss Claude, &lt;i&gt;La Pens&#233;e sauvage&lt;/i&gt;, Plon, 1962&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Linton Ralph, &lt;i&gt;Le Fondement culturel de la personnalit&#233;&lt;/i&gt;, Dunod, coll. &#171; Sciences de l'&#233;ducation &#187;, 1977&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorenz Konrad, &lt;i&gt;L'Homme dans le fleuve du vivant&lt;/i&gt;, Flammarion 1981&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lowie Robert Harry,&lt;i&gt; Trait&#233; de sociologie primitive&lt;/i&gt;, Payot, &#171; Petite biblioth&#232;que Payot &#187;, 1969&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Magnenat Luc (sous la dir. de), &lt;i&gt;La Crise environnementale sur le divan&lt;/i&gt;, &#201;ditions In Press, 2019&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mauss Marcel, &lt;i&gt;Essais de sociologie&lt;/i&gt;, Seuil, coll. &#171; Points essais &#187;, 1968&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mendel G&#233;rard, &lt;i&gt;La R&#233;volte contre le p&#232;re, une introduction &#224; la sociopsychanalyse&lt;/i&gt;, Payot, coll. &#171; Sciences de l'homme &#187;, 1968&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Morris Desmond, &lt;i&gt;Le Singe nu&lt;/i&gt;, Grasset, 1968&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moscovici Serge, &lt;i&gt;Essai sur l'histoire humaine de la nature&lt;/i&gt;, Flammarion, coll. &#171; Champs &#187;, 1977&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moscovici Serge, &lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; contre nature&lt;/i&gt;, Seuil, coll. &#171; Points essais &#187;, 1994&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prochiantz Alain,&lt;i&gt; La Biologie dans le boudoir&lt;/i&gt;, Odile Jacob, 1995&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dufour Dany-Robert, &lt;i&gt;On ach&#232;ve bien les hommes. De quelques cons&#233;quences actuelles et futures de la mort de Dieu&lt;/i&gt;, Deno&#235;l, coll. &#171; M&#233;diations &#187;, 2005&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#243;heim G&#233;za, &lt;i&gt;Psychanalyse et Anthropologie, culture, personnalit&#233;, inconscient&lt;/i&gt;, Gallimard, coll. &#171; Connaissance de l'inconscient &#187;, 1967&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ruffi&#233; Jacques, &lt;i&gt;De la biologie &#224; la culture&lt;/i&gt;, 2 vol., Flammarion, coll. &#171; Champs &#187;, 1983&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Terrasson Fran&#231;ois, &lt;i&gt;La Peur de la nature&lt;/i&gt;, Sang de la terre, 1991&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vincent Jean-Didier, &lt;i&gt;Biologie des passions&lt;/i&gt;, Seuil, 1986&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Psychanalyse et subjectivit&#233;</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?1187-Psychanalyse-et-subjectivite</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?1187-Psychanalyse-et-subjectivite</guid>
		<dc:date>2024-10-04T11:10:27Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Castoriadis C.</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Avant-gardisme</dc:subject>
		<dc:subject>Scientisme</dc:subject>
		<dc:subject>Entretien</dc:subject>
		<dc:subject>Insignifiance</dc:subject>
		<dc:subject>Pseudo-subversion</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Source : vid&#233;o mise en ligne par Andrea Cirla, film tir&#233; de : 'Enciclopedia Multimediale delle Scienze Filosofiche' - un projet de Renato Parascandolo, 1994. &#171; L'essentiel du travail de Freud a consist&#233;, peut-&#234;tre, dans la d&#233;couverte de l'&#233;l&#233;ment imaginaire de la psych&#233; &#8211; dans le d&#233;voilement des dimensions les plus profondes de ce que j'appelle ici l'imagination radicale. &#187; Cornelius Castoriadis, L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;, 1975, p. 381. Cornelius Castoriadis, vous &#234;tes (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-56-castoriadis-c-+" rel="tag"&gt;Castoriadis C.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-6-psychanalyse-+" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-59-avant-gardisme-+" rel="tag"&gt;Avant-gardisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-224-scientisme-+" rel="tag"&gt;Scientisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-130-entretien-+" rel="tag"&gt;Entretien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-60-insignifiance-+" rel="tag"&gt;Insignifiance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-116-pseudo-subversion-+" rel="tag"&gt;Pseudo-subversion&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=34mU9fMOBy8&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;vid&#233;o mise en ligne par Andrea Cirla&lt;/a&gt;, film tir&#233; de : 'Enciclopedia Multimediale delle Scienze Filosofiche' - un projet de Renato Parascandolo, 1994.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;spip_document_1842 spip_document spip_documents spip_document_audio spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende spip_document_player spip_documents_player spip_doc_player&#034; data-legende-len=&#034;71&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt; &lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;mejs-audio-wrapper audio-wrapper mejs-audio-wrapper-skin-mejs&#034; style='width:400px;max-width:100%;margin:0 auto;'&gt; &lt;audio class=&#034;mejs mejs-1842 mejs__mejs&#034; data-id=&#034;880f1db8cb5e120be66d9536a36b7234&#034; src=&#034;IMG/mp3/castoriadis_-_psychanalyse_et_subjectivite_1994_.mp3&#034; type=&#034;&#034; data-mejsoptions='{&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;loop&#034;:false,&#034;audioWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;duration&#034;:3141,&#034;iconSprite&#034;:&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/plugins/auto/player/v4.3.0/lib/mejs/build/mejs-controls.svg?1747379926&#034;}' data-mejsplugins='null' controls=&#034;controls&#034; &gt;&lt;/audio&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span style=&#034;display: none;&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;base64javascript8993055666a27cb3c4e98f6.90715803&#034; title=&#034;PHNjcmlwdD4vKjwhW0NEQVRBWyovdmFyIG1lanNwYXRoPSdwbHVnaW5zL2F1dG8vcGxheWVyL3Y0LjMuMC9saWIvbWVqcy9idWlsZC9tZWRpYWVsZW1lbnQtYW5kLXBsYXllci5taW4uanM/MTc0NzM3OTkyNicsbWVqc2Nzcz0ncGx1Z2lucy9hdXRvL3BsYXllci92NC4zLjAvbGliL21lanMvYnVpbGQvbWVkaWFlbGVtZW50cGxheWVyLm1pbi5jc3M/MTc0NzM3OTkyNic7CnZhciBtZWpzbG9hZGVyLG1lanNzdGFydDshZnVuY3Rpb24oKXt2YXIgZT1tZWpzbG9hZGVyO3ZvaWQgMD09PWUmJihtZWpzbG9hZGVyPWU9e2dzOm51bGwscGx1Zzp7fSxjc3M6e30saW5pdDpudWxsLGM6MCxjc3Nsb2FkOm51bGx9KSxlLmluaXR8fChlLmNzc2xvYWQ9ZnVuY3Rpb24ocyl7aWYodm9pZCAwPT09ZS5jc3Nbc10pe2UuY3NzW3NdPSEwO3ZhciB0PWRvY3VtZW50LmNyZWF0ZUVsZW1lbnQoImxpbmsiKTt0LmhyZWY9cyx0LnJlbD0ic3R5bGVzaGVldCIsdC50eXBlPSJ0ZXh0L2NzcyIsZG9jdW1lbnQuZ2V0RWxlbWVudHNCeVRhZ05hbWUoImhlYWQiKVswXS5hcHBlbmRDaGlsZCh0KX19LGUuZ2V0U2NyaXB0PWZ1bmN0aW9uKGUscyl7dmFyIHQ9ZG9jdW1lbnQuY3JlYXRlRWxlbWVudCgic2NyaXB0Iiksbj1kb2N1bWVudC5nZXRFbGVtZW50c0J5VGFnTmFtZSgic2NyaXB0IilbMF07dC5hc3luYz0xLHQub25sb2FkPXQub25yZWFkeXN0YXRlY2hhbmdlPWZ1bmN0aW9uKGUsbil7KG58fCF0LnJlYWR5U3RhdGV8fC9sb2FkZWR8Y29tcGxldGUvLnRlc3QodC5yZWFkeVN0YXRlKSkmJih0Lm9ubG9hZD10Lm9ucmVhZHlzdGF0ZWNoYW5nZT1udWxsLHQ9dm9pZCAwLCFuJiZzJiZzZXRUaW1lb3V0KHMsMCkpfSx0LnNyYz1lLG4ucGFyZW50Tm9kZS5pbnNlcnRCZWZvcmUodCxuKX0sZS5pbml0PWZ1bmN0aW9uKCl7ITA9PT1lLmdzJiZkb2N1bWVudC5xdWVyeVNlbGVjdG9yQWxsKCJhdWRpby5tZWpzLHZpZGVvLm1lanMiKS5mb3JFYWNoKChmdW5jdGlvbihzKXtpZighcy5jbGFzc0xpc3QuY29udGFpbnMoImRvbmUiKSYmIXMuY2xhc3NMaXN0LmNvbnRhaW5zKCJtZWpzX19wbGF5ZXIiKSl7dmFyIHQ7cy5jbGFzc0xpc3QuYWRkKCJkb25lIiksKHQ9cy5pZCl8fCh0PSJtZWpzLSIrcy5kYXRhc2V0LmlkKyItIitlLmMrKyxzLmlkPXQpO3ZhciBuLGE9e29wdGlvbnM6e30scGx1Z2luczp7fSxjc3M6W10scXVhbGl0aWVzOltdLHNvdXJjZXM6W119O2ZvcihuIGluIGEpe3ZhciBpOyhpPXMuZGF0YXNldFsibWVqcyIrbl0pJiYoYVtuXT1KU09OLnBhcnNlKGkpKX1mdW5jdGlvbiBvKHMpe2UuZ2V0U2NyaXB0KGEucGx1Z2luc1tzXSwoZnVuY3Rpb24oKXtlLnBsdWdbc109ITAsZCgpfSkpfWZ1bmN0aW9uIGQoKXt2YXIgcz0hMDtmb3IodmFyIG4gaW4gYS5jc3MpZS5jc3Nsb2FkKGEuY3NzW25dKTtmb3IodmFyIGkgaW4gYS5wbHVnaW5zKXZvaWQgMD09PWUucGx1Z1tpXT8ocz0hMSxlLnBsdWdbaV09ITEsbyhpKSk6ITE9PT1lLnBsdWdbaV0mJihzPSExKTtpZihzKXthLm9wdGlvbnMuc3VjY2Vzcz1mdW5jdGlvbihlLHMpe2Z1bmN0aW9uIHQoKXt2YXIgcz1lLmNsb3Nlc3QoIi5tZWpzX19pbm5lciIpO2UucGF1c2VkPyhzLmNsYXNzTGlzdC5hZGQoInBhdXNpbmciKSxzZXRUaW1lb3V0KChmdW5jdGlvbigpe3MuY2xhc3NMaXN0LmNvbnRhaW5zKCJwYXVzaW5nIikmJihzLmNsYXNzTGlzdC5yZW1vdmUoInBsYXlpbmciKSxzLmNsYXNzTGlzdC5yZW1vdmUoInBhdXNpbmciKSxzLmNsYXNzTGlzdC5hZGQoInBhdXNlZCIpKX0pLDEwMCkpOihzLmNsYXNzTGlzdC5yZW1vdmUoInBhdXNlZCIpLHMuY2xhc3NMaXN0LnJlbW92ZSgicGF1c2luZyIpLHMuY2xhc3NMaXN0LmFkZCgicGxheWluZyIpKX10KCksZS5hZGRFdmVudExpc3RlbmVyKCJwbGF5Iix0LCExKSxlLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBsYXlpbmciLHQsITEpLGUuYWRkRXZlbnRMaXN0ZW5lcigicGF1c2UiLHQsITEpLGUuYWRkRXZlbnRMaXN0ZW5lcigicGF1c2VkIix0LCExKSxzLmF1dG9wbGF5JiYoZS5tdXRlZD0hMCl9O25ldyBNZWRpYUVsZW1lbnRQbGF5ZXIodCxhLm9wdGlvbnMpfX1kKCl9fSkpfSksZS5nc3x8KCJ1bmRlZmluZWQiIT10eXBlb2YgbWVqc2NzcyYmZS5jc3Nsb2FkKG1lanNjc3MpLGUuZ3M9ZS5nZXRTY3JpcHQobWVqc3BhdGgsKGZ1bmN0aW9uKCl7ZS5ncz0hMCxlLmluaXQoKSwibG9hZGluZyI9PT1kb2N1bWVudC5yZWFkeVN0YXRlJiZkb2N1bWVudC5hZGRFdmVudExpc3RlbmVyKCJET01Db250ZW50TG9hZGVkIixlLmluaXQpLG9uQWpheExvYWQoZS5pbml0KX0pKSl9KCk7Ci8qXV0+Ki88L3NjcmlwdD4=&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;style&gt;.mejs-audio-wrapper-skin-mejs {
}
.mejs-audio-wrapper-skin-mejs &gt; audio{ height:40px !important; display: block; width: 100% !important; background: #666;
}
&lt;/style&gt;&lt;/span&gt;&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-1842 '&gt;&lt;strong&gt;Castoriadis &#8211; Psychanalyse et subjectivit&#233; (1994)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-1842 '&gt;Andrea Cirla (2020)
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'essentiel du travail de Freud a consist&#233;, peut-&#234;tre, dans la d&#233;couverte de l'&#233;l&#233;ment imaginaire de la psych&#233; &#8211; dans le d&#233;voilement des dimensions les plus profondes de ce que j'appelle ici l'imagination radicale. &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Cornelius Castoriadis, &lt;i&gt;L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, 1975, p. 381.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cornelius Castoriadis, vous &#234;tes philosophe et tout d'abord philosophe de la politique mais vous pratiquez aussi la psychanalyse. Est-ce que cette pratique influence votre conception philosophique et comment avez-vous m&#251;ri cette comp&#233;tence psychanalytique dans votre &#233;volution ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un rapport tr&#232;s profond entre ma conception de la psychanalyse et ma conception de la politique. Ce rapport c'est que les deux visent &#224; l'autonomie de l'&#234;tre humain par des voies bien entendu diff&#233;rentes : la politique vise &#224; lib&#233;rer l'&#234;tre humain, &#224; lui permettre d'acc&#233;der &#224; l'autonomie par le moyen d'une action collective, qui elle-m&#234;me a comme objet la transformation des institutions c'est-&#224;-dire l'instauration d'institutions qui soient des institutions d'autonomie. L'objet de la politique ce n'est pas le bonheur, &#231;a c'est une conception erron&#233;e. C'est la conception qui &#233;tait l&#224; aux XVIIIe et XIXe si&#232;cles, &#231;a a &#233;t&#233; la conception de Marx, c'est une conception non seulement erron&#233;e mais catastrophique. L'objet de la politique c'est la &lt;i&gt;libert&#233;&lt;/i&gt; et en ce sens-l&#224;, d'ailleurs, quand je parle de politique je n'entends pas le m&#233;tier de monsieur Balladur, de monsieur Clinton, de monsieur Major, de monsieur Berlusconi, de monsieur Craxi, etc. J'entends par politique l'action collective consciente et r&#233;fl&#233;chie qui vise &#224; transformer les institutions pour en faire des institutions de libert&#233;, d'autonomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; propos de ce que vous venez de dire, je voudrais rappeler que le but de la politique n'est pas le bonheur mais faire que chacun puisse poursuivre son bonheur personnel. Est-ce que, pour vous, c'est la m&#234;me chose l'id&#233;e que la soci&#233;t&#233; doit permettre &#224; chacun de chercher son bonheur ? C'est quelque chose qui implique une conception lib&#233;rale de l'autonomie&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si vous vous souvenez bien, la d&#233;claration am&#233;ricaine dit que nous pensons que Dieu a cr&#233;&#233; les &#234;tres humains tous libres &#233;gaux et avec les droits &#233;gaux &#224; la poursuite du bonheur, n'est-ce pas ? Alors moi je ne pense pas que Dieu a cr&#233;&#233; les &#234;tres humains libres et &#233;gaux &#8211; Dieu n'a rien cr&#233;&#233; du tout parce qu'il n'existe pas (&lt;i&gt;rires&lt;/i&gt;). Deuxi&#232;mement dans la mesure o&#249; des &#234;tres humains sont l&#224;, ils n'ont pratiquement jamais &#233;t&#233; libres et &#233;gaux. Donc il faut qu'ils agissent pour devenir libres et &#233;gaux et, une fois qu'ils sont devenus libres et &#233;gaux, il y aura sans doute des choses qui concernent ce qu'on peut appeler le bien commun et &#231;a c'est &lt;i&gt;contraire&lt;/i&gt; &#224; la conception lib&#233;rale o&#249; chacun poursuit son bonheur individuel et cela &#231;a donne en m&#234;me temps le maximum de bonheur pour tous il y a des biens communs qui ne rel&#232;vent pas simplement du bonheur individuel et qui sont objet de l'action politique par exemple l'existence des mus&#233;es, l'existence de route et, m&#234;me, j'ai un int&#233;r&#234;t personnel &#224; ce que l'autre, vous les autres, etc. soient autonomes : c'est dans l'int&#233;r&#234;t de mon autonomie &lt;i&gt;&#224; moi&lt;/i&gt;. Mais mon bonheur, c'est mon affaire. Si la soci&#233;t&#233; se m&#234;le de mon bonheur, on aboutit au totalitarisme, c'est-&#224;-dire que la soci&#233;t&#233; dira : le vote de la majorit&#233; dit que tu ne dois pas acheter des disques de Bach ou de Mozart mais des disques de Madonna est de Prince. Voil&#224; : c'est la d&#233;cision de la majorit&#233;, voil&#224; ton bonheur. Donc moi je pense que le bonheur peut et doit &#234;tre poursuivi par chaque individu pour son propre compte, chacun d'ailleurs sait ou ne sait pas ce que c'est que son bonheur &#8211; &#224; certains moments il le trouve en ceci, en d'autres moments il le trouve en cela. La notion de bonheur est une autre notion assez complexe, &#224; la fois psychologique et, peut-&#234;tre, philosophique mais, ce qui est clair c'est que l'objet de la politique c'est la &lt;i&gt;libert&#233;&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;l'autonomie&lt;/i&gt; et cela l&#224; ne peut exister bien entendu que dans un cadre institu&#233; collectif qui la permettent. Or l'objet de la psychanalyse est le m&#234;me et l&#224;, pour moi, c'est la r&#233;ponse &#224; cette fameuse question de la &lt;i&gt;fin&lt;/i&gt; de l'analyse, dans les deux sens du mot fin, c'est-&#224;-dire de la terminaison dans le temps et de l'objectif vis&#233; par l'analyse sur laquelle Freud est revenu tant et tant de fois &#8211; quelle est la fin de l'analyse ? &#8211; et &#224; laquelle moi je pense avoir une r&#233;ponse : la fin de l'analyse c'est que l'individu devienne aussi autonome que possible. Qu'est-ce que &#231;a veut dire autonome ? Autonome &#231;a ne veut pas dire autonome au sens kantien, c'est-&#224;-dire ob&#233;issant &#224; la loi morale qui a &#233;t&#233; &#233;tablie par sa raison, qui est la m&#234;me pour tous et qui est &#233;tablie une fois pour toutes. Autonome, &#231;a veut dire quelqu'un qui a transform&#233; ses rapports avec son inconscient &#8211; parce que nous sommes l&#224; dans la sph&#232;re psychanalytique &#8211; &#224; un tel point qu'il puisse &#224; la fois, autant que faire se peut, dans le monde humain, conna&#238;tre ses d&#233;sirs et autant que faire se peut contr&#244;ler la mise en acte de ses d&#233;sirs. &#202;tre autonome, &#231;a ne veut pas dire, par exemple, que je suis moral au sens de ne pas d&#233;sirer la femme de mon voisin : je peux d&#233;sirer la femme de mon voisin &#8211; moi-m&#234;me a commenc&#233; ma vie en d&#233;sirant la femme de mon prochain, chacun de nous fait de m&#234;me puisqu'il a commenc&#233; sa vie en d&#233;sirant sa &lt;i&gt;m&#232;re&lt;/i&gt;. Or de &#231;a, on est pas ma&#238;tre et m&#234;me si on ne commen&#231;ait pas sa vie comme &#231;a on ne serait pas des &#234;tres humains : on serait des monstres. &#199;a c'est une chose et c'est une autre chose de mettre ce d&#233;sir en acte. On peut savoir dans la psychanalyse que des individus de 30, 40, 50, 60 ans peuvent toujours faire des r&#234;ves incestueux, c'est-&#224;-dire des r&#234;ves qui traduisent le fait que ce d&#233;sir est toujours l&#224;. Moi personnellement je consid&#232;re qu'un individu qui, au moins une fois par an n'a pas souhait&#233; la mort de quelqu'un &#8212; parce que ce quelqu'un est sur la route, parce qu'il lui a fait quelque chose&#8230; &#8211; est un individu gravement pathologique. &#199;a ne veut pas dire qu'il faut tuer ce quelqu'un, mais il faut reconna&#238;tre que, en ce moment, j'ai une telle rage contre cette personne que si je pouvais la faire dispara&#238;tre, je la ferai dispara&#238;tre &#8211; mais je ne le ferai pas m&#234;me si je le peux. C'est &#231;a l'autonomie, en parlant de fa&#231;on tout &#224; fait simple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[Inaudible] &#8230; qui pourrait &#234;tre comparable &#224; votre pens&#233;e, et dire que la psychanalyse est un instrument d'&#233;mancipation. Il souligne les concepts de la vocation &#233;mancipatrice de la psychanalyse. Est-ce que, pour vous, c'est la m&#234;me chose ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la m&#234;me chose, mais c'est quelque chose de plus pr&#233;cis parce que la psychanalyse comme instrument d'&#233;mancipation &#231;a veut dire quoi ? &#201;mancipation par rapport &#224; quoi ? La psychanalyse ne peut pas &#234;tre un instrument d'&#233;mancipation, par exemple, par rapport aux forces de l'argent qui dominent la soci&#233;t&#233; ou par rapport, je ne sais pas moi, la puissance de l'&#201;tat. &#199;a ne veut rien dire, elle n'a pas ce pouvoir, on ne peut pas on fait pas de la psychanalyse pour faire des patients des r&#233;volutionnaires qui vont modifier la soci&#233;t&#233; &#8211; &#231;a peut les aider &#224; d&#233;passer leurs inhibitions, leurs probl&#232;mes, les rendre des citoyens plus lucides, plus actifs &#8211; mais le probl&#232;me de la psychanalyse c'est le rapport du patient &#224; lui-m&#234;me. L&#224; on peut reprendre ce que disait Freud : il y a une fameuse phrase de Freud dans les &lt;i&gt;N&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ouvelles conf&#233;rences introductives &lt;/i&gt;&lt;i&gt;de la &lt;/i&gt;&lt;i&gt;psychanalyse&lt;/i&gt; qui est &lt;i&gt;Wo Es war, soll Ich werden ;&lt;/i&gt; &#171; L&#224; o&#249; &#231;a &#233;tait, je dois devenir &#187;, c'est-&#224;-dire remplacer le &#199;a part le Je. Alors la phrase est tr&#232;s belle, mais elle est plus qu'ambigu&#235; et m&#234;me son ambigu&#239;t&#233; est lev&#233;e par la suite du paragraphe parce que la suite dit que c'est travail d'ass&#232;chement et de r&#233;clamation comme celui que font les Hollandais dans la &lt;i&gt;Zuiderzee&lt;/i&gt;. C que font les Hollandais dans la &lt;i&gt;Zuiderzee&lt;/i&gt; c'est qu'il y avait de la mer ils ont ass&#233;ch&#233;e et l&#224; o&#249; il y avait de la boue, des plantes marines bizarre, etc., ils ont fait des tr&#232;s beaux champs, et ils ont plant&#233; des tulipes dessus. Alors ce n'est pas &#231;a qu'on essaie de faire en psychanalyse, on n'essaye pas d'ass&#233;cher l'inconscient, d'abord parce que c'est une entreprise absurde elle ne peut pas, elle n'aura jamais, ne pourra jamais aboutir. Ce qu'on essaie de faire, c'est de transformer le rapport de l'instance du Je, l'instance du sujet plus ou moins conscient, plus ou moins r&#233;fl&#233;chi, avec ses pulsions, son inconscient, etc C'est &#231;a la d&#233;finition pour moi de l'autonomie au plan individuel : c'est savoir ce que vous d&#233;sirez, savoir ce que vous voulez vraiment faire, pourquoi vous voulez le faire et savoir ce que vous savez et ce que vous ne savez pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une puissance d'assimilation, de r&#233;cup&#233;ration extraordinaire de la soci&#233;t&#233; contemporaine, &#231;a vous le savez, on l'a dit depuis longtemps &#8211; moi je commen&#231;ais &#224; parler de cr&#233;ation, d'imaginaire et d'autonomie il y a de cela &#224; peu pr&#232;s 30 ans &#8211; &#224; l'&#233;poque, ce n'&#233;tait pas du tout slogan publicitaire&#8230; Je ne dis pas que les publicistes ont pris ces mots chez moi ou dans mes &#233;crits, mais petit &#224; petit &#231;a l'est devenu, en un sens, parce que c'&#233;tait, par exemple, des id&#233;es de Mai 68 et des publicitaires, etc. se sont inspir&#233;s de cela. Mais la diff&#233;rence essentielle c'est la mystification, la tromperie qu'il y a l&#224;-dedans. Quand on parle, par exemple, de cr&#233;ativit&#233; : &#171; si vous voulez &#234;tre vraiment cr&#233;atif venez travailler chez IBM &#187;, c'est un slogan publicitaire &#8211; chez IBM, vous travaillez comme n'importe quel autre employ&#233; dans n'importe quelle autre firme, et vous n'&#234;tes pas plus cr&#233;atifs ou moins cr&#233;atif qu'ailleurs. Moi je parle de la cr&#233;ativit&#233; des &#234;tres humains qu'il faut lib&#233;rer, ce n'est pas du tout pareil. L'autonomie&#8230; peut-&#234;tre en Italie on parle de &#231;a, en France on perle plut&#244;t de l'individualisme : alors, l'individualisme dont on parle dans la publicit&#233;, dans les id&#233;ologies officielles, dans la politique, etc. cela n'a &lt;i&gt;rien &#224; voir&lt;/i&gt; avec ce que moi j'appelle l'autonomie de l'individu. Parce que cet individualisme c'est d'abord, s'il est vraiment sinc&#232;re, radical, c'est : je fais ce qui me pla&#238;t. Or cela ce n'est pas l'autonomie, je fais ce qui me pla&#238;t. L'autonomie c'est : je fais ce que je consid&#232;re comme juste de faire apr&#232;s r&#233;flexion. Je ne m'interdis pas ce qui me pla&#238;t, mais je ne fais pas une chose parce qu'elle me pla&#238;t, parce que une soci&#233;t&#233; o&#249; chacun fait ce qu'il lui pla&#238;t c'est une soci&#233;t&#233; o&#249; il y a le meurtre, o&#249; il y a le viol, o&#249; il y a n'importe quoi. Et puis, de l'autre c&#244;t&#233;, ces publicit&#233;s et ces id&#233;ologies sont mensong&#232;res parce que ce pr&#233;tendu individualisme et ce pr&#233;tendu narcissisme dont on nous rebat les oreilles c'est un pseudo-individualisme. C'est quoi l'individualisme actuel ? C'est que &#224; 20h30 tous les soirs,, tous les foyers fran&#231;ais tournent les m&#234;mes boutons pour prendre les m&#234;mes postes de t&#233;l&#233;vision, &#233;couter les m&#234;mes &#226;neries. C'est-&#224;-dire qu'il y a 40 millions d'individus qui comme s'ils ob&#233;issaient &#224; un ordre militaire font la m&#234;me chose et on appelle &#231;a l'individualisme, c'est ridicule. Moi je parle de l'individu comme quelqu'un qui est autonome ou qui essaie de devenir autonomes et qui, non pas forc&#233;ment essaye de d&#233;velopper sa singularit&#233;, mais a conscience du fait qu'en tant qu'&#234;tre humain il est absolument singulier et qui, s'il peut d&#233;velopper sa singularit&#233; dans un sens r&#233;fl&#233;chit, il la d&#233;veloppe &#8211; ce qui n'a rien &#224; voir avec la publicit&#233; contemporaine. Donc je ne pense pas qu'on puisse dire qu'il y a rapport de ce point de vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Apparemment, votre id&#233;e du but de la fin de la psychanalyse est presque contraire &#224; celle qui a &#233;t&#233; propos&#233;e par Lacan, qui a vivement critiqu&#233; l'id&#233;e que le but est de cr&#233;er un Moi autonome en libellant cette th&#232;se comme id&#233;ologie am&#233;ricaine. Est-ce que vous pensez que la critique de Lacan est juste ou non ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non. Elle est en partie juste sens que, quand les Am&#233;ricains &#8211; certains Am&#233;ricains &#8211; parlaient de &#171; Moi autonome &#187;, il y avait deux d&#233;viations potentielles et m&#234;me r&#233;elles l&#224;-dedans. La premi&#232;re c'&#233;tait la surestimation absolue du Moi et du conscient &#8211; du conscient et du Moi, ce n'est pas la m&#234;me chose. J'ai compl&#233;t&#233; ce que disait Freud en disant &#171; O&#249; &#233;tait &#199;a Je dois devenir &#187; en disant qu'il faut cette phrase la compl&#233;ter par la sym&#233;trie c'est-&#224;-dire &#171; L&#224; o&#249; Je suis, le &#199;a doit pouvoir appara&#238;tre &#187; c'est-&#224;-dire qu'on doit pouvoir faire &lt;i&gt;parler&lt;/i&gt; ses d&#233;sirs &#8211; autre chose, encore une fois, si on les fait passer dans la r&#233;alit&#233;, si on passe &#224; l'acte. Donc il faut, pr&#233;cis&#233;ment, laisser monter les pulsions il faut conna&#238;tre ce que sont vos pulsions, m&#234;me les celles qui peuvent para&#238;tre dans la vie de tous les jours dans la vie consciente les plus bizarres les plus monstrueuses, les plus abjectes et il faut savoir que c'est l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'autre c&#244;t&#233;, le Moi dont parlaient les Am&#233;ricains c'&#233;taient en fait ce que moi j'appellerai l'individu socialement fabriqu&#233;, c'est-&#224;-dire une construction sociale telle que la construisait la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine, italienne, fran&#231;aises, peu importe, c'est-&#224;-dire un individu qui savait qu'il fallait travailler pour vivre, que s'il s'opposait &#224; son patron c'&#233;tait parce qu'il n'avait pas r&#233;solu son complexe d'&#338;dipe et il y a d'ailleurs des questionnaires de recrutement des firmes am&#233;ricaines o&#249; si les candidats &#224; la question &#171; est-ce que quand vous &#233;tiez petit vous aimiez plut&#244;t votre p&#232;re ou plut&#244;t votre m&#232;re &#187;, s'il r&#233;pondait j'aimais plut&#244;t ma m&#232;re eh ben il avait une note n&#233;gative parce que &#231;a voulait dire qu'il s'opposait &#224; leur p&#232;re donc ils cr&#233;eraient des emb&#234;tements dans la firme, pour son patron. C'&#233;tait &#231;a l'id&#233;ologie de l'adaptation am&#233;ricaine, l'utilisation la psychanalyse &#224; des fins d'adaptation. Cette critique, on peut la faire et beaucoup d'autres d'ailleurs parce que finalement on ne va pas rentrer dans les aberrations auxquelles a abouti la psychanalyse am&#233;ricaine. Il y avait des psychanalystes am&#233;ricains qui en 1940 quand il y avait 15 millions de ch&#244;meurs aux &#201;tats-Unis, ou plus, &#233;crivait qu'on est ch&#244;meur parce qu'on a le d&#233;sir inconscient d'&#234;tre ch&#244;meurs, ce qui est une aberration &#8211; le ch&#244;mage est un ph&#233;nom&#232;ne social d&#251; &#224; l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je ne pense pas que l'&#233;cole de New York, qui a &#233;t&#233; critiqu&#233; surtout en France, est arriv&#233; &#224; ces aberrations mais il a &#233;t&#233; consid&#233;r&#233; quand m&#234;me th&#233;oriquement responsables de ces aberrations&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non non non, moi je vous parle d'un article que j'ai lu dans le &lt;i&gt;International &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Journal&lt;/i&gt;&lt;i&gt; for Psychanalyse&lt;/i&gt;, c'est un article de 1940 qui a interpr&#233;t&#233; les racines psychanalytiques du ch&#244;mage&#8230; C'est d'une idiotie sans fin. Mais quand Lacan faisait cette critique, il &#233;tait un peu de mauvaise foi parce qu'il se choisissait est un ennemi facile et surtout parce que ce qu'il voulait mettre &#224; la place c'&#233;tait une id&#233;ologie du d&#233;sir. Or cette id&#233;ologie du d&#233;sir, il faut le dire, elle est monstrueuse. Parce que le d&#233;sir c'est le meurtre, le d&#233;sir c'est l'inceste, le d&#233;sir c'est le viol&#8230; Qu'est-ce que &#231;a veut dire l'id&#233;ologie du d&#233;sir ? Il n'y a aucune instance dans Lacan, ou alors c'est la Loi mais comme il est incapable de la penser dans un contexte social-historique, &#231;a peut &#234;tre n'importe quelle loi&#8230; Il y a une loi &#224; Auschwitz, il y a une loi au goulag, il y a une loi en Iran&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8230; mais Lacan parle quand m&#234;me de loi symbolique qui est constitu&#233;e par et dans le langage&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#231;a ne veut rien dire ! &#199;a ne veut rien dire ! Le langage permet de tout dire&#8230; Qu'est-ce que c'est la loi symbolique ? &#199;a veut dire quoi ? Le mot symbolique chez Lacan est un mot passe-partout qui vise &#224; cacher le fait qu'on parle de l'institution et de l'institu&#233; mais qu'&#224; cette institution et &#224; cet institu&#233; on veut donner une dimension pseudo-transcendantale, comme dirait Kant, en disant qu'elle est &#171; symbolique &#187;. Le symbolique c'est tout &#224; fait autre chose, le langage appartient au symbolique au sens que tout signe est symbole d'un r&#233;f&#233;rent ou qui a des symboles d'un autre ordre. Il faut en finir avec cette mystification du &#171; symbolique &#187;, il n'y a pas de symbolique comme domaine ind&#233;pendant, il y a un symbolique comme une esp&#232;ce de partie de l'imaginaire, si je peux dire, est fonction de l'imaginaire. Autrement il y a l'institution et il y a une question de validit&#233; de l'institution : cette question n'est pas &#171; symbolique &#187;, &#231;a ne veut rien dire. La question est : est-ce que l'institution est valide &lt;i&gt;de droit &lt;/i&gt; ? Elle est toujours valide &lt;i&gt;de fait&lt;/i&gt; &#8211; aussi longtemps qu'elle est sanctionn&#233;e elle est valide de fait : elle est valide de fait &#224; Auschwitz, elle est valide de fait en Iran aujourd'hui. Mais est-ce qu'elle est valide &lt;i&gt;de droit&lt;/i&gt; ? Or il n'y a rien, &lt;i&gt;strictement rien,&lt;/i&gt; dans la conception de Lacan qui permettent de distinguer entre la loi d'Auschwitz et la loi de l'ancienne Ath&#232;nes ou la loi actuellement, c'est-&#224;-dire en France ou aux &#201;tats-Unis &#8211; quelles que soient les critiques qu'on peut &#233;mettre sur ces derni&#232;res lois. D'o&#249; la fameuse phrase d'ailleurs de Lacan &#171; Le ma&#238;tre ne le c&#232;de en rien sur son d&#233;sir &#187;&#8230; alors bon c'est lui qui sait ce que c'est son d&#233;sir et si son d&#233;sir c'est, comme c'&#233;tait celui de Lacan, de transformer ses &#233;l&#232;ves en esclaves et bien il r&#233;alise son d&#233;sir. Alors moi je dis que &#231;a c'est &lt;i&gt;fondamentalement&lt;/i&gt; &lt;i&gt;contraire&lt;/i&gt; aux finalit&#233;s de la psychanalyse. Les finalit&#233;s de la psychanalyse ce n'est pas que le ma&#238;tre r&#233;alise son d&#233;sir ou que tout le monde r&#233;alise son d&#233;sir &#8211; parce que &#231;a ne veut rien dire encore une fois, surtout si on sait ce que &#231;a veut dire le d&#233;sir en psychanalyse, encore une fois &#231;a peut vouloir dire, et &#231;a dit toujours, des choses qui sont &lt;i&gt;incompatibles&lt;/i&gt; avec la vie r&#233;elle, la vie sociale et je ne parle pas de la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine, je parle de la soci&#233;t&#233; la plus id&#233;ale que vous pourriez concevoir. Si vous voulez, l&#224;, Lacan rejoint &#8211; alors qu'il aurait des rires sarcastiques &#224; l'&#233;gard de ces id&#233;ologies &#8211; les c&#244;t&#233;s les plus absurdes, les plus utopiques de l'id&#233;ologie du jeune Marx et des anarchistes. Tous pensaient &#224; une soci&#233;t&#233; o&#249; il y aurait pas de lois, o&#249; il y aurait pas d'institution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il faut quand m&#234;me dire, en v&#233;rit&#233;, que Lacan insiste aussi beaucoup sur la castration et, pour lui, &#234;tre fid&#232;le &#224; son d&#233;sir &#231;a signifie avoir &#224; assumer, en quelque sorte, aussi la castration ce qui signifie le renoncement &#224; r&#233;aliser, &#224; mettre en actes ses propres fantasmes.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais non (&lt;i&gt;rires&lt;/i&gt;) parce que l'assomption de la castration chez Lacan est quelque chose de tr&#232;s ambigu. L'assomption de la castration c'est le renoncement du d&#233;sir &#224; la M&#232;re, vers la M&#232;re, mais c'est la condition de la r&#233;alisation du d&#233;sir. S'il y a n&#233;vrose, c'est parce que l'individu n'a pas r&#233;ussi &#224; assumer sa castration et si on assume sa castration, alors &#224; ce moment-l&#224; on lib&#232;re son d&#233;sir &#8211; sauf qu'il vise &#233;videmment plus la m&#232;re, mais il vise n'importe quelle autre femme, etc. C'est tr&#232;s ambigu&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, moi, &#231;a ne m'int&#233;resse pas tellement de parler de Lacan : je consid&#232;re que c'est une affaire qui, th&#233;oriquement, est tout ce qu'il y a de plus bancal, de suspect et qui, historiquement, je crois, va &#234;tre termin&#233; assez rapidement. C'&#233;tait une de ces modes parisiennes qui apparaissent et qui durent cinq ans, 10 ans, 20 ans, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors pour revenir sur l'histoire de la psychanalyse, le probl&#232;me pr&#233;cis&#233;ment de l'&#234;tre humain, c'est d'arriver &#224; un rapport avec son inconscient qui ne soit pas le pur et simple refoulement de l'inconscient ou la suppression de l'inconscient telle qu'elle est impos&#233;e par la loi sociale quelle qu'elle soit et notamment l'h&#233;t&#233;ronomie sociale. Et l&#224; nous avons encore un point de rencontre entre psychanalyse et politique, parce que dans quelle mesure je peux dire de la loi sociale qu'elle est aussi &lt;i&gt;ma&lt;/i&gt; loi et non pas une loi qui m'est impos&#233; de fa&#231;on h&#233;t&#233;ronome ? Je ne peux dire cela que dans la mesure o&#249; j'ai eu la possibilit&#233; &lt;i&gt;effective&lt;/i&gt; de participer &lt;i&gt;activement&lt;/i&gt; &#224; la formation de la loi. C'est dans ces conditions que je peux &#234;tre vraiment autonome &#233;tant donn&#233; que je suis oblig&#233; de vivre dans une soci&#233;t&#233; qui a des lois. Donc l&#224; nous avons un deuxi&#232;me point de rencontre entre le sens de l'autonomie en psychanalyse et le sens de l'autonomie en politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On a souvent critiqu&#233; la pratique de Freud, la pratique analytique comme fond&#233;e essentiellement sur une sorte de contrat priv&#233;. Surtout dans les ann&#233;es 60-70, on a critiqu&#233; souvent cet &#233;thique psychanalytique en tant qu'elle pr&#233;suppose une sorte de contrat priv&#233; et on a propos&#233; &#224; l'encontre une sorte de traitement social des probl&#232;mes des gens par l'institution psychiatrique. Que pensez-vous de cette critique gauchiste - marxiste de l'&#233;thique de la psychanalyse en tant que telle ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, c'est une exag&#233;ration gauchiste, dans le mauvais sens du terme, qui est venue dans les ann&#233;es 60 et 70 qui, bien s&#251;r, trouve une prise sur une s&#233;rie d'aspects de la psychanalyse institu&#233;e, de la psychanalyse officielle, mais je ne pense pas qu'il puisse y avoir de processus psychanalytique qui n'ait pas lieu comme processus entre deux personnes, un analysant et un analyste. Parce que je ne pense pas qu'il puisse y avoir un transfert et l'&#233;laboration du transfert en dehors de ce rapport entre le patient, l'analysant, et le psychanalyste. Alors il y a bien entendu un point qui est tr&#232;s difficile &#224; r&#233;soudre l&#224;-dedans, et &#231;a je l'admets mais personne n'a donn&#233; de solution, c'est &#233;videmment l'aspect financier. C'est-&#224;-dire que, &#233;tant donn&#233; que les psychanalystes doivent vivre tout simplement vivre d'un c&#244;t&#233;, &#233;tant donn&#233; d'un autre c&#244;t&#233; que l'exp&#233;rience montre quand m&#234;me que pour l'analysant lui-m&#234;me une psychanalyse gratuite soit n'est pas tol&#233;rable psychiquement &#8211; parce que la dette qu'ils contractent &#224; l'&#233;gard de cette personne qui lui donne son temps est &#233;norme &#8211;, soit tout simplement elle est inefficace &#8211; parce que l'on peut se mettre &#224; bavarder de tout et de n'importe quoi ; parce que parce que le temps de la s&#233;ance au sens le plus litt&#233;ral du terme &lt;i&gt;ne lui co&#251;te rien,&lt;/i&gt; il est l&#224;, il est couch&#233; sur un divan, il bavarde, il a derri&#232;re lui un individu qui, en principe, fait preuve &#224; son &#233;gard dans la fameuse neutralit&#233; bienveillante ou d'une sympathie, d'une bienveillance, etc. Il y a quand m&#234;me un probl&#232;me l&#224;, &#233;tant donn&#233; le fait que l'&#233;norme in&#233;galit&#233; de la distribution des revenus dans la soci&#233;t&#233; actuelle fait que la plupart des gens qui auraient besoin d'une psychanalyse ne peuvent pas l'avoir ou ne peuvent l'avoir que si elle est rembours&#233;e par la s&#233;curit&#233; sociale, ce qui nous reconduit &#224; une partie des probl&#232;mes que nous venons d'&#233;voquer. Mais &#231;a, &#224; mon avis, ne peut &#234;tre r&#233;solu que, effectivement, dans le cadre d'une transformation sociale g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles seraient vos propositions pratiques pour affronter une critique classique qu'on fait aux analystes, c'est-&#224;-dire qu'ils soignent des gens riches, ais&#233;s et un principe tr&#232;s peu malades par rapport &#224; la moyenne de la population.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non &#231;a ce n'est pas vrai, si on excepte la psychose, ce n'est pas vrai. Moi je veux bien parler de mon exp&#233;rience personnelle de psychanalyste sur plusieurs dizaines de patients que j'ai eu jusqu'ici, il n'y a pratiquement jamais eu de gens riches, &#231;a n'a jamais &#233;t&#233; un luxe pour ces personnes et certaines personnes ont fait des sacrifices &#233;normes pour pouvoir faire une analyse. Moi-m&#234;me j'adapte mes prix aux possibilit&#233;s des patients, ce n'est pas un probl&#232;me &#224; discuter ici maintenant et &#231;a n'a pas grand int&#233;r&#234;t, de toute fa&#231;on &#231;a ne suffit pas pour r&#233;soudre la question, parce qu'il y a des gens qu'ils ne peuvent rien payer, &#231;a c'est s&#251;r. Il n'y a pratiquement personne qui est venu chez moi pour faire une analyse parce que &#231;a fait bien dans un d&#238;ner mondain de dire &#171; je suis en train de faire une analyse &#187;, &#231;a ce n'est pas vrai. C'est peut-&#234;tre vrai dans d'autres milieux, enfin, moi je ne connais pas cette exp&#233;rience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je voudrais revenir quand m&#234;me au point de vue th&#233;orique, &#224; cette constatation d'abord que nous ne pouvons pas en rester &#224; la th&#233;orie freudienne strictement telle qu'elle &#233;tait formul&#233;e au d&#233;part. Freud et un g&#233;nie incomparable, un grand d&#233;couvreur, nous lui devons l'id&#233;e de l'inconscient et un tas d'autres id&#233;e sur la sexualit&#233;, infantile sur le complexe d'&#338;dipe, etc. Mais il y a d'abord un point aveugle dans Freud et c'est pr&#233;cis&#233;ment le point de l'imagination Il y a un paradoxe &#233;norme dans l'&#339;uvre de Freud, c'est que en fait tout ce que Freud raconte, ce sont des formations imaginaires, ce sont des formations de l'imagination radicale du sujet : les fantasmes, etc. Or, on va pas refaire l'histoire de la chose, mais Freud, &#233;lev&#233; dans l'esprit positiviste du XIXe si&#232;cle, &#233;l&#232;ve de Breuer et des autres &#224; Vienne, ne le voit pas et ne veut pas le voir, c'est pour &#231;a que au d&#233;part et pendant tr&#232;s longtemps, il croit &#224; la r&#233;alit&#233; des sc&#232;nes de s&#233;duction infantile que lui racontent ses patientes hyst&#233;riques. Il croit que &#231;a s'est pass&#233; comme &#231;a, que si les sujets sont malades c'est parce ce qu'il leur est arriv&#233; effectivement quelque chose qui les a traumatis&#233;s, etc. Ce sont les patients qui ont raison au sens, non pas qu'ils ont raison en g&#233;n&#233;ral, que quand ils disent que leur p&#232;re, leur m&#232;re, leur nurse, leur tante, leur oncle, tel voisin les a s&#233;duits quand ils &#233;taient enfants, ils ont toujours et n&#233;cessairement raison. Alors, m&#234;me s'ils ont raison, ce n'est pas le probl&#232;me parce que la r&#233;ponse fondamentale &#224; cela c'est que pour n'importe quel &#233;v&#233;nement traumatique, l'&#233;v&#233;nement est r&#233;el &lt;i&gt;en tant qu'&#233;v&#233;nement&lt;/i&gt;, il est imaginaire en tant que traumatique. C'est-&#224;-dire qu'il n'y a pas de traumatisme si l'imagination du sujet n'accorde pas une certaine &lt;i&gt;signification&lt;/i&gt; &#224; ce qui se passe et cette signification &#224; ce qui se passe, ce n'est pas la signification de la &lt;i&gt;political correcness&lt;/i&gt;, c'est une signification qui rel&#232;ve de la fantasmatique du sujet, de son imagination radicale, c'est &lt;i&gt;&#231;a&lt;/i&gt; qui est fondamental. Or &#231;a Freud ne veut pas le voir. Maintenant aux &#201;tats-Unis on essaye de revenir en arri&#232;re&#8230; Mais c'est tr&#232;s &#233;mouvant et tr&#232;s dr&#244;le &#224; la fois de voir tout au long de l'analyse de la fameuse analyse de &#171; l'homme aux loups &#187; o&#249; Freud, pendant tr&#232;s tr&#232;s longtemps, croit &#224; la r&#233;alit&#233; de la sc&#232;ne primitive que lui a racont&#233; &#171; l'homme aux loups &#187;, c'est-&#224;-dire au fait qu'il a observ&#233; ses parents en train de faire l'amour par-derri&#232;re, de faire un &lt;i&gt;coitus &lt;/i&gt;&lt;i&gt;a tergo &lt;/i&gt;&lt;i&gt;more ferarum &#8211; &lt;/i&gt;et ce n'est qu'&#224; la fin de l'analyse, il y a une note en bas de page du livre qui dit que, peut-&#234;tre, finalement, cette sc&#232;ne primitive n'&#233;tait qu'un fantasme du patient mais la question a tr&#232;s peu d'importance &#8211; ce qui est tr&#232;s dr&#244;le ! Il ne voit pas le r&#244;le de l'imagination dans ce qu'il appelle &lt;i&gt;fantasm&lt;/i&gt;&lt;i&gt;atisation&lt;/i&gt;, il l'appelle tout le temps fantasmatisation. Il essaye des origines phylog&#233;n&#233;tiques &#224; ces fantasmes, ce qui est une absurdit&#233;, c'est-&#224;-dire qu'il essaie de trouver dans le mythe initial de &lt;i&gt;Totem et&lt;/i&gt;&lt;i&gt; tabou&lt;/i&gt; l'origine des premiers fantasmes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il faut dire quelques mots sur &lt;i&gt;T&lt;/i&gt;&lt;i&gt;otem et tabou,&lt;/i&gt; parce qu'il se pourrait que notre public ne le connaisse pas. Pouvez-vous nous l'expliquer en peu de mots ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois que tout le monde aujourd'hui conna&#238;t le mythe qu'a fabriqu&#233; Freud pour expliquer l'origine l'origine de la soci&#233;t&#233;. Ce mythe, et toute la recherche de Freud, est tr&#232;s &#233;trange de ce point de vue. Freud se pose le probl&#232;me de l'origine de la soci&#233;t&#233; comme uniquement un probl&#232;me n&#233;gatif, c'est-&#224;-dire le probl&#232;me de l'origine des deux interdictions majeure ; l'interdit de l'inceste et l'interdit du meurtre &lt;i&gt;intra-&lt;/i&gt;&lt;i&gt;tribal&lt;/i&gt; &#8211; pas du meurtre en g&#233;n&#233;ral, parce que nulle part le meurtre n'est interdit en g&#233;n&#233;ral : si vous tuez les ennemis de l'Italie ou de la France vous avez raison, vous faites bien et on vous donne une d&#233;coration, mais il faut pas tuer &#224; l'int&#233;rieur, vous pouvez tuer &#224; l'int&#233;rieur si vous &#234;tes bourreau, par exemple, ou si vous &#234;tes un policier en exercice, l&#224; vous avez le droit de tuer&#8230; Bon mais enfin Freud ne voit pas que le probl&#232;me de l'origine de la soci&#233;t&#233; ce n'est pas le probl&#232;me de la cr&#233;ation des deux interdit seulement, c'est le probl&#232;me de cr&#233;ation d'institutions positives, la cr&#233;ation du langage, la cr&#233;ation de normes de conduite, la cr&#233;ation de religion, de signification, etc. Et puis cette cr&#233;ation des deux interdits majeurs &#8211; inceste et meurtre un tract-clanique ou intra-tribal &#8211; il les voit &#224; travers cette fameuse histoire de la horde primitive de o&#249; il y avait un p&#232;re qui avait toutes les femmes et qui ch&#226;trait ou chassait les fils pour continuer &#224; r&#233;gner sur ce harem, jusqu'au jour o&#249; les fr&#232;res ont d&#233;couvert qu'ils pouvaient se coaliser, &#233;liminer le p&#232;re, le tuer et se partager les femmes de la tribu. Bon, apr&#232;s &#233;ventuellement [il y a] des luttes entre les fr&#232;res, qui finalement ont conclu un pacte comme quoi personne n'essaierait de prendre la femme de l'autre et personne ne tuerait l'autre et ce pacte valait entre les membres du clan et pour comm&#233;morer en m&#234;me temps le meurtre du p&#232;re et expier la culpabilit&#233; qu'ils ressentaient par rapport &#224; ce meurtre ils auraient &#233;rig&#233; ce P&#232;re en animal tot&#233;mique, c'est devenu le &lt;i&gt;totem&lt;/i&gt; de la tribu et ils faisaient chaque ann&#233;e un repas sacrificiel o&#249; ils sacrifiaient cet animal et le mangeaient ce qui r&#233;p&#233;tait symboliquement &#8211; pr&#233;cis&#233;ment, l&#224;, mais au vrai sens du terme &#8211; la mort, le meurtre initial du P&#232;re, l'absorption de la puissance du P&#232;re par l'acte cannibalesque et en m&#234;me temps lui rendaient hommage, par cette f&#234;te, au P&#232;re. Bon tout cela, du point de vue ethnologique, ne tient pas debout, c'est une construction mythique. Mais c'est une construction mythique qui est tr&#232;s int&#233;ressante, tr&#232;s significative &#8211; on ne peut pas entrer l&#224;-dedans &#8211; pas seulement significative pour la fa&#231;on dont Freud fonctionnait, dont la pens&#233;e de son &#233;poque fonctionnait, mais m&#234;me significative du point de vue psychanalytique parce qu'effectivement il y a un complexe d'&#338;dipe, il y a une tendance au meurtre du P&#232;re, il y a tendance &#224; l'&#233;limination des fr&#232;res rivaux, etc., mais tout cela on le savait d&#233;j&#224; par la psychanalyse, on n'avait pas besoin du mythe de &lt;i&gt;Totem et tabou&lt;/i&gt;. Mais l'essentiel c'est que, encore une fois, ce mythe ne tient pas et postule ce qu'il doit expliquer : par exemple la capacit&#233; de socialisation des fr&#232;res le jour o&#249; ils se coalisent pour tuer le p&#232;re. &#199;a ce n'est pas un acte biologique, c'est d&#233;j&#224; un acte social, c'est un acte qui pr&#233;suppose le langage, donc on est parti pour expliquer l'origine de la soci&#233;t&#233; mais pour expliquer cette origine, on pr&#233;suppose que la soci&#233;t&#233; est d&#233;j&#224; l&#224;, que les fr&#232;res peuvent parler entre eux et faire une conspiration, tenir un secret, etc. On n'a jamais vu des animaux parler entre eux, faire une conspiration, ni des singes sup&#233;rieurs. Donc l'origine de la soci&#233;t&#233; est d&#233;j&#224; pr&#233;suppos&#233;e dans ce qui doit expliquer cette origine. Mais la premi&#232;re chose tr&#232;s importante pour Freud, pour la critique, pour essayer d'aller au-del&#224;, c'est cette m&#233;connaissance totale du r&#244;le de l'imagination radicale, donc cette m&#233;connaissance du r&#244;le de la fantasmatisation, et de l'autre c&#244;t&#233; c'est quand m&#234;me ce qui reste chez Freud de r&#233;ductionnisme, de d&#233;terminisme, c'est-&#224;-dire la tendance d'essayer de trouver toujours, pr&#233;cis&#233;ment parce qu'il m&#233;conna&#238;t l'imagination radicale et le r&#244;le &lt;i&gt;cr&#233;ateur&lt;/i&gt; de l'imagination radicale, d'essayer de trouver toujours l'encha&#238;nement des causes dans la vie psychique du sujet qui a fait que tel sujet pr&#233;sente tel sympt&#244;me, ou a tel n&#233;vrose ou a &#233;volu&#233; de cette fa&#231;on-l&#224;. Et &#231;a, &#231;a va m&#234;me &#224; l'extr&#234;me dans les histoires comme &lt;i&gt;S&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ouvenirs d'enfance de &lt;/i&gt;&lt;i&gt;L&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#233;onard de &lt;/i&gt;&lt;i&gt;V&lt;/i&gt;&lt;i&gt;inci&lt;/i&gt; ou il essaie d'expliquer un tableau de L&#233;onard et puis sa vie cr&#233;atrice &#224; partir d'un incident de son enfance qui est tout &#224; fait suppos&#233; &#8211; mythique l&#224; aussi. Mais m&#234;me si tout &#231;a tenait debout &#231;a n'explique &lt;i&gt;rien,&lt;/i&gt; strictement &lt;i&gt;rien, &lt;/i&gt;ni sur la peinture de L&#233;onard, ni pourquoi cette peinture est grande, ni pourquoi nous avons du plaisir &#224; la regarder. Alors de m&#234;me quand il s'agit d'expliquer l'&#233;volution d'un individu, d'un sujet singulier, et montrer pourquoi il a telle n&#233;vrose et pas telle autre, Freud finalement arrive &#224; avouer lui-m&#234;me qu'on ne peut pas savoir et il appelle &#231;a &#171; le choix de la n&#233;vrose &#187;, il y a un &lt;i&gt;choix&lt;/i&gt; de la n&#233;vrose, untel a &lt;i&gt;choisi&lt;/i&gt;, il a &lt;i&gt;choisi&lt;/i&gt; &#8211; il ne l'a pas choisi : &lt;i&gt;il se fait que,&lt;/i&gt; &#224; partir d&#233;j&#224; de 2 ans, de 3 ans, il a pris la voie obsessionnelle plut&#244;t que la voie hyst&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais ce terme de &#171; choix de la n&#233;vrose &#187; que Freud emploie, n'est-il pas en contradiction avec ce que vous supposez comme son d&#233;terminisme ? Parce qu'&#233;videmment, parler des choix c'est d&#233;j&#224; nuancer ces d&#233;terminismes et donc admettre que, dans la vie mentale, il n'y a pas de simples rapports des causes &#224; effet.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que je dis. Freud essaye de trouver toujours un rapport de cause &#224; effet, essaye de dire, par exemple, dans l'analyse de &#171; l'homme aux rats &#187; ou de &#171; l'homme aux loups &#187;, ce sympt&#244;me est l&#224; parce que telle chose s'est pass&#233; &#224; tel moment. Premi&#232;rement, il ne voit pas que la chose qui s'est pass&#233;e un tel moment n'a jou&#233; ce r&#244;le que parce que le patient &lt;i&gt;lui a attribu&#233;&lt;/i&gt; telle signification fantasmatiquement ; mais deuxi&#232;mement m&#234;me comme &#231;a il n'arrive pas &#224; expliquer ce qui s'est pass&#233; et donc il est r&#233;duit &#224; la fin &#224; dire : bon il y a un choix de la n&#233;vrose, qui &lt;i&gt;lui&lt;/i&gt;, on ne peut pas expliquer. C'est pour &#231;a aussi qu'il parle si souvent de facteurs constitutionnels, mais les facteurs constitutionnels c'est comme dans la vieille m&#233;decine si vous voulez : l'h&#233;r&#233;dit&#233; ou les vertus dormitive de l'opium comme on dit dans Moli&#232;re o&#249; un malade demande pourquoi l'opium fait dormir et le pseudo-m&#233;decin lui r&#233;pond parce que l'opium a des vertus dormitive. Ce n'est pas une r&#233;ponse de dire qu'il y a les facteurs constitutionnels. L&#224; encore, il faut &#234;tre juste, parce que Freud est quand m&#234;me un grand homme, quand il parle de facteurs constitutionnels il n'a pas tout &#224; fait tort parce que nous voyons, par exemple, chez les b&#233;b&#233;s ce qu'on appelle la &#171; tol&#233;rance &#224; la frustration &#187; : elle est tr&#232;s diff&#233;rente d&#232;s les premiers jours. Il y a des b&#233;b&#233;s qui, quand ils naissent, vous leur donnez le sein ou le biberon, ils boivent le lait et restent tranquilles pendant six heures jusqu'au moment o&#249; ils auront &#224; nouveau faim et il y en a d'autres qui, tr&#232;s rapidement, commencent &#224; vouloir, &#224; pleurer, &#224; hurler, &#224; demander le sein ou le biberon ou n'acceptent pas que leur m&#232;re s'&#233;loigne &#8211; et d'autres qui s'endorment dans la b&#233;atitude et l'acceptent. Pourquoi ? D&#232;s le d&#233;part&#8230; Alors, constitutionnel, je ne sais pas ce que &#231;a veut dire &#8211; en tout cas c'est inn&#233;. Mais &#231;a nous montre aussi que la tentative, du moins, du d&#233;terminisme psychanalytique, s'arr&#234;te, &#233;choue. Et il dit la m&#234;me chose dans les textes de 1926 - 1930 sur l'homosexualit&#233; f&#233;minine lorsqu'il explique qu'une fille au moment de l'adolescence, elle la trois voies qu'elle peut suivre : elle peut devenir ceci, elle peut devenir cela, elle peut devenir cela, bref&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles sont ces trois voies ?&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle peut devenir une femme qui aimera les hommes et qui voudra faire des enfants ou elle peut devenir une vieille fille dess&#233;ch&#233;e qui d&#233;teste le sexe et tout ce qui se rapporte &#224; cela ou elle peut devenir une femme-gar&#231;on qui tendra, m&#234;me si elle ne passe pas &#224; l'acte, du c&#244;t&#233; homosexuel. Mais pourquoi une fille choisit-elle telle voie ou telle autre ? On pourra montrer des facteurs qui ont aid&#233; &#224; tel choix ou &#224; telle inclinaison, mais on ne pourra jamais &lt;i&gt;d&#233;termin&lt;/i&gt;&lt;i&gt;er&lt;/i&gt; vraiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais, enfin, l'analyste agit sur les causes ou sur quelque chose d'autre pour soigner&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors &#231;a c'est la question la plus importante et la plus difficile. La psychanalyse essaie de transformer la fa&#231;on dont le patient voit son monde fantasmatique &#8211; d'abord, elle essaye de lui &lt;i&gt;faire voir&lt;/i&gt; son monde fantasmatique, c'est-&#224;-dire essaye de lui faire comprendre que la fa&#231;on dont il voit le monde c'est une fa&#231;on qui, pour une bonne partie, pas pour la totalit&#233; mais pour une bonne partie d&#233;pend de ses propres constructions psychiques, de ses propres fantasmatisations, etc. Et deuxi&#232;mement elle essaie de l'amener &#8211; comment dire ? &#8211; &#224; un rapport ad&#233;quat avec ses constructions fantasmatiques. Il y en a qui doivent tomber : si vous avez &#224; traiter, par exemple, quelqu'un qui est, disons, du c&#244;t&#233; parano&#239;aque, il y a d'abord &#224; lui faire comprendre, pas par la persuasion logique, mais par le travail analytique, &#224; le faire arriver &#224; la conclusion qu'il n'est pas vrai que tout le monde veut le pers&#233;cuter mais que, pour l'essentiel, cette de vue qu'il a, c'est sa propre fantasmatisation et, que tout au plus, on peut dire que les fois o&#249; il tombe sur des gens qui veulent vraiment le pers&#233;cuter, c'est que pour une bonne partie il les choisit, il choisit la femme qui le pers&#233;cute&#8230; Vous pouvez d&#233;j&#224; faire cela. Je prends un exemple extr&#234;me, et sp&#233;cial, parce qu'il ne faut pas que le patient soit tout &#224; fait d&#233;lirant parce que, l&#224;, il n'y a presque rien &#224; faire, il faut prendre quelqu'un qui est &lt;i&gt;borderline&lt;/i&gt;, si vous voulez, mais c'est plus fort que ce que si vous prenez un n&#233;vrotique. L&#224; il s'agit de l'amener &#224; se d&#233;barrasser finalement de ce mode de fantasmatisation. Dans d'autres cas il s'agit de l'amener &#224; cohabiter, d'une fa&#231;on plus ou moins pacifique, avec son monde fantasmatique, &#224; entrer en rapport raisonnable avec son monde fantasmatisation et avec ses nouvelles productions fantasmatiques et &#231;a c'est le travail essentiel. La fa&#231;on dont &#231;a se fait est une autre histoire, dans laquelle nous ne pouvons pas entrer parce que c'est aussi un des myst&#232;res de l'analyse &#8211; Freud n'a jamais pu expliquer pourquoi une interpr&#233;tation vraie &lt;i&gt;a un effet&lt;/i&gt; et moi-m&#234;me je ne peux pas l'expliquer. C'est un myst&#232;re. Pourquoi une interpr&#233;tation vraie a un effet et pourquoi, d'autres fois, une interpr&#233;tation vraie n'a pas d'effet ? Alors un analyste pur et dur vous dirait qu'une interpr&#233;tation qui n'a pas un effet, fait &#231;a veut dire qu'elle n'est pas vraie. Ce n'est pas exact.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; propos des effets de l'analyse, vous savez certainement qu'&#224; pr&#233;sent il y a une grande attaque de certains &#233;pist&#233;mologues contre la validit&#233; de la psychanalyse. Je pense notamment &#224; Gr&#252;nbaum il dit qu'on peut expliquer les effets de la psychanalyse tout simplement par l'effet placebo. Qu'est-ce que vous pensez de ces critiques &#233;pist&#233;mologiques, qui &#233;voquent les effets de l'analyse qu'on pas trop diff&#233;rent des effets qu'une cure magique peut y avoir sur un individu &#8211; parce qu'&#233;videmment m&#234;me un magicien peut changer des choses ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors pourquoi il peut ? Pourquoi M. Gr&#252;nbaum et M. Popper n'ont aucune explication de &#231;a ? Et M. Levi-Strauss non plus ? Quand il dit que les psychanalystes sont les chamans de l'&#233;poque moderne et que les chamans sont des psychanalystes des soci&#233;t&#233;s archa&#239;ques. Pourquoi on fait des exp&#233;riences en double aveugle ? Et pourquoi il y a un effet placebo ? Parce qu'il y a une suggestion. Pourquoi il y a une suggestion ? La psychanalyse r&#233;pond &#224; &#231;a : toute suggestion est r&#233;sultat d'un transfert. Le malade &#224; qui le m&#233;decin donne une substance a des grandes chances de croire fortement que cette substance lui fera du bien et c'est pour &#231;a qu'il y a un effet placebo. Pour &#231;a et parce que cette croyance peut avoir des effets moyennant des circuits psychiques &#8211; c'est pour &#231;a que maintenant on fait des exp&#233;riences en double aveugle. Dire que le fait que quelqu'un vient voir le psychanalyste trois fois par semaine et que &#231;a lui fait du bien par effet placebo, c'est &lt;i&gt;ne rien dire&lt;/i&gt;. Pourquoi il y a un effet placebo ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous dites justement que certains analystes, aussi bien que certains &#233;pist&#233;mologues, admettent qu'il y a de la suggestion dans la cure. Je pense qu'un analyste ne serait pas content d'admettre que les effets th&#233;rapeutiques qu'il produit soient de la suggestion. Il cherchera &#224; distinguer les effets de l'analyse&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230; mais non !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8230; de ceux purement suggestifs.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La psychanalyse peut expliquer la suggestion &#8211; la suggestion n'explique pas la psychanalyse. Et pourquoi elle n'explique pas la psychanalyse ? Parce que la psychanalyse, pour l'essentiel, n'est pas exclusivement, mais pour l'essentiel, c'est le travail du patient lui-m&#234;me, c'est le travail de l'analysant. Ces gens-l&#224; &#8211; peut-&#234;tre parce qu'ils vivent en Am&#233;rique le plus souvent &#8211; on en t&#234;te un psychanalyste qui dit au patient : &#171; si vous pensez cela c'est parce que votre m&#232;re a fait ceci &#187;. Alors &#231;a c'est une &#226;nerie, aucun psychanalyste digne de ce nom ne dit quelque chose de pareil. Alors maintenant on a des formes plus sophistiqu&#233;es : on dit que le patient qui sait ce que pense l'analyste essaye de lui dire ce qu'il sait que l'analyste penserait, etc. Mais je crois que si on a la pratique de l'analyse, rien de tout cela ne tient. Mais pour moi &#8211; bon, &#231;a, c'est pas un argument, c'est pas un argument d'autorit&#233; mais enfin&#8230; j'ai une exp&#233;rience que Gr&#252;nbaum n'a pas. Si on veut me croire, on me croit, si on ne veut pas on ne me croit pas, mais enfin on voit comment change un patient au cours d'un traitement, on voit qu'il r&#233;siste, pourquoi il y a des r&#233;sistances qui &#224; partir d'un certain moment, tombe. Comment monsieur Grunbaum explique cela ? Pourquoi un patient, pendant deux ans, n'avance pas et puis, tout d'un coup, quelque chose se casse et il passe un autre stade ? L'autre chose je voulais dire et je crois qu'on va terminer l&#224;-dessus, c'est que toutes ces critiques, &#224; partir de Popper, compare la psychanalyse avec une id&#233;e de la science qui est &lt;i&gt;exclusivement&lt;/i&gt; l'id&#233;e des sciences positives. Mais si quelqu'un n'a jamais pr&#233;tendu que la psychanalyse est une chose positive, ce quelqu'un est un con &#8211; et donc Popper se bat contre ce con. Et avec le m&#234;me raisonnement de Popper, on pourrait dire qu'il n'y a pas d'histoire parce qu'il n'y a pas de falsificabilit&#233; dans l'histoire. Il n'y a de falsificabilit&#233; dans l'histoire uniquement pour ce qui est des faits mat&#233;riels : si quelqu'un dit &#171; il n'y a pas de Parth&#233;non &#224; Ath&#232;nes &#187; il y a falsificabilit&#233; de cette chose parce qu'on peut l'amener &#224; Ath&#232;nes lui montrer le Parth&#233;non. Mais si quelqu'un dit, comme le disent les bouquins, que chez les Grecs anciens un &#233;l&#233;ment tr&#232;s important &#233;tait l'&#233;l&#233;ment &lt;i&gt;agonistique&lt;/i&gt; &#8211; c'est-&#224;-dire la comp&#233;tition et la lutte de l'un contre l'autre &#8211; &#231;a c'est une interpr&#233;tation : elle est pas r&#233;futable au sens de Popper. Vous voyez ce que je veux dire ? Donc Popper, avec son pr&#233;tendu crit&#232;re, dit : &#171; Il y a les sciences, qui sont les sciences positives, o&#249; il y a l'exp&#233;rience, la mesure, etc. et tout le reste c'est de la litt&#233;rature &#187;. Moi je veux bien, mais cette litt&#233;rature est plus importante, peut-&#234;tre, que les sciences positives parce que l'histoire la soci&#233;t&#233; la psych&#233; humaine, notre vie sont aussi importantes, au moins, que les mol&#233;cules, les atomes, etc.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>L'homme arabo-musulman (3/3)</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?1094-L-homme-arabo-musulman-3-3</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?1094-L-homme-arabo-musulman-3-3</guid>
		<dc:date>2022-02-15T10:21:13Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Dja&#239;t H.</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Anthropologie</dc:subject>
		<dc:subject>Psycho-sociologie</dc:subject>
		<dc:subject>Relativisme</dc:subject>
		<dc:subject>Type anthropologique</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;ducation</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Partie pr&#233;c&#233;dente disponible ici (.../...) 3 &#8211; Modifications actuelle [de la personnalit&#233; tunisienne, vers 1965] Prenons la m&#234;me soci&#233;t&#233; maintenant autour de 1965, quinze ans apr&#232;s 1950 et dix ans apr&#232;s l'instauration d'un nouveau r&#233;gime issu de l'ind&#233;pendance. Qu'y verrons-nous ? Qu'est-ce qui a pu changer et qu'est-ce qui a pu perdurer ? Le colonisateur est parti, un nouveau pouvoir national avec des hommes nouveaux a pris sa place et &#233;tabli un contr&#244;le sui le pays jamais atteint (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-270-Djait-H-+" rel="tag"&gt;Dja&#239;t H.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-110-anthropologie-+" rel="tag"&gt;Anthropologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-109-psycho-sociologie-+" rel="tag"&gt;Psycho-sociologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-42-relativisme-+" rel="tag"&gt;Relativisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-216-type-anthropologique-+" rel="tag"&gt;Type anthropologique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-30-education-+" rel="tag"&gt;&#201;ducation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1093-L-homme-arabo-musulman-2-3' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Partie pr&#233;c&#233;dente disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3 &#8211; Modifications actuelle [de la personnalit&#233; tunisienne, vers 1965]&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons la m&#234;me soci&#233;t&#233; maintenant &lt;i&gt;autour de 1965&lt;/i&gt;, quinze ans apr&#232;s 1950 et dix ans apr&#232;s l'instauration d'un nouveau r&#233;gime issu de l'ind&#233;pendance. Qu'y verrons-nous ? Qu'est-ce qui a pu changer et qu'est-ce qui a pu perdurer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le colonisateur est parti, un nouveau pouvoir national avec des hommes nouveaux a pris sa place et &#233;tabli un contr&#244;le sui le pays jamais atteint jusque-l&#224; ; la petite-bourgeoisie provinciale, guid&#233;e par son intelligentsia, a mis la main sur l'appareil d'&#201;tat en se faisant &#233;pauler par des &#233;l&#233;ments &lt;i&gt;bald&#238;&lt;/i&gt; ou plus rarement makhzen, qui n'appartiennent pas cependant &#224; la couche sup&#233;rieure de leur classe. Ainsi la petite-bourgeoisie est-elle devenue bureaucratie puis bourgeoisie, alors que de nombreux &#233;l&#233;ments issus du peuple se constituent &#224; leur tour en une large classe petite-bourgeoise. Le monde b&#233;douin est &#233;cras&#233;, il se d&#233;tribalise et conna&#238;t une paup&#233;risation g&#233;n&#233;rale. La Grande Mosqu&#233;e est d&#233;truite et le milieu qui lui &#233;tait associ&#233; est d&#233;fait, dissous, tout en maintenant des affinit&#233;s intellectuelles et id&#233;ologiques secr&#232;tes entre ses membres, qu'ils soient aristocrates ou provinciaux, par-del&#224; donc les diff&#233;renciations purement sociales. Les anciennes aristocraties ne participent en rien aux responsabilit&#233;s ; exclues du pouvoir, elles ne sont pas toutefois d&#233;poss&#233;d&#233;es de leurs patrimoines agricoles, mais ceux-ci sont &#233;miett&#233;s et perdent beaucoup en valeur relative. L'&#201;tat contr&#244;le l'&#233;conomie, l'&#233;ducation, l'information. Hydre tentaculaire, il impose ses mod&#232;les et ses sch&#233;mas aux esprits et jouit durant toute cette p&#233;riode d'un grand prestige conjugu&#233; avec de la peur ou de la convoitise. Ses buts avou&#233;s sont l'unification et la construction d'une nation moderne, le d&#233;veloppement &#233;conomique, une plus grande justice sociale, la modernisation des m&#339;urs et des mentalit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue &#233;conomique, l'agriculture se m&#233;canise et l'&#233;conomie de subsistance r&#233;gresse, d'o&#249; l'importance accrue attach&#233;e &#224; l'argent. Des industries naissent, qui d&#233;veloppent le salariat ; le secteur tertiaire et administratif s'enfle d&#233;mesur&#233;ment, cependant que l'ouverture &#224; l'aide ext&#233;rieure prend d'&#233;normes proportions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le changement des structures politiques, &#233;conomiques et sociales, n'est pas radical dans l'absolu et touche in&#233;galement les divers secteurs de la soci&#233;t&#233;. N&#233;anmoins, il est suffisamment massif pour pouvoir provoquer des modifications dans la personnalit&#233; de base. Autre constatation qui a son importance : le style du r&#233;gime, la tonalit&#233; des rapports sociaux, la structure des id&#233;aux dominants de la Tunisie bourguibienne, sont le pur produit de cette m&#234;me personnalit&#233; d&#233;j&#224; d&#233;crite, dont des &#233;l&#233;ments se trouvent privil&#233;gi&#233;s et d&#233;velopp&#233;s, dont d'autres au contraire sont mis en sommeil ou resurgissent sous une autre forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Tout d'abord, l'&#233;lan donn&#233; &#224; l'&#233;mancipation de la femme et les r&#233;formes intervenues dans le domaine du statut personnel ont remani&#233; l'allure de la sexualit&#233;. L'infini de la distance entre les deux sexes, sans &#234;tre combl&#233;, est rapproch&#233;, la mixit&#233; a progress&#233; dans les classes urbaines et dans l'institution scolaire. D'o&#249; une baisse de la r&#233;pression, une moins grande peur de la femme, une plus grande fr&#233;quence des rapports sexuels et &#233;rotiques, &#224; l'&#226;ge adulte comme dans l'adolescence. L'homosexualit&#233; reflue nettement dans les couches bourgeoises citadines, dont la jeunesse est moins inhib&#233;e &#224; l'&#233;gard de l'&#233;l&#233;ment f&#233;minin. Elle reste par contre attractive pour les jeunes ruraux scolaris&#233;s qui gardent encore, tr&#232;s fortes, leurs inhibitions et leur morale de l'honneur. Si d'un autre c&#244;t&#233;, l'afflux du tourisme a accentu&#233; dans la jeunesse la lib&#233;ration h&#233;t&#233;rosexuelle, y compris dans les rangs de la jeunesse populaire et provinciale, il a provoqu&#233; l'&#233;closion de perversions et fait na&#238;tre la prostitution homosexuelle. En somme, l'&#233;mancipation sexuelle relative a d&#233;bloqu&#233; les inhibitions mais dans tous les sens : paradoxalement, elle a exalt&#233; autant l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; que l'homosexualit&#233;. Elle se d&#233;veloppe anarchiquement, profitant des br&#232;ches ouvertes dans la forteresse des institutions ext&#233;rieures, le Surmoi, fragile, n'&#233;tant pas pr&#233;par&#233; &#224; assumer cette libert&#233; nouvelle. Un peu partout, dans les cercles proches du pouvoir, chez les nouveaux riches, dans la petite-bourgeoisie frott&#233;e de modernisme, dans les classes populaires des villes, il y a un v&#233;ritable d&#233;cha&#238;nement de la sexualit&#233;, &#224; la fois d&#233;foulement et signe d'un d&#233;r&#232;glement fondamental des m&#233;canismes d'autor&#233;gulation et d'autor&#233;pression. Et pourtant, c'est sur le fond d'une telle fr&#233;n&#233;sie, qu'&#233;paulent largement les app&#233;tits mat&#233;riels et la mis&#232;re mat&#233;rielle, que la femme fait l'apprentissage d'une sexualit&#233; lib&#233;r&#233;e de ses tabous, se fait &#233;l&#233;ment actif dans l'accouplement, apprend &#224; vaincre ses inhibitions, effleure m&#234;me par moments la sph&#232;re de l'amour-sentiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais que l'on ne se fasse pas d'illusions en g&#233;n&#233;ralisant &#224; toute la soci&#233;t&#233; un ph&#233;nom&#232;ne partiel, quoique hautement signifiant. Dans sa majorit&#233;, l&lt;i&gt;a soci&#233;t&#233; reste r&#233;pressive&lt;/i&gt;, domin&#233;e par l'homme, par l'institution du mariage, donc par le tabou de la virginit&#233; et le garde-fou de la jalousie. Celle-ci, toujours dominante, n'en est pas moins en voie de r&#233;gression : il lui arrive de se taire devant d'autres passions nouvellement surgies, l'int&#233;r&#234;t, l'ambition par exemple, ce qui prouve bien qu'elle n'est pas un &#233;l&#233;ment ind&#233;racinable et qu'elle peut se dissoudre ou &#234;tre refoul&#233;e dans un autre arrangement des buts du Moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les disciplines de base (sevrage et &#233;ducation sphinct&#233;rielle) n'ayant pas chang&#233;, &lt;i&gt;la structure de la personnalit&#233; profonde reste la m&#234;me&lt;/i&gt;. L'enfant et l'adolescent sont encore peu aptes &#224; ma&#238;triser leurs pulsions, &#224; r&#233;gler leur &#233;motivit&#233;, &#224; s'autodiscipliner. Les frustrations demeurent grandes et sont davantage ressenties, parce que les comparaisons s'imposent plus nettement &#224; l'esprit. Mais l'institution scolaire a &#233;tendu les mailles de son filet sur l'univers infantile : elle coule la personnalit&#233; de l'enfant dans son moul&#233;, en &#233;lague les asp&#233;rit&#233;s, y introduit un minimum de discipline intellectuelle et lui fait int&#233;rioriser les id&#233;aux de la modernit&#233;. Il ne faut pas cependant s'attendre &#224; ce qu'elle touche les niveaux profonds de la personnalit&#233;, plus sensibles aux sch&#233;mas irradi&#233;s directement du pouvoir et charri&#233;s par les &lt;i&gt;mass media&lt;/i&gt;. La personnalit&#233; tunisienne reste une personnalit&#233; simultan&#233;ment rel&#226;ch&#233;e et anxieuse. Mais l'anxi&#233;t&#233; a pu changer d'objet et, de toute mani&#232;re, avec les progr&#232;s de la s&#233;curit&#233; publique et l'ouverture sur l'ext&#233;rieur de l'univers clos de la famille patriarcale, elle a notablement baiss&#233;. L'agressivit&#233;, toujours tr&#232;s forte dans les rapports entre enfants, en particulier dans le monde populaire du sous-prol&#233;tariat urbain, a d&#233;sarm&#233; partout ailleurs dans l'univers adulte pour conna&#238;tre un retour de flamme tout r&#233;cemment. C'est qu'elle s'est d&#233;foul&#233;e partiellement dans la lutte coloniale et que maints &#233;l&#233;ments de la p&#232;gre ont &#233;t&#233; r&#233;cup&#233;r&#233;s et encadr&#233;s par le pouvoir. La naissance d'une conscience nationale homog&#232;ne, dans la foul&#233;e d'un enthousiasme populaire, les espoirs de mont&#233;e sociale, la force de l'encadrement par le parti et l'&#201;tat, le rayonnement du groupe dirigeant et de son chef, la permanence du contact et, par moments, la communion entre l'&#201;tat et les masses ont fait le reste. Le Tunisien prend conscience de lui-m&#234;me comme homme, il a soif de l'approbation de l'ext&#233;rieur : son narcissisme, flatt&#233;, va contrebalancer son agressivit&#233;. Il sent enfin toute la force du pouvoir -v&#233;ritable substitut du p&#232;re -et en prend peur. Le groupe dirigeant, dans le m&#234;me temps qu'il garde des rapports affectifs avec sa base et son milieu originel, morig&#232;ne, r&#233;prime, effraie sans toujours frapper. Il se donne surtout comme mod&#232;le, concentre sur sa t&#234;te toutes les valeurs de prestige, s'&#233;l&#232;ve au-dessus du reste de la soci&#233;t&#233;, &#233;veille l'admiration voire la fascination. Ainsi l'in&#233;galit&#233; sociale, quand elle est accept&#233;e, quand elle &#233;veille l'identification et excite les instincts de soumission, se r&#233;v&#232;le-t-elle un facteur &#233;minemment mod&#233;rateur de l'agressivit&#233;. En revanche, l'agressivit&#233; dans les grandes villes occidentales, fille de l'anonymat et des conditions de vie, est l'envers d'une d&#233;mocratisation des rapports interpersonnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, ayant r&#233;gress&#233; comme mode de protestation et d'auto-affirmation, sous sa forme franche, ouverte et physique, l'agressivit&#233; a gliss&#233; du plan individuel au plan social&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Notons tout de m&#234;me la progression du suicide, donc l'apparition de pulsions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pendant les premi&#232;res ann&#233;es de l'ind&#233;pendance, l'unanimisme national a camoufl&#233; les tensions de la soci&#233;t&#233; et obnubil&#233; les implications sociologiques de l'ind&#233;pendance. Le vide de cadres a, par ailleurs, cr&#233;&#233; un appel d'hommes, a &#233;largi l'assiette de l'&#201;tat, donnant &#224; chacun l'illusion qu'il peut participer au cercle magique du pouvoir. Mais bient&#244;t la classe dirigeante se consolide et prend forme, elle se ferme et se compte, prend ses distances vis-&#224;-vis du reste de la soci&#233;t&#233; et cl&#244;t l'&#232;re de l'innocence et des faux espoirs. Le &lt;i&gt;pouvoir&lt;/i&gt; devient, de loin, l'&#233;l&#233;ment pr&#233;dominant de la constellation de prestige : il est le point focal o&#249; viennent se d&#233;verser plaisirs, argent, respect, avec des moyens d&#233;cupl&#233;s par rapport &#224; ce qui existait vingt ans auparavant. Ainsi l'ali&#233;nation de la soci&#233;t&#233; face &#224; l'&#201;tat appara&#238;t-elle comme un ph&#233;nom&#232;ne majeur, mais, reposant au d&#233;but sur l'identification, elle tendra de plus en plus &#224; s'exprimer par une intense jalousie. Refoul&#233;e dans les couches populaires les plus d&#233;munies, o&#249; elle explose sporadiquement, la jalousie intrasociale est d&#233;cha&#238;n&#233;e d'une mani&#232;re permanente dans toutes les cat&#233;gories ais&#233;es : aristocratique, bourgeoise, semi-bourgeoise, parmi les intellectuels, dans les professions lib&#233;rales. Elle ne prend pas seulement pour cible le monde du pouvoir, elle devient un comportement &#171; int&#233;gr&#233; &#187;, un pli, un r&#233;flexe ancr&#233; dans la personnalit&#233;, mobilisant les instincts agressifs, s&#233;cr&#233;tant la ratiocination, l'insatisfaction, faisant d'une bonne partie de la soci&#233;t&#233; tunisienne une soci&#233;t&#233; obs&#233;d&#233;e, malade de la politique, malade d'elle-m&#234;me. L'&#233;vacuation de grand nombre de valeurs traditionnelles &#8211; religieuses, sociales, intellectuelles &#8211; n'a pas pour autant &#233;t&#233; compens&#233;e par l'introjection de valeurs authentiquement modernes qui guideraient l'action et baliseraient la route des ambitions. L'archa&#239;que et le nouveau s'entrem&#234;lent et se renforcent mutuellement pour donner une structure b&#226;tarde mais n&#233;anmoins coh&#233;rente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. C'est ainsi que si &lt;i&gt;la forme de l'&#201;tat est le produit de la personnalit&#233; de base&lt;/i&gt;, elle est aussi un instrument adapt&#233; &#224; certains &#233;l&#233;ments de cette personnalit&#233; dans le corps social. Au niveau le plus &#233;lev&#233;, le despotisme est la traduction politique fatale de la structure narcissique du Moi du dirigeant, mais, faible, ce m&#234;me pouvoir tomberait sous les coups de la m&#234;me structure dans la soci&#233;t&#233;, d'une agressivit&#233; lib&#233;r&#233;e, de la masse immense des convoitises et des frustrations. &#192; tous les niveaux de la bureaucratie, l'enflure du Moi se fait sentir : tout homme qui d&#233;tient une parcelle du pouvoir se comporte comme un m&#233;galomane et tel qui, hier, souffrait comme citoyen d'&#234;tre maltrait&#233;, r&#233;p&#232;te aujourd'hui le m&#234;me sc&#233;nario s'il se trouve assis &#224; la place du bureaucrate. Sans doute pourrait-on appliquer un sch&#233;ma adl&#233;rien &#224; la structure d'un pareil Ego, sans doute aussi pareil comportement caract&#233;rise-t-il particuli&#232;rement la personnalit&#233; populaire et petite-bourgeoise &#224; fond rural, mais il est suffisamment g&#233;n&#233;ralis&#233; pour nous donner &#224; r&#233;fl&#233;chir sur la puissance corruptrice du pouvoir humain. D&#233;poss&#233;d&#233;e du pouvoir, la personnalit&#233; tunisienne &#233;tait, par certains c&#244;t&#233;s, plus &#233;quilibr&#233;e et plus saine, mais &#171; l'histoire progresse par ses mauvais c&#244;t&#233;s &#187;, nous l'avons assez sugg&#233;r&#233; tout au long de cette &#233;tude pour ne pas nous en &#233;tonner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; supposer donc qu'au sommet l'&#201;tat soit m&#251; par les imp&#233;ratifs les plus rigoureux de la rationalit&#233;, il ne pourrait &#233;chapper &#224; la base &#224; la mati&#232;re humaine qu'il utilise non moins qu'&#224; celle qu'il enserre et encadre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La structure sp&#233;cifique des liens de parent&#233;, la vigueur persistante du lien tribal et r&#233;gional, pour prendre un exemple, d&#233;forment toute articulation rationnelle de l'&#201;tat, toute marche autonome des institutions. &lt;i&gt;L'&#201;tat est donc tout aussi inapte &#224; &#233;duquer la soci&#233;t&#233; que la soci&#233;t&#233; &#224; &#233;duquer l'&#201;tat&lt;/i&gt;. Si l'&#201;tat a exasp&#233;r&#233; la constellation de d&#233;pendance et de prestige, plut&#244;t que les aptitudes pr&#233;sentes en chacun &#224; un v&#233;ritable d&#233;veloppement de sa personnalit&#233;, donc &#224; une action rationnelle et efficace, la personnalit&#233; de base de &#171; l'individu dans sa soci&#233;t&#233; &#187; s'est montr&#233;e particuli&#232;rement dispos&#233;e &#224; accueillir ce qu'il faut bien appeler une embard&#233;e hors du bon chemin. Si l'&#201;tat a &#233;t&#233; bien inspir&#233; de briser les forces de r&#233;bellion, d'insoumission, de domestiquer l'instinct d'agression et la constellation de la virilit&#233; qui s'&#233;taient constamment dress&#233;s contre lui dans le pass&#233;, il l'a &#233;t&#233; bien mal en encourageant l'extension &#224; toute la soci&#233;t&#233; du syst&#232;me des faveurs et du r&#233;flexe de soumission, syst&#232;me qui n'&#233;tait jusque-l&#224; que l'apanage de l'aristocratie gouvernementale. Aujourd'hui, &#171; l'ingratiation &#187;, pour reprendre ce mot &#224; Kardiner, est devenue un trait dominant de la personnalit&#233; de base.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette m&#234;me personnalit&#233; a fait des pas importants dans la voie de la rationalisation des techniques de pens&#233;e, et positivement, et n&#233;gativement en expulsant au maximum hors de son horizon la mentalit&#233; magique. Un long chemin reste toutefois &#224; parcourir avant que naisse la pens&#233;e critique, que de la gangue de la na&#239;vet&#233; universelle se d&#233;gage l'intelligence lumineuse, que se lib&#232;re le jugement objectif de toutes les impuret&#233;s subjectives qui l'enrobent et le d&#233;forment&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4 &#8211; Extension &#224; toute l'aire arabe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans quelle mesure ce tableau, en deux temps, de la personnalit&#233; collective tunisienne peut-il &#234;tre &#233;tendu &#224; l'ensemble du monde arabe ? Pour ce qui est du Maghreb, il peut l'&#234;tre sans discussion mais avec ses nuances et ses variations sociologiques, avec aussi quelques correctifs. La personnalit&#233; berb&#232;re, au Maroc et en Alg&#233;rie, en voie d'absorption ou de dissolution, garde n&#233;anmoins des traits sp&#233;cifiques au niveau le plus profond du Moi, par exemple cette rectitude qui se mue facilement en rigidit&#233;, un esprit collectif en m&#234;me temps qu'individualiste, une agressivit&#233; latente pr&#234;te &#224; d&#233;fier le mur du r&#233;el&#8230; Les r&#233;gimes politiques, ici et l&#224;, ont en g&#233;n&#233;ral domestiqu&#233; l'individualisme anarchiste et provoqu&#233; une mutation dans le sens de la soumission. Mais, en Alg&#233;rie, le regain des forces islamiques, longtemps refoul&#233;es, favorise la remont&#233;e du virilisme du m&#226;le et p&#233;rennise une structure archa&#239;que de la sexualit&#233;. Au Maroc, un traditionalisme conscient, comme m&#233;thode d'emprise politique, se conjugue avec un pseudo-modernisme pour rejeter les &#233;nergies soit vers la passivit&#233;, soit vers un h&#233;donisme conqu&#233;rant et primaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Partout, d'un bout &#224; l'autre du Maghreb, les valeurs de prestige sont exalt&#233;es, partout le politique p&#232;se d'un poids tr&#232;s lourd&lt;/i&gt;. Nulle part les &#233;lans les plus nobles du Moi, en tant que monde par lui-m&#234;me, ne trouvent &#224; s'employer. Relisant r&#233;cemment l'ouvrage de Berque sur le Maghreb colonial&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Maghreb entre deux guerres.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, j'ai &#233;t&#233; saisi d'un profond malaise : c'&#233;tait un univers qui ignorait v&#233;ritablement l'ambition spirituelle, qui &#233;tait litt&#233;ralement ferm&#233; &#224; l'histoire de l'homme. C'&#233;tait le monde de la vie, de la passion de vivre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir A. Camus, La Mort heureuse.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, non celui de la spiritualit&#233; se r&#233;fl&#233;chissant en elle-m&#234;me. Si bien que je me suis demand&#233; si notre probl&#232;me de fond n'&#233;tait pas un probl&#232;me de la civilisation ou de la culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la mesure o&#249; l'&#201;tat s'installe aujourd'hui dans la g&#233;n&#233;ralit&#233;, il se fait niveleur et destructeur, mais si cette destruction est un moment n&#233;cessaire, ce moment est par l&#224; m&#234;me d&#233;passable et doit &#234;tre d&#233;pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#224; peu pr&#232;s s&#251;r que la personnalit&#233; de base au Machrek est tr&#232;s proche de ce sch&#233;ma, avec des dominantes diverses. En &#201;gypte, ce qui pr&#233;vaut serait le narcissisme, cependant qu'en Irak ou en Arabie ce serait l'agressivit&#233;. L&#224; aussi, le prestige est ma&#238;tre et le virilisme, l&#224; aussi les techniques de pens&#233;e restent traditionnelles, cependant que les r&#233;seaux de parent&#233; &#233;crasent toute vell&#233;it&#233; de rationalisation de l'&#201;tat, toute aspiration individuelle &#224; une vie libre. La rigidit&#233; arabo-berb&#232;re, att&#233;nu&#233;e au Maghreb par la vigueur de l'influence europ&#233;enne, c&#232;de la place dans les pays non m&#233;diterran&#233;ens de l'int&#233;rieur du Machrek &#224; une violence orientalo-b&#233;douine fortement marqu&#233;e par les si&#232;cles de d&#233;cadence. Les pays m&#233;diterran&#233;ens, plus structur&#233;s, sont d&#233;chir&#233;s entre des sch&#233;mas paysans ou b&#233;douins qui sourdent de l'int&#233;rieur et les sch&#233;mas urbains de l'humanit&#233; levantine, humanit&#233; sans consistance, sans combativit&#233;, vivant sur de fausses grandeurs, mais tout de m&#234;me affin&#233;e et cultiv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut donc parler d'une personnalit&#233; de base maghr&#233;bine et d'une personnalit&#233; de base machr&#233;kine diff&#233;renci&#233;es dans le d&#233;tail mais semblables pour l'essentiel, qui participent d'&lt;i&gt;une m&#234;me personnalit&#233; large de l'humanit&#233; arabe contemporaine&lt;/i&gt;. Celle-ci est du reste en voie d'unification depuis la fin de l'&#232;re coloniale, en rapport avec la mise en place g&#233;n&#233;rale de structures sociales et d'institutions similaires, parce que les rapports humains, encore que faiblement d&#233;velopp&#233;s, s'intensifient &#224; l'&#233;chelle des classes dirigeantes ou de certains secteurs de l'intelligentsia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui, dans cette personnalit&#233;, devrait changer (et comment ?) et qu'est-ce qui devrait persister ? Un changement qui &#233;quivaudrait &#224; une ali&#233;nation dans des structures &#233;trang&#232;res ne serait &#233;videmment ni valable ni possible. Des individus peuvent s'europ&#233;aniser &#8211; et encore jamais tout &#224; fait &#8211; mais non une collectivit&#233; enti&#232;re, riche au demeurant de son pass&#233; et de son humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y aurait lieu de s&#233;parer ici la forme dynamique de la personnalit&#233; du contenu de valeurs et d'objectifs qui orientent son activit&#233;, Le premier volet du diptyque est le plus difficile &#224; manier car il correspond &#224; la partie la plus profonde et la plus essentielle. Sans doute pourrait-on agir sur les disciplines de base en les renfor&#231;ant quelque peu par une &#233;ducation appropri&#233;e. Reste tout le poids d'une vie familiale ax&#233;e sur l'excessive autorit&#233; paternelle, g&#233;n&#233;ratrice d'anxi&#233;t&#233; et d'agressivit&#233;, qui p&#232;se lourdement sur l'enfance et la pr&#233;-adolescence. Il est clair qu'on ne peut pas &#233;duquer un p&#232;re d&#233;j&#224; form&#233; et que, du reste, tout cela renvoie &#249; une structure familiale objective qui ne muera que lentement et en rapport avec une mutation des structures mat&#233;rielles dans la soci&#233;t&#233;. C'est ici qu'on sent l'invisible cha&#238;ne qui soude entre elles les g&#233;n&#233;rations et qui constitue la trame m&#234;me de l'histoire. Au reste, nous n'aimerions pas que le caract&#232;re profond de l'homme arabe change du tout au tout : supprimez la solidarit&#233; familiale et vous supprimerez la chaleur humaine, &#233;liminez toute agressivit&#233; et vous &#233;liminerez peut-&#234;tre tout spontan&#233;isme. Nous savons tous que bien des traits du Moi europ&#233;en ne nous semblent pas valables, &#224; commencer par cet individualisme sec, cet esprit froidement calculateur, fruits de la rationalisation autant que de la dislocation du lien familial. Mais nous pressentons bien que la servitude parentale barre la route &#224; tout &#233;panouissement de la personne. En d&#233;pit de la terrible mont&#233;e des app&#233;tits, l'homme arabe n'est pas encore l'esclave de l'argent et il y a encore en lui des r&#233;serves de don de soi que l'intrusion d'un capitalisme outrancier pourrait tuer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est difficile de penser aussi que quinze si&#232;cles d'h&#233;g&#233;monie masculine et de r&#233;pression sexuelle pourraient s'&#233;vanouir devant l'attrait d'une modernit&#233; lib&#233;ratrice. Mais tout le probl&#232;me consiste &#224; r&#233;orienter correctement les &lt;i&gt;r&#233;sistances&lt;/i&gt; et &#224; les &lt;i&gt;combiner&lt;/i&gt; d'une mani&#232;re originale avec les changements n&#233;cessaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une r&#233;forme radicale des institutions sociales fondamentales pourrait apporter beaucoup. De nouvelles adaptations surgiront, qui bouleverseront l'&#233;conomie du moi. Ce qui restera et devra rester, c'est un noyau profond, une mani&#232;re d'envisager le rapport inter-humain, une mani&#232;re d'affronter la joie et la douleur, la vie et la mort. L'homme arabe pourrait se lib&#233;rer de ses phantasmes sexuels, de son anxi&#233;t&#233;, de son narcissisme, de ses boursouflures, ressentis tous ensemble comme r&lt;i&gt;ev&#234;tement adventice du Moi&lt;/i&gt;, et n&#233;anmoins rester g&#233;n&#233;reux, r&#233;sign&#233; de cette belle r&#233;signation, sensible &#224; l'approbation d'autrui, chaleureux, spontan&#233; dans les limites du raisonnable, toujours prompt &#224; r&#233;pondre &#224; l'appel de la &lt;i&gt;Muruwwa&lt;/i&gt;, de la solidarit&#233;, de la fraternit&#233; communautaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit donc pas de faire de l'homme arabe un Occidental, mais de faire en sorte qu'il retrouve en lui-m&#234;me les &#233;l&#233;ments d'une nouvelle structure, qu'il r&#233;invente son Moi et sa vie, aussi bien &#224; partir des meilleures parts de son pass&#233; qu'&#224; partir d'une int&#233;riorisation correcte et mesur&#233;e des conqu&#234;tes de l'humanit&#233; moderne. Dans l'&#233;conomie de sa personnalit&#233;, l'homme arabe est plut&#244;t domin&#233; par une affectivit&#233; vigoureuse. Cette affectivit&#233; verra s'att&#233;nuer ses pouss&#233;es par une moins grande r&#233;pression, par une plus grande rationalisation, par les progr&#232;s de la discipline. Att&#233;nuer seulement &#8211; fort heureusement &#8211;, et, pour ce qui en reste, r&#233;orienter vers des buts de vie utiles et prometteurs de satisfaction. De la m&#234;me fa&#231;on, la fragilit&#233; des instances internes de contr&#244;le et de r&#233;pression est susceptible de s'amenuiser par les progr&#232;s de l'&#233;ducation, par une r&#233;forme religieuse bien conduite, par une diffusion d'id&#233;aux exigeants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien de tout cela n'est impossible. Tout est li&#233; aux changements des institutions primaires mais aussi et non moins essentiellement &#224; la diffusion par les noyaux entra&#238;neurs de la soci&#233;t&#233; d'id&#233;aux ad&#233;quats et de vraies valeurs. L'homme occidental du Xe si&#232;cle &#233;tait, dans sa structure mentale, instable, violent, tr&#232;s d&#233;pendant des solidarit&#233;s lignag&#232;res&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marc Bloch, La Soci&#233;t&#233; f&#233;odale, I.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, pu&#233;ril m&#234;me, d'un &#233;go&#239;sme forcen&#233; et quasi animal. &#192; la fin du Moyen &#194;ge, Huizinga a pu parler de &#171; l'&#226;pre saveur de la vie &#187; , d'un comportement tout en pulsions et b&#226;ti sur un arri&#232;re-monde de phantasmes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le D&#233;clin du Moyen &#194;ge.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'homme de la Renaissance lui-m&#234;me &#233;tait tout aussi instable, voluptueux, cruel et c'est petit &#224; petit que la R&#233;forme a fa&#231;onn&#233; les bases du Moi int&#233;rieur. Rien n'est donc fatal en nous, tout n'est pas mauvais, comme tout n'est pas le mod&#232;le de la raison, de l'intelligence et de l'amour en Occident. Et apr&#232;s tout, l'Am&#233;rique, si infantile par maints c&#244;t&#233;s, n'&#233;crase-t-elle pas du poids de son &#233;conomie et de sa puissance la vieille Europe elle-m&#234;me ? Si fatalit&#233; il y a, elle est dans l'histoire la plus secr&#232;te, non dans l'homme, et c'est elle qu'il faut briser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste &#224; poser le probl&#232;me du contenu de la personnalit&#233;, c'est-&#224;-dire &lt;i&gt;les valeurs et les id&#233;aux&lt;/i&gt; qui la font vivre et guident son action et son dynamisme. Nous y avons constamment fait allusion au cours de notre analyse comme au probl&#232;me crucial de nos soci&#233;t&#233;s, comme au c&#339;ur m&#234;me du devenir historique. Si le changement est fortement d&#233;termin&#233; par l'&#233;volution des structures mat&#233;rielles -techniques, &#233;conomiques, sociales -, il n'est pas moins vrai que de nouvelles structures de la conscience d&#233;terminent encore plus largement les mutations objectives. Il s'agit d'un double mouvement complexe et mal &#233;lucid&#233;, et l'on discutera encore longtemps pour savoir si c'est le protestantisme qui a donn&#233; une pulsion d&#233;cisive au d&#233;veloppement du capitalisme ou si c'est la naissance d'un milieu bourgeois qui a entra&#238;n&#233; une adaptation du christianisme &#224; ses besoins. Au sein m&#234;me de la sph&#232;re des id&#233;aux, il y aurait lieu de diff&#233;rencier entre l'esprit profond d'une soci&#233;t&#233; et les valeurs explicites qui en sont la traduction partielle et superficielle. Il est &#233;vident, comme nous le verrons plus loin, qu'un volontarisme id&#233;ologique visant &#224; une mutation des id&#233;aux qui ne s'accrocherait pas elle-m&#234;me &#224; des mutations correspondantes dans la r&#233;alit&#233; objective n'aboutirait &#224; rien. Mais inversement, le sch&#233;ma marxiste d'une primaut&#233; sans faille de l'infrastructure mat&#233;rielle nous semble irrecevable ; et de fait, l'&#233;volution de l'histoire contemporaine dans le sens marxiste, quand elle a lieu, est beaucoup moins le fruit de la spontan&#233;it&#233; du jeu des structures que celui de l'id&#233;ologie marxiste elle-m&#234;me, en tant que support de valeurs nouvelles et nouveau type de conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re chose &#224; combattre dans nos soci&#233;t&#233;s, c'est la constellation de prestige, et en elle-m&#234;me, dans son existence pesante, et dans le contenu qui la remplit. On ne b&#226;tit pas sa vie sur une fa&#231;ade, on ne b&#226;tit pas son bonheur sur un mensonge, on ne peut pas se faire l'esclave du regard approbateur d'autrui ou d'un mis&#233;rable sentiment de fausse grandeur. On b&#226;tit une existence sur la dignit&#233;, sur la satisfaction de besoins mat&#233;riels et spirituels, sur l'amour, sur le bonheur, sur le travail, sur la communion avec autrui. Que le prestige est une dimension cardinale de la vie humaine &#8211; les hommes &#233;tant ce qu'ils sont &#8211;, il faudrait alors le lier &#224; des valeurs s&#251;res et vraies, non &#224; l'imposture. Chez nous, il n'y a pas de dignit&#233; du travail, il n'y a pas de dignit&#233; de l'effort, aucune valeur n'est attach&#233;e &#224; la simplicit&#233; et &#224; la sinc&#233;rit&#233;. C'est l&#224; une profonde carence de rationalit&#233;, car si la vie sociale contient presque fatalement l'irrationalit&#233; et l'injustice, cela atteint dans notre cas des proportions excessives. Et au lieu que l'&#201;tat se soit fait exemple de mod&#232;le de v&#233;rit&#233; et de droiture, il a refl&#233;t&#233; en l'amplifiant la constellation de prestige. &#201;tait-ce trop demander &#224; l'&#201;tat qu'&#224; un moment crucial de notre existence, il f&#251;t le foyer des valeurs d'effort, de simplicit&#233;, de rationalit&#233; ? Les premiers Califes l'avaient &#233;t&#233;. L&#233;nine et ses disciples aussi, aujourd'hui Mao [m&#234;me en 1974, ces illusions subsistaient ! NdLC], alors que le centre de l'&#201;tat, dans presque tout le monde arabe, encourage au gaspillage des ressources, aux d&#233;penses somptuaires, aux titres ronflants. Il a exalt&#233; de fait, et avec des moyens de propagande &#233;normes, la puissance et l'argent alors qu'il fallait construire une Renaissance sur de solides vertus. Nous vivons dans le monde du favoritisme, de l'arbitraire, de l'habilet&#233; et de la docilit&#233; r&#233;compens&#233;es, non dans celui de l'aspiration de l'homme &#224; jouir des fruits de son travail ou de son effort, dans une atmosph&#232;re de stagnation et de m&#233;diocrit&#233;, non de cr&#233;ativit&#233; et d'&#233;lan vers le beau et le vrai. Jamais peut-&#234;tre au cours de notre histoire, nous n'avons autant v&#233;cu dans le fallacieux : le r&#233;sultat en est qu'&#224; l'&#226;ge o&#249; l'id&#233;al devrait primer sur le r&#233;el et sa mesquinerie, des enfants et des adolescents ne r&#234;vent, pour leur avenir, qu'&#224; des fonctions de prestige (qu'ils n'auront pas) et que des enqu&#234;tes sociologiques, dans les ann&#233;es 60, ont fait ressortir que leur id&#233;al humain &#233;tait toujours un chef d'&#201;tat, jamais un artiste, un savant, un inventeur, un sportif. Le m&#233;tier n'est pas une vocation mais un gagne-pain. Le travail n'est pas une conqu&#234;te ni une qualification mais le fruit de la &#171; d&#233;brouillardise &#187; et d'appuis ext&#233;rieurs. L'amour de l'&#339;uvre entreprise, la conscience professionnelle se sont perdus depuis que l'artisanat s'est effondr&#233;. Comment &#233;veiller cette conscience ou la r&#233;veiller quand les valeurs dominantes de la soci&#233;t&#233; s'en &#233;cartent d&#233;lib&#233;r&#233;ment, quand la seule force organis&#233;e, &#224; savoir l'&#201;tat, donne le mauvais exemple, ceci sans compter de graves d&#233;fauts d'organisation. Mais l'organisation ne changera que s'il y a une revendication pressante de l'int&#233;rieur. Quand chacun voudra vivre et vivra selon sa v&#233;rit&#233;, qu'il verra alors l'inad&#233;quation de l'institution &#224; son aspiration r&#233;v&#233;l&#233;e &#224; elle-m&#234;me, celle-ci sera bien oblig&#233;e de s'amender ou de dispara&#238;tre. Au vrai, il serait parfaitement illusoire de demander aux hommes qui nous dirigent de changer, car ils ne changeront jamais. D'autres doivent les remplacer, &lt;i&gt;qui seront convertis, de l'int&#233;rieur, &#224; ce nouveau type de conscience&lt;/i&gt;, qui auront une claire vision des besoins de l'homme dont ils auront la charge. Dans la sourde r&#233;volte de la jeunesse intellectuelle, sous la d&#233;sillusion de maints secteurs de la soci&#233;t&#233;, se dessinent d&#233;j&#224; les lin&#233;aments de cette conscience, mais dans la confusion, dans le discours id&#233;ologique, &#224; travers une pure revendication politico-sociale r&#233;volutionnaire. Car il n'est pas s&#251;r que les id&#233;alistes r&#233;volutionnaires soient pleinement conscients des transformations profondes &#224; op&#233;rer dans les valeurs : ils sont imbus de cet extr&#234;me objectivisme qui ne fait confiance qu'aux structures, et leur id&#233;ologie, s&#233;lective dans l'ordre des valeurs, est donc forc&#233;ment oppressive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;tant donn&#233; l'importance de l'action de l'&#201;tat dans nos soci&#233;t&#233;s, il est essentiel que celui-ci soit contr&#244;l&#233; par des &#233;l&#233;ments qui aient une claire vision de la restructuration &#224; op&#233;rer au sein de la personnalit&#233; collective, une foi profonde et v&#233;ridique dans les valeurs &#224; introduire ou &#224; revivifier, qui soient donc convertis &#224; cette nouvelle conscience. Mais celle-ci doit commencer son travail &#224; la base, en faisant rayonner les id&#233;es qui la traduisent, la mentalit&#233; propre qui la porte, dans les couches les plus diverses de la soci&#233;t&#233;. Ce n'est pas affaire de propagande, mais affaire de culture. Ce n'est pas par la remont&#233;e de bas en haut, mais par une descente de haut en bas, que la soci&#233;t&#233; se sentira remu&#233;e de fond en comble. &lt;i&gt;Le r&#244;le des id&#233;es et de la pens&#233;e est donc fondamental&lt;/i&gt;. Leur cheminement est lent, elles subissent dans leur parcours des d&#233;formations, mais l&#224; est le point de d&#233;part, de l&#224; partira la secousse salvatrice. O&#249; habite la v&#233;rit&#233;, l&#224; habitera la r&#233;alit&#233;. Ce sont les doctrines les plus exigeantes intellectuellement qui, dans le pass&#233;, ont provoqu&#233; &#224; long terme les plus grands changements. Religions, philosophies, id&#233;ologies ont ponctu&#233; et fa&#231;onn&#233; les &#226;ges humains. Un mouvement de pens&#233;e qui &#233;merge lentement dans la conscience des repr&#233;sentants les plus intuitifs d'une soci&#233;t&#233; pourra appara&#238;tre, au d&#233;but, comme une simple &#233;cole de pens&#233;e, mais bient&#244;t, s'il repr&#233;sente une aspiration enfouie dans la psych&#233; collective, s'il est servi par l'effort, le talent ou le g&#233;nie, le voil&#224; qui fait tache d'huile, qui porte sa marque sur la litt&#233;rature et l'art, qui, par leur biais, s'insinue dans la sensibilit&#233;, fa&#231;onne l'&#226;me des hommes d'action, s'officialise, p&#233;n&#232;tre dans l'enseignement et par-del&#224; l'enseignement, dans l'&#233;quipement intellectuel de chacun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'&#233;ducation de l'homme arabe, il faut donc faire confiance aux &#233;l&#233;ments effervescents de la soci&#233;t&#233; plut&#244;t qu'aux d&#233;tenteurs du pouvoir. Le pouvoir et, plus g&#233;n&#233;ralement, la puissance ont bris&#233; l'initiative de l'individu jusqu'&#224; en faire un &#234;tre passif, domin&#233;, accul&#233; &#224; la r&#233;signation ou au d&#233;sespoir. De ce point de vue, la critique de la personnalit&#233; musulmane, telle que l'a exprim&#233;e le XVIIIe si&#232;cle europ&#233;en, n'est pas sans fondement. Lib&#233;rer l'initiative de l'individu et restituer &#224; la personne sa valeur est donc un &#233;l&#233;ment capital dans le dessein de r&#233;forme de l'homme arabe-musulman. Contrarier la mentalit&#233; de prestige pour installer, &#224; sa place, la d&#233;miurgie constructive et la &lt;i&gt;rationalit&#233;&lt;/i&gt;, c'est l&#224; une non moins imp&#233;rieuse exigence. Enfin, il est essentiel que soit temp&#233;r&#233;e l'affectivit&#233; arabe de telle mani&#232;re que l'&#233;nergie psychique s'investisse dans le monde au lieu de s'&#233;puiser dans le cercle terrible de la relation humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;former l'homme arabe ce n'est ni viser la reproduction de l'homme arabe historique ni appeler &#224; sa conversion au sch&#233;ma occidental. C'est lui restituer son authenticit&#233; : non pas telle forme d'originalit&#233; irr&#233;ductible, mais la v&#233;rit&#233; d'un &#234;tre p&#233;tri de pass&#233; et n&#233;anmoins tendant de toutes ses forces &#224; se r&#233;aliser dans l'universel humain. Notre pass&#233; contenait certes les valeurs de la vieille humanit&#233;, mais il s'&#233;tait b&#226;ti aussi sur de graves servitudes. Il convient donc de se le r&#233;approprier s&#233;lectivement. La modernit&#233;, elle, est &#224; la fois lib&#233;ratrice et destructrice de la substance humaine. Il faut n&#233;anmoins l'accueillir largement dans l'inspiration qui l'anime, la synth&#233;tiser avec notre lot de pass&#233; pour en arriver &#224; construire l'homme que nous aspirons &#224; devenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il est impensable que la soci&#233;t&#233; arabe actuelle reproduise le long cheminement qui, en Occident, a abouti au surgissement du moi int&#233;rieur, il n'est pas excessif de lui demander de &#171; recevoir &#187; et d'enrichir l'humanisme universaliste comme la vis&#233;e technicienne, de lib&#233;rer aussi l'individu de la masse des institutions qui l'accablent autant que l'accable la puissance de ses instincts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette mutation vers la Raison ne saurait &#234;tre que douleur : elle signifie la fin du bonheur primaire, la division du moi sur lui-m&#234;me, peut-&#234;tre l'angoisse. Mais elle promet aussi l'approfondissement du bonheur et la promotion de tous vers l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Notons tout de m&#234;me la progression du suicide, donc l'apparition de pulsions d'autodestruction&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Maghreb entre deux guerres. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir A. Camus, &lt;i&gt;La Mort heureuse. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Marc Bloch, &lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; f&#233;odale, I&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le D&#233;clin du Moyen &#194;ge&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>L'homme arabo-musulman (2/3)</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?1093-L-homme-arabo-musulman-2-3</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?1093-L-homme-arabo-musulman-2-3</guid>
		<dc:date>2022-02-03T08:35:38Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Dja&#239;t H.</dc:subject>
		<dc:subject>Anthropologie</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;ducation</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>Type anthropologique</dc:subject>
		<dc:subject>Relativisme</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Partie pr&#233;c&#233;dente disponible ici (.../...) 1 &#8211; Le cas tunisien : institutions primaires La Tunisie a toujours &#233;t&#233; un pays agricole et pastoral. C'est aussi un pays beaucoup moins marqu&#233; que le reste du Maghreb par le ph&#233;nom&#232;ne tribal. &#192; l'&#233;poque romaine, l'Africa repr&#233;sentait l'Afrique r&#233;guli&#232;re, s&#233;dentaire, contr&#244;l&#233;e par l'&#201;tat. Sauf dans le Sud, ouvert aux incursions nomades, l'&#233;l&#233;ment berb&#232;re &#233;tait g&#233;n&#233;ralement d&#233;tribalis&#233;, organis&#233; et en voie de romanisation. Ce n'est pas en (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-270-Djait-H-+" rel="tag"&gt;Dja&#239;t H.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-110-anthropologie-+" rel="tag"&gt;Anthropologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-30-education-+" rel="tag"&gt;&#201;ducation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-216-type-anthropologique-+" rel="tag"&gt;Type anthropologique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-42-relativisme-+" rel="tag"&gt;Relativisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-6-psychanalyse-+" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1092-L-homme-arabo-musulman-1-3' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Partie pr&#233;c&#233;dente disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1 &#8211; Le cas tunisien : institutions primaires&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Tunisie a toujours &#233;t&#233; un pays agricole et pastoral. C'est aussi un pays beaucoup moins marqu&#233; que le reste du Maghreb par le ph&#233;nom&#232;ne tribal. &#192; l'&#233;poque romaine, l'&lt;i&gt;Africa&lt;/i&gt; repr&#233;sentait l'Afrique r&#233;guli&#232;re, s&#233;dentaire, contr&#244;l&#233;e par l'&#201;tat. Sauf dans le Sud, ouvert aux incursions nomades, l'&#233;l&#233;ment berb&#232;re &#233;tait g&#233;n&#233;ralement d&#233;tribalis&#233;, organis&#233; et en voie de romanisation. Ce n'est pas en Tunisie proprement dite qu'&#233;clatera la r&#233;sistance &#224; l'invasion arabe mais &#224; partir de la Numidie et du Maghreb central : bien au contraire, agriculteurs et s&#233;dentaires, soucieux de vivre sous la f&#233;rule d'un ordre &#233;tatique, quel qu'il soit, feront &#224; un moment donn&#233; appel aux Arabes pour se prot&#233;ger de l'action d&#233;vastatrice de la Kah&#233;na.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous la domination arabe, l'activit&#233; agricole ne s'arr&#234;ta pas et se compl&#233;ta, &#224; partir du IXe si&#232;cle, d'une activit&#233; commerciale importante dans les villes, cons&#233;quence de la participation du pays &#224; la vie d'un monde islamique en pleine expansion. Sur le plan de la civilisation, la Tunisie s'orientalise et s'islamise. Mais l'&#233;quilibre &#233;conomico-social se trouve rompu au XIe si&#232;cle par l'irruption en masse des B&#233;douins hilaliens. Le pays se b&#233;douinise largement : sauf dans quelques &#238;lots, le monde rural conna&#238;tra jusqu'&#224; l'&#233;poque coloniale une pr&#233;pond&#233;rance marqu&#233;e de l'&#233;l&#233;ment b&#233;douin, du genre de vie b&#233;douin, de valeurs b&#233;douines particuli&#232;rement expansives. Cependant que, de son c&#244;t&#233;, et en opposition avec ce monde, la civilisation citadine s'organise au XIIIe si&#232;cle, essentiellement &#224; Tunis, autour des artisans, des marchands, des hommes de science.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir du XVIe si&#232;cle, l'&#233;l&#233;ment turc et l'&#233;l&#233;ment andalou jouent un r&#244;le important, le premier dans l'organisation de l'&#201;tat, le second dans celle de la vie &#233;conomique &#8211; artisanat ou agriculture irrigu&#233;e. Au XVIIIe si&#232;cle, la monarchie hussaynide tente de rassembler une soci&#233;t&#233; h&#233;t&#233;rog&#232;ne : elle s'appuie militairement sur des contingents b&#233;douins, sur des mercenaires, mais aussi sur l'&#233;l&#233;ment turc pendant pr&#232;s d'un si&#232;cle. La bourgeoisie citadine des bald&#238; repr&#233;sente la soci&#233;t&#233; civile, ob&#233;issante, coh&#233;rente mais ne participant pas &#224; la direction des affaires. Si l'&#201;tat est ob&#233;i dans les villes, il faut employer la force pour lever l'imp&#244;t dans les campagnes. Mais l'unification du pays autour de l'&#201;tat s'acc&#233;l&#232;re au XIXe si&#232;cle, en d&#233;pit de r&#233;voltes sporadiques et quelquefois violentes. A la veille de l'&#233;tablissement du protectorat fran&#231;ais, nous avons les structures sociales suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sommet, se trouve la famille beylicale dont un des membres, le plus &#226;g&#233;, d&#233;tient la souverainet&#233;. L'aristocratie gouvernementale (&lt;i&gt;Makhzen&lt;/i&gt;) qui l'entoure, mi-militaire mi-bureaucratique, est compos&#233;e de &lt;i&gt;ma&lt;/i&gt;&lt;i&gt;m&lt;/i&gt;&lt;i&gt;el&#251;ks&lt;/i&gt; li&#233;s assez souvent par des alliances matrimoniales &#224; la famille r&#233;gnante. Cependant, des &#233;l&#233;ments autochtones, g&#233;n&#233;ralement d'origine provinciale, se sont infiltr&#233;s dans cette aristocratie d'&#201;tat : il suffit qu'une seule personne acc&#232;de &#224; une fonction gouvernementale pour que la lign&#233;e se constitue et se p&#233;rennise, s'adossant &#224; un patrimoine foncier qui en maintient le rang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe sociale &lt;i&gt;makhzen&lt;/i&gt;, n&#233;e du service de l'&#201;tat, avec ses deux secteurs, a une mentalit&#233; sp&#233;cifique fond&#233;e sur la recherche des faveurs et l'esprit courtisan de servilit&#233;. &#192; c&#244;t&#233; d'elle, et dans la sph&#232;re de la soci&#233;t&#233;, s'est d&#233;velopp&#233; le patriciat urbain des &lt;i&gt;bald&#238;yya&lt;/i&gt;, avec ses trois rameaux : autochtone pur, c'est-&#224;-dire arabe-berb&#232;re, andalou et turc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout au long du XVIIIe si&#232;cle et jusque vers 1830, moment capital de l'expansion europ&#233;enne dans tous les domaines, la classe bourgeoise, &#224; l'ombre de l'ordre &lt;i&gt;hussaynide&lt;/i&gt;, s'enrichit dans le n&#233;goce. Mais, avec le ralentissement de l'activit&#233; commerciale &#224; cette date, l'amplification de l'emprise de l'&#201;tat sur le corps social, sa couche la plus dynamique se met &#224; investir ses &lt;i&gt;revenus en biens fonciers&lt;/i&gt; et &#224; rechercher l'honneur social par les fonctions religieuses et universitaires. Les valeurs de prestige ne sont pas en effet li&#233;es &#224; l'argent mais &#224; l'exercice d'un pouvoir quelconque, politique ou spirituel. C'est ainsi que la couche sup&#233;rieure des &lt;i&gt;bald&#238;yya&lt;/i&gt; s'est mu&#233;e en &lt;i&gt;aristocratie civile et religieuse&lt;/i&gt; et s'est alli&#233;e, elle aussi, au pouvoir en place. Du point de vue de la mentalit&#233;, c'est &#224; cette &#233;poque que se sont consolid&#233;es coutumes et traditions citadines dans cette classe, avec ses trois variantes ramen&#233;es alors &#224; deux : l'autochtone-andalouse et la turque, que traduit religieusement la bi-polarisation autour des rites mak&#233;lite et han&#233;fite. Conservatrice de l'id&#233;al islamique, cette classe est d&#233;tentrice d'un syst&#232;me de valeurs pacifiste, &#233;loign&#233; de tout sentiment guerrier, r&#233;prouvant la violence (mais les valeurs de courage sont nettement marqu&#233;es dans le p&#244;le d'origine turque). Prudence, parcimonie, attachement &#224; l'ordre, &#224; la tradition, &#224; la religion, m&#233;pris du b&#233;douinisme et de la ruralit&#233;, grande consid&#233;ration pour l'anciennet&#233; du lignage autant que pour la citadinit&#233;, valorisation aussi de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, semblent &#234;tre les &#233;l&#233;ments de la structure mentale de la bourgeoisie. Toutefois, nous n'avons pas encore affaire &#224; une classe ferm&#233;e, puisque nombre de ses figures les plus notables sont de provenance provinciale. L&#224; aussi une personne peut, par ses dons, percer dans l'ordre des sciences religieuses, fonder &lt;i&gt;une lign&#233;e&lt;/i&gt; qui s'int&#233;grera &#224; l'aristocratie tunisoise et qui, rompant avec ses origines, se forgera une conscience patricienne et tunisoise. C'est dire que la conscience g&#233;ographique de cette classe, du fait de l'existence d'un &#201;tat unifi&#233;, n'&#233;tait pas encore restreinte &#224; la capitale, ph&#233;nom&#232;ne qui appara&#238;tra sous la colonisation et en rapport avec la dislocation de l'image socio-g&#233;ographique du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les classes populaires urbaines se composaient principalement de petits artisans et de petits commer&#231;ants, travaillant dans la M&#233;dina ou les faubourgs et vivant dans les faubourgs, mais il y avait aussi tout un monde de clients, de commissionnaires, une p&#232;gre urbaine de sans-travail, de ruraux en rupture de ban avec leurs tribus, d'&#233;l&#233;ments aussi en contact permanent avec une colonie euro-m&#233;diterran&#233;enne assez importante &#224; Tunis&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est-&#224;-dire attach&#233;e &#224; la capitale, Tunis.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde rural s'articulait autour des deux p&#244;les : b&#233;douin-tribal et villageois-paysan avec, avons-nous dit, une pr&#233;dominance du premier p&#244;le&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pas d'un point de vue num&#233;rique, cependant.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si le second &#233;l&#233;ment vivait en vasselage avec les diverses aristocraties urbaines ou gouvernementales du fait que celles-ci lui imposaient des contrats de m&#233;tayage (seulement au Cap Bon et au Sahel existait une petite paysannerie &#171; libre &#187; ), l'&#233;l&#233;ment b&#233;douin, sauf dans le Nord, &#233;tait pratiquement autonome. Organis&#233; en tribus, elles-m&#234;mes politiquement antagonistes, il vivait sous le r&#233;gime de la propri&#233;t&#233; collective. Mais la solidarit&#233; horizontale, qui agglom&#233;rait entre eux les membres d'une m&#234;me tribu face &#224; la totalit&#233; du monde ext&#233;rieur, s'accompagnait, dans un sens contraire, d'une stratification int&#233;rieure diff&#233;renciant le contribule anonyme et sans biens personnels de l'aristocrate b&#233;douin riche et puissant, selon une dialectique purement sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde populaire, qu'il f&#251;t urbain ou rural, vivait &#224; la fin du XIXe si&#232;cle et continuera &#224; vivre sous le Protectorat et m&#234;me dans la phase de l'apr&#232;s-ind&#233;pendance, avec cependant quelques am&#233;liorations sensibles de son sort, sous le signe de la &lt;i&gt;p&#233;nurie&lt;/i&gt;. L'homme &#233;tait et reste si proche de la mort, de la souffrance, des influences de la nature (froid, chaleur. &#8230; ) que son &#233;difice mental en est certainement marqu&#233;. La vie &#233;tait et est une lutte de tous les instants, contre la nature ou contre autrui. &#192; quoi il faut ajouter la vigueur des repr&#233;sentations tribales o&#249;, &#224; c&#244;t&#233; d'un certain sens de l'honneur, se marque une tendance &#224; la rapine et au m&#233;pris des engagements. Sur le plan religieux, remarquons l'importance de la d&#233;votion maraboutique tout autant que des croyances de type magique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Protectorat fran&#231;ais, tout en accaparant &#224; partir de 1907 l'essentiel du pouvoir, en laissant &#233;galement se disloquer l'&#233;conomie pastorale et artisanale traditionnelle, ne toucha pas consciemment aux structures sociales non plus qu'aux superstructures coutumi&#232;res et religieuses. La propri&#233;t&#233; priv&#233;e, &lt;i&gt;mel&lt;/i&gt;&lt;i&gt;k&lt;/i&gt;, se consolide au d&#233;triment des biens &lt;i&gt;habous&lt;/i&gt; et des terres collectives, ce dont profite l'aristocratie urbaine. On assiste &#233;galement &#224; la fusion des divers secteurs de l'ancienne classe dirigeante. Si la caste des Mamel&#251;ks s'effondre avec l'effondrement de son pouvoir et la fin de l'esclavage, par contre les secteurs autochtones de l'aristocratie gouvernementale s'allient &#224; l'aristocratie religieuse (couche sup&#233;rieure de la vaste bourgeoisie des &lt;i&gt;bald&#238;yya&lt;/i&gt;), dont l'antique scission en deux p&#244;les, arabe et turc, perd toute v&#233;ritable signification. Familles minist&#233;rielles et familles cl&#233;ricales se partagent la direction de la soci&#233;t&#233;, unifient, sauf sur quelques d&#233;tails, leur genre de vie, et participent de la m&#234;me conscience de classe. Elles maintiennent leur supr&#233;matie par l'exercice des fonctions administratives et religieuses qui sont attribu&#233;es &#224; leurs membres mais aussi par l'affermage de leur patrimoine foncier. L'aristocratie b&#233;douine, quant &#224; elle, perd du terrain mais a le soutien du pouvoir fran&#231;ais, cependant que la masse des B&#233;douins, d&#233;poss&#233;d&#233;e, conna&#238;t l'exode vers les villes et la paup&#233;risation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nouvelles couches surgissent. Une bourgeoisie d'origine provinciale, alg&#233;rienne, quelquefois turque et qui, pratiquant les professions lib&#233;rales, jouissant d'une ind&#233;pendance &#233;conomique et intellectuelle (par rapport aux imp&#233;ratifs religieux diffus&#233;s par la Grande Mosqu&#233;e), adopte des id&#233;aux occidentaux et particuli&#232;rement fran&#231;ais : c'est ce qu'on appellera la bourgeoisie &#233;volu&#233;e. Surtout, l'instruction fran&#231;aise, dans le cadre des lyc&#233;es et coll&#232;ges, bien que parcimonieusement dispens&#233;e aux autochtones, sera &#224; la base de la naissance d'une intelligentsia ayant son assise sociale dans la petite-bourgeoisie provinciale, mi-urbaine, mi-rurale. Cette nouvelle intelligentsia, exclue de l'&lt;i&gt;Establishment&lt;/i&gt;, anim&#233;e de puissants sentiments revendicatifs et de classe contre l'aristocratie dirigeante (mais ce n'&#233;tait pas l&#224; son privil&#232;ge puisqu'au sein de la Grande Mosqu&#233;e, la m&#234;me opposition se manifestait) et, d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, contre le pouvoir &#233;tabli, donc contre le colonisateur, saura organiser des masses de plus en plus m&#233;contentes du statut colonial, pour arracher l'ind&#233;pendance. En fait, en dehors des &#233;l&#233;ments nettement li&#233;s avec le pouvoir colonial, l'unanimit&#233; des cat&#233;gories sociales &#233;tait pour le recouvrement de l'ind&#233;pendance. Cet unanimisme a refoul&#233; l'expression franche des antagonismes intra-sociaux sans pour autant emp&#234;cher leur cheminement profond, si bien que, l'ind&#233;pendance acquise, c'est bien la petite-bourgeoisie &lt;i&gt;quasi rurale&lt;/i&gt; qui se retrouve au pouvoir, par l'interm&#233;diaire de ses enfants, intellectuels nationalistes form&#233;s &#224; l'occidentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce tableau de sociologie historique rev&#234;t une singuli&#232;re importance pour la mise en &#233;vidence des institutions primaires : &#233;conomie agricole, pastorale et marchande, existence de groupes, classes, milieux sociaux qui ont b&#226;ti leur influence sur la conjonction d'une assiette fonci&#232;re et de fonctions de coercition ou de prestige, opposition ville-campagne, &#224; la fois stabilit&#233; et changement dans les classes sociales, fluidit&#233; du monde populaire, importance du r&#244;le de l'&#201;tat central, despotique mais inefficient, non moins grande importance de l'ext&#233;rieur (Empire ottoman, Occident) dans la trajectoire de la vie du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les structures &#233;conomico-sociales ne constituent qu'une partie des institutions primaires et elles sont en outre ambivalentes, en ce sens qu'elles d&#233;signent un cadre global aux adaptations du Moi en m&#234;me temps qu'elles en indiquent l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233;. La religion et le droit islamiques jouent aussi un r&#244;le capital dans la d&#233;termination de la personnalit&#233; de base, cependant que le culte des saints devrait &#234;tre interpr&#233;t&#233; comme institution secondaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le noyau religieux, en tant qu'il est h&#233;rit&#233;, est certainement une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le poids des id&#233;aux arabes anciens, m&#234;me s'ils sont consid&#233;rablement remani&#233;s, n'est pas non plus &#224; n&#233;gliger : certains de ces id&#233;aux se maintiennent, vivants, dans la psych&#233; b&#233;douine, d'autres sont diffus&#233;s par l'&#233;ducation dans les couches citadines sup&#233;rieures. Au compte de l'Islam, on devrait inscrire, non seulement le noyau originel de croyances et d'institutions, mais aussi tout ce qui s'est &#233;labor&#233; au cours des si&#232;cles, en particulier au Moyen &#194;ge et dans le contexte oriental, dans une interaction avec le milieu social ambiant et qui, h&#233;rit&#233;, se maintient avec ou sans son support social originel. Il y a ainsi le monoth&#233;isme ; la morale islamique, le rituel, la l&#233;gislation matrimoniale et sur l'h&#233;ritage, mais aussi la claustration de la femme, la s&#233;gr&#233;gation des sexes, les coutumes d&#233;riv&#233;es, la toute-puissance du m&#226;le et du p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier point est &#224; la fois islamique, arabe, m&#233;diterran&#233;en et oriental. Il nous introduit dans une autre s&#233;rie causale, celle des structures de la parent&#233;, o&#249; l'on remarque tout de suite la pr&#233;pond&#233;rance de la famille agnatique, particuli&#232;rement en milieu urbain et bourgeois. L'enfant vit dans une cellule &#233;largie aux oncles paternels, aux grands-parents, aux cousins et ne per&#231;oit pas facilement, dans ce milieu vaste, sa propre famille nucl&#233;aire. Les mariages entre cousins germains sont tr&#232;s fr&#233;quents et permettent de pr&#233;server le patrimoine cependant que les relations avec la parent&#232;le maternelle restent assez distendues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les disciplines de base&lt;/i&gt; que subit l'enfant sont impr&#233;gn&#233;es de ce contexte sociologique, religieux, culturel. L'application du test de Louisa D&#252;ss a des enfants tunisiens de condition sociale moyenne et, parall&#232;lement, &#224; des enfants europ&#233;ens vivant en Tunisie, de condition modeste, a donn&#233; des r&#233;sultats particuli&#232;rement int&#233;ressants&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Carmel Carnill&#233;ri in : Travaux du Centre national d'&#233;tudes et de formation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Selon l'auteur, &#171; les deux types d'&#233;ducation, dans ce pays du moins, ne sont pas fondamentalement diff&#233;rents : incluant des valeurs issues d'un m&#234;me monoth&#233;isme spiritualiste de base, ils sont dispens&#233;s dans des familles o&#249; le p&#232;re est la valeur dominante ; o&#249; les ascendants et collat&#233;raux occupent une place importante, o&#249; d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, la texture patriarcale demeure perceptible ; la diff&#233;rence &#233;tant que ce qui est explicitement institutionnel chez les Tunisiens est seulement &#171; moral &#187; chez les Europ&#233;ens. Les soins aux petits sont bons, la limite ne se trouvant ici que dans les possibilit&#233;s mat&#233;rielles ; l'alimentation affective est abondante, la m&#232;re tendant &#224; se faire la chose de ses enfants, puis &#224; servir de tampon entre eux et le p&#232;re. Celui-ci devient le p&#244;le r&#233;pressif, craint et respect&#233;, &#224; mesure que grandit sa prog&#233;niture et use de la correction physique. La r&#233;pression de la sexualit&#233;, en particulier, est puissante. Le cadre &#233;ducatif de base est donc incontestablement commun. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;cisons que le sevrage de l'enfant tunisien est tardif (dix mois &#224; deux ans) ainsi que la propret&#233; anale. On peut donc parler de discipline l&#226;che &#224; ce sujet et, du reste, les tests confirment cette appr&#233;ciation en faisant &#233;tat de frustrations relatives au sevrage et de conflits chez les Europ&#233;ens, cependant que le groupe tunisien est adapt&#233;. Les Europ&#233;ens t&#233;moignent &#233;galement d'une fixation anale plus grande. &#171; On peut l'attribuer, dit Carnill&#233;ri, au fait que le dressage et la r&#233;pression sphinct&#233;riels sont plus pr&#233;coces et plus rigoureux dans les familles europ&#233;ennes. &#187; Toutefois, l'on constate un net accroissement de la possessivit&#233; au fur et &#224; mesure que l'on approche de l'&#226;ge de la pr&#233;-adolescence et qui serait li&#233; au contexte &#233;conomique, les Tunisiens se sensibilisant avec l'&#226;ge aux &#171; frustrations d'objets provenant de leur bas niveau &#233;conomique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; donc de &lt;i&gt;radicales diff&#233;rences&lt;/i&gt; entre l'&#233;ducation du Tunisien et celle de l'Europ&#233;en, en d&#233;pit de conditions sociales et mat&#233;rielles similaires. Mais ces conditions sont plus m&#233;diocres en milieu tunisien, ce qui cr&#233;e des frustrations plus marqu&#233;es qui donnent &#224; leur tour un sens &#171; r&#233;aliste &#187; aux angoisses infantiles du Tunisien et comme une carence imaginative. De la m&#234;me fa&#231;on, les particularit&#233;s de la famille quasi patriarcale tunisienne, constituant un monde clos sur lui-m&#234;me, r&#233;fr&#232;nent l'initiative de l'enfant et occasionnent une intense fixation familiale, une propension &#224; compter passivement sur les parents. La forte autorit&#233; dont est investi le p&#232;re attise &lt;i&gt;l'agressivit&#233; et l'anxi&#233;t&#233;&lt;/i&gt; de l'enfant, en particulier de l'a&#238;n&#233; qui, par ailleurs, jouit d'un statut de sup&#233;riorit&#233; sur ses cadets et est entour&#233; de respect. Cette anxi&#233;t&#233; se traduit, croyons-nous, par la fr&#233;quence de l'&#233;nur&#233;sie, particuli&#232;rement en milieu bourgeois citadin o&#249; elle a d'autres causes que la peur du p&#232;re. Si, g&#233;n&#233;ralement, la m&#232;re populaire repr&#233;sente le p&#244;le de la tendresse, il peut se faire que, dans la bourgeoisie, elle ne l'ext&#233;riorise pas, soit par l'effet d'une pudeur qui fr&#233;quemment r&#233;prime les &#233;lans de tendresse, soit parce qu'objet sexuel et s'appr&#233;hendant comme tel, elle livre son enfant aux soins des domestiques, soit parce que, se sentant noy&#233;e et inf&#233;rioris&#233;e dans la famille du mari, elle prolonge et maintient ses liens avec sa propre famille. Ce statut d'h&#244;te de la femme bourgeoise dans la famille de son mari est peut-&#234;tre un ph&#233;nom&#232;ne transitoire dont l'apog&#233;e se situerait entre 1930 et 1950, &#224; un moment-charni&#232;re o&#249; la femme, ayant acquis une relative libert&#233; de circulation, a pu concr&#233;tiser ses liens avec sa famille d'origine, beaucoup plus que n'aurait pu le faire sa m&#232;re ou sa grand-m&#232;re. Aujourd'hui, ces liens sont plus forts que jamais du fait de la lib&#233;ration massive de la femme mais ils sont compens&#233;s par la naissance d'un sentiment de solidarit&#233; et de responsabilit&#233; de la femme dans son foyer, lui-m&#234;me en rapport &#233;troit avec les progr&#232;s de la famille nucl&#233;aire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enqu&#234;te de Carnill&#233;ri fait &#233;tat de la faible fr&#233;quence dans les deux groupes de l'expression du complexe d'&#338;dipe, mais il est significatif qu'il apparaisse quatre fois plus chez les Europ&#233;ens que chez les Tunisiens, ce qui s'expliquerait ais&#233;ment par la plus nette affirmation chez les premiers du couple conjugal comme cadre familial. D'un autre c&#244;t&#233;, l'ext&#233;riorisation des marques de tendresse et d'amour dans les relations du couple est autoris&#233;e dans le premier cas et fortement r&#233;prim&#233;e dans le second : &#171; La valorisation du p&#232;re dans la famille ne suffit pas &#224; conditionner le complexe d'&#338;dipe. Il faut de plus qu'elle soit un groupe affectif comme dans le type conjugal. &#187; Toutefois, cette enqu&#234;te est limit&#233;e sociologiquement au monde citadin quasi populaire et il y a, en outre, d'autres biais par o&#249; s'introduit le complexe d'&#338;dipe. L'identification au p&#232;re, tr&#232;s forte chez le Tunisien, conjugu&#233;e avec l'int&#233;riorisation des valeurs culturelles de l'honneur et de la virilit&#233; (la femme &#233;tant un objet menac&#233; par le d&#233;sir de l'homme et qu'on doit d&#233;fendre), suscite l&lt;i&gt;a jalousie du fils au sujet de sa m&#232;re et comme par procuration pour son p&#232;re&lt;/i&gt;. La vigueur des liens affectifs que garde la m&#232;re avec sa famille d'origine surtout, comme nous l'avons vu, en milieu aristocratique ou bourgeois, peut susciter chez l'enfant une violente hostilit&#233; &#224; l'&#233;gard du grand-p&#232;re maternel ou de l'oncle. Ce dernier, le m&#226;le de la famille, a &#233;t&#233; choy&#233; et admir&#233; par ses s&#339;urs qui, &#224; l'occasion, ont pu projeter secr&#232;tement sur lui une libido frustr&#233;e par des mariages arrang&#233;s. La m&#232;re peut donc &#234;tre per&#231;ue comme aimant son fr&#232;re, le complexe d'&#338;dipe se fixant d&#232;s lors sur l'oncle maternel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le test de Louisa D&#252;ss, appliqu&#233; &#224; des pr&#233;-adolescents de douze &#224; quatorze ans, r&#233;v&#232;le la &#171; d&#233;gradation &#187; des r&#233;actions : accroissement des attitudes de d&#233;sadaptation, des r&#233;ponses pessimistes, de la jalousie fraternelle, de la crainte des parents, de l'anxi&#233;t&#233; envers la sexualit&#233; autant que de l'agressivit&#233; &#224; l'&#233;gard du p&#232;re. Ces changements sont imputables aux particularit&#233;s de cet &#226;ge pr&#233;-adolescent o&#249; la personnalit&#233; entre en crise, mais ils pourraient signifier un d&#233;calage dans les m&#233;thodes d'&#233;ducation. &#192; cet &#233;gard, ce tableau serait plus repr&#233;sentatif de l'&#233;poque o&#249; nous nous pla&#231;ons pour l'instant, &lt;i&gt;c'est-&#224;-dire celle des ann&#233;es 50&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;ducation de l'enfant et du pr&#233;-adolescent montre un laisser-aller parental dans les cat&#233;gories populaires. L'intervention violente du p&#232;re n'&#233;tait qu'&#233;pisodique et, faute d'une scolarisation suffisamment &#233;tendue, bien souvent l'&#233;ducation de l'enfant se faisait dans la rue. La fr&#233;quence du divorce ou du d&#233;c&#232;s de l'homme, livrant l'enfant &#224; une m&#232;re tendre mais faible, en faisait un enfant g&#226;t&#233;, contr&#244;lant mal ses pulsions, r&#233;tif devant l'effort, au surmoi fragile. On peut dire avec certitude que le type humain du voyou urbain (&lt;i&gt;Zou&lt;/i&gt;&lt;i&gt;f&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ri&lt;/i&gt;) correspondait &#224; ce sch&#233;ma d'&#233;ducation. Cependant, dans la bourgeoisie, la r&#233;pression &#233;tait continue et importante, l'&#233;ducation s&#233;v&#232;re, mais l'enfant pouvait rester coup&#233; du monde ext&#233;rieur, incapable de se d&#233;fendre plus tard contre les agressions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La propagation de l'instruction scolaire, dans la derni&#232;re phase du protectorat, a op&#233;r&#233; un brassage social suscitant &#224; son tour une confrontation des valeurs sp&#233;cifiques des diverses cat&#233;gories sociales. Elle est un instrument efficace de modernisation et de rationalisation mais, en porte-&#224;-faux avec le milieu familial, son action ne joue qu'&#224; retardement, c'est-&#224;-dire &#224; l'&#226;ge adulte. Notons que la majorit&#233; du peuple tunisien &#233;tait, vers 1950, analphab&#232;te, ce qui est d'une importance capitale dans l'appr&#233;ciation des syst&#232;mes de pens&#233;e et des techniques intellectuelles d'adaptation dans l'&#233;conomie g&#233;n&#233;rale de la personnalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2 &#8211; La personnalit&#233; tunisienne &#224; la fin de l'&#232;re coloniale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette personnalit&#233;, &#233;tant donn&#233; la complexit&#233; des institutions primaires, doit &#234;tre, on s'en doute, fort complexe, diversifi&#233;e selon les classes d'&#226;ge et les classes sociales. Nous allons en d&#233;gager les traits g&#233;n&#233;raux pour une p&#233;riode qui se situe entre l'apr&#232;s-guerre et la fin du Protectorat (1945-1954).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. &lt;/strong&gt; Il y a d'abord une constellation id&#233;elle et affective tournant autour de la valorisation de la virilit&#233;. On peut y ranger c&#244;te &#224; c&#244;te l'identification au p&#232;re, le culte du h&#233;ros, de la force, du pouvoir, de ce qui domine, le m&#233;pris du faible, la peur et le m&#233;pris de la femme, la jalousie masculine, la grande fr&#233;quence de l'homosexualit&#233;, des syst&#232;mes d'agression franche et ouverte. La structure de la sexualit&#233; la traduit tout en &#233;tant surd&#233;termin&#233;e par l'ensemble des institutions primaires. Le test de Louisa D&#252;ss montre que les Tunisiens &#171; r&#233;agissent vivement &#224; la manifestation sociale de l'&#233;rotisme &#8230; Mais vis-&#224;-vis de la fonction sexuelle en tant que telle leurs inhibitions sont moins intenses que celles des Europ&#233;ens &#187;. Autrement dit, pas de refoulement de la &lt;i&gt;libido&lt;/i&gt; dans son p&#244;le biologique et physique, mais refoulement intense du sentiment de l'amour et de toutes les composantes affectives de la &lt;i&gt;libido&lt;/i&gt;. En outre, l'activit&#233; sexuelle pure, non refoul&#233;e par une int&#233;riorisation d'interdits quelconques, est fortement &lt;i&gt;r&#233;prim&#233;e&lt;/i&gt; par les institutions ext&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la sexualit&#233; est d&#233;fendue, c'est parce que le Tunisien a su lui conserver son caract&#232;re myst&#233;rieux et privil&#233;gi&#233;, de m&#234;me que la jalousie, ph&#233;nom&#232;ne historique et culturel, devient ph&#233;nom&#232;ne psychique en se faisant projection sur autrui de la vigueur des pulsions du sujet. La repr&#233;sentation alimentaire ou animale de l'agression sexuelle du m&#226;le pare celle-ci d'une puissance vertigineuse d'attrait qui a pour envers un vif sentiment de la puret&#233; : toute cette constellation est antimoderne dans la mesure o&#249; la modernit&#233; refuse le pur et l'impur, banalise la sexualit&#233;, en extirpe les racines irrationnelles, en fait donc quelque chose de simplement fonctionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; se fonde sur la distance pr&#233;alable des partenaires que l'acte r&#233;duira au maximum. Inexistante, cette distance d&#233;truit le d&#233;sir ; excessive, elle cr&#233;e des inhibitions insurmontables. Ce dernier sch&#233;ma, constitutif de la personnalit&#233; tunisienne, m&#232;ne &#224; la limite &#224; l'homosexualit&#233; et cr&#233;e habituellement une g&#234;ne vis-&#224;-vis de la femme, dont l'alt&#233;rit&#233; est d&#233;mesur&#233;ment amplifi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, la femme se fait idole et objet rare, son corps &#233;tant son capital social. Du point de vue sentimental, la femme repr&#233;sente un cas de refoulement r&#233;ussi. Sa sexualit&#233; ne peut s'&#233;panouir que dans le mariage, mais s'y &#233;panouit-elle effectivement ? Il y a en elle de fortes inhibitions qu'elle compense g&#233;n&#233;ralement par l'instinct maternel et une intense sociabilit&#233;. Dans le monde populaire, battue et terroris&#233;e, sa sexualit&#233; peut se borner &#224; la fonction reproductrice. Dans le monde bourgeois, elle est respect&#233;e mais soumise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble bien que, dans le couple, ce soit l'homme qui souffre le plus du manque d'&#233;lan affectif de la femme, qu'il soit le solliciteur pour l'accouplement, et qu'il se laisse aller &#224; exprimer plus franchement sa &lt;i&gt;libido&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces relations assez glac&#233;es, entrent en jeu &#224; partir de 1930 environ et peut-&#234;tre pour une large part dans ces distorsions, des conflits d'id&#233;aux. Pour l'homme, le f&#233;minin en soi est ce qui est clair, blond, tendre ; ce qui est masculin et d&#233;valu&#233; comme objet sexuel est le noir, le sombre, le brun, le dur et le noueux. L'attrait sexuel maximal est donc incarn&#233; par la femme bourgeoise ou par l'Europ&#233;enne, qui repr&#233;sentent ce type physique. Car la femme du peuple ne r&#233;pond pas toujours &#224; ces canons, bien loin de l&#224;, et l'homme lui substituera par cons&#233;quent l'adolescent d'origine bourgeoise ou autre qui devient, &#224; ses yeux, plus femme que la femme quand il correspond &#224; ce canon esth&#233;tique imp&#233;ratif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#234;mes repr&#233;sentations esth&#233;tiques jouent pour la femme, &#224; quoi il faut ajouter des id&#233;aux moraux. L'homme id&#233;al est l'homme polic&#233; de la ville qui respecte la femme, la g&#226;te, qui est l'antith&#232;se de son violent et peu d&#233;licat partenaire habituel. Autrement dit, la femme cherche une certaine f&#233;minit&#233; dans l'homme. Sociologiquement, une mutation des repr&#233;sentations de l'homme id&#233;al a surgi dans l'inconscient f&#233;minin sous l'impact de l'Occident. L'homme traditionnel est d&#233;valu&#233;, il n'est d&#233;j&#224; plus homme mais sous-homme : &#224; sa place, &#233;merge, par&#233; de l'aur&#233;ole de la modernit&#233; et de toute la beaut&#233; de l'interdit inaccessible, le type du Tunisien europ&#233;anis&#233;, m&#234;me si c'est d'une europ&#233;anisation superficielle. On ne saurait donc avancer le simple concept de puritanisme islamique pour expliquer un monde de relations aussi fuyant et complexe. Il s'agit de &lt;i&gt;r&#233;pression de la sexualit&#233; et de refoulement de l'amour&lt;/i&gt;, mais comment la personnalit&#233; s&#233;cr&#232;te-t-elle des anticorps pour juguler ce qu'il y a d'explosif dans cette structure ? Par l'extraordinaire richesse du langage sexuel, par un comportement tr&#232;s entreprenant de l'homme vis-&#224;-vis de la femme quand il est couvert du voile de l'anonymat, par la l&#233;galisation de la prostitution, par une institution telle que le &lt;i&gt;hammam&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Bouhdiba, &#171; Le Hammam, contribution &#224; une psychanalyse de l'Islam &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, surtout par l'homosexualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'homosexualit&#233; est &#224; la fois un &#233;l&#233;ment fondamental de la personnalit&#233; de base et une institution secondaire provenant de la r&#233;action de cette personnalit&#233; &#224; la r&#233;pression et &#224; la frustration sexuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Disons tout de suite que si l'homosexualit&#233; est tr&#232;s r&#233;pandue en Tunisie (nous ne disposons malheureusement pas de statistiques en la mati&#232;re), il ne semble pas qu'il y ait plus qu'ailleurs d'homosexuels purs, enti&#232;rement invertis. Reste que la fr&#233;quence des tendances homosexuelles chez l'homme est suffisamment importante pour qu'il soit l&#233;gitime de s'interroger sur ce probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les racines historiques de ce ph&#233;nom&#232;ne sont ind&#233;niables. Si l'homme arabe primitif &#233;tait presque uniquement h&#233;t&#233;rosexuel, la soci&#233;t&#233; islamique classique, partie sous l'influence orientale (le r&#244;le des soldats khur&#226;s&#226;niens a &#233;t&#233; d&#233;cisif), partie comme r&#233;action &#224; l'effet frustrateur de la l&#233;gislation islamique (polygamie des riches cr&#233;ant dans le peuple une &#171; faim de femmes &#187; , claustration, voile, etc.), a pratiqu&#233; &#224; large &#233;chelle une homosexualit&#233; facilit&#233;e par l'apport massif de jeunes esclaves&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir les Agh&#226;ni et &#233;galement Mez, Die Renaissance des Islams.&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour ce qui est du Maghreb, Ibn Hawqal &#233;tale pour nous sa r&#233;pugnance devant certaines formes primitives d'hospitalit&#233; homosexuelle dans certaines tribus berb&#232;res. Et en Tunisie proprement dite, R. Brunschvig&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;la Berb&#233;rie orientale sous les Hafsides.&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; rel&#232;ve la fr&#233;quence de la sodomie &#224; l'&#233;poque hafside cependant que Ganiage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Origines du protectorat fran&#231;ais en Tunisie.&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, citant la presse parisienne vers 1880, parle de l'homosexualit&#233; comme d'un &#171; vice &#187; courant en Tunisie. Il ne s'agit donc pas seulement d'un ph&#233;nom&#232;ne contemporain mais d'une tradition historique et presque d'un mod&#232;le culturel. Or si l'historique joue d&#233;j&#224; par lui-m&#234;me, a fortiori est-il d&#233;terminant quand son support institutionnel subsiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'instinct ne fournit en effet que le &lt;i&gt;drive&lt;/i&gt;, le cadre social se chargeant de lui pr&#233;ciser son but et son contenu. En l'occurrence, la libido infantile &#233;tant ind&#233;termin&#233;e quant &#224; son objet, les mod&#232;les culturels entrent alors en jeu. Ces mod&#232;les ne sont fournis ni par la famille, ni par la morale officielle &#8211; vivement r&#233;pr&#233;hensive &#224; cet &#233;gard &#8211;, ni par l'instruction, mais par le troisi&#232;me milieu. Encore faut-il que la structure psychique du sujet s'y pr&#234;te, ou du moins se pr&#234;te &#224; une totale absorption de la &lt;i&gt;libido&lt;/i&gt; par l'homosexualit&#233;. Ici intervient la vari&#233;t&#233; des exp&#233;riences individuelles, mais il est ind&#233;niable que la r&#233;alit&#233; sociale non institutionnelle agit fortement, quoique subrepticement, en faveur du d&#233;veloppement des tendances homosexuelles. La promiscuit&#233; intermasculine, la vigueur de la r&#233;pression de tout jeu inter-sexes, le manque de contr&#244;le des parents sur la vie de leurs enfants, bien plus qu'une structure quelconque du Moi &#224; l'&#226;ge de la prime enfance, interviennent dans le sens d'un tel d&#233;veloppement. Dans la majorit&#233; des cas, cependant, l'adolescent devenant plus m&#251;r et mieux inform&#233;, se d&#233;tourne de cette voie et s'engage dans la direction normale du d&#233;sir h&#233;t&#233;rosexuel. De toute mani&#232;re, il y a nette pr&#233;pond&#233;rance des tendances homosexuelles actives sur les attitudes passives du fait de la vive r&#233;probation et du m&#233;pris qui entourent toute f&#233;minisation du m&#226;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces tendances, dans les cat&#233;gories instruites ou ais&#233;es, se r&#233;sorbent avec le mariage ou &#224; l'&#226;ge adulte, &#226;ge o&#249; se produit une reconqu&#234;te plus ou moins r&#233;ussie du d&#233;sir h&#233;t&#233;rosexuel, consid&#233;r&#233; par la soci&#233;t&#233; adulte comme la norme. Rien n'illustre peut-&#234;tre davantage le drame sexuel d'une certaine g&#233;n&#233;ration de Tunisiens que l'anxieuse prise de conscience de la n&#233;cessit&#233; d'une conversion vers des buts plus normaux. Il est rare que la mutation &#233;choue mais il n'est pas rare que subsistent des pulsions homosexuelles dans le sujet et qu'il essaie de les refouler : quand, &#224; l'&#226;ge adulte, le sujet rencontre des frustrations violentes dans un domaine quelconque, resurgissent alors, au niveau de la conscience, ces pulsions, avec la vigueur d'un d&#233;sir infantile r&#233;prim&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ainsi la structure sexuelle de la personnalit&#233; tunisienne r&#233;v&#232;le-t-elle sa remarquable plasticit&#233;&lt;/i&gt;, mais la r&#233;sistance des couches populaires urbaines ou rurales-s&#233;dentaires (&#224; Tunis, au Sahel et au Cap Bon) &#224; l'attrait de l'homosexualit&#233; active est moins forte que celle des couches bourgeoises ou des individualit&#233;s &#233;volu&#233;es. Mari&#233; ou ayant des rapports h&#233;t&#233;rosexuels, l'homme populaire c&#232;de &#224; l'attraction de la p&#233;d&#233;rastie comme &#224; la promesse d'une jouissance sup&#233;rieure et pleine, cependant que les rapports normaux, cahotants, seraient comme une concession &#224; la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conscience na&#239;ve tunisienne a tendance &#224; croire que l'homosexualit&#233; n'est qu'un succ&#233;dan&#233; &#224; la sexualit&#233; dite normale, qu'on peut donc la d&#233;passer ou la supprimer ais&#233;ment, comme si l'on n'avait affaire qu'&#224; une &#171; mauvaise habitude &#187;. Elle ne soup&#231;onne ni la contrainte qu'elle exerce sur la personnalit&#233; individuelle, ni ses racines sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.&lt;/strong&gt; &#192; c&#244;t&#233; de la structure de la sexualit&#233;, un des &#233;l&#233;ments les plus essentiels de la personnalit&#233; de base est la structure de l'agressivit&#233; ou, si l'on veut, la forme des syst&#232;mes d'agression. Nous avons d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233; le probl&#232;me de l'agressivit&#233; alg&#233;rienne avant l'ind&#233;pendance et, en accord avec Fanon, nous l'avons imput&#233;e &#224; la singularit&#233; du syst&#232;me politico-&#233;conomico-social. On peut faire des constatations similaires et avancer la m&#234;me explication pour le cas de la Tunisie vers 1950. La Tunisie connaissait en effet une tr&#232;s forte agressivit&#233; qui, pour &#234;tre bien moins meurtri&#232;re que celle de l'Alg&#233;rie, n'en colorait pas moins la totalit&#233; des rapports humains, en particulier dans la grande ville. Franche, ouverte, se traduisant facilement sur le plan physique, la violence d&#233;vorait l'&#233;nergie du peuple et dressait le fr&#232;re contre son fr&#232;re. Il est &#233;vident que la rupture entre la masse et des classes dirigeantes d&#233;poss&#233;d&#233;es de toute exemplarit&#233; comme de tout pouvoir, les frustrations et les humiliations n&#233;es de la structure coloniale, la d&#233;mission d'un &#201;tat contr&#244;l&#233; par l'&#233;tranger, le vide psychique, l'absence d'espoir, tout cela joue un r&#244;le d&#233;terminant dans cette d&#233;sadaptation. Mais il faut &#233;galement la relier &#224; toutes les institutions &#233;ducatives de base que nous avons analys&#233;es autant sans doute qu'&#224; la structure des id&#233;aux dyonisiens d'affirmation du Moi. Susceptibilit&#233; et agressivit&#233; s'accordent avec des tendances narcissiques et une trop grande sensibilit&#233; &#224; l'image du Moi, mais elles expriment &#233;galement &lt;i&gt;un manque de r&#233;gulation dans l'&#233;motivit&#233;&lt;/i&gt;. L'enfant &#224; l'Ego bafou&#233; devient un adulte ombrageux et susceptible et, dans les couches populaires, il s'y ajoute, comme nous le verrons, une tr&#232;s nette fragilit&#233; du Surmoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il est rare que l'agressivit&#233; soit refoul&#233;e, elle prend volontiers une forme cauteleuse et sournoise. Dans les cat&#233;gories bourgeoises, l'agressivit&#233; est mieux contr&#244;l&#233;e, sans doute par l'effet de mod&#232;les culturels efficients, et se trouve contrebalanc&#233;e par une anxi&#233;t&#233; plus grande vis-&#224;-vis du danger ext&#233;rieur. Toutefois, il ne faut pas sous-estimer ici et l&#224; le jeu des haines personnelles et la pesanteur redoutable de rancunes inexpiables. D&#232;s que l'on s'imagine qu'un d&#233;fi est lanc&#233; au Moi et &#224; sa valeur, une inimiti&#233; se dresse, qui est une des formes les plus irrationnelles de la psych&#233; tunisienne. Ce qu'on appelle le &lt;i&gt;Bountou&lt;/i&gt; &#8211; &#224; l'origine &lt;i&gt;punto de honor&lt;/i&gt; &#8211; est en fait l'impuissance rageuse d'un Moi bafou&#233; se muant en haine durable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'anxi&#233;t&#233; est une donn&#233;e fondamentale de la psych&#233; de l'&#233;l&#233;ment f&#233;minin des couches urbaines, bourgeoises, petites-bourgeoises ou m&#234;me populaires. Elle l'est &#233;galement pour la classe bourgeoise traditionnelle dans son ensemble : la peur de la maladie, la vague peur du monde ext&#233;rieur, l'angoisse devant le danger physique, ont fait que cette classe a &#233;t&#233; incapable de guider le mouvement national et d'encadrer le combat anticolonial. De cette constellation r&#233;sulte aussi le bas dynamisme de nombre de ses enfants, leur faible adaptabilit&#233;, leur non moins faible combativit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syst&#232;mes de s&#233;curit&#233; du Moi devant un monde ext&#233;rieur per&#231;u comme mena&#231;ant -mais il faut reconna&#238;tre que ce n'&#233;tait pas l&#224; pur phantasme -se fondent essentiellement sur une interpr&#233;tation et une pratique quasiment magiques de la religion. Dieu est invit&#233; &#224; intervenir dans toute situation anxiog&#232;ne par des suppliques appropri&#233;es &#8211; &lt;i&gt;du '&#226;s &lt;/i&gt;&#8211; dont l'efficacit&#233; n'est pas mise en doute. La solidarit&#233; familiale agissante, la vigueur de la d&#233;pendance mutuelle et &#224; l'&#233;gard du p&#232;re, entrent plus concr&#232;tement en jeu pour s&#233;curiser le Moi, qui a tendance &#224; rechercher par ailleurs l'&lt;i&gt;approbation&lt;/i&gt; &#233;clatante et explicite de l'entourage. La d&#233;sapprobation, par contre, suscite une vive souffrance du Moi : elle entra&#238;ne soit un surcro&#238;t d'anxi&#233;t&#233;, soit l'agressivit&#233;, la r&#233;volte et &#224; la limite la parano&#239;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3.&lt;/strong&gt; Les techniques de pens&#233;e enferment des &#233;l&#233;ments magico-religieux et des &#233;l&#233;ments rationnels, le dosage diff&#233;rant scion les classes sociales, le niveau culturel, le contenu de cette culture. Ainsi la masse campagnarde est-elle domin&#233;e par des sch&#233;mas magiques auxquels s'adjoint la croyance dans le destin. On peut agir sur la maladie ou l'amour par des techniques magiques qui se pr&#233;sentent comme islamis&#233;es, et le monde ext&#233;rieur n'est pas toujours per&#231;u comme un syst&#232;me d'objets n'ob&#233;issant qu'&#224; un d&#233;terminisme neutre. La magie noire est pratiqu&#233;e en cachette &#8211; mais rarement, parce que d&#233;sapprouv&#233;e &#8211;, pour nuire &#224; un rival ou &#224; un ennemi : elle est redout&#233;e, tout particuli&#232;rement des femmes qui la posent &#224; la racine de toute infid&#233;lit&#233; conjugale. En fait, la pens&#233;e magico-animiste est pr&#233;sente dans toutes les couches sociales, &#224; la ville comme &#224; la campagne, par quoi on mesure la circulation intersociale des sch&#232;mes mentaux et la profondeur de la rura1isation du monde citadin. Dans la bourgeoisie, elle est l'apanage des femmes, surtout des vieilles femmes ; h&#233;ritage des &#226;ges archa&#239;ques, elle ponctue la vie domestique de tabous agraires et champ&#234;tres, mais ces interdits et ces pratiques sont marginaux et r&#233;prouv&#233;s par la conscience religieuse orthodoxe. Cependant, la croyance aux g&#233;nies, &#224; la malfaisance du sort jet&#233;, aux r&#234;ves pr&#233;monitoires, &#224; la magie noire d&#233;couvreuse de tr&#233;sors ou briseuse de m&#233;nages, est presque g&#233;n&#233;rale et touche &#233;galement l'univers masculin. Enfin, il est probable que le syst&#232;me maraboutique, qu'il prenne une forme mystique et islamis&#233;e dans les villes ou qu'il se d&#233;grade dans le culte des saints dans les campagnes, devrait &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une r&#233;ponse &#224; l'anxi&#233;t&#233; du Moi, donc comme un syst&#232;me de s&#233;curit&#233;, autant que comme une manifestation de la pens&#233;e magico-animiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La croyance &#224; un destin trac&#233; d'avance par la volont&#233; de Dieu trouve &#233;videmment des fondements plus explicites dans la religion. Mais qu'un &#233;l&#233;ment th&#233;ologico-m&#233;taphysique, important mais non dominant dans l'&#233;difice islamique, soit d&#233;tach&#233; de son contexte p&#233;n&#232;tre si profond&#233;ment l'&#233;paisseur du champ de la conscience, prouve bien que nous avons affaire &#224; un des p&#244;les fondamentaux de la personnalit&#233; de base, en partie inh&#233;rent &#224; sa structure comme technique de pens&#233;e, en partie comme institution secondaire. La croyance au Destin est li&#233;e d'une mani&#232;re primordiale au probl&#232;me de la mort, fix&#233;e d'avance et &#224; son heure : du moment que je ne puis y &#233;chapper, &#224; tout moment j'en suis menac&#233;, mais, si l'heure n'est pas venue, aucun danger ne me fera mourir. Si donc elle incite &#224; la r&#233;signation, elle incite aussi au courage tranquille et &#224; l'action et joue un r&#244;le remarquable de r&#233;gulateur de l'anxi&#233;t&#233;. Mais le destin s'attache &#224; tout : &#224; la maladie, aux accidents, &#224; l'avenir de l'homme sous toutes ses formes. Que serai-je dans dix ans ? Cette forme d'interrogation qui fait de ma vie le point d'insertion de forces ext&#233;rieures &#224; ma volont&#233; laisse la voie ouverte &#224; l'optimisme comme au pessimisme, mais est l'exacte antith&#232;se du projet individuel qui prend en main son destin et le forge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas l&#224; ce qu'on a appel&#233; la r&#233;signation islamique, mais celle-ci en d&#233;rive. La r&#233;signation intervient quand l'&#233;v&#233;nement est consomm&#233; et nous frappe : elle se fait acceptation de l'in&#233;luctable et pr&#233;lude &#224; la reprise de la vie. Elle aide &#224; l'&#233;quilibre psychique en jugulant la r&#233;volte vaine et l'agressivit&#233;, qui sont la premi&#232;re tentation du Moi ; bref, elle se donne comme une technique adaptativz de premier ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pays d'activit&#233; agro-comrnerciale, de culture islamique, influenc&#233; par les civilisations m&#233;diterran&#233;ennes, soumis &#224; l'attraction de la culture et du mode de vie fran&#231;ais, la Tunisie n'est &#233;videmment pas r&#233;ductible &#224; un sch&#233;ma anthropologique simple. C'est ainsi que le fonctionnement de la pens&#233;e montre un p&#244;le &#233;minemment rationnel. Le d&#233;terminisme instrumental et psychologique, s'appliquant au monde des objets comme au monde humain avec, en plus, la croyance, pour ce dernier, &#224; une marge importante de libert&#233;, surclasse le p&#244;le magique de la pens&#233;e tout en le c&#244;toyant. Pr&#233;sents partout et &#224; tous les niveaux, rationalit&#233; et esprit de logique croissent &#224; mesure que l'on passe des derniers &#233;tages du monde rural vers les niveaux intellectuels les plus &#233;lev&#233;s. Le probl&#232;me n'est pas d'en constater l'existence ni m&#234;me la supr&#233;matie &#8211; dans les noyaux entra&#238;neurs de la soci&#233;t&#233; &#8211; sur des formes archa&#239;ques de pens&#233;e, mais, compte tenu de variables sociologiques consid&#233;rables, d'en appr&#233;cier la qualit&#233; par rapport aux imp&#233;ratifs de la pens&#233;e rationnelle moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or non seulement, de ce point de vue, l'aire d'extension de la mentalit&#233; logique demeure faible mais sa qualit&#233; est m&#233;diocre. L'intelligence est souvent na&#239;ve, peu rigoureuse, confuse, toujours insuffisamment inform&#233;e ou entach&#233;e de projections subjectives. La rationalit&#233; doit &#234;tre, par ailleurs, charri&#233;e par une langue, et le dialecte semble un instrument inefficace d'abstraction. La langue arabe y est plus apte, mais elle &#233;tait, &#224; cette &#233;poque, enrob&#233;e dans des formes de pens&#233;e m&#233;di&#233;vales, enfin le fran&#231;ais n'est g&#233;n&#233;ralement pas suffisamment assimil&#233;. Beaucoup le parlent et l'&#233;crivent, bien peu en ont saisi l'esprit, et l'on peut affirmer que presque personne n'a int&#233;rioris&#233; en profondeur les noyaux authentiques de la pens&#233;e occidentale. Cela e&#251;t en effet exig&#233; une conversion dans les structures du moi, de la pens&#233;e, des valeurs, c'est-&#224;-dire l'assimilation, pendant la courte p&#233;riode formative d'un homme, des tonalit&#233;s intimes et du contenu concret d'une pens&#233;e &#224; qui il a fallu trois si&#232;cles pour conqu&#233;rir des niveaux de plus en plus &#233;lev&#233;s de rationalit&#233;. Ce &lt;i&gt;manque de familiarit&#233;&lt;/i&gt; avec les instruments de la modernit&#233; rationnelle se laisse d&#233;celer dans les rapports de l'ouvrier avec la machine : c'est &#224; cela, essentiellement, qu'on doit attribuer la carence si &#233;vidente de son savoir-faire. Car l'artisan tunisien a su, en son temps et dans son domaine, dans telle structure du rapport &#224; l'objet, &#224; l'entreprise, aux cadences du travail, faire preuve du plus grand savoir-faire. C'est l&#224; un probl&#232;me capital de la solution duquel d&#233;pendra toute industrialisation future.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4.&lt;/strong&gt; Nous allons examiner rapidement, pour terminer, la structure du Surmoi et la constellation de prestige. Nous avons d&#233;j&#224; eu, &#224; plusieurs reprises, l'occasion de d&#233;celer une certaine faiblesse du Surmoi. Pour assez g&#233;n&#233;rale qu'elle soit, cette faiblesse n'est pas universelle et, quand elle existe, elle est compens&#233;e par l'influence d&#233;terminante des institutions sociales, elles-m&#234;mes pas toujours mat&#233;rialis&#233;es. La plasticit&#233; du Surmoi peut para&#238;tre insolite dans une soci&#233;t&#233; o&#249; domine la figure du p&#232;re. Mais le caract&#232;re l&#226;che des disciplines de base et de l'intervention parentale dans l'&#233;ducation de l'enfant l'explique largement. Les interdits religieux, dans la mesure m&#234;me o&#249; ils sont accroch&#233;s &#224; des instances ext&#233;rieures, concourraient aussi au blocage de la construction du Surmoi comme instance int&#233;rieure. Toutefois, lorsque l'effort d'&#233;ducation des parents ou de la famille &#233;tendue se fait persistant et conscient, lorsque la moralisation est pr&#233;coce, quand enfin le sentiment religieux est r&#233;ellement puissant et marque l'&#226;me de l'enfant &#8211; ce qui est le cas de l'aristocratie religieuse et m&#234;me de la large classe des &lt;i&gt;bald&#238;yya&lt;/i&gt; &#8211; , &#233;merge une certaine forme de Surmoi qui devient m&#234;me particuli&#232;rement s&#233;v&#232;re dans les individualit&#233;s &#224; structure n&#233;vrotique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, nous pressentons que le probl&#232;me est plus complexe qu'il n'y para&#238;t de prime abord. C'est que le Surmoi a une forme mais aussi des contenus variables. La psychanalyse occidentale bourgeoise a constamment voulu le rattacher, comme un bloc invariant, &#224; la moralit&#233; dominante, tourn&#233;e vers le respect ou l'amour d'autrui. Or le Surmoi peut se relier &#224; une image narcissique du Moi, elle-m&#234;me reflet de l'approbation sociale : ainsi arrive-t-il, en Tunisie (et ailleurs sans doute), que le sujet se sente coupable de ne pas s'&#234;tre veng&#233;, de ne pas avoir donn&#233; la mort &#224; son rival, de ne pas s'&#234;tre montr&#233; suffisamment violent dans telle circonstance : bien des crimes seront ainsi attribu&#233;s non &#224; l'instinct d'agression mais &#224; un certain type de Surmoi fix&#233; sur certaines exigences. Mieux encore : le principal motif de culpabilit&#233;, dans ce cas, proviendrait de la conscience pour le sujet, non pas de n'avoir pas fait le bien ni d'avoir fait le mal, mais de ne pas s'&#234;tre conform&#233; &#224; l'image narcissique que le milieu lui renvoie de lui-m&#234;me, dans laquelle il se compla&#238;t, qui devient le fondement de son &#234;tre et le tissu de son Surmoi. Tr&#232;s nette chez le n&#233;vros&#233;, cette structure particuli&#232;re d'un substitut du Surmoi de type narcissique est probablement d&#233;celable un peu partout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La structure narcissique du Moi, due &#224; ce que la libido se fixe sur le Moi et conjointement &#224; l'exaltation par le milieu social des instincts propres du Moi, est responsable de toute une constellation de prestige qui serait donc &#224; la fois d'origine autistique et le signe d'une tr&#232;s forte d&#233;pendance vis-&#224;-vis d'autrui. Dans cette vaste constellation, on pourrait ranger la propension &#224; la vantardise, le go&#251;t de l'apparence plut&#244;t que des r&#233;alit&#233;s solides (mais c'est peut-&#234;tre l&#224; aussi un effet des disciplines de base), un esprit de comp&#233;tition tr&#232;s vif allant dans le sens des valeurs momentan&#233;ment &#233;tablies. Il est presque certain que, dans la bourgeoisie, ce type de comportement est directement dict&#233; par l'existence d'un milieu social large et coh&#233;rent, par la multiplicit&#233; des relations interindividuelles qui font que l'individu vit sous la censure du regard d'autrui et selon des canons contraignants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles &#233;taient les valeurs dominantes de prestige vers 1950 ? Sans doute faut-il placer aux premi&#232;res loges les richesses mat&#233;rielles et tout moyen apte &#224; faire jouir de la vie. Mais la richesse vaut surtout par le prestige qu'elle procure, l'envie qu'elle suscite, le pouvoir qu'elle procure sur autrui. Or le pouvoir r&#233;el &#233;tait aux mains des Fran&#231;ais et, quoique l'honneur social se soit &#224; l'origine constitu&#233; par l'exercice d'un pouvoir politique ou spirituel, la force des choses obligeait les classes dirigeantes &#224; fonder leur prestige autour d'une &#171; nobilitas &#187; &lt;i&gt;purement sociale&lt;/i&gt;, venant r&#233;activer ainsi les vieilles traditions arabes de &lt;i&gt;Ma&lt;/i&gt;&lt;i&gt;j&lt;/i&gt;&lt;i&gt;d&lt;/i&gt;, de &lt;i&gt;Nasab&lt;/i&gt;, de &lt;i&gt;Shara&lt;/i&gt;&lt;i&gt;f&lt;/i&gt;. La consolidation par ailleurs du vaste &#233;difice qu'&#233;tait la Grande Mosqu&#233;e, la possibilit&#233; de gravir l'&#233;chelle sociale par les dipl&#244;mes, faisaient du savoir un &#233;l&#233;ment fondamental de prestige, que ce savoir f&#251;t religieux et traditionnel, ou profane et moderne. L'aristocrate makhzen pouvait, comme celui de Proust, se targuer de son ignorance, bien r&#233;elle, ce n'&#233;tait le cas ni de l'aristocrate religieux &lt;i&gt;bald&#238;&lt;/i&gt;, ni du bourgeois &#233;volu&#233; et quasi assimil&#233;, ni &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; celui du petit-bourgeois semi-rural frustr&#233;, tout plein d'une passion d'ascension sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;n&#233;ralement, en milieu &lt;i&gt;bald&#238;&lt;/i&gt;, on n'&#233;talait pas les richesses &#224; l'exc&#232;s, le go&#251;t pour l'ostentation &#233;tant r&#233;serv&#233; &#224; l'aristocratie makhzen et b&#233;douine, par contre le rayonnement des valeurs de noblesse, d'ascendance, l'exaltation du patrimoine moral des &#171; grandes familles &#187; , la liaison &#233;tablie dans l'inconscient collectif entre valeur sociale et valeur de civilisation &#8211; la rusticit&#233; &#233;tant refoul&#233;e dans les t&#233;n&#232;bres de la barbarie &#8211;, tout cela cr&#233;ait dans la petite-bourgeoisie provinciale montante un complexe de frustration et une immense haine larv&#233;e. Si elle ha&#239;ssait l'aristocratie, c'&#233;tait pr&#233;cis&#233;ment parce qu'elle croyait &#224; ses valeurs de prestige. Nous verrons que, victorieuse, elle se substituera &#224; elle et t&#226;chera de lui ressembler, mais nous verrons aussi que le changement profond qu'a connu la soci&#233;t&#233; tunisienne remaniera consid&#233;rablement la constellation de prestige et l'amplifiera &#224; un niveau d'exaltation maladive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y aurait beaucoup &#224; ajouter &#224; ce tableau de la personnalit&#233; de base tunisienne prise vers le milieu du si&#232;cle. La sensibilit&#233;, la facilit&#233; du contact humain, la noble &#233;motion, la g&#233;n&#233;rosit&#233;, l'exub&#233;rance, sont peut-&#234;tre des notions empiriques mais y &#233;taient des r&#233;alit&#233;s. D'un point de vue psychanalytique, en les rattacherait sans doute &#224; un certain spontan&#233;isme de l'&#233;motivit&#233; ou &#224; une forme sublim&#233;e d'Eros, du puissant instinct qui nous pousse vers autrui. Que dire aussi de la remarquable facult&#233; d'adaptation de l'homme tunisien, de son robuste sens vital, qui c&#244;toient le conservatisme des m&#339;urs, la faible propension &#224; l'effort (et pourtant l'effort existe aussi), le manque du sens de l'organisation ? Sans doute serait-il facile de les mettre sous une rubrique quelconque. Est-ce l&#224; n&#233;cessaire ? Ce ne sont l&#224; que traits secondaires, &#233;vanescents et changeants. En v&#233;rit&#233;, la personnalit&#233; de base, si contraignant qu'elle soit, laisse de larges latitudes &#224; l'individu qui est homme avant d'&#234;tre tunisien et qui est une individualit&#233; sp&#233;cifique et irrempla&#231;able. Nous n'avons d&#233;crit ici ni la pl&#233;nitude humaine de l'homme dans ses joies et ses douleurs, dans sa tendresse et sa bont&#233;, ni l'immense vari&#233;t&#233; des individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1094-L-homme-arabo-musulman-3-3' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Troisi&#232;me partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C'est-&#224;-dire attach&#233;e &#224; la capitale, Tunis.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pas d'un point de vue num&#233;rique, cependant.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le noyau religieux, en tant qu'il est h&#233;rit&#233;, est certainement une institution primaire. Mais en tant que la religion est forme v&#233;cue et r&#233;invent&#233;e, il devient secondaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Carmel Carnill&#233;ri in : &lt;i&gt;Travaux du Centre national d'&#233;tudes et de formation p&#233;dagogiques&lt;/i&gt;, Cahier n&#176; 2, mars 1964, Tunis. Les Europ&#233;ens sont d'origine m&#233;diterran&#233;enne, Maltais ou Italiens.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;A. Bouhdiba, &#171; Le Hammam, contribution &#224; une psychanalyse de l'Islam &#187;, &lt;i&gt;Revue tunisienne des sciences sociales&lt;/i&gt;, sept. 1964, n' 1.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir les Agh&#226;ni et &#233;galement Mez, &lt;i&gt;Die Renaissance des Islams&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;l&lt;i&gt;a Berb&#233;rie orientale sous les Hafsides&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Les Origines du protectorat fran&#231;ais en Tunisie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>L'homme arabo-musulman (1/3)</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?1092-L-homme-arabo-musulman-1-3</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?1092-L-homme-arabo-musulman-1-3</guid>
		<dc:date>2022-01-25T08:33:23Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Dja&#239;t H.</dc:subject>
		<dc:subject>Anthropologie</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Relativisme</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>Type anthropologique</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;ducation</dc:subject>
		<dc:subject>Psycho-sociologie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Chapitre V. &#233;ponyme du livre de Hichem Dja&#239;t &#171; La personnalit&#233; et le devenir Arabo-Islamique &#187; (Seuil 1974), pp. 183 - 228. L'extrait ci-dessous pr&#233;sente deux int&#233;r&#234;ts majeurs. Il s'agit d'abord d'une tr&#232;s belle utilisation de la notion de &#171; personnalit&#233; de base &#187; ou type anthropologique propre &#224; une culture, une soci&#233;t&#233;, une &#233;poque et/ou &#224; une classe sociale, pos&#233;e par A. Kardiner ou R. Linton, et amplement discut&#233;e notamment par Cl. Lefort. &#201;vidente dans l'apr&#232;s-guerre, elle a (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-270-Djait-H-+" rel="tag"&gt;Dja&#239;t H.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-110-anthropologie-+" rel="tag"&gt;Anthropologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-42-relativisme-+" rel="tag"&gt;Relativisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-216-type-anthropologique-+" rel="tag"&gt;Type anthropologique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-30-education-+" rel="tag"&gt;&#201;ducation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-109-psycho-sociologie-+" rel="tag"&gt;Psycho-sociologie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Chapitre V. &#233;ponyme du livre de Hichem Dja&#239;t &#171; La personnalit&#233; et le devenir Arabo-Islamique &#187; (Seuil 1974), pp. 183 - 228.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;L'extrait ci-dessous pr&#233;sente deux int&#233;r&#234;ts majeurs.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il s'agit d'abord d'une tr&#232;s belle utilisation de la notion de &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?984-L-idee-de-personnalite-de-base' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; personnalit&#233; de base &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; ou &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-216-type-anthropologique-+' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;type anthropologique&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; propre &#224; une culture, une soci&#233;t&#233;, une &#233;poque et/ou &#224; une classe sociale, pos&#233;e par &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1061-Le-fondement-culturel-de-la-personnalite' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;A. Kardiner ou R. Linton&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, et amplement discut&#233;e notamment par &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1035-Ambiguites-de-l-anthropologie' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Cl. Lefort&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. &#201;vidente dans l'apr&#232;s-guerre, elle a progressivement &#233;t&#233; proprement oubli&#233;e au cours des ann&#233;es 1970-80 au profit de la vulgate d&#233;magogique et lib&#233;ral d'un &#171; individu &#187; sans ancrage, d&#233;terminisme, culture ou origine &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1063-Universite-le-vide-anthropologique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;y compris chez les pr&#233;tendus &#171; anthropologues &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Cette fiction se brise aujourd'hui sur le retour bruyant de la &#171; race &#187;, revendiqu&#233;e par ceux-l&#224; m&#234;me qui &#233;prouvent au quotidien ce profond d&#233;calage avec un pays d'accueil qui les a priv&#233;s de tout moyen de donner sens &#224; une diff&#233;rence qui s'approfondit en retour. Puisse ce texte participer, en r&#233;sonance avec les tr&#232;s rares tentatives contemporaines comme celle de &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?773-le-deni-des-cultures-introduction' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;H. Lagrange&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, &#224; r&#233;habiliter une approche anthropologique de l'individu &#233;chappant &#224; l'alternative infernale entre indiff&#233;renciation et racialisme.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ensuite l'objet de l'&#233;tude &#8211; l'individu arabo-musulman des ann&#233;es 1950-1960 &#8211; en fait un magnifique exemple d'auto-critique extra-occidentale &#8211; l'auteur &#233;tant tunisien &#8211; &#224; rebours de toute la gauche (d&#233;)coloniale qui travaille avec acharnement &#224; enfermer les Maghr&#233;bins dans leurs d&#233;terminismes socio-anthropologiques. L'analyse est multiplement comparative et m&#233;riterait amplement des prolongements, ayant &#233;t&#233; op&#233;r&#233;e avant la r&#233;surgence islamique. On en trouvera quelques &#233;l&#233;ments, mais d'un point de vue uniquement socio-psychanalytique chez &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?D-un-depassement-du-surmusulman-le,969' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;F. Benslama&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Inutile de lister les r&#233;serves d'usage quant &#224; certaines positions expos&#233;es par l'auteur en 1974 et notamment, sur le plan id&#233;ologique, une certaine tonalit&#233; marxiste-l&#233;ninisme dont le fondement religieux aura pr&#233;par&#233; la grande r&#233;gression musulmane des d&#233;cennies suivantes.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sommaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;br /&gt;&lt;strong&gt;I. Autocritiques et auto-d&#233;pr&#233;ciations&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;1 &#8211; La d&#233;pr&#233;ciation coloniale de la personnalit&#233; psychique au Maghreb&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;2 &#8211; Diverses d&#233;marches de la critique de soi&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;strong&gt;II &#8211; La personnalit&#233; de base&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;1 &#8211; Le cas tunisien : institutions primaires&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;2 &#8211; La personnalit&#233; tunisienne &#224; la fin de l'&#232;re coloniale&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;3 &#8211; Modifications actuelle [de la personnalit&#233; tunisienne, vers 1965]&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;4 &#8211; Extension &#224; toute l'aire arabe&lt;/p&gt;
&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. Autocritiques et auto-d&#233;pr&#233;ciations&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il est deux voies possibles, disait Iqb&#226;l, pour guider les hommes vers le progr&#232;s : l'action par l'&lt;i&gt;organisation&lt;/i&gt; et l'action sur les &lt;i&gt;consciences&lt;/i&gt; individuelles. Dans le pass&#233;, la r&#233;ussite de la religion provient de ce qu'elle a cumul&#233; ces deux types d'action et que dans le m&#234;me temps qu'elle enserrait les hommes, se liait &#224; l'&#201;tat, imposait ses dogmes, elle p&#233;n&#233;trait le plus intime de l'&#234;tre et l'accompagnait du berceau &#224; la tombe. La religion &#233;tait &#224; la fois id&#233;ologique et individuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, la notion d'organisation peut signifier l'&#201;tat ou une id&#233;ologie s&#233;culi&#232;re syst&#233;matique ou d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale tout effort visant les structures objectives, toute action sur le r&#233;el humain par l'ext&#233;rieur. C'est important et le monde arabe, autant ou plus que d'autres soci&#233;t&#233;s, a besoin qu'on explicite ses buts de vie, qu'on organise son effort vers le mieux-&#234;tre et l'&#233;panouissement de son humanit&#233;. Nous verrons dans le chapitre qui suivra comment r&#233;pondre &#224; cet appel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Examinons d'abord l'action sur la conscience et l'individu, non moins capitale. Dans le cas arabe, en effet, il faut la conjonction d'un effort par l'organisation et d'une &#233;ducation de la conscience individuelle. Seule, la premi&#232;re action, efficace, rapide, resterait superficielle et partielle. Seule, la deuxi&#232;me aboutirait &#224; l'exaltation de l'individu et de son &#233;go&#239;sme, elle est en outre utopique, anarchique, trop lente. Unies, elles pourraient produire des miracles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident, par exemple, que la r&#233;volution, au sens classique du terme, ne ferait qu'illusion dans un temps plus ou moins long et camouflerait les besoins fondamentaux de l'homme et de la soci&#233;t&#233; arabes, en particulier ce besoin si manifeste d'une restructuration du moi, du d&#233;veloppement du sujet comme &#234;tre pensant, responsable, rationnel. Il y aurait des aberrations au niveau du pouvoir comme au niveau des ex&#233;cutants, l'on d&#233;couvrirait le culte de la personnalit&#233; (qui en Russie prenait racine dans une certaine personnalit&#233; de base comme dans un milieu social frustr&#233;, habitu&#233; &#224; la passivit&#233;, d&#233;ficient du point de vue de l'intelligence critique), les haines, et les jalousies interpersonnelles, bref les insuffisances de la personnalit&#233; profonde. Mais, d'un autre c&#244;t&#233;, stagner dans l'inaction, l'inertie improductive, les injustices sociales criantes sous pr&#233;texte qu'il faut d'abord changer les mentalit&#233;s, est absolument inacceptable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans perdre de vue la n&#233;cessit&#233; d'introduire des institutions de progr&#232;s, de changer les structures objectives, politiques, &#233;conomiques et sociales, autant donc miser tout de suite sur une &#233;ducation de l'individu. Toute id&#233;ologie, tout effort d'organisation, toute r&#233;volution, doivent passer par le filtre d'une mutation dans l'&#226;me, par l'affirmation de nouvelles valeurs dans l'individu et la soci&#233;t&#233;, &#224; un niveau bien plus profond que celui que pourrait toucher aucune action institutionnelle. Sans quoi, tout serait neutralis&#233; par un esprit de routine et d'irrationalit&#233; presque ind&#233;racinables, sans quoi aussi l'homme resterait mineur ou serait &#233;cras&#233; par l'organisation. l'homme, c'est-&#224;-dire la r&#233;alit&#233; v&#233;ritablement concr&#232;te de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laisser se d&#233;velopper des individus conscients et rationnels, c'est faire en sorte que chacun soit un foyer rayonnant d'initiative plut&#244;t que d'&#234;tre port&#233; comme un poids inerte par une organisation au demeurant faite d'hommes. Chacun deviendrait alors une valeur autant m&#233;taphysique qu'humaine et sociale, chacun s'appr&#233;henderait lui-m&#234;me comme monde organis&#233; et valable. Ainsi, dans tout projet de progr&#232;s et de d&#233;veloppement, interviendrait, &#224; c&#244;t&#233; de l'&#233;quation du nombre et de la quantit&#233;, parall&#232;lement &#224; toute ambition de ma&#238;triser l'instrument et l'objet, une tonalit&#233; qualitative qui vise l'enrichissement du monde des relations humaines et aurait, pour effet r&#233;current ou concomitant, pr&#233;cis&#233;ment une plus grande ma&#238;trise de l'objet. Alors dans la balance, se ferait sentir tout le poids de l'intelligence, de la civilisation, de la beaut&#233;, en m&#234;me temps que du savoir-faire et du travail efficient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1 &#8211; La d&#233;pr&#233;ciation coloniale de la personnalit&#233; psychique au Maghreb&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ne serait certes pas faire montre de malveillance que de consid&#233;rer, partout pr&#233;sente, l'incapacit&#233; dans nos soci&#233;t&#233;s. Le paysan ne sait pas plus travailler sa terre que le gros propri&#233;taire son domaine, que l'industriel organiser rationnellement son entreprise, que l'intellectuel penser ou cr&#233;er. &#192; niveau de qualification formellement similaire, dans une situation &#224; peu pr&#232;s &#233;gale, l'homme occidental fait preuve de bien plus d'ing&#233;niosit&#233;, d'adresse, de comp&#233;tence. Dans l'ordre des relations sociales et humaines, beaucoup ont le sentiment que les choses vont &#224; l'encontre de leurs aspirations : dans la sph&#232;re professionnelle, le favoritisme prime sur la valeur personnelle, l'arbitraire r&#232;gne en ma&#238;tre dans l'entreprise, la ferme ou le bureau ; la duret&#233; des rapports humains et hi&#233;rarchiques est bien plus palpable que telle &#171; gentillesse &#187; &#8211; vraie ou fausse &#8211; native dans les soci&#233;t&#233;s traditionnelles, expression d'une na&#239;vet&#233; originelle, et surtout d'une humilit&#233; ou d'une passivit&#233; devant la puissance et le rayonnement civilisateur. Il y a certainement une trop grande pression sociale sur l'individu, un manque de maturit&#233; du moi, une carence des facult&#233;s de raisonnement et de logique, etc., tous traits dont l'observateur ext&#233;rieur prend conscience assez rapidement, que l'observateur int&#233;rieur ressent confus&#233;ment dans sa simple r&#233;volte d'homme. Mais ces traits doivent &#234;tre replac&#233;s dans une vision d'ensemble de la personnalit&#233;, expliqu&#233;s en fonction de l'h&#233;ritage culturel et mental autant que de la situation objective, avec la certitude que certains &#233;l&#233;ments sont constants, d'autres &#233;volutifs et qu'il suffit de peu de chose pour que le m&#234;me homme ou la m&#234;me soci&#233;t&#233; se comportent diff&#233;remment dans des situations diff&#233;rentes. Si l'on ne prenait garde &#224; cela, on se heurterait immanquablement &#224; l'&#233;cueil de la d&#233;pr&#233;ciation &#8211; qui peut se muer en racisme &#8211; ou de l'auto-d&#233;pr&#233;ciation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'existence de ces deux ph&#233;nom&#232;nes dans la soci&#233;t&#233; maghr&#233;bine, pour prendre un exemple, on ne saurait douter. En p&#233;riode coloniale, l'Arabe &#8211; entendons par l&#224; Le Maghr&#233;bin &#8211; &#233;tait le si&#232;ge de d&#233;fauts capitaux : paresse, culte de la force, saLet&#233;, manque de tendresse&#8230; Des &#233;l&#233;ments, isol&#233;s de la structure psychique g&#233;n&#233;rale o&#249; ils ont une fonction et sont compens&#233;s par d'autres &#233;l&#233;ments, ou bien d&#233;tach&#233;s de leur contexte &#233;conomique et social, frappent l'esprit du colonial et s&#233;cr&#232;tent imm&#233;diatement une image partielle et fauss&#233;e de la r&#233;alit&#233;. Mais il n'y a pas que cela. Une br&#232;ve psychanalyse du colonial moyen montrerait que la confrontation avec des civilisations jug&#233;es inf&#233;rieures, dans une situation de force, d&#233;bloque une image archa&#239;que et infantile du moi et facilite les compensations au sentiment d'inf&#233;riorit&#233; qui g&#238;t en chacun de nous. Le m&#234;me paysan lorrain ou aquitain &#8211; ou portugais ou autre &#8211;, si repr&#233;sentatif d'une tradition de travail et de tranquille modestie, se mue en un m&#233;galomane ferm&#233; &#224; autrui et &#233;troitement &#233;go&#239;ste. Mais c'est que la sup&#233;riorit&#233; sociale et politique du colonial lui impose presque de vivre selon le mode de la vanit&#233; et de la fausse grandeur Bient&#244;t accroch&#233; &#224; la fiction de sa sup&#233;riorit&#233;, il ne sait plus s'en passer, la portant comme une croix, comme une ali&#233;nation permanente, et c'est ce qui explique la profonde souffrance de grand nombre de coloniaux quand la d&#233;colonisation mena&#231;ait. Fait capital : ils d&#233;fendaient beaucoup moins leurs privil&#232;ges &#233;conomiques ou politiques que des privil&#232;ges psychiques. Aussi a-t-on vu la r&#233;sistance se faire beaucoup plus aigu&#235; du c&#244;t&#233; des petits que du c&#244;t&#233; des grands int&#233;r&#234;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le colonial &#233;tait lui-m&#234;me un &#234;tre affectivement fragile et &#224; faible maturit&#233;. Il a introject&#233; le sensualisme musulman sans ses restrictions, le virilisme maghr&#233;bo-m&#233;diterran&#233;en sans ses d&#233;fenses. En somme, il repr&#233;sentait une synth&#232;se caricaturale de l'Oriental et de l'Occidental, c'est-&#224;-dire un &#233;tiolement ou au contraire une exaltation de chacune des deux structures d&#233;tach&#233;e de sa base. La sexualit&#233; &#233;tait g&#233;n&#233;ralement h&#233;t&#233;ronome mais la r&#233;pression et la r&#233;gulation m&#233;diocres, d'o&#249; le caract&#232;re anarchique, plus physique que psychique de cette sexualit&#233;. L'agressivit&#233;, faiblement r&#233;prim&#233;e, pouvait se faire, sur le mod&#232;le populaire arabe-maghr&#233;bin de ce temps, franche et incontr&#244;l&#233;e. Le colonial redoutait la violence arabo-berb&#232;re individuelle qui, dans les couches populaires, tirait son origine d'une certaine m&#233;connaissance de la valeur de la vie, d'une frustration profonde et, comme nous le verrons, de syst&#232;mes de valeurs et de repr&#233;sentations historiques h&#233;rit&#233;s. Le colonis&#233; m&#233;prisait en effet du point de vue de l'arch&#233;type viriliste agressif, le colonial ; p&#233;n&#233;tr&#233; du mythe de sa gloire et de sa super-puissance sexuelles, de celui de sa capacit&#233; de mettre facilement en jeu sa propre existence, il ne respectait pas le colonial, sur ces deux plans, en tant qu'individu mais en tant que rouage d'une organisation collective de la force. A son tour, le colonial m&#233;prisait le m&#233;tropolitain pour sa &#171; mollesse &#187; et l'assimilait &#224; une femme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce niveau existentiel o&#249; nous nous pla&#231;ons, l'adaptation recriproque entre coloniaux et colonis&#233;s au Maghreb a simultan&#233;ment enrichi et appauvri les deux protagonistes. Le colonial a &#233;t&#233; tr&#232;s peu influenc&#233; par l'Islam aristocratique, bourgeois ou savant parce qu'il ne le connaissait pas et ne voulait pas le conna&#238;tre : tout ce sur quoi il a b&#226;ti la fiction de sa sup&#233;riorit&#233; et la l&#233;gitimit&#233; de sa supr&#233;matie risquerait en effet de s'&#233;crouler dans une telle confrontation. &#192; l'inverse, il a largement int&#233;rioris&#233; des &#233;l&#233;ments de la mentalit&#233; des couches socialement et intellectuellement subalternes, qui le rassuraient sur l'image qu'il se faisait de lui-m&#234;me. Quand le subalterne se tenait &#224; sa juste place, le colonial &#233;tait capable de se montrer g&#233;n&#233;reux, &#233;quitable, humain, bien plus que ne l'&#233;tait &#224; l'&#233;gard de ses cong&#233;n&#232;res le propri&#233;taire &#171; indig&#232;ne &#187; ou ne l'est quelquefois le bureaucrate actuel. Soci&#233;t&#233; neuve, soci&#233;t&#233; multiraciale, soci&#233;t&#233; qui aiguisait les app&#233;tits, la soci&#233;t&#233; coloniale maghr&#233;bine &#233;tait celle de parvenus. D'o&#249; son esprit pseudo-bourgeois, ce manque de go&#251;t dans les constructions, cet amour de l'&#233;talage de la prosp&#233;rit&#233;. Dans ce domaine, colonial et colonis&#233; se ressemblent &#233;trangement : nulle simplicit&#233;, aucun projet spirituel, mais par contre un robuste sens vital, tout cela les unit dans leur vision du monde. C'est ainsi qu'il faut interpr&#233;ter la d&#233;colonisation comme une lib&#233;ration g&#233;n&#233;rale : elle a certes permis de lib&#233;rer le colonis&#233; mais aussi le colonial, en le r&#233;ins&#233;rant, par la force des choses, dans un monde plus normal et plus &#233;quilibr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-dessus et au-del&#224; des repr&#233;sentations diffuses du sens commun, s'est &#233;labor&#233;e en Alg&#233;rie, &#224; l'apog&#233;e de la colonisation, une vision coh&#233;rente et qui se voulait scientifique de la structure du comportement de l'Alg&#233;rien. Dans un excellent chapitre des &lt;i&gt;Damn&#233;s de la terre&lt;/i&gt;, intitul&#233; &#171; de l'impulsivit&#233; criminelle du Nord-Africain &#224; la guerre de lib&#233;ration nationale &#187;, Frantz Fanon analyse et d&#233;molit les th&#233;ories de l'&#233;cole psychiatrique d'Alger, anim&#233;e par le professeur Porot. &#171; Avant 1954, dit-il, les magistrats, les policiers, les avocats, les journalistes, les m&#233;decins l&#233;gistes convenaient de fa&#231;on unanime que la criminalit&#233; de l'Alg&#233;rien faisait probl&#232;me. &#187; On aurait constat&#233; que l'Alg&#233;rien &#171; tuait fr&#233;quemment, tuait sauvagement, tuait pour rien &#187; ou pour peu de chose. Cette agressivit&#233; massive et ext&#233;rioris&#233;e sous les formes les plus extr&#234;mes, cette impulsivit&#233; permanente et souvent homicide, on l'a expliqu&#233;e d'abord par une certaine structure de la personnalit&#233; : le Nord-Africain est un violent, h&#233;r&#233;ditairement violent, il ne conna&#238;t pas de vie int&#233;rieure, son &#233;motivit&#233; est nulle, il est cr&#233;dule, ent&#234;t&#233;, pu&#233;ril et hautement d&#233;ficient sur le plan intellectuel. Plus tard, on a syst&#233;matis&#233; encore davantage ces conclusions en avan&#231;ant comme base explicative la notion de &lt;i&gt;primitivisme&lt;/i&gt; &#224; soubassement biologique. Le comportement impulsif et irrationnel de l'Alg&#233;rien, plus g&#233;n&#233;ralement encore celui du Maghr&#233;bin ou m&#234;me de l'Africain, serait au fond coh&#233;rent et d&#233;termin&#233; par certaines possibilit&#233;s biologiques : la vie mentale serait gouvern&#233;e non par le cortex mais par le dienc&#233;phale, &#233;l&#233;ment archa&#239;que de l'enc&#233;phale et si&#232;ge de l'instinct pur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne nous attarderons pas &#224; r&#233;futer ces th&#233;ories qui se condamnent elles-m&#234;mes par leur exc&#232;s et plus encore par leur faible valeur scientifique. Nous retiendrons par contre la remarquable argumentation de Fanon concernant les origines de cette criminalit&#233;, ramen&#233;e au pr&#233;alable &#224; ses justes proportions. Pour Fanon, la situation coloniale, ali&#233;nante, frustrante, exaltait l'agressivit&#233; et la faisait se retourner contre le fr&#232;re, non contre l'ennemi historique et objectif. Chaque Alg&#233;rien faisait &lt;i&gt;&#233;cran&lt;/i&gt; entre son fr&#232;re et le colonisateur et lui masquait la v&#233;ritable situation. D'o&#249; l'effet imm&#233;diatement d&#233;sali&#233;nant de la r&#233;volution : le m&#234;me homme qui levait le couteau parce qu'on lui avait chapard&#233; un kilo de semoule, pr&#234;te sa maison et son &#226;ne aux combattants et accepte avec le sourire la perte de tous ses biens. Et qu'on ne dise pas que cette transformation du comportement soit uniquement due &#224; l'effet de d&#233;foulement que suscitent toute guerre et toute p&#233;riode agit&#233;e. Partout dans les pays lib&#233;r&#233;s, apr&#232;s la cessation des hostilit&#233;s, l'agressivit&#233; populaire anarchique s'est r&#233;sorb&#233;e comme par miracle. Cela est d&#251; &#224; ce que la dignit&#233;, la normalit&#233;, la rationalit&#233; et l'humanit&#233; du comportement ne sont possibles que dans une soci&#233;t&#233; nationale homog&#232;ne. Nous ajouterons que l'&#232;re de l'ind&#233;pendance a projet&#233; concr&#232;tement le Maghr&#233;bin sur un destin humain en l'arrimant &#224; un &#201;tat, en lui infusant un id&#233;al collectif, en l'int&#233;grant dans une communaut&#233; qui est sienne et qui a repris possession de son &#226;me, en le faisant encadrer par des hommes issus du sol et pourquoi pas ? en le faisant acc&#233;der &#224; l'avoir, &#224; l'espoir, &#224; un monde de possibles. Ainsi l'individu n'est plus perdu dans un rien, il se projette dans un champ de valeurs, se d&#233;sali&#232;ne, se retrouve, retrouve le lien communautaire et humain, reprend conscience de lui-m&#234;me comme centre de responsabilit&#233; ! L'agressivit&#233; intrasociale absurde se dissout donc d'elle-m&#234;me avec la reconqu&#234;te de l'historicit&#233;, c'est un fait incontestable. Est-ce &#224; dire cependant que notre personnalit&#233; soit totalement lib&#233;r&#233;e de ses phantasmes ? &#171; &lt;i&gt;La lib&#233;ration totale&lt;/i&gt;, dit Fanon, &lt;i&gt;est celle qui concerne tous les secteurs de la personnalit&#233;&lt;/i&gt;. &#187; S'il est vrai que le contexte de domination coloniale explique beaucoup de choses, que l'agressivit&#233; maghr&#233;bine &#224; cette &#233;poque, &lt;i&gt;r&#233;elle quoique exag&#233;r&#233;e&lt;/i&gt;, se trouve normalis&#233;e aujourd'hui, il est non moins vrai qu'il y a encore de l'irrationnel, de l'impulsivit&#233;, une carence intellectuelle dans notre personnalit&#233;, tous &#233;l&#233;ments de faiblesse dont il faut rechercher la cause en nous-m&#234;mes, dans notre manque d'exp&#233;rience historique, dans certaines repr&#233;sentations fausses des valeurs, dans la fragilit&#233; de l'&#233;ducation, dont il urge de prendre conscience et auxquels il faut tenter de rem&#233;dier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas ici d'auto-d&#233;pr&#233;ciation, mais d'une conscience lucide orient&#233;e vers la connaissance de soi, point de d&#233;part de tout changement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, cette auto-d&#233;pr&#233;ciation existe et a exist&#233; dans la conscience collective. D&#233;j&#224; Fanon a attir&#233; l'attention sur l'int&#233;riorisation du regard colonial : &#171; Nous sommes col&#233;reux, bagarreurs, mauvais &#8230; c'est comme cela ! &#187; La dynamique de la r&#233;volution dissoudra, pensait-il, ces ali&#233;nations, mais il y faut aussi la prise de conscience, l'analyse, le discours. Ce qui nous a toujours frapp&#233; dans la conscience maghr&#233;bine, coloniale autant que post-coloniale, c'est la juxtaposition du narcissisme ou de l'ethnocentrisme et de l'auto-d&#233;pr&#233;ciation, sauf qu'assez souvent les th&#232;mes sur lesquels brodent les deux attitudes diff&#232;rent d'un moment historique &#224; l'autre. Hier, c'&#233;tait l'affirmation de la table des &lt;i&gt;vieilles vertus arabes&lt;/i&gt; et principalement b&#233;douines : g&#233;n&#233;rosit&#233;, courage, virilit&#233;, sens de l'honneur, aujourd'hui ce peut &#234;tre le dynamisme &#233;conomique, l'enflure des r&#233;alisations, l'exag&#233;ration de la valeur du combat anti-colonial, l'impression qu'on est le centre du monde. Au niveau de l'individu, d&#232;s qu'une valeur quelconque pointe en lui, l'entourage l'exalte et le glorifie, et voil&#224; l'infatuation, le narcissisme, voire la m&#233;galomanie pathologique qui le guettent, le broient et finalement tuent son &#233;lan en m&#234;me temps que son bonheur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue de l'autocritique, l'expression &#171; nous autres Arabes sommes ainsi &#187; revient comme un &lt;i&gt;leitmotiv&lt;/i&gt; dans la plainte de l'&#226;me bless&#233;e, dans la d&#233;sillusion de l'individu ou pour exprimer la hargne contre l'entourage. Le &lt;i&gt;nous&lt;/i&gt; arabe serait le foyer de d&#233;fauts capitaux : manque d'union, aucune tendresse des uns envers les autres, d&#233;loyaut&#233;, orgueil, duplicit&#233;. Chaque fois que le jeu des relations humaines, avec son cort&#232;ge de duret&#233;s, d'injustices, d'insatisfactions, &#233;gratigne le moi, celui-ci dresse son r&#233;quisitoire contre le caract&#232;re arabe, comme s'il &#233;tait frapp&#233; du dedans de quelque mal&#233;fice. D&#233;formation subjective certes, mais cette critique reste une autocritique de circonstance qui s'enl&#232;ve sur un fond de fid&#233;lit&#233; &#224; la personnalit&#233; arabe. Par-del&#224; cet aspect dissolvant, mais ludique et presque routinier, se profile constamment une vision comparative avec le moi europ&#233;en et peut-&#234;tre le pressentiment d'autres modes possibles de relations humaines. Au niveau populaire, il peut y avoir une v&#233;ritable fuite du moi, il existe, sans nul doute, de multiples cas de d&#233;viances. Dans les milieux &#233;volu&#233;s anciennement francis&#233;s, l'identification avec le colonial s'est toujours assortie dans le pass&#233; d'un complexe de culpabilit&#233; et de trahison. L'ind&#233;pendance a renationatis&#233; ces &#233;l&#233;ments, mais, si la scission int&#233;rieure s'est referm&#233;e, un sentiment p&#233;nible de r&lt;i&gt;&#233;gression psychique&lt;/i&gt; et culturelle a pris sa place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conscience du clerc, elle, se trouvait d&#233;chir&#233;e entre la fid&#233;lit&#233; envers l'id&#233;al des vertus islamiques et le sentiment profond que le r&#233;el ambiant &#233;tait malsain, grossier, d&#233;sordonn&#233;, impuissant. C'est donc que &lt;i&gt;les vertus islamiques se sont incarn&#233;es dans l'Europ&#233;en&lt;/i&gt;, qui, par l'ordre de sa vie, sa raison, son humanit&#233;, applique les pr&#233;ceptes de l'Islam que nous avons trahis, est le vrai musulman, le musulman objectif. L'intellectuel super-occidentalis&#233; d'aujourd'hui n'est pas comparable aux ci-devant naturalis&#233;s ou assimil&#233;s. Mais, fascin&#233; par un Occident qu'au fond il conna&#238;t mal, dont il ne conna&#238;t certainement que des aspects partiels, n'entretenant par ailleurs que des rapports t&#233;nus avec la grande tradition culturelle islamique parce que petit-bourgeois d'origine, il investit toute sa capacit&#233; d'autocritique dans le concept d'Orient, de despotisme oriental, de mentalit&#233; orientale&#8230; Il a le sentiment d'un retard moral, affectif, intellectuel, et que les Arabes ont une forme de conscience attard&#233;e parce que traditionnelle, toute la puissance du bien se fixant dans le modernisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On remarquera que dans toutes ces attitudes d'autocritique collective, le groupe qui critique privil&#233;gie un &#233;l&#233;ment, l'isole de la totalit&#233; (&#233;volution, vertus islamiques, rationalit&#233; de type occidental), en prive ses compatriotes mais il est sous-entendu que lui, le groupe ou l'individu en question, poss&#232;de au plus haut degr&#233; ces qualit&#233;s dont il d&#233;plore l'absence ou la perte chez autrui. Si bien que l'on peut se demander si nous avons affaire dans tous les cas &#224; une autocritique, et s'il ne s'agirait pas plut&#244;t d'un moi global fracass&#233;, fractionn&#233;, segment&#233; en une diversit&#233; de moi impitoyables les uns pour les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien n'illustre davantage l'ambigu&#239;t&#233; de cette autocritique, &#224; la fois mauvaise foi et regard lucide, que l'attitude du politique. Car le politique qui a sinc&#232;rement aim&#233; son peuple et combattu pour lui en vient presque &#224; le m&#233;priser d'&#234;tre ce qu'il est. Une conscience suraigu&#235; du retard de civilisation, alimentant &#224; son tour une volont&#233; obsidionale de progr&#232;s, o&#249; il entre de la pose, d&#233;bouche sur un pessimisme pernicieux. Le peuple maghr&#233;bin n'en est ni au n&#233;olithique, ni &#224; l'&#226;ge des cavernes : il a une certaine conscience politique, la commune sagesse des nations, le courage de vivre dans des conditions difficiles et, par bien des c&#244;t&#233;s, il n'est pas aussi attard&#233; qu'on le pense. Or certains dirigeants n'arr&#234;tent pas de fustiger l'anarchisme berb&#232;re ou la fr&#233;n&#233;sie b&#233;douine, des bureaucrates irresponsables et vains lui manifestent quotidiennement arrogance et m&#233;pris. Et pourtant, ces dirigeants politiques eux-m&#234;mes ne sont pas toujours en avance sur leurs peuples, que ce soit au Machrek ou au Maghreb. Ils le sont sans doute par leurs id&#233;es, par le contenu intellectuel de leur conscience, par leurs syst&#232;mes appris de th&#233;orisation et d'expression, Ils sont aussi de ce peuple, par maints traits de leur mentalit&#233;, par leur soif du pouvoir, leur subjectivisme, leur d&#233;magogie. Par d'autres aspects, ils sont m&#234;me en retard sur les aspirations de la soci&#233;t&#233; &#224; la tranquillit&#233;, &#224; la raison, &#224; l'&#233;quilibre, &#224; une vie meilleure ; la preuve en est qu'ils s'appuient sur la lie du peuple pour gouverner le peuple, sur une contre-&#233;lite pour juguler une &#233;lite qui se repr&#233;sente et int&#233;riorise mieux qu'eux les objectifs de la modernit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autocritique vraie doit donc s'enlever sur un fond de sinc&#233;rit&#233; et de sympathie, embrasser de son regard la totalit&#233; des &#233;l&#233;ments, diss&#233;quer et dissocier, mais afin de remembrer et d'aller de l'avant. Cependant que les formes d'auto-d&#233;pr&#233;ciation que nous avons vues ne sont que partielles et partiales et seraient plut&#244;t la manifestation, au mieux d'une baisse de l'estime de soi, au pire d'une division profonde du moi collectif agr&#233;ment&#233;e d'un sentiment d'inf&#233;riorit&#233;. Mais, m&#234;me dans ce cas, il subsiste un fond de v&#233;rit&#233; dont il nous faudra tenir compte dans notre analyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2 &#8211; Diverses d&#233;marches de la critique de soi&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; vrai dire, l'acuit&#233; du regard, la psychologie des peuples appliqu&#233;e &#224; autrui et &#224; soi-m&#234;me, c'est l&#224; une pratique famili&#232;re de tout temps aux Arabes. La po&#233;sie pr&#233;islamique est indicative des id&#233;aux arabes anciens, de leur vision d'eux-m&#234;mes et d'autrui. Cependant, ni le &lt;i&gt;fakhr&lt;/i&gt; ni le pan&#233;gyrique ne sont une repr&#233;sentation consciente et objective de soi. Le &lt;i&gt;fakhr&lt;/i&gt; est glorification de soi et affirmation en soi de la pr&#233;sence des vertus b&#233;douines de la &lt;i&gt;Muruwwa&lt;/i&gt;. Assez souvent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mais pas toujours, puisque le po&#232;te est aussi le d&#233;fenseur, le porte-parole (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le po&#232;te qui pratique la jactance est marginal et d&#233;viant par rapport &#224; son mode social. Dans l'&#233;preuve de la solitude et du rejet, le moi se dresse, superbe, pour d&#233;fier le monde, d'o&#249; ces accents d'amertume de la &lt;i&gt;L&#226;miyya&lt;/i&gt; de &lt;i&gt;Shanfar&#226;&lt;/i&gt;, d'orgueil solitaire, d'enflure m&#233;galomaniaque. Mais le moi reste int&#233;rieurement amarr&#233; au milieu qui l'a rejet&#233; : &#224; l'envers, dans l'impr&#233;cation, il y r&#233;f&#232;re, et c'est quand il croit le d&#233;fier qu'il en d&#233;pend le plus. La constellation psychique qui est &#224; la base de la jactance est donc toujours la compensation, compensation du moi humili&#233;, mitig&#233;e avec la conscience d'une coupure du milieu nourricier. Toutefois, la d&#233;pendance subsiste, car le moi ne r&#233;alise pas son v&#233;ritable &#234;tre mais tend simplement &#224; la r&#233;alisation de vertus int&#233;rioris&#233;es qui ont &#233;t&#233; &#233;labor&#233;es &#224; l'ext&#233;rieur, dans le creuset tribal. Ce genre litt&#233;raire, qui est &#224; l'&#233;vidence une des expressions les plus fermes du narcissisme arabe, devient ainsi appel &#224; autrui comme spectateur, t&#233;moin et admirateur de ce qu'on m'a d&#233;ni&#233;, que je ne suis peut-&#234;tre pas mais que je voudrais &#234;tre. L'&#226;me arabe se mire dans sa po&#233;sie y pr&#233;cise et affine ses id&#233;aux et se met &#224; vivre sous son propre, regard et dans le reflet du regard d'autrui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs ouvrages d'&lt;i&gt;Adab&lt;/i&gt; ou d'histoire enferment des d&#233;veloppements analytiques sur les vertus et d&#233;fauts compar&#233;s des peuples. Les mat&#233;riaux employ&#233;s datent du IIe si&#232;cle de l'H&#233;gire, c'est-&#224;-dire d'un moment historique o&#249; les Arabes, perdant leur supr&#233;matie exclusive, commencent &#224; douter d'eux-m&#234;mes. Au 1er si&#232;cle, la domination arabe sur une vaste partie de l'Ancien Monde a certes permis l'&#233;closion d'un orgueil de race qui n'avait peut-&#234;tre pas exist&#233; auparavant, mais cet orgueil &#233;tait diffus, simplement actif et non pas formul&#233;. C'est donc &#224; partir de l'&#233;poque abbasside et devant la naissance de la &lt;i&gt;Shu'&#251;biyya &lt;/i&gt;ou sentiment national et anti-arabe perse que, la compensation jouant, &#233;merge, dans la foule d'une r&#233;action d&#233;fensive, une nette formulation de l'orgueil arabe, coupl&#233;e avec une apparition consciente d'une image de soi et des autres. Mais si, dans ces ouvrages, l'exigence est neuve, si par ail leurs bien des repr&#233;sentations actuelles sont projet&#233;es sur l'&#233;poque archa&#239;que, il subsiste, &#224; n'en pas douter, des &#233;l&#233;ments anciens, des figures authentiquement vraies du pass&#233;, des souvenirs vifs et suffisamment pr&#233;cis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le &lt;i&gt;'&lt;/i&gt;&lt;i&gt;I&lt;/i&gt;&lt;i&gt;qd&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;I, 166-167.&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Khosro&#232;s est cens&#233; parler des diff&#233;rents peuples. Byzantins, Hindous, Chinois, Turcs sont, chacun dans sa demeure, rassembl&#233;s sous la houlette d'un pouvoir unifi&#233; et les trois premiers sont civilis&#233;s. Quant aux Arabes, &#171; je ne vois pas, dit-il, qu'ils poss&#232;dent rien de ces qualit&#233;s ni en religion ni dans la vie&#8230; Leur existence est une existence d'humilit&#233;, de p&#233;nurie, de mis&#232;re, et malgr&#233; cela, ils se glorifient. &#187; &#192; ce tableau d&#233;pr&#233;ciatif mais vraisemblable de ce que l'Islam appellera la &lt;i&gt;Dj&#226;hiliyya&lt;/i&gt; ou &#226;ge de l'anarchie et presque de la barbarie, le roi arabe Nu'm&#226;n aurait oppos&#233; l'autre face des choses. Il &#233;num&#232;re chez ses compatriotes &#171; leur dignit&#233;, leur invuln&#233;rabilit&#233;, la finesse de leurs visages, leur courage dans la guerre, leur g&#233;n&#233;rosit&#233;, la sagesse de leurs paroles, l'acuit&#233; de leur esprit et leur fiert&#233; &#187;. Les Arabes sont un peuple libre et ind&#233;pendant par vocation, ajoute-t-il. Ils n'ont jamais connu la servitude, cultivent le bon renom et chacun d'eux veut &#234;tre son propre roi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu avant la destruction par les Perses du royaume de &lt;i&gt;H&#238;ra&lt;/i&gt;, une d&#233;l&#233;gation se fait recevoir par le Roi des rois, qui aurait compris des sages et des orateurs de diff&#233;rentes tribus, la menace contre le petit royaume lakhmide &#233;tant pr&#233;sent&#233;e par les sources comme une menace g&#233;n&#233;rale d'assujettissement des Arabes. Les orateurs font alterner l'avertissement et le plaidoyer &lt;i&gt;pro domo&lt;/i&gt; : &#171; Les Arabes sont une nation &#8230; qui a toujours su d&#233;fendre sa demeure &#8230; Nos lances sont longues et notre vie courte&#8230; Mais si tu connais leur m&#233;rite, ils serviront ta gloire, si tu les appelles, ils te soutiendront. &#187; &#192; quoi Khosro&#232;s r&#233;torque qu'on lui a manqu&#233; de loyaut&#233; et dans ses propos, revient souvent cette id&#233;e que les Arabes sont un peuple de fourbes et de filous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute dans cette vision ambivalente du monde arabe ancien peut-on d&#233;celer le grand d&#233;bat sous-jacent entre Arabes et Persans du IIe si&#232;cle, mais il est remarquable que la conscience arabe ait fait siennes les critiques que d'autres ont pu lui adresser et qu'elle a pu reconna&#238;tre en elle-m&#234;me. Ainsi le &lt;i&gt;regard critique&lt;/i&gt; se conjugue-t-il avec le narcissisme. Ce regard, on le voit &#224; l'&#339;uvre dans le Coran o&#249; il se fait admonestation v&#233;h&#233;mente de la fourberie b&#233;douine. Mais dans le Coran, nulle complaisance pour les vertus dionysiennes de l'arabisrne qui vienne le contrebalancer. En fondant un nouveau monde de relations humaines orient&#233; sur une tout autre optique, il rompt radicalement avec le pass&#233; et c'est lui qui, en particulier, forge le concept de &lt;i&gt;Dj&#226;hiliyya&lt;/i&gt;. Pourtant cet &#226;ge de l'ignorance ou de la Violence avait, &#224; c&#244;t&#233; de ses fureurs, ses prestiges et sa beaut&#233; que les Arabes ont continu&#233; &#224; cultiver au Ier si&#232;cle. Ainsi, par-del&#224; l'Islam, les id&#233;aux de l'Ant&#233;-Islam persistent et les mod&#232;les humains qui en sont le support animent les compilations litt&#233;raires et les floril&#232;ges po&#233;tiques. Devant la mont&#233;e de la &lt;i&gt;Shu'&#251;biyya&lt;/i&gt;, Dj&#226;hiz prend la d&#233;fense des Arabes. Pesant lui aussi les m&#233;rites respectifs des nations, il avance que les Hindous ont compos&#233; des livres anonymes, que les Grecs sont pass&#233;s ma&#238;tres en philosophie et dans l'art de la logique, que les Perses sont des orateurs, mais que leur expression tire sa force de la d&#233;lib&#233;ration et de la r&#233;flexion pr&#233;alables&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bay&#226;n, III, 14 suiv.&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les Arabes, eux, ont en partage le g&#233;nie du verbe mais dans la spontan&#233;it&#233;, l'inspiration, dans l'absence de tout effort. Leur langue est la plus belle de la terre et le plus bel idiome arabe est celui des B&#233;douins&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., I, 110.&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;ographes et &#233;rudits ont multipli&#233; les observations sur la psychologie des peuples. L'orgueil de la langue et de la religion ne les obnubile pas toujours, bien loin de l&#224;. Les Arabes se distinguent par leur jalousie envieuse, les Berb&#232;res par leur irrationalit&#233; et leur sauvagerie, les Noirs par une pu&#233;rilit&#233; &#224; nulle autre &#233;gale&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble bien, en v&#233;rit&#233;, que les Arabes aient toujours plus ou moins clairement senti que les vertus b&#233;douines &#233;taient ambivalentes. Ce qui explique la permanence d'un jugement ambigu sur le monde b&#233;douin, tant&#244;t d&#233;pr&#233;ciatif, tant&#244;t laudatif. Nul doute que la personnalit&#233; de base originelle n'ait &#233;t&#233; b&#226;tie sur une constellation agressive, sur la peur de l'humiliation, sur tout ce fameux &#171; code de l'honneur &#187; que divers auteurs ont analys&#233;, bref qu'elle ait repos&#233; sur une structure dionysienne. Et cette personnalit&#233; archa&#239;que s'expliquerait par un certain nombre &#171; d'institutions primaires &#187; dont la structure tribale est la plus d&#233;cisive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, le Coran s'en est d&#233;tourn&#233; tout en en restant tributaire par certaines de ses composantes. Mais hors m&#234;me de l'espace psychique coranique, en dehors du milieu &lt;i&gt;qurayshite&lt;/i&gt; qui &#233;tait d&#233;j&#224; converti &#224; un syst&#232;me plus r&#233;gl&#233; de comportement, &lt;i&gt;le monde &lt;/i&gt;&lt;i&gt;b&#233;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;douin lui-m&#234;me&lt;/i&gt; a toujours pr&#233;sent&#233; l'autre face des choses, c'est-&#224; dire l'aspiration vers le &lt;i&gt;hilm&lt;/i&gt; (la ma&#238;trise de soi), la raison et le par don de l'offense. Une des figures les plus fascinantes de ce monde, &#224; l'&#233;poque primitive islamique, &#233;tait al-Ahnaf b-Oays, chef de la puissante tribu de Tam&#238;m, homme de raison s'il en fut et de mod&#233;ration. Ma&#238;triser sa col&#232;re, manifester une humeur &#233;gale, &#233;tait l'axe de son comportement. Sa vie fut la personnification de ce que pouvait donner la r&#233;pression de l'instinct d'agression, une victoire sur le moi et plus encore que sur le moi, sur la contrainte du syst&#232;me ext&#233;rieur, puisqu'il y avait d&#233;passement de l'id&#233;e d'honneur. Il est certain que son comportement repr&#233;sentait l'oppos&#233; du comportement arabe moyen ; mais, s'il &#233;tait, avec d'autres, admir&#233;, c'est que l'aspiration a la ma&#238;trise de soi coexistait avec les aspirations contraires dans la conscience collective. Inversement, si la rudesse d'Omar Ier &#233;tait ressentie comme telle, c'est que, pour &#234;tre la norme, elle n'&#233;tait pas l'id&#233;al. Ainsi le monde b&#233;douin rec&#233;lait-il, au plus profond de lui-m&#234;me, au-del&#224; de sa sph&#232;re ordinaire d'id&#233;aux, une autre sph&#232;re, vacillante et &#233;troite, d'id&#233;aux bien plus larges et plus humains, qui &#233;tait le lot des hommes sup&#233;rieurs, qu'on admettait pour eux mais non pour tous. Le Proph&#232;te lui-m&#234;me &#233;tait le Surmoi splendide du peuple arabe, qui d&#233;finissait la moralit&#233; vraie, mais au nom de Dieu. Al-Ahnaf, Mu'&#226;wiya &#233;taient des Surmoi profanes qui &#233;taient comme la conscience qu'avait le peuple arabe de son impulsivit&#233; et de ses infirmit&#233;s. Il les admirait, mais comme pour s'en &#233;tonner, pour revenir par apr&#232;s &#224; lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut croire cependant que la personnalit&#233; de base arabo-b&#233;douine &#233;tait suffisamment ferme, attractive et r&#233;sistante pour s'&#234;tre de tout temps impos&#233;e, par pans entiers ou par petits morceaux, aux divers mondes s&#233;dentaire, urbain ou villageois, aristocratique ou populaire. Les id&#233;aux b&#233;douins avaient p&#233;n&#233;tr&#233; profond&#233;ment les cours califales et dans les m&#234;mes ouvrages litt&#233;raires o&#249; &#233;tait d&#233;vers&#233; le moins pudique des m&#233;pris sur les &#171; rustres &lt;i&gt;A'r&#226;b&lt;/i&gt; &#187;, &#233;taient exalt&#233;es et cultiv&#233;es leurs valeurs. Ibn Khald&#251;n s'offusquait de leurs instincts pr&#233;dateurs, fonci&#232;rement hostiles &#224; la civilisation, mais admirait leur vocation imp&#233;riale, la force de cette solidarit&#233; consanguine qui savait arracher le pouvoir sur les hommes. Le monde citadin du Maghreb, dans ses couches &#233;lev&#233;es, refoulait, &#224; l'&#233;poque coloniale, le monde b&#233;douin dans les horizons de la barbarie et de la p&#233;nurie, mais sa personnalit&#233; de base &#233;tait marqu&#233;e, de l'int&#233;rieur, par mille traits de ce monde. Si bien que toute &#233;tude de la personnalit&#233; de base dans l'aire culturelle arabe se trouve obligatoirement confront&#233;e &#224; ce probl&#232;me de la persistance des syst&#232;mes b&#233;douins, de leurs gauchissements, de leurs invasions ou de leurs reculs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II &#8211; La personnalit&#233; de base&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept de personnalit&#233; de base, &#233;labor&#233; par Kardiner et son &#233;cole&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kardiner, The lndividual and his Society, traduit en fran&#231;ais sous le titre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, pour contestable qu'il soit, est un instrument commode d'analyse. La critique que d&#233;veloppe Kardiner de la th&#233;orie psychanalytique de Freud sous son double aspect de dynamique de la personnalit&#233; et de psychologie sociale est tout &#224; fait remarquable, encore qu'elle ne nous semble pas devoir entamer la validit&#233; de la trichotomie freudienne du &#231;a, du moi et du surmoi, essentiellement perceptible dans le pathologique, mais sans doute pr&#233;sente dans la personnalit&#233; normalement int&#233;gr&#233;e. Ce qui est int&#233;ressant dans la vision de Kardiner est qu'il d&#233;passe toutes les notions du sens commun sur le caract&#232;re national et la psychologie des peuples. &#171; La personnalit&#233; de base c'est la configuration commune &#224; tous les membres d'une culture &#187;, dit Dufrenne, ce dernier mot &#233;tant pris dans son sens anthropologique. C'est donc ce qui, dans le comportement de chacun, est un d&#233;nominateur commun &#224; tous les membres du groupe. Mais la personnalit&#233; de base, comme l'observe encore Mikel Dufrenne, n'est qu'une des composantes de la personnalit&#233; totale de l'homme, dont elle est le r&#233;sultat de l'action sur lui des institutions sociales. &#192; c&#244;t&#233; d'elle, chacun est dot&#233; d'une nature humaine qui le rattache &#224; la destin&#233;e universelle, il l'est aussi d'un caract&#232;re individuel qui en fait un sp&#233;cimen unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'on sait que, pour Kardiner, cette i&lt;i&gt;nstance partielle&lt;/i&gt; de l'&#234;tre qu'est donc la personnalit&#233; de base est conditionn&#233;e par ce qu'il appelle &#171; institutions primaires &#187;, o&#249; entrent en jeu les disciplines de base, les motivations &#233;conomiques, l'orientation g&#233;n&#233;rale de l'activit&#233; du groupe. &#192; son tour, elle s&#233;cr&#232;te des institutions secondaires comme les techniques magiques ou les syst&#232;mes religieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cueil primordial que pourrait rencontrer une tentative d'exploration de la personnalit&#233; de base arabe est que nous avons affaire ici &#224; une soci&#233;t&#233; historique et complexe. Historique, parce que le poids du pass&#233; est important, o&#249; l'on peut deviner des &#233;l&#233;ments int&#233;gr&#233;s, d'autres non adapt&#233;s au pr&#233;sent, d'autres encore morts, et que la r&#233;miniscence consciente ou les reviviscences provoqu&#233;es jouent leur r&#244;le. Complexe, du fait que les conditions socio-&#233;conomiques sont vari&#233;es dans cette immense aire culturelle, que les secteurs sociaux diff&#232;rent aussi au sein d'une m&#234;me soci&#233;t&#233;, que les degr&#233;s d'influence de l'ext&#233;rieur, tr&#232;s vivaces, se laissent difficilement cerner. Quelle diff&#233;rence sans doute entre l'Arabe b&#233;douin s&#233;dentaris&#233; de K&#251;fa au Ier si&#232;cle de l'H&#233;gire et le m&#234;me B&#233;douin irakien du XVIIIe si&#232;cle, mais aussi quelle diff&#233;rence entre le B&#233;douin tunisien de 1930 et le bourgeois citadin de Tunis &#224; la m&#234;me &#233;poque ! Quels points communs y a-t-il, d'un autre c&#244;t&#233;, entre un montagnard kabyle et un artisan de F&#232;s ou de Damas ? C'est que, dans la culture arabo-islamique pr&#233;moderne unifiante, se juxtaposaient les multiples cultures anthropologiques selon les d&#233;terminismes socio-g&#233;ographiques. Or l'inconscient est beaucoup plus tributaire des r&#233;alit&#233;s inf&#233;rieures que de la haute conscience culturelle. &#192; la rigueur, pourrait-on, comme l'a fait Berque&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le Maghreb d'hier &#224; demain &#187; in : Cahiers internationaux de Sociologie, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; pour le Maghreb colonial, op&#233;rer une coupe &#224; travers le &#171; syst&#232;me maghr&#233;bin &#187;, o&#249; appara&#238;traient quatre personnalit&#233;s de base accroch&#233;es &#224; quatre milieux humains globaux : s&#233;dentaires montagnards berb&#233;rophones, b&#233;douins arabo-phones, cit&#233;s islamiques traditionnelles, faubourgs ouvriers, avec cependant des chevauchements et des apparentements entre tel p&#244;le et tel autre p&#244;le. Mais si d&#233;j&#224; la domination coloniale a disloqu&#233; certaines de ces zones, que dire de la p&#233;riode de l'apr&#232;s-ind&#233;pendance o&#249; tous ces secteurs se sont trouv&#233;s happ&#233;s, malax&#233;s, projet&#233;s dans le creuset d'une modernit&#233; nationale &#224; la fois destructrice et unifiante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;videmment difficile d'appliquer actuellement tel quel le sch&#233;ma kardin&#233;rien au Maghreb et &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; &#224; l'ensemble du monde arabe. Toutefois, le m&#234;me Kardiner qui a surtout appliqu&#233; sa m&#233;thode &#224; des peuplades primitives telles que Marquisiens, Alorais, Comanches, l'a tent&#233;e sur une ville des &#201;tats-Unis, Plainville, et en a envisag&#233; l'extension &#224; l'Occident, consid&#233;r&#233; &#224; un certain niveau comme une culture particuli&#232;re. D'autres auteurs, comme Fromm&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Crise de la psychanalyse, &#233;ditions Anthropos.&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, dans une tout autre perspective que celle d'une psychologie du Moi, utilis&#232;rent la concordance d&#233;j&#224; &#233;tablie par Abraham entre la fixation sur le stade anal et la tendance &#224; th&#233;sauriser, pour faire ressortir un type humain &#233;pargnant, individualiste et ordonn&#233;, repr&#233;sent&#233; par le bourgeois occidental entre le XVe et le XIXe si&#232;cle et continu&#233; par le petit-bourgeois d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dire qu'en d&#233;pit de toutes les r&#233;serves pr&#233;c&#233;dentes, l'esquisse d'une personnalit&#233; de base dans un vaste champ culturel, &#224; condition d'&#234;tre souple, est possible : on peut l'envisager pour des unit&#233;s telles que le monde arabe (avec ses variantes Macheck et Maghreb), l'Afrique Noire, l'Am&#233;rique du Sud, ou bien pour cet ensemble g&#233;ographique et humain qu'est le monde m&#233;diterran&#233;en. Mais, &#224; ce niveau d'extension, bien &#233;videmment, il faut renoncer &#224; toute rigueur descriptive ou explicative. Aussi bien allons-nous tenter l'application du concept de personnalit&#233; de base, con&#231;u de mani&#232;re non orthodoxe et enrichi par des consid&#233;rations historiques et politiques, au cas d'une aire restreinte, la Tunisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1093-L-homme-arabo-musulman-2-3' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Deuxi&#232;me partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Mais pas toujours, puisque le po&#232;te est aussi le d&#233;fenseur, le porte-parole et le propagandiste de sa tribu. Nous nous int&#233;ressons ici au &lt;i&gt;fakhr&lt;/i&gt; personnel et aux po&#232;tes d&#233;viants.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;I, 166-167.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Bay&#226;n, III, 14 suiv.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ibid., I, 110.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Kardiner, &lt;i&gt;The lndividual and his Society&lt;/i&gt;, traduit en fran&#231;ais sous le titre de &lt;i&gt;l'individu dans sa soci&#233;t&#233; &lt;/i&gt; ; &lt;i&gt;The Psychological frontiers of society&lt;/i&gt; ; Voir aussi Mikel Dufrenne, &lt;i&gt;La personnalit&#233; de base&lt;/i&gt;, et Roger Bastide, &lt;i&gt;Sociologie et Psychanalyse&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Le Maghreb d'hier &#224; demain &#187; in : &lt;i&gt;Cahiers internationaux de Sociologie&lt;/i&gt;, 1964. Encore que le point de vue de Berque soit celui de la sociologie descriptive, et non de la sociologie psychanalytique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Crise de la psychanalyse&lt;/i&gt;, &#233;ditions Anthropos.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>D'une subjectivit&#233; r&#233;fl&#233;chissante toujours &#224; faire &#234;tre</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?1086-D-une-subjectivite-reflechissante</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?1086-D-une-subjectivite-reflechissante</guid>
		<dc:date>2021-11-25T11:17:28Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Gerassimos S.</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Scientisme</dc:subject>
		<dc:subject>Conf&#233;rence</dc:subject>
		<dc:subject>Type anthropologique</dc:subject>
		<dc:subject>Post-modernisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Article de Garassimos Stephanatos, r&#233;cemment disparu, tir&#233; de &#171; Actualit&#233; d'une pens&#233;e radicale. Hommage &#224; Cornelius Castoriadis &#187;, Vincent Descombes, Florence Giust-Deprairies, Mats Rosengren (eds), Upsala Universitet, Departement of Literature, 2019, pp. 21-32 Source Le titre de cette premi&#232;re journ&#233;e du Colloque rend hommage &#224; Cornelius Castoriadis auteur de &#171; L'&#233;tat du sujet aujourd'hui &#187; , ce qui n'est pas sans me rappeler sa conf&#233;rence avec le m&#234;me titre au IVe Groupe le 15 Mai (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-66-stephanatos-+" rel="tag"&gt;Gerassimos S.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-6-psychanalyse-+" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-224-scientisme-+" rel="tag"&gt;Scientisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-142-conference-+" rel="tag"&gt;Conf&#233;rence&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-216-type-anthropologique-+" rel="tag"&gt;Type anthropologique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-87-post-modernisme-+" rel="tag"&gt;Post-modernisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Article de &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1065-Hommage-a-Gerassimos-Stephanatos' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Garassimos Stephanatos, r&#233;cemment disparu&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, tir&#233; de &#171; Actualit&#233; d'une pens&#233;e radicale. Hommage &#224; Cornelius Castoriadis &#187;, &lt;i&gt;Vincent Descombes, Florence Giust-Deprairies, Mats Rosengren (eds)&lt;/i&gt;, Upsala Universitet, Departement of Literature, 2019, pp. 21-32&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.quatrieme-groupe.org/images/stories/publication/GSCornelius2019.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Source&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le titre de cette premi&#232;re journ&#233;e du Colloque rend hommage &#224; Cornelius Castoriadis auteur de &#171; L'&#233;tat du sujet aujourd'hui &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CASTORIADIS (C), &#171; L'&#233;tat du sujet aujourd'hui &#187;, in Topique, no 38, 1986, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ce qui n'est pas sans me rappeler sa conf&#233;rence avec le m&#234;me titre au IVe Groupe le 15 Mai 1986. Je garde un tr&#232;s vif souvenir de cette soir&#233;e &#224; la salle des conf&#233;rences de FIAP, rue de la Sant&#233;, qui accueillait &#224; l'&#233;poque des activit&#233;s scientifiques du &lt;i&gt;Quatri&#232;me Groupe&lt;/i&gt; et pr&#233;cis&#233;ment la s&#233;rie qu'on appelait des &#171; Confrontations critiques &#187;. Le discours de Castoriadis d&#233;concertait comme d'habitude l'auditoire par sa force et sa nouveaut&#233; ; cette conf&#233;rence faisant un retour apr&#232;s sa s&#233;paration avec Piera Aulagnier et son &#233;loignement du Quatri&#232;me Groupe o&#249; il avait travaill&#233; plusieurs ann&#233;es sans pour autant demander son habilitation comme analyste-membre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La rupture de Piera Aulagnier, de Fran&#231;ois Perrier et de Jean-Paul Valabrega (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Quoi qu'il en soit, ce retour est rest&#233; sans suite ; force est de constater que ses id&#233;es qu'il soit de l'imagination radicale ou de la socialisation de la &lt;i&gt;psych&#232;&lt;/i&gt; n'ont pas trouv&#233;, sauf quelques exceptions, l'&#233;cho qu'elles m&#233;ritent ni au &lt;i&gt;Quatri&#232;me Groupe&lt;/i&gt; ni dans les autres milieux psychanalytiques fran&#231;ais. Cependant Andr&#233; Green, comme il me disait dans une discussion informelle, lui avait propos&#233; de joindre la &lt;i&gt;Soci&#233;t&#233; psychanalytique de Paris&lt;/i&gt;, puisque Castoriadis avait fait une deuxi&#232;me analyse avec Michel Renard de la SPP apr&#232;s sa premi&#232;re analyse avec Ir&#232;ne Roublef analyste de l'&lt;i&gt;Ecole Freudienne et analysante de Lacan&lt;/i&gt;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Ni &#171; orthodoxe &#187; ni lacanien, Castoriadis garde son ind&#233;pendance institutionnelle et d'esprit. Il est un des premiers &#224; d&#233;noncer des pratiques lacaniennes et &#224; critiquer la th&#233;orie de Lacan qui constitue malgr&#233; tout une r&#233;f&#233;rence constante dans son &#339;uvre. Faut-il encore ajouter que le ton ouvertement pol&#233;mique de cette critique donnait tous les arguments, sinon tous les pr&#233;textes pour &#234;tre froidement accueillie ou ignor&#233;e par les psychanalystes fran&#231;ais, qui se trouvaient encore sous l'influence de Lacan ; le temps du d&#233;senchantement et de la lecture critique de la contribution lacanienne &#224; la psychanalyse &#233;tant venu plus tard. &lt;br class='manualbr' /&gt;Jean-Luc Donnet, analyste &#233;minent de la SPP et interlocuteur de Castoriadis, donne une image bien indicative de sa place dans le milieu psychanalytique. &#171; Il est apparu comme quelqu'un venu d'ailleurs[ ... ] pour moi le plus frappant dans ses textes est cette distance dans son regard sur l'analyse, un regard du dehors -&#224; l'&#233;poque je ne savais pas exactement quelle &#233;tait sa position d'analyste praticien &#8211; mais aussi tr&#232;s profond&#233;ment inform&#233;, et situant d'embl&#233;e la psychanalyse dans tout un ensemble de domaines scientifiques et, bien-s&#251;r, philosophiques. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CASTORIADIS (C), Dialogue, [Radio France, 1995], Paris, &#201;ditions de l'aube, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or, isol&#233;es de leur contexte et de l'estime de J-L. Donnet pour la pens&#233;e de Castoriadis, les expressions : &#171; venu d'ailleurs, regard du dehors sur la psychanalyse, ambig&#252;it&#233; sur sa position d'analyste praticien &#187; pourraient repr&#233;senter une image habituelle de Castoriadis : penseur politique, philosophe hors du temple qui s'int&#233;resse &#224; la psychanalyse sans &#234;tre vraiment psychanalyste. Image qui efface sa relation intime avec la chose freudienne et sa position de psychanalyste praticien engag&#233;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Mais, pour revenir &#224; sa conf&#233;rence sur &#171; L'&#233;tat du sujet aujourd'hui &#187;, Piera Aulagnier l'a publi&#233; dans &lt;i&gt;Topique&lt;/i&gt; quelques mois apr&#232;s, avec son premier paragraphe en exergue &#224; la quatri&#232;me de couverture de la revue. Il est &#224; noter &#8211; et cela m&#233;riterait un long commentaire &#8211; que les publications de Castoriadis dans des revues psychanalytiques sont bien rares. La publication en question venait dix ans apr&#232;s la &#171; La psychanalyse, projet et &#233;lucidation &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CASTORIADIS (C), &#171; La psychanalyse, projet et &#233;lucidation &#187; Topique, no 19, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (1977) et vingt ans apr&#232;s les &#171; &#201;pilegom&#232;nes &#224; une th&#233;orie de l'&#226;me que l'on a pu pr&#233;senter comme science &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CASTORIADIS (C), &#171; Epilegom&#232;nes &#224; une th&#233;orie de l'&#226;me que l'on a pu (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (1968), texte &#233;blouissant qui garde toujours son actualit&#233; et sa valeur. &lt;br class='manualbr' /&gt;Ces bribes du trajet psychanalytique de Castoriadis, en pr&#233;ambule, condensent plusieurs &#233;l&#233;ments qui nous questionnent sur l'accueil, la diffusion et les destins de ses &#233;crits psychanalytiques ; questions qui d&#233;passent le cadre de mon texte, consacr&#233; essentiellement &#224; la th&#233;orie de la subjectivit&#233; propos&#233;e par le penseur de la cr&#233;ation humaine, psychique et social-historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un cadre ontologique et m&#233;ta psychologique pour repenser la subjectivit&#233;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment peut-on relire trente ans apr&#232;s les th&#232;ses de Castoriadis sur la question du sujet ? Sa position critique visait d'une part les pr&#233;tendants, dans les ann&#233;es '60-70, de la mort du sujet et des &#171; processus sans sujet &#187; dans la lign&#233;e L&#233;vi-Strauss/Althusser/ Foucault ; et d'autre part ceux qui r&#233;duisaient le sujet humain &#224; sa dimension langagi&#232;re en le situant comme &#171; sujet de l'inconscient &#187; dans la lign&#233;e Lacan/Barthes/Derrida. &lt;br class='manualbr' /&gt;De nos jours, &#233;poque du n&#233;o-positivisme et du relativisme post-moderne de tout genre, des &#233;quations nihilistes et aussi des attaques sauvages contre la psychanalyse, o&#249; nous en sommes par rapport &#224; ce questionnement ? L'empirisme scientiste en coexistence paradoxale avec le relativisme intersubjectif, menacent l'apport freudien tant sur le plan th&#233;orique que pratique. L'abandon progressif de la m&#233;tapsychologie par des courants herm&#233;neutiques et narratives d'une certaine psychanalyse contemporaine, va de pair avec le renoncement aux notions de base comme le transfert au profit de l'empathie et d'une relation r&#233;elle analyste-analysant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; ce sujet l'ouvrage de KAHN (Laurence), Le psychanalyste apathique et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui vise une &#171; efficacit&#233; &#187; th&#233;rapeutique avec des r&#233;sultats tangibles sinon quantifiables ; d&#233;viation qui ne va pas sans &#233;voquer le conservatisme g&#233;n&#233;ralis&#233; de nos jours. &lt;br class='manualbr' /&gt;Repenser donc la question du sujet avec Castoriadis n'est ni inactuel, ni inutile. Sa r&#233;flexion cr&#233;e un cadre ontologique et m&#233;ta-psychologique op&#233;rant, loin du n&#233;o-positivisme, du relativisme intersubjectif et hors la formalisation linguistique et math&#233;matique de l'inconscient op&#233;r&#233;e par le dernier Lacan. Il s'agit d'un recentrage sur le sens, la signification, la temporalit&#233;, l'historicit&#233; et la repr&#233;sentation au plus pr&#232;s du pulsionnel freudien, sous l'&#233;gide de l'imagination radicale et de la cr&#233;ation. Faut-il encore repr&#233;ciser, au risque de la r&#233;p&#233;tition scolastique, de quel imaginaire et de quelle imagination parle Castoriadis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Digression sur l'imaginaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'usage fr&#233;quent et facile de l'imaginaire consiste &#224; sa r&#233;duction au &lt;i&gt;sp&#233;culaire&lt;/i&gt; lacanien et sa d&#233;nonciation syst&#233;matique comme foyer de l'illusion, de la m&#233;connaissance et de l'ali&#233;nation, oppos&#233; &#224; la puret&#233; glac&#233;e d'un Ordre symbolique souverain ; bien que dans la conception topologique, ternaire borrom&#233;enne de Lacan, il semble que l'imaginaire s'articule &#224; titre &#233;gal au symbolique et au r&#233;el. &lt;br class='manualbr' /&gt;L'imaginaire auquel se r&#233;f&#232;re Castoriadis n'est ni reflet, ni illusion, ne se r&#233;duit pas au sp&#233;culaire et nous ram&#232;ne &#224; Freud et &#224; sa th&#233;orie du fantasme (&lt;i&gt;Phantasie, Phantasieren&lt;/i&gt;), en radicalisant son origine et ses r&#233;sultats. &lt;br class='manualbr' /&gt;Que le fantasme tire son origine de la perte de l'objet, de l'absence de l'autre en soi est ind&#233;niable, cependant le fantasme n'est pas simple combinatoire d'&#233;l&#233;ments d&#233;j&#224; donn&#233;s et il ne poursuit qu'une trajectoire univoque sans modification&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la cr&#233;ativit&#233; de l'imaginaire insiste un certain nombre des travaux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans la conception cas&#173; toriadienne l'imaginaire est radical, parce qu'il cr&#233;e ex nihilo bien que jamais &lt;i&gt;in nihilo&lt;/i&gt;, ni &lt;i&gt;cum nihilo&lt;/i&gt;, sans moyens et pr&#233;suppositions, sans ce qui est d&#233;j&#224;-l&#224; ; c'est une v&lt;i&gt;isformandi a-causale&lt;/i&gt;, inventeur et cr&#233;ateur de tout monde des significations, des formes, des images, non simplement visuelles, mais des images au sens le plus g&#233;n&#233;ral, par exemple acoustiques ou tactiles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je rappelle que l'imaginaire radical dans la soci&#233;t&#233; agit comme imaginaire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et, il ne constitue d'aucune fa&#231;on une instance fondatrice hypostasi&#233;e, dans la mesure o&#249; le &#171; cr&#233;ateur &#187; n'est pas distinct de sa &#171; cr&#233;ation &#187;. &lt;br class='manualbr' /&gt;En ce sens, l'activit&#233; de fantasmatisation et d'imagination (&lt;i&gt;Phantasieren&lt;/i&gt; de &lt;i&gt;T&#228;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;tigkeit&lt;/i&gt;) dont parle Freud dans &#171; Le cr&#233;ateur litt&#233;raire et la fantaisie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;FREUD (s), &#171; Le cr&#233;ateur litt&#233;raire et la fantaisie &#187;, [ 1907] in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est radicalis&#233;e par et dans l'&#339;uvre de Castoriadis. L'imagination radicale se pose comme activit&#233; productrice des formes en rapport avec la pulsion, comme puissance insondable de formation de sch&#233;mas imaginaires nouveaux qui soutiennent le figurable et le pensable, parce que justement elle peut &#171; poser ou se donner, sous le mode de la repr&#233;sentation, une chose ou une relation qui ne sont pas donn&#233;es dans la perception ou ne l'ont jamais &#233;t&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CASTORIADIS (C), &#171; Imagination, imaginaire, r&#233;flexion &#187;, in Fait et &#224; faire, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle se diff&#233;rencie donc, nettement, de l'imagination &lt;i&gt;seconde&lt;/i&gt;, reproductive et combinatoire, et &#233;galement de la conception dominante chez Freud, tiraill&#233; entre le positivisme scientifique de son temps et sa propre imagination th&#233;orique ; entre le scientisme et la sp&#233;culation m&#233;tapsychologique, la &#171; sorci&#232;re m&#233;tapsychologie &#187; comme il l'appelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Freud se r&#233;f&#232;re au fantasme de la cuisine de la sorci&#232;re dans le Faust de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'imagination radicale est voisine de la &#171; sorci&#232;re &#187; freudienne. C'est la cat&#233;gorie qui &#233;chappe au rationalisme et qui nous met face &#224; l'&lt;i&gt;Ab&#238;me&lt;/i&gt; g&#233;n&#233;rateur &#8211; destructeur, &#224; la dimension &lt;i&gt;magmatique&lt;/i&gt; de l'&#234;tre et du monde, dans toute l'&#233;paisseur du trajet subjectal de l'&#171; ombilic &#187; du r&#234;ve au social-historique. Le mode d'&#234;tre du magma signifie, justement, que l'objet chaque fois consid&#233;r&#233;&#171; n'est ni r&#233;ductible aux organisations ensemblistes identitaires, ni &#233;puisable par elles &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CASTORIADIS (C), Fait et &#224; faire, op. cit, p. 31.&#034; id=&#034;nh5-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Autrement dit la&lt;i&gt; dimension ensembliste-identitaire&lt;/i&gt; est constamment pr&#233;sente, m&#234;me dans les op&#233;rations du r&#234;ve et son interpr&#233;tation, mais enti&#232;rement submerg&#233;e par le magma de l'inconscient et le magma des significations imaginaires sociales. &lt;br class='manualbr' /&gt;Tout bien consid&#233;r&#233;, je pense qu'en psychanalyse on ne peut ni gommer le caract&#232;re cr&#233;ateur de l'imaginaire ni escamoter la dimension ali&#233;nante qu'on rencontre dans certaines de ses configurations cliniques. &lt;br class='manualbr' /&gt;En ce sens, on ne peut mesurer la port&#233;e de l'imaginaire chez Lacan sans passer par la psychose parano&#239;aque et l'agressivit&#233; fonci&#232;re (corps morcel&#233; &#8211; corps unifi&#233;) du &lt;i&gt;stade du miroir&lt;/i&gt;, le sujet rivalisant en quelque sorte avec lui-m&#234;me. Cette identification (cet autre, c'est moi) serait la source de toutes les identifications ult&#233;rieures, ambivalent support du narcissisme et du lien social d'apr&#232;s Lacan&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir aussi &#224; ce sujet l'article de FLORENCE (J), &#171; Remarques (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'imaginaire sp&#233;culaire supporterait donc toute la dynamique projective du rapport du moi &#224; soi, &#224; son semblable et au monde. &lt;br class='manualbr' /&gt;En revanche pour Castoriadis&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir CASTORIADIS (C), L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;, op. cit. p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; toutes les conceptions qui veulent faire des formations imaginaires une r&#233;ponse &#224; une situation (du sujet ou de la soci&#233;t&#233;) d&#233;j&#224; bien d&#233;finie hors toute composante imaginaire, ou &#224; partir de donn&#233;es r&#233;elles ou structurale, sont secondes et d&#233;riv&#233;es. L'ali&#233;nation m&#234;me au d&#233;sir de l'Autre serait un moment second, le moment premier &#233;tant la r&#233;alisation de l'ali&#233;nation de l'Autre au sujet, par son asservissement et son appropriation totale dans le phantasme o&#249; l'Autre et l'objet ne sont &lt;i&gt;que comme le sujet.&lt;/i&gt; Le&#171; proto-sujet &#187;ne peut constituer l'Autre qu'en projetant sur lui son propre sch&#233;ma de toute puissance ; alors que le renoncement &#224; la toute-puissance originaire comme condition d'acc&#232;s au monde social-historique institu&#233; et au processus de subjectivation, va de pair avec la destitution de l'Autre de la toute-puissance imaginaire dont il l'a investi au pr&#233;alable. Le social est ainsi pos&#233; au d&#233;part, sinon l'on n'aura jamais qu'une conception simplement narcissique et ferm&#233;e de la subjectivit&#233; et de la subjectivation. &lt;br class='manualbr' /&gt;La conception lacanienne, en r&#233;duisant l'imaginaire au sp&#233;culaire, confond l'imagination avec la force leurrante de l'illusion et s'av&#232;re inapte de rendre compte de la puissance d'&lt;i&gt;auto-alt&#233;ration&lt;/i&gt; et d'&lt;i&gt;autocr&#233;ation&lt;/i&gt; qui correspond &#224; l'imagination radicale du sujet en analyse. L'institution de la cure permet, justement, que le ph&#233;nom&#232;ne transf&#233;rentiel &#233;merge dans sa dimension radicalement cr&#233;atrice ex nihilo. Il n'y a pas seulement r&#233;p&#233;tition du pass&#233;, il y a m&#234;me &#233;mergence, apparition des nouvelles formes, des nouvelles repr&#233;sentations correspondantes aux restructurations psychiques d'un sujet qui ne s'enferme pas dans les structures fig&#233;es du structuralisme. L'auto-alt&#233;ration comme cr&#233;ation et destruction va de pair avec l'insistance comme conservation et r&#233;p&#233;tition, mais la r&#233;p&#233;tition ne serait m&#234;me pas rep&#233;rable comme telle, si elle n'&#233;mergeait pas dans un &#171; proc&#232;s de non-r&#233;p&#233;tition &#187;, &#224; savoir de cr&#233;ation continu&#233;e. &lt;br class='manualbr' /&gt;S'il est vrai qu'une dimension r&#233;gressive, allant de pair avec l'apparition de la r&#233;p&#233;tition dans le transfert, est indiscutablement pr&#233;sente et n&#233;cessaire au d&#233;roulement de la cure analytique, il est aussi vrai qu'on rencontre toujours une dimension &lt;i&gt;po&#239;&#233;tique&lt;/i&gt;. La construction du pass&#233; du sujet en analyse (ou pas) n'est pas du pass&#233; re-compos&#233;, mais du pass&#233; cr&#233;&#233;-recr&#233;&#233; permettant justement au patient de devenir coauteur d'une histoire, souligne Castoriadis, qui n'est plus v&#233;cue comme fatalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Retour &#224; la question du sujet&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, repenser le sujet dans ce contexte renvoie &#224; la question de la psych&#233; comme telle, et de la psych&#232; socialis&#233;e, &#224; savoir ayant subi et subissant toujours un processus de socialisation. Et, conjointement, ce m&#234;me questionnement renvoie, comme on le verra par la suite, &#224; la r&lt;i&gt;&#233;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;flexivit&#233; cr&#233;atrice&lt;/i&gt;, au mouvement m&#234;me qui fonde la subjectivit&#233; humaine, &#224; la possibilit&#233; donc pour le sujet de &#171; se r&#233;fl&#233;chir, poser comme objet-non objet, comme entit&#233;, ce qui ne l'est pas, &#224; savoir son propre processus de pens&#233;e &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CASTORIADIS (C), Le monde morcel&#233;, op. cit., p. 276.&#034; id=&#034;nh5-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le sujet y appara&#238;t non comme substance, mais comme question et comme projet qui prend forme de fa&#231;on privil&#233;gi&#233;e dans une psychanalyse. &lt;br class='manualbr' /&gt;Je rappelle sch&#233;matiquement que les diff&#233;rentes orientations psychanalytiques propos&#233;es sur la th&#233;matique du sujet vont d'une extr&#233;mit&#233; o&#249; le sujet est amalgam&#233; au Moi &#8211; c'est la position dite classique &#8211; &#224; une autre o&#249; le sujet est situ&#233; aux antipodes du Moi &#8211; c'est la th&#232;se lacanienne &#8211; , alors que d'autres dans une situation m&#233;diane invoqueront une fonction &#171; moi-sujet &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La fonction &#171; moi-sujet &#187; est &#233;voqu&#233;e en principe par Andre Green.&#034; id=&#034;nh5-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui tout en d&#233;marquant le sujet du Moi tiennent &#224; consid&#233;rer les liens qui se trament entre ces deux instances. &lt;br class='manualbr' /&gt;Quant &#224; la notion du &lt;i&gt;Je&lt;/i&gt; de la m&#233;tapsychologie de P. Aulagnier je l'entends comme le Je d'un sujet, &#224; savoir comme une instance psychique fond&#233;e par le langage et distincte aussi bien du moi freudien (Ich), que du sujet lacanien comme pur effet du signifiant. Ce Je est pensant et connaissant ; le savoir sur lui-m&#234;me &#233;tant anticip&#233; par le discours maternel et ensuite se faisant &#224; travers un travail d'auto-historisation. Il est inclus dans la temporalit&#233; et d&#233;riv&#233; de l'ensemble des &#233;nonc&#233;s identificatoires du discours maternel et du discours des autres de l'ensemble social dans lesquels il s'est successivement reconnu. &lt;br class='manualbr' /&gt;En ce qui concerne la conception castoriadienne du sujet, je dirai d'embl&#233;e qu'elle condense les principes g&#233;n&#233;raux et les pr&#233;suppos&#233;s ontologiques de sa r&#233;flexion sur &lt;i&gt;l'&#234;tre /&#233;tant total&lt;/i&gt; : vivant &#8211; psych&#232; - individu social - soci&#233;t&#233; et elle conduit &#224; la formulation d'un concept englobant du sujet, on dirait d'un &#171; sur-sujet &#187;, &lt;i&gt;qui est pour autant&lt;/i&gt; &#8211; je souligne &#8211; &lt;i&gt;essentiellement fragment&#233;&lt;/i&gt;. La fragmentation de l'&#234;tre total et l'existence des mondes propres sont des &#171; faits &#187; pour le penseur de la cr&#233;ation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CASTORIADIS (C), Fait et &#224; faire, Paris, Seuil, 1997, p. 14.&#034; id=&#034;nh5-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et ils impliquent la possibilit&#233; et l'effectivit&#233; de surgissement dans l'&#234;tre/&#233;tant des formes nouvelles et irr&#233;ductibles, &#224; savoir des formes que nous ne pouvons produire ou d&#233;duire &#224; partir de quelque chose de d&#233;j&#224; donn&#233;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Or, dans toutes les strates de l'&#234;tre, dans tous les niveaux -vivant, psych&#233;, soci&#233;t&#233; &#8211; il y a activit&#233; d'imagination, et autoconstitution sur le monde d'&#234;tre du &lt;i&gt;pour-soi.&lt;/i&gt; &#192; savoir &#233;mergences des mondes propres caract&#233;ris&#233;s par une dimension repr&#233;sentative/affective, une relative auto-finalit&#233; et surtout par une &lt;i&gt;cl&#244;ture&lt;/i&gt; informationnelle, cognitive, organisationnelle. En d'autres termes, chaque strate incarne une cr&#233;ation particuli&#232;re, le passage entre strates est abyssal. De m&#234;me, il y a morcellement &#224; l'int&#233;rieur de chaque strate consid&#233;r&#233;e, en l'occurrence le psychique. &lt;br class='manualbr' /&gt;De l'existence du pour-soi dans la psych&#233; t&#233;moigne la multiplicit&#233; des instances psychiques et la formulation de diff&#233;rentes topiques qu'il s'agisse des deux topiques freudiennes (conscient-inconscient et &#231;a-moi -surmoi), des&#171; positions &#187; kleiniennes ou d'autres, celle de Piera Aulagnier articulant originaire, primaire, secondaire ou encore celle de Castoriadis posant au d&#233;part une monade psychique close sur elle-m&#234;me qui &#233;clate pendant une phase triadique (sujet-autre-objet ), puis traverse une phase &#339;dipienne pour aboutir finalement moyennant les divers processus de sublimation &#224; l'individu social. &lt;br class='manualbr' /&gt;Somme toute, la stratification irr&#233;guli&#232;re de l'&#234;tre/&#233;tant total, la complexit&#233; des domaines et des niveaux (corps biologique &#8211; psych&#232; inconsciente et consciente &#8211; individu social), la multiplicit&#233; des instances dans les diff&#233;rentes topiques de la psych&#232; conduisent &#224; une conception du sujet humain qui ne le r&#233;duit pas &#224; la dimension du langage, ni ne l'instaure comme sujet de l'inconscient &#187; lacanien. &lt;i&gt;C'est dans la fragmentation essentielle de l'&#234;tre/&#233;tant que Castoriadis &#224; la fois comme philosophe et comme psychanalyste retrouve les constituants du sujet humain, dont l'unit&#233; &#233;nigmatique est &#224; faire dans toute psychanalyse. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De la po&#239;&#233;sis psychique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a multiplicit&#233; des niveaux d'&#234;tre et il y a multiplicit&#233; de sens du terme &#234;tre. L'&#234;tre d'apr&#232;s Castoriadis n'est jamais un simple &#234;tre des &#233;tants, chaque stratification des &#233;tants, r&#233;v&#232;le un autre aspect du sens de l'&#234;tre, et par cons&#233;quence &#171; il est impossible de s&#233;parer r&#233;flexion de l'&#234;tre et r&#233;flexion des &#233;tants comme il est impossible de s&#233;parer r&#233;flexion de l'&#234;tre et th&#233;orie de la connaissance &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibidem, p.10.&#034; id=&#034;nh5-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le d&#233;passement de la fameuse diff&#233;rence ontologique me para&#238;t plus qu'&#233;vident quant &#224; la th&#233;orisation et la pratique analytique, appuy&#233;es sur la r&#233;flexivit&#233; cr&#233;atrice, bas&#233;es sur le transfert et le contre-transfert. C'est la prise en consid&#233;ration du point de vue de chaque instance qui rend possible la compr&#233;hension de la conflictualit&#233; inh&#233;rente de la psych&#233;. De plus, concevoir l'inconscient avec Castoriadis comme un autre niveau de l'&#234;tre et non seulement comme le latent du manifeste de la conscience, c'est &#233;clairer diff&#233;remment le champ de l'interpr&#233;table et situer le travail analytique plus proche de la construction interpr&#233;tative cr&#233;atrice que du mod&#232;le de la traduction conscient-inconscient. &lt;br class='manualbr' /&gt;L'autod&#233;ploiement de l'&#234;tre/&#233;tant s'op&#232;re comme d&#233;hiscence, s&#233;paration, morcellement, comme cr&#233;ation interminable inexhaustible, &#224; travers quoi subsiste une &#233;nigmatique unit&#233;, celle du sujet humain, celle du monde organis&#233;. En r&#233;introduisant I'Ab&#238;me, le Chaos, le Sans Fond g&#233;n&#233;rateur-destructeur au c&#339;ur de la logique rationnelle et ses constructions, Castoriadis met en relief la dimension po&#233;tique, magmatique, cr&#233;atrice et essentiellement imaginaire de l'&#234;tre et du monde. Autrement dit la dimension ensembliste-identitaire est constamment pr&#233;sente -sans quoi nous ne pourrions ni parler ni exister -mais enti&#232;rement submerg&#233;e par le magma des significations imaginaires sociales et le magma de l'inconscient. &lt;br class='manualbr' /&gt;La logique ensembliste-identitaire r&#233;duit le travail psychique et notamment celui du r&#234;ve, &#224; une combinatoire &#8211; ind&#233;termin&#233;e dans ces r&#233;sultats, mais non dans ses composants &#8211; d'&#233;l&#233;ments repr&#233;sentatifs &lt;i&gt;d&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#233;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;j&#224; donn&#233;s&lt;/i&gt;, aboutissants &#224; d'autres repr&#233;sentations plus complexes et finalement au texte du r&#234;ve. Cette logique occulte l&lt;i&gt;'imagination po&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#239;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#232;tique du r&#234;ve&lt;/i&gt; tandis que le renvoi des &#233;l&#233;ments du r&#234;ve toujours &#224; autre chose jusqu'&#224; son &#171; ombilic &#187;, r&#233;introduit fatalement non seulement l'inconnu, mais aussi le non-d&#233;termin&#233;, voire le po&#239;&#233;tique. &lt;br class='manualbr' /&gt;Or, en radicalisant le travail du r&#234;ve, la &lt;i&gt;Traumarbeit&lt;/i&gt; freudienne, le penseur de la cr&#233;ation red&#233;couvre dans la r&#233;gion du psychique la puissance de formation insondable de sch&#233;mas imaginaires nouveaux soutenant le pensable. La formation du r&#234;ve pr&#233;cis&#233;ment, si on la consid&#232;re comme sc&#232;ne de projection d'un sujet invisible, fait appara&#238;tre, selon Freud, &#171; une multiplicit&#233; du Moi qui ne se pr&#234;te &#224; aucune situation sc&#233;nique, mais qui est restitu&#233;e par le travail d'interpr&#233;tation &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;FREUD (s), &#171; Remarques sur la th&#233;orie et la pratique de l'inter&#173; pr&#233;tation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette multiplicit&#233; du Moi dont il s'agit ici, n'est pas du morcellement r&#233;sultant de la &lt;i&gt;Spaltung&lt;/i&gt;. Au contraire, elle nourrit un processus d'int&#233;gration d'aspects divers parfois contradictoires, &#224; savoir un processus de ressaisie du pulsionnel dans le psychique, qui nous permet de consid&#233;rer le sujet comme &lt;i&gt;agent pulsionnel pris dans un rapport de signifiance&lt;/i&gt;. Mais il faut bien maintenir les deux termes &#8211; pulsionnel et signifiance &#8211; car chacun sans l'autre m&#232;nerait hors psychanalyse : une signifiance sans &#233;nerg&#233;tique pulsionnelle se r&#233;duit en effet &#224; l'intellectualit&#233; grammaticale, alors qu'un pulsionnel sans signifiance ferait d&#233;vier sur le biologique instinctuel. &lt;br class='manualbr' /&gt;Je dirais, donc, que le sujet s'autor&#233;f&#233;rant et se r&#233;fl&#233;chissant tend inlassablement &#224; s'approprier le sens des forces qui le d&#233;terminent, en suivant l'imp&#233;ratif cat&#233;gorique freudien &lt;i&gt;Wo Es war, soll ich werden&lt;/i&gt; &#8211; l&#224; o&#249; &#233;tait &#199;a, Je dois advenir &#8211; , alors que persiste toujours un manque, &#224; savoir l'impossible d'une r&#233;cup&#233;ration compl&#232;te de ce qui appartient &#224; la cat&#233;gorie de la force, et du d&#233;sir dans la langue. &lt;br class='manualbr' /&gt;En d'autres termes encore, &lt;i&gt;le sujet &#224; l'instar des &#233;l&#233;ments du r&#234;ve est une sc&#232;ne in&#233;puisable, qui nous renvoie ind&#233;finiment &#171; &#224; quelque chose d'autre &#187;&lt;/i&gt;, &#224; l'infini de la repr&#233;sentation, &#224; l'insondable du sens. Mais, la non-d&#233;termination de ce-qui-est, je dirai avec des mots de Castoriadis, n'est pas simple ind&#233;termination au sens privatif, elle est &#233;mergence de d&#233;terminations autres que celles d&#233;j&#224; existantes. Nouvelles d&#233;terminations par et pour le sujet qui se manifeste dans la r&#233;ception ou le rejet d'une interpr&#233;tation, comme &lt;i&gt;source ind&#233;terminable de sens, comme capacit&#233; (virtuelle) de r&#233;flexion et de &lt;/i&gt;&lt;i&gt;r&#233;-action&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CASTORIADIS (C), Le monde morcel&#233;, op. cit., p.192.&#034; id=&#034;nh5-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans ce m&#234;me sens, la formule castoriadienne &#171; effet qui d&#233;passe ses causes, cause qui n'&#233;puise pas ses effets &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CASTORIADIS (C), Les carrefours du labyrinthe, Paris, Seuil, 1978, p. 43.&#034; id=&#034;nh5-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; r&#233;sume ce qu'on retrouve constamment dans l'activit&#233; et la th&#233;orisation de la psychanalyse et repr&#233;sente pour moi une des d&#233;finitions possibles du magma et de sa logique. En m&#234;me temps elle fait appara&#238;tre l'&#234;tre comme incessant &lt;i&gt;&#224;-&#234;tre&lt;/i&gt; sans rapport ni avec le &lt;i&gt;d&#233;sert&lt;/i&gt; lacanien ni avec la conception de l'&#234;tre de l'ontologie h&#233;rit&#233;e ; un &lt;i&gt;&#234;tre-sujet&lt;/i&gt; r&#233;flexif et en puissance autonome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Psych&#232;, individu social, subjectivit&#233; autonome&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les m&#233;andres du mouvement incessant de la monade psychique originaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une discussion critique du concept de la monade psychique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#224; l'individu social, s'inscrit la potentialit&#233; du devenir sujet autonome. Repenser donc la psych&#233; et la subjectivit&#233; revient &#224; retracer le chemin parcouru d'un noyau repr&#233;sentatif originaire -postul&#233; en-de&#231;&#224; de l'inconscient freudien et reli&#233; au corps &#8211; jusqu'au Je charg&#233; de maintenir l'unit&#233; de la subjectivit&#233; et de garantir son rapport &#224; l'institution sociale. Ce chemin ontologique et m&#233;tapsychologique m'a d&#233;j&#224; amen&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir ma cornmunication &#171; Repenser la psych&#233; comme imagina&#173; tion radicale &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#224; reconsid&#233;rer l'&#339;uvre de Castoriadis dans sa rencontre avec l'&#339;uvre clinique de P. Aulagnier en suivant deux fils conducteurs ; d'une part la question de l'activit&#233; repr&#233;sentative originaire de la psych&#233;, d'autre part le travail auto-cr&#233;ateur de construction de soi-m&#234;me, en d'autres termes le processus de subjectivation que j'appelle &lt;i&gt;po&#239;&#232;sis de soi-m&#234;me&lt;/i&gt; &lt;i&gt;et du monde&lt;/i&gt;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Dans cet horizon pratico-poi&#232;tique s'inscrit le &lt;i&gt;processus de socialisation de la psych&#233;&lt;/i&gt;, comme &#233;tant l'int&#233;riorisation des significations imaginaires sociales par la psych&#233; de l'infans, &#224; travers l'investissement du premier Autre maternel, que P. Aulagnier appelle &lt;i&gt;porte-parole de l'ensemble&lt;/i&gt;. La monade psychique essentiellement a-sociale et folle, doit sous peine de non-existence, faire appel &#224; l'autre maternel, premier repr&#233;sentant du monde et pr&#233;cis&#233;ment pour Castoriadis du monde social-historique. Premier possesseur, je dirais, du sein de la signification qui r&#233;pond au besoin imp&#233;rial de &lt;i&gt;l&lt;/i&gt;&lt;i&gt;'i&lt;/i&gt;&lt;i&gt;n&lt;/i&gt;&lt;i&gt;fans&lt;/i&gt; de donner sens &#224; l'affect et la figuration du d&#233;plaisir qui rompt la cl&#244;ture de la monade et constitue par l&#224; un premier espace hors-soi. &lt;br class='manualbr' /&gt;Tout au long du processus de socialisation, la relation &#224; l'autre et aux autres impose &#224; la monade psychique une succession de ruptures violentes, expression d'une &lt;i&gt;violence primaire&lt;/i&gt; autant que n&#233;cessaire pour P. Aulagnier. En contrepartie, la soci&#233;t&#233; fournit au sujet du sens, des rep&#232;res identificatoires, des objets de d&#233;rivation des pulsions et des d&#233;sirs, mais aussi une certitude sur l'origine, la g&#233;n&#233;alogie et son appartenance &#224; l'ensemble humain. C'est comme si l'institution social-historique venait encadrer la probl&#233;matique identificatoire du sujet et fait que cette derni&#232;re n'est pas prise au pi&#232;ge d'une relation imaginaire ali&#233;nante. P. Aulagnier propose l'id&#233;e d'un &lt;i&gt;contrat narcissique&lt;/i&gt; sign&#233; par l'enfant et le groupe social, th&#233;oris&#233; au sens plut&#244;t du narcissisme secondaire en tant que r&#233;ajustement du narcissisme primaire par l'appropriation des effets propres &#224; l'&lt;i&gt;identification symbolique.&lt;/i&gt; Dans ce sens on peut &#233;tablir un lien entre cette op&#233;ration et l'&lt;i&gt;identification au p&#232;re mort de la pr&#233;histoire personnelle&lt;/i&gt; th&#233;oris&#233;e par Freud, comme &#233;tant une identification inconsciente qui ouvre la voie au culturel et au social : elle est transmise par la m&#232;re au nom du P&#232;re et elle fonctionnerait comme un premier organisateur symbolique par l'int&#233;riorisation des significations imaginaires sociales et par le renforcement du sentiment d'appartenance &#224; l'ensemble humain. &lt;br class='manualbr' /&gt;Or, dans les repr&#233;sentations conscientes et inconscientes de l'individu singulier, on retrouve des &#233;quivalences ou des traductions des significations imaginaires sociales qui v&#233;hiculent des &#233;l&#233;ments du social et du culturel. Cependant on ne peut r&#233;duire le monde des significations institu&#233;es aux repr&#233;sentations individuelles effectives, ni &#224; leur partie soi-disant commune ou typique. Les significations sociales sont justement, d'apr&#232;s Castoriadis, ce &#171; moyennant et &#224; partir de quoi les individus sont form&#233;s comme individus sociaux, pouvant participer au faire et au repr&#233;senter/faire sociaux &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CASTORIADIS (C), L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;, op.cit. p. 489.&#034; id=&#034;nh5-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. A. Green de son c&#244;t&#233; se limite &#224; dire que les images valoris&#233;es par chaque culture font communiquer les dimensions groupale et individuelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;GREEN (A), Pourquoi les pulsions de destruction ou de mort ?, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais autant la psych&#233; ne se r&#233;duit pas au social et n'est jamais socialisable sans restes, autant les significations imaginaires sociales ne sont pas seulement, ni n&#233;cessairement r&#233;ductibles &#224; la d&#233;sexualisation sublimatoire de la pulsion. Castoriadis donc, pour rendre compte de l'appropriation du social par la psych&#233; &#233;largit le proc&#232;s freudien de la sublimation et le pose &#224; l'origine de l'instauration d'une intersection du monde priv&#233; et du monde public. Intersection qui permet &#224; la psych&#233;, par une d&#233;liaison relative de la pulsion, de remplacer ses objets propres -y compris sa propre image-par des objets socialement valoris&#233;s. &lt;i&gt;La sublimation est la face psychique du processus dont la face sociale est la fabrication de l'individu&lt;/i&gt;, selon la formule percutante de Castoriadis&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CASTORIADIS (C), Le monde morcel&#233;, op. cit., p. 53&#034; id=&#034;nh5-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce processus &#233;chappe aux rep&#232;res freudiens classiques, s'oppose aux cat&#233;gories lacaniennes surtout &#224; celle de la Loi quasiment transcendante&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans ce contexte la r&#233;f&#233;rence lacanienne &#224; la Loi comme condition (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et &#233;claire la fabrication social-historique de l'individu, en apportant &#224; la psychanalyse une pi&#232;ce ma&#238;tresse qui reste &#224; repenser et r&#233;&#233;valuer. Mais sa th&#233;orisation est difficilement admise tant par les psychanalystes que les sociologues, elle se heurte &#224; la difficult&#233; d'admettre que la psych&#233; et la soci&#233;t&#233; bien qu'ins&#233;parables, sont radicalement irr&#233;ductibles l'une &#224; l'autre. La socialisation de la psych&#233; est indissociablement l'histoire conflictuelle d'une psychogen&#232;se et d'une sociogen&#232;se, leur aboutissement commun &#233;tant l'&#233;mergence de l'individu social comme coexistence toujours impossible et toujours r&#233;alis&#233;e d'un monde priv&#233;, singulier et d'un monde public commun et partag&#233;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Il faut donc introduire des distinctions et des d&#233;finitions. Nous sommes oblig&#233;s de distinguer &lt;i&gt;la psych&#232; et ses instances&lt;/i&gt; de l&lt;i&gt;'individu social&lt;/i&gt;, et diff&#233;rencier celui-ci de ce que Castoriadis appelle une &lt;i&gt;subjectivit&#233; autonome&lt;/i&gt; comme virtualit&#233; de l'&#234;tre humain. L'individu social est &#224;-peu-pr&#232;s coextensif de ce qu'on appelle Moi ou Je conscient. Il est capable de penser, mais en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale il n'est pas en mesure de mettre en question les cadres institu&#233;s internes (Surmoi, Id&#233;al du moi) ou externes (institutions sociales), ni par cons&#233;quent de se mettre en question lui-m&#234;me ; cette propri&#233;t&#233;, justement, est une conqu&#234;te de la subjectivit&#233; r&#233;fl&#233;chissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Du Je &#224; la subjectivit&#233; r&#233;fl&#233;chissante&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout &#233;tat de cause, l'impossibilit&#233; th&#233;orico-clinique de faire se superposer int&#233;gralement existence du psychique et existence de la subjectivit&#233;, repose la question de l'unit&#233; du sujet qui reste toujours une &lt;i&gt;unit&#233; &#224; faire &#234;tre. &lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Si l'existence de l'appareil psychique pr&#233;suppose la permanence de ses topiques et la conservation de la cl&#244;ture de chacune de ses instances, son fonctionnement exige toujours une relative rupture de chaque cl&#244;ture et le d&#233;passement de l'ext&#233;riorit&#233; r&#233;ciproque entre instances : Moi, Je, &#199;a, Surmoi, Id&#233;al du moi. Castoriadis fournit une image saisissante des instances comme une boule ferm&#233;e &#8211; c'est cela que veut dire cl&#244;ture &#8211; qui s'autodilate dans son interaction avec d'autres boules en modifiant son mode d'ajustement avec elles. &lt;i&gt;La subjectivit&#233; humaine est ainsi une boule pseudo-ferm&#233;e qui peut s'auto-dilater, peut interagir avec d'autres pseudo-boules du m&#234;me type et peut remettre en question les conditions ou les lois de sa cl&#244;ture. &lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Ces conditions de d&#233;passement de l'ext&#233;riorit&#233; r&#233;ciproque entre instances, rendent possible la cure analytique, mais aussi et surtout l'extension et la modification de la subjectivit&#233; humaine vers le &#171; dehors &#187; et le &#171; dedans &#187;. C'est une possibilit&#233;, une virtualit&#233; &#8211; comme je l'ai d&#233;j&#224; soulign&#233; &#8211; en relation d'interd&#233;pendance avec l'institution sociale, mais elle s'enracine essentiellement dans le travail de l'imagination radicale et la r&#233;flexivit&#233; du sujet. Moyennant son imagination radicale qui donne la facult&#233; de &lt;i&gt;quid pro quo&lt;/i&gt; (voir dans une chose autre chose) le sujet peut se r&#233;fl&#233;chir, &lt;i&gt;de voir double, de se voir double, de se voir tout en se voyant comme autre, de se repr&#233;senter comme activit&#233; repr&#233;sentative et des' agir comme activit&#233; agissante&lt;/i&gt;'&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CASTORIADIS (C), Le monde morcel&#233;, op.cit., p. 276.&#034; id=&#034;nh5-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans ce m&#234;me esprit P. Aulagnier affirme que toute repr&#233;sentation est indissociablement repr&#233;sentation de l'objet et de l'instance psychique qui le repr&#233;sente&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;AULAGNIER (P), La violence de l'interpr&#233;tation, Paris, PUF, 1975&#034; id=&#034;nh5-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, alors qu'A. Green int&#232;gre le d&#233;doublement r&#233;flexif au travail du n&#233;gatif&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;GREEN (A), Le travail du n&#233;gatif, Paris, &#201;ditions de Minuit, 1993&#183;&#034; id=&#034;nh5-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De plus, si on prend en consid&#233;ration le r&#244;le fondamental des identifications, on constate que le &lt;i&gt;Je&lt;/i&gt; aulagnien appr&#233;hende sa subjectivit&#233;, ses relations avec son corps, l'autre et le monde &#224; travers la probl&#233;matique identificatoire qui lui impose, sous peine de psychose, la sauvegarde de l'unit&#233; entre ses deux composantes &lt;i&gt;l'identifiant&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;l'identifi&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#233;&lt;/i&gt; ; dualit&#233; fondamentale qui exige la r&#233;flexion permanente du Je sur lui-m&#234;me, en reposant au niveau du processus secondaire, la relation originaire de compl&#233;mentarit&#233; qui unit le repr&#233;sentant et la repr&#233;sentation du monde, chacun &#233;tant pour l'autre condition de son existence. Or, si la question d'une certaine unit&#233; du sujet humain peut &#234;tre abord&#233;e dans la topique d'Aulagnier par le biais de l'unit&#233; &#171; identifiant-identifi&#233; &#187; d'un Je d&#233;fini par son savoir sur lui-m&#234;me, pour Castoriadis il s'agit essentiellement de l'&lt;i&gt;unit&#233; de la repr&#233;sentation refl&#233;chie de soi et des activit&#233;s d&#233;lib&#233;r&#233;es que l'on entreprend. &lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Je soutiendrai, donc, que le Je a &#224; devenir cette subjectivit&#233; r&#233;fl&#233;chissante, dans un processus sans fin correspondant &#224; la dimension r&#233;fl&#233;chie et pratique de notre imagination comme source de cr&#233;ation, qui se manifeste par la capacit&#233; &#233;mergente du sujet, en analyse ou pas, d'accueillir un sens r&#233;fl&#233;chi et d'en faire quelque chose pour soi en le r&#233;fl&#233;chissant. Cela correspond pour Castoriadis &#224; l'effort du sujet pour briser la cl&#244;ture o&#249; il est n&#233;cessairement pris ; que cette cl&#244;ture vient de son histoire psychique ou de l'institution social-historique qui l'a humanis&#233;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Potentialit&#233; ontologique, exigence m&#233;tapsychologique ou n&#233;cessit&#233; clinique, l'autor&#233;flexivit&#233; cr&#233;atrice, inh&#233;rente au fonctionnement psychique, a des cons&#233;quences pratiques importantes. Elle ne se confond pas avec la simple pens&#233;e et ne s'enferme pas dans le rationalisme d'aucun cogito cart&#233;sien ; elle ne se r&#233;duit pas au sp&#233;culaire de Lacan, ni &#224; l'autonarrativit&#233; des certains courants psychanalytiques postmodernes. Il s'agit de la r&#233;flexivit&#233; moyennant de laquelle se construit inlassablement du sujet comme nous l'indique l'exp&#233;rience psychanalytique, comme nous le montre la vie elle-m&#234;me, dirait Merleau-Ponty, par sa mani&#232;re de s'auto-interpr&#233;ter, de se comprendre. En termes freudiens il s'agirait du regard interne de l'autoobservation et de la r&#233;gression de la pens&#233;e. &lt;br class='manualbr' /&gt;L'individu qui s'allonge sur le divan devient analysant dans la mesure o&#249; moyennant le transfert &#224; la parole, s'approprie la contradiction entre parler et s'entendre parler et se permet d'associer &#224; partir de ses propres associations. La langue elle-m&#234;me permet cette r&#233;flexivit&#233; qui a fait peut-&#234;tre Lacan dire que l'inconscient est le discours de l'Autre. Les associations du patient se r&#233;fl&#233;chissent &#224; l'&#233;coute flottante de l'analyste et en transcendant la r&#233;flexivit&#233; sp&#233;culaire, traversent le miroir &#224; travers des failles de l'analyste et du patient, touchent les tr&#233;fonds de leurs psych&#232;s et reviennent enrichies des mots incarn&#233;s. &lt;br class='manualbr' /&gt;Gr&#226;ce &#224; cette capacit&#233; r&#233;flexive, la subjectivation &#8211; que j'appelle poi&#232;sis de soi en tenant compte de la r&#233;flexivit&#233; cr&#233;atrice &#8211; est juste&#173; ment ce travail autocr&#233;ateur de construction incessante de soi -m&#234;me et du monde par et dans le continuum psychique qui se cr&#233;e &#224; travers les transformations de la repr&#233;sentation et les positions identificatoires que le sujet y occupe successivement. En ce sens, je soutiens que le travail analytique, autant dans le registre de la n&#233;vrose que dans celui de la psychose et des organisations non n&#233;vrotiques, se situe entre ce qui surgit et ce qui r&#233;siste au mouvement de transformation et d'appropriation que le sujet op&#232;re tout au long de son existence, afin de repr&#233;senter et mettre en histoire ses rencontres identifiantes avec l'objet. Dans cette perspective, je consid&#232;re que les constructions interpr&#233;tantes de l'analyste s'int&#232;grent au travail autocr&#233;ateur de construction de soi-m&#234;me, ce qui nous permet de parler du travail analytique comme cocr&#233;ation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;STEPHANATOS (G), Constructions de l'analyse, construction de l'analyste, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En guise de conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parler de cr&#233;ation pr&#233;suppose d'avoir mis au clair que la cr&#233;ation n'ob&#233;it pas forcement &#224; la normalit&#233; ni &#224; la normalisation, qu'elle peut prendre m&#234;me des formes monstrueuses. Ses chemins passent aussi par des territoires de la haine et de la destructivit&#233;, loin de toute notion de sant&#233; mentale ou de progr&#232;s de la vie de l'esprit, de la culture, de la civilisation. &lt;br class='manualbr' /&gt;Cependant le penseur de la cr&#233;ation, bien qu'il a clairement soulign&#233; le caract&#232;re immotiv&#233;, non-d&#233;termin&#233; de l'imagination radicale, il n'a pas abord&#233; dans son &#339;uvre la d&#233;ch&#233;ance ou la dislocation du sujet ; quand il y a perte du lien &#224; l'autre, quand il y a perte du sens, quand l'ombre de l'objet tombe sur le Moi m&#233;lancolique, quand le sujet s'engage dans la voie du traumatique sous l'&#233;gide de Thanatos. &lt;br class='manualbr' /&gt;En restant donc dans le registre de la cr&#233;ation, je dirai, en guise de conclusion, que Castoriadis en reconsid&#233;rant l'&#234;tre comme cr&#233;ation continu&#233;e et le sujet comme question et comme projet, nous permet de renouveler la conception de la cure analytique et de concevoir le transfert sous l'angle de la r&#233;p&#233;tition et simultan&#233;ment sous l'angle de la cr&#233;ation ex nihilo, du surgissement, de l'&#233;mergence. Cela &#233;claire diff&#233;remment le champ de l'interpr&#233;table et situe le travail analytique au niveau de la construction interpr&#233;tante cr&#233;atrice ; proche &#224; la fois de la poi&#232;sis psychique et de l'&#233;mergence d'une subjectivit&#233; s'ouvrant et se renfermant sans cesse sur elle-m&#234;me, d'&lt;i&gt;une subjectivit&#233; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;r&#233;fl&#233;chissante&lt;/i&gt;&lt;i&gt; toujours &#224; faire &#234;tre&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;CASTORIADIS (C), &#171; L'&#233;tat du sujet aujourd'hui &#187;, in &lt;i&gt;Topique&lt;/i&gt;, no 38, 1986, repris in CASTORIADIS (C), &lt;i&gt;Le monde morcel&#233;. Les carrefours du labyrinthe III,&lt;/i&gt; Paris, Seuil, 1990, p. 18-224.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La rupture de Piera Aulagnier, de Fran&#231;ois Perrier et de Jean-Paul Valabrega avec Lacan et leur d&#233;mission de I'Ecole Freudienne, qui a conduit &#224; la fondation du Quatrieme Groupe en 1969, avait suivi et soutenu de son c&#244;t&#233; Castoriadis. A partir de l'analyse des impasses et des difficult&#233;s auxquelles toute soci&#233;t&#233; analytique est confront&#233;e au regard de la transmission analytique et des modalit&#233;s de validation d'une formation analytique, le projet des trois fondateurs a &#233;t&#233;, de penser et de th&#233;oriser analytiquement le probl&#232;me de la formation du psychanalyste, de cr&#233;er une nouvelle soci&#233;t&#233; analytique ne s'alignant ni sur les exigences de l'IPA (International Psychoanalytical Association), ni sur celles de l'Ecole Freudienne o&#249; leurs principes th&#233;oriques seraient mis en &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;CASTORIADIS (C), &lt;i&gt;Dialogue&lt;/i&gt;, [Radio France, 1995], Paris, &#201;ditions de l'aube, 1999&#183;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;CASTORIADIS (C), &#171; La psychanalyse, projet et &#233;lucidation &#187; &lt;i&gt;Topique&lt;/i&gt;, no 19, 1977, repris in &lt;i&gt;Les carrefours du labyrinthe&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 1978.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;CASTORIADIS (C), &#171; Epilegom&#232;nes &#224; une th&#233;orie de l'&#226;me que l'on a pu pr&#233;senter comme science &#187;, &lt;i&gt;L'inconscient&lt;/i&gt;, no 8, 1968, repris in &lt;i&gt;Les carrefours du labyrinthe&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 1978.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir &#224; ce sujet l'ouvrage de KAHN (Laurence),&lt;i&gt; Le psychanalyste apathique et le patient postmoderne&lt;/i&gt;, Paris, &#201;ditions de I'Olivier, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sur la cr&#233;ativit&#233; de l'imaginaire insiste un certain nombre des travaux psychanalytiques contemporains : Voir WIDLOCHER (D), &#171; Le visuel et l'imaginaire &#187; in &lt;i&gt;Psychanalyse des arts de l'image&lt;/i&gt;, Colloque de Cerisy, Paris, Clancier-Gu&#233;naud, 1981 ; DON NET (J L), &lt;i&gt;La situation analysante&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 2005, p. xx ; corcos (M), &#171; Les &#233;tapes mutatives de la cr&#233;ation litt&#233;raire rem&#233;moration, d&#233;pression, auto-engendrement &#187;, &lt;i&gt;L'In&lt;/i&gt;&lt;i&gt;fo&lt;/i&gt;&lt;i&gt;rmation psychiatrique&lt;/i&gt;, vol. 83, No 3, 2007, p. 219-228 et aussi STEPHANATOS (G), &#171; Donner forme &#224; l 'Abime &#187; in A&lt;i&gt;ctes du Quatri&#232;me Groupe, L '&#339;uvre d'art : un ailleurs familier&lt;/i&gt;, Actes ; Paris, Editions In Press, 2014 p. 43-70.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Je rappelle que l'imaginaire radical dans la soci&#233;t&#233; agit comme imaginaire social instituant ; chez l'&#234;tre humain singulier il se manifeste comme imagination radicale. Comme psych&#233;/soma il est flux repr&#233;sentatif/affectif /intentionnel ; comme social-historique, il est fleuve ouvert du collectif anonyme, voir CASTORIADIS (C), &lt;i&gt;L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;, op. cit.,&lt;/i&gt; p. 533&#183;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;FREUD (s), &#171; Le cr&#233;ateur litt&#233;raire et la fantaisie &#187;, [ 1907] in &lt;i&gt;L'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233;&lt;/i&gt;, Paris, &#201;ditions Gallimard, 1985.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;CASTORIADIS (C), &#171; Imagination, imaginaire, r&#233;flexion &#187;, in &lt;i&gt;Fait et &#224; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;f&lt;/i&gt;&lt;i&gt;aire&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Freud se r&#233;f&#232;re au fantasme de la cuisine de la sorci&#232;re dans le Faust de Goethe. Sa phrase exacte est &#171; Il faut se dire : 'Il faut bien que la sorci&#232;re s'en m&#234;le' [Faust]. Entendez la sorci&#232;re m&#233;tapsychologie. Sans sp&#233;culer ni th&#233;oriser -pour un peu j'aurais dit fantasmer -m&#233;ta-psychologiquement, on n'avance pas ici d'un pas &#187;, FREUD (S), [1937], &#171; Analyse avec fin, analyse sans fin &#187;, &lt;i&gt;R&#233;sultats, id&#233;es, probl&#232;mes, t. II,&lt;/i&gt; Paris, PUF, 1985, p. 240.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;CASTORIADIS (C), &lt;i&gt;Fait et &#224; faire, op. cit,&lt;/i&gt; p. 31.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir aussi &#224; ce sujet l'article de FLORENCE (J), &#171; Remarques psychanalytiques sur l'imaginaire de Castoriadis &#187;,in &lt;i&gt;L'imaginaire selon Castoriadis. Th&#232;mes et enjeux&lt;/i&gt;, Cahiers Castoriadis No 1, &#233;d. Sophie Klimis et Laurent Van Eynde, Bruxelles, Facult&#233;s universitaires Saint-Louis, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir CASTORIADIS (C), &lt;i&gt;L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;, op. cit. &lt;/i&gt;p. 390-400.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;CASTORIADIS (C), &lt;i&gt;Le monde morcel&#233;, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 276.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La fonction &#171; moi-sujet &#187; est &#233;voqu&#233;e en principe par Andre Green.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;CASTORIADIS (C),&lt;i&gt; Fait et &#224; faire, Paris&lt;/i&gt;, Seuil, 1997, p. 14.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ibidem, p.10.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;FREUD (s), &#171; Remarques sur la th&#233;orie et la pratique de l'inter&#173; pr&#233;tation du r&#234;ve &#187; (1923), in &lt;i&gt;R&#233;sultats, id&#233;es, probl&#232;mes, t. II&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1985.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;CASTORIADIS (C), &lt;i&gt;Le monde morcel&#233;, op. cit.&lt;/i&gt;, p.192.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;CASTORIADIS (C), &lt;i&gt;Les carrefours du labyrinthe&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 1978, p. 43.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pour une discussion critique du concept de la monade psychique castoriadienne je renvoie &#224; mon article STEPHANATOS (G), &#171; Repenser la psych&#233; et la subjectivit&#233; avec Castoriadis &#187;, in &lt;i&gt;Psych&#233;. De la monade psychique au sujet autonome&lt;/i&gt;, Cahiers Castoriadis n &#176; 3, &#233;d. S. Klimis et L. Van Eynde, Bruxelles, Publications des Facult&#233;s Universitaires Saint Louis, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir ma cornmunication &#171; Repenser la psych&#233; comme imagina&#173; tion radicale &#187; au Colloque Castoriadis et l'imaginaire, Cerisy-la-Salle, 6-10 juin 2003 et aussi mon article &#171; Repenser la psych&#233; et la subjectivit&#233; avec Castoriadis &#187;, op.cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;CASTORIADIS (C), &lt;i&gt;L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;, op.cit&lt;/i&gt;. p. 489.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;GREEN (A), &lt;i&gt;Pourquoi les pulsions de destruction ou de mort ?&lt;/i&gt;, Paris, &#201;ditions du Panama, 2007, p. 179&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;CASTORIADIS (C), &lt;i&gt;Le monde morcel&#233;, op. cit&lt;/i&gt;., p. 53&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Dans ce contexte la r&#233;f&#233;rence lacanienne &#224; la Loi comme condition structurale d'&#233;mergence du sujet dans l'ordre symbolique, qui est d'abord celui du social, interdirait &#224; ce titre toute mise en question de la loi institu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;CASTORIADIS (C), &lt;i&gt;Le monde morcel&#233;, op.cit.,&lt;/i&gt; p. 276.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;AULAGNIER (P), &lt;i&gt;La violence de l'interpr&#233;tation&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1975&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;GREEN (A), &lt;i&gt;Le travail du n&#233;gatif&lt;/i&gt;, Paris, &#201;ditions de Minuit, 1993&#183;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;STEPHANATOS (G), &lt;i&gt;Constructions de l'analyse, construction de l'analyste&lt;/i&gt;, Ath&#232;nes, &#201;ditions Hestia, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Hommage &#224; Gerassimos Stephanatos</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?1065-Hommage-a-Gerassimos-Stephanatos</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?1065-Hommage-a-Gerassimos-Stephanatos</guid>
		<dc:date>2021-10-25T17:12:24Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Gerassimos S.</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Mortalit&#233; / finitude</dc:subject>
		<dc:subject>Totalitarisme</dc:subject>
		<dc:subject>Type anthropologique</dc:subject>
		<dc:subject>B&#234;tise</dc:subject>
		<dc:subject>Insignifiance</dc:subject>
		<dc:subject>B&#233;rard Quentin</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Gerassimos Stephanatos, docteur en m&#233;decine, psychiatre, p&#233;dopsychiatre et psychanalyste membre du IVe Groupe, est d&#233;c&#233;d&#233; ce 27 septembre, &#224; Ath&#232;nes. Il &#233;tait un des (tr&#232;s) rares dans son domaine, avec J. F. Narodetzki et E. Colombo, eux aussi r&#233;cemment disparus, &#224; s'approprier le travail de C. Castoriadis et c'est &#224; ce titre que nous &#233;tions en correspondance avec lui depuis pr&#232;s de dix ans. Nous avions publi&#233; la retranscription des &#233;changes d'une discussion qu'il avait initi&#233;e (&#171; (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-66-stephanatos-+" rel="tag"&gt;Gerassimos S.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-6-psychanalyse-+" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-117-mortalite-finitude-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-+" rel="tag"&gt;Mortalit&#233; / finitude&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-138-totalitarisme-+" rel="tag"&gt;Totalitarisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-216-type-anthropologique-+" rel="tag"&gt;Type anthropologique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-249-Betise-+" rel="tag"&gt;B&#234;tise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-60-insignifiance-+" rel="tag"&gt;Insignifiance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-283-Berard-Quentin-+" rel="tag"&gt;B&#233;rard Quentin&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;figure class='spip_document_1575 spip_documents spip_documents_right' style=&#034;max-width:100px;&#034; data-w=&#034;100&#034;&gt; &lt;span &gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:133.33333333333%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/png/stephanatos_necro_monde.png&amp;taille=100&amp;1635174533' alt='N&#233;crologie parue dans &#171; Le Monde &#187;' data-src='IMG/png/stephanatos_necro_monde.png' data-l='480' data-h='640' data-tailles='[\&#034;100\&#034;]' class='image_responsive avec_picturefill' srcset='index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/png/stephanatos_necro_monde.png&amp;#38;taille=100&amp;#38;1635174533 1x,index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/png/stephanatos_necro_monde.png&amp;#38;taille=200&amp;#38;1635174533 2x' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/span&gt; &lt;figcaption class='spip_doc_intitules spip_doc_intitules_top'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-1575 '&gt;N&#233;crologie parue dans &#171; Le Monde &#187;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;p&gt;Gerassimos Stephanatos, docteur en m&#233;decine, psychiatre, p&#233;dopsychiatre et psychanalyste membre du IVe Groupe, est d&#233;c&#233;d&#233; ce 27 septembre, &#224; Ath&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;figure class='spip_document_1577 spip_documents spip_documents_center' style=&#034;max-width:200px;&#034; data-w=&#034;200&#034;&gt; &lt;span &gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:99.322033898305%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/png/10z5gx.png&amp;taille=200&amp;1635948444' alt='' data-src='IMG/png/10z5gx.png' data-l='590' data-h='586' data-tailles='[\&#034;200\&#034;]' class='image_responsive avec_picturefill' srcset='index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/png/10z5gx.png&amp;#38;taille=200&amp;#38;1635948444 1x,index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/png/10z5gx.png&amp;#38;taille=400&amp;#38;1635948444 2x' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/span&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait un des (tr&#232;s) rares dans son domaine, avec J. F. Narodetzki et E. Colombo, eux aussi r&#233;cemment disparus, &#224; s'approprier le travail de C. Castoriadis et c'est &#224; ce titre que nous &#233;tions en correspondance avec lui depuis pr&#232;s de dix ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avions publi&#233; la retranscription des &#233;changes d'une discussion qu'il avait initi&#233;e (&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?237-repenser-la-psyche' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Repenser la psych&#233; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;), et reproduit son texte, pour nous majeur, &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1002-de-la-haine-necessaire-a-la-cloture-totalitaire' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; De la haine n&#233;cessaire &#224; la cl&#244;ture totalitaire du sens &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a exactement un an, nous lui proposions un entretien &#233;crit, ainsi qu'une interview radio d&#232;s son prochain passage &#224; Paris. Nous avions repouss&#233; ces perspectives, d'abord pour cause de pand&#233;mie (nous &#233;tions la veille d'un nouveau confinement en Gr&#232;ce), puis par la surcharge de travail d'analyste, et l'&#233;criture en cours d'un livre en grec, &lt;i&gt;L'imaginaire de cr&#233;ation : pens&#233;e-art-psych&#232;&lt;/i&gt; &#8211; mais, peut-&#234;tre, aussi, par les premiers signes du mal qui l'a emport&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouvera ci-dessous, l'esquisse des questions que nous pr&#233;voyions de lui poser, et qui resteront sans r&#233;ponses. Contribution d&#233;risoire, mais qui t&#233;moigne du haut int&#233;r&#234;t que nous portions &#224; son travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous reproduisons par la suite un certain nombre d' hommages qui lui ont &#233;t&#233; rendu et dont les auteurs ont accept&#233; qu'ils soient repris ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouvera &lt;a href=&#034;https://www.quatrieme-groupe.org/component/search/?searchword=Stephanatos&amp;searchphrase=all&amp;Itemid=0&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;sur le site du IVe groupe sa bibliographie exhaustive&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LC&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Projet d'entretien avec Gerassimos Stephanatos : esquisse de questions&lt;/strong&gt;
(Octobre &#8212; novembre 2020)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Il ne s'agit ici, comme pour tout projet d'entretien &#233;crit, que de questions indicatives et rapidement formul&#233;es : la premi&#232;re lui &#233;tait d&#233;j&#224; parvenue, et il avait commenc&#233; &#224; y r&#233;pondre, les autres devaient &#234;tre reformul&#233;es, modifi&#233;es, &#233;lud&#233;es ou cr&#233;&#233;es en fonction des r&#233;ponses pr&#233;c&#233;dentes. On trouvera donc ici un mat&#233;riau foisonnant dont seulement une partie allait &#234;tre utilis&#233;e, &#224; moins de pr&#233;voir une s&#233;rie d'entretien).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I &#8211; C. Castoriadis et la psychanalyse&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Gerassimos Stephanatos, vous &#234;tes psychanalyste au IVe Groupe et vous &#234;tes &lt;a href=&#034;https://books.openedition.org/pusl/839?lang=fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;un des rares clinicien &#224; travailler les id&#233;es de C. Castoriadis&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Que trouvez-vous dans son &#339;uvre qui puisse apporter quelque chose &#224; la psychanalyse, sur le plan pratique et/ou th&#233;orique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment expliquer le peu d'audience qui l'entoure que vous constatez dans votre intervention &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1086-D-une-subjectivite-reflechissante' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; D'une subjectivit&#233; r&#233;fl&#233;chissante toujours &#224; faire &#234;tre&#034;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; ? Cela a-t-il trait &#224; cette dialectique infernale de notre &#233;poque o&#249; l'on ne cesse d'osciller entre une pens&#233;e disloqu&#233;e sous couvert d'ind&#233;pendance d'esprit et l'&#233;rection d'un totem intellectuel inattaquable, un Ma&#238;tre-&#224;-penser qui soulage de la difficult&#233; de penser et condamne au psittacisme ? Ou cela rel&#232;ve-t-il plut&#244;t, d'un autre c&#244;t&#233;, &#224; l'originalit&#233; de son &#339;uvre, et particuli&#232;rement &#224; ces notions d&#233;rangeantes qui lient psych&#233;, social et politique, comme celle de type anthropologique, de monade psychique, de cr&#233;ation et cl&#244;ture culturelles ou imaginaires, de projet d'autonomie individuelle et collectif ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II &#8211; Psychanalyse et politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quels liens voyez-vous, justement, entre psychanalyse et politique ? Plus concr&#232;tement : il est clair que le principe de d&#233;mocratie requiert un individu, un sujet tr&#232;s particulier &#8211; et r&#233;ciproquement, la configuration psychique des individus se m&#234;le inextricablement au type de soci&#233;t&#233; politique qui leur correspond. Pourquoi cette relation circulaire, qui &#233;tait une banalit&#233; dans l'apr&#232;s guerre pour un &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?984-L-idee-de-personnalite-de-base' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;A. Kardiner&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, un &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1061-Le-fondement-culturel-de-la-personnalite' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;R. Linton&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; ou &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1035-Ambiguites-de-l-anthropologie' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Cl. Lefort&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, est aujourd'hui totalement oubli&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que le discours &#171; psy &#187; a tout envahi depuis des d&#233;cennies, les liens entre politique et psychanalyse ne semblent plus r&#233;ellement travaill&#233;s. Les tentatives pass&#233;es comme celles de G. Mendel et la sociopsychanalyse ou de &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1048-Big-Mother-Le-pouvoir-et-l' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;M. Schneider et son id&#233;e de &#171; Big Mother &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; n'ont pas de post&#233;rit&#233; assum&#233;e. Comment comprendre un tel arr&#234;t de la pens&#233;e ?
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II &#8211; Psychanalyse et &#233;volution sociale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Comme quelques autres auteurs, C. Castoriadis avan&#231;ait, il y a plus de quarante ans l'entr&#233;e de l'Occident dans un moment historique de &#171; d&#233;labrement &#187;, qu'il reliait &#224; un processus d'insignifiance croissante de tout, cette &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?9-la-montee-de-l-insignifiance' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; mont&#233;e de l'insignifiance &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Comment comprendre, d'un point de vue psychique, un tel mouvement civilisationnel que &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?421-Essai-de-psychologie-contemporaine' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;M. Gauchet semble avoir brillamment synth&#233;tis&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; ? Autrement dit &lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-topique-2013-3-page-177.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;vous reprenez pertinemment l'opposition h&#233;t&#233;ronomie / autonomie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, mais n'y a-t-il pas sous nos yeux le d&#233;veloppement d'une anomie, pr&#233;cis&#233;ment, une sorte de cl&#244;ture non par un sens inalt&#233;rable mais par le non-sens ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est de plus en plus fait mention dans la vie courante d'&#234;tre confront&#233; au &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?985-Essai-sur-la-betise-l-autre' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;ph&#233;nom&#232;ne de b&#234;tise&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, que l'on voit effectivement envahir des pans entiers de la vie sociale. La psychanalyse a-t-elle quelque chose &#224; dire de cet &#233;trange objet, elle qui est confront&#233;e journellement &#224; la b&#234;tise n&#233;vrotique, l'errance de l'esprit handicap&#233; par les traumatismes infantiles refoul&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la m&#234;me fa&#231;on, nos soci&#233;t&#233;s occidentales semblent domin&#233;es par des r&#233;actions de d&#233;nis face &#224; leurs &#233;normes transformations. Au-del&#224; de la reprise telle quelle d'une notion centrale de la psychanalyse dans le champ politique, pensez-vous que le ph&#233;nom&#232;ne d&#233;crit puisse &#234;tre interpr&#233;t&#233;s &#224; l'aide des cat&#233;gories psychanalytiques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avions relay&#233; votre excellent article &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1002-de-la-haine-necessaire-a-la-cloture-totalitaire' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; De la haine n&#233;cessaire &#224; la cl&#244;ture totalitaire du sens &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, o&#249; vous reliez la constitution d'un tropisme totalitaire aux mouvements fondamentaux du psychisme. Cet &#233;clairage semble parfaitement applicable aux actuels mouvements proto-totalitaires qui se d&#233;veloppent dangereusement aujourd'hui dans les milieux dits &#171; wokes &#187;, n&#233;o-f&#233;ministes, v&#233;gans, technophiles, pseudo-anti-racistes ou, encore plus caricaturalement, islamistes, tous soud&#233;s par une sorte de &#171; complotisme victimaire &#187;. Comment expliquez-vous le peu de r&#233;action qu'ils rencontrent ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;III &#8211; Psych&#233; et d&#233;labrement occidental&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&lt;i&gt;e psychanalyste D. Sibony &#233;voque quant &#224; lui la notion de &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?625-islam-phobie-culpabilite' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; culpabilit&#233; narcissique &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; pour rendre compte de cette complaisance qui habite l'Occidental &#224; prendre sur lui les malheurs du monde afin de se placer &#224; l'origine de tout. N'y a-t-il pas l&#224; une &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?6-Les-racines-psychiques-et-sociales' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; haine de soi &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; qui serait toujours projet&#233;e sur &#171; les Autres &#187; mais de mani&#232;re bien plus perverse que l'universelle x&#233;nophobie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, les soci&#233;t&#233;s occidentales deviennent profond&#233;ment multiculturelle, dans un contexte de &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?773-le-deni-des-cultures-introduction' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; D&#233;ni des cultures &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; comme l'a parfaitement diagnostiqu&#233; le sociologue H. Lagrange. Comment la pratique de la psychanalyse peut-elle faire face &#224; l'irruption de sujets culturellement &#233;loign&#233;s du sujet moderne, jud&#233;o-chr&#233;tien et classiquement n&#233;vrotique ? Cela ne devrait-il pas r&#233;veiller les questions pos&#233;es par une ethnopsychiatrie qui ne fait plus aujourd'hui qu'inverser en l'appauvrissant la psychiatrie coloniale, comme le pointe tr&#232;s bien &lt;a href=&#034;https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00288084/document&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;F. Gouriou&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;IV &#8211; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Questions diverses&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cela soul&#232;ve la question de la formation psycho-sociale du sujet humain ou, plus profond&#233;ment et en terme psychanalytique, la psychog&#233;n&#232;se, la formation de l'esprit humain. Les travaux sur le sujet semblent aujourd'hui tr&#232;s rares et m&#233;connus, comme les travaux de P. Delion. Pourriez-vous en dire deux mots et formuler les questions &#233;normes que cela soul&#232;ve, comme la fameuse universalit&#233; du complexe d'Oedipe, la d&#233;finition du pathologique ou l'inflation de l'autisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'envahissement technologique du quotidien et ses effets d&#233;vastateurs sont largement d&#233;plor&#233;s &#8211; sans que rien ne change, &#233;videmment. Si les psychoth&#233;rapeutes paraissent tardivement en prendre conscience, ignorant que la chose a &#233;t&#233; depuis longtemps analys&#233;e par G. Anders, J. Ellul ou C. Lasch, qu'auraient &#224; dire les psychanalystes sur les effets de la prolif&#233;ration d'objets &#171; intelligents &#187; sur l'esprit humain, et particuli&#232;rement les jeunes enfants en formation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que dire, d'un autre c&#244;t&#233; du courant dit &#171; transhumaniste &#187;, qui s'incarne par exemple tr&#232;s concr&#232;tement dans la g&#233;n&#233;ralisation de l'artificialisation de la procr&#233;ation et les manipulations g&#233;n&#233;tiques ? On les voit obs&#233;d&#233;s par un arrachement &#224; la nature mais r&#233;solument aveugles &#224; toutes les d&#233;terminations sociales, culturelles, familiales et surtout psychologiques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que nos soci&#233;t&#233;s en sont obs&#233;d&#233;es par la question de la relation &#224; la nature, les travaux psychanalytiques en font l'impasse, mis &#224; part quelques exceptions comme &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?988-La-nature-du-citadin' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;F. Terrasson&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; ou L. Magnenat. Freud lui-m&#234;me posait quelques jalons dans Totem et Tabou, et chacun observe comme une fascination militante pour le r&#232;gne d'une &#171; M&#232;re-Nature &#187; : la frilosit&#233; des psychanalystes sur la question est-elle due &#224; la complexit&#233; de la chose ou, encore une fois, &#224; leur &#233;vitement du terrain social ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, ne sommes-nous pas dans des soci&#233;t&#233;s travers&#233;es par un fantasme de retour &#224; l'indiff&#233;renci&#233;, &#224; ce &#171; sentiment oc&#233;anique &#187; de pl&#233;nitude dont parle S. Freud, &#224; un monde homog&#232;ne d'o&#249; l'alt&#233;rit&#233;, qu'elle soit sexuelle, culturelle, id&#233;ologique ou organique, serait cong&#233;di&#233;e ? La psychanalyse n'est-elle pas ici mise en demeure de dispara&#238;tre en tant que th&#233;orie et pratique cherchant &#224; restaurer la capacit&#233; individuelle &#224; affronter l'alt&#233;rit&#233;, alt&#233;rit&#233; de soi &#224; soi, alt&#233;rit&#233; du d&#233;sir des autres, alt&#233;rit&#233; du monde et alt&#233;rit&#233; ultime des limites que nous impose notre finitude ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Ego de Logos &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je connaissais la pens&#233;e de Gerassimos bien avant mon adh&#233;sion en Participante au &lt;i&gt;Quatri&#232;me&lt;/i&gt; Groupe. Nouvelle venue, j'ai eu, &#224; la R&#233;instituante de 2016, la surprise de le voir venir &#224; moi et me f&#233;liciter pour un article que j'avais r&#233;dig&#233; en r&#233;ponse &#224; l'un de ses textes, &#171; Repenser la psych&#233; et la subjectivit&#233; avec Castoriadis &#187;, tous deux parus sur le site &lt;i&gt;Lieux communs &lt;/i&gt;en Septembre 2009.&lt;br class='manualbr' /&gt;Sept ans apr&#232;s, il s'en souvenait et m'avait reconnue. Il m'accueillit et me souhaita la bienvenue.&lt;br class='manualbr' /&gt;Douze ans plus tard, presque jour pour jour, voil&#224; un anniversaire que je voudrais n'avoir jamais eu &#224; conna&#238;tre.&lt;br class='manualbr' /&gt;Nos &#233;changes r&#233;guliers par mails, depuis ce temps, furent un enseignement constant, selon cette ma&#239;eutique singuli&#232;re qu'il savait transformer en amiti&#233; libre et infiniment respectueuse. Il me confia comment il traduisait en grec ce &#171; JE &#187; qui n'y existe pas : &lt;i&gt;Ego de Logos&lt;/i&gt; &#8211; formule qu'il avait &#233;labor&#233; de concert avec Piera Aulagnier, alors qu'il traduisait &lt;i&gt;la Violence de l'interpr&#233;tation&lt;/i&gt;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Et je compris alors comment &#171; JE &#187; existe et &#339;uvre en toute langue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai trop de chagrin pour trouver les mots. Je n'ai d'ailleurs pas le d&#233;sir d'en chercher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici seulement un texte que je lui envoyais en &#233;cho, le 7 Avril 2020, &#224; son article &#171; De la haine n&#233;cessaire &#224; la cl&#244;ture totalitaire du sens &#187; (&lt;i&gt;Topique&lt;/i&gt; n&#176; 122) bouleversant de force et de profondeur que je n'ai pas eu envie de &#171; discuter &#187;. Juste d'y accorder une all&#233;gorie po&#233;tique de la psychanalyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'en adresse tout particuli&#232;rement les mots &#224; Tessa Stephanatos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#171; La Goutte d'huile &#187;, m'a &#233;t&#233; inspir&#233;e par cette phrase, extraite de l'article de Gerassimos &#171; De la haine n&#233;cessaire &#224; la cl&#244;ture totalitaire du sens &#187; : &#034;&lt;strong&gt;Cette haine originaire autant que n&#233;cessaire reste active tout au long de l'existence du sujet et malgr&#233; ses m&#233;tamorphoses, ses d&#233;placements, ses m&#233;diations, elle alimente en permanence le syst&#232;me repr&#233;sentationnel de la psych&#233;, ses affects, ses mises ensc&#232;ne, ses mises en sens. &lt;i&gt;&#192; la charge du sujet et d'&#201;ros de faire son &#233;laboration en permanence&lt;/strong&gt;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;&lt;strong&gt;La Goutte d'huile&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;On dit que la curiosit&#233; poussa Psych&#233; &#224; vouloir contempler l'image interdite de l'amant qui chaque nuit venait la combler. Clich&#233; facile : c'est l'angoisse qui pousse la nymphe, qui paie le prix de sa beaut&#233; puisqu'on l'a condamn&#233;e &#224; s'&#233;prendre d'un monstre affreux, &#224; vouloir &#8220;voir&#8221; qui est l&#224; : se pourrait-il qu'autant de bienfaits viennent &#224; la Belle d'une B&#234;te affreuse ? Psych&#233; n'est pas neuve : elle a commenc&#233; dans l'effroi.&lt;br class='manualbr' /&gt;La voil&#224; captiv&#233;e par l'absolue beaut&#233; de celui qu'elle contemple au point qu'elle oublie le r&#233;el : la lampe qu'elle tient &#224; la main penche, une goutte d'huile br&#251;lante tombe sur la cuisse d'&#201;ros &#8211; car c'est lui. Il dispara&#238;t aussit&#244;t, selon l'interdit qu'il avait signifi&#233; &#224; sa Trop Belle. Trop c'est trop. &lt;br class='manualbr' /&gt;Ainsi la toute-puissance de la perfection fusionn&#233;e dans l'union.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Comme Orph&#233;e se retournant vers Eurydice la perd, l'angoisse de voir et savoir s&#233;pare Psych&#233; de son amour.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8220;&lt;i&gt;Chaque processus psychique, originaire, primaire, secondaire, traite l'information libidinale de mani&#232;re &#224; ce que la structure du repr&#233;sent&#233; devient identique &#224; celle du repr&#233;sentant.&#8221;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;/i&gt;Fusion saisissante&lt;i&gt; &lt;/i&gt;que la br&#251;lure du r&#233;el fait &#233;clater, &#224; chaque niveau de la repr&#233;sentation ou de la compr&#233;hension, pass&#233; l'instant du &#8220;flash&#8221;, hallucination br&#232;ve, intuition fulgurante ou illumination de l'id&#233;e : chacun de nous conna&#238;t ces instants rares o&#249; sujet et objet, dehors et dedans s'abolissent en un &#233;clair de compl&#233;tude que le r&#233;el aussit&#244;t bouleverse : le pictogramme est toujours premier.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Psych&#233; abandonn&#233;e ira d'&#233;preuves en &#233;preuves comme autant de punitions. Circumambulation d'impasses en contradictions impossibles &#224; d&#233;passer &#8211; et dont chaque fois l'angoisse de l'effroi et de la perte redouble l'absurdit&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le conflit est permanent : le primaire contredit la toute-puissance originaire en renvoyant brutalement la psych&#233; &#224; la position passive masochiste d'objet du tout-d&#233;sir de l'autre ou de son &#8220;tout-manque&#8221; ; le secondaire, recours &#224; l'id&#233;ation et formation du Je contredit la posture passive masochiste d'objet, sans pour autant renforcer la toute-puissance originaire &#224; laquelle l'auto-r&#233;flexivit&#233; secondaire port&#233;e par l'oc&#233;an discursif, qui &#224; la fois s&#233;pare et relie, s'oppose tout autant radicalement. &lt;br class='manualbr' /&gt;Cette circulation, dynamique parce que conflictuelle, se reconduit inlassablement. &lt;br class='manualbr' /&gt;Les trois processus s'intriquent, malgr&#233; le refoulement.&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans le processus de m&#233;tabolisation, il y a donc sans cesse travail vers l'harmonie par le conflit.&lt;br class='manualbr' /&gt;Conflit tripartite dont le produit, le Je, &lt;i&gt;Ego de Logos&lt;/i&gt; selon la belle formule de Gerassimos Stephanatos, sera le quatri&#232;me p&#244;le (quatri&#232;me terme psychique interrog&#233; par Lacan) inassur&#233; de lui-m&#234;me et toujours en travail, d'o&#249; l'exigence qui lui est faite de renoncer aux attributs de la certitude (Aulagnier.) &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Ce conflit m&#234;me est projet&#233; sur l'autre en cas de surtension.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Psych&#233; aveugle ne part pas, dans ses &#233;preuves, &#224; la recherche d'&#201;ros comme Isis partit en qu&#234;te d'Osiris. &lt;br class='manualbr' /&gt;Non : le c&#339;ur de sa bataille n'est que la place vide de l'objet perdu. Et malgr&#233; cela, elle surmonte. &lt;br class='manualbr' /&gt;Parfois l'impossible tout &#224; coup devient possible, malgr&#233; elle, comme si &lt;i&gt;&#231;a &lt;/i&gt;se faisait sans elle. &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Informations sensorielles et libidinales&lt;/i&gt; : Psych&#233; n'est pas seule &#224; batailler &#8211; dans l'ombre aussi Eros travaille. &lt;br class='manualbr' /&gt;S&#233;par&#233;s ils m&#232;nent ensemble leur transformation, qui les rapprochera &#8211; peut-&#234;tre. &lt;br class='manualbr' /&gt;Ensemble dans l'inconscient, s&#233;par&#233;s par le Surmoi.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Castoriadis d&#233;plorait que la p&#233;dagogie moderne, soumise &#224; des imp&#233;ratifs aseptis&#233;s d'efficacit&#233; voilant la censure morale, se voit priv&#233;e de son moteur &#233;rotique : pour lui, la pulsion de savoir ne peut &#234;tre f&#233;conde sans le secours d'&#201;ros. Transfert anim&#233; par un &#201;ros qu'apaise et sublime le travail de culture. &lt;br class='manualbr' /&gt;La pulsion de savoir est ce qui va conduire Psych&#233; et &#201;ros &#224; la r&#233;habilitation mutuelle.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Alors tout se met en mouvement &#8211; peu &#224; peu le surmoi c&#232;de lorsque se calme l'angoisse. &lt;br class='manualbr' /&gt;Ici : la parole, &#233;preuve et gu&#233;rison (ou gu&#233;rison par l'&#233;preuve symbolique et &#244; combien puissante). &lt;br class='manualbr' /&gt;Une part du moi se d&#233;centre vers le discours, et se voit aussit&#244;t oblig&#233;e &#224; la r&#233;flexivit&#233; : ici le travail du Je commence, qui doit absolument trouver le soutien du travail de culture et ce d&#232;s le cercle familial, sinon le risque d'un Je purement instrumental &#8211; juste un pauvre d&#233;ictique &#8211; peut entraver sa facult&#233; d'interpr&#233;tation, sa libert&#233;.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Oui, le pictogramme se saisit parfois du Je !&lt;br class='manualbr' /&gt;Les traumas hallucinatoires de coma autant que les &#233;clats psychotiques en montrent la permanence accidentelle.&lt;br class='manualbr' /&gt;La plupart du temps nous ne le sentons pas alors croyons cela vain. Mais repensons aux instants d'inspiration qui &#233;maillent le cours de nos travaux comme autant de brefs big-bang de relance o&#249; la libido r&#233;investit un Je somm&#233; de s'auto-recr&#233;er &#8211; dans l'humilit&#233; : l&#224; est notre capacit&#233; de cr&#233;ation. Ce fut celle de notre gu&#233;rison.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Il n'y a pas que l'&#201;ros agglutinant, tragiquement associ&#233; &#224; son versant de mort. Il y a aussi l'&#201;ros &#8220;psychis&#233;&#8221;, &#201;ros le fid&#232;le, celui qu'auront transform&#233; les douleurs de Psych&#233; au fil de ses &#233;preuves et dont s'&#233;meut enfin ce Sujet en qui justice et d&#233;sir alors se rejoignent. &lt;br class='manualbr' /&gt;&#201;ros salvateur n'est alors pas autre que d&#233;j&#224; l'&#233;poux, dont Psych&#233; aura modifi&#233; la destin&#233;e : le &#8220;Je&#8221; qui peut se conna&#238;tre lui-m&#234;me.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Et qui garde en souvenir une cicatrice de br&#251;lure sur la cuisse.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ab&#238;mant la perfection d'une beaut&#233; narcissique, et renonc&#233;e.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Anne Vernet-S&#233;venier, 7 Avril 2020&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Adieu au psychanalyste de l'autonomie, Gerassimos Stephanatos&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Article paru le 9 octobre 2021 dans le quotidien &lt;i&gt;Kathimerini&lt;/i&gt;, en guise de t&#233;moignage du s&#233;minaire anim&#233; par G. Stefanatos depuis 2010.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En septembre, les analyses interrompues pendant l'&#233;t&#233; reprenaient, les rencontres entre coll&#232;gues permettaient aux liens de se r&#233;chauffer, les constellations dans l'univers psychanalytique se remettaient sur orbite. A l'aube de tout cela, l'obscurit&#233; se fit. De mani&#232;re imperceptible et silencieuse, avec cette bienveillance qui lui &#233;tait si propre, s'est &#233;teinte une &#233;toile dans le ciel de la psychanalyse, Gerassimos Stephanatos. Il est parti le 27 septembre, faisant un pas vers sa nouvelle demeure, notre espace int&#233;rieur, afin que son h&#233;ritage inestimable soit transmis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son ancrage &#233;tait Paris. Dans une &#171; &#233;poque profond&#233;ment marqu&#233;e par la pens&#233;e lacanienne &#187; disait-il, il a opt&#233; pour une version de la psychanalyse au sein des institutions qui tentait la mise en sens du d&#233;lire, &#224; l'encontre d'une psychiatrie imposant des distances de s&#233;curit&#233;. Plus tard, fort de son exp&#233;rience, &#224; l'ombre de la vision freudienne d'une psychanalyse au service de la cit&#233;, il a &#233;t&#233; le directeur fondateur du Service de psychiatrie d'adolescents &#224; l'H&#244;pital g&#233;n&#233;ral d'Ath&#232;nes G. Gennimatas. Il d&#233;crivait les r&#233;sistances rencontr&#233;es face &#224; sa tentative d'insuffler &#224; tous l'esprit &#233;galitaire qui l'animait, du psychiatre &#224; la cuisini&#232;re, en insistant sur le r&#244;le symbolique maternel de cette derni&#232;re, permettant l'&#233;mergence d'un mat&#233;riel clinique pr&#233;cieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La scission de l'&#201;cole Freudienne de Jacques Lacan en 1969 avait donn&#233; naissance au Quatri&#232;me Groupe, que G. Stephanatos a rejoint plus tard, ayant d&#233;j&#224; entam&#233; une longue analyse avec Cornelius Castoriadis. Il est rest&#233; fid&#232;le aux principes et &#224; la culture psychanalytique du Quatri&#232;me Groupe jusqu'&#224; la fin. Il a choisi l'autonomie d'un groupe qui lui a permis de cr&#233;er sa propre th&#233;orisation, articulant le freudisme et le lacanisme sans &#233;tiquettes, non sans une certaine gymnastique dont t&#233;moignait sa formule acrobatique : &#171; Il n'y a pas de psychanalyse sans Lacan, il n'y a pas de psychanalyse uniquement avec Lacan &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G. Stephanatos entretenait un dialogue continu en dehors des institutions psychanalytiques avec de nombreux psychanalystes affili&#233;s ou ind&#233;pendants. Parfois, lorsqu'on lui demandait pourquoi il n'avait pas fond&#233; un Quatri&#232;me Groupe en Gr&#232;ce, il r&#233;pondait d'un ton &#233;nerv&#233; : &#171; Votre question est le signe de votre m&#233;connaissance. Le Quatri&#232;me Groupe n'est pas une franchise commerciale qui s'exporte et s'importe. Il est pleinement l&#224;, d&#232;s lors que je fonctionne avec ses principes, dans le s&#233;minaire, dans les supervisions analytiques, dans les &#233;changes interanalytiques &#187;. A l'&#233;poque o&#249; un &#171; study group &#187;, conduit par Anna Potamianou, essayait d'acqu&#233;rir le statut de Soci&#233;t&#233; analytique, il aurait pu r&#233;pondre au chant des sir&#232;nes qui l'invitait &#224; faire une analyse avec un membre de l'IPA pour y &#234;tre admis. Son refus avait comme prix son exclusion &#224; vie de la psychanalyse &#171; institutionnelle &#187;, malgr&#233; sa valeur reconnue implicitement par tous et son oeuvre inestimable. &#171; J'&#233;tais &#224; l'int&#233;rieur de moi dans un processus vivant d'auto-analyse apr&#232;s l'analyse &#187;, disait-il. &#171; Qu'est-ce qui m'&#233;tait demand&#233; ? De faire une fausse analyse pour &#234;tre int&#233;gr&#233; ? &#187;. Avec son humour incomparable, il r&#233;pondait &#224; A. Potamianou : &#171; Quand je tomberai en d&#233;pression, je commencerai une analyse et je viendrai &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La marque de fabrique de G. Stephanatos &#233;tait l'autonomie, inscrite dans la g&#233;n&#233;alogie du dessein castoriadien. Il y a quelques mois, il disait que son association &#233;tait une institution cinquantenaire n'&#233;tant pas plus propri&#233;taire de ses locaux que de son savoir. A l'encontre d'une logique de pouvoir et d'appropriation du savoir, il d&#233;fendait une psychanalyse anti-bureaucratique, anti-acad&#233;mique, toujours &#224; r&#233;inventer, &#224; re-cr&#233;er dans les &#233;changes mutuels, &#224; l'instar de la psych&#233;. Les discussions avec lui mettaient en &#233;vidence une technique non technicis&#233;e, vivante, un cadre garanti par le psychisme de l'analyste en son centre, plut&#244;t que rigidifi&#233; par des r&#232;gles universellement appliqu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'opposant &#224; la validation du cursus des candidats-analystes par une &#171; onction &#187;, se faisant ainsi l'&#233;cho de la position de J. Lacan, il disait : &#171; Ces rituels des comit&#233;s, loin du v&#233;cu interanalytique, disent peut-&#234;tre beaucoup, mais peut-&#234;tre m&#234;me rien &#224; propos de l'analyste &#187;. Il se concentrait plut&#244;t sur le d&#233;sir de l'analyste, dans son caract&#232;re multiforme, et en ce qu'il constitue l'objet principal de sa propre analyse et de son auto-analyse. &#171; C'est comme le permis de conduire, disait-il. On te le donne quand tu sais d&#233;j&#224; conduire. Soit on est analyste, soit on ne l'est pas &#187;. Il pensait la psychanalyse comme travail d'ouverture dans un cadre d'intersubjectivit&#233;, o&#249; l'analyste, au contact de ses propres parties inconscientes et de celles de l'analysant, suit les mouvements psychiques qui se d&#233;roulent en s&#233;ance dans une tentative d'apporter une r&#233;ponse &#171; vraie &#187; &#224; la &#171; demande &#187; du patient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;criture et la traduction, parents privil&#233;gi&#233;s de la psychanalyse, ont &#233;t&#233; au centre de ses int&#233;r&#234;ts. Travailleur prolifique et infatigable, il a fond&#233; en 1997 avec Thanassis et Eleni Tzavara ainsi qu'avec Giorgos Kourias, la revue embl&#233;matique Ek ton Ysteron [Apr&#232;s-coup] dont le cycle s'est achev&#233; en 2017. Pluraliste et ind&#233;pendante, il s'agissait de la premi&#232;re tentative de produire un discours psychanalytique en grec. En parall&#232;le, les s&#233;minaires qu'il a coordonn&#233;s (depuis 2009) ont &#233;t&#233; le noyau vivant de rencontres de diff&#233;rentes voix psychanalytiques, un &#238;lot d'auto-institution et d'autonomie. Un pont qui liait les institutions psychanalytiques, envers lesquelles il &#233;tait sceptique, avec &#171; sa propre &#187; psychanalyse, repr&#233;sentative d'une g&#233;n&#233;ration de la psychanalyse fran&#231;aise &#224; laquelle il restait fid&#232;le. Sur ce pont s'op&#233;rait une transition : l'extra-institutionnel et l'institutionnel n'&#233;taient plus des positions rigides dans un jeu de miroir mais se retrouvaient dans un lieu synth&#233;tique de pens&#233;e et de qu&#234;te de sens. Cela &#233;tait probablement la composante principale de l'air de libert&#233; que ces s&#233;minaires inspiraient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#171; alter-vision &#187;, qui d&#233;fait l'autorit&#233; du &#171; super &#187; de la &#171; supervision &#187; est une institution interanalytique. G. Stephanatos &#233;vitait de se mettre &#224; la place du sujet omniscient au sein d'une relation enseignant-enseign&#233;, garantissant ainsi un vrai respect. Se vivait avec lui une synth&#232;se en perp&#233;tuel remaniement, souvent laborieux, un &#233;vitement vigilant de tout exc&#232;s de discours interpr&#233;tatif et de toute intervention pr&#233;fabriqu&#233;e. Surtout, il avait la capacit&#233; remarquable de rester toujours l'analyste privil&#233;giant les allers-retours entre th&#233;orie et technique, entre mouvements transf&#233;rentiels et consolidation des processus de pens&#233;e, loin du d&#233;terminisme d'une psychanalyse positiviste, Ego-centr&#233;e et amput&#233;e de la radicalit&#233; freudienne de l'inconscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derni&#232;rement, il s'&#233;tait senti pr&#233;occup&#233; par la virtualisation et le glissement vers une analyse &#171; a-corporelle &#187;, produits par les protocoles sanitaires la minant de l'int&#233;rieur, s'immis&#231;ant au sein du cadre. Il avait rep&#233;r&#233; combien cette alt&#233;ration du cadre en mena&#231;ait les piliers, alors qu'il avait toujours insist&#233; sur l'importance de leur invariabilit&#233;. Sa propre vision de la psychanalyse, s'appuyant sur des bases solides, soutenait une architecture enrichie et reconstruite par les transformations de sa th&#233;orisation, celle-ci &#233;tant impr&#233;gn&#233;e par ces couples fondamentaux : faire &#8211; &#234;tre fait par soi-m&#234;me et le monde, cr&#233;er &#8211; &#234;tre cr&#233;&#233;, construire &#8211; &#234;tre construit. Lui-m&#234;me ch&#233;rissait toujours la conflictualit&#233; pour ses aspects cr&#233;atifs, tout en gardant un esprit profond&#233;ment rassembleur et empreint de justesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avions &#233;t&#233; nombreux &#224; collaborer &#233;troitement avec lui, dans ses &#171; alter-visions &#187;, &#224; l'Association d'&#233;tudes psychanalytiques de l'adolescence &#171; Enivos &#187;, qu'il avait fond&#233;e, et au sein du s&#233;minaire interrompu par la pand&#233;mie. Au d&#233;but des deux &#233;t&#233;s 2020 et 2021, la possibilit&#233; r&#233;confortante nous a &#233;t&#233; offerte par G. Stephanatos et sa femme Tessa Hadjiyanni, psychanalyste, de faire des rencontres de travail &#171; incarn&#233;es &#187; dans leur maison de campagne &#224; Vytina, dont le souvenir nous remue profond&#233;ment. Nous avons partag&#233; avec lui des moments f&#233;cond&#233;s par la diversit&#233; de son horizon psychanalytique, la profondeur de sa r&#233;flexion, son humour et son esprit perp&#233;tuellement curieux, tout cela constituant une puissante source d'inspiration, tel un phare, qui nous manquera. Au-del&#224; de l'immense tristesse &#233;prouv&#233;e pour sa disparition, nous garderons la chance de l'avoir rencontr&#233;. Nous le retrouverons dans ses &#233;crits qui seront publi&#233;s, le suivant &#224; jamais dans la &#171; qu&#234;te d'une v&#233;rit&#233; qui gu&#233;rit &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il s'agit du sous-titre de son ouvrage intitul&#233; Constructions de l'analyse, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Stelios Makris, &lt;/strong&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Psychologue, membre de l'Association d'&#233;tudes psychanalytiques de l'adolescence Enivos. &lt;br class='manualbr' /&gt;(Traduction : V&#233;ra Savvaki, psychologue, docteure en psychologie, Ath&#232;nes et Odile Marcombes, psychanalyste, Paris)&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gerassimos Stephanatos, un psychanalyste engage&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai connu Gerassimos Stephanatos dans les d&#233;buts du Quatri&#232;me Groupe quand, psychiatre en exercice, il poursuivait sa formation analytique. C'&#233;tait un temps o&#249;, &#224; l'encontre des modalit&#233;s institutionnelles d'organisation pr&#233;valentes dans d'autres soci&#233;t&#233;s, nos fondateurs avaient os&#233; penser et cr&#233;er un lieu o&#249; on se c&#244;toyait ais&#233;ment hors les &#171; rituels frontaliers &#187; au nom d'un principe d'ouverture et de non ali&#233;nation &#224; l'institutionnel. Gerassimos en maintenait l'actualisation dans son s&#233;minaire o&#249; se retrouvaient des analystes d'ob&#233;diences diverses, ainsi que dans ses liens de travail et d'&#233;change avec d'autres soci&#233;t&#233;s analytiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Choisir de s'investir dans le Quatri&#232;me Groupe &#233;tait, sans doute, pour Gerassimos, comme pour certains d'entre nous, s'engager dans une voie entrant en r&#233;sonance avec des engagements pr&#233;existants et trouver dans la psychanalyse, et dans un lieu qui lui &#233;tait d&#233;di&#233;, un &#233;tayage pour les valeurs d'&#233;mancipation et d'autonomie auxquelles nous aspirions tant sur un plan personnel que politique et soci&#233;tal, un temps o&#249; S. Viderman, r&#233;f&#233;rence transf&#233;rentielle pour certains analystes ayant particip&#233; aux fondements du Quatri&#232;me Groupe, pouvait affirmer que la psychanalyse est politique (o&#249; elle n'est pas ?) et non adaptative. Je me souviens que, lors d'un bref et chaleureux s&#233;jour en Gr&#232;ce &#224; l'invitation de Gerassimos pour faire une conf&#233;rence dans le cadre de son s&#233;minaire, combien il &#233;tait heureux de me faire conna&#238;tre ce quartier d'Ath&#232;nes o&#249; il avait fait ses &#233;tudes et o&#249; s'&#233;taient d&#233;roul&#233;es de violentes manifestations d'&#233;tudiants contre la dictature des colonels auxquelles il avait particip&#233;. Ces luttes &#233;taient comme pr&#233;sentes, vivantes, encore en lui. Etudiant engag&#233;, il est devenu un psychanalyste engag&#233; de la fa&#231;on la plus exigeante dans les valeurs de l'analyse, comme dans celles du Quatri&#232;me Groupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que dans un texte r&#233;cent qu'il m'avait communiqu&#233; d&#233;but juillet, texte consacr&#233; &#224; la th&#233;orie de la subjectivit&#233; propos&#233;e par Cornelius Castoriadis, &#171; penseur de la cr&#233;ation humaine, psychique et social-historique &#187;, qui fut son analyste, soucieux de l'avenir de la psychanalyse comme du Quatri&#232;me Groupe, il d&#233;nonce avec force les d&#233;rives actuelles de la psychanalyse :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;L'empirisme scientiste en coexistence paradoxale avec le relativisme intersubjectif, menacent l'apport freudien tant sur le plan th&#233;orique que pratique. L'abandon progressif de la m&#233;tapsychologie par les courants herm&#233;neutiques et narratifs d'une certaine psychanalyse contemporaine va de pair avec le renoncement aux notions de base comme le transfert au profit de l'empathie et d'une relation analyste-analysant qui vise une efficacit&#233; th&#233;rapeutique avec des r&#233;sultats tangibles sinon quantifiables : d&#233;viation qui ne va pas sans &#233;voquer le conservatisme de nos jours &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce texte, comme dans ceux qu'il a consacr&#233; &#224; la pens&#233;e de Piera Aulagnier dont il a &#233;t&#233; le traducteur, se donne &#224; voir sa capacit&#233;, fruit d'un travail soutenu et d'une vaste culture, &#224; prendre en compte la pens&#233;e des autres en mettant en valeur les avanc&#233;es et l'originalit&#233; dans le champ analytique de leurs travaux, mais toujours sous le sceau de sa propre clinique et pour cr&#233;er sa th&#233;orisation personnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme Castoriadis qui a travaill&#233; de longues ann&#233;es au Quatri&#232;me Groupe sans, pour autant, demander &#224; devenir analyste- membre, il est rest&#233; longtemps libre de son appartenance institutionnelle et ne s'y ait r&#233;solu qu'apr&#232;s le d&#233;c&#232;s de Nathalie Zalztman en raison de sa fid&#233;lit&#233; aux profonds liens d'amiti&#233; qui le liaient &#224; elle. La distance g&#233;ographique qui nous s&#233;parait n'a sans doute pas, toujours et pour tous, permis d'appr&#233;cier pleinement la force de ses convictions qu'il savait exprimer avec pond&#233;ration, non plus que sa fid&#232;le et chaleureuse pr&#233;sence. Je ne saurais oublier l'accueil amical et festif qu'avec Tessa, sa femme, et tous les membres de son s&#233;minaire, il m'avait r&#233;serv&#233; dans la douceur d'un printemps ath&#233;nien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous reste ses &#233;crits pour situer tout ce qu'il a souhait&#233; apporter par son &#233;coute, son travail et ses valeurs &#224; la psychanalyse et au Quatri&#232;me Groupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Janine Filloux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En souvenir de Gerassimos Stephanatos&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gerassimos Stephanatos a fait un travail consid&#233;rable en traduisant en grec &lt;a id=&#034;__DdeLink__204_2014165909&#034;&gt;&lt;/a&gt;
&#171; La violence de l'interpr&#233;tation &#187; ainsi que d'autres textes de Piera Aulagnier. Nous pensons tout de suite &#224; l'int&#233;r&#234;t que cette traduction repr&#233;sente pour tous les coll&#232;gues grecs qui ont d&#233;couvert, d&#233;couvrent ou vont pouvoir d&#233;couvrir son &#339;uvre gr&#226;ce &#224; son travail. Cependant, nous n'imaginons pas l'int&#233;r&#234;t qu'elle repr&#233;sente pour nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gerassimos Stephanatos &#233;tait intervenu lors des Journ&#233;es Scientifiques de 2017 du Quatri&#232;me Groupe qui nous ont r&#233;unis autour de l'&#339;uvre de Piera Aulagnier, et je garde un souvenir tr&#232;s pr&#233;cis d'un moment de son intervention qui m'a permis d'appr&#233;hender la notion d'originaire telle que Piera Aulagnier l'envisageait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;voquait de mani&#232;re tr&#232;s vivante ses rencontres avec elle, au sujet de cette traduction. Pour caract&#233;riser le registre des repr&#233;sentations dans l'originaire, il lui proposa &lt;i&gt;pr&#233;sentation&lt;/i&gt; (&#960;&#945;&#961;&#940;&#963;&#964;&#945;&#963;&#951;) plut&#244;t que &lt;i&gt;repr&#233;sentation&lt;/i&gt; (&#945;&#957;&#945;&#960;&#945;&#961;&#940;&#963;&#964;&#945;&#963;&#951;). Piera Aulagnier a tout de suite &#233;t&#233; d'accord, allant jusqu'&#224; dire que m&#234;me en fran&#231;ais, il aurait &#233;t&#233; plus juste de dire pr&#233;sentation plut&#244;t que repr&#233;sentation et qu'elle aurait choisi ce mot si elle avait d&#251; r&#233;&#233;crire son livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis, j'ai mieux appr&#233;hend&#233; cette notion d'originaire (en particulier dans sa diff&#233;rence avec le primaire) et je peux plus ais&#233;ment en faire l'hypoth&#232;se dans ma pratique clinique. La proposition de Gerassimos Stephanatos a d'autant plus fait &#233;cho chez moi, que c'&#233;tait &#224; propos d'une activit&#233; de th&#233;&#226;tre d'ombre avec des enfants autistes, que je bataillais avec cette notion &#224; ce moment-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet en Gr&#232;ce, c'est en premier lieu au th&#233;&#226;tre qu'on va voir une &#960;&#945;&#961;&#940;&#963;&#964;&#945;&#963;&#951;. L'&#233;tymologie de ce mot nous dit qu'il s'agit de se poser l&#224;, d'&#234;tre pr&#233;sent, de se tenir &#224; cot&#233; et c'est son usage courant qui nous dit que c'est &#224; propos de ce qui appara&#238;t sur une sc&#232;ne, celle du th&#233;&#226;tre actuellement ou celle du tribunal autrefois. &#913;&#957;&#945;&#960;&#945;&#961;&#940;&#963;&#964;&#945;&#963;&#951; n'est pas un mot de la langue courante, mais un mot savant, invent&#233; au XIX&#232;me pour traduire le mot fran&#231;ais, il est moins souple. Avec le pr&#233;fixe &#945;&#957;&#945;, il ajoute une strate du c&#244;t&#233; de la superposition, de la r&#233;p&#233;tition, dimension qui nous est famili&#232;re en psychanalyse, o&#249; on peut &#233;crire parfois &lt;i&gt;re-pr&#233;sentation&lt;/i&gt; avec un trait d'union pour le signifier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis persuad&#233; qu'une traduction litt&#233;rale de &#171; La violence de l'interpr&#233;tation &#187; aurait fait choisir &#945;&#957;&#945;&#960;&#945;&#961;&#940;&#963;&#964;&#945;&#963;&#951;, m&#234;me sans savoir que ce terme venait du fran&#231;ais. Mais la fine compr&#233;hension, que Gerassimos Stephanatos avait de la notion d'originaire, lui a permis d'ouvrir la discussion. Gr&#226;ce &#224; la mani&#232;re dont il a pu faire entrer en r&#233;sonance la langue grecque et la pens&#233;e de Piera Aulagnier, la notion d'originaire s'est non seulement enrichie, mais encore &#233;clair&#233;e. Ce dialogue a permis que quelque chose d'impr&#233;visible et de nouveau surgisse par le travail de la traduction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean Peuch-Lestrade&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#915;&#949;&#961;&#940;&#963;&#953;&#956;&#959;&#965; &#931;&#964;&#949;&#966;&#945;&#957;&#940;&#964;&#959;&#965;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La disparition soudaine de Gerassimos Stephanatos nous plonge dans le d&#233;sarroi, me bouleverse et c'est avec beaucoup d'&#233;motion que j'ai &#233;crit ce texte. &lt;br class='manualbr' /&gt;J'ai connu Gerassimos en 1979. J'&#233;tais interne en psychiatrie et lui chef de clinique. 1979, cela me para&#238;t si loin et en m&#234;me temps nos moments de rencontre et d'&#233;changes de cette &#233;poque lointaine restent si pr&#233;sents. Il parlait d&#233;j&#224; avec cet enthousiasme que nous lui connaissions tous de psychanalyse. Il me parlait avec ferveur de La Violence de l'interpr&#233;tation de Piera Aulagnier. Paru quelques ann&#233;es plus t&#244;t, cet ouvrage &#233;tait pour lui essentiel et fondamental. C'est lui qui me le fit d&#233;couvrir et ce qu'il en disait aura sans doute contribu&#233; &#224; ce que j'aille &#233;couter &#224; Sainte-Anne la dame qui parlait debout. Je l'entendais &#233;galement d&#233;j&#224; d&#233;velopper une critique tr&#232;s ferme du structuralisme et de l'immuabilit&#233; qui caract&#233;rise le symbolisme lacanien. Mais je garde surtout de ces ann&#233;es-l&#224; ce sentiment d'un coll&#232;gue habit&#233; d'un tel enthousiasme pour la cause psychanalytique qu'il en &#233;tait joyeux et qu'il pouvait transmettre cette joie. Avant qu'il ne s'&#233;tablisse &#224; Ath&#232;nes en 1988, il a &#233;t&#233; attach&#233; des h&#244;pitaux psychiatriques de Paris o&#249; il fut charg&#233; d'enseignement clinique &#224; l'H&#244;pital Lariboisi&#232;re et nous nous rencontrions &#224; quelques colloques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, install&#233; en Gr&#232;ce, il a d&#233;velopp&#233; son activit&#233; de psychanalyste en lib&#233;ral tout en &#233;tant m&#233;decin chef du d&#233;partement de psychiatrie pour adolescents et jeunes adultes &#224; l'H&#244;pital g&#233;n&#233;ral d'Ath&#232;nes G. Gennimatas (1990-2003) o&#249; il devait s'appliquer &#224; mettre en place son exp&#233;rience de la psychiatrie institutionnelle. Il est le co-fondateur (1997) et membre du comit&#233; de r&#233;daction de la revue psychanalytique grecque &lt;i&gt;Ek ton ysteron&lt;/i&gt; (apr&#232;s-coup) (1997-2014) et fondateur (2013) de la Soci&#233;t&#233; pour l'&#233;tude psychanalytique de l'adolescence &#171; Enivos &#187; qui si&#232;ge &#224; Ath&#232;nes o&#249; il a &#233;t&#233; responsable de la publication Psychanalyse et adolescence. Rep&#232;res th&#233;orico-cliniques. Il collabore avec le Centre europ&#233;en de traduction, de litt&#233;rature et de sciences humaines (EKEMEL), enseigne au D&#233;partement de th&#233;orie et d'histoire de l'art de l'ASKT (2007 &#224; 2011) et, sera directeur de collection (Psychanalytika) aux &#233;ditions Hestia &#224; Ath&#232;nes. Il est &#233;galement membre du Comit&#233; de lecture de la revue &lt;i&gt;Topique&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Membre du Quatri&#232;me Groupe depuis dix ans, on ne peut dissocier chez notre regrett&#233; coll&#232;gue, sa sensibilit&#233; aux probl&#232;mes sociaux, son engagement politique de son &#233;laboration th&#233;orico-clinique. En r&#233;f&#233;rence aux travaux de C. Castoriadis, il consid&#232;re l'&#234;tre humain comme un &#234;tre fou de ses passions, malade de son d&#233;sir, tout en &#233;tant &#233;pris d'une qu&#234;te inextinguible de sens et soutient qu'il n'est donc gu&#232;re possible de penser la psych&#233; et le sujet humain sans r&#233;f&#233;rence au monde socialement institu&#233;. Mais, qu'il est tout aussi essentiel de reconna&#238;tre que tout processus de subjectivit&#233; a &#224; se confronter &#224; un d&#233;j&#224;-l&#224;, &#224; un en de&#231;&#224; de lui-m&#234;me qui le pr&#233;c&#232;de et il s'appuie alors sur les concepts d'Aulagnier pour penser l'av&#232;nement du Je.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la richesse de son &#233;laboration qui confronte la dynamique instituant / institu&#233; au rapport Je identifiant / Je identifi&#233;, je ne rappellerai ici que ce qui le conduit &#224; sa conception de la cure. Celle-ci est pens&#233;e depuis la capacit&#233; autor&#233;flexive de l'originaire pictographique qui a &#224; tenir compte du travail de cr&#233;ation, de &#171; l'imagination radicale &#187; qui d&#233;passe la r&#233;p&#233;tition. En sa dynamique transf&#233;ro-contre-transf&#233;rentielle l'espace de la cure est pos&#233; comme co-cr&#233;ation et le champ de l'interpr&#233;table situe le travail analytique au niveau de la construction interpr&#233;tante cr&#233;atrice : proche &#224; la fois de la poi&#232;sis psychique et de l'&#233;mergence d'une subjectivit&#233; s'ouvrant et se renfermant sans cesse sur elle-m&#234;me, d'une subjectivit&#233; r&#233;fl&#233;chissante toujours &#224; faire &#234;tre. &lt;br class='manualbr' /&gt;Gerassimos a organis&#233; un s&#233;minaire, des groupes de travail. Il a &#233;crit de nombreux articles, publi&#233; des livres. Il a particip&#233; &#224; de nombreux colloques quand il ne les organisait pas &#224; Ath&#232;nes o&#249; du fait de son exp&#233;rience parisienne il a pu inviter nombre d'analystes de diff&#233;rentes soci&#233;t&#233;s. Gerassimos a beaucoup contribu&#233; &#224; faire conna&#238;tre en Gr&#232;ce les travaux m&#233;tapsychologiques li&#233;s au Quatri&#232;me Groupe en initiant notamment la traduction de la Violence de l'Interpr&#233;tation ainsi qu'un article de Nathalie Zaltzman. Et ceux de ses coll&#232;gues du Quatri&#232;me Groupe qui se sont rendus &#224; Ath&#232;nes se souviendront de son attention, de sa profonde hospitalit&#233; ainsi que celle de son &#233;pouse, Tessa, &#224; qui je renouvelle l'adresse de mes plus sinc&#232;res condol&#233;ances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous perdons un coll&#232;gue anim&#233; d'une passion ind&#233;fectible pour la psychanalyse et j'ai pu apprendre qu'il avait travaill&#233; &#224; la correction de son dernier livre tant que cela lui a &#233;t&#233; possible. Je perds un coll&#232;gue qui par sa lecture des plus attentives de l'oeuvre freudienne, de C. Castoriadis, de P. Aulagnier, de N. Zaltzman m'aura beaucoup appris, &#224; le lire, &#224; l'&#233;couter. Je perds un ami qui a marqu&#233; ma vie d'analyste, ma vie tout court.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bernard Defrenet &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hommage &#224; Gerassimos Stephanatos&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La disparition de Gerassimos Stephanatos a &#233;t&#233; un choc pour moi puisque depuis des mois &#224; cause de la pand&#233;mie de Covid-19 les r&#233;unions du Quatri&#232;me Groupe dont il &#233;tait membre &#233;taient suspendues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont mes origines grecques qui m'ont li&#233;e &#224; l'Association Franco-Hellenique de Psychiatrie Psychologie et Psychanalyse que notre ami commun Vangelis Spyratos m'a fait conna&#238;tre il y a bien longtemps maintenant, et dont je suis toujours la tr&#233;sori&#232;re. Elle &#233;tait malheureusement en sommeil depuis des ann&#233;es, avec la disparition des coll&#232;gues Claire Sinodynou, qui en avait &#233;t&#233; co-fondatrice, Vassilis Papadakos, et maintenant Gerassimos avec qui nous avions tent&#233; de r&#233;fl&#233;chir &#224; une &#233;volution possible ....&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais j'ai vraiment compris la profondeur et la finesse de Gerassimos en travaillant avec lui au Quatri&#232;me Groupe. Son sens th&#233;orique &#224; la recherche de l'expression des traces et de l'indicible n'&#233;tait jamais d&#233;connect&#233; de la relation humaine. J'ai pu constater sa g&#233;n&#233;rosit&#233; exceptionnelle autant que rare, ainsi que son sens du partage, du don, du lien ....&lt;br class='manualbr' /&gt;Il aurait d&#251; venir &#224; Paris pour notre s&#233;minaire le 20 Novembre 2021 et je me pr&#233;parais &#224; le revoir avec grand plaisir, comptant sur sa bienveillance et l'intelligence de son &#233;coute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me s'il nous manque, ce qui est donn&#233; ne se perd pas et j'esp&#232;re que la fid&#233;lit&#233; &#224; sa pens&#233;e et &#224; son &#234;tre &#224; la fois solide et tout en d&#233;licatesse, perdurera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 11/11/2021&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Monique Mioni&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Membre du Quatri&#232;me Groupe-OPLF&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Il s'agit du sous-titre de son ouvrage intitul&#233; &lt;i&gt;Constructions de l'analyse, construction de l'analyste&lt;/i&gt;, publi&#233; en 2017 aux &#201;ditions &lt;i&gt;Hestia &lt;/i&gt;&#224; Ath&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>La pr&#233;maturation humaine</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?1054-La-prematuration-humaine</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?1054-La-prematuration-humaine</guid>
		<dc:date>2021-10-15T11:51:43Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Lapassade G.</dc:subject>
		<dc:subject>Anthropologie</dc:subject>
		<dc:subject>Psycho-sociologie</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>N&#233;ot&#233;nie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;ducation</dc:subject>
		<dc:subject>Science</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Chapitre premier, &#171; La pr&#233;maturation &#187;, du livre &#171; L'entr&#233;e dans la vie &#187; de Georges Lapassade, 10/18 1963, pp. 23-4 (r&#233;ed. Anthropos, 2005). L'homme na&#238;t inachev&#233;. Plusieurs signes le manifestent : la non-fermeture des cloisons cardiaques, les insuffisances inscrites dans les alv&#233;oles pulmonaires, l'immaturit&#233; post-natale du syst&#232;me nerveux. Ce sont l&#224; des faits d'ordre biologique ; mais ils ont &#233;t&#233; particuli&#232;rement soulign&#233;s et interpr&#233;t&#233;s par les psychologues de l'enfance, et ceci (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-101-lapassade-g-+" rel="tag"&gt;Lapassade G.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-110-anthropologie-+" rel="tag"&gt;Anthropologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-109-psycho-sociologie-+" rel="tag"&gt;Psycho-sociologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-234-neotenie-+" rel="tag"&gt;N&#233;ot&#233;nie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-30-education-+" rel="tag"&gt;&#201;ducation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-38-science-+" rel="tag"&gt;Science&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Chapitre premier, &#171; La pr&#233;maturation &#187;, du livre &#171; L'entr&#233;e dans la vie &#187; de Georges Lapassade, 10/18 1963, pp. 23-4 (r&#233;ed. Anthropos, 2005).&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'homme na&#238;t inachev&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs signes le manifestent : la non-fermeture des cloisons cardiaques, les insuffisances inscrites dans les alv&#233;oles pulmonaires, l'immaturit&#233; post-natale du syst&#232;me nerveux. Ce sont l&#224; des faits d'ordre biologique ; mais ils ont &#233;t&#233; particuli&#232;rement soulign&#233;s et interpr&#233;t&#233;s par les psychologues de l'enfance, et ceci d&#232;s les premiers d&#233;veloppements de l'observation psychog&#233;n&#233;tique. Un psychologue de l'enfance, Preyer, les d&#233;crit ainsi : &#171; &lt;i&gt;Chez l'homme, le nombre des associations possibles entre la vue et les mouvements oculaires coordonn&#233;s est si grand, compar&#233; au nombre des associations possibles chez l'animal au moment de la naissance, qu'il ne leur est loisible de se d&#233;velopper qu'au cours d'une longue enfance, d'une longue p&#233;riode apr&#232;s la naissance&#8230; Ce n'est qu'&#224; partir de la sixi&#232;me ann&#233;e, comme l'a montr&#233; O. Binswanger, que se trouvent des cellules ganglionnaires compl&#232;tement d&#233;velopp&#233;es dans le cerveau de l'enfant : ce n'est qu'&#224; cette &#233;poque aussi, selon Sernoff, que se d&#233;veloppent les circonvolutions. Ainsi, non seulement le cerveau humain continue &#224; se d&#233;velopper apr&#232;s la naissance, mais il ne se diff&#233;rencie qu'apr&#232;s celle-ci, et ce n'est qu'au deuxi&#232;me mois qu'il pr&#233;sente des signes morphologiques caract&#233;ristiques&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Preyer, L'&#194;me de l'enfant. Trad. fr. Paris, Alcan, 1887, p. 56.&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a souvent interpr&#233;t&#233; cette immaturit&#233; comme une pr&#233;maturation : la naissance a lieu trop t&#244;t, l'enfant doit &#171; achever &#187; dans le monde un d&#233;veloppement qui n'a fait que commencer au cours de la vie f&#339;tale. La pr&#233;maturation de la naissance d&#233;terminerait ainsi l'allure sp&#233;cifique de l'enfance humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enfance devrait donc &#234;tre d&#233;finie comme la p&#233;riode d'ach&#232;vement de ce qui n'est qu'esquiss&#233; au terme de la vie intra-ut&#233;rine. Elle ne serait qu'une naissance continu&#233;e, un commencement d&#233;velopp&#233; ou, comme dit Nietzsche, &#171; un jour de l'an prolong&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;F. Nietzsche. Le voyageur et son ombre. 2e partie : Humain trop humain, &#167; 269.&#034; id=&#034;nh8-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Mais ceci explique et fonde la n&#233;cessit&#233; d'une enfance, sans rendre enti&#232;rement compte de sa singuli&#232;re longueur. Or on constate que le temps mis pour doubler le poids de l'organisme &#224; la naissance est plus long pour l'esp&#232;ce humaine que pour les autres esp&#232;ces vivantes ; que le moment de la marche, et le d&#233;lai qui le s&#233;pare de la venue au monde, est tel que l'enfant humain est plus longtemps inapte &#224; la ma&#238;trise de l'espace. Si l'on consid&#232;re enfin que la croissance physique ne s'ach&#232;ve chez l'homme qu'entre la vingti&#232;me et la trenti&#232;me ann&#233;e, on doit dire que le temps de maturation correspond &#224; peu pr&#232;s au tiers de la dur&#233;e totale de la vie -proportion que l'on ne trouve chez aucun autre &#234;tre vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement conna&#238;t enfin des d&#233;calages et des discontinuit&#233;s. Chacun sait que l'homme a des &#171; dents de lait &#187; avant d'avoir sa dentition d&#233;finitive, et qu'une phase de repos s&#233;pare ces deux dentitions. Mais le fait le plus remarquable reste le d&#233;veloppement &#171; diphas&#233; &#187; de la sexualit&#233; humaine : une premi&#232;re pouss&#233;e entre trois et cinq ans, suivie d'une phase de repos, puis une seconde floraison &#224; la pubert&#233;. Il y a d&#233;calage enfin entre les rythmes de maturation des organes et des fonctions : la maturation des connexions neuro-musculaires n&#233;cessaires &#224; la marche et au langage s'accomplit au cours de la premi&#232;re enfance ; la maturation sexuelle est achev&#233;e beaucoup plus tard ; l'ach&#232;vement de la croissance en longueur vient encore plus tardivement et se prolonge plusieurs ann&#233;es apr&#232;s l'acc&#232;s &#224; la maturit&#233; sexuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les phases de repos sont un trait particuli&#232;rement caract&#233;ristique : alternant avec des phases d'acc&#233;l&#233;ration, elles caract&#233;risent &#233;galement le rythme g&#233;n&#233;ral de la croissance. Les organes g&#233;nitaux f&#233;minins ont atteint un terme de croissance autour de la cinqui&#232;me ann&#233;e ; mais leur fonctionnement ne commence normalement qu'&#224; l'&#233;poque de la pubert&#233;. Ce caract&#232;re se retrouve sur le plan d'ensemble du comportement : &#224; cinq ans, observe Gesell, l'enfant atteint un palier d'&#233;quilibre tel qu'il para&#238;t avoir accompli &#171; &lt;i&gt;le premier tour de piste de la longue course vers la maturit&#233;&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Gesell et F. L. Ilg. Le jeune enfant dans la civilisation moderne, p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cet &#233;quilibre des cinq ans sera ensuite boulevers&#233; au cours de nouvelles pouss&#233;es de croissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'acc&#232;s de l'homme &#224; la maturit&#233; biologique ne s'accomplit donc pas d'un coup. Elle s'effectue lentement, de fa&#231;on complexe, selon des rythmes qui donnent aux d&#233;buts de l'homme dans la vie un caract&#232;re tout &#224; fait singulier. Cette singularit&#233; a fait l'objet de commentaires divergents. Les hypoth&#232;ses pour rendre compte des conditions de la naissance et de la signification de l'enfance, s'orientent en effet dans deux directions.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;* * *&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Certains auteurs proposent d'expliquer l'inach&#232;vement de l'homme &#224; la naissance par la complexit&#233; de son organisation psycho-biologique. Ainsi E. de Hartmann &#233;crit : &#171; &lt;i&gt;Chez l'homme, le nouveau-n&#233; semble ne rien apporter avec lui et devoir tout apprendre ; en fait, au contraire, il apporte tout, ou du moins infiniment plus que n'apporte l'animal &#233;quip&#233; et pr&#234;t d&#232;s sa sortie de l'&#339;uf, mais il l'apporte &#224; l'&#233;tat imparfait, car ce qu'il y a &#224; d&#233;velopper chez lui est si consid&#233;rable qu'au bout de neuf mois de vie embryonnaire, il n'en peut exister que les germes. Ces germes, ces dispositions se d&#233;veloppent et m&#251;rissent &#224; mesure que le cerveau de l'enfant se d&#233;veloppe par l'exp&#233;rience&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par Preyer, ibid., p. 57.&#034; id=&#034;nh8-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'inach&#232;vement initial appara&#238;t ici comme une d&#233;termination provisoire ; en r&#233;alit&#233;, l'enfant humain &#171; apporte tout &#187;, mais ce &#171; tout &#187; est encore envelopp&#233; dans le germe ; il est l&#224;, provisoirement, &#224; l'&#233;tat virtuel ; la perfection future de l'adulte est en puissance dans l'imperfection de la naissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la doctrine embryologique de la pr&#233;formation transpos&#233;e de l'embryologie &#224; la psychologie. Cette transposition &#233;tait en fait &#233;labor&#233;e d&#232;s le XVIlle si&#232;cle, dans le concept de la perfectibilit&#233;. Pour les philosophes des Lumi&#232;res, ainsi d'ailleurs que pour Rousseau, ce concept signifie qu'on reconna&#238;t &#224; l'homme seul la capacit&#233; d'un progr&#232;s ind&#233;fini qui ne serait qu'actualisation d'un ensemble de possibilit&#233;s d'abord en sommeil, et que l'exp&#233;rience r&#233;veille. Ce concept sert ainsi, comme le remarque R. Hubert, &#224; distinguer l'homme des autres &#234;tres vivants : selon les Encyclop&#233;distes, &#171; &lt;i&gt;il subsiste entre l'homme et l'animal des diff&#233;rences qui rendent possible la perfectibilit&#233; du premier et expliquent au contraire la fixation des instincts chez le second&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. Hubert. Les sciences sociales dans l'Encyclop&#233;die. Paris, Alcan, 1923, p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier contenu du concept de perfectibilit&#233; concerne les potentialit&#233;s inscrites dans l'&#234;tre humain &#224; la naissance, d&#233;velopp&#233;es au cours de l'enfance. Un second aspect de cette notion compl&#232;te le premier : il concerne l'&#233;ducabilit&#233; de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La longueur de l'enfance humaine rend l'&#233;ducation &#224; la fois n&#233;cessaire et possible ; l'enfance se caract&#233;rise comme condition de possibilit&#233; d'un conditionnement. On trouve une expression pr&#233;cise de cette th&#232;se dans la distinction qu'&#233;tablit Buffon entre l'homme et l'animal :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Un jeune animal, tant par l'incitation que par l'exemple, apprend en quelques semaines d'&#226;ge &#224; faire tout ce que ses p&#232;re et m&#232;re font ; il faut des ann&#233;es &#224; l'enfant, parce qu'en naissant il est sans comparaison beaucoup moins avanc&#233;, moins fort et moins form&#233; que ne le sont les petits animaux&#8230; L'enfant est donc beaucoup plus lent que l'animal &#224; recevoir l'&#233;ducation individuelle ; mais pour cette raison il devient susceptible de celle de l'esp&#232;ce. Les secours multipli&#233;s, les soins continuels qu'exige pendant longtemps son &#233;tat de faiblesse entretiennent, augmentent l'attachement des p&#232;re et m&#232;re et, soignant le corps, ils cultivent l'esprit. Le temps qu'il faut au premier pour se fortifier tourne au profil du second&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Buffon. Histoire naturelle. &#338;uvres compl&#232;tes, 6, Les quadrup&#232;des, les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'aspect que souligne ce texte est celui qui concerne la n&#233;cessit&#233; de l'&#233;ducation : l'enfant, d&#233;sarm&#233; devant les n&#233;cessit&#233;s de la vie &#171; moins fort et moins form&#233; &#187;, doit apprendre, c'est-&#224;-dire recevoir de l'entourage les techniques de vie que la nature ne lui a pas donn&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On accentue l'autre aspect de l'&#233;ducabilit&#233; en soulignant la plasticit&#233; propre &#224; l'enfance. C'est l&#224; un trait d'observation courante et qui, d'ailleurs, d&#233;borde Je cadre de l'esp&#232;ce humaine : le temps de la croissance des &#234;tres vivants est, par opposition au temps de maturit&#233;, celui d'une plasticit&#233; qui permet le dressage. Pour parler le langage de Buffon : l'enfance devient ainsi le moment d'une &#171; &#233;ducation de l'individu &#187;, commune &#224; l'homme et &#224; l'animal. Les &#234;tres vivants qui ont atteint un certain degr&#233; d'&#233;volution ont, comme le soulignera J. Fiske&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fiske. The meaning of infancy (1899).&#034; id=&#034;nh8-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, une enfance au cours de laquelle ils acqui&#232;rent des comportements. Le mod&#232;le de ces conduites acquises est fourni par les adultes. On le voit dans la formation des habitudes : certaines conduites n&#233;cessaires &#224; la conservation de la vie seraient inscrites dans l'&#233;quipement h&#233;r&#233;ditaire ; le poussin picore d&#232;s qu'il a bris&#233; sa coquille. D'autres conduites sont au contraire acquises par imitation ou par domestication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#171; &#233;ducation de l'esp&#232;ce &#187; est le propre de l'homme : des caract&#232;res nouveaux sont apparus, qui n'appartiennent pas &#224; la nature ; le langage en est un exemple. L'&#233;ducation n'est plus alors la simple mise en activit&#233; des conduites propre &#224; &#171; l'&#233;ducation individuelle &#187; ; elle implique, au contraire, la transmission de normes et de techniques dont l'ensemble forme ce qu'on nomme aujourd'hui la culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'acculturation de l'enfant humain peut &#234;tre comprise de deux mani&#232;res, selon qu'on donne telle ou telle d&#233;finition de la culture. Dans la perspective de la philosophie des Lumi&#232;res, qui fonde la distinction introduite par Buffon, la culture constitue la diff&#233;rence sp&#233;cifique de l'homme, le caract&#232;re essentiel de la nature humaine. Dans une perspective plus moderne, la notion de culture s'oppose &#224; la notion de nature : l'homme est un &#234;tre culturel, et non naturel ; la diversit&#233; des cultures brise toute unit&#233; fondamentale de l'esp&#232;ce au b&#233;n&#233;fice d'une s&#233;paration des styles de vie et des mod&#232;les de comportement. Au d&#233;part de toute r&#233;flexion sur le conditionnement humain, il importe de rappeler cette ambigu&#239;t&#233; inh&#233;rente &#224; la d&#233;finition de la culture. Si l'on retient le premier sens, avec l'universalit&#233; des Lumi&#232;res, le conditionnement aura la valeur d'une hominisation progressive ; la pr&#233;paration &#233;ducative &#224; la vie doit &#234;tre comprise comme une insertion sociale, fond&#233;e sur la diversit&#233; des normes caract&#233;ristiques des diverses soci&#233;t&#233;s. Dans le premier cas, l' &#171; acculturation &#187; d&#233;signe l'entr&#233;e de l'homme dans l'universalit&#233; d'une condition ; dans le second, il s'agit, au contraire, du processus qui brise l'unit&#233; biologique pour modeler l'individu selon les normes d'un groupe social distinct des autres groupements humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste que, dans les deux cas ainsi s&#233;par&#233;s, l'&#233;ducabilit&#233; trouve son terme dans l'ach&#232;vement des ann&#233;es de formation. L'homme achev&#233;, c'est l'homme adulte. La perfectibilit&#233;, avec sa double signification de potentialit&#233; et d'&#233;ducabilit&#233;, suppose un id&#233;al de perfection, et donc la possibilit&#233; d'un ach&#232;vement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#233;galement &#224; partir d'une perfectibilit&#233; qui demande un temps d'actualisation &#8211; nous dirions aujourd'hui de maturation &#8211; que le philosophe J. Fiske a propos&#233;, en se r&#233;clamant de Darwin, d'expliquer la longueur de l'enfance. Fiske, c'est Buffon interpr&#233;t&#233; &#224; la lumi&#232;re de l'&#233;volutionnisme. Selon Fiske, en effet, l'enfance est un produit de l'&#233;volution : cette conclusion est exig&#233;e par le fait que sa dur&#233;e para&#238;t cro&#238;tre avec la transformation &#233;volutive des &#234;tres vivants. L'explication de cet allongement progressif prend chez Fiske un caract&#232;re nettement finaliste. C'est ainsi qu'il &#233;crit dans &lt;i&gt;La destin&#233;e de l'homme&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;La vie psychologique des animaux les plus inf&#233;rieurs consiste en quelques actes simples tendant &#224; se procurer la nourriture et &#224; &#233;viter le danger ; ces actes, nous avons coutume de les classer comme instinctifs. Si nous montons l'&#233;chelle animale jusqu'&#224; ce que nous arrivions aux oiseaux et aux mammif&#232;res sup&#233;rieurs, nous voyons commencer un changement tr&#232;s remarquable&#8230; Les actes que l'animal accomplit au cours de sa vie deviennent beaucoup plus nombreux, beaucoup plus vari&#233;s et beaucoup plus complexes. Ils sont donc r&#233;p&#233;t&#233;s avec moins de fr&#233;quence dans le cours de la vie de chaque individu. Cons&#233;quemment, la disposition &#224; les accomplir n'est pas compl&#232;tement organis&#233;e dans le syst&#232;me nerveux du rejeton avant la naissance. La courte p&#233;riode d'existence pr&#233;-natale ne donne pas un temps suffisant pour l'organisation d'habitudes aussi vari&#233;es et aussi complexes. Le processus qui, dans les animaux inf&#233;rieurs, est achev&#233; avant la naissance, voit cet ach&#232;vement prorog&#233; dans les animaux sup&#233;rieurs jusqu'&#224; l'&#233;poque suivant la naissance&lt;/i&gt;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Fiske. La destin&#233;e de l'homme, p. 29-36.&#034; id=&#034;nh8-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'existence de l'enfance est ainsi justifi&#233;e par une complexit&#233; croissante du comportement qui lui serait, on ne sait trop pourquoi, ant&#233;rieure. Pour Fiske, c'est le psychisme qui d&#233;termine l'apparition de l'enfance dans le cours de l'&#233;volution. Le spiritualisme du philosophe dirige ici l'interpr&#233;tation des faits et la lecture des significations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le spiritualisme mis &#224; part, la r&#233;ponse de H. Wallon au m&#234;me probl&#232;me n'est pas tr&#232;s diff&#233;rente. Il &#233;crit en effet : &#171; &lt;i&gt;L'enfant reste beaucoup plus longtemps d&#233;sarm&#233; devant les n&#233;cessit&#233;s les plus &#233;l&#233;mentaires de la vie, et les occasions d'apprentissage qu'il doit trouver dans le milieu externe prennent alors une importance d&#233;cisive. Il y a ainsi relation inverse entre la richesse de l'&#233;quipement et l'ach&#232;vement de ses parties. Plus grand est le nombre des possibilit&#233;s, plus grande leur ind&#233;termination.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Wallon. L'&#233;volution psychologique de l'enfant, p. 46.&#034; id=&#034;nh8-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ici encore, on le voit, la plasticit&#233; d'un &#234;tre inachev&#233; est invoqu&#233;e, postul&#233;e, pour rendre compte d'une enfance n&#233;cessairement longue. Mais d'o&#249; vient cette richesse originelle ? On la pose au d&#233;part, pour conclure qu'une longue p&#233;riode de maturation est n&#233;cessaire &#224; son actualisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la th&#233;orie modernis&#233;e de la perfectibilit&#233;. On commence par souligner le lien entre la n&#233;cessit&#233; des apprentissages -l'homme est un animal qui doit apprendre &#224; vivre &#8211; en marquant ici l'importance du milieu ext&#233;rieur. Puis, on invoque, comme le font Fiske et Preyer, une grande richesse en possibilit&#233;s qui n'ont pu s'actualiser au cours et au terme d'une vie pr&#233;natale trop courte ; ce qui doit rendre compte de l'ind&#233;termination originelle de l'organisme n&#233;onatal. Mais comment expliquer alors, sinon par la th&#233;orie classique d'un perfectionnement progressif des esp&#232;ces, cette richesse en &#233;quipements biologiques invoqu&#233;e &#224; titre d'explication derni&#232;re ? Ou bien on postule, sans le d&#233;velopper, un progr&#232;s lin&#233;aire qui fait de l'homme l'animal le plus perfectionn&#233; ; ou bien on tombe dans un v&#233;ritable cercle, et l'on explique l'ind&#233;termination par l'immaturit&#233; et l'immaturit&#233; ou la pr&#233;maturation par l'ind&#233;termination&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, ces interpr&#233;tations oscillent entre les deux aspects du concept de perfectibilit&#233; : tant&#244;t on souligne la potentialit&#233; des &#233;quipements qui doivent m&#251;rir, et tant&#244;t on met l'accent sur l'&#233;ducation. Devenir homme, accomplir en soi l'humanit&#233;, entrer dans la vie, c'est, dans cette perspective, actualiser la perfectibilit&#233; caract&#233;ristique de l'esp&#232;ce ; et c'est en m&#234;me temps achever d'apprendre &#224; vivre. Dans cette perspective, l'adulte, c'est l'homme d&#233;velopp&#233; et form&#233; ; l'enfant ne sert ici qu'&#224; pr&#233;parer l'adulte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on peut soutenir le contraire et dire que l'adulte pr&#233;c&#232;de l'enfant.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;* * * &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qu'avait d&#233;j&#224; vu Darwin. On lit, en effet, dans &lt;i&gt;l'Origine des Esp&#232;ces&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;On sait actuellement que quelques animaux sont aptes &#224; se reproduire &#224; un &#226;ge tr&#232;s pr&#233;coce, avant m&#234;me d'avoir acquis leurs caract&#232;res adultes complets ; si cette facult&#233; venait &#224; prendre chez une esp&#232;ce un d&#233;veloppement consid&#233;rable, il est probable que l'&#233;tat adulte de ces animaux se perdrait t&#244;t ou tard ; en ce cas, le caract&#232;re de l'esp&#232;ce tendrait &#224; se modifier et &#224; se d&#233;grader consid&#233;rablement, surtout si la larve diff&#233;rait beaucoup de la forme adulte.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ch. Darwin. L'origine des esp&#232;ces, chap. 6.&#034; id=&#034;nh8-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'hypoth&#232;se, v&#233;rifi&#233;e pour certaines esp&#232;ces animales, de la n&#233;ot&#233;nie &#233;volutive, ne fait que reprendre et d&#233;velopper cette id&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept de n&#233;ot&#233;nie comporte, en effet, une double signification : il d&#233;signe d'abord un fait, par exemple l'existence de batraciens qui conservent leur forme larvaire et se perp&#233;tuent sous cette forme. Il peut aussi d&#233;signer une id&#233;e, celle de Darwin : ces formes juv&#233;niles, fix&#233;es au cours de l'&#233;volution, auraient succ&#233;d&#233; chronologiquement &#224; une forme adulte ancestrale. L'exemple le plus souvent cit&#233; est celui de l'axolotl. En 1865, le naturaliste Dum&#233;ril d&#233;crit la m&#233;tamorphose inattendue de ces batraciens rapport&#233;s du Mexique, qu'il voit perdre leurs branchies, passer de la vie aquatique &#224; la vie a&#233;rienne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dumeril. Observation sur la reproduction, Paris, 1866.&#034; id=&#034;nh8-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'observation de Dum&#233;ril confirmait une hypoth&#232;se de Cuvier : l'axolotl, ce &#171; reptile douteux &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cuvier. Recherches anatomiques&#8230;, Paris, 1807.&#034; id=&#034;nh8-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#233;tait bien, en r&#233;alit&#233;, un batracien dont la structure larvaire &#233;tait devenue h&#233;r&#233;ditaire. On a pu pr&#233;ciser par la suite que l'axolotl est issu d'un batracien &#224; m&#233;tamorphose : l'amblystome, dont le d&#233;veloppement suit ailleurs le cours normal et complet observ&#233; par Dum&#233;ril dans son laboratoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les lacs am&#233;ricains, en effet, la forme axolotl est transitoire ; elle correspond simplement &#224; la &#171; phase t&#234;tard &#187;, pr&#233;c&#233;dant la m&#233;tamorphose et la forme adulte d&#233;finitive. Dans certains lacs mexicains au contraire, cette forme adolescente est d&#233;finitivement fix&#233;e ; elle ne pr&#233;c&#232;de plus l'&#233;tat adulte, elle le remplace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit la cons&#233;quence de cette d&#233;couverte pour une th&#233;orie de l'&#233;volution. Si le n&#233;ot&#232;ne est un adolescent qui a remplac&#233; l'adulte, le progr&#232;s &#233;volutif n'est plus la cons&#233;quence d'un perfectionnement continu des formes adultes. Au contraire : une nouvelle esp&#232;ce peut na&#238;tre d'une enfance conserv&#233;e, et substitu&#233;e &#224; la maturit&#233;. Dans l'histoire des vivants, l'enfant peut succ&#233;der &#224; l'adulte au lieu de le pr&#233;c&#233;der.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; un scandale pour une certaine biologie. Apr&#232;s Darwin, en effet, nombre de biologistes, et notamment Haeckel, ont soutenu l'id&#233;e que l'histoire des esp&#232;ces est analogue &#224; celle des individus. L'adulte est plus parfait que l'enfant &#8211; l'axolotl pr&#233;c&#232;de l'amblystome &#8211; l'homme &#171; descend du singe &#187; &#8211; ou du moins d'un anthropo&#239;de adulte perfectionn&#233;. Mieux : si, pour se d&#233;velopper, l'amblystome emprunte la forme axolotl, c'est, dirait Haeckel, parce qu'au cours de l'&#233;volution les axolotl &#8211; &#224; mi-chemin entre les poissons et les batraciens &#8211; ont pr&#233;c&#233;d&#233; les amblystomes. La m&#233;tamorphose de l'individu, qui le fait passer &#224; la forme adulte, ne fait que r&#233;p&#233;ter l'&#233;volution dont il est issu : l'ontog&#233;n&#232;se r&#233;capitule la phylog&#233;n&#232;se. L'homme m&#234;me, &#224; tel moment de sa vie f&#339;tale, &#171; r&#233;capitule &#187; le moment aquatique de la vie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fr. Haeckel. Anthropog&#233;nie, Trad. fr. Paris, 1877.&#034; id=&#034;nh8-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il passe par un &#171; stade poisson &#187;. L'enfant va ensuite &#171; r&#233;capituler &#187; les &#233;tapes de l'hominisation ; ses jeux vont &#171; r&#233;p&#233;ter &#187; les activit&#233;s de nos lointains anc&#234;tres. Grandir, c'est s'humaniser, c'est parcourir en raccourci, dans une existence individuelle, la longue route du progr&#232;s de l'humanit&#233;. Si les biologistes ont renonc&#233; &#224; ce roman, nombreux sont aujourd'hui les psychologues qui en maintiennent la tradition&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La th&#232;se de la r&#233;capitulation sociog&#233;n&#233;tique a &#233;t&#233; maintes fois soutenue en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Freud a maintenu curieusement, contre l'esprit m&#234;me de sa d&#233;couverte, cette th&#233;orie : le complexe d'&#338;dipe est pour lui la r&#233;p&#233;tition ontog&#233;n&#233;tique du parricide originel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Freud n'a jamais renonc&#233; &#224; l'hypoth&#232;se de la r&#233;capitulation invoqu&#233;e par lui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hypoth&#232;se de la n&#233;ot&#233;nie renverse ces propositions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'axolotl a succ&#233;d&#233; &#224; l'amblystome au cours de l'&#233;volution, on ne peut soutenir en m&#234;me temps que l'amblystome r&#233;capitule aujourd'hui, au cours de sa m&#233;tamorphose, des formes plus anciennes de vie. La &#171; loi biog&#233;n&#233;tique fondamentale &#187; de Haeckel, ou &#171; loi de r&#233;capitulation &#187;, ne tient plus. Le progr&#232;s ne passe plus n&#233;cessairement par le perfectionnement des formes adultes ; il peut s'inscrire, au contraire, dans des formes embryonnaires stabilis&#233;es. Tel est le renversement de perspectives sugg&#233;r&#233; par l'existence d'esp&#232;ces animales n&#233;ot&#233;niques. Peut-on l'appliquer &#224; l'explication de l'homme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bolk l'affirme, &#224; partir d'observations qui rel&#232;vent d'abord de l'anatomie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L. Bolk. Le probl&#232;me de la gen&#232;se humaine, trad. fr. Paris, 1961.&#034; id=&#034;nh8-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais il invoque, &#224; titre de preuves compl&#233;mentaires, des observations d'ordre biologique dont on a d&#233;j&#224; soulign&#233; l'importance : l'inach&#232;vement de l'organisme &#224; la naissance, la longueur exceptionnelle de l'enfance humaine, les d&#233;calages dans le d&#233;veloppement. Du coup, le concept de n&#233;ot&#233;nie renouvelle la compr&#233;hension de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inach&#232;vement de l'organisme &#224; la naissance n'est invoqu&#233; par Bolk que d'une fa&#231;on lat&#233;rale, pour illustrer la lenteur du cours de notre vie. L'homme est &#171; jet&#233; &#187; trop t&#244;t dans le monde : la lenteur du cours de la vie a pu se manifester dans la vie intra-ut&#233;rine. Se d&#233;veloppant moins rapidement, au cours de cette phase, que ses anc&#234;tres, le nouveau-n&#233; humain est moins m&#251;r &#224; la naissance. Il lui faut donc continuer &#224; na&#238;tre, vivre pour venir &#224; la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est aussi la signification de la longueur de l'enfance. Bolk souligne le caract&#232;re particuli&#232;rement tardif de la pubert&#233; chez l'homme en insistant, en m&#234;me temps, sur l'h&#233;t&#233;rochronie de ce d&#233;veloppement. Tout se passe comme si l'entr&#233;e en fonction de l'appareil sexuel avait &#233;t&#233; diff&#233;r&#233;e, ajourn&#233;e, parce qu'elle se produirait &#224; un &#226;ge o&#249; le soma f&#233;minin n'est pas m&#251;r pour la conception. Or c'est bien l&#224; le trait fondamental de la n&#233;ot&#233;nie : le n&#233;ot&#232;ne est issu, semble-t-il, d'une disjonction entre les rythmes de d&#233;veloppement du &lt;i&gt;soma&lt;/i&gt; et du &lt;i&gt;germen&lt;/i&gt; : le premier est retard&#233; jusqu'&#224; ne plus atteindre la forme adulte ; le second se d&#233;veloppe compl&#232;tement et parvient &#224; maturit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Bolk, ces aspects du d&#233;veloppement ont une signification commune : ils manifestent l'action d'un processus de retardement. Le cours de notre vie est lent parce qu'il a &#233;t&#233; ralenti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ralentissement &#8211; ce freinage &#8211; n'agit pas de la m&#234;me mani&#232;re pour toutes les s&#233;quences du d&#233;veloppement individuel : il est des phases de d&#233;veloppement plus intenses &#8211; c'est-&#224;-dire selon Bolk, moins frein&#233;es ; ce sont les pouss&#233;es de croissance. Ce qui varie, c'est le degr&#233; de retardement ; mais ce retardement agit pour toute l'esp&#232;ce humaine, et doit &#234;tre lui-m&#234;me expliqu&#233;. D'o&#249; l'hypoth&#232;se bolkienne des hormones inhibitrices, cause derni&#232;re de la &#171; f&#339;talisation &#187; de la forme &#8211; c'est ainsi que Bolk nomme l'anatomie n&#233;ot&#233;nique de l'homme &#8211; comme du ralentissement du cours de la vie individuelle. Si l'homme est un n&#233;ot&#232;ne, c'est parce que la vitesse de croissance de ses anc&#234;tres anthropo&#239;des a &#233;t&#233; ralentie. D'o&#249; la conservation des structures f&#339;tales ; la n&#233;ot&#233;nie a jou&#233; son r&#244;le &#233;volutif. Le cours de la vie humaine t&#233;moigne encore de ce ralentissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le voit, Louis Bolk, sp&#233;cialiste d'anatomie compar&#233;e, est avant tout soucieux de comprendre la sp&#233;cificit&#233; de la structure corporelle pour &#233;tablir, en fonction de son caract&#232;re &#171; f&#339;tal &#187;, une hypoth&#232;se sur nos origines. Renversant le cours traditionnel d'une anatomie compar&#233;e mise au service des th&#233;ories de la descendance, il part de l'homme pour remonter ensuite vers ses ascendants suppos&#233;s. Il ne fait que d&#233;velopper ainsi une id&#233;e de Marx, qui observe que &#171; l'anatomie de l'homme est la cl&#233; de l'anatomie du singe &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;K. Marx. Introduction &#224; la critique de l'&#233;conomie politique, p. 169.&#034; id=&#034;nh8-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; il faut partir du n&#233;ot&#232;ne pour comprendre l'adulte ascendant. La th&#233;orie bolkienne nous fournit ainsi un concept r&#233;gulateur : dire que l'homme est un n&#233;ot&#232;ne, c'est indiquer qu'il a conserv&#233; la plasticit&#233; de la vie embryonnaire et juv&#233;nile, en m&#234;me temps que sa fragilit&#233;. L'homme n'est pas seulement d&#233;nud&#233;, comme le souligne Bolk, dans son corps &#171; f&#339;talis&#233; &#187; ; il l'est aussi dans sa structure psychique, et l'ind&#233;termination de ses tendances n'est peut-&#234;tre elle-m&#234;me qu'un produit de la f&#339;talisation des instincts. L'esp&#232;ce humaine, en tant qu'elle est d'abord une esp&#232;ce animale, pr&#233;senterait ainsi non seulement ce caract&#232;re singulier que constitue sa morphologie infantile, caract&#232;re commun &#224; tous les n&#233;ot&#232;nes, mais encore l'ind&#233;termination ouverte d'un &#234;tre &#224; jamais marqu&#233; par un inach&#232;vement originel. Avec l'homme, la n&#233;ot&#233;nie acquiert ainsi un nouveau sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme-n&#233;ot&#232;ne n'est pas seulement immatur&#233;, il est pr&#233;matur&#233;. Cet inach&#232;vement sp&#233;cifique se retrouverait, pour les m&#234;mes causes &#8211; et c'est l&#224; le second aspect de l'hypoth&#232;se &#8211; dans le cours de la vie individuelle : le concept de pr&#233;maturation correspond ici au concept de f&#339;talisation ; les deux concepts sont li&#233;s en une saisie synth&#233;tique de l'&#234;tre biologique de l'homme. L'importance de ce lien est capitale : si, en effet, le cours de la vie humaine est vu dans la perspective de la n&#233;ot&#233;nie, la pr&#233;maturation n'est pas seulement une caract&#233;ristique de la naissance et des d&#233;buts de l'homme dans la vie ; elle concerne au contraire la vie enti&#232;re d'un &#234;tre qui n'atteindra jamais le statut d'adulte dont il s'est autrefois &#233;loign&#233;. L'inach&#232;vement permanent de l'individu est &#224; l'image de l'inach&#232;vement permanent de l'esp&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut donc conserver, pour parler de l'homme, la notion de n&#233;ot&#233;nie, qu'&#224; condition de pr&#233;ciser ceci : s'agissant de l'esp&#232;ce humaine, la n&#233;ot&#233;nie signifie d'abord l'inach&#232;vement, et ensuite la conservation des formes juv&#233;niles. Or la n&#233;ot&#233;nie n'implique pas n&#233;cessairement cela : il est clair, en effet, qu'un batracien n&#233;ot&#232;ne est fix&#233; dans sa forme sp&#233;cifique ; au terme du processus &#233;volutif dont il est issu, il est tout autant d&#233;termin&#233;, sur le plan anatomique comme sur le plan fonctionnel, que l'anc&#234;tre qui l'a pr&#233;c&#233;d&#233; dans la s&#233;rie animale. C'est pourquoi l'accent mis sur l'inach&#232;vement ne devient v&#233;ritablement significatif que si l'on retient la plasticit&#233; des stades juv&#233;niles pour l'opposer &#224; la stabilit&#233; des adultes. Insister sur la n&#233;ot&#233;nie humaine, c'est donc valoriser l'ind&#233;termination de la jeunesse et, corr&#233;lativement, d&#233;valoriser les d&#233;terminations de la maturit&#233;. C'est dire, en m&#234;me temps, que le progr&#232;s suppose la plasticit&#233; caract&#233;ristique des formes embryonnaires de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y aurait pas d'histoire humaine si l'homme &#233;tait rest&#233; au stade d'un animal achev&#233;. Un vivant achev&#233;, ajust&#233; &#224; son milieu de vie, n'a pas besoin de progresser, d'inventer des ripostes aux exigences du milieu, &#224; ses carences, de trouver des moyens de compenser ses inf&#233;riorit&#233;s. Un exemple, souvent cit&#233;, est celui de la nudit&#233;. On a coutume d'expliquer ce fait culturel, le v&#234;tement, par la fragilit&#233; d'un organisme sans pelage. Il est sans doute moins banal d'expliquer, avec Bolk, ce d&#233;nuement par un processus de f&#339;talisation : les f&#339;tus de primates sont &#233;galement d&#233;nud&#233;s ; la n&#233;ot&#233;nie conserve ce caract&#232;re f&#339;tal, et induit, de ce fait, une invention qui s'inscrit dans la culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui importe ici, ce n'est pas un probl&#232;me d'origine, de descendance, mais bien d'abord une d&#233;termination de l'&#234;tre de l'homme. La trouvaille de Bolk est de proposer une explication de ce qu'on avait constat&#233; bien avant lui. Sans doute son but est-il d'expliquer une structure corporelle. Mais on peut, &#224; partir de son enseignement, proc&#233;der autrement : on posera, comme principe, non la f&#339;talisation mais la n&#233;ot&#233;nie de l'homme, dont on cherchera l'illustration ou la preuve aussi bien dans la structure anatomique que dans la biologie ou la pathologie de la croissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;flexion sur la n&#233;ot&#233;nie conduit enfin &#224; mettre en question le concept normatif d'adulte : le ralentissement &#233;volutif cr&#233;e des esp&#232;ces nouvelles dont l'existence conduit &#224; r&#233;viser les concepts d'adulte et de maturit&#233;, tant en biologie qu'en anthropologie. L'adulte, pour le biologiste, c'est l'organisme qui a termin&#233; sa croissance et dont le d&#233;veloppement est achev&#233;. La formation du terme l'indique et le souligne : par opposition &#224; l'adolescent (&lt;i&gt;adolescens&lt;/i&gt;) l'adulte est form&#233;, m&#251;ri, termin&#233; (&lt;i&gt;adultus&lt;/i&gt;). Mais que dire de l'axolotl ? Vu sous l'angle de son d&#233;veloppement individuel, il devient &#171; adulte &#187; lorsque sa croissance est achev&#233;e et qu'il est apte &#224; se reproduire. Mais compar&#233; au batracien &#224; m&#233;tamorphose dont il est issu, cet axolotl adulte n'appara&#238;t plus v&#233;ritablement comme tel : il est d&#233;finitivement fix&#233; &#224; un stade juv&#233;nile. On aper&#231;oit ainsi la relativit&#233; de la notion d'adulte&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cet &#233;branlement des normes doit nous aider &#224; dissocier les relations (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, dont la biologie de la croissance semblait fournir le mod&#232;le le plus simple, le moins contestable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature, en tout cas, ne fournit plus de rep&#232;res. Et la culture ne fait peut-&#234;tre que r&#233;pondre &#224; ce manque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; ce qu'essaie d'exprimer Fromm dans les remarques qu'il consacre &#224; la naissance de l'homme : &#171; &lt;i&gt;Le probl&#232;me que la race humaine aussi bien que l'individu doit r&#233;soudre est celui de na&#238;tre&#8230; L'enfant avant la naissance n'est pas diff&#233;rent de l'enfant apr&#232;s la naissance ; le processus de naissance continue. La naissance au sens conventionnel du terme est seulement le commencement de la naissance dans un sens plus large. La vie enti&#232;re de l'individu n'est rien d'autre que le processus de donner naissance &#224; soi-m&#234;me ; en v&#233;rit&#233;, nous serons pleinement n&#233;s quand nous mourrons. &lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. Fromm. Le drame fondamental de l'homme : na&#238;tre &#224; l'humain. L'Age (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Preyer, &lt;i&gt;L'&#194;me de l'enfant&lt;/i&gt;. Trad. fr. Paris, Alcan, 1887, p. 56.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;F. Nietzsche. &lt;i&gt;Le voyageur et son ombre&lt;/i&gt;. 2e partie : &lt;i&gt;Humain trop humain&lt;/i&gt;, &#167; 269.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;A. Gesell et F. L. Ilg. &lt;i&gt;Le jeune enfant dans la civilisation moderne&lt;/i&gt;, p. 362. Cf. &#233;galement M. Mead : &lt;i&gt;M&#339;urs et sexualit&#233; en Oc&#233;anie&lt;/i&gt; : la petite Arapesh est &#171; mariable &#187; d&#232;s l'&#226;ge de cinq ans. Pion, &#233;dit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cit&#233; par Preyer, &lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;., p. 57.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;R. Hubert. &lt;i&gt;Les sciences sociales dans l'Encyclop&#233;die&lt;/i&gt;. Paris, Alcan, 1923, p. 176.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Buffon. &lt;i&gt;Histoire naturelle. &lt;/i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes, 6, Les quadrup&#232;des, les singes, p. 140.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Fiske. &lt;i&gt;The meaning of infancy&lt;/i&gt; (1899).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;J. Fiske. &lt;i&gt;La destin&#233;e de l'homme&lt;/i&gt;, p. 29-36.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;H. Wallon. &lt;i&gt;L'&#233;volution psychologique de l'enfant&lt;/i&gt;, p. 46.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ch. Darwin. &lt;i&gt;L'origine des esp&#232;ces&lt;/i&gt;, chap. 6.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Dumeril. &lt;i&gt;Observation sur la reproduction&lt;/i&gt;, Paris, 1866.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cuvier. &lt;i&gt;Recherches anatomiques&lt;/i&gt;&#8230;, Paris, 1807.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Fr. Haeckel. &lt;i&gt;Anthropog&#233;nie&lt;/i&gt;, Trad. fr. Paris, 1877.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La th&#232;se de la r&#233;capitulation sociog&#233;n&#233;tique a &#233;t&#233; maintes fois soutenue en psychologie de l'enfant. Apr&#232;s Haeckel, elle a &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233;e, notamment, par Stanley Hall.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Freud n'a jamais renonc&#233; &#224; l'hypoth&#232;se de la r&#233;capitulation invoqu&#233;e par lui pour rendre compte du complexe d'&#338;dipe consid&#233;r&#233; comme la r&#233;p&#233;tition, dans le d&#233;veloppement de l'individu, du drame originel de l'humanit&#233; d&#233;crit dans &lt;i&gt;Totem et tabou&lt;/i&gt;. La th&#232;se de la r&#233;capitulation est notamment expos&#233;e dans l'introduction &#224; la psychanalyse (p. 218 de la traduction fran&#231;aise), dans &lt;i&gt;Mo&#239;se et le monoth&#233;isme&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire jusqu'aux derni&#232;res ann&#233;es de la vie de Freud. Or, malgr&#233; la &#171; correction &#187; introduite sur cette th&#232;se par G&#233;za Roheim &#224; partir de 1932, la question n'a jamais fait l'objet, &#224; notre connaissance du moins, de v&#233;ritables d&#233;bats dans le mouvement psychanalytique. Aujourd'hui encore, certains psychanalystes continuent &#224; admettre l'hypoth&#232;se freudienne. D'autres au contraire substituent, avec G&#233;za Roheim, &#224; la th&#233;orie freudienne de la r&#233;capitulation la th&#233;orie bolkienne de la f&#339;talisation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;L. Bolk. &lt;i&gt;Le probl&#232;me de la gen&#232;se humaine&lt;/i&gt;, trad. fr. Paris, 1961.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;K. Marx. &lt;i&gt;Introduction &#224; la critique de l'&#233;conomie politique&lt;/i&gt;, p. 169.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cet &#233;branlement des normes doit nous aider &#224; dissocier les relations couramment &#233;tablies entre le progr&#232;s et la maturit&#233;. Nous ne dirons plus, avec les &lt;i&gt;Aufkl&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#228;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;rer&lt;/i&gt;, que les lumi&#232;res r&#233;alisent, comme le pensait Kant, la maturit&#233; de l'homme et que c'est l&#224; un progr&#232;s d&#233;cisif. Le progr&#232;s, au contraire, peut tout aussi bien consister en une lutte contre une maturit&#233; scl&#233;ros&#233;e, fix&#233;e dans son apparente perfection. Et si l'homme est effectivement marqu&#233; d'abord par son inach&#232;vement, il faut admettre que cette maturit&#233; n'est jamais compl&#232;te, et qu'il est donc illusoire d'en assigner le terme, l'ach&#232;vement d&#233;finitif.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;E. Fromm. Le drame fondamental de l'homme : na&#238;tre &#224; l'humain. &lt;i&gt;L'Age nouveau&lt;/i&gt;, n&#176;106. E. Fromm ajoute que la naissance des soci&#233;t&#233;s peut s'expliquer par un processus analogue : l'art, la religion, l'ensemble des &#339;uvres humaines sont &#171; &lt;i&gt;des tentatives pour r&#233;soudre le probl&#232;me de la naissance d'un &#234;tre vraiment humain&lt;/i&gt; &#187;. Cette remarque indique clairement le renversement op&#233;r&#233; par les modernes dans la conception des origines de la civilisation. La culture y est rattach&#233;e non plus &#224; la perfectibilit&#233; de l'homme comme le faisaient les philosophes des lumi&#232;res, mais, au contraire, &#224; son imperfection. En m&#234;me temps, la relation de l'enfance &#224; l'&#226;ge adulte est profond&#233;ment modifi&#233;e ; l'&#226;ge adulte est r&#233;int&#233;gr&#233; dans une enfance prolong&#233;e jusqu'&#224; la mort. Plus exactement, l'enfance, au sens habituel de ce terme, n'est plus que la premi&#232;re phase d'une naissance continu&#233;e et qui n'est achev&#233;e qu'&#224; la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#232;se de Fromm, qui traduit dans un autre langage la conception bolkienne de l'homme, rejoint certains th&#232;mes majeurs de la pens&#233;e contemporaine : l'&#234;tre humain n'est plus d&#233;fini par un consentement aux valeurs ; il est au contraire cr&#233;ateur de lui-m&#234;me. Mais cette cr&#233;ation m&#234;me est marqu&#233;e par la pr&#233;maturation. Nous vivons toujours au-del&#224; de nos possibilit&#233;s, tout comme l'enfant doit, d&#232;s la naissance, vivre au-del&#224; de ses forces jusqu'au moment o&#249; &#224; l'&#226;ge du complexe d'&#338;dipe, il vit par anticipation son avenir sexuel. Les d&#233;calages observ&#233;s dans la croissance du corps se retrouvent dans le d&#233;veloppement de la condition humaine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>De la haine n&#233;cessaire &#224; la cl&#244;ture totalitaire du sens </title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?1002-de-la-haine-necessaire-a-la-cloture-totalitaire</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?1002-de-la-haine-necessaire-a-la-cloture-totalitaire</guid>
		<dc:date>2020-02-27T15:25:42Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Amour</dc:subject>
		<dc:subject>Gerassimos S.</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Article</dc:subject>
		<dc:subject>Mortalit&#233; / finitude</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre</dc:subject>
		<dc:subject>Totalitarisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Article paru dans la revue Topique, 2013, n&#176;122, pp. 29-44. (Source) R&#233;sum&#233; : Quelle place donner &#224; l'&#171; aptitude &#224; la haine &#187; freudienne, dans ce trajet individuel et collectif qui peut conduire de la diff&#233;renciation identificatoire/identitaire n&#233;cessaire au repli et &#224; l'ali&#233;nation ? La haine dans ses aspects destructeurs et constructeurs fait que la psych&#233; rejette ce qu'elle n'est pas elle-m&#234;me, et que l'institution sociale tend &#224; se clore sur elle-m&#234;me. Deux ordres d'effets psychiques et (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-6-psychanalyse-+" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-51-amour-+" rel="tag"&gt;Amour&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-66-stephanatos-+" rel="tag"&gt;Gerassimos S.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-117-mortalite-finitude-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-+" rel="tag"&gt;Mortalit&#233; / finitude&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-122-guerre-+" rel="tag"&gt;Guerre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-138-totalitarisme-+" rel="tag"&gt;Totalitarisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Article paru dans la revue Topique, 2013, n&#176;122, pp. 29-44. (&lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-topique-2013-1-page-29.htm#&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Source&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sum&#233; : Quelle place donner &#224; l'&#171; aptitude &#224; la haine &#187; freudienne, dans ce trajet individuel et collectif qui peut conduire de la diff&#233;renciation identificatoire/identitaire n&#233;cessaire au repli et &#224; l'ali&#233;nation ? La haine dans ses aspects destructeurs et constructeurs fait que la psych&#233; rejette ce qu'elle n'est pas elle-m&#234;me, et que l'institution sociale tend &#224; se clore sur elle-m&#234;me. Deux ordres d'effets psychiques et sociaux de la haine, irr&#233;ductibles les uns aux autres malgr&#233; leurs liens essentiels, leurs correspondances innombrables et leur conjonction dangereuse, qui peut dans les conditions sp&#233;cifiques transformer les &#171; d&#233;tails de diff&#233;renciation &#187; du narcissisme des petites diff&#233;rences en traits de haine identificatoires, mettant en action le d&#233;cha&#238;nement destructeur.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pourquoi fallait-il qu'une si grande sensibilit&#233; se soit port&#233;e sur ces d&#233;tails de diff&#233;renciation ?&lt;/i&gt; se demande Freud. D'o&#249; ce &#171; narcissisme des petites diff&#233;rences &#187; tire-t-il son pouvoir ? Pourquoi cette exacerbation de l' ambivalence, cette t&#233;nacit&#233; des &#171; sentiments d'&#233;tranget&#233; et d'hostilit&#233; &#187; entre personnes, groupes, collectivit&#233;s ou ethnies proches et largement semblables ? &#171; Nous ne le savons pas &#187; r&#233;pond-il, &#171; mais il est ind&#233;niable que dans ce comportement des hommes, se manifeste une aptitude &#224; la haine, une agressivit&#233;, dont l'origine est inconnue, et &#224; laquelle on serait tent&#233; d'attribuer un caract&#232;re &#233;l&#233;mentaire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Freud, Psychologie des masses et analyse du moi (1921), in Essais de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.Et par une note de bas de page il nous renvoie abruptement &#224; &lt;i&gt;Au-del&#224; du principe de plaisir&lt;/i&gt; (Freud, 1920) o&#249; il a effectivement tent&#233; un an auparavant de relier la polarit&#233; amour-haine &#224; l'opposition entre pulsions de vie et de mort, les pulsions sexuelles &#233;tant pos&#233;es comme repr&#233;sentantes des premi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si dans &lt;i&gt;Le tabou de virginit&#233;&lt;/i&gt; le &#171; rejet narcissique &#187; de la femme par l'homme, du fait de son complexe de castration, d&#233;voile &#171; l'existence d'une puissance qui s'oppose &#224; l'amour parce qu'elle &#233;carte la femme comme &#233;tranger et ennemi &#187; (Freud, 1918), si la diff&#233;rence donc des sexes devient le premier paradigme des &#171; petites &#187; diff&#233;rences dans ce qui se ressemble, c'est dans &lt;i&gt;Malaise dans la culture&lt;/i&gt; ( 1929) que cette &#171; puissance &#187; qui s'incarne dans le narcissisme des petites diff&#233;rences prend les traits de &lt;i&gt;Thanatos&lt;/i&gt;. La fonction de la haine ne reste plus relative parce qu'incluse dans la polarit&#233; amour-haine o&#249; elle se donne comme &#171; non-amour &#187; ; dor&#233;navant la haine acquiert une fonction absolue et donc quasi ontologique. Et, c'est &#224; la fin de ce parcours que Freud d&#233;montre l'utilit&#233; de l'usage de l'agressivit&#233; haineuse qui en r&#233;sulte pour la cimentation des collectivit&#233;s, la vie sociale et politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on avancer aujourd'hui sur ces questions essentielles ? Quelle place donner &#224; l' &#171; aptitude &#224; la haine &#187; (&lt;i&gt;Ha&#946;bereitschaft&lt;/i&gt;), dans ce trajet individuel et collectif qui peut conduire de la diff&#233;renciation identificatoire/identitaire n&#233;cessaire au repli et/ou &#224; l'ali&#233;nation ? J'esp&#232;re pouvoir montrer l'importance de la fonction de la haine dans ses aspects destructeurs et constructeurs qui fait que la psych&#233; rejette ce qui n'est pas elle-m&#234;me, et que l'institution sociale tend &#224; se clore sur elle-m&#234;me. Deux ordres d'effets psychique et social de la haine, irr&#233;ductibles les uns aux autres, malgr&#233; leurs liens essentiels, leurs correspondances innombrables et leur conjonction, conjonction qui peut dans les condi&#173;tions sp&#233;cifiques transformer les &#171; d&#233;tails de diff&#233;renciation &#187; du narcissisme des petites diff&#233;rences en &lt;i&gt;traits de haine&lt;/i&gt; identificatoires, mettant en action le d&#233;cha&#238;nement destructeur.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Haine originaire, haine de soi, haine de l'autre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Originairement, c'est la haine qui d&#233;signe la relation de la psych&#233; au monde. &#171; L'ext&#233;rieur, l'objet, le ha&#239; seraient tout au d&#233;but identiques &#187; a pu &#233;crire Freud dans &lt;i&gt;Pulsions et destins des pulsions&lt;/i&gt;, de m&#234;me que &#171; l'objet est n&#233; dans la haine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;pop&#233;e du Moi-r&#233;alit&#233; initial/ Moi-plaisir purifi&#233;/ Moi-r&#233;alit&#233; final et leurs avatars, l'absolutisme du prendre en soi/ rejeter hors-soi comme par ailleurs la probl&#233;matique de la n&#233;gation, successeur de l'expulsion (Austossung) et appartenant aussi &#224; la pulsion de destruction, contribuent essentiellement &#224; la constitution &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; du moi &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; de l'objet &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; de la r&#233;alit&#233;. (Stephanatos, 2011).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tendance fondamentale de la psych&#233; &#224; rejeter et ainsi &#224; ha&#239;r ce qui n'est pas elle-m&#234;me, &#233;tablit une premi&#232;re limite diff&#233;renciatrice entre le dedans et le dehors, et la haine se joignant &#224; l'amour du moi pour lui-m&#234;me trace les fronti&#232;res du moi. Avant d'&#234;tre destructrice, la haine est donc s&#233;paratrice, elle fait appara&#238;tre l'autre et l'autre en soi dans une alt&#233;rit&#233; &#224; venir. Cette &lt;i&gt;haine originaire&lt;/i&gt; autant que &lt;i&gt;n&#233;cessaire&lt;/i&gt; reste active tout au long de l'existence du sujet et malgr&#233; ses m&#233;tamorphoses, ses d&#233;placements, ses m&#233;diations, elle alimente en permanence le syst&#232;me repr&#233;sentationnel de la psych&#233;, ses affects, ses mises en sc&#232;ne, ses mises en sens. &#192; la charge du sujet et d'&lt;i&gt;&#201;ros&lt;/i&gt; de faire son &#233;laboration en permanence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce raccourci m&#233;tapsychologique confirme l'&#233;go&#239;sme ontologique inh&#233;rent n&#233;cessairement &#224; tout &lt;i&gt;&#234;tre-pour-soi&lt;/i&gt; et fondateur du mouvement antagoniste entre cl&#244;ture et ouverture vers l'autre et le monde. La &lt;i&gt;haine de l'autre&lt;/i&gt;, n'est que l'envers de l'amour de soi, de l'investissement positif de soi, du &#171; narcissisme auto-affirmateur &#187; des petites diff&#233;rences. Cette haine affirmative ne provient v&#233;ritablement pas de la vie sexuelle, remarque Freud, mais de la lutte du moi pour sa &#171; conservation &#187; et son &#171; affirmation &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Freud, &#171; Pulsions et destins des pulsions &#187; (1915), in M&#233;tapsychologie, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle est soutenue par un sophisme aussi &#233;l&#233;mentaire que puissant dans ses effets, qu'on retrouve en d&#233;pit du nombre d'analyses dont il a fait l'objet, dans les formes de haine collectives : &#171; je suis bien, le bien c'est moi, l'autre n'est pas moi, donc il n'est pas (bien) ou il est (moins bien), etc. Or, moi, je suis Anglais, Italien, homme, blanc, h&#233;t&#233;rosexuel, etc. lui il n'est pas, donc il est mauvais &#187;. Cette intol&#233;rance narcissique, cette haine pour l'autre brode &#224; l'infini sur les diff&#233;rences, les &#171; petites &#187; de pr&#233;f&#233;rence, et par une torsion sp&#233;culaire, depuis Lacan, entre en r&#233;sonance avec la haine de l'&#233;tranger en soi-m&#234;me, l'autre en soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &lt;i&gt;haine de soi&lt;/i&gt; est inconsciente et universelle. Il suffit de rappeler que le Moi-r&#233;alit&#233; est par excellence l'objet de l'ambivalence des affects, que habituellement l'amour de ce Moi l'emporte sur la haine dont il est l'objet, suffisamment pour assurer la survie du sujet dans la r&#233;alit&#233;. N&#233;anmoins cette haine de soi persiste &#224; bas bruit. Chaque fois que le repr&#233;sent&#233; ne r&#233;ussit pas &#224; annuler un &#233;tat de besoin, il devient ha&#239;ssable, insiste Piera Aulagnier, parce qu'il montre juste&#173; ment les limites de l'autosuffisance de la psych&#233; d'auto-engendrer un &#233;tat de plaisir et parce qu'il d&#233;ment la repr&#233;sentation que la psych&#233; forge de sa relation au monde&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je renvoie &#224; la th&#233;orisation de P. Aulagnier (1975, p. 48-54) sur les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La haine de soi est tourn&#233;e vers et contre, ce que la psych&#233; a &#233;t&#233; oblig&#233;e de devenir comme individu social souligne Cornelius Castoriadis de fa&#231;on compl&#233;mentaire : &#171; Nous n'acceptons jamais l'&#234;tre que la soci&#233;t&#233; nous a fait devenir et le noyau psychique se r&#233;volte contre tout ce qui contredit ses aspirations les plus fortes : toute puissance, &#233;gocentrisme, narcissisme illimit&#233; ... &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir C. Castoriadis, Une soci&#233;t&#233; &#224; la d&#233;rive, Paris le Seuil, 2005, cit&#233; par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, le Moi comme instance parlante, pensante et tenant compte d'une r&#233;alit&#233; partag&#233;e est un des premiers &#233;trangers qui se pr&#233;sentent &#224; la psych&#233; de la m&#234;me fa&#231;on que le Je, essentiellement conforme au discours et &#224; la raison de l'ensemble, n'est pas moins &#233;tranger et ha&#239;ssable pour les autres instances psychiques que n'importe quel habitant d'un pays voisin qui a des intentions antagonistes, qui parle une langue &#233;trang&#232;re incompr&#233;hensible sans traduction pour la logique des mises en sc&#232;ne fantasmatiques du primaire, intraduisible aux pictogrammes de l'originaire. Inversement le Je appr&#233;hende avec inqui&#233;tude la conflictualit&#233; intrapsychique et avec horreur le monde obscur de l'originaire pictographique, champ de bataille originel d'&#201;ros et Thanatos. Or, le sujet expulse ou d&#233;place -cela d&#233;pend du postulat du processus psychique consid&#233;r&#233; -cette haine de soi &#224; un objet ext&#233;rieur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Faudrait-il encore ajouter que la haine pr&#233;existe comme ext&#233;rieure au sujet (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le ph&#233;nom&#232;ne du racisme &#233;tant l'exemple &lt;i&gt;princeps&lt;/i&gt; de cette op&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, on passe insensiblement de l'individuel au collectif. Suffit-il de prolonger le mouvement de la haine issu de la conflictualit&#233; inconsciente du sujet pour penser la haine dans le social et le culturel ou faut-il penser autrement ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Distinctions ontologiques, pr&#233;cautions m&#233;thodologiques, apories&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La haine est un &#171; Janus bifronts &#187; dont un visage regarde vers l'individuel et l'autre vers le collectif, par o&#249; elle prend sa pleine mesure, &#233;crit P.-L. Assoun (2005). Cette bifrontalit&#233; est radicalis&#233;e dans l'&#339;uvre de Castoriadis qui introduit une distinction entre racine psychique et sociale de la haine. Haine de soi et haine de l'autre sont les deux expressions psychiques de la haine correspondant &#224; la tendance fondamentale de la psych&#233; &#224; rejeter et ainsi &#224; ha&#239;r ce qui n'est pas elle&#173; m&#234;me, &#224; se clore donc sur elle-m&#234;me. En revanche, la racine sociale de la haine correspond &#224; &#171; la quasi n&#233;cessit&#233; de la cl&#244;ture de l 'institution sociale et des signi&#173;fications imaginaires qu'elle porte &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, &#171; Les racines psychiques et sociales de la haine &#187;, in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette distinction constitue, &#224; mes yeux, une pr&#233;caution m&#233;thodologique essentielle pour penser le narcissisme des petites diff&#233;rences &#224; la fois dans le registre individuel et collectif, sans pour autant escamoter la dynamique propre au social-historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La distinction entre racine psychique et sociale de la haine correspond, en effet, &#224; la diff&#233;rence ontologique entre le psychique et le social. Psych&#233; et soci&#233;t&#233; bien qu'ins&#233;parables, sont radicalement irr&#233;ductibles l'une &#224; l'autre, elles constituent deux r&#233;gions diff&#233;rentes de l'&#234;tre/&#233;tant global. N&#233;anmoins, il est toujours tentant de glisser du registre de la th&#233;orie du social &#224; celui de la th&#233;orie de la psych&#233; et vice&#173; versa. De ce point de vue le chapitre VI de la &lt;i&gt;Psychologie des masses et analyse du Moi&lt;/i&gt; est caract&#233;ristique &#224; plus d'un titre. Freud dans sa d&#233;monstration classique, glisse de l'intersubjectif &#224; la famille, aux &#171; unit&#233;s plus importantes &#187;, aux peuples, aux ethnies en passant par les groupes et les foules. M&#234;me si la pertinence de l'analyse freudienne peut rendre compte au moins en partie des pratiques ou des ph&#233;nom&#232;nes collectifs historiquement observables, la question qui surgit est de taille. Peut-on r&#233;duire le social au relationnel en refusant au social-historique sa dynamique propre, sa cr&#233;ativit&#233; particuli&#232;re m&#234;me parfois monstrueuse ? L'intersubjectif ne sera jamais que cela, quitte &#224; le multiplier autant de fois que besoin, de la famille aux peuples en passant par les groupes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je rejoins ici la position de J.-F. Narodetzki qu'une retranscription de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait peut-&#234;tre prendre &#224; la lettre le titre de l'essai freudien, consid&#233;rer la &lt;i&gt;Psychologie des masses&lt;/i&gt; comme discipline d&#233;j&#224; constitu&#233;e depuis Gustave Le Bon, inaugurale d'une psychosociologie possible, et en revanche mettre l'accent sur la dimension m&#233;tapsychologique originale du concept analytique d'&lt;i&gt;Analyse du Moi &lt;/i&gt; ; qu'il s'agisse du mod&#232;le de la m&#233;lancolie et des processus d'introjection, ou de la distinction entre &lt;i&gt;moi id&#233;al&lt;/i&gt; comme premi&#232;re modalit&#233; narcissique totalitaire repli&#233;e sur elle-m&#234;me et &lt;i&gt;id&#233;al du moi&lt;/i&gt; comme ouverture &#224; un projet identificatoire singulier, ou encore qu'il s'agisse du transfert de l'id&#233;al du moi des individus sur un objet &#171; commun &#187;. Ce n'est peut-&#234;tre pas un hasard que ce chapitre VI d&#233;bouche sur la question de l'identification, qui complexifie le raisonnement freudien, rompt toute continuit&#233; lin&#233;aire entre psychologie des foules et analyse du moi, introduit l'historicit&#233; psychique et subvertit en derni&#232;re analyse la notion &#233;quivoque d'une &#171; &#226;me de masse &#187; (&lt;i&gt;Massenpsyche&lt;/i&gt;), comme solution du probl&#232;me de l'articulation entre le collectif et l'individuel. Solution de d&#233;sespoir, en mon sens, perp&#233;tuant une question apor&#233;tique toujours insistante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, on constate que dans les travaux de th&#233;orisation consacr&#233;s aux ph&#233;nom&#232;nes socioculturels actuels, le recours &#224; la th&#233;matique du narcissisme se fait de plus en plus insistant, le narcissisme &#233;tant promu au rang de facteur d'intelligibilit&#233; essentiel de l'existence individuelle et collective. Si la th&#233;matique du narcissisme peut servir &#224; l'exigence de rassembler en une unit&#233; th&#233;orique des &#233;l&#233;ments souvent h&#233;t&#233;roclites, recueillis par l'observation empirique, le concept freudien du narcissisme r&#233;pond, on le sait, aux n&#233;cessit&#233;s th&#233;orico-cliniques et m&#233;tapsychologiques indissociables de l'espace analytique. A. Green rappelle que Freud, d&#232;s 1915, &#233;crivait &#224; Lou Andreas-Salom&#233; : &#171; La figuration du narcissisme est d'abord [&#8230;] m&#233;tapsychologique, c'est-&#224;-dire sans aucune prise en consid&#233;ration des processus conscients, uniquement d&#233;termin&#233;e topique ment et dynamiquement. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L. Andreas-Salom&#233;, Correspondance avec Sigmund Freud, 1912-1936, Gallimard, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Parler donc de narcissisme &#171; social &#187; n'a aucun sens ; se r&#233;f&#233;rer aux conditions socioculturelles et politiques susceptibles de favoriser un repli sur soi ou une ouverture au monde, c'est tout autre chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'espace public poss&#232;de sa dynamique propre. Le collectif n'est pas une addition d'individualit&#233;s, ni une simple reviviscence de la &#171; horde originaire &#187; freudienne. L'&lt;i&gt;agora &lt;/i&gt;en l'occurrence repr&#233;sentait l'espace d'une &#233;laboration, sinon d'une n&#233;gociation possible des in&#233;vitables &#171; petites &#187; ou grandes diff&#233;rences, l'expression de la coexistence de la multiplicit&#233; et de la diversit&#233; qui formait &lt;i&gt;polis&lt;/i&gt;. Et, le &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt; au sens de Marcel Gauchet (2007) par exemple, est justement ce qui permet &#224; la soci&#233;t&#233; de tenir ensemble dans la diff&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diff&#233;rences &#171; petites &#187; et grandes, distinctions ontologiques, pr&#233;cautions m&#233;thodologiques, questions apor&#233;tiques, leur formulation m'a paru indispensable pour &lt;i&gt;penser la racine psychique et sociale de la haine s&#233;par&#233;ment et ensemble&lt;/i&gt;. Je soutiendrai donc que leur articulation, comme leurs conjonctions fatales, passent par le processus de mise en sens, qui force la psych&#233; &#224; &#171; se socialiser &#187;, c'est-&#224;-dire &#224; investir son fonctionnement &#224; l'espace &#171; o&#249; Je puisse advenir &#187; dans le discours de l'ensemble et dans une r&#233;alit&#233; partag&#233;e, ne pouvant exister que comme socialement institu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Processus de signification et cl&#244;ture du sens&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si la psych&#233; emprunte &#224; son corps des mod&#232;les sensoriels pour sautorepr&#233;senter, la psych&#233; a aussi besoin de l'institution sociale pour trouver du sens effectif, diurne, n&#233;cessaire &#224; son existence. La mise en sens est la caract&#233;ristique essentielle de la psych&#233; aussi bien que de la soci&#233;t&#233;, mais ce sens est de nature diff&#233;rente dans les deux cas. Chaque soci&#233;t&#233; cr&#233;e selon Castoriadis &#171; un magma de significations imaginaires sociales, irr&#233;ductibles &#224; la fonctionnalit&#233;, incarn&#233;es dans et par ses institutions et qui constituent son monde propre &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, Fait et &#224; faire, Seuil, Paris, 1997, p.12.&#034; id=&#034;nh9-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; plus ou moins cl&#244;tur&#233;, en tout cas d&#233;limit&#233;. Ce tissu de sens ou de significations qui p&#233;n&#232;tre toute la vie de la soci&#233;t&#233;, la dirige, l'oriente et garantit sa coh&#233;sion interne, il est cr&#233;ation de l'&#171; imaginaire social instituant &#187; du collectif anonyme. Si la psych&#233; donc, ne trouve pas dans l'espace social du sens capable de remplacer le sens originaire, elle restera compl&#232;tement enferm&#233;e dans son monde propre, o&#249; le d&#233;sir de l'autre et la haine de l'autre ne connaissent aucune limite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;riorisation des significations imaginaires sociales par la psych&#233;, se fait &#224; travers l'investissement du premier Autre maternel, que P. Aulagnier appelle &lt;i&gt;porte-parole &lt;/i&gt;de l'ensemble : affect, sens, culture y sont co-pr&#233;sents. Cette introjection du sens concomitante de la nomination des affects, impose &#224; la psych&#233; une &lt;i&gt;violence primaire&lt;/i&gt;. En contrepartie, la soci&#233;t&#233; fournit au sujet du sens, des rep&#232;res identificatoires, des objets de d&#233;rivation des pulsions et des d&#233;sirs, mais lui fournit aussi une certitude sur l'origine, l'acc&#232;s &#224; l'historicit&#233; et sa d&#233;signation comme un &#233;l&#233;ment appartenant &#224; un ensemble qui le reconna&#238;t comme une partie &#224; lui homog&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, Aulagnier propose l'id&#233;e d'un &lt;i&gt;contrat narcissique&lt;/i&gt; qui a comme signataires l'enfant et le groupe social. Ce faisant, elle inscrit le narcissisme dans le lien, en termes de libido identificatoire. En effet, le contrat narcissique encadre la probl&#233;matique identificatoire du sujet et fait que cette derni&#232;re ne soit pas d&#233;pendante du seul verdict parental. Cela permet au Je d'investir des e&lt;i&gt;mbl&#232;mes identificatoires&lt;/i&gt; qui d&#233;pendent du discours de l'ensemble et non plus du discours d'un seul autre, c'est-&#224;-dire &#171; une s&#233;rie de valeurs-embl&#232;mes, hi&#233;rarchis&#233;es au nom d'une bourse des valeurs imaginaires, mais sous l'&#233;gide du champ socio-culturel &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. Aulagnier, La violence de l'interpr&#233;tation, Paris, PUF, 1975, p. 210.&#034; id=&#034;nh9-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est comme si l'institution social-historique venait encadrer la probl&#233;matique identificatoire du je, au moyen de ce &lt;i&gt;contrat narcissique&lt;/i&gt;, qui fut th&#233;oris&#233; par Aulagnier au sens plut&#244;t du narcissisme secondaire, en tant que r&#233;ajustement du narcissisme primaire par l'appropriation et l'int&#233;gration des effets propres &#224; l'&lt;i&gt;identification symbolique&lt;/i&gt;. En effet, il y a tension entre les deux registres identificatoires primaires : narcissique et symbolique. La r&#233;f&#233;rence paternelle symbolique se transmet par le discours et le refoulement maternels, &#224; condition qu'il existe d&#233;j&#224; pour la m&#232;re un p&#232;re comme premier repr&#233;sentant des autres et du discours de l'ensemble dit Aulagnier, discours impr&#233;gn&#233; par les significations imaginaires sociales pourrait-on ajouter. Je dirais m&#234;me, que cette identification primordiale au P&#232;re originaire (&lt;i&gt;Urvater&lt;/i&gt;) avec toute l'&#233;laboration de l'ambivalence et de la haine qu'elle exige, assure l'investissement d'une composante du narcissisme primaire qui va vers la sublimation et l'ouverture relationnelle. Double destin donc, du projet identificatoire de tout sujet : ouverture au relationnel et tendance permanente &#224; la cl&#244;ture narcissique, au solipsisme de la monade. Double destin qui peut &#234;tre doubl&#233; dans des conditions socio-culturelles sp&#233;cifiques d'un mouvement sym&#233;trique d'ouverture-cl&#244;ture de l'institution sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, la haine est pr&#233;sente au d&#233;part, install&#233;e au fond du lien social, pr&#234;te &#224; r&#233;appara&#238;tre sur les ruines de la socialit&#233; aux moments du triomphe de la barbarie, quand les rep&#232;res identificatoires symboliques basculent et le contrat narcissique n'est plus valide. Face &#224; une telle r&#233;alit&#233; domin&#233;e par le primat de destruction physique et psychique, que notre si&#232;cle ne nous a pas &#233;pargn&#233;, Nathalie Zaltzman (1999) oppose comme r&#233;f&#233;rence indestructible et ultime, une identification survivante quasi m&#233;tabiologique, celle de l' &#171; identification &#224; l'esp&#232;ce humaine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'offre de sens de l'institution sociale est immense, multidimensionnel et ses effets bien complexes. La cl&#244;ture mat&#233;rielle qui correspond par exemple aux territoires et fronti&#232;res entre peuples et nations se transforme en &lt;i&gt;cl&#244;ture du sens &lt;/i&gt; : les territoires acqui&#232;rent leur importance en fonction des sens sp&#233;cifiques qui leur sont attribu&#233;s et la terre devient terre sacr&#233;e, terre promise, polis grecque ancienne, etc. Cette cl&#244;ture du sens in&#233;vitable, peut aboutir &#224; l'&lt;i&gt;h&#233;t&#233;ronomie&lt;/i&gt; ali&#233;nante, insiste Castoriadis dans son &#339;uvre, dans la mesure o&#249; les individus se trouvent dans l'impossibilit&#233; de mettre en question les fondements et les significations imaginaires centrales de leur propre soci&#233;t&#233;, en cr&#233;ant une niche m&#233;taphysique du sens, religieuse ou autre, qui donne une garantie extra-sociale de l'institution en escamotant le fait qu'une soci&#233;t&#233; s'auto-institue.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Embl&#232;mes identificatoires, traits uniques, traits de haine&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Toute forme de socialit&#233; exige, en effet, qu'on puisse continuer &#224; investir l'institution existante de la soci&#233;t&#233; et les significations imaginaires que la soci&#233;t&#233; porte. J. Peuch-Lestrade (2001) attire l'attention sur l'apparition en fin d'analyse des reconstructions fantasmatiques qui ne sont pas des constructions au sens de Freud. Elles s'appuient sur la dimension d'imaginaire social et sur l'ouverture au monde social-historique et t&#233;moignent de la capacit&#233; de &#171; jouer &#187; retrouv&#233;e par l'analysant, y compris dans des zones psychiques gouvern&#233;es par le traumatisme et sa r&#233;p&#233;tition. En revanche, j'ajouterai que dans les repr&#233;sentations conscientes et inconscientes de l'individu singulier, on peut &#233;galement retrouver des &#233;quivalences ou des traductions des significations imaginaires sociales qui v&#233;hiculent la haine raciste, sexiste, ethnique, religieuse ou autre. Ces &#233;l&#233;ments sont, par ailleurs, difficilement analysables puisqu'ils acqui&#232;rent de valeur d&#233;fensive importante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant on ne peut r&#233;duire le monde des significations institu&#233;es aux repr&#233;sentations individuelles effectives, ni &#224; leur partie soi-disant&#171; commune &#187;, &#171; moyenne &#187; ou &#171; typique &#187;. Les significations imaginaires sociales sont, justement, ce &#171; moyennant et &#224; partir de quoi les individus sont form&#233;s comme individus sociaux, pouvant participer au faire et au repr&#233;senter/faire sociaux &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Peuch-Lestrade, &#171; De l'institution de la cure &#224; la parole du je &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Participation qui exprime en derni&#232;re analyse la coexistence impossible et toujours r&#233;alis&#233;e d'un &lt;i&gt;cosmos&lt;/i&gt; &lt;i&gt;idios&lt;/i&gt; et d'un &lt;i&gt;cosmos koinos.&lt;/i&gt; Andr&#233; Green de son c&#244;t&#233; se limite &#224; dire que &#171; les images valoris&#233;es par chaque culture font communiquer les dimensions groupale et individuelle &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Green, Pourquoi les pulsions de destruction ou de mort ?, &#233;d. du Panama, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rep&#232;res identificatoires de l'individu se forment par l'existence des cycles concentriques &#224; la fois identifiants et cl&#244;turants : famille, clan, localit&#233;, groupe d'&#226;ge, groupe social, classe sociale, nation, race, etc. Ces rep&#232;res correspondent au monde institu&#233; des significations imaginaires sociales qui donnent &#224; l'individu la qualit&#233; du membre, de l'&#233;l&#233;ment d'un ensemble. Plus nous sommes pr&#232;s d'une soci&#233;t&#233; compl&#232;tement close et archa&#239;que, plus l'identification est forte et parfois m&#234;me plus forte que la conservation de l'individu : tuer ou &#234;tre tu&#233; au cours d'une vendetta familiale, d'un conflit tribal, d'une guerre f&#233;odale ou d'une guerre nationale a pu &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une obligation h&#233;ro&#239;que v&#233;cue dans l'exaltation et la fiert&#233;. L'effet d&#233;sinhibant et d&#233;culpabilisant de cette identification lib&#232;re une destructivit&#233; meurtri&#232;re sans frein, &#224; la fois substitut et t&#233;moin de la toute-puissance originaire perdue de la psych&#233;. Or, la haine de l'autre est soutenue par la force et la rigidit&#233; orgueilleuse des &lt;i&gt;identifications embl&#233;matiques&lt;/i&gt; de l'individu : le fanatique &lt;i&gt;est&lt;/i&gt; son &#201;glise, le national &lt;i&gt;est&lt;/i&gt; sa nation, le membre d'une minorit&#233; ethnique &lt;i&gt;est&lt;/i&gt; cette minorit&#233; &#8211; et r&#233;ciproquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces identifications peuvent par ailleurs se d&#233;placer sur des s&lt;i&gt;ignes corporels et/ou s&#233;mantiques mineurs&lt;/i&gt;. Gilbert Diatkine (2000) souligne que les petites diff&#233;rences entre deux peuples voisins peuvent porter sur les significations des traits de la vie quotidienne, sur ce que Marcel Mauss appelle les &#171; techniques du corps &#187; ou encore sur une &#171; s&#233;miologie &#187; saussurienne symbolisant l' appartenance &#224; un groupe et transmise avec l'acquisition du langage. Il &#233;voque &#224; cet &#233;gard la haine fratricide qui oppose, dans la Bible, les deux fils de Joseph, Manass&#233; et Ephra&#239;m, comme celle des leurs descendants, qui ne se s&#233;paraient que par leur mani&#232;re diff&#233;rente de prononcer le mot h&#233;breu &lt;i&gt;Shibboleth&lt;/i&gt; (=&#233;pi). Signes s&#233;mantiques ou significations des traits de la vie quotidienne, les petites diff&#233;rences concernent toujours pour G. Diatkine, les valeurs acquises par l'enfant au cours de ses premi&#232;res relations avec la m&#232;re. Cette perspective ne contredit pas la n&#244;tre, alors que Marilia Aisenstein (2010) &#224; partir de sa clinique et un r&#233;cit romanesque tr&#232;s parlant, s'interroge sur le statut &#171; tabou &#187; de certaines &#171; petites marques du corps &#187;, qui sont porteuses d'un narcissisme qui peut &#234;tre de vie mais &#233;galement de mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que les signes s&#233;mantiques mineurs puissent acqu&#233;rir valeur embl&#233;matique, que les petites marques du corps puissent concentrer une accumulation de libido narcissique et repr&#233;senter en fin de compte le sujet lui-m&#234;me, montre en l'occurrence l'importance du travail identificatoire et diff&#233;renciateur de la haine. Travail souterrain &#224; jamais actif, qui rend compte du questionnement freudien du pourquoi la haine que rec&#232;le le narcissisme, en sa forme m&#234;me des petites diff&#233;rences, en son action individuelle et collective, se loge-t-elle sur ces &#171; d&#233;tails de diff&#233;renciation &#187; les transformant en &lt;i&gt;traits de haine&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il sera donc ha&#239;, ce ou celui qui vient troubler la bonne forme dans laquelle se configure le narcissisme, qu'il soit un &#233;nonc&#233;, un signe corporel ou s&#233;mantique mineur, mettant le sujet dans une position identificatoire incompatible avec ses id&#233;aux singuliers et collectifs, et contradictoire avec l'ensemble de son parcours identificatoire. Investissement narcissique et investissement identificatoire sont porteurs d'une m&#234;me exigence, celle du maintien d'une constance, dans le changement permanent impos&#233; par la vie elle-m&#234;me. Se maintenir soi-m&#234;me dans le changement est la contradiction &#224; r&#233;soudre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, le travail inconscient de la haine r&#233;v&#232;le au m&#234;me titre que son contraire -l'identification &#233;rog&#232;ne -un fonctionnement sur la singularit&#233;, sur le &#171; trait unique &#187;. Freud dans un passage c&#233;l&#232;bre du ch. VII de la &lt;i&gt;Massenpsychologie&lt;/i&gt;, souligne ce caract&#232;re de l'identification comme &#171; partielle et extr&#234;mement limit&#233;e &#187; parce qu'elle &#171; n'emprunte qu'un seul trait (&lt;i&gt;einziger Zug&lt;/i&gt;) &#224; la personne -objet, aim&#233;e ou non aim&#233;e &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Psychologie des masses et analyse du moi, op. cit, p.169.&#034; id=&#034;nh9-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cela n'est certes pas sans analogie avec la &#171; particularit&#233; &#187; (&lt;i&gt;Einzelheit&lt;/i&gt;), le &#171; d&#233;tail &#187; de diff&#233;renciation qui sert d'aiguillon &#224; l'entr&#233;e en action de la haine dans ce mouvement constituant, selon Paul-Laurent Assoun&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'important article de P.-L. Assoun, &#171; Portrait m&#233;tapsychologique de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &lt;i&gt;l'envers haineux de l'identification&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lacan dans le &lt;i&gt;S&#233;minaire sur l'identification&lt;/i&gt; traduit l'&lt;i&gt;einziger Zug&lt;/i&gt; comme &lt;i&gt;trait unaire&lt;/i&gt; et le fait correspondre &#224; l'introjection originaire d'un signifiant, sens aval&#233; avec l'objet. Les &#171; petites diff&#233;rences &#187; de Freud renvoient pour Lacan &#224; la fonction du trait unaire, celle qui impose &#171; la diff&#233;rence absolue &#187;, ce &#171; presque rien &#187; qui fait tout, ce qui d&#233;clenche la violence (Lacan, 1962).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traits uniques et objets identificatoires communs chez Freud, traits unaires lacaniens, embl&#232;mes identificatoires d'Aulagnier, significations imaginaires sociales de Castoriadis, signes corporels et s&#233;mantiques mineurs, tous peuvent se transformer en &lt;i&gt;traits de haine&lt;/i&gt; dans le registre haineux du processus identificatoire de l'&#234;tre humain.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Formation sociale, d&#233;liaisons, n&#233;oformations&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le refus originaire et toujours agissant de la psych&#233; d'accepter ce qui pour elle est &#233;tranger, cette structure ontologique de l'&#234;tre humain impose des contraintes ind&#233;passables &#224; toute organisation sociale et &#224; tout projet politique, et cela malgr&#233; la canalisation des manifestations les plus dramatiques de la haine par le processus civilisateur et de socialisation. Il y a, effectivement, une diversion permanente de l'agressivit&#233; haineuse vers des fins sociales (&#171; potlatch &#187;, athl&#233;tisme, comp&#233;titions &#233;conomiques, politiques, etc.), tandis qu'une autre partie de haine destructrice reste enkyst&#233;e, pr&#234;te &#224; &#234;tre transform&#233;e en guerre m&#234;me directe, sinon &#224; se manifester sourdement sous les diverses formes du m&#233;pris, de la x&#233;nophobie, du racisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En termes freudiens la formation sociale peut temp&#233;rer l'agressivit&#233; haineuse, selon le mod&#232;le de la &#171; formation de la foule primaire &#187; : les individus s'identifient les uns aux autres dans leurs moi, par transfert de leur id&#233;al du moi dans un objet commun, sans exclure pour autant la possibilit&#233; d'une d&#233;liaison qui ferait ressortir la haine au moment de crise du dispositif id&#233;alisant-identifiant. Une telle d&#233;liaison pour Nathalie Zaltzman ne constitue pas une r&#233;gression de la civilisation, mais une n&#233;oformation sociale in&#233;dite, un mouvement inverse du &lt;i&gt;Totem et Tabou&lt;/i&gt;, un retour de l'individuel &#224; la masse qui transforme une soci&#233;t&#233; civilis&#233;e &#171; en masse, en horde sans p&#232;re, en foule adorant des embl&#232;mes tot&#233;miques sans tabous &#187; et permet ainsi l'expression d'une &#171; haine pure &#187; d&#233;li&#233;e du couple qu'elle forme avec l'amour, hors de l'ambivalence qui habite les moi individuels. Je retiens l'hypoth&#232;se d'&lt;i&gt;une haine pure comme affect sp&#233;cifiquement collectif&lt;/i&gt;, cr&#233;ation psychique collective d'un ciment unifiant une psychologie de masse, et dissolvant la psychologie des moi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;N. Zaltzman, L'esprit du mal, &#201;d. de l'Olivier, Paris, 2007, p.15.&#034; id=&#034;nh9-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or, l'uniformit&#233; et l'homog&#233;n&#233;isation des individus &#233;voqu&#233;es par Freud comme support libidinal de la formation sociale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Psychologie des masses et analyse du moi, op. cit, p.164.&#034; id=&#034;nh9-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, se transforment, dans cette hypoth&#232;se de Nathalie Zaltzman, en ce que j'appellerais une &lt;i&gt;uniformit&#233; de haine&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au demeurant, la question pos&#233;e s'av&#232;re aussi complexe que ses r&#233;ponses possibles. Un ethnologue tel Pierre Clastres dans son &lt;i&gt;Arch&#233;ologie de la violence&lt;/i&gt;, en se gardant&#171; de toute psychologie primitive &#187; comme il dit et sans r&#233;f&#233;rence &#224; la psychanalyse comme on constate, montre que la soci&#233;t&#233; primitive est une &#171; soci&#233;t&#233; pour la guerre &#187;, gouvern&#233;e par une logique de la diff&#233;rence. Il pensait m&#234;me que c'est du c&#244;t&#233; de la guerre, &#233;l&#233;ment essentiel du mode d'&#234;tre politique des soci&#233;t&#233;s sauvages, qu'il fallait chercher la cl&#233; du surgissement de l'&#201;tat dans son rapport &#224; la soci&#233;t&#233; que Freud avait aussi critiqu&#233; dans ses &lt;i&gt;Consid&#233;rations actuelles sur la guerre et sur la mort&lt;/i&gt;. La soci&#233;t&#233; primitive pour Clastres appara&#238;t comme une multiplicit&#233; des communaut&#233;s s&#233;par&#233;es, chacune veillant &#224; l'int&#233;grit&#233; de son territoire, comme une s&#233;rie des n&#233;o-nomades dont chacune affirme face au miroir des autres sa diff&#233;rence, comme &#171; diff&#233;rence absolue, libert&#233; irr&#233;ductible, volont&#233; de maintenir son &#234;tre comme totalit&#233; une &#187;, un &#171; Nous indivis&#233; &#187; en rapport &#233;gal avec les &#171; Nous &#187; &#233;quivalents que constituent les autres villages, tribus, bandes, etc. Clastres pose comme une logique sociale, la logique immanente &#224; la soci&#233;t&#233; primitive du centrifuge, de l'&#233;miettement, de la dispersion, de la scission, logique dont chaque communaut&#233; a besoin pour se penser comme telle, la possibilit&#233; de la violence &#233;tant inscrite d'avance dans l'&#234;tre social primitif ; la guerre est une structure de la soci&#233;t&#233; primitive et non &#171; l'&#233;chec accidentel d'un &#233;change manqu&#233; &#187;, pr&#233;conis&#233; par L&#233;vi-Strauss (Clastres, 1977).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre primitive serait le moyen de cette pluralit&#233;, de cette multiplicit&#233; morcelante, qui est elle-m&#234;me le r&#233;sultat d'une volont&#233; politique. Le multiple est l'ennemi par excellence de l'&#201;tat, la guerre quasi permanente, m&#234;me symbolique, est le moyen de rendre l'Un impossible. L'affirmation guerri&#232;re et la relation structurale d'hostilit&#233; entre les diverses unit&#233;s sociales sont l&#224; pour signifier et rendre mat&#233;riellement impraticables leur rassemblement et leur homog&#233;n&#233;isation au sein d'un ensemble ferm&#233;, sous une autorit&#233; unique imposant un arbitrage et une pacification de et par force. Pour Clastres, l'&#201;tat dans son expansion unificatrice fait la guerre pour la r&#233;duction de la diff&#233;rence et la paix absolue de l'Un que veut et que produit l'&#201;tat s&#233;par&#233; de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, ce p&#233;riple ethnologique ne conduit &#224; aucune consid&#233;ration simpliste. La soci&#233;t&#233; primitive n'est pas la &#171; bonne &#187; soci&#233;t&#233; et leur &#171; &#233;galit&#233; politique &#187;, les sauvages la paient d'un prix tr&#232;s cher. Clastres lui-m&#234;me n'a cess&#233; d'insister sur la contrepartie douloureuse et limitante dont s'accompagne in&#233;luctablement le choix primitif de se garder de l'&#201;tat. Les soci&#233;t&#233;s primitives, commente M. Gauchet (1978), ne r&#232;glent pas une fois pour toutes le probl&#232;me de la scission politique, elles y apportent une r&#233;ponse particuli&#232;re qui d'une certaine fa&#231;on laisse le probl&#232;me entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La civilisation ou mieux la &lt;i&gt;Kulturarbeit&lt;/i&gt; freudienne n'est pas un &lt;i&gt;work in progress&lt;/i&gt;. Le domptage des pulsions par nos instances psychiques et institutionnelles n'&#233;limine ni l'hostilit&#233; haineuse, ni l'&#233;ventualit&#233; de neo-formations sociales de haine pure unificatrice. Mais il n'abolit pas en revanche la r&#233;sistance &#224; toute homog&#233;n&#233;isation qui vise la r&#233;duction radicale de la diff&#233;rence. Une personne comme Pier-Paolo Pasolini, gr&#226;ce &#224; une lucidit&#233; incisive -probable&#173; ment aiguis&#233;e par son propre besoin psychique de r&#233;tablissement des diff&#233;rences vacillantes -a pu entrevoir la transformation de la soci&#233;t&#233; et de la culture italiennes et le passage de leurs formes traditionnelles locales polymorphes &#224; une uniformisation st&#233;rilisante, pr&#233;lude &#224; la mondialisation in&#233;luctable &#224; venir. Ses &lt;i&gt;&#201;crits corsaires&lt;/i&gt;, pol&#233;miques, en t&#233;moignent (Pasolini, 1976).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exaltation de la diff&#233;rence, affirmation guerri&#232;re, violence meurtri&#232;re, nomadisme, libert&#233; irr&#233;ductible, multiplicit&#233; morcelante, h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;isation, uniformit&#233; de haine ne vont sans &#233;voquer des traits et des effets des pulsions de mort, d'une pulsion nomm&#233;e &lt;i&gt;anarchiste&lt;/i&gt; par Nathalie Zaltzman. Mais, si les sch&#233;mas d'existence ou de survie, de formation ou de d&#233;sorganisation sociales rev&#234;tent certains traits de l'activit&#233; pulsionnelle et repr&#233;sentative de la psych&#233; individuelle, cela ne signifie pas que le social est r&#233;duit au psychique. Il s'agit, c'est l&#224; mon hypoth&#232;se provisoire, des conditions historiques sp&#233;cifiques o&#249; la cr&#233;ativit&#233;/destructivit&#233; de l'imaginaire social et les affects sociaux entrent en r&#233;sonance avec un certain type de fonctionnement psychique, en renfor&#231;ant ses effets et vice-versa.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conjonctions dangereuses&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il se peut que les tendances destructrices des individus s'accordent parfaite&#173; ment &#224; la n&#233;cessit&#233; de l'institution de se clore, de rigidifier ses valeurs, ses r&#232;gles, ses normes, ses significations, ses croyances dans un mouvement d'affirmation d&#233;fensive malsaine, dict&#233; par des raisons &#224; la fois manifestes et obscures. Il est possible que la cl&#244;ture de l'institution se mette en collusion avec l'organisation identificatoire de l'individu, qui ne peut que d&#233;fendre les embl&#232;mes, les valeurs imaginaires sociales qu'il a investies pendant son parcours socialisant. Il est aussi possible que la qu&#234;te des certitudes ultimes de la part de la psych&#233; singuli&#232;re conduise &#224; des identifications extr&#234;mement fortes et &#224; des croyances &#233;tanches partag&#233;es et soutenues par des collectivit&#233;s r&#233;elles. Ces conjonctions rendent extr&#234;mement difficile une premi&#232;re d&#233;hiscence interne qui pourrait conduire &#224; une prise de conscience et de distance &#224; l'&#233;gard de l'institu&#233; haineux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cet &#233;gard, l'imaginaire raciste doit invoquer ou inventer des caract&#233;ristiques surtout biologiques, donc irr&#233;versibles aux objets de sa haine. L'objet de la haine doit rester inconvertible, tout &#171; m&#233;tissage &#187; est proscrit et d&#233;test&#233;. La puret&#233; raciale recherch&#233;e, suivie ou non des &#233;purations ethniques, ne va pas sans &#233;voquer le risque de confusion du moi singulier avec l'autre, ni sans rappeler le Moi-plaisir purifi&#233; et la plus obscure forme de la haine, celle de la haine de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette forme de haine peut avoir comme corollaire une vision du monde d&#233;finie de fa&#231;on tr&#232;s rigide par la diff&#233;rence des sexes et simultan&#233;ment par son annulation inconsciente ou m&#234;me r&#233;elle. Micheline Enriquez dans son analyse de la parano&#239;a f&#233;minine &#224; partir du cas de Valerie Solanas, auteur du &lt;i&gt;S.C.U.M. Manifesta&lt;/i&gt; &#8211; c'est-&#224;-dire du manifeste d&#233;lirant de la &#171; Society for cutting up men &#187; (&lt;i&gt;Soci&#233;t&#233; pour la castration des hommes&lt;/i&gt;) publi&#233; dans le contexte du f&#233;minisme new-yorkais extr&#233;miste des ann&#233;es 70 &#8211; souligne que contrairement &#224; la parano&#239;a masculine, la femme parano&#239;aque ou pr&#233;tendue telle rencontre une opposition remarquable du &lt;i&gt;socius&lt;/i&gt; &#224; son &#233;gard, en partie justifi&#233;e par ses actes parfois destructeurs contre la phallocratie et le monde social institu&#233; par les hommes. Il n'emp&#234;che qu'au fond, tout se passe comme si l'imaginaire masculin dominant ne pouvait pas int&#233;grer ce qui se repr&#233;sente pour lui &#224; la fois comme &lt;i&gt;diff&#233;rence absolue&lt;/i&gt; (une femme qui s'identifie en dehors du monde des femmes r&#234;v&#233; par les hommes) et comme &lt;i&gt;similitude absolue&lt;/i&gt; (existence chez la femme des &#233;l&#233;ments constitutifs du social pour les hommes : le d&#233;sir de pouvoir, la volont&#233; d'emprise sur les choses et les &#234;tres). Or, le trop proche et le trop &#233;loign&#233; suscitent une &#233;gale frayeur, qui n'est pas, ici, sans relation avec les m&#233;canismes inconscients les plus sauvages qui pr&#233;sident au d&#233;veloppement de la parano&#239;a masculine et ses effets sociaux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M. Enriquez, Aux carrefours de la haine, Epi, Paris, 1984, p. 92-95.&#034; id=&#034;nh9-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le recours aux croyances &#233;tanches et partag&#233;es par un grand nombre d'individus est aussi fr&#233;quent dans notre monde que les explosions massives de haine nationale et raciste. La dissolution, dans les soci&#233;t&#233;s capitalistes modernes, de presque toutes les instances de collectivit&#233;s interm&#233;diaires signifiantes, dit encore Castoriadis&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, &#171; Les racines psychiques et sociales de la haine &#187;, op. cit, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et par l&#224; des possibilit&#233;s d'identification alternative pour les individus, a certainement eu pour effet une fermeture identificatoire. La situation n'est pas essentiellement diff&#233;rente dans les soci&#233;t&#233;s non europ&#233;ennes qui subissent le choc de l'invasion de la modernit&#233; et donc de la pulv&#233;risation de leurs rep&#232;res identificatoires traditionnels, et r&#233;agissent par un surcro&#238;t de fanatisme religieux et national. La conjonction de la cl&#244;ture de l'institution et de la destructivit&#233; psychique des individus dans les conditions historiques particuli&#232;res peut produire un amalgame in&#233;dit, parfois monstrueux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la haine n&#233;cessaire, diff&#233;renciatrice et identificatoire, &#224; la cl&#244;ture totalitaire du sens, le chemin est court et le danger guette.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;BIBLIOGRAPHIE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. AISENSTEIN, &#171; Petites marques du corps &#187;, &lt;i&gt;Rev.fr. Psychosom&lt;/i&gt;. 38, 2, 2010, p.7-16.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P.-L. Assoun, &#171; Portrait m&#233;tapsychologique de la haine &#187;, in (sous la direction de P.-L. Assoun, M. Zafiropoulos), &lt;i&gt;La haine, la jouissance et la loi&lt;/i&gt;, Paris, &#201;d. Anthropos, 1995.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P.-L. Assou &#187;, &#171; La haine surmo&#239;que. Haine dans la culture, haine de la culture &#187; in &lt;i&gt;La haine, Monographies et d&#233;bats de psychanalyse&lt;/i&gt;, PUF, Paris, 2005, p.162.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P. AULAGNIER, &lt;i&gt;La violence de l'interpr&#233;tation&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1975.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. CASTORIADIS, &lt;i&gt;L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 1975.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. CASTORIADIS, &lt;i&gt;Fait et &#224; faire&lt;/i&gt;, Seuil, Paris, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. CASTORIADIS, &#171; Les racines psychiques et sociales de la haine &#187;, in &lt;i&gt;Figures du pensable&lt;/i&gt;, Paris, Seuil. 1999, p.183-196.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P. CLASTRES, &#171; Arch&#233;ologie de la violence &#187;, &lt;i&gt;Libre&lt;/i&gt;, l, 1977, p.137-173.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. de MIJOLLA-MELLOR, &lt;i&gt;Penser la psychose. Une lecture de l'&#339;uvre de Fiera Aulagnier&lt;/i&gt;, Dunod, Paris, 1998.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G. DIATKINE, &#171; Surmoi culturel &#187;, &lt;i&gt;Rev. Fran&#231;. Psychanal&lt;/i&gt;. 5, 2000, p.1523-1588.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;E. ENRIQUEZ,&#171; La haine au secours du collectif &#187;, in &lt;i&gt;La haine, Monographies et d&#233;bats de psychanalyse&lt;/i&gt;, PUF, Paris, 2005, p.199.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. ENRIQUEZ, &lt;i&gt;Aux carrefours de la haine&lt;/i&gt;, Epi, Paris, 1984.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. FREUD, Pulsions et destins des pulsions (1915), in &lt;i&gt;M&#233;tapsychologie&lt;/i&gt;, Gallimard, Paris, 1968.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. FREUD, Consid&#233;rations actuelles sur la guerre et sur la mort, (1915) in &lt;i&gt;Essais de psychanalyse&lt;/i&gt;, pbp, Paris 1981, p.11.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. FREUD,&#171; Le tabou de la virginit&#233; &#187; (1918), in &lt;i&gt;La vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Paris 1969.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. FREUD, Au-del&#224; du principe de plaisir ( 1920), in &lt;i&gt;Essais de psychanalyse&lt;/i&gt;, pbp, Paris 1981. S. FREUD, Psychologie des masses et analyse du moi (1921), in &lt;i&gt;Essais de psychanalyse&lt;/i&gt;, pbp, Paris 1981.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. FREUD,&#171; La n&#233;gation &#187;, (1923) in &lt;i&gt;R&#233;sultats, id&#233;es, probl&#232;mes II&lt;/i&gt;, PUF, 1986, p.137. S. FREUD, Malaise dans la culture (1929), PUF, Paris, 1970.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. GAUCHET, &lt;i&gt;L'av&#232;nement de la d&#233;mocratie, Vol. I, La R&#233;volution moderne&lt;/i&gt;, Gallimard, Paris, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. GAUCHET, &#171; Pierre Clastres &#187;, &lt;i&gt;Libre&lt;/i&gt;, 4, 1978, p. 55-68.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. GREEN,&#171; Vingt ans apr&#232;s Narcisse Janus &#187;, &lt;i&gt;Libres Cahiers pour la psychanalyse&lt;/i&gt;, In press &#233;ditions, n&#176; 11, 2005, p. 135&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. GREEN, &lt;i&gt;Pourquoi les pulsions de destruction ou de mort ?&lt;/i&gt;, &#201;d. du Panama, Paris 2007, p.179.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J. LACAN, &lt;i&gt;S&#233;minaire IX. L'identification (1961-1962)&lt;/i&gt;, S&#233;ance de 28 F&#233;vrier 1962.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J.-Fr. NARODETZKI, &#171; La th&#232;se du narcissisme. De l'usage des concepts psychanalytiques dans le champ sociologique &#187;, &lt;i&gt;Le D&#233;bat,&lt;/i&gt; 55, Mars-Avril, 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P.-P. PASOLINI, &lt;i&gt;&#201;crits corsaires&lt;/i&gt;, Flammarion, Paris, 1976.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J. PEUCH-LESTRADE, &#171; De l'institution de la cure &#224; la parole du je &#187;, &lt;i&gt;Topique&lt;/i&gt;, 77, 2001, p. 99-110.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G. STEPHANATOS, &#171; Se construire la r&#233;alit&#233; du point de vue de Thanatos &#187; in &lt;i&gt;L'esprit d'insoumission, R&#233;flexions autour de la pens&#233;e&lt;/i&gt; de Nathalie Zaltzman (dir. G. Levy), Campagne Premi&#232;re, 2011, p.203-220.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N. ZALTZMAN, &lt;i&gt;De la gu&#233;rison psychanalytique&lt;/i&gt;, PUF, Paris, 1998.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N. ZALTZMAN, L'esprit du mal, &#201;d. de l'Olivier, Paris, 2007.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb9-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;S. Freud, &lt;i&gt;Psychologie des masses et analyse du moi&lt;/i&gt; (1921), in &lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt; de psychanalyse, pbp, Paris 1981, p. 163-164.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;S. Freud, &#171; Pulsions et destins des pulsions &#187; (1915), in &lt;i&gt;M&#233;tapsychologie&lt;/i&gt;, Gallimard, Paris, 1968, p. 40.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Je renvoie &#224; la th&#233;orisation de P. Aulagnier (1975, p. 48-54) sur les conditions n&#233;cessaires pour la repr&#233;sentabilit&#233; de la rencontre psych&#233;-monde. En ce sens Sophie de Mijolla-Mellor (1998, p. 95) souligne qu'Aulagnier, &#224; l'encontre de Freud, con&#231;oit amour et haine de l'objet comme simultan&#233;s dans leur apparition ; donc l'image auto-engendr&#233;e de la rencontre psych&#233;-monde sera toujours cause de plaisir ou de d&#233;plaisir, selon qu'on la consid&#232;re du c&#244;t&#233; d'&lt;i&gt;&#201;ros&lt;/i&gt; ou du c&#244;t&#233; de &lt;i&gt;Thanatos&lt;/i&gt;. Dans cette perspective, je rappelle que le Je dois assumer, par l'interm&#233;diaire d'une mise en sc&#232;ne fantasmatique, l'action du pictogramme de n&#233;antisation qu'introduit &lt;i&gt;Thanatos&lt;/i&gt; comme manifestation de cette haine radicale, pr&#233;sente d'embl&#233;e dans l'originaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir C. Castoriadis, &lt;i&gt;Une soci&#233;t&#233; &#224; la d&#233;rive&lt;/i&gt;, Paris le Seuil, 2005, cit&#233; par E. Enriquez (2005).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Faudrait-il encore ajouter que la haine pr&#233;existe comme ext&#233;rieure au sujet et n&#233;anmoins int&#233;rieure parce qu'inh&#233;rente &#224; ses g&#233;niteurs. La discussion argument&#233;e de cette question d&#233;passerait les limites fix&#233;es pour cet article.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &#171; Les racines psychiques et sociales de la haine &#187;, in Figures du pensable, Paris, Seuil. 1999, p.184.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Je rejoins ici la position de J.-F. Narodetzki qu'une retranscription de la &#171; psychologie collective &#187; dans des termes de la m&#233;tapsychologie ne peut &#234;tre, au mieux, qu'un pari explicatif, une hypoth&#232;se de travail th&#233;orique. Et si &lt;i&gt;Massenpsychologie und Ich-Analyse&lt;/i&gt; semble en effet rendre compte de ses objectifs, il se trouve souligne Narodetzki que la m&#234;me d&#233;marche dans un autre contexte peut ne pas &#171; marcher &#187;, et surtout que de son principe on peut tirer tout et n'importe quoi : par exemple, une th&#233;orie sado-masochique de l'extraction de la plus-value, ou encore une explication de Mai 68 par le complexe d'&#338;dipe, v. &#171; La th&#232;se du narcissisme. De l'usage des concepts psychanalytiques dans le champ sociologique &#187;, &lt;i&gt;Le D&#233;bat&lt;/i&gt;, 55, Mars-Avril, 1990.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;L. Andreas-Salom&#233;, &lt;i&gt;Correspondance avec Sigmund Freud, 1912-1936&lt;/i&gt;, Gallimard, Paris,1970, lettre du 31.1.1915, p. 36, cit&#233; par A. Green (2005).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, Fait et &#224; faire, Seuil, Paris, 1997, p.12.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;P. Aulagnier, &lt;i&gt;La violence de l'interpr&#233;tation&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1975, p. 210.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;J. Peuch-Lestrade, &#171; De l'institution de la cure &#224; la parole du je &#187;, &lt;i&gt;Topique&lt;/i&gt;, 77, 2001, p. 99-110.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;A. Green, &lt;i&gt;Pourquoi les pulsions de destruction ou de mort ?&lt;/i&gt;, &#233;d. du Panama, Paris 2007, p.179.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Psychologie des masses et analyse du moi, op. cit&lt;/i&gt;, p.169.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir l'important article de P.-L. Assoun, &#171; Portrait m&#233;tapsychologique de la haine &#187;, in (sous la direction de) P.-L. Assoun, M. Zafiropoulos, &lt;i&gt;La haine, la jouissance et la loi&lt;/i&gt;, Paris, &#201;d. Anthropos, 1995, p.161.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;N. Zaltzman, &lt;i&gt;L'esprit du mal&lt;/i&gt;, &#201;d. de l'Olivier, Paris, 2007, p.15.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Psychologie des masses et analyse du moi, op. cit&lt;/i&gt;, p.164.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;M. Enriquez, &lt;i&gt;Aux carrefours de la haine,&lt;/i&gt; Epi, Paris, 1984, p. 92-95.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &#171; Les racines psychiques et sociales de la haine &#187;, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;, p. 196.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Essai sur la b&#234;tise : l'un et le multiple</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?987-Essai-sur-la-betise-l-un-et-le</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?987-Essai-sur-la-betise-l-un-et-le</guid>
		<dc:date>2020-02-05T19:40:52Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Insignifiance</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>Anthropologie</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>Type anthropologique</dc:subject>
		<dc:subject>Adam M.</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Troisi&#232;me partie des Prol&#233;gom&#232;nes de l' &#171; Essai sur la b&#234;tise &#187; de Michel Adam, Puf 1975, pp. 38-59. Les intertitres sont de nous. On pourra &#233;galement lire la partie pr&#233;c&#233;dente : &#171; Essai sur la b&#234;tise : le discernement &#187; Si la b&#234;tise semble pouvoir caract&#233;riser une conduite humaine typique, elle n'est pas pour autant univoque. Mais vouloir rendre compte de sa diversit&#233; nous permettra de pr&#233;ciser sa sp&#233;cificit&#233;. Peut-&#234;tre n'y a-t-il pas de diff&#233;rence de nature d'une esp&#232;ce de b&#234;tise &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-60-insignifiance-+" rel="tag"&gt;Insignifiance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-81-philosophie-+" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-110-anthropologie-+" rel="tag"&gt;Anthropologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-216-type-anthropologique-+" rel="tag"&gt;Type anthropologique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-248-Adam-M-+" rel="tag"&gt;Adam M.&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Troisi&#232;me partie des Prol&#233;gom&#232;nes de l' &#171; Essai sur la b&#234;tise &#187; de Michel Adam, Puf 1975, pp. 38-59. Les intertitres sont de nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourra &#233;galement lire la &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?986-Essai-sur-la-betise-le' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;partie pr&#233;c&#233;dente : &#171; Essai sur la b&#234;tise : le discernement &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Si la b&#234;tise semble pouvoir caract&#233;riser une conduite humaine typique, elle n'est pas pour autant univoque. Mais vouloir rendre compte de sa diversit&#233; nous permettra de pr&#233;ciser sa sp&#233;cificit&#233;. Peut-&#234;tre n'y a-t-il pas de diff&#233;rence de nature d'une esp&#232;ce de b&#234;tise &#224; une autre, mais dans les diff&#233;rences de degr&#233; que nous &#233;tablirons ce sera certainement la nature profonde de la b&#234;tise que nous d&#233;gagerons peu &#224; peu. La condamnation de la b&#234;tise est ordinairement sans nuances parce que notre r&#233;action est une attitude pol&#233;mique de protection&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Dans une dispute avec un imb&#233;cile, c'est l'homme sens&#233; qui se retire &#187; et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;i&gt;Noli me tangere&lt;/i&gt;. La b&#234;tise semble &#234;tre &#224; ce point manifestement signe d'elle-m&#234;me qu'on la repousse avec ardeur, sans vouloir en chercher les vari&#233;t&#233;s. Il est vrai, aussi, que le spectacle de la b&#234;tise paralyse le jugement sain en le braquant dans une attitude d&#233;fensive. Cette attitude se prolongera dans une signification donn&#233;e au probl&#232;me de la b&#234;tise qui en sera une alt&#233;ration ; la b&#234;tise se trouvera confondue avec l'alternative v&#233;rit&#233;-fausset&#233;. Le sot est dans l'erreur, alors que le sens&#233; peut proclamer la v&#233;rit&#233;. Mais c'est en de&#231;&#224; de ce dualisme que la b&#234;tise trouve son principe. Il faut la chercher dans la perspective d'une pens&#233;e non encore &#233;labor&#233;e, offrant &#224; la sagacit&#233; de la personne toutes les possibilit&#233;s d'organisation et de jugement, puisqu'on n'est pas encore parvenu au stade de l'opinion qui sera une tentative de formulation du donn&#233; implicite pr&#233;alable. Le vrai et le faux concernent une pens&#233;e d&#233;j&#224; constitu&#233;e &#224; laquelle il s'agit d'appliquer une valeur intellectuelle. La b&#234;tise renvoie &#224; ce qui n'est pas encore une pens&#233;e, &#224; ce qu'il s'agit de formuler pour pouvoir ensuite le juger. D'ailleurs on peut noter que le bon sens se situera au-del&#224; de la dichotomie vrai-faux, puisqu'il sera capable de r&#233;soudre un probl&#232;me math&#233;matique par le biais de l'absurde, ainsi que de manier dans la pratique de la vie sociale la v&#233;rit&#233; et le mensonge, tant dans les processus les plus grossiers du manque de franchise que dans les conduites techniques de la vie diplomatique ou politique, qu'enfin le scrupule et les conflits de devoirs exigent une pens&#233;e qui ne se contente pas d'une perspective bipolaire. La b&#234;tise n'est pas un probl&#232;me intellectuel, c'est la question de l'origine m&#234;me de la pens&#233;e, au moment o&#249; celle-ci se constitue comme telle. C'est la question du fondement de la pens&#233;e, de l'engagement de la r&#233;flexion envers elle-m&#234;me. C'est pourquoi il faut que celui qui &#233;nonce sa pens&#233;e en soit responsable.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;&#171; un homme sens&#233; se disputant avec un imb&#233;cile,&lt;br class='manualbr' /&gt;il ne r&#233;coltera que la honte &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_espace&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le premier stade est celui de la &lt;i&gt;na&#239;vet&#233;&lt;/i&gt;. Il s'agit pr&#233;cis&#233;ment de l'acceptation de la pens&#233;e informul&#233;e, qui vit en nous sans nous, sous forme de pulsions naturelles ou de manifestations g&#233;n&#233;reuses. Le na&#239;f exprimera des grossi&#232;ret&#233;s sans savoir qu'elles sont telles, ou maniera les pens&#233;es les plus id&#233;ales sans se douter qu'elles sont irr&#233;alisables. Insensible &#224; ce jugement &#233;l&#233;mentaire qu'est la pudeur, ou &#224; l'esprit critique qui renvoie au souci du r&#233;el, il &#233;nonce ce qu'il pense avec la plus grande candeur. L'absence de jugement sur ce qu'il &#233;nonce le fait proche de l'enfant ; on parle ainsi de pu&#233;rilit&#233;. Et le contenu de ce qu'il &#233;nonce, n'ayant pas le charme du discours d'enfant, para&#238;tra simplement saugrenu. Est-on vraiment dans le domaine de la b&#234;tise ? Ceux qui veulent l'identifier &#224; un mauvais usage de la v&#233;rit&#233; le contestent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Claude Roy, Le verbe aimer et autres essais, Gallimard, 1969, p. 255.&#034; id=&#034;nh10-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais si la b&#234;tise se qualifie par rapport au marais psychologique &#224; partir duquel doit s'exercer le discernement humain, il faut bien y voir le premier stade, celui o&#249; l'on ne peut acc&#233;der &#224; une pens&#233;e consciente d'elle-m&#234;me, mais qui pourtant formule une pens&#233;e et la propose aux autres, sans penser l'autre comme susceptible d'une attitude critique sur cette pens&#233;e, comme l'enfant qui ne peut encore comprendre la distance qui existe entre son univers et celui de l'adulte.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Le niais est un insecte qui se donne toutes les peines&lt;br class='manualbr' /&gt;pour butiner du vent.&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_espace&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La seconde attitude que nous retiendrons sera la &lt;i&gt;niaiserie&lt;/i&gt;. Un des traits les plus significatifs de la pratique niaise consiste &#224; donner de l'importance &#224; des r&#233;alit&#233;s futiles. Le collectionneur de porte-d&#233;s est un niais. Sa niaiserie d'ailleurs s'aggrave d'elle-m&#234;me, en devenant obs&#233;dante. On peut par manque de sensibilit&#233; au r&#233;el donner de l'importance &#224; des riens. Mais la niaiserie devient un comble lorsque cette vanit&#233; des objets est convertie en principe d'action. Le niais est un insecte qui se donne toutes les peines pour butiner du vent. Il est le volontaire d'un rocher de Sisyphe qu'il se serait plu lui-m&#234;me &#224; d&#233;tacher de la montagne. Le chat aime &#224; jouer avec une bobine vide ; le niais s'en amuse, parce que secr&#232;tement il trouve dans ce spectacle l'image de sa futilit&#233;. Non seulement le monde de l'empirie est le sien, mais parmi les choses il semble avoir l'habilet&#233; de choisir uniquement ce qui n'a aucune valeur. Il poss&#232;de l'art de naviguer dans le n&#233;ant. Les objets sont bien des objets pour lui, mais il y projette une sensibilit&#233; entra&#238;nant une action sans rapport avec le monde adulte. Le niais est vain, car il agit avec un s&#233;rieux appliqu&#233;, mais aussi parce qu'en croyant vraiment agir il ne fait que jouer. Son univers n'est constitu&#233; que d'ombres ; il est dans la caverne et prend au s&#233;rieux son horizon de &lt;i&gt;nursery&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &lt;i&gt;niaiserie&lt;/i&gt; a cette particularit&#233; qu'elle joint &#224; la b&#234;tise l'innocence, n'ayant pas plus de pens&#233;e que la na&#239;vet&#233;, mais voulant se donner illusion. D'abord terme de fauconnerie, la niaiserie concerne l'oiseau qui n'est pas encore sorti du nid. Puis il qualifie les gar&#231;ons simples, sans usage du monde. C'est ainsi que l'on pourra constater l'existence d'une d&#233;marche niaise, emprunt&#233;e. Que l'on songe au r&#244;le de la basse dans la pi&#232;ce de clavecin de Rameau, appel&#233;e &lt;i&gt;Les niais de Sologne&lt;/i&gt;. Cette formation inexistante fait de la niaiserie un comportement qui peut &#234;tre temporaire, et ne relever que de la difficult&#233; de formation. L'&#233;ducation est en cause, mais l'esprit n'est pas forc&#233;ment mauvais ; il ne faut pas d&#233;sesp&#233;rer. En revanche, il semble que les qualificatifs de &lt;i&gt;ben&#234;t&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;cruche&lt;/i&gt; soient li&#233;s &#224; des situations irr&#233;m&#233;diables. Il y a bien la m&#234;me lourdeur d'esprit, la difficult&#233; d'expression et la maladresse de pr&#233;sentation. Cependant la possibilit&#233; curative manque ; c'est comme si rien ne pouvait &#234;tre essay&#233;. Pour le niais, on veut bien que cela soit la t&#226;che d'un autre de tenter l'&#233;ducation. Mais pour le ben&#234;t ou pour la cruche il est inutile d'effectuer une tentative. Il suffit de les confiner dans leur coin ; tout espoir est perdu ; la vie sociale ne se nouera jamais avec eux, car ils seraient incapables de comprendre, et leur difficult&#233; de pr&#233;sentation physique est la marque de leur impossibilit&#233; de manifester quelque forme de pens&#233;e que ce soit.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Avec le ridicule, nous trouvons surtout l'aspect social de la b&#234;tise,&lt;br class='manualbr' /&gt;presque &#224; l'&#233;tat pur.&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_espace&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Avec le ridicule, nous trouvons surtout l'aspect social de la b&#234;tise, presque &#224; l'&#233;tat pur. Ne pas avoir le sens du ridicule, c'est ne pas tenir compte du jugement possible d'autrui. On n'est ridicule que par et pour les autres. On est ridicule quand le groupe se moque. Le ridicule n'est pas n&#233;cessairement associ&#233; &#224; la possibilit&#233; du jugement l&#233;gitime faisant quelqu'un sot. &#171; L'id&#233;e d'&#234;tre ridicule ne doit d'ailleurs point nous troubler &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dostoievsky, L'idiot, IV, 7, Pl&#233;iade, 1957, p. 673.&#034; id=&#034;nh10-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ce qui se peut entendre en deux sens. D'abord, il peut s'agir d'une r&#233;action non fond&#233;e venant d'autrui. Mais cela peut &#234;tre &#233;galement pour celui qui s'aper&#231;oit qu'il a &#233;t&#233; ridicule &#8211; et que cela se limite &#224; cette conduite &#8211; l'occasion d'une r&#233;adaptation au milieu. &#171; Il est parfois bon et m&#234;me meilleur d'&#234;tre ridicule : on est plus enclin au pardon mutuel et &#224; l'humilit&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh10-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le ridicule sensibilise &#224; la pr&#233;sence possible de la b&#234;tise, mais il n'est pas constitutif de celle-ci. Il est l&#224; comme conduite ; le sujet correspondant n'est pas sot pour autant. Le ridicule est de situation, d'insertion sociale manqu&#233;e. Il ne peut venir que d'un contexte. Le ridicule ne tue pas l'esprit ; il peut, comme nous l'avons not&#233;, &#224; l'inverse, le susciter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le ridicule est constitu&#233; par l'absence d'esprit. Il est platitude plut&#244;t m&#234;me qu'absence de pens&#233;e. Pour saisir cette nuance, il n'est que de rapprocher le ridicule du comique. Le comique appelle la r&#233;flexion, la situation pr&#233;sent&#233;e l'&#233;tait selon un but et le rire cons&#233;quent montre que ce but a &#233;t&#233; atteint. Le ridicule, &#224; l'inverse, ne fait pas rire, en raison de la futilit&#233; de la pens&#233;e et de la situation correspondante&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Hegel, Esth&#233;tique : La po&#233;sie, Aubier, 1965, t. II, p. 381.&#034; id=&#034;nh10-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; C'est en cela que le ridicule renvoie &#224; la b&#234;tise. Il est incapable de constituer une pens&#233;e, de promouvoir l'expression d'une sensibilit&#233; signifiante. Il reste &#224; fleur d'impression sans &#234;tre capable de transformer celle-ci en exp&#233;rience. La pens&#233;e est nulle, on ne peut donc pas attendre d'elle qu'elle rende manifeste le d&#233;doublement r&#233;flexif qui d&#233;gagera la contradiction, entra&#238;nant le rire. Cela restera grossier, plat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut aussi distinguer le ridicule de ce qui en sera l'affectation, la pr&#233;tention, o&#249; nous reconnaissons le &lt;i&gt;grotesque&lt;/i&gt; : c'est le ridicule, content de lui, militant. Le grotesque est la pr&#233;tention de la pens&#233;e avec le d&#233;sir d'attirer l'attention sur soi, alors que justement il n'y a pas d'acc&#232;s &#224; la pens&#233;e. Mais le ridicule a en commun avec le grotesque l'importance de l'environnement. Ce sont les circonstances qui accentuent l'ampleur du d&#233;sastre ; ces deux attitudes seront relatives &#224; la situation, renvoyant &#224; l'indiff&#233;rence de leur agent &#224; la qualit&#233; des situations&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Bruy&#232;re, Caract&#232;res, XII, 47 : &#171; Une erreur de fait jette un homme sage (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut enfin dire que le ridicule est une incapacit&#233; de se rendre sensible &#224; ce qui a de l'importance ; il se constitue aussi par la m&#233;diocrit&#233; des objets auxquels il s'adonne, mais avec une r&#233;sonance sociale. C'est le cas de Minard dont Balzac nous trace le portrait. &#171; Son apparente b&#234;tise &#233;tait produite par la tension continuelle de son esprit : il allait de la Double P&#226;te des Sultanes &#224; l'Huile C&#233;phalique, des briquets phosphoriques au gaz portatif, des socques articul&#233;s aux lampes hydrostatiques, embrassant ainsi les &lt;i&gt;infiniment petits&lt;/i&gt; de la civilisation mat&#233;rielle &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les employ&#233;s, Pl&#233;iade, t. VI, p. 943.&#034; id=&#034;nh10-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; C'est ce que l'on pourrait appeler la psychose du boutiquier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attitude ridicule n'est faite que d'une suite de platitudes qui veulent passer pour de l'esprit et qui font de leur auteur un nigaud. Si les pr&#233;cieuses sont ridicules, c'est parce qu'elles se prennent au jeu du langage en croyant qu'elles cr&#233;ent la soci&#233;t&#233; de pens&#233;e correspondante ; elles se jouent une com&#233;die qui ne serait pas risible sans Moli&#232;re. La pens&#233;e n'est pas dans le maniement des objets ; le ridicule croit que l'apparence vaut pour le r&#233;el profond, et qu'il suffit de s'&#233;tonner de ce que les choses sont ce qu'elles sont pour se croire capable de r&#233;flexion. L'homme ridicule est inaccessible au ridicule, car il lui manque la profitable confrontation entre l'image des choses et la pens&#233;e &#224; leur propos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La b&#234;tise nous para&#238;tra chronique, irr&#233;parable, alors que la &lt;i&gt;stupidit&#233;&lt;/i&gt; est passag&#232;re. Leibniz cite le cas d'un joueur de cartes stupide qui faisait pester ses partenaires, car l'arriv&#233;e d'un engagement de jeu difficile le mettait dans de telles r&#233;flexions qu'il semblait incapable d'en sortir. Ainsi les stupides &#171; ont le jugement bon, mais n'ayant point la conception prompte, ils sont m&#233;pris&#233;s et incommodes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nouveaux essais sur l'entendement humain, II, II, Garnier-Flammarion, 1966, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Il y a dans la stupidit&#233; une impossibilit&#233; &#224; r&#233;agir rapidement ; les stupides manquent d'un jugement spontan&#233; devant une difficult&#233; qui les laisse an&#233;antis. Ils ne devinent pas d'embl&#233;e la solution ; on dit habituellement qu'ils ne sont pas tr&#232;s astucieux. Le stupide est celui qui dans ses r&#233;actions retarde, de la m&#234;me fa&#231;on que les connaissances scientifiques des temps pass&#233;s peuvent para&#238;tre stupides au regard du savoir contemporain. L'homme stupide est aussi anachronique ; il sent le besoin d'utiliser sa pens&#233;e, mais il ne trouve pas d'embl&#233;e la possibilit&#233; de le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet immobilisme de r&#233;action renvoie &#224; une image, celle de la b&#251;che. Le stupide semble v&#233;ritablement engourdi ; il est comme insensible &#224; la difficult&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ainsi G&#339;the, Wilhelm Meister, Les ann&#233;es d'apprentissage, IV, 19 (Pl&#233;iade, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il manifeste une retomb&#233;e dans la mati&#232;re, si bien que sa sottise le renvoie &#224; l'ordre des corps, mais un corps que rien ne viendrait sensibiliser, ou que tout exciterait dans sa corpor&#233;it&#233;. Les exigences du corps bloqueraient les possibilit&#233;s de l'esprit. L'homme charnel est insensible aux requ&#234;tes de l'esprit. &#171; Il n'y a que le corps qui appesantisse l'esprit : voil&#224; le principe de notre stupidit&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Malebranche, Trait&#233; de morale, I, s, II (Vrin, &#338;uvres compl&#232;tes, 1966, p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a dans la stupidit&#233; une sorte de passivit&#233; qui d&#233;sarme, c'est ce qui la fait appara&#238;tre comme la possibilit&#233; limite de la b&#234;tise, et ce qui la rend d&#233;sarmante, parce qu'elle n'est pas agressive. Certains m&#234;me lui trouvent un aspect sympathique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. de Montherlant, Le treizi&#232;me C&#233;sar, Gallimard, 1970, p. 191.&#034; id=&#034;nh10-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Elle peut aussi sembler plus supportable. &#171; Le stupide est un sot qui ne parle point, en cela plus supportable que le sot qui parle &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Caract&#232;res, XII, 49.&#034; id=&#034;nh10-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cependant ces jugements ne sont pas sans contrepartie. Ils se manifestent lorsque l'esprit confront&#233; &#224; la stupidit&#233; n'a pas envie de juger ; &#224; l'inverse lorsqu'il veut utiliser son pouvoir judicatoire il s'impatiente de l'esprit born&#233; de son interlocuteur. Il suffit de noter la nuance agressive mise &#224; prononcer le mot &#171; stupide &#187; ; c'est bien ce qui frappe de stupeur. Et c'est l'insensibilit&#233; &#224; l'appel de la pens&#233;e qui est l'objet du scandale. C'est comme un constat d'impuissance que l'on manifeste, un d&#233;sarroi total.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La stupidit&#233; semble ne pr&#233;senter aucune faille, elle est tout d'un bloc, comme en t&#233;moigne ce portrait de Saillard, propos&#233; par Balzac. &#171; C'&#233;tait un gros et gras bonhomme tr&#232;s fort sur la tenue des livres, et tr&#232;s faible en toute autre chose, rond comme un z&#233;ro, simple comme bonjour, qui venait &#224; pas compt&#233;s comme un &#233;l&#233;phant&#8230; Personne ne doutait au minist&#232;re que le P&#232;re Saillard ne f&#251;t une b&#234;te, mais personne n'avait jamais pu savoir jusqu'o&#249; allait sa b&#234;tise ; elle &#233;tait trop compacte pour &#234;tre interrog&#233;e, elle ne sonnait pas le creux, elle absorbait tout sans rien rendre &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les employ&#233;s, Pl&#233;iade, t. VI, p. 897.&#034; id=&#034;nh10-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant de tels portraits, le vocabulaire se fait riche, parce que le stupide renvoie au probl&#232;me de la dignit&#233; de l'homme, qui est comme chacun sait depuis Pascal dans la pens&#233;e. Le stupide semble me faire violence. Que l'on ne s'&#233;tonne pas des possibilit&#233;s que donnera l'argot pour r&#233;agir &#224; ce spectacle. La faiblesse d&#233;sarmante de l'homme sens&#233; devant la sottise se renversera en intol&#233;rance&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On en trouvera une liste, non exhaustive, dans Pierre Guiraud, L'argot, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On rejette ainsi l'autre du groupe de ceux qui ont acc&#232;s &#224; la pens&#233;e. Mais on remarque que ces qualificatifs peuvent se ramener &#224; l'unit&#233; derri&#232;re le mot traditionnel d'insens&#233; qui ne prend une valeur que lorsqu'il est prononc&#233; par une personne de bon sens.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;La sottise se pr&#233;sente comme exigence de pens&#233;e,&lt;br class='manualbr' /&gt;mais incapable de d&#233;coller du r&#233;el.&lt;br class='manualbr' /&gt;Elle pense ce qu'il est inutile de penser.&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_espace&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En abordant la &lt;i&gt;sottise&lt;/i&gt;, nous rencontrons une conduite faite de deux &#233;l&#233;ments antinomiques. D'une part, le sot propose sa pens&#233;e comme si elle &#233;tait &#233;labor&#233;e comme telle, mais d'autre part cette pens&#233;e est sans jugement ; elle n'est ni ma&#238;tris&#233;e, ni contr&#244;l&#233;e. C'est en quelque sorte l'&#233;tourdi qui joue au penseur, l'ignorant par inattention qui joue au savant. Tout ce qui bloque notre aptitude &#224; la r&#233;flexion est capable de nous rendre sot ; ainsi en est-il des passions, au sens classique de ce mot&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alain, D&#233;finitions, v&#176; &#171; C'est le contraire de la sagesse ; et c'est le vice (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La sottise est donc une conduite qui me lie &#224; la pr&#233;vention et &#224; la pr&#233;cipitation ; c'est le souci du non-souci. Elle semble pens&#233;e, mais elle tourne le dos aux vraies caract&#233;ristiques de la pens&#233;e qui se contr&#244;le elle-m&#234;me. Momentan&#233;e, la sottise est la gaffe, durable elle est la confusion. Elle n'est pas ordonn&#233;e par rapport &#224; l'essentiel. Ainsi les vierges folles sont des sottes, qui ne savent pas donner une orientation cons&#233;quente &#224; leur comportement. Il y a, chez le sot, une ing&#233;nuit&#233; de conduite qui les montre comme sortant d'un r&#234;ve lorsque la confrontation avec le r&#233;el entra&#238;ne une r&#233;vision de leur attitude premi&#232;re. Puisque la sottise est surtout inattention, elle est abandon de soi, faiblesse de caract&#232;re. Mais elle n'est pas pour autant absence de qualit&#233;. Les p&#233;ch&#233;s de jeunesse sont des sottises, mais avec une l&#233;g&#232;ret&#233; d'engagement telle que ce n'est pas encore de la b&#234;tise. La b&#234;te aura la disgr&#226;ce de la lourdeur, et la permanence de ses r&#233;actions&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous ne suivrons pas Casanova quand il dit (M&#233;moires, pr&#233;face, Pl&#233;iade, t. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cependant le sot n'est ni pr&#233;tentieux, ni combatif. Un sottisier n'est que le recueil de ses bourdes, et celles-ci sont &#233;nonc&#233;es avec calme, sang-froid et apparence de bon sens. C'est ce qui fait &#233;crire &#224; Claude Roy : &#171; Le premier trait g&#233;n&#233;ral des sots, c'est que la b&#234;tise chez eux est paisible, forte, souvent tranchante, toujours assur&#233;e de son bon droit et de sa rectitude. La b&#234;tise ne doute pas d'&#234;tre l'intelligence &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le verbe aimer et autres essais, Gallimard, 1969, p. 255.&#034; id=&#034;nh10-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sottise est ainsi manque d'attention ; c'est la faute par omission. On l'oppose &#224; la r&#233;flexion et &#224; la sagesse ; c'est une sorte de st&#233;rilit&#233; momentan&#233;e de l'esprit, une indigence de la pens&#233;e. Aussi le sot est-il malheureux, lorsqu'il peut constater sa faiblesse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Saint Augustin, De vita beata, &#167;&#167; 28 et 30 ; Contra Academicos, I, IX, 24. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La sottise peut manier des connaissances, du savoir, des traits de m&#233;moire &#224; partir desquels elle veut conclure, mais elle n'en est pas v&#233;ritablement capable, ce qui fait que sa pens&#233;e est d&#233;cal&#233;e par rapport aux &#233;l&#233;ments pour l'&#233;chafauder.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;C'est ce qui peut rendre la sottise hargneuse :&lt;br class='manualbr' /&gt;ne pas s'apercevoir qu'il fallait penser au lieu de percevoir.&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_espace&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On trouvera ainsi de la sottise dans l'impossibilit&#233; de l'interpr&#233;tation symbolique d'une r&#233;alit&#233;. La circoncision, o&#249; l'Esprit-Saint n'intervenait pas, est devenue inutile pour les chr&#233;tiens ; l'Eucharistie est pu&#233;rilit&#233; pour les non-croyants. Non v&#233;cu comme sacrement, cela devient sottise. &#171; Tous ces sacrifices et c&#233;r&#233;monies &#233;taient donc figures ou sottises ; or il y a des choses claires trop hautes pour les estimer des sottises &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pascal, Pens&#233;es, Brunschvicg, 680 ; Lafuma, 267.&#034; id=&#034;nh10-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si cela prend un sens par rapport &#224; une th&#233;ologie, d&#232;s que l'esprit s'&#233;loigne de l'acceptation des principes, les cons&#233;quences chiffr&#233;es dans la mati&#232;re perdent leur signification et l'on ne trouve plus que de la mati&#232;re &#224; fonction humaine, rien qu'humaine. La sottise se pr&#233;sente comme exigence de pens&#233;e, mais incapable de d&#233;coller du r&#233;el. Elle pense ce qu'il est inutile de penser. C'est ce qui peut rendre la sottise hargneuse : ne pas s'apercevoir qu'il fallait penser au lieu de percevoir. Le sot se contentait de regarder et &#233;tait inattentif &#224; la tension que la vie de l'esprit devait susciter. On en veut alors aux autres d'obliger &#224; r&#233;fl&#233;chir alors que cela semblait si inutile, le monde pr&#233;sentait des paradis de pens&#233;e artificielle o&#249; il n'y avait qu'&#224; se laisser r&#234;ver le r&#233;el au lieu de le rendre signifiant.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Ayant peur de ne pas &#234;tre d&#233;tenteur de sa pens&#233;e jusqu'au bout,&lt;br class='manualbr' /&gt;on la durcit pour en faire un imp&#233;ratif absolu.&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_espace&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Avec &lt;i&gt;l'imb&#233;cile&lt;/i&gt;, la perturbation est chronique et profonde. Il s'agit d'une incapacit&#233; de l'intelligence, d'une faiblesse durable de l'esprit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au XVIIe si&#232;cle, imb&#233;cile signifiait encore faible, incapable. Voir par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On sait la violence que Pascal met dans l'emploi de ces mots. Cette faiblesse de l'esprit n'est pas toujours imm&#233;diatement sensible ; elle peut &#234;tre cach&#233;e par une forte personnalit&#233;, par exemple l'attitude de quelqu'un dont on dit qu'il a du caract&#232;re parce qu'il poss&#232;de une volont&#233; extr&#234;me, mal r&#233;gl&#233;e qui n'est autre qu'une volont&#233; faible ayant peur de ne pas aboutir et qui se durcit pour ne pas succomber avant la r&#233;alisation de l'acte d&#233;cid&#233;. Derri&#232;re cette carapace de vouloir se cache une faiblesse profonde de la personne. Ayant peur de ne pas &#234;tre d&#233;tenteur de sa pens&#233;e jusqu'au bout, on la durcit pour en faire un imp&#233;ratif absolu. Il est facile &#224; des imb&#233;ciles qui font illusion d'&#234;tre des meneurs pour d'autres imb&#233;ciles aussi faibles, mais moins volontaires qu'eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comportement de l'imb&#233;cile consiste &#224; se r&#233;p&#233;ter, &#224; pratiquer la tautologie. Ce qui signifie d'abord que sa pens&#233;e n'est pas li&#233;e ; il lui manque le souci du rapport, de la cons&#233;quence. L'expression en lui est toute m&#233;canique, il est soumis au d&#233;veloppement de ce qu'il dit, d'o&#249; l'importance de la cr&#233;dulit&#233;, de la d&#233;pendance. C'est l'homme de la petitesse et de la m&#233;diocrit&#233;. La b&#234;tise pourra montrer un certain lyrisme, l'imb&#233;cillit&#233; jamais. Les pens&#233;es de l'imb&#233;cile lui sont donn&#233;es, c'est l'homme de l'opinion. Le manque d'intelligence en lui consiste &#224; ne pas pouvoir associer deux id&#233;es ensemble&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Que l'on songe &#224; la fa&#231;on dont Joseph Prudhomme parlait de Napol&#233;on : &#171; Si (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'imb&#233;cillit&#233; se caract&#233;rise donc par un manque de force intellectuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce sera aussi un souci de conformisme, de copie que l'on retrouvera dans des formules syst&#233;matisant la r&#233;p&#233;tition de mots : un chat est un chat, le go&#251;t est le go&#251;t, la loi c'est la loi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Baudelaire, Am&#339;nitates belgicae, XV ; L'esprit conforme, Pl&#233;iade, 1956, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Par des formules de ce genre, l'imb&#233;cile fait reculer la pens&#233;e et se pare de ce qui lui semble le bon sens. Ainsi personne ne le fera coupable de ne pas mener la pens&#233;e hors du sens commun. Ce sera l'autre qui d&#233;lirera. Mais la signification de cette tautologie va plus loin encore : cela semble le bon sens, donc un renvoi &#224; ce donn&#233; pr&#233;alable de la sensibilit&#233; o&#249; la pens&#233;e n'a pas besoin de se formuler, o&#249; le r&#233;el est donn&#233; pour ce qu'il est, et que tout au plus l'opinion dans ce qu'elle a de public a permis d'&#233;noncer dans la quotidiennet&#233;. Cette trivialit&#233; de chaque jour devient le principe d'autorit&#233; qui l&#233;gitime la simple r&#233;p&#233;tition des mots. L'imb&#233;cile attend de chacun qu'il s'y soumette, comme il le fait lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Ici encore il n'est pas question d'erreur et de fausset&#233;,&lt;br class='manualbr' /&gt;pas plus d'ailleurs que d'ignorance.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il s'agit plut&#244;t de l'aptitude &#224; acqu&#233;rir un v&#233;ritable savoir,&lt;br class='manualbr' /&gt;&#224; fonder ses id&#233;es dans une r&#233;flexion personnelle. &lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_espace&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La &lt;i&gt;b&#234;tise&lt;/i&gt; que nous abordons maintenant est un manque total de qualit&#233; de l'esprit. Elle consiste non pas tant &#224; n'avoir pas d'id&#233;es qu'&#224; avoir des id&#233;es courtes, plates, fausses. Ce sont des id&#233;es qui baignent encore dans le donn&#233; originaire dont la pens&#233;e devrait les faire sortir. La plus commode, pour l'analyse, sera de proc&#233;der par opposition. La b&#234;tise s'oppose d'abord &#224; la finesse. Ainsi des id&#233;es b&#234;tes seront sans originalit&#233;, sans profondeur. Ce seront les grosses id&#233;es du commun, non d&#233;cant&#233;es du marais affectif dans lequel elles baignent, et sans la vie qu'une personne sens&#233;e pourrait tirer de la sensibilit&#233; jointe &#224; l'expression de la pens&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le portrait que Baudelaire nous propose de George Sand, Mon c&#339;ur mis &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Mais le principe de cette absence de finesse se comprendra mieux si on compare la b&#234;tise &#224; la subtilit&#233;. Gr&#226;ce &#224; celle-ci les id&#233;es peuvent prendre des nuances, se pr&#233;ciser, devenir diff&#233;rentes les unes des autres. Mais pour ce faire, il faut une possibilit&#233; d'imagination que le b&#234;te ne poss&#232;de pas. Il utilise les id&#233;es telles qu'il les trouve, sans aucune ing&#233;niosit&#233; particuli&#232;re. Pour l'homme sens&#233; et de go&#251;t, il ne s'agit pas seulement d'&#234;tre subtil, mais encore spirituel ; c'est-&#224;-dire de ne pas s'en tenir aux id&#233;es, mais montrer que l'on a de la personnalit&#233;, ce qui veut dire ici de l'aisance. Au lieu d'insister d'une mani&#232;re appuy&#233;e et ridicule sur ce que l'on fait et ce que l'on dit, on man&#339;uvrera l&#233;g&#232;rement, laissant entendre que les id&#233;es propos&#233;es sont susceptibles de bien des sens, mais que l'interlocuteur est lui-m&#234;me assez sens&#233; pour pouvoir trouver seul, sans avoir besoin de cette p&#233;dagogie sotte de ma&#238;tre d'&#233;cole born&#233;. Comme nous aurons &#224; le redire, c'est dans cette attitude d'apparence l&#233;g&#232;re que r&#233;side le vrai s&#233;rieux, celui qui n'est pas d'&#233;nonciation et de comportement, mais de vie int&#233;rieure. La b&#234;tise est la marque d'une limitation de la vie profonde de l'esprit ; le b&#234;te est born&#233;, c'est ce qui l'emp&#234;che d'&#233;laborer une pens&#233;e originale. Ici encore il n'est pas question d'erreur et de fausset&#233;, pas plus d'ailleurs que d'ignorance. Il s'agit plut&#244;t de l'aptitude &#224; acqu&#233;rir un v&#233;ritable savoir, &#224; fonder ses id&#233;es dans une r&#233;flexion personnelle.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Que l'on songe &#224; la fa&#231;on selon laquelle le b&#234;te juge autrui :&lt;br class='manualbr' /&gt;les jugements qu'il porte rel&#232;vent de sa haine et de son envie&lt;br class='manualbr' /&gt;et concernent ce que l'on appelle pudiquement la vie priv&#233;e.&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_espace&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est en ce sens que la b&#234;tise est insondable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ainsi Th&#233;ocrite dans Les Syracusaines (vers 17) qualifie le b&#234;te d'homme de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, car la pens&#233;e de celui qui est b&#234;te est sans prise : aucune pens&#233;e, aucun jugement ne peuvent &#234;tre propos&#233;s, ce n'est pas &#224; ce qui sera propos&#233; que le b&#234;te r&#233;pondra ; il ne le peut comprendre. Sa pens&#233;e ne va pas jusqu'&#224; la compr&#233;hension des id&#233;es. Que l'on songe &#224; la fa&#231;on selon laquelle le b&#234;te juge autrui : les jugements qu'il porte rel&#232;vent de sa haine et de son envie et concernent ce que l'on appelle pudiquement la vie priv&#233;e. Tout ceci est en rapport direct avec ce que nous avons appel&#233; le marais. La pens&#233;e n'a pas besoin d'&#234;tre &#233;labor&#233;e ; elle trouve sa nourriture dans les pulsions les moins &#233;labor&#233;es de la personne ; c'est ainsi que l'on passe facilement de la m&#233;disance &#224; la calomnie, puisque nous nous trouvons en de&#231;&#224; du souci de la v&#233;rit&#233;, et en relation avec la ranc&#339;ur envers autrui.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Mais il s'agit pour le fat de se croire pensant,&lt;br class='manualbr' /&gt;parce qu'il utilise les mots de la pens&#233;e.&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_espace&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il y a enfin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous n'avons pas fait de place &#224; l'idiotie, car cette expression ne nous (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; une vari&#233;t&#233; sp&#233;ciale faite d'abord de pens&#233;e emprunt&#233;e et de ce que nous avons d&#233;j&#224; appel&#233; la niaiserie. Ce m&#233;lange donnera une pr&#233;tention intellectuelle procurant du s&#233;rieux : &#224; une pens&#233;e utilis&#233;e sans y avoir acc&#232;s. On peut alors parler de simagr&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kant s'est essay&#233; &#224; d&#233;finir, par rapport au beau, quelques attitudes de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; pour qualifier ce comportement qui r&#233;pond au type du &lt;i&gt;fat&lt;/i&gt;. La pens&#233;e en tant que r&#233;alit&#233; sociale est per&#231;ue, mais non ses exigences profondes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce peut &#234;tre l'attitude de coquetterie, plus nuanc&#233;e que la fatuit&#233;. Voir (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le fat s'engage dans des expressions non comprises et se joue d'abord la com&#233;die &#224; lui-m&#234;me. Il ne peut pas v&#233;rifier la validit&#233; de cette pens&#233;e, ni par rapport &#224; son emploi, ni par rapport &#224; sa constitution. Il se fera dogmatique ; il ne pourra jamais atteindre la qualit&#233; du langage qui exprime cette pens&#233;e ; il ne saura pas l'adapter &#224; son auditoire. Mais il s'agit pour lui de se croire pensant, parce qu'il utilise les mots de la pens&#233;e. Le na&#239;f maniait la pr&#233;-pens&#233;e ; le fat manie la pens&#233;e, mais ni chez l'un, ni chez l'autre il n'y a de v&#233;ritable ma&#238;trise de soi. L'univers critique n'existe pas ; la pens&#233;e pense &#224; la place de celui qui &#233;nonce des mots. Cette pal&#233;ontologie de l'expression humaine montre qu'il ne suffit pas de mots ni d'expression de sentiments pour acc&#233;der &#224; l'effective r&#233;flexion et au discernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une composante importante de la fatuit&#233; sera la &lt;i&gt;vanit&#233;&lt;/i&gt;. C'est l'attachement &#224; des riens avec lesquels on s'aveugle pour se faire valoir. Il y a l&#224; une servitude envers le monde des apparences ; le sot s'enchante de nullit&#233;s et y trouve un principe de survalorisation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On trouve cette d&#233;finition chez Th&#233;oophraste, Caract&#232;res, XXI : &#171; La sotte (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On remarquera facilement ici de l'impertinence, de la grossi&#232;ret&#233;, de la goujaterie. C'est la b&#234;tise s&#251;re d'elle-m&#234;me, pavanante, voulant faire violence aux autres. Il y a dans ce comportement une confiance en soi, une impression de pens&#233;e juste qui peut faire illusion, l'homme intelligent dans sa simplicit&#233; semblant aussi heureux que le fat qui plastronne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Claude Roy, Le verbe aimer et autres essais, Gallimard, 1969, pp. 257-258.&#034; id=&#034;nh10-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En s'affichant, il donne l'impression de la valeur de soi que l'on conna&#238;t et qui permet de se manifester. &#192; la limite, le comportement du fat est celui-l&#224; m&#234;me de l'homme ma&#238;tre de lui devant les autres. La suspicion doit ainsi &#234;tre partout ; l'homme tr&#232;s sens&#233; n'est-il pas au stade extr&#234;me de la sottise ? Mais il suffira de peu de temps pour faire la diff&#233;rence ; l'homme sens&#233; poss&#232;de cette vertu irrempla&#231;able et si bergsonienne qui est la simplicit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprendra encore mieux le sens de la b&#234;tise en disant pourquoi nous n'avons pas trait&#233; pour lui-m&#234;me du probl&#232;me de l'absurde. On peut sch&#233;matiquement qualifier l'absurde comme ce dont le sens n'est pas accessible, donc pos&#233; comme inexistant au regard de la pens&#233;e coh&#233;rente. Cependant, il y a aussi des donn&#233;es mentales qui sont imm&#233;diatement inaccessibles, parce que surcharg&#233;es de sens. &#201;voquons ainsi le joker des jeux de cartes qui peut remplacer toutes les autres valeurs, ou les r&#233;cits mythiques qui, hors du temps, donnent l'interpr&#233;tation des conduites humaines valable dans tous les temps. Mais dans ces deux exemples le sens est plut&#244;t v&#233;cu que pens&#233;. L'absurde v&#233;ritable n'existe que dans l'univers du discours logique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Camus, Le mythe de Sysiphe, Essais, Pl&#233;iade, 1965, pp. 204-205 : ' &#8230; si (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; il connote une volont&#233; de rationalit&#233; et en m&#234;me temps l'absence de rationalit&#233; du discours ou de la conduite jug&#233;. La b&#234;tise pr&#233;cis&#233;ment ne peut pas atteindre ce niveau d'exigence, puisque la pens&#233;e logique et rationnelle ne fait pas partie de ses possibilit&#233;s. C'est en de&#231;&#224; de la raison que la b&#234;tise trouve son origine, dans ce magma indiff&#233;renci&#233; fait de pulsions et de vie affective qui cherche &#224; s'exprimer par des id&#233;es toutes faites de l'opinion. Mais la v&#233;rit&#233; et le souci de la preuve qui lui est conjointe ne font pas partie des m&#234;mes r&#233;f&#233;rences.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;En lui-m&#234;me, pour la b&#234;tise le sens n'est pas un probl&#232;me ;&lt;br class='manualbr' /&gt;l'&#233;nonciation ne demande pas de v&#233;rification, encore moins d'exp&#233;rimentation.&lt;br class='manualbr' /&gt;Elle convient dans la brutalit&#233; de son expression.&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_espace&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La b&#234;tise doit aussi &#234;tre diff&#233;renci&#233;e du d&#233;lire verbal, qui pratique le non-sens. Il s'agit ici d'une juxtaposition de mots ou d'attitudes qui ne manifestent pas de possibilit&#233;s d'articulation. Tout reste sans signification ; le langage comme le comportement ne sont pas domin&#233;s et t&#233;moignent d'une impossibilit&#233; d'exprimer quelque pens&#233;e que ce soit. La b&#234;tise se trouvera plut&#244;t dans ce qu'on pourrait appeler l'absence de sens. Mais il faut encore pr&#233;ciser. Le sens de la b&#234;tise appelle un jugement capable d'en discerner la pr&#233;sence. Le sot &#233;noncera une sottise en toute bonne conscience. Disons donc que pour son interlocuteur le sot pratiquera l'absence de sens. Mais ne pas avoir le souci de la validit&#233; de la pens&#233;e nous conduit &#224; situer la b&#234;tise au niveau de la neutralit&#233; de sens ; il y a de la part du sot refus d'interrogation. En lui-m&#234;me, le sens n'est pas un probl&#232;me ; l'&#233;nonciation ne demande pas de v&#233;rification, encore moins d'exp&#233;rimentation. Elle convient dans la brutalit&#233; de son expression. Le sot parle pour parler, ce qui est une certaine fa&#231;on d'agir dans le monde. Son expression se limite &#224; la validit&#233; lexicale et syntaxique. Du moment que la tournure est correcte, l'&#233;l&#233;mentaire bon sens doit &#234;tre satisfait, le sens doit suivre ; il n'est pas cherch&#233; pour lui-m&#234;me ; il doit aller de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait bon, pour terminer, de faire une distinction entre la b&#234;tise et la folie. Disons d'abord que l'ali&#233;nation est un manque d'unit&#233; et de ma&#238;trise de soi, ce qui peut tr&#232;s bien convenir &#224; l'imb&#233;cile. Mais la folie est un trouble de l'affectivit&#233;, alors que la b&#234;tise est un trouble de la pens&#233;e. On sait que la folie peut faire bon m&#233;nage avec l'utilisation de la raison et l'on cite le cas de math&#233;maticiens intern&#233;s consacrant leurs loisirs forc&#233;s &#224; leur passe-temps favori. Une anecdote montrera la d&#233;marcation entre les deux attitudes : un magistrat, faisant une enqu&#234;te dans une maison de sant&#233;, y rencontre un de ses anciens condisciples. Le magistrat n'avait pas &#233;t&#233; un &#233;l&#232;ve des plus brillants. L'ali&#233;n&#233;, apr&#232;s avoir dit son plaisir de le revoir lui demande s'il &#233;tait toujours aussi peu intelligent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par le Dr Paul Voivenel, La raison chez les fous et la folie chez les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il me semble que l'on peut faire d&#233;j&#224; une diff&#233;rence profonde entre la folie et la b&#234;tise : encore apte au raisonnement, le fou n'a pas la possibilit&#233; r&#233;guli&#232;re de l'associer au r&#233;el. Lorsque le bon sens lui est rendu, il trouve de suite la r&#233;ponse aux difficult&#233;s que la vie peut pr&#233;senter. On cite le cas d'un automobiliste qui perd une roue devant une maison d'ali&#233;n&#233;s. On ne peut retrouver les boulons. Un fou donne alors le conseil de prendre un boulon sur chacune des roues restantes, afin de faire tenir la roue qui s'est &#233;chapp&#233;e. Et le fou explique : &#171; Je suis fou, mais je ne suis pas b&#234;te. &#187; La sottise n'aurait pas pu obtenir de r&#233;ponse, car c'est chroniquement qu'elle est incapable d'avoir prise sur le r&#233;el. Mais ce qui est plus grave encore, c'est la passivit&#233; de leur esprit qui les emp&#234;che de disposer de leur aptitude &#224; juger. Leibniz fait dire &#224; Philal&#232;the : &#171; Les &lt;i&gt;imb&#233;ciles&lt;/i&gt; manquent de vivacit&#233;, d'activit&#233; et de mouvement dans les facult&#233;s intellectuelles, par o&#249; ils se trouvent priv&#233;s de l'usage de la raison. Les fous semblent dans l'extr&#234;me oppos&#233;, car il ne me para&#238;t pas que ces derniers aient perdu la facult&#233; de raisonner, mais aient joint mal &#224; propos certaines id&#233;es, ils les prennent pour des v&#233;rit&#233;s, et se trompent de la m&#234;me mani&#232;re que ceux qui raisonnent juste sur de faux principes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nouveaux essais sur l'entendement humain, II, II, Garnier-Flammarion, 1966, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Le fou se prendra pour tel personnage et aura le comportement correspondant ; une folle qui se croyait panth&#232;re marchait &#224; quatre pattes et ouvrait les tiroirs de commode pour manger des photos d'enfant, puisque la panth&#232;re d&#233;vore les enfants. Mais la sottise manquera de cette imagination qui incite &#224; des emplois inattendus de la raison. Elle n'aura m&#234;me pas le privil&#232;ge d'&#234;tre plaisante, car tout souci de d&#233;couverte de l'inconnu lui fait d&#233;faut. La banalit&#233; terne des lieux communs est seule &#224; attendre ; elle poss&#232;de l'avantage de permettre &#224; l'esprit la somnolence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour faciliter l'expression, nous ne suivrons pas &#224; la lettre les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb10-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Dans une dispute avec un imb&#233;cile, c'est l'homme sens&#233; qui se retire &#187; et &#171; un homme sens&#233; se disputant avec un imb&#233;cile, il ne r&#233;coltera que la honte &#187;, disent deux proverbes malgaches, &lt;i&gt;Ohabolana ou proverbes malgaches&lt;/i&gt;, Tananarive, Imprimerie luth&#233;rienne, 1960, p. 27.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Claude Roy, &lt;i&gt;Le verbe aimer et autres essais&lt;/i&gt;, Gallimard, 1969, p. 255.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Dostoievsky, &lt;i&gt;L'idiot&lt;/i&gt;, IV, 7, Pl&#233;iade, 1957, p. 673.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. Hegel, &lt;i&gt;Esth&#233;tique : La po&#233;sie&lt;/i&gt;, Aubier, 1965, t. II, p. 381.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La Bruy&#232;re, &lt;i&gt;Caract&#232;res&lt;/i&gt;, XII, 47 : &#171; Une erreur de fait jette un homme sage dans le ridicule. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Les employ&#233;s&lt;/i&gt;, Pl&#233;iade, t. VI, p. 943.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Nouveaux essais sur l'entendement humain&lt;/i&gt;, II, II, Garnier-Flammarion, 1966, p. 120. Th&#233;ophraste d&#233;finit la stupidit&#233; comme une &#171; pesanteur d'esprit qui accompagne actions et discours &#187; (&lt;i&gt;Caract&#232;res&lt;/i&gt;, XIV). Mais la stupidit&#233; est &#224; comprendre par rapport &#224; une &#233;volution &#233;ventuelle. &#171; Rien n'est plus difficile que de distinguer dans l'enfance la stupidit&#233; r&#233;elle de cette apparente et trompeuse stupidit&#233; qui est l'annonce des &#226;mes fortes. &#187; Rousseau, &lt;i&gt;Emile&lt;/i&gt;, II (Pl&#233;iade, &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, t. IV, 1969, pp. 342-343). Rousseau &#233;voque ensuite un cas qui d&#233;crit vraisemblablement Condillac.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ainsi G&#339;the, &lt;i&gt;Wilhelm Meister, Les ann&#233;es d'apprentissage&lt;/i&gt;, IV, 19 (Pl&#233;iade, Romans, 1966, p. 621) : 'Seules les b&#251;ches sont de l'ordre incorrigible, qu'elles soient engourdies et inflexibles par suffisance, b&#234;tise ou hypocondrie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Malebranche, &lt;i&gt;Trait&#233; de morale&lt;/i&gt;, I, s, II (Vrin, &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, 1966, p. 64). Ainsi le mot &lt;i&gt;p&#233;core&lt;/i&gt; signifiant b&#234;te est tir&#233; de &lt;i&gt;pecus&lt;/i&gt;, le b&#233;tail, la b&#234;te de troupeau.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;H. de Montherlant, &lt;i&gt;Le treizi&#232;me C&#233;sar&lt;/i&gt;, Gallimard, 1970, p. 191.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Caract&#232;res, XII, 49.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Les employ&#233;s&lt;/i&gt;, Pl&#233;iade, t. VI, p. 897.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On en trouvera une liste, non exhaustive, dans Pierre Guiraud, &lt;i&gt;L'argot&lt;/i&gt;, Presses Universitaires de France, 1969, p. 48.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Alain, &lt;i&gt;D&#233;finitions&lt;/i&gt;, v&#176; &#171; C'est le contraire de la sagesse ; et c'est le vice qui nous jette dans toutes les erreurs auxquelles nos passions sont sujettes. Toutefois, les passions qui nous rendent sots sont plus pr&#233;cis&#233;ment celles qui concernent nos jugements eux-m&#234;mes et l'opinion que nous en avons ; par exemple, l'infatuation, le respect des autorit&#233;s, l'institution, la coutume. Il y a toujours dans la sottise quelque chose de m&#233;canique, et des fragments de raison mal attach&#233;s &#187; (&lt;i&gt;Les arts et les dieux&lt;/i&gt;, Pl&#233;iade, 1958, p. 1091).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Nous ne suivrons pas Casanova quand il dit (&lt;i&gt;M&#233;moires&lt;/i&gt;, pr&#233;face, Pl&#233;iade, t. 1, 1964, p. 3) que le sot est &#171; insolent et pr&#233;somptueux jusqu'&#224; d&#233;fier l'esprit (ce que nous appellerons le fat) alors que le b&#234;te ne doit son comportement qu'&#224; une absence d'&#233;ducation et peut &#234;tre honn&#234;te et sympathique &#187;,&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le verbe aimer et autres essais&lt;/i&gt;, Gallimard, 1969, p. 255.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Saint Augustin, &lt;i&gt;De vita beata&lt;/i&gt;, &#167;&#167; 28 et 30 ; Contra Academicos, I, IX, 24. Voir aussi Voltaire, &lt;i&gt;Histoire d'un bon Bramin&lt;/i&gt;, Romans et contes, Garnier, 1949, pp. 114-116.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pascal, &lt;i&gt;Pens&#233;es&lt;/i&gt;, Brunschvicg, 680 ; Lafuma, 267.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Au XVIIe si&#232;cle, &lt;i&gt;imb&#233;cile&lt;/i&gt; signifiait encore faible, incapable. Voir par exemple Fran&#231;ois de Sales, &lt;i&gt;Trait&#233; de l'amour de Dieu&lt;/i&gt;, VII, 1 (&lt;i&gt;&#338;uvres&lt;/i&gt;, Pl&#233;iade, 1969, p. 664) ou VII, 2 (p. 868).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Que l'on songe &#224; la fa&#231;on dont Joseph Prudhomme parlait de Napol&#233;on : &#171; Si Bonaparte avait su se contenter de son grade de g&#233;n&#233;ral&#8230; sa dynastie serait peut-&#234;tre encore sur le tr&#244;ne de France. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir Baudelaire, &lt;i&gt;Am&#339;nitates belgicae&lt;/i&gt;, XV ; &lt;i&gt;L'esprit conforme&lt;/i&gt;, Pl&#233;iade, 1956, p. 269, et Roland Barthes, &lt;i&gt;Mythologies&lt;/i&gt;, Seuil, 1970, pp. 96-98 et 240-241 ; ainsi que Kant, &lt;i&gt;Anthropologie&lt;/i&gt;, Vrin, 1964, p. 79.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir le portrait que Baudelaire nous propose de George Sand, &lt;i&gt;Mon c&#339;ur mis &#224; nu&lt;/i&gt;, Pl&#233;iade, 1956, XXVI-XXVIII, pp. 1214-1215.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ainsi Th&#233;ocrite dans &lt;i&gt;Les Syracusaines&lt;/i&gt; (vers 17) qualifie le b&#234;te d'homme de treize coud&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Nous n'avons pas fait de place &#224; l'idiotie, car cette expression ne nous semble pas correspondre &#224; une conduite typique. Le mot grec &lt;i&gt;idiotes&lt;/i&gt; veut dire simple particulier, puis caract&#233;rise l'homme du commun, le vulgaire. L'idiotie a aussi un sens technique en psychopathologie. Dans la langue commune, il semble le plus souvent r&#233;serv&#233; &#224; la simple critique, voire &#224; l'insulte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Kant s'est essay&#233; &#224; d&#233;finir, par rapport au beau, quelques attitudes de divagation, &#233;voquant la fatuit&#233; dans &lt;i&gt;Observations sur le sentiment du beau et du sublime&lt;/i&gt;, Vrin, 1953, pp. 24-25. Voir aussi &lt;i&gt;Anthropologie&lt;/i&gt;, Vrin, 1964, p. 78.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ce peut &#234;tre l'attitude de coquetterie, plus nuanc&#233;e que la fatuit&#233;. Voir par exemple le portrait psychologique de Mme R&#233;camier dans J. Baelen, &lt;i&gt;Benjamin Constant en 1815&lt;/i&gt;, Bulletin de l'Association Guillaume-Bud&#233;, 1967, n&#176; 4, pp. 447-454.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On trouve cette d&#233;finition chez Th&#233;oophraste, &lt;i&gt;Caract&#232;res&lt;/i&gt;, XXI : &#171; La sotte vanit&#233; semble &#234;tre une passion inqui&#232;te de se faire valoir par les plus petites choses, ou de chercher dans les sujets les plus frivoles du nom et de la distinction. &#187; On peut &#233;voquer ici le terme de &lt;i&gt;pecque&lt;/i&gt; employ&#233; par Moli&#232;re pour qualifier les Pr&#233;cieuses ridicules.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Claude Roy, &lt;i&gt;Le verbe aimer et autres essais&lt;/i&gt;, Gallimard, 1969, pp. 257-258.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Camus, &lt;i&gt;Le mythe de Sysiphe&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt;, Pl&#233;iade, 1965, pp. 204-205 : ' &#8230; si Kafka veut exprimer l'absurde, c'est de la coh&#233;rence qu'il se servira. On conna&#238;t l'histoire du fou qui p&#234;chait dans une baignoire ; un m&#233;decin qui avait ses id&#233;es sur les traitements psychiatriques lui demandait &#171; si &#231;a mordait &#187; et se vit r&#233;pondre avec rigueur : 'Mais non, imb&#233;cile, puisque c'est une baignoire.' Cette histoire est du genre baroque. Mais on y saisit de fa&#231;on sensible combien l'effet absurde est li&#233; &#224; un exc&#232;s de logique. Le monde de Kafka est &#224; la v&#233;rit&#233; un univers indicible o&#249; l'homme se donne le luxe torturant de p&#234;cher dans une baignoire, sachant qu'il n'en sortira rien &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cit&#233; par le Dr Paul Voivenel, &lt;i&gt;La raison chez les fous et la folie chez les gens raisonnables&lt;/i&gt;, Paris, Ed. du Si&#232;cle, 1926, pp. 49-50.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Nouveaux essais sur l'entendement humain, II&lt;/i&gt;, II, Garnier-Flammarion, 1966, p. 120. On conna&#238;t la formule de Chesterton selon laquelle le fou est celui &#224; qui il manque tout sauf la raison. Voir aussi Eug&#232;ne Minkowsky, &lt;i&gt;Le temps v&#233;cu&lt;/i&gt;, Delachaux &amp; Niestl&#233;, 1968, p. 330.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pour faciliter l'expression, nous ne suivrons pas &#224; la lettre les oppositions effectu&#233;es entre les sortes de b&#234;tise. Nous demandons cependant qu'elles ne soient pas totalement oubli&#233;es &#224; la lecture de la suite de notre travail.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>&#201;pil&#233;gom&#232;nes &#224; une th&#233;orie de l'&#226;me que l'on a pu pr&#233;senter comme science</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?1001-Epilegomenes-a-une-theorie-de-l</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?1001-Epilegomenes-a-une-theorie-de-l</guid>
		<dc:date>2020-01-07T12:13:45Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Cr&#233;ation sociale-historique</dc:subject>
		<dc:subject>Castoriadis C.</dc:subject>
		<dc:subject>Avant-gardisme</dc:subject>
		<dc:subject>Institutionnalisation</dc:subject>
		<dc:subject>Post-modernisme</dc:subject>
		<dc:subject>Pseudo-subversion</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; &#201;pil&#233;gom&#232;nes &#224; une th&#233;orie de l'&#226;me que l'on a pu pr&#233;senter comme science &#187;, in revue L'Inconscient n&#176;8 (intitul&#233; : &#171; Enseignement de la psychanalyse ? &#187;), octobre 1968 repris par les &#201;ditions du Seuil, collection &#171; Esprit &#187;, Paris, 1978 (r&#233;&#233;dition : 1998). Sources : https://cras31.info/IMG/pdf/castori... I Saurions-nous donc aujourd'hui, par la psychanalyse, ce qu'il en est de l'&#226;me ? Nous nous trouvons plut&#244;t dans une situation plus paradoxale que jamais. Des apories qui nous (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-6-psychanalyse-+" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-28-creation-+" rel="tag"&gt;Cr&#233;ation sociale-historique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-56-castoriadis-c-+" rel="tag"&gt;Castoriadis C.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-59-avant-gardisme-+" rel="tag"&gt;Avant-gardisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-69-institutionnel-+" rel="tag"&gt;Institutionnalisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-87-post-modernisme-+" rel="tag"&gt;Post-modernisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-116-pseudo-subversion-+" rel="tag"&gt;Pseudo-subversion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; &#201;pil&#233;gom&#232;nes &#224; une th&#233;orie de l'&#226;me que l'on a pu pr&#233;senter comme science &#187;,
in revue L'Inconscient n&#176;8 (intitul&#233; : &#171; Enseignement de la psychanalyse ? &#187;), octobre 1968 repris par les &#201;ditions du Seuil, collection &#171; Esprit &#187;, Paris, 1978 (r&#233;&#233;dition : 1998).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sources : &lt;a href=&#034;https://cras31.info/IMG/pdf/castoriadis_c._-_les_carrefours_du_labyrinthe_1978_.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://cras31.info/IMG/pdf/castori...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Saurions-nous donc aujourd'hui, par la psychanalyse, ce qu'il en est de l'&#226;me ? Nous nous trouvons plut&#244;t dans une situation plus paradoxale que jamais. Des apories qui nous tancent depuis le &lt;i&gt;Tim&#233;e&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;Peri psych&#232;s&lt;/i&gt;, &#233;ponymes des trois trait&#233;s les plus longs de la quatri&#232;me &lt;i&gt;Enn&#233;ade&lt;/i&gt;, condens&#233;es dans le paralogisme psychologique de la &lt;i&gt;Dialectique transcendantale&lt;/i&gt;, aucune n'a &#233;t&#233;, en aucun sens, &#233;limin&#233;e par l'&#339;uvre de Freud. Elles s'en trouveraient plut&#244;t multipli&#233;es et aggrav&#233;es. Pourtant, nous avons raison d'y voir une novation radicale, car nous ne pouvons plus r&#233;fl&#233;chir l'&#226;me que dans cet espace o&#249; Freud l'a entra&#238;n&#233;e, o&#249; les probl&#232;mes h&#233;rit&#233;s ne retrouvent leur sens qu'&#224; condition de changer de corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette novation &#224; quoi l'imputer, ce nouvel espace comment le d&#233;finir ? Payons &#224; la mode l'in&#233;vitable tribut minimal, en la reconnaissant pour telle : ce n'est pas une imaginaire scientificit&#233; de la psychanalyse ou pr&#233;tendue coupure &#233;pist&#233;mologique qui ici, pas plus qu'ailleurs, rendrait compte de quoi que ce soit. Le mirage scientifique a certes servi &#224; Freud d'illusion vitale et m&#234;me f&#233;conde. L'hydraulique de &lt;i&gt;L'Esquisse&lt;/i&gt; de 1895 a sous-tendu l'ensemble de son &#339;uvre. &#192; la Science, il croyait autant qu'il pouvait et ses formulations &#224; cet &#233;gard, passablement simplistes &#224; premi&#232;re vue&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Des pages enti&#232;res de L' Avenir d'une illusion, de Malaise dans la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ne sonneraient pas bien aux oreilles des tenants les moins na&#239;fs du scientisme contemporain. Aussi ne sont-elles jamais cit&#233;es, et beaucoup seraient &#233;tonn&#233;s d'apprendre qu'il signa, en 1911, un manifeste en faveur de la cr&#233;ation d'une soci&#233;t&#233; pour la diffusion de la philosophie positiviste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;V. Gerald Holton, &#171; O&#249; est la r&#233;alit&#233; ? Les r&#233;ponses d'Einstein &#187;, in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. S'il a eu, &#224; ce propos, un doute ou un malaise, il aura plut&#244;t &#233;t&#233; d&#251; &#224; ce que la psychanalyse ne serait pas tout &#224; fait scientifique, au sens des sciences positives. Aussi exprima-t-il souvent son espoir qu'un jour des sciences majeures, en puissance de positivit&#233; et d'exactitude -anatomie, physiologie et pathologie du syst&#232;me nerveux -pourraient fournir l'explication du psychisme et la th&#233;rapie de ses troubles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les citations abondent ; on en trouvera dans des textes aussi tardifs que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Sur ces formulations aussi, les fils de No&#233; ont jet&#233; un voile, moins pieux peut-&#234;tre qu'autopr&#233;servateur : devraient-ils clamer sur les toits que leur science est en accouchement diff&#233;r&#233; depuis soixante-quinze ans ? Certes aussi, il n'a cess&#233; parall&#232;lement de r&#233;clamer et de pratiquer une explication psychologique des ph&#233;nom&#232;nes psychologiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;V. par exemple les critiques adress&#233;es &#224; la vieille psychologie, Ma vie et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais il faudra attendre 1939, et cet &lt;i&gt;Abr&#233;g&#233;&lt;/i&gt; interrompu par la mort, pour lire sous la plume du plus grand psychologue de tous les temps qu'une relation directe entre la vie psychique et le syst&#232;me nerveux, &#171; existerait-elle, ne fournirait dans le meilleur des cas qu'une localisation pr&#233;cise des processus de conscience, et ne contribuerait en rien &#224; leur compr&#233;hension &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Abriss, G.W., XVII p. 67.&#034; id=&#034;nh11-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les probl&#232;mes que pose cette localisation &#8211; aussi impr&#233;cise soit-elle &#8211; n'en subsistent pas moins, et j'y reviendrai. Au moins reconna&#238;t-on ainsi qu'il n'y a pas &#224; attendre une incompr&#233;hensible r&#233;duction de la psychologie &#224; la physiologie et une future naissance de la psychanalyse &#224; la scientificit&#233; positive accompagn&#233;e de sa mort comme psychanalyse. Mais d'o&#249; recevrait-elle alors son statut de science ? Et &#224; quelle science se r&#233;f&#232;re-t-on ici ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis des si&#232;cles, en Occident, la science n'est pas id&#233;e, mais r&#233;alit&#233; institu&#233;e, et descriptible comme telle. Elle se d&#233;finit comme production et reproduction des ph&#233;nom&#232;nes dans l'exp&#233;rimentation et l'observation, comme inf&#233;rence formalisable (serait-ce partiellement) des &#233;nonc&#233;s, comme correspondance univoque des uns et des autres ; elle constitue ses r&#233;sultats comme v&#233;rifiables et accessibles &#224; tous ceux qui veulent se donner la peine de les &#233;tudier. Comment donc serait scientifique un discours qui &#233;chappe aux r&#232;gles communes de v&#233;rification et de communicabilit&#233;, qui ne peut s'instaurer qu'en se mettant &#224; l'abri de ces r&#232;gles et progresser qu'en s'y maintenant ? Certes, l'objet de la psychanalyse est, en un sens, observable ; r&#234;ves, lapsus et actes &#8800;manqu&#233;s, obsessions, angoisse, [folie] sont dans le domaine public, et depuis toujours. L'observable est ici partout, il l'est m&#234;me litt&#233;ralement car tout ce qui sera jamais donn&#233; aux hommes rel&#232;vera aussi de la psychanalyse. Ce serait plut&#244;t l'observateur qui ne serait nulle part. Car il fait, lui-m&#234;me, partie de l'observable, comme du reste ses observations. Comment s'en extraira-t-il, comment se posera-t-il face &#224; l'objet pour se rendre possible la &lt;i&gt;theoria&lt;/i&gt; scientifique ? Dans quel miroir verra-t-il l'autre face de son &#339;il, dans quel appareillage captera-t-il son acte de vision ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi ne peut-il voir que s'il a d&#233;j&#224; vu. Communicabilit&#233; et v&#233;rifiabilit&#233; pr&#233;supposent ici l'acceptation pr&#233;alable du r&#233;sultat final de la recherche psychanalytique &#8211; la cod&#233;termination de tout ph&#233;nom&#232;ne psychique par le sens inconscient. Il faut que le novice accepte d'avoir vu ce qu'il n'a pas encore vu pour pouvoir peut-&#234;tre un jour le voir. Pas plus que les &#171; critiques du monde scientifique &#187;, le malade ne peut &#171; croire &#187; au &#171; contenu intellectuel de nos &#233;claircissements &#187; ; il ne peut y croire qu'en fonction du transfert&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ma vie et la psychanalyse, trad. fr., l.c., p. 193.&#034; id=&#034;nh11-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Comment donc y aurait-il v&#233;rification, puisque celle-ci ne peut avoir lieu que dans le champ de l'analyse et que celui-ci ne peut se constituer que par le transfert, qui est &#224; son tour essentiellement non-v&#233;rit&#233; ? Ce n'est que dans et par cette non-v&#233;rit&#233; que la psychanalyse s'av&#232;re pleinement ; c'est cette conversion, non pas du regard, mais de l'&#234;tre, en fonction d'une relation qui n'est pas ce qu'elle croit &#234;tre, qui permet &#224; la fois l'existence de quelqu'un pour voir &#8211; et de quelque chose &#224; voir. Car si l'objet observable de la psychanalyse est en un sens partout, en un autre sens, il n'est comme tel et en personne nulle part ; il n'est que comme autre face de ce qui apparemment se suffit &#224; soi-m&#234;me, que les l&#233;zardes de cette suffisance permettent &#224; la rigueur de soup&#231;onner mais non de voir. Aussi Freud d&#233;clarait-il franchement que ne peuvent discuter d'analyse que ceux qui en ont eu l'exp&#233;rience personnelle. Rien de comparable dans la science, o&#249; il suffit d'accepter que 1 &#8800; 0, et d'ouvrir les yeux quand quelque chose est montr&#233;. Cette &#171; croyance &#187;, peut-&#234;tre pas un acte de foi mais en tout cas radicalement distincte de la &lt;i&gt;proairesis&lt;/i&gt; scientifique et g&#233;n&#233;ralement th&#233;orique, il ne suffit pas du reste de l'affirmer une fois pour toutes. Elle est &#224; monnayer pendant des ann&#233;es, et en droit perp&#233;tuellement, puisqu'il s'agit non pas d'affirmer de fa&#231;on vide que le sens inconscient est la v&#233;rit&#233; cach&#233;e de toute manifestation psychique, mais de rompre chaque fois la fallacieuse &#233;vidence de la donn&#233;e de conscience au nom et &#224; la recherche d'une v&#233;rit&#233; absente et &#233;nigmatique &#8211; dont pourtant un certain indice, f&#251;t-il n&#233;gatif, f&#251;t-il en creux, doit bien &#234;tre pr&#233;sent &#224; cette conscience comme indice d'une v&#233;rit&#233; &#224; chercher, sans quoi on ne voit ni ce que, ni pourquoi elle chercherait. Pour le scientifique les &#233;vidences sont au centre, les interrogations aux fronti&#232;res. Pour l'homme de la psychanalyse c'est l'inverse, plus exactement : tout devient fronti&#232;re du fait m&#234;me qu'il est venu au centre. La &#171; croyance &#187; fait simplement que la r&#233;sistance &#224; la psychanalyse change de lieu et de forme (on en a maintenant la d&#233;monstration &#224; l'&#233;chelle de la soci&#233;t&#233; enti&#232;re). Ce sont les certitudes les mieux ancr&#233;es, allant le plus de soi, qui sont &#224; interroger avec le plus d'acharnement et les plus s&#251;res d'&#234;tre suspectes ; leur &#233;vidence t&#233;moigne contre elles, et leur acceptation ne les soustrait pas &#224; la pr&#233;somption d'accomplir une fonction m&#233;connue, elle la renforcerait plut&#244;t. Et cette interrogation se replie sur elle-m&#234;me et se recouvre elle-m&#234;me, car rien ne garantit qu'elle ne rel&#232;ve pas, dans chaque cas concret, du doute obsessionnel ou du retour d'une r&#233;sistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce discours &#233;trange, &#233;trangement suspendu entre Gorgias et Hegel, qui, sans aberration, l'imputera &#224; la prog&#233;niture de Galil&#233;e et de Newton ? Que Freud ait voulu parfois le faire, renvoie &#224; cet autre paradoxe de l'histoire, qu'il n'est pas identique de d&#233;couvrir le vrai et de le reconna&#238;tre pour ce qu'il est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et quel est son rapport avec le temps ? Diam&#233;tralement oppos&#233; &#224; celui de la science, et cela dans les deux manifestations de l'analyse. Comme analyse effective, elle conna&#238;t un d&#233;veloppement ind&#233;fini : cet objet d&#233;termin&#233;, le ceci quelconque du champ analytique, on n'a jamais termin&#233; d'en parler, on pourra toujours y revenir parce qu'autre chose s'y est d'un coup pr&#233;annonc&#233; et &#224; cela aucune limite peut &#234;tre pos&#233;e (la fin du traitement rel&#232;ve de tout autres consid&#233;rations). Au lieu que lorsque la science passe &#224; une autre couche de son objet la pr&#233;c&#233;dente a &#233;t&#233;, d'une certaine fa&#231;on, achev&#233;e. Mais comme th&#233;orie analytique, elle ne conna&#238;t pas de d&#233;veloppement et c'est ici que le contraste avec toute science existante appara&#238;t avec &#233;clat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le terme de progr&#232;s appliqu&#233; &#224; la science moderne est certes probl&#233;matique &#8211; sauf au sens du pouvoir-faire technique &#8211;, mais son d&#233;veloppement &#233;crasant &#8211; et auto-&#233;crasant &#8211; est manifeste. Mais quel est le d&#233;veloppement th&#233;orique (et technique) de la psychanalyse ? Plus qu'ailleurs, les comparaisons sont ici critiquables. Que l'on r&#233;fl&#233;chisse pourtant sur ce que les soixante-dix ans qui nous s&#233;parent de &lt;i&gt;L'&lt;/i&gt;&lt;i&gt;I&lt;/i&gt;&lt;i&gt;nterpr&#233;tation des r&#234;ves&lt;/i&gt; qui a rendu publique la nouvelle conception, les cinquante ans qui nous s&#233;parent de l'&lt;i&gt;Au-del&#224; du principe du plaisir&lt;/i&gt; qui l'a essentiellement achev&#233;e, ont apport&#233; au d&#233;veloppement des disciplines scientifiques. Les donn&#233;es historiques, trop massives, n'ont pas &#224; &#234;tre &#233;voqu&#233;es. Les noms, comme symboles des grands apports, pourraient &#234;tre cit&#233;s par dizaines ; c'est pourquoi ils n'ont pas &#224; &#234;tre cit&#233;s et ne peuvent pas l'&#234;tre, ils n'&#233;voquent plus rien pour la plupart, &#224; tel point la science contemporaine prolif&#232;re, se collectivise et s'anonymise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dirait-on que les premiers mill&#233;naires sont toujours les plus difficiles, on admettrait du coup qu'il faudrait attendre les prochains pour parler de la psychanalyse comme science.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dirait-on, plus s&#233;rieusement, que l'absorption de la psychanalyse par le syst&#232;me social et sa reprise par le champ historique l'auraient st&#233;rilis&#233;e ? La question se pose alors de savoir pourquoi cette absorption et cette reprise &#8211; n&#233;cessairement, tantologiquement v&#233;rifi&#233;es pour toute activit&#233;, scientifique ou autre &#8211; ont &#233;t&#233; ici tellement efficaces et avec ce r&#233;sultat, pourquoi elles ont pu st&#233;riliser la psychanalyse mais non la cosmologie, la biologie mol&#233;culaire ou m&#234;me ce qui passe actuellement pour &#233;conomie politique ? Pourquoi, si la psychanalyse est science, ne conna&#238;t-elle pas le m&#234;me destin : l'autonomisation du d&#233;veloppement, l'&lt;i&gt;impetus&lt;/i&gt; incoercible que n'arrivent &#224; entraver ni l'enracinement et l'utilisation id&#233;ologiques de ce savoir, ni son institutionnalisation &#224; peu pr&#232;s compl&#232;te ? N'y aurait-il pas dans la psychanalyse elle-m&#234;me quelque chose &#8211; objet, m&#233;thode, les deux certainement &#8211; qui serait comptable de son destin unique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Unique vraiment ? On conna&#238;t d'autres cas o&#249; tout se passe comme si une instauration initiale avait d'un coup atteint un ind&#233;passable, r&#233;ussi &#224; soustraire l'objet cr&#233;&#233; &#224; l'allure du temps culturel, ou plut&#244;t &#224; instituer simultan&#233;ment un temps qui lui soit propre. La temporalit&#233; historique de la psychanalyse rappelle beaucoup plus celle d'une religion, d'une philosophie, d'un grand courant politique, que celle de la topologie ou de la physique quantique. C'est l'Acad&#233;mie, le Lyc&#233;e, la Stoa &#8211; ou bien le marxisme &#8211; qui en fournissent une analogie. &#192; la grande instauration, dont le fondateur entour&#233; de quelques compagnons d'armes est l'artisan hors ligne, aux quelques dissidences rapidement d&#233;g&#233;n&#233;rant en sectes, succ&#232;dent une unique Rosa que l'orthodoxie regarde en sourcillant, et une large diffusion de la lettre accompagn&#233;e de l'oubli de l'esprit. Plus pr&#232;s de nous un propos &#233;trange proclame la d&#233;couverte de Freud par Lacan. Si cette nouvelle variante de l'&#201;pim&#233;nide ne s'annulait pas elle-m&#234;me &#8211; le fait de l'assertion en contredisant &lt;i&gt;ipso facto&lt;/i&gt; le contenu &#8211; elle confirmerait ce qui est ici avanc&#233;. Luther a peut-&#234;tre d&#233;couvert le Christ ; mais Dirac n'a pas d&#233;couvert et n'avait pas &#224; d&#233;couvrir Planck, mais l'&#233;lectron positif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La science ne d&#233;couvre pas des scientifiques, mais des choses. Les scientifiques n'int&#233;ressent que l'histoire de la science &#8211; qui n'est pas une science. Mais en effet on d&#233;couvre et on a besoin de d&#233;couvrir p&#233;riodiquement ces textes connus que sont &lt;i&gt;La R&#233;publique&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;La M&#233;taphysique&lt;/i&gt;, la Bible, &lt;i&gt;Critique de la raison pure&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt; &#8211; et certainement aussi, &lt;i&gt;L'Interpr&#233;tation des r&#234;ves&lt;/i&gt;. Et cet &#233;trange rapport au temps pr&#233;vaut &#224; l'int&#233;rieur de l'&#339;uvre consid&#233;r&#233;e elle-m&#234;me, comme on peut le voir &#224; la fa&#231;on dont on traite les &#233;crits successifs de Freud. Les brouillons qui ont pu pr&#233;c&#233;der les &lt;i&gt;Principia&lt;/i&gt; [de Newton] ou le &lt;i&gt;Zur Elektro-dynamik der bewegten K&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#246;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;rper&lt;/i&gt; [d'Einstein] n'ont pas d'int&#233;r&#234;t pour le physicien (pas plus du reste que les textes eux-m&#234;mes) ; il n'en a pas &#233;t&#233; de m&#234;me des &lt;i&gt;Manuscrits&lt;/i&gt; de 1844 [de Marx] ou de la correspondance [de Freud] avec Fliess. Personne ne traite la premi&#232;re topique comme si elle avait &#233;t&#233; effac&#233;e par la seconde (et s'il le fait il a tort), et la pulsion de mort n'a ni &#233;limin&#233;, ni compl&#233;t&#233;, ni int&#233;gr&#233; le narcissisme. L'&lt;i&gt;Abr&#233;g&#233;&lt;/i&gt; e&#251;t-il &#233;t&#233; achev&#233;, et dix fois plus volumineux qu'il n'&#233;tait destin&#233; &#224; &#234;tre, on n'en reviendrait pas moins aux travaux ant&#233;rieurs, et pas pour y trouver plus de d&#233;tails. Serait-ce parce qu'on aurait oubli&#233;, dans le cas de la psychanalyse, la distinction entre le syst&#232;me et la &lt;i&gt;Problemgeschichte &lt;/i&gt; ? Non, c'est qu'ici &#8211; comme en philosophie &#8211; l'histoire des probl&#232;mes et le syst&#232;me, m&#234;me s'ils ne sont pas identiques &#8211; comme le pensait en un sens Hegel &#8211; ne peuvent pas &#234;tre absolument distingu&#233;s. La mani&#232;re dont le probl&#232;me a &#233;t&#233; pos&#233;, ses approches successives, ses tentatives de solution gardent valeur et v&#233;rit&#233; quels que soient les d&#233;veloppements ult&#233;rieurs. Les solutions n'ont pas le sens qu'elles ont dans d'autres domaines, elles ne sont pas des solutions correctes, conditionnellement cat&#233;goriques, pouvant donc &#234;tre d&#233;pass&#233;es ou annul&#233;es si l'on modifie l'ensemble de conditions qui les soutient ; elles sont solutions en tant qu'elles permettent de penser ce qui ne peut pas &#234;tre ramen&#233; &#224; un ensemble d&#233;fini de conditions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que les conditions sont ici des conditions de sens &#8211; ce qui n'est pas le cas des &#233;nonc&#233;s scientifiques, sinon aux limites par o&#249; ils cessent d'&#234;tre proprement scientifiques. Non pas que ceux-ci, comme le pensent na&#239;vement beaucoup de scientifiques et &#224; leur suite quelques philosophes, coupent court &#224; l'ambigu&#239;t&#233;, ne pr&#233;sentent qu'une seule et transparente couche de sens, ne comportent de cons&#233;quence et d'implication qu'ils ne connaissent et ne poss&#232;dent au moment et du fait de leur formulation. Il a fallu deux si&#232;cles pour d&#233;simpliquer les pr&#233;suppos&#233;s conceptuels de la vue galil&#233;enne-newtonienne et s'apercevoir de leur incoh&#233;rence ; il y a cinquante ans que l'on travaille pour unifier conceptuellement relativit&#233; et physique quantique sans y parvenir. Mais cette question du sens, la science ne la soul&#232;ve qu'&#224; sa p&#233;riph&#233;rie ; ce n'est qu'aux points o&#249; l'activit&#233; du physicien et l'&#234;tre de son objet deviennent indiscernables &#8211; aux limites de l'exp&#233;rimentation inframicroscopique et de la construction cosmologique, ou bien au niveau de la cat&#233;gorisation fondamentale &#8211; qu'elle se voit oblig&#233;e de l'affronter. Mais c'est d'un bout &#224; l'autre que la psychanalyse la rencontre. Cela m&#234;me exclut le proc&#232;s de cumulation tel qu'il appara&#238;t l&#224; o&#249; il s'agit de concat&#233;nations d'&#233;l&#233;ments formels ou mat&#233;riels rigoureusement d&#233;finissables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par l&#224; se nouent ensemble ces deux moments descriptifs de la science moderne &#8211; v&#233;rifiabilit&#233; et communicabilit&#233; d'une part, temporalit&#233; cumulative, d'autre part &#8211; en m&#234;me temps que se d&#233;voile leur commune condition dans la mise &#224; distance, mise entre parenth&#232;ses, ou suspension du sens. C'est elle qui permet l'instauration de proc&#233;dures op&#233;rationnelles publiques de v&#233;rification et de falsification, &#224; son tour condition de cr&#233;ation d'une temporalit&#233; cumulative dans le domaine du savoir. La grande invention gr&#233;co-occidentale a &#233;t&#233; ici de poser comme conditions &#233;pist&#233;mologiques du savoir ce qui &#233;tait en m&#234;me temps condition de sa socialisation et historisation. Car v&#233;rifiabilit&#233; et communicabilit&#233;, transcendantalement pures d&#233;finitions du discours scientifique (plus exactement, notions ind&#233;finissables qui, aziomatiquement, le constituent en le d&#233;finissant) ont en m&#234;me temps un autre mode d'existence : elles assurent, dans le monde social-historique effectif, non seulement que la terre du savoir appartient &#224; ceux qui la travaillent, mais que chacun peut en avoir autant qu'il est capable de cultiver entre le lever et le coucher de son soleil. Permettant ainsi un &#233;largissement illimit&#233; de la base humaine de la science, cette invention lui rendait aussi possibles l'application raisonn&#233;e de la division du travail et l'entr&#233;e dans un proc&#232;s de cumulation non pas de v&#233;rit&#233;s, mais de r&#233;sultats et de connaissances effectifs. Un immense corps anonyme, socialis&#233;, organis&#233; par son objet m&#234;me, travaille appuy&#233; sur une masse immense de r&#233;sultats dont rien, sinon la monstrueuse prolif&#233;ration, n'entrave l'accessibilit&#233; universelle ; et les r&#233;volutions les plus explosives dans cette masse en pr&#233;supposent la continuit&#233; et n'existeraient pas sans elle. Rien de comparable dans la psychanalyse, o&#249; il suffit de formuler l'id&#233;e d'une division du travail pour &#233;noncer un non-sens. Une pr&#233;occupation sp&#233;cifique, pratique ou th&#233;orique, ne peut ici consister qu'&#224; privil&#233;gier un point de vue (et m&#234;me comme telle elle est critiquable, comme on l'aper&#231;oit &#224; la lecture de certains travaux), non &#224; d&#233;couper une portion de domaine. Ici, diviser l'objet c'est le tuer &#8211; sans m&#234;me pouvoir en conserver le &lt;i&gt;caput mortuum&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en est ainsi parce que cet objet est sens incarn&#233;, signification mat&#233;rialis&#233;e &#8211; logo enuloi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aristote, De anima, I,1 , 403 a 25 : ta path&#233; logoi en hal&#233; eisin, les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, plus m&#234;me : &lt;i&gt;logoi embioi&lt;/i&gt;, significations vivantes. L'avoir saisi, tel est le sens r&#233;el du travail de Freud, la d&#233;finition de sa rupture profonde avec la science psychologique et psychopathologique de son &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cet objet, la psychanalyse le partage pourtant avec toutes les disciplines qui ont affaire au monde social-historique. Qu'est-ce qui en a fait la sp&#233;cificit&#233; et surtout l'immense f&#233;condit&#233;, pourquoi la psychanalyse n'a-t-elle pas &#233;t&#233; simplement une &lt;i&gt;verstehende&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Psychologie&lt;/i&gt; avant la lettre et aussi st&#233;rile que celle-ci ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que l'analyse n'est pas simple th&#233;orie de son objet, mais essentiellement et d'abord activit&#233; qui le fait parler en personne. Cette essence est plus difficile &#224; saisir aujourd'hui, o&#249; l'on pourrait croire que l'activit&#233; analytique d&#233;coule d'une th&#233;orie ; elle appara&#238;t clairement lorsqu'on consid&#232;re l'origine de l'analyse. Car la gen&#232;se est ici fondement, le r&#233;el est ici transcendantal. Les faits sont connus et partout r&#233;p&#233;t&#233;s ; leur signification n'en est que davantage occult&#233;e. C'est dans les impasses du traitement des patientes hyst&#233;riques, &#224; travers leur dire et leur faire, dans leurs d&#233;couvertes (Anna 0... inventant la &lt;i&gt;ta&lt;/i&gt;&lt;i&gt;l&lt;/i&gt;&lt;i&gt;king cure&lt;/i&gt;, Emmy von N... demandant qu'on la laisse enfin parler sans l'interrompre), dans le contenu de leurs discours (les sc&#232;nes de s&#233;duction infantile) que la psychanalyse trouve son origine et ses principes. Bien entendu, cela ne suffisait pas : l&#224; o&#249; les m&#233;decins de l'&#233;poque ne voyaient que des d&#233;chets du fonctionnement psychique produits par la maladie, le g&#233;nie de Freud a vu le sens, et que ce sens &#233;tait vis&#233;e d'un sujet (qui &#233;tait le patient et qui pourtant n'&#233;tait pas identique &#224; celui-ci). &#192; quoi cela revient-il, sinon &#224; traiter les sujets comme sujets, m&#234;me et surtout l&#224; o&#249; ils n'apparaissent pas et ne s'apparaissent pas comme tels, &#224; leur imputer leurs paroles et leurs sympt&#244;mes au lieu de les attribuer &#224; des cha&#238;nes causales externes, &#224; interroger s&#233;rieusement le contenu de leur dire et de leur faire au lieu de le dissoudre dans l'universel abstrait de l'anormal. Le renversement copernicien consistait ici &#224; ne plus poser toute la raison du c&#244;t&#233; du m&#233;decin et toute la d&#233;raison du c&#244;t&#233; du malade, mais de voir dans celle-ci la manifestation d'une autre raison dont celle du m&#233;decin ne serait, &#224; certains &#233;gards, qu'un rejeton. Que le rejeton puisse comprendre ce dans quoi il est compris n'est qu'un des paradoxes de la dialectique ainsi d&#233;voil&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce renversement, &#224; l'immense port&#233;e th&#233;orique, ne s'origine pas dans une th&#233;orie. Il ne proc&#232;de pas d'une d&#233;cision heuristique de Freud, qu'aurait choisi soudain de prendre le contre-pied de l'hypoth&#232;se jusqu'alors admise &#8211; comme Planck pour le rayonnement du corps noir, ou Ventris pour la langue pr&#233;sum&#233;e de la lin&#233;aire B ; pr&#233;par&#233; sourdement par les rapports avec les patients, il ne s'accomplit pleinement que lorsque Freud entre dans le projet de son auto-analyse, projet consistant &#224; se comprendre pour se transformer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce projet qui a fond&#233; et continue de fonder l'analyse, et qui la d&#233;finit comme activit&#233;. Activit&#233; d'un sujet comme sujet &#224; un sujet comme sujet (leur co&#239;ncidence, comme dans l'auto-analyse de Freud, est un &lt;i&gt;sumbeb&#233;kos&lt;/i&gt; &#8211; accident, ici, fondateur), non &#224; un sujet comme objet (comme l'objet de la m&#233;decine au fur et &#224; mesure qu'elle se technicise). Implication des deux sujets dans le projet, essentielle et non accidentelle ; effet en retour du proc&#232;s sur les agents, m&#234;me sur celui qui apparemment le ma&#238;trise ou le dirige. L'analyste est impliqu&#233; dans l'analyse tout autrement que le savant, l'ing&#233;nieur ou le juge dans leurs activit&#233;s r&#233;ciproques, non seulement en tant que son savoir se modifie mais en tant que, ce savoir portant virtuellement tout autant sur lui-m&#234;me, il ne cesse jamais l'autotransformation commenc&#233;e avec sa propre analyse. Cela concerne bien entendu l'analyste selon le discours rigoureux, non pas l'analyste pour ainsi dire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Freud a continu&#233; son auto-analyse jusqu'&#224; la fin de sa vie, y consacrant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Activit&#233; d&#233;finie par une vis&#233;e de transformation et non par une vis&#233;e de savoir, malgr&#233; certaines interpr&#233;tations r&#233;centes. D&#233;finir la psychanalyse &#224; partir du d&#233;sir de savoir de l'analyste c'est inverser compl&#232;tement les relations logiques et r&#233;elles. En fait aussi bien qu'en droit le d&#233;sir de savoir de l'analyste pr&#233;suppose la situation et l'activit&#233; analytiques ; hors celles-ci, il n'existerait pas sous un mode autre que le d&#233;sir de Kant ou de Wundt, d'Hippocrate ou d'Aristote, de savoir ce qu'il en est de l'&#226;me. Ce n'est pas le d&#233;sir de savoir de l'analyste qui rend possible la situation analytique, mais celle-ci qui rend possible l'existence d'un objet de savoir sp&#233;cifique, et partant d'un d&#233;sir qui peut le viser. Si ce d&#233;sir ne reste pas pur d&#233;sir, c'est qu'il se mue en projet par sa reprise dans le projet de transformation qui d&#233;finit la situation analytique. S'il n'en &#233;tait pas ainsi, si le d&#233;sir de savoir de l'analyste fondait l'analyse, l'indication d'analyse serait universelle : l'inconscient est partout, et partout diff&#233;rent. Mais en r&#233;alit&#233;, le fondement de l'indication d'analyse est le jugement (certes faillible) de l'analyste qu'une transformation essentielle du sujet est possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas plus qu'elle ne proc&#232;de du d&#233;sir de savoir de l'analyste, l'activit&#233; analytique ne consiste en l'application de ce savoir. Ce n'est pas seulement que la connaissance de la th&#233;orie ne suffit pas pour &#234;tre analyste ; c'est que la mani&#232;re dont elle intervient dans le proc&#232;s analytique n'a ailleurs ni mod&#232;le ni &#233;quivalent, et aucune formule simple ne permet d'en d&#233;finir la fonction. On peut l'approcher en disant que l'analyste a surtout besoin de son savoir pour ne pas s'en servir, ou plut&#244;t pour savoir ce qui n'est pas &#224; faire, pour lui accorder le r&#244;le du d&#233;mon de Socrate : l'injonction n&#233;gative. Comme pour les &#233;quations diff&#233;rentielles, aucune m&#233;thode g&#233;n&#233;rale ne permet ici de trouver la solution, qui est &#224; d&#233;couvrir chaque fois (sans m&#234;me qu'il soit garanti que la solution existe). La th&#233;orie oriente, d&#233;finit des classes infinies de possibles et d'impossibles, mais ne peut ni pr&#233;dire ni produire la solution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vis&#233;e de cette transformation a &#233;t&#233; d&#233;finie par Freud lui-m&#234;me : &#171; o&#249; &#199;a &#233;tait, Je dois devenir. &#187; Que ce soit bien de transformation qu'il s'agit, et non de savoir l'indique assez le fait qu'il ne suffit pas que Je sache o&#249; &#199;a &#233;tait pour y devenir. Mais la formule de Freud permet surtout de voir le rapport &lt;i&gt;sui generis&lt;/i&gt; de l'activit&#233; analytique au vers quoi de la transformation. Ind&#233;finissable sans &#234;tre ind&#233;termin&#233;, le &lt;i&gt;ou&lt;/i&gt; &lt;i&gt;eneka&lt;/i&gt; [le &lt;i&gt;en vue de quoi&lt;/i&gt;] ne se laisse pas ici saisir sous la distinction de la finalit&#233; immanente &#224; l'activit&#233; et du r&#233;sultat ext&#233;rieur &#224; celle-ci&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aristote, &#201;thique &#224; Nicomaque, A, r. 2, 1094 a 3.&#034; id=&#034;nh11-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; L'analyse n'a pas comme fin l'&lt;i&gt;energeia&lt;/i&gt; [l'activit&#233;] analytique, mais pas non plus une &lt;i&gt;ergon&lt;/i&gt; [une &#339;uvre] ext&#233;rieur &#224; l'agent. L'&lt;i&gt;ergon&lt;/i&gt; de l'analyse &#8211; comme celui de la p&#233;dagogie, ou de la politique &#8211; est une &lt;i&gt;energeia&lt;/i&gt; inexistante auparavant et cet &lt;i&gt;ergon&lt;/i&gt; est de ceux &#171; que la nature est dans l'impossibilit&#233; d'accomplir &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aristote, Physique, II, 8, 199 a 15-16.&#034; id=&#034;nh11-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Non pas simple mise en &#339;uvre des facult&#233;s de l'individu, actualisation d'une puissance qui pr&#233;existerait en acte, mais actualisation d'une puissance au deuxi&#232;me degr&#233;, d'un pouvoir pouvoir &#234;tre, l'analyse, comme autotransformation, est une &lt;i&gt;activit&#233; pratico-poi&#233;tique&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Activit&#233; pratico-poi&#233;tique &#8211; mais n&#233;e et d&#233;velopp&#233;e sous la contrainte interne d'un &lt;i&gt;logon didonai&lt;/i&gt;, d'un rendre compte et raison. Son projet de transformation qui ne peut s'accomplir que dans un proc&#232;s d'&#233;lucidation est all&#233; de pair, d&#232;s l'origine, avec un projet d'&#233;lucidation de son objet et d'elle-m&#234;me en termes universels &#8211; &#224; savoir, avec le projet de constitution d'une th&#233;orie. D&#232;s lors, tout en renouvelant radicalement le discours de l'&#226;me, elle en retrouve aussi les apories.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette th&#233;orie voudrait &#234;tre scientifique ; comment en effet pourrait-elle &#234;tre autre chose ? Son objet est r&#233;el : cette partie, ce segment du monde que forment les actes des hommes et ce que chez eux ils pr&#233;supposent (jusques et y compris l'organisation mat&#233;rielle &#224; laquelle ils correspondent). Mais ce principe appara&#238;t aussit&#244;t vide : cet objet r&#233;el, saisissable ici et maintenant, diff&#232;re radicalement de tout autre r&#233;el car son moment sp&#233;cifique, celui qui le constitue comme ordre propre de r&#233;alit&#233; est qu'il est sens, sens incarn&#233;, sens chaque fois singulier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le behaviourisme &#171; ... se vante dans sa na&#239;vet&#233; d'avoir enti&#232;rement &#233;limin&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Et il n'est pas de science du sens : du savoir qui porte sur le sens, il n'est pas de formalisation possible. Toute formalisation pr&#233;suppose au contraire que le domaine consid&#233;r&#233; a &#233;t&#233; soigneusement &#233;pur&#233; de tout sens qu'il pouvait contenir. Que cette &#233;puration ne puisse jamais &#234;tre exhaustive, qu'elle ne consiste jamais qu'&#224; rel&#233;guer le sens au point d'origine et &#224; l'y comprimer sous forme de notions ind&#233;finissables et d'&#233;nonc&#233;s axiomatiques est certain et confirme, &#224; un niveau ultime, ce qui est ici avanc&#233;. Cela n'emp&#234;che que cet ass&#232;chement puisse &#234;tre op&#233;r&#233; sur des &#233;tendues immenses et se montrer efficace dans ce que nous savons depuis G&#246;del n'&#234;tre qu'un provisoire ind&#233;fini. Cette &lt;i&gt;Schichtung&lt;/i&gt;, ce feuilletage, ce mode d'&#234;tre stratifi&#233; de l'&#233;tant total par lequel il se pr&#233;sente &#224; nous comme d&#233;composable, laminable, formalisable &#8211; ce en vertu de quoi ordre et multiplicit&#233;, par exemple, chair de la chair de ce qui est, peuvent &#234;tre efficacement trait&#233;s comme des pellicules diaphanes pour elles-m&#234;mes et m&#234;me nous reconduire dans son corps &#8211;, cette m&#234;me propri&#233;t&#233; essentielle de l'&#233;tant total qui fait qu'&#224; un certain niveau il se pr&#233;sente comme d&#233;pouill&#233; de tout myst&#232;re, est tout autant &#233;nigmatique et nous renvoie derechef &#224; la question de son sens. Il n'en va pas autrement de cet autre appui depuis toujours offert &#224; la puissance terrible de l'entendement, l'universel immanent, la possibilit&#233; de traiter ce qui n'existe que comme un ceci absolu en tant que pure instance ou exemplaire d'une g&#233;n&#233;ralit&#233; qui en &#233;puiserait l'essentiel. Et ici encore, si la physique ne pouvait entrer dans son enfance qu'en oubliant son objet : la &lt;i&gt;physis&lt;/i&gt;, elle, ne pouvait m&#251;rir qu'en le retrouvant sous la forme des apories et des paradoxes qui en ont, depuis cinquante ans, pulv&#233;ris&#233; les fondements conceptuels. Il reste pourtant que la s&#233;paration formalisatrice y est possible et efficace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle ne l'est pas en psychanalyse. Formaliser le sens, pourquoi ne pas vider la mer avec une &#233;puisette ? Si par formalisation on entend Euclide et Hilbert, et non les tables carr&#233;es avec lesquelles les structuralistes se mesm&#233;risent et mesm&#233;risent leur public, ou les laborieuses hilarit&#233;s de la &#171; s&#233;mantique structurale &#187;, la signification ne se laisse pas formaliser sinon dans ses aspects non pertinents. On en verra les raisons essentielles plus loin. La meilleure voie pour aborder le sujet est la voie la plus directe, et la plus abrupte, o&#249; le rencontre imm&#233;diatement l'analyse : la question de l'individu singulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que l'analyse essaye de retrouver dans le ceci individuel ce qui d&#233;passe l'individu et y repr&#233;sente l'universel &#8211; qu'il soit de l'ordre du contenu, comme le participable de la repr&#233;sentation et le terme du langage, ou qu'il soit de l'ordre d'une organisation g&#233;n&#233;rique, comme l' &#171; appareil psychique &#187; et ses lois de fonctionnement &#8211; cela est l&#233;gitime et n&#233;cessaire (contrairement &#224; ce que croyait Politzer) ; comment pourrait-elle parler, sinon dans l'universel ? Mais traiter le ceci comme pur exemplaire de la g&#233;n&#233;ralit&#233;, consid&#233;rer l'individu comme simple combinatoire d'&#233;l&#233;ments substituables et permutables, c'est &#233;liminer l'objet r&#233;el de l'analyse au nom d'une r&#234;verie pseudo-th&#233;orique. Elle ne peut de toute fa&#231;on pas le faire lorsqu'elle est en fonction : cet individu, ce patient, est un ceci irr&#233;ductible. Pourtant, sur cet irr&#233;ductible elle peut &#8211; et elle doit &#8211; tenir un discours qui n'est pas seulement universel par la forme du langage, qui essaie de l'&#234;tre profond&#233;ment en ramenant le ceci individuel &#224; des &#233;l&#233;ments universels, en y retrouvant ce qui &#8211; soit comme terme, soit comme organisation &#8211; vaut pour tous. La tentation est alors grande &#8211; et il semble, de plus en plus irr&#233;sistible &#8211; d'identifier l'individu exhaustivement &#224; l'ensemble de ces &#233;l&#233;ments, de n'y voir qu'un ceci de la d&#233;signation, puisque tout ce qui le compose est &#233;l&#233;ment g&#233;n&#233;rique, que ce qui le diff&#233;rencie du reste n'est qu' arrangement &#8211; comme ce qui diff&#233;rencie 01 de 10 ou de 101 &#8211; et que l'on peut ainsi produire un nombre illimit&#233; de ceci diff&#233;rents. Reste cependant &#224; savoir pourquoi cet arrangement-ci, et non un des innombrables autres possibles, se pr&#233;sente &#224; cet endroit-ci. Le raisonnement formel &#8211; l'entendement, r&#233;pond : en principe, cela aussi est r&#233;ductible. Mais l'entendement est ici dans l'illusion, et cela sur son propre terrain. Car &#8211; s'agirait-il m&#234;me du simple physique &#8211; ce principe ne pourrait jamais se r&#233;aliser que par la totalisation imm&#233;diate, ici et maintenant, de toutes les d&#233;terminations du monde en extension et en compr&#233;hension. C'est la m&#234;me chose de dire que l'entendement ne peut pas conna&#238;tre la totalit&#233;, et de dire qu'il ne peut conna&#238;tre l'individu : en un sens, le paralogisme psychologique n'est que l'autre face des antinomies cosmologiques, ou plut&#244;t les deux ont le m&#234;me fondement d'impossibilit&#233;. Cela ne signifie pas que l'individu soit un inconnaissable absolu. Mais &#171; des termes premiers et des derniers, il y a compr&#233;hension directe et non connaissance discursive &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kai gar ton proton oron kai ton eschaton nous estin kai ou logos. Aristote, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Reste aussi &#224; savoir pourquoi ces arrangements semblent ne jamais produire les m&#234;mes r&#233;sultats, et ne nous font pas rencontrer des sosies psychiques. Ces arguments peuvent para&#238;tre abstraits. Ils traduisent simplement en termes g&#233;n&#233;raux des interrogations aussi &#233;videntes, et aussi fr&#233;quentes, que celle-ci par exemple : pourquoi cet enfant, seul parmi ses fr&#232;res et s&#339;urs, est-il devenu psychotique ? Certes, dans l'abstrait on peut toujours invoquer des conditions diff&#233;rentes ; mais cette invocation est vide, c'est un demain on expliquera gratis. L'allusion &#224; des conditions non sp&#233;cifi&#233;es et non sp&#233;cifiables de fa&#231;on pertinente ne peut pas &#233;liminer le probl&#232;me que pose la distance beaucoup plus grande entre deux fr&#232;res dont l'un est psychotique et l'autre non, qu'entre deux normaux de pays et d'&#233;poques diff&#233;rents. Le terme de choix de la n&#233;vrose dit bien ce qu'il veut dire, autant que les retours r&#233;p&#233;t&#233;s de Freud au probl&#232;me qu'il d&#233;note.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, si l'individu n'est que la combinaison d'&#233;l&#233;ments permutables et substituables, ou bien ces &#233;l&#233;ments sont vraiment universels et alors le fait d'une histoire devient un inintelligible absolu : il ne servirait &#224; rien en effet de dire que l'histoire est simplement apparente, que rien d'essentiel ne s&#233;pare Apollo VIII d'un boomerang, la Ve R&#233;publique de l'&#201;gypte sous Rams&#232;s III et les psychanalystes des chamanes ; il faudrait encore rendre compr&#233;hensible pourquoi ce m&#234;me appara&#238;t chaque fois comme autre, et comme cet autre-ci. Ou bien ils sont simplement sociaux ou culturels, donc historiques, et la psychanalyse (se laissant alors r&#233;sorber par certaines conceptions sociologiques) n'aurait fait que d&#233;placer le lieu de l'individuel vers la sp&#233;cificit&#233; irr&#233;ductible de cette &#233;poque, cette soci&#233;t&#233;, cette culture (sp&#233;cificit&#233; tout autant incontestable et tout autant probl&#233;matique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, on ne voit pas comment on pourrait, dans ces conditions, &#233;liminer ce qui appara&#238;trait comme une &#233;quivoque et m&#234;me une duplicit&#233; radicale de la psychanalyse, qui parlerait avec deux langues selon les circonstances. Dans son activit&#233;, si elle continuait de viser une d&#233;sali&#233;nation du patient, elle ne pourrait pas s'abstenir de le poser comme un individu singulier : vous n'&#234;tes pas ce que vous pensez &#234;tre, et vous &#234;tes ce qui n'est pas vous, et il vous reste &#224; &#234;tre ce que vous voudrez et pourrez &#234;tre. Ce vous &#224; la fois affirmatif et interrogatif, pass&#233; et &#224; venir, effectif et suspendu, liant une illusion r&#233;elle et une v&#233;rit&#233; &#224; faire &#224; travers un pr&#233;sent ind&#233;finissable, ce vous, serait-il pur non-lieu, qu'il fonderait encore dans son illocalit&#233; toute l'analyse qui existe, selon le mot de son fondateur, pour qu'il puisse devenir. Mais dans son discours th&#233;orique, elle devrait expliquer l'id&#233;e des patients qu'ils sont eux-m&#234;mes et non n'importe qui comme une illusion tenace et en fait inexpugnable (aucune analyse n'ayant jamais pu en venir &#224; bout), dont il n'y a qu'&#224; interpr&#233;ter l'origine : l'individu ne peut se vivre que comme objet de l'autre, et cette quasi-substance r&#233;elle-imaginaire, le langage le force &#224; la d&#233;signer par Je (ou la flexion grammaticale qui en tient lieu). L'&#233;mergence du Je dans le langage d&#233;coule &#224; son tour de la n&#233;cessit&#233; de marquer le point de d&#233;part (on ne peut dire le sujet, puisque celui-ci n'est rien et ne parle pas mais est parl&#233;) de l'&#233;nonciation. Soit dit incidemment, parler dans ces conditions d'ali&#233;nation devient un tic de langage (lequel, en tant que manque de sens apparent, exigerait une interpr&#233;tation) : l'ali&#233;nation d'&lt;i&gt;outis&lt;/i&gt; est un non-sens, si le sujet n'est rien que discours de l'autre il n'est ni ali&#233;n&#233; ni non ali&#233;n&#233;, il est ce non-&#234;tre qu'il est (ou qu'il n'est pas). Il n'y a pas non plus &#224; demander pourquoi l'on traite telles personnes et non telles autres, ainsi et non autrement, etc. &#192; qui le demanderait-on en effet ? Celui qui traiterait ou ne traiterait pas, ainsi ou autrement, et en fin de compte &#233;noncerait cette th&#233;orie, n'est bien s&#251;r rien d'autre &#224; son tour que ce produit particulier de la combinatoire universelle ; participerait-il de l'illusion commune et se prendrait-il pour quelqu'un, cela est &lt;i&gt;kata sumbeb&#233;kos&lt;/i&gt;, [accidentel], pour ce qui est de la teneur du discours. Il suffit de comprendre ce qui est dit. Celui qui le dit, loin qu'il parle, est &#233;videmment parl&#233; et n'est pour rien dans ce qu'il dit : comment pourrait-on an-&#234;tre dans un endroit particulier ? Alors, il est vrai, on ne peut m&#234;me plus parler d'&#233;quivoque : tout est simple comme simple absence de sens et il n'y a qu'un prix modeste &#224; payer, accepter la suppression du discours comme discours significatif. &lt;i&gt;Curiosum&lt;/i&gt; banal, connu depuis vingt-cinq si&#232;cles : ce prix, les sophistes ont toujours &#233;t&#233; les derniers &#224; accepter de le payer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, si cette r&#233;duction de l'individu &#233;tait possible, on ne voit pas pourquoi il n'y a pas et il ne peut pas y avoir en analyse de pr&#233;vision au sens propre du tenue. Il ne s'agit pas de la faillibilit&#233; des analystes ou de l'imperfection provisoire de leur savoir (encore moins &#233;videmment de ce que des pr&#233;visions n'ont pas &#224; &#234;tre formul&#233;es dans une analyse). Tout ce qui peut &#234;tre dit sur l'avenir d'une analyse &#8211; et d'un individu en g&#233;n&#233;ral &#8211; est contingent par n&#233;cessit&#233; essentielle. Car ici le raisonnement d'Aristote, retrouvant sa racine, atteint sa puissance pleine : si tout &#233;nonc&#233; &#233;tait n&#233;cessairement vrai ou faux m&#234;me lorsqu'il s'agit de l'avenir, il n'y aurait plus rien de contingent, et pas davantage de v&#233;rit&#233;, puisque nous ne pourrions plus (penser &#224; un discours autre, et donc) nous penser comme &lt;i&gt;arc h&#233; ton esomenon&lt;/i&gt;, origine de ce qui sera&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De Interpretatione, 9, 18b31-19a7.&#034; id=&#034;nh11-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On ne peut sortir l'homme de ce qui l'a fait tel qu'il est, ni de ce que, tel qu'il est, il fait. Mais on ne peut non plus l'y r&#233;duire. Effet qui d&#233;passe ses causes, cause que n'&#233;puisent pas ses effets, voil&#224; ce que la psychanalyse est oblig&#233;e de retrouver constamment dans son activit&#233; comme dans sa th&#233;orie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ne sont pas l&#224; des r&#233;ponses, mais des apories, qui ne se laissent pas &#233;liminer. Ce qui vient d'&#234;tre dit ne r&#233;fute pas, par exemple, le discours r&#233;ducteur qui peut &#234;tre, qui est m&#234;me n&#233;cessairement, celui de la th&#233;orie psychanalytique. Si celle-ci doit, en effet, rendre compte de son objet, elle ne peut pas se limiter &#224; en dire qu'il est chaque fois singulier, un &#171; drame &#187; ou un &#171; processus en premi&#232;re personne &#187; ; le singulier redevient imm&#233;diatement universel abstrait, et compte n'est rendu de rien. Pas plus qu'elle ne peut se contenter de parler d'histoire personnelle. Le mot histoire s'entend multiplement, et dans ce contexte ne renvoie qu'&#224; une concat&#233;nation d'&#233;v&#233;nements ou d'incidents qui n'ont de sp&#233;cifique que la place que chaque fois ils occupent dans une configuration &#8211; singularit&#233; combinatoire, fausse singularit&#233;. Ce que l'individu singulier est en v&#233;rit&#233; ; cet ici maintenant constant perp&#233;tuellement transport&#233; dans un ici maintenant variable, origine mobile de tout syst&#232;me de coordonn&#233;es qui puisse avoir un sens, liaison particuli&#232;re &#224; ce corps et &#224; ce monde de quelque chose qui n'est ni eux ni sans eux, fa&#231;on de vivre soi, autrui, le d&#233;sir, le faire, sa propre obscurit&#233; et sa propre lucidit&#233;, de retenir son enfance en marchant vers la mort, cette vrille qui s'enfonce dans le continuum et y cr&#233;e la lumi&#232;re certaine qu'&#224; la fin, cass&#233;e, elle retombera dans la nuit &#8211; tout cela qui, en &#233;tant dit, s'est d&#233;j&#224; renvers&#233; dans le langage puisque, si c'est vrai, chacun peut s'y reconna&#238;tre et donc il a manqu&#233; sa v&#233;rit&#233; essentielle, de tout cela, qu'est-ce que la psychanalyse peut bien en faire ? Tout et rien. Tout dans son activit&#233;, puisqu'il n'y a pas de traitement analytique m&#233;ritant ce nom qui n'ait comme pr&#233;suppos&#233;, l'ignorerait-il, la primaut&#233; absolue du point de vue du patient sur sa propre vie (point de vue qui, autre paradoxe, r&#233;siste par ailleurs &#224; toute d&#233;finition et ne peut en tout cas pas &#234;tre simplement confondu avec l'opinion manifeste que le patient s'en fait). Rien dans sa th&#233;orie, puisque l'individu, loin de pouvoir expliquer quoi que ce soit, est ce qui est &#224; expliquer, et on ne l'explique pas en renvoyant &#224; son individualit&#233;. &#192; quoi donc ? &#192; des &#233;l&#233;ments universels. L'individu proprement sera alors l'irr&#233;ductible, le r&#233;sidu que laisse toute explication de ce type. La difficult&#233; est qu'en droit la th&#233;orie ne peut pas reconna&#238;tre l'existence d'un tel r&#233;sidu comme vraiment irr&#233;ductible ; son travail n'a de sens que par le postulat contraire, comme r&#233;duction perp&#233;tuelle, et s'il n'en &#233;tait pas ainsi, elle aurait pu &#233;couter Cineas et se reposer d&#232;s le premier jour. Apparemment, c'est sur un dernier millim&#232;tre que tout se joue. Que la th&#233;orie transforme l'hypoth&#232;se n&#233;cessaire de son travail en th&#232;se n&#233;cessairement arbitraire et vide, elle aboutira &#224; des conceptions mythologiques (comme les hypoth&#232;ses &#171; organiques &#187; et &#171; constitutionnelles &#187; de Freud, ou les &#171; premi&#232;res cha&#238;nes signifiantes &#187; de certains contemporains) en m&#234;me temps qu'&#224; l'&#233;quivoque d&#233;crite plus haut. Mais en r&#233;alit&#233;, il s'agit de beaucoup plus, le tact et les bonnes mani&#232;res ne suffisent pas au th&#233;oricien pour sortir de l'impasse. Le postulat pratique de la singularit&#233; de l'individu dans la cure s'y accompagne de l'&#233;vidence harassante de sa non-singularit&#233;, en m&#234;me temps que l'hypoth&#232;se de sa r&#233;ductibilit&#233; dans la th&#233;orie rencontre constamment l'&#233;vidence ironique de son irr&#233;ductibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IV&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si l'objet de la psychanalyse sont les l&lt;i&gt;ogoi embioi&lt;/i&gt;, les significations mat&#233;rialis&#233;es dans la vie d'un individu, et si cet objet n'est pleinement donn&#233; que dans la situation analytique, il r&#233;sulte d&#233;j&#224; qu'il est assignable mais non proprement observable. Au-del&#224; des trivialit&#233;s, son observation ne peut avoir lieu qu'&#224; l'int&#233;rieur de la situation analytique, n'est pas fongible, n'est donc pas observation scientifique. C'est pourquoi toute communication est tronqu&#233;e n&#233;cessairement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela est encore, en partie, empirique (en partie, car l'exp&#233;rience fictive d'analyses en parall&#232;le ne se heurte pas seulement &#224; des impossibilit&#233;s pratiques ou d&#233;ontologiques, mais surtout aux limites de ce que peut voir celui qui n'est pas en fonction et en activit&#233; d'analyste engag&#233; dans une analyse). L'essentiel est l'inexhaustivit&#233; et l'insegmentabilit&#233; de la signification. Les significations n'ont pas une structure d'ensemble, elles ne sont pas des objets &#171; distincts et bien d&#233;finis &#187; comme disait Cantor. Chaque signification, unit&#233; d'un terme et d'une ind&#233;finit&#233; de renvois, se vide dans toutes les autres et est aussi par ce qu'elle n'est pas. Il serait faux de dire, comme l'a fait &#224; peu pr&#232;s Saussure, qu'elle n'est que ces renvois ; ceux-ci ne peuvent &#233;videmment &#234;tre que des renvois de... &#224;... Mais il est certain qu'elle n'est pas sans eux. Isoler la signification pour la formaliser n'est possible que si on joue litt&#233;ralement avec les mots, c'est-&#224;-dire si l'on prend la mat&#233;rialit&#233; du signifiant pour la signification enti&#232;re, le d&#233;notant pour le d&#233;not&#233; qui est ici essentiellement une ind&#233;finit&#233; de connotations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En psychanalyse, cette impossibilit&#233; est &#233;lev&#233;e, si l'on peut dire, &#224; une puissance sup&#233;rieure, car ici il s'agit de significations incarn&#233;es, &#224; savoir : de repr&#233;sentations port&#233;es par des intentions et solidaires d'affects. Je ne parlerai pas des affects, dont Freud disait qu'ils &#171; sont peu connus &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Moi et le &#199;a, trad. fr. (&#233;d. Payot, 1951), p. 175 (G.W., XIII, 245). &#8211; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, sinon pour regretter que ses h&#233;ritiers n'aient pas &#233;t&#233; fid&#232;les &#224; son v&#339;u d'en explorer davantage la nature. Des intentions, je noterai seulement que d&#233;j&#224; par elles chaque ceci qui peut se pr&#233;senter en analyse communique avec (et est port&#233; par) l'ensemble de la vie de l'individu consid&#233;r&#233;, y compris ce qui sera son avenir. Il n'y a pas en effet d'intention isolable essentiellement ; au-del&#224; du r&#233;flexe, toute intention rep&#233;rable surgit dans le champ intentionnel du sujet et n'a d'existence et de sens que dans et par ce champ (largement inconscient, bien entendu). Or ce champ est pour une part essentielle suspendu sur le vide de ce qui est &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la repr&#233;sentation est de fa&#231;on manifeste le fini-infini, le ceci concret par excellence solidement donn&#233; &#224; tous et qui pourtant fuit de tous ses c&#244;t&#233;s et &#233;chappe &#224; tout sch&#232;me conceptuel m&#234;me le plus &#233;l&#233;mentaire. Combien de repr&#233;sentations y a-t-il dans &#171; &lt;i&gt;l'ami R &#8230; est mon oncle, il porte une longue barbe jaune... &lt;/i&gt; &#187; ? Qu'est-ce que le p&#232;re du petit Hans pour le petit Hans ? C'est cette nature de la repr&#233;sentation qui caract&#233;rise de part en part l'inconscient et qui est au fondement du fait que celui-ci ignore les lois de la logique ordinaire &#8211; que le conscient, au sens psychanalytique du terme, essaye d'imposer &#224; la repr&#233;sentation par le moyen du langage r&#233;duit &#224; sa fonction de code, de la structure des ensembles, de l'entendement qui s&#233;pare et d&#233;finit. C'est elle aussi qui permet, certes non d'&#171; expliquer &#187; la singularit&#233; de l'individu, mais de mieux cerner le probl&#232;me qu'elle constitue. L'individu n'est pas seulement un premier encha&#238;nement de repr&#233;sentations &#8211; ou mieux, une premi&#232;re &#171; repr&#233;sentation totale &#187; &#8211;, il est aussi et surtout, de ce point de vue, surgissement ininterrompu de repr&#233;sentations et mode unique de ce flux repr&#233;sentatif, fa&#231;on particuli&#232;re de repr&#233;senter, d'exister dans et par la repr&#233;sentation, de se fixer sur telle repr&#233;sentation ou tel terme d'une repr&#233;sentation, de passer de l'une &#224; l'autre, de tel type de terme repr&#233;sentatif &#224; tel autre et ainsi de suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le voir il suffit de r&#233;fl&#233;chir sur la signification de ce type d'encha&#238;nement, soup&#231;onn&#233; d&#233;j&#224; avant Freud mais dont la psychanalyse a &#233;t&#233; la premi&#232;re &#224; montrer avec &#233;clat l'importance : la causation symbolique, telle qu'elle appara&#238;t non seulement dans la plupart des sympt&#244;mes, mais dans l'association des repr&#233;sentations chaque fois que celle-ci est libre c'est-&#224;-dire soustraite au contr&#244;le conscient (et m&#234;me dans ce dernier cas, mais cela est une autre histoire), et qui est le fondement de leur concat&#233;nation inconsciente. Je dis expr&#232;s causation, et non motivation ou &#233;quivalence symbolique, pour des raisons que la suite fera mieux comprendre. Il y a dans cet encha&#238;nement &#224; la fois un &lt;i&gt;post hoc&lt;/i&gt; et un &lt;i&gt;propter hoc&lt;/i&gt;, et il faut affirmer &#224; l'encontre de divers d&#233;layages r&#233;cents de la psychanalyse que le sympt&#244;me est un effet et non une mani&#232;re de s'exprimer ou un texte incomplet ; l 'incompl&#233;tude du texte, cette mani&#232;re de parler, ne reposent pas sur elles-m&#234;mes, elles ont une condition ant&#233;rieure logiquement et chronologiquement. Mais cette causation est absolument &lt;i&gt;sui generis&lt;/i&gt;, et contredit ce que l'on pense habituellement comme l'essentiel de la causation : elle ne peut pas se r&#233;duire &#224; des relations biunivoques, elle ne constitue pas un d&#233;terminisme d&#233;finissable. C'est pourquoi on peut tout aussi bien l'appeler cr&#233;ation symbolique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En fin de compte, mode et moment de la cr&#233;ation imaginaire.&#034; id=&#034;nh11-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il n'y a pas moyen en effet de dire quel proc&#233;d&#233; de symbolisation sera chaque fois utilis&#233;, sur quoi il va &#234;tre appliqu&#233; ou vers quoi il va entra&#238;ner. Dans le magma de la repr&#233;sentation du d&#233;part, la causation symbolique peut pr&#233;lever une partie r&#233;elle ou un &#233;l&#233;ment formel et passer de l&#224; &#224; des &#233;l&#233;ments formels ou des parties r&#233;elles d'une autre repr&#233;sentation par des proc&#233;d&#233;s assimilatifs (m&#233;taphoriques ou m&#233;tonymiques), oppositifs (antiphrastiques ou ironiques), ou autres. Rien ne permet de d&#233;finir d'avance, pour tel individu ou pour tel acte psychique, le proc&#233;d&#233; et les termes qui seront mis &#224; contribution. &lt;i&gt;Ex post&lt;/i&gt;, il est possible de d&#233;crire telle formation pathologique en fonction du proc&#233;d&#233; utilis&#233;, comme l'a fait Freud dans le Manuscrit M&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Accompagnant la lettre &#224; Fliess du 25 mai 1897. V. La Naissance de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; et d'autres &#224; sa suite &#8211; en caract&#233;risant l 'hyst&#233;rie comme &#171; d&#233;placement par voie associative &#187;, la n&#233;vrose obsessionnelle comme &#171; d&#233;placement par similarit&#233; &#187;, la parano&#239;a comme &#171; d&#233;placement d'ordre causal &#187;, ou en fonction du type de phantasmes (&#171; syst&#233;matiques &#187; ou non). Mais c'est l&#224; une description, non une explication (sauf &#224; postuler dans l'inconscient, &#224; la place des &#171; processus chimiques &#187; dont parle Freud dans le m&#234;me contexte, un &lt;i&gt;m&#233;taphoriston&lt;/i&gt; et un &lt;i&gt;m&#233;tonymiston&lt;/i&gt;, dont ces malades auraient re&#231;u plus que leur part) ; elle n'aide nullement &#224; comprendre ni pourquoi ces tropes ont &#233;t&#233; pr&#233;dominants (ils ne peuvent jamais &#234;tre exclusifs), ni pourquoi ils se sont instrument&#233;s de telle fa&#231;on particuli&#232;re (n'importe quelle repr&#233;sentation se pr&#234;te &#224; une ind&#233;finit&#233; d'encha&#238;nements tropiques imm&#233;diats, encore plus m&#233;diats, &#224; une ind&#233;finit&#233; d'autres repr&#233;sentations).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc non seulement sur-d&#233;termination mais aussi et en m&#234;me temps sous-d&#233;termination du symbole &#8211; de m&#234;me qu'il y a &#224; la fois sur-symbolisation et sous-symbolisation du symbolis&#233;. Ces m&#233;langes d'&#233;conomie et de prodigalit&#233; symboliques (qui nous apparaissent comme des m&#233;langes d'&#233;conomie et de prodigalit&#233; logiques) montrent que la trajectoire de l'intention inconsciente dans l'espace des repr&#233;sentations ne satisfait pas au principe de Fermat, et renvoient &#224; l'essence du symbolisme. Tout d&#233;coule de ce fait dont l'&#233;vidence semble avoir emp&#234;ch&#233; qu'on le pense : le symbole est (pour) ce qu'il n'est pas, donc n&#233;cessairement &#224; la fois en exc&#232;s et en d&#233;faut par rapport &#224; toute homologie et &#224; toute relation fonctionnelle. Cet exc&#232;s-d&#233;faut n'est approximativement ma&#238;tris&#233; que dans le fonctionnement lucide ; le moment de la r&#233;flexion y signifie, essentiellement, le retour sur le pour du symbole, le d&#233;sinvestissement ou la d&#233;r&#233;alisation du symbolique, qui commence avec le &lt;i&gt;ti legeis, ti s&#233;maineis otan touto legeis &lt;/i&gt; ? [que dis-tu, que veux-tu signifier en disant cela ?]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'en est pas et ne peut pas en &#234;tre de m&#234;me pour la pens&#233;e inconsciente au sens strict, qui est bien, en un sens, pens&#233;e puisqu'elle est mise en relation de repr&#233;sentations guid&#233;e par une intention (et pour autant matrice de tout sens du sens pour l'homme), mais non pens&#233;e r&#233;fl&#233;chie ; pour elle il n'y a pas d'autre de la repr&#233;sentation, et donc le quid pro quo symbolique ne peut &#234;tre qu'un &lt;i&gt;quiproquo&lt;/i&gt; tout court, et ce &lt;i&gt;quiproquo&lt;/i&gt; imm&#233;diatement r&#233;alit&#233; et v&#233;rit&#233;, la seule qu'elle connaisse. Il ne peut &#234;tre demand&#233; ici si la repr&#233;sentation est ou non ad&#233;quate, elle l'est n&#233;cessairement du moment qu'elle a surgi ; &#224; partir d'un presque rien, le symbole qui n'en est pas un est rendu obligatoirement ad&#233;quat, parce que l'intention (et, derri&#232;re elle, la pulsion) doit passer, elle doit s'instrumenter ; elle ne peut pas faire feu de tout bois qui se pr&#233;sente, mais dans ce qui se pr&#233;sente se trouvent toutes les esp&#232;ces de bois. On ne peut gu&#232;re, du reste, d&#233;m&#234;ler ici les r&#244;les respectifs de l'intention et de la repr&#233;sentation, car l'initiative passe constamment de l'une &#224; l'autre. C'est l'intention qui encha&#238;ne les repr&#233;sentations, mais ce sont aussi les repr&#233;sentations qui &#233;veillent, activent, inhibent ou d&#233;vient les intentions. Derri&#232;re cette id&#233;e, on retrouve une des apories essentielles de la th&#233;orie psychanalytique et de son objet. En un sens, l'intention pourrait &#234;tre dite rien qu'encha&#238;nement de repr&#233;sentations, c'est l&#224;-dessus que nous la lisons, non seulement nous n'en conna&#238;trions rien autrement, elle n'a pas d'autre mode d'existence. Mais si nous en faisions simplement le sens, plus exactement le fait de liaison du groupe de repr&#233;sentations r&#233;unies dans une s&#233;rie ou une sc&#232;ne, nous ne perdrions pas seulement ce qui anime cette s&#233;rie, ce qui met en sc&#232;ne, nous perdrions aussi l'ancrage dans la r&#233;alit&#233; corporelle, la pouss&#233;e de la pulsion &#8211; qui en est l'essence, &lt;i&gt;das Wesen&lt;/i&gt; dit Freud&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Triebe u. Triebschicks., G.W., X, 214.&#034; id=&#034;nh11-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; nous n'aurions plus affaire qu'&#224; une &#226;me d&#233;sincarn&#233;e. Si, d'autre part, nous voulions ignorer le r&#244;le propre de la repr&#233;sentation, le fait qu'elle n'est pas simple v&#233;hicule mais principe actif, que cette ambassade ou d&#233;l&#233;gation de la pulsion dans l'&#226;me (&lt;i&gt;V&lt;/i&gt;&lt;i&gt;orstellungsrepr&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#228;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;sentanz des Triebes&lt;/i&gt;) n'a gu&#232;re d'instructions pr&#233;cises &#224; remplir ni m&#234;me &#224; interpr&#233;ter, mais doit en inventer pour le compte de son mandant, muet de naissance, alors ce ne serait plus la peine de parler de psychisme, tout serait r&#233;gl&#233; au niveau somatique par la pulsion qui trouverait toujours les repr&#233;sentations qui lui conviennent, et n&#233;cessairement toujours les m&#234;mes, car elles appartiendraient &#224; la &#171; g&#233;n&#233;ricit&#233; muette de l'esp&#232;ce &#187;. Alors, ni individus, ni histoire individuelle, ni histoire tout court.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans la repr&#233;sentation qu'on trouve le moment de cr&#233;ation dans le processus psychique (je parle &#233;videmment de cr&#233;ation &lt;i&gt;ex nihilo&lt;/i&gt;), d'abord dans son surgissement m&#234;me, et tout autant dans son d&#233;ploiement et ses produits. C'est ici qu'appara&#238;t avec &#233;clat l'irr&#233;ductible &#224; toute combinatoire, &#224; toute formalisation. Les formalisateurs se sont astreints depuis des ann&#233;es &#224; cette gageure, parler de psychanalyse sans parler de repr&#233;sentation. Aussi ce n'est pas de psychanalyse qu'ils parlent, pas davantage du reste qu'ils ne formalisent quoi que ce soit. Leur cas a &#233;t&#233; d&#233;j&#224; d&#233;crit : &#171; Un auteur de &lt;i&gt;M&#233;moires&lt;/i&gt; d'aujourd'hui, voulant, sans trop en avoir l'air, faire du Saint-Simon, pourra &#224; la rigueur &#233;crire la premi&#232;re ligne du portrait de Villars : '&lt;i&gt;C'&#233;tait un assez grand homme, brun&#8230; avec une physionomie vive, ouverte, sortante&lt;/i&gt;', mais quel d&#233;terminisme pourra lui faire trouver la seconde ligne qui commence par : '&lt;i&gt;et v&#233;ritabl&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ment un peu folle&lt;/i&gt;' ? &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Proust, &#233;d. de la Pl&#233;iade, I, 551.&#034; id=&#034;nh11-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce que Proust dit de la cr&#233;ation de l'art et du style, vaut tout autant, et pour cause, de l'inconscient ; en en &#233;liminant la repr&#233;sentation, on substitue au texte un an&#233;mique et maladroit pastiche&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est &#224; cela que renvoie la phrase de Freud : &#171; Tout r&#234;ve a au moins une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot de cr&#233;ation &#233;tonnera ceux qu'on a habitu&#233;s depuis quelque temps &#224; voir dans la psychanalyse une d&#233;marche exclusivement r&#233;gressive, dans son mat&#233;riel un ensemble fix&#233; &#224; jamais par une origine. C'est qu'on ne r&#233;fl&#233;chit pas assez sur ce que ces mots signifient. On n'a besoin de remonter &#224; l'origine que lorsque et parce que l'origine est cr&#233;ation, lorsque et parce qu'un sens ne peut pas &#234;tre dissous dans les d&#233;terminations d'un syst&#232;me pr&#233;sent. Et, si on essaie de rendre compte de ce sens originaire en oubliant son caract&#232;re essentiel d'instauration ou cr&#233;ation, on ne peut que le ramener &#224; des d&#233;terminations qui en d&#233;coulent et le pr&#233;supposent ; le discours sur l'origine devient alors irr&#233;sistiblement mythique et incoh&#233;rent. L'exemple le meilleur en a &#233;t&#233; donn&#233; par Freud lui-m&#234;me avec le mythe du meurtre du p&#232;re de &lt;i&gt;Totem et Tabou&lt;/i&gt; qui n'a de sens qu'en pr&#233;supposant l'essentiel de ce dont il veut rendre compte ; le comporte&#173; ment du p&#232;re de &lt;i&gt;Totem et Tabou&lt;/i&gt; n'est compr&#233;hensible que si son meurtre a d&#233;j&#224; eu lieu (r&#233;ellement ou phantasmatiquement, peu importe). Si le pass&#233; n'&#233;tait pas cr&#233;ation, on n'aurait pas besoin d'y revenir, et c'est de ce point de vue que se laisse le mieux voir l'aspect peut-&#234;tre le plus important de la cure. C'est parce que l'histoire de l'individu est aussi une histoire d 'autocr&#233;ation, que tout ne peut pas &#234;tre retrouv&#233; dans le pr&#233;sent ; c'est parce que l'individu est toujours port&#233; au-devant de ce qu'il est qu'il ne peut se retrouver qu'en revenant en arri&#232;re d'o&#249; il est actuellement. L'efficace de la cure ne d&#233;coule pas de ce qu'on retrouve le pass&#233; dans le pr&#233;sent, mais de ce que l'on peut voir le pr&#233;sent du point de vue du pass&#233; &#224; un moment o&#249; ce pr&#233;sent, encore &#224; venir, &#233;tait de part en part contingent, o&#249; ce qui allait le fixer &#233;tait encore &lt;i&gt;in statu nascendi&lt;/i&gt;. S'il s'agissait simplement de retrouver un &#233;l&#233;ment pareil dans sa nature &#224; tous les autres, on ne comprendrait pas pourquoi la situation du patient pourrait en &#234;tre modifi&#233;e. De m&#234;me, l'intensit&#233; de l'affect qui accompagne cette reprise f&#233;conde du pass&#233; comme pr&#233;sent, et la distingue de toute rem&#233;moration banale, n'est pas simple signe ou indice de ce que quelque chose d'important est &lt;i&gt;ante portas&lt;/i&gt;, mais le travail m&#234;me de l'&#226;me qui en permet le retour ; ce qui est reproduit par l&#224;, c'est la haute temp&#233;rature sous laquelle s'est op&#233;r&#233; le premier alliage, la premi&#232;re fusion des &#233;l&#233;ments pulsionnels et repr&#233;sentatifs, et qui maintenant en permet la dissociation. (Le transfert lui-m&#234;me, refusion-d&#233;fusion, appartient ici bien &#233;videmment, et c'est ainsi que l'on peut comprendre pourquoi il est &#224; la fois l'instrument essentiel de l'analyse et l'obstacle le plus formidable que sa terminaison rencontre.) Plong&#233; dans la reviviscence parenth&#233;tique du pass&#233;, l'individu vit son pr&#233;sent comme contingent non pas dans l'irr&#233;alit&#233; r&#233;p&#233;titive de la r&#234;verie qui re-&#233;crit l'histoire &#224; vide, mais dans le retour &#224; ce qui a &#233;t&#233; instauration r&#233;elle et qui se r&#233;v&#232;le ainsi fixation autant solide qu 'arbitraire. L'essence pratique de la cure psychanalytique est que l'individu se retrouve comme origine partielle de son histoire, fait gratuitement l'exp&#233;rience du se faire non su comme tel la premi&#232;re fois, et redevient origine des possibles comme ayant eu une histoire qui a &#233;t&#233; histoire et non fatalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La confusion r&#233;sulte aussi de la complaisance avec laquelle on tire dans le sens &#171; r&#233;gressif &#187; l'arch&#233;ologie historico-sociale mythique de Freud (de &lt;i&gt;Totem et Tabou&lt;/i&gt;, ou de &lt;i&gt;Mo&#239;se et le Monoth&#233;isme&lt;/i&gt;). Telle n'&#233;tait pas assur&#233;ment l'intention de Freud&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il n'y a pour se convaincre qu'&#224; relire Malaise dans la civilisation ou (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais, l'e&#251;t-elle &#233;t&#233;, la discussion ici est superflue. On fabrique de toute &#233;vidence une superstructure id&#233;ologique sur une base qui ne peut pas la supporter. On peut se cantonner dans la voluptueuse (pour qui ?) contemplation du retour du refoul&#233; et ignorer le reste. Mais ce reste est tout aussi et m&#234;me plus important, car c'est l&#224;-dessus que s'appuie ce discours m&#234;me. La psychanalyse est-elle un retour du refoul&#233;, &lt;i&gt;simpliciter&lt;/i&gt; ? De m&#234;me, on peut se limiter &#224; r&#233;p&#233;ter le th&#232;me de la r&#233;p&#233;tition, oubliant que la r&#233;p&#233;tition ne serait m&#234;me pas rep&#233;rable comme telle si elle n'&#233;mergeait pas dans un proc&#232;s de non-r&#233;p&#233;tition, &#224; savoir de cr&#233;ation continu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;V &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Tout cela ne concerne qu'un aspect de la th&#233;orisation psychanalytique. Celle-ci prend son point de d&#233;part dans la tentative d'&#233;lucidation d'une histoire singuli&#232;re, d'un ceci, mais elle y rencontre n&#233;cessairement l'universel sous deux esp&#232;ces. D'une part, comme universalit&#233;, ou quasi-universalit&#233;, de ce qui vient dans le traitement, plus g&#233;n&#233;ralement dans le ph&#233;nom&#232;ne, comme contenu : le participable de la repr&#233;sentation, le langage, l'acte ou l'&#233;v&#233;nement. C'est de cette quasi-universalit&#233; des contenus concrets, que l'on peut appeler universalit&#233; psychologique qu'il a &#233;t&#233; question jusqu'ici. D'autre part, la th&#233;orisation psychanalytique est conduite irr&#233;sistiblement et l&#233;gitimement vers une autre universalit&#233; : celle de concepts, constructions et hypoth&#232;ses qui ne sont pas donn&#233;s comme tels dans l'exp&#233;rience, qui doivent en &#234;tre inf&#233;r&#233;s et sont destin&#233;s &#224; composer une th&#233;orie de l'&#226;me. C'est l'universalit&#233; m&#233;tapsychologique. Ce que font ou disent les individus n'est jamais absolument singulier ; mais aussi, ce qui fait qu'ils font ou disent ceci ou cela, ainsi plut&#244;t qu 'autrement, leur est largement commun&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La m&#233;connaissance de la pr&#233;sence de l'universel &#224; chacun de ces niveaux et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La th&#233;orie m&#233;tapsychologique est ainsi conduite &#224; s'interroger sur ce qui fonctionne pour produire ce qui appara&#238;t &#8211; donc sur l' organisation d'un &#171; appareil psychique &#187; et les &#171; forces &#187; qui y agissent &#8211; et sur la fa&#231;on dont il fonctionne &#8211; donc sur les &#171; lois de fonctionnement &#187; du psychisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors qu'elle prend ces allures na&#239;ves, grossi&#232;res, r&#233;alistes qui chagrinent parfois les philosophes les mieux dispos&#233;s &#224; son &#233;gard. Parler d'un &#171; appareil psychique &#187;, de &#171; lois de fonctionnement &#187;, d'une topique, d'une &#233;nerg&#233;tique, n'est-ce pas fabriquer des entit&#233;s et r&#233;aliser les significations ? Comme si on avait attendu la psychanalyse pour r&#233;aliser les significations, comme si la nature &#224; un niveau, l'histoire &#224; un autre, n'avaient pas et depuis toujours r&#233;alis&#233; les significations. Il n'emp&#234;che, on revient &#224; la charge contre l'absurdit&#233; de l'inconscient, ce sens qui ne serait pas sens de soi. &#201;trangement, ce reproche qui aurait pu &#234;tre adress&#233; &#224; Hegel aussi bien qu'&#224; Aristote, &#224; Platon ou &#224; Marx, ce n'est qu'&#224; propos de Freud qu'il est formul&#233; sur un ton scandalis&#233;. Mais ce sens qui n'est pas sens de soi, pr&#233;sent dans toute grande philosophie sous une forme ou une autre, est oubli&#233; au nom de la version la plus appauvrie, la plus tautologique d'un &lt;i&gt;cogitatum est, ergo cogito&lt;/i&gt;. Les infiltrations se font sentir m&#234;me en milieu psychanalytique, o&#249; certains essayent de camoufler en douceur ce scandale de l'inconscient, le pr&#233;sentant comme la somme des lacunes du contenu manifeste, le facteur int&#233;grant permettant d'en compl&#233;ter le sens. Comme si on pouvait ainsi se soustraire &#224; ces questions imp&#233;rieuses : qu'est-ce qui r&#232;gle cette r&#233;partition des segments de sens, qu'est-ce qui, surtout, s'oppose avec un tel acharnement &#224; leur r&#233;unification, peut-on &#171; compl&#233;ter &#187; un sens conscient par un sens inconscient, est-ce bien des vari&#233;t&#233;s de la m&#234;me esp&#232;ce ? L&#224; o&#249; Freud &#8211; si l'on prend non pas la m&#233;taphore de la traduction qu'il a souvent utilis&#233;e, mais sa pens&#233;e sur le fond de la question&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On sait que pour Freud une repr&#233;sentation inconsciente ne peut pas &#234;tre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; voyait non pas m&#234;me deux langues diff&#233;rentes, mais le langage et l'autre du langage, on essaie de voir un seul texte dont l'analyse corrigerait les fautes d'impression ou fournirait les mots manquants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces infiltrations se produisent du reste sur tout le front m&#233;tapsychologique. On parle ainsi sur un ton condescendant de la &#171; m&#233;taphore &#233;nerg&#233;tique &#187;. Peut-&#234;tre le terme de m&#233;taphore permet-il d'&#233;liminer le petit probl&#232;me que pose celui qui l&#232;ve &#224; peine la t&#234;te en vue de certains objets et va &#224; la mort en vue d'autres ? Les in&#233;liminables concepts &#233;conomiques semblent ne plus hanter que les ruines abandonn&#233;es de l'&#233;difice &#224; moiti&#233; d&#233;truit par Freud lui-m&#234;me avec &lt;i&gt;Le Probl&#232;me &#233;conomique du masochisme&lt;/i&gt;. La topique n'est pas davantage prise au s&#233;rieux : ces r&#233;gions qui &#233;taient aussi des instances ne sont plus utilis&#233;es que comme des mots, les probl&#232;mes pos&#233;s par les diff&#233;rences de lieu des ph&#233;nom&#232;nes psychiques, qui tracassaient tellement Freud, ne semblent pr&#233;occuper personne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On ne peut confondre le probl&#232;me de la topique dans la perspective de Freud (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la psychanalyse n'a pas &#233;t&#233; simplement une autre th&#233;orie philosophique ou psychologique, c'est parce qu'elle a &#233;t&#233; activit&#233;. Et si elle n'a pas &#233;t&#233; litt&#233;rature ou activit&#233; dramatique qui s'&#233;crit au fur et a mesure qu'elle se joue, c'est parce qu'elle a attaqu&#233; de front le probl&#232;me de la conceptualisation th&#233;orique de ce qu'elle d&#233;couvrait. Ce que Politzer, et d'autres &#224; sa suite, reprochent en somme &#224; Freud, c'est de ne pas avoir voulu &#234;tre le Sophocle, le Shakespeare, le Proust de ses patients et de soi-m&#234;me. &#201;trange demande, qu'il suffit de d&#233;larver pour rejeter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est parce que la psychanalyse a affront&#233; s&#233;rieusement le probl&#232;me de l'&#226;me comme telle, de son organisation, des forces qui s'y manifestent, des &#171; lois &#187; de son fonctionnement, qu'elle a pu conduire &#224; la novation radicale que nous connaissons. Car c'est sous cet angle que son objet appara&#238;t dans sa duret&#233; irr&#233;ductible : comme signification vivante, &lt;i&gt;l&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ogoi embioi&lt;/i&gt;. Le royaume des ombres a pu &#234;tre abandonn&#233; parce que Freud a essay&#233; de penser jusqu'au bout cette &#233;vidence &#233;nigmatique du psychique : le sens incarn&#233;, la signification r&#233;alis&#233;e, et ses conditions. Cela, il ne pouvait le faire que dans un langage r&#233;aliste, soumettant autant que possible la nouvelle r&#233;gion aux cat&#233;gories disponibles de l'entendement visant le r&#233;el, puisque c'est comme r&#233;el que cet objet se donne. Refuser cela, serait revenir aux mauvaises abstractions d'une mauvaise philosophie. L'accepter n'&#233;tait pas revenir aux mauvaises abstractions d'une mauvaise psychologie pour une raison autour de laquelle Politzer a tourn&#233; sans jamais la voir vraiment, bien que Freud l'ait explicitement formul&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ma vie et la psychanalyse, trad. fr., l.c., p. 135-137 : la psychologie de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces abstractions l'&#233;taient non pas en tant qu'elles posaient l'universel, ni m&#234;me en tant qu'elles postulaient des lieux, des m&#233;canismes, des facult&#233;s (tout cela &#233;tant in&#233;liminable) ; mais en tant qu'elles op&#233;raient par abstraction r&#233;elle, s&#233;paraient et brisaient l'objet pour n'en retenir qu'une partie qui, de ce fait m&#234;me, n'&#233;tait plus partie de cet objet-l&#224;. Des encha&#238;nements qui ne sont pas des encha&#238;nements de sens ne sont pas des encha&#238;nements psychiques. Des facult&#233;s dont l'usage n'est pas cod&#233;termin&#233; par le ce que, le qui, le d'o&#249; et le vers quoi ne sont pas des facult&#233;s psychiques. L'abstraction de la vieille psychologie &#233;tait l'oubli du contenu et du sens des ph&#233;nom&#232;nes psychiques. La psychanalyse serait tomb&#233;e dans une abstraction sym&#233;trique &#8211; c'est &#224; pr&#233;sent de plus en plus le cas &#8211; si elle avait oubli&#233; &#224; son tour que sens et contenus ne sont que dans et par la vie d'un corps sans &#234;tre r&#233;ductibles &#224; elle, et qu'ils se manifestent avec des diff&#233;rences de niveau, de qualit&#233;, d'intensit&#233;, de temps qui renvoient irr&#233;sistiblement &#224; une organisation, &#224; des forces ou tendances, &#224; des r&#233;gularit&#233;s rep&#233;rables Organisation de quoi, forces agissant o&#249;, r&#233;gularit&#233;s portant sur quoi ? Du quelque chose ici pr&#233;suppos&#233; ou impliqu&#233; &#8211; l'&#226;me pr&#233;cis&#233;ment &#8211; la fa&#231;on la plus franche de parler, est d'en parler comme d'une chose&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; ... esprit et &#226;me sont objets de la recherche scientifique exactement de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Certains philosophes s'en irritent et protestent contre le r&#233;alisme. Mais il est de leur c&#244;t&#233;. N'ayant jamais pu penser la chose autrement que dans la perspective r&#233;aliste, ils croient que la chose est le r&#233;alisme. En fait, hors les pr&#233;emptions philosophiques na&#239;ves, on ne sait pas ce qu'est une chose ; on sait seulement ce qu'est l'id&#233;e de la chose dans une philosophie r&#233;aliste &#8211; id&#233;e dont on n'a jamais trouv&#233; le r&#233;f&#233;r&#233; r&#233;el. Parler de l'&#226;me comme d'une chose c'est porter au maximum de l'acuit&#233; le probl&#232;me que chacune de ces deux notions pose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Langage m&#233;taphorique ? Tout langage th&#233;orique l'est n&#233;cessairement et au second degr&#233;. Mais les m&#233;taphores ne sont pas ici de simples images. Certes les termes n'ont pas le m&#234;me sens qu'en physique, ou dans la vie quotidienne. Mais cela n'&#233;puise pas la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La topique peut passer pour m&#233;taphorique puisqu'une localisation anatomique des parties de l'appareil psychique &#233;choue, et semble m&#234;me ne pas avoir de sens&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Freud &#233;crira en 1925 : &#171; &#8230;instances ou syst&#232;mes ... des relations (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cela n'&#233;limine cependant gu&#232;re la question qui se pose avec insistance aux deux extr&#233;mit&#233;s du discours. La topique ne peut pas &#234;tre simple m&#233;taphore si l'on se place au point de vue le plus primitif, le plus cat&#233;goriel. L'espace habituel n'existe que comme modalit&#233; d'un autre espace plus originaire, la possibilit&#233; de coexistence ordonn&#233;e du multiple&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme le lieu du Tim&#233;e, &#171; de toute gen&#232;se r&#233;ception et comme nourrice &#187; (49 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or, on ne peut &#233;viter de penser les termes dont il s'agit en psychanalyse dans un certain ordre de coexistence, donc de se demander quel est ce type d'ordre et quel y est le lieu des diff&#233;rents termes. Si l'on dit que les termes ne se distinguent pas par leurs lieux, mais par leurs fonctions, qualit&#233;s, ou degr&#233;s de latence, ou bien on ne r&#233;fl&#233;chit pas sur les mots employ&#233;s et l'on ne fait vraiment que changer de m&#233;taphore ; ou bien on s'aper&#231;oit que chacun de ces mots exige un approfondissement tout aussi probl&#233;matique. Mais la topique ne peut pas davantage &#234;tre simple m&#233;taphore si l'on se place au point de vue le plus concret, le plus mat&#233;riel. Les difficult&#233;s et les &#233;checs des premi&#232;res conceptions de la localisation n'effacent pas l'&#233;vidence de la localisation &lt;i&gt;in toto&lt;/i&gt; du psychisme ni m&#234;me d'une s&#233;rie de localisations particuli&#232;res. Le &lt;i&gt;in vina veritas&lt;/i&gt; mill&#233;naire comme les neuroleptiques les plus r&#233;cents ne posent pas d'autre question ; ou bien les mol&#233;cules d'alcool et de largactil ne seraient-elles dans l'espace vulgaire que m&#233;taphoriquement ? Et ce qu'elles rencontrent lorsqu'elles agissent, o&#249; le rencontrent-elles ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vieilleries de l'&#226;me et du corps, certes ; vieilleries plus jeunes que les modes d'aujourd'hui, moribondes de naissance. Les savants ne sont pas curieux, disait Freud. Ceux qui se r&#233;clament de lui auraient-ils cess&#233; de l'&#234;tre ? Que des m&#233;dicaments ou des op&#233;rations chirurgicales aient des actions sp&#233;cifiques sur telles manifestations, tels sympt&#244;mes psychiques &#8211; ces faits ne semblent pas sp&#233;cialement soporifiques pour un psychanalyste. Moins que jamais peut-on traiter la topique comme m&#233;taphorique &#224; une &#233;poque o&#249; l'on commence &#224; intervenir topiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en est de m&#234;me pour ce qui est de la probl&#233;matique &#233;nerg&#233;tique. La force est le produit de la masse par l'acc&#233;l&#233;ration &#8211; comme telle, elle doit &#234;tre mesurable. Que sont donc les &#171; forces psychiques &#187;, sinon des m&#233;taphores fallacieuses ? Mais est-ce l&#224; le concept le plus primitif de force ? La force a affaire avec les modifications du mouvement &#8211; et les &#171; mouvements de l'&#226;me &#187; sont m&#233;taphoriques. Le sont-ils ? Nous avons r&#233;duit tout mouvement au mouvement local, &#224; la &lt;i&gt;phora kata tapon&lt;/i&gt;, et semblons avoir oubli&#233; l'alt&#233;ration, l'&lt;i&gt;al&#173;oiosis&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aristote Physique, III, 1, 201a9-15 ; V, 2, 226 a 26-28 ; VII, 3, 248 a 6-9. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; simplement parce que la physique a r&#233;ussi &#224; ramener la plupart des alt&#233;rations dont elle s'occupe &#224; des mouvements locaux. Or, que sont les forces que l'on rencontre en psychanalyse sinon ce qui pousse &#224; une telle alt&#233;ration et r&#233;siste &#224; telle autre ? Et ici encore, la question surgit aussi &#224; partir des consid&#233;rations les plus concr&#232;tes, les plus mat&#233;rielles ; car les diff&#233;rences d'intensit&#233; entre les tendances psychiques sont une &#233;vidence quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces exemples pourraient &#234;tre facilement multipli&#233;s ; car il n'y a pas un seul concept psychanalytique qui ne participe de cette probl&#233;matique, qui ne conduise &#224; des questions analogues. Ils suffisent pour montrer que l'effort d'une conceptualisation psychanalytique de ce type est l&#233;gitime, et qu'&#224; vouloir ignorer les probl&#232;mes in&#233;vitables et pressants auxquels Freud s'effor&#231;ait ainsi de r&#233;pondre, on transforme la psychanalyse en litt&#233;rature ou en une pseudo-philosophie du sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette conceptualisation l&#233;gitime est en m&#234;me temps impossible comme conceptualisation scientifique. Car aucun des concepts propos&#233;s n'est univoque, aucun n'est op&#233;ratoire. Ce sont des concepts dialectiques et philosophiques. Ils sont de la tribu de la puissance et de l'acte, de la substance et du &lt;i&gt;conatus&lt;/i&gt;, de la monade et de la &lt;i&gt;perceptio&lt;/i&gt;, de la n&#233;gativit&#233; et de l'ali&#233;nation, ils habitent pr&#232;s des topiques platonicienne et kantienne, leur raison op&#232;re surtout par ruse ; leur parent&#233; avec les &lt;i&gt;constructa&lt;/i&gt; scientifiques est beaucoup plus lointaine .Freud ne s'y &#233;tait pas tromp&#233;, qui en avait nomm&#233; les principaux : &#201;ros, Thanatos, Anank&#232;, Logos. Le cygne s'est peut-&#234;tre pris parfois pour un canard, mais c'est bien des &#339;ufs de cygne qu'il a couv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aporie ainsi manifest&#233;e est v&#233;ritable, &#224; savoir insoluble. La n&#233;cessit&#233; et l'impossibilit&#233; d'une conceptualisation scientifique de la psychanalyse ne sont ni accidentelles ni provisoires ; elles sont d'essence. La conceptualisation freudienne peut &#234;tre amend&#233;e, am&#233;lior&#233;e, modifi&#233;e de fond en comble. Elle gardera &#224; jamais son noyau d'atopie. Car tel est son objet, avec ses deux faces ins&#233;parables r&#233;ellement et incompossibles th&#233;oriquement. Par l'une de ses faces, il nous met en demeure de le saisir sous la logique des ensembles et nous permet de le saisir ainsi. Ici il se pr&#233;sente comme collection d'&#233;l&#233;ments distincts et d&#233;finis, le syst&#232;me nerveux est bien une multiplicit&#233; spatio-temporelle, une mol&#233;cule n'est jamais &#224; deux endroits &#224; la fois, une charge &#233;lectrique ne peut se d&#233;placer sans parcourir tous les points interm&#233;diaires, tout est d&#233;termin&#233; cat&#233;goriquement (avec une probabilit&#233; assignable). Mais l&#224;, il est une &#171; multiplicit&#233; inconsistante &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cantor, Lettre &#224; Dedekind du 28 juillet 1899, Ges. Abh., p. 444.&#034; id=&#034;nh11-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la logique des ensembles n'y a pas de prise, la repr&#233;sentation est &#224; la fois une et plusieurs et ces d&#233;terminations ne sont pour elle ni d&#233;cisives ni indiff&#233;rentes, les relations de voisinage ne sont pas d&#233;finies ou sont constamment red&#233;finies, l'impossible et l'obligatoire, loin d'&#233;puiser le champ, en laissent l'essentiel hors de leur prise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, le r&#233;el d&#233;passe infiniment la logique des ensembles &#8211; comme la physique, nucl&#233;aire et cosmologique, est &#224; la veille de le red&#233;couvrir &#8211; mais par cette complaisance qui nous a permis d'&#234;tre des hommes il s'y pr&#234;te aussi, presque ind&#233;finiment. Il en va tout autrement pour une de ses r&#233;gions, qui se trouve &#234;tre pr&#233;cis&#233;ment celle o&#249; nous sommes, ce que par excellence nous sommes : signification ou repr&#233;sentation. &#192; tous &#233;gards pratiques, et presque &#224; tous &#233;gards th&#233;oriques, deux ch&#232;vres et deux ch&#232;vres font quatre ch&#232;vres. Mais que font deux repr&#233;sentations et deux repr&#233;sentations ? Certes aussi la logique des ensembles conduit &#224; des r&#233;sultats &#233;tonnants et m&#234;me incompr&#233;hensibles pour le sens commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun des points de la courbe de Brouwer est arbitrairement pr&#232;s de points situ&#233;s sur une infinit&#233; d'autres courbes du m&#234;me plan ; et cette sph&#232;re que Banach a d&#233;compos&#233;e en un nombre fini de morceaux au moyen desquels on peut reconstituer deux sph&#232;res &#233;gales &#224; la premi&#232;re, semble inqui&#233;ter m&#234;me les math&#233;maticiens. Mais je doute qu'une multiplicit&#233; dont tout point est &#224; la fois arbitrairement pr&#232;s et arbitrairement loin de tout autre point puisse jamais &#234;tre trait&#233;e par les ressources de la math&#233;matique pr&#233;sente ou pr&#233;visible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui ne se laisse pas calculer, se laisse encore penser.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VI &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans sa th&#233;orisation, la psychanalyse rencontre donc des probl&#232;mes en un sens &#233;ternels, qu'elle renouvelle radicalement, mais qu'elle ne r&#233;sout pas. Ce qui interdit toute confusion avec la th&#233;orisation de la science n'est pas qu'elle ne les r&#233;solve pas, mais qu'elle n'instaure pas des proc&#233;dures objectives pour ce faire, et que du reste on ne voit pas en quoi de telles proc&#233;dures pourraient consister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par l&#224;, elle est certes philosophique &#8211; mais non philoso&#173;phie comme on pourrait &#234;tre tent&#233; de le dire. Philosophique, elle l'est pour autant qu'elle doit rester attel&#233;e &#224; ces rochers de Sisyphe que sont le sens, les conditions du sens et le sens de ces conditions, le sujet comme objet et l'objet comme subjectif, la r&#233;alit&#233; de la parole et la v&#233;rit&#233; de l'acte ; pour autant aussi que, d'une fa&#231;on qui lui est propre et d&#233;sormais in&#233;liminable, elle &#233;claire d'autres faces de ces significations in&#233;puisables. Mais elle n'est pas philosophie, parce qu'elle dispara&#238;trait si on la dissociait de l'activit&#233; pratico-poi&#233;tique qui la d&#233;finit essentiellement, parce qu'aussi son discours th&#233;orique prend sa valeur et son sens universels et philosophiques de ce qu'il s'acharne sur un objet particulier et sp&#233;cifique, la r&#233;alit&#233; psychique. De cet objet &#233;trange entre tous, elle ne peut pas faire la science et elle n'a pas &#224; faire la phiosophie ; elle en fait l'&#233;lucidation apor&#233;tique et dialectique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dialectique au sens d'Aristote : exetastik&#232; (Topique, I, 2, 101 b 3), (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Par l&#224;, elle peut contribuer aussi &#224; un renouvellement de la probl&#233;matique philosophique. C'est ce que je voudrais montrer, pour terminer, sur un exemple capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La psychanalyse pose dans tous les actes de l'individu &#8211; et y montre &#224; l'&#339;uvre &#8211; la cod&#233;termination inconsciente. Celle-ci est &#233;trang&#232;re &#224; toute v&#233;rit&#233; de l'&#233;nonc&#233;, &#224; toute valeur de l'acte &#8211; plus exactement, il para&#238;trait qu'elle ne leur laisse aucune place. Car &#224; cette cod&#233;termination, rien ne peut &#233;chapper et &#224; cet &#233;gard Socrate et H&#233;rostrate, le pr&#233;sident Schreber et Sigmund Freud sont log&#233;s &#224; la m&#234;me enseigne. Tout acte qui se veut juste, tout discours qui se pr&#233;tend vrai sont port&#233;s par les intentions inconscientes de leur sujet, autant qu'un crime ou un d&#233;lire. Et cela vaut bien entendu &#233;galement des actes et de la th&#233;orie psychanalytiques eux-m&#234;mes. Rien n'y change lorsqu'on souligne, comme cela a &#233;t&#233; fait plus haut, que le moment d'ind&#233;termination et le proc&#232;s de cr&#233;ation sont tout aussi essentiels ; ind&#233;termination et cr&#233;ation en elles-m&#234;mes ne portent pas la valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est certes pas l&#224;-dessus que la psychanalyse innove philosophiquement. Il faut la n&#233;obarbarie de cet &#226;ge hypercivilis&#233;, le n&#233;oanalphab&#233;tisme qui sous-tend son hyperinformation, pour croire que, du point de vue philosophique, le &#171; clivage &#187; du sujet fait bouger d'un pouce la probl&#233;matique du savoir et de l 'agir. La nouveaut&#233; n'est que dans la na&#239;vet&#233; avec laquelle certains psychanalystes ferment les yeux devant l'antinomie qui &#233;clate ainsi, ou croient l'&#233;liminer en parlant de &#171; d&#233;sir de savoir &#187; ou de &#171; d&#233;sir d'analyser &#187;. La psychanalyse, de ce point de vue, ne fournit qu'une variante de contenu concret &#224; ce que Kant appelait la psychologie empirique, qu'un autre exemple de l'antinomie entre le point de vue empirique et le point de vue transcendantal clairement formul&#233;e depuis Platon&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir par exemple les discours de Glaucon et d'Adimante dans le Livre II de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans le discours kantien, pris rigoureusement, il y a beaucoup plus qu'un &#171; clivage &#187; puisque l'homme effectif se trouve tout entier du c&#244;t&#233; des d&#233;terminations empiriques et ne saurait une seconde pr&#233;tendre, sans illusion, qu'il agit (ou juge, puisque le jugement est un acte psychologique pris dans ces d&#233;terminations) hors leur emprise. Dans ces d&#233;terminations, on ne saurait faire entrer un nanogramme de v&#233;rit&#233;, de valeur ou de &#171; libert&#233; &#187;. Et qu'elles soient libidinales, socio-&#233;conomiques ou autres, cela est parfaitement indiff&#233;rent &#224; ce niveau de discussion. L'homme effectif est pris dans les d&#233;terminations du monde effectif, o&#249; il n'y a que causes et effets, ni v&#233;rit&#233; et valeur ni leur contraire. Pourtant cette assertion pr&#233;tend &#234;tre vraie -tout en &#233;tant effective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment la philosophie a fait face &#224; cette antinomie, c'est une autre histoire, tiss&#233;e &#224; toute son histoire. La plupart du temps elle a eu l'illusion de l'avoir r&#233;solue. En r&#233;alit&#233;, elle n'a jamais fait plus que poser un postulat de la raison tout court : nous ne pouvons parler qu'en admettant qu'un point de vue transcendantal nous est accessible, que nous pouvons poser la question &lt;i&gt;quid juris&lt;/i&gt; et y r&#233;pondre ind&#233;pendamment de toute d&#233;termination psychologique effective. Ce postulat, les psychanalystes l'utilisent n&#233;cessairement sans n&#233;cessairement le savoir chaque fois qu'ils affirment ou nient la v&#233;rit&#233; d'un &#233;nonc&#233;, et m&#234;me lorsque, comme certains parmi eux dans le comble de la confusion, ils placent toute la &#171; v&#233;rit&#233; &#187; du c&#244;t&#233; de l'inconscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas en exacerbant &#224; nouveau cette antinomie, mais en fournissant &#8211; &lt;i&gt;dunamei&lt;/i&gt; &#8211; une nouvelle fa&#231;on de la poser que la psychanalyse innove. Car elle indique une voie possible pour penser la gen&#232;se du sens et la gen&#232;se de la v&#233;rit&#233; pour des hommes effectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La psychanalyse montre en effet non seulement que l'homme doit tout vivre comme sens, mais aussi que l'acception de ce sens doit subir une torsion radicale au cours du d&#233;veloppement de l'individu -et m&#234;me de l'histoire, &#224; en croire du moins Freud lui-m&#234;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Mais certes, l'infantilisme est destin&#233; &#224; &#234;tre surmont&#233;. Les hommes ne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; j'y reviendrai -si cet individu doit devenir normal&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les probl&#232;mes que ce terme peut soulever n'ont jamais conduit Freud &#224; le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Cette torsion peut &#234;tre d&#233;crite de diverses fa&#231;ons, mais pour la probl&#233;matique pr&#233;sente cette diversit&#233; importe peu. Que l'on parle d'instauration du principe de r&#233;alit&#233;, de r&#233;solution du complexe d'&#338;dipe, de sublimation des pulsions &#8211; expressions certes partielles, nullement &#233;quivalentes et dont chacune renvoie &#224; des probl&#232;mes consid&#233;rables &#8211; une chose est certaine : la psychanalyse serait un bruit insens&#233; en tant que discours et une escroquerie en tant qu'activit&#233; si elle ne posait pas une diff&#233;rence radicale entre la psychose et la non-psychose. Diff&#233;rence dont d&#233;pend, chaque fois, l'accession au r&#233;el, au vrai, &#224; autrui, &#224; soi-m&#234;me et &#224; sa propre finitude et mortalit&#233; ; et qui, &#224; son tour, d&#233;pend de, ou revient &#224;, l'instauration d'un certain rapport de l'individu &#224; lui-m&#234;me, mise &#224; raison de l'imaginaire ou transformation des relations entre l'intention inconsciente et l'intention consciente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette mise &#224; raison, de cette transformation, la psychanalyse met en lumi&#232;re, en partie, les conditions de possibilit&#233;. En partie seulement, parce qu'elles ont une double existence, une autre racine au-del&#224; du champ psychanalytique, dans le champ social-historique. La psychanalyse ne peut pas rendre compte de l'interdit de l'inceste, elle doit le pr&#233;supposer comme institu&#233; socialement. Elle peut d&#233;crire l 'instauration chez l'individu d'un principe de r&#233;alit&#233;, mais cette r&#233;alit&#233;, dans sa nature g&#233;n&#233;rale et dans son contenu chaque fois sp&#233;cifique, elle ne peut pas et n'a pas &#224; en rendre compte, elle est pour elle une donn&#233;e d&#233;finie ailleurs : la r&#233;alit&#233;, disait Freud, c'est la soci&#233;t&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Totem et Tabou, G.W., IX, 92.&#034; id=&#034;nh11-34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Son apport &#224; l'&#233;lucidation de plusieurs aspects du langage pourrait &#234;tre immense, mais elle n'a rien &#224; dire sur l'existence d'un langage institu&#233;. Elle montre comment l'individu peut acc&#233;der &#224; la sublimation de la pulsion, mais non comment peut appara&#238;tre cette condition essentielle de la sublimation, un objet de conversion de la pulsion : dans les cas essentiels, cet objet n'est que comme objet social institu&#233;. L'institution, le champ social comme pr&#233;sence partout dense d'un collectif anonyme, le champ historique comme irruption toujours possible d'un nouveau que personne n'a voulu comme tel, pr&#233;supposent l'individu dont parle la psychanalyse, mais sont en m&#234;me temps pr&#233;suppos&#233;s par elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'emp&#234;che que, ces pr&#233;suppos&#233;s reconnus pour ce qu'ils sont, la psychanalyse permet d'approcher d'une fa&#231;on neuve cette &#233;nigmatique et antinomique coalescence de l 'empirique et du transcendantal que constitue d&#233;j&#224; l'&#233;nonc&#233; le plus rudimentaire du moment qu'il se pr&#233;tend vrai. Dire que la sublimation est un destin possible de la pulsion, c'est dire que l'existence de fait de l'individu psychique est de droit ouverture &#224; la possibilit&#233; de la v&#233;rit&#233;. Cela n'&#233;limine pas la probl&#233;matique kantienne, mais permet de la convertir en une autre, peut-&#234;tre plus fondamentale. Il ne devient pas pour autant possible de chercher, chez l'homme effectif, des d&#233;terminations pures, la possibilit&#233; de la v&#233;rit&#233; et de l'agir juste d&#233;pendent toujours de proc&#232;s inconscients, en tout cas psychiques, et notamment de cette conversion de la pulsion, de cet investissement d'autres objets que peuvent &#234;tre le savoir, la cr&#233;ation, le juste. Mais ces objets peuvent &#234;tre d&#233;terminants. Le purisme &#233;thique ou transcendantal ne peut pas en &#234;tre satisfait, puisqu'ils ne le sont que pour autant qu'ils sont investis. Mais ce purisme, dans son abstraction rigoureuse, est &#224; la limite incoh&#233;rent : si le fondement absolu et dernier qu'il cherche &#233;tait pur, il ne pourrait fonder rien d'effectif. Le fondement est ici un pur fait : nous sommes ainsi, en tant qu'hommes nous avons le vrai comme objet possible d'investissement (plus exactement, nous avons cette possibilit&#233; d'investissement de quelque chose qui d&#233;passe tout objet). Kant appelait heureux hasard ce fait, que la raison comme telle ne peut ni produire ni garantir : que le monde effectif soit pensable. Il y en a un autre : que l'individu effectif puisse penser le vrai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce discours ne d&#233;montre rien ; mais il peut se r&#233;fl&#233;chir, il ne contrevient pas &#224; ce qu'il pose. Il ne cl&#244;t rien non plus, au contraire. Il ouvre d'abord, &#224; nouveau, et dans le domaine m&#234;me de la psychanalyse, le probl&#232;me de la sublimation, dont Freud savait bien qu'il &#171; fallait y r&#233;fl&#233;chir davantage &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G.W., XIV, 457.&#034; id=&#034;nh11-35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Car bien &#233;videmment on ne peut en rester &#224; un concept indiff&#233;renci&#233; de la sublimation, ni oublier que les objets dont il s'agit dans le pr&#233;sent contexte ne sont pas des objets psychiques habituels, qu'ils sont m&#234;me des non-objets par excellence : il n'y a pas de vrai d&#233;finissable et poss&#233;dable comme objet, pas plus que de juste comme type fixe des rapports entre hommes ou ordre tranquille de la cit&#233; ; pos&#233;s comme tels ils se sont d&#233;j&#224; transform&#233;s en leur contraire, ils sont devenus objets imaginaires. Rien n'est pour nous hors de la repr&#233;sentation, tout doit passer par elle ; pourtant, la v&#233;rit&#233; n'est ni l'existence de la repr&#233;sentation, ni une propri&#233;t&#233; de celle-ci -son simple mouvement, sa correspondance &#224; une autre repr&#233;sentation, tel mode de son organisation. Du point de vue psychique, la v&#233;rit&#233; est ce qui s'annonce constamment dans la repr&#233;sentation comme l'autre de la repr&#233;sentation. Cet autre de la repr&#233;sentation, c'est encore &#224; son tour comme repr&#233;sentation qu'il doit se r&#233;aliser. La diff&#233;rence critique est d&#233;finie par le moment o&#249; cette r&#233;alisation est prise comme effective, o&#249; donc elle n'a plus d'au-del&#224;, o&#249; l'objet imaginaire qu'elle est devenue capte comme tel l'investissement psychique. Mais qu'est-ce qu'une &#233;nergie psychique qui investit un non-objet ? Peut-&#234;tre est-elle un avatar du narcissisme le plus fort qui n'a pas besoin de dire &#171; Je &#187;, encore moins&#171; Je a dit cela &#187;, qui s'investit comme source d'un discours nouveau toujours possible infiniment plus que comme origine d'un discours d&#233;j&#224; r&#233;volu. S'il en est ainsi, l'alchimie de la conversion y est toujours pr&#233;sente et montre aussit&#244;t l'autre face de l'affaire : car cet avatar pr&#233;&#173; suppose que l'individu a accept&#233; comme un destin possible de son discours qu'il puisse &#234;tre d&#233;pass&#233;, sans pour autant dire n'importe quoi ou fuir dans le silence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ouvre aussi, aux fronti&#232;res de la psychanalyse, des questions trop longtemps esquiv&#233;es. L'objet de la sublimation -objet imaginaire ou non-objet -est essentiellement social ; il n'y a pas plus d'argent individuel que de religion individuelle, de langage individuel que de savoir individuel. La r&#233;alit&#233; m&#234;me, &#224; laquelle la psychanalyse ne peut pas ne pas se r&#233;f&#233;rer, th&#233;oriquement et pratiquement, est une r&#233;alit&#233; sociale. C'est par des faux-fuyants pitoyables que, de nos jours, on essaie de tourner cette question -&#224; laquelle Freud&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il suffit de rappeler son attitude &#224; l'&#233;gard de la religion, comme ses (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; faisait face beaucoup plus courageusement &#8211; que ce soit dans une perspective empiriste ou dans une perspective pseudo-philosophique. L'id&#233;ologie de l'adaptation &#224; ce qui est ne vaut pas mieux que des phrases sur la &#171; Loi &#187;, aveugles au fait que la Loi n'existe jamais que comme positive, et vides de ce qui permettrait de penser la diff&#233;rence entre la loi d'Auschwitz et une autre. La possibilit&#233; de penser cette diff&#233;rence, autant que d'&#233;chapper aux contradictions na&#239;ves de toute id&#233;ologie de l'adaptation, ne peut &#234;tre fournie que si l'on reconna&#238;t &#224; la fois la contingence historique de ce qui se pr&#233;sente comme n&#233;cessit&#233; sociale et la diff&#233;rence radicale entre une sublimation qui conduit vers un objet imaginaire social et une sublimation qui le d&#233;passe. Cela ne fait d'ailleurs que transposer, dans le champ pratique, l'exigence qui surgit de la psychanalyse m&#234;me dans le champ th&#233;orique : ce qui vaut pour le savoir &#233;rotis&#233;, vaut autant pour les relations sociales domin&#233;es par l'imaginaire. Cependant, on est alors conduit vers une dialectique historico-sociale rien moins que simple ; car ces relations, pr&#233;cis&#233;ment parce que conditions de la r&#233;alit&#233;, et lourdement institu&#233;es, ne peuvent pas &#234;tre trait&#233;es &#8211; m&#234;me th&#233;oriquement &#8211; de la m&#234;me fa&#231;on que les objets imaginaires, fussent-ils sociaux, dans le champ individuel. On peut, si l'on veut, &#233;crire que &#171; de l'investissement des f&#232;ces &#224; celui de l'argent &lt;i&gt;il n'y a pour le sujet pas le moindre progr&#232;s&lt;/i&gt;, dans la mesure o&#249; cet investissement t&#233;moigne de la perp&#233;tuation de la cha&#238;ne inconsciente. Que sur d'autres points le sujet ne soit plus le m&#234;me, c'est ce qui n'importe absolument pas au psychanalyste &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M. Tort, &#171; De l'interpr&#233;tation ou la machine herm&#233;neutique &#187;, Les Temps (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; mais &#224; condition de ne pas se masquer les probl&#232;mes que les &#171; dans la mesure o&#249; &#187; et les &#171; sur d'autres points &#187; contiennent. Dans les faits, il y a entre l'investissement des f&#232;ces et celui de l'argent quelques minces diff&#233;rences : un manieur d'excr&#233;ments risque g&#233;n&#233;ralement l'internement, un manieur d'argent non. Jusqu'&#224; preuve du contraire, la psychose reste un concept psychanalytique, et dire que ce qui s'y rapporte n'importe absolument pas au psychanalyste, c'est parler non pas en psychanalyste mais en dilettante de la th&#233;orie, qui transforme pr&#233;cis&#233;ment l'analyse en &#171; pure &#187; interpr&#233;tation, du reste vide (&#224; savoir, incapable d'interpr&#233;ter m&#234;me la diff&#233;rence entre psychose et n&#233;vrose). Une autre mince diff&#233;rence est qu'une soci&#233;t&#233; de manieurs d'argent peut exister &#8211; et &#233;ventuellement donner naissance &#224; une autre soci&#233;t&#233; &#8211; , et qu'une soci&#233;t&#233; de manieurs d'excr&#233;ments est une fiction incoh&#233;rente. Et la psychanalyse n'aurait rien &#224; traiter ni &#224; penser s'il n'y avait pas soci&#233;t&#233;, production, travail. Faire abstraction de cette consid&#233;ration, c'est reproduire &#171; l'abstraction qui s&#233;pare et oppose l'individu et la soci&#233;t&#233; &#187; [Marx]. Le fait essentiel est que l'excr&#233;ment ne peut &#234;tre qu' objet de l'inconscient, tandis que l'argent, ou l'outil, est aussi objet social &#8211; et cela fait toute la diff&#233;rence au monde, aussi bien concernant l'individu que concernant la soci&#233;t&#233;. Qu'il y ait &#171; perp&#233;tuation de la cha&#238;ne inconsciente &#187; est une chose ; qu'on puisse sous ce pr&#233;texte oblit&#233;rer la distinction entre ali&#233;nation mentale, ali&#233;nation sociale et un au-del&#224; possible de l'ali&#233;nation ne montre que la confusion qui r&#233;sulte n&#233;cessairement d'une intention d'isoler un point de vue psychanalytique pur. Intention d'autant plus insoutenable, qu'il n'y a rien dans l'inconscient qui puisse engendrer et faire exister l'objet argent ou l'objet outil ; la conversion de la pulsion&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;, pr&#233;suppose que l'outil existe, donc qu'il a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; ailleurs. On est ainsi conduit vers le probl&#232;me de la cr&#233;ation social-historique et l'&#233;trange dialectique du r&#233;el et de l'imaginaire que celle-ci instaure, exprim&#233;e dans ce que l'organisation et la survie effectives d'une soci&#233;t&#233; ne sont possibles qu'en fonction d'un syst&#232;me de significations sociales imaginaires, &#224; travers et par lesquelles a cependant lieu l'&#233;mergence lente, heurt&#233;e, contradictoire, d'une capacit&#233; de l'homme &#224; la v&#233;rit&#233; &#8211; son auto-cr&#233;ation comme &lt;i&gt;zoon lagon poion&lt;/i&gt; perp&#233;tuellement m&#233;diatis&#233;e par l'imaginaire individuel et social. Mais voir cela ne signifie pas seulement pr&#233;f&#233;rer l'histoire et la soci&#233;t&#233; au rien, mais aussi accepter d'affronter la dialectique historique, ses obscurit&#233;s, ses ind&#233;terminations ; s'assumer aussi comme sujet social et historique, dans un projet de transformation qui ici encore pourrait se formuler : o&#249; Personne n'&#233;tait, Nous devons devenir, et qui ici encore sait que, pas plus que le &#199;a, il ne peut &#234;tre question d'&#233;liminer ou de ma&#238;triser Personne &#8211; le champ social-historique &#8211; mais d 'instaurer un autre rapport de la collectivit&#233; &#224; son destin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; ces questions, que la psychanalyse ne peut pas ignorer, elle ne peut pas non plus, comme psychanalyse, r&#233;pondre. De ce point de vue aussi, bien que d'une autre fa&#231;on, la psychanalyse appara&#238;t comme essentiellement inachev&#233;e et inachevable.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb11-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Des pages enti&#232;res de &lt;i&gt;L' Avenir d'une illusion&lt;/i&gt;, de &lt;i&gt;Malaise dans la civilisation, &lt;/i&gt;des&lt;i&gt; Nouvelles Conf&#233;rences&lt;/i&gt; pourraient &#234;tre cit&#233;es &#224; ce propos.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;V. Gerald Holton, &#171; O&#249; est la r&#233;alit&#233; ? Les r&#233;ponses d'Einstein &#187;, in &lt;i&gt;Science et synth&#232;se&lt;/i&gt;, Colloque de l'UNESCO. Paris, Gallimard, coll. &#171; Id&#233;es &#187;, 1967, p. 102. Le manifeste &#233;tait sign&#233;, entre autres, par J. Petzold, David Hilbert, F&#233;lix Klein, George Helm, Albert Einstein.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Les citations abondent ; on en trouvera dans des textes aussi tardifs que &lt;i&gt;Die Widerstiinde gegen die&lt;/i&gt; Ps. ( 1925), G. W., XIV, 10 l : &#224; la d&#233;couverte des &#171; mati&#232;res hypoth&#233;tiques &#187; qui sont importantes pour la n&#233;vrose &#171; ... ne conduit encore pour l'instant (&lt;i&gt;vorl&#226;ufig noch&lt;/i&gt;) aucune voie &#187;. D'apr&#232;s Jones (&lt;i&gt;La Vie et l'&#338;uvre de Sigmund Freud&lt;/i&gt;, I, trad. fr., PUF, 1958, p. 286), quelques ann&#233;es apr&#232;s 1925, Freud lui avait &#171; mys&#233;rieusement ... pr&#233;dit que dans une &#233;poque &#224; venir, l'on parviendrait &#224; gu&#233;rir l'hyst&#233;rie (sic) par l'administration de produits chimiques et sans l'aide de quelque traitement psychologique que ce soit &#187;. Aussi, dans la &lt;i&gt;Laienanalyse&lt;/i&gt; (trad. fr. in Ma vie et la psychanalyse, Gallimard, 1949, p. 209 : G.W., XIV, 264) : &#171; D'apr&#232;s l'intime rapport existant entre les choses que nous s&#233;parons entre psychiques et corporelles, on peut entrevoir le jour o&#249; des chemins nouveaux s'ouvriront &#224; la connaissance et, souhaitons-le aussi, au traitement, chemins menant de la biologie des organes et de leur chimisme aux ph&#233;nom&#232;nes de n&#233;vrose. Ce jour semble encore &#233;loign&#233; ... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;V. par exemple les critiques adress&#233;es &#224; la vieille psychologie, &lt;i&gt;Ma vie et la psychanalyse&lt;/i&gt;, trad. fr., p. 82, 134-137. Aussi. G.W., XIV, 101-103.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Abriss&lt;/i&gt;, G.W., XVII p. 67.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ma vie et la psychanalyse&lt;/i&gt;, trad. fr., l.c., p. 193.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Aristote, &lt;i&gt;De anima&lt;/i&gt;, I,1 , 403 a 25 : &lt;i&gt;ta path&#233; logoi en hal&#233; eisin&lt;/i&gt;, les passions ou affections de l'&#226;me sont des discours dans la mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Freud a continu&#233; son auto-analyse jusqu'&#224; la fin de sa vie, y consacrant tous les jours une demi-heure (Jones, l.c., I, 359-360, trad. fr.).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Aristote, &lt;i&gt;&#201;thique &#224; Nicomaque&lt;/i&gt;, A, r. 2, 1094 a 3.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Aristote, &lt;i&gt;Physique&lt;/i&gt;, II, 8, 199 a 15-16.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le behaviourisme &#171; ... se vante dans sa na&#239;vet&#233; d'avoir enti&#232;rement &#233;limin&#233; le probl&#232;me psychologique &#187; (&lt;i&gt;Ma vie et la psychanalyse&lt;/i&gt;, l.c., p. 82). La question de savoir si c'est au physicien ou au philosophe de parler de l'&#226;me, soulev&#233;e par Aristote d&#232;s le d&#233;but du &lt;i&gt;De anima&lt;/i&gt; (I, 1, 403 a 27-403 b 16), y est laiss&#233;e ouverte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Kai gar ton proton oron kai ton eschaton nous estin kai ou logos&lt;/i&gt;. Aristote, &lt;i&gt;&#201;th. Nic.&lt;/i&gt;, VI, 12, 1143 a 35 s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;De Interpretatione&lt;/i&gt;, 9, 18b31-19a7.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Moi et le &#199;a&lt;/i&gt;, trad. fr. (&#233;d. Payot, 1951), p. 175 (G.W., XIII, 245). &#8211; Freud louait Schopenhauer d'avoir reconnu &#171; le primat de l'affectivit&#233; &#187; (G.W., XIV, 86).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;En fin de compte, mode et moment de la cr&#233;ation imaginaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Accompagnant la lettre &#224; Fliess du 25 mai 1897. V. &lt;i&gt;La Naissance de la psychanalyse&lt;/i&gt;. trad. fr., Presses Universitaires de France, 1956, p. 181.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Triebe u. Triebschicks.&lt;/i&gt;, G.W., X, 214.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Proust, &#233;d. de la Pl&#233;iade, I, 551.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C'est &#224; cela que renvoie la phrase de Freud : &#171; Tout r&#234;ve a au moins une place o&#249; il est insondable, comme un ombilic par o&#249; il est li&#233; &#224; l'inconnu &#187; (&lt;i&gt;L'interpr&#233;tation des r&#234;ves,&lt;/i&gt; G.W., II, 116, n. 1). Aussi, &lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;., p. 530 : &#171; Dans les r&#234;ves les mieux interpr&#233;t&#233;s on est souvent oblig&#233; de laisser dans l'obscurit&#233; une place, car on remarque pendant l'interpr&#233;tation qu'il s'y soul&#232;ve une pelote de pens&#233;es de r&#234;ve qui ne se laisse pas d&#233;m&#234;ler et qui aussi n'a pas non plus fourni d'autres contributions au contenu du r&#234;ve. C'est cela l'ombilic du r&#234;ve, la place o&#249; il repose sur l'inconnu. Les pens&#233;es du r&#234;ve, auxquelles on parvient au cours de l'interpr&#233;tation, doivent m&#234;me obligatoirement et de fa&#231;on tout &#224; fait universelle, rester sans aboutissement, et fuient de tous les c&#244;t&#233;s dans le r&#233;seau enchev&#234;tr&#233; de notre monde de pens&#233;es. D'un endroit plus dense de ce lacis se l&#232;ve alors le souhait du r&#234;ve, comme le champignon de son myc&#233;lium. &#187; Les traductions de ce dernier passage, aussi bien dans la &lt;i&gt;Standard Edition&lt;/i&gt; (V, 525) que dans la traduction fran&#231;aise (&#233;d. de 1967, p.446), outre l'aplatissement coutumier du texte de Freud, contiennent un contresens flagrant. [Cf. aussi L' institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;, &#233;d. du Seuil 1975, p. 378-380.]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Il n'y a pour se convaincre qu'&#224; relire &lt;i&gt;Malaise dans la civilisation&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;L'Avenir d'une illusion&lt;/i&gt;. Freud ne s'est jamais interdit de parler du &#171; progr&#232;s social et technique de l'humanit&#233; &#187; (G.W., IX, 4) ; de m&#234;me a-t-il soulign&#233; que la psychanalyse ne peut examiner qu'une des sources de l'institution religieuse, et qu'elle ne demande pour son point de vue ni l'exclusivit&#233;, ni le premier rang : &lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;., 122.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La m&#233;connaissance de la pr&#233;sence de l'universel &#224; chacun de ces niveaux et la confusion des deux constituent la substance de l'argumentation de Politzer. Ce n'est pas seulement, comme l'&#233;crivent Laplanche et Leclaire (&#171; L'inconscient &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; L'Inconscient, VIe Colloque de Bonneval, Paris, &#233;d. Descl&#233;e de Brouwer, 1966, p. 99) qu'il se refuse &#224; &#171; r&#233;aliser &#187; la &#171; loi construite par les savants pour rendre compte des faits &#187;. C'est qu'il nie qu'elle puisse, dans ce cas, &#234;tre construite, et oppose na&#239;vement &#224; l'&#233;nonc&#233; &#171; la pierre est tomb&#233;e &#224; cause de la loi de la gravitation &#187;, l'&#233;nonc&#233; &#171; la pierre est tomb&#233;e parce que je l'ai l&#226;ch&#233;e &#187;, oubliant que le second est essentiellement incomplet et que le premier n'est nullement r&#233;ductible &#224; une simple sommation d'&#233;nonc&#233;s du type du second.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On sait que pour Freud une repr&#233;sentation inconsciente ne peut pas &#234;tre assimil&#233;e &#224; une repr&#233;sentation verbale, et que les repr&#233;sentations inconscientes sont des repr&#233;sentations &#171; de choses &#187;. Cf. &lt;i&gt;Le Moi et le &#199;a&lt;/i&gt;, trad. fr., l.c.., p. 173 ; G.W., XIII, 247. [Aussi G.W., X (&lt;i&gt;Das Unbewusste&lt;/i&gt;), 300.]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On ne peut confondre le probl&#232;me de la topique dans la perspective de Freud et les illustrations &#171; topologiques &#187; que J. Lacan fournit de ses propres conceptions.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ma vie et la psychanalyse&lt;/i&gt;, trad. fr., l.c., p. 135-137 : la psychologie de l'&#201;cole ne fournit rien &#171; ... qu'une liste de divisions et de d&#233;finitions &#187;, elle &#171; n'a jamais pu fournir... le sens des r&#234;ves &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; ... esprit et &#226;me sont objets de la recherche scientifique exactement de la m&#234;me fa&#231;on que n'importe quelles choses &#233;trang&#232;res &#224; l'homme. &#187; &#171; Nouvelles Conf&#233;rences &#187;, G.W., X, 171.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Freud &#233;crira en 1925 : &#171; &#8230;instances ou syst&#232;mes ... des relations r&#233;ciproques desquels on parle selon une fa&#231;on de s'exprimer spatiale, sans pour autant chercher ainsi une liaison avec l'anatomie r&#233;elle du cerveau &#187; (G.W., XIV, 58). Il suffit cependant de lire le chapitre Le Moi et le &#199;a, &#233;crit quelques ann&#233;es auparavant, pour s'apercevoir que les &#171; propagations &#187; des charges psychiques n'y sont pas des simples fa&#231;ons de s'exprimer&#8212; tout aussi peu que la phrase &#233;tonnante : &#171; Le moi est avant tout une entit&#233; corporelle, non seulement une entit&#233; tout en surface, mais une entit&#233; correspondant &#224; la projection d'une surface &#187; (trad. fr., l.c., p. 179). Il y dit aussi que la &#171; p roximit&#233; spatiale &#187; de la conscience au monde ext&#233;rieur &#171; doit &#234;tre entendue non seulement au sens fonctionnel, mais aussi au sens anatomique &#187; (p. 172) &#8211; pour &#233;voquer, il est vrai quelques lignes plus loin les difficult&#233;s auxquelles on se heurte lorsqu'on prend la repr&#233;sentation spatiale, topique, &#171; trop au s&#233;rieux &#187;. (G.W., XIII, 246-247, 253.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Comme le lieu du Tim&#233;e, &#171; de toute gen&#232;se r&#233;ception et comme nourrice &#187; (49 a),&#171; sorte d'&lt;i&gt;eidos&lt;/i&gt; invisible et informe, qui re&#231;oit tout, qui participe de l'intelligible de la fa&#231;on la plus embarrassante (&lt;i&gt;apo&#173;rotata p&#233;&lt;/i&gt;), et qui est le plus insaisissable ... &#187; (51 a-b) ; &#171; et il y a tou&#173;jours un troisi&#232;me genre, le lieu (&lt;i&gt;chora&lt;/i&gt;), incorruptible, fournissant si&#232;ge &#224; toutes choses qui naissent, lui-m&#234;me tangible hors toute sensa&#173;tion &#224; une r&#233;flexion b&#226;tarde, &#224; peine croyable, que nous visons comme en r&#234;ve en disant qu'il est n&#233;cessaire que tout l'&#234;tre soit quelque part, en un certain lieu et poss&#233;dant une certaine place, et que ce qui n'est pas quelque part, ni sur terre ni dans le ciel, n'est rien &#187; (52 a-b). [Cf. L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;, I.e., p. 260-279.]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Aristote &lt;i&gt;Physique&lt;/i&gt;, III, 1, 201a9-15 ; V, 2, 226 a 26-28 ; VII, 3, 248 a 6-9. &#171; L'imagination et l'opinion paraissent &#234;tre des sortes de mouvement &#187; : Vlll, 3, 254 a 29. Cf. aussi &lt;i&gt;De anima&lt;/i&gt;, III, 3, 428 b12&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cantor, &lt;i&gt;Lettre &#224; Dedekind du 28 juillet 1899&lt;/i&gt;, Ges. Abh., p. 444.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Dialectique au sens d'Aristote : &lt;i&gt;exetastik&#232;&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Topique&lt;/i&gt;, I, 2, 101 b 3), &lt;i&gt;erot&#233;sis antiphaseos&lt;/i&gt; (An. pr., I, 1, 24 a 24) et de Kant : logique de l'apparence et critique de l'apparence.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir par exemple les discours de Glaucon et d'Adimante dans le Livre II de &lt;i&gt;La R&#233;publique&lt;/i&gt;, 358 e-368 e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Mais certes, l'infantilisme est destin&#233; &#224; &#234;tre surmont&#233;. Les hommes ne peuvent pas rester, pour toujours, des enfants ; ils doivent &#224; la fin sortir dehors, dans 'la vie hostile'. Nous pouvons appeler cela '&#233;ducation &#224; la r&#233;alit&#233;' ... En retirant leurs espoirs de l'autre monde, et en concentrant toute leur &#233;nergie lib&#233;r&#233;e sur leur vie sur terre, ils r&#233;ussiront probablement &#224; r&#233;aliser un &#233;tat de choses o&#249; la vie sera tol&#233;rable pour chacun et la civilisation n'opprimera plus personne &#187; (&lt;i&gt;L' Avenir d'une illusion&lt;/i&gt;, G.W., XIV. 373-374). Aussi : &#171; Le temps est venu, comme il vient dans un traitement analytique, de remplacer les effets du refoulement par les r&#233;sultats de l'op&#233;ration rationnelle de l'intellect &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;., 368).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Les probl&#232;mes que ce terme peut soulever n'ont jamais conduit Freud &#224; le mettre entre guillemets.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Totem et Tabou&lt;/i&gt;, G.W., IX, 92.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;G.W., XIV, 457.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Il suffit de rappeler son attitude &#224; l'&#233;gard de la religion, comme ses formulations r&#233;p&#233;t&#233;es sur l'exc&#232;s (&#171; injustifi&#233; &#187;) de r&#233;pression des pulsions par la soci&#233;t&#233;, et la demande souvent exprim&#233;e d'un changement de la soci&#233;t&#233; &#224; cet &#233;gard (dont il voyait clairement les implications globales) : par exemple &#171; la psychanalyse d&#233;voile les faiblesses de ce syst&#232;me (&lt;i&gt;i.e.&lt;/i&gt; de la r&#233;pression des pulsions telle qu'elle est institu&#233;e &#224; pr&#233;sent) et conseille qu'il soit modifi&#233; &#187;, G.W., XIV, 106-107. V. aussi la critique de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, &lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;. 504, et l'espoir d'une &#171; pathologie des collectivit&#233;s culturelles &#187;, &lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;. 504-505.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;M. Tort, &#171; De l'interpr&#233;tation ou la machine herm&#233;neutique &#187;, &lt;i&gt;Les Temps modernes&lt;/i&gt;, mars 1966, p. 1641. Les mots soulign&#233;s le sont dans l'original.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Essai sur la b&#234;tise : le discernement</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?986-Essai-sur-la-betise-le</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?986-Essai-sur-la-betise-le</guid>
		<dc:date>2019-11-28T10:24:03Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Insignifiance</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>Type anthropologique</dc:subject>
		<dc:subject>Adam M.</dc:subject>
		<dc:subject>B&#234;tise</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me partie des Prol&#233;gom&#232;nes de l'&#171; Essai sur la b&#234;tise &#187; de Michel Adam, Puf 1975, pp. 26-38. Les intertitres sont de nous. On pourra &#233;galement lire la premi&#232;re partie : &#171; Essai sur la b&#234;tise : l'autre &#187; Apr&#232;s avoir situ&#233; la b&#234;tise chez autrui, il nous faut constater que cela ne forme qu'un pr&#233;ambule. Ce n'est en rien constitutif de la b&#234;tise. Nous devons d&#233;limiter maintenant le champ d'action de cette b&#234;tise, pour l'esprit de celui que l'on peut qualifier ainsi. Nous (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-60-insignifiance-+" rel="tag"&gt;Insignifiance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-81-philosophie-+" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-216-type-anthropologique-+" rel="tag"&gt;Type anthropologique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-248-Adam-M-+" rel="tag"&gt;Adam M.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-249-Betise-+" rel="tag"&gt;B&#234;tise&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Deuxi&#232;me partie des Prol&#233;gom&#232;nes de l'&#171; Essai sur la b&#234;tise &#187; de Michel Adam, Puf 1975, pp. 26-38. Les intertitres sont de nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourra &#233;galement lire la &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?985-Essai-sur-la-betise-l-autre' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;premi&#232;re partie : &#171; Essai sur la b&#234;tise : l'autre &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir situ&#233; la b&#234;tise chez autrui, il nous faut constater que cela ne forme qu'un pr&#233;ambule. Ce n'est en rien constitutif de la b&#234;tise. Nous devons d&#233;limiter maintenant le champ d'action de cette b&#234;tise, pour l'esprit de celui que l'on peut qualifier ainsi. Nous l'envisagerons par rapport au discernement. Tout d'abord qu'entendons-nous ici par ce mot ? Il ne s'agit pas tant du fait de la r&#233;flexion que de sa capacit&#233; en quelqu'un. C'est un probl&#232;me de perspicacit&#233;. On poss&#232;de une description de ses exigences dans la troisi&#232;me R&#232;gle cart&#233;sienne pour diriger son esprit. S'il ne faut rien abandonner &#224; la conjecture, si on doit faire confiance &#224; &#171; la conception ferme d'un esprit pur et attentif &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Regulae ad directionem ingenii, &#233;d. Adarn-Tannery, t. X, p. 368 ; trad. G. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, si on obtient une certitude d&#233;riv&#233;e &#171; par un mouvement continu et ininterrompu de la pens&#233;e qui a une intuition claire de chaque chose &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 369 ; trad. p. 23.&#034; id=&#034;nh12-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le travail de l'intelligence, l'emploi d'une m&#233;thode ne doivent pas faire oublier qu'il s'agira de la perspicacit&#233;, de la sagacit&#233; de quelqu'un. Et nous ne pouvons, dans notre &#233;tude, d'autant moins l'oublier que la difficult&#233; du sot lui vient le plus souvent de la difficult&#233; qu'il &#233;prouve d'&#234;tre&#8230; avec lui-m&#234;me. Mais puisque nous &#233;voquons Descartes, comment ne pas rap&#173;peler que pour lui l'erreur vient de l'inad&#233;quation entre la volont&#233; et l'intelligence. Si l'intelligence n'a pas &#233;t&#233; suffisamment sensible aux exigences de la m&#233;thode, elle peut proposer pour vrai ce qui n'est qu'hypoth&#233;tique. &#171; D'o&#249; est-ce donc que naissent nos erreurs ? c'est &#224; savoir, de cela seul, que la volont&#233; &#233;tant beaucoup plus ample et plus &#233;tendue que l'entendement, je ne la contiens pas dans les m&#234;mes limites, mais que je l'&#233;tends aussi aux choses que je n'entends pas ; auxquelles &#233;tant de soi indiff&#233;rente, elle s'&#233;loigne fort ais&#233;ment, et choisit le mal pour le bien, ou le faux pour le vrai. Ce qui fait que je me trompe, et que je p&#232;che &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#233;ditations m&#233;taphysiques, IV, &#233;d. Adam-Tannery, t, IX, p. 46.&#034; id=&#034;nh12-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Le manque de discernement est ainsi une faiblesse de l'esprit : qu'on se rappelle qu'&lt;i&gt;imbecillus&lt;/i&gt; en latin veut dire &lt;i&gt;faible&lt;/i&gt;. Le discernement exige la ma&#238;trise de soi ; la pens&#233;e et le dynamisme propre &#224; l'action se trouvent ainsi associ&#233;s. L'intellectuel et l'&#233;thique sont renvoy&#233;s l'un &#224; l'autre. La connaissance honn&#234;te comporte le go&#251;t de l'effort, le sens de l'analyse qui demande l'engagement de soi, la responsabilit&#233;. La pens&#233;e qui veut aller jusqu'au bout de ses exigences a besoin des hommes les meilleurs, les plus dignes. La connaissance du vrai postule l'enthousiasme et le sens du sacrifice ; il faut ainsi un pr&#233;alable &#224; l'exposition de la pens&#233;e, dans le dynamisme existentiel du sujet concern&#233;. Le souci du discernement demande le courage d'un homme pr&#234;t &#224; s'affronter aux difficult&#233;s de l'opacit&#233; de la connaissance premi&#232;re et aux pi&#232;ges de la pens&#233;e na&#239;ve.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;La b&#234;tise pourrait se d&#233;finir comme une attitude&lt;br class='manualbr' /&gt;de contentement devant une connaissance illusoire&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_espace&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Par opposition, la b&#234;tise pourrait se d&#233;finir comme une attitude de contentement devant une connaissance illusoire. Le discernement n'a pas &#233;t&#233; utilis&#233; et la pens&#233;e fallacieuse est accept&#233;e pour valable. Il s'agit d'une croyance aveugle. C'est ce que l'on peut reprocher &#224; ceux qui &#171; n'ayant presque jamais fait usage de leur esprit croient sans discernement tout ce qu'on leur dit&#8230; sont ordinairement des stupides et des esprits faibles &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Malebranche, Recherche de la v&#233;rit&#233;, IV, III, &#167; 3 (Vrin, &#338;uvres compl&#232;tes, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Le discernement n'est pas simplement un regard sur les connaissances, mais bien le dynamisme m&#234;me de l'esprit qui m'engage envers le savoir que j'accepte. Ma v&#233;rit&#233; me juge ; elle correspond &#224; ce que je suis capable de supporter. L'homme de l'illusion se berne lui-m&#234;me en acceptant pour vraie l'opinion, par inaptitude personnelle &#224; exiger de lui la constitution d'une v&#233;rit&#233; authentique. C'est parce que ce pseudo-penseur fera illusion qu'il aura en m&#234;me temps l'illusion de n'&#234;tre pas coupable vis-&#224;-vis de sa sottise. Peut-il s'en vouloir de ne pas chercher le vrai, puisqu'il fabule quant au contenu, &#224; la modalit&#233; de son vrai. On peut remarquer ici la difficult&#233; m&#234;me de la sinc&#233;rit&#233;, qui ne consiste pas &#224; se conna&#238;tre par rapport &#224; l'&#234;tre mais en fonction du devoir-&#234;tre, et non un devoir-&#234;tre purement subjectif, mais le devoir-&#234;tre tel que je peux l'&#233;laborer &#224; l'&#233;coute des exigences mentales en moi, rationnelles ou spirituelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le souci du discernement se manifeste d'autant mieux qu'il y a un obstacle existentiel. Le sens du tragique peut remplir cette fonction. La saisie d'une difficult&#233; tragique fera s'effondrer les &#226;mes faibles et stimulera, au contraire, les psychismes dynamiques. Il ne suffit donc pas au tragique d'&#234;tre sous-jacent &#224; la r&#233;flexion de quelqu'un ; il faut qu'il ait une valeur agonistique. Hamlet se heurte bien au tragique ; il en saisit l'exigence, mais sa faiblesse de constitution fait qu'il lui est impossible de l'affronter comme tel. Cet aspect de &lt;i&gt;tout ou rien&lt;/i&gt; du tragique est un appel au h&#233;ros de la vie difficile. Le faible cherche &#224; comprendre, mais ne peut se hausser &#224; la dimension m&#234;me du tragique.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;L'esprit peut dormir, personne ne propose plus rien &#224; d&#233;chiffrer.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il suffit de r&#233;p&#233;ter ce que l'on a toujours dit.&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_espace&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cependant, ce n'est m&#234;me pas &#224; ce niveau que la b&#234;tise parviendra. Le sot ignore le tragique ; il ne peut en atteindre la valeur de d&#233;passement, de transcendance. Il ne cherchera pas &#224; le discerner ; car il s'aveuglera pour en nier la qualit&#233;. Le sot sera l'homme de la pens&#233;e claire, &#224; contretemps. En affrontant le tragique, on peut s'efforcer de d&#233;chiffrer son propre destin. Le sot n'a pas de destin, il n'a pas d'histoire ; il n'a qu'une maturation. Le tragique ne pourra donc pas jouer son r&#244;le de provocation au discernement, puisque le tragique est ni&#233; comme une inconvenance dans le domaine de la routine et du quotidien. En pr&#233;sence du tragique, le sot cherchera une mise en forme rationnelle de son probl&#232;me. Mais la pens&#233;e ainsi exprim&#233;e sera une pens&#233;e subie, une sorte de passion, une pens&#233;e toute faite, car elle n'est pas capable de viser la valeur authentique du tragique ; elle d&#233;videra une formulation neutre, passe-partout, au lieu de chercher une rencontre entre sa pens&#233;e signifiante et l'&#233;v&#233;nement propos&#233; par le monde. La pens&#233;e formul&#233;e ne sera pas un acte de l'esprit, mais une tentative de placage, une consolation de l'esprit pour ramener &#224; des formules toute faites l'originalit&#233; suggestive des &#233;v&#233;nements du monde. Ainsi rien n'est plus inqui&#233;tant, il n'y a plus &#224; faire front, il est possible de pratiquer une &#233;conomie de pens&#233;e. Tout va de soi dans ce monde. Les explications habituelles sont disponibles ; le temps n'est plus ni harcelant, ni &#233;nigmatique. L'esprit peut dormir, personne ne propose plus rien &#224; d&#233;chiffrer. Il suffit de r&#233;p&#233;ter ce que l'on a toujours dit. La caverne platonicienne se porte bien ; les ombres suffisent pour comprendre les &#233;v&#233;nements. Tout est ph&#233;nom&#232;ne, tout est opinion, tout va de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sot et le faible se trouvent pris dans la facticit&#233;. Le milieu ou les difficult&#233;s ne les stimulent pas ; ils s'abandonnent au donn&#233;. Celui-ci est pr&#233;sent&#233; d'une fa&#231;on globale, il est saisi comme un tout. Le discernement consiste &#224; effectuer un tri, &#224; d&#233;terminer ce qui est important et ce qui ne l'est pas ; la pens&#233;e se fait indigente envers certains aspects du r&#233;el pour privil&#233;gier les autres, parce qu'ils ont un sens pour une conduite &#224; tenir dans le monde. Ainsi le discernement est activit&#233; de l'esprit dans la s&#233;paration qu'il effectue, en pr&#233;sence des &#233;l&#233;ments &#233;pars du r&#233;el. L'esprit de discernement r&#233;partit son attention dans le r&#233;el en le divisant selon la signification et la valeur que celui-ci peut pr&#233;senter pour l'esprit. La b&#234;tise, &#224; l'inverse, consistera dans la confusion du r&#233;el, dans l'indivision de ce qui est donn&#233;. Elle recevra, sans esprit d'analyse, le divers du monde et en fera sa p&#226;ture, r&#233;p&#233;tant un mot sans comprendre, confondant en fonction d'une audition d&#233;fectueuse, ne cherchant &#224; saisir un sens pour lui-m&#234;me, &#224; le situer par rapport &#224; son propre savoir. &#171; Je n'ai point les yeux assez per&#231;ants pour le discerner, ni la raison assez hardie pour l'expliquer, ni l'esprit assez d&#233;velopp&#233; pour le saisir et pouvoir r&#233;pondre &#224; toutes les questions qu'on peut soulever l&#224;-dessus &#187;, dit saint Augustin, &#224; propos d'un myst&#232;re chr&#233;tien&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De Trinitate, III, ro, 21 (Patrologie latine, t. 42, col. 881 ; trad. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais il sait les limites de son esprit &#224; ce sujet, ce qui est une fa&#231;on d&#233;riv&#233;e de discernement. L'imb&#233;cile, lui, ne s'en serait pas rendu compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On soup&#231;onne ainsi que la fa&#231;on employ&#233;e par l'homme pour se situer dans le monde et affronter ses propres probl&#232;mes renvoie &#224; une donn&#233;e plus originaire que la fa&#231;on dont il organise le monde ou dont il pose le probl&#232;me. Le monde n'est tel que pour celui qui se le repr&#233;sente, le probl&#232;me est probl&#232;me de quelqu'un. Il est donc impossible d'&#233;valuer simplement en termes &#233;pist&#233;mologiques un monde &#8211; f&#251;t-ce une repr&#233;sentation scientifique &#8211; et un probl&#232;me. Cela renvoie &#224; une psychologie &#224; r&#233;sonance axiologique. Le monde d'un savant ou d'un peuple fatigu&#233; ne sera pas identique &#224; celui d'un savant ou d'un peuple dynamique. Le discernement n'est pas d'abord un probl&#232;me d'objectivit&#233;, mais de conversion de subjectivit&#233;. Que l'on se souvienne du sens de l'entreprise scientifique de Lucr&#232;ce : il s'agit de lib&#233;rer l'homme de ses peurs et de ses fantasmes. Bachelard a suffisamment montr&#233; que les obstacles &#233;pist&#233;mologiques ne sont pas dans le monde, mais dans les mentalit&#233;s ; et Robert Lenoble a repris ce th&#232;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Histoire de l'id&#233;e de nature, Albin Michel, 1969, pp. 28-29.&#034; id=&#034;nh12-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce n'est pas seulement la technique qui fait &#233;voluer la science, mais la r&#233;trogradation de la crainte de la nature dans la sensibilit&#233; des savants. Il en sera de m&#234;me dans le discernement moral. Les actions &#224; effectuer dans le monde d&#233;pendront du courage ou de la peur des agents moraux. Combien de morales r&#233;put&#233;es aust&#232;res ne sont que des facilit&#233;s, puisque l'ob&#233;issance passive suffit pour les mettre en pratique. Il n'est besoin que d'un rep&#233;rage et non de discernement axiologique. Rien n'est plus &#224; craindre, quand on ob&#233;it b&#234;tement !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute on peut dire que la sottise consiste &#224; manquer de jugement et par l&#224; n'atteint jamais ce qui a une valeur authentique. Il n'y a pas seulement une attitude de crainte ; il faut pr&#233;ciser que le discernement correspond &#224; un engagement de la personne non par rapport &#224; une t&#226;che &#224; faire, mais par rapport au jugement concernant ce qu'il faudrait faire. Or ceci n'existe que dans une attitude de d&#233;f&#233;rence, de v&#233;n&#233;ration. Si le sot manque toujours l'essentiel, c'est parce que pour lui l'essentiel n'est pas l'objet d'un manque. Ainsi fait d&#233;faut le point de d&#233;part psychologique de l'attitude axiologique de l'admiration. Le sot ne vit ses probl&#232;mes qu'en fonction de leur signification imm&#233;diate, de leur aspect fonctionnel. Il ne s'&#233;l&#232;ve pas jusqu'&#224; leur sens. Il ne voit pas que la valeur de l'admiration consiste &#224; aller au-del&#224; des objets pour en constituer la valeur. Devant le monde, l'homme juge, pense, &#233;value, c'est-&#224;-dire qu'il se fait disponible pour les qualit&#233;s profondes qu'il discerne en pr&#233;sence des objets ; c'est ainsi que les objets deviennent localisation d'une t&#226;che pour l'homme. Par le discernement, les objets sont non plus ce qu'ils sont, mais ce qu'ils doivent &#234;tre pour l'esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette tension axiologique, le discernement ne se manifeste que si je d&#233;cide d'obtenir une connaissance telle qu'elle soit la plus claire et la plus distincte possible, si l'homme prend les &#171; moyens de se fortifier l'entendement pour discerner ce qui est le meilleur en toutes les actions de la vie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Descartes, Lettre &#224; Elisabeth (15 septembre 1645), &#233;d. Adam-Tannery, t. IV, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Descartes pr&#233;cise que deux exigences doivent se pr&#233;senter pour bien juger : la connaissance de la v&#233;rit&#233; et l'acquiescement &#224; cette v&#233;rit&#233;. Mais c'est une v&#233;ritable habitude qu'il faut constituer &#171; pour &#234;tre toujours dispos&#233; &#224; bien juger &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 295.&#034; id=&#034;nh12-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'attention ne peut pas &#234;tre ma&#238;tris&#233;e d'une fa&#231;on continue, il faut donc que notre jugement par une m&#233;ditation suivie devienne une habitude. Ainsi, le logicien comme l'homme rompu &#224; la dialectique pourront rep&#233;rer autant les ressemblances que les dissemblances, constituer les genres et les esp&#232;ces, effectuer les dichotomies ; telle &#233;tait la d&#233;marche socratique en qu&#234;te de la d&#233;finition. Par le discernement, l'homme d&#233;couvre le savoir-faire et la connaissance du vrai r&#233;el. Le discernement est une authentique mobilisation de l'esprit, un engagement, un rassemblement du moi pour me mettre au service du vrai et de l'&#233;lan qui se constitue &#224; son service. Il manquera au sot autant l'aptitude &#224; se recueillir en lui-m&#234;me que la disponibilit&#233; pour la v&#233;rit&#233;. Il se perdra dans l'inauthentique tant en lui que hors de lui.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Le sot est celui qui ne pouvant atteindre les valeurs&lt;br class='manualbr' /&gt;qui fondent l'&#233;valuation se constituera un syst&#232;me raisonnable&lt;br class='manualbr' /&gt;justifiant un point de vue dans lequel il n'aura plus &#224; penser. &lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_espace&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Partons maintenant de ce texte de Chamfort : &#171; C'est un sot, c'est un sot, c'est bient&#244;t dit : voil&#224; comme vous &#234;tes extr&#234;me en tout. &#192; quoi cela se r&#233;duit-il ? Il prend sa place pour sa personne, son importance pour du m&#233;rite, et son cr&#233;dit pour une vertu. Tout le monde n'est-il pas comme cela ? Y a-t-il l&#224; de quoi tant crier ? &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Maximes et pens&#233;es, &#171; 10/18 &#187;, 1963, pp. 66-67&#034; id=&#034;nh12-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce texte nous conduira vers la perspective souhaitable pour mieux situer encore le discernement. Les r&#233;f&#233;rences choisies par Chamfort pour parler de la sottise ne concernent pas seulement la d&#233;termination du vrai et du faux, du bien ou du mal, du beau ou du m&#233;diocre, mais la signification, le sens de la personne. Il semble que ce soit simplifier le probl&#232;me que de dire qu'un sot est incapable d'acc&#233;der &#224; leur niveau. En r&#233;alit&#233;, il a donn&#233; d'abord un sens &#224; sa conduite qui l'am&#232;ne &#224; faire de sa place, de son importance et de son cr&#233;dit son beau, son vrai et son bien. Le discernement devient non plus l'aptitude &#224; saisir les concepts dans leur compr&#233;hension, mais au contraire &#224; choisir un sens pour en vivre. La pens&#233;e n'est pas organisation de concepts, elle est recherche de la signification de cette organisation. Le sot n'est pas celui qui se trompe, il est celui qui pense mal, parce que les significations qu'il donne &#224; sa conduite sont mesquines et vulgaires. Nous pensons donc qu'il est souhaitable de d&#233;passer les donn&#233;es socratiques et cart&#233;siennes sur ce probl&#232;me et de nous situer d&#233;sormais dans la perspective nietzsch&#233;enne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La position de cet aspect de la r&#233;flexion nietzsch&#233;enne se trouve dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, selon laquelle le probl&#232;me de l'engagement dans la pens&#233;e pr&#233;c&#232;de la recherche du vrai et se situe au niveau du sens &#224; donner &#224; la vie m&#234;me. Il ne s'agit pas d'abord de dire ce qui est la v&#233;rit&#233;, mais d'&#233;noncer ce qu'est la v&#233;rit&#233;, c'est-&#224;-dire ce qu'est son sens. Il n'y a pas de b&#234;tise parce que le sens&#233; discernera une v&#233;rit&#233; immuable et le sot le contraire de cette v&#233;rit&#233;. Les savants qui ont &#233;nonc&#233; des lois physiques rejet&#233;es dans l'histoire ne sont pas sots pour autant. Mais ceux qui ne peuvent pas comprendre cette v&#233;rit&#233;, tout comme ceux qui font de l'&#233;nonciation de cette v&#233;rit&#233; un principe de tranquillit&#233;, de confort intellectuel sont des sots. Celui qui accepte passivement un code moral n'est pas plus sensible aux exigences de la pens&#233;e que celui qui se r&#233;fugie dans une th&#233;orie pseudo-rationnelle, cherchant &#224; s'&#233;viter tout sentiment de culpabilit&#233;, pour n'avoir pas &#224; souffrir de l'affrontement de sa propre histoire et du sens de ses actions. Ainsi, on peut &#233;noncer sottement des principes intellectuels. La sottise ne consiste pas &#224; proposer des erreurs ; elle r&#233;side tout enti&#232;re dans une fa&#231;on de penser l&#226;che et vulgaire. On sait que le probl&#232;me nietzsch&#233;en est un probl&#232;me de g&#233;n&#233;alogie. Il faut chercher l'origine des valeurs dont l'homme se sert, et mettre &#224; la question cette origine. Peut-&#234;tre le vrai probl&#232;me consiste-t-il &#224; chercher pourquoi une pens&#233;e peut ne pas penser, pourquoi ses valeurs ne sont pas authentiques, pourquoi un nivellement de l'esprit est recherch&#233;. La vraie pens&#233;e est pens&#233;e qui affronte, qui doute, qui cherche, qui ne s'arr&#234;te pas, qui manie son courage contre les pens&#233;es &#233;tablies. Aussi contre la b&#234;tise il faut accepter l'affrontement, et c'est la raison pour laquelle le sot est toujours un autre. Mais l'autre est donn&#233; comme pr&#233;sent. La r&#233;flexion sur la b&#234;tise n'est jamais un calme discernement, comme la recherche d'une v&#233;rit&#233; immuable qu'un Malebranche menait apr&#232;s avoir tir&#233; les rideaux de son cabinet de travail. Elle est au contraire mise en question du sens de l'homme dans le monde. Au-del&#224; des normes il y a les valeurs. Le sot est celui qui ne pouvant atteindre les valeurs qui fondent l'&#233;valuation se constituera un syst&#232;me raisonnable justifiant un point de vue dans lequel il n'aura plus &#224; penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le manque de discernement se trouvera aussi dans l'engourdissement de la pens&#233;e que constitue la routine. Qu'on se rappelle ici la signification du mythe d'Er. Platon nous montre celui qui choisit le premier s'engager d'une fa&#231;on impatiente et imprudente dans la vie d'un tyran&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;publique, X, 619 b-c ; cf. Ph&#233;don, 81 d - 82 b.&#034; id=&#034;nh12-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il n'examine pas ce &#224; quoi l'expose son choix ; il a bonne conscience ! Il s'est laiss&#233; surprendre, car il n'&#233;tait pas habitu&#233; au discernement. C'&#233;tait une &#226;me habitu&#233;e. Il agissait conform&#233;ment au bien dans son autre vie, mais il n'&#233;tait pas exerc&#233; au jugement. Il avait peu souffert ; la r&#233;flexion lui &#233;tait inutile. Il pensait savoir d'embl&#233;e ce qu'il fallait faire. Par son choix inconsid&#233;r&#233;, il s'est puni lui-m&#234;me. C'est un faible parce qu'il a &#233;t&#233; l&#226;che devant l'exigence de r&#233;flexion. C'est l'homme de la facilit&#233; qui est condamn&#233; en lui. Ce brave homme, trop ami de l'ordre, n'&#233;tait qu'un sot. Il a pris l'ordre pour une fin en soi. Il veut le diriger dans son autre vie ; il en sera victime. Dans son ancienne vie, il n'a pas vraiment agi ; c'est l'habitude de l'activit&#233; moyenne qui agissait pour lui. Ainsi cet homme n'est pas coupable d'avoir choisi un mauvais style de vie ; il est coupable d'avoir refus&#233; l'exercice de la pens&#233;e dans la vie ant&#233;rieure. Il a pu &#234;tre r&#233;compens&#233; des actes bons &#8211; pendant mille ans &#8211; mais ce n'est plus d'actes qu'il s'agit ici, bien plut&#244;t de qualit&#233; d'&#226;me. L'homme va payer son inconscience m&#233;taphysique ; il ne sait pas ce que c'est qu'&#234;tre homme. Il ne suffit pas pour cela d'agir. Il faut penser le sens de ses actes. L'acte m&#233;canique n'est qu'une paresse d'esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le discernement, comme les analyses pr&#233;c&#233;dentes l'ont montr&#233;, ne concerne pas seulement le donn&#233; imm&#233;diat. Il vise la possibilit&#233; de d&#233;passer sans cesse ce qu'il vient de reconna&#238;tre. Il a, selon l'expression de Malebranche, toujours du &#171; mouvement pour aller plus loin &#187;, Chaque savant sait qu'une loi physique n'est qu'une connaissance approch&#233;e et que celle-ci est remplac&#233;e par une autre pour rendre compte du r&#233;el d'une fa&#231;on encore moins contingente. L'homme sens&#233; reconna&#238;tra qu'il en est de m&#234;me dans l'effort d'&#233;lucidation qu'il fait de ses propres probl&#232;mes pratiques. Un probl&#232;me trop clair risque bien d'&#234;tre trop superficiel et de ne pas &#234;tre marqu&#233; du dynamisme de la pens&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut &#233;voquer ici ce texte de Leibniz, Monadologie, 61, &#233;d. Jalabert, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'homme sens&#233; sait qu'il ne doit pas arr&#234;ter sa pens&#233;e ; il sait qu'une volont&#233; de r&#233;ussite pratique ne poss&#232;de qu'une part de v&#233;rit&#233; et que la v&#233;rit&#233; exige la contestation pour obtenir une v&#233;rit&#233; plus riche et plus profonde. La recherche de la v&#233;rit&#233; ouvre le d&#233;sir d'infini de l'esprit. Aussi le sot peut seul croire que tout est donn&#233; dans une affirmation, dans une pens&#233;e prononc&#233;e. Seul l'esprit qui cherche &#224; &#233;lucider de plus en plus sait que le discernement v&#233;ritable conduira l'esprit toujours plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le discernement n'est pas seulement aptitude &#224; comprendre le pr&#233;sent ; il est surtout pr&#233;voyance de l'avenir. Il exige de celui qui le pratique la qualit&#233; d'&#234;tre avis&#233;. On se reproche &#224; soi-m&#234;me de n'avoir rien pr&#233;vu. Mais on est en droit de le reprocher encore plus &#224; ceux qui veulent sans comp&#233;tence se m&#234;ler des affaires publiques et entrent ainsi dans l'histoire pour la faire, c'est-&#224;-dire pour la pr&#233;parer. Il ne s'agit pas seulement d'imprudence, ni m&#234;me d'incapacit&#233; ou de manque de clairvoyance. La qualit&#233; de l'esprit est encore plus profond&#233;ment en cause. Ainsi, &#224; l'issue de la d&#233;faite de 1870, Taine &#233;crivait &#224; John Durand, son traducteur am&#233;ricain : &#171; La sottise de nos gouvernants est inexplicable. Ils ignoraient tout, ils ne savaient ni le chiffre des soldats prussiens, ni l'&#233;tat et la pr&#233;paration de cette immense arm&#233;e, ni la passion nationale des Allemands &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par Michel Mohrt, Les intellectuels devant la d&#233;faite (1870), Corr&#233;a, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Ce discernement n'&#233;tait pas une fa&#231;on de voir, mais une n&#233;cessit&#233; d'agir. Il fallait aller se documenter de mani&#232;re f&#233;conde sur les forces de l'adversaire, sur son &#233;tat d'esprit. Il fallait prendre des initiatives pour former son jugement et pr&#233;parer son action. Le projet fait partie de la pens&#233;e. Pour employer un mot qui a pris ses lettres de noblesse, la prospective est une fa&#231;on r&#233;aliste de penser le temps, et d'exp&#233;rimenter son existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme intelligent est un homme habile. Nous venons de voir que le discernement prend l'allure d'une conduite de divination, de pressentiment de l'avenir pour le pr&#233;parer. Mais l'impossibilit&#233; de d&#233;couvrir ce qui est encore cach&#233; n'est pas pour autant un obstacle &#224; l'aptitude au discernement. Il semble que celui-ci poss&#232;de, par la souplesse de son esprit, la capacit&#233; de se mouvoir dans un univers dont il ne poss&#232;de pas toutes les coordonn&#233;es ; c'est comme la disponibilit&#233; n&#233;cessaire &#224; une visite que l'on fait dans une maison o&#249; l'on se rend pour la premi&#232;re fois. L'attention manifest&#233;e permet de ne pas choquer, de ne pas gaffer. On donne l'impression de savoir sans savoir. On dispose de l'univers et on semble deviner les harmoniques &#224; chaque impression ressentie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut &#233;voquer ce texte du roman posthume de Giraudoux, La menteuse, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le discernement fait appel &#224; la perspicacit&#233; pour trouver la bonne conduite ; cela devient une habilet&#233;, presque un art. Celui qui peut ainsi discerner vit comme un sage dans le monde, il n'est plus d&#233;pendant des circonstances ; il appara&#238;t comme le plus rus&#233; des hommes, simplement parce qu'il est le plus sensible &#224; ce qu'exige le monde de celui qui veut s'y mouvoir avec aisance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce besoin de discernement n'est pas tellement rationnel ; la passion peut m&#234;me le donner et c'est ainsi, par compensation dit Balzac, que l'esprit vient aux femmes. Il rapporte le cas d'un mari oblig&#233; de rester un soir au logis conjugal, acceptant de se faire servir un caf&#233; par sa femme et constatant que celle-ci, piqu&#233;e au jeu, n'est pas si sotte que cela. &#171; Ce mari, homme assez sup&#233;rieur, est tout &#233;tonn&#233; de trouver l'esprit de sa femme orn&#233; des connaissances les plus vari&#233;es, le mot propre lui arrive avec une merveilleuse facilit&#233; ; son tact et sa d&#233;licatesse lui font saisir des aper&#231;us d'une nouveaut&#233; gracieuse. Ce n'est plus la m&#234;me femme. Elle remarque l'effet qu'elle produit sur son mari ; et, autant pour se venger de ses d&#233;sirs, que pour faire admirer l'amant de qui elle tient, pour ainsi dire, les tr&#233;sors de son esprit, elle s'anime, elle &#233;blouit &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Balzac, Physiologie du mariage, Pl&#233;iade, t, X, 1966, p. 873.&#034; id=&#034;nh12-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La banalit&#233; de la routine quotidienne avait estomp&#233; les manifestations de l'esprit, et voici que l'esprit retrouve, dans la personne du mari, une occasion de montrer ses ressources, comme s'il s'agissait des premi&#232;res rencontres avec un amant. Le dynamisme de la passion montre ce qu'il faut dire et faire. L&#224; o&#249; apparemment il n'y avait plus rien &#224; d&#233;couvrir, voil&#224; que l'on trouve des possibilit&#233;s de pens&#233;e. Et l'esprit sera d'autant plus vif qu'il s'agit de passer par-dessus des jours de grisaille et d'habitude subies, de part et d'autre, dans une absence totale d'int&#233;r&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce souci du discernement peut aussi &#234;tre mis en &#233;vidence par le biais d'une attitude spirituelle qui en fait fi. Les oiseaux et les lys des champs se dispensent de jugement et pourtant la qualit&#233; de leur comportement est inimitable pour l'homme. Mais, &#224; l'autre bout de l'&#233;chelle des &#234;tres, la saintet&#233; r&#233;cuse aussi le discernement. S'il ne s'agissait pas de la charit&#233;, on pourrait l'entendre de la sottise. &#171; Elle excuse tout, esp&#232;re tout, supporte tout &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paul, Corinthiens (I), XIII, 7.&#034; id=&#034;nh12-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cet aveuglement envers le r&#233;el, dans l'en de&#231;&#224; comme dans l'au-del&#224; de l'humanit&#233;, de la moralit&#233;, conviennent &#224; l'animal comme au saint, comme au stupide. Si devant la spiritualit&#233; divine la sagesse du monde est folie, il semble que celle-ci le lui rende bien ! On est amen&#233; &#224; constater une homologie de structure entre les trois attitudes : animalit&#233;, sottise, saintet&#233; ; la non-existence de la r&#233;flexion permettait l'&#233;tablissement de la mesure, de la diff&#233;rence. &#201;videmment, les champs d'application ne sont pas les m&#234;mes. L'animal poss&#232;de son &#234;tre dans la nature, le saint acc&#232;de au sien dans la gr&#226;ce divine. Le drame de la sottise vient de ce que son existence exige la recherche de valeurs qui n&#233;cessitent la prise de conscience de manque, de rupture ontologique, d'insuffisance ontique. L'acc&#232;s &#224; l'humanit&#233; passe par la saisie de ruptures et demande l'intervention de l'homme lui-m&#234;me pour les compenser ; nul ne peut &#233;chapper &#224; ce devoir sous risque de manquer l'humain en lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons enfin que cette exigence de discernement ne saurait porter sur la b&#234;tise elle-m&#234;me. Dans le cours de ses r&#233;flexions, saint Augustin a rencontr&#233; ce probl&#232;me et posant que le sage conna&#238;t en Dieu, il risque ainsi de situer la sottise en Dieu, ce qu'il trouve impie ! Mais pouvoir bien penser, c'est avoir &#233;chapp&#233; &#224; la sottise. L'homme dans la pl&#233;nitude de la pens&#233;e ne court plus le risque de rencontrer la sottise, et n'aura donc plus &#224; la chercher en Dieu. Se demander ce qu'est la sottise, c'&#233;tait en rester tributaire. Ce n'est pas la r&#233;flexion qui saura ce que la sottise peut &#234;tre, car la sottise lui permet par r&#233;action pr&#233;cis&#233;ment de se manifester. La pens&#233;e claire ne peut savoir ce qu'est la sottise qui n'est que t&#233;n&#232;bre de l'esprit. &#171; Quiconque veut &#233;viter la sottise n'est pas pour autant oblig&#233; de la conna&#238;tre, mais il lui faut s'affliger de ne pouvoir conna&#238;tre, &#224; cause d'elle, ce qui peut se conna&#238;tre, et sentir sa pr&#233;sence dans le fait, non qu'il la conna&#238;t mieux, mais qu'il conna&#238;t moins le reste &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Saint Augustin, De Ordine, II, I, 10, trad. R. Jolivet, modifi&#233;e, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce n'est donc pas dans son cheminement que la b&#234;tise peut vraiment devenir compr&#233;hensible. Celui-ci a besoin d'&#234;tre &#233;clair&#233; d'une fa&#231;on plus compl&#232;te par r&#233;f&#233;rence au comportement de la personne sotte, au conditionnement de sa psychologie, &#224; sa fa&#231;on d'incarner ses valeurs. On pourrait dire que l'option pour la b&#234;tise pr&#233;c&#232;de la manifestation de celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?987-Essai-sur-la-betise-l-un-et-le' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Lire la partie suivante : l'un et le multiple&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb12-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Regulae ad directionem ingenii&lt;/i&gt;, &#233;d. Adarn-Tannery, t. X, p. 368 ; trad. G. Le Roy, Boivin, 1933, p. 21.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 369 ; trad. p. 23.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;M&#233;ditations m&#233;taphysiques&lt;/i&gt;, IV, &#233;d. Adam-Tannery, t, IX, p. 46.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Malebranche, &lt;i&gt;Recherche de la v&#233;rit&#233;, IV&lt;/i&gt;, III, &#167; 3 (Vrin, &#338;uvres compl&#232;tes, t. II, 1963, p. 33). Plotin, de son c&#244;t&#233;, associera la chute de l'&#226;me &#224; une fatigue (&lt;i&gt;Enn&#233;ades&lt;/i&gt;, IV, 8, 4).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;De Trinitate&lt;/i&gt;, III, ro, 21 (Patrologie latine, t. 42, col. 881 ; trad. Biblioth&#232;que augustinienne, t. 15, pp. 317-319).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Histoire de l'id&#233;e de nature&lt;/i&gt;, Albin Michel, 1969, pp. 28-29.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Descartes, &lt;i&gt;Lettre &#224; Elisabeth&lt;/i&gt; (15 septembre 1645), &#233;d. Adam-Tannery, t. IV, p. 291.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 295.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Maximes et pens&#233;es&lt;/i&gt;, &#171; 10/18 &#187;, 1963, pp. 66-67&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La position de cet aspect de la r&#233;flexion nietzsch&#233;enne se trouve dans Gilles Deleuze, &lt;i&gt;Nietzsche et la philosophie&lt;/i&gt;, Presses Universitaires de France, 1962, pp. 118-126.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;R&#233;publique&lt;/i&gt;, X, 619 b-c ; cf. &lt;i&gt;Ph&#233;don&lt;/i&gt;, 81 d - 82 b.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On peut &#233;voquer ici ce texte de Leibniz, &lt;i&gt;Monadologie&lt;/i&gt;, 61, &#233;d. Jalabert, Aubier, 1962, p. 501 : &#171; Une &#226;me ne peut lire en elle-m&#234;me que ce qui y est repr&#233;sent&#233; distinctement ; elle ne saurait d&#233;velopper tout d'un coup ses replis, car ils vont &#224; l'infini. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cit&#233; par Michel Mohrt, &lt;i&gt;Les intellectuels devant la d&#233;faite (1870)&lt;/i&gt;, Corr&#233;a, 1942, p. 100.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On peut &#233;voquer ce texte du roman posthume de Giraudoux, &lt;i&gt;La menteuse,&lt;/i&gt; Grasset, 1969, p. 123 : &#171; Il y a vraiment une diff&#233;rence entre un homme intelligent et un homme qui ne l'est pas : c'est que le premier, m&#234;me quand il ne devine pas, ne brise rien, ne d&#233;truit rien, circule entre les meubles les plus fragiles de l'&#226;me comme un chat entre des cristaux. Reginald, qui ne savait et ne devinait rien, n'eut pas un mot, pas un geste qui f&#251;t ignorant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Balzac, &lt;i&gt;Physiologie du mariage&lt;/i&gt;, Pl&#233;iade, t, X, 1966, p. 873.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Paul, &lt;i&gt;Corinthiens&lt;/i&gt; (I), XIII, 7.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Saint Augustin, &lt;i&gt;De Ordine&lt;/i&gt;, II, I, 10, trad. R. Jolivet, modifi&#233;e, Biblioth&#232;que augustinienne, t. 4, p. 381.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Essai sur la b&#234;tise : l'autre</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?985-Essai-sur-la-betise-l-autre</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?985-Essai-sur-la-betise-l-autre</guid>
		<dc:date>2019-09-27T19:57:54Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Insignifiance</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>Type anthropologique</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;cence commune</dc:subject>
		<dc:subject>Adam M.</dc:subject>
		<dc:subject>B&#234;tise</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Premi&#232;re partie des Prol&#233;gom&#232;nes de l'&#171; Essai sur la b&#234;tise &#187; de Michel Adam, Puf 1975, pp. 11-26. Les intertitres ont &#233;t&#233; rajout&#233;s. Deux autres extraits du m&#234;me ouvrage m&#233;ritent d'&#234;tre cit&#233;s en introduction, en guise de justification : Le premier est issu de l'appendice ajout&#233; &#224; la r&#233;&#233;dition, ''B&#234;tise et m&#233;chancet&#233;'' : &#171; &#171; Ne touchez pas aux imb&#233;ciles !... Pour d&#233;chainer la col&#232;re des imb&#233;ciles, il suffit de les mettre en contradiction avec eux-m&#234;mes. &#187; Alors que la pens&#233;e est ce (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-60-insignifiance-+" rel="tag"&gt;Insignifiance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-81-philosophie-+" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-216-type-anthropologique-+" rel="tag"&gt;Type anthropologique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-220-decence-commune-+" rel="tag"&gt;D&#233;cence commune&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-248-Adam-M-+" rel="tag"&gt;Adam M.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-249-Betise-+" rel="tag"&gt;B&#234;tise&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Premi&#232;re partie des Prol&#233;gom&#232;nes de l'&#171; Essai sur la b&#234;tise &#187; de Michel Adam, Puf 1975, pp. 11-26. Les intertitres ont &#233;t&#233; rajout&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Deux autres extraits du m&#234;me ouvrage m&#233;ritent d'&#234;tre cit&#233;s en introduction, en guise de justification :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier est issu de l'appendice ajout&#233; &#224; la r&#233;&#233;dition, ''B&#234;tise et m&#233;chancet&#233;'' :&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;&#171; &#171; Ne touchez pas aux imb&#233;ciles !... Pour d&#233;chainer la col&#232;re des imb&#233;ciles, il suffit de les mettre en contradiction avec eux-m&#234;mes. &#187; Alors que la pens&#233;e est ce mouvement qui se d&#233;passe sans cesse lui-m&#234;me, le sot ignore le d&#233;passement. Aussi lorsque sa pens&#233;e bute sur une contradiction, il lui semble pr&#233;f&#233;rable de l'ignorer. Il devient donc agressif lorsqu'on lui pr&#233;sente cette contradiction qu'il s'est efforc&#233; de n&#233;antiser. L'affrontement de la contradiction cause une tension de l'esprit, donc un minimum de d&#233;rangement, ce que le sot redoute avant tout ; ceci explique donc la fa&#231;on violente avec laquelle il r&#233;agira. &#187;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt; Le second provient de la conclusion, ''La paille et la poutre'' :&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;&#034;La compagnie des sots est une &#233;preuve &#233;puisante pour l'esprit de ceux qui sont amen&#233;s &#224; vivre avec eux. D'autant plus &#233;puisants que parfois pour des raisons de travail, ou pire encore pour des raisons familiales, le contact ne peut &#234;tre &#233;vit&#233;. Le caract&#232;re de cette &#233;preuve est qu'elle est continue. Il ne s'agit plus pour les compagnons du sot de penser bien, mais d'aimer aussi les ennemis de sa pens&#233;e. Or les ennemis peuvent &#234;tre repouss&#233;s, les m&#233;chants &#234;tre convaincus de m&#233;chancet&#233; ; il est pratiquement impossible de prouver au sot qu'il est sot. Si la m&#233;chancet&#233; peut s'att&#233;nuer, si le m&#233;chant peut se lasser de l'&#234;tre, le sot ne sera satisfait que dans et par sa b&#234;tise. Ceci fait parfois pr&#233;f&#233;rer la compagnie d'un m&#233;chant &#224; celle d'un sot. On pr&#234;te &#224; Anatole France cette formule selon laquelle &#171; un m&#233;chant se repose quelquefois, le sot jamais &#187;. Il y aura donc une strat&#233;gie sociale devant le probl&#232;me de la b&#234;tise dont nous allons chercher le processus.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'imb&#233;cile est toujours l'autre ; cela veut dire que la b&#234;tise est un spectacle, qu'elle est objectivable, qu'elle est un probl&#232;me du monde et non un th&#232;me de r&#233;flexion personnelle pour une personne se demandant en quoi les valeurs humaines la concernent. Dans le monde de l'opinion, dont le principe est la pluralit&#233; des &#171; id&#233;es &#187;, on &#233;vite de parler de b&#234;tise ; cela pourrait faire r&#233;fl&#233;chir. M. de Montherlant raconte qu'on a fait sauter de l'un de ses articles la phrase de Schiller : &#171; Les dieux eux-m&#234;mes combattent vainement la b&#234;tise &#187;. Les lecteurs auraient pu se demander s'ils n'&#233;taient pas vis&#233;s. Ce qui &#233;tait le plus &#224; craindre &#233;tait qu'ils prennent la formule comme une insulte et non comme un th&#232;me de r&#233;flexion personnelle, ce qui aurait &#233;t&#233; le commencement possible de la sagesse. On pr&#233;f&#232;re endormir le lecteur avec des mots anodins qui &#233;vitent de penser. La b&#234;tise n'appara&#238;t pas comme une faute parce que l'esprit n'a pas bonne r&#233;putation mondaine ; la vie en soci&#233;t&#233; exige la compromission, le manque de personnalit&#233;, les paroles sans importance. Il ne faut pas que la b&#234;tise soit une faute pour que la m&#233;diocrit&#233; sociale puisse satisfaire ceux qui en profitent, qui en vivent. Il vaut mieux admirer leur sens des affaires&#8230;&#034;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Partons de l'attitude normale envers autrui. Celui dans lequel je reconnais mon semblable (nous retrouverons ce probl&#232;me en terminant) est accept&#233; dans sa pr&#233;sence : il devient pr&#233;sent pour moi ; je l'int&#232;gre dans mon milieu ; il fait partie de mon environnement. Les visages, d'abord confront&#233;s, acc&#232;dent l'un &#224; l'autre par le discours qui rend manifeste l'int&#233;riorit&#233;. La fonction du discours est d'associer deux pens&#233;es qui dialoguent pour les faire se rejoindre dans une progression qui est qu&#234;te d'une pens&#233;e communautaire. C'est pr&#233;cis&#233;ment ce sch&#233;ma qui sera rendu impossible lorsque le sot p&#233;n&#232;tre dans mon horizon social. Il y a, sit&#244;t rep&#233;r&#233;, vis-&#224;-vis de lui un comportement de rejet et de fuite. Cette attitude s'explique par le fait que le discours est inutile ; la parole que je pouvais lui adresser ne serait pas re&#231;ue, car elle ne serait pas comprise. Et cette inad&#233;quation des deux discours implique l'impossibilit&#233; d'un dialogue recherchant une pens&#233;e commune. C'est cet &#233;chec qui durcira la pens&#233;e de l'interlocuteur d&#233;&#231;u. Sa pens&#233;e ne pouvant trouver son terrain d'action, se faire souple, accessible &#224; autrui, sensible &#224; son propre d&#233;passement pour tendre vers la v&#233;rit&#233;, cette pens&#233;e, isol&#233;e, se fera dure, affrontera la pseudo-pens&#233;e d'un pseudo-autre. Cette pens&#233;e devient, dans son isolement, un dogme affirmant, devant celui qui ne peut la recevoir, qu'elle est la seule vraie. Elle subit alors une compression et une tension ; et l'homme s'enferme dans sa bonne conscience, content de sa pens&#233;e. Le sot est rejet&#233; comme incurable. Et l'homme sens&#233;, par r&#233;action, risque d'&#234;tre victime de la pr&#233;sence du sot. Le plus habile peut tomber dans l'attitude imp&#233;rialiste, voulant imposer aux sots la l&#233;gislation indiscutable de sa propre pens&#233;e. S&#251;r de lui, il s'engagera dans l'attitude isolationniste et se contentera d'&#234;tre le contempteur des sots, mais se faisant leur victime, car il &#233;prouvera le besoin de situer sa pens&#233;e par rapport &#224; la vacuit&#233; de leur esprit, comme cela se voit parfois chez Flaubert.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Mon silence envers le sot est la r&#233;ponse &#224; la violence&lt;br class='manualbr' /&gt;qu'il me fait en me pr&#233;sentant sa sottise.&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_espace&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ainsi la b&#234;tise est v&#233;cue dans la soci&#233;t&#233; comme agression et comme violence. Mon silence envers le sot est la r&#233;ponse &#224; la violence qu'il me fait en me pr&#233;sentant sa sottise. Et je lui fais aussi violence en refusant de l'int&#233;grer dans mon univers. La sottise n'est pas comme l'erreur un probl&#232;me &#233;pist&#233;mologique qui peut &#234;tre d&#233;pass&#233; par la promotion de la v&#233;rit&#233; ; ce n'est pas une difficult&#233; occasionnelle, mais une impossibilit&#233; fondamentale. A proprement parler, la vie de l'esprit ne se manifestera pas avec le sot : elle se fera au-del&#224; de la violence par laquelle se cr&#233;ent les distances. La vie de l'esprit se fera sans lui&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ainsi ce texte de Descartes, Lettre au P. Mersenne (septembre 1641), &#233;d. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le superbe isolement ainsi pr&#233;sent&#233; restera id&#233;al, car la b&#234;tise est de l'ordre du commun : c'est un objet participant du quotidien. Qui peut se vanter de n'avoir jamais rencontr&#233; un imb&#233;cile, de n'avoir jamais qualifi&#233; de sottise l'acte accompli par une autre personne, voire s'&#234;tre reproch&#233;, en prenant de la distance vis-&#224;-vis de soi-m&#234;me, d'avoir fait une b&#234;tise. Il y a ici une r&#233;alit&#233; trop famili&#232;re, &#224; laquelle il nous est impossible d'&#233;chapper. Dans l'exp&#233;rience de la tentation, le mal que nous risquons de faire nous entra&#238;ne ; mais il s'agit d'une crise que nous pouvons surmonter dans la discontinuit&#233; : il suffit d'un instant de courage. La rencontre avec le mal que l'autre nous inflige, son geste de cruaut&#233;, semble li&#233; aussi au temps ponctuel ; c'est l'accident. Mais le mal de la b&#234;tise semble renvoyer &#224; la continuit&#233; du temps et &#224; la solidarit&#233; des lieux. L'intelligence, la qualit&#233; apparaissent ainsi comme l'exception. On doit sans cesse se mettre en garde contre ce qui fera souffrir l'esprit. La sottise est vraiment cette &#171; chose qui ne d&#233;pend pas de nous &#187;, contre laquelle il nous faut affirmer notre jugement. Le monde, comme il va, ne nous va pas du tout. Car il s'agit bien du monde. La b&#234;tise est hors de nous, autour de nous, contre nous. Elle proclame la culpabilit&#233; du monde contre l'esprit et nous d&#233;sesp&#232;re d'avoir &#224; subir continuellement un tel affront.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me, en raison de son ampleur, ne peut &#234;tre &#233;lud&#233;. On va souvent r&#233;p&#233;tant que c'est la b&#234;tise humaine qui donne une id&#233;e de l'infini&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Voltaire, Dictionnaire philosophique, v&#176; Dogmes : &#171; Petites Maisons de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais alors qui &#233;chappera au risque de sottise ! N'est-ce pas quelque peu pr&#233;tentieux d'&#233;crire sur la b&#234;tise ? Cela laisse supposer que l'on se juge en dehors de tout soup&#231;on et que la poutre de notre &#339;il p&#232;se moins lourd que la paille qui est dans celui du voisin. On l'a suffisamment r&#233;p&#233;t&#233; : l'imb&#233;cile c'est toujours l'autre. Il faut d'ailleurs que ce soit l'autre ; c'est ainsi que nous nous disculpons. Un texte de Tolsto&#239; est r&#233;v&#233;lateur, &#224; ce sujet. Il s'agit de la princesse Miagki portant un jugement sur Kar&#233;nine. &#171; Selon moi, c'est un sot. Entre nous soit dit, bien entendu ; mais cela met &#224; l'aise. Autrefois, quand je me croyais tenue de lui trouver de l'esprit, je me traitais de b&#234;te parce que je ne savais o&#249; d&#233;couvrir cet esprit ; mais aussit&#244;t que j'ai dit, &#224; voix basse s'entend : &#171; c'est un sot &#187;, tout s'est expliqu&#233;. &#8211; Comme vous &#234;tes m&#233;chante aujourd'hui ! &#8211; Pas le moins du monde. Mais, que voulez-vous, l'un de nous deux doit &#234;tre une b&#234;te ; et c'est l&#224;, vous le savez, un d&#233;faut qu'on n'aime gu&#232;re avouer &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tolsto&#239;, Anna Kar&#233;nine, II, 6, Pl&#233;iade, 1960, p. 154.&#034; id=&#034;nh14-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'existence de la b&#234;tise est li&#233;e au jugement sur les in&#233;galit&#233;s humaines. On trouve satisfaction dans l'esprit qu'on se suppose en raison de son constat d'absence chez autrui. Ce qui se montrait d'abord dans l'&#233;cume de la vie quotidienne d&#233;passe l'apparence et nous conduit &#224; une premi&#232;re signification importante. La b&#234;tise est un principe de s&#233;paration, et ce qui est moralement aussi grave, d'autosatisfaction. Il faut que je ne sois pas b&#234;te pour trouver que l'autre l'est. L'intellectuel raffinera m&#234;me, dans cette socialisation de la b&#234;tise, en appliquant &#224; cette situation la formule math&#233;matique selon laquelle le produit de deux nombres n&#233;gatifs devient positif. Ainsi cette phrase de Courteline : &#171; Passer pour un cr&#233;tin aupr&#232;s d'un imb&#233;cile est une volupt&#233; digne d'un bon Fran&#231;ais &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par J.-L. Barrault, Scandale et provocation, in Cahiers (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; On calme facilement sa conscience &#224; ce prix.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Celui qui est b&#234;te ne se demande pas s'il est b&#234;te.&lt;br class='manualbr' /&gt;Seul l'homme intelligent redoute de succomber &#224; la b&#234;tise.&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_espace&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais notre probl&#232;me peut devenir une transposition du pirandellisme. &#192; chacun son intelligence&#8230; Saura-t-on jamais qui est vraiment b&#234;te ? Nous sommes ce que nous sommes, sans doute ; mais nous nous jugeons avec l'aide des r&#233;actions d'autrui &#224; notre &#233;gard. Comme la vie sociale est moins faite d'identification que de compl&#233;mentarit&#233;, nous nous disons intelligents en rendant les autres b&#234;tes. Et nous serions trop heureux d'entendre devant nous l'ombre de Mme Ponza dire : &#171; Messieurs, pour moi, je suis celle que l'on me croit &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pirandello, A chacun sa v&#233;rit&#233;, III, in fine, Gallimard, 1950, p. 141. Voir (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Pour que je juge que l'autre est b&#234;te, il faudrait que je ne le sois pas. Puis-je r&#233;cuser l'autre s'il veut absolument que je sois b&#234;te ? &#192; vrai dire, il semble bien que oui. C'est que pr&#233;cis&#233;ment une mise en question de la b&#234;tise fait sortir de la b&#234;tise. Celui qui est b&#234;te ne se demande pas s'il est b&#234;te. Seul l'homme intelligent redoute de succomber &#224; la b&#234;tise. Il s'agit donc moins ici de juger d'abord syst&#233;matiquement les autres que d'utiliser les al&#233;as de la vie sociale pour se situer. Mais cela signifie aussi que l'intelligence n'est pas un signe caract&#233;ristique comme les empreintes digitales ou la couleur des yeux. Elle est le principe de la r&#233;flexion elle-m&#234;me. L'intelligence se juge ou elle n'est pas intelligence. Alors on pourrait presque dire : jugez-vous et vous pourrez juger autrui. Cependant la vie quotidienne retient la l&#233;g&#232;ret&#233; du jugement pour son principe ; notre r&#233;flexion exige des crit&#232;res plus autoris&#233;s. Il nous faudra chercher les &#233;l&#233;ments qui, avec la plus grande objectivit&#233; souhaitable, permettront de situer autrui dans la b&#234;tise. La mine sera insuffisante pour l&#233;gitimer un jugement ; il en ira de l'authenticit&#233; de la pens&#233;e. Sans toujours en avoir conscience, je mettrai en question ma propre pens&#233;e en voulant contester les normes de r&#233;flexion d'autrui. &lt;i&gt;Nolite judicare&lt;/i&gt;. Si je juge, je risque d'&#234;tre jug&#233;. Mais cherchons &#224; pr&#233;ciser davantage les principes selon lesquels se fait cette disjonction sociale.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Pour la b&#234;tise, tout est simple, d'une simplicit&#233;&lt;br class='manualbr' /&gt;qui ne cherche m&#234;me pas &#224; rendre compte d'elle-m&#234;me.&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_espace&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La b&#234;tise s&#233;pare. Elle est non seulement le fait de l'autre, elle rend aussi irr&#233;m&#233;diable l'alt&#233;rit&#233;. Mais il faut fixer selon quelle modalit&#233; sera envisag&#233;e ici la relation entre les personnes. Il y a l'ordre du c&#339;ur et l'ordre de l'esprit. L'ordre du c&#339;ur peut faire na&#238;tre la sympathie entre les personnes. Un c&#339;ur simple est innocent ; cela ne g&#234;ne pas la relation avec autrui, car un c&#339;ur simple est un bon c&#339;ur, sans qu'il sache pourquoi il l'est. Son innocence ne sera jamais un obstacle &#224; la bonne entente entre les personnes ; elle sera capable, au contraire, de la faciliter en cas de besoin. Il y a aussi l'ordre de l'esprit. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment ici l'innocence qui rend impossible l'&#233;tablissement du lien entre les personnes. La simplicit&#233; devient un obstacle. La vie de l'esprit est faite de relations, d'oppositions, de dialogues, de pol&#233;miques. L'innocence de la b&#234;tise justement emp&#234;che toute vie de l'esprit. Les id&#233;es glissent, ne se jugent pas, restent en de&#231;&#224; de toute r&#233;flexion valorisante. La pens&#233;e n'a pas de prise permettant d'acc&#233;der &#224; la conscience d'elle-m&#234;me. Celui qui est b&#234;te a un esprit, et il ne pense pas ; son innocence le lui interdit. Les apparences qui sont utilis&#233;es restent dans l'imm&#233;diatet&#233; et ne dominent ni le temps, ni les situations. La r&#233;flexion ne vient pas faire diverger la r&#233;alit&#233; vers la valeur. Tout est simple, d'une simplicit&#233; qui ne cherche m&#234;me pas &#224; rendre compte d'elle-m&#234;me. Selon l'ordre du c&#339;ur, on peut &#234;tre bon naturellement ; cela n'est pas vrai dans l'ordre de l'esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant toute b&#234;tise n'est pas imm&#233;diatement de &#171; constitution &#187;. Lorsqu'il y a tentative de rencontre, elle peut se manifester progressivement. La b&#234;tise &#233;mane alors d'une disparit&#233; d'opinion. Mais du simple fait que les opinions divergent et que l'autre ne pense pas comme moi on ne peut inf&#233;rer qu'effectivement il est sot. Le propre des opinions, tout comme d'ailleurs des propositions scientifiques, mais pour d'autres raisons, est de varier selon le temps et l'opinion que j'&#233;mets aujourd'hui pourra me sembler futile demain ; je pourrai me qualifier de sot, mais sans croire que je le suis vraiment. On n'est pas simplement sot parce que l'on pense ou l'on agit autrement. On est sot parce que l'on est autre. La sottise renvoie &#224; un comportement, &#224; une conformation d'esprit, &#224; une mani&#232;re d'&#234;tre qui classent les personnes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#234;me si elle ne m&#232;ne pas &#224; une action ext&#233;rieure de distanciation, elle n'en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans son emploi mondain, la sottise s&#233;pare. Dans sa signification humaine, la sottise d&#233;finit. Elle n'est pas contenue dans les incidents qui peuvent na&#238;tre des rencontres humaines ; elle renvoie &#224; une d&#233;finition de l'homme, &#233;labor&#233;e &#224; partir de son comportement verbal et de ses actes. C'est tout un profil psychologique du sot que l'on pourra faire. Mais cela sera hors de la caract&#233;rologie, puisqu'il s'agira d'&#233;voquer des &#234;tres qui sont un peu moins que des hommes, comme le mot b&#234;tise peut permettre &#224; premi&#232;re vue de soup&#231;onner, encore que cela n'aille pas sans r&#233;serves. L'alt&#233;rit&#233; de la manifestation de la pens&#233;e renvoie &#224; une signification profonde ; on suppose que l'humanit&#233; m&#234;me de l'autre n'est pas suffisamment authentique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on ne peut pas aller si vite ni si loin. Le fait qu'il n'y ait de b&#234;tise que dans et par l'alt&#233;rit&#233; nous oblige &#224; ne pas taxer &#224; la l&#233;g&#232;re une r&#233;flexion de b&#234;tise. Un th&#232;me qui reviendra constamment dans cette &#233;tude est celui d'adaptation. Une parole ou un acte appara&#238;tront comme b&#234;tises parce que nous aurions proc&#233;d&#233; nous-m&#234;me d'une autre fa&#231;on. Mais un acte ou une parole ne sont jamais des touts. Il faut les relier &#224; une personne. Cela peut devenir simplement relativement b&#234;te, ou m&#234;me explicable et dans une certaine perspective tout &#224; fait sens&#233;. Le monde cesse d'&#234;tre fou lorsque le savant l'a rationalis&#233; ; le hasard est le nom que l'on donne &#224; une connaissance statistiquement observable. Rien n'est b&#234;te en soi. Une pens&#233;e b&#234;te est la pens&#233;e d'une personne b&#234;te. Mais cela peut &#234;tre aussi la pens&#233;e d'une personne sens&#233;e dont je n'ai pas compris la signification parce que ma pens&#233;e n'&#233;tait pas adapt&#233;e &#224; la sienne. Une certaine fa&#231;on de juger la b&#234;tise des autres risque ici d'&#234;tre la fa&#231;on pour les autres de juger de ma propre b&#234;tise. Le jugement sur la b&#234;tise ne peut &#234;tre un jugement de facilit&#233;. Car rien n'est b&#234;te que par corr&#233;lation &#224; un contexte. Or, je ne suis jamais s&#251;r d'&#234;tre bien adapt&#233; moi-m&#234;me, en pens&#233;e et en action, &#224; ce contexte. C'est la raison pour laquelle le plus b&#234;te n'est pas toujours celui qu'on pense. Si la pens&#233;e est relation, je dois manifester ma propre intelligence en m'effor&#231;ant de percevoir tous les liens que noue la pens&#233;e d'autrui avec son contexte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie sociale r&#233;serve des surprises. Et tel pouvait l&#233;gitimer &#224; ses yeux la condamnation d'un imb&#233;cile qui s'y laisse prendre. En effet, on ne peut pas envisager l'imb&#233;cile simplement comme un solitaire. Les rapports sociaux pourront le contraindre &#224; &#233;viter d'ouvrir trop souvent la bouche ou &#224; prendre un minimum de pr&#233;cautions avant d'agir. Au lieu d'appara&#238;tre en pleine lumi&#232;re, sa sottise ne sera plus pour autrui qu'un &lt;i&gt;escape of control&lt;/i&gt;. Mais ces rapports sociaux, sous leur aspect le plus intime, peuvent &#234;tre b&#233;n&#233;fiques en camouflant sous un masque de bont&#233; une insuffisance de pens&#233;e qui semblera un t&#233;moignage de sensibilit&#233; vraie. C'est ainsi que certains imb&#233;ciles peuvent arriver &#224; des fins surprenantes. D&#233;sirant porter &#224; la sc&#232;ne un Joseph Prudhomme de son cru, Balzac l'imagine comme un personnage qui a r&#233;ussi : &#171; Comme il arrive &#224; tous les imb&#233;ciles, il a prosp&#233;r&#233;, sous les conseils de sa femme, qui est une femme ang&#233;lique et sup&#233;rieure, pleine de convenance et de bon ton &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Balzac, Lettres &#224; l'&#233;trang&#232;re (10 octobre 1837 ), Calrnann-L&#233;vy, 1, p. 433,&#034; id=&#034;nh14-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ainsi les sottises trop marquantes sont non seulement compens&#233;es, mais servent &#224; celui qui les exprime. D&#233;cid&#233;ment, la b&#234;tise reste bien de toute fa&#231;on un probl&#232;me social. On ne peut pas &#234;tre quelqu'un tout seul et la fa&#231;on d'&#234;tre b&#234;te passe non seulement par le jugement d'autrui, mais aussi par la d&#233;formation ou la &#171; r&#233;formation &#187; qu'autrui peut faire subir &#224; quelqu'un. Il n'y aura jamais de b&#234;tise absolue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La b&#234;tise est l'objet d'un rep&#233;rage social, ou plut&#244;t d'une investigation dans laquelle la b&#234;tise exp&#233;riment&#233;e peut renvoyer &#224; une b&#234;tise qui exp&#233;rimente. Il s'agit plus exactement encore d'un affrontement entre deux esprits qui cherchent &#224; se d&#233;finir. Il y a l&#224; une b&#234;tise &#233;ventuelle qui est mise &#224; l'&#233;preuve et qui devra manifester ce qu'elle est. Ainsi, dans &lt;i&gt;Les Fr&#232;res Karamazov&lt;/i&gt;, Dosto&#239;evsky nous montre deux enfants qui croisent &#171; un robuste individu, qui marchait lentement et semblait pris de boisson, la figure ronde et na&#239;ve, la barbe grisonnante &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;IV, X, 3, Pl&#233;iade, 1965, p. 554.&#034; id=&#034;nh14-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Kolia crut pouvoir lire sur son front qu'il s'agissait d'un imb&#233;cile. Les r&#233;parties du &#171; gars &#187; montr&#232;rent que c'&#233;tait lui le plus intelligent non seulement par la r&#233;partie, mais par le c&#339;ur. Au terme de cette exp&#233;rience qui lui fut d&#233;favorable, Kolia n'avait plus qu'&#224; d&#233;clarer : &#171; Il y a des croquants de diff&#233;rentes sortes&#8230; Pouvais-je savoir que je tomberais sur un sujet intelligent ? &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh14-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La rencontre interindividuelle commence bien par les apparences. A d&#233;faut de manifestation de sensibilit&#233; ou de travail communautaire, il faut cet affrontement pour que les esprits se montrent leurs qualit&#233;s r&#233;ciproques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;alit&#233; sociale de la b&#234;tise nous met donc en pr&#233;sence du probl&#232;me de la connaissance d'autrui. On ne saura jamais ce qu'est r&#233;ellement autrui. Aussi bien ne devons-nous pas le traiter de sot sur une premi&#232;re apparence. Par exemple, telle personne aura un air inquiet, &#233;th&#233;r&#233; ; elle montrera un esprit brumeux. Elle semblera tr&#232;s emprunt&#233;e avec un entourage qui vient de lui &#234;tre pr&#233;sent&#233;. Ses paroles semblent creuses ; elles peinent m&#234;me &#224; se constituer normalement en phrases. Cela suffit pour la perturber et cr&#233;er une g&#234;ne p&#233;nible pour tous. Il est alors facile de juger. Mais d&#232;s que cette m&#234;me personne est mise en confiance, qu'on l'interroge sur ce qu'elle conna&#238;t et aime, la voici habile, presque &#224; son aise. Elle &#233;tait simplement timide. Ce qui constitue socialement la b&#234;tise peut n'&#234;tre que la difficult&#233; de se communiquer. D&#232;s que l'occasion de manifester son intelligence se pr&#233;sente, tel que l'on croyait born&#233; se r&#233;v&#232;le plus fin et plus adroit que les pr&#233;tentieux qui le jugeaient au nom d'une suppos&#233;e r&#233;ussite sociale. Tel est plac&#233; pr&#233;cautionneusement &#224; un bout de table, &#224; l'occasion d'une r&#233;ception, que l'on mette pr&#232;s de lui quelqu'un qui lui fasse dire ce que sont ses raisons de vivre, et le voici qui deviendra le point de mire du repas. On ne peut s&#233;parer la personne des circonstances dans lesquelles elle se manifeste. Stendhal avait peint cette situation en pr&#233;sentant l'h&#233;ro&#239;ne de son roman Le rouge et le noir. &#171; Mme de R&#233;nal &#233;tait une de ces femmes de province que l'on peut tr&#232;s bien prendre pour des sottes pendant les quinze premiers jours qu'on les voit. Elle n'avait aucune exp&#233;rience de la vie, et ne se souciait pas de parler. Dou&#233;e d'une &#226;me d&#233;licate et d&#233;daigneuse, cet instinct de bonheur naturel &#224; tous les &#234;tres faisait que, la plupart du temps, elle ne donnait aucune attention aux actions des personnages grossiers au milieu desquels le hasard l'avait jet&#233;e &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Stendhal, Le rouge et le noir, VII, Pl&#233;iade, 1963, p. 250. 2. Voir Aristote, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Mais alors, par un mouvement de choc en retour, la sottise passera de l'accus&#233; &#224; l'accusateur. Il n'y a rien de plus stupide que la pr&#233;tention qui est d&#233;poss&#233;d&#233;e de sa raison d'&#234;tre. L'affectation est risible lorsqu'elle grime un personnage de composition sans &#233;toffe r&#233;elle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Aristote &#201;thique &#224; Nicomaque, IV, 7, 1123 b, 2-15.&#034; id=&#034;nh14-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'accus&#233; aura trop de qualit&#233; pour tirer profit de son succ&#232;s. Il aura du moins d&#233;masqu&#233; la stupidit&#233; d'&#234;tres de convention qui ne peuvent &#234;tre eux-m&#234;mes s'ils ne se situent dans la com&#233;die sociale. Ce qui rend cet aspect du probl&#232;me plus dramatique, c'est que cette sottise rend m&#233;chant, comme malgr&#233; eux, ceux qui la manient, en accusant les autres. Il faut faire souffrir pour se prot&#233;ger de ses insuffisances. La sottise &#233;tant une des voies qui servent &#224; d&#233;partager les hommes, on s'y engagera pensant donner une bonne id&#233;e de soi &#224; partir de l'humiliation de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La b&#234;tise est un probl&#232;me social aussi parce que la possibilit&#233; de d&#233;limiter la b&#234;tise est mouvante dans les diff&#233;rents groupes, selon leurs normes propres. Demandons-nous donc pourquoi tel groupe est plus exigeant qu'un autre et ce que peut &#234;tre le crit&#232;re utilis&#233;. Il faut d'abord se r&#233;f&#233;rer &#224; une donn&#233;e tr&#232;s &#233;l&#233;mentaire de la sociologie : la participation d'un individu &#224; un groupe est li&#233;e &#224; un sentiment sous-jacent de culpabilit&#233;. En s'int&#233;grant &#224; un groupe, on suppose que ses semblables seront tels que nous n'y serons jug&#233;s coupables de rien ; et &#224; partir de ce groupe, principe d'orthodoxie, nous pourrons accuser d'h&#233;r&#233;sie ceux qui participent aux autres groupes. C'est donc dire que la b&#234;tise sera, par principe, ailleurs. Mais, d'un autre c&#244;t&#233;, dans le groupe, la personne ne sera jamais totalement int&#233;gr&#233;e. Elle situera la r&#233;flexion et la b&#234;tise. Dans le monde, une personne servira de mod&#232;le, personne concr&#232;te ou id&#233;ale, charg&#233;e de cette fonction de &lt;i&gt;phronesis&lt;/i&gt; ch&#232;re aux Anciens. Cet homme-mesure sera choisi pour la s&#251;ret&#233; de ses &#233;valuations. Gr&#226;ce &#224; lui pourra se faire le rep&#233;rage qui dira jusqu'o&#249; l'esprit de l'homme peut aller dans le bon sens, selon l'optique cart&#233;sienne de cette expression. L'existence de la b&#234;tise impliquait une in&#233;galit&#233; entre les personnes ; le souci pour certains de n'&#234;tre pas b&#234;tes entra&#238;ne maintenant le rapport inverse. En fonction de l'homme au jugement s&#251;r, on pourra d&#233;tecter la sottise des autres, tout en s'effor&#231;ant de soumettre sa facult&#233; de juger aux normes de celui qui a &#233;t&#233; retenu comme mod&#232;le. &#171; Ce sont les hommes de valeur qui sont juges de la valeur elle-m&#234;me &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. Aubenque, La prudence chez Aristote, p. 46. M. Aubenque cite en note ce (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour &#233;viter la b&#234;tise, il faut partir &#224; la recherche des bien-pensants c'est-&#224;-dire de ceux qui &lt;i&gt;pensent&lt;/i&gt; bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette in&#233;galit&#233; est moins une in&#233;galit&#233; des conduites qu'une in&#233;galit&#233; de pens&#233;e. L'homme-mesure, m&#234;me dans ses actes, devra manifester moins un exemple d'action qu'une rectitude de pens&#233;e d&#233;bouchant sur cette action. Il semble ainsi que ce probl&#232;me soit plus intellectuel, &lt;i&gt;opinatif&lt;/i&gt;, qu'un probl&#232;me moral. En voulant ne pas para&#238;tre sot, on cherchera un acte qui dans sa r&#233;alisation manifestera une pens&#233;e qui aurait pu &#234;tre approuv&#233;e par l'homme-mesure. Aussi l'homme prudent cherche &#224; s'identifier a celui qui montre le plus de prudence dans ses pens&#233;es et de l&#224; dans ses actes.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Comme le snob chercherait en vain la manifestation de sa propre pens&#233;e,&lt;br class='manualbr' /&gt;il s'est raccroch&#233; &#224; la singularit&#233; qu'un groupe lui proposait ;&lt;br class='manualbr' /&gt;on y peut penser sans penser ; il suffit de se soumettre&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_espace&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans ce comportement de sagesse pratique pourra se glisser une attitude relevant de la b&#234;tise ; nous voulons parler du snobisme. Il s'agit bien de participation &#224; un groupe dans lequel le snob cherche son confort social et intellectuel. L'homme l&#233;ger va penser par procuration et s'efforcer de remplacer son insuffisance par le clinquant attach&#233; au groupe dont il deviendra le participant. L'anti-conformisme &#233;tant, comme on le sait, le conformisme le plus exigeant, le snob &#171; pensera &#187; contre tout ce qui ne correspond pas au clan auquel il est parvenu &#224; s'identifier. Sa vie sociale est marqu&#233;e par l'&#233;go&#239;sme, puisqu'il en attend seulement une complaisance envers lui-m&#234;me. Il sera d'ailleurs aux aguets de tout ce qui peut le valoriser aux yeux d'autrui ; il est donc farouchement d&#233;pendant. Mais comme il chercherait en vain la manifestation de sa propre pens&#233;e, il s'est raccroch&#233; &#224; la singularit&#233; qu'un groupe lui proposait ; on y peut penser sans penser ; il suffit de se soumettre. Le privil&#232;ge du snobisme, pour le snob, c'est qu'il permet la s&#233;paration. On ne fr&#233;quente plus ceux qui ne peuvent comprendre, ni ceux qui ne sont pas de ce monde, m&#234;me si on y est entr&#233; de fra&#238;che date. Si la b&#234;tise constat&#233;e est s&#233;paration, la b&#234;tise militante qu'est le snobisme est volont&#233; de s&#233;paration. Il ne faut rien avoir ni faire comme tout le monde. Cette singularisation syst&#233;matique est de peu de valeur, car elle est constitu&#233;e et d&#233;cid&#233;e par le snob et ne vaut que ce que vaut le clan qui lui renvoie cette satisfaction superficielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;alit&#233; sociale, la b&#234;tise l'est d'une fa&#231;on active. Elle appartient &#224; la culture d'un groupe donn&#233;, selon la possibilit&#233; de participation de chacun &#224; cette culture. Elle est donc ainsi relative, puisque les exigences d&#233;pendront du niveau de compr&#233;hension des probl&#232;mes humains propres &#224; chaque groupe. Et les relations des groupes entre eux feront qu'un imb&#233;cile sera une lumi&#232;re pour un groupe moins exigeant (&#171; un sot trouve toujours un plus sot qui l'admire &#187;, dit le dernier vers du chant I de &lt;i&gt;L'Art po&#233;tique&lt;/i&gt; de Boileau). De m&#234;me le ma&#238;tre &#224; penser d'un groupe sera jug&#233; stupide par un groupe plus s&#233;rieux, pour la qualit&#233; de sa pens&#233;e. La b&#234;tise ne rel&#232;ve donc pas d'une situation objective. Elle est la fa&#231;on intellectuelle de poser les diff&#233;rences humaines. Les relations dans le groupe se font &#224; partir de rep&#233;rages o&#249; chacun suppose ce qu'il est lui-m&#234;me en fonction de sa mani&#232;re d'envisager les autres et d'&#234;tre consid&#233;r&#233; par eux. On n'est donc d'abord pas tant un imb&#233;cile qu'on est fait un imb&#233;cile par les autres. Il faut s'y r&#233;signer ; on est toujours l'imb&#233;cile de quelqu'un. L'important est de savoir pour qui ! Mais cette d&#233;nomination appliqu&#233;e &#224; une personne entra&#238;ne un ph&#233;nom&#232;ne de rejet, inscrit d'ailleurs dans la vie sociale elle-m&#234;me. Ce n'est pas parce que deux &#234;tres sont c&#244;te &#224; c&#244;te qu'ils existent vraiment l'un pour l'autre. La vie sociale authentique est d'abord &#233;nigme et elle peut aboutir au rejet autant qu'&#224; l'acceptation, ou &#224; l'affection. La qualification de l'autre fait partie de ces &#233;tapes de la vie sociale et elle peut entra&#238;ner le refus de la pr&#233;sence d'autrui. Celui-ci n'existe plus que comme corps, et il est d&#233;cid&#233; qu'il est impossible de le comprendre. A proprement parler, autrui n'est plus l'autre ; il n'est plus humainement qu'une apparence. Le droit de participer &#224; la culture r&#233;gnante lui est retir&#233; et celui qui le proclame b&#234;te lui d&#233;nie toute pr&#233;tention &#224; la pens&#233;e, c'est-&#224;-dire &#224; la r&#233;flexion. Si le langage a toujours vocation de s'adresser &#224; quelqu'un, il ne peut le faire qu'&#224; un autre soi-m&#234;me, donc susceptible de comprendre. L'autre est ici d&#233;cr&#233;t&#233; incapable de compr&#233;hension. C'est ainsi qu'il est devenu le tout autre ; son absence de pens&#233;e rend inutile la manifestation d'une pens&#233;e. Si l'acceptation de la pr&#233;sence de l'autre est pleine d'espoir d'&#233;changes humains f&#233;conds, la reconnaissance d'un sot est, comme on dit, &#224; d&#233;sesp&#233;rer. Le temps de l'esprit est bouch&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il ne faut pas consid&#233;rer la b&#234;tise comme une absence totale de r&#233;flexion. Vaine ou fausse, elle s'efforcera d'&#234;tre pr&#233;sente. Quand bien m&#234;me elle se manifesterait dans une platitude faite de banalit&#233;s et de facilit&#233;, elle semblerait active. Et pr&#233;cis&#233;ment la pr&#233;sence de l'autre suscitera un p&#233;tillement momentan&#233;. Quel r&#233;gal lorsqu'on voit un imb&#233;cile soup&#231;onner de sottise un de ses semblables. Il semble qu'il lui revient pour un moment de l'esprit. Ce n'est qu'une impression. Mais Voltaire en fait exprimer le principe par Lucien : &#171; Les hommes aiment assez qu'on leur montre leurs sottises, pourvu qu'on ne d&#233;signe personne en particulier ; chacun alors applique &#224; son voisin ses propres ridicules, et tous les hommes rient aux d&#233;pens les uns des autres &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voltaire, Conversation de Lucien, Erasme et Rabelais dans les Champs-Elys&#233;es (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On peut remonter encore plus loin pour trouver une justification de ce que nous venons de noter. C'est Gr&#233;goire de Naziance qui l'exprimait ainsi : &#171; Les hommes ont plus d'ardeur &#224; philosopher sur les affaires d'autrui que sur les leurs &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lettre VII, 2, Les Belles-Lettres, 1964, t. 1, p. 9,&#034; id=&#034;nh14-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Pour une circonstance o&#249; la confrontation avec autrui est favorable &#224; l'imb&#233;cile, il profite de l'ambiance et redouble de critique sur sa victime, pensant ainsi pouvoir se revaloriser &#224; ses propres yeux. Mais aux siens seulement&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;La v&#233;rit&#233; devait unir ; la pr&#233;sence de la b&#234;tise&lt;br class='manualbr' /&gt;s&#233;pare irr&#233;m&#233;diablement. &lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_espace&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Notre &#233;tude peut sembler ne retenir, avec son aspect social, que le petit c&#244;t&#233; de la b&#234;tise. Nous avons cependant l'impression que nous avons correctement situ&#233; sa manifestation. Cette difficult&#233; de participation intellectuelle ainsi relev&#233;e nous permettra de pr&#233;ciser notre analyse. La vie spirituelle d'une personne n'est jamais coup&#233;e de sa vie r&#233;elle. Elle n'a m&#234;me de sens que si elle est engagement individuel &#224; se soumettre aux exigences de la pens&#233;e. L'aspect concret de cet engagement passe par les circonstances et le milieu. Mais la vie de la pens&#233;e aura pour but de r&#233;aliser l'unit&#233; d'horizons multiples. Le propre de la v&#233;rit&#233; est d'unir les esprits qui y participent et de coordonner le r&#233;el pour permettre une prise objective. Voil&#224; pr&#233;cis&#233;ment ce que la rencontre avec l'imb&#233;cile emp&#234;chera. Il s'est montr&#233; dans des circonstances qui ont perturb&#233; le souci de la v&#233;rit&#233; en indiquant que les esprits n'avaient pas tous la m&#234;me disposition &#224; une vie unitaire. Le &#171; penseur &#187; juge qu'il ne lui est pas possible de communiquer ; plus de participation spirituelle. La v&#233;rit&#233; vaut mieux que l'individu situ&#233; en face, surtout lorsqu'on lui refuse l'aptitude &#224; la r&#233;flexion. L'esprit r&#233;alise donc la s&#233;paration. Pour ne pas mettre la r&#233;flexion en question, on rejette celui qui en est incapable. La v&#233;rit&#233; devait unir ; la pr&#233;sence de la b&#234;tise s&#233;pare irr&#233;m&#233;diablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette alt&#233;rit&#233; de la b&#234;tise est sans doute difficile &#224; saisir, car le monde social manifeste parfois des nuances que seuls les sens&#233;s peuvent comprendre. Par amusement ou par charit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Qu'on se souvienne de la condamnation rapport&#233;e par l'Ecriture : &#171; Celui qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les sots ne s'entendent pas classer dans leur v&#233;ritable cat&#233;gorie humaine ; ainsi leurs illusions leur restent. Comme ils n'envisagent pas pouvoir &#234;tre moins intelligents qu'ils ne se supposent, cela leur &#233;vite toute occasion de r&#233;fl&#233;chir, ou cela satisfait leur vanit&#233; lorsque, dans des remarques dont l'ironie leur reste imperceptible, on vante leur esprit. En revanche, on est plus exigeant avec les personnes de bon sens. On est ainsi conduit plus facilement &#224; leur reprocher pour une v&#233;tille d'avoir commis des sottises alors qu'on ne se permettra pas toujours ce qualificatif pour un vrai sot qui serait incapable de comprendre sa culpabilit&#233;. Balzac a not&#233; ce privil&#232;ge dont b&#233;n&#233;ficient les sots par rapport aux personnes sens&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Balzac &#233;crit ainsi &#224; Caroline Tchirkovitch, Correspondance, Garnier, t. V, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On peut ainsi voir &#224; nouveau l'importance que prend, concr&#232;tement d'abord, cette situation sociale du sot. Il est le diff&#233;rent &#8211; qui n'aper&#231;oit pas les diff&#233;rences. Mais nous reviendrons sur ce th&#232;me &#224; la fin de notre &#233;tude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes maintenant confront&#233;s avec le probl&#232;me suivant. Si l'imb&#233;cile, c'est l'autre, si l'esprit consacre la s&#233;paration, comment vais-je savoir ce qu'est la b&#234;tise ? Je ne peux pas appr&#233;hender directement la b&#234;tise en autrui, puisque cette b&#234;tise supprime pr&#233;cis&#233;ment le contact. Si l'on pose le probl&#232;me en termes kantiens, on dira que l'exp&#233;rience sera impossible car si on dispose du concept il manquera l'intuition corr&#233;lative. On pensera savoir ce qu'est la b&#234;tise, mais on ne saura pas ce qu'est &#234;tre b&#234;te. La b&#234;tise ne peut &#234;tre rencontr&#233;e que dans ses manifestations. Je pourrai les percevoir sans vraiment les concevoir. Tout au plus, j'aurai un acc&#232;s &#224; la b&#234;tise dans l'irrationnel de certains jugements, critiqu&#233;s par la pens&#233;e logique. Mais sans doute irr&#233;m&#233;diablement l'esprit de la b&#234;tise sera insaisissable &#224; celui qui n'y participe pas. Et il faudra pardonner &#224; celui qui y participe, car il ne sait pas ce qu'il fait&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?986-Essai-sur-la-betise-le' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Lire la partie suivante : Le discernement&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb14-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ainsi ce texte de Descartes, &lt;i&gt;Lettre au P. Mersenne&lt;/i&gt; (septembre 1641), &#233;d. Adam-Tannery, t. 3, p. 435 : &#171; Car pour moi, il y a si longtemps que je sais qu'il y a des sots dans le monde, et je fais si peu d'&#233;tat de leurs jugements, que je serai tr&#232;s marri de perdre un seul moment de mon loisir ou de mon repos &#224; leur sujet. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. Voltaire, &lt;i&gt;Dictionnaire philosophique&lt;/i&gt;, v&#176; Dogmes : &#171; Petites Maisons de l'univers : c'est un des plus grands b&#226;timents qu'on puisse imaginer &#187; (Garnier, 1960, p. 174).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Tolsto&#239;, Anna Kar&#233;nine, II, 6, Pl&#233;iade, 1960, p. 154.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cit&#233; par J.-L. Barrault, S&lt;i&gt;candale et provocation, in&lt;/i&gt; Cahiers Renault-Barrault, Gallimard, avril 1966, n&#176; 54, p. 23.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pirandello, &lt;i&gt;A chacun sa v&#233;rit&#233;&lt;/i&gt;, III, &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt;, Gallimard, 1950, p. 141. Voir J. Chaix-Ruy, Pirandello, Editions Universitaires, 1963, pp. 80-83.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;M&#234;me si elle ne m&#232;ne pas &#224; une action ext&#233;rieure de distanciation, elle n'en est pas moins rep&#233;r&#233;e comme telle. Ainsi cette remarque de Montesquieu, &lt;i&gt;Cahiers&lt;/i&gt;, Grasset, 1941, p. 4 : &#171; Je suis presque aussi content avec des sots qu'avec des gens d'esprit, et il y a peu d'hommes si ennuyeux qui ne m'aient amus&#233; tr&#232;s souvent : il n'y a rien de si amusant qu'un homme ridicule. &#187; A l'oppos&#233;, on trouve la conduite d&#233;crite par ce proverbe malgache : &#171; Avoir des sots chez soi fait prendre un visage irrit&#233; &#187;, &lt;i&gt;Ohabolama ou proverbes malgaches&lt;/i&gt;, Tananarive, Imprimerie luth&#233;rienne, 1960, n&#176; 1642, p. 141.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Balzac, &lt;i&gt;Lettres &#224; l'&#233;trang&#232;re&lt;/i&gt; (10 octobre 1837 ), Calrnann-L&#233;vy, 1, p. 433,&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;IV, X, 3, Pl&#233;iade, 1965, p. 554.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Stendhal, &lt;i&gt;Le rouge et le noir&lt;/i&gt;, VII, Pl&#233;iade, 1963, p. 250. 2. Voir Aristote, &lt;i&gt;Ethique &#224; Nicomaque&lt;/i&gt;, IV, 7, II23 b, 2-15.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir Aristote &#201;thique &#224; Nicomaque, IV, 7, 1123 b, 2-15.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;P. Aubenque, &lt;i&gt;La prudence chez Aristote&lt;/i&gt;, p. 46. M. Aubenque cite en note ce texte de Nietzsche, &lt;i&gt;La g&#233;n&#233;alogie de la morale&lt;/i&gt;, trad. H. Albert, Mercure de France, 1948, pp. 30-31 : &#171; Ce sont les 'bons' eux-m&#234;mes, c'est-&#224;-dire les hommes de distinction, les puissants, ceux qui sont sup&#233;rieurs par leur situation et leur &#233;l&#233;vation d'&#226;me qui se sont eux-m&#234;mes consid&#233;r&#233;s comme 'bons', qui ont jug&#233; leurs actions 'bonnes' c'est-&#224;-dire de premier ordre, &#233;tablissant cette taxation par opposition &#224; tout ce qui &#233;tait bas, mesquin, vulgaire et populacier. C'est du haut de ce &lt;i&gt;sentiment de la distance&lt;/i&gt; qu'ils se sont arrog&#233; le droit de cr&#233;er des valeurs et de les d&#233;terminer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voltaire, &lt;i&gt;Conversation de Lucien, Erasme et Rabelais dans les Champs-Elys&#233;es&lt;/i&gt; (Pl&#233;iade, &lt;i&gt;M&#233;langes&lt;/i&gt;, 1961, p. 737).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Lettre VII&lt;/i&gt;, 2, Les Belles-Lettres, 1964, t. 1, p. 9,&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Qu'on se souvienne de la condamnation rapport&#233;e par l'Ecriture : &#171; Celui qui traite son fr&#232;re de cr&#233;tin en r&#233;pondra devant le Sanh&#233;drin &#187;, Matthieu, V, 22.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Balzac &#233;crit ainsi &#224; Caroline Tchirkovitch, &lt;i&gt;Correspondance&lt;/i&gt;, Garnier, t. V, 1969, p. 471 : &#171; Il y a bien longtemps que j'envie les sots. Par politesse, tout le monde s'efforce de prouver &#224; un sot qu'il est un homme sup&#233;rieur ou qu'il n'a rien &#224; envier aux hommes sup&#233;rieurs, tandis que le monde tend &#224; prouver &#224; ceux &#224; qui souvent par erreur il accorde le fatal don de sup&#233;riorit&#233;, qu'ils ressemblent, la plupart du temps, &#224; des sots. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Enseigner... la catastrophe (2/2)</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?Enseigner-la-catastrophe-2-2</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?Enseigner-la-catastrophe-2-2</guid>
		<dc:date>2018-09-13T10:51:34Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;ducation</dc:subject>
		<dc:subject>Progressisme</dc:subject>
		<dc:subject>Technoscience</dc:subject>
		<dc:subject>Science</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cologie</dc:subject>
		<dc:subject>B&#233;rard Quentin</dc:subject>
		<dc:subject>Entretien</dc:subject>
		<dc:subject>Immigration</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mographie</dc:subject>
		<dc:subject>Multiculturalisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Voir la premi&#232;re partie (.../...) On va revenir sur tout &#231;a, mais comme tu parles de la c&#233;l&#232;bre &#171; baisse du ni&#173;veau &#187;, il faut que je te relance dessus&#8230; Pour toi, c'est une r&#233;alit&#233;&#8230; D'abord c'est difficile &#224; &#233;valuer concr&#232;tement de mon seul point de vue, par manque d'&#233;l&#233;ments de comparaison puisque je n'enseigne r&#233;guli&#232;rement que depuis dix ans et dans des milieux tr&#232;s diff&#233;rents, public / priv&#233;, coll&#232;ge / lyc&#233;e, zones REP / beaux quar&#173;tiers&#8230; Bon, il y a des choses qui sautent aux yeux (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-30-education-+" rel="tag"&gt;&#201;ducation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-33-progres-+" rel="tag"&gt;Progressisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-34-technoscience-+" rel="tag"&gt;Technoscience&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-38-science-+" rel="tag"&gt;Science&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-89-ecologie-+" rel="tag"&gt;&#201;cologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-283-Berard-Quentin-+" rel="tag"&gt;B&#233;rard Quentin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-130-entretien-+" rel="tag"&gt;Entretien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-215-immigration-+" rel="tag"&gt;Immigration&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-219-demographie-+" rel="tag"&gt;D&#233;mographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-226-multiculturalisme-+" rel="tag"&gt;Multiculturalisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/arton928.png?1621968987' class='spip_logo spip_logo_right' width='108' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?927-Enseigner-la-catastrophe-1-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Voir la premi&#232;re partie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On va revenir sur tout &#231;a, mais comme tu parles de la c&#233;l&#232;bre &#171; baisse du ni&#173;veau &#187;, il faut que je te relance dessus&#8230; Pour toi, c'est une r&#233;alit&#233;&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord c'est difficile &#224; &#233;valuer concr&#232;tement de mon seul point de vue, par manque d'&#233;l&#233;ments de comparaison puisque je n'enseigne r&#233;guli&#232;rement que depuis dix ans et dans des milieux tr&#232;s diff&#233;rents, public / priv&#233;, coll&#232;ge / lyc&#233;e, zones REP / beaux quar&#173;tiers&#8230; Bon, il y a des choses qui sautent aux yeux partout : par exemple, il y a des confusions orthographiques in&#233;dites dans les copies, comme confondre un verbe et un nom : &#171; &lt;i&gt;ils manges&lt;/i&gt; &#187; ou &#171; &lt;i&gt;les col&#233;opt&#232;rent&lt;/i&gt; &#187;. Ensuite en termes d'expression, de niveau de langue, de constructions de phrases, c'est souvent assez mauvais et j'ai l'impression que &#231;a empire : en corrigeant une &#233;preuve scientifique de 1re litt&#233;raire ou &#233;conomique et social, j'avais l'impression que les trois quarts des &#233;l&#232;ves &#233;taient non-francophones de naissance, ce qui &#233;tait peu probable vu la provenance des copies&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite sur le fond, il suffit de comparer les manuels d'il y a vingt, quarante ou soixante ans pour voir la d&#233;gradation. C'est comme pour le journal &#171; &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; &#187; : de moins en moins de texte, de plus en plus d'images, de moins en moins d'information, de plus en plus d'id&#233;ologie&#8230; Honn&#234;tement, on se rapproche de la bande dessin&#233;e. Concr&#232;&#173;tement : l'anatomie de l'&#339;il qui &#233;tait autrefois enseign&#233;e au coll&#232;ge, on l'apprend main&#173;tenant en troisi&#232;me ann&#233;e d'universit&#233; et je ne suis pas s&#251;r du tout que &#231;a soit compens&#233;. Et puis, en tant que correcteur, on te demande vraiment n'importe quoi : au bac un sujet sur la &#171; tectonique des plaques &#187; d'il y a trois-quatre ans, par exemple, pouvait &#234;tre r&#233;ussi par un bon &#233;l&#232;ve de 4e (c'est au programme), &lt;i&gt;modulo&lt;/i&gt; trois ou quatre mots de vocabulaire soit une ou deux heures de plus&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment expliquer une telle r&#233;gression ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait une h&#233;r&#233;sie il y a quinze ou vingt ans, mais aujourd'hui, c'est quand m&#234;me bien balis&#233;&#8230; Par contre, un aspect qui commence seulement &#224; &#234;tre abord&#233;, c'est la technologie : l'omnipr&#233;sence des &#233;crans, une culture de l'image, de l'imm&#233;diatet&#233;, de la facilit&#233;, l'omnipr&#233;sence d'internet : si le savoir est &#224; port&#233;e d'un clic, au fond pourquoi l'acqu&#233;rir ? Les smartphones sont investis comme se substituant au cerveau pour toutes les fonctions de m&#233;morisation, de formulation, de r&#233;flexion, d'introspection, etc. En g&#233;ologie, les points cardinaux, l'&#233;valuation des distances posent probl&#232;me. J'ai la moiti&#233; de la classe qui se plante ou qui passe 30 mn dessus si je donne un calcul de base &#224; faire en interro, toujours sans calculatrice chez moi &#8211; les gamins me ha&#239;ssent sur le coup mais comprennent tr&#232;s bien pourquoi je le fais&#8230; Et ils tombent des nues lorsqu'ils mesurent l'&#233;tendue de leur r&#233;gression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et les profs ne donnent pas l'exemple, &#233;videmment. Moi, je suis connu comme &lt;i&gt;le-prof-qui-n'a-m&#234;me-pas-de-t&#233;l&#233;phone&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire &#224; la limite de l'existence&#8230; Je suis minimaliste, primitiviste, m&#234;me : l'enseignement, c'est les mains dans les poches, pas de notes, un papier-un crayon, un tableau-une craie. Les tableaux num&#233;riques &#8211; que j'ai vu arriver avant tout le monde en ZEP &#8211; sont une calamit&#233; : les gamins sont au cin&#233;ma, le prof se fait &lt;i&gt;youtubeur&#8230;&lt;/i&gt; Plus pr&#233;cis&#233;ment : les profs projettent les graphiques, les sch&#233;&#173;mas, les dessins et les photocopient pour les cahiers. Bilan : les &#233;l&#232;ves ne savent plus rien r&#233;aliser. Moi je trace tout au tableau &#224; la main (mais impossible d'&#234;tre pr&#233;cis avec un tableau num&#233;rique !) : les &#233;l&#232;ves me voient dessiner, croquer, sch&#233;matiser en direct, ils me voient en train de faire, rien dans les mains, rien dans les poches, tout dans la t&#234;te. &#199;a pose aussi une autorit&#233; : mon savoir n'est pas d&#233;l&#233;gu&#233; &#224; un livre, un ordi. Je l'incarne, sans filet. Et ils voient la science se mat&#233;rialiser, l&#224;, maintenant et, avec, la m&#233;thode, l'ordre des op&#233;rations, la rigueur, etc. M&#234;me chose pour la photo projet&#233;e : les gamins vivent dans un monde hyper-visuel, donc ils l'ont d&#233;j&#224; vue, elle n'apporte rien. Ou alors on travaille vraiment dessus, on la d&#233;cortique. Je pr&#233;f&#232;re les faire imaginer, se souvenir, associer, se questionner, intervenir, et moi &#231;a m'oblige &#224; l'&#233;loquence, &#224; la pr&#233;sence d'esprit, &#224; la pr&#233;cision, &#224; la m&#233;taphore. &#192; la digression, aussi&#8230; C'est plus fatigant, d'accord, mais c'est moins humiliant que de jouer le magn&#233;tophone. Bon, je dis &#231;a, c'est aussi pratique de leur projeter des trucs de temps en temps : des documentaires, des images pour les petits urbains, surtout lorsqu'il faut six mois de paperasse pour or&#173;ganiser une sortie d'une apr&#232;s-midi&#8230; Mais l'invasion technique est un sympt&#244;me en m&#234;me temps qu'une des causes de la r&#233;gression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La technique-gadget comme substitut &#224; l'effort&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exactement. Mais &#231;a aussi, c'est &#224; expliquer&#8230; &#199;a proc&#232;de, plus g&#233;n&#233;ralement, de la coupure d'avec la culture propre, le savoir n'est plus une valeur en elle-m&#234;me, les cri&#173;t&#232;res de r&#233;ussite sociale purement &#233;conomique l'ont supplant&#233;. Il suffit d'un petit vernis pour les salons. Les gamins sont imbib&#233;s de l'air du temps. Cela concerne aussi les profs : la plupart sont des premiers de la classe qui veulent le rester. Leur discipline est celle o&#249; ils &#233;taient les meilleurs au lyc&#233;e, alors ils ont continu&#233;, jusqu'&#224; l'enseigner. Soit par choix, pour rester dans la &#171; r&#233;ussite &#187; scolaire &#224; laquelle ils ont pris go&#251;t, soit par d&#233;&#173;pit face &#224; l'&#233;chec d'une autre carri&#232;re&#8230; Bien peu ont du recul vis-&#224;-vis de leur mati&#232;re, de l'enseignement ou m&#234;me simplement d'eux-m&#234;mes, de leurs r&#233;actions affectives ou intellectuelles face aux &#233;l&#232;ves. La s&#233;curit&#233; de l'emploi et quelques miettes du prestige de la fonction leur suffisent. Beaucoup de s'int&#233;ressent &#224; rien, m&#234;me pas &#224; l'actualit&#233; de leur savoir. Discute avec un prof d'histoire-g&#233;o, c'est souvent une int&#233;riorisation du vide t&#233;l&#233;visuel&#8230; Bref, c'est un tout, c'est une soci&#233;t&#233; qui s'effondre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand m&#234;me, une raison, parmi toutes les autres, mais qui n'est pas du tout politi&#173;quement correcte, c'est aussi l'arriv&#233;e massive d'immigr&#233;s en provenance de zones paup&#233;ris&#233;es. Tu te retrouves en ZEP avec des fils de paysans maliens, &#231;a n'a rien &#224; voir avec le public fran&#231;ais contemporain. M&#234;me les agriculteurs avec qui j'ai fait mon lyc&#233;e comprenaient ce qu'ils faisaient en classe, y compris les derniers&#8230; Alors, en plus de la diff&#233;rence de classes sociales ou de profils psychologiques sur lesquels travaillaient par exemple Freinet et la p&#233;dagogie institutionnelle, surgit l&#224; un foss&#233; culturel, et m&#234;me &lt;i&gt;ci&#173;vilisationnel&lt;/i&gt;. Sans m&#234;me parler du ressentiment postcolonial qui complique extraordi&#173;nairement le rapport avec le pays, la culture, les gens, l'autorit&#233;&#8230; Il faudrait une p&#233;da&#173;gogie adapt&#233;e, exigeante, qui prenne les &#233;l&#232;ves l&#224; o&#249; ils sont et irait contre leurs d&#233;ter&#173;minismes socio-culturels, donc leur faire violence, une double ou triple violence. On est &#224; la limite du faisable, l&#224;, c'est impossible ou alors on change de soci&#233;t&#233;&#8230; Pas &#233;tonnant que refasse surface le fantasme du &#171; hussard noir de la r&#233;publique &#187; du XIXe. On en est loin : la seule r&#233;ponse depuis des d&#233;cennies, c'est de brader les dipl&#244;mes &#224; tour de bras. Avoir le bac hier, c'est avoir un niveau licence aujourd'hui&#8230; On aura bient&#244;t 100 % de r&#233;ussite au bac et ils sont de moins en moins capables d'&#233;crire une lettre, expression, style, graphie, comme celles que les petites gens &#233;crivaient il y a un si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour toi le facteur culturel joue en classe ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On parle bien, en haut lieu, de &#171; culture scientifique &#187; : il faut prendre l'expression au sens large. Les populations occidentales, diff&#233;remment selon les couches sociales &#233;vi&#173;demment, sont globalement en contact avec les avanc&#233;es scientifiques depuis des si&#232;cles, pour le meilleur comme pour le pire, ce n'est pas la question. On est pass&#233;s par l'hygi&#233;nisme, le darwinisme, le nucl&#233;aire, etc. et ce n'est pas le cas ailleurs. Par exemple, une fille de seconde, issue d'une grande famille saoudienne, est venue me voir un jour tout sourire apr&#232;s un cours de g&#233;n&#233;tique mendelienne : &#171; &lt;i&gt;Monsieur, ma prof &#224; domicile m'a expliqu&#233; que tout ce que vous &lt;/i&gt;&lt;i&gt;nous apprenez, c'est dans le Coran ! C'est trop cool monsieur&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Malgr&#233; son niveau social, sa culture lui cr&#233;ait un &#233;norme handicap.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que lui as-tu r&#233;pondu ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que c'&#233;tait des &#171; &lt;i&gt;conneries &#187;&lt;/i&gt; ! C'est sorti tout seul ! Elle faisait la tronche, mais c'&#233;tait le principe m&#234;me de l'approche scientifique qu'elle n'avait pas compris, &#224; 16 ans. Elle &#233;tait dans un monde magico-religieux compl&#232;tement &#233;tranger au dernier des cancres fran&#231;ais&#8230; Quoique, avec le succ&#232;s des pseudosciences&#8230; Je ne vais pas te re&#173;faire le tableau des gamins musulmans qui contestent la th&#233;orie de l'&#233;volution ou l'en&#173;seignement de la reproduction, mais c'est courant. M&#234;me chose chez les profs attach&#233;s &#224; l'islam, scientifiques y compris, hein&#8230; D'ailleurs, tu remarqueras qu'il y en a peu &#8211; je n'en ai jamais crois&#233; &#8211; en SVT&#8230; C'est normal : c'est comme si tu me demandais &#224; moi d'enseigner l'&lt;i&gt;Immacul&#233;e Conception&#8230;&lt;/i&gt; Et c'est sans &#233;quivalent : j'ai enseign&#233; dans des &#233;tablissements catholiques, ces ph&#233;nom&#232;nes n'existent pas. &#192; la limite, quelques sous-entendus lorsque je parle, hors programme bien entendu, du &lt;i&gt;Big Bang&lt;/i&gt;, que je balaie ra&#173;pidement : j'explique que chacun peut croire au P&#232;re No&#235;l, aux licornes ou &#224; la t&#233;l&#233;pa&#173;thie mais qu'ici, on fait de la science. On doit douter, chercher, prouver, douter encore, faire preuve d'humilit&#233; et ne pas multiplier inutilement les entit&#233;s&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour toi la foi religieuse est incompatible avec la d&#233;marche scientifique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin d'un cours de m&#233;thodologie o&#249; je n'avais cess&#233; de blasph&#233;mer, un petit Indien musulman, brillant, est venu me demander, tr&#232;s franchement : &#171; &lt;i&gt;Monsieur, est-ce qu'un scientifique peut &#234;tre croyant ?&lt;/i&gt; &#187;. Je lui ai r&#233;pondu : &#171; &lt;i&gt;C'est absolument impossible, d&#233;sol&#233;. Un scientifique qui croit &#224; autre chose qu'&#224; la recherche rationnelle, ce n'est plus un scientifique. Par contre, la personne derri&#232;re le scientifique, elle, une fois rentr&#233;e chez elle, peut croire &#224; ce qu'elle veut&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Il a tr&#232;s bien compris, avait l'air tout content, m'a remerci&#233;, est parti et a fait un cursus scolairement exemplaire&#8230; Je crois que &#231;a lui avait fait du bien, une position claire qui tranche avec l'hypocrisie ambiante. Parce que c'est une chose qu'on a oubli&#233;e, recouverte par la bonne conscience et la r&#233;conciliation universelle, mais c'est absolument indiscutable. Je parle des religions historiques bien comprises : si tu m'&#233;voques une vague force ou un compagnon imaginaire qui t'aide &#224; surmonter la d&#233;pression et ta finitude, c'est autre chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;l&#233;ment qu'on &#233;voque rarement dans la d&#233;marche scientifique, c'est la place de l'imagination, donc du manque. Et la religion, n'importe quelle religion, apporte des r&#233;&#173;ponses &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt;, comble le manque d&#232;s qu'il survient. Alors qu'il s'agit l&#224; de &lt;i&gt;cr&#233;er&lt;/i&gt; le monde que l'on d&#233;couvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8230; C'est-&#224;-dire ?&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute recherche scientifique part d'une question, d'une interrogation, d'une &#171; probl&#233;&#173;matique &#187;, donc d'une insatisfaction, d'un manque. Cela n'est possible que dans une culture, une soci&#233;t&#233;, o&#249; il y a la possibilit&#233; d'une remise en cause des &#233;vidences enfan&#173;tines, psychologiques ou sociales pour ouvrir une br&#232;che dans la r&#233;alit&#233;, d&#233;chirer le voile des &#233;vidences du d&#233;j&#224;-donn&#233;, donc que les grandes explications religieuses ou mythiques soient un tant soit peu battues en br&#232;che, laissent du jeu. Donc d&#232;s le d&#233;part, il faut une imagination un peu libre pour qu'il y ait la possibilit&#233; d'&#171; autre chose &#187;. Ensuite, le chercheur r&#233;pond &#224; cette question par une hypoth&#232;se : il faut bien la sortir de quelque part, cette hypoth&#232;se, il faut bien &lt;i&gt;l'imaginer&lt;/i&gt;, la cr&#233;er, et elle doit &#234;tre suffisamment riche pour &#234;tre fertile. La suite, qu'il s'agisse d'une observation ou d'une exp&#233;rimentation, il faut aussi l'inventer, et quiconque a approch&#233; un laboratoire de recherche sait que c'est un travail &#224; part enti&#232;re. Et la suite est &#224; l'avenant : l'interpr&#233;tation des r&#233;sultats, succ&#232;s ou &#233;chec, la place &#224; donner au fait dans la th&#233;orie, l'amendement de celle-ci, voire la r&#233;invention du paradigme lorsqu'il craque de partout sous les faits inexpliqu&#233;s, ne peuvent qu'&#234;tre, l&#224; aussi, &#339;uvre de l'imagination. T. Kuhn l'a effleur&#233;, sans y insister, c'est dommage. Donc, c'est &#231;a la qualit&#233; du scientifique : avant tout de la curiosit&#233;, de l'imagination et, ensuite, bien s&#251;r, une rigueur maladive. On est loin de la croyance, quand m&#234;me&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu fais l'&#233;loge de la science dans tes cours ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je fais l'&#233;loge de ce dont je viens de parler, et qu'on appelle effectivement &#171; la &#187; science. Devant les &#233;l&#232;ves, je me cr&#233;e ce personnage : le scientifique rationnel, ouvert, qui doute perp&#233;tuellement, taraud&#233; par toutes les questions possibles, sans tabou, qui n'a peur de rien, etc. Un m&#233;lange d'&lt;i&gt;Indiana Jones&lt;/i&gt;, de &lt;i&gt;Doc&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;Dr House&lt;/i&gt; pour les amener &#224; Paracelse, Pasteur, Darwin&#8230; Le but c'est de les initier &#224; cette posture mentale, d'en faire des scientifiques autant que possible, c'est mon boulot, les autres en font, aussi, des musiciens, des g&#233;ographes, des polyglottes, etc. Je me fous qu'ils deviennent vulca&#173;nologues, cardiologues ou biochimistes : je veux que rien ne leur soit &#233;tranger dans le monde qui les entoure, leur vie durant. Qu'ils apprennent &#224; r&#233;fl&#233;chir, &#224; d&#233;battre, &#224; d&#233;&#173;masquer, &#224; se d&#233;sillusionner. Les Terminales ne comprennent pas que je n'ai m&#234;me pas tent&#233; m&#233;decine lors de mes &#233;tudes, mais pour moi la biologie humaine n'&#233;tait qu'une sous-discipline&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, et pour r&#233;pondre &#224; ta question, je leur apprends une science qui n'existe plus, la &#171; science &#224; papa &#187;. Aujourd'hui une autre chose a pris sa place, que le terme imparfait de &#171; techno-science &#187; permet de distinguer : c'est le r&#232;gne des hyper-sp&#233;cialistes aveugles &#224; ce qui les entoure, des blouses blanches techniciennes qui n'ima&#173;ginent plus, donc ne trouvent (presque) plus rien, mais surench&#233;rissent sans se poser de ques&#173;tions sur leur finalit&#233;, d&#233;c&#233;r&#233;br&#233;s pour la plupart, d&#233;cultur&#233;s au possible et, au niveau institutionnel, la course &#224; la publication, la falsification des donn&#233;es, la triche statistique, la chasse aux cr&#233;dits, les lobbies, la surench&#232;re technologique, les conflits d'int&#233;r&#234;ts&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et &#231;a, tu en parles aux &#233;l&#232;ves ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas qu'un peu ! En fonction des niveaux, &#233;videmment. Je me souviens avoir pass&#233; une heure improvis&#233;e avec des 5&#232;mes &#224; ne parler que de &#231;a, le th&#232;me avait surgi suite &#224; une correction de TP. Ils &#233;taient passionn&#233;s, attentifs comme jamais, et comprenaient tr&#232;s bien ce que je cherchais &#224; leur faire comprendre. La fraude scientifique, exponentielle, dit en passant, &#231;a leur parle&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'autre c&#244;t&#233;, je brise &#233;galement la perception &#171; populaire &#187; de la science, comme faisant fonction de religion, de magie noire. &#199;a &#233;merge souvent apr&#232;s un expos&#233; o&#249; l'&#233;l&#232;ve a jargonn&#233; sans comprendre ce qu'il racontait. L&#224;, c'est z&#233;ro, sans appel&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En critiquant la science contemporaine, tu fais un peu fonction d'id&#233;ologue, l&#224;, non ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne crois pas. &#199;a c'est une chose reconnue, voire th&#233;oris&#233;e, je pense aux travaux d'un L&#233;vy-Leblond, et je ne connais pas grand-monde qui le conteste, certains manuels l'effleurent presque. D'accord, j'en fais une pr&#233;sentation personnelle, j'en ai aussi un peu l'exp&#233;rience, mais je le pr&#233;sente aussi, comme tout, d'ailleurs, comme une hypo&#173;th&#232;se importante &#224; ne pas balayer par confort. Ce n'est pas vraiment au programme, mais l'esprit critique, si.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, je ne fais pas du tout &#339;uvre de militant, du moins tel qu'on l'entend habituellement. Le sens de ma pr&#233;sence parmi eux, c'est de former des intelli&#173;gences, pas des endoctrin&#233;s. La biologie est une discipline tr&#232;s id&#233;ologique, peut-&#234;tre la seule scientifique qui ait fond&#233; les totalitarismes : je rappelle que le nazisme s'en r&#233;cla&#173;mait centralement et ce n'est pas un accident, parce que la plupart des grands biologistes r&#233;cents, avec des exceptions comme Jean Rostand, par exemple, ou S. J. Gould, tendent &#224; l'extr&#234;me droite : Haeckel, Watson et Crick, Alexis Carrel, etc. Aujourd'hui c'est ren&#173;vers&#233; : la discipline est arraisonn&#233;e par les d&#233;lires id&#233;ologiques sur la &#171; th&#233;orie du genre &#187;, par exemple, ou toute la bien-pensance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et beaucoup de sujets portent &#224; des d&#233;bats &#233;thiques ou politiques de toute premi&#232;re importance, voire de toute urgence. Si je suis tr&#232;s engag&#233; sur ces sujets, je mets les &#233;l&#232;ves au d&#233;fi de percer mes positions&#8230; Je leur fais comprendre les tenants et les abou&#173;tissants, les arguments de part et d'autre, les donn&#233;es disponibles et celles qui ne le sont pas, l'&#233;tat de la question en fonction des positions de chacun. C'est souvent douloureux pour moi de ne pas trancher, mais c'est mon m&#233;tier. Sur les OGM par exemple, la g&#233;o-ing&#233;nierie, le nucl&#233;aire, la PMA, etc. En fait, je fais sortir le d&#233;bat des aspects purement scientifiques pour en faire un conflit de valeur, un choix politique et social, une question d'&#233;chelle de temps ou d'espace, d'engagement pour l'avenir. Et m&#234;me &#224; ce niveau-l&#224;, une fois qu'on a pris de la hauteur et de la distance vis-&#224;-vis de l'illusion technicienne, il y a souvent conflit entre le principe de pr&#233;caution et les imp&#233;ratifs &#233;conomiques ou g&#233;o&#173;politiques. L'important est qu'ils puissent sortir de la salle en pouvant soutenir des avis contraires mais argument&#233;s, comprendre de quoi il retourne de part et d'autre, le contexte global, les rapports de forces, et leur donner envie d'approfondir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu ne veux pas faire d'embrigadement&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si tu prends un peu de recul, tu vois globalement qu'avant la guerre de 14, le corps enseignant &#233;tait massivement patriotique. Dans les ann&#233;es 20-30, il est pass&#233; pacifiste, jusqu'&#224; la d&#233;b&#226;cle de 40&#8230; Dans l'apr&#232;s-guerre, plut&#244;t stalinien puis gauchiste, et dans les ann&#233;es 80-90, largement antiraciste et multiculturaliste&#8230; Le bilan n'est pas brillant, hein ? Je cherche &#224; former des intelligences, pas des militants : c'est une g&#233;n&#233;ration qui va &#234;tre confront&#233;e, qui l'est d&#233;j&#224;, &#224; des probl&#232;mes &#233;normes, enchev&#234;tr&#233;s, dont on n'a m&#234;me pas id&#233;e. Tout ce qu'on peut faire, au moins, c'est de les outiller un peu&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s, il y a les &#171; vrais &#187; probl&#232;mes. Par exemple la question des vaccins : tu ne peux qu'&#234;tre tiraill&#233; entre leur incontestable efficacit&#233; biologique et de l'autre c&#244;t&#233; les int&#233;r&#234;ts bien compris des grandes firmes pharmaceutiques machiav&#233;liques. L&#224;, il me semble, c'est tr&#232;s difficile d'y voir vraiment clair. &lt;i&gt;Idem&lt;/i&gt; les grandes pand&#233;mies. Et puis il y a les &#171; trous noirs &#187; vers lesquels on se dirige, &#224; la fois reconnus et occult&#233;s : les r&#233;sistances aux antibiotiques, la d&#233;pl&#233;tion &#233;nerg&#233;tique, l'infertilit&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;e, le chaos clima&#173;tique&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Justement : tu es toujours aussi neutre concernant les probl&#232;mes &#233;cologiques ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah non, l&#224; non, non&#8230; Enfin, si ! C'est LE &#171; trou noir &#187; par excellence. La situation est tellement catastrophique, objectivement&#8230; D'ailleurs cela d&#233;coule simplement de l'actualit&#233; : je fais syst&#233;matiquement des revues de presse scientifiques, eh bien les nou&#173;velles sont rarement bonnes sur le front de l'&#233;cologie, sensationnalisme mis &#224; part. M&#234;me sans &#231;a : c'est simplement une synth&#232;se que tout le monde peut faire &#224; partir des &#233;l&#233;ments incontestables qui pars&#232;ment les manuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sid&#233;rant, d'ailleurs : les parents devraient feuilleter les manuels de SVT, l'im&#173;pact &#233;cologique est omnipr&#233;sent, quoique souvent suggestif, et va &lt;i&gt;crescendo&lt;/i&gt; avec le cursus. Les questions des &#233;l&#232;ves aidant, je pousse toujours plus loin. Par exemple il est question de la protection de certaines esp&#232;ces, c'est difficile de ne pas encha&#238;ner sur le rythme actuel des extinctions (connues !) et la notion de sixi&#232;me extinction massive ter&#173;restre. Ce n'est pas gai mais c'est la r&#233;alit&#233;, du moins une hypoth&#232;se de plus en plus cr&#233;&#173;dible. M&#234;me chose lorsqu'on parle de l'alimentation, de la pollution, des pesticides, des sols... La disparition des sols cultivables, on n'en parle pas trop, c'est dramatique. Au lyc&#233;e, les manuels font r&#233;fl&#233;chir &lt;i&gt;mezzo voce&lt;/i&gt; au v&#233;g&#233;tarisme g&#233;n&#233;ralis&#233;, &#224; la mort lente des oc&#233;ans, &#224; l'&#233;puisement des ressources &#233;nerg&#233;tiques, &#224; la baisse de la consomma&#173;tion&#8230; Bon, nulle part il n'est question du nucl&#233;aire, hein, on est en France&#8230; Par contre les gamins connaissent tous Fukushima : comme moi Tchernobyl &#224; leur &#226;ge, ils sentent qu'il y a quelque chose comme un trou noir, l&#224;-bas&#8230; On travaille dessus en g&#233;n&#233;tique, les facteurs mutag&#232;nes, c'est leur entr&#233;e dans un monde de mutations permanentes interdisant toute stabilit&#233; donc toute &#233;volution des esp&#232;ces&#8230; Plus globalement, pour les sceptiques, je leur trace la courbe de la d&#233;mographie humaine depuis 10 000 ans, explo&#173;sive depuis le XIXe si&#232;cle : doublement du nombre d'humains depuis ma naissance&#8230; quadruplement pr&#233;vu d'ici ma mort&#8230; Tabou, l&#224; aussi. Et, en comparaison, celle des rendements agricoles, en plateau depuis 30 ans&#8230; Ou les courbes du rapport Meadows, incroyablement actuelles, et les perspectives d'un &#171; &lt;i&gt;peak all&lt;/i&gt; &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La catastrophe, quoi&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, mais non, je ne joue pas du tout le catastrophisme : d'abord je n'ai aucun go&#251;t pour le sadisme et ensuite c'est une id&#233;ologie st&#233;rile dans laquelle ils baignent d&#233;j&#224; &#8211; voir les films catastrophe produits en s&#233;rie depuis les ann&#233;es 1970. D&#232;s qu'on aborde ces questions : &#171; &lt;i&gt;C'est la fin du monde, monsieur !&lt;/i&gt; &#187;&#8230; Comme dans la soci&#233;t&#233; des &#171; adultes &#187;, on passe imm&#233;diatement du d&#233;ni &#224; la d&#233;mission&#8230; En d&#233;but d'ann&#233;e, on parle des exoplan&#232;tes : pour eux, c'est pour fuir notre vieille Terre pourrie&#8230; Je com&#173;mence donc syst&#233;matiquement par la notion d'&#171; enfermement plan&#233;taire &#187;&#8230; Alors non, la fin de l'esp&#232;ce humaine, s&#233;rieusement envisageable d'ici la fin du si&#232;cle, n'est pas la fin de la vie organique, et celle-ci n'est pas la fin de la plan&#232;te non plus. Ce n'est pas rassurant, mais &#231;a relativise. Bon, il y a des &#171; solutions techniques &#187; &#233;voqu&#233;es dans les manuels, mais les &#233;l&#232;ves eux-m&#234;mes sont en capacit&#233; d'en voir les limites, voire les in&#173;coh&#233;rences&#8230; Et on bascule sur leur absence de mise en &#339;uvre, des forces &#233;cono&#173;miques, l'attachement au consum&#233;risme&#8230; Lui-m&#234;me &#233;voqu&#233; dans les manuels : la provenance des composants des t&#233;l&#233;phones, l'&#233;nergie n&#233;cessaire pour les fabriquer, les nuisances de l'utilisation, la pollution engendr&#233;e par leurs d&#233;chets&#8230; Parall&#232;lement, le paquet est mis aussi sur la pr&#233;vention des risques naturels : s&#233;ismes, volcans, inonda&#173;tions, temp&#234;tes, etc. &#199;a r&#233;sonne &#233;trangement parce que les gamins vivent, les plus petits sont les plus explicites, avec l'id&#233;e d'une &#171; Nature &#187; vengeresse, d'une M&#232;re-Nature bonne et pure qui aurait &#233;t&#233; viol&#233;e, souill&#233;e et dont on calmerait le courroux en la prot&#233;&#173;geant, en la d&#233;ifiant&#8230; C'est inqui&#233;tant, &#231;a. Bon, tr&#232;s vite on objective : la nature, c'est, comme dirait F. Terrasson, les mar&#233;cages, les virus, la d&#233;composition, etc. Mais les pas&#173;sions et projections sont tellement &#233;normes sur les questions &#233;cologiques que les sch&#233;&#173;mas archa&#239;ques ne peuvent que ressurgir. Bref, ce que je dois enseigner officiellement est &#233;tonnant de relative lucidit&#233; &#8211; relative, hein&#8230; Et c'est d'autant plus d&#233;rangeant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi d&#233;rangeant ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que c'est toi le prof&#8230; C'est &lt;i&gt;toi&lt;/i&gt; qui leur annonce &#231;a, &#224; &lt;i&gt;eux&lt;/i&gt;. C'est toi le maillon entre deux g&#233;n&#233;rations, le repr&#233;sentant de l'humanit&#233; aupr&#232;s de ces petits qui viennent d'arriver, c'est m&#234;me de l&#224;, comme dit Arendt, que vient ton autorit&#233; &#8211; ou devrait&#8230; Tu es cens&#233; leur pr&#233;senter les avanc&#233;es de notre esp&#232;ce jusqu'&#224; aujourd'hui, ce qu'on a fait, ce qu'on leur laisse, ce qu'ils auront &#224; faire, tout seuls, sans nous&#8230; Et l&#224;, tu leur an&#173;nonces que, bon, on s'est bien amus&#233;s depuis un si&#232;cle, mais que les suivants vont devoir payer la note, &#224; un moment. Et qu'ils commencent d&#233;j&#224;. Sondage : qui a une allergie dans la classe ? Un tiers, la moiti&#233;. Qui est asthmatique ? Un quart. &#192; leur &#226;ge, on n'avait qu'un ou deux souffreteux de ce type, dans nos classes, non ? C'est tr&#232;s concret. Et ce n'est pas une lubie de ma part : c'est l'&#201;tat qui me demande de le faire. C'est tr&#232;s difficile comme situation d'annoncer tr&#232;s concr&#232;tement &#224; des enfants que le monde est en perdi&#173;tion, qu'ils h&#233;ritent de &#231;a, de la passivit&#233; de leurs parents, qui attendent que &#231;a passe. &#171; Les g&#233;n&#233;rations futures &#187;, gna-gna-gna&#8230; Je les ai en face de moi, les g&#233;n&#233;rations futures, l&#224;&#8230; Et je ne sais pas comment &#231;a ne pourrait pas jouer, d'une mani&#232;re ou d'une autre, dans la construction de leur personnalit&#233;, dans le rapport qu'ils entretiennent avec le pass&#233;, le futur, le monde adulte&#8230; Je les crois tr&#232;s nihilistes, au fond, derri&#232;re une insouciance destin&#233;e aux parents, qui ne demandent que &#231;a, &#171; qu'ils soient heureux &#187;&#8230; C'est ce que l'on a v&#233;cu, nous, mais c'est bien plus intense pour eux. &#192; moyen terme, quels seront les rapports entre g&#233;n&#233;rations, mais aussi entre classes sociales, entre ethnies, lorsque la nouvelle va se r&#233;pandre que la f&#234;te est &lt;i&gt;vraiment&lt;/i&gt; finie, qu'il n'y en a plus pour tout le monde ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et tu ne les rassures pas ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne vois pas pourquoi je leur mentirais&#8230; Et je ne vois pas comment. &#192; moins que tu n'aies des &#233;l&#233;ments que j'ignore ?&#8230; Je crois qu'il faut leur parler franchement, les mettre dans le bain. Mon discours, c'est plut&#244;t : voil&#224; la situation, elle est catastrophique, elle le sera plus ou moins en fonction d'une multitude de facteurs que vous pouvez maintenant comprendre ; des issues existent, elles demanderaient d'&#233;normes m&#233;ta&#173;morphoses des soci&#233;t&#233;s humaines, tant dans leur direction et leur fonctionnement actuel que dans leur fondement depuis des mill&#233;naires. C'est possible, de telles choses ont d&#233;j&#224; eu lieu (allez voir votre prof d'histoire, qu'il fasse son boulot), mais c'est loin d'&#234;tre simple. Nous, ma g&#233;n&#233;ration, nous n'avons m&#234;me pas essay&#233;. Vous, vous y serez obli&#173;g&#233;s, d'une mani&#232;re ou d'une autre, sinon vos enfants ou les enfants de vos enfants. Voil&#224; o&#249; on en est, et si vous avez des id&#233;es, vous savez comment me joindre&#8230; Et effecti&#173;vement, ils ont plein d'id&#233;es, &#231;a fuse, &#231;a discute, &#231;a examine, &#231;a soup&#232;se&#8230; Je r&#233;fute toutes les b&#234;tises dans l'air du temps, notamment le &#171; d&#233;veloppement durable &#187; des profs d'histoire-g&#233;o, tout en laissant ouvertes les portes qui doivent le rester, je m'interroge avec eux. Mais d&#232;s qu'il est question de niveau de vie, d'&#233;conomie, de politique, c'est d&#233;j&#224; plus poussif : on sent que rien n'a &#233;t&#233; transmis, c'est une sorte d'absence, de blanc, de vide, sauf chez certains, rares, mais alors c'est souvent le discours &#233;lectoral parental qui se pr&#233;sente. En tout cas, je crois que je les fais mesurer ce qui se passe, avec d'autres mots que ceux des m&#233;dias culpabilisateurs et des parents rassurants mais qui en fait se rassurent, eux, d'avoir engendr&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#199;a fait effet ?&#8230; Je veux dire : tu sens qu'ils prennent conscience de quelque chose ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non. Je ne sais pas&#8230; Enfin, c'est compliqu&#233;, ils sont d&#233;j&#224; &#224; la fois tr&#232;s lucides et tr&#232;s fatalistes, d&#232;s le coll&#232;ge. Plus encore au lyc&#233;e, tu sens que leur curiosit&#233;, leur enthou&#173;siasme, leur imagination sont d&#233;j&#224; tr&#232;s rabot&#233;s. Ils deviennent r&#233;sign&#233;s. &#171; Adultes &#187;, quoi&#8230; Mais &#231;a c'est difficile : que serait une personne ayant r&#233;ellement conscience de ce qui est en train de se passer sur la plan&#232;te, en termes &#233;cologiques ? Je n'ai pas la r&#233;ponse. Mais &#231;a ne diff&#232;re pas tellement du reste des enseignements, en r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que la soci&#233;t&#233; se referme et que les individus se conforment de plus en plus &#224; une vision du monde &#233;triqu&#233;e, habituelle et rassurante. &#199;a fait partie de la crise de l'&#233;du&#173;cation, qui est d'abord une crise de la connaissance, de la civilisation. Je m'explique : on a l'image de l'&#233;ducation ou plut&#244;t de l'instruction comme un verre que l'on remplit. Je n'ai pas d'autres images &#224; proposer, sinon peut-&#234;tre celle de la chrysalide. On ne ressort pas du savoir indemne, on en sort transform&#233;, ou alors on n'a pas compris, pas admis, on refoule. C'est &#233;vident lorsqu'on fait de l'astronomie &#8211; je d&#233;bute toutes mes ann&#233;es de tous mes niveaux par le commencement : les dimensions de temps et d'espace sont litt&#233;ralement astronomiques, les ph&#233;nom&#232;nes sont litt&#233;ralement cosmiques, les enjeux sont m&#233;taphysiques d&#232;s qu'on parle du d&#233;but de tout, de la mort du soleil ou de la fin &#233;ventuelle de l'univers dans l'immobilisation glaciale d'un refroidissement g&#233;n&#233;ralis&#233; proche du z&#233;ro absolu. Si jamais tu as admis r&#233;ellement que tout cela &#233;tait vrai, tu ne vois plus rien de la m&#234;me mani&#232;re, ni ton existence, ni l'histoire, ni la succession des jours. Tu connais l'&#233;tat de ton cerveau apr&#232;s avoir contempl&#233; le ciel &#233;toil&#233; pendant quelques minutes ? C'est un peu &#231;a. Dans ma classe, je sais que quelqu'un a compris lorsqu'il ouvre grand ses yeux, veut que je confirme, me redemande plusieurs fois la m&#234;me chose me r&#233;p&#232;te &#171; &lt;i&gt;mais non attendez, monsieur, c'est pas possible&lt;/i&gt; &#187;, bavarde avec ses copains-copines &#171; &lt;i&gt;non mais tu te rends compte ?&lt;/i&gt; &#187; et quitte la salle &#233;berlu&#233;, &lt;i&gt;stone&lt;/i&gt;. Il y en a souvent un ou deux, comme &#231;a, n'importe qui, &#224; l'improviste, qui est emport&#233;, pris, ravi. Il a compris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et les autres ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autres ont juste enregistr&#233;, on verra plus tard. C'est la m&#234;me chose pour &#224; peu pr&#232;s tout : qui a r&#233;ellement compris que son corps &#233;tait constitu&#233; de cent mille milliards d'&#234;tres vivants qui coop&#232;rent ? On r&#233;alise dans la proximit&#233; avec le cancer, rarement avant. Et quoi de plus banal qu'une plante ? Mais il faut comprendre qu'elles font appa&#173;ra&#238;tre la vie &#224; partir du Soleil et de quelques mol&#233;cules que l'on trouve partout dans l'univers, c'est-&#224;-dire &lt;i&gt;rien.&lt;/i&gt; L'arbre juste l&#224;, il est constitu&#233; de mol&#233;cules qu'il a pr&#233;le&#173;v&#233;es dans l'air que tu respires. Et m&#234;me chose pour toi : tu es un flux de mati&#232;re permanent, l'eau et tous les &#233;l&#233;ments que tu contiens ne font que passer par toi, au point que tout se renouvelle dans ton organisme en dix ans. Quelle est ton identit&#233;, alors, la permanence de ce que tu es ? Et ta parent&#233; r&#233;elle avec le vivant : tu es v&#233;ritablement le cousin de ton voisin de palier, de l'&#233;l&#233;phant ou de l'algue. Nous avons une histoire commune, tangible. Et cette conversation, cette mati&#232;re, ces couleurs peuvent &#234;tre objectivement r&#233;duites &#224; des longueurs d'ondes, des vibrations de l'air, des forces &#233;lectromagn&#233;tiques&#8230; Tu crois &#234;tre pos&#233; sur le sol, mais tu tiens sur une mince couche solide qui erre sur un oc&#233;an de magma de 6 000 km de profondeur. Le ph&#233;nom&#232;ne m&#234;me de la vie est d&#233;lirant, ce n'est qu'une autre organisation de la mati&#232;re : Hubert Reeves a raison de dire qu'il serait miraculeux qu'une montagne accouche r&#233;ellement d'une souris&#8230; Bref, qui vit vraiment en concevant tout &#231;a ? C'est une s&#233;rie de d&#233;centrements radicaux qui te m&#233;tamorphosent profond&#233;ment, te font &#234;tre quelqu'un d'autre, et &#234;tre diff&#233;remment. &#192; la fois une humiliation insupportable et un d&#233;passement complet de ta condition, une participation au monde, &#224; l'univers qui glorifie en toi ce que tu ne reconnais pas, que tu refuses de voir&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous ne sommes pas loin de la philosophie&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est m&#234;me en plein dedans. Je crois que la biologie, les SVT en g&#233;n&#233;ral, c'est vrai&#173;ment la philosophie de l'enfant. Au coll&#232;ge, c'est nous qui r&#233;pondons aux questions es&#173;sentielles qui les taraudent sur la &#171; Vie &#187; : Qui sommes-nous ? Qu'est-ce qui nous dif&#173;f&#233;rencie des animaux ? C'&#233;tait comment avant ? &#199;a a commenc&#233; comment ? Comment va-t-on mourir ? Et pourquoi ? Et les pierres ? Comment marche mon corps ? De quoi je suis fait et qui je suis, moi, par rapport &#224; tout le reste ?&#8230; R&#233;cemment, je me suis mis &#224; afficher des citations de scientifiques, et je demande aux gamins de les commenter. Par exemple, j'aime bien celle de Bichat : &#171; &lt;i&gt;Les conditions de la vie ne sont ni dans l'organisme, ni dans le milieu ext&#233;rieur, mais dans les deux &#224; la fois.&lt;/i&gt; &#187; C'est au fonde&#173;ment de l'approche &#233;cologique&#8230; Ou, du m&#234;me : &#171; &lt;i&gt;La vie est l'ensemble des fonctions qui r&#233;sistent &#224; la mort&lt;/i&gt; &#187;, auquel H. Atlan r&#233;pond : &#171; &lt;i&gt;La vie est l'ensemble des fonctions capables d'utiliser la mort&lt;/i&gt; &#187;. &#199;a, c'est tout le chapitre sur le &#171; cycle de la mati&#232;re &#187;, quand les gamins comprennent que la d&#233;composition est le maillon cl&#233; de la vie. Der&#173;ri&#232;re, &#233;videmment, il a Hegel : &#171; &lt;i&gt;Ce qui est contradictoire dans le royaume des choses mortes ne l'est pas dans le royaume de la vie.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais au-del&#224; de tout &#231;a, sur la connaissance elle-m&#234;me, sur la mani&#232;re d'appr&#233;hender les ph&#233;nom&#232;nes quotidiens de mani&#232;re rationnelle, la biologie / g&#233;ologie occupe une place de choix. La math&#233;matique est encore trop formelle, la physique trop m&#233;canique et les autres mati&#232;res ne sont pas assez fondamentales pour les interrogations existentielles des plus jeunes. Et comme, b&#234;tement, on ne fait pas de philosophie avant les quelques mis&#233;rables heures de terminale, &#231;a nous retombe dessus. &#199;a change un peu au lyc&#233;e, heureusement. Ou &#231;a devrait, parce que j'y vois plut&#244;t un ass&#232;chement de l'interrogation, la plupart du temps. C'est d&#233;sesp&#233;rant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d&#233;sesp&#233;rant parce qu'il est vraiment l&#224;, le &#171; d&#233;senchantement du monde &#187;, il n'est certainement pas dans l'esprit scientifique bien compris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourtant c'est &#231;a, ce que l'on entend par &#171; d&#233;senchantement du monde &#187;, c'est la fin du sentiment de surnaturel d&#251; aux progr&#232;s de la science.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; il y a une &#233;norme erreur de raisonnement, et qui est pourtant connue : tout ce dont je viens de parler est tr&#232;s loin de dessiner un monde plat, rationnel et explicable de part en part, sans myst&#232;re et sans qu&#234;te&#8230; Et au contraire, il y a un mysticisme scientifique &#8211; spectaculaire chez les math&#233;maticiens &#8211; qui date de Pythagore&#8230; Sans aller jusque-l&#224;, puisque l&#224; aussi, on est dans une cl&#244;ture, la science ouvre un monde bien plus mer&#173;veilleux ou vertigineux que celui des nymphes, des sorci&#232;res ou des OVNIs ! Et je dirai m&#234;me que c'est tellement inadmissible que c'est un des obstacles &#224; l'apprentissage, sinon le principal : ce que j'ai &#224; leur transmettre est tellement impensable, tellement d&#233;&#173;rangeant que les &#233;l&#232;ves pr&#233;f&#232;rent ne pas s'en impr&#233;gner, et n'en rester qu'&#224; la surface, aux calculs, aux formules, aux d&#233;finitions, bref, le scolaire et laisser de c&#244;t&#233; l'&#233;mer&#173;veillement, l'&#233;motion, la r&#233;volution de l'esprit que &#231;a repr&#233;sente. Ou alors ils basculent dans l'id&#233;ologie scientiste, la science comme religion, alors que ce r&#233;enchantement est radicalement d'une nature diff&#233;rente, il exige un investissement du monde, du savoir, de la soci&#233;t&#233;, d'eux-m&#234;mes, tr&#232;s particulier et novateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce n'est pas le propre de la biologie, ni m&#234;me de la science...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non parce que c'est tout de m&#234;me la science, en tant que p&#244;le de la rationalit&#233;, qui a m&#233;tamorphos&#233; l'univers de l'&#234;tre humain&#8230; En m&#234;me temps, oui, tu as raison, c'est au fond la m&#234;me chose en histoire, en musique ou en langues, c'est le savoir d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, et c'est la formation de l'&#234;tre humain tout au long de sa vie. C'est &#231;a, son tra&#173;vail &#224; l'enfant, vraiment &#233;puisant pour le coup, c'est au moins d'entrevoir le monde &#224; travers ces prismes, de prendre conscience de l'immensit&#233; du savoir et de l'ignorance, des infinis qui nous traversent, et c'est &#231;a, l'&#233;ducation : la possibilit&#233; de devenir autre chose que ce truc norm&#233; qui bouffe et qui va travailler en regardant des inepties sur un &#233;cran et qui, pour le reste, fait confiance aux sp&#233;cialistes et experts. Mais &#231;a se referme, c'est de moins en moins possible, les gamins sentent que &#231;a va les rendre trop diff&#233;rents, trop anormaux, trop d&#233;rangeants, trop solitaires &#8211; et je sais de quoi je parle&#8230; Ils vivent dans un monde qui se croit le seul possible et on leur dit qu'il n'y a qu'une seule fa&#231;on d'&#234;tre, derri&#232;re les petites diff&#233;rences narcissiques. &#199;a va changer, plus rapidement et plus profond&#233;ment qu'on ne le pense. Comment &#233;duquer, instruire, parler &#224; un gamin en sachant &#231;a ? Je n'ai pas de r&#233;ponse.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Enseigner&#8230; la catastrophe (1/2)</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?927-Enseigner-la-catastrophe-1-2</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?927-Enseigner-la-catastrophe-1-2</guid>
		<dc:date>2018-09-06T18:57:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>P&#233;dagogie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;ducation</dc:subject>
		<dc:subject>Gauchisme</dc:subject>
		<dc:subject>Progressisme</dc:subject>
		<dc:subject>Insignifiance</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cologie</dc:subject>
		<dc:subject>B&#233;rard Quentin</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cologisme</dc:subject>
		<dc:subject>Entretien</dc:subject>
		<dc:subject>Scientisme</dc:subject>
		<dc:subject>N&#233;ot&#233;nie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte fait partie de la brochure n&#176;26bis : &#171; &#201;cologie, pand&#233;mie &amp; d&#233;mocratie directe &#187; L'&#233;cologie politique dans la crise mondiale &#8212; seconde partie Sommaire : &#171; En prenant des mesures contre le virus on peut &#234;tre amen&#233;s &#224; prendre des d&#233;cisions qu'on n'osait pas trancher &#224; cause de la bien-pensance &#187; (&#201;mission de radio) &#171; On ne peut pas vouloir une d&#233;mocratie directe pour r&#233;tablir une soci&#233;t&#233; de consommation &#187; (&#201;mission de radio) Immigration, &#233;cologie et d&#233;croissance (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-8-pedagogie-+" rel="tag"&gt;P&#233;dagogie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-30-education-+" rel="tag"&gt;&#201;ducation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-31-gauchisme-+" rel="tag"&gt;Gauchisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-33-progres-+" rel="tag"&gt;Progressisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-60-insignifiance-+" rel="tag"&gt;Insignifiance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-89-ecologie-+" rel="tag"&gt;&#201;cologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-283-Berard-Quentin-+" rel="tag"&gt;B&#233;rard Quentin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-113-ecologisme-+" rel="tag"&gt;&#201;cologisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-130-entretien-+" rel="tag"&gt;Entretien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-224-scientisme-+" rel="tag"&gt;Scientisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-234-neotenie-+" rel="tag"&gt;N&#233;ot&#233;nie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/arton927.png?1621968982' class='spip_logo spip_logo_right' width='108' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce texte fait partie de la brochure n&#176;26bis :&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; &#201;cologie, pand&#233;mie &amp; d&#233;mocratie directe &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;L'&#233;cologie politique dans la crise mondiale &#8212; seconde partie&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_gris2&#034;&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cimulti_colonnes&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;col-sm-6&#034;&gt;&lt;figure class='spip_document_1166 spip_documents spip_documents_center' style=&#034;max-width:200px;&#034; data-w=&#034;200&#034;&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?-100-Brochures-' class=&#034;spip_in&#034; arial-label=&#034;&#034;&gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:139.52483801296%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/png/une26bis-2.png&amp;taille=200&amp;1621970990' alt='' data-src='IMG/png/une26bis-2.png' data-l='463' data-h='646' data-tailles='[\&#034;200\&#034;]' class='image_responsive avec_picturefill' srcset='index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/png/une26bis-2.png&amp;#38;taille=200&amp;#38;1621970990 1x,index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/png/une26bis-2.png&amp;#38;taille=400&amp;#38;1621970990 2x' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;col-sm-6&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sommaire :&lt;/h2&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1014-En-prenant-des-mesures-contre-le' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; En prenant des mesures contre le virus on peut &#234;tre amen&#233;s &#224; prendre des d&#233;cisions qu'on n'osait pas trancher &#224; cause de la bien-pensance &#187; (&#201;mission de radio)&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1022-On-ne-peut-pas-vouloir-une' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; On ne peut pas vouloir une d&#233;mocratie directe pour r&#233;tablir une soci&#233;t&#233; de consommation &#187; (&#201;mission de radio)&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?978-Immigration-ecologie-et' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Immigration, &#233;cologie et d&#233;croissance (Conf&#233;rence)&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Enseigner&#8230; la catastrophe (Entretien)&lt;/strong&gt; &#8212; Ci-dessous...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1019-Parution-des-brochures-no26-26bis' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Quatri&#232;me de couverture&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis le 11 mai 2018&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu es enseignant de SVT. Pourrais-tu nous rappeler ce que c'est, pour ceux qui ont quitt&#233; l'&#233;cole il y a longtemps ?&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; SVT &#187;, c'est l'horrible acronyme de &#171; Sciences de la Vie et de la Terre &#187;, autrefois les &lt;i&gt;Sciences Nat', &lt;/i&gt;les &#171; sciences naturelles &#187;. &#201;tymologiquement, cela d&#233;signe la biologie et la g&#233;ologie, elles-m&#234;mes sous-divis&#233;es en une multitude de disciplines : par exemple physiologie, &#233;cologie ou immunologie pour la premi&#232;re et sismologie, min&#233;ra&#173;logie, astronomie ou oc&#233;anographie pour la seconde. Les &#171; SVT &#187;, donc, regroupent un nombre extraordinaire de domaines plus ou moins li&#233;s ensemble et que l'on aborde au coll&#232;ge-lyc&#233;e. &#199;a touche tout ce qui a trait &#224; la psychologie animale, les ph&#233;nom&#232;nes astronomiques, le sport ou le jardinage, la sexualit&#233; et la contraception, la nutrition, l'&#233;volution du climat, la toxicomanie, la pollution, l'arch&#233;ologie, etc. On aborde &#231;a &#224; diff&#233;rents niveaux, bien s&#251;r.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est &#233;norme&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois que c'est sans &#233;quivalent dans les enseignements du secondaire. Et la difficult&#233; est d&#233;cupl&#233;e par le fait que tout cela doit &#234;tre abord&#233; sous trois angles : d'abord le savoir lui-m&#234;me, l'&#233;tat des connaissances actuelles, tr&#232;s complexes mais qu'il faut simplifier sans appauvrir, mais aussi, et peut-&#234;tre surtout, la m&#233;thode scientifique, les m&#233;thodologies utilis&#233;es, la d&#233;marche rationnelle, hypoth&#233;tico-d&#233;ductive, exp&#233;rimentale. Et enfin, le parent pauvre malheureusement, l'histoire de la science, des sciences plut&#244;t, donc la mani&#232;re dont l'humanit&#233; a peu &#224; peu &#233;labor&#233; cette chose litt&#233;ralement extraordi&#173;naire qu'on appelle &#171; la &#187; science. Donc ce n'est pas simple de jongler entre les trois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8230;surtout dans une salle de classe&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et &#224; cela se rajoute encore une interdisciplinarit&#233; de fait. Nous avons besoin des bases dans tous les autres enseignements. C'est &#233;vident pour les math&#233;matiques et la physique, que l'on doit ma&#238;triser et ce n'est pas r&#233;ci&#173;proque, mais nous nous avons besoin d'un tr&#232;s bon niveau de langue fran&#231;aise, autant pour la compr&#233;hension des &#233;nonc&#233;s, l'analyse des donn&#233;es que pour la r&#233;daction, avec des raisonnements, un vocabulaire et une rigueur souvent assez subtils. Et on a besoin du grec et du latin, question &#233;tymolo&#173;gie. M&#234;me chose pour l'histoire-g&#233;ographie, bien s&#251;r, mais aussi pour le dessin : tr&#232;s t&#244;t, on utilise et fait faire des tas de graphiques, de sch&#233;mas, de dessins. Nous faisons du dessin d'observation, des croquis, des esquisses, dans la tradition de Buffon et de Linn&#233;. Mais &#231;a, le dessin, &#231;a a pratiquement disparu des enseignements&#8230; Ce n'est pas simple. Donc interdisciplinarit&#233; &#224; la base, mais aussi dans les prolongements : quoi qu'on traite, d&#232;s qu'on discute un peu, on empi&#232;te in&#233;vitablement sur les autres disciplines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc nous touchons vraiment &#224; tout. C'&#233;tait le fondement de mon choix d'&#233;tudes : la biologie &#233;tait pour moi au croisement de tous les savoirs, au centre d'un &lt;i&gt;continuum&lt;/i&gt; qui va de la logique pure, la math&#233;matique, &#224; l'imaginaire, les arts ou la psychanalyse, en passant par la sociologie, par exemple, ou la technologie, pour l'aspect mat&#233;riel des ma&#173;nips. Parce que je te rappelle qu'on fait des &#171; TP &#187;, les c&#233;l&#232;bres et attendus travaux pra&#173;tiques qui devraient &#234;tre la colonne vert&#233;brale de notre enseignement. En r&#233;alit&#233; c'est impossible au vu des multiples contraintes de temps, de programme, d'organisation&#8230; Ou d'infantilisation des gamins, parce que, l&#224;, d'un coup, on leur demande de s'auto-or&#173;ganiser, de r&#233;fl&#233;chir, d'imaginer, d'improviser, de mettre en pratique, de vraiment com&#173;prendre&#8230; Forc&#233;ment, ils ne sont pas habitu&#233;s, c'est le moins qu'on puisse dire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et alors comment tu te d&#233;brouilles pour enseigner tout &#231;a ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mal, je crois&#8230; Je bricole&#8230; Mon principe num&#233;ro un, c'est celui de la m&#233;decine an&#173;tique : &lt;i&gt;primum non nocere, &lt;/i&gt;d'abord, ne pas nuire. C'est-&#224;-dire ne pas d&#233;go&#251;ter l'&#233;l&#232;ve non seulement de la mati&#232;re, mais du savoir en g&#233;n&#233;ral, ne pas le d&#233;courager. &#199;a passe par essayer de ne pas ass&#233;cher, et m&#234;me d'accompagner la curiosit&#233; spontan&#233;e des ga&#173;mins, leur soif de comprendre, d'apprendre, de se sentir de ce monde. Donc j'accorde beaucoup d'importance aux questions qu'ils posent. En fait, c'est m&#234;me &#231;a qui structure mes cours, essentiellement improvis&#233;s&#8230; &#199;a oblige &#224; vraiment comprendre ce dont on parle et &#224; aimer sa discipline, de la mettre &#224; l'&#233;preuve, de l'&#233;prouver au contact de ce qui surgit l&#224;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#199;a pla&#238;t &#224; l'inspection acad&#233;mique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moyen&#8230; Les inspecteurs appellent &#231;a des &#171; &lt;i&gt;cours dialogu&#233;s&lt;/i&gt; &#187;, mais moi, j'exag&#232;re vraiment, je crois&#8230; &#192; propos, il y a quelques ann&#233;es, j'avais r&#233;dig&#233; un contre-rapport d'inspection suite au passage d'un &lt;i&gt;sp&#233;cimen&lt;/i&gt; du rectorat dans mes classes, &#231;a va te don&#173;ner une id&#233;e de mon approche :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai eu l'honneur de contre-inspecter Mme X ce jour et vous transmets mon rapport sur son travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;ress&#233;e semble passer outre l'incompressible ingratitude de sa t&#226;che et fait montre de bienveillance et de sollicitude. Exer&#231;ant ses fonctions avec bonne volont&#233; et entrain, elle m&#233;rite de demeurer en poste et re&#231;oit donc par la pr&#233;sente un avis favorable &#224; son maintien et sa progression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, sans doute imputables &#224; une entr&#233;e r&#233;cente dans la corporation, quelques points pourraient faire l'objet d'un effort particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, l'in&#233;vitable jargon ne semble pas toujours ma&#238;tris&#233;, et l'effet d'autorit&#233; s'en trouve alors passablement att&#233;nu&#233; : termes intrins&#232;quement incompr&#233;hensibles et tour&#173;nures imbitables doivent &#234;tre employ&#233;s avec parcimonie et assurance, sans mal&#173;adresses visibles ni g&#234;ne apparente, quelle qu'en soit l'insignifiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, la candidate a bien su affirmer la priorit&#233; donn&#233;e &#224; l'enseignement au for&#173;matage des &#233;l&#233;ments performants destin&#233;s aux industries des grandes &#233;coles, ainsi que r&#233;futer les r&#234;veries visant &#224; former des &#234;tres curieux, des citoyens lucides et des per&#173;sonnes joyeuses, mais il importe de ne pas rendre trop &#233;vidente l'implicite finalit&#233; auto-r&#233;f&#233;rentielle du syst&#232;me scolaire contemporain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, si les remarques et critiques de l'inspectrice tendaient &#224; &#234;tre justes, une trop grande n&#233;gligence de la r&#233;alit&#233; pouvait les rendre sujets &#224; caution : c'est ainsi que la lecture de cahiers d'&#233;l&#232;ves ou l'&#233;valuation du travail d&#233;j&#224; effectu&#233; ont pu souffrir de grossi&#232;res approximations, voire de l&#233;g&#232;ret&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, semblent avoir &#233;t&#233; gravement sous-estim&#233;s tous les efforts fournis in extremis par le professeur afin de pr&#233;senter &#224; temps les ineptes documents demand&#233;s et afficher en temps et en heure une apparence sereine et avenante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fait pour valoir &#224; qui de droit, et pour remercier toutes les personnes qui l'ont rendu possible. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re phrase, c'&#233;tait pour les coll&#232;gues qui m'avaient fil&#233; tous leurs documents de travail, histoire que j'aie quelque chose &#224; pr&#233;senter&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Effectivement, &#231;a donne le ton&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, j'ai une approche d&#233;cal&#233;e compar&#233; &#224; beaucoup d'autres profs parce que j'ai toujours boss&#233; avec des gamins dans l'animation, et je me suis nourri de pas mal d'exp&#233;riences en psychosociologie, en th&#233;&#226;tre de rue, en analyse&#8230; Et je n'ai jamais &#233;t&#233; vraiment bon &#233;l&#232;ve&#8230; Donc mon regard est d'abord collectif et je marche &#224; l'enthou&#173;siasme avec les enfants&#8230; C'est d'ailleurs un point positif qui ressort syst&#233;matiquement des bilans r&#233;guliers que je fais avec eux : &#171; &lt;i&gt;On sent que vous adorez votre mati&#232;re ! Alors &#231;a nous int&#233;resse, aussi, forc&#233;ment.&lt;/i&gt; &#187;. Voil&#224; : ils pensent vraiment que je suis passionn&#233; par ce que j'enseigne&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce n'est pas le cas, tu n'es pas passionn&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui et non&#8230; C'est compliqu&#233;&#8230; En tout cas pas tout le temps, &#233;videmment, m&#234;me si l'improvisation permanente me contraint &#224; parler de ce qui me tient &#224; c&#339;ur&#8230; Mais dans tous les cas, c'est aussi de la repr&#233;sentation th&#233;&#226;trale : c'est pour moi une marque de respect pour eux. De toute fa&#231;on, tu transmets le rapport que tu montres avec ta disci&#173;pline : si c'est un simple gagne-pain sans r&#233;elle signification, ils le sentent imm&#233;diate&#173;ment. Quand tu te fais chier, tu fais chier, pour le dire clairement, il suffit d'avoir &#233;t&#233; &#233;l&#232;ve une seule fois dans sa vie&#8230; Bref moi mon style, je m'en rends compte, c'est im&#173;provisation et enthousiasme. Et bonne humeur, quand m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est pas un peu &#171; d&#233;mago &#187;, &#231;a ?&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pas tout &#224; fait ma r&#233;putation&#8230; Non, non, je ne suis pas du tout dans le prof-clown ou le jeu permanent, l'apprentissage par le divertissement ou le prof-copain. Le savoir est une violence, de toute mani&#232;re, c'est une remise en cause des allant-de-soi, des &#233;vidences familiales ou personnelles, de l'opinion g&#233;n&#233;rale, des petites mythologies personnelles, des croyances infantiles, etc. Et &#231;a toute la vie&#8230; Donc il y a un arrache&#173;ment in&#233;vitable, qu'il n'y a pas besoin de surestimer mais qu'il faut assumer. Donc en parall&#232;le, je suis tr&#232;s intransigeant quant &#224; l'acquisition des connaissances, la compr&#233;&#173;hension, la r&#233;flexion, la rigueur. &#199;a fait des moyennes vraiment moyennes&#8230; L&#224;-dessus je ne c&#232;de pas &#224; la tendance g&#233;n&#233;rale qui est &#224; la d&#233;mission&#8230; &#199;a para&#238;t contradictoire, &#231;a d&#233;sar&#231;onne un enfant qui d&#233;barque de primaire, ou ses parents, mais, je crois qu'ils s'y font, finalement. Bon, j'ai d&#251; revoir mes exigences &#224; la baisse : si je comptais l'or&#173;thographe dans mes copies, ce que je m'&#233;tais jur&#233; de faire en commen&#231;ant, les notes se&#173;raient lamentables et ce serait bien injuste&#8230; En g&#233;n&#233;ral, je trouve &#233;tonnant le confor&#173;misme des profs alors qu'ils jouissent d'une libert&#233; extraordinaire dans leur travail. La p&#233;dagogie ne les int&#233;resse pas, en fait&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et toi, tu te r&#233;clames d'une p&#233;dagogie particuli&#232;re ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a plus de p&#233;dagogie&#8230; Pour moi tout s'est arr&#234;t&#233; avec la p&#233;dagogie institution&#173;nelle, qui a &#233;t&#233; dig&#233;r&#233;e faute de combattants par la bureaucratie de &#171; l'&#201;ducation natio&#173;nale &#187;, qui n'est plus vraiment une &#233;ducation et plus vraiment nationale&#8230; Dans ce do&#173;maine, certains red&#233;couvrent l'eau chaude r&#233;guli&#232;rement, en r&#233;alit&#233; c'est le pi&#233;tinement. Donc je ne fais que bricoler avec ce que j'ai vu et l&#224; d'o&#249; je viens, sans aucune pr&#233;ten&#173;tion, mais je suis un peu un corps &#233;tranger dans le milieu enseignant, puisque je ne suis jamais pass&#233; par un IUFM&#8230; Je ne m'interdis rien, ni le cours magistral ni les m&#233;tiers &#224; la Freinet, ni le travail en groupe, ni la sanction, et quant aux notes, n'&#233;tant pas titulaire, je ne suis pas en positon de les abandonner en faisant un travail de fond. J'essaie de ne pas l&#226;cher le savoir et ses exigences, ce que l'on fait facilement, mais sans perdre de vue l&#224; o&#249; en sont les gamins, leurs petites vies et ce que leur &#233;poque fait d'eux&#8230; En fait mon attitude est surtout une r&#233;action spontan&#233;e au cadre, aussi, &#224; ces journ&#233;es fatigantes pour les gamins, routini&#232;res, ennuyeuses, souvent, saucissonn&#233;es, cloisonn&#233;es bref ab&#234;tis&#173;santes pour beaucoup, malgr&#233;, ou &#224; cause, ou en plus de la d&#233;magogie g&#233;n&#233;rale juste&#173;ment... Au d&#233;but d'un cours, j'essaie de prendre le pouls de la classe, histoire de savoir ce qui se passe : ils sortent d'une interro de math horrible ou sont &#233;puis&#233;s par la piscine, ont besoin de rigoler apr&#232;s le cours de M. Terreur, angoissent &#224; partir d'une histoire de vol, etc. &#199;a m'arrive quelques fois de consacrer l'heure enti&#232;re &#224; discuter de ce qui leur arrive, y compris de l'actualit&#233; lorsqu'elle nous saute &#224; la gueule&#8230; Les tire-au-flanc sont ravis, mais les autres te disent merci, vraiment, &#224; la fin, et ils te le rendront, de toute fa&#231;on. Au fond, ils n'ont que rarement l'occasion de discuter avec un adulte, de cette fa&#173;&#231;on. J'entends souvent : &#171; &lt;i&gt;En fait, c'est vous notre prof principal&lt;/i&gt; &#187;. En r&#233;alit&#233;, comme je fais souvent des remplacements, je ne le suis jamais&#8230; et tant mieux. Enfin voil&#224;, je me d&#233;p&#234;tre comme je peux avec tout &#231;a&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et puis les SVT sont souvent appr&#233;ci&#233;es par les &#233;l&#232;ves en g&#233;n&#233;ral... Et les histoires qui se transmettent comme la fameuse dissection de la grenouille ou l'&#233;ducation sexuelle...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, c'est tr&#232;s dr&#244;le, c'est ce dont parlent les petits 6e en arrivant au coll&#232;ge, mi-ravis, mi-d&#233;go&#251;t&#233;s, en poussant des petits cris de musaraigne&#8230; Sur la dissection, j'ai toujours &#233;t&#233; fondamentalement contre et pour les m&#234;mes raisons &#233;thiques &#233;videntes que pour l'exp&#233;rimentation animale. Et la pratiquer n'a jamais rien eu d'app&#233;tissant en ce qui me concerne. Tu ne me croiras pas, mais j'ai radicalement chang&#233; d'avis &#224; force de devoir faire face aux r&#233;ticences des parents&#8230; Je te cite un courrier o&#249; nous r&#233;pondions avec une coll&#232;gue &#224; une m&#232;re outrag&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Bonjour madame,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Merci de votre message interrogateur sur la pratique de la dissection &#224; [l'&#233;ta&#173;blissement X], qui nous concerne en premier lieu en tant que professeurs de SVT. La dissection fait partie de ces pratiques facilement d&#233;cri&#233;es, et que nous avons pu, en tant que coll&#233;giens, lyc&#233;ens ou &#233;tudiants, contester. Et sa mise en &#339;uvre r&#233;guli&#232;re en classe n'est pas toujours des plus rago&#251;tantes, croyez-le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Exercice barbare &#187;, dites-vous ? Vous noterez que la v&#233;ritable barbarie qui d&#233;ferle &#224; nouveau sur notre pauvre humanit&#233; a peu &#224; voir avec le maniement scolaire du scalpel. Aucun lien ? Pas si s&#251;r&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous r&#233;clamons d'un enseignement humaniste, c'est-&#224;-dire encyclop&#233;dique o&#249; l'&#233;l&#232;ve, gar&#231;on ou fille, doit sortir du coll&#232;ge avec un bagage intellectuel minimum lui permettant d'appr&#233;hender tous les domaines de son existence et toutes les dimensions de sa soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous semble que la connaissance concr&#232;te des corps et des organes, des visc&#232;res et des s&#233;cr&#233;tions fait partie int&#233;grante de la culture de l' &#171; honn&#234;te homme &#187;, au m&#234;me titre que l'accord du participe pass&#233;, la chanson de geste, la route de la soie, le th&#233;or&#232;me des cercles inscrits, le crochet du gauche ou la gamme pentatonique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; D&#233;go&#251;ter les enfants &#187; ? Tant mieux ! Rien de pire, croyons-nous que des chi&#173;rurgiens ou des v&#233;t&#233;rinaires attir&#233;s par le prestige de la profession et d&#233;couvrant, trop tard, que le tripotage d'entrailles les r&#233;vulse&#8230; Plus s&#233;rieusement, beaucoup d'&#233;l&#232;ves (des filles, curieusement) s'y r&#233;v&#232;lent de v&#233;ritables artistes, et plus nombreux encore en redemandent &#8211; sadisme infantile peut-&#234;tre, mais qu'on aurait tort de d&#233;nier. Quant aux v&#233;ritables d&#233;go&#251;t&#233;s, rares, ils n'ont jamais &#233;t&#233; forc&#233;s ni sanctionn&#233;s chez nous ; nous ne jouissons ni &#224; traumatiser (outre mesure) ni &#224; nettoyer le vomi&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus fondamentalement, nous avons en charge d'enseigner la science. C'est-&#224;-dire non pas, surtout pas, d'&#234;tre crus sur parole, mais de transmettre une mani&#232;re singuli&#232;re d'appr&#233;hender le r&#233;el, que nous appelons : preuve scientifique. Le r&#233;el, ce ne sont pas des sch&#233;mas, des explications, des maquettes ou des animations, mais bien les veines, les sucs, les tendons, les cartilages et les os qui nous constituent et soutiennent nos exis&#173;tences sublunaires que nous voudrions si &#233;th&#233;r&#233;es, si propres, si rationnelles. Le temps passant, l'humilit&#233; nous rattrape&#8230; Et la m&#233;decine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d'ailleurs facile de constater que l'obscurantisme barbare pass&#233; et pr&#233;sent fait l'&#233;conomie passionn&#233;e de ce type de d&#233;marches dites hypoth&#233;tico-d&#233;ductives &#8211; et n'en r&#233;pand paradoxalement pas moins de sang&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous semble, pour finir, que les avantages, peut-&#234;tre abstraits et lointains ou m&#234;me incertains, de la dissection animale l'emportent sur la question du sacrifice de vies qu'il peut exiger (rarement au coll&#232;ge : nous r&#233;cup&#233;rons les c&#339;urs des moutons que vous mangez). Et sur ce terrain, les exp&#233;rimentations animales syst&#233;matiques que n&#233;cessite la mise au point des cosm&#233;tiques les plus courants hors Europe (et que dire du lobby pharmaceutique ?) nous r&#233;voltent autrement, pour ne pas &#233;voquer le seul mode de vie hypertechnologis&#233; qui est le n&#244;tre et qui impose la disparition d'une esp&#232;ce tous les quarts d'heure &#224; la surface de la plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En restant &#224; votre disposition, puisque le d&#233;bat ne saurait &#234;tre clos par ces quelques lignes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s cordialement &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, la l&#233;gislation devient de plus en plus contraignante et je pense que la bien-pensance va finir par supprimer ce genre d'exercice, mutilant plus encore la for&#173;mation des jeunes. Bient&#244;t ce seront les &#171; tablettes &#187; num&#233;riques, puis la r&#233;alit&#233; virtuelle&#8230; C'est incons&#233;quent de plusieurs points de vue : on veut le r&#233;sultat, par exemple les antibiotiques, ou un vrai enseignement pratique, mais pas les moyens pour les obtenir&#8230; C'est un mouvement g&#233;n&#233;ral de &lt;i&gt;consommateurs&lt;/i&gt;. &#199;a me rappelle le discours martial des &#171; d&#233;colonisateurs &#187; contemporains, notamment tenus par ceux qui viennent jusqu'en France se faire &#171; d&#233;coloniser &#187; : rendez les vaccins, l'&#233;lectricit&#233; et l'&lt;i&gt;habeas corpus&lt;/i&gt;, et on en reparlera&#8230; D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, l'enseignement m'a un peu r&#233;concili&#233; avec la science.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et l'&#233;ducation sexuelle, &#231;a doit &#234;tre aussi sensible ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a d&#233;pend d'abord des &#233;l&#232;ves : en ZEP, ce n'est pas dans les &#233;tablissements plus nor&#173;maux, effectivement... Chaque prof aborde la chose comme il peut, mais exer&#231;ant g&#233;n&#233;&#173;ralement en climat encore temp&#233;r&#233;, j'avoue que je l'attends presque autant qu'eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a commence l&#224;, lorsqu'ils apprennent que le sexe des plantes, c'est la fleur &#8211; &#171; &lt;i&gt;Alors pourquoi qu'elle sent bon ?&lt;/i&gt; &#187; s'&#233;tait &#233;cri&#233;e une gamine avant de r&#233;aliser en plongeant son visage dans ses mains&#8230; Ou que l'on mange des embryons (les graines) ou des ovules (des poules)&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'on aborde &lt;i&gt;Homo sapiens&lt;/i&gt;, en gros, ma posture est de surjouer th&#233;&#226;tralement le scientifique froid et distant, un peu &#224; la D. Morris dans &lt;i&gt;Le singe nu&lt;/i&gt;. &#199;a donne une id&#233;e, m&#234;me caricaturale, de l'objectivit&#233; de la science, &#231;a permet d'aborder toutes les questions et surtout de bien rire&#8230; Bon auparavant, c'est vrai que je mets en place une discipline draconienne, avec entrevue avec les parents au moindre &#233;cart de langage, histoire qu'ils sentent qu'il y a une vraie libert&#233; de parole, sans moqueries, et une ambiance d&#233;tendue &#8211; m&#234;me s'il n'y a que moi qui ait droit de faire des blagues &#8211; l&#224;, j'&#233;vite l'impro sans fi&#173;let&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait les &#233;l&#232;ves sont surtout excit&#233;s de savoir si le prof va &#171; en parler &#187;, vraiment, ou s'il va se d&#233;biner. Donc d&#232;s le d&#233;but, je leur r&#233;sume le chapitre avec tout le vocabulaire ad&#233;quat : testicule, ut&#233;rus, clitoris, gland, &#233;jaculation, grandes et petites l&#232;vres, vulve, p&#233;nis, ovaire, co&#239;t, etc. S'il y a des petits gloussements, je leur fais r&#233;p&#233;ter le terme his&#173;toire que, en bons scientifiques, ils comprennent que le mot vagin ne mouille pas. C'est de l'aseptie en fait. Et ils sont rassur&#233;s : je ne vais pas tricher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Beaucoup de profs trichent, &#224; ce moment-l&#224;&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai pas &#224; juger ceux qui travaillent avec des &#171; classes difficiles &#187;, il y a des contextes, j'y suis pass&#233;, o&#249; il n'est pas possible de faire grand-chose&#8230; Mais pour les autres, il y en a beaucoup, c'est effectivement assez pitoyable. Parce qu'il y a de l'enjeu ! D'accord, ce n'est pas un cours qui va r&#233;gler leurs probl&#232;mes intimes, &#233;panouir leur sexualit&#233; ou leur &#233;viter les d&#233;boires d'une mauvaise contraception, mais par contre des mots mal plac&#233;s, une ambiance malsaine, des moqueries ou un &#233;vitement des questions en pleine pubert&#233; peuvent faire du mal pour longtemps&#8230; aussi bien dans ce domaine que relativement &#224; l'image de l'adulte, du savoir, du corps&#8230; Quant &#224; ceux qui cachent leur l&#226;chet&#233; derri&#232;re l'&#233;loge de la &#171; saine ignorance &#187;, craignant qu'on dissipe le &#171; mys&#173;t&#232;re &#187; que devraient rester ces questions de zizis, ils doivent avoir une sexualit&#233; bien triviale depuis qu'ils ont &#233;t&#233; initi&#233;s&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, apr&#232;s tout &#231;a, on peut attaquer&#8230; Je me permets d'aborder le rapport sexuel lui-m&#234;me, honteusement absent de tous les manuels scolaires : on passe, dans l'&#233;paisseur d'une page, de la s&#233;cr&#233;tion des cellules sexuelles &#224; la f&#233;condation puis la grossesse&#8230; Et difficile de trouver un bon sch&#233;ma de p&#233;n&#233;tration, m&#234;me sur internet&#8230; Sachant que les vid&#233;os porno circulent partout, c'est vraiment une dr&#244;le de pudibonderie ! J'aborde peu la &lt;i&gt;sexualit&#233;&lt;/i&gt; en elle-m&#234;me au coll&#232;ge, seulement le &lt;i&gt;sexe&lt;/i&gt;, d'un point de vue purement biologique, c'est-&#224;-dire la reproduction, m&#234;me si les questions m'y contraignent &#233;vi&#173;demment, mais alors de mani&#232;re &lt;i&gt;soft&lt;/i&gt; et tr&#232;s prudente, je n'ai jamais &#233;prouv&#233; aucune en&#173;vie malsaine de choquer. Au lyc&#233;e, c'est diff&#233;rent, au programme, et plus direct, forc&#233;&#173;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors je ne sais pas si &#231;a marche, mais les &#233;l&#232;ves sortent rarement m&#233;contents. Quand une gamine de 14 ans viens te voir &#224; la fin du cours pour te demander le plus naturelle&#173;ment du monde si vraiment avaler du sperme ce n'est pas dangereux pour la sant&#233; (&#171; &lt;i&gt;Vous &#234;tes s&#251;r, monsieur&lt;/i&gt; ? &#187;&#8230;), bon, c'est que le trouble a chang&#233; de camp&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, et pour finir, c'est un chapitre que je trouve important parce qu'il permet aussi de d&#233;placer et de verbaliser l'&#233;rotisme in&#233;vitable et diffus qui r&#232;gne dans une classe d'adolescents, et notamment l'ambigu&#239;t&#233; qui se fixe sur le ou la prof, d'autant plus s'il se prend fr&#233;quemment comme objet d'&#233;tude, comme je le fais&#8230; &#199;a d&#233;drama&#173;tise et &#231;a &#233;tablit des rapports plus clairs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a de l'&#233;rotisme dans tes classes ?!&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si tu connais un endroit ou un groupe o&#249; il n'y en a pas, &#231;a m'int&#233;resse&#8230; Je vais dire des banalit&#233;s, mais elles sont de plus en plus scandaleuses&#8230; Le mode de transmission des savoirs, l'institution scolaire, le dispositif &#171; classe &#187; sont faits pour &#233;veiller les pul&#173;sions des &#233;l&#232;ves et des &#233;ducateurs, et qu'ils tissent un lien affectif, amoureux, &#233;rotique, sexu&#233;&#8230; Et, &#233;videmment, ne passent pas &#224; l'acte. Le boulot de l'adulte, c'est d'orienter cette libido, cette s&#233;duction, cette envie, cette &#171; envie de savoir &#187;, de &#171; le faire &#187;, vers la connaissance, vers la soci&#233;t&#233;. La sublimation est une arnaque &#224; la base de l'humanisa&#173;tion&#8230; C'est la base de la p&#233;dagogie, mais apparemment les profs ne sont pas au courant, ils sont tellement heureux de croire que les enfants les aiment vraiment et les aiment, &lt;i&gt;eux&lt;/i&gt;, pour ce qu'ils sont et non pour la place qu'ils occupent&#8230; Ou &#224; l'inverse, ils pensent qu'il leur suffit d'appara&#238;tre pour &#234;tre &#233;cout&#233;s&#8230; C'est une alchimie subtile en fait : il faut que tu arrives &#224; occuper ce lieu o&#249; tu r&#233;ponds &#224; ce qu'ils d&#233;sirent mais d'o&#249; tu peux exister, toi, pour parvenir &#224; transmettre, &#224; faire passer. &#199;a rate quelques fois en ce qui me concerne&#8230; Alors il faut comprendre pourquoi. Pas facile&#8230; Beaucoup de coll&#232;gues n'ont que tr&#232;s peu de recul sur ce qu'ils ressentent, &#233;prouvent, fantasment vis-&#224;-vis de leurs &#233;l&#232;ves&#8230; Rien que les expressions scolaires sont d'une extraordinaire ambigu&#239;t&#233; : &#171; &lt;i&gt;Tu les prends &#224; quelle heure, tes secondes ?&lt;/i&gt; &#187; ; &#171; &lt;i&gt;Travaille tes annales !&lt;/i&gt; &#187; ; &#171; &lt;i&gt;C&lt;/i&gt;'&lt;i&gt;est trop dur, monsieur, &#231;a rentre pas&#8230;&lt;/i&gt; &#187; ; &#171; &lt;i&gt;Tu passes &#224; l'oral ?&lt;/i&gt; &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu parlais des programmes, qu'en penses-tu ? Tu les respectes toujours ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors sur la question sexuelle, les derni&#232;res r&#233;formes l'introduisent, si j'ose dire, d&#232;s la 6e, alors qu'auparavant il n'en &#233;tait question qu'en 4e, puis en 1re. L&#224; c'est d&#233;licat&#8230; En th&#233;orie, c'est tr&#232;s bien, mais on est au c&#339;ur d'un probl&#232;me : les gamins sont sexualis&#233;s de plus en plus t&#244;t, par la publicit&#233;, la pornographie, la d&#233;gradation de la soci&#233;t&#233;, et en m&#234;me temps restent infantiles plus longtemps&#8230; Au fil des si&#232;cles, on a vu l'apparition de l'adolescence, puis son extension au-del&#224; de 18 ans, et on parle aujourd'hui, &#224; raison, de post-adolescence, d'&lt;i&gt;adulescent,&lt;/i&gt; jusqu'&#224; 30 ans&#8230; Bref, il y a l&#224; une vraie contradiction, qui se rajoute au fait que des populations d'origines tr&#232;s diff&#233;rentes et aux degr&#233;s de maturation corporelle et affective tr&#232;s disparates, sans m&#234;me parler des cultures religieuses&#8230; Pas simple, donc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le respect des programmes, bon&#8230; Lorsqu'il y a des examens de fin d'ann&#233;e, c'est dur de s'&#233;manciper, mais on y arrive toujours. Plus globalement, ne voyant pas trop comment co-construire avec les &#233;l&#232;ves une ann&#233;e coh&#233;rente, avec seulement une heure, une heure et demie par semaine, corset&#233; par l'institution&#8230; Et d'autant plus quand je fais des remplacements ponctuels, alors que lorsque j'ai une ann&#233;e devant moi, ou mieux, que je suis une cohorte sur plusieurs ann&#233;es, j'ai quand m&#234;me les mains libres. Je m'en sers essentiellement comme d'un fil conducteur&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et ils n'ont pas trop de lacunes d'une ann&#233;e sur l'autre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils en ont de toute fa&#231;on, m&#234;me si le programme est &#171; boucl&#233; &#187; : ils ont vu toutes les notions, mais ne les comprennent pas, m&#234;me s'ils savent faire les exercices sur le coup, ils sont incapables de mettre en lien, de r&#233;fl&#233;chir dessus, et encore moins d'en com&#173;prendre le sens plus g&#233;n&#233;ral&#8230; Au fond, c'est ce que veulent les inspecteurs : ils ont &#171; entendu &#187; telle notion&#8230; Tout compte fait, mes &#233;l&#232;ves ne semblent pas en avoir plus que ceux des coll&#232;gues obnubil&#233;s par le fameux &#171; bouclage des programmes &#187;&#8230; Je pr&#233;tends, peut-&#234;tre &#224; tort, pr&#233;f&#233;rer un gamin en retard mais curieux et int&#233;ress&#233;, plut&#244;t qu'un petit bachoteur qui ne comprend pas vraiment ce dont il parle et que, logique&#173;ment, l'&#233;t&#233; a r&#233;initialis&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bon, sur le contenu des programmes en eux-m&#234;mes, je n'ai rien contre le principe ni contre le contenu actuel&#8230; Je ne sais pas trop, ce serait une vraie r&#233;flexion &#224; mener&#8230; Par exemple, c'est dommage que la notion de n&#233;ot&#233;nie soit totalement absente de la for&#173;mation, universit&#233; comprise, elle est juste abord&#233;e sans la nommer, en terminale. Moi, je l'aborde tr&#232;s t&#244;t, lorsqu'on parle de la conception intra-ut&#233;rine ou de l'histoire de l'ho&#173;minisation : &#231;a passionne les gamins, qui sont obs&#233;d&#233;s, comme on l'est &#224; leur &#226;ge, par la singularit&#233; de l'esp&#232;ce humaine. Parler de n&#233;ot&#233;nie, donc en clair de l'inach&#232;vement biologique de l'humain, c'est pourtant extraordinairement &#233;clairant, &#224; tous niveaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, sur la question du racisme, on nage en pleine bien-pensance, c'est vrai&#173;ment affligeant. L&#224; aussi, l'objectivit&#233; scientifique est mise de c&#244;t&#233; : on r&#233;fute le racisme en faisant dispara&#238;tre les races, alors que l'on sait tr&#232;s bien que de multiples et r&#233;elles diff&#233;rences biologiques existent entre les populations, h&#233;r&#233;ditaires, g&#233;n&#233;tiques ou ac&#173;quises. On confond diff&#233;rences et hi&#233;rarchisation. La vraie question est : celles-ci portent-elles &#224; cons&#233;quence politiquement ? C'est un d&#233;ni malsain, parce que &#231;a laisse l'analyse scientifique &#224; l'extr&#234;me droite, mais surtout &#231;a fait reposer l'antiracisme sur un postulat scientifique, qui de surcro&#238;t est faux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre grosse lacune, c'est l'histoire des sciences, j'en ai parl&#233;, sans parler de la philosophie des sciences, ou ce qu'on appelle l'ethno-science. &#199;a, &#231;a va rentrer, peu &#224; peu, &lt;i&gt;via&lt;/i&gt; le relativisme : on va raconter que toutes les civilisations se valent et que la science n'a pas de couleur, tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Dans l'histoire, c'&#233;tait plut&#244;t un floril&#232;ge de superstitions, de croyances, de bigoterie, d'enfer&#173;mement mental, aussi belles soient les mythologies. Alors, c'est vrai qu'il y a une sorte de cumulation approximative entre les grandes civilisations, mais sans aucun progr&#232;s li&#173;n&#233;aire, et selon des modalit&#233;s diff&#233;rentes, notamment pratiques. Par exemple, on croit &#171; s'ouvrir &#224; l'Alt&#233;rit&#233; &#187; en &#233;voquant l'&#233;quivalent du th&#233;or&#232;me dit &#171; de Pythagore &#187; chez les Chinois ou les &#201;gyptiens, qui connaissaient bien avant ces rapports, &#233;videmment, et les utilisaient couramment, mais c'est simplement ne rien comprendre aux math&#233;ma&#173;tiques. Les Grecs, et eux seuls de ce que l'on sait, ont montr&#233; la validit&#233; du th&#233;or&#232;me pour toutes les variables : &#231;a s'appelle une &lt;i&gt;d&#233;monstration&lt;/i&gt; et c'est la naissance des ma&#173;th&#233;matiques, ici et pas ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu d&#233;fends la science occidentale, donc.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui et non, puisque, plus globalement, les programmes et les manuels restent dans une id&#233;ologie tr&#232;s &#171; machinique &#187; du vivant, tr&#232;s logique, math&#233;matisable. Exemple ty&#173;pique : la machinerie cellulaire, l'ADN comme code informatique, l'organisme comme automate, l'&#233;cosyst&#232;me comme syst&#232;me ou comme &#171; service &#187;, l'&#233;volution comme processus rationnalisable, etc. &#199;a, &#231;a craque de partout, Edgar Morin avait d&#233;blay&#233; tout &#231;a il y a quarante ans et aujourd'hui A. Pichot fait un travail remarquable&#8230; &#192; une autre &#233;chelle, par exemple les aspects psychosomatiques, l'efficacit&#233; du placebo par exemple, sont compl&#232;tement &#233;lud&#233;s&#8230; Ok, on ne sait pas grand-chose, et il faut bien commencer par quelque part, mais justement on pourrait aussi dire : on ne sait pas. &#199;a manque, &#231;a, montrer les limites des connaissances, leurs incoh&#233;rences, les zones d'ombre, la notion de savoir scientifique comme ensemble de v&#233;rit&#233;s en sursis, ce qui est en passe d'&#234;tre pulv&#233;ris&#233; et ce qu'il faudrait v&#233;rifier, etc. Couramment, je r&#233;ponds &#224; leurs questions &#171; &lt;i&gt;j&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e ne sais pas&lt;/i&gt; &#187; ou &#171; &lt;i&gt;d'apr&#232;s ce que je sais, la science ne sait pas&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;on est en train de chercher&lt;/i&gt; &#187;, etc. On me dit qu'ils sont trop jeunes : ce n'est pas vrai. Apr&#232;s, il ne faut pas s'&#233;tonner de les voir gagn&#233;s par les pseudosciences, le complotisme, les sectes ou l'islamisme, etc. Conneries mises &#224; part (et il y en a !), il faut reconna&#238;tre les vrais &#171; ph&#233;nom&#232;nes inexpliqu&#233;s &#187; : c'est bien en se penchant dessus qu'on les explique, non ? On part d'un faux partage : la science et ses limites, et, au-del&#224;, les croyances seraient permises. En fait, admettre son ignorance, c'est encore de la science, et c'est peut-&#234;tre m&#234;me &lt;i&gt;l&#224;&lt;/i&gt; qu'on reconna&#238;t un v&#233;ritable esprit scientifique. Alors que la croyance est partout, a r&#233;ponse &#224; tout, imbibe souterrainement tous les savoirs, y compris scienti&#173;fiques lorsqu'ils se font id&#233;ologie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est quand m&#234;me pas facile d'expliquer &#231;a au niveau du secondaire&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'accord, mais c'est trop facile de se d&#233;biner aussi&#8230; Par exemple, les profs de phy&#173;sique m'engueulent lorsque je r&#233;ponds aux questions des gamins sur la physique quan&#173;tique ou la mati&#232;re noire : &#171; &lt;i&gt;&#199;a va les embrouiller !&lt;/i&gt; &#187;. Ce n'est pas vrai : ils font tr&#232;s bien la part des choses et ont le sentiment extraordinaire de participer &#224; l'aventure scien&#173;tifique. Bien s&#251;r il faut rester extr&#234;mement prudent, rester rigoureux et ne pas jouer avec l'angoisse ou la confusion&#8230; Et l&#224; encore, &#231;a d&#233;pend du public, il faut sentir ce qu'il est possible de faire. Mais, enfin, ils rencontrent quelqu'un qui leur dit que les adultes et leurs savoirs ne sont pas tout-puissants : ils l'avaient remarqu&#233; depuis un bon bout de temps, hein !&#8230; Et l&#224; tu d&#233;truis le principe m&#234;me de savoir total, absolu : tu les fais ren&#173;trer dans le monde adulte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l&#224; ce n'est pas les programmes que je critique, c'est ce qui circule dans la soci&#233;&#173;t&#233;, l'&#233;tat des connaissances, de la science telle qu'elle se fait ou l'id&#233;ologie ambiante&#8230; Pour le reste, on est &#233;videmment dans le mythe du &#171; d&#233;veloppement durable &#187; et des &#171; solutions &#187; magiques aux catastrophes dites &#171; &#233;cologiques &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avant &#231;a : tu disais que ta mati&#232;re &#233;tait difficile &#224; enseigner, mais d'apr&#232;s toi ce n'est pas le fond des programmes qui est en cause ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non parce que derri&#232;re les raisons intrins&#232;ques &#224; ma discipline, il y a le contexte plus g&#233;n&#233;ral. L'&#233;tendue des savoirs humains, et particuli&#232;rement scientifiques, est devenue quasi&#173;ment infinie, en tout cas inassimilable pour un seul individu. Que faut-il transmettre, dans tout &#231;a, &#224; la g&#233;n&#233;ration qui vient ? Comment op&#233;rer le tri, et sur quels crit&#232;res ? C'est soluble au niveau coll&#232;ge, o&#249; l'ambition, je l'apprends aux &#233;l&#232;ves, personne ne semble le leur avoir dit, est de former une solide petite culture &lt;i&gt;encyclop&#233;dique&lt;/i&gt;. Ce sont les humanit&#233;s, la &#171; culture de l'honn&#234;te homme &#187;, malheureusement tomb&#233;e en d&#233;su&#233;&#173;tude. A 15 ans, l'individu doit pouvoir comprendre la totalit&#233; de ce dont il sera question au cours de sa vie, devant un m&#233;decin, un concert de musique classique, un soul&#232;&#173;vement populaire ou une aurore bor&#233;ale. Je leur parle de mon p&#232;re, qui m'a donn&#233; le go&#251;t du savoir et de la science, m&#233;cano &#224; 14 ans, et qui a &#233;crit des po&#232;mes, peint des aquarelles, a fait du parachutisme, me tra&#231;ait le graphique de ma temp&#233;rature lorsque j'&#233;tais malade, me dessinait la chasse au mammouth dans la banlieue de Clermont-Ferrand il y 40 000 ans ou l'atterrissage d'une sonde spatiale sur Jupiter&#8230; Bref, la difficult&#233; de l'enseignement est d'abord due aux connaissances aujourd'hui pl&#233;thoriques accumul&#233;es par l'humanit&#233; depuis trois ou quatre si&#232;cles. Et cela renvoie &#224; l'&#233;tat m&#234;me du savoir contemporain, &#224; la fois foisonnant et cloisonn&#233;, sans vue d'ensemble, en pleine crise interne. Comment, et quoi, et m&#234;me &#224; qui transmettre dans ces conditions ? Et ensuite, c'est le deuxi&#232;me point mais qui est li&#233;, c'est l'effondrement du mod&#232;le occidental, qui se traduit tr&#232;s concr&#232;tement dans l'enseignement par la baisse du niveau global. Et troisi&#232;mement, &#231;a en d&#233;coule, la confusion dans laquelle nous baignons, l'incerti&#173;tude sur le devenir des soci&#233;t&#233;s, voire de l'esp&#232;ce humaine elle-m&#234;me. Donc tout &#231;a se retrouve en classe, &#224; diff&#233;rents niveaux, selon diverses modalit&#233;s, avec ces couches qui se superposent. Freud disait que l'&#233;ducation &#233;tait un m&#233;tier impossible, il n'avait encore rien vu !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?Enseigner-la-catastrophe-2-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Seconde partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Psychanalyse et soci&#233;t&#233; I</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?890-psychanalyse-et-societe</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?890-psychanalyse-et-societe</guid>
		<dc:date>2018-01-28T18:39:55Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;ducation</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie directe</dc:subject>
		<dc:subject>Amour</dc:subject>
		<dc:subject>Castoriadis C.</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Mortalit&#233; / finitude</dc:subject>
		<dc:subject>Entretien</dc:subject>
		<dc:subject>Type anthropologique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Source : http://palimpsestes.fr/textes_philo... Texte publi&#233; par Psych-Critique n&#176;2, New-York, 1982, repris dans Domaines de l'homme. Les carrefours du labyrinthe, 2, Le Seuil, 1986, pp.41-59. Philosophe, psychanalyste, homme de terrain, Cornelius Castoriadis aimait rappeler que nous sommes habitu&#233;s &#224; penser l'individu en croyant qu'il est autar&#173;cique, alors qu'il serait plut&#244;t un ph&#233;nom&#232;ne second aux deux autres &#233;l&#233;ments indissociables et irr&#233;ductibles l'un &#224; l'autre que sont la (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-6-psychanalyse-+" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-30-education-+" rel="tag"&gt;&#201;ducation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-37-democratie-directe-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-51-amour-+" rel="tag"&gt;Amour&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-56-castoriadis-c-+" rel="tag"&gt;Castoriadis C.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-117-mortalite-finitude-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-+" rel="tag"&gt;Mortalit&#233; / finitude&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-130-entretien-+" rel="tag"&gt;Entretien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-216-type-anthropologique-+" rel="tag"&gt;Type anthropologique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;http://palimpsestes.fr/textes_philo/castoriadis/psychanalyseetsociete.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://palimpsestes.fr/textes_philo...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Texte publi&#233; par Psych-Critique n&#176;2, New-York, 1982, repris dans Domaines de l'homme. Les carrefours du labyrinthe, 2, Le Seuil, 1986, pp.41-59.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Philosophe, psychanalyste, homme de terrain, Cornelius Castoriadis aimait rappeler que nous sommes habitu&#233;s &#224; penser l'individu en croyant qu'il est autar&#173;cique, alors qu'il serait plut&#244;t un ph&#233;nom&#232;ne second aux deux autres &#233;l&#233;ments indissociables et irr&#233;ductibles l'un &#224; l'autre que sont la psych&#233;, d'un c&#244;t&#233;, la soci&#233;t&#233;, de l'autre. Pour lui, l'exploration en profondeur de la psych&#233; avait commenc&#233; avec Freud et l'id&#233;e de l'inconscient. Quant au social, il le d&#233;finissait surtout comme l'institution de la soci&#233;t&#233;, li&#233;e aux significations imaginaires sociales qu'elle porte. Il &#233;voquait un processus de fabrication de l'individu social par le socius en &#233;tayant son argumentation, toujours subtile, par une r&#233;flexion sur l'organisation initiale de la psych&#233; chez le nouveau-n&#233;. Dans une interview diffus&#233;e par &#171; France Culture &#187;, sur Cr&#233;ation et d&#233;sordre (1987), il insistait sur la n&#233;cessit&#233; de reconna&#238;tre que la soci&#233;t&#233; est, elle-m&#234;me, la source et le cr&#233;ateur de ses institutions. Elle peut donc changer puisqu'elle ne rel&#232;ve d'aucun ordre transcendantal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce discours vivant que nous avons voulu restituer en reproduisant ici un entretien, tenu &#224; New York [le 4 octobre] 1982, de Cornelius Castoriadis avec deux psychanalystes am&#233;ricains. Nous remercions Zo&#233; Castoriadis et ses ayants droit d'avoir permis sa contribution &#224; ce volume pour initier le lecteur, qu'il soit psycha&#173;nalyste ou non, &#224; ce que nous avons d&#233;sign&#233; comme &#171; part sociale &#187;, chez Freud.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Donald Moss : Si vous nous parliez un peu de la mani&#232;re dont la pra&#173;tique psychanalytique vous a aid&#233;, comme vous avez dit, &#224; &#171; y voir plus clair &#187; et de la fa&#231;on dont votre vue a &#233;t&#233; &#233;claircie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cornelius CASTORIADIS&lt;/strong&gt; : C'est une chose tout &#224; fait diff&#233;rente de tra&#173;vailler avec des concepts abstraits, de lire simplement les livres de Freud, etc., et d'&#234;tre dans le processus psychanalytique effectif, de voir comment l'inconscient travaille, comment les pulsions des gens se manifestent et comment s'&#233;tablissent non pas des m&#233;canismes (nous ne pouvons pas vraiment les appeler &#171; m&#233;canismes &#187; ), mais, disons, des processus plus ou moins stylis&#233;s, moyennant lesquels tel ou tel autre type d'ali&#233;nation psychique ou d'h&#233;t&#233;&#173;ronomie viennent &#224; exister. Cela, c'est l'aspect concret. L'aspect plus abstrait est qu'il y a encore beaucoup &#224; faire au niveau th&#233;orique, &#224; la fois pour explo&#173;rer la psych&#233; inconsciente et pour comprendre la relation, le pont par-dessus l'ab&#238;me, qu'est la relation entre la psych&#233; inconsciente et l'individu socialement fabriqu&#233; (ce dernier d&#233;pendant &#233;videmment de l'institution de la soci&#233;t&#233; et de chaque soci&#233;t&#233; donn&#233;e). Comment se fait-il que cette entit&#233; totalement aso&#173;ciale, la psych&#233;, ce centre absolument &#233;gocentrique, ar&#233;el, ou antir&#233;el, puisse &#234;tre transform&#233; par les actions et les institutions de la soci&#233;t&#233;, &#224; commencer &#233;videmment par le premier environnement de l'enfant qu'est la famille, en un individu social qui parle, pense, peut renoncer &#224; la satisfaction imm&#233;diate de ses pulsions, etc.? Probl&#232;me extraordinaire, avec un &#233;norme poids politique que l'on peut voir presque imm&#233;diatement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. M : Pouvez-vous expliciter plus longuement ce que vous venez de dire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C &lt;/strong&gt; : Nous parlions tout &#224; l'heure de la Russie, du stalinisme, du nazisme, et nous disions que ces ph&#233;nom&#232;nes peuvent &#224; peine &#234;tre compris sans prendre en consid&#233;ration l'&#233;norme attrait que la &lt;i&gt;force&lt;/i&gt; exerce sur l'homme, c'est-&#224;-dire sur la psych&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. M : Oui ... &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C&lt;/strong&gt; : Et pourquoi en est-il ainsi ? Nous devons essayer de comprendre cela. Nous devons essayer de comprendre cette tendance des gens (l'obstacle principal que l'on rencontre toujours quand on s'engage dans une politique r&#233;volutionnaire ou radicale) &#224; abandonner l'initiative, &#224; trouver un abri protecteur soit dans la figure du leader, soit dans le sch&#233;ma d'une organisation, r&#233;seau anonyme mais qui fonctionne bien et qui garantit la ligne, la v&#233;rit&#233;, l'appartenance, etc. Tous&#183; ces facteurs jouent un r&#244;le &#233;norme &#8211; et finalement c'est contre tout cela que nous sommes en train de lutter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;David LICHTENSTEIN : Cela me fait penser &#224; votre fa&#231;on d'employer le mot &#171; autonomie &#187;. Vous avez dit des choses sur l'autonomie individuelle et sur l'autonomie comme r&#233;ponse collective. Pouvez-vous &#233;laborer davantage ce paral&#173;l&#232;le ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C&lt;/strong&gt; : Qu'est-ce que l'autonomie collective ? Mais quel est son con&#173;traire ? Le contraire, c'est la soci&#233;t&#233; h&#233;t&#233;ronome. Quelles sont les racines de la soci&#233;t&#233; h&#233;t&#233;ronome ? Ici nous affrontons ce qui a &#233;t&#233;, je crois, une id&#233;e centrale et fallacieuse de la plupart des mouvements politiques de gauche, et d'abord et surtout du marxisme. L'h&#233;t&#233;ronomie a &#233;t&#233; confondue, c'est-&#224;-dire identifi&#233;e, avec la domination et l'exploitation par une couche sociale particuli&#232;re. Mais la domination et l'exploitation par une couche sociale particuli&#232;re n'est qu'&lt;i&gt;une&lt;/i&gt; des manifestations (ou r&#233;alisations) de l'h&#233;t&#233;ronomie. L'essence de l'h&#233;t&#233;&#173;ronomie est plus que cela. On trouve l'h&#233;t&#233;ronomie dans des soci&#233;t&#233;s primiti&#173;ves, en fait dans toutes les soci&#233;t&#233;s primitives, alors qu'on ne peut pas vraiment parler d'une division entre couches dominantes et couches domin&#233;es dans ce type de soci&#233;t&#233;. Donc, qu'est-ce que l'h&#233;t&#233;ronomie dans une soci&#233;t&#233; primitive ? C'est que les gens croient fermement (et ne peuvent que croire) que la loi, les institutions de leur soci&#233;t&#233; leur ont &#233;t&#233; donn&#233;es une fois pour toutes par quel&#173;qu'un d'autre les esprits, les anc&#234;tres, les dieux ou n'importe quoi d'autre &#8212; et qu'elles ne sont pas (et ne pouvaient pas &#234;tre) leur propre &#339;uvre. Cela est tout aussi vrai pour les soci&#233;t&#233;s historiques (&#171; historiques &#187;, au sens &#233;troit) que sont les soci&#233;t&#233;s religieuses. Mo&#239;se re&#231;ut la loi de Dieu ; ainsi, si vous &#234;tes H&#233;breu, vous ne pouvez pas mettre en question la loi. Car alors vous mettriez en question Dieu lui-m&#234;me. Cela reviendrait &#224; dire : &#171; Dieu se trompe &#187; ou : &#171; Dieu n'est pas juste &#187;, ce qui est inconcevable aussi longtemps que l'on reste dans la structure des croyances d'une soci&#233;t&#233; religieuse. La m&#234;me chose est vraie pour le monde chr&#233;tien et pour l'islam. &lt;br class='manualbr' /&gt;Ainsi, &#183;l'h&#233;t&#233;ronomie est le fait que l'institution de la soci&#233;t&#233;, cr&#233;ation de la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me, est pos&#233;e par la soci&#233;t&#233; comme donn&#233;e par quelqu'un d'autre, une source &#171; transcendante &#187; : les anc&#234;tres, les dieux, le Dieu, la nature, ou &#8211; comme avec Marx &#8211; les &#171; lois de l'histoire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. M : Pas &#171; quelqu'un d'autre &#187;, mais &#171; quelque chose d'autre &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C &lt;/strong&gt; : C'est juste, quelque chose d'autre. Et, selon Marx, on sera capable d'instituer une soci&#233;t&#233; socialiste au moment et &#224; l'endroit o&#249; les lois de l'histoire dicteront une organisation socialiste de la soci&#233;t&#233;. C'est la m&#234;me id&#233;e. &lt;br class='manualbr' /&gt;Ainsi, la soci&#233;t&#233; s'ali&#232;ne elle-m&#234;me &#224; son propre produit que sont les ins&#173;titutions. L'autonomie n'est pas que l'auto-institution de la soci&#233;t&#233;, parce qu'il y a toujours auto-institution de la soci&#233;t&#233; : Dieu n'existe pas, et les &#171; lois de l'histoire &#187;, au sens marxien, non plus. Les institutions sont une cr&#233;ation de l'homme. Mais elles sont, pour ainsi dire, une cr&#233;ation aveugle. Les gens ne savent pas qu'ils cr&#233;ent et qu'ils sont en un sens libres de cr&#233;er leurs institu&#173;tions. Ils confondent le fait qu'il ne peut pas y avoir de soci&#233;t&#233; (ni de vie humaine) sans institutions et lois avec l'id&#233;e qu'il doit y avoir une source trans&#173;cendante, garante des institutions. &lt;br class='manualbr' /&gt;Allons plus loin. Que devrait &#234;tre une soci&#233;t&#233; autonome ? Une soci&#233;t&#233; autonome devrait &#234;tre une soci&#233;t&#233; qui sait que ses institutions, ses lois sont son &#339;uvre propre et son propre produit. Par cons&#233;quent, elle peut les mettre en question et les changer. En m&#234;me temps, elle devrait reconna&#238;tre que nous ne pouvons pas vivre sans lois. &lt;br class='manualbr' /&gt;Maintenant, quant &#224; l'autonomie de l'individu, je dirais qu'un individu est autonome quand il (ou elle) est vraiment en mesure de changer lucide&#173;ment sa propre vie. Cela ne veut pas dire qu'il ma&#238;trise sa vie ; nous ne ma&#238;&#173;trisons jamais notre vie parce que nous ne pouvons pas &#233;liminer l'inconscient, &#233;liminer notre appartenance &#224; la soci&#233;t&#233; et ainsi de suite. Mais nous pouvons changer notre relation &#224; l'inconscient ; nous pouvons cr&#233;er une relation avec notre inconscient qualitativement diff&#233;rente de l'&#233;tat o&#249; nous sommes simple&#173; ment domin&#233;s par celui-ci, sans en savoir quoi que ce soit. Nous pouvons &#234;tre domin&#233;s par notre inconscient, c'est-&#224;-dire par notre pass&#233;. Nous nous ali&#233;nons, sans le savoir, &#224; notre propre pass&#233;, du fait que nous ne recon&#173;naissons pas que nous avons, en un sens, &#224; &#234;tre nous-m&#234;mes la source des normes et des valeurs que nous nous proposons &lt;i&gt;&#224; nous-m&#234;mes&lt;/i&gt;. &#201;videmment nous n'en sommes pas la source absolue, et &#233;videmment il y a la loi sociale. Mais j'ob&#233;is [volontairement] &#224; la loi sociale &#8211; si et quand je lui ob&#233;is &#8211; soit parce que je crois que la loi est ce qu'elle devrait &#234;tre, soit parce que je reconnais peut-&#234;tre qu'elle n'est pas ce qu'elle devrait &#234;tre, mais, dans ce contexte particulier, &#233;tant donn&#233;, disons, la volont&#233; de la majorit&#233;, en tant que membre de la collectivit&#233; je dois ob&#233;ir &#224; la loi, m&#234;me si je consid&#232;re qu'elle devrait changer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. M : Vous avez fait une sorte d'&#233;quation entre l'inconscient et notre pass&#233;. Vous avez dit : &#171; domin&#233;s par notre inconscient, domin&#233;s par notre pass&#233; &#187;. D'une certaine mani&#232;re, cela me frappe comme une id&#233;e optimiste sur l'inconscient parce qu'elle implique qu'il est accessible par une perlaboration &#8211; on peut se rem&#233;morer &#8211; en un sens, et plus on se rem&#233;more moins on est domin&#233;, et finalement ... &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C&lt;/strong&gt; : Non ... pas plus on se rem&#233;more : plus on devient capable de perlaborer la rem&#233;moration. D'accord ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. M : Oui. Quelles sont les limites, dans votre pens&#233;e, de cette rem&#233;mo&#173;ration et cette perlaboration ? Quand devient-elle probl&#233;matique ? O&#249; sont les ar&#234;tes ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C&lt;/strong&gt; : D'abord, permettez-moi de clarifier une chose : je n'identifie pas l'inconscient au pass&#233;. L'inconscient n'est &#233;videmment pas que le pass&#233;. C'est l&#224; un point sur lequel certains psychanalystes contemporains voient les choses plus clairement que Freud. Il y avait un id&#233;al freudien, que l'on pourrait appe&#173;ler un plan mod&#232;le de la cure : amener le patient &#224; se rem&#233;morer aurait un effet cathartique, un effet dissolvant sur le complexe ou le r&#233;seau des com&#173;plexes. Mais en r&#233;alit&#233; on peut, dans une tr&#232;s grande mesure, travailler &#224; partir du mat&#233;riel actuel, et pas n&#233;cessairement toujours &#224; travers la rem&#233;moration, parce que la structure est pr&#233;sente. Je veux dire que le pass&#233; est pr&#233;sent dans le pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. M : Hm, hm ... &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C :&lt;/strong&gt; D'accord ? C'est clair avec le r&#234;ve. L'identit&#233;, de toute fa&#231;on inaccessible, de la signification de ce r&#234;ve-ci avec quelque configuration datant de l'enfance n'est en soi ni tr&#232;s significative ni tr&#232;s imp&#233;rative. Ce qui est important, c'est que le patient puisse vraiment voir &#224; travers cette signification et, esp&#233;rons-le, changer son comportement en fonction de cette signification ainsi que toute la structure complexe des pulsions, des affects, &#233;motions et d&#233;sirs qui lui sont li&#233;s. Ainsi, le pass&#233; et l'inconscient sont et ne sont pas la m&#234;me chose, tant au niveau th&#233;orique qu'au niveau de la pratique du trai&#173;tement psychanalytique. Maintenant vous demandez : &#171; Quelles sont les limites ? &#187; C'est une question tr&#232;s importante. Je veux dire, apr&#232;s tout, pour&#173; quoi en fait un traitement psychanalytique ne marche pas toujours ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. M : Oui. Et un autre point serait cette id&#233;e de l'attrait de la force. C'est un fait tr&#232;s frappant que la force exerce cet attrait. Je crois que, dans la psychanalyse id&#233;ale, la force devrait perdre son attrait atavique, elle pourrait avoir un attrait d'un sens diff&#233;rent, mais pas atavique. Je suis int&#233;ress&#233; par la convergence de cette ambition telle qu'elle appara&#238;t en psychanalyse, notamment l'&#233;limination de l'attrait de la force, et cette m&#234;me ambition telle qu'elle est v&#233;cue dans la vie politique, o&#249; l'on essaie de cr&#233;er des organisations sociales qui s'opposent &#224; cet attrait atavique de la force. J'aimerais avoir vos id&#233;es sur la mani&#232;re dont ces deux projets peuvent s'informer mutuellement. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C&lt;/strong&gt; : C'est un probl&#232;me tr&#232;s difficile, et je ne crois pas en conna&#238;tre la solution. Tout d'abord, le traitement psychanalytique essaie d'aider les gens &#224; devenir autonomes dans le sens que nous venons de mentionner, et par cons&#233;&#173;quent de d&#233;truire aussi en eux-m&#234;mes l'attrait aveugle de la force. En fait, je crois que cela est la seule contribution politique pertinente de la pratique psy&#173;chanalytique. Je ne crois pas &#224; l'usage politique de la psychanalyse, si ce n'est d'aider les individus &#224; devenir lucides et autonomes, et par cons&#233;quent, je pense, plus actifs et plus responsables dans la soci&#233;t&#233;. Cela implique aussi : ne pas consid&#233;rer l'institution de la soci&#233;t&#233; ou la loi donn&#233;e comme quelque chose qui ne peut pas &#234;tre touch&#233;. Maintenant, &#224; l'&#233;gard des attitudes collectives, je crois que ce que nous essayons de faire, c'est tenter de dissoudre les illusions contenues presque toujours dans cet attrait de la force. Et cela implique aussi bien la critique de l'id&#233;ologie que la critique du fonctionnement et de la consis&#173;tance effectifs des appareils de domination existants, par exemple. En m&#234;me temps, j'ai toujours pens&#233; qu'une authentique organisation r&#233;volutionnaire (ou organisation des r&#233;volutionnaires) devrait aussi &#234;tre une sorte d'&#233;cole exem&#173;plaire d'autogouvemement collectif. Elle devrait apprendre aux gens &#224; se pas&#173;ser de leaders, et &#224; se passer de structures organisationnelles rigides, sans tom&#173;ber dans l'anomie, ou la micro-anomie. C'est l&#224;, je crois, la relation de ces deux facettes du probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. L : Il y a une question qui surgit ici, encore une question compliqu&#233;e concernant les origines de l'autonomie et les relations sociales s'&#233;tablissant d&#232;s l'enfance, concernant aussi les relations d'objet pr&#233;-&#339;dipiennes comme une sorte de mod&#232;le ou de terrain de rapprochement, qui se r&#233;p&#232;te ensuite dans la collecti&#173;vit&#233;. Cela, oppos&#233; au point de vue un peu plus li&#233; &#224; la position &#171; freudienne orthodoxe &#187; selon laquelle en fait l'&lt;i&gt;infans&lt;/i&gt; est radicalement s&#233;par&#233;, le processus de socialisation est int&#233;gralement une dialectique avec la soci&#233;t&#233;, et qu'il n'y a pas de qualit&#233; sociale inh&#233;rente &#224; l'&lt;i&gt;infans&lt;/i&gt; au commencement. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C&lt;/strong&gt; : Vous savez, mes propres conceptions qui ne sont pas tout &#224; fait freudiennes auraient conduit, &#224; cet &#233;gard, &#224; des conclusions tr&#232;s similaires aux conceptions freudiennes. Je crois que ce qu'on a initialement est une sorte de monade psychique asociale et antisociale. Je veux dire que l'esp&#232;ce humaine est une esp&#232;ce monstrueuse, inapte &#224; la vie, aussi bien du point de vue psycholo&#173;gique que du point de vue biologique. Qu'elle soit biologiquement inapte &#224; la vie, c'est clair. Nous sommes le seul animal qui ne conna&#238;t pas par instinct ce qui est nourriture et ce qui est poison. Aucun animal se nourrissant de cham&#173;pignons n'aurait jamais mang&#233; de champignons v&#233;n&#233;neux. Mais nous avons &#224; apprendre cela ! Je n'ai jamais vu un chien ou un cheval tr&#233;bucher ; en fait les chevaux tr&#233;buchent rarement, et cela seulement dans les conditions artificielles dans lesquelles&#183; nous les mettons. Nous tr&#233;buchons tout le temps. C'est l&#224; l'aspect biologique. &lt;br class='manualbr' /&gt;Cela est encore plus vrai quant &#224; l'aspect psychologique. Je crois qu'il y a une psych&#233; embryonnaire dans tout &#234;tre vivant, et notamment chez ce que nous appelons les esp&#232;ces sup&#233;rieures. Mais il y a aussi un monde entre cette psych&#233; &#171; fonctionnelle &#187; des animaux et la psych&#233; humaine : cette derni&#232;re cor&#173;respond &#224; un d&#233;veloppement &#233;norme et monstrueux de cette &#171; facult&#233; &#187; de la psychologie traditionnelle, totalement n&#233;glig&#233;e et ignor&#233;e par la philosophie, qu'est l'imagination. L'imagination est la capacit&#233; de poser comme r&#233;el ce qui ne l'est pas. Elle rompt avec la r&#233;gulation de la &#171; psych&#233; &#187; pr&#233;humaine. &lt;br class='manualbr' /&gt;Ainsi, nous avons sur les bras un &#234;tre qui, comme nous le savons &#224; par&#173; tir de Freud, de la pratique psychanalytique et de la vie quotidienne, est capable de former ses repr&#233;sentations en fonction de ses d&#233;sirs &#8211; ce qui le rend psychiquement inapte &#224; la survie. Sous cette &#233;norme prolif&#233;ration de l'imagination survivent des morceaux bris&#233;s de l'autor&#233;gulation, biologique et psychologique, animale. Cet animal, homo sapiens, aurait cess&#233; d'exister s'il n'avait pas cr&#233;&#233; en m&#234;me temps, &#224; travers je ne sais quels processus, proba&#173;blement une sorte de processus de s&#233;lection n&#233;odarwinienne, quelque chose de radicalement nouveau dans tout le domaine naturel et biologique, &#224; savoir la soci&#233;t&#233; et les institutions. Et l'institution impose &#224; la psych&#233; la reconnais&#173;sance d'une r&#233;alit&#233; commune &#224; tous, r&#233;gul&#233;e, n'ob&#233;issant pas simplement aux d&#233;sirs de la psych&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. M : Ce que vous venez de dire est tr&#232;s int&#233;ressant parce que c'est une fa&#231;on de dire que l'attrait de la force est reli&#233; &#224; la survie en ce que, comme vous dites, cette collectivit&#233;, cette soci&#233;t&#233;, impose la r&#233;alit&#233; &#224; une entit&#233; productrice d'images, laquelle sans cette imposition mourrait ...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C&lt;/strong&gt; : ... ou deviendrait hyperpsychotique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. M : Oui, hyperpsychotique. Mais l'imposition se fait d'une certaine mani&#232;re par la force.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C&lt;/strong&gt; : Par la violence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. M : Par la violence. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C&lt;/strong&gt; : Pas de probl&#232;me &#224; cet &#233;gard. Et, sans cette violence, on ne peut pas avoir une survie de l'esp&#232;ce humaine. C'est pour cela que je suis tr&#232;s fortement oppos&#233; &#224; certains r&#234;ves pastoraux et idylliques provenant de gens bien intentionn&#233;s et proches de nous, selon lesquels il pourrait y avoir une entr&#233;e dans la vie sociale qui serait heureuse, glorieuse, au go&#251;t de chocolat. Pareille chose ne peut tout simplement pas exister. Si vous avez jamais eu un enfant, et ind&#233;pendamment de la mani&#232;re dont vous l'&#233;levez, &#224; un certain moment au cours du premier mois il commencera inexplicablement &#224; crier et &#224; hurler de fa&#231;on infernale. Non pas parce qu'il a faim ni parce qu'il est malade. Tout simplement parce qu'il d&#233;couvre un monde qui n'est pas mal&#173;l&#233;able par sa volont&#233;. Et soyons s&#233;rieux : pas seulement inconsciemment, mais m&#234;me consciemment, nous aurions tous voulu un monde mall&#233;able &#224; volont&#233;, n'est-ce pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. M. et D. L : S&#251;rement. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C&lt;/strong&gt; : Qui dirait le contraire ? Nous disons que cela n'est pas possible, nous renon&#231;ons &#224; un souhait, et le souhait est toujours l&#224;. En tant que psycha&#173;nalyste, je dirais qu'une personne qui ne peut pas avoir un phantasme impliquant la toute-puissance est tr&#232;s s&#233;rieusement malade ; vous voyez ce que je veux dire ? La capacit&#233; de former des phantasmes de toute-puissance est une composante n&#233;cessaire non seulement de la vie inconsciente, mais aussi de la vie consciente. Si vous ne pouvez pas vous adonner &#224; une r&#234;verie, pensant : &#171; La fille viendra au rendez-vous &#187; ou &#171; J'&#233;crirai mon livre &#187; ou : &#171; Les choses se passeront comme je le souhaite &#187;, vous &#234;tes vraiment tr&#232;s malade. Et &#233;vi&#173;demment vous &#234;tes tout aussi malade si vous ne pouvez pas corriger ce phan&#173;tasme et dire : &#171; Non, je ne lui plaisais pas, c'est clair &#187; ou : &#171; Elle a d&#233;j&#224; un amant et elle lui est tr&#232;s attach&#233;e. &#187; &lt;br class='manualbr' /&gt;Il y a donc cette psych&#233; avec son imagination et ses phantasmes de toute&#173; puissance, et il y a un premier repr&#233;sentant de la soci&#233;t&#233; pour l'enfant qui est &#233;videmment la m&#232;re. Et la fonction de la m&#232;re est &#224; la fois qu'elle limite l'enfant -elle devient l'instrument par lequel l'enfant commence &#224; reconna&#238;tre que tout n'ob&#233;it pas &#224; ses souhaits de toute-puissance -et qu'elle aide l'enfant &#224; donner un sens au monde. Le r&#244;le de cette premi&#232;re personne est essentiel et imp&#233;ratif ; peu importe ici si c'est la m&#232;re ou la personne qui joue son r&#244;le, peut-&#234;tre le p&#232;re, peut-&#234;tre la nourrice, peut-&#234;tre encore, comme dans le &lt;i&gt;Brave New World&lt;/i&gt;, une machine parlante (cas auquel &#233;videmment les effets seraient diff&#233;rents et plut&#244;t mauvais). La m&#232;re aide l'enfant &#224; donner un sens au monde et &#224; soi&#173; m&#234;me d'une mani&#232;re tr&#232;s diff&#233;rente de la mani&#232;re initiale propre &#224; la monade psychique. Pour la monade psychique, il y a sens pour autant que tout d&#233;pend de ses souhaits et de ses repr&#233;sentations [et que tout s'y conforme]. La m&#232;re d&#233;truit cela, elle est oblig&#233;e de le d&#233;truire. C'est la n&#233;cessaire et in&#233;vitable vio&#173;lence. Si elle ne le d&#233;truit pas, elle conduit l'enfant &#224; la psychose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. M : Pensez-vous alors que cet attrait de la force est, d'une certaine, tr&#232;s &#233;trange fa&#231;on, une sorte de d&#233;sir de retour vers cette m&#232;re ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C&lt;/strong&gt; : C'est un r&#233;sidu tr&#232;s puissant de l'attachement &#224; une premi&#232;re figure qui &#233;tait, selon ma terminologie, le ma&#238;tre de la signification. Et il y a toujours quelque part quelqu'un qui joue ce r&#244;le de ma&#238;tre de la signification et qui probablement peut devenir Adolf Hitler ou Joseph Staline ou Ronald Reagan, peu importe. Je crois que la racine psychique de l'ali&#233;nation politique et sociale est contenue dans cette premi&#232;re et tr&#232;s pr&#233;gnante relation. Mais il y a aussi les &#233;tapes suivantes. En l'entendant correctement, et entre guillemets : le &#171; d&#233;veloppement normal &#187;. &lt;br class='manualbr' /&gt;La m&#232;re doit abandonner ce r&#244;le de ma&#238;tre de la signification. Elle doit dire &#224; l'enfant que, si tel mot signifie cela, ou que, si tel acte est interdit, ce n'est pas parce que tel est son d&#233;sir mais parce qu'il y a telle raison, ou parce que c'est comme &#231;a que tout le monde l'entend, ou parce que telle est la convention sociale. Elle se d&#233;sinvestit ainsi de la toute-puissance que l'enfant, usant pr&#233;cis&#233;ment de ses propres sch&#232;mes projectifs, lui avait attribu&#233;e. L'enfant projette sur quelqu'un -dans ce cas la m&#232;re -son propre phantasme de toute-puissance, qu'il doit abandonner &#224; une certaine &#233;tape. Quand il pense, de fa&#231;on erron&#233;e : &#171; Mais Maman est toute-puissante &#187;, Maman doit r&#233;pondre ; &#171; Non, je ne le suis pas. &#187; &#171; &lt;i&gt;Words do not mean what I want them to mean&lt;/i&gt; &#187;, contrairement &#224; ce que Humpty Dumpty dit &#224; Alice, &#171; les mots signi&#173;fient ce que les gens entendent par ces mots &#187;, et ainsi de suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. L : Comment r&#233;pondez-vous alors &#224; la position que d&#233;veloppe quel&#173; qu'un comme Winnicott, soutenant que la premi&#232;re situation de la m&#232;re n'est pas une situation de ma&#238;tre de la signification, mais plut&#244;t de co-participant &#224; la signification ? &#192; savoir que le moment originel social est un moment partag&#233; entre la m&#232;re et l'enfant, &#224; savoir encore que l'&lt;i&gt;infans&lt;/i&gt; per&#231;oit la m&#232;re comme par&#173;tageant le monde phantasmatique ? L'&lt;i&gt;infans&lt;/i&gt; imagine le sein, et, en imaginant le sein, en l'appelant, en hurlant, pendant le moment de l'imagination, le sein appa&#173;ra&#238;t miraculeusement, et ainsi s'&#233;tablit une sorte de relation fondamentale entre phantasme et sociabilit&#233;. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C &lt;/strong&gt; : Aussi longtemps que tel est le cas, ce n'est pas vrai qu'il s'agit d'un partage ou d'une co-participation. Je veux dire que, aussi longtemps que nous sommes dans cette &#233;tape, l'enfant imagine que le sein est apparu parce qu'il ou elle d&#233;sirait qu'il apparaisse. Comme Freud le savait d&#233;j&#224; tr&#232;s bien, le moment d&#233;cisif est le moment o&#249; l'enfant ressent qu'il d&#233;sire voir le sein appa&#173;ra&#238;tre et o&#249; le sein n'appara&#238;t pas. Et il y a toujours un pareil moment, et cela correspond, comme Klein aurait dit, &#224; tr&#232;s juste titre, au &#171; mauvais sein &#187;. Cela est &#233;galement &#224; la racine de l'ambivalence fondamentale dans toute rela&#173;tion humaine. Je veux dire que l'autre a toujours h&#233;rit&#233; de ces deux aspects du bon sein et du mauvais sein, de la bonne figure et de la mauvaise figure. La plupart du temps, l'un de ces deux aspects couvre et domine totalement l'autre. Ainsi, nous aimons ou nous ha&#239;ssons les gens. Pour les gens avec qui nous entretenons des relations, l'un ou l'autre de ces &#233;l&#233;ments pr&#233;domine. Mais nous savons tous que m&#234;me dans le plus grand amour se cache toujours l'&#233;l&#233;ment n&#233;gatif, ce qui ne l'emp&#234;che pas d'&#234;tre un amour. Le vrai changement vient d'abord lorsque l'enfant doit admettre que la m&#232;re [et non pas lui-m&#234;me] est le ma&#238;tre du sein et le ma&#238;tre de la signification. Et un autre point de rupture intervient quand l'enfant d&#233;couvre qu'il n'y a pas de ma&#238;tre de la signification. Maintenant, dans la plupart des soci&#233;t&#233;s jusqu'&#224; aujourd'hui, cela arrive &#224; un nombre tr&#232;s limit&#233; de gens. Parce que Yahv&#233; est ma&#238;tre de la signification, ou le secr&#233;taire du Parti, ou peut-&#234;tre le scientifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. M : Ainsi, quand le Grand Inquisiteur pr&#233;tend que le peuple a besoin de l'&#201;glise comme ma&#238;tre de la signification (il n'utilise &#233;videmment pas ces ter&#173;mes), et accuse le Christ de cruaut&#233; parce qu'il refuse d'assumer le r&#244;le du ma&#238;tre de la signification, qu'est-ce que vous en pensez ? Que pensez-vous du des&#173;sein de l'Inquisiteur ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C &lt;/strong&gt; : Je crois que la position du probl&#232;me est vraie. Elle correspond &#224; ce que nous disons. La seule objection est que l'inquisiteur prend une position normative : il dit que ce fait est transhistorique et produit une situation qui est comme elle devrait &#234;tre. Nous disons qu'il existe un autre stade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. M : Je crois crucial de localiser les racines psychiques de l'autonomie dans les &#233;tapes ult&#233;rieures o&#249; l'on r&#233;alise qu'il n'y a pas de ma&#238;tre de la signi&#173;fication, plut&#244;t que dans un retour &#224; une sorte d'&#233;tat infantile de signification partag&#233;e. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C&lt;/strong&gt; : Mais quelles seraient les implications de la &#171; signification par&#173;tag&#233;e &#187; ? A moins que l'on ait l'id&#233;e d'une certaine sociabilit&#233; biologique de l'animal humain, qui est &#224; mon avis intenable, la signification partag&#233;e ne peut venir que de la position de deux personnes s&#233;par&#233;es et ind&#233;pendantes, comme entit&#233;s en elles-m&#234;mes. Il y a A et il y a B, et il y a lui ou elle et moi. Lui ou elle pense ou souhaite ou appelle les choses de telle mani&#232;re, et moi je les appelle de telle autre mani&#232;re, et l'on peut trouver un certain terrain commun. Mais cela est un stade d&#233;j&#224; tr&#232;s avanc&#233;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Quelques &#233;l&#233;ments embryonnaires de cela &#8211; tout cela touchant des points difficiles parce que apr&#232;s tout nous ne pouvons jamais &#234;tre dans la psych&#233; d'un &lt;i&gt;infans&lt;/i&gt; de six ou m&#234;me de dix-huit mois &#8211;, quelques &#233;l&#233;ments embryonnaires de cela pourraient &#234;tre l&#224; avant. Mais je crois que cette situation existe qualitati&#173;vement seulement &#224; partir du moment o&#249; l'enfant est devenu capable de recon&#173;na&#238;tre sa m&#232;re comme une entit&#233; &#224; la fois ind&#233;pendante et limit&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. L : &#202;tes-vous en train de parler de la r&#233;solution du complexe d'&#338;dipe ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C&lt;/strong&gt; : Non, c'est l&#224; une autre discussion sp&#233;cifique. Ce qui n'a pas &#233;t&#233; reconnu par les critiques de gauche de la construction &#339;dipienne de Freud, &#233;tant entendu que celle-ci contient une grande part d'id&#233;ologie patriarcale, c'est que le centre du probl&#232;me &#339;dipien pour Freud est le probl&#232;me de la civili&#173;sation. Ce n'est pas tellement le souhait de faire l'amour avec sa m&#232;re et tuer son p&#232;re ; c'est qu'aussi longtemps qu'il n'y a que deux, il n'y a pas de soci&#233;t&#233;. Il doit y avoir un troisi&#232;me terme pour briser ce face-&#224;-face. Le face-&#224;-face est fusion, ou domination totale de l'autre, ou domination totale par l'autre. Soit l'autre est l'objet total, soit on est l'objet total de l'autre. Et, afin que cette sorte de situation absolue, quasi psychotique, soit cass&#233;e, on doit avoir un troi&#173;si&#232;me terme. Peu importe si c'est le p&#232;re ou l'oncle maternel. J'entends par l&#224; que toutes les discussions entre Malinowski et Roheim l&#224;-dessus ont bien peu de pertinence. C'est le p&#232;re ou c'est l'oncle maternel et ainsi de suite &#8211; le pro&#173;bl&#232;me n'est pas l&#224;. Le point principal, c'est qu'on ne peut pas &#234;tre que deux ; on doit avoir un troisi&#232;me &#233;l&#233;ment. &#201;videmment, cela ne conduit pas &#224; la con&#173;clusion que le p&#232;re doit &#234;tre le ma&#238;tre &#8211; cela est un &lt;i&gt;non seguitur&lt;/i&gt; total. Et on doit m&#234;me avoir un quatri&#232;me &#233;l&#233;ment. Je veux dire que ce couple doit se comporter de mani&#232;re &#224; rendre l'enfant conscient que le p&#232;re n'est pas la source ou l'origine de la loi, qu'il n'est lui-m&#234;me qu'un parmi beaucoup, beaucoup d'autres p&#232;res, qu'il y a une collectivit&#233; humaine, n'est-ce pas ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Et cela, Freud l'avait vu. Les gens qui citent le mythe de &lt;i&gt;Totem et tabou&lt;/i&gt; s'arr&#234;tent toujours au meurtre du p&#232;re et au repas rituel c&#233;r&#233;monial. Ils oublient le serment collectif des fr&#232;res qui est la v&#233;ritable pierre angulaire de la soci&#233;t&#233;. Chacun des fr&#232;res renonce &#224; la toute-puissance, renonce &#224; l'omnipotence du p&#232;re archa&#239;que : je n'aurai pas toutes les femmes et je ne tue&#173;rai personne. Cela est l'autolimitation &#224; travers la position collective de la loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. M : C'est le moment appropri&#233; de revenir &#224; ce que vous disiez tout &#224; l'heure, &#224; propos de cette union de militants radicaux ou rassemblement de mili&#173;tants radicaux, exemplaire dans sa capacit&#233; d'autogouvemement et dans sa capacit&#233; d'&#233;viter l'attrait de la force et de la domination. Quand vous disiez cela, je pensais &#224; la horde des fr&#232;res dans Totem et tabou. Pensez-vous qu'ils sont une sorte de m&#233;taphore mythique pour le groupe de r&#233;volutionnaires que vous d&#233;criviez ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C&lt;/strong&gt; : Je ne formulerais pas la chose de cette fa&#231;on. Je veux tout sim&#173;plement dire que, lorsque Freud &#233;crivait &lt;i&gt;Totem et tabou&lt;/i&gt;, il affrontait le pro&#173;bl&#232;me de l'institution initiale de la soci&#233;t&#233;. &#201;videmment, Totem et tabou est un mythe, et il est stupide de le critiquer, m&#234;me si Freud le consid&#233;rait comme une sorte d'histoire dont l'exactitude ne serait jamais assur&#233;e pour nous, mais qui repr&#233;sente plus ou moins la mani&#232;re dont les choses se sont pass&#233;es &#8211; cela n'a aucune pertinence. Je veux dire qu'en cela il se trompait. Mais ce qui le pr&#233;occupait c'&#233;tait les conditions ontologiques d'existence d'une soci&#233;t&#233; dans laquelle personne ne pourrait exercer un pouvoir sans limites comme le p&#232;re archa&#239;que. &#192; cet &#233;gard, non pas le mythe en lui-m&#234;me mais les significations dont il est porteur sont tr&#232;s importantes. La soci&#233;t&#233; se met en place pr&#233;cis&#233;&#173; ment au moment o&#249; personne n'est tout-puissant et o&#249; il y a autolimitation de tous les fr&#232;res, de tous les fr&#232;res et s&#339;urs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. M : Mais, m&#234;me dans ce mythe, ils cr&#233;ent un totem, et le totem est toujours pr&#233;sent comme ma&#238;tre de la signification. Il est l&#224; toujours, comme un rappel. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C&lt;/strong&gt; : Oui, et avec la relation ambivalente au totem. Je pense pr&#233;cis&#233;&#173;ment que le totem est l'incarnation de I'h&#233;t&#233;ronomie dans les soci&#233;t&#233;s existan&#173;tes jusqu'&#224; maintenant. C'est l&#224; que Freud est tr&#232;s profond, quoique probable&#173;ment inconsciemment, mais tel est un grand penseur. Qu'est-ce que le totem ? Apr&#232;s un temps, cela devient un panth&#233;on de dieux, ou le Dieu unique, ou l'institution, ou le Parti. Et cela est ce que les lacaniens et d'autres appelle&#173; raient le &#171; symbolique &#187;. Ici nous pouvons voir les faiblesses de cette conception : dans l'essai de tirer de tout cela un concept &lt;i&gt;normatif&lt;/i&gt;. Car le totem n'est rien d'autre que le &#171; symbolique &#187; rendu totalement ind&#233;pendant et investi d'un pouvoir magique. C'est une cr&#233;ation imaginaire institu&#233;e et investie d'un pouvoir magique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. L : Mais, comme vous dites, l'existence d'institutions est toujours n&#233;cessaire. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C&lt;/strong&gt; : Oui, certes, mais pas en tant que totems.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. L : Donc elles seraient cr&#233;&#233;es et destitu&#233;es &#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C&lt;/strong&gt; : Juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. L : En construction continue. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C&lt;/strong&gt; : Justement. Avec cette relation particuli&#232;re, certainement tr&#232;s dif&#173;ficile &#224; atteindre : je sais que les lois sont notre cr&#233;ation, que nous pouvons les changer. Mais, aussi longtemps que nous ne les avons pas chang&#233;es, dans une soci&#233;t&#233; que je reconnais comme effectivement gouvern&#233;e de mani&#232;re d&#233;mocra&#173;tique, je suis encore oblig&#233; de les observer, parce que je sais qu'autrement la communaut&#233; humaine est impossible. &lt;br class='manualbr' /&gt;Les gens oublient d'habitude que les lois du langage sont, apr&#232;s tout, des conventions partag&#233;es. Et il s'est trouv&#233; des gens comme Roland Barthes pour dire cette &#233;norme &#226;nerie que le fascisme et l'h&#233;t&#233;ronomie sont dans le langage parce que chacun ne peut pas en changer comme il veut les r&#232;gles. Cela n'a rien &#224; voir avec le fascisme et l'h&#233;t&#233;ronomie. C'est la reconnaissance du fait qu'il ne peut pas y avoir de collectivit&#233; humaine sans r&#232;gles, d'une certaine mani&#232;re arbitraires et conventionnelles. Et il faut dire, au contraire, que la langue ne m'asservit pas mais qu'elle me lib&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. M : Mais quand ces r&#232;gles commencent &#224; avoir une aura, une aura tot&#233;mique, alors elles deviennent probl&#233;matiques. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C&lt;/strong&gt; : C'est vrai. Elles deviennent ali&#233;nantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. L : Pour revenir sur un autre point. Les fr&#232;res n'ont pas en fait renonc&#233; &#224; la toute-puissance, mais ils ont retranch&#233; une part de leur toute&#173; puissance et l'ont pr&#233;serv&#233;e dans le totem. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C&lt;/strong&gt; : Ils renoncent &#224; la toute-puissance et ils attribuent une toute&#173; puissance imaginaire au totem. Et &#231;a, c'est le facteur compensateur dans cette &#233;conomie psychique ali&#233;n&#233;e, ali&#233;n&#233;e encore, des fr&#232;res du mythe. La question politique est : Ce facteur compensateur ali&#233;nant est-il vraiment n&#233;cessaire pour la collectivit&#233; humaine ? Je dis qu'il n'y a pas de r&#233;ponse &lt;i&gt;th&#233;orique&lt;/i&gt; &#224; la ques&#173;tion. Cela veut dire que c'est &#224; partir des faits que l'on jugera, et c'est de cela qu'il s'agit dans l'action radicale ou r&#233;volutionnaire. Poser et essayer de prouver dans les faits que nous n'avons pas besoin de totem, mais que nous pou&#173;vons limiter nos pouvoirs sans les investir dans une entit&#233; mythique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. L : Il s'ensuivrait donc qu'il y a un parall&#232;le entre la collectivit&#233; et l'individu pour ce qui est de la &#171; perlaboration &#187;. &#192; savoir, qu'il y a une sorte d'incertitude par rapport &#224; l'histoire, une vision d'ind&#233;terminit&#233; dans laquelle on ne r&#233;sout pas la question de l'histoire et dans laquelle on ne peut pas expliquer le pass&#233; et apprendre par le pass&#233; que faire. Une collectivit&#233; est capable de prendre une position au sein de laquelle le futur peut &#234;tre &#233;labor&#233;. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C&lt;/strong&gt; : Absolument. Je pense que c'est l&#224; la position correcte. En fait je pense que la vraie position humaine est d'&lt;i&gt;assumer &lt;/i&gt; : d'accepter, de prendre sur soi l'ind&#233;terminit&#233;, le risque ; connaissant qu'il n'y a ni protection ni garantie. C'est-&#224;-dire que les protections et garanties existantes sont triviales et ne valent pas la peine d'en parler. Au moment vraiment d&#233;cisif, il n'y a pas de protec&#173;tion ni de garantie. Nous devons prendre les risques, et prendre des risques veut dire que nous sommes responsables de nos actions. &#201;videmment, un plein concept de responsabilit&#233; impliquerait la conscience. Il y a toujours le &#171; je ne savais pas &#187;. On peut toujours utiliser cet argument devant le tribunal, mais, devant ses propres yeux, m&#234;me si l'on sait qu'on n'est pas omniscient, on ne peut pas tout simplement dire : &#171; Je ne savais pas. &#187; On doit se donner une norme face &#224; laquelle on est vraiment responsable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. M : Y a-t-il des gens en France qui ont engag&#233; un dialogue avec vous comme celui que nous venons d'avoir ? Je veux dire non pas par-ci par-l&#224;, mais y a-t-il une sorte de ... &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C&lt;/strong&gt; : Je ne serais pas capable de r&#233;pondre. C'est le genre de dialogue que j'essaie de promouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. M : R&#233;ussissez-vous -avez-vous r&#233;ussi ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C&lt;/strong&gt; : Je ne peux pas en juger. Pas tellement pour l'instant, quand m&#234;me.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Qu'est-ce que la n&#233;ot&#233;nie humaine ? (2/2)</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?904-qu-est-ce-que-la-neotenie-humaine</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?904-qu-est-ce-que-la-neotenie-humaine</guid>
		<dc:date>2017-12-06T09:53:15Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Science</dc:subject>
		<dc:subject>Dufour D.-R.</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Anthropologie</dc:subject>
		<dc:subject>Mortalit&#233; / finitude</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>Type anthropologique</dc:subject>
		<dc:subject>N&#233;ot&#233;nie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Voir la premi&#232;re partie (&#8230;/&#8230;) Le romantisme devait ensuite largement faire usage de l'id&#233;e n&#233;ot&#233;nique notamment dans son versant prom&#233;th&#233;en. Le th&#232;me de Prom&#233;th&#233;e, sauveur et reconstructeur de l'homme, &#233;tait, &#224; vrai dire, d&#233;j&#224; apparu au d&#233;but du XVIIe si&#232;cle avec le Prometheus de Francis Bacon. On pou&#173;vait d&#233;j&#224; lire dans ce texte le th&#232;me du savant apprenti sor&#173;cier pr&#234;t &#224; transgresser les lois pour parvenir &#224; ses fins. Prom&#233;th&#233;e construit en effet un &#234;tre &#224; partir d'argile et d'&#233;l&#233;ments (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-38-science-+" rel="tag"&gt;Science&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-76-dufour-+" rel="tag"&gt;Dufour D.-R.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-81-philosophie-+" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-110-anthropologie-+" rel="tag"&gt;Anthropologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-117-mortalite-finitude-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-+" rel="tag"&gt;Mortalit&#233; / finitude&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-216-type-anthropologique-+" rel="tag"&gt;Type anthropologique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-234-neotenie-+" rel="tag"&gt;N&#233;ot&#233;nie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?903-Qu-est-ce-que-la-neotenie-humaine' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Voir la premi&#232;re partie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;/&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le romantisme devait ensuite largement faire usage de l'id&#233;e n&#233;ot&#233;nique notamment dans son versant prom&#233;th&#233;en. Le th&#232;me de Prom&#233;th&#233;e, sauveur et reconstructeur de l'homme, &#233;tait, &#224; vrai dire, d&#233;j&#224; apparu au d&#233;but du XVIIe si&#232;cle avec le &lt;i&gt;Prometheus&lt;/i&gt; de Francis Bacon. On pou&#173;vait d&#233;j&#224; lire dans ce texte le th&#232;me du savant apprenti sor&#173;cier pr&#234;t &#224; transgresser les lois pour parvenir &#224; ses fins. Prom&#233;th&#233;e construit en effet un &#234;tre &#224; partir d'argile et d'&#233;l&#233;ments animaux, mais il est puni pour son manque d'humilit&#233; religieuse de sorte que Dieu se venge sur la Terre enti&#232;re. Le Prom&#233;th&#233;e de Bacon annonce le person&#173;nage de Faust. &#192; noter qu'il appara&#238;t &#224; la m&#234;me &#233;poque que le Golem de la l&#233;gende pragoise. &lt;br class='manualbr' /&gt;Goethe &#233;crit aussi un &lt;i&gt;Prom&#233;th&#233;e&lt;/i&gt; qui le mobilisera aussi longtemps que le &lt;i&gt;Faust&lt;/i&gt; : trente ans. Il y lie les th&#232;mes de la r&#233;volte contre les dieux &#224; ceux de l'individu cr&#233;ateur ind&#233;&#173;pendant de toute puissance ext&#233;rieure. &#192; sa suite, les romantiques verront en ce Titan un rebelle indomptable, un h&#233;ros qui lutte pour la libert&#233; de ses cr&#233;atures en pro&#173;clamant la vanit&#233; des dieux, &#224; quoi il oppose la puissance et la libert&#233; des hommes. &lt;br class='manualbr' /&gt;&#192; la m&#234;me &#233;poque o&#249; Mary Shelley &#233;crit son &lt;i&gt;Franken&#173;stein&lt;/i&gt; (elle pr&#233;sentera son h&#233;ros comme &#171; a modern Prome&#173; theus &#187; ), son compagnon, Percy B. Shelley, &#233;crit un &lt;i&gt;Prom&#233;&#173;th&#233;e d&#233;livr&#233; &lt;/i&gt;empreint d'ath&#233;isme. Il y fait de Zeus le symbole de l'arbitraire et du mal, qui torture Prom&#233;th&#233;e, lequel cache le secret de l'heure et des moyens par lesquels on se d&#233;barrassera enfin des dieux. Hercule d&#233;livre alors Prom&#233;th&#233;e qui devient, contre les dieux, le sauveur du monde. Le mal repr&#233;sent&#233; par les dieux est alors aboli et le r&#232;gne du bien et de l'amour commence&#8230;&lt;br class='manualbr' /&gt;Pendant la p&#233;riode romantique, paraissent cent soixante&#173; dix &#339;uvres inspir&#233;es par Prom&#233;th&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir R. Trousson, Le Th&#232;me de Prom&#233;th&#233;e dans la litt&#233;rature euro&#173;p&#233;enne, op. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est dire l'importance de ce th&#232;me, qui se manifeste aussi dans l'art, et est pr&#233;sent de fa&#231;on diffuse dans de nombreuses &#339;uvres litt&#233;raires (Bal&#173;zac par exemple). Schlegel, Byron, Shelley, Hugo voient en Prom&#233;th&#233;e l'image du po&#232;te cr&#233;ateur, mais incompris, rejet&#233; (cf.&#171; L'Albatros &#187;de Baudelaire). On voit en Prom&#233;th&#233;e et en Satan deux r&#233;volt&#233;s qui, peut-&#234;tre m&#234;me, n'en font qu'un. Le milieu du XIXe si&#232;cle le consid&#232;re comme un martyr, fon&#173;dateur de la civilisation, champion de la R&#233;volte, de la Science, de la Raison. En 1841, en conclusion de son avant&#173; propos de th&#232;se sur D&#233;mocrite et &#201;picure&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;K. Marx, Diff&#233;rence de la philosophie de la nature chez D&#233;mocrite et &#201;picure (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le jeune Marx, qui se d&#233;signe lui-m&#234;me comme un &lt;i&gt;Aufkl&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#228;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;rer&lt;/i&gt;, repartira du texte m&#234;me d'Eschyle pour lancer un cri de guerre infini&#173;ment plus d&#233;vastateur que la violente proph&#233;tie ath&#233;e de Shelley puisqu'il emportera l'Occident, puis une bonne par&#173;tie de la plan&#232;te, &#224; la fin du XIXe et au XXe si&#232;cle, dans une farouche lutte au corps &#224; corps contre la tyrannie : &#171; La phi&#173;losophie, &#233;crit Marx, fait sienne la profession de foi de Pro&#173;m&#233;th&#233;e : 'En un mot, j'ai de la haine pour tous les dieux !' (Eschyle, &lt;i&gt;Prom&#233;th&#233;e&lt;/i&gt;, v. 975). Et, cette devise, elle l'oppose &#224; tous les dieux du ciel et de la terre, qui ne reconnaissent pas la conscience humaine comme la divinit&#233; supr&#234;me &#8230; Dans le calendrier philosophique, Prom&#233;th&#233;e occupe le premier rang parmi les saints et les martyrs. &#187; &lt;br class='manualbr' /&gt;Entre 1840 et 1900 paraissent en France quarante &#339;uvres litt&#233;raires inspir&#233;es par Prom&#233;th&#233;e, quatre-vingt-dix en Europe. &#192; quoi il faut ajouter les indications de Nietzsche qui, dans &lt;i&gt;La Naissance de la trag&#233;die&lt;/i&gt;, pr&#233;sente le mythe de Prom&#233;th&#233;e comme une variante du mythe de Dionysos. Mieux, pour Nietzsche, il existe sous le nom de Dionysos des h&#233;ros tragiques sous les apparences les plus diverses : &#338;dipe, Prom&#233;th&#233;e &#8230; Ces h&#233;ros, tous &#233;cartel&#233;s, portent en eux l'espoir d'une restauration de l'unit&#233; perdue. Ils s'apparentent &#224; Dionysos qui rec&#232;le selon Nietzsche une profondeur et une d&#233;mesure dont la connaissance ne se donne que dans la joie et la douleur, &#224; travers de v&#233;ritables &#233;preuves. Nietzsche introduit &#224; cet &#233;gard le concept de &#171; sagesse dionysienne &#187;.Il prend comme exemple de cette sagesse le crime de Prom&#233;th&#233;e qui d&#233;bouche sur le don le plus pr&#233;cieux. Ainsi, la trag&#233;die proc&#232;de de la &#171; sagesse dionysienne &#187; : elle rel&#232;ve d'une civilisation qui ose affron&#173;ter la cruaut&#233; et l'&#226;pret&#233; de l'existence. Mais toute d&#233;me&#173;sure re&#231;oit sa sanction : Prom&#233;th&#233;e est puni de son trop grand amour des hommes. &lt;br class='manualbr' /&gt;En 1899, le &lt;i&gt;Prom&#233;th&#233;e mal encha&#238;n&#233;&lt;/i&gt; de Gide renouvelle de fa&#231;on inattendue le mythe. Le h&#233;ros se r&#233;volte, reven&#173;dique sa libert&#233; individuelle, et s'&#233;mancipe de toutes les r&#232;gles qui la brident. Apr&#232;s avoir &#233;t&#233; amoureux de l'Oiseau auquel il donnait son foie en pitance (cf. le fameux &#171; Je n'aime pas les hommes ; j'aime ce qui les d&#233;vore &#187;), il le tue, le mange et trouve un rire que l'on pourrait dire nietzsch&#233;en. De l'animal sacr&#233;, ou de ce sacr&#233; animal, qui l'avait tant &#233;puis&#233;, il ne garde que des plumes comme pour s'en parer.
Le dernier tournant dans le processus d'apparition de l'id&#233;e n&#233;ot&#233;nique avant son expression scientifique, dans les ann&#233;es 1920, avec Bolk, est fort int&#233;ressant puisqu'il correspond au moment freudien de la grande investigation sur les forces obscures de la psych&#233;, en vue d'en rendre compte. C'est en effet en explorant le champ de la n&#233;vrose que Freud rencontre l'id&#233;e de n&#233;ot&#233;nie. On trouve &#224; la fin du texte intitul&#233; &lt;i&gt;Inhibition, sympt&#244;me et angoisse&lt;/i&gt; publi&#233; en 1926, c'est-&#224;-dire l'ann&#233;e m&#234;me de la communication de Bolk, cette notation ouvertement n&#233;ot&#233;nique : &#171; Parmi les facteurs qui participent &#224; la causation des n&#233;vroses (&#8230;), [il faut retenir] l'&#233;tat de d&#233;tresse [&lt;i&gt;Hilflosigkeit&lt;/i&gt;] et de d&#233;pen&#173;dance longuement prolong&#233;e du petit enfant d'homme. L'existence intra-ut&#233;rine de l'homme appara&#238;t face &#224; celle de la plupart des animaux relativement raccourcie ; l'enfant d'homme est jet&#233; dans le monde plus inachev&#233; qu'eux. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Freud, Inhibition, sympt&#244;me et angoisse [ 1926], Paris, PUF, 1993. J'ai (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Certes le th&#232;me de la n&#233;ot&#233;nie qui s'&#233;nonce dans ce texte n'est gu&#232;re conciliable avec la th&#232;se dite de &#171; la r&#233;capitulation de la phylogen&#232;se dans l'ontogen&#232;se &#187; formul&#233;e &#224; la fin du XIXe si&#232;cle par le plus grand adepte germanique de Darwin, le physiologiste Ernst Haeckel, et reprise &#224; son compte par Freud. Selon cette th&#232;se, chaque individu revit au cours de sa propre maturation les grandes &#233;tapes qui ont scand&#233; l'&#233;volution de l'esp&#232;ce &#224; laquelle il appartient. Cette th&#232;se de la r&#233;capitulation, supposant qu'une histoire longue de quelques millions d'ann&#233;es puisse se r&#233;capituler en quelques mois (loi de la condensation), n'est gu&#232;re compatible avec la th&#232;se de la n&#233;ot&#233;nie dans la mesure o&#249; elle suppose que tout progr&#232;s r&#233;sulte d'une addition qui prolonge d'une nouvelle &#233;tape le d&#233;veloppement (loi dite de l'addition terminale). Or, la n&#233;ot&#233;nie ne se pr&#233;sente pas d'abord comme une nouvelle &#233;tape ajout&#233;e au d&#233;veloppe&#173;ment, mais comme une r&#233;gression par rapport au d&#233;velop&#173;pement germinal attendu. Il n'emp&#234;che que Freud, bien qu'adepte de la th&#232;se de la r&#233;capitulation, accorde une place tout &#224; fait centrale &#224; la n&#233;ot&#233;nie puisqu'elle lui per&#173;met une construction tout &#224; fait originale du fait n&#233;vro&#173;tique. &#192; la question trait&#233;e dans ce texte, &#171; D'o&#249; vient la n&#233;vrose ? &#187;, Freud r&#233;pond en effet en rep&#233;rant trois fac&#173;teurs essentiels, parmi lesquels se trouve en premier lieu le facteur biologique, l'&#233;tat de d&#233;tresse et de d&#233;pendance du petit de l'homme, explicitement li&#233; &#224; sa pr&#233;maturation : &#171; Ce facteur biologique instaure donc les premi&#232;res situa&#173;tions de danger et cr&#233;e le besoin d'&#234;tre aim&#233;, qui ne quittera plus l'&#234;tre humain. &#187; La n&#233;ot&#233;nie, avance en quelque sorte Freud, cr&#233;e le besoin d'amour, lequel engendre la n&#233;vrose. &lt;br class='manualbr' /&gt;Il est remarquable que le second facteur de causation des n&#233;vroses retenu par Freud rel&#232;ve, lui aussi, de la n&#233;ot&#233;nie. Freud fait en effet allusion au d&#233;veloppement en deux temps de la sexualit&#233; humaine.&#171; Le deuxi&#232;me facteur, phy&#173;log&#233;n&#233;tique, a &#233;t&#233; seulement inf&#233;r&#233; par nous ; c'est un fait tr&#232;s remarquable du d&#233;veloppement de la libido qui nous a pouss&#233;s &#224; en faire l'hypoth&#232;se. Nous trouvons que la vie sexuelle de l'&#234;tre humain ne poursuit pas son d&#233;veloppe&#173;ment de mani&#232;re continue depuis le d&#233;but de la matura&#173;tion, comme celle de la plupart des animaux qui lui sont proches, mais qu'elle conna&#238;t, apr&#232;s une premi&#232;re floraison pr&#233;coce jusqu'&#224; la cinqui&#232;me ann&#233;e, une interruption &#233;ner&#173;g&#233;tique, pour reprendre de nouveau avec la pubert&#233; et se rattacher aux amorces infantiles. &#187; C'est &#224; ce moment de son raisonnement que Freud fait une hypoth&#232;se centrale sur la phylogen&#232;se de l'homme :&#171; Nous estimons qu'il a d&#251; survenir dans le destin de l'esp&#232;ce humaine quelque chose d'important qui a laiss&#233; derri&#232;re soi cette interruption du d&#233;veloppement sexuel comme pr&#233;cipit&#233; historique. &#187; On touche l&#224; au g&#233;nie de Freud, capable d'inf&#233;rer de ce qui l'int&#233;resse, le d&#233;veloppement ontog&#233;n&#233;tique de l'individu en mati&#232;re de sexualit&#233;, une cause phylog&#233;n&#233;tique caract&#233;&#173;risant l'esp&#232;ce, que la science de son temps n'avait pas encore v&#233;ritablement rep&#233;r&#233;e. Car c'est bien la n&#233;ot&#233;nie de l'homme qui contraint &#224; l'allongement du maternage de l'enfant et qui explique un d&#233;veloppement sexuel telle&#173;ment ralenti par rapport &#224; celui des autres mammif&#232;res qu'il va jusqu'&#224; s'accomplir en deux temps&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je reviens sur ce point pages 44 et 68.&#034; id=&#034;nh15-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Voil&#224; donc que le second facteur de causation des n&#233;vroses est li&#233; &#224; la n&#233;o&#173;t&#233;nie. &lt;br class='manualbr' /&gt;Quant au troisi&#232;me, il est r&#233;f&#233;r&#233; par Freud &#224; &#171; une imperfection de notre appareil animique &#187;,divis&#233; entre un moi et un &#231;a. &#171; Le moi est oblig&#233; de se mettre sur la d&#233;fensive contre certaines motions pulsionnelles venues du &#231;a, de les traiter comme des dangers. &#187; La psych&#233; souffre en somme d'une d&#233;synchronisation constitutive entre une part qui avance et veut et une autre part qui ne peut pas suivre. Nous verrons bient&#244;t en quoi la n&#233;ot&#233;nie de l'homme fa&#231;onne un &#234;tre vell&#233;itaire, en manque de pr&#233;sence, inca&#173;pable d'habiter v&#233;ritablement le monde. Ce qui frappe en tout cas, c'est l'&#233;tonnante prescience de Freud quant &#224; la n&#233;ot&#233;nie humaine. Tout se passe comme si, en 1926, il tra&#173;vaillait d&#233;j&#224; avec une th&#233;orie &#8230; qui est encore &#224; peine for&#173;mul&#233;e scientifiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gu&#232;re n'est besoin, je l'esp&#232;re, apr&#232;s cette rapide g&#233;n&#233;a&#173;logie de l'id&#233;e de n&#233;ot&#233;nie humaine, de rench&#233;rir sur sa place dans l'Occident moderne. Elle para&#238;t tout simple&#173;ment d&#233;cisive. Elle est pr&#233;sente dans toutes les versions modernes du mythe &#233;pim&#233;th&#233;o-prom&#233;th&#233;en, c'est-&#224;-dire dans les r&#233;cits qui narrent l'inach&#232;vement de l'homme et/ou qui exaltent son accomplissement. Elles se retrou&#173;vent &#233;galement dans de puissantes formules philosophiques ayant valeur de th&#233;or&#232;mes. Ces propositions scan&#173;dent que l'homme ne na&#238;t pas homme, mais se fabrique tel ; que chaque animal est ce qu'il est, alors que l'homme, n'&#233;tant rien, doit advenir &#224; lui-m&#234;me en utilisant les moyens de la raison ou de la technique, f&#251;t-ce en s'affran&#173;chissant de Dieu. En somme, il appara&#238;t au terme de ce premier parcours que cette id&#233;e se retrouve au fondement de tous les grands r&#233;cits d'&#233;mancipation de l'Occident moderne : recherche de la mesure pour cet &#234;tre sujet &#224; l'&lt;i&gt;hubris&lt;/i&gt;, promotion du libre arbitre de l'homme, c&#233;l&#233;bra&#173;tion de l'autonomie de la raison, acc&#232;s au sujet transcen&#173;dantal, &#233;mancipation soci&#233;tale, salut individuel, lib&#233;ration par la technique, r&#233;cits du cr&#233;puscule des idoles et de la mort de Dieu, exploration des profondeurs de la psych&#233;&#8230; &lt;br class='manualbr' /&gt;Ce qui vient ensuite rel&#232;ve d'un autre chapitre de la pen&#173;s&#233;e puisqu'il s'agira d&#233;sormais de philosopher en tenant compte d'une formulation scientifique de la n&#233;ot&#233;nie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ph&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ilosopher par temps n&#233;ot&#233;nique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le sait : il suffit qu'un Galil&#233;e voie autrement l'orga&#173;nisation des astres pour que ce &#171; d&#233;sastre &#187; suscite aussit&#244;t un Descartes, contraint de refonder &#224; neuf tout l'exercice philosophique et d'inventer un nouveau sujet. De m&#234;me Newton pour Kant : puisque&#171; depuis Newton, les com&#232;tes, selon Kant, suivent des trajectoires g&#233;om&#233;triques &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Notes de Kant dans son exemplaire des Observations sur le beau et le sublime (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, s'est pos&#233;e &#224; ce dernier une nouvelle question, celle de l'ajustement de &#171; la loi morale &#187; sur &#171; le ciel &#233;toil&#233; &#187; &#8211; ce sera le programme de la seconde Critique : la Critique de la raison pratique. On pourrait probablement montrer les m&#234;mes implications n&#233;cessaires entre les th&#233;ories de la relativit&#233; et l'invention du sujet freudien. Toute d&#233;couverte scientifique majeure suscite en somme un nouveau sujet philoso&#173;phique. &lt;br class='manualbr' /&gt;Or, aujourd'hui, nous disposons d'une donn&#233;e anthropo&#173;logique capitale quant &#224; l'esp&#232;ce humaine, d&#233;sormais bien &#233;tay&#233;e et d&#233;barrass&#233;e de ses d&#233;fauts de jeunesse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je fais allusion aux propos de Bolk sur une &#171; sup&#233;riorit&#233; &#187; de la &#171; race (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il s'agit de cette th&#233;orie de la n&#233;ot&#233;nie &#224; laquelle j'ai consacr&#233;, il y a quelques ann&#233;es, un premier petit livre exploratoire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D.-R. Dufour, Lettres sur la nature humaine, &#224; l'usage des survivants, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Je tentais d'y rep&#233;rer quelques incidences issues d'une pre&#173;mi&#232;re prise en compte de cette th&#233;orie anthropologique sur la pens&#233;e philosophique. &lt;br class='manualbr' /&gt;Il m'&#233;tait alors apparu &#233;trange que cette th&#233;orie ne soit pas davantage mise &#224; contribution par la pens&#233;e philosophique et par les sciences humaines et qu'on ne s'avise pas des remaniements &#224; effectuer dans tous les domaines de pens&#233;e d&#232;s lors qu'il appara&#238;t que l'homme est un n&#233;ot&#232;ne, c'est-&#224;-dire un &#234;tre qui a perdu sa premi&#232;re nature et qui s'est trouv&#233; contraint d'en inventer une seconde. &lt;br class='manualbr' /&gt;En effet, fort de cette th&#233;orie, c'est tout notre monde humain, son histoire m&#234;me, qui doivent &#234;tre reconsid&#233;r&#233;s. On ne peut plus en effet seulement concevoir ce monde comme produit par un Homme pr&#233;sent&#233; en &#171; &#233;lu &#187;, en &#171; Roi &#187; de la cr&#233;ation. Car l'homme est un &#234;tre exclu de la premi&#232;re nature, la &#171; vraie &#187;, un &#234;tre inachev&#233; qui s'est en fin de compte retrouv&#233; dans la position de devoir, sous peine de disparition, en inventer une &#171; autre &#187;, de toutes pi&#232;ces. Bref, comme l'insinuait Freud aux tout premiers instants de l'expression scientifique de la belle histoire n&#233;ot&#233;nique, l'homme est d'abord un grand n&#233;vros&#233;. &lt;br class='manualbr' /&gt;La th&#233;orie de la n&#233;ot&#233;nie oblige donc &#224; concevoir les grandes affaires humaines sous un jour neuf&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Et, de fait, depuis sa formulation par Bolk, la n&#233;ot&#233;nie n'a jamais cess&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Par grandes affaires humaines, j'entends le langage, l'esprit, le psy&#173;chisme, le corps, l'histoire, le politique, la cr&#233;ation esth&#233;&#173;tique et la fabrication proth&#233;tique (c'est-&#224;-dire la tech&#173;nique). Ce n'est rien de moins qu'un nouveau sujet qu'il faut mettre en sc&#232;ne pour tenir ensemble ces diff&#233;rentes dimensions. &lt;br class='manualbr' /&gt;II s'agit donc de faire du n&#233;ot&#232;ne un personnage concep&#173;tuel nouveau et de le lancer sur la sc&#232;ne du th&#233;&#226;tre de la philosophie occidentale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'emprunte la notion de &#171; personnage conceptuel &#187; &#224; Deleuze. Pour lui, le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En somme, avec le n&#233;ot&#232;ne, on devrait pouvoir raconter toute l'Histoire autrement. Avec lui, en effet, le rapport &#224; l'&#202;tre, le rapport &#224; l'Autre, le rap&#173;port aux autres, le rapport &#224; soi &#8230; ne peuvent plus se vivre ni s'&#233;noncer de la m&#234;me fa&#231;on. Cet &#233;cart d&#233;cisif provient de l'introduction dans la pens&#233;e philosophique d'une don&#173; n&#233;e qu'elle n'a jamais syst&#233;matiquement int&#233;gr&#233;e, m&#234;me si on peut en trouver la prescience dans plusieurs moments clefs de son histoire. II s'agit en somme de pousser la philo&#173;sophie actuelle &#224; prendre un tournant n&#233;odarwinien afin de pouvoir raconter toute l'Histoire autrement, non plus du point de vue du roi de la cr&#233;ation, mais du point de vue d'un &#234;tre exclu de la premi&#232;re nature et contraint d'en inventer une seconde. Dans le r&#244;le-titre, le n&#233;ot&#232;ne. Je re&#173;visiterai donc toutes les grandes affaires humaines avec ce nouveau personnage conceptuel. Ce qui devrait assez sen&#173;siblement bousculer nos anciennes habitudes de pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce que la n&#233;ot&#233;nie humaine ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La n&#233;ot&#233;nie humaine est donc une th&#232;se n&#233;odarwi&#173;nienne qui a &#233;t&#233; introduite d&#232;s les ann&#233;es 1920 par Bolk dans un article devenu assez c&#233;l&#232;bre : &#171; Das Problem der Menschwerdung &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En fran&#231;ais,&#171; Le probl&#232;me de la gen&#232;se humaine &#187;, op. cit.&#034; id=&#034;nh15-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On connaissait avant cette date la n&#233;o&#173;t&#233;nie animale qui correspond &#224; l'observation d'un retard du d&#233;veloppement dans quelques esp&#232;ces : chez certains animaux, le d&#233;veloppement peut s'arr&#234;ter avant la fin du processus de maturation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Darwin, dans le chapitre 6 de L'Origine des esp&#232;ces, avait rep&#233;r&#233; que &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces animaux sont qualifi&#233;s de &#171; n&#233;ot&#233;niques &#187; parce que certains caract&#232;res de juv&#233;nilit&#233;, normalement transitoires, au lieu de dispara&#238;tre, perdurent et s'installent chez eux comme caract&#232;res d&#233;finitifs &#8211; c'est pr&#233;cis&#233;ment cela la n&#233;ot&#233;nie, la persistance &#224; l'&#233;tat adulte de caract&#232;res juv&#233;niles normalement passagers. Ce qui est n&#233;o, nouveau, n&#233;onatal, perdure &#8211; d'o&#249; le nom de n&#233;ot&#233;&#173;nie, du grec &lt;i&gt;n&#233;o&lt;/i&gt;- ;&#171; nouveau &#187;, et du radical grec &lt;i&gt;ten&lt;/i&gt;, de &lt;i&gt;tei&#173; nein&lt;/i&gt;, &#171; &#233;tendre, prolonger &#187;. La n&#233;ot&#233;nie, c'est donc du juv&#233;nile qui se prolonge. &lt;br class='manualbr' /&gt;Bel exemple d'animal n&#233;ot&#233;nique : l'axolotl. Les axolotls sont des petits &#234;tres aquatiques mi-salamandre mi-poisson, munis de branchies, qui vivent normalement dans certains lacs du Mexique. Ce sont d'&#233;tranges petits animaux dont le d&#233;veloppement peut s'arr&#234;ter d&#233;finitivement au stade lar&#173;vaire de l'animal aquatique, et cela donne un axolotl, ou continuer, comme dans d'autres lacs voisins, jusqu'au stade a&#233;rien, et cela donne alors l'amblystome, une petite sala&#173;mandre tigr&#233;e. Ce qui s'est tram&#233; autour de l'axolotl cons&#173;titue une des belles histoires de l'histoire naturelle. On avait ramen&#233; &#224; Paris &#224; la fin du XIXe si&#232;cle un axolotl p&#234;ch&#233; dans un lac mexicain, et quelques jours plus tard, l'animal aquatique avait disparu et laiss&#233; place &#224; un animal a&#233;rien. &#192; la faveur du changement des conditions naturelles, l'axo&#173;lotl avait chang&#233; d'&#233;tat pour se transformer en une salamandre tigr&#233;e. C'est l&#224; un si bel exemple de n&#233;ot&#233;nie qu'il est sorti des registres de l'histoire naturelle pour entrer finalement dans la grande litt&#233;rature. Julio Cortazar, le grand &#233;crivain argentin, a en effet &#233;crit une nouvelle in&#173;titul&#233;e &#171; Axolotl &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nouvelle publi&#233;e en fran&#231;ais dans le recueil intitul&#233; Les Armes se&#173;cr&#232;tes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. J'ai d&#233;j&#224; comment&#233; ailleurs cette nou&#173;velle qui est fascinante&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. D.-R. Dufour, Lettres sur la nature humaine, op. cit., chap. I : &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est l'histoire d'un homme qui va voir ces petits animaux enferm&#233;s dans un aquarium du Jar&#173;din des Plantes, &#224; Paris. Un homme qui, tous les jours, va en quelque sorte se contempler, se refl&#233;ter dans le miroir de l'&#339;il de l'axolotl et qui finit, ainsi, par ne plus savoir &#8230; de quel c&#244;t&#233; il se trouve. Lorsqu'il regarde l'axolotl, il se sent progressivement devenir un axolotl regardant l'homme qui le regarde. Ce que met au jour la nouvelle de Cortazar, c'est qu'il existe une parent&#233; &#171; r&#233;elle &#187; entre l'axolotl et l'homme. J'ai mieux compris r&#233;cemment les raisons pour lesquelles Julio Cortazar avait &#233;t&#233; si sensible &#224; cette pa&#173;rent&#233;. Cortazar souffrait d'une maladie g&#233;n&#233;tique tr&#232;s rare. &#192; cause de cette maladie, il ne cessait de grandir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Merci &#224; l'amie psychanalyste qui a connu Cortazar de m'avoir com&#173;muniqu&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il se trouvait en somme dans la peau d'un super n&#233;ot&#232;ne. Un n&#233;ot&#232;ne encore plus n&#233;ot&#232;ne que nous ne le sommes, n&#233;o&#173;t&#232;nes usuels, puisque son d&#233;veloppement terminal adulte n'&#233;tait pas seulement diff&#233;r&#233;, mais jamais atteint. Julio Cortazar, pour avoir &#233;t&#233; un n&#233;ot&#232;ne absolu, un &#233;ternel ado&#173;lescent, en proie &#224; une croissance permanente, &#233;tait donc particuli&#232;rement d&#233;sign&#233;, par la loterie g&#233;n&#233;tique, pour s'apercevoir de notre &#233;tat et le r&#233;v&#233;ler. Nous naissons pr&#233;&#173; matur&#233;s et nous sommes des animaux n&#233;ot&#233;niques. &lt;br class='manualbr' /&gt;Pr&#233;matur&#233;s, nous le sommes vraiment en effet. En com&#173;parant sa maturation pr&#233;natale &#224; celle des autres mammi&#173;f&#232;res sup&#233;rieurs, on a par exemple calcul&#233; que l'homme ne devrait pas na&#238;tre &#224; 9, mais &#224; 18 mois. L'homme sort en somme trop t&#244;t du ventre de sa m&#232;re ! La n&#233;ot&#233;nie dit en quelque sorte que m&#234;me ceux qui naissent &#224; terme vien&#173;nent quand m&#234;me au monde trop t&#244;t ! Au regard de la n&#233;ot&#233;nie, nous sommes donc tous des pr&#233;matur&#233;s. &lt;br class='manualbr' /&gt;On peut trouver chez l'homme de multiples preuves de cette pr&#233;maturation : cloisons cardiaques non ferm&#233;es &#224; la naissance, immaturit&#233; postnatale du syst&#232;me nerveux pyra&#173;midal, insuffisance des alv&#233;oles pulmonaires, bo&#238;te cr&#226;nienne non ferm&#233;e, circonvolutions c&#233;r&#233;brales &#224; peine d&#233;velop&#173;p&#233;es, absence de pouce post&#233;rieur opposable, absence de syst&#232;me pileux, absence de dentition de lait &#224; la naissance&#8230; Cette pr&#233;maturation sp&#233;cifique de l'homme se solde, entre autres cons&#233;quences, par un allongement consid&#233;rable de la p&#233;riode de maternage et par un d&#233;veloppement sexuel en deux temps, s&#233;par&#233;s par une longue p&#233;riode de latence. C'est sur cet &#233;trange d&#233;veloppement en deux temps et cette p&#233;riode de latence que se construit, comme nous l'avons d&#233;j&#224; vu, toute la th&#233;orie freudienne des d&#233;sirs infantiles se r&#233;v&#233;lant apr&#232;s coup. &lt;br class='manualbr' /&gt;Cette th&#232;se de Bolk est aujourd'hui largement reprise par tout un courant de la recherche pal&#233;oanthropologi&#173; que, du grand biologiste et anthropologue am&#233;ricain Gould aux Fran&#231;ais Chaline, Delattre, Fenart, puis Dambricourt&#173; Malass&#233; et Deshayes, qui ont montr&#233; que le d&#233;veloppe&#173;ment de l'homme &#233;tait fondamentalement caract&#233;ris&#233;, &#224; cause de cette naissance pr&#233;matur&#233;e, par un ralentissement notable du d&#233;veloppement par rapport &#224; celui des singes sup&#233;rieurs. &lt;br class='manualbr' /&gt;La comparaison des d&#233;veloppements des singes sup&#233;&#173;rieurs et de l'homme montre en effet que le processus d'ho&#173;minisation est mesurable &#224; l'aune d'un ph&#233;nom&#232;ne majeur : l'augmentation du volume c&#233;r&#233;bral. Ce ph&#233;nom&#232;ne est connu sous le nom de &#171; contraction cr&#226;nio-faciale &#187; et im&#173;plique &#224; la fois l'augmentation du volume c&#233;r&#233;bral, la dimi&#173;nution de la face et l'&#233;largissement de la mandibule&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la contraction cr&#226;nio-faciale, voir par exemple le texte d'Anne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or les &#233;tapes de la contraction cr&#226;nio-faciale sont pr&#233;cis&#233;ment conditionn&#233;es par des d&#233;calages dans la chronologie du d&#233;veloppement touchant toutes les &#233;tapes de la formation : embryonnaire, f&#339;tale, lact&#233;ale (premi&#232;re dentition), de substitution (remplacement des dents de lait) et adulte. Le d&#233;veloppement de l'homme, sorti &#171; trop t&#244;t &#187;, s'av&#232;re plus lent ; sa juv&#233;nilit&#233; se prolonge et il atteint l'&#233;tat adulte plus tard. La cons&#233;quence directe de la n&#233;ot&#233;nie, c'est le ralen&#173;tissement de la croissance. Ainsi, si l'on compare les d&#233;ve&#173;loppements respectifs d'un chimpanz&#233; et d'un homme, on constate un ralentissement g&#233;n&#233;ralis&#233; du d&#233;veloppement humain et un doublement de la p&#233;riode de croissance&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir sur ces points : J. Chaline, Une famille peu ordinaire, Du singe &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; La &lt;i&gt;phase embryonnaire&lt;/i&gt;, qui dure deux semaines chez le chimpanz&#233;, est prolong&#233;e &#224; huit semaines chez l'homme ; et c'est durant cette phase que se constituent les cellules nerveuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; La &lt;i&gt;phase f&#339;tale&lt;/i&gt; dure un mois de plus chez l'homme. Mais elle devrait &#234;tre beaucoup plus longue, du double dit&#173; on, puisque le b&#233;b&#233; humain &#224; la naissance est beaucoup plus immature que le b&#233;b&#233; chimpanz&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; La &lt;i&gt;phase lact&#233;ale&lt;/i&gt;, de trois ans chez le chimpanz&#233;, dure six ans chez l'homme. Elle exprime toujours la fai&#173;ble allure du d&#233;veloppement humain. Au d&#233;but de cette p&#233;riode, le trou occipital du jeune chimpanz&#233; est situ&#233; &#224; la base du cr&#226;ne, comme chez l'homme, ce qui permet la bip&#233;die observ&#233;e chez les jeunes singes. Chez l'homme, le d&#233;veloppement de la partie post&#233;rieure du cr&#226;ne est telle&#173; ment ralenti que la bip&#233;die, favoris&#233;e par l'absence de pouce post&#233;rieur opposable, est d&#233;finitivement stabilis&#233;e. Cette stabilisation entra&#238;ne l'apparition d'un corps n&#233;ot&#233;&#173;nique. Tout d'abord, &#224; la faveur de la stabilisation dans la station dynamique verticale (qui signale chez les jeunes chimpanz&#233;s une situation de stress) survient le ph&#233;nom&#232;ne capital de la lib&#233;ration de la main. La main se transforme en un &#233;trange organe sans fonction propre devenant, comme tel, bon &#224; tout faire. Ensuite, la non-bascule occipi&#173;tale et le maintien dans la station dynamique debout entra&#238;nent l'effondrement du larynx, qui se retrouve dans une position inconnue chez tous les autres mammif&#232;res, en face des 4e, 5e, 6e et 7e vert&#232;bres cervicales, et l'apparition, au-dessus des cordes vocales, de la caisse de r&#233;sonance du pharynx surmont&#233; d'un appareil composite : luette, palais dur, palais mou, langue, alv&#233;oles, dents, l&#232;vres. Cet appareil, en permettant la modulation de l'air expir&#233;, va jouer comme appareil phonatoire et rendre possible un v&#233;ritable miracle : celui de la voix articul&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur l'appareil phonatoire des hominiens, voir J. T. Laitman, &#171; L'ori&#173;gine du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; La &lt;i&gt;phase de substitution &lt;/i&gt;se caract&#233;rise chez le chimpanz&#233; par la bascule du trou occipital en oblique vers l'arri&#232;re, l'obligeant &#224; devenir quadrup&#232;de. Le passage &#224; l'&#233;tat adulte s'ach&#232;ve &#224; la septi&#232;me ann&#233;e chez le chimpanz&#233;, mais &#224; la quatorzi&#232;me chez l'homme, qui, comme tout bon observateur l'aura probablement not&#233;, ne conna&#238;t pas cette bascule et reste en g&#233;n&#233;ral bip&#232;de.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ce moment du passage &#224; l'&#233;tat adulte correspond &#224; l'apparition de la maturit&#233; sexuelle. Il faut donc que l'homme attende quelque quatorze ann&#233;es pour conna&#238;tre son sexe, ce qui explique peut-&#234;tre qu'il n'en soit jamais vraiment tr&#232;s s&#251;r&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On observe donc, avec la contraction cr&#226;nio-faciale, un ralentissement notable du d&#233;veloppement li&#233; &#224; une n&#233;ot&#233;&#173;nisation de plus en plus accentu&#233;e, caract&#233;ristique du pro&#173;cessus d'hominisation. &lt;br class='manualbr' /&gt;Cette juv&#233;nilisation sp&#233;cifique de l'homme, cette n&#233;ot&#233;&#173;nisation ne sont pas sans cons&#233;quences : en perdant sa pre&#173;mi&#232;re nature, l'homme perd le caract&#232;re sp&#233;cialis&#233; et fina&#173;lis&#233; qui &#233;tait celui de ses anc&#234;tres, diversement adapt&#233;s &#224; des terrains sp&#233;cifiques. L'homme, en tant que n&#233;ot&#232;ne, se retrouve en quelque sorte sans nature propre : non finalis&#233;, il devient un &#234;tre d'une grande d&#233;bilit&#233; physique, caract&#233;&#173;ris&#233; par la faiblesse de son appareillage (absence de griffes et de crocs, d&#233;ficit en rapidit&#233; et en agilit&#233; &#8230; ), par un &#233;tat de stress permanent. Et, parce qu'il est en quelque sorte non fini, il devient un &#234;tre d'une extr&#234;me plasticit&#233;, capable de s'adapter aux situations les plus diverses.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb15-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir R. Trousson, &lt;i&gt;Le Th&#232;me de Prom&#233;th&#233;e dans la litt&#233;rature euro&#173;p&#233;enne&lt;/i&gt;, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;K. Marx, &lt;i&gt;Diff&#233;rence de la philosophie de la nature chez D&#233;mocrite et &#201;picure&lt;/i&gt; (th&#232;se de 1841), Paris, &#233;d. Nizet, 1970.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;S. Freud, &lt;i&gt;Inhibition, sympt&#244;me et angoisse&lt;/i&gt; [ 1926], Paris, PUF, 1993. J'ai pr&#233;f&#233;r&#233; traduire &lt;i&gt;Hilflosigkeit&lt;/i&gt; par &#171; d&#233;tresse &#187; plut&#244;t que par &#171; d&#233;saide &#187;, trop n&#233;ologisant &#224; mon go&#251;t.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Je reviens sur ce point pages 44 et 68.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Notes de Kant dans son exemplaire des &lt;i&gt;Observations sur le beau et le sublime&lt;/i&gt; (trad. Kempf, Paris, Vrin, p. 66).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Je fais allusion aux propos de Bolk sur une &#171; sup&#233;riorit&#233; &#187; de la &#171; race nordique &#187; par rapport &#224; la &#171; race noire &#187; qu'il &#171; explique &#187; par son degr&#233; sup&#233;rieur de n&#233;ot&#233;nisation&#8230; (cf. dans &#171; La gen&#232;se de l'homme &#187;, la partie intitul&#233;e &#171; Les races humaines et la f&#339;talisation &#187; ). Ce n'est bien s&#251;r que d&#233;barrass&#233;es de ce tr&#232;s encombrant fardeau que les th&#232;ses de Bolk devien&#173;nent dignes d'int&#233;r&#234;t. Ce travail a &#233;t&#233; entrepris par S. J. Gould, &lt;i&gt;Darwin et les grandes &#233;nigmes de la vie&lt;/i&gt; [1977], &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, chap. 27 : &#171; Racisme et r&#233;capitula&#173;tion &#187; o&#249; Gould remet &#171; sur leurs pieds &#187; ces th&#232;ses.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;D.-R. Dufour, &lt;i&gt;Lettres sur la nature humaine, &#224; l'usage des survivants&lt;/i&gt;, Paris, Calmann-L&#233;vy, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Et, de fait, depuis sa formulation par Bolk, la n&#233;ot&#233;nie n'a jamais cess&#233; d'int&#233;resser les philosophes et les chercheurs les plus divers : Lacan (ann&#233;es 30), Gehlen (ann&#233;es 30-50), Lapassade (ann&#233;es 60), Agamben et Lyotard (ann&#233;es 80) &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;J'emprunte la notion de &#171; personnage conceptuel &#187; &#224; Deleuze. Pour lui, le personnage conceptuel d&#233;signe &#171; une pr&#233;sence intrins&#232;que &#224; la pen&#173;s&#233;e, une condition de possibilit&#233; de la pens&#233;e m&#234;me, bref une cat&#233;go&#173;rie vivante, un v&#233;cu transcendantal, un &#233;l&#233;ment constituant de la pens&#233;e &#187;. Cf. Gilles Deleuze,&#171; Les conditions de la question : qu'est-ce que la philo&#173;sophie ? &#187; in &lt;i&gt;Chim&#232;res&lt;/i&gt;, n&#176; 8, mai 1990. Probl&#233;matique reprise dans &lt;i&gt;Qu'est&#173; ce que la philosophie &lt;/i&gt; ?, Paris, Minuit, 1991.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;En fran&#231;ais,&#171; Le probl&#232;me de la gen&#232;se humaine &#187;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Darwin, dans le chapitre 6 de &lt;i&gt;L'Origine des esp&#232;ces&lt;/i&gt;, avait rep&#233;r&#233; que &#171; quelques animaux sont aptes &#224; se reproduire &#224; un &#226;ge tr&#232;s pr&#233;coce, avant m&#234;me d'avoir acquis leurs caract&#232;res adultes complets &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Nouvelle publi&#233;e en fran&#231;ais dans le recueil intitul&#233; &lt;i&gt;Les Armes se&#173;cr&#232;tes &lt;/i&gt;(trad. Laure Ouille-Bataillon, Paris, Gallimard, 1963).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. D.-R. Dufour, &lt;i&gt;Lettres sur la nature humaine, op. cit&lt;/i&gt;., chap. I : &#171; Lettre sur les n&#233;ot&#232;nes, les axolotls et les V&#233;nus de Botero &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Merci &#224; l'amie psychanalyste qui a connu Cortazar de m'avoir com&#173;muniqu&#233; cette donn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sur la contraction cr&#226;nio-faciale, voir par exemple le texte d'Anne Dambricourt-Malass&#233;, &#171; Paysages mentaux des racines &#233;volutives humaines &#187;, disponible sur http:/sapiensweb.free.fr/articles/2-damb.html&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir sur ces points : J. Chaline, &lt;i&gt;Une famille peu ordinaire, Du singe &#224; l'homme&lt;/i&gt;, Paris, Le Seuil, 1994, et son article dans l'&lt;i&gt;Encyclopedia Universa&#173;lis&lt;/i&gt;, &#171; L'origine de l'homme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sur l'appareil phonatoire des hominiens, voir J. T. Laitman, &#171; L'ori&#173;gine du langage articul&#233; &#187;, &lt;i&gt;La Recherche&lt;/i&gt;, n&#176; 17, 1986, et P. Lieberman, &#171; L'&#233;volution du langage humain &#187;, &lt;i&gt;La Recherche&lt;/i&gt;, n&#176; 6, 1975.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Qu'est-ce que la n&#233;ot&#233;nie humaine ? (1/2)</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?903-Qu-est-ce-que-la-neotenie-humaine</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?903-Qu-est-ce-que-la-neotenie-humaine</guid>
		<dc:date>2017-11-28T13:21:03Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Science</dc:subject>
		<dc:subject>Dufour D.-R.</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Anthropologie</dc:subject>
		<dc:subject>Mortalit&#233; / finitude</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>Type anthropologique</dc:subject>
		<dc:subject>N&#233;ot&#233;nie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;D&#233;but du premier chapitre intitul&#233; &#171; Petits arrangements entre esp&#232;ces naturelles et esp&#232;ces surnaturelles &#187; du livre de D.-R. Dufour &#171; On ach&#232;ve bien les hommes. De quelques cons&#233;quences actuelles et futures de la mort de Dieu. &#187;, Deno&#235;l, 2005, pp.17-44. Il a fallu attendre le d&#233;but du XXe si&#232;cle pour qu'une d&#233;couverte scientifique, au d&#233;but modeste, permette fina&#173;lement de reconsid&#233;rer les rapports &#8211; en tout point d&#233;ci&#173;sifs &#8211; des esp&#232;ces naturelles (les animaux et les hommes) avec les (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-38-science-+" rel="tag"&gt;Science&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-76-dufour-+" rel="tag"&gt;Dufour D.-R.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-81-philosophie-+" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-110-anthropologie-+" rel="tag"&gt;Anthropologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-117-mortalite-finitude-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-+" rel="tag"&gt;Mortalit&#233; / finitude&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-216-type-anthropologique-+" rel="tag"&gt;Type anthropologique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-234-neotenie-+" rel="tag"&gt;N&#233;ot&#233;nie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;D&#233;but du premier chapitre intitul&#233; &#171; Petits arrangements entre esp&#232;ces naturelles et esp&#232;ces surnaturelles &#187; du livre de D.-R. Dufour &#171; On ach&#232;ve bien les hommes. De quelques cons&#233;quences actuelles et futures de la mort de Dieu. &#187;, Deno&#235;l, 2005, pp.17-44.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il a fallu attendre le d&#233;but du XXe si&#232;cle pour qu'une d&#233;couverte scientifique, au d&#233;but modeste, permette fina&#173;lement de reconsid&#233;rer les rapports &#8211; en tout point d&#233;ci&#173;sifs &#8211; des esp&#232;ces naturelles (les animaux et les hommes) avec les esp&#232;ces surnaturelles (les dieux). Cette d&#233;couverte permet en effet de reprendre &#224; neuf de grandes questions philosophiques parmi lesquelles on compte les rapports nature-culture, c'est-&#224;-dire en fin de compte les relations entre ces deux parts dont nous sommes constitu&#233;s, le vi&#173;vant et le parlant, composant ce singulier complexe biopolitique dans lequel et par lequel nous existons. Cette d&#233;couverte, c'est celle de la n&#233;ot&#233;nie de l'homme, sur laquelle je reviendrai longuement bient&#244;t. &lt;br class='manualbr' /&gt;Qu'on sache pour l'instant que cette th&#233;orie, due &#224; un ana&#173;tomiste hollandais du nom de Louis Bolk&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Louis Bolk, Das Problem der Menschwerdung [1926], &#171; La gen&#232;se de l'homme &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, actuellement soutenue par une grande partie de la recherche pal&#233;oan&#173;thropologique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Notamment par le grand biologiste et anthropologue S. J. Gould. De Gould, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, con&#231;oit l'homme comme un &#234;tre &#224; nais&#173;sance pr&#233;matur&#233;e, &#224; la fois incapable d'atteindre son d&#233;ve&#173;loppement germinal complet et cependant capable de se reproduire et de transmettre ses caract&#232;res de juv&#233;nilit&#233;, normalement transitoires chez les autres animaux. Cet animal, non fini, &#224; la diff&#233;rence des autres animaux, doit donc se parachever ailleurs que dans la premi&#232;re nature, dans une seconde nature, g&#233;n&#233;ralement appel&#233;e culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La n&#233;ot&#233;nie humaine comme grand r&#233;cit sous-jacent de l'Occident moderne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le point de m'engager dans ce premier parcours, je dois d'embl&#233;e pr&#233;ciser que les th&#232;ses de la n&#233;ot&#233;nie ne se pr&#233;sentent nullement, pour moi, comme une &#171; fantaisie philosophique &#187; ou comme un &#171; mythe scientifique &#187; tel qu'on en trouve, par exemple, chez Rousseau dans son &lt;i&gt;Dis&#173;cours sur l'in&#233;galit&#233;&lt;/i&gt; avec le mythe de &#171; l'&#233;tat de nature &#187;, ou chez Freud dans &lt;i&gt;Totem et Tabou &lt;/i&gt;avec le mythe de la &#171; horde primitive &#187;. Ils savaient l'un et l'autre qu'ils avaient invent&#233;, l'un &#171; un &#233;tat qui n'avait peut-&#234;tre jamais exist&#233; &#187; (Rousseau, &lt;i&gt;Pr&#233;face&lt;/i&gt; au &lt;i&gt;Discours&lt;/i&gt;), l'autre un &#171; mythe scientifique &#187; (Freud, &lt;i&gt;Totem et Tabou&lt;/i&gt;). Une fiction donc, mais dont ils avaient eu besoin pour continuer leurs travaux. &lt;br class='manualbr' /&gt;Comme &#171; la science &#187; ne fournissait alors rien de certain, ils avaient d&#251; inventer, en toute &#171; illogique &#187;, ce qui pou&#173;vait donner un fondement sinon logique, du moins mytho&#173;logique, &#224; leurs &#233;laborations. &lt;br class='manualbr' /&gt;Le cas n'est pas le m&#234;me pour moi. J'ai en quelque sorte plus de chance que mes illustres devanciers car &#171; la science &#187;, en l'occurrence l'anthropologie n&#233;odarwinienne, fournit une probl&#233;matique circonstanci&#233;e que je ne suis donc pas oblig&#233; d'inventer, mais seulement d'int&#233;grer dans un nou&#173;veau champ de concepts philosophiques que je vais bient&#244;t pr&#233;senter. Certes, si la n&#233;ot&#233;nie n'avait pas exist&#233;, il aurait fallu l'inventer, mais comme elle existe, je me suis content&#233; d'en reprendre les donn&#233;es qui, non seulement, faisaient sens dans le champ philosophique o&#249; je me place, mais qui pouvaient constituer la &#171; terre ferme &#187; o&#249; poser les fonde&#173;ments d'une nouvelle philosophie. &lt;br class='manualbr' /&gt;Cependant, il &#233;tait un temps, avant Bolk et les ann&#233;es 1920, o&#249; la n&#233;ot&#233;nie humaine n'existait pas comme th&#233;orie scientifique d&#233;fendable et il est remarquable de constater que des penseurs occidentaux de tr&#232;s grande envergure ont alors d&#251; tout simplement l'inventer pour soutenir leur pro&#173;pos. Quand on s'aper&#231;oit qu'on trouve parmi ces noms rien de moins que ceux de Pic de La Mirandole, de &#201;rasme, de Kant, de Fichte, de Feuerbach, de Marx, de Freud ... , on est alors en droit de supposer que la n&#233;ot&#233;nie fut l'objet d'un v&#233;ritable mythe moderne souterrain avant de s'&#233;tablir effectivement comme science dans la mouvance du darwi&#173;nisme. Qu'on en juge par ces indications qui serviront, je l'esp&#232;re, &#224; &#233;tablir quelques rep&#232;res pour construire la g&#233;n&#233;alogie de la n&#233;ot&#233;nie qui nous manque. &lt;br class='manualbr' /&gt;En fait, tout commence d&#232;s les fondements de la philo&#173;sophie avec la reprise platonicienne du mythe grec de Prom&#233;th&#233;e. Les sources de ce mythe remontent &#224; H&#233;siode&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H&#233;siode, cf. La Th&#233;ogonie, v. 507-617, et Les Travaux et les Jours, v. 42-105.&#034; id=&#034;nh16-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces deux passages mettent en sc&#232;ne la division qui s'effectue entre les dieux et les hommes apr&#232;s que Zeus et les Olympiens ont pris possession du pouvoir c&#233;leste. L'homme va dor&#233;navant se distinguer des dieux et, du m&#234;me coup, des animaux. Il s'agit chez H&#233;siode du Prom&#233;th&#233;e pyro&#173;phoros, porteur de feu. Prom&#233;th&#233;e est un ancien dieu, un Titan, qui se r&#233;v&#232;le protecteur des hommes en leur faisant don du feu d&#233;rob&#233; aux nouveaux dieux :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Mais le brave fils de Japet [Prom&#233;th&#233;e] sut le tromper [Zeus] et d&#233;roba, au creux d'une f&#233;rule, l'&#233;clatante lueur du feu infatigable ; et Zeus, qui gronde dans les nues, fut mordu profond&#233;ment au c&#339;ur et s'irrita en son &#226;me (...).Aussit&#244;t, en place du feu, il cr&#233;a un mal, destin&#233; aux humains.&lt;br class='manualbr' /&gt;H&#233;siode, &lt;i&gt;Th&#233;ogonie&lt;/i&gt;, v. 564-570.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pour le ch&#226;tier, Zeus encha&#238;ne le Titan sur un mont du Caucase, o&#249; un aigle vient ind&#233;finiment lui d&#233;vorer le foie, puis il le pr&#233;cipite dans les profondeurs des enfers, le Tar&#173;tare. Prom&#233;th&#233;e avait &#233;galement d&#233;rob&#233; une bo&#238;te enfer&#173;mant l'ensemble des maux que les dieux destinaient aux humains et l'avait laiss&#233;e aupr&#232;s de son fr&#232;re &#201;pim&#233;th&#233;e. Zeus, furieux, envoie alors sur terre Pandora, qui &#233;pouse &#201;pim&#233;th&#233;e et... ouvre la bo&#238;te. Tous les maux s'abattent sur l'humanit&#233; &#8211; sauf l'esp&#233;rance, qui demeure coll&#233;e au fond. &lt;br class='manualbr' /&gt;D'Eschyle, il reste le &lt;i&gt;Prom&#233;th&#233;e encha&#238;n&#233;&lt;/i&gt;, seul moment subsistant d'une grande trilogie tragique. Le pouvoir cruel de Zeus&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eschyle, Prom&#233;th&#233;e encha&#238;n&#233;, v. 32, 150, 324, 389, 403, 519, 526, 837, 939.&#034; id=&#034;nh16-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et l'habilet&#233; du Titan&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eschyle, Prom&#233;th&#233;e encha&#238;n&#233;, v. 110, 254, 447, 497, 506, 514.&#034; id=&#034;nh16-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; sont chez Eschyle repr&#233;sen&#173;t&#233;s &#224; peu pr&#232;s de la m&#234;me fa&#231;on que chez H&#233;siode. Mais la question de la technique acquiert une place sp&#233;ciale. Avec Eschyle, l'homme quitte ses anciens paysages ruraux et agricoles pour investir la cit&#233; et l'habiter en mobilisant ses arts et ses techniques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le remarquable article de Michelle Carrier, &#171; D'un Prom&#233;th&#233;e oubli&#233; &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &#171; Tous les arts aux mortels viennent de Prom&#233;th&#233;e &#187;, lit-on dans Eschyle, &lt;i&gt;Prom&#233;th&#233;e encha&#238;n&#233;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eschyle, Prom&#233;th&#233;e encha&#238;n&#233;, v. 506.&#034; id=&#034;nh16-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Le Titan est pr&#233;sent&#233; comme l'inventeur des sciences et des arts, mais il se montre surtout, dans un long discours, comme le plus grand opposant de Zeus, lequel est pr&#233;sent&#233; comme un tyran. &lt;br class='manualbr' /&gt;C'est alors que Platon reprend le mythe en lui donnant une nouvelle dimension, notamment en affinant le r&#244;le donn&#233; &#224; &#201;pim&#233;th&#233;e &#224; qui &#233;choit la fabrication de toutes les esp&#232;ces. Or, la cr&#233;ation des hommes est caract&#233;ris&#233;e par une remarquable id&#233;e n&#233;ot&#233;nique avant la lettre puisque c'est un &#234;tre inachev&#233; que &#201;pim&#233;th&#233;e construit, tellement imparfait que Prom&#233;th&#233;e doit d&#233;rober le feu aux dieux pour le donner aux hommes afin de compenser leur d&#233;sastreuse d&#233;ficience constitutive. Voici le passage tir&#233; de Pla&#173;ton, issu de &lt;i&gt;Protagoras&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Platon, Protagoras, 320 c-32ld (trad. A. Croiset, Paris, Les Belles&#173; Lettres).&#034; id=&#034;nh16-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, o&#249; figure ce v&#233;ritable mythe pr&#233;&#173; n&#233;ot&#233;nique ; il vaut d'&#234;tre longuement cit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait le temps o&#249; les dieux existaient d&#233;j&#224;, mais o&#249; les races mortelles n'existaient pas encore. Quand vint le moment marqu&#233; par le destin pour la naissance de celles-ci, voici que les dieux les fa&#231;onnent &#224; l'int&#233;rieur de la terre avec un m&#233;lange de terre et de feu et de toutes les substances qui se peu&#173; vent combiner avec le feu et la terre. Au moment de les pro&#173;duire &#224; la lumi&#232;re, les dieux ordonn&#232;rent &#224; Prom&#233;th&#233;e et &#224; &#201;pim&#233;th&#233;e de distribuer convenablement entre elles toutes les qualit&#233;s dont elles avaient &#224; &#234;tre pourvues. &#201;pim&#233;th&#233;e demanda &#224; Prom&#233;th&#233;e de lui laisser le soin de faire lui-m&#234;me la distribu&#173;tion : &#171; Quand elle sera faite, dit-il, tu inspecteras mon &#339;uvre. &#187; La permission accord&#233;e, il se met au travail. &lt;br class='manualbr' /&gt;Dans cette distribution, il donne aux uns la force sans la vitesse ; aux plus faibles, il attribue le privil&#232;ge de la rapidit&#233; ; &#224; certains il accorde des armes ; pour ceux dont la nature est d&#233;sarm&#233;e, il invente quelque autre qualit&#233; qui puisse assurer leur salut. &#192; ceux qu'il rev&#234;t de petitesse, il attribue la fuite ail&#233;e ou l'habitation souterraine. Ceux qu'il grandit en taille, il les sauve par l&#224; m&#234;me. Bref, entre toutes les qualit&#233;s, il maintient un &#233;quilibre. En ces diverses inventions, il se pr&#233;occupait d'emp&#234;cher aucune race de dispara&#238;tre. &lt;br class='manualbr' /&gt;Apr&#232;s qu'il les eut pr&#233;munis suffisamment contre les des&#173;tructions r&#233;ciproques, il s'occupa de les d&#233;fendre contre les intemp&#233;ries qui viennent de Zeus, les rev&#234;tant de poils touffus et de peaux &#233;paisses, abris contre le froid, abris aussi contre la chaleur, et en outre, quand ils iraient dormir, couvertures natu&#173;relles et propres &#224; chacun. Il chaussa les uns de sabots, les autres de cuirs massifs et vides de sang. Ensuite, il s'occupa de procurer &#224; chacun une nourriture distincte, aux uns les her&#173;bes de la terre, aux autres les fruits des arbres, aux autres leurs racines ; &#224; quelques-uns il attribua pour aliment la chair des autres. &#192; ceux-l&#224;, il donna une post&#233;rit&#233; peu nombreuse ; leurs victimes eurent en partage la f&#233;condit&#233;, salut de leur esp&#232;ce. &lt;br class='manualbr' /&gt;Or &#201;pim&#233;th&#233;e, dont la sagesse &#233;tait imparfaite, avait d&#233;j&#224; d&#233;pens&#233;, sans y prendre garde, toutes les facult&#233;s en faveur des animaux, et il lui restait encore &#224; pourvoir l'esp&#232;ce hu&#173;maine, pour laquelle, faute d'&#233;quipement, il ne savait que faire. Dans cet embarras, survient Prom&#233;th&#233;e pour inspecter le travail. Celui-ci voit toutes les autres races harmonieuse&#173; ment &#233;quip&#233;es, et l'homme nu, sans chaussures, sans couver&#173;tures, sans armes. Et le jour marqu&#233; par Je destin &#233;tait venu, o&#249; il fallait que l'homme sort&#238;t de la terre pour para&#238;tre &#224; la lumi&#232;re. &lt;br class='manualbr' /&gt;Prom&#233;th&#233;e, devant cette difficult&#233;, ne sachant quel moyen de salut trouver pour l'homme, se d&#233;cide &#224; d&#233;rober l'habilet&#233; artistique d'H&#233;pha&#239;stos et d'Ath&#233;na, et en m&#234;me temps le feu -car, sans le feu il &#233;tait impossible que cette habilet&#233; f&#251;t acquise par personne ou rend&#238;t aucun service -puis, cela fait, il en fit pr&#233;sent &#224; l'homme. &lt;br class='manualbr' /&gt;C'est ainsi que l'homme fut mis en possession des arts utiles &#224; la vie, mais la politique lui &#233;chappa : celle-ci en effet &#233;tait aupr&#232;s de Zeus ; or Prom&#233;th&#233;e n'avait plus le temps de p&#233;n&#233;&#173;trer dans l'acropole qui est la demeure de Zeus : en outre il y avait aux portes de Zeus des sentinelles redoutables. Mais il put p&#233;n&#233;trer sans &#234;tre vu dans l'atelier o&#249; H&#233;pha&#239;stos et Ath&#233;na pratiquaient ensemble les arts qu'ils aiment, si bien qu'ayant vol&#233; &#224; la fois les arts du feu qui appartiennent &#224; H&#233;pha&#239;stos et les autres qui appartiennent &#224; Ath&#233;na, il put les donner &#224; l'homme. C'est ainsi que l'homme se trouve avoir en sa possession toutes les ressources n&#233;cessaires &#224; la vie, et que Prom&#233;&#173;th&#233;e, par la suite, fut, dit-on, accus&#233; de vol. &lt;br class='manualbr' /&gt;Parce que l'homme participait au lot divin, d'abord il fut le seul des animaux &#224; honorer les dieux, et il se mit &#224; construire des autels et des images divines ; ensuite il eut l'art d'&#233;mettre des sons et des mots articul&#233;s, il inventa les habitations, les v&#234;tements, les chaussures, les couvertures, les aliments qui naissent de la terre. Mais les humains, ainsi pourvus, v&#233;curent d'abord dispers&#233;s, et aucune ville n'existait. Aussi &#233;taient-ils d&#233;truits par les animaux, toujours et partout plus forts qu'eux, et leur industrie suffisante pour les nourrir demeurait impuis&#173;sante pour la guerre contre les animaux ; car ils ne poss&#233;daient pas encore l'art politique [c'est-&#224;-dire l'art d'administrer les cit&#233;s], dont l'art de la guerre est une partie. Ils cherchaient donc &#224; se rassembler et &#224; fonder des villes pour se d&#233;fendre. Mais, une fois rassembl&#233;s, ils se l&#233;saient r&#233;ciproquement, faute de poss&#233;der l'art politique ; de telle sorte qu'ils recommen&#173;&#231;aient &#224; se disperser et &#224; p&#233;rir. &lt;br class='manualbr' /&gt;Zeus alors, inquiet pour notre esp&#232;ce menac&#233;e de dispa&#173;ra&#238;tre, envoie Herm&#232;s porter aux hommes la pudeur et la jus&#173;tice, afin qu'il y e&#251;t dans les villes de l'harmonie et des liens cr&#233;ateurs d'amiti&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On aura pu constater que le sch&#232;me n&#233;ot&#233;nique est par&#173;faitement en place, je n'&#233;pilogue pas tant le contenu est clair : tous les animaux sont dot&#233;s en nature, l'homme est sans &#233;quipement. Ils auraient p&#233;ri sans le vol de Prom&#233;&#173;th&#233;e ... qui ne r&#232;gle pas tout : les hommes d&#233;pendent encore des dieux quant &#224; l'art politique de se rassembler et de se gouverner &#8211; on verra bient&#244;t combien l'indication est per&#173;tinente. Les deux temps forts de la dynamique n&#233;ot&#233;nique sont rep&#233;r&#233;s. Premier temps (&#233;pim&#233;th&#233;en) : &lt;i&gt;l'homme est inachev&#233;.&lt;/i&gt; Deuxi&#232;me temps (prom&#233;th&#233;en) : &lt;i&gt;l'homme s'ac&#173;complit&lt;/i&gt;. C'est le politique qui donne une mesure, permet&#173; tant de vivre dans l'harmonie, &#224; cet homme en proie &#224; l'&lt;i&gt;hu&#173;br&lt;/i&gt;&lt;i&gt;i&lt;/i&gt;&lt;i&gt;s&lt;/i&gt; &#8211; autrement dit &#224; l'absence de mesure. &lt;br class='manualbr' /&gt;La reprise de ce mythe commence dans l'Italie n&#233;oplato&#173;nicienne de la Renaissance, &#224; Florence en particulier. De Boccace, qui l'&#233;tudie longuement, &#224; Marsile Ficin et &#224; Pic de La Mirandole, jusqu'&#224; Giordano Bruno, ce mythe devient l'objet d'intenses r&#233;flexions. Dans le reste de l'Europe, il int&#233;resse aussi &#201;rasme et Bacon&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On consultera avec grand profit le travail monumental de Raymond Trousson, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Il se diffuse ensuite lar&#173;gement au cours de toute la p&#233;riode moderne, sous l'une et/ou l'autre de ses deux faces, &#233;pim&#233;th&#233;enne (inach&#232;ve&#173;ment de l'homme) et prom&#233;th&#233;enne (accomplissement de l'homme). &lt;br class='manualbr' /&gt;C'est v&#233;ritablement Pic de La Mirandole qui, &#224; la fin du Quattrocento, donne &#224; ce mythe un statut tout &#224; fait sp&#233;cial : celui de fondateur de la modernit&#233;. Ce mythe inspire en effet fortement le discours de Pic intitul&#233; &lt;i&gt;De hominis dignitate&lt;/i&gt; ( &#171; Discours sur la dignit&#233; de l'homme &#187;) qui constitue, dans la derni&#232;re partie du Quattrocento, la v&#233;ri&#173;table proclamation de l'av&#232;nement d'un monde nouveau, celui de l'humanisme, un humanisme qui reste assur&#233;ment chr&#233;tien, mais qui lib&#232;re l'homme d'une soumission totale &#224; Dieu. Le texte de Pic, exemplaire de la Renaissance, fait le d&#233;part entre deux &#233;tats : tant que les hommes n'ont aucune prescience de leur &#233;tat d'inach&#232;vement, ils restent &#233;troitement soumis &#224; Dieu, mais d&#232;s qu'ils acc&#232;dent &#224; une forme de conscience de cet &#233;tat, ils tendent &#224; gagner en libre arbitre.&lt;br class='manualbr' /&gt;On retrouve chez Pic l'id&#233;e d'un homme inachev&#233; qui doit d'abord, avant de se confier aveugl&#233;ment &#224; Dieu, se finir lui-m&#234;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette rencontre des traditions platonicienne et jud&#233;o-chr&#233;tienne &#233;tait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Il n'y a l&#224; aucun acte de d&#233;fiance envers Dieu &#8211; cela viendra plus tard &#8211;, mais il y a assur&#233;ment le projet d'une nouvelle alliance entre les hommes et Dieu. Avant ce pas, il n'y avait pas vraiment de solution pour res&#173;ter chr&#233;tien tout en affirmant la responsabilit&#233; propre de l'homme dans son accomplissement. Or, Pic trouve l'issue en &#233;non&#231;ant que c'est pr&#233;cis&#233;ment l&#224; ce que Dieu vou&#173;lait. Selon Pic, en effet, vouloir s'accomplir soi-m&#234;me parti&#173;cipe exactement du dessein divin &#224; propos de l'homme. L'homme doit devenir l'artisan de sa destin&#233;e.&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour Pic, l'homme est un microcosme, compos&#233; d'&#233;l&#233;&#173;ments emprunt&#233;s aux trois ordres de r&#233;alit&#233;. Ces trois ordres de r&#233;alit&#233; sont le monde intellectuel &#8211; celui de Dieu et des anges &#8211;, le monde c&#233;leste &#8211; celui des corps c&#233;lestes &#8211; et enfin le monde &#233;l&#233;mentaire ou sublunaire &#8211; celui des &#234;tres terrestres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette id&#233;e des trois mondes est h&#233;rit&#233;e de la tradition n&#233;oplatoni&#173;cienne et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Dans la substance humaine, ces &#233;l&#233;ments sont le corps, l'&#226;me et l'esprit, ce dernier ayant une fonction de synth&#232;se unifiante entre les deux premiers. L'homme, incomplet, se trouve dans l'attente de r&#233;aliser sa propre essence. Du fait de sa non-finition, il occupe donc une position exceptionnelle parmi toutes les cr&#233;atures : il est libre puisque son essence ne lui est pas conf&#233;r&#233;e par la providence divine ou par la force obscure de la nature. L'homme est donc l'artisan de son propre destin. Il n'est plus soumis &#224; un suprad&#233;terminisme aveugle. Bien au contraire, si Dieu a fait l'homme incomplet, c'est pour qu'il puisse faire jouer son libre arbitre et sa raison. &lt;br class='manualbr' /&gt;Cette id&#233;e de Pic aura une grande fortune &#224; l'&#233;poque de la Renaissance et bien au-del&#224; puisqu'elle constituera l'acte de fondation d'un nouveau monde en train de se lib&#233;rer de la tutelle absolue de Dieu. Ce que je tiens comme une v&#233;ritable prescience de l'id&#233;e n&#233;ot&#233;nique est parfaitement audible dans ce c&#233;l&#232;bre fragment d'un texte de Pic, r&#233;dig&#233; en 1486, l'&lt;i&gt;Heptaplus&lt;/i&gt;, repris dans l'&lt;i&gt;Oratio de hominis dignitate &lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;L'Architecte Supr&#234;me a choisi l'homme, cr&#233;ature d'une nature impr&#233;cise, et, le pla&#231;ant au centre du monde, s'adressa &#224; lui en ces termes : &#171; Nous ne t'avons donn&#233; ni place pr&#233;cise, ni forme qui te soit propre, ni fonction particuli&#232;re, Adam, afin que, selon tes envies et ton discernement, tu puisses prendre et poss&#233;der la place, la forme et les fonctions que tu d&#233;sireras. La nature de toutes les autres choses est limit&#233;e et contenue &#224; l'int&#233;rieur des lois que nous leur avons prescrites. Toi, que nulle limite ne contraint, conform&#233;ment &#224; la libre volont&#233; que nous avons plac&#233;e dans tes mains, d&#233;cideras des propres limites de ta nature. Nous t'avons plac&#233; au centre du monde pour que, de l&#224;, tu puisses plus facilement en observer les choses. Nous ne t'avons cr&#233;&#233; ni de ciel, ni de terre ; ni immortel, ni mortel, pour que, par ton libre arbitre, comme si tu &#233;tais le cr&#233;ateur de ton propre moule, tu puisses choisir de te fa&#231;onner dans la forme que tu pr&#233;f&#233;reras&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marguerite Yourcenar, qui a choisi ce texte comme &#233;pigraphe &#224; l'&#338;u&#173;vre au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Comme l'a &#233;crit Ernst Cassirer, dans une &#233;tude sur Pic de La Mirandole&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. Cassirer, &#171; La filosophia di Pico della Mirandola e il suo posto nella (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, seul un &#226;ge inspir&#233; et profond&#233;ment im&#173;pr&#233;gn&#233; d'un nouvel id&#233;al de l'homme pouvait faire jaillir de tels accents. Or ces inflexions se fondent clairement sur l'id&#233;e, pr&#233;n&#233;ot&#233;nique, de la &#171; nature impr&#233;cise de l'homme &#187; qui reprend tr&#232;s explicitement l'id&#233;e platonicienne d'un homme cr&#233;&#233; sans &#171; facult&#233;s &#187; ni &#171; &#233;quipement &#187;. La gran&#173;de nouveaut&#233;, c'est &#233;videmment que la non-finition de l'homme ne r&#233;sulte plus d'un des nombreux &#233;pisodes de la lutte des Titans et des Olympiens, mais est port&#233;e au compte de l'&#171; Architecte Supr&#234;me &#187;. Cette greffe platoni&#173;cienne dans le monoth&#233;isme, op&#233;r&#233;e par Pic, entra&#238;ne rien moins qu'une r&#233;volution : le libre arbitre se trouve d&#233;sormais install&#233; dans le christianisme. &lt;br class='manualbr' /&gt;Cette grande id&#233;e allait &#234;tre appel&#233;e &#224; se d&#233;cliner de multiples mani&#232;res tout au long de l'&#233;poque moderne. C'est ainsi que, depuis la Renaissance, on trouve, derri&#232;re les grands r&#233;cits d'&#233;mancipation (de l'individu, de la soci&#233;t&#233;) une claire r&#233;f&#233;rence &#224; cette id&#233;e n&#233;ot&#233;nique avant la lettre comme si cela constituait le puissant r&#233;cit souterrain sous&#173; rendant les mythes constitutifs de l'Occident moderne, de l'humanisme de la Renaissance aux r&#233;cits d'&#171; &#233;clairement &#187; des Lumi&#232;res et d'&#233;mancipation du romantisme. &lt;br class='manualbr' /&gt;Du c&#244;t&#233; de ce qu'on a parfois appel&#233; &#171; la philosophie de la Renaissance fran&#231;aise &#187;, on a pu montrer, en suivant un fil g&#233;n&#233;alogique allant du th&#233;ologien Raymond Sebond jus&#173; qu'&#224; Descartes et passant par Bovelles, Montaigne et Char&#173;ron, ce que ces penseurs devaient &#224; l'id&#233;e prom&#233;th&#233;enne d'accomplissement de l'homme venue de la Renaissance italienne par Pic de La Mirandole et par son contempo&#173;rain, le n&#233;oplatonicien Marsile Ficin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je renvoie sur ce point aux travaux d'Emmanuel Faye, Philosophie et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour rester dans la lign&#233;e spirituelle de Pic, on pourrait &#233;voquer le mot c&#233;l&#232;bre d'&#201;rasme dans son &lt;i&gt;Trait&#233; de &lt;/i&gt;&lt;i&gt;l'&#233;du&#173;cation des enfants&lt;/i&gt; de 1529 : &#171; L'homme ne na&#238;t pas homme, il se fabrique tel. &#187; L&#224; encore, ce mot &#224; forte prescience n&#233;ot&#233;nique aura une efficacit&#233; d&#233;cisive puisqu'on le re&#173;trouvera, port&#233; &#224; de nouvelles cons&#233;quences, dans la philo&#173;sophie kantienne de l'&#233;ducation. C'est pr&#233;cis&#233;ment parce que l'homme na&#238;t inachev&#233; que se pose la question de son &#233;ducation, et que s'offre l'insigne possibilit&#233; de l'av&#232;nement d'un sujet critique, celui de l'&lt;i&gt;Aufklarung&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je me permets de renvoyer aux passages que j'ai consacr&#233;s &#224; Kant et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &#171; Un ani&#173;mal, &#233;crit ainsi Kant, est par son instinct m&#234;me tout ce qu'il peut &#234;tre ; une raison &#233;trang&#232;re a pris d'avance pour lui tous les soins indispensables. Mais l'homme a besoin de sa propre raison. Il n'a pas d'instinct et il faut qu'il se fasse &#224; lui-m&#234;me son plan de conduite. Mais, comme il n'en est pas imm&#233;dia&#173;tement capable, et qu'il arrive dans le monde &#224; l'&#233;tat sau&#173;vage, il a besoin du secours des autres. L'esp&#232;ce humaine est oblig&#233;e de tirer peu &#224; peu d'elle-m&#234;me par ses propres efforts toutes les qualit&#233;s naturelles qui appartiennent &#224; l'hu&#173;manit&#233;. Une g&#233;n&#233;ration fait l'&#233;ducation de l'autre. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. Kant, Trait&#233; de p&#233;dagogie [1776-1787], Paris, Hachette, 1981. Cette id&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;On peut trouver cette id&#233;e d&#233;velopp&#233;e dans d'autres textes de Kant, par exemple dans &lt;i&gt;Id&#233;e d'une histoire universelle au point de vue cosmopolitique&lt;/i&gt; [1784]&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Disponible sur [http://classiques.uqac.ca/classique...]&#034; id=&#034;nh16-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Kant explique, dans la &#171; troisi&#232;me proposition &#187;, que &#171; la nature semble s'&#234;tre complu [&#224; l'&#233;gard de l'homme] dans sa plus grande &#233;conomie et elle a mesur&#233; au plus juste, avec beau&#173; coup de parcimonie, sa dotation animale &#187;. De sorte que &#171; [l'homme] doit tout tirer de lui-m&#234;me. L'invention des moyens de se nourrir, de s'abriter, d'assurer sa s&#233;curit&#233; et sa d&#233;fense (pour lesquelles la nature ne lui a donn&#233; ni les cornes du taureau, ni les griffes du lion, ni les crocs du chien, mais seulement des mains), tous les divertissements qui peuvent rendre la vie agr&#233;able, m&#234;me son intelligence et sa prudence et m&#234;me la bont&#233; de la volont&#233;, tout cela devait enti&#232;rement &#234;tre son propre ouvrage &#187;. &lt;br class='manualbr' /&gt;C'est une v&#233;ritable th&#233;orie de la n&#233;ot&#233;nie avant la lettre qui s'&#233;nonce chez Kant. Son trait principal est en effet parfaitement rep&#233;r&#233; : il touche &#224; la diff&#233;rence de l'animal et de l'homme. L'animal est d'embl&#233;e &#171; tout ce qu'il peut &#234;tre &#187;, c'est-&#224;-dire qu'il est achev&#233;, tandis que l'homme &#171; n'a pas d'instinct &#187;. Il arrive au monde inachev&#233;, manquant de ce dont tous les animaux sont porteurs. Il faut donc suppl&#233;er &#224; ce d&#233;faut de nature en puisant, par l'&#233;ducation, dans la cul&#173;ture humaine accumul&#233;e par les g&#233;n&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes pour donner &#224; l'homme ce qui devrait lui permettre de s'accomplir. Kant va m&#234;me jusqu'&#224; voir dans ce manque d'&#233;quipement une v&#233;ritable ruse de la nature poussant sans cesse l'homme &#224; se d&#233;passer pour chercher un &#233;tat lui per&#173;mettant de pouvoir d&#233;velopper toutes les dispositions potentielles de l'humanit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. Kant, Trait&#233; de p&#233;dagogie, dans la &#171; huiti&#232;me proposition &#187;, parle d'un &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Cette conception, qui articule l'existence de la raison au manque de premi&#232;re nature chez l'homme, est congruente avec le fait que, chez Kant, comme on le sait, Dieu n'est pas prouv&#233; par les arguments ontologiques. Certes Kant consent &#224; reconna&#238;tre en Dieu une causalit&#233; ant&#233;rieure &#224; l'homme, mais cette ant&#233;riorit&#233; n'est toutefois rien sans la n&#233;cessit&#233; &lt;i&gt;morale&lt;/i&gt; d'une activit&#233; critique. L'ancienne m&#233;&#173;taphysique dogmatique est ainsi r&#233;cus&#233;e au profit d'une nouvelle reposant sur une activit&#233; en devenir, une fina&#173;lit&#233; jamais totalement accomplie, se d&#233;veloppant dans la contradiction et le conflit. C'est pour Kant la seule voie pour que la raison, apanage de l'Homme, soit &#224; la hauteur de la causalit&#233; garantie par Dieu. La raison a en effet pour seule loi de se quitter d&#232;s l'instant qu'elle croit se saisir : &#171; . Dans ce qu'on appelle l'&#226;me, tout est dans un perp&#233;tuel &#233;coulement, except&#233; peut-&#234;tre, si l'on y tient absolument, le &lt;i&gt;Ich&lt;/i&gt; qui n'est si simple que parce que cette repr&#233;sentation est vide de contenu &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. Kant, Critique de la raison pure, trad. Tremesaygues et Pacaud, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Si ce &lt;i&gt;I&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ch&lt;/i&gt; &#8211; ce &#171; je &#187; &#8211; est finale&#173; ment sans contenu, c'est fondamentalement parce que l'homme &#171; n'a pas d'instinct &#187;, autrement dit parce qu'il est un n&#233;ot&#232;ne, &#224; qui ne peut rien &#233;choir d'autre que la contrainte de cette activit&#233; en proc&#232;s appel&#233;e l'&lt;i&gt;imagination transcendantale&lt;/i&gt;. Au fond du sujet critique kantien, c'est-&#224;&#173; dire au fond de l'id&#233;al des Lumi&#232;res, on retrouve donc une id&#233;e pr&#233;n&#233;ot&#233;nique, de forme &#233;pim&#233;th&#233;o-prom&#233;th&#233;enne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je pr&#233;f&#232;re dire &#171; mythe &#233;pim&#233;th&#233;o-prom&#233;th&#233;en &#187; plut&#244;t que simple&#173; ment &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui soutient tout l'&#233;difice. &lt;br class='manualbr' /&gt;C'est exactement cette id&#233;e qu'on retrouve chez Fichte lorsqu'il d&#233;clare, dans une formule lapidaire et d&#233;cisive, que &#171; chaque animal est ce qu'il est ; l'homme, seul, origi&#173;nairement, n'est absolument rien &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. G. Fichte, Fondement du droit naturel [1796], trad. Alain Renaut, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.Mais chez Fichte, c'est justement parce que l'homme, originairement, n'est rien que le &lt;i&gt;I&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ch&lt;/i&gt; ne peut &#234;tre vide, car il doit tout soutenir. Pour Fichte en effet, le fondement de toute exp&#233;rience est l'acti&#173;vit&#233; pure et spontan&#233;e du &lt;i&gt;I&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ch&lt;/i&gt;, qui peut se saisir en sa v&#233;rit&#233; par la conscience, gr&#226;ce &#224; ses intuitions intellectuelles. Le &lt;i&gt;I&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ch&lt;/i&gt; doit s'appr&#233;hender dans son autoaffirmation en allant in&#233;luctablement &#224; la rencontre du non-&lt;i&gt;I&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ch&lt;/i&gt; et de l'alt&#233;rit&#233; &#8211; on comprend pourquoi Fichte a souvent &#233;t&#233; consid&#233;r&#233; comme le p&#232;re de l'existentialisme. La conscience est alors pensable comme cette rencontre dynamique du &lt;i&gt;I&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ch&lt;/i&gt; avec le non-&lt;i&gt;I&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ch&lt;/i&gt; dans laquelle le &lt;i&gt;I&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ch&lt;/i&gt; et le monde se d&#233;finissent et se r&#233;alisent r&#233;ciproquement. C'est beaucoup moins &#224; un id&#233;alisme absolu que l'on a affaire, qu'&#224; une dialectique reliant l'id&#233;alisme et le r&#233;alisme, o&#249; le &lt;i&gt;I&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ch&lt;/i&gt; est d&#233;fini comme unit&#233; de la conscience et du r&#233;el. &lt;br class='manualbr' /&gt;Il se trouve qu'en 1799, soit imm&#233;diatement apr&#232;s l'ex&#173; pression de l'id&#233;e pr&#233;n&#233;ot&#233;nique selon laquelle l'homme, originairement, n'est rien et l'affirmation de la pr&#233;&#233;minence du &lt;i&gt;I&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ch&lt;/i&gt;, Fichte est accus&#233; d'ath&#233;isme. L'accusation est assez grave pour que Fichte soit chass&#233; d'I&#233;na et oblig&#233; de se r&#233;fugier &#224; Berlin et, de l&#224;, &#224; Erlangen. Si Fichte est accus&#233; d'ath&#233;isme, c'est pour avoir ni&#233; l'existence d'un Dieu ext&#233;&#173;rieur &#224; la conscience, comparable &#224; une v&#233;ritable chose en soi. Or, pour Fichte, Dieu n'est pas une chose, il retournera donc contre ses adversaires l'accusation d'ath&#233;isme, leur reprochant de c&#233;l&#233;brer, &#224; la place de l'id&#233;al, une idole et de fonder la conscience dans une chose. Cette accusation est donc un aveu de faiblesse de la part des gardiens du temple : tout se passe comme si la mise en place d'une figure puissante du &lt;i&gt;I&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ch&lt;/i&gt; impliquait le d&#233;clin de l'ontoth&#233;ologie classique. En ce sens, Fichte constitue un jalon im&#173;portant entre la philosophie classique (o&#249; l'homme cher&#173;chait son salut dans la connaissance de Dieu) et celle de l'&#233;poque moderne (o&#249; il trouve ce salut par la connais&#173;sance et la r&#233;alisation de soi dans le monde).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?904-qu-est-ce-que-la-neotenie-humaine' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Seconde partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb16-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Louis Bolk, &lt;i&gt;Das Problem der Menschwerdung&lt;/i&gt; [1926], &#171; La gen&#232;se de l'homme &#187; in Arguments, 1960, trad. J.-C. Keppy (avec une pr&#233;sentation de Louis Bolk par Georges La passade) et &#171; Le probl&#232;me de la gen&#232;se humaine &#187;, in Revue fran&#231;aise de psychanalyse, mars-avril 1961, trad. nou&#173;velle de F. Gantheret et G. Lapassade. &lt;br class='manualbr' /&gt;Il semblerait en fait que la premi&#232;re mention de l'id&#233;e de n&#233;ot&#233;nie humaine remonte &#224; un article de cinq ans ant&#233;rieur, d&#251; &#224; &#201;mile Devaux qui parle de &#171; l'infantilisme de l'homme &#187; (je remercie Marc Levivier, en th&#232;se avec moi sur la question de la n&#233;ot&#233;nie, de m'avoir communiqu&#233; cette information). Cf. &#201;. Devaux, &#171; L'infantilisme de l'homme par rap&#173;port aux anthropo&#239;des &#187;, &lt;i&gt;Revue g&#233;n&#233;rale des sciences pures et appliqu&#233;es&lt;/i&gt;, tome trente-deuxi&#232;me, Paris, &#233;d. Gaston Doin, 1921. L'article d'&#201;mile Devaux, m&#233;decin principal des troupes coloniales, est d'excellente tenue scientifique, sans allusion raciale (contrairement &#224; un passage de l'article de Bolk). Il parle au contraire de &#171; l'infantilisme de l'homme &#187; comme d'un &#171; fait commun &#224; toutes les races humaines &#187;. Il semble toutefois que l'an&#173;cien m&#233;decin des troupes coloniales n'ait pas toujours r&#233;sist&#233; &#224; particulari&#173;ser &#171; le n&#232;gre &#187; (voir son livre &lt;i&gt;L'Esp&#232;ce, l'instinct, l'homme&lt;/i&gt;, Paris, Le Fran&#173;&#231;ois, 1933, p. 224-225).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Notamment par le grand biologiste et anthropologue S. J. Gould. De Gould, sur la n&#233;ot&#233;nie de l'homme, cf. &lt;i&gt;Darwin et les grandes &#233;nigmes de la vie&lt;/i&gt; [1977], Paris, Pygmalion, 1979 (cf. chap. 7 et 8 sur Bolk et la n&#233;ot&#233;nie ), et &lt;i&gt;Le Pouce du Panda&lt;/i&gt; [1980], Paris, Grasset, 1982.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;H&#233;siode, cf. &lt;i&gt;La Th&#233;ogonie&lt;/i&gt;, v. 507-617, et &lt;i&gt;Les Travaux et les Jours&lt;/i&gt;, v. 42-105.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Eschyle,&lt;i&gt; Prom&#233;th&#233;e encha&#238;n&#233;&lt;/i&gt;, v. 32, 150, 324, 389, 403, 519, 526, 837, 939.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Eschyle, &lt;i&gt;Prom&#233;th&#233;e encha&#238;n&#233;&lt;/i&gt;, v. 110, 254, 447, 497, 506, 514.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir le remarquable article de Michelle Carrier, &#171; D'un Prom&#233;th&#233;e oubli&#233; &#187;, consultable sur le site http:/&lt;a href=&#034;https://www.er.uqam.ca/nobel/mtsl23/car&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.er.uqam.ca/nobel/mtsl23/car&lt;/a&gt;&#173;rier.html&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Eschyle, &lt;i&gt;Prom&#233;th&#233;e encha&#238;n&#233;&lt;/i&gt;, v. 506.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Platon, &lt;i&gt;Protagoras&lt;/i&gt;, 320 c-32ld (trad. A. Croiset, Paris, &lt;i&gt;Les Belles&#173; Lettres&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On consultera avec grand profit le travail monumental de Raymond Trousson, &lt;i&gt;Le Th&#232;me de Prom&#233;th&#233;e dans la litt&#233;rature europ&#233;enne&lt;/i&gt;, Gen&#232;ve, Droz, 2001 (troisi&#232;me &#233;dition corrig&#233;e d'un ouvrage paru en 1964).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cette rencontre des traditions platonicienne et jud&#233;o-chr&#233;tienne &#233;tait d'autant plus concevable que le th&#232;me de l'inach&#232;vement est &#233;galement pr&#233;sent dans la tradition patristique. (Je remercie Andr&#233; W&#233;nin, &#233;minent bibliste, d'avoir attir&#233; mon attention sur cette question. Voir Andr&#233; W&#233;nin, &lt;i&gt;Pas seulement de pain... Violence et alliance dans la Bible&lt;/i&gt;, Paris, &#201;ditions du Cerf, 1998, cf.&#171; L'humain inachev&#233; &#187;, p. 26-38). Par exemple, ce passage du &lt;i&gt;Peri Arch&#244;n&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Trait&#233; des Principes&lt;/i&gt;) d'Orig&#232;ne (185-254) n'est pas sans &#233;vo&#173;quer le discours de Pic : &#171; L'homme a re&#231;u dans sa premi&#232;re cr&#233;ation la di&#173;gnit&#233; de l'image, mais la perfection de la ressemblance est r&#233;serv&#233;e pour la fin : &#224; savoir que lui-m&#234;me doit l'acqu&#233;rir par ses propres efforts &#187; (III, 6, 1) (cit&#233; par Marie Balmary, &lt;i&gt;La Divine Origine&lt;/i&gt;, Paris, Grasset, Le Livre de Poche, 1998, p. 103). II y aurait donc en l'homme deux dignit&#233;s : celle qui est conf&#233;r&#233;e par l'image divine re&#231;ue en donation premi&#232;re et la dignit&#233; sp&#233;cifique de l'homme appel&#233; &#224; se finir, &#224; s'accomplir, sur laquelle Pic met l'accent. Il faut ici remarquer que le nouage de la tradition platonicienne et de l'ex&#233;g&#232;se de la Bible, initi&#233; par les P&#232;res de l'&#201;glise et r&#233;alis&#233; &#224; la Re&#173;naissance par Pic, passe par cette question de l'inach&#232;vement de l'homme, laquelle prend ainsi un relief tout particulier dans notre culture.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cette id&#233;e des trois mondes est h&#233;rit&#233;e de la tradition n&#233;oplatoni&#173;cienne et des &#233;crits du pseudo-Denys, dit Denys l'Ar&#233;opagite (V-VIe si&#232;cle).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Marguerite Yourcenar, qui a choisi ce texte comme &#233;pigraphe &#224; l'&lt;i&gt;&#338;u&#173;vre au noir&lt;/i&gt;, traduit ainsi ce passage : &#171; Je ne t'ai donn&#233; ni visage, ni place qui te soit propre, ni aucun don qui te soit particulier, Adam, afin que ton visage, ta place et tes dons, tu les veuilles, les conqui&#232;res et les poss&#232;des par toi-m&#234;me. Nature enferme d'autres esp&#232;ces en des lois par moi &#233;tablies. Mais toi, que ne limite aucune borne, par ton propre arbitre, entre les mains duquel je t'ai plac&#233;, tu te d&#233;finis toi-m&#234;me. Je t'ai plac&#233; au milieu du monde, afin que tu pusses mieux contempler ce que contient le monde. Je ne t'ai fait ni c&#233;leste, ni terrestre, ni mortel, ni immortel, afin que, de toi&#173; m&#234;me librement, &#224; la fa&#231;on d'un bon peintre ou d'un sculpteur habile, tu ach&#232;ves ta propre forme. &#187; Dans d'autres traductions, la derni&#232;re ligne, reprenant un c&#233;l&#232;bre passage des &lt;i&gt;Enn&#233;ades&lt;/i&gt; de Plotin, est traduite ainsi : &#171; afin que (&#8230;) tu sculptes ta propre statue &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;E. Cassirer, &#171; La filosophia di Pico della Mirandola e il suo posto nella storia universile delle idee &#187;, in P O. Kristeller, &lt;i&gt;Dall'umanesimo all'illuminismo&lt;/i&gt;, Florence, La Nuova Italia, 1967.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Je renvoie sur ce point aux travaux d'Emmanuel Faye, &lt;i&gt;Philosophie et perfection de l'homme, de la Renaissance &#224; Descartes&lt;/i&gt;, Paris, Vrin, 1998.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Je me permets de renvoyer aux passages que j'ai consacr&#233;s &#224; Kant et l'&#233;ducation dans D.-R. Dufour, &lt;i&gt;L'Art de r&#233;duire les t&#234;tes &#8211; sur la nouvelle servitude de l'homme lib&#233;r&#233; &#224; l'&#232;re du capitalisme total&lt;/i&gt;, Paris, Deno&#235;l, 2003, chap. 2.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;E. Kant, &lt;i&gt;Trait&#233; de p&#233;dagogie&lt;/i&gt; [1776-1787], Paris, Hachette, 1981. Cette id&#233;e se trouvait d&#233;j&#224; chez Rousseau : &#171; Nous naissons faibles, nous avons besoin de force ; nous naissons d&#233;pourvus de tout, nous avons besoin d'assistance ; nous naissons stupides, nous avons besoin de jugement. Tout ce que nous n'avons pas &#224; notre naissance et dont nous avons besoin &#233;tant grands, nous est donn&#233; par l'&#233;ducation &#187; (cf d&#233;but de &lt;i&gt;L'&#201;mile&lt;/i&gt;, 1762).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Disponible sur [&lt;a href=&#034;http://classiques.uqac.ca/classiques/kant_emmanuel/idee_histoire_univ/idee_histoire.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://classiques.uqac.ca/classique...&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;E. Kant, &lt;i&gt;Trait&#233; de p&#233;dagogie&lt;/i&gt;, dans la &#171; huiti&#232;me proposition &#187;, parle d'un &#171; plan cach&#233; de la nature &#187; menant irr&#233;sistiblement &#224; la cr&#233;ation d'&#171; un &#201;tat cosmopolitique universel &#187; (&lt;i&gt;ein allgemeiner welt&#252;rgerlicher Zustand&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;E. Kant, &lt;i&gt;Critique de la raison pure&lt;/i&gt;, trad. Tremesaygues et Pacaud, Paris, PUF, 1971, p. 308.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Je pr&#233;f&#232;re dire &#171; mythe &#233;pim&#233;th&#233;o-prom&#233;th&#233;en &#187; plut&#244;t que simple&#173; ment &#171; mythe de Prom&#233;th&#233;e &#187; afin de bien rendre compte des deux ver&#173;sants de ce mythe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;J. G. Fichte, &lt;i&gt;Fondement du droit naturel&lt;/i&gt; [1796], trad. Alain Renaut, Paris, PUF, 1984, p. 85.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Le Grand Refus d'Herbert Marcuse (3/3)</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?778-ce-que-furent-les-conseils</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?778-ce-que-furent-les-conseils</guid>
		<dc:date>2017-03-31T15:09:42Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Seconde partie disponible ici (.../...) 5 &#8211; Marcuse, ombres et lumi&#232;res De Marcuse, j'ai surtout retenu &#201;ros et Civilisation. Mais c'est que dans son &#339;uvre ult&#233;rieure, l'Inconscient n'y joue plus gu&#232;re de r&#244;le. Dans le Marxisme Sovi&#233;tique, &#224; la diff&#233;rence de Reich, seuls les facteurs &#233;conomiques et les jeux de force internationaux sont cens&#233;s expliquer l'&#233;volution politique et la distribution du pouvoir en Russie depuis la r&#233;volution de 1917. Les facteurs psychologiques ne sont pas (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?777-le-grand-refus-d-herbert-marcuse' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Seconde partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5 &#8211; Marcuse, ombres et lumi&#232;res&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De Marcuse, j'ai surtout retenu &lt;i&gt;&#201;ros &lt;/i&gt;&lt;i&gt;et&lt;/i&gt;&lt;i&gt; Civilisation. &lt;/i&gt;Mais c'est que dans son &#339;uvre ult&#233;rieure, l'Inconscient n'y joue plus gu&#232;re de r&#244;le.&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans le &lt;i&gt;Marxisme Sovi&#233;tique, &lt;/i&gt;&#224;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;la diff&#233;rence de Reich, seuls les facteurs &#233;conomiques et les jeux de force internationaux sont cens&#233;s expliquer l'&#233;volution politique et la distribution du pouvoir en Russie depuis&lt;i&gt; &lt;/i&gt;la r&#233;volution de 1917. Les facteurs psychologiques ne sont pas m&#234;me envisag&#233;s.&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans &lt;i&gt;L'Homme Unidimensionnel, &lt;/i&gt;la&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;psyche&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;n'est plus qu'une cire molle o&#249; vient s'imprimer le cachet social. Mais si, comme parait le croire Marcuse, les diverses manipulations technopsychologiques parviennent &#224; rendre l'homme uni-dimensionnel, c'est-&#224;-dire &#224; le transformer en animal social ayant perdu toute capacit&#233; de critique et de r&#233;sistance et parfaitement adapt&#233; &#224; une soci&#233;t&#233; mystifiante, c'est bien alors qu'en derni&#232;re analyse la &lt;i&gt;psy&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ch&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e &lt;/i&gt;n'a pas d'existence, &#224; tout le moins, pour une part autonome et organique au sens o&#249; nous l'avons d&#233;fini. Singuli&#232;re faiblesse conceptuelle en ce cas que de fonder tout un syst&#232;me sur l'indignation &lt;i&gt;&#233;thique, &lt;/i&gt;la r&#233;volte &lt;i&gt;morale &lt;/i&gt;contre&lt;i&gt; &lt;/i&gt;les ali&#233;nations, sans jamais s'interroger sur l'origine des valeurs au nom desquelles la lutte est men&#233;e. Au nom de quoi, pour&lt;i&gt; &lt;/i&gt;un esprit mat&#233;rialiste, d&#233;fendre l'homme contre la soci&#233;t&#233; si l'homme est&lt;i&gt; seulement &lt;/i&gt;une &#233;manation de cette soci&#233;t&#233; ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Certains marxistes ou marxologues contemporains s'opposent &#224; ce monisme par lequel l'anthropologie serait imm&#233;diatement r&#233;ductible &#224; la sociologie. Citons par exemple le th&#233;oricien polonais Adam Schaff :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Mais quel est donc le &lt;/i&gt;m&#233;canisme&lt;i&gt; de l'influence de la base sur la superstructure ? A cela nous ne savons pas r&#233;pondre avec pr&#233;cision. Le cha&#238;non manquant ici, c'est l'homme, le milieu humain dans lequel des impulsions donn&#233;es venant de la base sociale provoquent l'apparition ou bien la modification d'une conscience donn&#233;e (...). &lt;/i&gt;Il est aujourd'hui bien notoire que la psychologie est le talon d'Achille des recherches marxistes dans les domaines sociaux&lt;i&gt;. La gen&#232;se de ce fait r&#233;side entre autre sans doute dans la conception simpliste des relations base-superstructure qui semblait &#233;liminer &lt;/i&gt;&lt;i&gt;l'&lt;/i&gt;&lt;i&gt;inte&lt;/i&gt;&lt;i&gt;rm&#233;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;diaire du facteur psychologique&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Marxisme et l'Individu, p. 52. Soulign&#233; par nous.&#034; id=&#034;nh17-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai essay&#233; de montrer les aspects critiquables ou irrecevables de l'&#339;uvre de Marcuse pour un psychanalyste. Irrecevables non pas tant dans sa conception sociog&#233;n&#233;tique stricte et il peut, comme nous l'avons montr&#233; dans la premi&#232;re partie de cet Essai, s'appuyer sur les ambigu&#239;t&#233;s, voire les contradictions de Freud en ce domaine, dont il ne fait que pousser &#224; lent plus extr&#234;mes cons&#233;quences certaines positions th&#233;oriques. Mais irrecevables dans cet essai d'annulation du conflit &#339;dipien et de valorisation des pulsions partielles chez l'adulte, essai que je crois &#234;tre parvenu &#224; mettre en &#233;vidence dans son &#339;uvre.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'&#339;uvre de Marcuse pr&#233;sente pourtant un int&#233;r&#234;t ind&#233;niable.&lt;br class='manualbr' /&gt;Cet int&#233;r&#234;t r&#233;side d'abord, et cela a &#233;t&#233; souvent dit, dans la d&#233;nonciation du danger que les d&#233;veloppements technoscientifiques font courir aux valeurs humaines. Ce disant, il reprend souvent mot pour mot, et &lt;i&gt;avec &lt;/i&gt;la m&#234;me indignation &#233;thique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Citons Maximilien Rubel qui a bien mis en &#233;vidence cet aspect de l'&#339;uvre de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les critiques adress&#233;es par le jeune Marx &#224; la Soci&#233;t&#233; industrielle dans les &lt;i&gt;Manuscrits Parisiens &lt;/i&gt;de 1844 &#8212; critiques qui, ainsi qu'on le sait, furent reprises par bien d'autres auteurs depuis.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'int&#233;r&#234;t de Marcuse provient ensuite de ce qu'il a su redonner vigueur &#224; la probl&#233;matique des rapports entre Psychanalyse et Socio-histoire, probl&#233;matique dont l'&#233;clat avait bien p&#226;li depuis les ann&#233;es de l'avant-guerre.&lt;br class='manualbr' /&gt;II a su, encore, donner une importance majeure &#224; l'&#233;ventualit&#233; bien r&#233;elle d'une disparition de l'esp&#232;ce humaine au cours des prochaines ann&#233;es dans un conflit atomique. Cette &#233;ventualit&#233; que, au sein de mouvement psychanalytique, Franco Fornari a voulu, lui aussi, envisager&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Psichanalisti della guerra atomica.&#034; id=&#034;nh17-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Enfin, Marcuse a constamment insist&#233; sur les possibilit&#233;s&lt;i&gt; &lt;/i&gt;techniques qui existent aujourd'hui, d'&#233;manciper humainement la vie des hommes. Encore, comme nous rayons dit, conviendrait-il de s'interroger sur ce qu'est l'homme ? Mais il est ind&#233;niable qu'il existe un contraste entre le possible et le r&#233;el : &#224; savoir dans la r&#233;alit&#233; un &#233;norme gaspillage humain et technique &#8212; la &#171; civilisation du gadgets &#187; &#8212; et l'utilisation de la science et des richesses naturelles &#224; des fins destructrices et qui risquent m&#234;me d'amener l'annihilation de l'esp&#232;ce humaine. Peut-&#234;tre ici Marcuse compl&#232;te-t-il Freud qui avait insist&#233; dans &lt;i&gt;Malaise dans la Civilisation &lt;/i&gt;sur l'escalade parall&#232;le de la r&#233;pression instinctuelle par la soci&#233;t&#233; et de l'agressivit&#233; inconsciente des individus contre l'autorit&#233; sociale. Le point de rupture ne serait-il pas atteint lorsque l'&#233;cart devient par trop manifeste entre le r&#233;el &#8212; la mis&#232;re psychologique, la menace de destruction &#8212; et le possible ? Mais plus encore qu'entre r&#233;el et possible, l'effet de contraste n'est-il pas encore plus saisissant entre les deux termes du possible, tous deux, notons-le bien, port&#233;s par les r&#233;alisations scientifiques. D'un c&#244;t&#233;, le possible de l'annihilation atomique, de l'autre l'illusion d'un possible paradis terrestre : l'illusion d'un &#171; tout est possible &#187;. Nous reviendrons sur ce point dans la derni&#232;re partie de cet Essai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment comprendre qu'un homme de culture comme Marcuse dont on ne peut suspecter les hautes exigences &#233;thiques &lt;i&gt;conscientes &lt;/i&gt;plusieurs fois affirm&#233;es dans &lt;i&gt;&#201;ros et Civilisation &lt;/i&gt;en vienne &#224; se placer sur les positions id&#233;ologiques que nous avons d&#233;finies ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Un &#233;l&#233;ment de r&#233;ponse pourrait &#234;tre celui-ci :&lt;br class='manualbr' /&gt;A plusieurs reprises Marcuse pressent, mais pressent seulement, qu'une r&#233;flexion sur le conflit individu-soci&#233;t&#233; devrait passer par un approfondissement des recherches th&#233;oriques sur le Narcissisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. en particulier E. et C., pp. 150, 181, 199.&#034; id=&#034;nh17-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Deux notions fondamentales sont en effet pratiquement inconnues de lui, ou non utilis&#233;es par lui : celle de &lt;i&gt;Narcissisme secondaire, &lt;/i&gt;succ&#233;dant aux identifications secondaires, et celle &lt;i&gt;d'Id&#233;al du Moi, &lt;/i&gt;comme instance h&#233;riti&#232;re du Narcissisme archa&#239;que, amie le d&#233;passement du conflit &#339;dipien.&lt;br class='manualbr' /&gt;Car ce d&#233;passement serait de valeur bien limit&#233;e s'il se limitait seulement &#224; introduire une instance r&#233;pressive &#224; l'int&#233;rieur du Moi. En r&#233;alit&#233;, ce d&#233;passement consiste aussi, et surtout, en un recouvrement par le sujet de son amour de soi apr&#232;s l'immense d&#233;tour par le monde ext&#233;rieur op&#233;r&#233; depuis le clivage du Moi-Tout en sujet et en objet ; mais d'un amour de soi qui a pris maintenant une forme hautement &#233;labor&#233;e. Si le Moi Id&#233;al archa&#239;que &#233;tait le repr&#233;sentant des s&#233;quelles du Moi-Tout dans ses exigences d'absolu, l'Id&#233;al du Moi post-&#339;dipien est le repr&#233;sentant, lui, des Valeurs &#233;thiques.&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour Marcuse, le conflit &#339;dipien avec le p&#232;re&lt;i&gt; &lt;/i&gt;aboutit &#224; la constitution d'une, et d'une seule, instance : le Surmoi r&#233;pressif. Nulle part, dans &lt;i&gt;&#201;ros et Civilisation, &lt;/i&gt;il n'est question de l'id&#233;al du Moi.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le raisonnement de Marcuse parait &#234;tre alors celui-ci : si le conflit &#339;dipien avec le p&#232;re n'aboutit qu'&#224; une r&#233;pression instinctuelle et, dans le meilleur des cas, &#224; la formation du Surmoi, refusons globalement &#8211; ne serait-ce qu'en fantasme &#8212; et le conflit et le P&#232;re.&lt;br class='manualbr' /&gt;Toute &#233;lucidation du conflit individu-soci&#233;t&#233; nous para&#238;t donc passer par un approfondissement th&#233;orique du concept de Narcissisme.&lt;br class='manualbr' /&gt;Rappelons que Freud commen&#231;a &#224; d&#233;velopper ce concept (dans &lt;i&gt;Pour introduire le Narcissisme), &lt;/i&gt;puis y renon&#231;a finalement au profit de sa troisi&#232;me th&#233;orie des Instincts (Instinct de vie et Instinct de mort). L'article sur le Narcissisme qui essayait de conceptualiser une deuxi&#232;me th&#233;orie des. Instincts n'eut pas de suite. Rappelons &#233;galement, nous l'avons d&#233;j&#224; signal&#233; &#224; maintes reprises, ce fait essentiel qui parait avoir &#233;chapp&#233; &#224; Marcuse : alors qu'il avait d&#233;finitivement adopt&#233; en 1929 sa troisi&#232;me th&#233;orie des Instincts, Freud dans &lt;i&gt;Malaise dans la Civilisation &lt;/i&gt;ne fait pas d&#233;pendre l'issue du conflit individu-soci&#233;t&#233; de la lutte entre Instinct de vie et Instinct de mort, mais d'une &#171; discorde intestine dans l'&#233;conomie libidinale comparable &#224; la lutte pour la r&#233;partition de celle-ci entre le Moi et les objets &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M. dans la C., p. 57.&#034; id=&#034;nh17-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8212; de la lutte, donc, entre les investissements respectifs de la libido objectale et de la libido &lt;i&gt;narcissique.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Disons un mot pour terminer &#224; propos de ce que nous avons d&#233;crit, dans la &lt;i&gt;R&#233;volte contre le P&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#232;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;re &lt;/i&gt;sous le terme d'Id&#233;al technologique.&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous entendons par l&#224; l'introduction &#224; l'int&#233;rieur de l'appareil psychique &#8211; au&lt;i&gt; &lt;/i&gt;niveau du Moi et pouvant entrer en comp&#233;tition avec l'Id&#233;al du Moi post-&#339;dipien &#8211; d'un Id&#233;al qui est celui du rapport au monde par le travail &#224; l'int&#233;rieur de chaque civilisation. Une &#233;conomie fond&#233;e sur l'&#233;levage introduit certaines particularit&#233;s dans&lt;i&gt; &lt;/i&gt;le caract&#232;re d'un peuple, qui ne seront pas les m&#234;mes que dans une civilisation de la Machine. Il nous semble qu'il existe, au sein de la civilisation industrielle, une lutte entre un id&#233;al technologique de plus en plus puissant et un Id&#233;al du Moi de plus en plus l&#233;s&#233; ; les composantes les plus &#233;labor&#233;es de ce dernier une fois d&#233;truites, le narcissisme humain est contraint par ce que nous avons nomm&#233; des &#171; techniques contre-limitatives &#187;, de se donner des satisfactions r&#233;gressives : le Moi-Tout &#224; la place de l'Id&#233;al du Moi, l'Absolu &#224; la place des Valeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ces techniques contre-limitatives sapent la soci&#233;t&#233;, contrainte, sous peine d'&#233;clatement et d'explosion, de les laisser se d&#233;velopper : jeux, drogues, alcool ; agressivit&#233; archa&#239;que : criminalit&#233;, d&#233;linquance, h&#233;catombes routi&#232;res, etc. L'homme n'est jamais uni-dimensionnel pour un psychanalyste &#8212; le conflit intra-psychique est &#233;ternel, et qui dit conflit dit deux termes &#8212; et il existe au sein de notre soci&#233;t&#233; industrielle soit une frustration des &#233;l&#233;ments les plus &#233;labor&#233;s de l'Id&#233;al du Moi, soit un facteur de n&#233;gation de cette soci&#233;t&#233; lorsque cet Id&#233;al du Moi a r&#233;gress&#233; en Moi id&#233;al archa&#239;que.&lt;br class='manualbr' /&gt;Bien plut&#244;t qu'au niveau d'une lutte de classes qui n'est que simple reflet des forces en pr&#233;sence, le conflit actuel au sein des soci&#233;t&#233;s nous parait se situer entre d'une part les Valeurs et d'autre part une puissance &#233;trang&#232;re dominant l'homme et introduite au sein m&#234;me de sa &lt;i&gt;psyche, &lt;/i&gt;puissance li&#233;e au d&#233;veloppement industriel et technique. Lorsqu'on dit que l'outil a &#233;chapp&#233; &#224; la main de l'homme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La r&#233;volte contre le P&#232;re.&#034; id=&#034;nh17-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et suit son propre d&#233;veloppement autonome, on risque fort d'&#234;tre mal compris. Que serait l'outil sans l'homme ? Et pourtant il nous parait que l'outil, cr&#233;ation de l'homme, se sert &#224; pr&#233;sent de l'homme pour inventer de nouveaux outils. Un lieu commun tel que &#171; on n'arr&#234;te pas le progr&#232;s &#187; poss&#232;de son poids de v&#233;rit&#233;. Imagine-t-on un accord universel par lequel on d&#233;ciderait d'arr&#234;ter le progr&#232;s technique au point atteint, de ne plus inventer aucun outil, aucune machine, aucun proc&#233;d&#233; nouveaux ? Un tel accord est impensable, et s'op&#233;rerait d'ailleurs au d&#233;triment des sciences les plus utiles &#224; l'humanit&#233; (m&#233;decine, etc.). Nous sommes engag&#233;s dans une course o&#249; l'outil, la machine, imposent leurs exigences, d&#233;pla&#231;ant les populations an nom de la concentration industrielle n&#233;cessaire, modifiant le milieu naturel soit &#224; cause des besoins de mati&#232;re premi&#232;re, soit en raison du rejet des d&#233;chets industriels, etc&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous reprenons l'&#233;tude de cette question dans la derni&#232;re partie de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Quant &#224; la puissance propre de l'outil, on trouverait de&lt;i&gt; &lt;/i&gt;nombreuses citations dans l'&#339;uvre de Marx qui en t&#233;moignent.&lt;br class='manualbr' /&gt;Depuis le fameux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Les rapports sociaux sont intimement li&#233;s aux forces productives. En acqu&#233;rant de nouvelles forces productives, les hommes changent la mani&#232;re de gagner leur vie, ils changent tons leurs rapports sociaux.&lt;/i&gt; Le moulin &#224; bras vous donnera la soci&#233;t&#233; avec le suzerain ; le moulin &#224; vapeur, la soci&#233;t&#233; avec le capitalisme industriel&lt;i&gt; &#187; &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mis&#232;re de la Philosophie, tome I, Pl&#233;iade, p. 79. Soulign&#233; par nous.&#034; id=&#034;nh17-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;_ &lt;/i&gt;jusqu'&#224; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La machine prend avantage de la faiblesse de l'homme pour r&#233;duire l'homme &#224; l'&#233;tat de machine&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Manuscrits parisiens, tome II, Pl&#233;iade, p. 93.&#034; id=&#034;nh17-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est int&#233;ressant de noter qu'en dehors sans doute de toute lecture de Marx, Freud en vint &#224; une formulation semblable :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; (...) &lt;i&gt;le fait que l'homme devient toujours davantage mettre des &#233;l&#233;ments a sur les rapports sociaux des r&#233;percussions croissantes. Les hommes mettent au service de leur besoin d'agression leurs nouvelles conqu&#234;tes scientifiques, dont &lt;/i&gt;&lt;i&gt;ils&lt;/i&gt;&lt;i&gt; se servent pour se combattre les un&lt;/i&gt;&lt;i&gt;s&lt;/i&gt;&lt;i&gt; les autres. La d&#233;couverte des m&#233;taux, du bronze, du fer a provoqu&#233; la fin de certaines &#233;poques de la civilisation et la chute de leurs institutions sociales. J&lt;/i&gt;e crois vraiment que la poudre et les armes &#224; feu ont tu&#233; ta chevalerie et la noblesse &lt;i&gt;(...). Peut-&#234;tre m&#234;me la crise &#233;conomique actuelle qui a succ&#233;d&#233; &#224; la guerre est-elle une cons&#233;quence de notre derni&#232;re et magnifique victoire sur les &#233;l&#233;ments : la conqu&#234;te de l'air (...). (...) quand, en pleine p&#233;riode de paix et sans autre but que celui de faire des essais, un &lt;/i&gt;zeppelin&lt;i&gt; survola Londres, la guerre contre l'Allemagne devint fatale (..). (...) mon but &#233;tait seulement de vous faire observer que si l'homme subjugue la nature, cette ma&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#238;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;trise influence n&#233;cessairement les institutions &#233;conomiques &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nouvelles conf&#233;rences sur la Psychanalyse, pp 242-243. St. Ed., XXII, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voulions simplement indiquer &#224; cette place l'importance de &lt;i&gt;ce &lt;/i&gt;facteur technique se d&#233;veloppant en quelque sorte &#171; en roue libre &#187; une fois qu'il eut pris son d&#233;part, v&#233;ritable puissance autonome contraignant au changement les institutions sociales et politiques.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les deux termes du processus de civilisation nous paraissent &#234;tre d'une part la &#171; nature humaine &#187;, telle que nous ayons essay&#233; d'en reconna&#238;tre les &#233;l&#233;ments, et d'autre part, la puissance autonome de la technique.&lt;br class='manualbr' /&gt;Une pareille perspective nous conduira ult&#233;rieurement, nous l'esp&#233;rons, &#224; de nouveaux d&#233;veloppements qui ne trouveraient pas leur place dans cet Essai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons pour terminer qu'une question assez proche de notre formulation fut pos&#233;e &#224; Marcuse lors des d&#233;bats de l'Universit&#233; libre de Berlin-Ouest en juillet 1987. Transcrivons-la en son entier :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; (...) &lt;i&gt;peut-on esp&#233;rer, dans &lt;/i&gt;&lt;i&gt;l'&#233;tat&lt;/i&gt;&lt;i&gt; actuel des forces productives, dans la situation de gaspillage syst&#233;matique, fonctionnel, physique, de capital, ranimer chez les ouvriers la conscience de classe ? Ou bien nous trouvons-nous en pr&#233;sence d'un processus historique dans lequel ce n'est plus la r&#233;volution prol&#233;tarienne qui est &#224; l'ordre du jour, mais la r&#233;volution humaine ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce qui voudrait dire alors que nous devrions consid&#233;rer &lt;/i&gt;&lt;i&gt;l'&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ensemble des populations m&#233;tropolitaines comme potentiellement r&#233;volutionnaires : le d&#233;veloppement des forces de production ayant d&#233;mis de ses fonctions la classe capitaliste aurait d&#233;l&#233;gu&#233; les fonctions capitalistes aux non-capitalistes ; l'antagonisme entre le capital et le travail salari&#233; ne correspondrait plus &#224; l'antagonisme entre la classe prol&#233;tarienne et capitaliste, mais se jouerait d&#233;sormais comme le d&#233;crit Marx dans &lt;/i&gt;Mis&#232;re de la Philosophie&lt;i&gt; entre la force (vivante) de travail et la force (autonome) de production soustraite au travail humain, et que maintenant nous devrions nous employer &#224; reconqu&#233;rir. Ainsi la r&#233;volution future aurait perdu son caract&#232;re prol&#233;tarien, une classe faisant son salut pour toutes les autres, pour devenir la r&#233;volution humaine universelle, contre le syst&#232;me&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Fin de l'Utopie, pp 62, 63.&#034; id=&#034;nh17-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;A cette question Herbert Marcuse ne r&#233;pondit pas.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb17-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Marxisme &lt;/i&gt;&lt;i&gt;et l'Individu, &lt;/i&gt;p. 52. Soulign&#233; par nous.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Citons Maximilien Rubel qui a bien mis en &#233;vidence cet aspect de l'&#339;uvre de Karl Marx : &#171; &lt;i&gt;Il n'est pas besoin de lire Le&lt;/i&gt; Capital&lt;i&gt; entre les ligne pour y d&#233;couvrir d&#232;s l'abord une condamnation morale, un geste de refus&lt;/i&gt; &#187; Introduction an tome 2 des &lt;i&gt;&#338;uvres de Karl Marx &lt;/i&gt;(La Pl&#233;iade), p. XVII.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Psichanalisti della guerra atomica.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. en particulier &lt;i&gt;E&lt;/i&gt;&lt;i&gt;. et &lt;/i&gt;C., pp. 150, 181, 199.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;M. dans la C., p. &lt;/i&gt;57.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;La r&#233;volte contre le P&#232;re.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Nous reprenons l'&#233;tude de&lt;i&gt; &lt;/i&gt;cette question dans la derni&#232;re partie de la Conclusion : &#171; Les deux Natures, la Politique, les Valeurs &#187;.&lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Mis&#232;re de la Philosophie, &lt;/i&gt;tome I, Pl&#233;iade, p. 79. Soulign&#233; par nous.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Manuscrits parisiens, &lt;/i&gt;tome II, Pl&#233;iade, p. 93.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Nouvelles conf&#233;rences sur la Psychanalyse, &lt;/i&gt;pp 242-243. St. Ed., XXII, 177-178. Soulign&#233; par nous.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Fin de l'Utopie&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;pp 62, 63.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Le Grand Refus d'Herbert Marcuse (2/3)</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?777-le-grand-refus-d-herbert-marcuse</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?777-le-grand-refus-d-herbert-marcuse</guid>
		<dc:date>2017-03-23T14:10:58Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Premi&#232;re partie disponible ici (.../...) 3 &#8211; Le h&#233;ros culturel de Marcuse : le fils de la M&#232;re Quels sont les h&#233;ros culturels de Marcuse ? Certes pas Prom&#233;th&#233;e, dans lequel il voit &#171; le h&#233;ros arch&#233;type du principe de rendement &#187;, ce qui, soit dit au passage, impliquerait qu'une r&#233;pression sociale semblable &#224; celle existant de nos jours, s&#233;vissait &#224; l'&#233;poque o&#249; le mythe de Prom&#233;th&#233;e s'est constitu&#233;, et donc que la soci&#233;t&#233; industrielle poss&#233;derait pas le monopole de l'ali&#233;nation totale (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?631-le-grand-refus-d-herbert-marcuse' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Premi&#232;re partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3 &#8211; Le h&#233;ros culturel de Marcuse : le fils de la M&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels sont les h&#233;ros culturels de Marcuse ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Certes pas Prom&#233;th&#233;e, dans lequel il voit &#171; le h&#233;ros arch&#233;type du principe de rendement &#187;, ce&lt;i&gt; &lt;/i&gt;qui, soit dit au passage, impliquerait qu'une r&#233;pression sociale semblable &#224; celle existant de nos jours, s&#233;vissait &#224; l'&#233;poque o&#249; le mythe de Prom&#233;th&#233;e s'est constitu&#233;, et donc que la soci&#233;t&#233; industrielle poss&#233;derait pas le monopole de l'ali&#233;nation totale de l'individu d&#233;nonc&#233;e par Marcuse. Si, comme nous en avons d&#233;fendu la th&#232;se dans un autre travail, Prom&#233;th&#233;e figure &#224; la fois le conflit &#339;dipien avec le p&#232;re et la voie de son d&#233;passement, on comprend pourquoi Marcuse, s'il se contente de sous-estimer le drame d'Oedipe, homme adulte passant &#224; l'acte et incapable de s'identifier au p&#232;re, s'oppose r&#233;solument au th&#232;me d'un Prom&#233;th&#233;e parvenant, lui, &#224; s'identifier au p&#232;re et &#224; d&#233;passer le conflit dit &#339;dipien.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les h&#233;ros culturels de Marcuse, ce sont Narcisse et Orph&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; (..) &lt;i&gt;Surmontant le temps, ils unissent l'homme &#224; Dieu, l'homme &#224; la nature&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. et C., p. 144.&#034; id=&#034;nh18-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;Il suffit d'&#233;num&#233;rer et de rassembler ces repr&#233;sentations pour circonscrire le domaine qui leur est assign&#233; : c'est celui de la r&#233;demption du plaisir, de l'arr&#234;t du temps, de l'absorption de la mort&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 146.&#034; id=&#034;nh18-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;Les arbres et les animaux r&#233;pondent au langage d'Orph&#233;e ; le printemps et la for&#234;t r&#233;pondent au d&#233;sir de Narcisse.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;L'opposition entre l'homme et la nature, le sujet et l'objet est d&#233;pass&#233;e&lt;/i&gt;. &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Orph&#233;e &#171; &lt;i&gt;fu&lt;/i&gt;&lt;i&gt;t&lt;/i&gt;&lt;i&gt; mis en pi&#232;ces par les folles de Thrace&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;Comme Narcisse, il &lt;/i&gt;&lt;i&gt;[&lt;/i&gt;&lt;i&gt;Orph&#233;e] proteste contre l'ordre r&#233;pressif de la sexualit&#233; procr&#233;atrice. L'&#201;ros orphique et narcissique est jusqu'au bout la n&#233;gation de cet ordre, le Grand Refus &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op. cit., p. 151.&#034; id=&#034;nh18-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette nostalgie du stade d'avant m&#234;me la s&#233;paration en objet et en sujet et d'avant la conscience, ne renvoie manifestement pas au conflit &#339;dipien qui consisterait pour l'adulte, dans une actualisation r&#233;gressive&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;gressive, puisque les deux &#226;ges &#171; physiologiques &#187; de l'&#338;dipe se situent (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#224; garder la m&#232;re &#339;dipienne pour soi et &#224; rivaliser avec le p&#232;re, &#8212; mais se refera bien plut&#244;t &#224; une r&#233;gression des plus archa&#239;ques, &#224; la nostalgie d'un impossible retour aux origines duale corps maternel o&#249; ce&lt;i&gt; &lt;/i&gt;n'est pas soi qui poss&#233;derait la m&#232;re, mais bel et bien&lt;i&gt; &lt;/i&gt;la m&#232;re qui poss&#233;derait quelqu'un &#8211; mais, &#224; ce stade, qui ? &#8212; abandonn&#233; &#224; une passivit&#233; totale ; se r&#233;f&#232;re &#224; une r&#233;gression &#224; ce que nous avons d&#233;fini dans la seconde partie de cet Essai comme &#233;tant le stade du Moi-Tout. A examiner les choses de&lt;i&gt; &lt;/i&gt;plus pr&#232;s, il parait s'agir&lt;i&gt; &lt;/i&gt;du fantasme d'une r&#233;gression mixte au stade du Moi-Tout et au stade suivant de la fusion avec l'imago de la M&#232;re &#171; bonne &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le Grand Refus est en effet un refus de grande taille, puisqu'il est refus de la r&#233;alit&#233;, refus du principe de r&#233;alit&#233; et du Moi, tentative d'ancrage dans une position id&#233;ologique psychotique non certes idyllique puisqu'elle est, chez un adulte, celle du m&#233;lancolique ou du schizophr&#232;ne chez lesquels la r&#233;alit&#233; est refoul&#233;e, o&#249; l'Inaconscient envahit le Moi, e&#249; le sujet n'est aucunement prot&#233;g&#233; des imagos maternelles mortif&#232;res et de leur projection (les &#171; folles de Thrace &#187; qui pr&#233;cis&#233;ment d&#233;chirent Orph&#233;e, l'eau qui engloutit Narcisse &#8211; la mort).&lt;br class='manualbr' /&gt;Comment interpr&#233;ter &lt;i&gt;ce &lt;/i&gt;fantasme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Auquel dans la mesure o&#249; son auteur s'identifierait &#224; lui, y adh&#233;rerait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; pos&#233; comme&lt;i&gt; &lt;/i&gt;un id&#233;al et dans lequel la mort est donn&#233;e &#224; voir comme &#233;tant la plus haute vie, puisque les supr&#234;mes valeurs deviennent le silence, le sommeil et la nuit, puisque le principe de Nirv&#226;na explicitement reli&#233; par Freud &#224; la pulsion de mort est froidement &#171; envisag&#233; comme la vie et non comme la mort &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op. cit., p. 146.&#034; id=&#034;nh18-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Une indication nous est donn&#233;e par Marcuse lui-m&#234;me lorsqu'il &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La r&#233;sonance de ce langage est celle de la diminution des traces du p&#233;ch&#233; originel &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;[op. cit., p. 146. en fran&#231;ais dans le texte.&#034; id=&#034;nh18-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le p&#233;ch&#233; originel, c'est-&#224;-dire celui d'Oedipe portant la main sur son p&#232;re et violant le tabou de l'inceste.&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous comprenons d&#232;s lors la fonction d'une telle r&#233;gression. Elle vise &#224; &#233;chapper aux deux angoisses connotant le conflit &#339;dipien : celle li&#233;e au fantasme incestueux, qui en tant que fantasme est d&#233;j&#224; d&#233;sir qui r&#233;veille les peurs les plus archa&#239;ques li&#233;es &#224; l'imago de la M&#232;re mauvaise ; celle li&#233;e au fantasme de castration du p&#232;re, et qui appelle la peur de la castration par le p&#232;re. Autrement dit, dans ce bilan de l'amour et de la haine depuis la naissance si dramatiquement dress&#233; &#224; l'&#226;ge de 5 ans, le sujet doit affronter tant sa propre agressivit&#233; que le produit de cette agressivit&#233; int&#233;rioris&#233;e et retourn&#233;e contre le Moi sous la forme d'imagos annihilantes et mutilantes.&lt;br class='manualbr' /&gt;La fonction de l'utopie mystique marcusienne est d'&#233;chapper totalement &#224; l'agressivit&#233; en la niant. D'o&#249; l'absolue n&#233;cessit&#233; pour Marcuse &#224; la fin de son ouvrage de volatiliser le concept d'Instinct de Mort. La vision de la soci&#233;t&#233; future propos&#233;e devient celle d'une vaste bergerie dans laquelle se sera op&#233;r&#233;e la r&#233;conciliation orphique du &#171; lion avec l'agneau &#187; et du &#171; lion avec l'homme &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op. cit., p. 147-148.&#034; id=&#034;nh18-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ainsi, nous voyons quasi exp&#233;rimentalement combien l'agressivit&#233; est un constituant irr&#233;ductible de l'homme, puisque sa disparition entra&#238;ne, chez Marcuse, la volatilisation de la notion d'homme : un &#231;a sans Moi, des pulsions partielles sans g&#233;nitalit&#233;, un principe de plaisir sans principe de r&#233;alit&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le Grand Refus, c'est d'abord la tentative de refoulement de l'image paternelle, mais c'est aussi une d&#233;n&#233;gation du d&#233;sir sexuel incestueux, puisque l'unification des pulsions partielles est proscrite. &lt;i&gt;Le Grand Refus est donc le refus du drame &#339;dipien dans ses deux aspects, &lt;/i&gt;et l'assomption jubilante de l'image humaine, pos&#233;e comme id&#233;al, d'un nourrisson gav&#233;, b&#233;at et nirvanique, ou, mieux encore, confondu avec la nuit du corps maternel. Ce n'est pas tant une r&#233;gression que Marcuse propose, qu'une absence radicale de progression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan de la th&#233;orie psychanalytique, &#8212; l'on conna&#238;t l'importance accord&#233;e par Freud aux imagos paternelles dans la dynamique psychique &#8212;, les implications de la th&#232;se de Marcuse sont fort claires (une r&#233;gression psycho-affective au stade du nourrisson) et Marcuse est contraint de les r&#233;cuser explicitement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Le p&#232;re hostile est absous et repar&lt;/i&gt;&lt;i&gt;a&#238;t&lt;/i&gt;&lt;i&gt; comme un sauveur qui, punissant le d&#233;sir incestueux, prot&#232;ge le Moi de l'annihilation de la M&#232;re. La question de savoir si l'attitude maternelle narcissique &#224; l'&#233;gard de la r&#233;alit&#233; ne peut, pas &#171; revenir &#187; avec des formes moins exclusives, moins d&#233;vorantes sous l'autorit&#233; du Moi adulte et dans une civilisation avanc&#233;e ne se pose m&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#234;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;me pas. Au contraire, la n&#233;cessit&#233; de supprimer une fois pour toutes cette attitude ne fait aucun doute. Le principe de r&#233;alit&#233; patriarcal prend le pas sur l'interpr&#233;tation psychanalytique. C'est seulement au del&#224; de ce principe de r&#233;alit&#233; que les images &#171; maternelles &#187; du Surmoi contiennent des promesses plut&#244;t que des traces mn&#233;siques, des images d'un avenir libre plut&#244;t que d'un pass&#233; sombre&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op. cit., p. 200.&#034; id=&#034;nh18-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes. Mais pr&#233;coniser le Grand Refus du P&#232;re (sous la forme du refus de la &#171; &lt;i&gt;sexualit&#233; procr&#233;ative&lt;/i&gt; &#187;, du refus de la &#171; &lt;i&gt;monogamie patriarcale&lt;/i&gt; &#187;, du refus de la g&#233;nitalisation des pulsions partielles, du refus, ainsi que nous le verrons dans le chapitre suivant, de&lt;i&gt; &lt;/i&gt;la sublimation, etc...), et la r&#233;gression &#224; une position de symbiose orphique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De plus, pourquoi ne pas l'avouer, nous &#233;prouvons la plus grande m&#233;fiance (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et narcissique avec la M&#232;re-Nature, ne conduit nullement, encore une fois, &#224; un &#171; au del&#224; &#187; du p&#232;re, mais &#224; un &#171; en de&#231;&#224; &#187;. Il ne suffit pas d'une affirmation cat&#233;gorique (&#171; la n&#233;cessit&#233; de supprimer une fois pour toutes cette attitude ne fait aucun doute &#187;) pour &#233;chapper &#224; cette contradiction th&#233;orique fondamentale. D'antre part, faut-il rappeler qu'on ne e supprimes jamais une &#171; attitude &#187; psychique, on la d&#233;passe en l'int&#233;grant sous une forme nouvelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4 &#8211; Marcuse contre la sublimation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me de la sublimation est sans doute le plus difficile &#224; appr&#233;hender de toute la th&#233;orie psychanalytique. Herbert Marcuse est certainement bien inspir&#233; de lui accorder une place de tout premier plan. Mais c'est &#224; propos de la sublimation qu'il introduit ses prises de positions les plus personnelles, et qu'il s'&#233;loigne le plus de Freud. Nous ne pourrons malheureusement pas ici, en ces quelques pages, entrer dans le d&#233;tail d'une discussion&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous avons tent&#233; une approche th&#233;orique du processus de sublimation, encore (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Si l'on veut bien rassembler les r&#233;flexions pr&#233;liminaires, parues en divers textes, de Freud sur la sublimation, ce processus appara&#238;t comme l'&#233;quivalent, &#224; son niveau, de la g&#233;nitalisation des pulsions partielles. Lorsque chez un sujet une part importante de ces pulsions partielles ne s'est pas int&#233;gr&#233;e dans la sexualit&#233; g&#233;nitale, il peut arriver qu'elle se trouve d&#233;vi&#233;e de son but sexuel originel, et que, par l'interm&#233;diaire du Moi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans notre travail, nous avons soutenu la th&#232;se que le processus de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ces pulsions partielles s'unifient pour, par exemple, participer, comme source d'inspiration et comme agent d'&#233;laboration &#224; une cr&#233;ation artistique.&lt;br class='manualbr' /&gt;La position de Marcuse est cat&#233;gorique : &#171; &lt;i&gt;La sublimation sert la domination. Et la dissolution de celle-l&#224;, dans la transformation de la structure instinctuelle, modifierait aussi l'attitude fondamentale envers l'homme et la nature qui a &#233;t&#233; caract&#233;ristique de la civilisation occidentale &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. et. C., p. 200. Donnons en contrepoint de cette citation de Marcuse, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Marcuse a fort bien per&#231;u les rapports &#233;troits existant entre sublimation et perversion, qui sont toutes deux aliment&#233;es par les pulsions partielles. Souhaitant sur le plan sexuel la &#171; dissolution &#187; de ce qui s'est unifi&#233; pour constituer la g&#233;nitalit&#233;, il reste logique avec lui-m&#234;me en pr&#233;conisant semblablement la dissolution du faisceau pulsionnel qui s'est form&#233; dans la sublimation.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le r&#233;sultat, esp&#232;re-t-il, en serait ce qu'il nomme bizarrement une &#171; &lt;i&gt;auto-sublimation de la sexualit&#233; &lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. et. C., p. 179&#034; id=&#034;nh18-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'est-&#224;-dire, si nous le comprenons bien, une sublimation de chacune des pulsions partielles pour son propre compte, et sans l'intervention ni du Moi ni des imagos paternelles qui sont un des noyaux de ce Moi. Nous sortons de l&#224; de la th&#233;orie psychanalytique, une auto-sublimation de la sexualit&#233; &#233;tant sur ce plan, nous l'avons d&#233;j&#224; soulign&#233; pr&#233;c&#233;demment, un non-sens, tout autant que les n&#233;e-concepts forg&#233;s et introduits par Marcuse d'&#171; &lt;i&gt;auto-sublimation de la sensibilit&#233;&lt;/i&gt; &#187; et de &#171; &lt;i&gt;sublimation de la raisons &lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. et. C., p. 171-172&#034; id=&#034;nh18-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;On saisit pourtant la n&#233;cessit&#233; de cette formulation pour Marcuse. Pour lui, la civilisation r&#233;pressive s'est constitu&#233;e en raison de la &lt;i&gt;p&#233;nurie &lt;/i&gt;de biens et&lt;i&gt; &lt;/i&gt;de richesses. Aussi bien les instincts (g&#233;nitalisation ou sublimation des pulsions) que les institutions (pr&#233;valence du principe de r&#233;alit&#233;, hi&#233;rarchie sociale, monogamie, patriarcat) se sont d&#233;velopp&#233;s sous la domination e r&#233;pressive s du P&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A notre sens, an contraire, rappelons-le, m&#234;me en l'absence de toute p&#233;nurie le rapport originel du jeune enfant et de la m&#232;re est &lt;i&gt;aussi &lt;/i&gt;marqu&#233; par l'angoisse. Un nourrisson &#224; ce point &#171; g&#226;t&#233; &#187; &#8212; le terme par lui-mente en dit long &#8212; qu'il n'aurait connu aucune frustration d&#233;velopperait une agressivit&#233; inconsciente intense contre l'image maternelle. En effet, un certain degr&#233; de frustration appara&#238;t n&#233;cessaire pour que&lt;i&gt; &lt;/i&gt;le processus de maturation suive son cours. Ce jeune enfant se sentirait ainsi &#171; ch&#226;tr&#233; &#187; de ses&lt;i&gt; &lt;/i&gt;possibilit&#233;s de d&#233;veloppement et d'autonomie. Nous avons tous connu de telles personnalit&#233;s immatures qui ne parvenaient pas &#224; distendre leur lien inconscient avec les imagos maternelles. Nous renvoyons aux r&#233;flexions d&#233;j&#224; cit&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La R&#233;volte contre le P&#232;re, pp. 412-413.&#034; id=&#034;nh18-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de la sociologue Germaine Milieu et&lt;i&gt; &lt;/i&gt;de Dominique Fernand sur les r&#233;sultats d'une telle conduite sur le gar&#231;on musulman ou italien. En l'absence de toute p&#233;nurie, au sein du&lt;i&gt; &lt;/i&gt;paradis le plus gratifiant, la pr&#233;sence du P&#232;re &#233;tait et reste n&#233;cessaire comme m&#233;diatrice d'avec les imagos maternelles. Et le rapport originel du Moi aux imagos maternelles, non pas dans ses modalit&#233;s, mais en tant que ph&#233;nom&#232;ne, n'est pas pour nous d'origine externe, sociale.&lt;br class='manualbr' /&gt;Aujourd'hui, estime Marcuse, la p&#233;nurie &#233;tant vaincue, il convient&lt;i&gt; &lt;/i&gt;de&lt;i&gt; &lt;/i&gt;refuser tout ce qui appara&#238;t comme li&#233; au P&#232;re (g&#233;nitalit&#233;, sublimation, civilisation traditionnelle), afin de revenir en arri&#232;re pour prendre un nouveau d&#233;part. Les excellentes virtualit&#233;s humaines se sont trouv&#233;es perverties par la duret&#233; de l'environnement externe, qui a oblig&#233; l'homme &#224; s'adapter&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&#224; lui (principe de rendement). La p&#233;nurie ayant cess&#233;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;il faut donc briser l'instrument psychique devenu inutile. Le processus d&#233;crit n'est pas tr&#232;s diff&#233;rent de celui imagin&#233; par Rousseau, mis &#224; part le fait que ce dernier estimait impossible cette possibilit&#233; de r&#233;versibilit&#233; humaine.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce que nous nommons le &lt;i&gt;pari &lt;/i&gt;&lt;i&gt;m&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ar&lt;/i&gt;&lt;i&gt;c&lt;/i&gt;&lt;i&gt;usien &lt;/i&gt;est b&#226;ti sur l'espoir que les conditions ext&#233;rieures, historiques, &#233;tant diff&#233;rentes &lt;i&gt;&#8212; &lt;/i&gt;c'est-&#224;-dire en l'absence de p&#233;nurie et d'une organisation sociale ayant pour but d'y pallier &#8212; les instincts sexuels dans leur forme archa&#239;que, c'est-&#224;-dire les pulsions partielles, se manifesteront diff&#233;remment que par le pass&#233; dans la r&#233;alit&#233; et diff&#233;remment que dans le pr&#233;sent sous forme de fantasmes &#8212; non plus en cannibalisme ou en sadisme par exemple. Marcuse croit &#224; la fois &#224; une r&#233;versibilit&#233; des processus humains &#8212; le mythe d'Orph&#233;e, c'est aussi le mythe d'un retour en arri&#232;re, d'un retournement possible, et que ce qui aura &#233;t&#233; li&#233; se trouvera d&#233;li&#233; &#8212; et &#224; une nature humaine fondamentalement bonne. Les incontestables hautes exigences &#233;thiques de cet auteur (justice et libert&#233; vraies pour chacun) se trouvent actuellement non r&#233;alis&#233;es du fait, estime-t-il, non pas d'une nature humaine qui serait complexe et ambivalente, mais de la soci&#233;t&#233;. Le &#171; mal &#187; est de la soci&#233;t&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il s'agit bien d'un pari :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Mais &lt;/i&gt;il est possible&lt;i&gt; que cette d&#233;gradation des valeurs sup&#233;rieures les ram&#232;ne dans la structure organique de l'existence humaine de laquelle elles ont &#233;t&#233; s&#233;par&#233;es &lt;/i&gt;&lt;i&gt;et&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;il est possible&lt;i&gt; que cette r&#233;union transforme cette structure elle-m&#234;me. Si les valeurs sup&#233;rieures perdent leur isolement et leur opposition &#224; regard des facult&#233;s inf&#233;rieures, celles-&lt;/i&gt;&lt;i&gt;c&lt;/i&gt;&lt;i&gt;i peuvent se pr&#234;ter librement &#224; la civilisation&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E et C., p. 172. C'est nous qui soulignons&#034; id=&#034;nh18-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Donc, la naissance d'un nouveau principe de r&#233;alit&#233; impliquant la lib&#233;ration instinctuelle entra&#238;nerait une r&#233;gression en de&#231;&#224; du niveau de rationalit&#233; civilis&#233;e atteint. Cette r&#233;gression serait psychique aussi bien que sociale : elle r&#233;activerait des phases ant&#233;rieures de la libido d&#233;pass&#233;es (...) et elle dissoudrait les institutions de la soci&#233;t&#233; dans laquelle le moi de r&#233;alit&#233; existe. &lt;/i&gt;Par rapport &#224; ces institutions, ta lib&#233;ration instinctuelle, c'est la rechute dans la barbarie.&lt;i&gt; Cependant, survenant au plus haut niveau de la civilisation, (...) une telle lib&#233;ration &lt;/i&gt;pourrait&lt;i&gt; avoir des r&#233;sultats tr&#232;s diff&#233;rents&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E et C., p. 174. C'est nous qui soulignons&#034; id=&#034;nh18-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Signalons au passage dans cette citation, une contradiction intrins&#232;que et un point contestable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contradiction intrins&#232;que : cette &#171; &lt;i&gt;lib&#233;ration instinctuelle&lt;/i&gt; &#187; ne surviendrait nullement &#171; &lt;i&gt;au plus haut niveau de la civilisation&lt;/i&gt; &#187; puisque, pour Marcuse, la soci&#233;t&#233; industrielle avanc&#233;e a, plus que toute autre, ali&#233;n&#233; l'homme.&lt;br class='manualbr' /&gt;Point contestable : comment esp&#233;rer conserver l'actif technologique et scientifique de&lt;i&gt; &lt;/i&gt;notre soci&#233;t&#233; (sans lequel pas d'abondance) en cherchant &#224; &#233;liminer le P&#232;re, d&#232;s lors que cet actif serait, tout au moins &#224; notre sens, indissociablement li&#233; &#224; l'image paternelle inconsciente dont l'int&#233;riorisation a permis &#224; l'homme d'oser toucher &#224; la M&#232;re-nature pour la transformer et l'exploiter.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais c'est sur un autre plan que nous voulons porter la discussion. Radicalement oppos&#233; sur ce point &#224; Freud&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marcuse reconna&#238;t que &#171; selon Freud, l'histoire de l'homme est l'histoire de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; qui affirme, lui, que &#171; &lt;i&gt;sur cette r&#233;pression d'instincts repose ce qu'il y a plus pr&#233;cieux dans la culture humaine&lt;/i&gt; &#187; &#8212;, Marcuse &lt;i&gt;tient le pari &lt;/i&gt;qu'une lib&#233;ration instinctuelle des pulsions les plus primitives, qu'une dissolution des institutions sociales et familiales, donneraient naissance &#224; un homme nouveau et qu'en cet homme nouveau s'incarneraient les valeurs les plus &lt;i&gt;traditionnelles, &lt;/i&gt;notons-le, de l'humanisme : le droit, la libert&#233;, la justice, la raison, la v&#233;rit&#233;. II est tout &#224; fait conscient, nous venons de le montrer, qu'il s'agit d'un pari. II est conscient &#233;galement du risque couru : une &#171; rechute dans la barbarie &#187;. Apr&#232;s avoir d&#233;velopp&#233; &#233;logieusement les consid&#233;rations de philosophie esth&#233;tique de Schiller et ses th&#232;ses sur l'instinct de jeu, Marcuse nous avertit loyalement que &#171; &lt;i&gt;Schiller semblait vouloir accepter le risque dune catastrophe et une d&#233;gradation des valeurs de la culture r&#233;pressive si cela pouvait conduire &#224; une culture sup&#233;rieure (...). Cependant il pensait que de telles explosions &#171; barbares &#187; seraient d&#233;pass&#233;es par le d&#233;veloppement de la nouvelle civilisation et que seul un &#171; saut &#187; pouvait conduire de l'ancienne civilisation &#224; la nouvelle. Il ne s'occupait pas des changements catastrophiques de la structure sociale que ce &#171; saut &#187; impliquerait (...). Mais il est possible que cette d&#233;gradation des valeurs sup&#233;rieures les ram&#232;ne dans la structure organique de l'existence humaine&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. et C., p. 169 et p.172.&#034; id=&#034;nh18-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Il faut risquer, prendre des risques &#187;, nous dit-on, et des esprits parmi (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Autre admiration de Marcuse : Charles Fourier. &#171; &lt;i&gt;Fourier &lt;/i&gt;&lt;i&gt;est celui des socialistes utopiques qui est le plus pr&#232;s d'&#233;lu&lt;/i&gt;&lt;i&gt;c&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ider le fait que la libert&#233; d&#233;pend de la sublimation non-r&#233;pressive&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E et C., p. 189.&#034; id=&#034;nh18-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Cependant, constate Marcuse :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Les communaut&#233;s ouvri&#232;res du &lt;/i&gt;phalanst&#232;re&lt;i&gt; annoncent plut&#244;t &#171; la force par la joie &#187;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;(&lt;/i&gt;Kraft durch Freude)&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Qui &#233;tait, rappelons-le, le slogan des syndicats nazis. Cette phrase se (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;que la libert&#233;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E et C., p. 189.&#034; id=&#034;nh18-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sumons-nous : Marcuse utilise le syst&#232;me freudien pour pr&#233;coniser une solution personnelle au conflit individu-soci&#233;t&#233;, solution dont Freud, Marcuse le reconna&#238;t, avait averti qu'elle m&#232;nerait &#224; la fin de toute civilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?778-ce-que-furent-les-conseils' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Troisi&#232;me partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb18-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;E&lt;/i&gt;&lt;i&gt;. et C., &lt;/i&gt;p. 144.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Op. &lt;/i&gt;&lt;i&gt;cit., &lt;/i&gt;p. 146.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;op&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;cit., &lt;/i&gt;p. 151.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;R&#233;gressive, puisque les deux &#226;ges &#171; physiologiques &#187; de l'&#338;dipe se situent entre 3 et 5 ans, et &#224; la pubert&#233;. Un adulte qui revit le conflit &#339;dipien, tel l'&#338;dipe de&lt;i&gt; &lt;/i&gt;la l&#233;gende, r&#233;gresse donc s'il revit actuellement des conflits chronologiquement anciens.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Auquel dans la mesure o&#249; son auteur s'identifierait &#224; lui, y adh&#233;rerait intimement, seul conviendrait le nom de d&#233;lire mystique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;op&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;cit., &lt;/i&gt;p. 146.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;i&gt;op&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;cit., &lt;/i&gt;p. 146. en fran&#231;ais dans le texte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;op&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;cit., &lt;/i&gt;p. 147-148.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;op&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;cit., &lt;/i&gt;p. 200.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;De plus, pourquoi ne pas l'avouer, nous &#233;prouvons la plus grande m&#233;fiance envers le th&#232;me d'une r&#233;conciliation orphique du &#171; &lt;i&gt;lion avec l'agneau&lt;/i&gt; &#187; et du &#171; &lt;i&gt;lion avec l'homme&lt;/i&gt; &#187; (pp. 147-148). Les plus grands malheurs proviennent de cette utopie que &#171; le Mal &#187; (en derni&#232;re analyse sa propre agressivit&#233; &#224; soi) pourrait dispara&#238;tre. Tout homme doit savoir qu'il est &lt;i&gt;aussi&lt;/i&gt; un loup afin de se m&#233;fier de son agressivit&#233;, insupportable &#224; son Moi depuis les tout d&#233;buts de la formation de la &lt;i&gt;psyche. &lt;/i&gt;Rappelons que le parano&#239;aque, cet &#234;tre dangereux s'il en fut, s'estime en toute bonne foi &#171; blanc comme neige &#187; il a projet&#233; sur ses ennemis sa &#171; noirceur &#187;. Et la projection est un processus inconscient.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Nous avons tent&#233; une approche th&#233;orique du processus de sublimation, encore peu &#233;tudi&#233;, dans un travail pr&#233;sent&#233; en nov. 1984 devant la Soci&#233;t&#233; Psychanalytique de Paris. Cf. &#171; La sublimation artistique &#187; RPF, 1964, n&#176;5-6, pp.729-801&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Dans notre travail, nous avons soutenu la th&#232;se que le processus de sublimation &#233;tait conditionn&#233; par la possibilit&#233; pour le Moi de r&#233;ussir des Identifications &#224; des &#171; P&#232;res spirituels &#187; au terme d'un&lt;i&gt; &lt;/i&gt;travail psychique de m&#234;me nature que le conflit &#339;dipien, &#171; P&#232;res spirituels &#187; participant d&#233;sormais &#224; l'Id&#233;al du Moi du sujet et rendant possible la conjonction de la source d'inspiration orale et de l'&#233;laboration anale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;E. et. C.&lt;/i&gt;, p. 200. Donnons en contrepoint de cette citation de Marcuse, celle-l&#224;, oppos&#233;e, de Freud : &#171; Il est probable que nous devons nos succ&#232;s culturels les plus grandioses &#224; la contribution de l'&#233;nergie obtenue par cette voie (la sublimation] &#224; nos fonctions mentales&lt;/i&gt; &#187; &lt;i&gt;Cinq le&#231;ons sur la Psychanalyse, &lt;/i&gt;p. 176. S. E., XI, 54.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;E. et. &lt;/i&gt;C., p. 179&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;E. et. &lt;/i&gt;C., p. 171-172&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;La R&#233;volte &lt;/i&gt;&lt;i&gt;contre le P&#232;re, &lt;/i&gt;pp. 412-413.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;E&lt;/i&gt;&lt;i&gt; et &lt;/i&gt;C., p. 172. C'est nous qui soulignons&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;E&lt;/i&gt;&lt;i&gt; et &lt;/i&gt;C., p. 174. C'est nous qui soulignons&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Marcuse reconna&#238;t que &#171; &lt;i&gt;selon Freud, l'histoire de l'homme est l'histoire de sa r&#233;pression. La culture (...) ne limite pas seulement certaines parties de l'&#234;tre humain, mais sa structure instinctuelle elle-m&#234;me. Cependant une telle contrainte est justement la condition pr&#233;alable du progr&#232;s. Laiss&#233;s libres de poursuivre leurs objectifs naturels, les instincts fondamentaux de l'homme seraient incompatibles avec toute association et toute protection durables : ils d&#233;truiraient m&#234;me ce qu'ils unissent. &#201;ros sans garde-fou est tout aussi fatal que sa contre-partie fatale, l'Instinct de Mort&lt;/i&gt; &#187; &lt;i&gt;(&lt;/i&gt;&lt;i&gt;E. et C.,&lt;/i&gt; p.23).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;E. et &lt;/i&gt;C., p. 169 et p.172.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Il faut risquer, prendre des risques &#187;, nous dit-on, et des esprits parmi les meilleurs. Eh bien, non. Quand on a vu les r&#233;sultats catastrophiques auxquels ont men&#233;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;les diverses utopies du XIXe si&#232;cle finissant et de la premi&#232;re moiti&#233; du XXe si&#232;cle, quand on r&#233;fl&#233;chit &#224; l'ampleur des risques encourus, &#8212; les morts, les souffrances, les ruines mat&#233;rielles et morales,. &#8211; on ne peut s'emp&#234;cher de penser que ce go&#251;t du risque, &#224; l'instar de celui qui pousse les conducteurs automobiles roulant comme le dit si bien l'expression &#171; &#224; tombeau ouvert &#187; dissimule une envie d'en finir &#224; jamais, un arri&#232;re-plan d&#233;pressif et suicidaire ! Mais encore faut-il, pour refuser ainsi de prendre plus que des risques limit&#233;s, que l'existence dans une soci&#233;t&#233; reste compatible avec les valeurs et qu'il existe des possibilit&#233;s de la transformer. Cf. p. 195.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;E et C&lt;/i&gt;., p. 189.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Qui &#233;tait, rappelons-le, le slogan des syndicats nazis. Cette phrase se trouvait &#233;galement inscrite &#224; l'entr&#233;e des camps d'extermination.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;E et C&lt;/i&gt;., p. 189.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Le Grand Refus d'Herbert Marcuse (1/3)</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?631-le-grand-refus-d-herbert-marcuse</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?631-le-grand-refus-d-herbert-marcuse</guid>
		<dc:date>2017-03-15T21:03:29Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Gauchisme</dc:subject>
		<dc:subject>Amour</dc:subject>
		<dc:subject>Revolution</dc:subject>
		<dc:subject>Avant-gardisme</dc:subject>
		<dc:subject>Primitivisme</dc:subject>
		<dc:subject>Autogestion</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Psycho-sociologie</dc:subject>
		<dc:subject>Pseudo-subversion</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>Mendel G.</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Chapitre &#233;ponyme du livre de G&#233;rard Mendel, La crise des g&#233;n&#233;ration. &#201;tude sociopsychanalytique, Payot, 1969, pp. 83-116 Les quelques r&#233;serves de notre part quant &#224; certains points d&#233;velopp&#233;s ici ont &#233;t&#233; succintement &#233;voqu&#233;es dans l'introduction du p&#233;c&#233;dent texte de G. Mendel mis en ligne. Pr&#233;ambule &#171; Les communistes croient avoir d&#233;couvert la voie de la d&#233;livrance du mal. D'apr&#232;s eux, l'homme est uniquement bon, ne veut que le bien de son prochain ; mais l'institution de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-6-psychanalyse-+" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-31-gauchisme-+" rel="tag"&gt;Gauchisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-51-amour-+" rel="tag"&gt;Amour&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-57-revolution-+" rel="tag"&gt;Revolution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-59-avant-gardisme-+" rel="tag"&gt;Avant-gardisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-88-primitivisme-+" rel="tag"&gt;Primitivisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-90-autogestion-+" rel="tag"&gt;Autogestion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-109-psycho-sociologie-+" rel="tag"&gt;Psycho-sociologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-116-pseudo-subversion-+" rel="tag"&gt;Pseudo-subversion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-166-mendel-g-+" rel="tag"&gt;Mendel G.&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Chapitre &#233;ponyme du livre de G&#233;rard Mendel, La crise des g&#233;n&#233;ration. &#201;tude sociopsychanalytique, Payot, 1969, pp. 83-116&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les quelques r&#233;serves de notre part quant &#224; certains points d&#233;velopp&#233;s ici ont &#233;t&#233; succintement &#233;voqu&#233;es dans &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?708-la-double-specificite-humaine' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;l'introduction du p&#233;c&#233;dent texte de G. Mendel mis en ligne&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;ambule&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les communistes croient avoir d&#233;couvert la voie de la d&#233;livrance du mal. D'apr&#232;s eux, l'homme est uniquement bon, ne veut que le bien de son prochain ; mais l'institution de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e a vici&#233; sa nature. (...) En ce qui concerne son postulat psychologique, je me crois toutefois autoris&#233; &#224; y reconna&#238;tre une illusion sans consistance aucune. (...) Il faut, en tout cas, pr&#233;voir ceci : quelque voie qu'elle choisisse, le trait indestructible de la nature humaine l'y suivra toujours. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud, &lt;i&gt;Malaise dans la civilisation&lt;/i&gt;, pp. 37-38&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il est vrai que ceux qui pr&#233;f&#232;rent les contes de f&#233;es font la sourde oreille quand on leur parle de la tendance native de l'homme &#224; la ''m&#233;chancet&#233;'', &#224; l'agression, &#224; la destruction, et donc aussi &#224; la cruaut&#233;. Dieu n'a-t-il pas fait l'homme &#224; l'image de sa propre perfection ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud, &lt;i&gt;op.cit.&lt;/i&gt; p.42&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La lib&#233;ration, la libert&#233; pour Herbert Marcuse, comme nous avions commenc&#233; &#224; la montrer au d&#233;but de la premi&#232;re partie de cet Essai en utilisant sa th&#232;se comme &#171; r&#233;v&#233;lateur &#187; des ambigu&#239;t&#233;s et des contradictions de la pens&#233;e sociologique de Freud, consiste &#224; lib&#233;rer ce qui a &#233;t&#233; refoul&#233; afin d'obtenir &#171; une satisfaction instinctuelle primaire &#187; et le r&#232;gne absolu du principe de plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous allons montrer que le fantasme marcusien &#8211; son &#339;uvre appara&#238;t en effet comme l'expression d'un d&#233;sir, d'un fantasme &#8211; est une tentative pour nier la r&#233;alit&#233; du conflit &#339;dipien dans ses deux volets maternel et paternel, pour faire &#171; comme si &#187; ce conflit n'existait plus. Nous le montrerons suivant quatre rubriques qui seront l'&#233;tude :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; de la sous-estimation th&#233;orique par Marcuse du conflit &#339;dipien ;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; de la valorisation par lui des perversions en tant que machine de guerre contre la monogamie patriarcale ;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; de la nostalgie chez lui d'un retour en am&#232;re vers les imagos maternelles &#171; bonnes &#187; et, en de&#231;&#224;, vers le stade anobjectal du Moi-Tout, nostalgie s'exprimant soit directement, soit au travers des mythes de Narcisse et d'Orph&#233;e ;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; de la condamnation par lui de la sublimation, processus li&#233; &#224; une identification &#224; des images paternelles.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;En un mot le Grand Refus marcusien est un refus de tout le p&#232;re, et un refus de toute la m&#232;re &#224; l'exception de l'imago archa&#239;que &#171; bonne &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1 &#8211; Une sous-estimation th&#233;orique du conflit &#339;dipien&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; (&lt;i&gt;...) &lt;/i&gt;&lt;i&gt;le con&lt;/i&gt;&lt;i&gt;f&lt;/i&gt;&lt;i&gt;lit &#339;dipien, bien qu'il soit la source primaire et le mod&#232;le de tous les conf&lt;/i&gt;&lt;i&gt;l&lt;/i&gt;&lt;i&gt;its n&#233;vrotiques, n'est certainement pas la cause &lt;/i&gt;&lt;i&gt;c&lt;/i&gt;&lt;i&gt;entrale du malaise dans la civilisation, et n'est pas l'obstacle central &#224; sa gu&#233;rison : le complexe d'&#338;dipe &#171; passe &#187;, m&#234;me sous le r&#232;gne d'un principe de r&#233;alit&#233; r&#233;press&lt;/i&gt;&lt;i&gt;if&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. et C., p. 178.&#034; id=&#034;nh19-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons simplement que pour Freud tout d&#233;passement du conflit &#339;dipien implique la formation d'une instance r&#233;pressive, le Surmoi. &lt;br class='manualbr' /&gt;Rappelons encore que, toujours pour Freud, le malaise dans la civilisation est d&#251; au fait que les frustrations instinctuelles entra&#238;nent une agressivit&#233; qui se tourne contre la soci&#233;t&#233;, v&#233;cue inconsciemment comme incarnant pr&#233;cis&#233;ment le Surmoi-h&#233;ritier du conflit &#339;dipien. Le sujet se sent inconsciemment coupable de cette agressivit&#233;, et le malaise ressenti est l'expression consciente de cette culpabilit&#233; inconsciente. C'est donc &#224; partir du mod&#232;le fourni par le conflit &#339;dipien individuel que se met en forme le rapport individu-soci&#233;t&#233;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Tout d&#233;passement du conflit impliquant la formation du Surmoi, pour abolir le pouvoir du Surmoi sur le plan individuel et collectif, comme le souhaite Marcuse, implique n&#233;cessairement une position en de&#231;&#224; du conflit &#339;dipien avec le p&#232;re, en de&#231;&#224; des identifications paternelles, et non au del&#224;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais, d'une part un &#171; en de&#231;&#224; &#187; total de l'&#338;dipe est impossible, tout homme vivant in&#233;luctablement ce conflit et selon l'actif ou le passif accumul&#233; dans les phases ant&#233;rieures le d&#233;passe, ou r&#233;gresse devant lui en entra&#238;nant dans cette r&#233;gression des &#233;l&#233;ments &#339;dipiens qui vont s'amalgamer aux &#233;l&#233;ments pr&#233;-&#339;dipiens. Rien, apr&#232;s, ne sera plus exactement pareil. D'autre part, l' &#171; en-de&#231;&#224; &#187; de l'&#338;dipe n'implique nullement la libert&#233; mais la pr&#233;sence d'instances archa&#239;ques, en particulier maternelles, bien davantage r&#233;pressives et mortif&#232;res que le Surmoi post-&#339;dipien puisqu'elles sont constitu&#233;es avant tout par l'imago de la M&#232;re &#171; mauvaise &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2 &#8211; Valorisation par Marcuse des perversions en tant que machine de guerre contre la monogamie patriarcale.&lt;br class='manualbr' /&gt;Marcuse et Reich&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point de d&#233;part est une erreur th&#233;orique de Marcuse quant au concept de perversion :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Marcuse :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;L'organisation de la sexualit&#233; refl&#232;te les traits fondamentaux da principe de rendement (...) le processus unificateur [des instincts partiels] est r&#233;pressif (...)&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. et C., p. 50.&#034; id=&#034;nh19-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, ce n'est pas une interdiction venue du p&#232;re qui assure la primaut&#233; de la g&#233;nitalit&#233; c'est, bien au contraire, une interdiction v&#233;cue comme venant du p&#232;re qui dans certains cas emp&#234;che la primaut&#233; de la g&#233;nitalit&#233; : &#171; tu n'auras pas le droit de faire ce que, moi le p&#232;re, je fais avec ta m&#232;re. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;al sexuel de Marcuse &#8211; et en ceci il s'oppose au Willhem Reich de la &lt;i&gt;R&#233;volution sexuelle &#8212; &lt;/i&gt;est l'&#233;panouissement &#224; l'&#226;ge adulte de la sexualit&#233; pr&#233;g&#233;nitale, des pulsions partielles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La r&#233;gression impliqu&#233;e da&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ns&lt;/i&gt;&lt;i&gt; un tel d&#233;veloppement se manifesterait d'abord par une activation de tontes les zones &#233;rotiques et donc par la renaissance de la sexualit&#233; polymorphe pr&#233;g&#233;nitale, et par le d&#233;chu de la supr&#233;matie g&#233;nitale. Tout le corps deviendrait un objet d'investissement, une chose pour jouir, un instrument de plaisir. Cette transformation (...) conduirait &#224; la d&#233;sint&#233;gration des institutions dans lesquelles les relations interpersonnelles ont &#233;t&#233; organis&#233;es et particuli&#232;rement de la famille monogamique patriarcale&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. et C., p. 176&#034; id=&#034;nh19-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est pr&#244;n&#233; explicitement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La r&#233;activation de d&#233;sirs et d'attitudes pr&#233;historiques et enfantines&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. et C. p. 178&#034; id=&#034;nh19-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La position de Wilhelm Reich appara&#238;t comme bien davantage solide, qui consid&#232;re que l'interdiction d'une sexualit&#233; libre chez le jeune enfant est la condition n&#233;cessaire du maintien d'un type de soci&#233;t&#233; autoritaire. Elle est le pr&#233;alable &#224; l'acceptation de la frustration sexuelle adulte, frustration affaiblissant le Moi de mani&#232;re d&#233;cisive et le poussant &#224; reproduire compulsivement la famille patriarcale de son enfance et &#224; se soumettre aux divers P&#232;res sociaux autoritaires d&#233;tenteurs d'une autorit&#233;. Reich s'oppose &#224; la formulation de Freud selon laquelle :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;la sexualit&#233;, si elle se manifestait d'une fa&#231;on trop pr&#233;coce, romprait toutes les barri&#232;res et emporterait tous les r&#233;sultats si p&#233;niblement acquis par la culture.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Freud, Introd. d la Psychanalyse, p. 291&#034; id=&#034;nh19-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle n'emporterait, selon Reich, que la forme d'organisation autoritaire de la soci&#233;t&#233;, la maturation sexuelle aboutissant normalement &#224; la g&#233;nitalit&#233; et &#224; l'autonomie caract&#233;rielle.&lt;br class='manualbr' /&gt;La persistance d'une sexualit&#233; &#171; partielle &#187; , perverse, lui appara&#238;t, au contraire de Marcuse, comme pathologique, nuisible pour la soci&#233;t&#233; et li&#233;e &#224; des conflits infantiles irr&#233;solus qui devront, dans une soci&#233;t&#233; libre, &#234;tre soign&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La punition d'actes comme la s&#233;duction d'enfants par les adultes ne sera pas abolie tant que la structure psychique d'un grand nombre d'adultes contiendra l'impulsion &#224; s&#233;duire les enfants. Dans cette mesure, les conditions post&#233;rieures &#224; la r&#233;volution pourraient sembler identiques &#224; celles de la soci&#233;t&#233; autoritaire. La diff&#233;rence, tr&#232;s importante, serait cependant qu'une soci&#233;t&#233; non autoritaire ne mettrait aucun obstacle &#224; la satisfaction des besoins naturels. Elle ne se contenterait pas, par exemple, de ne pas interdire une relation amoureuse entre deux adolescents ; elle lui donnerait &lt;/i&gt;&lt;i&gt;pleine protection.elle ne se contenterait pas, par exemple, de ne pas interdire la masturbation infantile : elle traiterait s&#233;v&#232;rement tout adulte qui emp&#234;cherait l'enfant de d&#233;velopper sa sexualit&#233; naturelle&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La R&#233;volution sexuelle, p. 64. Soulign&#233; par Reich.&#034; id=&#034;nh19-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Reich distingue bien, en clinicien averti qu'il fut, sexualit&#233; g&#233;nitale et pulsions partielles - sexualit&#233; pr&#233;g&#233;nitale :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Une seule et m&#234;me manifestation peut &#234;tre naturelle dans une situation et &#224; un moment donn&#233;, asociale et non naturelle dans une autre situation et &#224; un autre moment. Par exemple : si un enfant d'un an ou deux mouille son lit ou joue avec ses mati&#232;re f&#233;cales, il s'agit d'une phase normale du d&#233;veloppement pr&#233;g&#233;nital. A ce moment, punir l'enfant pour ces impulsions est une action qui m&#233;rite elle-m&#234;me la punition la plus s&#233;v&#232;re. Si, cependant, le m&#234;me individu, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#224;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; l'&#226;ge de 14 ans, accomplit ces m&#234;mes actions, cela serait une impulsion secondaire, asociale et pathologique ; l'individu ne devrait pas &#234;tre puni, mais hospita&lt;/i&gt;&lt;i&gt;l&lt;/i&gt;&lt;i&gt;is&#233;. Mais, dans une soci&#233;t&#233; libre, cela ne suffirait pas, la t&#226;che la plus importante serait plut&#244;t de changer l'&#233;ducation en sorte que ces impulsions pathologiques ne se d&#233;veloppent pas du tout.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op. cit. p.65&#034; id=&#034;nh19-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reich, &#233;tant donn&#233;e l'importance fondamentale de cette distinction, prend un autre exemple :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Si un gar&#231;on de 15 ans entreprenait une relation amoureuse avec une fille de 13 ans, une soci&#233;t&#233; libre non seulement n'interviendrait pas, mais encouragerait et prot&#233;gerait cette relation. Si cependant le gar&#231;on de 15 ans tentait de s&#233;duire des petites filles de 3 ans ou tentait d'obliger une fille de son &#226;ge &#224; entrer en relations sexuelles, cela serait consid&#233;r&#233; comme antisocial. Cela indiquerait que &lt;/i&gt;&lt;i&gt;l'i&lt;/i&gt;&lt;i&gt;mpulsion saine du gar&#231;on &#224; &#233;tablir une relation sexuelle normale avec une fille de son &#226;ge a &#233;t&#233; inhib&#233;e.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op. cit. p.65&#034; id=&#034;nh19-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces consid&#233;rations, pour Reich, ne sont valables que pour la p&#233;riode de transition entre soci&#233;t&#233; autoritaire et soci&#233;t&#233; libre. En effet, pour lui, une fois corrig&#233;es les cons&#233;quences pathologiques de l'&#233;ducation en soci&#233;t&#233; autoritaire, il n'existera plus aucun probl&#232;me les hommes auront recouvr&#233; leur sant&#233; et leur bont&#233; naturelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment con&#231;oit-il en effet le lien entre soci&#233;t&#233; et psychisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Le b&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ut&lt;/i&gt;&lt;i&gt; de &lt;/i&gt;&lt;i&gt;l'&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#233;duca&lt;/i&gt;&lt;i&gt;t&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ion, d&#232;s son origine, est d'&#233;lever les enfants en rue du mariage et de ta famille &lt;/i&gt;(...). &lt;i&gt;En effet, par attention excessive accord&#233;e aux fonctions alimentaires et excr&#233;toires, l'enfant se trouve fix&#233; aux stades &#233;rotiques pr&#233;g&#233;nitaux, tandis que l'activit&#233; g&#233;nitale est fermement inhib&#233;e (interdiction de la masturbati&lt;/i&gt;&lt;i&gt;o&lt;/i&gt;&lt;i&gt;n). Fixation pr&#233;g&#233;nitale et inhibition pr&#233;g&#233;nitale op&#232;rent un d&#233;placement de l'int&#233;r&#234;t sexuel dans le sens du sadisme.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 115. On voit bien l&#224; que pour Reich, comme pour Freud et comme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Il &lt;/i&gt;&lt;i&gt;faut pr&#234;ter attention &#224; deux faits essentiels pour l'issue de cette exp&#233;rience infantile. D'abord, il ne se produirait aucun refoulement &lt;/i&gt;&lt;i&gt;si&lt;/i&gt;&lt;i&gt; le gar&#231;on, quoique subissant l'interdiction de &lt;/i&gt;&lt;i&gt;l'&lt;/i&gt;&lt;i&gt;inceste, &#233;tait cependant autoris&#233; &#224; pratiquer &lt;/i&gt;&lt;i&gt;l&lt;/i&gt;&lt;i&gt;'onanisme et le jeu g&#233;nital avec &lt;/i&gt;&lt;i&gt;les filles de son &#226;ge&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op. cit. p.116&#034; id=&#034;nh19-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sinon :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;L'enfant&lt;/i&gt;&lt;i&gt; ne peut &#233;chapper &#224; la fixation s&lt;/i&gt;&lt;i&gt;exuelle&lt;/i&gt;&lt;i&gt; [sur la m&#232;re&lt;/i&gt;&lt;i&gt;]&lt;/i&gt;&lt;i&gt; et autoritaire [suj&#233;tion &#224; l'autorit&#233; du p&#232;re&lt;/i&gt;&lt;i&gt;]&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &#224; l'&#233;gard des parents (...). Et pr&#233;cis&#233;ment parce que cette fixation autoritaire est essentiellement inconsciente, elle n'est plus accessible aux r&#233;solutions conscientes.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op. cit. p.117&#034; id=&#034;nh19-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;A &lt;/i&gt;&lt;i&gt;l'&lt;/i&gt;&lt;i&gt;inhibition sexuelle r&#233;sultant directement de la fixation aux parents viennent s'ajouter les sentiments de culpabilit&#233; qui d&#233;rivent de l'&#233;normit&#233; de la haine accumul&#233;e au cours d'ann&#233;es de vie familiale (...). Si cette haine reste consciente, elle peut devenir un &lt;/i&gt;&lt;i&gt;puis&lt;/i&gt;&lt;i&gt;sant facteur r&#233;volutionnaire individuel (...). Si au contraire cette h&lt;/i&gt;&lt;i&gt;aine&lt;/i&gt;&lt;i&gt; e est &lt;/i&gt;&lt;i&gt;refoul&#233;e&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, elle donne naissance aux attitudes inverses de la fid&#233;lit&#233; aveugle et d'ob&#233;issance infantile.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cet endroit, Reich met l'accent sur un point tr&#232;s important :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Mais la m&#234;me situation familiale peut aussi produire l'individu &lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#171; n&#233;vrotiquement r&#233;volutionnaire &#187;, sp&#233;cimen fr&#233;quent chez les intellectuels bourgeois. Les sentiments de culpabilit&#233; li&#233;s aux sentiments r&#233;volutionnaires en font un militant peu s&#251;r dans un mouvement r&#233;volutionnaire&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 119&#034; id=&#034;nh19-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de la s&#233;quence :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;r&#233;pression de la sexualit&#233; infantile &#8594; refoulement du d&#233;sir incestueux &#8594; fixation inconsciente, sexuelle &#224; la m&#232;re et suj&#233;tion craintive &#224; l'autorit&#233; du p&#232;re &#8594; haine intense inconsciente contre les parents, li&#233;e &#224; l'inhibition sexuelle &#8594; sentiments de culpabilit&#233; &#8594; fid&#233;lit&#233; aveugle et ob&#233;issance infantile, se met en forme pour Reich le sch&#233;ma de la soci&#233;t&#233; autoritaire fond&#233;e sur une :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;structure mentale qui est la &lt;/i&gt;&lt;i&gt;b&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ase psychique collective de toute soci&#233;t&#233; autoritaire. La structure servile est un mixte d'impuissance sexuelle, de d&#233;tresse, d'aspiration &#224; un appui, &#224; un F&#252;hrer, de crainte de &lt;/i&gt;&lt;i&gt;l'autorit&#233;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, de peur de la vie et de mysticisme. Elle se caract&#233;rise par un loyalisme d&#233;vot m&#234;l&#233; de r&#233;volte (...). Les individus ayant cette structure (...) constituent le terrain psychologique sur lequel peuvent prolif&#233;rer les tendances dictatoriales ou bureaucratiques de dirigeants d&#233;mocratiquement &#233;lus. &lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 119 et 120&#034; id=&#034;nh19-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Reich, et il peut &#234;tre oppos&#233; sur ce point &#224; Marcuse, il n'est pas question de donner droit de cit&#233;, chez l'&lt;i&gt;adulte, &lt;/i&gt;aux pulsions partielles orales et anales, &#224; la sexualit&#233; pr&#233;g&#233;nitale, aux perversions, tous cas o&#249; il s'est op&#233;r&#233; un &#171; d&#233;placement de l'int&#233;r&#234;t sexuel dans le sens du sadisme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Reich, et il s'oppose l&#224; &#224; Freud &#8212; tout au moins au Freud de 1916 &#8212;, le libre-jeu pr&#233;coce de la sexualit&#233; ne d&#233;truira pas la culture, mais sera au contraire hautement profitable &#224; la civilisation. Autre point o&#249; ils s'opposent : le refoulement du d&#233;sir incestueux pour la m&#232;re est, pour Reich, toxique, alors que pour Freud il est la condition de la sant&#233; psychique. C'est que pour Reich, le conflit &#339;dipien se volatiliserait de lui-m&#234;me dans certaines conditions : &#224; savoir onanisme, jeux sexuels avec des enfants du sexe oppos&#233;, vie en communaut&#233; d'enfants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Un enfant qui serait &#233;lev&#233; en communaut&#233; avec d'autres enfants, et sans subir l'influence des fixations aux parents, d&#233;velopperait tout autrement sa sexualit&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 117&#034; id=&#034;nh19-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Reich, dans ces conditions, l'identification au p&#232;re qui, pour Freud, seule permet le d&#233;passement du conflit &#339;dipien, n'a pas lieu de s'op&#233;rer et ne remplit aucune fonction n&#233;cessaire. Tr&#232;s curieusement, il existe chez l'auteur de la &lt;i&gt;R&#233;volution se&lt;/i&gt;&lt;i&gt;x&lt;/i&gt;&lt;i&gt;u&lt;/i&gt;&lt;i&gt;el&lt;/i&gt;&lt;i&gt;le &lt;/i&gt;et de la &lt;i&gt;Fonction de l'orgasme, &lt;/i&gt;une sous-estimation du conflit &#339;dipien, en m&#234;me temps que, par rapport au Freud d'apr&#232;s 1908, une importance plus grande est donn&#233;e &#224; la question sexuelle. Reich est le seul des d&#233;viants de la psychanalyse qui n'ait pas d&#233;sexualis&#233; la th&#233;orie psychanalytique : bien au contraire c'est Freud qui sur ce point parait avoir recul&#233; et lorsque chez lui la sexualit&#233;, &#224; partir de 1920, prend le nom d'&#201;ros, on ne peut pas ne pas songer aux semblables id&#233;alisations d'un Jung et &#224; son animus-anima.&lt;br class='manualbr' /&gt;Si l'on voulait essayer de situer Reich par rapport aux consid&#233;rations anthropologiques que nous avons d&#233;velopp&#233;es dans la seconde partie de cet Essai, on pourrait dire que pour Reich, dans la soci&#233;t&#233; libre de ses r&#234;ves, tout ce qui &#233;tait l'objet d'&#233;tude de la Psychanalyse n'existe plus : pas de refoul&#233; ni d'Inconscient, pas de Surmoi. Pour lui, l'homme est naturellement bon, et c'est de la soci&#233;t&#233; se perp&#233;tuant par l'&#233;ducation familiale que vient tout le mal. Supprimons ce mal social et nous sommes dans le domaine de la Nature, de la bonne nature dans laquelle il existe une &#171; &lt;i&gt;aptitude de l'organisme &#224; l'autor&#233;gulation&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &#187;. &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 47&#034; id=&#034;nh19-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Si l'expression &#171; nouvelle moralit&#233;s &#187; doit avoir un sens, ce ne peut &#234;tre que celui de superfluit&#233; de toute r&#233;glementation morale et d'instauration d'une auto-r&#233;gulation de la vie sociale. Celui q&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ui&lt;/i&gt;&lt;i&gt; ne meurt pas de faim, n'a pu d'impulsion au vol et n'a don&lt;/i&gt;&lt;i&gt;c&lt;/i&gt;&lt;i&gt; pas besoin d'une moralit&#233; qui l'emp&#234;che de voler&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 35&#034; id=&#034;nh19-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous dirions que, pour lui, l'appareil psychique d&#233;crit par la Psychanalyse et la dimension du d&#233;sir sont une cr&#233;ation de la soci&#233;t&#233; autoritaire. Tous les &#233;l&#233;ments de ce que nous avons d&#233;nomm&#233; &#171; noyau anthropog&#232;ne sp&#233;cifiques &#187; s'interposant &#171; organiquement &#187; entre le constituant biologique de l'homme (cette nature de Reich qui donne lieu &#224; des &#171; besoins naturels &#187; s'auto-r&#233;gulant) et le constituant culturel n'existent pas pour lui.&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans notre perspective, nous d&#233;cririons une telle position comme un essai de fuite devant les deux volets du conflit &#339;dipien, s'appuyant sur le fantasme inconscient d'une g&#233;nitalit&#233; s'exer&#231;ant avec la M&#232;re et selon l'ordre de la M&#232;re (la Nature) mais miraculeusement d&#233;lest&#233;e de tout reliquat g&#234;nant, c'est-&#224;-dire de l'imago de la M&#232;re &#171; mauvaise &#187; et des images et imagos paternelles dans leur totalit&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;On ne semble pas avoir remarqu&#233; la sorte d'admiration qui appara&#238;t chez Reich pour l'id&#233;ologie nationale-socialiste :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;[La]&lt;/i&gt;&lt;i&gt; vie n'est pas absolue. Si nous prenons en consid&#233;ration des laps de temps d'&#233;chelle cosmique, la vie est alors quelque chose qui &#233;merge de la mati&#232;re inorganique et qui y retournera. Ces consid&#233;rations nous font mieux comprendre que &lt;/i&gt;&lt;i&gt;toute&lt;/i&gt;&lt;i&gt; autre l'extr&#234;me petitesse et l'insignifiance des &lt;/i&gt;&lt;i&gt;illusions&lt;/i&gt;&lt;i&gt; humaines, concernant les t&#226;ches &#171; spirituelles, transcendantes &#187;, et la grande importance au contraire de la connexion entre la vie v&#233;g&#233;tative de l'homme et le tout de la nature (...) L'id&#233;ologie nationale-socialiste poss&#232;de un noyau rationnel, exprim&#233; dans le slogan de s fid&#233;lit&#233; an sang et &#224; la terre s, qui conf&#232;re un &#233;lan exceptionnel au mouvement r&#233;actionnaire.&lt;/i&gt;
&lt;i&gt;_ La pratique nationale-socialiste, en revanche, ne cesse d'adh&#233;rer aux forces sociales qui contrarient le principe de l'action r&#233;volutionnaire, &#224; savoir l'unification de la soci&#233;t&#233;, de la nature et de la technique (...). Le national-socialisme exprime par son id&#233;ologie, de fa&#231;on mystique, ce qui constitue le noyau rationnel dans le mouvement r&#233;volutionnaire : l'id&#233;e d'une soci&#233;t&#233; sans classe et &lt;/i&gt;&lt;i&gt;d'un&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e&lt;/i&gt;&lt;i&gt; vie en harmonie avec la nature. Le mouvement r&#233;volution&lt;/i&gt;&lt;i&gt;n&lt;/i&gt;&lt;i&gt;a&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ire&lt;/i&gt;&lt;i&gt; quant &#224; lui, quoique n'ayant pas encore la parfaite conscience de son id&#233;ologie propre, a &#233;clairci les conditions &#233;conomiques et sociales (...) d'une r&#233;alisation du bonheur dans la vie.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 36-37&#034; id=&#034;nh19-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette sorte de qu&#234;te mystique de la Totalit&#233; et de l'Absolu, explicitement oppos&#233;e au P&#232;re et in&#233;vitablement oppos&#233;e aux valeurs (les t&#226;ches &#171; spirituelles, transcendantes &#187;), &lt;i&gt;le fantasme de Reich comme celui de Marcuse est construit sur la base d'une identification &#224; l'imago &lt;/i&gt;&lt;i&gt;archa&#239;que&lt;/i&gt;&lt;i&gt; de la &lt;/i&gt;&lt;i&gt;M&#232;re&lt;/i&gt; &#171; &lt;i&gt;bonne &#187; &lt;/i&gt;(&#171; connexion entre la vie v&#233;g&#233;tative de l'homme et le tout de la nature &#187;), d'une d&#233;n&#233;gation de l'agressivit&#233; humaine fondamentale et d'une annulation du P&#232;re. Cette position &#8212; quels que soient les apports tr&#232;s importants de Reich dans le domaine qui nous int&#233;resse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Notre attitude critique vise ce qui nous appara&#238;t comme utopique chez Reich (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8212; nous appara&#238;t comme dangereuse. Elle ne diff&#232;re du fascisme ou du nazisme que parce que, point malgr&#233; tout essentiel, le &lt;i&gt;fantasme inconscient de ces deux mouvements est construit sur la base de l'identification &#224; la M&#232;re archa&#239;que &#171; mauvaise &#187;.&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Sur un plan clinique &#8211; et non plus sociopolitique &#8212; l'attitude de Reich nous parait moins dangereuse que celle de Marcuse, dans la mesure o&#249; il sait reconna&#238;tre tout le potentiel destructif et agressif des pulsions pr&#233;g&#233;nitales chez l'adulte, et o&#249; il d&#233;crit un stade transitoire de &#171; r&#233;&#233;ducation sexuelle &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous venons ainsi de laisser la parole &#224; Wilhem Reich, c'est afin de bien montrer qu'aucun psychanalyste praticien, f&#251;t-il aussi fortement port&#233; par ses aspirations qu'un Wilhem Reich, n'aurait commis l'erreur qui a &#233;t&#233; celle de Marcuse, &#224; savoir de ne pas tenir compte du fait qu'aux stades pr&#233;g&#233;nitaux correspondant aux pulsions partielles, qu'il s'agisse du stade oral (sadisme oral) ou du stade anal (sadisme ana, o&#249; se remet en forme le sadisme oral avec l'appoint capital de l'agressivit&#233; anale), correspond l'agressivit&#233; la plus intense, al plus destructrice. Il convient de ne pas oublier que la th&#233;orie psychanalytique, dans ses secteurs accept&#233;s par l'ensemble des analystes, s'appuie sur la clinique quotidienne de la cure qu'elle a charge de formuler. L'exemple de Marcuse confirmerait, s'il en &#233;tait besoin, qu'un th&#233;oricien de la Psychanalyse ne peut se passer de l'enseignement et des correctifs apport&#233;s par la clinique. D'autre part, l'existence m&#234;me de l'Inconscient est litt&#233;ralement &lt;i&gt;incroyable&lt;/i&gt;, puisque la fonction des m&#233;canismes de d&#233;fense est pr&#233;cis&#233;ment d'emp&#234;cher l'Inconscient de faire objet d'une prise de connaissance. Sans la confirmation insistante apport&#233;e chaque jour par la cure, le pur th&#233;oricien risquera tr&#232;s vite de donner &#224; l'Inconscient la place d'un concept comme les autres, puis, comme Marcuse dans son &#339;uvre post&#233;rieure &#224; &lt;i&gt;Eros et Civilisation&lt;/i&gt;, plus de place du tout. Alors que la dimension de l'Inconscient est pr&#233;cis&#233;ment ce qui modifie tous les concepts et toutes les th&#233;ories dans le domaine de la psychologie individuelle et collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marcuse n'est d'ailleurs pas sans soup&#231;onner le danger de sa position quant &#224; la pr&#233;g&#233;nitalit&#233; et aux pulsions partielles, puisque, &#224; cet endroit pr&#233;cis de l'ouvrage, en plein pan&#233;gyrique de la perversion, il &#233;prouve la n&#233;cessit&#233; de prendre ses distances d'avec :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Les orgies sadiques et masochistes,&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ou bien&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;d'avec les activit&#233;s des SS.&lt;/i&gt; &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; l&lt;i&gt;a fonction, du sadisme, &#233;crit-&lt;/i&gt;&lt;i&gt;il&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, n'est pas la m&#234;me dans une &lt;/i&gt;&lt;i&gt;relation&lt;/i&gt;&lt;i&gt; libidinale libre et dans les activit&#233;s des S. S&lt;/i&gt;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. et C.&#034; id=&#034;nh19-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233; si ! elle est tr&#232;s exactement la m&#234;me, puisque l'activit&#233; d'un S. S. est sous-tendue par une sexualit&#233; ayant r&#233;gress&#233; du stade phallique au stade sadique-anal, d'une sexualit&#233; intriqu&#233;e, donc, avec une agressivit&#233; de nature sadique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est seulement lorsque la pulsion anale s'est int&#233;gr&#233;e dans la g&#233;nitalit&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et il s'agit bien d'une relation libidinale &lt;i&gt;libre&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;c'est-&#224;-dire s'exer&#231;ant sans retenue, puisqu'elle se trouve d'accord avec un Moi lui-m&#234;me infantile et pervers. Si cet accord n'existait pas, si le Moi s'opposait &#224; la r&#233;gression sexuelle, il y aurait conflit, refoulement, n&#233;vrose &#8212; et non perversion. Nous reparlerons plus loin du danger qu'implique cette prise de position &#224; propos de ce que nous nommerons le &#171; pari marcusien &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un mot encore sur le danger pratique de cet encouragement th&#233;orique aux perversions donn&#233;* par Marcuse aux jeunes gens. Donn&#233; par na&#239;vet&#233; et ignorance pourrait-on penser, plut&#244;t que pour d'autres motifs, Marcuse apparaissant, aux dires de ceux qui le connaissent ou l'ont connu, comme le meilleur des hommes. Mais c'est pr&#233;cis&#233;ment le travail du psychanalyste que de ne pas &#234;tre dupe des apparences et de savoir reconna&#238;tre le sadisme inconscient qui peut se camoufler sous la g&#233;n&#233;rosit&#233; et l'oblativit&#233; les plus manifestes...&lt;br class='manualbr' /&gt;Car, m&#234;me si l'on n'est pas aussi cat&#233;gorique que Freud qui pensait que :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;en r&#233;alit&#233;, les pervers sont plut&#244;t de pauvres diables qui expient tr&#232;s durement la satisfaction qu'ils ont tant de peine &#224; se procurer&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Intro. &#224; la psych. p.301&#034; id=&#034;nh19-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La clinique quotidienne, et la simple observation de ce qui se passe autour de nous, sont l&#224; pour nous montrer que le corr&#233;latif psycho-affectif de la perversion est la compulsion et la d&#233;pendance &#233;troite &#224; l'objet, que celui-ci soit nettement individualis&#233; ou bien seulement fonctionnel. Aussi bien le sado-masochisme (pulsion partielle anale) que la toxicomanie (pulsion partielle orale) sont des ma&#238;tres tyranniques dont il devient tr&#232;s vite fort difficile, voire impossible, de se d&#233;livrer. Et il appara&#238;t bien difficile, dans le cas de grand masochistes ou d'&#234;tres accoutum&#233;s &#224; des drogues majeures, de trouver son id&#233;al humain en de tels sujets, ainsi soumis &#224; un esclavage complet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?777-le-grand-refus-d-herbert-marcuse' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Deuxi&#232;me partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb19-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;E. et C., p. 178.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;E. et &lt;/i&gt;C., p. 50.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;E&lt;i&gt;. &lt;/i&gt;et&lt;i&gt; &lt;/i&gt;C., p. 176&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;E. et C. p. 178&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Freud, &lt;i&gt;Introd. d la &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Psychanalyse, &lt;/i&gt;p. 291&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;La R&#233;volution sexuelle, &lt;/i&gt;p. 64. Soulign&#233; par Reich.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;op. cit. p.65&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;op. cit. p.65&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Op. cit., &lt;/i&gt;p. 115. On voit bien l&#224; que pour Reich, comme pour Freud et comme pour tons les psychanalystes, les fixations pr&#233;g&#233;nitales sur lesquelles s'appuieront ult&#233;rieurement, en cas de r&#233;gression devant le conflit &#339;dipien, les perversions, toutes aliment&#233;es par la sexualit&#233; pr&#233;g&#233;nitale, ont un caract&#232;re hautement toxique. Ce qui est &#224; redouter chez l'adulte du point de vue des tendances agressives et antisociales, c'est la perversion et non la g&#233;nitalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;op. cit. p.116&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;op. cit. p.117&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Op. cit., &lt;/i&gt;p. 119&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Op. cit., &lt;/i&gt;p. 119 et 120&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Op. cit., &lt;/i&gt;p. 117&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Op. cit., p. 47&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Op. cit., &lt;/i&gt;p. 35&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Op. cit., &lt;/i&gt;p. 36-37&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Notre attitude critique vise ce qui nous appara&#238;t comme utopique chez Reich : l'homme naturellement bon. Son apport nous appara&#238;t pourtant fondamental &#8212; bien davantage que celui de Marcuse qui lui doit tant sans toujours le reconna&#238;tre. Outre son aspect de clinicien de la cure (&#171; l'Analyse du caract&#232;re &#187;), il nous parait avoir su relier le th&#232;me de la r&#233;pression sexuelle infantile et le th&#232;me de la soci&#233;t&#233; autoritaire. L'accent mis sur l'importance des communaut&#233;s d'enfants, ce que nous appellerions aujourd'hui la &#171; co-&#233;ducation &#187;, nous appara&#238;t proph&#233;tique. Enfin, il existe chez lui une volont&#233; de rassembler l'&#233;tude des ph&#233;nom&#232;nes proprement psychologiques et des ph&#233;nom&#232;nes socio-&#233;conomiques, et, bien que pensant que l'homme est conditionn&#233; par la soci&#233;t&#233;, il estime que cette derni&#232;re n'agit pas directement mais au travers de cette institution m&#233;diatrice qu'est la famille.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;E. et C.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C'est seulement lorsque la pulsion anale s'est int&#233;gr&#233;e dans la g&#233;nitalit&#233; que la fonction du sadisme devient diff&#233;rente &#8212; ou plut&#244;t que l'agressivit&#233; cesse d'&#234;tre de nature sadique. Dans la perversion, &#224; la r&#233;gression sexuelle s'associent une infantilisation et une perversion du Moi, tout au moins dans des secteurs importants.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Intro. &#224; la psych.&lt;/i&gt; p.301&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>De la Gr&#232;ce antique &#224; l'engagement psychanalytique</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?824-de-la-grece-antique-a-l-engagement</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?824-de-la-grece-antique-a-l-engagement</guid>
		<dc:date>2015-12-08T18:09:59Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Antiquit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Psychoth&#233;rapie</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Anthropologie</dc:subject>
		<dc:subject>Article</dc:subject>
		<dc:subject>Gr&#232;ce</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Pardo &#201;l&#233;onore, Vogiatzoglou Kyveli, &#171; De la Gr&#232;ce antique &#224; l'engagement psychanalytique. &#201;ditorial &#187;, Recherches en psychanalyse 1/2010 (n&#176; 9) , p. 4-12 URL : www.cairn.info/revue-recherches-en-.... DOI : 10.3917/rep.009.0004. Demeurer enclos dans son identit&#233;, c'est se perdre et cesser d'&#234;tre. On se reconna&#238;t, on se construit par le contact, l'&#233;change, le commerce avec les autres. Entre les rives du m&#234;me et de l'autre, l'homme est un pont. Jean-Pierre Vernant La Gr&#232;ce antique ne (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-6-psychanalyse-+" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-61-antiquite-+" rel="tag"&gt;Antiquit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-67-psychotherapie-+" rel="tag"&gt;Psychoth&#233;rapie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-110-anthropologie-+" rel="tag"&gt;Anthropologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-153-grece-+" rel="tag"&gt;Gr&#232;ce&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pardo &#201;l&#233;onore, Vogiatzoglou Kyveli, &#171; De la Gr&#232;ce antique &#224; l'engagement psychanalytique. &#201;ditorial &#187;, Recherches en psychanalyse 1/2010 (n&#176; 9) , p. 4-12
URL : &lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-recherches-en-psychanalyse-2010-1-page-4.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.cairn.info/revue-recherches-en-...&lt;/a&gt;.
DOI : 10.3917/rep.009.0004.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Demeurer enclos dans son identit&#233;, c'est se perdre et cesser d'&#234;tre. On se reconna&#238;t, on se construit par le contact, l'&#233;change, le commerce avec les autres. Entre les rives du m&#234;me et de l'autre, l'homme est un pont.
Jean-Pierre Vernant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vernant, J.-P. (2004). La travers&#233;e des fronti&#232;res. Paris : Seuil.&#034; id=&#034;nh20-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; La Gr&#232;ce antique ne peut &#234;tre appr&#233;hend&#233;e que si l'on prend en compte la d&#233;mocratie ath&#233;nienne en raison des documents retrouv&#233;s attestant du fonctionnement de la Cit&#233; d'Ath&#232;nes. Bien que fond&#233;e sur le primat du &lt;i&gt;logos&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire sur la pens&#233;e rationnelle, la d&#233;mocratie ath&#233;nienne ne peut &#234;tre comprise en effet qu'&#224; consid&#233;rer intrins&#232;quement li&#233;s l'univers du religieux, du culturel et du politique. &#192; ce titre, la Cit&#233; d'Ath&#232;nes &#224; l'&#233;poque classique (Ve et IVe si&#232;cles avant J.-C.) est le mod&#232;le qui int&#232;gre la dimension religieuse dans son v&#233;cu quotidien, au travers de l'articulation entre institutions et syst&#232;me de croyances. Cependant, il ne s'agit pas de penser, comme certains anthropologues, que les cit&#233;s grecques sont des entit&#233;s immobiles et faire l'impasse de leurs diversit&#233;s. Si les Grecs de cette &#233;poque avaient une identit&#233; commune, les disparit&#233;s persistaient selon l'appartenance &#224; telle ou telle Cit&#233;. Platon, dans &lt;i&gt;Les Lois&lt;/i&gt;, souligne dans le dialogue entre le Cr&#233;tois Clinias et l'Ath&#233;nien, qu'une vraie Cit&#233; doit &#234;tre motiv&#233;e par des principes de vertu non partiels, contrairement aux guerres men&#233;es par la Cr&#232;te et Sparte. En ce sens, il d&#233;plorait qu'Ath&#232;nes puisse se tourner vers l'ext&#233;rieur, car d&#233;signer un ennemi attise le courage du guerrier, certes, mais conduit aussi &#224; la tyrannie. Pour lui, l'essence m&#234;me de la Cit&#233; se trouve dans son unit&#233; limit&#233;e par diff&#233;rentes classes sociales. C'est la tendance &#233;galisante qui l'anime, en tant qu'elle constitue le politique qui entend d&#233;passer l'opposition entre les contrastes. Le prolongement aristot&#233;licien s'&#233;loignera de la ma&#239;eutique socratique, pr&#233;f&#233;rant le raisonnement pratique sur la chose politique, mais tendra aux m&#234;mes conclusions. C'est de fait dans son autarcie m&#234;me que la Cit&#233; se fonde.
Notons &#224; ce sujet que la question du m&#234;me et de l'autre est d'une grande importance dans la repr&#233;sentation des Grecs de la Cit&#233; et de la notion de citoyennet&#233;. Pour les Ath&#233;niens, le mythe de l'autochtonie fonde en effet la citoyennet&#233; et fait oublier que la d&#233;mocratie est une institution r&#233;cente et contest&#233;e. Face aux Spartiates et aux autres Grecs, il est proclam&#233; la p&#233;rennit&#233; de la Cit&#233;, sa vitalit&#233; toujours renouvel&#233;e et la permanence de sa population citoyenne. Nicole Loraux montre que, dans les discours &#233;labor&#233;s par les cit&#233;s &#224; partir de l'autochtonie et de l'alt&#233;rit&#233; fondatrice, comme deux mani&#232;res de penser la citoyennet&#233;, le m&#234;me et l'autre sont des oppos&#233;s compatibles. La rh&#233;torique autochtone a besoin des autres pour les rejeter &#224; la p&#233;riph&#233;rie, la rh&#233;torique de l'alt&#233;rit&#233; a besoin, pour rendre compte de la continuit&#233; du groupe, d'expliquer que les migrations n'excluent pas la constitution de souche. Platon, dans la &lt;i&gt;R&#233;publique&lt;/i&gt;, propose ainsi de cr&#233;er une cit&#233; &#171; une &#187; et &#171; indivisible &#187;, fond&#233;e sur l'amour de la science et de la v&#233;rit&#233;. Les r&#232;gles communautaires s'attaquent &#224; l'ordre familial et remettent en cause les fondements m&#234;mes de la cit&#233; ath&#233;nienne &#233;tablie sur la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et l'&#233;change des biens &#224; travers le mariage. Les gardiens, qui ne poss&#232;dent rien en propre, ni maison, ni terre ou lieu priv&#233;, sinon leur corps, appartiennent &#224; une m&#234;me famille publique, &#224; un m&#234;me corps social. (V, 462, d) Platon va jusqu'&#224; pr&#244;ner la communaut&#233; des femmes et des enfants et &#224; instrumentaliser la maternit&#233; au profit du groupe. Cependant, Platon n'abolit pas la famille. Il dissout les liens priv&#233;s qui unissent les membres issus d'une m&#234;me souche, mais il reconstitue symboliquement une famille g&#233;n&#233;ralis&#233;e &#224; la cat&#233;gorie des gardiens tout enti&#232;re. Il remplace les liens de filiation consanguins par des liens de filiation par classe d'&#226;ge correspondant &#224; une g&#233;n&#233;ration et reconstitue symboliquement le syst&#232;me de nomenclature de la parent&#233; restreinte : enfants, parents et grands-parents.
Pr&#233;cis&#233;ment, c'est ce mod&#232;le de la Cit&#233; &#171; une et indivisible &#187; qui, sous une forme quasi-transcendante, offre le plus de prise &#224; l'exploration des textes, dans la mesure o&#249; la d&#233;cision d&#233;mocratique &#233;merge du dialogue incertain des hommes d&#233;lib&#233;rant. C'est en cela que le politique ath&#233;nien interroge l'alt&#233;rit&#233; qui ne peut pas &#234;tre une alt&#233;rit&#233; grecque en soi, m&#234;me si le grec s'oppose au barbare. Les lois de P&#233;ricl&#232;s vont d&#233;cider en ce sens que seul peut &#234;tre ath&#233;nien celui qui est de p&#232;re ath&#233;nien et de m&#232;re ath&#233;nienne. Au fond, elles se forgent moins sur des motifs d'id&#233;ologie, du m&#234;me et de l'autre, que sur un &#233;tat de fait. Les Ath&#233;niens ont fini par se marier entre eux, renfor&#231;ant ainsi les structures de la Cit&#233;. La Cit&#233; reposait donc plus sur des crit&#232;res antiaristocratiques, d&#233;mocratiques et civiques que sur des crit&#232;res d'id&#233;ologie identitaire. Le d&#233;sir qui travaillait les Ath&#233;niens de cette &#233;poque visait moins &#224; interroger l'opposition entre l'homme et la b&#234;te, qu'entre l'homme humain et le citoyen, ce qui nous am&#232;ne &#224; distinguer et &#224; d&#233;finir des types pr&#233;cis d'alt&#233;rit&#233;, et ce, selon le principe de Platon visant &#224; opposer la cat&#233;gorie du M&#234;me &#224; celle de l'Autre (h&#233;t&#233;ron). Il reste toutefois important de rep&#233;rer qu'une s&#233;rie d'alt&#233;rit&#233;s comme l'enfant, l'adulte, la femme, le vieillard, ne saurait se substituer &#224; l'Autre absolu qui en tant qu'&#171; autre de l'homme &#187; en r&#233;f&#232;re au divin. Porter int&#233;r&#234;t aux fondements de la d&#233;mocratie grecque revient donc, au-del&#224;, &#224; s'interroger sur le fonctionnement des hommes et des soci&#233;t&#233;s. Nous pouvons dire que c'est parce que l'homme grec de l'Antiquit&#233; est ins&#233;parable du cadre social et culturel qu'il nous renseigne sur notre rapport au monde et les conflits qui nous habitent.
C'est au VIe si&#232;cle avant J&#233;sus-Christ qu'Ath&#232;nes prend des dispositions pour mettre fin aux meurtres priv&#233;s. Il s'agit l&#224; d'un r&#233;el bouleversement sur le plan politique, mental et social. Cette interdiction &#224; la vengeance priv&#233;e suscite l'apparition de groupes d'hommes li&#233;s par des institutions. En effet, l'homicide &#233;tant reconnu comme faute, dans la conscience des citoyens se produit un blocage, un refoulement, qui favorise les alliances. Le fait de tuer est appr&#233;hend&#233; d&#232;s lors, comme &#233;tant un acte de folie qui m&#233;rite une sanction. Le syst&#232;me des repr&#233;sentations, qui, jusque-l&#224;, portait &#224; croire que le crime &#233;tait l'acte de vengeance le plus glorieux, est refoul&#233;. C'est &#224; la Cit&#233;, d&#233;sormais, que revient le droit de se prononcer sur les condamnations. Les liens d'hommes se sont donc forg&#233;s &#224; partir d'un renoncement qui laisse entrapercevoir ce que Freud mettait en relief dans &lt;i&gt;Totem et Tabou&lt;/i&gt;, &#224; savoir le passage de l'&#233;tat originaire &#224; la soci&#233;t&#233;. Pr&#233;cis&#233;ment, c'est parce que la justice devient affaire publique qu'elle op&#232;re comme alt&#233;rit&#233;. D'une certaine fa&#231;on, elle s'&#233;rige en symbole, en totem, tel le p&#232;re de la horde primitive. En effet, tout meurtre est un parricide, c'est-&#224;-dire un rappel dans le r&#233;el du meurtre originaire du p&#232;re de la horde primitive et une atteinte absolue &#224; la loi. Tout meurtre menace le lien social fond&#233; par l'interdit du meurtre et de l'inceste. Aussi, afin de garantir les droits et les lois, appara&#238;t la n&#233;cessit&#233; de cr&#233;er une institution. Ce sera le tribunal. Bien qu'au nombre de quatre, les tribunaux gardent le d&#233;bat pour principe, c'est-&#224;-dire que les jur&#233;s se doivent de repr&#233;senter la d&#233;fense et l'accusation au travers de paroles relatant les faits. Le rationnel prend le pas sur les notions anciennes de souillure et de vengeance. Ainsi apparaissent diff&#233;rents niveaux de crime auxquels on octroie des types de jugements distincts : l'&lt;i&gt;ar&#233;opage&lt;/i&gt; a pour mission de juger les crimes commis de plein gr&#233;, le &lt;i&gt;delphinion&lt;/i&gt;, les crimes justifi&#233;s qui ne n&#233;cessitent pas de sanction, le &lt;i&gt;palladion&lt;/i&gt;, les crimes moins excusables bien que susceptibles d'avoir &#233;t&#233; commis sous contraintes, et enfin, un tribunal est charg&#233; de punir les animaux et les choses, dans la mesure o&#249;, si du sang est vers&#233;, il faut un coupable. L'int&#233;r&#234;t est que la parole circule pour que puisse &#233;merger un consensus par l'adh&#233;sion au jugement. Il s'agit d'une v&#233;ritable d&#233;mocratisation de la parole qui illustre bien le caract&#232;re communautaire de la Cit&#233;. En effet, en Gr&#232;ce antique l'espace de communication et d'information repose sur le principe d'&lt;i&gt;is&#233;gorie&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire de libert&#233; d'opinion, comme l'&lt;i&gt;agora&lt;/i&gt; en t&#233;moigne. Cette dimension est si ancr&#233;e que, par extension, elle a &#233;galement impliqu&#233; la rumeur. Mais comme telle, elle met sur un pied d'&#233;galit&#233; l'&#233;lite et les couches populaires. L'&#233;galit&#233; des droits &#233;quivaut &#224; l'&#233;galit&#233; des voix. C'est pourquoi, sur la sc&#232;ne politique, les hommes ordinaires qui expriment la &#171; voix du peuple &#187; viennent se m&#234;ler aux grands orateurs. En ce sens, les Grecs nous enseignent que la d&#233;mocratie est une red&#233;finition permanente de ses fondements, qui, gr&#226;ce &#224; son interrogation incessante quant &#224; ses valeurs, met le sens en mouvement. Le politique est le contraire d'une mise en circulation ir&#233;nique du &lt;i&gt;logos&lt;/i&gt;. Il est &lt;i&gt;stasis&lt;/i&gt; en tant qu'il implique l&#224;, la &#171; g&#233;n&#233;ralit&#233; du conflit dans la cit&#233; &#187;, mais n'a d'autre fin que de tendre vers un consentement mutuel pour que soit maintenue la communaut&#233; indivise des citoyens. Notons que &lt;i&gt;stasis&lt;/i&gt; signifie &#233;galement la guerre civile et c'est dans ce sens-l&#224; qu'elle repr&#233;sente une maladie. Thucydide, dans la stasis de Corcyre, &#233;crit que :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;La maladie (nos&#234;ma) produit le d&#233;sordre, l'ill&#233;galit&#233; (anomia) ; et dans la guerre civile, cette anomie va jusqu'&#224; changer l'usage normal de la langue. On changera jusqu'au sens usuel des mots par rapport aux actes dans les justifications qu'on en donnait. (3, 82)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; Dans le dernier paragraphe du texte du d&#233;cret d'amnistie, on peut lire aussi une r&#233;glementation de la m&#233;moire : &#171; Le pass&#233;, il n'est permis &#224; personne d'en rappeler le souvenir contre personne &#187; (&lt;i&gt;m&#234;deni pros m&#234;dena mn&#234;sikakein exeinai&lt;/i&gt;). En grec, &lt;i&gt;mn&#234;sikakein&lt;/i&gt; est un verbe qui compose la m&#233;moire et les maux. Quand on rappelle les malheurs, on les rappelle toujours contre, on les reproche, on exerce des repr&#233;sailles. L'amnistie est l&#224; pour construire une communaut&#233; et ses institutions sur une amn&#233;sie partag&#233;e. Ainsi, avec le d&#233;cret de 403 qui fait &#233;tat de la premi&#232;re proc&#233;dure d'amnistie apr&#232;s la guerre civile entre Ath&#232;nes et Sparte, on peut lire, avec Barbara Cassin, un rapprochement &#233;tymologique entre les mots d'amnistie et d'amn&#233;sie. L'amnistie est, d&#232;s lors, une cons&#233;quence de la prescription d'amn&#233;sie. L'oubli est, quant &#224; lui, la condition pour passer de la haine que suscite la guerre civile &#224; l'&lt;i&gt;homo-noia&lt;/i&gt;, le consensus, la concorde, la m&#234;met&#233; des esprits. Mais la Cit&#233;, ainsi anim&#233;e par le conflit et la r&#233;flexion, au vu du maintien de son unit&#233;, rejoint par l&#224; m&#234;me la trag&#233;die. Cependant, quelle est la place de la trag&#233;die, de cet &#171; oratorio &#187; des passions et du deuil, dans une cit&#233; dont le discours officiel d&#233;nie le caract&#232;re du politique et interdit de mettre en sc&#232;ne toute actualit&#233; perturbante pour les citoyens-spectateurs ?
Jean-Pierre Vernant consid&#232;re que :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;La trag&#233;die marque un tournant : elle innove, et de fa&#231;on radicale, dans le domaine des institutions sociales, des formes d'art, de l'exp&#233;rience humaine. Elle est l'&#233;mergence d'une conscience tragique que les Grecs ont invent&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; Elle traite des th&#232;mes qui engagent des &#233;motions essentielles et touche plus s&#251;rement les spectateurs ou les lecteurs. Elle transpose, modifie, &#233;labore les grands th&#232;mes mythiques, mais ce, en fonction des probl&#232;mes d'une &#233;poque et d'un contexte socio-culturel donn&#233;. Il faut, d&#232;s lors, replacer les choses en situation par rapport &#224; une culture. Sa sp&#233;cificit&#233; tient au fait que le tragique est la prise de conscience de l'&#233;crasement de l'homme face &#224; ses limites. Elle interroge la responsabilit&#233; morale du h&#233;ros : est-il toujours &#224; l'origine de ce qu'il fait ou dit et comment disjoindre destin et fatalit&#233; ? Car, l'homme tragique est &#224; l'oppos&#233; de l'homme int&#233;gr&#233; dans l'harmonie du monde et la n&#233;cessit&#233; de la nature. Le tragique est son d&#233;ni de se soumettre &#224; cette n&#233;cessit&#233;. Son essence, c'est la solitude cosmique qui cache une libert&#233; originelle chez l'homme, dont le contenu est la connaissance tragique. Sa source, c'est l'existence m&#234;me. Le h&#233;ros tragique est ainsi responsable de sa propre perte, le destin n'&#233;tant pas tant l'expression de forces ext&#233;rieures &#224; l'homme sous la forme des dieux ou de la nature, mais un ennemi interne. Il est ce &lt;i&gt;da&#238;mon&lt;/i&gt; qui est l'&#226;me de l'homme et en m&#234;me temps un autre de soi-m&#234;me, c'est-&#224;-dire un &lt;i&gt;da&#238;mon&lt;/i&gt; cruel qui guide ses actions. Aussi, le h&#233;ros tragique se distingue du h&#233;ros mythique en ceci : si le mythe pr&#233;sente le h&#233;ros soumis &#224; une punition in&#233;luctable inflig&#233;e par une force divine ext&#233;rieure, la trag&#233;die, &#224; l'or&#233;e de la d&#233;mocratie, creusant l'&#233;cart entre la faute transmise et la culpabilit&#233; individuelle, met en sc&#232;ne le d&#233;chirement interne, pr&#233;sage de la d&#233;lib&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Parce que le destin cesse d'&#234;tre le seul lot imparti par les dieux, parce qu'il cesse de n'&#234;tre que l'instrument d'une vengeance accomplie, g&#233;n&#233;ration apr&#232;s g&#233;n&#233;ration, pour une souillure d'origine, la trag&#233;die d&#233;compose la figure du h&#233;ros mythique.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; L'&lt;i&gt;&#226;gos&lt;/i&gt; int&#233;rieur du h&#233;ros tragique est le combat entre la d&#233;termination oraculaire et l'&lt;i&gt;hybris&lt;/i&gt; de l'homme, sa d&#233;mesure. L'homme tragique commet l'&lt;i&gt;hybris&lt;/i&gt; et se pr&#233;cipite vers sa destruction. La notion d'&lt;i&gt;hybris&lt;/i&gt;, dans le contexte de la conception tragique en Gr&#232;ce antique, est la cons&#233;quence de la volont&#233; de l'homme mortel, toujours en opposition avec les dieux immortels. La notion de mortalit&#233; signifie pour le Grec ancien l'ali&#233;nation de l'homme, sa chute de l'immortalit&#233;, qui n'appartient qu'aux dieux. L'homme, en tant que fondamentalement libre, tentera de d&#233;passer les limites de sa mortalit&#233;, et sa volont&#233; devient &lt;i&gt;hybris&lt;/i&gt;. Mais sa volont&#233; est sa libert&#233;. Sa mortalit&#233; est son destin. L'&lt;i&gt;hybris&lt;/i&gt; est le lien entre libert&#233; et destin. La trag&#233;die se distingue ainsi des &#233;pop&#233;es hom&#233;riques qu'&#233;taient ces histoires traditionnelles que l'on chantait en fonction des situations et o&#249; l'on faisait comme si on avait &#233;t&#233; les t&#233;moins d'une sc&#232;ne. La trag&#233;die implique que les acteurs s'expriment dans un style direct, de sorte que le pass&#233; l&#233;gendaire semble se r&#233;actualiser. Ce qui se donne &#224; voir et &#224; entendre met en lumi&#232;re les d&#233;cisions prises par les diff&#233;rents partenaires de la pi&#232;ce. Reste une constante dans le proc&#233;d&#233; qui touche &#224; la question de la double causalit&#233;. Car, la trag&#233;die grecque renvoie l'homme &#224; un dilemme. Le h&#233;ros est pris au pi&#232;ge d'assurer cet acte d&#233;termin&#233; par les dieux alors qu'il doit en assumer les cons&#233;quences. En ce sens, il y a un double jeu :
11&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Il y a, disait Vernant, &#224; la fois un enracinement dans une cause divine et tout un contenu psychologique individuel. La trag&#233;die montre l'homme grec &#171; entre deux chaises &#187;, ce qui dessine une certaine conception du malheur. Les dieux projettent leur puissance illimit&#233;e dans le monde des hommes, et les hommes s'engouffrent dans les temp&#234;tes que les dieux d&#233;cha&#238;nent au d&#233;part, et ils agissent d'une fa&#231;on en &#233;tant responsables de leurs actions.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; Autrement dit, la trag&#233;die grecque met en sc&#232;ne le rapport entre des forces imma&#238;trisables et le choix du h&#233;ros. Nous pouvons dire qu'elle met &#224; l'&#339;uvre le rapport entre l'Autre et le sujet. Les dieux ignorant ce qui touche &#224; l'humanit&#233;, pr&#233;cis&#233;ment la mort, forment une alt&#233;rit&#233; compl&#232;te. Bien que les dieux ne soient pas pr&#233;hensiles, leur pr&#233;sence se fait sentir &#171; partout et nulle part &#224; fois &#187; ce qui inspire respect et pi&#233;t&#233;. Du point de vue de la psychanalyse, la trag&#233;die met en effet en lumi&#232;re la division du sujet, la diff&#233;rence entre d&#233;sir et volont&#233;, ainsi que les traits fondamentaux du rapport du sujet &#224; son d&#233;sir et son impossible rapport avec l'objet, puisque ce qui est d&#233;sir&#233; ne peut &#234;tre qu'un &#171; ailleurs &#187;, &#171; ailleurs &#187; qui est, dans le mode tragique, la mort. L'&#233;garement, le meurtre, l'inceste, la culpabilit&#233;, th&#232;mes principaux que Freud reconna&#238;t dans la trag&#233;die de Sophocle &#171; &#338;dipe Roi &#187;, sont les lois propres au devenir psychique. La trag&#233;die s'inscrit ainsi comme &#233;l&#233;ment constitutif de la gen&#232;se psychique.
Reprenant ainsi les th&#232;mes &#233;voqu&#233;s au th&#233;&#226;tre, il n'est point surprenant que Freud nous ait conseill&#233; par extension de nous int&#233;resser &#224; la mythologie. Lacan disait lui-aussi dans &lt;i&gt;Encore&lt;/i&gt; : &#171; La mythologie est parvenue &#224; quelque chose de l'anthropologie de la psychanalyse &#187;, ce qui revient &#224; affirmer que l'exemple du mythe est la chose-m&#234;me de la psychanalyse. C'est l&#224; une mani&#232;re de dire que le contenu des mythes supporte sous forme projective celui que poss&#232;de l'inconscient. Car, ce qui se laisse &#224; lire dans les documents retrouv&#233;s de cette &#233;poque, c'est que les discours irrationnels de l'inconscient produisent des effets plus rationnels que la raison proprement dite. H&#233;raclite pr&#233;conisait en ce sens d'isoler les mots pour extraire ce qu'ils renferment. De toute &#233;vidence, cette pratique se devait de lever les illusions et les croyances de ceux qui se pr&#234;taient &#224; l'exercice. Il s'agissait au travers des figurations propres aux l&#233;gendes d'avoir quelque peu acc&#232;s aux motions pulsionnelles inconscientes qui, dans l'inconscient tel quel, sont intol&#233;rables. Le point fondamental est que le mythe au centre de l'organisation de la vie ath&#233;nienne n'est que dialectique. D'ailleurs, &lt;i&gt;mythos&lt;/i&gt; signifie parole. Historienne du politique, N. Loraux revendique, face aux historiens des institutions, l'installation du mythe au c&#339;ur du politique et, face aux mythologues, l'ouverture de celui-ci &#171; sur la multiplicit&#233; des sc&#232;nes civiques o&#249; la &lt;i&gt;polis&lt;/i&gt; joue la repr&#233;sentation de son identit&#233; &#187;.
Suivant cette mouvance, Freud utilise le mythe d'&#338;dipe et de Narcisse comme des op&#233;rateurs du sujet inconscient, et ne cherche pas &#224; produire une quelconque herm&#233;neutique. Fid&#232;le aux r&#233;cits des textes, il en explique la structure, en consid&#233;rant que les mythes appartiennent &#224; l'imaginaire s&#233;culaire du peuple. Dans la lettre du 12 d&#233;cembre 1897, il ira jusqu'&#224; soutenir que la m&#233;tapsychologie est une &#171; psycho-mythologie &#187;, en tant que le d&#233;chiffrage des mythes pr&#233;suppose &#224; ses yeux d'avoir acc&#232;s &#224; la jouissance populaire. Ils op&#232;rent dans le r&#233;el comme des produits psychiques. Paul-Laurent Assoun affirme que :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Freud est un cr&#233;ateur de mythe : &#171; le mythe du meurtre du p&#232;re &#187;. &#171; Un jour les fr&#232;res r&#233;volt&#233;s se r&#233;unirent, abattirent et mang&#232;rent le p&#232;re et mirent fin &#224; la horde originaire &#187;. Ce r&#233;cit est fil&#233; pour r&#233;pondre &#224; une question : celle du &#171; trou &#187; entre &#171; l'&#233;tat originaire de la soci&#233;t&#233; &#187; qui n'a jamais fait l'objet d'une observation et ce que nous constatons, des &#171; liens d'hommes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le mythe du meurtre du p&#232;re &#187; vient garantir en effet les lois humaines en bridant la jouissance et en liant le d&#233;sir &#224; la loi, ce qui ne va pas sans rappeler le mythe de Protagoras. Dans &lt;i&gt;Le Protagoras&lt;/i&gt;, Platon raconte que l'esp&#232;ce humaine, mal dot&#233;e au jour de sa naissance par &#201;pim&#233;th&#233;e, l'impr&#233;voyante, allait dispara&#238;tre de la surface de la terre, quand Prom&#233;th&#233;e d&#233;cida de d&#233;rober pour elle la sagesse artiste et le feu. Mais les hommes avaient beau savoir tout produire et fabriquer, ils continuaient &#224; s'entretuer parce qu'ils n'avaient pas la sagesse politique. Zeus alors d&#233;cida de donner &#224; l'esp&#232;ce un suppl&#233;ment : &lt;i&gt;aid&#244;s&lt;/i&gt;, qui signifie pudeur ou respect, le sentiment de ce que l'on doit &#224; soi et sous le regard de l'autre et &lt;i&gt;dik&#234;&lt;/i&gt;, la justice, la norme publique de la conduite. Mais, demande alors Herm&#232;s, comment les r&#233;partir ? Faut-il les donner &#224; quelques experts ou bien &#224; tous ?&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#8239;&#192; tous et que tous les partagent, et que ceux qui ne les partagent pas soient mis &#224; mort comme une maladie de la cit&#233; (323b- 323c). Tous doivent affirmer &#234;tre justes, qu'ils le soient ou pas, ou encore celui qui ne contrefait pas la justice est un fou.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; Comme s'il suffisait de pr&#233;tendre &#234;tre juste pour l'&#234;tre. En affirmant qu'ils le sont, les hommes reconnaissent la justice comme constitutive de la communaut&#233; humaine et s'y int&#232;grent par l&#224; m&#234;me. La vertu s'enseigne comme la langue maternelle. D'o&#249; l'&lt;i&gt;is&#234;goria&lt;/i&gt;, l'&#233;galit&#233; de parole, la libert&#233; pour tous de parler devant l'assembl&#233;e. Tous parlent, tous sont justes, tous sont des citoyens.
Dans &lt;i&gt;Totem et Tabou&lt;/i&gt;, le d&#233;sir meurtrier des fils est anim&#233; comme tel par le souhait de limiter la jouissance du p&#232;re et de prendre sa place. Il n'y a de loi que celle des fils, car le meurtre concerne un p&#232;re qui ne serait pas, lui-m&#234;me, un fils. Les fils sont des fr&#232;res, sinon se profile la menace de reprendre la place du p&#232;re sans loi. Aussi, le p&#232;re est le support de contenus endo-psychiques n&#233;cessairement refoul&#233;s pour que perdure l'alliance. L'agressivit&#233; devant &#234;tre r&#233;prim&#233;e, le p&#232;re se donne en symbole pour rappeler les interdictions que chacun doit respecter pour qu'existe une soci&#233;t&#233;. Il op&#232;re contre les d&#233;nis en s'&#233;rigeant dans l'inconscient de chacun comme un point de r&#233;el. Ceci ne veut pas dire que l'on ait &#224; faire &#224; un inconscient collectif, mais qu'il pointe depuis le r&#233;el inconscient, un r&#233;el collectif. Freud pr&#233;tend que tous les mythes se constituent autour de ce noyau primordial qu'est le meurtre du p&#232;re. Il invite, d&#232;s lors, les analystes &#224; les consid&#233;rer comme des mat&#233;riaux &#224; d&#233;chiffrer. Y voyant une jouissance populaire encrypt&#233;e, il consid&#232;re qu'ils suscitent de l'int&#233;r&#234;t du fait de cette &#171; obscure perception interne &#187; qu'ils &#233;veillent chez les sujets. Autant dire qu'il s'agit avec Freud de consid&#233;rer la mythologie comme &#233;tant une psychologie projet&#233;e vers le monde ext&#233;rieur. Or, l'obnubilation dans les r&#233;cits du mythe tourne toujours autour des questions ayant trait aux &#233;trangers, aux femmes et &#224; la mort, c'est-&#224;-dire &#224; des alt&#233;rit&#233;s. La mort a un caract&#232;re particulier parce qu'elle repr&#233;sente, comme nous l'avons signal&#233; plus avant, l'Autre absolu. Elle se doit &#224; ce titre d'&#234;tre civilis&#233;e, enserr&#233;e et socialis&#233;e &#224; travers toutes les strat&#233;gies d&#233;ploy&#233;es : les fun&#233;railles, le chant du mort et les images de la mort glorieuse. Il s'agit l&#224; de tentatives pour apaiser l'angoisse suscit&#233;e par l'&#233;tranget&#233; de la mort comme r&#233;el inassimilable. Ce qui importe de remarquer, c'est qu'il s'agit de traiter les questions humaines non pas de fa&#231;on irr&#233;futable, mais de fa&#231;on &#171; quasi-logorrh&#233;ique &#187;, c'est-&#224;-dire sans fin, au travers du r&#233;cit des exploits des h&#233;ros. Le mythe ne saurait &#234;tre autre chose qu'une figuration d'un d&#233;sir collectif qui se soutient au sein m&#234;me du groupe d'un r&#233;el insu. Il participe ainsi au &#171; mythe scientifique &#187; invent&#233; par Freud racont&#233; dans &lt;i&gt;Totem et Tabou&lt;/i&gt;. Disons que c'est bien parce qu'il essuie les affres de la d&#233;formation induite par le discours qu'il donne le change &#224; une forme de symbolisation autant qu'en son contraire et rend audible la division de l'homme d&#232;s sa naissance. Mais c'est parce qu'il vise &#224; surmonter la violence originaire qu'il renvoie &#224; une autre probl&#233;matique, &#224; savoir celle de l'origine de la m&#232;re et au-del&#224; du F&#233;minin.
Le f&#233;minin est en effet &#233;troitement li&#233; &#224; la question de l'alt&#233;rit&#233;, dans la mesure o&#249; l'irrepr&#233;sentable de la mort est associ&#233; &#224; cet autre irrepr&#233;sentable qu'est pour la pens&#233;e mythique, le corps f&#233;minin. Comme la t&#234;te de Gorgone s'en fait le t&#233;moin, l'horreur de la castration, sous-jacente &#224; l'angoisse de mort, explique sans doute une part importante de cette association universelle entre le f&#233;minin d&#233;pourvu de p&#233;nis et la mort. Aussi, il est important de s'arr&#234;ter au mythe de la cr&#233;ation de la femme et &#224; la tradition ath&#233;nienne qui concevait deux groupes de descendances, masculin et f&#233;minin. Aux origines de l'humanit&#233;, les vieux mythes politiques ath&#233;niens, qui dispensent l'humanit&#233; du souci lancinant de la reproduction de l'esp&#232;ce, font na&#238;tre le premier homme de la Terre-M&#232;re. L'autochtone ath&#233;nien surgit du sol comme une plante, il se dit n&#233; de la terre m&#234;me de la patrie. La femme, quant &#224; elle, vient, selon le mythe de Prom&#233;th&#233;e, de Pandora, qui n'est pas l'anc&#234;tre de l'humanit&#233;, mais de la race des femmes et de toutes ses tribus. Elle est une cr&#233;ature seconde. L'autochtonie ne se dit qu'au masculin. Les femmes ne naissent pas et ne sont pas nomm&#233;es d'apr&#232;s Ath&#233;na. Selon l'histoire racont&#233;e dans la &lt;i&gt;Th&#233;ogonie&lt;/i&gt; d'H&#233;siode, devant l'Assembl&#233;e des dieux et des hommes, le Titan Prom&#233;th&#233;e a proc&#233;d&#233; au premier partage sacrificiel, l&#233;sant les dieux au profit des hommes par une ruse habile. Depuis ce temps-l&#224;, les g&#233;n&#233;rations humaines sacrifient aux immortels pour r&#233;instaurer le lien bris&#233;. Mais la rupture perdure, puisque Prom&#233;th&#233;e a r&#233;cidiv&#233;, volant pour les humains le feu dont Zeus les avait priv&#233;s. Zeus, pour exprimer sa col&#232;re, cr&#233;e, en place du feu, un mal destin&#233; aux humains. Et ce mal s'appelle la femme, un beau mal, un cadeau empoisonn&#233; pour l'humanit&#233;. Il y avait donc des humains avant que la femme soit cr&#233;&#233;e. On per&#231;oit d'embl&#233;e que l'humanit&#233; de la femme est par d&#233;finition ambigu&#235;. Dans la langue grecque &lt;i&gt;anthr&#244;poi&lt;/i&gt;, les humains, s'opposent aux dieux, et &lt;i&gt;andres&lt;/i&gt;, les m&#226;les, s'opposent au sexe f&#233;minin, et la pratique sociale et politique donne la parole aux seuls &lt;i&gt;andres&lt;/i&gt;. La femme, selon le mythe, ne na&#238;t pas, elle est produite par un geste artisanal, celui d'H&#233;pha&#239;stos, accomplissant la volont&#233; de Zeus. Elle est tout enti&#232;re et par essence un artifice. H&#233;siode fait de la femme un ventre, qui a comme fonction de reproduire l'humanit&#233;. Mais comment un artifice vivant assumerait-il la fonction de la f&#233;condit&#233; ? H&#233;siode, nous dit encore N. Loraux, r&#233;sout le probl&#232;me nominalement : la femme re&#231;oit le nom de Pandora, celle qui est le don de tous. Pandora devient alors la m&#232;re de la race des femmes et reste le seul mythe d'origine qui se soit impos&#233; sans contestation et sans rival dans la tradition grecque Elle est la premi&#232;re alt&#233;rit&#233;. Elle est humaine, mais n'est pas un homme de par ses origines, le &lt;i&gt;g&#233;nos&lt;/i&gt; des femmes est en Gr&#232;ce porteur du malheur et de la mort des hommes : en un mot, du tragique.
Le mythe fait valoir &#233;galement que la pr&#233;sence de la femme va modifier le statut de l'homme. Il va &#234;tre s&#233;par&#233; des dieux et avoir une naissance, une jeunesse, un &#226;ge adulte, une vieillesse et surtout, il devient mortel. La cr&#233;ation de la femme signifie par cons&#233;quent une seconde alt&#233;rit&#233; et le d&#233;but d'un jeu entre le m&#234;me et l'autre au sein m&#234;me de l'humain. La femme apporte le corollaire de la mort et de la reproduction sexu&#233;e. Cependant, m&#234;me au sein du genre f&#233;minin, on trouve ce jeu entre le semblable et l'autre, comme l'illustrent les repr&#233;sentations dominantes sur le f&#233;minin : le ventre f&#233;minin est &#224; la fois ce qui fait vivre et ce qui fait mourir. Cela nous fait penser aux trois in&#233;vitables relations de l'homme &#224; la femme au long de sa vie : la g&#233;n&#233;ratrice, la compagne et la destructrice, ou, comme le dit Freud, aux trois formes sous lesquelles se pr&#233;sente, au cours de la vie, l'image m&#234;me de la m&#232;re : la m&#232;re elle-m&#234;me, l'amante que l'homme choisit &#224; l'image de celle-ci, finalement la Terre-m&#232;re, qui le reprend &#224; nouveau.
La Gr&#232;ce antique est donc pour nous source d'enseignement, bien qu'il nous faille noter que les Grecs sont des &lt;i&gt;autres&lt;/i&gt; pour nous. Le Colloque &lt;i&gt;Les origines grecques de la psychanalyse&lt;/i&gt;, tenu &#224; Ath&#232;nes en octobre 2009, a mis ainsi &#224; l'&#339;uvre, au travers des diverses interventions, les corr&#233;lations entre politique, philosophie, trag&#233;die, mythe et psychanalyse. De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, la question qui nous a motiv&#233;s, pourrait se r&#233;sumer de la fa&#231;on suivante : pourquoi les th&#232;mes des trag&#233;dies grecques sont toujours d'actualit&#233; et suscitent toujours tant d'&#233;motion chez le spectateur et pourquoi revient-on &#224; la pens&#233;e grecque et au mod&#232;le de la d&#233;mocratie du Ve si&#232;cle pour penser les probl&#232;mes de la soci&#233;t&#233; actuelle ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Bibliographie&lt;/h2&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Assoun, P.-L. (2003). Topiques freudiennes du mythe. Th&#232;ses sur la Mythenforschung analytique. Topique.
&lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-topique-2003-3-page-173.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.cairn.info/revue-topique-2003-3...&lt;/a&gt;.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Brun, J. (1965). H&#233;raclite ou le philosophe de l'&#233;ternel retour. Paris : Seghers.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Cassin, B. (2001). Politiques de la m&#233;moire, Des traitements de la haine. Multitudes, 6.
&lt;a href=&#034;http://multitudes.samizdat.net/Politiques-de-la-m&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://multitudes.samizdat.net/Poli...&lt;/a&gt;&#233;moire.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Freud, S. (2001). Totem et Tabou (1912). Paris : Payot.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Freud, S. (2003). L'interpr&#233;tation des r&#234;ves (1899). &#338;uvres compl&#232;tes, IV. Paris : PUF.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Freud, S. (2006). Lettres &#224; Wilhelm Fliess, 1887-1904. Paris : PUF.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;H&#233;siode (1993). Th&#233;ogonie (VIIIe / VIIe si&#232;cle avant J.-C.). In Bonnaf&#233;, A. La Th&#233;ogonie, la naissance des dieux. Paris : Rivages.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Lacan, J. (1975). Encore. Le s&#233;minaire, livre XX. Paris : Seuil.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Loraux, N. (1989). Les exp&#233;riences de Tir&#233;sias. Le f&#233;minin et l'homme grec. Paris : Gallimard.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Loraux, N. (1990). Les enfants d'Ath&#233;na. Id&#233;es ath&#233;niennes sur la citoyennet&#233; et la division des sexes. Paris : Seuil.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Loraux, N. (1996). N&#233; de la terre. Mythe et politique &#224; Ath&#232;nes. Paris : Seuil.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Loraux, N. (1997). La cit&#233; divis&#233;e. L'oubli dans la m&#233;moire d'Ath&#232;nes. Paris : Payot.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Loraux, N. (2005). La Trag&#233;die d'Ath&#232;nes. La politique entre l'ombre et l'utopie. Paris : Seuil.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Platon (2008). &#338;uvres compl&#232;tes. Paris : Flammarion.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Thucydide (1990). &#338;uvres. In Romilly, J. (de) (1953-1972). Paris : Laffont.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb20-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Vernant, J.-P. (2004). La travers&#233;e des fronti&#232;res. Paris : Seuil.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>L'enseignant, c'est la politique</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?808-l-enseignant-c-est-la-politique</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?808-l-enseignant-c-est-la-politique</guid>
		<dc:date>2015-09-15T18:17:42Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>P&#233;dagogie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;ducation</dc:subject>
		<dc:subject>Lib&#233;ralisme</dc:subject>
		<dc:subject>Travail</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Article</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Texte envoy&#233; par un sympathisant. &#8220;Exploiter la marge de progression de l'&#233;l&#232;ve&#8221;, &#8220;am&#233;liorer ses r&#233;sultats&#8221;, &#8220;lui apprendre &#224; r&#233;investir ses comp&#233;tences&#8221;, &#8220;lui permettre de gagner 3,3 points de moyenne&#8221; &#8212; voici quelques expressions relev&#233;es dans la brochure publicitaire d'une c&#233;l&#232;bre soci&#233;t&#233; d'encadrement scolaire. L'efficacit&#233; de la m&#233;thode p&#233;dagogique semble d'ailleurs &#233;tablie puisque le m&#234;me document indique que &#8220;94 % des parents ont constat&#233; que leurs enfants avaient fait des (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-8-pedagogie-+" rel="tag"&gt;P&#233;dagogie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-30-education-+" rel="tag"&gt;&#201;ducation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-53-liberalisme-+" rel="tag"&gt;Lib&#233;ralisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-55-travail-+" rel="tag"&gt;Travail&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte envoy&#233; par un sympathisant.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#8220;Exploiter la marge de progression de l'&#233;l&#232;ve&#8221;, &#8220;am&#233;liorer ses r&#233;sultats&#8221;, &#8220;lui apprendre &#224; r&#233;investir ses comp&#233;tences&#8221;, &#8220;lui permettre de gagner 3,3 points de moyenne&#8221; &#8212; voici quelques expressions relev&#233;es dans la brochure publicitaire d'une c&#233;l&#232;bre soci&#233;t&#233; d'encadrement scolaire. L'efficacit&#233; de la m&#233;thode p&#233;dagogique semble d'ailleurs &#233;tablie puisque le m&#234;me document indique que &#8220;94 % des parents ont constat&#233; que leurs enfants avaient fait des progr&#232;s&#8221;, &#8220;94 % des parents seraient pr&#234;ts &#224; nous recommander &#224; un ami&#8221; et &#8220;87,6 % des parents qui font appel &#224; nous pensent que nous proposons des enseignants de qualit&#233;&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les parents sont satisfaits, fort bien. Et les &#233;l&#232;ves, eux, sont-ils satisfaits ? Car la v&#233;ritable question est l&#224; : sont-ils satisfaits que les ann&#233;es qui devraient constituer un temps autonome, un moment sacr&#233; et intouchable d&#233;vou&#233; &#224; leur formation personnelle, &#224; leur d&#233;couverte de la culture humaine, &#224; l'&#233;panouissement de leur sensibilit&#233;, ce temps qui devrait leur permettre de lentement d&#233;couvrir qui ils sont, et en fonction de ce savoir acquis &#224; pas compt&#233;s, d'&#233;laborer leurs propres r&#234;ves et de s'appuyer sur leurs propres d&#233;sirs pour d&#233;cider du m&#233;tier qu'ils voudraient faire... les &#233;l&#232;ves, dis-je, sont-ils satisfaits que l'on ait sacrifi&#233; le temps le plus pr&#233;cieux de leur vie pour en faire un vulgaire placement dont leur carri&#232;re devra n'&#234;tre que la plus-value ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car le discours affich&#233; par ces soci&#233;t&#233;s d'encadrement scolaire n'est rien d'autre que la traduction commerciale de ce que la plupart des familles attendent d&#233;sormais des ann&#233;es d'&#233;ducation : la scolarit&#233; en est r&#233;duite &#224; n'&#234;tre plus qu'un investissement qui doit &#224; tout prix &#234;tre rentabilis&#233;, valoris&#233;. Concevoir l'enseignement ainsi est le meilleur moyen de d&#233;molir tout un syst&#232;me &#233;ducatif. Oublier que le temps scolaire doit exister, non pas comme un placement pour l'avenir, mais pour lui-m&#234;me, gratuitement, sans aucune obsession du r&#233;sultat, c'est oublier ce qui fonde un syst&#232;me &#233;ducatif digne de ce nom. Et cet oubli est le meilleur moyen de d&#233;truire les fondements progressistes sans lesquels la notion d'enseignement devient elle-m&#234;me un non-sens. La position qu'une soci&#233;t&#233; permet &#224; l'enseignant r&#233;sume l'orientation politique de cette soci&#233;t&#233; : l'enseignant, c'est la politique. Ne jamais &#234;tre rentable : telle est la position sur laquelle un enseignant ne doit c&#233;der &#224; aucun prix. Car c'est bien le fait de ne pas c&#233;der sur une position qui finit par rendre la position possible, r&#233;alisable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'enseignant parvient &#224; oublier le temps social, pour cr&#233;er une suspension, un moment de sursis coup&#233; de toute rentabilit&#233;, il y a une chance que se passe chez l'&#233;l&#232;ve quelque chose d'impr&#233;visible, quelque chose qui appartienne &#224; l'&#233;l&#232;ve seul. Mais cela suppose de naviguer &#224; contre-courant de toute la demande sociale qui veut qu'on soit press&#233; par le temps &#8212; &#8220;le temps c'est de l'argent&#8221; &#8212; pour se poser, &#224; l'inverse, comme quelqu'un qui refuse de r&#233;pondre &#224; une attente. Aussi un enseignant ne saurait &#234;tre quelqu'un qui pr&#233;pare &#224; passer un concours ou un examen. Jamais le savoir qu'il transmet ne devrait &#234;tre applicable de fa&#231;on directe. Il faudrait que l'enseignant forme seulement l'&#233;l&#232;ve, et que l'&#233;l&#232;ve seul passe l'examen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'insiste sur cette id&#233;e d'&#233;l&#232;ve seul : il faut que l'&#233;l&#232;ve apprenne &#224; retrouver la solitude sans laquelle tout enseignement devient intrusif, usurpation de son d&#233;sir. Lorsque l'on enseigne, on est continuellement confront&#233; au sempiternel probl&#232;me de la validation des acquis : tout ce que je lui apprend, l'&#233;l&#232;ve saura-t-il l'utiliser, l'exploiter, le moment venu, le jour du contr&#244;le ou de l'examen ? &#8212; cette question, un enseignant ne devrait pas se la poser. C'est une question qui ne lui appartient pas, car elle appartient &#224; l'&#233;l&#232;ve seul. En effet, on peut tout &#224; fait imaginer qu'un &#233;l&#232;ve qui a suivi un cours extraordinaire sur la po&#233;sie d&#233;cide de mettre &#224; profit ce qu'il appris en r&#233;digeant le commentaire d'un po&#232;me le jour du Bac. Mais on peut aussi tr&#232;s bien imaginer qu'il d&#233;cide de ne pas passer le Bac et de devenir po&#232;te. Et dans ces deux cas, il faut avoir l'audace d'en conclure que le cours en question devait vraiment &#234;tre r&#233;ussi ! R&#233;ussi parce que l'enseignant avait eu le courage de ne pas pr&#233;tendre savoir ce qui est bon pour l'&#233;l&#232;ve &#224; la place de l'&#233;l&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, s'il sait d'avance de quelle fa&#231;on son enseignement doit &#234;tre rentabilis&#233;, non seulement il usurpe le d&#233;sir de l'&#233;l&#232;ve, mais il fait subir aux connaissances qu'il transmet une torsion qui les prive de tout devenir. Or, nos m&#233;thodes d'enseignement nient totalement la solitude de l'&#233;l&#232;ve. Elles empi&#232;tent sur son libre-arbitre. Elle nient que celui qui apprend doit ensuite se retrouver seul lorsqu'il est confront&#233; au choix de savoir ce qu'il fera de ce qu'on lui a enseign&#233;, lorsqu'il se posera la question &#8220;comment doit-je utiliser ce que j'ai appris ?&#8221; &#8212; et m&#234;me la question plus fondamentale : &#8220;suis-je absolument contraint d'utiliser ce que j'ai appris ?&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, que sous-entendent les innombrables vell&#233;it&#233;s politiques visant &#224; &#233;valuer les enseignants, &#224; les rendre plus &#8220;comp&#233;titifs&#8221; en les notant en fonction des r&#233;sultats de leurs &#233;l&#232;ves, &#224; les mettre en concurrence avec leurs coll&#232;gues ? Un enseignant ne saurait &#234;tre mis en concurrence avec personne. Car si l'&#233;l&#232;ve est seul, n&#233;cessairement l'enseignant aussi est seul. Lorsqu'il parle &#224; ses &#233;l&#232;ves, quelle que soit la p&#233;dagogie dont il use, il doit rester absolument lui-m&#234;me, il doit parler comme il aime parler, et surtout il doit pouvoir dire des choses que l'&#233;l&#232;ve ne comprend pas, des choses encore trop hautes, trop complexes, anti-p&#233;dagogiques, non adapt&#233;es &#224; l'&#233;l&#232;ve &#8212; des choses que l'&#233;l&#232;ve comprendra un jour, peut-&#234;tre, &#233;clair&#233; par son exp&#233;rience future. Bref : toute transmission digne de ce nom n'est jamais totalement recevable au moment m&#234;me o&#249; elle est transmise (je parle &#233;videmment ici des savoirs qui font la richesse de l'humain : litt&#233;rature, philosophie, histoire, art, bref les humanit&#233;s &#8212; je n'inclus pas dans ma r&#233;flexion les disciplines subalternes comme les mati&#232;res scientifiques ou &#233;conomiques).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il ne doit pas se soucier du d&#233;lai dans lequel les niveaux les plus profonds de ce qu'il dit sera vraiment assimil&#233;, l'enseignant doit encore moins se soucier du moment et de la fa&#231;on dont les savoirs qu'il transmet seront utilis&#233;s, exploit&#233;s, par l'&#233;l&#232;ve. Prenons l'exemple de la philosophie. Apprendre la philosophie est une chose. R&#233;ussir la dissertation de philosophie au Baccalaur&#233;at en est une autre &#8212; une tout autre. Et il devrait y avoir entre les deux une distance tellement grande qu'on ne devrait jamais expliquer aux &#233;l&#232;ves comment r&#233;ussir leurs dissertations pendant un cours de philosophie. Les cours de philosophie doivent servir &#224; apprendre la philosophie, un point c'est tout. Et si l'&#233;l&#232;ve a compris comment s'&#233;labore un raisonnement philosophique, alors il sera capable &#8212; seul &#8212; d'en &#233;laborer un le jour de l'&#233;preuve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, on fait aujourd'hui exactement le contraire : on apprend &#224; r&#233;ussir l'&#233;preuve, la philosophie n'&#233;tant que le support de cet apprentissage technique. On conditionne donc l'apprentissage de la philosophie &#224; la r&#233;ussite de l'&#233;preuve. Les &#233;l&#232;ves passent ainsi leur ann&#233;e &#224; naviguer entre un Bac blanc, un devoir sur table, un autre Bac blanc, et ainsi de suite jusqu'&#224; l'&#233;preuve finale. Tout le temps est en fait consacr&#233; &#224; la pr&#233;paration de ces &#233;preuves qu'il faut r&#233;ussir &#224; tout prix, et l'enseignement des vastes probl&#233;matiques trait&#233;es par les grands philosophes devient subordonn&#233;, tributaire de la prochaine &#233;preuve qui n'est jamais loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cons&#233;quence c'est qu'on n'apprend absolument plus la philosophie, on apprend &#8220;l'&#233;preuve-de-philosophie&#8221;. On n'apprend plus la litt&#233;rature, on apprend &#8220;l'&#233;preuve-anticip&#233;e-de-fran&#231;ais&#8221;. En d&#233;finitive, on n'apprend plus les connaissances, on apprend seulement &#224; les utiliser &#8212; autrement dit &#224; faire semblant de les conna&#238;tre. Il faut alors rectifier le programme des connaissances, pour n'enseigner que ce qui est directement exploitable. Ce faisant on inculque aux &#233;l&#232;ves une valeur tr&#232;s discutable et en tout cas peu compatible (pour ne pas dire radicalement adverse) avec tout enseignement digne de ce nom : ne vaut d'&#234;tre appris que ce qui pourra &#234;tre exploit&#233;. Une telle le&#231;on, on peut en &#234;tre certain, va marquer profond&#233;ment les &#233;l&#232;ves, qui en tireront des cons&#233;quences bien au-del&#224; de leurs ann&#233;es d'&#233;tudes. Car on les enjoint ainsi &#224; graver en eux cette &#8220;r&#232;gle d'or&#8221; : ce qui est vraiment important se limite &#224; ce qui est rentable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, &#224; travers de multiples mati&#232;res, on ne leur inculque finalement les valeurs que d'une seule : l'&#233;conomie. Cela tombe bien ! c'est justement celle-l&#224; qui gouverne tyranniquement le monde dans lequel ils vivent. Dans la vision &#233;conomique des choses, tout trouve un sens relativement au b&#233;n&#233;fice qu'on en retire, et un seul mode d'appr&#233;ciation doit toujours pr&#233;valoir : rien ne vaut quelque chose en soi, il n'y a que des fins et des moyens. Et comme seules les fins comptent, les moyens peuvent bien &#234;tre m&#233;pris&#233;s pour ce qu'ils sont. Or, cette fa&#231;on de penser est l'exacte antith&#232;se de l'enseignement des humanit&#233;s. Pour les humanit&#233;s, ce que l'on consid&#232;re comme des moyens sont en r&#233;alit&#233; des fins. On n'&#233;tudie pas un sonnet de Ronsard comme l'un des nombreux passe-droits qui conduisent &#224; un poste d'encadrement bien pay&#233;. Ronsard ne se laisse pas approcher par des mains aussi grossi&#232;res. On &#233;tudie un sonnet de Ronsard pour le sonnet de Ronsard. Et m&#234;me, pourrait-on ajouter, le seul crit&#232;re qui garantit que le sonnet a &#233;t&#233; vraiment &#8220;acquis&#8221; (c'est-&#224;-dire fait sien par l'&#233;l&#232;ve) c'est qu'il n'a &#233;t&#233; &#233;tudi&#233; que pour lui-m&#234;me, de fa&#231;on totalement d&#233;sint&#233;ress&#233;e. Si c'est le cas, l'&#233;l&#232;ve sera alors absolument capable de r&#233;diger une parfaite dissertation sur le sujet. Mais cette dissertation vient toujours ensuite. D&#232;s qu'elle conditionne l'&#233;tude du sonnet, c'est perdu. Car cette dissertation n'a rien &#224; voir avec le sonnet en question &#8212; et la pire des m&#233;thodes serait d'enseigner le sonnet comme une pr&#233;paration &#224; ce futur exercice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je d&#233;fends un apprentissage totalement d&#233;sint&#233;ress&#233;, je sais sur quoi je parie. Je parie sur le fait qu'un acte totalement d&#233;sint&#233;ress&#233; est possible. Oui, je parie sur le fait qu'on se cultive pour l'amour de l'art, des lettres, de la philosophie, et non pas seulement pour se distinguer socialement, non pas pour accumuler du capital culturel susceptible d'&#234;tre reconverti en capital &#233;conomique. Je vais m&#234;me plus loin : je parie que ce que nous appelons &#171; notre &#226;me &#187; est une cr&#233;ation politique qu'il faut nourrir, qui demande &#224; &#234;tre nourrie. Et qu'on a sciemment cess&#233; de la nourrir pour la faire mourir parce que son existence &#233;tait un scandale incompatible avec la conception &#233;conomique et rentable de l'homme, conception exig&#233;e par le capitalisme &#8212; aussi bien que par le socialisme tel qu'il a &#233;t&#233; con&#231;u jusqu'&#224; pr&#233;sent. Comme seul l'enseignement avait le pouvoir de changer la soci&#233;t&#233; pour le meilleur, on s'est charg&#233; de faire en sorte qu'il change effectivement la soci&#233;t&#233;. Mais pour le pire. Car les ennemis de tout progr&#232;s ont parfaitement compris, eux, que l'enseignant, c'est la politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gilles D'Elia&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Islam : l'ath&#233;isme est-il pensable ?</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?774-islam-l-atheisme-est-il-pensable</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?774-islam-l-atheisme-est-il-pensable</guid>
		<dc:date>2015-04-29T16:21:36Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Religion</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Anthropologie</dc:subject>
		<dc:subject>Article</dc:subject>
		<dc:subject>Lory P.</dc:subject>
		<dc:subject>Islam</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Publi&#233; dans le Bulletin de la Soci&#233;t&#233; des Amis des Sciences Religieuses, I (2000). Le message coranique diffus&#233; et impos&#233; par le proph&#232;te Muhammad est essentiellement fond&#233; sur le crit&#232;re de la foi. C'est avant tout sur la justesse de leur foi monoth&#233;iste que les bienheureux seront r&#233;compens&#233;s dans l'au-del&#224;. Les Musulmans ayant commis des p&#233;ch&#233;s tr&#232;s graves pourront passer quelque temps en enfer mais, aurait affirm&#233; le Proph&#232;te lui-m&#234;me, &#171; sortira de l'enfer celui qui dira ''il n'est (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-79-religion-+" rel="tag"&gt;Religion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-110-anthropologie-+" rel="tag"&gt;Anthropologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-191-lory-p-+" rel="tag"&gt;Lory P.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-214-islam-+" rel="tag"&gt;Islam&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Publi&#233; dans le &lt;a href=&#034;https://halshs.archives-ouvertes.fr/file/index/docid/353760/filename/SASC.doc&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Bulletin de la Soci&#233;t&#233; des Amis des Sciences Religieuses, I (2000).&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le message coranique diffus&#233; et impos&#233; par le proph&#232;te Muhammad est essentiellement fond&#233; sur le crit&#232;re de la foi. C'est avant tout sur la justesse de leur foi monoth&#233;iste que les bienheureux seront r&#233;compens&#233;s dans l'au-del&#224;. Les Musulmans ayant commis des p&#233;ch&#233;s tr&#232;s graves pourront passer quelque temps en enfer mais, aurait affirm&#233; le Proph&#232;te lui-m&#234;me, &#171; &lt;i&gt;sortira de l'enfer celui qui dira ''il n'est d'autre divinit&#233; que Dieu'' et qui aura dans son c&#339;ur le poids d'un grain d'orge de bien&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rapport&#233; par Bukh&#226;r&#238;, Sah&#238;h, II 33.&#034; id=&#034;nh21-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Inversement, c'est en premier lieu &#224; cause de leur m&#233;cr&#233;ance que les r&#233;prouv&#233;s seront damn&#233;s. Mais cette m&#233;cr&#233;ance, ce &#171; &lt;i&gt;mal croire&lt;/i&gt; &#187; d&#233;nonc&#233; dans le Coran ne correspond pas &#224; de l'ath&#233;isme au sens moderne du terme. Il peut s'agir de deux attitudes distinctes. La premi&#232;re correspond &#224; l'idol&#226;trie polyth&#233;iste, et revient &#224; associer au Dieu cr&#233;ateur des divinit&#233;s secondaires, suppos&#233;es plus accessibles aux requ&#234;tes et proches des destins individuels. La seconde &#8211; qui nous int&#233;resse ici &#8211; est d&#233;sign&#233;e comme la conviction que les processus terrestres sont simplement d&#233;termin&#233;s par le &lt;i&gt;dahr&lt;/i&gt;. Le &lt;i&gt;dahr&lt;/i&gt;, c'est le temps infini, impersonnel qui se d&#233;roule et gouverne l'univers selon un flux inexorable. Certains Arabes de l'ant&#233;islam voyaient vraisemblablement les &#233;v&#233;nements se d&#233;roulant sur terre comme autant de r&#233;sultats de d&#233;terminismes immanents au monde. Ils ne niaient sans doute pas l'existence d'une divinit&#233; en tant qu'origine premi&#232;re des choses et du temps, mais devaient la concevoir comme indiff&#233;rente au destin des humains. En ce sens, ils prenaient le contre-pied exact du message coranique, qui proclamait une intention et une intervention divines constantes dans les affaires des hommes ; ils refusaient en particulier le dogme de la r&#233;surrection des morts, central dans la pr&#233;dication coranique. &#171; &lt;i&gt;(Les impies) disent : nous n'avons &#224; nous que cette vie d'ici-bas. Nous vivons et nous mourons, et seul le temps&lt;/i&gt; (dahr) &lt;i&gt;nous fait p&#233;rir&#8230; Mais de cela ils n'ont aucune science, ils se bornent &#224; conjecturer&lt;/i&gt; &#187; (Coran XLV 24).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les si&#232;cles qui suivirent la diffusion de l'Islam et la consolidation de sa pens&#233;e th&#233;ologique, maints esprits libres s'attaqu&#232;rent au dogme r&#233;v&#233;l&#233;. Si les pouvoirs musulmans respectaient la pr&#233;sence de communaut&#233;s juives et chr&#233;tiennes, conform&#233;ment aux prescriptions de la Loi issue du Coran, il se montr&#232;rent plus rigoureux et par moments implacables envers toutes sortes de courants &#171; d&#233;viants &#187; regroup&#233;s sous terme g&#233;n&#233;rique de &lt;i&gt;zind&#238;q&lt;/i&gt; : manich&#233;ens et dualistes en tout genre, ultra-chiites, anomistes etc. A partir de 783, un tribunal consacr&#233; sp&#233;cialement au jugement des &lt;i&gt;zind&#238;q&lt;/i&gt;-s fut mis en place. La censure effa&#231;a la plus grande partie des &#339;uvres de ces &#171; mal-pensants &#187;, mais nous pouvons nous faire une petite id&#233;e des d&#233;bats en cause gr&#226;ce pr&#233;cis&#233;ment aux &#233;crits de leurs adversaires. Les textes les concernant que les apologistes et h&#233;r&#233;siographes de l'Islam dominant ont laiss&#233;s r&#233;v&#232;lent l'importance du danger de m&#233;cr&#233;ance &#224; cette &#233;poque, et nous fournit les lignes dominantes des oppositions doctrinales. Nous pouvons regrouper l'ensemble des &#233;crivains et/ou courants &lt;i&gt;zind&#238;q&lt;/i&gt;-s en trois attitudes principales venant &#224; l'occasion converger chez tel ou tel personnage :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1)&lt;/strong&gt; Les partisans du &lt;i&gt;dahr&lt;/i&gt;, h&#233;ritiers en quelque sorte des premiers opposants &#224; la pr&#233;dication coranique dont nous parlions &#224; l'instant, mais dot&#233;s d'une argumentation enrichie par l'apport de la philosophie hell&#233;nique. Ils refusaient l'id&#233;e d'un commencement et d'une fin de l'univers ; par voie de cons&#233;quence, ils niaient d'une fa&#231;on ou d'une autres les dogmes de la cr&#233;ation du monde dans le temps, de sa fin, de la nouvelle cr&#233;ation et de la R&#233;surrection. Ils consid&#233;raient qu'il n'y avait de science que fond&#233;e sur le sensible. Les &#233;v&#233;nements du monde sublunaire se d&#233;roulent d'apr&#232;s eux selon un d&#233;terminisme &#8211; astral le plus souvent &#8211; dans lequel Dieu n'intervient pas. Il est difficile de placer des noms pr&#233;cis sur cette tendance, mais la teneur des trait&#233;s d'h&#233;r&#233;siographie comme ceux de Shahrast&#226;n&#238; laissent supposer que des d&#233;bats contradictoires eurent bel et bien lieu &#224; propos de leurs th&#232;ses&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf Shahrasr&#226;n&#238;, Livre des religions et des sectes, vol.I, trad., intr. et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En fait, plus qu'un groupe constitu&#233;, nous aurions affaire l&#224; &#224; des id&#233;es oppos&#233;es au dogme r&#233;v&#233;l&#233;, issues de l'antiquit&#233; grecque, apparaissant sous des formes diverses. Les th&#233;ologiens sunnites &#8211; comme Ghaz&#226;l&#238;, pour ne citer que le plus c&#233;l&#232;bre d'entre eux &#8211; ont parfois accus&#233; les philosophes hell&#233;nisants (Farabi, Avicenne notamment) de vouloir d&#233;fendre l'id&#233;e d'&#233;ternit&#233; du monde, et donc de finir par &#233;chouer dans l'&#233;garement des partisans du &lt;i&gt;dahr&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2)&lt;/strong&gt; D'autres auteurs attaquaient peu ou prou la validit&#233; des missions proph&#233;tiques. Ainsi Ibn al-R&#226;wand&#238; (IX&#176; si&#232;cle) r&#233;digea-t-il un &lt;i&gt;Livre de l'Emeraude&lt;/i&gt; &#8211; pierre ayant la r&#233;putation d'aveugler les vip&#232;res, la vip&#232;re symbolisant ici la Loi religieuse &#8211; attaquant les religions proph&#233;tiques. Il s'y gaussait des contradictions du Texte sacr&#233; dont il niait la beaut&#233; jug&#233;e inimitable par les croyants, d&#233;non&#231;ait l'absurdit&#233; des rituels et l'invraisemblance des miracles rapport&#233;s dans les Textes r&#233;v&#233;l&#233;s et les traditions proph&#233;tiques. Les proph&#232;tes n'&#233;taient gu&#232;re pour lui que l'&#233;quivalent de magiciens ou de sorciers. Le plus pr&#233;cieux don accord&#233; par Dieu aux hommes, c'est ici la raison et rien d'autre. Il avait eu beau placer ces opinions blasph&#233;matoires dans la bouche de &#171; brahmanes &#187; assez hypoth&#233;tiques il est vrai, le lectorat musulman ne s'y trompa pas et son &#339;uvre donna lieu &#224; de multiples r&#233;futations&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf J.van Ess, Theologie und Gesellschaft im 2. Und 3. Jahrhundert Hidschra, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Le m&#233;decin et philosophe Ab&#251; Bakr al-R&#226;z&#238; (Rhaz&#232;s, m. en 935) stigmatisait lui aussi l'imposture des proph&#232;tes, dont les messages exploitaient la cr&#233;dulit&#233; des esprits faibles, suscitaient des guerres entre les hommes et avilissaient les intelligences. Il vaudrait bien mieux, selon lui, se consacrer &#224; l'&#233;tude des ouvrages de philosophie et de science plut&#244;t qu'aux dangereuses inepties des textes pr&#233;tendument r&#233;v&#233;l&#233;s. En effet, tous les hommes ont re&#231;u de la part de Dieu une facult&#233; universelle leur permettant d'acc&#233;der &#224; la v&#233;rit&#233;, &#224; savoir la raison, et n'ont nul besoin du savoir suppos&#233; sup&#233;rieur des proph&#232;tes. Ceux-ci, agit&#233;s par leurs propres passions et non d&#233;livr&#233;s des attaches mondaines comme le sont les philosophes, ne peuvent gu&#232;re &#234;tre propos&#233;s comme mod&#232;le pour les autres hommes. Certes, r&#233;pond-il &#224; ses contradicteurs, les philosophes sont en d&#233;saccord entre eux ; mais c'est l&#224; le signe de leur ind&#233;pendance d'esprit. Ils ne suivent pas servilement les enseignements de leurs grands pr&#233;d&#233;cesseurs, mais s'efforcent de r&#233;fl&#233;chir &#224; l'aide de leurs propres facult&#233;s. En ce sens, une pens&#233;e originale m&#234;me modeste permet &#224; un esprit de se lib&#233;rer ne f&#251;t-ce qu'un peu du plus avilissant des esclavages, celui de l'ignorance. &lt;br class='manualbr' /&gt;Les rituels musulmans ont &#233;t&#233; raill&#233;s par d'autres esprits forts dont quelques fragments &#233;pars seuls nous sont parvenus. Ainsi ces vers de Thugh&#251;r&#238; se moquant des p&#232;lerins musulmans &#224; La Mecque :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Je m'&#233;tonne des Juifs et de leur Dieu qui se r&#233;jouit du sang vers&#233; (&#8230;)&lt;br class='manualbr' /&gt;et des gens qui viennent des pays lointains pour se raser le cr&#226;ne et embrasser une pierre&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mentionnons &#233;galement le pamphlet contre &#171; les trois imposteurs &#187;, &#224; savoir Mo&#239;se qui d&#233;fia par de la prestigiditation le ma&#238;tre incontestable de son &#233;poque qu'&#233;tait Pharaon, J&#233;sus qui affirma aux Juifs qu'il n'abolirait pas leur Loi pour finalement faire le contraire en supprimant le sabbat, Muhammad qui, interrog&#233; sur la nature de l'Esprit, ne sut que r&#233;pondre et finit par dire &#171; &lt;i&gt;L'Esprit vient de l'ordre de mon Seigneur&lt;/i&gt; &#187; (Coran XVII 87). Le pape Gr&#233;goire IX accusa l'empereur Fr&#233;d&#233;ric II d'en &#234;tre l'auteur, mais il est certainement d'origine islamique et date sans doute du X&#176; si&#232;cle. Il est peut-&#234;tre issu des milieux carmates&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf la parole attribu&#233;e au chef carmate Ab&#251; T&#226;hir : &#171; En ce monde, trois (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais sut se r&#233;pandre jusqu'&#224; parvenir en Europe latine. &lt;br class='manualbr' /&gt;Il est peu probable que l'on puisse trouver parmi tous ces auteurs des profils de v&#233;ritables ath&#233;es au sens moderne du terme. Certes, leurs d&#233;tracteurs accuseront certains d'entre eux de douter de l'existence m&#234;me d'une divinit&#233;. Ainsi pr&#234;te-t-on &#224; Ibn Ab&#238; al-&#8216;Awj&#226;', arabe de l'aristocratie et n&#233;anmoins mod&#232;le par excellence en blasph&#232;me et en h&#233;r&#233;sie crypto-manich&#233;enne ex&#233;cut&#233; en 772, le questionnement suivant adress&#233; &#224; un croyant :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;En disant &#171; Dieu &#187;, tu te r&#233;f&#232;res &#224; un absent. S'il existe vraiment, pourquoi ne se manifeste-t-il pas &#224; ses cr&#233;atures pour les appeler directement &#224; son culte ; de la sorte, il n'y aurait pas d&#233;saccord entre les croyants &#224; son sujet. Pourquoi ne se laisse-t-il pas voir et se contente-t-il d'envoyer des messagers ? S'il traitait directement avec les humains, il serait plus facile de croire &#224; son existence&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il semble toutefois que les h&#233;r&#233;siographes aient nettement accentu&#233; le doute qu'ils pr&#234;taient &#224; de tels libre-penseurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est ce que tend &#224; d&#233;montrer globalement l'ouvrage de Melhem Chokr, Zandaqa (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En fait, ces derniers d&#233;non&#231;aient surtout la religion r&#233;v&#233;l&#233;e de type proph&#233;tique : aussi les appelait-on selon les cas &#171; n&#233;gateurs &#187;, &lt;i&gt;mulhid&lt;/i&gt;-s, ou encore &lt;i&gt;zind&#238;q&lt;/i&gt;-s, terme d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233; plus haut d&#233;signant &#224; l'origine les Manich&#233;ens puis tous les libre-penseurs de fa&#231;on globale. Si le rapport au manich&#233;isme est parfois tr&#232;s hypoth&#233;tique, le fait est que leur argumentation posait en termes parfois virulents la question du mal : comment ce Dieu unique sage a-t-il pu cr&#233;er et ordonner un monde si imparfait, dur, cruel, o&#249; il tourmente ses cr&#233;atures par des maladies et des destructions ? Comment ce tout-puissant a-t-il tant de mal &#224; imposer sa volont&#233; aux hommes, &#224; Satan ? Mais il arrivait &#224; ces &lt;i&gt;zind&#238;q&lt;/i&gt;-s de fonder leur pens&#233;e sur des pr&#233;suppos&#233;s m&#233;taphysiques parfois tr&#232;s spiritualistes, de type philosophique (Ab&#251; Bakr R&#226;z&#238;) ou mystique&#8211;panth&#233;iste (les Carmates).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3)&lt;/strong&gt; Un troisi&#232;me courant enfin pourrait &#234;tre qualifi&#233; de sceptique et h&#233;doniste. Ses partisans n'&#233;labor&#232;rent pas de doctrine construite niant le donn&#233; r&#233;v&#233;l&#233; ; ils se bornaient &#224; professer un doute g&#233;n&#233;ral, &#224; persifler sur une religion &#171; &lt;i&gt;qui vous demande de donner vos biens au comptant en vous promettant une remboursement &#224; cr&#233;dit&lt;/i&gt; &#187;, surtout pour exhorter lecteurs ou auditeurs &#224; profiter du plaisir advenant au moment pr&#233;sent, qu'il soit licite ou non au regard de la Loi. L'ironie provocatrice opposant au credo musulman &#171; &lt;i&gt;je t&#233;moigne qu'il n'y a de divinit&#233; que Dieu&lt;/i&gt; &#187; la d&#233;claration &#171; &lt;i&gt;je t&#233;moigne seulement de ce que mes yeux ont vu&lt;/i&gt; &#187; vise plus &#224; la d&#233;rision qu'&#224; la d&#233;fense d'un syst&#232;me de pens&#233;e. Ce genre d'ironie accompagnait souvent les nuits de plaisir (musique, vin, prostitution) et s'y exprimait g&#233;n&#233;ralement en po&#232;mes &#233;rotiques licencieux et bacchiques. Apostroph&#233; par un de ses cousins qui se scandalisait de son inconduite blasph&#233;matoire, le prince omeyyade Wal&#238;d ibn Yaz&#238;d r&#233;pondit par un vers : &#171; &lt;i&gt;O toi qui t'enquiers de notre religion, (sache que c'est) boire le vin sec ou coup&#233;, chaud quelquefois et quelquefois ti&#232;de&lt;/i&gt; &#187;. Pour le po&#232;te W&#226;liba ibn Hub&#226;b (m. 777) ;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La vie ne r&#233;side que dans le vin et les baisers&lt;br class='manualbr' /&gt;dans la poursuite d'une gazelle novice&lt;br class='manualbr' /&gt;a qui l'on demande ce qui est illicite&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Un bon exemple, plus tardif, de cette tendance est repr&#233;sent&#233; par la po&#233;sie attribu&#233;e &#224; Omar Khayy&#226;m. On ne sait pas si le c&#233;l&#232;bre math&#233;maticien et astronome persan (m. 1123) a r&#233;ellement &#233;crit de la po&#233;sie ; il est vraisemblable que la plus grande partie des quatrains qui lui sont attribu&#233;s ont &#233;t&#233; compos&#233;e ult&#233;rieurement par des anonymes, mais cela donne plus de valeur encore &#224; cette &#233;manation de toute une &lt;i&gt;vox populi&lt;/i&gt; chantant par ce biais son scepticisme quant &#224; la vie future, et surtout son amour pour les plaisirs de la vie terrestre, pour le vin notamment. Car c'est le plaisir qui guide la vie :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Boire du vin, &#234;tre joyeux, c'est l&#224; ma mani&#232;re d'&#234;tre &#8211; ne pas me soucier de l'impi&#233;t&#233; ni de la religion, voil&#224; ma religion&lt;br class='manualbr' /&gt;J'ai demand&#233; au bas-monde, cette fianc&#233;e : quelle est ton douaire ? &#8211; elle r&#233;pondit : mon douaire est un c&#339;ur joyeux&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Par provocation, la po&#233;sie khayy&#226;mienne ironise sur la transgression qu'elle encourage :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;O pieuses gens, pourquoi me bl&#226;mez-vous ? Je n'ai pourtant pas commis d'autre p&#233;ch&#233; que d'&#234;tre ivrogne, p&#233;d&#233;raste et adult&#232;re !&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Omnipr&#233;sente ici, l'&#233;vocation d'une mort qui ne sera sans doute pas suivie de r&#233;surrection suscite cependant une attitude de sto&#239;cisme :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Ne va pas croire que je craigne le monde, ou que j'aie peur de mourir&lt;br class='manualbr' /&gt;La mort est une r&#233;alit&#233;, je n'ai rien &#224; craindre d'elle. Ce que je crains, c'est de ne pas avoir assez bien v&#233;cu&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Parfois, ses vers ont une port&#233;e franchement blasph&#233;matoire. S'adressant &#224; ce Dieu qui place les hommes dans un monde de mis&#232;re, rempli de tentations, pour ensuite leur interdire le plaisir du vin, le po&#232;te conclut : &#171; &lt;i&gt;Ma parole, Seigneur, ne serait-ce pas Toi qui es ivre ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous avons s&#233;par&#233; ces trois attitudes pour la commodit&#233; de l'expos&#233;. Mais il va de soi que la position de certains de ces &#233;crivains libre-penseurs a pu relever en fait de deux ou des trois visions du monde &#233;voqu&#233;es plus haut. Notons aussi que si certains de ces auteurs furent poursuivis par les autorit&#233;s politiques, plusieurs autres ne furent pas inqui&#233;t&#233;s outre mesure et moururent dans leur lit de mort naturelle. La capacit&#233; de tol&#233;rance de ces courants d&#233;viants &#233;tait finalement importante au Moyen Age, plus peut-&#234;tre que dans bien des soci&#233;t&#233;s musulmanes contemporaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le monde musulman contemporain pr&#233;cis&#233;ment, l'ath&#233;isme au sens strict a bien s&#251;r &#233;t&#233; connu depuis les d&#233;buts de l'&#233;poque coloniale. Les id&#233;es des libre-penseurs de la R&#233;volution Fran&#231;aise furent diffus&#233;es, et connurent des adeptes. Mustafa Kemal, le fondateur de la Turquie moderne, est un bon exemple d'une telle attitude cat&#233;goriquement anti-religieuse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il est difficile de parler d'&#171; anti-cl&#233;ricalisme &#187; dans un cadre musulman (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Un ath&#233;isme &lt;i&gt;stricto sensu&lt;/i&gt; se fit conna&#238;tre, notamment dans sa version marxiste. Il demeure toutefois une position philosophique rare, m&#234;me chez les intellectuels form&#233;s &#171; &#224; l'occidentale &#187; et non pratiquants. Il est frappant de constater que les principaux auteurs arabes ouvertement ath&#233;es connus sont d'origine chr&#233;tienne ou juive. La pression sociale interdit certes la manifestation publique de convictions aussi ouvertement oppos&#233;es au dogme musulman. Les termes &lt;i&gt;mulhid&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;zind&#238;q&lt;/i&gt; retentissent actuellement comme des insultes : canaille, voyou. Mais au niveau individuel et priv&#233; &#233;galement, les professions de non-foi restent exceptionnelles, en terre d'Islam comme dans les communaut&#233;s de l'&#233;migration. Sans doute l'exigence de foi est-elle devenue tellement intriqu&#233;e dans la culture musulmane, qu'une position ath&#233;e reviendrait &#224; nier ses propres racines, sa propre identit&#233; culturelle. L'impr&#233;gnation de l'ath&#233;isme dans les soci&#233;t&#233;s musulmanes domin&#233;es par les r&#233;gimes communistes en Europe ou en Asie semble &#234;tre rest&#233;e superficielle. A tout le moins peut-on constater que les Musulmans non pratiquants et au fond hostiles aux croyances traditionnelles pr&#233;f&#232;rent se situer &#171; &#224; c&#244;t&#233; &#187; de la question de la foi et non &#171; contre &#187; elle, ou encore dans une indiff&#233;rence calcul&#233;e &#224; son &#233;gard.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb21-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Rapport&#233; par Bukh&#226;r&#238;, &lt;i&gt;Sah&#238;h&lt;/i&gt;, II 33.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf Shahrasr&#226;n&#238;, &lt;i&gt;Livre des religions et des sectes&lt;/i&gt;, vol.I, trad., intr. et notes par D.Gimaret et G.Monnot, Peeters / Unesco, 1986 ; vol. II, trad. avec intr. et notes par J.Jolivet et G.Monnot, Peeters / Unesco, 1993. V. index s.v. &lt;i&gt;dahr&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;dahriyya&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf J.van Ess, &lt;i&gt;Theologie und Gesellschaft im 2. Und 3. Jahrhundert Hidschra&lt;/i&gt;, Berlin, 1991, index s.n. Ibn al-R&#226;wend&#238;. V. &#233;galement Paul Kraus, &lt;i&gt;Alchemie, Ketzerei, Apokryphen im fr&#252;hen Islam &#8211; Gesammelte Aufs&#228;tze&lt;/i&gt;, herausgegeben und eingeleitet von R&#233;mi Brague, Hildesheim, Georg Olms Verlag, 1994.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf la parole attribu&#233;e au chef carmate Ab&#251; T&#226;hir : &#171; &lt;i&gt;En ce monde, trois individus ont corrompu les hommes, un berger (= Mo&#239;se), un m&#233;decin (= J&#233;sus) et un chamelier (= Muhammad). Et ce chamelier a &#233;t&#233; le pire charlatan, le pire prestigiditateur des trois&lt;/i&gt; &#187;. Cit&#233; par L. Massignon, &#171; La l&#233;gende De tribus impostoribus et ses origines islamiques &#187;, dans &lt;i&gt;Opera Minora I, Beyrouth, Dar al-Maaref&lt;/i&gt;, 1963.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C'est ce que tend &#224; d&#233;montrer globalement l'ouvrage de Melhem Chokr, &lt;i&gt;Zandaqa et zindiqs en Islam au second si&#232;cle de l'h&#233;gire&lt;/i&gt;, Damas, Institut Fran&#231;ais d'Etudes Arabes, 1993. Pour son jugement sur les id&#233;es d'Ibn Ab&#238; al-&#8216;Awj&#226;', v. pp.211-217.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Il est difficile de parler d'&#171; anti-cl&#233;ricalisme &#187; dans un cadre musulman d&#233;pourvu de v&#233;ritable clerg&#233;. Mustafa Kemal consid&#233;rait en tout cas les diff&#233;rentes religions comme autant de superstitions d&#233;l&#233;t&#232;res qu'il fallait &#233;carter de toute force de la sph&#232;re de la vie publique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>La double sp&#233;cificit&#233; humaine somatique et psychique (3/3)</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?707-la-double-specificite-humaine</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?707-la-double-specificite-humaine</guid>
		<dc:date>2014-01-29T18:28:34Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Anthropologie</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>Mendel G.</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Voir la partie pr&#233;c&#233;dente (.../...) La th&#233;orie de Bolk La discordance du d&#233;veloppement sensori-moteur du petit d'homme, la longue p&#233;riode n&#233;cessaire avant qu'il parvienne &#224; l'&#233;tat d'adulte, la pouss&#233;e sexuelle avort&#233;e de la 4e-5e ann&#233;e, sont des faits scientifiques. Pour expliquer ces faits, diverses hypoth&#232;ses ont &#233;t&#233; avanc&#233;es. La plus r&#233;volutionnaire para&#238;t &#234;tre celle de Bolk. Mais, r&#233;p&#233;tons-le encore une fois, il s'agit l&#224; d'une hypoth&#232;se que l'on peut accepter ou refuser, alors (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-6-psychanalyse-+" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-110-anthropologie-+" rel="tag"&gt;Anthropologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-166-mendel-g-+" rel="tag"&gt;Mendel G.&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?713-la-double-specificite-humaine' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Voir la partie pr&#233;c&#233;dente&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La th&#233;orie de Bolk&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La discordance du d&#233;veloppement sensori-moteur du petit d'homme, la longue p&#233;riode n&#233;cessaire avant qu'il parvienne &#224; l'&#233;tat d'adulte, la pouss&#233;e sexuelle avort&#233;e de la 4e-5e ann&#233;e, sont des faits scientifiques. &lt;br class='manualbr' /&gt;Pour expliquer ces faits, diverses hypoth&#232;ses ont &#233;t&#233; avanc&#233;es. La plus r&#233;volutionnaire para&#238;t &#234;tre celle de Bolk. Mais, r&#233;p&#233;tons-le encore une fois, il s'agit l&#224; d'une hypoth&#232;se que l'on peut accepter ou refuser, alors que les faits qu'elle vise &#224; interpr&#233;ter &#8212; c'est-&#224;-dire la sp&#233;cificit&#233; somatique de l'&#234;tre humain dans les premi&#232;res phases de son d&#233;veloppement &#8212; sont, eux, non contestables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est possible de r&#233;sumer l'essentiel de la th&#233;orie de Bolk &#224; partir d'une conf&#233;rence donn&#233;e par lui en 1926 au XXVe Congr&#232;s de la Soci&#233;t&#233; d'Anatomie de Fribourg &#8212; L. Bolk &#233;tait professeur d'anatomie &#224; Amsterdam &#8212;, conf&#233;rence dans laquelle il pr&#233;sentait ses th&#232;ses&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le probl&#232;me de la gen&#232;se humaine &#187;, traduction fran&#231;aise de F. Gantheret (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour la commodit&#233; de la pr&#233;sentation, nous donnerons d'abord la formulation de cette th&#233;orie, assortie d'exemples et d'arguments tir&#233;s de la conf&#233;rence et particuli&#232;rement aptes &#224; l'illustrer. Puis nous d&#233;gagerons les implications &#8212; non explicit&#233;es &#233;videmment dans la conf&#233;rence de Bolk &#8212; qu'un lecteur psychanalyste peut inf&#233;rer de cette th&#233;orie. &lt;br class='manualbr' /&gt;Le point de m&#233;thode qui appara&#238;t fondamental &#224; Bolk est qu'il convient de ne pas se borner, en ce qui concerne l'anatomie ou la physiologie compar&#233;es, &#224; la recherche des ressemblances entre l'homme et les Primates. Le pr&#233;suppos&#233; d'une filiation compromet grandement &#171; l'&#233;tude pour elles-m&#234;mes des particularit&#233;s sp&#233;cifiquement humaines &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour parvenir &#224; une conception de la mani&#232;re dont s'est &#233;difi&#233;e la forme humaine et de la cause de cette &#233;dification, il ne faut pas la consid&#233;rer comme l'aboutissement d'une lign&#233;e de formes ordonn&#233;es (...) mais l'homme lui-m&#234;me doit &#234;tre le but de cette interrogation. Quelle est la nature essentielle de l'homme en tant qu'organisme, et quelle est l'essence de l'homme en tant que forme (p. 245-246) ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cherchant les caract&#232;res morphologiques propres &#224; l'homme, Bolk reconna&#238;t comme sp&#233;cifiques de celui-ci, pour ne citer que les plus notables : l'orthognathisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Orthognathisme : &#171; disposition g&#233;n&#233;rale de la face telle que la ligne du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'absence de pelage, la d&#233;pigmentation de la peau, des cheveux et des yeux, la forme du pavillon de l'oreille, le pli mongol, la situation centrale du Foramen magnum, le poids &#233;lev&#233; du cerveau, la persistance de la fontanelle, les grandes l&#232;vres chez la femme, la structure de la main et du pied, la forme du bassin, l'orientation ventrale de l'orifice g&#233;nital chez la femme, les variations pr&#233;cises de la dentition et des sutures cr&#226;niennes.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ces caract&#232;res sp&#233;cifiques ont-ils ou non entre eux une propri&#233;t&#233; commune ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Ils poss&#232;dent, affirme Bolk, un point qui leur est commun &#224; tous : &#171; Ce sont des conditions ou des &#233;tats f&#339;taux devenus permanents. En d'autres termes, des propri&#233;t&#233;s structurales ou des rapports de forme, qui sont passagers chez le f&#339;tus des autres primates, sont stabilis&#233;s chez l'homme (p. 248.) &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Tel est l'essentiel de la th&#233;orie &#233;videmment r&#233;volutionnaire de Bolk :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si je voulais exprimer en une phrase un peu lapidaire l'essentiel de ma th&#233;orie, je pr&#233;senterais l'homme, du point de vue corporel, comme un f&#339;tus de primate g&#233;n&#233;tiquement stabilis&#233; (p. 249). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les primates ou singes sont la forme men&#233;e jusqu'&#224; son ach&#232;vement d'une cr&#233;ature dont l'homme repr&#233;senterait la forme inachev&#233;e, f&#339;tale.&lt;br class='manualbr' /&gt;La physiologie de l'homme serait caract&#233;ris&#233;e par la lenteur de la croissance et de la maturation g&#233;n&#233;rale :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il n'est pas de mammif&#232;re dont la croissance soit aussi lente que celle de l'homme ; il n'en est pas qui reste aussi longtemps d&#233;pendant de ses parents. Pouvez-vous me citer un mammif&#232;re qui jouisse d'une aussi longue p&#233;riode d'&#233;panouissement que l'homme ? Et &#224; cette lente &#233;closion, &#224; cette p&#233;riode ralentie de maturit&#233;, s'encha&#238;ne une s&#233;nescence si retard&#233;e que nous n'en avons pas d'exemple chez les autres mammif&#232;res. Quel animal, apr&#232;s extinction de sa fonction germinative, peut encore jouir d'une aussi longue existence purement somatique (p. 251) ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la cause d'un tel processus de retardement &#233;volutif, Bolk la voit dans une &#171; alt&#233;ration &#187; du fonctionnement du syst&#232;me endocrinien &#8212; syst&#232;me qui non seulement r&#233;git la croissance somatique mais qui relie entre eux les deux &#233;l&#233;ments constitutifs de l'organisme : le Soma et le Germen. Dans l'&#233;conomie du syst&#232;me endocrinien, des &#233;l&#233;ments freinateurs prendraient chez l'homme une importance croissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce retardement &#233;volutif, qui s'exerce toujours davantage chez l'homme (&#171; l'homme pal&#233;olithique se d&#233;veloppait plus vite, c'est-&#224;-dire &#233;tait adulte &#224; un plus jeune &#226;ge que l'homme actuel &#187;) (p. 259), n'est pas, en tant que processus, propre &#224; l'homme : c'est son intensit&#233; seule qui est sp&#233;cifique. &lt;br class='manualbr' /&gt;Pr&#233;cisons bien, en effet, que pour Bolk, l'homme n'est pas un f&#339;tus de singe qui, il y a quelques dizaines de milliers d'ann&#233;es, serait n&#233; avant terme et qui par une sorte de miracle aurait surv&#233;cu et se serait reproduit d&#232;s lors tel quel.&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour Bolk, l'homme est le produit d'un retardement physiologique, endocrinien, de la croissance et de la maturation, retardement dont on peut d&#233;j&#224; observer progressivement les effets chez les primates depuis les singes inf&#233;rieurs jusqu'aux anthropo&#239;des. L'homme lui-m&#234;me n'est pas &#171; fix&#233; &#187;, il est un &#234;tre en devenir chez lequel le retardement op&#232;re toujours davantage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons l'exemple du pelage. &lt;br class='manualbr' /&gt;Chez les singes inf&#233;rieurs, le nouveau-n&#233; poss&#232;de une fourrure compl&#232;te. &lt;br class='manualbr' /&gt;Chez les Gibbons, le territoire ventral du nouveau-n&#233;, qui est d&#233;nud&#233;, se couvre bient&#244;t de poils. &lt;br class='manualbr' /&gt;Chez les Anthropo&#239;des, comme le chimpanz&#233; et le gorille, le nouveau-n&#233; est nu comme l'enfant humain avec une chevelure d'importance sensiblement &#233;gale. Le corps est enti&#232;rement rev&#234;tu de poils entre deux et trois mois, &#224; l'exception de certaines races de gorilles dont la poitrine reste d&#233;nud&#233;e toute la vie.&lt;br class='manualbr' /&gt;Chez l'homme, l'enfant na&#238;t nu avec seulement une chevelure. Le sexe f&#233;minin conserve cet &#233;tat. Chez l'homme peut appara&#238;tre un pelage tr&#232;s clairsem&#233; au moment de la pubert&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour Bolk, l'apparition d'une calvitie pourrait bien constituer la phase suivante, dont l'aboutissement ult&#233;rieur serait l'absence totale de pelage, c'est-&#224;-dire, pour ce trait particulier &#8212; le pelage &#8212;, la f&#339;talisation compl&#232;te. &lt;br class='manualbr' /&gt;Pour Bolk le retardement continue d'exercer ses effets :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Rendez-vous compte (...) que la progression de cette inhibition du processus vital ne peut franchir une limite d&#233;termin&#233;e sans r&#233;duire sa vitalit&#233;, sa force de r&#233;sistance aux aspects nuisibles d'origine externe, en un mot sa possibilit&#233; de conservation. Plus l'humanit&#233; s'engage sur le chemin de l'hominisation, plus se rapproche le point fatal o&#249; un pas de plus en avant signifie l'an&#233;antissement. Elle n'a pas le pouvoir de s'arr&#234;ter avant ce point. Elle doit poursuivre son ascension, &#224; la rencontre de son an&#233;antissement (p. 278). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voyons bien l&#224; comment, en Bolk, s'exerce la subjectivit&#233; de l'&#234;tre humain : &#224; une th&#233;orie scientifique solidement pourvue d'arguments vient s'ajouter une id&#233;ologie dont le moins qu'on puisse dire est qu'elle n'appara&#238;t nullement n&#233;cessaire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'humanit&#233; actuelle n'est, elle aussi, pas l&#224; pour l'&#233;ternit&#233;, elle aussi est soumise &#224; la loi de la nature r&#233;gissant tout, d'apr&#232;s laquelle n'est conc&#233;d&#233; &#224; l'individu, &#224; l'esp&#232;ce et au groupe, qu'une dur&#233;e limit&#233;e d'existence. Seule la vie est &#233;ternelle et inalt&#233;rable, les formes qui la transportent sont passag&#232;res (p. 278). &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;La loi de la nature... Certes, elle existe. Mais il est sp&#233;cifiquement humain que dans notre esp&#232;ce une autre loi vienne l'&#233;quilibrer, que l'on pourrait appeler le pouvoir de rationalit&#233; sur la nature, c'est-&#224;-dire la possibilit&#233; d'all&#233;ger la pression physiologique ou pathologique des choses. Si ce retardement progressif venait &#224; mettre en p&#233;ril l'existence de l'esp&#232;ce humaine, le d&#233;veloppement de l'endocrinologie, voire de l'immunologie, permettrait d'y trouver rem&#232;de. Par exemple, on sait &#224; pr&#233;sent, dans bon nombre de cas, pallier les insuffisances endocriniennes responsables des avortements durant les trois premiers mois de la grossesse, avortements qui pour Bolk sont en rapport avec ce retardement progressif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me une tonalit&#233; raciste d&#233;plaisante vient se m&#234;ler aux arguments purement scientifiques :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les plus grandes oppositions apparaissent entre la race noire et la race nordique, non seulement au point de vue physique mais aussi au point de vue biologique. Le plus rapide d&#233;veloppement, la plus courte phase de maturit&#233; et la plus prompte s&#233;nilisation portent t&#233;moignage que le retardement du cours de la vie chez le n&#232;gre n'a pas encore atteint le haut degr&#233; qu'il a chez la seconde nomm&#233;e (la race nordique). Que je sois, sur la base de ma th&#233;orie, un partisan convaincu de l'in&#233;galit&#233; des races, cela est facile &#224; comprendre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut ais&#233;ment objecter que la plus courte phase de maturit&#233; et la plus prompte s&#233;nilisation chez le noir sont dues au sous-d&#233;veloppement &#233;conomique. L'absence de soins m&#233;dicaux, la sous-alimentation en paraissent responsables, ce que vient confirmer le fait que la s&#233;nilisation, le vieillissement sont plus pr&#233;coces dans les couches de population blanche elles-m&#234;mes sous-aliment&#233;es et priv&#233;es de ressources m&#233;dicales. &lt;br class='manualbr' /&gt;Il y a un certain humour &#224; se dire que pour un raciste comme Bolk, il est toutefois impossible, en raison m&#234;me de sa th&#233;orie, d'&#233;noncer que le noir est une cr&#233;ature retard&#233;e : elle est une cr&#233;ature en &#171; avance &#187; (&#171; propulsive &#187;, dit Bolk) sur le blanc. Mais cette &#171; avance &#187; somatique, endocrinienne, l'&#233;loigne de l'homme le plus &#233;volu&#233;, lequel se d&#233;finit pr&#233;cis&#233;ment par son &#171; retard &#187;. Le noir, pour Bolk, est davantage animal et moins homme que le blanc. Cette id&#233;ologie surajout&#233;e une fois contest&#233;e, il demeure une th&#233;orie &#8212; certes strictement mat&#233;rialiste &#8212; qui parait fort solidement &#233;tay&#233;e. &lt;br class='manualbr' /&gt;Mais th&#233;orie qui demande &#224; &#234;tre compl&#233;t&#233;e. Car l'accent n'y est mis que sur la ch&#233;tivit&#233;, voire la maladie de l'homme (un animal malade), au d&#233;triment de ses facult&#233;s compensatrices d'action sur les choses. L'accent est mis sur son &#171; manque &#187; par rapport &#224; la loi de la nature, sur sa n&#233;gativit&#233;, au d&#233;triment de sa positivit&#233; : le pouvoir de rationalit&#233;, c'est-&#224;-dire le pouvoir de transformer l'environnement de mani&#232;re &#224; all&#233;ger les pressions ext&#233;rieures&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lutte contre le froid, le manque de nourriture, les &#233;pid&#233;mies, l'obscurit&#233;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il n'en demeure pas moins que l'accent mis sur le manque appara&#238;t fort pertinent. Il nous para&#238;t en effet exister un rapport de cause &#224; effet, ainsi que nous l'avons indiqu&#233; au chapitre pr&#233;c&#233;dent, entre la sp&#233;cificit&#233; somatique de l'&#234;tre humain et la formation de l'Inconscient, entre son impuissance motrice premi&#232;re, sa d&#233;pendance de longues ann&#233;es durant envers ses protecteurs naturels et sa tendance ult&#233;rieure &#224; chercher une illusoire et irrationnelle s&#233;curit&#233; dans la d&#233;pendance psycho-affective envers une entit&#233; ou un &#234;tre.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais ce &#171; manque &#187;, cette n&#233;gativit&#233; psychologique et psycho-affective sont, ou peuvent &#234;tre, chez l'homme, &#233;quilibr&#233;s pr&#233;cis&#233;ment par la &#171; positivit&#233; &#187; de ce pouvoir de rationalit&#233;. Qu'est-ce qu'une cure psychanalytique, sinon la prise de conscience par le sujet des forces inactuelles d'origine infantile qui accroissent son d&#233;sir de d&#233;pendance et, inhibant sa maturation psycho-affective, freinent cet autre d&#233;sir en lui qui est celui de l'autonomie et de l'&#233;panouissement. &lt;br class='manualbr' /&gt;Telle est la th&#233;orie de Bolk, dite de la f&#339;talisation.&lt;br class='manualbr' /&gt;Elle est sans doute la premi&#232;re explication exclusivement bio-physiologique de la gen&#232;se humaine. Elle montre non pas tant pourquoi l'homme est apparu que comment il a pu appara&#238;tre. Si l'on accepte le bien-fond&#233; de cette th&#233;orie, on admet qu'un certain nombre de conditions se trouvaient r&#233;unies rendant possible la naissance de l'esp&#232;ce humaine. Le volume de la bo&#238;te cr&#226;nienne, d&#251; tant &#224; la persistance des courbures f&#339;tales qu'&#224; la non-soudure des fontanelles, rendait possible le d&#233;veloppement exceptionnel du cerveau ; c'est-&#224;-dire la mise en place de circuits nerveux plus complexes et plus nombreux multipliant tant les syst&#232;mes d'int&#233;gration perceptive centrale sensorielle et sensitive que les connexions inter-syst&#233;miques et la m&#233;morisation. D'autre part, la naissance pr&#233;matur&#233;e du petit d'homme et la lenteur de sa maturation rendant indispensable, des ann&#233;es durant, une protection par des adultes, permettent de comprendre comment de complexes relations psychologiques peuvent s'&#233;tablir entre prot&#233;g&#233; et protecteur dans l'enfance. C'est dans cette association de ph&#233;nom&#232;nes d'ordre, pourrait-on dire, instrumental et d'ordre psychologique, que para&#238;t pouvoir &#234;tre situ&#233;e la sp&#233;cificit&#233; humaine.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ajoutons encore que si l'homme n'avait pas joui de la facult&#233; psycho-instrumentale de compenser sa sp&#233;cificit&#233; anatomique et physiologique par un pouvoir sur la nature, cette nouvelle esp&#232;ce de cr&#233;atures vivantes aurait tr&#232;s rapidement disparu, sous la pression des forces environnantes. Et m&#234;me compte tenu de ce pouvoir, on peut bien consid&#233;rer que la permanence de l'esp&#232;ce jusqu'&#224; nous est la cons&#233;quence de ph&#233;nom&#232;nes fort hasardeux : logiquement, pourrait-on dire, les &#233;pid&#233;mies, par exemple, auraient d&#251; emporter l'esp&#232;ce. Dans cette perspective, la survie de l'humanit&#233; repose sur la condition implicite depuis les origines qu'il faut avant tout gagner du temps, afin de pouvoir, durant ce d&#233;lai, ma&#238;triser les forces hostiles. Il fallait gagner du temps sur les &#233;pid&#233;mies afin de d&#233;velopper m&#233;decine et microbiologie, comme aujourd'hui il reste encore n&#233;cessaire de gagner du temps contre la guerre atomique, par exemple, afin de permettre la compr&#233;hension et le maniement des forces agressives de destruction que l'homme porte en lui. &lt;br class='manualbr' /&gt;Cette sp&#233;cificit&#233; humaine, li&#233;e &#224; un pouvoir psycho-instrumental sur la nature, cette association de faiblesse et de puissance, de rationalit&#233; et d'irrationalit&#233; (d&#233;finie comme l'in&#233;luctable persistance de traits psychiques infantiles), trouvent dans les th&#232;ses de Bolk un r&#233;pondant bio-psychologique qui permet de regarder sous un jour nouveau certains ph&#233;nom&#232;nes auxquels la psychanalyse depuis ses origines a fait jouer un r&#244;le fondamental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en est ainsi de l'universalit&#233; du tabou de l'inceste, non certes d&#233;couvert par Freud, mais ce qui &#233;tait un ph&#233;nom&#232;ne sociologique a &#233;t&#233; repris par lui sur le plan de la psychologie individuelle avec les d&#233;veloppements que l'on sait. Or la th&#233;orie de Bolk compl&#232;te harmonieusement les donn&#233;es de la sociologie et de la psychanalyse.&lt;br class='manualbr' /&gt;Sur le plan bio-somatique, le d&#233;veloppement humain est marqu&#233; pour Bolk par une dissociation entre l'&#233;panouissement du Soma et celui du Germen. Par exemple, le Germen f&#233;minin est achev&#233; dans sa substance &#224; l'&#226;ge de quatre ou cinq ans : le volume de l'ovaire est identique chez une fillette de 4 ans et chez une adolescente de 14 ans. Ceci &#233;tant un caract&#232;re sp&#233;cifique humain : chez tous les autres organismes l'arriv&#233;e &#224; maturit&#233; de la fonction g&#233;nitale correspond &#224; l'ach&#232;vement de la forme d&#233;finitive :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vis-&#224;-vis de cette r&#232;gle universelle, l'organisme humain se comporte de telle mani&#232;re que, avec un ach&#232;vement de la croissance vers la 18e ann&#233;e, la possibilit&#233; de maturit&#233; g&#233;nitale est d&#233;j&#224; donn&#233;e dans la 5e ann&#233;e, l'&#226;ge seuil de celle-ci se tenant dans la 11e ann&#233;e : cette r&#233;p&#233;tition trouve son explication naturelle dans le retardement du cours de la vie humaine, avec cette hypoth&#232;se simultan&#233;e que l'&#233;panouissement du Soma a &#233;t&#233; plus fortement inhib&#233; que celui du Germen. Et la possibilit&#233; de maturit&#233; sexuelle dans la 5e ann&#233;e, &#226;ge sensiblement conforme &#224; celui de la maturit&#233; sexuelle des anthropomorphes, nous fait, &#224; mon sens, conna&#238;tre l'&#226;ge auquel les tout premiers hominid&#233;s parvenaient &#224; la maturit&#233; sexuelle (p. 262). &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rappelons que pour Freud et les psychanalystes le complexe d'&#338;dipe &#8212; le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan psychologique, qui est celui nous int&#233;ressant le plus ici, une dimension nouvelle appara&#238;t.&lt;br class='manualbr' /&gt;En somme, entre 4 et 5 ans, la maturit&#233; sexuelle est accomplie sur le plan endocrinien &#8212; avec la composante psychique que cette situation peut comporter &#8212; mais somatiquement les moyens sont refus&#233;s pour cet accomplissement.&lt;br class='manualbr' /&gt;Sociologiquement, la femme vers laquelle naturellement se porterait ce d&#233;sir, s'il pouvait s'accomplir, est la m&#232;re, puisque tout un ensemble de relations s'est d&#233;velopp&#233; entre elle et l'enfant.
Mais le refoulement des d&#233;sirs &#339;dipiens vers la m&#232;re et de la rivalit&#233; envers le p&#232;re ne s'explique sans doute pas uniquement par des raisons que l'on pourrait appeler &#171; r&#233;alistes &#187;. Si le gar&#231;on refoule ses d&#233;sirs, ce n'est pas seulement parce qu'un bilan de la situation r&#233;elle lui fait juger &#224; la fois plus r&#233;aliste (impuissance somatique envers la m&#232;re) et plus prudent (disproportion des forces vis-&#224;-vis du p&#232;re) de taire ses sentiments.&lt;br class='manualbr' /&gt;Un point essentiel est que, pour lui, la r&#233;union &#224; la m&#232;re dans une relation binaire, &#224; deux, est v&#233;cue comme un retour &#224; des modes archa&#239;ques d'&#233;change nourrisson-m&#232;re et, plus profond&#233;ment encore, comme un retour &#224; l'int&#233;rieur de la m&#232;re, fantasme inconscient charg&#233;, aussi, d'angoisse.&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans la mesure o&#249; ce que nous avons appel&#233; la blessure narcissique originelle et les in&#233;vitables frustrations ult&#233;rieures ont fait se lever en lui, dans la premi&#232;re enfance, une intense agressivit&#233; envers la m&#232;re, par int&#233;riorisation de cette image s'est form&#233;e en lui une image de la &#171; mauvaise &#187; m&#232;re, mortif&#232;re, morcelante, destructrice. Revenir en arri&#232;re, c'est s'exposer &#224; l'hostilit&#233; de celle-ci.&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans la mesure o&#249; s'est aussi constitu&#233;e l'image d'une m&#232;re &#171; bonne &#187;, source de chaleur et de vie, nourrici&#232;re, protectrice, revenir en arri&#232;re c'est se fondre en elle, fusionner avec elle, dispara&#238;tre voluptueusement en une f&#233;licit&#233; o&#249; la conscience s'effacerait. Le sommeil ou l'orgasme sont des formes vitales connotant cette r&#233;gression du Moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce retour en arri&#232;re dans une relation binaire &#224; la m&#232;re est &#224; la fois, pourrait-on dire, v&#233;cu comme la mort angoissante (une angoisse mortelle) et la &#171; petite mort &#187; de la jouissance. Le langage usuel parle aussi bien de &#171; mourir de plaisir &#187; que d'une &#171; angoisse mortelle &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le p&#232;re repr&#233;sente alors non seulement le rival, mais aussi celui par lequel s'introduit un m&#233;diateur permettant d'am&#233;nager la relation m&#232;re-fils ; son &#233;limination totale le laisserait seul avec la m&#232;re dans une relation binaire angoissante. Cette nouvelle relation triangulaire est pr&#233;cis&#233;ment celle d&#233;crite par Freud sous le nom de complexe d'&#338;dipe, avec sa double polarit&#233; &#224; la fois positive et hostile vers chacun des deux parents.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le complexe d'&#338;dipe est dramatique en ce sens que l'objet d&#233;sir&#233; &#8212; la m&#232;re &#8212; est &#224; la fois l'incarnation de la mort et de la vie, et que le p&#232;re est &#224; la fois le m&#233;diateur n&#233;cessaire et le rival d&#233;mesur&#233;ment plus fort. La solution &#224; ce drame r&#233;side dans un refoulement des d&#233;sirs qui deviennent inconscients et dans une identification r&#233;ussie au p&#232;re.&lt;br class='manualbr' /&gt;Sa vie durant, en raison de son passage exceptionnellement long par l'enfance, l'homme vivra fantasmatiquement et inconsciemment toute maturation, tout &#233;panouissement, toute &#171; propulsion &#187; pour employer le vocabulaire de Bolk, comme gagn&#233;s au d&#233;triment des images parentales, sur le mod&#232;le du conflit &#339;dipien. Nous retrouverons sans cesse dans cet Essai les cons&#233;quences d'une telle situation tr&#232;s exactement irrationnelle, en ce sens que les raisons la motivant ne se trouvent pas dans la r&#233;alit&#233; du moment mais dans une r&#233;alit&#233; ant&#233;rieure, in&#233;luctablement projet&#233;e dans le pr&#233;sent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb22-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Le probl&#232;me de la gen&#232;se humaine &#187;, traduction fran&#231;aise de F. Gantheret et G. Lapassade. Revue Fran&#231;aise de Psychanalyse, n&#176; 2, mars-avril 1961, p. 242-279. Signalons le tr&#232;s int&#233;ressant livre de G. Lapassade, &lt;i&gt;L'Entr&#233;e dans la Vie&lt;/i&gt; (&#233;d. de Minuit, 1963) dont l'auteur s'appuie sur des th&#232;ses bolkiennes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Orthognathisme : &#171; disposition g&#233;n&#233;rale de la face telle que la ligne du profil allant du front au menton soit verticale. &#187; Dic. Garnier-Delamare.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Lutte contre le froid, le manque de nourriture, les &#233;pid&#233;mies, l'obscurit&#233;, la gravitation, la distance, etc. Plus r&#233;cemment lutte contre les pressions excessives internes soit somatiques (m&#233;decine, chirurgie), soit psychologiques (psychanalyse).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Rappelons que pour Freud et les psychanalystes le complexe d'&#338;dipe &#8212; le drame psychique correspondant &#224; une pouss&#233;e sexuelle sans espoir &#8212; se forme pr&#233;cis&#233;ment entre 3 et 5 ans.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>La double sp&#233;cificit&#233; humaine somatique et psychique (2/3)</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?713-la-double-specificite-humaine</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?713-la-double-specificite-humaine</guid>
		<dc:date>2014-01-21T18:38:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Anthropologie</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>Mendel G.</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Premi&#232;re partie disponible ici (.../...) Nous sommes donc parvenus &#224; l'hypoth&#232;se d'une accumulation quantitative &#233;nerg&#233;tique exceptionnelle provoquant, d&#232;s la p&#233;riode n&#233;o-natale, une augmentation des tensions internes comparativement &#224; ce qui se passe chez l'animal ; ceci essentiellement parce que la libido ne peut &#234;tre convertie en activit&#233; motrice. Rappelons que pour Freud l'angoisse appara&#238;t quand une surcharge tensionnelle ne peut trouver satisfaction, et qu'elle se d&#233;finit comme (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-6-psychanalyse-+" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-110-anthropologie-+" rel="tag"&gt;Anthropologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-166-mendel-g-+" rel="tag"&gt;Mendel G.&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?708-la-double-specificite-humaine' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Premi&#232;re partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes donc parvenus &#224; l'hypoth&#232;se d'une accumulation quantitative &#233;nerg&#233;tique exceptionnelle provoquant, d&#232;s la p&#233;riode n&#233;o-natale, une augmentation des tensions internes comparativement &#224; ce qui se passe chez l'animal ; ceci essentiellement parce que la libido ne peut &#234;tre convertie en activit&#233; motrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons que pour Freud l'angoisse appara&#238;t quand une surcharge tensionnelle ne peut trouver satisfaction, et qu'elle se d&#233;finit comme &#233;tant la manifestation d'une &#171; &#233;nergie libre &#187;, c'est-&#224;-dire non li&#233;e &#224; une repr&#233;sentation consciente ou inconsciente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nouveau-n&#233; est donc un &#234;tre soumis &#224; l'angoisse. Cette angoisse propre &#224; la condition humaine, elle s'impose, elle est l&#224; pr&#233;sente d&#232;s le tout d&#233;but. A notre sens, l'appareil psychique humain se met en forme progressivement chez le nouveau-n&#233; et l'enfant tant en fonction des informations socio-culturelles (par exemple, le mode d'&#233;levage par la m&#232;re varie selon les cultures) que des r&#233;actions neuro-biologiques au plaisir-d&#233;plaisir ; informations et r&#233;actions resteront m&#233;moris&#233;es et infl&#233;chiront le d&#233;veloppement ult&#233;rieur. Ainsi, peut s'op&#233;rer une certaine ma&#238;trise de l'angoisse originelle et une tentative d'harmonisation des processus cr&#233;ateurs d'irrationnel (essentiellement, dans ce premier temps, le fantasme) constituant la premi&#232;re d&#233;fense contre l'angoisse, avec la n&#233;cessaire prise en consid&#233;ration de la r&#233;alit&#233;, devenue possible lors du d&#233;veloppement ult&#233;rieur de la motricit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La formation pr&#233;coce de la &lt;i&gt;psych&#233;&lt;/i&gt; s'effectuerait ainsi en deux &#233;tapes. Dans la premi&#232;re &#233;tape, avant six mois, l'angoisse est r&#233;veill&#233;e, major&#233;e d&#232;s qu'une frustration&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Frustration alimentaire ou de toute autre nature.&#034; id=&#034;nh23-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; appara&#238;t. Cette angoisse si forte chez le nourrisson, pour les raisons indiqu&#233;es (surcharge quantitative), qu'elle peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme sp&#233;cifique &#224; l'esp&#232;ce humaine, r&#233;pond en fait &#224; l'investissement par l'&#233;nergie libidinale libre de tout le syst&#232;me sensitif et sensoriel si exceptionnellement d&#233;velopp&#233; chez le petit d'homme. Cette souffrance aigu&#235;, diffuse, discontinue, risquerait, si une d&#233;fense n'intervenait pas, de l&#233;ser gravement puis de d&#233;truire le Moi en formation, ce pr&#233;-Moi narcissique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous entendons l&#224;, mais seulement en ce passage, le Narcissisme en dehors de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; constitu&#233; &#224; partir d'un &#171; amour de soi &#187; &#233;l&#233;mentaire et quasi biologique.&lt;br class='manualbr' /&gt;En effet, en l'absence de heurts, le jeu des fonctions vitales est g&#233;n&#233;rateur d'une sensation de plaisir qui peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme &#224; l'origine de l'&#171; amour de soi &#187; que se porte toute cr&#233;ature vivante. Cet amour de soi d'ordre biologique se maintient et se nourrit de par l'apport des diverses satisfactions provenant du fonctionnement harmonieux des fonctions tant internes que concernant la vie de relation. Chez le nouveau-n&#233;, cet &#171; amour de soi &#187; est comme chez l'animal soumis aux al&#233;as des apports du milieu ext&#233;rieur (assouvissement discontinu de la soif et de la faim, froid et chaud, contacts cutan&#233;s, etc.), mais une angoisse exceptionnellement forte risque de l'alt&#233;rer d&#233;finitivement. Pour nombre d'auteurs, la schizophr&#233;nie et les maladies psychosomatiques seraient li&#233;es &#224; des apports externes d&#233;fectueux, dysharmonieux, dans les premiers mois de la vie, ayant provoqu&#233;, ainsi pourrait-on l'interpr&#233;ter, une alt&#233;ration du noyau narcissique de ce qui ult&#233;rieurement constitue le Moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A notre sens, de toutes mani&#232;res, &#224; l'occasion des in&#233;vitables &#8212; et n&#233;cessaires &#8212; frustrations, une angoisse, sp&#233;cifique par son intensit&#233;, s'&#233;veille chez l'homme, &#224; l'origine de ce que l'on pourrait nommer une blessure narcissique originelle. Ult&#233;rieurement d'autres blessures narcissiques li&#233;es aux frustrations de l'enfance, aux restrictions diverses, aux d&#233;sirs inassouvis et impossibles &#224; assouvir en raison de l'immaturit&#233; motrice, &#224; la d&#233;pendance envers les parents, s'ajouteront &#224; la blessure originelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En ce point pr&#233;cis o&#249; nous sommes parvenus, nous ne pouvons, tout (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Cette angoisse du petit d'homme est &#233;videmment en grande partie fonction de l'importance des frustrations. Au cours de cette premi&#232;re &#233;tape du d&#233;veloppement, il existe une activit&#233; jouant en quelque sorte un r&#244;le d'effet-tampon afin, pensons-nous, de neutraliser un moment l'effet de cette frustration tandis que sont &#233;mis des signaux d'appel (cris, agitation) coupl&#233;s de mani&#232;re automatique avec la frustration. Cette activit&#233;, c'est le fantasme auquel nous consacrerons tout un chapitre. Le nourrisson qui a faim, en m&#234;me temps qu'il crie, hallucine la r&#233;alisation de son d&#233;sir. L'activit&#233; fantasmatique est, pensons-nous, &#224; l'origine, une &lt;i&gt;hallucination sensorielle&lt;/i&gt;, rendue possible par le d&#233;veloppement pr&#233;coce du syst&#232;me nerveux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'appareil psychique tel que nous le connaissons ne se constitue vraiment que lors d'une seconde &#233;tape, vers l'&#226;ge de six mois&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bien &#233;videmment, le nourrisson ne passe pas brutalement d'une phase &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce second temps, l'&#233;nergie en exc&#232;s et libre, et qui est responsable du ph&#233;nom&#232;ne de l'angoisse, va, &#224; notre sens, se trouver li&#233;e &#224; ce que Freud nomme des &#171; repr&#233;sentations de choses &#187;, c'est-&#224;-dire, en simplifiant, au souvenir sensoriel des &#171; choses &#187; (visuelles, acoustiques, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pensons que la formation de la &lt;i&gt;psych&#233;&lt;/i&gt; tout enti&#232;re va d&#233;couler de ce surinvestissement des &#171; repr&#233;sentations de choses &#187; par la libido libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux conditions sont n&#233;cessaires pour la r&#233;ussite de ce processus, toutes deux r&#233;unies chez l'homme.&lt;br class='manualbr' /&gt;D'une part, la capacit&#233; de former des &#171; repr&#233;sentations de choses &#187;. Il ne suffit pas, en effet, bien &#233;videmment, que des tensions internes exceptionnellement intenses se produisent chez un animal pour qu'un appareil psychique semblable &#224; celui de l'homme puisse, m&#234;me au long des g&#233;n&#233;rations, se former. Un d&#233;veloppement exceptionnel du Syst&#232;me Nerveux Central existe d&#233;j&#224; chez les Primates sup&#233;rieurs, permettant une m&#233;morisation des exp&#233;riences v&#233;cues au contact de la r&#233;alit&#233; externe et donc, par l&#224; m&#234;me, une &lt;i&gt;capacit&#233;&lt;/i&gt; &#224; former d'assez nombreuses &#171; repr&#233;sentations de choses &#187;. Le d&#233;veloppement particuli&#232;rement pr&#233;coce du syst&#232;me sensoriel chez le petit d'homme permet de comprendre la vari&#233;t&#233; et la richesse des impressions et des informations en provenance du dehors et qui se trouvent &#171; stock&#233;es &#187; chez le nourrisson. D&#232;s avant qu'intervienne le refoulement, tout un lot de &#171; repr&#233;sentations de choses &#187; se trouve ainsi m&#233;moris&#233; chez lui, et utilis&#233; au fur et &#224; mesure par l'activit&#233; fantasmatique. Si l'on veut employer une image, inexacte comme toutes les images, le nourrisson, au cours de cette phase premi&#232;re, se trouverait dans la situation d'un homme paralys&#233;, mi-r&#234;veur, mi-observateur, tant&#244;t combl&#233;, et tant&#244;t angoiss&#233;, dont toute la vie, tout l'int&#233;r&#234;t port&#233; aux choses s'organiseraient &#224; partir de son appareil sensoriel, et qui, n'agissant pas, confondrait r&#234;ve et r&#233;alit&#233;. &#8212; Le differt de la d&#233;charge motrice, sur lequel insiste Freud, n'est peut-&#234;tre pas tant la cons&#233;quence de la formation de la &lt;i&gt;psych&#233;&lt;/i&gt; que sa cause ou une de ses causes. Ne pouvant utiliser sa motricit&#233;, le nourrisson investit l'instrument fonctionnel &#224; sa disposition : la sensorialit&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous rejoignons ici la seconde condition n&#233;cessaire pour que les &#171; repr&#233;sentations de choses &#187; soient surinvesties, &#224; savoir la pr&#233;sence d'une &#233;nergie libidinale libre en exc&#232;s. Et l'exc&#232;s est ici consid&#233;rable, si l'on consid&#232;re, pour situer les choses par une image, les possibilit&#233;s de d&#233;pense offertes &#224; un poulain d'un mois et &#224; un nourrisson de six mois, tous deux du m&#234;me &#226;ge comparativement &#224; leur long&#233;vit&#233;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Mais en raison des besoins-d&#233;sirs, de la frustration et de l'agressivit&#233; contre les personnages ext&#233;rieurs qui commencent &#224; &#234;tre &#224; certains moments per&#231;us, certaines de ces &#171; repr&#233;sentations de choses &#187; deviennent intol&#233;rables au Moi en train de se former. L'agressivit&#233; risque fantasmatiquement de d&#233;truire l'objet, et donc de faire perdre au sujet l'amour et la protection n&#233;cessaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un m&#233;canisme intervient alors, fondamental, sp&#233;cifique : le refoulement, constitutif de l'Inconscient. &#171; (...) &lt;i&gt;l'essence du refoulement ne consiste qu'en ceci : mettre &#224; l'&#233;cart et tenir &#224; distance du conscient&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#233;tapsychologie, p. 47. Soulign&#233; par Freud&#034; id=&#034;nh23-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Et encore : &#171; Il en r&#233;sulte une condition pour le refoulement : le motif du d&#233;plaisir doit acqu&#233;rir une puissance sup&#233;rieure &#224; celle du plaisir satisfaction&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 47.&#034; id=&#034;nh23-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; &lt;br class='manualbr' /&gt;Le refoulement est donc le m&#233;canisme de d&#233;fense fondamental, rigoureusement sp&#233;cifique de l'homme, par lequel certaines &#171; repr&#233;sentations de choses &#187; sont mises &#224; l'&#233;cart en un lieu interne, l'Inconscient, o&#249; va se poursuivre leur existence dynamique ; une d&#233;pense continue de force, un contre-investissement, seront n&#233;cessaires pour emp&#234;cher leur retour dans la conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, vers l'&#226;ge de six mois, le Moi-Tout originel qui englobait son environnement se clive en sujet et en objet, une partie de la libido narcissique investit l'objet, prenant alors le nom de libido objectale. Le Moi et l'Inconscient se constituent. &#8212; Le refoulement nous para&#238;t avoir ainsi charge de prot&#233;ger le Moi non plus sur son versant narcissique &#8212; c'&#233;tait et ce demeurera la fonction du fantasme &#8212; mais sur son versant objectal, c'est-&#224;-dire dans sa relation avec autrui. La peur de d&#233;truire l'objet, la peur d'&#234;tre d&#233;truit par lui &#233;tant, en derni&#232;re analyse, la raison d'&#234;tre du refoulement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; partir du moment o&#249; s'est form&#233; l'Inconscient, un monde par essence irrationnel est n&#233;, &#233;chappant &#224; l'&#233;preuve de la r&#233;alit&#233;, aux corrections apport&#233;es par les ult&#233;rieures exp&#233;riences avec le monde. &lt;br class='manualbr' /&gt;Notons aussi que c'est seulement &#224; partir de la constitution du Moi et de la reconnaissance de l'Objet externe qu'il est possible de parler de sexualit&#233; (et non plus comme auparavant d'auto-&#233;rotisme) ou d'agressivit&#233; (et non plus d'angoisse)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Que l'agressivit&#233; se constitue &#224; partir et sur la base de ce qui &#233;tait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir du processus fondamental du refoulement, qui est constitutif de l'Inconscient, il est possible de construire un mod&#232;le permettant de comprendre la formation de la &lt;i&gt;psych&#233;&lt;/i&gt;. Disons un mot d&#232;s &#224; pr&#233;sent de deux m&#233;canismes psychiques fondamentaux sur lesquels nous serons souvent amen&#233;s &#224; revenir et qui sont tous deux li&#233;s &#224; l'&lt;i&gt;agressivit&#233;&lt;/i&gt;. Il n'est pas contestable, en effet, qu'il existe en l'homme une force exceptionnelle des pulsions agressives que l'on peut rapporter &#224; ce que nous avons nomm&#233; pr&#233;c&#233;demment la blessure narcissique originelle, entretenue par la suite par l'ensemble des frustrations, restrictions et d&#233;pendances de l'enfance ; l'agressivit&#233; doit en effet &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme la r&#233;ponse du Moi &#224; une souffrance narcissique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant tout le temps qu'il d&#233;pend de ses protecteurs naturels, l'enfant, en raison de la discordance entre ses d&#233;sirs et leur possibilit&#233; de r&#233;alisation du fait de son sous-d&#233;veloppement moteur, se saisit incomplet, inachev&#233;. D&#232;s lors, il d&#233;sire se compl&#233;ter, devenir semblable &#224; ses protecteurs. Ce d&#233;sir, en raison de la souffrance narcissique dont nous venons de parler &#8212; qu'elle soit intens&#233;ment actualis&#233;e par une frustration ou bien surtout h&#233;rit&#233;e de la blessure narcissique originelle &#8212;, est v&#233;cu fantasmatiquement dans l'Inconscient comme une captation &lt;i&gt;agressive&lt;/i&gt; de la puissance de l'autre, entra&#238;nant sa mutilation ou sa destruction. Toute croissance, tout renforcement, tout &#233;panouissement de l'enfant seront v&#233;cus dans son Inconscient comme s'op&#233;rant &lt;i&gt;au&lt;/i&gt; &lt;i&gt;d&#233;triment&lt;/i&gt; des parents, de l'autre, de l'Objet. D'o&#249; la peur du talion&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ainsi pourrait se comprendre l'ambivalence dont sont empreintes toutes les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et une culpabilit&#233; fondamentale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La culpabilit&#233; envers une personne se d&#233;finissant au mieux, rappelons-le, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce processus psychique, bien qu'att&#233;nu&#233; en cas de d&#233;passement heureux du conflit &#339;dipien, persistera la vie durant chez l'adulte et sera &#224; l'origine de maintes conduites irrationnelles (masochisme, angoisse devant le bonheur, n&#233;vrose d'&#233;chec, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un second m&#233;canisme fondamental d&#233;rive de l'int&#233;riorisation de la relation de l'homme avec ses semblables &#8212; dite &#171; relation objectale &#187; dans le langage psychanalytique &#8212; relation qui, devenue inconsciente, est &#224; l'origine du processus de l'identification. En raison de l'int&#233;riorisation, il se produit un retournement de la relation. Par exemple, une relation r&#233;gressive du sujet envers l'Objet &lt;i&gt;externe&lt;/i&gt; &#8212; essentiellement les parents &#8212; devient, une fois int&#233;rioris&#233;e, une relation agressive de l'Objet interne envers le sujet. L'objet int&#233;rioris&#233;, ou &lt;i&gt;Imago&lt;/i&gt;, est devenu ce que Freud nomme le &#171; repr&#233;sentant psychique de la pulsion &#187;. C'est ainsi qu'au cours du conflit &#339;dipien, le fils vit fantasmatiquement son propre d&#233;sir d'&#233;panouissement et de conqu&#234;te de la m&#232;re comme li&#233; &#224; la castration de son P&#232;re, et int&#233;riorise de ce fait une image limitatrice, castratrice et inconsciente de ce dernier : le &lt;i&gt;Surmoi&lt;/i&gt;. Il se forme pour chaque parent une image inconsciente bienveillante, et une image hostile, soit quatre imagos qui, normalement, int&#233;gr&#233;es dans le Moi du Sujet, sont responsables de sa force ou de sa faiblesse. On peut consid&#233;rer que, dans les cas favorables, gr&#226;ce &#224; ces Identifications, le sujet non seulement acquiert les &#171; qualit&#233;s &#187; de l'Objet, mais encore recouvre cette part de la libido narcissique qui s'est port&#233;e sur l'Objet lors du clivage du Moi-Tout, et &#171; cicatrise &#187; ainsi, tout au moins autant que faire se peut, ses diff&#233;rentes blessures narcissiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous voulions r&#233;sumer les donn&#233;es pr&#233;c&#233;dentes, nous pourrions &#233;crire qu'aux origines de l'homme s'est produite la conjonction d'une sp&#233;cificit&#233; somatique, source d'une intol&#233;rable tension &#233;nerg&#233;tique interne, et d'une capacit&#233; instrumentale &#224; former et &#224; retenir des repr&#233;sentations, capacit&#233; qui s'&#233;tait d&#233;velopp&#233;e progressivement jusqu'aux Primates sup&#233;rieurs pour atteindre chez eux d&#233;j&#224; un degr&#233; exceptionnel. La libido libre aurait surinvesti ces repr&#233;sentations, particuli&#232;rement nombreuses chez l'homme en raison de la pr&#233;cocit&#233; du d&#233;veloppement sensoriel ; certaines repr&#233;sentations intol&#233;rables au Moi auraient &#233;t&#233; refoul&#233;es. Sur ces bases, l'appareil psychique humain tel que nous le connaissons se serait progressivement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Progressivement, c'est-&#224;-dire que d'une part le plan psychique atteint (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; d&#233;velopp&#233;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Ainsi, dans ses grandes lignes, pourrait se comprendre comment s'est form&#233;e la &lt;i&gt;psych&#233;&lt;/i&gt;. Mais, toujours en sachant qu'il s'agit l&#224; d'hypoth&#232;ses de travail, ne peut-on essayer d'aller un peu plus loin, passant ainsi quelque peu outre &#224; l'avis d'un ma&#238;tre en la mati&#232;re, Claude Bernard, quand il &#233;crivait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si notre sentiment pose la question du &lt;i&gt;pourquoi&lt;/i&gt;, notre raison nous montre que la question du &lt;i&gt;comment&lt;/i&gt; est seule &#224; notre port&#233;e ; pour le moment, c'est donc la question du &lt;i&gt;comment&lt;/i&gt; qui seule int&#233;resse le savant et l'exp&#233;rimentateur (Claude Bernard, &lt;i&gt;Introduction &#224; l'&#233;tude de la m&#233;decine exp&#233;rimentale&lt;/i&gt;, p. 130). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, d&#232;s que l'on aborde le probl&#232;me non plus seulement du &lt;i&gt;fonctionnement&lt;/i&gt;, mais de la &lt;i&gt;fonction&lt;/i&gt; des processus, il devient difficile de d&#233;m&#234;ler exactement si l'on se pr&#233;occupe du &lt;i&gt;comment&lt;/i&gt; ou du &lt;i&gt;pourquoi&lt;/i&gt;. Lorsque Freud, dans le passage que nous avons plac&#233; en exergue &#224; ce chapitre, &#233;crit que le &#171; syst&#232;me nerveux en g&#233;n&#233;ral [a] la t&#226;che de &lt;i&gt;ma&#238;triser les excitations&lt;/i&gt; &#187;, il empi&#232;te d&#233;j&#224; largement sur le domaine du &lt;i&gt;pourquoi&lt;/i&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;A la suite pr&#233;cis&#233;ment de cette hypoth&#232;se freudienne, nous voudrions &#224; pr&#233;sent d&#233;fendre la th&#232;se selon laquelle l'appareil psychique s'est d&#233;velopp&#233; afin de ma&#238;triser certaines excitations internes dont l'intensit&#233; aurait mis en p&#233;ril la survie de l'esp&#232;ce&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous laissons l&#224; telle quelle cette formulation des premi&#232;res &#233;ditions afin (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Il est &#233;videmment fallacieux de d&#233;crire de mani&#232;re s&#233;par&#233;e l'accumulation &#233;nerg&#233;tique, la surcharge tensionnelle en rapport avec la sp&#233;cificit&#233; humaine somatique, et la formation des processus ayant pour r&#233;sultat de prot&#233;ger le Moi dans sa fonction d'&#233;quilibrateur entre la r&#233;alit&#233; interne et la r&#233;alit&#233; externe. Les premi&#232;res g&#233;n&#233;rations humaines ne se caract&#233;risaient certainement pas par une circulation d'&#233;nergie interne libidinale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous consid&#233;rons, avec Freud, l'angoisse comme un sous-produit de la libido (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#224; l'&#233;tat libre, c'est-&#224;-dire sans mise en &#339;uvre aucune de m&#233;canismes de r&#233;gulation. &lt;br class='manualbr' /&gt;Mais nous pensons que ces m&#233;canismes r&#233;gulateurs se sont lentement modifi&#233;s depuis les origines&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous nous s&#233;parons sur ce point de Freud, qui exprime une opinion assez (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et n'avaient pas &#224; cette &#233;poque des caract&#232;res exactement semblables &#224; ceux que nous pouvons observer aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut estimer que vis-&#224;-vis de cette tension libidinale excessive et qui, faute de pouvoir se lib&#233;rer, entra&#238;ne le ph&#233;nom&#232;ne d'angoisse, certains m&#233;canismes ont &#233;t&#233; retenus par la s&#233;lection naturelle qui avaient jusque-l&#224; fait leur preuve au cours de l'&#201;volution&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sans doute vaudrait-il mieux parler d'un processus de diversification que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; tant dans la vie de relation (harmonisant les tensions avec le monde ext&#233;rieur) que dans la r&#233;gulation des fonctions physiologiques. En d&#233;finitive, chez l'homme l'&#201;volution se serait poursuivie sur un autre plan que dans la vie animale, mais selon un mode sensiblement analogue. Le d&#233;veloppement progressif de l'appareil psychique avec ses divers m&#233;canismes de d&#233;fense et ses diverses instances aurait eu pour but d'endiguer l'exceptionnelle tension interne due &#224; la sp&#233;cificit&#233; somatique humaine afin que soit assur&#233;, malgr&#233; tout, un rapport au monde ext&#233;rieur non totalement anarchique, rapport sans lequel la survie de l'esp&#232;ce n'aurait pu &#234;tre assur&#233;e. &lt;br class='manualbr' /&gt;Chez l'homme des origines, la libido et l'angoisse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La confirmation de cette hypoth&#232;se pourrait &#234;tre apport&#233;e par le fait que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; se seraient ainsi li&#233;es &#224; des &#171; repr&#233;sentations de choses &#187;, au souvenir sensoriel &#8212; visuel, acoustique, tactile, etc. &#8212; des &#171; choses &#187;. Sans ce lien entre la libido et l'angoisse et la repr&#233;sentation, la &lt;i&gt;psych&#233;&lt;/i&gt; n'aurait pu poursuivre son d&#233;veloppement. Le m&#233;canisme essentiel de d&#233;fense du Moi chez l'homme, le refoulement &#8212; cr&#233;ateur de l'Inconscient &#8212; ne peut s'exercer que s'il existe des repr&#233;sentations &#224; &#233;carter. Le premier stade d'une r&#233;gulation &#233;ventuelle est de donner une forme &#224; l'informe, de lier une &#233;nergie existant &#224; l'&#233;tat libre &#224; des repr&#233;sentations, le second stade consistant &#224; cr&#233;er des niveaux d'int&#233;gration&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ainsi canalise-t-on une rivi&#232;re afin de r&#233;gulariser son cours. Puis on (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Nous ne pouvons &#233;videmment pas d&#233;crire ici l'appareil psychique humain, tel qu'il ressort des travaux de Freud. Disons pourtant que le r&#244;le central est tenu par le Moi qui contr&#244;le les relations entre la r&#233;alit&#233; interne et la r&#233;alit&#233; externe. &lt;br class='manualbr' /&gt;Le Moi serait submerg&#233; par les pulsions &#8212; tel est d'ailleurs le cas dans les Psychoses &#8212; si n'existaient pas des &lt;i&gt;m&#233;canismes de d&#233;fense&lt;/i&gt; charg&#233;s pr&#233;cis&#233;ment de contr&#244;ler, d'endiguer, voire de refouler ces pulsions. &lt;br class='manualbr' /&gt;Nous avons d&#233;j&#224; parl&#233; du refoulement qui n'existe que chez l'homme. Mais ne serait-il pas possible de rapprocher ce processus de certaines conduites d'&#233;vitement de l'animal qui s'&#233;carte des lieux o&#249; des &#233;v&#233;nements d&#233;sagr&#233;ables sont survenus, sans que, fort probablement, le souvenir exact de ces incidents lui soit rest&#233; pr&#233;sent ? Quand l'on compare l'homme et l'animal, on ne peut s'emp&#234;cher de penser que chez le premier s'est produit en quelque sorte une transplantation &#224; l'int&#233;rieur d'un champ interne, psychique, de processus jusqu'alors &#224; l'&#339;uvre chez les autres cr&#233;atures vivantes, soit dans la vie de relation, soit au niveau physiologique et qui favorisent tout l'&#233;quilibre du milieu int&#233;rieur (Cl. Bernard) ou l'hom&#233;ostasie (Cannon). De m&#234;me que la transmission de l'acquis par les institutions socio-culturelles fait appara&#238;tre comme moins &#171; surnaturel &#187; le d&#233;veloppement de la civilisation, de m&#234;me une telle perspective mat&#233;rialiste prend &#224; la fois en consid&#233;ration et la sp&#233;cificit&#233; humaine et l'existence de m&#233;canismes de r&#233;gulation plus g&#233;n&#233;raux ayant pour effet la survie de l'esp&#232;ce. A une sp&#233;cificit&#233; somatique humaine &#8212; la discordance sensori-motrice &#8212; r&#233;pondraient des m&#233;canismes de d&#233;fense et de r&#233;gulation eux aussi sp&#233;cifiques. La &lt;i&gt;psych&#233;&lt;/i&gt; se serait d&#233;velopp&#233;e sur le mod&#232;le des m&#233;canismes de r&#233;gulation biologique, adapt&#233;s ici au milieu interne psycho-affectif. L' &#171; appareil psychique &#187; fonctionne sensiblement sur le m&#234;me mode que, par exemple, l' &#171; appareil &#187; de r&#233;gulation thermique et avec la m&#234;me fin. Freud a d'ailleurs construit son mod&#232;le explicatif du fonctionnement du psychisme humain selon des mod&#232;les physiologiques ou physiques. On pourrait modifier la formule bien connue et justement critiqu&#233;e, selon laquelle &#171; la fonction cr&#233;e l'organe &#187;, en &#233;crivant que, chez l'homme, la rencontre de la n&#233;cessit&#233; et de la capacit&#233; instrumentale &#224; y r&#233;pondre a cr&#233;&#233; la fonction psychique.&lt;br class='manualbr' /&gt;De m&#234;me l'Inconscient, lui aussi sp&#233;cifiquement humain, prend pourtant place pour Freud au sein d'un ensemble plus vaste, le &#199;a, d'o&#249; proc&#232;de l'instinct chez l'animal.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'Inconscient est, par nature, &#171; imp&#233;rialiste &#187; et tend &#224; infiltrer ou &#224; envahir tout l'appareil psychique. Le m&#233;canisme de la &lt;i&gt;projection&lt;/i&gt; est une cons&#233;quence de cette tendance. Par ce m&#233;canisme &#8212; inconscient par nature &#8212; des d&#233;sirs et des peurs refoul&#233;s sont projet&#233;s dans le monde ext&#233;rieur, modifiant notre perception de celui-ci par nos appareils psycho-sensoriels et la conscience. &lt;br class='manualbr' /&gt;La projection ne joue pas seulement un r&#244;le d&#233;fensif &#8212; permettre une issue &#224; des peurs et &#224; des d&#233;sirs refoul&#233;s, et donc diminuer les tensions internes, elle aiguise notre pouvoir de conna&#238;tre la r&#233;alit&#233; ext&#233;rieure. En effet, n'importe quel &#171; objet &#187; externe n'est pas indiff&#233;remment un support possible &#224; la projection. Le parano&#239;aque, par exemple, projette intens&#233;ment, mais le plus souvent en utilisant certains aspects de la r&#233;alit&#233;. On sait en effet que, s'il est totalement imperm&#233;able &#224; son propre Inconscient, le parano&#239;aque poss&#232;de souvent une fine intuition de l'Inconscient d'autrui, gr&#226;ce &#224; une fort vigilante attention concernant les faits et gestes de ceux qui l'entourent, qui le rend sensible &#224; des perceptions tr&#232;s fines&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Staline avait un esprit exceptionnellement vigilant et pers&#233;v&#233;rant. Je me (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La tendance &#224; la projection, universelle mais plus ou moins intense selon les structures psychiques, peut ainsi pousser l'individu &#224; conna&#238;tre toujours davantage la r&#233;alit&#233; externe afin de trouver de bons &#171; supports &#187; o&#249; projeter, et peut de cette mani&#232;re aiguiser notre pouvoir discriminatoire concernant les diff&#233;rences et les ressemblances.&lt;br class='manualbr' /&gt;Si nous ne pouvons, apr&#232;s Kant, consid&#233;rer que notre perception du monde puisse s'op&#233;rer en dehors des cat&#233;gories du temps et de l'espace, propri&#233;t&#233;s de la pens&#233;e consciente, nous devons ajouter qu'apr&#232;s Freud il est devenu n&#233;cessaire d'admettre que nos projections inconscientes modifient notre vision du monde ext&#233;rieur. C'est ainsi, nous y reviendrons longuement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans les deux chapitres consacr&#233;s aux Imagos.&#034; id=&#034;nh23-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, que sur le monde naturel dans son ensemble est projet&#233;e inconsciemment depuis l'aube de l'humanit&#233; l'image ambivalente de la m&#232;re. Notre relation &#224; la nature, &#224; la vie, entra&#238;nera par contrecoup des cons&#233;quences quant &#224; notre relation interne inconsciente avec les images maternelles. Ceci &#233;tant &#233;videmment tr&#232;s exactement irrationnel, puisque non en rapport avec la r&#233;alit&#233; actuelle.&lt;br class='manualbr' /&gt;Enfin, troisi&#232;me cons&#233;quence de l'existence de l'Inconscient humain, la compulsion de r&#233;p&#233;tition tend &#224; perp&#233;tuer ind&#233;finiment les m&#234;mes conduites. Cette tendance &#224; la r&#233;p&#233;tition, si marqu&#233;e chez le n&#233;vros&#233;, est due &#224; l'action des r&#233;sistances ou m&#233;canismes de d&#233;fense, eux-m&#234;mes aliment&#233;s par ce qui dans le refoul&#233; tend &#224; faire retour vers la vie consciente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se met ainsi en forme une certaine mani&#232;re de donner satisfaction d&#233;tourn&#233;e aux d&#233;sirs refoul&#233;s, tout en &#233;vitant la prise de conscience et en prot&#233;geant le Moi &#8212; un compromis est r&#233;alis&#233;. Cette &#171; forme &#187;, ce &#171; sympt&#244;me &#187;, o&#249; parviennent ainsi &#224; s'&#233;quilibrer des forces contradictoires, peuvent ainsi, parfois, acqu&#233;rir un pouvoir incoercible. La compulsion de r&#233;p&#233;tition est un concept abstrait pour d&#233;signer de tels ph&#233;nom&#232;nes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Freud : &#171; Rem&#233;morer, R&#233;p&#233;ter, et &#201;laborer &#187;, 1914. Cette premi&#232;re (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L&#224; encore, du fait de ce m&#233;canisme, la r&#233;alit&#233; actuelle et les possibilit&#233;s r&#233;elles actuelles du sujet sont d&#233;ni&#233;es, tenues en &#233;chec par la superposition du pass&#233; v&#233;cu, subjectif, sur le pr&#233;sent tel qu'il existe objectivement. &lt;br class='manualbr' /&gt;Nous consacrerons le chapitre troisi&#232;me de cette Premi&#232;re Partie &#224; une activit&#233; qui a pris un exceptionnel d&#233;veloppement chez l'homme, l'activit&#233; fantasmatique, inconsciente et consciente.&lt;br class='manualbr' /&gt;Elle nous para&#238;t fonctionner plus pr&#233;cocement que le refoulement. On pourrait dire que le fantasme joue un r&#244;le de d&#233;fense &#8212; ou de compensation &#8212; vis-&#224;-vis du noyau narcissique du Moi (ou du pr&#233;-Moi) : le fantasme prot&#232;ge le Moi des blessures narcissiques, et essaie de retenir et de fixer cet &#171; amour de soi &#187; quasi biologique qui, chez le petit d'homme, a tendance &#224; &#234;tre si constamment bless&#233; (on pourrait parler d' &#171; h&#233;morragies narcissiques &#187;) et qu'il est si difficile de r&#233;tablir chez nos patients adultes quand il a &#233;t&#233; perturb&#233;. Atteinte d'ailleurs qui constitue ult&#233;rieurement un terrain &#233;minemment favorable &#224; la d&#233;pression. Une forme de d&#233;fense, dans de tels cas, peut consister &#224;, tr&#232;s t&#244;t, s'aimer au travers d'une personne admir&#233;e : aimer un &#234;tre admir&#233; et lui-m&#234;me tr&#232;s narcissique afin qu'une partie de l'&#233;clat de cet &#234;tre, tels les rayons d'un soleil, vienne rejaillir sur soi. Mais le sujet devient alors extr&#234;mement sensible et quasi allergique aux moindres variations de la relation, n'existant qu'en fonction de l'autre, et pouvant se laisser mourir &#8212; si la relation vient &#224; dispara&#238;tre &#8212;faute de cet amour de soi quasi biologique, &#233;manation directe de l'Instinct de vie d&#233;pos&#233; en chaque cr&#233;ature vivante.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le refoulement, lui, nous para&#238;t avoir charge de prot&#233;ger le moi non plus tant sur son versant narcissique que sur son versant objectal, c'est-&#224;-dire dans sa relation avec autrui. La peur de d&#233;truire l'objet, la peur d'&#234;tre d&#233;truit par lui sont en derni&#232;re analyse les motivations principales du refoulement.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il peut para&#238;tre paradoxal que, n'envisageant l'homme dans ses origines et dans sa constitution psychique que d'un point de vue strictement mat&#233;rialiste, nous aboutissions &#224; la conclusion d'une irrationalit&#233; fondamentale, quoique certes non exclusive, de l'&#234;tre humain.&lt;br class='manualbr' /&gt;La formation d'un Inconscient r&#233;pond, nous en avons &#233;mis l'hypoth&#232;se, &#224; une n&#233;cessit&#233; en relation avec la sp&#233;cificit&#233; somatique de l'homme. Activit&#233; fantasmatique, refoulement ont charge, &#224; leur niveau, de permettre l'&#233;quilibre du milieu interne, assurant ainsi la survie de ce qui sera plus tard le Moi et qui est d&#232;s l'abord menac&#233; par l'angoisse et les tensions libidinales et permettant ult&#233;rieurement le fonctionnement de ce Moi. La ran&#231;on en est une irrationalit&#233; constitutive, qui prend diff&#233;rentes formes d'expression : tendance &#224; la r&#233;p&#233;tition, projection cr&#233;atrice d'illusions, etc. Mais aussi, il existe en l'homme un d&#233;sir de progression ou de maturation s'opposant &#224; la r&#233;gression, un d&#233;sir d'autonomie s'opposant au besoin de d&#233;pendance. &lt;br class='manualbr' /&gt;Ces d&#233;sirs sont directement en rapport avec une &lt;i&gt;activit&#233;&lt;/i&gt; du sujet au sein de l'environnement, avec la lutte contre une r&#233;alit&#233; dont la r&#233;sistance fournit une plus juste estimation du pouvoir humain, tant constructif que destructif. Ainsi, luttant, le sujet &#171; apprend &#224; vivre &#187;. Mais on comprend ais&#233;ment qu'une prise en consid&#233;ration moins irrationnelle de la r&#233;alit&#233; n'est possible chez l'homme que tardivement en raison de la lenteur relative du d&#233;veloppement de sa motricit&#233;. De m&#234;me que le fantasme et l'Inconscient, n&#233;cessaires en leur temps, sont &#224; l'origine des tendances irrationnelles de l'homme, l'action sur le monde, elle, est &#224; l'origine chez lui, chez qui un appareil psychique s'est constitu&#233;, de son pouvoir de rationalit&#233; sur la nature.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce d&#233;sir de maturation et de lib&#233;ration qui a pris un essor extraordinaire apr&#232;s l'ach&#232;vement de l'int&#233;riorisation de l'image du p&#232;re s'appuie en effet sur le d&#233;veloppement d'un pouvoir de rationalit&#233; humain, la rationalit&#233; se d&#233;finissant par sa finalit&#233; : l'all&#232;gement des pressions de l'environnement humain externe et interne &#8212; y compris, c'est la d&#233;finition m&#234;me de la Psychanalyse, l'all&#232;gement de la pression de l'irrationalit&#233; inconsciente sur le Moi, et le redressement des d&#233;formations qu'elle a impos&#233;es &#224; notre vision du monde. Et l'on peut se demander si ce d&#233;sir de maturation, de lib&#233;ration, d'autonomie, si ce pouvoir de rationalit&#233; et cette capacit&#233; d'all&#232;gement ne sont pas tout simplement l'expression de l'Instinct de vie et de cet &#171; amour de soi &#187; quasi biologique bless&#233; aux origines de l'homme et responsable de son destin psychique, l'expression d'un Narcissisme qui par des chemins d&#233;tourn&#233;s (depuis le Narcissisme originel, &#233;l&#233;mentaire, jusqu'&#224; l'Id&#233;al du Moi) tendrait &#224; faire r&#233;cup&#233;rer &#224; l'homme cette partie de lui manquante&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le drame &#233;tant que cette partie manquante est toujours v&#233;cue par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#224; l'aube de l'humanit&#233; : c'est-&#224;-dire, en un mot, &#224; transmuter en &#233;panouissement psycho-affectif et intellectuel un inach&#232;vement et une dysharmonie originels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../....)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?707-la-double-specificite-humaine' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Troisi&#232;me partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb23-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Frustration alimentaire ou de toute autre nature.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Nous entendons l&#224;, mais seulement en ce passage, le Narcissisme en dehors de la terminologie stricte psychanalytique, dans laquelle il d&#233;signe le stade o&#249; l'auto-&#233;rotisme investi dans les diverses fonctions partielles s'unifie en se portant sur le Moi au moment de sa formation vers l'&#226;ge de six mois. Nous voulons parler ici d'un narcissisme tout &#233;l&#233;mentaire qui existe en toute cr&#233;ature vivante et qui est garant de sa survie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;En ce point pr&#233;cis o&#249; nous sommes parvenus, nous ne pouvons, tout naturellement, que faire appel &#224; la th&#233;orie du Narcissisme d&#233;velopp&#233;e par Grunberger depuis une dizaine d'ann&#233;es et qui, reprenant et d&#233;veloppant certains travaux de Freud, de Tausk et de Ferenczi, postule que la maturation psychique est li&#233;e au recouvrement du narcissisme investi sur les objets parentaux, gr&#226;ce &#224; une identification r&#233;ussie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Bien &#233;videmment, le nourrisson ne passe pas brutalement d'une phase &#224; l'autre. Il existe une p&#233;riode interm&#233;diaire entre celle o&#249; les objets sont investis et non per&#231;us, et celle o&#249; ils sont per&#231;us.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;M&#233;tapsychologie&lt;/i&gt;, p. 47. Soulign&#233; par Freud&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 47.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Que l'agressivit&#233; se constitue &#224; partir et sur la base de ce qui &#233;tait l'angoisse repr&#233;sente une conception personnelle que nous avons d&#233;velopp&#233;e dans nos travaux ult&#233;rieurs. [Note 3e &#233;d.]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ainsi pourrait se comprendre l'&lt;i&gt;ambivalence&lt;/i&gt; dont sont empreintes toutes les relations de l'homme avec ses semblables ; l'&lt;i&gt;ambivalence&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire l'intrication ind&#233;m&#234;lable d'amour et de haine : en effet, aimer c'est vouloir acqu&#233;rir ce que l'on aime en l'autre, et acqu&#233;rir ne s'effectue, pour l'Inconscient, que par une op&#233;ration agressive. &#171; D'apr&#232;s le t&#233;moignage de la psychanalyse, toute relation affective intime, de plus ou moins de dur&#233;e entre deux personnes &#8212; rapports conjugaux, amiti&#233;, rapports entre parents et enfants (et &#224; la seule exception des rapports entre m&#232;re et fils &#187;, ajoute Freud en note) &#8212; laisse un d&#233;p&#244;t de sentiments hostiles ou tout au moins inamicaux dont on ne peut se d&#233;barrasser que par le refoulement. &#187; Freud, &lt;i&gt;Psychologie Collective et Analyse du Moi&lt;/i&gt;, p. 113.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La culpabilit&#233; envers une personne se d&#233;finissant au mieux, rappelons-le, par la peur de perdre son amour et sa protection.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Progressivement, c'est-&#224;-dire que d'une part le plan psychique atteint aurait permis une meilleure transmission sociale des repr&#233;sentations que chez l'animal (o&#249; elle existe d&#233;j&#224;, l'adulte transmet une partie de son exp&#233;rience aux petits), en particulier par le jeu d'institutions socio-culturelles de plus en plus complexes multipliant ainsi le nombre des repr&#233;sentations manipulables par un individu (qu'est-ce que l'&#233;cole, sinon l'institution charg&#233;e de transmettre des repr&#233;sentations ?) ; d'autre part, la psych&#233; se serait elle-m&#234;me d&#233;velopp&#233;e, une &#233;tape d&#233;cisive ayant &#233;t&#233; franchie lors de l'ach&#232;vement de l'int&#233;riorisation de l'image du p&#232;re. Le stade actuel de r&#233;volte contre le p&#232;re constituerait sans doute une nouvelle &#233;tape.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Nous laissons l&#224; telle quelle cette formulation des premi&#232;res &#233;ditions afin de montrer combien il est facile de tomber dans les pi&#232;ges de la pens&#233;e finaliste. Il faut lire la suite de ce passage dans une perspective non-finaliste. A savoir que l'appareil psychique s'est modifi&#233; et continue de se modifier, non certes en raison de mutations, mais de par l'effet de causalit&#233;s agissant sans nulle finalit&#233; (ainsi, par exemple, l'int&#233;riorisation lente, progressive, secondaire, des images paternelles nous para&#238;t li&#233;e &#224; cette causalit&#233; que constitue le ph&#233;nom&#232;ne du deuil) et auquel s'ajoute l'effet-retour des modifications intervenues secondairement au sein des socio-cultures et de l'environnement. Ces modifications de l'appareil psychique se transmettraient par l'intervention des Institutions socio-culturelles. [3e &#233;d.]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Nous consid&#233;rons, avec Freud, l'angoisse comme un sous-produit de la libido non utilis&#233;e. Une surcharge tensionnelle, faute de pouvoir se lib&#233;rer, entra&#238;ne le ph&#233;nom&#232;ne d'angoisse.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Nous nous s&#233;parons sur ce point de Freud, qui exprime une opinion assez extr&#234;me : &#171; Nous consid&#233;rons que ce sont l&#224; les processus les plus anciens, les processus primaires, les r&#233;sidus d'une phase de d&#233;veloppement o&#249; ils &#233;taient l'unique esp&#232;ce de processus mental. La tendance souveraine qui commande ces processus primaires est facile &#224; reconna&#238;tre : on la nomme le principe de plaisir-d&#233;plaisir, ou plus bri&#232;vement le principe de plaisir. &#187; Formul., p. 2 [sans doute &lt;i&gt;Formulierungen &#252;ber die zwei Prinzipien des psychischen Geschehens&lt;/i&gt; ; &lt;i&gt;Formulations sur les deux principes du cours des &#233;v&#233;nements psychiques&lt;/i&gt;]. Il nous semble que des cr&#233;atures ob&#233;issant uniquement &#224; ce principe de plaisir et ne prenant aucunement en consid&#233;ration la r&#233;alit&#233; n'auraient pu survivre. Il a fallu n&#233;cessairement que d&#232;s les origines une &#233;bauche de principe de r&#233;alit&#233; contrebalance ce principe de plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sans doute vaudrait-il mieux parler d'un processus de diversification que d'&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La confirmation de cette hypoth&#232;se pourrait &#234;tre apport&#233;e par le fait que chez l'adulte le ph&#233;nom&#232;ne inverse s'observe ais&#233;ment : l'angoisse na&#238;t apr&#232;s le d&#233;sinvestissement d'une repr&#233;sentation, l'&#233;nergie d&#233;sinvestie et devenue libre devenant de l'angoisse.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ainsi canalise-t-on une rivi&#232;re afin de r&#233;gulariser son cours. Puis on &#233;tablit un syst&#232;me d'&#233;cluses, de barrages, de r&#233;servoirs. Il s'agit l&#224; d'une activit&#233; volontaire visant une finalit&#233;. Et il est bien compr&#233;hensible que l'on doive sans cesse lutter contre la tendance &#224; pr&#234;ter &#224; l'&#201;volution la m&#234;me vis&#233;e finaliste [note 3e &#233;d.].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Staline avait un esprit exceptionnellement vigilant et pers&#233;v&#233;rant. Je me souviens qu'en sa pr&#233;sence il n'&#233;tait pas possible de faire la moindre remarque, le moindre signe, sans qu'il le remarqu&#226;t. &#187; Milovan Djilas, pr&#233;face de la r&#233;&#233;dition de &lt;i&gt;Conversations avec Staline&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Dans les deux chapitres consacr&#233;s aux Imagos.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Freud : &#171; Rem&#233;morer, R&#233;p&#233;ter, et &#201;laborer &#187;, 1914. Cette premi&#232;re interpr&#233;tation de la compulsion de r&#233;p&#233;tition nous para&#238;t plus satisfaisante sur un plan clinique, et tr&#232;s suffisante en elle-m&#234;me. On sait qu'&#224; partir de 1920, Freud fera d&#233;river la compulsion de r&#233;p&#233;tition de l'Instinct de Mort.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le drame &#233;tant que cette partie manquante est toujours v&#233;cue par l'Inconscient comme agressivement prise &#224; un autre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>La double sp&#233;cificit&#233; humaine somatique et psychique (1/3)</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?708-la-double-specificite-humaine</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?708-la-double-specificite-humaine</guid>
		<dc:date>2014-01-16T16:25:37Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Science</dc:subject>
		<dc:subject>Anthropologie</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>Mendel G.</dc:subject>
		<dc:subject>Type anthropologique</dc:subject>
		<dc:subject>N&#233;ot&#233;nie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le texte qui suit n&#233;cessite quelques mots d'introduction. Il est extrait de la premi&#232;re partie de La r&#233;volte contre le P&#232;re. Une introduction &#224; la sociopsychanalyse (1968, Payot, p. 31-61) de G&#233;rard Mendel, psychanalyste (&#224; ne pas confondre avec l'&#233;conomiste pal&#233;o-marxiste Ernest Mandel) intitul&#233;e &#171; Fondations &#187; qui vise &#224; poser le cadre g&#233;n&#233;ral permettant &#224; l'auteur de d&#233;velopper ses th&#232;ses. Celles-ci ne nous int&#233;ressent pas ici, mais on peut les r&#233;sumer en quelques mots : il est (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-6-psychanalyse-+" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-38-science-+" rel="tag"&gt;Science&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-110-anthropologie-+" rel="tag"&gt;Anthropologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-166-mendel-g-+" rel="tag"&gt;Mendel G.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-216-type-anthropologique-+" rel="tag"&gt;Type anthropologique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-234-neotenie-+" rel="tag"&gt;N&#233;ot&#233;nie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le texte qui suit n&#233;cessite quelques mots d'introduction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est extrait de la premi&#232;re partie de &lt;i&gt;La r&#233;volte contre le P&#232;re. Une introduction &#224; la sociopsychanalyse&lt;/i&gt; (1968, Payot, p. 31-61) de G&#233;rard Mendel, psychanalyste (&#224; ne pas confondre avec l'&#233;conomiste pal&#233;o-marxiste Ernest Mandel) intitul&#233;e &#171; Fondations &#187; qui vise &#224; poser le cadre g&#233;n&#233;ral permettant &#224; l'auteur de d&#233;velopper ses th&#232;ses. Celles-ci ne nous int&#233;ressent pas ici, mais on peut les r&#233;sumer en quelques mots : il est question de poser les principes d'une &lt;i&gt;sociopsychanalyse&lt;/i&gt;, soit l'interpr&#233;tation des soci&#233;t&#233;s humaines et de leur histoire &#224; partir des acquis de la psychanalyse afin de renouveler l'intelligence des ph&#233;nom&#232;nes socio-politiques en donnant aux collectivit&#233;s humaines les moyens de leur autonomie. Cette ambition impressionnante comporte les limites inh&#233;rentes aux approches freudo-marxistes typiques des ann&#233;es 60-70, notamment des r&#233;f&#233;rences soutenues au &#171; mat&#233;rialisme scientifique &#187;, et quelques absurdit&#233;s qu'il est aujourd'hui facile de corriger. Mais ce travail, parmi les plus connus de son auteur, est tr&#232;s loin d'&#234;tre d&#233;nu&#233; de pertinence et la totalit&#233; de son &#339;uvre le classe parmi les principaux penseurs de l'&#233;mancipation individuelle et sociale du XXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'extrait publi&#233; ici porte sur des probl&#233;matiques qui en paraissent fort &#233;loign&#233;es, puisqu'il est question de la formation du psychisme humain lors des premiers &#226;ges de la vie de l'individu. Mendel y reprend la th&#233;orie de Louis Bolk du d&#233;but du si&#232;cle dite de la &lt;i&gt;n&#233;ot&#233;nie&lt;/i&gt; &#8211; le petit d'homme mis au monde avant terme &#8211; qui avait &#224; l'&#233;poque &#233;t&#233; exhum&#233;, traduit et d&#233;j&#224; magistralement articul&#233; par George Lapassade dans &lt;i&gt;L'entr&#233;e dans la vie&lt;/i&gt;, 1962 (Antropos, 2005). Mais l&#224; o&#249; ce dernier faisait de l'inach&#232;vement biologique de l'homme une anthropologie du devenir humain, Mendel y voit le fondement &#171; scientifique &#187; de la psychanalyse par le d&#233;veloppement monstrueux de l'appareil psychique, les hallucinations et fantasmes palliant l'incapacit&#233; fonci&#232;re du petit humain &#224; agir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il dessine par l&#224; une conception singuli&#232;re de l'&#234;tre humain dont l'enracinement m&#234;me dans la vie organique l'en exclut irr&#233;m&#233;diablement, le condamne &#224; l'inadaptation fondamentale et &#224; la cr&#233;ation permanente d'un monde qui ne pourra pourtant jamais &#234;tre compl&#232;tement le sien. Cette interpr&#233;tation de la nature de l'animal humain &#233;tait d&#233;j&#224; largement d&#233;duite par la philosophie occidentale, mais elle trouve ici un fondement biologique qui lui permet de mettre en articulation des domaines de savoirs jusqu'ici largement disjoints, de la zoologie &#224; l'ethnologie ou, bien s&#251;r, la psychanalyse et la politique. On retrouvera donc dans ce texte, explicitement ou entre les lignes, des notions sans lesquelles il nous semble impossible de penser quoi que ce soit de l'individu ou de la soci&#233;t&#233;, et notamment ce sch&#232;me de toute-puissance lov&#233; au c&#339;ur de l'&#226;me humaine qui, d&#232;s lors, ne peut tendre &#224; une maturit&#233; &#224; jamais &#233;nigmatique que pour autant qu'elle s'emp&#234;che de retrouver dans le pouvoir social cette pseudo-ma&#238;trise infantile &#224; jamais perdue. C'est ici que l'on peut apercevoir ce que pourrait &#234;tre une approche psycho-anthropologique coh&#233;rente de la d&#233;mocratie directe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors m&#234;me que la th&#233;orie de la n&#233;ot&#233;nie n'est plus aujourd'hui remise en cause par le monde scientifique (cf. notamment la synth&#232;se de Lynn Margulis et Dorion Sagan, &lt;i&gt;L'univers bact&#233;riel&lt;/i&gt;, Seuil 2002, ou les pr&#233;cisions de J. Chaline dans &lt;i&gt;Une famille peu ordinaire., Du singe &#224; l'homme&lt;/i&gt;, Seuil 1994, continuant les travaux de D. Morris et S. Jay Gould des ann&#233;es 70), on ne peut que se d&#233;soler qu'elle soit superbement ignor&#233;e par tout ceux qui pr&#233;tendent penser aujourd'hui &#8211; A. Gehlen (199), F. Lyotard (1988), G. Agamben (1998) et Dany-Robert Dufour (2005), &#233;tant les exceptions plus ou moins heureuses.&lt;br class='manualbr' /&gt;On s'en d&#233;solera, mais on ne s'en &#233;tonnera pas.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Elle [notre pr&#233;supposition] est de nature biologique, elle op&#232;re avec le concept de tendance (&#233;ventuellement celui de finalit&#233;) et s'&#233;nonce ainsi : le syst&#232;me nerveux est un appareil auquel est impartie la fonction d'&#233;carter les excitations &#224; chaque fois qu'elles l'atteignent, de les ramener &#224; un niveau aussi bas que possible ; il voudrait m&#234;me, si cela &#233;tait faisable, se maintenir rigoureusement dans un &#233;tat de non-excitation. (...) attribuons au syst&#232;me nerveux en g&#233;n&#233;ral la t&#226;che de&lt;/i&gt; ma&#238;triser les excitations. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. Freud, &lt;i&gt;M&#233;tapsychologie&lt;/i&gt;, p. 16 (soulign&#233; dans le texte).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me de la sp&#233;cificit&#233; humaine nous retiendra &#224; plusieurs reprises au cours de cet Essai. S'il existe une question d'importance concernant l'homme, c'est bien en effet de savoir en quoi, le cas &#233;ch&#233;ant, il se distingue des autres esp&#232;ces vivantes. Ce point n'int&#233;ressant pas seulement le physiologiste ou le psychologue, mais tout homme soucieux de ce qui touche &#224; l'esp&#232;ce &#224; laquelle il appartient&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous avons d&#233;velopp&#233; ces consid&#233;rations en particulier dans le chapitre de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il devenait possible de d&#233;finir les &#233;l&#233;ments d'une sp&#233;cificit&#233; humaine, il n'appara&#238;trait peut-&#234;tre plus tellement utopique de chercher &#224; construire des formes de soci&#233;t&#233; tenant compte des besoins propres &#224; l'homme et favorisant son &#233;panouissement. A c&#244;t&#233; de la Sociologie, &#233;tudiant et classant les formes sociales ayant d&#233;j&#224; exist&#233; et t&#233;moignant ainsi en quelque sorte de la souplesse adaptative humaine, pourrait prendre place une Sociopsychanalyse au sein de laquelle une physiologie et une pathologie sociales &#233;chappant dans une certaine mesure &#224; l'empirisme &#233;tudieraient les pressions d'origine sociale s'exer&#231;ant sur l'individu et aideraient &#224; les r&#233;duire bien avant qu'elles se r&#233;v&#232;lent ouvertement &#234;tre n&#233;fastes ; en somme l'&#233;tude de la soci&#233;t&#233; se ferait aussi &#224; partir de l'homme et non plus seulement en fonction des besoins de la soci&#233;t&#233; ou de la technique, besoins certes respectables, mais qui ni devraient pas &#234;tre seuls &#224; &#234;tre pris en consid&#233;ration si l'on souhaite &#233;viter les crises de civilisation, ce terme &#233;tant pris dans son sens le plus g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'ailleurs &#224; partir de l'impossibilit&#233;, en raison de la sp&#233;cificit&#233; humaine, d'une telle r&#233;duction de l'individu &#224; la soci&#233;t&#233; que Freud &#233;crivait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais notre sentiment intime qu'en aucune de ces r&#233;publiques d'animaux, en aucun des r&#244;les respectifs d&#233;partis &#224; leurs sujets, nous ne nous estimerions heureux, est un signe caract&#233;ristique de notre &#233;tat actuel &#187; (&lt;i&gt;Malaise dans la Civilisation&lt;/i&gt;, p. 79).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le Syst&#232;me Nerveux Central est, &#224; la naissance, incompl&#232;tement d&#233;velopp&#233; ; comme, et plus que le reste du corps, il est en &#233;tat de pr&#233;maturation &#187; (&lt;i&gt;Manuel de Psychiatrie&lt;/i&gt; (Masson), par H. Ey, Bernard, Ch. Brisset, p. 10)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Psychanalyse a d'ailleurs fondamentalement contribu&#233; &#224; ce que le probl&#232;me de la sp&#233;cificit&#233; humaine &#233;chappe &#224; la sp&#233;culation m&#233;taphysique ou philosophique et soit enfin trait&#233; de mani&#232;re scientifique. En effet, l'appareil psychique, la psych&#233;, tel que Freud l'a d&#233;crit, n'existe pas chez l'animal. En particulier, le refoulement, constitutif de l'Inconscient, et l'Inconscient lui-m&#234;me sont sp&#233;cifiquement humains. Le point de savoir si cette sp&#233;cificit&#233; psycho-affective se superposait &#224; une sp&#233;cificit&#233; somatique n'a &#233;videmment pas manqu&#233; de retenir l'attention des psychiatres et des psychanalystes. Nous en donnerons deux exemples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous insisterons sur ceci que le tout d&#233;but de la vie est domin&#233; par un fait primordial : l'homme, en quelque sorte, na&#238;t avant terme, A sa naissance, son &#233;quipement neuro-physiologique n'est pas achev&#233; (...) En bref, le retard physiologique de la my&#233;linisation du syst&#232;me nerveux de relation est responsable chez le nouveau-n&#233; de la conjonction d'une double impossibilit&#233; : celle d'agir volontairement sur l'entourage, et celle de se percevoir lui-m&#234;me comme unit&#233; distincte du monde ext&#233;rieur. &#187; (Sacha Nacht, &#171; Instinct de Mort ou Instinct de Vie &#187;, &lt;i&gt;R. F. P.&lt;/i&gt;, n&#176; 3, 1956, p. 413-414)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lecture de ces deux textes am&#232;ne &#224; un certain nombre de r&#233;flexions. Tout d'abord, parler de pr&#233;maturation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le terme de pr&#233;maturation est d'ailleurs en soi &#224; rejeter puisqu'il d&#233;signe (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou naissance avant terme semble impliquer que &#171; normalement &#187; l'homme aurait d&#251; na&#238;tre plus tard et qu'il existe donc chez lui une &#171; anormalit&#233; &#187; originelle. A notre sens, au contraire, sp&#233;cificit&#233; et anormalit&#233; ne se recoupent pas. Ensuite, avant de pouvoir parler de retard ou d'inach&#232;vement sp&#233;cifiques, il faudrait &#234;tre bien assur&#233; qu'il n'en va pas de m&#234;me chez l'animal ; or, tous les animaux naissent inachev&#233;s, et certains, comme nous allons le voir, encore plus inachev&#233;s que l'homme. Enfin, si s&#233;duisant que soit le rapprochement entre les deux ordres de sp&#233;cificit&#233; &#8212; somatique et psychique &#8212; le lien entre elles appara&#238;t fort malais&#233; &#224; pr&#233;ciser ; au stade actuel de nos connaissances, il n'est gu&#232;re possible d'aller au-del&#224; de modestes hypoth&#232;ses de travail, ce qui n'est d&#233;j&#224; pas si mince. Le simple fait que nous savons bien qu'un rat ou qu'un singe m&#234;me s'ils naissent avant terme ne vont pas d&#233;velopper un psychisme de type humain devrait d&#233;j&#224; nous inviter &#224; une grande prudence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'en est-il donc exactement du probl&#232;me de la sp&#233;cificit&#233; somatique humaine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous sommes extr&#234;mement reconnaissant au Professeur agr&#233;g&#233; Verley d'avoir (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est rendue tr&#232;s difficile par le fait que les &#233;l&#233;ments permettant de comparer le d&#233;veloppement de l'animal et de l'homme &#233;chappent jusqu'&#224; pr&#233;sent &#224; des d&#233;finitions pr&#233;cises. Pour ceux qui &#233;tudient l'animal, &#233;crit le Professeur Verley :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La pubert&#233; est presque toujours d&#233;finie comme l'aptitude &#224; la f&#233;condation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Exemple : lapin, 8 mois ; sur le plan comportemental, on devrait dire : 3 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; alors que la date choisie par l'homme est celle de 12 ans et quelques mois.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le terme de la croissance est celui de la taille : or le d&#233;veloppement nerveux et comportemental est plus pr&#233;coce que la croissance staturale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Exemple : lapin = 3, 4 mois au lieu de 11 mois. &#187;&#034; id=&#034;nh24-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Enfin, la dur&#233;e de vie, elle-m&#234;me, est toujours un choix arbitraire, d&#233;finie selon les auteurs soit comme la moyenne de vie, soit comme la long&#233;vit&#233; maxima&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Exemple : l'homme = 70 ans ou bien (Buffon) 100 ans. &#187;&#034; id=&#034;nh24-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois temp&#233;r&#233;es ces variations entre les auteurs, et &#233;tant bien entendu que dans le cadre de cet Essai nous en resterons aux grandes lignes, deux ordres de constatations s'imposent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, il existe chez l'homme une lenteur du d&#233;veloppement moteur et relationnel tr&#232;s particuli&#232;re par rapport &#224; toutes les autres esp&#232;ces animales connues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut situer, au plus t&#244;t, autour de 12 ans l'&#226;ge o&#249; l'&#234;tre humain pourrait parvenir &#224; une certaine autonomie. A ce moment, en effet, la motricit&#233; op&#233;rationnelle devient efficace et la pubert&#233; se produit. C'est, d'ailleurs, l'&#226;ge o&#249; dans la plupart des civilisations se produisent les rites d'initiation sociale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dont la &#171; premi&#232;re communion &#187; est l'expression chez les catholiques, et la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La croissance n'est pas encore achev&#233;e. Si l'on fixe le taux moyen de la vie humaine autour de 70 ans, le rapport &#171; d&#233;but de la vie d'adulte &#187; sur &#171; longueur de vie &#187; est de 1/6. Ajoutons pourtant deux observations : la premi&#232;re &#233;tant que 12 ans est un &#226;ge limite et qu'il vaudrait sans doute mieux parler de 14 ans ; de plus, 70 ans est une moyenne de vie tout artificielle, li&#233;e au progr&#232;s de la m&#233;decine. Le rapport 1/6 est donc un rapport limite, et il serait peut-&#234;tre plus exact de parler de 1/4.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, il n'est pas d'esp&#232;ce animale chez laquelle ce rapport descende au-dessous de 1/12 &#224; 1/10&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Exemples (r&#233;f&#233;rences S. A. Asdell, Patterns of Mammalian Reproduction, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il existe donc au moins une diff&#233;rence du simple au double entre la longueur de temps mise respectivement par l'homme et par l'animal pour se d&#233;velopper sur le plan moteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde observation, plus importante encore, est que la lenteur du d&#233;veloppement moteur est bien plus marqu&#233;e chez l'homme comparativement &#224; l'animal au cours de la premi&#232;re ann&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Station assise autour de 10 mois, marche entre 15 et 18 mois, alors que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, pendant laquelle pour les psychanalystes se d&#233;roulent des processus de premi&#232;re importance (relation primitive &#224; la m&#232;re, formation corr&#233;lative du Moi et de l'Inconscient autour de l'&#226;ge de 6 mois).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second ordre de ph&#233;nom&#232;nes qui, lui, n'a pas encore &#233;t&#233; pris en consid&#233;ration, tout au moins &#224; notre connaissance, dans les travaux portant sur la sp&#233;cificit&#233; somatique humaine, est que, en contraste avec la lenteur de la vitesse relative de la maturation motrice, le d&#233;veloppement sensoriel est &#224; la fois pr&#233;coce et rapide chez le petit d'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'avance du syst&#232;me nerveux humain par rapport aux autres esp&#232;ces animales est certaine &#224; la naissance.&lt;/i&gt; Aussi bien les syst&#232;mes sensoriels somesth&#233;siques, auditifs que visuels sont extr&#234;mement d&#233;velopp&#233;s chez le nouveau-n&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il n'est pas aveugle comme on le dit souvent, mais incapable d'accommoder, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe donc bien chez l'homme une lenteur sp&#233;cifique de la vitesse relative de la maturation motrice. Mais plus sp&#233;cifique encore sans doute et fort importante &#224; consid&#233;rer est ce que nous proposons d'appeler la discordance de la maturation sensori-motrice, ou plus bri&#232;vement &lt;i&gt;discordance sensori-motrice&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit bien imm&#233;diatement l'importance que peut pr&#233;senter cette discordance si l'on songe qu'en contraste avec l'impuissance motrice, cause d'une d&#233;pendance extraordinairement longue envers les protecteurs naturels&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;pendance physique et psycho-affective &#224; l'origine de souffrances (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, va pouvoir se d&#233;velopper un monde int&#233;rieur constitu&#233; &#224; partir d'impressions sensorielles et d'informations re&#231;ues du monde externe ; autrement dit, et compte tenu du haut degr&#233; d'&#233;volution du syst&#232;me nerveux central chez les Primates, il existera une tendance au surinvestissement d'un univers mental de &#171; repr&#233;sentation des choses &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Essayons &#224; pr&#233;sent de passer du plan de la constatation scientifique (la sp&#233;cificit&#233; somatique humaine, la discordance sensori-motrice) au plan des hypoth&#232;ses de travail concernant le raccordement de la sp&#233;cificit&#233; psychique &#224; la sp&#233;cificit&#233; somatique. Insistons bien sur le fait qu'il s'agit l&#224; d'hypoth&#232;ses th&#233;oriques ; elles seront envisag&#233;es &#224; un niveau tr&#232;s g&#233;n&#233;ral dans ce chapitre et d&#233;velopp&#233;es et confront&#233;es tant avec les th&#232;ses de Freud qu'avec les r&#233;sultats de la clinique psychanalytique tout au long de la Premi&#232;re Partie de cet Essai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que la naissance&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Contrairement &#224; Otto Rank (Le Traumatisme de la Naissance), nous ne pensons (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et la p&#233;riode n&#233;o-natale soient &#224; la source d'une angoisse quasi biologique appara&#238;t comme fort probable. Il en va de m&#234;me chez l'animal, mais l'&#233;nergie nerveuse et la libido &#224; partir de laquelle cette angoisse se forme sont chez lui tr&#232;s vite d&#233;pens&#233;es en activit&#233; motrice et utilis&#233;es dans la multiplication cellulaire, la croissance acc&#233;l&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez le petit d'homme, la croissance se fait bien plus lentement et surtout l'&#233;nergie ne pourra pas &#234;tre utilis&#233;e sur le plan moteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous essaierons d'&#233;tudier plus en d&#233;tail ces processus pr&#233;coces dans le chapitre III consacr&#233; &#224; l'activit&#233; fantasmatique, mais disons d&#232;s &#224; pr&#233;sent que les cons&#233;quences neuro-psycho-affectives de la sp&#233;cificit&#233; somatique humaine devraient d'abord, pensons-nous, &#234;tre formul&#233;es en termes d'&lt;i&gt;accumulation quantitative &#233;nerg&#233;tique exceptionnelle provoquant, d&#232;s la p&#233;riode n&#233;o-natale, une augmentation des tensions internes comparativement &#224; ce qui existe chez l'animal&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second point important est que le petit d'homme ne peut durant plusieurs mois prendre conscience, comme le signalait d'ailleurs Nacht, de la diff&#233;rence qui existe entre soi et le monde ext&#233;rieur. Le sentiment de constituer une unit&#233; ind&#233;pendante est li&#233; &#224; l'int&#233;gration op&#233;rationnelle de la motricit&#233;, &#224; l'action sur le monde. L'image du corps propre est, pour nous, li&#233;e &#224; la possibilit&#233; d'unifier les stimuli et processus en provenance des syst&#232;mes sensori-moteur et psychique en un acte volontaire dans lequel volont&#233;, motricit&#233; et efficacit&#233; se conjuguent. Le sous-d&#233;veloppement de la motricit&#233; du nourrisson induit chez lui une confusion entre ce qui est soi et ce qui est ext&#233;rieur &#224; soi, entre le subjectif et l'objectif. C'est le stade, &#233;tudi&#233; en particulier par Federn, de ce que l'on pourrait appeler le Moi-Tout, o&#249; dehors et dedans, soi et l'univers ext&#233;rieur se m&#234;lent indistinctement. Stade dont certains &#233;l&#233;ments persistent &#224; la phase suivante que nous appelons dans cet Essai &#171; relation objectale primaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant d'essayer de montrer comment il serait possible de relier cette augmentation libidinale quantitative &#224; la mise en forme du psychisme, nous voudrions faire une courte incidente concernant une autre cons&#233;quence de l'impossibilit&#233; pour le nourrisson de d&#233;velopper son activit&#233; de relation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bloqu&#233; dans sa marche en avant vers le monde, soumis &#224; de fortes tensions et &#224; l'angoisse (contre laquelle, certes, vont se d&#233;velopper des m&#233;canismes de d&#233;fense, mais, dans un premier temps, peu efficaces), il &#233;prouvera, peut-on penser&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En particulier &#224; la lumi&#232;re de l'exp&#233;rience clinique ult&#233;rieure. Au cours (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la nostalgie d'un retour en arri&#232;re vers la source de toute chaleur et de toute nourriture, la m&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rank a d&#233;velopp&#233; ce point. Il convient &#233;galement de ne pas n&#233;gliger l'aspect (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; vers ce qu'ult&#233;rieurement il nommera, faisant apparemment &#8212; mais apparemment seulement &#8212; allusion &#224; d'autres p&#233;riodes, le &#171; paradis perdu &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce paradis &#233;tant constitu&#233; de la vie symbiotique avec la m&#232;re &#224; l'int&#233;rieur du corps de celle-ci, forme d'union qui permet d'assurer dans les meilleures conditions la croissance d'un &#234;tre immature, c'est-&#224;-dire la consolidation, avec le minimum de souffrance biologique, de ses fonctions physiques et de ses m&#233;canismes de d&#233;fense. Le nouveau-n&#233; doit, lui, affronter un milieu plus &#226;pre o&#249; chaleur et nourriture ne sont pas aussi contin&#251;ment dispens&#233;es et o&#249; les contacts cutan&#233;s ne s'op&#232;rent pas par l'interm&#233;diaire du moelleux lubrifiant amniotique. A cette tendance diffuse au retour en arri&#232;re, peut-&#234;tre sous-tendue par des traces mn&#233;siques individuelles, par une m&#233;moire cinesth&#233;sique, s'oppose l'&#233;lan vers le nouveau, vers l'accomplissement des virtualit&#233;s, vers la ma&#238;trise des tensions, &#233;lan port&#233; par le progressif d&#233;veloppement des fonctions sensori-motrices puis psychiques. Cette probl&#233;matique de la progression et de la r&#233;gression, du d&#233;sir de d&#233;pendance et du d&#233;sir d'autonomie, qui vont se jouer durant toute la vie humaine, trouve l&#224; sa premi&#232;re mise en forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?713-la-double-specificite-humaine' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Deuxi&#232;me partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb24-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Nous avons d&#233;velopp&#233; ces consid&#233;rations en particulier dans le chapitre de la Troisi&#232;me Partie (&#171; L'id&#233;ologie hitl&#233;rienne et le probl&#232;me de la sp&#233;cificit&#233; humaine &#187;) et dans la Quatri&#232;me Partie (&#171; Prom&#233;th&#233;e contemporain &#187;). Nous aimerions ainsi aider &#224; na&#238;tre une Anthropologie mat&#233;rialiste o&#249; la valorisation humaine ne serait plus li&#233;e &#224; des &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; intrins&#232;ques (m&#233;taphysiques, &#233;conomiques ou socio-politiques), mais d&#233;coulerait en droite ligne de la sp&#233;cificit&#233; humaine sous son triple aspect biologique, psycho-affectif et sociologique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le terme de pr&#233;maturation est d'ailleurs en soi &#224; rejeter puisqu'il d&#233;signe nomm&#233;ment un enfant n&#233; avant terme, avant les 9 mois accomplis.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Nous sommes extr&#234;mement reconnaissant au Professeur agr&#233;g&#233; Verley d'avoir accept&#233; de nous aider &#224; &#233;tudier cette question sur le plan biologique en voulant bien &#233;couter nos hypoth&#232;ses et en nous fournissant conseils, suggestions, et une bibliographie pr&#233;cise et d&#233;taill&#233;e. Cf. R. Verley, L. Garma et J. Scherrer : &#171; Conceptions r&#233;centes sur le d&#233;veloppement du syst&#232;me nerveux des mammif&#232;res. &#187; &lt;i&gt;L'Ann&#233;e Psychologique&lt;/i&gt;, 1969, fasc. 2, p. 455-489.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Exemple : lapin, 8 mois ; sur le plan comportemental, on devrait dire : 3 mois. La pubert&#233; du chat est fix&#233;e &#224; 7-12 mois ; la f&#233;condation a pu &#234;tre provoqu&#233;e &#224; 5 mois. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Exemple : lapin = 3, 4 mois au lieu de 11 mois. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Exemple : l'homme = 70 ans ou bien (Buffon) 100 ans. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Dont la &#171; premi&#232;re communion &#187; est l'expression chez les catholiques, et la Bar Mitzvah chez les juifs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Exemples (r&#233;f&#233;rences S. A. Asdell, &lt;i&gt;Patterns of Mammalian Reproduction&lt;/i&gt;, Ithaca University Press), pour l'&#226;ge o&#249; la pubert&#233; appara&#238;t, compar&#233; &#224; la longueur de vie : souris = 1/14 ; chien 1/13 (rapport qui nous para&#238;t contestable, l'&#226;ge de vie moyen d'un chien &#233;tant suppos&#233; de 10 ans, alors qu'il est plus pr&#232;s de 13 ans, le rapport devenant alors de 1/17) ; cheval = 1/11. En r&#233;alit&#233;, la diff&#233;rence entre l'homme et l'animal est encore plus forte puisque l'&#226;ge de 12 ans choisi comme date de la pubert&#233; humaine ne permettrait sans doute pas des grossesses men&#233;es toujours jusqu'&#224; leur terme, ce qui est la d&#233;finition de la pubert&#233; chez l'animal.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Station assise autour de 10 mois, marche entre 15 et 18 mois, alors que l'animal d&#232;s les premiers jours de vie commence &#224; pouvoir se mouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Il n'est pas aveugle comme on le dit souvent, mais incapable d'accommoder, de suivre du regard, etc. par suite du non-d&#233;veloppement parall&#232;le de la motricit&#233; oculaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;D&#233;pendance physique et psycho-affective &#224; l'origine de souffrances narcissiques, et d'agressivit&#233; inassumable envers les parents car risquant de faire perdre leur amour et leur protection. Nous avons d&#233;velopp&#233; ce point, avec ses implications socio-culturelles et politiques, dans notre livre &lt;i&gt;Pour d&#233;coloniser l'enfant, sociopsychanalyse de l'Autorit&#233;&lt;/i&gt;, Payot, Paris, 1971.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Contrairement &#224; Otto Rank (Le Traumatisme de la Naissance), nous ne pensons pas que, tous autres facteurs exclus, la naissance soit &#224; l'origine des diverses particularit&#233;s humaines, mais la longue p&#233;riode qui suit et en particulier la premi&#232;re ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;En particulier &#224; la lumi&#232;re de l'exp&#233;rience clinique ult&#233;rieure. Au cours des analyses et des psychoth&#233;rapies, la nostalgie d'un &#171; retour en arri&#232;re &#187; et l'angoisse li&#233;e &#224; ce fantasme se rencontrent tr&#232;s fr&#233;quemment.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Rank a d&#233;velopp&#233; ce point. Il convient &#233;galement de ne pas n&#233;gliger l'aspect d&#233;fensif quant au conflit &#339;dipien avec le p&#232;re (rivalit&#233; pour obtenir la m&#232;re &#339;dipienne et non plus archa&#239;que) que prend souvent, chez le patient, l'&#233;nonc&#233; d'une telle nostalgie. Mais c'est toute la clinique psychanalytique o&#249; th&#232;mes, d&#233;sirs, peurs, d&#233;fenses se m&#234;lent, qu'il faudrait d&#233;velopper ici.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Psychanalyse et imagination radicale du sujet</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?336-psychanalyse-et-imagination</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?336-psychanalyse-et-imagination</guid>
		<dc:date>2013-11-14T11:16:38Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Castoriadis C.</dc:subject>
		<dc:subject>Psychoth&#233;rapie</dc:subject>
		<dc:subject>Entretien</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Traduction de l'interview &#171; Psicanalisi e immaginazione radicale del soggetto &#187;, de Cornelius Castoriadis, r&#233;alis&#233;e &#224; son domicile parisien par Sergio Benvenuto le 7 mai 1994. Professeur Cornelius Castoriadis, vous &#234;tes philosophe &#8211; vous vous &#234;tes int&#233;ress&#233; tout particuli&#232;rement &#224; la philosophie de la politique &#8211; mais vous pratiquez encore &#233;galement la psychanalyse. Votre pratique d'analyste a-t-elle aussi une influence sur votre conception de la philosophie ? Il existe un rapport tr&#232;s (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-6-psychanalyse-+" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-56-castoriadis-c-+" rel="tag"&gt;Castoriadis C.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-67-psychotherapie-+" rel="tag"&gt;Psychoth&#233;rapie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-130-entretien-+" rel="tag"&gt;Entretien&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Traduction de l'interview &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?475-psicanalisi-e-immaginazione' class=&#034;spip_in&#034; hreflang=&#034;it&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171;Psicanalisi e immaginazione radicale del soggetto&#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, de Cornelius Castoriadis, r&#233;alis&#233;e &#224; son domicile parisien par Sergio Benvenuto le 7 mai 1994.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Professeur Cornelius Castoriadis, vous &#234;tes philosophe &#8211; vous vous &#234;tes int&#233;ress&#233; tout particuli&#232;rement &#224; la philosophie de la politique &#8211; mais vous pratiquez encore &#233;galement la psychanalyse. Votre pratique d'analyste a-t-elle aussi une influence sur votre conception de la philosophie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe un rapport tr&#232;s profond entre ma conception de la psychanalyse et ma conception de la politique. Les deux, en fait, visent l'autonomie de l'&#234;tre humain, bien que, &#233;videmment, par des voies diff&#233;rentes. La politique cherche &#224; lib&#233;rer l'&#234;tre humain, &#224; lui permettre d'acc&#233;der &#224; l'autonomie par le biais d'une action collective dont le but est la transformation des institutions ; ce qui revient &#224; dire que la politique cherche &#224; instaurer des institutions d'autonomie. Le but de la politique n'est pas le bonheur, comme on le voulait aux 18e et 19e si&#232;cles, et au sens o&#249; m&#234;me Marx l'entendait. Ce qui est une conception non seulement erron&#233;e mais &#233;galement catastrophique. Le but de la politique, c'est la libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'id&#233;e am&#233;ricaine du droit &#224; poursuivre son bonheur &#8211; contenue dans la D&#233;claration d'Ind&#233;pendance &#8211; implique, elle aussi, la notion d'autonomie du sujet. Quand vous parlez d'autonomie, l'entendez-vous au sens am&#233;ricain ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, je ne l'entends pas au sens am&#233;ricain. En effet, peut-&#234;tre vous souvenez vous que la D&#233;claration am&#233;ricaine dit &#171; nous pensons que Dieu a cr&#233;&#233; tous les &#234;tres humains libres et &#233;gaux, et avec les m&#234;mes droits &#224; poursuivre leur bonheur &#187;. En ce qui me concerne, je ne pense pas que Dieu ait cr&#233;&#233; les &#234;tres humains libres et &#233;gaux. En premier lieu, Dieu n'a rien cr&#233;&#233;, simplement parce qu'il n'existe pas. Ensuite, m&#234;me s'il les avait cr&#233;&#233;s, ces &#234;tres humains n'ont pratiquement jamais &#233;t&#233; libres et &#233;gaux. Il faut donc qu'ils agissent pour le devenir. Et lorsque nous serons libres et &#233;gaux, il y aura sans aucun doute des choses qui auront &#224; voir avec ce que nous pouvons appeler le Bien Commun. Mais cela va &#224; l'encontre de la conception lib&#233;rale selon laquelle chacun poursuit son propre bonheur individuel, ce qui, toujours selon cette conception, am&#232;nera conjointement le plus grand bonheur pour tous. Il y a des Biens Communs qui ne d&#233;coulent pas simplement du bonheur individuel, et qui sont l'objet de l'action politique &#8211; par exemple, l'existence de mus&#233;es, ou de routes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon bonheur, par contre, c'est mon affaire &#224; moi seulement ; si la soci&#233;t&#233; se m&#234;le de mon bonheur, alors on d&#233;bouche sur le totalitarisme. Dans ce cas-l&#224;, la soci&#233;t&#233; me dira : &#171; le vote de la majorit&#233; dit que tu ne dois pas acheter des disques de Bach ou de Mozart, mais uniquement ceux de Madonna et de Prince &#187;. Voil&#224;, c'est la d&#233;cision de la majorit&#233;, c'est cela ton bonheur ! En revanche, moi je pense que chaque individu peut et doit chercher le bonheur par lui-m&#234;me. De plus, chacun sait, ou ne sait pas, en quoi consiste son bonheur ; &#224; un moment, il le trouve dans cela, et &#224; un autre moment, il le trouve dans autre chose. Le bonheur est une notion assez complexe, &#224; la fois psychologique et sans doute aussi philosophique. Mais il est clair que le but de la politique est la libert&#233; et l'autonomie : celles-ci ne peuvent bien s&#251;r exister que dans un cadre &#233;tabli, collectif, qui les rende possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment se fait-il alors que la psychanalyse rejoigne la politique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La psychanalyse et la politique ont le m&#234;me but. C'est l&#224;, &#224; mon sens, que se trouve la r&#233;ponse &#224; la c&#233;l&#232;bre question de la fin de l'analyse (aux deux sens du mot &#171; fin &#187; : le sens temporel de &#171; terme &#187; et celui d' &#171; objectif poursuivi &#187; par l'analyse), sujet sur lequel Freud est revenu &#224; de nombreuses reprises. &#171; Quelle est la fin de l'analyse ? &#187; Je pense, &#224; pr&#233;sent, avoir trouv&#233; une r&#233;ponse &#224; cette question : la fin de l'analyse, c'est quand l'individu est devenu le plus autonome possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que veut dire autonome ? Autonome non pas au sens kantien, qui est d'ob&#233;ir &#224; une loi morale &#233;tablie par la raison ; loi qui est la m&#234;me pour tous, et qui est d&#233;cid&#233;e une fois pour toutes. Est autonome, au sens o&#249; je l'entends, celui qui a transform&#233; ses rapports avec son inconscient &#8211; car nous sommes &#224; pr&#233;sent dans la sph&#232;re psychanalytique &#8211; au point de pouvoir, dans la mesure o&#249; cela est humainement possible, conna&#238;tre ses d&#233;sirs et en ma&#238;triser la mise en acte, si tant est qu'il soit possible de le faire. Par exemple, personnellement, je pense qu'un individu qui, au moins une fois par an, n'a pas souhait&#233; la mort de quelqu'un &#8211; qui lui aurait par exemple coup&#233; la route ou qui lui aurait fait du tort est un individu tr&#232;s pathologique. Cela ne veut pas dire qu'il faut tuer le type en question, mais que ce d&#233;sir doit &#234;tre reconnu. Le vrai probl&#232;me de la psychanalyse est le rapport du patient avec lui-m&#234;me. Et nous pouvons ici reprendre ce que disait Freud lui-m&#234;me, dans la c&#233;l&#232;bre phrase qu'il avait &#233;crite dans ses &lt;i&gt;Nouvelles conf&#233;rences d'introduction &#224; la psychanalyse&lt;/i&gt; : &#171; Wo es war, soll ich werden &#187;, &#171; l&#224; o&#249; &#231;a &#233;tait, Je dois advenir &#187;, c'est &#224; dire remplacer le &#231;a par le moi. Bien s&#251;r, la phrase est tr&#232;s belle bien qu'ambigu&#235;, mais son caract&#232;re &#233;quivoque est lev&#233; par la suite de ce m&#234;me paragraphe dans lequel Freud dit : c'est un travail d'ass&#232;chement et de reconqu&#234;te comme celui que font les Hollandais dans le Zuiderzee. Qu'ont fait les Hollandais dans le Zuiderzee ? Il y avait la mer et ils l'ont ass&#233;ch&#233;e, et l&#224; o&#249; il y avait de la boue, des plantes marines bizarres, ils ont fait &#233;merger de beaux champs et y ont plant&#233; des tulipes. Or, ce n'est pas ce que nous cherchons &#224; faire dans la psychanalyse : nous ne cherchons pas &#224; ass&#233;cher l'inconscient. Avant tout parce que c'est une entreprise absurde, qui ne peut et ne pourra jamais r&#233;ussir. Par contre, nous cherchons &#224; transformer le rapport de l'instance du Moi, de l'instance du sujet plus ou moins conscient, plus ou moins r&#233;fl&#233;chi, avec ses pulsions, avec son inconscient. Et c'est cela, pour moi, la d&#233;finition de l'autonomie sur le plan individuel : c'est savoir ce que l'on d&#233;sire, savoir ce que l'on veut vraiment faire et pourquoi on veut le faire, et savoir ce que l'on sait et ce que l'on ne sait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cet id&#233;al d'autonomie &#8211; comme en atteste la publicit&#233; &#8211; n'est-il pas cependant tr&#232;s li&#233; &#224; l'id&#233;ologie dominante ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; actuelle a un pouvoir extraordinaire d'assimilation et de r&#233;cup&#233;ration. Moi, j'ai commenc&#233; &#224; parler de cr&#233;ation, d'imaginaire et d'autonomie il y a environ trente ans. A l'&#233;poque, il ne s'agissait pas du tout d'un slogan publicitaire. Je ne dis pas que les publicitaires m'ont pris ces mots ou qu'ils les ont tir&#233;s de mes &#233;crits, mais peu &#224; peu ils les ont assimil&#233;s. Par exemple, ces id&#233;es ont travers&#233; mai 68 et les publicitaires s'en sont alors inspir&#233;s. Mais en quoi consiste la diff&#233;rence essentielle entre eux et moi ? C'est que eux mystifient, trompent les gens quand ils parlent justement de cr&#233;ativit&#233; : &#171; si vous voulez &#234;tre vraiment cr&#233;atifs, venez travailler chez IBM &#187;, voil&#224; un slogan publicitaire. Mais chez IBM, vous travaillez comme n'importe quel employ&#233; dans n'importe quelle autre entreprise, et vous ne serez ni plus ni moins cr&#233;atif qu'ailleurs. Moi, par contre, je parle de la cr&#233;ativit&#233; des &#234;tres humains qu'il faut lib&#233;rer ; ce n'est pas du tout la m&#234;me chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, pour ce qui est de l'autonomie, peut-&#234;tre en parle-t-on en Italie, mais en France on parle plut&#244;t d'individualisme. Or, l'individualisme dont parlent la publicit&#233;, les id&#233;ologies officielles, la politique, n'a rien &#224; voir avec ce que moi j'appelle l'autonomie de l'individu. Avant tout parce que, si cet individualisme est vraiment sinc&#232;re, radical, il devrait consister &#224; dire &#171; je fais ce qui me pla&#238;t &#187;, mais ce n'est pas cela l'autonomie. L'autonomie, c'est plut&#244;t &#171; je fais ce qu'il me semble juste de faire, apr&#232;s y avoir r&#233;fl&#233;chi ; je ne m'interdis pas ce qui me pla&#238;t mais je ne fais pas quelque chose simplement parce que &#231;a me pla&#238;t &#187;. Parce qu'une soci&#233;t&#233; o&#249; chacun fait ce qui lui passe par la t&#234;te est une soci&#233;t&#233; o&#249; sont commis des crimes, des viols et toute sorte de d&#233;lits. De plus, cette publicit&#233; et cette id&#233;ologie sont mensong&#232;res, parce que ce pr&#233;tendu individualisme, ce pr&#233;tendu narcissisme dont on nous rebat les oreilles est un pseudo-individualisme. En quoi consiste l'individualisme actuel ? En ce que tous les soirs, &#224; huit heures et demie, toutes les familles fran&#231;aises tournent les m&#234;mes boutons pour recevoir les m&#234;mes programmes de t&#233;l&#233;vision et &#233;couter les m&#234;mes niaiseries. Bref, quarante millions d'individus qui, comme s'ils ob&#233;issaient &#224; un ordre militaire, font la m&#234;me chose et appellent cela individualisme. C'est ridicule. Moi, je parle de l'individu comme d'un &#234;tre autonome ou qui cherche &#224; l'&#234;tre et qui, sachant qu'il est unique, essayera de d&#233;velopper sa singularit&#233;, en ayant m&#233;dit&#233; la question s'il le peut. Et cela n'a rien &#224; voir avec la publicit&#233; actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous ne partagez donc pas la position de Lacan qui consid&#233;rait comme &#171; id&#233;ologie am&#233;ricaine &#187; la finalit&#233; de l'analyse comme cr&#233;ation d'un moi autonome ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas vraiment, mais je pense que celle-ci est en partie juste. En effet, il y avait deux d&#233;viations potentielles, et m&#234;me r&#233;elles, quand les Am&#233;ricains, ou plut&#244;t certains Am&#233;ricains, parlaient d'un moi autonome. La premi&#232;re d&#233;viation &#233;tait la sur&#233;valuation absolue du conscient et du moi. Ce n'est pas un hasard si je crois qu'il convient de compl&#233;ter ce qu'affirmait Freud, quand il disait : &#171; la o&#249; le &#231;a &#233;tait , je doit advenir &#187;, avec une phrase sym&#233;trique : &#171; l&#224; o&#249; moi (je) suis, le &#231;a doit pouvoir appara&#238;tre &#187;. Et donc, nous devons &#234;tre capables de faire parler ces d&#233;sirs-l&#224;. Ce qui, encore une fois, est bien diff&#233;rent de les faire passer dans la r&#233;alit&#233;, de les transformer en actes. Il est donc n&#233;cessaire de laisser sortir les pulsions, de savoir quelles sont nos pulsions, m&#234;me celles qui peuvent sembler &#8211; dans la vie quotidienne, dans la vie consciente &#8211; comme les plus bizarres, les plus monstrueuses, les plus abjectes. Il faut savoir qu'elles existent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, le moi dont parlaient les Am&#233;ricains &#233;tait en fait ce que j'appellerais &#171; l'individu socialement fabriqu&#233; &#187; : c'&#233;tait donc une construction sociale telle qu'elle &#233;tait model&#233;e par la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine, ou par la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise ou italienne, peu importe. Pour les Am&#233;ricains, donc, si un individu qui savait qu'il devait travailler pour vivre s'opposait &#224; son patron, c'est qu'il n'avait pas r&#233;solu son complexe d'&#338;dipe. Du reste, certains questionnaires de recrutement dans des entreprises am&#233;ricaines demandaient &#171; quand vous &#233;tiez petit, &#233;tiez-vous plus attach&#233; &#224; votre p&#232;re ou &#224; votre m&#232;re ? &#187; : si les candidats r&#233;pondaient &#171; je pr&#233;f&#233;rais ma m&#232;re &#187;, c'&#233;tait un mauvais point pour eux. Parce que cela voulait dire qu'ils &#233;taient susceptibles de s'opposer au p&#232;re et donc de cr&#233;er des ennuis &#224; l'entreprise en ayant des probl&#232;mes avec le patron. C'&#233;tait cela l'id&#233;ologie am&#233;ricaine de l'adaptation et l'usage aberrant de la psychanalyse &#224; des fins adaptatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez, dans un premier temps, int&#233;gr&#233; la pens&#233;e de Freud. Allez-vous en rester l&#224; ou bien pensez-vous que l'on ne peut pas s'en tenir &#224; la th&#233;orie freudienne telle qu'elle a &#233;t&#233; formul&#233;e &#224; ses d&#233;buts ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud est un g&#233;nie incomparable, un grand d&#233;couvreur, nous lui devons la notion d'inconscient et bien d'autres notions portant sur la sexualit&#233; infantile, le complexe d'&#338;dipe, etc. Mais il y a avant tout un point aveugle chez Freud, celui de l'imagination. Il y a un &#233;norme paradoxe dans l'&#339;uvre de Freud ; tout ce que Freud raconte, ce sont des formations imaginaires, des formations de l'imagination radicale du sujet : les fantasmes. C'est s&#251;r, je ne referai pas l'histoire, mais Freud, &#233;lev&#233; dans l'esprit positiviste du 19e si&#232;cle, &#233;l&#232;ve de Brucke et de tous les autres &#224; Vienne, ne voit pas ce point et ne veut pas le voir ; c'est pour cela que, au d&#233;but, et pendant longtemps, il croit &#224; la r&#233;alit&#233; des sc&#232;nes de s&#233;duction infantile que lui racontent ses patientes hyst&#233;riques. Il croit que les choses se sont r&#233;ellement pass&#233;es ainsi, que si les sujets sont malades c'est parce qu'il leur est effectivement arriv&#233; quelque chose qui les a traumatis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comme vous le savez, depuis 10 ans, aux &#201;tats-Unis, il y a une forte tendance &#224; reproposer cette m&#234;me conception.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, je sais. Mais ce sont des idioties politiques d&#233;termin&#233;es par la mode du &#171; politiquement correct &#187;. De toute fa&#231;on, ce sont les patients qui ont raison, non pas dans le sens o&#249; ils ont raison en g&#233;n&#233;ral, mais dans le sens o&#249; quand ils disent que leur p&#232;re, leur m&#232;re, leur nurse, leur tante, leur oncle ou un voisin les a s&#233;duits quand ils &#233;taient enfants, ils ont toujours et forc&#233;ment raison. Or, qu'ils aient raison ou non, l&#224; n'est pas le probl&#232;me parce que la r&#233;ponse fondamentale &#224; cela est que, quel que soit l'&#233;v&#233;nement traumatique, l'&#233;v&#233;nement est r&#233;el en tant qu'&#233;v&#233;nement mais imaginaire en tant que traumatisme. En fait, il n'y a pas de traumatisme si l'imagination du sujet n'accorde pas un certain sens &#224; ce qui se passe, et ce sens donn&#233; &#224; ce qui se passe n'est pas le sens du politiquement correct, c'est le sens qui provient du &#171; fantasmatique &#187; du sujet et de son imagination radicale. C'est l&#224; le point fondamental. Or, Freud ne veut pas voir cela. Aujourd'hui aux &#201;tats-Unis on cherche &#224; revenir en arri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est tr&#232;s &#233;mouvant, et &#224; la fois amusant, de voir comment tout au long de la c&#233;l&#232;bre analyse de l'Homme aux loups, Freud croit pendant longtemps &#224; la r&#233;alit&#233; de la sc&#232;ne primitive qui lui est racont&#233;e par l'homme aux loups, c'est-&#224;-dire au fait que celui-ci aurait observ&#233; ses parents faisant l'amour par derri&#232;re, pendant un co&#239;t &lt;i&gt;a tergo &#8211; more ferarum&lt;/i&gt;. Et ce n'est qu'&#224; la fin de l'analyse, dans une note de bas de page du livre, qu'il dit que peut-&#234;tre cette sc&#232;ne primitive n'&#233;tait qu'un fantasme du patient, mais que la question n'a que peu d'importance. Ce qui est dr&#244;le. Freud ne voit donc pas le r&#244;le de l'imagination dans ce qu'il appelle fantasmatisation &#8211; il appelle toujours cela &#171; fantasmatisation &#187; &#8211; il cherche des origines phylog&#233;n&#233;tiques &#224; ces fantasmes, ce qui est absurde. Cette m&#233;connaissance totale du r&#244;le de l'imagination radicale, cette m&#233;connaissance du r&#244;le de la fantasmatisation est de toute fa&#231;on ce qui reste &#224; Freud de son c&#244;t&#233; r&#233;ductionniste et d&#233;terministe. Cela est pouss&#233; &#224; l'extr&#234;me dans des essais comme &lt;i&gt;Un souvenir d'enfance de L&#233;onard de Vinci&lt;/i&gt;, dans lequel Freud tente d'expliquer un tableau de L&#233;onard, et m&#234;me la cr&#233;ativit&#233; de l'artiste, &#224; partir d'un suppos&#233; incident survenu au cours de son enfance. Cependant, m&#234;me si tout cela se tenait, cela n'expliquerait rien, absolument rien, de la peinture de L&#233;onard, ni pourquoi cette peinture est grande, ni pourquoi nous avons plaisir &#224; la regarder.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Psychanalyse et libert&#233; de pens&#233;e</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?646-psychanalyse-et-liberte-de-pensee</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?646-psychanalyse-et-liberte-de-pensee</guid>
		<dc:date>2012-11-09T11:00:59Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>Article</dc:subject>
		<dc:subject>Mortalit&#233; / finitude</dc:subject>
		<dc:subject>Conf&#233;rence</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;De belles pages, d'une troublante actualit&#233; dans l'interdit quasi g&#233;n&#233;ral de penser qui nous frappe aujourd'hui et qui pr&#233;tend masquer que &#171; la pens&#233;e autorise le conflit et en cherche la r&#233;solution &#187;... Tir&#233; de Hanna Segal, D&#233;lire et cr&#233;ativit&#233;, chapitre XVIII, Des Femmes, Paris, 1987, pp. 363-382. Source La psychanalyse appartient &#224; la grande tradition scientifique qui cherche &#224; lib&#233;rer la pens&#233;e des dogmes, qu'ils soient de nature religieuse ou qu'ils proviennent de la tradition (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-6-psychanalyse-+" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-81-philosophie-+" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-117-mortalite-finitude-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-+" rel="tag"&gt;Mortalit&#233; / finitude&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-142-conference-+" rel="tag"&gt;Conf&#233;rence&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;De belles pages, d'une troublante actualit&#233; dans l'interdit quasi g&#233;n&#233;ral de
penser qui nous frappe aujourd'hui et qui pr&#233;tend masquer que &#034;la pens&#233;e
autorise le conflit et en cherche la r&#233;solution&#034;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tir&#233; de Hanna Segal, D&#233;lire et cr&#233;ativit&#233;, chapitre XVIII, Des Femmes, Paris, 1987, pp. 363-382.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.google.fr/url?sa=t&amp;rct=j&amp;q=psychanalyse%20et%20libert%C3%A9%20de%20pens%C3%A9e%20%20hanna%20segal&amp;source=web&amp;cd=2&amp;ved=0CCgQFjAB&amp;url=http%3A%2F%2Fzonecours.hec.ca%2Fdocuments%2FH2009-P4-1907003.Psychanalyseetlibertedepensee%2CSegal.pdf&amp;ei=mbGLUOr0D-nK0QWJ5YCACQ&amp;usg=AFQjCNHleYibEz9Vs8gwUTqfyVEAyIbgvA&amp;cad=rja&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Source&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La psychanalyse appartient &#224; la grande tradition scientifique qui cherche &#224; lib&#233;rer la pens&#233;e
des dogmes, qu'ils soient de nature religieuse ou qu'ils proviennent de la tradition scientifique
&#233;tablie elle-m&#234;me. Dans son Introduction &#224; l'&#233;tude de la m&#233;decine exp&#233;rimentale Claude Bernard
&#233;crivait : &#171; Une id&#233;e doit toujours rester ind&#233;pendante. Elle ne doit pas plus &#234;tre encha&#238;n&#233;e &#224; des
croyances scientifiques qu'&#224; des croyances religieuse ou philosophique. &#187; Une telle libert&#233; est
toutefois difficile &#224; atteindre. Dans toute culture, certaines pens&#233;es ou certains id&#233;es sont
inadmissibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travaux de Copernic et de Galil&#233;e on rencontr&#233; des r&#233;sistances d'ordre &#233;motionnel. Il
&#233;tait impensable que la terre puisse &#234;tre autre chose que le centre de l'univers, avec les &#233;toiles
tournant autour d'elle. L'oeuvre de Darwin &#233;tait &#233;galement inadmissible. Bien s&#251;r je sais que je
simplifie exag&#233;r&#233;ment ici : Copernic, Galil&#233;e et Darwin, tout comme Freud, avaient des
pr&#233;d&#233;cesseurs. Et dans le cas de l'astronomie s'ajoutait le probl&#232;me que ses conclusions allaient &#224;
l'encontre de l'&#233;vidence des sens : la terre est plate. Quoi qu'il en soit, toutes document&#233;e qu'elles
fussent, leurs d&#233;couvertes rencontraient une r&#233;sistance car elles entraient en conflit radical avec le
point de vue admis sur la place de Dieu et de l'homme dans l'univers. Avant Freud, il &#233;tait
impensable que des d&#233;sirs incestueux fissent partie de la nature humaine et ne fussent pas le
privil&#232;ge de quelques pervers. Il &#233;tait impensable que des enfants et m&#234;me des nourrissons eussent
des d&#233;sirs, des phantasmes et des activit&#233;s sexuelles. Et ce bien que, &#224; la diff&#233;rence de ce qu'il en
&#233;tait dans le cas de l'astronomie ou de la biologie, il y e&#251;t beaucoup de preuves &#224; port&#233;e de la main,
&#224; la fois par l'observation et par l'auto-observation. La notion d'une sexualit&#233; infantile &#233;tait
tellement impensable que Freud lui-m&#234;me, lorsqu'il fut pour la premi&#232;re fois confront&#233; &#224; l'&#233;vidence,
fut convaincu que tous ses patients avaient fait l'objet de s&#233;duction dans leur enfance de la part
d'adultes. Si l'on en juge &#224; partir d'une lettre &#224; Fliess, il fut aid&#233; dans sa prise en consid&#233;ration de
l'id&#233;e nouvelle par le fait que cela le soulageait du fardeau d'une autre id&#233;e inadmissible. Dans cette
lettre, Freud disait que lorsque ses conceptions sur la s&#233;duction dans l'enfance furent r&#233;fut&#233;es par la
propre &#233;vidence qu'il apportait, au lieu d'en ressentir de l'accablement, il s'&#233;tait senti excit&#233; et
soulag&#233; de mani&#232;re surprenante. L'excitation &#233;tait due au sentiment de se trouver &#224; la veille d'une
grande d&#233;couverte. Le soulagement provenait de ce qu'il lui devenait possible de rejeter une pens&#233;e
horrifiante - &#224; savoir que tant de p&#232;res respectables, y compris son propre p&#232;re, avaient &#233;t&#233; des
pervers. Aussi, son acceptation d'une id&#233;e p&#233;nible fut quelque peu facilit&#233;e par son soulagement de
s'en trouver lib&#233;r&#233; d'une autre. Mais il est important de noter que bien que toutes deux p&#233;nibles, ces
id&#233;es n'&#233;taient pas impensables pour Freud. Il pouvait les penser et en &#233;prouver la validit&#233;.
L'acceptation des pens&#233;es jusqu'alors inadmissibles quant &#224; la nature sexuelle de l'enfant a
repr&#233;sent&#233; une perc&#233;e majeure dans sa pens&#233;e. Avant Freud, il &#233;tait impensable que les &#234;tre
humains nourrissent couramment des d&#233;sirs non seulement incestueux mais encore cruels ainsi que
des voeux de mort &#224; l'&#233;gard de ceux qui leur sont les plus proches et les plus chers et qu'ils
entretiennent des voeux de mort &#224; l'encontre de leurs parents. Pour rendre pensables des id&#233;es aussi
impensables, il faut un g&#233;nie et un h&#233;ros de la trempe de Copernic, de Darwin ou de Freud -
quelqu'un qui soit de son temps et qui puisse s'&#233;carter suffisamment de ce qui est pensable en son
temps pour formuler des hypoth&#232;ses jusque-l&#224; impensables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois formul&#233;es de telles hypoth&#232;ses, il y a une longue bataille contre les r&#233;sistances
&#233;motionnelles et un long processus d'&#233;laboration par lesquels sont d'abord d&#233;pass&#233;es les r&#233;sistances
internes personnelles, ensuite celles de l'ordre scientifique puis celles du monde entier. En fin de
compte, ces hypoth&#232;ses peuvent devenir une partie de la pens&#233;e scientifique accept&#233;e, et finalement
de la culture g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la psychanalyse, cependant, il ne s'agit pas seulement d'un probl&#232;me social. Bien que
les id&#233;es psychanalytiques b&#233;n&#233;ficient d'une certaine reconnaissance g&#233;n&#233;rale, la bataille pour la
libert&#233; de pens&#233;e doit &#234;tre men&#233;e individuellement avec chaque analysant sur le divan aussi bien
qu'&#224; l'int&#233;rieur de soi-m&#234;me. Et c'est par l&#224; que tout a commenc&#233;. Freud n'avait pas l'intention de
r&#233;volutionner la culture, il avait l'intention de traiter des patients. S'&#233;tant aper&#231;u que la pathologie
hyst&#233;rique s'articulait sur la conversion en sympt&#244;mes d'id&#233;es dont l'acc&#232;s n'&#233;tait pas autoris&#233; &#224; la
conscience, il entreprit de lib&#233;rer les pens&#233;es de chacun de ses patients des r&#233;sistances et des
interdits int&#233;rieurs. Son oeuvre - m&#234;me le tout d&#233;but de son travail avant la d&#233;couverte de la
m&#233;thode psychanalytique - abonde en exemples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle est l'origine de telles inhibitions de la pens&#233;e ? La crainte du surmoi est des plus
imm&#233;diatement manifeste. De la m&#234;me mani&#232;re que la crainte d'une autorit&#233; ext&#233;rieure peut nous
faire peu parler, la crainte d'une autorit&#233; int&#233;rieure peut nous faire peur de penser. Le surmoi, selon
Freud, est le personnage parental internalis&#233;, porteur des interdits parentaux, qui devient une
structure dans notre inconscient. Mais tandis que l'autorit&#233; ext&#233;rieure ne peut interdire que des
actions y compris la parole, cette autorit&#233; interne peut interdire la pens&#233;e. L'interdit peut s'appliquer
non seulement &#224; certaines pens&#233;es comme des pens&#233;es hostiles &#224; l'&#233;gard des parents et des fr&#232;res et
soeurs, mais aussi concerner toute recherche de connaissance et la pens&#233;e elle-m&#234;me. Le mythe du
Paradis terrestre se pr&#234;te &#224; cette interpr&#233;tation : manger un fruit de l'arbre de la connaissance est le
premier p&#233;ch&#233; et il conduit &#224; la perte de la gr&#226;ce. Dans le mythe de la tour de Babel, la poursuite du
savoir de Dieu est punie d'une attaque sur le langage, c'est-&#224;-dire sur la pens&#233;e verbale. Le mythe
de Prom&#233;th&#233;e implique une punition pour la recherche du feu, de la lumi&#232;re. Une racine de
l'inhibition de la pens&#233;e et de la recherche du savoir est la demande, ressentie comme venant du
surmoi, selon laquelle il faut qu'il soit d&#233;ifi&#233;. Le surmoi devient un dieu qui ne peut tol&#233;rer les
lumi&#232;res de l'esprit. Quand Oedipe trouve la r&#233;ponse &#224; l'&#233;nigme du Sphinx, celui-ci n'a plus qu'&#224; se
tuer. Un dieu ne peut survivre &#224; &#234;tre trop bien connu. Une telle divinit&#233; est aussi une divinit&#233;
terrible. Le Sphinx d&#233;vorait ses victimes. Cet aspect du surmoi ressenti comme dirig&#233; contre la
connaissance et la pens&#233;e a &#233;t&#233; particuli&#232;rement &#233;tudi&#233; et d&#233;crit par Wilfrid Bion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le surmoi est toutefois une structure complexe. Il est plus que la somme des interdits
parentaux et sa sauvagerie va bien au-del&#224; de celle de la plupart des parents. Dans ses travaux
tardifs, Freud exprimait l'opinion, partiellement en accord avec Melanie Klein et d'autres qui
insistaient sur ce point, que le surmoi n'est pas seulement l'int&#233;riorisation des interdits parentaux
mais qu'il est aussi et principalement le r&#233;sultat de la projection dans ces figures parentales des
pulsions et des phantasmes propres du sujet. Et les aspects id&#233;aux et les aspects pers&#233;cuteurs du
surmoi ont leurs racines dans les mouvements pulsionnels propres du nourrisson. Reportons-nous
au cas de l'Homme aux loups. Si son surmoi avait figure de loup au regard fixe, nous pourrions
dire maintenant que cela &#233;tait d&#251; dans une large mesure au fait qu'il avait attribu&#233; &#224; ses parents
internes ses propres pulsions &#224; mordre et ses pulsions voyeuristes. De la m&#234;me mani&#232;re, l'exigence
du surmoi &#224; &#234;tre trait&#233; comme un dieu soustrait &#224; la pens&#233;e critique s'enracine dans les propres
besoins du nourrisson d'avoir des parents parfaits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'interdit visant les pens&#233;es et qui para&#238;t &#233;maner du surmoi est aussi en partie une projection
de l'antagonisme propre du moi infantile &#224; l'&#233;gard de la pens&#233;e. Si nous go&#251;tons au fruit de l'arbre
de la connaissance du bien et du mal, nous nous exilons du Paradis. Copernic et Darwin port&#232;rent
de grands coups &#224; la vanit&#233; humaine. Ce n'&#233;tait pas seulement le surmoi d&#233;volu &#224; la religion et &#224;
l'autorit&#233; qui protestait contre leurs d&#233;couvertes mais aussi la vanit&#233; et l'&#233;gocentrisme humain.
L'homme n'aime pas perdre sa place particuli&#232;re et auguste dans l'univers comme &#233;lu de Dieu.
Freud a fait r&#233;f&#233;rence aux coups inflig&#233;s par Darwin et par Copernic &#224; l'amour-propre de l'homme
dans plusieurs articles et il a ajout&#233; : &#171; Mais la m&#233;galomanie humaine aura souffert sa troisi&#232;me
injure, la pire, de la part de la recherche psychologique du temps pr&#233;sent, laquelle cherche &#224; prouver
au moi qu'il n'est m&#234;me pas le ma&#238;tre chez lui. &#187; Et ce troisi&#232;me coup est d'une nature plus
personnelle.
Il est plus facile d'accepter les th&#233;ories de Freud en g&#233;n&#233;ral que d'accepter la
connaissance de soi-m&#234;me individuellement et sp&#233;cifiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Penser impose une limite &#224; l'omnipotence du phantasme et se fait attaquer du fait de notre
aspiration &#224; l'omnipotence. Par exemple, un patient avait r&#234;v&#233; qu'il &#233;tait en train de briser les
maillons d'une cha&#238;ne avec fureur. Il associa cela &#224; la s&#233;ance pr&#233;c&#233;dente o&#249; l'analyste avait fait
r&#233;f&#233;rence &#224; un &#171; train de pens&#233;es &#187; et o&#249; elle avait &#233;galement utilis&#233; l'expression &#171; maillons &#187; en lui
faisant remarquer quelque chose. Lorsqu'elle avait dit &#171; un train de pens&#233;es &#187;, il avait eu une pens&#233;e
de col&#232;re qu'il n'avait pas verbalis&#233;e : &#171; ce n'est pas un train, c'est une cha&#238;ne &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; It's not a train, it's a chain. &#187;&#034; id=&#034;nh25-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il s'&#233;tait senti en
col&#232;re apr&#232;s la s&#233;ance. Il ne voulait pas, disait-il, &#234;tre encha&#238;n&#233; par ses pens&#233;es. Il voulait briser la
cha&#238;ne et s'en lib&#233;rer. Il ressentait son propre train de pens&#233;es li&#233;es comme un enfermement et une
pers&#233;cution, car cela perturbait sa croyance en son omnipotence.
Cela l'amenait &#224; prendre
conscience de choses qu'il ne voulait pas savoir. Paradoxalement, la libert&#233; de pens&#233;e qui &#233;mergeait
graduellement de son analyse lui faisait l'effet d'une cha&#238;ne, d'une entrave &#224; la libert&#233; de penser ce
qu'il voulait. La pens&#233;e libre &#233;tait devenue susceptible de se soumettre, par exemple, au t&#233;moignage
des sens ou aux lois de la coh&#233;rence ou de la logique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense qu'il me faut, maintenant, dire quelque chose de ce que j'entends par les termes
d'omnipotence, de phantasme omnipotent et de pens&#233;e, et sur la mani&#232;re dont on peut les mettre en
rapport.
Dans l'optique de Freud tel qu'il l'exprime de mani&#232;re parlante et succincte dans
&#171; Formulations sur les deux principes du fonctionnement mental &#187;, l'&#233;mergence de la pens&#233;e est li&#233;e
&#224; la perte de l'omnipotence, &#224; l'exp&#233;rience de la frustration et au mouvement &#224; partir de ce qu'il
appelle le principe de plaisir vers le principe de r&#233;alit&#233;. La tranquillit&#233; d'esprit du nourrisson est
perturb&#233;e par des besoins int&#233;rieurs p&#233;remptoires tels que la faim. Son premier mode de r&#233;ponse
consiste en un accomplissement hallucinatoire du d&#233;sir et en un phantasme omnipotent d'un objet
qui satisfait les besoins ; une hallucination. Son autre mode de r&#233;ponse consiste en une d&#233;charge
motrice par laquelle le nourrisson essaie de se d&#233;barrasser de l'exp&#233;rience en la d&#233;chargeant au
moyen d'une action musculaire. En fin de compte, cependant, il d&#233;couvre que ni l'hallucination ni
la d&#233;charge motrice ne satisfont ses besoins. Freud conclut :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce ne fut que l'absence de survenue de la satisfaction attendue, l'exp&#233;rience de la
d&#233;ception, qui amen&#232;rent l'abandon de cette tentative de satisfaction par le moyen de
l'hallucination. Au lieu de cela, l'appareil psychique dut se r&#233;soudre &#224; se former une
conception des circonstances r&#233;elles dans le monde ext&#233;rieur et &#224; entreprendre d'y
apporter une modification r&#233;elle. Un nouveau principe de fonctionnement mental
fut ainsi introduit ; ce qui &#233;tait pr&#233;sent&#233; &#224; l'esprit n'&#233;tait plus ce qui &#233;tait agr&#233;able
mais ce qui &#233;tait r&#233;el, m&#234;me cela s'av&#233;rait &#234;tre d&#233;sagr&#233;able. Cette instauration du
principe de r&#233;alit&#233; s'affirma comme une &#233;tape de la plus haute importance.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se former une conception des circonstances r&#233;elles et tenter d'y produire une modification
r&#233;elle, cela pourrait s'appeler un premier pas dans la pens&#233;e. Cela prend la place de la d&#233;charge
motrice d&#233;pourvue de qualit&#233; psychique. Freud dit : &#171; La limitation de la d&#233;charge motrice (de
l'action) qui devenait n&#233;cessaire fut apport&#233;e par le moyen du processus de pens&#233;e. &#187; Selon Freud,
c'est penser qui rend possible &#224; l'appareil psychique de tol&#233;rer une tension accrue et de diff&#233;rer
l'action.
Il l'a appel&#233;e &#171; essentiellement une forme exp&#233;rimentale d'agir &#187;.
Ainsi, penser se
d&#233;veloppe dans l'&#233;cart entre l'exp&#233;rience du besoin et sa satisfaction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon cette hypoth&#232;se, il y a une diff&#233;rence entre l'hallucination et la pens&#233;e. Je reviendrai
l&#224;-dessus. Une extension de cette hypoth&#232;se sur l'origine et la nature de la pens&#233;e se d&#233;gage du
travail de Melanie Klein, en particulier avec les tr&#232;s jeunes enfants, et de celui de Wilfrid Bion, en
particulier avec les psychotiques. Du point de vue de Klein, la r&#233;ponse &#224; la faim est l'hallucination
d'un sein pourvoyeur de toute satisfaction, comme Freud l'a sugg&#233;r&#233;. Mais elle ajoute que lorsque
cela peut suffire &#224; &#233;carter la faim, la faim elle-m&#234;me est &#233;galement &#233;prouv&#233;e comme la pr&#233;sence
d'un objet, mais d'un mauvais objet qui ronge, qui d&#233;chire et qui attaque - un mauvais objet
hallucin&#233;. Selon Bion, une telle exp&#233;rience, ressentie comme un mauvais objet, ne peut &#234;tre trait&#233;e
que par l'expulsion. Je pense que la d&#233;charge motrice, telle qu'elle est d&#233;crite par Freud, peut &#234;tre
une mani&#232;re de traiter les mauvaises hallucinations en tentant de les expulser. C'est la prise en
compte du fait que cette d&#233;charge ne soulage pas du besoin qui am&#232;ne la prise en compte du fait
qu'un besoin n'est pas un objet dont on puisse se d&#233;barrasser mais que c'est une propri&#233;t&#233;
intrins&#232;que &#224; soi-m&#234;me quelque chose qui prend son origine &#224; l'int&#233;rieur de soi-m&#234;me ; non pas un
mauvais objet, mais le besoin d'un objet qui est absent. Les hallucinations sont reconnues comme
&#233;tant le produit de son propre psychisme. Un phantasme d'objet id&#233;al ou d'objet pers&#233;cuteur est
reconnu comme un phantasme. Aussi longtemps qu'un phantasme est omnipotent, il n'est pas une
pens&#233;e, car il n'est pas reconnu comme tel. Lorsqu'un phantasme est reconnu comme produit de son
propre psychisme, il gagne le domaine de la pens&#233;e. On peut alors dire : &#171; J'ai eu tel ou tel
phantasme. J'ai pens&#233; ceci ou cela. &#187; En cela, la pens&#233;e diff&#232;re de l'hallucination ou du d&#233;lire.
Freud a dit que le principe de r&#233;alit&#233; n'est que le principe de plaisir soumis &#224; l'&#233;preuve de la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ajouterai que penser se d&#233;veloppe &#224; partir du phantasme omnipotent, phantasme reconnu comme
tel et qui peut &#234;tre soumis &#224; l'&#233;preuve de r&#233;alit&#233;.
Penser commence d'abord avec l'&#233;preuve de r&#233;alit&#233;, puis la promeut. Cela commence avec
la constatation : &#171; ceci n'est pas ce qui est, c'est ce que je l'ai fait &#234;tre dans mon esprit &#187;. Mais penser
promeut &#233;galement l'&#233;preuve de r&#233;alit&#233; en ce que le phantasme omnipotent ne peut &#234;tre utilis&#233; pour
l'&#233;preuve de r&#233;alit&#233;. Sa finalit&#233; est de d&#233;nier la r&#233;alit&#233; de l'exp&#233;rience. Penser n'est pas seulement
une action exp&#233;rimentale ainsi que Freud l'a d&#233;crit, c'est aussi une hypoth&#232;se exp&#233;rimentale sur la
nature des choses - une v&#233;rification constante de ce qui a &#233;t&#233; phantasm&#233; &#224; l'encontre de toute
&#233;vidence. La pens&#233;e primitive commence au niveau pr&#233;verbal et elle est finalement incluse dans un
mot ou dans une phrase : &#171; Maman - papa - maman partie &#187;. Un mot ou une phrase englobent une
exp&#233;rience complexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hallucination-phantasme omnipotente et la pens&#233;e permettent toutes deux de supporter
l'&#233;cart entre le besoin et la satisfaction : l'absence et le besoin d'un objet de satisfaction. Mais tandis
que le phantasme omnipotent d&#233;nie l'exp&#233;rience du besoin, la pens&#233;e, qui admet le besoin, peut &#234;tre
utilis&#233;e pour explorer les r&#233;alit&#233;s ext&#233;rieures et int&#233;rieures et pour y faire face. Mais, comme la
pens&#233;e admet la frustration et y prend sa source, elle peut &#234;tre l'objet d'attaques d&#232;s son principe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La haine du processus de pens&#233;e, profond&#233;ment ancr&#233;e dans l'inconscient, peut &#234;tre active
toute la vie. Par exemple, j'avais un patient, hautement intelligent, dont la pens&#233;e &#233;tait bien
organis&#233;e &#224; plus d'un &#233;gard, mais dont certaines zones de la personnalit&#233; fonctionnaient &#224; un niveau
tr&#232;s primitif. Il avait des sympt&#244;mes psychosomatiques - un ulc&#232;re gastrique - et, dans les moments
de tension, penser &#233;tait remplac&#233; par des acting out impulsifs. Il avait pris conscience dans le cours
de l'analyse de l'intensit&#233; de son obsession pour les seins des femmes. Vers la fin d'une s&#233;ance, il
rapporta un r&#234;ve dans lequel une femme donnait le sein &#224; un b&#233;b&#233;. Les seins &#233;taient si pr&#232;s du
patient qu'il pouvait les caresser. Puis la femme s'en alla, mais elle laissa les seins avec le b&#233;b&#233; et le
patient qui continu&#232;rent t&#233;t&#233;e et caresses. Il ajouta que le b&#233;b&#233; devait &#234;tre lui-m&#234;me tant il &#233;tait
proche de lui. Il commen&#231;a la s&#233;ance suivante dans un &#233;tat d'irritation intense contre lui-m&#234;me. Il
dit qu'il avait plein de probl&#232;mes importants dans sa vie adulte dont il voulait parler, mais d&#232;s le
moment o&#249; il avait pos&#233; les yeux sur l'analyste il avait remarqu&#233; qu'elle portait un corsage blanc et il
avait commenc&#233; &#224; penser &#224; ses seins ; il dit avec exasp&#233;ration : &#171; Je ne suis pas obs&#233;d&#233; par les seins,
je suis manifestement fou des seins. &#187; Il dit ensuite qu'il &#233;tait toujours en train de sucer quelque
chose, comme ses orteils ou son pouce lorsqu'il &#233;tait enfant, et &#224; pr&#233;sent des bonbons, du chewing-
gum, des cigarettes, n'importe quoi, juste pour avoir quelque chose dans la bouche. Tout en parlant,
il &#233;tait devenu de plus en plus songeur et lointain. Je lui en fis la remarque et lui rappelai le r&#234;ve
dans lequel lui, le b&#233;b&#233;, t&#233;tait et caressait le sein tandis que la femme s'&#233;loignait. Il m'interrompit
avec col&#232;re en disant : &#171; Ne me faites pas penser. Je ne veux pas penser. Je veux t&#233;ter. Je hais les
pens&#233;es. Quand j'ai des pens&#233;es, &#231;a veut dire que je n'ai rien &#224; t&#233;ter. &#187; Mon commentaire sur son
&#233;tat d'esprit l'avait rendu conscient du fait qu'il &#233;tait en train de vivre son r&#234;ve dans la s&#233;ance, de
vivre la possession du sein laiss&#233; par la femme, et l'avait rendu conscient de ma pr&#233;sence. J'&#233;tais la
femme au corsage blanc, et il y avait une distance entre nous, ce qui rendait n&#233;cessaire l'utilisation
de la parole pour la communication. D&#232;s le moment o&#249; il prit conscience de cela, il se rendit
compte qu'il avait des pens&#233;es, non pas un sein dans la bouche, et, cela, il le d&#233;testait. Il d&#233;testait le
fait qu'il lui fallait penser pour prendre en compte cette distance ainsi que les probl&#232;mes auxquels il
avait fait r&#233;f&#233;rence au d&#233;but de la s&#233;ance, l'imminence des vacances analytiques n'en constituant pas
l'un des moindres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e dans son &#233;tat natif entre en conflit avec l'illusion que le nourrisson est confondu
avec un sein id&#233;al ou qu'il en a la possession. Et la d&#233;sillusion doit &#234;tre tol&#233;r&#233;e pour que la pens&#233;e
se d&#233;veloppe. Un &#233;l&#233;ment de cette d&#233;sillusion persiste dans la pens&#233;e sophistiqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers la fin de son analyse, un autre patient apporta les deux r&#234;ves suivants. Dans le premier
r&#234;ve, il se voyait lui-m&#234;me. Il &#233;tait mince, sans autre changement, un homme d'&#226;ge moyen
commen&#231;ant &#224; perdre ses cheveux. En s'&#233;veillant, il pensa que son r&#234;ve signifiait que le fait d'&#234;tre
plus mince ne le rendait pas plus jeune pour autant.
Ce patient qui avait une tendance &#224;
l'embonpoint faisait p&#233;riodiquement des r&#233;gimes et devenait franchement maniaque lorsqu'il perdait
du poids. Il avait eu un phantasme quasi conscient selon lequel &#234;tre mince refaisait de lui un
adolescent jeune et beau. En association &#224; son r&#234;ve, il reconnut avec une certaine tristesse que ce
n'&#233;tait plus le cas. Il &#233;tait satisfait d'avoir perdu du poids lors de la semaine pr&#233;c&#233;dente, mais il ne
pouvait ressentir ce qu'il ressentait d'habitude, &#224; savoir que cela l'avait chang&#233;. Sa croyance en la
vertu magique de jouvence de l'&#233;tat de minceur avec l'&#233;lation qui l'accompagnait avait disparu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jour suivant, il apporta un r&#234;ve plus complexe. Il disait au revoir sur le pas de la porte &#224;
un adolescent. Il se sentait tr&#232;s tendre &#224; son &#233;gard et triste de se s&#233;parer de lui. A l'arri&#232;re-plan se
tenait X., le p&#232;re de l'adolescent, un infirme, et plus loin encore, les parents du patient. Il eut
beaucoup d'associations. La premi&#232;re &#233;tait que l'adolescent c'&#233;tait lui, et qu'il disait au revoir &#224; ses
phantasmes d'&#234;tre encore adolescent et au revoir &#224; l'image de lui-m&#234;me comme encore d&#233;pendant de
sa famille d'origine. Les association sur X. &#233;taient plus complexes. X. fut un homme d'affaires
riche, qui avait r&#233;ussi, et extr&#234;mement avare, &#224; pr&#233;sent handicap&#233; par une maladie du syst&#232;me
nerveux central. Le patient lui-m&#234;me avait &#233;t&#233; un homme d'affaires qui avait r&#233;ussi, d'une avarice &#224;
la limite du ridicule et d'une avidit&#233; sans merci. Quand il avait commenc&#233; l'analyse, le succ&#232;s dans
les affaires &#233;tait &#233;quivalent non seulement &#224; &#234;tre puissant de fa&#231;on omnipotente mais aussi &#224; &#234;tre
vertueux. Cela faisait partie de la culture dans laquelle il avait grandi que de croire que les gens
n'&#233;taient pauvres que du fait de leur propre incapacit&#233;.
La fortune &#233;quivalait &#224; la pi&#233;t&#233;.
Inconsciemment, toutefois, l'avidit&#233; et son c&#244;t&#233; impitoyable suscitaient beaucoup de culpabilit&#233;, des
sentiments de pers&#233;cution et de vide int&#233;rieur, ce qui finalement l'amena &#224; l'analyse. Dans le cours
de son analyse, il reconnut combien ces attitudes avaient pu handicaper son d&#233;veloppement mental.
L'infirme du r&#234;ve le repr&#233;sentait lui-m&#234;me dans le pass&#233; et aussi un aspect de son p&#232;re qui avait le
m&#234;me syst&#232;me de valeurs bien que sous une forme moins extr&#234;me. Dans le r&#234;ve, il disait au revoir
non seulement au soi adolescent, mais aussi &#224; un ensemble de valeurs et d'id&#233;es qu'il ne pouvait
plus tenir pour siennes. Il n'&#233;tait &#224; pr&#233;sent plus libre de penser qu'&#234;tre riche voulait dire &#234;tre juste.
De m&#234;me, il ne pouvait plus penser que cet aspect de son p&#232;re &#233;tait admirable et digne d'&#234;tre imit&#233;.
Ainsi, tandis que l'analyse lib&#233;rait ses perceptions et ses pens&#233;es du syst&#232;me de valeurs rigide dans
lequel il avait &#233;t&#233; &#233;lev&#233; et qui convenait &#224; sa propre avidit&#233; et &#224; son envie, il ressentait du regret et
de la tristesse &#224; la perte de cet ensemble de pens&#233;es et de croyances appartenant au pass&#233;. Il faisait
le deuil de l'id&#233;alisation de son p&#232;re et surtout de l'id&#233;alisation de lui-m&#234;me. Des aspects de sa
personnalit&#233; qu'il tenait pour merveilleux &#233;taient maintenant consid&#233;r&#233;s comme une atteinte de son
syst&#232;me nerveux central. Il pouvait encore avoir certaines id&#233;es mais il ne pouvait plus croire en
leur validit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me rends compte que je peux para&#238;tre faire une confusion entre croyance et pens&#233;e, mais
parmi ses fonctions, la pens&#233;e a celle de soumettre la croyance &#224; l'examen. La pens&#233;e nous ravit le
luxe de la croyance aveugle. Il pouvait toujours penser &#224; ses anciennes id&#233;es et regretter parfois de
ne plus pouvoir les tenir pour vraies, mais il ne pouvait plus en faire usage pour penser le monde ni
pour en faire la base de son action. De la m&#234;me mani&#232;re, lorsque nous apprenons que la terre est
une plan&#232;te tournant autour du soleil, nous ne sommes plus libres de penser qu'elle est plate. Ou
plut&#244;t, nous pouvons entretenir une telle pens&#233;e sur le mode du phantasme bizarre, nous pouvons
m&#234;me, si nous en avons le talent et le penchant, &#233;crire un roman de science-fiction &#224; propos d'un
monde plat, mais nous devons reconna&#238;tre qu'il s'agit d'un phantasme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la pens&#233;e, ainsi que je l'ai sugg&#233;r&#233;, est n&#233;e de la rencontre des phantasmes avec les
r&#233;alit&#233;s, les phantasmes perdent leur caract&#232;re omnipotent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le patient auquel j'ai fait r&#233;f&#233;rence en est venu &#224; reconna&#238;tre que bon nombre de ses vues sur le
monde et sur lui-m&#234;me et que certaines des actions irrationnelles de sa part qui en r&#233;sultaient &#233;taient
fond&#233;es sur des phantasmes inconscients omnipotents. Par exemple, il avait le phantasme que ses
f&#232;ces avaient des pouvoirs magiques et &#233;taient sup&#233;rieures comme nourriture au lait de sa m&#232;re
ainsi que sup&#233;rieures en puissance au p&#233;nis de son p&#232;re. Lorsque ce phantasme omnipotent fut
devenu une pens&#233;e claire, il eut affaire &#224; de r&#233;els sentiments d'impuissance et de d&#233;pendance
comme enfant en relation &#224; ses parents et comme patient en relation par rapport &#224; moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud liait la pens&#233;e &#224; &#171; la formation d'une conception des circonstances r&#233;elles dans le
monde ext&#233;rieur &#187;. Cela implique que se constitue une conception de soi-m&#234;me, de ses propres
besoins, de ses propres mouvements pulsionnels, c'est-&#224;-dire que se forme une conception de son
propre monde int&#233;rieur. La croyance du patient dans la magie de ses excr&#233;ments avait &#233;t&#233; li&#233;e &#224; un
autre phantasme omnipotent. Il avait un phantasme, amplement illustr&#233; dans nombre de ses r&#234;ves,
de m'avoir aval&#233;e compl&#232;tement (comme il l'avait phantasm&#233; &#224; propos de sa m&#232;re dans le pass&#233;) et
de m'avoir, &#224; l'int&#233;rieur de lui, vid&#233;e de toutes mes richesses et attributs suppos&#233;s, physiques et
mentaux. Dans ses &#233;tats maniaques, il se sentait &#234;tre le possesseur de tout pouvoir et de toute
richesse et il me contenait sous la forme d'un objet appauvri plein d'avidit&#233; et d'envie. Ce
phantasme omnipotent sous-tendait aussi bien ses &#233;tats d'&#233;lation maniaque que ceux de pers&#233;cution.
Cet &#233;tat de choses &#233;tait v&#233;cu non pas comme des pens&#233;es mais comme une r&#233;alit&#233;.
Tr&#232;s
sch&#233;matiquement, on pourrait dire qu'il y eut trois &#233;tapes dans son gain d'insight dans ce domaine.
Premi&#232;rement : &#171; Mes f&#232;ces sont tout &#187; (omnipotence). Deuxi&#232;mement : &#171; Il en est ainsi car mes
parents internes sont vides et que je poss&#232;de tout. C'est aussi pourquoi ils me pers&#233;cutent. &#187;
Troisi&#232;mement : &#171; Il en est ainsi car je l'ai voulu. Dans mon esprit, j'ai fait qu'il en soit ainsi en
imaginant que je les avalais compl&#232;tement et que je les vidais. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette troisi&#232;me &#233;tape le mit en contact avec le fait que l'&#233;tat de choses dont il faisait
l'exp&#233;rience &#233;tait quelque chose qu'il phantasmait parce qu'il l'avait souhait&#233;. Il commen&#231;a &#224;
reconna&#238;tre que c'&#233;tait les pens&#233;es qu'il avait, et il ne pouvait plus croire qu'elles &#233;taient des
perceptions de la r&#233;alit&#233;. Les phantasmes omnipotents se transformaient en pens&#233;es qui pouvaient
&#234;tre exprim&#233;es ainsi : &#171; C'est ce que j'ai souhait&#233;, ou bien, c'est ce que je souhaite. C'est ce que je
pensais avoir fait ou pouvoir faire. &#187; A ce point, l'&#233;preuve de r&#233;alit&#233; : &#171; Puis-je le faire ? &#187; commence
&#224; jouer un r&#244;le de deux mani&#232;res. L'une est l'&#233;preuve de r&#233;alit&#233; de l'omnipotence de ses d&#233;sirs. Par
exemple, le patient se rendit compte que le fait qu'il puisse entrer ainsi en possession de mes
attributs &#233;tait un phantasme. Mais un autre &#233;l&#233;ment de r&#233;alit&#233; tout aussi important entre en jeu.
Une &#233;preuve de r&#233;alit&#233; interne se produit en rapport &#224; d'autres sentiments ou &#224; d'autres d&#233;sirs que
l'on peut avoir - dans le cas de ce patient, par exemple, des sentiments tels que l'amour, la gratitude,
un d&#233;sir de pr&#233;server &#224; l'int&#233;rieur de lui-m&#234;me une bonne perception de moi, de la culpabilit&#233; pour
son avidit&#233; et ses pens&#233;es envieuses, un souci des r&#233;percutions de tout cela sur son monde interne et
des cons&#233;quences au niveau de son comportement dans le monde externe. Tous ces sentiments
&#233;taient en conflit avec sa m&#233;galomanie omnipotente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;t&#233; amen&#233;e par cet exemple &#224; introduire plusieurs probl&#232;mes additionnels : la
conscience des mouvements pulsionnels, le sentiment de culpabilit&#233;, le probl&#232;me des valeurs. Ont-
ils &#224; voir avec mon th&#232;me ? Je pense qu'il me faut introduire ici le concept d'int&#233;gration et ses
rapports &#224; la pens&#233;e. Un phantasme omnipotent peut, et bien s&#251;r doit, se trouver cliv&#233; des
perceptions, externes et internes, qui entrent en conflit avec lui. Lorsqu'un phantasme perd son
caract&#232;re omnipotent et devient une pens&#233;e, une hypoth&#232;se &#224; v&#233;rifier ou un d&#233;sir reconnu comme
tel, il s'int&#232;gre &#224; d'autres pens&#233;es et &#224; d'autres d&#233;sirs. La pens&#233;e autorise le conflit et en cherche la
r&#233;solution. Je ne peux ici aborder la question de la diff&#233;rence entre avoir des pens&#233;es et penser. Il
suffit de dire qu'une telle int&#233;gration - comparer, assortir et juger - est &#233;galement une &#233;tape de l'&#233;tat
d'avoir des pens&#233;es &#224; l'&#233;tat de penser. Dans le cas de ce patient, d'une mani&#232;re simplifi&#233;e, un
phantasme m&#233;galomaniaque v&#233;cu comme une r&#233;alit&#233; commen&#231;a &#224; c&#233;der la place &#224; des pens&#233;es, &#224;
l'appr&#233;ciation de lui-m&#234;me, de moi et du monde ainsi qu'&#224; une appr&#233;ciation de ses d&#233;sirs
contradictoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela s'est li&#233; &#224; un changement dans son sens des valeurs, car le sens des valeurs et la pens&#233;e
sont inextricablement reli&#233;s. Le sens des valeurs influence naturellement toute la pens&#233;e, mais
inversement, aussi, le sens des valeurs est d&#233;termin&#233; par ce que nous pensons. Money-Kyrle a
explor&#233; ce th&#232;me dans &#171; Psychanalyse et &#233;thique &#187;, et dans &#171; L'image que l'homme a de son monde &#187;.
La conception du monde de mon patient &#233;tait fond&#233;e sur le phantasme qu'il avait vol&#233; son objet et,
en cons&#233;quence, il craignait que son objet ne le vole &#224; son tour et ne l'annihile. Cela conduisait &#224; un
sens des valeurs bas&#233; sur l'id&#233;e : &#171; Il faut tuer pour ne pas &#234;tre tu&#233; &#187;. Avec l'&#233;mergence d'int&#233;gration
et de pens&#233;e et une vision modifi&#233;e de lui-m&#234;me et du monde, ses valeurs devaient in&#233;vitablement
&#234;tre modifi&#233;es. Une situation paradoxale et complexe se cr&#233;e en rapport avec le surmoi. Lorsque
l'int&#233;gration commence &#224; se faire et que la pens&#233;e prend la place du phantasme omnipotent cliv&#233;, la
culpabilit&#233; diminue d'un c&#244;t&#233; et augmente de l'autre. Chez mon patient, le phantasme de sa
sup&#233;riorit&#233; &#233;tait li&#233; &#224; un surmoi terrifiant, une figure parentale d&#233;pourvue de toute qualit&#233; positive et
en proie &#224; l'avidit&#233; et l'envie. Sa pens&#233;e n'&#233;tait pas seulement restreinte par le besoin infantile
d'&#233;liminer toute pens&#233;e qui viendrait contredire sa propre omnipotence ; elle &#233;tait aussi l'objet
d'attaques continuelles de la part d'un surmoi &#233;galement omnipotent, envieux et hostile qui ne lui
autorisait aucun enrichissement r&#233;el en sentiments, en pens&#233;e ou en savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les phantasmes sont reconnus comme phantasmes, il leur est permis d'exister en
pens&#233;e. Moins il y a d'omnipotence, plus une pens&#233;e devient permise puisqu'elle n'a pas le pouvoir
omnipotent de transformer l'objet en personnage surmo&#239;que monstrueux.
Par ailleurs, cette
pers&#233;cution int&#233;rieure par un surmoi monstrueux est remplac&#233;e par un sentiment de responsabilit&#233; &#224;
l'&#233;gard de sa propre pens&#233;e et par une culpabilit&#233; plus consciente, laquelle est, je pense, in&#233;vitable,
m&#234;me si les pens&#233;es sont reconnues comme non omnipotentes. Dans le cas du patient dont j'ai
parl&#233; en dernier, le phantasme m&#233;galomaniaque et les peurs correspondantes mutilaient sa capacit&#233;
de penser. Ils furent remplac&#233;s par la prise en compte du fait qu'il y avait, par exemple, des
personnes dont il d&#233;pendait, ce qui suscitait souvent en lui des pens&#233;es avides, envieuses et hostiles
dont l'existence lui procurait souffrance, culpabilit&#233; et d&#233;sillusion dans sa vision de lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce donc alors que la libert&#233; de pens&#233;e ? Nietzsche dit : &#171; La pens&#233;e ne vient pas quand
nous le voulons, elle vient quand elle veut. &#187; Nous pourrions ajouter : elle n'est pas ce que nous
voulons, elle est ce qu'elle veut. Ceci revient bien s&#251;r &#224; personnifier la pens&#233;e comme si elle &#233;tait
un &#234;tre dot&#233; d'une volont&#233; propre. Une telle sorte de pens&#233;e existe - celle qui est attribu&#233;e et
ressentie comme &#233;manant des objets internes - comme l'inspiration ou la pers&#233;cution. Mais plus
g&#233;n&#233;ralement, la pens&#233;e et le processus de penser sont le r&#233;sultat d'une interaction complexe de nos
pulsions, de nos d&#233;sirs, de nos phantasmes et de nos perceptions. Et, de ce fait, une pens&#233;e n'est pas
n&#233;cessairement ce que nous souhaiterions qu'elle soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La libert&#233; de pens&#233;e - et au mieux, je pense que nous n'avons encore qu'une libert&#233; tr&#232;s
limit&#233;e &#224; cet &#233;gard - signifie la libert&#233; de conna&#238;tre nos propres pens&#233;es et ceci signifie que nous
avons &#224; conna&#238;tre les pens&#233;es importunes aussi bien que les pens&#233;es bienvenues, les pens&#233;es
anxieuses, celles qui sont v&#233;cues comme &#171; mauvaises &#187; ou &#171; folles &#187; aussi bien que les pens&#233;es
constructives et celles qui sont ressenties comme &#171; bonnes &#187; ou &#171; saines &#187;. La libert&#233; de pens&#233;e c'est
&#234;tre capable d'examiner la validit&#233; des pens&#233;es en termes de r&#233;alit&#233;s externes ou internes. Plus nous
sommes libres de penser, mieux nous pouvons juger ces r&#233;alit&#233;s et plus riches sont nos exp&#233;riences.
Mais &#224; l'image de toute libert&#233;, elle est ressentie &#233;galement comme une entrave en cela qu'elle nous
fait nous sentir responsables de nos propres pens&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et des forces formidables, externes et internes, militent contre cette libert&#233;.
Le
psychanalyste se donne la t&#226;che d'aider le patient avant tout &#224; reconna&#238;tre la valeur
incommensurable d'une telle libert&#233;, &#224; voir combien il vaut la peine de lutter pour elle, et de l'aider &#224;
acqu&#233;rir une telle libert&#233; dans une plus grande dimension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hanna Segal&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;POST-SCRIPTUM 1980
PSYCHANALYSE ET LIBERT&#201; DE PENS&#201;E&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conf&#233;rence fut donn&#233;e pour une assistance principalement non analytique. Le temps
ne m'a pas permis d'&#233;laborer la question du passage de l'hallucination &#224; la pens&#233;e en passant par le
phantasme omnipotent ni de d&#233;crire le r&#244;le de la projection et de l'introjection dans ce processus. [
... ]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai pu de m&#234;me entrer dans le probl&#232;me de la pens&#233;e inconsciente et de la pens&#233;e
consciente ainsi que dans celui du r&#244;le du symbolisme et du refoulement. [ ... ]&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb25-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; It's not a train, it's a chain. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>...Et le pouvoir absolu corrompt absolument</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?644-et-le-pouvoir-absolu-corrompt</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?644-et-le-pouvoir-absolu-corrompt</guid>
		<dc:date>2012-10-20T17:39:10Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;ducation</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie directe</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Psycho-sociologie</dc:subject>
		<dc:subject>Article</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;lectoralisme</dc:subject>
		<dc:subject>Mortalit&#233; / finitude</dc:subject>
		<dc:subject>Oligarchie</dc:subject>
		<dc:subject>Totalitarisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Source : Revue Psychanalyse dans la civilisation R&#233;sum&#233; Les Chefs d'Etats ou autres &#171; leaders &#187; conservent, tout comme les autres hommes, des parties infantiles dans leur psychisme. Ce qui semble &#234;tre une &#233;vidence est cependant constamment &#171; oubli&#233; &#187; par nous tous, qui demandons &#224; nos leaders d'&#234;tre des surhommes. En effet, m&#234;me lorsque leur pouvoir est limit&#233;, comme c'est la r&#232;gle dans les D&#233;mocraties, ils sont soumis &#224; un environnement qui est assez semblable &#224; celui qui entoure un (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-6-psychanalyse-+" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-30-education-+" rel="tag"&gt;&#201;ducation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-37-democratie-directe-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-109-psycho-sociologie-+" rel="tag"&gt;Psycho-sociologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-115-electoralisme-+" rel="tag"&gt;&#201;lectoralisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-117-mortalite-finitude-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-+" rel="tag"&gt;Mortalit&#233; / finitude&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-131-oligarchie-+" rel="tag"&gt;Oligarchie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-138-totalitarisme-+" rel="tag"&gt;Totalitarisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Source : Revue &lt;a href=&#034;http://inconscientetsociete.free.fr/n17.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Psychanalyse dans la civilisation&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;sum&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Chefs d'Etats ou autres &#171; leaders &#187; conservent, tout comme les autres hommes, des parties infantiles dans leur psychisme. Ce qui semble &#234;tre une &#233;vidence est cependant constamment &#171; oubli&#233; &#187; par nous tous, qui demandons &#224; nos leaders d'&#234;tre des surhommes. En effet, m&#234;me lorsque leur pouvoir est limit&#233;, comme c'est la r&#232;gle dans les D&#233;mocraties, ils sont soumis &#224; un environnement qui est assez semblable &#224; celui qui entoure un tr&#232;s petit b&#233;b&#233; admiration de ses proches, &#233;loignement des r&#233;alit&#233;s quotidiennes, suppression des critiques, etc. Or ce qui est normal pour un b&#233;b&#233; ne l'est pas du tout pour un adulte, et notre psychisme n'est pas con&#231;u pour garder son &#233;quilibre intact dans une ambiance de cette sorte. D'o&#249; des &#171; fins de r&#232;gne &#187; le plus souvent difficiles dans les D&#233;mocraties, de plus en plus tragiques dans les Pays totalitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Summary&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Like all other men, chiefs of state and political leaders retain infantile zones in their psychic make-up. However, we constantly overlook this obvious fact, and expect our leaders to behave at all times like supermen. And in fact, even in democracies in which their power is limited by definition, they live in an environment similar to that of a very young baby, admired by those close to them and protected from the hard facts of everyday life, and from criticism. However, what is normal for a baby is not at all normal for an adult, and our psychic balance is not made to emerge intact from such an environment. This may explain why political leaders often have a difficult time ending their reigns in democracies, and often a tragic one in totalitarian regimes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gabrielle Rubin
Psychanalyste, Docteur &#232;s Lettres.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains philosophes pensent que la sup&#233;riorit&#233; morale que nous attribuons aux Etats respectueux des Droits de l'Homme est sans base th&#233;orique et doit donc s'appuyer uniquement sur la puissance de ses tenants. C'est une th&#233;orie dangereuse en ce qu'elle ne pose pas de diff&#233;rence de nature entre ceux qui croient &#224; la primaut&#233; de la loi sur la force et ceux qui n'y croient pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avance l'hypoth&#232;se que la th&#233;orie psychanalytique du &#171; Complexe d'OEdipe &#187; nous indique l'existence de cette diff&#233;rence de nature, et que de plus elle montre que cette diff&#233;rence est naturelle, c'est-&#224;-dire conforme &#224; l'&#233;volution de l'&#234;tre humain. Elle est en ceci identique au sentiment des Constituants, qui affirmaient que les &#171; Droits de l'Homme &#187; sont des droits naturels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept de &#171; Complexe d'OEdipe &#187; me semble en effet conforter l'id&#233;e que la D&#233;mocratie est l'&#233;tat auquel aspire &#171; naturellement &#187; l'adulte, tandis que le d&#233;sir du b&#233;b&#233; est la toute-puissance. Ce n'est pas le lieu ici de d&#233;velopper cet aspect de la th&#233;orie psychanalytique ; je dirai simplement qu'il y a peu d'&#234;tres psychiquement adultes et que m&#234;me ceux qui le sont risquent &#224; tout moment de r&#233;gresser vers la m&#233;galomanie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;gression, g&#234;nante ou parfois grave dans ses cons&#233;quences lorsque c'est l'entourage d'un simple citoyen qui est en cause, devient r&#233;ellement catastrophique lorsque c'est un Chef d'Etat qui en est la proie. C'est cette id&#233;e que j'essayerai de d&#233;velopper ci-dessous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une antique plaisanterie dit : &#171; le supplice du pal, qui commence si bien et finit si mal... &#187;. On pourrait en dire autant de n'importe quel pouvoir, qui finit seulement d'autant plus mal qu'il est plus absolu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons, par exemple, le cas d'un dictateur c'est bien souvent dans un contexte de d&#233;sordres, de mis&#232;re, d'humiliations qu'un &#171; chef &#187; s'empare du pouvoir. Le peuple, toutes classes confondues, exasp&#233;r&#233; par les conditions de vie qui sont les siennes, ou bien laisse faire, ou bien m&#234;me accueille favorablement le nouveau leader, et cela d'autant plus volontiers que celui-ci promet, souvent de bonne foi, toutes sortes de prosp&#233;rit&#233;s. Mais - tr&#232;s vite ou plus lentement - ce qu'on voit se d&#233;velopper dans une dictature, c'est la suppression des libert&#233;s, la corruption, la mis&#232;re pour les plus faibles, l'opulence pour les favoris du r&#233;gime et, toujours, la justice bafou&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sch&#233;ma est constant : dictatures de droite, dictatures de gauche, dictatures du centre, s'il en existe, aucune n'y &#233;chappe, ne peut y &#233;chapper ; je vais m'efforcer de montrer que, en dehors d'autres raisons de toutes sortes, une cause psychologique rend in&#233;vitable une &#233;volution de ce type. (Tout autre est le cas d'un Chef d'Etat librement et d&#233;mocratiquement &#233;lu. Pourtant, si une sage constitution n'a pas limit&#233; &#224; un seul et de faible dur&#233;e le mandat que le peuple lui confie, nous avons vu, voyons et verrons que la fin du r&#232;gne de ce chef d'Etat sera, elle aussi, peu satisfaisante. Elle n'aura &#233;videmment aucune commune mesure avec les d&#233;sastres qui marquent la fin d'une dictature, mais cette fin sera assez d&#233;sagr&#233;able pour qu'il vaille la peine de r&#233;fl&#233;chir aux moyens de l'&#233;viter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut constamment garder &#224; l'esprit l'id&#233;e qu'un Chef est aussi un homme comme un autre - Cela semble aller de soi ? Certes, pour la partie adulte de nous-m&#234;mes, mais non pour la partie infantile/inconsciente qui, peu ou prou, identifie le Chef aux parents tout puissants du premier &#226;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, et l&#224; r&#233;side le danger, cet homme, ce Chef d'Etat, conserve, comme chacun d'entre nous, enfouis au plus profond de lui-m&#234;me, des restes de formations infantiles surmont&#233;es. Comme chacun d'entre nous, il rec&#232;le aussi, bien refoul&#233;es, des pulsions non sublim&#233;es : sado-masochisme, voyeuro-exhibitionnisme, etc., ainsi que des noyaux (plus ou moins importants) de psychose et de perversion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela, combin&#233; avec des traits de caract&#232;re, avec la part n&#233;vrotico-normale, etc., donne ce que nous appelons un individu normal, c'est-&#224;-dire dont les pulsions sont contenues par le Moi dans des limites raisonnables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette description concerne l'&#234;tre humain moyen normal, et ces noyaux, ces pulsions, lorsqu'elles sont contr&#244;l&#233;es et contenues, sont pr&#233;cis&#233;ment celles qui se subliment et permettent l'&#233;mergence de nos activit&#233;s les plus hautes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons maintenant le cas d'un Chef d'Etat. On peut supposer sans grand risque d'erreur que tout en &#233;tant normal, un homme (Ou une femme) dont l'ambition ne vise &#224; rien de moins qu'&#224; &#234;tre le Chef supr&#234;me d'un Etat, contient en lui, &#224; l'&#233;tat latent, un assez fort noyau m&#233;galomaniaque. Mais ce noyau, contenu de fa&#231;on satisfaisante en temps normal, risque d'&#233;chapper au contr&#244;le du Moi du futur Chef d'Etat si les conditions ext&#233;rieures sont par trop modifi&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, que se passe-t-il apr&#232;s que le pouvoir a &#233;t&#233; l&#233;galement conquis (et a fortiori apr&#232;s un coup d'Etat) ? Tout et tous, autour du Chef vont spontan&#233;ment &#224; la fois le couper de la r&#233;alit&#233; quotidienne et l'encenser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se souvient peut-&#234;tre de la question pos&#233;e par Fran&#231;oise Giroud &#224; Val&#233;ry Giscard d'Estaing, candidat au poste supr&#234;me : &#171; Pouvez-vous me dire, avait-elle demand&#233;, quel est le prix du ticket de m&#233;tro ? &#187;. La question fit rire toute la France, car le futur Pr&#233;sident de la R&#233;publique &#233;tait rest&#233; coi. La journaliste avait voulu d&#233;montrer, et elle y avait parfaitement r&#233;ussi, combien il &#233;tait loin des simples citoyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais est-il extraordinaire qu'un homme politique de haut niveau, celui-l&#224; ou un autre, dispose d'une voiture avec chauffeur et ignore le m&#233;tro ? Devrait-il aussi faire son march&#233; lui-m&#234;me pour conna&#238;tre de pr&#232;s le prix du kilo de carottes, ou laver lui-m&#234;me son linge pour ne rien ignorer de celui des laveries automatiques ? Et m&#233;moriser les milliers de d&#233;tails qui font notre vie quotidienne ? Ce serait &#233;videmment absurde, car l'ex&#233;cution de ces t&#226;ches l'&#233;loignerait f&#226;cheusement des affaires de l'Etat auxquelles il doit consacrer tout son temps.
Cette anecdote montre bien, cependant, la tension qui se cr&#233;e dans la personne des chefs d'Etat : sujets aux m&#234;mes faiblesses psychiques que les autres hommes, leur fonction les contraint &#224; une vie totalement diff&#233;rente du citoyen ordinaire ; ce mode de vie tr&#232;s &#224; part, tr&#232;s coup&#233; des r&#233;alit&#233;s quotidiennes, qu'ils sont oblig&#233;s de mener, facilite d&#233;j&#224; par lui-m&#234;me une certaine distorsion dans la perception de la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a plus : un leader est in&#233;vitablement entour&#233; de flatteurs - pas tous int&#233;ress&#233;s ; certains admirent en toute sinc&#233;rit&#233; le Chef, et on peut d'ailleurs supposer que c'est justement pour cette raison qu'ils sont de ses familiers. Cela n'est au reste pas particulier aux leaders, nous en sommes tous plus ou moins l&#224; : &#171; Qui se ressemble s'assemble &#187;, dit le lieu commun et il est rare, en effet, que nous choisissions pour amis des personnes qui nous soient syst&#233;matiquement oppos&#233;es. La diff&#233;rence, essentielle, vient du fait que ceux qui ne nous aiment pas : indiff&#233;rents ou ennemis, ont la possibilit&#233; de nous le faire savoir - parfois rudement. Alors que l'entourage du Chef d'Etat supprime toute critique s'il s'agit d'un dictateur, en att&#233;nue fortement la port&#233;e dans les autres cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ces familiers amicaux, il faut ajouter la masse de tous ceux qui ont int&#233;r&#234;t &#224; flatter le Chef, principal d&#233;tenteur de la manne dans les d&#233;mocraties, seul propri&#233;taire r&#233;el des biens et des places dans les dictatures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est donc in&#233;vitable que se mette en place ce qui va provoquer, &#224; plus ou moins br&#232;ve &#233;ch&#233;ance suivant la personnalit&#233; du Leader, la r&#233;gression infantile d'une partie de sa psych&#233;, car l'environnement qui est le sien est tr&#232;s semblable &#224; celui que met en place la m&#232;re de l'enfant qui deviendra plus tard un m&#233;galo ou un pervers. Celle-ci admire sans mesure son rejeton, le flatte exag&#233;r&#233;ment, lui laisse croire - parfois le pousse &#224; croire - qu'il est sup&#233;rieur &#224; son p&#232;re, et qu'il pourrait m&#234;me &#233;ventuellement le remplacer aupr&#232;s d'elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, pour un petit enfant qui ne dispose que d'un univers mental encore limit&#233;, le p&#232;re repr&#233;sente le Monde Ext&#233;rieur tout entier, auquel il va d&#232;s lors se croire sup&#233;rieur. (C'est un sentiment normal pour un b&#233;b&#233; que de se croire le centre du monde, le seul aim&#233; de sa m&#232;re, d'&#234;tre en somme m&#233;galomaniaque : &#171; His Majesty Baby &#187; disait Freud. Mais il en va tout autrement pour un enfant, et encore bien plus pour un adulte, chez lequel la persistance d'un tel sentiment m&#232;ne au d&#233;sastre.) Nous savons que dans un Chef d'Etat le noyau m&#233;galomaniaque est important quoi que (g&#233;n&#233;ralement) contenu ; mais, plac&#233; dans un environnement favorable, ce noyau va s'enfler et d&#233;border son contenant : constamment encens&#233;, admir&#233;, disposant d'un grand pouvoir (d'un pouvoir absolu dans les dictatures), il est in&#233;vitable que &#171; His Majesty le Leader &#187; r&#233;gresse et finisse par perdre la notion (adulte) du relatif pour se remettre &#224; croire de plus en plus &#224; sa toute puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les pays, m&#234;me les plus d&#233;mocratiques, connaissent des moments de ce genre, ces actes que nous nommons &#171; Le fait du Prince &#187;, que nous acceptons avec r&#233;probation mais sans leur accorder l'importance qu'ils ont pour l'inconscient. En effet, m&#234;me si le viol de la loi a &#233;t&#233; minime dans ses cons&#233;quences, il y a eu viol, et le Chef d'Etat a bafou&#233; le plus sacr&#233; de ses devoirs : &#234;tre le repr&#233;sentant de la loi. Pour un court instant, il s'est conduit comme un dictateur, comme quelqu'un qui fait la loi, et non plus en garant de la loi, &#224; laquelle il doit &#234;tre soumis carme chacun d'entre nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sagesse, autrefois, avait plac&#233;, aupr&#232;s du Puissant, un Fou charg&#233; de dire quelques v&#233;rit&#233;s &#224; celui auquel on ne les disait jamais. H&#233;las, le Fou fut remplac&#233; par le Courtisan... et il l'est toujours. Aussi tel monarque se prit-il pour le Soleil, tel autre se crut le bien-aim&#233;, d'autres se prirent pour Louis XV ou pour Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Les Chefs d'Etat ne sont d'ailleurs pas les seuls &#224; courir un tel danger, bien d'autres, &#224; de moindres postes, le sont aussi ; victimes de ce que l'on nomme la &#171; grosse t&#234;te &#187;, tout un chacun peut se retrouver en &#233;tat de se croire la Huiti&#232;me Merveille du Monde.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi la raison nous demande-t-elle d'&#233;tablir que la puissance accord&#233;e &#224; un leader soit inversement proportionnelle &#224; la dur&#233;e de son mandat : plus le Chef d'Etat gouverne seul et plus son temps de gouvernement doit &#234;tre court. C'est l'unique possibilit&#233; que nous ayons de le pr&#233;server, lui, de la r&#233;gression infantile vers la m&#233;galomanie, et nous, des cons&#233;quences de cette r&#233;gression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chasseguet-Smirgel, J. Ethique et Esth&#233;tique de la Perversion Ed. Champ Vallon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud, Sigmund. Trois Essais sur la Th&#233;orie de la Sexualit&#233; Ed. Gallimard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud, Sigmund. La dynamique du Transfert P.U.F.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud, Sigmund. Les Pulsions et leur Destin Gallimard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud, Sigmund. Psychologie Collective et Analyse du Moi Ed. Payot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud, Sigmund. N&#233;vrose Psychose et Perversion P.U.F.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Klein, M&#233;lanie. &#171; Le Complexe d'oedipe &#233;clair&#233; par les Angoisses pr&#233;coces &#187; in Essais de Psychanalyse, Payot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Klein, M&#233;lanie. &#171; Les Tendances criminelles chez les Enfants normaux &#187;. id.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Klein, M&#233;lanie. &#171; le Deuil et ses Rapports avec les Etats maniaco-d&#233;pressifs &#187;. id.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Consensus et dissidence, ou : s'il y a tant de fum&#233;e, il ne peut pas y avoir de feu</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?643-consensus-et-dissidence-ou-s-il-y</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?643-consensus-et-dissidence-ou-s-il-y</guid>
		<dc:date>2012-10-14T17:10:51Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Article</dc:subject>
		<dc:subject>Pseudo-subversion</dc:subject>
		<dc:subject>Dewitte J.</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Article de Jacques Dewitte paru dans La Revue du MAUSS, n&#176; 25, 2005/1, pp. 79-94. L'une des plus grandes menaces qui p&#232;sent actuellement sur la d&#233;mocratie, c'est sans doute paradoxalement son succ&#232;s lui-m&#234;me ou, plus exactement, le consensus unanime dont elle fait l'objet. C'&#233;tait d&#233;j&#224; vrai en partie apr&#232;s 1945, dans la mesure o&#249; l'Europe s'est reconstruite sur l'id&#233;e d&#233;mocratique et contre le mal totalitaire repr&#233;sent&#233; principalement par le nazisme, et c'est &#233;vident surtout depuis 1989, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-81-philosophie-+" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-116-pseudo-subversion-+" rel="tag"&gt;Pseudo-subversion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-183-dewitte-j-+" rel="tag"&gt;Dewitte J.&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Article de Jacques Dewitte paru dans &lt;a href=&#034;http://www.cairn.info/revue-du-mauss-2005-1-page-79.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La Revue du MAUSS, n&#176; 25, 2005/1, pp. 79-94&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'une des plus grandes menaces qui p&#232;sent actuellement sur la d&#233;mocratie, c'est sans doute paradoxalement son succ&#232;s lui-m&#234;me ou, plus exactement, le consensus unanime dont elle fait l'objet. C'&#233;tait d&#233;j&#224; vrai en partie apr&#232;s 1945, dans la mesure o&#249; l'Europe s'est reconstruite sur l'id&#233;e d&#233;mocratique et contre le mal totalitaire repr&#233;sent&#233; principalement par le nazisme, et c'est &#233;vident surtout depuis 1989, &#233;tant donn&#233; que la d&#233;mocratie, comme on l'a fr&#233;quemment soulign&#233;, n'a plus d'adversaire r&#233;el&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Post-scriptum de 2005 : cela a &#233;t&#233; &#233;crit avant le 11 septembre2001. Sur ce (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car ce consensus unanime &#8211; ou cette unanimit&#233; consensuelle &#8211; est devenu une id&#233;ologie, un conformisme, une &#171; pens&#233;e unique &#187; qui p&#232;se comme une chape de plomb en exigeant de chacun un acte d'all&#233;geance auquel, semble-t-il, il ne peut se soustraire. Et pourquoi diable aurait-il d'ailleurs envie de le faire ? Grande est alors la tentation d'une dissidence perverse, celle du &#171; n&#233;gationnisme &#187; compris dans un sens tr&#232;s g&#233;n&#233;ral, chez tous ceux qui &#8211; surtout parmi les intellectuels, dont c'est la vocation propre &#8211; sont mus par l'esprit critique et habit&#233;s par l'esprit de contradiction, par une inclination &#224; prendre syst&#233;matiquement le contre-pied des &#233;vidences les plus &#233;tablies. La pr&#233;sente r&#233;flexion se veut une contribution afin de sortir de cette situation : pour surmonter cette tentation, d&#233;jouer ce pi&#232;ge, &#233;chapper &#224; cette menace.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;***&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;voquerai d'abord la position lib&#233;rale classique qui a &#233;t&#233; &#233;nonc&#233;e par John Stuart Mill dans De la libert&#233; ( 1859) lorsque, au chapitre consacr&#233; au probl&#232;me &#171; de la libert&#233; de pens&#233;e et d'expression &#187;, il &#233;voque l'&#233;ventualit&#233; extr&#234;me o&#249; un seul homme s'opposerait au reste de l'humanit&#233; : &#171; Si toute l'humanit&#233; moins une personne ( all mankind minus one) &#233;tait d'une seule opinion, l'humanit&#233; n'aurait pas davantage le droit de r&#233;duire au silence cette personne que celle-ci [&#8230; ] n'aurait le droit de r&#233;duire au silence l'humanit&#233; &#187; [ 1974, p. 76]&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De la libert&#233;, p. 85, &#233;dition fran&#231;aise, et p. 76, &#233;dition anglaise (j'ai (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Mill effectue l&#224; une sorte d'&#171; exp&#233;rience de pens&#233;e &#187;, puisqu'il imagine anticipativement ou utopiquement une situation limite dans laquelle r&#233;gnerait une unanimit&#233; peine et enti&#232;re, avec une seule exception. Dans cette vision d'un accord unanime, qui engloberait non seulement une soci&#233;t&#233; donn&#233;e, mais l'ensemble de l'humanit&#233;, il introduit toutefois une discordance en imaginant la pr&#233;sence d'un seul et unique dissident au milieu du consensus g&#233;n&#233;ral et &#233;nonce une r&#232;gle qui oppose une sorte de cran d'arr&#234;t &#224; la vision anticip&#233;e d'une r&#233;sorption possible de cette dissonance dans l'universelle symphonie. Le droit &#224; l'expression de cette seule personne doit &#234;tre pr&#233;serv&#233;, &#224; l'encontre de l'id&#233;e que la majorit&#233; aurait, en pareil cas, le droit (ou m&#234;me le devoir) de faire taire cette unique voix dissidente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela revient &#224; dire qu'avec ce verrou lib&#233;ral, une f&#234;lure est introduite dans la repr&#233;sentation unanimiste de la vie sociale qui, peut-&#234;tre, est toujours vis&#233;e comme un id&#233;al. Cette d&#233;fense du droit d'expression jusque dans une situation aussi extr&#234;me proc&#232;de tacitement d'un doute foncier quant &#224; la validit&#233; absolue de sa propre opinion, m&#234;me lorsqu'elle est confort&#233;e par une &#233;crasante majorit&#233;, et elle implique donc la conscience de ne pas &#234;tre infaillible. Il faut, telle est la signification profonde de l'id&#233;e de Mill, maintenir ouverte l'&#233;ventualit&#233; qu'un seul individu &#8211; ou un seul homme &#8211; puisse avoir raison contre le reste de la soci&#233;t&#233; &#8211; ou de l'humanit&#233;. Cela suppose bien entendu non seulement une forme politique dans laquelle soient reconnus la pluralit&#233; des opinions et le droit de les exprimer publiquement, mais une forme sociale o&#249;, &#224; la diff&#233;rence de ce qui existe dans les soci&#233;t&#233;s traditionnelles, il n'y ait pas d'identification pure et simple de l'individu avec la soci&#233;t&#233; (ce que l'on appelle g&#233;n&#233;ralement le &#171; holisme &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se trouve dans un univers o&#249; est reconnue la valeur autonome de l'individu et de la personne, c'est-&#224;-dire dans l'univers mental et social de l'Occident des Temps modernes, o&#249; pr&#233;vaut l'individualisme, lequel n'&#233;quivaut d'ailleurs pas forc&#233;ment &#224; une totale atomisation de la soci&#233;t&#233; r&#233;duite &#224; une somme d'individus-monades ; l'essentiel est que soit reconnue aux personnes individuelles une part d'autonomie, de libert&#233; et d'impr&#233;visibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, s'il devait arriver un jour qu'un seul homme s'oppos&#226;t r&#233;ellement au reste de la soci&#233;t&#233; et, plus encore, au reste de l'humanit&#233;, non seulement on serait enclin &#224; le consid&#233;rer comme fou, comme un Don Quichotte ayant perdu le sens des r&#233;alit&#233;s, mais lui-m&#234;me, s'il n'est pas fou, souffrirait forc&#233;ment de cette situation et il ne pourrait pas ne pas se demander, de mani&#232;re lancinante, s'il ne l'est pas devenu. Le vrai fou, ou plus exactement le fanatique, ne se tourmente pas de la sorte. Car ce n'est pas impun&#233;ment que l'on brave l'opinion dominante : si l'on est sain d'esprit, on est constamment pris de doutes. Le fait que l'on estime avoir raison contre le reste des hommes ne signifie nullement que cette conviction constitue une absolue certitude. Si tel n'&#233;tait pas le cas, cela tiendrait sans doute &#224; ce que l'on aurait c&#233;d&#233; &#224; la pente individualiste-romantique et accept&#233; l'id&#233;e selon laquelle l'individu rebelle, qui se r&#233;volte contre la soci&#233;t&#233;, a forc&#233;ment raison. &#192; l'encontre de cette image trompeuse, nous devons comprendre cet homme courageux qui ose d&#233;fier ainsi le reste de l'humanit&#233;, non pas comme un &#234;tre exceptionnel devenu enti&#232;rement insensible &#224; l'opinion des autres et cuirass&#233; contre ce que l'on appelait jadis le &#171; respect humain &#187;, mais bien comme quelqu'un qui trouve la force de r&#233;sister &#224; la fois &#224; la pression sociale ext&#233;rieure et &#224; la voix int&#233;rieure qui, en lui-m&#234;me, ne cesse de lui sugg&#233;rer qu'il se trompe peut-&#234;tre et qu'il a tort de se mettre ainsi au ban de la soci&#233;t&#233;. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment l&#224; que r&#233;side son courage : dans le fait qu'il se confronte &#233;galement, pour y r&#233;sister, &#224; cette voix int&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, cette situation extr&#234;me est largement imaginaire. Le plus souvent, celui qui entretient une opinion isol&#233;e et marginale n'est tout de m&#234;me pas enti&#232;rement seul : il a quelques amis et confidents, formant &#224; l'int&#233;rieur du consensus ambiant un petit groupe dissident au sein duquel chacun peut s'appuyer sur les autres afin de renforcer sa propre conviction, en un processus d'autoconfirmation mutuelle. On peut remarquer d'ailleurs que cette situation porte d&#233;j&#224; en germe un d&#233;veloppement ult&#233;rieur possible, car ce petit groupe qui se d&#233;finit par un rejet du consensus ext&#233;rieur tend &#224; resserrer les rangs et pratique souvent en son sein une forme de consensus et d'unanimit&#233; plus dense que celle qui r&#232;gne au dehors. Et ce mini-consensus dissident pourra devenir, &#224; la faveur de certaines circonstances, un nouveau maxi-consensus dominant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La belle id&#233;e de John Stuart Mill est riche d'implications diverses. Il me semble en particulier qu'elle revient &#224; r&#233;cuser la notion, tr&#232;s r&#233;pandue dans une certaine pens&#233;e contemporaine, d'une rationalit&#233; fond&#233;e sur l'accord (qu'il soit effectif ou transcendantal) et sur la vision anticip&#233;e d'une transparence et d'une unanimit&#233; ultimes. Elle suppose que la sph&#232;re de la v&#233;rit&#233; demeure essentiellement distincte de la sph&#232;re de l'accord (ou de l'argumentation et de l'entente &#171; communicationnelle &#187;), puisqu'est admise l'&#233;ventualit&#233; que quelqu'un puisse avoir raison &#8211; &#234;tre dans le vrai &#8211; tout en &#233;tant en d&#233;saccord avec tous&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De la m&#234;me fa&#231;on, selon le th&#233;or&#232;me de G&#246;del, il ne peut pas y avoir de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Bien s&#251;r, on vient d'y faire allusion, l'opinion dissidente ne renonce pas &#224; l'id&#233;al d'un tel accord, m&#234;me lorsqu'elle est oblig&#233;e de constater qu'il est inexistant et impossible hic et nunc, mais il n'en demeure pas moins que l'accord effectif (la &#171; reconnaissance &#187;) ne sera jamais un crit&#232;re de v&#233;rit&#233;, et supposer qu'il puisse l'&#234;tre reviendrait &#224; inverser les priorit&#233;s ou &#224; confondre les enjeux. Il est vrai que tous les hommes, s'ils ne sont pas fous, recherchent l'entente avec les autres, aspirent &#224; la reconnaissance et souffrent de ne pas l'obtenir. Mais il serait erron&#233; de supposer que l'accord recherch&#233; serait, d'une mani&#232;re ou d'une autre, un crit&#232;re de v&#233;rit&#233; ou de v&#233;racit&#233;, et donc qu'une v&#233;rit&#233; d&#233;pourvue de cet accord aurait une moindre teneur en v&#233;rit&#233; que celle qui peut s'en pr&#233;valoir. C'est ce qui donne &#224; la position lib&#233;rale &#233;nonc&#233;e par Mill une dimension tragique, car elle pr&#233;suppose et assume une d&#233;chirure &#224; tout jamais impossible &#224; surmonter, dans la mesure o&#249; m&#234;me l'entente factuellement r&#233;alis&#233;e ne l'abolira pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue philosophique, je souscris profond&#233;ment &#224; cette position, ainsi qu'&#224; des r&#233;flexions analogues comme celle d'Hannah Arendt sur la &#171; d&#233;sob&#233;issance civile &#187; [Arendt, 1972], un concept forg&#233; en 1849 par Thoreau (soit dix ans avant De la libert&#233; de J. S. Mill). Et d'un point de vue moral, j'ai la plus grande admiration pour tous ceux qui, dans l'Histoire, ont su faire preuve du &#171; courage civil &#187; consistant &#224; s'opposer &#224; l'opinion dominante, lorsqu'ils estimaient que la situation (et leur conscience) l'exigeait, et &#224; agir en cons&#233;quence. Et ce geste est encore plus admirable lorsque l'opinion dominante s'appuie sur une domination politique totale (l'appareil d'un parti unique), sur la domination militaire d'une arm&#233;e d'occupation (France occup&#233;e) ou sur les deux &#224; la fois (comme dans l'Europe de l'Est sovi&#233;tis&#233;e). Non seulement je les admire, mais je m'identifie &#224; eux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;je caresse le souhait que, si j'avais v&#233;cu moi-m&#234;me cette situation historique, j'aurais agi comme ils l'ont fait. Je me plais &#224; penser que j'aurais &#233;t&#233; aux c&#244;t&#233;s des gaullistes de la premi&#232;re heure apr&#232;s l'appel du 18-Juin, ou que, euss&#233;-je v&#233;cu dans la Hongrie, la Tch&#233;coslovaquie ou la Pologne communistes, j'aurais &#233;t&#233; du c&#244;t&#233; des dissidents hongrois, tch&#232;ques ou polonais en risquant ma vie pour la libert&#233;. Bien s&#251;r, lorsqu'on vit soi-m&#234;me &#224; une &#233;poque non troubl&#233;e, un tel souhait n'engage &#224; rien et il n'est rien d'autre qu'un fantasme r&#233;trospectif (au sens psychanalytique de la notion de &#171; fantasme &#187; qui d&#233;signe pr&#233;cis&#233;ment une sc&#232;ne imaginaire dans laquelle le sujet est lui-m&#234;me pr&#233;sent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans le Vocabulaire de la psychanalyse de Laplanche et Pontalis, on peut (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). Dans une sorte de r&#234;verie diurne, on se pla&#238;t et se compla&#238;t &#224; se repr&#233;senter vivant soi-m&#234;me en 1940 &#8211; ou bien en 1956, en 1968 ou en 1981 &#8211;, &#224; imaginer une sc&#232;ne dans laquelle on figure comme sujet &#224; c&#244;t&#233; des protagonistes historiques, et bien &#233;videmment dans le bon camp, c'est-&#224;-dire dans celui qui est reconnu comme tel aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du reste, il ne s'agit pas simplement d'un fantasme r&#233;trospectif, mais aussi d'un souhait anticipatif : je me plais &#224; penser que, si une situation historique analogue devait se pr&#233;senter &#224; nouveau dans l'avenir, je ferais preuve d'un courage analogue &#224; celui de ces gens admirables. Bien s&#251;r, tout comme il est tr&#232;s confortable de s'imaginer r&#233;trospectivement camp&#233; dans le beau r&#244;le, il l'est tout autant de r&#234;ver ainsi &#224; son courage futur ; cela ne pr&#233;juge en rien du comportement effectif que nous pourrons avoir en pareille situation. Qui sait en effet si, en pareille &#233;preuve, nous n'allons pas faire preuve de passivit&#233; et de l&#226;chet&#233;, et nous retrouver, non pas du c&#244;t&#233; de la minorit&#233; dissidente comme nous le croyons aujourd'hui, mais de la majorit&#233; dominante ou consentante ? Assur&#233;ment, nul ne peut le pr&#233;voir. Pourtant, ne nous montrons pas non plus trop s&#233;v&#232;res envers nous-m&#234;mes : si fantasmatique et confortable soit-elle, cette identification n'est pas non plus tout &#224; fait d&#233;nu&#233;e de signification ni m&#234;me d'incidence r&#233;elle. Car l'&#233;toffe de nos vies, c'est aussi, pour une part non n&#233;gligeable, l'&#233;toffe de nos r&#234;ves :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;nous devenons en partie ce que nous r&#234;vons d'&#234;tre. Ce sont nos diverses identifications qui nous font exister, m&#234;me si le d&#233;roulement effectif de nos vies ne leur correspond jamais enti&#232;rement et s'il faut admettre un d&#233;calage insurmontable entre une r&#233;alit&#233; toujours impr&#233;visible et les diff&#233;rentes anticipations que l'on a pu en avoir auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, malgr&#233; la sympathie spontan&#233;e qui me porte &#8211; qui porte chacun de nous &#8211; vers ces figures h&#233;ro&#239;ques de la dissidence, la lucidit&#233; nous oblige &#224; prendre en consid&#233;ration un autre probl&#232;me. Le cas extr&#234;me &#233;voqu&#233; par John Stuart Mill n'est pas la seule conjoncture dont il faille tenir compte si l'on s'interroge sur les conditions de la libert&#233; de l'esprit. Il existe une autre situation d'exp&#233;rience fort courante qui, &#224; ma connaissance, n'a jamais &#233;t&#233; examin&#233;e jusqu'ici, alors qu'elle constitue l'exact pendant de la pr&#233;c&#233;dente. Lorsqu'une majorit&#233; &#233;crasante et m&#234;me l'unanimit&#233; ou la quasi-unanimit&#233; des hommes soutient une certaine opinion, conviction ou th&#233;orie, certains peuvent &#234;tre enclins &#224; la trouver suspecte ou m&#234;me &#224; estimer qu'elle doit forc&#233;ment &#234;tre erron&#233;e. L'unanimit&#233; ou le quasi-consensus qui, pour un esprit ordinaire, tendent &#224; devenir un signe de v&#233;rit&#233; deviennent facilement, pour un esprit port&#233; &#224; la d&#233;fiance critique, prompt &#224; la mise en question des &#233;vidences reconnues, une raison de se m&#233;fier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cela rejoindrait ce principe talmudique cit&#233; quelque part par Emmanuel (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'adage du sens commun, &#171; il n'y a pas de fum&#233;e sans feu &#187;, se renverse alors en ce contre-adage implicite : &#171; S'il y a tant de fum&#233;e, il ne peut pas y avoir de feu. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, contre cette autre pente naturelle de notre esprit &#8211; mais &#224; la diff&#233;rence de la pr&#233;c&#233;dente, elle n'existe sans doute que chez ceux qu'il est convenu d'appeler les intellectuels &#8211;, il faut maintenir ouverte une autre &#233;ventualit&#233; sym&#233;trique &#224; celle que soulignait John Stuart Mill, qui semble souvent difficile et presque scandaleuse &#224; admettre pour un esprit rebelle &#224; tout ce qui peut pr&#233;senter la moindre apparence de consensus ou de conformit&#233; sociale : une opinion soutenue par la majorit&#233;, voire la quasi-unanimit&#233; des hommes pourrait bien &#234;tre vraie et la m&#233;fiance de principe suscit&#233;e par ce consensus suspect pourrait bien s'av&#233;rer injustifi&#233;e. Car s'il est exact que le bien-fond&#233; d'une opinion donn&#233;e n'est nullement &#233;tabli du seul fait qu'elle est unanimement partag&#233;e, il n'en est pas moins exact que l'opinion dissidente n'est pas davantage l&#233;gitim&#233;e par le seul fait paradoxal qu'elle serait rejet&#233;e ou condamn&#233;e par une proportion importante du corps social. Il ne suffit donc pas d'&#234;tre attentif &#224; la tentation &#233;voqu&#233;e par Mill d'imposer silence aux opinions dissidentes, fussent-elles exprim&#233;es par un seul homme &#224; l'encontre du reste de l'humanit&#233; ; il faut se garder tout autant de la tentation inh&#233;rente &#224; un certain anticonformisme, qui consiste &#224; voler au secours des opinions minoritaires scandaleuses pour la simple raison qu'elles semblent brim&#233;es et r&#233;duites au silence et &#224; prendre simplement &#224; revers l'opinion majoritaire ou le consensus ambiant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble plausible de supposer que cette tournure d'esprit poussant &#224; prendre syst&#233;matiquement le contre-pied de l'opinion dominante pourrait bien expliquer pour une large part, chez certains intellectuels, ce que l'on peut appeler la pente &#171; r&#233;visionniste &#187; ou plus exactement &#171; n&#233;gationniste &#187; en un sens tr&#232;s g&#233;n&#233;ral. Lorsqu'il existe un large accord et m&#234;me un accord pratiquement unanime sur telle question, et par exemple sur tel point d'histoire, on se met alors &#224; soup&#231;onner que cela ne peut &#234;tre vrai, que l'opinion doit &#234;tre manipul&#233;e par quelque puissance occulte et qu'&#171; on nous cache quelque chose &#187;. Bien entendu, cette attitude d'incr&#233;dulit&#233; et de d&#233;fiance n'est pas en soi pathologique et on peut y voir au contraire un signe de sant&#233; intellectuelle. C'est une manifestation de l'esprit critique dans ce qu'il a de f&#233;cond et de n&#233;cessaire, qui suscite l'exigence de ne pas se contenter d'opiner aveugl&#233;ment &#224; ce que l'on raconte et d'aller y voir par soi-m&#234;me, de ses propres yeux. Ceux qui le pratiquent sont des veilleurs ou des &#233;veilleurs, ils sont le sel de la terre. Pourtant, on aper&#231;oit ais&#233;ment que cette attitude intellectuelle courageuse et g&#233;n&#233;reuse peut &#234;tre pervertie si elle n'est pas assortie d'un correctif. L'anticonformisme syst&#233;matique, lorsqu'il conduit au &#171; n&#233;gationnisme &#187;, peut s'av&#233;rer aussi n&#233;faste que le conformisme et, comme lui, il substitue d'ailleurs un comportement m&#233;canique &#224; la pens&#233;e et au jugement libres. Dans un cas comme dans l'autre, on se contente de r&#233;agir &#224; la pression sociale : soit en s'y soumettant, soit en s'y opposant, mais &#224; chaque fois sans aucune raison autre que &#171; r&#233;active &#187;. En effet, ce n'est pas parce que l'on tient l'opinion dominante pour juste que l'on y adh&#232;re, mais parce qu'on doit l'adopter pour faire comme tout le monde ; et ce n'est pas parce que l'opinion dissidente et r&#233;prouv&#233;e appara&#238;t comme juste que l'on se met &#224; la d&#233;fendre, mais parce qu'on estime qu'il importe de se d&#233;marquer &#224; tout prix du consensus ambiant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut songer &#224; diff&#233;rentes illustrations concr&#232;tes de cette attitude. Il y a avant tout le n&#233;gationnisme proprement dit, c'est-&#224;-dire la position qui est apparue assez r&#233;cemment &#224; propos de la mise en &#339;uvre par les nazis de la Solution finale, de la Shoah. Ses motivations sont assur&#233;ment multiples, mais on peut avancer que l'une d'entre elles, chez certains intellectuels, pourrait bien &#234;tre le soup&#231;on qui vient d'&#234;tre &#233;voqu&#233; : si l'existence des chambres &#224; gaz, voire le fait m&#234;me du programme d'extermination des Juifs ont &#233;t&#233; unanimement reconnus dans les soci&#233;t&#233;s d&#233;mocratiques au point d'&#234;tre une pierre d'angle de la conscience europ&#233;enne apr&#232;s1945, si c'est devenu indiscutable au point que quiconque se risque &#224; les remettre en question se met au ban de la soci&#233;t&#233;, alors cela ne peut pas &#234;tre vrai. S'il y a tant de fum&#233;e, il ne peut pas y avoir de feu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut &#233;voquer aussi cette attitude fr&#233;quente chez les intellectuels consistant &#224; &#233;prouver une hostilit&#233; de principe &#224; tout patriotisme (elle a &#233;t&#233; bien analys&#233;e par George Orwell), et qui peut conduire &#224; &#233;pouser, par simple esprit de contradiction, la cause de l'ennemi, allant parfois jusqu'&#224; pratiquer la trahison active&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je songe aussi au bel article de George Steiner sur le cas d'Anthony Blunt, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Un exemple de cette attitude serait la germanophilie du baron de Charlus, bien analys&#233;e par Marcel Proust dans l'extraordinaire description de la situation de Paris pendant la guerre de14 que contient Le Temps retrouv&#233;. Proust en envisage toutes les strates psycho-logiques, y compris &#233;rotiques, mais en se gardant bien d'en retenir une comme cause premi&#232;re absolument d&#233;terminante et en pr&#233;sentant plut&#244;t ce parti pris comme &#171; surd&#233;termin&#233; &#187;. La condition premi&#232;re est que Charlus n'avait pas de &#171; patriotisme &#187;, qu'il n'&#233;prouvait pas d'identification spontan&#233;e au &#171; corps-France &#187; ; il &#233;tait un simple spectateur. Mais m&#234;me &#224; ce titre, il aurait pu prendre parti pour la France. Or, l'une des raisons de sa germanophilie obstin&#233;e &#233;tait que la &#171; cause juste &#187; de la France (une justesse qui, pour Proust, ne semble faire aucun doute) &#233;tait d&#233;fendue par des gens &#224; ses yeux m&#233;prisables parce que &#171; sots &#187; : &#171; Il &#233;tait tr&#232;s fin, les sots sont en tout pays les plus nombreux ; nul doute que, vivant en Allemagne, les sots allemands d&#233;fendant avec sottise et passion une cause injuste ne l'eussent irrit&#233;, mais vivant en France, les sots fran&#231;ais d&#233;fendant avec sottise et passion une cause juste ne l'irritaient pas moins &#187; [La Pl&#233;iade III, p. 774]. En prolongeant l'analyse de Proust, on peut se demander si l'un des ressorts principaux de cette germanophilie n'&#233;tait pas l'attitude que je viens de d&#233;crire, &#224; savoir une tendance &#224; prendre le parti de l'autre camp pour la simple raison que l'on est exc&#233;d&#233; de la domination de l'opinion majoritaire que cette quasi-unanimit&#233; consensuelle suffit &#224; rendre suspecte. Ferait donc d&#233;faut &#224; Charlus, selon cette hypoth&#232;se, la disposition &#224; admettre l'&#233;ventualit&#233; qu'une cause d&#233;fendue par des &#171; sots &#187; (le mot &#171; cons &#187; n'&#233;tait pas encore d'un usage courant &#224; l'&#233;poque) puisse n&#233;anmoins &#234;tre juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, dans divers d&#233;bats intellectuels et politiques, maints esprits g&#233;n&#233;reux peuvent avoir le sentiment que certaines id&#233;es et positions sont, comme on dit, &#171; diabolis&#233;es &#187;, c'est-&#224;-dire rejet&#233;es et r&#233;prouv&#233;es sans avoir &#233;t&#233; discut&#233;es. Contre le ralliement unanime des bien-pensants &#224; l'encontre de quelques mal-pensants, ces bons esprits prennent alors le parti de r&#233;habiliter, ou &#224; tout le moins de prendre en consid&#233;ration, en allant &#224; contre-courant, ce qui a &#233;t&#233; ainsi diabolis&#233;. Et s'ils le font, ce n'est pas tellement ou pas du tout, semble-t-il, parce qu'ils ont le sentiment que cette position r&#233;prouv&#233;e contiendrait quelque v&#233;rit&#233; injustement d&#233;cri&#233;e ou ignor&#233;e, mais avant tout parce qu'il leur appara&#238;t qu'il faut par principe prendre le contre-pied du consensus du Bien et oser d&#233;fendre la cause du Mal, quitte &#224; se mettre soi-m&#234;me au ban de la bonne soci&#233;t&#233; bien-pensante. Encore une fois, cette attitude de parti pris des r&#233;prouv&#233;s, o&#249; l'on assume le risque de se retrouver soi-m&#234;me dans leurs rangs, est en soi tout &#224; l'honneur de ceux qui s'en montrent capables ; mais elle a pour f&#226;cheux inconv&#233;nient d'exclure arbitrairement une autre &#233;ventualit&#233; : et si ladite diabolisation, aux formes souvent outranci&#232;res, antipathiques et m&#233;prisables, avait raison sur le fond ? Et si elle n'&#233;tait pas la simple manifestation d'un esprit gr&#233;gaire, et si ce que soutiennent ces esprits souvent grossiers et moutonniers &#233;tait quand m&#234;me vrai ? Une &#233;ventuelle r&#233;habilitation de ce qui a &#233;t&#233; &#171; diabolis&#233; &#187; &#8211; un geste dont il faut &#233;galement maintenir la possibilit&#233; et m&#234;me la n&#233;cessit&#233; le cas &#233;ch&#233;ant &#8211; n'est une bonne chose que si le contenu de la position jusque-l&#224; r&#233;prouv&#233;e semble m&#233;riter et appeler intrins&#232;quement qu'on le reconnaisse. Faute de quoi, cette r&#233;action au consensus restera purement &#171; r&#233;active &#187; (au sens nietzsch&#233;en), ou purement &#171; mim&#233;tique &#187; (au sens girardien), et l'on aura affaire &#224; un simple jeu quasiment m&#233;canique de ricochets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui revient &#224; dire aussi qu'une telle sympathie par antipathie pour l'antipathie &#8211; ce que l'on pourrait se risquer &#224; appeler une &#171; antiantipathie &#187; (sur le mod&#232;le de la formule &#171; l'ennemi de mon ennemi doit &#234;tre mon ami &#187;) &#8211; ne peut fonder de sympathie ou d'estime v&#233;ritables. Car il lui manque pr&#233;cis&#233;ment l'&#233;l&#233;ment positif et actif qui est le propre de l'amour (comme d'ailleurs de la haine) : l'&#233;lan spontan&#233; pour quelque chose (ou contre quelque chose) &#8211; quelque chose ou quelqu'un qui est &#233;prouv&#233; comme intrins&#232;quement aimable (ou ha&#239;ssable). Pour le dire de mani&#232;re un peu s&#232;che : s'il nous faut aimer ou ha&#239;r, alors faisons-le, non pas selon une d&#233;marche r&#233;active, mais en un &#233;lan spontan&#233; ; car m&#234;me une haine &#233;prouv&#233;e de la sorte restera pr&#233;f&#233;rable aux laborieux d&#233;tours de l'&#171; anti-antipathie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d'autant plus important de prendre conscience de ces divers renversements et de cette dialectique paradoxale que, comme on le sait par exp&#233;rience, les mal-pensants d'hier peuvent devenir les bien-pensants d'aujourd'hui. Il arrive d'ailleurs m&#234;me fr&#233;quemment que, ayant abandonn&#233; depuis longtemps leur position marginale et arriv&#233;s au fa&#238;te de leur domination symbolique ou politique, ils continuent &#224; entretenir la conscience d'&#234;tre encore des r&#233;prouv&#233;s et s'imaginent que, malgr&#233; tous les signes du contraire, leur conception reste minoritaire et incomprise et pers&#233;cut&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me lorsqu'ils occupent tous les postes de pouvoir, ils se repr&#233;sentent en leur for int&#233;rieur comme des marginaux pers&#233;cut&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soit encore, pour &#233;voquer cet exemple v&#233;ritablement canonique, l'affaire Dreyfus. Aujourd'hui, nous sommes unanimement et consensuellement du c&#244;t&#233; des dreyfusards (il a fallu beaucoup de temps pour en arriver l&#224;) ; c'est devenu l'un des &#233;l&#233;ments constituants de notre consensus moral et politique, l'une des pierres d'angle de notre autocompr&#233;hension d&#233;mocratique. Faudrait-il, par esprit de contradiction et pour &#233;chapper &#224; la &#171; pens&#233;e unique &#187;, r&#233;habiliter en quelque mani&#232;re les anti-dreyfusards, leur d&#233;couvrir des aspects sympathiques ? Certains pourront sans doute l'envisager, mais telle n'est certainement pas la position que je d&#233;fends, n'aspirant pour ma part &#224; aucun &#171; r&#233;visionnisme &#187; de ce genre. Et pourtant, une l&#233;g&#232;re rectification, et donc une certaine &#171; r&#233;vision &#187;, s'av&#232;re n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cessons d'h&#233;ro&#239;ser les dreyfusards en en faisant les h&#233;ros d'une juste cause jou&#233;e d'avance, les h&#233;raults d'une v&#233;rit&#233; d'embl&#233;e assur&#233;e et &#233;vidente, car nous les d&#233;pouillons du m&#234;me coup de ce qui fut leur vrai courage et leur v&#233;ritable grandeur : d'avoir parl&#233; et agi &#224; contre-courant, d'avoir pris le parti d'une cause qui, au d&#233;part, &#233;tait non seulement ind&#233;fendable, mais incertaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela implique que l'on admette cette &#233;ventualit&#233; qui devrait aller de soi, mais qui peut appara&#238;tre comme d&#233;rangeante et presque scandaleuse : au moment de sa condamnation, il aurait fort bien pu se trouver que Dreyfus f&#251;t effectivement coupable. La haine gr&#233;gaire qui s'&#233;tait mobilis&#233;e contre lui &#233;tait en elle-m&#234;me vulgaire et m&#233;prisable, mais il aurait pu arriver que ce consensus haineux correspond&#238;t pourtant &#224; la v&#233;rit&#233; objective. Et lorsque, deux ann&#233;es plus tard, le colonel Piquart, qui fut &#224; l'origine du d&#233;clenchement de l'Affaire et de la r&#233;habilitation ult&#233;rieure du capitaine Dreyfus, a pris parti pour celui-ci, il ne l'a pas fait parce que l'unanimit&#233; gr&#233;gaire de la haine antis&#233;mite lui faisait horreur (&#224; cet &#233;gard, il semble au contraire qu'il ait plut&#244;t partag&#233; les pr&#233;jug&#233;s de sa classe), mais parce qu'il avait d&#233;couvert des &#233;l&#233;ments objectifs allant dans le sens de son innocence. S'il a agi de la sorte, c'est parce qu'il pla&#231;ait la recherche de la v&#233;rit&#233; et le souci de la justice au-dessus de la pression sociale et de l'obligatoire all&#233;geance nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait assur&#233;ment un grand courage moral &#224; prendre le parti d'un individu d&#233;chu de sa dignit&#233;, mis en ban de la soci&#233;t&#233; et envoy&#233; au bagne comme le fut Dreyfus, en faisant front contre la meute qui s'&#233;tait d&#233;cha&#238;n&#233;e contre lui. Mais si nous nous identifions aujourd'hui r&#233;trospectivement aux dreyfusards, si nous admirons &#224; juste titre le courage qu'ils ont eu &#224; braver l'opinion dominante, &#224; oser rechercher la v&#233;rit&#233; et &#224; la proclamer publiquement lorsqu'elle n'&#233;tait pas la bienvenue, en subissant des menaces et intimidations diverses, alors il ne faudrait pas escamoter la part d'incertitude qu'ils ont assum&#233;e au d&#233;but de l'Affaire. On doit se garder de reconstruire apr&#232;s coup cette histoire exemplaire de mani&#232;re moralisatrice comme si le r&#244;le des bons et des m&#233;chants &#233;tait fix&#233; depuis le d&#233;but et comme si le fait de s'opposer &#224; l'emprise du consensus &#233;tait en soi une garantie d'authenticit&#233; et un gage de v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne suffit pas de rappeler que Dreyfus &#233;tait innocent bien que pers&#233;cut&#233; et r&#233;prouv&#233; ; il faut admettre simultan&#233;ment que, bien que reprouv&#233; et pers&#233;cut&#233;, il e&#251;t pu &#234;tre coupable, ceux qui ont entrepris de le d&#233;fendre ayant repouss&#233; cette &#233;ventualit&#233; qui peut nous appara&#238;tre aujourd'hui comme impensable, mais qui &#224; l'&#233;poque &#233;tait bien r&#233;elle, et ils l'ont fait parce qu'ils avaient aper&#231;u des &#233;l&#233;ments les amenant &#224; juger qu'elle &#233;tait erron&#233;e. Or, comme on l'a vu, si l'opinion courante tend &#224; supposer que quelqu'un doit forc&#233;ment &#234;tre coupable puisque &#8211; ou parce que &#8211; il est unanimement condamn&#233; (&#171; il n'y a pas de fum&#233;e sans feu &#187;), il existe aussi cette autre attitude, exactement sym&#233;trique, de d&#233;fiance radicale et syst&#233;matique qui consiste &#224; soup&#231;onner qu'il doit &#234;tre innocent bien que et parce que l'on constate qu'il fait l'objet d'une condamnation unanime (&#171; s'il y a tant de fum&#233;e, il ne peut pas y avoir de feu &#187;). Tout le ressort de cette posture de contradiction syst&#233;matique, la pointe de cette disposition retorse &#224; prendre le contre-pied des &#233;vidences reconnues r&#233;sident dans l'interpr&#233;tation du bien que comme un parce que et dans le glissement de l'un &#224; l'autre. C'est &#224; cette posture radicalement d&#233;fiante et soup&#231;onneuse, s'accompagnant d'une forclusion compl&#232;te du rapport &#224; la r&#233;alit&#233;, qu'il faut opposer cette autre proposition qui rel&#232;ve du sens commun, mais qui, dans la logique du soup&#231;on radical, appara&#238;t comme scandaleuse et paradoxale : bien qu'unanimement condamn&#233;, il e&#251;t pu &#234;tre coupable. Et c'est seulement &#224; condition de maintenir cette seconde &#233;ventualit&#233; que la juste croisade des dreyfusards gardera toute sa dimension de g&#233;n&#233;reuse audace, sans se r&#233;duire &#224; la position &#233;vidente et obligatoire qu'elle tend &#224; devenir aujourd'hui. Car c'est pr&#233;cis&#233;ment cette &#233;ventualit&#233; r&#233;elle qu'il leur a fallu affronter et r&#233;futer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai envisag&#233; jusqu'ici que le point de vue ext&#233;rieur sur les r&#233;prouv&#233;s, celui qui est port&#233; &#224; la fois par ceux qui hurlent avec les loups et par ceux qui tiennent t&#234;te &#224; la meute en volant au secours des bannis. Mais si l'on se place cette fois du point de vue des minoritaires ou des ostracis&#233;s, on peut observer que ceux-ci adoptent bien souvent une attitude consistant &#224; s'exclamer : &#171; Je suis seul, je suis mis &#224; l'&#233;cart, au ban de la soci&#233;t&#233;, donc j'ai raison ! &#187; Bien loin de voir dans l'hostilit&#233; g&#233;n&#233;rale une raison de douter du bien-fond&#233; de sa conception &#8211; quitte, comme on l'a vu plus haut, &#224; surmonter ensuite ce doute lancinant &#8211;, le r&#233;prouv&#233; qui tient un tel discours voit au contraire dans cette situation une confirmation et m&#234;me un t&#233;moignage irr&#233;futable de sa justesse, conform&#233;ment au postulat d&#233;j&#224; indiqu&#233; : une opinion majoritaire et quasi unanime ne peut &#234;tre juste ni vraie, et l'unanimit&#233; m&#234;me dont elle b&#233;n&#233;ficie r&#233;v&#232;le sa fausset&#233;. C'est dans cette &#233;quivalence postul&#233;e entre unanimit&#233; et fausset&#233; que le minoritaire-r&#233;prouv&#233; puise la certitude d'avoir raison, le plus grave n'&#233;tant pas qu'il entretienne une telle conviction, mais qu'il risque alors de cesser d'argumenter rationnellement en faveur de l'opinion r&#233;prouv&#233;e qu'il d&#233;fend (comme il en a bien le droit) ; la certitude qu'il a d'&#234;tre dans le vrai peut lui sembler suffire. En d'autres termes, le risque psychique mais aussi politique qui est inh&#233;rent &#224; une telle attitude tient &#224; ce que le minoritaire se repr&#233;sente et se vit alors comme une victime, comme l'objet d'une conspiration visant &#224; le faire taire ou &#224; le laisser en marge, et qu'il se met &#224; revendiquer ce statut m&#234;me de r&#233;prouv&#233; comme un signe d'excellence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce qui vient d'&#234;tre analys&#233; peut &#234;tre d&#233;crit &#233;galement dans le langage de la &#171; th&#233;orie mim&#233;tique &#187; de Ren&#233; Girard. Celui-ci a bien &#233;tudi&#233; les ph&#233;nom&#232;nes de mim&#233;tisme social par lesquels une communaut&#233; se resserre et m&#234;me se constitue contre un ennemi arbitrairement d&#233;sign&#233;, contre un bouc &#233;missaire qualifi&#233; de fauteur de scandale. Se d&#233;clenche alors une dynamique et une sorte de r&#233;action en cha&#238;ne o&#249; chacun est somm&#233; de se rallier au groupe, de faire acte d'all&#233;geance et de manifester ouvertement sa conformit&#233; ; la neutralit&#233; n'est pas de mise et elle sera forc&#233;ment interpr&#233;t&#233;e comme une d&#233;sertion et une trahison, comme un ralliement &#171; objectif &#187; &#224; l'autre camp.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il peut se produire &#233;galement cet autre ph&#233;nom&#232;ne que l'on peut appeler, dans un langage girardien (bien qu'il n'ait pas &#233;t&#233; envisag&#233; par Ren&#233; Girard lui-m&#234;me), un contre-mim&#233;tisme : le geste de celui qui, exc&#233;d&#233; par ce m&#233;canisme gr&#233;gaire, par cette r&#233;action en cha&#238;ne des ralliements, d&#233;go&#251;t&#233; par cette r&#233;pugnante cur&#233;e, soit s'abstient en se tenant &#224; l'&#233;cart de la meute d&#233;cha&#238;n&#233;e, soit prend le parti du bouc &#233;missaire et &#233;l&#232;ve la voix pour le d&#233;fendre, mettant ainsi en question le consensus de la r&#233;probation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dans un cas comme dans l'autre &#8211; celui du mim&#233;tisme comme du contre-mim&#233;tisme &#8211;, on ne sort pas de l'enfer mim&#233;tique puisque l'attitude de r&#233;bellion, si l'on en reste l&#224;, demeure purement r&#233;active. Si le mim&#233;tisme peut &#234;tre caract&#233;ris&#233; comme une infernale r&#233;action en cha&#238;ne, analogue au d&#233;cha&#238;nement de la calomnie dans l'air du Barbier de S&#233;ville, le contre-mim&#233;tisme ne rompt pas vraiment cette cha&#238;ne fatale dont il n'est en somme qu'un maillon de plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, la question de savoir si la victime est vraiment coupable ou innocente est, comme on le sait, totalement non pertinente dans la th&#233;orie girardienne. Le m&#233;canisme victimaire, nous enseigne-t-elle, peut se d&#233;clencher contre n'importe qui et pour n'importe quelle raison, la personne vis&#233;e aussi bien que le motif retenu &#233;tant parfaitement arbitraires. Le point d&#233;cisif est que la soci&#233;t&#233; se trouve dans une situation critique o&#249; elle est en train de se dissoudre et qu'elle a besoin d'une victime pour ressouder son unit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette th&#233;orie, il n'y a place que pour deux &#233;ventualit&#233;s. Soit on a affaire &#224; un m&#233;canisme victimaire dans lequel la foule gr&#233;gaire s'en prend &#224; une victime d&#233;sign&#233;e arbitrairement, les pers&#233;cuteurs eux-m&#234;mes demeurant forc&#233;ment aveugles, selon une m&#233;connaissance n&#233;cessaire, au m&#233;canisme qui les fait agir. Soit s'effectue un d&#233;passement dans lequel on prend le parti de la victime innocente et o&#249; la m&#233;connaissance est surmont&#233;e, le m&#233;canisme victimaire lui-m&#234;me &#233;tant port&#233; au jour et acc&#233;dant pour la premi&#232;re fois &#224; la conscience &#8211; ce qui, selon Girard, se produit seulement avec le christianisme. Mais, comme on est bien oblig&#233; de le constater, la dimension d'objectivit&#233; reste enti&#232;rement absente dans la th&#233;orie girardienne, car tout demeure en fin de compte une affaire de m&#233;canisme social &#8211; un m&#233;canisme auquel les sujets impliqu&#233;s sont forc&#233;ment aveugles, cette c&#233;cit&#233; &#233;tant une condition n&#233;cessaire &#224; son fonctionnement m&#234;me. Cette th&#233;orie ne fait donc pas exception &#224; l'int&#233;rieur des sciences sociales, s'il est vrai, comme l'a sugg&#233;r&#233; Hannah Arendt, que celles-ci sont presque constitutivement incapables de d&#233;passer l'immanence de la Soci&#233;t&#233; pos&#233;e comme un Absolu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est ce qu'elle a &#233;nonc&#233; avec une lucidit&#233; remarquable dans les ann&#233;es (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'en reviens &#224; mon point de d&#233;part, librement inspir&#233; par un texte c&#233;l&#232;bre de John Stuart Mill : si l'on veut pr&#233;server les conditions de la libert&#233; de l'esprit, on doit tenir compte &#224; la fois de deux exigences diam&#233;tralement oppos&#233;es &#8211; d'une part, comme dans la position lib&#233;rale classique &#233;nonc&#233;e par Mill, admettre l'&#233;ventualit&#233; qu'un seul homme puisse avoir raison contre le reste de l'humanit&#233; ; mais d'autre part, reconna&#238;tre que le constat de la quasi-unanimit&#233; de tous les hommes n'est pas un motif suffisant pour supposer qu'ils aient tort et que l'opinion r&#233;prouv&#233;e ait forc&#233;ment raison, le reste de l'humanit&#233; pouvant aussi avoir raison contre un seul homme. En &#233;non&#231;ant cela, on pourrait, il est vrai, donner l'impression de se donner le beau r&#244;le en renvoyant dos &#224; dos les deux attitudes oppos&#233;es &#8211; la dissidence et le consensus, le non-conformisme et le conformisme. N'adopte-t-on pas l'attitude d'un observateur ext&#233;rieur narquois qui consid&#232;re avec m&#233;pris, et non sans en &#233;prouver un sentiment de sup&#233;riorit&#233; et d'autosatisfaction, le spectacle de la vie sociale et intellectuelle semblable &#224; un r&#233;pugnant panier de crabes o&#249; tout s'agite dans tous les sens ? Ne d&#233;bouche-t-on pas, de la sorte, sur une forme de d&#233;tachement cynique, de relativisme g&#233;n&#233;ralis&#233; et de nihilisme sceptique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle n'&#233;tait assur&#233;ment pas mon intention. Si j'ai insist&#233; sur la sym&#233;trie qui peut s'&#233;tablir entre des positions antagonistes, cela ne signifie pas que je les croie exactement analogues et interchangeables ; il s'agissait de faire comprendre que, si l'on en restait l&#224;, on ne quitterait pas la sph&#232;re immanente de la doxa &#224; l'int&#233;rieur de laquelle peuvent avoir lieu diff&#233;rents jeux de ricochets, d'incessants retours et contre-retours de balancier. Or, il convient de comprendre que l'on ne peut pr&#233;cis&#233;ment pas s'en tenir l&#224; et que l'on doit r&#233;fl&#233;chir aux conditions permettant d'&#233;chapper &#224; cette situation infernale (en termes girardiens : de sortir de l'enfer mim&#233;tique). Or, on ne peut le faire qu'en r&#233;fl&#233;chissant aux conditions qui nous permettent d'affirmer, dans tel cas particulier, que telle opinion ou th&#233;orie est intrins&#232;quement erron&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les diff&#233;rentes situations qui ont &#233;t&#233; d&#233;crites ont en commun notamment une absence compl&#232;te de la dimension de l'objectivit&#233;. Bien loin de chercher &#224; savoir si, par-del&#224; la confrontation pol&#233;mique, existe une v&#233;rit&#233; ou une fausset&#233;, une culpabilit&#233; ou une innocence r&#233;elles, on reste au contraire enferm&#233; dans un champ clos o&#249; les positions se renversent en une sorte de r&#233;action en cha&#238;ne. Tout est pris dans une grande effervescence, dans un mouvement incessant, et pourtant rien ne bouge vraiment, puisqu'on n'a affaire qu'&#224; des mouvements internes dans une enceinte ferm&#233;e. Or, constater cette situation de cl&#244;ture, c'est d&#233;j&#224; implicitement l'avoir d&#233;pass&#233;e ; c'est avoir envisag&#233; une issue en supposant l'existence d'un au-del&#224; du champ clos, d'une dimension qui rompt et d&#233;passe l'immanence de la doxa, c'est-&#224;-dire de ce qu'il faut bien appeler une transcendance. Mais celle &#224; laquelle je songe ici est d'un genre bien particulier, diff&#233;rent de la transcendance religieuse, de la r&#233;f&#233;rence &#224; un au-del&#224; de l'immanence mondaine : c'est la transcendance de l'objectivit&#233; (ou de ce que l'on peut appeler aussi la r&#233;alit&#233; ou le monde commun) en tant que dimension existant pour elle-m&#234;me, de mani&#232;re relativement autonome ; de ce qui, bien que constamment sollicit&#233; et m&#234;me arraisonn&#233; par les subjectivit&#233;s, &#233;chappe pourtant en partie &#224; leur prise et doit &#234;tre pr&#233;suppos&#233; comme se tenant en tiers, par del&#224; le jeu des positionnements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, il existe diverses situations, &#224; commencer par la situation totalitaire, o&#249; non seulement on tente de barrer l'acc&#232;s &#224; cette dimension, mais on entreprend d'en nier l'existence m&#234;me. Dans un monde enti&#232;rement politis&#233; ou, plus exactement, id&#233;ologis&#233; de part en part, il n'y a plus de place pour quoi que ce soit qui existe pour soi-m&#234;me, et qui, par cons&#233;quent, puisse se tenir en tiers entre les hommes. Hannah Arendt [ 2002, p. 633] &#233;voque la fureur de Staline, rapport&#233;e par Boris Souvarine, s'&#233;criant qu'il faut &#171; en finir une fois pour toutes avec la neutralit&#233; du jeu d'&#233;checs &#187;, c'est-&#224;-dire, commente-t-elle, &#171; avec l'existence autonome d'absolument n'importe quelle activit&#233; &#187;. Parmi ces choses qui existent pour elles-m&#234;mes et comportent ainsi une suspecte neutralit&#233;, il faut ranger &#233;galement l'objectivit&#233;, celle du monde historique aussi bien que du monde naturel, et en fin de compte la r&#233;alit&#233; en g&#233;n&#233;ral, qui ne peut qu'&#234;tre ni&#233;e dans son existence autonome par n'importe quel totalitarisme. Certes, cela ne signifie pas que cette objectivit&#233; ait une existence purement positive et soit coup&#233;e des subjectivit&#233;s ; mais il faut admettre que celles-ci doivent la pr&#233;supposer comme leur pr&#233;existant et comme n'&#233;tant jamais enti&#232;rement r&#233;ductible &#224; leurs vis&#233;es particuli&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, c'est pr&#233;cis&#233;ment la pr&#233;supposition d'une telle objectivit&#233; transcendant les opinions particuli&#232;res qui permet de sortir de la pure immanence des jeux de ricochets (mim&#233;tisme et contre-mim&#233;tisme, etc.) et ainsi de v&#233;ritablement juger, au sens fort du terme. Car juger, c'est toujours oser juger dans les diff&#233;rents cas particuliers, et sans pourtant disposer non plus d'une garantie ultime de v&#233;rit&#233;. Car la r&#233;f&#233;rence &#224; l'objectivit&#233;, &#224; la dimension transcendante et &#224; l'alt&#233;rit&#233; qu'elle constitue, ne signifie pas que l'on d&#233;tiendrait une position d'absolue certitude ayant d&#233;pass&#233; une fois pour toutes l'incertitude du champ fini et immanent. La r&#233;f&#233;rence transcendante est ce qui rend possible les actes de jugement, mais aucun d'entre eux n'est absolument assur&#233; et chacun demeure sujet &#224; l'erreur. Et c'est bien l&#224; que r&#233;side l'audace inh&#233;rente au jugement : sans pouvoir &#234;tre jamais s&#251;r une fois pour toutes d'&#234;tre dans le vrai (de d&#233;tenir la v&#233;rit&#233;), on ose juger et on le fait, non pas en pr&#233;tendant exprimer ainsi une simple opinion subjective &#233;manant de son moi et valable seulement pour lui, mais en soutenant que ce jugement est vrai, qu'il r&#233;v&#232;le une objectivit&#233; et qu'il devrait pouvoir &#234;tre partag&#233; par tous les hommes. Le jugement &#8211; la &#171; facult&#233; de juger &#187; &#8211; est une capacit&#233; que l'on exerce sans vraiment la d&#233;tenir, puisqu'elle n'est jamais simplement donn&#233;e et qu'on doit la conqu&#233;rir &#224; chaque fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour pr&#233;ciser les conditions du jugement ainsi compris, je voudrais invoquer plusieurs parrainages philosophiques. Tout d'abord celui des philosophes qui nous ont appris (je songe ici au Kant du &#171; jugement r&#233;fl&#233;chissant &#187; et au Gadamer du commentaire de l'id&#233;e d'&#171; application &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Kant, Critique de la facult&#233; de juger, &#167; 69, et Hans-Georg Gadamer, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) que le jugement n'&#233;tait pas la simple mise en application quasi m&#233;canique de crit&#232;res g&#233;n&#233;raux, mais bien &#224; chaque fois une d&#233;licate mise &#224; l'&#233;preuve face &#224; une r&#233;alit&#233; toujours singuli&#232;re, neuve et d&#233;concertante, une exp&#233;rience o&#249; sont remis en jeu &#224; la fois le sujet jugeant et la chose jug&#233;e. Et plus proches de l'exp&#233;rience historique r&#233;cente, je songe &#224; deuxpenseurs juifs qui, chacun &#224; leur mani&#232;re, ont r&#233;fl&#233;chi et pratiqu&#233; l'audace inh&#233;rente au jugement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Emmanuel L&#233;vinas et Hannah Arendt. Le premier qui adoptait souvent un ton et une attitude nettement proph&#233;tiques et la seconde, une philosophe plus classique et assez &#233;loign&#233;e du juda&#239;sme, mais qui &#233;tait habit&#233;e peut-&#234;tre &#224; son insu par une inspiration proph&#233;tique. Contre l'id&#233;e que &#171; l'histoire jugera &#187;, L&#233;vinas a constamment pos&#233; l'exigence de &#171; juger l'histoire &#187;, mais aussi la soci&#233;t&#233;, et mis en avant la &#171; rupture du contexte &#187; comme une condition de la libert&#233; indissociable de son exercice. Quant &#224; Arendt, la notion de jugement s'est impos&#233;e &#224; elle comme cruciale dans la toute derni&#232;re phase de sa r&#233;flexion (elle allait commencer &#224; &#233;crire le troisi&#232;me volume de la Vie de l'esprit, consacr&#233; &#224; cette notion, lorsqu'elle est morte en 1975).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'on peut penser que son exp&#233;rience du proc&#232;s d'Eichmann &#224; J&#233;rusalem a &#233;t&#233; d&#233;terminante : elle a aper&#231;u en celui-ci non seulement ce qu'elle a appel&#233; elle-m&#234;me une incapacit&#233; &#224; penser, mais plus essentiellement encore, &#224; juger. Car juger, c'est dire la r&#233;alit&#233; ou l'exp&#233;rience, la nommer, la redoubler par un acte de parole et de pens&#233;e qui ne r&#233;p&#232;te pas tautologiquement ce qui est, et qui n'est pr&#233;cis&#233;ment pas la simple &#171; expression &#187; des &#171; rapports de force &#187; existants, inh&#233;rents &#224; l'histoire ou &#224; la nature physique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fallait donc mettre en &#233;vidence la sp&#233;cificit&#233;, ne disons pas de la facult&#233; de juger en g&#233;n&#233;ral, mais de chaque acte de jugement particulier en tant qu'exercice risqu&#233; d'une forme de libert&#233; &#8211; qui se d&#233;tache, voire &#171; s'arrache &#187; &#224; la situation donn&#233;e pour la consid&#233;rer de mani&#232;re critique, mais &#233;ventuellement aussi laudative (on ne peut en effet r&#233;duire a priori le jugement au seul jugement critique). Mais dans cette mise en &#233;vidence, on ne doit pas non plus perdre de vue l'autre p&#244;le corr&#233;latif d&#233;j&#224; indiqu&#233;, &#224; savoir la n&#233;cessaire pr&#233;supposition de la transcendance d'une objectivit&#233; sur laquelle se fonde le jugement, l'acte d'&#171; oser juger &#187;, mais en se gardant aussi de l'erreur consistant &#224; l'envisager comme un crit&#232;re ultime applicable m&#233;caniquement en n'importe quelle situation (oubliant ainsi la le&#231;on de Kant et Gadamer) et dispensant donc du risque inh&#233;rent &#224; l'acte de juger. On a donc affaire l&#224;, on le voit, &#224; une polarit&#233; dont chacun des deux termes est aussi important que l'autre : le p&#244;le de l'acte libre et risqu&#233; du jugement et celui de la transcendance d'une objectivit&#233; &#224; laquelle celui-ci se r&#233;f&#232;re. Il se peut qu'il s'agisse l&#224; d'une sorte de quadrature du cercle : comment peut-on concilier &#224; la fois ces deux exigences, l'une qui souligne le risque ind&#233;passable du jugement, l'autre qui introduit une r&#233;f&#233;rence &#224; la transcendance d'une dimension d'objectivit&#233; ? Le fait est en tout cas que l'on a affaire &#224; une forme de circularit&#233; que je crois ind&#233;passable :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;le jugement ne peut avoir lieu sans la r&#233;f&#233;rence &#224; une dimension qui transcende l'immanence de la doxa, et n'est pas simplement cr&#233;&#233;e ou construite, mais bien pr&#233;suppos&#233;e par le jugement, et qui n'est cependant pas telle non plus qu'elle permettrait de se passer de tout acte subjectif de jugement, lequel est constitutivement faillible, c'est-&#224;-dire impliquant un risque ind&#233;passable d'erreur (mais, rappelons-le, que le risque soit ind&#233;passable ne signifie pas que l'on soit fatalement vou&#233; &#224; l'erreur).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois que c'est en tenant compte &#224; la fois de ces deux p&#244;les du jugement, le p&#244;le subjectif et le p&#244;le objectif, que l'on peut sortir de l'enfer mim&#233;tique et de la prison de la doxa &#233;voqu&#233;s plus haut, c'est-&#224;-dire briser le m&#233;canisme infernal par lequel on passe, en un basculement infini, d'une position &#224; son oppos&#233; sym&#233;trique. C'est ce qui permet de prendre ses distances aussi bien envers l'opinion dominante (consensuelle) qu'envers l'opinion dissidente, et donc de se soustraire &#224; la pression sociale dans un sens comme dans l'autre, en osant &#233;noncer, dans tel cas particulier, que ceci est vrai ou faux, juste ou injuste, bon ou mauvais, beau ou laid. Et ce, sans qu'un tel jugement ne soit ni la simple expression d'une identification mim&#233;tique, ni un simple &#233;nonc&#233; provocateur issu du d&#233;sir de se d&#233;solidariser &#224; tout prix de l'opinion majoritaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la conception que l'on vient ainsi d'esquisser s'exposera peut-&#234;tre &#224; nouveau au reproche de relativisme. En effet, elle revient &#224; admettre qu'il n'existe pas de fondement premier &#8211; ni situ&#233; dans l'objectivit&#233;, ni dans une subjectivit&#233;, f&#251;t-elle &#171; transcendantale &#187; &#8211; et qu'il faut se garder de toute hypostase dans un sens comme dans l'autre. On pourra en conclure au relativisme si l'on pr&#233;supppose que le seul rem&#232;de &#224; celui-ci serait une r&#233;f&#233;rence possible &#224; un fondement ultime. Pourtant, m&#234;me en l'absence d'un tel principe premier ou dernier, situ&#233; dans l'&#202;tre ou dans l'Esprit, tout n'est pas vou&#233; au vacillement et &#224; la &#171; branloire p&#233;renne &#187; dont parlait Montaigne, car il existe au moins, non pas quelque socle in&#233;branlable, mais ce sol pr&#233;caire et cependant non illusoire : le jugement, c'est-&#224;-dire diff&#233;rents actes de jugement singuliers, dont chacun effectue &#224; chaque fois, dans le champ fini et immanent de l'histoire humaine, une articulation du subjectif et de l'objectif, en gardant &#224; l'horizon la transcendance d'un monde commun qui le d&#233;passe et auquel il peut se r&#233;f&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jacques Dewitte&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; ARENDT Hannah, 1972, &lt;i&gt;Du mensonge &#224; la violence. Essais de politique contemporaine&lt;/i&gt;, Calmann-L&#233;vy.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&#8211; 2002, &lt;i&gt;Les Origines du totalitarisme&lt;/i&gt;, Eichmann &#224; J&#233;rusalem, Quarto-Gallimard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; [ 1954] 2003, &#171; Lettre &#224; Jules Monnerot &#187;, &lt;i&gt;La Revue du MAUSS semestrielle,&lt;/i&gt; n&#176;22, 2e semestre.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; CHANGEUX J.-P., CONNES A., 2000, &lt;i&gt;Mati&#232;re &#224; penser&lt;/i&gt;, r&#233;&#233;d. Poche, Odile Jacob.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; GADAMER Hans-Georg, 1996, &#171; Le probl&#232;me herm&#233;neutique de l'application &#187;, in &lt;i&gt;V&#233;rit&#233; et m&#233;thode&lt;/i&gt;, Seuil.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; LAPLANCHE J., PONTALIS J. B., 1967, &lt;i&gt;Vocabulaire de la psychanalyse&lt;/i&gt;, PUF.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; PROUST Marcel, &lt;i&gt;&#192; la recherche du temps perdu&lt;/i&gt;, La Pl&#233;iade, III.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; STEINER George, 1981, &#171; Le clerc de la trahison &#187;, &lt;i&gt;Le D&#233;bat &lt;/i&gt; n&#176; 17, d&#233;cembre.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; STUART Mill John, &lt;i&gt;De la libert&#233;&lt;/i&gt;, trad. D.White et L. Lenglet, Gallimard-Folio ( On Liberty, Pelican Classics, 1974).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb26-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Post-scriptum de 2005 : cela a &#233;t&#233; &#233;crit avant le 11 septembre2001. Sur ce point pr&#233;cis, la situation d&#233;crite a chang&#233; depuis cette date.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;De la libert&#233;, p. 85, &#233;dition fran&#231;aise, et p. 76, &#233;dition anglaise (j'ai modifi&#233; quelque peu la traduction fran&#231;aise)..&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;De la m&#234;me fa&#231;on, selon le th&#233;or&#232;me de G&#246;del, il ne peut pas y avoir de recouvrement de la sph&#232;re du vrai et de celle du d&#233;montrable en math&#233;matiques, car, comme l'&#233;crit Alain Connes, &#171; il y aura toujours un &#233;nonc&#233; [&#8230; ] qui sera &#224; la fois vrai et ind&#233;montrable dans le syst&#232;me formel &#187; [Changeux, Connes, 2000, p. 211].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Dans le Vocabulaire de la psychanalyse de Laplanche et Pontalis, on peut lire : &#171; Ce que Freud d&#233;signait sous le nom de Phantasie, ce sont d'abord les r&#234;ves diurnes, sc&#232;nes, &#233;pisodes, romans, fictions que le sujet forge et se raconte &#224; l'&#233;tat de veille. [&#8230; ] Il s'agit de sc&#233;narios [&#8230; ], de sc&#232;nes organis&#233;es, susceptibles d'&#234;tre dramatis&#233;es. [&#8230; ] Le sujet est toujours pr&#233;sent dans de telles sc&#232;nes &#187; [ 1967, p. 153 et 156].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cela rejoindrait ce principe talmudique cit&#233; quelque part par Emmanuel L&#233;vinas : &#171; Si tout le monde est d'accord pour condamner un pr&#233;venu, rel&#226;chez-le. &#187; L'accord unanime sur sa culpabilit&#233; doit susciter une d&#233;fiance de principe : si on le dit coupable avec une telle unanimit&#233;, c'est bien la preuve de son innocence.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Je songe aussi au bel article de George Steiner sur le cas d'Anthony Blunt, &#171; Le clerc de la trahison &#187; [ 1981], dont les intuitions m&#233;riteraient d'&#234;tre poursuivies et approfondies.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C'est ce qu'elle a &#233;nonc&#233; avec une lucidit&#233; remarquable dans les ann&#233;es cinquante, lorsque, dans sa lettre &#224; Jules Monnerot ( 1954), elle parlait du &#171; point de vue particulier des sociologues &#187; qui &#171; se concentrent sur les &#8220;r&#244;les fonctionnels&#8221; en eux-m&#234;mes, faisant ainsi de la soci&#233;t&#233; l'Absolu auquel tout se rapporte &#187; [ 2003, p. 48].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. Kant, Critique de la facult&#233; de juger, &#167; 69, et Hans-Georg Gadamer, V&#233;rit&#233; et m&#233;thode, &#167; &#171; Le probl&#232;me herm&#233;neutique de l'application &#187; (p. 329 sq. de la traduction fran&#231;aise, Seuil, 1996, et p. 312 sq. de l'&#233;dition allemande).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>R&#233;flexions : r&#233;volte et morale (Koestler et Camus)</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?598-reflexions-revolte-et-morale</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?598-reflexions-revolte-et-morale</guid>
		<dc:date>2012-08-28T13:02:14Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Psycho-sociologie</dc:subject>
		<dc:subject>Article</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Mich&#232;le Ansart-Dourlen, &#171; R&#233;flexions : r&#233;volte et morale (Koestler et Camus) &#187;, Les cahiers psychologie politique [En ligne], num&#233;ro 17, Juillet 2010. URL : http://lodel.irevues.inist.fr/cahie... Table des mati&#232;res R&#233;flexions sur les motivations et la foi communiste L'&#233;chec de l'utopie rationaliste Le refus de la perte du sens, - l'inconscient individuel et collectif. La r&#233;volte morale contre le syst&#232;me totalitaire : le yogi et le commissaire La r&#233;volte : la rupture du silence (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-6-psychanalyse-+" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-109-psycho-sociologie-+" rel="tag"&gt;Psycho-sociologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Mich&#232;le Ansart-Dourlen, &#171; R&#233;flexions : r&#233;volte et morale (Koestler et Camus) &#187;, Les cahiers psychologie politique [En ligne], num&#233;ro 17, Juillet 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;URL : &lt;a href=&#034;http://lodel.irevues.inist.fr/cahierspsychologiepolitique/index.php?id=1685&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://lodel.irevues.inist.fr/cahie...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Table des mati&#232;res&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;flexions sur les motivations et la foi communiste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;chec de l'utopie rationaliste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le refus de la perte du sens, - l'inconscient individuel et collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volte morale contre le syst&#232;me totalitaire : le yogi et le commissaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volte : la rupture du silence&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ambivalence des sentiments de culpabilit&#233; et de fraternit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fraternit&#233; na&#238;t dans la lutte&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Nous prendrons comme point de d&#233;part le parcours et la r&#233;sistance au totalitarisme stalinien d'Arthur Koestler : journaliste d'origine hongroise, militant dans le parti communiste allemand, puis membre du Komintern, -(organisme repr&#233;sentatif du communisme international),- de 1931 &#224; 1938. Une de ses &#339;uvres, &#171; Hi&#233;roglyphes &#187;, est une autobiographie politique et psychologique soulignant des aspects essentiels de la &#171; foi &#187; communiste, les difficult&#233;s &#224; s'en dissocier, et l'accent mis progressivement sur la morale en politique, - selon un acheminement diff&#233;rent de celui de Solj&#233;nitsyne, qui, intern&#233; pendant 8 ans dans le syst&#232;me concentrationnaire sovi&#233;tique, a d'embl&#233;e pris la position d'un moraliste. &#171; Le z&#233;ro et l'Infini &#187;, qui fut publi&#233; apr&#232;s la guerre en France, fut l'&#339;uvre de Koestler qui le rendit c&#233;l&#232;bre : il relatait le processus complexe et tragique qui conduisit des vieux bolch&#233;viques &#224; des aveux mensongers de trahison, lors des grands proc&#232;s organis&#233;s par le pouvoir stalinien, &#224; la fin des ann&#233;es 1930. L'aveuglement quant &#224; la nature totalitaire et terroriste de l'U.R.S.S. &#233;tait encore si r&#233;pandu qu'il fit scandale non seulement parmi les communistes, mais dans une partie de l'opinion intellectuelle fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;flexions sur les motivations et la foi communiste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La mort d'une foi est progressive et lente pour &#233;viter la mena&#231;ante lacune, le croyant sinc&#232;re est pr&#234;t &#224; nier le t&#233;moignage de ses sens, &#224; excuser toutes les trahisons1 &#187;, souligne Arthur Koestler. On peut entendre par la notion de &#171; foi &#187; un ensemble de croyances inconditionnelles, ayant la valeur d'&#233;vidences. Toute remise en question, serait-ce par des faits ou des arguments convaincants, est par nature exclue ; on peut &#233;voquer alors un fanatisme purement n&#233;gatif, supposant la complaisance &#224; l'ignorance, et &#224; la violence du pouvoir qui impose cette foi. Elle n'&#233;tait pas pourtant totalement impos&#233;e, surtout dans les nations occidentales : comme le constate Koestler, lorsqu'il militait en France, au milieu des ann&#233;es 1930, et qu'il participait &#224; des travaux politiques collectifs, avec des camarades &#233;trangers &#224; la direction communiste : les croyants se recrutaient parmi des hommes et femmes d&#233;sint&#233;ress&#233;s, comme des millions de communistes, &#171; r&#233;servoir humain d'id&#233;alisme et de ferveur &#187; ; pourquoi &#171; ne secou&#232;rent-ils pas le joug des Borgia du Kremlin2 ? &#187; Pourquoi des hommes intelligents purent-ils supporter les revirements brutaux et non expliqu&#233;s de la politique sovi&#233;tique, - les sociaux &#8211;d&#233;mocrates &#233;tant ainsi successivement d&#233;nonc&#233;s comme sociaux-fascistes, -puis d&#233;clar&#233;s alli&#233;s dans la lutte contre le fascisme, lors du Front populaire. Les facteurs ext&#233;rieurs favorisant cette passivit&#233; peuvent &#234;tre bri&#232;vement rappel&#233;s : le pacifisme des d&#233;mocraties d&#233;niant les menaces de guerre, &#171; l'esprit de Munich &#187; par lequel il fut fait confiance &#224; Hitler pour mettre un terme &#224; son expansion en Europe, soulignaient l'impuissance des r&#233;gimes lib&#233;raux, - et une forme de nihilisme moral privil&#233;giant une vision du monde &#233;troitement mat&#233;rialiste centr&#233;e sur la lutte des int&#233;r&#234;ts et le principe de conservation de soi. Apr&#232;s son bannissement de l'U.R.S.S. en 1974, Solj&#233;nitsyne soulignera ces m&#234;mes aspects de la culture occidentale, dans son discours d'Harvard, - qui fit d'ailleurs scandale, aux Etats-Unis Aussi le r&#233;gime sovi&#233;tique &#233;tait-il fantasm&#233; comme la lutte d'un grand peuple pour la justice et l'&#233;galit&#233;, - et comme le montre Koestler, en d&#233;pit de la mis&#232;re du peuple russe, de la d&#233;tresse de dizaines de milliers d'individus errant en Ukraine, apr&#232;s la collectivisation des terres au d&#233;but des ann&#233;es 1930, qui fit des millions de morts et de d&#233;port&#233;s. Koestler avait &#233;t&#233; charg&#233; par le pouvoir sovi&#233;tique, en tant que journaliste, d'&#233;crire un ouvrage de propagande sur les r&#233;alisations &#233;conomiques de l'U.R.S.S ; il fut donc un t&#233;moin indirect de la d&#233;b&#226;cle de l'agriculture ; et pourtant il continuait &#171; &#224; adh&#233;rer &#224; la Cause absolue, &#224; la formule magique d'o&#249; na&#238;trait l'&#226;ge d'or &#187; Son livre fut cependant refus&#233;, comme d'autres ouvrages soumis &#224; la direction ; ainsi qu'il il l'a constat&#233; progressivement lui-m&#234;me, il lui &#233;tait impossible d'&#233;crire des ouvrages de propagande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;chec de l'utopie rationaliste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nihilisme moral latent dans les id&#233;ologies lib&#233;rales et qui se pr&#233;tendaient humanistes des d&#233;mocraties n'a pas &#233;t&#233; efficacement combattu par les forces et l'id&#233;ologie inspir&#233;es par le marxisme. Il y a eu m&#233;connaissance &#171; des facteurs irrationnels latents dans les comportements des masses populaires&#8230;et c'est l&#224; o&#249; le fascisme a effroyablement r&#233;ussi3 &#187;.rel&#232;ve Koestler. Le national-socialisme a su utiliser des affects &#171; n&#233;gatifs &#187; : le ressentiment, la volont&#233; de vengeance, la fascination pour la force, id&#233;alis&#233;e en d&#233;sir de gloire nationale. Pendant la R&#233;volution fran&#231;aise, le rejet des pr&#233;jug&#233;s, la valorisation des progr&#232;s scientifiques, de l'&#233;galit&#233; des droits, caract&#233;risaient une r&#233;volution guid&#233;e par les Lumi&#232;res, mais dont la dimension morale n'&#233;tait pas absente, et que les Jacobins ont voulu, avec Rousseau, th&#233;oriser en religion civile .La r&#233;volution communiste de 1917 croyait suivre le d&#233;veloppement rationnel des lois historiques, en industrialisant et modernisant la Russie, -mais en laissant progressivement dans l'ombre les droits et la libert&#233; d'expression des sujets individuels, - et en r&#233;primant les mouvements populaires spontan&#233;s. L&#233;nine a d&#233;fini la R&#233;volution comme &#171; les soviets et l'&#233;lectricit&#233; &#187; ; mais rapidement les organismes populaires autonomes, - les soviets, - ont &#233;t&#233; mis au pas, et &#233;limin&#233;s de la vie politique ; ils resurgiront pendant la R&#233;volution hongroise de 1956. Et apr&#232;s la prise du pouvoir par Staline, &#224; la fin des ann&#233;es 1920, l'usage syst&#233;matique du mensonge en politique a d&#233;truit les fondements d'une culture morale, l'&#233;limination criminelle des opposants a exclu toute confrontation par des arguments rationnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Koestler, - et plus radicalement selon Solj&#233;nitsyne, - l'id&#233;al rationaliste propos&#233; par le marxisme a voulu ignorer la nostalgie religieuse des masses populaires : &#171; En concentrant toute son attention sur l'&#233;conomie, la gauche est devenue sourde aux humeurs &#233;tranges et changeantes du peuple. Sa nostalgie religieuse devient un &#233;l&#233;ment disponible, capable de fusionner &#224; contretemps avec le chauvinisme et le mysticisme, et de se laisser intoxiquer par de nouveaux mythes4 &#187;. La r&#233;surgence, en ce d&#233;but du 21&#232;me si&#232;cle, des mouvements religieux, - non seulement de l'Islam, mais dans les pays marqu&#233;s par l'id&#233;ologie rationaliste occidentale, de diff&#233;rentes expressions de la religion jud&#233;o- chr&#233;tienne, en t&#233;moigne. Mais, dans le cadre de cette r&#233;flexion, les t&#233;moignages d'une religiosit&#233; latente dans le r&#233;gime totalitaire communiste montrent que les id&#233;aux religieux s'expriment selon deux modalit&#233;s diff&#233;rentes : soit, comme Koestler l'a lui-m&#234;me &#233;prouv&#233;, comme une foi inconditionnelle, imperm&#233;able aux d&#233;mentis apport&#233;s par la r&#233;alit&#233;, - soit, selon la notion &#233;labor&#233;e par Freud, comme une &#171; n&#233;vrose obsessionnelle &#187;.Il ne s'agit plus alors, pour les adh&#233;rents, d'affirmer des croyances int&#233;rieurement int&#233;gr&#233;es, mais de respecter formellement une orthodoxie, en ob&#233;issant &#224; des rituels. Dans &#171; L'avenir d'une illusion &#187;, Freud met l'accent sur ce qui deviendra un aspect essentiel des religions utilis&#233;es par les r&#233;gimes totalitaires : l'usage de &#171; la langue de bois &#187;, la r&#233;p&#233;tition obsessionnelle des m&#234;mes slogans, des formules creuses, permettaient d'occulter le contenu vide, - et souvent d&#233;lirant, - des id&#233;ologies totalitaires. Le pouvoir, s'il est mis en difficult&#233; par des dysfonctionnements sociaux et &#233;conomiques, peut n'exiger que la r&#233;f&#233;rence aux lieux communs de l'orthodoxie. Dans les r&#233;unions du Parti ou dans les meetings, les slogans scand&#233;s en commun, r&#233;p&#233;t&#233;s servilement, &#233;taient les garants de l'ob&#233;issance, et cens&#233;s t&#233;moigner de la foi en la direction du Parti, - au nom d'une affirmation inconditionnelle : &#171; le Parti a toujours raison &#187;. Et Koestler l'a entendu r&#233;p&#233;ter par des camarades d&#233;sint&#233;ress&#233;s, et intimement persuad&#233;s des errances de la direction, d'une censure terroriste. &#171; D'une part la religion comporte des entraves d'ordre compulsionnel, telle que seule la n&#233;vrose obsessionnelle en pr&#233;sente, - d'autre part elle implique un syst&#232;me d'illusions cr&#233;&#233;es par le d&#233;sir, avec n&#233;gation de la r&#233;alit&#233;5 &#187;. Conform&#233;ment aux exigences de toute culture, la civilisation, selon Freud, a pour fonction de r&#233;primer des pulsions agressives mena&#231;ant l'unit&#233; d'une communaut&#233; ; mais dans des r&#233;gimes totalitaires, cette r&#233;pression ne prend pas la forme de l'injonction chr&#233;tienne ; &#171; tu ne tueras pas &#187;. Elle reste pourtant cr&#233;atrice d'illusions relatives &#224; des id&#233;aux communs auxquels il est command&#233; de croire, - et en y ob&#233;issant, les individus, inconsciemment, se prot&#232;gent contre des d&#233;sirs interdits, d&#233;sirs d'affirmation de soi, de r&#233;volte contre un ordre inique et meurtrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette protection est d'autant plus n&#233;cessaire que naissent les doutes, - ce que pressent le pouvoir, qui y r&#233;agira par une id&#233;ologie de type parano&#239;aque : les c&#233;r&#233;monials de fid&#233;lit&#233;, accomplis m&#233;caniquement, sont utilis&#233;s pour dissiper l'agressivit&#233;, et la d&#233;placer sur des ennemis d&#233;sign&#233;s par le pouvoir, - ce processus &#233;tant observable autant dans le r&#233;gime nazi que dans le r&#233;gime stalinien, cultivant la &#171; culture des proc&#232;s publics &#187;, dont le r&#244;le &#233;tait didactique, et destin&#233;, comme le montre Georges Orwell, dans &#171; 1984 &#187;, &#224; cr&#233;er une psychologie collective guerri&#232;re. La peur et un besoin infantile de protection, sont sollicit&#233;s. Cependant, lorsque naissaient les doutes, les militants devaient assumer une double personnalit&#233; : celle du croyant, d&#233;vou&#233; &#224; une &#171; Cause collective &#187;, et celle d'un sujet devenant conscient de l'inversion des id&#233;aux initialement propos&#233;s par le pouvoir. La prise de conscience par Koestler de l'impossibilit&#233; de rester un croyant docile a eu pour origine d'abord la r&#233;volte contre les calomnies r&#233;pandues contre des camarades qui, rappel&#233;s &#224; Moscou, disparurent sans laisser de traces, (certains &#233;tant accus&#233;s d'espionnage au profit des fascistes allemands), au moment des grands proc&#232;s organis&#233;s &#224; la fin des ann&#233;es 1930, - ensuite l'impossibilit&#233; de donner sens &#224; des directives donn&#233;es aux intellectuels du Parti. Prouver que toute v&#233;rit&#233; est historiquement conditionn&#233;e, que la v&#233;rit&#233; soi-disant objective &#233;tait un mythe bourgeois, que &#171; &#233;crire la v&#233;rit&#233;&#8230;.signifiait choisir et souligner les points et aspects d'une situation donn&#233;e propres &#224; servir la r&#233;volution prol&#233;tarienne6 &#187; &#233;tait une &#233;vidence pour des militants convaincus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rupture d&#233;cisive de Koestler avec le Parti intervint apr&#232;s la nouvelle d'un nouveau proc&#232;s contre des vieux bolch&#233;viques (parmi eux le th&#233;oricien Boukharine), - et dont &#171; l'absurdit&#233; &#171; et l'horreur &#233;taient inimaginables &#187; &#171; Pour mesurer leurs profondeurs d'absurdit&#233;, &#187; Koestler rappelle que d'anciens accusateurs des pr&#233;c&#233;dents proc&#232;s &#233;taient eux-m&#234;mes accus&#233;s de trahison, et que &#171; tous les tra&#238;tres avaient &#233;t&#233; plac&#233;s aux situations influentes qu'ils occupaient dans l'Etat sovi&#233;tique par le sage et vigilant Staline &#187;. Cette rupture enfin avou&#233;e, apr&#232;s huit ann&#233;es, &#171; le remplit de la joie violente que j'ai &#233;prouv&#233;e chaque fois que j'ai br&#251;l&#233; mes vaisseaux &#187; ; la lev&#233;e du refoulement des doutes, de la complaisance aux compromis avec le pouvoir explique ce sentiment de lib&#233;ration. Mais elle fut aussi le point de d&#233;part, chez Koestler, de la r&#233;flexion sur le r&#244;le de l'&#233;thique, estim&#233;e d&#233;pass&#233;e et rel&#233;gu&#233;e au rang d'une &#171; id&#233;ologie bourgeoise &#187;, dans les milieux intellectuels marxistes ; il la poursuivra, dans &#171; Le z&#233;ro et l'infini &#187;, &#171; Le yogi et le commissaire &#187;, et dans un roman, &#171; Croisade sans croix &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le refus de la perte du sens, - l'inconscient individuel et collectif.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il retrouva son unit&#233; et sa coh&#233;rence int&#233;rieure en analysant et en d&#233;non&#231;ant les m&#233;canismes de la mystification et de la terreur stalinienne. En m&#234;me temps, il &#233;prouva le sentiment d'une grande solitude, en raison de la force du d&#233;ni des crimes staliniens : ainsi que l'a soulign&#233; Freud, &#171; les arguments sont de peu de poids contre la puissance de l'illusion &#187;. Cornelius Castoriadis montre que toute soci&#233;t&#233; est repr&#233;sent&#233;e par &#171; des significations imaginaires &#187; cens&#233;es apporter du sens,- une unit&#233; et une coh&#233;sion, et une finalit&#233;7 &#187;. Toute soci&#233;t&#233; cr&#233;e son propre monde &#187;, elle est &#171; un syst&#232;me d'interpr&#233;tation &#187;, porteuse d'un projet, de son auto-conservation en tant que telle, mais aussi de finalit&#233;s sinon &#224; atteindre, du moins &#224; imaginer. &#171; Tout ce qui appara&#238;t, ce qui survient &#224; une soci&#233;t&#233;, doit signifier quelque chose pour elle8 &#187;. Encore faut-il distinguer la dimension inconsciente latente dans ces significations imaginaires ; au niveau conscient, et proclam&#233; par le pouvoir stalinien, la soci&#233;t&#233; &#233;tait suppos&#233;e vouloir le progr&#232;s &#233;conomique, l'&#233;galit&#233; de tous, la construction du socialisme, - et ce qui devint la condition indispensable du but recherch&#233;, l'&#233;limination des ennemis et des tra&#238;tres. Or, les contradictions de la ligne politique brouillaient les rep&#232;res, et entretenaient chez les militants un clivage de nature schizophr&#233;nique, - d'autant plus que les significations &#233;taient fix&#233;es sans appel : le syst&#232;me d'interpr&#233;tation excluait toute discussion, et introduisait des valeurs intemporelles. Au niveau latent, &#233;taient pressentis la lutte pour le pouvoir, le r&#232;gne des rapports de force, le rejet de toute pens&#233;e nouvelle, le monde du &#171; commissaire &#187;, selon la terminologie de Koestler. Selon la loi du commissaire, tous les moyens sont appropri&#233;s pour atteindre la fin vis&#233;e : - &#171; la violence, la ruse, la trahison et le poison &#187; ; il sacrifie toute morale &#224; l'efficacit&#233;, il r&#233;cuse la piti&#233; et les sentiments d'humanit&#233;. Sa justification, inattaquable si l'on se r&#233;f&#232;re &#224; une vision sommaire du marxisme, c'est la rationalit&#233; : il ob&#233;it aux lois de l'histoire, &#224; la pr&#233;vision raisonn&#233;e de la victoire du socialisme. L'homme, en tant que sujet, devient un facteur n&#233;gligeable dans la lutte contre le r&#233;gime bourgeois et capitaliste, - et ses &#233;tats d'&#226;me, s'il invoque une morale respectueuse de l'autre, signalent ses capacit&#233;s d'aveuglement, de manque de foi dans la R&#233;volution, donc de trahison. Il devient un ennemi avec lequel il est vain &#8211; et criminel,- de discuter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cl&#244;ture des interpr&#233;tations, le caract&#232;re dogmatique des significations d&#233;clar&#233;es &#171; vraies &#187; par le pouvoir &#233;taient d'autant plus irr&#233;cusables qu'elles &#233;taient destin&#233;es &#224; cr&#233;er la peur, et qu'elles &#233;taient impos&#233;es par la terreur. En m&#234;me temps, elles excluaient la perception d'une dimension inconsciente de l'id&#233;ologie affirm&#233;e par le r&#233;gime. Car, paradoxalement, dans le domaine de &#171; l'a - sens&#233; &#187;, tout &#233;tait cens&#233; faire sens : le pouvoir pr&#233;tendait, - ce qui &#233;tait un caract&#232;re essentiel du terrorisme d'Etat,- introduire une transparence totale des consciences individuelles : toute parole prononc&#233;e qui n'aurait pas &#233;t&#233; conforme &#224; la norme, toute relation amicale nou&#233;e sans en avertir le Parti, devenaient suspectes, et symptomatiques d'une d&#233;viation dangereuse pour l'unit&#233; du groupe. Une ti&#233;deur d&#233;cel&#233;e dans les attitudes, des silences se substituant &#224; un enthousiasme oblig&#233;, annon&#231;aient des intentions potentiellement criminelles. La distinction entre l'intention et l'acte s'est effac&#233;e, lors des mises en accusation : tout homme devenait enti&#232;rement transparent, traqu&#233; dans ses pens&#233;es d&#233;clar&#233;es dissimul&#233;es et tra&#238;tres. C'&#233;tait d&#233;truire ce qu'Albert Camus appelle &#171; l'originalit&#233; de la nature humaine &#187; : &#171; Freud est un penseur h&#233;r&#233;tique et petit-bourgeois (selon l'id&#233;ologie stalinienne) parce qu'il a mis au jour l'inconscient, et qu'il lui a conf&#233;r&#233; au moins autant de r&#233;alit&#233; qu'au surmoi, au moi social. Cet inconscient peut alors d&#233;finir l'originalit&#233; d'une nature humaine, oppos&#233;e au moi historique9 &#187;. Cette rationalit&#233; apparente, excluant l'inconscient, paradoxalement, n'excluait pas l'adoration d'idoles, - Staline, baptis&#233; &#171; le petit p&#232;re des peuples &#187;, - Hitler, &#233;lev&#233; au statut de demi-dieu. Se distancier de cette religiosit&#233; &#233;tait h&#233;r&#233;sie, un aveu de rejet d'appartenance &#224; la communaut&#233;, d'o&#249; &#233;tait issue une &#171; angoisse sociale &#187; infantile10, le sentiment de perdre la protection des chefs du groupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inconscient collectif totalitaire &#233;tait &#233;prouv&#233; inconsciemment comme un surmoi collectif, d'autant plus troublant et mena&#231;ant que les interdits n'&#233;taient jamais expliqu&#233;s, que les oukazes du pouvoir variaient en fonction des al&#233;as de la ligne politique adopt&#233;e par les chefs du Parti, et en premier lieu par Staline. Le lien &#233;troit entre ce pouvoir tyrannique, car arbitraire dans sa violence, et les individus du groupe, devint progressivement fond&#233; sur la haine. Dans ses r&#233;flexions sur la psychologie du groupe, Freud souligne que les liens exprimant une unanimit&#233; sont cr&#233;&#233;s par les identifications entre les membres du groupe ; mais ces liens ne sont pas n&#233;cessairement de nature libidinale : et il souligne que &#171; la haine envers une personne ou une institution d&#233;termin&#233;e pourrait aussi bien avoir une action unificatrice et susciter les m&#234;mes liens affectifs que l'attachement positif11 &#187;. Ainsi, les foules des rassemblements nazis vocif&#233;raient en r&#233;action aux impr&#233;cations d'Hitler contre les nations ennemies et contre les Juifs ; et lors des proc&#232;s staliniens, la foule ob&#233;issait aux mots d'ordre de la propagande, en hurlant des injures contre les accus&#233;s. Ces ph&#233;nom&#232;nes d'ordre hyst&#233;rique &#233;taient &#171; stabilis&#233;s &#187; dans des groupes d'individus en principe vou&#233;s &#224; la r&#233;flexion, d'intellectuels dont les r&#233;actions sont d&#233;crites par Solj&#233;nitsyne, - ainsi lorsqu'il crut possible de participer &#224; une revue relativement lib&#233;rale, apr&#232;s sa lib&#233;ration du Goulag. Appartenant &#224; l'Union des &#233;crivains, &#224; l'issue de discussions houleuses, au cours desquelles il revendiquait la libert&#233; de s'exprimer sans &#234;tre censur&#233;, il en fut brutalement exclu, en son absence, sans que des explications en soient donn&#233;es. Le K.G.B (la police politique) lui avait d&#233;rob&#233; certaines de ses &#339;uvres &#8211; tel &#171; Le premier cercle &#187;, (qui fut &#233;dit&#233; &#224; l'&#233;tranger, ce qui provoqua la fureur des &#233;crivains orthodoxes), - et il r&#233;agit &#224; l'exclusion par une lettre violente. Il donnait des exemples d&#8216;ouvrages qui avaient &#233;t&#233; &#233;touff&#233;s (car confisqu&#233;s) par le pouvoir, - tels ceux de Pasternak et de Vassili Grosmann, - et il d&#233;non&#231;ait la complicit&#233; des autres &#233;crivains. &#187; Vous n'avez pas d'arguments, vous n'avez que le vote et l'administration&#8230;.Les ennemis pourraient nous entendre, voil&#224; toute votre excuse &#187; Et il ajoutait : &#171; Mais que feriez-vous sans vos ennemis ? Vous ne pourriez plus vivre&#8230;la haine, qui ne le c&#232;de en rien &#224; la haine raciale, est l'atmosph&#232;re qui vous environne &#187; Et il concluait par des remarques &#233;videntes pour le travail du penseur : &#171; Il est temps de se souvenir que la premi&#232;re chose &#224; laquelle nous appartenons, c'est l'humanit&#233;. Et qu'elle s'est distingu&#233;e du monde animal par la pens&#233;e et par la parole&#8230;que les choses soient rendues publiques, voil&#224; la premi&#232;re condition de la sant&#233; de toute soci&#233;t&#233;12 &#187;. Les &#339;uvres des &#233;crivains appartenaient &#224; l'Etat, et on &#233;tait en guerre. Et il fallait d&#233;nier le pass&#233; criminel de l'Union sovi&#233;tique,- l'existence des camps. Camus d&#233;signe comme &#171; nihiliste &#187; un syst&#232;me social ob&#233;issant &#224; &#171; la loi &#233;conomique d'un monde qui est le culte de la production, son d&#233;veloppement ininterrompu13 &#187;, - et qui &#233;tait devenu, ainsi que le disait le dissident Sakharov, (un physicien c&#233;l&#232;bre pour ses recherches nucl&#233;aires), un vaste camp de concentration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;volte morale contre le syst&#232;me totalitaire : le yogi et le commissaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La radicalit&#233; du syst&#232;me totalitaire, - la tentative d'exercer un pouvoir absolu sur les choses et les hommes, de contr&#244;ler totalement les consciences individuelles, (incluant l'internement des dissidents dans les h&#244;pitaux psychiatriques) justifie l'identification de la r&#233;volte &#224; une morale, &#233;galement &#224; une r&#233;volte d'ordre culturel. Contre la r&#233;duction de l'homme &#224; une chose &#224; manipuler par la propagande et la terreur, contre la soumission aux rapports de force, peut para&#238;tre s'imposer le choix de la non-violence, adopt&#233; par &#171; le yogi &#187;. Le r&#233;volt&#233; choisit alors d'agir contre l'oppression essentiellement par la d&#233;nonciation verbale, par le choix de dire &#171; la v&#233;rit&#233; &#187; sur les caract&#232;res de la Terreur. Encore fallait-il que ce choix soit possible, qu'une certaine marge de libert&#233; soit accord&#233;e aux acteurs. Solj&#233;nitsyne, qui &#233;tait un croyant au sens chr&#233;tien du terme, qui refusait l'usage de la violence, a r&#233;ussi, par la ruse et le courage, &#224; r&#233;unir les informations sur le r&#233;gime et sur les camps dans &#171; l'Archipel du Goulag &#187;, et il a d&#233;di&#233; son &#339;uvre &#171; aux millions de disparus &#187;, -mais il n'a pu la faire para&#238;tre qu'en 1974 et il l'a pay&#233; par son bannissement de l'Union sovi&#233;tique. Pourtant, relatant, dans &#171; l'Archipel &#187;, les r&#233;voltes qui ont embras&#233; certains camps apr&#232;s la mort de Staline, il souligne que ces mouvements n'ont pu avoir lieu qu'apr&#232;s le meurtre des mouchards par les d&#233;tenus, la d&#233;lation &#233;tant l'arme privil&#233;gi&#233;e des gardiens des camps. Or constate-t-il, il est facile, dans le calme de sa biblioth&#232;que, de condamner le meurtre au nom de l'humanisme ; mais il faut imaginer les humiliations journali&#232;res des d&#233;tenus, leurs sentiments d'impuissance cr&#233;&#233;s par la peur de la d&#233;lation, pour comprendre l'&#233;norme libert&#233; apport&#233;e par la possibilit&#233; de s'exprimer, de faire confiance &#224; leurs camarades. A un autre niveau, - moins tragique quoique essentiel,- Koestler, quand il a pris conscience de ses d&#233;saccords profonds avec l'id&#233;ologie stalinienne, a d&#233;cid&#233; de s'exprimer, de briser le silence sur les mensonges relatifs au r&#244;le des militants du POUM (parti ouvrier unifi&#233;, de tendance trotskyste) dans la guerre civile espagnole, de souligner leur courage, et de d&#233;noncer les accusations de tra&#238;trise port&#233;es contre eux, - ce qui lui a valu son exclusion du Parti. R&#233;fugi&#233; en Angleterre, pendant la guerre, il fit des conf&#233;rences dans lesquelles il r&#233;v&#233;lait l'extermination syst&#233;matique des populations d'origine juive ; mais il rencontra le plus souvent l'incr&#233;dulit&#233; du public. L'auditoire &#233;tait convaincu pendant une heure ; puis, &#171; ils se secouent &#187;, et renaissent les m&#233;canismes de d&#233;fense, - ce qu'on leur a racont&#233; est de l'exag&#233;ration et de la propagande. De m&#234;me, apr&#232;s la guerre, le syst&#232;me des camps sovi&#233;tiques fut d&#233;ni&#233; par une partie de l'intelligentsia fran&#231;aise. D&#233;couvrir la v&#233;rit&#233; n'est pas souhait&#233;, et elle est trop &#233;loign&#233;e dans l'espace pour qu'il y ait identification aux victimes ; elle peut ne provoquer qu'un sentiment d'irr&#233;alit&#233;, et des &#233;motions &#233;ph&#233;m&#232;res. &#171; On dit : je crois ceci ou je ne crois pas cela ; je le sais, ou je ne le sais pas, et l'on consid&#232;re cette alternative comme parfaitement tranch&#233;e. En r&#233;alit&#233;, savoir ou croire ont des degr&#233;s diff&#233;rents d'intensit&#233;. La distance dans l'espace et dans le temps r&#233;duit l'intensit&#233; de la prise de conscience&#8230;les statistiques ne saignent pas, c'est le d&#233;tail qui compte14 &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sentiment de l'intol&#233;rable et l'indignation devaient donc &#234;tre v&#233;cu, pour &#234;tre crus, dans des exp&#233;riences concr&#232;tes. Pendant la guerre civile espagnole, Koestler fut t&#233;moin des bombardements de Madrid par les Franquistes : ils lui apparurent comme le pr&#233;lude de massacres de masse, et comme la fin de la civilisation occidentale, s'ils n'&#233;taient pas d&#233;nonc&#233;s par les d&#233;mocraties. &#171; Le public (europ&#233;en) r&#233;agit par une convulsion spontan&#233;e d'horreur&#8230;en quatre semaines, un millier de gens furent tu&#233;s, et un tiers de la ville d&#233;truit&#8230;L'importance de cette exp&#233;rience ne r&#233;side pas tant dans son horreur physique, bien que le bombardement d'une ville sans d&#233;fense a&#233;rienne soit assez horrible, mais dans le sentiment qu'elle marquait le d&#233;but d'une p&#233;riode nouvelle et incertaine de l'Histoire, l'antique distinction entre soldats et civils serait abolie, et o&#249; la mort frapperait du ciel sans choisir, une &#233;poque de guerre totale et de totale &#233;pouvante15 &#187;. Il concluait : &#171; Quiconque a v&#233;cu dans l'enfer de Madrid &#8230;puis se pr&#233;tend objectif, est un menteur. Si ceux qui ont &#224; leur disposition des presses et de l'encre d'imprimerie pour exprimer leurs opinions demeurent neutres et objectifs devant une telle bestialit&#233;, alors l'Europe est perdue, et il est temps que la civilisation occidentale dise bonsoir &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une seconde exp&#233;rience fut d&#233;cisive dans la prise de conscience par Koestler du r&#244;le essentiel de l'&#233;thique et des forces spirituelles qui pouvaient &#234;tre oppos&#233;es au d&#233;ferlement d'une violence qui frappait des innocents, - et elle est typique de ce qui est &#233;prouv&#233; par celui qu'il d&#233;signe comme &#171; le yogi &#187; Lorsqu'il fut emprisonn&#233; &#224; S&#233;ville, en 1938, Koestler &#233;tait journellement menac&#233; d'&#234;tre ex&#233;cut&#233; par la police franquiste, et il fut t&#233;moin des moments o&#249; certains de ses camarades &#233;taient emmen&#233;s par la police franquiste pour &#234;tre fusill&#233;s. Mais de sa solidarit&#233; avec eux &#233;tait issu le sentiment d'une totale empathie : il prit conscience qu'il se serait comme naturellement sacrifi&#233;, qu'il aurait donn&#233; sa vie pour eux. Devant la perspective de la mort, dans une situation de totale impuissance, il &#233;prouvait un sentiment de paix, de total accord avec lui-m&#234;me, qu'il interpr&#232;te comme l'impression de faire partie d'un tout, d'une m&#234;me humanit&#233;. Il ne s'agissait pas seulement d'une fraternit&#233; fond&#233;e sur les m&#234;mes croyances, mais du sentiment de l'acceptation du sacrifice, dans une lutte qu'on sait perdue .Ainsi que le note Camus, il a pu guider inconsciemment les Communards, en 1871, quand fin Mai ils continuaient &#224; r&#233;sister aux Versaillais sans espoir de victoire, - &#233;galement les r&#233;volt&#233;s du ghetto de Varsovie, en 1943, s'opposant sans illusions &#224; l'arm&#233;e hitl&#233;rienne. Cet &#233;tat d'esprit participe moins d'une foi politique que d'une foi religieuse Touchant &#224; l'exp&#233;rience mystique, ces attitudes sont proches de cette intuition de soi, du sentiment de libert&#233; &#233;prouv&#233; par le &#171; moi profond &#187; d&#233;crit par Bergson. L'examen de tous les motifs qui en rendent compte ne peut suffire &#224; l'expliquer ; on peut &#233;voquer sa relative irrationalit&#233;,-mais seulement dans une certaine mesure. Car c'est l'irrationalit&#233; des situations extr&#234;mes cr&#233;&#233;es par la terreur et la volont&#233; de puissance sans limites des r&#233;gimes totalitaires qui provoquent les situations suscitant cette forme de r&#233;sistance non violente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;volte : la rupture du silence&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ses r&#233;flexions sur la nature du totalitarisme, Camus a mis l'accent sur l'impossibilit&#233; d'une r&#233;forme lib&#233;rale du syst&#232;me totalitaire. Dans l'imaginaire des d&#233;mocraties occidentales, il &#233;tait inconcevable de d&#233;celer l'&#233;mergence de nouvelles formes d'esclavage, - pr&#233;sentes dans le syst&#232;me du Goulag, et d'une extension du syst&#232;me policier telle que les hommes soient plong&#233;s dans la solitude et l'incommunicabilit&#233; .Un langage de v&#233;rit&#233; permet de r&#233;tablir des liens entre les individus. Comme l'a &#233;crit Trotsky &#224; la fin de son ouvrage sur &#171; Staline &#187;, le r&#233;gime stalinien s'est caract&#233;ris&#233; par un usage syst&#233;matique du mensonge. Mais r&#233;tablir la v&#233;rit&#233; se heurtait, m&#234;me chez des hommes hostiles au stalinisme, - comme l'a constat&#233; Koestler &#224; ses d&#233;pens, pendant la guerre, - &#224; l'incr&#233;dulit&#233; et m&#234;me &#224; l'hostilit&#233; ; car le reniement des illusions consid&#233;r&#233;es malgr&#233; tout comme progressistes &#233;tait per&#231;u comme un d&#233;saveu immoral. Les croyants d&#233;sillusionn&#233;s leur apparaissaient comme &#171; des anges d&#233;chus qui ont le mauvais go&#251;t de r&#233;v&#233;ler que le ciel n'est pas ce que l'on croit&#8230;ils devenaient une menace pour l'illusion, et un rappel du vide ex&#233;cr&#233; et mena&#231;ant&#8230;on abhorre le pr&#234;tre d&#233;froqu&#233; de toutes les croyances16 &#187;. Et la disparition de leur foi, chez les croyants, pouvait &#234;tre ressentie comme la perte de leur &#234;tre m&#234;me. Aussi leur &#233;tait-il n&#233;cessaire, pour surmonter un sentiment de culpabilit&#233; souvent inconscient, de cr&#233;er d'autres liens fraternels avec des dissidents. Renier ses convictions ant&#233;rieures, c'est d'une certaine fa&#231;on donner raison &#224; ses anciens adversaires &#8211; et les r&#233;gimes totalitaires utiliseront avec usure ces arguments comme d'un chantage servant &#224; justifier les calomnies et les exactions, ainsi que les assassinats d'opposants par la police politique. Dans le cas de Koestler, et d'autres opposants lucides, les affects d'indignation, de culpabilit&#233; et de solidarit&#233; avec les victimes, ont jou&#233; un r&#244;le d&#233;cisif : ils r&#233;agissaient alors comme des r&#233;volt&#233;s, - mais qui ne pr&#233;tendaient pas soutenir un nouveau projet r&#233;volutionnaire, &#224; l'exception des trotskystes, Trotski ayant fond&#233; une 4&#232;me Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est sur ce point que s'affront&#232;rent l'id&#233;e de r&#233;volte selon Camus, et les critiques de Sartre, relevant ce qu'avait d'irr&#233;aliste le moralisme de Camus. Camus consid&#233;rait comme un acte politique la volont&#233; de v&#233;rit&#233;, &#233;quivalente &#224; une r&#233;action d'homme libre, la r&#233;volte contre le mensonge, le double langage et les ruses de l'oppresseur : &#171; Chaque &#233;quivoque, chaque malentendu, suscite la mort. Le langage clair, le mot simple, peut seul sauver de cette mort17 &#187;. La r&#233;volte contient par elle-m&#234;me un monde de valeurs : si &#171; on ne peut pas se r&#233;f&#233;rer &#224; une valeur commune, reconnue par tous en chacun, l'homme est incompr&#233;hensible &#224; l'homme18 &#187;. Le mouvement de r&#233;volte est &#171; revendication de clart&#233; et d'unit&#233; &#187;, et, paradoxalement, &#171; l'aspiration &#224; un ordre &#187;, - oppos&#233;e au mensonge, et au double jeu des dominants, qui, au nom de l'orthodoxie, r&#233;cusent et r&#233;priment toute tentative de remise en question de leurs valeurs, et s'accrochent &#224; un ordre fig&#233;, &#224; un conformisme respectant les hi&#233;rarchies, et excluant tous les hommes qui pr&#233;tendent exiger leurs justifications rationnelles. Cette valeur commune &#224; tous les r&#233;volt&#233;s, Camus la situe dans la r&#233;action brusque &#224; une situation qui est &#233;prouv&#233;e comme intol&#233;rable : elle appara&#238;t chez l'esclave, avec &#171; la perception, soudain &#233;clatante, qu'il y a dans l'homme quelque chose &#224; quoi l'homme puisse s'identifier, f&#251;t-ce pour un temps&#8230;Avec la perte de la patience, avec l'impatience, commence un mouvement qui peut s'&#233;tendre &#224; tout ce qui, auparavant, &#233;tait accept&#233; &#8230;Cette part de lui-m&#234;me qu'il voulait faire respecter, il la met alors au-dessus de tout le reste, et la proclame pr&#233;f&#233;rable &#224; tout, m&#234;me &#224; la vie19 &#187;. Lorsque les d&#233;tenus de certains camps du Goulag, apr&#232;s la mort de Staline, sont devenus des rebelles, - refusant d'&#234;tre class&#233;s par num&#233;ros, demandant quelque libert&#233; de mouvement dans le camp, exigeant des sanctions contre des gardiens qui avaient tu&#233; un de leurs camarades, ils savaient que les rapports de force n'&#233;taient pas en leur faveur, et qu'ils pouvaient &#234;tre &#233;cras&#233;s, - mais il y avait &#171; une part d'eux-m&#234;mes &#187;, qu'on peut qualifier de respect de soi, exigence de justice, &#171; instinct de libert&#233; &#187;, qu'ils pr&#233;f&#233;raient &#224; leur propre vie. Ils d&#233;fendaient un droit, et une valeur dont ils avaient le sentiment &#171; qu'elle leur est commune avec tous les hommes20 &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Camus souligne le caract&#232;re &#171; moral &#187; de la r&#233;volte, l'&#233;lan, fait d'indignation, de col&#232;re, mais aussi de fraternit&#233;, par lequel le r&#233;volt&#233; revendique son droit d'affirmer ce qu'il est, ce qu'il pense, en refusant les comportements serviles et la censure. Evoquant la Commune de 1871, &#171; dernier refuge de la r&#233;volution-r&#233;volte &#187;, il estime qu'en r&#233;sistant &#224; la violence sauvage de l'arm&#233;e versaillaise, les insurg&#233;s vivaient &#171; &#224; la hauteur de l'id&#233;e, symbolisant, par leurs actes et leur sacrifice, leur refus total de l'oppression et de l'injustice21 &#187;. Camus souligne que &#171; la r&#233;volte n'est pas r&#233;aliste &#187;, qu'elle ne projette pas le succ&#232;s &#224; tout prix, qu'elle est donc antinomique de la volont&#233; de pouvoir : mais rena&#238;t sans cesse &#171; la r&#233;volte humili&#233;e, par ses contradictions, ses souffrances, ses d&#233;faites renouvel&#233;es, et sa fiert&#233; inlassable22 &#187;. Il situe les conditions privil&#233;gi&#233;es de la r&#233;volte au sein des soci&#233;t&#233;s occidentales, &#171; dans les groupes o&#249; une &#233;galit&#233; th&#233;orique recouvre de grandes in&#233;galit&#233;s de fait &#187; : il n'est d&#232;s lors pas &#233;tonnant que dans un r&#233;gime communiste, qui valorisait avant toute autre valeur l'&#233;galit&#233; et la justice, la d&#233;couverte de la perversion de l'id&#233;al n'ait donn&#233; d'autres choix que le consentement &#224; la mystification, ou la r&#233;volte. Celle-ci, entra&#238;nant in&#233;vitablement, dans un r&#233;gime de terreur, la r&#233;pression et les accusations de trahison, r&#233;v&#233;lait un sens symbolique. Et Camus cite Joseph de Maistre, - un conservateur royaliste, - qui &#233;voquait, au 19&#232;me si&#232;cle, apr&#232;s la R&#233;volution fran&#231;aise, &#171; le sermon terrible que la r&#233;volution pr&#234;chait aux rois &#187;,- et cette exhortation, au d&#233;but du 21&#232;me si&#232;cle, dans le chaos provoqu&#233; par la crise du capitalisme, garde son actualit&#233;. Camus ajoutait, en 1950, qu'il le pr&#234;che encore &#171; aux &#233;lites d&#233;shonor&#233;es de notre temps &#187;. Ce ne sont pas seulement des int&#233;r&#234;ts individuels ou collectifs que visent les r&#233;volt&#233;s ; en revendiquant le d&#233;sir de s'exprimer, et en s'insurgeant contre les ma&#238;tres, ils lan&#231;aient un d&#233;fi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'ambivalence des sentiments de culpabilit&#233; et de fraternit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, la r&#233;volte est rupture du silence ; mais elle est aussi &#171; nostalgie de l'innocence23 &#187;. Elle devrait donc exclure le ressentiment, la vengeance souvent inutile contre les oppresseurs de la &#171; nature &#187; humaine, un &#233;lan de libert&#233; originellement exempt de haine et du d&#233;sir d'infliger l'humiliation, d'utiliser les armes de l'adversaire. Le risque majeur d'une perversion de la r&#233;volte &#171; innocente &#187; &#233;tait repr&#233;sent&#233; par la reconnaissance d'une culpabilit&#233; issue du sentiment d'impuissance : or, la croyance en la version progressiste du communisme tenait lieu d'une religion en fait entretenue par un sentiment d'impuissance. Le refus de Camus de reconna&#238;tre que l'&#234;tre de l'homme est essentiellement historique, - (un point de d&#233;saccord essentiel dans la discussion avec Sartre), - s'explique en raison de l'utilisation de l'Histoire par les staliniens : se r&#233;f&#233;rant &#224; une vision simplifi&#233;e du marxisme, l'Histoire &#233;tait devenue le juge supr&#234;me. On a maintenant connaissance, - confirm&#233;e par un ouvrage r&#233;cent de Nicolas Werth, qui a utilis&#233; des archives r&#233;centes de l'ex-Union sovi&#233;tique, - de l'indiff&#233;rence du pouvoir judiciaire &#224; l'innocence ou &#224; la culpabilit&#233; d'accus&#233;s rest&#233;s anonymes, pendant la grande Terreur de 1937-1938, de meurtres de masse exig&#233;s pour liquider les opposants virtuels au pouvoir, terrifier la population et &#233;touffer toute vell&#233;it&#233; de r&#233;volte. Les m&#234;mes proc&#233;d&#233;s ont &#233;t&#233; utilis&#233;s apr&#232;s la guerre, dans les pays tomb&#233;s sous le joug sovi&#233;tique. La notion de &#171; culpabilit&#233; objective &#187;, souligne Camus, est d&#233;cr&#233;t&#233;e en fonction de l'&#233;cart entre la politique du Parti, - toujours conforme, selon l'orthodoxie, aux &#171; progr&#232;s &#187; de l'Histoire, - et les actes ou les intentions suppos&#233;es mauvaises et tra&#238;tres, des individus. Par cons&#233;quent, tout homme peut &#234;tre &#171; un criminel qui s'ignore. Le criminel objectif est celui qui, justement, croyait &#234;tre innocent. Son action, il la jugeait subjectivement inoffensive, ou m&#234;me favorable &#224; l'avenir de la justice. Mais on lui d&#233;montre qu'objectivement elle a nui &#224; cet avenir. S'agit-il d'une objectivit&#233; scientifique ? Non, mais historique24 &#187;. La d&#233;monstration n'est recevable que par des croyants d&#233;j&#224; convaincus que leur avenir leur &#233;chappe, qu'ils ne sont que des instruments au service du &#171; progr&#232;s du socialisme &#187;. En fait, le monde de la croyance est devenu celui du proc&#232;s, et de la terreur nihiliste. Et &#233;galement au niveau culturel, id&#233;ologique, le m&#233;pris affich&#233; pour les intellectuels, - hors de toute menace polici&#232;re directe, du moins dans les pays occidentaux, - constat&#233; par Koestler et Solj&#233;nitsyne, confirmait qu'aucune pens&#233;e libre ne pouvait &#233;chapper au jugement du Parti, donc de l'Histoire. La notion de v&#233;rit&#233; n'&#233;tait plus qu'un mot relativis&#233;, soumis au contr&#244;le d'une orthodoxie devenue le seul juge de sa validit&#233; : une &#171; foi active dans les repr&#233;sentants de la v&#233;rit&#233; peut seule sauver le sujet des myst&#233;rieux ravages de l'histoire25 &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre la d&#233;pendance inconditionnelle aux lois de l'histoire, Camus entendait retrouver l'id&#233;e de &#171; nature humaine &#187;, - de son impr&#233;visibilit&#233; et de son potentiel de cr&#233;ativit&#233;. &#171; La nature humaine a toujours &#233;chapp&#233; &#224; l'histoire par quelque c&#244;t&#233;&#8230;S'il n'y a pas de nature humaine, la plasticit&#233; de l'homme est infinie26 &#187;. Mais la r&#233;volte peut se d&#233;clencher &#224; des moments inattendus, elle &#171; lib&#232;re des flots qui, stagnants, deviennent furieux &#187;, r&#233;v&#233;lant &#171; un principe d'activit&#233; surabondante et d'&#233;nergie27 &#187;. Encore faut-il qu'elle se manifeste par un mouvement collectif, - et sur ce point les r&#233;flexions de Camus pr&#234;tent &#224; des interpr&#233;tations ambigu&#235;s. Car il envisage surtout la r&#233;volte comme l'expression de passions individuelles, - le d&#233;sir d'auto-affirmation, de fiert&#233;, le refus d'une docilit&#233; asservissante, du consentement au mensonge. Or, ainsi que le souligne Koestler, le sentiment de culpabilit&#233; &#224; l'&#233;gard de l'id&#233;ologie stalinienne &#233;tait issu &#171; de l'insurmontable horreur de l'excommunication qui habite les vrais croyants28 &#187;. Etre exclu du Parti signifiait que l'on adoptait le point de vue de l'ennemi, que l'on renon&#231;ait &#224; la lutte, - la sanction en &#233;tait, - hors la terreur, efficace seulement en Union sovi&#233;tique et dans les pays soumis au pouvoir communiste, apr&#232;s la guerre, - un sentiment de solitude que seule une minorit&#233; a pu assumer. Le sentiment de fraternit&#233; a seul pu permettre de renouer des liens avec des hommes r&#233;volt&#233;s par la perversion du syst&#232;me stalinien, - et cr&#233;er une culpabilit&#233; &#224; l'&#233;gard des victimes du pouvoir. En d&#233;non&#231;ant le silence g&#233;n&#233;ralis&#233; quant aux condamnations d'innocents ou (et) aux massacres perp&#233;tu&#233;s par la terreur stalinienne et nazie, Koestler , - comme Solj&#233;nitsyne, - a voulu affirmer que le sentiment de culpabilit&#233; pouvait devenir un motif positif de la r&#233;volte. Il &#233;tait indissociable de la volont&#233; de se souvenir : participant &#224; une revue relativement lib&#233;rale, en U.R.S.S, dans les ann&#233;es 1960, et constatant que ses &#339;uvres, qui avaient pour th&#232;me central la vie dans les camps, ne pouvaient &#234;tre &#233;dit&#233;s, Solj&#233;nitsyne s'est vu accus&#233; d' &#187; avoir trop bonne m&#233;moire &#187;, et de ne pas assez aimer &#171; la m&#232;re-patrie29 &#187;. R&#233;v&#233;ler la v&#233;rit&#233; sur les camps &#233;tait un acte de trahison,- et il est vrai qu'il s'agissait d'une remise en question de tout le syst&#232;me sovi&#233;tique, de la d&#233;nonciation d'un nihilisme moral et politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La fraternit&#233; na&#238;t dans la lutte&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accent mis par Camus sur la dimension essentiellement morale de la r&#233;volte r&#233;pond &#224; sa d&#233;nonciation du nihilisme communiste, quand la r&#233;volution russe, apr&#232;s la prise du pouvoir par les staliniens, se transforma progressivement en un Etat totalitaire et terroriste. La r&#233;volte des dissidents ne fut pas &#233;trang&#232;re aux id&#233;aux initiaux : elle ne fut pas exclusivement, comme le croyaient les marxistes, une lutte de classes, - en l'occurrence, le conflit entre le peuple et la nouvelle couche dominante, la bureaucratie, - mais aussi la tentative de cr&#233;er des formes nouvelles de liens humains, et comme le montre Camus, le d&#233;passement d'un anonymat cr&#233;&#233; par une d&#233;shumanisation de l'individu, trait&#233; en &#171; chose &#187; dans une masse indiff&#233;renci&#233;e, au nom d'une &#233;galit&#233; qui &#233;tait devenue un slogan vide de sens. Les moments d'unit&#233; int&#233;rieure et de d&#233;passement de soi ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s dans la lutte, par la communion avec l'&#233;motion collective. Mais l'exaltation dans la fraternit&#233; devait laisser place &#224; une autre fa&#231;on de vivre le temps, au sentiment de l'urgence des d&#233;cisions &#224; prendre, face &#224; un ennemi toujours pr&#233;sent. La r&#233;volte, disait Camus, est une nostalgie de l'innocence, alors que le r&#233;volutionnaire est contraint, comme l'a montr&#233; Sartre dans la &#171; Critique de la raison dialectique &#187;, d'assumer la violence. Ainsi que l'analyse R&#233;gis Debray, apr&#232;s Sartre, l'&#233;mergence de la fraternit&#233; enferme &#233;galement un potentiel de violence, dans les p&#233;riodes d'affrontement entre dominants et domin&#233;s ; les mouvements insurrectionnels se veulent ouverture vers le monde, vers la cr&#233;ation de liens &#171; libres &#187; entre les hommes, mais ils exigent aussi d'exclure les indiff&#233;rents et les ti&#232;des. &#171; La fraternit&#233;, c'est l'universel derri&#232;re un mur, mais avec une porte&#8230;la cl&#244;ture filtre, elle s&#233;lectionne30 &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fraternit&#233; na&#238;t dans la lutte, - en m&#234;me temps qu'elle est une revendication d'&#233;galit&#233; r&#233;elle, de respect pour chaque individu, en opposition aux dominants traitant les hommes du peuple comme une &#171; pl&#232;be &#187;, une masse informe, une sous-humanit&#233;. Ainsi que le souligne Debray, elle prend en compte &#171; les hauteurs symboliques &#187;, elle renvoie &#224; un au-del&#224;, &#224; un horizon d'ordre moral, l'id&#233;e d'Humanit&#233;. Mais il arrive un moment o&#249; dans le &#171; groupe en fusion &#187;, d&#233;signant selon Sartre un haut degr&#233; d'effervescence r&#233;volutionnaire, l'exaltation doit faire place &#224; l'examen de la force des convictions, de la combativit&#233; ; &#171; quand on donne du fr&#232;re &#187;, rel&#232;ve Debray, il peut y avoir un &#171; faux fr&#232;re &#187;. Sartre cr&#233;era la notion de &#171; fraternit&#233;-terreur &#187;, pour d&#233;signer, dans les moments d'extr&#234;me tension, la r&#233;action de m&#233;fiance, aussi &#224; l'&#233;gard de soi-m&#234;me, montrant la conscience de vivre des moments exceptionnels de transgression politique et morale qui sont toujours virtuellement menac&#233;s par l'ancien r&#233;gime. Camus n'aborde pas, dans son ouvrage si p&#233;n&#233;trant sur la r&#233;volte, les probl&#232;mes relatifs &#224; la volont&#233; de pouvoir. L'homme r&#233;volt&#233; deviendrait un r&#233;volutionnaire quand il prend conscience qu'il lui faut aborder les moyens de transformer profond&#233;ment les institutions, - cette phase de l'insurrection &#233;tant d'abord ignor&#233;e par ceux qui se rassemblent, r&#233;unis par les m&#234;mes &#233;motions, par l'indignation et la volont&#233; de justice. Mais sans ce moment collectif d'unit&#233; et de fraternit&#233;, aucun mouvement r&#233;volutionnaire libre n'aurait pu s'annoncer. Et ainsi que le remarquait Solj&#233;nitsyne, relatant les moments de r&#233;sistance dans les camps du Goulag, constatant leur caract&#232;re inattendu et d&#233;sillusionn&#233;, - car les d&#233;tenus n'esp&#233;raient gu&#232;re de concessions - ils manifestent &#171; un tranquille et unanime refus d'ob&#233;issance au pouvoir, &#224; un pouvoir qui n'a jamais rien pardonn&#233; &#224; personne&#8230;.mais c'est un autre besoin, un besoin sup&#233;rieur, qui est assouvi&#8230;Voici encore une loi non encore &#233;tudi&#233;e, celle qui pr&#233;side au jaillissement commun d'un sentiment de masse, en d&#233;pit de ce qui serait raisonnable31 &#187;. La r&#233;volte appara&#238;t comme &#187; quelque chose en mouvement&#8230;qui va inaugurer quelque chose de neuf &#187; ; comme toute action nouvelle, elle peut exprimer un &#233;lan de libert&#233;, qui se produit &#171; de fa&#231;on inattendue, incalculable &#187;. Elle fait &#233;v&#232;nement, et par cons&#233;quent, - ainsi que l'a soulign&#233; Hannah Arendt, - au moins par certaines de ses manifestations, elle &#233;chappe toujours &#224; une explication causale32.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 Arthur Koestler, &#171; Hi&#233;roglyphes &#187;, Calmann-L&#233;vy, 1955, p.470&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 Idem, p.294&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 Arthur Koestler, Le Yogi et le Commissaire, Calmann-L&#233;vy, 1974, p.23&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 Idem, p.247&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 Freud, L'Avenir d'une illusion, P.U.F. 1980, p.62&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 Arthur Koestler, Hi&#233;roglyphes, op.cit, p.467&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 Corn&#233;lius Castoriadis, Domaines de l'homme, Seuil, 1977, p.227&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 Idem&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9 Albert Camus, L'homme r&#233;volt&#233;, Gallimard, 1951, p.298&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 Freud, Malaise dans la civilisation, P.U.F. 1971, p.82&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11 Freud, Psychologie collective et analyse du moi, dans les Essais de psychanalyse, Payot, 1981, p.162&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12 Alexandre Solj&#233;nitsyne, Le ch&#234;ne et le veau, Seuil, 1975, p.481&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13 Albert Camus, op.cit, p.226-227&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14 Arthur Koestler, Le Yogi et le Commissaire, op.cit, p.102-103&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15 A. Koestler, Hi&#233;roglyphes, op.cit, p.391-392&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16 A. Koestler, Hi&#233;roglyphes, op.cit, p.472&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17 Albert Camus, L'Homme r&#233;volt&#233;, op.cit, p.354&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18 Idem, p.41&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19 Idem, p.28-29&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20 Idem, p.30&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21 Camus, L'homme r&#233;volt&#233;, idem, p.274&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22 Idem, p.354&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23 Idem, p.139&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;24 Idem, p.303&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;25 Idem&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26 Idem, p.297&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27 Idem, p.32&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;28 A Koestler, Hi&#233;roglyphes, op.cit, p.294&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29 Solj&#233;nitsyne, Le ch&#234;ne et le veau, op.cit, p.158&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30 R&#233;gis Debray, Le moment fraternit&#233;, Gallimard, 2008, p.96&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;31 Solj&#233;nitsyne, L'Archipel du goulag, Seuil, tome 3, p.214&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;32 Hannah Arendt, Qu'est-ce que la politique ? Seuil, 1995, p.51-53&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Les conspirationnistes et les contre-cultures : style &#171; parano&#239;de &#187; et mode social de pens&#233;e</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?599-les-conspirationnistes-et-les</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?599-les-conspirationnistes-et-les</guid>
		<dc:date>2012-05-04T21:30:28Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;St&#233;phane Fran&#231;ois, &#171; Les conspirationnistes et les contre-cultures : style &#171; parano&#239;de &#187; et mode social de pens&#233;e &#187;, Les cahiers psychologie politique [En ligne], num&#233;ro 20, . URL : http://lodel.irevues.inist.fr/cahie... R&#233;sum&#233; Nous analyserons dans cet article la pr&#233;gnance de la parano&#239;a dans les milieux radicaux, politiques et/ou contre-culturels (&#171; underground &#187;). En effet, la th&#233;orie du complot, tr&#232;s pr&#233;sente dans ces milieux, masque souvent, en fait, une tendance &#224; la parano&#239;a, qui (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;St&#233;phane Fran&#231;ois, &#171; Les conspirationnistes et les contre-cultures : style &#171; parano&#239;de &#187; et mode social de pens&#233;e &#187;, Les cahiers psychologie politique [En ligne], num&#233;ro 20, . URL : &lt;a href=&#034;http://lodel.irevues.inist.fr/cahierspsychologiepolitique/index.php?id=2015&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://lodel.irevues.inist.fr/cahie...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;sum&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nous analyserons dans cet article la pr&#233;gnance de la parano&#239;a dans les milieux radicaux, politiques et/ou contre-culturels (&#171; underground &#187;). En effet, la th&#233;orie du complot, tr&#232;s pr&#233;sente dans ces milieux, masque souvent, en fait, une tendance &#224; la parano&#239;a, qui transpara&#238;t dans le &#171; complot parano&#239;de &#187;. Nous montrerons aussi que cette tendance, parfois lourde, est une expression d'un mal &#234;tre, que celui-ci se manifeste &#224; son tour par une incapacit&#233; &#224; s'int&#233;grer dans la soci&#233;t&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Abstract&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;We analyze, in this article, the significance of in radical circles, political or &#8220;Underground&#8221;. Indeed, the conspiracy theory, very present in these milieus, mask often, in fact, a tendency to paranoia, which reflected in their &#8220;paranoid style&#8221;. We also show that tendency, sometime very pregnant, is a expression of unhappiness, as it manifests an inability to live into society.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Table des mati&#232;res&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Introduction&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le succ&#232;s de la th&#233;orie du complot&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;finitions et exemples de complots parano&#239;des&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le complot parano&#239;de&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques exemples de complots parano&#239;des&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interpr&#233;tations de complots parano&#239;des&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Cet article doit &#234;tre vu comme un &#171; work in progress &#187; pour reprendre une expression anglo-saxonne, c'est-&#224;-dire comme un travail en cours, une r&#233;flexion non finalis&#233;e. Nous y analyserons une vision-du-monde, une &lt;i&gt;Weltanchauung&lt;/i&gt;, qui se manifeste par une conception complotiste du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette vision-du-monde se d&#233;veloppe consid&#233;rablement dans les milieux populaires depuis le d&#233;but des ann&#233;es 2000. En effet, cette vision du monde est fort &#224; la mode actuellement, comme le montre le nombre croissant d'&#233;tudes universitaires sur le sujet. Cependant, nous devons garder en m&#233;moire qu'elle s'est diffus&#233;e avant tout depuis des milieux radicaux ou consid&#233;r&#233;s comme tels que nous &#233;tudierons dans cet article, et qu'elle est devenue une constante importante de ces milieux. En outre, nous utiliserons le mot &#171; radical &#187; (1) au sens large car les discours conspirationnistes, ou complotistes, les deux n&#233;ologismes &#233;tant accept&#233;s, qui vont nous int&#233;resser ne sont pas le propre des milieux extr&#233;mistes de droite. En effet, nous verrons dans le pr&#233;sent article que cette vision du monde est commune &#224; des milieux radicaux forts &#233;loign&#233;s politiquement, dont le seul point commun est une forme de parano&#239;a. En effet, cette derni&#232;re est &#224; la fois contagieuse et cr&#233;atrice de porosit&#233;s doctrinales : si les milieux conspirationnistes d'extr&#234;me gauche et ceux d'extr&#234;me droite sont &#233;loign&#233;s et s'opposent, il n'en existe pas moins des lieux de convergence situ&#233;s dans les sph&#232;res de la contre-culture. Toutefois, nous devons garder &#224; l'esprit que ces sous-ensembles, s'ils peuvent communiquer, restent quand m&#234;me des ensembles distincts ayant des diff&#233;rences, voire des divergences, textuelles et g&#233;n&#233;riques. Il ne faut donc pas les r&#233;duire, de les essentialiser comme le fait Pierre-Andr&#233; Taguieff (Pararouni 2010, 101).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, les discours qui nous int&#233;ressent dans cet article s'inscrivent donc globalement dans une conception parano&#239;aque-critique du monde, ainsi que dans une forme de pens&#233;e mythique, bricol&#233;e au sens donn&#233; &#224; ce terme par Claude L&#233;vi-Strauss (L&#233;vi-Strauss, 1962), ayant des liens vers une interpr&#233;tation parano&#239;aque-clinique. Dans notre &#233;poque &#224; la fois satur&#233;e d'information et sujette &#224; une &#171; crise de sens &#187; (Aug&#233;, 1994, 186-187), l'approche parano&#239;aque-critique offre de nouveaux cadres de pens&#233;e, au point que le sociologue George Marcus parle &#224; ce sujet de &#171; mode de pens&#233;e sociale &#187; (Marcus, 1999). En effet, cette vision du monde, n&#233;e d'une crise de rep&#232;re et d'une hyper-rationalisation, voire d'un hyper-criticisme, est banalis&#233;e, comme nous le verrons ult&#233;rieurement, par une culture populaire de type &#171; parano&#239;de &#187;, qui s'est largement d&#233;velopp&#233;e gr&#226;ce &#224; la r&#233;volution Internet. Cette forme de pens&#233;e est une cons&#233;quence de notre monde moderne : nous vivons dans une soci&#233;t&#233; &#171; qui contient &#224; la fois trop et pas assez d'information. Nombreux sont ceux qui veulent nous persuader de la v&#233;rit&#233; de certaines all&#233;gations, ou veulent &#224; tout le moins nous les faire partager. De telles all&#233;gations peuvent avoir une origine incertaine, mais lorsque les circonstances sont favorables, nous les int&#233;grons dans notre syst&#232;me de croyance, agissons d'apr&#232;s elles et les int&#233;grons dans la m&#233;moire collective &#187; (G. A. Fine, 2006, 3). En outre, comme l'a montr&#233; la sociologue Nathalie Heinich, le conspirationnisme est parfois pr&#233;sent dans le milieu de la sociologie universitaire&#8230; (Heinich, 2009)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le succ&#232;s de la th&#233;orie du complot&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous l'avons dit pr&#233;c&#233;demment, ces th&#232;mes conspirationnistes connaissent un succ&#232;s croissant, gr&#226;ce &#224; une diffusion de type &#171; viral &#187; sur Internet (Sperber 1996). Internet va &#234;tre en effet un outil indispensable au d&#233;veloppement de ce type de discours, de cet imaginaire (Taguieff, 2006) : les publications &#224; connotation parano&#239;aque/conspirationniste &#233;taient jusqu'&#224; pr&#233;sent confidentielles, tr&#232;s peu lues. Internet, en d&#233;mat&#233;rialisant les supports, a permis une diffusion accrue de ces th&#232;ses, au travers notamment de la d&#233;multiplication de ces sites : une personne peut animer plusieurs sites, voire monopoliser plusieurs forums sous diff&#233;rents avatars. Dans ces discours, la &#171; v&#233;rit&#233; est ailleurs &#187; selon le slogan d'une c&#233;l&#232;bre s&#233;rie t&#233;l&#233;vis&#233;e, X Files (2). Cette derni&#232;re, une s&#233;rie t&#233;l&#233;vis&#233;e &#224; tr&#232;s grand succ&#232;s, et multi-r&#233;compens&#233;e, tant en Europe qu'en Am&#233;rique du Nord, a tr&#232;s largement vulgaris&#233;e la th&#233;orie du complot. En effet, elle fut la premi&#232;re s&#233;rie t&#233;l&#233;vis&#233;e &#224; faire de la th&#233;matique parano&#239;aque conspirationniste sa base sc&#233;naristique, permettant au t&#233;l&#233;spectateur de se poser la question : &#171; &lt;i&gt;Et s'il n'avait pas tort ?&lt;/i&gt; &#187; (Knight, 2002). Dans celle-ci donc, le personnage principal, Fox Mulder, un agent du FBI, enqu&#234;te sur l'implication du gouvernement f&#233;d&#233;ral am&#233;ricain, de l'ONU, de l'UNESCO et d'une organisation dont on ne conna&#238;tra jamais le nom, dans la colonisation de la Terre par des extraterrestres. Ce th&#232;me, d'abord marginal et dilu&#233; au gr&#232;s d'&#233;pisodes traitant du paranormal, devient au fil des neuf saisons r&#233;current puis central. Il sera d'ailleurs au c&#339;ur du premier film tir&#233; de cette s&#233;rie. N&#233;anmoins, cette th&#233;matique &#233;tait d&#233;j&#224; tr&#232;s pr&#233;sente dans la paralitt&#233;rature de science-fiction, en particulier chez Philipp K. Dick (3), un auteur dont les textes sont devenus une r&#233;f&#233;rence pour les amateurs de ce genre litt&#233;raire. Cette litt&#233;rature, souvent consid&#233;r&#233;e par les universitaires comme un genre mineur, est tr&#232;s lu dans certains milieux radicaux comme les conspirationnistes, la n&#233;buleuse New Age ou l'extr&#234;me gauche, tous h&#233;ritiers, d'une fa&#231;on ou d'une autre, de la contre-culture am&#233;ricaine des ann&#233;es 1960. En effet, il faut garder &#224; l'esprit qu'en paralitt&#233;rature &#171; tout signifie, au service d'une norme que jamais le texte ne remet durablement en question, et cela de fa&#231;on inlassablement r&#233;p&#233;titive &#187; (D. Cou&#233;gnas, 1992, 115).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La principale difficult&#233; du pr&#233;sent article est de d&#233;finir des fronti&#232;res entre : 1/des parano&#239;aques qui &#233;laborent des th&#233;ories du complot ou des th&#233;oriciens qui sombrent dans la parano&#239;a ; 2/l'amateur de th&#233;ories conspirationnistes et celui qui y croit r&#233;ellement ; 3/diff&#233;rentes formes de parano&#239;a : le d&#233;lire parano&#239;aque pur, c'est-&#224;-dire la folie, et le discours de type croyance permettant la compr&#233;hension d'un monde incompris. De plus, il existe des possibilit&#233;s interactionnistes, en particulier lors de th&#233;orie du complot, quand la r&#233;alit&#233; entretient la parano&#239;a. C'est le cas, par exemple, du 11 septembre&#8230; En outre, de ce fait, des d&#233;lires apparus chez certains auteurs qui souffrent r&#233;ellement de parano&#239;a peuvent se diffuser, par un ph&#233;nom&#232;ne de contagion dans des milieux &#233;loign&#233;s mais perm&#233;ables &#224; ce genre de th&#233;ories, comme les milieux des amateurs d'&#171; histoire secr&#232;te &#187; ou d'OVNIS, que nous avons &#233;tudi&#233;s dans plusieurs textes (Fran&#231;ois 2008 ; Fran&#231;ois &amp; Kreis, 2010). En effet, le parano&#239;aque est tr&#232;s perm&#233;able &#224; la th&#233;orie du complot. En outre, il faut tenir compte de la volont&#233; de dissimulation de la part des auteurs &#233;tudi&#233;s. Comme l'&#233;crit Wiktor Stoczkowski &#171; En esquissant les r&#232;gles m&#233;thodologiques de la lecture entre les lignes, Leo Strauss4 observa que les &#233;nonc&#233;s occult&#233;s ne sont pas n&#233;cessairement implicites et qu'ils se manifestent fr&#233;quemment au travers d'&#233;quivoques, d'ironies, de contradictions d&#233;lib&#233;r&#233;ment entretenues, d'allusions sibyllines, de d&#233;finitions excessivement alambiqu&#233;es, de remarques pr&#233;cises dissimul&#233;es parmi d'insignifiantes notes de bas de page ou au milieux de longues et ennuyeuses descriptions qui n'&#233;veillent gu&#232;re l'attention d'un lecteur press&#233;. Si l'on cherche &#224; les d&#233;celer, on ne peut faire l'&#233;conomie d'une analyse minutieuse, pour chaque auteur, de la totalit&#233; de ses &#233;nonc&#233;s explicites et de l'ensemble de leur configuration &#187; (W. Stoczkowski, 2001, 101-102).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il faut garder &#224; l'esprit que &#171; Les visions conspirationnistes sont indissociables d'une rh&#233;torique de la d&#233;nonciation dont le premier caract&#232;re observable est un &#8220;style parano&#239;de&#8221;, comme si l'obsession du complot allait de pair avec un d&#233;lire d'interpr&#233;tation, susceptible d'&#234;tre lui-m&#234;me le sympt&#244;me d'une structure psychique parano&#239;aque. Le parano&#239;aque &#233;limine l'incertitude, syst&#233;matise la m&#233;fiance et g&#233;n&#233;ralise le soup&#231;on, pour se construire une vision coh&#233;rente, du moins &#224; ses yeux, de ce qui se passe dans son monde ou dans le monde &#187; (P.-A. Taguieff, 2005, 102).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;finitions et exemples de complots parano&#239;des&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le radicalisme politique, de gauche comme de droite, peut &#234;tre d&#233;fini comme le refus des r&#232;gles de la d&#233;mocratie parlementaire, dont le jeu des partis. Les &#171; milieux radicaux &#187; comprennent les extr&#233;mismes politiques ainsi que les subcultures. Celles-ci sont des expressions de l'underground. Ce dernier se manifeste aussi par une radicalit&#233; politique (engagement ou d&#233;sengagement radical) et/ou artistique associ&#233; &#224; un tr&#232;s bon niveau culturel (autodidacte ou non) et &#224; une volont&#233; de subvertir. Selon Fr&#233;d&#233;ric Monneyron et Martine Xibernas, le terme &#171; underground &#187; comprend aussi l'id&#233;e d'interdit, de non autoris&#233; (F. Monneyron &amp; M. Xibernas, 2008). Ces groupes radicaux refusent fr&#233;quemment la pens&#233;e dominante. Ainsi, selon Jean-Bruno Renard, &#171; Pour les groupes minoritaires, la pens&#233;e dominante s'impose non par sa force argumentative ou son efficacit&#233; empirique, puisqu'elle est per&#231;ue comme fausse, mais par l'action d'organisations secr&#232;tes qui nous cachent la v&#233;rit&#233; et nous &#8220;d&#233;sinforment&#8221; au travers de l'&#233;ducation et des m&#233;dias [&#8230;] C'est la m&#234;me id&#233;ologie conspirationniste et la m&#234;me vision manich&#233;enne du monde, distinguant manipulateurs et manipul&#233;s, qui font que les partisans d'id&#233;es h&#233;t&#233;rodoxes se rapprochent : croyants aux extraterrestres et antis&#233;mites, n&#233;gateurs de l'extermination des juifs et n&#233;gateurs du d&#233;barquement sur la Lune, etc. &#187; (J.-B. Renard, 2010, 10).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie du complot est une vision parano&#239;aque de l'Histoire et de la soci&#233;t&#233; : &#171; Il s'agit de ces th&#233;ories qui interpr&#232;tent des pans entiers de l'Histoire (et singuli&#232;rement de l'histoire contemporaine), voire la totalit&#233; de l'histoire humaine, comme le r&#233;sultat de l'intervention de &#8220;forces obscures&#8221;, agissant de fa&#231;on souterraine, pour parvenir &#224; des fins inavouables. La conspiration rev&#234;t en g&#233;n&#233;ral une forme hi&#233;rarchique, pyramidale, s&#233;parant les manipul&#233;s inconscients, les complices actifs et les manipulateurs eux-m&#234;mes. Elle s'emploie &#224; &#8220;dominer le monde&#8221;, c'est-&#224;-dire &#224; contr&#244;ler la vie politique, l'activit&#233; &#233;conomique et le tissu social. Elle dispose pour ce faire de relais privil&#233;gi&#233;s. Elle emploie tous les moyens, y compris les plus m&#233;prisables et les plus odieux, pour substituer aux pouvoirs &#233;tablis, visibles, l'autorit&#233; d'un pouvoir sup&#233;rieur, occulte, d&#233;nu&#233; de toute l&#233;gitimit&#233; &#187; (A. de Benoist, 1996, 13). De fait, nous nous attacherons surtout dans cet article &#224; montrer les liens entre ce radicalisme conspirationniste et une tendance &#224; la parano&#239;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La parano&#239;a peut &#234;tre d&#233;finie de la fa&#231;on suivante : la parano&#239;a est un trouble psychiatrique, une psychose qui se caract&#233;rise par un d&#233;lire partiel de pers&#233;cution extr&#234;mement coh&#233;rent, qui n'emp&#234;che pas l'int&#233;grit&#233; du jugement. En ce sens, la parano&#239;a est une construction intellectuelle. Il s'agit d'un d&#233;lire d'interpr&#233;tation, souvent accompagn&#233; de r&#233;actions d'agressivit&#233;, de m&#233;fiance et de susceptibilit&#233;. En ce sens, la parano&#239;a est une forme de syst&#232;me ferm&#233; : le parano&#239;aque est une personne qui s'est enferm&#233;e sur lui-m&#234;me et dans son propre syst&#232;me&#8230; Comme il consid&#232;re les autres comme des ennemis potentiels, le rapport &#224; l'autre se fait dans le conflit. Enfin, le parano&#239;aque cherche toujours &#224; prouver ses affirmations, mais ses arguments sont sans pertinence par rapport &#224; son discours : il voit des preuves l&#224; o&#249; il n'y en a pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le complot parano&#239;de&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le complot parano&#239;de est une cr&#233;ation moderne, datant de la fin du XVIIIe si&#232;cle. En effet, si l'Histoire regorge de complots av&#233;r&#233;s, ce n'est que depuis les th&#232;ses de l'Abb&#233; Barruel que sont apparus des complots, fantasm&#233;s, qui rel&#232;vent avant tout de la croyance. C'est en effet la R&#233;volution fran&#231;aise qui va favoriser son d&#233;veloppement : l'id&#233;e du complot accompagne l'id&#233;ologie et la pratique r&#233;volutionnaires. Selon Fran&#231;ois Furet, &#171; c'est v&#233;ritablement une notion centrale et polymorphe, par rapport &#224; laquelle s'organise et se pense l'action : c'est elle qui dynamise l'ensemble de convictions et de croyances caract&#233;ristiques des hommes de cette &#233;poques, et c'est elle qui permet tout &#224; coup l'interpr&#233;tation-justification de ce qui s'est pass&#233; &#187; (Furet, 1983, 78).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, des discours &#171; proto-conspirationnistes &#187; sont pr&#233;sents chez les puritains d&#232;s le d&#233;but du XVIIe si&#232;cle : il est alors fr&#233;quent de voir des r&#233;f&#233;rences &#224; un complot du D&#233;mon pour pervertir les croyants. Cette forme de peur du D&#233;mon n'a pas pour autant disparu. Pour s'en convaincre, il suffit de se souvenir du ph&#233;nom&#232;ne de &#171; La grande chasse aux satanistes &#187; des ann&#233;es 1990, analys&#233;e en 1994 par Massimo Introvigne (M. Introvigne, 1997, 314-368). Toutefois, moins les hommes croient au Diable et plus ils ont tendance &#224; le voir partout&#8230; Attitude permettant l'essor du complot parano&#239;de dans les soci&#233;t&#233;s contemporaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce puritanisme va jouer un r&#244;le dans l'essor du conspirationnisme aux &#201;tats-Unis. Celui-ci va devenir une composante de la culture populaire am&#233;ricaine de l'apr&#232;s-seconde guerre mondiale (Melley, 2000). Des pr&#233;misses sont pr&#233;sentes dans la culture am&#233;ricaine d&#232;s le XIXe si&#232;cle avec un conspirationnisme anticatholique, et plus r&#233;cemment, apr&#232;s la Seconde guerre mondiale avec l'anticommunisme, en particulier d'un McCarthy (Pipes, 1997, 115). Dans ce dernier cas, &#171; l'ennemi communiste &#233;tait per&#231;u comme omnipotent et ubiquiste, pr&#233;sent partout mais partout dissimul&#233;, donc toujours &#224; d&#233;busquer et &#224; d&#233;masquer &#187; (Taguieff, 2006, 40). Dans le conspirationnisme am&#233;ricain, le complot est souvent d&#233;duit de suppos&#233;es &#171; pers&#233;cutions &#187; dont sont victimes les &#171; petits blancs &#187;. En outre, dans le cas anglo-saxon, il faut prendre en compte l'importance de la peur du Diable chez les Puritains (Versluis, 2006). Cette peur du Malin s'est la&#239;cis&#233;e et s'est port&#233;e sur les catholiques, les communistes ou extraterrestres. Il est vrai que symboliquement les extraterrestres renvoient au &#171; Mal &#187;, surtout dans l'Am&#233;rique des ann&#233;es cinquante. Dans les films et la litt&#233;rature populaire am&#233;ricains de cette &#233;poque, les extraterrestres &#233;taient souvent des all&#233;gories du &#171; p&#233;ril communiste &#187;. Si tu regardes bien, les extraterrestres chez Icke (les &#171; Reptiliens &#187;), Lear, Cooper, etc. sont per&#231;us comme des d&#233;mons. Et cela d'autant plus, que leurs rep&#232;res, &#224; l'instar du diable, se trouvent sous terre. Ceux-ci affirment m&#234;me que les Short Greys se nourrissent de sang, d'hormones et d'enzymes humains, tels des vampires. Il existe donc un parall&#232;le assez marqu&#233; nous permettant de consid&#233;rer les extraterrestres comme un mythe actualis&#233; des d&#233;mons. Toutefois, moins les hommes croient au Diable et plus ils ont tendance &#224; le voir partout&#8230; Attitude permettant l'essor du complot parano&#239;de dans les soci&#233;t&#233;s contemporaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la parution des travaux des chercheurs Anglo-Saxons, les origines du conspirationnisme sont assez bien connues : elles peuvent &#234;tre dat&#233;es de la R&#233;volution fran&#231;aise. Auparavant, il existait bien des complots mais ceux-ci restaient enferm&#233;s dans une conception religieuse du monde : derri&#232;re le complot, il y avait l'Ant&#233;christ, le Diable&#8230; Apr&#232;s la R&#233;volution, la nature du conspirationnisme pr&#233;-r&#233;volutionnaire se trouve remis en cause : la soci&#233;t&#233;, la&#239;cis&#233;e, rationalis&#233;e, ne croit plus au Diable et vit dans l'incertitude. On rencontre tr&#232;s rapidement la convergence entre la pathologie parano&#239;aque et les discours &#224; tendances conspirationnistes, en particulier dans les milieux des fous litt&#233;raires, tr&#232;s pr&#233;sents dans les milieux occultistes. De l&#224;, la th&#233;orie du complot va se diffuser tr&#232;s rapidement, d'autant plus que ces milieux &#233;taient parfois proches des id&#233;es contre-r&#233;volutionnaires de Bonald, Maistre ou Barruel. Les milieux occultistes, &#224; l'instar des milieux d'extr&#234;me droite, sont largement perm&#233;ables aux th&#233;ories du complot. Il &#233;tait en effet courant dans la litt&#233;rature occultiste de la fin du XIXe si&#232;cle de soutenir l'id&#233;e selon laquelle des &#171; Sup&#233;rieurs Inconnus &#187; dirigeaient discr&#232;tement les destins de l'humanit&#233;. Il faut tenir en effet compte du fait que &#171; Les id&#233;es nouvelles, comme toutes les cr&#233;ations culturelles, &#233;crit Wiktor Stoczkowski, n'&#233;mergent pas du n&#233;ant ; elles se nourrissent de l'ancien, en se construisant &#224; partir des brides du pass&#233; soumises aux m&#233;canismes qui, sans &#234;tre d&#233;terministes, sont loin d'&#234;tre chaotiques et imp&#233;n&#233;trables. &#192; chaque moment historique, le pass&#233; offre aux hommes un vaste r&#233;pertoire de mat&#233;riaux &#224; partir desquels ils peuvent &#233;chafauder leurs &#339;uvres, en transformant, en combinant et en assemblant des &#233;l&#233;ments que la tradition laisse &#224; leur port&#233;e &#187; (W. Stoczkowski, 1999, 88). De ce fait, les mat&#233;riaux conspirationnistes et parano&#239;des vont &#234;tre recycl&#233;s et radicalis&#233;s par plusieurs g&#233;n&#233;rations d'auteurs parano&#239;aques, conspirationnistes ou parano&#239;aques-critiques (E. Kreis, 2009).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion de complot parano&#239;de est inspir&#233;e des travaux de Richard Hofstadter. Celui-ci a publi&#233; en 1965 une &#233;tude devenue classique sur le style parano&#239;de. Il distingue deux styles, qui, dans notre cas, fusionnent : dans le style parano&#239;de, &#171; le sens de la pers&#233;cution est central et syst&#233;matis&#233; dans des th&#233;ories grandioses du complot. Mais il y a une diff&#233;rence capitale [&#8230;] le parano&#239;aque clinique voit le monde hostile et comploteur [&#8230;] comme dirig&#233; sp&#233;cifiquement contre lui ; alors que le porte-parole du style parano&#239;de le juge dirig&#233; contre une nation, une culture, un mode de vie dont le destin affecte non pas lui seul mais des millions d'autres &#187; (R. Hofstadter, 1965, 3-4). Dans les milieux qui nous int&#233;ressent, nous voyons une synth&#232;se de ces deux formes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelques exemples de complots parano&#239;des&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous rencontrons dans un premier temps la convergence entre la pathologie parano&#239;aque et les discours &#224; tendances conspirationnistes dans les milieux des fous litt&#233;raires, tr&#232;s pr&#233;sents dans les milieux occultistes (B. Schiavetta, 1992). Ceci dit, les milieux occultistes, &#224; l'instar des milieux d'extr&#234;me droite, sont largement perm&#233;ables aux th&#233;ories du complot. Il &#233;tait en effet courant dans la litt&#233;rature occultiste de la fin du XIXe si&#232;cle de soutenir l'id&#233;e selon laquelle des &#171; Sup&#233;rieurs Inconnus &#187; dirigeaient discr&#232;tement les destins de l'humanit&#233; (5)&#8230; Certains de ces penseurs occultistes ou &#233;sot&#233;riques &#233;taient en outre proches des id&#233;es contre-r&#233;volutionnaires de Bonald, Maistre ou Barruel. Ainsi, Julius Evola, &#224; la fois membre de l'extr&#234;me droite et figure importante de l'&#233;sot&#233;risme, soutenait la v&#233;racit&#233; de l'ouvrage conspirationniste La Grande conspiration d'Emmanuel Malynski, dont L&#233;on de Poncins cosigna une version abr&#233;g&#233;e sous le titre La Guerre occulte. Juifs et Francs-Ma&#231;ons &#224; la conqu&#234;te du monde (E. Malynski &amp; L. de Poncins, 1936). Evola publia plusieurs articles sur ce sujet. Dans ceux-ci, il se penchait, outre la notion de &#171; race spirituelle &#187;, sur le th&#232;me de la &#171; guerre occulte &#187;, c'est-&#224;-dire la guerre men&#233;e par les soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes, notamment la franc-ma&#231;onnerie, et par les Juifs contre la tradition, et analysait l'action de ces derni&#232;res au prisme de la &#171; contre-initiation &#187; gu&#233;nonienne. Nous retrouvons dans ces discours l'id&#233;e parano&#239;de, qui va se transformer certains individus en la forme pathologique de la parano&#239;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est int&#233;ressant de voir comment les th&#233;ories du complot, tr&#232;s pr&#233;gnantes dans les milieux occultistes, ont pu contaminer le discours ufologique. En effet, des groupes ufologiques, proches des milieux occultistes, ont &#233;t&#233; influenc&#233;s par la th&#233;matique conspirationniste. En effet, nous rencontrons aussi ces formes de parano&#239;a dans les milieux ufologiques extr&#234;mes, qui sont culturellement tr&#232;s proches des subcultures occultistes : d'un c&#244;t&#233;, ces ufologues sont persuad&#233;s de l'existence d'un complot extraterrestre visant &#224; asservir ou &#224; d&#233;truire la Terre et de l'autre ceux-ci sont certains d'&#234;tre pers&#233;cut&#233;s par le gouvernement ou par des officines gouvernementales &#224; la solde des extraterrestres (S. Fran&#231;ois &amp; E. Kreis, 2010). Nous pouvons citer les cas de William Cooper ou de David Icke. L'exemple le plus connu en France fut l'&#233;crivain de science-fiction Jimmy Guieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'extr&#234;me droite, les deux formes de parano&#239;a sont tr&#232;s pr&#233;gnantes et font partie de la culture de ces milieux (Kreis, 2009). Elles le sont aussi dans les milieux n&#233;gationnistes. En effet, ceux-ci, par exemple Alain Guionnet, expliquent leurs malheurs par l'existence d'un complot juif visant &#224; les faire taire. Cependant, l'aspect pathologique n'est pas &#224; n&#233;gliger, notamment dans le cas Guionnet. De fait, certains &#224; l'extr&#234;me droite, tel Philippe Baillet sous le pseudonyme de Xavier Rihoit, consid&#232;rent la th&#233;orie du complot comme une forme droite de la parano&#239;a (X. Rihoit, 1990, 27). Elle est d'ailleurs tr&#232;s pr&#233;sente dans les milieux traditionalistes, en particulier chez les s&#233;d&#233;vacantistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, si ce type de discours est tr&#232;s fr&#233;quent &#224; l'extr&#234;me droite, il ne faut pas oublier que les th&#232;ses conspirationnistes parano&#239;aques sont aussi pr&#233;sentes &#224; l'extr&#234;me gauche. Ainsi, selon Massimo Introvigne, &#171; Une conjuration mondiale des forces r&#233;actionnaires barrant la route du progr&#232;s, mieux : du communisme, est une antienne de la litt&#233;rature sovi&#233;tique. En Italie, elle a &#233;t&#233; d&#233;marqu&#233;e dans des publications qui incriminent l'existence d'un complot, ourdi de vieille date, entre la ma&#231;onnerie, la mafia, les services secrets yankees et l'&#201;glise catholique, aux fins d'entraver la &#8220;marche du progr&#232;s&#8221; et plus sp&#233;cialement, une prise de pouvoir du Parti communiste local &#187; (M. Introvigne, 2006, 22). Au-del&#224; de cette utilisation id&#233;ologique du complot, la parano&#239;a est aussi pr&#233;sente dans sa forme pathologique dans ces milieux. C'est le cas, par exemple, d'une revue am&#233;ricaine, Conspiracy Digest (6), se consacre &#224; &#171; l'identification de la nature de la conspiration de la classe dirigeante &#187;. Une anecdote rapport&#233;e par Raoul Girardet va dans ce sens : en 1904, &#224; la Chambre des d&#233;put&#233;s, &#171; devant les attaques furieuses de la droite, d&#233;non&#231;ant l'influence occulte de la ma&#231;onnerie, les accus&#233;s r&#233;pondent, &#224; peu pr&#232;s dans les m&#234;mes termes, en &#233;voquant la n&#233;cessit&#233; de combattre &#224; armes &#233;gales les man&#339;uvres souterraines, les pratiques de d&#233;lation et d'espionnage des congr&#233;gations et des soci&#233;t&#233;s pieuses &#187; (R. Girardet, 1986, 59). L'anecdote de Girardet montre qu'il existe des constructions en miroir, en r&#233;action au conspirationnisme d'extr&#234;me droite. Toutefois, ces constructions peuvent se rencontrer, se recomposer et fusionner dans des milieux conspirationnistes &#233;loign&#233;s &#224; la fois aux uns et autres, provoquant la radicalisation des cultures conspirationnistes tierces. C'est le cas, comme nous l'avons vu dans ce texte, des milieux New Age.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Interpr&#233;tations de complots parano&#239;des&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La parano&#239;a peut &#234;tre vue, cliniquement parlant, comme le sympt&#244;me d'un mal-&#234;tre. Ainsi, l'interpr&#233;tation conspirationniste du monde montre l'inadaptation et l'incompr&#233;hension de celui qui le formule au monde qui l'entoure. Ainsi, dans le cas du conspirationnisme am&#233;ricain, le complot est d&#233;duit de suppos&#233;es &#171; pers&#233;cutions &#187; dont sont victimes les &#171; petits blancs &#187;. De plus, le conspirationnisme joue un r&#244;le important dans la culture populaire am&#233;ricaine : elle est pr&#233;sente dans la litt&#233;rature, dans le cin&#233;ma, dans les m&#233;dias, etc. (M. Fenster, 1999 ; P. Knight, 2002). Nous pouvons m&#234;me nous demander si cette pr&#233;gnance n'a pas cr&#233;&#233; un terreau favorable &#224; son d&#233;veloppement. Ainsi, elle est pr&#233;sente chez un auteur comme Philipp Lovecraft, dans sa version sombre. En effet, Lovecraft explore toutes les d&#233;clinaisons de la parano&#239;a x&#233;nophobe : peur de l'Autre (&#233;lev&#233;e &#224; un niveau cosmique), de l'origine &#171; trouble &#187; (avec l'oc&#233;an comme symbole), du m&#233;lange des sangs, etc. Si dans ce pays, &#171; cette vision complotiste est structur&#233;e par le mod&#232;le du &#8220;Gouvernement invisible&#8221; (Invisible Government) ou celui du &#8220;Gouvernement mondial&#8221; (entit&#233; &#224; la fois existante et potentielle, en tant que menace), th&#232;me d'un grand nombre de pamphlets &#187; (P.-A. Taguieff, 2005, 94), elle est aussi est aussi utilis&#233;e par l'extr&#234;me gauche &#171; dans les ann&#233;es 1990 et 2000, autour de la th&#232;se du &#8220;complot am&#233;ricano-sioniste&#8221; &#187; (P.-A. Taguieff, 2005, 94).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, la parano&#239;a peut avoir une fonction normative : comme l'&#233;crivait Nietzsche, &#171; ce n'est pas l'incertitude qui rend fou, c'est la certitude &#187;. Ce besoin de certitude peut transformer la parano&#239;a en une forme de cosmologie permettant la compr&#233;hension du monde. Ceci dit, cette grille d'interpr&#233;tation est sombre. Eric Eliason voit les th&#233;ories du complot, &#224; tendance parano&#239;de, comme une &#171; sous-culture de dissension intellectuelle &#187; (E. Eliason, 1996, 157-158). En effet, le complot, chez le conspirationniste, est d'autant plus terrifiant, qu'il est secret et/ou dirig&#233; par des puissances de l'ombre, souvent anormales, mythifi&#233;es : francs-ma&#231;ons, extraterrestres, illuminati, etc. Selon &#201;mile Poulat &#171; la r&#233;alit&#233; nous terrorise &#187; (E. Poulat, 1992, 7). Il parle d'ailleurs &#224; ce sujet d'&#171; histoire de la peur &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#171; histoire de la peur &#187; permet une projection des d&#233;lires parano&#239;aques dans les discours conspirationnistes. Les psychanalyses entendent par ce terme, l'&#171; op&#233;ration par laquelle le sujet expulse de soi et localise dans l'autre, personne ou chose, des qualit&#233;s, des sentiments, des d&#233;sirs, voire des &#8220;objets&#8221;, qu'il m&#233;connait ou refuse en lui. Il s'agit l&#224; d'une d&#233;fense tr&#232;s archa&#239;que et qu'on retrouve &#224; l'&#339;uvre particuli&#232;rement dans la parano&#239;a mais aussi dans des modes de pens&#233;e &#8220;normaux&#8221; comme la superstition &#187; (J. Laplanche &amp; J.-B. Pontalis, 1968, 344). Selon Marc Angenot : &#171; Puisque &#8220;tout le monde&#8221; est contre nous, que personne ne nous comprend, que les fauteurs de nos m&#233;comptes et de nos &#233;checs sont nombreux et divers, puisque les valeurs &#233;tablies nous font invariablement ombrage et qu'elles ne dominent pourtant, selon nous, que par imposture, il faut qu'une vaste organisation occulte soit derri&#232;re ces usurpations et ces avanies toujours recommenc&#233;es &#187; (M. Angenot, 1997, 165-166). Raoul Girardet ne dit pas autre chose lorsqu'il parle du mythe politique du complot : &#171; L'ordre que l'Autre est accus&#233; de vouloir instaurer ne peut-il &#234;tre consid&#233;r&#233; comme l'&#233;quivalent antith&#233;tique de celui qu'on d&#233;sire soi-m&#234;me mettre en place. Le pouvoir que l'on pr&#234;te &#224; l'ennemi n'est-il pas de m&#234;me nature que celui qu'on r&#234;ve de poss&#233;der ? &#187; (R. Girardet, 1986, 61). Quelque part donc, ces personnes, si nous suivons l'analyse de Raoul Girardet, d&#233;sirent le retour, ou le maintien, d'une soci&#233;t&#233; ferm&#233;e d'o&#249; est &#233;vacu&#233; l'&#171; Autre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En conclusion, nous pouvons affirmer que la parano&#239;a rencontre dans les milieux radicaux, tr&#232;s perm&#233;ables au conspirationnisme, un terrain fertile qui masque, dans un premier temps du moins, les tendances pathologiques de certains auteurs. De fait, l'un des m&#233;canismes parano&#239;aques consiste &#224; rationaliser les projections de ceux qui les &#233;mettent sur le mode de la causalit&#233;. Celle-ci est particuli&#232;rement &#224; l'&#339;uvre dans les milieux radicaux. L'&#171; ennemi &#187;, l'objet de la n&#233;vrose peut &#234;tre dans ce type de discours l'Autre, le Juif, le fasciste, l'antifasciste, le d&#233;mocrate, l'extraterrestre, le franc-ma&#231;on, l'illuminati, etc. En effet, ces milieux cherchent &#224; d&#233;coder, au travers d'une forme d'herm&#233;neutique id&#233;ologique, les signes, les id&#233;es cach&#233;es, les tentatives d'euph&#233;misation des discours qu'ils analysent.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 Est &#171; radical &#187; le milieu qui se d&#233;finit comme tel et qui est reconnu en retour comme &#171; radical &#187; par les milieux mod&#233;r&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 En fran&#231;ais &#171; Aux fronti&#232;res du r&#233;el &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 Voir l'analyse de l'Empire am&#233;ricano-sovi&#233;tique dans SIVA de K. Dick par rapport aux th&#232;ses &#233;labor&#233;es sur le condominium URSS-USA (P. K. Dick, 2006).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 Leo Strauss fut le premier &#224; en proposer quelques r&#232;gles d'analyse (L. Strauss, 1952).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 La terminologie de &#171; Sup&#233;rieurs Inconnus &#187; provient &#224; l'origine de la franc-ma&#231;onnerie. En 1751, le baron Charles-Gotthelf von Hund (1722-1776) fonde une nouvelle forme de ma&#231;onnerie : la Stricte Observance ou plus exactement l'Ordre sup&#233;rieur des chevaliers du Temple sacr&#233; de J&#233;rusalem. L'id&#233;e &#233;tait que la franc-ma&#231;onnerie serait une perp&#233;tuation des Templiers dirig&#233;e par des &#171; Sup&#233;rieurs Inconnus &#187; dont Hund &#233;tait, selon ses dires, le seul mandataire, s'&#233;tant lui-m&#234;me fait initier par un myst&#233;rieux chevalier au &#171; plumet rouge &#187;, en 1747. Cette l&#233;gende va conna&#238;tre un succ&#232;s consid&#233;rable au cours des XIXe et XXe si&#232;cles. R&#233;cup&#233;r&#233;s par les antima&#231;ons, les Sup&#233;rieurs Inconnus vont devenir les vrais ma&#238;tres occultes de la franc-ma&#231;onnerie. Ils seront assimil&#233;s aux satanistes, aux juifs, aux ma&#238;tres de l'Himalaya de la Soci&#233;t&#233; th&#233;osophique, etc., devenant le symbole de la sph&#232;re dirigeante du complot mondial, selon la vulgate conspirationniste. (S. Fran&#231;ois &amp; E. Kreis, 2010, 74, note 3).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 &lt;a href=&#034;http://www.conspiracydigest.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.conspiracydigest.com/&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Angenot M. (1997). Les Id&#233;ologies du ressentiment. Montr&#233;al : XYZ.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aug&#233; M. (1994). Le Sens des autres. Actualit&#233; de l'anthropologie. Paris : Fayard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Benoist A. de (1992). Psychologie de la th&#233;orie du complot. Politica Hermetica, 6, 13-28.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cou&#233;gnas D. (1992). Introduction &#224; la paralitt&#233;rature. Paris : Seuil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dick P. K. (2006). SIVA. Paris : Gallimard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eliason E. (1996). Conspiracy Theories. In J. Harold Brunvand (ed.). American Folklore. An encyclopedia (pp. 157-158). London &amp; New York : Garland Publishing.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fine G. A. (2006). Rumeur, confiance et soci&#233;t&#233; civile. M&#233;moire collective et cultures de jugement. Diog&#232;ne, 213, 3-22.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fenster M. (1999). Conspiracy Theories. Secrecy and Power in American Culture. Minneapolis : University of Minnesota Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ois S. (2008). Le Nazisme revisit&#233;. L'occultisme contre l'histoire. Paris, Berg International.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ois S. &amp; Kreis E. (2010). Le Complot cosmique. Th&#233;orie du complot, ovnis, th&#233;osophie et extr&#233;mistes politiques, Milan : Arch&#232;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Furet F. (1983). Penser la R&#233;volution fran&#231;aise. Paris : Gallimard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Girardet R. (1986). Mythes et mythologies politiques. Paris : Seuil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heinich N. (2009). Le B&#234;tisier du sociologue. Paris, Klincksieck.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hofstadter R. (1965). The Paranoid Style in American Politics and Other Essays.New York : Knopf.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Introvigne M. (1997). Enqu&#234;te sur le satanisme. Satanistes et antisatanistes du xviie si&#232;cle &#224; nos jours. Paris : Dervy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Introvigne M. (2006). Les Illumin&#233;s et le Prieur&#233; de Sion. La r&#233;alit&#233; derri&#232;re les complots du Da Vinci Code et de Anges et D&#233;mons de Dan Brown. Vevey : Xenia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Knight P. (ed.) (2002). Conspiracy Nation. The Politics of Paranoia in Postwar America. New York : New York University Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kreis E. (2009). Les Puissances de l'ombre. Juifs, j&#233;suites, francs-ma&#231;ons, r&#233;actionnaires&#8230; La th&#233;orie du complot dans les textes. Paris : CNRS &#201;ditions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laplanche J. &amp; Pontalis J.-B. (1968). Vocabulaire de la psychanalyse. Paris : Presses Universitaires de France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;vi-Strauss C. (1962). La Pens&#233;e sauvage. Paris : Plon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malynski E. &amp; Poncins L. de (1936). La Guerre occulte. Juifs et Francs-Ma&#231;ons &#224; la conqu&#234;te du monde. Paris : Gabriel Beauchesne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marcus G. (1999). Paranoia within Reason : A Casebook on Conspiracy as Explanation. Chicago : University of Chigago Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Melley T. (2000). Empire of Conspiracy : The Culture of Paranoia in Postwar America. New York/Londres : Cornell University Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Monneyron F. &amp; Xibernas M. (2008). Le Monde hippie. De l'imaginaire psych&#233;d&#233;lique &#224; la r&#233;volution informatique. Paris : Imago.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paparouni E. (2010), La notion de &#8220;th&#233;orie du complot&#8221;. Plaidoyer pour une m&#233;thodologie empirique. In Danblon E. et Nicolas L. (eds.), Les Rh&#233;toriques de la conspiration (99-120). Paris : CNRS &#201;ditions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pipes D. (1997). Conspiracy : How the Paranoid Style Flourishes and Where it Comes From. New York, Free Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Poulat E. (1992). L'esprit du complot. Politica Hermetica, 6, 6-12.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Renard J.-B. (2010). Comment les mythologies se combinent entre elles ?. In Fran&#231;ois S. &amp; Kreis E. (eds.). Le Complot cosmique. Th&#233;orie du complot, ovnis, th&#233;osophie et extr&#233;mistes politiques (7-12). Milan : Arch&#232;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rihoit X. (1990). La th&#233;orie du complot, une forme de droite de la parano&#239;a. Le Choc du mois, 31, 1990, 27.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Schiavetta B. (1992). Conspirationnisme et d&#233;lire. Le th&#232;me du complot chez les fous litt&#233;raires en France au xixe si&#232;cle. Politica Hermetica, 6, 57-66.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sperber D. (1996). La Contagion des id&#233;es. Paris : Odile Jacob.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stoczkowski W. (1999). Des Hommes, des dieux et des extraterrestres. Paris : Flammarion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stoczkowski W. (2001). &#171; Rires d'ethnologues &#187;. L'Homme, 160, 91-114.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Strauss L. (1952). Persecution and the Art of Writing. New York : The Free Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Taguieff P.-A. (2005). La Foire aux illumin&#233;s. &#201;sot&#233;risme, th&#233;orie du complot, extr&#233;misme. Paris : Mille et une nuits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre-Andr&#233; Taguieff P.-A. (2006). L'Imaginaire du complot mondial. Aspect d'un mythe moderne. Paris : Mille et une nuits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Versluis A. (2006). The New Inquisitions : Heretic-hunting and the Origins of Modern Totalitarianism. Oxford : Oxford University Press.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>R&#233;flexions sur les passions fanatiques, le statut du sujet et son &#233;volution dans le monde contemporain</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?596-reflexions-sur-les-passions</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?596-reflexions-sur-les-passions</guid>
		<dc:date>2012-03-31T11:36:20Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Insignifiance</dc:subject>
		<dc:subject>Religion</dc:subject>
		<dc:subject>Pr&#233;carit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Psycho-sociologie</dc:subject>
		<dc:subject>Article</dc:subject>
		<dc:subject>An&#233;antissement / G&#233;nocide</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre</dc:subject>
		<dc:subject>Totalitarisme</dc:subject>
		<dc:subject>Ansart-Dourlen M.</dc:subject>
		<dc:subject>Islam</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Mich&#232;le Ansart-Dourlen, &#171; R&#233;flexions sur les passions fanatiques, le statut du sujet et son &#233;volution dans le monde contemporain &#187;, Les cahiers psychologie politique (En ligne), num&#233;ro 12, Janvier 2008. R&#233;sum&#233; L'auteur r&#233;fl&#233;chit aux passions fanatiques, &#224; leurs origines psychologiques, &#224; leur dimension irrationnelle provoquant chez le sujet humain mystification et violence. Parmi les passions, il souligne la volont&#233; d'int&#233;grit&#233;, mais aussi le ressentiment issu de l'humiliation, la haine (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-60-insignifiance-+" rel="tag"&gt;Insignifiance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-79-religion-+" rel="tag"&gt;Religion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-85-precarite-+" rel="tag"&gt;Pr&#233;carit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-109-psycho-sociologie-+" rel="tag"&gt;Psycho-sociologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-118-aneantissement-+" rel="tag"&gt;An&#233;antissement / G&#233;nocide&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-122-guerre-+" rel="tag"&gt;Guerre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-138-totalitarisme-+" rel="tag"&gt;Totalitarisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-155-ansart-dourlen-m-+" rel="tag"&gt;Ansart-Dourlen M.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-214-islam-+" rel="tag"&gt;Islam&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Mich&#232;le Ansart-Dourlen, &lt;a href=&#034;http://lodel.irevues.inist.fr/cahierspsychologiepolitique/index.php?id=511&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; R&#233;flexions sur les passions fanatiques, le statut du sujet et son &#233;volution dans le monde contemporain &#187;, Les cahiers psychologie politique (En ligne), num&#233;ro 12, Janvier 2008.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;sum&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'auteur r&#233;fl&#233;chit aux passions fanatiques, &#224; leurs origines psychologiques, &#224; leur dimension irrationnelle provoquant chez le sujet humain mystification et violence. Parmi les passions, il souligne la volont&#233; d'int&#233;grit&#233;, mais aussi le ressentiment issu de l'humiliation, la haine et le d&#233;sir de vengeance.
Ces passions semblent inoffensives dans les soci&#233;t&#233;s lib&#233;rales et d&#233;mocratiques, la mentalit&#233; collective tendant &#224; &#234;tre domin&#233;e par le scepticisme et le relativisme des valeurs. N&#233;anmoins, l'auteur constate l'interaction entre la r&#233;surgence des passions fanatiques, -sous la forme du terrorisme, - et d'autre part la peur et la haine qu'elles provoquent dans les soci&#233;t&#233;s occidentales, pouvant g&#233;n&#233;rer la censure et l'intol&#233;rance.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Abstract&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;The author reflects about fanatical passions, about their psychological origins. Among these passions, he examines the passion of integrity, also, from the feeling of humiliation, the resentment, the hatred, and the desire for revenge. They seel harmless in liberal and democratic societies, where the subject is acting for one's own interest, where scepticism and relativism are leading to take the place of collective values. Nevertheless, the author shows the reciprocal action beetween some new forms of fanatical action, -terrorism,- and in the other side the fear and hatred they are instigating in western societies, inducing intolerance and censorship.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Table des mati&#232;res&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les origines psychologiques des passions fanatiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La passion de l'int&#233;grit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;surgence des passions dans le monde contemporain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'individualisme contemporain et la crise du sentiment d'identit&#233;. Le scepticisme et la r&#233;surgence des croyances.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Deux formes de fanatisme sont &#224; distinguer : un fanatisme d'Etat, impos&#233; par des crises socio-politiques et culturelles,- et un fanatisme qu'on peut qualifier d'individualiste, correspondant &#224; un certain type d'individu, m&#251; par des croyances et de passions conduisant &#224; l'exc&#232;s, et &#224; la violence. Cependant, selon ce second point de vue, un probl&#232;me se pose : est-il possible d'&#233;tablir une scission radicale entre un sujet violemment intol&#233;rant, pr&#233;tendant &#234;tre totalement unifi&#233; par ses croyances, -et un sujet pleinement rationnel, r&#233;fl&#233;chi, sensible &#224; la complexit&#233; des situations et aux croyances divergentes d'autrui ? Les philosophes des Lumi&#232;res l'ont affirm&#233; : chacun &#233;tant par nature dou&#233; de raison, c'&#233;tait en fonction de l'oppression politique, et surtout religieuse, que le sujet, mystifi&#233; par des illusions, pouvait devenir un fanatique, un individu enclin au &#171; d&#233;lire &#187; entra&#238;n&#233; par des croyances irrationnelles, origine de violence. L'irruption de r&#233;gimes totalitaires fanatiques et terroristes a contribu&#233; &#224; infirmer cette vision rationaliste du sujet. Ce n'est pas dire pour autant que les exc&#232;s fanatiques soient isolables de leurs contextes politiques et historiques, - car &#224; un type de soci&#233;t&#233; et de valeurs communes correspond un type d'homme plus au moins enclin &#224; l'intol&#233;rance et &#224; la volont&#233; de dominer ; mais on doit aussi s'interroger sur les racines psychiques du fanatisme, sur des passions fondamentales latentes chez tout &#234;tre humain.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les origines psychologiques des passions fanatiques.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Alain, philosophe rationaliste, a montr&#233; justement que l'exercice de la pens&#233;e est porteur d'une violence, par le fait m&#234;me qu'elle est volont&#233; de convaincre. La croyance est inh&#233;rente &#224; un exercice actif de la pens&#233;e, au jugement, d'autant plus que le doute est toujours latent. Le besoin de certitude, d'affirmer une v&#233;rit&#233;, est corr&#233;latif de l'exigence d'une coh&#233;rence du sujet ; or, le fanatisme exprime la haine du doute, et &#171; il est difficile de ne pas ha&#239;r le doute dans les autres et en soi-m&#234;me &#187; (1). En ce sens, &#171; il y a une pointe de fanatisme sans lequel nos pens&#233;es p&#233;riraient toutes &#187; (2). Ainsi se manifestent, en m&#234;me temps que le besoin du sujet d'affirmer sa singularit&#233;, un rejet de l'alt&#233;rit&#233; qui est le sympt&#244;me de sa fermeture sur lui-m&#234;me. De m&#234;me, on ne peut ignorer, si l'on consid&#232;re les conditions d'appartenance au collectif, &#171; la quasi-n&#233;cessit&#233; de la cl&#244;ture de l'institution sociale &#187;(3) ;cette cl&#244;ture, &#233;crit Castoriadis, est exig&#233;e par &#171; la quasi-n&#233;cessit&#233; pour l'institution de la soci&#233;t&#233; de se clore, de renforcer la position de ses propres lois, valeurs, r&#232;gles, significations, comme uniques dans leur excellence, et les seules vraies, par l'affirmation que les lois, les croyances, les dieux, les normes, les coutumes des autres sont inf&#233;rieurs, faux, mauvais,&#8230;et cela &#224; son tour est en parfaite harmonie avec les besoins de l'organisation identificatoire de la psych&#233; de l'individu &#187; (4). Aussi, comme l'a soulign&#233; Freud, l'intol&#233;rance est-elle in&#233;vitable, et cela d'autant plus que les cultures sont plus proches : &#171; Dans les aversions et r&#233;pulsions qui se manifestent de fa&#231;on apparente &#224; l'&#233;gard des &#233;trangers qui nous touchent de pr&#232;s, nous pouvons reconna&#238;tre l' expression d'un amour de soi, d'un narcissisme, qui aspire &#224; s'affirmer et se comporte comme si l&#8216;existence d'un &#233;cart par rapport aux formations individuelles qu'il a d&#233;velopp&#233;es entra&#238;nait une critique de ces derni&#232;res et une mise en demeure de les remanier &#187;(5). D'o&#249; la haine suscit&#233;e par les menaces d'une perte d'identit&#233; lorsqu'il y a affrontement entre deux groupes, nations ou cultures. Lorsque c'est un narcissisme collectif, fond&#233; sur une religion, ou/et un nationalisme, qui domine une collectivit&#233; et ses membres, l'autre n'est tol&#233;r&#233; qu'en tant que double du sujet individuel et collectif ; et c'est un id&#233;al fusionnel qui est le fantasme pouvant unir les individus &#224; un chef charismatique .Une figure du fanatisme appara&#238;t alors, exigeant l'identification de chacun avec le chef, dont la puissance et le prestige compensent les carences du narcissisme individuel - le sentiment d'impuissance, lors de crises politiques, favorisant cette union. Ce processus est apparu essentiel dans l'adh&#233;sion de millions d'hommes aux id&#233;ologies et r&#233;gimes totalitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-il conjoncturel, provoqu&#233; par des d&#233;stabilisations explicables en termes uniquement socio-historiques ? Castoriadis souligne, en suivant les analyses freudiennes, que les pulsions primaires, pr&#233;sentes d&#232;s le d&#233;but de la vie, - amour, haine, envie, tendance &#224; d&#233;nier l'existence et les d&#233;sirs de l'autre, - t&#233;moignent d'un &#233;gocentrisme insurmontable, et qui surgit avec la lev&#233;e du refoulement, quand un Etat ou une secte l'autorisent. Cette violence latente est d'autant plus intense que l'&#234;tre humain tol&#232;re difficilement le processus de socialisation, l'imposition d&#8216;interdits qui rendent tol&#233;rable la vie en commun. Il &#233;voque la monade psychique originaire comme r&#233;v&#233;latrice d'un noyau de &#171; folie &#187; dans tout sujet humain (6). Et Freud, d&#233;j&#224;, dans les Consid&#233;rations sur la guerre et la mort, r&#233;fl&#233;chissant au caract&#232;re &#171; barbare &#187; de la guerre de 1914, constatait que l'encouragement des Etats en guerre &#224; une brutalit&#233; sans limites, &#224; une destructivit&#233; sans &#233;gards pour l'adversaire et les populations civiles, &#233;tait le sympt&#244;me de la fragilit&#233; de la morale et de la rationalit&#233; apport&#233;es par la civilisation occidentale. Les affrontements guerriers dans les Balkans et au Moyen-Orient en sont encore aujourd'hui des preuves sans &#233;quivoque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il appara&#238;t en effet illusoire d'affirmer que la s&#233;cularisation des Etats, et le progr&#232;s des sciences et techniques, aient affaibli la dimension irrationnelle des croyances, leur potentiel de violence. &#171; L'acte de croire est universel et n&#233;cessaire l&#224; o&#249; il y a des hommes r&#233;unis sur un quelconque arpent de terre &#187;, constate R&#233;gis Debray (7). Mais de quel type de croyance s'agit-il ? La civilisation des Lumi&#232;res &#233;tait bien fond&#233;e sur la croyance en un &#171; progr&#232;s &#187; qui ne para&#238;t plus revendiqu&#233; comme une instance fondamentale ; cependant, elle &#233;tait porteuse de valeurs universelles, - de tol&#233;rance, de croyance en la possibilit&#233; de dissiper l'exc&#232;s des passions et les affrontements par une discussion libre et argument&#233;e, par le respect du sujet humain en tant que tel. Et m&#234;me Freud, pourtant l'initiateur d&#8216;une compr&#233;hension des affects inconscients et irrationnels, estimait, dans L'avenir d'une illusion que les &#171; illusions &#187; religieuses et les &#171; d&#233;lires &#187; du fanatisme pouvaient &#234;tre dissip&#233;s par la force de la raison. &#171; Nous n'avons pas d'autre moyen de ma&#238;triser nos instincts que notre intelligence &#187; ; certes, &#171; la voix de l'intellect est basse, mais elle ne s'arr&#234;te point qu'on ne l'ait entendue. Et, apr&#232;s des rebuffades r&#233;p&#233;t&#233;es et innombrables, on finit quand m&#234;me par l'entendre &#187; (8). Cependant, &#171; la barbarie nous suit comme notre ombre &#187;, disait Alain, et la croyance est porteuse de violence, car gr&#226;ce &#224; elle, l'individu peut avoir le sentiment d'une unit&#233; int&#233;rieure, d'une enti&#232;re coh&#233;rence, qui fonde son sentiment d'identit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La passion de l'int&#233;grit&#233;.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ainsi que le montrent Freud et Castoriadis, le sujet est initialement divis&#233;, en fonction des conflits possibles entre sa vie pulsionnelle et son aspiration &#224; la ma&#238;trise par l'intelligence, entre son int&#233;gration aux normes de la vie sociale ou son refus de l'accepter. Il doit pourtant, autant en raison de la n&#233;cessit&#233; de l'adaptation que de son d&#233;sir narcissique d'auto-affirmation,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;maitriser ses pulsions (correspondant pour Freud &#224; l'instance du &#171; &#231;a &#187;) : &#171; L&#224; o&#249; &#233;tait le &#231;a, je dois advenir &#187;, selon la c&#233;l&#232;bre formule freudienne. On peut donc &#233;voquer une passion de &#171; l'int&#233;grit&#233; &#187;, en ne l'entendant pas seulement dans son acception morale. Dans les p&#233;riodes de guerre, la civilisation appara&#238;t comme un vernis superficiel qui c&#232;de devant &#171; la disposition permanente des pulsions inhib&#233;es &#224; faire irruption vers la satisfaction si l'occasion s'en pr&#233;sente &#187;, (9) - parmi lesquelles les pulsions de mort, s'exprimant par la destructivit&#233; et la volont&#233; de dominer l'adversaire par tous les moyens disponibles. Du c&#244;t&#233; du domin&#233;, le d&#233;sir d' &#234;tre &#171; reconnu &#187; par l'adversaire, au sens h&#233;g&#233;lien du terme, demeure pr&#233;sent ; il s'agit alors de vaincre le sentiment d'impuissance, et l'humiliation provoqu&#233;e par l'arrogance d'un adversaire dont la puissance exclut l'affrontement personnel. Le sacrifice des kamikazes, dans les guerres au Moyen-Orient, peut partiellement trouver sa signification &#224; partir de la volont&#233; de se faire reconna&#238;tre comme un ennemi qui a domin&#233; sa peur de la mort, -confirmant ainsi les analyses de Hegel d&#233;crivant la dialectique entre le ma&#238;tre et l'esclave, -le domin&#233;, -l'esclave- retrouvant ainsi sa dignit&#233; de sujet, qui ne c&#232;de pas devant la force. Comme que le remarque le politologue et philosophe Pierre Hassner, le sentiment d'humiliation appara&#238;t dans le monde contemporain comme un mobile essentiel des attitudes fanatiques ; il g&#233;n&#232;re le ressentiment et la volont&#233; de vengeance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut donc distinguer deux modalit&#233;s de la volont&#233; du sujet d'affirmer son int&#233;grit&#233;. Ou bien il veut se faire reconna&#238;tre en tant qu'individu ; ou bien il repr&#233;sente ce que l'on d&#233;signe comme l' &#171; int&#233;grisme &#187;, ou le fondamentalisme d'ordre religieux, - mais aussi pr&#233;sent dans les &#171; religions s&#233;culi&#232;res &#187; correspondant aux id&#233;ologies totalitaires. Il peut se d&#233;finir comme la recherche d'une conformit&#233; rigoureuse &#224; des dogmes contraignants, &#224; partir de l'interpr&#233;tation jug&#233;e indiscutable d'un texte religieux ou d'un dogme politique. L' &#171; autre &#187;, qui ne reconna&#238;t pas leur v&#233;rit&#233;, n'est plus tol&#233;rable, car son esprit critique est v&#233;cu comme une blessure narcissique, un d&#233;saveu de la sacralisation des croyances, une menace dangereuse pour la coh&#233;sion d'un groupe sectaire ou d'un Etat. Aussi appara&#238;t un id&#233;al de &#171; puret&#233; &#187; qui introduit &#224; une pathologie du sentiment d'int&#233;grit&#233;, et &#224; un fanatisme destructeur. L'Inquisition catholique en a fourni un exemple &#233;loquent, mais on en a retrouv&#233; des &#233;chos dans la terreur instaur&#233;e par les r&#233;gimes totalitaires. Une rage de purification s'est manifest&#233;e, l&#233;gitim&#233;e par des r&#233;f&#233;rents &#224; des dogmes politiques, ou seulement &#224; des rituels contraignants. Les proc&#232;s staliniens, en U.R.S.S. et en Europe centrale, en ont &#233;t&#233; les r&#233;surgences : selon un processus relevant d'une parano&#239;a collective, il fallait p&#233;riodiquement d&#233;noncer les &#171; tra&#238;tres &#187;, lors de proc&#232;s truqu&#233;s, afin de retrouver l'int&#233;grit&#233; des id&#233;aux fondateurs. En fait, ce d&#233;sir de purification dissimulait une volont&#233; de domination totale, autant de la vie psychique des individus que de leurs attitudes et actions. Il intervenait en r&#233;action &#224; des &#233;checs politiques et &#233;conomiques, - ou militaires, lorsque les nazis eurent recours &#224; des exterminations massives de races &#171; impures &#187;.Ce terrorisme exprimait la faiblesse de r&#233;gimes qui craignaient l'hostilit&#233; et la r&#233;sistance des populations soumises. On peut retenir sur ce point la remarque de R&#233;gis Debray, citant Renan : on ne r&#233;agit pas violemment pour une v&#233;rit&#233; d&#233;montrable, mais pour &#171; les choses dont on n'est pas tr&#232;s s&#251;r &#187; (10).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La r&#233;surgence des passions dans le monde contemporain.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Citant un philosophe isra&#233;lien, Hassner d&#233;finit &#171; la soci&#233;t&#233; d&#233;cente &#187; par &#171; l'absence d'humiliation &#187; (11), - ce qui nous conduit &#224; une interrogation sur une autre source de la passion d'int&#233;grit&#233;. Par la passion de l'&#233;galit&#233;, les r&#233;volutionnaires fran&#231;ais visaient &#224; retrouver un sentiment d'identit&#233; apport&#233; par une &#233;galit&#233; en nature et en droit de tous les &#234;tres humains, quelles que soient leurs origines ; A. de Tocqueville a pourtant soulign&#233; &#171; la haine violente et inextinguible de l'in&#233;galit&#233; &#187; explosant pendant la R&#233;volution fran&#231;aise (12). On peut penser que cette valeur, h&#233;rit&#233;e des Lumi&#232;res, reste latente ; elle a contribu&#233; &#224; susciter les mouvements anti-colonialistes, et le refus d'adh&#233;rer &#224; un mouvement politique qui tente d'exporter les valeurs d&#233;mocratiques par la force arm&#233;e. Mais la difficult&#233; &#224; s'y opposer peut s'expliquer, au niveau psycho-social, par le caract&#232;re non &#171; naturel &#187; du d&#233;sir d'&#233;galit&#233;, ainsi que le rel&#232;ve Castoriadis. &#171; Dans la majorit&#233; des cas, et la majorit&#233; des temps historiques, &#8230;l'individu est fabriqu&#233; de telle sorte qu'il porte en lui-m&#234;me l'exigence d'in&#233;galit&#233; par rapport aux autres, et non pas d'&#233;galit&#233; &#187; (13). Cette tendance &#224; se consid&#233;rer comme sup&#233;rieur est une d&#233;fense contre l'autre, et correspond, selon Castoriadis, &#224; la tendance fondamentale de la &#171; monade &#187; psychique originaire - correspondant &#224; la pr&#233;valence du narcissisme primaire - &#171; &#224; rejeter ce qui n'est pas elle-m&#234;me &#187; L'id&#233;al d'&#233;galit&#233; est donc une cr&#233;ation sociale-historique, et choisir d'y croire correspond plut&#244;t &#224; une attitude morale qu'&#224; une v&#233;rit&#233; d&#233;montrable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait pourtant supposer que les soci&#233;t&#233;s occidentales contemporaines sont immunis&#233;es contre les passions fanatiques, contre la passion de domination illimit&#233;e et les r&#233;voltes des humili&#233;s, le ressentiment et le d&#233;sir de vengeance. &#171; Les passions froides &#187; et calmes l'emportent dans un monde domin&#233; par les progr&#232;s industriel et technique, o&#249; les individus sont orient&#233;s principalement par la recherche de leurs int&#233;r&#234;ts, le d&#233;sir de bien-&#234;tre et de consommation. Si l'on se situe d'un pont de vue socio-historique, on constate pourtant que les in&#233;galit&#233;s se sont creus&#233;es, -non seulement entre pays riches et pays &#171; &#233;mergents &#187;, mais &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me des r&#233;gimes lib&#233;raux. Et Pierre Hassner &#233;voque &#171; la barbarisation du bourgeois &#187;, et ce mixte de peur et de haine que Georges Bernanos d&#233;crivait, pour expliquer les exactions sauvages des Franquistes contre des individus seulement &#171; soup&#231;onn&#233;s &#187; d'opinions r&#233;publicaines, pendant la guerre d'Espagne, &#224; la fin des ann&#233;es 1930. &#171; La peur, la vraie peur, est un d&#233;lire furieux .De toutes les folies dont nous sommes capables, elle est assur&#233;ment la plus cruelle. &#8230;De plus, elle est aveugle&#8230;pourvu que vous en surmontiez la premi&#232;re angoisse, elle forme, avec la haine, un des compos&#233;s psychologiques les plus stables qui soient. &#187; (14). Dans cet article &#233;clairant, Hassner rel&#232;ve qu'au fanatisme religieux et terroriste se manifestant au Moyen-Orient, r&#233;pond un exc&#232;s de violence fond&#233; sur la peur, et dont on peut se demander s'il ne d&#233;signe pas une autre forme de fanatisme destructeur et aveugle. Les guerres pr&#233;ventives se l&#233;gitiment en effet &#224; partir de cette conviction non formul&#233;e : &#171; il faut les tuer avant qu'ils ne nous tuent &#187; ; et il en rappelle les sympt&#244;mes dans les conflits opposant entre elles les anciennes nations de l'ex-Yougoslavie, et les massacres entre ethnies au Rwanda. (15)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un trait commun &#224; tous les fanatismes potentiellement destructeurs peut en effet &#234;tre relev&#233;. C'est au nom du &#171; Bien &#187;, - les valeurs d&#233;mocratiques selon les id&#233;ologies lib&#233;rales, la conformit&#233; aux id&#233;aux islamistes chez les musulmans r&#233;volt&#233;s par le m&#233;pris et un usage excessif de la force - que se trouvent l&#233;gitim&#233;s et m&#234;me sacralis&#233;s le terrorisme et la violence guerri&#232;re. Or, l'individualisme d&#233;mocratique a toujours d&#233;nonc&#233; cette forme de manich&#233;isme ; il n'y a de &#171; Bien &#187;, que reconnu par une conscience autonome, capable de r&#233;flexion, et qui refuse les contraintes d'ordre moral. Le Bien n'est d&#233;j&#224; l&#224; que pour des individus h&#233;t&#233;ronomes, soumis &#224; des instances transcendantes, &#224; un ou &#224; des dieux, &#224; des paroles formul&#233;es par un chef fantasm&#233; comme tout-puissant .Pour un sujet libre, il est &#224; retrouver ou &#224; construire, car &#234;tre moral, c'est savoir aussi que toute d&#233;cision est incertaine quant &#224; ses cons&#233;quences, que &#171; tout engagement comporte un risque &#187; (16).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, dans des soci&#233;t&#233;s lib&#233;rales et qui se veulent d&#233;mocratiques, peut-on d&#233;couvrir l'existence d'id&#233;aux collectifs int&#233;gr&#233;s par ses membres, pour lesquels le sujet consentirait &#224; s'engager radicalement ? Des travaux de sociologues et psychanalystes soulignent que les individus contemporains, dans leur majorit&#233; soucieux avant tout de paix et de confort, paraissent &#233;trangers aux passions collectives. Il est d'autant plus paradoxal, remarque Hassner, &#171; qu'une soci&#233;t&#233; issue de la peur de la mort violente et de la tentation de remplacer les passions par le calcul rationnel et &#233;go&#239;ste &#187; puisse aboutir &#171; &#224; son contraire, la violence guerri&#232;re et suicidaire &#187; (17). La peur de la mort s'est d&#233;plac&#233;e sur la peur de l' &#171; autre &#187;, qui semble ob&#233;ir &#224; des valeurs &#233;trang&#232;res &#224; l'id&#233;ologie occidentale, incompr&#233;hensibles, et qui accepte la mort. On peut alors concevoir, avec Dominique Colas, que &#171; le fanatisme taraude la soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re &#187; Il n'exprime pas seulement &#171; le retour d'une m&#233;galomanie destructrice &#187; ; mais il peut aussi signaler l'existence d'une lutte socio-&#233;conomique souterraine, (et sur ce point les r&#233;flexions de Marx ne paraissent pas obsol&#232;tes), dans la mesure o&#249; il peut &#234;tre aussi &#171; l'ouverture vers une communaut&#233; qui ne serait pas r&#233;gul&#233;e par les seuls &#233;go&#239;smes, et o&#249; la distribution du pouvoir ne serait pas radicalement in&#233;galitaire &#187; (18).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des origines des passions fanatiques appara&#238;t donc comme la r&#233;action passionnelle et violente &#224; un monde devenu, selon la formule de Castoriadis, celui de &#171; l'insignifiance &#187;,-inapte &#224; proposer des mod&#232;les identificatoires lib&#233;rateurs,- contrairement aux utopies et aux luttes pour l'&#233;galit&#233; et l'autonomie qui ont marqu&#233; le cours du 19&#232;me et de la premi&#232;re moiti&#233; du 20&#232;me si&#232;cles. Centr&#233; sur l'imm&#233;diat, le sujet occidental contemporain, soumis aux pressions de la propagande, des media, d'une id&#233;ologie platement h&#233;doniste, est somm&#233; &#171; de consommer et de jouir &#187; (19). A partir de cette absence de sens, renaissent des passions fortes,-la haine, l'envie pour les richesses de l'Occident, lorsqu'une majorit&#233; d'individus, dans des nations industriellement sous-d&#233;velopp&#233;es, vit dans une relative pauvret&#233;. Lorsqu'ils sont opprim&#233;s par une puissance de fait apparemment invuln&#233;rable, car guerri&#232;re, ils sont enclins &#224; s'opposer avec violence et m&#233;pris &#224; une modernit&#233; o&#249; ils ne voient que &#171; mat&#233;rialisme, corruption, et d&#233;composition &#187; (20).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'individualisme contemporain et la crise du sentiment d'identit&#233;. Le scepticisme et la r&#233;surgence des croyances.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On ne constate pas pour autant, dans des soci&#233;t&#233;s enrichies par le d&#233;veloppement toujours croissant des techniques, bien que le sujet soit conditionn&#233; par une opinion qui se veut pacifiste et compassionnelle, une absence de violence. Ainsi que le souligne fortement Pierre Hassner, la peur des conflits et du terrorisme provoque une fermeture du sujet, un renforcement des d&#233;fenses du moi, que justifie le narcissisme de l'individu contemporain. D'autre part, observent les psychosociologues, le climat g&#233;n&#233;ral de la vie sociale, dans une soci&#233;t&#233; lib&#233;rale capitaliste, montre la pr&#233;valence des relations de comp&#233;tition et de rivalit&#233;, et une violence latente dans les &#233;changes inter-individuels. L'individualisme contemporain a ouvert la voie &#224; ce que le psychanalyste Charles Melman d&#233;signe comme &#171; une formidable libert&#233; &#187; (21) : la transformation des m&#339;urs induite par une lev&#233;e progressive de beaucoup d'interdits suscite des conflits d'autant plus nombreux que chaque groupe ou individu entend faire valoir des droits nouveaux. De plus, l'affirmation de la relativit&#233; des valeurs, et un scepticisme g&#233;n&#233;ralis&#233; relatif &#224; des r&#232;gles morales communes, peuvent laisser libre cours &#224; l'affrontement. Contre les &#171; id&#233;ologies du d&#233;sir &#187;, Castoriadis remarque que &#171; si on laisse les d&#233;sirs et pulsions s'exprimer&#8230;on aboutirait au meurtre universel &#187; plut&#244;t qu'au &#171; bonheur universel &#187; (22).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Divis&#233; entre le conformisme, dict&#233; par un consensus insidieusement contraignant, ou par une avidit&#233; issue de l'esprit de comp&#233;tition, livr&#233; &#224; la peur de crises &#233;conomiques qui laissent pr&#233;voir les affrontement guerriers, on constate que le sujet contemporain manifeste une forme de passivit&#233;, d'apathie, qui parait le laisser relativement indiff&#233;rent aux transgressions des principes d&#233;mocratiques. Quels exc&#232;s brutaux pourraient-ils l'&#233;mouvoir, s'il n'en est pas lui-m&#234;me atteint ? Est- il encore possible d'invoquer la &#171; civilisation &#187;, remarque le philosophe Francis Jacques, quand &#171; on admet de briser la r&#233;sistance d'un pays en bombardant ses villes &#187; pour imposer par la force la d&#233;mocratie, - dans une situation qui ne met pas en danger l'agresseur lui-m&#234;me, &#224; la diff&#233;rence de l'affrontement guerrier pendant la guerre de 1940, - lorsque l'on apprend que l'usage de la torture se g&#233;n&#233;ralise (23). Sans approfondir la notion de &#171; barbarie &#187;, ce qui d&#233;passerait le cadre de cet expos&#233;, on peut d&#233;signer comme &#171; barbare &#187; un acte de cruaut&#233;, de f&#233;rocit&#233;, la violence se d&#233;cha&#238;nant sans &#234;tre motiv&#233;e par une &#171; foi &#187; int&#233;gr&#233;e, la destructivit&#233; apparaissant comme sa propre finalit&#233;. Aussi la barbarie ne peut-elle seulement d&#233;signer des passages &#224; l'acte, m&#234;me meurtriers, s'ils exigent le sacrifice de leurs auteurs, au nom d'une foi collective. Alors qu'un fanatisme conduisant &#224; des massacres qui sont tactiquement sans efficacit&#233;, dans une situation de guerre, et &#224; la torture des prisonniers, peut &#234;tre qualifi&#233; de barbare, - l'extermination de races &#171; impures &#187; par les nazis en &#233;tant un exemple privil&#233;gi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le consentement, - souvent inconscient - &#224; une violence pure, non justifi&#233;e, peut introduire &#224; une autre dimension de la barbarie,- la &#171; barbarie int&#233;rieure &#187;, selon le philosophe J.F. Matt&#233;i (24). Le sujet qu'il qualifie de &#171; barbare &#187; serait l'individu totalement motiv&#233; par son narcissisme, - celui-ci ne d&#233;signant plus un &#233;gocentrisme &#171; normal &#187;, d&#233;fensif, un amour de soi orient&#233; par un id&#233;al du moi, - mais un &#171; narcissisme de mort &#187; qui est n&#233;gation de l'alt&#233;rit&#233;. Ce sujet, d&#233;pourvu d'id&#233;al du moi et sceptique, r&#233;duit l'autre &#224; un alter ego, ou &#224; un objet interchangeable. A la limite, selon la formule du psychanalyste Ren&#233; Major, pour ce type de sujet &#171; il n'y a d'autre que mort ou exclu &#187; (25). Et ces auteurs soulignent que dans nos soci&#233;t&#233;s, la violence sadique se banalise : avec la disparition d'interdits et de l'autorit&#233;, au nom des droits de chacun &#224; obtenir pleine satisfaction de ses d&#233;sirs, chacun a la latitude de &#171; s'autoriser de lui-m&#234;me &#187;, et d'exercer sur l'autre sa pulsion d'emprise. Dans une soci&#233;t&#233; orient&#233;e par la comp&#233;tition et la rivalit&#233;, appara&#238;t la banalisation de la perversion, ainsi que le souligne Eug&#232;ne Enriquez, avec un nouveau type d'individus, &#171; pratiquement sans surmoi, sans id&#233;al du moi, - sauf ces id&#233;aux qui entra&#238;nent la rivalit&#233;, le sexe, la s&#233;curit&#233;, la sant&#233;, et qui font de leur d&#233;sir et de leur plaisir le paradigme de leur vie &#187; (26).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble qu'en apparence le mod&#232;le contemporain d'un individualisme qui cr&#233;e des sujets centr&#233;s sur la vie priv&#233;e et ses d&#233;sirs imm&#233;diats, - et, comme le rel&#232;ve Castoriadis, indiff&#233;rent &#224; son pass&#233; historique et &#224; un projet politique visant l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral - demeure totalement &#233;tranger &#224; la foi inconditionnelle, aux convictions fortes d'un fanatique. Pourtant, l'occultation de tout rep&#232;re transcendant et l'absence de passions collectives se trouvent remises en question par la fr&#233;quence de l'adh&#233;sion &#224; des sectes. Paradoxalement, dans des soci&#233;t&#233;s o&#249; l'individualisme est le paradigme central, le nivellement du sujet par des normes formellement &#233;galitaristes g&#233;n&#232;re l'effacement des singularit&#233;s, et menace le sentiment d'identit&#233; individuel et collectif. D'autre part, la lib&#233;ration des rapports de force inter-individuels favorise la ma&#238;trise de ceux qui ont les moyens de l'exercer- par leur statut social, leur situation financi&#232;re, ou seulement leur cynisme. Mais, en r&#233;action au scepticisme g&#233;n&#233;ralis&#233;, r&#233;appara&#238;t le besoin de croyances, et d'une autorit&#233; qui s'oppose &#224; un chaos cr&#233;&#233; par l'absence d'interdits et une violence latente. L'adh&#233;sion &#224; un groupe sectaire peut combler un vide affectif et passionnel, rassurer un sujet d&#233;pourvu d'id&#233;aux et de moyens de d&#233;fense, et aussi lui donner la possibilit&#233; de lib&#233;rer les pulsions agressives contre l' &#171; autre &#187; &#233;tranger au groupe sectaire. Comme la foi du fanatique, la fusion avec les membres de la secte apporte la conviction d'appartenir &#224; une &#233;lite ; elle justifie l'intol&#233;rance, et la lutte contre &#171; le mal &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fanatisme, comme l'appartenance &#224; une secte, ont pour fonction de restaurer le sentiment d'identit&#233; d'un sujet, d'un groupe ou d'une nation. &#171; Une secte peut se nourrir de la haine de l'autre&#8230;C'est ainsi qu'elle peut former une culture, et assurer son identit&#233; &#187; (27). Les id&#233;ologies nazie et stalinienne en ont montr&#233; les exc&#232;s meurtriers. Elles ont surgi, en particulier en Allemagne, dans des soci&#233;t&#233;s o&#249; l'impuissance d'une d&#233;mocratie et la d&#233;christianisation mena&#231;aient la s&#233;curit&#233; et le sentiment d'identit&#233; des citoyens et de la nation. A partir de la crise des d&#233;mocraties contemporaines, de ce que Castoriadis nommait &#171; le d&#233;labrement de l'Occident &#187;, on peut se demander si la perte des valeurs collectives humanistes - qui restent proclam&#233;es mais souvent non int&#233;rioris&#233;es par les individus- ne constitue pas le terreau conditionnant l'apparition de nouvelles formes de fanatisme.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Alain, Les arts et les dieux, Pl&#233;iade, p.1060.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Idem, p.1057.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) C. Castoriadis, Figures du pensable, Seuil, 1999, p.184.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4) Idem, p.192.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5) Freud, Psychologie collective et analyse du moi, dans Essais de psychanalyse, Payot, 1981, p.163.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6) C. Castoriadis, L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;, Seuil, 1975, p.402-405.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7) R&#233;gis Debray, Critique de la raison politique, Gallimard, 1981, p.180.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8) Freud, L'avenir d'une illusion, P.U.F. 1971, p.68 et 77.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9) Freud, Consid&#233;rations sur la guerre et la mort, dans Essais de psychanalyse, op. cit, p.20.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10) R&#233;gis Debray, Les communions humaines, Fayard, 2005, p.146.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11) Pierre Hassner, La revanche des passions, dans la revue Commentaire, n&#176; 110, &#233;t&#233; 2005.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12) Alexis de Tocqueville, l'Ancien r&#233;gime et la R&#233;volution, Gallimard, 1952, p.194.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13) C. Castoriadis, Domaines de l'homme, Seuil, 1986, p.317.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14) Georges Bernanos, Les grands cimeti&#232;res sous la lune, dans Pierre Hassner, op.cit. p.304.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15) Pierre Hassner. Idem.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16) Sartre, Cahiers pour une morale, Gallimard, 1982, p.19.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17) Pierre Hassner, op.cit. p.302.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18) Dominique Colas, Le glaive et le fl&#233;au, Grasset, 1992, p.13.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19) C. Castoriadis, La mont&#233;e de l'insignifiance, Seuil, 1996, p.62.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20) Pierre Hassner. Op.cit, p.304.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21) Charles Melman, L'homme sans gravit&#233;, Deno&#235;l, 2002, p.35.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22) C. Castoriadis, Le monde morcel&#233;, Seuil, 1990, p.147.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23) Francis Jacques, Barbarie et civilisation &#224; l'&#226;ge du pluralisme, dans le collectif Civilisation et barbarie, dirig&#233; par J.F. Matt&#233;i et D. Rosenfield, P.U.F. 2002, p.75.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;24) Jean-Fran&#231;ois Matt&#233;i, La barbarie int&#233;rieure, P.U.F. 2001)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;25) Ren&#233; Major, Emprise et libert&#233;, L'Harmattan, 1990, p.114.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26) Eug&#232;ne Enriquez, L'individu pervers, dans L'individu hyper-moderne, collectif dirig&#233; par Nicole Aubert, Er&#232;s, 2005, p.51.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27) Eug&#232;ne Enriquez, Le refus du trouble, ou vivre entre soi jusqu'&#224; en mourir, dans D&#233;bats de psychanalyse, Sectes, P.U.F. 1999, p.19.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>El&#233;ments de r&#233;flexion pour une critique de la famille et du couple</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?573-elements-de-reflexion-pour-une</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?573-elements-de-reflexion-pour-une</guid>
		<dc:date>2011-12-31T18:12:40Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;ducation</dc:subject>
		<dc:subject>Amour</dc:subject>
		<dc:subject>Pr&#233;carit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Sociologie</dc:subject>
		<dc:subject>Article</dc:subject>
		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mographie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Avril 1998 Daniel Lapon, 110, rue Jean-Pierre Timbaud, 75011 Paris 1 - Evelyne Le Garrec : &#8220; Un lit &#224; soi &#8221;, Seuil, 1979, 252 p. &#8220; Cette structure &#224; deux [le couple], caricature de communaut&#233; r&#233;duite &#224; sa plus simple expression, fait &#233;cran entre soi et tous les autres. La cohabitation institu&#233;e d'un couple sur un m&#234;me territoire affaiblit &#224; la fois l'individu et la collectivit&#233;. Le couple appara&#238;t comme un refuge clos contre la peur d'&#234;tre confront&#233; &#224; son propre vide et au vide d'une (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-6-psychanalyse-+" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-30-education-+" rel="tag"&gt;&#201;ducation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-51-amour-+" rel="tag"&gt;Amour&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-85-precarite-+" rel="tag"&gt;Pr&#233;carit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-108-sociologie-+" rel="tag"&gt;Sociologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-137-feminisme-+" rel="tag"&gt;F&#233;minisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-219-demographie-+" rel="tag"&gt;D&#233;mographie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avril 1998&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Daniel Lapon, 110, rue Jean-Pierre Timbaud, 75011 Paris&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1 - Evelyne Le Garrec : &#8220; Un lit &#224; soi &#8221;, Seuil, 1979, 252 p.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; Cette structure &#224; deux [le couple], caricature de communaut&#233; r&#233;duite &#224; sa plus simple expression, fait &#233;cran entre soi et tous les autres. La cohabitation institu&#233;e d'un couple sur un m&#234;me territoire affaiblit &#224; la fois l'individu et la collectivit&#233;. Le couple appara&#238;t comme un refuge clos contre la peur d'&#234;tre confront&#233; &#224; son propre vide et au vide d'une collectivit&#233; contraignante. En &#233;change de cette s&#233;curit&#233;, les &#234;tres abdiquent leur libert&#233; et leur ind&#233;pendance, mais le refuge est fragile et la s&#233;curit&#233; al&#233;atoire puisqu'ils sont li&#233;s &#224; l'existence d'un &#8220; autre &#8221; unique, toujours &#224; la merci d'une disparition. Celle ou celui qui reste est alors renvoy&#233; &#224; la solitude totale, &#224; l'isolement et au rejet, compl&#233;ment sans objet direct, r&#233;sidu inutilisable d'une paire. Solitude totale d&#232;s lors que l'individu n'existe pas en lui-m&#234;me et que n'existe pas non plus la collectivit&#233; dans laquelle il continuerait &#224; avoir sa place. &#8220; Nous &#8221; disparu reste une moiti&#233; de quelque chose, infirme, d&#233;bile, non viable comme un nouveau-n&#233; qui n'aurait personne pour le nourrir et le v&#234;tir, en proie &#224; la peur. &#8221; (pp.18-19)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; Rien n'est sans contrepartie. Ouvrir &#224; un homme l'acc&#232;s libre &#224; sa maison et &#224; sa vie, ce n'est pas seulement il est vrai, c&#233;der &#224; la pression sociale qui veut vous voir cas&#233;e &#224; tout prix. C'est aussi prendre une assurance contre la solitude en se r&#233;servant la libre et enti&#232;re disposition de l'autre. L'exclusivit&#233; (du moins dans le principe). Mais qui veut poss&#233;der est toujours aussi poss&#233;d&#233;. Et les droits exerc&#233;s sur l'autre ne vont pas sans les droits qu'il exercera sur vous. Ce jeu en vaut-il la chandelle ? Que vaut-il mieux : la s&#233;curit&#233; dans la cohabitation et l'ali&#233;nation qu'elle semble entra&#238;ner in&#233;vitablement, ou les difficult&#233;s de la solitude ? &#8221; (p.142)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; Ce qui permet &#224; la famille de durer, c'est le pouvoir qu'elle donne &#224; exercer &#224; ceux qui, par ailleurs sont soumis au Pouvoir. Et (...) ce qui permet au Pouvoir de se maintenir, c'est la famille qui offre &#224; tous les soumis l'occasion de compenser &#224; bon compte leur soumission et leur humiliation sur plus soumis et plus humili&#233;s qu'eux, (...) Mais s'il existait d'autres relations possibles entre les adultes et les enfants, d&#233;nu&#233;es de tout sentiment de propri&#233;t&#233;, de tout rapport de pouvoir, fond&#233;es sur le choix et la libert&#233; ? &#8221; (p.221)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; Ce que la soci&#233;t&#233; nous offre (...) c'est une collectivit&#233; contraignante (...) qui &#233;crase l'individu au lieu de l'enrichir. Mais d'autre part, c'est parce que l'individu a pris l'habitude de la d&#233;pendance dans la famille &#233;tant enfant puis dans le couple, qu'il peut accepter sans r&#233;volte les contraintes de la collectivit&#233; (...). &#8221; (p.230)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; Une vie o&#249; les relations ne seraient plus fond&#233;es sur la possession mais sur la libert&#233;, toutes les femmes que j'ai rencontr&#233;es &#224; l'occasion de ce livre en r&#234;vent (...) Elles utopisent. Et leurs utopies &#233;liminent le couple constitu&#233;, structure contraignante et enfermante de nature o&#249; l'un est toujours, quelles que soient les r&#233;formes qu'on y apporte, le flic de l'autre. Toutes cherchent comment nouer le lien entre l'individu et le groupe, entre le besoin de solitude et de convivialit&#233;, l'une renfor&#231;ant l'autre de fa&#231;on positive &#8221;. (p.232)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; Le couple et la cohabitation sont aussi ali&#233;nants pour les hommes que pour les femmes mais ils [les hommes] ne le savent pas encore parce que leur ali&#233;nation est celle du ma&#238;tre dont la survie - en tout cas le confort quotidien - est li&#233;e &#224; l'esclave (...) On leur a appris depuis l'enfance que si le couple et le foyer sont la place naturelle des femmes, leurs v&#233;ritables territoires sont ailleurs, au travail, au parti, &#224; la guerre. En partant accomplir les t&#226;ches nobles qui leur sont attribu&#233;es, ils croient fuir l'ali&#233;nation du foyer mais ils ne font que quitter une ali&#233;nation pour une autre et les deux se renforcent mutuellement, l'existence du couple et celle de l'entreprise sont indissolublement li&#233;es et la r&#233;forme de l'un s'appuie sur la lib&#233;ralisation de l'autre. (...) Ce n'est peut-&#234;tre que lorsque les femmes seront parties, (...) lorsqu'ils perdront leur base de repli, leur r&#233;sidence secondaire o&#249; ils refont leur force de travail, que les hommes prendront profond&#233;ment conscience, dans leur corps et pas seulement en th&#233;orie, de leur ali&#233;nation globale et qu'ils remettront concr&#232;tement en cause la notion de travail forc&#233; (...) &#8221; (pp.244-245)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2) Michel Onfray &#8220; Cynismes &#8221;, Grasset &amp; Fasquelle, Le livre de poche biblio-essais n 4077, 1990, 286 p.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; Diog&#232;ne savait la nature essentiellement marchande de la relation fig&#233;e en mariage avec lequel l'un peut imposer sa volont&#233; &#224; l'autre, le plus souvent la femme faisant les frais d'une telle alliance : &#8220; le mariage, disait-il, n'est rien d'autre que l'union d un homme et d'une femme au gr&#233; du bon vouloir de l'un et du consentement de l'autre &#8221;. Dans une lettre qu'il avait &#233;crite &#224; Zenon, le cynique affirmait : &#8220; II ne faut ni se marier, ni &#233;lever des enfants, car notre race est faible (...) &#8221;. Certains s'inqui&#233;teraient du sort de la plan&#232;te avec un tel programme ! On imagine sans peine la r&#233;ponse de Diog&#232;ne : la d&#233;mographie ne l'inqui&#233;tant gu&#232;re, il aurait ri de voir s'effrayer les autres &#224; la perspective apocalyptique d'une terre d&#233;faite de ses occupants&#8221; bip&#232;des sans plumes. Seul un kantien pouvait imaginer qu'on puisse faire de l'imp&#233;ratif diog&#233;nien un principe susceptible d'universalisation... Diog&#232;ne court sous ses propres couleurs, pour lui-m&#234;me et n'a aucun souci des perspectives collectivistes. Il est sage pour le philosophe de n'&#234;tre ni mari&#233;, ni p&#232;re - ou m&#232;re - de famille, advienne que pourra pour le reste. Il y aura toujours assez d'individus asservis aux lois de l'esp&#232;ce pour perp&#233;tuer la race sous couvert d'illustration de ce qu'ils prendront pour une idylle ou de l'amour. Schopenauer a fort bien r&#233;pondu a toutes ces objections (...) &#8221;. (p.190)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3)-Annie Daubenton &#8220; Le droit a l'impair &#8221; in Revue &#8220; Autrement &#8221; n&#176;24, Avril 1980, pp.70-72.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; Voil&#224;, je hais le couple. Evidemment, dit comme &#231;a, on attire un sourire en coin ou une caresse compatissante sur la joue,, du genre : Tonton Sigmund Freud a un oeil sur toi, regarde du c&#244;t&#233; de Papa-Maman, tu comprendras...&#8221;Tu veux simplement casser le joujou parental ! Le coup du &#8220; psy &#8221; pour vous remettre dans le rang me met dans un &#233;tat de r&#233;bellion avanc&#233;e. Car j'ai oubli&#233; de dire que je hais le couple de fa&#231;on intuitive, pr&#233;monitoire, militante et r&#233;volt&#233;e. (...) [Cela] n'a rien &#224; voir avec le &#8220; pied &#8221; physique, affectif, ou amical que vous prenez avec tel ou telle. Car s'il y avait une recette g&#233;n&#233;ralis&#233;e au bonheur qui s'appellerait le couple, aucun pouvoir ou Etat n'aurait jamais eu l'id&#233;e de l'institutionnaliser. En mati&#232;re de bonheur, on sait depuis un bon moment que ce n'est pas la peine de compter sur eux... Eux, au contraire, ils comptent sur vous. Tous ces petits couples - idylliques ou non, qu'importe - vous maintiennent un tissu social autrement efficace que le syst&#232;me de contr&#244;le le plus perfectionn&#233; du monde. Finalement, c'est une fa&#231;on pour la moiti&#233; de la population adulte d'avoir l'oeil sur l'autre moiti&#233; ! &#199;a commence avec le coup de la feuille d'imp&#244;t, des questions de la logeuse quand vous voulez louer un appartement, jusqu'au m&#233;decin et &#224; la boulang&#232;re qui trouveront les paroles amicales pour vous remettre dans le droit chemin.(...) &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4)-Marie-Odile MARTY &#8220; La cage mentale &#8221; in Revue &#8220; Autrement &#8221; n&#176;24, Avril 1980, pp.120-127.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; (...) Le couple est pris dans une contradiction subtile : s'il est pour l'individu le dernier rempart contre l'Etat, il est en revanche pour l'Etat un moyen privil&#233;gi&#233; d'emprise sur l'individu.(...) L'individu, d&#233;sappropri&#233; de sa dimension politique, n'est plus qu'un pr&#233;cipit&#233; affectivo-sexuel et le couple le lieu o&#249; il peut r&#233;fugier cette existence univoque. Le couple devient alors un vrai bazar affectif, sans porte ni fen&#234;tre, un terrain vague emmur&#233; o&#249; se perdent l'amour, le social, le politique, la vie. Le syst&#232;me du bazar est r&#233;gul&#233; de telle sorte que la sortie est une &#233;preuve difficile : il faut consacrer une telle &#233;nergie &#224; maintenir cette situation que cela augmente la d&#233;pendance par rapport &#224; elle. Et cette sortie est tellement co&#251;teuse pour le sujet qu'apr&#232;s un no man's land frileux il se r&#233;fugie vite dans un autre bazar. L'enfermement dans le bazar, ou dans des bazars successifs, produit alors une incapacit&#233; &#224; imaginer d'autres modes d'organisation et permet d'entretenir et de fortifier le syst&#232;me du bazar. (...) B&#226;ti sur la propri&#233;t&#233; du sens de l'autre, c'est un repaire qui couve la mort en son sein. C'est un rep&#232;re qui ne fonctionne qu'au prix de la mutilation de tout son d&#233;veloppement potentiel, de l'arr&#234;t mesur&#233; de son itin&#233;raire al&#233;atoire, au profit d'un trajet balis&#233;, finalis&#233;, pr&#233;vu et contr&#244;l&#233; par l'autre. La r&#233;appropriation par l'individu de son sens, de son itin&#233;raire est une mise en p&#233;ril du couple qui n'a rien d'autre pour soutenir son existence que ce cannibalisme r&#233;ciproque. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, l'hypertrophie de l'affectif due &#224; sa concentration sur une personne, cr&#233;e un fantasme de surpuissance de l'autre sur soi, et de d&#233;pendance La r&#233;alit&#233; de l'autre est envahie par l'attente et le r&#234;ve. L'autre est moins important que les r&#234;ves dont il est le support. Et pourtant, au moment de la rencontre, c'est bien une intuition de son propre sens qui se joue, mais qui est bien vite &#233;touff&#233;e. Le mythe de l'amour gratuit et irrationnel interdit de se repr&#233;senter l'autre comme utile pour sa propre identit&#233;. Le fil nou&#233; spontan&#233;ment au moment de la rencontre s'effiloche rapidement.(...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout se passe comme si l'individu naissait avec le couple. L'appropriation de l'un sur l'autre passe aussi par le fantasme d'&#234;tre le d&#233;miurge de l'autre, le cr&#233;ateur de l'autre. Et cela ne souffre aucune ext&#233;riorit&#233; : l'autre n'a jamais exist&#233;, avant, dans d'autres rencontres. Et dans le temps pr&#233;sent, il n'est pas question que l'autre trouve son sens ailleurs, ce lieu du couple &#233;tant la seule vraie r&#233;f&#233;rence., celle qui fa&#231;onne l'individu &#224; sa propre image. Le couple r&#233;duit est le lieu o&#249; se construit cette repr&#233;sentation de soi, des autres, du monde. Et un syst&#232;me de valeurs commun - ce syst&#232;me de repr&#233;sentations et de valeurs, une pens&#233;e pour deux, une culture pour deux, est ce qui permet l'emprise de l'un sur l'autre.(...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La repr&#233;sentation est donc un enjeu fondamental dans la relation et son maintien. Mais tout un ensemble de facteurs emp&#234;che de penser et de voir l'enjeu. La mise hors social de ce lieu, la psychologisation des rapports, et le mythe de la gratuit&#233; des rapports affectifs qui &#233;vite de se voir dans une &#233;conomie d'&#233;change o&#249; l'enjeu est l'identit&#233;, et le syst&#232;me de rapport, un rapport de pouvoir. (...) Dans ce jeu de production et d'interpr&#233;tation du sens, les armes ne sont pas &#233;gales. Le fait de s'investir dans un lieu ext&#233;rieur au couple, le travail, par exemple, permet de se constituer une autre image, et &#233;ventuellement un autre langage. La capacit&#233; de manipuler les r&#233;f&#233;rents culturels de l'autre, la capacit&#233; de l&#233;gitimer son discours interpr&#233;tatif et sa prise de pouvoir par un discours faisant autorit&#233; &#224; un moment. Autant de sources de pouvoir cach&#233;es et d'autant plus efficaces. Autrement dit, sur cette sc&#232;ne, malgr&#233; le sempiternel refrain sur la perte de soi, le don de soi, etc, bien au contraire plus on a une identit&#233; fortement constitue, plus on est gagnant. (...) Comme tout syst&#232;me social, le syst&#232;me du couple fonctionne sur des logiques stables qui r&#233;gulent l'int&#233;gration et g&#232;rent le fonctionnement des relations. On peut comparer ces modes de r&#233;gulation dans le couple, &#224; ceux de l'entreprise : le paternalisme et les &#8220; relations humaines &#8221;. Le paternalisme comme mode d'organisation (division des r&#244;les, fonctionnelle et hi&#233;rarchique, pouvoir au &#8220; chef de famille &#8221;, etc.) a &#233;t&#233; largement critiqu&#233;. Mais la critique n'a jamais mis en question le couple mais seulement son mode d'organisation, sauf dans certaines communaut&#233;s dont c'&#233;tait un des objectifs. Beaucoup de communaut&#233;s ont eu pour effet de produire des couples, et les difficult&#233;s v&#233;cues dans la p&#233;riode communautaire l'ont prodigieusement renforc&#233; comme lieu de refuge. Le deuxi&#232;me mod&#232;le de management des relations correspond &#224; la p&#233;riode &#8220; relations humaines &#8221; en entreprise : se d&#233;veloppe l'id&#233;ologie de la communication et de la parole &#8220; libre &#8221; mais l'organisation des rapports et du syst&#232;me ne change pas (de m&#234;me qu'en entreprise l'organisation du travail et de la hi&#233;rarchie n'est pas chang&#233;.) (...) Or cette parole a des effets de renforcement de la cage mentale. Si le &#8220; paternalisme &#8221; faisait une cage &#224; barreaux, les &#8220; relations humaines &#8221; fabriquent une cage de verre, qui donne l'illusion d'une absence de barri&#232;re entre le dedans et le dehors. Mais la barri&#232;re est renforc&#233;e : d'une part la transparence est un excellent moyen de contr&#244;le qui permet d'anticiper ou de parer &#224; tout dysfonctionnement du syst&#232;me. Par ailleurs, la parole banalise la r&#233;alit&#233; des diff&#233;rences de position de pouvoir, puisqu'elle pose une &#233;galit&#233; imaginaire, et qu'elle occulte m&#234;me totalement l'exercice interne du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II y a un effet d'enfermement suppl&#233;mentaire, par l'extr&#234;me difficult&#233; &#224; sortir du couple. Sortir, c'est d'une certaine mani&#232;re sauter dans le vide. Tout l'affectif du sujet &#233;tant concentr&#233; dans le couple c'est le vide affectif et la capacit&#233; &#224; vivre sans miroir, sans m&#233;moire, sans caisse enregistreuse de soi, et penser par soi-m&#234;me. Mais c'est, inextricablement, la perte du peu d'espace social qui est en question. Puisque tout l'espace social est concentr&#233; dans le couple, la sortie du couple c'est la sortie de son espace social propre, les amis et les relations &#233;tant celles du couple devenu centre d'&#233;changes sociaux (...). Les murs du couple (...) tiennent tout seuls, par la peur du &#8220; d&#233;sert &#8221; de l'autre c&#244;t&#233;, de l'ext&#233;rieur o&#249; l'on se vit comme impossible. Cette peur est actuellement un levier d'inertie puissant. Dans le couple elle est fondamentale : m&#234;me si dans le bazar affectif, on ne trouve plus &#224; s'approvisionner, on y dure par peur de ce que l'on risque &#224; sortir. Et g&#233;n&#233;ralement, on ne sort que lorsqu'on s'est assur&#233; une autre cage, et non pas, pour soi, pour se reconstituer un espace propre, un trajet propre. La culpabilit&#233; participe de la pression a l'enfermement : sortir pour l'un des deux protagonistes c'est prendre le risque pour soi, de casser son lieu d'identification psychologique et social. Mais c'est casser dans le m&#234;me mouvement, celui de l'autre, et des enfants s'il en a. L'autre peut &#233;ventuellement se refaire une autre cage, mais pour les enfants, la perte du couple parental comme unit&#233;, c'est la perte du couple de r&#233;f&#233;rence premier et ils seront ensuite nulle part, entre deux cages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le syst&#232;me de d&#233;pendance complexe et subtil que repr&#233;sente l'amour mis &#224; la sauce du couple, c'est donc celui qui est le moins d&#233;pendant qui a le plus de pouvoir. Cela est occult&#233; par le d&#233;veloppement de la morale de la d&#233;pendance, qui est ins&#233;parable de la notion de couple, et qui s'exprime par les &#8220; n&#233;cessaires &#8221; concessions, les contraintes qu'il faut bien &#8220; assumer &#8221; de la vie commune, etc... Le couple r&#233;cit&#233; sur le mode de la d&#233;pendance est superpos&#233; &#224; l'amour r&#233;cit&#233; sur le mode de la &#8220; lib&#233;ration &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or ce rapport de d&#233;pendance qui structure l'organisation interne du pouvoir est li&#233; aux ressources que chacun a pour sortir. L'ali&#233;nation &#8220; n&#233;cessaire &#8221; des femmes ici, n'est sans doute pas aussi simple. D'une part parce que dans le couple, il y a &#233;change subtil d'ali&#233;nation et non pas ali&#233;nation univoque. D'autre part parce que ce qui structure l'ali&#233;nation maximum, c'est la minimisation des ressources, et en particulier les moyens de la sortie possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces moyens fluctuent pour des logiques internes aux individus, internes &#224; l'interaction dans le couple, mais &#233;galement externes. On peut faire l'hypoth&#232;se que jusque vers 40 ans, ce sont plut&#244;t les hommes qui risquent le moins &#224; la rupture du couple : les hommes tout occup&#233;s a se fabriquer une carri&#232;re sociale et professionnelle dans laquelle le couple est une pi&#232;ce ma&#238;tresse et sa perte une fragilit&#233;. D'une part la s&#233;curit&#233; qui y est v&#233;cue comme lieu stable d'identit&#233; et de reconnaissance, permet de prendre des risques et de mobiliser son &#233;nergie &#224; l'ext&#233;rieur. D'ailleurs la mise en couple, juridique ou pas, est un certificat de conformit&#233; indispensable. Ceci joue certainement pour les femmes mais a un degr&#233; moindre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, dire que la femme a des ressources en pouvoir, ne signifie pas qu'elle les utilise : pour s'en servir il lui faudrait d'autres images possibles d'elle-m&#234;me que l'identit&#233; de m&#232;re ou de femme - de. Il lui faudrait aussi d&#233;jouer la morale de la d&#233;pendance et du don de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation s'inverse plus tard quand l'homme a suffisamment d'identit&#233; sociale professionnelle et personnelle pour pouvoir sortir de la cage sans perdre son nom. Tandis que pour la femme qui n'a d'autre nom que celui qu'elle acquis dans l'espace du couple, la situation est invers&#233;e. La perte d'identit&#233; sociale, s'articule sur deux autres pertes : celle d'une capacit&#233; professionnelle &#224; reconqu&#233;rir apr&#232;s les ann&#233;es o&#249; l'on s'est consacr&#233; &#224; entretenir le &#8220; foyer &#8221; et par ailleurs celle de sa valeur marchande corporelle : l'&#226;ge est une ressource en pouvoir &#233;norme. Le syst&#232;me de miroir du couple vaut &#233;galement pour l'ext&#233;rieur. La femme jeune-et-belle est pour l'homme une r&#233;assurance permanente de sa propre identit&#233;, une image positive de lui &#224; l'ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme qui sort du couple autour de 40 ans a donc tous les moyens de se &#8220; refaire une nouvelle vie &#8221;. Il a, pour se refaire une nouvelle cage mentale, un large &#233;ventail de femmes possibles (...) Il n'en va pas de m&#234;me pour la femme apr&#232;s 40 ans, dont les magazines disent que &#8220; lavie est bris&#233;e &#8221;. L'image est bien signifiante : si le couple est le dernier lieu d'identit&#233; o&#249; elle se reconnaisse vraiment, la perte du couple c'est la perte totale d'identit&#233; et le corps, l&#224;, ne peut plus fonctionner comme moyen de r&#233;assurance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc le couple engendre le couple : si la perte des solidarit&#233;s sociales est due &#224; un enchev&#234;trement complexe de facteurs macro-sociaux, le couple y ajoute sa pierre tombale. Le couple comme atome social s'isole pour maintenir son noyau d'int&#233;gration par la d&#233;pendance mutuelle, et n'organise ses relations que par rapport &#224;&#224; d'autres cages qui ne le mettent pas en p&#233;ril.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc un jeu, n&#233;cessaire &#224; sa survie, de renforcement de la privatisation et de l'opacit&#233;. Le mythe durable de l'affectif et du sexuel comme &#233;chappant au social, occulte leur r&#233;alit&#233; profond&#233;ment sociale. Hauts lieux de culture et de socialisation qui codifient l'acc&#232;s &#224; l'identit&#233;, &#224; l'autre, le rapport au corps, au sexe, etc. L'extr&#234;me int&#233;riorisation de ces modes sociaux d'&#234;tre contribuent &#224; leur &#8220; bon &#8221; fonctionnement et au maintien d'un ordre social profond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...) Le dysfonctionnement m&#234;me du couple est remis, lui aussi, dans la machine &#224; fabriquer du couple : en l'interpr&#233;tant comme &#8220; maladie &#8221; &#224; soigner &#224; l'aide de psychoth&#233;rapies et de &#8220; conseils &#8221;, les sp&#233;cialistes de la psychologisation, ne se taillent pas seulement un march&#233; substantiel. Ils contribuent &#224; leur mani&#232;re, &#224; r&#233;duire l'&#233;cart entre la r&#233;alit&#233; et le mod&#232;le type qui range soigneusement le sexe et le coeur dans l'armoire du couple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le couple engendre le couple : la perte de repr&#233;sentation de son sens propre pour l'individu, conduit &#224; une perte de capacit&#233; d'action et ne lui permet pas d'imaginer de nouvelles formes de relations et d'organisation. Si le couple est d'abord une unit&#233; de consommation de biens et de services, il fonctionne de la m&#234;me mani&#232;re dans l'ordre de la pens&#233;e : par l'incapacit&#233; &#224; laquelle il r&#233;duit les individus a penser pour et par soi, il les accule &#224; penser conform&#233;ment aux appareils de pens&#233;e, quels qu'ils soient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la famille et le couple sont le dernier lieu d'&#233;paisseur social, dernier &#233;cran entre l'Etat et un individu devenu transparent, en fait, elle maintient surtout cette transparence m&#234;me. Quand ce n'est plus le couple qui est atome social, mais l'individu, oblig&#233; pour vivre, &#224; faire mol&#233;cule avec d'autres atomes, il perd de sa transparence pour acqu&#233;rir pour lui-m&#234;me de l'&#233;paisseur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la mise en sc&#232;ne du couple et de son bazar affectivo-sexuel, on a totalement oubli&#233; que l'organisation du rapport entre les sexes constituait un acte profond&#233;ment social : acte d'&#233;change, et d'alliance) fondateur de soci&#233;t&#233;. L'enjeu de l'alliance ne porte plus aujourd'hui sur l'extension des terres ou du capital. Du coup, on a rang&#233; au mus&#233;e la petite bague symbolique, et, perdant le signe, on a perdu la trace de l'alliance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'alliance est bien l&#224;. Elle a seulement chang&#233; de monnaie d'&#233;change : elle porte d&#233;sormais sur l'identit&#233; et le sens, c'est-&#224;-dire sur l'existence m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le march&#233; conclu aujourd'hui dans le cadre du couple, est un march&#233; de dupes, qui produit surtout du non-sens. Il est grand temps qu'&#233;closent d'autres respirations au d&#233;sir d'alliance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus difficile sera de savoir compter jusqu'&#224; un. Et si la fin du couple n'&#233;tait pas la fin du monde, mais l'occasion peut &#234;tre unique, historique pour l'individu, d'&#234;tre enfin une &#233;paisseur qui ne se laisserait r&#233;duire par nul Etat ? Et si l'amour ne faisait plus la cage ? Mais pour cela, il faudrait une autre Histoire... &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5)-Jeanne Cressanges &#8220; Seules, enqu&#234;te sur la solitude f&#233;minine &#8221;, Fran&#231;ois Bouirin, 1992, 323 p.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; [Brigitte : ]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...) J'ai retrouv&#233; des compagnons, bien s&#251;r, mais je ne sais pas comment je m'arrange ; d&#233;s qu'un homme s'installe avec moi, il perd son travail, je dois le prendre en charge et, ce qui est plus grave, il me bouffe !&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Pourquoi l'installer chez vous ?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Parce qu'avec moi ils jouent tous &#8220; chiens perdus sans collier &#8221; et que je suis trop bonne fille !&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Laurence intervient :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; C'est vrai. Quand elle est sans homme, elle s'&#233;crie : &#8220; Enfin seule ! &#8221; (...)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Je reviens &#224; Brigitte :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#8220; II me bouffe &#8221;, &#231;a veut dire quoi ?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Il me dit &#8220; Je t'aime &#8221; et croit qu'ensuite il a tous les droits sur moi. (...) Je n'en ai pas rencontr&#233; un capable de respecter mes go&#251;ts, mon ind&#233;pendance. D&#233;s qu'on vit avec un homme, on entre dans le domaine de la suspicion : &#8220; O&#249; vas tu ? A qui t&#233;l&#233;phones tu ? Qui t'a t&#233;l&#233;phon&#233; ? Avec qui d&#233;jeunes-tu, d&#238;nes-tu ? &#8221; Tout cela parce que para&#238;t-il, ils vous aiment !&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;(...)&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Vous souhaitez quoi si, aimant la solitude, vous avez des difficult&#233;s &#224; vous passeur d'un homme ?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; J 'aimerais une relation qui reste tr&#232;s distante. Elle r&#233;fl&#233;chit puis :&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Je pense qu'il y aurait une solution : mettre les femmes d'un c&#244;t&#233;, les hommes de l'autre, leur d&#233;fendre de se rencontrer. Que de belles passions en perspective !&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;(...) Laurence (...) :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Moi ce que je regrette, c'est qu'on ne soit pas hermaphrodites comme les escargots. Tout en un, sa maison sur son dos. Ne rendre de comptes &#224; personne. La perfection, quoi !&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;(...) Dites donc aux hommes qu'ils &#233;voluent un peu. Contrairement &#224; ce qu'an raconte, le couple est fini y du moins tel que l'ont connu nos parents et grands-parents. Il n'y aura que des unions &#224; temps limit&#233;. Nous on a saut&#233; le pas, on s'est prises en charge. (...) Mais les hommes sont incapables de vivre seuls. Ce n'est pas, comme on le croit, pour ne pas laver leurs chaussettes, mais parc e qu'ils ont besoin d'un constant soutien moral, d'un beau miroir... Quand ils seront moins narcissiques, on pourra revoir le probl&#232;me du couple. En attendant, chacun chez-soi. &#8221; (pp.203-206)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...) [Lucie : ]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; J'ai eu et j'ai des amis. Je me refuse au couple. Les hommes me semblent trop rapidement demandeurs de cette forme de relation. La notion de compl&#233;tude qu'ils cherchent &#224; satisfaire me d&#233;range. Je ne pense pas qu'on puisse &#234;tre &#8220; compl&#233;t&#233; &#8221; par l'autre,. C'est une illusion. Etre le compl&#233;ment de l'autre rend la fid&#233;lit&#233; impossible. II peut s'agir alors de la fid&#233;lit&#233; au p&#232;re, mais pas de ce que moi j'appelle fid&#233;lit&#233;...&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Diable ! Qu'appelez-vous alors fid&#233;lit&#233; ?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Celle qui me lie, depuis l'&#226;ge de 18 ans, &#224; tous les hommes que j'ai aim&#233;s. En choisir un, vivre avec lui, ce serait faire le deuil de tous les autres. (...) Ne me racontez pas que c'est une attitude masculine. Les femmes refusent g&#233;n&#233;ralement de s'avouer l'impossibilit&#233; du choix parce que, trop longtemps, aux yeux de la soci&#233;t&#233;, &#233;lites devaient vivre en couple, &#234;tre fid&#232;les, etc. Aujourd'hui encore, la femme c&#233;libataire est un cas sur lequel on s'interroge. Elle fait &#8220; jaser &#8221; comme on dit dans nos campagnes &#8221; (p. 214)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;6)&#8212;Fran&#231;oise d'Eaubonne interrog&#233;e par Annie Daubenton dans son article &#8220; L'hiver du patriarcat &#8221; in Revue &#8220; Autrement &#8221; n 3, Automne 1975, pp.33-38.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; Ce n'est pas la situation actuelle de la famille qui est inacceptable, c'est son existence m&#234;me.(...) Il n'y a pas &#224; transformer la structure parentale, car l'&#233;galit&#233; v&#233;cue de l'homme et de la femme ne pourra exister et engendrer un bouleversement total des rapports sociaux que dans une soci&#233;t&#233; sans classes, d&#233;centralis&#233;e techniquement autog&#233;r&#233;e, o&#249; la repr&#233;sentation serait remplac&#233;e par la d&#233;mocratie directe. Il va sans dire que ce type de soci&#233;t&#233; ne peut que se fonder sur un renversement total des rapports entre les sexes et sur la disparition de la cellule familiale. D&#233;j&#224;, dans le mode existant, des cellules de base se diff&#233;rencient de la &#8220; structure parentale &#8221; et prouvent qu'il ne s'agit pas d'utopie : dans certains kibboutzim, la m&#232;re allaite indiff&#233;remment son enfant et celui des autres (...) [ce qui] donne &#224; l'enfant non pas une mais des m&#232;res et &#224; la m&#232;re non son mais tous les enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En devenant moi-m&#234;me ce qu'on appelait une &#8220; jeune fille &#8221; et donc l'&#233;ventuelle moiti&#233; d'un couple, j'ai v&#233;cu l'enfer dans une incompr&#233;hension totale de cette v&#233;rit&#233; : il m'&#233;tait impossible de former un couple &#224; l'image de ce qu'avaient &#233;t&#233; mes parents (...) mes maux ont pris fin le jour o&#249; j'ai compris que ma responsabilit&#233; n'&#233;tait, ne pouvait &#234;tre r&#233;duite qu'&#224; l'absence de lucidit&#233;, et qu'au lieu de repr&#233;senter un &#233;chec exceptionnel, je partageais le lot de tout le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai pu alors m'interroger sur la v&#233;rit&#233; de ce qu'on m'avait donn&#233; comme allant de soi : l'amour, la fixation &#224; un &#234;tre (obligatoire &#224; partir d'un certain &#226;ge) et l'amour des enfants et l'instinct maternel. J'ai compris peu &#224; peu tout ce qui se cachait derri&#232;re ces grimaces et qu'il fallait oser savoir que son instinct, son moi profond, le cri toujours b&#226;illonn&#233; qui monte de vous a raison contre le &#8220; monde entier &#8221;, &#224; savoir : le &#8220; Syst&#232;me &#8221;, cet &#8220; avorton surnaturel &#8221; dont parle Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;sumer : la famille est la courroie de transmission entre le Pouvoir, quel qu'il soit, et le futur citoyen, prolo, cadre, patron, enfant. C'est la famille et l'&#233;cole qui font d'un enfant un &#8220; adulte &#8221; par la violence. Mais le Pouvoir exerce &#233;galement sa contrainte sur les parents (surtout la m&#232;re par l'interm&#233;diaire de l'enfant ; l'enfant est son otage, son chantage). Toute personne qui n'a &#224; vendre que sa force de travail - 99% des gens -, sit&#244;t qu'il devient p&#232;re ou m&#232;re est oblig&#233; de se soumettre. Il doit travailler, et travailler &#224; n'importe quoi, pour n'importe quel prix. (...) &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;7)-Fran&#231;oise H&#233;ritier &#8220; Les dogmes ne meurent pas &#8221; in Revue &#8220; Autrement &#8221; n&#176;3, Automne 1975, pp.150-162.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; (...) Une revendication f&#233;minine totale pour l'autonomie, l'&#233;galit&#233; et l'acc&#232;s au pouvoir ne peut (...) se contenter du seul partage entre les sexes, les t&#226;ches, autres que maternelles, elle ne peut que passer par le refus de la maternit&#233;, donc de la reproduction sociale. On admettra que l'instinct de survie de l'esp&#232;ce s'y oppose de toutes ses forces et que., pos&#233;e en ces termes, la mort de la famille, conjugale ou matricentr&#233;e, lieu de reproduction et d'&#233;levage des enfants, o&#249; les femmes sont attel&#233;es quasi-exclusivement &#224; cette lourde t&#226;che au b&#233;n&#233;fice g&#233;n&#233;ral de la soci&#233;t&#233;, n'est pas encore pour demain. &#8221; (p.162)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;8)-Andr&#233; Burgui&#232;re &#8220; La famille ancienne : une utopie r&#233;trospective &#8221; in Revue &#8220; Autrement &#8221; n&#176;3, Automne 1975, pp. 163-168.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; (...) L'industrialisation et le d&#233;veloppement des &#233;tats modernes ont cass&#233; tout le syst&#232;me d'&#233;changes entre familles et toutes les communaut&#233;s interm&#233;diaires. Les rep&#232;res d'identit&#233;, la vie affective, sexuelle se sont retir&#233;s &#224; l'int&#233;rieur du cercle de famille au moment o&#249; celui-ci devenait la cellule de base du syst&#232;me social, &#224; la fois cellule de reproduction et cellule de consommation.(...) La logique du syst&#232;me &#233;conomique, les nouveaux rythmes d&#233;mographiques s'&#233;paulent pour faire co&#239;ncider aujourd'hui la co-r&#233;sidence, la filiation biologique et la solidarit&#233; affective. Le monopole familial appelle des remises en cause : il acceptera sans doute quelques d&#233;lestages (...), mais l'histoire de ses replis et de ses conqu&#234;tes devrait convaincre nos utopies ; comme nos inqui&#233;tudes de son in&#233;puisable capacit&#233; de survie. &#8221; (p.168)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;9)-Roger Dadoun &#8220; W.Reich et la famille autoritaire &#8221; in Revue . &#8220; Autrement &#8221; n&#176;3, Automne 1975, pp.40-41&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; (...) Une sorte de division du travail r&#232;gle les rapports entre la soci&#233;t&#233; et la famille : la soci&#233;t&#233; globale d&#233;fend et exalte la famille, et elle lui reconna&#238;t, si l'on peut dire, un entier droit d'&#233;ros, la disposition quasi-souveraine, &#224; l'int&#233;rieur de l'espace familial privatif, de l'&#233;nergie sexuelle (...) En &#233;change de cette souverainet&#233; &#233;rotique, la soci&#233;t&#233; attend de la famille qu'elle lui fournisse des &#234;tres pr&#233;par&#233;s et conformes (...) aptes &#224; se plier non sans plaisir &#224; tout ce que le pouvoir social proclame &#234;tre les &#8220; n&#233;cessit&#233;s &#8221;.(...) &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;10)-Max Pages &#8220; La vie affective des groupes, esquisse d'une th&#233;orie de la relation humaine &#8221;, Bordas, 1984, 286 p.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; (...) [L'amour authentique] est essentiellement une compassion pour l'&#234;tre humain en tant qu'&#234;tre s&#233;par&#233;, la reconnaissance et le partage de la souffrance de la s&#233;paration, un d&#233;sir actif d'aider &#224; supporter l'angoisse. (...) C'est un amour lucide. Il ne nie pas la s&#233;paration, mais au contraire la reconna&#238;t. Il est fond&#233; sur elle. Il ne nie pas l'individualit&#233; des &#234;tres aim&#233;s, l'incompr&#233;hension, les d&#233;saccords, les conflits voire les ruptures, mais il reconna&#238;t, &#224; travers eux et par-dessous, une solidarit&#233; fondamentale dans une mis&#232;re commune, qui n'est d&#233;mentie par rien et qui se tisse inlassablement&#8221; C'est, pourrait-on dire., la conscience d'un lien menac&#233; et cependant indestructible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce qu'il est conscient de la s&#233;paration, l'amour authentique diff&#232;re profond&#233;ment de l'amour possessif. Il n'est pas fond&#233; sur un d&#233;sir et une croyance en la fusion, fusion romantique des &#226;mes, ou bien union mystique, ou bien possession mutuelle des corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...) D'autre part, l'amour authentique a un caract&#232;re universel. (...) L'amour possessif se referme sur son objet dans une relation privil&#233;gi&#233;e et s'exclut avec lui du monde. Le monde a une coloration hostile, il est ce qui menace l'amour. L'&#234;tre aim&#233; est ressenti comme radicalement diff&#233;rent des autres, il ne renvoie pas a une condition universelle. Il est le seul digne vraiment d'amour, le seul aussi &#224; aimer vraiment, et c'est pr&#233;cis&#233;ment pour cela qu'il est aim&#233;, parce qu'il est le seul &#224; pouvoir l'&#234;tre. La relation amoureuse prot&#232;ge contre un fond de relations que l'on &#233;prouves comme hostiles ou indiff&#233;rentes. Au contraire, l'amour authentique s'ouvre sur l'universel. L'&#234;tre aim&#233; est aim&#233; dans sa condition d'&#234;tre s&#233;par&#233;, qu'il partage avec tous. A travers lui d'autres sont reconnus, distincts de lui mais s&#233;par&#233;s comme lui.(...) Il s'agit donc (...) d'un universel concret et incarn&#233; (...) Il ne r&#233;clame pas l'&#233;galit&#233; de traitement de tous les &#234;tres aim&#233;s, puisqu'il s'agit au contraire d'une relation individualis&#233;e avec chacun, diff&#233;rente de l'un &#224; l'autre. Il n'exclut donc pas des relations plus &#233;troites avec certains qu'avec d'autres, et d'un caract&#232;re diff&#233;rent, bien au contraire, si l'on veut donc des relations privil&#233;gi&#233;es, &#224; condition que l'on comprenne que le privil&#232;ge ainsi donn&#233; &#224; l'un n'&#233;limine pas les privil&#232;ges diff&#233;rents qui sont donn&#233;s aux autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...) Il ne s'agit pas d'un &#233;tat mais d'un mouvement. Il est constamment rong&#233; par le doute, par l'&#233;chec, par l'angoisse de s&#233;paration. Mais l'amour rebondit sur l'&#233;chec, sur le doute, sur la s&#233;paration.(...) Il est ce rebondissement (...) [cette] r&#233;alit&#233; pr&#233;sente, en acte. (...) &#8221; (pp.128-131)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;11 ) -Jean-Fran&#231;ois Lyotard &#8220; Economie libidinale &#8221;, Les &#233;ditions de minuit, 1974, 311 p.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; (...) Ce que nous d&#233;sirons (...) est de fait que ce qu'on nomme une femme puisse vraiment b&#233;n&#233;ficier du statut n&#233;gocieux, sous ces deux aspects : que toute &#233;rection et d&#233;turgescence de quelque particule du corps-bande que ce soit et qu'on lui attribue, d'abord soit possible, ensuite puisse &#234;tre marchand&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...) A la fois le droit &#224; la perversion et le droit &#224; la n&#233;gociation. (...) Enfant, oui, mais alors objet d'un march&#233;, enjeu d'un &#233;change qui en principe devra annuler la charge que l'enfant repr&#233;sente, en termes libidinaux les intensit&#233;s d'affects qu'il va absorber. Donc suppression des m&#232;res, et des &#233;pouses qui ne sont jamais(...) que les m&#232;res des enfants qu'on leur fait. Ce n'est pas un libre usage, puisque l'usage, cat&#233;gorie d'un finalit&#233; naturelle, maintiendrait, serait-il &#8220; libre &#8221;, la femme sous le concept de cette finalit&#233; reproductrice, sa libert&#233; se bornant &#224; choisir le moment et le partenaire de la f&#233;condation.(...) Ce qu'on nomme les femmes ne peut conqu&#233;rir le plein droit civique qu'en conqu&#233;rant la st&#233;rilit&#233; et la polymorphie perverse, propri&#233;t&#233;s mon&#233;taires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...) Le sym&#233;trique des mesures abortives d&#233;livrant le corps f&#233;minin de sa destination r&#233;put&#233;e naturelle est pour l'homme de la politeia contemporaine l'institution des banques de sperme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...) Quelques conditions sont exigibles pour que votre sperme soit circonvertible : vous aurez moins de quarante ans, vous serez p&#232;re au moins d'un enfant normal c&#244;t&#233; qualit&#233; du produit. On se d&#233;fend de faire de l'eug&#233;nisme et de la s&#233;lection, on avoue de ce fait combien pressante est l'analogie avec les pratiques m&#233;dicales nazies. C&#244;t&#233; institution familiale, on sauve les apparences vous serez mari&#233; et vous aurez pr&#233;venu votre femme. (...) N&#233;anmoins peu d'amateurs, parait-il. Est-ce parce qu'on ne paie pas le donneur ? (Et pourquoi ne le paie-t-on pas si ce n'est qu'on craint l'attrait irr&#233;sistible sur beaucoup de jeunes sans emploi de la nouvelle profession de spermateur, et la surcharge en stock de la marchandise fabriqu&#233;e ?). Non dit-on, les principaux facteurs d'opposition sont : &#8220; La masturbation n&#233;cessaire au recueil du sperme, le caract&#232;re adult&#233;rin de l'acte (ressenti souvent ainsi par la femme), le fait de ne point conna&#238;tre le devenir de la semence humaine. &#8221;[Martine Allain-Regnault, Le Monde, 14 f&#233;vrier 1973]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la peur de l'adult&#232;re, riposte toute pr&#234;te : que le donneur ne soit pas mari&#233;. Quant &#224; l'angoisse (ignoble faut-il le dire ?) d'&#234;tre p&#232;re sans le savoir, elle rel&#232;ve encore de l'institution familiale par laquelle p&#232;re et m&#232;re se voient conc&#233;der toute propri&#233;t&#233; sur l'enfant comme sur leur produit. Enfin pour le premier obstacle, nous sugg&#233;rons que la banque du sperme s'assure le concours d'onanistes : excellente illustration de ce que, vraisemblablement, dans le grand n&#233;goce du capital, tous les petits dispositifs, tous les branchements sont marchandables, au point que celui de ces dispositifs qui, de tr&#232;s longue date, comme on sait, a partout subi non seulement les censures de la moralit&#233; et les sanctions pour atteinte aux moeurs, mais aussi d&#251; essuyer le m&#233;pris des esprits lib&#233;raux, voire r&#233;volutionnaires : jouir en se branlant,- puisse en raison m&#234;me de la st&#233;rilit&#233; irr&#233;m&#233;diable de son r&#233;sultat (r&#233;pandre le sperme sur le sol), devenir le v&#233;hicule privil&#233;gi&#233; parce que substitiable et n&#233;gociable et diff&#233;rable, de la propagation f&#233;conde en syst&#232;me mercantile. Qu'en m&#234;me temps que disparaissent les m&#232;res, on soit aussi d&#233;barrass&#233; des p&#232;res avec leur souci de revenu spermatique sous la forme de leurs fils et filles (...) &#8221; (216-218)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;12)-Walter Lewino &#8220; Enfin seul(e) !, le guide du vrai c&#233;libataire &#8221;, Sand, 1989, 212 p.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; Nous sommes tous, d'origine, c&#233;libataires, mais par un de ces tours de passe-passe dont l'histoire est friande, le c&#233;libat est extravagance alors que la famille et le couple sont la norme. (...) Encore faut-il s'entendre sur le sens du mot. Qu'est-ce qu'un c&#233;libataire ? Qui l'est, qui ne l'est pas ? Les rares personnes qui en traitent statisticiens, d&#233;mographes, sondeurs, pataugent chacune &#224; sa fa&#231;on. Suivant l'inspiration, elles retiennent ou rejettent les divorc&#233;s et les laiss&#233;s-pour-compte, les &#233;tudiants et les grabataires, les veufs et les concubins, les pr&#234;tres et les bonnes soeurs, les homos et les vierges... Risquons une d&#233;finition : est c&#233;libataire celui ou celle qui ne cohabite pas avec un partenaire sexuel pass&#233; ou pr&#233;sent. Et cela qu'il soit vraiment mari&#233; ou non, satisfait ou pas, trop jeune pour se d&#233;cider ou trop vieux pour r&#233;cidiver, qu'il en p&#226;tisse ou qu'il s'en d&#233;lecte, qu'il h&#233;berge ses enfants, sa vieille maman ou un(e) coll&#232;gue de travail... En fait, le concept de c&#233;libataire souffre moins d'ambiguit&#233; que d'ambivalence. On a pris l'habitude de mettre dans le m&#234;me sac les c&#233;libataires volontaires et les c&#233;libataires contraints alors que tout les oppose : go&#251;ts, objectifs, mentalit&#233;. Andr&#233; Bercoff (...) nous pardonnera de le piller et de reprendre a notre compte son merveilleux distinguo, il y a les c&#233;libattants et les c&#233;libattus&#8221; (...) &#8221; (pp.9-12)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; Ne reste (...) pas c&#233;libataire qui veut. Tout se ligue (...) pour contraindre hommes et femmes &#224; s'encha&#238;ner l'un &#224; l'autre jusqu'&#224; la mort, selon des rites variables, parfois socialement int&#233;ressants, souvent sexuellement contraignants. Demeurer c&#233;libataire &#224; notre &#233;poque (...) demande une vigilance de tous les instants. Avant, il suffisait de ne pas se marier pour rester c&#233;libataire, maintenant il faut surtout &#233;viter le concubinage. Or, celui-ci est un grand malin, un adversaire sournois et ent&#234;t&#233; qui ne baisse pas facilement les bras. N'oublions pas : est c&#233;libataire celui ou celle qui ne partage pas le logement de son ou de ses partenaires sexuels. Le reste n'est que litt&#233;rature, astuce statistique, r&#233;cup&#233;ration d&#233;magogique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc le logement, et non la sexualit&#233; qui fait le c&#233;libataire. Autrement dit, faites l'amour, vivez des nuits d&#233;moniaques dans des couches alanguies, mais la folie amoureuse assouvie, que chacun rentre chez soi, retrouve sa ch&#232;re solitude.(...) H&#233;las ! La crise du logement, l'insouciance des jeunes g&#233;n&#233;rations qui pensent que le provisoire n'a pas d'avenir, le vieux phantasme du sommeil enlac&#233;, les programmes de t&#233;l&#233; qui se prolongent tard alors que les transports en commun s'arr&#234;tent t&#244;t, l'ins&#233;curit&#233; des villes... autant de raisons-pr&#233;textes qui conduisent deux partenaires sexuels d'occasion &#224; planter un jour leur brosse &#224; dents dans le m&#234;me verre et &#224; jeter leurs sous-v&#234;tements dans le m&#234;me panier de linge sale. La motivation budg&#233;taire est d&#233;terminante en cette &#233;poque o&#249; l'&#233;conomie a pris le pouvoir. Un seul loyer, l'&#233;lectrom&#233;nager commun, l'addition de deux biblioth&#232;ques, de deux discoth&#232;ques, le mariage heureux de la passion culinaire et de la facult&#233; bricoleuse avec, en guise de no man's land la vaisselle partag&#233;e qui est devenue le symbole de l'harmonie du couple, tous les arguments sont bons. On ne compte plus les militants de la libert&#233; totale, les fanatiques de la vie en solo qui se sont pi&#233;g&#233;s eux-m&#234;mes &#224; la suite d'une machine &#224; laver d&#233;traqu&#233;e, d'un water bouch&#233;, d'un plomb saut&#233;, d'un loyer en retard, ou d'une facture d'&#233;lectricit&#233; non r&#233;gl&#233;e. &#8221; (pp.97-98)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; On p&#233;n&#232;tre g&#233;n&#233;ralement dans l'union libre les yeux band&#233;s. On s'est plu, on a fait l'amour, on a poursuivi un petit bout de chemin ensemble, l'habitude s'est install&#233;e, parfois d&#233;licieusement... et le tour est jou&#233; sans que personne ne l'ait vraiment d&#233;cid&#233; ! L'op&#233;ration a ce parfum d'&#233;ph&#233;m&#232;re qui est le plus sournois des leurres. Pourquoi se m&#233;fier d'une union qui n'a rien d'&#233;ternel et qu'on peut rompre a la demande ? pensent de nombreux na&#239;fs, persuad&#233;s qu'ils pourront r&#233;cup&#233;rer leur ch&#232;re libert&#233; &#224; l'heure et au jour d&#233;sir&#233;s. Douce utopie. L'exp&#233;rience prouve qu'une union libre se rompt au bout de huit jours ou se tra&#238;ne &#224; n'en plus finir, &#224; la mani&#232;re du mariage, par indiff&#233;rence, veulerie ou int&#233;r&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On doit &#224; un sociologue chr&#233;tien la formule suivante ; &#8220; le concubinage est l'union d'une personne qui aspirait au c&#233;libat avec une autre qui r&#234;vait de mariage. &#8221; On aura compris qui est celui qui aspire au c&#233;libat et qui est celle qui r&#234;ve de mariage. Qu'importe, la formule est int&#233;ressante en ce sens qu'elle souligne que deux concubins sont rarement &#233;gaux face &#224; leur avenir de couple, l'un des deux aspirant &#224; davantage de p&#233;rennit&#233; que l'autre. &#8221; (p.101)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; Cohabitation veut rapidement dire 3 nuits sans passion, r&#233;veils poisseux, repas partag&#233;s dans l'indiff&#233;rence, salle de bains jamais libre et toilettes toujours occup&#233;s, peignes crasseux et serviettes mouill&#233;es (...) Quel amour pourrait r&#233;sister &#224; ce torrent de vulgarit&#233;s, &#224; cet encha&#238;nement de petites m&#233;diocrit&#233;s ? &#8221; (p.103)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; Le c&#233;libataire (..) peut d&#233;vorer les mus&#233;es de la vieille Europe, tra&#238;ner des week-ends au lit, partir &#224; la d&#233;rive sur des petites routes de province, jouer les Gaudi en chambre, se remettre au piano, voire &#224; la batterie... Le fait&#8212;il vraiment ? Rien n'est moins s&#251;r. Il a la possibilit&#233; de le faire, cela lui suffit. Il ressemble &#224; ces Parisiens qui, pour rien au monde, n'habiteraient la province, car &#224; Paris, disent&#8212;ils, on peut tout voir, tout conna&#238;tre (...) et, riv&#233;s &#224; leur poste de t&#233;l&#233;vision, ne sortent jamais. Peu importe, ils pourraient le faire, et cela les comble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Attention, la solitude est une ma&#238;tresse perverse, elle a ses exigences et le pardon difficile&#8221; Meubler sa libert&#233; demande autant de tact et de pers&#233;v&#233;rance que sauvegarder un m&#233;nage. Ce n'est pas la sexualit&#233; qui diff&#233;rencie le plus le solitaire de la personne mari&#233;e, mais son utilisation du temps disponible. Le c&#233;libataire incapable d'organiser ses plaisirs, de planifier ses petites manies, de bricoler ses temps morts sombrera presque toujours dans le mariage. &#8221; (pp. 135-136)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;13)-Alfred Vanesse &#8220; Solitude destructrice-Solitude lib&#233;ratrice &#8221; in colloque sur la solitude organis&#233; par le Groupe d'Action pour la d&#233;fense des Personnes qui vivent Seules (GRAPS) les 18 et 19 octobre 1986 &#224; Brest, pp.39-49.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; (...) La solitude est un fait in&#233;luctable. Elle est li&#233;e &#224; notre condition humaine. A vouloir la refuser nous faisons en sorte qu'elle devienne destructrice. Car, &#224; vouloir la supprimer, nous ne pouvons que la fuir et la fuir, c'est la voir n&#233;cessairement revenir. Refuser la solitude, c'est porter de mani&#232;re permanente en soi et pr&#233;senter aux autres, une demande d'amour qu'aucune relation ne peut satisfaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En acceptant le fait de notre solitude, nous renon&#231;ons &#224; cette demande d'amour qui garde toujours un relent d'exclusivit&#233;, de possession de l'autre, de dur&#233;e plus ou moins &#233;ternelle. Ce renoncement n'exclut ni la fid&#233;lit&#233;, ni les relations durables, mais il rend possibles les multiples relations que nous offre la vie quotidienne. D&#233;tach&#233;s que nous devenons, nous sommes aussi bien plus acceptables, bien plus attrayants pour autrui parce que nous sommes devenus libres. Pour jouir des relations de la vie quotidienne, il faut &#234;tre devenu, de quelque fa&#231;on, affectivement autonome.(...) Concr&#232;tement, il nous faut souvent apprendre &#224; chercher d'abord en nous m&#234;mes ce que nous serions tent&#233;s de demander &#224; d'autres (...) Assumer sa solitude, c'est ainsi s'ouvrir &#224; une multitude de relations (...) non possessibles qui laissent les autres libres parce que soi-m&#234;me on l'est devenu.(...) &#8221; (pp.47-48)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;14)-Pierre de Locht &#8220; Solitaires, handicap&#233;s de l'amour ? &#8221; in colloque sur la solitude organis&#233; par le Groupe d'Action pour la d&#233;fense des Personnes qui vivent Seules (GRAPS) les 18 et 19 octobre 1986 A Brest, pp.53-69.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; On ne se dissout pas dans la relation &#224; autrui. La solitude ici est prise dans le sens de cette capacit&#233; d'autonomie, c'est-&#224;-dire cette capacit&#233; de puiser en derni&#232;re analyse en soi les raisons de ses choix, les motivations de ce qu'on fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...) D'o&#249; un &#233;quilibre difficile, jamais achev&#233;, sans cesse &#224; reconstruire entre l'indispensable pr&#233;sence des autres et aux autres et l'autonomie personnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...) Faut-il dans cet ensemble de liens sociaux, une relation privil&#233;gi&#233;e ? Privil&#233;gi&#233;e, dans le sens d'une relation non possessive, tendant &#224; un face a face d'&#233;gal &#224; &#233;gal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...) Sans rien enlever de l'importance d'une [telle] relation, je me demande si nous ne p&#226;tissons pas, &#224; notre &#233;poque, d'une hypertrophie d'un seul mod&#232;le de relation &#224; autrui. Sortant d'une longue histoire marqu&#233;e par la suspicion &#224; l'&#233;gard de la sexualit&#233;, on risque de faire de la relation sexuelle g&#233;nitale le mod&#232;le et le sommet de toute relation, toutes les autres &#233;tant presque consid&#233;r&#233;es courte mineures, comme amput&#233;es, et cherchant en quelque sorte &#224; s'approcher de ce mod&#232;le soit-disant id&#233;al.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...) La maturit&#233; humaine, le plaisir et la joie de vivre, tiennent, me semble-t-il, &#224; la capacit&#233; de vivre les diff&#233;rents claviers de relations inter-personnelles sans se braquer sur un seul mod&#232;le dont les autres types de relations ne seraient que des approches plus ou moins lointaines.(...) &#8221; (pp.54-59)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; Toute relation a besoin d'expression tangible. Alors, o&#249; est la fronti&#232;re entre les expressions affectives, sensuelles, g&#233;nitales ? Souvent on a tendance &#224; consid&#233;rer que rien de grave ne s'est pass&#233; entre deux personnes s'il n'y a pas eu d &#8216; expression g&#233;nitale. La relation sexuelle g&#233;nitale constituerait-elle un seuil d&#233;cisif ? (...) Ce seuil tient-il seulement &#224; la survivance de l'imp&#233;ratif majeur de f&#233;condit&#233; ? Est-il d&#251; &#224; un tabou qu'il faudrait pouvoir d&#233;passer ? (...) En effet, alors que des amiti&#233;s solides, profondes, engag&#233;es, fid&#232;les, peuvent se diversifier sans se faire tort l'une &#224; l'autre, le lien g&#233;nital appelle-t-il l'exclusivit&#233; sous peine de se r&#233;duire &#224; une relation toute superficielle ? &#8221; (pp.63-64)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;15)-David Cooper &#8220; Mort de la famille &#8221;, Seuil, 1972, 157p.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; Pourquoi ne tombons-nous pas dans le pi&#232;ge confortable de la famille s'hypostasiant elle-m&#234;me en la Famille, et, de l'int&#233;rieur m&#234;me du syst&#232;me, n'explorons nous pas ensuite les diff&#233;rents m&#233;canismes par lesquels la structure interne de la famille bloque les rencontres entre les &#234;tres et exige de chacun de nous l'offrande sacrificielle qui n'apaise rien ni personne, si ce n'est cette abstraction hautement agissante : la Famille ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faute de dieux, nous avons d&#251; inventer de puissantes abstractions et aucune d'elles n'est aussi fortement destructrice que la famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir de la famille r&#233;side dans sa fonction de rouage social. Elle renforce le pouvoir r&#233;el de la classe dominante dans toutes les soci&#233;t&#233;s fond&#233;es sur l'exploitation, en tirant de chaque institution un paradigme &#233;minemment contr&#244;lable. Ainsi trouvons-nous l'organisation familiale reproduite dans les structures de l'usine, du syndicat, de l'&#233;cole primaire et secondaire, de l'Universit&#233;, des grandes firmes de l'Eglise, des partis politiques et de l'appareil d'Etat, de l'Arm&#233;e, des h&#244;pitaux, etc. &#8221; (pp.6-7)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;16)-Alina Reyes &#8220; La d&#233;voration &#8221; in revue &#8220; Autrement &#8221; n 168, Janvier 1997, pp.50-60.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; (...) Travail, famille, patrie. Torture, prison, pouvoir. Contraintes. Toute famille, tout regroupement d'&#234;tres li&#233;s par le sang, une id&#233;ologie, une religion, une terre, souvent m&#234;me une amiti&#233;, a pour but non avou&#233; mais constamment &#224; l'oeuvre d'oppresser et de d&#233;truire l'individu. Saignons mes fr&#232;res ! Lac&#233;rons-nous, d&#233;vorons-nous les uns les autres ! Seule notre avidit&#233; &#224; nous entrebouffer l'&#226;me saura garantir la perp&#233;tuation de notre union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les p&#233;riodes de renforcement de l'Etat, ont not&#233; les anthropologues, induisent une r&#233;duction des familles, un desserrement des liens familiaux jusqu'&#224; leur plus simple expression, la cellule nucl&#233;aire parents-enfants. Inversement, les grandes familles ont toujours constitu&#233; un contre-pouvoir au pouvoir central (il fut un temps o&#249; chaque baron r&#233;gnait sur son territoire). Non que l'esprit de famille soit n&#233;cessairement un ennemi de l'Etat. Au contraire, en &#233;duquant l'individu au respect de l'ordre &#233;tabli et &#224; la soumission &#224; la loi commune, il peut en &#234;tre un alli&#233; pr&#233;cieux. Mais pour assurer son pouvoir, l'Etat doit &#224; la fois encourager cet esprit et affaiblir ou d&#233;courager la concurrence de regroupements &#224; caract&#232;re familial trop importants - familles &#8220; biologiques &#8221; ou lobbies divers. Car l'id&#233;e de toute famille, et l'Etat &#224; cet &#233;gard en est une, c'est que tous ses membres doivent se plier &#224; sa seule loi. &#8221; (pp.50-51)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; Le repas de famille, comme en attestent les tensions qui l'&#233;mail lent invariablement, est bien le lieu d'un cannibalisme symbolique, moral et psychologique. Etre bouff&#233; par sa famille, c'est une &#233;preuve que tout le monde conna&#238;t ou a connue. Avec plus ou moins de bonheur. Certains semblent se d&#233;lecter de ce jeu de d&#233;voration qui pr&#233;side &#224; tout rassemblement de type familial, o&#249; l'intimit&#233; le dispute &#224; la f&#233;rocit&#233;. D&#233;lectation sans doute morose, car elle participe avant tout de l'ordre de la d&#233;pendance, et que d'autres, aventuriers et solitaires de toute sorte, s'ing&#233;nient &#224; fuir sans jamais y parvenir tout &#224; fait. Car malheureusement il n'est nul besoin d'&#234;tre consentant pour devenir la proie des pulsions cannibales de ses semblables. (...) Cette r&#233;union autour de la table est en v&#233;rit&#233;, &#224; y regarder de pr&#233;s, une c&#233;r&#233;monie sacrificielle. L'un des meilleurs exemples en est peut-&#234;tre le banquet de mariage, o&#249; l'on vient sacrifier la libert&#233;, la solitude, et une partie de l'identit&#233; des nouveaux &#233;poux. Mais ainsi commence la famille... &#8221; (p. 52)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;17)&#8212;Pierre Pachet &#8220; Immerg&#233;-Submerg&#233; &#8221; in revue &#8220; Autrement &#8221; n &#8221;168, Janvier 1997, pp., 107-116&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; Une famille, &#231;a ressemble de fa&#231;on effrayante &#224; une soci&#233;t&#233; ; mais c'est une fausse soci&#233;t&#233;. C'est plut&#244;t une patrie, qu'il faut aimer, que l'on ne peut qu'aimer (puisque c'est l&#224; que se trouvent papa et maman - c'est peu de dire qu'ils s'y trouvent). Une patrie non plus, ce n'est pas une soci&#233;t&#233; ; se pr&#233;sentant comme patrie, &#231;a nie &#234;tre une soci&#233;t&#233; : une soci&#233;t&#233; dans laquelle, par exemple, des int&#233;r&#234;ts divergents pourraient entrer en conflit, une soci&#233;t&#233; o&#249; les conflits seraient r&#233;gl&#233;s, non par l'exercice de l'autorit&#233; ou par la violence, mais en appliquant des r&#232;gles admises par tous&#8221; (..&#8222;) &#8221; (p.108)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; (...) La famille para&#238;t incroyablement vide ou presque vide, comme r&#233;duite &#224; un essentiel insaisissable. En elle, les enfants per&#231;oivent surtout une fonction &#233;conomique, d'abri et de garde-manger (de r&#233;frig&#233;rateur) : ici, il y a &#224; manger pour toi, ta place est r&#233;serv&#233;e, personne ne peut te la prendre. C'est le lieu du monde qui a vocation ) les accueillir, qui ne peut les traiter en &#233;trangers (comme un parasol aux rayons et aux couleurs impossibles &#224; confondre avec d'autres, piqu&#233; dans le sable de la plage, que l'on reconnait de loin, et qui fait un peu battre le coeur). Mais cette fonction &#233;conomique recouvre une r&#233;alit&#233; plus t&#233;nue et plus difficile &#224; d&#233;faire : ces gens qui vous accueillent et vous nourrissent ont vocation &#224; vous conna&#238;tre, ils ne vous confondent avec personne, et finalement ils en savent sur vous vos go&#251;ts, vos d&#233;sirs, vos besoins - plus que vous-m&#234;me. La seule chose qui soit vraiment &#224; soi, en famille, ce ne sont pas les petits objets qu'ils vous ont offerts ou laiss&#233; prendre, ce sont de mis&#233;rables bouts de pens&#233;es, des &#233;motions d&#233;pourvues de contour et de sens, ce que vous avez fait pousser en vous-m&#234;me en vous cachant de leurs regards, en vous prot&#233;geant des phrases et des chansonnettes qu'ils introduisaient de force dans votre t&#234;te - cette t&#234;te qui &#233;tait &#224; eux, qui &#233;tait urne pi&#232;ce de l'appartement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils vous connaissent depuis l'&#233;poque o&#249; vous &#233;tiez leur chose, cette &#233;poque dont vous ne vous souvenez pas et dont ils rient ensemble en vous regardant, dans ces moments o&#249; ils veulent vous maintenir dans l'enfance telle qu'ils la con&#231;oivent, vous &#8220; cuculiser &#8221; comme dit le h&#233;ros du Ferdydurke de W.Gombrowitz.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La famille est l'endroit o&#249; l'on fabrique, o&#249; l'on entretient et o&#249; l'on maintient les humains, o&#249; on les pourvoit d'une odeur, d'appartenance qui les distingue, sans qu'eux-m&#234;mes la connaissent. Cette odeur d'humains bouillis, entass&#233;s et lessiv&#233;s est, pour chacun des membres de la famille, un fond aussi neutre qu'un air pur ; la seule odeur qu'ils per&#231;oivent et qui les g&#234;ne est celle de la famille d'&#224; c&#244;t&#233;. Dans l'appartement, les murs d'une chambre, m&#234;me ferm&#233;e &#224; clef, ne sont pas capables de vous dispenser de cette odeur vitale, de vous la faire oublier. La famille veut exister, en vertu d'un obscur et ancien vouloir ; et pour cela elle a besoin de vous et de votre complicit&#233;. Aucun patrimoine &#224; transmettre ni &#224; accaparer : rien que l'incertitude d'une institution qui souvent s'affole de se sentir vide, et dont l'instabilit&#233; inqui&#232;te cherche &#224; se transformer en inertie, le mutisme en bavardage et en force de r&#233;p&#233;tition. On s'y prot&#232;ge du regard et du jugement des autres, pour pouvoir se d&#233;tendre dans un espace o&#249; personne ne regarde personne, parce qu'il suffit que l'on s'y reconnaisse. Pas d'indulgence, pas d'estime, mais l'habitude et la familiarit&#233; qui apparentent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...) Le paradoxe est que cette fragilit&#233; nouvelle de la famille ne la rende pas plus l&#233;g&#232;re. (...) D'une famille qui apparemment p&#232;se &#224; peine plus lourd que vous, pourquoi est-il si malais&#233;, si douloureux de se d&#233;faire ? Pourquoi y faut-il tant de violence ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On y est bien, immerg&#233; avec de l'eau jusqu'en dessous des narines, comme dans une baignoire d'eau chaude, quand on est sur d'avoir &#224; manger le soir, et o&#249; dormir. Tout autour sont ces gens qui vous connaissent (sans pour autant vous reconna&#238;tre), qui sont possesseurs de vous. Ils ne veulent vous avoir ni pour vous faire h&#233;riter d'eux, ni pour vous faire travailler pour eux, mais avant tout pour poss&#233;der un humain de plus, et le poss&#233;der comme individu. A d&#233;faut, ils poss&#233;deraient un animal &#8220; familier &#8221;, ou un objet, une maison. Mais pourquoi se priver de ce luxe extraordinaire de poss&#233;der un individu humain en toute impunit&#233;, quand il est si difficile d'en &#234;tre un soi-m&#234;me !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est bien, immerg&#233;. Et sans que l'on sache pourquoi, voil&#224; que cette flottaison heureuse, au bord de l'engloutissement, les yeux clos, l'attention engourdie, pleine des bruits de la maison, voil&#224; que tout se renverse, et que tout l'espace domestique veut vous avaler, et vous avaler encore, et cependant vous tourmenter de reproches, de sons qui vous refusent la vie, tout en vous contraignant &#224; rester l&#224; pour assister &#224; votre propre destruction. Un moment est venu qui a tout chang&#233; : d&#233;sormais le bourdonnement calme du rasoir de papa menace de vous d&#233;chiqueter les nerfs, et commence &#224; le faire ; la rengaine chantonn&#233;e &#224; la cuisine se chante en vous, veut &#234;tre chant&#233;e par vous ; elle veut qu'au coeur de vous m&#234;me, vous soyez quelqu'un d'autre, la b&#234;tise de quelqu'un d'autre (et pas la v&#244;tre). Dans une seconde, une voix va s'&#233;lever pour vous demander de faire ce que l'on vous demande de faire depuis une heure, ou depuis des semaines - et vous ne le supporterez pas ; une main va changer de cha&#238;ne de t&#233;l&#233; ou de station de radio, et vous aurez envie de prendre une arme, et de supprimer la volont&#233; qui, en dehors de vous, a agi ainsi (une volont&#233; qui, dans cette promiscuit&#233; &#233;trange qui a pour nom &#8220; famille &#8221;, ne peut parvenir a ses fins qu'en traversant vos espaces les plus intimes, comme lorsqu'&#224; table on ne peut atteindre la sali&#232;re qu'en s'interposant entre la main et la bouche de quelqu'un, lorsque dans un lit &#233;troit on ne peut ramener un pied vers soi qu'en enfon&#231;ant un genou dans de la chair. En famille, on ne cesse de faire l'amour - dans la haine) .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; Nucl&#233;aire &#8221;, la famille, r&#233;duite &#224; son noyau parcouru par des forces coh&#233;sives contraires. Nucl&#233;aire-explosive. Elle serait parfaite, fonctionnelle dans sa stupidit&#233; m&#234;me, si c'&#233;tait elle qui avait tenir le r&#244;le de composant &#233;l&#233;mentaire de la soci&#233;t&#233;. Mais ce n'est pas le cas : ce sont les individus qui sont les &#233;l&#233;ments. Quiconque vit en famille et n'est pas totalement d&#233;pourvu de forces doit ob&#233;ir &#224; l'injonction d'&#234;tre s&#233;par&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...) E n famille (...) les corps, les &#233;l&#233;ments et les personnes sont affect&#233;s d'une pesanteur que chacun d'eux contribue aussi &#224; accro&#238;tre. Non que l'on soit plus ce que l'on est : on l'est plus durablement, plus incurablement. Ce que l'on a dit, ce que l'on a fait, ce qui vous a &#233;t&#233; fait et dit reste, aussi impossible &#224; jeter que le cadeau inutile qui vous a &#233;t&#233; impos&#233;. D'o&#249; l'exasp&#233;ration, la souffrance, les impulsions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est comme si l'on assistait &#224; la naissance de toute violence ; comme si la violence humaine &#233;tait en effet ca&#239;nique, d'abord et toujours violence contre les siens, violence contre ceux que l'on aime, contre ceux dont l'amour vous submerge. Quels actes, quels gestes, quelles armes permettront d'en finir avec ceux qui sont propri&#233;taires de votre odeur, avec ceux qui parlent dans votre voix ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(On peut vouloir tuer ceux qui ont vu, les t&#233;moins ; ceux qui veulent prendre ce que vous voulez, les concurrents ; ceux qui vous interdisent de vivre, les juges et les forts ; avec la famille, c'est tout cela, plus l'impossibilit&#233; d'en finir. On ne peut y tuer que dans le massacre, dans un geste qui a du mal &#224; se d&#233;p&#234;trer de lui-m&#234;me. Peut-&#234;tre une famille n'est-elle pr&#233;serv&#233;e de cette violence terrible que si ses membres sont capables de se regarder les uns les autres avec un peu d'indiff&#233;rence, d'insensibilit&#233;.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...) Cette &#8220; maison &#8221;, ce &#8220; chez &#8221; qui &#233;tait un chez-soi, on en est exclu, &#233;trangement, par une force qui vient de soi. L'essentiel de soi ne veut-il pas revenir, se soumettre, s'asseoir aux pieds du fauteuil pour encore &#233;couter la radio, se laisser enduire de l'odeur famili&#232;re ? Si, mais il y a aussi quelque chose de plus soi que soi, une petite puissance sauvage assoiff&#233;e d'anonymat, d'obscurit&#233;, qu'il ne fallait pas pousser &#224; bout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;sir de destruction tel qu'il &#233;clate dans les crises est &#224; coup sur spectaculaire, et nous para&#238;t volontiers &#233;clairant. Il l'est peut-&#234;tre moins, en d&#233;finitive, que certaines sc&#232;nes plus ind&#233;cises, o&#249; la violence, priv&#233;e d'issue, vient colorer toutes les phrases dites, tous les gestes, et jusqu'&#224; l'air qu'il faut alors respirer.(...) &#8221; (pp.110-115)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;18)-Pierre Bourdieu &#8220; L'esprit de famille &#8221; in &#8220; Raisons pratiques, sur la th&#233;orie de l'action &#8221;, Seuil, 1994, pp.135-145.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; Si la famille appara&#238;t comme la plus naturelle des cat&#233;gories sociales, et si elle est vou&#233;e de ce fait &#224; fournir le mod&#232;le de tous les corps sociaux, c'est que la cat&#233;gorie du familial fonctionne, dans les habitus, comme sch&#232;me classificatoire et principe de construction du monde social et de la famille comme corps social particulier, qui s'acquiert au sein m&#234;me d'une famille comme fiction sociale r&#233;alis&#233;e. La famille est en effet le produit d'un v&#233;ritable travail d'institution, &#224; la fois rituel et technique, vivant &#224; instituer durablement en chacun des membres de l'unit&#233; institu&#233;e des sentiments propres &#224; assurer l'int&#233;gration qui est la condition de l'existence et de la persistance de cette unit&#233;. Les rites d'institution (mot qui vient de stare, se tenir, &#234;tre stable) visent &#224; constituer la famille en une entit&#233; unie, int&#233;gr&#233;e, unitaire, donc stable, constante, indiff&#233;rente aux fluctuations des sentiments individuels. Et ces actes inauguraux de cr&#233;ation (imposition du nom de famille, mariage, etc.) trouvent leur prolongement logique dans les innombrables actes de r&#233;affirmation et de renforcement visant &#224; produire par une sorte de cr&#233;ation continu&#233;e, les affections oblig&#233;es et les obligations affectives du sentiment familial (amour conjugal, amour paternel et maternel, amour filial, amour fraternel, etc.). Ce travail constant d'entretien des sentiments vient redoubler l'effet performatif de la simple nomination comme construction d'objet affectif et socialisation de la libido (la proposition &#8220; c'est ta soeur &#8221; enfermant par exemple l'imposition de l'amour fraternel comme libido sociale d&#233;sexualis&#233;e - tabou de l'inceste). Pour comprendre comment la famille, de fiction nominale devient groupe r&#233;el dont les membres sont unis par d'intenses liens affectifs, il faut prendre en compte tout le travail symbolique et pratique qui tend &#224; transformer l'obligation d'aimer en disposition &#8220;aimante et &#224; doter chacun des membres de la famille d'un &#8220; esprit de famille &#8221; g&#233;n&#233;rateur de d&#233;vouements, de g&#233;n&#233;rosit&#233;s, de solidarit&#233;s (ce sont aussi bien les innombrables &#233;changes ordinaires et continus de l'existence quotidienne, &#233;changes de dons, de services, d'aides, de visites, d'attentions, de gentillesses, etc., que les &#233;changes extraordinaires et solennels des f&#234;tes familiales - souvent sanctionn&#233;s et &#233;ternis&#233; par des photographies consacrant l'int&#233;gration de la famille rassembl&#233;e). Ce travail incombe tout particuli&#232;rement aux femmes, charg&#233;es d'entretenir les relations (avec leur propre famille, mais aussi, bien souvent, avec celle de leur conjoint), par les visites, mais aussi par la correspondance (et en particulier les &#233;changes rituels de lettres de voeux) et par les communications t&#233;l&#233;phoniques. Les structures de parent&#233; et la famille comme corps ne peuvent se perp&#233;tuer qu'au prix d'urne cr&#233;ation continu&#233;e du sentiment familial, principe cognitif de vision et de division qui est en m&#234;me temps principe affectif de coh&#233;sion, c'est &#224; dire adh&#233;sion vitale &#224; l'existence d'un groupe familial et de ses int&#233;r&#234;ts&#8221; &#8221; (pp.139-140)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; La famille joue (...) un r&#244;le d&#233;terminant dans le maintien de l'ordre social, dans la reproduction, non pas seulement biologique mais sociale, c'est-&#224;-dire dans la reproduction de la structure de l'espace social et des rapports sociaux. Elle est un des lieux par excellence de l'accumulation du capital sous ses diff&#233;rentes esp&#232;ces et de sa transmission entre les g&#233;n&#233;rations : elle sauvegarde son unit&#233; pour la transmission et par la transmission, afin de pouvoir transmettre et parce qu'elle est en mesure de transmettre. Elle est le &#8220; sujet &#8221; principal des strat&#233;gies de reproduction. Cela se voit bien, par exemple, avec la transmission du nom de famille, &#233;l&#233;ment primordial du capital symbolique h&#233;r&#233;ditaire : le p&#232;re n'est que le sujet apparent de la nomination de son fils puisqu'il le nomme selon un principe dont il n'est pas le ma&#238;tre et que, en transmettant son propre nom (le nom du p&#232;re), il transmet une auctauritas dont il n'est pas l'auctor, et selon une r&#232;gle dont il n'est pas le cr&#233;ateur (...) &#8221; (p.141)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; Si le doute radical reste indispensable c'est que le simple constat positiviste (la famille existe, nous l'avons rencontr&#233;e sous notre scalpel statistique) risque de contribuer, par l'effet de ratification y d'enregistrement, au travail de construction de la r&#233;alit&#233; sociale qui est inscrit dans le mot de famille et dans le discours familialiste qui, sous apparence de d&#233;crire une r&#233;alit&#233; sociale, la famille, prescrit un mode d'existence, la vie de famille. En mettant en oeuvre sans examen une pens&#233;e d'Etat, c'est-&#224;-dire les cat&#233;gories de pens&#233;e du sens commun, inculqu&#233;es par l'action de l'Etat, les statisticiens d'Etat contribuent &#224; reproduire la pens&#233;e &#233;tatis&#233;e qui fait partie des conditions de ? fonctionnement de la famille ? cette r&#233;alit&#233; dite priv&#233;e d'origine publique. (...) L'Etat, notamment &#224; travers toutes les op&#233;rations d'&#233;tat civil, inscrites dans le livret de famille, op&#232;re des milliers d'actes de constitution qui constituent l'identit&#233; familiale comme un des principes de perception les plus puissants du monde social et une des unit&#233;s sociales les plus r&#233;elles. Beaucoup plus radicale, en fait que la critique ethnom&#233;thodologique, une histoire sociale du processus d'institutionnalisation &#233;tatique de la famille ferait voir que l'opposition traditionnelle entre le public et le priv&#233; masque &#224; quel point le public est pr&#233;sent dans le priv&#233; au sens m&#234;me de privacy. Etant le produit d'un long travail de construction juridico-politique dont la famille moderne est l'aboutissement, le priv&#233; est une affaire publique. La vision publique (le nomos, au sens cette fois de loi) est profond&#233;ment engag&#233;e dans notre vision des choses domestiques, et nos conduites les plus priv&#233;es elles-m&#234;mes d&#233;pendent d'actions publiques, comme la politique du logement ou, plus directement, la politique de la famille. Ainsi, la famille est bien une fiction, un artefact social, une illusion au sens le plus ordinaire du terme, mais une &#8220; illusion bien fond&#233;s &#8221;, parce que, &#233;tant produite et reproduite avec la garantie de l'Etat, elle re&#231;oit &#224; chaque moment de l'Etat les moyens d'exister et de subsister &#8221; (pp.144-145)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>N. Zaltman : &#171; De la gu&#233;rison psychanalytique &#187;</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?418-n-zaltman-de-la-guerison</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?418-n-zaltman-de-la-guerison</guid>
		<dc:date>2011-07-06T13:56:22Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Note de lecture d'une sympathisante, avec laquelle on ne partagera peut-&#234;tre pas compl&#232;tement l'enthousiasme pour les th&#232;ses de N. Zaltmann. Le livre de Nathalie Zaltzman (membre fondateur du 4&#232;me Groupe d&#233;c&#233;d&#233;e l'an dernier), De la Gu&#233;rison psychanalytique (PUF 1998), inclus, comme chapitre, son article publi&#233; en 79 dans la revue Topiques sur &#8220;la pulsion anarchiste&#8221;. Avant de communiquer de larges extraits de ce chapitre, voici quelques citations tir&#233;es de ce qui le pr&#233;c&#232;de et qui (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Note de lecture d'une sympathisante, avec laquelle on ne partagera peut-&#234;tre pas compl&#232;tement l'enthousiasme pour les th&#232;ses de N. Zaltmann.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le livre de Nathalie Zaltzman (membre fondateur du 4&#232;me Groupe d&#233;c&#233;d&#233;e l'an dernier), &lt;strong&gt;De la Gu&#233;rison psychanalytique&lt;/strong&gt; (PUF 1998), inclus, comme chapitre, son article publi&#233; en 79 dans la revue Topiques sur &#8220;la pulsion anarchiste&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de communiquer de larges extraits de ce chapitre, voici quelques citations tir&#233;es de ce qui le pr&#233;c&#232;de et qui permettent de bien situer la r&#233;flexion de Zaltzman sur ce sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Extraits pr&#233;alables&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;&lt;i&gt;Lorsque Freud se r&#233;f&#232;re &#224; la gu&#233;rison par l'analyse, car lui s'y r&#233;f&#232;re, il ne donne pas d'autre contenu &#224; ce terme que celui du franchissement des r&#233;sistances&lt;/i&gt;&#8221; (p. 8)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;&lt;i&gt;La pratique de la psychanalyse, pour l'analysant comme pour l'analyste, est une pratique m&#233;galomane (...). Elle doit soutenir une ambition inhabituelle : celle de porter aide et rem&#232;de &#224; une souffrance en modifiant l'auteur de cette souffrance et ce, par des proc&#233;d&#233;s qui sont tout sauf gentils (...). La gu&#233;rison est [donc] une entreprise consid&#233;rable, surtout lorsqu'on aura rappel&#233; cette circonstance aggravante qu'il ne suffit pas de souffrir et de tomber malade pour que le recours analytique se r&#233;v&#232;le secourable&lt;/i&gt;.&#8221; (p.9)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;&lt;i&gt;Dans Le Malaise dans la culture, Freud &#233;crit que le devenir psychique, individuel et g&#233;n&#233;ral, est affect&#233; par trois grands ordres de souffrances et d'&#233;preuves : celles qui lui viennent de sa condition somatique, celles qui lui viennent de la violence des &#233;v&#233;nements naturels, de la r&#233;alit&#233; non-humaine, et celle qui lui viennent de son rapport in&#233;vitable avec ses semblables : &#8220;la souffrance issue de cette source nous la ressentons peut-&#234;tre plus douloureusement que toute autre ; nous sommes enclins &#224; voir en elle un ingr&#233;dient en quelque sorte superflu&#8221;. Le lien oblig&#233; &#224; l'autre et &#224; l'ensemble humain est aussi in&#233;vitable que l'illusion narcissique qui voudrait le rendre superflu.[...] Qu'est-ce que l'homme pour l'homme ? Ni un dieu, ni un loup, mais un effet de culture&lt;/i&gt;&#8221; (p. 10).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;&lt;i&gt;L'organisation de masse a expuls&#233; de ses buts communs le souci de la conservation mat&#233;rielle et morale de l'individu, son droit et ses droits de vivre dans des conditions compatibles avec son int&#233;grit&#233; psychique et physique. [...] Le totalitarisme d&#233;lie le bien individuel du bien commun.[...] Le d&#233;sir amoureux est la premi&#232;re faille dans l'identification collective oblig&#233;e et la plus grande source de r&#233;sistance de l'individu &#224; l'emprise d'un collectif qui vise &#224; &#233;riger un lien collectif d&#233;personnalis&#233;, identique pour tous, en place de tout lien personnel, pulsionnel, &#233;rotique&lt;/i&gt; [voir l'emprise du fracas m&#233;diatique visant &#224; &#8220;normer&#8221; le d&#233;sir amoureux, ndlr].&#8221; (p. 15)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;&lt;i&gt;Con&#231;ues comme des &#339;uvres, les formations collectives centr&#233;es sur des buts collectifs communs, la civilisation et la culture font th&#233;oriquement et litt&#233;ralement l'impasse sur leurs origines pulsionnelles, sur le fait qu'elles ne tiennent leurs possibilit&#233;s d'&#233;voluer et leurs pouvoir d'influence que d'une &#8220;pouss&#233;e &#233;rotique interne&#8221; de m&#234;me nature pour l'individu et pour l'ensemble, et que c'est par l'individu isol&#233;, visionnaire et d&#233;viant que passent les initiations aux changements&lt;/i&gt; [c'est presque du Castroriadis paraphras&#233;, ndlr]&#8221; &lt;i&gt;[...] La civilisation n'est pas une transformation psychique d'un inconscient collectif. Il n'y a ni &#226;me, ni inconscient collectifs. [...] C'est par le psychique dans l'individuel que s'accomplit la &#8220;Kulturarbeit&#8221;, ce processus sp&#233;cifiquement mis en &#233;vidence et connaissable par l'exp&#233;rience analytique&lt;/i&gt;&#8221; (p. 16)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;&lt;i&gt;L'&#233;croulement de ce qui assurait &#224; chacun, &#224; son insu, la certitude de l'existence d'un pacte entre l'homme et lui-m&#234;me, et les autres, cet &#233;croulement a eu lieu, quelles que soient nos forces de d&#233;n&#233;gation : pour ceux qui l'ont v&#233;cu et ne lui ont pas surv&#233;cu et pour ceux qui sont rest&#233;s en vie, et pour les deux g&#233;n&#233;rations au moins qui sont n&#233;es apr&#232;s&lt;/i&gt; [cela renvoie &#224; la question de savoir comment 68 a pu &#234;tre possible apr&#232;s Auschwitz, ndlr]. &lt;i&gt;Cet &#233;croulement fait d&#233;sormais partie de chacun : il fait partie de l'h&#233;ritage de la r&#233;alit&#233; humaine&#8221; [...] Le mouvement des processus de civilisation, le fait m&#234;me d'un r&#233;cit possible de l'histoire donnent &#224; chaque individu, ind&#233;pendamment de l'histoire singuli&#232;re qu'il pourra avoir et d&#232;s avant sa naissance, un capital narcissique initial : celui d'une certitude minimale d'existence pour autrui. La Kulturarbeit [...] est ce garant narcissique minimal&lt;/i&gt;.&#8221; (p. 17, c'est moi qui grasseye)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;pp. 18-19 : &#8220;&lt;i&gt;L'&#233;croulement d'une civilisation d&#233;cape jusqu'&#224; l'os tout ce qui est si p&#233;rissable dans l'organisation de la r&#233;alit&#233; humaine. Il r&#233;v&#232;le l'existence d'un reste. [...] Qu'advient-il dans l'inconscient pour chacun lorsque cette certitude minimale est activement vis&#233;e par la destruction, &#224; rebours de ce que garantissaient la transmission culturelle, le gain de civilisation ? Qu'advient-il &#224; chacun lorsque la fonction protectrice de la civilisation, si illusoire soit-elle, bascule vers la pratique ouverte de la destruction ? Qu'advient-il lorsque l'ensemble humain, historiquement, ne d&#233;signe plus &#224; chacun, le semblable et l'ennemi, qu'il leur veut quelque chose, f&#251;t-ce quelque chose de malveillant, lorsqu'il ne les d&#233;signe plus comme &#8220;voulus&#8221;, m&#234;me esclaves ou pestif&#233;r&#233;s, mais &#8220;voulus&#8221; ? Qu'advient-il quand il se met &#224; d&#233;signer massivement l'autre comme ce qui n'a pas d'importance, comme ce qui est essentiellement et dans l'indiff&#233;rence &#224; d&#233;truire, &#224; effacer ?&lt;/i&gt;&#8221;. [on pense ici aux &#8220;gens de trop&#8221; ray&#233;s par les profits, aux suicides de FT autant qu'aux camps de concentration et autres goulags, ndlr]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;pp. 20-21 : &#8220;&lt;i&gt;La litt&#233;rature concentrationnaire [...] t&#233;moigne de l'existence d'une r&#233;f&#233;rence inconsciente d'inclusion indestructible de l'individu dans le devenir de l'humain. Cette &#8220;appartenance &#224; l'esp&#232;ce humaine&#8221; semble survivre &#224; la destruction de tous les rep&#232;res de la civilisation. [...] Chacun vit de cette certitude, mais toutes les maladies de l'esprit humain ne cessent pas d'emp&#234;cher chacun d'&#234;tre &#224; la hauteur des cons&#233;quences de cette certitude.&lt;/i&gt;&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;p. 23 : &#8220;&lt;i&gt;Du fait de cette identification qu'on pourrait dire indissolublement mutuelle, de l'individu &#224; l'ensemble, de l'ensemble dans l'individu, la pire des r&#233;alit&#233;s reste investissable, nommable, transmissible [...] Non seulement cette pire des r&#233;alit&#233;s n'a &#233;t&#233; reconnue comme telle que parce que le lien au devenir humain a r&#233;sist&#233; &#224; l'entreprise de destruction qui le visait, et le visait pour tous, mais c'est ce lien impersonnel d'appartenance &#224; l'esp&#232;ce pr&#233;cis&#233;ment humaine qui a contraint ceux qui sont morts, ceux qui ont surv&#233;cu et ceux qui sont n&#233;s apr&#232;s &#224; porter en eux ce d&#233;sastre, &#224; le faire entrer dans l'histoire connaissable, sinon intelligible. Cette r&#233;alit&#233; ne peut plus quitter la connaissance collective ; par cons&#233;quent, elle ne peut pas cesser de produire des effets [...] Il est d&#233;sormais inscrit dans l'odre des possibles que l'homme peut cesser d'&#234;tre un homme &#224; ses propres yeux et au regard d'un autre. Et cela peut se produire non pas dans une catastrophe [... mais] &#224; titre g&#233;n&#233;ral : l'individu &#8220;g&#233;n&#233;ral&#8221;, de n'importe quelle cat&#233;gorie, peut entrer dans une d&#233;signation d'objet effa&#231;able, sans importance, soumis sans recours au fonctionnement d'une organisation globale criminelle, se l&#233;gitimant comme telle, soci&#233;t&#233; organis&#233;e d'assassins &#224; qui le meurtre procure une plus-value narcissique qui les met hors de la loi commune&lt;/i&gt;&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;pp. 26-27 : &#8220;&lt;i&gt;Le camp est une &#233;cole de d&#233;composition pour tous&#8221;, &#233;crit Chalamov [...] Au fond de l'homme : &#8220;la honte du monde&#8221;. [...] La honte est une atteinte dont personne ne peut se relever seul&lt;/i&gt;.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;pp. 28-29 : &#8220;&lt;i&gt;Introduire dans le langage quotidien la d&#233;signation d'une cat&#233;gorie de population retranch&#233;e du sort commun par des sigles comme RMI ou SDF est le sympt&#244;me d'une maladie narcissique collective, d'une soci&#233;t&#233; qui ne pense plus qu'en termes &#233;conomiques, ne r&#233;sout pas ce qu'elle engendre et isole des corps &#233;trangers [...] L'accent port&#233; sur la dimension narcissique, originaire, souligne que les ph&#233;nom&#232;nes totalitaires et concentrationnaires n'appartiennent pas, ni dans leurs origines, ni dans leurs effets, &#224; une mise en sc&#232;ne des avatars d'Eros. Ils s'inscrivent sur une sc&#232;ne nouvelle [... qui] ne peut s'&#233;clairer que par l'appel &#224; une m&#233;tapsychologie construite du point de vue de Thanatos, visant la mise &#224; mort du lien de l'humain &#224; l'humain&#8221;. [...] Piera Aulagnier a &#233;t&#233; conduite &#224; postuler l'existence d'un registre du fonctionnement psychique qu'elle a nomm&#233; l'originaire [...]. L'immense utilit&#233; de cette r&#233;f&#233;rence est de rendre pensable le fonctionnement d'une activit&#233; pulsionnelle de vie et de mort. [...] L'univers totalitaire et l'univers concentrationnaire sont des formes d'organisation de la pulsion de mort&lt;/i&gt;.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;p 33 : &#8220;&lt;i&gt;Tandis qu'Eros invente des processus de liaison [...] Thanatos exige de l'individu et de l'ensemble humain que la Kulturarbeit, &#339;uvre conjointe du singulier et de l'ensemble, invente une alternative &#224; l'attraction du meurtre et &#224; l'attraction de l'auto-destruction mais qui puisse contenter Thanatos [...] La gu&#233;rison par la psychanalyse a partie li&#233;e avec ce qui, de l'instinct de mort, est psychiquement transformable. Et cette transformation in&#233;vitablement exig&#233;e de chaque histoire singuli&#232;re est aussi tributaire des transformations accomplies par l'histoire de la civilisation humaine dans son ensemble&lt;/i&gt;&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;p. 106 : &#8220;&lt;i&gt;Piera Aulagnier qui a tant compris et rendu intelligible la d&#233;solation psychotique, et partant la d&#233;solation tout court, a promu cette id&#233;e du contrat narcissique entre les hommes, qui les assure de pouvoir r&#233;ussir &#224; rendre partageable ce qui autrement tombe dans la d&#233;solation et ouvre la voie aux totalitarismes&lt;/i&gt;&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. La &#8220;pulsion anarchiste&#8221; : une pulsion de mort particuli&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[ndlr : je me permets de rappeler ici que &#8220;pulsion&#8221; ne signifie pas &#8220;instinct&#8221; : une pulsion est une r&#233;activit&#233; construite SUR la base instinctuelle, dont la &#8220;construction&#8221; commence d'ailleurs d&#232;s ce qu'Aulagnier identifie comme stade originaire de la psych&#233; nouvelle n&#233;e en devenir.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;p. 137 : &#8220;&lt;i&gt;Peut-&#234;tre l'exploration d'un autre type de pulsion de mort, et d'un destin de cette pulsion autre que mortif&#232;re apportera-t-il des indications [...] La dispersion, de m&#234;me qu'elle appelle &#224; un s&#233;jour sans lieu, de m&#234;me qu'elle ruine tout rapport fixe de la puissance &#224; un individu, un groupe ou un Etat, d&#233;gage aussi face &#224; l'exigence du Tout une autre exigence et finalement interdit la tentation de l'Unit&#233;-Identit&#233; [...]. L'exigence destructrice qui ruine tout rapport fixe est l'&#339;uvre d'une cat&#233;gorie de pulsion de mort, la pulsion anarchiste. La pulsion anarchiste travaille &#224; ouvrir une issue de vie l&#224; o&#249; une situation critique se referme sur un sujet et le voue &#224; la mort&lt;/i&gt;&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;p. 138 : &#8220;&lt;i&gt;L'homme est l'indestructible qui peut &#234;tre d&#233;truit&#8221;, &#233;crit Blanchot (L'exp&#233;rience-limite). [...] L'exp&#233;rience-limite est une situation exp&#233;rimentale d'urgence &#224; laquelle un &#234;tre humain se trouve riv&#233;, qu'il ne peut surmonter sans dommage mortel, qu'il ne peut pas ne pas affronter. L'exp&#233;rience-limite [...] l'exproprie d'un droit impersonnel &#224; la vie, le prive de ses d&#233;fenses et l'expose &#224; une possibilit&#233; constante de mort&lt;/i&gt;&#034;. &lt;i&gt;Tout lien libidinal, le plus respectueux soit-il, comporte une vis&#233;e de possession, annulatrice de l'alt&#233;rit&#233; : la vis&#233;e d'Eros est d'annexion, jusques et y compris du droit de l'autre &#224; vivre de son gr&#233;&lt;/i&gt; [n&#233;gation, donc, de son droit &#224; ne pas vivre, &#233;ventuellement, ndlr]. &lt;i&gt;Toute &#233;chappatoire libidinale &#224; l'exp&#233;rience-limite (d&#233;placement des investissements ou repli narcissique) est ou bien irr&#233;alisable, ou bien inop&#233;rante, ou contribue encore davantage &#224; fragiliser l'&#233;tat critique, &#224; exposer l'individu &#224; la destructivit&#233; de la situation&lt;/i&gt; [cela me renvoie &#224; la phrase de Castoriadis : &#8220;&lt;i&gt;la soci&#233;t&#233; autonome est au plus pr&#232;s des p&#233;rils et de la destruction&lt;/i&gt;&#8221;, ndlr].
[...] &lt;i&gt;La proximit&#233; de la mort ou la pr&#233;carit&#233; de la vie exacerbent la volont&#233; de survie.
L'exp&#233;rience-limite peut tenir &#224; un environnement physique naturel extr&#234;me (celui des r&#233;gions polaires pour les Esquimaux, voir Jean Malaurie). Elle peut na&#238;tre d'un environnement politique et social. Elle peut &#234;tre le fait d'une relation mentale individuelle.
Les situations-limites existent. Des &#234;tres humains les bravent, y vivent, ou les franchissent alors que d'autres y succombent, sombrent dans la psychose, l'apathie, la soumission fatale &#224; leur extermination. Comment r&#233;sistent ceux qui les vivent ? Avec quelle source d'&#233;nergie ?&lt;/i&gt;&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;p. 139 : &#8220;&lt;i&gt;L'otage vit &#224; la fronti&#232;re, entre sa mort et sa survie [...] L'aiguillon de la mort rassemble les forces de la pulsion de mort. Dans ce rapport de forces sans issue, seule une r&#233;sistance n&#233;e de ses propres sources pulsionnelles de mort peut braver la mise en danger mortelle. J'appelle ce courant de la pulsion de mort, le plus individualiste, le plus libertaire, la pulsion anarchiste.
La pulsion anarchiste sauve une condition fondamentale du maintien en vie de l'&#234;tre humain : le maintien pour lui de la possibilit&#233; d'un choix m&#234;me lorsque l'exp&#233;rience-limite tue ou para&#238;t tuer tout choix possible.
Il me faut justifier les raisons pour lesquelles j'attribue cette r&#233;sistance active &#224; la pulsion de mort, et mes raisons de la nommer &#8220;pulsion anarchiste&#8221;.
La volont&#233; de la masse repose sur l'activit&#233; gr&#233;gaire, agglutinante, d'Eros. [...] Les masses humaines s'unissent libidinalement entre elles. [...] La lutte entre Eros et l'instinct de mort organise les rapports entre individu et soci&#233;t&#233;. [...] Dans l'exp&#233;rience-limite, rapport entre la fragilit&#233; des raisons de vivre et leur indestructibilit&#233;, la volont&#233; individuelle de vivre, l'arrachement &#224; la destruction, trouvent leur force de lutte dans la menace de mort&lt;/i&gt;.&#171; pp. 140-141 : &#187;&lt;i&gt;Seule l'&#233;nergie dissociative de la pulsion de mort peut propulser la pouss&#233;e libertaire. [...] La destruction d'une organisation sociale existante oppressive et injuste [...] tirent leurs forces de l'activit&#233; d&#233;lirante d'une pulsion de mort lib&#233;ratrice. [...] C'est la pouss&#233;e libertaire, et elle seule, qui poss&#232;de toujours la force ultime de r&#233;sistance contre l'emprise unifiante, illusoirement idyllique, l&#233;nifiante et nivelante de l'amour id&#233;ologique.
La pulsion de mort travaille contre les formes de vie &#233;tablies et contribue &#224; les renouveler. Le mouvement anarchiste surgit lorsque toute forme de vie possible s'&#233;croule : il tire sa force de la pulsion de mort et la retourne contre elle et sa destruction.
[...] &lt;strong&gt;Le drapeau noir de l'anarchisme, symbole de mort, de mis&#232;re et de lutte, soci&#233;taire sans doute, anti-autoritaire avant tout, est dans son aust&#233;rit&#233; utopique l'appel &#224; d&#233;fendre la vie que la mort talonne.&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;p. 144 : &#8220;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;L&#224; o&#249; r&#232;gne l'empire de la pulsion de mort, l&#224; o&#249; elle lutte pour que le patient vive et puisse se d&#233;faire des obligations d'amour qui le d&#233;truisent, l'analyste devrait pouvoir soutenir ce travail de d&#233;gagement au lieu de l'enfouir sous de nouvelles liaisons&lt;/i&gt;&#8221;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;p. 144 : &#8220;&lt;i&gt;L&#224; o&#249; r&#232;gne l'empire de la pulsion de mort, l&#224; o&#249; elle lutte pour que le patient vive et puisse se d&#233;faire des obligations d'amour qui le d&#233;truisent, l'analyste devrait pouvoir soutenir ce travail de d&#233;gagement au lieu de l'enfouir sous de nouvelles liaisons&lt;/i&gt;&#8221;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Essai de psychologie contemporaine (2/2)</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?422-Essai-de-psychologie-contemporaine</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?422-Essai-de-psychologie-contemporaine</guid>
		<dc:date>2011-04-15T11:52:03Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;ducation</dc:subject>
		<dc:subject>Relativisme</dc:subject>
		<dc:subject>Amour</dc:subject>
		<dc:subject>Lib&#233;ralisme</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Pr&#233;carit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Post-modernisme</dc:subject>
		<dc:subject>M&#233;decine</dc:subject>
		<dc:subject>Anthropologie</dc:subject>
		<dc:subject>Article</dc:subject>
		<dc:subject>Pseudo-subversion</dc:subject>
		<dc:subject>Mortalit&#233; / finitude</dc:subject>
		<dc:subject>Apathie</dc:subject>
		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Totalitarisme</dc:subject>
		<dc:subject>Gauchet M.</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Article paru dans le recueil &#171; La d&#233;mocratie contre elle-m&#234;me &#187; de M. Gauchet, Gallimard, 2002. Voir la premi&#232;re partie (... / ...) Les trois &#226;ges de la personnalit&#233; Je proposerai, maintenant, pour rassembler et mettre en perspective ces diff&#233;rentes observations, un sch&#233;ma d'&#233;volution fond&#233; sur la distinction de trois &#226;ges de la personnalit&#233;. Je ne le donne que pour une hypoth&#232;se &#224; vocation heuristique, je tiens &#224; le souligner. Il ne pr&#233;tend pas fournir une description fine, mais (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-6-psychanalyse-+" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-30-education-+" rel="tag"&gt;&#201;ducation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-42-relativisme-+" rel="tag"&gt;Relativisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-51-amour-+" rel="tag"&gt;Amour&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-53-liberalisme-+" rel="tag"&gt;Lib&#233;ralisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-85-precarite-+" rel="tag"&gt;Pr&#233;carit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-87-post-modernisme-+" rel="tag"&gt;Post-modernisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-91-sante-+" rel="tag"&gt;M&#233;decine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-110-anthropologie-+" rel="tag"&gt;Anthropologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-116-pseudo-subversion-+" rel="tag"&gt;Pseudo-subversion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-117-mortalite-finitude-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-+" rel="tag"&gt;Mortalit&#233; / finitude&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-119-apathie-+" rel="tag"&gt;Apathie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-137-feminisme-+" rel="tag"&gt;F&#233;minisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-138-totalitarisme-+" rel="tag"&gt;Totalitarisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-150-gauchet-m-+" rel="tag"&gt;Gauchet M.&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Article paru dans le recueil &#171; La d&#233;mocratie contre elle-m&#234;me &#187; de M. Gauchet, Gallimard, 2002.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?421-Essai-de-psychologie-contemporaine' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Voir la premi&#232;re partie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(... / ...)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les trois &#226;ges de la personnalit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je proposerai, maintenant, pour rassembler et mettre en perspective ces diff&#233;rentes observations, un sch&#233;ma d'&#233;volution fond&#233; sur la distinction de trois &#226;ges de la personnalit&#233;. Je ne le donne que pour une hypoth&#232;se &#224; vocation heuristique, je tiens &#224; le souligner. Il ne pr&#233;tend pas fournir une description fine, mais une mod&#233;lisation sommaire, destin&#233;e &#224; faire ressortir quelques traits cruciaux, rien de plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premier &#226;ge de la personnalit&#233; : je parlerai par commodit&#233; de &lt;i&gt;personnalit&#233; traditionnelle&lt;/i&gt;. Plut&#244;t que d'un type id&#233;al, il s'agit d'une sorte de caricature durcissant le trait pour les contrastes qu'il autorise. Aussi ne l'&#233;voquerai-je qu'au conditionnel. Cette personnalit&#233; traditionnelle correspondrait aux mondes sociaux d'avant l'individualisme. On aurait affaire l&#224; &#224; une personnalit&#233; ordonn&#233;e par l'&lt;i&gt;incorporation&lt;/i&gt; des normes collectives. Vous noterez que je ne dis pas &lt;i&gt;int&#233;riorisation&lt;/i&gt; ; le terme serait tout &#224; fait impropre, j'y reviendrai un peu plus loin. Incorporation qui se con&#231;oit dans des soci&#233;t&#233;s &#224; initiation, soit le processus social par lequel s'op&#232;re l'assignation symbolique &#224; un statut, qu'il s'agisse d'un statut d'&#226;ge, d'un statut de sexe ou d'un statut de rang. On aura affaire &#224; des personnalit&#233;s &#224; &lt;i&gt;honte&lt;/i&gt;, pour reprendre l'expression de Ruth Benedict, personnalit&#233;s &#224; honte intimement associ&#233;es &#224; des soci&#233;t&#233;s &#224; honneur o&#249; la pire des &#233;preuves est de perdre la face.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pareil cadre assure une forte identification de l'acteur individuel au point de vue de l'ensemble social, une identification ignor&#233;e de l'acteur mais symboliquement agie. Il n'y a pas de tension entre le point de vue de l'individu et le point de vue de l'ensemble social. Mais cela ne veut pas dire qu'on se trouve devant une fourmili&#232;re grouillant d'individus tous pareils. C'est exactement le contraire. Ce mode de socialisation se traduit en pratique par une tr&#232;s forte capacit&#233; d'ind&#233;pendance individuelle, dans le cadre des normes de la sorte incorpor&#233;es. Le m&#233;canisme est facile &#224; comprendre. Cet &#171; individu &#187; n'en est pr&#233;cis&#233;ment pas un au sens o&#249; nous l'entendons pour nous, le crit&#232;re de l'ind&#233;pendance individuelle r&#233;side dans le &lt;i&gt;droit&lt;/i&gt; de critique et de proposition &#224; l'&#233;gard des normes en vigueur. Tout au rebours, l'ant&#233;-individu &#8211; l'&#234;tre individuel d'avant l'individualisme &#8211; est litt&#233;ralement constitu&#233; par la norme collective qu'il porte en lui. Mais il en r&#233;sulte dans l'autre sens que chacun des membres de la communaut&#233; &lt;i&gt;contient&lt;/i&gt;, &#224; sa fa&#231;on, la collectivit&#233;. De l&#224; une assurance et une solidit&#233; qui le rendent &#233;minemment capable de se d&#233;terminer par lui-m&#234;me &#224; l'int&#233;rieur du cadre re&#231;u. On pourrait m&#234;me se demander, &#224; propos de cette corr&#233;lation, si l'un des secrets de notre monde ne r&#233;side pas dans son inversion. Auquel cas, il faudrait conclure que plus les individus sont reconnus ind&#233;pendants en droit, moins ils sont int&#233;rieurement psychiquement capables d'ind&#233;pendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ajouterai un dernier trait au tableau : le monde de la personnalit&#233; traditionnelle est un monde &lt;i&gt;sans inconscient&lt;/i&gt; en tant qu'il s'agit d'un monde o&#249; le symbolique r&#232;gne de mani&#232;re explicitement organisatrice. Les processus collectifs et personnels se donnent ouvertement dans l'&#233;l&#233;ment symbolique. Les acteurs peuvent bien &#234;tre pourvus d'un inconscient &#224; titre personnel, l&#224; n'est pas la question. Rien qui ressemble &#224; ce que nous appelons &#171; inconscient &#187; n'est isolable ou concevable, en raison de la continuit&#233; entre ce qu'est susceptible de contenir l'inconscient individuel et le r&#233;seau de significations sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me &#226;ge de la personnalit&#233; : la personnalit&#233; &lt;i&gt;moderne&lt;/i&gt;, correspondant &#224; &#171; l'individu classique &#187;, celui qui est d&#233;gag&#233;, pos&#233; et c&#233;l&#233;br&#233; comme tel aux XVIIIe-XIXe si&#232;cles, disons pour sacrifier aux usages, l'individu &lt;i&gt;bourgeois&lt;/i&gt;, en son &#226;ge d'or, disons de 1700 &#224; 1900. Cette personnalit&#233; moderne serait &#224; penser sous le signe du compromis. D'un c&#244;t&#233;, reconnaissance maintenue de la pr&#233;c&#233;dence du collectif en fait, mais &#224; l'int&#233;rieur de cette pr&#233;c&#233;dence, de l'autre c&#244;t&#233;, reconnaissance de la libert&#233; de choix en droit. On pourrait parler &#224; ce propos d'un processus d'individualisation du collectif, d'une appropriation individuelle de la dimension collective. Il s'agit de rendre conscient et voulu ce qui relevait de la tradition, de l'ordre re&#231;u, du symbolique insu. Ce sera l'&#226;ge d'or de la &lt;i&gt;conscience&lt;/i&gt; et de la &lt;i&gt;responsabilit&#233;&lt;/i&gt;. &#194;ge d'or dont on voit comment il comporte comme contrepartie logique &#8211; laissons l'aspect historique du probl&#232;me &#8211; la mise en &#233;vidence d'un &lt;i&gt;inconscient&lt;/i&gt; o&#249; se r&#233;fugie la part symbolique qui n'a plus de place dans le fonctionnement collectif, o&#249; les r&#232;gles de droit remplacent l'autorit&#233; de la coutume et des dieux. Cette part symbolique va concerner notamment tout ce qui regarde le processus de socialisation : d'o&#249; le lien entre inconscience et enfance. L'objectif est de faire passer &#224; l'int&#233;rieur la norme collective qui se donnait de l'ext&#233;rieur. Il y a v&#233;ritablement, &#224; ce titre, &lt;i&gt;int&#233;riorisation&lt;/i&gt; de la norme, par opposition &#224; l'&lt;i&gt;incorporation&lt;/i&gt; de l'univers traditionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au nom de l'ind&#233;pendance individuelle, il s'agit d'op&#233;rer l'appropriation consciente et volontaire de ce qui &#233;tait re&#231;u et subi, mais cela sans que soit remise en cause l'inscription dans le social. C'est ce compromis que va exemplairement exprimer la notion de &lt;i&gt;devoir&lt;/i&gt;. Le devoir, c'est ce qui s'impose &#224; moi comme &#224; tous, mais qu'il me faut n&#233;anmoins individuellement vouloir en conscience. S'ouvre du m&#234;me coup la possibilit&#233; d'un conflit entre les deux ordres &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de la personnalit&#233; &#8211; ce n'est pas le conflit qui est nouveau, c'est son int&#233;riorisation &#8211;, conflit entre ce qui est de l'ordre de l'inscription psychique de la r&#232;gle sociale et ce qui est de l'ordre de l'individualit&#233; et de son d&#233;sir. On va avoir affaire &#224; une personnalit&#233; &#224; surmoi, &#224; &lt;i&gt;culpabilit&#233;&lt;/i&gt; et non plus &#224; &lt;i&gt;honte&lt;/i&gt;, &#224; d&#233;chirement entre conscience et inconscience. Une inconscience faite de deux choses : l'int&#233;riorisation pers&#233;cutrice de la norme, au-del&#224; de ce qu'exige la r&#232;gle consciente, ou bien l'affirmation irr&#233;pressible du d&#233;sir, au-del&#224; de ce que l'individu est en mesure d'assumer face &#224; la r&#232;gle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes dans le monde de la &lt;i&gt;responsabilit&#233;&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire de l'exigence de se placer en conscience au point de vue de l'ensemble. Le sommet de cette appropriation r&#233;fl&#233;chie du collectif, ce sera, naturellement, l'exercice de la &lt;i&gt;citoyennet&#233;&lt;/i&gt;. Sur la base de cette articulation maintenue entre inscription sociale et conscience individuelle, on con&#231;oit que la personnalit&#233; moderne ait continu&#233; par ailleurs &#224; manifester une forte capacit&#233; pratique d'ind&#233;pendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est possible, &#224; cet &#233;gard, de d&#233;gager une figure de transition. Elle nous est fournie par la fameuse distinction de David Riesman entre la personnalit&#233; dirig&#233;e du dedans (&lt;i&gt;inner-directed&lt;/i&gt;) et la personnalit&#233; command&#233;e par les autres (&lt;i&gt;other-directed&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;David Riesman, The Lonely Crowd. A Stoty of the Changing American Character, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). La personnalit&#233; qui se conduit du dedans est tr&#232;s exactement la personnalit&#233; dont nous venons de parler, qui tire de son identification au point de vue de l'ensemble son interpr&#233;tation propre de ce qu'il convient de faire, ind&#233;pendamment de l'avis des autres. En revanche, la personnalit&#233; conformiste, domin&#233;e par le souci d'&#234;tre comme les autres, correspondrait &#224; une &#233;rosion ou &#224; une chute de cette capacit&#233; d'identification au point de vue de la norme collective, &#233;rosion entra&#238;nant une d&#233;perdition de la puissance de d&#233;termination int&#233;rieure. La personnalit&#233; conformiste nous fournirait ainsi le maillon interm&#233;diaire sur le chemin qui conduit de la personnalit&#233; moderne &#224; la personnalit&#233; contemporaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus de conformisme chez cette derni&#232;re, le souci ext&#233;rieur du regard et de l'opinion des autres n'ayant repr&#233;sent&#233; qu'un vestige transitoire de l'inscription sociale pr&#233;-donn&#233;e qui continuait d'informer la personnalit&#233; moderne. La caract&#233;ristique fondamentale de la personnalit&#233; contemporaine serait l'effacement de cette structuration par l'appartenance. L'individu contemporain aurait en propre d'&#234;tre le premier individu &#224; vivre en ignorant qu'il vit en soci&#233;t&#233;, le premier individu &#224; pouvoir se permettre, de par l'&#233;volution m&#234;me de la soci&#233;t&#233;, d'ignorer qu'il est en soci&#233;t&#233;. Il ne l'ignore pas, bien &#233;videmment, au sens superficiel o&#249; il ne s'en rendrait pas compte. Il l'ignore en ceci qu'il n'est pas organis&#233; au plus-profond de son &#234;tre par la pr&#233;c&#233;dence du social et par l'englobement au sein d'une collectivit&#233;, avec ce que cela a voulu dire, mill&#233;nairement durant, de sentiment de l'obligation et de sens de la dette. L'individu contemporain, ce serait l'individu &lt;i&gt;d&#233;connect&#233;&lt;/i&gt; symboliquement et cognitivement du point de vue du tout, l'individu pour lequel il n'y a plus de sens &#224; se placer au point de vue de l'ensemble. On con&#231;oit d&#232;s lors en quoi ce type de personnalit&#233; est de nature &#224; rendre probl&#233;matique l'exercice de la citoyennet&#233;. Il lui est difficile de se repr&#233;senter en g&#233;n&#233;ral la dimension du &lt;i&gt;public&lt;/i&gt;, soit ce qui int&#233;resse ou devrait int&#233;resser tout le monde, abstraction faite de ce qui &lt;i&gt;m&lt;/i&gt;'int&#233;resse &lt;i&gt;moi&lt;/i&gt;. On va voir sans surprise la sph&#232;re publique envahie par l'affirmation des identit&#233;s priv&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le glissement affecte, selon la m&#234;me logique, le statut de la responsabilit&#233;. Il relativise aussi bien encore la signification du partage conscient/inconscient. L'existence de l'inconscient n'est aucunement ni&#233;e. Il est admis, mais la soustraction qu'il op&#232;re ne repr&#233;sente plus un enjeu d&#233;cisif aux yeux de l'acteur qui le porte : il sait qu'il est m&#251; par un inconscient, mais cela ne lui pose aucun probl&#232;me. Peu importe que l'impulsion ou la d&#233;termination viennent de la conscience ou de l'inconscient. Ce qui compte, c'est ce qui vous permet ou vous emp&#234;che d'&#234;tre vous-m&#234;me. Sauf qu'&#171; &#234;tre soi-m&#234;me &#187;, ce n'est plus, comme &#224; l'&#226;ge de la personnalit&#233; moderne, &#234;tre au clair avec soi-m&#234;me, savoir ce qui vous conduit de mani&#232;re &#224; agir avec volont&#233; et libert&#233; int&#233;rieure. C'est ne pas &#234;tre entrav&#233;, consciemment ou inconsciemment, dans la saisie des opportunit&#233;s qui se pr&#233;sentent au-dehors. Le mod&#232;le expressif, port&#233; par la nouveaut&#233; technique, devient celui de la capacit&#233; de branchement ou de connexion. Ce nouvel &#171; &#234;tre-soi-m&#234;me &#187; est par l&#224; un &#171; &#234;tre-avec-les-autres &#187; et un &#171; &#234;tre-avec-le-monde avoisinant &#187;. Nul besoin de se poss&#233;der en conscience d&#232;s lors qu'on sait se couler, peu importe comment, dans l'univers des r&#233;seaux. D'o&#249; le d&#233;clin de la vis&#233;e d'&#233;lucidation et de la valeur de v&#233;rit&#233;, comme l'observation en a &#233;t&#233; souvent faite &#224; propos de l'&#233;volution des psychoth&#233;rapies. D'o&#249; la r&#233;orientation vers la n&#233;gociation avec les sympt&#244;mes et l'efficacit&#233; comportementale. L'essentiel ne se joue plus dans la relation de soi avec soi, mais dans la relation de soi avec le reste, qui s'accommode fort bien de la demi-obscurit&#233;, tout le temps que celle-ci n'est pas un obstacle. Notons au passage l'insuffisance de la cat&#233;gorie d'&#171; authenticit&#233; &#187;, cardinale, en effet, pour la modernit&#233; individualiste, mais trop variable dans son contenu pour servir de guide. Il y a plusieurs mani&#232;res d'&#234;tre &#171; authentique &#187;. Nous venons d'en voir inventer une autre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Nouvelles pathologies&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;bauche de p&#233;riodisation a peut-&#234;tre pour vertu de rendre mieux intelligible l'&#233;mergence ou le d&#233;veloppement de nouvelles formes de pathologie de la personnalit&#233;. J'essaierai, pour terminer, et toujours &#224; titre d'hypoth&#232;se, d'en dresser un tableau coh&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, il n'y a plus gu&#232;re de place, dans ce mod&#232;le de la personnalit&#233; contemporaine, pour la honte ou pour la culpabilit&#233;. Nous en avons un t&#233;moignage frappant chez les gens qui s'occupent de criminels aujourd'hui. Ils sont nombreux &#224; relever cette absence de remords ou de culpabilit&#233; chez leurs patients. Le fait signale un changement culturel de premi&#232;re grandeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, toujours, le mod&#232;le rend assez bien compte de l'att&#233;nuation de la conflictualit&#233; que nous observions en commen&#231;ant. Il en rend compte sans na&#239;vet&#233;. Il ne conduit pas &#224; conclure que les divisions ou contradictions du d&#233;sir et de la personne sont en train de dispara&#238;tre. Il se contente d'enregistrer le d&#233;placement des motifs qui poussaient ces contradictions &#224; des expressions massives et virulentes. Une chose est que le d&#233;sir humain soit structurellement divis&#233;, autre chose est qu'&#224; un moment de l'histoire, pour des raisons tenant aux modalit&#233;s institu&#233;es du rapport entre soi et soi, cette division ait pris des formes intenses et spectaculaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est de savoir maintenant, sur le versant prospectif et non plus r&#233;trospectif, si le mod&#232;le a quelque capacit&#233; d'&#233;clairer les d&#233;placements de la pathologie. Car si certaines symptomatologies &#233;prouv&#233;es, classiques, semblent quitter la sc&#232;ne, d'autres apparaissent. Des maladies de l'&#226;me qu'on ne connaissait pas surgissent, d&#233;routantes, difficiles &#224; d&#233;crire et &#224; saisir. Je sugg&#233;rerai, sur la base du sch&#233;ma d'&#233;volution que j'ai propos&#233;, de les regrouper selon trois directions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;je distinguerai, en premier lieu, une famille de malaises ou de troubles de l'&lt;i&gt;identit&#233;&lt;/i&gt;. Je songe &#224; toutes ces pathologies dites un peu vite &#171; narcissiques &#187;, pathologies du vide int&#233;rieur dont les descriptions cliniques restent si flottantes. C'est sur ce &lt;i&gt;vide&lt;/i&gt; qu'il convient de s'interroger. Il s'agit en r&#233;alit&#233; d'un vide &lt;i&gt;actif&lt;/i&gt; qui na&#238;t d'une certaine exp&#233;rience du temps comme exp&#233;rience de d&#233;totalisation. A force de vouloir qu'il n'y ait pas de rapport entre ce que j'&#233;tais hier, ce que je suis aujourd'hui et ce que je pourrai &#234;tre demain, il finit par na&#238;tre une incertitude radicale sur la continuit&#233; et la consistance de soi. Car c'est dans ce temps du changement, avec le pouvoir qu'il procure vis-&#224;-vis de soi, que j'atteste par excellence la personnalit&#233; ultra-contemporaine. J'&#233;tais cela, donc il faut que je me reprenne pour me faire autre chose, avant de devoir demain passer encore ailleurs (en commen&#231;ant par me faire une nouvelle t&#234;te : l'expression &#233;l&#233;mentaire de cette autoconstitution dans la variation, c'est l'esth&#233;tique du &lt;i&gt;look&lt;/i&gt;). Je suis moi dans la mesure o&#249; je puis me d&#233;prendre de quelque mod&#232;le ou adh&#233;sion que ce soit. Simplement, l'op&#233;ration comporte un risque, aggrav&#233; par les situations o&#249; le changement n'est pas voulu et ma&#238;tris&#233;, mais brutalement impos&#233; de l'ext&#233;rieur. Suis-je encore quelque chose, hors de cette puissance de mobilit&#233; ? Le sentiment de n'&#234;tre plus rien ni de nulle part, le vertige devant son propre vide sont le prix &#224; payer pour une certaine mani&#232;re d'exercer la propri&#233;t&#233; de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pose &#224; cet &#233;gard une question : la cat&#233;gorie d'&lt;i&gt;identification&lt;/i&gt; est-elle encore op&#233;ratoire dans le monde o&#249; nous nous trouvons ? En d'autres termes, la notion d'identification poss&#232;de-t-elle une validit&#233; anthropologique universelle, ind&#233;pendamment de tout contexte social-historique ? Il y a lieu, au moins, de s'interroger. La litt&#233;rature du moment &#233;voque volontiers, par exemple, la e faiblesse des identifications &#187; &#224; propos des &#233;tats limites, le coupable &#233;tant d'ailleurs tout d&#233;sign&#233; : le fatal p&#232;re d'aujourd'hui, absent, indiff&#233;rent ou inconsistant. &#171; Faiblesse des identifications &#187;, qu'est-ce &#224; dire ? Ne gagnerait-on pas &#224; poser le probl&#232;me tout autrement ? Pour qu'il y ait identification, il faut qu'il y ait des situations o&#249; il y a sens &#224; s'identifier. Or ces situations ne sont pas donn&#233;es par la nature ; elles sont fonction d'une organisation sociale et symbolique. Pour qu'il y ait sens &#224; l'identification, il faut qu'il y ait pr&#233;valence de mod&#232;les culturels, qu'il s'agit de s'incorporer, au sens ancien du terme, parce que ces mod&#232;les fournissent la substance m&#234;me de la vie humaine, parce qu'au travers d'eux on entre en communication avec l'&lt;i&gt;id&#233;al&lt;/i&gt; &#8211; l'id&#233;al en mati&#232;re d'autorit&#233;, paternelle ou professorale, mais aussi bien en mati&#232;re de beaut&#233;, de f&#233;minit&#233;, d'habilet&#233;, de s&#233;duction, d'intelligence ou de quelque autre facette de la condition humaine. Or c'est ce ressort qui me semble aujourd'hui atteint. Il y a &#171; faiblesse des identifications &#187; parce qu'il n'y a plus de sens &#224; s'identifier. Il y a &lt;i&gt;d&#233;sidentification&lt;/i&gt; parce qu'il y a &lt;i&gt;d&#233;sid&#233;alisation&lt;/i&gt;. Le ph&#233;nom&#232;ne est flagrant s'agissant des hommes politiques ou, dans un registre diff&#233;rent, s'agissant des vedettes de cin&#233;ma &#8211; qui ne m&#233;ritent plus vraiment le nom de &lt;i&gt;stars&lt;/i&gt;. On s'identifiait au g&#233;n&#233;ral de Gaulle, on ne s'identifie pas &#224; Mitterrand ou &#224; Chirac. On s'identifiait &#224; Ava Gardner, on ne s'identifie pas &#224; Isabelle Huppert. M&#234;me chose pour les h&#233;ros m&#233;diatiques : on ne s'identifie pas &#224; l'abb&#233; Pierre. Il n'est pas fait pour qu'on s'y identifie. Toute l'analyse des r&#244;les publics serait &#224; reprendre sous cet angle pour chercher &#224; comprendre en quoi ils n'autorisent pas l'identification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qu'il y a de juste dans la notion situationniste de &#171; spectacle &#187; : le syst&#232;me m&#233;diatique nous fait assister &#224; quelque chose &#224; quoi il ne nous incite pas, psychiquement, &#224; participer. On regarde, mais on ne s'implique pas. Eux, c'est eux, moi, c'est moi ! On est en pr&#233;sence de personnages qui ne fonctionnent pas comme des mod&#232;les. Le ph&#233;nom&#232;ne ne peut pas ne pas modifier la construction de l'identit&#233; des sujets. Cette construction se d&#233;roulait sur la base d'un processus o&#249; il s'agissait toujours de &lt;i&gt;se mettre &#224; la place&lt;/i&gt; de quelqu'un d'autre (ou d'autres). De son p&#232;re, au premier chef, mais g&#233;n&#233;ralement, &#224; sa suite, de tous ceux appel&#233;s au cours de votre existence &#224; figurer la pr&#233;c&#233;dence des r&#244;les que vous pouviez avoir &#224; assumer. Se mettre &#224; la place de tous ceux qui deviendraient au fond de vous la colonne vert&#233;brale de votre mani&#232;re d'&#234;tre, avec les conflits et les angoisses qui ne manquaient pas d'en r&#233;sulter &#8211; angoisse devant votre incapacit&#233; d'assumer un r&#244;le auquel vous &#233;tiez en m&#234;me temps soud&#233; jusqu'&#224; l'ali&#233;nation, haine pour soi dans la haine vis-&#224;-vis de ce que vous &#233;tiez oblig&#233; de vous approprier, etc. Nous glissons hors de ce moule, me semble-t-il. Nous allons vers un monde o&#249; la construction des identit&#233;s se fait sur d'autres bases, et peut-&#234;tre plus n&#233;gativement que positivement. Je suis frapp&#233; de l'importance que me paraissent y tenir les r&#233;flexes r&#233;pulsifs et distanciateurs. Il y a lieu, en tout cas, de se poser la question. Si l'identification est toujours l&#224;, elle emprunte d'autres voies et elle travaille autrement. La situation a des avantages : les personnes ainsi constitu&#233;es ne suivront pas un &lt;i&gt;F&#252;hrer&lt;/i&gt;, elles ne seront pas habit&#233;es par la passion de l'adh&#233;sion &#224; l'autorit&#233;. Il y a quelque chose de profond&#233;ment d&#233;mocratique dans cette attitude de r&#233;serve ou de retrait vis-&#224;-vis de quelque autorit&#233; ou mod&#232;le que ce soit qui habite la personnalit&#233; contemporaine. Si, avec la d&#233;sidentification, l'adh&#233;sion fanatique devait quitter notre monde, aurions-nous &#224; nous en plaindre ? Revers de la m&#233;daille, le ph&#233;nom&#232;ne fait aussi na&#238;tre quelques doutes quant &#224; la consistance des personnalit&#233;s forg&#233;es ainsi dans le &#171; ne pas &#234;tre comme &#187;. Ce qui est acquis, c'est que tout ce que nous croyions savoir est &#224; remettre &#224; plat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je reviens &#224; mon tableau des nouvelles pathologies. J'ai &#233;voqu&#233;, donc, un premier axe de transformations dans le registre des &lt;i&gt;troubles de l'identit&#233;&lt;/i&gt;. Il me semble possible de d&#233;gager une deuxi&#232;me ligne d'&#233;volution des formations psychopathologiques, du c&#244;t&#233; du &lt;i&gt;rapport &#224; l'autre&lt;/i&gt;. Le malaise et le trouble &#233;voluent ici entre deux p&#244;les.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; un p&#244;le, l'&lt;i&gt;angoisse d'avoir perdu les autres&lt;/i&gt;. Elle fait le fond de certains &#233;tats de panique. Elle se manifeste comme une exp&#233;rience de solitude an&#233;antissante. Une exp&#233;rience qui ne mena&#231;ait gu&#232;re les personnalit&#233;s de l'&#226;ge traditionnel, avec la capacit&#233; de solitude que leur procurait l'incorporation de l'&#234;tre-en-soci&#233;t&#233;. Alors que l'&#234;tre de l'ind&#233;pendance radicale qu'on voit &#233;merger aujourd'hui d&#233;teste en r&#233;alit&#233; la solitude vraie. Son ind&#233;pendance est ins&#233;parable d'une intense pr&#233;occupation de sociabilit&#233;. Pour exister, il faut rester branch&#233; sur les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'autre p&#244;le, &lt;i&gt;la peur des autres&lt;/i&gt;. Branch&#233;, mais distant. Besoin de la pr&#233;sence des autres, mais dans l'&#233;loignement d'avec les autres. Distance et d&#233;fiance sont les deux mamelles de l'individualisme ultracontemporain. L'&#233;vitement est son comportement ma&#238;tre : qui dit conflit dit contact. Cette distance et cet &#233;vitement s'accompagnent d'une peur diffuse de l'autre. Et l'on con&#231;oit que l'autre puisse &#234;tre per&#231;u comme une menace, en l'absence d'un m&#233;canisme symbolique capable de r&#233;gler la distance avec l'autre. Il est tant&#244;t trop loin et tant&#244;t trop pr&#232;s. Il est dangereux d&#232;s qu'il s'approche, puisqu'on ne sait &#224; quelle place le fixer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette perception de l'autre comme intrins&#232;quement mena&#231;ant me semble un trait typique de la mentalit&#233; hypercontemporaine. Elle hante le quotidien en plus de prendre &#233;ventuellement des formes pathologiques graves. Nous entrons dans un monde o&#249; les gens sont destin&#233;s &#224; se supporter tr&#232;s mal les uns les autres. Cela se traduit par la reviviscence de ph&#233;nom&#232;nes que l'on connaissait bien dans le pass&#233;, mais qui acqui&#232;rent un nouveau sens dans un contexte chang&#233;. Je pense par exemple &#224; l'obsession de propret&#233;. La pathologie type de la m&#233;nag&#232;re de l'&#226;ge moderne. On la retrouve aujourd'hui, avec un statut diff&#233;rent. Elle n'exprime plus tant une conflictualit&#233; interne qu'elle n'est fonction d'une anticipation sur le danger d'autrui. Ce qu'on redoute le plus des autres, c'est qu'ils vous infligent leur odeur &#8211; d'o&#249; la peur panique que quelque odeur incontr&#244;l&#233;e puisse &#233;maner de vous. Prenons &#224; la lettre le langage de tous les jours, qui en dit long : les gens ne peuvent plus se sentir. Le souci de neutraliser l'olfaction est tr&#232;s r&#233;v&#233;lateur de ce qu'on ressent de menace potentielle d&#232;s la simple proximit&#233; physique avec les autres. Il n'est que le signe le plus &#233;l&#233;mentaire d'une difficult&#233; torturante &#224; trouver la bonne mani&#232;re d'&#234;tre avec les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me et derni&#232;re ligne d'&#233;volution des formations psychopathologiques : elle se situe sur l'axe de l'&lt;i&gt;agir&lt;/i&gt;. Il ne s'agit pas, sur ce terrain non plus, d'invoquer une nouveaut&#233; absolue. Le passage &#224; l'acte n'est pas une invention d'aujourd'hui. M&#233;fions-nous toutefois des ressemblances de fa&#231;ade avec des ph&#233;nom&#232;nes classiquement r&#233;pertori&#233;s. Le m&#234;me comportement vu de l'ext&#233;rieur peut rev&#234;tir une port&#233;e subjective tr&#232;s diff&#233;rente. Ce sont la signification et l'orientation de cet agir pathologique qui sont nouveaux, pas forc&#233;ment les faits par lesquels il se traduit. Le grand d&#233;placement est celui qui nous fait passer de l'acte &lt;i&gt;expressif&lt;/i&gt; (de soi) &#224; l'acte de &lt;i&gt;rupture&lt;/i&gt; (avec soi). Nous pensions jusqu'alors que toutes les conduites &#233;taient &#224; d&#233;chiffrer comme les expressions d'une int&#233;riorit&#233; &#233;ventuellement d&#233;chir&#233;e, mais incoerciblement manifest&#233;e par ses actes, y compris (et surtout) ceux qui &#233;chappent &#224; la ma&#238;trise de l'individu. Tout acte doit &#234;tre lu en fonction de sa ressemblance derni&#232;re &#224; l'individu qui l'a commis. Eh bien, nous voyons arriver au premier plan des actes qui ont pour sens et pour finalit&#233; de transgresser cette logique de la ressemblance. Nous nous trouvons devant des conduites radicalement d&#233;concertantes, parce que faites en r&#233;alit&#233; pour produire de la dissemblance avec l'individu qui en constitue le support. On n'a plus affaire &#224; l'expression incontr&#244;l&#233;e d'une int&#233;riorit&#233;, mais &#224; la manifestation d'une passion de se d&#233;gager de soi, de se d&#233;lier de soi ou de se d&#233;tourner de soi. L'individu ultracontemporain ne fuit pas seulement les autres, tout en redoutant de les perdre, il se fuit aussi lui-m&#234;me. Ce qui le rend encore bien davantage insaisissable pour lui-m&#234;me que son devancier d'il y a un si&#232;cle. Celui-ci n'avait qu'un inconscient &#8211; un inconscient qui &#233;tait encore lui, un autre lui-m&#234;me. Alors que ce qui est susceptible de scinder le sujet de lui-m&#234;me, sommes-nous amen&#233;s &#224; d&#233;couvrir, ce n'est pas seulement la pouss&#233;e de l'autre de soi en soi, mais l'appel de l'autre que soi. Quelque chose d'essentiel est en train de bouger dans l'id&#233;e que nous pouvions nous former de l'inconscience constitutive de la subjectivit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb27-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;David Riesman, &lt;i&gt;The Lonely Crowd. A Stoty of the Changing American Character&lt;/i&gt;, New Haven, Yale University Press, 1950 ; trad. fran&#231;. &lt;i&gt;La Foule solitaire&lt;/i&gt;, Paris, Arthaud, 1964.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Essai de psychologie contemporaine (1/2)</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?421-Essai-de-psychologie-contemporaine</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?421-Essai-de-psychologie-contemporaine</guid>
		<dc:date>2011-04-11T12:44:08Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;ducation</dc:subject>
		<dc:subject>Relativisme</dc:subject>
		<dc:subject>Amour</dc:subject>
		<dc:subject>Insignifiance</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Pr&#233;carit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Post-modernisme</dc:subject>
		<dc:subject>M&#233;decine</dc:subject>
		<dc:subject>Anthropologie</dc:subject>
		<dc:subject>Article</dc:subject>
		<dc:subject>Pseudo-subversion</dc:subject>
		<dc:subject>Mortalit&#233; / finitude</dc:subject>
		<dc:subject>Apathie</dc:subject>
		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Gauchet M.</dc:subject>
		<dc:subject>Type anthropologique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Article paru dans le recueil &#171; La d&#233;mocratie contre elle-m&#234;me &#187; de M. Gauchet, Gallimard, 2002. Qu'on ne s'&#233;tonne pas de trouver ici un article de M. Gauchet, qui reprend et d&#233;veloppe dans cet excellent texte (comme dans beaucoup d'autres) quantit&#233; de th&#232;ses formul&#233;es par C. Castoriadis, tout en les &#233;masculant de leur port&#233;e r&#233;volutionnaire : on se reportera notamment &#224; l'excellente &#171; Lettre d'un &#171; r&#233;voltiste &#187; &#224; Marcel Gauchet converti &#224; la &#171; politique normale &#187; &#187; de M. Abensour pour (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-6-psychanalyse-+" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-30-education-+" rel="tag"&gt;&#201;ducation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-42-relativisme-+" rel="tag"&gt;Relativisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-51-amour-+" rel="tag"&gt;Amour&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-60-insignifiance-+" rel="tag"&gt;Insignifiance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-85-precarite-+" rel="tag"&gt;Pr&#233;carit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-87-post-modernisme-+" rel="tag"&gt;Post-modernisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-91-sante-+" rel="tag"&gt;M&#233;decine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-110-anthropologie-+" rel="tag"&gt;Anthropologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-116-pseudo-subversion-+" rel="tag"&gt;Pseudo-subversion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-117-mortalite-finitude-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-+" rel="tag"&gt;Mortalit&#233; / finitude&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-119-apathie-+" rel="tag"&gt;Apathie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-137-feminisme-+" rel="tag"&gt;F&#233;minisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-150-gauchet-m-+" rel="tag"&gt;Gauchet M.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-216-type-anthropologique-+" rel="tag"&gt;Type anthropologique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Article paru dans le recueil &#171; La d&#233;mocratie contre elle-m&#234;me &#187; de M. Gauchet, Gallimard, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'on ne s'&#233;tonne pas de trouver ici un article de M. Gauchet, qui reprend et d&#233;veloppe dans cet excellent texte (comme dans beaucoup d'autres) quantit&#233; de th&#232;ses formul&#233;es par C. Castoriadis, tout en les &#233;masculant de leur port&#233;e r&#233;volutionnaire : on se reportera notamment &#224; l'excellente &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?245-lettre-d-un-revoltiste-a-marcel' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Lettre d'un &#171; r&#233;voltiste &#187; &#224; Marcel Gauchet converti &#224; la &#171; politique normale &#187; &#187;&lt;/a&gt; de M. Abensour pour conna&#238;tre notre position politique vis-&#224;-vis de celles de l'auteur.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les deux parties du pr&#233;sent article [dont seul le premier est ici mis en ligne] reprennent le texte de deux conf&#233;rences prononc&#233;es &#224; l'universit&#233; de Louvain en novembre 1994, qui ramassaient elles-m&#234;mes la substance d'une s&#233;rie de s&#233;minaires donn&#233;s &#224; l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales au cours de l'ann&#233;e universitaire 1993 - 1994. Une premi&#232;re version en a &#233;t&#233; publi&#233;e par la revue belge Travailler le social (n&#176;13, 1995-1996, et n&#176;14, 1996). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce dont il sera question rel&#232;ve du domaine de ce qu'on pourrait appeler une histoire du pr&#233;sent, une mise en perspective du pr&#233;sent. Je laisse de c&#244;t&#233; la justification du genre pour entrer droit en mati&#232;re. Je parlerai de trois choses : je reviendrai en premier lieu sur la nature de l'individualisme contemporain pour essayer de caract&#233;riser ce qu'il comporte de vraies ou de fausses nouveaut&#233;s. J'aborderai en deuxi&#232;me lieu ce qu'il est possible de dire de ses rapports avec la personnalit&#233; contemporaine en g&#233;n&#233;ral et avec les formes psychopathologiques dont elle est susceptible en particulier. En troisi&#232;me lieu, enfin, j'en viendrai &#224; quelques propositions sur la pens&#233;e et la pratique de l'inconscient aujourd'hui. Nous aurons &#224; essayer de mesurer, en d'autres termes, le d&#233;placement consid&#233;rable survenu depuis les parages de 1900 dans les termes de la probl&#233;matique psychologique et psychopathologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Pour rendre d'embl&#233;e sensible les enjeux de l'analyse dont je vais vous proposer au moins quelques &#233;l&#233;ments , je partirai d'un constat global sur la p&#233;riode o&#249; nous nous trouvons, constat qui se r&#233;sume en un mot, pacification, ou, si l'on pr&#233;f&#232;re la nuance du synonyme &#8211; on peut en discuter &#8211; , apaisement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ce constat me para&#238;t avoir une port&#233;e d'ensemble. Il est aussi vrai sur la sc&#232;ne politique des d&#233;mocraties qu'il me para&#238;t s'appliquer, &#224; beaucoup d'&#233;gards en tout cas &#8211; on examinera les r&#233;serves-,sur le terrain psychique. Nous avons assist&#233; &#224; une remarquable r&#233;duction des tensions depuis un quart de si&#232;cle et, r&#233;trospectivement, la violence des ann&#233;es 1960 nous appara&#238;t &#224; la fois comme une derni&#232;re flamb&#233;e et un simulacre. Nous avons assist&#233; &#8211; et le mouvement ne cesse de se confirmer, y compris &#224; travers ce qui pourrait para&#238;tre des contre-exemples &#8211; &#224; une r&#233;duction des conflits, en tout cas des conflits manifestes avec les autres, &#224; quelque &#233;chelle et sous quelque forme que ce soit, comme une r&#233;duction des conflits visibles avec soi-m&#234;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette r&#233;duction de la conflictualit&#233; sociale et politique n'exclut pas la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	La convergence des deux compose un air du temps. S'il est un trait frappant, je crois, de la culture de nos soci&#233;t&#233;s dans la p&#233;riode r&#233;cente, c'est l&#224; qu'il se trouve. Il suffit d'en &#233;num&#233;rer les expressions. Vous me permettez de passer rapidement sur des choses qui sont bien connues mais auxquelles il est impossible de na pas faire allusion. Bien entendu, vient au premier chef l'effacement du projet r&#233;volutionnaire. Mais les faits les plus significatifs, du point de vue qui nous int&#233;resse, r&#233;sident au-del&#224;, dans l'effacement du style r&#233;volutionnaire, et dans l'effacement du type d'homme qu'incarnait le r&#233;volutionnaire, avec leurs produits d&#233;riv&#233;s, le style de la rupture avant-gardiste et la posture intellectuelle de la radicalit&#233; critique, formes sublim&#233;es de la conflictualit&#233;. Pour prendre un autre exemple un peu moins trivial et auquel on a pas r&#233;fl&#233;chi, nous avons assist&#233;, au cours de la m&#234;me p&#233;riode, au tr&#232;s remarquable effacement de ce qui a &#233;t&#233; l'un des plus grands ressorts culturels de nos soci&#233;t&#233;s depuis un si&#232;cle, la r&#233;volte adolescente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant, r&#233;trospectivement, la p&#233;riode 1870-1914 para&#238;t avoir &#233;t&#233; caract&#233;ris&#233;e par une g&#233;n&#233;ralisation du d&#233;chirement et des antagonismes &#8211; les d&#233;cha&#238;nements de la guerre et des totalitarismes dans notre si&#232;cle en repr&#233;sentant le paroxysme &#8211;, autant nous avons l'impression que s'ach&#232;ve aujourd'hui ce si&#232;cle des conflits. Impression trompeuse ou impression fond&#233;e ? C'est ce qu'il s'agit d'&#233;tablir. Mais c'est en tout cas le principal rep&#232;re sur lequel nous pouvons nous guider. Essayons donc de proc&#233;der &#224; un premier inventaire des propositions qui se pr&#233;sentent pour rendre compte du ph&#233;nom&#232;ne. J'en &#233;num&#233;rerai rapidement quatre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, on ne peut pas ne pas souligner le paradoxe de ce processus d'apaisement qui chemine au travers d'une d&#233;pression &#233;conomique de grande ampleur dont nous ne sommes jamais vraiment sortis en Europe depuis vingt ans. Le paradoxe ressort avec encore plus de force si l'on compare avec le grand pr&#233;c&#233;dent que constitue la crise de 1929. La crise de 1929 avait provoqu&#233; un redoublement paroxystique des tensions et des mobilisations dont l'arriv&#233;e au pouvoir des nazis en 1933 fournit le symbole. Au lieu de quoi, dans la p&#233;riode o&#249; nous sommes, m&#234;me s'il existe des pouss&#233;es d'extr&#234;me droite, la crise joue, depuis 1974, comme amplificateur de la pacification et de la r&#233;duction des tensions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, on ne peut pas, bien entendu, ne pas faire intervenir les conditions mat&#233;rielles, &#224; l'arri&#232;re-fond, sous l'aspect de l'exceptionnelle croissance qu'ont connue les soci&#233;t&#233;s capitalistes occidentales depuis 1945, les fameuses &#171; Trente Glorieuses &#187;, qui ont chang&#233; le niveau de richesse globale et port&#233; la prosp&#233;rit&#233; &#224; un degr&#233; sans pr&#233;c&#233;dent. La crise, le ch&#244;mage, les in&#233;galit&#233;s, l'&#171; exclusion &#187; n'ont pas suffi &#224; les entamer. La croissance a continu&#233;, sur un rythme ralenti. Mais cette p&#233;riode a aussi amen&#233;, avec le d&#233;veloppement de l'&#201;tat-providence, un niveau de protection sans pr&#233;c&#233;dent dont l'individualisme contemporain est largement le produit. Les individus n'ont pas eu besoin d'un effort prom&#233;th&#233;en pour briser des solidarit&#233;s et des contraintes de famille ou de voisinage que d'autres institutions protectrices ont tout simplement rendues inutiles. Le ph&#233;nom&#232;ne auquel nous sommes confront&#233;s a donc un aspect &#233;conomique et social d&#233;terminant. Si on le conjoint au ph&#233;nom&#232;ne proprement politique de la stabilisation des r&#233;gimes d&#233;mocratiques intervenu dans la m&#234;me p&#233;riode, on tient un d&#233;but d'explication assez plausible de la r&#233;duction des oppositions extr&#234;mes et dramatiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;mement, sur le terrain anthropologique, il est un certain nombre de facteurs qui ne sont s&#251;rement pas sans concourir de fa&#231;on convergente &#224; la r&#233;duction de l'ambiance conflictuelle ou &#224; la d&#233;dramatisation de la vie sociale. On peut au moins mentionner trois traits intercorr&#233;l&#233;s dont le r&#244;le est assez &#233;vident. D'abord, le changement ou les changements formidables intervenus dans l'&#233;ducation, tant familiale que scolaire, disons, en bref, la disparition du style autoritaire d'&#233;ducation. Ensuite, le changement de statut de la sexualit&#233;. Il n'est s&#251;rement pas aussi simple que le clich&#233; de la &#171; r&#233;volution sexuelle &#187; tendait &#224; le sugg&#233;rer, mais il s'est quand m&#234;me bien pass&#233; quelque chose comme la fin de l'&#226;ge r&#233;pressif, pas seulement sur le plan de l'acc&#232;s des jeunes &#224; la sexualit&#233;, mais plus largement sous la forme de l'entr&#233;e dans une culture h&#233;doniste dont la promotion culturelle de l'&#233;panouissement sexuel est une des grandes composantes. Il faut mentionner, enfin, les effets en retour de la d&#233;couverte de l'inconscient. Ils posent un probl&#232;me tr&#232;s difficile et tr&#232;s int&#233;ressant, que je laisse comme un probl&#232;me en me bornant &#224; le formuler : est-il pensable que l'av&#232;nement et la diffusion d'une discipline comme la psychanalyse surviennent sans modifier les conditions dans lesquelles les individus vivent leur inconscient ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatri&#232;mement, pour prendre les choses encore sous un autre jour, ce recul de la conflictualit&#233; sous l'ensemble de ses aspects, conflit avec soi, conflit avec les autres, conflit social institutionnalis&#233; &#8211; recul qui fait que le n&#233;vros&#233; classique ou la lutte des classes organis&#233;e disparaissent de concert &#8211;, ce recul, donc, peut &#234;tre compris comme participant de la mise en place d'un nouveau r&#233;gime du rapport &#224; soi et du rapport social, de l'identit&#233; personnelle et de l'identit&#233; collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques observations &#224; ce sujet, sans autre pr&#233;tention que descriptive. &#201;l&#233;ment de continuit&#233; bien connu, le ph&#233;nom&#232;ne se situe &#224; l'&#233;vidence dans le prolongement d'une tendance longue et lourde de notre monde, la r&#233;duction de la violence physique. C'est cette r&#233;duction de la violence qui explique la place d&#233;mesur&#233;e que les repr&#233;sentations de la violence tendent &#224; prendre au sein de notre culture : moins il y a de violence de fait, plus la sensibilit&#233; &#224; ses manifestations augmente. Elle nous fascine dans la mesure m&#234;me o&#249; elle est ce dont nous ne voulons surtout pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une mani&#232;re plus g&#233;n&#233;rale, je crois qu'on peut dire que nous sommes t&#233;moins dans la vie sociale du passage d'un &#226;ge strat&#233;gique &#224; un autre. De l'&#226;ge de l'&lt;i&gt;affrontement&lt;/i&gt;, nous passons &#224; l'&#226;ge de l'&lt;i&gt;&#233;vitement&lt;/i&gt;. Sur ce point &#8211; on pourrait multiplier &#224; l'infini les observations &#8211; nous assistons &#224; l'&#233;mergence d'un mod&#232;le g&#233;n&#233;ral des conduites &#224; base d'&#233;vitement de la confrontation, que ce soit par la n&#233;gociation ou que ce soit par le contournement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nouveau, le parall&#232;le entre les deux terrains, psychique et social, est frappant. Il n'y a pas que dans la vie politique que l'ambiance est au r&#233;formisme et que les ambitions sont revues &#224; la baisse. Avec soi-m&#234;me, de la m&#234;me fa&#231;on, on cherche plut&#244;t l'arrangement avec les probl&#232;mes que leur solution. On n&#233;gocie avec les sympt&#244;mes plut&#244;t que de les lever. &#192; l'&#233;chelle de l'int&#233;riorit&#233; comme dans l'existence collective, on s'accommode de l'insoluble en tournant le dos &#224; l'&#226;ge prom&#233;th&#233;en de la recherche des solutions r&#233;volutionnaires. Ce d&#233;placement signale un consid&#233;rable changement de rapport avec soi-m&#234;me et avec les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en terminer avec ce rapide tour d'horizon, abr&#233;g&#233; au maximum afin de ne pas trop accorder de place &#224; ce qui n'est qu'une introduction, je rel&#232;verai, en dernier lieu, un autre trait remarquable qui fait partie du tableau : le sacre de la dimension de &lt;i&gt;mobilit&#233;&lt;/i&gt; sur tous les plans, dans notre culture (un trait qui change beaucoup de choses). Conflit social ou conflit avec soi-m&#234;me impliquent la postulation d'une permanence, permanence sur fond de laquelle se jouent les difficult&#233;s d'int&#233;gration que signale la conflictualit&#233;. L'enjeu est l'identit&#233; stable qui vous engage vis-&#224;-vis de vous-m&#234;me ou vis-&#224;-vis des autres. Mais au lieu de cette postulation de permanence, on peut tr&#232;s bien choisir de bouger, de se d&#233;placer, de se d&#233;sengager de soi-m&#234;me comme des autres. IL en r&#233;sulte une tout autre mani&#232;re d'&#234;tre et d'agir. Le plaisir de la coupure est pr&#233;f&#233;r&#233; au besoin de continuit&#233; et &#224; la n&#233;cessit&#233; de se reconstruire ou de reconstruire un &#233;quilibre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La nature sp&#233;cifique de l'individualisme contemporain&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Sur la base de ce constat qu'on pourrait beaucoup d&#233;tailler, et que je ne formule que pour fixer un rep&#232;re central, je reviendrai, pour commencer, sur la question de la nature sp&#233;cifique de l'individualisme actuel, de l'individualisme tel qu'on l'a vu devenir depuis une vingtaine d'ann&#233;es. Je crois pouvoir supposer l'accord sur l'existence du ph&#233;nom&#232;ne. On peut r&#233;cuser les explications qui en sont commun&#233;ment donn&#233;es, mais on peut difficilement nier qu'il se passe quelque chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux tr&#232;s brefs pr&#233;liminaires pour &#233;viter les &#233;quivoques ordinaires qui naissent d&#232;s qu'on emploie cette notion d'individualisme, source de toutes les confusions. Premier pr&#233;liminaire, relatif au motif de cette &#233;quivoque : la notion d'individualisme est constitutivement &#233;cartel&#233;e entre une acception fondamentale, qui renvoie d'une part au principe de l&#233;gitimit&#233; en vigueur dans nos soci&#233;t&#233;s, &#224; savoir les droits des individus, plus commun&#233;ment appel&#233;s &#171; droits de l'homme &#187;, tandis qu'elle comporte d'autre part une acception descriptive associ&#233;e pour l'essentiel au ph&#233;nom&#232;ne de la privatisation. On voit tout de suite, d&#232;s qu'on a proc&#233;d&#233; &#224; cette distinction, quel est le d&#233;faut commun d'une grande partie de la litt&#233;rature sur l'individualisme : elle proc&#232;de par traduction ou projection lin&#233;aire de ce qui est une logique de droit en expression sociale de l'individualisme. Or, entre les deux, le jeu est autrement plus complexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Second pr&#233;liminaire relatif, celui-l&#224;, aux diff&#233;rents niveaux de la notion dans ses emplois historiques. Il faut se souvenir que cette notion d'individualisme joue au moins &#224; trois niveaux diff&#233;rents. Il y a d'abord une histoire m&#233;taphysique du principe d'individualit&#233;. La modernit&#233; correspond, m&#233;taphysiquement parlant, au renversement de la logique ancienne qu'exprimait le principe d'individuation : partir du g&#233;n&#233;ral pour le particulariser. &#192; l'oppos&#233; de cette d&#233;marche, la modernit&#233; pose le singulier au d&#233;part, afin de l'universaliser. C'est de cela qu'est fait au plus profond notre sens de l'individu. Je ne puis faire plus que signaler le point.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a ensuite une histoire politique du droit des individus qui comprend comme l'une de ses subdivisions l'histoire de l'&#233;conomie politique, cette histoire du droit des individus se d&#233;ployant sous les deux figures du contrat politique et du march&#233; &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a enfin une histoire sociale de l'individualit&#233;, c'est-&#224;-dire une histoire de l'entr&#233;e des droits abstraits de l'individu dans la soci&#233;t&#233; concr&#232;te. Cette histoire sociale est largement celle de la corrosion des appartenances et des d&#233;pendances communautaires traditionnelles sous l'effet de la double expansion de la citoyennet&#233; et du march&#233;. Du march&#233;, y compris sous l'aspect crucial du salariat comme vecteur de l'individualisation du travailleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais au-del&#224; de cette application collective, il y a une histoire individuelle de l'&#233;galit&#233; en tant qu'elle affecte les r&#244;les sociaux li&#233;s &#224; la reproduction, non de la soci&#233;t&#233;, mais de l'esp&#232;ce. L'&#233;galit&#233; des individus change les r&#244;les sociaux li&#233;s &#224; la division socialement institu&#233;e des sexes et les r&#244;les li&#233;s &#224; la r&#233;partition socialement institu&#233;e des &#226;ges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La famille est, en un sens, une communaut&#233; comme les autres, mais une communaut&#233; qui a cependant l&#224; particularit&#233; de se situer &#224; l'intersection du biologique et du social. Or, l'une des propri&#233;t&#233;s remarquables du ph&#233;nom&#232;ne individualiste est d'agir sur cette intersection du biologique et du social. Le plus grand probl&#232;me de la soci&#233;t&#233; des individus consiste en ceci qu'elle repose sur un principe abstrait &#233;tablissant comme source de toute l&#233;gitimit&#233; l'existence d'&#234;tres libres et &#233;gaux, mais qu'il lui faut, d'autre part, g&#233;rer des individualit&#233;s concr&#232;tes qui sont, elles, sexu&#233;es, primitivement d&#233;pendantes et, accessoirement, mortelles. Ce qui n'est pas pr&#233;vu dans la D&#233;claration des droits de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en consid&#233;rant cette dualit&#233; de plans que l'on comprend comment la dynamique individualiste est g&#233;n&#233;ratrice d'une nouveaut&#233; anthropologique absolue. Elle n'emporte pas que des cons&#233;quences sociales dont on sait qu'elles sont d&#233;j&#224; consid&#233;rables, elle emporte en outre des cons&#233;quences plus profondes encore sur l'&lt;i&gt;identit&#233;&lt;/i&gt; des &#234;tres. Elle entra&#238;ne avec elle l'introduction forc&#233;e des hommes, des femmes et des enfants, des &#171; naissants-vivants-mourants &#187; que nous sommes &#224; des interrogations vertigineuses sur eux-m&#234;mes. Sans doute ces interrogations n'ont-elles jamais cess&#233; d'accompagner l'esp&#232;ce humaine, mais elles sont destin&#233;es dans notre monde &#224; travailler ouvertement les &#234;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qu'&#234;tre d'un sexe et &lt;i&gt;quid&lt;/i&gt; de l'autre sexe dont on n'est pas ? Qu'est-ce que l'enfant que je ne suis plus mais que je continue de porter ineffa&#231;ablement en moi ? Dans l'autre sens, qu'est-ce que devenir adulte ? En quoi la mort vers laquelle je me dirige est-elle la mienne ? C'est l'irruption de ces questions dans la sph&#232;re d'exp&#233;rience personnelle (je n'ai pas dit la sph&#232;re consciente), en fonction du nouveau statut social et politique des &#234;tres, qui d&#233;termine, je crois &#8211; c'est en tout cas l'interpr&#233;tation que je d&#233;fendrai &#8211;, la rupture dans l'id&#233;e de l'humain qui se joue autour de 1900. Comme c'est l'irruption de ces questions qui est au foyer des d&#233;chirements individuels qu'atteste cette p&#233;riode de tensions exceptionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, du point de vue d'une telle histoire sociale de l'individualit&#233;, nous avons connu dans la p&#233;riode r&#233;cente un &#233;v&#233;nement capital qui n'est certainement pas sans une certaine port&#233;e explicative vis-&#224;-vis de l'apaisement que nous observions. Cet &#233;v&#233;nement, c'est ce que Louis Roussel a propos&#233; d'appeler la &lt;i&gt;d&#233;sinstitutionnalisation de la famille&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Louis Roussel, La Famille incertaine, Paris, &#201;d. Odile Jacob, 1989.&#034; id=&#034;nh28-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La formule est frappante. Elle soul&#232;ve toutes sortes de difficult&#233;s qu'il serait int&#233;ressant d'explorer et dans lesquelles je ne puis entrer. Je dirai pour faire bref qu'elle n'est juste qu'&#224; la condition de la prendre rigoureusement &#224; la lettre. D&#233;sinstitutionnalisation de la famille : entendons que la famille cesse d'&#234;tre une &lt;i&gt;institution&lt;/i&gt; &#8211; mais mesurons bien ce que veut dire institution ! Cela ne concerne pas les formes mais la substance m&#234;me de la chose. Nous avons eu sous les yeux un ph&#233;nom&#232;ne historique majeur, qui marque une inflexion d&#233;terminante dans le fonctionnement des soci&#233;t&#233;s et dont l'onde de choc va s'&#233;tendre loin dans le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous le savez &#8211; je ne fais ici que rappeler des choses connues &#8211; un peu partout, entre 1965 et 1975, on a red&#233;fini le droit familial. Pour ne prendre que l'exemple fran&#231;ais, durant ces dix ann&#233;es, on a r&#233;&#233;crit un tiers du Code civil pour l'adapter &#224; la logique &#233;galitaire. Nouveau statut de la femme, nouveau statut de l'enfant, fin de la maritalit&#233; qui sanctionnait la d&#233;pendance de l'&#233;pouse envers le mari, remplacement de l'antique puissance paternelle par l'autorit&#233; parentale, etc. Ces changements juridiques se sont accompagn&#233;s de changements sociaux tout aussi notoires qui ont affect&#233; successivement la natalit&#233;, la nuptialit&#233;, la divortialit&#233;. Inutile d'y insister. Essayons plut&#244;t d'appr&#233;cier la signification de ces changements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sinstitutionnalisation, cela veut dire : la famille devient une affaire priv&#233;e &#8211; le contraire d'une affaire publique. Elle rel&#232;ve du regroupement volontaire et par cons&#233;quent pr&#233;caire d'individus sur des bases et &#224; des fins affectives, la procr&#233;ation qui s'ensuit &#233;ventuellement &#233;tant elle-m&#234;me comprise en termes affectifs. Il en r&#233;sulte, par exemple, sur le terrain juridique, que le motif normal de divorce devient le consentement mutuel. La justice n'a pas &#224; se prononcer sur une faute par rapport aux r&#232;gles d'une institution, elle enregistre les cons&#233;quences d'une composition de volont&#233;s priv&#233;es. Certes, on ne divorce pas des enfants qu'on a faits, et c'est l&#224; que les probl&#232;mes commencent...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mesurons la port&#233;e du fait. Il y va d'une r&#233;volution anthropologique, le mot n'est pas trop fort. La famille cesse d'&#234;tre ce qu'elle fut depuis toujours, pour autant que nous le sachions, un rouage de l'ordre social. Elle cesse de constituer une collectivit&#233; significative du point de vue de l'entretien et de l'&#233;tablissement du lien social. C'est en ce sens plein qu'il faut entendre le terme privatisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux observations encore pour insister sur la profondeur du ph&#233;nom&#232;ne. Il faut y reconna&#238;tre l'aboutissement d'un mouvement qui vient de tr&#232;s loin. Il est &#224; l'&#339;uvre en Europe depuis la fin du XVIe si&#232;cle. Pour le r&#233;sumer d'un mot : il consiste dans la captation du lien social par l'&#201;tat, captation qui repr&#233;sente l'acte de naissance de l'&#201;tat moderne, et d'ailleurs son acte de bapt&#234;me, puisque c'est dans l'op&#233;ration que se d&#233;gage le concept m&#234;me d'&#171; &#201;tat &#187;. Nous assistons, avec la privatisation de la famille, &#224; l'ach&#232;vement de la concentration du lien social dans l'&#201;tat, &#224; l'ach&#232;vement de la s&#233;paration entre l'&#201;tat et la soci&#233;t&#233; civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous assistons, en second lieu, &#224; la fin de l'&#233;change symbolique comme ordonnateur du social. La d&#233;pendance des femmes si longtemps maintenue, &#233;tonnamment maintenue m&#234;me, &#224; y songer r&#233;trospectivement, s'ancrait en dernier ressort dans la pr&#233;gnance d'un cadre r&#233;ciprocitaire continuant de commander l'entente du lien familial. La famille restait une institution en ceci qu'elle persistait obscur&#233;ment &#224; mat&#233;rialiser la contrainte de l'&#233;change. Elle &#233;tait l'un des derniers refuges de l'obligation symboliquement signifi&#233;e aux acteurs de sortir d'eux-m&#234;mes et de leur petit monde pour aller vers l'autre et son monde, se lier avec lui, passer alliance avec lui. Ce fut mill&#233;nairement l'un des principaux modes de constitution du lien social. L'enjeu m&#233;rite qu'on s'efforce d'entrer dans l'esprit de la chose. Ce lien social ne va pas de soi, il n'est pas une simple donn&#233;e, il exige d'&#234;tre instaur&#233; et restaur&#233; en permanence par une reconnaissance symbolis&#233;e et institutionnalis&#233;e de la copr&#233;sence avec l'autre. C'est cette reconnaissance que la r&#232;gle de r&#233;ciprocit&#233; est faite pour signifier. Il se trouve que la famille est demeur&#233;e peut-&#234;tre l'ultime lieu o&#249; cet imp&#233;ratif primordial a conserv&#233; un sens vivant. S'allier par mariage, ce n'&#233;tait pas seulement s'allier avec une personne, c'&#233;tait s'allier avec une autre famille, en engageant son propre groupe familial, tout en cr&#233;ant un nouveau groupe consistant par lui-m&#234;me. C'&#233;tait entrer dans un cycle o&#249; il vous &#233;tait marqu&#233; que vous aviez &#224; rendre ce qui vous avait &#233;t&#233; donn&#233;. A pu subsister ainsi jusqu'il y a tr&#232;s peu un &#238;lot o&#249;, envers et contre tout, en d&#233;pit de la logique individualiste ambiante, le lien continuait de pr&#233;c&#233;der les &#233;l&#233;ments li&#233;s, le groupe de dicter sa loi &#224; ses membres et les r&#244;les de dominer les personnes, avec ce que cela voulait dire d'in&#233;galit&#233; et de d&#233;pendance pour les femmes. Peut-&#234;tre est-ce justement &#224; sa place singuli&#232;re, au croisement du biologique et du social, au fait qu'il y va de la perp&#233;tuation de la vie, qu'il faut attribuer cette &#233;tonnante insistance d'une logique ant&#233;-individualiste au sein de l'institution familiale. Quoi qu'il soit, le fait donne la mesure de l'immense &#233;v&#233;nement que repr&#233;sente l'&#233;mancipation f&#233;minine. Elle signale le parach&#232;vement de l'entr&#233;e dans un autre mode de constitution du lien social, qui d&#233;livre les individus de sa charge. Ils peuvent se permettre de le pr&#233;supposer, de le tenir pour un donn&#233;. Il est institu&#233; par ailleurs, depuis un autre lieu, de sorte qu'on peut se rapporter aux autres en g&#233;n&#233;ral, et &#224; son conjoint en particulier, d'une mani&#232;re non symbolique, d'une mani&#232;re purement personnelle, psychologique et priv&#233;e. Cela n'engage que vous et si cela conduit &#224; vous cr&#233;er un engagement suppl&#233;mentaire vis-&#224;-vis d'un enfant, c'est sur le m&#234;me mode psychologique et priv&#233;. Eh bien, jusqu'&#224; une date r&#233;cente, le fait de fonder une famille, comme on disait d'une expression lourde de sens, cela n'engageait pas que vous, cela engageait l'ordre social en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la base de cette privatisation, on peut comprendre une partie au moins de l'apaisement que nous observions. Les tensions violentes dont l'individu &#233;tait le th&#233;&#226;tre, tensions ouvertes &#8211; je faisais allusion &#224; la r&#233;volte adolescente &#8211; et tensions &#224; l'int&#233;rieur des individus, ces tensions tenaient pour une grande part &#224; la contradiction entre le formalisme maintenu de l'institution familiale et sa d&#233;formalisation irr&#233;pressible. D'un c&#244;t&#233;, la persistance, &#224; la mesure du r&#244;le institutionnel conserv&#233; par la famille, d'une d&#233;finition hi&#233;rarchique des places et de rapports d'autorit&#233; entre le p&#232;re, la m&#232;re et les enfants ; de l'autre c&#244;t&#233;, la mont&#233;e des rapports affectifs entre les personnes, rapports eux informels, &#224; base de libre choix mutuel et d'appr&#233;ciation intime, hors de toute assignation r&#233;gl&#233;e &#224; des r&#244;les. Il n'y a pas &#224; s'&#233;tonner que la famille ait &#233;t&#233;, dans son avant-dernier moment historique, une institution &#224; ce point faite pour le conflit : elle &#233;tait tiraill&#233;e entre deux logiques antinomiques. La contradiction a &#233;t&#233; lev&#233;e avec l'&#233;vanouissement de la dimension institutionnelle. Ce qui explique la transformation spectaculaire qu'on a pu observer en quelques ann&#233;es. Il n'a pas fallu une d&#233;cennie pour passer du &#171; famille, je vous hais &#187;, au &#171; famille, je vous aime &#187;. Mai 1968 brandit encore l'&#233;tendard de la r&#233;volte antifamiliale. Cinq ans plus tard, il est rel&#233;gu&#233; au magasin des accessoires et des souvenirs litt&#233;raires. La famille nouvelle est en place, incertaine dans sa d&#233;finition, mais r&#233;concili&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; l'int&#233;rieur de cette d&#233;sinstitutionnalisation qu'il convient de replacer l'&#233;volution des r&#244;les familiaux. Je pense en particulier &#224; la figure du p&#232;re, dont il est de bon ton de d&#233;plorer la disparition, comme si ce genre de choses se d&#233;faisait et se restaurait &#224; volont&#233;. Elle s'est effac&#233;e dans ses attributs traditionnels avec le cadre institutionnel qui lui procurait n&#233;cessit&#233; et consistance. On ne voit pas ce qui pourrait la ramener, en dehors d'un revirement complet de la logique individualiste-&#233;galitaire. Plus rien ne soutient l'image d'un repr&#233;sentant de la Loi ou de l'Autorit&#233; au sein de la famille parce que plus rien ne justifie l'existence d'un gouvernement domestique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Changement dans la socialisation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais la famille cessant d'&#234;tre une institution, c'est un fait qui emporte d'&#233;normes cons&#233;quences en mati&#232;re d'&#233;ducation, au sens large, au sens de l'&#171; institution &#187; des &#234;tres. On en observe d&#233;j&#224; les effets : &#171; La famille ne socialise plus. &#187; L'expression est d'Antoine Prost, historien averti de l'&#233;ducation et r&#233;formateur du syst&#232;me &#233;ducatif, &#233;ventuellement historien des r&#233;formes qu'il a faites. La formule est forte, elle vise juste, elle dit quelque chose d'essentiel, m&#234;me, &#224; condition de d&#233;finir la &#171; socialisation &#187; dont il s'agit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La formule a l'int&#233;r&#234;t, pour commencer,. de d&#233;signer ce qui forme aujourd'hui le c&#339;ur du probl&#232;me de l'&#233;ducation : le report sur l'&#233;cole d'une fonction qui &#233;tait auparavant assur&#233;e par la famille. Fonction d'autant moins facile &#224; assumer pour l'&#233;cole qu'elle est simultan&#233;ment corrod&#233;e comme institution par ce qu'on pourrait appeler sa &#171; familialisation &#187;. Si l'&#233;cole marche mal, c'est notamment parce qu'on lui demande le double de ce qu'on lui demandait autrefois. Et ce n'est pas qu'une affaire de quantit&#233; : c'est qu'il est difficile de mener les deux de front, instruire et socialiser, comme le faisait classiquement la famille. L'instruction suppose en fait une certaine socialisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La formule, au-del&#224; de ces retomb&#233;es p&#233;dagogiques, jette un coup de projecteur sur un ph&#233;nom&#232;ne majeur : le changement dans le mode de socialisation. En r&#233;alit&#233;, bien entendu, la famille continue de &#171; socialiser &#187; mais elle socialise tout &#224; fait autrement. L'&#233;volution r&#233;cente qu'elle a connue affecte fondamentalement les conditions de la socialisation. Question pr&#233;liminaire &#224; laquelle il faudrait pouvoir consacrer beaucoup de temps : qu'est-ce que la socialisation ? Les r&#233;ponses disponibles, il faut bien l'admettre, ne brillent pas en g&#233;n&#233;ral par leur fermet&#233; de pens&#233;e et leur rigueur. Le mod&#232;le explicite ou implicite dominant est celui qu'on pourrait appeler de l'apprentissage adaptatif, socialisation d&#233;signant alors le processus d'incorporation des usages et des r&#232;gles qui assurent la coexistence collective. En ce sens minimal, l'adaptation &#224; l'existence avec d'autres, la socialisation para&#238;t &#234;tre assur&#233;e ni plus ni moins bien qu'avant par les familles d'aujourd'hui. En revanche, il est clair, me semble-t-il, que la famille comprise comme un refuge contre la soci&#233;t&#233; ne remplit pas du tout la m&#234;me fonction que la famille en charge de la production d'un &#234;tre pour la soci&#233;t&#233; qui constituait la formule classique de sa mission. C'est &#224; ce titre que la famille formait un rouage de l'ordre social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour rendre compte des effets de ce saut, il est n&#233;cessaire de donner un autre sens &#224; socialisation, un sens allant beaucoup plus en profondeur. La socialisation d&#233;signe sous cet aspect le processus par lequel on apprend &#224; se regarder comme un parmi d'autres. Au travers de la socialisation, il ne s'agit pas simplement d'apprendre &#224; coexister avec d'autres, mais d'apprendre &#224; &lt;i&gt;se regarder comme un parmi d'autres&lt;/i&gt;, comme n'importe qui du point de vue des autres. Apprentissage cognitivo-symbolique de l'anonymat de soi, de cette distance radicale, de cette excentration qui vous rend capable vis-&#224;-vis de vous-m&#234;me de vous dire : &#171; Il s'agit en l'occurrence de moi, mais ce pourrait &#234;tre n'importe qui d'autre. &#187; Apprentissage de l'abstraction de soi qui cr&#233;e le sens du public, de l'objectivit&#233;, de l'universalit&#233;, apprentissage qui vous permet de vous placer au point de vue du collectif, abstraction faite de vos implications imm&#233;diates. Or, c'est cette socialisation-l&#224; qui me semble fondamentalement affect&#233;e par la famille d&#233;sinstitutionnalis&#233;e, tant du point de vue des parents qui la cr&#233;ent que du point de vue des enfants qui y grandissent. C'est cet apprentissage du d&#233;tachement qui me semble aujourd'hui remis en cause, avec d'ores et d&#233;j&#224; de consid&#233;rables effets dans la vie sociale. S'il est un trait caract&#233;ristique de la personnalit&#233; ultra-contemporaine, c'est pr&#233;cis&#233;ment l'&lt;i&gt;adh&#233;rence &#224; soi&lt;/i&gt;. Si l'on veut parler un peu s&#233;rieusement du narcissisme &#8211; il ne serait pas trop tard pour en parler s&#233;rieusement &#8211;, c'est de l&#224; qu'il faut partir. Nous assistons &#224; un d&#233;clin saisissant de la dimension du public dans nos soci&#233;t&#233;s, dont le sympt&#244;me le plus patent est la g&#233;n&#233;ralisation de la corruption. C'est moins la moralit&#233; des personnes qu'il faut incriminer que l'organisation des personnalit&#233;s. Le ph&#233;nom&#232;ne poss&#232;de un substrat anthropologique. Il d&#233;coule de la difficult&#233; &#224; dissocier l'&#233;l&#233;ment public de l'&#233;l&#233;ment personnel. Le partage se brouille !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut inclure ici deux traits de l'individualisme actuel qui vont dans le m&#234;me sens. La dynamique de l'individualisation a franchi un seuil. Jusqu'&#224; pr&#233;sent, la mont&#233;e de l'individualisme s'&#233;tait traduite par une exigence croissante de &lt;i&gt;personnalisation des adh&#233;sions&lt;/i&gt;, qu'il s'agisse du mariage ou qu'il s'agisse de l'entr&#233;e dans un parti. Personnalisation qui revenait &#224; exiger, contre les obligations impos&#233;es de l'ext&#233;rieur, d'&#171; &#234;tre soi-m&#234;me &#187; dans des entreprises qu'on pr&#233;tendait mener selon son libre vouloir et en connaissance de cause. Cet imp&#233;ratif de personnalisation ne remettait pas en cause le principe du lien lui-m&#234;me ni le fait de l'engagement. On continue, en r&#233;gime de personnalisation, de se d&#233;finir par les appartenances auxquelles on choisit de se d&#233;dier. Le probl&#232;me est de rendre ces appartenances aussi d&#233;lib&#233;r&#233;es que possible, de les &#233;pouser au lieu de les subir. Nous avons bascul&#233; dans la p&#233;riode r&#233;cente vers un individualisme de &lt;i&gt;d&#233;liaison&lt;/i&gt; ou de &lt;i&gt;d&#233;sengagement&lt;/i&gt;, o&#249; l'exigence d'authenticit&#233; devient antagoniste de l'inscription dans un collectif. Pour &#171; &#234;tre soi-m&#234;me &#187;, dans l'ultra-contemporain, il faut se garder par-devers soi. Le geste par excellence de l'individu hypercontemporain, c'est non pas de s'affirmer en s'impliquant &#8211; l'individualisme de personnalisation &#8211;, c'est de se reprendre. Le geste est lisible au mieux, sans doute, dans le &lt;i&gt;turn over&lt;/i&gt; qui affecte les formes d'adh&#233;sion les plus paroxystiques, c'est-&#224;-dire les adh&#233;sions sectaires. Elles pr&#233;sentaient cette &#233;tranget&#233; remarquable, qui les rend si mal saisissables, d'&#234;tre &#224; double d&#233;tente : l'implication est extr&#234;me, elle va jusqu'&#224; la recherche de d&#233;personnalisation, mais elle est suivie plus ou moins vite d'un mouvement de ressaisie et de d&#233;gagement. On entre, mais c'est pour sortir, quitte &#224; recommencer un peu plus tard, un peu plus loin. S'affirmer, c'est se d&#233;tacher. La situation limite r&#233;v&#232;le, en grossissant le trait, une organisation diffuse, mais commune, associant toujours le retrait &#224; la participation, la d&#233;prise &#224; l'adh&#233;sion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela est rendu possible par le fait &#233;voqu&#233; plus haut qu'on postule le lien d&#233;j&#224; l&#224;. Il est pr&#233;donn&#233;, je n'ai pas &#224; l'instaurer, j'&#233;volue &#224; l'int&#233;rieur d'un monde o&#249; je n'ai pas &#224; me soucier de ce qui me tient avec les autres. O&#249; l'on arrive au grand paradoxe du moment o&#249; nous sommes, le triomphe cadr&#233; de l'&#201;tat qui rend possible le triomphe ostensible de l'individu lib&#233;ral. Car c'est le monopole conquis par l'&#201;tat en mati&#232;re d'&#233;tablissement et d'entretien du lien social qui procure &#224; l'individu la libert&#233; de n'avoir pas &#224; penser qu'il est en soci&#233;t&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Libert&#233; qui se traduit tr&#232;s directement dans la dissolution des formes de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'individu lib&#233;ral, en droit d'ignorer son inscription collective, est un produit de l'avanc&#233;e de l'instance politique, qui fait le travail pour lui. C'est en ces termes et sur cette base qu'il y a sens &#224; parler d'un triomphe &lt;i&gt;culturel&lt;/i&gt; du mod&#232;le du march&#233; dans nos soci&#233;t&#233;s. La production implicite du lien social par l'&#201;tat permet que le lien social explicite ne soit plus v&#233;cu que comme un effet global d'agr&#233;gation d'actions o&#249; chacun n'a en vue que ses avantages et ses int&#233;r&#234;ts. Tel qu'il appara&#238;t aux individus d&#233;livr&#233;s de sa charge, le lien social est une r&#233;sultante, il n'est pas une &lt;i&gt;responsabilit&#233;&lt;/i&gt;. Ce qui fut d'abord un mod&#232;le appropri&#233; &#224; la seule &#233;conomie est en passe de s'&#233;tendre au reste. Jusqu'&#224; une date r&#233;cente, ce mod&#232;le non seulement ne gouvernait pas l'ensemble de la soci&#233;t&#233;, mais coexistait avec une culture et des m&#339;urs gouvern&#233;es par un puissant principe contraire, le principe de &lt;i&gt;tradition&lt;/i&gt;. Un principe qui se mat&#233;rialisait &#233;lectivement dans l'institution scolaire et qui commandait plus largement tout ce qui pouvait relever de l'&#233;ducation ou de la transmission. L'&#233;quilibre de nos soci&#233;t&#233;s, jusqu'&#224;, il y a peu, reposait sur la cohabitation plus ou moins tendue d'une pratique &#233;conomique de march&#233; et d'une culture de la tradition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, dans une culture de la tradition, le lien de soci&#233;t&#233; n'est pas pos&#233; comme ce qui d&#233;coule de l'action des individus, il est pos&#233;, au contraire, comme un mod&#232;le qui les pr&#233;c&#232;de radicalement. Nous sommes des h&#233;ritiers, nous arrivons dans un monde tout constitu&#233; qui comporte non seulement d'insurpassables canons du point de vue de la pens&#233;e et de l'art, mais qui s'ordonne aussi autour des formes pr&#233;r&#233;gl&#233;es de coexistence avec les autres. Politesse &#233;l&#233;mentaire au plus, civilit&#233;, pour le plus sophistiqu&#233; : des formes par lesquelles il nous est signifi&#233; et au travers desquelles nous admettons, en les pratiquant, que le social nous pr&#233;existe. Cette contrainte des formes va tr&#232;s loin, il faut y insister. Qui dit forme dit : mon lien avec les autres ob&#233;it &#224; une norme qui n'est pas de moi, m&#234;me si j'ai &#224; en personnaliser l'usage. C'est le consentement &#224; cette ant&#233;riorit&#233; qui rend possible un espace organis&#233; de coexistence. En mettant des formes en &#339;uvre, je reconnais et je pose que la soci&#233;t&#233; est avant et au-dessus de moi, que la r&#232;gle qui m'associe &#224; d'autres est hors de moi, ind&#233;pendante de moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons v&#233;cu, autrement dit, dans une soci&#233;t&#233; qui continuait de m&#234;ler deux modes de fonctionnement. C'est cette dimension de pr&#233;c&#233;dence qui se trouve aujourd'hui disloqu&#233;e ou d&#233;sagr&#233;g&#233;e par la pouss&#233;e du principe d'individualit&#233;. Ces avanc&#233;es conduisent &#224; la dissolution des formes de la civilit&#233;, au titre de la dissolution de l'ensemble de ce qui pr&#233;c&#232;de et domine l'individualit&#233;. La diffusion du mod&#232;le du march&#233; est &#224; la fois le vecteur et le signe le plus &#233;clatant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en ce point que prend place l'expansion du droit dans nos soci&#233;t&#233;s. Le droit, c'est ce qui remplace les formes, c'est ce qui prend la rel&#232;ve des normes incorpor&#233;es destin&#233;es &#224; r&#233;gler d'avance la coexistence des &#234;tres. L'individu hypercontemporain leur pr&#233;f&#232;re des r&#232;gles explicites permettant de n&#233;gocier des modalit&#233;s de cette coexistence dans l'apr&#232;s-coup. Le droit gagne en n&#233;cessit&#233; dans notre culture &#224; la faveur du mouvement de d&#233;traditionalisation ; il s'installe contre et &#224; la place de la civilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est en cause dans ces transformations, c'est l'inscription psychique de la pr&#233;c&#233;dence du social, l'inscription psychique de l'&#234;tre-en-soci&#233;t&#233; qui permet &#224; chacun de raisonner du point de vue de l'ensemble. J'en prends un exemple qui peut para&#238;tre anecdotique ou p&#233;riph&#233;rique, de prime abord : le destin de la critique des livres. Je m'empresse de dire que l'exemple n'est ni anecdotique ni p&#233;riph&#233;rique, si l'on veut bien songer que la r&#233;publique des lettres a &#233;t&#233;, historiquement, le laboratoire o&#249; s'est forg&#233; le mod&#232;le du public. Mod&#232;le qui est pr&#233;cis&#233;ment ce que le mouvement de l'histoire remet aujourd'hui en question, socialement et anthropologiquement. Critiquer un livre, se prononcer au nom du public et en vue du public au sujet d'un livre dans l'id&#233;e que la r&#233;publique des lettres nous a appris &#224; nous en former au XVIIe et au XVIIIe si&#232;cle, ne se r&#233;sume pas &#224; donner son avis personnel et particulier. Critiquer un livre, c'est rendre lisible la place de ce livre au sein d'un ensemble ou d'un mouvement, c'est d&#233;finir le cadre dans lequel il s'inscrit, situer ce par rapport &#224; quoi il apporte quelque chose, reconstituer ce en regard de quoi il compte ou ne compte pas. Op&#233;ration tr&#232;s complexe qui exige de se situer au point de vue du lecteur id&#233;al, de mani&#232;re &#224; reconstruire en dehors l'organisation du domaine intellectuel ou le mouvement des id&#233;es en lesquels on est soi-m&#234;me inscrit, moyennant une relativisation radicale de sa propre place. C'est gr&#226;ce &#224; ce travail d'objectivation que s'institue la chose publique comme espace cognitif. Il suffit d'&#233;noncer ces quelques r&#233;quisitions pour entrevoir que le mod&#232;le qu'elles dessinent n'est pas ce qui se porte le mieux dans notre monde. Non qu'il ait jamais r&#233;gn&#233; sans m&#233;lange. Le combat de l'esprit d'impartialit&#233; contre l'esprit partisan a toujours exist&#233;. Mais il y avait combat ; il y avait une opposition significative entre un id&#233;al et les manquements &#224; cet id&#233;al. Ce n'est pas qu'il y ait aujourd'hui davantage de manquements &#224; l'id&#233;al, c'est que l'opposition m&#234;me se brouille, au profit non pas de la partialit&#233;, mais d'une particularit&#233; qui s'ignore. Particularit&#233; de l'auteur qui ne fait que r&#233;pondre au particularisme du lecteur, enferm&#233; dans le cercle clos de ses int&#233;r&#234;ts. Le ph&#233;nom&#232;ne plonge ses racines bien au-del&#224; de l'&#233;volution d'une pratique culturelle. Il renvoie &#224; un type de personnalit&#233;, lui-m&#234;me associ&#233; &#224; un type de socialisation. Il y va, dans un tel glissement cognitif et symbolique, du pouvoir d'abstraction de soi et de la possibilit&#233; de se penser en soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(... / ...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?422-Essai-de-psychologie-contemporaine' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Voir la seconde partie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb28-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cette r&#233;duction de la conflictualit&#233; sociale et politique n'exclut pas la mont&#233;e de la d&#233;linquance et de la criminalit&#233;. Celle-ci, &#224; la diff&#233;rence de la dynamique mobilisatrice et int&#233;gratrice de la confrontation collective, proc&#232;de d'une logique de la dispersion interindividuelle. Les violences auxquelles elle donne lieu, loin de l'ancienne culture de l'affrontement, participent en fait d'une culture de l'&#233;vitement (et l'alimentent). Sur le plan de la psychologie personnelle, de m&#234;me, le comportement d&#233;linquant ou criminel ne rel&#232;ve pas de l'univers du conflit ant&#233;rieur explicite et flagrant (note de 2002).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Louis Roussel, &lt;i&gt;La Famille incertaine&lt;/i&gt;, Paris, &#201;d. Odile Jacob, 1989.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Libert&#233; qui se traduit tr&#232;s directement dans la dissolution des formes de la civilit&#233; (note de 2002).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Amour, libert&#233;, politique... (3/3)</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?465-amour-liberte-politique-3-3</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?465-amour-liberte-politique-3-3</guid>
		<dc:date>2011-03-24T11:45:54Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;ducation</dc:subject>
		<dc:subject>Gauchisme</dc:subject>
		<dc:subject>Technoscience</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie directe</dc:subject>
		<dc:subject>Amour</dc:subject>
		<dc:subject>Revolution</dc:subject>
		<dc:subject>Religion</dc:subject>
		<dc:subject>Autogestion</dc:subject>
		<dc:subject>Art</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Psycho-sociologie</dc:subject>
		<dc:subject>Anthropologie</dc:subject>
		<dc:subject>Pseudo-subversion</dc:subject>
		<dc:subject>Mortalit&#233; / finitude</dc:subject>
		<dc:subject>Entretien</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;cence commune</dc:subject>
		<dc:subject>B&#233;rard Quentin</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Propos recueillis par Les Renseignements G&#233;n&#233;reux le vendredi 12 juin 2009 (et compl&#233;t&#233;s ult&#233;rieurement) Texte paru dans la revue &#171; La Traverse &#187; n&#176;2, mars 2011 Premi&#232;re partie / Seconde partie / Troisi&#232;me partie - ci-dessous (... / ...) Voir la seconde partie Justement, parlons de la sexualit&#233; ? Que dit Fromm sur cette question ? Il parle essentiellement de l'interaction entre sexe et amour, qui est relativement rare. Il reprend l&#224; une &#233;vidence exprim&#233;e mille fois, par exemple (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-30-education-+" rel="tag"&gt;&#201;ducation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-31-gauchisme-+" rel="tag"&gt;Gauchisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-34-technoscience-+" rel="tag"&gt;Technoscience&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-37-democratie-directe-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-51-amour-+" rel="tag"&gt;Amour&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-57-revolution-+" rel="tag"&gt;Revolution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-79-religion-+" rel="tag"&gt;Religion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-90-autogestion-+" rel="tag"&gt;Autogestion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-93-art-+" rel="tag"&gt;Art&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-109-psycho-sociologie-+" rel="tag"&gt;Psycho-sociologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-110-anthropologie-+" rel="tag"&gt;Anthropologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-116-pseudo-subversion-+" rel="tag"&gt;Pseudo-subversion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-117-mortalite-finitude-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-+" rel="tag"&gt;Mortalit&#233; / finitude&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-130-entretien-+" rel="tag"&gt;Entretien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-220-decence-commune-+" rel="tag"&gt;D&#233;cence commune&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-283-Berard-Quentin-+" rel="tag"&gt;B&#233;rard Quentin&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Propos recueillis par Les Renseignements G&#233;n&#233;reux le vendredi 12 juin 2009 (et compl&#233;t&#233;s ult&#233;rieurement)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Texte paru &lt;a href=&#034;http://www.les-renseignements-genereux.org/textes/13080&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dans la revue &#171; La Traverse &#187; n&#176;2, mars 2011&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?415-Amour-liberte-politique-1-3' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Premi&#232;re partie&lt;/a&gt; / &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?464-amour-liberte-politique-2-3' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Seconde partie&lt;/a&gt; / Troisi&#232;me partie - ci-dessous&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;(... / ...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?464-amour-liberte-politique-2-3' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Voir la seconde partie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Justement, parlons de la sexualit&#233; ? Que dit Fromm sur cette question ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il parle essentiellement de l'interaction entre sexe et amour, qui est relativement rare. Il reprend l&#224; une &#233;vidence exprim&#233;e mille fois, par exemple par La Rochefoucaud : &#171; L'amour pr&#234;te son nom &#224; un nombre infini de commerces qu'on lui attribue, o&#249; il n'a souvent gu&#232;re plus de part que le doge &#224; ce qui se fait &#224; Venise &#187;... En effet, les cas o&#249; la sexualit&#233; concerne l'amour et r&#233;ciproquement ne sont pas syst&#233;matiques, puisque d'un cot&#233; l'amour &#233;rotique n'est qu'un cas parmi d'autre d'amour sans sexe (l'amour maternel ou l'amour de soi, par exemple).Et de l'autre, le d&#233;sir sexuel a bien d'autre sources que l'amour proprement dit : la volont&#233; de conqu&#233;rir, ou d'&#234;tre conquis ; le d&#233;sir de plaire, d'&#234;tre reconnu, de s&#233;duire ; l'amour-propre, la jalousie, la vengeance ou encore l'angoisse, la solitude&#8230; Ce n'est pas si simple, bien s&#251;r. En tant que mat&#233;rialit&#233; physique de l'union, le sexe est sous-jacent &#224; beaucoup de relations, fraternelles par exemple. Et inversement, une relation sexuelle, m&#234;me orgiaque, m&#232;ne &#224; une complicit&#233;, une proximit&#233; troublante qui peut mener &#224; l'amour. La pornographie appara&#238;t d'ailleurs comme une sorte de barri&#232;re &#233;rig&#233;e contre cet amour-l&#224;, trop engageant&#8230; Fromm a un regard int&#233;ressant sur la psychanalyse et est tr&#232;s critique vis-&#224;-vis de Freud : bien sur le sexe est au c&#339;ur du psychisme humain, mais c'est parce qu'il symbolise &#224; la fois l'union et la puissance. Ce qui est premier, pour lui, c'est bien l'angoisse de la s&#233;paration, qui s'exprime &#224; travers la sexualit&#233;, et certainement pas l'inverse : l'acte sexuel n'est pas qu'une &#171; d&#233;charge pulsionnelle &#187; ! Si on veut, justement, que la sexualit&#233; soit autre chose, il faut la d&#233;sinvestir d'un tel enjeux et donc pouvoir investir d'autres choses, d'autres domaines ; l'art, la politique, le jeu, etc... C'est une chose tr&#232;s difficile, dans cette soci&#233;t&#233; hyper-technicis&#233;e, bureaucratis&#233;e, qui &#233;chappe semble-t-il, de plus en plus, &#224; une quelconque volont&#233; humaine... Bien sur, il y a des soci&#233;t&#233;s qui fonctionnent diff&#233;remment, ou plut&#244;t qui ont fonctionn&#233;, mais c'&#233;tait des rep&#232;res culturels tr&#232;s diff&#233;rents : le sexe y avait une importance autre, notamment par une v&#233;ritable vie sociale. &#199;a a pu &#234;tre entrevu, &#224; certaines p&#233;riodes de l'histoire, comme les ann&#233;es folles en Europe centrale ou &#224; la fin des ann&#233;es 60. Mais ces exp&#233;riences ont &#233;t&#233; perdues, et les mythes h&#233;rit&#233;s qui en restent demandent &#224; &#234;tre interrog&#233;s fortement et s&#233;rieusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La sexualit&#233; &#233;tait certainement un sujet phare de l'atelier...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas tellement&#8230; Au d&#233;but, oui, c'&#233;tait quelque chose qui &#233;tait en suspend. Je crois qu'il r&#233;gnait dans l'atelier le fantasme de la partouze. Puis c'est rapidement pass&#233; au second plan, d&#232;s qu'on a commenc&#233; &#224; en discuter en adultes, et pas comme souvent entre mecs, dans une ambiance grivoise de caserne. La pr&#233;sence de femmes a beaucoup jou&#233;. C'est d'ailleurs dans cet atelier, plus que par n'importe quelle lecture ou discussion &#171; f&#233;ministes &#187;, que j'ai compris l'importance de la paroles de femmes responsables dans les groupes : peut-&#234;tre que l&#224;, exceptionnellement, l'&#233;rotisme et les m&#233;caniques de s&#233;ductions, diffus dans tous les groupes, &#233;taient un peu d&#233;cal&#233;s, puisque c'est de cela qu'on parlait. Ils ont &#233;t&#233; int&#233;gr&#233;s dans les propos, explicit&#233;s et donc relativis&#233;s. Cette situation a peut-&#234;tre permis aux femmes de sortir de leurs r&#244;les assign&#233;s pour offrir une parole pleine et enrichir en retour, consid&#233;rablement, cette ambiance un tant soi peu adulte. Bref lorsque cette atmosph&#232;re s'est instaur&#233;e, la baudruche &#171; sexe &#187; s'est d&#233;gonfl&#233;e au point qu'il y avait m&#234;me un ennui &#224; en parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un ennui &#224; parler de sexualit&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, un ennui, mais pas de g&#234;ne. Peut-&#234;tre parce que les id&#233;es qui &#233;taient en jeu dans l'atelier &#233;taient vraiment existentielles, et que le sexe, dans ce cadre, &#233;tait aussi remis &#224; sa place ? Ou parce que c'&#233;tait toute la mythologie de chacun qui risquait d'&#234;tre mise &#224; mal, les petites portes de sortie clandestines indispensables que chacun met en place dans sa vie, et qui ne trouvaient pas la place pour se partager ici ?... Au final, m&#234;me si on en parlait beaucoup dans le fil des discussions, la sexualit&#233; n'a pas &#233;t&#233; un th&#232;me explicitement propos&#233;. Au point qu'il y a quelques mois, j'ai insist&#233; pour qu'on y consacre au moins une s&#233;ance&#8230; On y a parl&#233; principalement de la phrase de Lacan, &#171; Il n'y a pas de rapport sexuel &#187;, qui part du principe que le sexe est pour la psych&#233; archa&#239;quement assimil&#233; au seul phallus, l'homme &#233;tant cens&#233; l'avoir par son p&#233;nis, et la femme le d&#233;sirant puisqu'en &#233;tant priv&#233;... Pour moi, qui ne suis pas nihiliste, c'est un constat, vrai, qui appelle &#224; la d&#233;couverte progressive de l'autre sexe, celui de l'autre ou le sien, et en soi, celle de la bisexualit&#233; fondamentale, nullement une rationalisation de l'&#233;tat des choses. Marx dressait le constat de l'exploitation par le capitalisme &#8211; il ne s'en satisfaisait pas... Dans tous les cas, le sexe est toujours le domaine de l'imagination : l&#224; aussi, les d&#233;terminations biologiques sont mises &#224; mal. Finalement, peut-&#234;tre que l'&#233;rotisme, relativement rare, est &#224; une relation ce que le doute est &#224; la r&#233;flexion : V&#233;cu, il trouble la mani&#232;re d'habiter nos corps &#8211; perdu, il interroge la relation&#8230; Une br&#232;che qui enraye les &#233;vidences qui ont cours, qui &#233;branle ce qui est l&#224;, qui oblige &#224; se lever alors qu'on &#233;tait assis, comme dit Brel. Un taon qui d&#233;range, comme Socrate dans les rues d'Ath&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au sein de l'atelier, avez-vous vous v&#233;cu des situations d'amour ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines personnes, surtout jeunes, qui d&#233;barquaient dans l'atelier nous interpellaient : &#171; Vous parlez d'amour, mais c'est quand la pratique ? &#187;, avec un petit air lascif&#8230; Quand on demandait des pr&#233;cisions, c'&#233;tait immanquablement : &#171; Organisons une teuf ou un barbecue sur les quais &#187;... C'est &#231;a, l'image dominante de l'&#234;tre-ensemble, le tourbillon mondain o&#249; l'on oublie&#8230; La discussion &#233;tait alors vue comme un truc c&#233;r&#233;bral, chiant, qui divise, r&#233;p&#233;titif, dont il ne sortait rien que quelques fulgurances insaisissables &#224; l'alchimie &#233;trange&#8230; L'id&#233;e que l'&#233;change humain autour d'une question v&#233;cue, simple, profonde, puisse &#234;tre un plaisir fin mais intense passait pour une aberration. Je ne parlais m&#234;me pas de la recherche de la v&#233;rit&#233;, de la d&#233;couverte intellectuelle, de l'extase de la compr&#233;hension - c'e&#251;t &#233;t&#233; me disqualifier sans d&#233;tour - et pourtant personnellement, ce sont des joies bien plus grandes que les f&#234;tes &#233;tudiantes et parisiennes que j'ai pu &#233;cumer. Alors dans l'atelier, oui, sans h&#233;siter, je crois qu'on a v&#233;cu des relations d'amour, qui ont trait &#224; l'amiti&#233;, au plaisir de se retrouver en confiance malgr&#233; les d&#233;saccords, les tensions, les d&#233;couragements. Mais ce n'est pas du copinage, c'est-&#224;-dire qu'on est quand m&#234;me l&#224; un peu plus pour faire ensemble que pour &#234;tre ensemble. Et ce que l'on a &#224; faire ensemble, c'est de s'interroger, de partager une certaine angoisse en face d'interrogations vivantes, incarn&#233;es, de tenter de se conna&#238;tre, soi et les autres, derri&#232;res les r&#244;les, les masques, les grimaces. C'est une sorte d'amour de la connaissance, de la discussion, un amour de la v&#233;rit&#233;. La civilisation, quoi. C'est tr&#232;s politique, cette mani&#232;re de se rassembler autour d'un sens &#224; d&#233;terminer. &#199;a repose des choses fondamentales face &#224; l'agression, &#224; la m&#233;galomanie, au conflit, &#224; l'avenir. Tout &#231;a n'emp&#234;chait pas certains d'entre nous de conclure les trois heures d'atelier par un petit verre dans le bar d'&#224;-c&#244;t&#233;. Au contraire, cet aspect informel jouait un r&#244;le distinct, mais important. On &#233;tait plus dans la conversation : les th&#232;mes s'y prolongeaient, se ramifiaient, se concr&#233;tisaient, avec souvent une approche plus politique et ax&#233;e sur l'actualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles sont les implications politiques de L'art d'aimer ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; la sexualit&#233;, la politique a fait partie des manques exprim&#233;s par les participants &#224; l'atelier : &#171; On voit bien le lien entre l'amour et la libert&#233;, mais la politique l&#224;-dedans ? &#187;&#8230; Mais justement, si l'amour vrai c'est l'amour de la libert&#233;, alors c'est imm&#233;diatement politique. Aimer l'autre parce qu'il est libre dans son existence, c'est tout faire pour que les hommes se rendent collectivement libres, de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, ce qui me semble le seul but fondamental de la politique. Et ce n'est pas une question de droits, ou de d&#233;fense de la vie priv&#233;e. C'est vouloir une soci&#233;t&#233; de d&#233;cence, de respect, et bien plus une vie culturelle foisonnante, une cr&#233;ativit&#233; lib&#233;r&#233;e, des t&#226;ches &#233;mancipatrices, des institutions vivantes, bref une collectivit&#233; o&#249; chacun participe pleinement aux d&#233;cisions, se reconna&#238;t dans l'&#233;volution globale, s'implique dans les affaires publiques. &#199;a s'appelle une soci&#233;t&#233; autonome, d&#233;mocratique, libre donc capable de d&#233;lib&#233;rer sur ses propres limites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour toi amour et projet d'autonomie sont intimement li&#233;s ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Absolument, et &#231;a fait partie de mes motivations plus philosophiques pour tenir cet atelier. D'abord en c&#244;toyant des immigr&#233;s d'origines diverses et en voyageant un peu, j'&#233;tais stup&#233;fait de constater que ce qui disparaissait dans nos soci&#233;t&#233;s occidentales &#233;tait bien plus qu'un &#233;norme courant r&#233;volutionnaire, un projet d'autonomie culturel et politique qui avait secou&#233; le monde depuis au moins trois si&#232;cles. Ce qui me semblait s'&#233;vanouir ici est fondamentalement un type de relation &#224; la soci&#233;t&#233;, aux autres, &#224; la vie, &#224; l'avenir, une chose commune &#224; toutes les soci&#233;t&#233;s historiques vivantes. Quels mots mettre dessus ? Celui d'amour peut venir &#224; l'esprit. Ensuite si nous visons un &#234;tre humain libre, d&#233;lib&#233;rant lucidement de ses choix, conscient et agissant sur ses d&#233;terminations, autonome en un mot, ne faut-il pas des contraintes pour qu'il ne fasse pas n'importe quoi de ce pouvoir qu'il conquiert (c'est &#171; l'injonction cat&#233;gorique &#187; &#224; faire le bien, de Kant) ? Je parle l&#224; du Goulag, d'Auschwitz, du totalitarisme qui ont traumatis&#233;s le monde entier et dont l'ombre plane sur notre sombre &#233;poque... La r&#233;ponse est &#233;videmment non, et la common decency d'Orwell ne peut en tenir lieu. Alors sur quoi fonder, en terme existentiel, le comportement autonome ? Puisque nous savons que nous allons mourir, pourquoi ne pas courir apr&#232;s le pouvoir, le fric et les femmes et jouir au maximum avant de crever ? L'autonomie peut-elle &#234;tre voulue pour elle-m&#234;me ? Comme dit Castoriadis, nous voulons l'autonomie, d'accord, mais au bout du compte, pour quoi faire ? En d'autres terme : vouloir &#234;tre autonome, vouloir une soci&#233;t&#233; autonome, oui, mais finalement, seul face &#224; sa propre disparition, au chaos que nous sommes et au n&#233;ant qui nous attend, pourquoi ? Questions absolument fondamentales, &#224; laquelle chacun de nous doit r&#233;pondre, pour lui-m&#234;me, du fond de lui-m&#234;me et l'assumer devant ses semblables.... La notion d'amour que je n'avais jamais retenue auparavant, prend pour moi une dimension nouvelle ; personnellement, d'abord et avant tout, et puis politiquement et th&#233;oriquement ensuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce sont les conclusions auxquelles aboutit Fromm ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fromm parle de soci&#233;t&#233; saine, d&#233;sali&#233;n&#233;e, d&#233;barrass&#233;e d'un capitalisme qui constitue une perversion des rapports humains. &#171; Quand on aime, on ne compte pas &#187;, dit-on, et r&#233;ciproquement... Une soci&#233;t&#233; qui a pour objectif de tout compter, de tout chiffrer, de tout rationaliser par l'&#233;conomique, de consommer pour produire et inversement, de divertir face aux myst&#232;res de nos existences, donc de jouer avec l'angoisse, le manque et la solitude, cette soci&#233;t&#233; ne peut que combattre le don, le courage, la responsabilit&#233;, la gravit&#233; qu'implique la position d'amour. Pour autant, ce n'est pas se satisfaire d'une position r&#233;volutionnaire quelconque. L&#224;-dessus, le livre d'Alberoni Le choc amoureux est int&#233;ressant : il compare l'&#233;tat amoureux et les mouvements sociaux, l'effervescence de l'un et de l'autre, les bouleversements qui s'op&#232;rent. Pour Alberoni, d'une certaine mani&#232;re, Mai 68 a &#233;t&#233; un &#233;tat amoureux, un moment incroyable o&#249; une partie de la soci&#233;t&#233; est tomb&#233;e amoureuse d'elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mai 68 serait un moment d'amour collectif ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour expliquer Mai 68, certains disent : &#171; Imagine que tout le monde tombe amoureux de tout le monde en m&#234;me temps &#187;&#8230; Effectivement, c'est le go&#251;t qui affleure lors de certains &#233;v&#233;nements, comme au paroxysme de 1995 ou de 2006, par exemple. Mais on l'a vu, pass&#233; l'&#233;tat amoureux, il faut s'affronter &#224; un autre chose. Mai 68 n'a pas enclench&#233;, apr&#232;s l'&#233;tat de f&#234;te et de fusion, cet autre chose. Une r&#233;volution, ce n'est pas une s&#233;rie d'&#233;meutes. Nous, le peuple, devons aboutir &#224; une nouvelle institution de la soci&#233;t&#233;, &#224; une soci&#233;t&#233; dans laquelle on se reconnaisse, que nous puissions aimer. C. Castoriadis disait en 68 : &#171; Nous ne voulons pas une nuit d'amour, nous voulons une vie d'amour &#187;. D'ailleurs la culture du mouvement ouvrier liait syst&#233;matiquement r&#233;volution et amour. Que l'on pense par exemple &#224; la Commune de Paris et au &#171; Temps des cerises &#187;, les chansons ouvri&#232;res, ou &#224; A. Camus, dans &#171; Les Justes &#187;.... Alors le pari c'est que notre approche de l'amour permette d'apporter un regard nouveau l&#224;-dessus, une formulation qui ouvre des perspectives, comme cette question de relation d'amour avec la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cr&#233;er une relation d'amour avec la soci&#233;t&#233;, qu'est-ce que &#231;a voudrait dire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une hypoth&#232;se que je pose&#8230; D'abord d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, toutes les soci&#233;t&#233;s traditionnelles g&#233;n&#233;raient un sentiment d'appartenance, d'identit&#233;, de respect, de d&#233;vouement. On faisait corps avec le soci&#233;t&#233; dans laquelle on vivait, et &#231;a se pratiquait tous les jours par les petits gestes convenus de politesse, d'hospitalit&#233;, d'honn&#234;tet&#233;, de don, etc. C'est la d&#233;cence commune, ordinaire, populaire dont parle G. Orwell. Ce gisement de ressources culturelles, notre soci&#233;t&#233; l'&#233;puise, &#231;a saute aux yeux partout. La relation entre l'individu et la soci&#233;t&#233; &#233;tait une certaine relation d'amour, mais fig&#233;e, fixiste, ali&#233;n&#233;e. Il n'y a pas &#224; appeler &#224; son retour, d'autant plus que &#231;a ne sert &#224; rien puisque le terreau qui g&#233;n&#232;re ce sentiment de profond respect a disparu. Je crois qu'il ne faut pas c&#233;der aux sir&#232;nes de la nostalgie, et prendre les choses par un autre bout. D'autre part, quand on analyse sa vie, on s'aper&#231;oit qu'on ne change r&#233;ellement que lorsqu'on est aim&#233;, profond&#233;ment. On grandit gr&#226;ce &#224; la compr&#233;hension, l'empathie et aussi les exigences de nos parents, de nos amiti&#233;s, par nos fr&#232;res et s&#339;urs, et par les liens amoureux tiss&#233;s avec les gens, les rencontres, les exp&#233;riences, les lieux, les lectures. L'amour est le principal facteur d'&#233;panouissement (et aussi d'avilissement&#8230;) chez l'individu. Qu'on regarde le lien du patient avec son psychanalyste, de l'&#233;l&#232;ve avec son prof ou d'un groupe avec son leader. De la m&#234;me mani&#232;re, pour changer la soci&#233;t&#233;, il faut pouvoir distinguer ses diff&#233;rents composants, tendances, courants qui la traversent, et accompagner les forces, institu&#233;es ou non, qui visent l'autonomie individuelle et collective. Il faut l'aimer au sens o&#249; l'amour n'est pas une d&#233;magogie ou un laxisme mais une exigence de libert&#233;, un espace de cr&#233;ation qui comporte n&#233;cessairement une dimension critique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aimer sa soci&#233;t&#233;, c'est savoir la critiquer ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Fromm, aimer quelqu'un ce n'est pas d&#233;gouliner de bons sentiments, &#233;crire des mots gentils, &#234;tre perp&#233;tuellement satisfait &#8211; &#231;a se sont des r&#234;veries tristes. Aimer c'est &#234;tre exigeant, c'est exprimer ses d&#233;saccords, ses critiques, avec indulgence bien s&#251;r, mais au-del&#224; de la s&#233;duction et du sadisme. Comme le sous-entend C. Lasch, on ne peut pas changer une soci&#233;t&#233; qu'on hait, on ne peut que la d&#233;truire. Un individu que tu hais, tu ne veux pas le changer, tu veux le tuer. L'&#233;chec des mouvements r&#233;volutionnaires, ce n'est pas d'avoir &#233;chou&#233; &#224; renverser le syst&#232;me : ils ont &#233;chou&#233; &#224; le remplacer par un meilleur et viable. Donc ce qui doit unir les r&#233;volutionnaires, c'est une soci&#233;t&#233; &#224; venir, une foi qui doit s'enraciner dans une partie, au moins, de la r&#233;alit&#233;. Et c'est le drame aujourd'hui : ces signes d'une soci&#233;t&#233; en gestation semblent g&#233;n&#233;ralement rarissimes, il, ne reste que le ressentiment&#8230; Ensuite aimer, c'est vouloir que la personne &#233;volue dans la voie qui est la sienne et qu'elle seule peut faire advenir : &#224; l'&#233;chelle d'une soci&#233;t&#233;, &#231;a voudrait dire vouloir non pas une r&#233;volution port&#233;e par une avant-garde qui impose un carcan pr&#233;con&#231;u, mais une auto-transformation de la soci&#233;t&#233;. C'est au collectif anonyme que nous formons tous ensemble de d&#233;terminer nos institutions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Donc il ne faudrait pas se prononcer sur la soci&#233;t&#233; que l'on souhaite ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, le parall&#232;le avec l'individu a des limites importantes, et c'en est une ici : il ne peut pas &#234;tre un pr&#233;texte, comme &#231;a l'est aujourd'hui, pour ne pas proposer un projet de soci&#233;t&#233; alternative aussi pr&#233;cis que possible. Au contraire, une nouvelle soci&#233;t&#233; ne na&#238;tra pas d'un flou, mais de la confrontation de ce qui a &#233;t&#233; v&#233;cu, pens&#233;, &#224; la lumi&#232;re de la conscience qui se cr&#233;era alors et qui, &#224; partir de l&#224;, inventera ses propres formes. Cela ne signifie pas &#234;tre autoritaire, mais exprimer ses points de vue et d&#233;sirs de mani&#232;re adulte - et le collectif me semble souvent utilis&#233; pour ne pas avoir &#224; le faire... Enfin, c'est la question de la d&#233;mocratie. J'ai d&#233;j&#224; parl&#233; d'Aristote pour qui la d&#233;mocratie est le r&#233;gime m&#234;me de la Philia, de la fraternit&#233; donc de l'&#233;galit&#233;, en opposition &#224; la tyrannie ou l'oligarchie. Il me semble que l'on peut dire aussi que la d&#233;mocratie r&#233;elle - pas les r&#233;gimes aujourd'hui auto-d&#233;sign&#233;s tels - c'est l'institution d'un lien particulier avec sa soci&#233;t&#233;, ses institutions, puisque le peuple en est partie prenante, il les fait &#234;tre, il en est l'origine, les remanie ou les conserve librement, sans s'y crisper, et participe de ce fait pleinement au monde qui l'entoure et qu'il transforme. Il me semble qu'il y a l&#224; un terrain commun avec l'amour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'amour serait alors synonyme de d&#233;mocratie...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah non pas du tout un synonyme ! La relation serait la m&#234;me qu'entre la philosophie et la politique : ils peuvent se nourrir, s'engendrer mutuellement, mais ne seront jamais superposable, ni &#233;quivalent, ni logiquement d&#233;duits. Un des points communs les plus radical entre amour et d&#233;mocratie me semble que les deux reposent sur une m&#234;me conception de l'humain dont on a d&#233;j&#224; parl&#233; : affirmer qu'il n'y a pas de fondements rationnels, ni derniers, ni aucune garantie de sens quant &#224; ce qu'on est, ce qu'on fait, ce qu'on vit. Un peuple d&#233;mocratique pose ses lois, ses r&#232;gles, ses dispositifs, sans les sacraliser par une origine ext&#233;rieure, Dieu, la Raison, la Nature, le Parti, l'&#201;tat, les March&#233;s, etc. Comme une personnalit&#233; autonome pose ses valeurs, son parcours, ses choix comme reposant, en derni&#232;re instance, sur ses d&#233;sirs, sa volont&#233;, son projet. La d&#233;mocratie, c'est donc un rapport sans d&#233;tour avec l'ind&#233;termin&#233;, l'incertitude, le faillible, la fragilit&#233; de ce pour quoi nous vivons, bref avec la mortalit&#233;. Et c'est ce qui donne, paradoxalement, un regain de vigueur. L'ouverture &#224; d'autres cultures est &#233;galement &#224; ce prix : accepter comme rigoureusement &#233;gales d'autres coutumes, d'autres rites, d'autres mani&#232;res de vivre, c'est dans le m&#234;me mouvement porter l'interrogation au sein de ses propres &#233;vidences. La curiosit&#233; syst&#233;matique pour les autres peuples, l'anthropologie, est n&#233;e au sein de soci&#233;t&#233;s d&#233;chir&#233;es par ces remises en cause (colonialistes, certes, mais toutes les grandes cultures l'ont &#233;t&#233;). Mais &#224; l'inverse, ce qu'on constate aujourd'hui est un d&#233;samour croissant. Les gens semblent se moquer &#233;perdument de comment la soci&#233;t&#233; fonctionne, du moment que eux sont &#224; l'abri et s'en sortent. Et quand ils ne s'en sortent pas, ce qui les int&#233;resse, bien &#233;videmment, c'est leur propre sort. La x&#233;nophobie se r&#233;pand parall&#232;lement &#224; la normopathie, chez tout le monde. Ce n'est pas un hasard !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et pourtant, n'y a-t-il pas un amour de la soci&#233;t&#233; de consommation ? Un amour du mode de vie capitaliste ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un attachement tr&#232;s fort aux soci&#233;t&#233;s de types occidentales, c'est clair. Cet attachement est d'ailleurs sous-estim&#233; par l'id&#233;ologie gauchiste, qui se demande toujours pourquoi les populations se font encore berner par le syst&#232;me. C'est n'avoir pas compris ce que les m&#233;canismes capitalistes coupl&#233;es aux luttes pour l'&#233;galit&#233; &#233;conomiques ont partiellement r&#233;alis&#233; : l'abondance sur terre, qui est une figure r&#233;pandues des paradis des grandes civilisations, c'est-&#224;-dire un infini mat&#233;rialis&#233;, qui aboutit aujourd'hui aux mondes virtuels &#8211; en voil&#224; un autre monde. Mais cette adh&#233;sion verrouill&#233;e, cette servitude volontaire inquestionnable, est-ce vraiment de l'amour ? Ne serait-ce pas plut&#244;t comme la d&#233;pendance infantile vis-&#224;-vis des parents vus comme tout-puissants, et qui est un m&#233;lange d&#233;tonant d'adoration et d'ex&#233;cration presque indicibles ? On pourrait vivre dans une soci&#233;t&#233;, comme au XIXe si&#232;cle, o&#249; les ouvriers ha&#239;ssaient l'&#201;tat mais vivaient entre eux une fraternit&#233;, certes un peu mythifi&#233;e mais aussi bien r&#233;elle. On peut la retrouver cette fraternit&#233;, sous une forme &#233;ph&#233;m&#232;re, &#224; quelques occasions, ou en quelques rares lieux ; mais ce n'est pas &#231;a. Ce que je vois aujourd'hui, moi, c'est un peuple qui a les m&#234;mes rapports de ranc&#339;ur avec les autorit&#233;s qu'avec lui-m&#234;me &#8211; sauf en de rares occasions&#8230; C'est la disparition quasi-totale de la solidarit&#233; populaire. Je ne parle pas de la charit&#233; spectaculaire, qui est autre chose, mais des comportements sociaux de bases sans lesquels il ne peut y avoir de vie sociale, j'en ai parl&#233;. Ce serait trop long d'en faire la gen&#232;se ici, mais c'est quand m&#234;me un fait massif : nous traversons une crise de la socialisation elle-m&#234;me. Le formuler en termes tr&#232;s usit&#233;s, comme celui d'amour et de haine, est sans doute probl&#233;matique, mais &#231;a apporte un regard qui permet d'exprimer des choses qu'on vit de mani&#232;re visc&#233;rale, et sur un autre plan que la simple description sociologico-politique. Une autre mani&#232;re d'aborder la question, c'est de se demander, si les gens sont pr&#234;ts &#224; mourir pour ce train de vie ? Je ne crois pas. A quoi sont-ils fid&#232;les ? La simple pens&#233;e d'&#234;tre pr&#234;t &#224; mourir pour quelque chose para&#238;t exotique, d'o&#249; la fascination pour les kamikazes et les terroristes. C'est peut-&#234;tre en train de changer : on vit un retour &#8211; ambigu - des luttes radicales - mais pas encore une baisse des suicides au travail...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ne crois-tu pas qu'une majorit&#233; des gens prendraient les armes pour d&#233;fendre leurs voitures, leurs maisons, leurs ordinateurs ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, &#231;a, &#231;a se fait tous les jours, mais chacun dans son coin. Chacun d&#233;fend sa petite propri&#233;t&#233;, ce qu'on appelle sa &#171; vie priv&#233;e &#187;, mais pas la soci&#233;t&#233; globale qui les produit. On atteint un tel degr&#233; de r&#233;gression que le lien entre les uns et les autres n'est plus vu. C'est la crise p&#233;troli&#232;re annonc&#233;e, la fin programm&#233;e de la soci&#233;t&#233; de consommation, et quelles sont les r&#233;actions, &#224; part dans quelques marges de la soci&#233;t&#233; ? C'est dans la nature m&#234;me de la marchandise et du divertissement que de masquer, voire d&#233;truire la r&#233;alit&#233; sociale, les liens sociaux, le tragique existentiel, sans lequel il n'y a pas de v&#233;ritables joies possibles. C'est la dissolution du sentiment collectif - parall&#232;lement au besoin de le retrouver autour de grandes manifestations sportives, par exemple, mais &#233;ph&#233;m&#232;res. Peut-&#234;tre une improbable mobilisation g&#233;n&#233;rale comme en 1914, par exemple, quelle que soit la cause, trouverait le canal pour activer les passions. Mais pas un mouvement comme la R&#233;sistance face au nazisme, ni le nazisme &#8211; sauf si l'addiction consum&#233;riste rencontrer un vrai manque. Bref, dans tous les cas, il ne s'agirait nulle part d'une d&#233;fense d'un syst&#232;me de valeur, mais d'un exutoire &#224; une haine enfouie, une angoisse dramatis&#233;e,c'est-&#224;-dire aux antipodes d'une lutte men&#233;e pour une vie et une soci&#233;t&#233; qui seraient n&#244;tres, c'est-&#224;-dire collectivement choisies. Et que le terme de lutte n'effraie pas : la pratique de l'amour est une lutte permanente, contre ses penchants morbides, contre la scl&#233;rose des relations, contre ceux qui veulent d&#233;truire ce qui ne fait pas sens pour eux. Comme dit T. W. Adorno : &#171; La fid&#233;lit&#233; ordonn&#233;e par la soci&#233;t&#233; est le moyen m&#234;me de n'&#234;tre pas libre, mais seule la fid&#233;lit&#233; permet &#224; la libert&#233; de se rebeller contre les ordres de la soci&#233;t&#233; &#187;... Les modes de luttes collectives restent &#224; chercher. Mais la gr&#232;ve, celle du mouvement ouvrier, pas celle de la CFDT, c'est cela : non pas un moyen de pression &#233;conomique, mais la mise en pratique de la force instituante du peuple conscient, o&#249; le moyen contient, au moins en germe, sa finalit&#233; - une d&#233;mocratie radicale, l'expression populaire en acte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles sont plus pr&#233;cis&#233;ment les implications politiques de cette vision de l'amour ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pratiquement, cette conception implique une soci&#233;t&#233; d&#233;cente, compr&#233;hensible et autonome, qui s'inspire des r&#233;alisations concr&#232;tes d&#233;j&#224; existantes. La libert&#233; d'expression, me semble un bon exemple. Celle-ci semble une &#233;vidence dans notre soci&#233;t&#233;, mais il s'agit en fait d'une exception dans l'histoire de l'humanit&#233;, r&#233;sultant de luttes historiques. La libert&#233; d'expression est un pari fou sur la capacit&#233; de chaque individu &#224; distinguer le vrai du faux, l'honn&#234;tet&#233; du mensonge, etc. Et, simultan&#233;ment, c'est une volont&#233; de b&#226;tir une soci&#233;t&#233; qui &#233;duque chacun, et non pas une &#171; &#233;lite &#187;, &#224; la pudeur, la droiture, le courage, la franchise, etc. C'est donc une relation qu'on peut nommer d'amour avec la collectivit&#233;. Et il ne faudrait pas croire que c'est un combat d&#233;j&#224; gagn&#233; : au contraire, le libert&#233; d'expression se restreint de mani&#232;re acc&#233;l&#233;r&#233;e autant par l'exercice des lobbys m&#233;diatico-politique ou communautaires, que par l'&#233;rosion palpable de la d&#233;cence chez ceux qui ont la parole facile. C'est le ph&#233;nom&#232;ne BHL, sym&#233;trique &#224; celle de l'exigence critique chez ceux qui &#233;coutent ou lisent. C'est tr&#232;s visible dans les petits groupes, cette pratique qui se perd.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des institutions qui seraient inspir&#233;es par l'amour... Un autre exemple ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons la s&#233;curit&#233; sociale. Voil&#224; une institution qui, dans son esprit h&#233;rit&#233;e des pratiques mutualistes du mouvement ouvrier, incarne ce que pourrait &#234;tre une soci&#233;t&#233; fraternelle. Bien entendu, elle est &#224; reprendre radicalement. Il faudrait non pas une administration opaque et infantilisante, mais une organisation g&#233;r&#233;e par le peuple lui-m&#234;me selon des principes exactement contraires aux tendances actuelles, c'est-&#224;-dire des moyens globaux et des d&#233;cisions locales. Sans parler de la conception de la sant&#233;, de la normalit&#233;, qui servent des lobbys, etc... Ce ne sont que des exemples personnels : j'aurais pu aussi &#233;voquer les combats pluris&#233;culaires pour l'&#233;galit&#233; des revenus ou la d&#233;mocratie directe qui me semblent par exemple de cette veine, et me semblent cruciaux. Mais il ne peut &#233;videmment pas y avoir de politique qu'on d&#233;duirait logiquement d'une certaine conception de l'amour, ni r&#233;ciproquement. Ce qui est certain, c'est que l'amour est contradictoire avec toute obsession de l'accumulation, de la contrainte, toute volont&#233; de puissance. En ce sens, l'amour est incompatible avec les m&#233;canismes capitalistes ou encore le ph&#233;nom&#232;ne hi&#233;rarchique. Et encore moins avec l'inflation techno-scientifique. G. Anders parle tr&#232;s bien de la honte prom&#233;th&#233;enne, le complexe de l'humain en face de la machine qui incarnerait la perfection. Ici, le lien avec l'amour de soi est &#233;vident. Le livre de Fromm est aussi explicite. Pour lui la soci&#233;t&#233; actuelle et son &#233;volution cr&#233;ent une situation o&#249; l'amour n'est pas impossible - l&#224; il s'oppose violemment &#224; Marcuse - mais extr&#234;mement rare, tr&#232;s difficile. Et je pense que &#231;a ne s'est pas arrang&#233; depuis les ann&#233;es 50.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi serait-il de plus en plus difficile d'aimer dans nos soci&#233;t&#233;s actuelles ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fondamentalement parce que le propre de la volont&#233; de puissance, et donc de la dynamique capitaliste, est le ph&#233;nom&#232;ne qu'on a appel&#233; la r&#233;ification, la transformation de ce qui est vivant ou humain en choses, en objets manipulables &#224; merci. C'est un projet fondamentalement impossible, d'o&#249; les contradictions profondes d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;es. C'est un projet fonci&#232;rement oppos&#233; &#224; celui de l'amour frommien, qui est un devenir-humain. Il en est l'antinomie parce qu'il est tr&#232;s difficile de s'&#233;panouir dans un travail o&#249; tout nous &#233;chappe, les moyens comme les finalit&#233;s, parce que l'&#233;ducation globale fait de nous des &#234;tres calculateurs, maximisant sans arr&#234;t et inconsciemment les avantages &#224; escompter de toute relation, de tout acte, ce qui nous condamne &#224; une interminable course de rat solitaire et d&#233;gradante. On pourrait se demander finalement pourquoi de telles tendances ? Dans le cadre qui nous occupe ici, je crois que la r&#233;ponse r&#233;side dans ce qu'on pourrait appeler la peur de l'amour. L'amour effraie, voire terrorise, par ce qu'il nous force &#224; renoncer &#224; cette nostalgie qui s'enracine dans l'exp&#233;rience de la petite enfance, et nous oblige &#224; nous regarder tels que nous sommes, libres mais sans certitudes, seuls mais capables de vivre des relations extraordinaires, cr&#233;ateurs mais in&#233;luctablement mortels. Vivre d'amour, c'est ipso facto se savoir condamn&#233; &#224; la disparition. Nous &#233;rigeons donc des pyramides, des paravents, des strat&#233;gies d'&#233;vitement pour ne pas vivre cela, pr&#233;f&#233;rant la position r&#233;gressive, religieuse ou nihiliste. Collectivement, je crois que les tendances historiques dont j'ai parl&#233;, et qui s'imposent massivement &#224; nos soci&#233;t&#233;s, sont ces paravents. Notre soci&#233;t&#233; devient de plus en plus une machine qui cherche &#224; &#233;viter par tous les moyens des relations humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourtant la question de l'amour est aujourd'hui omnipr&#233;sente dans les m&#233;dias, la publicit&#233;, les chansons...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Justement, j'ai l'impression que c'est une sorte de compensation. Les discours sur l'amour cr&#233;ent des illusions tr&#232;s compl&#233;mentaires avec le monde dans lequel nous vivons. Elles servent de d&#233;rivatifs &#224; un besoin de vivre qui ne peut trouver &#224; s'exprimer. C'est ce que nous &#233;voquions &#224; propos de l'id&#233;ologie actuelle de l'amour. La formation des couples fonctionne quasiment comme un pseudo-march&#233; d'objets : les alliances se cr&#233;ent entre personnes de valeurs marchandes estim&#233;es proches. Les relations dites d'amiti&#233;s sont presque syst&#233;matiquement des relations d'instrumentalisation, o&#249; les gens doivent &#171; servir &#187; &#224; quelque chose. Idem pour les enfants, con&#231;us g&#233;n&#233;ralement comme un &#233;l&#233;ment parmi d'autres d'une panoplie qui rassemble les signes ext&#233;rieurs de bonheur et de r&#233;ussite&#8230; Le principe de ces relations est qu'elles doivent n'engager &#224; rien, sur le mode de la consommation o&#249; les objets se succ&#232;dent suivant les pseudo-besoins qu'ils sont cens&#233;s remplir et les modes qui changent en permanence. Et autant cette pullulation d'objets est utilis&#233;e en fait pour s'isoler de la soci&#233;t&#233; vue comme une contrainte, autant ce mode relationnel superficiel existe pour ne pas avoir &#224; vivre l'autre en tant qu'&#234;tre humain, avec ses probl&#232;mes, ses enthousiasmes, son humanit&#233;, qui nous renverrait &#224; la n&#244;tre, ou plut&#244;t &#224; son ensevelissement sous nos renoncements. Au centre de l'amour tel que nous en parle E. Fromm, il y a la notion d'engagement : dans le monde, dans des relations, dans un sens de la vie v&#233;cue avec nos semblables. Il y a un id&#233;ogramme japonais utilis&#233; en A&#239;kido, qui signifie &#171; entrer dans une maison &#187;. Cet id&#233;ogramme &#233;voque la p&#233;n&#233;tration dans la situation du combat, le fait de ne pas la fuir, mais au contraire de s'y lancer, de d&#233;cider de la vivre pour y trouver sa place, et pas celle dict&#233;e par l'autre. On pourrait parler d'implication, avec tout ce que &#231;a entra&#238;ne, justement, le fait de s'y d&#233;couvrir. Et dans le m&#234;me mouvement, y trouver, enfin, un point d'ancrage en soi et dans des relations qui permettent de lutter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Peux-tu approfondir davantage le lien entre l'engagement amoureux et l'engagement politique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, on a l'habitude d'opposer engagement et libert&#233;, et donc, en amour, d'opposer fid&#233;lit&#233; et aventure. Cette vision forme une alternative souvent infernale, et pouss&#233;e jusqu'au bout, impossible. Une mani&#232;re de reformuler la question pour en sortir serait : &#224; quoi s'engage-t-on ? On peut faire un d&#233;tour par le travail intellectuel ou scientifique. Si on n'aime qu'un r&#233;sultat pr&#233;cis, on n'est plus dans la recherche, on se dogmatise. A l'inverse, si on investit uniquement le processus de recherche, c'est compl&#232;tement vide et vain, on n'arrive &#224; rien. Chercher r&#233;ellement, c'est tenir les deux, ou plut&#244;t s'engager dans une vis&#233;e de v&#233;rit&#233; et de cr&#233;ation, et lui rester fid&#232;le, o&#249; le processus de recherche n'est valid&#233; que par le r&#233;sultat et celui-ci est provisoirement valide tant qu'il n'est pas r&#233;fut&#233; par d'autres. Il y a donc attachement &#224; des choses mortelles. La r&#233;duction du temps d'&#233;laboration d'une th&#232;se universitaire de dix &#224; trois ans montre l'impossibilit&#233; de mener &#224; bien un vrai travail de recherche. C'est aussi le cas de l'engagement politique : la plupart du temps, &#224; l'engagement de jeunesse qui s'affronte &#224; la vie r&#233;elle succ&#232;de soit la crispation dogmatique (A. Badiou, par exemple), soit un opportunisme arriviste (D. Cohen-Bendit, par exemple). Quelques-uns, exemplaires, sont arriv&#233;s &#224; revenir sur leur implication &#224; la lumi&#232;re du r&#233;el, et &#224; en d&#233;gager ce qui leur &#233;tait propre, qu'il s'agisse des d&#233;sillusions marxistes ou gauchistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un engagement politique qui allie fid&#233;lit&#233; et d&#233;couverte... &#192; qui penses-tu ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre autres &#224; C. Castoriadis : tr&#232;s marxiste, il a &#224; un moment r&#233;alis&#233; que le marxisme ne collait plus ni &#224; la r&#233;alit&#233;, ni &#224; un projet r&#233;volutionnaire. A-t-il abandonn&#233; la politique ? Non, au nom m&#234;me de son engagement, il l'a travaill&#233;e de l'int&#233;rieur en cr&#233;ant, notamment, le principe du projet d'autonomie. C'est une mani&#232;re tr&#232;s exigeante de vivre la fid&#233;lit&#233;, et non de la subir. Aimer l'action politique, c'est l'aimer non comme une panoplie d'actions, de types de r&#233;unions, d'outils scl&#233;ros&#233;s au service de tout et de n'importe quoi, mais comme une d&#233;marche sans cesse en renouvellement, en r&#233;flexion, o&#249; l'on vise l'efficacit&#233; et la v&#233;rit&#233;, fussent-elles provisoires. Alors l'engagement amoureux dans tout &#231;a ? E. Fromm a cette phrase que je trouve magnifique et qui sonne comme un koan : &#171; Soutenir qu'il ne faut pas h&#233;siter &#224; dissoudre une relation si elle n'est pas satisfaisante est aussi erron&#233; que de pr&#233;tendre qu'il faut la maintenir &#224; tout prix. &#187;. Je l'entends comme une interrogation &#233;mancipatrice : que cherchait-on dans cette relation ? Une fuite de la solitude ? Une apparence de bonheur conforme ? Une s&#233;curit&#233; pour l'avenir ? Et quelle partie de soi a choisi ? Etc. A quoi est-on fid&#232;le, finalement ? Qu'est-ce qui, dans le moment fondateur, inaugural, doit &#234;tre valoris&#233; ? A travers l'&#233;tat amoureux, on a vu, d&#233;form&#233;e, la volont&#233; d'entrer dans ce monde, d'y participer jusqu'&#224; en mourir : &#234;tre fid&#232;le &#224; cette sinc&#233;rit&#233; initiale, m&#234;me si elle &#233;tait masqu&#233;e, et tenter de s'y tenir. On peut aussi vouloir se maintenir dans l'illusion. C'est comme une admiration devant un tableau : on va essayer de le reproduire &#224; l'infini, ou en faire une conversion pour devenir peintre &#8211; ou musicien, ou guide haute montagne ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu rapproches beaucoup la notion d'amour &#224; celle d'autonomie : est-ce que tu pourrais en dire un peu plus ? Parce que tu en as parl&#233; mais ce n'est pas une chose aussi &#233;vidente que &#231;a...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je peux essayer de pr&#233;ciser &#224; travers ce que je crois avoir compris de Spinoza. Sa d&#233;finition de l'amour dans l'&#201;thique est jolie : &#171; L'Amour est une Joie qu'accompagne l'id&#233;e d'une cause ext&#233;rieure &#187;. En premi&#232;re approximation, c'est assez clair : c'est le plaisir qu'on prend en l'attribuant &#224; la pr&#233;sence de quelqu'un ou quelque chose. Mais le terme de Joie a un sens particulier chez Spinoza : c'est le passage d'un &#233;tat de moindre perfection &#224; un &#233;tat de plus grande perfection. Cela revient, approximativement, &#224; augmenter notre perception du monde et notre puissance d'agir tels que nous sommes. Ce serait donc un moment o&#249; nous vivons d'autres points de vue que le n&#244;tre seul, qui nous r&#233;v&#232;le &#224; nous-m&#234;me notre force intrins&#232;que et nous permet une prise de recul qui nous relativise donc nous rapproche. C'est par exemple lorsqu'un malentendu, ou une m&#233;fiance, une incompr&#233;hension &#8211; nous en sommes entour&#233;s - se dissipe : la solitude dans laquelle chacun s'enfermait dispara&#238;t et on reconna&#238;t, enfin, l'autre comme son &#233;gal. Certes, je ne suis plus qu'un parmi tous les autres, je renonce &#224; avoir raison tout seul, mais je me retrouve entour&#233; de gens pareils &#224; moi et je r&#233;cup&#232;re ma capacit&#233; d'agir librement. C'est ce que dit S. Weil, lorsqu'elle &#233;crit cette phrase merveilleuse : &#171; Parmi les &#234;tres humains, on ne reconna&#238;t pleinement l'existence que de ceux que l'on aime. La croyance &#224; l'existence d'autres &#234;tres humains comme tels est amour. &#187; Je crois que c'est cela, le sentiment de Joie chez Spinoza : l'apparition de soi parmi les siens. Il y aurait beaucoup de choses &#224; en dire, mais on voit bien, ici, comment l'amour et l'autonomie s'entre-appellent. L'&#233;claircissement de situations relationnelles rapproche mon existence isol&#233;e de celles de mes semblables et, autre face du m&#234;me, la reconnaissance de l'existence de personnalit&#233; autres m'oblige &#224; me regarder comme un individu singulier, unique, mais quelconque, dont les choix fondamentaux peuvent &#234;tres infl&#233;chis. Sur le plan personnel, amour et autonomie, sans se confondre, seraient v&#233;cues simultan&#233;ment, comme sur le plan politique, l'&#233;galit&#233; et la libert&#233; sont rigoureusement indissociables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que Fromm propose des &#233;tapes pour s'am&#233;liorer, pour am&#233;liorer sa capacit&#233; d'aimer ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une pr&#233;cision tout d'abord. On retrouve dans cette question le pi&#232;ge tendu dans toute discussion par l'id&#233;ologie dominante et qui permet de tout d&#233;samorcer, de tout rendre &#233;quivalent, insignifiant, de fermer toutes perspectives : quel que soit le domaine, d&#232;s qu'on pointe l'&#233;tat catastrophique des choses, les gens demandent : &#171; Alors, qu'est-ce que tu proposes ? &#187;. Si tu n'a rien de pr&#233;cis &#224; r&#233;pondre, ton propos est imm&#233;diatement discr&#233;dit&#233;. Si tu avances des pistes, on va te dire que tu pr&#233;tends poss&#233;der la v&#233;rit&#233;, donc que tu veux l'imposer, que tu es un Robespierre en puissance, etc. Ce qui au final a le m&#234;me effet !... Ceci &#233;tant dit, pour r&#233;pondre &#224; ta question : oui et non, le livre de Fromm est &#224; la fois th&#233;orique et tr&#232;s concret, mais ce n'est ni une glose sp&#233;culative, ni un manuel de &#171; d&#233;veloppement personnel &#187; - terme terrifiant ! Ce qui est tr&#232;s pertinent, c'est son recours &#224; la notion d'art. Tout exercice artistique n&#233;cessite un travail, au sens noble, ce qui n'exclue pas le plaisir mais le faux-semblant. Pour E. Fromm, n'importe quel art n&#233;cessite des qualit&#233;s, qui doivent &#234;tre cultiv&#233;es : la patience, la concentration, la discipline, la sensibilisation &#224; soi-m&#234;me&#8230; Ce qu'il en dit d&#233;crit une vie assez sobre, frugale, voire aust&#232;re, ce qui a &#233;t&#233; la cible de pas mal de critiques au sein de l'atelier. Je partage ces critiques, mais seulement en partie : nous sommes aussi imbriqu&#233;s dans une soci&#233;t&#233; de la complaisance, du douillet, de la facilit&#233;, des plaisirs pr&#233;-dig&#233;r&#233;s. Et finalement st&#233;rile ! Quiconque se met s&#233;rieusement &#224; la musique, par exemple, ne peut que reconna&#238;tre la validit&#233; des recommandations de E. Fromm, qui rel&#232;vent aussi du bon sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fromm ne donne aucune piste plus concr&#232;te ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passant ensuite au domaine sp&#233;cifiquement du domaine amoureux, il propose quelques pistes de recherches pratiques : renforcer la capacit&#233; de s'objectiver, de se d&#233;centrer de ses seuls int&#233;r&#234;ts apparents pour saisir une situation dans son ensemble. Cultiver la force de la croyance en l'avenir, ce qu'il appelle la foi rationnelle, dont on a d&#233;j&#224; parl&#233;. Fromm parle aussi d'une &#171; orientation active et productive &#187; de la vie, la volont&#233; d'&#234;tre soi, de se construire un rapport au monde, le d&#233;sir de se trouver, de se transformer en se heurtant &#224; la r&#233;alit&#233;. C'est &#233;trange car pour illustrer cette id&#233;e, il prend l'exemple d'un m&#233;ditant &#224; l'&#233;coute du monde ! Il rejoint par l&#224; certaines philosophies orientales, sur lequel il a &#233;galement &#233;crit, mais sans abandonner, comme c'est souvent le cas actuellement dans le &#171; new age &#187; ou les arts martiaux, tout l'h&#233;ritage occidental. Par exemple, je crois que sa pratique de la psychanalyse l'a vaccin&#233; contre la vision unifi&#233; et pacificatrice de l'&#234;tre humain : nos serons toujours divis&#233;s, mais cette crise interne permanente peut &#234;tre v&#233;cue autrement &#8211; comme en d&#233;mocratie, d'ailleurs. Ainsi E. Fromm recommande de commencer sa journ&#233;e par un quart d'heure de silence et d'immobilit&#233;, o&#249; on se consacre &#224; son &#233;tat personnel, pour ensuite se rendre sensible aux autres tout le reste de la journ&#233;e... Ce n'est pas s'isoler, au contraire, c'est chercher &#224; &#234;tre et &#224; agir en accord profond avec ce qui nous anime et les choix toujours difficiles que nous avons &#224; prendre, donc se rendre infiniment disponible &#224; tout ce qui entoure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que cet atelier t'a transform&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est difficile de te r&#233;pondre parce qu'il y a beaucoup de choses dans ma vie qui, par ailleurs, participent &#224; m'influencer, et l'&#226;ge en premier lieu&#8230; Une chose, en tous cas, m'est certaine : j'ai dans ce groupe un peu r&#233;invent&#233; ma place. Jusqu'ici, lorsque j'avais une position de leader, &#231;a se scl&#233;rosait tr&#232;s vite dans une distribution parfaite des r&#244;les, p&#232;re fouettard versus bande de mous ! L&#224;, et c'est sensible dans tous les groupes auxquels je participe depuis, je ne prend plus en charge l'angoisse du collectif, et j'assume mieux la mienne. Je laisse davantage les participants assumer leurs responsabilit&#233;s et je garde en &#233;change, farouchement, mon espace de libert&#233;. Plus g&#233;n&#233;ralement, je crois que cet atelier m'a aid&#233; &#224; confirmer ce que j'avais pressenti &#224; la lecture du livre : ce que j'aime dans une relation, c'est la libert&#233;, c'est-&#224;-dire quand l'autre est libre de ses mouvements, de ses pens&#233;es, de ses choix, de ses actes, au point qu'il puisse m'offrir ma libert&#233; en retour. Et c'est ce que j'ai voulu vivre dans cet atelier, quitte &#224; m'en d&#233;faire provisoirement, ce qui est d&#233;j&#224; arriv&#233;. Bien s&#251;r, je ne suis pas en permanence dans cette attitude, loin de l&#224;. Une limite &#224; ce projet d'amour, et que pointe &#171; L'art d'aimer &#187;, c'est qu'il y a de moins en moins de personnes qui aspirent &#224; ce genre de vie. Au contraire, il y a un nombre impressionnant de gens qui militent - &#233;videmment avec le sourire - pour l'hypocrisie, la trahison, la m&#233;chancet&#233;. J'ai l'impression de sentir bien mieux ces gens autour de moi et ces tendances en moi, et d'apprendre &#224; rompre radicalement avec ce genre de relation, comme de comprendre pourquoi certaines personnes rompent avec moi&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que justement tu rencontres des personnes qui vivent leur amour d'une mani&#232;re proche de L'art d'aimer ?&lt;/strong&gt;
Oui, en un sens. D'abord, je pourrais &#233;voquer certaines personnes qui m'entourent depuis de nombreuses ann&#233;es, avec qui j'ai travers&#233; des crises tr&#232;s profondes, et en premier lieu ma compagne : elles incarnent en tous cas cette recherche, sans m&#234;me le formuler. Mais pour r&#233;pondre &#224; ta question, pr&#233;cis&#233;ment, je parlerais de personnes bien plus &#226;g&#233;es, certaines sont mortes, et qui ont une foi profonde en quelque chose qui s'enracine dans leur vie. Des r&#233;volutionnaires ou des croyants qui ont rompu avec les tartuferies. C'est une denr&#233;e rare et qui ne fait pas de bruit. Les gens qui vivent un amour profond, m&#234;me partiel, ne le chantent pas sur tous les toits. L'&#233;poque est difficile, c'est un rouleau-compresseur. Malgr&#233; le confort moderne, l'aridit&#233; relationnelle est une v&#233;ritable chape de plomb. Une relation vraie, d'&#233;rotisme, d'amiti&#233;, de travail ou de n'importe quoi, appara&#238;tra pour beaucoup de gens comme une chose &#224; d&#233;truire, tant la jalousie et le nihilisme sont dominants aujourd'hui. Le contraste, la preuve vivante qu'une telle chose est possible, aussi timide soit-elle, renvoie chacun &#224; ses reniements silencieux et c'est insupportable pour le plus grand nombre, sans m&#234;me qu'ils en aient conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et les participants, ont-ils exprim&#233; des changements personnels suite &#224; l'atelier ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne peux pas parler en leur nom&#8230; Cependant, lors du bilan de la fin de l'ann&#233;e derni&#232;re, plusieurs ont exprim&#233; le sentiment de mieux voir leurs conditionnements. Une femme a dit qu'elle a litt&#233;ralement &#171; appris &#187; &#224; parler en public, tandis qu'elle &#233;tait jusqu'ici compl&#232;tement bloqu&#233;e, alors qu'elle &#233;volue dans un milieu radical. Avec un militant de ce milieu, on a pu renouer des relations, tous les deux, aborder nos &#233;normes diff&#233;rends sous un autre angle. Ce n'est que sur ce terrain-l&#224; qu'on peut discuter. D&#232;s que les &#233;changes prennent un tour plus &#171; classique &#187;, on n'avance plus. Une autre femme, italienne, a pr&#233;cis&#233; qu'elle &#233;tait stup&#233;faite de l'ambiance sereine qui r&#233;gnait dans l'atelier entre hommes et femmes, qu'elle ne s'&#233;tait jamais sentie aussi bien dans un groupe. Mais &#231;a, ce sont des effets qu'on retrouve dans n'importe quel collectif o&#249; subsiste un peu de Philia, un groupe conscient de sa force et de ses limites. C'est-&#224;-dire que je crois que chacun a pris garde &#224; ne pas transformer cet espace en lieu de parole th&#233;rapeutique, qui est une porte ouverte au pire, m&#234;me si cette dimension de l'atelier &#233;tait &#233;vidente pour tous. En ce sens, notre activit&#233; de recherche autour d'objets pr&#233;cis &#233;tait salutaire, je crois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous allez continuer ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute, mais on ne sait pas encore sous quelle forme. On a b&#233;n&#233;fici&#233; depuis deux ans de la &#171; queue de com&#232;te &#187; du mouvement anti-LRU, de cette &#233;nergie r&#233;siduelle inemploy&#233;e que laisse le sillage de tous les mouvements collectifs. Aujourd'hui [juin 2009], ce mouvement est loin, et tout le monde retombe dans l'apathie du quotidien. Pour continuer &#224; travailler sans se trahir, sans &#234;tre infid&#232;les &#224; notre esprit de d&#233;part, sans tomber dans la r&#233;p&#233;tition il nous faudrait un nouveau d&#233;part, comme l'atelier en a d&#233;j&#224; v&#233;cu un, lors de la lecture commune du livre de Fromm La nullit&#233; constat&#233;e collectivement du r&#233;cent opuscule de Badiou, propos&#233; par quelques-uns, a plut&#244;t min&#233; le moral de tout le monde, je crois. Pour l'instant quelques expos&#233;s se succ&#232;dent, mais sans trop de conviction. Mais ce n'est pas grave si l'atelier s'auto-dissout : &#231;a montrerait qu'il a &#233;t&#233; vivant, jusqu'&#224; sa fin.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;[&lt;i&gt;L'atelier s'est dissout courant mai 2010, sans que la d&#233;cision ne soit vraiment prise, comme par fatigue. Les forces d'&#233;clatement habituelles semblent avoir progressivement repris le dessus sur la perspective d'un travail collectif. Un r&#233;el travail de pr&#233;paration individuel, un suivi serr&#233; des d&#233;bats r&#233;guliers et une capacit&#233; &#224; s'ouvrir &#224; d'autres conceptions exigent de rompre effectivement avec les attitudes courantes dans la sph&#232;re sociale, priv&#233;e, professionnelle, universitaire ou militante dans lesquelles nos existences sont encastr&#233;es. Sans parler du n&#233;cessaire renouvellement de la r&#233;flexion au sein de l'atelier, qui exigeait une &#233;nergie qui n'&#233;tait apparemment plus disponible. Au moins aurons-nous pu peut-&#234;tre, deux ans et demi durant, revitaliser un tant soit peu quelques pistes, &#224; contre-courant du reflux gigantesque qui ne cesse de st&#233;riliser l'&#233;poque, les laissant disponibles pour ceux qui, venant apr&#232;s nous, retrouveraient cet &#233;lan. Au moins cet arr&#234;t ne semble-t-il aujourd'hui (aout) n'avoir en rien entam&#233; les relations tiss&#233;es ou renforc&#233;es au sein de l'atelier.&lt;/i&gt;]&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Amour, libert&#233;, politique... (2/3)</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?464-amour-liberte-politique-2-3</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?464-amour-liberte-politique-2-3</guid>
		<dc:date>2011-03-17T11:57:19Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Cr&#233;ation sociale-historique</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;ducation</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie directe</dc:subject>
		<dc:subject>Beaut&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Amour</dc:subject>
		<dc:subject>Revolution</dc:subject>
		<dc:subject>Psychoth&#233;rapie</dc:subject>
		<dc:subject>Religion</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Primitivisme</dc:subject>
		<dc:subject>Art</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Anthropologie</dc:subject>
		<dc:subject>Pseudo-subversion</dc:subject>
		<dc:subject>Mortalit&#233; / finitude</dc:subject>
		<dc:subject>Entretien</dc:subject>
		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>B&#233;rard Quentin</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Propos recueillis par Les Renseignements G&#233;n&#233;reux le vendredi 12 juin 2009 (et compl&#233;t&#233;s ult&#233;rieurement) Texte paru dans la revue &#171; La Traverse &#187; n&#176;2, mars 2011 Premi&#232;re partie / Seconde partie- ci-dessous / Troisi&#232;me partie Voir la premi&#232;re partie (... / ...) Pourquoi l'&#233;tat amoureux ne pourrait-il pas durer toute la vie ? Ce n'est pas une question de dur&#233;e, je crois. Qu'est-ce qu'on veut maintenir dans l'&#233;tat amoureux ? Si c'est la force de l'illusion, l'ivresse vertigineuse, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-28-creation-+" rel="tag"&gt;Cr&#233;ation sociale-historique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-30-education-+" rel="tag"&gt;&#201;ducation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-37-democratie-directe-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-40-beaute-+" rel="tag"&gt;Beaut&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-51-amour-+" rel="tag"&gt;Amour&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-57-revolution-+" rel="tag"&gt;Revolution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-67-psychotherapie-+" rel="tag"&gt;Psychoth&#233;rapie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-79-religion-+" rel="tag"&gt;Religion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-81-philosophie-+" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-88-primitivisme-+" rel="tag"&gt;Primitivisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-93-art-+" rel="tag"&gt;Art&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-110-anthropologie-+" rel="tag"&gt;Anthropologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-116-pseudo-subversion-+" rel="tag"&gt;Pseudo-subversion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-117-mortalite-finitude-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-+" rel="tag"&gt;Mortalit&#233; / finitude&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-130-entretien-+" rel="tag"&gt;Entretien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-137-feminisme-+" rel="tag"&gt;F&#233;minisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-283-Berard-Quentin-+" rel="tag"&gt;B&#233;rard Quentin&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Propos recueillis par Les Renseignements G&#233;n&#233;reux le vendredi 12 juin 2009 (et compl&#233;t&#233;s ult&#233;rieurement)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Texte paru &lt;a href=&#034;http://www.les-renseignements-genereux.org/textes/13080&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dans la revue &#171; La Traverse &#187; n&#176;2, mars 2011&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?415-Amour-liberte-politique-1-3' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Premi&#232;re partie&lt;/a&gt; / Seconde partie- ci-dessous / &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?465-amour-liberte-politique-3-3' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Troisi&#232;me partie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?415-Amour-liberte-politique-1-3' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Voir la premi&#232;re partie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(... / ...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi l'&#233;tat amoureux ne pourrait-il pas durer toute la vie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas une question de dur&#233;e, je crois. Qu'est-ce qu'on veut maintenir dans l'&#233;tat amoureux ? Si c'est la force de l'illusion, l'ivresse vertigineuse, l'oubli de soi, c'est une fuite de la r&#233;alit&#233; qui ram&#232;ne &#224; la toxicomanie - et &#231;a se rencontre beaucoup en politique, des individus qui s'oublient dans des dogmes successifs, depuis 50 ans. Si c'est la joie puissante d'avoir prise sur le monde, d'&#234;tre en relations sinc&#232;res, donc conflictuelles, avec d'autres humains, &#231;a peut se vivre sur un mode r&#233;el, mais c'est &#233;minemment subversif. Cela demande une porosit&#233; &#224; nos d&#233;sirs, &#224; nos folies et &#224; ceux des autres, une interrogation r&#233;guli&#232;re sur nos vies, nos valeurs, une capacit&#233; &#224; vivre pleinement les crises et les conflits comme des moments de r&#233;-institution, o&#249; on repose les bases de nos existences. On peut faire un parall&#232;le politique. Qu'est-ce qu'on veut vivre ? Des insurrections dans un monde que l'on ne peut finalement pas changer &#8211; un absolu, encore ? Ou instaurer une v&#233;ritable d&#233;mocratie o&#249; seraient possibles les remises en questions par le peuple, et les exp&#233;rimentations dans tout les aspects de la vie : la justice, l'&#233;galit&#233;, le vrai, le pass&#233;, le sens de la vie collective, donc une soci&#233;t&#233; poreuse &#224; son imaginaire, capable d'auto-transformation, o&#249; ces questions sont ouvertes ? Le succ&#232;s pratique de la premi&#232;re th&#232;se, adolescente et assez triste, est sym&#233;trique &#224; la mise en exergue de l'&#233;tat amoureux... Mais pour revenir &#224; ta question, de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, l'&#233;tat amoureux dure rarement plus de quelques ann&#233;es. Quelle que soit la force de la passion qui nous &#233;treint dans les d&#233;buts d'une relation, on a beau combler les br&#232;ches qui s'ouvrent en renfor&#231;ant nos illusions, on s'aper&#231;oit plus ou moins consciemment que l'autre ne correspond pas &#224; notre id&#233;al, qu'il est autre, &#233;tranger, &#224; la fois pas pareil que nous et tr&#232;s semblable, mais hors sch&#233;ma, et r&#233;ciproquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La recherche de lucidit&#233; peut &#234;tre tr&#232;s douloureuse... C'est prendre le risque de s'apercevoir qu'on n'aime pas r&#233;ellement la personne avec qui l'on vit. Ou que l'on a une capacit&#233; d'aimer tr&#232;s faible&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, c'est exactement &#231;a. Vouloir aimer, ce serait effectivement prendre un risque, prendre ce risque, se risquer, soi, avec les autres, dans ce monde. Ce n'est pas, et ce ne sera jamais la s&#233;curit&#233;, le confort, la tranquillit&#233;. &#171; &#202;tre libre ou se reposer, il faut choisir &#187;, disait Thucydide. Les mineurs anglais en lutte disaient que &#171; la vigilance &#233;ternelle est le prix de la libert&#233;. C'est pr&#233;cis&#233;ment cela. Attention, sur ce point, les choses ont chang&#233;es depuis Fromm. Il ne s'agit nullement d'un &#233;loge de la pr&#233;carit&#233; de la sph&#232;re relationnelle telle que nous la vivons, cette extension du domaine de la lutte comme dit Houellebecq. Il y a cette phrase terriblement totalitaire du patronat qui alimente cette confusion : &#187;La vie, la sant&#233;, l'amour sont pr&#233;caires. Pourquoi le travail &#233;chapperait-il &#224; cette loi ?&#171; . Cette conception est exactement au c&#339;ur de notre probl&#232;me. Que nous dit-on ? Qu'au fond, comme tout doit avoir une fin, il n'y a pas s'attacher &#224; la vie, &#224; la sant&#233;, &#224; ceux qu'on aime, &#224; un savoir-faire ; a quoi bon, finalement ? La cons&#233;quence courageuse, c'est le suicide pour &#233;chapper &#224; la mort. La plus l&#226;che, c'est de ne pas vivre pour ne pas mourir. Cette position revient, en fait, &#224; se d&#233;sengager de tout pour ne pas en &#234;tre s&#233;par&#233; trop douloureusement. Aimer, ce serait exactement le contraire. Vivre pleinement, avec cette mort qu'on ne choisit pas, qui repr&#233;sente tout ce qu'on ne ma&#238;trise pas et qu'on ne contr&#244;lera jamais. Vivre avec ce temps qui passe, qui revient toujours lorsqu'on parle d'amour. C'est cela le risque d'aimer, c'est renoncer &#224; ce fantasme de contr&#244;le, y compris, surtout et d'abord le contr&#244;le total de soi. C'est s'aventurer en soi, se r&#233;approprier son pass&#233;, son enfance, comprendre ses enracinements, se d&#233;couvrir au fur et &#224; mesure que l'on s'invente, reconna&#238;tre cette part obscure de soi, et poser des relations nouvelles avec elle. S. Weil a cette phrase extraordinaire : &#187;Aimer un &#233;tranger comme soi-m&#234;me implique une contrepartie : s'aimer soi-m&#234;me comme un &#233;tranger&#171; ... Soit reconna&#238;tre cet &#233;tranger en soi, cette &#233;tranget&#233;, cet enfant, ces lieux du r&#234;ve et du fantasme, du d&#233;sir aussi, cette source de cr&#233;ation, fascinante et terrifiante, que certains nomment inconscient ou imaginaire radical.. On cite facilement Rimbaud : &#171; Je est un autre &#187;, il dit aussi &#171; J'ai fini par trouv&#233; sacr&#233; le d&#233;sordre de mon esprit &#187;&#8230; Ce serait &#231;a, l'amour ; non pas une sacralisation, mais une ouverture &#224; ce myst&#232;re fondamental : il ne s'agit pas de chercher &#224; le ma&#238;triser et pas plus &#224; y c&#233;der, mais &#224; &#233;tablir un autre rapport avec &#231;a. &#201;largir ce qu'on con&#231;oit par &#171; Je &#187; ou &#171; Nous &#187;, y impliquer l'ombre et l'inconnu comme le surgissement du monstrueux comme celui du sublime. C'est ce qu'on retrouve dans l'art ou la politique ou n'importe quelle activit&#233; &#224; laquelle tu te consacres pleinement. Le s&#233;rieux de l'affaire se mesure &#224; ta volont&#233; de te mesurer &#224; la t&#226;che (l'expression est belle), de partir de ton ignorance, de ta b&#234;tise, de ta faiblesse pour exercer ton pouvoir v&#233;ritable, ta capacit&#233; de cr&#233;ation. C'est le contraire du semblant, de l'apparence, du r&#244;le, du conformisme, de la s&#233;duction. Et, par effet quasi-m&#233;canique, c'est aussi interroger tout ce qui entoure, y compris les id&#233;ologies dominantes. Vouloir aimer, c'est prendre ce risque l&#224;, de la solitude... et essayer de le vivre &#224; plusieurs. C'est parier qu'on pr&#233;f&#232;re une vraie camaraderie, des relations tumultueuses mais vivantes &#224; l'entretien nostalgique d'un &#187;&#226;ge d'or&#034; pass&#233; ou pr&#233;sent, et qu'il faudrait pr&#233;server ou pr&#233;parer... C'est un peu &#231;a, l'&#233;tat amoureux et sa suite, souvent. Dans l'atelier, certains avan&#231;aient cependant d'autres explications &#224; cette limitation de la dur&#233;e de l'&#233;tat amoureux : trois ann&#233;es repr&#233;senteraient le temps minimum qu'il faut &#224; un couple pour faire un enfant et le rendre autonome...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette th&#233;orie suppose que l'&#233;tat amoureux est un fait biologique, qui existe depuis les d&#233;buts de l'humanit&#233;... Tu y crois ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas du tout. Je pense que c'est une petite rationalisation scientiste de la d&#233;composition des rapports humains, et de l'&#233;puisement de la volont&#233; d'en cr&#233;er d'autres. On se sert de la &#171; Nature &#187; pour se d&#233;fausser de nos responsabilit&#233;s d'animaux inachev&#233;s, cr&#233;ateurs de leurs propres cultures, on se rabat sur elle. La biologie est tr&#232;s id&#233;ologique, surtout aujourd'hui par l'entr&#233;e en force des cat&#233;gories &#233;cologiques dans le discours politique ou personnel. Bien entendu, les d&#233;terminations biologiques sont r&#233;elles, de l'Esp&#232;ce de A. Schopenhauer aux G&#232;nes de R. Dawkins, il est impossible de les ignorer. Mais elles entrent en contradiction avec bien d'autres, culturelles ou psychologiques par exemple, sur lesquelles on ne peut pas plus s'aveugler... Et elles ne permettent pas de comprendre le ph&#233;nom&#232;ne v&#233;ritable de la Passion par exemple. Dans tous les cas, celles dont on ne peut s'&#233;chapper sont triviales. Comme dit C. Castoriadis, il faut un minimum d'attirance h&#233;t&#233;rosexuelle, sans quoi la soci&#233;t&#233; s'&#233;teint au bout d'une g&#233;n&#233;ration&#8230; Bref, sous cette banni&#232;re, la biologie ne m&#232;ne pas tr&#232;s loin. Il suffit d'ouvrir un livre d'anthropologie ou d'histoire pour voir la diversit&#233; incroyable des modes de relations amoureuses&#8230; Polyandrie, polygynie, homosexualit&#233; masculine ou f&#233;minine, inceste, p&#233;dophilie, zoophilie...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;...Consanguinit&#233;, c&#233;libat, mariages forc&#233;s, viols, etc&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'amour est avant tout une construction sociale, un imaginaire collectif. Les fa&#231;ons d'aimer sont aussi vari&#233;es que le sont les cultures humaines. Je ne suis aucunement sp&#233;cialiste, c'est une question qu'il faudrait approfondir, mais &#231;a se rapporte au fait qu'une soci&#233;t&#233; forme un type d'&#234;tre humain particulier, qui trouve &#171; normal &#187; un certain type de r&#232;gles de vie r&#233;gissant la formation des couples, les liens familiaux ou des relations avec les divinit&#233;s&#8230; ou les rapports amoureux. Mais il y a une histoire. Par exemple, la premi&#232;re trace &#233;crite d'amour passionnel fondateur, c'est Majnoun Layla, le fou de Layla, un tr&#232;s long et magnifique po&#232;me arabe. Ce po&#232;me d&#233;crit un homme qui devient litt&#233;ralement fou d'amour pour une belle&#8230; Pour De Rougemont, cette conception est entr&#233;e en occident par les troubadours et les h&#233;r&#233;tiques cathares, au XI - XIIe si&#232;cle : c'est le d&#233;but de l'amour courtois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'amour passionnel n'existait pas avant la fin du moyen-&#226;ge ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon De Rougemont, non. D'ailleurs le terme fran&#231;ais &#171; amour &#187; vient de cette p&#233;riode, t&#233;moin d'un courant qui a sur valoris&#233;e la femme &#8211; au jeu d'&#233;chec,d'origine perse, la Dame devient la pi&#232;ce la plus puissante&#8230; L'attirance forte entre deux &#234;tres a bien s&#251;r toujours exist&#233;. Mais sans cette dimension essentielle de souffrance sacr&#233;e qu'elle a rev&#234;tue par la suite, et qu'on oublie souvent dans le terme de Passion, chant&#233;e, reconnue socialement, valoris&#233;e, etc. Chez les chr&#233;tiens, justement, on n'adore que Dieu : pas question de mourir d'amour pour un individu ! Chez les Grecs antiques, pour qui &#201;ros a pourtant une importance fondamentale m&#234;me chez Platon, l'amoureux transi est vu comme un malade, puisque m&#234;me le plaisir n'&#233;teint pas le tourment, dans Le Banquet par exemple. Au contraire de la fraternit&#233;, aujourd'hui d&#233;su&#232;te, la Philia, qu'Aristote juge &#234;tre au fondement de la cit&#233;, de la justice, et de la d&#233;mocratie, m&#234;me - le chapitre consacr&#233; dans L'&#201;thique &#224; Nicomaque est magnifique. Il faudrait voir &#233;galement pour l'Orient, la Chine ou l'Inde, la mani&#232;re dont l'amour, ou les amours, sont con&#231;us. Chaque culture construit sa cosmogonie, sa conception du monde, sa personnalit&#233; de base. E. Fromm serait cependant en d&#233;saccord avec ces id&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi ? Il ne s'int&#233;resse pas &#224; l'histoire de l'amour ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, au contraire, son livre en est une fresque impressionnante, mais lui y voit une sorte d'amour intemporel, chant&#233; par les po&#232;tes et les mystiques depuis la nuit des temps, et que la modernit&#233; d&#233;truirait. Il a enti&#232;rement raison sur l'&#233;volution, mais, je pense que la conception de Fromm est tr&#232;s occidentale. Il con&#231;oit l'&#234;tre humain, hommes et femmes, comme un sujet en devenir, qui poss&#232;de en lui-m&#234;me les ressources de sa propre transformation, capable d'&#233;tablir des relations de justice et d'&#233;galit&#233; sans qu'il y ait pour cela besoin d'un Dieu, d'un Roi ou des &#201;critures, c'est tr&#232;s occidental... Il n'y avait justement que des mystiques marginaux, &#233;ventuellement fondateurs de sectes plus ou moins influentes, pour vivre cela, dans des soci&#233;t&#233;s tr&#232;s closes, h&#233;bra&#239;ques, musulmanes, confucianistes, brahmaniques ou chr&#233;tiennes. Je crois que l'Occident, travers&#233; autant par l'amour-passion que par l'amour-mariage, est le lieu d'une tension tr&#232;s grande, facteur d'une grande libert&#233;, un jeu permettant l'invention d'une multitude de voies diff&#233;rentes qui ont &#233;t&#233; explor&#233;es depuis deux ou trois si&#232;cles. Ce recul historique est important, parce qu'il permet de comprendre que ce que nous visons, cette conception singuli&#232;re de l'amour, ne rel&#232;ve ni de la Nature, ni de l'essence m&#234;me de l'homme. C'est un choix, existentiel, historique, et il y en a d'autres possibles. &#171; Tout ce qui existe a d'abord &#233;t&#233; imagin&#233; &#187; comme dit W. Blake. Aujourd'hui que le projet d'autonomie en Occident se perd, que l'imaginaire semble se tarir, que nos soci&#233;t&#233;s se referment &#224; grande vitesse, il semble se former une id&#233;ologie tr&#232;s construite de laquelle il n'est pas &#233;vident de s'extirper. Et refuser d'y voir clair, d'en discuter, c'est y &#234;tre livr&#233; pieds et poings li&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle est, plus pr&#233;cis&#233;ment, l'id&#233;ologie dominante concernant l'amour ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un th&#232;me de l'atelier que nous avons trop peu abord&#233;, par manque de recul je crois. Mais aussi parce que c'est une question tr&#232;s difficile. En tous cas ce que j'ai lu sur le sujet ne m'a pas paru aller au fond des choses, d'autant plus que les m&#339;urs ont beaucoup &#233;volu&#233;es depuis un si&#232;cle, ici... Pour commencer, on en a d&#233;j&#224; parl&#233; avec les trois &#171; erreurs &#187; courantes que pointait E. Fromm : L'amour c'est tomber amoureux ; l'amour c'est &#234;tre aim&#233; ; l'amour c'est trouver la bonne personne. Reprenons ces trois pr&#233;suppos&#233;s qui forment une posture existentielle, et transposons-les sur le champ de la consommation. Commen&#231;ons par le discours publicitaire : vous aurez le coup de foudre pour un produit, unique et original, qui vous comblera... Transposons-le maintenant sur le terrain politique : un jour quelqu'un d'extraordinaire viendra, nous aimera et avec lequel nous ne serons plus qu'un... C'est le chef providentiel, qui doit entretenir la fascination et briser les relations &#233;galitaires... Pour Freud l'&#233;tat amoureux, c'est une &#171; foule &#224; deux &#187;. C'est la principale tendance de notre soci&#233;t&#233; actuelle et son pseudo-march&#233; des marchandises, des relations et des corps, que Fromm d&#233;non&#231;ait d&#233;j&#224; en 1956&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et pourtant, la valorisation du mariage est encore bien pr&#233;sente, non ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La posture consum&#233;riste, cette &#233;ni&#232;me d&#233;gradation de l'amour fou originel, ne pourrait pas exister si elle n'avait pas son sym&#233;trique, mais moins valoris&#233; : l'amour-mariage. &#199;a c'est le culte de la r&#233;alit&#233;, de la raison, de la quotidiennet&#233;, etc. un culte qui a &#233;t&#233; &#233;branl&#233; la derni&#232;re fois dans les ann&#233;es 60. Mais ce qui constitue l'id&#233;ologie dominante n'est pas cette tension entre l'amour-passion et l'amour-mariage, qui serait un facteur d'exp&#233;rimentations libres, c'est plut&#244;t la d&#233;gradation de leurs formes respectives &#8211; ce qu'on appelle en politique la &#171; r&#233;cup&#233;ration &#187;. Car ces deux grands courants, l'amour-passion ou l'amour-mariage, sont tr&#232;s subversifs l'un comme l'autre, s'ils &#233;taient v&#233;cus pleinement...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En quoi ces deux forme d'amour &#233;rotique seraient-ils subversifs ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons le cas de l'amour-passion. Imagine-t-on un peuple d'amoureux en transe, n'ayant en t&#234;te que leur amour impossible, n'&#233;coutant rien, n'admettant aucune contrainte, ne faisant rien d'autres que d'aimer, jusqu'&#224; en mourir ? Car c'est cela, la v&#233;ritable Passion : un d&#233;fi lanc&#233; &#224; la mort ! A la place, on ne voit qu'une mise en avant d'un &#233;tat amoureux approximatif et fade. Quant &#224; l'amour-mariage, si r&#233;ellement il &#233;tait choisi, on aurait des gens d'une grande maturit&#233; affective, c'est-&#224;-dire capable d'assumer leur folie et de vivre pleinement les crises qui les traversent, comme celles qui parcourent la collectivit&#233;, conscients des ressources extraordinaires de chacun, affrontant les d&#233;fis extraordinaire que repr&#233;sente l'&#233;ducation d'un enfant... Autant dire que les structures actuelles ne tiendraient pas longtemps&#8230; &#192; la place, on a un appel &#224; se ranger apr&#232;s les folies de jeunesse, et &#224; s'investir dans le quotidien, sans faire de vague. Bref l'amour-passion, d'origine orientale, comme l'amour-mariage, occidentale, sont tr&#232;s d&#233;grad&#233;s, et valoris&#233;s en tant que tels, donc sans le substrat qui pourrait leur donner sens. Nos vies sont en cons&#233;quences ballott&#233;es de l'un &#224; l'autre, &#233;ternellement insatisfaites. Et , soumises au cycle compulsif d&#233;ception / r&#233;p&#233;tition, manie / d&#233;pression / angoisse / jouissance &#8211; et c'est l&#224; qu'on appelle la &#171; Nature &#187;, pour s'expliquer notre malheur. Alors qu'ils pourraient &#234;tre red&#233;couverts, peut-&#234;tre se nourrir mutuellement, l'un ouvrant sur un possible qui n'existe pas encore, l'autre s'enracinant dans la r&#233;alit&#233; terrestre&#8230; Et il ne faut pas s'&#233;tonner de l'aspect contradictoire de la chose. La situation est similaire dans nos vies politiques : un jour par an, le peuple est somm&#233; de participer &#224; la vie publique en votant, mais si il s'int&#233;resse vraiment &#224; la marche de la soci&#233;t&#233;, on a la contestation, les mouvements sociaux, les r&#233;volutions, bref tout ce que le pouvoir ex&#232;cre... On voit &#231;a aussi tr&#232;s bien au travail : si tu prends ton travail au s&#233;rieux, tu va emmerder tout le monde...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi prendre au s&#233;rieux ce qu'on vit serait d&#233;rangeant ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si tu aimes ton travail, que tu prends ta t&#226;che telle qu'elle est, tu en fais un enjeu personnel et tu vas emmerder toute ta hi&#233;rarchie qui est justement l&#224; pour te dire ce qu'il faut faire et comment le faire, ind&#233;pendamment des r&#233;alit&#233;s de terrain que tu vis toi. La preuve, c'est que les r&#232;glements sont inapplicables, pris &#224; la lettre. C'est m&#234;me le principe de la gr&#232;ve du z&#232;le : appliquer litt&#233;ralement toutes les consignes de la direction. Tout s'arr&#234;te tr&#232;s vite ! Le d&#233;lire de contr&#244;le et d'organisation des centres de commandements oblige chacun &#224; se d&#233;brouiller comme il peut : &#231;a devient subversif lorsque cette contradiction &#233;clate au grand jour. C'est la m&#234;me chose sur le terrain politique, on vient de le voir, et aussi sur le terrain amoureux : tu ne peux pas faire ce qu'on te pousse &#224; faire. Notre soci&#233;t&#233; fonctionne comme un double-bind, un double-discours perp&#233;tuel, c'est sa force, et &#231;a peut &#234;tre sa faiblesse. Un dernier point sur la question de l'id&#233;ologie actuelle de l'amour pour illustrer ce trait : l'amour dans sa vision dominante tourne presque uniquement autour de la question du couple, du plaisir, et finalement du sexe, tout &#231;a r&#233;duit &#224; des techniques comportementales... Quel serait le monde, si on suivait cette voie omnipr&#233;sente, sans la contrebalancer, m&#234;me instinctivement, par la tendresse, la fraternit&#233;, la patience, le courage, l'estime de soi, etc. ? Le probl&#232;me, c'est que les structures anthropologiques semblent en train de changer, g&#233;n&#233;ration apr&#232;s g&#233;n&#233;ration. Nous vivons un v&#233;ritable &#233;puisement de la volont&#233; de vivre des relations qui ont un sens. Et c'est ce qu'on retrouve dans le militantisme, des implications sans lendemain, ou alors des moines-soldats insensibles &#224; eux-m&#234;mes, aux autres ou &#224; aux r&#233;alit&#233;s. Bref, l'id&#233;ologie dominante ne fait que d&#233;courager de l'aventure amoureuse, et nourrit, en retour, le ressentiment, les regrets, les ranc&#339;urs&#8230; C'est alors la domination de la haine, haine de soi, des autres, de la nature, de la soci&#233;t&#233; m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et la haine justement ? En avez-vous parl&#233; dans l'atelier ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas suffisamment, je trouve. C'est pourtant l'autre versant de l'amour... &#201;trangement, c'est un th&#232;me que E. Fromm aborde peu dans &#171; L'art d'aimer &#187;.Il en parle dans La passion de d&#233;truire, livre ult&#233;rieur et plus pessimiste, mais dans un style plus intellectuel. Sur ce sujet, je trouve que les formulations de C. Castoriadis sont plus percutantes. Pour ce dernier, la haine c'est lorsque l'existence de l'autre et de ses diff&#233;rences te remet trop radicalement en cause, te force, de par sa pr&#233;sence, &#224; remettre en question ce en quoi tu crois, ce que tu penses &#234;tre toi, ce qui te semble naturellement beau, vrai, bien, ou laid, faux, mal, etc. C'est ce qui r&#233;gule habituellement les rapports entre peuples ou clans. C'est le racisme banal dans l'histoire de l'humanit&#233; et sur la plan&#232;te, on l'oublie trop souvent. C'est aussi le nationalisme, le machisme, et toutes ces haines syst&#233;matis&#233;es en modes de pens&#233;e, qui ont pour fonction de prot&#233;ger contre la peur que rien ne vaut, que tout soit relatif, que rien ne s'impose d'embl&#233;e, l'effondrement d'un sens transcendant, absolu, pr&#233;existant o&#249;, parall&#232;lement, tout serait possible. L'amour part justement de cette position : la conscience profonde que ce tu es ne repose sur aucune justification rationnelle, que les choix de vie qui sont les tiens ne valent, non pas parce qu'ils sont oppos&#233;s &#224; d'autres, mais parce que tu les veux, tu les d&#233;sires tels. Ce n'est possible d'aimer qu'&#224; la condition d'admettre que le sens de ton existence n'est pas universel &#8211; mais la question, en un certain sens, si. Ce n'est que l&#224; que tu peux consid&#233;rer l'autre comme ton &#233;gal, et sa volont&#233; comme ses choix strictement &#233;quivalents aux tiens. Il y a cette belle citation de Hegel, &#224; propos des grands hommes : &#171; L'homme libre n'est point jaloux : il reconna&#238;t volontiers ce qui est grand et se r&#233;jouit que cela puisse exister &#187;. La haine, ce serait refuser ce qu'on pourrait &#234;tre, et que l'autre repr&#233;sente. L'acceptation de l'alt&#233;rit&#233; radicale et la capacit&#233; &#224; d&#233;lib&#233;rer lucidement de ses choix sont immanquablement li&#233;s : ils exigent commun le courage impossible de regarder en face le non-sens fondamental du monde, le chaos qui te constitue, le sans-fond de tout ce qui existe, la disparition et la mort, finalement, l'imma&#238;trisable. L'amour aurait donc partie li&#233;e avec l'autonomie, et la haine avec l'h&#233;t&#233;ronomie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce qu'on peut aimer quelqu'un qui ne t'aime pas ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d&#233;j&#224; assez difficile d'aimer quelqu'un qui t'aime ! Je ne sais pas&#8230; Oui et non, peut-&#234;tre. Oui parce que l'amour c'est toujours un pari sur la capacit&#233; humaine &#224; communiquer sa condition. Par exemple, un proche est en col&#232;re et t'engueule, ce n'est pas agr&#233;able, bon : tu peux rentrer dans son jeu, te d&#233;fendre, contre-attaquer, faire la guerre, quitte &#224; se r&#233;concilier apr&#232;s &#8211; ou pas. Tu peux aussi &#234;tre dans une posture de recul vis-&#224;-vis de la situation, et surtout de toi-m&#234;me, reconna&#238;tre tes torts, faire le tri dans ce qui est dit, ce qui est du ressentiment qui appartient &#224; l'autre et ce qui est vrai, ce qui te parle d'aspects de toi-m&#234;me qu'il te faudrait affronter, et faire part &#224; l'autre de cet &#233;tat-l&#224;. &#199;a c'est un pari sur la lucidit&#233; de l'autre alors m&#234;me qu'il est transport&#233; par ses &#233;motions, la haine, et c'est tr&#232;s beau &#224; vivre. C'est de l'amour, non ? En tous cas, c'est une d&#233;marche autonome. &#199;a peut &#234;tre g&#233;n&#233;ralis&#233;, je crois, cette distance, dans toutes les relations, les discussions, les groupes, les assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales, cette capacit&#233; &#224; ne pas coller aux apparences et &#224; s'adresser &#224; cette r&#233;gion de l'&#234;tre humain qui cherche, le r&#233;el, le courage, le vrai. Bon. Maintenant, je te r&#233;pondrais non, aussi, et apr&#232;s quelques exp&#233;riences personnelles : je crois que ce terrain est tr&#232;s glissant et qu'on tombe facilement dans le paternalisme, le th&#233;rapeutisme, ou la posture de martyr. Il faut rester en contact avec soi-m&#234;me, savoir ce que l'on est en train de faire : quand on y croit plus, quand il n'y a plus de r&#233;pondant chez l'autre, quand il a un autre projet que celui d'aimer (par exemple vouloir tirer son &#233;pingle du jeu &#8211; la perversion, cela existe), et que, face &#224; &#231;a, on ne &#171; tient &#187; plus, on joue un r&#244;le, alors il faut rompre, je crois. Quitte &#224; se re-trouver &#233;ventuellement plus tard - ou pas. C'est douloureux, mais moins violent, je crois, que de pr&#234;ter &#224; l'autre des desseins qui, en fait, sont les n&#244;tres. Et &#231;a d&#233;pend, je crois, de ta force &#224; toi, de la connaissance et la foi que tu as en l'autre et aussi de ta capacit&#233; &#224; faire voir ce que tu veux, pour que l'autre se positionne en fonction de &#231;a. Je pense que c'est comme l'autonomie, on ne peut pas rendre les gens autonomes, mais on peut montrer, par l'exemplarit&#233;, ce qu'est une tentative en ce sens : &#231;a recentre, plus sainement, le probl&#232;me sur soi. Il y a je crois &#224; r&#233;veiller chez soi et chez les gens cette envie d'amour, montrer ce que cela signifie d'aimer, et donc commencer humblement par soi-m&#234;me, sans fard, et sans plaintes. En tout cas, lorsqu'on ne sent pas ses d&#233;sirs, &#224; r&#233;aliser ou non, lorsqu'on s'ignore, qu'on se manque, on est incapable de r&#233;pondre par autre chose que du mim&#233;tisme. Autrement dit, l'amour se retourne d'autant plus facilement en haine qu'il a des fondements narcissiques, comme l'investissement amoureux, li&#233; &#224; une r&#233;action archa&#239;que quand on s'aper&#231;oit que l'autre a p&#233;n&#233;tr&#233; ta vie profond&#233;ment et a vu ton intimit&#233; sans sa carapace sociale, t'a d&#233;couvert. Vu ainsi, c'est l'autre face de l'amour, peut-&#234;tre un de ses moments, pas vraiment son contraire, puisqu'elle a un sens. D'o&#249; l'ambivalence fondamentale des sentiments et le fait que l'amour d'E. Fromm ne peut &#234;tre exclusivement bas&#233; sur eux, mais &#233;galement sur la volont&#233;, pour ne pas basculer m&#233;caniquement en son compl&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce que le contraire de l'amour, si ce n'est pas la haine ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contraire de l'amour, ce serait l'affaissement de la volont&#233;, la d&#233;pression. Au sens o&#249; l'amour est l'investissement fertile du monde, de toutes ses strates, et la haine une mani&#232;re restreinte, ou rat&#233;e, de le faire. Le contraire de l'amour, ce serait le d&#233;sinvestissement, le retrait, l'apathie. Il y a des jours o&#249; tu te l&#232;ves et tu n'as aucune &#233;nergie pour rien, tu n'arrives pas &#224; voir les gens, &#224; vaquer &#224; tes occupations. Il y a un voile terne sur tout, tout semble insurmontable. Au contraire, il y a des jours o&#249; tout ce que tu avais &#224; faire depuis une semaine tu le fais en une heure, facilement. Pour moi l'amour c'est &#231;a, c'est un flux qui te porte, un &#233;lan, une &#233;nergie de vie qui n'est pas aveugle, qui est claire, qui n'est pas de l'excitation b&#234;te, du fr&#233;tillement, un acc&#232;s maniaque, mais une force sereine qui lib&#232;re l'imagination et capable de l'instituer dans la r&#233;alit&#233;, de faire &#234;tre ce qui n'existe pas encore. Au contraire la d&#233;pression est un effondrement o&#249; on ne voit plus le lien dans sa vie. Tout se disloque, cela n'a plus de sens, tu ne crois plus en toi, &#224; ce que tu fais, aux autres, au monde. Fromm nomme cette force la foi rationnelle, au sens o&#249; elle se nourrit de la r&#233;alit&#233;, des relations fortes que tu entretiens, des &#339;uvres que tu r&#233;ussis, des projets que tu r&#233;alises, m&#234;me tr&#232;s partiellement. La foi est un mot qui choque, surtout dans les milieux militants. Personnellement c'est un mot qui n'avait pas de place dans mon vocabulaire avant cette lecture. Et pourtant, radicalement, qu'est-ce qui fait que tu paries sur des choses qui n'existent pas encore, ce que tu fais tous les jours, et que seule la force de ta conviction, ta capacit&#233; d'imagination feront &#234;tre, si ce n'est une forme de foi ? Par exemple, la foi r&#233;volutionnaire a disparu, c'est une &#233;vidence, ce pari sur une soci&#233;t&#233; autre, que l'on commence &#224; faire exister ici et maintenant. A quoi se mesure la force d'une gr&#232;ve, sinon, en derni&#232;re instance, &#224; la foi que les gens ont dans leur combat et son issue ? En ce sens, c'est une vision qui oriente ta vie, et qui, si elle s'en va, laisse un d&#233;sert sans recours. D'o&#249; l'&#233;poque d&#233;pressive dans laquelle nous vivons - et le surinvestissement du r&#234;ve de l'amour unique, total et providentiel qui sauvera tout, mais qui est sans cesse d&#233;&#231;u et emp&#234;che de vivre intens&#233;ment au fil des jours d'autres formes d'amours, entre amis, en famille, et surtout dans un couple&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que Fromm associe forc&#233;ment l'amour &#224; la notion de couple ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il parle de l'amour &#233;rotique qui est pour lui la plus puissante exp&#233;rience d'union qu'on puisse faire. Il a des pages tr&#232;s belles l&#224;-dessus. Le couple semble pour lui le cadre o&#249; l'on &#233;prouve le plus intens&#233;ment la fin de l'isolement, l'union, la fusion, mais est &#233;galement une source de confusion. Il distingue l'amour &#233;rotique de la simple attirance sexuelle, qui existe &#233;videmment la plupart du temps en dehors de tout amour, et peut constituer une fin en soi, la tendance orgiaque, qui manque la vraie rencontre. Mais le couple n'est pas la fin de la s&#233;paration originelle, et elle ne doit pas la viser. Il faut faire le deuil du fantasme de symbiose, et concevoir la relation comme un paradoxe o&#249; on reste un tout en faisant deux. &#199;a ne peut pas &#234;tre la fuite de l'individualit&#233;, l'&#233;vitement de la libert&#233;, mais au contraire le lieu par excellence o&#249; l'on &#233;prouve soi et l'autre dans leur ind&#233;finit&#233;, o&#249; l'on fait l'exp&#233;rience du partage de l'existence et de l'engagement. Le couple n'est donc pas du tout ce qu'il appelle un &#171; &#233;go&#239;sme &#224; deux &#187;, un enfermement qui serait un refuge contre le monde, qui est la tendance contemporaine. Au contraire, pour Fromm, deux personnes qui s'aiment vraiment ne peuvent qu'&#234;tre d'une tr&#232;s grande ouverture sur le monde. Plus m&#234;me, c'est leur amour mutuel qui les fait s'ouvrir sur les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi l'amour de deux amants devrait-il les faire s'ouvrir au monde ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aimer, c'est vouloir comprendre fondamentalement une personne, l'aider &#224; devenir ce qu'elle veut, c'est acqu&#233;rir un regard par lequel on peut voir les autres comme tels. Je me souviens des premiers ateliers o&#249; je provoquais le d&#233;bat en disant qu'apr&#232;s tout, les mariages arrang&#233;s traditionnels n'&#233;taient pas si mal, puisque cela obligeait alors &#224; p&#233;n&#233;trer l'exp&#233;rience de quelqu'un qu'on n'avait pas choisi, &#224; l'aimer parce qu'il &#233;tait vivant, comme soi, alors qu'aujourd'hui, on croit choisir son partenaire, et on s'engage avec lui sur la base de ce qu'on en voit. Mais est-ce qu'on le conna&#238;t vraiment ? Bien s&#251;r que non. Est-ce que cette personne sera la m&#234;me avec le temps, les &#233;v&#233;nements, etc. ? Bien s&#251;r que non. C'est un argument chr&#233;tien, et qu'on retourne contre le mariage, mais surtout contre l'amour. Car on peut se &#171; tester &#187; plusieurs ann&#233;es, mais finalement, quand on s'engage avec quelqu'un, on s'engage surtout &#224; essayer de le conna&#238;tre, de le d&#233;couvrir. Voil&#224; un paradoxe aussi : on aime une personne particuli&#232;re, mais au final, les raisons pour lesquelles on l'a choisie s'av&#233;reront secondaires et il faudra l'aimer, si on souhaite continuer, pour d'autres raisons. C'est la rose du Petit Prince de Saint-Exup&#233;ry : je t'aime, finalement, parce que je t'ai choisi. On peut &#233;videmment le g&#233;n&#233;raliser &#224; tout engagement : dans un travail, pour une cause, sur un lieu de vie, etc. Ce n'est pas si simple, &#233;videmment, mais on touche &#224; la notion m&#234;me de l'engagement : &#234;tre pr&#234;t &#224; s'aventurer dans une direction incertaines aux strates enchev&#234;tr&#233;es, sans trop savoir ce qui nous attend, mais y aller quand m&#234;me. Et ne pas passer &#224; autre chose d&#232;s qu'un &#233;pisode critique, toujours moment de v&#233;rit&#233;, survient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paradoxalement, le fait de &#171; tomber amoureux &#187; est v&#233;cu comme quelque chose qu'on ne choisit pas...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, mais c'est faux. D'abord, l'&#233;tat amoureux est socialement tr&#232;s d&#233;termin&#233;. On ne tombe pas amoureux de n'importe qui. Si des relations r&#233;guli&#232;res s'ensuivent, c'est &#233;troitement li&#233; aux classes sociales, aux classes d'&#226;ge, aux groupes ethniques, &#224; la position hi&#233;rarchique, etc. Les statistiques sont impitoyables l&#224;-dessus. Et les amours impossibles, la racine mystique de &#171; l'&#233;tat amoureux &#187;, sont des r&#233;actions, donc l'autre face, de cet ordre tr&#232;s fig&#233;. L'amour de Rom&#233;o et Juliette est d'autant plus fort qu'il leur est socialement interdit&#8230; Ensuite, il est aussi psychologiquement d&#233;termin&#233;. C'est extr&#234;mement difficile &#224; admettre, mais lorsqu'on regarde ses partenaires, il y a des r&#233;p&#233;titions incroyables, malgr&#233; les diff&#233;rences de caract&#232;res qui les cachent, li&#233;es immanquablement &#224; des figures parentales. Le conjoint est choisi aussi parce qu'il semble pr&#234;t &#224; jouer &#224; ce jeu l&#224;, il s'y pr&#234;te. On l'observe assez facilement autour de nous, mais quant &#224; l'appliquer &#224; nous-m&#234;mes&#8230; &#199;a me semble aller de soi mais dans l'atelier c'&#233;tait d'une totale h&#233;r&#233;sie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On peut le comprendre, &#231;a ne va pas forc&#233;ment de soi...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui. C'est une id&#233;e d&#233;rangeant et dure &#224; admettre mais qui est &#233;vidente &#224; quiconque tire bilan de ses exp&#233;riences et pratique un peu d'introspection&#8230; Je pense qu'une telle prise de conscience peut participer &#224; l'&#233;laboration de relations adultes, et pas des petits contes pour enfants. En fait, l'inconscience du fait amoureux fait partie du mythe que d&#233;nonce E. Fromm et c'est ce qui lui conf&#232;re sa force : puisque cet amour est tellement puissant, donc il ne peut &#234;tre de mon fait, ni du fait d'aucun humain, et puisqu'il est transcendant, il va donc m'entra&#238;ner au-del&#224; de moi-m&#234;me&#8230; Dieu n'est pas loin... En r&#233;alit&#233;, on d&#233;l&#232;gue cette force vitale qui est en nous, mais dont la plupart du temps nous n'avons aucune id&#233;e, et qui nous effraye autant que nous la cherchons toute notre vie. On cr&#233;e du divin pour ne pas avoir a assumer nos actes, on se d&#233;responsabilise pour ne pas affronter notre libert&#233;, on s'ali&#232;ne pour ne pas nous voir comme des &#234;tres de cr&#233;ation, on s'imagine impuissant pour masquer les contradictions et la profondeur de nos d&#233;sirs. Alors on croit tomber amoureux, alors que l'enjeu ce serait plut&#244;t de marcher, de se maintenir en amour. On voudrait se perdre mais c'est souvent pour s'oublier, alors que l'amour, c'est se chercher, se trouver, et chercher, et trouver l'autre, ce qui implique une volont&#233;, et justement pas une d&#233;mission de soi. L&#224; on voit bien la m&#233;canique religieuse, et au contraire comment l'amour de soi-m&#234;me est intimement li&#233; &#224; l'amour de l'autre, et qu'il implique volont&#233; de connaissance, d&#233;sir de libert&#233; et projet d'autonomie, de fa&#231;on r&#233;ciproque. Bien s&#251;r il n'y a pas de chemin trac&#233; pour &#231;a, juste des balises - incertaines - que des gens ont laiss&#233;es avant de dispara&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour &#234;tre capable d'aimer, il faudrait donc &#234;tre capable de s'aimer davantage &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas davantage, mais autrement. Il ne s'agit pas de devenir m&#233;galomane, ou &#233;go&#239;ste, ou de s'aimer comme une id&#233;e toute faite, comme un objet pr&#233;fabriqu&#233;, mais de se rendre capable de se surprendre, de d&#233;couvrir son pass&#233; pour se comprendre et s'accepter, se voir comme une source de cr&#233;ation, de changement et d'attachement. Souvent, on a une image assez fig&#233;e de soi, de son caract&#232;re, de son parcours, de son statut dans la soci&#233;t&#233;, de ses fonctions sociales et familiales. C'est une image qui est g&#233;n&#233;ralement tr&#232;s norm&#233;e, tr&#232;s d&#233;termin&#233;e par les valeurs contemporaines. On va aimer, souvent, ce que &#171; les autres &#187; aiment en nous ou ce que nous croyons qu'ils aiment... C'est l'ali&#233;nation, la perte du lien avec soi, et cons&#233;quemment, avec les autres, &#224; l'oppos&#233; de l'imp&#233;ratif socratique ; &#171; Connais-toi toi-m&#234;me &#187;. Car &#224; d&#233;faut de se supporter, de se conna&#238;tre, de s'aimer, on demande souvent aux autres de le faire &#224; notre place, de nous d&#233;livrer, de combler ce manque qui est en nous &#8211; en vain, &#233;videmment. C'est alors le r&#232;gne ravageur de la seule s&#233;duction, et la porte ouverte aux mondanit&#233;s, &#224; la multiplication des rencontres comme autant de fausses promesses, &#224; l'accumulation de conqu&#234;tes... S. Weil le dit tr&#232;s durement : &#171; C'est une l&#226;chet&#233; que de chercher aupr&#232;s des gens que l'on aime (ou de d&#233;sirer leur donner) un autre r&#233;confort que celui que nous donnent les &#339;uvres d'art, qui nous aident du simple fait qu'elles existent. &#187;. Je trouve qu'elle formule magnifiquement l'acceptation de cette solitude inexorable qui seule permet de s'assembler en communaut&#233; libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que Fromm s'est exprim&#233; sur l'amour libre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'en parle pas dans son livre. Sur cette question des couples, j'ai cependant lu une interview ult&#233;rieure dans laquelle il dit que les jeunes g&#233;n&#233;rations ont acquis la possibilit&#233; de dire &#224; l'autre &#171; Je ne t'aime plus &#187;, alors qu'auparavant, les gens ne pouvaient pas se quitter, &#231;a ne se faisait pas, ou tr&#232;s peu. Mais pour E. Fromm, ce progr&#232;s ne r&#233;sout pas la question. Il pense l'amour &#233;rotique dans le cadre de la monogamie. Pour lui, cet amour demande tellement d'investissement, exige une telle p&#233;n&#233;tration dans l'intime de l'existence de l'autre qu'il lui semble inconcevable de le vivre en parall&#232;le avec plusieurs personnes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'amour libre serait une m&#233;prise sur la notion m&#234;me d'amour... C'est aussi ton avis ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personnellement, je trouve ces consid&#233;rations de Fromm tr&#232;s d&#233;sagr&#233;ables, mais elles recoupe beaucoup ce que j'ai pu vivre... &#199;a ne veut pas dire qu'on est biologiquement condamn&#233;s &#224; la stricte monogamie. Mais culturellement, tel que l'&#234;tre humain est &#233;duqu&#233; aujourd'hui, c'est une chose difficilement d&#233;passable. Certainement pas impossible, mais... C'est vrai qu'il faut quand m&#234;me &#234;tre un peu critique : sous des vocables acceptables, souvent, on observe des personnes qui passent d'une relation &#224; l'autre, successivement, ou simultan&#233;ment, dans un processus fr&#233;n&#233;tique finalement tr&#232;s frustrant. Il y a la r&#233;alit&#233; humaine, magistralement peinte par Kundera, qu'il est impossible ignorer. Qu'est-ce qu'on cherche, finalement, dans cet id&#233;al-l&#224; ? Pour Fromm qui voyait &#231;a d&#233;j&#224; en 1956, on tombe d'un exc&#232;s &#224; un autre, du mariage-prison qui enferme deux individus au milieu de la famille et de la soci&#233;t&#233;, &#224; une consommation des corps au final tr&#232;s narcissique et tr&#232;s triste. Mais, en bon marxo-freudien, il consid&#233;rait que la r&#233;pression sexuelle &#233;tait bien trop forte, alors &#231;a ne l'emp&#234;chait pas de pr&#244;ner une soci&#233;t&#233; bien plus lib&#233;r&#233;e que la n&#244;tre...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que penses-tu de la litt&#233;rature militante sur l'amour libre, le ''polyamour'', la ''non-exclusivit&#233;'' ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai pas d'opinion tranch&#233;e sur la question, mais certains arguments de Fromm me parlent. &#192; partir de ce que j'ai pu vivre, lire et voir, je vois des obstacles de taille qui ne sont jamais trait&#233;s s&#233;rieusement dans la litt&#233;rature consacr&#233;e &#224; ce sujet, ni par les gens qui s'en r&#233;clament. Pour Fromm, l'amour &#233;rotique &#8211; il n'est donc pas question de relations sexuelles stricto sensu, mais bien d'une relation engageante - ne peut &#234;tre dirig&#233; que vers une seule personne. Cet argument implique d'abord une hi&#233;rarchisation implicite des partenaires, ce qui est souvent douloureux, et ensuite une mise en sc&#232;ne inconsciente de sch&#233;mas de type familial, o&#249; le conjoint principal tient le r&#244;le du parent qui tol&#232;re les amusements de son enfant &#8211; surtout si c'est dissym&#233;trique, et c'est souvent le cas, puisque c'est un fantasme essentiellement masculin. Pour Freud l'homme moderne a d'&#233;normes difficult&#233;s &#224; aimer la femme qu'il d&#233;sire et &#224; d&#233;sirer la femme qu'il aime : c'est la maman ou la putain, classiquement. C'est le vaudeville bourgeois de la femme et de la ma&#238;tresse. On reste donc dans l'immaturit&#233; o&#249; chacun joue &#224; mettre les autres dans des r&#244;les pr&#233;-d&#233;finis, li&#233;s souvent &#224; des fantasmes infantiles fix&#233;s et r&#233;p&#233;titifs, ce qui finit fr&#233;quemment en ''eau de boudin'', avec de la ranc&#339;ur et de la r&#233;signation&#8230; Il y a derri&#232;re cela une pulsion de toute-puissance : poss&#233;der toute les femmes, s'approprier le chef, contr&#244;ler la situation, mettre en comp&#233;tition, vivre la transgression, etc. L&#224;, la vis&#233;e n'est pas l'amour... C'est le sens du mythe de &#171; Totem et Tabou &#187; : la d&#233;mocratie et la fraternit&#233; ne peuvent exister que si il y a renoncement mutuel &#224; la volont&#233; de ma&#238;trise. Aujourd'hui, cette volont&#233; de ma&#238;trise est d'autant plus forte que les relations sont d&#233;cevantes et cr&#233;e une sorte de rat race du sexe, qui fait appara&#238;tre l'&#234;tre humain avant tout comme un &#234;tre sexu&#233;, disponible. Comme dit De Rougemont, on a alors tendance &#224; voir chacun, avant tout, comme un partenaire ou un rival potentiel, ou une menace. La priorit&#233; sexuelle efface les rapports d'&#233;galit&#233;, de militantisme, de voisinage, de travail - c'est l'effritement de la fraternit&#233; et de la possibilit&#233; de sortir de l'obsession du sexe et du genre. Et c'est un peu &#231;a qu'on vit, aujourd'hui, non ? Et &#231;a n'a rien de subversif ; &#231;a accompagne tr&#232;s bien la mise en concurrence g&#233;n&#233;ralis&#233;e dans tous les domaines de la vie et l'&#233;norme angoisse diffuse de notre civilisation, qui s'alimentent l'une l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le polyamour te semble donc vou&#233; &#224; l'&#233;chec...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r on peut essayer de trouver des alternatives, on peut tenter de mener des exp&#233;riences, pour autant qu'on en fasse l'analyse affective, qu'on en tire des bilans &#224; partir des diff&#233;rents points de vue. Mais c'est une illusion de croire qu'on peut vivre enti&#232;rement comme on veut, &#224; l'&#233;cart du brouhaha contemporain, dans une enclave hors du monde, tandis que notre soci&#233;t&#233; tr&#232;s hypocrite et obsessionnelle se d&#233;labre &#224; toute vitesse... La litt&#233;rature r&#233;cente sur le &#171; polyamour &#187; me semble tr&#232;s l&#233;g&#232;re face &#224; toutes ces questions. On se heurte &#224; des bornes historiques, incorpor&#233;es par les individus que nous sommes. Toutes ces difficult&#233;s ne sont pas des apories, elles sont relatives &#224; notre culture actuelle, et pourraient donc &#234;tre balay&#233;es par un changement politico-culturel radical. Mais on en est loin&#8230; Sans cette dimension politique, on reste dans le repli sur soi, et le refoulement des &#233;motions d&#233;rangeantes. Il faudrait une transformation radicale de la soci&#233;t&#233;, qui mette en son centre des valeurs proprement humaines, et pas la qu&#234;te infinie d'argent, de signes de r&#233;ussites, de pouvoir, de domination sur les autres et la nature &#224; travers les artefacts techno-scientifiques, qui pervertissent jusqu'au rapports les plus intimes comme la sexualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(... /...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?465-amour-liberte-politique-3-3' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Voir la troisi&#232;me partie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Amour, libert&#233;, politique... (1/3)</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?415-Amour-liberte-politique-1-3</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?415-Amour-liberte-politique-1-3</guid>
		<dc:date>2011-03-12T12:08:45Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Cr&#233;ation sociale-historique</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;ducation</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie directe</dc:subject>
		<dc:subject>Beaut&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Amour</dc:subject>
		<dc:subject>Mai 68</dc:subject>
		<dc:subject>Revolution</dc:subject>
		<dc:subject>Psychoth&#233;rapie</dc:subject>
		<dc:subject>Religion</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Primitivisme</dc:subject>
		<dc:subject>Autogestion</dc:subject>
		<dc:subject>Art</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Anthropologie</dc:subject>
		<dc:subject>Pseudo-subversion</dc:subject>
		<dc:subject>Mortalit&#233; / finitude</dc:subject>
		<dc:subject>Mouvements sociaux</dc:subject>
		<dc:subject>Entretien</dc:subject>
		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>B&#233;rard Quentin</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Propos recueillis par Les Renseignements G&#233;n&#233;reux le vendredi 12 juin 2009 (et compl&#233;t&#233;s ult&#233;rieurement) Texte paru dans la revue &#171; La Traverse &#187; n&#176;2, mars 2011 Premi&#232;re partie - ci-dessous / Seconde partie / Troisi&#232;me partie Alexandre, nous &#233;tions venus t'interviewer il y a quelques temps sur ton parcours politique (voir ici). Tu as une trentaine d'ann&#233;e, tu vis dans une cit&#233; de banlieue au Nord de Paris, o&#249; tu travailles pour l'instant dans un coll&#232;ge. Tu te consid&#232;res plut&#244;t comme (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-6-psychanalyse-+" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-28-creation-+" rel="tag"&gt;Cr&#233;ation sociale-historique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-30-education-+" rel="tag"&gt;&#201;ducation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-37-democratie-directe-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-40-beaute-+" rel="tag"&gt;Beaut&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-51-amour-+" rel="tag"&gt;Amour&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-54-mai-68-+" rel="tag"&gt;Mai 68&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-57-revolution-+" rel="tag"&gt;Revolution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-67-psychotherapie-+" rel="tag"&gt;Psychoth&#233;rapie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-79-religion-+" rel="tag"&gt;Religion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-81-philosophie-+" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-88-primitivisme-+" rel="tag"&gt;Primitivisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-90-autogestion-+" rel="tag"&gt;Autogestion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-93-art-+" rel="tag"&gt;Art&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-110-anthropologie-+" rel="tag"&gt;Anthropologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-116-pseudo-subversion-+" rel="tag"&gt;Pseudo-subversion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-117-mortalite-finitude-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-117-+" rel="tag"&gt;Mortalit&#233; / finitude&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-121-mouvements-sociaux-+" rel="tag"&gt;Mouvements sociaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-130-entretien-+" rel="tag"&gt;Entretien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-137-feminisme-+" rel="tag"&gt;F&#233;minisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-283-Berard-Quentin-+" rel="tag"&gt;B&#233;rard Quentin&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Propos recueillis par Les Renseignements G&#233;n&#233;reux le vendredi 12 juin 2009 (et compl&#233;t&#233;s ult&#233;rieurement)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Texte paru &lt;a href=&#034;http://www.les-renseignements-genereux.org/textes/13080&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dans la revue &#171; La Traverse &#187; n&#176;2, mars 2011&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re partie - ci-dessous / &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?464-amour-liberte-politique-2-3' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Seconde partie&lt;/a&gt; / &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?465-amour-liberte-politique-3-3' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Troisi&#232;me partie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alexandre, &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?346-Un-parcours-politique-a-partir-de' class=&#034;spip_in&#034;&gt;nous &#233;tions venus t'interviewer il y a quelques temps sur ton parcours politique (voir ici)&lt;/a&gt;. Tu as une trentaine d'ann&#233;e, tu vis dans une cit&#233; de banlieue au Nord de Paris, o&#249; tu travailles pour l'instant dans un coll&#232;ge. Tu te consid&#232;res plut&#244;t comme un militant politique, cependant tr&#232;s sceptique sur les pratiques militantes actuelles, et proche de la pens&#233;e de Cornelius Castoriadis. Nous sommes venus te rencontrer pour parler d'un atelier sur &#171; amour, libert&#233;, politique &#187; que tu animes depuis deux ans &#224; l'universit&#233; de Paris 8 au sein de &#171; l'UFR-z&#233;ro &#187;. De quoi s'agit-il exactement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par l'UFR-z&#233;ro. Son point de d&#233;part c'est un groupe d'une trentaine de personnes, &#233;tudiants, professeurs et &#171; ext&#233;rieurs &#187; (comme moi) qui s'est cr&#233;&#233; suite au mouvement anti-LRU de novembre 2007. Tr&#232;s d&#233;&#231;us par la dynamique, l'&#233;chec et le reflux du mouvement social, ces gens ont souhait&#233; poursuivre la lutte par des voies diff&#233;rentes. L'id&#233;e &#233;tait de ne pas en rester l&#224;, d'instituer quelque chose de durable, de s'inscrire dans la dur&#233;e pour approfondir les alternatives, les questions et les relations qui s'&#233;taient esquiss&#233;es. Il s'est vite mis en place, &#224; partir d'une boutade, une &#171; UFR-z&#233;ro &#187;, c'est-&#224;-dire une Unit&#233; de Formation et de Recherche pour ceux qui ne se retrouvent nulle part dans les discours de fa&#231;ade, dans les bureaucraties universitaires, dans l'usage qui est fait, ou pas, des savoirs, comme durant le mouvement. C'est donc une sorte d'universit&#233; parall&#232;le qui a d&#233;but&#233; ses cours en f&#233;vrier 2008, et qui se r&#233;clame de trois principes : l'exp&#233;rimentation, la transdisciplinarit&#233; et l'autogestion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans les locaux de l'Universit&#233; Paris 8 ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui. On utilise des salles de cours disponibles, on se r&#233;unit volontairement dans les halls, et r&#233;cemment un local a &#233;t&#233; obtenu aupr&#232;s de l'administration. On est dans l'ex-universit&#233; de Vincennes, cr&#233;&#233;e imm&#233;diatement apr&#232;s 68, qui s'est toujours revendiqu&#233;e comme un lieu de bouillonnement politique. Donc les pouvoirs locaux sont rod&#233;s face &#224; ce genre d'initiative, ils nous tol&#232;rent. Et puis l'UFR-Z&#233;ro n'est pas dangereuse actuellement : son principe est tr&#232;s subversif s'il est men&#233; &#224; bien, et c'est justement tout le probl&#232;me... En tous cas je porte un regard tr&#232;s critique sur cette exp&#233;rience. Le principe d'instituer des lieux de &#171; contre-culture &#187; n'est pas nouveau, et &#224; d&#233;faut d'exigences claires, elle conduit g&#233;n&#233;ralement soit &#224; la r&#233;cup&#233;ration, soit &#224; la gettho&#239;sation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment t'es-tu investi dans cette aventure ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai particip&#233; au mouvement &#233;tudiant, puis au lancement de l'UFR-Z&#233;ro. Cette id&#233;e, qui &#233;tait en germe depuis de nombreux mois chez quelques collectifs locaux auxquels je participais, suite au mouvement anti-CPE de 2006. Mais je pensais suivre l'aventure d'assez loin. &#199;a faisait des ann&#233;es que je militais, ici ou ailleurs, pour l'existence d'une chose de ce genre, des groupes de travail qui travaillent sur le fond et sur le moyen terme, mais &#224; ce moment-l&#224; je n'&#233;tais pas disponible personnellement. Et puis un peu par hasard, le pilier de l'initiative a insist&#233; pour que je m'y implique. Naturellement, j'aurais d&#251; animer un atelier sur &#171; mes &#187; th&#232;mes : la pens&#233;e de Castoriadis, la dynamique des luttes sociales, le projet d'autonomie dans l'histoire, etc&#8230; Mais cette perspective me plaisait peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi cette perspective te plaisait peu ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, j'allais approfondir des domaines cruciaux, certes, mais quand m&#234;me d&#233;j&#224; bien balis&#233;s. &#199;a risquait d'&#234;tre un peu convenu, a priori, dans ce cadre-l&#224;. Et puis surtout on allait retrouver les clivages th&#233;ologico-philosophico-politiques habituels, avec leurs tribuns, moi y compris, sans ouvrir de r&#233;els espaces de cr&#233;ation collective. Enfin, &#224; l'&#233;poque je n'avais pas la t&#234;te &#224; &#231;a : suite &#224; des aventures amoureuses, amicales, familiales plus ou moins tumultueuses, j'&#233;tais &#224; un moment de ma vie o&#249; je me posais ce genre de questions obs&#233;dantes et centrales que le terme d'amour, au sens tr&#232;s tr&#232;s large, pouvait r&#233;sumer. Sur les conseils d'un ami, je venais de lire &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?Introduction-de-L-art-d-aimer' class=&#034;spip_in&#034;&gt;L'art d'aimer d'Erich Fromm&lt;/a&gt;, que j'ai trouv&#233; imm&#233;diatement extraordinaire. Alors que les discours sur le sujet auxquels j'avais acc&#232;s jusque-l&#224; &#233;taient soit du mysticisme facile (&#224; la Krishnamurti), soit de l'&#233;rudition gratuite, la vision qu'Erich Fromm d&#233;fend m'a interpell&#233;e. J'avais besoin d'en discuter, de travailler ces id&#233;es, de partager les interrogations qu'il soul&#232;ve, de les relier, aussi, &#224; d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est donc uniquement la lecture de Fromm qui t'a lanc&#233; dans ce travail ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non. Ce livre a &#233;t&#233; comme un d&#233;clencheur, un r&#233;v&#233;lateur, comme une rencontre. De mani&#232;re un peu myst&#233;rieuse, il faut &#234;tre disponible, pour pouvoir recevoir ce qui se donne. En ce qui me concerne, mes histoires personnelles m'y invitaient, mais aussi depuis un certain temps diverses interrogations m'avaient amen&#233; sur ce terrain-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord politiquement les mouvements sociaux m'apparaissaient de plus en plus comme motiv&#233;s quasi-exclusivement par un besoin d'&#234;tre ensemble, de faire corps, d'exister collectivement, au d&#233;triment du travail politique de critique, d'organisation, de revendications, etc&#8230; Ce ph&#233;nom&#232;ne para&#238;t encore plus &#233;vident dans les groupes militants, o&#249; la politique n'est souvent presque plus qu'un pr&#233;texte incons&#233;quent pour trouver un peu de chaleur humaine - par exemple &#224; l'UFR Z&#233;ro... On retrouve des logiques, de tribus, de bandes, de masse. Dans nos soci&#233;t&#233;s o&#249; il n'y a plus de peuple, mais une foule solitaire comme disait D. Riesman, un d&#233;sert surpeupl&#233;, cette soif vitale de liens humains fait souvent taire les conflits, les divergences, les questions, alors qu'elle ne l'a pas toujours &#233;t&#233;. Mon interrogation &#233;tait donc : &#224; quelles conditions cette recherche de socialit&#233; peut-elle &#234;tre li&#233;e &#224; un projet politique visant l'autonomie collective ? Autrement dit : quelles modalit&#233;s du lien social peuvent le rendre &#233;mancipateur ? &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et tu as propos&#233; ce th&#232;me de l'amour &#224; l'UFR-z&#233;ro...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;. J'&#233;tais en coh&#233;rence avec ce qui me travaillait &#224; l'&#233;poque et il me semblait que c'&#233;tait un sujet parfait pour l'UFR-z&#233;ro. Un sujet exp&#233;rimental, puisqu'un tel th&#232;me n'est pas commun et que j'&#233;tais moi-m&#234;me, l'initiateur, en pleine recherche-action, donc sans id&#233;e pr&#233;con&#231;ue sur le contenu, la forme ou l'&#233;volution de la chose ; Un sujet interdisciplinaire, parce que la question de l'amour ne peut strictement se revendiquer d'aucune discipline, - m&#234;me si la psychanalyse aurait beaucoup de chose &#224; en dire - &#233;tant &#224; la fois psychologique, sociologique, historique, biologique, politique, etc. Un sujet qui invite &#224; l'autogestion, puisque c'est un de ces th&#232;mes qui invitent imm&#233;diatement &#224; un mode de relation, donc &#224; une forme organisationnelle particuli&#232;re mais ind&#233;finie. Et puis, sur un tel sujet, nous sommes tous a priori sur un pied d'&#233;galit&#233;, il n'y a pas de sp&#233;cialiste. D'ailleurs c'&#233;tait le sens de ma premi&#232;re intervention, que je r&#233;p&#233;tais &#224; chaque fois, et je profite pour le dire ici : tr&#232;s clairement, je ne me crois, ni ne me proclame aucunement expert ou &#233;clair&#233; en ce domaine - cette id&#233;e saugrenue ferait mourir de rire les gens qui me c&#244;toient... Loin de quelconques pr&#233;tentions, je ne fais que m'int&#233;resser au sujet et je veux partager mes interrogations, mes questions, mes lectures, mes exp&#233;riences... C'est le seul fondement de mon relatif leadership au sein de l'atelier, et c'est &#224; ce titre que je m'exprime ici. Et puis l'humanit&#233; a appris, je crois, et avec raison, &#224; se m&#233;fier comme de la peste des grands discours sur l'amour...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment ont r&#233;agi les organisateurs de l'UFR-z&#233;ro &#224; cette proposition d'atelier ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les plus impliqu&#233;s &#233;taient enthousiastes, forc&#233;ment. L'intitul&#233; que je proposais, &#171; Amour, libert&#233;, politique &#187;, sortait de l'ordinaire, tout comme les autres ateliers th&#233;matiques lanc&#233;s alors par l'UFR-z&#233;ro : &#171; Entendre, s'entendre &#187;, &#171; L'errance &#187;, &#171; L'asc&#232;se &#187;, etc.&#8230; Il faut dire qu'imm&#233;diatement, les axes de travail n'ont rien eu &#224; voir avec le mouvement anti-LRU, et c'est bien dommage. On est pass&#233; directement d'une lutte pragmatique avec des obstacles concrets &#224; des questions abyssales, sans trouver d'accroche pour une praxis, une interrogation mutuelle et permanent entre th&#233;orie et pratique. J'ai tent&#233; d'y pallier par la suite, sans succ&#232;s, &#224; travers un s&#233;minaire de &#171; Bilan du mouvement &#187;, mais les chapelles, les grilles de lecture toute faites, les automatismes caract&#233;riels ont repris le dessus&#8230; Alors ce bilan s'est fait un peu dans l'atelier sur l'amour, par la bande, &#231;a faisait partie de mes ambitions, qu'annon&#231;ait le triptyque du titre. Il s'agissait de se d&#233;caler, de faire un pas de cot&#233;, de prendre les choses par un autre bout - et c'est un relatif succ&#232;s, quand m&#234;me. Dans tous les cas, au tout d&#233;but, ma proposition suscitait un petit sourire gaulois, la perspective de discussions croustillantes, les filles commen&#231;aient &#224; flipper...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment as-tu d&#233;but&#233; cet atelier ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re s&#233;ance a rassembl&#233; une bonne trentaine de personnes. Je voulais faire un expos&#233;, pour faire partager mon intention, mais j'&#233;tais alors incapable d'ordonner mes id&#233;es et mes lectures. J'ai donc d&#233;cid&#233; de faire simplement une pr&#233;sentation et un r&#233;sum&#233; de L'art d'aimer. J'ai notamment insist&#233; sur son introduction, o&#249; Fromm pose la probl&#233;matique en essayant de d&#233;samorcer les id&#233;es re&#231;ues. &#199;a a tr&#232;s bien march&#233;, les gens ont compris ce qui m'animait, et l'&#233;tendue de la question. &#199;a a &#233;t&#233; une belle inauguration, qui m'a m&#234;me surpris : je n'avais aucune id&#233;e de la r&#233;action des gens, et j'ai &#233;t&#233; &#233;merveill&#233; de voir que &#171; &#231;a &#187; accrochait. J'ai donc propos&#233; que l'on tienne une s&#233;ance de l'atelier par semaine, le mercredi, en soir&#233;e pour les salari&#233;s, pour commencer. Et deux ans apr&#232;s &#231;a continue sur le m&#234;me rythme. C'est m&#234;me le seul atelier qui ait tenu une telle r&#233;gularit&#233;. Ma t&#233;nacit&#233; n'y est pas pour rien, &#231;a n'a pas toujours &#233;t&#233; facile, mais les th&#232;ses de E. Fromm non plus, je crois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles sont les id&#233;es re&#231;ues sur l'amour d&#233;samorc&#233;es par L'art d'aimer ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sch&#233;matiquement, il en pose trois, et il y r&#233;pond de mani&#232;re tr&#232;s tranch&#233;e et argument&#233;e, ce qui permet de discuter sur du solide, de sortir des pens&#233;es molles et ambigu&#235;s. La premi&#232;re, c'est l'id&#233;e re&#231;ue selon laquelle l'amour c'est l'amour-passion, l'amour-fou et fusionnel, qui est &#224; la racine de ce qu'on appelle simplement &#171; l'&#233;tat amoureux &#187;. C'est pour lui une id&#233;alisation de l'&#234;tre aim&#233;, une illusion qui dure peu dans le temps. C'est un enthousiasme &#233;ph&#233;m&#232;re, un fantasme projet&#233; sur l'autre qui se dissipe peu &#224; peu. Puis la r&#233;alit&#233; devient insupportable, et on change de partenaire, ou on se met &#224; s'emmerder : .On pense au Songe d'une nuit d'&#233;t&#233; de W. Shakespeare. Pour Fromm, ce n'est pas de l'amour, c'est une fuite du r&#233;el qui oblige &#224; recommencer perp&#233;tuellement.... La seconde id&#233;e re&#231;ue, c'est celle selon laquelle le principal probl&#232;me dans l'amour serait d'&#234;tre aim&#233;. Et comme chercher &#224; &#234;tre aim&#233; revient &#224; tenter de s&#233;duire par tous les moyens possibles, &#231;a consiste &#224; mentir et &#224; se mentir, pour ne pas rester seul sur le march&#233; biais&#233; de la relation qui se forme par ce biais... La troisi&#232;me fallace, c'est l'id&#233;e selon laquelle l'amour serait une question d'objet : il y aurait des gens &#224; aimer et d'autres non. Il n'y aurait alors qu'&#224; trouver la bonne personne. Fromm, illustrant le titre de son ouvrage, prend l'exemple d'un peintre qui refuserait de peindre parce qu'il attendrait, pour cela, de voir un beau paysage... Ces trois points, lorsqu'on se regarde un peu, constituent des armatures affectives tr&#232;s r&#233;pandues enracin&#233;es profond&#233;ment en nous, et qui d&#233;bordent m&#234;me du cadre de la relation amoureuse pour devenir une mani&#232;re d'&#234;tre, un mode de vie et m&#234;me un r&#233;gime social. Le m&#233;rite du livre de Fromm est d'arriver &#224; le faire sentir d&#232;s les premi&#232;res lignes, d'o&#249; des r&#233;actions marqu&#233;es, d'adh&#233;sion ou de rejet. C'est un livre qui pousse &#224; se positionner, &#224; se questionner, &#224; partir de th&#232;ses consistantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce que l'amour, alors, dans la vision de Fromm ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas facile de r&#233;sumer. On peut partir du titre. L'art d'aimer, qu'est-ce que &#231;a veut dire ? &#199;a veut dire que l'amour est un art, au sens profond. L'amour n'est donc pas une question de support, d'occasion ou d'engouement passager, ou de seule technique, mais une question de positionnement dans l'existence, d'ouverture sur la vie. C'est une implication dans le monde, une fa&#231;on d'&#234;tre, une maturit&#233; de l'&#226;me, un type de caract&#232;re. Celui qui d&#233;cide d'aimer a fait le choix de donner ce sens-l&#224; &#224; sa vie, dans tous les domaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment E. Fromm en est-il arriv&#233; &#224; cette approche de l'existence ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En reprenant le dernier S. Freud et en rejoignant H. Marcuse, Fromm adopte une approche radicale : Il part de la situation de s&#233;paration originelle qui caract&#233;rise la condition humaine, symbolis&#233;e par les mythes et accr&#233;dit&#233; par les exp&#233;riences de l'enfance. Son point de d&#233;part est cette situation de solitude fondamentale d'un individu jet&#233; dans un monde qui n'a pas besoin de lui. Cette vie pr&#233;caire et dans tous les cas tragique car condamn&#233;e &#224; la mort, nous cherchons &#224; la fuir dans des d&#233;rivatifs. La f&#234;te, la routine, la drogue, etc. Pour Fromm, l'amour ne peut exister que sur ce constat assum&#233; : il n'y a pas de Salut, la mort est un point final, tout ce que nous sommes et aimons est condamn&#233; &#224; la disparition, et m&#234;me &#224; l'oubli. Dans un univers qui n'a pas de sens donn&#233;, pas de Dieu, pas d'explication ultime, dans un monde qui vient du chaos et qui retourne &#224; l'ab&#238;me, la r&#233;ponse, l'hypoth&#232;se, le pari de Fromm est qu'on peut cr&#233;er une vie viable par l'investissement de ce monde-ci, tenter de rencontrer des personnes dans cette m&#234;me situation tragique, se reconna&#238;tre mutuellement comme &#234;tres humains mortels et perdus mais aussi comme source jaillissante et permanente de cr&#233;ation de soi, d'&#339;uvres, d'id&#233;es, de langues, de situations, d'institutions, de cultures, de soci&#233;t&#233;s. Il ne s'agit donc pas de trouver des subterfuges pour entretenir le fantasme de la toute-puissance, de l'immortalit&#233;, de la fusion totale, de relations &#233;ternelles et g&#233;niales. L'amour est une solidarit&#233; fondamentale entre des &#234;tres mortels et cr&#233;ateurs. Face au tragique, il consisterait &#224; essayer ensemble de faire de nous-m&#234;me des &#234;tres capables de sollicitude, de compr&#233;hension, cherchant &#224; se r&#233;aliser en nous donnant &#224; notre tour &#224; un monde, &#224; une soci&#233;t&#233;, &#224; travers un h&#233;ritage historique que nos recevons et que nous reprenons et transformons &#224; notre compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vaste t&#226;che !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bien entendu immens&#233;ment difficile et notre &#233;poque rend cette approche presque compl&#232;tement impossible&#8230; Fromm nous invite cependant &#224; essayer d'apprendre &#224; aimer chez l'autre pas seulement ses qualit&#233;s apparentes, qui peuvent dispara&#238;tre comme le souligne Descartes, pas seulement le bon cot&#233; de son caract&#232;re, mais surtout sa libert&#233; fondamentale, le fait qu'il s'est lui-m&#234;me invent&#233; comme tel, qu'il est une expression de la vie humaine, une r&#233;ponse singuli&#232;rement unique &#224; la question de l'existence, une cath&#233;drale gigantesque en surgissement constante, une folie magnifique. On ne peut pas aimer un autre &#234;tre humain comme on aime le pastis, la cigarette, des objets fig&#233;s. Ou alors on l'aime comme une chose, qu'on peut donc jeter. Aimer r&#233;ellement, c'est aimer ce qui en l'autre le rend libre, et ce qui nous rend libre en retour. C'est donc consid&#233;rer l'&#234;tre humain comme un tout, avec son hubris, ses col&#232;res, ses haines, ses violences, ses malveillances, ses peurs, ses angoisses, et s'y reconna&#238;tre, aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;N'y avait-il pas des r&#233;ticences &#224; utiliser ce terme, l'amour, qui n'a plus beaucoup de sens &#224; force d'&#234;tre galvaud&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peu, mais il me semble que les gens comprenaient vite que cette utilisation avait un sens. Sauf un participant qui a refus&#233; jusqu'au bout d'accepter le terme &#171; amour &#187; et voulait qu'on lui substitue au cas-par-cas celui d'&#171; empathie &#187;, de &#171; communication &#187;, de &#171; complicit&#233; &#187;, etc. En fait, il ne refusait pas le mot, mais la chose telle qu'on la d&#233;finissait. Ce n'est pas le premier. D'habitude (par exemple A. Compte-Sponville dans Petit trait&#233; des grandes vertus ) on distingue l'&#201;ros, la force &#233;rotique qu'on trouve par exemple dans Le Banquet de Platon, la Philia, l'amiti&#233; aristot&#233;licienne qu'on trouve dans &#201;thique &#224; Nicomaque, et l'Agap&#232;, l'amour universel christique qu'on peut voir dans La pesanteur et la gr&#226;ce de la grande Simone Weil. Mais l'approche de Fromm remonte &#224; la source de l'existence humaine, abolissant donc ce saucissonnage : ces distinctions existent, mais elles viennent apr&#232;s, en aval de ce qui est vis&#233; l&#224;, et le mot &#171; amour &#187; a cette force myst&#233;rieuse qui correspond bien. Reprendre ce vieux terme se justifie aussi parce qu'il ne s'agit pas ici d'une nouvelle th&#233;orie mais d'un regard radical qui part de l'exp&#233;rience du mystique, du po&#232;te, de l'artiste, de l'amant, etc. de tous les si&#232;cles et de toutes les cultures, et qui veut offrir ce sens-l&#224; &#224; ce qui s'est v&#233;cu et se vit comme tel. Donc parler d'amour, c'est s'inscrire humblement dans cette continuit&#233;, reprendre la question, nous aussi, en p&#233;n&#233;trant dans cette agora mondiale et intemporelle, et se battre pour des valeurs et les vis&#233;es qu'on y attache. C'est exactement le cas du terme &#171; d&#233;mocratie &#187; : vieux, us&#233;, galvaud&#233; lui aussi, mais qui semble &#233;tymologiquement le meilleur pour d&#233;signer une soci&#233;t&#233; autog&#233;r&#233;e et ouverte, et qui permet d'entrer en confrontation assez facilement, sans jargonner, pour montrer que c'est un projet tr&#232;s subversif. Renoncer &#224; attribuer un nouveau terme &#224; une chose connue, mais conflictuelle, c'est &#224; la fois dire non &#224; la pr&#233;tention de tout r&#233;inventer pour en fin de compte ne rien dire de neuf, et accepter de se battre sur un terrain, celui du langage, tant que c'est encore possible et que le terme a un sens. Par exemple, celui de &#171; communisme &#187; d&#233;gouline de sang et n'a plus de sens &#224; d&#233;fendre, si tant est qu'il en eut un un jour, comme le note Castoriadis. Le sens des mots a toujours &#233;t&#233; un combat, et aujourd'hui moins que jamais il ne faut le d&#233;serter. Et par quoi remplacer celui d'amour, qui parle aussi de lui-m&#234;me, c'est le moins qu'on puisse dire, m&#234;me si, ou parce que, il est extraordinairement polys&#233;mique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que Fromm pr&#233;sente des mod&#232;les, des formes exemplaires de l'amour ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'a pas de mod&#232;le en ce sens-l&#224;, mais c'est int&#233;ressant de constater que lorsqu'on prononce le mot &#171; amour &#187;, aujourd'hui, on pense imm&#233;diatement &#224; &#171; couple &#187;, &#171; sexualit&#233; &#187;, &#171; d&#233;sir &#187;.Dans l'atelier, c'&#233;tait syst&#233;matique, et certains insistaient m&#234;me souvent pour le fusionner avec un atelier sur &#171; les relations hommes-femmes &#187;&#8230; Mais pour les Grecs anciens, par exemple, le terme &#233;voquait d'abord l'amour de la m&#232;re pour son enfant&#8230; Ce n'est pas anecdotique : La m&#232;re qui aime son enfant doit le laisser partir, c'est un amour qui ne peut pas emprisonner, par nature, elle doit aimer son enfant pour le perdre, pour qu'il devienne autonome, donc aimer, dans cet enfant, sa libert&#233;. C'est un bon exemple qui fait entrevoir la proximit&#233; de la notion d'amour avec celle d'autonomie. La connotation contemporaine du terme amour, le mot couple, implique une autre conception :, celle de l'amour comme un plaisir et comme une finalit&#233;, qui se suffirait &#224; lui-m&#234;me, et se prolongerait ind&#233;finiment... C'est d&#251; au christianisme centr&#233; sur la monogamie, et aussi au repli sur soi contemporain. E. Fromm &#233;voque ces deux types d'amour, ou &#171; objets &#187; d'amour, parmi cinq.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cinq formes d'amour ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc cet l'amour maternel et cet l'amour &#233;rotique, dont nous venons de parler. Mais &#233;galement l'amour fraternel, dont il parle en premier, d'ailleurs. C'est l'amiti&#233;, qui est multiple et exige la notion d'&#233;galit&#233;. Il parle aussi de l'amour de soi, et c'est tr&#232;s int&#233;ressant : il retourne l'imp&#233;ratif chr&#233;tien en posant qu'on aime les autres comme soi-m&#234;me, comme on s'aime soi, de fait, et qu'&#224; ce titre un &#233;go&#239;ste ne sait pas s'aimer, il se hait, m&#234;me. Enfin il &#233;voque &#233;galement l'amour de dieu dans l'histoire, qui pourrait &#224; mon sens d&#233;boucher sur l'amour de la soci&#233;t&#233;, de la collectivit&#233;. Je pense qu'il reprendrait volontiers la notion d'amour du monde d'H. Arendt. En tous cas, c'est une petite &#233;num&#233;ration, ouverte et discutable, qui approfondit et &#233;largit consid&#233;rablement la notion et les probl&#233;matiques de l'amour, je trouve. Dans l'atelier c'&#233;tait un facteur important de d&#233;blocage et de compr&#233;hension. Et ce n'est pas un nouveau saucissonnage : ce sont les diff&#233;rentes branche d'un m&#234;me arbre dont le tronc constitue cette posture existentielle dont je parlais, et qui permet de comprendre l'importance de l'amour dans nos vies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fromm &#233;tait-il chr&#233;tien ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce que je sais de lui, il aurait &#233;t&#233; mystique juif dans sa jeunesse puis est devenu psychanalyste tr&#232;s t&#244;t, militant, proche de l'&#233;cole de Francfort, avec qui il a relu radicalement le marxisme. Fromm se d&#233;clare totalement ath&#233;e, mais dans le domaine de l'amour, les interlocuteurs sont souvent les religions, qui ont entrevu &#233;norm&#233;ment de choses - qu'on pense au Tantrisme ou au Kama-Sutra. L'art d'aimer se nourrit beaucoup des mystiques tao&#239;stes, brahmaniques, islamiques, chr&#233;tiennes... Mais bon il faut faire attention &#224; cet endroit-l&#224; : il y a &#233;videmment l'amour chr&#233;tien, omnipr&#233;sent, auquel on opposerait l'&#233;tat amoureux &#224; la Don Juan, libertin, qui serait libre, ath&#233;e et non-croyant, bref le &#171; vrai &#187; amour. C'est le sens du livre, tr&#232;s 70's mais beau au demeurant, de A. Finkielkraut et P. Bruckner Le nouveau d&#233;sordre amoureux. C'est une profonde erreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle erreur ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celle qui consiste &#224; croire que le donjuanisme serait une pratique de l'amour vrai, lucide, adulte. Il faut lire le livre de Denis de Rougemont L'amour et l'occident, &#224; mon sens faramineux. Ce dernier montre, &#224; mon sens tr&#232;s bien, les origines religieuses, pour lui zoroastristes, manich&#233;ennes puis cathares, de la posture passionnelle qu'a repris le romantisme. Le livre d&#233;crit le mythe de l'amour impossible et &#233;ternel &#224; la Tristan et Iseult, sa mutation dans l'amour courtois, puis sa d&#233;g&#233;n&#233;rescence aujourd'hui dans le &#171; coup de foudre &#187;, et enfin sa d&#233;sint&#233;gration dans le march&#233; de dupes des corps et du sexe... Pour Denis de Rougemont, le tiraillement que nous vivons tous int&#233;rieurement vient de l&#224; : l'occident serait le lieu d'un combat entre ces deux types de relations au divin, l'amour-mariage et l'amour-passion, dont le d&#233;passement n'a rien d'&#233;vident aujourd'hui. L'amour et l'occident nous invite &#224; traquer les h&#233;ritages culturels et religieux dans nos attitudes quotidiennes, en sachant que les comportements apparemment les plus spontan&#233;s ou les plus intimes en sont des expressions d&#233;form&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chercher l'influence de la religion dans notre mani&#232;re d'envisager l'amour ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s qu'il est question d'amour, il est question du sens de la vie, de la mort. C'est donc syst&#233;matiquement religieux, bien entendu &#224; notre insu, comme pour toutes les questions existentielles ou politiques - par exemple le marxisme est devenu le quatri&#232;me grand monoth&#233;isme&#8230;La posture amoureuse est religieuse de part en part. &#199;a peut para&#238;tre surprenant, mais le pseudo-h&#233;donisme porno-publicitaire actuel n'est qu'une posture blasph&#233;matoire, profanatrice, transgressive, infantile, donc qui sous-entend qu'il y aurait du Sacr&#233;, du Divin, de l'Interdit, de la Loi. Il postule implicitement qu'on ne pourrait fondamentalement rien changer &#224; un Absolu toujours l&#224;, juste vouloir son exact contraire... C'est la dynamique de la barbarie, dont parle G. Steiner, dans Dans le ch&#226;teau de Barbe-bleue. Face &#224; un absolu inaccessible, mais reconnu, qu'il soit religieux (comme le jud&#233;o-christianisme) ou politique (comme le marxisme utopique), il y a en r&#233;action d&#233;ferlement de l'horreur : c'est la guerre, le nazisme, la haine commune. Bref, une conception de l'amour ath&#233;e est toujours &#224; faire, et &#224; vivre. C'est la recherche de L'art d'aimer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et Fromm, comment mettait-il en pratique ses id&#233;es sur l'amour ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais quasiment rien de sa vie personnelle, et &#231;a me semble difficile de le savoir, encore moins de juger. En fait cela m'int&#233;resse peu. Apr&#232;s tout Fromm &#233;tait peut-&#234;tre un usurpateur, un tyran domestique ou un mari monstrueux. Je ne le pense pas, et d'ailleurs son livre, plusieurs participants l'ont dit, est en lui-m&#234;me un don extraordinaire. C'est une &#339;uvre d'amour au sens o&#249; il est clair, critiquable. Il te laisse libre d'&#234;tre et de faire ce que tu veux, ou plut&#244;t c'est une invitation &#224; chercher ce que tu souhaites profond&#233;ment. Donc son livre me parle, nous parle, nous semble avoir du sens, et nous en faisons quelque chose de r&#233;el pour nous. Nous ne cherchons pas du pr&#234;t &#224; penser, de l'id&#233;ologie, de petit livre rouge &#224; apprendre par c&#339;ur, mais des regards qui peuvent nous aider &#224; lire le monde de mani&#232;re diff&#233;rente, l'interpr&#233;ter et le changer en fonction de ce que nous sommes et de ce que nous voulons &#234;tre. La recherche du pr&#234;t-&#224;-penser, pour faire le lien avec la question pr&#233;c&#233;dente, c'est du religieux qui resurgit : la recherche d'un Saint, d'un Proph&#232;te, d'un Messie, d'un Guide qui incarnerait la Voie Sacr&#233;e et qu'on destituerait d&#232;s qu'une d&#233;faillance serait d&#233;cel&#233;e... C'est m&#234;me le sc&#233;nario r&#233;p&#233;titif que vivent tous les chefs, pr&#233;sidents de la r&#233;publique compris&#8230; et aussi les amoureux ! E. Fromm est un humain qui est pass&#233; sur terre, a cherch&#233; et a entrevu des choses que nous n'avions, pour certains, pas formul&#233;. A nous d'assumer ce qu'on en pense, d'en discuter, d'en faire quelque chose, si cela nous interpelle, &#224; partir de notre vie, nos exp&#233;riences, nos d&#233;sirs, nos envies. Pour certains, il est devenu un ami, comme ceux que l'on &#233;coute et que l'on peut contredire, mais qui accompagnent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Face &#224; toutes ces th&#232;ses, quelles ont &#233;t&#233; les r&#233;actions des participants &#224; l'atelier ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'esquisse de ces id&#233;es a beaucoup stimul&#233; durant les premi&#232;res s&#233;ances. Les participants &#233;taient interpell&#233;s par ces id&#233;es iconoclastes et tranchantes. Mais tr&#232;s vite beaucoup de r&#233;sistances sont apparues, et certaines demeurent. Bizarrement, alors que je pensais que le sexe allait &#234;tre au centre de tous les int&#233;r&#234;ts, &#231;a n'a pas &#233;t&#233; le cas. Peut-&#234;tre qu'il est vite apparu que l'obsession sexuelle est aussi un produit de l'angoisse, de la difficult&#233; &#224; vivre dans ce monde, &#224; sortir de son isolement en cherchant &#224; se fondre dans une totalit&#233;. En fait les r&#233;ticences &#233;taient globalement de deux ordres. D'abord, dans le discours, on a entendu qu'il ne fallait pas, ou qu'il ne servait &#224; rien, ou qu'il &#233;tait dangereux de parler d'amour parce que c'&#233;tait le seul espace sauvage de libert&#233;, de spontan&#233;it&#233;, de myst&#232;re qu'il nous restait dans ce monde m&#233;canis&#233; et qu'on allait par le d&#233;bat le rationaliser, l'intellectualiser, le normer. &#199;a, c'est &#233;videmment le discours ambiant, l'id&#233;ologie dominante qui fait comme si l'amour n'&#233;tait pas le th&#232;me balis&#233; par excellence des chansons, des romans, des films fabriqu&#233;s industriellement. Sans parler des attitudes h&#233;rit&#233;es des si&#232;cles pass&#233;s, on vit quand m&#234;me un matraquage sans pr&#233;c&#233;dent qui nous impose une certaine vision de l'amour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Refuser de parler d'amour, c'&#233;tait comme vouloir mettre fin &#224; l'atelier...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est effectivement une objection qui m'a beaucoup surpris. C'est quand m&#234;me inqui&#233;tant de voir que le r&#233;flexion, la discussion, le langage est tenu pour asservissant face &#224; des choses sauvages et myst&#233;rieuses qui seraient bonnes en soi, tant qu'on n'en parle pas. C'est du primitivisme le plus pur. Mais ces objections ne tiennent pas longtemps dans les discussions. Et ensuite, justement, on a vu une expression pratique de cette posture : le papillonnage, la pr&#233;sence clignotante de beaucoup, la difficult&#233; &#224; s'impliquer durablement dans la t&#226;che d'&#233;lucidation, dans la recherche des id&#233;es re&#231;ues, dans l'&#233;laboration collective d'une pens&#233;e, m&#234;me contradictoire, et d'une pratique groupale. C'est d&#233;j&#224; moins surprenant, puisque c'est un ph&#233;nom&#232;ne g&#233;n&#233;ral, y compris dans le cadre politique et particuli&#232;rement dans tous les ateliers de l'UFR-Z&#233;ro. Mais l&#224; c'&#233;tait frappant de voir que ce papillonnage recoupait pleinement les th&#232;mes trait&#233;s : le d&#233;sir et la peur de l'engagement, de la fid&#233;lit&#233;, de la continuit&#233;, pour une transformation de soi et de la soci&#233;t&#233;. D'une certaine mani&#232;re, c'&#233;tait une r&#233;futation en acte des th&#232;ses de Fromm, mais non assum&#233;e. Cette situation a compromis l'existence m&#234;me de l'atelier, d'ailleurs. Et &#231;a continue, d'une certaine mani&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Justement, comment l'atelier a-t-il &#233;volu&#233; au fil du temps ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors des premi&#232;res s&#233;ances, je m'&#233;tais aper&#231;u que les discussions sans cadre tournaient vite aux bavardage incons&#233;quents alors que d&#232;s que nous discutions des th&#232;ses du livres, pour les confirmer ou les infirmer, les d&#233;bats gagnaient &#233;norm&#233;ment en pr&#233;cision et en amplitude, voire en &#233;coute et en humanit&#233;. Assez vite j'ai propos&#233; de commencer par des petits expos&#233;s, afin de cadrer les d&#233;bats qui partaient vite dans tous les sens pour n'aboutir &#224; rien. Comme personne ne se proposait, je commen&#231;ais donc par un petit la&#239;us de 15-20 minutes, sur une id&#233;e particuli&#232;re du livre, puis on discutait, en essayant de maintenir un climat serein, parce que c'&#233;tait toujours un sujet intime, avec des t&#233;moignages parfois douloureux ou enthousiasmants, mais toujours personnels. On &#233;changeait sur nos relations familiales, nos relations amoureuses, les &#233;checs, les rebondissements. J'essayais de faire des allers-retours permanents entre les r&#233;flexions th&#233;oriques de Fromm et le v&#233;cu qui &#233;tait rapport&#233;. Mais quasiment personne n'&#233;tait pr&#234;t &#224; lire le bouquin, qui pourtant est court, facile &#224; lire - c'est un comble dans une universit&#233; - ce qui me mettait un peu dans une position de prof - ce qui est un comble dans une d&#233;marche alternative&#8230; Et parall&#232;lement, comme la participation &#233;tait al&#233;atoire, les gens se montraient toujours tr&#232;s int&#233;ress&#233;s et parlaient souvent mais ils refusaient de s'engager. Au final l'&#233;cart s'est peu &#224; peu creus&#233; entre ma d&#233;marche de recherche et l'ensemble des participants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment as-tu r&#233;agi &#224; ce dilettantisme de la part des participants ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai formul&#233; le ph&#233;nom&#232;ne en disant que ce comportement &#233;tait tr&#232;s li&#233; &#224; l'id&#233;e de relation superficielle, d&#233;coulant d'une id&#233;ologie amoureuse consum&#233;riste. La centaine de personnes pass&#233;es en tout dans l'atelier consommait les d&#233;bats de s&#233;minaires en ateliers selon les rumeurs et le bon plaisir, sans engagement, sans approfondissement, prenant ici et l&#224; un bon moment imm&#233;diat sans suite ni responsabilit&#233; de ce qui avait &#233;t&#233; dit, v&#233;cu, projet&#233;... Une trentaine de participants revenait fr&#233;quemment, mais de mani&#232;re irr&#233;guli&#232;re. Du tourisme, quoi. Moi, ce n'&#233;tait pas &#231;a qui m'int&#233;ressait et je savais qu'avec ou sans atelier, je continuerais &#224; travailler, sans rancune ni regret. Alors &#224; la rentr&#233;e suivante, j'ai fait un petit bilan en posant le probl&#232;me en ces termes. Et l&#224;, une douzaine de personnes se sont mises &#224; lire L'art d'aimer. Il s'est alors cr&#233;&#233; un petit groupe de travail qui s'est senti li&#233; par une lecture, et on a inaugur&#233; de vraies s&#233;ances de travail. C'est l&#224;, je crois, qu'on a commenc&#233; &#224; &#233;changer s&#233;rieusement. &#199;a a &#233;t&#233; un second d&#233;part, un second moment fondateur, preuve, contrairement &#224; ce que dit Stendhal, qu'on peut rallumer des cendres. &#199;a n'emp&#234;che pas les gens de continuer &#224; passer, comme avant, mais ils ont conscience d'intervenir dans un processus, une d&#233;marche &#224; respecter. &#199;a n'avait rien d'&#233;vident, visiblement&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais revenons au contenu de l'atelier. Le fait d'affirmer que l'&#233;tat amoureux, passionnel, fusionnel, ce n'est pas de l'amour, cela n'a-t-il pas choqu&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r ! C'est m&#234;me la th&#232;se principale qui a &#233;t&#233; discut&#233;e lors de la premi&#232;re ann&#233;e, l'axe autour duquel s'accrochait tout le reste. Cette th&#232;se choquait surtout, je crois, les plus jeunes, qui se rendaient brutalement compte de l'impasse du discours pseudo-subversif ambiant qui met uniquement l'accent sur la &#171; passion &#187;. Les gens avec plus d'exp&#233;rience la discutaient avec plus de profondeur, de recul. Ce qui a marqu&#233; quand m&#234;me, c'est que les t&#233;moignages rapport&#233;s encourageaient beaucoup un regard critique sur le ph&#233;nom&#232;ne amoureux. On retrouvait presque syst&#233;matiquement le m&#234;me cycle : un jaillissement de sentiments extraordinaires entre deux personnes, une aventure bouleversante mais qui s'essouffle au bout de quelques temps, puis une d&#233;sillusion qui d&#233;bouche soit sur une s&#233;paration, soit une relation d'ennui, soit, justement, une r&#233;invention de la relation qui pouvait alors se poursuivre, mais sur un autre mode. Qu'on soit d'accord ou non, le ph&#233;nom&#232;ne oblige &#224; la r&#233;flexion. Je crois que pour l'approfondir, il faut quand m&#234;me en incorporer la critique, s'ab&#238;mer &#224; ses limites, et comprendre la dimension illusoire que le &#171; coup de foudre &#187; comporte. Et &#231;a, cela d&#233;pend du degr&#233; de maturit&#233; de la personne. C'est un peu comme lorsqu'on d&#233;montre &#224; quelqu'un qu'il ne vit pas dans une d&#233;mocratie mais dans une oligarchie o&#249; ce sont des clans d'une caste privil&#233;gi&#233;e qui ont les commandes, et des populations divis&#233;es et obs&#233;d&#233;es par l'ascension sociale. Les rep&#232;res h&#233;rit&#233;s (en fait et id&#233;ologiques) s'&#233;croulent, on a vite l'impression que la vie est horrible, et qu'il n'y a rien derri&#232;re ce d&#233;sespoir, alors que comme dirait Sartre, de l'autre cot&#233;, c'est la vie humaine... Pourtant, &#224; partir de ce constat sur le caract&#232;re oligarchique du r&#233;gime actuel, on peut nuancer et reconna&#238;tre les traits profond&#233;ment d&#233;mocratiques des soci&#233;t&#233;s occidentales, h&#233;rit&#233;s de plusieurs si&#232;cles de luttes intellectuelles, sociales, politiques, artistiques, conjugales... De la m&#234;me mani&#232;re, tenir l'&#233;tat amoureux comme le summum, voire l'unique expression de l'amour, est d'une tr&#232;s grande, et tr&#232;s cruelle na&#239;vet&#233;. Comme dit S. Weil : &#171; L'amour a besoin de r&#233;alit&#233;. Aimer &#224; travers une apparence corporelle un &#234;tre imaginaire, quoi de plus atroce, le jour o&#249; on s'en aper&#231;oit ? Bien plus atroce que la mort, car la mort n'emp&#234;che pas l'aim&#233; d'avoir &#233;t&#233;. &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'o&#249; viendrait ce d&#233;sir, ce besoin de &#171; tomber amoureux &#187;, passionn&#233;ment ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F. Alberoni dit dans Le choc amoureux que l'&#233;tat amoureux est toujours pr&#233;c&#233;d&#233; d'une p&#233;riode de &#171; surcharge d&#233;pressive &#187;, d'une insatisfaction profonde de la vie v&#233;cue, et d'une incapacit&#233; &#224; la changer. La fixation sur quelqu'un - ou quelque chose : un auteur, une &#339;uvre, un sch&#233;ma de pens&#233;e, une p&#233;riode historique&#8230; - appara&#238;t alors comme le passage vers une vie intense, une sortie d&#233;finitive de la solitude, un monde r&#233;-enchant&#233; o&#249;, enfin, tout fait sens. Donc c'est une cr&#233;ation de merveilleux, par l'interm&#233;diaire d'un autre qu'on &#233;rige en Dieu, en absolu, pour qu'il nous fasse acc&#233;der &#224; cette autre r&#233;alit&#233; par l'union totale. C'est donc une mise en tension extraordinaire, port&#233;e &#224; son paroxysme par l'amour impossible. De Rougemont en parle tr&#232;s bien, et B. P&#233;ret, un surr&#233;aliste et ce n'est pas un hasard, a fait une tr&#232;s belle &#171; Anthologie de l'amour sublime &#187;&#8230; Mais en m&#234;me temps, on prend l'autre pour ce qu'il n'est pas, on lui fait porter notre peur de ce monde fini, on projette sur lui un id&#233;al tr&#232;s pr&#233;cis qui nous est propre, souvent parental, mais on le rate, lui, tel qu'il existe, comme un &#234;tre ind&#233;termin&#233; et en devenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et la r&#233;alit&#233; finit par nous rattraper...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tat amoureux est un extraordinaire quiproquo aux effets extr&#234;mement contradictoires : investir quelqu'un de la sorte, ou &#234;tre investi ainsi, c'est enfin pouvoir &#234;tre autre chose qu'un individu banal parmi d'autres, c'est avoir la possibilit&#233; magique d'&#234;tre autre, diff&#233;rent de ce qu'on a toujours &#233;t&#233;, de sortir de ses d&#233;terminations infernales, de son identit&#233; fig&#233;e. Mais cela ne peut se faire qu'en se conformant au mod&#232;le flatteur qui est tendrement impos&#233; par l'autre, et que si, r&#233;ciproquement, il correspond &#224; mon id&#233;al, en bonne partie inconscient. C'est donc une libert&#233; tr&#232;s conditionnelle, qui ne peut durer qu'un temps, soit qu'on prenne cette libert&#233; quitte &#224; d&#233;cevoir l'autre, soit qu'on joue le r&#244;le assign&#233;, sans s'en apercevoir, situation qui ne peut perdurer&#8230; &#171; Tu me manques &#187;, disent les amoureux : mais on ne peut pas se rater longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'amour &#233;rotique d&#233;bouche forc&#233;ment sur une s&#233;paration, ou une relation d'ennui ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule sortie possible, je crois, c'est un passage &#233;troit qui ram&#232;ne sur terre tout en laissant ouvert l'infini des possibles. C'est &#234;tre fid&#232;le &#224; ce que l'extase relationnelle nous a fait entrevoir et qui est rigoureusement vrai. C'est-&#224;-dire que l'autre et moi-m&#234;me, nous sommes autre chose que ce que nous avons &#233;t&#233; et croyons &#234;tre, mais tout en diversifiant nos fantasmes personnels pour que les personnalit&#233;s de chacun puissent se construire, et la relation aussi, et les enfants &#233;ventuellement... C'est ce qu'on retrouve dans les relations th&#233;rapeutiques, ou &#233;ducatives, ou politiques, lorsqu'elles se donnent les moyens de l'autonomie. A partir du moment o&#249; l'enchantement se rompt, soit on ne supporte pas et on se s&#233;pare, soit il va falloir faire connaissance, encore plus, ou vraiment, avec l'autre, sur les ruines de cette d&#233;ception muette, et apprendre &#224; aimer non pas un &#234;tre divin, mais un &#234;tre humain, avec ce qu'il a de monstrueux et d'extraordinaire. Aimer, c'est partir &#224; la d&#233;couverte de quelqu'un, r&#233;ellement, donc de soi, aussi. Faute de pouvoir articuler ce passage, qui est finalement toujours &#224; faire, soit on vit r&#233;p&#233;titivement des petites passions syst&#233;matiquement d&#233;&#231;ues, malgr&#233; la jouissance de la profanation r&#233;p&#233;t&#233;e, soit on s'engage dans une relation conjugale morne qui se satisfait de ce qui est d&#233;j&#224;-l&#224;. C'est la m&#234;me chose concernant des id&#233;es, des lieux, des fa&#231;ons d'&#234;tre dont on s'&#233;prend &#224; une &#233;poque de notre vie. &#192; un moment, il faut regarder la v&#233;rit&#233; des choses, qui est certes d&#233;cevante face &#224; un d&#233;sir de Solution ultime et absolue aux probl&#232;mes de l'existence mais qui est aussi d'une joie infinie si l'on arrive &#224; en voir toute la complexit&#233;, la richesse, les potentialit&#233;s, bref &#224; voir ce qui est toujours en puissance dans ce qui est. L'&#234;tre humain, ou ses cr&#233;ations, ce n'est pas un objet fini. Il est essentiellement &#224;-&#234;tre, comme disent les philosophes, un &#234;tre en devenir, inachev&#233;, en invention, un &#234;tre imaginaire capable de commencements. Cette conscience de soi serait la maturit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(... / ...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?464-amour-liberte-politique-2-3' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Voir la seconde partie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>La Politique et la Langue</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?425-la-politique-et-la-langue</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?425-la-politique-et-la-langue</guid>
		<dc:date>2010-12-25T12:50:57Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;ducation</dc:subject>
		<dc:subject>Beaut&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Linguistique</dc:subject>
		<dc:subject>Insignifiance</dc:subject>
		<dc:subject>Post-modernisme</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Article</dc:subject>
		<dc:subject>Pseudo-subversion</dc:subject>
		<dc:subject>Orwell G.</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Source : http://lanredec.free.fr/polis/patee... George Orwell - 1946 [...] Un auteur scrupuleux, dans chaque phrase qu'il &#233;crit, se posera au moins quatre questions, &#224; savoir : 1.Qu'est ce que j'essaie de dire ? 2.Quels mots l'exprimeront ? 3.Quelle image ou tournure le rendront plus clair ? 4.Cette image est elle assez fraiche pour avoir un effet ? Et il s'en posera probablement encore deux : 1.Pourrais-je le rendre plus concis ? 2.Ai-je dit quoi que ce soit de laid qui (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-30-education-+" rel="tag"&gt;&#201;ducation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-40-beaute-+" rel="tag"&gt;Beaut&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-41-linguistique-+" rel="tag"&gt;Linguistique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-60-insignifiance-+" rel="tag"&gt;Insignifiance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-87-post-modernisme-+" rel="tag"&gt;Post-modernisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-116-pseudo-subversion-+" rel="tag"&gt;Pseudo-subversion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-146-orwell-g-+" rel="tag"&gt;Orwell G.&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;http://lanredec.free.fr/polis/patee_tr.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://lanredec.free.fr/polis/patee...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;George Orwell - 1946&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un auteur scrupuleux, dans chaque phrase qu'il &#233;crit, se posera au moins quatre questions, &#224; savoir :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.Qu'est ce que j'essaie de dire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.Quels mots l'exprimeront ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.Quelle image ou tournure le rendront plus clair ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4.Cette image est elle assez fraiche pour avoir un effet ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il s'en posera probablement encore deux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.Pourrais-je le rendre plus concis ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.Ai-je dit quoi que ce soit de laid qui soit &#233;vitable ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais vous n'&#234;tes pas oblig&#233;s de vous donner tout ce mal. Vous pouvez vous y soustraire simplement en ouvrant votre esprit et en laissant les expressions tout faites venir s'y entasser. Elles construiront vos phrases pour vous - penseront m&#234;me pour vous, jusqu'&#224; un certain point - et au besoin elles ex&#233;cuteront le service important de masquer partiellement, m&#234;me &#224; vous-m&#234;me, ce que vous voulez dire. C'est ici que le lien particulier entre la politique et la d&#233;gradation de la langue devient clair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans nos jours il est largement vrai que l'expression politique est une mauvaise expression. Quand ce n'est pas vrai, il s'av&#232;rera g&#233;n&#233;ralement que l'auteur est quelque rebelle, exprimant son avis personnel et pas une &#171; ligne du parti &#187;. L'orthodoxie, de n'importe quelle couleur, semble exiger un style sans vie, imitatif. Les dialectes politiques qu'on trouve dans des tracts, des articles, des manifestes, des livres blancs et les discours de sous-secr&#233;taires, varient, bien s&#251;r, de parti &#224; parti, mais ils sont tous semblables dans ce qu'on n'y trouve presque jamais une tournure fra&#238;che, vivante, personnelle. Quand on observe quelque orateur fatigu&#233; r&#233;p&#233;tant m&#233;caniquement les expressions famili&#232;res -bestial, atrocit&#233;s, sous la botte, la tyrannie sanguinaire, lib&#233;rer les peuples du monde, resserrer les rangs - on a souvent le sentiment curieux que l'on ne regarde pas un &#234;tre humain vivant, mais une sorte de mannequin : un sentiment qui devient brusquement plus fort aux moments o&#249; la lumi&#232;re se refl&#232;te dans les lunettes de l'orateur et les transforme en disques blancs qui semblent n'avoir aucun oeil derri&#232;re. Et ce n'est pas du tout fantaisiste. Un orateur qui utilise cette sorte de phras&#233;ologie est en voie de faire de lui-m&#234;me une machine. Les bruits appropri&#233;s sortent de son larynx, mais son cerveau n'est pas impliqu&#233; comme il le serait s'il choisissait ses mots lui m&#234;me. Si le discours qu'il fait est quelque chose dont il est habitu&#233; &#224; parler encore et toujours, il est probablement presque inconscient de ce qu'il dit, comme quand on dit les r&#233;pons &#224; l'&#233;glise. Et cet &#233;tat r&#233;duit de conscience, sinon indispensable, est en tout cas favorable &#224; la conformit&#233; politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nos jours, le discours politique est en grande partie la d&#233;fense de l'ind&#233;fendable. Des choses comme le maintien de l'autorit&#233; britannique en Inde, les purges russes et les d&#233;portations, le lancement des bombes atomiques sur le Japon, peuvent en effet &#234;tre d&#233;fendues, mais seulement par des arguments qui sont trop brutaux pour la plupart des gens et qui ne cadrent pas avec les buts d&#233;clar&#233;s des partis politiques. Le langage politique doit donc &#234;tre en grande partie compos&#233; d'euph&#233;mismes, de questions r&#233;thoriques et de pur flou brumeux. Des villages sans d&#233;fense subissent des bombardements a&#233;riens, les habitants sont chass&#233;s dans la campagne, le b&#233;tail mitraill&#233;, les abris incendi&#233;s avec des balles incendiaires : c'est de lapacification. Des millions de paysans sont priv&#233;s de leurs fermes et envoy&#233;s se tra&#238;ner le long des routes en abandonnant tout ce qu'ils ne peuvent porter : c'est un transfert de population ou unerectification de fronti&#232;res. Les gens sont emprisonn&#233;s pendant des ann&#233;es sans proc&#232;s, ou tu&#233;s d'une balle dans la nuque ou envoy&#233;s mourir de scorbut dans des camps arctiques : c'est l'&#233;limination des &#233;l&#233;ments non fiables (NDT : aujourd'hui nous avons les purifications, les frappes a&#233;riennes ou chirurgicales, les s&#233;curisations). Une telle phras&#233;ologie est n&#233;cessaire si on veut nommer des choses sans qu'elles se traduisent par des images mentales. Consid&#233;rez par exemple quelque rassurant professeur anglais d&#233;fendant le totalitarisme russe. Il ne peut pas dire franchement, &#171; je crois qu'il faut &#233;liminer vos adversaires quand vous pouvez obtenir de bons r&#233;sultats en le faisant &#187;. Donc, probablement, il dira quelque chose comme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que j'admette volontiers que le r&#233;gime sovi&#233;tique pr&#233;sente un certain nombre de traits que l'humanitarisme puisse &#234;tre inclin&#233; &#224; d&#233;plorer, nous devons, je pense, reconna&#238;tre qu'une certaine restriction des droits de l'opposition politique est un in&#233;vitable &#233;l&#233;ment concomitant des p&#233;riodes transitoires et que les rigueurs que le peuple Russe doit malheureusement &#233;prouver ont &#233;t&#233; amplement justifi&#233;s dans la sph&#232;re des r&#233;sultats concrets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le style emphatique lui-m&#234;me est une sorte d'euph&#233;misme. Une masse de mots latins tombe sur les faits comme une neige molle, brouillant les contours et dissimulant tous les d&#233;tails. Le grand ennemi du langage clair est l'hypocrisie. Quand il y a un &#233;cart entre les buts r&#233;els et les buts d&#233;clar&#233;s, on se tourne comme instinctivement vers des longs mots et des tournures us&#233;es, comme une seiche projetant son encre. De nos jours on ne peut pas &#171; ne pas faire de politique. &#187; Toutes les probl&#232;mes sont des probl&#232;mes politiques et la politique elle-m&#234;me est une masse de mensonges, de d&#233;robades, de sottise, de haine et de schizophr&#233;nie. Quand l'atmosph&#232;re g&#233;n&#233;rale est mauvaise, le langage souffre. Je devrais m'attendre &#224; apprendre - c'est une conjecture que je n'ai pas la connaissance suffisante pour v&#233;rifier - que l'allemand, le russe et l'italien se sont d&#233;t&#233;rior&#233;s dans les dix ou quinze derni&#232;res ann&#233;es (NDT : de 1930 &#224; 1945), en raison des dictatures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si la pens&#233;e corrompt le langage, le langage peut aussi corrompre la pens&#233;e. Un mauvais usage peut s'&#233;tendre par la tradition et l'imitation m&#234;me parmi les gens qui devraient conna&#238;tre et en connaissent un correct. Le langage d&#233;valoris&#233; dont j'ai parl&#233; est d'une certaine fa&#231;on tr&#232;s commode. Des expressions comme un supposition qui n'est pas injustifiable, [...], une consid&#233;ration que nous devrions garder &#224; l'esprit, sont une tentation permanente, un paquet d'aspirine toujours sous le coude. Relisez cet essai et &#224; coup s&#251;r vous constaterez que j'ai &#224; maintes reprises commis les fautes m&#234;mes contre lesquelles je proteste. Par le courrier de ce matin j'ai re&#231;u un opuscule traitant des conditions en Allemagne. L'auteur me dit qu'il &#171; s'est senti pouss&#233; &#187; &#224; l'&#233;crire. Je l'ouvre au hasard et voici presque la premi&#232;re phrase que je vois : &#171; [Les Alli&#233;s] ont une occasion non seulement de r&#233;aliser une transformation radicale de la structure sociale et politique de l'Allemagne de telle fa&#231;on &#224; &#233;viter une r&#233;action nationaliste en Allemagne elle-m&#234;me, mais en m&#234;me temps &#224; fonder les bases d'une Europe co-op&#233;rante et unifi&#233;e &#187;. Vous voyez, il se &#171; sent pouss&#233; &#187; &#224; &#233;crire - il sent, vraisemblablement, qu'il a quelque chose de nouveau &#224; dire - et pourtant ses mots, comme des chevaux de cavalerie r&#233;pondant au clairon, se groupent eux-m&#234;mes automatiquement selon le morne sch&#233;ma habituel. Cette invasion de l'esprit par des expressions tout faites (fonder les bases, r&#233;aliser une transformation radicale) ne peut &#234;tre &#233;vit&#233;e que si on est constamment en garde contre elles, et chacune de ces expressions anesth&#233;sie une partie de notre cerveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai dit plus haut que la d&#233;cadence de notre langage est probablement curable. Ceux qui nient ceci argumenteraient, [...], que la langue refl&#232;te simplement des conditions sociales existantes et que nous ne pouvons influencer son d&#233;veloppement par aucun remaniement direct des mots et des constructions. Pour autant qu'il s'agisse de la tonalit&#233; g&#233;n&#233;rale ou de l'esprit d'une langue, cela peut &#234;tre vrai, mais ce n'est pas vrai en d&#233;tail. Des mots et des expressions idiots disparaissent souvent, non par quelque processus &#233;volutionnaire, mais par suite de l'action consciente d'une minorit&#233;. Deux exemples r&#233;cents sont &#171; explore every avenue &#187; et &#171; leave no stone unturned &#187;, qui ont &#233;t&#233; tu&#233;s par les railleries de quelques journalistes. Il y a une longue liste de m&#233;taphore couvertes de chiures de mouches qui pourraient de la m&#234;me fa&#231;on &#234;tre &#233;radiqu&#233;es si suffisamment de personnes s'y int&#233;ressaient ; et il devrait aussi &#234;tre possible par le rire de tuer la tournure pas in-, de r&#233;duire la quantit&#233; de latin et de grec dans la phrase moyenne, de chasser des expressions &#233;trang&#232;res et les mots scientifiques d&#233;tourn&#233;s et, en g&#233;n&#233;ral, de rendre la pr&#233;tention d&#233;mod&#233;e. Mais tout ceci sont des points mineurs. La d&#233;fense du langage implique plus que cela et il est peut-&#234;tre pr&#233;f&#233;rable de commencer en disant ce qu'elle n'implique pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord &#231;a n'a aucun rapport avec l'archa&#239;sme, avec le sauvetage de mots et de tournures tomb&#233;s en d&#233;su&#233;tude, ou avec la mise en place d'un &#171; anglais standard &#187; dont ne doit jamais s'&#233;carter. Au contraire, il s'agit particuli&#232;rement d'abandonner chaque mot ou tournure dont l'utilit&#233; est p&#233;rim&#233;e. Ca n'a aucun rapport avec la grammaire et la syntaxe correcte, qui n'ont aucune importance tant que le sens reste clair, ou avec le rejet des Am&#233;ricanismes, ou avec le fait d'avoir ce qu'on appelle &#171; un bon style &#187;. D'autre part, &#231;a n'a rien &#224; voir avec la fausse simplicit&#233; et la tentative de rendre l'anglais &#233;crit familier. Ca n'implique m&#234;me pas non plus de pr&#233;f&#233;rer syst&#233;matiquement le mot saxon au latin, bien que &#231;a implique vraiment l'utilisation du plus petit nombre et des mots les plus courts qui couvrent ce qu'on veut dire. Ce qui est par dessus tout n&#233;cessaire est de laisser la signification choisir le mot et pas le contraire. Dans la prose, la pire chose qu'on puisse faire avec les mots est de capituler devant eux. Quand vous pensez &#224; un objet concret, vous pensez sans mots et ensuite, si vous voulez d&#233;crire la chose que vous avez visualis&#233;e vous faites probablement la chasse aux mots exacts qui semblent adapt&#233;s. Quand vous pensez &#224; quelque chose d'abstrait vous &#234;tes plus inclin&#233;s &#224; utiliser des mots depuis le d&#233;but et &#224; moins que vous ne fassiez un effort conscient pour l'emp&#234;cher, le dialecte existant se pr&#233;cipitera et fera le travail pour vous, au co&#251;t de brouiller ou m&#234;me de changer ce que vous vouliez dire. Il est probablement meilleur de repousser au plus tard possible l'utilisation des mots et d'&#233;claircir le sens autant qu'on peut par des images et des sensations. Apr&#232;s quoi on peut choisir - et non simplement accepter - les expressions qui couvriront le mieux la signification et finalement d&#233;cider quelles impressions ses mots sont susceptibles de faire sur une autre personne. Ce dernier effort de l'esprit &#233;lague toutes les images &#233;vent&#233;es ou m&#233;lang&#233;es, toutes les expressions pr&#233;fabriqu&#233;es, les r&#233;p&#233;titions inutiles et d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale l'absurdit&#233; et le manque de pr&#233;cision. Mais on peut souvent &#234;tre dans le doute sur l'effet d'un mot ou une expression et on a besoin de r&#232;gles sur lesquelles on peut compter quand l'instinct &#233;choue. Je pense que les r&#232;gles suivantes couvriront la plupart des cas :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.N'utilisez jamais une m&#233;taphore, comparaison, ou autre figure de rh&#233;torique que vous avez l'habitude de voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.N'utilisez jamais un long mot quand un court convient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.S'il est possible de supprimer un mot, supprimez le toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4.N'utilisez jamais le passif si vous pouvez utiliser l'actif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5.N'utilisez jamais une expression &#233;trang&#232;re, un mot scientifique, ou un mot de jargon si vous pouvez penser &#224; un &#233;quivalent courant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6.Violez n'importe laquelle de ces r&#232;gles plut&#244;t que de dire quoi que ce soit de franchement barbare.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces r&#232;gles semblent &#233;l&#233;mentaires, et elles le sont, mais elles exigent un changement profond d'attitude &#224; quelqu'un qui s'est habitu&#233; &#224; &#233;crire dans le style qui est maintenant &#224; la mode. [...]
Je n'ai pas consid&#233;r&#233; ici l'utilisation litt&#233;raire de la langue, mais simplement la langue comme un instrument pour exprimer et non dissimuler ou emp&#234;cher la pens&#233;e. Stuart Chase et d'autres en sont presque arriv&#233;s &#224; affirmer que tous les mots abstraits sont sans signification et ont utilis&#233; cette affirmation comme un pr&#233;texte pour pr&#233;coniser une sorte de qui&#233;tisme politique. Puisque vous ne savez pas ce qu'est le Fascisme, comment pouvez-vous lutter contre le Fascisme ? On n'a pas besoin d'avaler de telles absurdit&#233;s, mais il faut bien reconna&#238;tre que le chaos politique actuel est connect&#233; avec la d&#233;cr&#233;pitude du langage et que l'on peut probablement provoquer une certaine am&#233;lioration en commen&#231;ant par l'expression. Si vous simplifiez votre anglais, vous &#234;tes lib&#233;r&#233;s des pires idioties des orthodoxies. Vous ne pouvez parler aucun des dialectes n&#233;cessaires et quand vous faites une remarque stupide sa stupidit&#233; sera &#233;vidente, m&#234;me pour vous. Le langage politique - et avec des variations c'est vrai de toutes les partis politiques, des Conservateurs aux Anarchistes - est con&#231;u pour que le mensonge paraisse v&#233;ridique et l'assassinat respectable et pour donner une apparence de solidit&#233; &#224; ce qui n'est que du vent. On ne peut pas changer tout cel&#224; en un instant, mais on peut au moins changer ses propres habitudes et de temps en temps on peut m&#234;me, si on se moque assez fort, envoyer quelques expressions us&#233;es et inutiles - quelque sous la botte, talon d'Achille, foyer, melting pot, &#233;preuve d&#233;cisive, enfer v&#233;ritable, ou autre d&#233;chet verbal - dans la poubelle, &#224; laquelle il appartient.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>La th&#232;se du narcissisme </title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?417-la-these-du-narcissisme</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?417-la-these-du-narcissisme</guid>
		<dc:date>2010-11-24T17:15:47Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Lib&#233;ralisme</dc:subject>
		<dc:subject>Insignifiance</dc:subject>
		<dc:subject>Post-modernisme</dc:subject>
		<dc:subject>Narodetzki J.-F.</dc:subject>
		<dc:subject>Sociologie</dc:subject>
		<dc:subject>Pseudo-subversion</dc:subject>
		<dc:subject>Apathie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Nous venons de perdre un camarade, un copain, un ami. Jean-Franklin est mort vendredi 22 ao&#251;t 2014, et tout s'est assombri. Notre travail ne serait pas le m&#234;me sans ses critiques, ses d&#233;saccords, ses encouragements continus, son inextinguible rage contre l'injustice et la b&#234;tise, ses appels &#224; ne cesser de les combattre sous aucun pr&#233;texte. Ses derniers propos &#233;taient des exhortations &#224; la vie qui continue et recommence. On retrouve sans peine le son de sa voix lorsqu'il &#233;crit : &#171; la (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-6-psychanalyse-+" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-53-liberalisme-+" rel="tag"&gt;Lib&#233;ralisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-60-insignifiance-+" rel="tag"&gt;Insignifiance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-87-post-modernisme-+" rel="tag"&gt;Post-modernisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-97-narodetzki-j-f-+" rel="tag"&gt;Narodetzki J.-F.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-108-sociologie-+" rel="tag"&gt;Sociologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-116-pseudo-subversion-+" rel="tag"&gt;Pseudo-subversion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-119-apathie-+" rel="tag"&gt;Apathie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;Nous venons de perdre un camarade, un copain, un ami.&lt;br class='manualbr' /&gt;Jean-Franklin est mort vendredi 22 ao&#251;t 2014, et tout s'est assombri.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Notre travail ne serait pas le m&#234;me sans ses critiques, ses d&#233;saccords, ses encouragements continus, son inextinguible rage contre l'injustice et la b&#234;tise, ses appels &#224; ne cesser de les combattre sous aucun pr&#233;texte. Ses derniers propos &#233;taient des exhortations &#224; la vie qui continue et recommence.&lt;br class='manualbr' /&gt;On retrouve sans peine le son de sa voix lorsqu'il &#233;crit : &#171; &lt;i&gt;la barbarie o&#249; nous sommes fait du refus de ce monde une exigence &#233;thique, plus exactement : une ultime fa&#231;on de conserver notre humanit&#233;. Que cela marche ou pas est une autre question.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Tout ceux qui cherchent l'&#233;mancipation viennent de perdre un des leurs.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?756-a-jean-franklin' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Nous lui avons rendu hommage&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Article paru dans la revue &#171; Le D&#233;bat &#187; n&#176;55, mars - avril 1990&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#65279;Jean-Franklin Narodetzki	&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le recours &#224; la th&#233;matique du &lt;i&gt;narcissisme&lt;/i&gt; dans les travaux, sinon de sociologie &lt;i&gt;stricto sensu&lt;/i&gt;, du moins de th&#233;orisation consacr&#233;e aux
ph&#233;nom&#232;nes socioculturels actuels, ce recours se fait de plus en plus insistant depuis une dizaine d'ann&#233;es. Au point d'appara&#238;tre, chez plusieurs auteurs, comme une figure clef permettant d'arraisonner enfin de fa&#231;on synth&#233;tique une r&#233;alit&#233; sociale qui semblait devoir soustraire son sens global &#224; la connaissance, et qu'il est en tout cas devenu de bon ton scientifique de renoncer &#224; aborder d'un point de vue totalisant. Un tel point de vue est aujourd'hui
doublement suspect : aux yeux d'une rigueur scientifique qui y d&#233;c&#232;le la tentation philosophique et &#224; ceux d'une prudence politique convaincue d'y trouver
les germes d'une pens&#233;e totalitaire. Et sans doute est-ce, pour une part, de la pression d'un tel contexte que proc&#232;de la r&#233;cente promotion du &#171; narcissisme &#187; au rang des facteurs d'intelligibibilit&#233; de l'existence dite &#171; post-moderne &#187;. Une bonne mani&#232;re de concilier le souci de ne point encourir
semblables reproches avec l'exigence synth&#233;tique n&#233;anmoins maintenue (la volont&#233; de rassembler en une unit&#233; th&#233;orique les &#233;l&#233;ments glan&#233;s par l'observation) consiste en effet, glissant du registre de la th&#233;orie du social &#224; celui de la th&#233;orie de la psych&#233;, &#224; user d'une notion sans filiation aucune avec le premier, pr&#233;sentant de ce fait de suppos&#233;es garanties d'innocence id&#233;ologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Que l'une des principales contreparties de ce genre d'emprunt conceptuel (on verra qu'il en est d'autres, non moins pernicieuses) soit un substantiel tribut pay&#233; au psychologisme, voil&#224;, curieusement, qui ne semble gu&#232;re alerter des auteurs pourtant occup&#233;s &#224; d&#233;noncer l'&#171; inflation psy &#187; contemporaine. Apparemment aveugles au contexte d'&#233;nonciation de leur propre discours, ils ne rel&#232;vent pas davantage que, au titre de l'emprunt en question, ils sont eux-m&#234;mes partie prenante de ce qu'ils constatent et stigmatisent parfois &#224; bon droit : leur propre psychologisme, le recours au seul registre &#171; psy &#187;, ou du moins &#224; sa pr&#233;pond&#233;rance, pour rendre compte d'une r&#233;alit&#233; sociale est &#233;videmment solidaire, comme impact sur la surface des discours de savoir, de la croissance exponentielle de la sous-culture &#171; psy &#187; dans les soci&#233;t&#233;s occidentales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Je ne compte pas me pencher ici sur l'ensemble des nombreux probl&#232;mes pos&#233;s et impasses engendr&#233;es par ce type de litt&#233;rature, dont la totale absence de consid&#233;ration &#233;pist&#233;mologique (&#224; quelles conditions peut-on utiliser tel concept dans tel domaine ? ; quelle est sa validit&#233;, sa pertinence ? ; pourquoi et comment le transposer et l'appliquer ? ; questionnement scientifique minimum toujours esquiv&#233;) est un trait caract&#233;ristique. Je me contenterai de proposer quelques r&#233;flexions d&#233;roul&#233;es selon deux axes compl&#233;mentaires : le traitement auquel s'est ainsi trouv&#233; soumis le &#171; narcissisme &#187;, et certains aspects de la probl&#233;matique, toujours &#224; reprendre, des relations entre th&#233;orie de l'inconscient (psychanalyse) et th&#233;orie de la soci&#233;t&#233; (sociologie, &lt;i&gt;latissimo sensu&lt;/i&gt;). Ces deux groupes de questions ne sont pas sans recoupements, comme on le verra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Deux auteurs repr&#233;sentatifs du courant &#171; narcissique &#187; (!) me serviront de r&#233;f&#233;rence. Le premier, Christopher Lasch(1), est un historien am&#233;ricain peu complaisant &#224; l'&#233;gard de la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine ; le second, Gilles Lipovetsky(2), un professeur de philosophie fran&#231;ais, tr&#232;s entich&#233; de &#171; post-modernit&#233; &#187; et critique &#224; l'&#233;gard du pr&#233;c&#233;dent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I. Le narcissisme et ses destins&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Libre &#224; chacun de forger de nouveaux concepts, d'en emprunter, d'en employer d'anciens en leur conf&#233;rant un contenu de son cru, si ce n'est in&#233;dit. Libre &#224; chacun de jouer, autant que faire se peut, avec la pens&#233;e et les th&#233;ories, de les d&#233;tourner &#224; son gr&#233;, de faire des p&#226;t&#233;s ou de s'adonner au cut-up cher &#224; Burroughs jusques et y compris dans les sph&#232;res de la connaissance. On ne sait jamais, n'est-ce pas, d'o&#249; un effet v&#233;rit&#233; peut surgir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ce que tout lecteur demeure cependant en droit d'exiger en pareille circonstance, c'est d'&#234;tre inform&#233; et du proc&#233;d&#233; de fabrication et de
la nature du produit servi. Or, si Lasch indique bien ses sources dans la litt&#233;rature &#171; psy &#187; sur le narcissisme, Lipovetsky se satisfaisant d'un extrait de celles de Lasch, nos deux auteurs sont pareillement muets sur le bien-fond&#233; de l'emploi qu'ils font de ce concept (les conditions de possibilit&#233; de son application au domaine consid&#233;r&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	A ce premier probl&#232;me pass&#233; sous silence s'ajoutent :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	- Chez Lasch, une r&#233;f&#233;rence pr&#233;dominante au cadre th&#233;orique de la psychanalyse normative : m&#233;dicalis&#233;e, retaill&#233;e &#224; l'aune de l'adaptation sociale, soumise &#224; l'influence de l'&lt;i&gt;ego psychology&lt;/i&gt; (renforcement du moi, identification encourag&#233;e &#224; l'analyste garant de normalit&#233;). Donc un cadre de r&#233;f&#233;rence infiltr&#233; des &#233;l&#233;ments culturels m&#234;mes dont l'auteur instruit le proc&#232;s - paradoxe inaper&#231;u, peut-on penser en l'absence de toute remarque &#224; cet endroit. - Chez Lipovetsky, un maniement de la notion de narcissisme qui ne pr&#233;serve m&#234;me plus le lien que Lasch s'effor&#231;ait de tisser avec l'appareil conceptuel de la psychanalyse am&#233;ricanis&#233;e. Au lieu de cela, non pas m&#234;me, ce qui serait &#233;ventuellement faisable, une acception originale du mot, mais la coexistence d'une invocation de pure forme (un paragraphe) de la clinique analytique actuelle, telle que &#171; l'accord g&#233;n&#233;ral des psy &#187; l'attesterait (&lt;i&gt;E.V.&lt;/i&gt;, pp. 84-85), avec une d&#233;rive du (des) signifi&#233;(s) telle que le lecteur se trouve bient&#244;t dans l'impossibilit&#233; de distinguer le &#171; narcissisme &#187; du plus banal souci de soi. Flottaison des concepts, &#224; l'instar, l&#224; encore, de la &#171; flottaison narcissique &#187; th&#233;oris&#233;e par l'auteur, naturellement suivie d'un cort&#232;ge d'&#224;-peu-pr&#232;s quand ce n'est pas de contresens, et donnant l'illusion d'une assise et d'une caution psychanalytiques octroy&#233;es aux assertions du philosophe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Car il se trouve que le narcissisme, en tant que concept th&#233;orique, poss&#232;de une histoire, et une seule : celle que lui a conf&#233;r&#233;e sa place,
d'ailleurs aussi probl&#233;matique que cruciale, dans la pens&#233;e freudienne et post-freudienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il n'entre pas dans mes intentions d'en donner ici un tableau d&#233;taill&#233;. L'ampleur de la m&#233;connaissance, studieuse ou d&#233;sinvolte, qui
sous-tend chez nos auteurs la th&#232;se du narcissisme oblige toutefois &#224; d'&#233;l&#233;mentaires indications, faute desquelles l'enjeu du d&#233;bat resterait obscur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	En gestation en 1910 - Freud forge l'hypoth&#232;se du narcissisme &#224; propos du &lt;i&gt;Trouble psycho&#173;g&#232;ne de la vision&lt;/i&gt;, mentionne le mythe de Narcisse dans le &lt;i&gt;L&#233;onard&lt;/i&gt;, et le terme appara&#238;t pour la prefni&#232;re fois dans une note de la m&#234;me ann&#233;e adjointe &#224; la deuxi&#232;me &#233;dition des &lt;i&gt;Trois Essais sur la th&#233;orie sexuelle&lt;/i&gt; pour caract&#233;riser le choix d'objet chez les homosexuels (&#171; partant du narcissisme, ils recherchent des jeunes hommes semblables &#224; leur propre personne, qu'ils veulent aimer comme leur m&#232;re les a aim&#233;s eux-m&#234;mes &#187;), il sera &#233;voqu&#233; en 1911 et 1912 comme stade de l'&#233;volution psychosexuelle interm&#233;diaire entre l'auto-&#233;rotisme et l'amour d'objet. Mais c'est en 1914, avec &lt;i&gt;Pour introduire le narcissisme&lt;/i&gt;, que Freud en construit vraiment le concept pour l'int&#233;grer &#224; l'ensemble de la th&#233;orie psychanalytique. Il n&#233;gligera ensuite d'en poursuivre le d&#233;veloppement, bien qu'il y soit maintes fois fait r&#233;f&#233;rence, et ce jusque dans les textes les plus tardifs o&#249; sa probl&#233;matique continue de courir, notamment sous les esp&#232;ces de l'id&#233;al. Quant aux &#233;pigones, ils seront peu nombreux &#224; tenter une &#233;laboration syst&#233;matique &#224; cet endroit. Citons cependant pour m&#233;moire : H. Rosenfeld, Hartmann, Grunberger, Kernberg, Lacan, dans la conception duquel le narcissisme occupe une place essentielle, A. Green, enfin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Du texte inaugural (&lt;i&gt;Pour introduire...&lt;/i&gt;) et de quelques autres, je rel&#232;verai seulement certains points pertinents pour notre propos, susceptibles aussi de montrer en quoi la question du narcissisme est &#224; la fois plus pr&#233;cise et autrement plus complexe que ne le supposent ceux qui proc&#232;dent &#224; l'instar de Lasch et Lipovetsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	- Le narcissisme est d'embl&#233;e reli&#233; aux avatars de la &#171; balance &#187; (r&#233;partition) des investissements libidinaux(3) entre le Moi et ses objets ; plus la libido est investie dans le Moi, moins elle investirait l'objet, la figure extr&#234;me de la psychose - que Freud d&#233;signe alors des termes de &#171; n&#233;vrose narcissique &#187; - se profilant &#224; l'horizon de ce processus. Position tout &#224; fait discutable, faut-il souligner : mainte modalit&#233; d'investissement objectal sustente l'investissement libidinal du Moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	- Le narcissisme n'est pourtant en rien assimilable &#224; un stade qui serait ult&#233;rieurement d&#233;pass&#233; sans reste, ni &#224; une caract&#233;ristique appartenant exclusivement au registre de la psychopathologie : l'investissement libidinal du Moi est une donn&#233;e permanente conditionnant l'existence m&#234;me du Moi - et de la pens&#233;e - par-del&#224; les variations que cet investissement conna&#238;t. En ce sens, le narcissisme infantile est indissociable de la formation du Moi (ce que Lacan, rattachant le narcissisme &#224; la &#171; captation &#187; amoureuse du sujet par sa propre image, a plus qu'ample&#173;
ment expos&#233; depuis 1936). En outre, le choix d'objet narcissique est donn&#233; en 1914 pour l'un des deux grands types de choix r&#233;gissant la vie amoureuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	- Le narcissisme est &#233;troitement imbriqu&#233; avec la dynamique de l'&lt;i&gt;identification&lt;/i&gt;. Il y a implication r&#233;ciproque du choix d'objet narcissique - o&#249; l'objet est choisi sur le mod&#232;le de la personne propre (plus exactement : sur le mod&#232;le de la relation du sujet &#224; sa propre image) et o&#249; &#171; l'objet repr&#233;sente la personne propre sous tel ou tel aspect &#187; - et de l'identification. Le sujet et ses instances (&lt;i&gt;cf&lt;/i&gt;. la seconde topique) sont en effet constitu&#233;s &#171; sur le mod&#232;le de ses objets ant&#233;rieurs : parents, personnes de l'entourage &#187;(4) [NB : citation ou r&#233;f&#233;rence erron&#233;e !]. En amont de cette &#171; dialectique &#187; de l'identification secondaire, o&#249; l'objet est d&#233;j&#224; reconnu comme ind&#233;pendant du sujet, l'identification dite originaire, contemporaine de la premi&#232;re phase orale et que Freud qualifie d'&#171; expression premi&#232;re d'un lien affectif &#224; une autre personne &#187;(5), met en jeu un processus incorporatif (cannibalique)
de facture &#233;minemment narcissique : &#224; cette phase, &#233;crit-il, &#171; l'investissement d'objet et l'identification ne peuvent gu&#232;re &#234;tre distingu&#233;s l'un de l'autre &#187; (6).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	- En aval de l'identification primaire, ressort de la formation du Moi-id&#233;al (id&#233;al de toute-puissance narcissique engendr&#233; par identification &#224; un autre &#234;tre investi de la toute-puissance, soit la m&#232;re selon D. Lagache(7), le narcissisme pr&#233;side &#233;galement &#224; la constitution d'autres instances de l'appareil psychique, mettant encore en &#339;uvre le m&#233;canisme identificatoire : le Moi et les parties qui s'en diff&#233;rencient - Id&#233;al du Moi, Surmoi - sont de tels produits de l'identiflcation. Le Moi peut en effet se d&#233;finir comme &#171; produit d'identifications aboutissant &#224; la formation, au sein de la personne, d'un objet d'amour investi par le &#199;a &#187;(8). L'Id&#233;al du Moi proc&#232;de, quant &#224; lui, &#171; de la convergence du narcissisme (id&#233;alisation du Moi) et des identifications aux parents, &#224; leurs substituts et aux id&#233;aux collectifs &#187;(9). Pr&#233;cisons que ce qui est pris pour id&#233;al ou objet de l'id&#233;alisation vient aussi magnifier et exalter le Moi : ainsi le leader, dont Freud montre en 1921 qu'il peut &#234;tre, comme l'hypnotiseur, &#171; mis &#224; la place &#187; de l'Id&#233;al du Moi des membres de la masse (cependant, &#171; la formation d'id&#233;al augmente [...] les exigences du Moi ; et c'est elle qui agit le plus fortement en faveur du refoulement &#187;(10)).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	- Le narcissisme est subdivis&#233; par Freud en &lt;i&gt;narcissisme primaire&lt;/i&gt;, qu'il con&#231;oit comme un &#233;tat anobjectal o&#249; l'ensemble de la libido serait
exclusivement investie sur le corps propre ou le Moi (la position de Freud a vari&#233; sur ce point, et cette anobjectalit&#233; a &#233;t&#233; justement contest&#233;e, en particulier par les kleiniens), et narcissisme secondaire, r&#233;sultant d'un retrait des investissements
d'objet ramen&#233;s vers le Moi. Ce second processus, pouss&#233; &#224; sa limite, serait &#224; l'&#339;uvre dans la schizophr&#233;nie. Mais il est &#233;galement en cause, par exemple,
lors du sommeil (&#171; retrait narcissique des positions de la libido sur [...] le seul d&#233;sir de dormir&#034; ), et le narcissisme secondaire doit &#234;tre consid&#233;r&#233; comme composante permanente du sujet, notamment responsable de l'existence de l'Id&#233;al du Moi. Quant au narcissisme primaire, que Green articule avec la pulsion de mort(11), il serait &#224; entendre comme expression de la tendance &#224; la r&#233;duction des investissements au niveau z&#233;ro, recherche du &#171; repos mim&#233;tique de la mort &#187;. Dans un tel cadre, l'objet, fauteur d'excitation et coupable d'ind&#233;pendance, ne peut en effet appara&#238;tre que comme l'ennemi du Moi narcissique avec sa passion de l'Un et sa revendication d'autosuffisance. Ce que ce narcissisme-l&#224;, lorsqu'il resurgit, ne saurait tol&#233;rer, c'est la
&lt;i&gt;diff&#233;rence&lt;/i&gt; : celle qui s&#233;pare autrui du sujet, d'abord, et, plus avant, celle des sexes. Nous sommes du c&#244;t&#233; d'une illusion de compl&#233;tude qui se veut rempart contre la castration et qui n'est qu'un &#171; mirage de mort &#187; o&#249; le refus de l'objet, pour sauvegarder un syst&#232;me clos vou&#233; &#224; l'&#233;viction du conflit, est une n&#233;cessit&#233; vitale. Les personnalit&#233;s de ce type sont, on l'aura compris, plus proches de l'asc&#232;se que de l'&#171; h&#233;donisme &#187; : &#171; Le projet du narcissique moral est de s'appuyer sur la morale pour s'affranchir des vicissitudes du lien &#224; l'objet et obtenir par ce moyen d&#233;tourn&#233; la lib&#233;ration des servitudes li&#233;es au rapport objectal, pour donner au &#199;a et au Moi le moyen de se faire aimer d'un Surmoi exigeant et d'un Id&#233;al du Moi tyrannique. Mais cet effort mystificateur &#233;choue(12). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'appui de ces rappels,trop brefs, on peut d&#233;j&#224; poser ceci :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	- Dans tous les cas, le narcissisme n'est pas le fait d'une monade &#233;tanche : lui-m&#234;me tributaire pour sa gen&#232;se d'un processus relationnel, les op&#233;rations qu'il instruit, depuis l'&#233;rection des instances jusqu'aux manifestations pathologiques, se d&#233;roulent sur fond de dynamique relationnelle. L'&#233;viction, la n&#233;gation de l'alt&#233;rit&#233;, l'autosuffisance souveraine et indiff&#233;rente ne sont pas des accomplissements ni des acquis du narcissisme : rien de plus (mais rien de moins) que sa vis&#233;e ou son aspiration, dont la r&#233;alisation durable est impossible - si ce n'est dans l'autisme, dont il n'est d'ailleurs pas s&#251;r que le narcissisme puisse rendre compte, pour autant qu'il pr&#233;suppose un Moi diff&#233;renci&#233;. Tout au plus peut-on dire qu'il y a l&#224; une tendance du narcissisme, qui jamais ne cesse de se heurter &#224; la question de la relation d'objet. Impossible de conclure de l'atomisation sociale au narcissisme, ni du narcissisme &#224; la solitude atomis&#233;e ou au &#171; d&#233;gagement de l'emprise de l'Autre &#187; (&lt;i&gt;E.V.&lt;/i&gt;, p. 65). (Relevons aussi que la th&#232;se du &#171; narcissisme &#187; ne distingue pas, ou distingue parfois pour l'oublier aussit&#244;t, entre narcissisme primaire et narcissisme secondaire.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	- Donn&#233;e in&#233;luctable de la psych&#233; humaine, le narcissisme est partie prenante et condition &lt;i&gt;sine qua non&lt;/i&gt; de la constitution du sujet et de sort identit&#233; singuli&#232;re (si &#171; imaginaire &#187; f&#251;t-elle), de m&#234;me qu'il participe &#224; la composition singuli&#232;re du r&#233;el que tout sujet entreprend. Passible de modalit&#233;s diverses comme d'ampleur ou d'importance variable selon les individus et leur &#171; structure &#187;, aucune culture n'a jamais r&#233;ussi ni ne r&#233;ussira jamais &#224; l'&#233;radiquer (m&#234;me si certaines paraissent parvenir mieux que d'autres &#224; le domestiquer), non plus qu'&#224; le produire &lt;i&gt;ex nihilo&lt;/i&gt;. Pas davantage la culture de la soci&#233;t&#233; sans classes que celle de la &#171; post-modernit&#233; &#187; devant laquelle on se p&#226;me. Encore sa situation au regard de la culture n'est-elle pas si simple, pour ce qu'il s'y trouve &#224; la fois en position d'antagonisme - le p&#232;re-tyran, asocial et incapable d'amour, de la horde primitive est dit &#171; Narcisse
absolu &#187; par Freud, et la t&#226;che de la &lt;i&gt;Kultur&lt;/i&gt; est d&#233;sign&#233;e par lui comme limitation du narcissisme des individus, avec le potentiel, d'agression qu'il contient - &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; en position de collusion : &#171; De l'Id&#233;al du Moi une voie importante conduit &#224; la compr&#233;hension de la psychologie collective. Outre son c&#244;t&#233; individuel, cet id&#233;al a un c&#244;t&#233; social, c'est &#233;galement l'id&#233;al, commun d'une famille, d'une classe, d'une nation &#187;, d&#233;clarait-il &#224; la fin de &lt;i&gt;Pour introduire...&lt;/i&gt;,
annon&#231;ant ainsi la th&#232;se princeps de &lt;i&gt;Psychologie des masses et analyse du Moi&lt;/i&gt; (1921) qui incluera en fait la psychologie sociale dans la psychologie individuelle (j'y reviendrai). L'affirmation que &#171; le narcissisme est bien, comme nous invite &#224; le penser Chr. Lasch, une conscience radicalement in&#233;dite, une structure constitutive de la personnalit&#233; post-moderne &#187; (Lipovetsky) est priv&#233;e de signification. Au mieux pourrait-elle faire sens aux yeux d'une psychologie descriptive, de la conscience pr&#233;cis&#233;ment, &lt;i&gt;i.e.&lt;/i&gt; pr&#233;-freudienne. Il n'y a pas de narcissisme &#171; social &#187;. Il y a des conditions socioculturelles et politiques susceptibles de favoriser un repli sur soi ou une ouverture au monde - ce qui est tout autre chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	- La clinique du narcissisme ne fournit ni une typologie univoque ni une s&#233;miologie unique, mais des tableaux divers, voire contradictoires : le narcissisme n'est pas moins agissant chez tel sujet d&#233;pendant et frileusement repli&#233; sur soi que chez tel autre &#171; autonome et peu intimidable &#187;(13). M&#233;galomanie et micromanie, autant l'une que l'autre, en d&#233;coulent. Un comportement d'anachor&#232;te ne saurait, &#224; lui seul, offrir une indication diff&#233;rentielle suffisante quant au narcissisme de son agent : &#171; Il [l'anachor&#232;te] peut bien avoir totalement d&#233;tourn&#233; des &#234;tres humains son int&#233;r&#234;t sexuel et pourtant l'avoir sublim&#233; sous forme d'un int&#233;r&#234;t accru pour le domaine divin, naturel, animal, sans que sa libido ait subi une introversion dirig&#233;e sur ses fantasmes, ou un retour &#224; son Moi &#187;, lan&#231;ait Freud &#224; Jung(14). Semblablement, la plasticit&#233; de la personnalit&#233;, un Moi &#171; labile &#187; devenu &#171; espace &#171; flottant &#187;, sans fixation ni rep&#232;re, une disponibilit&#233; pure &#187; (&lt;i&gt;E.V.&lt;/i&gt;, p. 65), s'il existait, ne serait pas plus sp&#233;cifique du narcissisme qu'une personnalit&#233; rigidifi&#233;e dans ses rep&#232;res, cramponn&#233;e &#224; ses embl&#232;mes, ses masques et ses r&#233;p&#233;titions. Le narcissisme n'&#171; expurge &#187; pas davantage &#171; du Moi les r&#233;sistances et les st&#233;r&#233;otypes &#187; que le &#171; proc&#232;s de personnalisation narcissique &#187; ne &#171; vide le Moi de tout contenu d&#233;finitif &#187; (&lt;i&gt;sic&lt;/i&gt;,&lt;i&gt;E.V.&lt;/i&gt;, p. 66) : s'il y a quelque chose qui &#171; r&#233;siste &#187;, c'est bien lui - &#224; l'analyse, de pr&#233;f&#233;rence, qui menace l'empire du Moi en le confrontant &#224; ceci qui &#233;chappe &#224; sa juridiction : l'inconscient. Et s'il y a quelque chose qui peut se montrer plein comme un &#339;uf - plein d'images, d'insignes et d'armoiries, de signaux phalliques, de verroterie identitaire et de pauvres petites diff&#233;rences, comme ces &#171; gros pleins d'&#234;tre &#187; dont se gaussait Sartre - c'est encore lui. &#192; moins qu'en une autre version, de narcissisme n&#233;gatif celle-l&#224;, il ne cultive en effet le vide : mais ce n'est pas celui de la vidange &#171; personnalisante &#187;, c'est celui du z&#233;ro ou du Nirvana, soit de la pulsion de mort. Quant aux sujets dits narcissiques, dont la prolif&#233;ration contemporaine est all&#233;gu&#233;e par Lasch puis Lipovetsky, rappelons-leur qu'il ne s'agit pas de containers remplis d'une plus grosse quantit&#233; de narcissisme, mais, comme le dit Green, de &#171; sujets bless&#233;s, en fait carenc&#233;s du point de vue du narcissisme &#187;(15).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Aussi n'y a-t-il pas, du point de vue qui est le n&#244;tre, &#224; choisir entre la th&#232;se, critique, d'une &#171; invasion &#187; de la sph&#232;re priv&#233;e par la bureaucratisation de l'existence r&#233;sorbant l'espace personnel et suscitant en retour un repli narcissique d&#233;socialisant (Lasch), et celle, complaisante, d'une privatisation syst&#233;matis&#233;e promouvant &#171; l'&#233;galisation des conditions &#187; par le biais d'un narcissisme &#233;rig&#233; en &#171; instrument de socialisation &#187; pour ses vertus d'&#171; adaptation fonctionnelle &#224; l'isolation sociale &#187; (Lipovetsky). Soit : entre un narcissisme cl&#244;turant et un narcissisme d'ouverture. S'il faut les renvoyer dos &#224; dos, ce n'est pas tant que l'opposition du priv&#233; et du public n'est plus d'aucun secours &#224; l'intelligence de notre &#233;poque. C'est qu'elles peuvent &#234;tre dites &#233;galement vraies (les textes de Lasch et ceux de Lipovetsky ne manquent d'ailleurs pas de descriptions fines et de portraits opportuns), ou &#233;galement fausses : le &#171; narcissisme &#187; se retrouve des deux c&#244;t&#233;s, il n'y a l&#224; que deux figures et deux manifestations possibles de celui-ci, au demeurant susceptibles de coexister. La port&#233;e heuristique du &#171; narcissisme &#187; est ici rigoureusement nulle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	- On peut sans doute rapporter la psychanalyse en son entier &#224; la qu&#234;te d'une &#171; ad&#233;quation &#224; soi, sur le mod&#232;le [...] de la d&#233;possession constitutive et de la contrainte &#224; ob&#233;ir a une v&#233;rit&#233; de soi soustraite au contr&#244;le du Moi &#187;(16). A condition de pr&#233;ciser que la confrontation &#224; cette contrainte &lt;i&gt;dans la cure&lt;/i&gt; n'est pas faite pour que le sujet &lt;i&gt;en reste l&#224;&lt;/i&gt;, continuant d'y ob&#233;ir aveugl&#233;ment comme il l'a toujours fait. On peut encore soutenir que &#171; jamais le sujet n'est autant lui-m&#234;me que dans ce qu'il ignore de lui-m&#234;me. Au travers de sa division, en d'autres termes, il se correspond &#224; lui-m&#234;me &#187;. A condition de s'entendre sur cette correspondance ; de ne point faire trop bon march&#233;, aussi, du d&#233;centrement que cette exp&#233;rience g&#233;n&#232;re ; et d'ajouter, pour ce qui nous occupe, que de cet acc&#232;s accru &#224; soi-m&#234;me il ne s'ensuit, &lt;i&gt;de facto&lt;/i&gt; ni &lt;i&gt;de jure&lt;/i&gt;, nulle recrudescence ni extension du narcissisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ce qu'en revanche il n'est pas possible de soutenir, sinon au gr&#233; d'une radicale m&#233;connaissance de ce qu'est l'exp&#233;rience de la cure - m&#233;connaissance la mieux partag&#233;e, il est vrai, de nos jours o&#249; elle semble cro&#238;tre en proportion directe du d&#233;veloppement de la sous-culture &#171; psy &#187; - c'est qu'elle consisterait en une pure op&#233;ration narcissique ; que &#171; l'inconscient et le refoulement &#187; sont des &#171; op&#233;rateurs cruciaux du n&#233;o-narcissisme &#187; ; que &#171; l'inconscient &#187; &#171; provoque &#187; un &#171; processus de personnalisation sans fin &#187; ; ou encore qu'&#171; en &#233;largissant [...] l'espace de la personne, en incluant toutes les scories [il s'agit du &#171; sexe &#187;, du &#171; r&#234;ve &#187;, du &#171; lapsus &#187; et de &#171; etc. &#187;] dans le champ du sujet, l'inconscient ouvre la voie &#224; un narcissisme sans limites &#187; (&lt;i&gt;E.V.&lt;/i&gt;, p. 61). &#192; moins de prendre l'analyse pour un exercice de nombrilisme et l'activit&#233; de l'analysant pour le maquillage interminable d'une coquette devant sa psych&#233;... Ce qui correspond en effet &#224; l'image qui en est r&#233;pandue dans ce qu'on appelle le grand public. L'analyse ne &#171; personnalise &#187; rien du tout - et certainement pas le &#171; d&#233;sir par les associations &#171; libres &#187; &#187; (&lt;i&gt;E.V.&lt;/i&gt;, p. 61) - elle dessaisit le sujet des &lt;i&gt;personae&lt;/i&gt; (masques) o&#249; il se fascine de ses propres reflets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	M&#234;me erreur &#224; quelque chose pr&#232;s (notamment la logique de l'aveu comme strat&#233;gie de domination - il n'y a plus de domination chez Lipovetsky - mais l'id&#233;e de l'&#171; infini examen &#187; est bien l&#224;), que celle de Foucault amalgamant la psychanalyse
avec l'ensemble des &#171; proc&#233;dures d'individualisation &#187; normalisantes et l'assimilant aux discours sexologiques contemporains comme sexoth&#233;rapie verbale. Avec cette autre diff&#233;rence que Foucault &#233;vacuait tout bonnement la question de l'inconscient, alors que Lipovetsky a pris acte de son existence - de ce qu'il nomme ainsi, du moins - pour y voir un outil : l'instrument d'un gain narcissique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Au risque de lasser un lecteur averti, il faut alors convoquer encore quelques &#233;vidences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	L'inconscient n'est pas plus un bien qui s'acquiert, m&#234;me laborieusement, un territoire dont on prendrait possession, qu'un ustensile qui se manipule. Il est ce qui toujours se d&#233;robe par-del&#224; les d&#233;chirures qu'on aura pu pratiquer dans son occultation et ce dont l'acc&#232;s, &#224; quelques &#233;mergences pr&#232;s, ne saurait &#234;tre qu'ind&#233;finiment asymptotique. S'il faut bien un jour conclure pour ne pas verser dans l'analyse interminable, ce n'est pas qu'une v&#233;rit&#233; exhaustive en ait &#233;t&#233; fix&#233;e. C'est que &#171; tant de refoul&#233; ait &#233;t&#233; rendu conscient, tant d'incompr&#233;hensible &#233;lucid&#233;, tant de r&#233;sistance int&#233;rieure vaincue,
que l'on n'ait pas &#224; craindre la r&#233;p&#233;tition des processus pathologiques &#187;(17). En d'autres termes : que la souffrance inutile qui avait amen&#233; le patient &#224; l'analyse - oui, la souffrance, pas la recherche &#171; cool &#187; d'un faire-valoir &#171; personnalisant &#187; pour les petites annonces - a cess&#233; de l'emp&#234;cher de vivre, et qu'il n'y a plus de modifications importantes &#224; attendre d'une continuation. &#171; &lt;i&gt;W&#246; Es war, soll Ich verden&lt;/i&gt; &#187;(18) ne signifie pas que le Moi doit devenir un &#199;a &#171; s'autos&#233;duisant &#187; - ce qui serait &#224; la rigueur une fa&#231;on approximative de qualifier une ambition narcissique irr&#233;alisable : redevenir le Moi-id&#233;al des origines - mais que l'analyse consiste &#224; rendre possible au sujet une marge de man&#339;uvre &#224; l'&#233;gard des contraintes mortif&#232;res de ses r&#233;p&#233;titions en frayant, difficultueusement, un chemin vers ce dont son narcissisme, pr&#233;cis&#233;ment, ne voulait rien savoir, ce pourquoi il a partie li&#233;e avec le refoulement.
Non pas pour qu'il s'y mire, ce patient, mais afin qu'il puisse, sortant de sa suj&#233;tion &#224; l'&#233;gard de ses sympt&#244;mes, &#171; se d&#233;cider pour ceci ou pour
cela &#187;(19). Et &#233;tant entendu que, &#224; l'issue, le Je ne saurait escompter avoir ass&#233;ch&#233; le Zuydersee de l'inconscient ni en avoir fini une fois pour toutes
avec le conflit psychique (la division du sujet ne se liquide pas).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il serait ais&#233; de montrer que l'aventure analytique (je ne parle pas de la &#171; psychanalyse &#187; fa&#231;on &lt;i&gt;ego psychology&lt;/i&gt;) est essentiellement &lt;i&gt;destitution&lt;/i&gt; des configurations &#233;gologiques dont la chute entra&#238;ne, avec les certitudes o&#249; le Moi croyait s'assurer de lui-m&#234;me, la part de croyance qui le soudait aux id&#233;aux (de pr&#233;f&#233;rence collectifs) les plus obturants - sans qu'il s'ensuive, par aucune n&#233;cessit&#233; (mais cette fin est &lt;i&gt;aussi&lt;/i&gt; possible : il n'y a pas de r&#233;sultat programmable), une nouvelle intronisation de l'ego comme seule valeur &#233;pargn&#233;e. Il serait opportun d'indiquer que l'autonomie qu'elle vise (sauf chez Lacan, o&#249; le devenir-sujet n'est qu'un assujettissement), &#224; construire sur la base d'une relation modifi&#233;e entre conscient-pr&#233;conscient et inconscient, toujours pr&#233;caire, ne s'inspire pas d'une optique &#171; progressiste &#187; selon quoi il faudrait absolument &#171; devenir grand &#187;. Ce qui est un fantasme d'enfant et un projet, narcissique s'il en est, susceptible de prendre la forme de l'identification &#224; l'analyste (garant adulte de l'identit&#233; adulte du patient) ou le visage d'une th&#233;orie psychog&#233;n&#233;tique ou &#171; d&#233;veloppementale &#187;. L'analyse aurait plut&#244;t &#224; &#171; permettre &#224; des adultes de devenir enfants &#187;, &#224; &#171; faire d'un adulte quelqu'un d'apte &#224; l'enfance &#187;(20).
Il conviendrait encore d'exposer la n&#233;gativit&#233; &#224; l'&#339;uvre dans la cure, de prendre en compte sa part de destruction n&#233;cessaire, pour la distinguer d'une simple proc&#233;dure d'affirmation de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Mais tous ces d&#233;veloppements seraient inutiles au regard de ce qui nous retient maintenant, car le point d&#233;cisif est ailleurs. A savoir, dans l'inaptitude du &#171; narcissisme &#187; &#224; nous servir de crit&#232;re. Dira-t-on que se d&#233;faire d'une symptomatologie, passer de la &#171; passivit&#233; &#187; &#224; l'&#233;gard d'un destin opaque &#224; la r&#233;cup&#233;ration de l'histoire propre et &#224; la cr&#233;ation d'un devenir autre (quand bien m&#234;me individuel) que celui trac&#233; par l'hypoth&#232;que n&#233;vrotique, dira-t-on que cela, par exemple, t&#233;moigne d'un narcissisme amplifi&#233; ? Y aurait-il &#171; moins &#187; de narcissisme dans la r&#233;p&#233;tition obtuse jou&#233;e sur la sc&#232;ne de la quotidiennet&#233; que dans celle qui se joue sur la sc&#232;ne du transfert - ou &#171; plus &#187; dans la rem&#233;moration et &#171; moins &#187; dans le refoulement ? Y en aurait-il &#171; moins &#187; dans la ran&#231;on complaisamment vers&#233;e aux effigies dont le Moi se soutient et le sujet s'entrave que dans la tentative de s'en d&#233;prendre ? Qui est &#171; plus &#187; narcissique, du gourou d&#233;pendant du regard de ses esclaves ou de la groupie jouissant de l'asservissement &#224; son mod&#232;le ? Du militant tragique pr&#234;chant la V&#233;rit&#233; qui le tient debout, lui et son &#171; identit&#233; &#187;, ou de l'&#171; apathico-d&#233;sinvolte &#187; indiff&#233;rent aux &#171; grands syst&#232;mes de sens &#187; (Lipovetsky) ? Questions absurdes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Mais leur absurdit&#233; nous montre, une fois encore s'il &#233;tait besoin, que le &#171; narcissisme &#187; n'apporte aucune lumi&#232;re au domaine d'objet auquel
on l'applique, s'y vidant de toute capacit&#233; discriminative. Il y a &#224; cela d'essentielles raisons g&#233;n&#233;rales qui tiennent &#224; la transplantation des concepts, et dont je dirai plus loin quelques mots. Mais il en est encore une au moins, particuli&#232;re. C'est que le narcissisme est un concept, non une r&#233;alit&#233;, comme le rappelle Green, ce qui veut dire qu'il est vain de r&#233;chercher une totalit&#233; (au sens kantien de l'unit&#233; d'une pluralit&#233;) qui lui correspondrait &lt;i&gt;dans l'empirie&lt;/i&gt;. Cette confusion du plan conceptuel avec le plan descriptif est justement la principale maldonne qui sous-tend l'usage que Lasch ou Lipovetsky font du &#171; narcissisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Leur m&#233;thode consiste en effet en l'inf&#233;rence, indue parce qu'imm&#233;diate, du plan de l'observable (de l'exp&#233;rience, de l'intuition) au plan de la th&#233;orie. &#192; celui, qui plus est, d'une th&#233;orie dont l'une des caract&#233;ristiques est de valoir pour le non-visible. En d'autres termes, ils glissent directement de la s&#233;miologie &#224; l'ontologie ou, si l'on pr&#233;f&#232;re, des comportements constat&#233;s &#224; la r&#233;alit&#233; psychique, &lt;i&gt;i.e.&lt;/i&gt; &#224; l'inconscient, le narcissisme ne prenant sens (th&#233;orique) que r&#233;f&#233;r&#233; &#224; ce dernier. Malheureusement - ou heureusement - il n'existe pas de correspondance bi-univoque entre les deux plans, celui du manifeste (de la conscience) et celui du latent (du refoul&#233; et de l'inconscient). Pas m&#234;me, ainsi que ia clinique nous le rappelle chaque jour, sous la forme
d'une relation contradictoire constante telle que de l'&#233;nonc&#233; A de tel patient ou du contenu manifeste B d'une s&#233;quence onirique on puisse syst&#233;matiquement conclure &#224; une pens&#233;e latente non-B ou &#224; un souhait (&lt;i&gt;Wunsch&lt;/i&gt;) refoul&#233; non-A. &lt;i&gt;A fortiori&lt;/i&gt; ne saurait-on conclure d'un comportement &#233;gotique ostensible au &#171; narcissisme &#187;, ni du narcissisme d&#233;duire le m&#234;me comportement - sinon par voie d'analogisme grossier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant dire, pour clore cette question, que le &#171; narcissisme &#187; ne tiendra pas l'office auquel on le destinait : parfaitement impuissant qu'il est &#224; offrir le
moindre &#233;clairage sur la condition pr&#233;sente de l'homme occidental. Les penseurs de la &#171; post-modernit&#233; &#187; feraient mieux d'oublier Narcisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II. Th&#233;orie du social et th&#233;orie de l'inconscient&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Les impasses auxquelles m&#232;ne cet usage du narcissisme ne sont qu'illustrations particuli&#232;res des difficult&#233;s propres aux relations entre la compr&#233;hension-explication de l'historico-social et la th&#233;orisation psychanalytique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Lorsqu'elle est le fait de psychanalystes, et les occasions n'ont pas manqu&#233; depuis que la psychanalyse existe, la tentative d'articuler l'une &#224; l'autre donne le plus clair du temps des r&#233;sultats affligeants, les apprentis-sorciers qui s'y risquent apr&#232;s Freud s'av&#233;rant en g&#233;n&#233;ral aussi d&#233;pourvus de scrupules gnos&#233;ologiques que le philosophe et l'historien pr&#233;cit&#233;s. Ce qu'on trouve sous la plume des analystes proc&#232;de presque sans exception d'un imp&#233;rialisme &#233;pist&#233;mologique soit aveugle &#224; sa propre op&#233;ration - auquel cas les concepts forg&#233;s dans la sph&#232;re de la th&#233;orie de l'inconscient se voient na&#239;vement plaqu&#233;s tels quels sur des objets d'investigation appartenant &#224; une sph&#232;re diff&#233;rente, le probl&#232;me de l'articulation &#233;tant tout simplement &#233;vacu&#233; -, soit justifi&#233; au titre de la dimension de l'Autre au sein de la psych&#233; individuelle. C'est d&#233;j&#224; la position de Freud, &#233;nonc&#233;e d&#232;s la premi&#232;re page de &lt;i&gt;Psychologie des masses...&lt;/i&gt; : &#171; Dans la vie psychique de l'individu pris isol&#233;ment, l'Autre intervient tr&#232;s r&#233;guli&#232;rement en tant que mod&#232;le, objet, soutien ou adversaire ; et de ce fait, la psychologie individuelle est aussi, d'embl&#233;e et simultan&#233;ment, une psychologie sociale, en ce sens &#233;largi mais parfaitement justifi&#233;. &#187; Et Freud insiste : &#171; Les rapports de l'individu &#224; ses parents et &#224; ses fr&#232;res et s&#339;urs, &#224; son objet d'amour, &#224; son professeur et son m&#233;decin, donc toutes les relations qui ont jusqu'&#224; pr&#233;sent fait l'objet de l'investigation psychanalytique, peuvent revendiquer d'&#234;tre consid&#233;r&#233;s comme ph&#233;nom&#232;nes sociaux et s'opposent alors &#224; certains processus que nous nommerons &lt;i&gt;narcissiques&lt;/i&gt;, dans lesquels la satisfaction pulsionnelle se soustrait &#224; l'influence d'autres personnes ou y renonce. L'opposition entre les actes psychiques sociaux et narcissiques [...] se situe donc exactement &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me du domaine de la psychologie individuelle et n'est pas de nature &#224; s&#233;parer celle-ci d'une psychologie sociale ou psychologie des masses. &#187; (21)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Position tout &#224; fait discutable, puisque sous couvert d'une annexion de la &#171; psychologie sociale &#187; par la psychanalyse (&#171; psychologie individuelle &#187;), c'est en v&#233;rit&#233; le champ entier des r&#233;alit&#233;s collectives, tout le champ social et anthropologique qui se trouve ainsi plac&#233; sous la juridiction scientifique et la supr&#233;matie explicative de la psychanalyse. Au motif toujours productible de cette &#233;vidence que ce champ est travers&#233; de part en part par du psychique. Il n'y aura, au bout du compte, que diff&#233;rence de quantit&#233; entre individuel et collectif. A partir de l&#224;, on pourra toujours,
et Freud ne s'en privera pas, d&#233;duire et le social et les faits sociaux du psychique-individuel, les ressaisir &lt;i&gt;imm&#233;diatement&lt;/i&gt; dans les termes de la th&#233;orie de l'inconscient - duquel on prendra soin d'accentuer le caract&#232;re impersonnel, alibi universel du psychanalysme. Ce qui donnera lieu (d&#233;j&#224; chez Freud, les analystes s'obstinent &#224; ne pas le voir) &#224; de consternantes aberrations r&#233;ductionnistes dont le d&#233;nominateur commun est un psychologisme am&#233;lior&#233;, &lt;i&gt;i.e.&lt;/i&gt; approfondi et affin&#233; par la dimension de l'inconscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Position similaire quant &#224; l'h&#233;g&#233;monie chez Lacan, &#224; cette sophisticaction pr&#232;s : le d&#233;tour par une th&#233;matique anthropologique l&#233;vi-straussienne am&#232;nera dans le domaine psychanalytique un &#171; symbolique &#187; substantifi&#233;, coup&#233; de ses fondements sociaux et autonomis&#233;, faisant office de proth&#232;se pour penser la socialit&#233;. Un tel contexte sera tr&#232;s propice &#224; des strat&#233;gies &#233;nonciatives rendant impossible toute coexistence, &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt;
toute articulation, avec d'autres types d'explication que le monopole heuristique d'un discours dogmatique-totalisant exclut express&#233;ment. Il en sera ainsi,
exemple parmi tant d'autres, du concept de Loi (du p&#232;re) dont l'amphibologie permet, tout en affirmant un &#233;cart infranchissable avec les lois effectives institutionnelles, historiques, juridiques) ou les r&#232;gles d'une organisation sociale, de globalement rendre compte de celles-ci, &lt;i&gt;gr&#226;ce &#224; cet &#233;cart&lt;/i&gt;, par voie de d&#233;ductibilit&#233; illimit&#233;e. Ce qui est un excellent moyen d'emp&#234;cher de penser l'institution de ces lois et r&#232;gles sociales. Toute sociologie est ici illusoire, au mieux superflue. Le &lt;i&gt;vulgum pecus&lt;/i&gt; lacanien s'est pr&#233;cipit&#233; sur cette aubaine ; il s'y pr&#233;cipite encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Du c&#244;t&#233; des tenants (freudiens) de la dynamique des groupes restreints, les choses ne se pr&#233;sentent gu&#232;re sous un jour meilleur, dans la mesure o&#249; leur approche du collectif semble hypoth&#233;qu&#233;e en son ensemble par un &lt;i&gt;principe d'incarnation&lt;/i&gt; &#224; peu pr&#232;s syst&#233;matiquement mis en &#339;uvre : tel membre du groupe en est le Moi, tel autre le &#199;a, tel encore l'Id&#233;al du Moi, tandis que le groupe lui-m&#234;me est abord&#233; comme appareil psychique, comme corps imaginaire, comme r&#234;ve, etc. Placage m&#233;tapsychologique et r&#233;ductionnisme, l&#224; encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il existe certes d'autres attitudes chez des analystes plus soucieux de coh&#233;rence m&#233;thodologique. Ainsi celle de G. Devereux, qui plaidait pour une pluridisciplinarit&#233; compl&#233;mentariste (&#224; l'encontre d'une &#171; interdisciplinarit&#233; &#187; additive et fusionnante) qui tiendrait compte de &#171; l'inter&#173;d&#233;pendance totale de la donn&#233;e sociologique et de la donn&#233;e psychologique &#187;, tout en pr&#233;servant l'&#171; autonomie absolue tant du discours sociologique que du discours psychologique &#187;. Ce dont il voyait le gage dans l'obligation faite &#171; d'expliquer un comportement, d&#233;j&#224; expliqu&#233; d'une mani&#232;re, aussi d'une autre mani&#232;re &#187;, &lt;i&gt;i.e.&lt;/i&gt; dans le cadre d'un second syst&#232;me d'explications(22). Et les textes de Devereux contiennent en effet, outre des r&#233;flexions stimulantes et des applications pertinentes, un certain nombre de rep&#232;res m&#233;thodologiques pr&#233;cieux, quoique parfois sch&#233;matiques, &#224; l'usage de son domaine propre, soient l'observation et la pratique ethnopsychanalytiques. Il est cependant &#224; craindre que les avanc&#233;es de Devereux ne soient d'un secours moins &#233;tendu qu'on e&#251;t pu l'escompter, parce qu'il n&#233;glige de prendre toute la mesure du statut sp&#233;cial de la conceptualit&#233; psychanalytique (voir &lt;i&gt;infra&lt;/i&gt;)'. De ce fait, sans qu'on puisse lui reprocher aucune assimilation explicite de la psychanalyse &#224; la psychologie - assimilation manifestement absente de ses travaux - les pr&#233;ceptes m&#233;thodologiques (je ne parle pas des principes techniques) qu'il propose apparaissent souvent mieux applicables aux relations entre sociologie ou ethnologie et psychologie - laquelle se veut fid&#232;le aux crit&#232;res de scientificit&#233; des disciplines exp&#233;rimentales, donc &#233;galement fond&#233;e sur l'observation de pr&#233;f&#233;rence quantifiable - qu'aux rapports entre sociologie/anthropologie et th&#233;orie de l'inconscient. Malgr&#233; ses d&#233;fauts, reconnaissons, en ces temps de d&#233;sinvolture, &#224; l'inqui&#233;tude m&#233;thodologique de Devereux le m&#233;rite d'avoir exist&#233;. Car on n'en trouve gu&#232;re d'&#233;cho, m&#234;me dans sa post&#233;rit&#233;, lorsque s'y r&#232;gle d'une cuiller &#224; pot la question de la relation entre Moi et culture : par la d&#233;cision que la seconde est le &#171; double &#187; du premier (T. Nathan).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Parvenu &#224; ce point de la discussion, je ne vois qu'un nombre tr&#232;s faible de voies permettant de contourner les apories que nous avons relev&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	- L'assignation &#224; r&#233;sidence : consid&#233;rer que la psychanalyse n'a rien &#224; dire du social et restreindre la validit&#233; de ses &#233;nonc&#233;s aux seules conclusions directement tir&#233;es de la situation analytique, applicables &#224; elle seule ; consid&#233;rer sym&#233;triquement que les sciences sociales n'ont rien &#224; dire de la psych&#233;, et restreindre la validit&#233; de leurs &#233;nonc&#233;s au seul registre des structures et institutions, &#224; l'ordre des d&#233;terminismes sociaux dits objectifs. Partage obscurantiste et inepte du seul fait de l'intrication r&#233;elle des registres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	- Recourir &#224; la science &#171; carrefour &#187; de la psychosociologie, qui n'est que la zone d'embouteillage o&#249; s'accumulent et se renforcent mutuellement les limitations de la sociologie et les infirmit&#233;s de la psychologie : inaptitude &#224; prendre en compte l'inconscient, scotomisation du politique et de l'historicit&#233;, &#233;nonc&#233;s normatifs command&#233;s par la collusion avec l'ordre &#233;tabli. (L'inversion critique de cette discipline en sociopsychanalyse - G. Mendel - se trouve, elle, lest&#233;e d'un marxisme simplifi&#233; et simplificateur et d'une psychanalyse frelat&#233;e, ainsi qu'il arrive chaque fois que l'on se risque &#224; les accoupler.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	- S'extraire d'une probl&#233;matique peut-&#234;tre insoluble en inventant un discours autre, double d&#233;positaire des enseignements de la psychanalyse et de ceux des sciences sociales, y puisant selon ses besoins, non point comme en un lexique mais comme en un ouvrage toujours &#224; remettre sur le m&#233;tier. C'est l&#224;, je crois, que nous trouverons les travaux les plus riches, malgr&#233; le reproche &#233;ventuellement justifi&#233; de non-scientificit&#233; qu'ils encourent de la part des sp&#233;cialistes de tel ou tel domaine. Mais ne proc&#233;der de la sorte que sous la condition expresse d'&#233;riger les garde-fous propres &#224; interdire la d&#233;rive theoriciste qui a t&#244;t fait, on vient de le voir, de convertir la th&#233;orisation en sp&#233;culation confusionniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Les r&#233;flexions qui suivent concernent quelques uns des pr&#233;suppos&#233;s d'une telle &#233;laboration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 1. La &lt;i&gt;conceptualit&#233; psychanalytique&lt;/i&gt; poss&#232;de un statut singulier, probablement sans &#233;quivalent dans aucun des secteurs du savoir r&#233;pertori&#233;s comme sciences, et dont la non-prise en compte est source de la plupart des impasses de la psychanalyse dite appliqu&#233;e. Cette singularit&#233;, loin de lui conf&#233;rer je ne sais quel privil&#232;ge &#233;pist&#233;mique, est &#224; l'origine de difficult&#233;s th&#233;orico-pratiques consid&#233;rables et constantes, in&#233;liminables parce que constitutionnelles. Aucune construction th&#233;orico-clinique pass&#233;e ou &#224; venir n'en viendra jamais &#224; bout, parce qu'elles tiennent au &lt;i&gt;mode d'engendrement&lt;/i&gt; des notions psychanalytiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Si l'on tient &#171; pour &#233;vident que la base m&#234;me de toute science est l'&#233;tude des donn&#233;es de nos sens &#187; et cons&#233;quemment commence par l'observation(23), il faut poser, nonobstant que le mat&#233;riel fourni par la s&#233;ance transite n&#233;cessairement par l'ou&#239;e de l'analyste, que l'&#171; organe sensoriel &#187; qui re&#231;oit ce mat&#233;riel et en &lt;i&gt;pr&#233;l&#232;ve&lt;/i&gt; quelque chose n'est autre que l'inconscient de l'analyste, donc le &lt;i&gt;contre-transfert&lt;/i&gt; de ce dernier. Ce que Freud indiquait tr&#232;s clairement : &#171; L'inconscient de l'analyste doit se comporter &#224; l'&#233;gard de l'inconscient &#233;mergeant du malade comme l'&#233;couteur t&#233;l&#233;phonique &#224; l'&#233;gard du microphone &#187;(24) (&#171; &#233;couter avec la troisi&#232;me oreille &#187;, disait Reik(25)).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il s'ensuit nombre de cons&#233;quences, dont la moindre n'est pas qu'&#224; parler rigoureusement &lt;i&gt;il n'y a pas d'&#171; observation &#187; en psychanalyse&lt;/i&gt;. Ne serait-ce que parce que la vision en est sinon exclue, du moins r&#233;duite autant que faire se peut. De fait, &lt;i&gt;i.e.&lt;/i&gt; par le cadre (divan/fauteuil ; pas d'agir ; pas de contact physique ; expressivit&#233; gestuelle r&#233;duite de l'analyste). Et par principe : la transformation freudienne institue l'expulsion du visible comportemental (auquel psychiatrie, psychologie, psychosociologie restent ent&#233;es) au profit de l'invisible du fantasme - et de la parole. Mais aussi
parce que la position de l'analyste ne peut vraiment &#234;tre dite ni d'int&#233;riorit&#233; (&#171; en psychologie, l'observateur est, par d&#233;finition, situ&#233; &#171; au-dedans &#187; du sujet &#187;, &#233;crivait Devereux(26) ni d'ext&#233;riorit&#233; par rapport &#224; l'&#171; objet &#187; de son activit&#233;. Serait-elle absolument interne, qu'une relation - plus exactement une non relation - fusionnelle s'&#233;tablirait, qui rendrait bient&#244;t toute analyse impossible. Serait-elle absolument externe, que l'analyste en serait r&#233;duit &#224; plaquer ses r&#233;f&#233;rences m&#233;tapsychologiques sur ce qu'il entend, compromettant ainsi tout effet interpr&#233;tatif pour le patient comme pour lui-m&#234;me.
Bien plut&#244;t externe-interne (ce qui n'est pas sans &#233;voquer la situation du fantasme ou le souvenir de la sc&#232;ne traumatique comme &#171; corps &#233;tranger interne &#187;), il se tient au point mouvant de d&#233;cussation du sujet et de l'objet, si l'on veut reprendre des cat&#233;gories finalement peu congruentes avec la dynamique transf&#233;ro-contre-transf&#233;rentielle qui en transgresse les limites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il n'y a pas non plus d'observation au sens pr&#233;cis, mais d&#233;j&#224; probl&#233;matique en sciences, d'un recueil de donn&#233;es brutes (et reproductibles), &lt;i&gt;ensuite&lt;/i&gt; soumises &#224; interpr&#233;tation. Car ce que met en jeu la situation analytique, c'est un mat&#233;riel qui est lui-m&#234;me de l'interpr&#233;tation, du toujours-d&#233;j&#224; interpr&#233;t&#233; (les th&#233;ories sexuelles infantiles l'illustrent &#233;loquemment) adress&#233; &#224; un toujours-d&#233;j&#224; interpr&#233;tant : nous sommes toujours-d&#233;j&#224; plong&#233;s dans le milieu de l'interpr&#233;tation (&#233;nonc&#233;e ou non). Et pas de &#171; donn&#233;es brutes &#187;, si l'on entend par l&#224; des &#233;l&#233;ments offerts &#224; l'observation qui les pr&#233;l&#232;ve, sans que ce pr&#233;l&#232;vement les alt&#232;re. La situation analytique, pourrait-on dire, &#224; la fois renverse l'&lt;i&gt;Abt&#246;tungsprinzip&lt;/i&gt; de N. Bohr (&#171; principe de destruction &#187;, selon lequel toute &#233;tude exp&#233;rimentale trop pouss&#233;e du ph&#233;nom&#232;ne &#171; vie &#187; le d&#233;truit) et porte au paroxysme le principe d'ind&#233;terminisme d'Heisenberg (en simplifiant : l'observation modifie l'observ&#233;) : l'espace analytique est, pour une part notable, &lt;i&gt;cr&#233;ateur&lt;/i&gt; de ce qui s'y d&#233;roule. Sans compter que les donn&#233;es (le toujours-d&#233;j&#224; interpr&#233;t&#233;) sur quoi portent les interpr&#233;tations-constructions (de l'analyste) sont d'un genre particulier pour une raison suppl&#233;mentaire : c'est, le plus clair du temps, un mat&#233;riel d'erreur (&#171; fausse connexion &#187;, disait Freud du sympt&#244;me), soit le produit des d&#233;fenses que le sujet met en &#339;uvre &#224; l'encontre de l'inconscient.R&#233;ception interpr&#233;tative de l'erreur-illusion interpr&#233;tante du patient, voil&#224; la posture de l'analyste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Telles sont les conditions dans lesquelles la probl&#233;matique des rapports entre exp&#233;rience clinique et th&#233;orisation est invinciblement pos&#233;e. On peut reprendre ici la distinction que J.-Cl. Stoloff propose entre interpr&#233;tations de premier niveau (&#171; primaires &#187;) : concepts fondamentaux de la th&#233;orie (m&#233;tapsychologie), objets des convictions partag&#233;es (&#171; consensus minimum &#187;) des analystes, sans lesquelles il n'y aurait ni th&#233;orie ni pratique
analytiques (&#171; hypoth&#232;ses fondatrices qui ne peuvent &#234;tre remises en cause sans que cela entra&#238;ne la chute de l'&#233;difice th&#233;orique qui s'appuie sur elles &#187;) ; et interpr&#233;tations de second niveau (&#171; secondaires &#187;), prenant place &#171; sur un terrain pr&#233;alablement d&#233;fini et balis&#233; par les interpr&#233;tations primaires &#187;, passibles d'un choix, d'une transformation ou d'un abandon sans que cela entra&#238;ne &#171; l'effondrement du syst&#232;me th&#233;orico-pratique de l'analyste &#187;, se d&#233;ployant &#224; l'int&#233;rieur du cadre analytique (&#171; dans le cours du traitement &#187;), con&#231;ues et pertinentes dans ce seul cadre(27). Ce sont, bien s&#251;r, les &#233;l&#233;ments de premier niveau que l'on retrouve au fil des applications du discours analytique au champ social - la &#171; psychanalyse appliqu&#233;e &#187; se sp&#233;cifiant de supprimer la distinction de ces deux niveaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Les notions psychanalytiques, celles de premier niveau au moins, ne sont pas, &#224; l'endroit de ce qu'elles ont &#224; appr&#233;hender (plut&#244;t que d&#233;signer : la d&#233;notation au sens linguistique n'est pas ici ad&#233;quate), dans une relation de carte &#224; territoire, mais de mod&#233;lisation &#224; mod&#233;lis&#233;. Cette
mod&#233;lisation s'effectue selon un processus &#224; la fois m&#233;taphorique et m&#233;tonymique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	M&#233;taphorique en ceci qu'elle construit un semblant-ressemblant, des &lt;i&gt;figures&lt;/i&gt; de simulation (et la relation analytique &lt;i&gt;est&lt;/i&gt; un mod&#232;le de simulation de la situation infantile o&#249; la n&#233;vrose, ou autre chose, s'est nou&#233;e : &lt;i&gt;cf.&lt;/i&gt; la &#171; n&#233;vrose de transfert &#187;) suppos&#233;es approcher les composantes de la r&#233;alit&#233; psychique. Les instances de la seconde topique - &#199;a, Moi, Surmoi, Id&#233;al du Moi - sont de telles m&#233;taphores personnifi&#233;es. (Elles ne sont pas des &lt;i&gt;choses&lt;/i&gt;, comme chez les marmitons de la psychologie projective qui ont une &#171; planche du Surmoi &#187;, une &#171; planche de la castration &#187;, etc., dans leurs &#171; tests &#187;.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	M&#233;tonymique en ceci qu'elle est partie prenante - mais partie n&#233;cessairement &lt;i&gt;disjointe&lt;/i&gt;, car on &#171; n'&#233;coute pas avec la m&#233;tapsyehologie en t&#234;te &#187;(28), et l'interpr&#233;tation d'un r&#234;ve (par exemple) n'est pas la lecture d'une clef des songes ; et partie &lt;i&gt;devant &#234;tre tenue &#224; l'&#233;cart&lt;/i&gt;, sans quoi l'analyste devient promptement sourd, n'entendant plus que le tintement de ses concepts - de l'activit&#233; &#233;laborative de l'analyste, en tant que toile de fond ou &lt;i&gt;r&#233;f&#233;rence r&#233;serv&#233;e&lt;/i&gt; de cette activit&#233;. Donc en situation de contigu&#239;t&#233; avec celle-ci, s&#233;par&#233;e dans le temps de l'&#233;coute, encore que d'une cloison poreuse, puis convoqu&#233;e dans celui de la conceptualisation ou du retour &#224; l'interpr&#233;tation th&#233;orisante de premier niveau qui se ressaisit de l'ensemble de l'&#233;cout&#233;-pr&#233;lev&#233; pour le traduire dans sa langue propre, lui donnant ainsi figuration, donc intelligibilit&#233; et communicabilit&#233;, &lt;i&gt;&#224; l'int&#233;rieur&lt;/i&gt; du discours psychanalytique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Lequel discours ne peut, par d&#233;finition, que manquer la singularit&#233; incarn&#233;e de la probl&#233;matique de &lt;i&gt;ce&lt;/i&gt; patient et de &lt;i&gt;cette&lt;/i&gt; relation qui s'est instaur&#233;e entre lui et &lt;i&gt;cet&lt;/i&gt; analyste pour g&#233;n&#233;rer &lt;i&gt;ce&lt;/i&gt; mat&#233;riel clinique. Tout compte rendu de s&#233;ance, toute &#171; vignette clinique &#187; est d&#233;j&#224; d&#233;-figuration (et re-figuration &#224; un autre niveau), reconstruction alt&#233;rante et r&#233;ductrice, et la m&#233;tapsychologie n'est peupl&#233;e que d'&lt;i&gt;analogon&lt;/i&gt; de la r&#233;alit&#233; psychique. L'&#233;cart entre la clinique, la mati&#232;re analytique (ou le contenu pr&#233;lev&#233; des s&#233;ances, pour faire court) et la m&#233;tapsychologie ne saurait &#234;tre combl&#233;. Cela n'emp&#234;che pas que la mati&#232;re analytique ne devient intelligible puis communicable que r&#233;f&#233;r&#233;e &#224; la th&#233;orie et, inversement, que les interpr&#233;tations de premier niveau (la m&#233;tapsychologie) ne sont op&#233;rantes et ne prennent sens que rapport&#233;es, selon la connexion qui vient d'&#234;tre esquiss&#233;e, au contenu singulier des s&#233;ances, donc &#224; la (cette) dynamique transf&#233;ro-contre-transf&#233;rentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Rigoureusement parlant, l'exportation des notions psychanalytiques hors de leur sph&#232;re pratique d'engendrement et de r&#233;f&#233;rence (situation analytique) est donc irrecevable, puisque font d&#233;faut les conditions d'articulation des mod&#232;les au mat&#233;riel. Rigoureusement parlant, il ne peut y avoir
de psychanalyse &#171; appliqu&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ce qui s'obtient de la sorte n'est jamais que de l'analogie redoubl&#233;e ou analogie de l'analogie, produite par un sujet, situ&#233; comme tel, devant un objet institu&#233; comme tel, soit la relation qui justement s'&#233;tablit entre un observateur et un (suppos&#233;) observable. Lequel ne livrera jamais, comme tel, que de la donn&#233;e descriptible, ou mati&#232;re d'une ph&#233;nom&#233;nologie ensuite toujours arbitrairement raccord&#233;e au plan m&#233;tapsychologique. L'inconscient n'est pas un ph&#233;nom&#232;ne - ce n'est pas un observable - et ne se laisse jamais approcher que dans le cadre transf&#233;ro-contre-transf&#233;rentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	D'o&#249; l'aspect d'abstractionnisme autod&#233;termin&#233;, libre de tout fondement et de toute attache, des discours de ce type o&#249; l'on retrouve des &#233;l&#233;ments de la m&#233;tapsychologie vid&#233;s parce que coup&#233;s de leur (difficile) articulation avec la mati&#232;re transf&#233;ro-contre-transf&#233;rentielle et transform&#233;s en ent&#233;l&#233;chies souverainement manipulables car d&#233;sormais sui-r&#233;f&#233;rentielles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	2. De la transversalit&#233; du psychique au social &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; de la socialisation de la psych&#233; s'impose pourtant la n&#233;cessit&#233; de penser ensemble les deux registres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Nulle &#233;chapp&#233;e hors des apories rencontr&#233;es ne r&#233;sultera ni de la juxtaposition de deux syst&#232;mes d'explication sous l'&#233;gide de leur interd&#233;pendance d&#233;cr&#233;t&#233;e, mais reconduisant en derni&#232;re analyse la &#171; s&#233;paration abstraite &#187; de l'individuel et du social, r&#233;unis par quelque artefact de proc&#233;dure apr&#232;s avoir &#233;t&#233; cliv&#233;s dans la th&#233;orie, ni par l'absorption d'un registre et d'un syst&#232;me d'explication par l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Dans le premier cas s'&#233;panouit un d&#233;terminisme dont peu importe finalement comment il agence ses causalit&#233;s (le lieu o&#249; il assigne ses causes et celui o&#249; il dispose ses effets) puisque, quand bien m&#234;me il se voudrait r&#233;versible (&#171; interaction &#187;, &lt;i&gt;and so on&lt;/i&gt;), il est g&#233;n&#233;ralement ind&#233;cidable. Affirmer que &#171; la soci&#233;t&#233; capitaliste moderne provoque et renforce les traits narcissiques en chacun de nous &#187; (&lt;i&gt;CN&lt;/i&gt;, p. 311) ou que &#171; c'est la structure particuli&#232;re de la famille am&#233;ricaine, effet de la transformation des modes de production, qui, &#224; son tour, a donn&#233; naissance aux types psychologiques associ&#233;s au narcissisme &#187; (&lt;i&gt;C.N&lt;/i&gt;., p. 239), c'est prononcer un d&#233;cret qui suppose r&#233;solue la question hypercomplexe de la d&#233;termination de l'inconscient (r&#233;alit&#233; psychique, faut-il rappeler) par les conditions socio-&#233;conomico-politico-historico-culturelles. Cela ne cesse pas d'&#234;tre un d&#233;cret de ce que l'on compl&#232;te cette premi&#232;re d&#233;termination d'un renversement recueillant les d&#233;terminations postul&#233;es de sens contraire. Il n'y a pas davantage d&#233;ductibilit&#233; imm&#233;diate de la clinique au &#171; social &#187; que du &#171; social &#187; &#224; la clinique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Du second cas - celui du psychologisme ou du sociologisme - le texte cit&#233; plus haut de &lt;i&gt;Psychologie des masses et analyse du Moi&lt;/i&gt; est caract&#233;ristique. L'apparence irr&#233;futable de l'argument &#171; clair et distinct &#187; qu'il y a de l'alt&#233;rit&#233; dans la vie psychique de l'individu et, partant, que celle-ci est &#171; d'embl&#233;e et simultan&#233;ment &#187; sociale rec&#232;le un sophisme discret qui donne pour identiques le social et le &lt;i&gt;relationnel&lt;/i&gt;. La lecture de ce passage, pour peu qu'on ait &#224; l'esprit les th&#232;ses dites &#171; sociologiques &#187; de Freud, rend manifeste que &#171; social &#187; y &#233;quivaut &#224; : &#171; les autres personnes et leurs influences &#187;, soit, du point de vue du sujet, &#224; : relations de cet individu avec les autres. Autrement dit, &lt;i&gt;le social pour Freud, c'est de l'intersubjectif&lt;/i&gt; (certes, il ne parle que de &#171; psychologie sociale &#187;, d'&#171; actes psychiques sociaux &#187;, mais on sait que le recouvrement du champ social-historique en son entier s'effectue du m&#234;me geste). Et ce ne sera jamais que cela, quitte &#224; le multiplier autant de fois que besoin, de la famille aux peuples en passant par les groupes : intersubjectif puissance &lt;i&gt;n&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Quant &#224; ce qui se trouve retranch&#233; du social freudien pour s'&#234;tre &#171; soustrait &#224; l'influence d'autres personnes &#187;, &#224; savoir les &#171; actes psychiques narcissiques &#187;, on peut s'&#233;tonner d'une pareille assertion, dans la mesure o&#249; la formation narcissique (primaire) par excellence, le Moi-id&#233;al, s'&#233;difie pr&#233;cis&#233;ment par identification &#224;... &#171; une autre personne &#187;. Du coup, l'&#171; opposition &#187; entre &#171; actes psychiques sociaux &#187; et &#171; actes psychiques narcissiques &#187;, b&#226;tie &#224; l'aide d'un narcissisme impr&#233;cis et d'un social r&#233;duit, ne tient plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Mais il faut prendre &#224; la lettre le titre que Freud donne &#224; son essai : &lt;i&gt;Massenpsychologie, psychologie&lt;/i&gt; des masses, non pas &lt;i&gt;Massenpsychoanalyse, psychanalyse&lt;/i&gt; des masses. Il peut y avoir, il y a une psychologie de/des masse(s) ou des foules - sur laquelle on rabat la m&#233;tapsychologie. Il ne peut y avoir une psychanalyse de/des mass(s). Et cette retranscription de la &#171; psychologie collective &#187; dans les termes de la m&#233;tapsychologie ne peut &#234;tre, au mieux, qu'un pari explicatif, une hypoth&#232;se de travail th&#233;orique. &lt;i&gt;Il se trouve&lt;/i&gt;que, dans le cas de &lt;i&gt;Massenpsychologie und Ich-Analyse&lt;/i&gt;, cela &#171; marche &#187;, &lt;i&gt;i.e.&lt;/i&gt; semble en effet rendre compte, pour partie et dans certaines limites, de pratiques ou &#171; ph&#233;nom&#232;nes &#187; collectifs historiquement observables. Mais il se trouve aussi que la m&#234;me d&#233;marche peut ne pas &#171; marcher &#187;, et surtout que de son principe on peut tirer tout et n'importe quoi : par exemple, une th&#233;orie sado-masochique de l'extraction de la plus-value, ou encore une explication de Mai 68 par le complexe d'&#338;dipe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	3. Plac&#233;s devant ce double constat :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	- d'une part, qu'un recours, f&#251;t-il le plus sophistiqu&#233;, &#224; la th&#233;orie psychanalytique aux fins de rendre compte d'objets situ&#233;s hors du cadre d'&#233;laboration et de r&#233;f&#233;rence de cette th&#233;orie, lequel d&#233;limite en m&#234;me temps son espace de validit&#233; et de pertinence, aboutit &#224; un placage d'abstractions dont l'arbitraire cro&#238;t &#224; mesure que l'on s'&#233;loigne de ce cadre ; ce dont l'effet dernier est, c&#244;t&#233; psychanalyse, une alt&#233;ration du statut de la th&#233;orie qui la transforme en sorte de clef universelle, corpus de notions r&#233;ifi&#233;es toujours pr&#234;tes &#224; n'importe quel emploi dogmatique - le dogmatisme est &#171; la pr&#233;tention de proc&#233;der &#224; l'aide d'une connaissance pure tir&#233;e de simples concepts (la connaissance philosophique) &#187;(29) - et, c&#244;t&#233; objet, sa r&#233;duction le plus souvent aveugle (&#171; la soci&#233;t&#233; n'a pas plus de Surmoi ou d'Id&#233;al du Moi que la psych&#233; n'a de Constitution ou de Cour de cassation &#187;, disait Devereux(30) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	- d'autre part, qu'il est cependant impossible de se passer des &#233;l&#233;ments de la psychanalyse pour l'intelligence de la majeure partie du
champ social ou anthropologique sans retomber dans le sociologisme le plus na&#239;f ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	- sachant aussi que la compl&#233;mentarit&#233; des approches, si n&#233;cessaire soit-elle, ne saurait pr&#233;munir &#224; elle seule contre les distorsions de la
psychanalyse appliqu&#233;e ; la t&#226;che reste &#224; mon sens enti&#232;re de fixer les conditions d'une contribution l&#233;gitime de la psychanalyse &#224; l'interpr&#233;tation-th&#233;orisation des &#171; faits de soci&#233;t&#233; &#187;. De cette t&#226;che, dont je ne sais d'illeurs si elle peut &#234;tre men&#233;e &#224; bien autrement qu'au fil d'essais
successifs, la premi&#232;re &#233;tape consisterait &#224; borner les ambitions d'un type de savoir excessivement enclin, ou se pr&#234;tant particuli&#232;rement, &#224; l'extension ind&#233;finie, &#224; la totalisation abusive et aux op&#233;rations, cat&#233;gorico-d&#233;ductives sans rivages. (Etant entendu que ce genre d'ambition n'est pas son apanage et que les syst&#232;mes d'explication concurrents doivent &#234;tre soumis &#224; de semblables retenues.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Voici donc, sans autre pr&#233;tention que de commencer de fournir des jalons, et sachant de combien peu d'effets les proclamations de principe sont suivies, d'ultimes notations pour aller dans ce sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	a. Si les crit&#232;res de la m&#233;thode exp&#233;rimentale sont inapplicables &#224; la psychanalyse ; si les formulations de celle-ci ne sont pas de l'ordre du d&#233;montrable - la psychanalyse n'est pas et ne sera jamais un savoir positif - et si d'un m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne psychique plusieurs interpr&#233;tations sont toujours possibles, voire requises, la tr&#232;s difficile question de la &lt;i&gt;v&#233;rit&#233;&lt;/i&gt; de l'interpr&#233;tation ne cesse pour autant de solliciter l'analyste. Or, elle ne saurait m&#234;me &#234;tre pos&#233;e hors le cadre d'une articulation des interpr&#233;tations primaires aux interpr&#233;tations secondaires. Sans qu'il soit possible, ni m&#234;me souhaitable, de combler l'&#233;cart entre th&#233;orie et pratique - ce qui ne signifie pas qu'elles soient incommensurables, mais que la th&#233;orie ne sera jamais que &#171; la description ou le r&#233;cit, plus ou moins structur&#233; par une terminologie nouvelle ad&#233;quate &#187;, de l'exp&#233;rience, un &#171; double appauvri &#187; de celle-ci, sa &#171; traduction &#187; ou sa &#171; figuration &#187;(31) - des crit&#232;res existent toutefois, quelques uns trop succintement formul&#233;s par Freud, permettant de juger de la pertinence d'une interpr&#233;tation ou d'une construction(32). Valabrega &#171; consid&#232;re comme l'un des meilleurs crit&#232;res de l'interpr&#233;tation vraie [qu'] une somme de donn&#233;es, diversement &#233;parses dans le temps comme dans l'espace [soient] rendues soudainement accessibles et explicables, et de fa&#231;on tant r&#233;trospective qu'heuristique, par la mise en jeu d'un &#233;l&#233;ment simple &#187;(33). Stoloff &#233;voque &#171; l'enrichissement des associations de l'analyste [et] de celles de l'analysant &#187; (&#171; la lev&#233;e de l'amn&#233;sie dont parle Freud concerne bien souvent l'analyste. Il y a mise en mouvement chez lui de repr&#233;sentations psychiques (affects, souvenirs, phantasmes) dont la rencontre avec celles de l'analysant conf&#232;re &#224; l'interpr&#233;tation cette qualit&#233; de conviction, cet &#233;l&#233;ment de vraisemblance, un sentiment de v&#233;rit&#233;, r&#233;sultant peut-&#234;tre, comme l'&#233;crit Freud, de la jonction entre la repr&#233;sentation et l'affect qui en avait &#233;t&#233; primitivement d&#233;tach&#233; &#187;). Ou encore &#171; l'effet produit sur le proc&#232;s de la cure &#187; (&#171; r&#233;surgence de zones jusque-l&#224; inexplor&#233;es &#187;, &#171; mobilisation d'affects &#187;). &#171; La v&#233;rit&#233; de l'interpr&#233;tation, conclut-il, est dans le mouvement qu'elle impulse, son inexactitude dans la stagnation qu'elle peut induire(34). &#187; C'est dire que la validit&#233; de l'interpr&#233;tation n'est que rarement imm&#233;diate - elle s'&#233;tablit dans l'&lt;i&gt;apr&#232;s-coup&lt;/i&gt; - jamais binaire (vrai/faux) - ni unique, ni suffisante, ni d&#233;finitivement acquise - et qu'elle s'&#233;prouve dans et par le &lt;i&gt;processus&lt;/i&gt; analytique, lieu exclusif o&#249; peuvent op&#233;rer les crit&#232;res de v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	b. L'absence de ce lieu et de ces conditions &lt;i&gt;modifie radicalement le statut des &#233;nonc&#233;s psychanalytiques&lt;/i&gt; dont, d&#233;robant l'ancrage exp&#233;rientiel,
elle supprime du m&#234;me coup les moyens d'&#233;valuation. Ce qu'on obtient de la sorte, c'est une pure th&#233;orie, ensemble compossible ou syst&#233;matique d'explications autonomis&#233;, qui n'a de compte &#224; rendre qu'&#224; soi-m&#234;me et dont le statut &#233;pist&#233;mique ne se distingue plus en rien de celui de n'importe quelle th&#232;se, conception ou vision du monde qu'on peut choisir d'argumenter, seulement appuy&#233; qu'il est sur des conclusions &#233;prouv&#233;es par ailleurs et sur un autre plan, puis g&#233;n&#233;ralis&#233;es. Du discours psychanalytique, la structure est devenue sp&#233;culative, la forme dogmatique et le statut d'opinion. Ce qui ne signifie pas qu'il soit devenu faux ou inutilisable ; mais qu'&#224; partir de l&#224;, la probabilit&#233; de produire des &#233;nonc&#233;s d&#233;pourvus de pertinence, ou tout simplement d'une grande pauvret&#233; explicative malgr&#233; leurs pr&#233;tentions, sera infiniment plus &#233;lev&#233;e et &#224; peu pr&#232;s incontr&#244;lable. &lt;i&gt;Cette&lt;/i&gt; psychanalyse-&lt;i&gt;l&#224;&lt;/i&gt; c&#244;toie constamment l'id&#233;ologie, elle devient bient&#244;t elle-m&#234;me id&#233;ologie. Et dans tous les cas, elle ne peut avoir affaire qu'&#224; des &lt;i&gt;r&#233;sultats&lt;/i&gt; de processus psychiques inconscients, jamais &#224; ces processus eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	c. Dans ces conditions, sa mati&#232;re est constitu&#233;e de ce qu'elle est contrainte de traiter comme manifestations, actualisations ou incarnations d'&lt;i&gt;invariants&lt;/i&gt; psychiques, &#233;tablis par ailleurs comme acquis cat&#233;goriques de l'exp&#233;rience analytique. La proc&#233;dure explicative s'&#233;rige sur le socle d'un double postulat de similitude : entre les ph&#233;nom&#232;nes pris pour objets et ceux qui prennent place dans la situation analytique, d'une part ; entre interpr&#233;tation et th&#233;orisation, d'autre part. La confusion est patente, mais il est clair qu'elle ne suffit pas &#224; infirmer &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; la totalit&#233; des &#233;nonc&#233;s ainsi produits : il s'impose seulement de les mesurer &#224; cette diff&#233;rence, ce dont on pr&#233;f&#232;re s'&#233;pargner la peine. Il s'agit donc de savoir ce que l'on fait et &#224; quoi l'on a affaire : irr&#233;m&#233;diablement aliment&#233;s de correspondances formelles (figure du chef/imago paternelle, religion/n&#233;vrose obsessionnelle, mythe/fantasme, etc.) et sans cesse menac&#233;s de glisser de l'&#233;quivalence &#224; l'identit&#233;, ces &#233;nonc&#233;s ne sauraient &#234;tre que probl&#233;matiques et conjecturaux. Faute de l'&#233;preuve de r&#233;alit&#233; rendue possible par la situation analytique, on ne dispose &#224; leur &#233;gard d'autres moyens d'&#233;valuation, outre le d&#233;bat interne entre hypoth&#232;ses divergentes ou contradictoires, que la confrontation avec des hypoth&#232;ses allog&#232;nes relatives au m&#234;me objet. Ces derni&#232;res n'&#233;tant &#233;videmment pas juges des &#233;nonc&#233;s psychanalytiques : la compatibilit&#233; ou l'incompatibilit&#233; des deux ordres d'&#233;nonc&#233;s interroge &#233;galement ces deux ordres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	d.Cette suite de remarques, qui ne cherche pas - est-il besoin de le dire ? - &#224; d&#233;savouer le recours &#224; la th&#233;orie psychanalytique pour l'&#233;lucidation des objets du champ social-historique mais &#224; pr&#233;ciser la nature des moyens mis en &#339;uvre pour en discerner les limites, ne r&#233;pond pas &#224; la question de savoir quels seraient les objets que ces moyens pourraient &#233;clairer. A cette question, qu'on ne manquera pas de poser, je ne pense pas que l'on puisse r&#233;pondre par autre chose que ce truisme : tout domaine o&#249; la psych&#233; est impliqu&#233;e int&#233;resse la psychanalyse. Ce qu'il faut aussit&#244;t assortir de cette r&#233;serve : il ne s'ensuit, de ce seul fait, nul privil&#232;ge heuristique pour la psychanalyse ; et de ce retranchement : la quasi-totalit&#233; du champ social-historique l'int&#233;resse virtuellement, &lt;i&gt;&#224; l'exception&lt;/i&gt; des d&#233;terminismes sociaux dits objectifs ou de certains proc&#232;s, causalit&#233;s et effets de structures. La psychanalyse ne peut, par exemple, rendre compte de la formation des classes sociales ; tout au plus peut-elle contribuer a en &#233;clairer quelques facteurs annexes qu'elle aurait sagesse &#233;l&#233;mentaire &#224; ne point prendre pour le tout de la question. Mais l'important ici est moins le domaine d'objet (sans oublier que les objets d'o&#249; la psych&#233; est absente sont cependant examin&#233;s par des psych&#233;s...) que la m&#233;thode et, &#224; l'int&#233;rieur de celle-ci, les parts respectives accord&#233;es &#224; l'explication psychanalytique et &#224; d'autres modes d'explication, donc le partage entre causalit&#233;s inconscientes et causalit&#233;s d'un autre ordre. Ce pr&#233;cepte de Devereux n'est pas sans int&#233;r&#234;t pour notre propos : &#171; Lorsqu'un effort explicatif suppl&#233;mentaire fourni par le psychologue cesse de produire un rendement suppl&#233;mentaire &lt;i&gt;proportionnel&lt;/i&gt; &#224; son effort suppl&#233;mentaire, bref, lorsqu'il cesse d'&#234;tre rentable, il est temps de faire appel aux explications sociologiques... et inversement(35). &#187; Mais il est &#224; la fois trop vague - reste cependant &#224; se demander si trop de rigueur m&#233;thodologique ne st&#233;rilise pas la recherche - et trop pr&#233;cis - comment mesure-t-on l'&#171; effort &#187; et le &#171; rendement &#187; ? - pour nous aider vraiment. Et surtout, une telle formulation ne peut que conforter, bien que telle ne f&#251;t pas l'intention de l'auteur, la juxtaposition de disciplines s&#233;par&#233;es donnant chacune sa version des choses. Or, si ardue qu'en soit l'entreprise, il n'est pas impossible d'aller au-del&#224; de ce simple parall&#233;lisme explicatif. Il y faut une th&#233;orisation unitaire susceptible d'int&#233;grer psychanalyse et sociologie &lt;i&gt;lato sensu&lt;/i&gt; sans pour cela les dissoudre. Soit une &#233;laboration &lt;i&gt;en tierce position&lt;/i&gt;, soucieuse de ne promouvoir aucune supr&#233;matie syst&#233;matique de l'une des modalit&#233;s explicatives sur l'autre, capable aussi de d&#233;limiter les comp&#233;tences respectives dans l'investigation d'un m&#234;me objet et, de ce m&#234;me objet, reconna&#238;tre l'origine, la nature et l'importance des d&#233;terminations h&#233;t&#233;rog&#232;nes qu'il subit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	e. Une telle &#233;laboration prendrait pour axe la probl&#233;matique du &lt;i&gt;sujet&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ce que concerne la th&#232;se narcissisme, mais qu'errant &#224; sa lisi&#232;re elle manque faute d'en consid&#233;rer le concept, comme le manquent de leur c&#244;t&#233; les analystes pour d'autres raisons aff&#233;rentes &#224; leur commune surdit&#233; au social-historique, c'est la &lt;i&gt;forme-sujet&lt;/i&gt; et ce qu'elle subsume. Soit ce qui, du sujet pr&#233;cis&#233;ment, est travers&#233; et d&#233;termin&#233; par l'histoire collective ou, pour le dire autrement : la repr&#233;sentation, la fabrication, l'institution et la reproduction d'un type de subjectivit&#233; propre &#224;, et requis par, telle culture, telle organisation sociale ou telle civilisation &#224; tel moment de son histoire -
par-del&#224; et sur la base des invariants humains ou des constantes anthropologiques qui d&#233;finissent tout sujet. (Le sujet de la &lt;i&gt;polis&lt;/i&gt; n'est pas le sujet m&#233;di&#233;val ni le sujet moderne. II y a du sujet &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; il n'y en a pas, au sens o&#249; nous l'entendons aujourd'hui, en Gr&#232;ce archa&#239;que, par exemple.) Le discours psychanalytique, ethnopsychanalyse except&#233;e, s'en tient &#224; ces constantes, tandis que le discours sociologique &lt;i&gt;stricto sensu&lt;/i&gt; n'en recueille que l'&#233;cume, c'est-&#224;-dire les manifestations objectivables dans une tranche temporelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Or il y a l&#224;, &lt;i&gt;i.e.&lt;/i&gt; dans une syst&#233;matique des formes d'&#233;mergence ou des figures successives et &#233;parses en quoi s'actualise et s'accomplit le sujet, un concept unitaire et une th&#233;orisation virtuelle susceptible de lever les apories du dualisme individu/soci&#233;t&#233; - jusqu'ici entam&#233; avec quelque efficace et sans imp&#233;rialisme psychanalytique excessif, dans le seul domaine &#233;thno- ou anthropo-psychanalytique - comme de d&#233;passer la juxtaposition st&#233;rile des disciplines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	La plus utile et la plus urgente des contributions que la psychanalyse y puisse offrir serait une &lt;i&gt;nosologie historique&lt;/i&gt; qui nous dirait enfin - car nous sommes tous d'accord pour affirmer que &#171; les patients ont chang&#233; depuis l'&#233;poque de Freud &#187;, mais personne n' jamais donn&#233; de ces changements une explication satisfaisante, ni m&#234;me un tableau d'ensemble acceptable - les sp&#233;cificit&#233;s cliniques, s&#233;miologiques et structurelles, de la psychopathologie contemporaine. Ce dont, bien s&#251;r, ne sauraient tenir lieu des consid&#233;rations impressionnistes sur le &#171; narcissisme &#187;, non plus qu'une pure et simple psychologie du self, &#233;galement incapables de d&#233;gager la figure pr&#233;sente du sujet occidental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Franklin Narodetzki&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Chr. Lasch, &lt;i&gt;The Culture of Narcissism, American Life in an Age of Diminishing Expectations&lt;/i&gt;, Norton &amp; Co, New York, 1979, (fort mal) traduit sous le titre : &lt;i&gt;Le Complexe Narcisse. La nouvelle sensibilit&#233; am&#233;ricaine&lt;/i&gt;, Laffont, 1980. Ci-apr&#232;s d&#233;sign&#233; &lt;i&gt;C.N.&lt;/i&gt; (la pagination est celle de I'&#233;dition fran&#231;aise)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. G. Lipovetsky, &lt;i&gt;L'&#200;re du vide. Essai sur l'individualisme contemporain&lt;/i&gt;, Gallimard, 1983. Chap. III : &#171; Narcisse ou la strat&#233;gie du vide &#187;. Ci-apr&#232;s d&#233;sign&#233; &lt;i&gt;E.V.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Pour nombre des pr&#233;cisions qui suivent, je m'appuie&#173;rai sur le &lt;i&gt;Vocabulaire de la psychanalyse&lt;/i&gt; de J. Laplanche et J.-B. Pontalis, P.U.F., 1968.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. J. Laplanche et J.-B. Pontalis, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, article &#171; Choix d'objet narcissique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. &lt;i&gt;Psychologie des masses et analyse du Moi&lt;/i&gt;, in &lt;i&gt;Essais de psychanalyse&lt;/i&gt;, nouvelle trad., Payot, 1981, p. 167.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. &lt;i&gt;Le Moi et le &#199;a&lt;/i&gt;, in &lt;i&gt;Essais de psychanalyse&lt;/i&gt;, p. 241.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. D. Lagache, &#171; La psychanalyse et la structure de la personnalit&#233; &#187;, in &lt;i&gt;La Psychanalyse&lt;/i&gt;, P.U.F., 1958.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. J Laplanche et J.-B. Pontalis, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, article &#171; Moi &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. &lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, art. &#171; Id&#233;al du Moi &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. &#034;Pour introduire le narcissisme &#187;, in &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, P.U.F., 1977, p. 99.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. A. Green, &lt;i&gt;Narcissisme de vie, narcissisme de mort&lt;/i&gt;, Minuit, 1988.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12. &lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 194.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13. S. Freud, &#171; Des types libidinaux &#187;, in &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, P.U.F., 1977, p. 157.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14. &lt;i&gt;Pour introduire...&lt;/i&gt;, p. 88.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15. &lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 17.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16. M. Gauchet, &lt;i&gt;Le D&#233;senchantement du monde&lt;/i&gt;, Gallimard, 1988, p. 246.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17. S. Freud, &lt;i&gt;Analyse avec fin et analyse sans fin&lt;/i&gt;, in &lt;i&gt;R&#233;sultats, Id&#233;es, Probl&#232;mes&lt;/i&gt;, t. II, P.U.F., 1985, p. 235.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18. &#171; L&#224; o&#249; &#233;tait du &#199;a, doit advenir du Je &#187; (S. Freud, XXXI&#232;me Conf&#233;rence, in &lt;i&gt;Nouvelles Conf&#233;rences d'introduction &#224; la psychanalyse&lt;/i&gt;, nvelle. trad., Gallimard, 1987, p. 110).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19. S. Freud, &lt;i&gt;Le Moi et le &#199;a&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 265.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20. F. Perrier, &lt;i&gt;La Chauss&#233;e d'Antin, t. II, &#171; S&#233;minaire sur l'amour &#187;&lt;/i&gt;, U.G.E., coll. &#171; 10/18 &#187;, 1978.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21. &lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, pp. 123-124. &#171; Objet &#187;, au premier paragraphe, est omis dans cette traduction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22. G. Devereux, &lt;i&gt;Ethnopsychanalyse compl&#233;mentariste&lt;/i&gt;, Flammarion, 1972, pp. 9-10.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23. G Devereux, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 11.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;24. &#171; Conseils aux m&#233;decins sur le traitement analytique &#187;, in &lt;i&gt;La Technique psychanalytique&lt;/i&gt;, P.U.F., 1977, p. 66 (&#171; comme le r&#233;cepteur t&#233;l&#233;phonique &#224; l'&#233;gard du volet d'appel &#187;, dans cette traduction).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;25. Th. Reik, &lt;i&gt;Listening with the Third Ear&lt;/i&gt;, Grove Press. New York, 1948.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26. &lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 12.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27. J.-Cl. Stoloff : &#171; Consensus et communication entre psychanalystes : la discussion de l'interpr&#233;tation &#187;, &lt;i&gt;Topique&lt;/i&gt;, n&#176; 32, &#201;pi, 1984, pp. 81-83.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;28. Fr. Gantheret : La haine en son principe &#187;, &lt;i&gt;Nouvelle Revue de Psychanalyse&lt;/i&gt;, n&#176; 33, p. 64, Gallimard, 1986. &#171; Et pourtant, je ne saurais &#233;couter sans elle &#187;, ajoute-t-il aussit&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29. E.Kant, &lt;i&gt;Critique de la raison pure&lt;/i&gt;, Pr&#233;face &#224; la 2&#232;me &#233;dition, P.U.F, 1965, p. 26.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30. &lt;i&gt;Op. cit&lt;/i&gt;, p. 119.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;31. Fr. Roustang, &lt;i&gt;Elle ne le l&#226;che plus&lt;/i&gt;, Minuit, 1981, pp. 66-67&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;32. Sur la diff&#233;rence entre interpr&#233;tation et construction, &lt;i&gt;cf&lt;/i&gt;. S. Freud : &#171; Constructions dans l'analyse &#187;, in &lt;i&gt;R&#233;sultats, id&#233;es, probl&#232;mes&lt;/i&gt;, t. Il, P.U.F., 1985.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;33. &lt;i&gt;Phantasme, mythe corps et sens&lt;/i&gt;, Payot, 1980, p. 131.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;34. Art. cit&#233;, pp. 95 et 97.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;35. &lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 12.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Penser la subjectivit&#233; humaine</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?399-penser-la-subjectivite-humaine</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?399-penser-la-subjectivite-humaine</guid>
		<dc:date>2010-10-04T17:45:03Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Cr&#233;ation sociale-historique</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie directe</dc:subject>
		<dc:subject>Science</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>M&#233;moire universitaire</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Introduction d'une th&#232;se universitaire en cours. Par J. Malaver En mati&#232;re d'introduction g&#233;n&#233;rale &#171; &#8230;Beaucoup plus que l'ordre moral de la soci&#233;t&#233;, c'est son ordre logique et ontologique que la psychanalyse mettait profond&#233;ment en cause, sans du reste le savoir elle-m&#234;me. &#187; Castoriadis 1975, p.480 Pertinence de la psychanalyse De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, nous pouvons affirmer que la psychanalyse a essay&#233; de comprendre l'&#234;tre humain comme partie int&#233;grante de la nature, sans m&#233;conna&#238;tre (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-6-psychanalyse-+" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-28-creation-+" rel="tag"&gt;Cr&#233;ation sociale-historique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-37-democratie-directe-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-38-science-+" rel="tag"&gt;Science&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-81-philosophie-+" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-128-memoire-universitaire-+" rel="tag"&gt;M&#233;moire universitaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Introduction d'une th&#232;se universitaire en cours.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par J. Malaver&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En mati&#232;re d'introduction g&#233;n&#233;rale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8230;Beaucoup plus que l'ordre moral de la soci&#233;t&#233;, c'est son ordre logique et ontologique que la psychanalyse mettait profond&#233;ment en cause, sans du reste le savoir elle-m&#234;me. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Castoriadis 1975, p.480&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pertinence de la psychanalyse&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, nous pouvons affirmer que la psychanalyse a essay&#233; de comprendre l'&#234;tre humain comme partie int&#233;grante de la nature, sans m&#233;conna&#238;tre les &#233;nigmes ou la complexit&#233; de la condition humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce sens, la psychanalyse est une forme de r&#233;flexion, d'interpr&#233;tation ou de compr&#233;hension de l'humain, qui s'oppose &#224; la tentation de la &#171; transparence &#187; ou &#224; celle de la &#171; complaisance &#187; lorsque nous essayons de nous comprendre nous-m&#234;mes. La psychanalyse t&#233;moigne du caract&#232;re ind&#233;chiffrable du myst&#232;re de l'&#226;me humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le dire sous une forme plus radicale, la pens&#233;e psychanalytique met en question la fiction pseudo positive qui veut voir les actions et les motivations humaines comme essentiellement transparentes, mesurables, quantifiables, bref, r&#233;duites &#224; des op&#233;rations formalis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond, elle s'oppose &#224; la tenace illusion de la possibilit&#233; de r&#233;duire le psychique au biologique : l'illusion de la rationalit&#233; et du d&#233;terminisme total des comportements humains, l'illusion que tout peut et doit &#234;tre ma&#238;tris&#233; par la pens&#233;e logique(1). Elle s'oppose &#224; la croyance aveugle que la science va arriver &#224; r&#233;duire et finalement &#224; &#233;liminer tout myst&#232;re(2). Cette illusion a tendance &#224; vouloir construire une image de l'&#234;tre humain qui le restituerait dans toute sa v&#233;rit&#233; : tous les actes humains peuvent &#234;tre expliqu&#233;s de mani&#232;re satisfaisante et compl&#232;te, tout peut &#234;tre compris et r&#233;solu &#224; partir des crit&#232;res de l'objectivit&#233; des sciences de la nature. C'est l'illusion de l'&#233;vidence. Cette conception permet aussi de rejeter les aspects les plus troubles du comportement et aboutir &#224; une vision compl&#232;tement mutil&#233;e de l'&#234;tre humain, et &#224; une m&#233;connaissance de sa condition. Selon cette vision l'&#234;tre humain se r&#233;duirait &#224; l'individu biologique ; un individu emprisonn&#233; dans sa condition biologique. L'&#234;tre humain perd sa libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La psychanalyse a compris que pour nous approcher de la connaissance de l'&#234;tre humain, nous devons accepter que sa r&#233;alit&#233; soit constitu&#233;e fondamentalement par sa subjectivit&#233;. L'&#234;tre d'un individu humain est constitu&#233; par les &#233;motions, les d&#233;sirs, les repr&#233;sentations, les significations qui fa&#231;onnent son esprit et d&#233;terminent en grande mesure ce qu'est cet &#234;tre. Voil&#224; justement ce qui est au centre de la question contemporaine : une conception de l'&#234;tre humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre but dans cette recherche est de penser la subjectivit&#233; humaine comme une r&#233;alisation psychologique qui fait partie d'un processus continuel de co-d&#233;termination entre la psych&#233; singuli&#232;re et la soci&#233;t&#233;. Subjectivit&#233; qui pr&#233;suppose une soci&#233;t&#233; qui est un &lt;strong&gt;nous&lt;/strong&gt; d'individus, de sujets ayant la capacit&#233; et la libert&#233; de s'autod&#233;terminer. Subjectivit&#233; qui n'est pas une d&#233;termination universelle inscrite dans la &lt;i&gt;nature&lt;/i&gt; propre du corps biologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous parlons de &lt;i&gt;r&#233;alisation psychologique&lt;/i&gt; de la subjectivit&#233; dans le sens psychanalytique de l'expression, car la capacit&#233; de se diff&#233;rencier de son environnement n'existe pas au commencement de la vie psychique ou biologique. Pour Freud, &#171; il n'existe pas d&#232;s le d&#233;but dans l'individu une unit&#233; comparable au moi &#187;. Pour que le narcissisme, ou l'investissement libidinal du Je, soit possible, il faut &#171; une nouvelle action psychique &#187;. Cette nouvelle action psychique est la constitution du Je comme instance psychique. Instance qui n'existe pas d&#232;s le d&#233;but, qui n'est pas une donn&#233;e, qu'on ne peut que consid&#233;rer comme un acquis (3). Poser la question de ce en quoi consiste cette r&#233;alisation fait partie de la r&#233;flexion philosophique. C'est la question de la cr&#233;ation comme cr&#233;ation de la forme elle-m&#234;me. Notre recherche explore les conditions de possibilit&#233; de la subjectivit&#233; humaine &#224; partir de la r&#233;flexion psychanalytique. Autrement dit, c'est une exploration sur ce que veut dire devenir un &#234;tre humain comme subjectivit&#233; capable de se prendre pour telle et de se diff&#233;rencier de l'environnement dans lequel il vit. Une subjectivit&#233; qu'int&#232;gre le processus de sa constitution-cr&#233;ation. Il s'agit, donc, d'une articulation philosophique et psychanalytique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Freud est-il mort ? (4)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux yeux de beaucoup, la psychanalyse (&#233;tait) (est ?) sur le d&#233;clin et exclue d&#233;finitivement du champ de la science. C'est un fait que dans l'actualit&#233; la psychanalyse joue un r&#244;le mineur dans les professions de la sant&#233; mentale. Dans ce champ, les th&#233;rapies cognitivo-comportementales sont consid&#233;r&#233;es comme les seules valables et n&#233;cessaires : la psychanalyse (la &#171; r&#233;alit&#233; psychique &#187;, l'inconscient), est vue comme d&#233;pass&#233;e et inutile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement, on trouve la croyance que tous les probl&#232;mes psychologiques pourraient &#234;tre r&#233;solus par les m&#233;dicaments, la g&#233;n&#233;tique ou la neurochirurgie (5). On peut lire, dans la section scientifique des journaux, dans des revues prestigieuses et dans beaucoup de livres de soi-disant vulgarisation scientifique, des affirmations sugg&#233;rant que l'unique obstacle &#224; l'obtention du bonheur et de la prosp&#233;rit&#233; humaine serait d'ordre technique. Il suffirait de trouver le g&#232;ne, de faire la synth&#232;se d'un nouvel agent pharmacologique. N'importe quel obstacle pourrait en fin de compte &#234;tre &#233;limin&#233; par le d&#233;veloppement de la technologie. La souffrance psychique pourrait &#234;tre soign&#233;e par des mol&#233;cules agissant sur les neurotransmetteurs du cerveau (6). Croyance qui est d&#233;j&#224; une prise de position, aussi bien pour la population qui consomme les m&#233;dicaments que pour les m&#233;decins qui les prescrivent. Les cons&#233;quences de cette nouvelle &#171; certitude &#187; dans la formation des nouveaux professionnels en psychiatrie sont immenses : la psychoth&#233;rapie, la &#171; cure par la parole &#187;, devient st&#233;rile et le r&#233;sultat est qu'elle n'a pas besoin d'&#234;tre enseign&#233;e. Freud est chaque fois moins &#233;tudi&#233; et enseign&#233;. Ces affirmations m&#233;ritent d'&#234;tre discut&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud &#233;tait m&#233;decin. Au d&#233;but de ses &#233;tudes, il a travaill&#233; dans les laboratoires de recherche de l'universit&#233; de Vienne en anatomie et en neurophysiologie. Comme m&#233;decin, il croyait que la cause d'un sympt&#244;me psychique avait un substrat organique. Ainsi, en 1909, il &#233;crit : &#171; &lt;i&gt; Il existe des interactions &#233;videntes entre le somatique et le psychique, mais, faute de pouvoir actuellement en d&#233;crire la nature en termes bio-chimiques et physiologiques, la th&#233;orie des n&#233;vroses doit demeurer psychologique.&lt;/i&gt; &#187; Plus tard, il affirmera que nous devons attendre de la neurobiologie qu'elle fournisse &#171; &lt;i&gt;&#8230;les lumi&#232;res les plus surprenantes et nous ne pouvons pas deviner quelles r&#233;ponses elle donnerait dans quelques d&#233;cennies aux questions que nous lui posons.&lt;/i&gt; &#187; (7). Au cours de ses recherches, il a toujours essay&#233; de r&#233;aliser une synth&#232;se entre la biologie et la psychologie. On peut avancer l'hypoth&#232;se qu'&#224; l'origine, la psychanalyse se trouvait &#224; la confluence de la pens&#233;e scientifique et de la r&#233;flexion sur la vie humaine (8).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e pr&#233;dominante de l'Allemagne de la fin du XIX&#232;me si&#232;cle avait une conception neurologico-organiciste de l'esprit. Du point de vue scientifique, sa r&#233;f&#233;rence centrale &#233;tait la conception darwinienne de l'&#234;tre humain comme un organisme de besoins physiologiques int&#233;rieurs qu'il cherche &#224; satisfaire dans des environnements sp&#233;cifiques. Au commencement de la r&#233;flexion freudienne, la relation entre la psychanalyse et la neurophysiologie est tr&#232;s &#233;troite. Quand il formule pour la premi&#232;re fois la notion de pulsion, Freud la situe &#224; la fronti&#232;re du soma et de la psych&#233;. De m&#234;me quand il pense que le plaisir est une d&#233;charge de tension o&#249; l'esprit, comme le syst&#232;me nerveux, agit de mani&#232;re r&#233;flexive. Dans cette conception, il y a aussi l'id&#233;e que, par exemple, les fonctions du moi (pulsions de conservation) et le d&#233;veloppement de la sexualit&#233; sont le produit d'une longue histoire &#233;volutive. Un processus d'adaptation continuel aux exigences int&#233;rieures et ext&#233;rieures (9).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conception de la science, indissociable du milieu positiviste de son &#233;poque, exige de l'observateur qu'il reste d&#233;tach&#233; de la r&#233;alit&#233; observ&#233;e, afin de ne pas interf&#233;rer dans l'observation. Il s'agit d'un observateur con&#231;u pour l'&#233;tude d'objets de la physique. Il y a aussi l'exigence de d&#233;tachement par rapport &#224; la substance &#224; &#233;tudier : la r&#233;alit&#233; &#224; &#233;tudier doit exister ind&#233;pendamment de la recherche. Il s'agit d'une conception absolue de la r&#233;alit&#233; (10). Cette id&#233;e de la science dont Freud a h&#233;rit&#233; ne permet pas une &#233;tude ou une r&#233;flexion sur la vie humaine. Pour commencer, les objets de la physique n'ont pas de subjectivit&#233;. Comment pourrait-il y avoir une &#233;tude objective de la subjectivit&#233; humaine ? Est-il possible de s&#233;parer l'observateur de l'&#233;tude de la subjectivit&#233; ? La psychanalyse se penche sur les &#234;tres humains, qui sont un genre particulier parmi les objets observables : ils peuvent devenir sujets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; ce point que commence notre discussion avec la d&#233;couverte freudienne. D'une part, comme nous venons de l'exposer, Freud, de par sa formation scientifique et m&#233;dicale, h&#233;rite de la pens&#233;e positiviste de son &#233;poque, et a l'intention consciente de mener une recherche scientifique. D'autre part, dans le travail quotidien de son cabinet de consultation, face &#224; la plainte de ses patients, sa r&#233;ponse et son attitude consistait &#224; les &#233;couter et &#224; respecter leurs points de vue. Freud a compris tr&#232;s vite que la clinique m&#233;dicale traditionnelle &#233;tait trop limit&#233;e pour comprendre la plainte (11).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit clairement dans la pens&#233;e de Freud, deux tendances, ou, mieux, un conflit. Et ce conflit a travers&#233; sa pens&#233;e jusqu'&#224; la fin de sa vie. A ses espoirs ou intentions de construire une psychanalyse scientifique, s'ajoute l'exigence de pratiquer toujours une explication psychologique des ph&#233;nom&#232;nes psychologiques. En 1939, dans son &lt;i&gt;Abr&#233;g&#233; de psychanalyse&lt;/i&gt; (dont l'&#233;criture fut interrompue par sa mort), il &#233;crit qu'une relation directe entre la vie psychique et le syst&#232;me nerveux, si elle existait, &#171; ne fournirait dans le meilleur des cas qu'une localisation pr&#233;cise des processus de conscience, et ne contribuerait en rien &#224; leur compr&#233;hension &#187; (12).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud a-t-il pu r&#233;soudre ce conflit ? Immense question ! Pour quelques-uns, Freud a fondu ces deux tendances en une extraordinaire et nouvelle synth&#232;se, ni totalement scientifique, ni totalement humaniste. &#171; Ce qui a rendu cette synth&#232;se &#224; la fois coh&#233;rente et irr&#233;sistible, c'est la d&#233;couverte d'un nouvel objet : la vie psychique idiosyncrasique de l'&#234;tre humain, satur&#233;e de sens et marqu&#233;e d'inflexions morales. Cette nouvelle conception du sujet humain s'accordait avec les formes de vie personnelle apparues sur une grande &#233;chelle avec la deuxi&#232;me r&#233;volution industrielle. &#187; (13) Pour Zaretsky, la conception psychanalytique du sujet humain a, en m&#234;me temps, compliqu&#233; et approfondi le projet des Lumi&#232;res. Outre le sujet rationnel, dont les d&#233;cisions sont conscientes et d&#233;lib&#233;r&#233;es, Freud a postul&#233; l'existence d'actions intentionnelles mais inconscientes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce nouvel objet, la r&#233;alit&#233; psychique, le monde du sens, les significations profondes qui constituent la fa&#231;on de voir et de se percevoir d'une personne, n'a pas d'acc&#232;s imm&#233;diat &#224; sa conscience. L'&#234;tre humain ne reconna&#238;t pas de fa&#231;on &#233;vidente sa propre subjectivit&#233;. Cette intuition de Freud sera le commencement de la cr&#233;ation d'un autre appareil clinique et conceptuel : la situation analytique. La cr&#233;ation d'un espace essentiellement th&#233;rapeutique : la s&#233;ance analytique. Il s'agit de la cr&#233;ation d'un espace d'activit&#233; priv&#233;e o&#249; la parole libre devient l'instrument central, dans un cadre d'empathie, de confiance, et de distance. Les observations psychanalytiques sur la nature humaine sont inextricablement li&#233;es &#224; la volont&#233; de soulager la souffrance humaine (14).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis ses commencements, nous pouvons voir que la psychanalyse n'est pas une th&#233;orie de son objet. L'activit&#233; analytique ne proc&#232;de pas d'une th&#233;orie ou d'une d&#233;cision pens&#233;e d'avance par Freud. La conceptualisation psychanalytique s'est construite &#224; partir des sympt&#244;mes et r&#233;cits verbaux de patients n&#233;vros&#233;s (hyst&#233;riques (15)). Mais ces r&#233;cits verbaux sont des manifestations des fantasmes des patients. Fantasmes que la psychanalyse essaie de comprendre et de traiter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La relation entre l'analyste et l'analysant est une relation essentiellement &#233;motionnelle. C'est dans le cadre structur&#233; de cette interaction humaine singuli&#232;re que les traits les plus profonds de la subjectivit&#233; humaine peuvent &#233;merger et &#234;tre reconnus. La cr&#233;ation de cette relation humaine particuli&#232;re produira des cons&#233;quences fondamentales qui constitueront la sp&#233;cificit&#233; et la f&#233;condit&#233; de la psychanalyse : son objet (la subjectivit&#233;) s'exprime en personne, son &#171; observation &#187; se donne dans la s&#233;ance analytique. Et, surtout, c'est dans la s&#233;ance analytique que s'inaugure une forme de dialogue qui permet de nous prendre nous-m&#234;mes en consid&#233;ration, mais un dialogue o&#249; les paroles ne sont pas suffisantes (16). Pour Freud, la parole doit &#234;tre li&#233;e &#224; une &#233;motion. Cette intuition introduit une interrogation f&#233;conde qui va devenir une question centrale dans la r&#233;flexion psychanalytique comme th&#233;orie et comme praxis. Par exemple, elle permettra de supposer qu'un sympt&#244;me n'exprime pas une v&#233;rit&#233; ou une pens&#233;e cach&#233;e, qu'il n'est pas non plus une mani&#232;re d'exprimer un texte incomplet (17). Cette observation va poser aussi une question plus profonde sur le probl&#232;me du sens. Le sens inconscient n'est pas une signification ou un concept &#233;labor&#233; qu'il s'agirait simplement de trouver et de ramener &#224; la conscience. Ce qui est cach&#233; est justement cette autre mani&#232;re de fonctionner de la r&#233;alit&#233; psychique, inconnue de nous, et que Freud va essayer de comprendre. Si la psychanalyse a le projet de construire une th&#233;orie de son objet en termes universels (une science du sens ou de la subjectivit&#233; ?), elle contient aussi un projet de transformation ou de changement du sujet singulier. De ce fait, la psychanalyse met en question la conception traditionnelle de la science. La psychanalyse n'&#233;labore pas une th&#233;orie ind&#233;pendante de son sujet et ext&#233;rieure &#224; l'objet. L'observateur purement objectif - d&#233;tach&#233; de la r&#233;alit&#233; qu'il observe &#8211; n'existe pas. Il fait, lui-m&#234;me, partie de l'observable et de ses observations. L'observateur n'est pas s&#233;par&#233; de sa subjectivit&#233;. Et c'est parce que la parole se trouve impliqu&#233;e dans une relation de d&#233;veloppement avec la subjectivit&#233; qu'elle peut exercer sur celle-ci son influence. L'enjeu est la transformation du mode dans lequel s'exprime la subjectivit&#233; d'une personne. De la m&#234;me fa&#231;on, les interpr&#233;tations de l'analyste ne sont pas des observations d&#233;tach&#233;es de la subjectivit&#233; de patient. Ils sont un d&#233;veloppement de cette m&#234;me subjectivit&#233;. La psychanalyse est une activit&#233; d'un sujet comme sujet, dirig&#233; vers un autre sujet consid&#233;r&#233; comme sujet. &#171; Implication des deux sujets dans le projet, essentielle et non accidentelle ; effet en retour du proc&#232;s sur les agents, m&#234;me sur celui qui apparemment le ma&#238;trise ou le dirige &#187; (18).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Construire une th&#233;orie vivante du sujet, de la subjectivit&#233; humaine, de la signification, du sens incarn&#233; (un objet &#171; non objet &#187;), qui ne soit pas simplement une th&#233;orie psychologique ou philosophique ou une nouvelle litt&#233;rature (19) : c'est le d&#233;fi que la psychanalyse, depuis sa cr&#233;ation, affirme de fa&#231;on ininterrompue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La psychanalyse met la science en question (l'id&#233;e d'une conception fixe de l'objectivit&#233;, par exemple) et pose des questions &#224; la science. De ce point de vue nous ne croyons pas que la psychanalyse soit une nouvelle synth&#232;se des courants scientifiques et humanistes. La science (dans ce cas, les neurosciences en g&#233;n&#233;ral), avec ses sp&#233;cificit&#233;s propres, s'est d&#233;velopp&#233;e en grande partie gr&#226;ce aux questions pos&#233;es par la psychanalyse : la notion d'inconscient, le refoulement, l'appareil psychique, la pulsion, la causalit&#233; psychique. Les hypoth&#232;ses audacieuses de Freud sont un d&#233;fi d'une immense richesse pour la science. Le conflit entre les deux courants, &#224; notre avis, a &#233;t&#233; f&#233;cond. Il ne s'agit pas d'un conflit &#224; r&#233;soudre, mais &#224; approfondir. La psychanalyse est une autre mani&#232;re d'interroger, qui n'est pas incompatible avec la r&#233;flexion scientifique. On ne peut pas r&#233;duire l'une &#224; l'autre. Dans ce sens, l'id&#233;e que la psychanalyse puisse &#234;tre absorb&#233;e par les neurosciences ou la pharmacologie est une m&#233;connaissance de l'enjeu r&#233;el de la discussion contemporaine, et un des probl&#232;mes majeurs qui ont travers&#233; aussi bien cette discussion que les tentatives de r&#233;duire la psychanalyse au mod&#232;le des sciences physiques et surtout biologiques. L'&#234;tre humain, comme subjectivit&#233;, devient un objet qui peut et doit &#234;tre pens&#233; dans une perspective tout &#224; fait diff&#233;rente de celle des sciences de la nature. Il faut insister : les objets des sciences de la nature n'ont pas de subjectivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les contributions de la science dans les champs de la g&#233;n&#233;tique, de la psychopharmacologie, de la neurobiologie et de la neuropsychiatrie sont consid&#233;rables et ont permis non seulement le soulagement d'une grande partie de la souffrance humaine, mais aussi une connaissance plus approfondie de la nature humaine (20). Il y a une recherche scientifique s&#233;rieuse et une discussion respectable et toujours ouverte entre scientifiques, philosophes et psychanalystes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, supposer ou affirmer qu'une substance chimique, ou une intervention chirurgicale sur le syst&#232;me nerveux, puisse r&#233;soudre la question du sens de la vie humaine est une vraie fantaisie, ou une fiction incoh&#233;rente. Cette fiction est &#224; la base de la r&#233;duction de la psychanalyse &#224; la neuroscience et &#224; la pharmacologie. Cette tendance, aujourd'hui institu&#233;e en Am&#233;rique du nord, est valid&#233;e &#224; partir du mod&#232;le m&#233;dical. Celui-ci &#233;tablit une s&#233;paration, une distinction nette entre la maladie et le patient. La maladie est diagnostiqu&#233;e sur la base de sympt&#244;mes ou de tests, et, une fois le diagnostique obtenu le m&#233;dicament suppos&#233; ad&#233;quat &#224; la suppression des sympt&#244;mes est prescrit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous trouvons face &#224; une tendance tr&#232;s forte de la soci&#233;t&#233; qui ne supporte pas la complexit&#233;, la profondeur et l'obscurit&#233; de la vie humaine, et travaille &#224; son ignorance, son occultation ou son &#233;limination. Au fond, ce qui se refuse est une compr&#233;hension de l'individu humain comme une subjectivit&#233;, comme un je qui, &#224; l'origine, n'existe pas. Un &lt;i&gt;je&lt;/i&gt; qui se d&#233;veloppe dans un processus qui ne finit jamais. Un &#234;tre de la psych&#233; avec un inconscient originaire qui ne fonctionne pas selon la logique de la veille, et le fait de la co-d&#233;termination des ph&#233;nom&#232;nes psychiques par le sens inconscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Penser la subjectivit&#233; pose la question de la pertinence de la psychanalyse pour penser la gen&#232;se du sens et son processus de constitution, mais est aussi la mise en question de la soci&#233;t&#233; o&#249; peut &#233;merger cette subjectivit&#233;. La psychanalyse fait partie de l'histoire de la pens&#233;e, qui commence en Gr&#232;ce ancienne. Son actualit&#233; et sa pertinence font partie d'une tradition, qui a un int&#233;r&#234;t pour l'individu et pour l'autod&#233;termination et la libert&#233; de penser et agir. La psychanalyse m&#234;me en est une manifestation. Si l'on affirme que la psychanalyse est morte, la question du type de soci&#233;t&#233; o&#249; nous nous trouvons s'ouvre alors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La psychanalyse est une cr&#233;ation de l'&#234;tre humain pour essayer de se comprendre lui-m&#234;me. Pour que la psychanalyse se maintienne comme une activit&#233; vivante, il faut reprendre et continuer son travail d'&#233;lucidation de la condition humaine et de la soci&#233;t&#233; o&#249; l'individu, comme subjectivit&#233; autonome, est possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Institution social-historique de l'individu.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cornelius Castoriadis (1922-1997) dans son oeuvre centrale, &lt;i&gt;L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt; (21), consacre un long chapitre (chapitre VI, p. 400-492) &#224;, comme lui-m&#234;me l'affirme, faire une interpr&#233;tation correcte du processus de socialisation qui tient en compte la sp&#233;cificit&#233; irr&#233;ductible de la psych&#233; (22). Bien que Castoriadis dans &lt;i&gt;L'Institution&#8230;&lt;/i&gt; et dans les six volumes des &lt;i&gt;Carrefours du labyrinthe&lt;/i&gt; (1978-1999) &#233;labore une critique de la m&#233;taphysique occidentale, qu'il appelle &lt;i&gt;pens&#233;e h&#233;rit&#233;e&lt;/i&gt;, c'est dans ce chapitre que, &#224; notre avis, il va &#233;tablir les bases d'une nouvelle ontologie que nous pouvons appeler &lt;i&gt;ontologie de la cr&#233;ation&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Castoriadis, la philosophie est essentiellement ontologie, comme questionnement sur l'&#234;tre et comme &#171; prise en charge de la totalit&#233; du pensable &#187;. Prise en charge des domaines privil&#233;gi&#233;s de la r&#233;flexion philosophique. Les domaines de l'homme : science, soci&#233;t&#233;, histoire (le social-historique), la psych&#233; humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la postface &#224; la publication de ses s&#233;minaires de 1986-1987 (23), les compilateurs se demandent pourquoi les id&#233;es fondamentales de Castoriadis &#8211; sur la soci&#233;t&#233; et l'histoire, sur l'imagination et la psych&#233; humaine, sur le langage, sur l'historicit&#233; essentielle de la connaissance scientifique &#8211;, ont &#233;t&#233; accueillies de fa&#231;on peu favorable. L'analyse des compilateurs sur les raisons du silence (certainement paradoxales et complexes) et surtout sur le fait que Castoriadis n'ait pas &#233;t&#233; reconnu pour ce qu'il est (&#171; l'un des penseurs les plus profonds et originaux de son &#233;poque &#187; (24)), est une r&#233;flexion qui pose des questions pas seulement au milieu philosophique professionnel ou &#171; intellectuel &#187;, mais aussi et fondamentalement &#224; la r&#233;alit&#233; sociale sur la place qui peut y avoir une pens&#233;e critique, et en particulier une pens&#233;e de la cr&#233;ation. Mais cette analyse sur la r&#233;ception globale de l'&#339;uvre de Castoriadis nous permet aussi de nous pencher plus particuli&#232;rement sur le chapitre VI de &lt;i&gt;L'institution&#8230;&lt;/i&gt; Nous pouvons affirmer que celui-ci n'a pas trouv&#233; l'&#233;cho qu'il m&#233;rite dans les milieux psychanalytiques et philosophiques. Quoique quelques travaux y fassent r&#233;f&#233;rence, nous ne trouvons pas une analyse en profondeur des cons&#233;quences, autant pour la psychanalyse que pour la philosophie, de l'articulation philosophie-psychanalyse op&#233;r&#233;e par Castoriadis pour penser la cr&#233;ation, l'institution social-historique de l'individu, la perception, la pens&#233;e, et la chose (25).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce une co&#239;ncidence que le sixi&#232;me chapitre soit justement celui o&#249; Castoriadis s'attaque au probl&#232;me de l'&#233;lucidation de la &lt;i&gt;r&#233;alit&#233; psychique&lt;/i&gt; et &#224; sa question de &lt;i&gt;l'imagination radicale&lt;/i&gt; (la question de la repr&#233;sentation en g&#233;n&#233;ral) ? Car c'est pr&#233;cis&#233;ment dans le chapitre VI de &lt;i&gt;L'interpr&#233;tation des r&#234;ves&lt;/i&gt; que se condense &#171; l'explosion cr&#233;atrice &#187; de la pens&#233;e de Freud. C'est &#224; dire, la d&#233;couverte du fonctionnement, du mode d'&#234;tre de la psych&#233; inconsciente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion de cr&#233;ation dans la pens&#233;e de Castoriadis commence &#224; se d&#233;velopper &#224; partir de la critique des conceptions de l'histoire, en particulier celle de Hegel concernant la dialectique. L'id&#233;e que nous ne pourrions pas penser l'histoire sans la cat&#233;gorie de cr&#233;ation est expos&#233;e dans diff&#233;rents textes publi&#233;s dans la revue &lt;i&gt;Socialisme ou Barbarie&lt;/i&gt; (26). La notion d'imaginaire appara&#238;tra au d&#233;but des ann&#233;es soixante, dans &#171; Marxisme et th&#233;orie r&#233;volutionnaire &#187; (27). Mais c'est sa rencontre avec la psychanalyse (comme exp&#233;rience personnelle et th&#233;orique) qui lui permettra de th&#233;matiser l'imagination d&#233;couverte par Aristote dans &#171; Le trait&#233; de l'&#226;me &#187;, et que Castoriadis nommera &lt;i&gt;imagination premi&#232;re ou radicale&lt;/i&gt;. Pour Castoriadis, l'apport fondamental de Freud est la d&#233;couverte de l'imagination de la psych&#233; singuli&#232;re. &#171; L'essentiel du travail de Freud a consist&#233;, peut &#234;tre, dans la d&#233;couverte de l'&#233;l&#233;ment imaginaire de la psych&#233; &#8211; dans le d&#233;voilement des dimensions les plus profondes de ce que j'appelle ici l'imagination radicale. &#187; (28)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le chapitre VI de &lt;i&gt;L'institution&#8230;&lt;/i&gt; Castoriadis va continuer et approfondir la discussion qu'il a d&#233;j&#224; commenc&#233;e sur le d&#233;terminisme et les cat&#233;gories de la logique identitaire &#224; propos des sciences physiques, de la soci&#233;t&#233; et de l'histoire. Mais c'est aussi une discussion et une prise de distance radicale avec l'ontologie d'Aristote, par la remise en question de la notion de d&#233;termination, par l'introduction de la notion freudienne d'&lt;i&gt;&#233;tayage&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Anlehnung&lt;/i&gt;). Cette derni&#232;re notion permet de penser la relation entre la r&#233;alit&#233; corporelle-biologique et la r&#233;alit&#233; psychique comme une relation originale et irr&#233;ductible : &#171; l'&#233;laboration psychique n'est ni dict&#233;e par l'organisation biologique, ni en libert&#233; absolue &#224; son &#233;gard. &#187; (29). L'id&#233;e d'&#233;tayage a le m&#234;me poids ontologique que les id&#233;es de cause ou de symbolisation. C'est justement la notion d'&#233;tayage qui permet de penser la cr&#233;ativit&#233; de la psych&#233; comme imagination radicale : &#171; l'&#233;mergence de la repr&#233;sentation (fantasmatisation) et &lt;strong&gt;l'alt&#233;ration de la repr&#233;sentation&lt;/strong&gt; &#187; (30). Entre la complexit&#233; de l'individu biologique et la complexit&#233; de la psych&#233;, ou &#171; ce que la psych&#233; fait &#234;tre &#187; il n'y a pas de relations de causalit&#233; : il y a cr&#233;ation ontologique. Il ne s'agit pas d'&#233;liminer ou de rendre d&#233;risoire la cat&#233;gorie de la d&#233;termination. De notre point de vue, il s'agit de l'introduction d'une nouvelle cat&#233;gorie pour pouvoir penser la cr&#233;ation. C'est aussi l'invitation &#224; amplifier notre mani&#232;re de penser : &#224; apprendre &#224; penser autrement. Le sujet central du texte, c'est la question que Freud ouvre sur la constitution, la transformation ou le d&#233;veloppement de l'&#234;tre humain &#224; partir de la psych&#233; originaire. C'est la question de la naissance psychique et de la cr&#233;ation d'un individu social &#171; pour lequel existent d'autres individus, des objets, un monde, une soci&#233;t&#233;, des institutions &#8211; toutes choses qui n'ont pas, originairement, de sens, et d'existence pour la psych&#233; &#187; (31).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A propos de la m&#233;thode.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud n'&#233;tait pas philosophe, et allait jusqu'&#224; penser que la philosophie surestimait la logique et se souciait trop de construire des syst&#232;mes finis et ferm&#233;s. (32) Il a commenc&#233; par faire des observations attentives des ph&#233;nom&#232;nes du quotidien, et a essay&#233; de les comprendre. Ainsi, par exemple, &#224; la question de comment parvenir &#224; la connaissance de l'inconscient, il r&#233;pond : &#171; Naturellement, nous ne le connaissons que comme conscient, une fois qu'il a subi une transposition ou traduction en conscient. Le travail psychanalytique nous permet de faire chaque jour l'exp&#233;rience d'une telle traduction. &#187; (33). Dans l'analyse de la psych&#233;, Freud part des ph&#233;nom&#232;nes facilement observables (un comportement inexplicable par exemple), qu'il consid&#232;re comme des constructions psychologiques complexes, et proc&#232;de, &#224; l'oppos&#233; de la m&#233;thode de synth&#232;se, &#224; faire l'analyse, en d&#233;composant le ph&#233;nom&#232;ne jusqu'&#224; ce qu'il devienne compr&#233;hensible. Freud consid&#233;rait un ph&#233;nom&#232;ne clinique comme une sorte de ph&#233;nom&#232;ne conclusif. Dans ce sens, pour pouvoir comprendre le ph&#233;nom&#232;ne, il s'agissait pour Freud de remonter &#224; ses origines. Ainsi, sur la base de ses observations cliniques, il sp&#233;culait sur les principes g&#233;n&#233;raux r&#233;gissant la nature. C'est, donc, sur les ph&#233;nom&#232;nes cliniques qu'il fondait ses sp&#233;culations. Sp&#233;culations qu'il a modifi&#233;es au fur et &#224; mesure que son exp&#233;rience clinique s'est d&#233;velopp&#233;e, ou sur la base d'une meilleure conceptualisation. C'est un principe &#233;pist&#233;mologique : fonder les changements conceptuels sur les difficult&#233;s rencontr&#233;es dans la pratique de la psychanalyse. Difficult&#233;s qui obligent &#224; revoir la th&#233;orie. (34)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;marche que nous allons suivre est aussi sp&#233;culative et s'appuie sur la r&#233;flexion de Freud, non comme une v&#233;rit&#233; incontestable, ni avec l'intention de d&#233;couvrir un sens cach&#233; de sa pens&#233;e qui pr&#233;existerait sous le niveau manifeste des textes (une sorte d'herm&#233;neutique). Nous ne voulons pas, non plus, d&#233;velopper des aspects significatifs de la psychanalyse freudienne. Ce que nous voulons faire, c'est essayer de rassembler quelques &#233;l&#233;ments de la pens&#233;e freudienne et, &#224; partir de ces &#233;l&#233;ments construire une unit&#233; pour penser la subjectivit&#233; humaine comme un d&#233;veloppement-constitution-cr&#233;ation, en nous appuyant sur l'ontologie que Castoriadis inaugure. Dans ce sens, le chapitre VI de &lt;i&gt;L'institution&#8230;&lt;/i&gt; constituera une r&#233;f&#233;rence centrale. La logique interne du texte de Castoriadis, qui commence par l'exploration du mode d'&#234;tre de l'inconscient, pour continuer avec la question de l'origine de la repr&#233;sentation, la r&#233;alit&#233; psychique, pour en arriver jusqu'&#224; la constitution de la r&#233;alit&#233;, la sublimation et la socialisation de la psych&#233;, et la cr&#233;ation de la pens&#233;e, est une logique dont le centre est l'imagination. Celle-ci devient la condition de tout le processus. Dans notre d&#233;marche, et avec l'id&#233;e que ce que nous voulons explorer sont les conditions de possibilit&#233; de l'existence de la subjectivit&#233; humaine, nous nous appuierons sur cette logique. Mais nous voulons aussi reprendre quelques th&#232;mes majeurs de la pens&#233;e psychanalytique pour amplifier et approfondir notre propre compr&#233;hension : l'inconscient, la sexualit&#233;, l'interpr&#233;tation des r&#234;ves, les principes du fonctionnement psychique et la structure de la r&#233;alit&#233; psychique. Compr&#233;hension qui n'est pas seulement la compr&#233;hension objective de la th&#233;orie psychanalytique, mais aussi et surtout, l'appropriation dans notre propre vie de la question de la subjectivit&#233;. C'est une mani&#232;re de devenir sujet par la r&#233;flexion sur le d&#233;veloppement de la subjectivit&#233;. Mais c'est aussi mener une r&#233;flexion philosophique sur la th&#233;orie psychanalytique li&#233;e &#224; la praxis psychanalytique. Praxis qui est enracin&#233;e dans les activit&#233;s et les questions des &#234;tres humains effectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce texte, Castoriadis fait une synth&#232;se des &#233;l&#233;ments disparates dans la pens&#233;e de Freud et, comme lui-m&#234;me l'affirme dans l'introduction : &#171; la discussion sera faite &#224; partir de la conception freudienne, &lt;i&gt;qu'il ne s'agit pas d'am&#233;liorer ni de refaire mais d'&#233;clairer autrement&lt;/i&gt;, &#224; partir de ces deux th&#232;mes qui sont rest&#233;s pour elle, et non par hasard, des points aveugles : L'institution sociale-historique et la psych&#233; comme imagination radicale &#8211; c'est-&#224;-dire, essentiellement, comme &#233;mergence de repr&#233;sentations ou flux repr&#233;sentatif non soumis &#224; la d&#233;terminit&#233;. &#187; (35).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, Castoriadis &#233;labore ses propres d&#233;veloppements &#224; propos du phantasme &#171; originaire &#187;, ou de l'exploration d'un niveau originaire de la psych&#233; qui, selon lui, n'a pas &#233;t&#233; entreprise, ou qui a plut&#244;t &#233;t&#233; &#233;vit&#233;e. Mais aussi &#224; propos de la sublimation (que Freud n'a jamais v&#233;ritablement conceptualis&#233;e) (36). Castoriadis op&#232;re une v&#233;ritable extension et pr&#233;cision du concept de sublimation quand il introduit son contenu social-historique. Pour lui, la sublimation est la socialisation de la psych&#233; consid&#233;r&#233;e comme processus psychique : la sublimation &#171; est reprise par la psych&#233; des formes (&lt;i&gt;eid&#232;&lt;/i&gt;) socialement institu&#233;es et des significations que celles-ci convoient, ou appropriation du social par la psych&#233; par la constitution d'une interface de contact entre le monde priv&#233; et le monde public ou commun. &#187; (37). La reprise des th&#232;mes majeurs de la r&#233;flexion psychanalytique va nous permettre une discussion, une prise de distance et un approfondissement de la d&#233;marche qu'a initi&#233;e Castoriadis &#224; ce sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Castoriadis, l'&#234;tre humain, l'individu, n'est pas seulement le produit de la socialisation, c'est-&#224;-dire l'individu comme institution social-historique ; il est aussi et essentiellement autre chose. Il est dot&#233; d'une psych&#233; qui est &#171; condition logique-transcendantale de toute ontologie, de toute r&#233;flexion sur les choses et le monde, sur les &#233;tants et l'&#234;tre &#187; (38). Il n'y a pas de perception s'il n'y a pas une imagination donnant forme, une imagination qui met en images et donne forme et qui, dans un sens, est ind&#233;pendante de la perception. &#171; Il n'y a perception que parce qu'il a aussi flux repr&#233;sentatif. De ce point de vue aussi, l'imaginaire &#8211;comme imaginaire social et comme imagination de la psych&#233; &#8211; est condition logique et ontologique du &#8216;r&#233;el' &#187; (39). Penser le processus de constitution du sujet humain comme une cod&#233;termination entre la psych&#233; singuli&#232;re et la soci&#233;t&#233; revient &#224; faire une articulation entre la philosophie et la psychanalyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Exposition g&#233;n&#233;rale.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre d&#233;marche commence par &#233;tablir l'outil qui va nous permettre de penser le processus de constitution du sujet humain. Cet outil est l'imagination consid&#233;r&#233;e comme puissance cr&#233;atrice et comme condition de la pens&#233;e. Pour th&#233;matiser cette imagination, Castoriadis fait un travail consid&#233;rable (40), qui commence par la remise en question de la tradition m&#233;taphysique occidentale sur l'id&#233;e de la cr&#233;ation. L'id&#233;e de cr&#233;ation est tr&#232;s difficile &#224; accepter car on ne peut pas la penser avec les cat&#233;gories de la pens&#233;e rationnelle. La pens&#233;e rationnelle est une &#233;laboration, une cr&#233;ation de l'imagination, qui ne peut pas comprendre le processus m&#234;me de sa production. Pour pouvoir le faire, il nous faut changer de mani&#232;re de penser. Sans la cat&#233;gorie de cr&#233;ation, nous ne pouvons pas comprendre, non seulement la soci&#233;t&#233; et l'histoire, et la psych&#233;, mais aussi notre propre fa&#231;on de penser. Dans ce sens, nous croyons que l'id&#233;e de cr&#233;ation n'&#233;tait pas seulement occult&#233;e totalement par l'ontologie traditionnelle : elle &#233;tait surtout incapable de la penser. Pour pouvoir penser l'id&#233;e de cr&#233;ation, il est n&#233;cessaire d'introduire d'autres notions fond&#233;es sur le principe de &lt;i&gt;non-causalit&#233;&lt;/i&gt;, et de pouvoir la consid&#233;rer comme une &lt;i&gt;puissance&lt;/i&gt;, une capacit&#233; ou un &lt;i&gt;pouvoir de&lt;/i&gt;. Ici, on trouve un des probl&#232;mes majeurs de l'ontologie traditionnelle pour penser l'imagination comme une activit&#233; positive et productive, parce que la puissance est situ&#233;e comme ontologiquement inf&#233;rieure &#224; l'acte. La puissance est manque d'&#234;tre, d&#233;ficience, inach&#232;vement, incompl&#233;tude essentielle. Imaginer est cr&#233;er, affirme Castoriadis, et c'est justement &#224; partir de cette incompl&#233;tude ou d&#233;ficience ontologique comme condition positive, qu'est rendue possible la cr&#233;ation de la forme elle-m&#234;me. Cette imagination, avec son poids ontologique propre, &#233;tudi&#233;e et prise en elle-m&#234;me, n'est pas une capacit&#233; secondaire pour la connaissance, ou une source d'erreurs et de chim&#232;res qui nous tromperaient. C'est une imagination source et origine de processus, ce n'est pas une imitation de la nature mais bien l'invention de quelque chose de radicalement nouveau. Cr&#233;er, ce n'est pas non plus donner une forme &#224; une mati&#232;re d&#233;j&#224; existante, c'est donner forme &#224; partir de rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Castoriadis introduit la notion de cr&#233;ation &lt;i&gt;ex nihilo&lt;/i&gt; (&#224; partir de rien) pour rendre compte de la cr&#233;ation de nouvelles formes. Mais cette notion n'est pas facile &#224; comprendre et surtout &#224; admettre pleinement. L'ontologie traditionnelle ne peut pas penser un &#233;tant si celui-ci ne provient pas d'un autre &#233;tant clairement d&#233;fini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nous approcher de la compr&#233;hension de ce que veut dire cr&#233;ation &lt;i&gt;ex nihilo&lt;/i&gt;, nous pouvons utiliser sa conception philosophique de la technique (41). Castoriadis cite Aristote : &#171; La technique cr&#233;e &#8216;&lt;i&gt;ce que la nature est dans l'impossibilit&#233; d'accomplir&lt;/i&gt;' &#187;. Une roue autour d'un axe, une d&#233;coction bouillie, un piano, des signes &#233;crits, la transformation d'un mouvement de rotation en mouvement lin&#233;aire altern&#233; ou la transformation inverse, aussi bien qu'un filet de p&#234;cheur, sont des &#8216;cr&#233;ations absolues' (42). Ici, il ne s'agit pas d'une imitation de la nature. On peut trouver dans la nature quelque chose qui roule ou de forme ronde, mais une roue autour d'un axe est tout autre chose, c'est la cr&#233;ation humaine &lt;i&gt;ex nihilo&lt;/i&gt; (43) d'une forme. &#171; Dans la nature il y a des choses qui roulent naturellement ou que nous faisons rouler, remarque Dumesnil, mais il n'y a pas &lt;i&gt;d&#233;j&#224;-l&#224;&lt;/i&gt; des b&#226;tons et des disques &lt;i&gt;pr&#234;ts &#224; &#234;tre mont&#233;s&lt;/i&gt; pour former des axes et des roues. La cr&#233;ation technique est une cr&#233;ation de forme qui n'est pas un simple assemblage de l'existant. &#187;. Si cette nouvelle forme utilise bien des &#233;l&#233;ments qui sont d&#233;j&#224;-l&#224;, la forme comme telle est nouvelle. Nous sommes face &#224; une cr&#233;ation imaginaire d'un &#234;tre humain singulier. Cette cr&#233;ation imaginaire est ins&#233;parable de l'imaginaire social instituant. Nous pouvons appliquer la m&#234;me analyse dans le cas d'une cr&#233;ation social-historique. Prenons par exemple la cr&#233;ation de la d&#233;mocratie, de la politique et de la philosophie en Gr&#232;ce au VII&#232;me et VI&#232;me si&#232;cles avant J.-C. On peut signaler plusieurs conditions ayant permis l'&#233;mergence de ce ph&#233;nom&#232;ne (44), mais il est impossible de donner une explication exhaustive du surgissement de ce ph&#233;nom&#232;ne &#224; partir d'une s&#233;rie de causes d&#233;terminantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui permet cette cr&#233;ation d'une nouvelle forme est l'imagination comme &lt;i&gt;vis formandi&lt;/i&gt; a-causal. A-causal ne signifie pas &#171; inconditionn&#233; &#187;, ou &#171; absolu &#187;, ou &#171; ind&#233;termin&#233; &#187;. &#171; Ni dans le domaine social-historique ni nulle part ailleurs, la cr&#233;ation ne signifie pas que n'importe quoi peut arriver n'importe o&#249;, n'importe quand et n'importe comment. &#187; (45). L'exemple de la roue autour d'un axe est une illustration claire et simple de &#171; ce que la nature est dans l'impossibilit&#233; d'accomplir &#187;, mais il faut pr&#233;ciser que la cr&#233;ation de formes n'est pas seulement li&#233;e &#224; des objets ext&#233;rieurs. L'imagination radicale ou imaginaire premi&#232;re cr&#233;e &lt;i&gt;ex nihilo&lt;/i&gt; des images (formes) qui ne se r&#233;duisent pas seulement &#224; leur mat&#233;rialit&#233; sensible, &#224; leur forme concr&#232;te comme objet (visible, audible ou touchable par exemple) ou intelligible (id&#233;es, concepts, notions, significations, mots ou leur ? image acoustique). L'imagination est surtout cr&#233;ation de figures, sch&#232;mes, repr&#233;sentations originaires, qui sont la condition ontologique de toute image, de la repr&#233;sentation des choses et de la pens&#233;e. L'imagination comme capacit&#233; de cr&#233;er des repr&#233;sentations originaires, sch&#232;mes ou figures permettant la cr&#233;ation d'un monde pour le vivant en g&#233;n&#233;ral, c'est ce que Castoriadis appelle la &lt;i&gt;vis formandi&lt;/i&gt; ou la dimension d&#233;terminante de son &#226;me. Dans l'ontologie de Castoriadis, cette &lt;i&gt;vis formandi&lt;/i&gt; a deux caract&#233;ristiques (ou aspects) indissociables et irr&#233;ductibles l'une &#224; l'autre : la composante psychique (imagination radicale) et la composante sociale (imaginaire social instituant). La relation entre ces deux aspects de l'imagination est une relation dialectique, une cod&#233;termination constitutive de ce qui est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &lt;i&gt;vis formandi&lt;/i&gt; a-causal comme capacit&#233; de cr&#233;er les sch&#232;mes, figures ou repr&#233;sentations originaires est difficilement compr&#233;hensible et acceptable, tout comme l'id&#233;e d'une cr&#233;ation &lt;i&gt;ex nihilo&lt;/i&gt;. De notre point de vue, la r&#233;flexion psychanalytique permet de nous approcher de ce niveau cr&#233;ateur originaire comme &#233;mergence des repr&#233;sentations. Freud d&#233;couvre un niveau de fonctionnement mental que nous ne pouvons reconna&#238;tre, justement parce qu'il s'agit d'un niveau originaire ne fonctionnant pas avec la logique rationnelle ou celle de la pens&#233;e consciente. Il ne s'agit pas d'une pens&#233;e inconsciente qui serait cach&#233;e dans un coin, que l'on pourrait d&#233;couvrir ou d&#233;chiffrer moyennant une m&#233;thode particuli&#232;re. On peut admettre que le niveau archa&#239;que s'exprime dans les ph&#233;nom&#232;nes des r&#234;ves, des lapsus, des actes symptomatiques avec composante physique et/ou psychique. Mais il n'existe pas quelque chose de d&#233;j&#224; pr&#233;sent dans l'esprit qui serait &#224; l'origine des images concr&#232;tes ou des sympt&#244;mes physiques ou psychiques. C'est une sorte d'interface sensorielle entre le soi et le non-soi, entre le corps et l'&#226;me : &#171; Les &#8216;sens' font &#233;merger &#224; partir d'un X quelque chose qui &#8216;physiquement' ou &#8216;r&#233;ellement' n'existe pas &#8211; si l'on entend par &#8216;r&#233;alit&#233;' la r&#233;alit&#233; de la physique : ils font &#233;merger des couleurs, des sons, des odeurs, etc. &#187; (46) . C'est un processus, une activit&#233;, un mode de fonctionnement mental propre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'interpr&#233;tation psychanalytique est une tentative d'approche et d'&#233;lucidation du contenu de cette activit&#233; mentale originaire. Elle s'appuie sur la tentative de l'esprit d'interpr&#233;ter sa propre activit&#233;, son fonctionnement mental, et sur la capacit&#233; qu'a l'esprit de r&#233;agir a cette interpr&#233;tation(47). Mais, comme nous venons de l'affirmer, si ce qui se trouve dans l'archa&#239;que n'est pas une pens&#233;e inconsciente cach&#233;e, ou quelque chose qui existerait d&#233;j&#224; dans l'esprit, la question sur le sens de l'interpr&#233;tation psychanalytique ouvre une autre perspective pour la pens&#233;e. Ici, interpr&#233;ter n'est pas rationaliser ou d&#233;voiler un sens cach&#233;. L'interpr&#233;tation psychanalytique est &#233;mergence de l'activit&#233; archa&#239;que, qu'elle interpr&#232;te. Sorte de mouvement ou de cercle de cr&#233;ation, le processus archa&#239;que n'est pas un fonctionnement &#171; inf&#233;rieur &#187; ou un &#171; manque de d&#233;termination &#187; (d&#233;ficit ontologique), il est origine constitutive de la pens&#233;e et du monde. C'est un mouvement de recr&#233;ation constante o&#249; l'&#234;tre vivant ou naturel que nous sommes, chacun individuellement, ne se laisse pas d&#233;finir comme nature pure donn&#233;e d'embl&#233;e dans sa signification, mais comme processus de cr&#233;ation continue, dans une dialectique de d&#233;veloppement constant vers la complexit&#233;. Cette conception, implicite dans la praxis psychanalytique, est une approche dynamique entre, d'une part, une activit&#233; mentale archa&#239;que inconsciente, et, d'autre part, un jugement conceptuel conscient (48). C'est pour cela que parler de &#171; pens&#233;es inconscientes &#187; est d&#233;j&#224; une sorte de jugement conceptuel et un d&#233;veloppement d'une forme plus archa&#239;que d'activit&#233; mentale qu'on peut appeler pr&#233;conceptuelle. Ce n'est pas supposer que la pens&#233;e archa&#239;que &#171; pense &#187; quelque chose. Quand on parle, c'est-&#224;-dire quand la pens&#233;e consciente conceptuelle (parle) exprime ? des &#171; pens&#233;es inconscientes &#187;, c'est une mani&#232;re de d&#233;velopper l'activit&#233; mentale archa&#239;que. Cette activit&#233; mentale peut s'exprimer d'une mani&#232;re archa&#239;que et pas seulement sous la forme d'interpr&#233;tations conceptualis&#233;es. Le probl&#232;me est que l'activit&#233; consciente, la pens&#233;e conceptuelle, ne peut pas reconna&#238;tre l'activit&#233; archa&#239;que. Il s'agit d'une activit&#233; vraiment inconsciente, et il est tr&#232;s difficile d'accepter que cette activit&#233; m&#234;me soit une repr&#233;sentation : activit&#233; de repr&#233;sentation et non pas simple moyen de projection d'une image sur l'&#233;cran de l'esprit. Ce noyau repr&#233;sentatif, cette activit&#233; est la psych&#233; m&#234;me : une repr&#233;sentation qui est activit&#233; repr&#233;sentative, composante de la vie psychique profonde que la psychanalyse postule comme activit&#233; de fantasmatisation ou, si l'on veut, activit&#233; imaginaire. La psychanalyse va travailler &#224; partir des sympt&#244;mes et d&#233;clarations verbales des malades qui sont eux-m&#234;mes les manifestations de leurs fantasmes, de leur activit&#233; de fantasmatisation. Il s'agit de la d&#233;couverte du r&#244;le essentiel de l'imagination pour la psychanalyse, &#171; sans que celle-ci soit reconnue ou m&#234;me nomm&#233;e &#187; (49). Or, pour le fonctionnement mental archa&#239;que, il n'existe pas de fronti&#232;re pr&#233;cise entre le corps et l'esprit : l'esprit archa&#239;que s'incarne dans le corps. L'activit&#233; repr&#233;sentative, l'activit&#233; de fantasmatisation ne se traduit pas seulement dans les images, elle se manifeste aussi dans le corps : paralysies, douleurs physiques, zones d'anesth&#233;sie, irritations de la peau, ulc&#232;res, spasmes, asphyxie, ou comportements bizarres ou spectaculaires (50). Ici nous trouvons le point o&#249; s'articulent tous les myst&#232;res de l'union entre le corps et l'esprit. Si nous acceptons cette id&#233;e, nous n'avons pas besoin d'une fronti&#232;re, d'un passage, d'une transition, d'une conversion du psychique en somatique, d'une proc&#233;dure de m&#233;diation entre l'&#226;me et le corps, parce que simplement elle n'existe pas. Le passage de l'esprit au corps ne s'impose pas, il n'est pas possible. Au niveau archa&#239;que il n'existe pas de gouffre infranchissable entre l'esprit et le corps. Au niveau archa&#239;que le corps est l'esprit. La douleur physique des jambes de Melle Elisabeth von R. (une des premi&#232;res patientes hyst&#233;riques de Freud) qui l'emp&#234;che de marcher (de partir de la maison et laisser son p&#232;re malade, pour ne pas dire de sortir au monde et sortir de son isolement n&#233;vrotique) est douleur mentale exprim&#233;e ou repr&#233;sent&#233;e de fa&#231;on archa&#239;que. La psych&#233; est le corps comme &#171; forme &#187; ou &#171; ent&#233;l&#233;chie &#187; du corps (Aristote), &#171; &#224; condition de d&#233;gager ces termes de la m&#233;taphysique dans et par laquelle ils ont &#233;t&#233; pos&#233;s, et de comprendre que la psych&#233; est forme en tant qu'elle est formante, que l'&#8216;ent&#233;l&#233;chie' dont il s'agit est tout autre chose que la pr&#233;destination pr&#233;d&#233;termin&#233;e &#224; une fin, &#224; un &lt;i&gt;telos&lt;/i&gt; d&#233;fini, que cette &#8216;ent&#233;l&#233;chie' est imagination radicale, &lt;i&gt;phantasia&lt;/i&gt; qui n'est astreinte &#224; aucune fin, mais cr&#233;ation de ses fins, que le corps vivant humain est corps vivant humain en tant qu'il repr&#233;sente et se repr&#233;sente, qu'il met et se met en &#8216;images' loin au-del&#224; de ce que sa &#8216;nature' de vivant exigerait et impliquerait &#187; (51). L'imagination comme activit&#233; repr&#233;sentative, et l'interpr&#233;tation psychanalytique comme activit&#233; faisant partie du processus m&#234;me qui tend effectivement &#224; transformer ce qu'elle interpr&#232;te, sans le remplacer ou le supprimer (52), sont des d&#233;couvertes centrales pour nous approcher d'une compr&#233;hension ou &#233;lucidation du processus de cr&#233;ation-constitution de l'humain. Dans l'ontologie de Castoriadis, la cod&#233;termination entre l'imagination radicale du sujet singulier et l'imaginaire social-historique, est le processus de cr&#233;ation, auto-constitution, de l'humain comme production imaginative et imaginaire, culturelle et social-historique. Nous pouvons parler d'une approche dynamique de l'ontologie castoriadienne d'inspiration clairement psychanalytique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;couverte et l'exploration de ce niveau archa&#239;que fait partie de la recherche psychanalytique. Mais entreprendre l'&#233;lucidation de l'archa&#239;que ne signifie pas rendre compte de mani&#232;re transparente de l'&#233;nigme de nos origines. Ce sont la profondeur et l'&#233;nigme de notre existence qui questionnent l'id&#233;e d'un sens qui se donnerait de fa&#231;on imm&#233;diate ou directe. Comme nous l'avons d&#233;j&#224; exprim&#233; ailleurs, l'esprit rationnel conscient ne reconna&#238;t pas la forme de l'activit&#233; mentale archa&#239;que.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Castoriadis, l'exploration de ce niveau originaire n'a pas &#233;t&#233; vraiment entreprise, ou mieux, elle a &#233;t&#233; &#233;vit&#233;e ou perturb&#233;e par la r&#233;f&#233;rence &#224; une &#171; r&#233;alit&#233; ext&#233;rieure &#187;. Cette mani&#232;re de penser ne voit dans les formations imaginaires que des r&#233;ponses &#224; un besoin r&#233;el ou la r&#233;ponse &#224; une logique (&#171; structurale &#187;), ou la compensation d'un d&#233;sir, comme Freud lui-m&#234;me le dira &#224; propos des formations culturelles telles que la religion ou l'art. (53) Selon Castoriadis, ces diff&#233;rentes versions partagent le postulat commun que toute &#233;laboration psychique trouve son point de d&#233;part &#171; dans la n&#233;cessit&#233; pour le sujet de combler, couvrir, suturer un vide, un manque, un &#233;cart qui lui serait consubstantiel &#187; (54).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans notre d&#233;marche, l'exploration et interrogation de ce niveau originaire est centrale, mais pas comme recherche ou construction d'un mythe des origines. Certes, il s'agit d'une fiction th&#233;orique dans le sens o&#249; Freud l'a affirm&#233;e : &#171; &#8230; nous avons adopt&#233; la &lt;i&gt;fiction&lt;/i&gt; d'un appareil psychique primitif&#8230; &#187;, &#171; &#8230;sans doute, nous ne connaissons pas d'appareil psychique qui ne pr&#233;sente que des processus primaires, et &#224; ce point de vue c'est une &lt;i&gt;fiction&lt;/i&gt; th&#233;orique. &#187; (55). Mais ici l'id&#233;e de fiction n'as pas le sens de simple construction ou description p&#233;dagogique pour rendre intelligible un processus ou un ph&#233;nom&#232;ne. Le mouvement de la pens&#233;e de l'esprit pour se comprendre fait partie des aspects de la chose elle-m&#234;me. C'est une fa&#231;on de se donner existence et de se transformer dans ce mouvement m&#234;me. La r&#233;flexion psychanalytique cr&#233;e l'inconscient, et l'interpr&#233;tation permet son d&#233;veloppement et son approche, tout comme sa transformation. C'est dans ce sens que nous voulons explorer ce niveau archa&#239;que.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'imagination dans la philosophie (56).&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne pr&#233;tendons pas faire une histoire de la d&#233;couverte de l'imagination ou de l'imaginaire : histoire qui serait fondamentale pour comprendre le processus m&#234;me de la cr&#233;ation, ou la fa&#231;on dont l'imagination se cr&#233;e pour penser la cr&#233;ativit&#233; et la pens&#233;e. Ce que nous voulons faire ici, comme nous l'avons d&#233;j&#224; exprim&#233; dans cette introduction, c'est &#233;tablir l'outil conceptuel (l'imagination comme puissance cr&#233;atrice) qui sera l'axe de notre r&#233;flexion (57). L'&#233;tablissement de cet outil conceptuel n'est pas la recherche des conditions &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; de la connaissance, ou un principe &#224; partir duquel d&#233;duire la r&#233;alit&#233; psychique ou la r&#233;alit&#233; sociale. L'imagination n'est pas une n&#233;cessit&#233; logique ou rationnelle. Elle est un fait que la pens&#233;e trouve lorsqu'elle s'interroge sur la cr&#233;ativit&#233;. Dans ce sens, nous pr&#233;senterons dans le premier chapitre une lecture d&#233;taill&#233;e du texte que Castoriadis a consacr&#233; au trait&#233; &lt;i&gt;De l'&#226;me&lt;/i&gt; d'Aristote. De notre point de vue, ce texte de Castoriadis est d&#233;cisif dans l'ontologie qu'il inaugure. Ce texte s'appelle justement &#171; La d&#233;couverte de l'imagination &#187; (58). Castoriadis fait mention plusieurs fois, tout au long de son travail, d'un projet d'&#233;criture d'une &#339;uvre o&#249; il aurait th&#233;matis&#233; plus profond&#233;ment les bases de son ontologie : &lt;i&gt;L'El&#233;ment imaginaire&lt;/i&gt;, mais sa mort en 1997 ne lui a pas permis de mener ce projet &#224; son terme. Pour nous, faire revivre cette r&#233;flexion si passionnante de Castoriadis sur la pens&#233;e d'Aristote et &#224; propos de l'imagination est, d'une certaine mani&#232;re, un hommage &#224; la vitalit&#233; et &#224; l'actualit&#233; de sa pens&#233;e, et, pour notre d&#233;marche, l'ouverture de notre recherche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; Aristote que revient le m&#233;rite d'avoir th&#233;matis&#233; pour la premi&#232;re fois l'imagination dans le trait&#233; &lt;i&gt;De l'&#226;me&lt;/i&gt;. Il y d&#233;couvre une imagination qui est m&#233;diation entre la sensibilit&#233; et l'entendement. Imagination qui va constituer la base de la doctrine conventionnelle et le sch&#232;me fondamental de la r&#233;flexion philosophique. La d&#233;finition qu'il donne de l'imagination comme &#171; mouvement engendr&#233; par la sensation en acte &#187; (III, 3, 429a) caract&#233;rise une imagination qui a la capacit&#233; d'&#233;voquer des objets non pr&#233;sents, de retenir des images sensibles ainsi qu'une sorte de capacit&#233; combinatoire des images. Pour Castoriadis, cette imagination est imitative ou reproductrice. Mais, selon lui, Aristote d&#233;couvre aussi, dans le m&#234;me trait&#233;, et ce au milieu du livre III, une autre imagination sans laquelle il ne peut y avoir de pens&#233;e ni de monde. Cette imagination est condition n&#233;cessaire &#224; toute r&#233;flexion. Il s'agit d'une imagination active (une activit&#233;), qui s&#233;pare la forme sensible de sa mati&#232;re pour la pr&#233;senter &#224; l'entendement et, de cette mani&#232;re, fournir &#224; la pens&#233;e la condition de son objectivit&#233;. Le r&#244;le central de cette imagination est de pr&#233;senter &#224; l'&#226;me du &#171; sensible sans mati&#232;re &#187;, la &#171; sensation abstraite &#187; dont elle a besoin pour conna&#238;tre un objet (59). L'imagination ne serait pas subordonn&#233;e &#224; la sensibilit&#233; ni &#224; l'entendement, et ne serait pas cause de l'erreur. Elle serait donc autonome vis-&#224;-vis de la sensibilit&#233; et de l'entendement. Enfin, elle aurait la facult&#233; de pr&#233;senter l'objet de fa&#231;on originaire, et serait responsable de la repr&#233;sentation premi&#232;re. Les cons&#233;quences d'une telle d&#233;couverte sont de toute premi&#232;re importance pour l'ontologie en g&#233;n&#233;ral. Selon Castoriadis, cette imagination a &#233;t&#233; totalement occult&#233;e ou non prise en compte par l'ontologie traditionnelle, et il faudra attendre la parution de la &lt;i&gt;Critique de la raison pure&lt;/i&gt;, en 1781, pour que la question de l'imagination soit pos&#233;e de fa&#231;on plus claire et profonde que dans le &lt;i&gt;Trait&#233;&lt;/i&gt; Aristot&#233;licien. L'imagination devient cr&#233;atrice des repr&#233;sentations et se retrouve ainsi situ&#233;e &#224; la base de la sensibilit&#233; et de la pens&#233;e. Nous nous trouvons face &#224; une nouvelle ontologie, une pens&#233;e radicale de l'&#234;tre qui remet en question le courant ayant domin&#233; l'ontologie traditionnelle, et qui concevait l'&#234;tre comme un &#234;tre d&#233;termin&#233;. Une telle remise en question ne signifie pas une d&#233;valorisation de l'ontologie traditionnelle, mais l'&#233;tablissement de ses limites, pour penser ce qui ne fonctionne pas avec des concepts enti&#232;rement &#233;tablis et d&#233;termin&#233;s (la r&#233;alit&#233; psychique par exemple) et ne s'appuie pas sur la logique que Castoriadis appelle ensembliste-identitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Castoriadis pense qu'il est possible de consid&#233;rer l'histoire de la philosophie comme celle de l'&#233;laboration de la raison, ou, plus profond&#233;ment, comme l'histoire de la conception de l'&#234;tre comme un &#234;tre d&#233;termin&#233;, un &#234;tre assujetti &#224; la d&#233;termination et, comme nous l'avons d&#233;j&#224; affirm&#233;, de l'id&#233;e qu'on ne peut penser que ce qui proc&#232;de de la raison et de l'&#234;tre d&#233;termin&#233;. Le questionnement de cette conception de l'&#234;tre montre que si on la pousse dans toutes ses cons&#233;quences logiques elle s'av&#232;re incapable de penser l'&#233;mergence du nouveau, de la cr&#233;ation, et ceci que ce soit dans le domaine de la soci&#233;t&#233; et de l'histoire ou dans celui du sujet singulier. En effet, dans cette conception, le nouveau est toujours r&#233;duit &#224; une cause efficiente qui le pr&#233;c&#232;de. Le nouveau ne serait rien de plus qu'une variation de la cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'imagination acquiert un poids ontologique en devenant une des puissances de l'&#226;me. Puissance d&#233;terminante, source de cr&#233;ation de nouvelles formes, ne se limitant pas au domaine de l'art, mais cr&#233;atrice des repr&#233;sentations du monde et de la pens&#233;e. La n&#233;cessit&#233; de d&#233;velopper une nouvelle ontologie de la repr&#233;sentation, du temps, du nouveau comme le radicalement autre, s'impose pour Castoriadis. Dans le premier chapitre nous exposerons notre lecture et notre point de vue sur ce sujet. Avant d'en arriver &#224; l'analyse du trait&#233; &lt;i&gt;De l'&#226;me&lt;/i&gt;, il nous faudra faire un court d&#233;tour par le mythe de Mn&#233;mosyne, o&#249; l'imagination se pr&#233;sente pour la premi&#232;re fois, et que Castoriadis analyse. Ceci afin de d&#233;gager le fil conducteur, non lin&#233;aire mais cr&#233;ateur, qui nous permettra de suivre, dans une courte section, l'apparition de l'imagination depuis ses origines archa&#239;ques jusqu'&#224; sa th&#233;matisation philosophique par Aristote et Castoriadis. Au cours de notre analyse du trait&#233;, nous adopterons l'axe de r&#233;flexion que Castoriadis d&#233;ploie dans son argumentation : travail ou Castoriadis fait une red&#233;couverte ou une recr&#233;ation de l'imagination comme puissance cr&#233;atrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me partie de notre d&#233;marche d&#233;bute par une exploration de la constitution de l'imagination dans l'&#234;tre vivant en g&#233;n&#233;ral, &#234;tre vivant comme capable d'autoconstitution et cr&#233;ateur d'un monde propre. Postuler une imagination &#224; l'&#339;uvre dans la logique de l'&#234;tre vivant va nous permettre de discuter des caract&#233;ristiques de l'imagination humaine. La question de ce qui d&#233;finit la fronti&#232;re entre animalit&#233; et humanit&#233;, ainsi que celle concernant la s&#233;paration de l'histoire et de la soci&#233;t&#233; relativement &#224; la nature, sont des probl&#233;matiques centrales dans l'&#339;uvre philosophique de Castoriadis. C'est-&#224;-dire, trouver le crit&#232;re qui permette la diff&#233;renciation entre l'animal et l'homme, entre un &#234;tre naturel et sans histoire, et un &#234;tre qui ne peut exister que comme &#234;tre historique et social. L'&#234;tre humain repr&#233;sente l'&#233;mergence d'une dimension (d'&#234;tre) de l'&#234;tre qui n'est pas contenue simplement dans la nature. Mais ici la question s'ouvre et se complexifie, car homme et animal sont des &#234;tres qui imaginent. Postuler comme le fait L&#233;vi-Strauss, dans &lt;i&gt;La Pens&#233;e sauvage&lt;/i&gt; (1985), qu'au lieu de constituer l'homme il faille plut&#244;t r&#233;int&#233;grer la culture dans la nature, c'est oublier que la sp&#233;cificit&#233; de l'&#234;tre humain est d'avoir une imagination productrice de fantasmes, de d&#233;lires et surtout de cr&#233;ativit&#233; et d'alt&#233;rit&#233;. Castoriadis pense que le crit&#232;re de diff&#233;renciation entre l'animal et l'homme se trouve au niveau de la fonctionnalit&#233; : l'animal reste assujetti &#224; celle-ci. Il peut imaginer uniquement ce qui est en rapport avec ses besoins naturels. Par contre, l'imagination humaine est d&#233;fonctionnalis&#233;e : c'est une imagination soustraite au besoin, une activit&#233; repr&#233;sentative qui n'a aucune finalit&#233;. Dans le m&#234;me sens, Castoriadis caract&#233;rise la sexualit&#233; humaine comme cr&#233;ation imaginaire (&#224; la fois psychique et social-historique), d&#233;fonctionnalis&#233;e par rapport &#224; la sexualit&#233; fonctionnelle des animaux, asservie &#224; la reproduction (60).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De notre point de vue, le crit&#232;re de la d&#233;fonctionnalisation de l'imagination humaine m&#233;rite d'&#234;tre discut&#233;. A notre avis, ce crit&#232;re comme d&#233;marcation entre l'animalit&#233; et l'humanit&#233; n'est pas clair. C'est la sexualit&#233; humaine th&#233;oris&#233;e par la psychanalyse qui permet cette discussion (61). La conception freudienne de la sexualit&#233; humaine est radicalement diff&#233;rente de la conception populaire de la sexualit&#233;. Freud la consid&#232;re comme une pulsion assez &#233;loign&#233;e de l'instinct animal. La pulsion sexuelle est celle que Freud th&#233;orise et d&#233;veloppe en profondeur dans son &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud d&#233;couvre que la pulsion sexuelle est indissociable de l'imagination, qu'elle pr&#233;sente de nombreuses variations, tant sur le plan de ses manifestations que sur celui des personnes et des objets vers lesquelles elle se dirige. Notre deuxi&#232;me chapitre introduit une exploration du sens que la psychanalyse a donn&#233; &#224; la sexualit&#233; humaine et &#224; une discussion de sa liaison avec l'imagination. Pour nous, la th&#233;matisation de la pulsion sexuelle par la psychanalyse nous permet de mieux comprendre l'imagination comme activit&#233; cr&#233;atrice et nous donne une compr&#233;hension plus profonde de la psych&#233; humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le troisi&#232;me chapitre, nous explorons la notion freudienne d'inconscient, pour nous approcher de et d&#233;velopper l'hypoth&#232;se de la pens&#233;e archa&#239;que. La question centrale n'est pas ce qu'est l'inconscient, ou comment d&#233;finir cette notion, mais de quelle mani&#232;re nous devons le penser. Ici nous entamerons une discussion avec Castoriadis sur ce niveau archa&#239;que : le sujet de la repr&#233;sentation premi&#232;re et la postulation d'une monade psychique originaire, source des sch&#232;mes, des figures et des images du pensable. Pour nous, l'id&#233;e de cl&#244;ture, de cercle, de fermeture, qui est une analogie du concept de &#171; cercle cognitif &#187; de la biologie de la cognition, pose des probl&#232;mes pour penser une &#171; r&#233;alit&#233; psychique &#187; qui doit se d&#233;velopper pour qu'un sujet advienne dans une soci&#233;t&#233; qui va le constituer. Nous pensons que l'id&#233;e d'une rupture de la cl&#244;ture n'est pas incompatible avec celle de d&#233;veloppement, &#224; condition d'expliciter le sens psychanalytique de celui-ci. Dans ce sens, nous introduirons une discussion sur les &#233;motions. Freud n'a pas d&#233;velopp&#233; une th&#233;orie des &#233;motions solide. Sa conception de l'&#233;motion comme &#233;tant une quantit&#233; d'&#233;nergie d&#233;pla&#231;able (conception emprunt&#233;e &#224; la thermodynamique, &#224; la mode &#224; son &#233;poque) est tr&#232;s limit&#233;e, et li&#233;e &#224; l'id&#233;e de la catharsis comme th&#233;rapie permettant la lib&#233;ration d'&#233;nergie psychique. Une th&#233;orie des &#233;motions qui ne consid&#232;re pas l'&#233;motion comme d&#233;charge d'&#233;nergie, mais comme orientation vers le monde, nous permettra de comprendre l'id&#233;e de d&#233;veloppement de l'inconscient dans le processus de d&#233;veloppement de la subjectivit&#233; humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le quatri&#232;me chapitre est centr&#233; sur le processus de l'institution sociale de l'individu ou socialisation de la psych&#233;, c'est-&#224;-dire la question de la constitution d'un &#171; Moi r&#233;el &#187; (&lt;i&gt;Real-Ich&lt;/i&gt;) et d'une r&#233;alit&#233; comme s&#233;par&#233;e de lui. Dans &lt;i&gt;l'Interpr&#233;tation des r&#234;ves&lt;/i&gt;, Freud d&#233;couvre l'activit&#233; de la pens&#233;e archa&#239;que. Selon lui, le but du fonctionnement mental archa&#239;que n'est pas d'exprimer la demande contenue dans le souhait, mais de la satisfaire. L'hallucination du sein pour l'enfant est une exp&#233;rience satisfaisante, par cons&#233;quent l'hallucination devient le but de cette activit&#233; mentale primaire. Si nous suivons la logique de ce raisonnement, nous devons postuler que si le fonctionnement de l'esprit archa&#239;que produit des exp&#233;riences hallucinatoires de satisfaction, il doit fonctionner selon un principe tout &#224; fait diff&#233;rent de celui de la pens&#233;e rationnelle. L'esprit archa&#239;que n'aurait pas besoin de la r&#233;alit&#233; pour satisfaire son souhait, puisqu'il produit une satisfaction hallucinatoire. Nous serions ainsi en face de deux modes de fonctionnement de l'activit&#233; mentale, mais aussi de deux principes diff&#233;rents de fonctionnement mental. La psychanalyse parle d'un principe de plaisir pour le processus primaire, et d'un principe de r&#233;alit&#233; pour le processus secondaire. S'il est &#233;vident que l'esprit doit modifier son fonctionnement pour passer du principe de plaisir au principe de r&#233;alit&#233;, par contre la fa&#231;on dont s'accomplit ce passage de l'un &#224; l'autre, ou la mani&#232;re dont l'un peut se d&#233;velopper &#224; partir de l'autre, n'est pas claire. Pour Castoriadis, il s'agit de la rupture d'une cl&#244;ture que seule la soci&#233;t&#233; peut r&#233;aliser. Pas la soci&#233;t&#233; comme une ext&#233;riorit&#233;, mais la soci&#233;t&#233; comme institution, comme cr&#233;ation imaginaire qui, dans le mouvement de sa propre cr&#233;ation, cr&#233;e une r&#233;alit&#233; pour la psych&#233;. &#171; R&#233;alit&#233; &#187; n'est pas ici la r&#233;alit&#233; tangible et visible des objets. C'est la r&#233;alit&#233; sociale comme processus autocr&#233;ateur d'institutions et de significations. La pens&#233;e archa&#239;que est un mode de fonctionnement qui cr&#233;e des repr&#233;sentations, et l'institution sociale est un mode de fonctionnement cr&#233;ateur de significations. Le m&#233;canisme qui fait la liaison entre ces deux modes de fonctionnement, et qui rend possible, en m&#234;me temps, le d&#233;veloppement vers la constitution de l'individu social, c'est la sublimation. La sublimation est le proc&#232;s &#171; moyennant lequel la psych&#233; est forc&#233;e &#224; remplacer ses &#8216;objets propres' ou &#8216;priv&#233;s' d'investissement (y compris sa propre &#8216;image' pour elle m&#234;me) par des objets qui sont et valent dans et par leur institution sociale&#8230; &#187; (62). L&#224; est le d&#233;fi de la discussion que nous aborderons dans ce chapitre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cinqui&#232;me chapitre aborde la question de la structure de la psych&#233; et l'unit&#233; du sujet. Nous trouvons l'id&#233;e d'une structuration de la psych&#233; dans &lt;i&gt;la R&#233;publique&lt;/i&gt; de Platon. Socrate dit que la psych&#233; est compos&#233;e de trois parties : une partie archa&#239;que qui concerne les d&#233;sirs primaires pour la nourriture et le sexe et en g&#233;n&#233;ral ce qu'il appelle les app&#233;tits, une deuxi&#232;me partie, l'esprit, qui cherche l'admiration des autres (sorte de narcissisme) et, enfin, une troisi&#232;me partie, la raison, qui aspire &#224; la v&#233;rit&#233;. Pour Socrate si ces trois parties d&#233;sirent des objets diff&#233;rents, la psych&#233; devient le terrain de conflits. Pour Freud, le processus de constitution du sujet humain cr&#233;e une psych&#233; divis&#233;e qui est &#224; l'origine des conflits fondamentaux. Mais cette division postul&#233;e par Freud proc&#232;de de son travail clinique avec des patients perturb&#233;s (pas seulement n&#233;vros&#233;s). La psych&#233; va se diviser selon les conflits. De notre point de vue, il ne s'agit pas d'une division constitutive ou essentielle. Il y a une dialectique entre le conflit et la division de la psych&#233;. Dans la deuxi&#232;me topique, Freud divise la psych&#233; en trois instances : un &lt;i&gt;surmoi&lt;/i&gt; qui domine le &lt;i&gt;moi&lt;/i&gt; (le &#171; je &#187;), et une troisi&#232;me instance, le &lt;i&gt;&#231;a&lt;/i&gt;, si&#232;ge des d&#233;sirs primaires et de la sexualit&#233;. Mais cette structure de la psych&#233; n'est pas quelque chose de fixe, stable ou permanent &#224; jamais. Elle fait partie d'un d&#233;veloppement de processus psychiques tr&#232;s particuliers. La psychanalyse postule une psych&#233; qui travaille avec le m&#233;canisme imaginaire de l'introjection (&#171; prendre en soi &#187;) des personnes proches de l'enfant, avec celui de la projection sur ces personnes (&#171; situer dehors &#187;), et celui de l'identification &#224; elles. Ces m&#233;canismes sont des activit&#233;s constantes de la psych&#233; et sont &#224; la base de la structuration de celle-ci. Une des questions qui s'ouvre, c'est celle de l'unit&#233; de la psych&#233;, de l'unit&#233; du sujet, de la subjectivit&#233; comme activit&#233; r&#233;flexive. Si la pathologie psychique montre une division de la psych&#233;, comment devons-nous penser la normalit&#233;, ou une psych&#233; saine ? Et, question plus complexe, comment la psych&#233; peut-elle se modifier ? Ou, mieux, une telle modification ou transformation est-elle possible ? Une r&#233;flexion sur la t&#226;che de la th&#233;rapie psychanalytique s'impose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le sixi&#232;me chapitre nous r&#233;fl&#233;chissons sur la question de la soci&#233;t&#233; (&lt;i&gt;l'&#234;tre social-historique&lt;/i&gt; dans l'ontologie de Castoriadis). La r&#233;alit&#233;, ou le monde de l'&#234;tre humain, c'est la soci&#233;t&#233; ou un champ social-historique. Mais la soci&#233;t&#233; n'est pas une ext&#233;riorit&#233; qui peut influencer la psych&#233;. La soci&#233;t&#233; est constitutive de l'&#234;tre humain dans un processus de cod&#233;termination avec la psych&#233;. Ceci repr&#233;sente l'axe de notre recherche. Ici, la r&#233;flexion castoriadienne, avec la postulation d'un imaginaire social instituant, est d&#233;cisive pour comprendre ce processus. L'hypoth&#232;se d'un imaginaire social cr&#233;ateur, comme un nouveau mode d'&#234;tre, comme une forme d'activit&#233; avec un poids ontologique propre (imaginaire social dont la psych&#233; doit n&#233;cessairement tenir compte), introduit la probl&#233;matique du repr&#233;senter et du faire social. Deux modes d'&#234;tre indissociables constituent les &#233;l&#233;ments du social-historique : les institutions sociales en g&#233;n&#233;ral, le symbolique, les lois, et les techniques. La discussion philosophique des relations entre perception, imagination, r&#233;flexion et repr&#233;sentation va approfondir la th&#232;se de l'ontologie de Castoriadis, selon laquelle la repr&#233;sentation est activit&#233; originaire permanente permettant la construction d'un monde et d'une r&#233;alit&#233; par un sujet. La repr&#233;sentation n'est pas simple v&#233;hicule, mais &lt;i&gt;principe actif&lt;/i&gt; qui n'a pas besoin d'instructions pr&#233;cises &#224; suivre ni m&#234;me &#224; interpr&#233;ter, mais doit en inventer. La repr&#233;sentation fait &#233;merger, cr&#233;e, des objets comme formes d'objets repr&#233;sent&#233;s. Castoriadis pense que toute forme de repr&#233;sentation suppose une &lt;i&gt;r&#233;gion originaire&lt;/i&gt;, et cette r&#233;gion originaire est celle de l'imaginaire social comme capacit&#233; de donner forme, de cr&#233;er une r&#233;alit&#233; de sens et de signification. La repr&#233;sentation, m&#234;me sous la forme &#233;l&#233;mentaire de la perception d'un objet, n'est pas une simple image de ce qui est : nous ne percevons pas l'objet tel qu'il est (comme &#224; la mani&#232;re d'une copie). La repr&#233;sentation de l'objet est une s&#233;lection de ce qui fait sens pour un sujet, m&#234;me au niveau du simple vivant. Parler d'une dimension imaginaire de la repr&#233;sentation ne veut pas dire qu'il n'y ait pas perception de ce qui est. L'objet du f&#233;tichiste comme objet concret est le m&#234;me que pour quelqu'un qui n'est pas f&#233;tichiste, mais ce que voit le f&#233;tichiste, est autre chose que ce que voit quelqu'un d'autre. La notion d'imaginaire introduit un changement radical par rapport &#224; l'id&#233;e de l'ontologie traditionnelle, qui consid&#232;re la perception comme une image ou un reflet de quelque chose d'ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le faire, c'est l'autre modalit&#233; du social-historique. Le faire est l'action humaine. Pour Castoriadis le faire humain n'est pas une r&#233;ponse &#224; un besoin. Le faire humain suppose une dimension imaginaire qui exc&#232;de le donn&#233; naturel ; il s'agit d'un faire cr&#233;ateur. Comme nous venons de le dire, le faire et le repr&#233;senter sont indissociables : faire, c'est repr&#233;senter, et la repr&#233;sentation est un faire. La repr&#233;sentation est cr&#233;ation d'un type particulier d'&#234;tre, par exemple l'objet face &#224; un sujet. Mais la repr&#233;sentation est aussi, et fondamentalement, autocr&#233;ation du sujet lui-m&#234;me : un sujet est possible parce qu'il repr&#233;sente et se repr&#233;sente. Le faire est une actualisation de ce qui n'est pas. Nous l'avons vu &#224; propos de la technique : le faire n'est pas l'application d'une repr&#233;sentation pr&#233;alable, mais l'&#233;mergence de quelque chose qui n'&#233;tait pas l&#224;. Le faire n'est pas non plus un simple assemblage des choses qui sont d&#233;j&#224; l&#224;. Le faire n'est pas l'actualisation des possibles en puissance, il est cr&#233;ation de possibles. Le possible ne pr&#233;existe pas au faire, c'est le faire qui institue le possible et le r&#233;el. Mais ce qui importe ici, c'est le faire social comme cr&#233;ateur des institutions. Un faire qui institue ce qui n'est ni rationnel ni naturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce chapitre, nous voulons imaginer la constitution de la soci&#233;t&#233; &#224; partir de l'imaginaire social instituant, du faire et du repr&#233;senter social. Castoriadis distingue la soci&#233;t&#233; instituante (&#171; la manifestation premi&#232;re et la plus profonde du faire social, le faire instituant, ce qui structure, institue, mat&#233;rialise &#187;) et la soci&#233;t&#233; institu&#233;e (les institutions et les structures d'une soci&#233;t&#233; donn&#233;e, le produit social observable). L'instituant et l'institu&#233; sont deux moments indissociables de l'imaginaire social qui est un faire instituant, une activit&#233; pratique. Instituer signifie &#233;tablir entre les &#234;tres humains et les choses sociales des relations non naturelles et non rationnelles. Les lois, et les institutions qui existent dans une soci&#233;t&#233; ne sont pas des normes naturelles, elles sont cr&#233;ations de l'imaginaire collectif, et la rationalit&#233; des institutions est une manifestation de l'imaginaire qui consid&#232;re la raison comme fondement de valeur des institutions. Dans son essence, ce que nous voulons d&#233;velopper est que le faire social ne se r&#233;duit pas &#224; l'institution explicite ou visible des lois ou des normes. Le faire social cr&#233;e (fait exister) des significations que les &#234;tres humains incorporent et int&#233;riorisent, et qui vont constituer sa r&#233;alit&#233;. Et ce mouvement de cr&#233;ation continue, qui travaille souterrainement toute soci&#233;t&#233;, n'est pas visible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une exploration de la dimension symbolique, comme composante fondamentale de tous les ph&#233;nom&#232;nes sociaux, s'impose. Tous les actes du sujet portent un sens. Mais nous ne pouvons pas r&#233;duire le social au symbolique. Il ne suffit pas qu'il y ait des symboles, du langage, pour qu'il y ait du social. Pour que les symboles soient &#171; participables &#187;, il faut qu'ils aient la m&#234;me signification pour les personnes qui font partie de la soci&#233;t&#233;. Et ce qui donne la signification, l'essence du social, ce sont les significations imaginaires sociales. Les symboles sont la mat&#233;rialit&#233; de ces significations. Cette cat&#233;gorie introduite par Castoriadis permet une red&#233;finition de la notion du symbolique, dans la mesure o&#249; celui-ci ne peut &#234;tre compris que dans son rapport &#224; l'imaginaire. La langue est le milieu o&#249; se d&#233;veloppent l'imaginaire et le rationnel, mais elle est aussi le milieu o&#249; s'articulent le sujet et le r&#233;el. Articulation qui fait &#233;merger une subjectivit&#233;. Ici nous retrouvons l'axe de notre recherche et une mani&#232;re d'articuler la cod&#233;termination psych&#233;-r&#233;alit&#233; sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mati&#232;re de conclusion, dans le dernier chapitre, nous pr&#233;sentons les cons&#233;quences politiques de la conception de l'&#234;tre humain d&#233;ploy&#233;e tout au long de notre cheminement. L'individu humain comme cr&#233;ation et la soci&#233;t&#233; comme un &lt;i&gt;nous&lt;/i&gt; de sujets ayant la capacit&#233; et la libert&#233; de s'autod&#233;terminer. Ici nous voulons articuler la r&#233;flexion de Fran&#231;ois Rastier (63) sur le projet de &#171; naturalisation du sens &#187; se trouvant au centre des d&#233;bats sur l'autorit&#233; scientifique et le pouvoir politique. Ce projet tend &#224; &#233;liminer l'opposition-distinction Nature-Soci&#233;t&#233;, puisque l'&#234;tre humain n'est d&#233;fini que par son organisme. Le sujet se r&#233;duit &#224; l'individu biologique et, en derni&#232;re instance, &#224; son patrimoine g&#233;n&#233;tique, &#224; son g&#233;nome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233;, les institutions sociales, la culture deviennent impensables, ou sont r&#233;duites &#224; des &#233;piph&#233;nom&#232;nes, des ind&#233;terminations insignifiantes ou des constructions m&#233;taphysiques d&#233;mod&#233;es. C'est la pr&#233;tention du d&#233;terminisme qui cherche les causes &#171; effectives &#187; pr&#233;c&#233;dant les ph&#233;nom&#232;nes ou les effets. C'est le programme du positivisme scientifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui l'intention, ou l'objectif, du projet qui veut naturaliser le sens ou la signification, est de donner un fondement scientifique et philosophique au concept de nature humaine. Fondements qui doivent permettre la formalisation et la quantification des donn&#233;es et orienter les buts et les conclusions de la recherche. Du point de vue de la recherche en neuropsychologie, le probl&#232;me de la soci&#233;t&#233; et de la culture se r&#233;duit &#224; l'&#233;tude des &#171; bases neuronales du partage des connaissances dans le groupe social &#187; (Changeux, 2002, p. 34) (64).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pas vers l'id&#233;e d'une soci&#233;t&#233; id&#233;ale constitu&#233;e par des individus parfaitement adapt&#233;s, sorte de &lt;i&gt;Meilleurs des mondes&lt;/i&gt;, peut &#234;tre tr&#232;s facilement franchi. Et pour faire de ce r&#234;ve une r&#233;alit&#233;, l'id&#233;e de progr&#232;s social n'est pas autre chose que celle de l'am&#233;lioration de l'esp&#232;ce humaine. Am&#233;lioration qui, &#224; son tour, a besoin d'une science et de m&#233;thodes quantitatives. Comme dit Rastier : &#171; cette science appliqu&#233;e donnera les crit&#232;res pour s&#233;lectionner les meilleurs et pr&#233;venir les d&#233;ficiences, voire &#233;liminer les d&#233;ficients &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut insister sur la n&#233;cessit&#233; de changer notre fa&#231;on de penser ou, mieux, sur la n&#233;cessit&#233; d'apprendre &#224; penser d'une autre fa&#231;on. La &#171; r&#233;alit&#233; psychique &#187; poss&#232;de une organisation qui lui est propre. Une r&#233;alit&#233; qui ne fonctionne pas avec les concepts de la logique diurne et du langage, ni avec la fonctionnalit&#233; de l'instinct biologique de l'&#234;tre vivant. Ni la psych&#233; ni la soci&#233;t&#233; ne sont des illusions id&#233;ologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;alit&#233; psychique, l'inconscient, la soci&#233;t&#233;, sont de nouveaux objets, des cr&#233;ations radicales. Ils ne sont pas de simples concepts philosophiques ou fictions id&#233;ologiques. Quand la psychanalyse essaie de comprendre, de penser et d'interpr&#233;ter les comportements des &#234;tres humains, elle travaille sur la subjectivit&#233; humaine : un nouvel objet, une cr&#233;ation qui est l'essence de sa libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;1 Pour Freud, la religion est une illusion, et l'illusion est d&#233;finie pour lui comme une erreur investie d'affect (une croyance qui provient d'un d&#233;sir). Mais une croyance peut &#234;tre vraie ou fausse, la m&#234;me chose vaut pour l'illusion. Pour Freud le probl&#232;me fondamental de l'illusion est que nous ignorons la raison pour laquelle nous y adh&#233;rons. Nous croyons que notre croyance est la v&#233;rit&#233;, mais sa certitude provient de d&#233;sirs primaires dont nous ne sommes pas conscients. Pour Castoriadis la religion est une signification cr&#233;&#233;e par la soci&#233;t&#233; qui donne du sens pour l'ensemble de la collectivit&#233;. Dans un sens philosophique, les fictions et les illusions sont, et elles peuvent avoir des cons&#233;quences colossales, r&#233;elles. Pour conserver l'esprit de la d&#233;finition de Freud, nous consid&#233;rons l'illusion comme une &#171; erreur &#187; (investie d'affect et li&#233; &#224; un d&#233;sir) qui peut s'instituer et donner sens &#224; une soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 Cette conviction est ancr&#233;e surtout dans la culture, aucun scientifique s&#233;rieux ne croit cela, mais c'est une croyance tr&#232;s difficile &#224; remettre en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 Freud, &#171; Pour introduire le narcissisme &#187;, La vie sexuelle, PUF, p. 84.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 (Is Freud Dead ?) Couverture de la revue Time en 1993. On voit la t&#234;te de Freud exploser et dans laquelle il n'y a rien !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 Le d&#233;terminisme g&#233;n&#233;tique est &#224; la mode. Aujourd'hui, une sorte de n&#233;odarwinisme &#233;largi en psychologie &#233;volutionniste, en linguistique cognitive et m&#234;me en philosophie de l'esprit fait partie des sciences de la vie. Dans les recherches cognitives le n&#233;odarwinisme a une place centrale. Voir, F. Rastier, Sciences de la culture et post-humanit&#233;. Texto septembre 4 (en ligne)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 A partir de la d&#233;couverte des antid&#233;presseurs (inhibiteurs s&#233;lectifs de recapture de la s&#233;rotonine) cette croyance est devenue le paradigme de cette tendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 Freud, &#171; Au-del&#224; du principe du plaisir &#187;, in Essais de psychanalyse, Payot, PBP, Paris, 1981. Dans le m&#234;me sens il dit que &#171; Nous devons nous souvenir que toutes nos hypoth&#232;ses provisoires en mati&#232;re de psychologie seront probablement fond&#233;es un jour sur une base organique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 La r&#233;flexion sur la vie humaine a &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;e comme le courant humaniste. Ce courant est nourri de la trag&#233;die grecque, Shakespeare, Goethe, Dosto&#239;evski, la Bible h&#233;bra&#239;que, la philosophie et la litt&#233;rature moderniste. La psychanalyse a introduit une compr&#233;hension &#233;largie des formes communes (&#171; populaires &#187;) d'interpr&#233;tation de la vie en termes de ses croyances, d&#233;sirs, espoirs ou peurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9 Zaretsky E. Le Si&#232;cle de Freud. Une histoire sociale et culturelle de la psychanalyse. Albin Michel 2008. P, 417.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 C'est le programme d'un savoir constituant son objet comme processus en soi ind&#233;pendant du sujet. C'est le projet de la science galil&#233;enne, depuis 1600. Cette conception de la science est probl&#233;matique parce qu'elle ne tient pas compte du fait que la cat&#233;gorie scientifique et le concept d'objectivit&#233; sont des cat&#233;gories subjectives. Ce qui (compte) (est consid&#233;r&#233; ?) comme scientifique est l'activit&#233; du scientifique qui se comporte comme tel. Aujourd'hui la science moderne (des quanta, de la relativit&#233;, des relations d'incertitude, de l'ind&#233;cidable math&#233;matique) a introduit l'incertitude en son centre et la mise en question de l'armature cat&#233;goriale de la science. En physique quantique par exemple, la situation de l'observateur fait partie de la situation exp&#233;rimentale. Voir, Castoriadis C, Science moderne et interrogation philosophique. Les carrefours du labyrinthe I, Seuil 1978, p, 196.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11 Il est tr&#232;s important d'insister sur le fait que Freud &#233;tait m&#233;decin. L'examen du m&#233;decin, son regard, son &#233;coute, visent &#224; rechercher les causes effectives (cach&#233;es) de la maladie. C'est le principe de la clinique m&#233;dicale. Ce qui est cach&#233;e doit devenir visible, tangible, identifiable, pour pouvoir &#234;tre combattu. Comme m&#233;decin Freud (&#233;tait ou n'&#233;tait pas ?) bien plac&#233; pour &#233;couter la plainte des &#171; malades &#187; qui arrivent &#224; son cabinet de consultation : &#171; difficult&#233;s &#224; marcher, une douleur dans la cuisse, des &#233;vanouissements, des tics au visage, des pens&#233;es troublantes &#8230; &#187; (sympt&#244;mes r&#233;currentes de ses premi&#232;res patientes). Cette plainte avait un arri&#232;re-fond : &#171; Il y a quelque chose qui ne marche pas dans ma vie et je n'arrive pas &#224; m'en sortir &#187;. Cette plainte, la pens&#233;e m&#233;dicale ne peut pas l'&#233;couter parce qu'elle n'est pas visible, tangible ou identifiable. Elle n'existe pas en tant qu'articul&#233;e comme langage. Quand Freud d&#233;couvre l'inconscient, il pense que celui-ci est compos&#233; de significations cach&#233;es, cause de la maladie de son patient, qu'il faut d&#233;couvrir. Sa formation m&#233;dicale et scientifique l'aveugle pour comprendre la signification philosophique de ses d&#233;couvertes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12 Cit&#233; par Castoriadis. Abriss, G.W., XVII p. 67. En Epil&#233;gom&#232;nes &#224; une th&#233;orie de l'&#226;me que l'on a pu pr&#233;senter comme science. Les carrefours du labyrinthe I. Seuil. 1978. P. 35.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13 Zaretsky E. Op, cit&#233;. P. 418.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14 Bien que la psychanalyse commence comme une tentative de soulager la souffrance humaine, &#231;a ne veut pas dire qu'elle soit plus ou moins efficace que d'autres moyens pour arriver aux m&#234;mes fins : la gu&#233;rison d'un sympt&#244;me par exemple. Si l'objectif de la th&#233;rapie est la suppression d'un sympt&#244;me (g&#234;nant ou insignifiant), les m&#233;dicaments ou d'autres types de th&#233;rapies s'av&#232;rent plus efficaces. La psychanalyse, par contre, pose la question du d&#233;sir aveugle de gu&#233;rison contenu dans la culture. Au lieu de satisfaire les d&#233;sirs d'une culture, la psychanalyse essaie de comprendre et d'interroger ces d&#233;sirs. Ne pas pouvoir comprendre cette dimension de la psychanalyse, a conduit aux prises de positions actuelles qui veulent voir la psychanalyse d&#233;pass&#233;e par les d&#233;veloppements de la pharmacologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15 C'est Anna O., la premi&#232;re patiente d'Etudes sur l'hyst&#233;rie, qui a nomm&#233; la psychanalyse comme &#171; th&#233;rapie par la parole &#187;. Freud et Breuer, Etudes sur l'hyst&#233;rie, PUF, Biblioth&#232;que de psychanalyse, Paris 1985, p. 21. C'est &#224; partir de l'&#233;chec de Freud avec la patiente Dora qu'il repense et approfondit le concept de &#171; transfert &#187;, un des concepts fondamentaux de la psychanalyse. Freud, Cinq psychanalyses, &#171; Fragment d'une analyse d'hyst&#233;rie (Dora) &#187;. PUF, Paris, 1992, p. 1-91.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16 Avec les premi&#232;res malades hyst&#233;riques Freud et Breuer essayent de th&#233;oriser la m&#233;thode qu'ils ont utilis&#233;e. Une exp&#233;rience o&#249; la patiente finit par exprimer ses &#233;motions (&#171; traduire l'&#233;motion par des mots &#187;). Cette d&#233;livrance &#233;motionnelle &#233;tait con&#231;ue comme une &#171; catharsis &#187;. Voir, Etudes sur l'hyst&#233;rie, Biblioth&#232;que de psychanalyse, Freud et Breuer, PUF. Pour une discussion d&#233;taill&#233;e de la catharsis, voir, Jonathan Lear, L'amour et sa place dans la nature. Presses Universitaires de France, 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17 Freud pensait que pour supprimer un sympt&#244;me il ne s'agissait pas seulement de retrouver un souvenir ou une pens&#233;e enfouie, comme il le pensait au d&#233;but, mais &#233;galement une &#233;motion, toujours pr&#233;sente dans le souvenir, comme la col&#232;re par exemple, qui peut produire une grande confusion et une d&#233;sorientation chez la personne, et se pr&#233;senter comme un sympt&#244;me. Il appliquait cette id&#233;e dans sa pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18 Castoriadis C, Epil&#233;gom&#232;nes &#224; une th&#233;orie de l'&#226;me&#8230;Op, cit&#233;, p. 44.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19 Sur la pertinence de ces questions voir la discussion approfondie de Castoriadis dans Epil&#233;gom&#232;nes &#224; une th&#233;orie de l'&#226;me&#8230;Op, cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20 Dans le domaine de la maladie mentale, par exemple, la d&#233;couverte en 1952 de la chlorpromazine (Largactil, nom commercial), une mol&#233;cule avec des effets antipsychotiques et m&#234;me antid&#233;presseurs, fut une vraie r&#233;volution. Les neuroleptiques aident &#224; mieux g&#233;rer des troubles mentaux graves et permettent &#224; beaucoup de malades de quitter l'h&#244;pital ou la clinique psychiatrique pour pouvoir &#234;tre suivis en externe. Dans le champ de la g&#233;n&#233;tique l'hypoth&#232;se qu'existent des facteurs g&#233;n&#233;tiques &#224; la base des quelques maladies psychiques est tr&#232;s forte et bien fond&#233;e. Gr&#226;ce aux d&#233;couvertes sur le cerveau &#224; travers l'imagerie c&#233;r&#233;brale magn&#233;tique fonctionnelle (ou l'imagerie magn&#233;tique fonctionnelle du cerveau ?), on peut observer l'activit&#233; des r&#233;gions c&#233;r&#233;brales et trouver des &#233;quivalences entre les processus neurobiologiques et la psych&#233; (voir les travaux de Jean-Pol Tassin sur le sommeil et le r&#234;ve. Monde de l'&#233;ducation juin 2004)&#8230;Pour ne citer que quelques exemples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21 Castoriadis C, L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;. Seuil, 1975.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22 &#171; La m&#232;re, c'est la soci&#233;t&#233; plus trois millions d'ann&#233;es d'hominisation. Celui qui ne voit pas cela et demande des &#171; m&#233;diations &#187; montre qu'il ne comprend pas de quoi il s'agit. Avoir fait voir, d'une mani&#232;re relativement pr&#233;cise (au-del&#224; de l'antthropos Anthropon genna), le d&#233;roulement de ce processus en tenant compte de la sp&#233;cificit&#233; irr&#233;ductible de la psych&#233; est l'apport d&#233;cisif de la th&#233;orie psychanalytique correctement interpr&#233;t&#233;e &#224; la compr&#233;hension non seulement du monde psychique mais d'une dimension centrale de la soci&#233;t&#233;. Je me flatte de penser que j'ai fourni cette interpr&#233;tation correcte, contre la l&#233;thargie sociologique des psychanalystes et la l&#233;thargie psychanalyste des sociologues, dans le chapitre VI de l'Institution &#187;. Castoriadis C., Fait et &#224; Faire, les carrefours du labyrinthe V. Seuil. 1997. P. 30-31.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23 Castoriadis C. Sujet et V&#233;rit&#233; dans le monde social-historique. S&#233;minaires 1986-1987. LA CREATION HUMAINE I. Seuil, 2002. Texte &#233;tabli, pr&#233;sent&#233; et annot&#233; par Enrique Escobar, Myrto Gondicas et Pascal Vernay.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;24 Ibid., p. 479.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;25 On peut trouver une discussion du point de vue de la psychanalyse sur la psych&#233; et la subjectivit&#233; dans le travail de Castoriadis et de Piera Aulagnier dans l'article de Stephanatos G., &#171; Repenser la psych&#233; et la subjectivit&#233; avec Castoriadis &#187;, dans Cahiers Castoriadis 3. Psych&#233; : de la monade psychique au sujet autonome, Bruxelles, Facult&#233;s universitaires de Saint-Louis, 2007, pp. 115-140.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26 Cf. &#171; Le mouvement r&#233;volutionnaire sous le capitalisme moderne &#187; (S ou B 31, d&#233;cembre 1960-f&#233;vrier 1961) p. 48.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27 Selon Arnaud Tom&#232;s c'est dans le texte intitul&#233; &#171; L'imaginaire comme tel &#187; que Castoriadis commence &#224; th&#233;matiser v&#233;ritablement la notion d'imaginaire. Voir, Castoriadis C, &#171; L'imaginaire comme tel &#187;. Texte &#233;tabli, annot&#233; et pr&#233;sent&#233; par Arnaud Tom&#232;s. Herman Philosophie 2007, p. 91.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;28 IIS, p. 411.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29 IIS, p. 423.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30 IIS, p. 424. C'est nous qui soulignons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;31 IIS, p. 401.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;32 Voir, Freud ; Nouvelles conf&#233;rences d'introduction &#224; la psychanalyse, Gallimard, Connaissance de l'inconscient, Paris, 1984.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;33 Freud, &#171; L'inconscient &#187;, en M&#233;tapsychologie, Collection Folio Essais, Gallimard, Paris, 1968, p. 65. Cit&#233; par Lear J, &#171; L'invention de l'inconscient &#187; Eyrolles 2006, p, 43.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;34 Voir, Freud ; &#171; Pour introduire le narcissisme &#187;, La vie sexuelle, PUF, p. 86. Le moi et le &#231;a, PUF, vol. XVI, p. 272. Au-del&#224; du principe de plaisir, Essais de psychanalyse, Payot, p. 86 ; 97-98. Nouvelles conf&#233;rences p. 141-146. Voir aussi, Lear J, L'amour et sa place&#8230;op. cit, p.114.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;35 IIS, p. 453. C'est nous qui soulignons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;36 Pour Freud, la sublimation est le processus par lequel l'&#233;nergie des pulsions est captur&#233;e et dirig&#233;e vers des buts &#171; sup&#233;rieures &#187;, plus cr&#233;atifs. Il pensait que nous plus importantes r&#233;ussites culturelles &#233;taient peut-&#234;tre dues &#224; la sublimation. Voir, Sur la psychanalyse, cinq conf&#233;rences, Gallimard, Connaissance de l'inconscient, p. 63-64 ; 114.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;37 IIS, p. 454.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;38 IIS, p. 487.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;39 IIS, p. 488.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;40 On peut consid&#233;rer toute l'&#339;uvre de Castoriadis comme travers&#233;e par la probl&#233;matique de l'imagination, mais il y a des travaux qu'on peut identifier comme plus centr&#233;s. Sa mani&#232;re de penser est ouverte et il n'est pas facile de la suivre. On ne trouve pas une pens&#233;e syst&#233;matique. Les id&#233;es centrales sont retravaill&#233;es et approfondies constamment. Pourtant c'est dans L'Institution imaginaire de la soci&#233;t&#233; (1975) et dans les six tomes des Carrefours du labyrinthe (1978-1999) qu'il va d&#233;velopper son ontologie. Pour notre d&#233;marche, le texte La d&#233;couverte de l'imagination (D.H, 1986, p. 327-363) est d&#233;cisif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;41 Voir, Dumesnil P. Imaginaire, technique et soci&#233;t&#233; dans la pens&#233;e de Castoriadis, &lt;a href=&#034;http://perso.wanadoo.fr/.pierre.dumesnil/CCCIP.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://perso.wanadoo.fr/.pierre.dum...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;42 &#171; Technique &#187; article de l'Encyclopaedia Universalis, p. 230. Cit&#233; par Dumesnil op, cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;43 Castoriadis diff&#233;rencie une cr&#233;ation ex nihilo (&#224; partir de rien), d'une cr&#233;ation in nihilo (dans le rien), et d'une cr&#233;ation cum nihilo (sans moyens ni conditions).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;44 Nous pouvons consid&#233;rer la cr&#233;ation de la d&#233;mocratie, de la philosophie et de la politique comme un seul ph&#233;nom&#232;ne, dans la mesure o&#249; elles &#233;taient cr&#233;ations surgies &#224; la m&#234;me &#233;poque et dans la m&#234;me soci&#233;t&#233;, et dans la mesure aussi o&#249; on ne peut pas les penser isol&#233;es les unes des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;45Castoriadis, Fait et &#224; faire, p.20.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;46 Castoriadis, cit&#233; par Dumesnil, op, cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;47 La capacit&#233; qu'a l'esprit de r&#233;agir &#224; la tentative que fait l'esprit lui-m&#234;me pour comprendre sa propre activit&#233; fait partie des premi&#232;res observations de Freud dans ses travaux sur l'hyst&#233;rie. Si l'esprit archa&#239;que est capable de r&#233;agir &#224; sa propre activit&#233; de compr&#233;hension, cela veut dire que cet esprit a une activit&#233; mentale, ou mieux, que cet esprit est une forme de fonctionnement mental. Voir, Lear J, op, cit, p. 5.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;48 Sur cette conception dynamique, la pens&#233;e de Freud n'est pas toujours claire. L'image qu'il avait de la science comme activit&#233; d&#233;couvrant une r&#233;alit&#233; existant ind&#233;pendamment l'emp&#234;che de formuler une explicitation th&#233;orique de cette approche. Mais les analyses de cas cliniques contiennent cette conception dynamique. Ce d&#233;calage entre la th&#233;orisation psychanalytique et la praxis clinique va se retrouver &#224; diff&#233;rents niveaux, mais &#224; notre avis cela fait partie de sa richesse et de sa cr&#233;ativit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;49 ISS, p. 412. Bien que Freud d&#233;couvre cette puissance de cr&#233;ation irr&#233;ductible, cette &#233;mergence de repr&#233;sentations, matrice des fantasmes, non soumis &#224; la d&#233;termination, il n'arrive pas, dans sa th&#233;orisation, &#224; penser cette activit&#233; comme puissance de cr&#233;ation originaire. Pour Castoriadis, l'imaginaire chez Freud tombe &#224; c&#244;t&#233; de la doctrine conventionnelle de l'imagination comme imagination reproductrice quand &#171; Phantasie et fantasme ont un but d&#233;fensif et sont des &#8216;combinaisons inconscientes&#8230; de choses v&#233;cues et entendues' &#187;. Si ces fantasmes ne sont que le produit d'une activit&#233; combinatoire, cette activit&#233; n'est pas originaire ou cr&#233;atrice. Voir Fait &#224; faire, op. cit. p. 245. Ce sont des aspects du caract&#232;re antinomique et du d&#233;calage entre praxis clinique et th&#233;orisation de la pens&#233;e de Freud, dont nous avons d&#233;j&#224; parl&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;50 Cela ne veut pas dire que l'origine ou la cause de la maladie soit psychique, sinon en ce que la subjectivit&#233; de l'&#234;tre humain impr&#232;gne tout son &#234;tre. Au commencement Freud n'&#233;tait pas en capacit&#233; de comprendre la port&#233;e de cette d&#233;couverte. Il pensait qu'un sympt&#244;me hyst&#233;rique repr&#233;sentait la conversion de quelque chose de mental en quelque chose de physique. De fait, dans la nosographie m&#233;dicale l'hyst&#233;rie s'appelle hyst&#233;rie de conversion, et cette id&#233;e persiste &#224; ce jour dans la pratique m&#233;dicale et psychiatrique, de m&#234;me que l'id&#233;e que cette conversion est une forme de simulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;51 IIS, p. 438. Cette activit&#233; archa&#239;que, ce formant-form&#233;, cette imagination radicale comme vis formandi a-causal, Castoriadis va le conceptualiser comme monade psychique : formation et figuration de soi, figuration se figurant, &#224; partir de rien. &#8216;Rien' ici veut dire un rien de repr&#233;sentation parce que cette activit&#233; est la premi&#232;re repr&#233;sentation. Une repr&#233;sentation qui n'est pas repr&#233;sentation ou image de quelque chose qui est d&#233;j&#224; l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;52 L'interpr&#233;tation psychanalytique n'est pas la simple restitution d'une logique ou d'un ordre dans les repr&#233;sentations inconscientes, ou la d&#233;termination d'un sens comme l'expression des manifestations pulsionnelles de la vie sous forme de concepts clairs. L'interpr&#233;tation ne supprime pas l'&#234;tre du r&#234;ve ou de la repr&#233;sentation inconsciente, par exemple. La psychanalyse introduit une autre conception des relations entre concepts et objets. La pens&#233;e consciente, rationnelle, consid&#232;re les concepts comme distincts des objets auxquels nous appliquons notre pens&#233;e, parce que nous croyons que le travail de la pens&#233;e essaie de comprendre une r&#233;alit&#233; qui existe ind&#233;pendamment de lui, de comprendre un monde qui existe de toute fa&#231;on. Pour la psychanalyse, par contre, ce que la psych&#233; essaie de comprendre se sont ses propres activit&#233;s et son propre fonctionnement. La r&#233;alit&#233; que l'esprit tente de saisir est l'esprit m&#234;me. Comme nous l'avons d&#233;j&#224; affirm&#233;, il ne s'agit pas de chercher un contenu, une pens&#233;e &#233;labor&#233;e, cach&#233;s dans un coin de l'esprit. La pens&#233;e consciente produit la th&#233;orie (m&#233;taphysique de la substance-essence), la s&#233;paration nette entre des concepts et des objets distincts, parce qu'elle ne peut pas reconna&#238;tre le mode d'&#234;tre de la pens&#233;e archa&#239;que ou l'esprit comme un objet capable de se penser et de se conceptualiser lui-m&#234;me. Pour pouvoir le faire, il faut apprendre &#224; penser sur un autre mode : &#171; Nous devons apprendre, r&#233;apprendre toujours, &#224; vivre &#8211;&#224; penser &#8211; sur deux circuits, qui reconduisent constamment l'un &#224; l'autre, qui s'entrecroisent partout et ind&#233;finiment, mais qui ne sont ni identiques, ni r&#233;ductibles l'un &#224; l'autre ou d&#233;ductibles l'un &#224; partir de l'autre : celui de la logique identitaire, et celui de la pens&#233;e &#187;. Voir, IIS, p.472.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;53 &#171; &#8230;Les n&#233;vroses se sont r&#233;v&#233;l&#233;es comme des tentatives de r&#233;soudre individuellement les probl&#232;mes de la compensation du d&#233;sir, qui doivent &#234;tre socialement r&#233;solus pas les institutions. &#187; Freud, cit&#233; par Castoriadis, IIS, p. 420.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;54 IIS, p. 421.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;55 Freud, l'interpr&#233;tation des r&#234;ves. Presses universitaires de France. P. 509-513. C'est nous qui soulignons. A plusieurs reprises Freud utilise l'expression &#171; fiction th&#233;orique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;56 Pour un excellent compte rendu de la discussion de Castoriadis sur cet aspect, voir, Poirier N. Castoriadis : l'imaginaire radical. PUF, octobre 2004. Voir aussi, Tom&#232;s A. Castoriadis : l'imaginaire comme tel, op, cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;57 Parler de l'imagination comme puissance cr&#233;atrice ne signifie pas que ce (qui) que ? fait l'imagination soit une actualisation de ce qui est d&#233;j&#224; en puissance. C'est une activit&#233; qui rend pr&#233;sent ce qui n'est pas ou ce qui n'&#233;tait pas l&#224;. Il s'agit d'une imagination qui n'est pas simplement la capacit&#233; de pr&#233;senter ou de se repr&#233;senter des images, c'est une imagination qui est elle-m&#234;me ce qui cr&#233;e ou r&#233;alise les images. Comme nous l'avons d&#233;j&#224; remarqu&#233; &#224; propos de sympt&#244;mes, l'imagination est incarn&#233;e dans le corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;58 Castoriadis, La d&#233;couverte de l'imagination, in Domaines de l'homme, op. cit., p. 327-363.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;59 Castoriadis, Domaines de l'homme. Seuil, Paris 1978, p. 345-346.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;60 Dans l'&#339;uvre de Castoriadis il n' y a pas un examen en profondeur de la sexualit&#233; humaine. On trouve des r&#233;f&#233;rences tr&#232;s pertinentes sur le sujet, bien s&#251;r, mais pas un d&#233;veloppement ou un essai de th&#233;matisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;61 Freud, Trois essais sur la th&#233;orie de la sexualit&#233;, Gallimard, coll. Id&#233;es, Paris, 1962.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;62 IIS, p. 454.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;63 Rastier F, Sciences de la culture et post-humanit&#233; 2004, texto en ligne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;64 Cit&#233; par Rastier F, opus, cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Le sujet de la m&#233;connaissance</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?397-le-sujet-de-la-meconnaissance</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?397-le-sujet-de-la-meconnaissance</guid>
		<dc:date>2010-09-26T15:12:30Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Cr&#233;ation sociale-historique</dc:subject>
		<dc:subject>Gauchisme</dc:subject>
		<dc:subject>Relativisme</dc:subject>
		<dc:subject>Revolution</dc:subject>
		<dc:subject>Avant-gardisme</dc:subject>
		<dc:subject>Religion</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>Primitivisme</dc:subject>
		<dc:subject>Narodetzki J.-F.</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Anthropologie</dc:subject>
		<dc:subject>Article</dc:subject>
		<dc:subject>Pal&#233;o-marxismes</dc:subject>
		<dc:subject>Pseudo-subversion</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Nous venons de perdre un camarade, un copain, un ami. Jean-Franklin est mort vendredi 22 ao&#251;t 2014, et tout s'est assombri. Notre travail ne serait pas le m&#234;me sans ses critiques, ses d&#233;saccords, ses encouragements continus, son inextinguible rage contre l'injustice et la b&#234;tise, ses appels &#224; ne cesser de les combattre sous aucun pr&#233;texte. Ses derniers propos &#233;taient des exhortations &#224; la vie qui continue et recommence. On retrouve sans peine le son de sa voix lorsqu'il &#233;crit : &#171; la (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-6-psychanalyse-+" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-28-creation-+" rel="tag"&gt;Cr&#233;ation sociale-historique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-31-gauchisme-+" rel="tag"&gt;Gauchisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-42-relativisme-+" rel="tag"&gt;Relativisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-57-revolution-+" rel="tag"&gt;Revolution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-59-avant-gardisme-+" rel="tag"&gt;Avant-gardisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-79-religion-+" rel="tag"&gt;Religion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-81-philosophie-+" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-88-primitivisme-+" rel="tag"&gt;Primitivisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-97-narodetzki-j-f-+" rel="tag"&gt;Narodetzki J.-F.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-110-anthropologie-+" rel="tag"&gt;Anthropologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-114-paleo-marxismes-+" rel="tag"&gt;Pal&#233;o-marxismes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-116-pseudo-subversion-+" rel="tag"&gt;Pseudo-subversion&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;Nous venons de perdre un camarade, un copain, un ami.&lt;br class='manualbr' /&gt;Jean-Franklin est mort vendredi 22 ao&#251;t 2014, et tout s'est assombri.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Notre travail ne serait pas le m&#234;me sans ses critiques, ses d&#233;saccords, ses encouragements continus, son inextinguible rage contre l'injustice et la b&#234;tise, ses appels &#224; ne cesser de les combattre sous aucun pr&#233;texte. Ses derniers propos &#233;taient des exhortations &#224; la vie qui continue et recommence.&lt;br class='manualbr' /&gt;On retrouve sans peine le son de sa voix lorsqu'il &#233;crit : &#171; &lt;i&gt;la barbarie o&#249; nous sommes fait du refus de ce monde une exigence &#233;thique, plus exactement : une ultime fa&#231;on de conserver notre humanit&#233;. Que cela marche ou pas est une autre question.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Tout ceux qui cherchent l'&#233;mancipation viennent de perdre un des leurs.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?756-a-jean-franklin' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Nous lui avons rendu hommage&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Texte de Jean-Franklin NAROT-NARODETZKI paru dans la revue &#171; L'homme et la soci&#233;t&#233; &#187;, n&#176;101, 1991&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Texte repris dans le recueil &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?1208-Mai-68-et-ses-falsifications' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Mai 68 et ses falsifications ult&#233;rieures &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, octobre 2025.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Postulats de l'imaginaire r&#233;volutionnaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Sur cela nous avons v&#233;cu, sur cela nous avons fait fond, de cela nous nous sommes nourris, n&#233;buleuse conceptuelle, tr&#233;sor des r&#233;f&#233;rences partag&#233;es, grenier &#224; ic&#244;nes de la critique sociale : les multitudes domin&#233;es/exploit&#233;es, en quelque lieu &#233;vanescent de leur &#234;tre (lieu toujours se d&#233;robant quoique constamment &#224; port&#233;e de main consciente), ha&#239;ssent, ne peuvent que ha&#239;r le sort odieux qui leur est fait, elles veulent leur &#233;mancipation - elles la veulent au moins virtuellement, d'un savoir-vouloir qui n'est sans doute pas advenu mais adviendra par la force des choses, et si la conscience et le vouloir refusant de &#171; m&#251;rir &#187; viennent &#224; faire d&#233;faut, alors l'objectivit&#233; des &#171; conditions &#187; poussera t&#244;t ou tard, n&#233;cessit&#233; historique et &#171; mouvement r&#233;el &#187; obligent, les masses asservies par les chemins de la libert&#233;, par les avenues de l'&#233;mancipation humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Postulats fondateurs ais&#233;ment identifiables :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. L'oppression, l'exploitation, voire l'ali&#233;nation sont l'oeuvre des classes dominantes, elles sont passivement subies par les classes domin&#233;es : ces derni&#232;res ne sauraient participer - si ce n'est malgr&#233; elles, ainsi que des Alsaciens - comme agents &#224; l'existence de ce dont elles sont &lt;i&gt;victimes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Les victimes aspirent, quand ce ne serait qu'&#224; leur insu, &#224; cesser d'&#234;tre telles. Si elles n'acc&#232;dent point spontan&#233;ment &#224; cette aspiration, &#224; cette vis&#233;e, elles la contiennent n&#233;anmoins au titre d'un possible, d'un germe ou d'un embryon qu'il revient aux plus &#233;clair&#233;s, aux plus &#171; conscients &#187; des membres de &#171; la classe &#187; de contribuer &#224; &#171; accoucher &#187;, d&#233;velopper, actualiser, faire &#234;tre : increvable reliquat ma&#239;eutique chez le militant et dans toute avant-garde. Ceux -situationnistes, rares libertaires ou ultra-gauches - qui ont rejet&#233; cette posture n'ont pu que s'en remettre aux vertus mutatives de la V&#233;rit&#233; - &#171; seule la v&#233;rit&#233; est r&#233;volutionnaire &#187;, etc. - et miser sur le seul engendrement plus ou moins direct d'une conscience critique par les &#171; conditions dominantes &#187; : le prol&#233;taire, &#233;ventuellement instruit de l'action &#171; exemplaire &#187; de quelques &#171; minorit&#233;s agissantes &#187;, par l'intelligence de son statut, deviendrait &#171; dialecticien &#187;, donc r&#233;volutionnaire anti-capitaliste et anti-bureaucratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Les domin&#233;s / exploit&#233;s / victimes du syst&#232;me n'ont, rien &#224; perdre (&#171; que leurs cha&#238;nes &#187;) ; du moins ont-ils tout &#224; gagner d'une abolition de l'ordre social &#233;tabli et de son remplacement par une soci&#233;t&#233; sans classes, sans hi&#233;rarchie, sans oppression, par leur libre association dans un cadre mondial &#233;galitaire et autogestionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Il y a continuit&#233;, implication r&#233;ciproque, &#233;quivalence entre la &lt;i&gt;conscience&lt;/i&gt; critique (&#171; conscience de classe &#187;) ainsi pos&#233;e /suppos&#233;e - que sa formation soit jug&#233;e d&#233;pendante d'un proc&#232;s cumulatif au long cours ou rapport&#233;e &#224; la soudainet&#233; de quelque &#034;saut qualitatif en situation critique -, entre cette lucidit&#233; r&#233;flexive et la &lt;i&gt;volont&#233;&lt;/i&gt; r&#233;volutionnaire. Reconna&#238;tre, comprendre, savoir et le sort que l'on subit et la logique globale du syst&#232;me social, c'est aussi et du m&#234;me coup vouloir autre chose, aspirer &#224; un sort autre comme &#224; un monde autre (1) : postulat du &lt;i&gt;d&#233;sir&lt;/i&gt; (n&#233;gativement) ad&#233;quat &#224; l'&#234;tre, (n&#233;gativement) conforme &#224; celui-ci, qui rec&#232;le une c&#233;cit&#233;, obstin&#233;e et terrible, quant au d&#233;sir, justement, il soutient l'encha&#238;nement des cons&#233;quences qui relie sans solution de continuit&#233;, qui soude l'une &#224; l'autre l'appartenance ou la &lt;i&gt;position&lt;/i&gt; dans l'espace social et la conception du, ou l'adh&#233;sion au, &lt;i&gt;projet&lt;/i&gt; r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Il y a semblablement &lt;i&gt;co&#239;ncidence&lt;/i&gt; entre cette position r&#233;elle dans les rapports sociaux, cette appartenance effective, reconnue comme telle, et la &#171; position &#187; &lt;i&gt;imaginaire&lt;/i&gt; de chacun. De la r&#233;alit&#233; sociale, structurelle et quotidienne, &#224; la r&#233;alit&#233; psychique, il ne peut exister, l&#224; encore, qu'une relation d'&lt;i&gt;ad&#233;quation&lt;/i&gt;, actuelle ou virtuelle : nul ne saurait &#234;tre &#233;ternellement tra&#238;tre &#224; soi-m&#234;me, la n&#233;cessit&#233; objective et l'int&#233;r&#234;t ram&#232;neront le fantasme de l'&#233;gar&#233; &#224; la raison de son &#234;tre social. Sous de tels auspices, la passivit&#233;, la complaisance, le refus de r&#233;volution, les aspirations conservatrices ou r&#233;actionnaires, en un mot l'adh&#233;sion au syst&#232;me de la part de ceux qui sont suppos&#233;s en p&#226;tir est un scandale logique (et &#233;thique), une erreur provisoire et finalement un myst&#232;re qu'on pr&#233;tendra dissiper au moyen de ces explications proprement &lt;i&gt;magiques&lt;/i&gt; que tant d'aveugles opini&#226;tres ont si longtemps gob&#233;es : l'id&#233;ologie que les bourgeois arm&#233;s d'invisibles clyst&#232;res injectent dans les entrailles des prol&#233;taires, la diabolique &#171; mystification &#187; exerc&#233;e par les premiers sur les seconds candides et d&#233;sempar&#233;s, la cr&#233;ation de &#171; faux besoins &#187;, la &#171; crise &#187; (allez donc voir comment on vit dans le tiers-monde, et revenez nous dire, si vous l'osez encore, qu'une &#171; crise &#233;conomique &#187; s&#233;vit ici dont l'&#226;pret&#233; cause la soumission des peuples occidentaux), les charmes empoisonn&#233;s de la consommation, que sais-je encore...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. L'&#233;trang&#233;it&#233; &#224; soi-m&#234;me, la disparition ou le d&#233;faut - dans le sillage de la d&#233;shumanisation - de la conscience des conditions v&#233;cues et des exigences historiques qui en d&#233;coulent sont pris en compte sous le vocable &lt;i&gt;ali&#233;nation&lt;/i&gt; pour donner sens, parmi d'autres ph&#233;nom&#232;nes, &#224; ce fait que les hommes semblent lutter contre leurs propres int&#233;r&#234;ts (ceux du moins qu'on leur attribue au double titre de leur &#234;tre g&#233;n&#233;rique et de leur condition pr&#233;sente). Etat ou processus, l'implication imm&#233;diate du concept est identiquement l'existence inalt&#233;r&#233;e d'un noyau essentiel d'humanit&#233; - positivit&#233; grosse de volont&#233; d'&#233;mancipation ou de d&#233;s-ali&#233;nation, g&#233;n&#233;rant la n&#233;gation de sa propre n&#233;gation par le syst&#232;me -noyau que les actuels &#171; ali&#233;n&#233;s &#187; sont appel&#233;s &#224; r&#233;cup&#233;rer en m&#234;me temps que leur capacit&#233; d'agir en ad&#233;quation avec leur &#234;tre g&#233;n&#233;rique et en r&#233;action contre son actuelle n&#233;gation : une essence humaine est vou&#233;e &#224; (re)surgir via la r&#233;volte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Dans tous les cas de figure, si aspiration r&#233;volutionnaire il y a -actuelle ou en puissance - elle concerne &#233;galement chacun de ceux qui partagent le m&#234;me sort : le projet r&#233;volutionnaire n'est concevable que sur fond de solidarit&#233; et de r&#233;ciprocit&#233; entre les victimes (fond&#233;es sur l'identit&#233; de leur condition), chacune reconnaissant &#224; l'autre-semblable -et voulant pour lui - le m&#234;me droit &#224; l'&#233;mancipation qu'elle revendique pour elle-m&#234;me. Pacte social implicite qui semble aller de soi, il repose tout entier sur le cr&#233;dit qu'on accorde au jeu r&#233;put&#233; &#233;vident de l'int&#233;r&#234;t commun transcendant les vis&#233;es individuelles : l'opprim&#233; con&#231;oit et trouve, en droit comme en fait, son propre bien dans le bien de l'autre opprim&#233; - son fr&#232;re, son double (2). Ce qui nous renvoie aux postulats pr&#233;c&#233;dents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un si&#232;cle et plus d'histoire du mouvement ouvrier, le cinq ou six derni&#232;res d&#233;cennies du monde occidental ont assez montr&#233; ce que valent ces id&#233;es re&#231;ues. Ce sont autant d'apories de l'imaginaire r&#233;volutionnaire et autant d'entraves mises &#224; l'intelligence critique de l'ordre social, donc &#224; toute conception de son bouleversement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, si chacune de ces b&#233;vues prises une par une peut d&#233;sormais appara&#238;tre clairement comme telle, on n'a gu&#232;re explor&#233; jusqu'ici la logique qui les gouverne toutes. Voici ce qu'&#224; bien les examiner on discerne pourtant sans difficult&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun de ces postulats constitue un moment du &lt;i&gt;concept de sujet, chacun correspond &#224; quelqu'un des pr&#233;dicats appartenant &#224; la d&#233;finition classique (rationaliste) du sujet de la conscience&lt;/i&gt; : identit&#233; &#224; soi-m&#234;me, permanence intangible d'un noyau substantiel par-del&#224; les attributs ou les accidents ; pr&#233;sence &#224;, ma&#238;trise et possession de soi-m&#234;me dans l'exercice de la raison et de la connaissance ; r&#233;flexivit&#233;, coh&#233;rence, unit&#233; d'&#234;tre ou indivision de la personne : entre d&#233;sir et besoin, entre aspirations et d&#233;sir, entre int&#233;r&#234;t et d&#233;sirs, entre diff&#233;rents &#233;l&#233;ments du self, entre &#234;tre social et r&#233;alit&#233; psychique, entre pens&#233;e et activit&#233;, entre &#171; facult&#233;s &#187; de l'&#226;me, entre intentions, tendances ou souhaits. Tout cela, sinon actuellement du moins en puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fantastique &lt;i&gt;arraisonnement&lt;/i&gt; de la psych&#233; dans / par le projet r&#233;volutionnaire recueillant toute la m&#233;taphysique occidentale de la subjectivit&#233; : les hommes sont ou seront &lt;i&gt;l&#224; o&#249; on les attend&lt;/i&gt;, i.e. l&#224; o&#249; leurs coordonn&#233;es sociales les assignent &#224; r&#233;sidence ontologique, somm&#233;s qu'ils sont de co&#239;ncider avec l&#233; r&#244;le, la fonction et la mission que leur d&#233;finition &#233;conomico-politique leur impartit. Mais l'op&#233;ration comporte cet autre aspect, d&#233;cisif quant aux illusions subs&#233;quentes : percevoir, se repr&#233;senter sous les esp&#232;ces de l'&lt;i&gt;ensemble&lt;/i&gt;, de l'homog&#233;n&#233;it&#233; des &#233;l&#233;ments, de l'identit&#233; et de la coh&#233;sion, avec toutes les qualit&#233;s qui s'ensuivent, une multiplicit&#233; d'&#234;tres, d'individus, de singularit&#233;s &lt;i&gt;ipso facto&lt;/i&gt; subsum&#233;es par la cat&#233;gorie du sujet. C'est &#224; travers le prisme, c'est sous la dominance du sch&#232;me subjectif, ramen&#233;s &#224; sa factice unit&#233; th&#233;tique, fusionn&#233;s comme autant de parties &#233;quivalentes d'un tout, comme autant de composantes interchangeables et additives d'une somme, que sont pens&#233;es (plut&#244;t : d&#233;ni&#233;es) des millions d'individualit&#233;s incarc&#233;r&#233;es dans un concept - celui de classe, parfois de peuple - et totalis&#233;es au nom de leurs communes coordonn&#233;es sociologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les ouvriers savent que... &#187;, &#171; les ouvriers veulent que... &#187;, &#171; le prol&#233;tariat lutte pour... &#187;, &#171; les peuples du tiers-monde aspirent &#224;... &#187;, &#171; la classe ouvri&#232;re a compris que... &#187; (3) : tous ces &#233;nonc&#233;s et leurs variantes t&#233;moignent de cette m&#234;me fureur unificatrice et sujectivante. Car comment unifier ou totaliser de la sorte, sinon en r&#233;f&#233;rence &#224; la cat&#233;gorie du sujet ; &#224; quoi attribuer intelligence, vouloir, savoir, m&#233;moire, r&#233;flexivit&#233;, capacit&#233; de n&#233;gation et de projet, coh&#233;rence globale des divers &#233;tats, facult&#233;s, passions et manifestations - sinon &#224; un &lt;i&gt;sujet&lt;/i&gt; ? Assur&#233;ment pas n'importe lequel : le sujet de la tradition rationaliste, le sujet monolithique et monovalent de la conscience, comme d&#233;j&#224; dit Auquel on r&#233;duit tout d'abord - telle est la d&#233;marche implicite - chaque individu particulier. Puis vient le second temps logique de l'op&#233;ration &#233;voqu&#233; &#224; l'instant : comme dans la gravure du Leviathan de Hobbes, une multitude de sujets compose un corps unique - &#224; ceci pr&#232;s que ce corps n'est plus celui du souverain mais celui du &#171; peuple &#187;, du &#171; prol&#233;tariat &#187;, qu'hypostasient comme Sujet (d'ailleurs virtuellement souverain) les innombrable petits sujets assembl&#233;s/rassembl&#233;s pour en tracer la figure, jeu de miroirs o&#249; chaque prol&#233;taire se voit infiniment multipli&#233;. Chacun d'entre eux, pourrait-on dire aussi de cette s&#233;quence imaginaire, est comme la mati&#232;re aristot&#233;licienne consid&#233;r&#233;e en tant qu'elle permet &#224; la forme de s'accomplir en elle : &lt;i&gt;hupokeim&#233;n&#232; hul&#232;&lt;/i&gt;, o&#249; Aristote emploie le terme m&#234;me qui lui sert couramment &#224; d&#233;signer le &lt;i&gt;sujet&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;hupokeim&#233;non&lt;/i&gt; ; support, de qualit&#233;s ou d'affections). Violence du concept, violence que l'Un, en son immortelle puissance d'illusion, fait subir au multiple : ramener &#224; sa propre simplicit&#233; l'imma&#238;trisable divers. Et c'est bien de ma&#238;trise qu'il est ici question : celle de l'histoire, pour commencer, et peut-&#234;tre celle des hommes ainsi &lt;i&gt;saisis&lt;/i&gt; dans et par la cat&#233;gorie, interpell&#233;s depuis celle-ci (4).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours est-il que ce second moment consiste &#224; tenir pour composant un sujet unique, sentant, pensant, voulant, agissant comme un seul, une infinit&#233; de personnes, &#224; les subsumer en lui : geste princeps de l'imaginaire socio-politique (les repr&#233;sentations institu&#233;es du social, dont la r&#233;volutionnaire, &#224; cet &#233;gard, jamais n'a su se distinguer ; le pouvait-elle ?) qui d&#233;nie simultan&#233;ment ce qui s&#233;pare les ego entre eux et ce qui les divise int&#233;rieurement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point de convergence et aboutissement des deux moments de la construction : le &lt;i&gt;sujet de l'histoire&lt;/i&gt;. La multitude des sujets se ramasse en soi, se regroupe en un Sujet collectif pour se faire agent conscient de sa propre histoire enfin ma&#238;tris&#233;e (en attendant de s'offrir la fin de l'histoire avec l'&#233;radication des conflits (sociaux) dans un degr&#233; sup&#233;rieur de la communaut&#233; humaine), ma&#238;tre et possesseur tout-conscient (&lt;i&gt;Allesbewusstsein&lt;/i&gt;) de son propre devenir, comme l'homme cart&#233;sien devait l'&#234;tre de la nature. L&#224; encore, l'autonomie, l'auto-gestion de sa propre vie ou de son propre destin (mais l'id&#233;e est d'en finir, justement, avec le destin) est l'aspiration attribu&#233;e aux &#171; masses &#187; d&#233;poss&#233;d&#233;es de tout pouvoir Sur l'ordonnancement de leur existence. Mieux : elle est, hors toute suspecte consid&#233;ration de l'&#171; &#226;me &#187; desdites masses, ce qui d&#233;coule par n&#233;cessit&#233; - &#171; objectivement &#187; et imm&#233;diatement - de leur situation. Mais la vis&#233;e d'autonomie, de libert&#233; est d'abord ce qui entre, comme partie &#233;minente du concept, dans la d&#233;finition (positive) du Sujet&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux remarques &#224; cet endroit s'imposent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour lever une &#233;quivoque, en premier lieu. Ce qui pr&#233;c&#232;de ne vaut pas critique des id&#233;es de libert&#233; ou d'autonomie en tant que telles, lesquelles, contrairement &#224; Jacques Lacan, ne me font pas &#171; rire &#187; (5). Elles ne faisaient d'ailleurs pas rire non plus un certain Freud qui comptait, si prudemment que ce f&#251;t, l'une et l'autre au nombre des finalit&#233;s de la cure (6). Et relevons au passage, sans intention aucune de gommer des diff&#233;rences, voire des oppositions d&#233;finitivement insurmontables, que la r&#233;cup&#233;ration de l'histoire propre - dans sa dimension exclusivement personnelle, certes - est aussi un th&#232;me &lt;i&gt;freudien&lt;/i&gt;. Quoi qu'il en soit, l'objet de ma critique est autre : non pas la r&#233;f&#233;rence &#224; une autonomie possible, mais le traitement na&#239;f de celle-ci comme attribut de l'essence humaine, comme vis&#233;e effective indissociable d&#233; l'humanit&#233; virtuellement retrouv&#233;e. S'il est une chose qu'un regard un tant soi peu lucide sur l'histoire des deux derniers si&#232;cles donne clairement &#224; voir, c'est bien le refus des hommes de prendre en charge leur propre sort, c'est bien leur cramponnement &#224; l'infantilisme, si rarement, si passag&#232;rement d&#233;mentis. (Ce qui n'est pas dire : impossibles &#224; d&#233;passer.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A propos de Marx, maintenant, pour noter qu'il a tr&#232;s t&#244;t flair&#233;, sans en tirer pourtant les cons&#233;quences pour lui-m&#234;me parce qu'il ne voulait y voir qu'une possible m&#233;sintelligence de sa th&#233;orie, les effets de leurre qu'une telle conceptualisation in&#233;vitablement charrie. Ainsi peut-on lire dans &lt;i&gt;L'Id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt; (1845), juste apr&#232;s un expos&#233; du but de la r&#233;volution communiste en terme de domination consciente de leur activit&#233; par les hommes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Cette conception peut &#234;tre &#224; son tour con&#231;ue d'une mani&#232;re sp&#233;culative et id&#233;aliste, i.e. fantastique, comme 'g&#233;n&#233;ration du Genre par lui-m&#234;me (la 'soci&#233;t&#233; en tant que sujet') et par l&#224;, m&#234;me la s&#233;rie successive des individus en rapport les uns avec les autres peut &#234;tre repr&#233;sent&#233;e comme un individu unique qui r&#233;aliserait ce myst&#232;re de s'engendrer lui-m&#234;me. &#187; (7)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais tout au plus suffit-il de retrancher de cette &#171; sp&#233;culation &#187; l'&lt;i&gt;auto-engendrement&lt;/i&gt; pour la rendre aussit&#244;t applicable au prol&#233;tariat-sujet-de-l'histoire, &#224; cette classe-sujet qu'un Lukacs, en cela nullement infid&#232;le &#224; Marx, campera de la sorte :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le prol&#233;tariat est le sujet-objet identique du processus historique, i.e. le premier sujet, au cours de l'histoire, &#224; &#234;tre (objectivement) capable d'une conscience sociale ad&#233;quate. &#187;(8)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc sujet l&#224; encore caract&#233;ris&#233; par son indivision, &#224; l'instar de l'individu : quoique pluriel, quoique collectif, il partage le m&#234;me privil&#232;ge d'unit&#233;/identit&#233; &#224; soi (9). Quant au parti, foyer et m&#233;diateur supr&#234;me de la Conscience, il sera tout cela &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; ou par excellence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le social dans l'imaginaire psychanalytique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au risque de souffrir les foudres des h&#233;ritiers professionnels, auxquels je ferai seulement observer que leur art procure, sous le sceau de la filiation compulsivement c&#233;l&#233;br&#233;e, l'un des meilleurs moyens de st&#233;riliser la lecture de Freud, voici quelques consid&#233;rations impies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De prime abord, rien de commun chez Freud avec ce qui pr&#233;c&#232;de. La division interne du sujet est reconnue. Le jeu du d&#233;sir, la dynamique des identifications sont d&#233;couverts comme non-co&#239;ncidence du sujet avec son &#234;tre conscient, avec son discours et son savoir. Place est enfin faite &#224; ceci qui d&#233;fait de l'int&#233;rieur les vis&#233;es les plus r&#233;solues, les projets le mieux fond&#233;s : l'ambivalence, la culpabilit&#233;, le masochisme et la haine de soi, le retour du refoul&#233;, la r&#233;p&#233;tition, tout le mortif&#232;re dans l'homme et son app&#233;tence pour cela. Place aussi - et place sans doute excessive si le constat, comme trop souvent, se veut argument dirimant contre toute perspective de changement - aux mises narcissiques qui, de rivalit&#233; en haine de l'autre, divisent et opposent, par psychique nature, les hommes entre eux. Place enfin, identiquement accentu&#233;e, &#224; l'amour du ma&#238;tre et de l'asservissement, au plaisir, enracin&#233; dans l'indestructible infantile, d'&#234;tre domin&#233; (et de dominer) ; &#224; la demande d'&#234;tre dirig&#233;, gouvern&#233;, pris en charge - passions de l'h&#233;t&#233;ronomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien donc, en ce pessimisme freudien &#224; l'envi et complaisamment soulign&#233;, qui se puisse concilier avec les repr&#233;sentations optimistes quant &#224; l'humain o&#249; s'arrime la tradition r&#233;volutionnaire et qui furent, pour ne parler que de lui, celles qu'un Marx fit siennes. Les hommes, contrairement &#224; ce qu'ils pr&#233;tendent, ne veulent spontan&#233;ment ni la libert&#233; collective ni le &#171; bonheur &#187;, auquel ils ne sont aptes qu'&#233;pisodiquement (10), duquel ils ne peuvent que s'efforcer de se rapprocher (11), doublement barr&#233; qu'est leur acc&#232;s &#224; l'&#233;tat de bonheur par la &lt;i&gt;Kulturversagung&lt;/i&gt; (12) (le refus de satisfaction oppos&#233; par la &lt;i&gt;Kultur&lt;/i&gt; aux pulsions des individus : inceste, meurtre du p&#232;re et certaines des pulsions partielles), d'un c&#244;t&#233; ; par Thanatos (la pulsion de mort) (13) et la culpabilit&#233;, de l'autre c&#244;t&#233;. La division comme conflit intra-psychique, la division comme discorde - division sociale constitutive, par-del&#224; ou plus exactement avant toute partition en classes : cette &#171; hostilit&#233; d'un seul contre tous et de tous contre un seul [qui] s'oppose au programme de la civilisation &#187; (14) - sont les deux donn&#233;es ind&#233;passables (m&#234;me si les rigueurs de la seconde sont amendables) de la condition humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacune de ces th&#232;ses, la th&#233;orie dans son ensemble battent en br&#232;che la majeure part des postulats que nous avons vus, tous fond&#233;s sur les pr&#233;dicats du sujet d&#233; la conscience, et elles interdisent, sans appel ni contournement possible, que s'hypostasie un Sujet collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que l'on y regarde pourtant d'un peu plus pr&#232;s, et les choses s'av&#233;reront moins tranch&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne manquera pas de m'objecter que je simplifie, dans ce qui suit, la pens&#233;e de Freud, que je fais liti&#232;re de sa complexit&#233;. Telle est en effet la construction du texte chez lui : reprises inlassables, corrections, d&#233;veloppements multiples apport&#233;s, &#224; la lumi&#232;re de sa pratique, aux premi&#232;res moutures, laissant subsister &#231;a et l&#224; mille incompatibilit&#233;s, zones d'ombre ou maillons manquants, presque toujours f&#233;conds car donnant &#224; penser, incitant ses lecteurs &#224; &#233;laborer ce qui justement fait d&#233;faut ou que le texte a laiss&#233; en friche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est point faire &#224; ce texte une violence distincte de celle, n&#233;cessaire, qui accompagne toute vue d'ensemble d'une oeuvre que d'en retenir ce qui y &lt;i&gt;pr&#233;vaut&lt;/i&gt; parce que s'y r&#233;p&#233;tant, nonobstant des assertions parfois contraires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, voici ce qui se trouve &#234;tre &lt;i&gt;pr&#233;valent&lt;/i&gt; dans la pens&#233;e dite sociologique de Freud, soit un nombre tr&#232;s restreint de sch&#233;mas interpr&#233;tatifs syst&#233;matiquement mis &#224; contribution - appliqu&#233;s par lui chaque fois qu'il entend rendre compte de ph&#233;nom&#232;nes collectifs - et dont l'ensemble ne constitue rien de moins que son &lt;i&gt;mode d'appr&#233;hension propre&lt;/i&gt; du social et de l'histoire collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. &lt;i&gt;La fiction de la horde primitive&lt;/i&gt;. Le coup d'envoi th&#233;orique, donn&#233; avec &lt;i&gt;Totem et tabou&lt;/i&gt; (1912), jamais ne se d&#233;mentira (15) quand au fond, malgr&#233; plusieurs retouches. Il s'agira d&#232;s lors, quant au principe, de faire jouer le sch&#232;me oedipien comme prototype suffisant &#224; rendre compte tant de la gen&#232;se que du devenir des formes effectives de l'&#234;tre-ensemble, voire de toutes les configurations possibles, indistinctement pass&#233;es, pr&#233;sentes ou futures, du collectif. S'engendre l&#224; une &lt;i&gt;anthropologie&lt;/i&gt; &lt;i&gt;fantastique&lt;/i&gt; (comme est fantastique l'anatomie dans l'hyst&#233;rie) dont les termes s'ordonnent &#224; la th&#232;se princeps du meurtre du p&#232;re. Cette anthropologie se soutient d'une cha&#238;ne d'&#233;quivalences qui m&#232;ne du p&#232;re &#224; l'Etat en passant par le(s) chef(s), ne con&#231;oit de groupe que structur&#233; par la figure d'un P&#232;re devant qui les membres sont autant de fils, et pr&#233;tend fournir avec cela la clef des m&#233;canismes de pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. &lt;i&gt;Le social comme agr&#233;gat&lt;/i&gt;. L'ensemble socialis&#233;, le collectif n'est pas donn&#233; &#224; l'origine : il se constitue (en quatre temps succ&#233;dant &#224; l'&#233;tat de horde : patricide/fratricide/pacte des fr&#232;res et interdit de l'inceste/r&#232;gne des chefs) &#224; partir de ce &lt;i&gt;primum movens&lt;/i&gt; qu'est le meurtre du p&#232;re. C'est bien son &lt;i&gt;&#233;mergence&lt;/i&gt; qui est &#224; expliquer pour Freud, ce en vue de quoi &lt;i&gt;Totem et tabou&lt;/i&gt; est r&#233;dig&#233;. Comment se trouve agr&#233;g&#233;, pour la premi&#232;re fois, ce qui aurait &#233;t&#233; auparavant s&#233;par&#233; en unit&#233;s individuelles (ou familiales) ; comment ce lien formant communaut&#233; et soci&#233;t&#233; est-il possible - telle est la question que Freud pose et affronte, tels en sont les termes (16).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ces termes, &lt;i&gt;Psychologie des masses et analyse du moi&lt;/i&gt; (1921) apportera sans doute certaines complexit&#233;s absentes du sch&#233;ma de 1912 qui donnait pour situation originaire, pour donn&#233;e proto-humaine premi&#232;re, l'individu et sa psychologie incarn&#233;e par le p&#232;re-tyran de la horde (&lt;i&gt;absolute Narcisse&lt;/i&gt;) et campait les fils dans une a-socialit&#233; rivalitaire et asservie. Freud y semble en effet percevoir le caract&#232;re intenable de son point de d&#233;part, puisqu'il note :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; la psychologie de la masse est la plus ancienne psychologie de l'homme ; ce que nous avons isol&#233; en tant que psychologie individuelle, en n&#233;gligeant tous les r&#233;sidus de la masse, ne s'est d&#233;gag&#233; que plus tard de l'ancienne psychologie des masses, progressivement et pour ainsi dire d'une mani&#232;re qui n'a jamais &#233;t&#233; que partielle &#187; (17).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est pour indiquer, au paragraphe suivant, que :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; cette affirmation appelle une correction. La psychologie individuelle, bien plut&#244;t, est n&#233;cessairement tout aussi ancienne que la psychologie des masses, car d&#232;s le d&#233;but il y eut deux sortes de psychologie, celle des individus en masse et celle du p&#232;re, du chef, du meneur &#187; (18).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la seconde se distinguant par son narcissisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres pages, d'autres passages vont encore dans le sens d'une rectification de Totem et tabou :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; il faut donc qu'il y ait une possibilit&#233; de transformer la psychologie de la masse en psychologie individuelle &#187; (19).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; dans le d&#233;veloppement psychique de l'humanit&#233;, le moment o&#249; s'est r&#233;alis&#233;, &#233;galement pour l'individu pris isol&#233;ment [&lt;i&gt;Einzelne&lt;/i&gt;], le progr&#232;s que constitue le passage de la psychologie des masses &#224; la psychologie individuelle &#187; (20).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Le mythe [du h&#233;ros] est donc le pas qui permet &#224; l'individu de sortir de la psychologie des masses &#187; (21).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Mais de ces notations, il faut tout d'abord relever qu'elles c&#244;toient maintes affirmations oppos&#233;es, comme si Freud &#224; la fois tenait compte de ce qui objecte &#224; sa conception premi&#232;re et ne pouvait en tenir compte d'efficiente mani&#232;re, c'est-&#224;-dire en l'int&#233;grant &#224; sa th&#233;orie pour y produire des effets qui la modifieraient. Ensuite, que plusieurs textes, dont certains sont tardifs, reprennent et confirment l'id&#233;e d'une pr&#233;cession chronologique, dans l'histoire de l'humanit&#233;, de l'&#171; individu isol&#233; &#187; ou &#171; pris isol&#233;ment &#187;. Ainsi peut-on lire dans &lt;i&gt;Malaise&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La vie en commun ne devient possible [elle ne l'&#233;tait donc pas auparavant !] que lorsqu'une pluralit&#233; parvient &#224; former un groupement plus puissant que ne l'est lui-m&#234;me chacun de ses membres et &#224; maintenir une forte coh&#233;sion en face de tout individu pris en particulier. La puissance de cette communaut&#233;, en tant que 'Droit' s'oppose alors [alors seulement] &#224; celle de l'individu, fl&#233;trie du nom de force brutale. En op&#233;rant cette substitution, la civilisation fait un pas d&#233;cisif. Son caract&#232;re essentiel r&#233;side en ceci que les membres de la communaut&#233; limitent leurs possibilit&#233;s de plaisir alors que l'individu isol&#233; ignorait toute restriction de ce genre. &#187; (22)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suite n'est pas plus ambigu&#235; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La libert&#233; individuelle n'est donc nullement un produit culturel [!]. C'est avant toute Civilisation [?] qu'elle &#233;tait la plus grande, mais aussi sans aucune valeur le plus souvent, car l'individu n'&#233;tait gu&#232;re en &#233;tat de la d&#233;fendre. &#187; (23)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, plus loin, parlant du processus de civilisation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; ce processus serait au service de l'Eros et voudrait, &#224; ce titre, &lt;i&gt;r&#233;unir des individus isol&#233;s&lt;/i&gt;, plus tard des familles, puis des tribus, des peuples ou des nations en une vaste unit&#233; : l'humanit&#233; m&#234;me &#187; (24).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#171; r&#233;pondrait &#224; cette modification du processus vital impos&#233; par l'Eros et rendue urgente par Anank&#232;, la n&#233;cessit&#233; r&#233;elle, &#224; savoir l'union d'&#234;tres humains isol&#233;s en une communaut&#233; ciment&#233;e par des relations libidinales r&#233;ciproques &#187; (25).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Freud d'&#233;voquer, comme fait de &#171; l'&#233;volution culturelle &#187;, du &#171; processus de civilisation &#187;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;l'agr&#233;gation des individus isol&#233;s&lt;/i&gt; en unit&#233; collective &#187; (26).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inutile de multiplier les citations attestant ces vues - elles sont l&#233;gions - et l'on ne trouvera chez Freud rien qui infirme vraiment cette repr&#233;sentation agr&#233;gative du social ; c'est la conception freudienne pivot et principielle du social, qui scinde l'histoire humaine en un &lt;i&gt;avant&lt;/i&gt; de la collectivit&#233; et un apr&#232;s &#224; constamment garantir contre l'action d&#233;liante de Thanatos (en tant que &#171; pulsions d'agression &#187; qui &#171; rendent difficile la coexistence des hommes et qui menacent sa continuation &#187; (27) - ces hommes &#171; qu'il est difficile de maintenir ensemble &#187; (28), toujours grosse d'un possible &lt;i&gt;retour&lt;/i&gt; de/&#224; la horde et la discorde, de/&#224; cet avant de la socialit&#233; que les forces unificatrices d'Eros ont pour t&#226;che civilisationnelle de conjurer. Le &#171; lien social &#187; n'a pas toujours &#233;t&#233; et s'expose sans rel&#226;che &#224; la d&#233;chirure (29).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 3. &lt;i&gt;La temporalit&#233; comme double r&#233;p&#233;tition&lt;/i&gt;. La r&#233;p&#233;tition est &#224; l'oeuvre sur deux plans : d'une part, l'ontogen&#232;se &#171; r&#233;capitule &#187; la phylogen&#232;se ; d'autre part, l'histoire humaine a son mode d'&#234;tre dans l'it&#233;ration du M&#234;me dont les avatars fournissent ses scansions essentielles &#224; cette histoire qui s'acharne &#224; reproduire (c'est ce en quoi elle consiste) un &#233;v&#233;nement fondateur, qu'il soit compris comme pass&#233; r&#233;el ou sc&#233;nario fantasmatique. Les deux plans se r&#233;fl&#233;chissent l'un l'autre :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Peut-&#234;tre [les] peuples r&#233;p&#232;tent-ils le d&#233;veloppement des individus. &#187; (30)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt; -&#171; [...] les ph&#233;nom&#232;nes religieux sont comparables aux sympt&#244;mes n&#233;vrotiques individuels, sympt&#244;mes qui nous sont bien connus en tant que r&#233;p&#233;titions d'&#233;v&#233;nements importants, depuis longtemps oubli&#233;s, survenus au cours de l'histoire primitive de la famille humaine. &#187; (31).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi le meurtre de Mo&#239;se, puis celui du Christ, &#233;v&#233;nements fondateurs de deux religions, sont-ils donn&#233;s pour r&#233;p&#233;titions, via les traces mn&#233;siques h&#233;r&#233;ditairement transmises, du meurtre du p&#232;re de la horde (32).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Universelle r&#233;p&#233;tition. Le temps du d&#233;veloppement individuel, &#224; partir des premiers refoulements, est sous-tendu par l'a-temporalit&#233; constitutive de l'inconscient - simultan&#233;it&#233; non-contradictoire et indestructible insistance des motions pulsionnelles comme des scenarii fantasmatiques les plus anciens - conf&#233;rant au pass&#233; individuel et anthropologique, si remani&#233; apr&#232;s-coup f&#251;t-il, un statut de pr&#233;sent permanent. Et l'histoire humaine, fig&#233;e dans la r&#233;p&#233;tition des &#233;v&#233;nements collectifs originaires, offre sa vaste sc&#232;ne aux instances de la psych&#233; pour qu'interminablement elles y rejouent leur drame, transposant (transf&#233;rant et projetant) l&#224; leurs conflits. L'histoire : &#171; immobile &#224; grands pas &#187;, comme la statue d'Achille (Paul Val&#233;ry).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, le temps social ne se distingue pas du temps psychique-individuel, et sa forme est celle d'un perp&#233;tuel (sinon &#233;temel) retour d'o&#249; la &lt;i&gt;cr&#233;ation&lt;/i&gt; historique, comme &#233;mergence du nouveau, semble pour l'essentiel exclue. Gu&#232;re de place dans la th&#233;orie freudienne, en effet, pour cette &#171; cat&#233;gorie du nouveau et par cons&#233;quent [pour] l'&#233;l&#233;ment cr&#233;ateur dans la vie de l'&#226;me &#187;, comme le notait Ludwig Binswanger, et cette absence resurgit au plan d'une histoire collective qui n'en finit plus de se boucler sur elle-m&#234;me. De sorte que la prise en consid&#233;ration de l'histoire tend &#224; se renverser en &#233;limination de l'historicit&#233;. Ce dont le cons&#233;quent imm&#233;diat ne fait pas myst&#232;re : la difficult&#233; de se repr&#233;senter quelque alt&#233;rit&#233; que de soit d'une r&#233;alit&#233; sociale qui a toujours pr&#233;valu et pr&#233;vaudra in&#233;luctablement, command&#233;e qu'elle est par une nature humaine immuable et trans- ou plut&#244;t m&#233;ta-historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Citons encore deux textes de &#171; maturit&#233; &#187; pour leur valeur illustrative quant au jeu de la r&#233;p&#233;tition dans l'histoire. Le premier &#233;nonce le principe de la transposition :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; [...] les &#233;v&#233;nements de l'histoire de l'humanit&#233;, les effets r&#233;ciproques entre nature humaine, &#233;volution culturelle et les retomb&#233;es de ces exp&#233;riences originaires dont la religion se pose comme le repr&#233;sentant [Vertretung] privil&#233;gi&#233;, ne sont que le reflet des conflits dynamiques entre moi, &#231;a et surmoi ; que la psychanalyse &#233;tudie les m&#234;mes processus, repris sur une sc&#232;ne plus vaste &#187; (33).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second en pr&#233;cise les termes, conf&#233;rant &#224; l'histoire humaine et &#224; l'&#233;volution d'une n&#233;vrose une temporalit&#233; identique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Traumatisme pr&#233;coce, d&#233;fense, latence, explosion de la n&#233;vrose, retour partiel du refoul&#233;, telle est [...] l'&#233;volution d'une n&#233;vrose. J'invite maintenant le lecteur &#224; faire un pas de plus et &#224; admettre qu'il est possible de faire un rapprochement entre l'histoire de l'esp&#232;ce humaine et celle de l'individu. Cela revient &#224; dire que l'esp&#232;ce humaine subit, elle aussi, des processus &#224; contenus agressivo-sexuels qui laissent des traces permanentes bien qu'ayant &#233;t&#233;, pour la plupart, &#233;cart&#233;s et oubli&#233;s. Plus tard, apr&#232;s une longue p&#233;riode de latence, ils redeviennent actifs et produisent des ph&#233;nom&#232;nes comparables, par leur structure et leur tendance, aux sympt&#244;mes n&#233;vrotiques [...]. [Processus dont les cons&#233;quences] sont les ph&#233;nom&#232;nes religieux. [...] Dans les deux cas, les traumatismes efficients et oubli&#233;s se rapportent &#224; la vie de la famille humaine. &#187; (34)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est de ce fondement analogiste, d&#232;s longtemps constitu&#233;, seulement formul&#233; ici de plus cat&#233;gorique et synth&#233;tique fa&#231;on, que proc&#232;de tout un aveuglement quant au social et &#224; l'historique ainsi d&#233;-sp&#233;cifi&#233;s, et que s'autorise une suite de r&#233;ductions inacceptables (mais prestement accept&#233;es par les bons disciples). Entre autres : l'assimilation des &#171; primitifs &#187; tant&#244;t aux enfants, tant&#244;t aux n&#233;vros&#233;s ; la religion prise comme n&#233;vrose obsessionnelle ; les peuples comme &#171; grands individus de l'humanit&#233; &#187; (35) ; la th&#232;se d'un Surmoi collectif (&lt;i&gt;Kultur&#252;berich&lt;/i&gt;) ; la pr&#233;tention &#224; &#171; traiter les peuples de la m&#234;me mani&#232;re que les individus n&#233;vros&#233;s &#187;, notamment pour cause d'h&#233;r&#233;dit&#233; des traces mn&#233;siques (36) ; la &#171; patemalisation &#187; des m&#233;canismes de pouvoir ; l'oedipianisation du social ; l'infantilisme des masses fonctionnant aux processus primaires et le lien hypnotique au Chef ; les foules comme redoutables sacs &#224; pulsions, etc.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;* * *&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;De Marx &#224; Freud, la d&#233;marche est donc inversement sym&#233;trique. Le premier part du collectif pour le raccrocher au sujet de la conscience ; le second part du sujet divis&#233; de l'inconscient pour le rabattre sur le collectif ; et les deux ne laissent pas de faire fond sur le d&#233;terminisme propre &#224; l'un ou l'autre de ces sch&#232;mes de r&#233;f&#233;rence. Chez Marx, d&#233;terminisme de la conscience, masqu&#233; par le d&#233;terminisme des &#171; conditions objectives &#187; ou du r&#233;el social. Chez Freud, c'est le collectif m&#234;me qui est pens&#233; comme appareil psychique (37), c'est l'ensemble social qui est con&#231;u, sans discontinuit&#233;, dans les termes du sujet psychologique dont il ne se diff&#233;rencie, &#224; la limite, que quantitativement : le social (et non seulement la &#171; psychologie sociale &#187;) est &lt;i&gt;la m&#234;me chose&lt;/i&gt; que la psych&#233; d'un individu, mais &lt;i&gt;en plus grand&lt;/i&gt;, et &#171; m&#234;me la sociologie, qui traite du comportement des hommes en soci&#233;t&#233;, ne peut &#234;tre rien d'autre que de la psychologie appliqu&#233;e &#187; (38). Supr&#233;matie heuristique, &#233;pist&#233;mologique et ontologique du sch&#232;me du sujet (psychique) dont la soci&#233;t&#233; et l'histoire sont &lt;i&gt;d&#233;ductibles&lt;/i&gt; et se d&#233;duisent en effet pour Freud de fa&#231;on suffisante quant &#224; l'essentiel (39). Organicisme social - latent - qui est en v&#233;rit&#233; un subjectivisme social puisque le mod&#232;le est ici 1'&#171; organe de l'&#226;me &#187;. Pens&#233;e comme appareil psychique (o&#249; les masses ne sont pas loin d'occuper la place du &#199;a, l'Etat ou le chef occupant celle de l'Id&#233;al du moi, ce qui rapproche Freud de Platon), la soci&#233;t&#233; est cependant travaill&#233;e par la guerre de tous (les appareils psychiques) contre un seul (appareil psychique) et d'un seul (appareil psychique) contre tous (les appareils psychiques) : la soci&#233;t&#233; organo-subjective s'expose par nature au morcellement. Quant au devenir de cette entit&#233; &#224; unification pr&#233;caire, son ressort est identique &#224; celui du devenir de ses &#233;l&#233;ments constitutifs : la r&#233;p&#233;tition ou le destin, auquel la sagesse veut que l'on se plie. Nulle transformation radicale, qui supposerait la ma&#238;trise collective d'un devenir collectif, n'est l&#224; envisageable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'un et l'autre cas, celui de Marx et de la tradition r&#233;volutionnaire, celui de Freud et de ses &#233;pigones, le sch&#232;me du sujet, quoique diff&#233;remment pr&#233;diqu&#233;, forme le m&#234;me obstacle &#224; l'intelligence du social et de l'historique, du social comme historique. Comment croire, alors, s'&#233;vader de cette impasse en aboutant les deux th&#233;orie ? Il faudra se d&#233;barrasser de ce sch&#232;me en tant qu'appliqu&#233; toujours abusivement &#224; l'ordre collectif, pour tenter de penser un peu mieux, i.e. sans r&#233;duction aveugle, et cet ordre et la&lt;i&gt; question du sujet&lt;/i&gt;. A &#233;gale distance de la myopie du psychologisme et de l'h&#233;mianopsie des &#171; processus sans sujet &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au-del&#224; du sch&#232;me subjectif : la forme-sujet&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soit : quitter le terrain o&#249; prolif&#232;rent ce apories si l'on veut ressaisir le sujet dans son historicit&#233; - et le social et l'histoire dans leur irr&#233;ductibilit&#233; &#224; la (seule) d&#233;terminit&#233; psycho-logique. S'agissant d'un objet plurimodal (constitu&#233; de la compossibilit&#233; des diff&#233;rents modes d'&#234;tre d'une r&#233;alit&#233; complexe : simultan&#233;ment subjective et objective, consciente et inconsciente, mat&#233;rielle et spirituelle, individuelle et collective, structurelle et temporalis&#233;e), se garder tant des synth&#232;ses arbitraires de quelque m&#233;ta-discours souverain que des r&#233;ductions-extrapolations drain&#233;es par les interpr&#233;tations d'un tel objet dans les seuls termes de l'un des savoirs ou th&#233;ories dont rel&#232;vent un ou plusieurs de ses constituants (sociologisme, psychanalysme, psychologisme, etc.). Ni les charmes de la confusion additive, ni les mis&#232;res de la division du travail intellectuel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune r&#233;ponse ne viendra des simplifications d'une psychologie des int&#233;r&#234;ts (les personnes comme &#171; supports d'int&#233;r&#234;ts et de rapports de classes d&#233;termin&#233;s &#187;, m&#234;me si elles sont aussi cela), simplifications emport&#233;es par un d&#233;terminisme qui &#233;vacue la question du sujet et celle de la psych&#233; dans la suppos&#233;e co&#239;ncidence de la subjectivit&#233; avec une somme d'effets dits objectifs. Mais gu&#232;re plus &#224; attendre des simplismes r&#233;gionaux d'une psychanalyse aveugle &#224; la soci&#233;t&#233; comme &#224; l'histoire et r&#233;sorbant derechef le m&#234;me sujet dans une somme d'effets dits symboliques, moyennant quoi elle prend la posture d'une th&#233;orie totale et auto-suffisante, fond&#233;e sur une annulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici quatre pr&#233;suppos&#233;s th&#233;oriques minimaux qui me semblent renfermer ensemble certains &#233;l&#233;ments (ils sont &#233;l&#233;mentaires aux deux sens du terme) d'un d&#233;gagement hors de l'emprise du sch&#232;me subjectif, telle que d&#233;crite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. &lt;i&gt;La d&#233;termination sociale&lt;/i&gt;, con&#231;ue non comme un faisceau d'influences de surface mais comme ensemble ordonn&#233; de processus de subjectivation concourant &#224; la production/structuration de l'&#233;conomie psychique et d&#233;finissant les modalit&#233;s de relation de la personne aux autres et &#224; elle-m&#234;me et les modalit&#233;s de sa pr&#233;sence au monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.&lt;i&gt; La relativit&#233; culturelle&lt;/i&gt;. Il n'est point de subjectivit&#233; hors des coordonn&#233;es d'une culture qui en codifient le formes et stipulent les manifestations requises ou exclues. Mais si la notion de &#171; personnalit&#233; de base &#187; a pu permettre un certain d&#233;passement l'antinomie individu/soci&#233;t&#233; - c'est l&#224; ce qu'on peut en retenir - elle ne convient pas, pour les cons&#233;quences (localement) homog&#233;n&#233;isantes de son application, &#224; une approche qui n'entend pas plus dissoudre le singulier dans la recension des contraintes formelles que m&#233;conna&#238;tre des constantes universelles sous l'&#233;gide des diff&#233;rences reconnues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. &lt;i&gt;L'unit&#233; du subjectif et du social&lt;/i&gt; (non leur confusion). Que l'inconscient puisse &#234;tre dit a-social n'objecte pas &#224; ceci qu'il n'y a pas de psych&#233; qui ne soit socialis&#233;e (ce qui n'implique pas que la socialisation s'effectue sans reste). Le sujet est l'aboutissement de proc&#233;dures de socialisation et chaque soci&#233;t&#233; requiert un type de personne &lt;i&gt;congruent&lt;/i&gt; avec ses propres structures et caract&#233;ristiques normatives, que ces proc&#233;dures ont fonction de promouvoir. Soit - au minimum - des &#234;tres capable de vivre dans tel environnement humain et mat&#233;riel, et d'y vivre sous d'autres auspices que ceux de la folie. Aussi bien, l'analyse d'une organisation sociale, la compr&#233;hension de son fonctionnement sont-elles ins&#233;parables de l'analyse des caract&#233;ristiques subjectives que cette organisation sociale n&#233;cessite, induit ou exige. Loin de pouvoir &#234;tre appr&#233;hend&#233;es comme seul fait de m&#233;canismes ext&#233;rieurs aux personnes concr&#232;tes - quitte &#224; s'infiltrer en elles par le relais providentiel de l'&#171; id&#233;ologie &#187; - la conservation et la &lt;i&gt;reproduction&lt;/i&gt; d'une formation sociale passent par la &lt;i&gt;fabrication&lt;/i&gt; de subjectivit&#233;s compatibles avec ses exigences comme aptes &#224; supporter ses refus, parce que ces exigences et ces refus sont devenus - dans une mesure heureusement variable ! - ceux de ces m&#234;mes subjectivit&#233;s. L'adh&#233;sion des individus &#224; un ordre social dont ils p&#226;tissent ou sont cens&#233;s p&#226;tir, les mille figures de la servitude volontaire ne s'&#233;clairent pas davantage dune causalit&#233; socio-politique exhaustive que de l'invocation psychologisante d'un masochisme collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 4. &lt;i&gt;L'historicit&#233; partielle de la psych&#233;&lt;/i&gt;, qui est &#224; penser non seulement sous les esp&#232;ce de l'inscription dans l'ordre des g&#233;n&#233;rations ou de l'histoire interne d'une vie, mais encore en tant que soumission (limit&#233;e) de la psych&#233; au devenir et &#224; la transformation au titre de son insertion dans l'histoire collective. Ce qui s'actualise en diverses configurations subjectives dont la succession au fil des &#171; &#233;poques &#187; (et la distribution culturelle) soutient la notion de &lt;i&gt;forme-sujet&lt;/i&gt; (40). L'une de ces actualisations, chronologiquement rep&#233;rable, n'est rien de moins que l'&#233;mergence de l'&lt;i&gt;individu&lt;/i&gt;, cette forme subjective qui conditionne notamment, &#224; son insu, l'av&#232;nement de la psychanalyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#233;videmment le point le plus &#233;pineux, puisqu'&#224; cela l'on ne manquera pas d'opposer l'a-temporalit&#233; (et l'a-socialit&#233; et l'indiff&#233;rence &#224; la r&#233;alit&#233;) des processus primaires. La question est cependant, elle aussi, un peu moins simple que ne le donnent &#224; penser maintes formulations de Freud (41).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peut tout d'abord &#234;tre not&#233; que la sexualit&#233; a une histoire, ontog&#233;n&#233;tique et sociale (laquelle ne se borne pas &#224; la civilisation &lt;i&gt;des moeurs&lt;/i&gt;) - m&#234;me remarque relativement aux manifestations de la destructiyit&#233;. Ensuite, que si l'inconscient ignore en effet l'irr&#233;versibilit&#233; ou la vectorisation temporelle, si son mode d'&#234;tre est bien la simultan&#233;it&#233; non-contradictoire, si sa manifestation est l'actualisation (alt&#233;rante) du pass&#233;, il est cependant une histoire, universelle et singuli&#232;re, faute de quoi l'inconscient ne saurait m&#234;me &#234;tre pens&#233; : la succession, assur&#233;ment non quelconque, des refoulements qui le constituent L'affirmation pr&#233;cit&#233;e de Freud (&#171; les processus du syst&#232;me Ics [...] ne sont pas ordonn&#233;s dans le temps... &#187;) ne vaut que pour les manifestations, le fonctionnement actuel de ces processus, non pour leur gen&#232;se, non pour la composition/ constitution de ce syst&#232;me et, de ses contenus (42), &#224; commencer par la cons&#233;cution des fantasmes originaires. Que le remaniement &lt;i&gt;apr&#232;s coup&lt;/i&gt; et la r&#233;p&#233;tition s'av&#232;rent &#234;tre la modalit&#233; ontologique propre de ces processus ne les exclut pas de toute temporalit&#233;, cela se borne &#224; leur attacher une &lt;i&gt;forme&lt;/i&gt; temporelle particuli&#232;re - et non exclusive, sinon l'id&#233;e m&#234;me de r&#233;gression ou de fixation, la possibilit&#233; d'attribuer &#224; telle phase ontog&#233;n&#233;tique tel dispositif pulsionnel, tel sc&#233;nario fantasmatique, tel mod&#232;le de relation objectale, tel m&#233;canisme d&#233;fensif est simplement absurde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons, parmi cent arguments possibles, que la construction de l'appareil psychique dans l'&#233;pure freudienne, du refoulement originaire &#224; la &#171; s&#233;paration nette et d&#233;finitive du contenu des deux syst&#232;mes &#187; (les et Pcs-Cs) lors de la pubert&#233; (43), t&#233;moigne elle aussi d'une chronologie irr&#233;ductible au seul apr&#232;s-coup, si actif et d&#233;terminant qu'il y soit. Et l'on pourrait en dire autant de la-succession des moi (&#171; moi-r&#233;alit&#233; du d&#233;but &#187;/ &#171; moi-plaisir purifi&#233; &#187; / &#171; moi-r&#233;alit&#233; d&#233;finitif &#187;), des avatars de l'identification ou des progr&#232;s de la symbolisation, du devenir des choix d'objet ou de l'&#171; &#233;volution d'une n&#233;vrose &#187;, de la stratification des traces mn&#233;siques (cf. lettre 52) et, m&#234;me, des modifications ordonn&#233;es du fantasme (44), toutes choses o&#249; les remaniements apr&#232;s coup ; loin de l'annuler, s'&lt;i&gt;&#233;tayent&lt;/i&gt; sur la fl&#232;che du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ne sont que quelques indications sommaires et quelques exemples, nullement exhaustifs. La n&#233;cessit&#233; de reconsid&#233;rer le dogme de l'a-temporalit&#233; absolue de l'inconscient est patente (quelques analystes s'y emploient, ainsi Eduardo Colombo). Mais je ne suivrai pas cette voie pour l'instant : au regard de ce qui m'occupe, tirer directement de cette peu contestable dimension temporelle de l'inconscient un argument en faveur de l'historicit&#233; (sociale) de la psych&#233; entretiendrait la confusion entre deux registres temporels h&#233;t&#233;rog&#232;nes, non isomorphes et sans relation de continuit&#233; quoique communicants. A partir de ces constats, nous ne saisirions que deux historicit&#233;s seulement s&#233;par&#233;es, et s'imposerait une fois encore l'inventaire interminable et vain de ce qui, du social-historique, &#171; p&#233;n&#233;trerait &#187; (et jusqu'o&#249; ?) la psych&#233; pour l'in-former (le psychique, c'est l'int&#233;rieur ; le social, c'est l'ext&#233;rieur), reconduisant de la sorte le principe des deux plans cliv&#233;s, le faux probl&#232;me de leur &#171; pr&#233;cession &#187; et les myst&#232;res de leur &#171; interaction &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en d'autres termes qu'il importe de traiter, L'id&#233;e de &lt;i&gt;forme-sujet&lt;/i&gt; me semble pouvoir contribuer au d&#233;calage requis pour un changement de perspective. Elle doit &#234;tre comprise comme distincte du sujet psychologique (ego), qui n'est que l'un de ses moments, et comme restituant &#224; la psych&#233; son historicit&#233; sociale parce que prenant en compte l'institution de ses diff&#233;rentes mises en forme selon les temps, les lieux et les cultures (l'individu, plut&#244;t que l'une de ces forme, est une m&#233;ta-forme ou m&#233;ta-figure). Il ne s'agit pas seulement l&#224; des &#171; 'pratiques &#187; (telles que la sociologie les isole) ou des moeurs, face visible des proc&#233;dures de socialisation-subjectivation, mais aussi et plus profond&#233;ment de ce qui est pens&#233;/pensable, signifi&#233;/signifiable, figurable ou repr&#233;sentable pour et par tels &#234;tres vivant dans tel ensemble humain &#224; tel moment de son existence et des contraintes que ce pensable/figurable/repr&#233;sentable/signifiable exerce cons&#233;quemment sur l'activit&#233; de pens&#233;e, de figuration, de repr&#233;sentation et de signification des membres de cet ensemble. Il s'agit encore des destins des pulsions, singuli&#232;rement des facteurs culturels des refoulements et des avatars de la &lt;i&gt;sublimation&lt;/i&gt;. Des choix d'objet, prescrits ou interdits de variable fa&#231;on, m&#234;me si cette variance n'est pas illimit&#233;e. Et enfin, du jeu et du sort des &lt;i&gt;formations id&#233;ales&lt;/i&gt; et des &lt;i&gt;identifications&lt;/i&gt; dans leur articulation aux mod&#232;les identificatoires en vigueur. Ce dont les configurations sp&#233;cifiques (la simultan&#233;it&#233; r&#233;gl&#233;e des figures convergentes en une m&#234;me &#233;poque) justifieraient d&#233;j&#224; que l'on parle de &lt;i&gt;types de personnalit&#233;&lt;/i&gt; historiquement d&#233;termin&#233;s. Mais l'hypoth&#232;se se soutient encore d'un argument clinique : la diff&#233;rence des profils psychopathologiques actuels d'avec ceux dont Freud a trac&#233; les contours, signal&#233;e par nombre d'analystes contemporains. Ces &#171; nouvelles pathologies &#187; (structures narcissiques, &#233;tats-limites, organisations psychosomatiques, psychoses &#171; blanches &#187;, etc.), dont on parle tant sans s'accorder sur leur d&#233;finition ni m&#234;me sur leur existence, se satisfera-t-on de les imputer &#224; quelque &#233;chauffement de l'atmosph&#232;re th&#233;orique, technique ou contre-transf&#233;rentielle, les traitant comme autant de mirages destin&#233;s aux mauvais fils, ceux qu'&#233;garent les d&#233;faillances de leur freudienne orthodoxie ? A moins que, d&#233;couvrant soudain le vaste monde, on en vienne &#224; conclure que ces esp&#232;ces pathologiques ont toujours exist&#233; et que leur nouveaut&#233; n'est que l'effet illusoire de leur rencontre gr&#226;ce &#224; l'&#233;largissement du champ des prises en charge analytiques ? Admettons l'&#233;largissement (dont on ne se soucie gu&#232;re d'exposer les causes) : il ne peut rendre compte de la diminution des profils-types. Quand &#224; ladite illusion du nouveau, elle pr&#233;suppose des psychanalystes n'ayant jamais crois&#233; d'autres &#171; parl&#234;tres &#187; que leurs patients. Cela doit bien exister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'en finirons pas avec la surdit&#233; &#224; l'histoire, telle que g&#233;n&#233;r&#233;e par le paradigme subjectif (ou, de mani&#232;re plus sophistiqu&#233;e mais peut-&#234;tre plus radicale par la th&#233;urgie du &#171; Symbolique &#187;), nous n'apercevrons ni en quoi ni comment la psych&#233; est elle-m&#234;me historis&#233;e au moyen de quelques consid&#233;rations g&#233;n&#233;rales ou p&#233;titions de principe th&#233;oriques ; il faudra en passer par des investigations pr&#233;cises dans des domaines restreints.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nombreuses seraient les voies offertes &#224; un tel travail. Je n'en citerai que deux, pour la pertinence qu'elles me paraissent pr&#233;senter au regard de la probl&#233;matique que je m'efforce &#224; d&#233;finir. Ce sont d'abord les effets non seulement directs mais transg&#233;n&#233;rationnels des grands traumas collectifs (leur transmission) pour ce qu'ils manifestent d'une imbrication de la r&#233;alit&#233; psychique avec la r&#233;alit&#233; historico-sociale. En t&#233;moignent &#233;minemment les retentissements de la Shoah. Ce sont ensuite les destins de l'hyst&#233;rie, les avatars de ses formes symptomales et leurs pr&#233;valences successives (pourquoi donc la grande hyst&#233;rie &#224; la Charcot a-t-elle quasiment disparu, par exemple ?), &#224; ressaisir comme miroirs d'&#233;poques, &#224; faire jouer ainsi qu'on a pu le faire de la folie et de l'ali&#233;nation, comme r&#233;v&#233;lateurs ou analyseurs des formes socio-culturelles institu&#233;es. L'un et l'autre objets seraient, par n&#233;cessit&#233; de fait et de m&#233;thode, &#224; r&#233;f&#233;rer &#224; ce qui appara&#238;t avec une nettet&#233; croissante comme autant de d&#233;ficiences ou de d&#233;ficits de la subjectivation mis en lumi&#232;re par la clinique actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'intelligence de ceci qui n'est ni la psychose, ni la simple ali&#233;nation sociale, plut&#244;t, en ses manifestations-limites, une sorte de contumace du sujet qui semble sp&#233;cifique de notre &#233;poque, les r&#233;flexions de Piera Aulagnier sur le &#171; contrat narcissique &#187; pourraient &#234;tre de quelques secours (avec l'avantage de nous &#233;pargner les indigences confuses du &#171; narcissisme &#187; tel qu'ordinairement rapport&#233; &#224; la &#171; post-modernit&#233; &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Abordant la &#171; &lt;i&gt;fonction m&#233;tapsychologique tenue par le registre socioculturel&lt;/i&gt; &#187; (45) , elle d&#233;signait de ces mots (&#171; contrat &#187;, soit dit au passage, m'appara&#238;t peu appropri&#233;) l'un des &#233;l&#233;ments de &#171; l'espace o&#249; le Je peut advenir &#187;. L'existence d'un groupe suppose que ses membres acceptent (en majorit&#233;) la v&#233;rit&#233; de ses &#171; &#233;nonc&#233;s du fondement &#187; qui d&#233;finissent la r&#233;alit&#233; du monde, la raison d'&#234;tre du groupe, l'origine de ses mod&#232;les, affirmant le bien-fond&#233; des lois du groupe et fixant ses buts en un discours qui sera, selon les cultures, mythique, sacr&#233; ou scientifique mais toujours porteur de &lt;i&gt;certitude&lt;/i&gt; quant au pass&#233;, &#224; l'avenir et &#224; la place du sujet dans l'ensemble social. Le &#171; contrat &#187; entre l'enfant et le groupe, faute duquel l'enfant ne saurait &#171; se lib&#233;rer du premier r&#233;f&#232;rent incam&#233; par la voix maternelle &#187; pour occuper une place &#171; ind&#233;pendante du seul verdict parental &#187;, consiste en ceci que le groupe reconna&#238;t le sujet &#171; comme une partie &#224; lui homog&#232;ne &#187;, attendant en contrepartie de celui-ci &#171; que sa voix reprenne &#224; son compte ce qu'&#233;non&#231;ait une voix &#233;teinte, qu'elle remplace un &#233;l&#233;ment mort et assure l'immutabilit&#233; de l'ensemble &#187;. O&#249; subjectivation-socialisation et historicit&#233; apparaissent solidaires :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le discours de l'ensemble offre au sujet une certitude sur l'origine, n&#233;cessaire pour que la dimension historique soit r&#233;troactivement projetable sur son pass&#233;, qui sera ainsi soustrait &#224; une r&#233;f&#233;rence dont le savoir maternel ou paternel serait le garant, exhaustif et suffisant L'acc&#232;s &#224; une historicit&#233; est un facteur essentiel dans le processus identificatoire, elle est indispensable pour que le Je atteigne le seuil d'autonomie exig&#233; par son fonctionnement. Ce que vient ainsi offrir au sujet singulier l'ensemble va induire le sujet &#224; transf&#233;rer une partie de la mise narcissique, investie dans son jeu identificatoire, sur cet ensemble qui lui promet une prime future &#187;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;i.e. la &#171; continuation de lui-m&#234;me et de son oeuvre &#187; gr&#226;ce &#224; l'illusion qu'au-del&#224; de lui, une &#171; voix nouvelle viendra redonner vie &#224; la m&#234;met&#233; de son propre discours &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mythes, au sens pr&#233;cis (anthropologique) du mot, sont morts chez nous ; le sacr&#233;, en ce m&#234;me sens, est r&#233;siduel ou ruin&#233;, et la science, si objet de croyances et v&#233;n&#233;rations de facture religieuse soit-elle, jamais ne pourra tenir socialement lieu de religion. Les &#233;nonc&#233;s du fondement sont effondr&#233;s, inaptes justement &#224; fonder. Fin de la l&#233;gitimation par les grands r&#233;cits, dirait Jean-Fran&#231;ois Lyotard (46). De cet &#233;tat de fait, ne s'ensuit-il d&#233;j&#224; quelque alt&#233;ration du &#171; contrat narcissique &#187; qui, sans le r&#233;silier - auquel cas, c'est de psychose qu'il s'agirait-viendrait &#224; en vicier certains termes, entravant la latitude, pour le sujet, de transf&#233;rer sur l'&#171; ensemble &#187; une part de sa &#171; mise narcissique &#187; (47) ?&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;1.&#171; Les ouvriers savent que... &#187;, mart&#232;le Marx en 1847 &#224; propos de leur n&#233;cessaire acceptation de &#171; la r&#233;volution bourgeoise comme condition de la r&#233;volution ouvri&#232;re &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Le prol&#233;tariat est la classe pour les membres de laquelle il n'y a &#171; aucune opposition entre 'l'acte politique ou social' et 'l'acte &#233;go&#239;ste' &#187;, nous averti l'Id&#233;ologie allemande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Ou encore ceci : &#171; le travail industriel moderne [...] d&#233;pouille le prol&#233;taire de tout caract&#232;re national &#187; (Manifeste du parti communiste, 1848). Ce n'est malheureusement que le concept de prol&#233;taire, le prol&#233;taire comme concept, qui se trouve ainsi &#171; d&#233;pouill&#233; &#187;, et l'abrutissement nationalo-x&#233;nophobe n'est aujourd'hui nulle part plus vivace que chez ceux que les staliniens fran&#231;ais, aux jours ensoleill&#233;s de leur novlangue, appelaient &#171; les braves gens &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. O&#249; l'&#233;tymologie n'est pas indiff&#233;rente : kat&#232;goria, de kata et agora signifie aussi accusation et kat&#232;gor&#233;&#244;, parler contre, affirmer quelque chose d'une personne ou d'une chose et accuser publiquement ou en justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Voir J. Lacan parle, film de F. Wolf, entretien accord&#233; &#224; celle-ci le 14 octobre 1972, lendemain d'une conf&#233;rence donn&#233;e &#224; l'universit&#233; catholique de Louvain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. &#171; La t&#226;che &#187; de l'analyse est &#171; d'offrir au moi du malade la libert&#233; de se d&#233;cider pour ceci ou pour cela &#187; (Le Moi et le Ca, 1923, in Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 1981, p. 265). Et le &#171; Wo Es war, soil Ich werden &#187; qui conclut la XXXI&#232;me des Nouvelles Conf&#233;rences (1932) est dans le droit fil de cette orientation (Nvlles. Conf., Paris, Gallimard, 1987, p. 110).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Marx et Engels, L'IDEOLOGIE ALLEMANDE, Paris, Ed. Sociales, 1968, p. 67.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Georg Lukacs, HISTOIRE ET CONSCIENCE DE CLASSE, Paris, Minuit, 1970, p. 415.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. La logique ici incrimin&#233;e (celle des postulats sus-mentionn&#233;s) ressortit &#224; ce que C. Castoriadis a amplement analys&#233; et critiqu&#233; sous les termes de &#171; logique ensembliste-identitaire &#187; (in L'INSTITUTION IMAGINAIRE DE LA SOCIETE, Paris, Seuil, 1975), ainsi qu'&#224; ce que j'avais tent&#233; pour ma part d'appr&#233;hender sous le terme d' &#171; essentialisme &#187; in Jean Franklin, LE DISCOURS DU POUVOIR, U.G.E., coll. 10/18, 1975.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. MALAISE DANS LA CIVILISATION (1930), Paris, P.U.F., 1981, p. 20.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. OP. CIT., p. 29.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12. OP. CIT., p. 47.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13. OP. CIT., pp. 74 sq.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14. OP. CIT., p. 77.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15. Jusqu'&#224; L'HOMME MO&#207;SE ET LA RELIGION MONOTHEISTE (1939), Paris, Gallimard, 1980, p.79&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16. Que l'on retrouve dans Malaise... : &#171; Dans l'&#233;volution culturelle, [...] l'agr&#233;gation des individus isol&#233;s en unit&#233; collective est de beaucoup le principal &#187; p. 101.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17. Psychologie des masses et analyse du moi, in Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 1981, p. 191.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18. Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19. Op. cit., p. 192.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20. Op. cit., p. 206.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21. Op. c'a., p. 208.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22. Malaise..., op. cit., p. 44.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23. Op. cit., P. 45.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;24. Op. cit., p 77, soulign&#233; par moi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;25. Op. cit p. 100&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26. Op. cit., p. 101, soulign&#233; par moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27. XXXII&#232;me des Nouvelles Conf&#233;rences, op. cit., p. 149.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;28. XXXV&#232;me des Nvelles. Conf., op. cit., p. 229.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29. Toutes choses ici expos&#233;es qui ne se confondent nullement avec la socialisation de la psych&#233;, express&#233;ment distingu&#233;es et compar&#233;es par Freud (cf Malaise, pp. 100-101).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30. Consid&#233;rations actuelles sur la guerre et sur la mort, in Essais de psychanalyse, op. cit. P. 24.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;31. L'Homme Mo&#239;se et la religion monoth&#233;iste (1939), op. cit., pp. 79-80.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 32. Op. cit. pp.126 - 27&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;33. S. Freud pr&#233;sent&#233; par lui-m&#234;me, Post-scriptum de 1935, Paris, Gallimard, 1984, p. 1.23. soulign&#233; par moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;34. L'homme Mo&#239;se... p. 110&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;35. Consid&#233;rations actuelles sur la guerre et sur la mort, loc. cit., p. 24.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 36. L'Homme Mo&#239;se..., p. 135.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;37. L'actuelle &#171; psychanalyse des groupes &#187; n'a pas oubli&#233; la le&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;38. Nouvelles Conf&#233;rences, op. cit., p. 240.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;39. Ce que Lacan ne fera qu'amplifier et syst&#233;matiser par d'autres voies, celles d'une philosophie structuraliste du sujet (cf. J.-F. Narot, &#171; Au nom de la Loi. Le social collet&#233; par le lacanisme &#187;, in revue &#171; L'homme et la soci&#233;t&#233; &#187; n&#176; 95 &#8211; 96, 1990&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;40. Notion que ces quatre points tentent de justifier. J'ai indiqu&#233; le contenu que je crois devoir lui donner dans deux articles : &#171; La Th&#232;se du narcissisme &#187;, IN LE DEBAT, n&#176; 59, Paris, Gallimard, mars-avril 1990, pp. 191-92, et &#171; Pour une psychopathologie historique &#187;. LE DEBAT, n&#176; 61, sept.-oct. 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;41. Par exemple : &#171; Les processus du syst&#232;me les sont intemporels, i.e. qu'ils ne sont pas ordonn&#233;s dans le temps, ne sont pas modifi&#233;s par l'&#233;coulement du temps, n'ont absolument aucune relation avec le temps/ La relation au temps elle aussi est li&#233;e au travail du syst&#232;me CS. &#187; (L'INCONSCIENT, 1915, in METAPSYCHOLOGIE, Paris, Gallimard, 1978, p. 97).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;42. Ce que vient d&#233;nier, et pour cause, la r&#233;vision lacanienne de l'inconscient freudien, lorsqu'elle le prive de toute &#233;paisseur et de tout contenu pour le transformer en simple occasion de scotome : ce qui &#233;tait sous le nez mais invisible parce que trop visible (lettre vol&#233;e, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;43. L'INCONSCIENT, OP. CIT., p. 109.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;44. Cf. &#171; Un enfant est battu &#187;, 1919, ; in NEVROSE, PSYCHOSE ET PERVERSION, Paris, P.U.F., 1978, p. 244. o&#249; Freud souligne que &#171; les fantasmes de fustigation ont un d&#233;veloppement historique [...] au cours duquel la plupart de leurs aspects sont plus d'une fois chang&#233;s : leur relation &#224; l'auteur du fantasme, leur objet, leur contenu et leur signification. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;45. P. Aulagnier, LA VIOLENCE DE L'INTERPRETATION, Paris, P.U.F., 1986, pp. 182 sq., soulign&#233; par moi. Les citations qui suvent en sont tir&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;46. J.-F. Lyotard, La Condition post-moderne, Paris, Minuit, 1979.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;47. Si tel &#233;tait le cas, l'exacerbation du racisme, &#171; narcissisme des petites diff&#233;rences &#187; (Freud), serait lisible comme artefact tardif destin&#233; &#224; soutenir par la haine la possibilit&#233; d'un tel transfert ou de son maintien.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Derri&#232;re le miroir</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?385-derriere-le-miroir</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?385-derriere-le-miroir</guid>
		<dc:date>2010-08-31T14:24:59Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Cr&#233;ation sociale-historique</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;ducation</dc:subject>
		<dc:subject>Linguistique</dc:subject>
		<dc:subject>Insignifiance</dc:subject>
		<dc:subject>Post-modernisme</dc:subject>
		<dc:subject>Art</dc:subject>
		<dc:subject>Adorno T. W.</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Derri&#232;re le miroir &#187;, 1945, Theodor T. Adorno, &#171; Minima Moralia &#8211; R&#233;flexions sur la vie mutil&#233;e &#187;, &#167; 51, pp. 115- 118, ed. Payot Premi&#232;re mesure de pr&#233;caution pour l'&#233;crivain : v&#233;rifier dans chaque texte, chaque fragment, chaque paragraphe si le th&#232;me central ressort avec une nettet&#233; suffisante. Celui qui veut exprimer une chose s'en trouve tellement affect&#233; qu'il se laisse entra&#238;ner sans plus y r&#233;fl&#233;chir. L'on est trop impliqu&#233;, &#171; pris dans ses pens&#233;es &#187; au point d'oublier de dire ce (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-28-creation-+" rel="tag"&gt;Cr&#233;ation sociale-historique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-30-education-+" rel="tag"&gt;&#201;ducation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-41-linguistique-+" rel="tag"&gt;Linguistique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-60-insignifiance-+" rel="tag"&gt;Insignifiance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-87-post-modernisme-+" rel="tag"&gt;Post-modernisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-93-art-+" rel="tag"&gt;Art&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-104-adorno-t-w-+" rel="tag"&gt;Adorno T. W.&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; Derri&#232;re le miroir &#187;, 1945, Theodor T. Adorno, &#171; Minima Moralia &#8211; R&#233;flexions sur la vie mutil&#233;e &#187;, &#167; 51, pp. 115- 118, ed. Payot&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;figure class='spip_document_198 spip_documents spip_documents_right' style=&#034;max-width:64px;&#034; data-w=&#034;64&#034;&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/doc_Derriere_le_miroir.doc' arial-label=&#034;&#034; type=&#034;application/msword&#034;&gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:100%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=plugins-dist/medias/prive/vignettes/doc.svg&amp;taille=64&amp;1779436338' alt='' data-src='plugins-dist/medias/prive/vignettes/doc.svg' data-l='64' data-h='64' data-tailles='[\&#034;160\&#034;,\&#034;320\&#034;,\&#034;640\&#034;,\&#034;1280\&#034;,\&#034;1920\&#034;]' data-autorisees='{&#034;64&#034;:{&#034;1&#034;:&#034;index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=plugins-dist\/medias\/prive\/vignettes\/doc.svg&amp;#38;taille=64&amp;#38;1779436338&#034;,&#034;2&#034;:&#034;index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=plugins-dist\/medias\/prive\/vignettes\/doc.svg&amp;#38;taille=64&amp;#38;1779436338&#034;}}' class='image_responsive' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re mesure de pr&#233;caution pour l'&#233;crivain : v&#233;rifier dans chaque texte, chaque fragment, chaque paragraphe si le th&#232;me central ressort avec une nettet&#233; suffisante. Celui qui veut exprimer une chose s'en trouve tellement affect&#233; qu'il se laisse entra&#238;ner sans plus y r&#233;fl&#233;chir. L'on est trop impliqu&#233;, &#171; pris dans ses pens&#233;es &#187; au point d'oublier de dire ce que l'on veut dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune correction n'est trop infime ou insignifiante pour que l'on y renonce. Parmi cent modifications il se peut que chacune paraisse inepte ou p&#233;dante ; toutes ensemble elles peuvent constituer un niveau diff&#233;rent du texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut jamais raturer avec parcimonie. La longueur importe peu et la crainte d'en avoir &#233;crit trop peu est futile. On ne doit pas estimer qu'une chose m&#233;rite d'exister pour la simple raison qu'elle se trouve l&#224;, qu'elle a &#233;t&#233; &#233;crite. Si plusieurs phrases semblent n'&#234;tre qu'une variation sur la m&#234;me id&#233;e, c'est parce qu'elles ne font que marquer les amorces diverses d'une pens&#233;e dont l'auteur n'est pas encore ma&#238;tre. Il convient alors de choisir la meilleure version et de continuer &#224; y travailler. Il est de bonne technique pour un &#233;crivain de savoir renoncer de soi-m&#234;me &#224; des pens&#233;es f&#233;condes lorsque la construction l'exige. Car son ampleur et sa force tireront avantage de ces pens&#233;es supprim&#233;es. De m&#234;me qu'&#224; table l'on doit &#233;viter de manger la derni&#232;re bouch&#233;e, de vider le fond d'une bouteille. On se rend sinon suspect d'indigence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui qui veut &#233;viter les clich&#233;s ne doit pas s'en tenir &#224; des mots, car il risque de c&#233;der &#224; la vulgaire coquetterie. La grande prose fran&#231;aise du XIXe si&#232;cle fut particuli&#232;rement sensible &#224; cela. Il est rare qu'un mot isol&#233; soit banal : en musique aussi le son isol&#233; r&#233;siste &#224; l'usure. Les clich&#233;s les plus abominables r&#233;sultent bien plus d'associations de mots, telles les &#233;tonnantes r&#233;ussites d'un Karl Kraus : pleines et enti&#232;res, pour le meilleur et le pire, d&#233;velopp&#233;es et approfondies. Car en elles murmure le courant indolent d'une langue us&#233;e, alors que, par la pr&#233;cision de l'expression, l'&#233;crivain devrait dresser les obstacles qui s'imposent chaque fois que la langue doit &#234;tre mise en &#233;vidence. Voil&#224; qui ne concerne pourtant pas seulement les locutions prises individuellement mais s'applique partout, y compris aux constructions de structures formelles enti&#232;res. Et si un dialecticien se proposait de marquer le renversement d'une id&#233;e en mouvement par &#171; mais &#187; introduisant chaque fois la c&#233;sure, le sch&#233;ma litt&#233;raire infligerait aussit&#244;t un d&#233;menti &#224; la finalit&#233; de la r&#233;flexion, laquelle se d&#233;roule sans le moindre sch&#233;ma.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le taillis n'a rien d'une for&#234;t sacr&#233;e. C'est un devoir de r&#233;soudre les difficult&#233;s r&#233;sultant simplement des commodit&#233;s qu'offre la compr&#233;hension de soi. Il n'est pas facile de distinguer entre la volont&#233; d'&#233;crire en serrant le sujet de pr&#232;s et sans trahir sa profondeur, la tentation de l'originalit&#233; et le pr&#233;tentieux laisser-aller : la m&#233;fiance et la pers&#233;v&#233;rance obstin&#233;e seront toujours salutaires. Celui qui refuse de faire la moindre concession &#224; la sottise du sens commun devra justement se garder de draper sous des effets stylistiques des pens&#233;es banales en soi. Les platitudes d'un Locke ne justifient en rien l'&#233;criture obscure de Hamann.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on nourrit la moindre objection &#224; l'&#233;gard d'un travail achev&#233; &#8211; quelle qu'en soit la longueur &#8211; il faut la prendre terriblement au s&#233;rieux et ne se soucier en rien de la pertinence de sa manifestation. L'investissement affectif requis par un texte et la vanit&#233; incitent &#224; minimiser tous les scrupules. Et le moindre doute auquel on laisse place pourrait bien d&#233;noncer l'inanit&#233; objective de l'ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La procession des sauteurs d'Echternach (1) n'a rien de commun avec la marche de l'esprit universel ; restriction et d&#233;saveu ne sont pas des moyens pour repr&#233;senter la dialectique. Celle-ci se meut bien plus entre les extr&#234;mes et, avec une logique parfaite, elle entra&#238;ne la pens&#233;e &#224; signifier son contraire au lieu d'en cerner les caract&#233;ristiques. La circonspection qui interdit de trop s'avancer dans une phrase n'est le plus souvent qu'un agent du contr&#244;le social et, par l&#224; m&#234;me, de l'ab&#234;tissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#233;fions-nous du reproche que l'on fait avec pr&#233;dilection &#224; un texte, &#224; une formulation en les jugeant &#171; trop beaux &#187;. Le respect devant la chose, voire devant la souffrance, n'est qu'une rationalisation commode du ressentiment &#224; l'&#233;gard de celui qui ne supporte pas, dans la forme r&#233;ifi&#233;e du langage, la trace de ce qui advient &#224; l'homme, son avilissement. Le r&#234;ve d'une existence &#224; l'abri de la honte auquel s'attache la passion du langage &#8211; alors que d&#233;j&#224; il est interdit d'en d&#233;peindre la teneur -il faut l'&#233;touffer dans les ricanements. Ce n'est pas &#224; l'&#233;crivain de faire la distinction entre une expression belle et une expression ad&#233;quate. Qu'elle vienne du critique attentif ou de lui-m&#234;me, il ne doit lui accorder aucun cr&#233;dit. S'il parvient &#224; dire enti&#232;rement ce qu'il pense, c'est d&#233;j&#224; tr&#232;s bien. La beaut&#233; d'une expression pour elle-m&#234;me n'a rien de &#171; trop beau &#187;, elle est ornementale, d&#233;corative, laide. Mais celui qui, sous pr&#233;texte qu'il se met avec abn&#233;gation au service d'une cause, renonce &#224; la puret&#233; de l'expression, trahit du m&#234;me coup la cause elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les textes &#233;labor&#233;s comme il convient sont comme des toiles d'araign&#233;es : denses, concentriques, transparents, bien structur&#233;s et solides. Ils attirent en eux tout ce qui rampe, tout ce qui vole. Les m&#233;taphores qui les traversent furtivement deviennent leur proie et leur nourriture. Les mat&#233;riaux affluent de toutes parts. Pour juger de la solidit&#233; d'une conception, il faut voir si elle parvient &#224; &#233;voquer des citations. Lorsque la pens&#233;e a ouvert une cellule de la r&#233;alit&#233;, il faut qu'elle parvienne &#224; p&#233;n&#233;trer la suivante sans que le sujet ait &#224; user de violence. Elle apporte la preuve de sa relation &#224; l'objet d&#232;s que d'autres objets viennent se cristalliser autour de lui. Dans la lumi&#232;re qu'elle jette sur une question d&#233;termin&#233;e, toutes les autres se mettent &#224; scintiller.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son texte l'&#233;crivain s'installe comme chez lui. De m&#234;me qu'il s&#232;me le d&#233;sordre avec les papiers, les livres, les crayons et documents qu'il transporte d'une pi&#232;ce dans l'autre, de m&#234;me se comporte-t-il avec ses pens&#233;es. Pour lui elles deviennent les meubles dans lesquels il s'installe, o&#249; il se sent bien, o&#249; il c&#232;de &#224; l'irritation. Il les caresse affectueusement, les use, d&#233;range leur ordonnance, les r&#233;organise autrement, fait des ravages parmi eux. Pour qui n'a plus de patrie il arrive m&#234;me que l'&#233;criture devienne le lieu qu'il habite. C'est alors qu'il produit lui aussi, comme jadis la famille, les in&#233;vitables d&#233;chets et d&#233;bris de toute sorte. Mais il n'a plus de grenier, et il n'est jamais facile de se s&#233;parer de son rebut. Il le pousse donc devant soi et risque fort de finir par en remplir ses pages. L'obligation o&#249; l'on est de se durcir envers l'apitoiement sur soi-m&#234;me inclut une autre obligation d'ordre technique, qui est d'opposer une extr&#234;me vigilance au rel&#226;chement de la tension intellectuelle et d'&#233;liminer toutes les scories d&#233;pos&#233;es par le travail, tout ce qui continue &#224; tourner &#224; vide et qui composa peut-&#234;tre, &#224; un stade ant&#233;rieur, la chaude atmosph&#232;re faite de ce bavardage qui s'y d&#233;veloppait et qui n'est plus d&#233;sormais qu'un r&#233;sidu moisi, insipide. L'&#233;crivain n'a en fin de compte pas m&#234;me le droit d'habiter dans l'&#233;criture.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(1)	Echternach est une ville du Luxembourg, o&#249; a lieu chaque ann&#233;e la procession des &#171; sauteurs &#187; : les participants se rendent &#224; l'&#233;glise en faisant trois pas en avant et un en arri&#232;re (N.d.T.).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Winnicott et la Th&#233;rapie Comportementale</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?380-winnicott-et-la-therapie</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?380-winnicott-et-la-therapie</guid>
		<dc:date>2010-07-29T16:43:54Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>P&#233;dagogie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;ducation</dc:subject>
		<dc:subject>Linguistique</dc:subject>
		<dc:subject>Psychoth&#233;rapie</dc:subject>
		<dc:subject>M&#233;decine</dc:subject>
		<dc:subject>Winnicott D. W.</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Lettre de juin 1969 adress&#233;e par D.W.Winnicott, au r&#233;dacteur de Child Care News, parue dans D. W. Winnicott. Psycho-Analytic Explorations, Londres. Kamac, 1989, pp. 125-128. (L'article auquel il est fait r&#233;f&#233;rence nous demeure introuvable : avis aux archivistes...) Cher Monsieur, Il est certain que l'on pourrait faire un commentaire &#233;logieux de l'article que Carole Holder consacre a la Th&#233;rapie Comportementale dans le Child Care News de mai 1969, n&#176; 86. Pour cela, cependant, il (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-6-psychanalyse-+" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-8-pedagogie-+" rel="tag"&gt;P&#233;dagogie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-30-education-+" rel="tag"&gt;&#201;ducation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-41-linguistique-+" rel="tag"&gt;Linguistique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-67-psychotherapie-+" rel="tag"&gt;Psychoth&#233;rapie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-91-sante-+" rel="tag"&gt;M&#233;decine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-103-winnicott-d-w-+" rel="tag"&gt;Winnicott D. W.&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Lettre de juin 1969 adress&#233;e par D.W.Winnicott, au r&#233;dacteur de Child Care News, parue dans D. W. Winnicott. Psycho-Analytic Explorations, Londres. Kamac, 1989, pp. 125-128.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(L'article auquel il est fait r&#233;f&#233;rence nous demeure introuvable : avis aux archivistes...)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cher Monsieur,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est certain que l'on pourrait faire un commentaire &#233;logieux de l'article que Carole Holder consacre a la Th&#233;rapie Comportementale dans le Child Care News de mai 1969, n&#176; 86. Pour cela, cependant, il faudrait &#234;tre dans un monde diff&#233;rent de celui dans lequel &#224; la fois je vis et je travaille. Il est important pour moi d'avoir l'occasion de faire savoir &#224; mes nombreux coll&#232;gues travailleurs sociaux que je d&#233;sire tuer cet article et sa tendance. J'aimerais en dire plus et, en tout cas, commencer par dire pourquoi je veux les tuer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce pourrait &#234;tre une bonne chose que de lire les d&#233;clarations de cet article aux travailleurs sociaux qui, par autos&#233;lection, s&#233;lection et formation, ont une pratique de cas. A coup s&#251;r, il est bon que l'on vous remette en m&#233;moire que les syst&#232;mes locaux de principes moraux ne sont pas seulement enseign&#233;s par l' exemple, mais aussi par des tapes sur le derri&#232;re et des punitions. En fait, il est peu probable que nous puissions oublier ce fait fondamental, puisque une grande part de notre travail s'est &#233;difi&#233;e a partir de l' &#233;chec de la th&#233;rapie comportementale telle qu'elle se pratique &#224; la maison et dans les institutions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je revendique le droit de protester. J'ai gagn&#233; ce droit du fait que je n'ai jamais accept&#233; le mot maladjusted qui, dans les ann&#233;es 1920, a travers&#233; l'AtIantique dans les bagages de la &#8220;Guidance infantile&#8221; et nous a &#233;t&#233; vendu en m&#234;me temps. Un enfant mal adapt&#233; est un enfant, gar&#231;on ou fille, aux besoins de qui quelqu'un n'a pas su s'adapter &#224; tel stade important de son d&#233;veloppement.
Imaginez des travailleurs sociaux dans un groupe d'&#233;tudes r&#233;fl&#233;chissant avec les principes de la th&#233;rapie comportementale. Un tel groupe ne tarderait pas a &#234;tre, par s&#233;lection et autos&#233;lection, rempli par des gens qui, de fa&#231;on naturelle, adoptent la disposition d'esprit de la th&#233;rapie comportementale. La formation ne ferait qu'accentuer les sillons et les ar&#234;tes des structures de la personnalit&#233; d&#233;j&#224; &#224; l'&#339;uvre dans les m&#339;urs comportementalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce serait vraiment une bataille perdue, parce que ces gens dont je parle avec les mots de sillons et d'ar&#234;tes ne sauront pas qu'il existe une autre sorte de travail social, un travail orient&#233; pour faciliter les processus du d&#233;veloppement ; ils ne sauront pas que contenir tensions et pressions des personnes et des groupes comporte une valeur positive, de m&#234;me que laisser le temps agir dans la gu&#233;rison ; ils ne sauront pas que la vie est r&#233;ellement difficile et que seul compte le combat personnel, et que, pour l'individu, il n'y a que cela qui soit pr&#233;cieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'article de Carole Holder met en lumi&#232;re qu'il est possible de consid&#233;rer la vie avec la plus extr&#234;me na&#239;vet&#233;. Le probleme est que cette surprenante sursimplification doit s&#233;duire les gens dont on a besoin pour financer le travail social. Rien de plus facile que de vendre la th&#233;rapie comportementale aux membres d'un comit&#233; qui, &#224; son tour, la revendra aux membres des conseils municipaux dont les talents s'exercent dans d'autres champs. On n'est jamais &#224; court de gens qui affirment avoir tir&#233; profit des principes moraux que leurs p&#232;res leur ont impos&#233;s en famille, ou tir&#233; profit du fait qu'&#224; l'&#233;cole un professeur s&#233;v&#232;re rendait cuisants la paresse ou un larcin. C'est &#224; cela que les gens croient pour commencer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut malheureusement, de pr&#232;s ou de loin, parler ici des m&#233;decins et des infirmi&#232;res, car leur travail aussi repose sur une sursimplification fondamentale : la maladie est d&#233;j&#224; pr&#233;sente, leur travail est de l'&#233;liminer. Mais la nature humaine n'est pas comme l'anatomie et la physiologie, bien qu'elle en d&#233;pende, et les m&#233;decins, l&#224; encore par autos&#233;lection, s&#233;lection et formation, ne sont pas faits pour la t&#226;che du travailleur social, &#224; savoir reconna&#238;tre l'existence du conflit humain, le contenir, y croire et le souffrir, ce qui veut dire tol&#233;rer les sympt&#244;mes qui portent la marque d'une profonde d&#233;tresse. Les travailleurs sociaux ont besoin de consid&#233;rer sans cesse la philosophie de leur travail ; ils ont besoin de savoir quand ils doivent se battre pour &#234;tre autoris&#233;s a faire les choses difficiles (et &#234;tre pay&#233;s pour &#231;a) et non les choses faciles ; ils doivent trouver un soutien l&#224; o&#249; on peut en trouver, et ne pas en attendre de l'administration ni des contribuables, ni plus g&#233;n&#233;ralement des figures parentales. En fait, dans ce cadre loca1is&#233;, les travailleurs sociaux doivent &#234;tre eux-m&#234;mes les figures parentales, s&#251;rs de leur propre attitude m&#234;me quand ils ne sont pas soutenus, et souvent dans la position curieuse de devoir r&#233;clamer le droit d'&#234;tre &#233;puis&#233;s par I'exercice de leurs t&#226;ches, plut&#244;t que d'&#234;tre s&#233;duits par la voie, facile, de se mettre au service de la conformit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car La Th&#233;rapie Comportementale (avec des majuscules pour en faire une Chose qui peut &#234;tre tu&#233;e) est une porte de sortie commode. Il faut juste s'accorder sur des principes moraux. Quand on suce son pouce, on est m&#233;chant ; quand on mouille son lit, on est m&#233;chant ; quand on met du d&#233;sordre, quand on vole, qu'on casse un carreau, on est m&#233;chant C'est m&#233;chant de mettre les parents au d&#233;fi, de critiquer les r&#232;glements de l'&#233;cole, de voir les d&#233;fauts des cursus universitaires, de ha&#239;r la perspective d'une vie qui tourne comme une courroie de transmission. C'est m&#233;chant de rechigner devant une vie r&#233;gl&#233;e par des ordinateurs. Chacun est libre d'&#233;tablir sa propre liste de &#8220; bon &#8221; et &#8220; m&#233;chant &#8221; ou &#8220; mauvais &#8221; ; et une vol&#233;e de comportementalistes partageant plus ou moins des syst&#232;mes moraux identiques est libre de se rassembler et de mettre en place des cures de sympt&#244;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y aura des ratages, mais il y aura quantit&#233; de succ&#232;s et d'enfants qui iront disant : &#8220; Je suis si joyeux de ne plus mouiller mon lit gr&#226;ce &#224; MIle Holder &#8221;, ou gr&#226;ce a un appareil &#233;lectrique ou a un &#8220;conditionneur&#8221; quelconque. Le th&#233;rapeute n'aura besoin de rien d'autre que d'exploiter le fait que les &#234;tres humains sont une esp&#232;ce animale dot&#233;e d'une neurophysiologie &#224; l'instar des rats et des grenouilles. Ce qu'on laisse pour compte, l&#224;, c'est que les &#234;tres humains, m&#234;me ceux dont la teneur en intelligence est plut&#244;t basse, ne sont pas simplement des animaux. Ils ont pas mal de choses dont les animaux sont d&#233;pourvus. Personnellement, je consid&#233;rerais que la Th&#233;rapie Comportementale est une insulte m&#234;me pour les grands singes, et m&#234;me pour les chats.
Il est triste de penser qu'il n'y a pas suffisamment de travailleurs sociaux, et qu'il n'y en aura jamais suffisamment. Il est infiniment plus triste de penser que le dernier paragraphe de l'article de Mlle Holder pourrait bien &#234;tre utilis&#233; par les responsables des Institutions d'enfants pour justifier la transmission, &#224; qui officie en p&#233;diatrie, de ce &#8220; proc&#233;d&#233; &#233;conomique et raisonnable &#8221; qui doit rendre gentils les m&#233;chants clients.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est clair que je suis en train de m'exercer a faire marcher un conditionneur : je veux tuer la Th&#233;rapie Comportementale par le ridicule. Sa na&#239;vet&#233; devrait faire l'affaire. Sinon, il faudra la guerre, et la guerre sera politique, comme entre une dictature et la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Votre tr&#232;s fid&#232;le
D. W. WINNICOTT&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Ecole, &#233;ducation, soci&#233;t&#233; autonome</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?365-ecole-education-societe-autonome</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?365-ecole-education-societe-autonome</guid>
		<dc:date>2010-05-27T10:04:54Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>P&#233;dagogie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;ducation</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie directe</dc:subject>
		<dc:subject>Travail</dc:subject>
		<dc:subject>Insignifiance</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Autogestion</dc:subject>
		<dc:subject>Lieux Communs</dc:subject>
		<dc:subject>Sociologie</dc:subject>
		<dc:subject>Tract</dc:subject>
		<dc:subject>Apathie</dc:subject>
		<dc:subject>Banlieue</dc:subject>
		<dc:subject>Oligarchie</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;cence commune</dc:subject>
		<dc:subject>B&#233;rard Quentin</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Distribu&#233; &#224; 4.000 exemplaires lors des manifestations parisiennes Traduction en grec L'&#233;cole est en crise. Il faudrait &#234;tre aveugle et sourd pour l'ignorer tant on nous le serine &#224; longueur de magazines, d'&#233;tudes sociologiques et de revues sp&#233;cialis&#233;es : &#171; baisse du niveau &#187;, &#171; d&#233;clin de l'autorit&#233; &#187;, &#171; d&#233;motivation &#187;, &#171; violences &#187;, etc... Cette accumulation de sympt&#244;mes spectaculaires, r&#233;pandus dans toute la soci&#233;t&#233;, entretient le d&#233;sarroi et emp&#234;che de comprendre les m&#233;canismes (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-8-pedagogie-+" rel="tag"&gt;P&#233;dagogie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-30-education-+" rel="tag"&gt;&#201;ducation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-37-democratie-directe-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-55-travail-+" rel="tag"&gt;Travail&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-60-insignifiance-+" rel="tag"&gt;Insignifiance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-90-autogestion-+" rel="tag"&gt;Autogestion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-98-lieux-communs-+" rel="tag"&gt;Lieux Communs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-108-sociologie-+" rel="tag"&gt;Sociologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-111-tract-+" rel="tag"&gt;Tract&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-119-apathie-+" rel="tag"&gt;Apathie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-124-banlieue-+" rel="tag"&gt;Banlieue&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-131-oligarchie-+" rel="tag"&gt;Oligarchie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-220-decence-commune-+" rel="tag"&gt;D&#233;cence commune&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-283-Berard-Quentin-+" rel="tag"&gt;B&#233;rard Quentin&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Distribu&#233; &#224; 4.000 exemplaires lors des manifestations parisiennes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduction &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?448-&#931;&#967;&#959;&#955;&#949;&#943;&#959;-&#960;&#945;&#953;&#948;&#949;&#943;&#945;' class=&#034;spip_in&#034; hreflang=&#034;grc&#034;&gt;en grec&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;figure class='spip_document_188 spip_documents spip_documents_center' style=&#034;max-width:64px;&#034; data-w=&#034;64&#034;&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/pdf_TractEcoleEducationSocAut.pdf' arial-label=&#034;&#034; type=&#034;application/pdf&#034;&gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:100%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg&amp;taille=64&amp;1779540165' alt='' data-src='local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg' data-l='64' data-h='64' data-tailles='[\&#034;160\&#034;,\&#034;320\&#034;,\&#034;640\&#034;,\&#034;1280\&#034;,\&#034;1920\&#034;]' data-autorisees='{&#034;64&#034;:{&#034;1&#034;:&#034;index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=local\/cache-vignettes\/L64xH64\/pdf-b8aed.svg&amp;#38;taille=64&amp;#38;1779540165&#034;,&#034;2&#034;:&#034;index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=local\/cache-vignettes\/L64xH64\/pdf-b8aed.svg&amp;#38;taille=64&amp;#38;1779540165&#034;}}' class='image_responsive' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;cole est en crise. Il faudrait &#234;tre aveugle et sourd pour l'ignorer tant on nous le serine&lt;/strong&gt; &#224; longueur de magazines, d'&#233;tudes sociologiques et de revues sp&#233;cialis&#233;es : &#171; baisse du niveau &#187;, &#171; d&#233;clin de l'autorit&#233; &#187;, &#171; d&#233;motivation &#187;, &#171; violences &#187;, etc... Cette accumulation de sympt&#244;mes spectaculaires, r&#233;pandus dans toute la soci&#233;t&#233;, entretient le d&#233;sarroi et emp&#234;che de comprendre les m&#233;canismes d'effondrement qui op&#232;rent. Face &#224; cela, les pseudos-responsables multiplient en tous sens les mesures qui ne font qu'aggraver la situation : logiques s&#233;curitaires, coupes budg&#233;taires, gadgets technologiques, &#233;valuations manageriales, scientisme p&#233;dagogique, multiplication des &#233;chelons et niches bureaucratiques,etc...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Historiquement, l'&#233;ducation est charg&#233;e de deux fonctions bien distinctes&lt;/strong&gt;, correspondant aux deux tendances fondamentales de l'occident : l'ac&#173;croissement permanent de la puissance &#233;conomique et l'&#233;mancipation individuelle et collective. La pre&#173;mi&#232;re, utilitaire, consiste &#224; &#233;duquer les enfants au sens &#233;troit du terme : leur fournir certains savoirs sp&#233;ciali&#173;s&#233;s qui rendront possible leur int&#233;gration dans la sph&#232;re de la production. La seconde fonction, hu&#173;maniste, vise &#224; cultiver les &#233;l&#232;ves en les initiant &#224; ce qu'on appelle la &#171; culture &#187; (les grandes &#339;uvres litt&#233;&#173;raires, philosophiques et artistiques d'une soci&#233;t&#233; etc.). &#201;videmment, l'aspect culturel passe pour secon&#173;daire alors qu'il est premier : C'est lui qui permet d'&#233;&#173;laborer sa propre personnalit&#233; au sein de l'humanit&#233; et de d&#233;velopper une certaine passion pour la connaissance, qui seule rend possible la compr&#233;hen&#173;sion et la construction de savoirs sp&#233;cialis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais ces deux fonctions que les institutions &#233;ducatives sont cens&#233;es accomplir sont devenues contradictoires.&lt;/strong&gt; La sp&#233;cialisation du savoir, les fortes pressions qu'exercent l'&#233;conomie et les exi&#173;gences du march&#233; du travail forcent l'&#233;cole &#224; s'orien&#173;ter plut&#244;t vers son aspect utilitaire, en m&#233;prisant son c&#244;t&#233; humaniste. Cette contradiction n'est qu'une par&#173;tie de la crise anthropologique qui caract&#233;rise l'en&#173;semble des soci&#233;t&#233;s contemporaines : les valeurs, la culture et les modes vie qui ont jusqu'&#224; pr&#233;sent structur&#233; la vie sociale sont en phase de d&#233;composi&#173;tion, &#233;cras&#233;s sous le poids de la culture de masse et du consum&#233;risme. La disparition progressive des mouvements contestataires de fond depuis les ann&#233;es 50 (aussi bien politiques et sociaux que culturels ou intellectuels) a laiss&#233; le champ libre au capitalisme d&#233;brid&#233; et a son propre mod&#232;le culturel. Comment, alors, former les jeunes &#224; se hisser le plus haut pos&#173;sible dans les hi&#233;rarchies hyper-comp&#233;titives du pou&#173;voir et de l'argent en instrumentalisant tout &#224; cette fin et, en m&#234;me temps, &#233;duquer &#224; la connaissance pour elle-m&#234;me, &#224; la r&#233;flexion critique, &#224; l'amour du bien commun ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les &#171; valeurs &#187; de la soci&#233;t&#233; de consommation dominent, d&#233;sormais.&lt;/strong&gt; Les mati&#232;res &#233;tudi&#233;es dans les &#233;tablissement scolaires semblent, de plus en plus, ne rien avoir &#224; faire avec ce que pensent et sentent les jeunes aujourd'hui. L'&#233;cole se transforme en obliga&#173;tion st&#233;rile d'apprentissage des savoirs &#171; morts &#187;, qui vont &#234;tre oubli&#233;s d&#232;s l'obtention du dipl&#244;me. Les conditions m&#234;me dans lesquelles ont grandi et se sont form&#233;s ces enseignants ont profond&#233;ment chang&#233; : leur autorit&#233;, qui ne peut &#234;tre bas&#233;e que sur leur passion pour le savoir, son enrichissement et sa transmission, est &#233;videmment rong&#233;e de partout, y compris de l'int&#233;rieur, accompagnant la d&#233;gradation des conditions d'exercice du m&#233;tier. Face &#224; cette si&#173;tuation, l'&#233;cole peine &#224; transmettre un certain h&#233;ri&#173;tage culturel &#224; ses &#233;l&#232;ves, car cette derni&#232;re est enti&#232;&#173;rement hors du champ de leurs pr&#233;occupations et modes de pens&#233;e quotidiens. On ne demande pas trop &#224; l'&#233;cole : on lui demande une chose devenue impos&#173;sible, puisque d'une certaine mani&#232;re, l'id&#233;ologie &#171; officielle &#187; de nos soci&#233;t&#233;s c'est la culture de masse que diffuse la t&#233;l&#233;vision et les nouvelles technolo&#173;gies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les qualit&#233;s relatives que l'&#233;cole populaire et r&#233;publicaine avait r&#233;ussi &#224; arracher&lt;/strong&gt; sont totale&#173;ment d&#233;natur&#233;es : l'esprit critique s'est transform&#233; en cynisme, la la&#239;cit&#233; est devenue caution au d&#233;raci&#173;nement, la vis&#233;e encyclop&#233;dique s'est mu&#233;e en polyvalence salariale, la gratuit&#233; et le caract&#232;re obli&#173;gatoire en fait une contrainte arbitraire et carc&#233;rale, ... L'instruction n'est plus vue comme un facteur d'&#233;panouissement. Les cons&#233;quences, incalculables, d'un tel renversement culturel se mesurent dans le domaine stricte de l'utilitarisme : il n'est plus question de former &#224; un m&#233;tier exigeant un savoir-faire et justifiant une fiert&#233; collective comme individuelle, mais de pr&#233;parer des gens &#224; chercher un emploi temporaire sur un march&#233; concurrentiel sans autre sens que de fournir un revenu imm&#233;diatement consommable. C'est toute la soci&#233;t&#233;, professionnels de l'&#233;ducation y compris, qui montre l'exemple d'une population r&#233;sign&#233;e au cauchemar climatis&#233; de la consommation pour elle-m&#234;me. Que plus rien, progressivement, n'ait de sens pour personne tend &#224; rendre impossible toute &#233;ducation digne de ce nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce n'est pas tellement l'&#233;cole qui va mal : c'est la soci&#233;t&#233; qui ne va plus.&lt;/strong&gt; Ce qui &#233;duque l'&#234;tre hu&#173;main n'est pas telles ou telles institutions qui en ont la fonction officielle, c'est toutes les institutions existantes, tout le tissu social, toutes les relations qui se nouent entre les hommes et entre eux et le monde. C'est toute la collectivit&#233; qui, qu'elle le veuille ou non, se charge de la socialisation des &#171; nouveaux venus &#187;, en leur transmettant les valeurs, les normes, les coutumes et les pratiques culturelles. Dans toutes les soci&#233;t&#233;s humaines, avec ou sans &#233;cole, l'&#233;ducation se fait dans la vie quotidienne de l'individu (familles pluri-g&#233;n&#233;rationnelles, vie de village, corporations, &#233;glise, th&#233;&#226;tre, spectacles, chansons et contes populaires, f&#234;tes, syndicats, mobilisations politiques...). Cette &#233;ducation &#171; informelle &#187; &#233;tait la base d'une sociabilit&#233; primaire, d'une d&#233;cence commune et ordinaire, o&#249; &#233;taient incorpor&#233;s gestes, paroles et conventions sociales qui rendait viable la vie collective. Que transmettent aujourd'hui le matraquage m&#233;diatique, la rue m&#233;canis&#233;e, le quartier d&#233;sert&#233; ? Et &#224; quoi enseignent les magazines racoleurs, l'obsc&#233;nit&#233; publicitaire, les fast-food anonymes, les chanteurs arrivistes, les appareils politiques nihilistes ? Format&#233;e par les int&#233;r&#234;ts marketing surpuissants, cette &#233;ducation-paillettes, triste et superficielle, ne peut que former des personnalit&#233;s inqui&#232;tes, opportunistes, d&#233;pressives - alors que plus que jamais l'humanit&#233; a besoin de tous ses esprits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est bien la direction g&#233;n&#233;rale que prend notre civilisation qui est en cause, et que la &#171; crise &#187; de l'&#233;cole r&#233;v&#232;le.&lt;/strong&gt; Les &#233;pisodes totalitaires du XX&#232;me si&#232;cle ont remis en cause aussi bien la l&#233;gitimit&#233; de toute autorit&#233; hi&#233;rarchique non contr&#244;l&#233;e que les vertus suppos&#233;es de la culture contre la barbarie ; les mouvements contestataires ont sap&#233; les justifications rationnelles de l'ali&#233;nation, de l'injustice et de l'in&#233;galit&#233; qui r&#232;gnent partout au su et au vu de tous, petits ou grands, sans qu'aucune perspective collective n'ait pris le relais ; des cultures mill&#233;naires se trouvent massivement face &#224; face, incertaines quant &#224; leurs identit&#233;s, leurs racines, leurs projets ; les catastrophes &#233;cologiques en cours et &#224; venir renversent les cat&#233;gories de pens&#233;es et les connaissances accumul&#233;es depuis des si&#232;cles ; les nouvelles technologies envahissent tous les aspects de la vie, s'&#233;rigeant en autant d'oracles qui transforment du tout au tout le rapport habituel &#224; la connaissance, au pouvoir, &#224; la vie&#8230;. Sans doute plus que jamais, nos cultures, nos savoirs, nos existences sont d&#233;connect&#233;s des exigences des temps pr&#233;sents, qui demanderaient une remise &#224; plat sans pr&#233;c&#233;dent. Et, sans doute plus que jamais, comme des enfants, &#224; mesure que la situation empire, nous demandons &#224; d'autres de s'en occuper : politiciens, experts, technocrates, sp&#233;cialistes, afin de se barricader dans la tour en carton de la vie priv&#233;e. Le monde des adultes responsables semble avoir disparu silencieusement &#8211; il n'y a pas &#224; s'&#233;tonner que celui des enfants devienne bruyant et hyst&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La formation des nouvelles g&#233;n&#233;rations depuis plusieurs d&#233;cennies est la cons&#233;quence&lt;/strong&gt; palpable de cette d&#233;mission g&#233;n&#233;ralis&#233;e qui traverse toutes les classes, les professions, les secteurs de la soci&#233;t&#233;... Les tentations r&#233;actionnaires visant &#224; r&#233;tablir l'ordre s'aveuglent sur les causes du d&#233;clin, l'accompagnant ainsi, et ne font qu'escamoter le seul recours viable : une r&#233;-appropriation par toute la population du sens de la vie collective. Cette auto-transformation radi&#173;cale de la soci&#233;t&#233; permettrait de s'affronter &#224; des probl&#232;mes cruciaux &#224; travers la refondation d'une d&#233;&#173;mocratie qui ne soit pas le pouvoir des strates bureaucratiques, des clans d'experts, des mafias politiciennes, bref le r&#232;gne de l'oligarchie qui domine actuellement pour ses seuls int&#233;r&#234;ts. La participation de tous aux affaires communes, &#224; la marche de la soci&#233;t&#233;, est une condition indispensable &#224; la formation d'&#234;tres humains responsables de leur actes, de leur paroles, de leurs d&#233;sirs et exige de nouveaux rapports au travail, au pouvoir, au savoir. Cette rupture implique de faire vivre ce que notre histoire collective a de meilleur, dans tous les domaines, et demande &#224; renouer avec une pens&#233;e / pratique p&#233;dagogique digne de ce nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour nous, l'&#233;cole ne peut avoir de sens que si elle vise l'autonomie individuelle et collective.&lt;/strong&gt; Cela veut d'abord dire que la loi &#224; laquelle tout le monde est soumis doit &#234;tre pens&#233;e, &#233;labor&#233;e, &#233;dict&#233;e, appliqu&#233;e et chan&#173;g&#233;e par le plus grand nombre possible : si une v&#233;ritable d&#233;mocratie repose sur la d&#233;lib&#233;ration du peuple assem&#173;bl&#233;, une v&#233;ritable &#233;ducation implique des assembl&#233;es d'&#233;tablissement regroupant professeurs, &#233;l&#232;ves, person&#173;nels &#233;ducatifs, techniciens, etc... dont les modalit&#233;s (droit de v&#233;to, comp&#233;tences, etc...) sont &#224; fixer. De la m&#234;me mani&#232;re, il y a &#224; fonder des relations p&#233;dagogiques sur le d&#233;sir d'apprendre et d'enseigner, qu'il faut susciter, formuler et r&#233;aliser. La concurrence, la &#171; r&#233;ussite &#187;, le conformisme ne peuvent &#234;tres des motivations &#233;duca&#173;tives : accompagner, sans ang&#233;lisme, la volont&#233; profonde de participer &#224; l'aventure humaine est le seul ressort de toute existence digne de ce nom. Enfin, la formation des nouvelles g&#233;n&#233;rations aux enjeux futurs, la trans&#173;mission des acquis inestimables des mill&#233;naires pass&#233;s, est une t&#226;che qui exige de celui qui l'exerce une capaci&#173;t&#233; d'autonomie r&#233;elle. Loin des d&#233;magogies gauchistes aujourd'hui coupl&#233;es &#224; l'autoritarisme bureaucratique, il est question ici d'un retour critique sur sa pratique, d'une interrogation illimit&#233;e quant &#224; sa pens&#233;e et de la res&#173;ponsabilit&#233; immense d'avoir &#224; assumer, aimer et transformer le monde qui nous entoure.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
&#8211; Mai 2010 -
Groupe politique Lieux Communs
&lt;a href=&#034;http://www.magmaweb.fr/spip/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.magmaweb.fr/spip/&lt;/a&gt; - Lieuxcommuns&lt;span class='mcrypt'&gt; &lt;/span&gt;gmx.fr&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>De la (m&#233;s)&#233;ducation &#224; la Paideia (4/4)</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?363-de-la-mes-education-a-la-paideia-4</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?363-de-la-mes-education-a-la-paideia-4</guid>
		<dc:date>2010-04-07T15:18:52Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>
&lt;p&gt;Texte de Takis Fotopoulos paru dans The International Journal of Inclusive Democracy, vol. 2, No.1 (September 2005) , version originale ici , traduction par nos soins. 4. L'&#233;ducation &#233;mancipatrice comme passage de l'&#233;ducation de la modernit&#233; &#224; une Paideia d&#233;mocratique La derni&#232;re question cruciale se r&#233;f&#232;re &#224; ce que Castoriadis appelle &#171; l'&#233;nigme de la politique &#187; &#224; savoir comment dans une soci&#233;t&#233; h&#233;t&#233;ronome et une &#233;ducation h&#233;t&#233;ronome on peut cr&#233;er des institutions autonomes et (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte de Takis Fotopoulos paru dans The International Journal of Inclusive Democracy, vol. 2, No.1 (September 2005) , version originale &lt;a href=&#034;http://www.inclusivedemocracy.org/journal/vol2/vol2_no1_miseducation_paideia_takis_PRINTABLE.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt; , traduction par nos soins.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4. L'&#233;ducation &#233;mancipatrice comme passage de l'&#233;ducation de la modernit&#233; &#224; une Paideia d&#233;mocratique &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re question cruciale se r&#233;f&#232;re &#224; ce que Castoriadis appelle &#171; l'&#233;nigme de la politique &#187; &#224; savoir comment dans une soci&#233;t&#233; h&#233;t&#233;ronome et une &#233;ducation h&#233;t&#233;ronome on peut cr&#233;er des institutions autonomes et l'infrastructure de la paideia, ou ce que j'appellerais les conditions d'une &#233;ducation &#233;mancipatrice &#224; savoir les conditions pour la transition de la mes&#233;ducation moderne pr&#233;sente &#224; une paideia d&#233;mocratique. Cela impliquerait la rupture du processus de socialisation &#224; grande &#233;chelle telle que les minorit&#233;s d'activistes qui ont r&#233;ussi &#224; int&#233;rioriser les valeurs d'une soci&#233;t&#233; alternative d&#233;mocratique serait rejoint par la majorit&#233;. Le probl&#232;me a engag&#233; par le pass&#233; la gauche radicale et est toujours, bien entendu non r&#233;solu. Je voudrais classer les parties prenantes essentielles sur ce point comme suit. Tout d'abord, il ya ceux qui en effet ne propose pas des strat&#233;gies de transition parce qu'ils croient que ce n'est qu'apr&#232;s un changement r&#233;volutionnaire dans la soci&#233;t&#233; qu'il serait possible d'introduire une paideia. Deuxi&#232;mement, il ya ceux qui proposent une transition par divers dispositifs de l'&#233;ducation libertaire et, enfin, il y a l'approche de la D&#233;mocratie Inclusive, qui propose de relier l'&#233;ducation &#233;mancipatrice &#224; la strat&#233;gie de transition politique et la mise en place de l'&#233;mancipation des &#233;tablissements d'enseignement en tant que partie int&#233;grante des institutions politiques et &#233;conomiques cr&#233;&#233;s au cours de la transition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La th&#232;se de la &#171; Paideia apr&#232;s la r&#233;volution &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La position classique de la gauche radicale en la mati&#232;re a &#233;t&#233; de rejeter la possibilit&#233; d'une paideia dans le syst&#232;me actuel de l'&#233;conomie de march&#233; capitaliste et de la &#171; d&#233;mocratie &#187; repr&#233;sentative. La situation est parfaitement r&#233;sum&#233;e par Bakounine, mais est soulign&#233;e aussi par d'autres auteurs marxistes et anarchistes du pass&#233; et explicitement ou implicitement r&#233;p&#233;t&#233;e par les radicaux contemporains comme Bookchin, Castoriadis et al. Ainsi, Bakounine fait un lien explicite entre l'av&#232;nement d'une &#233;ducation socialiste et la transformation socialiste de la soci&#233;t&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;ducation publique, non pas fictive mais r&#233;elle, ne peut exister que dans une soci&#233;t&#233; v&#233;ritablement &#233;galitaire ... la morale socialiste est totalement contraire &#224; la morale actuelle, les enseignants qui sont n&#233;cessairement plus ou moins domin&#233;s par cette derni&#232;re, agiront en pr&#233;sence d'&#233;l&#232;ves d'une mani&#232;re tout &#224; fait contraire &#224; ce qu'ils pr&#234;chent. Par cons&#233;quent, l'&#233;ducation socialiste est impossible dans les &#233;coles existantes ainsi que dans les familles d'aujourd'hui. Mais l'&#233;ducation int&#233;grale est &#233;galement impossible dans les conditions actuelles. Les bourgeois n'ont pas la moindre envie que leurs enfants doivent devenir des travailleurs, et les travailleurs sont priv&#233;s des moyens n&#233;cessaires pour donner &#224; leur prog&#233;niture une &#233;ducation scientifique ... Il est &#233;vident que cette importante question de l'enseignement et de l'&#233;ducation de la population d&#233;pend de la solution du probl&#232;me beaucoup plus difficile de la r&#233;organisation radicale des conditions &#233;conomiques actuelles des masses laborieuses Le m&#234;me auteur donne peut-&#234;tre la meilleure r&#233;ponse &#224; de nombreux anarchistes contemporains qui pr&#244;nent diff&#233;rents r&#233;gimes d'&#233;coles libres et de contrats comme un moyen de cr&#233;er les conditions d'une paideia &#171; libertaire &#187; : Si il &#233;tait m&#234;me possible de trouver dans l'environnement existant des &#233;coles qui donneraient aux &#233;l&#232;ves un enseignement et une &#233;ducation aussi parfaits que nous pouvons l'imaginer, ces &#233;coles r&#233;ussiraient-elles &#224; d&#233;velopper des hommes justes, libres et moraux ? Non, elles ne leferaient pas, car &#224; la sortie de l'&#233;cole les dipl&#244;m&#233;s se trouveraient dans un environnement social r&#233;gi par des principes tout &#224; fait contraire, et puisque la soci&#233;t&#233; est toujours plus forte que les individus, elle viendrait bient&#244;t &#224; les dominer, et &#224; les d&#233;moraliser. De m&#234;me, Castoriadis, pour ne citer que l'un des &#233;crivains contemporains radicaux qui ont explicitement abord&#233; la question de la paideia, souligne que : Seule l'&#233;ducation (paideia) des citoyens en tant que citoyens peut donner de la valeur, du contenu de fond &#224; l '&#171; espace public &#187;. Cette paideia n'est pas principalement une question de livres et de cr&#233;dits acad&#233;miques. Tout d'abord, il s'agit de prendre conscience que la polis est aussi soi-m&#234;me, et que son sort d&#233;pend aussi de l'esprit, du comportement et des d&#233;cisions ; en d'autres termes, c'est la participation &#224; la vie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme la participation &#224; la vie politique pour Castoriadis n'a rien &#224; voir avec la &#171; d&#233;mocratie &#187; repr&#233;sentative lib&#233;rale d'aujourd'hui, qu'il appelle justement &#171; oligarchie &#187; lib&#233;rale, il est &#233;vident que Castoriadis voit aussi comme non-r&#233;alisable la cr&#233;ation d'institutions de la paideia sous le syst&#232;me pr&#233;sent. L'&#233;ducation libertaire comme une &#8220;strat&#233;gie&#8221; de transition Ensuite, on peut se r&#233;f&#233;rer &#224; diverses propositions, g&#233;n&#233;ralement par des partisans de la tendance individualiste au sein du mouvement anarchiste, les &#171; anarchistes style de vie &#187; et les partisans de &#171; l'anarchie en action &#187;, qui adoptent diff&#233;rents r&#233;gimes d '&#171; &#233;ducation libertaire &#187; dans le cadre existant de l'&#233;conomie de march&#233; et de la &#171; d&#233;mocratie &#187; repr&#233;sentative. L'&#233;l&#233;ment commun &#224; toutes ces propositions est qu'elles ne sont pas propos&#233;es en tant que partie int&#233;grante du programme d'un mouvement antisyst&#233;mique. En fait, la plupart sinon la totalit&#233; de ces propositions, implicitement ou parfois explicitement, rejettent toute id&#233;e d'action au sein d'un mouvement politique pour renverser le syst&#232;me actuel et d&#233;crivent &#224; la place diff&#233;rents r&#233;gimes pour maximiser l'autonomie individuelle dans l'&#233;ducation, comme une sorte de changement de vie d&#233;sir&#233; plut&#244;t que comme moyen de cr&#233;er la conscience d'un changement syst&#233;mique. Pas &#233;tonnant que ces propositions ne lient pas les modifications institutionnelles propos&#233;es au niveau &#171; micro &#187; de l'&#233;ducation avec les changements institutionnels requis au niveau &#171; macro &#187; social. En ce sens, on peut classer ces propositions dansce que Murray Bookchin a justement appel&#233; &#171; l'anarchisme style de vie &#187;, qui pourrait facilement &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une sorte de r&#233;formisme libertaire, &#233;tant donn&#233; que la plupart sinon tous les changements propos&#233;s pourraient facilement &#234;tre int&#233;gr&#233;es dans le syst&#232;me actuel - comme ils l'ont en fait &#233;t&#233;, chaque fois qu'ils sont mis en &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel que Joel Spring, l'auteur de &lt;i&gt;A primer of Libertarian Education&lt;/i&gt; et partisan de la tendance individualiste au sein du mouvement anarchiste, d&#233;crit le mouvement des &#233;coles libres qui ont fleuri dans les ann&#233;es 1950 et 1960, il s'agissait d'une tentative d'&#233;tablir un environnement propice &#224; l'auto-d&#233;veloppement dans un monde qui a &#233;t&#233; jug&#233; trop structur&#233;e et rationalis&#233;e, avec des pr&#233;curseurs (entre autres) du mouvement &#171; terrain de jeu libre &#187; dans les ann&#233;es 1940. Il a &#233;t&#233; vu &#171; comme l'expression d'une pr&#233;occupation libertaire de remodeler le monde afin que les gens puissent le contr&#244;le et l'utiliser pour leurs propres fins &#187;, ou m&#234;me comme&#171; une oasis hors du contr&#244;le autoritaire et comme un moyen de transmettre les connaissances n&#233;cessaires pour &#234;tre libre &#187;, avec l'objectif g&#233;n&#233;ral de fournir un environnement libre et non structur&#233;. Comme le souligne le m&#234;me auteur, le libertaire Am&#233;ricain Paul Goodman &#233;tait l'un des porte-parole important pour le mouvement des &#233;coles libres, qui pr&#233;conise la d&#233;centralisation des grands et lourds syst&#232;mes d'&#233;cole et la cr&#233;ation d'&#233;coles &#224; petite &#233;chelle. De toute &#233;vidence, la mise en place d' &#171; &#233;coles libres &#187; n'ont rien &#224; voir avec tout mouvement politique antisyst&#233;mique ou strat&#233;gie de transition, mais simplement visent &#224; fournir une sorte d'&#233;ducation libertaire (sans doute pour parents hippies des classes moyennes qui ne pouvaient s'offrir le luxe de payer les frais ). On signale que la plupart des enfants qui ont particip&#233; &#224; des &#171; &#233;coles libres &#187; sont d&#233;sormais pass&#233;s des ex-hippies aux yuppies qui fleurissent dans la &#171; nouvelle &#233;conomie &#187; n&#233;olib&#233;rale !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ivan Illich dans la fin des ann&#233;es 1960 a &#233;t&#233; un peu plus loin et a rejet&#233; le &#171; mouvement de l'&#233;cole libre &#187; afin de promouvoir sa th&#232;se de &#171; d&#233;scolarisation &#187;. Mais, Illich, autant que je sache, n'a jamais contest&#233; le syst&#232;me m&#234;me de l'&#233;conomie de march&#233; capitaliste et de la &#171; d&#233;mocratie &#187; repr&#233;sentative qui sont les fondements du syst&#232;me actuel. Sa &#171; r&#233;volution &#187; &#233;tait fondamentalement contre la bureaucratie et la technocratie avec un accent particulier sur la culture industrielle (comme le font aujourd'hui les deep &#233;cologistes) plut&#244;t que contre le syst&#232;me lui-m&#234;me. Il n'est donc pas surprenant qu'il voit la suppression du droit au secret d'entreprise comme &#171; un objectif politique beaucoup plus radicale que la demande traditionnelle de la propri&#233;t&#233; ou du contr&#244;le public des outils de production &#187; et qu'il se prononce en faveur d'une &#171; &#233;conomie de subsistance &#187;dont la faisabilit&#233;, comme il le souligne,&#171; d&#233;pend principalement de la capacit&#233; d'une soci&#233;t&#233; de se mettre d'accord sur les restrictions fondamentales, auto-choisies, antibureaucratiques et anti-technocratiques &#187;. La conclusion in&#233;vitable est que &#171; l'&#233;conomie de subsistance &#187; et une &#171; soci&#233;t&#233; d&#233;scolaris&#233;es &#187; pourrait &#233;galement se d&#233;velopper dans le syst&#232;me actuel tant que la culture appropri&#233;e a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; ! Puis, dans les ann&#233;es 1970, le courant libertaire &#171; anarchie en action &#187; inspir&#233; par Colin Ward fait des propositions similaires pour la maximisation de l'autonomie individuelle en ce qui concerne l'&#233;ducation, &#224; travers un syst&#232;me de coupons. Selon ce sch&#233;ma, chaque citoyen &#224; la naissance re&#231;oit un compte r&#233;el ou fictif de bons ou de coupons (repr&#233;sentant sa part du budget de l'&#233;ducation nationale) qui donnent droit &#224; tant d'unit&#233;s d'enseignement qui peuvent &#234;tre achet&#233;s en tout temps dans sa vie. Ward a fait valoir qu'un tel syst&#232;me permettrait aux libertaires d'exploiter le syst&#232;me existant dans le but de fournir de &#171; v&#233;ritables &#187; solutions de rechange. Toutefois, un tel r&#233;gime, en fait n'&#171; exploite &#187; pas le syst&#232;me actuel, mais pourrait plut&#244;t &#234;tre utilis&#233; par celui-ci non seulement &#224; marginaliser et &#224; int&#233;grer les &#233;coles &#171; alternatives &#187; au sein d'un soi-disant &#171; syst&#232;me d'&#233;ducation pluraliste &#187;, mais aussi &#224; reproduire et renforcer les vastes in&#233;galit&#233;s que le syst&#232;me cr&#233;e. Il est &#233;vident que ceux qui viennent de l'&#233;lite des groupes sociaux auront un avantage comparatif &#233;vident &#224; l'&#233;cole / coll&#232;ge et en fin de vie par rapport &#224; ceux provenant de groupes sociaux non-privil&#233;gi&#233;s, en d&#233;pit du fait qu'ils ont particip&#233; aux m&#234;mes institutions d'&#233;ducation -l'exp&#233;rience de la social-d&#233;mocratie est &#233;clairante. Plus important encore est le fait que le syst&#232;me de ch&#232;ques par lui-m&#234;me ne fait rien du tout pour cr&#233;er une conscience antisyst&#233;miques chez les &#233;l&#232;ves / &#233;tudiants, mais en fait, cultive la mythologie lib&#233;ral / n&#233;o-lib&#233;rale d'une v&#233;ritable &#171; libert&#233; de choix &#187; que le syst&#232;me du march&#233; cr&#233;e pr&#233;tendument, qui, (avec l'approbation libertaire !) devrait ainsi s'&#233;tendre &#224; l'&#233;ducation. Colin Ward lui-m&#234;me a soulign&#233; que son syst&#232;me de coupons serait &#171; un appel &#224; ceux qui voudraient voir une v&#233;ritable libert&#233; de choix avec des conditions de concurrence &#233;gales entre les genres radicalement diff&#233;rente de l'apprentissage, et qui veulent voir l'&#233;ducation mieux r&#233;pondre aux besoins exprim&#233;s par les &#233;tudiants &#187;. Pas &#233;tonnant que m&#234;me des n&#233;olib&#233;raux et sociaux-lib&#233;raux aient propos&#233; des syst&#232;mes de bons similaires dans la modernit&#233; n&#233;olib&#233;rale ! Le syst&#232;me de coupons est donc un autre r&#233;gime pour maximiser l'autonomie individuelle, plut&#244;t que sociale, ce qui pourrait facilement se retrouver avec une am&#233;lioration r&#233;formiste du syst&#232;me. Dans ce contexte, les r&#233;centes propositions de Matt Hern peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme la &#171; synth&#232;se dialectique &#187; des opinions exprim&#233;es par les partisans de &#171; l'&#233;ducation libertaire comme une strat&#233;gie de transition &#187;, quelque chose qui, en fait, pour les raisons &#233;voqu&#233;es, ne constitue pas une strat&#233;gie, ni une transition pour une soci&#233;t&#233; libertaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La strat&#233;gie ID pour le passage &#224; la Paideia&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La strat&#233;gie ID pour le passage de la m&#233;s&#233;ducation moderne pr&#233;sente &#224; une paideia d&#233;mocratique est une partie int&#233;grante de la strat&#233;gie de transition ID &#224; une d&#233;mocratie inclusive, telle que d&#233;crite dans le Vol. 8, n &#176; 1 de D &amp; N. En bref, la strat&#233;gie ID comprend la construction d'un mouvement politique programmatique de masse, comme le vieux mouvement socialiste, avec un objectif sans honte universaliste de changer la soci&#233;t&#233; ainsi que de v&#233;ritables principes d&#233;mocratiques, &#224; commencer ici et maintenant. Par cons&#233;quent, un tel mouvement devrait explicitement viser &#224; un changement syst&#233;mique, ainsi qu'&#224; un changement parall&#232;le dans nos syst&#232;mes de valeurs. Cette strat&#233;gie entra&#238;nerait l'implication progressive d'un nombre croissant de personnes dans un nouveau genre de politique et le transfert parall&#232;le de ressources &#233;conomiques (travail, capital, terre) de l'&#233;conomie de march&#233;. Le but d'une telle strat&#233;gie devrait &#234;tre de cr&#233;er des changements dans le cadre institutionnel, ainsi que dans les syst&#232;mes de valeurs, qui, apr&#232;s une p&#233;riode de tension entre les nouvelles institutions et l'&#201;tat, pourrait, &#224; un certain stade, remplacer l'&#233;conomie de march&#233;, la &#171; d&#233;mocratie &#187; repr&#233;sentative, et le paradigme social qui les &#171; justifie &#187;, par respectivement une d&#233;mocratie inclusive et un nouveau paradigme d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le raisonnement derri&#232;re cette strat&#233;gie est que, comme le changement syst&#233;mique exige une rupture avec le pass&#233;, qui &#233;tend &#224; la fois le cadre institutionnel et le niveau culturel, une telle rupture n'est possible que par le d&#233;veloppement d'une nouvelle organisation politique et un nouveau programme politique complet pour un changement syst&#233;mique qui permettra de cr&#233;er une conscience claire anti-syst&#233;mique &#224; une &#233;chelle massive. Ceci est en contraste avec la strat&#233;gie &#233;tatiste socialiste, qui se termine par la cr&#233;ation d'une conscience claire anti-syst&#233;mique que par rapport &#224; une avant-garde, ou avec les activit&#233;s li&#233;es au &#171; style de vie &#187; qui, si elles cr&#233;ent une conscience antisyst&#233;mique chez tous, est limit&#233;e &#224; quelques membres de diverses &#171; groupuscules libertaires &#187;. Toutefois, la cr&#233;ation d'une nouvelle culture, qui doit devenir h&#233;g&#233;monique avant la transition vers une d&#233;mocratie inclusive ne soit effectu&#233;e, n'est possible que par la construction en parall&#232;le de nouvelles institutions politiques et &#233;conomiques &#224; une &#233;chelle sociale significative. En d'autres termes, ce n'est que par l'action pour b&#226;tir des institutions telles qu'un mouvement politique de masse, avec une conscience d&#233;mocratique pourrait &#234;tre construit. Une telle strat&#233;gie cr&#233;e les conditions pour la transition, &#224; la fois &#171; subjectives &#187;, en termes d'aider au d&#233;veloppement d'une nouvelle conscience d&#233;mocratique, et &#171; objectives &#187;, en termes de cr&#233;ation des nouvelles institutions qui formeront la base d'une d&#233;mocratie inclusive. Dans le m&#234;me temps, la mise en place de ces nouvelles institutions aidera de mani&#232;re cruciale ici et maintenant les victimes de la concentration du pouvoir qui est associ&#233; avec le cadre institutionnel actuel, et en particulier les victimes de la mondialisation n&#233;olib&#233;rale, pour faire face aux probl&#232;mes cr&#233;&#233;s par elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, l'objectif d'une strat&#233;gie ID est la cr&#233;ation, par le bas, de &#171; bases populaires du pouvoir politique et &#233;conomique &#187;, qui est, l'&#233;tablissement de d&#233;mocraties locales inclusives, qui, &#224; un stade ult&#233;rieur, donnera lieu &#224; la Conf&#233;d&#233;ration en vue de cr&#233;er les conditions pour l'&#233;tablissement d'une nouvelle d&#233;mocratie inclusive conf&#233;d&#233;rale. Un &#233;l&#233;ment crucial de la strat&#233;gie ID est que les institutions politiques et &#233;conomiques de la d&#233;mocratie inclusive commencent &#224; &#234;tre mises en place imm&#233;diatement apr&#232;s qu'un nombre important de personnes dans un domaine particulier ont form&#233; une base pour &#171; la d&#233;mocratie en action &#187; - de pr&#233;f&#233;rence, mais pas exclusivement &#224; une &#233;chelle sociale significative, qui est la garantie de gagner les &#233;lections locales en vertu d'un programme ID. C'est parce que les d&#233;mos sont l'unit&#233; fondamentale sociale et &#233;conomique d'une soci&#233;t&#233; de l'avenir d&#233;mocratique que nous devons commencer &#224; partir du niveau local pour changer la soci&#233;t&#233;. Par cons&#233;quent, la participation aux &#233;lections locales est un &#233;l&#233;ment important de la strat&#233;gie de gain de puissance, afin de le d&#233;manteler imm&#233;diatement apr&#232;s, par la substitution du r&#244;le de la prise de d&#233;cision des assembl&#233;es pour que les autorit&#233;s locales, le lendemain que l'&#233;lection ait &#233;t&#233; gagn&#233;e. En outre, la participation aux &#233;lections locales donne la chance de commencer &#224; changer la soci&#233;t&#233; par le bas, contre les approches &#233;tatiques qui visent &#224; changer la soci&#233;t&#233; par le haut gr&#226;ce &#224; la conqu&#234;te du pouvoir d'Etat, et contre l'approche &#171; soci&#233;t&#233; civile &#187; qui ne vise pas &#224; un changement syst&#233;mique du tout. Toutefois, l'objectif principal de l'action directe, ainsi que de la participation aux &#233;lections locales, n'est pas seulement la conqu&#234;te du pouvoir, mais la rupture du processus de socialisation et par cons&#233;quent la cr&#233;ation d'une majorit&#233; d&#233;mocratique &#171; par le bas &#187;, qui l&#233;gitiment les nouvelles structures de la d&#233;mocratie inclusive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au stade o&#249; le pouvoir a &#233;t&#233; gagn&#233; au niveau local &#224; travers la participation &#224; des &#233;lections locales que la transition vers une paideia d&#233;mocratique peut commencer. La cr&#233;ation d'institutions ID au niveau local implique non seulement le d&#233;veloppement des institutions politique de la d&#233;mocratie directe et les institutions culturelles contr&#244;l&#233;e par des d&#233;mos, mais aussi d'un secteur d&#233;motique, ce qui implique des unit&#233;s de production qui sont d&#233;tenues et contr&#244;l&#233;es collectivement par les citoyens, ainsi que des institutions d&#233;motique du bien-&#234;tre, de l'&#233;ducation et de la sant&#233; qui sont autog&#233;r&#233;es et contr&#244;l&#233;es indirectement par les d&#233;mos. Un nouveau syst&#232;me fiscal d&#233;motique (&#224; savoir un syst&#232;me d'imp&#244;t directement contr&#244;l&#233;e par les d&#233;mos) servirait &#224; financer : les programmes de demoticisation des ressources locales de production, offrant des possibilit&#233;s d'emploi pour les citoyens locaux, les programmes de d&#233;penses sociales qui couvriront les besoins de sant&#233; des citoyens qui comprennent les besoins d'&#233;ducation, divers arrangements institutionnels qui rendent la d&#233;mocratie dans le m&#233;nage efficace (par exemple le paiement des travaux &#224; la maison, pour le soin des enfants et des personnes &#226;g&#233;es, etc). L'effet combin&#233; des mesures ci-dessus sera de redistribuer le pouvoir &#233;conomique au sein de la communaut&#233;, dans le sens d'une plus grande &#233;galit&#233; dans la r&#233;partition des revenus et des richesses. Ceci, combin&#233; avec l'introduction de proc&#233;dures de planification d&#233;mocratique, devrait fournir beaucoup de terrain pour la transition vers une v&#233;ritable d&#233;mocratie &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce syst&#232;me, les assembl&#233;es ont des pouvoirs importants dans la d&#233;termination de l'allocation des ressources dans le secteur d&#233;motique, &#224; savoir, les entreprises d&#233;motique et le syst&#232;me de protection d&#233;motique. Dans un premier temps, les assembl&#233;es d&#233;motiques pourraient introduire un r&#233;gime de bons &#224; l'&#233;gard des services sociaux qui pourraient prendre la forme d'un r&#233;gime d&#233;motique de cr&#233;dit gratuit de carte dans le but de couvrir les besoins sociaux de tous les citoyens dans un syst&#232;me de protection sociale d&#233;motique, c'est &#224; dire un syst&#232;me de protection contr&#244;l&#233;e par les d&#233;mos qui fournissent d'importants services sociaux (&#233;ducation, logement, etc) en local, ou r&#233;gional, en coop&#233;ration avec d'autres d&#232;moi dans la r&#233;gion. En ce qui concerne le contenu et la nature du processus de l'&#233;ducation ainsi que la forme que prendra les &#233;tablissements d'enseignement, les propositions faites dans la derni&#232;re section &#224; propos de la fa&#231;on dont une paideia d&#233;mocratique serait organis&#233;e pourraient fournir une ligne directrice sur la fa&#231;on dont l'&#233;ducation &#233;mancipatrice pourrait &#234;tre organis&#233;e et les objectifs qu'elle doit poursuivre. Les objectifs g&#233;n&#233;raux de l'&#233;ducation &#233;mancipatrice seraient de rompre le processus de socialisation dans une &#233;chelle sociale significative, de maximiser l'autonomie sociale et individuelle et de cr&#233;er l'infrastructure d'une paideia d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cas donc l'&#233;ducation est d&#233;j&#224; contr&#244;l&#233;e par les autorit&#233;s locales, comme cela arrive encore dans certains pays, un programme pour l'&#233;tablissement, des groupes d'&#233;ducation primaire, secondaire et tertiaire, tels que d&#233;crits ci-dessus, pourrait &#234;tre mis en &#339;uvre imm&#233;diatement apr&#232;s que le pouvoir local ait &#233;t&#233; gagn&#233;. Dans ce cas, les citoyens devraient &#234;tre cr&#233;dit&#233;s, par le r&#233;gime d&#233;motique de carte de cr&#233;dit gratuit, d'un certain montant &#224; &#234;tre d&#233;termin&#233; par les assembl&#233;es d&#233;motiques par rapport aux ressources du &#171; d&#233;mos &#187;, qui pourrait &#234;tre utilis&#233;es &#224; n'importe quel &#226;ge pour couvrir leurs besoins &#233;ducatifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas cependant o&#249; l'&#233;ducation est toujours contr&#244;l&#233; par l'Etat, un syst&#232;me complet d'&#233;ducation &#233;mancipatrice ne peut pas &#234;tre mis en place jusqu'&#224; ce que suffisamment de d&#232;moi ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s de sorte que la d&#233;mocratie conf&#233;d&#233;rale inclusive pourrait &#234;tre &#233;tabli. Cependant, m&#234;me avant cela, les assembl&#233;es d&#233;motiques doivent se battre non seulement pour cr&#233;er un syst&#232;me &#233;ducatif d&#233;centralis&#233;, mais aussi pour cr&#233;er des opportunit&#233;s d'&#233;ducation alternative dans le syst&#232;me existant. Un syst&#232;me d'&#233;ducation demoticis&#233; pourrait mettre en &#339;uvre le programme national obligatoire d'une fa&#231;on qui mettrait en cause le syst&#232;me nationale impos&#233; d'&#233;ducation aussi bien en th&#233;orie (interpr&#233;tation de manuels scolaires prescrits sur la base du paradigme social-d&#233;mocrate et de ses valeurs, opposition du programme officiellement prescrit avec d'autres programmes de connaissances fond&#233;es sur des valeurs d&#233;mocratiques, etc) et dans la pratique (cr&#233;ation d'espaces publics d'enseignement pour ex&#233;cuter ces institutions). La disposition d'&#233;tablissements d'enseignement compl&#233;mentaire promouvant l'alternative d&#233;mocratique mondiale vue &#224; travers par exemple un syst&#232;me d'exploitation de la t&#233;l&#233;vision pour une &#171; &#233;ducation ouverte &#187; d&#233;moticis&#233;e, la distribution gratuite de mat&#233;riel d'&#233;ducation alternative (livres, vid&#233;os etc) serait un &#233;l&#233;ment important de l'&#233;ducation &#233;mancipatrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, en dehors de la cr&#233;ation de possibilit&#233;s d'&#233;ducation alternative, qui serait compl&#233;t&#233; par la mise &#224; disposition gratuite d'une culture d&#233;mocratique par un syst&#232;me de m&#233;dias de masse demoticis&#233;s, th&#233;&#226;tres, cin&#233;mas, etc, le fait m&#234;me que les citoyens, pour la premi&#232;re fois dans leur vie , soient en mesure d'avoir leur mot &#224; dire dans la gestion de leur vie quotidienne, &#224; travers les nouvelles institutions politiques et &#233;conomiques en cours de cr&#233;ation, serait le moyen le plus important de l'&#233;ducation &#233;mancipatrice vers une paideia d&#233;mocratique et une d&#233;mocratie inclusive .-&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>







</channel>
</rss>
